Moody’s a dégradé la note de la dette de la France et fait pression pour que l’austérité soit instaurée en Europe

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Le 19 novembre, l’agence de notation Moody’s a dégradé d’un cran la note de la dette souveraine de la France, la faisant passer de la note maximale AAA à AA1. Elle a prévenu qu’elle assignait une perspective négative à la solvabilité de la France.

La dégradation de Moody’s vise à exercer une pression sur le président français, François Hollande, pour qu’il intensifie sa politique d’austérité réactionnaire et impopulaire. Dans le but de stimuler la compétitivité de l’industrie française, le gouvernement de Hollande, Parti socialiste (PS), a annoncé des projets de réductions de plus 80 milliards d’euros (103 milliards de dollars) dans les dépenses et de l’impôt sur les sociétés ainsi que des atteintes draconiennes aux protections du droit du travail pour les travailleurs. Le PS est actuellement confronté à une crise politique alors que la cote de popularité de Hollande s’effondre à 36 pour cent.

Moody’s a mis en garde contre « une perte continue de compétitivité » de la France dans le contexte d’une « demande externe et intérieure faible » – c’est-à-dire l’aggravation de la récession économique en Europe, alors que les coupes sociales minent le pouvoir d’achat des travailleurs et, donc de l’économie. (Voir en anglais : « Growth forecasts slashed as Europe sinks deeper into crisis »)

Moody’s a attribué une perspective négative à la France en faisant référence au marasme économique mondial et aux craintes que les « risques concernant l’application des réformes prévues par le gouvernement restent substantiels. »

Etant donné que la politique d’austérité du PS jouit d’un soutien général dans les milieux patronaux et de l’establishment politique, de tels commentaires ne peuvent être interprétés que comme une référence circonspecte à la crainte d’une opposition de la classe ouvrière de l’Europe entière à l’austérité. Moody’s intensifie la pression en vue de l’application d’une politique sociale réactionnaire et impopulaire par la dégradation de l’indice de solvabilité, en encourageant ainsi les investisseurs à faire monter les taux d’intérêt et à spéculer contre la dette française.

Par une telle manipulation du marché obligataire, la classe capitaliste poursuit impitoyablement son programme social. Elle améliore ses marges bénéficiaires grâce aux montagnes de capital fictif octroyé aux gros investisseurs par des renflouements bancaires, en augmentant les taux d’intérêts payés par les gouvernements à leurs créanciers. En menaçant de couper le flux de crédit allant aux gouvernements, elle les encourage aussi à réduire drastiquement les coûts du travail – afin que les entreprises locales retrouvent une compétitivité sur les marchés mondiaux aux dépens des travailleurs.

Cette politique met en exergue l’impasse dans laquelle se trouve le capitalisme en Europe. Appliquée à la Grèce depuis 2009, cette politique a réussi à couper l’accès au crédit pour Athènes. Athènes a riposté par des coupes sociales qui ont diminué de 30 à 60 pour cent les salaires, fait grimper le chômage à plus de 25 pour cent, détruit le système de santé public et fait se contracter l’économie grecque de plus de 20 pour cent. Une politique similaire est poursuivie en Espagne, au Portugal, en Irlande et en Italie.

Bien que ces pays soient en train de devenir mondialement de plus en plus compétitifs, leur économie continue de s’effondrer dans un contexte de réduction de salaire et de coupes sociales. Les exportations espagnoles et portugaises ont augmenté depuis 2009 de 22 pour cent en termes réels, mais les économies des deux pays continuent de se contracter ; elles devraient, selon les prévisions, se contracter de plus de 1 pour cent cette année.

Certaines sections de la bourgeoisie examinent s’il y a lieu d’imposer une politique similaire à l’encontre de l’opposition populaire en France. Le journal économique et financier La Tribune a écrit : « Ce qui menace la France, c’est d’entrer dans la spirale des dégradations qu’ont connu ses voisins méridionaux, Espagne et Italie. Dès lors, Paris pourrait n’avoir d’autres choix que d’accélérer le pas de la rigueur, ce qui ne manquera pas de réduire à néant le dernier bastion de la croissance française, la consommation. La deuxième économie de la zone euro pourrait donc bien entrer rapidement dans une spirale récessionniste…, ce qui, du reste, la conduirait sans doute à être à nouveau dégradée. »

L’effondrement qui a déjà été provoqué par l’application d’une telle politique en Europe méridionale menace actuellement de miner l’économie en général. Moody’s a souligné le risque d’une subite crise en Europe méridionale qui frapperait la France : « L’exposition de la France aux pays périphériques à travers les échanges commerciaux et le système bancaire est disproportionné.

L’agence a ajouté, « Des chocs sur les marchés souverains et les marchés de crédits bancaires mineraient encore davantage la stabilité financière et économique de la France… Alors que les coûts de service de la dette du gouvernement français ont en grande partie à ce jour été maîtrisés, Moody’s ne s’attend pas à ce que ceci soit le cas dans l’éventualité d’un nouveau choc. »

Moody’s a ajouté avoir une perspective négative pour l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche. Cela est dû au fait que tout comme la France, ces pays ont promis de contribuer à différents fonds – le Fonds européen de stabilité financière ou le Mécanisme européen de stabilité – pour garantir les dettes des pays de l’Europe méridionale.

La Tribune ajoute qu’un sauvetage de la zone euro dépasse les capacités de l’Allemagne : « Le risque est donc, si la France entre dans une spirale de dégradation, que l’Allemagne doive seule assumer les risques liés au sauvetage de l’euro… Mais évidemment, la république fédérale ne le peut pas. Quelle que soit sa puissance, son PIB n’est que de 2.800 milliards d’euros et sa dette brute atteint déjà 80 pour cent de ce montant. Sa capacité de faire plus pour sauvegarder l’euro est, il faut bien le reconnaître, extrêmement limitée ou, pour le dire plus simplement, quasiment nulle. »

De tels commentaires indiquent une profonde crise économique et politique du capitalisme. Des milliers de milliards d’euros ont été octroyés aux banques, mais ces sommes ont servi à rembourser de riches investisseurs alors que le chômage a grimpé en flèche et que l’investissement productif continue de stagner. La conséquence est une société toujours plus inégalitaire et secouée par la crise. En France, qui est connue pour son économie relativement dominée par l’Etat, les 1 et 10 pour cent situés au haut de l’échelle de la société française possédaient néanmoins en 2010, 24 pour cent et 62 pour cent de la richesse nationale

Toutefois, ce que l’on entend parmi les commentateurs bourgeois c’est qu’il n’y a pas d’argent, et ils exigent des réductions supplémentaires. Bloomberg News a critiqué la France de « rater une occasion » d’accélérer les coupes sociales après la dégradation de Moody’s.

Au cours de ces derniers jours, les taux d’intérêt à 10 ans n’ont augmenté que de 0,1 pour cent, se situant à un niveau encore bas à 2,18 pour cent. Les acheteurs d’obligations préfèreraient apparemment encore la note de crédit de la France à celle de l’Italie ou de l’Espagne car elle offre un meilleur rapport que la dette allemande à 10 ans qui ne rapporte que 1,5 pour cent.

C’est dû surtout au fait que le PS français est déjà en train d’appliquer le programme du capital financier, et ce sans les contraintes d’un marché obligataire en panique. Le ministre français des Finances, Pierre Moscovici, a dit vouloir se servir de la dégradation de Moody’s pour pousser en avant les coupes sociales, en la qualifiant d’être un « encouragement à mettre en oeuvre rapidement et fortement les réformes que nous avons décidées et qui vont dans la bonne direction. »

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a aussi cherché à minimiser la dégradation de Moody’s. Il a dit devant le Parlement allemand (Bundestag): « Notre partenaire le plus important a reçu un léger avertissement d’une agence de notation… Il ne faut pas dramatiser ceci de manière excessive. »

Néanmoins, PIMCO LLC – le plus gros gestionnaire de portefeuille obligataire au monde – a indiqué qu’il projetait d’éviter d’acheter de la dette française et allemande. PIMCO préfère acheter des obligations italiennes et espagnoles qui offrent un rendement plus élevé et PIMCO pense qu’elles sont soutenues par la BCE.

Le directeur de PIMCO, Andrew Bosomworth, a dit que le rendement des obligations allemandes et françaises sont trop faibles en ajoutant que l’économie française « ressemble plus à celle des pays d’Europe du Sud. »

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 23 novembre 2012

Articles Par : Alex Lantier

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