Moyen-Orient : L’utilisation de la religion pour des objectifs stratégiques cachés

Moyen-Orient : L’utilisation de la religion pour des objectifs stratégiques cachés

Depuis que j’écris sur la Syrie je dérange beaucoup de mes camarades français, à tel point que l’un d’eux m’a blessé au plus profond de moi-même en m’écrivant : « Mais comment, toi qui est chrétien, peux-tu défendre ce ”dictateur” qui massacre son propre peuple ».

J’ai beaucoup réfléchi à toutes ces questions de religions et de politique au Moyen-Orient, d’instrumentalisations religieuses à buts stratégiques et politiques par des États occidentaux supposés chrétiens, qui agissent en États athées, excitant les fanatismes et s’alliant avec les théocraties islamiques du Golfe pour renverser des chefs d’État arabes laïques, tandis qu’en Occident, ils excitent les populations contre l’Islam présenté comme religion fanatique. Tout en encourageant parallèlement les riches autorités du Wahhabisme pétrolier à envahir le monde occidental et arabe et à y répandre les thèses extrémistes de l’Islam [http://www.silviacattori.net/article3168.html#nb1″>1].

Révoltes arabes, intégrismes et prix du pétrole

Il faut se rappeler que, depuis que Nixon a annulé la couverture or du dollar, la valeur de cette monnaie est assurée par le pétrole que le monde entier doit payer en dollars et donc en avoir des réserves suffisantes. Bien sûr, les États-Unis n’ont qu’à faire marcher leur planche à billets pour s’approvisionner en énergie. C’est pour cela que, dès le début, ils s’étaient assuré que les pays du Golfe ne vendraient leur pétrole qu’en dollars. Ils avaient en plus promis de protéger leurs monarchies contre toute tentative de les renverser. Ils avaient même, dans les années cinquante, renversé la seule démocratie de la région en Iran pour y installer le Shah et monopoliser ainsi la vente du pétrole au monde entier. À ce moment-là, l’Islam des théocraties extrémistes pétrolières les dérangeait si peu que le fait qu’ils foulaient aux pieds les droits de l’Homme était secondaire à leurs yeux et à ceux de leurs alliés européens.

La guerre du Liban et l’utilisation de la religion pour des buts stratégiques

En 1948 et 1967, Israël, avec l’aide de l’Occident et surtout des chefs d’États arabes, sous protectorat ou influence restante des mandats anglais et français, avait chassé les Palestiniens de leurs maisons, leurs terres et leurs villages et les avait chassés dans les pays environnants ; un grand nombre dans le pays le plus faible, car le plus pacifique et le plus démocratique, le Liban, où le pouvoir était partagé entre ses différentes communautés, mais surtout entre les chrétiens et les sunnites. Les réfugiés palestiniens y étaient nombreux ; et de plus en plus révoltés contre le comportement de tous les États arabes qui ne les avaient jamais vraiment protégés, car dirigés par des gens asservis aux puissances coloniales, qui avaient planifié l’exode des Palestiniens, en leur commanditant une tragi-comédie de guerre israélo-arabe qu’ils devaient perdre sur ordre. La présence de ces réfugiés palestiniens, en quasi totalité musulmans sunnites, déstabilisa le Liban en divisant les Libanais, entre partisans sunnites des Palestiniens d’un côté et chrétiens libanais de l’autre. Ces derniers sous prétexte de protéger l’indépendance du pays, étaient encouragés par les Occidentaux à s’allier avec l’ennemi israélien pour « se défendre ».

Tout cela permettait de susciter une guerre de religion à la frontière Sud de l’Union Soviétique athée, tandis qu’Israël, allié du Shah d’Iran, allait profiter du chaos général, pour s’attaquer aux Palestiniens réfugiés dans le Sud du Liban et bombarder en même temps les villages chiites de la région.

Le Shah fut renversé et remplacé par la République Islamique d’Iran.

Ainsi, les États-Unis firent d’une pierre deux coups. La guerre contre le Liban avait réussi, d’une part à susciter des guerres religieuses dans tout le Moyen-Orient, au Sud des républiques musulmanes de l’Union Soviétique, et d’autre part à créer un ennemi islamique chiite iranien pour alimenter les peurs et la haine des populations sunnites du monde arabe contre lui, de façon à ce qu’Israël n’apparaisse plus comme l’ennemi principal.

C’est ainsi qu’Al-Qaeda fut créé en s’appuyant sur l’Arabie saoudite et le Pakistan, et que Saddam Hussein, homme de main de la CIA, déclencha la guerre contre l’Iran et souleva encore plus les peurs et les haines entre les deux rives du Golfe. Saddam Hussein fut encouragé par l’ambassadrice des États-Unis elle-même à envahir le Kuwait. Ainsi Al Qaeda, après avoir contribué à déstabiliser l’Union soviétique, se serait retournée contre les États-Unis, ceux-ci se « vengeant » en intervenant en Afghanistan et, surtout, en occupant l’Irak avec pour objectif de le diviser en petits États communautaires rivaux ; ce qui devait permettre aux États-Unis de contrôler la ligne de fractures eurasiatique allant de la Chine à la Méditerranée, en passant surtout par le Golfe pétrolier. À cette époque, il n’était question ni de droits de l’Homme, ni de protection des innocents. Résultat : il y eut plus d’un million de morts et de sans-abris innocents victimes des guerres menées par les États-Unis.

Pourquoi les États-Unis ont-ils renversé en Irak un dictateur, ancien homme de main de la CIA, qui leur avait rendu le service d’attaquer l’Iran ? Parce que Saddam Hussein a par la suite désobéi en voulant vendre son pétrole en une autre monnaie que le dollar.

Et pour l’Iran, comme disent les militaires, même motif, même punition. Il voulait vendre ou vend déjà son pétrole en d’autres monnaies que le dollar, empêchant ainsi le dollar d’être la monnaie de réserve du monde entier. Mais ce n’est pas la seule raison. Il fallait susciter au sein des populations sunnites arabes la peur d’une prétendue menace qui les jetterait dans les bras de leurs monarques alliés aux États-Unis et, bien sûr, dans les bras d’Israël, selon le dicton « l’ami de mes amis est mon ami » et de son pendant « l’ennemi de mes ennemis est mon ami ».

Tout le battage médiatique et gouvernemental des pays occidentaux, sur la prétendue bombe nucléaire iranienne et la prétendue « défense des droits de l’Homme », dans les pays du Printemps arabe, n’est qu’un rideau de fumée cachant des intérêts beaucoup plus matériels.

La Syrie, le Liban, leurs champs de gaz et la lutte pour la mainmise sur l’énergie

Qui peut encore croire que l’Occident combat pour défendre les droits de l’Homme en Syrie, au Liban, en Palestine ou dans le monde ?

Car, comment peut-on défendre les droits de l’Homme quand on manipule des peuples anciennement colonisés en les assujettissant à des régimes criminels, qui, dès 1948 et en accord avec les pays occidentaux, ont planifié la défaite et l’exode subséquent des Palestiniens et la victoire d’Israël ; et quand on s’allie avec les pires dictatures théocratiques et fanatiques du Golfe ; et quand on qualifie la Turquie de « démocratie », alors qu’elle a nettoyé et nettoie toujours ethniquement ses minorités et qu’on veut lui faire reprendre pied et assurer les droits de l’Homme dans les territoires où elle a autrefois perpétré ses crimes ?

Ceux qui se demandent ce qui pousse l’Occident à lancer les théocraties contre la Syrie ont pensé que son objectif était d’affaiblir l’Iran et le Hezbollah libanais, et de construire un oléoduc pour le pétrole du Golfe, lui permettant d’éviter le Détroit d’Hormuz rendant ainsi l’Europe moins tributaire de la Russie pour ses approvisionnements énergétiques.

Tout cela est vrai. Mais le plus important est que le Liban et la Syrie détiennent des réserves gazières énormes dans leurs eaux territoriales, et que le Sud-Liban regorge d’un pétrole que l’Occident et Israël convoitent en secret depuis des décennies et dont ils interdisent l’exploitation. Or, il se trouve que la Russie et la Chine sont aujourd’hui aux côtés de ceux qui veulent aider ces deux pays à exploiter leurs richesses et que cela ne fait pas l’affaire de l’Occident, de la Turquie et des théocraties du Golfe.

Kofi Annan et les 300 observateurs de l’ONU arriveront-ils à calmer le jeu ? Ou tragiquement les bandes armées et les livraisons d’armes continueront-elles à déferler sur ces deux pays, subissant la malédiction de l’Or Noir ?

Roger Akl
30 avril 2012

[1] Alain Chouet, dans “Au Cœur des Services Spéciaux”, La Découverte, Paris, 2011, compare l’extrémisme des wahhabites, de la Qaeda, des Frères Musulmans et des Salafis à celui des Evangélistes américains. J’ajouterai qu’ils se comparent aussi aux extrémistes israéliens du parti Shass et autres extrémistes, alliés à ceux qui gouvernent aujourd’hui Israël, tous ne reculant pas devant l’utilisation de la violence pour arriver à leurs buts.


Articles Par : Roger Akl

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