Notre silence ne nous protégera pas

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Notre silence ne nous protégera pas

L’accord signé récemment entre les USA et le Japon sur le transfert de 8 000 marines usaméricains devrait nous pousser à agir et non pas à garder le silence.

Les habitants de Guam ont raison de se sentir outrés par le fait que les personnes au pouvoir, y compris celles qui l¹exercent chez nous, ont actuellement une conversation portant sur nous, en se passant toutefois de nous. Cet alarmant redéploiement de troupes aura des répercussions sur notre avenir et sur celui de nos enfants, bien que nous soyons censés garder le silence là-dessus. Quand réaliserons-nous que notre silence est un suicide ? Pourquoi tant d’entre nous s’empressent-ils de souhaiter la bienvenue aux mêmes troupes qui ont été expulsées de Japon, un pays qui, ne sachant plus quoi faire pour qu’elles s’en aillent, a finalement accepté de payer un prix qu¹il sait trop élevé, afin de les faire partir ? Pourquoi souhaitons-nous la présence des mêmes marines qui ont terrorisé les citoyens d’Okinawa par le biais du viol, de l’alcoolisme, du bruit et de la violence?

Incapables ou refusant de voir que ce redéploiement des troupes aura comme conséquence, sur notre île, non seulement de grands dommages sociaux, culturels et environnementaux, et une augmentation inégalée de la violence au sein de notre société, les leaders locaux maintiennent qu’il est positif pour Guam. Ils affirment que c’est la réponse à nos demandes économiques. L’argent semble être la seule question abordée à notre table de négociations. Bien qu’il y ait de nombreuses questions sociales, en dehors domaine économique, il semble que les personnes au pouvoir misent sur notre incapacité à voir l’existence de cette réalité.

Qu’est-ce que nous attendons en tant que communauté, pour nous armer de courage et pour nous lever contre cet inquiétant déploiement de troupes? Attendons-nous le viol de nos femmes, ce qui n’est pas seulement une possibilité mais plutôt une réalité donnée pour acquise ? Il serait insensé de croire que le viol, l’alcoolisme et la violence qui ont ruiné Okinawa n’auront pas les mêmes conséquences chez nous.

Au-delà du viol de nos femmes et de la violence certainement inhérente au militarisme, nous devrions nous inquiéter de quelque chose d’autre qui apparaît dans la distance proche : la Chine. Les média régionaux, nationaux et internationaux suggèrent que la Chine soit inquiète pour ce qui se passe à Guam; la Chine comprend la signification de ce transfert. Il semblerait que nous sommes les seuls à ne toujours pas comprendre ce qui se passe vraiment: Guam est l’agneau du sacrifice dans le programme du redéploiement militaire américain. Les services de renseignement ont déjà suggéré que Guam serait la première cible d’une attaque chinoise, de plus en plus vraisemblable du fait de l’agressivité des positions américaines envers l’Asie. Pour comprendre cela, il suffit de lire les articles de certains journaux nationaux comme The Washington Times ou USA Today, les nombreux articles parus dans plusieurs journaux japonais ou la récente publication du NDRC (National Defense Research Institute), élaborée par l¹OSC (Office of the Secretary of Defense). Effectivement, notre position n’est stratégique que pour les USA, une nation qui a plus besoin de nous que ses leaders ne nous le laissent entendre.  

Et quoi penser en ce qui concerne l’autre guerre que cette réoccupation entraînera, la guerre contre l’environnement, aussi bien à Guam que dans la CNMI (Commonwealth of the Northern Mariana Islands = Communauté des îles Mariannes du Nord))? Le même gouvernement qui doit encore nettoyer les effets de la pollution meurtrière qu’il avait laissé dans notre terre et dans notre eau, pendant et après la Seconde Guerre mondiale, s’apprête à amener chez nous, à Guam, encore une fois, plus d¹armes de destruction massive et plus de toxines. L’armée que nous accueillons est la même qui s¹est servie des Micronésiens comme cobayes humains dans ses terribles expériences nucléaires, dont encore aujourd¹hui, en Micronésie, nous subissons les conséquences sous forme de toute sorte de cancers présents dans des pourcentages démesurés.  Ne sommes-nous pas nous fatigués d’enterrer nos morts? Il n’est pas possible que nous soyons assez naïfs pour croire qu¹il n’y a aucun lien entre les pourcentages de cancer démesurés et les expériences nucléaires réalisées dans notre région. Il n¹est pas possible que nous soyons assez naïfs pour penser que ce même gouvernement arrêtera d’utiliser nos îles Mariannes en tant que laboratoire pour d’autres de ses soi-disant « expériences ». De fait, dans notre recherche de stimulants économiques, nous sommes sur le point de dire amen à encore plus de crimes contre l’humanité.

Actuellement on nous vend ce transfert comme un bienfait et une nécessité. Ce déploiement militaire a été présenté d’une façon qui suggère que nous ayons vraiment eu le choix. Mais les personnes qui n’ont pas de véritables moyens pour lutter contre leur condition coloniale savent qu’il s¹agit là d¹une longue histoire.  Nous savons que notre survie dépendra, finalement, de notre capacité ou non à voir la réalité telle qu’elle est: nous ne sommes pas obligés d’acheter ce que l’on veut nous vendre.

L’accord signé récemment entre les USA et le Japon sur le transfert de 8 000 marines américains devrait nous pousser à agir et non pas à garder le silence.
Après tout, notre silence ne nous protégera pas.

Par Julian Aguon, Marianas Variety, Guam, 12 mai 2006.
Julian Aguon, 23 ans habite à Tamuning, sur l’île de Guam. Il est devenu célèbre en 1998 lorsqu’il chanta l’hymne national devant 20 000 personnes rassemblées pour accueillir le président Clinton à Adelup. Diplômé en 2003 de l¹Université Gonzaga à Washington, il a publié en 2005 son premier livre “Just Left of the Setting Sun“ (Ocean Blue Press, Japon), dans lequel il examine la lutte du peuple chamorro (la population autochtone de Guam et des îles Mariannes) pour son identité et le néo-colonialisme au XXIème siècle.
  
Traduit de l’anglais par Paz Gómez Moreno et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala (www.tlaxcala.es), le réseau des traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft.
 

Articles Par : Julian Aguon

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