RUSSIE : Le déclin de la protestation politique

septembre 11th, 2012 by Diana Johnstone

Il était une fois une organisation appelée Amnesty International qui se consacrait à la défense des prisonniers de conscience partout dans le monde. Son action était guidée par deux principes qui ont contribué à son succès : la neutralité et la discrétion. Dans le contexte de la Guerre Froide, Amnesty International à ses débuts prenait soin d’équilibrer ses campagnes en faveur des prisonniers entre les trois régions idéologiques : l’Occident capitaliste, l’Est communiste et les pays en voie de développement du Sud. Les campagnes étaient discrètes, évitant les polémiques idéologiques et se concentrant sur les conditions physiques et juridiques des prisonniers. Leur objectif n’était pas de se servir des prisonniers comme d’une excuse pour s’épancher contre un gouvernement « ennemi », mais de convaincre les gouvernements de cesser toute persécution contre des dissidents non-violents. L’organisation réussit à exercer une influence civilisatrice universelle.

Depuis la fin de la Guerre Froide, le travail d’Amnesty International est devenue plus compliquée et plus difficile. A ses débuts, la plupart des « prisonniers de conscience » étaient détenus dans le bloc soviétique ou les dictatures satellites des Etats-Unis en Amérique latine, ce qui facilitait la symétrie sans contrarier indûment la superpuissance US. Mais particulièrement depuis la réaction de l’administration Bush aux attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis sont de plus en plus devenus le principal geôlier du monde. Ce qui a eu pour effet de soumettre l’organisation, d’essence anglo-américaine, à des pressions contradictoires. Tout en protestant contre des violations flagrantes telles que Guantanamo et la détention abusive de Bradley Manning, elle semble être sous la pression de devoir « équilibrer » ces critiques ponctuelles par une avalanche de critiques envers des gouvernements destinés à subir un changement de régime par les Etats-Unis. Dans le cas de « révolutions colorées » appuyées par les Etats-Unis, des organisations de droits de l’homme telles que Amnesty International et Human Rights Watch sont enrôlées non pas pour défendre des prisonniers politiques précis mais plutôt pour dénoncer les violations en général qui seront plus ou moins bien fondées. Les Etats-Unis ont réussi de prendre de plus en plus le contrôle d’Amnesty International pour servir leurs propres campagnes de politique internationale.

Une étape important de cette prise de contrôle s’est produite en janvier dernier, lorsque la fonctionnaire talentueuse du Département d’Etat Suzanne Nossel fut nommée directrice exécutive d’Amnesty International USA. Comme ancienne Assistante Adjointe au Secrétaire d’Etat pour les Organisations Internationales, Mme Nossel a participé à la rédaction de la résolution du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU sur la Libye. Cette résolution, basée sur des rapports exagérément alarmistes, avait servi de justification à la résolution de l’ONU menant à la une campagne de bombardements de l’OTAN qui renversa le régime de Khadafi. Créditée d’avoir inventée l’expression « pouvoir intelligent » (smart power(*)), reprise par Hillary Clinton comme devise de sa politique, Mme Nelson s’est acquise une notoriété internationale dans la défense des droits des lesbiennes, homosexuels, bisexuels et transsexuels, positionnant ainsi les Etats-Unis comme avant-garde des droits humains contre les nombreuses sociétés traditionnelles dans le monde, particulièrement celles dotées d’un régime que le « pouvoir intelligent » des Etats-Unis cherche à gêner, isoler ou même renverser.

Dans sa nouvelle période, Amnesty International, à l’instar de Human Rights Watch et d’autres organisations « humanitaires » occidentales, ne fait plus la distinction entre une répression authentique de pensées dissidentes et la répression déclenchée par une provocation délibérée, c’est-à-dire des actions dont le seul objectif est de provoquer une répression afin d’accuser le régime visé d’être un régime répressif. Le groupe serbe « Otpor » fut à l’origine de ce genre d’actions, selon les enseignements de Gene Sharp. Des actions qui seraient considérées partout dans le monde comme des troubles à l’ordre public sont élevées au rang d’un Victor Hugo défiant Napoléon III.

Ni la qualité de la dissidence ni son contexte ne semblent importer. Et personne ne se demande un instant comment réagir devant des provocateurs qui violent délibérément la loi dans le but de se faire arrêter. Que faut-il faire ? Suspendre la loi, spécialement pour eux ? Les arrêter se transforme en piège, et ne pas les arrêter provoque l’indignation des citoyens qui n’apprécient pas de tels exhibitionnismes. C’est un vrai dilemme.

Amnesty International a accordé une attention extraordinaire au cas de Pussy Riot, tout en ignorant totalement, par exemple, la menace de poursuites par les Etats-Unis qui a poussé Julian Assange à demander l’asile politique.

Le plus remarquable dans cette attention, et dans l’attention des médias occidentaux en général, est le ton employé. Celui-ci n’a rien d’un plaidoyer diplomatique destiné à convaincre les autorités de libérer les femmes en question. Le ton est plutôt celui de la provocation.

Par exemple :

« Masha, Nadia et Maria, qui sont détenues pour leur performance pacifique d’une chanson de protestation dans une cathédrale, pourraient être emmenées vers un camp de travail en Sibérie où elles risquent le viol et autres mauvais traitements. » » (toutes les parties en gras le sont dans les textes originaux que j’ai reçus des organisations citées. NdA)« Le crime de Pussy Riot ? Avoir chanté une chanson de protestation dans une église.

« Amnesty International est en train de lancer une forte riposte internationale pour maintenir toute l’attention sur cette affaire. Aidez-nous à envoyer un camion de masques de ski colorés au Président Poutine en guise de protestation.

Le verdict prononcé aujourd’hui est emblématique des efforts accrus déployés par le Président Poutine et ses partisans pour étouffer la liberté d’expression en Russie. C’est pour cela que nous allons envoyer au Président Poutine autant de masques colorés, appelés balaclavas, que possible.Donnez $20 ou plus pour envoyer un masque à Poutine. Il est clair que les autorités russes tentent de faire taire ces femmes et d’intimider d’autres militants – il faut les en empêcher. » (traduction à partir de la version anglaise – NdT)

Il s’agit là d’un ton qui ne peut que compliquer les choses, au lieu de les faciliter, sur le plan politique pour le Président Poutine pour accorder une amnistie et une libération anticipée à ces jeunes femmes.

Amnesty International, tout comme les médias occidentaux, ont constamment simplifié l’affaire en termes destinés à laisser entendre que la Russie retrouve le stalinisme des années 30. Le tabloïd français Libération a étalé en première page une photo des trois femmes, « Au Goulag pour une chanson ».

Payer le prix

Avaaz, l’organisation de protestation en ligne, est allé plus loin :

« La Russie tombe progressivement sous l’emprise d’une nouvelle autocratie …Notre meilleure chance de prouver à Poutine qu’il y a un prix à payer pour cette répression repose désormais dans les mains de l’Union européenne.« Le Parlement européen a demandé le gel des avoirs et une interdiction de séjour pour les puissantes relations de Poutine, accusées de multiples crimes. … si nous convainquons l’Union européenne d’agir, cela affectera les amis politiciens de Poutine, beaucoup d’entre eux ayant un compte bancaire ou une résidence en Europe. En montrant que le monde entier est prêt à se battre pour une Russie libre » (traduction officielle du site – NdT)

Le monde entier ? Est-ce réellement une préoccupation majeure pour le monde entier ?

Avaaz poursuit :

« Ce qui se passe en Russie nous concerne tous. La Russie a bloqué la coordination internationale sur la Syrie et sur d’autres questions internationales urgentes, et une autocratie russe menace le monde que nous voulons tous, où que nous soyons. » (traduction à partir de la version anglaise. La traduction française sur le site ne contient pas cette phrase – NdT)

Le monde que nous voulons tous ? Ou le monde voulu par Hillary Clinton ?

A la soi-disant réunion des « Amis de le Syrie » (c’est-à-dire les soutiens des rebelles syriens) à Genève le 6 juillet dernier, Hillary Clinton s’en est pris à la Russie et la Chine pour leur opposition aux initiatives appuyées par les Etats-Unis aux Nations Unies et visant à provoquer un changement de régime en Syrie. « Je ne crois pas que le Russie et la Chine payent un prix quelconque – rien du tout – pour leur soutien au régime d’Assad. La seule manière pour que cela change est que chaque nation représentée ici fasse directement et clairement savoir à la Russie et la Chine qu’ils auront un prix à payer, » a prévenu Clinton.

Ce que Hillary veut, Hillary obtient – du moins dans le monde étroit de la « communauté internationale » composée des Etats-Unis, ses satellites de l’OTAN et des médias et ONG totalement serviles.

Avaaz conclut : «  Rassemblons-nous dés maintenant pour montrer à Poutine que le monde le tiendra responsable et pour pousser en faveur du changement jusqu’à ce que la Russie soit libérée. » (traduction à partir de la version anglaise. La traduction française sur le site ne contient pas cette phrase – NdT)

Réfléchissons un instant. « Nous », les signataires de la pétition d’Avaaz, veulent « montrer à Poutine » que bien qu’étant le président légalement élu de la Russie, le monde extérieur va « pousser en faveur du changement jusqu’à ce que la Russie soit libérée. » Libérée par qui ? Pussy Riot ? Quand ont-elles remporté, ou se seraient présentées à, une élection ? Alors comment la Russie sera-t-elle « libérée » ? Par une zone d’exclusion aérienne ? Par des drones US ?

La Russie doit « payer un prix » pour avoir contrecarré les plans US pour la Syrie. Pussy Riot fait-il partie de ce prix à payer ?

Les médias occidentaux, pop stars et autres humanitaires auto-proclamés ont tous relayé en choeur cette idée que les femmes de Pussy Riot auraient été emprisonnées « par Poutine » à cause d’une chanson innocente qu’elles avaient chantée contre lui dans une église. Mais quels sont les éléments pour dire qu’elles ont été arrêtées sur ordre de Poutine ? Il semblerait qu’elles aient été arrêtées par la police à la suite d’une plainte de l’église Orthodoxe qui n’a pas apprécié leurs pitreries devant le grand autel. Les églises ont tendance à considérer que cet espace est réservé aux rites et cérémonies. La cathédrale catholique de Cologne a appelé la police pour faire arrêter un groupe imitateur de Pussy Riot. Ce n’était pas la première fois que Pussy Riot envahissait une église orthodoxe, et cette fois-ci les ecclésiastiques en ont eu assez. Le groupe avec déjà manifesté plusieurs fois « contre Poutine » sans être inquiété. Alors pourquoi affirmer qu’il a été « emprisonné par Poutine » dans le cadre d’une « répression contre la dissidence » ?

Poutine a été enregistré, et filmé, en train de dire qu’il pensait que les femmes ne devaient pas être sévèrement punies pour leur numéro. Mais qu’est-ce que vous voulez, la Russie a un système juridique. La loi est la loi. Après leur arrestation sur plainte d’une église, l’affaire a suivi son cours, un procès a eu lieu, et elles ont été condamnées par un juge suite à des plaintes par des chrétiens qui se sont sentis offensés. Un détail intéressant à souligner est que les témoins n’ont pas entendu le nom de Poutine – qu’ils étaient simplement outrés par les gesticulations et les gros mots proférés par les exécutants masqués. Il semblerait que la « chanson », si on peut le qualifier ainsi, et les paroles « anti-Poutine », ont été rajoutées par la suite sur la vidéo mise en ligne par le groupe.

Alors pourquoi parler d’une « répression par Poutine » ? Parce qu’une fois que l’Occident a qualifié un dirigeant indocile d’un pays étranger de « dictateur », cela signifie que le pays n’a plus de système judiciaire, plus d’élections libres, plus de médias indépendants, plus de liberté d’expression, plus de citoyens satisfaits – non, plus rien, parce que dans la pensée collective de l’Occident, chaque « dictateur » est à la fois un Hitler et un Staline, et tout le mal qui se produit dans son pays est forcément le résultat de sa propre volonté maléfique. Et de conclure, évidemment, que son seul rêve est probablement « d’assassiner son propre peuple ». Mais Avaaz, Amnesty International et Libération veillent au grain…

Bien sûr, il serait absurde d’imaginer que les citoyens de Russie, ou de tout autre pays, seraient tous satisfaits de leurs dirigeants, même lorsqu’ils ont été élus à une grande majorité. Même les pays démocratiques n’offrent qu’un choix limité de candidats présidentiels à leurs électeurs. Mais après des siècles d’autocratie Tsariste, d’invasion des Mongols, de Napoléon, et de Hitler ; de révolution bolchevique et de dictature communiste à parti unique, et ensuite l’effondrement économique et sociale des années Yelstine, la Russie a néanmoins largement adopté sa propre version d’une démocratie capitaliste occidentale, accompagnée d’une liberté de culte.

Et voici la partie étrange : l’Occident, qui pointant ses missiles balistiques intercontinentaux vers « le communisme athée », ne semble pas du tout satisfait de voir l’Eglise Chrétienne Orthodoxe redevenue un composant respecté de la société russe. Le critère occidental d’une société libre a changé. Ce n’est plus la liberté de culte, mais la liberté de pratiquer une forme de sexualité condamnée par le culte. C’est peut-être un progrès important, mais puisqu’il a fallu à l’Occident chrétien deux mille ans pour arriver à ce niveau de sagesse, il pourrait faire preuve d’un peu de patience à l’égard de toutes ces autres sociétés qui sont encore à la traîne de quelques décennies.

Il y a cette constante notoire dans toute l’histoire russe que ses dirigeants sont déchirés entre une imitation de l’Occident et la réaffirmation de leurs propres traditions – qu’on appelle la Slavophilie. Après une période d’occidentalisation, ce sont généralement les Slavophiles qui triomphent parce que l’Occident rejette sans ménagement les ouvertures des pro-occidentaux. Ce qui fournit aux dirigeants occidentaux les plus agressifs l’excuse parfaite pour recourir à la force et à la coercition contre les Russes « attardés ». Cela semble être encore le cas, mais cette fois-ci avec une étrange tournure post-moderne.

De nombreux commentateurs informés ont souligné que Pussy Riot n’est pas un « groupe de rock » composé de chanteurs et de musiciens. Le groupe ne compose rien, n’enregistre rien, ne chante pas et ne danse pas à des concerts devant des fans. Au mieux, on pourrait le décrire comme un groupe de « performance artistique » dans la lignée du personnage loufoque « J.J. » de la bande-dessinée Doonesbury. Leur art consiste à attirer l’attention par, entre autres, des exhibitions de nudité et de copulation dans un musée ou de scènes de masturbation dans un supermarché à l’aide d’un poulet mort. (Le tout est visible en ligne.)

On appelle ça de l’art performance. De la provocation. Qui provoque quoi ? Selon les pratiquants de ce genre d’activité, qui ont tendance à se croire nettement plus intelligents que le commun des mortels, il s’agit de réveiller les masses apathiques, de leur montrer par l’exemple comment être libre, briser les tabous, défier l’autorité.

Une performance artistique peut transmettre un message politique que les gens peuvent comprendre. Mais quel est le message contenu dans le sexe en public avec un poulet mort ?

L’Occident, ou du moins les médias, politiciens et humanitaires occidentaux, semblent avoir compris le message. Ils interprètent Pussy Riot comme un acte de résistance significatif contre Vladimir Poutine.

Un petit pourcentage de la population russe, particulièrement ceux qui rendent régulièrement visite à l’ambassadeur US Michael McFaul dans son ambassade à Moscou pour un soutien moral et matériel, peuvent éventuellement avoir la même interprétation.

Mais il y a de fortes chances que la plupart des Russes voient dans les exploits de Pussy Riot l’expression de la « décadence occidentale ». Surtout lorsqu’ils voient tout l’Occident saluer et même imiter leurs actions. Et de fait, dans son enthousiasme à recourir à tout et à n’importe quoi pour gêner le gouvernement qui s’oppose aux objectifs géopolitiques des Etats-Unis, la politique étrangère de Hillary Clinton est en train de favoriser un retour de bâton général contre ce qui est perçu comme la décadence et la corruption occidentale. Quelles que soient leurs intentions, les Pussy Riot sont un cadeau pour les Slavophiles.

Et la nouvelle Amnesty International et ses partisans, au lieu de prendre la peine d’écrire des lettres réfléchies au nom de dissidents persécutés, sont simplement priés d’acheter pour $20 (ou plus) un chiffon troué. Fun !

Diana Johnstone

 

Source : http://www.counterpunch.org/2012/08/28/the-decline-of-politi…

Traduction par VD pour le Grand Soir

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Les 11 septembre qui nous hantent

septembre 11th, 2012 by Oscar Fortin

C’était un 11 septembre 1973. Un Président, élu en 1969 sous la bannière d’une coalition de partis politiques, l’Unité populaire, était devenu l’homme à abattre et, avec lui, l’Unité populaire. Ceux qui les avaient dans la mire de leur « terrorisme » étaient l’oligarchie nationale chilienne et le grand frère étatsunien, apôtre de la démocratie à travers le monde.
Léo Ferré a traduit cet évènement dans une chanson (4 : 19) que je vous invite à écouter.
C’était également un 11 septembre, cette fois, de 2001 quand des avions, piratés, s’abattirent sur les deux tours jumelles de New York, qu’un autre disparut dans les murailles du Pentagone et qu’un quatrième s’écrasa dans un champ en Pennsylvanie. Quelques heures après l’effondrement des deux tours, une troisième tour, tout près des deux précédentes, s’écrasa également sans que l’on sache trop pourquoi. Des attentats simultanés comme jamais les États-Unis en avaient connus. Ici un bref vidéo de 5:11 pour que le monde n’oublie pas.
L’histoire qui suivit ces attentats démontre que dans les deux cas les Administrations étasuniennes y trouvèrent leur compte : au Chili, le départ de Salvador Allende et la fin de l’Unité populaire laissèrent la voie libre au dictateur Pinochet, fidèle allié de la Maison-Blanche et à New York, ces attentats apportèrent la justification pour toutes les guerres à venir.
À l’occasion du 11e anniversaire des attentats de New York et du 39e du coup d’État militaire au Chili, Washington poursuit sa course de conquêtes et de domination. En Amérique latine, ce furent le soutien à la junte militaire argentine, en 1976, le déploiement de l’opération Condor au niveau du Continent, de 1974 à 1984, la guerre des Contrasau Nicaragua, de 1981-1988, les coups d’État et tentatives de coup d’État au Venezuela, en Bolivie, au Honduras, en Équateur, au Paraguay. Au Moyen-Orient, les initiatives n’ont cessé de se multiplier : l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie, l’Iran et ça continuent. Dans tous les cas ce furent des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers, des millions de morts et de blessés.
Voilà que, maintenant, Washington et Al-Qaeda viennent tout juste de signer un pacte, non pas pour que ce dernier mette un terme au terrorisme, mais pour qu’avec 5000 terroristes, il aille semer la terreur en Syrie et provoquer ainsi la chute du régime de Bachar Al-Assad.
La longue histoire des alliances de l’empire nous démontre que la seule morale qui compte c’est que ses alliés répondent à ses intérêts. Ce fut le cas avec les pires dictateurs qu’a connu l’Amérique latine et c’est également le cas, au Moyen-Orient, avec les Émirats et les États qui acceptent de le servir en échange de milliards de dollars.
Il faut y voir ces milliers de personnes, hommes, femmes, enfants qui seront victimes des actions barbares de ces tueurs à gages.
La démonstration n’est plus à faire de la morale hypocrite et mensongère de l’Empire. Les victimes en sont et en seront ces dizaines de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes qui n’ont rien à voir avec ces conflits. Nous ne pouvons ignorer que les vrais responsables de ces crimes sont et seront nos gouvernements et notre silence complice.
S’il faut pleurer, c’est d’abord sur nous-mêmes, sur notre insouciance, sur l’irresponsabilité de nos gouvernements à l’endroit du respect des droits fondamentaux des personnes et des peuples. Par eux et à travers eux, nous devenons de véritables assassins. Garder le silence serait en devenir complice.
Oscar Fortin
Québec, le 11 septembre 2012
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L’art de la guerre : Et vole l’économie de la mort

septembre 11th, 2012 by Manlio Dinucci

Plus de 50 millions de personnes, dont 17 millions d’enfants, en condition d’ « insécurité alimentaire », c’est-à-dire sans nourriture suffisante « par manque d’argent ou d’autres ressources ». Les données ne se réfèrent pas à un pays pauvre de l’Afrique subsaharienne, mais au pays qui a la plus grande économie du monde : les Etats-Unis d’Amérique. Information du Département USA de l’agriculture en septembre 2012. Pendant l’administration Bush (2001-2008), les citoyens étasuniens sans nourriture correcte, obligés pour survivre d’avoir recours aux food stamps (bons alimentaires) et aux organisations charitables, ont augmenté de 33 à 49 millions. Pendant l’administration Obama, ils sont montés à plus de 50 millions, équivalents à 16,4% de la population, par rapport aux 12,2% de 2001. Parmi ceux-ci, 17 millions environ sont en condition de « très basse sécurité alimentaire », en d’autres termes la faim. Ils ont cependant la satisfaction de vivre dans un pays dont la « sécurité » est garantie par une dépense militaire qui – d’après le Sipri- a doublé pendant l’administration Bush et, pendant celle d’Obama, a grimpé des 621 milliards de dollars en 2008 à plus de 711 en 2011. En net d’inflation (à valeur constante du dollar 2010), la dépense militaire a augmenté de 80% de 2001 à 2011. Cette dépense militaire étasunienne, équivalente  à 41% de la dépense militaire mondiale, est en réalité plus haute : en incluant d’autres postes de caractère militaire (parmi lesquels les 125 milliards annuels pour les militaires à la retraite) elle atteint à peu près la moitié de la dépense mondiale. De cette façon, souligne-t-on dans le Budget 2012- le Pentagone peut maintenir « des forces militaires prêtes  à se concentrer soit dans les guerres actuelles, soit dans de futurs conflits potentiels ». Et, en même temps,  il peut « investir dans une innovation scientifique et technologique à long terme pour assurer que la Nation ait accès aux meilleurs systèmes de défense disponibles au monde ». A cette fin, 100 milliards d’économies prévues sont « réinvestis dans des secteurs de haute priorité », à commencer par les drones : les vélivoles sans pilote qui, télécommandés à plus de 10mille Kms de distance, frappent les objectifs avec leurs missiles. Ici la réalité dépasse la science-fiction hollywoodienne. Lockheed Martin est en train de développer un nouveau drone pour les forces spéciales : pour accroître son autonomie, on utilise depuis le sol un rayon laser qui l’alimente pendant qu’il est en vol. Northrop Grumman est engagée, elle, dans un projet encore plus avancé : celui de drones qui, alimentés par énergie nucléaire, restent en vol de façon ininterrompue non pas pendant des jours mais pendant des mois. Toujours chez Northrop Grumman : on développe un vélivole robotisé pour porte-avions, le X-47B, en mesure, grâce à sa mémoire programmée, de décoller, effectuer sa mission et atterrir de façon autonome.

Enfants d’Afghanistan

Source : http://griid.org/2011/01/03/new-video-is-response-to-obama’s-afghan-war-review/ 

Etant donnés les énormes coûts de ces programmes, le Pentagone a déjà dressé une liste de pays alliés fiables à qui vendre les nouveaux drones pour la guerre robotisée.  Sans aucun doute on trouve l’Italie aux avant-postes, qui a déjà acheté à l’étasunien General Atomics le dernier modèle de drone, le vélivole MQ-9A Predator B. A l’avenir elle achètera aussi le drone nucléaire qui, en décollant au-dessus de la tête des 50 millions de citoyens étasuniens en condition d’ « insécurité alimentaire », viendra voler au-dessus de celle des chômeurs italiens (et autres millions de chômeurs européens, au passage, NdT) qui occupent les usines en voie de fermeture.

Edition de mardi 11 septembre 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120911/manip2pg/14/manip2pz/328474/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Gregorio III Laham, Patriarche d’Antioche et de l’Orient, d’Alexandrie et Jérusalem, a envoyé une lettre « à toutes les personnes de bonne volonté dans le monde », « à toutes les Eglises du monde » et à tous les gouvernements des nations afin qu’ils aident le dialogue, la réconciliation, la rencontre et la confrontation dans la Syrie martyrisée. C’est « le chemin le plus difficile mais l’unique raisonnable. L’Eglise, en Syrie est appelée au ministère de la réconciliation civile et sociale, Musalaha, avec tous les moyens disponibles ». Et le Patriarche demande de l’aide pour cette entreprise : « … il faut une campagne internationale pour réaliser la réconciliation en Syrie. Si tout le monde demandait d’une seule voix et chaque jour le dialogue et la réconciliation, oui tout changerait ». Et c’est indispensable, parce que la réconciliation est « l’unique canot de sauvetage pour la Syrie ».

Aux Eglises du monde et aux religieux, le Patriarche demande de se faire porteurs de Musalaha auprès des différentes institutions gouvernementales aussi bien qu’auprès des fidèles.

Aux chrétiens syriens le Patriarche demande de « ne pas émigrer : le retour sera plus difficile, et même les pays d’accueil ne seront pas disponibles longtemps. Nous ferons tout ce qui est possible pour assister ceux qui sont dans le besoin et les réfugiés ». À leur tour en s’engageant dans tous les lieux en Syrie, avec tous les interlocuteurs possibles, les chrétiens d’Orient et arabes accompliront une grande mission pour leur pays. Leur mission est d’inviter tous au dialogue ».

À tous les syriens le Patriarche communique la grande espérance qu’ « ensemble les syriens qui souffrent tous dans cette situation tragique, trouvent une autre voix que la violence, les armes et la destruction, parce que dans la violence il n’y a pas de vainqueur mais seulement des perdants. Je répète mon appel fondé sur une exhortation du Coran : ‘Arrivons à un langage commun entre nous et vous’ (Aal Imran 3:64) et sur une de l’Evangile : ‘Bienheureux les artisans de paix’ (Mathieu 5,9) ».

Le Patriarche en appelle au monde : « Espérons que notre message soit reçu par les rois, les émis et les présidents arabes et les chefs de toutes les nations du monde, en Amérique du Nord et du Sud, en Europe occidentale et orientale, en Asie, en Afrique et en Australie. Et par  toutes les églises et communautés chrétiennes, les organisations non-gouvernementales et les intellectuels, les artisans de paix, les prix Nobel pour la paix ».

Grégoire III Laham précise que « sur place en Syrie, il y a le ministère de la réconciliation active et efficace. Et d’autre part, il y a des groupes à l’œuvre, formés par des chefs de tribus, des personnes influentes, et qui ont du succès dans la solution des conflits dans diverses localités, en œuvrant pour rétablir la paix. Nous demandons à nos amis de soutenir le travail de ces groupes, et de l’Eglise de Syrie qui se consacre à cet effort de réconciliation ». Pour ce « ministère de réconciliation, » le Patriarche est disposé à offrir sa vie.

Le Patriarche est originaire de Deraya où les jours précédents ont eu lieu de violents affrontements, avec beaucoup de victimes ; il a invité à la réconciliation même les « sœurs et frères de Deraya », là où il a grandi dans un climat de grande concorde entre chrétiens et musulmans, et ou maintenant les chrétiens ont été pris pour cible « par certaines factions des insurgés, certains arrivés de l’extérieur et affiliés à des organisations terroristes ».

Certes avec ceux-ci, et avec ceux qui les soutiennent, la réconciliation apparaît aussi ardue que d’escalader une montagne.

Mais Musalaha va de l’avant. C’est un effort communautaire, une initiative non-violente née à Homs, centre d’affrontements entre l’armée syrienne et les groupes armés. Elle associe des membres des communautés ethniques et religieuses fatigués par la guerre. Elle se propose comme « troisième voie » alternative au conflit armé et elle veut conjurer même une intervention armée de l’extérieur (même si celle-ci indirectement existe depuis longtemps). Elle dit « non » à la poursuite des violences. Non à la guerre civile et aux violences sectaires.

Il y aurait (eu) un rôle même pour les observateurs de l’ONU qui avaient commencé un processus pour arriver au niveau local à de petits cessez-le-feu à partir du bas dans certaines localités, avec une sorte de processus diplomatique entre les responsables de l’armée et des groupes armés de l’opposition. Dans la ville de Deir ez- Zor pendant quelque temps ces trêves à partir du bas ont fonctionné.

En effet, comme le suggérait la télévision russe RT, le mandat des observateurs aurait dû se déplacer du simple contrôle d’un cessez-le-feu national qui n’existe pas, à favoriser de petites trêves locales en mesure de se répandre, en partant du bas.

Ensuite, des processus de négociation sur petite échelle, communautés, villages, villes. Le mieux que la communauté internationale puisse faire serait de favoriser l’ONU pour jouer ce rôle plutôt que d’être la feuille de figuier du multilatéralisme pour couvrir les décisions unilatérales des puissances extérieures.

Musalaha compte sur l’appui, entre autres, de Mairead Maguire, irlandaise, prix Nobel pour la paix : « nous devons soutenir avec urgence ceux qui travaillent pour la paix en Syrie et pour aider les 22 millions de Syriens à résoudre pacifiquement le conflit, plutôt que de promouvoir la violence et le chaos ».

Mère Agnès Mariam de la Croix, supérieure palestino-libanaise du monastère Deir Mar Yakub à Qâra en Syrie, engagé dans le mouvement Musalaha, a rencontré ces derniers jours le prix Nobel irlandais pour explorer la possibilité d’une délégation internationale en soutien politique au mouvement. À Bruxelles elle a rencontré des responsables de la commission européenne. De passage en Italie elle rencontre la presse et des groupes qui appuient Musalaha comme le Réseau No War.

Notre proposition est : créons un comité d’appui à Musalaha.

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La politique et la violence

septembre 8th, 2012 by Serge Charbonneau

Fusillade lors du premier discours de notre première Première Ministre.

4 septembre, presque minuit.

Premier discours de Pauline Marois qui vient d’être élue Première ministre du Québec.

En plein discours, sans qu’elle s’en doute, un fou fait feu dans son dos. Une personne est tuée, une autre sérieusement blessée.

Sans vouloir surdramatiser ce tragique événement, il s’en est fallu de peu que nous perdions Mme Marois, notre première Première Ministre quelques minutes seulement après son élection.

En plein discours, derrière elle, l’autre côté d’un mince rideau, une personne a été tuée, une autre a eu sa vie suspendue, une balle aurait pu traverser le rideau.

Un événement comme une soudaine douche glacée droit dans le dos, en direct.   Un événement qui laisse bouche bée.  Un événement qui renverse, qui saisit, qui jette sur le cul.

 Geste «politique» d’un dément ou acte d’un fou ?

La politique pousse-t-elle à la folie, à la violence ?

Nous avons bien sûr vécu l’époque des revendications du FLQ (Front de Libération du Québec) (1) , mais le FLQ était tout de même structuré et ses gestes “terroristes”,  « qui sont clairement condamnables »,  n’avaient rien de fou et de démentiel.

Son action était structurée, ses communiqués clairs.  Les attentats des boîtes postales terrorisaient, mais on évitait les morts.  On avisait pour éviter les victimes.  Le FLQ n’est jamais débarqué avec carabine(AK-47 ?) et arme de poing pour éliminer des gens lors d’une rencontre partisane ou une réunion politique quelconque.

Le FLQ se comprenait, mais le geste d’hier se comprend-il ?

 Action politique ou folie démentielle ?

 Il est clair que le geste fou d’hier n’est pas simplement le geste d’un fou.

Il est clair que ce geste est “politique”.

Une «haine» politique.

«LA» haine politique.

Un geste qui surprend, oui et non.

Que voulez-vous, on nous apprend quotidiennement à «haïr».

Chaque jour nous «haïssons».

On nous apprend à «haïr» tous ceux qui ont des visions politiques différentes de celles que l’on considère “bonnes” (bien).

Ce conditionnement quotidien nous vient en bonne partie de l’international.  On «haït» bien des gens.  Cela va des maudits (sic) politiciens russes, Poutine en tête, aux maudits (sic) gouvernements de gauchelatino-américains, Chávez en tête.

On nous a fait «haïr» Gbagbo, et bien des présidents africains qui sont trop Africains.   On nous a fait déboucher le champagne en admirant les corps encore chaud des partisans de Gbagbo.

http://www.youtube.com/watch?v=FD1OUGk7LHQ

On nous a fait nous réjouir de voir le corps ensanglanté exposé dans un frigidaire à viande du chef d’État libyen et de son fils, lui aussi, assassiné.

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/10/22/2620175_le-corps-de-kadhafi-exhibe-dans-la-chambre-froide-d-un-magasin-de-viande-a-misrata.html

La violence est devenue une chose ”naturelle” pour éliminer les ennemis politiques.

 

Ah !  Mais pas dans notre démocratie direz-vous !

Mais voyons !

Cette violence et cette haine quotidienne qui nous sont injectées quotidiennement dans le cerveau par nos journalistes propagandistes, croyez-vous qu’elle ne fait pas des ravages ?

 Il suffit qu’un individu ait une légère déficience intellectuelle ou émotive pour que celui-ci se sente légitimé de passer à l’acte.

Breivik en est un cas extrême et spectaculaire.

Sommes-nous à l’abri d’un Breivik ?

En Syrie depuis un an et demi, nos gouvernements appuient des terroristes sans foi ni loi, des fous, des fous «démentiels».  On nous les fait admirer!

Si la population du Québec songeait sérieusement à rendre son Pays Indépendant, y aurait-il un ou des gouvernements prêts à recruter des fous comme celui d’hier pour terroriser la population québécoise et tuer dans l’œuf ses aspirations nationalistes ?

Peut-on transposer chez nous ce qui se vit à l’international ?

Pourquoi ne le pourrait-on pas ?

Si notre Indépendance est vue comme une perte pour certains, cherchera-t-on à l’en empêcher ?

Cherchera-t-on à l’empêcher «par tous les moyens», légaux et illégaux, moraux et immoraux ?

Armes à feu

 On peut même se demander pourquoi le gouvernement Harper veut détruire le registre des armes à feu ?

 Ce n’est clairement pas une question d’économie.  Si Harper voulait détruire ce registre parce qu’il est trop coûteux, alors pourquoi ne veut-il pas remettre la banque de données au Québec ?

Cherche-t-il à protéger des gens comme ce fou d’hier ?

Ma pensée divague, je suis en plein scénario de polar politique.

Mais parfois la réalité rejoint la fiction et parfois, sans que l’on s’en doute, la réalité dépasse la fiction d’une façon incroyable.

 Au niveau international, le 4e pouvoir n’existe plus.

Tous les journalistes des grands médias sont devenus des associés propagandistes.  Au niveau national, on semble résister un peu.  Mais vraiment “un peu”.

 On attise (et manipule) nos sentiments, notre émotion et on endort notre raison, notre intellect.  On se retrouve ensuite avec des gens fous qui sont prêts à tuer par conviction politique.

 Autant on endort, autant on attise la haine.

 La démocratie mondiale est en mauvais état.

Notre démocratie nationale en souffre aussi.

 Il faut s’efforcer à maintenir en santé notre raison et surtout à contenir notre émotion.   Soyons conscients que l’on fait «haïr» consciemment et méthodiquement.

 Serge Charbonneau

Québec

(1) - http://fr.wikipedia.org/wiki/Front_de_lib%C3%A9ration_du_Qu%C3%A9bec

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«Toujours la trahison trahit le traitre…. et le jour vient où les traitres sont odieux même à ceux qui profitent de la trahison». Victor Hugo

ابن مسعود البارزاني  » الفريق منصور » يستقبل وفدا إسرائيليا بقيادة راكاد موفائيل قائد العمليات النوعية في جيش الدفاع الإسرائيلي / مع صورة عن اللقاء

Photo d’une rencontre, le 10 juin 2012, au Kurdistan irakien entre le Général Mansour Barzani, fils du chef de la région autonome du Kurdophone, Massoud Barazani, et une délégation militaire israélienne composée d’un membre de l’état-major israélien et du responsable de la coordination des relations kurdo-israéliennes. La rencontre entre Kurdes et Israéliens est intervenue dans la semaine qui a vu l’élection d’un Kurde à la tête de l’opposition syrienne off-shore. Crédit photos www.nakheelnews.comParis – Un Kurde a été élu, en juin 2012, à la tête de l’opposition syrienne de l’extérieur, dans une double démarche destinée à élargir à la minorité kurde sunnite de la population syrienne les assises de l’opposition, et, à restaurer son image ternie, alors que  la contestation armée contre le pouvoir baasiste marque le pas dix-huit mois après son déclenchement du fait de ses divisions et de son impuissance. Seul candidat, Abdel Basset Sida, âgé de 56 ans, a été porté à la présidence du Conseil national Syrien par les trente-trois membres de cette instance, considérée par les pays occidentaux et leurs alliés pétro monarchiques arabes comme leur principal interlocuteur dans leur combat contre le régime de Bachar Al-Assad. Le choix du Kurde diffère radicalement de celui de son prédécesseur en ce que le nouveau président est un opposant qui vit depuis vingt ans en Suède, un pays bénéficiant d’une solide réputation de neutralité au sein de l’opinion internationale, contrairement au pays hôte de son prédécesseur, la France, l’artisan du démembrement de la Syrie du temps de son mandat sur ce pays. M. Sida a, en effet, succédé au tandem franco syrien, les universitaires Bourhane Ghalioune et Basma Kodmani, dont la prestation calamiteuse a considérablement contrarié les projets de leurs parrains franco-turcs et suscité une levée de boucliers au sein des autres membres du CNS, supposé représenter une alternative démocratique au régime autoritaire du pouvoir alaouite.

Basma Kodmani, son «besoin de juifs», les chrétiens arabes et la diversité.

Basma Kodmani a fait l’objet d’une vive controverse à propos de son amateurisme et sa désinvolture aggravés par son absence de passé oppositionnel,  se manifestant avec éclat avec la mise en circulation d’une ancienne émission de télévision professant devant des personnalités juives ou israéliennes son «besoin de juifs et d’Israël» pour favoriser la diversité culturelle au Moyen orient (1). Sans ancrage sur le terrain, Basma Kodmani a paru ignorer l’extraordinaire diversité culturelle du Monde arabe, particulièrement la Syrie, constituée d’une mosaïque de 18 communautés ethnico religieuses, seul pays arabe avec le Liban d’ailleurs où se construisent encore des églises, dont les adeptes sont par ailleurs régulièrement soumis, en Irak, en Egypte, voire même en Syrie,  aux coups de butoir des islamistes, les principaux alliés de l’ancienne porte-parole de l’opposition syrienne. Le Monde arabe compte 26 millions de chrétiens, soit autant que le BENELUX et la Suisse, un important levier d’influence dans les pays de la diaspora en Europe, sur le continent américain et en Océanie (Australie). La mémorable passe d’armes entre le Patriarche maronite, Mgr Béchara El Rahi, réticent à l’égard des équipées atlantistes en terre arabe, et Nicolas Sarkozy, en février 2012, témoigne de l’aberration politique et mentale des dirigeants occidentaux et de leurs supplétifs arabes, largement conditionnés par une pensée philo-sioniste en ce qui concerne les problèmes de la rive sud de la Méditerranée. Le prélat se serait fortement opposé à l’implication du Liban dans le conflit de Syrie, repoussant l’offre d’une évacuation des chrétiens arabes vers l’Europe particulièrement la France, de crainte que le Liban ne serve de patrie de substitution aux Palestiniens. La prestation de Mme Kodmani a pris ainsi rétrospectivement l’allure d’une reddition intellectuelle et morale à l’imperium colonial et exacerbé la suspicion à son égard au point que le chef des Frères Musulmans de Syrie a exigé sa démission immédiate (2). L’empressement de M. Ghalioune à obtenir l’adoubement du prédicateur islamique Youssef Al-Qaradawi  a discrédité, quant à lui,  le nouveau chef nominal de l’opposition syrienne, en ce que sa renonciation à sa posture laïque antérieure a signé la marque d’un renoncement. Sa précipitation à donner des gages au camp israélo-américain en annonçant la rupture du ravitaillement stratégique du Hezbollah libanais en cas de victoire a été perçue comme la marque d’un reniement, plongeant dans la consternation ses parrains par son amateurisme contre-productif et découragé bon nombre de ralliement à sa cause. Pour un duo qui se voulait représentatif de la future Syrie libre, moderne, démocratique et indépendante, son placement sous tutelle de l’ancien pouvoir colonial, un des grands soutiens aux dictateurs arabes déchus (Egypte, Tunisie), artisan du démembrement de leur pays d’origine, la Syrie, au bénéfice de la Turquie, par détachement du district d’Alexandrette, et, maitre d’œuvre du blocus de Gaza sous la mandature Sarkozy, pouvait difficilement se percevoir comme une marque de génie politique, nonobstant les effets corrosifs de cette servilité sur la crédibilité du leadership de l’opposition. A coups de cascade de fatwas démagogiques d’une caste cléricale wahhabite en perte de repères, en crainte d’une perte de magistère, offrant tantôt une rançon pour le meurtre du président syrien Bachar Al-Assad, prônant même la primauté de la collaboration avec les Israéliens sur les Alaouites, une secte schismatique de l’Islam, l’opposition externe, amputée de résistants authentiques, a offert le spectacle d’une vaste foire d’empoigne. Un lamentable concert de cacophonie mettant en compétition d’anciens féodaux à la reconquête de leurs anciens fiefs pré-baasistes, tels Adib Al Chichakli, fils de l’ancien dictateur syrien ou Naufal Dawalibi, fils de l’ancien premier ministre pro irakien de Syrie par la suite conseiller du Roi d’Arabie saoudite ou encore la brigade al Farouk du commandant Abdel Kader Tlass et les autres phalanges salafistes, dont la concurrence est à l’origine du collapsus de Bâb Amro, à Homs, en février 2012.

L’impunité sunnite et la schizothymie de Manaf Tlass

La «diplomatie du carnet de chèques» a été, de tous temps, maniée par les Saoudiens, pour restaurer le pouvoir sunnite tant à Beyrouth qu’à Damas. Au-delà du cas de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, artisan de la délocalisation de l’intégrisme wahhabite dans une société pluraliste, et du Général Rifa’at Assad, le frère du fondateur du clan, alaouite certes, mais propre beau-frère du Roi d’Arabie, les deux cautions sunnites inamovibles du pouvoir alaouite pendant quarante ans, le général Moustapha Tlass, ministre de la Défense, et Abdel Halim Khaddam, vice-président de la république et ministre des Affaires étrangères, deux personnalités de premier plan présumées socialistes du régime baasiste, ont cédé aux sirènes des pétrodollars saoudiens, avant de se désintégrer. Le militaire laissera convoler sa fille Nahed, une belle tige de la société syrienne, vers le septuagénaire marchand d’armes saoudien Akram Ojjeh, avant de sombrer dans le comique d’un problématique doctorat universitaire parisien. Cf à ce propos:http://www.rue89.com/2012/07/08/le-general-syrien-la-veuve-du-marchand-darmes-et-le-tout-paris-233691Son héritier Manaf Tlass, général au sein de la garde républicaine syrienne, scellera la rupture de la famille Tlass avec le clan Assad, avec l’annonce de sa défection à Paris, fin juin 2012, à l’occasion de la «Conférence des amis de la Syrie» chapeautée par la France. Manaf Tlass et le premier ministre en exercice Riad Hijab constituent à ce jour la plus grosse défection médiatique du régime baasiste en dix-huit mois de déstabilisation anti syrienne. Le play-boy s’était mis à l’écart depuis près d’un an à la suite de l’exil à Doubaï de son frère aîné Firas, fournisseur en équipements de l’armée syrienne. Les médias gravitant dans le giron atlantiste et pétro monarchique omettent toutefois de signaler que son oncle Talal continue d’exercer ses responsabilités en tant que N°2 du ministère de la Défense. Farouk Al Chareh, le vice-président de la République syrienne en titre, programmé en sa qualité de sunnite pour piloter dans le schéma occidental la période transitoire post-Assad, aurait adopté la même attitude. Pour faire taire les rumeurs de son exil en Jordanie, il a toutefois été désigné pour conduire le deuil des quatre personnalités syriennes tuées dans l’attentat du 18 juillet 2012. En choisissant comme lieu d’exil, Paris, la capitale occidentale la plus active dans le combat anti Assad, Manaf a franchi un point de non-retour, mettant un terme à près d’un demi-siècle de prédation conjointe de l’économie syrienne. Exfiltré via Beyrouth, selon toute vraisemblance sous la supervision des services de Denis Pietton, ancien ambassadeur de France au Liban et directeur de cabinet de Laurent Fabius, ministre socialiste des Affaires étrangères, maître d’œuvre de précédentes exfiltrations de servants français de la bataille de Bab Amro (Homs), en février 2012, Manaf Tlass paraît destiné, dans le schéma occidental, en cas de réussite de la déstabilisation de la Syrie, au rôle de futur chef fédérateur de la Syrie post baasiste, un vœu secret de l’Arabie saoudite, avec pour mission de coopérer avec le bloc atlantiste dans la lutte contre la dissémination des armes toxiques, y compris à l’égard du Hezbollah Libanais. L’engagement de cet ancien membre du premier cercle du pouvoir baasiste dans l’arène diplomatique en faveur d’une transition politique du pouvoir, sans intervention extérieure, pourrait donner du relief à une coalition oppositionnelle apparue jusqu’à présent, au vu de ses prestations, comme une conjuration de cloportes de supplétifs de l’équipée atlantiste. Il reléguerait à l’arrière-plan la cohorte des théoriciens de pacotille des opposants de la dernière heure. Et, accessoirement, mettre en concurrence les deux dames de la bourgeoisie syrienne de Paris, Nahed Ojjeh Tlass, qui se veut la nouvelle égérie des cercles mondains parisiens et Basma Kodmani, l’universitaire cosmopolite des cercles atlantistes de Bilderberg. La mise en circulation dans la presse française, fin juillet 2012, de photos de Manaf Tlass en compagnie de Dieudonné MBala Mbala, l’humoriste franco-camerounais décrié en France, relève précisément de cette guerre souterraine entre les divers clans syriens de Paris. Une manœuvre oblique destinée à discréditer celui que les Saoudiens envisagent de parachuter d’autorité à la tête de l’opposition syrienne, privant le clan des bureaucratiques académiques français des bénéfices de ses prestations empressées. La photo festive Manaf-Dieudonné, attablé dans un restaurant à Damas, en compagnie de Frédéric Chatillon, un communicant proche de l‘extrême droite française, peut faire se glapir le landerneau politique français, mais reste sans conséquence sur l’opinion arabe encore moins sur son parrain. Manaf a d’ailleurs inauguré ses activités oppositionnelles en effectuant le petit pèlerinage de la Mecque, en Arabie saoudite, comme la marque d’un adoubement wahhabite. Dans sa première prestation publique, une déclaration sur la chaîne transfrontière saoudienne «Al Arabia», le 25 juillet 2012, Manaf Tlass a lancé un appel à la lutte «contre la corruption et l’autoritarisme» qui sévissent, selon lui en Syrie, oubliant, dans une belle démonstration de schizothymie, les origines de sa fortune et celle de l’ensemble de sa famille, à savoir le passeport diplomatique syrien et les exonérations fiscales y afférentes dont bénéficie à Paris sa soeur Nahed Ojjeh Tlass, les considérables rétro-commissions de son frère Firas générées par ses transactions avec l’armée syrienne, enfin, dernier et non le moindre, le fait que son père, le général Moustapha Tlass, ait cautionné et co-signé, du fait de la loi martiale, en sa qualité de ministre de la défense, toutes les exécutions capitales ordonnées en Syrie en quarante ans du règne du clan Assad-Khaddam-Tlass. Quant à l’autre transfuge syrien célèbre, également sunnite, le bien nomme Abdel Halim Khaddam, dont le patronyme en arabe signifie littéralement «le serviteur», il reniera singulièrement son militantisme après avoir abusivement ponctionné le Liban, opérant par cupidité la plus retentissante reconversion de l’histoire politique récente, finissant sa vie en factotum de son coreligionnaire sunnite libanais Rafic Hariri. Vice-président de la République sous Hafez Al-Assad, il sera l’un des plus fermes opposants à la politique d’ouverture prônée par Bachar à la succession de son père, dont il redoutait les conséquences comparables à la perestroïka soviétique. Il fera alliance avec les Frères Musulmans syriens, la bête noire du régime, et se targuera de mener, depuis Paris, un combat pour la restauration de la démocratie en Syrie, après avoir abusivement ponctionné l’économie libanaise, en partenariat avec Rafic Hariri, l’ancien premier ministre libanais assassiné. M. Khaddam a été amplement gratifié de sa forfaiture d’un somptueux cadeau, -la résidence du nabab pétrolier grec, Aristote Onassis, sur la plus célèbre artère de la capitale française, l’Avenue Foch-, alors que le compère français de Hariri, l’ancien président Jacques Chirac, avait droit à un appartement avec vue sur Seine, Quai Voltaire à Paris, pensionnaire posthume de son ami, dont l’assassinat résulte vraisemblablement du grand basculement opéré par le président français dans la foulée de l’invasion américaine de l’Irak. Curieux destin que celui des sunnites syriens, les familles Khaddam et Tlass, qui auront activement participé à la prédation de l’économie syrienne et qui pourraient se voir propulser au rôle de sauveur de la Syrie, du fait de leur appartenance sunnite. Exonérées de leurs turpitudes antérieures de leur seul fait sunnite, exclusivement du fait de cette appartenance sunnite et de leurs connexions saoudiennes, en dépit des nombreux griefs qui pèsent sur eux. Il en est de même du premier ministre fugitif Riad Hijab, dont la défection a valu son pesant d’or au Qatar, le principal financier de ses opérations de détachement des sunnites syriens du régime baasiste. Une communautarisation institutionnalisée et instrumentalisée par la France au Liban, reprise par les Occidentaux sur l‘ensemble arabe en vue d’entraver l’avènement d’une société démocratique et laïque.

Assef Chawkat: un personnage encombrant

La désertion de Manaf Tlass est survenue une dizaine de jours avant le spectaculaire attentat contre le pouvoir alaouite le 18 juillet 2012 à Damas, emportant quatre hauts responsables de l’appareil militaro sécuritaire, notamment le ministre de la défense Daoud Rajha et surtout Assef Chawkat, beau-frère de Bachar Al Assad, un personnage encombrant dont les excès ont desservi le clan Assad. Epoux de Bouchra, l’unique fille de l’ancien président Hafez al-Assad, fondateur de cette dynastie républicaine, Assef Chawkat, est l’ancien chef des services de sécurité dont les Occidentaux réclamaient la tête en compensation de l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri. Perçu comme une pièce rapportée, Assef Chawkat a entretenu des relations houleuses avec le frère cadet du président, le colonel Maher, le nouvel homme fort du régime, au point que le benjamin de la fratrie a blessé à l’estomac son beau-frère, d’un coup de pistolet en 1999, en plein palais présidentiel. L’attentat-suicide contre le centre du pouvoir syrien a tendu à donner une plus grande visibilité à une opposition gangrénée par ses divisions et à galvaniser ses ardeurs combatives. Intervenant dans un climat exacerbé par l’épreuve de force diplomatique à l’ONU entre l’alliance atlantiste-pétro monarchique et leurs adversaires russes et chinois, elle tendrait à  accréditer l’idée d’un régime sur la défensive, en perte de maitrise de la situation. Et inciter, du coup, les Occidentaux à chercher à vouloir forcer la décision finale en Syrie, en vue de couper court à la contestation qui se fait jour dans la zone chiite du Golfe à Bahreïn et en Arabie saoudite, notamment le secteur d’Al Qatif, où de violents heurts opposent depuis la mi-juillet des activistes chiites saoudiens aux forces de l’ordre.

Références 1-Basma Kodmani est la fille de Nazem Kodmani, ancien ambassadeur de Syrie en France, décédé en 2008, artisan du rétablissement des relations diplomatiques entre la France et la Syrie après la rupture de Suez (1956. A son retour à Damas, le diplomate a été en charge du département Europe occidentale au ministère syrien des Affaires étrangères, particulièrement du suivi du dossier France, émargeant une large fraction de sa carrière sur le budget du pouvoir bassiste.  Sa mère, Hyam Mardam Bey, est la nièce de Jamil Mardam Bey, un dirigeant syrien de l’époque post indépendance du mandat français et cousine de Farouk Mardam Bey, l’éditeur franco syrien. Basma Kodmani a été, tour à tour, chercheuse à l’IFRI, puis directrice régionale de la Ford Foundation au Caire avant de diriger l‘ARI (Arab Reform Initiative). Cette structure, financée par des fonds mixtes notamment des Emirats arabes Unies, a été initiée par Harry Siegman, membre du Council of Foreign relations, activiste influent de la communauté juive progressiste de New York, via son lobby «ME-USA project», le projet américain pour le Moyen-Orient. Auditrice assidue du Forum de Bilderberg, la plateforme décisionnelle des cosmocrates de la trilatérale (Etats-Unis, Japon, Europe), Basma Kodmani a été présentée lors de la dernière session du Forum qui s’est tenu du 6 au 12 juin à Chantilly (Virginie) a été inscrite sous la mention « International », alors qu’elle est de nationalité française, d’origine syrienne, seul participant à bénéficier de ce  label, comme pour suggérer son cosmopolitisme, frappant de caducité sa présence au sein de l’opposition syrienne de France, dont elle ne revendique ni la nationalité française, ni la nationalité syrienne. Cf. à ce propos: Basma Kodmani/Bilderberg session de juin 2012 http://www.prisonplanet.com/syria-regime-change-on-bilderberg-agenda.html http://blogs.mediapart.fr/blog/laurent-mauduit/060612/le-monde-se-compromet-bilderberg http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/syrian-council-cia-lobby-zek-860.htm 2 – Ghalioune Leaks: Le quotidien libanais Al Akhbar a publié le 3 mai 2012 des messages électroniques piratés rendant compte des dissensions et des règlements de compte qui se sont produits au sein de l’opposition armée syrienne et des exactions de certains groupements financés par l’Arabie saoudite contre des civils, dans le but de faire prévaloir d’autres considérations que le primat du combat national. A propos de la demande démission de Basma Kodmani par les Frères Musulmans et du virement par le Qatar d’un million de dollars chaque cinq jours à Bourhane Ghalioune. CF: «La Brigade Al Farouk nous tue», message des combattants de l’intérieur à la hiérarchie de l’opposition sur les exactions de la brigade Al Farouk à Homs http://www.al-akhbar.com/node/63540. http://www.al-akhbar.com/sites/default/files/pdfs/20120418/p21_20120418.pdf A propos du rôle d’obstruction joué par le Qatar et la Turquie pour contrecarrer une démarche russe auprès de Damas en faveur de l’opposition syrienne. Et le message de Michel Kilo, un des plus prestigieux opposants syriens, à Bourhane Ghalioune, le chef nominal de l’opposition externe, à propos du rôle du Qatar et de la Turquie. http://www.al-akhbar.com/node/63538 «Attention à la Turquie et au Qatar». Pour le lecteur non arabophone Cher Bourhane, Tu n’ignores pas qu’il m’est difficile de te refuser quelque service que ce soit. Mais j’ai appris que la réunion d’Istanbul (des amis de la Syrie) a été organisée par le Qatar et la Turquie et que la Ligue arabe n’avait pas été informée de cette initiative. Le Qatar et la Turquie n’ont pas une attitude positive à notre égard. Je préfère Le Caire à Istanbul et l‘Egypte à la Turquie. L’initiative de ces deux pays est destinée à couper la voie à une initiative russe dont tu n’ignores pas qu’elle devait être dans notre intérêt. Je n’irai donc pas à Istanbul pour signer l’accord (de regroupement des diverses factions de l’opposition syrienne). Signé Michel Kilo. Pour aller plus loin sur la Syrie http://www.renenaba.com/la-credibilite-de-l’opposition-syrienne-a-l’epreuve-du-parrainage-franco-turc/ http://www.renenaba.com/la-bataille-de-syrie-et-la-capture-par-l’iran-d’un-drone-americain-sophistique/

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Produire des « Etats Ratés »

septembre 8th, 2012 by Edward S. Herman

Pendant la Guerre du Vietnam, au-dessus de l’entrée d’une base américaine on pouvait lire : “Killing Is Our Business, and Business Is Good.” (Tuer c’est notre affaire, et les affaires marchent fort).[1] Et en effet, les affaires marchaient vraiment très fort au Vietnam (de même qu’au Cambodge, au Laos ou en Corée), où on comptait par millions le nombre de civils tués. D’ailleurs elles se sont plutôt bien maintenues aussi après la Guerre du Vietnam. Les massacres ont continué sur tous les continents, aussi bien directement que par l’entremise de « proxies »[2], partout où la « sécurité nationale » américaine avait besoin de bases, de garnisons, d’assassinats, d’invasions, de campagnes de bombardements, ou de sponsoriser des régimes assassins et d’authentiques réseaux et programmes terroristes trans-nationaux, pour répondre à la « menace terroriste » qui ne cesse de défier le pauvre « géant pitoyable »[3]. Dans son excellent ouvrage sur l’ingérence des États-Unis au Brésil (United States Penetration of Brazil, Pennsylvania University Press, 1977), Jan Knippers Black montrait déjà il y a des années, combien l’acception merveilleusement élastique du concept de « sécurité nationale » peut être élargie, en fonction de ce qu’une nation, une classe sociale ou une institution estime qu’elle devrait pouvoir recouvrir. Au point que ce sont précisément « ceux dont la richesse et la puissance devraient en principe garantir la sécurité, qui sont en fait les plus paranoïaques et qui, par leurs efforts effrénés pour assurer leur sécurité, engendrent eux-mêmes leur propre [lot de] destruction ». (Son ouvrage traitait du risque d’apparition d’une démocratie sociale au Brésil dans les années 1960, et de son élimination grâce au soutien américain à une contre-révolution et à l’établissement d’une dictature militaire). Ajoutez à cela le besoin des entrepreneurs liés au complexe militaro-industriel, de favoriser des missions justifiant l’augmentation des budgets de défense, et la pleine et entière coopération des médias de masse à cette activité, et vous obtenez une terrifiante réalité.

En réalité ledit géant faussement paranoïaque s’est démené comme un beau diable pour produire des semblants de menaces à peu près crédibles, surtout depuis la chute de « l’empire du mal » que ce pays avait toujours prétendu « contenir ». Dieu merci, après quelques tentatives sporadiques de cristalliser l’attention sur le narco-terrorisme, puis sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein, le terrorisme islamique tomba littéralement du ciel pour offrir à cette défunte menace un digne successeur, découlant tout naturellement de l’hostilité du monde arabe aux libertés américaines et de son refus de laisser à Israël la possibilité de négocier la paix et de régler pacifiquement ses désaccords avec les Palestiniens.

En plus d’optimiser les massacres et les ventes d’armes qui en découlent, les États-Unis devenaient aussi de facto le premier producteur d’États ratés, à l’échelle industrielle. Par État raté, j’entends un État qui, après avoir été écrasé militairement ou rendu ingérable au moyen d’une déstabilisation économique ou politique et du chaos qui en résulte, a presque définitivement perdu la capacité (ou le droit) de se reconstruire et de répondre aux attentes légitimes de ses citoyens. Bien sûr, cette capacité de production des États-Unis ne date pas d’hier – comme le montre l’histoire d’Haïti, de la République Dominicaine, du Salvador, du Guatemala ou de ces États d’Indochine où les massacres marchaient si bien. On a d’ailleurs pu constater récemment une prodigieuse résurgence de cette production d’États ratés, occasionnellement sans hécatombes, comme par exemple dans les ex-républiques soviétiques et toute une kyrielle de pays d’Europe de l’Est, où la baisse des revenus et l’accroissement vertigineux du taux de mortalité découlent directement de la « thérapie de choc » et de la mise à sac généralisée et semi-légale de l’économie et des ressources, par une élite appuyée par l’Occident mais aussi plus ou moins organisée et soutenue localement (privatisation tous azimuts, dans des conditions de corruption optimales).

Une autre cascade d’États ratés découlait par ailleurs des « interventions humanitaires » et changements de régime menés par l’OTAN et les USA, plus agressivement que jamais depuis l’effondrement de l’Union Soviétique (c’est à dire depuis la disparition d’une « force d’endiguement » extrêmement importante bien que très limitée). Ici, l’intervention humanitaire en Yougoslavie a servi de modèle. La Bosnie, la Serbie et le Kosovo furent changés en États ratés, quelques autres s’en sortirent chancelants, tous assujettis à l’Occident ou à sa merci, avec en prime la création d’une base militaire US monumentale au Kosovo, le tout érigé sur les ruines de ce qui avait jadis été un État social démocrate indépendant. Cette belle démonstration des mérites d’une intervention impériale inaugura la production d’une nouvelle série d’États ratés : Afghanistan, Pakistan, Somalie, Irak, République Démocratique du Congo, Libye – avec un programme similaire déjà bien avancé aujourd’hui en Syrie et un autre visiblement en cours dans la gestion de la dite « menace iranienne », visant à renouer avec l’heureuse époque de la dictature pro-occidentale du Shah.

Ces échecs programmés ont généralement en commun les stigmates caractéristiques de la politique impériale et d’une projection de puissance de l’Empire. Ainsi par exemple l’émergence ou/et la légitimation (ou la reconnaissance officielle) d’une rébellion ethnique armée qui se pose en victime, mène contre les autorités de son pays des actions terroristes visant parfois ouvertement à provoquer une réaction violente des forces gouvernementales, et qui appelle systématiquement les forces de l’Empire à lui venir en aide. Des mercenaires étrangers sont généralement amenés à pied d’œuvre pour aider les rebelles ; rebelles indigènes et mercenaires étant généralement armés, entraînés et soutenus logistiquement par les puissances impériales. Ces dernières s’empressent bien sûr d’encourager et soutenir les initiatives des rebelles pour autant qu’elles leur paraissent propres à justifier la déstabilisation, le bombardement et finalement le renversement du régime cible.

Le procédé était flagrant durant toute la période du démantèlement de la Yougoslavie et dans la production des États ratés qui en sont issus. Les puissances de l’OTAN ayant alors pour objectif l’éclatement de la Yougoslavie et l’écrasement de sa composante la plus importante et la plus indépendante, à savoir la Serbie, elles encouragèrent à la rébellion les éléments nationalistes des autres républiques de la fédération, pour lesquelles le soutien voire l’engagement militaire de l’OTAN sur le terrain était naturellement acquis. Le conflit n’en fut que plus long et vira au nettoyage ethnique, mais pour ce qui est de la destruction de la Yougoslavie et de la production d’États ratés, ce fut une réussite (Cf. Herman et Peterson, “The Dismantling of Yugoslavia,” [Le démantèlement de la Yougoslavie], Monthly Review, octobre 2007). Assez curieusement, c’est avec l’aval et la coopération de l’administration Clinton et de l’Iran qu’on importa entre autres mercenaires, des éléments d’Al-Qaïda en Bosnie puis au Kosovo, pour aider à combattre le pays cible : la République Serbe[4]. Mais Al-Qaïda comptait aussi parmi les rangs des “combattants de la liberté” engagés dans la campagne de Libye, et elle est aussi une composante notoire (même le New York Times le reconnaît désormais, fut-ce avec un peu de retard) du changement de régime programmé en Syrie (Rod Nordland, “Al Qaeda Taking Deadly New Role in Syria Conflict”, New York Times, 24 juillet 2012). Bien sûr, Al-Qaïda avait aussi été auparavant une pièce maîtresse du changement de régime [de 1996][5] en Afghanistan, puis un élément clé du retournement de situation du 11 septembre (Ben Laden, leader rebelle saoudien de premier rang, d’abord sponsorisé par les États-Unis, puis lâché par ses sponsors, se serait ensuite retourné contre eux avant d’être diabolisé puis éliminé par ces derniers).

Ces programmes impliquent toujours une habile gestion des atrocités commises, qui permet de pouvoir accuser le gouvernement agressé d’avoir commis des actes de violence graves à l’encontre des rebelles et de leurs partisans, et ainsi de le diaboliser efficacement afin de pouvoir justifier une intervention plus massive. Cette méthode a joué un rôle clé pendant les guerres de démantèlement de la Yougoslavie, et probablement bien davantage encore dans la campagne de Libye et dans celle de Syrie. Elle doit d’ailleurs beaucoup à la mobilisation d’organisations internationales, qui prennent activement part à cette diabolisation en dénonçant les atrocités imputables au dirigeant visé, voire en le poursuivant et condamnant d’office au pénal. Dans le cas de la Yougoslavie, le Tribunal Pénal International pour l’ex Yougoslavie (TPIY), mis en place par l’ONU, travailla main dans main avec les puissances de l’OTAN pour s’assurer que la seule mise en accusation des autorités serbes suffirait à justifier toute action que les USA et l’OTAN décideraient d’entreprendre. Magnifique illustration cette mécanique, la mise en examen de Milosevic par le Procureur du TPIY fut lancée précisément au moment où (en mai 1999) l’OTAN décidait de bombarder délibérément les infrastructures civiles serbes pour accélérer la reddition de la Serbie – alors que ces bombardements mêmes étaient des crimes de guerre caractérisés menés en totale violation de la Charte des Nations Unies. Or c’est précisément le procès de Milosevic qui permit aux médias de détourner l’attention du public des exactions désobligeantes et illégales de l’OTAN.

De même, à la veille de l’agression de la Libye par l’OTAN, le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) s’empressa de lancer des poursuites contre Mouammar Kadhafi sans même avoir jamais demandé le lancement d’une investigation indépendante, et alors qu’il était notoire que la CPI n’avait jusqu’ici jamais poursuivi personne d’autre que des chefs d’États africains non alignés sur l’Occident. Ce curieux mode de « gestion de la légalité » est un atout inestimable pour les puissances impériales et s’avère extrêmement utile dans la perspective d’un changement de régime comme dans la production d’États ratés.

Interviennent aussi des organisations humanitaires ou de « promotion de la démocratie », soi disant indépendantes, à l’instar de Human Rights Watch, de l’International Crisis Group ou de l’Open Society Institute, qui régulièrement se joignent au cortège impérial en dressant l’inventaire des seuls crimes possiblement imputables au régime cible et à ses dirigeants, ce qui contribue notablement à radicaliser la polarisation des médias. L’ensemble permet la production d’un environnement moral favorable à une intervention plus agressive au nom de la défense des victimes.

S’ajoute ensuite le fait que, dans les pays occidentaux, les dénonciations ou allégations d’atrocités commises – que viennent renforcer les images de veuves éplorées et de réfugiés démunis, les preuves apparemment patentes d’exactions odieuses et l’émergence d’un consensus sur la « responsabilité de protéger » les populations victimes du conflit – émeuvent profondément une bonne partie des milieux libertaires et de gauche. Nombre d’entre eux en viennent alors à hurler avec les loups et à s’en prendre eux aussi au régime cible, pour exiger une intervention humanitaire. Les autres s’enfoncent généralement dans le mutisme, rendus perplexes, certes, mais craignant surtout de se voir accusés de « soutenir des dictateurs ». L’argument des interventionnistes est que, au risque de sembler soutenir l’expansion de l’impérialisme, on se doit de faire exception lorsque des choses particulièrement graves ont lieu et que tout le monde chez nous s’indigne et demande qu’on intervienne. Mais on se doit aussi, pour se montrer authentiquement de gauche, de tenter une micro-gestion de l’intervention pour contenir l’attaque impériale – en exigeant par exemple qu’on s’en tienne à une interdiction de survol en Libye[6].

Mais les États-Unis eux-mêmes ne sont pas l’une des moindres réussites de cette production d’États ratés. A l’évidence, aucune puissance étrangère ne les a jamais écrasés militairement, mais la base même de leur propre population a payé un tribut extrêmement lourd à leur système de guerre permanente. Ici, l’élite militaire, de même que ses alliés du monde de l’industrie, de la politique, de la finance, des médias et de l’intelligentsia, a très largement contribué à l’aggravation de la pauvreté et de la détresse généralisée, à la désintégration des services publics et à l’appauvrissement du pays, en maintenant la classe dirigeante, paralysée et compromise, dans l’incapacité de répondre correctement aux besoins et attentes de ses citoyens ordinaires, malgré l’augmentation constante de la productivité par tête et du PNB. Les excédents y sont intégralement captés par le système de guerre permanente et par la consommation et l’enrichissement d’une petite minorité qui – dans ce que Steven Pinker dans Better Angels of Our Nature appelle une période de « recivilisation » – combat agressivement pour pouvoir mener sa captation bien au-delà de la simple monopolisation des excédents, jusqu’au transfert direct des revenus, biens et droits publics de la vaste majorité de ses concitoyens (qui se démènent). En tant qu’État raté comme dans bien d’autres domaines, les États-Unis sont incontestablement une nation d’exception !

 

Article original en anglais : FOG WATCHManufacturing Failed States by Edward S. Herman

Traduit de l’anglais par Dominique Arias pour Investigaction.

Edward S. Herman est Professeur Émérite de Finance à la Wharton School, Université de Pennsylvanie. Économiste et analyste des médias de renommée internationale, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont : Corporate Control, Corporate Power (1981), Demonstration Elections (1984, avec Frank Brodhead), The Real Terror Network (1982), Triumph of the Market (1995), The Global Media (1997, avec Robert McChesney), The Myth of The Liberal Media: an Edward Herman Reader (1999) et Degraded Capability: The Media and the Kosovo Crisis (2000). Son ouvrage le plus connu, Manufacturing Consent (avec Noam Chomsky), paru en 1988, a été réédité 2002 aux USA puis en 2008 au Royaume Uni.

 

Notes :



[1] Ndt : États ratés (failed states), terme de diplomatie internationale qui désigne les États incapables de maintenir ou développer une économie saine, fait écho à « rogue states » (États voyous) et à « smart states » (États malins : en l’occurrence ceux qui, à l’instar des États-Unis, évitent de déclencher et de mener officiellement eux-mêmes les guerres qui leur profitent.

[2] Ndt : Proxies, groupes paramilitaires ou mercenaires formés, armés, financés et soutenus ou dirigés par une ou plusieurs Grandes puissances pour déstabiliser un pays cible. Les conflits dits « de basse intensité » ou « dissymétriques » menés ainsi indirectement sont appelés « proxy wars ». bien que souvent présentée comme telle, une proxy war est tout sauf une guerre civile.

[3] Ndt : Dans les médias et le cinéma américain, les États-Unis sont fréquemment représentés comme un pauvre « géant pitoyable », malhabile et balourd. Cette représentation permet de minorer les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis délibérément et sciemment par ce pays, en les faisant passer pour autant de bourdes et de maladresses parfaitement involontaires. Le terme  « casualties » (négligences) désigne par exemple les victimes civiles d’exactions militaires, lorsque celles-ci sont commises par les USA ou leurs alliés.

[4] Cf. : Unholy Terror [terreur impie ou invraisemblable ou contre nature, l'acception de Unholy étant très large], de John Schindler, article particulièrement démonstratif sur ce sujet et qui, de fait, n’apparaît plus nulle part, sauf sur Z-Magazine ! Voir ici mon “Safari Journalism: Schindler’s Unholy Terror versus the Sarajevo Safari’s Mythical Multi-Ethnic Project”, Z Magazine, avril 2008

[5] Ndt : Afghanistan : Renversement de la monarchie 1978

Invasion soviétique en soutien au nouveau régime : 1979-1989

Guerre civile pro/anti-islamistes :1990-1996

Coup d’État et prise de pouvoir des Talibans : 1996

Début de l’intervention de Ben Laden dans le conflit : 1984

Création d’Al-Qaïda : 1987

[6] Cf. Gilbert Achcar, “A legitimate and necessary debate from an anti-imperialist perspective,” [Un débat légitime et nécessaire à partir d’une perspective anti-impérialiste] ZNet, 25 mars 2011; et ma réponse dans “Gilbert Achcar’s Defense of Humanitarian Intervention,” [Gilbert Achar prenant la défense d’une intervention humanitaire] MRZine, 8 avril 2011, concernant “les finasseries de la gauche impérialiste”.

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Journalistes,

Réajustements et façon dont a été traitée cet été l’inauguration du chantier visant à décontaminer une ancienne aire de stockage d’Agent Orange sur l’aéroport de Danang au Viêt Nam.

À l’été 2011, se déroula une cérémonie dédiée aux accords vietnamo-étasuniens visant à engager un chantier de décontamination de la dioxine recelée dans et par l’Agent Orange sur une partie de l’ancienne base américaine de Danang. Un lieu faisant partie des trois principaux sites les plus contaminés par cette molécule 2,3,7,8-TCDD parmi les 28 « points chauds » identifiés, ceux-ci ne tenant pas compte des millions d’hectares qui ont reçu de un à dix épandages, parfois davantage.

 

Un an plus tard, le 9 juillet 2012, se déroula l’inauguration du début des travaux estimés à 43 millions de dollars (financé à hauteur de 20 millions par les États-Unis, soit moins de la moitié) en présence de hauts responsables vietnamiens et de l’Ambassadeur des USA au Viêt Nam. Ce dernier, David Shear, déclara que les USA avaient déjà aidé les Vietnamiens handicapés « quelle que soit la cause » à hauteur de 54 millions de dollars. Il convient de préciser ici qu’il s’agit d’aide d’ONG et de Fondations, comme par exemple la Fondation du constructeur automobile Ford (visant le marché automobile vietnamien ?). Et quand David Shear dit que le lien entre l’exposition à l’Agent Orange et les maladies qui en découlent est « incertain », phrase reprise à l’unisson par les médias, l’ambassadeur applique à la lettre la conduite dictée par Washington qui consiste à ne pas reconnaître sa responsabilité dans cet effroyable crime, tandis que son Académie nationale des Sciences a établi les liens de cause à effet entre l’Agent Orange et des dizaines de pathologies (très graves et/ou mortelles) et de malformations congénitales, parfois monstrueuses. Cette liste est remise à jour tous les 2 ans, et s’allonge au fil du temps. Causalités qui ne valent visiblement que pour les vétérans étasuniens, mais pas pour les victimes vietnamiennes, laotiennes, et cambodgiennes qui n’en sont pourtant pas moins humaines. Quant à la corrélation, les anciens combattants de pays alliés de l’armée US qui furent en contact avec l’Agent Orange, (ceux de Corée du Sud, de Nouvelle-Zélande, d’Australie), sont atteints, eux et leurs enfants, des mêmes pathologies, alors qu’ils ne résident pas dans les mêmes régions géographiques et connaissent des conditions et des modes de vie fort différents. D’ailleurs, la Corée du Sud a intenté un procès aux compagnies chimiques étasuniennes et la Haute Cour de Séoul a condamné Dow Chemical et Monsanto. Qui ne serait pas surpris que ces grands groupes industriels à but lucratif aient accepté de payer, en 1984, 180 millions de dollars à un fond destiné à dédommager les vétérans US victimes de l’Agent Orange afin d’éviter un procès qui aurait crée un précédent, tout en clamant dans le même temps leur non-responsabilité ?

Le budget du Departement of Veterans Affairs (ministère des Anciens combattants US) de 2010 pour les seuls vétérans victimes de l’Agent Orange dépassait les 13 milliards de dollars (soins, pensions, y compris la compensation pour la reconnaissance de 2 nouvelles maladies), et ils ne sont « que » 200 000. Immédiatement, notre esprit tourne comme un moteur cherchant à définir la somme annuelle qui serait proportionnelle aux millions de victimes vietnamiennes… sans même oser y ajouter le coût de la décontamination à l’échelle du pays.

Lors de cette inauguration, les responsables du chantier ont proclamé que 73 000 m³ de terre seraient chauffés (la dioxine apparaît en présence de chlore aux environs de 400°C et se dénature entre 800 et 1000°C), ceci en 4 années, donc jusqu’en 2016. Cependant, à seule fin de rétablir les choses à leurs justes proportions, il suffit de prendre une calculette pour constater que ce chiffre ronflant, repris lui aussi à l’unisson par les médias, représente seulement 3 hectares sur 2,5 mètres de profondeur (alors qu’il conviendrait de parler des fonds des rivières et des lacs, des nappes phréatiques et aquifères bien plus profondes où l’on retrouve effectivement la dioxine). Autrement dit, la petite partie de l’aéroport de Danang qui a fait la Une de l’actualité internationale est un « confetti » au regard des millions d’hectares ayant subi les épandages d’Agent Orange. De plus, la dépollution de ce « confetti » ciblé (qui est une forme de reconnaissance implicite de responsabilité, tout comme la vague de publicité qui lui est faite) n’est-elle pas motivée par les intérêts géostratégiques de la région soulevée par la Chine?

Cela posé, mieux vaut un peu de décontamination que pas du tout.

Le traitement de cette information par une très large majorité des médias est révélateur de l’inclination de l’Europe occidentale à faire allégeance yeux fermés aux États-Unis d’Amérique. S’agissant d’une action qui colporte une image positive des USA, journaux, télévisions, et radios de tout poil reprirent comme un seul homme le « confetti » à la Une, avec parfois des titres laissant entendre que les États-Unis avaient entrepris la décontamination du Viêt Nam dans son entièreté : information insidieuse invitant l’opinion publique à penser que la confuse et lointaine question de l’Agent Orange était désormais réglée. Or, la plupart de ces médias ont une méconnaissance totale de cette plus grande guerre chimique de l’Histoire de l’humanité qui tue encore aujourd’hui, et cela pour avoir parfaitement ignoré jusqu’ici les millions de victimes de ce crime abject (puisque fabricants et chercheurs des laboratoires militaires connaissaient les effets et conséquences sanitaires de la dioxine TCDD contenu dans l’Agent Orange au moment de son utilisation) : jusqu’à 4,8 millions de personnes ont été directement exposées aux épandages de l’Agent Orange (rapport Stellman, 2003, USA) ; le 27 mai 2010, Madame Tong Thi Phong, Vice-présidente de l’Assemblée nationale du Viêt Nam déclara que 4 millions de Vietnamiens étaient contaminés à des degrés divers. Des chiffres qui ne tiennent pas compte des innombrables victimes ayant développé des pathologies incurables ni des effets tératogènes sur les nouveau-nés depuis trois générations, tandis que la quatrième arrive. Une récente étude vietnamienne estime que 16 millions de personnes ont été au contact de l’Agent Orange depuis le début des épandages. Des millions de victimes passées, présentes, et à venir par le biais de la chaîne alimentaire sans que l’on sache quand ni si cela s’arrêtera un jour.

Journalistes aspirés par la vitesse du temps médiatique, mieux vaut tard que jamais. Vous êtes les alliés naturels des victimes (de toutes) pour porter à la connaissance de l’opinion publique l’abomination d’un des plus grands crimes de l’Histoire des hommes, jusque-là tenu sous silence.

 

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris : http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

 

 

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Le Réseau No War-Roma, basé en Italie, soutient une solution négociée à la tragédie syrienne à partir du cessez-le-feu, pour que cesse le bain de sang et le que le peuple syrien puisse s’exprimer sur son futur dans la paix et sans ingérences.

Mais les plans de paix ont été boycottés par la participation militaire indirecte au conflit de la part de puissances extérieures, sous forme d’appui en armes, argent, conseiller militaire, combattants aux oppositions armées dans leur lutte pour le pouvoir.

Cette ingérence qui alimente la violence est justifiée – par les gouvernements et les médias mainstream – par la nécessité d’ « aider les groupes armés de l’opposition à arrêter les massacres du régime et à protéger les civils ». La réalité d’un an et demi de conflit est cependant très loin de cette simplification de la responsabilité à une seule des parties armées en conflit en légitimant donc l’appui à l’autre.

Malheureusement même le rapport (publié le 15 août) de la « Commission internationale indépendante d’enquête sur la Syrie » (CoI) sur mandat du conseil ONU de Genève pour les Droits de l’homme semble vicié dans ce sens.

Le rapport (http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/HRCouncil/PRCoISyria15082012_en.pdf) conclut qu’il existe « des bases raisonnables » pour retenir que les forces gouvernementales et les shabbiha, sur la base d’une politique d’État, aient commis des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre et de graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

Le Réseau No War a étudié le rapport et y a relevé des contradictions, des partialités dans les sources et des attributions de responsabilités qui ne sont pas portées par des preuves. L’étude, en italien, est disponible sur le site www.sibialiria.org.

Voilà en synthèse nos observations critiques. Le rapport nous apparaît comme un jugement politique et douteux quant aux preuves et aux attributions de responsabilités pour les raisons suivantes :

1.  le manque d’accès aux pays (le gouvernement n’a pas donné le feu vert a comme il l’avait fait pour les observateurs) a, comme l’admet la Commission, « fait obstacle de façon significative à la capacité de porter le travail à terme ». Donc « l’accès » (euphémisme), aux victimes provoquées par les forces d’opposition a été limité » ; « l’accès à l’armée et aux membres du gouvernement a été quasi inexistant » ; « les victimes et les témoins dans le pays n’ont pas pu être interrogés en personne ». La Commission aurait cependant pu interroger les témoins et les victimes identifiées par les groupes de recherches syriens comme le Sovvt ou Vox Clamantis. Il ne l’a pas fait.

2. Les centaines d’interrogatoires qui ont constitué la source principale de l’enquête ont été conduits – comme il est précisé – parmi les réfugiés (déserteurs et famille) dans les pays limitrophes, ou à Genève, ou par téléphone ou via skype à l’intérieur de la Syrie. Sur la base des précédents rapports de la même Commission et de cette géographie caractéristique dans la sélection des témoignages, il faut retenir que les références principales pour la CoI ont été des représentants de l’opposition.

3. Comme cela arrive souvent il semble que l’on ait donné la parole au témoignage d’une seule des parties, une seule section du peuple syrien.

4. La CoI fait aussi référence à des rapports d’O.N.G., et sur la base de précédents il est certain que parmi celles-ci il y a des groupes favorables à l’opposition mais pas de syriens indépendants des parties.

5. Pour beaucoup des crimes que le rapport CoI, sur la base des témoins interrogés, attribue aux forces pro-gouvernementales, il existe d’autres versions de témoins qui soutiennent exactement le contraire, en accusant l’autre partie (ou les deux). Cela vaut pour :

- les massacres de civils, y compris celui de Houla : d’autres versions n’ont pas été entendues, et en outre il est difficile même de la part de témoins et de survivants, d’identifier l’affiliation des coupables ; les victimes peuvent être dépistées par des symboles ou des uniformes ;

- les attaques indiscriminées à des zones civiles. De toute évidence ce sont les opposants armés à se cacher dans des zones civiles en les prenant de fait en otage et en attaquant les résidents, mais la Commission n’enregistre pas ce crime. En outre les victimes civiles tombent souvent dans un contexte d’affrontement entre des factions opposées, avec des responsabilités partagées.

- l’utilisation de boucliers humains que dans beaucoup de contextes d’autres témoignages imputent justement aux opposants ;

- les massacres de sang-froid et les violences sur des civils, hommes, femmes et enfants, les tirs de snipers et les attaques à des personnes désarmées, ainsi que les massacres extra judiciaires de personnes armées

- les saccages et les destructions

6. dans le rapport se vérifie la confusion entre civils et armés

7. l’absence de séparation entre les actions de l’armée ou du gouvernement officiel et celles des forces ou sujets pro-gouvernementaux mais non officiellement gouvernementaux comme les soi-disant shabbiha, entité obscure même pour la Commission,  est indue.

8. il apparaît aussi comme forcé et « politiquement partisan » attribuer au régime (comme mandant ou connivent) toutes les horreurs des bandes ou milices même si elles sont favorables au gouvernement lui-même. On ne fait pas la même chose pour les crimes de l’opposition.

9. en attribuant la responsabilité de différents massacres aux shabbiha, ceux qui sont interrogés par la Commission paraissent ignorer la possibilité d’un « troisième acteur », les escadrons de la mort « externe » aux deux parties.

10. La longue liste des attentats terroristes qui ont tué des dizaines de civils est pourtant reléguée « par manque d’accès aux lieux » à des catégories de « crimes domestiques ».

11. Sur le massacre de Houla attribué à des « forces alignées avec le gouvernement » on se demande quel serait le motif ou la raison d’un crime aussi précis et affreux, sans rapport avec les affrontements. L a CoI ignore le fait que des représentants de l’opposition armée soutiennent qu’il s’est agi d’une vengeance atroce entre familles ou villages. Un geste qui pourrait alors ne pas être commandé par « le siège central ».

12. Le massacre de Houla : qui a choisi ceux qui sont interrogés et les témoins ou présumés tels ? Il n’est pas impossible que les témoins, interrogés à Houla, qui est sous le contrôle de l’ASL, aient été intimidés. Le « témoignage » de l’ex-militaire n’apparaît pas probant. On se demande aussi pourquoi prendre comme cible deux familles qui ne s’étaient pas distinguées par leur activisme anti Régime.

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De quoi les Pussy Riot sont-elles le signe ?

septembre 5th, 2012 by Jean-Marie Chauvier

Les aimer ou pas. Cela se peut.  Punk à la Cathédrale et « porno alternatif » ? C’est tendance. Quitte à en choquer un peu, beaucoup, passionnément, massivement ? Je ne sais pas trop quoi penser, je me sens un peu dépassé, décidément le temps  n’est plus aux sages petites pionnières à nattes ornées de rubans blancs, le foulard rouge noué autour du cou, ni aux déesses komsomoles[1] aux regards inondés d’avenir radieux. Les visages souriants, les yeux moqueurs des Pussy Riot témoignent d’une autre Russie. Qui n’hésite plus à étaler, comme dans les âges païens reculés, ces seins que je ne saurais voir.

Déjà, les Fame ukrainiennes nous en ont donné quelque aperçu ![2]

Question pornographie, ne croyez pas que la Russie soit ignorante : depuis vingt ans, elle en est abondamment servie, le « Libre Marché » du cul est en pleine expansion et les « performances » des Chattes en révolte restent, sur ce plan, plutôt modestes. Est-ce de « l’art » ? Chanter « Vierge Marie, chasse Poutine » à la cathédrale du Christ Sauveur, se « tringler » (ебать) publiquement dans un musée, se masturber avec une carcasse de poulet de supermarché, voilà qui est en tout cas très nouveau dans la création artistique en Russie ! Personnellement, ces « performances » me laissent de marbre, sauf la « prière chantée punk » à la Cathédrale, vraiment très réussie et, à mon sens, pas attentatoire à la foi chrétienne, mais je ne suis point bon juge en la matière. Attentatoire au prestige du pouvoir, par contre, est l’érection d’un gigantesque phallus sur un pont levis, à Saint-Petersbourg, face au siège de l’ancien KGB[3] et des actuels organes de sécurité FSB.[4] A l’époque soviétique, on se moquait volontiers de ces « organes » auxquels adhéraient maints « membres » du Parti. Les Pussy et leurs amis de Vojna sont donc dans la continuité des blagues soviétiques, bravo !

Chacun choisira d’y voir des actrices d’un nouveau « dadaisme » ou de pauvres victimes de la société du spectacle à l’heure d’Internet : « il suffit de lancer un you tube scandaleux sur la toile, et le tour du monde s’accomplit ! » S’y ajoute, bien sûr, la caisse de résonance médiatique occidentale, dûment orientée ! Comment interpréter l’intérêt soudain du Département d’Etat américain, de l’Union Européenne et d’Amnesty International pour un groupe punk anarchisant ? Deux ans de colonie pénitentiaire pour une chanson punk à la cathédrale, c’est évidemment scandaleux. « Moyen-âgeux », « stalinien », de « retour au Goulag » clament les plus énervés, à Moscou et chez nous, de manière complètement disproportionnée.[5]

Mais l’indignation occidentale eut-elle été semblable si la provocation avait eu lieu au sein de Notre-Dame de Paris, dans une grande synagogue ou dans une mosquée d’envergures comparables au Christ Sauveur de Moscou ? Pardon de poser la question qui, déjà, indigne les indignés occidentaux, mais n’est-ce pas leur indignation qui pose aussi question ? Est-ce vraiment ce qu’elles font qui intéresse, ou seulement le fait qu’elles le font en Russie ?

Imaginons plutôt. Dans une grande synagogue israélienne, des « pussy » juives implorent Yahvé : « Délivrez-nous de Netanhyaou ! ». Dans une mosquée de la Mecque, des « pussy » musulmanes voilées s’adressent à Allah : « Chassez la famille  Al Saoud ! ». A la Basilique St Pierre de Rome, c’est au tour du Dieu des chrétiens d’être apostrophé par ses fidèles en tenue punk : « Débarrassez-nous de ce Ratzinger ! ». La liste peut s’allonger, chaque pays, chaque communauté trouvera aisément la cible de sa « prière ». Joyeuse contagion ! On imagine la « tolérance » de nos bigots, gendarmes et tribunaux !

Mais pourquoi pas des « performances » idoines dans les bourses et les grandes banques qui gouvernent ce monde plus sûrement que les « Eglises » ? Il ne manque pas, à Moscou même, de sièges de grandes banques et de temples de l’oligarchie financière et du fondamentalisme marchand qui pourraient bien faire l’affaire. Les punkettes y ont-elles pensé ? Autre question : les Pussy elles-mêmes, font-elles ce qu’elles font pour faire bouger la Russie ou pour épater l’Occident où certaines d’entre elles, comme d’autres contestataires, vont trouver refuge ? Désolé d’y songer, mais ces questions valent d’être posées ! Sans doute ne sont-elles pas les plus importantes. Of course…

De quoi sont-elles donc le signe, ces  Pussy qui arborent le slogan de l’antifascisme espagnol : « No pasaran » ? 

Au plus près de leurs désirs, on comprendra que les punkettes voudraient vivre dans un monde plus libre et plus joyeux que celui qu’offre aux jeunes Russes le régime russe actuel, sa bureaucratie et ses mœurs policières, ses mafias capitalistes.  Enfin, corrigeons : les jeunes Moscovites « émancipées » qui aimeraient brûler les étapes et les ponts. Mais la Russie n’a-t-elle pas déjà énormément changé depuis vingt ans, ne s’est-elle pas beaucoup  engagée au paradis des libertés ? Pas à leur goût de Pussy délurées. Pas autant qu’au Canada ou en France.  « Pas assez, on en veut davantage » : elles l’ont clairement dit.

Ces femmes ne sont pas des écervelées. Elles ont fait des études. Il semble qu’elles soient parfaitement conscientes, réfléchies, déterminées dans leur action. Et grandes lectrices de philosophie post moderne. Leur comportement relève, non de la blague de potache, mais du défi assumé. La culture du défi ! A la question posée à l’une d’elle, « souhaiteriez-vous une grâce présidentielle ? », sa réponse est catégoriquement négative : « C’est à lui de s’excuser ! ». Le culot ! Poutine demandera-t-il pardon ? Pourrait-il demander conseil auprès de la Vierge Marie ? Cet homme a parfois de l’humour, non ? Espérons qu’il puisse sortir ces jeunes femmes de leur colonie pénitentiaire ! Evidemment, les chattes, c’est une affaire de haute politique !

A y regarder de plus près, on comprend aussi que les Pussy Riot et le groupe « provo »[6] Vojna[7], participent du mouvement contestataire qui a entraîné, au cours de l’hiver et du printemps 2011-2012, des centaines de milliers de Moscovites partisans d’une « Russie sans Poutine »…certes inaccessible tant que l’actuel président disposera de majorités incontestables (sinon parfaitement honnêtes) dans les scrutins[8] et dans les sondages d’opinion. Mais le renversement de Poutine est bien « à l’agenda » de la contestation ! Sans quoi on comprendrait mal l’intérêt de gouvernements et de médias du monde entier pour quelques « provocations anarchistes » qu’on ne voudrait pas trop chez soi !

« L’affaire » va-t-elle stimuler la reprise des protestations cet automne ? La contestation débordera-t-elle largement Moscou ? Ses acteurs libéraux, nationalistes et « gauchistes » pourront-ils enfin s’entendre sur un programme commun ? Les remous de la rue parviendront-ils à ébranler, à diviser les élites du sommet ? Le pouvoir ridiculisé par les Pussy s’en remettra-t-il ? En Russie, les commentaires sont partagés, aux antipodes. Les uns assurent que « la Russie  se déchire », d’autres qu’elle est largement indifférente à ce scandale qui n’agiterait que le landernau intellectuel moscovite. Attendre et voir.

En choisissant la principale cathédrale de Russie, le Christ Sauveur, pour exprimer leur demande à la Vierge Marie de « les délivrer de Poutine », les punkettes ont sans doute pris le risque d’incommoder la hiérarchie, voire de nombreux fidèles de l’Eglise orthodoxe. Cela peut paraître négligeable aux yeux des masses libérées des préjugés religieux que nous sommes. Certes, je vous le concède aisément.

Mais un événement russe ne doit-il être mesuré qu’aux jauges parisienne ou bruxelloise et new-yorkaise ?  Ainsi le veut, peut-être, la pensée restée coloniale qui est la nôtre quant aux univers « étrangers à nos valeurs. » Laïcs et tolérants envers les minorités comme nulle autre civilisation, nous ne nous souvenons pas trop de ce qu’étaient le rôle des Eglises et le traitement des minorités « de couleur » ou sexuelles chez nous il y a quelques dizaines d’années. Or, le reste du monde ne marche pas au même pas que le fulgurant Progrès qui nous guide. Même si la « modernisation de rattrapage », en Russie, a marqué quelques points importants avec son nouveau « capitalisme de choc ».

La « libération » du soviétisme athéiste, protectionniste et puritain, depuis vingt ans, a produit des effets contrastés. Il y a les punkettes qui nous étonnent. Il y a aussi les Eglises, les cultes religieux et toute la place qu’ils peuvent à nouveau occuper dans une société en désarroi, appauvrie, apeurée par la brutalité et l’accélération des changements. La Russie « célèbre » ces jours-ci les vingt ans du début des privatisations, dans la foulée de la « thérapie de choc » néolibérale recommandée par le FMI et les « conseillers » américains de l’équipe Eltsine-Gaïdar-Tchoubaïs.[9] Mémoire d’une terrible violence sociale que les opposants libéraux qualifient pourtant, avec nostalgie, d’ « époque démocratique ». Pour qui n’en a pas profité et ne nage pas dans l’opulence, cette « transition vers le Marché et la Démocratie » (expression favorite de nos spécialistes) a laissé un goût amer.   En matière d’ « expression et de protestation contre la détresse spirituelle » (Marx) la religion chrétienne répond peut-être à quelques besoins. D’autant qu’elle s’est investie, comme il se doit, dans les œuvres charitables. En ces domaines, elle est rivale, en Russie, d’un Islam lui aussi en plein réveil. A-t-on montré quelque part les images de la prière de fin du Ramadan en août 2012 à Moscou ? Il y avait là, dans les rues autour des mosquées de la capitale russe, quelque 170.000 fidèles ! Non, je ne crois pas qu’un Journal télévisé ait montré les images de ces rassemblements, pourtant à la hauteur de nos désirs de spectacle. Il est vrai que tout s’est passé dans le plus grand calme. S’il y avait eu quelque incident, nos caméras ne l’auraient pas manqué. Soit.

Mais que pensent les nombreux musulmans de Moscou des Pussy Riot ? Personne ne le leur demande. D’aucuns pensent qu’ils observent avec curiosité les réactions du pouvoir et de l’Eglise orthodoxe. Si les Pussy étaient grâciées, quelles conclusions pourrait donc en tirer les autorités islamiques ? Les mosquées ne seraient-elles à leur tour menacées de « performances » ? Le Kremlin ne serait-il pas lui-même déconsidéré face à ce peuple musulman, 17% de la population de Russie et source de déstabilisation d’une Fédération de Russie toujours multinationale ?

Le Nord-Caucase russe (et musulman) est en état de siège permanent. La république binationale du Tatarstan, capitale Kazan, est la proie de l’agitation fondamentaliste. Or, il s’agit là du cœur de la Russie volgienne et de l’Islam autochtone (depuis le 10ème siècle), d’une république hautement développée qui avait jusqu’à présent bien négocié son autonomie culturelle et la coexistence entre Slaves chrétiens et Turco-tatares musulmans.

Entre l’une et l’autre populations de croyants, les tensions montent pour de multiples raisons- principalement la pauvreté, les inégalités, l’exploitation à Moscou et dans les régions pétro-gazières d’une main d’œuvre au rabais composée de musulmans, le racisme militant et meurtrier des néonazis et autres mouvements « contre l’immigration illégale ». Ennemis jurés, aussi, des homosexuels et des Pussy. Déjà, des « milices orthodoxes » s’annoncent, et les Cosaques méridionaux, en unités paramilitaires, font la chasse aux clandestins. A maintes reprises pourtant, le président Vladimir Poutine s’est fait l’avocat de la coexistence des nations et religions au sein d’une Fédération de Russie multinationale et pluriconfessionnelle. Mais la pression augmente, des nationalismes « ethniques » et des fondamentalismes religieux. Le Kremlin semble accepter peu à peu l’hégémonie « spirituelle » de l’Eglise orthodoxe, qui voudrait bien redevenir, comme sous les tsars, religion d’état.   Fragilisant la société, l’état, l’immense territoire de la Fédération de Russie, qui risque à son tour, à terme, de connaître une « désagrégation assistée » comme en ont connu d’autres pays « pluriels ». – URSS, Yougoslavie, Irak, Syrie, « Au suivant ! » dirait Jacques Brel…

C’est à cette aune que l’on devrait pouvoir mesurer l’impact des Pussy Riot, et pas seulement au fait qu’elles nous amusent ou qu’elles flattent les goûts de liberté de la jeunesse moscovite. Cela dit, en souhaitant qu’elles soient, à leur corps défendant, « grâciées » et libérées !

Tout cela dépasse sans doute l’entendement des punkettes, qui ne savent pas trop  dans quelle pièce elles sont en train de (et on les fait) jouer. Il ne nous est tout de même pas interdit d’y penser !

 

Jean-Marie Chauvier

Le 5 septembre 2012



[1] Jeunes Communistes soviétiques.

[2] Fame : mouvement de femmes ukrainiennes qui, pour protester (au début) contre la transformation de l’Ukraine en « bordel de l’Europe » se sont exhibées les seins nus en public et en conférences de presse.

[3] KGB, Comité de la sécurité d’état, police politique et agence de renseignement intérieur et extérieur de l’URSS à l’époque post-stalinienne.

[4] FSB. Service fédéral de sécurité. Agence uniquement intérieure après 1991.

[5] La colonie pénitentiaire où seront internées les Pussy n’a rien à voir avec le « Goulag » stalinien ni même avec les « camps » de l’époque brejnevienne. Les colonies de travail actuelles ont la réputation d’être moins dures que les prisons où règnent l’arbitraire, la violence et la tuberculose. Il faudra surveiller de près le traitement infligé aux Pussy.

[6] Pour mémoire, les « provos » étaient un groupe « provocateur » des années soixante aux Pays-Bas, précurseur de plus vastes contestations.

[7] « Guerre » : ce groupe se manifeste par des actions spectaculaires et violentes, telles que le renversement ou l’incendie, nocturnes, de véhicules de police, et autres « défis » aux services de sécurité tel que le dessin d’un gigantesque pénis sur un pont levis de Saint-Petersbourg qui, levé, se dresse (le pont et son pénis) face à l’immeuble du FSB. (ex-KGB)

[8] Contrairement à ce qu’ont suggéré les médias occidentaux, la victoire de Vladimir Poutine aux élections présidentielles de mars 2012, quoique contestée et probablement « gonflée », n’était pas volée. TOUS les sondages, y compris ceux du centre Levada lié aux opposants libéraux, lui accordaient plus de 50%.

[9] Boris Eltsine, président (1991-1999), Egor Gaïdar premier ministre (1992), Anatoli Tchoubaïs, grand ordonnateur des privatisations bénéfiques à l’oligarchie financière et, bientôt (1995) pétrolière.

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L’art de la guerre : Pluton ressort des enfers

septembre 5th, 2012 by Manlio Dinucci

« Site Pluto » (Site Pluton) était pendant la guerre froide le plus grand dépôt d’armes nucléaires de la US Army en Italie. Dans ses souterrains, sous la colline de Longare (Vicence), étaient gardés plus de 200 engins nucléaires « tactiques » : des missiles à courte portée, des projectiles d’artillerie et des mines de démolition. Prêts à déclencher l’enfer nucléaire sur le territoire italien. Inactivé officiellement en 1992 comme dépôt, le site a été en partie affecté à des communications satellitaires. Il est, ainsi, quasiment tombé en léthargie.

 

A présent cependant Pluton est en train de se réveiller, prêt à assumer de nouveau sa pleine fonction guerrière. Des travaux sont en cours à l’intérieur de son périmètre fermé et surveillé. Le projet prévoit la construction d’un édifice de 5mille m2, dans lesquels seront entraînés avec des technologies d’avant-garde les soldats étasuniens, surtout ceux de la 173ème brigade basée à Vicence. Personne par contre ne sait quelles réelles activités se dérouleront derrière son mur de « protection », haut de 6 mètres. Ni, non plus, à quel usage seront affectés les souterrains du site. Les mystères de Pluton continuent ainsi, sous la chape du secret militaire, garanti au Pentagone par les accords secrets entre les deux gouvernements. Aucun mystère par contre sur le fait que la réactivation du site entre dans le renforcement de tout le réseau de bases militaires étasuniennes dans le territoire de Vicence : c’est là que s’est installé le US Army Africa, et la 173ème brigade potentialisée a été autorisée en 2007 par le gouvernement Prodi[1] à construire une nouvelle base dans l’aire de l’aéroport Dal Molin. Ici s’ouvre donc un scénario encore plus inquiétant : comme déclaré par Francesco Cossiga[2] le 28 février 2007 au sénat,  la 173ème brigade est « un instrument du plan de dissuasion et de rétorsion, y compris nucléaire, appelé Pointe de diamant ». Les USA –confirme la Fédération des scientifiques américains (étasuniens, NdT) dans un rapport de mai 2012- maintiennent 50 bombes nucléaires par avion à Aviano (région de Pordenone, Frioul-Vénétie-Julie) et 20 à Ghedi Torre (Brescia). Ce ne sont pas des résidus guerriers de la guerre froide, mais d’efficientes bombes B-61, plus de dix fois plus puissantes que celle de Hiroshima, qui, par lots, seront remplacées par une nouvelle bombe nucléaire, la B61-12, beaucoup plus puissante. Les bombes sont gardées dans des hangars spéciaux avec les chasseurs prêts pour l’attaque nucléaire : des F-16 étasuniens à Aviano et des Tornado italiens à Ghedi Torre. L’aéronautique italienne a participé à la manœuvre étasunienne de guerre nucléaire « Steadfast Noon », en mai 2010 à Aviano et en septembre 2011 à Volkel AB en Hollande. Il n’est donc pas exclu que le « Site Pluto » exhumé servira aussi à des manœuvres de guerre nucléaire et éventuellement, à nouveau, comme dépôt et centre de manutention d’armes nucléaires. Surtout quand les F-16 et les Tornado seront remplacés par les chasseurs F-35 de cinquième génération, pour lesquels a été projetée la nouvelle bombe nucléaire B61-12. Au lancement de laquelle se prépareront aussi les F-35 italiens. L’Italie continuera ainsi à violer le Traité de non-prolifération qu’elle a souscrit, s’engageant solennellement à « ne pas recevoir de quiconque des armes nucléaires, ni le contrôle sur de telles armes, directement ou indirectement ». On cèle ceci et d’autres choses dans les souterrains de « Site Pluto », sur la superficie duquel sera construit un édifice qui, a-t-on garanti, sera à faible impact environnemental, doté de panneaux photovoltaïques pour ne pas polluer.

F-16 étasuniens à Aviano

 

 

Edition de mardi 4 septembre 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120904/manip2pg/14/manip2pz/328125/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 



[1] Gouvernement Prodi de “centre gauche”

[2] Francesco Cossiga, président de la république 1985-1992.

 

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Dommages Collatéraux : la face cachée d’un terrorisme d’État

septembre 4th, 2012 by Guillaume de Rouville

Lors des guerres menées par les États-Unis depuis la chute du mur de Berlinau nom d’une certaine idée de leur puissance, est apparue une notion, celle de« dommages collatéraux », qui a été utilisée par les organes des relations publiques du Pentagone pour justifier et faire accepter aux opinions occidentales des actes de guerre provocant desvictimes civiles. Ces dommages collatéraux ne seraient pas souhaités par lapuissance militaire qui déplore ces tragiques erreurs, fruits de renseignements erronés ou d’une technologie défaillante.

 Or, a y regarder de plus près, on s’aperçoit que la plupart de ces actes de guerre ayant détruit la vie de milliers de civils en Afghanistan, en Irak, enLibye ces dernières années[1], ne sont pas des erreurs, des dommages collatéraux d’une entreprise militaire qui ne prendrait pour cible que des soldats en uniforme appartenant à la partie adverse, mais bien des actes délibérés visant à tuer des femmes, des enfants et des hommes sans défense.

On pourrait se demander dans quels buts de telles horreurs seraient entreprises. La doctrine militaire répond : pour imposer la terreur source de toute obéissance.

 La doctrine militaire dément ici brutalement la propagande politique : faire souffrir les populations civiles est un des moyens de gagner laguerre ; torturer leur corps est un des moyens de courber leur échine ; atteindre leur conscience est un des moyens de gagner leur âme (les bombardements des Alliés à la fin de la seconde guerre mondiale l’attestent amplement – la question de savoir si la fin justifie les moyens est un autre débat).

 Vous doutez encore et pensez que de tels moyens ne feraient qu’inciter des non-combattants à prendre les armes et à renforcer l’armée des ombres[2]. Les soldats du monde entier le savent bien et répondent impunément : les victimes de la terreur humaine ne se vengent pas ; elles souffrent en silence et ne rêvent que de paix pour pouvoir enterrer leurs morts et faire leur deuil. Cela va même plus loin : les innocentes victimes finissent souvent par réclamer protection à leurs bourreaux. À bout, démoralisées par tant de souffrance et de violence, elles saisissent la main que leur tend leur ennemi à l’autre bout du fusil.

 C’est au cours de la guerre d’Algérie que les militaires français (principalement les Colonels Trinquier et Lacheroy) ont élaboré une doctrine mettant au centre des conflits armés les populations civiles[3] (les Anglais avaient déjà appliqué cette démarche au Kenya au début des années 50, massacrant volontairement des villages entiers de non-combattants, mais ils n’avaient pas eu l’idée d’en faire une doctrine digne d’être enseignée dans les écoles militaires).

 Non plus cibles involontaires d’une guerre inhumaine, les populations civiles deviennent l’objectif militaire à conquérir et à détruire au nom d’objectifs humains, trop humains. La torture, les exécutions sommaires, les bombardements de civils ne sont plus seulement des crimes de guerre, mais des moyens militaires au service d’une cause politique. Les Colonels Trinquier et Lacheroy exporteront cette doctrine dans les écoles militaires américaines qui sauront en faire bon usage dans les pays d’Amérique Latine, et tout particulièrement en Amérique Centrale, dans les cinquante années suivant la guerre d’Algérie[4].

 Les légions atlantistes parties, sous l’égide de l’Otan, à l’assaut de l’ex-Yougoslavie, de l’Afghanistan et de la Libye ont également appliqué cette doctrine pour tenter d’imposer l’American Way of Life et le libéralisme triomphant aux populations réfractaires. La doctrine militaire du shock and awe (choc et effroi) appliquée par les États-Unis lors de l’invasion de l’Irak en 2003 n’est que la réactivation de cette doctrine par des théoriciens soucieux de rafraîchir le corpus doctrinaire militaire américain. Les auteurs de cette resucée, Harlan Ullman et James Wade[5], prennent pour exemple les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki par les États-Unis en août 1945 et décrivent sans ambiguïté l’effet recherché : il s’agit d’infliger des destructions massives, de nature humaine ou matérielle, afin d’influencer une société donnée dans le sens recherché par celui qui met en œuvre le choc et l’effroi, plutôt que s’attaquer directement à des objectifs purement militaires[6].

 On le voit, cette notion de « dommages collatéraux » cache en réalité un terrorisme d’État[7], un terrorisme de masse, un terrorisme occidental dont les médias occidentaux s’accommodent aisément puisqu’il est l’œuvre de leurs maîtres atlantistes. Ils font plus que s’en accommoder à vrai dire : ils commettent un crime médiatique lorsqu’ils utilisent le terme de « dommages collatéraux » pour masquer les actions terroristes de leurs dirigeants aux mains sales.

 Il est intéressant de constater que ce terrorisme d’État occidental est, pris globalement, plus meurtrier que le terrorisme islamique (qui n’a pas plus de justification à nos yeux), terrorisme islamique qui peut être, par ailleurs, comme en Libye et en Syrie, le précieux relais des objectifs géostratégiques des Occidentaux et de leurs élites.

 Ainsi, le terrorisme semble être au cœur de la doctrine et des stratégies militaires des démocraties occidentales. Pour lutter efficacement contre le terrorisme, ce que nos dirigeants prétendent s’acharner à faire, il faudrait oser engager toute notre ardeur combattante contre nous-mêmes. À défaut de quoi, la mort de la démocratie sera (si ce n’est pas déjà le cas) le dommage collatéral de notre cynisme et de notre tartuferie.

Guillaume de Rouville, auteur de La Démocratie ambiguë, Éditions Cheap, juillet 2012.


[1] Tout comme au Vietnam, au Cambodge, en Amérique Centrale et en ex-Yougoslavie, pour ne prendre que quelques exemples supplémentaires.

[2] ‘L’Armée des Ombres’, titre d’un roman de Joseph Kessel sur la Résistance, est une expression que nous utilisons pour désigner les différentes formes de résistance civile face à l’oppression.

[3] Pour une étude générale sur le sujet des escadrons de la mort, lire le livre de Marie-Monique Robin, « Les escadrons de la mort. L’école française », 2004, La Découverte.

[4] Voir, pour une analyse de cette doctrine militaire : « De la guerre coloniale au terrorisme d’État », de Maurice Lemoine, Le Monde Diplomatique, novembre 2004.

[5] Harlan K. Ullman, James P. Wade, « Shock And Awe: Achieving Rapid Dominance » (National Defense University, 1996).

[6] « The second example is “Hiroshima and Nagasaki” noted earlier. The intent here is to impose a regime of Shock and Awe through delivery of instant, nearly incomprehensible levels of massive destruction directed at influencing society writ large, meaning its leadership and public, rather than targeting directly against military or strategic objectives even with relatively few numbers or systems. The employment of this capability against society and its values, called “counter-value” in the nuclear deterrent jargon, is massively destructive, strikes directly at the public will of the adversary to resist, and ideally or theoretically, would instantly or quickly incapacitate that will over the space of a few hours or days ». Op-Cit, chapitre 2, page 23.

[7] Le terrorisme étant l’usage de moyens violents visant à terroriser une population à des fins politiques.

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Le 11-Vendémiaire de la Sainte-Révolution syrienne

septembre 4th, 2012 by Fida Dakroub

Généralités

Il est certainement beau de bien servir sa patrie, mais le mérite de bien dire n’est pas non plus à dédaigner. En politique comme en littérature, sur la barricade comme sur l’écran d’un ordinateur, on peut se rendre illustre ; et ceux qui font de belles actions, comme ceux qui les écrivent, obtiennent des louanges. Or, selon moi, bien qu’il ne revienne pas à celui qui écrit l’histoire la même gloire qu’à celui qui la fait, sa tâche n’en est pas moins fort difficile. Dans ce sens, il ne suffit pas que le récit historique réponde à la grandeur des actions historiques, mais il faut qu’il s’élève aussi à leur rang d’apothéose ; sinon vos lecteurs taxent vos écrits de prosaïsme et de simplisme. Ceci exige, ici, un besoin de présenter, dans un récit glorieux, un événement aussi majestueux que celui du 11-Vendémiaire [1] de la Sainte-Révolution syrienne, soit le deuxième jour du mois d’octobre 2011. Ce jour fut honoré par la naissance d’un pacte de principes constitutionnels, qui aurait dessiné pour ainsi dire les contours de la Syrie de demain.

En préambule, la plupart de mes lecteurs me posent deux questions qui me sont devenues familières. Ceux qui lisent régulièrement mes articles sur la Syrie, me demandent pourquoi quand je parle de la soi disant « révolution » syrienne, d’un côté, et de la « coalition » qui s’est établie entre l’impérialisme occidental, l’islamisme califal turc et le despotisme obscurantiste arabique, de l’autre côté, j’emploie des désignations qui ne s’échangent pas au marché médiatique, telles que la « Sainte-Révolution » et la « Sainte-Alliance ».

La réponse à la première interrogation n’implique pas nécessairement un recours aux schémas métaphysiques ni aux équations géométriques abstraites. Il suffit, dans ce contexte, d’examiner le discours politique des dirigeants atlantiques et arabiques sur la Syrie, depuis le début des événements en mars 2011, pour remarquer la « Couronne de lumière » qui entoure leur tête, et saisir la « Sainteté » qui y rayonne.

En ce qui concerne la deuxième interrogation, il faut préciser s’il s’agit vraiment d’une alliance ou d’une simple coalition, comme celle qui se fut établie lors de la deuxième Guerre du Golfe (1990 – 1991), lorsque les puissances impérialistes principales et leurs subordonnées arabiques furent entrées en une coalition mondiale, limitée dans le temps et dans l’espace, dont les buts et les objectifs furent bien précis : détrôner le dernier roi de Babylone, Nabuchodonosor [2] Saddam Hussein, brûler son temple, et prendre son peuple en captivité. Cette coalition atteignit sa fin, une fois elle eut accompli ses objectifs. Pourtant, dans le contexte syrien, la réalité des choses est différente de celle du cas ci-devant ; il ne s’agit pas, ici, d’une coalition d’intérêts conjoncturels, limitée dans le temps et dans l’espace, mais bien plutôt d’une alliance d’intérêts structurels, enracinée dans le temps et dans l’espace, et qui rassemble, sous la Sainte-Robe [3], toutes les puissances impérialistes et colonialistes principales, d’un côté, et leurs subordonnées, de l’autre côté, tels que l’islamisme califal turc, le despotisme obscurantiste arabique et leurs manifestations islamistes wahhabites. Autrement dit, le Saint-Esprit de la réaction mondiale.

Ainsi, la Démocratie démocratique, si élevée qu’elle se sût au-dessus de la Masse arabe, ressentit pour elle une infinie pitié. Tant la Démocratie démocratique aima la Masse arabe qu’elle envoya son Fils unique – le Printemps arabe –, afin que tous ceux qui croyaient en lui ne fussent pas perdus, mais qu’ils eussent la vie démocratique.

Visite de Davutoglu à Damas, et le message qu’il livra

En effet, dès le premier jour de la guerre impérialiste contre la Syrie, je conçus le projet d’écrire, par morceaux détachés, l’histoire de la Sainte-Révolution syrienne, en choisissant des événements qui me paraissaient digne de mémoire. Pourtant, vue l’intensité de la propagande impérialiste contre la Syrie, et l’insolence renouvelée des médias de l’ordre, je dus attendre quelques mois pour que la conjuration se précisât et les conjurateurs se démasquassent, avant que je pusse recueillir des données pertinentes.

Or, au début du mois d’août 2011, la démarche de la guerre impérialiste contre la Syrie prit une ampleur différente, avec la visite à Damas du chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, qui fut arrivé à la capitale des Omeyyades porteur d’un message «déterminé», selon l’expression du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Deux mois plus tard, une foule d’opposants se réunirent à Istanbul, baptisée La Mecque de tous ceux qui dissimulaient la rancune envers le gouvernement syrien, pour créer une vitrine politique, derrière laquelle se cachaient les vrais scénaristes et metteurs en scène de la Sainte-Révolution syrienne. Ainsi naquit le CNS.

À mon avis, cet événement marqua un détour décisif de la guerre impérialiste contre la Syrie, car après la naissance césarienne du CNS, les conjurateurs ne cacheraient plus leur rôle dans le cycle de violence, et l’ingérence arabo-atlantique dans les affaires intérieures de ce pays deviendrait désormais officielle et directe. C’était précisément cet événement significatif qui me poussa à mettre en œuvre mon projet et à élaborer son vouloir-dire : traiter brièvement, et le plus fidèlement que possible, de la guerre impérialiste contre la Syrie.

Dans quelle détresse le CNS fut élevé au rang des Archanges

Au préalable, il faut préciser que la création du CNS et la déclaration du pacte « de la dignité et de la liberté », comme il plut aux messies du CNS de l’appeler, fut proposé à l’ensemble des oppositions de l’extérieur, les coordinations locales de l’intérieur, les Frères musulmans, les partis kurdes et assyriens, et une foule de formations politiques et tribales. Ainsi, fut l’« Ascension en Ciel » du Conseil national syrien (CNS), qui rassemblait, sous la même burqa, des islamistes salafistes, des nationalistes chauvinistes, des soi-disant communistes, des bourgeois libéraux et, sans doute aucun, des arrivistes ; évidemment. Parmi cette foule, nous vîmes d’abord des salafistes wahhabites diabolisant l’Occident et ses structures sociales et culturelles, rejetant le peuple comme source de pouvoir légitime, car pour eux le Ciel fut la seule source de tout pouvoir ; nous y vîmes ensuite des libéraux bourgeois et petit-bourgeois fascinés par l’achèvement de la démocratie bourgeoise occidentale, par ses institutions politiques et sociales, croyant à l’expérience occidentale comme une forme ultime du paradis terrestre, ce qui les mit, naturellement, face au composant précédent, les Frères musulmans ; puis nous y vîmes des soi disant marxistes « révolutionnaires », désespérés et dispersés aux quatre coins du monde, résidus de la Guerre froide et sous-produits du démembrement de l’Union soviétique, ils démarquèrent idéologiquement et discursivement face aux islamistes et aux libéraux ; nous y vîmes enfin des nationalistes chauvinistes arabes, kurdes et assyriens ; parmi ceux-ci nous entendîmes d’un côté les cris des chauvinistes arabes nassériens, semi-socialistes semi-islamistes, appelant à la Grande-Nation panarabe dont l’établissement exigerait nécessairement l’écrasement des minorités ethniques de la Syrie, surtout les Kurdes ; parmi ceux-là nous entendîmes de l’autre côté les nationalistes kurdes célébrer la Naurouze et hurler Hourra le Grand Kurdistan, dont l’établissement menacerait, certainement, l’unité de la Grande-Nation panarabe ; parmi ceux-ci et ceux-là, nous entendîmes aussi les minorités ethniques assyriennes déplorer la Sainte-Assyrie et sa divinité tutélaire, Assur, véritable maître de Ninive [4], dont les racines mythiques remontèrent loin dans l’histoire du deuxième millénaire avant notre ère commune. Bref, c’était un mélange extraordinaire de contradictions dont l’impossibilité de se rencontrer sur un seul point idéologique commun ne demeurait pas inaperçue, même pour un plébéien [5] replié sur son Aventin [6].

Or, c’était précisément cet amalgame alchimique, expérimenté dans les alambics des centres de pouvoir impérialistes, qui exhaussa les adversaires de la Syrie à un niveau plus élevé, à un stade suprême de l’évolution des idées et pratiques révolutionnaires, celui de la Sainte-Révolution syrienne.

Certainement, ces bourgeois gentilshommes [7] de la CNS partageaient deux points communs assez fragiles: 1) l’hébergement en Occident, 2) l’absence d’un programme de réforme précis. Par contre, ils se rencontraient sur un seul objectif: renverser le président Assad à tout prix, et après lui qu’il fût le déluge ; peu importe le chaos, peu importe la destruction du pays !

En effet, cette montée en puissance du CNS, cet héroïsme vaniteux de ses membres dénoués de toute modestie, cette ascension au rang des Archanges, ce triomphe momentané de la force brutale du terrorisme « universel », béni par l’Empire et ses vassaux, tout [8] est payé par l’anéantissement de toutes les illusions et chimères de la soi disant « révolution » syrienne, par la désagrégation de tout le discours impérialiste « philanthrope » sur sa nature pacifique ainsi que sur sa légitimité révolutionnaire. Par contre, cette nouvelle créature à la Frankenstein, cette Cerbère [9] n’aurait été utile que dans le contexte de l’accroissement des agressions contre la Syrie.

Ce qui advint du CNS et comment il se transforma en Cerbère

C’était précisément à ce moment critique du développement de la guerre impérialiste contre la Syrie que le CNS se transforma en Cerbère, que ses révolutionnaires printaniers décidèrent de déclarer un « pacte de la liberté et de la dignité » en évoquant craintivement les esprits des grandes révolutions européennes du XIXe siècle et de l’apparition de l’islam à La Mecque du VIIe siècle, qu’ils leur empruntèrent leurs noms, leurs mots d’ordre, leurs discours philanthropes, leurs slogans politiques et sociaux, même leurs costumes, pour apparaître ainsi sur la nouvelle scène de l’histoire sous ce déguisement respectable, digne à tout « révolutionnaire » qui croyait à l’Esprit des lois de Montesquieu, au Contrat social de Rousseau et à La justice sociale en Islam de Sayyid Qutb, certainement avec ce langage emprunté à la première Révolution française.

Burhan Ghalioun, Bassma Kodmani, Abdel Basset Sayda, tous les 190 mousquetaires du CNS, de même que des partis nationalistes kurdes, une masse de tribus et de clans bédouins du Désert syrien, ainsi que les Quarante-quatre d’Ali Baba, tout accomplit dans le costume de la première Révolution française, et en se servant d’une phraséologie empruntée aux philosophes de l’Aufklärung [10], la tâche de l’achèvement des idées révolutionnaires, à savoir le pacte du 11-Vendémiaire ; ainsi, Abdel Basset Sayda s’identifia à Robespierre, Bassma Kodmani s’habilla en Danton et Burhan Ghalioun joua le rôle de Camille Desmoulins.

Par ailleurs, en lisant les principes de la déclaration du CNS, il devenait de plus en plus difficile de nous débarrasser de l’idée insistante que les auteurs de ce pacte « historique », comme l’appela monsieur Ghalioun, eurent l’intention de commencer la rédaction par un concerto de piano en si bémol mineur [11], aussi glorieux que l’événement lui-même dont le pacte fut issu, la Sainte-Révolution syrienne.

Or, tout observateur moyen, même sans avoir suivi pas à pas le périple de la Sainte-Révolution syrienne dans les coulisses des puissances impérialistes, se doutait que la révolution allât à une déconfiture inouïe. Il eût suffi d’entendre, dans ce sens, les glapissements de triomphe dénués de toute modestie, avec lesquels ces messieurs du Conseil national syrien (CNS), alors présidé par Burhan Ghalioun, se félicitaient l’un-l’autre des effets miraculeux du 11-Vendémiaire, soit du deuxième jour d’octobre 2011.

Laïcisme, matérialisme, islamisme, et ce qui advint du pacte du CNS

Certainement, en annonçant leur unification au sein du CNS, les oppositions syriennes eussent atteint une étape décisive vers la subordination complète aux puissances impérialistes. Il suffisait que le CNS eut reçu, le 10 octobre, l’appui de son confrère libyen, le Conseil national de transition (CNT), pour que nous construisissions une idée première de l’avenir prévu de la Syrie ; le soir même, le CNS reçut aussi la bénédiction de l’Union européenne (EU) qui se précipita à saluer « les efforts de la population syrienne pour établir une plateforme unie et appela la communauté internationale à faire de même » [12].

D’abord, dans ce pacte grandiose, l’inévitable déclaration des libertés publiques (liberté personnelle, liberté de la presse, de la parole, de l’expression, d’association, de réunion, d’enseignement, des cultes, etc.), se présenta en un uniforme constitutionnel qui le rendit invulnérable. Ce pacte, si subtilement rendu inviolable, qui eût pu être l’issu de l’évolution historique des idées révolutionnaires, était cependant, comme Achille, vulnérable en un point, non pas au talon, mais à la tête, ou plutôt aux trois têtes dans lesquelles il se perdait : 1) le discours libéral bourgeois de monsieur Burhan Ghalioun ; 2) le discours islamiste des Frères musulmans ; 3) le discours socialiste de quelques résidus de la Guerre froide. Ensuite, comme résultat de cette tripolarité discursive, chacune de ces libertés fut proclamée comme un droit absolu du citoyen syrien, mais avec cette réserve constante qu’elle ne contredirait pas la révélation divine, telle que manifestée dans le credo islamique de l’époque de Sahifa [13]. Ensuite, l’ouverture grandiose de ce pacte commença par une insistance sur l’importance historique de la « révolution » syrienne qui, selon les auteurs du pacte, mettrait la Syrie au même niveau que celui des nations civilisées. Enfin, le pacte se termina par une escroquerie à l’égard de l’aspect universelle cosmopolite de la Sainte-Révolution syrienne, fidèle aux âmes immortelles des ses martyrs. Prenons, à titre d’exemple, le premier principe du pacte :

« Le soulèvement-révolution en Syrie constitue un tournant radical dans l’histoire de la société et de l’État syriens. Elle porte en elle, comme toutes les révolutions du “printemps arabe”, un saut qualitatif, un message humain et un ensemble de valeurs universelles, représentant le dénominateur commun des aspirations du peuple syrien et la reconnaissance au sacrifice de ses martyrs» [14].

À notre sens, les auteurs du principe ci-dessus prêtaient beaucoup d’importance à montrer leur « réalité » comme un résultat logique et normal de l’évolution des luttes révolutionnaires en Syrie, tout en empruntant leur langage à l’héritage marxiste, précisément au matérialisme historique. Ceci se révéla dans l’emprunt de l’expression « un saut qualitatif » dû, évidemment, à un long processus d’accumulation de petits sauts quantitatifs. Pourtant, ce principe emprunté au matérialisme historique fut suivi directement par un autre dont l’effet de contraste ne put pas demeurer inaperçu même pour un révolutionnaire stagiaire ; car il nous jeta du haut de l’époque de l’Aufklärung jusqu’en bas de l’époque Hégire. Soudain, nous nous trouvîmes dans un environnement disharmonieux, celui de La Mecque du VIIe siècle (ÈC). Lisons dans le principe suivant :

« Depuis le pacte de la Sahifa établi par le Prophète à son arrivée à Médine aux déclarations des droits de l’Homme des temps modernes, les pactes, accords et contrats ont constitué les règles de la vie commune entre les citoyens d’un même pays. Leur contenu représente le jalon nécessaire et indispensable, notamment dans les périodes de changement, de transition et de construction. Leurs règles constituent les repères auxquels se réfère la société dans ses différentes composantes, et les bases d’un État défendant les libertés fondamentale et assurant la souveraineté. Ces règles sont immuables, quel que soit la majorité électorale, politique ou sociale. Aucune ne peut être omise ou fractionné » [15].

Sans nul doute possible, en prenant la Sahifa comme point de départ historique, le pacte du CNS ne portait pas seulement en lui les germes de sa propre misère, mais il annonçait aussi son râle avéré.

Avant toute chose, qu’est-ce que le pacte de Sahifa ? C’est un traité de paix entre les musulmans, les arabes non-musulmans et les juifs de Médine. Le traité fut mis par écrit et ratifié par toutes les parties, vers l’an 622 (ÈC). Cependant avec la présence de plus en plus envahissante des musulmans, les tribus juives commencèrent à s’irriter. C’était le début d’un conflit violent et sanglant entre les deux communautés.

À l’évidence, la référence à la Sahifa laissa l’allégeance de la « deuxième République », telle que promise par le CNS, ambiguë ; et des questions se révélèrent ici : d’où recevrait cette République sa légitimité, du peuple ou de la loi divine ? Ici, l’amalgame ne pouvait pas être accompli, car l’un niait l’autre, au moins que les auteurs de ce pacte eussent voulu mettre en application les principes de la Dialectique de la Nature [16].

Mieux encore, si la « deuxième République » recevait sa légitimité du peuple, cela devrait entraîner, sous entendu, un État laïque n’adhérant à aucune religion précise, qu’elle fût majoritaire ou minoritaire. Dans ce cas, les Frères musulmans, fidèles au credo islamique se trouveraient en démarcation face à la société et à l’État, ce qui entrainerait, évidemment, à un nouveau conflit, cette fois-ci plus violent et plus sanglant, entre les islamistes et les mousquetaires de la « deuxième République ». Par contre, si la « République » recevait sa légitimité de la loi divine, tel que voulu par l’inclusion de la Sahifa, ici tout le discours sur les droits de l’homme, les libertés publiques, l’égalité parmi les différents composants de la société syrienne ne serait qu’un bavardage futile, un dialogue de perroquets ; car dans une situation pareille, tout groupe ayant un credo différent de celui issu de la loi divine perdrait l’une ou l’autre des libertés et des dignités promises dans le pacte « de la liberté et de la dignité » du CNS. En plus, les droits de la personne et celles des groupes minoritaires (qu’il s’agit des minorités religieuses, ethniques, linguistiques, sexuelles ou affectives) n’eussent pas pu demeurer à l’abri de l’oppression de la Loi divine. Le sort des minorités chrétiennes en Irak, au lendemain de l’occupation américaine, éliminées massivement et systématiquement par de groupes fanatiques, ainsi que les attaques quotidiennes contre les chrétiens coptes en Égypte, constituèrent un bon exemple de ce que pourrait être l’avenir des minorités ethniques et religieuses de la Syrie, dès que le CNS, avec sa tripolarité discursive, eût pris le pouvoir.

Ainsi, Damoclès leva la tête et s’aperçut qu’une épée était suspendue au-dessus de lui, et n’était retenue que par un crin du cheval de Denys [17].

Suite des malheurs du CNS

En définitive, la création du CNS avait un rôle précis, mais différent de celui déclaré sur la Proskènion [18]. Il ne fut pas secret, ici, que la déclaration du 11-Vendémiaire visa à augmenter la pression sur le régime syrien et à prendre la campagne contre la Syrie à un niveau plus avancé. La création du CNS visa aussi à fournir la Sainte-Alliance d’une vitrine politique locale, derrière laquelle se cacheraient les vrais conjurateurs. D’ailleurs, la Sainte-Alliance se rendit compte, dès le début, que la Sainte-Révolution demeurerait étrangère au peuple syrien, et qu’elle se dirigerait, certainement, vers sa propre déconfiture ; ceci créa un besoin de faire sortir la Sainte-Révolution de l’impasse où elle se trouva, après qu’elle eut échoué à s’enraciner dans le paysage syrien. En faisant ceci, la Sainte-Alliance augmenta, en effet, la pression contre la Syrie, et créa le noyau d’un futur gouvernement d’asile qui recevrait la reconnaissance des pays impliqués dans la Sainte-Alliance, en tant que « seul représentant légitime du peuple syrien ».

Pourtant, en un an et demi de la campagne impérialiste, la Syrie se tient toujours solide et résistante dans l’arène de l’affrontement, plus déterminée que jamais à mener une victoire décisive, malgré l’atrocité et la barbarie de la conjuration.

Fida Dakroub, Ph.D

Pour communiquer avec l’auteure : www.fidadakroub.net


Notes

[1] Le jour de Vendémiaire est le premier jour du calendrier républicain français. Il correspondait à quelques jours près (selon l’année) à la période allant du 22 septembre au 21 octobre du calendrier grégorien. Ainsi, le 11 vendémiaire correspondrait au 2 octobre.

[2] Nabuchodonosor II était le roi de Babylone entre 604 av. È.C. et 562 av. È.C. Il doit sa renommée au fait qu’il a régné sur le plus vaste empire qu’ait dominé Babylone, à la suite du très rude Siège de Jérusalem. Il prit la ville, brûla le temple bâti par Salomon et la maison du roi et fit la conquête du royaume de Juda. Il emmena le peuple hébreu en captivité à Babylone. Ceci est relaté dans la Bible, au deuxième livre des Rois.

[3] Galbien (Galbios) et Candide (Candios), deux patriciens constantinopolitains auraient effectué un pèlerinage en Terre-Sainte. Ils se reposèrent chez une vieille femme juive nommée Anne, qui avait en sa possession la robe de Marie, qui l’avait légué elle-même à sa servante le jour de la Dormition.

[4] Ninive est une ancienne ville de l’Assyrie, dans le nord de la Mésopotamie. Elle était un important carrefour de routes commerciales traversant le Tigre. Elle occupait une position stratégique sur la grande route entre la mer Méditerranée et le plateau iranien, ce qui lui a apporté la prospérité, de sorte qu’elle est devenue l’une des plus grandes cités de toute la région.

[5] La plèbe (du latin plebs, plebis) est une partie du peuple (populus) romain, c’est-à-dire les citoyens romains, distincts des esclaves. La plèbe — les plébéiens — se définit par opposition aux patriciens ou plus tard à la nobilitas : c’est la partie du peuple qui s’oppose à l’organisation oligarchique de la cité. Dans le langage courant, la plèbe désigne la population.

[6] L’expression fait allusion à un épisode des débuts de l’histoire romaine, en 494 av. ÈC., durant les rivalités entre patriciens et plébéiens. Elle est rapportée par Tite Live. Aujourd’hui, on dit d’un homme vexé, qui se désintéresse d’une situation qu’il ne contrôle plus, ou qui se drape dans sa dignité après un échec, qu’il se retire sur l’Aventin.

[7] « Le Bourgeois gentilhomme » est une comédie-ballet de Molière, en cinq actes, représentée pour la première fois le 14 octobre 1670, devant la cour de Louis XIV, au château de Chambord par la troupe de Molière. Étant un bourgeois, M. Jourdain entend acquérir les manières des gens de qualité. Il décide de commander un nouvel habit plus conforme à sa nouvelle condition et se lance dans l’apprentissage des armes, de la danse, de la musique et de la philosophie, autant de choses qui lui paraissent indispensables à sa condition de gentilhomme.

[8] Usage classique du pronom indéfini « tout » qui est employé pour reprendre et résumer une série de noms de personnes employés précédemment.

[9] Cerbère était le fils d’Échidna, au corps de serpent et au visage de femme, et de Typhon, considéré parfois comme un monstre cracheur de flammes qui serait craint des dieux olympiens même. La description courante de Cerbère dans la mythologie grecque et l’art veut qu’il ait trois têtes, une crinière de serpents similaire aux cheveux de Méduse et une queue de serpent.

[10] L’Aufklärung est un courant de pensée qui s’étend approximativement des années 1720 – 1730 aux années 1775 – 1785, durant lesquelles se développera le Sturm und Drang. Ce courant intellectuel est souvent identifié aux Lumières.

[11] Le Concerto pour piano n° 1 en si bémol mineur, op. 23, de Piotr Ilitch Tchaïkovski fut composé entre 1874 et février 1875. La partition est revue durant l’été 1879, et à nouveau, en décembre 1888.

[12] Radio Canada. (10 octobre 2011). Le Conseil national syrien reçoit de nouveaux appuis. Récupéré le 24 août 2012 de

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/10/10/008-conseil-national-syrie-appuis-cnt-union-europenne.shtml

[13] Le pacte de Sahifa déclaré par le Prophète à son arrivée à Médine.

[14] Gresh, Alain. (7 octobre 2011). Syrie, l’opposition à Damas. Publié dans « Le Monde diplomatique ». Récupéré le 24 août 2012 de

http://blog.mondediplo.net/2011-10-07-Syrie-l-opposition-a-Damas

[15] loc. cit.

[16] Friedrich Engels projetait d’écrire un grand travail sur la dialectique dans la nature. La première idée d’Engels était de montrer, sous la forme d’une critique du matérialisme vulgaire et sur la base de la science la plus moderne, la contradiction entre le mode de pensée métaphysique et le mode de pensée dialectique.

[17] Damoclès est le personnage-clé d’un épisode de l’histoire grecque antique auquel l’on peut se référer comme la légende de L’Épée de Damoclès. De cette légende, est née l’expression « Avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête », utilisée pour signifier qu’« un danger constant peut nous “tomber dessus”, telle l’épée de l’histoire, à tout moment; que la situation est périlleuse ».

[18] La Proskènion est l’estrade sur laquelle les acteurs du théâtre grec antique jouaient.

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivaine et chercheure, membre du « Groupe de recherche et d’études sur les littératures et cultures de l’espace francophone » (GRELCEF) à l’Université Western Ontario. Elle est militante pour la paix et les droits civiques.

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Un témoignage vient troubler le récit officiel des autorités israéliennes qui, deux heures seulement après l’explosion qui coûta la vie à cinq israéliens et à un bulgare le 18 juillet dernier, pointait déjà l’Iran et le Hezbollah comme responsable de l’attaque. Or, il se pourrait bien que l’auteur de l’attentat (présenté dans les médias comme le complice du kamikaze, mais qui est probablement celui qui a fait exploser le porteur de bombe à son insu) ne soit pas un chiite, mais un sunnite…

Selon la Focus News Agency, reprenant les informations du quotidien bulgare Bulgarian Monitor, le complice du terroriste aurait été identifié.

Le témoin se nomme Ashim Asan. Il a identifié l’individu grâce au portrait robot diffusé par Interpol. Selon lui, le suspect serait un musulman bulgare, doté d’un nom bulgare et originaire de la région montagneuse des Rhodopes.

« Je suis sûr à 100% que j’ai travaillé avec la personne de l’image dans des fondations arabes en Bulgarie dans les années 90, avant que je ne démissionne et que j’informe les services de renseignement. Une des fondations était les Frères Musulmans. A l’époque, le complice portait un nom bulgare. C’est un musulman bulgare issu de la région des Rhodopes. Je sais que cette personne et un autre homme étaient partis s’entrainer en Arabie Saoudite. Je vais faire de mon mieux pour me rappeler quel était son nom. »

Asan a ensuite dit que sur l’image, l’homme n’était pas rasé et un peu plus gros, mais qu’il le reconnaissait toujours. Il a ajouté que le suspect était l’un des hommes les plus proches des dirigeants des fondations.

Le passeport qui a servi à l’identification du complice. Comment ce document a-t-il été retrouvé ?

Ce témoignage, qui semble crédible, est absolument capital dans l’affaire de Bourgas. Alors que, deux heures seulement après les faits, les autorités israéliennes ont pointé du doigt l’Iran et le Hezbollah, aucune preuve tangible n’a jusque là été apportée pour conforter ces accusations vivement dénoncées par ceux qui en sont la cible. Cette révélation sur la possible implication des Frères musulmans et de liens avec l’Arabie Saoudite vient troubler le story-telling de la propagande diabolisatrice engagée depuis déjà plusieurs années contre l’Iran. Et pourtant ce fait, daté du 20 août, a largement été passé sous silence.

En effet, en Bulgarie, la Sofia News Agency et La Gazette du Sud ont évoqué ce témoignage, mais sans parler de la partie la plus croustillante. En Israël, il semble que seul le Yediot Aronot, dans une brève, soit revenu de façon (succincte) sur les révélations d’Ashim Asan. Mais cela est tout de même bien mieux que ce que l’AFP se permet de diffuser comme information…

Dans une dépêche AFP datée du 30 août, soit 10 jours après les faits, il est enfin rendu compte au français de la publication de la photo du suspect, mais sans la prise en compte du témoignage d’Asham Asan qui vient somme toute compliquer les choses. Sauf à penser que les journalistes français n’aient pas accès à Internet, ou bien qu’ils n’aient pas vraiment le temps d’enquêter un minimum, on aurait pu attendre de ceux qui allait s’intéresser à ce sujet qu’ils « fouinent » un peu, au lieu de recopier bêtement les bribes d’information données par l’Agence qui sert de référence aux médias de masse.

Le Président bulgare Resen Plevneliev à la cérémonie en mémoire des victimes de l’attentat de Bourgas, à la synagogue de Sofia

Propagande de guerre

L’instrumentalisation de cet attentat bat pourtant son plein. La cérémonie de commémoration des victimes de l’attentat de Bourgas ayant eu lieu à Sofia est un bel exemple de cela. Le vice Premier Ministre israélien Moshé Ya’alon a multiplié les déclarations provocatrices et menaçantes.

La Sofia News Agency a rapporté les propos suivants : « Israël et la Bulgarie ne seront pas en paix et ne se tairont pas jusqu’à ce que tous ceux qui sont responsables de l’attaque terroriste de Bourgas soient punis… Nous les poursuivrons avec fermeté, sans hésiter ou nous poser de question, ainsi que nous avons pu le faire dans le passé. »

Le Yediot Aronot relate d’autres citations, plus édifiantes encore :
- « Ce terrorisme provient des alliés de l’Iran, l’organisation meurtrière du Hezbollah. Son objective est de détruire la culture occidentale, d’étendre la révolution islamique, et de rayer Israël de la carte. » Notons qu’ici est repris un élément déjà ancien de la propagande de guerre israélienne, visant à imputer à Ahmadinedjad le fait d’avoir souhaité « rayer Israël de la carte ».
- « Nous ne devons pas nous voiler la face. Nous devrions imposer des sanctions plus dures et non croire que nous parlementerions avec un régime conventionnel. Nous ne devons pas écarter d’option. Et, avant qu’il ne soit trop tard, nous devons forcer le violent, tyrannique régime iranien à faire face à ce dilemme : la bombe atomique ou la survie. »

Il apparaît donc de plus en plus clair que l’attentat de Bourgas rentre dans la logique israélienne de préparation des esprits à un conflit avec l’Iran. Car si les accusations sont multiples à l’égard de la République Islamique, les preuves elles, continuent d’être recherchées par les enquêteurs internationaux.

L’Iran a d’ailleurs vivement dénoncé, par le biais de son ambassade, l’ingérence israélienne dans ses relations bilatérales avec la Bulgarie : « L’opinion publique en Bulgarie est témoin d’abus de la part de représentants du régime sioniste, visant à compromettre la République islamique d’Iran et à créer des problèmes dans les relations historiques et amicales » (…) Le communiqué stipule aussi que « L’utilisation du terme « terrorisme islamique » dans le discours du vice-Premier Ministre du régime Sioniste dans la synagogue de Sofia, et les accusations de terrorisme contre l’Islam, qui est une religion de paix et d’amour pour l’humanité, se place dans la continuité de la politique d’incitation à la guerre entre les religions de Dieu suivie par les sionistes. »

Où se place la Bulgarie pour le moment ?

Jusqu’à présent, Sofia a accepté le mensonge de la version du kamikaze, mais les autorités bulgares ont écarté toute désignation hâtive de coupable. Pourtant, selon le journal libanais Al Jumhuriya, la Bulgarie s’apprêterait à désigner le Hezbollah comme responsable de l’attentat de Bourgas. Ce qui pourrait, toujours selon ce journal, faire que l’organisation chiite soit mise sur la liste noire de l’Union Européenne (ce qu’Israël cherche à faire depuis plusieurs années) et que des sanctions soient prises par l’UE et les Etats-Unis. Ceci pourrait finalement, déstabiliser le Liban.

C’est pourquoi il est nécessaire, ainsi que le rappelle l’ex-agent de la CIA Robert Baer, que la Bulgarie mène seule son enquête : « Vous ne pouvez pas attendre de réponse objective de la part des Etats-Unis et d’Israël. Ces deux pays veulent une guerre contre l’Iran ». Il a ajouté qu’il s’agissait avant tout de rapports de forces entre services de renseignement, et que cela était bien différent d’une véritable enquête de police. Cet expert reconnaît néanmoins que le Hezbollah a été actif en Bulgarie, et pourrait toujours l’être.

Néanmoins, le témoignage d’Acham Asan, et la possible implication des Frères Musulmans et de l’Arabie Saoudite (ou d’un de leur sous-traitant), pourrait venir désamorcer une situation plus que sensible. Encore faudrait-il que ce témoignage soit pris en compte par les enquêteurs, et exploité…

Annexes :

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Les non-alignés : Une utopie en quête d’une nouvelle boussole

septembre 3rd, 2012 by Chems Eddine Chitour

 «Le Mouvement des non-alignés? Combien de divisions?»

Appréciation dévalorisante de l’Occident

Du 28 au 30 août s’est tenu à Téhéran le XVIe Sommet des pays non-alignés, et ce, dans l’indifférence la plus totale des pays occidentaux et du black-out des médias occidentaux main stream. Malgré cela, vingt neuf chefs d’État ou de gouvernement ont fait le déplacement, tandis que la majorité des 120 membres de ce mouvement étaient représentés au niveau ministériel. À l’issue de ce sommet, l’Iran prendra pour trois ans la présidence du Mouvement des non-alignés. Le mouvement des non-alignés, lit-on dans l’encyclopédie Wikipédia est une organisation internationale regroupant 118 États en 2008 (17 États et 9 organisations internationales y ont en plus le statut d’observateur), qui se définissent comme n’étant alignés ni avec ni contre aucune grande puissance mondiale. Le but de l’organisation tel que défini dans la «Déclaration de La Havane» de 1979 est d’assurer «l’indépendance nationale, la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité des pays non-alignés dans leur lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, le néocolonialisme, la ségrégation, le racisme, et toute forme d’agression étrangère, d’occupation, de domination, d’interférence ou d’hégémonie de la part de grandes puissances ou de blocs politiques» et de promouvoir la solidarité entre les peuples du tiers-monde ».(1)

« L’organisation, dont le siège est à Lusaka, en Zambie, regroupe près des deux tiers des membres des Nations unies et 55% de la population mondiale. La Déclaration de Brioni, du 19 juillet 1956, proposée par Gamal Abdel Nasser, Josip Broz Tito, Norodom Sihanouk et Jawaharlal Nehru marque l’origine du mouvement, qui vise alors, dans le contexte de la guerre froide, à se protéger de l’influence des États-Unis et de l’Urss les deux grands qui gouvernaient le monde. Le terme de «non-alignement» a été inventé par le Premier ministre indien Nehru lors d’un discours en 1954 à Colombo. On peut considérer que la Conférence de Bandung, qui avait réuni une trentaine de pays d’Afrique et d’Asie, est une étape importante vers la Constitution du Mouvement des non-alignés Voilà pour l’histoire.(1)

A quoi sert actuellement le Mouvement des non-alignés aujourd’hui?

Qu’en est-il du mouvement des non-alignés après la disparition du bloc soviétique, l’émergence d’une hyper-puissance et de la doctrine du néolibéralisme et de nouveaux blocs?
Pour Yves Lacoste, fondateur de l’École française de géopolitique «ce mouvement était unifié et porté par l’idée de la fraternité entre les pays pauvres. Et enfin, il était incarné par des hommes au prestige international comme Tito, Nasser ou Nehru. Ce mouvement s’est fissuré avec la guerre entre le Cambodge et le Vietnam en 1979. Ce conflit a porté un coup très grave à l’idée de Tiers-monde, qui n’a plus grand sens aujourd’hui. Après la chute du mur de Berlin, la fin de l’ex-Yougoslavie et l’extension de la mondialisation, il y a eu comme une éclipse du mouvement des Non-Alignés jusqu’à ce sommet de Téhéran. On assiste peut-être aujourd’hui à un renouveau de celui-ci. Tous les représentants des pays membres ont fait le déplacement à Téhéran, même des pays comme l’Égypte qui n’avait plus de relations avec l’Iran depuis la conclusion des accords israélo-égyptiens en 1980. Les liens privilégiés qui existent entre le président iranien Ahmadinejad et le président vénézuélien Hugo Chavez permettent aux pays sud-américains de retrouver une place qu’ils n’avaient plus depuis les riches heures de Cuba». (2)

La deuxième vie du Mouvement des non-alignés

Cette audience n’a pas échappé au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, qui a fait lui-même le déplacement. Ces pays sont aujourd’hui animés par la volonté de se démarquer de la diplomatie américaine et européenne, par le projet de peser dans les organes de décision des Nations unies – d’obtenir des places permanentes au Conseil de sécurité – par la volonté d’accéder à l’industrie du nucléaire. L’Inde et l’Afrique du Sud sont aujourd’hui des piliers de ce mouvement. Mais il faut aussi compter avec l’Iran qui, comme on le voit au cours de ce Sommet, veut incarner l’opposition à l’Occident.

Pour Zaki Laïdi, de l’Institut d’études politiques de Paris: le Mouvement des non-alignés exprime la volonté d’un grand nombre de pays de garder ses distance vis-à-vis de l’Ouest. Les grandes heures du mouvement étaient en fait, déjà révolues. Ces grandes heures, c’était les années 1960 et 1970, avec la création du groupe des 77 aux Nations unies ou la revendication, en 1973, lors du Sommet d’Alger, d’un nouvel ordre économique international, portée aux Nations unies l’année suivante par le président Boumediene. Autant de combats pour faire entendre la voix du tiers-monde sur la scène internationale.

Pourtant, le Mouvement des non-alignés – en tous cas certaines de ses idées – suscite un regain d’intérêt. Les années 90 et le début des années 2000 ont vu le renouveau de concepts que ces fondateurs défendaient. L’altermondialisme, par exemple, qui prône un rééquilibrage des relations économiques entre pays riches et pauvres, est l’enfant du tiers-mondisme.

En outre, les pays émergents pèsent de plus en plus sur la scène mondiale. La Chine, bien sûr, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et beaucoup d’autres ébranlent sérieusement les Etats-Unis et les autres Etats occidentaux. Ces nations du Sud réussissent petit à petit, là où les dirigeants du tiers-monde avaient échoué dans les années 1960 et 1970. «Le Mouvement des non-alignés conserve une signification politique en ce qu’il exprime la volonté d’un grand nombre de pays de garder ses distances vis-à-vis de l’Ouest, analyse Zaki Laïdi, Le non-alignement aujourd’hui, c’est ne pas s’aligner complètement sur l’Occident, au moment où, d’ailleurs, on s’intègre de plus en plus dans l’économie mondiale. Plus vous vous intégrez dans la mondialisation, à l’économie capitaliste, plus vous vous dites: dans ce monde quelle marge de manoeuvre et d’appréciation personnelle je garde.» Il reste à savoir si c’est au sein du Mouvement des non-alignés qu’ils peuvent faire entendre leur voix. Il existe aujourd’hui d’autres instances à travers lesquelles ils peuvent s’imposer. A commencer par le G20 qui regroupe les vieilles nations riches et les pays émergents comme l’Inde, la Chine, la Corée du Sud, le Brésil, le Mexique ou l’Afrique du Sud. Un forum aujourd’hui incontournable. Il y a également le groupe informel des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), ou encore le Groupe de Shanghai, qui réunit la Chine, la Russie et les pays d’Asie centrale producteurs de pétrole ou de gaz. «Ce qui est important c’est la proclamation du respect de la souveraineté nationale économique et politique. Et la non-reconnaissance du droit de certains pays à s’autoproclamer communauté internationale, je parle de l’ambassadeur des Etats-Unis suivi dans les minutes qui suivent par les ambassadeurs des pays européens et avec deux ou trois acolytes comme les ´´grandes démocraties´´ l’Arabie Saoudite et le Qatar», martèle l’Egyptien Samir Amin, figure de la mouvance tiers-mondiste et anticapitaliste depuis les années 60». (3)
L’énigme Ban Ki-moon

Constants dans leur diabolisation de l’Iran, les pays occidentaux (l’Empire et ses vassaux) ont tout fait pour dissuader Ban Ki-moon de faire le voyage qu’il fit à l’insu de son plein gré. Ce dernier «décida» finalement d’y aller avec des instructions claires. Tancer l’Iran sur son programme nucléaire et ressasser la vieille fausse rengaine faisant dire à Ahmadinejad qu’il veut la destruction d’Israël. Mieux encore pour Ban, la remise en cause de l’holocauste est un crime abominable.: «Je rejette fermement les menaces émises par un État membre (de l’ONU, Ndlr) d’en détruire un autre, ou les commentaires révoltants niant des faits historiques comme l’Holocauste».

Hypocritement, Ban Ki-moon a rappelé les idéaux du Mouvement aux membres des non-alignés (MNA) et a appelé à une campagne mondiale pour leur mise en place: «Nous devons défendre les idéaux du mouvement que sont la paix et l’égalité et faire des efforts pour la réalisation de ces idéaux. Il a défini le Mouvement comme un élément clé dans le maintien de la paix mondiale et souligné que le MNA devait travailler en coordination avec l’ONU afin que ces institutions internationales, y compris le Conseil de sécurité, soient le reflet de la réalité d’aujourd’hui. A l’instar du Guide suprême, le secrétaire général de l’ONU a décrit la prolifération des armes nucléaires comme «une menace majeure contre les pays du monde», ajoutant que «l’Iran pouvait jouer un rôle constructif dans la lutte contre la prolifération des armes nucléaires». Il n’explique pas pour autant l’impunité d’Israël sur le dossier nucléaire.

Pour Karim Sadjadpour, chercheur associé: «Manifestement, il apparaît que l’opération de communication de Téhéran a réussi», «L’Iran va se servir de cette caisse de résonance médiatique pour sa propre propagande et ses gesticulations sur la scène internationale.» À l’ouverture jeudi, l’Ayatollah Khamenei a répété que l’Iran «ne cherchera[it] jamais à avoir l’arme atomique». «Comment expliquer que les pays disposant de la bombe atomique n’aient pas réduit leur arsenal, comme le stipule le Traité de non-prolifération (TNP)? Comment expliquer que l’Iran, signataire de ce traité, aujourd’hui toujours sous contrôle de l’Aiea, qui ne dispose d’aucune preuve qu’elle cherche la bombe, demeure aujourd’hui la principale menace dans les relations internationales? Pendant ce temps, d’autres pays, qui n’ont pas signé le TNP, ne posent aucun problème», souligne le chercheur. Le dernier rapport trimestriel de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur l’Iran, attendu jeudi ou vendredi, doit révéler que l’Iran a encore augmenté sa capacité d’enrichissement d’uranium, ce que lui permet le TNP, dans un but strictement civil.(4)
120 pays sur 193 à l’ONU, soit plus de 62% de la planète ont un avis à donne

«A partir du moment où des pays refusent la politique du Nouvel Ordre basée sur une rapine des pays vulnérables (BM, FMI, OMC) avec le bras armé de l’Otan, tout est fait pour les discréditer. Depuis la chute de l’Urss, le monde ne s’est jamais aussi mal porté et les pays non-alignés – en majorité arabes et musulmans – sont dépecés au gré de la prédation et de la curée, l’Afghanistan, l’Irak, le Soudan, le Yémen, la Libye, ou reformatés selon le GMO comme la Tunisie, l’Egypte qui, franchement, écrit François Asselineau peut désormais être contre ces grands principes? Principes qui sont d’ailleurs en parfaite harmonie avec les principes du droit international, tel qu’il a été codifié par la Charte des Nations unies? Le Guide suprême de la République islamique d’Iran a prononcé le discours d’inauguration du 16e Sommet du Mouvement des pays membres non-alignés au cours duquel il a déclaré que le monde est désormais «en mouvement vers un nouvel ordre international où le Mouvement des non-alignés (2/3 de la population mondiale) peut et doit jouer un nouveau rôle. Ce nouveau système doit être fondé sur la participation de toutes les nations et sur l’égalité de leurs droits. [...] La gestion du monde ne doit pas être exclusivement aux mains de quelques pays occidentaux.» Les médias occidentaux se sont focalisés sur l’incident survenu lorsque le président égyptien Morsi a qualifié le gouvernement d’Assad d’ «oppressif et a souhaité son renversement». Son intervention a provoqué le départ de la délégation syrienne. Jeudi 30 août, le représentant du commissaire des droits de l’Homme à l’ONU a qualifié de fausses les informations diffusées sur les événements syriens: «Les médias ne couvrent pas tel qu’il le faudrait les incidents en Syrie, les médias accusent le pouvoir en Syrie de tout crime qui y survient alors que nos informations témoignent du contraire.» (5)

L’Iran a marqué un point contre les Occidentaux qui tentent de l’isoler en recevant cette semaine les représentants de 120 pays non-alignés, mais ses efforts pour redorer son prestige international ont été mis à mal par son dossier nucléaire controversé, estiment les analystes.
L’Iran a marqué un point contre les Occidentaux qui tentent de l’isoler L’événement a ´´permis à l’Iran de montrer qu’il a encore des amis et des partenaires en dépit des efforts internationaux pour l’isoler´´, admet Dina Esfandiary, analyste à l’Institut international des études stratégiques (IISS) de Londres interrogée par l’AFP. Publié en plein Sommet, le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est toutefois venu rappeler la controverse autour du programme nucléaire iranien. Les représentants des 120 pays membres ont adopté une déclaration finale affirmant notamment le droit de tous les pays à l’énergie nucléaire pacifique, le refus de toutes sanctions unilatérales et menaces militaires contre un pays, le soutien à la création d’un État palestinien et la nécessité du désarmement nucléaire. Les États-Unis ont réagi en avertissant à nouveau Téhéran que le temps de la diplomatie pour résoudre le problème nucléaire ne durerait pas «indéfiniment».(6)
Conclusion

Cela dit, ce Sommet s’est tenu en Iran, pays isolé par les Occidentaux qui ont toujours la fâcheuse manie de parler au nom de toute la planète. La volonté de nuire à l’Iran et de perturber le «Sommet du Mouvement des non-alignés» a été manifeste. Malgré des présences intempestives telles que celles des pays «aux avant-postes de la démocratie et des droits de l’Homme» tels que le Qatar et surtout l’Arabie Saoudite. Le Sommet de Téhéran est une réussite puisqu’il a abouti à un rééquilibrage des relations internationales. Ce rééquilibrage constitue une nouvelle étape sur la voie d’un monde multipolaire après celle des trois double veto russe et chinois qui ont empêché les États-Unis d’utiliser «le Conseil de sécurité» pour mettre en oeuvre leurs politiques d’agression.

Ce Sommet de Téhéran, malgré toutes les embûches et les couacs, montre que la vraie communauté internationale est soucieuse de la paix du monde, de l’harmonie et de l’égale dignité des peuples. Aura-t-elle les coudées franches pour asseoir ses idées à l’Assemblée des Nations unies dans les votes concernant la Syrie, la Palestine, la dénucléarisation? Rien n’est moins sûr! La doxa occidentale est toujours à la manoeuvre. De plus, il faut bien le dire, le monde a profondément changé, avec l’apparition de nouveaux blocs (Brics, les pays du groupe de Shangaï), voire la position énigmatique de l’Inde, qui se regroupent non plus par idéologie généreuse mais par intérêt économique. Ce qu’il y a de sûr est que l’Iran a gagné une bataille médiatique mais la paix du monde est loin d’être acquise.

Il reste que les voeux utopistes de l’économiste Samir Amin sont toujours d’actualité. Aux «Damnés de la Terre» de les concrétiser en ne comptant que sur eux-mêmes c’est cela leur vraie boussole.

 

Professeur émérite Chems Eddine Chitour

1. Le Mouvement des non-alignés. Encyclopédie Wikipédia

2. http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/A-quoi-sert-le-mouvement-des-Non-Alignes-aujourd-hui-_EP_-2012-08-30-847895
3. C. Champin http://www.rfi.fr/general/20120830-deuxieme-vie-mouvement-non-alignes
4. htt//www.lepoint.fr/monde/le-monde-a-t-il-reussi-a-isoler-l-iran-30-08-2012150074124.php
5. http://sos-crise.over-blog.com/article-les-non-alignes-a-teheran-un-succes-a-mediter-fran-ois-asselineau-109619948.html
6. L’Iran a marqué un point contre les Occidentaux qui tentent de l’isoler. AFP le 01.09.12

 

 

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Affaire Merah : Donner du sens au non sens.

septembre 1st, 2012 by Jean-Claude Paye

Affaire Merah : 3ième partie(3/4).

Les différents commentateurs, que se soit pour appuyer directement le discours officiel ou pour communiquer leur malaise à propos de ce qui était signifié, n’ont pas parlé de l’affaire elle-même, mais seulement de la personne de Merah, de son intentionnalité supposée. A aucun moment, il n’a été question d’analyser ou de questionner le non-sens de ce qui était exhibé. Au contraire, la responsabilité de l’accusé s’est imposée comme une évidence. Ils ont exposé l’intentionnalité de l’accusé, le sens déjà donné, sans expliquer les faits.

Nous sommes ainsi placés dans un discours de re-sacralisation qui n’intègre aucune négativité. Cette procédure langagière, propre à la post-modernité, annule toute parole en lui substituant un fétiche. Elle supprime toute opposition au profit d’une simple concurrence entre les différents protagonistes, d’une rivalité dans l’image.

Avec les commentaires officiels ou « critiques » portant sur l’affaire Merah, nous ne sommes plus dans le discours politique, mais directement dans celui de la sacralisation. Ainsi, il ne peut plus y avoir  d’opposition. Le sacré est en effet une mise en scène codée par des rites et des normes que l’on ne peut remettre en cause[1].  Il s’inscrit dans des formes de communication immuables car ritualisées. Comme pure donation de sens, il est au delà de la signification.

Il n’y a donc plus place pour un questionnement. L’étonnement n’a plus cours, car nous sommes dans une répétition du “déjà su”, celui de la guerre des civilisations. Cette puissance hors mesure[2] exclut le politique et nous introduit dans le fétichisme. Elle ne tolére que le silence et clôt l’espace de la parole qui ne peut être que profanation.

En renvoyant à l’originaire de la guerre cosmique des forces du Bien contre celles du Mal, l’existant est forclos.  Ainsi, si pour Georges Bataille, dans son approche de la notion de transgression, l’excès ouvre au sacré[3], à une jouissance placée au delà de la loi, le surcroît de jouissance, ici exhibé, est directement enfermement dans l’espace sacralisé.[4]

Le processus de dé-sidération au contraire suppose une désacralisation pour que la parole intervienne, afin que l’on puisse nommer à partir des faits, plutôt qu’à partir de la « voix des victimes ». Dans un premier temps, il s’agit de poser des questions et de relever les contradictions du discours. A l’opposé, la  prévalence du sens  donné interdit tout questionnement. Les différents commentateurs, quelle que soit leur « sensibilité » relative à l’évènement, n’ont pas pensé les faits, mais intégré le religieux, en se posant comme maîtres du « ça-voir ».

Donner du sens à l’invraisemblable.

Le discours se déploie dans l’invraisemblable. Il ne relève plus du logos, de la raison qui confronte la réalité par la médiation de la perception. Si le « vrai-semblable » est l’étalon du vrai,[5]  il ne peut plus y avoir de mesure des objets de la réalité, mais dé-mesure du réel. Celui-ci colonise le sujet car il ne peut être rejeté à l’extérieur. Il se déchaîne et revient en permanence suite à l’impossibilité d’inscrire symboliquement ce qui est imposé.

L’ensemble des  réactions médiatisées qui ont suivi directement les images de télé-réalité, même si elles se présentent comme opposées en ce qui concerne l’attribution des responsabilités ou la détermination des causes, n’ont pas considéré que ce non sens était un problème en soi devant être traité pour lui-même. Au contraire, elles reposent sur un socle commun : pour tous, la culpabilité de Merah est une évidence. Il importe avant tout de lui donner du sens et non de procéder à une analyse de ce qui nous est dit ou montré.

Cette « donation de sens » est une fabrique du sacré, non pas celui qui se fonde sur le vide opéré par le questionnement, mais sur le trop plein des images et d’objets fétichisés.[6] Elle annihile une première question permettant de sortir de la sidération: « qui a tué les soldats et les enfants » ? En lieu et place du questionnement, les discours imposent comme réponse une évidence sans médiation matérielle. Celle-ci s’oppose à la parole en exhibant l’invisible, l’image de la guerre des civilisations. Elle est la fabrication d’un dogme que nous devons accueillir scotché à l’immatérialité du regard. Le sens donné est l’image de la voix invocante, c’est ce à quoi nous devons consentir.

Dans une tribune, « Merah, un monstre issu de la maladie de l’islam », parue sur Lemonde.fr, Abdennour Bidar  analyse cette affaire comme « l’expression extrême d’une maladie de l’islam lui-même », comme une manifestation révélant la « dégénérescence multiforme de cette religion ». Il écrit : « Comment s’étonner que dans ce climat général de civilisation, figé et schizophrène, quelques esprits malades transforment et radicalisent cette fermeture collective en fanatisme meurtrier ? On dit d’un tel fanatisme de quelques-uns que ”c’est l’arbre qui cache la forêt d’un islam pacifique”. Mais quel est l’état réel de la forêt dans laquelle un tel arbre peut prendre racine ? Une culture saine et une véritable éducation spirituelle auraient-elles pu accoucher d’un tel monstre ? »[7] L’auteur réclame entre autres que l’islam fasse son mea culpa et renonce à l’essentiel de ses pratiques religieuses.[8]

En opposition à de telles positions, Tariq Ramadan estime que, en aucun cas, l’islam n’est la cause, ni même l’un des facteurs de cette violence, mais que c’est la question sociale qui est au cœur des attentats de Toulouse et Montauban. Les frustrations, les inégalités sociales, les discriminations, seraient la cause cachée de la tuerie.

Pour Ramadan, « L’histoire de Mohamed Merah renvoie la France à son miroir : il finit djihadiste sans réelle conviction après avoir été un citoyen sans réelle dignité[9]. » Il s’agit d’« Un pauvre garçon, coupable et à condamner, sans l’ombre d’un doute, même s’il fut lui-même la victime d’un ordre social qui l’avait déjà condamné, lui et des millions d’autres, à la marginalité, à la non reconnaissance de son statut de citoyen à égalité de droit et de chance. ...[10] ».

Même si elles s’opposent formellement ces deux réactions reposent sur un même schéma, à savoir que cet évènement n’est que la représentation d’un objet qui lui est extérieur, d’une part la dégénérescence de l’islam, d’autre part la politique d’exclusion de la société française.

En fait, la plupart des commentaires ne parlent pas de l’affaire elle-même en tant que évènement objectif, ni même de Merah  comme individu concret, mais de leur ressenti, du comment ils vivent l’évènement dans leur chair. Ils réduisent ainsi l’accusé à un fétiche, à une objectivation de leur intentionnalité.

Reflet d’un objet ou reflet  du surmoi?

Les deux lectures procèdent à une opération de trompe-l’œil, à une permutation de l’observation des objets vers l’intériorité du regard. Elles fixent notre attention dans l’image de la guerre des civilisations ou dans celle d’un de ses épiphénomènes, la stigmatisation de la société hexagonale. Ce faisant, elles occultent ce qui fait la spécificité de l’évènement et opèrent un déni de ce qui est imposé : le surcroît de puissance du pouvoir et l’injonction surmoïque d’en jouir.

A aucun moment, ces interventions ne procèdent à une coupure avec le discours des médias. Ce dernier n’est pas analysé et ses différentes contradictions ne sont pas relevées. Au contraire, elles sont effacées au profit du sens que les commentateurs donnent à un évènement que les médias ont placé au delà du sens, dans le sacré. Si Antonio Quinet[11] nous a montré que, pour pouvoir observer, le sens donné par le regard doit être élidé, les commentaires réalisent l’opération inverse, ils suspendent la vision afin de libérer le regard. Ce faisant, l’intentionnalité attribuée n’est confrontée à aucune limite. Elle ne doit se heurter à aucun objet, à aucune matérialité qui pourrait lui faire obstacle.

L’image pure de l’affaire Merah innove par rapport à l’icône du 11/9. Fondatrice d’un originaire,  cette icône capture la présence du réel pour instaurer un nouvel ordre mondial, où l’homme n’est plus parlant, mais muet, obéissant à l’injonction de se taire. Ici, les spectateurs sont immédiatement dans le consentement et doivent trouver en eux-mêmes une cohérence à l’invraisemblable. Ce sens, ils ne peuvent le penser à partir de l’extériorité car les informations s’annulent réciproquement. Ils ne peuvent le trouver que dans l’unicité du rapport transcendantal qui lie la monade au pouvoir. Ce faisant, c’est « l’Autre jouisseur » dans l’expression de sa toute puissance qui leur donne cette illusion d’unité. Par cette opération, le sujet procède à une répétition du sens originaire donné aux attentats du 11/9.

À travers leur passage en boucles, les images du 11 septembre fonctionnaient comme une reconnaissance d’un déjà vu. Elles faisaient obstacle à la perception même des objets, selon un mécanisme mis en évidence par le théoricien de la littérature Victor Chklovski.  Celui-ci a construit sa procédure de « défamiliarisation » en mettant l’accent sur une distinction entre vision et reconnaissance. Il a indiqué que les objets régulièrement vus le sont par un dispositif de reconnaissance et que ainsi ils ne sont pas entièrement perçus. Afin de libérer la perception de l’automatisme, la vision doit être construite de manière à ce que « la perception s’arrête sur elle et arrive au maximum de sa force et de sa durée[12]. » Au contraire du « procédé de l’art » mis en avant par Chklovski, les images du 11/9, par leur répétition organisée, enferment la vision dans un automatisme annulant toute  perception et ainsi toute possibilité de saisir ce qui est nouveau dans ce qui nous est présenté.

Miroir ou regard?

Si, en ne montrant rien qui puisse être vu, l’affaire Merah accentue le caractère automatisé du processus de reconnaissance, elle le déplace surtout du « déjà vu » vers le « déjà su ». La question ne relève plus de la perception tronquée d’un l’objet, mais de l’exhibition d’un rien ne pouvant que renvoyer à l’originaire. On passe ainsi de la reconnaissance d’une visibilité tronquée à celle de ce qui ne peut qu’être : l’invisibilité de la guerre des civilisations.

En élidant la perception, la procédure de reconnaissance, dans le 11/9 et dans les tueries de Toulouse et de Montaubant, empêche tout étonnement face à la singularité de l’évènement. Comme seul le voir permet de capter ce qui est nouveau, il n’est plus possible de saisir ce qui nous est montré.

Les commentateurs de l’affaire Merah effectuent la même opération. Ils se détournent de la vision afin de laisser la place au regard intérieur, à la remémoration, non plus du « déjà vu », mais à la répétition du « déjà su ». Le chemin qui mène au questionnement et à la parole est supprimé.

Les deux positions ici analysées, du philosophe Abdenour Bidar et de Tariq Ramadan, reposent sur un paradoxe. Elles élident la perception et, en même temps, elles considèrent  que l’affaire Merah est un reflet d’une réalité extérieure. L’évènement nous renverrait soit à la dégénérescence de l’islam, soit à la question sociale en France. Ce faisant, ils élaborent une image posée comme figurative et refusent de traiter l’affaire comme telle, à savoir comme une image idétique qui ne représente rien d’autre que l’injonction d’en jouir. L’image comme regard n’est pas un reflet d’une extériorité, mais d’une intériorité, de “l’oeil du surmoi”[13]

Ce n’est pas l’image de Merah qui est reflet, symptôme de la société post-moderne, mais bien les commentaires eux-mêmes. Ils ne portent aucune parole, mais développent une jouissance de l’image exhibée. Saisir l’évènement dans sa spécificité suppose au contraire de rétablir la logique du signifiant et d’opérer une critique de la primauté du sens. Cette affaire et les discours associés sont caractéristiques d’une mutation dans nos sociétés, le passage de l’image portrait à l’image-signe.[14]

Une image construite à partir de ses attributs..

Si rien ne peut être vu et analysé, la perception des objets doit laisser la place au regard posé sur le suspect. La construction d’une image de tueur en série se substitue à la lecture et à la discussion des faits. Pour ce faire, des « experts » ont été convoqués par les médias durant les trois jours de télé-réalité, une trentaine d’heures en direct sans informations, qui prendront fin avec la mort de Mohamed Merah. Sur les plateaux de télévision, des criminologues se sont succédés  pour expliquer l’évidente culpabilité du suspect par son intériorité, par son intentionnalité terroriste. La certitude qu’ils expriment ne résulte pas d’une vérification de ce qui est affirmé, mais de la construction de profils psychologiques attribués à l’assiégé. Ces derniers ne sont d’ailleurs pas construits sur une connaissance de la vie privée de Merah qui leur est largement méconnue, mais sur des choses qui ne peuvent qu’être, étant donné qu’il s’agit d’un tueur. La certitude subjective est simplement devenue son propre support. Un tueur a nécessairement les caractéristiques d’un terroriste. Il est forcément frustré, sans vie affective ou sentimentale. L’image du tueur n’est pas construite à partir d’éléments observables, mais à partir de ses propres attributs. L’image est sa propre base et se passe de tout élément extérieur. Elle ne nécessite aucune confrontation à une quelconque matérialité. Le profil psychologique du terroriste est construit grâce à des  images subordonnées, il constitue une image pure.

De Stéphane Bourgoin (F2, F5) à Michèle Agrapart-Delmas (RTL), en passant par Corinne Hermann (F5) et surtout le criminologue Laurent Montet (24h/24 pour BFM), tous ont un avis bien tranché sur le profil de Merah: un homme « forcément frustré » qui « fait preuve d’une anesthésie affective », sans « relation sentimentale reconnue ». Son parcours professionnel ? « Peu reluisant », même s’il semble être « perfectionniste ». En un mot, c’est un « terminator en action » qui « se prend pour Dieu »[15].

Comme nous sommes placés hors langage le sujet n’est plus un « parlêtre », un être qui parle, mais une simple substance qui se manifeste à travers une collection d’attributs : frustré, perfectionniste, terminator…

Stigmate.

La culpabilité de Merah est considérée comme une évidence. L’observation des faits est suspendue et laisse la place à l’image de l’intériorité supposée du tueur, à ce qu’il ne peut qu’être puisqu’il a commis un tel acte. Une telle « analyse » est généralisée. Elle n’est pas seulement partagée par les experts nominés par les médias, mais aussi par la plupart des commentateurs « critiques ». Ils apportent ainsi leur propre pierre à la construction de l’intentionnalité du coupable. La stigmatisation de la société à l’égard de l’accusé et le racisme ordinaire s’intègrent dans « le grand récit » de la guerre des civilisations. Ainsi, le comédien Jamel Debouzze, interrogé par le quotidien belge Le Soir, affirme : « N’importe quel frustré est un malade potentiel. On le sait. N’importe qui peut basculer. …Donc, évidemment, un gamin instrumentalisé par la société, il est sorti frustré de prison; on lui a dit non pour le service militaire; on lui a dit non pour la Légion où, normalement, on accepte tout le monde, exclu de la société, a tous les risques de basculer.[16]»

La stigmatisation est généralement l’explication adoptée par ceux qui veulent apporter un regard distancié sur l’affaire. C’est également la position exprimée par Tariq Ramadan qui écrit dans un communiqué  que le destin de Merah « fut très tôt enchaîné à la perception que l’on avait de ses origines. Dans la provocation, il a bouclé la boucle : il s’est perdu dans cette image, autant déformée que dégradante, pour devenir ”l’autre” définitif ».[17] 

A travers l’évocation de la procédure de stigmatisation, la culpabilité de Merah n’est pas remise en cause, ni même questionnée. Son geste est simplement expliqué par la violence produite par la société. La violence extraordinaire de Merah serait le résultat des discriminations subies, un produit de la violence ordinaire du corps social. Ainsi, il est placé dans la position du stigmatisé réduit à son stigmate qui devient, dans l’imaginaire des « normaux », la cause de tous ses choix et de toutes ses actions.

Le retournement du stigmate.

Tous ces commentateurs placent Merah dans une spécification que Goffman désigne comme un « stigmate tribal », celui transmis de génération en génération, comme la religion, la couleur de la peau ou la situation sociale… Le passage à l’acte de Merah serait dû à une gestion manquée de son stigmate. Ce qui spécifie les interventions les unes par rapport aux autres est seulement une option différente en ce qui concerne la modalité retenue par Merah pour intégrer sa stigmatisation. Debouzze ou Ramadan inscrivent le tueur présumé dans une stratégie de victimisation. Pour le philosophe Abdennour Bidar, la problématique développée serait celle du mépris de la vie. Les commentateurs s’inscrivent ainsi parfaitement dans tous les développements entrepris par Goffman. Houria Bouteldja développe quant à elle la dernière possibilité envisagée, celle du retournement. L’identité perçue comme négative est renversée et se pose comme une reconnaissance positive.

Goffman présente son travail comme une théorie générale du stigmate et présente son retournement comme une des attitudes possibles du stigmatisé. Cependant, chez lui, le stigmate ne prend sa véritable dimension, d’explication de la dynamique de certains faits sociaux, que dans sa capacité de renversement.

Le retournement du stigmate ne s’oppose pas à la stigmatisation, il est jouissance de celle-ci. Il est un processus d’identification au regard porté sur soi. Malgré que cette procédure soit également utilisée par des groupes qui veulent construire un processus identitaire alternatif, se réclamant de l’islam ou d’une appartenance communautaire issue de l’immigration musulmane, elle s’apparente à une notion  centrale dans la culture chrétienne occidentale.[18]

Une « autre image » est-elle possible ?

Le retournement du stigmate peut être complet et sublimé. Ainsi, l’identification avec l’image de Merah peut être explicite et revendiquée, comme chez Houria Bouteldja du groupe communautaire Les Indigènes de la République  qui déclare : « Le 21 mars 2012, je me suis couchée moi et me suis réveillée Mohamed Merah. Pourtant, je n’ai jamais porté d’armes et n’ai jamais tiré sur personne. Je ne peux pas le nier. Je ne peux pas fuir… Mohamed Merah c’est moi. Le pire c’est que c’est vrai. Comme moi, il est d’origine algérienne, comme moi il a grandi dans un quartier, comme moi il est musulman. Mohamed Merah c’est moi[19]. »

« Quel âge avait-il le 11 septembre ? 12 ans. Un enfant en construction. Depuis, comme moi, il a subit l’incroyable campagne mediatico-politique islamophobe qui a suivi les attentats contre les deux tours. Parce que Mohamed Merah, 12 ans, c’était déjà Ben Laden. …. Comme moi, il a subit la destruction du foyer historique de la Mésopotamie et assisté au massacre des Irakiens en direct live. Comme moi, il a assisté à la pendaison de Saddam Hussein, en direct live, le jour de l’Aïd. … On a vécu les bombardements de Gaza, et les révoltes populaires de 2005, suite à la mort de Zied et Bouna… »[20]

Cette intervention concentre l’ensemble des éléments constitutifs de l’identification à l’image de Merah. L’assiégé est supposé être sensible à la cause palestinienne, à l’affaire du voile, à la guerre des civilisations, à la destruction de l’Irak et de la Libye. Cette empathie peut être attribuée à Merah, puisque, pour Houria Bouteldja, Mohamed Merah c’est elle. Ce qui la concerne ne peut que l’avoir touché lui. Les engagements politiques des Indigènes de la république deviennent des attributs de l’image de Merah. Ce dernier aurait été pris d’un sentiment d’impuissance qui expliquerait son passage à l’acte.

Le stigmate attribué à Merah par Houria Bouteldja, s’il possède également,comme dans les autres interventions, un caractère que Goffman nommerait « tribal », contient une spécification également précisée par cet auteur, celle du « stigmate religieux ». Celui ci n’abaisse pas l’individu. Il devient au contraire une nouvelle norme, ici une ethnicité revendiquée qui élève le sujet et le sépare de l’autre (Pour les indigènes de République, l’autre des français de souche, les souchiens). Ainsi, le stigmate religieux ne peut exister que dans son retournement.

Ce faisant, l’intentionnalité qu’attribue Houria Bouteldja, à l’auteur présumé des attentats, rejoint paradoxalement le contenu de la confession recueillie par les policiers psychologues et diffusée par les grands médias.

L’image est Une.

Ainsi, sur environ 200 pages, le quotidien Libération a publié ce 17 juin, sur son site internet, « l’intégralité des conversations entre Mohamed Merah et Hassan »,  un agent de la DCRI que Merah avait rencontré à Toulouse en 2011 et avec qui il aurait parlé durant de nombreuses heures, durant le siège de son appartement, les 21 et 22 mars.

La retranscription confirme toutes les « informations » déjà diffusées et justifie même les meurtres d’enfants, en en faisant un « devoir de musulman ». « J’avais un but précis dans mes choix de victimes », affirmerait Merah : « J’aurais jamais tué des enfants (…) si vous aurez pas tué nos enfants ». Il poursuit. “Je tue les militaires en France parce qu’en Afghanistan, ils tuent mes frères. Je tue des juifs en France, parce que ces mêmes juifs-là (…) tuent des innocents en Palestine”, poursuit Merah.l[21]….« Mon but, c’est pas de marquer l’histoire. J’accomplis mon devoir de musulman[22]

Ici aussi, les éléments diffusés justifient l’action de Merah par son empathie pour les victimes afghanes ou pour les enfants palestiniens. La seule différence par rapport à l’argumentation de Bouteldja ne réside pas dans la nature de l’acte, mais dans la valeur qui lui est attribuée. Pour elle, comme pour les commentaires de Libération, Merah est bien un assassin d’enfants. Pour la première, il s’agirait d’une action désespérée liée à une conscience identitaire, pour les seconds : simplement un acte « abject ».

Ce document, expurgé de quatre heures de propos nommés comme « les plus abjects », se présente comme « une nouvelle brique factuelle » qui « dissipe une part de l’épais brouillard qui continue à entourer l’affaire ». Ici aussi il s’agit d’une opération de déplacement des faits, de l’invraisemblable de ce qui est dit et montré vers « le ratage des services français, mais aussi étrangers, Merah ayant été arrêté un peu partout dans le monde, alors qu’il se livrait à du tourisme terroriste ». L’éditorial, destiné à présenter la publication du document, réclame une évaluation des services du renseignement français qui se seraient signalés par « leur amateurisme ». Ce n’est pas la perte des libertés, annihilées au nom de la lutte antiterroriste, que le journal regrette, mais bien que le renforcement des services de renseignements ne se soit pas traduit par une plus grande efficacité : « L’arsenal antiterroriste mondial, qui s’est payé au prix du recul de nombreuses libertés publiques, est-il une passoire ? » La tâche du gouvernement socialiste n’est pas de restaurer la démocratie, mais l’efficacité des services de police et d’espionnage : « Les socialistes au pouvoir en auront-ils le courage ? »[23] Ainsi, remise sur ses pieds, la question pourrait être posée comme suit : le nouveau gouvernement aura-t-il le courage de supprimer ce qui nous reste de libertés?

Un clivage de la réalité.

Si la valeur attribuée à l’acte par Bouteldja renverse celle donnée par les médias, tous deux confèrent une même intentionnalité à l’accusé, celle d’une empathie à la cause musulmane.

Cependant, ces éléments, censés nous dévoiler l’intériorité de Merah, s’opposent à d’autres « informations », telle la volonté de l’accusé d’entrer à la Légion étrangère et ainsi de défendre des intérêts « impérialistes » que sa sensibilité présupposée n’aurait  pu que honnir. Par contre, le refus essuyé à la Légion est retenu par Jamel Debouzze pour construire sa propre image du stigmatisé. Comme les données de cette affaire se présentent comme étant à la fois tout et son contraire, chacun peut choisir les éléments qui lui sont nécessaires pour élaborer son regard sur l’affaire et suspendre les « informations » qui s’opposent à l’image construite.

Les deux exemples retenus opèrent un clivage de la réalité, chacun sélectionnant les attributs indispensables à sa construction mentale. Cette opération leur permet de dénier le « trou dans le Réel », ainsi le manque d’informations dont ils disposent et le recul nécessaire pour produire une analyse. Surtout, elle leur permet d’annihiler le caractère contradictoire des données présentées : par exemple, vouloir entrer à la Légion et être sensible à la cause palestinienne,  ou être un « gamin instrumentalisé par la société » et avoir la capacité de manipuler l’ensemble des services secrets nationaux et étrangers….

Ainsi, le clivage annule la division constitutive du sujet afin qu’il ne rencontre pas de limite à sa toute puissance. De part et d’autre, il ne s’agit pas de confronter les faits, mais de s’approprier de l’image de Merah et de l’effet de sidération produit. Chacun peut alors créer un réel conforme à  ses propres valeurs. Alors, plusieurs réalités coexistent en parallèle sans se confronter, n’existant chacune que par le regard porté sur elle, par la capacité de l’intervenant d’en jouir, de faire Un avec elle.

Le stigmate est regard de l’autre.

L’interprétation du comportement de Merah par Bouteldja, Belouzze ou Tariq Ramadan relève de la théorie du stigmate.[24] Ils conçoivent l’accusé comme complètement déterminé par les différents attributs de son image.

Pour Abdennour Bidar, le stigmate de Merah est transparence de la culture islamique. Le massacre est directement le reflet de la dégénérescence de l’islam. Le visible fusionne avec l’invisible. Le stigmate révèle la disgrâce des musulmans. Quant à Ramadan, Delbouzze et Bouteldja, ils s’inscrivent dans la théorie du renversement. Pour les premiers, bien qu’il résulte des inégalités sociales, le stigmate n’a pas en soi de valeur positive. L’attribution de cette qualité dépend de sa gestion et c’est elle qui a failli. Tandis que pour Bouteldja, il s’agit bien d’une grâce. Le stigmate devient une icône, une visibilité qui montre une invisibilité voilée. Il permet une réversibilité entre le dedans et le dehors, entre l’intentionnalité et la réalité de la ségrégation. Le stigmate dit directement la vérité de l’Autre, la violence du colonialisme. Il est ainsi répétition d’un réel originaire, celui de la colonisation. On peut déduire du rapport établi par Bouteldja entre la stigmatisation et la grâce, qu’elle est elle-même un produit du christianisme et de la société occidentale.[25]

Le retournement rend positive une  valeur négative. Il est un comportement mimétique et est achèvement du processus de stigmatisation puisqu’il reproduit à la fois le stigmate et la norme.[26]  Son renversement produit une identité avec le regard de l’Autre et place le sujet dans la psychose.

L’Autre ne peut exister que par la présupposition de sa jouissance grâce au sacrifice du stigmatisé. Comme l’a montré  Lacan, dans sa reprise du cas Scherber[27] étudié par Freud, c’est que « l’Autre manque et en tant qu’il manque, la seule façon dont le psychotique dispose pour le faire ex-sister, c’est de le faire jouir, c’est-à-dire de s’offrir, de se mettre dans la position d’objet réel de la jouissance de l’Autre. »[28] Ainsi, la référence au stigmate permet de faire apparaître et d’exposer l’être de Merah. Cependant, en tant que fétiche, son image n’existe que comme objet présupposé d’une « jouissance première placée en position de cause »,[29] celle du pouvoir et des intervenants.

Dans les commentaires, Merah n’est pas saisi comme un individu concret, il n’a pas de corps propre. C’est son stigmate qui occupe cette place. Fétichisé, il est utilisé comme bouche-trou devant combler le manque dans le discours. Chacun peut ainsi devenir maître du réel.

Un savoir sur la jouissance.

Les intervenants  se posent comme sujets supposés savoir. Dépositaires du « déjà su », ils n’ont nul besoin de procéder à un questionnement. Au lieu de percevoir et d’analyser, ils éprouvent. Il s’agit là d’une simple conformité avec la volonté de jouir, « puisqu’il(s) pense(nt) ne manquer de rien et incarner le savoir nécessaire à toute jouissance ». Forts de leur complétude, ils rejettent à priori ce qui est nécessaire pour opérer une coupure avec l’effet de sidération et permettre l’insertion de la négativité dans le discours. Ils dénient le manque et empêchent ainsi la formation d’une conscience permettant l’émergence d’une parole collective.  Intégrés dans une structure perverse, les différents commentateurs ne font que transférer la jouissance à l’Autre.

Les premiers participants au débat, le philosophe Abdennour Bidar ou les criminologues invités sur les plateaux de télévision, veulent confondre regard et perception,[30] le sens donné avec la matérialité des objets, l’islam et l’origine sociale avec la culpabilité de l’accusé.

Inscrits consciemment dans la guerre des civilisations, ils renvoient au pouvoir son propre regard afin de le faire jouir.[31] Il s’agit de s’inscrire dans un « plus-de-jouir » en apportant un surcroît de jouissance à la Chose. Comme « la paranoïa identifie la jouissance dans le lieu de l’Autre comme tel, »[32] ils miment les manifestions de la psychose paranoïaque.   « Complotiste » désigne alors celui qui fait référence aux faits, celui qui met un cran d’arrêt à la poussée pulsionnelle.

En adoptant une position féminine, caractéristique de la relation du citoyen au pouvoir dans la post-modernité, les commentateurs nous indiquent le mode d’être qu’il convient d’adopter. Ce type de rapport s’est particulièrement développé grâce au discours sur les attentats du 11 septembre, les populations devant accueillir la guerre du Bien contre le Mal comme originaire d’un monde nouveau. Ici aussi, il nous faut consentir à l’invraisemblable dans l’unicité de la jouissance, dans une passivité active comme volonté de jouissance. Ainsi, comme l’écrit Jelica Šumič Riha : « La féminisation, ainsi que la contrainte de jouissance ininterrompue, constituent l’amorce de la reconstruction du monde, une suppléance à la signification phallique mise à mal. »[33]

Une autre jouissance est-elle possible?

Ceux qui se regardent comme critiques, Tariq Ramadan, le comédien Jamel Debouzze ou bien Houria Bouteldja, développent un autre position du sujet dans la structure perverse, à savoir se poser en concurrence avec la toute puissance de la Mère symbolique. Il ne s’agit plus de lui apporter un surcroît de jouissance, mais d’être en rivalité vis à vis d’elle. Ainsi, le sujet pervers « à la fois hait sa propre mère, tout en désirant furieusement sa jouissance (comment ne pas haïr le ”même ”et le”propre.) »[34] Pour eux, une autre jouissance est possible, non plus celle de l’islamophobie, mais l’envers de celle-ci, celle  du « même » inversé, du stigmate. Cependant dans la version perverse de la jouissance de l’Autre, c’est bien ce dernier qui jouit et qui s’approprie de notre vie. Car, commente Lacan, « le pervers ne sait pas au service de quelle jouissance s’exerce son activité. »

Le déni du réel exprimé par les intervenants « critiques », cette manifestation d’une toute puissance, fonctionne bien comme un mécanisme de défense (mais particulièrement inadapté) contre le surcroît de jouissance de l’Autre. Les prises de positions « alternatives » mettent  en lumière « l’antinomie apparente de la structure perverse entre le phénomène du Moi fort (celui qui révèle et qui dénonce) et le fantasme profond qui situe le pervers comme objet (de la jouissance de l’Autre). »[35]

L’apparence d’un Moi fort, se présentant comme maître du réel et en concurrence avec le discours du pouvoir, se révèle comme volonté de puissance telle que la conçoit Nietzsche, une volonté qui se veut elle-même. Il s’agit de vouloir le réel, mais comme nihilité et « à travers celle-ci vouloir l’anéantissement. Car en pareille volonté, la puissance s’assure toujours la possibilité d’ordonner et d’être maître. »[36]Tout comme celui développé par le pouvoir, le discours des petits maîtres n’a pas pour objectif la maîtrise des objets de la réalité, mais la saisie de notre réel, du « plus intime de notre être ».

De part et d’autre, que ce soit chez les journalistes « embarqués » ou les intervenants « distanciés », il s’agit de jouir de l’image de la culpabilité de Merah en tant que fétiche, c’est à dire en tant que réalité absente.[37]

Dans la jouissance, point d’opposition.

Ainsi, ce qui ressort de l’ensemble des déclarations dans l’affaire Merah est l’absence de contradiction ou même de différenciation par rapport à ce qui est dit et exhibé. Le sujet n’étant plus dans le langage, il n’y a plus de place pour la négativité, ni pour la distinction entre le mot et la chose. L’individu est entièrement déterminé par le regard de l’Autre avec qui il est en fusion.

Les intervenants, qu’ils se fassent simplement l’écho de ce qui est énoncé par les médias ou qu’ils veulent apporter une touche personnelle, parlent tous d’un même lieu, celui de la jouissance et non celui du désir. Les commentateurs  « critiques » se posent bien comme représentants de la différence. Cependant, celle-ci n’existe que comme valeur dans l’image et il ne peut pas y avoir de confrontation des images, car celle-ci est une. Elle met seulement  les monades, en concurrence. Cette unicité fait penser à l’aphorisme paulinien : « tous vous êtes un ».[38]Cependant, il ne s’agit pas ici d’être « un en Jésus-Christ fils de Dieu» comme l’institue Paul, mais bien « en la jouissance Une », la jouissance sacrificielle.

Les commentateurs ne peuvent prétendre à la parole, puisque la jouissance est interdite au sujet parlant. C’est par la prohibition de l’Unicité, c’est à dire de l’interdiction de l’inceste, la Loi consubstantielle aux lois du langage, que le sujet peut accéder à la parole et à son usage.[39]

A l’opposé, les interventions pratiquent un autoérotisme primaire. Elles relèvent non du premier narcissisme, celui de l’unification du moi, mais du narcissisme originaire[40] qui procède à l’unification des pulsions. Dans cette affaire, il s’agit pas de se reconnaître dans le spectacle exhibé, mais au contraire « de se sentir regardé par les choses », par l’oeil du surmoi qui nous ordonne de jouir de  cette exhibition.[41]  Selon Lacan, le surmoi est organisé selon deux pôles, celui du signifiant et celui de la jouissance.[42] Quand la castration symbolique supportée par la Loi, par le Nom du Père, quand l’effet de manque est annihilé, comme c’est généralement le cas dans la post-modernité et particulièrement dans cette affaire ou dans les guerres de Libye et de Syrie, ce qui reste, c’est la contrainte de jouissance, la fusion avec le désir de la Mère.

Ainsi, « l’activité subjective est transformée en passivité ontologique. »[43]Il ne s’agit plus de percevoir et d’analyser, mais de s’abandonner à l’invraisemblable, au nouveau réel créé par le fétiche et ainsi de consentir à notre anéantissement.

 

Jean-Claude Paye, sociologue, auteur de De Guantanamo à Tarnac :     L’emprise de  l’image, Editions Yves Michel 2011.

Tülay Umay, sociologue.

 

 

 

[1]     Bernard Lamizet, « Sémiotique du sacré »,  Essachess, Journal for Communication Studies, vol 4, no. 2(8)/2011, http://www.essachess.com/index.php/jcs/article/view/125

[2]     Rudolf Otto ( Le sacré. Paris: Payot 1968) conçoit le sacré comme une puissance ou une force qui déborde l’humanité et qui s’y manifeste sans mesure. Pou lui, la réaction émotive de l’homme devant le sacré est ambivalente, car ce qui est sacré attire et répugne à la fois. Il est infiniment redoutable et infiniment désirable. R. Otto utilise les termes de mysterium, de tremendum et de fascinans qui équivalent à une sorte de terreur fascinante. Le contenu effroyable de l’expérience s’apparente à cette inquiétante étrangeté (Unheimliche) analysée par Freud. (S. Freud,  L’inquiétante étrangeté. Essais de psychanalyse appliquée. Paris:Gallimard. 1971).

[3]     In Denis Jeffrey, « Le sacré, entre médiations et ruptures »,  ESSACHESS. Journal for Communication Studies, vol. 4, no. 2(8) / 2011: 31-46, http://www.essachess.com/index.php/jcs/article/view/124

[4]     Contrairement à une idée répandue le sacré n’est pas l’apanage des religions. Il existe  une approche différente de ce qu’est le sacré selon les différentes cultures. Pour les uns le sacré est le vide, ce qui sépare le pur de l’impur, pour  d’autres le sacré est ce qui au contraire les fusionne.  Ainsi, le sacré est considéré comme ce qui permet d’extérioriser la division propre au sujet humain, dont parle la tragédie grecque. C’est grâce à ce manque qu’émerge une parole qui  relie le sujet à l’autre. À l’inverse, dans les sociétés post-modernes, le sacré est intériorisation et déni de cette division . Devenu un individu atomisé, le sujet ne peut plus atteindre la jouissance que par l’intermédiaire d’un objet ou d’une image. L’intériorisation de la division qui caractérise la post-modernité rejette l’incomplétude de l’humain en remplaçant la parole par un objet sacralisé. Il s’agit là d’un renversement de ce qui fonde les cultures monothéistes, pour lesquelles c’est le manque qui fonde le lien social, le rapport à l’autre.

Ainsi, le sacré peut devenir un lieu d’exclusion et de violence, comme en témoigne les idéologies du xxième siècle. Ces dernières s’inscrivent dans un retour au paganisme, dans une déconstruction de ce qui fonde le monothéisme, pour qui, la sacralisation comporte un danger de fétichisation et d’idolâtrie, menaçant la place de la parole. Ainsi, le sacré ne doit pas être objectivé et remplacer la matérialité de la parole, car il est la place du vide duquel peut émerger un devenir humain.

Le capitalisme est déjà destruction de tout ordre symbolique en remplaçant le vide par un trop plein, par un monde fétichisé, « le monde enchanté de la marchandise » étudié par Marx. Les idéologies du XXI ième siècle, telle celle de la fin de l’histoire, s’inscrivent dans cette société capitaliste qui, cette fois ne se heurte plus à une négativité. La production sociale ne porte plus seulement sur la réalité, mais met en demeure le Réel. Elle rend exploitable le plus intime de l’être. Cette société devient ainsi annulation de tout devenir et remplace le vide, le possible, par un surplus de jouissance, par un surcroît d’images ou d’objets fétichisés.

[5]     Barbara Cassin,  « To eikos », ou comment le vrai-semblable est la mesure du vrai » in Eidôlon, Op. Cit.

[6]              Pour Erving Goffman, le sacré ne renvoie pas à une puissance surnaturelle ou à un théophanie, mais à la valeur ultime, fondamentale et foncièrement intouchable de quelque chose, qui doit être préservée et respectée. La sacralité marque le règne des  valeurs associées à un objet, un événement, un individu, une action, un espace, etc.

[7]     Abdennour Bidar, « Merah, « un monstre issu de la maladie de l’islam », Le Monde.fr, le 23 mars 2012. Quelques jours après sa publication, ce texte a disparu du site du Monde, mais peut être lu ici : http://www.europe-israel.org/2012/03/merah-un-monstre-issu-de-la-maladie-de-lislam/

[8]              « Il s’agirait par conséquent, pour l’islam, d’avoir dans des circonstances pareilles un courage tout à fait particulier : celui de reconnaître que ce type de geste, tout en étant étranger à sa spiritualité et à sa culture, est pourtant le symptôme le plus grave, le plus exceptionnel, de la profonde crise que celles-ci traversent. … Elle (la religion islamique)est incapable d’autocritique. Elle considère de façon paranoïaque que toute remise en cause de ses dogmes est un sacrilège. Coran, Prophète, ramadan, halal, etc. : même chez des individus éduqués, cultivés, par ailleurs prêts au dialogue sur tout le reste, la moindre tentative de remise en cause sur ces totems de l’islam se heurte à une fin de non-recevoir», .Abdennour Bidar, Op. Cit.               

[9]     « Le problème de Mohamed Merah n’était ni la religion ni la politique. Citoyen français frustré de ne pas trouver sa place, sa dignité, et le sens de la vie dans son pays, il va trouver deux causes politiques pour exprimer son dépit : les peuples afghan et palestinien. Il s’attaque à des symboles, l’armée, et tue juifs, chrétiens, musulmans sans distinction. Il exprime une pensée politique d’un jeune adulte dérouté qui n’est habité ni par les valeurs de l’islam, ni par des pensées racistes ou antisémites. Jeune, désorienté, il a tiré sur des repères qui avaient surtout la force et le sens de leur visibilité, Tariq Ramadan », in  Les enseignements de Toulouse , communiqué de presse, le 23 mars 2012, http://www.tariqramadan.com/LES-ENSEIGNEMENTS-DE-TOULOUSE,11912.html

[10]    Ibidem

[11]    Antonio Quinet,  Le plus de regard : Destins de la pulsion scopique : étude psychanalytique, Editions du Champ lacanien 2003.

[12]    Pour Chklovski, «  le procédé de l’art [...] consiste à obscurcir la forme, à augmenter la difficulté et la durée de la perception », ce qui a pour effet d’engendrer un sentiment d’étrangeté (« ostranénie »).  L’art comme procédé est nécessaire car “L’automatisation de la perception avale les objets, les habits, les meubles, la femme et la peur de la guerre”. Ainsi, “les objets perçus plusieurs fois commencent à être perçus par une reconnaissance: l’objet se trouve devant nous, nous le savons mais nous ne le voyons plus”. Le but de l’art est donc “de donner une sensation de l’objet comme vision et non pas une reconnaissance” In Théorie de la littérature, Textes des Formalistes russes (réunis, présentés et traduits par Tzvetan Todorov, Préface Roman Jakobson,) Paris, Seuil, “Tel Quel”, 1965(1925), pp. 76-97 (les citations sont pp. 83 et 84 ).

[14]    Sur cette distinction, lire : Gérard Simon, « Descartes : de l’ image mentale à l’image-signe » in  « Eidôlon », Dictionnaires le Robert, Le Seuil 2003, http://robert.bvdep.com/public/vep/Pages_HTML/EIDOLON.HTM

[15]    Sebastien Rochat, « Toulouse : criminologues en série, le best of », .arretsurimages.net, le 22/3/2012, http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=13451

[16]    Fabienne Bradfer, « Debbouze : ”Je les connais les Mohamed Merah ”», Le Soir.be, le 29 mars 2012, http://www.lesoir.be/actualite/france/2012-03-29/debbouze-je-les-connais-les-mohamed-merah-905755.php

[17]    Tariq Ramadan »,  Les enseignements de Toulouse,  Ibidem

[18]           Stigmate est un terme chargé de signification dans l’histoire du christianisme. Joachim Bouflet explique que si la stigmatisation est centrale dans la religion chrétienne catholique, elle est inexistante dans toutes les autres religions. Le stigmatisé est une personne qui a « une relation personnelle avec le divin », il porte les marques de cicatrice  de la Rédemption dans le corps. Ainsi, les sources insistent sur l’origine surnaturelle des plaies. Aujourd’hui, encore le terme renvoie à saint François d’Assise et à d’autres personnages « crédités » de lésions évoquant les plaies du Christ crucifié. Joachim Bouflet, Les stigmatisés, Editions du Cerf, 1996.

[19]    Houria Bouteldja, « Mohamed Merah et moi », Les indigènes de la république,le 6 avril 2012, http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=1637

[20]            . Ibidem.

[21]    « ”Libération” publie 173 pages de conversations de Merah avec la police », Le Monde.fr avec AFP, le 17 juillet 2012, http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/07/17/liberation-publie-173-pages-de-conversations-de-merah-avec-la-police_1734517_3224.html

[22]    « Conversation secrète entre Merah et la DCRI », Libération, le 17 juillet 2012, http://www.liberation.fr/societe/2012/07/17/conversation-secrete-entre-merah-et-la-dcri_833777

[23]    Nicolas Demorant, « Passoire »,Éditorial, Libération, le 17 juillet 2012, http://www.liberation.fr/societe/2012/07/16/passoire_833716

[24]            Par stigmate, Goffman entend la situation d’un individu que quelque chose disqualifie et empêche pleinement d’être accepté par la société. Le stigmate apparaît comme  une détermination qui discrédite a priori son possesseur et qui entraîne des sanctions sociales : infériorisation symbolique, exclusions diverses. Le stigmate renvoie autant à la « catégorie », qu’aux « réactions sociales » qu’elle suscite et aux efforts du stigmatisé pour y échapper ou pour dissimuler qu’il y appartient. Le stigmatisé se trouve réduit à son stigmate. Il devient, dans l’imaginaire des normaux, la cause de tous les choix et de toutes les actions du stigmatisé

[25]            La démarche de Bouteldja pourrait sembler paradoxale de la part d’une personne se revendiquant de la culture musulmane. En assurant la primauté de la grâce, dont le stigmate est la marque, elle s’inscrit directement dans le christianisme, dans ce qui le spécifie par rapport aux religions de l’ancien testament, le judaïsme et l’islam. Si la grâce renvoie à l’union avec l’originaire, la parole sépare et permet un devenir.

[26]            Goffman présente son travail comme une théorie générale du stigmate et présente le retournement du stigmate comme une des attitudes possibles du stigmatisé. Cependant, chez lui, le stigmate ne prend sa véritable dimension, son sens d’explication de la dynamique de certains faits sociaux, que dans la capacité de retournement de la stigmatisation. Ainsi, ce qui donne le caractère opérationnel à la théorie de Goffman montre également que cette approche n’est pas en soi nouvelle mais s’inscrit dans la tradition chrétienne occidentale. Le retournement du stigmate serait une formulation redondante. Erwing Goffman, Stigmate, Les usages sociaux des handicaps,  Éditions de Minuit, 1975.

[27]            Les psychoses (le Séminaire – livre III, 1955-56.

[28]             Sidi Askofaré, Pour introduire la catégorie de jouissance (Conférence inédite) in « La jouissance », http://membres.multimania.fr/pharmakon/phallus/page1.html

[29]    Didier Moulinier, « La volonté de jouissance », Miettes (non) philosophiques,28 mars 2010, http://didier-moulinier.over-blog.com/article-la-volonte-de-jouissance-47530219.html

[30]    Anita Izcovich, « À propos de Le plus de regard d’Antonio Quinet », L’en-je lacanien, 2004/2 (no 3), http://www.cairn.info/revue-l-en-je-lacanien-2004-2-page-157.htm

[31]    « Le pervers essaie de rendre à l’Autre le regard pour le faire jouir”, Antonio Quinet, “Le trou du regard”, http://lacanian.memory.online.fr/AQuinet_Troureg.htm

[32]    J. Lacan, « Présentation des Mémoires d’un névropathe, » Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, pp. 214–215.

[33]    Jelica Šumič Riha, «  L’écriture mystique ou la jouissance d’être », Filozofski vestnik | Letnik XXXI | Številka 2 | 2010 | 95–119, http:www.filozofskivestnikonline.com/index.php/journal/article/…/88/102  , p. 14

[34]    Didier Moulinier, « La thèorie perverse de la jouissance » d’après une lecture de L’angoisse de Jacques Lacan, http://didier-moulinier.over-blog.com/article-la-theorie-perverse-de-la-jouissance-46635115.html

[35]    Didier Moulinier, Ibidem.

[36]    Heidegger, « Le mot de Nietsche ”Dieu est mort” » in Chemins qui ne mènent nulle part, Idées/Gallimard 1980, p. 285.

[37]    Jamais le talon aiguille ne deviendra réellement le pénis de la femme, c’est un impossible.

[38]    Paul de Tarse, « Épître aux Galates » (3, 28), Nouveau Testament, Trad. Segond, 1910.

[39]    «La perversion n’est plus ce qu’elle était. » 2003-2004 – 9è séance du 02 juin 2004, www.louka.eu/compte_rendu_9eme_seance_2_juin_04.pdf

[40]    Pierre Rodrigo, L’intentionnalité créatrice, Vrin 2009, p 76.

[41]            « Rien ne force personne à jouir sauf le surmoi », J. Lacan, Le Séminaire, Livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 10.

[42]    Wanda Dabrowski, Le surmoi et le désir, Ecole de psychanalyse des Forums du champ lacanien, Mensuel N° 51, avril 2010, www.champlacanienfrance.net/IMG/pdf/dabrowski_M51.pdf

[43]    Françoise Dastur, « Merleau-Ponty et la pensée du dedans » in Merleau-Ponty, phénoménologie et expérience,par Marcel Richer et Etienne Tassin, éditions Gerôme Millon 1993, p. 52.

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Pour Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, est « coupable » tout Syrien qui soutient les autorités syriennes, et donc le peuple syrien, dans une guerre non déclarée par terroristes interposés promus au rang de révolutionnaires admirables… Ce Syrien là est non seulement coupable mais aura à « rendre des comptes »… ! Voilà les bribes de phrases accidentellement entendues sur une chaîne de télévision française le 30 Août 2012… Accidentellement, parce qu’il n’est plus supportable de les écouter mentir, volontairement ou par mimétisme, à longueur de jours et de nuits…  surtout lorsque Monsieur le Ministre après avoir bien fait pleurer dans les chaumières, en inversant les rôles, use de la phrase magique : « nul ne pourra dire qu’il ne savait pas ! ».

Monsieur le Ministre … ils savent ! Ces syriens qu’ils soient des opposants patriotes ou de purs loyalistes connaissent la réalité syrienne mieux que vous ne la connaîtrez jamais et sont loyaux  à l’égard de la Syrie et de la France au moins autant que vous l’êtes… au moins ! Si les hasards de la vie ont fait qu’ils ont adopté la nationalité française… rien, absolument rien, ne les condamne à trahir leur patrie d’origine sur vos conseils… rien ne les oblige à rejoindre les marionnettes désarticulées des « opposants made in France ». D’autant plus que des personnalités éminentes de ce pays ne se dérobent plus pour dire et écrire que votre « diplomatie » va à l’encontre des intérêts et des valeurs de la France quelles que soient ses difficultés actuelles, et que la grande majorité de la vraie « communauté internationale » ne dit pas le contraire et vous le fait savoir [NdT].  

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Dès la première semaine de sa présidence du Conseil de sécurité, la France a tenu à fixer le 30 Août  pour  la convocation d’une réunion destinée à « discuter du cas  syrien » ; ce qui pose la question de savoir pourquoi elle a choisi une date aussi tardive malgré l’accélération des événements sur le terrain et l’évolution de la situation politique, notamment depuis que Mr Kofi Annan a été poussé à démissionner de son poste d’émissaire onusien chargé d’apporter une solution  pacifique à la crise.

Avant d’examiner cette question nous rappelons que, dès le début de « la crise syrienne », la France a joué un rôle de premier plan non seulement par son ingérence à tous les niveaux mais aussi en se posant comme « le pays d’accueil » d’une prétendue « opposition syrienne » qui s’est traduite sur le terrain par le terrorisme tuant et déplaçant les Syriens… En effet, le gouvernement français a contribué avec ceux de quatre autres pays [États-Unis, Turquie, Arabie saoudite, Qatar] à encourager les actes terroristes en Syrie et à empêcher toute solution politique fondée sur le dialogue national entre Syriens de tous bords, se révélant de plus en plus pressé de se débarrasser des autorités syriennes pour leur substituer un gouvernement inféodé à l’Occident  et de préférence à lui-même !

Il est évident que la France ne décide pas seule de son degré et de son timing d’ingérence dans les affaires syriennes, mais qu’elle agit en parfaite coordination avec « le camp des agresseurs de la Syrie sous direction US », d’où le choix du 30 Août dicté par les besoins et objectifs de ce camp et se rapportant à deux raisons principales.

1. La première raison correspond à leur volonté de préparer l’environnement international à une résolution du Conseil de sécurité qui puisse leur permettre d’atteindre leurs principaux objectifs en Syrie et dans la région, après avoir levé les obstacles engendrés par les vetos de la Russie et de la Chine qui ont fait échouer le plan échafaudé pour justifier leur ingérence en Syrie. C’est pour cela que chacun de ces cinq gouvernements, à commencer par celui de la Turquie, s’est remis aux lamentations humanitaires et à la promotion de zones tampons ou « zones de sécurité pour terroristes » tout en appelant à  la formation d’un « Gouvernement de transition » qu’il serait prêt à reconnaître ! Mais pour autant, les groupes terroristes n’ont pas cessé de perpétrer  assassinats et massacres d’une bestialité sans pareille dans plusieurs régions syriennes, notamment à Darraya et Germana près de Damas [*] ; ce qui, à notre avis, ne modifiera en rien l’opinion de tout observateur raisonnable. En effet :

1.1.  Concernant les couloirs humanitaires, les zones tampons ou de sécurité… il n’est pas inutile de rappeler que la Russie et la Chine persistent dans leur refus de toute ingérence et dans leur soutien à la « Déclaration de Genève » qui ne reconnait que la solution du dialogue sans aucune atteinte à la souveraineté de l’État syrien. Par conséquent, s’entêter à créer de telles zones, en dehors  du Conseil de sécurité, signifie la guerre contre la Syrie menée par ce même camp et donc par l’OTAN dont nous connaissons les réticences face aux risques d’une nouvelle guerre, ainsi que les insuffisances militaires surtout depuis que l’Iran a fait savoir sa ferme décision d’intervenir en cas d’agression. C’est ainsi que nous comprenons les paroles du Président syrien et de ses alliés qualifiant d’ « irréalistes » ce subterfuge de « zones… », quel que soit le nom qu’on leur donne !

1.2. Concernant le  « Gouvernement de transition » que la France exige et se hâte de concocter s’imaginant que «  les multiples oppositions syriennes », qui n’ont même pas réussi à se mettre d’accord sur un Conseil unique qui les réunisse alors qu’elles sont sans autorité aucune, puissent construire une autorité gouvernementale représentative des Syriens, sans terre, sans peuple, et sans autre pouvoir que celui « du terrorisme sous ordre multinational ». Une telle exigence est donc toute aussi inefficace et irréaliste que la précédente !

1.3. Reste l’exploitation de la carte des « massacres à répétition » manifestement programmés avant chaque réunion du Conseil de sécurité consacrée au cas syrien pour être faussement attribués à l’Armée et aux autorités syriennes… Il va sans dire qu’elle est désormais grillée et obsolète aux yeux de bon nombre d’États puissants de la planète, maintenant que le monde s’est divisé en deux camps plus que méfiants l’un vis-à-vis de l’autre !

2. La deuxième raison correspond à leur volonté de nuire à  l’Iran et de perturber le « Sommet du Mouvement des non-alignés » prévu à Téhéran le 30 Août justement, ce même jour choisi par la France pour la réunion du Conseil de sécurité sous sa présidence, depuis qu’avec ses alliés elle a clairement pressenti que le succès de ce Sommet serait une gifle retentissante donnée par l’Iran à l’Occident et plus particulièrement aux USA qui n’ont cessé de tenter de l’intimider militairement, de l’isoler diplomatiquement, et de lui imposer un blocus économique de plus en plus serré sous l’éternel prétexte de son ambition nucléaire qui menacerait la paix. Mais malgré le mépris des médias occidentaux faisant comme si un tel Mouvement n’existait pas, et malgré toutes les tentatives occidentales pour boycotter sa réunion en faisant pression sur tel ou tel gouvernement pour en réduire le niveau de participation, semer la zizanie entre les participants, et surtout jeter le doute sur ses décisions et recommandations, le Sommet de Téhéran est une réussite puisqu’il a abouti à ce qui suit :

2.1. Le rééquilibrage des relations internationales après dépoussiérage du « Mouvement des non-alignés » en déclin depuis la disparition de trois de ses dirigeants historiques [Nasser, Tito et Nehru] et la dissolution de l’Union soviétique. Un rééquilibrage qui constitue une nouvelle étape sur la voie d’un monde multipolaire après celle des trois double-vétos russes et chinois qui ont empêché les États-Unis d’utiliser « le Conseil de sécurité » pour mettre en œuvre leurs politiques d’agression  et les ont poussés, en désespoir de cause, à solliciter « l’Assemblée générale des Nations Unies » pour camoufler leur échec et faire croire qu’ils contrôlaient toujours la « communauté internationale ». Un rééquilibrage rendu possible par la volonté de 120 pays réunis à Téhéran autour de décisions justes et rationnelles pour le bénéfice de tous les peuples et loin de toute soumission aux diktats de la seule puissance US. Il n’est donc pas exagéré de dire que nous avons assisté à une « seconde naissance du Mouvement des non-alignés », à l’initiative de l’Iran, prélude certain d’un nouvel ordre mondial !

2.2. La démonstration du ridicule de la logique de certains gouvernements occidentaux et de leurs médias hostiles à l’Iran qui, par son accueil à tous ces pays du monde réel, reprend sa juste place dans le cortège des nations de la communauté internationale malgré toutes leurs allégations contraires.

2.3. Un éclairage nouveau sur la réalité d’un pays musulman qui a réussi sa révolution et son indépendance en mettant ses richesses et ses capacités au profit de réalisations nationales incontestables et à l’abri de toute hégémonie ou servitude étrangères, ce dont les Iraniens ne sont pas peu fiers !

2.4.  La recherche sincère d’une solution à la crise syrienne par le respect de la volonté du peuple  syrien, seul habilité à décider en toute indépendance de la composition de son gouvernement qui ne saurait arriver sur les chars des forces d’occupation…  La simple adoption d’une telle position par le « Sommet des non-alignés » est susceptible de conduire à l’échec de tous les plans US et de ses suiveurs  à l’Assemblée générale des Nations Unies.

2.5. La résistance face à  l’hégémonie US et au colonialisme occidental en plus de la remise en question du fonctionnement des instances internationales et de la restructuration du Conseil de sécurité… Même si nous sommes conscients que ces révisions ne se réaliseront  pas de si tôt, il n’en demeure pas moins que ce Sommet qui a réuni  les deux tiers des pays du monde se dirige dans cette direction ; ce qui met au défi l’Occident et plus particulièrement les États-Unis confrontés à la volonté  de la communauté internationale réclamant la justice et la stabilité.

Globalement,  nous pouvons donc dire que « le Sommet des non-alignés qui s’est tenu à Téhéran » est un épisode supplémentaire de la série des victoires de l’Iran et de ses alliés qui, ajouté aux épisodes précédents, constitue un camouflet à l’Occident en situation d’échec, et augure d’un Nouvel Ordre Mondial plus équilibré et d’un Moyen Orient appartenant à ses peuples !

Dr Amin Hoteit

31/08/2012

 

Article original : Al-tayyar

قمة عدم الانحياز في ايران … صفعة بوجه الغرب ؟

(العميد امين حطيط)

http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/amine-heteit-hh-4933.htm

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

[*]Déraya – comment un échange de prisonniers raté s’est transformé en massacre

Par Robert Fisk The Independent, le 29 août 2012

http://www.independent.co.uk/opinion/commentators/fisk/robert-fisk-inside-daraya–how-a-failed-prisoner-swap-turned-into-a-massacre-8084727.html

Traduction [JFG-QuestionsCritiques]

http://questionscritiques.free.fr/edito/Independent/Robert_Fisk/Deraya_massacre_Syrie_Armee_syrienne_libre_rebelles_290812.htm

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

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L’art de la guerre : Les armes du nouvel apartheid

septembre 1st, 2012 by Manlio Dinucci

« Avec une énorme tristesse je pleure avec vous la perte de tant de collègues » a déclaré le 13 août, pendant le deuil national en Afrique du Sud, le président de Lonmin Plc. Les « collègues » sont les 34 mineurs noirs en grève tués par la police à Marikana où Lonmin, société dont le siège légal est à Londres, possède une grande mine de platine. Les mineurs faisaient la grève non seulement pour des salaires plus élevés, mais contre un insoutenable système d’exploitation. Lonmin, qui jure agir avec « honnêteté, transparence et respect », se procure une grande partie de sa main d’œuvre à travers des sous-traitances dans des communautés éloignées de la mine, en exerçant un chantage contre les travailleurs et en les dressant les uns contre les autres. Et même si son « code moral » affiche un « risque zéro pour les personnes et l’environnement », le recours au travail précaire est la cause de fréquents accidents mortels, auxquels s’ajoutent les graves dommages sanitaires et environnementaux provoqués par les déchets de la mine. Celle-ci confisque même l’eau aux habitants, qui ne peuvent l’avoir que la nuit et, de plus, polluée. Quand 3mille mineurs ont eu recours à une grève sauvage pour bloquer la mine, Lonmin, le 16 août, les a taxés de « grévistes illégaux », en leur donnant, sur la base d’une « ordonnance du tribunal », « l’ultimatum final » : ou bien immédiatement au travail ou licenciés. Pour 34 d’entre eux l’ultimatum a vraiment été final : la police les a tués, provoquant aussi 78 blessés en frappant dans le dos nombre d’entre eux pendant qu’ils fuyaient. Quatre jours plus tard, Lonmin annonçait qu’ « à Marikana la situation est calme » et qu’un tiers des 28mille mineurs avait repris le travail.

Le président d’Afrique du Sud Jacob Zuma (Congres national africain, ANC) a nommé une commission d’enquête pour éclaircir les responsabilités de la tuerie. Il est évident que quelqu’un la voulait, cette tuerie : sinon, contre des manifestants armés de bâtons, on n’aurait pas envoyé des policiers armés de fusils d’assaut automatiques. Il est facile de comprendre qui a été le mandant occulte : les mineurs ont été tués par des balles en platine. L’industrie sud-africaine du platine –qui couvre 80% de la production mondiale de ce métal stratégique (il sert entre autres à fabriquer les pots catalytiques)- est dominée par trois groupes multinationaux ; Lonmin, Impala Platinum Holding et Anglo American Platinum. L’apartheid politique a été extirpé par la longue et dure lutte menée par l’Anc, mais ses racines économiques demeurent. Raison pour laquelle la Ligue de la jeunesse Anc, contournant les sommets du parti, demande la nationalisation des mines. L’affaire va bien au-delà de l’Afrique du Sud. Elle est emblématique d’un apartheid global, à travers lequel de puissantes élites économiques et financières s’accaparent la richesse produite avec le travail et les ressources du monde entier, en excluant la plus grande majorité de la planète de leurs bénéfices. Quand on se rebelle contre leur pouvoir, les armes pointent sous le manteau de la légalité. Il n’y a donc pas à s’étonner si, sur la base de la loi H.R. 3422[1] du Congrès étasunien, le matériel guerrier[2] retiré d’Irak et d’Afghanistan sera utilisé pour donner la chasse aux travailleurs mexicains qui, exploités dans les maquiladoras, essaient d’entrer aux Etats-Unis pour avoir des salaires plus élevés. Pour les confiner derrière le mur du nouvel apartheid on utilisera les drones qu’on vient juste de tester dans les guerres menées pour les mêmes intérêts des multinationales.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 28 août 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/…

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Apostille de la traductrice :

Sur le site de la multinationale, on trouvera la galerie de portraits des « collaborateurs » dirigeants (mais pas encore éplorés) de Lonmin Plc. : tous (sauf deux) bien blancs, et (so) « british » :

https://www.lonmin.com/about_us/Management_Profile.aspx#ed

On trouvera aussi au chapitre « Principaux risques » le paragraphe suivant, autre témoignage, sans doute, du « code moral » de la multinationale :

« Risques liés aux salariés :

Comme indiqué plus haut, les activités minières en Afrique du Sud sont fortement syndiquées et, dans le cas de Lonmin, un seul syndicat représente la grande majorité des travailleurs du groupe. Il existe donc un risque que des grèves ou autres types de conflit avec les syndicats ou les employés se produisent qui, s’ils étaient importants, pourraient avoir un effet négatif sur la performance du groupe et sa situation financière. Le SIDA reste le défi de santé majeur que rencontrent les activités du Groupe ; une enquête épidémiologique de 2003 (l’une des plus vastes jamais entreprises en Afrique du Sud) suggère que 26% de nos salariés sont séropositifs. En conséquence, le Groupe a lancé un programme de médicaments antirétroviraux pour ceux qui veulent en bénéficier, soutenu par un encouragement à procéder à un test HIV par un dépistage volontaire et un programme de test. Bien que ses résultats aient été très encourageants, la majorité des bénéficiaires potentiels étant maintenant sur ART et en général de retour au travail, le SIDA posera un risque permanent et vraisemblablement croissant dans l’immédiat. Les autres défis principaux auxquels est confronté le Groupe sont la tuberculose et autres maladies pulmonaires professionnelles, en particulier parmi ceux qui ont travaillé auparavant dans les mines d’or d’Afrique du Sud, tandis que demeure toujours un risque qu’une autre pandémie affecte notre main-d’œuvre.” (Traduction Mireille Rumeau)

https://www.lonmin.com/about_us/Principal_risks.aspx .

Sida, tuberculose et « autres maladies pulmonaires professionnelles », salaires de misère etc. La police qui tire dans le dos des grévistes et les patrons qui pleurent…

Nkosi Sikelel’ iAfrika !

Ancien hymne de l’ANC, à présent hymne de l’Afrique du Sud :
http://www.youtube.com/watch?v=MFW7845XO3g

m-a

[1] http://www.govtrack.us/congress/bills/112/hr3422

« Send Equipment for National Defense Act or SEND Act – Directs the Secretary of Defense, within one year after eligible equipment returns to the United States from Iraq, to transfer at least 10% of such equipment to federal and state agencies, with a preference to agencies that will use the equipment primarily for U.S. southern border security purposes. Defines as “eligible equipment” that equipment determined to be suitable for use in law enforcement activities, including surveillance unmanned aerial vehicles, night-vision goggles, and high mobility multi-purpose wheeled vehicles (humvees)(surlignage m-ap). Authorizes the Secretary to waive the transfer requirement in the case of equipment needed for immediate use, after certification to Congress. »

[2] Hélicoptères, drones, viseurs nocturnes (NdT).

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Mali : Le tonitruant silence du «planqué de Dakar»

septembre 1st, 2012 by René Naba

«Dès que quelqu’un comprend qu’il est contraire à sa dignité d’homme d’obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l’asservir». Gandhi

 

Paris – Un an après la chute de Kadhafi, la zone sahélienne prend l’allure d’une zone de non droit de 4 millions de km2, fief de groupements salafistes, qui auront mis à profit les chaos libyen et malien pour sanctuariser durablement leurs bases dans le Nord du Mali.
La talibanisation de la Libye sur le modèle Afghan tant redoutée lors de l’intervention atlantiste contre Tripoli s’est ainsi réalisée, en fait, dans le pays voisin, au Mali, un an plus tard.

Vers la talibanisation du Nord Mali.

Au point que l’Algérie a invité le Conseil de Sécurité à mettre en œuvre une intervention internationale, le Maroc a réclamé une «internationalisation de la crise malienne» et que Français et Américains envisagent une intervention conjointe sous couvert de leur pupille africain, la CEDEAO, dans la foulée du saccage des lieux saints de Tombouctou, en juin 2012, qualifiée par le président de la Cour Pénale Internationale de «crime contre l’Humanité».

Ferme soutien de la Libye tout comme la plupart des pays africains, au nom du principe de non-ingérence, le Mali apparaît comme la victime collatérale d’un jeu de billards à trois bandes entre le Qatar, le libyen Mouammar Kadhafi et le français Nicolas Sarkozy, à l’arrière-plan de l’intervention de l’OTAN contre ce pays africain, au printemps 2011, sous couvert d’ingérence humanitaire.

La chute de Tripoli aux mains des islamistes pro-Qatar, en projetant dans l’espace malien les soldats perdus de l’ancienne populocratie (Jamahiryah), a accentué la déstabilisation du Mali, considérablement fragilisé auparavant par trente ans d’une gestion calamiteuse doublée d’une forme d’abdication de la souveraineté nationale, dont le fait le plus pervers aura été la cession à la Libye de terres arables pour une durée de cent ans, la forme insidieuse d’un néocolonialisme économique.
Recrutés pour sécuriser le sud de la Jamahiriya et soutenir la croissance économique libyenne, en véritables soldats laboureurs dans l’optique de Kadhafi, le reflux massif des Touaregs vers leur ancienne zone de déploiement au Mali et au Niger, a provoqué une modification de la donne régionale.
Anciens vigiles de l’empire islamique, dont ils constituaient avant terme les forces de déploiement rapide, les Touaregs, littéralement en arabe, «Al- Tawareq-Les urgences» caressent le projet de détacher du Mali, le territoire de l’Azawad, dans le nord du pays.
Géographiquement, à des milliers de kilomètres de la capitale malienne, Bamako, en concurrence avec Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI), le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) a développé à Ménaka, Gao et Tombouctou, une action en vue de réunifier, sous son égide, l’ensemble des populations azawadies dans toutes leur composantes: Songhay, Touareg, Arabes, Peuhls, afin de réussir l’Unité du Peuple de l’Azawad.
Jouant de l’effet de surprise, visant tout à la fois à crédibiliser leurs revendications et à impressionner la population, «Ansar Eddine» (Les partisans de la religion) supplanteront au poteau les combattants de l’Azawad, infligeant une série de revers militaires aux troupes gouvernementales, fragilisant considérablement le pouvoir central, en révélant au grand jour son impéritie.
En deux mois de combats, l’armée malienne a perdu le contrôle de la plus grande partie de l’Azawad, avec des pertes de militaires tués, capturés ou déserteurs estimées à un millier d’hommes environ. Les deux tiers du territoire malien échappent ainsi depuis mars 2012 à l’autorité du pouvoir central.

Le Qatar avec en point de mire l’Algérie

Anticipant la perte de ses deux alliés régionaux, le clan Sarkozy en France et la dynastie Wade au Sénégal, alors que sa bataille de Syrie marquait le pas avec le revers de Bab Amro, en février 2012, le Qatar a entrepris de financer la guérilla dans le Nord du Mali afin de disposer d’un levier d’influence dans une zone stratégique pour son protecteur américain, aux confins des gisements d’uranium du Niger et de la zone pétrolifère de l’Algérie.
Premier de toute la presse à désigner du doigt le Qatar, le journal Malien «l’Indépendant» a annoncé le 6 avril 2012, au lendemain de l’enlèvement du consul d’Algérie par «le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest», une livraison d’armes du Qatar par avion-cargo à l’aéroport de Gao, à destination des rebelles. Un comité d’accueil avait même été formé autour de l’appareil sous la conduite d’Iyad Ag Ghaly, le chef du mouvement islamiste salafiste Ansar Eddine, nouveau maître de Tombouctou et de Kidal en coopération avec l’AQMI. L’ancien consul du Mali à Djeddah (Arabie Saoudite), avait profité de son statut de diplomate pour nouer des relations avec des organisations islamiques de la région.

Une deuxième opération cargo a eu lieu après la prise de Tessalit le 10 mars 2012, déversant une importante quantité d’armes sophistiquées, des munitions et des 4×4 pour le compte des assaillants, probablement lorsque Ansar Eddine a évincé le MNLA de la région.

Le «Canard Enchaîné» a enfoncé le clou, le 6 juin 2012, précisant que le Qatar a livré une aide financière aux mouvements armés qui ont pris le contrôle du Nord du Mali, notamment le groupe Mujao qui retient en otage sept diplomates algériens depuis le 5 avril 2012. Trois d’entre eux ont été, depuis lors, libérés.
Dans cet article intitulé «Notre ami du Qatar finance les islamistes du Mali», l’hebdomadaire satirique soutient que la Direction du renseignement militaire (DRM), qui relève du chef d’état-major des armées françaises, a recueilli des renseignements selon lesquels «les insurgés du MNLA (indépendantistes et laïcs), les mouvements Ansar Dine, Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique) et Mujao (djihad en Afrique de l’Ouest) ont reçu une aide en dollars du Qatar».

Un an après la chute de Kadhafi, la zone sahélienne a ainsi pris l’allure d’une zone de non droit de 4 millions de km2, un périmètre, sous surveillance électronique de l’aviation américaine, vers où convergent désormais les islamistes du Sud du Niger, du Tchad et du Nigeria (Boko Haram), plaçant l’Algérie face à un redoutable dilemme d’accepter le développement de l’insurrection islamiste à sa frontière sud, ou de tolérer une intervention militaire de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), sous forte tutelle des Etats-Unis et la France.

On prête aux pays occidentaux l’intention d’obtenir de la future République Azawad ce qu’ils n’ont pu obtenir du Mali, à savoir la base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire, ainsi que de la fermeté dans la lutte contre l’émigration «clandestine».
Une manœuvre destinée, en complément, à prendre de revers l’Algérie, l’alliée de la Russie, le protecteur de la Syrie, de surcroît, le dernier état séculier arabe à avoir échappé aux manœuvres de déstabilisation des pétromonarchies du Golfe que le Qatar avait menacé de représailles pour s’être opposé à l’exclusion du régime alaouite de la Ligue arabe.

L’Algérie s’est opposée à l’intervention de l’Otan en Libye pour dégager Kadhafi et à la déstabilisation de la Syrie. Elle est hostile à un débarquement de troupes étrangères sur le sol malien. Un engagement militaire de sa part est d’autant plus aléatoire que sept diplomates algériens sont détenus depuis le 5 avril 2012 par le Mujao qui réclamerait quinze millions d’euros contre leur libération. ((Trois d’entre eux ont été libérés le 13 juillet 2012)).

L’Algérie, qui partage plus de 1 300 km de frontières avec le Mali, conditionnerait son éventuelle intervention à l’acquisition de drones américains de surveillance, mais se heurte sur ce point au refus des Américains de céder ce matériel sophistiqué à un pays proche de la Russie et de la Syrie.
Selon le Washington Post, en date du 14 juin 2912, un programme de surveillance et d’intelligence dénommé Sand Creek, opère à partir d’une petite base aérienne installée sur le côté militaire de l’aéroport international d’Ouagadougou (Burkina Fasso). Une vingtaine de ces petits avions espions survolent déjà le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad.

La démarche occidentale est toutefois frappée d’incohérence en ce que la France et les Etats-Unis pressent l’Algérie d’agir sans jamais songer à envisager des sanctions contre le grand perturbateur de la zone, le Qatar, le bailleur de fonds d’Ansar Eddine, l’un des meilleurs alliés du bloc atlantiste.
Demander à l’Algérie de faire «le sale boulot» sans lui en donner les moyens, au prétexte de son alliance avec la Russie et la Syrie, sans songer à brider le Qatar, sans exiger des comptes du Qatar pour le gâchis architectural provoqué par leur poulain, relèverait sinon de la chimère en tout cas de la désinvolture, certainement du plus grand mépris pour les peuples du quart-monde.

Mettre sur pied un tribunal ad hoc pour juger les assassins de l’ancien premier ministre sunnite libanais Rafic Hariri, en y consacrant plusieurs centaines de millions de dollars, et laisser vaquer en toute impunité les bailleurs de fonds des brigands et des pilleurs du patrimoine de l’humanité, relève de l’imposture politique et de la forfaiture morale, en tout cas une insulte à l’intelligence humaine.
Le réalisme commanderait, parallèlement à la comparution des dirigeants du Qatar devant la Justice internationale, la mise sur pied d’une force interafricaine constituée d’unités de pays politiquement crédibles tels l’Algérie et l’Afrique du Sud, et non de pays appendices de la stratégie franco israélienne, notamment le Burkina Fasso et la Côte d’Ivoire, voire même le Sénégal, hébergeur du président déchu Ahmad Amani Touré. A défaut, lancer une guerre de libération nationale afin que les Maliens lavent leur honneur et retrouvent leur dignité, en redonnant au combat de libération ses lettres de noblesse.

L’enjeu sous-jacent du conflit saharo sahélien

C’est que l’enjeu essentiel de la question saharo-sahélienne ne se joue pas à l’échelle locale. Il concerne l’économie mondiale et le redécoupage des zones d’influence entre les puissances internationales avec l’entrée en scène de nouveaux acteurs (américains, chinois, indiens) qui bousculent l’ancien paysage colonial.
L’accès convoité aux richesses minières (pétrole, gaz, uranium, or, phosphates) dont regorgent le Niger, la Libye, l’Algérie, et le Mali d’après des prospections plus récentes, est au centre de la bataille invisible qui se déroule dans le désert.
Sous couvert de lutte contre le terrorisme et de sigles abscons, African command ou Eufor (la force de déploiement rapide de l’Union européenne), le groupe atlantiste s’applique, en fait, à contrecarrer l’influence grandissante de la Chine sur le marché africain, au point d’avoir évincé en une décennie les puissances coloniales historiques sur le continent noir, Le Royaume Uni et la France.

Exclue du Traité de Partenariat trans-pacifique en voie de constitution sous l’égide des Etats-Unis, la Chine est en outre en butte à une offensive visant à contrecarrer son expansion, dont le signe le plus manifeste aura été le gel du financement des importants projets miniers chinois par la Banque Mondiale, doublé d’une manœuvre de contournement visant à accentuer la présence des firmes américaines en République Démocratique du Congo, considéré comme le plus riche en matières premières stratégiques du continent africain.

Le Coltàn

Dans un livre blanc de 2010, «Stratégie pour les minéraux indispensables aux Etats-Unis», Washington plaidait, conjointement avec l’Union européenne, pour l’urgente nécessité de constituer des réserves de cobalt, du niobium, du tungstène et naturellement le Coltàn, indispensables pour la composition de matières de haute technologie. 80 pour cent des réserves mondiales du Coltàn se trouvent en République Démocratique du Congo (RDC-Kinshasa). Ressource stratégique essentielle au développement des nouvelles technologies, le Coltàn (par fusion des termes Columbio et Tantalio) entre dans la production des écrans plasma, des téléphones portables, des GPS, des missiles, des fusées spéciales, des appareils photos et des jeux Nintendo), dont les principaux bénéficiaires sont les grandes firmes électroniques et informatiques (Appel, Nokia, Siemens, Samsung).

La Chine est depuis 2009 le premier partenaire commercial de l’Afrique avec des échanges de l’ordre de 166,3 milliards de dollars, en augmentation de 83% par rapport à 2009. Les Chinois viennent d’annoncer un doublement à 20 milliards de dollars leurs crédits à l’Afrique, qui fait partie de la réserve stratégique des multinationales.
Soixante ans après l’indépendance de l’Afrique, Américains et les Européens, sur fond de lourd contentieux post colonial non purgé, continuent de gérer l’Afrique à travers leurs réseaux politico-affairistes et les institutions multilatérales (FMI et Banque mondiale). Le Mali a été ainsi contraint de se spécialiser dans la production de coton par la Banque mondiale, se plaçant en concurrence avec les producteurs de coton nord-américains qui bénéficient de subventions de la première puissance libérale.
En contrechamp, la Chine, nullement philanthrope, mais infiniment plus perspicace, se présente aux Africains sans passif colonial, sans les pratiques craintes de la corruption des Djembés et des Mallettes, la marque de fabrique de la Françafrique.

La déliquescence de l’Etat Malien.

Près de 195.OOO personnes ont fui la zone des combats dans le septentrion malien.
Jamais pays n’a connu pareille décélération, où, en moins d’un semestre, le Mali s’est vu projeter dans une vertigineuse phase de fragmentation accélérée par la déliquescence de l’Etat et la régression de la société.
Tous les grands secteurs de l’Etat sont en panne, alors que la classe politique se délecte, en toute inconscience de ses querelles byzantines, que la famine menace, que le Pouvoir est déconnecté des réalités du pays, l’armée démotivée par le formidable étalage de sa cupidité, la population plongée dans la désespérance. Avec en prime, une fois le forfait accompli, le sauf conduit vers l’exil et le pardon du mutique ATT, principal responsable de ce chaos, en retraite tranquille à Dakar.

Classé parmi les pays les moins avancés de la planète, le Mali est en outre affligé d’un parlementarisme hérité des pratiques corrosives de la défunte IIIème République française, où près de quarante partis politiques se disputent les faveurs des électeurs maliens, sur fond d’accusation de népotisme, de corruption et de gabegie.

Un procès aurait sans doute démontré l’incurie administrative et l’impéritie politique; que le dispositif militaire déployé dans le Nord du Mali était factice de crainte d’un coup d’état contre le pouvoir à Bamako.
Que d’anciens diplomates en poste dans le Golfe se soient transformés en chef rebelles, tels Abder Raham Galla, ancien ambassadeur du Mali en Arabie saoudite, ou Yat Agali, ancien consul général à Djeddah, chef du mouvement «Ansar Eddine (les partisans de la religion) donnent la mesure du délitement moral de l’élite de la nation. Les prébendes et les sinécures ont pour fonction de calmer les appétits. Elles n’ont pas vocation à forger une conscience nationale.
Kadhafi, certes, a été depuis lors expédié ad patres dans des conditions ignominieuses, tant il est vrai qu’il n’est jamais sain de piétiner un homme à terre, mais Sarkozy et son satrape régional Wade n’ont pas été épargnés par le mauvais sort, projetés sans ménagement dans les trappes de l’histoire, au même titre que les compères islamistes du volet médiatique de l‘expédition de Libye, notamment Waddah Khanfar, directeur d’Al Jazira.
Quant au Qatar, 3eme larron de cette mascarade sanglante, il essuie camouflet sur camouflet avec le refus de visa infligé par la France à son prédicateur de service, Youssef Qaradawi, et le dégagement des chouchous français de l’opposition syrienne, Bourhane Ghalioune et Basma Kodmani, au profit d’un kurde, membre de cette communauté supplétive qui a déblayé la voie à une invasion américaine de l’Irak.
La talibanisation de la Libye sur le modèle Afghan tant redoutée lors de l’intervention atlantiste s’est en fait réalisée au Mali, un an plus tard. Tombouctou, « la cité des 333 saints », « la perle du désert », inscrite au patrimoine mondial par l’Unesco depuis 1988, a été la cible d’une opération de vandalisme dans la pure tradition talibane.
Douze ans après la destruction des Bouddhas de Bamyan, en Afghanistan, en mars 2001, leurs émules maliens d’Ansar Eddine se sont acharnés à coups de pioches sur neuf mausolées notamment Sidi Mahmoud, Sidi Moctar, Alpha Moya et celui de Cheikh el-Kébir, ainsi que deux mausolées de la grande Mosquée de Djingareyber (sud) et de Tombouctou. Fondée entre le XIe et le XIIe siècle, la cité abrite en outre près de 30 000 manuscrits datant du XII me siècle.

L’insupportable mutisme d’ATT

Si le coup de force des jeunes officiers maliens, à quarante jours des élections présidentielles, a plongé le pays dans une zone de forte turbulence, la gangrène qui ravage ses élites a précipité le Mali dans la décomposition, dans le silence tonitruant d’un des plus éminents responsables de ce gâchis.
Six mois après son éviction, Amadou Toumani Touré demeure taiseux, réfugié au Sénégal, à l’abri des regards de même que sa fortune. Six mois après le coup d’état qui a précipité le Mali dans une impasse tragique, le débat ne s’en impose pas moins, tant sur les responsabilités des divers protagonistes du drame malien que sur les conditions de transfert du pouvoir, que sur les voies et moyens à mettre en œuvre pour une sortie de crise.
Le transfert du pouvoir au Mali, en avril 2012, dans la foulée du putsch du 22 mars, s’est déroulé d’une manière incontestablement contraire à la constitution, particulièrement son article 36 en ce que la «démission» du président destitué, drôle d’oxymore, n’a pas été remise à une autorité nationale constitutionnellement qualifiée, mais à une instance extra nationale nullement habilitée.
Il constitue de ce fait un déni de droit, un signe manifeste de mépris à l’égard de l’ensemble des Maliens, qui déshonore son auteur en ce que ce transfert est apparu comme une abdication devant un comité ministériel d’une instance africaine sous forte tutelle américano française. Une parodie chargée d’une lourde signification symbolique. Un mauvais signal donné aux nouvelles générations maliennes et africaines pour leur édification civique.
Un Président de la République, ancien officier supérieur de l’armée malienne, de surcroit es-qualité, commandant en chef de l’armée, ne saurait bénéficier d’un sauf conduit l’exonérant de ce qui constitue sans nulle doute une « forfaiture » dans l’exercice de ses responsabilités constitutionnelles particulièrement à une période charnière de l’histoire de son pays, en phase de déstructuration.
Ne pas tenter de mater la rébellion à ses frontières, ne pas tenter de mater la sédition de son armée, démissionner devant une délégation de puissances étrangères –et non devant les autorités constitutionnelles de son pays–, se planquer avec son magot dans une ambassade étrangère en attendant son dégagement, sans la moindre explication sur son comportement, sans la moindre prise de parole publique sur le coup d’état qui l’a éjecté, sans la moindre excuse à son peuple qui lui a, par deux fois, fait confiance fondent la forfaiture, passible de poursuite pour haute trahison.

Un président digne de ce nom doit répondre de ses actes. La restitution des biens mal acquis accumulés au cours de ses 12 ans de mandat à la tête d’un pays qu’il n’a su défendre, ni en tant que citoyen, ni en tant qu’homme, ni en tant que commandant en chef, ni en tant que Président de la république est un impératif politique, une exigence morale, une mesure de salubrité publique.
Dommage collatéral de la déstabilisation de la Libye par l’alliance atlantique, le Mali est aussi victime des propres turpitudes de sa classe politico-militaire, qui aura été, dans une belle inconscience, le meilleur terreau au prosélytisme dogmatique de la branche la plus obscurantiste de l’Islam pétro monarchique, par ricochet, le meilleur propagateur de l’islamophobie à travers le monde.
Le président destitué du Mali, Amadou Toumani Touré, doit parler. Pas de paroles vaseuses, mais des propos d’un chef. ATT doit s’expliquer pour son honneur, pour la dignité de sa fonction, pour le respect dû à ses concitoyens et à son pays. Pour l’honneur du Mali et la dignité de l’Afrique. Sauf à demeurer à jamais «le planqué du Sénégal», une marque indélébile d’infamie. Pour l’éternité. Et la communauté internationale exiger sans retard des comptes du Qatar, le génie malfaisant du djihadisme erratique.

Pour aller plus loin : Putsch au Mali, réponse au porte-parole de la junte en Europe.

Ainsi que «L’Afrique en procès d’elle-même» par Koro Traoré Golias été 2012. Ancien chargé de mission à la présidence de la République malienne en tant qu’assistant du Secrétaire Général (2002-2008), puis au Cabinet du Premier ministre (2008-2009), Koro Traoré est titulaire d’un diplôme de l’ENA de Paris (Promotion Mahatma Gandhi, Strasbourg, 2011).

Extraits «L’indépendance des pays africains dans la décennie 1960 avait été saluée comme la fin d’une longue nuit d’oppression, fondatrice d’un comportement d’exemplarité, la sanction de l’échec du système des valeurs occidentales et de l’humanisme blanc. Au regard de sa propre histoire, le continent ayant fait l’objet de la plus forte dépossession avec l’Amérique latine et l’Océanie, l’Afrique se devait de forger ses propres repères, faire prévaloir son authenticité et sa spécificité, de s’immuniser des dérives mortifères, en guise d’antidote à cinq siècles d’esclavage, de traite négrière, d’exploitation. Ce livre ne se propose pas de faire le procès du colonialisme, un exercice fastidieux au regard de la considérable production en ce domaine, mais le procès de l’Afrique par elle-même. Les repentances répétitives sont de peu de valeurs face à une thérapie qui fasse œuvre de prophylaxie sociale. Les blessures de l’Afrique doivent être pansées par elle-même.

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Printemps érable : Cours payé cours dû

septembre 1st, 2012 by Claude Jacqueline Herdhuin

Cet argument dit tout sur l’état de notre société québécoise. Je paie donc j’ai le droit, je peux payer donc je me fous de ceux qui ne peuvent pas payer. Cette notion mercantile, typiquement nord-américaine, fait ressortir la maudite française en moi. Pourtant, après 24 ans au Québec, je me sais totalement « assimilée ». Plus québécoise que française, je n’ai jamais essayé de recréer mes habitudes du vieux continent ici et je me suis toujours gardée de tomber dans le discours du type : « En France, c’est comme ça, en France on a cela et on fait ceci… » Sous-entendu, en France on est meilleur.

Je ne reviendrai pas sur les détails de la grève étudiante qui, malheureusement, n’a pu devenir un réel mouvement social faute d’implication de la part de la société québécoise : retraités, travailleurs et syndicats n’ont pas répondu « présents ». Il y a bien sûr des exceptions! Il n’y a pas eu de mouvement social parce que notre société n’a tout simplement pas de conscience sociale. L’individualisme l’emporte sur le collectif. Le nombrilisme y est de mise, pour preuve la demande de recours collectif contre 25 établissements d’enseignement et le Procureur général du Québec par deux étudiants.

Kim Laganière, étudiante en techniques infirmières au Collège Montmorency, et Mihai Adrian Draghici, étudiant en histoire de l’Université Laval, réclament des dommages pour avoir été empêchés de suivre leurs cours lors de la session d’hiver 2012, ce qui les a retardés dans leur cheminement scolaire et professionnel. Leur avocat, Michel Savonitto, a expliqué « Ils [mes clients] ont un contrat avec les établissements d’enseignement, et ils sont en droit de demander que les services leur soient fournis conformément au contrat ». Tout se limite donc à la notion d’utilisateur-payeur et au droit individuel de recevoir les services pour lesquels on a payé. En effet, si je paie mon fournisseur Internet, je m’attends à ce qu’il me fournisse le service pour lequel j’ai payé. Il en est de même pour mon service de transport en commun, mes repas au restaurant et, vu la pente que nous prenons au Québec, il en sera bientôt de même pour mes soins de santé.

Mais le véritable débat ne se situe pas à ce niveau, individuel. Il se situe à un niveau collectif, sociétal. Dans quelle société les Québécoises et les Québécois veulent-ils vivre? Quelles sont leurs priorités? Quelle société veulent-ils construire pour les futures générations? Que veulent-ils sauver d’une civilisation occidentale en crise? Ce n’est qu’en s’efforçant de répondre à ces questions qu’ils pourront situer la grève étudiante dans son véritable contexte.

Bien sûr, des étudiants provocateurs ont dépassé les limites. Les médias et les autorités le leur ont fait payer, cher. Les médias, au service du pouvoir, les ont pointés du doigt, stigmatisant du même coup l’ensemble de la population étudiante. Je ne reviendrai pas sur les propos de M. Martineau ou de Mme Denise Bombardier, pour ne citer qu’eux. La description par ces mêmes médias de la reprise des cours à l’Université de Montréal et à l’UQAM n’a fait qu’enfoncer le clou. À l’UQAM, j’ai assisté comme simple observatrice à une levée de cours. Un peu moins d’une dizaine d’étudiants en grève est entrée dans un amphithéâtre pour lever le cours. Immédiatement, une jeune étudiante non gréviste a déclaré : « Je ne suis pas en grève moi ». Malheureusement, les étudiants carrés rouges qui procédaient à la levée de cours n’ont pas su défendre leur position et, peut-être, faire passer des carrés verts dans leur camp. Ils n’ont su que répondre « Ce n’est pas comme ça que ça marche ».

En effet, ce n’est pas comme ça que ça marche. La grève est un droit constitutionnel. Une grève est votée par des individus dans une perspective collective. Les individus s’expriment par le biais d’un processus démocratique : le vote. C’est la voix de la majorité qui l’emporte. Une fois le décompte effectué, l’individu devient partie intégrante de la volonté collective, exprimée démocratiquement. Un recours collectif basé sur la notion de contrat contredit et met en danger les fondements mêmes de la démocratie et notamment du droit de vote et du droit de grève. La démocratie, c’est permettre aux individus de s’exprimer pour parvenir à un consensus au service de la collectivité.

Où est la maudite française dans tout ça? Ah oui, en France, la grève est une tradition, un droit incontesté. Tout le monde sait que faire une grève c’est perturber des activités pour attirer l’attention sur un problème, une situation, des abus, une frange de la société défavorisée, etc. Sans les grèves de 1936, les droits des ouvriers n’auraient pas été reconnus… Par essence, une grève veut déranger.

Quand une grève est votée et qu’une étudiante répond aux grévistes « Je ne suis pas en grève moi », cela me donne une idée. Le quatre septembre, si le candidat élu n’est pas celui pour lequel j’aurais voté, je refuserai de le reconnaître comme premier ministre. Tiens… c’est une pratique à laquelle recourent les États policés qui ont pour nom dictature.

Claude Jacqueline Herdhuin

Auteure, réalisatrice, scénariste, doctorante en études et pratique des arts à l’UQAM

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La Syrie, au cœur de la Guerre tiède ?

août 31st, 2012 by Jean Géronimo

« Il faut empêcher de réitérer le scénario libyen en Syrie »

Vladimir Poutine, 27/02/2012 (1)

La crise syrienne est, aujourd’hui, arrivée à un point critique. Une guerre fratricide massacrant, pour partie, des innocents, est en cours.

Dans ses grandes lignes, cette guerre est médiatisée par les intérêts politico-économiques des grandes puissances. Mais, très tôt, elle a été polluée par les nouvelles idéologies religieuses et nationalistes, surfant sur les maladresses occidentales et la soif de libertés de peuples en perdition – au prix de dérives politiques incontrôlables et, sans doute, irréversibles.

A l’origine, cette quête identitaire a été précipitée par la « fin des idéologies » (D. Bell)  issue de la disparition de l’URSS, en décembre 1991, qui a favorisé le retour du religieux comme idéologie alternative et, au moins, réactivé son rôle politique et identitaire. Dans le même temps, la disparition du verrou idéologique de la Guerre froide a suscité l’émergence de micro-conflits périphériques désormais porteurs, sur l’Echiquier arabe, d’aspirations révolutionnaires. En ce sens, la délégitimation de l’idéologie communiste aurait agi comme facteur catalyseur d’une instabilité systémique à l’échelle du monde et dont la crise syrienne ne serait, au final, qu’un sous-produit – une forme d’effet émergent.

La (prévisible) réaction d’auto-défense du régime syrien face à la terrible violence « révolutionnaire » attisée de l’extérieur a débouché, aujourd’hui, sur une inquiétante guerre civile – imputée par les médias occidentaux, de manière (trop) systématique et erronée, au seul président Bachar El-Assad. Pourtant, l’opposition armée anti-Assad est responsable de davantage de tueries étrangement passées sous silence et qui, en d’autres lieux, auraient pu être qualifiées de « crimes contre l’humanité », pour reprendre une expression trop souvent manipulée par la gouvernance néo-libérale sous leadership américain, dans l’optique de justifier ses actions répressives.

Avec une certaine légitimité, on peut donc s’interroger sur l’existence d’une pensée unique, structurellement favorable aux « rebelles », et verrouillant l’information sur le déroulement de la « révolution » syrienne – sous l’impulsion de l’Organisation syrienne des droits de l’homme (OSDH), étrange ONG politiquement (très) orientée et semblant avoir un monopole « légitime » sur l’information. Régulièrement émise par l’OSDH, l’information sur la nature et l’ampleur des massacres censés perpétrés par le régime Assad est, en effet, admise comme vérité scientifique par le consensus médiatique – formatant, par ce biais, une opinion publique internationale hostile au régime syrien. Toutefois, ce dernier reste – heureusement – soutenu par l’axe sino-russe.

L’issue, tant désirée par les promoteurs du Printemps arabe, ne semble désormais plus faire de doutes. Mais pour Moscou, c’est plutôt un Hiver islamiste, réchauffé par le doux soleil de la Charia, qui se prépare – avec, naturellement, la complicité américaine.

Comment et pourquoi en est-on arrivé là ? Et qui, surtout, y avait intérêt ?

Vers un point de non retour, pour réitérer le « scénario libyen »

De manière indéniable, ce point de non retour a été favorisé de l’étranger dans le cadre d’une stratégie de communication politiquement orientée et unilatéralement focalisée contre la « dictature » Assad, désigné par le consensus médiatique comme l’ennemi à abattre.

Très clairement, dès l’origine, la rébellion anti-Assad a été financée et armée par des membres clés (riches en pétrodollars) de la Liguearabe, principalement l’Arabie saoudite et le Qatar. Très vite, elle a été encouragée par l’administration américaine et ses alliés traditionnels, avides de s’insérer dans la vague révolutionnaire portée par l’histoire et, surtout, de profiter des opportunités politiques – dont celles de contenir les ambitions russes, voire chinoises, dans une région stratégique sur les plans politique et énergétique. Ainsi, dans un premier temps, la Turquie a discrètement servi d’appui logistique pour les « rebelles » et, dans un second temps, elle s’est ouvertement montrée désireuse de passer à l’offensive, c’est-à-dire à l’action armée sur le territoire syrien. Au nom de la liberté des peuples et, naturellement, de leur droit à disposer d’eux-mêmes – la couleuvre est, tout de même, dure à avaler. D’autant plus, si on est russe.

Les infiltrations aux frontières ont été nombreuses au début de la « révolution ». Comme par hasard, tous les points de conflits sont anormalement et systématiquement proches de la frontière syrienne – curieux, tout de même, que nos médias ne se soient pas interrogés sur cette troublante coïncidence. Cette situation est illustrée, depuis fin juillet, par la volonté des « rebelles » de contrôler certains postes-frontières dans le but de faciliter les « passages », autrement dit, les actions militaires et les attentats contre les positions syriennes.

Une telle configuration confirme l’hypothèse d’une aide extérieure, très tôt invoquée par le président syrien Bachar El-Assad et qui, sans surprise, n’a jamais été prise au sérieux par les médias occidentaux, perdus dans le ciel bleu du monde de l’ignorance apprise, alimentée par la seule information diffusée par l’OSDH. Loin d’être spontanée, cette « révolution » est donc orientée et, en ce sens, elle apparaît davantage comme une « évolution », impulsée de l’extérieur et sur laquelle surfent les stratégies manipulatrices de puissances ambitieuses. Mais, dans la mesure où il s’agit d’un retour en arrière sur le plan politico-social – surtout en ce qui concerne le statut de la femme et des libertés individuelles (dont politiques) –, je parlerai plutôt « d’involution ».

Tout a été fait, dans le cadre d’un scénario programmé, pour provoquer l’armée régulière et les structures de sécurité de l’Etat syrien de manière à les contraindre à une réaction violente et créer, par ce biais, une instabilité croissante auto-cumulative, à terme, potentiellement explosive. En outre, ce chaos a été aggravé par l’émergence de milices privées, parfois de nature religieuse, et échappant à tout contrôle gouvernemental. Au final, il s’agit d’atteindre un seuil critique (déclencheur de « l’explosion »), synonyme de guerre civile – quitte à sacrifier quelques civils, quotidiennement imputés par l’OSDH au « sanguinaire » président Assad ou, alternativement, à d’inévitables « dégâts collatéraux ». Et quitte, aussi, à générer une situation anarchique caractérisée par la délégitimation des lois et structures étatiques. Une catastrophe programmée.

Aujourd’hui, l’Etat syrien, dont l’autorité est considérablement érodée, n’a même plus – au sens de Max Weber – le monopole de la « violence légitime » sur son territoire, traditionnellement considéré comme le socle de la stabilité d’un Etat-souverain. Désormais, le terreau est donc propice à la répétition du « scénario libyen », selon l’expression usitée de V. Poutine.

Sous prétexte de défendre les intérêts légitimes du peuple syrien, l’insidieuse politique arabo-occidentale a, objectivement et, sans doute, consciemment, contribué à ce chaos.

 

Complicité arabo-occidentale, au nom d’un troublant messianisme moral

Les « Amis de la Syrie » ont, très tôt, instrumentalisé la crise syrienne pour défendre leurs propres intérêts qui font du départ d’El-Assad, la pierre angulaire de leur stratégie.

Les intérêts de cette coalition hétéroclite se rejoignent, sur certains points précis – dont celui de placer un pouvoir « ami », apte à gérer l’après-Assad –, et, à la base, ils sont structurellement opposés à ceux de l’axe sino-russe. Redoutant une déstabilisation régionale, l’axe sino-russe prône en effet une solution politique négociée qui n’implique pas, nécessairement, l’élimination du président syrien. Nuance politique essentielle, expliquant la division, donc l’impuissance du Conseil de sécurité de l’ONU à travers le blocage systématique de ses résolutions par les responsables russes et chinois – mais c’est aussi, cela, la démocratie. Sur ce point, on peut d’ailleurs s’interroger sur la viabilité d’une résolution prônant une « transition démocratique » en Syrie et soutenue par l’étrange tryptique Arabie Saoudite-Qatar-Turquie. Avec le blanc-seing occidental…

Des intérêts économiques (contrôle de l’énergie), politiques (lutte d’influence) et stratégiques (inflexion des rapports de force) sont les enjeux sous-jacents au conflit syrien exacerbé, en définitive, par la montée brutale d’Al Qaïda (reconnue par Washington) et par l’opposition religieuse sunnites/chiites. Dans son essence, cette opposition forme une ligne de fracture confessionnelle auto-destructrice et à jamais ré-ouverte, parce que politiquement non neutre – et facilement manipulable, donc utile aux régimes hostiles au maintien du président Assad.

Le leitmotiv humanitaire, a été à la fois le fil conducteur et l’habillage légitime de l’ingérence croissante de la coalition arabo-occidentale dans le processus politique interne de la Syrie. Ce devoir d’ingérence progressivement institué devrait, à terme, justifier une intervention (sous une forme à définir) dans l’optique de renverser le régime Assad et, s’il le faut, sans la légitimité onusienne – pour contourner le barrage sino-russe. Désormais, avec le soutien actif des services secrets allemands, américains, britanniques et français, tous les efforts de la coalition arabo-occidentale sont concentrés vers cet ultime objectif. Pour l’heure, l’idée d’imposer une zone d’exclusion aérienne (définie comme zone de sécurité) pour créer un « couloir humanitaire » fait, peu à peu, son chemin. Le problème est qu’un tel « couloir » a, déjà, fait l’objet d’une instrumentalisation politico-militaire en d’autres lieux et d’autres temps. Pour Moscou, une telle leçon ne s’oublie pas et, surtout, ne doit plus se répéter.

L’essentiel est d’arriver, après la réélection d’Obama, au point de basculement de la crise (« seuil critique ») provoquant l’intervention finale et, en cette fin d’été, nous y sommes proches. Cette intervention militaire est rejetée par russes et chinois, psychologiquement marqués par  les tragédies serbe (1999), irakienne (2003) et libyenne (2012), où la manipulation des règles internationales et des mécanismes onusiens a été flagrante, mettant en cause, selon eux, la légitimité de la gouvernance mondiale. De façon troublante, cette transgression des règles est réalisée au nom de valeurs morales supérieures, selon la tradition post-guerre froide inaugurée par la vertueuse Amérique, investie de sa « destinée manifeste » et de son libéralisme triomphant – un discours, certes, bien rôdé.

Un sous-produit de cette inconscience politique occidentale a été la propagation du syndrome révolutionnaire, via un Islam radical moralisateur, au-delà de l’Echiquier arabe : dans le monde post-soviétique et sur le continent africain, au Mali pour commencer, avec l’extension dela Charia. Avec, à la clé, d’irréversibles dégâts collatéraux.

Pour l’axe sino-russe, il y a une ligne rouge à ne pas franchir dans cette partie stratégique dominée par les grandes puissances – notamment, en Syrie. Mais les dés sont, déjà, pipés.

 

Poursuite du reflux russe sur l’Echiquier arabe, sous bienveillance américaine

Dans l’hypothèse d’un renversement du président Assad,la Russie(avecla Chineet l’Iran)  serait la principale perdante.

Pour rappel, la Syrieest un des principaux alliés de l’Iran dans la région et la disparition d’Assad isolerait davantage Téhéran – ce que souhaitent, pour diverses raisons, de nombreux Etats arabes et occidentaux. D’autre part, le renversement d’Assad risquerait de déstabiliser le Liban et au moins, d’y redéfinir le jeu politique interne avec, notamment, l’affaiblissement du Hezbollah libanais. L’évolution syrienne est donc politiquement non neutre pour l’Etat israélien et sa stratégie au Moyen-Orient et, en ce sens, pour le destin géopolitique de la région.

A cela, il convient de préciser que l’Azerbaïdjan, ex-république de l’URSS très sensible désormais – comme d’autres Etats de la périphérie post-soviétique – aux sirènes américaines (et à leurs dollars), rêve de créer un « Grand Azerbaïdjan » étendu à une partie de l’actuelle Iran. Dans cette optique, l’affaiblissement de l’axe Iran-Syrie serait une bonne chose pour ses prétentions territoriales. Moscou redoute un tel scénario, d’autant plus qu’il nuirait dangereusement aux intérêts de son fidèle allié et partenaire stratégique, l’Arménie – dont l’existence (et celle de ses bases militaires) serait, dés lors, menacée.

En outre, par l’intermédiaire de son ministre des affaires extérieures, Ahmet Davutoğlu, la Turquie– véritable base arrière et levier de l’influence américaine en Eurasie – revendique, de manière troublante, le rôle de « pionnier du changement démocratique » au Moyen-Orient. En fait, la défense de ses intérêts nationaux – qui intègrent le « problème » kurde – a incité la Turquie à s’ingérer dans la crise syrienne. Et, surtout,  elle l’oblige à maintenir une veille stratégique dans le Nord dela Syrie convoité, selon Ankara, par les « extrémistes kurdes ». Enfin, il faut rappeler quela Turquie rêve toujours d’un Empire ottoman étendu à l’Asie centrale ex-soviétique. Tout est donc en place, pour la partie finale.

Tendanciellement, on assisterait donc à la poursuite du roll back (reflux) de la puissance russe, conduite par l’administration américaine depuis la fin de la Guerre froide et qui vise, aujourd’hui, à affaiblir ses alliances traditionnelles – donc, son pouvoir potentiel sur longue période – en zones arabe et post-soviétique. Car, qu’on le veuille ou non, l’administration Obama est objectivement tentée de manipuler les « révolutions » pour, à terme, étendre sa zone d’influence et sécuriser, par ce biais, les principales sources d’approvisionnement et routes énergétiques – d’où l’intérêt de « stabiliser », c’est-à-dire de contrôler politiquement la Syrie, le Liban et l’Iran, véritables nœuds stratégiques de la région. Une telle extension se réaliserait au détriment des dernières positions russes, héroïquement tenues sur l’Echiquier moyen-oriental et, en particulier, en Syrie, face à la pression médiatique et politico-militaire de la coalition arabo-occidentale – mais, pour combien de temps encore ?

Dans cette optique et de manière officielle, l’administration américaine vient de reconnaître la nécessité de renforcer significativement son soutien au « processus révolutionnaire et démocratique » en œuvre en Syrie. Dans ses grandes lignes, cette action s’inscrit dans le prolongement de sa récente ingérence – via de douteuses ONG – dans le processus électoral russe et, de façon plus générale, dans le cheminement politique incertain de la périphérie post-soviétique en vue d’y imposer la « démocratie ». Naturellement, selon les normes occidentales.

Ce faisant, Washington officialiserait une stratégie qui, en réalité, a commencé bien plus tôt. Tendanciellement, cette stratégie s’appuie sur la démocratie comme nouvelle idéologie implicite et globalisante, vecteur de sa domination politique dans le monde. Au regard d’une lecture plus structurelle de la crise syrienne, médiatisée par les intérêts des puissances majeures, cette attitude américaine n’est pas une surprise et, au contraire, semble cohérente avec une ligne de long terme axée sur la défense de son leadership régional – contre les intérêts russes.

L’hyper-puissance américaine avance ses pions, inéluctablement.

 

L’Arabie saoudite, nouveau « pivot géopolitique » de l’hyper-puissance ?

La poursuite du « Printemps islamiste », à dominante sunnite, renforce les positions de l’Arabie saoudite dans la région et donc, de manière indirecte, les prérogatives de l’axe USA-OTAN.

Sur ce point, on remarquera que les monarchies du Golfe, qui sont (très) loin d’être plus démocratiques que la Libyeet la Syrieont été, jusque là, étrangement épargnées par la vague révolutionnaire. Avec une certaine légitimité, on peut donc se demander pourquoi ? Et pourquoi passe-t-on sous silence le sort des 80 000 chrétiens expulsés de leurs foyers par les « révolutionnaires » syriens dans la province d’Homs, en mars 2012 ? Enfin, pourquoi ne parle-t-on pas des persécutions quotidiennes de la population chiite (majoritaire à 70%) au Bahreïn, associée à un verrouillage total de l’opposition (et de l’expression) politique ? Cette répression est « supervisée » par l’armée saoudienne encline, à la moindre occasion, à faire intervenir ses chars – sorte d’application arabe de la doctrine Brejnev de « souveraineté limitée » – et cela, quels qu’en soient les coûts humains. Terrible et révélateur silence médiatique.

La réaction occidentale a été tout autre lorsque la Russieest – justement – intervenue avec ses chars en Géorgie en 2008, pour protéger ses ressortissants et ses soldats d’un massacre annoncé, après l’inquiétante initiative du président Saakachvili. Comment expliquer cette lecture des Droits de l’homme (et des peuples) à géométrie variable ? Et pourquoi les chars russes seraient-ils plus « coupables » que les chars arabes – ou américains, en d’autres circonstances, lors des « croisades » morales punitives ? Pour Moscou, une telle situation confirme le maintien d’un esprit de Guerre froide visant à la marginaliser, de manière définitive, sur la scène internationale. Un « deux poids, deux mesures » politiquement insupportable, et presque blessant.

La principale conséquence de l’extension de la domination sunnite au Moyen-Orient gagné par la contagion « révolutionnaire » est que, par l’intermédiaire de l’Arabie saoudite, comme levier d’ingérence privilégié, l’administration américaine renforce son  contrôle de la région. Parce que, par définition, il sera dorénavant plus facile pour Washington d’actionner un seul levier pour dicter sa politique régionale et défendre, ainsi, ses intérêts de grande puissance. Dans ce schéma, l’Arabie saoudite devient une pièce maitresse  (« pivot », au sens de Brzezinski) des Etats-Unis sur l’Echiquier arabe permettant, désormais, à l’hyper-puissance d’agir sur les événements et d’orienter le jeu, sans véritable opposition. Une contrepartie possible serait alors, pour Washington, de tenir compte des intérêts politiques de l’Arabie saoudite dans les régions musulmanes de l’ex-espace soviétique, âprement convoitées dans le cadre de son face-à-face avec la Russie. En ce sens, la crise syrienne cache un enjeu politique plus global, fondamentalement géostratégique – et, de manière indiscutable, lié au déroulement de la Guerre tiède.

Cette tendance au renforcement de la gouvernance unipolaire, légitimée par l’éclatante victoire américaine dela Guerre froide, est officiellement et régulièrement dénoncée par Vladimir Poutine, depuis son fameux discours de Munich de 2007 sur la sécurité dans le monde. Les faits, comme les hommes, sont – parfois – têtus.

Paradoxalement, les involutions arabes, sous bienveillance américaine, ne feront qu’accélérer cette tendance (2).

Et, maintenant, que faire ?

Jean Géronimo, Spécialiste des questions économiques et stratégiques russes, Jean.Geronimo@upmf-grenoble.fr

 Grenoble, le 30 août 2012

Notes

(1) http://fr.rian.ru/discussion/20120227/193517992.html : « La Russie et l’évolution du monde », article de V. Poutine sur la politique étrangère russe, 27/02/2012 – RIA Novosti.

(2) Les crises arabes et leurs implications géopolitiques pour la Russie, sont traitées dans le post-scriptum (50 pages) inséré dans la nouvelle édition de mon livre : « La Pensée stratégique russeGuerre tiède sur l’Échiquier eurasien : les révolutions arabes, et après ? ». Préface de Jacques SAPIR, mars 2012, éd. SIGEST, code ISBN  2917329378 – en vente : Amazon, Fnac, Decitre (15 euros).

 

Message de Damas : une franco-syrienne témoigne

août 31st, 2012 by Marie-Ange Patrizio

Je vous transmets le courriel reçu le lundi 27 août d’une amie franco-syrienne partie à Damas le 17 juillet ; elle devait rentrer à Paris le 15 août. Son avion de la compagnie Syrian Airlines n’a pas pu quitter la Syrie : il devait faire escale à Francfort, mais l’Allemagne appliquant les sanctions et l’embargo contre la Syrie, n’accepte pas les escales d’avions syriens sur son sol. Pas comme l’aéroport de Damas où a atterri récemment en urgence un avion d’Air France, faute de pouvoir se poser à Beyrouth car l’aéroport était incertain pour la sécurité des passagers… Avec réaction furieuse de Fabius qui en perd ses réflexes d’ingérence humanitaire.

Cet embargo sur les avions syriens, dont nos media ne nous parlent pas,  m’avait été signalé  par Mère Agnes-Mariam de la Croix, que j’ai vue le 4 août au cours d’un passage en France : les gens passent par Beyrouth pour aller et venir en Syrie.

Les actions de solidarité et de vigilance de la population pour soutenir l’armée syrienne loyale au gouvernement décrites ci-dessous recoupent exactement ce que j’ai entendu de la part d’autres amis présents en Syrie ; on peut bien sûr ne pas les croire, dire qu’ils (avec moi) font de la propagande, et se fier seulement aux fragments d’images non datées et impossibles à localiser que nous montrent en boucle les media français, avec commentaires de leurs journalistes envoyés à la frontière turque (ou jordanienne, avec L. Fabius visitant des hôpitaux de campagne vides).

Voici le courriel, dont l’auteur demande la diffusion mais préfère pour le moment ne pas donner son nom pour ne pas s’exposer plus qu’elle ne l’est déjà à Damas où les attentats ciblés ont fait leur apparition : on reconnaît les signatures. Comme en Palestine, comme en Libye il y a un an…

Marie-Ange-Patrizio


« Damas, lundi 27 août,

Je suis toujours à Damas car mon vol a été annulé. Je ne te cache pas que j’en suis ravie, car ces mensonges systématiques et grossiers des média occidentaux me dépriment totalement.

Ici l’Armée Syrienne effectue des opérations contre les hordes de la Qaida et de l’ASL et elle est largement aidée par la population qui les accueille avec joie.

Les hordes de l’ASL et la Qaida commettent de terribles exactions contre la population qu’ils prennent en otage, et mettent cela, comme à Daraya , sur le dos de l’Armée syrienne nationale.

Les combats sont féroces et les USA, et les Britanniques, ne cachent plus le fait que ce sont eux qui dirigent les opérations depuis Adhana sur les frontières turques et qui les alimentent en artillerie lourde, anti-chars et anti-avions. Ce matin un hélicoptère de l’armée a été descendu au dessus du quartier Qabun à Damas, une bombe de mortier est tombée dans le jardin Khaoula bint alzouar dans le quartier Bab Touma.

Dans la ville d’Alep, des gangs armés ont attaqué un ensemble appartenant à l’Eglise Evangélique.

L’armée continue à poursuivre les terroristes dans les villes d’Ariha, et dans les banlieues de Hama et Homs. De gros dépôts d’armes, d’explosifs et armes lourdes ont été trouvés à Daraya (1), Tadamoun, Soumariyeh, Edleb, Qaboun, Alep, Hama, Homs, Basatine Arrazi (Damas), etc. 

Hier les terroristes ont fait exploser  7 citernes (3 mazout, 4 essence) près du pont Nayrab à Alep. Les journées sont pleines d’actes de ce type, sans parler des actions de kidnapping, rançonnage, et assassinats ciblés qui touchent essentiellement les professeurs d’Université, les chercheurs et officiers de l’Armée….cibles clairement fixées par le Mossad ! Le terrorisme est bel et bien installé en Syrie, mais le peuple est plus que jamais déterminé à résister !

Le pouvoir tient bon, il a de plus en plus de crédit auprès de la population, car ceux qui pensaient que c’était une affaire de liberté et de démocratie, voient bien maintenant que l’objectif est la destruction du pays, surtout que nombre de combattants de la dite ASL se sont avérés non syriens (afghans, tchétchènes, Benghalii, Libyens, Algériens, Yéménites, et même tunisiens !).

Côté approvisionnement et vie quotidienne, l’Etat fait un grand effort pour que rien ne manque sur les marchés et veillent à ce que les prix ne s’envolent pas. Le Président de la République a annoncé que l’Etat prend en charge la restauration, réhabilitations de toutes les maisons et immeubles touchés par les événements ; en attendant les gens sont logés dans des écoles, où ils reçoivent une aide alimentaire et médicale quotidiennes.

Les quartiers sécurisés sont très vite réhabilités par les mairies: eau, électricité, égouts, etc. ; et une somme de 50.000 livres syriennes est donnée aux familles qui sont obligées de se trouver un logement en attendant la reconstruction de leurs demeures.

La réconciliation va bon train ; on espère ! As-tu vu la déclaration de Rome de certains membres de l’opposition ? Notamment des coordinations locales et Haitham Mannaa ?

Dr. Ali Haidar Ministre de la Réconciliation Nationale, participe au sommet des non alignés à Téhéran pour la Syrie. Personnellement j’attends beaucoup de ce congrès. » (2)


(1) Les media atlantistes ont parlé dimanche de « charnier » découvert près de Damas, charniers attribués évidemment à des massacres de l’armée syrienne. Voici ce que j’ai reçu d’un ami à Damas que j’ai interrogé à ce sujet : « Le terme de charnier est inadapté, car cela donne l’impression de corps enterrés. On a retrouvé des cadavres à des endroits différents, dans des appartements. Il n’y a pas de doute possible sur les tueurs : les victimes étaient toutes des otages de l’ASL qui avaient été exhibées dans des vidéos précédentes. »

(2) Congrès dont personne ne parle dans les pays alignés (sur l’Otan et Israël), mais qui regroupe pourtant à Téhéran environ deux tiers des nations de la planète.
Vous trouverez ici : http://www.chretiente.info/201208203210/syrie-accord-de-paix-a-qalamoun-conforme-aux-lignes-directrices-tracees-a-rome-par-les-representants-de-lopposition/  la déclaration de Rome (et suite en Syrie) évoquée ci-dessus ; pour la participation du ministre Ali Haydar au Congrès des Non-alignés à Téhéran : http://french.irib.ir/info/iran-actualite/item/208693-le-plan-de-r%C3%A9conciliation-nationale-est-le-seul-moyen-de-r%C3%A9soudre-le-probl%C3%A8me-syrien-sa%C3%AFd-jalili  ou, autre son de cloche : http://www.portalangop.co.ao/motix/fr_fr/noticias/internacional/2012/7/35/depart-pouvoir-Assad-est-inacceptable-ministre-syrien,c8fd526c-1cef-4ac4-a19c-44f15acb3f01.html, où l’on désigne le ministre syrien des affaires étrangères Walid  Mouallem comme un des  “faucons du régime” : pour qui a assisté à la conférence de presse que le “faucon” a donnée le lundi 14 novembre à Damas -après la suspension de la Syrie de la Ligue arabe- où ses déclarations apparemment placides et sa bonhomie faisaient éclater de rire les nombreux journalistes arabophones présents, cette analyse abrupte est surprenante…
Marie-Ange Patrizio

Pour aller plus loin :

SYRIE : Gardiens de la frontière – par Marie-Ange Patrizio – 2012-01-21
SYRIE : Le prince, les “hommes bons” et les petites souris – par Marie-Ange Patrizio – 2011-12-27
Les informations du “photojournaliste Mani”, pour Le Monde – par Mère Agnès-Mariam de la Croix – 2012-01-30
Nouvelles des Chrétiens du diocèse de HOms et de Hama – par Mère Agnès-Mariam de la Croix – 2012-01-26
Au crible des informations tendancieuses, la situation en Syrie – par Mère Agnès-Mariam de la Croix – 2011-05-01

 

 

La dissidente cubaine Yoani Sánchez est devenue en l’espace de quelques années la principale figure de l’opposition au gouvernement de La Havane. Égérie des médias occidentaux, la  bloggeuse n’échappe pourtant pas à ses propres contradictions.

Yoani Sánchez a une vision assez particulière de son pays, qu’elle partage sur son blog Generación Y, créé en 2007. Le point de vue est acerbe et sans nuance. La réalité cubaine est décrite de façon apocalyptique et elle y raconte son quotidien composé de souffrances et de privations. Elle y critique fortement le gouvernement de La Havane qu’elle accuse d’être responsable de tous les maux.

« Mon fils me demande s’il y aura à manger aujourd’hui »

« Mon fils me demande s’il y aura à manger aujourd’hui », note-t-elle dans une chronique du 29 juin 2012, « dans une société où chaque initiative est entourée d’obstacles et d’empêchements, surtout si elle se produit de forme indépendante[1] ». « L’une des scènes récurrentes est de chercher des aliments et d’autres produits de base à cause du manque d’approvisionnement chronique de nos marchés[2] », se plaint-elle. Elle affirme lutter quotidiennement contre « les obstacles de la vie[3] »

En effet, elle certifie même avoir du mal à nourrir son propre fils « face à la verticalité d’un gouvernement totalitaire[4] », qui prétexte une « éternelle menace étrangère pour disqualifier les insatisfaits[5] ». Ainsi, « l’augmentation de quelques centimes du prix d’un aliment suffit à faire exploser le thermomètre de l’angoisse quotidienne et les degrés d’inquiétude augmentent[6] ».

 

Contradictions

A la lecture de ces lignes, la jeune dissidente cubaine semble souffrir de la faim et se trouver dans un dénuement total. Mais ses affirmations résistent difficilement à l’analyse. Loin de se trouver dans la précarité, Yoani Sánchez jouit de conditions de vie matérielles privilégiées par rapport à l’immense majorité de ses compatriotes. En effet, on découvre dans l’édition du 23 juillet 2012 du quotidien espagnol El País que la bloggeuse a réalisé un reportage sur « les 10 meilleurs restaurants de la nouvelle cuisine cubaine[7] ».

Convertie en gastronome et critique culinaire, Sánchez établit un classement des dix meilleurs restaurants de la capitale cubaine et décrit avec moult détails les succulents menus proposés pour un prix moyen de « 20 euros », c’est-à-dire l’équivalent d’un mois de salaire à Cuba. Ainsi, le Café Laurent, le Decamerón, le Habana Chef, La Casa, La Mimosa, La Moneda Cubana, Le Chansonnier, Mamma Mía, Rancho Blanco et Río Mar remportent les suffrages.

Plusieurs questions viennent inévitablement à l’esprit. Pour pouvoir établir un classement un tant soit peu sérieux, la jeune opposante a dû fréquenter au bas mot une cinquantaine de restaurants de La Havane dont les menus coûtent en moyenne 20 euros. Comment Yoani Sánchez – qui affirme avoir du mal à nourrir son fils – a-t-elle pu dépenser un budget de 1000€ – somme qui représente l’équivalent de 4 années de salaire moyen à Cuba ! – pour fréquenter les restaurants les plus sélects de la capitale cubaine ? Pourquoi une personne qui affirme être intéressée par le sort de ses concitoyens réalise-t-elle un reportage sur les restaurants de luxe à Cuba, que peu de Cubains peuvent fréquenter ?

 

Le véritable niveau de vie de Yoani Sánchez

En réalité, Yoani Sánchez ne souffre d’aucun problème d’ordre matériel. En effet, depuis qu’elle a intégré l’univers de la dissidence, sa vie a considérablement changé. En l’espace de quelques années, la jeune opposante a reçu de multiples distinctions, toutes financièrement rémunérées. Ainsi, depuis la création de son blog en 2007, la bloggeuse a été rétribuée au total à hauteur de 250 000 euros, c’est-à-dire une somme équivalant à plus de 20 années de salaire minimum dans un pays tel que la France, cinquième puissance mondiale. Le salaire minimum mensuel à Cuba étant de 420 pesos, c’est-à-dire 18 dollars ou 14 euros, Yoani Sánchez a obtenu l’équivalent de 1 488 années de salaire minimum à Cuba pour son activité d’opposante. Jamais aucun dissident à Cuba – peut-être même dans le monde – n’a obtenu autant de distinctions internationales en si peu de temps.      Par ailleurs, le quotidien El País a ouvert ses pages aux chroniques de Sánchez, en échange d’une rémunération oscillant aux alentours de 150 dollars par article, c’est-à-dire l’équivalent de 8 mois de salaire minimum à Cuba[8].

Yoani Sánchez, nouvelle figure de l’opposition cubaine, est loin de vivre dans le dénuement total. Au contraire, elle dispose d’un train de vie qu’aucun autre Cubain ne peut se permettre et, contrairement à ce qu’elle prétend, son fils ne souffre d’aucune carence alimentaire. La dissidente, qui a d’abord émigré en Suisse avant de choisir de retourner à Cuba, a été assez sagace pour comprendre qu’en adoptant un certain type de discours, elle satisferait de puissants intérêts contraires au gouvernement et au système cubains. Ces derniers, à leur tour, sauraient se montrer généreux à son égard.

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/23965/as+novas+contradicoes+da+dissidente+cubana+yoani+sanchez.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : Salim.Lamrani@univ-mlv.fr  ; lamranisalim@yahoo.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel  

[1] Yoani Sánchez, « A la distancia de un CLIC », Generación Y, 28 juin 2012. http://www.desdecuba.com/generaciony/ (site consulté le 26 juillet 2012).

[2] Yoani Sánchez, « Mayorista vs minorista », Generación Y, 5 juin 2012. http://www.desdecuba.com/generaciony/ (site consulté le 26 juillet 2012).

[3] Yoani Sánchez, « El futuro con Mariela Castro », Generación Y, 28 mai 2012. http://www.desdecuba.com/generaciony/ (site consulté le 26 juillet 2012).

[4] Yoani Sánchez, « Fuenteovejuna », Generación Y, 13 juin 2012. http://www.desdecuba.com/generaciony/ (site consulté le 26 juillet 2012).

[5] Yoani Sánchez, « ¿Buen talante? », Generación Y, 12 juin 2012. http://www.desdecuba.com/generaciony/ (site consulté le 26 juillet 2012).

[6] Yoani Sánchez, « Cerdo en ‘cajita’ », Generación Y, 16 mai 2012. http://www.desdecuba.com/generaciony/ (site consulté le 26 juillet 2012).

[7] Yoani Sánchez, « Los nuevos chefs de La Habana. Los 10 mejores restaurantes de la renovada cocina cubana », El País, 23 juillet 2012. http://elviajero.elpais.com/elviajero/2012/07/23/actualidad/1343057020_608376.html (site consulté le 26 juillet 2012).

[8] Yoani Sánchez, « Premios ». http://www.desdecuba.com/generaciony/?page_id=1333 (site consulté le 26 juillet 2012).

Salim Lamrani est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Salim Lamrani publiés par Mondialisation.ca

Syrie : Les erreurs de calcul de la Turquie !

août 29th, 2012 by Amin Hoteit

Quand la Turquie s’est préparée à son rôle de « Directeur Régional pour la Recolonisation » en tant que « puissance néo-ottomane» ou « califat islamique moderne », elle a cru que son chemin serait sans encombres étant donné l’absence de stratégie arabe, l’isolement de l’Iran, et l’évolution des conditions régionales ayant rendu Israël incapable de  tenir son propre rôle consistant, selon les théories de Shimon Peres, à promouvoir  l’idée d’un « Nouveau ou Grand Moyen-Orient »  fondée sur « la pensée sioniste » et « l’argent arabe ».

La Turquie a vraiment cru que telle était la meilleure façon de s’assurer le leadership de la  région pour commencer, puis celui du monde musulman ensuite… confortée en cela par ses atouts économiques, ses bonnes relations avec les peuples de plusieurs États indépendants d’Asie centrale, son passé Musulman doublé d’un présent qui aurait démontré la capacité des « Islamistes » à tenir les rênes de l’État turc et à neutraliser  l’obstacle de son Armée « gardienne de la laïcité » instaurée par Ataturc !

Partant de cette vision, la Turquie ou plutôt le « Parti pour la Justice et le Développement » a lancé sa stratégie du « zéro problème » pensant qu’elle lui permettrait de faire sauter les frontières voisines et de faire oublier les tragédies historiques commises à l’encontre de plusieurs peuples et États de la région, avant de s’envoler vers son nouveau rêve impérial… Elle a donc  « pris d’assaut » la cause palestinienne, cause centrale pour les Arabes et Musulmans [cause des peuples et non celle des régimes inféodés à l'Occident et à Israël], puis elle s’est lancée dans le tissage de relations stratégiques avec  différents pays de la région en commençant par le plus proche et le plus important : la Syrie ! En effet, dans un ouvrage publié en 2001, Daoud Oglu le théoricien du « zéro problème »,  avait souligné que la Turquie ne pouvait mener à bien ses projets impérialistes qu’en partant de Syrie, étape préliminaire pour assurer la profondeur stratégique rêvée !

Ici, il faut noter que la Syrie a répondu favorablement à la nouvelle politique d’ouverture de la Turquie et, en toute confiance, a établi un partenariat stratégique avec un État pourtant  membre de l’OTAN « cultivant des relations particulières avec Israël », pensant que cette nouvelle approche lui permettrait au minimum de s’assurer de sa neutralité dans son conflit avec l’ennemi sioniste, et éventuellement de lui confier certaines missions dans le cadre de ce même conflit où elle n’afficherait plus son soutien flagrant à Israël.

Mais la Turquie n’a pas été honnête et avait prévu l’exact contraire de ce qu’elle proposait, puisque dès que l’agression occidentale sous ordres et plans US fondés sur la stratégie intelligente du « soft power » s’est abattue  sur la Syrie, elle est entrée dans son rôle de « directeur de l’agression sur le terrain » et s’est posée en « donneuse de leçon » usant du langage condescendant des colonisateurs, comme si la Syrie faisait  toujours partie de l’Empire ottoman ! Ce fut manifestement sa  première erreur de calcul, car la nouvelle lubie néo-ottomane s’est heurtée à la résistance arabe syrienne qui lui a interdit de restaurer un passé révolu faisant fi de sa dignité et de sa souveraineté;  ce qui a  déclenché la furie et la haine des dirigeants turcs qui se sont publiquement engouffrés dans le travail de sape de l’intérieur syrien.

À ce stade, la Turquie a joué le rôle de conspirateur sur deux niveaux :

  • Au niveau politique elle a parrainé des groupes d’agents du renseignement  de divers pays et des catégories de revanchards haineux ou d’assoiffés du pouvoir avant de les organiser en un soi-disant « Conseil national Syrien » [CNS] qui, en réalité, est à la solde des services et des intérêts étrangers en Syrie. Ce faisant elle a pensé que ce faux conseil serait une alternative aux autorités légitimes syriennes… Deuxième erreur de  calcul, car tout comme ce CNS est né pour servir d’instrument de discorde extérieure, il a évolué vers encore plus de discorde intérieure jusqu’à se transformer en un cadavre puant devenu un fardeau pour ses concepteurs, la Turquie en premier !
  •  Au niveau militaire elle s’est transformée en base de ralliement pour terroristes de toutes nationalités lancés à l’assaut de la Syrie, avant exécution d’une opération militaire internationale dont elle serait le fer de lance et en récolterait les bénéfices après l’avoir transformée en arrière cour de l’empire néo-ottoman ressuscité de ses cendres… Troisième erreur de calcul manifeste depuis qu’une telle opération dite « internationale » s’est révélée impossible et a  poussé la Turquie à ne plus concentrer ses efforts que sur de sordides actions terroristes menées sur le sol syrien !

 

Le parti au pouvoir en Turquie a fini par mettre tous ses espoirs dans le terrorisme international et s’est imaginé que la  Syrie allait s’effondrer en quelques semaines ouvrant le chemin de Damas au nouveau sultan ottoman… Quatrième erreur de calcul devant une Syrie dont toutes les composantes étatiques et civiles ont résisté face à la marée terroriste espérée invulnérable, ramenant la Turquie à la dure  réalité qu’elle n’a pas daigné anticiper.

 

En effet, la Turquie s’est imaginée que la défense syrienne et de ses alliés régionaux de « l’Axe de la résistance », pourtant en parfait accord avec un front du refus de pays émergents sur la scène internationale, ne pourraient résister en cas d’une  confrontation si bien menée et, qu’en tous cas, elle n’aurait pas à se mouiller… Cinquième erreur de calcul particulièrement dangereuse vu l’évolution du théâtre des opérations au détriment de ses folles ambitions. Nous n’en citerons que les conséquences fondamentales :

1. Échec définitif de la Turquie dans sa guerre terroriste contre la Syrie menée conjointement avec le « camp occidental des agresseurs »… D’ailleurs, elle-même est désormais intimement convaincue qu’il lui est impossible de renverser le gouvernement syrien, le peuple syrien étant le seul capable d’en décider.

2. Échec des efforts de la Turquie en faveur d’une intervention militaire directe visant à transformer l’essai, maintenant que toutes ses tentatives pour créer  des « zones de sécurité », des « zones tampons », des « couloirs humanitaires », ou tout autre prétexte autorisant une ingérence militaire étrangère en Syrie ont lamentablement échoué face à la résistance syrienne, à la fermeté iranienne, et à la constance russe dans leur refus concerté d’un tel dénouement même s’il leur fallait en arriver à une confrontation militaire internationale, alors que la Turquie et ses alliés ne se sont pas préparés à une telle possibilité.

 3. L’angoisse sérieuse de la Turquie quant au devenir des groupes terroristes qu’elle a accueillis sur son sol et dirigés contre la Syrie sous supervision US ; ce qui doit nous rappeler le phénomène des « Afghans arabes » devenus un problème pour les pays qui les ont poussés à se battre contre l’Union soviétique en Afghanistan où,  une fois les troupes parties, ils se sont transformés en « combattants chômeurs » menaçant de tous les dangers ; situation pas très éloignée de celle que risque de rencontrer la Turquie aujourd’hui ! C’est pour cette raison qu’elle s’est hâtée de lancer ses appels de détresse aux USA pour l’aider à prévenir ce probable fléau… C’est pour cette même raison que se sont réunies dernièrement les forces de sécurité militaire des deux pays, contrairement à ce qui a été déclaré par les médias parlant de la mise au point des derniers préparatifs pour une  intervention militaire en Syrie ; alors qu’il  s’agissait de défendre la Turquie craignant pour sa propre sécurité en cas d’une réplique lancée par la citadelle syrienne qui a résisté à sa violente agression par terroristes interposés.

4. L’angoisse non moins sérieuse de la Turquie devant certains dossiers qui sont sur le point d’exploser  alors qu’elle a tenté de les dissimuler par sa prétendue politique du « zéro problème »  transformée, en pratique, en politique de « zéro ami » ; le plus dangereux dans cette affaire étant l’hostilité des peuples dépassant de loin celle des   des gouvernements. Ainsi, quatre dossiers principaux menacent l’essence même de l’État turc et hantent ses dirigeants :

  • Le dossier sectaire : la Turquie a cru qu’en allumant le feu sectaire en Syrie elle s’épargnerait l’incendie. Elle a oublié que sa population était idéologiquement et religieusement aussi hétérogène et que les mêmes flammes pouvaient la brûler vu sa proximité géographique ; ce qu’elle semble avoir maintenant compris…

 

  • Le dossier nationaliste : la Turquie a pensé qu’elle pouvait éternellement contenir le mouvement nationaliste kurde… Autre erreur de calcul, car ce mouvement est devenu tellement douloureux qu’il l’oblige à reconsidérer sérieusement l’ensemble de sa politique à son égard.

 

  • Le dossier politique : la Turquie s’est imaginée qu’en s’appuyant sur l’OTAN elle pourrait négliger les positions respectives des pays de la région et leur  imposer sa propre vision conçue pour ses seuls intérêts, mais voilà qu’elle se trouve de plus en plus politiquement isolée, les pays sur l’amitié desquels elle espérait pouvoir compter dans son agression contre la Syrie s’étant éloignés par crainte de son ambition démesurée, et les pays qu’elle a traité en ennemis au point de croire qu’elle pouvait leur dicter ses ordres ou les écraser s’étant révélés capables de lui résister avec une force qui l’a déroutée… et l’a laissée dans la situation inattendue de « zéro ami » !

 

  •  Le dossier sécuritaire : la Turquie tente vainement de nier le recul de la sécurité sur son territoire, devenu extrêmement pénible pour ses commerçants et plus particulièrement pour ceux qui travaillent  dans le secteur du tourisme et  qui auraient perdu plus de 50% de leurs revenus réguliers au cours des six derniers mois !

Tout ce qui précède montre que la Turquie est à la traîne derrière les USA qu’elle supplie de la sortir du bourbier dans lequel elle s’est enfoncée ! Elle a non seulement   échoué dans son agression contre la Syrie et a dévoilé la fausseté de sa politique et de toutes ses déclarations, mais elle n’est même plus sûre de sauver les cartes qu’elle pense encore détenir, maintenant que les manifestations à Antioche, les revendications arméniennes, les attaques kurdes, les opposants intérieurs de tous bords à la politique du gouvernement actuel, et le refus de coopération doublé de la méfiance des pays de la région sont devenus autant de facteurs réunis pour générer des vents contraires aux projets impérialistes d’Erdogan et de son ministre des Affaires étrangère  rappelant, en la circonstance, l’anecdote de l’arroseur arrosé !

Dr Amin Hoteit

27/08/2012

 

 

Article original : Al-Thawra

الحسابات التركية الخاطئة: طابـــــــخ الســـــــــم آكــــــلــه ؟

http://www.thawraonline.sy/index.php/site-word/8693-2012-08-27-08-12-18

 

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal [Biologiste] pour Mondialisation.ca

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

Mon cœur est compatissant avec les trois jeunes femmes russes du groupe de rock Pussy Riot. Elles ont été sévèrement trompées et utilisées par les ONG financées par Washington qui ont infiltrées la Russie. Pussy Riot a été envoyé en mission, mission qui était clairement illégale de par la loi.

Nous devons admirer et apprécier l’aplomb de ces jeunes femmes, mais nous devons ruminer sur leur naïveté. Washington avait besoin d’un cas de figure populaire avec lequel diaboliser le gouvernement russe pour avoir osé s’opposer à l’intention de Washington de détruire la Syrie, de la même manière qu’elle a détruit l’Irak, l’Afghanistan et la Libye, tout comme elle a l’intention de détruire le Liban et l’Iran.

Mais en offensant intentionnellement les pratiquants religieux, ce qui serait un crime haineux aux États-Unis et dans ses pays vassaux européens et du Royaume-Uni, les talentueuses jeunes femmes ont violé la loi statutaire russe.

Avant le procès des jeunes femmes, le président russe Poutine avait exprimé son opinion à savoir que les femmes ne devraient pas être sévèrement punies. Prenant l’occasion au vol depuis Poutine, le juge a condamné les jeunes femmes trahies par les ONG financées par l’Amérike (NdT: Ici Roberts écrit l’adjectif de son pays “amerikan” afin de germaniser le nom à dessein…), à deux ans au lieu des sept prévus par la loi.

On me dit depuis, que Poutine aura les jeunes femmes libérées après six mois, mais cela bien sûr ne servirait pas la propagande de l’empire amérikain. Les instructions données à la cinquième colonne financée par Washington étant de rendre impossible toute clémence du gouvernement russe à l’égard de Pussy Riot.

Les manifestations organisées par Washington, les émeutes, les dommages à la propriété publique et privée, les assauts contre les images représentatives de l’état et de la religion par les dupes russes de Washington vont rendre impossible à Poutine d’outrepasser l’opinion nationaliste et de faire commuer la peine des femmes de Pussy Riot.

C’est ce que veut Washington. Alors que Washington continue de massacrer un vaste nombre de gens autour de la planète, il va montrer du doigt ce qui arrive à Pussy Riot. Les medias de la pressetituée vendus et achetés de l’occident vont focaliser sur le diable russe et non pas sur le diable Washington, Londres et leurs états marionnettes européens qui massacrent les musulmans par containers entiers.

La disparité entre les droits de l’Homme entre l’occident et l’orient est incroyable. Quand un trublion chinois demanda la protection de Washington, le gouvernement “autoritaire” chinois autorisa la personne à quitter la Chine pour l’Amérique. Mais quand Julian Assange, qui, à l’encontre de la pressetituée occidentale, donne lui, des informations véritables sur l’Occident, obtint l’asile politique de l’Équateur, La Grande (sic)-Bretagne, courbant l’échine devant le maître amérikain, refusa le laissez-passer obligatoire depuis le Royaume-Uni vers son pays d’asile.

Le gouvernement britannique, à l’encontre du gouvernement chinois, ne vit pas d’un mauvais œil de violer le droit international, simplement parce qu’il sera payé en retour de seaux de fric par Washington afin d’être un état paria.

Comme le disait Karl Marx, l’argent tourne toute chose en une commodité qui peut-être achetée et vendue: le gouvernement, l’honneur, la moralité, l’écriture de l’histoire, la légalité, rien n’est à l’abri de l’achat.

Ce développement du capitalisme a atteint son plus haut degré aux États-Unis et dans ses états satellites marionnettes, dont les gouvernements vendent les intérêts de leurs peuples afin de faire plaisir à Washington et de devenir riches, comme Tony Blair et ses 35 millions de dollars.

Envoyer leurs citoyens combattre comme chair à canon pour l’empire de Washington dans de distants endroits du monde est le service pour lequel les politiciens européens au paroxysme de la corruption sont payés à faire. Malgré cette entité connue sous le nom de démocratie européenne, les peuples européens et britannique sont incapables de faire quoi que ce soit contre leur mauvaise utilisation par les intérêts de Washington. Ceci est une nouvelle forme d’esclavage. Si une nation est alliée de Washington, son peuple est un esclave de l’empire amérikain.

Article original en anglais : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=32415, le 19 août 2012

Traduction : Résistance 71

La débâcle américaine en Afghanistan

août 27th, 2012 by Patrick Martin

Un soldat américain en patrouille avec des forces de sécurité afghanes dans le Sud de l’Afghanistan a été tué dimanche lorsque l’un des Afghans a ouvert le feu. C’est au moins la sixième attaque du genre au cours de ces deux dernières semaines. Durant cette période, douze soldats américains ont été tués par des soldats ou des policiers afghans qui étaient censés être leurs alliés.

Le dernier incident en date porte le nombre total de telles attaques, qualifiés par les porte-parole militaires américains d’incidents « vert sur bleu », contre des forces américaines ou de l’OTAN à 32 depuis le début de 2012, en faisant 40 morts. Le nombre de soldats blessés lors de telles attaques d’initiés est probablement bien supérieur, mais il est dissimulé par la politique des Etats-Unis et de l’OTAN qui refusent de commenter les blessures non mortelles.

La prolifération de telles attaques a suscité une inquiétude croissante au sein de l’armée américaine et des responsables de la sécurité tant en Afghanistan qu’à Washington. Le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, a téléphoné samedi au président afghan Hamid Karzaï pour l’exhorter à procéder à un examen plus systématique des soldats et des policiers afghans en quête d’agents taliban.

Le dirigeant au plus haut rang de l’armée américaine en Afghanistan, le général John Allen, a donné vendredi un ordre qui témoigne de la précarité de la position américaine dans le pays occupé. Il a ordonné que les soldats américains portent en permanence leurs armes chargées à balles réelles, même au repos dans des installations supposées être sécurisées tel l’énorme complexe américain à la base aérienne de Bagram.

A chaque rencontre avec des troupes ou la police afghanes, au moins un Américain doit être désigné comme « ange gardien », chargé de surveiller les prétendus alliés et de tirer en premier si ces derniers semblent vouloir attaquer les Américains.

Malgré l’appel de Panetta en faveur d’une intensification des activités de contre-espionnage, le commandement de l’armée américaine s’est empressé de souligner qu’il n’existait des preuves de Taliban « infiltrés » que dans 11 pour cent des cas où des soldats ou des policiers afghans avaient retourné leurs armes contre des Américains, alors que le gros des attaques avaient impliqué des individus agissant de leur propre chef.

Si cela est vrai, ceci ne fait que démontrer que l’hostilité à l’égard de l’occupation militaire américaine est tellement vaste et profonde au sein de la population afghane que n’importe quel incident peut faire jaillir une étincelle et déclencher une résistance féroce. Telle est la situation après dix ans et 43 milliards de dollars consacrés par l’armée américaine à la formation d’une armée et d’une police afghanes pour satisfaire ses volontés.

Ces incidents ont une importance qui dépasse largement le bilan actuel des victimes étant donné qu’il donne un aperçu de la véritable relation qui existe entre une population opprimée et l’occupation Etats-Unis/OTAN, et qui entame maintenant la fin de sa onzième année.

La vaste majorité de la population afghane est opposée aux forces Etats-Unis/OTAN et au régime fantoche de Karzaï. De ce fait, le flux inépuisable de recrues pour les « Taliban », le nom que l’armée et les médias américains donnent à tous les insurgés, la plupart n’étant tout simplement que de pauvres fermiers qui luttent dans les villages et aux alentours où vivent leurs familles.

Les justifications énoncées d’abord par George W. Bush et actuellement par Barack Obama pour la conquête et l’occupation américaines de l’Afghanistan sont parties en fumée les unes après les autres.

Bush avait affirmé que son ordre d’envahir l’Afghanistan avait été donné en réaction aux attentats terroristes du 11 septembre 2001 et au refus des Taliban de leur remettre le dirigeant d’Al Qaïda, Oussama Ben Laden. Mais Ben Laden a été tué par les forces spéciales américaines il y a plus d’un an et Al Qaïda est aujourd’hui un allié clé pour la campagne menée par les Etats-Unis pour déstabiliser le gouvernement de Bachar al-Assad en Syrie.

Bush et Obama ont tous deux affirmé libérer la population afghane du despotisme des Taliban et promouvoir la démocratie et les droits humains. Au lieu de cela, Washington a mis en place et maintenu un régime fantoche, dirigé par Hamid Karzaï, qui a truqué les élections, pratiqué la torture et la répression à grande échelle et qui vole sans aucune retenue.

Au début du mois, le parlement afghan a démis de leurs fonctions à la fois le ministre de la Défense et le ministre de l’Intérieur pour des faits de corruption alors que des rapports de presse font état de luttes intestines au sein de la famille Karzaï au sujet du partage du butin qu’elle a pillé à l’Etat afghan.

Il y a des relents de décomposition putride de l’ensemble de l’entreprise Etats-Unis/OTAN en Afghanistan. Les troupes américaines sont en train d’être réduites, l’équipement américain est retiré, les subventions américaines sont diminuées et les collaborateurs américains faisant partie du régime Karzaï font leurs valises – habituellement remplies d’argent – et vérifient leurs passeports. De nos jours, Kaboul rappelle de plus en plus Saigon dans les derniers mois et semaines précédant l’effondrement du régime fantoche soutenu par les Etats-Unis au Sud Vietnam.

Le gouvernement Obama et le Pentagone n’ont pas de réponse à cette débâcle grandissante, mis à part une plus grande brutalité. Les bombardements et les frappes de missiles aériens continuent de faire des ravages à la fois au sein des civils afghans et au-delà des frontières avec le Pakistan, dans les régions à dominance pachtoune où règne une grande sympathie pour les insurgés qui luttent en Afghanistan contre les forces d’occupation.

Ce processus se déroule sans que la population américaine n’ait son mot à dire. Ni le président Obama ni son adversaire républicain Mitt Romney n’ont parlé publiquement de cette vague d’attaques perpétrées par leurs alliés afghans contre des soldats américains. Ni les Démocrates ni les Républicains ne marquent une pause dans leur lavage de linge sale mutuel pour discuter de la politique américaine en Afghanistan. Les deux partis invoquent les mêmes mots d’ordre – la « guerre contre le terrorisme », la lutte pour « la liberté et la démocratie » contre les Taliban – sans aucun examen des coûts énormes d’une guerre qui dure depuis onze ans tant pour la population afghane qu’américaine.

Plus de 2.000 soldats américains sont mort en Afghanistan et près d’un millier de soldats des autres puissances de l’OTAN ainsi que d’innombrables dizaines de milliers au sein de la population afghane. Le pays a été dévasté trois fois en une décennie –d’abord par la guerre soutenue par les Etats-Unis contre l’armée soviétique, au cours de laquelle la CIA a contribué à créer Al Qaïda ; puis par la guerre civile qui a suivi l’effondrement du régime appuyé par l’Union soviétique et qui a entraîné l’arrivée au pouvoir des Taliban, parrainés par le Pakistan, un important allié des Etats-Unis ; et actuellement par la guerre qui a débuté en 2001 et qui dure plus longtemps que toutes les autres.

La constante dans ces effusions de sang est le rôle intéressé et réactionnaire joué par l’impérialisme américain. Les Etats-Unis sont le facteur le plus important dans la création d’Al Qaïda – formé par Ben Laden dans sa démarche de soutenir la lutte des moudjahedins soutenus par les Etats-Unis contre l’occupation soviétique – et dans la victoire des Taliban, saluée dans un premier temps par Washington comme étant un garant de la stabilité et un partenaire éventuel pour des accords pétroliers et gaziers en Asie centrale.

La classe ouvrière américaine a donc une responsabilité particulière à s’opposer et à dénoncer l’effusion de sang qui est en cours en Afghanistan. Des dizaines de milliers de civils afghans sont massacrés et leur pays est saigné à blanc et pillé au nom de la défense des « intérêts américains ». La vérité est que seule l’élite dirigeante impérialiste a un intérêt à la guerre en Afghanistan.

Les travailleurs doivent exiger le retrait immédiat et inconditionnel de toutes les forces militaires américaines et de l’OTAN de ce pays dévasté par la guerre, le paiement de compensation aux millions de personnes dont la vie a été détruite par les interventions successives américaines ainsi que la poursuite des responsables de l’armée et du gouvernement américains pour les crimes de guerre qu’ils ont ordonnés contre la population en Afghanistan.

Article original, WSWS, paru le 20 août 2012

Une armée victorieuse ? Il y avait des douilles partout dans les ruelles de pierres anciennes, des fenêtres criblées de balles et des marques de projectiles sur tout le côté de la mosquée Sharaf, où un homme armé tirait depuis le minaret. Un tireur d’élite continuait à tirer à seulement 150 mètres de là – c’est tout ce qui reste des quelques cent rebelles qui avaient presque, mais pas tout à fait, encerclé la citadelle d’Alep, vieille de 4000 ans.

« Vous ne le croirez pas », criait tout excité le major Somar. « Un de nos prisonniers l’a dit : Je ne m’étais pas rendu compte que la Palestine était si belle que ça ! Il pensait qu’il était venu ici en Palestine pour combattre les Israéliens ! »

Si j’y crois ? Certainement, les combattants qui se sont engagés dans les rues adorables à l’ouest de la citadelle étaient, selon toutes les informations, un groupe hétéroclite. Leurs graffitis « Nous sommes les Brigades de 1980 » – l’année au cours de laquelle une première révolte des Frères Musulmans avait menacé le pouvoir du père du président Syrien Bachar al-Assad, Hafez – étaient encore affichés sur les murs des hôtes syro-arméniens et des boutiques. Un général de 51 ans m’a tendu une des grenades artisanales qui jonchaient le sol de la mosquée Sharaf : une mèche souple qui sort du haut d’un morceau de shrapnel, enveloppé dans du plastique blanc et couvert par un ruban adhésif noir.

A l’intérieur de la mosquée, des balles, des boîtes de fromage vides, des mégots de cigarettes et des piles de tapis de prière que les rebelles avaient utilisés comme couchage. La bataille a duré au moins 24 heures. Un projectile a fissuré la pierre tombale de style bosniaque de la tombe d’un imam musulman, un turban en pierre finement sculpté sur le dessus. Les archives de la mosquée – des listes de fidèles, des Corans et des documents financiers – étaient répandus par terre dans une pièce qui avait été à l’évidence le dernier bastion occupé par plusieurs hommes. Il y avait un peu de sang. Entre 10 et 15 des défenseurs – tous Syriens – se sont rendus après avoir accepté une offre de clémence s’ils déposaient les armes. La nature de cette miséricorde ne nous a bien sûr pas été précisée.

Les soldats syriens étaient contents, mais il reconnaissaient partager une immense tristesse pour l’histoire d’une ville dont le cœur même, un site du patrimoine mondial, a été ravagé par des roquettes et des obus. Les officiers hochaient la tête quand ils nous ont conduits dans les remparts de l’immense citadelle. « Il y a une vingtaine de jours, les terroristes ont tenté de la prendre à nos soldats qui la défendaient », déclare le Major Somar. « Ils avaient rempli d’explosifs les bonbonnes de gaz – 300 kilos – et les avaient fait exploser au niveau de la première porte au-dessus du fossé. »

Hélas, c’est vrai. L’énorme porte médiévale en bois et en fer, ornée de ses gonds et de ses étais – un ouvrage qui était resté intact pendant 700 ans – a été littéralement anéanti. J’ai grimpé sur le bois carbonisé et des blocs de pierre marqués de fines inscriptions coraniques. Des centaines de marques de projectiles mouchetaient les pierres de la porte intérieure. Plus bas, j’ai trouvé un char T-72 dont la tourelle avait été touchée par la balle d’un tireur d’élite qui était toujours logée dans le métal, le blindage brisé par une grenade. « J’étais à l’intérieur à ce moment là, » explique son pilote. « Bang - ! Mais mon tank fonctionnait encore ! »

Voici donc la version officielle de la bataille pour la partie orientale de la vieille ville d’Alep et des affrontements qui ont duré jusqu’à hier après-midi dans les ruelles étroites aux murs de pierre blanchis, et où chaque tir rebelle était suivi d’une longue rafale de mitrailleuse des soldats du Major Somar. Quand l’armée a pu prendre en tenaille les hommes armés, 30 rebelles – ou membres de « l’Armée syrienne libre » ou « combattants étrangers » – ont été tués et un nombre indéterminé blessés. Selon le supérieur du major Somar, un général nommé Saber, les forces gouvernementales syriennes n’ont eu que huit blessés. J’ai pu rencontrer trois d’entre eux, dont l’un est un officier de 51 ans, qui a refusé d’être envoyé à l’hôpital.

Une bonne partie de l’armement des rebelles a été évacué par les hommes des renseignements militaires avant notre arrivée : il est dit qui y figuraient trois fusils de précision au standard OTAN, un mortier, huit pistolets mitrailleurs autrichiens et une quantité de Kalashnikovs qui on pu être volées à l’armée gouvernementale par des déserteurs. Mais c’est le choc de découvrir de telles batailles rangées dans ce site du patrimoine mondial ; ce qui est bien plus terrible que les armes utilisées par l’un ou l’autre camp. Marcher sur de la pierre et du verre brisé avec les soldats syriens kilomètre après kilomètre, dans la vieille ville avec ses mosquées et ses musées – le magnifique minaret de la mosquée omeyyade se dresse au milieu du champ de bataille de la veille – est une source de tristesse infinie.

Beaucoup des soldats qui avaient été encouragés à parler avec moi, même quand ils étaient agenouillés au bout de rues étroites avec des balles qui ricochaient contre les murs, ont fait part de leur étonnement de voir qu’il ait fallu autant de « combattants étrangers » à Alep. « Alep a cinq millions d’habitants, » m’a dit l’un d’entre eux. « Si l’ennemi est si certain de gagner la bataille, il n’y a sûrement pas besoin d’amener ces étrangers pour qu’ils y participent ; ils perdront. »

Le major Somar, qui parle un excellent anglais, n’a que trop bien compris compris la dimension politique. « Notre frontière avec la Turquie est un gros problème, » reconnaît-il. « Il faudrait fermer la frontière. La fermeture de la frontière doit être coordonnée par les deux gouvernements. Mais le gouvernement turc est du côté de l’ennemi. Erdogan est contre la Syrie ». Je l’ai bien sûr questionné sur sa religion, une question à la fois innocente et empoisonnée. Somar, dont le père est général et la mère enseignante, et qui entretient son anglais avec les romans de Dan Brown, a esquivé en souplesse la réponse. « Ce n’est pas où vous êtes né ou quelle est votre religion, » dit-il. « C’est ce qu’il y a dans votre esprit. L’islam vient de cette terre, les Chrétiens viennent de cette terre, les Juifs viennent de cette terre. C’est pourquoi il est de notre devoir de protéger cette terre. »

Plusieurs soldats croyaient que les rebelles essayent de convertir les Chrétiens d’Alep, « des gens paisibles, » précisaient-ils à leur sujet. Il y aune histoire qui a tourné en boucle la veille au sujet d’un commerçant Chrétien qui avait été forcé de porter un habit musulman et d’annoncer lui-même sa conversion devant une caméra vidéo.

Dans les villes, en temps de guerre, on trouve des soldats loquaces. Un des hommes qui ont repris la porte de la citadelle est Abul Fidar, connu pour avoir marché entre Alep, Palmyre et Damas pendant 10 jours pour faire entendre la nécessité de la paix, inutile de dire que le président l’avait accueilli chaleureusement à son arrivée à Damas. Et puis il y avait le sergent Mahmoud Daoud, originaire de Hama, qui a combattu à Hama même, à Homs, à Jbel Zawi et à Idlib. « Je veux être interviewé par un journaliste, » avait-il annoncé et bien sûr il a eu ce qu’il voulait. « Nous sommes tristes pour les civils d’ici, » dit-il. « Ils étaient en paix auparavant. Nous donnons notre parole de soldats que nous veillerons à ce qu’ils retournent à une vie normale, même si nous devons perdre la vie. » Il ne mentionne pas tous les civils tués par les bombes de l’armée ou par les « shabiha », ni ces milliers de personnes torturées dans ce pays. Dawood a une fiancée appelée Hannan qui étudie le français à Lattaquié, son père est enseignant : il dit qu’il veut « servir sa patrie ».

Mais on ne peut s’empêcher de penser que l’objectif premier d’hommes comme le sergent Daoud – et de tous ses compagnons d’armes ici – n’était certainement pas de libérer Alep mais de libérer le plateau du Golan occupé, juste à côté de la terre que les « djihadistes » pensaient apparemment être en train de « libérer » la veille – jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’Alep n’était pas Jérusalem.

Robert Fisk
The Independent (UK), 23 août 2012.

Texte original en anglais (23.08.2012) :
http://www.independent.co.uk/opinion/commentators/fisk/robert-fisk-rebel-army-theyre-a-gang-of-foreigners-8073717.html

Traduit de l’anglais par Djazaïri (23.08.2012) :
http://mounadil.wordpress.com/2012/08/23/non-alep-nest-pas-jerusalem/

 
Des dizaines de milliers d’étudiants et leurs sympathisants ont manifesté au centre-ville de Montréal mercredi dernier.

Des dizaines de milliers d’étudiants et leurs sympathisants ont manifesté au centre-ville de Montréal mercredi dernier pour protester contre la hausse des frais de scolarité universitaires du gouvernement provincial libéral et sa tentative de faire du principe réactionnaire d’«utilisateur-payeur» la nouvelle norme pour les services publics.

La manifestation fut organisée par l’association étudiante de la CLASSE et la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, une coalition de syndicats et de groupes étudiants et communautaires.

La manifestation de masse de mercredi dernier était la 6e consécutive à être organisée, par la CLASSE, le 22 du mois. Cette pratique a été adoptée en mars dernier, lorsque les étudiants ont organisé l’une des plus grandes manifestations de l’histoire du Québec, et a été confirmée le 22 mai, lorsque plus de 250.000 personnes sont sorties dans les rues pour s’opposer à la loi 78. Cette loi draconienne, qui avait été promulguée seulement cinq jours plus tôt, a criminalisé la grève étudiante et a imposé de sévères restrictions sur le droit de manifester, sur n’importe quelle question, n’importe où au Québec.

Avant la manifestation de mercredi, la grève étudiante de six mois s’était essoufflée, même si la demande minimale des étudiants, l’annulation de la hausse des droits de scolarité, avait été ignorée.

Les syndicats ont systématiquement isolé les étudiants en grève, les laissant seuls affronter la menace des sanctions criminelles prévues par la loi 78 (maintenant la loi 12) et la violence policière. De plus, avec l’aide des associations étudiantes les plus étroitement liées à eux, la FECQ et la FEUQ, ils ont tenté de détourner les étudiants et le mouvement d’opposition plus large qui s’est soulevé contre la loi 78 derrière le Parti québécois (PQ) pro-patronal.

La manifestation de masse de mercredi dernier était la 6e consécutive à être organisée le 22 du mois.

Quand la grève était à son plus fort au printemps dernier, la CLASSE avait encouragé la défiance de la loi 78 et avait envisagé brièvement la possibilité d’une «grève sociale», soit un mouvement de protestation plus grand avec quelques actions militantes limitées des travailleurs. Mais aussitôt que les syndicats ont indiqué qu’ils s’opposaient farouchement à tout ce qui pouvait s’apparenter à une grève politique et qu’ils allaient obéir à la loi 78 et la faire respecter, la direction de la CLASSE a abandonné toute discussion de la «grève sociale».

Durant les deux mois et demi qui ont suivi, la CLASSE s’est orientée de plus en plus vers la droite, élaborant toujours plus clairement sa perspective de protestation, axée sur le nationalisme québécois. Elle s’est opposée à un tournant vers la classe ouvrière et à une lutte pour lier la lutte des étudiants à un mouvement pancanadien de la classe ouvrière contre les programmes d’austérité des libéraux du Québec et de l’Ontario et du gouvernement fédéral conservateur.

Le virage à droite de la CLASSE est illustré par le fait qu’elle n’a fait aucune critique de l’opposition des syndicats à la «grève sociale» et par les déclarations répétées de ses porte-parole que la défaite des libéraux aux mains du PQ lors des élections provinciales du 4 septembre serait un gain, sinon, une victoire, pour les étudiants.

La forte participation à la manifestation de mercredi démontre que les jeunes et les travailleurs sont toujours aussi déterminés à s’opposer au gouvernement libéral et à son programme de droite et que, de plus en plus, des sentiments anti-patronat et anticapitalistes les animent.

Mais la CLASSE n’a pas daigné tirer les leçons politiques des six derniers mois de lutte. Au contraire, à voir la façon dont elle a organisé la manifestation de mercredi, il est clair qu’elle adopte une position de plus en plus nationaliste et qu’elle se rapproche des syndicats, qu’elle défend politiquement. Pendant ce temps, elle répète son slogan habituel : «Crions plus fort pour que personne ne nous ignore.»

Aucune des trois personnes qui se sont adressées à la foule mercredi n’a mentionné le Parti québécois, même si les sondages semblent indiquer que ce parti pourrait remporter la majorité relative des sièges et malgré l’énorme campagne des syndicats pour détourner l’opposition à Charest derrière l’autre parti traditionnel de l’élite dirigeante québécoise. Québec solidaire (QS), le parti de la «gauche» officielle, a aussi participé à cette campagne. Tout de suite après l’explosion d’opposition populaire à la loi 78, QS a proposé un pacte électoral au PQ et a affirmé qu’il accueillait la possibilité de collaborer avec un gouvernement minoritaire péquiste.

Jeanne Reynolds, porte-parole de la CLASSE, a condamné le fait que les partis politiques avaient bien peu parlé des étudiants et de l’éducation durant la campagne électorale. Elle a juré que le mouvement étudiant allait continuer et qu’il serait nécessaire pour faire pression sur les politiciens, peu importe le résultat des élections du 4 septembre.

Elle et deux autres oratrices ont dénoncé le néolibéralisme, mais pas le capitalisme, et ont entretenu l’illusion réactionnaire que l’assaut mené internationalement par la grande entreprise et ses représentants politiques sur les gains sociaux de la classe ouvrière est causé par l’avarice et non par la faillite historique du capitalisme. La conclusion qui émerge de cette évaluation est qu’il est possible, grâce à la protestation, de forcer l’élite à revenir aux politiques keynésiennes d’État-providence qu’elle a mises en oeuvre durant le boum économique d’après-guerre.

Il faut aussi noter que la CLASSE, pour la première fois, a invité une bureaucrate syndicale à venir parler lors d’une manifestation. Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), a aussi dénoncé le néolibéralisme et, dans une exagération qui passait sous silence l’important soulèvement de la classe ouvrière des années 60 et 70, a félicité les étudiants pour avoir organisé le «plus grand mouvement social de l’histoire du Québec».

Rappelons que Laurent et la FIQ avaient, tout juste la veille, accueilli Pauline Marois dans leurs bureaux. Le but officiel de la rencontre était de discuter de la santé, mais c’était plutôt une tentative évidente d’accorder un soutien électoral au PQ. À la suite de la rencontre, la FIQ a publié un communiqué de presse dans lequel Laurent se disait «satisfaite» de sa rencontre «cordiale» avec Marois.

Des partisans du Parti de l’égalité socialiste et de l’Internationale étudiante sont intervenus à la manifestation pour encourager les étudiants et les travailleurs à tirer les leçons de la grève et surtout, reconnaître la nécessité d’une mobilisation de la classe ouvrière en tant que force politique indépendante et armée d’un programme socialiste et internationaliste. Plus d’un millier d’exemplaires de la déclaration «Les leçons politiques de la grève étudiante au Québec» ont été distribués.

Le World Socialist Web Site a interviewé des participants à la manifestation de mercredi.

Émilie Rondeau, une infirmière, a indiqué qu’elle espérait que la grève se poursuive après les élections. Rappelant les énormes coupes sociales que le PQ avait effectuées à son dernier mandat, elle a dit : « »Je ne crois pas au PQ. À part la question de la souveraineté, je crois qu’ils sont pas mal pareils aux libéraux. Marois puis Charest, c’est du pareil au même.

«Les syndicats, a ajouté Émilie, ont étouffé la grève. Ils n’ont pas appuyé le mouvement. Je ne crois pas tellement aux gros syndicats.

«Mon employeur m’a dit, qu’en tant qu’infirmière, je ne devrais pas avoir le droit de porter le carré rouge. Porter le carré sur notre uniforme, c’est très sensible, il y a de l’intimidation.»

Simon, un étudiant en géographie à l’UQAM, a dit qu’il était déçu que la grève s’essouffle, mais il ne pouvait expliquer comment la situation en était arrivée là.

«Nous n’avons pas vraiment eu de gains. Je ne sais pas pourquoi nous sommes en trêve. Nous sommes en grève depuis six mois, je ne vois pas pourquoi on arrêterait maintenant.»

Simon a ajouté que «l’indépendance ne m’allume pas tant que ça. Ça serait plus facile de prendre des décisions à plus petite échelle, mais il resterait des conflits de classe. Les mêmes problèmes ne seraient qu’à une plus petite échelle.»

Article original paru le 24 août 2012

Avant les discussions mardi avec les responsables du Conseil national syrien (CNS), l’aile politique de l’Armée syrienne libre (ASL), le président français social-démocrate (PS), François Hollande, a rencontré lundi le nouveau médiateur de l’ONU pour la Syrie, le remplaçant de Kofi Annan, Lakhdar Brahimi.

Après son entretien avec Lakhdar Brahimi, Hollande a dit « il ne peut y avoir de solution [en Syrie] sans le départ de Bachar al-Assad. »

Hollande a aussi rencontré l’émir du Qatar, le cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, pour s’entretenir de la Syrie. L’émir avait accordé l’année dernière un important financement et des armes aux forces anti-Kadhfi lors de la guerre de l’OTAN pour le renversement du gouvernement libyen et, une fois de plus, le Qatar contribue à financer et à armer les forces syriennes soutenues par les Etats-Unis afin de déloger le président syrien Bachar al-Assad.

Critiqué par les partis droitiers français sur son attentisme dans le soutien aux forces anti-Assad, Hollande tient à montrer qu’il appuie énergiquement la politique américaine en faveur d’un changement de régime à Damas, en emboîtant le pas de son prédécesseur conservateur, Nicolas Sarkozy. Le but de l’impérialisme français et occidental est d’installer un régime fantoche en Syrie, afin d’imposer un changement de régime en Iran. Ceci vise à briser tout obstacle au remodelage néocolonial par Washington de cette région riche en pétrole, pour la défense des intérêts des Etats-Unis et de ses alliés européens.

Il apparaît de plus en plus clairement que la CIA collabore avec les forces d’Al Qaïda en Syrie pour faire progresser ses objectifs. (Voir aussi : « Le représentant de Washington en Syrie : Al-Qaïda »

Après ces entretiens, lors desquels il était accompagné de son ministre des Affaires étrangères, l’ancien premier ministre, Laurent Fabius, Hollande a encouragé le CNS « à organiser un large rassemblement de toutes les forces de l’opposition, en particulier les réseaux locaux de coordination, les conseils révolutionnaires et les représentants de l’armée syrienne libre. » Il a ajouté : « Les représentants légitimes de la nouvelle Syrie pourront ainsi préparer la transition vers un régime démocratique dans les meilleures conditions possibles. »

C’est en recourant à un euphémisme qu’il a appelé la délégation du CNS à « obtenir d’abord la cessation des violences », ce qui en réalité signifie de faire chuter militairement le gouvernement syrien par le biais des forces mandataires pro-américaines. La veille, Hollande avait reçu les responsables de l’ASL, et de plus, le président américain Barack Obama, a annoncé des projets d’invasion américaine de la Syrie. (Voir aussi : « Obama threatens to invade Syria », en anglais)

La déclaration du membre de la délégation du CNS, Burhan Ghalioun – ancien dirigeant du CNS – et responsable du Centre des études arabes à l’université Sorbonne nouvelle-Paris 3 – a clairement fait comprendre que son but ultime était la destruction militaire du régime Assad. Il a dit, « Nous voulons que cette équipe, cette bande qui gouverne aujourd’hui la Syrie se désintègre et quitte le pouvoir, point à la ligne. »

Les commentaires de Hollande visent à présenter les préparatifs d’une intervention armée directe des Etats-Unis et de leurs alliés comme étant un mouvement révolutionnaire national-démocrate autonome. Sa référence aux « réseaux locaux de coordination » et aux « conseils révolutionnaires » est prudemment formulée pour conférer une légitimité « démocratique » voire de « gauche » au CNS et à l’ASL. Néanmoins, ces organisations se composent avant tout de politiciens islamistes issus des Frères musulmans, d’anciens Baassistes, et de la périphérie d’agents de différents services de renseignement occidentaux.

Dans un article publié le 8 août dans Le Monde, Nora Benkorich, doctorante à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) a examiné diverses organisations, tels les Comités locaux de coordination (CLC) qui sont souvent présentés comme l’aile séculaire ou « révolutionnaire » de l’« opposition » syrienne.

Le rapport de Benkorich invalide les affirmations avancées par une grande part de la « gauche » bourgeoise et petite bourgeoise française et selon lesquelles les CLC sont indépendants des groupes explicitement islamistes et soutenus par les Etats-Unis. Elle écrit que les CLC disposent de dix représentants aux CNS, qu’ils travaillent en collaboration avec l’ASL et qu’ils « sont pour une intervention internationale limitée. »

Elle cite Musab Al-Hamadee, responsable du CLC de la ville de Hama : « Nous voulons que la communauté internationale réalise que le régime de Bachar al-Assad ne comprend que le langage de la violence, des meurtres et des bombardements… Nous voulons qu’elle aide le peuple syrien à se débarrasser de ce régime en fournissant des armes et un soutien militaire à l’ASL, en mettant en place une zone d’exclusion aérienne et en lançant des frappes aériennes ciblées. »

Lorsque Hollande mentionne les « conseils révolutionnaires » il semble faire référence à la Commission générale de la révolution syrienne (CGRS). Selon Benkorich, elle a été formée en août 2011, et compte quelque 150 coordinations locales. Elle « se revendique d’un héritage spirituel, culturel et éthique islamique. » En dépit de querelles avec les Frères musulmans et le CNS, « des négociations sont en cours pour intégrer des représentants de la CGRS [dans le CNS]. »fait-elle remarquer.

Elle cite un responsable du CGRS de Rastan : « Lui et les membres de son groupe sont favorables à une intervention étrangère indirecte, qui s’illustrerait par une zone d’exclusion aérienne et un soutien matériel aux combattants de l’ASL comme en Libye. »

Article original, WSWS, paru le 24 août 2012

Cette vidéo, réalisée par une équipe du New York Times, nous apprend que des groupes appartenant à la prétendue Armée Syrienne « Libre » se servent de prisonniers pour leur faire commettre des attentats suicides à leur insu.

 

Le commentaire dit que les combattants d’un groupe de l’ASL [Brigade "Les Lions du Tawhid"] que l’on voit installés dans une villa appartenant à un officier de police, près d’Alep, ordonnent à un de leurs prisonniers, Abou Hilal, de se rendre dans une camionnette jusqu’au check-point tenu par l’armée régulière ; et que là il sera libéré dans le cadre d’un échange de prisonniers. Abou Hilal ne sait pas que la camionnette qu’il va devoir conduire est chargée de 300 kilos d’explosifs, reliée à un détonateur télécommandé, et que, le moment venu, elle va exploser.

C. J. CHIVERS a filmé le prisonnier et rapporté cette sinistre histoire dans le New York Times.
http://www.nytimes.com/2012/08/21/world/middleeast/syrian-rebels-coalesce-into-a-fighting-force.html

Dans cet article C. J. CHIVERS raconte dit que quand les milices de l’ASL sont arrivées à proximité du check-point leur commandant, Abdul Hakim Yasin, a crié à Abou Hilal : « Vas-y, roule dans cette direction, ton père t’attend là bas ». Abou Hilal a roulé et s’est arrêté au check-point. A ce moment précis Abdul Hakim Yasin a appuyé une fois, deux fois, sur le bouton du détonateur télécommandé mais la déflagration n’a pas eu lieu.

Par chance pour Abou Hilal, kamikaze malgré lui, la camionnette n’a pas explosé et les milices de l’ASL qui attendaient l’explosion avant de partir à l’attaque du check-point et escomptaient tomber par surprise sur les soldats de l’armée régulière, n’ont pas pu exécuter leur funeste action.

Silvia Cattori

 

Selon le Daily Telegraph, le département du Trésor des États-Unis autorise ses citoyens à financer la rébellion syrienne via l’« organisme à but non lucratif » Syrian Support Group (SSG), une entité obscure, entièrement anonyme implantée à Washington et liée à la rébellion armée tout aussi nébuleuse active en Syrie.

Bien qu’elle ne permette pas au groupe d’acheter des armes directement, la licence du Trésor qu’a pu voir le Daily Telegraph permet au SSG d’approvisionner les rebelles sur les plans « financier, communicationnel, logistique et de leur fournir d’autres services par ailleurs interdits » par les sanctions étasuniennes contre la Syrie. (Raf Sanchez et Rosa Prince Syria: US clears way for Americans to start donating money to rebels, Telegraph, 5 août 2012.)

Si l’on précise que le groupe n’est pas autorisé à acheter lui-même les armes, cela signifie clairement qu’il ne contrevient pas aux sanctions en remettant les fonds à une tierce partie qui elle fera l’achat d’armement et de toute évidence, c’est là l’un des buts premiers de l’opération.

Outre la campagne de financement pour la rébellion armée en Syrie, RT rapporte que le SSG promeut une intervention militaire en Syrie, menée par les États-Unis « par la mise en place d’une zone d’interdiction de vol et la destruction des systèmes de défense antiaérienne » syriens.

Rappelons qu’Al-Qaïda est intégré à ces groupes ayant commis, entre autres, le massacre de Houla, et que bon nombre d’entre eux sont des étrangers, certains d’origine britannique, comme l’a confirmé lors de sa libération le photojournaliste hollandais Jeroen Oerlemans, enlevé par des djihadistes le mois dernier en Syrie. Selon lui, il n’y avait « aucun Syrien » parmi ses ravisseurs, rapporte l’Express qui le cite : « Il n’y avait aucun Syrien présent, c’était tous des jeunes venus d’autres pays, d’Afrique, de Tchétchénie… »

Dans un article de RT, la citation est plus complète et le nom des pays diffère : « Tous disent venir de pays comme le Pakistan, le Bangladesh et la Tchétchénie et ils disent qu’un “émir” quelconque est à la tête du groupe. » Mais l’information la plus pertinente de cet article, omise par L’Express, est que plusieurs d’entre eux avaient des accents britanniques de Londres et Birmingham.

Par ailleurs, celui qui a contribué à la chute de Kadhafi, Abdul Hakim Belhaj, commandant du Groupe islamique armé combattant en Libye (Lybian Islamic Fighting Group, GICL) « avait promis à l’Armée syrienne libre en novembre 2011, des armes, de l’argent et des combattants ». Peu après, « environ 600 terroristes du GICL ont quitté la Libye pour entrer en Syrie y mener des opérations militantes ». (Tony Cartalucci, UN Designates “Free Syrian Army” Affiliates as Al Qaeda, Land Destroyer Report, 12 août 2012.)

En bleu, Paul Conroy de la presse britannique. À sa gauche, une mitraillette au cou, Mahdi al-Harati du GICL, aujourd’hui à la tête des brigades de l’ASL en Syrie. À sa gauche en veste de camouflage, Abdul Hakim. (Ibid.)

 

Le Telegraph occulte ces liens étroits entre l’ASL et des groupes terroristes en la désignant comme une armée laïque :

En permettant à des dollars étasuniens d’être acheminés à la FSA laïque, il se peut également que les États-Unis tentent de contrebalancer les éléments islamistes au sein de l’opposition. (Telegraph, op. cit.)

D’une part, cette licence du Trésor légalise donc, dans un non-sens ubuesque, le financement de groupes terroristes djihadistes, incluant Al-Qaïda et le GICL, figurant tous deux sur la liste des groupes terroristes visés par des sanctions de ce même Trésor. D’autre part, les médias dominants ont récemment confirmé ce que les médias indépendants affirment depuis l’an dernier : la CIA appuie clandestinement la rébellion syrienne, entre autres en lui fournissant des armes.

Ajoutons que l’ONU, qui, à coup d’émissaires, demande aux rebelles et au gouvernement de cesser les violences, considère également ces deux groupes comme des entités terroristes dans une déclaration du Comité du Conseil de sécurité faisant suite aux résolutions 1267 (1999) et 1989 (2011) concernant Al-Qaida et les personnes et entités qui lui sont associées ou « Comité des sanctions contre Al-Qaida ».

À quand des sanctions de l’ONU contre les États-Unis et la Grande Bretagne pour leur contribution matérielle, humaine et financière au terrorisme international? Les États-Unis financent le terrorisme alors qu’ils prétendent le combattre. Et cela ne date pas d’hier, car, au risque de le répéter, ils sont les créateurs de nombreux groupes terroristes, dont Al-Qaïda.

Julie Lévesque, journaliste
mondialisation.ca

Il est essentiel de percer l’écran de fumée de l’histoire racontée par les créanciers et rétablir la vérité historique. Des annulations généralisées de dette ont eu lieu de manière répétée dans l’histoire.

Hammourabi, roi de Babylone, et les annulations de dette

Le Code Hammourabi se trouve au musée du Louvre à Paris. En fait, le terme « code » est inapproprié, car Hammourabi nous a légué plutôt un ensemble de règles et de jugements concernant les relations entre les pouvoirs publics et les citoyens. Le règne d’Hammourabi, « roi » de Babylone (situé dans l’Irak actuel), a commencé en 1792 av. J-C et a duré 42 ans. Ce que la plupart des manuels d’histoire ne relèvent pas, c’est qu’Hammourabi, à l’instar des autres gouvernants des cités-Etats de Mésopotamie, a proclamé à plusieurs reprises une annulation générale des dettes des citoyens à l’égard des pouvoirs publics, de leurs hauts fonctionnaires et dignitaires. Ce que l’on a appelé le Code Hammourabi a vraisemblablement été écrit en 1762 av. J-C. Son épilogue proclamait que « le puissant ne peut pas opprimer le faible, la justice doit protéger la veuve et l’orphelin (…) afin de rendre justice aux opprimés ». Grâce au déchiffrage des nombreux documents écrits en cunéiforme, les historiens ont retrouvé la trace incontestable de quatre annulations générales de dette durant le règne d’Hammourabi (en 1792, 1780, 1771 et 1762 av. J-C).

A l’époque d’Hammourabi, la vie économique, sociale et politique s’organisait autour du temple et du palais. Ces deux institutions très imbriquées constituaient l’appareil d’Etat, l’équivalent de nos pouvoirs publics d’aujourd’hui, où travaillaient de nombreux artisans et ouvriers, sans oublier les scribes. Tous étaient hébergés et nourris par le temple et le palais. C’est ainsi qu’ils recevaient des rations de nourriture leur garantissant deux repas complets par jour. Les travailleurs et les dignitaires du palais étaient nourris grâce à l’activité d’une paysannerie à qui les pouvoirs publics fournissaient (louaient) des terres, des instruments de travail, des animaux de trait, du bétail, de l’eau pour l’irrigation. Les paysans produisaient notamment de l’orge (la céréale de base), de l’huile, des fruits et des légumes. Après la récolte, les paysans devaient en verser une partie à l’Etat comme loyer. En cas de mauvaises récoltes, ils accumulaient des dettes. En-dehors du travail sur les terres du temple et du palais, les paysans étaient propriétaires de leurs terres, de leur habitation, de leur bétail et des instruments de travail. Une autre source de dettes des paysans était constituée par les prêts octroyés à titre privé par de hauts fonctionnaires et des dignitaires afin de s’enrichir et de s’approprier les biens des paysans en cas de non remboursement de ces dettes. L’impossibilité dans laquelle se trouvaient les paysans de rembourser les dettes pouvait aboutir également à leur asservissement en tant qu’esclaves (des membres de leur famille pouvaient également être réduits en esclavage pour dette). Afin de garantir la paix sociale, notamment en évitant une détérioration des conditions de vie des paysans, le pouvoir en place annulait périodiquement toutes les dettes |1| et restaurait les droits des paysans.

Les annulations générales de dette se sont échelonnées en Mésopotamie sur 1000 ans

Les proclamations d’annulation générale de dettes ne se limitent pas au règne d’Hammourabi, elles ont commencé avant lui et se sont prolongées après lui. On a la preuve d’annulations de dette remontant à 2400 av. J-C, soit six siècles avant le règne d’Hammourabi, dans la cité de Lagash (Sumer), les plus récentes remontent à 1400 av. J-C à Nuzi. En tout, les historiens ont identifié avec précision une trentaine d’annulations générales de dette en Mésopotamie entre 2400 et 1400 av. J-C. On peut suivre Michael Hudson |2| quand il affirme que les annulations générales de dette constituent une des caractéristiques principales des sociétés de l’Âge de bronze en Mésopotamie. On retrouve d’ailleurs dans les différentes langues mésopotamiennes des expressions qui désignent ces annulations pour effacer l’ardoise et remettre les compteurs à zéro : amargi à Lagash (Sumer), nig-sisa à Ur, andurarum à Ashur, misharum à Babylone, shudutu à Nuzi.

Ces proclamations d’annulation de dette étaient l’occasion de grandes festivités, généralement à la fête annuelle du printemps. Sous la dynastie de la famille d’Hammourabi a été instaurée la tradition de détruire les tablettes sur lesquelles étaient inscrites les dettes. En effet, les pouvoirs publics tenaient une comptabilité précise des dettes sur des tablettes qui étaient conservées dans le temple. Hammourabi meurt en 1749 av. J-C après 42 ans de règne. Son successeur, Samsuiluna, annule toutes les dettes à l’égard de l’Etat et décrète la destruction de toutes les tablettes de dettes sauf celles concernant les dettes commerciales.

Quand Ammisaduqa, le dernier gouvernant de la dynastie Hammourabi, accède au trône en 1646 av. J-C, l’annulation générale des dettes qu’il proclame est très détaillée. Il s’agit manifestement d’éviter que certains créanciers profitent de certaines failles. Le décret d’annulation précise que les créanciers officiels et les collecteurs de taxes qui ont expulsé des paysans doivent les indemniser et leur rendre leurs biens sous peine d’être exécutés. Si un créancier a accaparé un bien par la pression, il doit le restituer et/ou le rembourser en entier, faute de quoi il devait être mis à mort.

A la suite de ce décret, des commissions ont été mises en place afin de réviser tous les contrats immobiliers et d’éliminer ceux qui tombaient sous le coup de la proclamation d’annulation de dette et de restauration de la situation antérieure, statu quo ante. La mise en pratique de ce décret était facilitée par le fait qu’en général, les paysans spoliés par les créanciers continuaient à travailler sur leurs terres bien qu’elles soient devenues la propriété du créancier. Dès lors, en annulant les contrats et en obligeant les créanciers à indemniser les victimes, les pouvoirs publics restauraient les droits des paysans. La situation se dégradera un peu plus de deux siècles plus tard.

Les limites des actes d’annulation de dettes

En Mésopotamie, durant l’Âge de bronze, les esclaves pour dettes étaient libérés mais pas les autres types d’esclaves (notamment les prises de guerre). Cependant, les actes d’annulation de dette ne doivent pas être présentés comme des décisions faisant progresser l’émancipation sociale, il s’agissait de restaurer l’ordre antérieur qui incluait de nombreuses formes d’oppression. Néanmoins, sans embellir l’organisation de ces sociétés d’il y a 3000 à 4000 ans, il faut souligner que les gouvernants cherchaient à maintenir une cohésion sociale en évitant la constitution de grandes propriétés privées, en prenant des mesures pour que les paysans gardent un accès direct à la terre, en limitant la montée des inégalités, en veillant à l’entretien et au développement des systèmes d’irrigation. Michael Hudson souligne par ailleurs que la décision de déclarer la guerre revenait à l’assemblée générale des citoyens et que le « roi » n’avait pas le pouvoir de prendre la décision.

Il semble que, dans la cosmovision des Mésopotamiens de l’Âge de bronze, il n’y a pas eu de création originale par un dieu. Le gouvernant (ruler), confronté au chaos, a réorganisé le monde pour rétablir l’ordre normal et la justice.

Après 1400 av. J-C, on n’a trouvé aucun acte d’annulation de dette. Les inégalités se sont fortement renforcées et développées. Les terres ont été accaparées par de grands propriétaires privés, l’esclavage pour dette s’est enraciné. Une partie importante de la population a migré vers le nord-ouest, vers Canaan avec des incursions vers l’Egypte (les Pharaons s’en plaignaient).
Au cours des siècles qui suivirent, considérés par les historiens de la Mésopotamie comme des temps obscurs (Dark Ages) -à cause de la réduction des traces écrites-, on a néanmoins la preuve de luttes sociales violentes entre créanciers et endettés.

Egypte : la pierre de Rosette confirme la tradition des annulations de dette

La pierre de Rosette qui a été accaparée par des membres de l’armée napoléonienne en 1799 lors de la campagne d’Egypte a été déchiffrée en 1822 par Jean-François Champollion. Elle se trouve aujourd’hui au British Museum à Londres. Le travail de traduction a été facilité par le fait que la pierre présente le même texte en trois langues : l’égyptien ancien, l’égyptien populaire et le grec du temps d’Alexandre le Grand.
Le contenu de la pierre de Rosette confirme la tradition d’annulation des dettes qui s’est instaurée dans l’Egypte des Pharaons à partir du VIIIe siècle av. J-C, avant sa conquête par Alexandre le Grand au IVe siècle av. J-C. On y lit que le pharaon Ptolémée V, en 196 av. J-C, a annulé les dettes dues au trône par le peuple d’Egypte et au-delà.

Bien que la société égyptienne du temps des Pharaons fût très différente de la société mésopotamienne de l’Âge de bronze, on retrouve la trace évidente d’une tradition de proclamation d’amnistie qui précède les annulations générales de dette. Ramsès IV (1153-1146 av. J-C) a proclamé que ceux qui ont fui peuvent rentrer au pays. Ceux qui étaient emprisonnés sont libérés. Son père Ramsès III (1184 –1153 av. J-C) a fait de même. A noter qu’au 2e millénaire, il semble qu’il n’y avait pas d’esclavage pour dette en Egypte. Les esclaves étaient des prises de guerre. Les proclamations de Ramsès III et IV concernaient l’annulation des arriérés de taxes dues au Pharaon, la libération des prisonniers politiques, la possibilité pour les personnes condamnées à l’exil de rentrer au pays.

Ce n’est qu’à partir du 8ème siècle av. J-C, qu’on trouve en Egypte des proclamations d’annulation de dettes et de libération des esclaves pour dette. C’est le cas du règne du pharaon Bocchoris (717-11 av. J-C), dont le nom a été hellénisé.
Une des motivations fondamentales des annulations de dette était que le pharaon voulait disposer d’une paysannerie capable de produire suffisamment de nourriture et disponible à l’occasion pour participer à des campagnes militaires. Pour ces deux raisons, il fallait éviter que les paysans soient expulsés de leurs terres sous la coupe des créanciers.

Dans une autre partie de la région, on constate que les empereurs assyriens du 1er millénaire av. J-C ont également adopté la tradition d’annulations des dettes. Il en a été de même à Jérusalem, au 5e siècle av. J-C. Pour preuve, en 432 av. J-C, Néhémie, certainement influencé par l’ancienne tradition mésopotamienne, proclame l’annulation des dettes des Juifs endettés à l’égard de leurs riches compatriotes. C’est à cette époque qu’est rédigée la Torah. La tradition des annulations généralisées de dette fera partie de la religion juive et des premiers textes du christianisme via le Lévitique qui proclame l’obligation d’annuler les dettes tous les sept ans et à chaque jubilé, soit tous les 50 ans.

Conclusion

Aujourd’hui, le remboursement de la dette constitue indéniablement un tabou. Il est présenté par les chefs d’État et de gouvernement, les banques centrales, le FMI et la presse dominante comme inévitable, indiscutable, obligatoire. Les citoyens et citoyennes devraient se résigner au paiement de la dette. La seule discussion possible porte sur la façon de moduler la répartition des sacrifices nécessaires afin de dégager suffisamment de moyens budgétaires pour tenir les engagements pris par la nation endettée. Les gouvernements qui ont emprunté ont été élus démocratiquement, les actes qu’ils ont posés sont donc légitimes. Il faut payer.

Il est essentiel de percer l’écran de fumée de l’histoire racontée par les créanciers et rétablir la vérité historique. Des annulations généralisées de dette ont eu lieu de manière répétée dans l’histoire. Ces annulations correspondent à différents contextes. Dans le cas que nous venons d’évoquer, les proclamations d’annulation généralisée de dette étaient prises à l’initiative de gouvernants soucieux de préserver la paix sociale. Dans d’autres cas, les annulations ont été le résultat d’une lutte sociale exacerbée par la crise et la montée des inégalités. C’est le cas de la Grèce et de la Rome antiques. D’autres scénarios sont aussi à prendre en compte : l’annulation de dette décrétée par des pays endettés posant un acte souverain unilatéral, l’annulation de dette concédées par les vainqueurs à un pays vaincu ou/et allié… Une chose est certaine : à l’échelle historique, la dette joue un rôle moteur dans de nombreux bouleversements sociaux et politiques.

[1] Les dettes entre commerçants n’étaient pas visées par ces annulations. 

Cet article est essentiellement basé sur la synthèse historique présentée par Michael Hudson, docteur en économie, dans plusieurs articles et ouvrages captivant : « The Lost Tradition of Biblical Debt Cancellations », 1993, 87 pages ; « The Archaeolgy of Money », 2004. Michael Hudson fait partie d’une équipe scientifique pluridisciplinaire (ISCANEE, International Scholars’ Conference on Ancient Near Earstern Economies) comprenant des philologues, des archéologues, des historiens, des économistes qui travaillent sur les sociétés et les économies anciennes du Proche-Orient. Leurs travaux sont publiés par l’université de Harvard. Michael Hudson inscrit son travail dans le prolongement des recherches de Karl Polanyi, il produit également des analyses sur la crise contemporaine. Voir notamment « The Road to Debt Deflation, Debt Peonage, and Neoliberalism », février 2012, 30 p. Parmi les ouvrages d’autres auteurs qui, depuis la crise économique et financière initiée en 2007-2008, ont écrit sur la longue tradition d’annulation de dette, il convient de lire : David Graeber, Debt : The First 5000 Years, Melvillehouse, New York, 2011, 542 p.

[1] Eric Toussaint (docteur en sciences politiques, président du CADTM Belgique www.cadtm.org , membre du Conseil scientifique d’ATTAC France).  Damien Millet et Eric Toussaint ont dirigé le livre collectif La Dette ou la Vie, Aden-CADTM, 2011, qui a reçu le Prix du livre politique à la Foire du livre politique de Liège en 2011.

:Benoît XVI et la crise en Syrie

août 24th, 2012 by Oscar Fortin

« L’Église catholique confirme le voyage du pape Benoît XVI au Liban, programmé du 14 au 16 septembre. “La préparation du voyage se poursuit sans incertitudes de la part du Vatican”, a déclaré le porte-parole du Saint-Siège, Federico Lombardi. “Un signe concret en est que la papamobile est partie et est en cours d’expédition vers Beyrouth.”

Ce voyage intervient dans un contexte géopolitique régional très tendu. Trois pays, et non des moindres, l’Égypte, la Syrie et l’Irak, vivent des jours critiques pour leur avenir. Il lui sera difficile de passer outre à ces conflits. Pour le moment, les échos qui nous parviennent sont à l’effet qu’il fera plutôt un appel à tous les chrétiens des églises orthodoxes et latines pour qu’elles s’impliquent de manière à témoigner de l’Évangile par des œuvres d’engagement social et humanitaire. Un message qui devrait rejoindre tout le Moyen-Orient. Concernant la Syrie, il faut s’attendre à un discours qui ne mette pas dans l’embarras ses alliés traditionnels de l’Occident. Ce défi sera d’autant plus difficile à relever que la Maison-Blanche vient de déclarer que toute négociation de l’opposition avec le gouvernement de Bachar Al Assad doit comporter un prérequis essentiel, celui du départ de ce dernier. Cette déclaration survient un jour après que le vice-premier ministre syrien eut annoncé la disposition de son gouvernement d’entamer des négociations sans aucune condition préalable avec toutes les forces de l’opposition.

Les interventions récentes de Benoît XVI sur la crise en Syrie

En abordant ce sujet, je pensais sincèrement que Benoît XVI se tenait à l’écart du conflit sanglant qui embrase la Syrie. Une recherche rapide sur Google m’a révélé qu’il est intervenu à diverses reprises au cours de la présente année. Il faut dire que ce ne fut jamais à partir d’une conférence de presse exclusivement consacrée au conflit syrien. C’était plutôt à l’occasion de la prière de l’Angélus ou encore de rencontres avec des évêques ou des groupes particuliers. Dans tous les cas, le relais de ses propos par la presse internationale a été plutôt discret, même si le contenu permettait à la partie occidentale d’y trouver son compte.

Le 12 février 2012, lors de la prière de l’Angelus, Benoît XVI « invite tout le monde et tout d’abord les autorités politiques en Syrie à privilégier la voie du dialogue, de la réconciliation et de l’engagement en faveur de la paix”.Il faut se rappeler que, quelques jours plus tôt, le groupe des observateurs de la Ligue arabe avait produit un rapport dans lequel il dénonçait la présence de groupes armés qui attaquaient les forces gouvernementales et les institutions publiques. De plus, il constatait que nombre d’informations transmises par les médias internationaux s’avéraient sans fondement dans la réalité. Une déclaration et un rapport qu’on se garda bien de publier à grande échelle et qui marqua la fin de cette mission d’observateurs. Les points 26 à 29 de ce Rapport sont éloquents sur ces deux points.

Benoît XVI avait là une belle occasion de mettre en relief les principales données de ce Rapport dont il ne pouvait ignorer le contenu. Par exemple, relever le fait de ces forces armées qui s’attaquent aux forces gouvernementales dont la responsabilité est de toute évidence de les contrer. Il a plutôt choisi de s’en prendre directement au gouvernement, toujours considéré comme le seul responsable de la violence, sans relever le fait que le dialogue sollicité devenait impossible avec ces groupes armés. De plus, il n’a eu aucun mot à l’endroit de ces pays engagés avec ces groupes terroristes visant le renversement par la violence du gouvernement.

Il eut pu, également, relevé, à partir de ce rapport, le problème de l’information en rappelant à la presse internationale et aux  journalistes, en particulier, leur devoir d’assurer une information objective, fondée sur des faits et non sur des rumeurs qui s’avèrent, plus souvent que moins, sans fondement. En un mot, rappeler avec force que le droit à la vérité est également un droit fondamental de la personne.

Malheureusement, de ces faits peu connus, il n’en dira rien.

Le 8 mars dernier, à l’occasion de Pâques, il eut également un message sur le conflit en Syrie. À ce moment, Kofi Annan dirige une mission visant la fin de la violence et la mise en place d’une négociation entre les diverses parties syriennes impliquées dans le conflit. Benoît XVI sait, à ce moment, que des pays, regroupés sous le titre des “amis du peuple syrien”, financent et arment des mercenaires et des terroristes pour combattre les forces gouvernementales. Il sait que, parmi ces pays, il y a les États-Unis, la France, l’Angleterre.Il sait également que l’information transmise par les médias occidentaux est, plus souvent que moins, une déformation de la réalité, quand elle n’est pas pure invention. Que dit-il alors?

“… que cesse l’effusion de sang et que soit entrepris sans délai le chemin du respect, du dialogue et de la réconciliation, comme le souhaite la communauté internationale. Que les nombreux réfugiés, provenant de ce pays et ayant besoin d’aide, trouvent l’accueil et la solidarité qui puissent soulager leurs pénibles souffrances.”

Là encore, il se fait silencieux sur les pays qui financent et soutiennent en armements les mercenaires armées et qui s’affirment, hypocritement, solidaires de la mission Annan. Pas un mot sur la manipulation de l’information. Pas un mot sur le respect du droit international concernant la souveraineté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Pas un mot sur la position assumée par la Russie et la Chine qui se réclament le respect du droit international, voulant ainsi éviter que se reproduise en Syrie ce qui s’était passé en Libye.

Le 21 juin dernier, s’adressant aux participants de la réunion des oeuvres d’assistance aux Églises orientales (Roaco), Benoît XVI affirme sa “proximité aux grandes souffrances des frères et des soeurs de Syrie, en particulier des petits innocents et des plus faibles” et a demandé que “ne soit épargné aucun effort” de la communauté internationale pour la paix.

“…que Dieu donne la sagesse du coeur à ceux qui ont des responsabilités, afin que cessent toute effusion de sang et la violence qui apporte seulement douleur et mort”.

Le journal La Croix de poursuivre :

“Que ne soit épargné aucun effort (…) de la part de la communauté internationale pour faire sortir la Syrie de la situation de violence et de crise actuelle, qui dure déjà depuis longtemps et risque de devenir un conflit généralisé qui aurait des conséquences fortement négatives pour le pays et pour toute la région.”

Au moment de tenir ces propos, Benoît XVI sait que la plan Annan est dans une impasse et que le Conseil de sécurité est bloqué. D’une part, il sait qu’il y a le bloc de ceux qui se disent les “amis du peuple syrien” et qui veulent par tous les moyens le départ de Bachrar Al Assad et le changement de régime. D’autre part, il sait également qu’il y a ceux qui appuient la Russie et la Chine dans leurs efforts pour faire respecter le droit international, en soutenant le fait que seuls les Syriens ont le pouvoir de décider de leurs gouvernants et de leur régime politique. Pour ces derniers, le mandat de la communauté internationale ainsi que celui de Kofi Annan est que cesse la violence et que les Syriens s’assoient à une même table et décident eux-mêmes leur avenir. Mais de cela Benoît XVI ne parle pas.

De nouveau, le 29 juillet, depuis sa résidence d’été, le Pape Benoît XVI se réfère à la Syrie. À ce moment, Kofi Annan n’a pas encore annoncé sa démission. Il le fera quatre jours plus tard, le 2 août. Le pape n’est pas sans savoir, toutefois, les difficultés rencontrées par ce dernier pour faire cesser la violence chez les opposants au régime.

“Je continue à suivre avec inquiétude les événements tragiques et violents croissants en Syrie avec la triste succession de morts et de blessés, y compris chez les civils, a-t-il souligné. Je pense également au nombre élevé de personnes déplacées et de réfugiés dans les pays voisins. Je demande que leur soient garanties l’aide et l’assistance humanitaire nécessaires”.

Je demande à Dieu la sagesse du cœur, en particulier pour ceux qui ont les plus hautes responsabilités afin que ne soit épargné aucun effort dans la recherche de la paix, y compris de la part de la communauté internationale, au travers du dialogue et de la réconciliation en vue d’une solution politique adéquate du conflit ». 


Ce dernier message fut salué chaleureusement par S. Exc. Mgr Jean-Clément Jeanbart, Archevêque métropolitain d’Alep des Gréco catholiques.Ses intentions et ses prières sont sans doute très bonnes, mais il se refuse de mettre le poids de son autorité morale pour dénoncer ce qui fait achopper toute entente possible, à savoir les actes terroristes des forces de l’opposition et le support en argent et en armes qu’elle reçoit des pays occidentaux et arabes. Il s’en tient au terme générique de la communauté internationale et se garde bien de faire écho aux interventions de ses alliés traditionnels que sont les États-Unis et la France. Pas un mot, également, sur la désinformation qui n’aide pas à comprendre ce qui se passe en Syrie.

Que dira-t-il maintenant lors de son séjour au Liban ?

Si ce voyage se réalise, comme prévu, il faut alors espérer que Benoît XVI retrouve la liberté des Évangiles pour faire entendre au monde la parole d’une espérance et, plus particulièrement à ceux qui veulent se l’assujettir,  que leur projet ne rejoint ni les idéaux évangéliques, ni l’espérance d’une l’humanité qui aspire à la paix, à la justice et à la vérité. Le monde auquel aspire l’humanité entière ne saurait être le produit des armes, de la corruption et du mensonge.

Un moment tout privilégié pour rappeler, lui le successeur de Pierre, ce secret, révélé dans le Nouveau Testament, qui rend caduque la croyance à l’effet que le peuple juif est le seul peuple, objet de la promesse divine. Cette croyance est à l’origine de bien des conflits et surtout de cette idée qu’il lui revient, comme peuple élu, de diriger le monde. Tel n’est pas le cas. Bien au contraire, selon le message évangélique,  la promesse divine est destinée à l’humanité entière, sans distinction de races, de couleurs, de religions.

« Rm 11 25 : Frères, je veux vous faire connaître le plan secret de Dieu, afin que vous ne vous preniez pas pour des sages : une partie du peuple d’Israël restera incapable de comprendre jusqu’à ce que l’ensemble des autres peuples soit parvenu au salut. »

« Eph 3 6 : Voici ce secret : par le moyen de la Bonne Nouvelle, les non-juifs sont destinés à recevoir avec les Juifs les biens que Dieu réserve à son peuple, ils sont membres du même corps et bénéficient eux aussi de la promesse que Dieu a faite en Jésus-Christ. »

Une révélation qui met un frein à ceux et celles qui se croient destinés à gouverner le monde en se réclamant du pouvoir de Dieu en tant que peuple élu. L’humanité est une et tous, Israéliens, Palestiniens, Iraniens, Syriens, Français, Étasuniens etc, y ont leur place comme les membres dans un même corps.

À ce jour, dans toutes ses interventions, Benoît XVI a fait appel au dialogue de toutes les parties pour trouver une solution politique au conflit syrien. Comment pourra-t-il poursuivre avec la même insistance alors que Washington vient de mettre une condition sine qua non à la reprise de tout dialogue : le départ de l’actuel président Bachar Al Hassad?  Une condition inacceptable tout autant pour le Gouvernement que pour cette communauté internationale (plus de 50 % de la population mondiale) qui soutient l’approche de la Russie et de la Chine.

D’ici le 14 septembre, bien des évènements peuvent remettre en question cette visite et, du fait même, certains propos de nature à secouer les prétentions de certains pays. Sinon, bon voyage et que le message soit clair et sans complaisance.

On ne peut servir deux maîtres.”

Oscar Fortin

Québec, le 23 août 2012 http://humanisme.blogspot.com

http://www.lavie.fr/chroniques/matinale-chretienne/syrie-les-chretiens-une-fois-de-plus-entre-le-marteau-et-l-enclume-06-02-2012-23857_167.php
http://www.egaliteetreconciliation.fr/Syrie-revolution-ou-coup-d-etat-13441.html
http://www.planetenonviolence.org/Collaboration-US-Al-Qaeda-Dans-Des-Operations-Terroristes-Pour-Depecer-Le-Moyen-Orient-Au-Profit-D-Israel_a2732.html

Le 28 juillet 2012, le président Hugo Chávez a fait part sa décision de se retirer de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, suite au jugement condamnant le Venezuela pour mauvais traitement à l’égard d’un détenu sanctionné pour terrorisme et désormais en fuite aux Etats-Unis. Caracas dénonce un verdict politique.

Le 24 juillet 2012, la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a rendu publique sa décision condamnant l’Etat vénézuélien « d’être internationalement responsable de la violation du droit à l’intégrité personnelle et de traitements inhumains et dégradants à l’encontre de Monsieur Raúl José Díaz Peña ». L’instance a jugé que la « détention [de ce dernier] aurait été illégale et arbitraire et qu’il aurait été soumis à un régime de détention préventive qui aurait dépassé les limites établies dans la loi pénale, en invoquant une présomption de risque de fuite ». La CIDH a également condamné l’Etat vénézuélien à verser 15 000 dollars à Díaz Peña[1].

Qui est Raúl José Díaz Peña ?

Raúl José Díaz Peña est un fugitif vénézuélien lourdement condamné par la justice pour terrorisme et réfugié aux Etats-Unis. En 2003, le Venezuela vivait une situation de polarisation politique extrême suite au coup d’Etat avorté d’avril 2002 contre le président démocratiquement élu Hugo Chávez et le sabotage pétrolier qui avait coûté la somme de 10 milliards de dollars à l’économie vénézuélienne. Tous deux avaient été organisés par l’opposition avec le soutien explicite des Etats-Unis qui avait reconnu la junte putschiste dirigée par Pedro Carmona Estanga, alors président du syndicat patronal Fedecámaras regroupant les intérêts économiques privés du pays, et actuellement réfugié en Colombie.

Le 25 février 2003, une faction radicale de l’opposition composée de Felipe Rodríguez, José Colina Pulido, Germán Varela López, Silvio Mérida et Raúl José Díaz Peña, décidée à renverser Hugo Chávez, a fait exploser plusieurs bombes au Consulat général de la République de Colombie et à l’Ambassade d’Espagne. L’objectif était d’accuser les partisans du président vénézuélien des attentats terroristes, lesquels auraient agi en représailles à la décision de Bogota et de Madrid de reconnaitre l’éphémère junte putschiste d’avril 2002[2].

Néanmoins, le plan échoua car Díaz Peña et ses complices furent arrêtés le même jour par les autorités du pays. Suite à son procès, le 29 avril 2008, il a été condamné en première instance à 9 ans et 4 mois de prison pour terrorisme par la justice vénézuélienne. En mai 2010, un juge a décidé d’octroyer un régime de semi-liberté à Díaz Peña en lui permettant de passer les weekends en famille et d’exercer une activité professionnelle. En septembre 2010, Díaz Peña a pris la fuite et s’est réfugié aux Etats-Unis[3].

La CIDH, une juridiction indépendante ?

Organe juridique de l’Organisation des Etats américains, entité sous forte influence des Etats-Unis – à tel point que l’ensemble des pays d’Amérique latine et de la Caraïbe ont décidé de créer la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELAC) en décembre 2011, afin de s’émanciper de l’ombre tutélaire de Washington et de son fidèle allié canadien –, la CIDH est soupçonnée de partialité à l’égard des gouvernements de gauche en Amérique latine.

Ainsi, contre toute attente, la CIDH a accepté dès 2005 d’étudier le cas de Díaz Peña soumis par la Venezuela Awareness Foundation, une organisation de l’opposition à Hugo Chávez. Or, pour pouvoir émettre un jugement, les statuts de l’entité interaméricaine stipulent que tous les recours juridiques doivent avoir été épuisés dans le pays d’origine, ce qui n’est pas le cas pour l’affaire Díaz Peña. C’est la première fois dans l’histoire de la justice interaméricaine que la CIDH accepte d’étudier le cas d’un individu condamné pour terrorisme dans son propre pays, en fuite aux Etats-Unis et dont le procès est toujours en cours, en violation de sa propre Convention. A ce jour, l’entité juridique de l’OEA n’a pas fourni d’explication à ce sujet[4].

Nicolás Maduro, ministre des Affaires étrangères du Venezuela, a fait part de sa consternation et a annoncé que son pays se retirerait de l’organisation. « Il est regrettable d’en arriver là, mais le Venezuela y a été contraint par les décisions aberrantes et abusives qui ont été prises contre notre pays depuis 10 ans » par la CIDH. « Aucun pays d’Europe ni les Etats-Unis n’accepterait que la CIDH protège un terroriste », a-t-il ajouté[5]. La diplomatie vénézuélienne a accusé l’entité « de complicité avec la politique de Washington de protection aux terroristes » et a exigé « que soient appliques les principes d’universalité, d’impartialité, d’objectivité et de non-sélectivité dans l’examen des questions des droits de l’homme[6] ».

En effet, depuis l’arrivée d’Hugo Chávez au pouvoir en 1999, la CIDH a multiplié les décisions et rapports défavorables au Venezuela, dans des proportions largement supérieures au reste de l’Amérique latine. Ainsi, depuis sa création en 1959 et jusqu’à l’arrivée d’Hugo Chávez au pouvoir en 1999, la CIDH n’avait émis que cinq jugements condamnant des violations de droits de l’homme au Venezuela. En revanche, entre 2000 et 2012, la CIDH a condamné Caracas à 36 reprises. Ainsi, en l’espace de 12 ans, la CIDH a condamné le Venezuela 7 fois plus que durant les 40 années précédentes, marquées par des exactions de toute sorte et notamment le Caracazo du 27 et 28 février 1989, révolte populaire contre la vie chère réprimée dans le sang par l’armée et la police et qui a coûté la vie à près de 3 000 civils[7].

Par ailleurs, lors de coup d’Etat d’avril 2002, la CIDH, à l’instar des Etats-Unis, a ouvertement reconnu la dictature de Pedro Carmona dans une lettre adressée à ce dernier et signée de la main de Santiago Antón, alors secrétaire exécutif de la CIDH[8]. Maduro n’a pas manqué de rappeler cet épisode qui jette une ombre sur la crédibilité et la réputation de l’entité interaméricaine : « La Commission a reconnu les putschistes et a refusé de soutenir le président Hugo Chávez[9] ».

Le président Chávez a confirmé que son pays se retirerait de la CIDH[10]. « Le Venezuela se retire de la Cour interaméricaine des droits de l’homme par dignité et nous l’accusons aux yeux du monde d’être indigne de porter ce nom de droits de l’homme en apportant son soutien au terrorisme », a-t-il souligné[11]. La CIDH «  ne nous a même pas appelé pour nous consulter. Ici [au Venezuela], il y a eu un jugement, une condamnation, il y a des témoins qui ont affirmé que ce terroriste a fait exploser des bombes à l’ambassade d’Espagne et de Colombie. Cela a été prouvé », a-t-il ajouté[12].

La réaction des Etats-Unis

De son côté, Washington a fustigé la décision de Caracas. Victoria Nuland, porte-parole du Département d’Etat a déclaré que « le Venezuela enverrait un message lamentable au sujet de ses engagements envers les droits de l’homme et la démocratie » au reste du continent, en se retirant de la juridiction de la CIDH. Nuland a fait l’éloge de l’entité interaméricaine, et a fait part de son respect pour cette dernière[13].

Néanmoins, la position des Etats-Unis n’est pas exempte de contradictions. En effet, contrairement à l’ensemble des pays de l’Amérique latine, les Etats-Unis, tout comme le Canada, ont toujours refusé de se soumettre à la juridiction de la CIDH et ne reconnaissent pas son autorité, estimant qu’elle viole leur souveraineté nationale.

La récente décision de la CIDH concernant le Venezuela suscite de nombreuses interrogations. Pourquoi la CIDH a-t-elle accepté d’étudier le dossier Ruiz Peña avant la fin de son procès au Venezuela, violant ainsi sa propre Convention ? Quelles ont été les motivations qui ont amené les magistrats à rendre un jugement favorable à un individu lourdement condamné par la justice vénézuélienne pour terrorisme et en fuite aux Etats-Unis ? Sont-elles politiques ou bien juridiques ? Aurait-elle étudié le cas si Ruiz Peña avait été colombien, mexicain ou chilien ? Quel a été le rôle de la CIDH lors du coup d’Etat contre Hugo Chávez et la démocratie vénézuélienne en avril 2002 ? En un mot, la CIDH est-elle impartiale vis-à-vis du Venezuela ?

Salim Lamrani

Article original publié en portugais : http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/23694/as+razoes+da+venezuela+em+deixar+a+cidh+.shtml  

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : Salim.Lamrani@univ-mlv.fr ; lamranisalim@yahoo.fr  

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel  

Notes

[1] Corte Interamericana de Derechos Humanos, « Caso Díaz Peña vs. Venezuela », 26 juin 2012. http://www.corteidh.or.cr/docs/casos/articulos/seriec_244_esp.pdf  (site consulté le 31 juillet 2012).

[2] Agencia Venezolana de Noticias, « Venezuela rechaza el fallo de CIDH a favor del terrorista Díaz Peña », 24 juillet 2012.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Agence France-Presse, « Venezuela denunciará a la CIDH ‘en las próximas horas’ », 26 juillet 2012.

[6] Ministerio del Poder Popular para Exteriores, « Comunicado », República Bolivariana de Venezuela, 24 juillet 2012. http://www.mre.gob.ve/index.php?option=com_content&view=article&id=22219:comunicado-oficial-mercosur&catid=3:comunicados&Itemid=108  (site consulté le 26 juillet 2012).

[7] Telesur, « Venezuela afirma tener suficientes pruebas de la doble moral de la CIDH », 2 mai 2012. http://www.telesurtv.net/articulos/2012/05/02/el-canciller-venezolano-nicolas-maduro-dijo-que-cidh-responde-a-intereses-de-eeuu  (site consulté le 31 juillet 2012).

[8] Ibid.

[9] Agence France-Presse, « Venezuela denunciará a la CIDH ‘en las próximas horas’ », op.cit.

[10] Agence France-Presse, « Chávez dice que ya dio ‘las instrucciones’ para que Venezuela salga de CIDH », 28 juillet 2012.

[11] EFE, « Insulza confís en que Venezuela no dejo la Corte IDH », 27 juillet 2012.

[12] Alejandro Montiel, « Doble rasero de CIDH evidenciado con fallo que favorece a terrorista que atentó contra embajadas en Caracas », Prensa Presidencial, República Bolivariana de Venezuela, 26 juillet 2012.

[13] Agence France-Presse, « EEUU estima que si Venezuela abandona Corte IDH enviará mensaje ‘lamentable’ », 25 juillet 2012.

Bankia, un cas emblématique de la crise bancaire espagnole

Le sauvetage de BFA-Bankia, via la nationalisation de ses pertes et actifs toxiques, suivie d’une demande d’aide publique historique de 19 milliards d’euros (23,5 milliards en tout avec les aides déjà reçues), a précipité l’Espagne dans une hystérie politique rythmée par un pouls sous l’hypertension financière des échéances fixées par les créanciers. L’annonce le 9 juin 2012 par le gouvernement Rajoy – qui s’y était pourtant refusé – d’un plan de sauvetage pouvant atteindre 100 milliards d’euros (environ 10% du PIB) destiné à assainir l’ensemble du secteur financier espagnol met les marchés et les institutions financières internationales sous tension. Les réunions de l’euro groupe, du G20 ou les visioconférences se succèdent depuis Rome, Washington, Paris ou Bruxelles sans pour autant calmer la fureur des spéculateurs qui se déchaînent sur le marché de la dette. Pendant ce temps, la population pâtit de nouvelles mesures antisociales la plongeant dans une précarité d’une sévérité toujours plus extrême.

Bankia se crée sur la montagne d’actifs immobiliers des caisses d’épargne

Au cœur de cette crise, BFA-Bankia, quatrième banque du pays en termes de capitalisation boursière avec ses plus de 10 millions de clients et ses quelque 380 000 actionnaires. Elle représente 10% du système financier espagnol. Sans doute la plus exposée aux crédits immobiliers à risque, elle est considérée comme une banque ’systémique’ : sa faillite serait susceptible d’entraîner l’ensemble du secteur bancaire à sa perte et, au-delà, l’économie tout entière du pays. Bankia, ou plus exactement BFA-Bankia, né fin 2010, est le fruit d’un savant mélange qui permet d’isoler les actifs immobiliers problématiques des sept caisses d’épargne regroupées au sein de la maison mère BFA (Banco Financiero y de Ahorros). Celle-ci, aidée par l’Etat, opère comme la « bad bank » de Bankia. L’Etat se porte garant de la montagne d’actifs immobiliers douteux au sein de BFA pendant que sa filiale Bankia, débarrassée de ces actifs encombrants, tente d’attirer le capital des petits investisseurs par sa sortie en bourse. L’objectif est clair : transférer les risques, issus de la bulle immobilière, du secteur privé au public. Les contribuables, clients lésés et petits actionnaires fortement incités à le devenir par les recommandations irresponsables de la banque, seront directement touchés ; mais plus largement, la population espagnole dans son ensemble subira une nouvelle fois le fardeau d’une dette privée devenue publique. Il s’agit à nouveau d’une belle opportunité laissée aux banquiers, pourtant responsables d’investissements à haut risque débouchant sur des pertes astronomiques, de sauver leurs mises indécentes. Les gouvernements successifs de Zapatero (PSOE, gauche libérale) puis Rajoy (PP, droite libérale créée par le franquiste Manuel Fraga) choisissent de leur porter secours en les débarrassant du risque insoutenable découlant de la bulle immobilière et en injectant de l’argent ponctionné directement sur le budget de l’Etat, au détriment des secteurs vitaux tels la protection sociale, l’éducation, la santé ou encore la lutte contre les incendies. Puisque l’Etat s’endette pour assainir la banque, les coupes budgétaires qui affectent l’Etat providence sont décrétées incontournables pour combler le déficit occasionné. Voilà le piège de la dette que nous voulons dénoncer.

BFA-Bankia, par ailleurs, critiqué pour avoir d’anciens membres actifs du Parti Populaire dans ses organes de direction |1|, notamment depuis l’ancienne Caja Madrid maintenant engloutie dans BFA, représente un cas d’école qui mêle politiciens et banquiers au service de la finance.

BFA, la bad bank de Bankia

Dans la foulée de l’éclatement de la bulle immobilière, la restructuration du secteur bancaire a fait passer le nombre de caisses d’épargne de 45 à une quinzaine début 2011. En conséquence, outre des fermetures de succursales et des licenciements, le capital s’est concentré entre les mains d’énormes entités se voulant « too big to fail » (« trop grandes pour tomber »). Seules deux petites caisses échappent à la fusion : Caixa Ontinyent et Caixa Pollença.

BFA (Banco Financiero y de Ahorros) naît le 3 décembre 2010 et commence à opérer en janvier 2011. Cette nouvelle entité est le fruit de la fusion de sept caisses d’épargne régionales minées par une bulle immobilière qui n’en finit pas de dévoiler la profondeur de la crise : il s’agit de Caja Madrid et Bancaja qui détiennent la majorité de l’actionnariat (pour 52,06% et 37,70% respectivement), auxquelles se sont jointes La Caja de Canarias (2,45%), Caja de Ávila (2,33%), Caixa Laietana (2,11%), Caja Segovia (2,01%) et Caja Rioja (1,34%). Au-delà de la Banque d’Espagne et des hauts responsables de Bankia, le gouvernement social-libéral de Zapatero porte la responsabilité d’avoir autorisé et encouragé une telle fusion. Fin 2010, le FROB (Fondo de Reestructuración Ordenaria Bancaria) |2|, le Fonds public espagnol d’aide au secteur, octroie un prêt de 4,4 milliards d’euros (4 465 millions) à BFA, la maison mère de Bankia, et ouvre ainsi la voie à la nationalisation de la banque. Cette opération avait pour objectif d’assainir les comptes des caisses d’épargne regroupées au sein de la nouvelle entité. Cela se révélera insuffisant.

Signalons par ailleurs que BFA détient des participations dans Concesiones Aeroportuarias (7,86%), Deoleo (9,63%), Desarrollos de Palma (10,38%), Ejido Desarrollos Urbanos (7,34%) Grupo Inmobiliario Ferrocarril (10,17%), Haciendas Marqués de la Concordia (8,47%), IAG (12%) Mercavalor, Sociedad de Valores y Bolsa (10,48%), NH Hoteles (9,22%), Numzaan (7,41%), Mapfre (15%) et Iberdrola (5,27%). |3|

L’exposition des créanciers, principalement dans le secteur bancaire espagnol, accumulaient fin 2011, selon les dires de la Banque d’Espagne, entre 176 et 184 milliards d’euros d’actifs immobiliers problématiques. BFA, qui, à en juger par ses propres comptes, est la plus exposée au secteur immobilier, à hauteur de 37,5 milliards d’euros fin 2011, dont plus de 31 milliards (31 798 millions d’euros) d’actifs immobiliers problématiques (crédits risquant de ne pas être remboursés), clôture sa première année d’exercice avec les plus grosses pertes de l’histoire de la banque espagnole. Après avoir déclaré dégager des bénéfices de 309 millions d’euros en 2011 sous la gestion Rodrigo Rato, BFA a annoncé un solde négatif de 439 millions, avant de finalement reconnaître, une fois l’ex dirigeant du FMI parti, avoir cumulé 3,3 milliards d’euros de pertes en 2011 (3 318 millions). Si l’on ajoute les pertes occasionnées par la dépréciation du titre en bourse, cette somme dépasserait les 7 milliards d’euros (7 263 millions). |4| Le choc est d’autant plus important que Zapatero et la Banque d’Espagne avaient vivement incité de nombreuses entreprises de l’Ibex 35 à acheter ses actions pour près de 3 milliards d’investissement. |5|

Cette gestion désastreuse de la banque n’empêcha pas son président directeur, Rodrigo Rato, d’empocher 2,34 millions d’euros de salaire fixe, ni à Francisco Verdú, son conseiller délégué, d’être rémunéré 1,57 millions en 2011 |6| (arrivé en cours d’année, il ne percevra pas la totalité de sa rétribution annuelle de 2,26 millions). Jose Luis Olivas, vice-président de Bankia avant de démissionner, et toujours président de Bancaja, a perçu 1,62 millions d’euros en 2011. Enfin, José Manuel Fernández Noriella, qui a remplacé Olivas, a quant à lui touché 725 000 euros cette même année 2011. Ce ne sont là que les rémunérations fixes, qui ne tiennent donc pas compte d’éventuelles rémunérations variables ou de celles perçues en tant qu’administrateurs d’autres entreprises.

Des sommes colossales ont donc été distribuées avant que la banque ne demande des fonds publics pour se remettre à flot. En février 2012, une nouvelle loi |7| plafonne les salaires des cadres dirigeants d’entités ayant reçu de l’argent de l’Etat à 600 000 euros de rémunération fixe. Une mesure insuffisante et bien trop tardive si l’on considère que les membres du conseil d’administration de BFA, qui a reçu 4 465 millions d’aides publiques à travers le FROB, se sont réparti, entre janvier et novembre 2011, plus de 9 millions d’euros |8|. Il faut d’urgence privatiser les pertes en faisant payer les responsables qui en ont bien profité et non les socialiser comme le fait le gouvernement ; il est, en effet, plus que temps de replacer le secteur bancaire sous contrôle public sans pour autant que l’Etat ne prenne en charge le coût de l’opération. Ce sont les grands actionnaires qui doivent en assumer les frais et les dirigeants doivent être poursuivis en justice afin de déterminer leurs responsabilités dans la débâcle.

Rodrigo Rato s’offre un parachute doré avant le krach de Bankia

Bankia sort en bourse le 20 juillet 2011. L’ex-ministre de l’économie et vice-président économique de José María Aznar lorsqu’il œuvrait au gonflement de la bulle immobilière, ancien directeur du FMI et président de Bankia, Rodrigo Rato, sonne alors fièrement la cloche à l’ouverture de la bourse de Madrid pour l’occasion. L’action vaut 3,75 euros et tout va pour le mieux dans le monde de la finance dérégulée qui jouit d’un nouveau produit sur lequel parier. Le 7 mai 2012, l’action s’échange à 2,37 euros (soit un plongeon de 37% en 10 mois) et, comme au FMI en 2007, Rodrigo Rato présente sa démission avant la fin de son mandat. Il sera remplacé deux jours plus tard (le 9 mai) par José Ignacio Goirigolzarri sur les conseils de Rato lui-même, qui le signale comme « la meilleure personne en ce moment pour diriger ce projet ». Arturo Fernández, vice-président de la CEOE (équivalent du MEDEF français) et conseiller de Bankia, affirmait alors que « le travail de Rodrigo Rato a été exemplaire » |9|.

Le scandale Goirigolzarri

Avant de reprendre le contrôle de Bankia, José Ignacio Goirigolzarri a, entre autres, occupé le poste de vice-président de Repsol (avril 2002- avril 2003) et Telefónica (avril 2000 – avril 2003) où il siégeait au conseil d’administration jusqu’en 2003, tout en poursuivant sa longue carrière (30 ans) au sein de la deuxième banque espagnole BBVA, où il percevait près de 4,6 millions d’euros par an (salaire fixe et rémunération variable). Il a aussi été conseiller de BBVA-Bancomer (Mexique), Citic Bank (Chine) et de CIFH (Hong Kong) durant cette période. En septembre 2009, en plein débat international sur la limitation des salaires et bonus, il quitte son poste auprès de BBVA avec une retraite anticipée de près de 3 millions d’euros bruts par an. Alors que la crise se répandait violemment en Europe, il encaissait d’un coup 68,7 millions d’euros ! |10| Malgré le scandale occasionné, rien ne change au sein de la banque : deux ans plus tard, en 2011, Francisco González, président de BBVA, et Ángel Cano, conseiller délégué, ont perçu une rémunération totale de 4,9 millions d’euros et 3,6 millions respectivement. Cette année-là, le comité de direction a reçu au total, 9,35 millions d’euros de rémunération fixe et 14,2 millions de rémunération variable. |11|

Nationalisation de la bad bank

A peine aux commandes de Bankia, Goirigolzarri propose la prise de contrôle de BFA par l’Etat. Le gouvernement répond aussitôt qu’il apportera le capital nécessaire à l’assainissement et contrôlera 100% de BFA. Cette entité détenant alors plus de 45% de participation dans Bankia, l’Etat en devient son actionnaire majoritaire et, par la même occasion, entre au capital des sociétés dont BFA est aussi actionnaire.

Ainsi, quelques jours après la démission de Rodrigo Rato, le FROB décide de transformer les 4,4 milliards d’euros injectés fin 2010 sous forme d’actions préférentielles convertibles à 5 ans (« participaciones preferentes convertibles ») en simples actions. En effet, comme nous explique Mikel Barba : « Ces actions préférentielles sont soumises à un intérêt et doivent être rachetées par [BFA] sur une période de cinq ans. Dans le cas où l’entité n’est pas en mesure de rendre l’argent apporté sur cinq ans, les actions préférentielles se transforment en actions, l’Etat devenant alors propriétaire de tout ou partie de la société. (…) Le FROB reconnaît qu’il ne récupérera pas les sommes placées dans BFA sous forme d’actions préférentielles convertibles sous cinq ans, et décide par conséquent de les convertir en capital. De créancier, il devient propriétaire de l’entreprise. » |12|

Le 25 mai, après que l’agence de notation Standard & Poor’s a annoncé la dégradation de la note de Bankia et de quatre autres banques espagnoles au rang d’investissement spéculatif, la cotation des titres de Bankia est suspendue alors que son conseil d’administration tente de déterminer le montant de la nouvelle aide nécessaire. BFA-Bankia, qui avait déjà reçu 4,4 milliards d’argent public du FROB, demande finalement 19 milliards d’euros supplémentaires à l’Etat. Cela marque de fait la plus grande opération de sauvetage du secteur financier de l’histoire espagnole. La nationalisation de la banque au bord de la faillite vient ainsi s’ajouter à la longue liste de celles déjà réalisées depuis le début de la crise, tant en Espagne (Catalunya Caixa, NovaGalicia, Banco de Valencia, sans compter les autres entités ayant perçu des injections d’argent telles Caja Castilla La Mancha, Cajasur, ou la CAM) qu’ailleurs. À titre d’exemple, la franco-belgo- luxembourgeoise Dexia a été sauvée de la faillite à deux reprises et l’opération a déjà coûté 18 milliards d’euros aux contribuables |13|.

Mariano Rajoy a assuré que le sauvetage de Bankia n’aurait ’aucun impact’ sur le déficit public du pays, qu’il s’était engagé à réduire de 8,9 % à 5,3 % du PIB cette année 2012 |14|. Pourtant rien n’est moins sûr et durant les 5 premiers mois de l’année 2012 (janvier à mai), le déficit de l’Etat a déjà atteint 3,4 %, en augmentation de 30,6% par rapport à la même période de l’année antérieure.

Pendant ce temps, la chute du titre Bankia se poursuit. Le 20 juin 2012, le cours s’est effondré à près de 80 centimes d’euros, soit une perte de 80% depuis sa sortie en bourse. Même l’annonce par l’Euro groupe le 9 juin 2012 de l’injection pouvant aller jusqu’à 100 milliards d’euros – bien au-delà des 37 milliards d’euros estimés nécessaires par le FMI |15| et des 62 milliards des consultants Oliver Wyman et Roland Berger – n’a pas bénéficié à Bankia qui est la seule entité financière de l’Ibex 35 à avoir enregistré une chute de sa capitalisation boursière depuis cette date jusqu’au 30 juin. Le titre a perdu 9,80% durant cette courte période, alors que toutes les autres banques enregistraient des gains suite à l’euphorie provoquée par l’annonce du sauvetage. |16| Le 17 juillet, le titre tombait à 0,59 euros, son minimum, avant de remonter en août à l’approche d’une injection imminente de capital européen, dont Bankia serait le premier bénéficiaire. La sortie en bourse est un fiasco supporté par les petits investisseurs qui voient leurs placements réduits à néant – les plus gros, informés, ayant fuit la débâcle.

Dans un texte écrit en 2010 |17|, David Hall affirmait que la crise financière et économique est le résultat de prêts insoutenables et de la création de formes complexes de dettes par les banques. Depuis l’effondrement en septembre 2008 de Lehman Brothers, les Etats-Unis et d’autres gouvernements ont décidé, après des décennies de privatisation, de sauver les banques en les nationalisant ou en injectant du capital pour les rendre solvables. Qu’on ne s’y méprenne, l’Etat reste, en général, en dehors de la gestion, qui reste aux mains des banquiers. Il ne s’agit pas d’une faiblesse du capitalisme, mais au contraire d’une manœuvre pour le renforcer en socialisant les pertes, avant de privatiser de nouveau l’établissement dès que l’assainissement l’aura rendu viable. Le FMI décrit cela comme « un transfert de risque sans précédent du privé au secteur public ». |18|

Août 2012

Notes

|1| Voir la liste détaillée : http://www.diarioelaguijon.com/noticia/2098/DENUNCIA-CIUDADANA/Las-redes-sociales-denuncian-la-lista-de-familiares-y-miembros-del-PP-colocados-en-Bankia.html

|2| La constitution du FROB, approuvée par le Parlement le 8 juin 2009 et concrétisée par le décret royal du 26 juin de la même année (Real decreto-ley 9/2009), vise à venir en aide aux banques fragilisées par leur exposition au secteur immobilier et sinistrées depuis l’explosion de la bulle en 2008. Le Fonds public d’aide au secteur financier (FROB) contrôle aujourd’hui NovaGalicia, CatalunyaCaixa, Banco de Valencia et Bankia. Son capital de 9 milliards d’euros provenant du budget de l’Etat s’épuise fin 2011, d’où l’intérêt suscité par le « sauvetage » européen face à l’ampleur des sommes nécessaires.

|3| http://www.elmundo.es/elmundo/2012/05/09/economia/1336577121.html

|4| http://www.elconfidencial.com/economia/2012/05/28/bfa-eleva-a-7263-millones-sus-perdidas-en-2011-las-mayores-de-la-historia-de-la-banca-98908/ et Reuters, 29 mai 2012, http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRPAE84S02120120529

|5| “Bankia y el fiasco de la política”, El País, 1er juillet 2012.

|6| El País, 7 mai 2012, http://economia.elpais.com/economia/2012/05/07/actualidad/1336412114_356055.html

|7| Real Decreto-ley 2/2012, de 3 de febrero, de saneamiento del sector financiero. Titulo IV, http://www.boe.es/boe/dias/2012/02/04/pdfs/BOE-A-2012-1674.pdf

|8| http://www.elconfidencial.com/economia/2012/02/16/bfabankia-reparte-9-millones-entre-sus-consejeros-antes-de-la-limitacion-de-salario-92727/

|9| « el trabajo de Rodrigo Rato ha sido ejemplar » Dans « La situación de Bankia no es tan desesperada », ABC Punto Radio, 08/05/2012, http://www.abc.es/20120507/economia/abci-bankia-situacion-desesperada-201205072233.html

|10| “Goirigolzarri, el ejecutivo de la pensión millonaria en el BBVA”, El País, 7 mai 2012, http://economia.elpais.com/economia/2012/05/07/actualidad/1336396158_000163.html ; http://elpais.com/diario/2009/10/01/economia/1254348005_850215.html

|11| http://economia.elpais.com/economia/2012/02/10/actualidad/1328863666_274271.html

|12| Lire Mikel Barba, El caso Bankia o las cinco maniobras de una gran estafa, http://www.rebelion.org/noticia.php?id=149845

|13| Le CADTM Belgique et ATTAC ont introduit le 23 décembre 2011 un recours devant le Conseil d’État belge afin d’annuler l’arrêté royal du 18 octobre 2011 octroyant une garantie d’État de 54,45 milliards d’euros à certains emprunts de Dexia, soit l’équivalent de 15% du Produit Intérieur Brut (PIB) de la Belgique. Lire : http://cadtm.org/Resume-du-recours-Dexia-intente

|14| Ceci avant que Bruxelles, voyant cet objectif irréalisable, n’accorde une année de répit portant à 2014 au lieu de 2013 l’objectif d’un déficit sous les 3% du PIB. Reuters, 7 juillet 2012.

|15| « Le FMI appelle à un filet de sécurité crédible pour les banques espagnoles  », Les Echos, 9 juin 2012.

|16| “Todas las entidades financieras que cotizan en el Ibex 35, salvo Bankia, han registrado importantes ganancias en Bolsa desde que el pasado 9 de junio el Eurogrupo brindó a España hasta 100.000 millones para sanear el sector. (…) Bankia ha sido la única entidad que cotiza en el Ibex 35 que ha registrado pérdidas en este periodo, al caer un 9,80%.” Bankia, incapaz de sumarse a la euforia del rescate financiero, 30 juin 2012,http://www.intereconomia.com/noticias-negocios/claves/bankia-incapaz-sumarse-euforia-rescate-financiero-20120630

|17| David Hall, PSIRU, University of Greenwich, p.11, Why we need public spending, octobre 2010.

|18| Ibidem et FMI, Global Financial Stability Report, juillet 2009, http://www.imf.org/external/pubs/ft/fmu/eng/2009/02/index.htm

Yara Saleh, prisonnière de l’ASL

août 23rd, 2012 by Thierry Meyssan

Journaliste de la télévision privée Al-Akhbariya, Yara Saleh a été faite prisonnière avec son équipe par l’Armée syrienne libre. Elle a été épargnée et conservée comme otage alors qu’une vaste mobilisation en Europe faisait pression sur le président français pour qu’il ordonne à ses amis de l’ASL de la relâcher. Finalement libérée par l’armée nationale syrienne, elle a accepté de répondre aux questions du Réseau Voltaire.

(Utilisez le bouton “CC” en bas à droite de la vidéo pour afficher les sous-titres en français).

Plusieurs centaines de combattants de l’Armée syrienne libre, appartenant à des groupes salafistes et takfiristes distincts, ont convergé vers le bourg d’Al-Tal, le 20 juillet dernier. La plupart n’étaient pas Syriens. Quelques habitants, favorables à la démocratie, les ont accueillis pensant partager les mêmes objectifs. Les combattants ont attaqué le commissariat et fait prisonniers les policiers, dont certains ont été blessés. Ils n’ont accepté de transférer à l’hôpital que les fonctionnaires sunnites et ont refusé que les autres soient soignés. Rapidement, le nouveau Conseil révolutionnaire d’Al-Tal, imposa une loi sectaire. La population fuya la ville, à commencer par les gens qui avaient accueilli l’ASL en rêvant aux promesses occidentales.

Les combattants prirent en otage une trentaine de civils, y compris une équipe de la télévision Al-Akhbariya accourue sur les lieux, puis ils se retranchèrent dans le bourg. Les otages furent dispersés dans des bâtiments différents, et déplacés chaque jour. Alors que les combattants espéraient créer sur place un Émirat islamique, le Conseil révolutionnaire, commandé par un déserteur syrien, fut informé d’une attaque imminente de l’armée nationale. Dans une vidéo, il menaça de tuer les journalistes et exigea la levée des barrages autour du bourg pour pouvoir fuir. Ne parvenant pas à obtenir satisfaction, il reçut l’ordre par téléphone satellite de déplacer sa troupe vers une autre localité. Dans la nuit du 15 au 16 août, 500 à 700 hommes, emmenant avec eux leurs otages les plus précieux, sortirent en file indienne à travers la campagne. Lorsque soudain, plusieurs fusées éclairantes illuminèrent la nuit permettant à l’armée nationale d’ouvrir le feu et d’éliminer plus de 200 jihadistes en quelques minutes.

Yarah Saleh, journaliste d’Al-Akhbariya détenue depuis 6 jours, eut le réflexe de se jeter à terre pour se protéger. Les autres otages, restés emprisonnés dans le bourg, furent retrouvés au matin et libérés.

Voici le témoignage de Yara Saleh, recueilli quelques heures plus tard.

Thierry Meyssan : Comment vous ont-ils enlevée avec votre équipe TV ?

Yara Saleh : Nous étions allés à Al-Tal pour y faire un reportage. Je savais que c’était dangereux, mais j’espérais faire quelque chose sur les civils, ce qui leur arrivait, ce qu’ils pensaient de ces combats, comment les gens armés les traitaient. J’ai déjà été dans de tels endroits de nombreuses fois, et je sais que c’est très important du point de vue journalistique tout ce qui concerne les civils. D’abord, j’ai remarqué qu’il n’y avait pas de civils dans la ville. J’en ai juste vu 7 à l’entrée, seulement 7, tous les autres étaient des combattants.

Thierry Meyssan : Combien de combattants ?

Yara Saleh : Je ne sais pas. Lorsqu’ils nous ont enlevés, ils nous en emmenés dans un centre qui était censé être une école. La construction n’était pas finie. Ils l’occupaient. Ils étaient environ 700…, 500…, 700… J’ai appris qu’ils occupaient d’autres lieux.

Thierry Meyssan : Ils étaient de la ville ou venaient-ils d’ailleurs ?

Yara Saleh : Ils étaient de différentes villes et de différentes nationalités. Oui, j’en ai entendu parler libyen. J’ai entendu parler des gens qui nous entouraient, juste hurler, crier en nous frappant. L’un d’entre eux, quant ils nous ont laissés, parlait de Saoudiens parmi eux. Je ne parvenais pas à les distinguer parce qu’ils étaient tous pareils : avec une barbe sans moustache, comme les salafistes. L’un d’entre eux était même appelé Salafi, son nom et son groupe étaient « les Salafistes ». Ils portaient tous des armes à feu, des kalachnikovs, PKC. Je ne sais pas le nom des armes, mais ils m’en ont parlé. Ils ont arrêté la voiture lorsque nous sommes entrés dans la ville. Ils ont verrouillé les portes. 6 ou 7 civils criaient : « S’il vous plaît, laissez les, laissez les partir ». Ils ont posé une arme sur la tempe d’une femme : « Stop ! c’est notre business ». Ils nous ont emmenés avec eux. Ils étaient 10 ou 15 hommes armés. D’abord, ils nous on fait descendre de la voiture. Ils nous ont frappés. Ils m’ont giflée. J’étais au sol. Ils ont ligoté les mains de mes amis. Ils ne m’ont rien fait parce que j’étais une femme non voilée. Alors ils me trouvaient dégoûtante. Ils nous ont remis dans la voiture. Ils ont mis nos visages comme ça. Moi parce que mes amis étaient sur le plancher de la voiture, entre les sièges. Ils nous ont emmenés je ne sais où. Je ne sais pas quoi. J’ai vu un immeuble pas fini. Des murs, un toit, mais rien d’autre. Pas de portes, ni de fenêtres. Ils nous ont mis dans une pièce. Il y avait au moins 100 personnes avec nous dans la pièce. Peut-être 50…, 75…, je ne sais pas.

Thierry Meyssan : C’était tous des combattants ?

Yara Saleh : Oui des combattants. Au moins 75… ou 50, je ne sais pas. Je ne sais pas combien ils étaient. Ils tabassaient mes amis. Ils m’hurlaient au visage. Ils me crachaient dessus en proférant des jurons. « D’où êtes vous ? De quelle religion êtes-vous ? ». Les premières questions étaient à propos de nos origines, de notre religion. « Soutenez-vous Bachar ? Soutenez-vous le gouvernement ? ». Toutes les questions étaient comme ça.

Thierry Meyssan : Dans une vidéo qu’ils ont faite par la suite avec vous, ils disent que des civils ont été tués par les bombardements de l’armée. Ils disent aussi qu’un membre de votre équipe, auquel ils avaient demandé de filmer, a été tué par l’armée ?

Yara Saleh : Non. D’abord, ils nous ont arrêtés et enlevés. Ils ont pris nos téléphones portables et les ont fouillés. Ils y ont trouvé une vidéo montrant un entraînement de l’armée. Ils ont dit : « Vous soutenez l’armée ! l’armée syrienne ! ». Ils l’ont pris avec le chauffeur, l’assistant cadreur qui a été tué. Ils les ont pris tous les deux. J’ai entendu les coups de feu. Le chauffeur est revenu seul. Je lui ai demandé ce qui était arrivé à Hatem. Il a dit qu’ils l’ont tué. Quant ils l’ont pris, je hurlais : « Prenez-moi et laissez-le ! c’est avec moi que vous avez un problème, c’est moi qui faisais le reportage ». Ils ne l’ont pas fait. Ils ont dit qu’ils allaient me punir, à part. Ils l’ont pris et ils l’ont tué.

Thierry Meyssan : Comment vous ont-ils traités, vous et les membres de l’équipe ?

Yara Saleh : Si mal. Je suis désolé de dire ça. L’un d’entre eux a essayé de me violer.

Thierry Meyssan : Mais ce sont des salafistes, n’est-ce-pas ?

Yara Saleh : Quant ils sont entre eux, oui. Ils prient, lisent le Coran. L’un d’entre eux était juste un garde, pour nous empêcher de fuir. Il ne priait pas quant il était seul. Quant il a cru que l’armée approchait et qu’il allait mourir, là il a prié, pas le reste du temps. C’est celui qui a essayé de me violer. Mais je ne l’ai pas laissé faire.

Thierry Meyssan : Dans le texte qu’ils ont lu, ils exigent aussi que le gouvernement retire les barrages pour que les habitants de la ville puissent rentrer.

Yara Saleh : Je connais toutes les revendications.

Thierry Meyssan : Qu’est-ce que cela signifie ?

Yara Saleh : En fait, cela veut dire qu’ils attendaient pour avoir plus d’armes, parce qu’à un moment, ils manquaient d’armes. Ils attendaient des renforts.

Thierry Meyssan : Avaient-ils des contacts à l’extérieur ?

Yara Saleh : Ils avaient l’internet par satellite.

Thierry Meyssan : S’ils avaient l’internet par satellite, ils avaient aussi le téléphone par satellite.

Yara Saleh : Je pense aussi. Mais pas là où ils nous ont mis. Dans la plupart des endroits, nous étions dans de petites pièces.

Thierry Meyssan : Ils ont reçu des ordres de l’extérieur. Y compris le texte qu’ils ont lu. Savez-vous qui leur donnait des ordres ?

Yara Saleh : Ils ont parlé d’un Conseil. Je ne sais pas quel Conseil.

Thierry Meyssan : Un Conseil ?

Yara Saleh : Oui, mais à l’extérieur. Il a dit qu’il parlait à quelqu’un, mais il n’a pas donné de vrais noms. Ils ont dit des noms comme Abu Muawya, je ne sais pas qui c’est. Mais en saoudien, il a dit qu’il parlait avec ses amis au Qatar, et en Turquie. Ils ont dit beaucoup de choses. Nous les avons entendues au talkie-walkie. Nous avons entendu beaucoup de choses et de noms.

Thierry Meyssan : Pourquoi portiez-vous ce voile sur la vidéo ?

Yara Saleh : Ils ont dit que je devais le porter. Parce que selon l’islam, je devais le porter. Juste se couvrir.

Thierry Meyssan : Voulez-vous dire que leur programme politique, c’est juste de porter un voile sur la tête ?

Yara Saleh : La principale exigence, c’était de porter un voile. Je vous ai dit qu’il y avait un cheikh et le groupe salafiste. Je devais le porter, et même couvrir mes bras. Je devais le porter, ce que j’ai fait sur la vidéo.

Thierry Meyssan : Avez-vous discuté politique avec eux ?

Yara Saleh : J’ai parlé avec beaucoup d’entre eux, mais les gens normaux, pas les chefs. Juste les hommes armés.

Thierry Meyssan : Oui, les hommes à la base. Que savaient-ils exactement ?

Yara Saleh : Ils ne savaient rien. Ils pensaient qu’avec une arme ou une kalachnikov, ils pouvaient lutter contre le régime.

Thierry Meyssan : Mais pourquoi voulaient-ils lutter contre le régime ?

Yara Saleh : Ils voulaient mourir et aller au Ganna. Ils voulaient aller au ciel. Parce que s’ils mourraient, ils iraient au ciel.

Thierry Meyssan : Mais pourquoi renverser ce régime ?

Yara Saleh : Parce que le leader est alaouite, certains ont dit cela.

Thierry Meyssan : C’est-à-dire pour des motifs religieux ?

Yara Saleh : Seulement pour certains. D’autres disaient : « Je veux me battre parce que c’est le jihad, et je veux aller au ciel ».

Thierry Meyssan : Mais qui a décidé le jihad ?

Yara Saleh : Quoi ?

Thierry Meyssan : Qui a pris la décision que c’est le jihad ?

Yara Saleh : Un cheikh.

Thierry Meyssan : Lequel ?

Yara Saleh : Je ne connais pas les noms.
D’abord, ils ne nous ont pas apporté de nourriture avant 1 ou 2h du matin. Ils nous ont apporté de quoi manger. Ce n’était pas bon et je ne pouvais pas manger parce que mon ami venait de mourir. Alors je l’ai donné à ce petit chat. Il a dormi avec moi. Il avait soif. Je lui ai donné de l’eau dans ma main et je l’ai laissé boire.

Thierry Meyssan : A la fin de l’histoire, comment l’armée vous a t-elle délivrés ?

Yara Saleh : Je pense que l’armée avait coupé leurs connexions parce qu’elle savait que nous allions être déplacés d’une ville vers une autre. Nous devions passer cette montagne. Nous marchions au milieu de petits arbres, sans habitations. Nous marchions en file indienne. J’étais près de quelqu’un qui a dit : « Quant nous serons face à face avec l’armée, je poserai mon arme sur ta tempe et je les menacerait de te tuer s’ils ne nous laissent pas partir… bla, bla, bla… parce que tu es une femme, ils seront ennuyés ». Ils nous ont emmenés. Soudain une bombe éclairante. Juste de la lumière. Sans explosion, juste de la lumière. Et des armes sur tout le long du chemin, du sommet de la montagne jusqu’en bas. J’ai vu la lumière et je me suis jetée au sol. Je suis restée ainsi jusqu’à ce que les armes se taisent. Puis une autre lumière. Mais entre temps, je m’étais déplacée, parce que j’avais vu le feu descendre depuis le sommet. Je me suis déplacée vers un petit endroit, un monticule pour être à couvert. Jusqu’à ce que ce soit fini. Ils ont essayé de m’emmener. Je n’ai pas voulu. La lumière encore. Ils se sont cachés jusqu’à ce que ce soit fini et ils se sont enfuis. Juste comme ça.

Je ne savais pas ce qui était arrivé à mes amis. Parce que je ne pouvais pas les voir. J’ai été surprise. J’étais sur un côté sur le côté de la file. Je marchais en contrebas et ce n’était pas commode. Parce que je suis une femme, j’étais sur le côté. Les fusils tiraient vers la vallée, pas vers le sommet. Ils ont pu s’échapper et je suis restée sur place. Mon ami Abdallah a fait pareil. Mais il ne pouvait pas prendre le chauffeur Hussein. Je suis restée sur place une vingtaine de minutes. Tout s’est arrêté. Aucune voix. J’ai commencé à crier : « Je suis des Actualités syriennes !Al-IkbhariyaTV ! La chaîne syrienne ! ». Ils ont répondu : « Yara ! nous savons que vous êtes ici ! nous savions que c’était dangereux, mais nous devions vous libérer. Venez ! »

Ils m’ont pris avec eux et je me suis mise à pleurer. D’abord à propos de mes amis. Ils ont dit qu’Abdullah était avec eux. Nous avons juste fait ce qui est normal, Abdullah et moi, ce qui est normal et que nous devions faire. Et c’est ce que l’armée pensait. Ils nous ont vus. Et jusqu’à ce que nous soyons au milieu, ils ont tiré derrière nous, pas en face. Nous étions saufs. Nous ne sommes pas allés en arrière. Nous sommes restés jusqu’à ce que ce soit fini. Puis nous avons été vers l’armée.

Thierry Meyssan : Selon des sources militaires, environ 200 combattants ont été tués et les autres se sont échappés, c’est cela ?

Yara Saleh : Les combattants qui ont essayé de s’échapper étaient 250 ou 300. Chaque jour, ils venaient et disaient que beaucoup d’entre eux avaient été tués. Je les ai entendu parler de 300 ou 400. Je ne sais pas. Ces chiffres ne sont pas ceux des chefs. Ils ne nous parlaient pas. Ils nous menaçaient juste. Chaque 10 minutes quelqu’un venait et nous disait : « Nous allons vous tuer ». Comme ça. 5 minutes plus tard, un autre venait et disait : « Nous allons vous libérer ».

Thierry Meyssan : Ils jouaient avec vos nerfs.

Yara Saleh : D’une très mauvaise manière. L’un disait « Je vais vous couper en morceaux et je les jetterai à manger aux chiens ». J’ai demandé à l’un d’entre eux. Que se passera t-il si le gouvernement ou l’armée acceptent toutes vos exigences ? Ils ont répondu : « Nous te garderons avec nous, pour demander plus ». Ils ont dit ça, qu’ils demanderaient plus.

Thierry Meyssan : Avez-vous quelque chose à dire à tous ces gens qui ont essayé de vous aider depuis l’Europe ?

Yara Saleh : Je veux vous dire merci beaucoup. Je suis finalement libre. Bien sûr l’armée syrienne, ce sont mes héros, mais vous aussi. Merci beaucoup. Je sais que grâce à votre action et à vos prières, je suis libre. Je ne souhaite à personne au monde une telle expérience. C’était si mauvais. Le soleil m’a manqué. Mes parents m’ont manqué. Chacun m’a manqué. Finalement je suis libre. Dieu merci. Spécialement pour les jeunes femmes, j’espère que vous ne serez jamais dans une telle situation.

Thierry Meyssan : Merci Yara.

Syrie / France : Soyons un peu raisonnables

août 23rd, 2012 by Alain Rodier

Ancien officier supérieur des services de renseignement français, Alain Rodier interpelle les pouvoirs politiques et médiatiques au sujet de leur attitude à l’égard de la Syrie.

Je ne connais pas les conseillers des hommes politiques, [1] qu’ils soient de droite ou de gauche, qui inspirent l’action de ces derniers vis-à-vis de la Syrie. Il est possible – et même probable – qu’ils détiennent des informations recoupées qui ne sont pas accessibles aux citoyens moyens que nous sommes. Peut-être sont-ce ces renseignements qui provoquent les réactions de notre élite politique vis-à-vis de la crise syrienne. Mais alors, qu’ils en fassent état de manière à mieux faire comprendre leur attitude. Car en effet, pour le moment, les seules raisons avancées sont la « protection des populations » contre le pouvoir de Damas.

Une première question se pose : Quelles populations ? Les sunnites, les Alaouites, les chrétiens, les Kurdes ? Nous avons aujourd’hui affaire à une guerre civile et tout le monde sait que ce type de conflit a toujours été à l’origine d’atrocités commises par les deux camps. L’ONU vient de reconnaître que les forces étatiques étaient responsables de crimes contre l’humanité et que l’opposition armée l’était de crimes de guerre. Cette disproportion tient vraisemblablement au fait que les forces gouvernementales, en particulier les milices shabiha, sont détentrices des moyens de la violence d’Etat, lesquels sont actuellement supérieurs à ceux des insurgés. Par contre, une fois que ces derniers seront parvenus au pouvoir, il est probable que nous assisterons « stupéfaits » à de véritables massacres (contre) des membres de minorités ethniques ou religieuses. C’est d’ailleurs cette perspective qui pousse les Alaouites à se battre férocement car ils ont le dos au mur, sachant que pour eux, ce sera la valise ou le cercueil.

Si c’est toujours le principe humanitaire qui guide nos politiques, il est légitime de se poser une seconde question : pourquoi se limiter à la Syrie ? Il existe malheureusement de par le monde une multitude d’Etats où les populations civiles sont opprimées et menacées : les chrétiens au Nigeria, les hindouistes au Pakistan, les personnes réduites à une situation qui peut s’apparenter à de l’esclavage dans de nombreux pays moyen-orientaux, les civils pris entre les forces de sécurité et les narcotrafiquants au Mexique, etc.

Si l’on rêve d’établir par la force des démocraties à l’occidentale à l’étranger, la majeure partie des Etats (et pas des moindres) pourrait être visée.

Si enfin il s’agit d’une guerre par procuration‐comme l’a affirmé le secrétaire général de l’ONU‐destinée à affaiblir le grand allié de la Syrie, l’Iran, afin que cet Etat renonce à ses ambitions militaires dans le domaine nucléaire, l’auteur peut comprendre que cela ne soit pas étalé sur la place publique. Toutefois, ce machiavélisme n’est théoriquement pas une méthode employée par les « gentils » Européens.

Quant à faire plier la Russie et la Chine, est-ce que le fait de les avoir ridiculisés en Libye n’a pas servi de leçon ? Ce sont deux grandes puissances à l’ego très susceptible qui peuvent rivaliser avec les Etats-Unis sur beaucoup de plans et qui laissent loin derrière la « vieille Europe » acariâtre et donneuse de leçons. Les deux capitales, Moscou et Pékin, se sentent humiliées et ne sont pas prêtes à oublier le camouflet qu’elles ont subi. Il est fort probable qu’elles vont nous le faire payer et leur soutien au régime de Damas n’est qu’un début.

En ce qui concerne la France, l’attitude actuelle de l’opposition serait risible si elle n’était pas tragique. Jouer avec la vie des gens pour tenter de retrouver un semblant d’existence sur la scène politique nationale est tout simplement impardonnable. D’autant que l’ancien président a conduit en Libye, en 2011, une politique étrangère pour le moins contestable. En effet, ce beau succès que fut l’opération militaire de l’OTAN, pilotée depuis Paris et Londres avec le soutien indispensable de Washington‐sans qui, rien ne pouvait se faire car les moyens miliaires européens sont plus qu’insuffisants – a amené la déstabilisation durable de la Libye et du Sahel. C’est à se demander si l’attitude de notre ex-président n’est pas liée à la perte de face que lui ont fait subir Kadhafi puis Bachar el-Assad. Il les a traités avec tous les honneurs à Paris, espérant une ouverture démocratique de leur part, avant de déchanter rapidement.

La politique étrangère mérite de la mesure, de la réflexion et une certaine cohésion nationale. Les dernières déclarations de l’ex-président de la République et de celui qui fut son Premier ministre ne répondent en rien à ces règles. Que leur ont soufflé leurs conseillers ?

Quant à la presse, elle ne fait guère mieux, en ne vérifiant pas ses sources ou en envoyant des reporters de guerre dont le but n’est pas d’informer mais de faire leur autopromotion sur des fonds de scènes de guerre. Le prix Albert Londres est au bout du chemin…

Je n’ai pas de conseil à donner au nouveau gouvernement en dehors de celui de la prudence. Il conviendrait qu’il définisse exactement où se trouve l’intérêt de la France et des Français. En effet, l’auteur s’est souvent demandé si l’intérêt hexagonal était vraiment le moteur de l’action de ceux qui ont l’honneur de gouverner le pays. Le fait d’adopter une posture humanitaire vis-à-vis des réfugiés est une bonne chose, encore que, les moyens déployés‐certes modestes -auraient pu être consacrés à d’autres causes tout aussi légitimes : les réfugiés maliens fuyant la sauvagerie islamique qui s’étend dans le nord du pays, les malheureux chrétiens du Nigeria, les réfugiés somaliens présents au Kenya, etc. [2]

Les intérêts de la France, dont les caisses sont plus que vides, passent-ils par une prise de position « tartarinesque » sur la Syrie ? Le Sahel semble être beaucoup plus crucial pour le futur approvisionnement en uranium des centrales de nouvelle génération qu’Areva devrait construire pour le bien de l’économie française, afin que nos citoyens puissent encore se chauffer à l’électricité ou faire rouler les voitures propres que l’on nous promet [3] Mais, le nucléaire est aussi un sujet tabou à ne pas aborder car les écologistes veillent… [4]

Alain Rodier – Centre Français de Recherche sur le Renseignement
NOTE DE REFLEXION N°14
Août 2012

Alain Rodier Ancien officier supérieur des services de renseignement français. Directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), en charge du terrorisme et de la criminalité organisée.

[1] En dehors de l’inénarrable Bernard Henry Levy qui se rêve en Malraux pendant la guerre d’Espagne.

[2] Et pourtant, cet homme présentait toutes les caractéristiques de pondération dont la France a cruellement besoin. Cela semble prouver que la lutte pour le pouvoir passe par des méandres contre nature que la morale et l’intérêt national ne justifient pas.

[3] Il faut bien les recharger, ces jolies petites voitures pleines de batteries si délicates à recycler en fin de vie…

[4] Traditionnellement pacifistes, ils ne semblent pas avoir beaucoup de choses à dire sur le sujet syrien.

Depuis plusieurs semaines, les dirigeants israéliens battent les tambours de la guerre totale. Ils menacent d’attaquer le Liban et les installations nucléaires iraniennes, ainsi que la Syrie, dans l’espoir de sauver d’un échec assuré le complot occidental ourdi contre ce pays.

Le chef de la Résistance, sayyed Hassan Nasrallah, a répondu aux menaces d’Israël. Dans son discours à l’occasion de la journée mondiale al-Qods, il a établi une nouvelle équation basée sur une frappe stratégique dissuasive et sans précédent.

Sayyed Nasrallah a en effet révélé que la Résistance possédait des missiles sophistiqués et précis, capables d’atteindre des cibles de la taille d’un point, en Palestine occupée. Il a également indiqué que la Résistance était en possession d’une banque de cibles et que des missiles sont déjà braqués sur ces infrastructures vitales dont la destruction constituerait pour Israël une véritable catastrophe. Le bilan des pertes israéliennes serait considérable.

Les experts israéliens savent très bien à quelles cibles et à quels missiles sayyed Nasrallah fait allusion. Son message fort a été bien reçu et compris, et dissuade l’État hébreu de lancer son agression. Quelques missiles sophistiqués prêts à être tirés peuvent brûler le cœur d’Israël et faire des dizaines de milliers de victimes et deux millions de déplacés.

À chaque apparition et après chaque nouvelle équation, sayyed Nasrallah contraint les Israéliens à réviser leurs calculs et à compter jusqu’à un million avant de lancer une agression contre le Liban ou contre une des composantes de l’axe de la Résistance. Si la Résistance possède les missiles mentionnés par sayyed Nasrallah, alors les Israéliens devraient bien réfléchir à ce que peuvent renfermer les arsenaux de la Syrie et de l’Iran.

Les équations dissuasives imposées par la Résistance et expérimentées lors de la guerre de juillet 2006, sont une preuve indiscutable de la force que possède le Liban face à la machine de guerre israélienne. Elles constituent la meilleure réponse aux hommes politiques libanais qui appellent au désarmement de la Résistance, comme le leur demandent les ambassades occidentales et l’argent qatari et saoudien.

Pierre  Khalaf

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 96, 20 août 2012.

 

Pierre  Khalaf :  Chercheur au Centre d’Études Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.

Dans les dernières années les citoyens de nombreux pays industrialisés, de la Grèce à la Grande-Bretagne en passant par les États-Unis, sont soumis à des mesures d’austérité draconiennes afin, dit-on, de lutter contre la dette étatique. Après avoir ravagé les pays en développement dans les années 1980 lors de la crise de la dette sous la forme d’ajustements structurels, les conséquences du néolibéralisme se font maintenant sentir dans les pays dits « riches ».

Mais qu’est qu’une dette? Et d’où provient cet endettement qui ravage des économies entières? Quels en sont les mécanismes? Dans quelle dynamique et dans quelle logique s’inscrit-il? Les médias posent rarement ces questions fondamentales qui sont les seules à pouvoir nous sortir de cette spirale infernale de la surconsommation et de la surproduction.

Dans la foulée de la révolte populaire printanière au Québec, menée par le mouvement étudiant opposé à la hausse des droits de scolarité, le Collectif Dissensus a présenté le 21 août dernier, dans le cadre de l’Université populaire de Parc-Extension, Créditeur/Débiteur : La guerre. Et si la dette était la clé pour « tout » comprendre? Dissensus s’oppose à « l’élargissement du recours au marché dans l’organisation de la société et au détournement des richesses collectives au profit d’intérêts privés ».

Cette présentation a exposé une vision globale de ce que signifie cette forme moderne d’endettement, rejeton du capitalisme financiarisé, d’où elle vient et comment elle conduit invariablement à la faillite économique et morale des États et des individus. Mondialisation.ca vous offre un résumé des présentations en trois volets, un pour chacun des conférenciers : Maxime Ouellet, Louis Gaudreau et Éric Martin.

 
Partie 1 – Maxime Ouellet*

« La dévalorisation du monde humain va de pair avec la mise en valeur du monde matériel. » Karl Marx, Manuscrits de 1844, cité par Maxime Ouellet dans La fabrique du consommateur endetté

Le rapport créancier-débiteur est un rapport de domination présenté comme un rapport d’émancipation : la vente du crédit se fait par une rhétorique de liberté. « La liberté n’a pas d’âge », nous disait une pub de Visa.

Petite fille tenant une carte de crédit
 

Ce rapport est plus violent et plus brutal que celui du capitalisme antérieur, car il nous replonge dans un système féodal, dans une sorte de péonage, c’est-à-dire un droit non écrit attachant le travailleur à la propriété sur laquelle il travaille, en l’obligeant à s’endetter.

Pour comprendre ce rapport, il faut d’abord comprendre ce qu’est une dette. La dette est le fondement du bien social. Dans les sociétés primitives, la dette est une forme de crédit. Avant d’être une dette économique elle est une dette de sens : on doit la vie aux générations antérieures, il s’agit d’une dette symbolique.

Ce rapport a été naturalisé en normalisant l’endettement chez les classes populaires. Au début et vers la moitié du 20e siècle, les grands capitalistes, les « capitaines conscience » ont compris qu’ils devaient intervenir dans la culture afin d’assurer la continuité du capitalisme : ils devaient susciter le désir de la consommation, une idéologie à l’opposé de la vision de Weber, axée sur l’épargne. Cela a donné naissance à de nouvelles disciplines comme le marketing.

Après la Seconde Guerre mondiale le crédit a été généralisé et on a recouru massivement à l’endettement. À l’époque les règles ne permettaient pas de s’endetter facilement et les gens s’endettaient uniquement pour de gros achats, comme celui d’une maison. On n’avait peu ou pas recours à l’endettement privé.

Dans la dynamique actuelle, une crise survient lorsqu’il y a décrochage entre la surproduction et la surconsommation et pour arrimer la surproduction à la surconsommation, on fait appel au crédit. L’endettement des ménages est essentiel à cette logique.

Les banques ont joué un rôle central dans cette dynamique. Dans les années 1980-1990 la principale source de profit des banques est devenue l’endettement des ménages. Le but de cette opération : faire que l’individu soit incapable de payer le solde complet de sa carte de crédit pour que les banques perçoivent des intérêts. C’est pourquoi on a facilité l’accès au crédit. L’intégration des personnes à faible revenu dans ce système a permis aux États-Unis de maintenir la surconsommation de la population.

Par ailleurs, la consommation devient souvent ostentatoire. Il y a un impératif de consommer à la seule fin de montrer que l’on consomme.

Ce rapport créditeur-débiteur s’arrime sur les anciens rapports de domination, dont celui que le salarié entretient avec le travail et son intégration dans la société. L’immobilier est l’État providence de remplacement : le filet social étatique est remplacé par l’augmentation de la valeur de l’actif financier, la maison, et cela transforme le rapport de l’individu à l’habitation.

La transformation est fondamentale : on passe de la relation capital-travail à une relation crédit-débit. Aujourd’hui, le rôle du travail consiste à donner aux ménages la capacité d’obtenir du crédit. On vise un salaire qui nous permettra à son tour d’obtenir la crédibilité financière qui nous donnera accès au crédit. Il s’agit donc d’une forme de féodalisme : on doit à l’avance une rente au capital.

Avec la titrisation, qui consiste à transformer une créance, comme une hypothèque, en titre financier échangeable sur les marchés financiers et sur lesquels on peut spéculer, on transfert le risque social vers les individus. On l’a bien vu lors de la crise des subprimes (prêts hypothécaires à risque) aux États-Unis, où les gens ont perdu leurs maisons, l’individu est devenu ce que l’on a appelé le shock absorber of last resort, l’amortisseur de dernier recours.

L’Homo œconomicus est pris dans un endettement perpétuel, dépossédé de son temps, car endetté à vie. La dette étudiante participe de cette logique : on souhaite déposséder l’étudiant de son avenir en l’intégrant dans ce système avant même qu’il soit sur le marché du travail.

Remettre en question la fraude institutionnalisée

Cela n’est rien d’autre qu’une pyramide de Ponzi : intégrer constamment des individus dans une dynamique financière. Comment s’en sortir?

Il faut remettre en question la légitimité des institutions bancaires, la privatisation des profits et la socialisation des pertes. Ce que l’on nous propose sont des mesures de sortie de crise apolitiques comme des discours moralisateurs sur l’endettement. Toutefois, si les gens ne sont pas endettés le système s’effondre. Il faut aller au-delà de ça et repolitiser le crédit, penser à le socialiser.

Il faut repenser la création monétaire qui se fait de nos jours par les banques privées et non plus par l’État. Personne ne remet en question le fait qu’une institution publique a donné aux banques privées le droit de créer l’argent à partir de rien et d’en faire du profit. L’argent doit être créé par les banques centrales, comme c’était le cas autrefois. Et c’est d’ailleurs le transfert de ce droit des banques centrales aux banques privées qui est à l’origine de la crise économique et financière actuelle.

 

* Maxime Ouellet, professeur associé à l’École des médias, chargé de cours en sociologie à l’UQÀM et co-auteur d’Université Inc. Des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l’économie du savoir, publié chez Lux.

Pour compléter cet exposé, rappelons que les médias parlent peu de la révolution née en Islande après la faillite du pays. Est-ce parce que les Islandais ont repris leur pays en mains et que les mesures employées ne plaisent pas aux grands décideurs mondiaux?

La croyance selon laquelle les citoyens [islandais] devaient payer pour les erreurs d’un monopole financier, qu’une nation entière devait être taxée afin de rembourser les dettes privées, fut brisée. (Deena Stryker, La révolution en cours en Islande, Mondialisation.ca, 30 mars 2012.)

Malgré les menaces de l’élite politique et financière, les Islandais ont refusé de payer une dette ayant explosé en raison de la privatisation des banques :

Cinq ans d’un régime néolibéral ont conduit à une privatisation de toutes les banques en Islande, (320.000 habitants, pas d’armée), afin d’attirer les investisseurs étrangers. Ces banques offraient des services bancaires en ligne dont les coûts minimes leur ont permis de fournir des taux de rendement relativement élevés.

Ces comptes bancaires, appelés Icesave, ont attiré de nombreux petits investisseurs anglais et néerlandais. À mesure que les investissements augmentaient, les dettes étrangères des banques augmentaient aussi. En 2003, la dette de l’Islande équivalait à 200 fois son PNB (produit national brut), et en 2007, elle était de 900 pour cent. (Ibid.)

Les Islandais ont refusé de payer une dette dont ils n’étaient pas responsables, ont nationalisé les trois principales banques, chassé le gouvernement qui a voulu, sous la pression internationale, imposer des mesures draconiennes et poursuivi en justice les responsables du krach :

Contrairement aux attentes mondiales, la crise a conduit la population à prendre le contrôle de son pays, à travers un processus de démocratie participative directe. Ceci a finalement conduit à une nouvelle constitution, mais seulement après une persévérance féroce [...]

Lors du référendum du mois de mars 2010, 93% de la population votèrent contre le remboursement de la dette. Le FMI gela immédiatement son prêt. Mais l’Islande n’allait pas se laisser intimider. Comme Grimsson le dit: « On nous a dit que si nous refusions les conditions de la communauté internationale, nous deviendrions le Cuba du nord. Mais si nous les avions acceptées, nous serions devenus l’Haïti du nord » [...]

Les Islandais se mirent également d’accord sur certaines mesures de réduction budgétaire comme le démantèlement de leurs infrastructures militaires – l’Islandic Defense Agency (Agence islandaise de la défense, ou IDA), cessa d’exister en janvier 2011.

Afin de libérer le pays du pouvoir exagéré de la finance internationale et de l’argent virtuel, le peuple islandais décida de rédiger une nouvelle constitution. (Ibid.)

Par ailleurs, aux États-Unis le mouvement en faveur d’un système bancaire public prend de l’ampleur. À ce jour 18 États ont déjà fondé ou sont en voie de créer une banque publique. Pour mieux comprendre l’escroquerie bancaire et la contester, voici une vidéo du Public Banking Institute :  

Victoria Grant, canadienne de 12 ans, nous explique l’escroquerie bancaire de l’argent-dette

L’art de la guerre: Le reality show du Pentagone

août 21st, 2012 by Manlio Dinucci

Les commandos se jettent à la mer du haut d’un hélicoptère et, arrivés sur la rive en canot pneumatique, éliminent les ennemis avec leurs fusils d’assaut, minent un dépôt et le font exploser tandis qu’ils repartent accrochés à l’hélicoptère. Ceux qui accomplissent l’action ne sont pas des marines ou des Navy Seals, mais des acteurs, chanteurs, champions sportifs ou hommes d’affaires connus. Recrutés par la chaîne étasunienne Nbc pour le reality show « Stars Earn Stripes »[1], entraînés et accompagnés dans l’action par de véritables commandos, dont les Bérets Verts.


Le but du reality, explique Nbc, est de rendre hommage à « nos héros » qui reviennent des guerres, en montrant « quelles incroyables missions ils accomplissent dans la réalité ». Chaque compétiteur concourt pour une somme d’argent, qu’il laissera à une association en faveur des militaires, poussant ainsi les téléspectateurs à contribuer de leur poche. Mais ce qui rend unique le reality est son conducteur exceptionnel : le général Wesley Clark, ex-Commandant suprême allié en Europe de 1997 à 2000.  C’est lui qui planifie les missions des concurrents, qui les guide et les juge. L’expérience ne lui manque pas : c’est lui qui planifia et commanda la guerre contre la Yougoslavie.

Une fois au repos, Clark a écrit des livres et tenu des leçons sur comment « conduire et gagner la guerre moderne », sur la base de celle de 1999.  Ce fut la première guerre effectuée par l’Otan dans ses 50 années d’histoire, explique Clark, pour « mettre fin à l’épuration ethnique de Milosevic contre les Albanais du Kosovo ». Une guerre dans laquelle « l’Amérique (Etats-Unis d’Amérique, NdT) fournît son leadership et choisît les objectifs à frapper ». Mais le Pentagone en fit « une guerre Otan », en impliquant les alliés qui effectuèrent 60% des attaques aériennes. De cette façon, Wesley Clark décrit le palimpseste d’un autre reality show, bien plus important que celui de la Nbc , que le Pentagone diffuse sur les ondes en mondovision pour faire apparaître comme réel ce qui ne l’est pas, en camouflant les causes et les buts de la guerre. Il s’en tient pour cela à deux règles : focaliser l’attention de l’opinion publique sur l’ennemi numéro un du moment (Milosevic, Ben Laden, Saddam Hussein, Khadafi, Assad, Ahmadinejad) en montrant combien il est dangereux, et combien est juste et urgente l’intervention militaire ; impliquer les alliés, mais de telle sorte que ce soit toujours les Etats-Unis qui aient le leadership.

Dans le reality show de la guerre il est permis de fabriquer des « preuves » contre les ennemis : comme celles présentées à l’Onu par le secrétaire d’état Colin Powell, le 5 février 2003, pour démontrer que l’Irak possédait des armes biologiques de destruction massive. « Preuves » dont Powell lui-même a ensuite admis la fausseté, en demandant à la Cia et au Pentagone d’expliquer pourquoi ils lui avaient fourni des « informations inexactes ». Mais désormais le reality show de la guerre est passé à de nouveaux épisodes : maintenant on accuse l’Iran de vouloir fabriquer des armes nucléaires (en feignant d’ignorer qu’Israël en possède depuis des décennies, et les tient pointées contre l’Iran et d’autres pays). Des transmissions populaires comme « Stars Earn Stripes » contribuent aussi à alimenter l’idée de l’ennemi et de la nécessité de se défendre. Wesley Clark pourrait la transmettre aussi en Italie, en embauchant un figurant exceptionnel : Massimo D’Alema, qui en 1999, quand il était président du conseil, mit les bases et les forces armées italiennes aux ordres du futur conducteur du reality show « Stars Earn Stripes ».

Edition de mardi 21 août 2012 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120821/manip2pg/14/manip2pz/327499/ 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Note

[1] « Des stars gagnent leurs galons ».

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Empire anglo-saxon a appuyé clandestinement le déploiement de fantassins étrangers et locaux, incluant des brigades terroristes et paramilitaires, afin d’entraîner des « changements de régimes » et de satisfaire ses ambitions de domination mondiale.

Encore méconnu de nos jours, l’un des premiers exemples d’un tel modus operandi est l’opération Gladio, « l’armée de l’ombre de l’OTAN en Europe », en service durant la Guerre froide. Contrôlés par la CIA et le MI6, les membres de Gladio ont orchestré des attaques terroristes en Europe de l’Ouest, lesquelles étaient attribuées à des entités communistes.

L’opération Gladio a été faussement présentée à des officiels clés d’États européens comme une armée de réserve, prête à contrer une possible prise de contrôle communiste. Le but ultime de Gladio consistait à diaboliser les partis communistes et socialistes et à encourager les citoyens européens à approuver les engagements de leurs gouvernements envers la « sécurité nationale ».

L’historien suisse Daniele Ganser, auteur d’un livre sur Gladio (Les Armées Secrètes de l’OTAN, Éditions Demi-Lune, Nouvelle édition 2011) écrit :

En mars 2001, le général Giandelio Maletti, ancien patron du contre-espionnage italien, laissa entendre qu’outre celle du réseau clandestin Gladio, des services secrets militaires italiens et d’un groupuscule de terroristes d’extrême droite, les tueries qui discréditèrent les communistes italiens avaient également reçu l’approbation de la Maison-Blanche et de la CIA. Au cours du procès de terroristes d’extrême droite accusés d’être impliqués dans les attentats de la Piazza Fontana, Maletti témoigna : « La CIA, sur les directives de son gouvernement, souhaitait créer un nationalisme italien capable d’enrayer ce qu’elle considérait comme un glissement vers la gauche et, dans ce but, elle a pu utiliser le terrorisme d’extrême droite. » (Daniele Ganser, Quand le juge Felice Casson a dévoilé le Gladio… Les armées secrètes de l’OTAN (I))

Le recrutement d’armées paramilitaires et d’escadrons de la mort a joué un rôle clé dans la mise en œuvre de la politique étrangère étasunienne. Ces « soldats de l‘ombre » ont été transformés en « combattants de la liberté » très visibles, menant les guerres de l’Empire au premier rang et bien en vue : les moudjahidines afghans, le Contras du Nicaragua, les rebelles kosovars et haïtiens, etc.

Comme l’histoire récente l’a démontré, les puissances occidentales emploient toujours cette terminologie vertueuse afin de décrire leurs fantassins, leurs terroristes au Moyen-Orient : les « rebelles libyens prodémocratie » et l’« Armée syrienne libre ». Mais pour la liberté de qui se battent-ils? Si un gang armé telle l’Armée syrienne libre envahissait les rues d’un quelconque pays occidental, on le qualifierait de groupe terroriste et il serait immédiatement écrasé par la Défense nationale.

Non seulement les médias mainstream ignorent l’Histoire, mais ils déforment la réalité, ils passent sous silence des informations essentielles. Ils ne font jamais les liens entre les événements. Comme le souligne Silvia Cattori :

Voilà les « rebelles » que soutient l’Occident, allié aux monarchistes obscurantistes du Golfe. Voilà ceux qu’ils voudraient mettre au pouvoir en Syrie, pays laïc comme l’était la Lybie, aujourd’hui en plein chaos. Il ne s’agit pas d’une guerre civile, mais d’une guerre menée par des puissances étrangères, et programmée de très longue date… [International news] (Silvia Cattori, Les crimes de l’ “Armée syrienne libre” que les médias traditionnels cachent)

Ces omissions et déformations donnent lieu à une interprétation kafkaïenne de la réalité, laquelle devient tôt ou tard, sauf dans le cas des médias alternatifs indépendants, le consensus véhiculé par les médias et servant des intérêts politiques et financiers dominants.

Voici une liste d’articles récents sur les combattants de la liberté de l’Occident, ainsi qu’une sélection d’articles de nos archives. Vous pouvez également consulter nos archives pour plus d’articles sur le sujet.

GLADIO

Quand le juge Felice Casson a dévoilé le Gladio… - par Daniele Ganser – 2009-10-22

Quand le Gladio fut découvert dans les États européens… - par Daniele Ganser – 2009-10-26

Gladio : Pourquoi l’OTAN, la CIA et le MI6 continuent de nier - par Daniele Ganser – 2009-11-03


SYRIE


De l’intervention militaire en Syrie : qui croire, BHL ou Jalili ?
- par Fida Dakroub – 2012-08-13

La guerre impérialiste contre la Syrie s’intensifie et les masques tombent…dans cette comédie burlesque intitulée « Printemps arabe », c’est que le principal acteur n’est pas un arabe, mais un philosophe prosaïque et fastidieux, connu sous le nom de Bernard-Henri Lévy.

 


Le déclenchement d’une guerre “humanitaire” contre la Syrie
- par Michel Chossudovsky – 2012-08-13

Des déploiements navals et aériens ont déjà été annoncés. Selon des sources militaires britanniques «l’escalade de la guerre civile en Syrie a augmenté la probabilité que l’Occident soit forcé d’intervenir».

 


Syrie : États-Unis et terrorisme international… nouvelles cartes… même combat !
- par Docteur Amin Hoteit – 2012-08-07

Il n’aura pas fallu plus de deux jours aux USA pour jeter de nouvelles cartes dans ce qu’il est convenu d’appeler « la crise syrienne » : d’abord celle de la démission de Mr Kofi Annan, puis celle de la résolution adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU sur la base d’un projet dicté aux saoudiens… 
Les crimes de l’ “Armée syrienne libre” que les médias traditionnels cachent - 2012-07-28

  


Qui se bat en Syrie ?
- par Thierry Meyssan – 2012-07-24

Alors que la presse occidentale présente l’Armée syrienne libre comme une organisation révolutionnaire armée, Thierry Meyssan affirme depuis plus d’un an qu’il s’agit au contraire d’une formation contre-révolutionnaire. Selon lui, elle serait progressivement passée des mains des monarchies réactionnaires du Golfe à celle de la Turquie, agissant pour l’OTAN.
   


Le soutien de la CIA à l’opposition syrienne pour les massacres de civils
 
- par Kurt Nimmo – 2012-06-24
 


SYRIE : Les rebelles sont responsables du massacre de Houla
La vérité sur le massacre de Houla dévoilée par un des plus grands quotidiens allemands
- par John Rosenthal – 2012-06-10 


LYBIE

La CIA aux commandes de l’armée libyenne - par Patrick Martin – 2011-11-21

Libye, la guerre secrète de la Cia - par Manlio Dinucci – 2011-04-01

A Tripoli les « rebelles » des forces spéciales OTAN - par Manlio Dinucci – 2011-08-25

LIBYE : Opération clandestine et propagande de guerre - par Julie Lévesque – 2011-10-20

L’OTAN et sa sale guerre en Libye - par Webster G. Tarpley – 2011-08-28

NICARAGUA VS SYRIE

  


Observer la Syrie et se rappeler le Nicaragua
L’histoire nous montre que les Etats-Unis attaquent vicieusement les vraies révolutions et ne les soutiennent certainement pas
- par Richard Becker – 2012-07-24
 


L’Armée syrienne libre : Révolutionnaire ou Contra ?
 
- par Thierry Meyssan – 2012-08-12 

KOSOVO

La déstabilisation de la Bolivie et « l’option Kosovo » - par Michel Chossudovsky – 2008-10-07

L’opposition syrienne étudie les tactiques de la terreur au Kosovo - par RT – 2012-05-07

Un mouvement antiguerre à l’envers : la « voie humanitaire » vers la guerre nucléaire ? - par Michel Chossudovsky – 2010-11-10

Stratégie impériale pour un nouvel ordre mondial: les origines de la Troisième Guerre mondiale. - par Andrew Gavin Marshall – 2009-11-20

Un témoin (*) raconte ce qui s’est véritablement passé ces dernières semaines dans le quartier qui abrite le tombeau de Sayyda Zaynab (**), un haut-lieu de pèlerinage. Il décrit avec quelle férocité les troubles fomentés par des groupes sunnites se sont déroulés. Son récit, fondé sur des faits précis démontre que, contrairement à ce qui est rapporté par la presse internationale, « les rebelles » ne sont pas les « gentilles » victimes de l’armée régulière mais des bourreaux qui entrent dans les villes et les villages, s’y implantent par la force, terrifient, massacrent, contraignent les habitants qui ne se rallient pas à eux à s’enfuir. - (Silvia Cattori)

Témoignage sur les combats qui depuis juillet bouleversent le quartier de Sayyda Zaynab et ses environs (banlieu de Damas)
Damas, 15 août 2012

Ce compte rendu rapporte très précisément ce dont je suis témoin, tel qu’il s’est passé et a été vu par les habitants présents dans le quartier qui abrite le sanctuaire de Sayyda Zaynab à 15 km au sud-est de Damas.

Toute cette zone comprend des communautés multiethniques et multiconfessionnelles. Les gens qui habitent dans les quartiers environnants viennent essentiellement du Golan syrien ; il s’agit de Syriens qui ont été déplacés de ce territoire sous occupation israélienne et qui vivent dans cette zone. Tandis que le quartier qui abrite le sanctuaire de Sayyda Zaynab est habité par environ 60% de chiites. Ces derniers sont souvent propriétaires d’hôtels et proviennent principalement de Syrie, d’Irak, et d’Afghanistan. On y trouve des centres d’enseignement et des séminaires islamiques ; les diverses confessions y pratiquent leurs activités religieuses très librement. Les institutions religieuses et éducatives chiites et les séminaires (principalement gérés par des non-syriens) sont ouverts à de nombreux étudiants qui proviennent de toutes les parties du monde, et parrainent également des étudiants locaux. Tous les fonds viennent de l’étranger par l’intermédiaire d’organismes de bienfaisance, de centres éducatifs et de grands clercs. Étant donné les prix attractifs de l’immobilier, d’autres chiites, pauvres pour l’essentiel – qu’ils soient Syriens, Afghans ou alors réfugiés irakiens – vivent en tant que minorité dans des zones voisines à majorité sunnite originaire du Golan (des régions appelées Hijjirah, Ghurbah, Thiyabiyyah, Speanah, Bibbilah, etc). Ses habitants sont essentiellement des familles pauvres ayant un faible niveau d’éducation scolaire.

Depuis environ une année, de petites manifestations quotidiennes contre les autorités syriennes ont eu lieu dans les quartiers environnants. Mais cela ne fut pas le cas dans le quartier qui abrite le Saint sanctuaire ; ni les chiites ni les sunnites n’ont pris part à ces manifestations. Les sunnites vivant aux abords du Saint sanctuaire étaient conscients que tout renversement politique consécutif à l’opposition islamiste sunnite éliminerait le tourisme religieux et ses pèlerins chiites. Si il avait lieu, un tel changement de pouvoir signifierait la faillite de leurs commerces, tout comme celui des chiites. Et même si ces derniers n’étaient pas éliminés, cela aurait au minimum comme conséquence une restriction de leurs libertés et droits religieux. C’est pourquoi, jusqu’à ces derniers jours [3 août 2012], les sunnites ont toujours continué de pratiquer leur religion dans le calme, au sein des nombreuses mosquées sunnites qui entourent le sanctuaire de Sayyda Zaynab.

Ce ne fut pas le cas cependant dans les zones voisines. Des gens jalousaient les habitants de la zone du sanctuaire à qui le tourisme religieux offre plus d’opportunités commerciales. Les groupes d’opposition sunnite reprochent vivement aux minorités religieuses en Syrie (en particulier aux chiites) de ne pas soutenir leurs revendications. Ils voient dans ce silence une manière de soutenir le « régime syrien ». Ainsi, certaines personnes, – en particulier les extrémistes sunnites « wahhabites » et « salafistes » – utilisent ce genre de critique politique pour véhiculer une haine sectaire.

Une nouvelle étape du conflit a commencé à partir d’avril 2012.

Des personnes liées à des groupes d’opposition ont commencé à assassiner des chercheurs ou enseignants des établissements religieux chiites, en particulier ceux qui vivaient parmi eux près des points chauds. Cependant la communauté chiite s’est efforcée de rester impassible malgré quelques cas de violence, ce qui a permis aux étudiants de terminer l’année scolaire.

Le lundi 16 juillet 2012, les tensions ont atteint un point culminant.

Dans la matinée, des habitants de ces zones ont remarqué la présence de groupes armés (de pistolets, fusils, épées ou haches) composés d’étrangers accompagnés par quelques personnes locales liées à des groupes d’opposition. C’était la première fois qu’ils voyaient des groupes armés s’afficher et traîner dans les rues. À 12 heures, on a entendu dans les mosquées sunnites et dans les rues des haut-parleurs appelant au « jihad islamique » et ordonnant aux chiites de quitter immédiatement l’endroit sous peine d’être tous tués. Après quelques minutes, d’autres appels ont intimé à toutes les personnes sunnites qui ne soutenaient pas l’opposition l’ordre de quitter également l’endroit sans quoi ils connaîtraient le même sort que les chiites. Les gens terrifiés et déconcertés s’enfuirent dans toutes les directions sans rien emporter. La plupart des chiites et nombre de sunnites non liés à l’opposition ont cherché refuge à proximité du sanctuaire de Sayyda Zaynab, cette zone apparaissant comme étant plus sûre en raison de ses bâtiments modernes plus solides et de ses rues très étroites, plus faciles à garder.

Le mardi 17 juillet 2012.

Une attaque a eu lieu contre le poste de police situé dans la rue principale jouxtant le sanctuaire. Les tirs ont duré environ deux heures ; les assaillants se sont retirés après l’arrivée d’un groupe de policiers. Dans la soirée, on a entendu des tirs d’armes lourdes et des bruits de bombes. Des hommes armés qui prétendaient appartenir à « l’armée libre » (d’opposition) ont déclaré que leurs zones (Hijjira, Mashtal, Thiyabiyya, etc) étaient sous leur contrôle et qu’ils étaient maintenant prêts à entrer dans celle du sanctuaire de Sayyda Zaynab, abritant principalement des chiites de différents pays.

Dans cette zone, la majorité des gens parmi lesquels je réside étaient des civils politiquement neutres. En dehors d’un poste de police local, il n’y avait sur les lieux ni l’armée syrienne ni aucune milice. À minuit, une bataille acharnée éclata entre les opposants armés et les résidents du quartier qui s’étaient immédiatement organisés en une petite milice locale pour défendre la zone. Après avoir à plusieurs reprises tenté de pénétrer la zone, les opposants armés ont attaqué avec des roquettes et des bombes une mosquée iranienne au nord, ainsi que le bureau de l’Imam Khamenei.

Des jeunes hommes armés ont attaqué du côté opposé l’hôpital caritatif Imam Khomeyni et ont volé tout son contenu. Deux membres du personnel (essentiellement composé de chiites) ont disparu, personne ne les a plus revus.

Le lendemain, à partir du toit de notre immeuble, j’ai pu voir des hélicoptères aller bombarder dans la région de Thyabiya l’hôpital que « l’armée libre » (d’opposition) venait d’occuper pour en faire le bastion d’où elle mènerait ses opérations.

Il semblait y avoir deux camps distincts. Le camp des résidents syriens chiites se trouvant à proximité du saint sanctuaire qui faisait face au camp des sunnites retranchés de l’autre côté de la zone. Nous avons assisté à une véritable bataille qui opposait les jeunes de ces deux régions voisines. Une bataille caractérisée par son caractère sectaire. Il y eut des deux côtés de nombreux morts, blessés et kidnappés, en plus du saccage des maisons et des meurtres de leurs habitants. Jusqu’à ce moment là, l’armée n’était pas intervenue.

Le mercredi 18 juillet 2012.

Les hélicoptères sont arrivés et ont ouvert le feu sur toute la zone aux mains des groupes d’opposition. La plupart des mosquées sunnites appelaient au Jihad par haut-parleurs en criant continuellement « Allahu Akbar » pendant l’attaque. Les groupes armés ont tiré contre les hélicoptères en utilisant des missiles et d’autres armes, mais sans succès. Les bâtiments, les portes et les fenêtres tremblaient à cause de cette bataille féroce qui s’est pratiquement arrêtée l’après-midi.

En fin d’après midi, un grand nombre d’hommes armés étrangers [la prétendue opposition] ont débarqué dans la rue « irakienne » et la place « irakienne » (à seulement 500 mètres du sanctuaire), soit la porte nord de la zone. C’est là que se trouvaient la plupart des réfugiés chiites, ainsi que des réfugiés en provenance de Homs. La majorité de ces habitants sont des Irakiens sunnites et chiites, mais aussi des hommes d’affaires irakiens. Les hommes armés ont ordonné à tous les Irakiens de quitter les lieux sur le champ, et en ont tué plusieurs d’entre eux durant les derniers jours. Il n’y avait pas assez de moyens de transport pour évacuer les milliers de familles. Dans la soirée, de grandes batailles ont eu lieu entre les assaillants armés et des jeunes chiites de la région ainsi que plusieurs tentatives des opposants armés de pénétrer la zone s’étendant sur moins d’un km2. De nombreux appels demandant à la police et aux forces armées d’intervenir ont été lancés par les résidents mais il n’y eut aucune réponse. Des personnes ont été tuées et blessées des deux côtés.

Jeudi 19 juillet 2012.

Un hélicoptère a lancé un missile sur un enterrement ayant lieu dans la zone de Hijjirah à 3 km du sanctuaire de Sayyida Zaynab. Un porte-parole de l’opposition a affirmé que près de 100 personnes ont été tuées et blessées, dont nombre d’entre-elles étaient inconnues. Plusieurs autres hélicoptères sont arrivés et ont ouvert le feu sur des bâtiments abritant les rebelles armés.

De nombreux civils se sont échappés de cette zone pour se rendre dans la zone du sanctuaire. Là, les habitants de ce quartier accueillent dans leurs maisons, même des gens qu’ils ne connaissent pas. Plus de 3’000 familles vivent désormais dans ce quartier au frais de ses habitants ; les familles et les orphelins sont nourris et logés et les pauvres soutenus financièrement.

Contrairement à ce qui a été rapporté, je n’ai pas remarqué de milices irakiennes, ni libanaises du côté chiite.

Jeudi après-midi, les groupes d’opposition appelaient par haut-parleurs depuis les mosquées à tuer tous les chiites en criant « Allahu Akbar ». Ces groupes ont bloqué toutes les routes vers Damas et ailleurs. Des chiites ont été capturés et parfois tués ce qui a soulevé la peur parmi eux.

Dans la soirée, de violents combats ont éclaté entre les groupes armés et les jeunes chiites armés dans la zone de Sayyida Zainab. Le lendemain des cadavres ont été retrouvés dans les rues, semant la confusion et la panique parmi la population. La peur et l’anxiété étaient palpables pour tout le monde, y compris moi-même et ma famille.

Au petit matin, un grand nombre d’hommes armés se préparaient dans la région d’Hijjirah pour une attaque sur la zone du sanctuaire en représailles aux événements de la veille. Beaucoup de gens ont perdu la vie ou ont été blessés suite à des bombardements venant d’hélicoptères. Du côté du sanctuaire, les gens ont commencé à craindre des massacres de masse, surtout quand les opposants armés ont déclaré leur volonté de détruire la région. Armés de fusils, les habitants ont clairement affiché leur volonté de défendre leur quartier jusqu’à la mort. Il n’y avait jusqu’à lors aucune force gouvernementale excepté quelques vols d’hélicoptères de temps à autre.

Vendredi 20 juillet 2012.

Cette journée a été un tournant décisif contre les rebelles. Couvertes par des hélicoptères, les troupes de l’armée de terre sont arrivées dans la zone. D’énormes bombardements nous ont obligés à nous réfugier dans un abri précaire de notre immeuble. Nous ne savions pas ce qui se passait. Aucun magasin n’était ouvert, aucun soin n’était dispensé et notre rue était déserte (à environ 400 mètres du sanctuaire). La quasi totalité de mes voisins se sont échappés sans prévenir. Il n’y avait plus de nourriture, pas d’eau potable et pas de moyens de transport vers l’extérieur. L’après-midi, mon ami, un Irakien professeur d’arabe et sa famille, ont insisté pour quitter le pays quoi qu’il arrive. J’ai pu les aider à porter leurs bagages sur un fauteuil roulant. Nous avons marché 1’200 mètres jusqu’à la station de bus « irakienne », des tirs lourds au dessus de nos têtes. Je l’ai salué à mi-chemin puis suis rapidement retourné vers ma famille.

Samedi 21 juillet 2012

Il y avait partout des bombardements. J’ai réussi à réserver des places de bus pour ma famille à un prix très élevé. Les rues étaient vides, hormis quelques jeunes gens armés qui bloquaient les routes de la zone aux inconnus. J’ai transporté les bagages lourds de ma famille sur une distance de plus de 1’200 mètres et réussi à les évacuer. C’était un chemin très risqué. Dans la soirée, j’ai entendu que les troupes de l’armée gouvernementales se dirigeaient vers « Thyabiya » et quelques autres zones. Cette nuit a été la pire de toutes. Beaucoup d’hommes armés ont réussi à s’échapper du champ de bataille et sont venus se cacher dans notre bloc, sur les toits des bâtiments vides. Ils ont alors commencé à ouvrir le feu contre le point de contrôle de la porte sud de la zone du sanctuaire. Des tireurs d’élite [opposants armés] occupaient des endroits stratégiques sur les toits.

Une bataille acharnée s’est déroulée dans la nuit noire ; il n’y avait plus d’électricité, pas de cliniques, pas de pharmacies, etc … Les fenêtres explosaient ; les bris de vitres étaient partout visibles au lever du jour. Je remercie Dieu de m’avoir permis d’évacuer ma famille à temps.

Dimanche 22 juillet 2012

La matinée a été très calme puis la situation a soudain explosé dans l’après-midi. Des troupes de l’armée accompagnées d’hélicoptères ont commencé à attaquer les zones « chaudes » également aux alentours du sanctuaire où des milliers de familles déplacées et les réfugiés étaient hébergés. Les hôpitaux de la région qui avaient d’abord été occupés par les rebelles armés pour y installer leur base, ont été repris par les forces gouvernementales. Les mosquées également occupées comme bases par les rebelles armés ont aussi été bombardées et endommagées. Cette situation s’est poursuivie les deux jours suivants.

Le mardi 24 juillet la situation s’est améliorée grâce à certaines personnes qui ont commencé à aller chercher de la nourriture, de l’eau et d’autres produits de première nécessité. J’ai été en mesure de trouver un ami qui possède un taxi pour me rendre à Damas afin de réserver des billets en cas d’urgence. Le chemin de Damas était vide et absolument terrifiant. Si des hommes armés barraient la route et venaient à savoir que moi et mon compagnon étions chiites, ils nous auraient capturés. Nous avons été en mesure de passer et de revenir à nouveau. À notre retour, il semblait que les combattants avaient été chassés ou alors qu’ils se reposaient. Dans la soirée, nous avons de nouveau entendu des combats mais cette fois-ci plus loin qu’auparavant. Le lendemain se déroula de la même manière sauf que les organisations de bienfaisance, l’équipe du Croissant-Rouge et les sauveteurs ont commencé à arriver et à aider les personnes en difficulté.

Les jours suivants, et jusqu’à maintenant, la situation s’est beaucoup améliorée mais elle n’est toujours pas stabilisée. De temps à autres, des rebelles peuvent saisir une opportunité pour attaquer un point de contrôle ou un poste de police. Cependant, certains magasins ont commencé à ouvrir de nouveau et nous pouvons apercevoir quelques taxis dans les rues. Je suis allé à Damas le mercredi 1er août 2012 pour recevoir des aides destinées aux pauvres et aux personnes déplacées. La route était sécurisée. Les habitants des zones « chaudes » ont pu commencer à retourner dans leurs maisons. Certains les ont trouvées endommagées. Certains chiites sont retournés à leurs écoles pour constater les vols, les incendies causés par les opposants armés ou les dommages dus aux bombardements. Mais parmi eux, certains syriens ou afghans que je connais et qui étaient attendus par les hommes armés ont été tués.

Actuellement, il n’y a plus de troupes dans la zone, c’est la police qui occupe principalement les rues.

Anonyme, 15 août 2012

(*) La personne qui a fait parvenir ce récit fort instructif au blog Karbalaqsa, par le biais d’un des contacts du blog, souhaite garder l’anonymat pour des raisons de sécurité.

(**) Les 48 pèlerins iraniens, parmi eux des femmes et des enfants, kidnappés par la prétendue « Armée libre » (ASL), le 4 août, alors qu’ils se rendaient à l’aéroport pour rentrer en Iran après avoir visité le tombeau de Zaynab, c’est à des fins de propagande qu’ils ont été présentés comme appartenant aux « Gardiens de la révolution » iranienne.

Source originale et traduction :
Karbalaqsa http://karbalaqsa.blogspot.ch/

Armée nationale syrienne a donné l’assaut à Al-Tal. Elle est parvenue à libérer sains et saufs les journalistes détenus par l’Armée « syrienne » libre.

L’assistant cadreur Hatem Abou-Yehya, avait quant à lui, été tué cinq jours auparavant.

Au cours de l’opération, plusieurs chefs des Contras ont été tués, dont Maher Ismaïl al-Tahhan, Yasser Charif al-Ahmar et Mouafaq Ismaïl al-Taleb.

Les trois journalistes d’Al-Ikhbariya, Yara Saleh, Abdallah Tabra et Hossam Imad ont pu immédiatement se rendre au siège de la télévision nationale (qui prête des studios à Al-Ikhbariya depuis que ceux de la chaîne privée ont été détruits par les Contras) où ils ont été accueillis par leurs collègues.

Reportage À la télévisoin syrienne

SYRIE : La guerre du « Pipelineistan »

août 15th, 2012 by Pepe Escobar

Dans les profondeurs du « Volcan de Damas » et de la « Bataille d’ Aleph », les plaques tectoniques du jeu d’échecs de l’énergie mondiale continuent de retentir. Au-delà de la tragédie et de la douleur de la guerre civile, la Syrie est aussi l’oblet du tour de passe-passe appelé « Ducistan » [1].

Il y a plus d’un an, l’Iran, l’Irak et la Syrie, sont parvenus à un accord pour 10 000 millions de dollars, partie du « Ducistan », selon lequel en 2016 un gazoduc sera construit depuis le gisement gigantesque de «  South Pars  » en Iran [2], en traversant l’Irak et la Syrie, avec une possible extension vers le Liban. A la clef, le marché d’exportation vers l’Europe.

Pendant les 12 derniers mois, avec la Syrie précipitée dans une guerre civile, on n’a pas parlé du gazoduc. Jusqu’à présent. La paranoïa suprême de l’Union Européenne est de devenir l’otage de la russe Gazprom. Le gazoduc d’Iran-Irak-Syrie serait essentiel pour diversifier l’approvisionnement d’énergie de l’Europe, en les écartant de la Russie.

La chose est encore plus compliquée. Il se trouve que la Turquie est le deuxième client de Gazprom. Toute l’architecture de la sécurité énergétique de la Turquie dépend du gaz de la Russie et de l’Iran. La Turquie rêve de se convertir en une nouvelle Chine, dessinant l’ Anatolie comme le carrefour le plus stratégique du « Ducistán » pour l’exportation de pétrole et de gaz russe, de la Caspienne et l’Asie centrale, de l’Irak et de l’Iran.

S’il s’agit de laisser de côté l’Ankara dans ce jeu-là, alors de graves problèmes surviennent. Pratiquement jusqu’à hier, Ankara conseillait à Damas de mener à bien une réforme du régime, et rapidement. La Turquie ne désirait pas le chaos en Syrie. Maintenant la Turquie nourrit le chaos de la Syrie. Examinons l’un des motifs possibles cruciaux.

Je suis allé au carrefour

La Syrie n’est pas un producteur important de pétrole ; ses réserves s’épuisent. Cependant, jusqu’à l’explosion de la guerre civile, Damas obtenait 4 000 millions de dollars par an de ventes du pétrole, une somme pas négligeable, un tiers du budget gouvernemental.

La Syrie est beaucoup plus importante comme carrefour énergétique, comme la Turquie, mais à une échelle moindre. Le point essentiel est que la Turquie a besoin de la Syrie pour sa stratégie énergétique.

Le jeu de la Syrie dans le « Ducistan » inclut le Gazoduc Arabe (Arab Gas Pipeline – AGP) de l’Égypte à Tripoli (au Liban) et [le Kirkuk-Baniyas. Ndlt] celui de l’Iraq Petroleum Company (IPC) de Kirkuk, en Irak, à Baniyas [en Syrie], paralysé depuis l’invasion US de 2003.

La pièce maitresse de la stratégie énergétique syrienne est la « Stratégie des quatre mers » [ Fours seas strategy ], un concept introduit par Bashar el-Asad au début de 2011, deux mois avant du début du soulèvement. C’est comme un mini tour de passe-passe turc, un réseau énergétique qui lie la Méditerranée, la Mer Caspienne, la Mer Noire et le Golfe Persique.

Damas et Ankara se sont rapidement mis à l’œuvre en intégrant leurs réseaux de gaz, en les liant avec l’AGP et, crucialement, en planifiant le développement de l’AGP d’Aleph à Kilis en Turquie ; ce qui pourrait se lier par la suite avec lopéra permanent du « Ducistan », Nabucco, assumant que cette volumineuse dame [Nabucco] arrive à chanter un jour (quelque chose qui est loin d’être certain).

Damas aussi se préparait à faire un pas en avant avec l’IPC ; à la fin de 2010 il a signé un mémorandum d’entente avec Bagdad pour construire un gazoduc et deux oléoducs. Le marché visé, encore une fois : l’Europe.

Et tout à coup les portes de l’enfer se sont ouvertes. Même avant que ne commence le soulèvement, on est parvenu à l’accord du « Ducistan » Iran-Irak-Syrie pour 10 000 millions de dollars. S’il se réalise, il transportera au moins 30 % de plus de gaz que Nabucco, se risque donc ceux qui le rejettent.

Aïe !, Voila le problème. Ce lui qu’on appelle parfois le « Gazoduc Islamique » passe à par un côté de la Turquie.

Il reste à voir si cette stratégie complexe du « Ducistan » peut se considérer comme un casus belli pour que la Turquie et OTAN tentent tout pour détruire el-Assad ; mais il faut rappeler que la stratégie de Washington dans le sud-ouest de l’Asie depuis le gouvernement de Clinton a été de mettre de côté, d’isoler et de nuire à l’Iran par tous les moyens.

Des relations dangereuses

Damas utilisait certainement une stratégie très complexe à deux voies, en se liant en même temps avec la Turquie (et le Kurdistan irakien) mais aussi en esquivant la Turquie et en incorporant l’Iran.

Avec la Syrie plongée dans la guerre civile, aucun investisseur n’arriverait à rêver au jeu du « Ducistan ». Cependant, dans un scénario post el-Assad toutes les possibilités sont ouvertes. Tout dépendra de la relation future entre Damas et Ankara, et Damas et Bagdad.

En tout cas le pétrole et le gaz auront à provenir de l’Irak (en plus de plus de gaz de l’Iran) ; mais le destin final du « Ducistan » syrien pourrait être la Turquie, le Liban et même la Syrie même, en exportant directement en Europe depuis la Méditerranée Orientale.

Ankara parie certainement sur un gouvernement post el-Assad dirigé par sunnites, pas très différent de l’Adalet ve Kalkınma Partisi AKP [3]. La Turquie a déjà arrêté la prospection conjointe du pétrole avec la Syrie et est sur le point de suspendre toutes les relations commerciales.

Les relations entre la Syrie et l’Irak impliquent deux courants séparés qui sont deux mondes distincts : l’un avec Bagdad et l’autre avec le Kurdistan irakien.

Imaginez un gouvernement syrien du CNS-ALS [Conseil national syrien-Armée syrienne libre] ; il serait certainement antagonique avec Bagdad, surtout en termes sectaires ; de plus, le gouvernement à majorité chiite d’al-Maliki a de bonnes relations stratégiques avec Téhéran, et récemment aussi avec Assad.

Les montagnes alaouites dominent les routes du « Ducistan » syrien vers les ports de la Méditerranée Orientale de Banyas, de Latakia et de Tartus. Il y a aussi beaucoup de gaz en attendant qu’ils le découvrent après les succès récents à Chypre et àIsraël. En supposant que soit déposé le régime d’Asad mais que commence une retraite stratégique vers les montagnes, les possibilités de sabotage des conduits de la part d’un guerrilla se multiplie.

Comme les choses vont, personne ne sait sous quelle forme un Damas post el-Assad définira ses relations avec Ankara, Bagdad et le Kurdistan irakien, en plus de Téhéran. La Syrie, cependant continuera à participer au jeu du « Ducistan ».

L’énigme kurde

La plupart des réserves pétrolières de la Syrie sont dans le nord-est kurde, qui géographiquement se trouve entre l’Irak et la Turquie ; le reste est le long de l’Euphrate, vers le sud.

Les kurdes syriens représentent 9 % de la population, à peu près 1,6 million. Même s’ils ne constituent pas une minorité considérable, les kurdes syriens considèrent déjà que , déjà quoi qu’il arrive dans un environnement post el-Assad, ils seront très bien positionnés pour le « Ducistan », offrant une route directe aux exportations du Kurdistan irakien, esquivant, en théorie, Bagdad et Ankara.

C’est comme si toute la région jouait une « loterie de contournement  ». De la même manière que le Gazoduc Islamique peut être interprété comme une route alternative pour la Turquie, un accord direct entre Ankara et le Kurdistan irakien pour deux oléoducs et des gazoducs de Kirkuk à Ceyhan peuvent être considérés comme une alternative pour Bagdad.

Bien sûr, Bagdad s’opposera en soulignant que ces conduits manquent d’un cadre légal sans que le gouvernement central en ait une partie importante ; après tout il paie 95 % du budget du Kurdistan irakien.

Les kurdes en Syrie et en Irak ont maintenu un jeu rusé. En Syrie ils n’ont pas confiance en Assad ou en l’ opposition du CNS. Le PYD – lié au PKK – repousse le CNS comme une marionnette de la Turquie. Et le Conseil national séculier Kurde (KNC) a peur des Frères Musulmans syriens.

Par conséquent la majorité absolue des kurdes syriens sont restés neutres ; aucun appui aux marionnettes turques (ou saoudiennes), tout le pouvoir pour la cause pan-kurde. Le leader du PYD a tout résumé ainsi : « L’important est que nous les kurdes nous défendons notre existence ».

Cela signifie essentiellement, plus d’autonomie. Et c’est exactement ce qu’ils ont obtenu dans l’accord signé à Erbil le 11 juillet, sous les auspices du président du Kurdistan irakien, Masoud Barzani ; l’administration conjointe du Kurdistan syrien de la part du PYD et le KNC. C’était la conséquence directe d’un retrait stratégique rusé du régime d’Assad.

Il n’est pas surprenant que Ankara devienne fou, ne le préoccupe pas seulement que le PKK trouve refuge en Syrie, hébergé par ses cousins du PYD, mais aussi par deux petits États kurdes de fait, qui envoient un signe puissant aux kurdes d’Anatolie.

Ce que Ankara pourrait faire pour minimiser son cauchemar est d’aider discrètement les kurdes syriens économiquement – de l’aide à des investissements en infrastructure – à travers eurs bonnes relations avec le Kurdistan irakien.

Du point de vue d’Ankara, rien ne peut gêner le chemin vers son rêve de devenir le plus grand carrefour énergétique entre l’Est et l’Ouest. Cela implique une relation extrêmement complexe au moins avec neuf pays : La Russie, l’Azerbaidjan, la Géorgie, l’Arménie, l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Liban et l’Égypte.

En ce qui concerne le reste de monde arabe, on était sérieusement avancé dans les discussions, même avant le Printemps Arabe, d’un « Ductistan » arabe qui pourrait lier le Caire, Amman, Damas, le Beyrouth et Bagdad. Il contribuerait à unifier et à développer davantage un nouveau Moyen-Orient que tout « processus de paix », « changement de régime » ou soulèvement pacifique ou militarisé.

Dans cette équation délicate, maintenant revient le rêve d’un Grand Kurdistan. Et les kurdes ont un motif pour sourire : Washington semble les appuyer silencieusement, une alliance stratégique très cauteleuse.

Certes, les motifs de Washington ne sont pas précisément altruistes. Le Kurdistan irakien sous Barzani est un instrument très précieux pour que les Etats-Unis maintiennent une trace militaire en Irak. Le Pentagone ne l’admettra jamais officiellement, mais des plans avancés existent déjà sur une nouvelle base des Etats-Unis au Kurdistan irakien, ou pour le transfert au Kurdistan irakien de la base de l’OTAN d’Incirlik.

C’est probablement l’un des les plus fascinants scénarios secondaires du Printemps Arabe : les kurdes s’adaptant parfaitement au jeu de Washington dans tout l’arc du Caucase jusqu’au Golfe.

Beaucoup de dirigeants de Chevron et de BP doivent se délecter face aux perspectives qu’ ouvrent les triangulations d’un « Ducistan » Irak-Syrie-Turquie. Pendant ce temps, beaucoup de kurdes peuvent se délecter face à la possibilité de ce que ce « Ducistan » ouvre les portes à un Grand Kurdistan.

Article original en anglais : « Syria’s Pipelineistan war. This is a war of deals, not bullets. » Al-Jazeera. Qatar, le 6 août 2012.

Traduit de l’anglais pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo. Paris, le 13 août 2012.

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Notes

[1] Duc conduit, du latin ducere « conduire ») et istan « pays de ». dans ce cas Pays de ducs : Oleoduc, gazoduc ou aqueduc.Ndlt

[2] Note de El Correo : South Pars est le site d’exploitation de gaz naturel le plus important du monde. Le gaz iranien en provenance de ce gisement sera livré par un pipeline à la Turquie avant d’être vendu aux consommateurs européens. Le gazoduc, qui aura 1 850 km de longueur, reliera la ville d’Assalouyeh (sud) à la ville de Bazargan (près de la frontière avec la Turquie).

[3] L’AKP est le parti de Recep Tayyip Erdoğan, actuel Premier ministre. L’AKP est un parti de centre-droite, au pouvoir depuis 2002.

Voici quatre siècles que des leaders politiques tentent de créer un ordre international qui régisse les relations entre les Nations et prévienne les guerres. Si le principe de souveraineté des États a donné des résultats, les organisations intergouvernementales ont surtout reflété les rapports de force d’un moment. Quant à l’ambitieux projet US de Nouvel Ordre Mondial, il est en train de se fracasser sur les nouvelles réalités géopolitiques.

L’idée d’un ordre mondial, ou international, apparaît dès le XVIIe siècle, même si l’expression « ordre mondial » n’a été introduite que récemment dans le discours politique. Elle a été discutée chaque fois que se présentait une occasion d’organiser et de pérenniser la paix.

C’est en 1603 que le roi de France Henri IV fit élaborer par son ministre, le duc de Sully, un premier projet. Il s’agissait de constituer une république chrétienne incluant tous les peuples d’Europe. Elle aurait garanti la préservation des nationalités et des cultes et aurait été chargée de régler les problèmes entre eux.

Ce Grand Dessein stipulait la une redéfinition des frontières des États pour équilibrer leur puissance, la création d’une Confédération européenne à 15, avec un Conseil supranational disposant d’un pouvoir d’arbitrage, et une armée capable de protéger la confédération face aux Turcs.

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Cependant ce rêve fut interrompu par l’assassinat d’Henri IV et ne ressurgit qu’à l’issue des guerres déclenchées par Louis XIV. L’abbé de Saint-Pierre lança son Projet pour rendre la paix perpétuelle entre les souverains chrétiens.

Ce plan, qui a été présenté au Congrès d’Utrecht (1713), consistait à adopter intégralement toutes les décisions prises dans ladite conférence comme base définitive en matière de tracement des frontières entre les pays belligérants, et la mise en place d’une ligue des nations européennes (une fédération internationale) ayant pour mission de prévenir les conflits.

Indépendamment de cette utopie, le plus important à cette époque fut, bien entendu, les Traités de paix de Westphalie, signés en 1648. Ils interviennent à l’issue d’un guerre de Trente ans, conduite sous bannières religieuses, donnant lieu à une accumulation de haine et à l’anéantissement de 40 % de la population.

Les négociations durèrent quatre ans (1644-1648). En définitive, elles consacrèrent une égalité dans les négociations entre toutes les parties belligérantes, qu’elles soient catholiques ou protestantes, monarchiques ou républicaines.

Les Traités de Westphalie posaient quatre principes fondamentaux :
 1. La souveraineté absolue de l’État-nation, et le droit fondamental à l’autodétermination politique.
 2. L’égalité juridique entre les États-nations. Le plus petit État est, de ce fait, égal au plus grand, quelque soit sa faiblesse ou sa force, sa richesse ou sa pauvreté.
 3. Le respect des traités, et l’émergence d’un droit international contraignant.
 4. La non ingérence dans les affaires intérieures des autres États.

Certes, ce sont des principes généraux qui ne déterminent pas une souveraineté absolue, mais il n’y en a jamais eu. Toutefois ces principes délégitimaient toute action susceptible d’abolir cette souveraineté.

Les philosophes politiques ont tous soutenu ces projets. Rousseau a vivement appelé à constituer un unique État contractuel regroupant tous les pays européens. Kant a publié en 1875 Vers la Paix perpétuelle. Pour lui, la paix est une construction juridique qui exige de codifier une loi générale applicable à tous les États. L’utilitariste anglais Bentham a stigmatisé la diplomatie secrète en ce qu’elle s’exonère du droit. Il a appelé également à créer une opinion publique internationale pouvant contraindre les gouvernements à se soumettre aux résolutions internationales ainsi qu’à l’arbitrage.

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Signature d’un des Traités de Westphalie

La création des institutions régulatrices internationales

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Clément-Wenceslas de Metternich (1773-1859)

L’idée d’un ordre international n’a cessé de progresser au fur et à mesure, et toujours sur la base des règles de la souveraineté adoptées par les Traités de Westphalie. Elle a donné naissance à la Sainte Alliance proposée par le Tsar Alexandre Ier en 1815, ainsi qu’au projet de Concert européen proposé par le chancelier autrichien Metternich au XIXème siècle visant à prévenir « la révolution » qui signifie dans le langage rationnel politique, le chaos.

C’est à partir de ce moment que les États commencèrent à tenir des sommets pour résoudre des problèmes en dehors des guerres, en privilégiant l’arbitrage et la diplomatie.

C’est dans cette perspective que la Société des Nations (SdN) fut fondée à l’issue de la Première Guerre mondiale. Mais elle n’était que la concrétisation des rapports de force du moment, au service des puissances victorieuses de cette guerre. Ses valeurs morales étaient donc relatives. Ainsi, malgré son objectif affiché de régler les différents entre nations par l’arbitrage plutôt que par la guerre, elle se déclarait compétente pour la supervision des peuples sous-développés ou colonisés -politiquement, économiquement, et administrativement- jusqu’à leur autodétermination. C’est ce qui a conduit naturellement à la légitimation des mandats. En tenant une telle position, la Société des Nations a incarné la réalité coloniale.

Le caractère artificiel de cette organisation s’est révélé lorsqu’elle s’est trouvée incapable de faire face à de graves événements internationaux comme la conquête de la Mandchourie par le Japon, celle de l’Abyssinie (Éthioipie) et l’annexion de Corfou (Grèce) par l’italie, etc.

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La Société des Nations réunie à Genève

Malgré le fait que l’idée de la SdN, concue par Léon Bourgeois, ait été promue par le président des États-Unis Woodrow Wilson, Washington n’y a jamais adhéré. Mis en cause, le Japon et l’Allemagne s’en sont retirés. De sorte que l’institution s’est trouvée sans valeur.

Successeur de la SdN, l’ONU était le reflet de la Charte de l’Atlantique, signée par les États-Unis et le Royaume-Uni, le 4 août 1941, et de la déclaration de Moscou, adoptée par les Alliés le 30 octobre 1943, annonçant la création d’« une organisation générale fondée sur le principe d’une égale souveraineté de tous les États pacifiques ». Le projet fut développé lors de la Conférence de Dumbarton Oaks tenue à Washington du 21 août au 7 octobre 1944.

Les principes de la Charte de l’Atlantique ont fait ainsi l’objet d’une approbation pendant la conférence de Yalta (4-12 Février 1945), avant d’être consacrés par la conférence de San Francisco (25 et 26 Juin 1945).

L’idéologie mondialiste s’est alors incarnée dans l’ONU qui, dès sa création, a prétendu établir un système de sécurité collective pour tous, y compris pour les États qui n’en étaient pas membres. En réalité, l’ONU n’est pas plus que la SdN une société contractuelle entre égaux, mais le reflet des rapports de force du moment au profit des vainqueurs du moment.

Cela dit, le monde entier s’inclina devant cette volonté.

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Le Conseil de sécurité des Nations Unies

Cette organisation, qui se voulait mondiale, n’était en pratique que l’expression de la volonté de domination des puissances victorieuses au détriment de la volonté des peuples qui n’était pas prise en compte.

Cette réalité géopolitique a été confirmée lors de la création du Conseil de sécurité formé de cinq grandes puissances (les vainqueurs) en qualité de membres permanents, et d’autres membres, non permanents, mais élus selon des critères géographiques, donnant lieu à une sous-représentation de l’Afrique et de l’Asie.

La défaillance de ce système est apparue durant la Guerre froide. Le conflit entre les deux grandes puissances s’est imposé aux petites qui en ont supporté toutes les conséquences sur les plans locaux ainsi que régionaux.

Cette structuration des rôles était évidente dans le fonctionnement de l’ONU que ce soit à l’égard des demandes d’adhésion que pour le traitement des conflits, comme on l’a vu à propos de la Palestine, de la Corée, de la nationalisation du pétrole iranien, de la crise du Canal de Suez, des occupations israéliennes, du Liban etc.

L’ONU a été créée en proclamant « la foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites, à créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international ». Cependant, le système de veto a privé les autres nations du droit d’être acteurs en toute égalité.

En définitive, les institutions internationales ont toujours illustré l’équilibre des puissances, loin de toute idée de justice au sens philosophique ou moral.

Le Conseil de sécurité est un directoire mondial (dans la continuation de celui installé par Metternich). Il réserve la capacité d’imposer des résolutions aux seuls Alliés, vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, et non à ceux qui recherchent la paix.

Après la dissolution de l’Union Soviétique, il était crucial de changer le système international.

Le remodelage des relations internationales par les États-Unis

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Leo Strauss (1899-1973)

C’est à ce moment que les disciples de Leo Strauss ont triomphé aux États-Unis avec l’aide des journalistes néoconservateurs. Selon eux, la société est divisée en trois castes : les sages, les seigneurs et le peuple. Les sages détiennent seuls la vérité et n’en révèlent qu’une partie aux politiciens (les seigneurs), tandis que le peuple doit se soumettre à leurs décisions. Ils n’ont cessé de promouvoir leurs idées et d’appeler à l’abrogation des principes des Traités de Westphalie, à savoir le respect de la souveraineté des États et la non ingérence dans leurs affaires intérieures. Pour imposer l’hégémonie occidentale, ils ont évoqué un « droit d’ingérence humanitaire », et une « responsabilité de protéger », incombant aux sages, exécutée par les seigneurs, et imposée aux peuples. Révisant le vocabulaire de la Seconde Guerre mondiale, ils ont aussi appelé à remplacer la « Résistance » par des négociations.

En 1999, les appels des néoconservateurs ont été relayés dans plusieurs pays occidentaux, notamment au Royaume-Uni et en France. Tony Blair présenta l’attaque du Kosovo par l’OTAN comme la première guerre humanitaire de l’Histoire. Dans un discours prononcé à Chicago, il affirma que le Royaume-Uni ne cherchait pas à défendre ses intérêts, mais à promouvoir des valeurs universelles. Sa déclaration fut saluée aussi bien par Henry Kissinger que par Javier Solana (qui était alors secrétaire général de l’OTAN et pas encore de l’UE). Peu après, Bernard Kouchner était nommé par l’ONU administrateur du Kosovo.

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Tony Blair énonce sa doctrine (Chicago, 22 avril 2009)

Il n’y a pas de différence notable entre la théorie des straussiens et celle des nazis. Dans Mein Kampf, Adoph Hitler stigmatisait déjà le principe de souveraineté des États affirmé par le Traité de Westphalie.

Au plan économique, cette vision des choses a déjà triomphé avec le FMI, la Banque mondiale et l’OMC. Dès leur création, ces institutions ont cherché à s’ingérer dans les politiques économiques, budgétaires et financières des États, surtout les plus pauvres et vulnérables. Certains États arabes ont été victimes de leurs conseils en matière de libéralisation économique, de privatisation du secteur public, de braderie des ressources naturelles.

Washington a hésité sur la conduite à tenir après la disparition de l’URSS. Progressivement les États-Unis se sont affirmés comme super-puissance unique, comme « hyper-puissance » selon l’expression d’Hubert Védrine. Dès lors, ils ont considéré que le système onusien hérité de la Seconde Guerre mondiale était dépassé. Il ne se sont pas contentés de se désintéresser de l’ONU, ils ont alors cesser de remplir leurs obligations financières, ils n’ont pas ratifié le Protocole de Kyoto, ils ont refusé d’adhérer à la Cour pénale internationale, et ont humilié l’Unesco à plusieurs reprises.

Les concepts issus de la Seconde Guerre mondiale ont été balayés par les attentats du 11 septembre 2001. La Stratégie nationale de sécurité des États-Unis d’Amérique, publiée par le président George W. Bush, le 20 septembre 2002, proclame un nouveau droit, « l’action militaire préventive conte les États voyous ».

La stratégie US s’est accompagnée d’un bouleversement conceptuel.
 La notion de Résistance, issue de la Résistance française à l’occupation nazie, a été délégitimée au profit d’une exigence de résolution des conflits par la négociation, indépendamment des droits inaliénables des parties. De même, la notion de terrorisme -jamais définie en droit international- a été utilisée pour délégitimer tout groupe armé en conflit avec un État, quelles que soient les causes de ce conflit.
 Abrogeant les lois de la guerre, Washington a remis au goût du jour les « assassinats ciblés » qu’il avait abandonnés après la guerre du Vietnam et qu’Israël pratique depuis plus d’une décennie. Selon leurs juristes, il ne s’agirait pas à proprement parler d’« assassinats », mais de « meurtre en légitime défense », alors même qu’il n’y a ni nécessité pour se protéger, ni concomitance de la menace et de la réaction, ni proportionnalité de la riposte.
 L’ingérence humanitaire, ou la responsabilité de protéger ont été placés au dessus de la souveraineté des États.
 Enfin, la notion d’États voyous a fait son apparition.

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Bernard Lewis (1916 – )

Ces États sont définis par quatre critères qui relèvent largement de la supputation et du procès d’intention :
 Leurs dirigeants oppriment leur population et pillent leurs biens.
 Ils ne respectent pas les lois internationales et constituent une menace permanente pour leurs voisins.
 Ils soutiennent le terrorisme.
 Ils haïssent les États-Unis et leurs principes démocratiques.

C’est avec une décennie de retard par rapport à la disparition de l’URSS que les États-Unis ont lancé leur remodelage des relations internationales. Concernant le Proche-Orient, le philosophe néoconservateur Bernard Lewis et son disciple Fouad Ajami ont énoncé les principaux objectifs : mettre fin au nationalisme arabe en frappant les régimes tyranniques qui ont cimenté la mosaïque tribale, confessionnelle, et religieuse. La destruction et le dépeçage des États de cette région conduiront au « Chaos constructeur », une situation incontrôlable dans laquelle disparaît toute cohésion sociale et où l’homme est renvoyé à l’état de nature. Ces sociétés retourneront alors à un stade pré-national, voire pré-historique, d’où surgiront des micro-États ethniquement homogènes et, par la force des choses, dépendants des États-Unis. L’un des leaders straussiens, Richard Perle, assurait que les guerres en Irak et au Liban seraient suivies d’autres en Syrie, en Arabie saoudite, et finiraient en apothéose en Égypte.

Trois étapes

Quoi qu’il en soit, la construction de ce Nouvel Ordre Mondial a traversé plusieurs étapes.

1. 1991-2002 fut une étape d’indétermination. Washington hésita à s’affirmer comme unique super-puissance et à décider unilatéralement du sort du monde. Même si cette période s’est étendue sur plus d’une décennie, elle ne représente qu’un bref moment de l’histoire.

2. Au cours des années 2003-2006, Washington a tenté d’appliquer à tout prix la théorie du « Chaos constructeur » pour étendre son hégémonie. Il a mené deux guerres, l’une avec ses propres troupes en Irak, l’autre par procuration au Liban. La défaite israélienne de 2006 a momentanément interrompu ce projet. La Russie et la Chine utilisèrent alors par deux fois leur veto au Conseil de sécurité (à propos du Myanmar et du Zimbabwe) comme pour manifester timidement leur retour sur la scène internationale.

3. Dans la période qui va de 2006 à aujourd’hui, le système unipolaire a cédé la place à un monde non-polaire. La puissance est dispersée. La Chine, l’UE, l’Inde, la Russie, et les États-Unis, représentent à eux seuls plus de la moitié des habitants du monde, ils détiennent 75 % du PIB mondial et effectuent 80 % des dépenses militaires. Cet état de fait justifie jusqu’à un certain point un fonctionnement multipolaire du fait de la compétition persistante entre ces pôles.

La nébuleuse d’un monde non-polaire

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Surtout, ces puissances doivent affronter des défis provenant aussi bien de dessus (les organisations régionales et mondiales) que de dessous (les milices, les ONG, les entreprises multinationales). La puissance est partout et nulle part, en plusieurs mains, en plusieurs lieux.

Outre les six grandes puissances mondiales, il existe quantité de puissances régionales. On peut évoquer en Amérique latine le cas du Brésil, plus ou moins l’Argentine, le Chili, le Mexique, le Venezuela. En Afrique, le Nigeria, l’Afrique du Sud, ainsi que l’Égypte. Au Proche-Orient, l’Iran, Israël, l’Arabie Saoudite. Le Pakistan, dans le sud-est de l’Asie. L’Australie, l’Indonésie, la Corée du Sud, en Asie orientale et dans le Pacifique occidental.

De nombreuses organisations intergouvernementales s’inscrivent sur cette liste de forces : le FMI, la Banque mondiale, l’OMS et l’ONU en tant que telles. Des organisations régionales comme l’Union africaine, la Ligue arabe, l’ASEAN, l’UE, l’ALBA, etc. Sans oublier des clubs comme l’OPEP.

Il faut encore ajouter certains États à l’intérieur des États-Nations comme la Californie ou l’Uttar Pradesh [ État d’Inde le plus peuplé ], et encore des villes comme New York ou Shanghai.

Il y a aussi les entreprises multinationales, notamment celles de l’énergie et des finances. Et les médias globaux comme Al-Jazeera, BBC, CNN. Et les milices comme le Hezbollah, l’Armée du Mehdi ou les Talibans. Il faut ajouter des partis politiques, des mouvements et institutions religieuses, des organisations terroristes, des cartels des drogues, des ONG et fondations. La liste est interminable.

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World Economic Forum (Davos)

Les États-Unis restent la principale concentration de puissance. Leurs dépenses militaires annuelles sont estimées à plus de 500 milliards de dollars. Ce chiffre peut atteindre 700 milliards, si nous prenons en compte le coût des opérations en cours, à la fois en Irak et en Afghanistan. Avec leur PIB annuel, estimé à 14 trillions de dollars, ils sont classés première économie dans le monde.

Toutefois, la réalité de la puissance états-unienne ne doit pas masquer son déclin à la fois en valeur absolue et relativement aux autres États. Comme l’a fait remarquer Richard Haass, le président du Council on Foreign Relations, la progression de pays comme la Chine, la Russie, l’Arabie saoudite et les Émirats atteint 1 trillion de dollars par an. Cela est dû bien sûr au marché de l’énergie. Vu l’explosion de la demande chinoise et indienne, ce montant continuera à croître. La faiblesse du dollar face à la livre sterling et à l’euro n’entrainera pas seulement une dépréciation de sa valeur face aux monnaies asiatiques, mais une possible transformation du marché du pétrole qui se payera avec un panier de devises, voire en euros.

Et lorsque le dollar ne sera plus la monnaie des échanges pétroliers, l’économie états-unienne se trouvera vulnérable à l’inflation et aux crises monétaires.

Deux mécanismes fondamentaux ont soutenu le monde non polaire :
 Nombre de flux financiers ont trouvé leur chemin en dehors des voies légales et à l’insu des gouvernements. Ce qui tend à montrer que la mondialisation affaiblit l’influence des puissances principales.
 Ces flux ont été largement utilisés par les États pétroliers pour financer secrètement des acteurs non-étatiques.

Par conséquent, dans un système non polaire, le fait d’être l’État le plus puissant du monde ne garantit pas le monopole de la force. Toutes sortes de groupes, voire d’individus, peuvent accumuler de l’influence.

Selon le professeur Hedley Bull, les relations internationales ont toujours été un mélange d’ordre et de chaos. Si l’on suit sa théorie, le système non-polaire livré à lui-même se complexifie. Et c’est ce qui s’est passé.

En 2011, l’exacerbation des tensions autour de la Libye a montré que le système non polaire n’était plus viable. Deux orientations concurrentes se sont fait jour.

La première est états-unienne. Elle vise à construire un Nouvel Ordre Mondial correspondant à la stratégie de Washington. Elle suppose l’abolition de la souveraineté des États, instaurée depuis les Traités de Westphalie, et son remplacement par l’ingérence humanitaire à la fois comme légitimation rhétorique et comme cheval de Troie de l’American Way of Life.

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Brésil + Russie + Inde + Chine = BRIC

La seconde, soutenue par l’Organisation de coopération de Shanghai et les BRICS, est sino-russe. Elle réclame le maintien des principes du Traité de Westphalie, sans pour autant envisager un retour en arrière. Il s’agit de déterminer une nouvelle règle du jeu. Quelque chose basé autour de deux noyaux autour desquels pivotent un certain nombre de pôles.

De toute évidence, le contrôle des ressources, notamment les énergies renouvelables, est le passage idéal vers la création d’un nouveau système, dont l’émergence est bloquée depuis 1991.

Il est clair aussi que le contrôle du gaz et des voies du transport, est le centre du conflit à propos de la Syrie. Sans aucun doute, la polarisation des puissances sur ce sujet dépasse certainement les causes internes, et surpasse la question d’accès aux eaux chaudes, ou l’intérêt logistique de la base navale de Tartous.

L’impératif énergétique

La bataille de l’énergie était la grande affaire de Dick Cheney. Il l’a conduite de 2000 à 2008 en confrontation nette avec la Chine et la Russie. Depuis cette politique a été poursuivie par Barack Obama.

Pour Cheney, la demande d’énergie progresse plus vite que l’offre ce qui conduit à terme à une situation de pénurie. Le maintien de la domination US passe donc prioritairement par le contrôle des réserves restantes de pétrole et de gaz. En outre, de manière plus générale, si les relations internationales actuelles sont structurées par la géopolitique du pétrole, c’est l’approvisionnement d’un État qui détermine son ascension ou sa chute. D’où son plan en quatre points :
 Encourager, quel que soit le coût, toute production locale par des vassaux de manière à réduire la dépendance des États-Unis vis-à-vis de tout fournisseur non ami, de manière à augmenter la liberté d’action de Washington.
 Contrôler les exportations de pétrole depuis les États arabes du Golfe, non pas pour se les accaparer, mais pour les utiliser comme moyen de pression à la fois sur les clients et sur les autres fournisseurs.
 Contrôler les voies maritimes en Asie, c’est-à-dire l’approvisionnement de la Chine et du Japon non seulement en pétrole, mais aussi en matières premières.
 Encourager la diversification des sources d’énergie utilisées en Europe afin de réduire la dépendance des Européens vis-à-vis du gaz russe et de l’influence politique que Moscou en tire.

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Dick Cheney (1941 -)

Or, les Étasuniens ont fixé comme objectif principal leur indépendance énergétique. C’était le sens de la politique élaborée par Dick Cheney après des consultations approfondies avec les géants de l’énergie, en mai 2001. Elle passe par une diversification des sources : pétrole local, le gaz domestique, et charbon, énergie hydroélectrique et nucléaire. Et par un renforcement des échanges avec les pays amis de l’hémisphère occidental, notamment le Brésil, le Canada, et le Mexique.

L’objectif secondaire est le contrôle des flux de pétrole dans le golfe arabe. Ce fut la principale raison pour déclencher Tempête du désert (1991), puis l’invasion de l’Irak (2003).

Le plan Cheney s’est concentré sur le contrôle des voies maritimes : le détroit d’Ormuz (par où transite 35 % du commerce mondial de pétrole), ou le détroit de Malacca. À ce jour, ces voies maritimes restent essentielles à la survie économique de la Chine, du Japon, de la Corée du Nord, et même de Taiwan. Ces corridors, permettent l’acheminement des sources d’énergie et des matières premières vers les industries asiatiques, puis l’exportation des produits manufacturés vers les marchés mondiaux. En les contrôlant, Washington se garantit à la fois la loyauté de ses principaux alliés asiatiques et la restriction de la montée en puissance de la Chine.

La mise en œuvre de ces objectifs géopolitiques traditionnels a conduit les États-Unis à renforcer leur présence navale dans la zone Asie-Pacifique, et à conclure un réseau d’alliances militaires entre le Japon, l’Inde et l’Australie. Toujours pour contenir la Chine.

Washington a toujours considéré la Russie comme un compétiteur géopolitique. Il a profité de chaque occasion pour réduire sa puissance et son influence. Il craignait en particulier la dépendance croissante de l’Europe occidentale au gaz naturel russe, ce qui pourrait nuire à sa capacité d’opposition aux mouvements russes en Europe orientale et dans le Caucase.

Pour offrir une alternative, Washington a poussé les Européens à s’approvisionner dans le bassin de la mer Caspienne, en construisant de nouveaux gazoducs à travers la Géorgie et la Turquie. Il s’agissait de contourner la Russie, avec l’aide de l’Azerbaïdjan, du Kazakhstan et du Turkménistan, en évitant d’utiliser les gazoducs de Gazprom. D’où l’idée de Nabucco.

Pour renforcer l’indépendance énergétique de son pays, Barack Obama s’est soudain transformé en nationaliste autarcique. Il a encouragé l’exploitation du pétrole et du gaz de l’hémisphère occidental, quels que soient les dangers des forages dans des zones écologiquement fragiles, comme le large de l’Alaska ou le Golfe du Mexique, et quelque soient les techniques utilisées, comme le craquage de l’eau.

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Dans son discours sur l’état de la Nation 2012, le président Obama a fièrement déclaré :
« Au cours des trois dernières années, nous avons ouvert des millions d’acres de terres à explorer pour le pétrole et le gaz. Ce soir, j’ai demandé à l’administration d’ouvrir plus de 75 % des ressources pétrolières et gazières offshore. Maintenant, en ce moment, la production étasunienne du pétrole est la plus élevée depuis huit ans. C’est vrai. Depuis huit ans. Et ce n’est pas tout. L’année dernière, notre dépendance au pétrole étranger a reculé, et a atteint le niveau le plus bas depuis seize ans » [1].

Il a évoqué, avec un enthousiasme particulier, l’extraction du gaz naturel par craquage des schistes bitumineux : « Nous avons des réserves de gaz naturels qui préservent l’Amérique pour une centaine d’années » [2].

En mars 2011, Washington a accru ses importations du Brésil pour se sevrer du pétrole du Moyen-Orient.

En fait, Washington n’a jamais cessé d’assurer le contrôle étasunien des voies maritimes vitales qui s’étendent du détroit d’Ormuz jusqu’à la mer méridionale de Chine, et de construire un réseau de bases et d’alliances qui encerclent la Chine —la puissance mondiale émergente— sous forme d’un arc allant du Japon à la Corée du Sud, l’Australie, le Vietnam et les Philippines dans le Sud-Est, puis en Inde, dans le Sud-Ouest. Le tout couronné par un accord avec l’Australie visant à construire une installation militaire à Darwin, sur la côte nord du pays, près de la mer de Chine méridionale.

Washington tente d’inclure l’Inde dans une coalition de pays de la région hostiles à la Chine pour arracher New Delhi aux mains du BRICS ; une stratégie d’encerclement de la Chine qui provoque une très vive inquiétude à Pékin.

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Des études ont fait apparaître une répartition inattendue des réserves de gaz mondiales. La Russie vient au premier rang avec les 643 trillions de pieds cube de Sibérie occidentale. En seconde position, l’Arabie, incluant le gisement du Ghawar, avec 426 trillions de pieds cube. Puis, en troisième, la Méditerranée avec 345 trillions de pieds cube de gaz auxquels il convient d’ajouter 5,9 milliards de barils de gaz liquide, et encore 1,7 milliards de barils de pétrole.

Concernant la Méditerranée, l’essentiel se trouve en Syrie. Le gisement découvert à Qara pourra atteindre 400 000 mètres cubes par jour, ce qui fera du pays le quatrième producteur de la région, après l’Iran, l’Irak et le Qatar.

Le transport du gaz depuis la ceinture de Zagros (Iran) vers l’Europe doit passer par l’Irak et la Syrie. Il a complètement renversé les projets états-uniens et a consolidé les projets russes (South Stream et Nord Stream). Le gaz syrien a échappé à Washington, il ne lui reste qu’à se rabattre sur le gaz libanais.

La guerre continue…


Imad Fawzi Shueibi

[1] “Over the last three years, we’ve opened millions of new acres for oil and gas exploration, and tonight, I’m directing my administration to open more than 75 percent of our potential offshore oil and gas resources. (Applause.) Right now — right now — American oil production is the highest that it’s been in eight years. That’s right — eight years. Not only that — last year, we relied less on foreign oil than in any of the past 16 years”.

[2] “We have a supply of natural gas that can last America nearly 100 years.

 

Imad Fawzi Shueibi : Philosophe et géopoliticien. Président du Centre de documentation et d’études stratégiques (Damas, Syrie).

Misère de la décentralisation en Haïti

août 15th, 2012 by Edy Fils-Aime

La chute du régime des Duvalier le 07 Février 1986 a donné lieu à un ensemble d’évènements  sociopolitiques qui traduisait à la fois de profondes frustrations sociales et d’une ferme volonté de rompre cavalièrement avec certaines  pratiques du pouvoir et de la gouvernance politique. Cette volonté de rupture s’est cristallisée notamment dans l’esprit et les lettres de la Constitution votée et adoptée en Mars 1987. Le peuple haïtien a pris la ferme résolution d’établir un système de gouvernance tournée vers le pluralisme idéologique et l’alternance politique. 

Dans son préambule, la Constitution de 1987 a opté pour la séparation et la répartition harmonieuse des Pouvoirs de l’Etat au service des intérêts de la Nation, et arrêté la décentralisation effective comme levier pour instaurer un régime gouvernemental respectueux des droits humains, de l’équité économique,  et basé sur la concertation et la participation de toute la population aux grandes décisions engageant la vie nationale. La Constitution de 1987 vient donc révolutionner l’organisation et le fonctionnement de l’État haïtien en établissant la décentralisation comme réponse institutionnelle et politique à la dictature, au manque de services publics et à la misère aux recoins du pays.  

Environs 25 ans après ce virage institutionnel et politique, où en est-on ? Haïti n’a nullement connu le changement escompté. La misère qu’on s’est proposé de combattre a-t-elle gain de cause de la décentralisation? On n’y va pas par quatre chemins pour reconnaitre que la misère politique, sociale et économique de ce pays a bel et bien triomphé dans le pari de la décentralisation. Maintenant, faut-il bien tirer leçons des échecs pour mieux nous orienter.

Décentralisation précaire dans un cadre légal fragilisé 

L’organisation politique d’un État est régie par la Constitution dont la supériorité sur la loi ordinaire tient de la consécration des droits et libertés fondamentales des citoyens et citoyennes. La garantie fondamentale de tout processus de décentralisation doit être constitutionnelle. C’est un des indices majeurs qui servent à identifier si la volonté de décentraliser est réelle. Un État dont le principe de la décentralisation ne s’inscrit que dans les lois ordinaires et non dans la loi suprême de la nation (la Constitution) souffre de la menace constante du centralisme. La tendance centraliste en soi est tellement vigoureuse qu’elle peut, sous de simples prétextes, sauter les arrêtés, décrets, les décrets-lois, etc. constituant de très faible verrou, surtout dans le contexte d’instabilité politique des pays récemment dirigés par des dictateurs.

Dans le contexte haïtien, le processus de décentralisation charrie tout un ensemble d’arguments revendicatifs ayant abouti à la refondation de l’État par une nouvelle Constitution en 1987 qui consacre la décentralisation effective comme mode de concertation et de participation de toute la population aux décisions majeures de la vie nationale. Le principe de la décentralisation en Haïti est donc fortement inscrit dans la Constitution de 1987. Cependant,  l’analyse du contenu des 298 articles de cette  Constitution a permis de relever des ambigüités dans le principe de décentralisation.  

Dans un État unitaire décentralisé, les Collectivités Territoriales (CT) sont en principe des entités administratives jouissant de la personnalité morale et juridique, et elles sont égales au niveau statutaire. Par contre, la Constitution haïtienne établit implicitement des différences statutaires au niveau des CT. L’article 66 consacre l’autonomie administrative et financière aux Communes de la république, sans leur accorder la personnalité morale à l’instar des Départements. L’autonomie administrative et financière n’implique pas forcement la reconnaissance de la personnalité morale et juridique. Au regard de la Constitution,  les Communes haïtiennes ne sont pas explicitement titulaires de droits et d’obligations.  

La situation des Sections Communales (SC), étant des CT, est encore plus alarmante. Les SC ne jouissent explicitement d’aucune autonomie administrative et financière, encore moins de personnalité morale et juridique.              

Cet état de chose crée un véritable flou juridique. Les Conseil Municipaux et Casecs peuvent-ils entrer en litige avec l’État central ? A quelle limite peuvent-ils disposer d’eux mêmes ? Par contre la situation des Départements est sans ambigüités par rapport à ces interrogations.

Tableau : Problèmes au niveau des statuts des CT

Collectivité Territoriale

Statut constitutionnel

Degré  de décentralisation

Section Communale

Entité territoriale administratif (art. 62).

Très faible

Communes

Autonomie administrative et financière (art. 66)

Moyen

Département

Personne morale. Autonome. (art. 77)

Forte

Pourquoi cette discrimination statutaire ? Y il aurait-il donc en Haïti des Collectivités  Territoriales supérieures à d’autres CT existantes ?   Les Sections Communales et Communes sont dirigées par des élus au suffrage universel  tout comme le président de la république, tout comme les parlementaires, mais sans la personnalité morale et juridique. S’agit-il d’une confusion conceptuelle ou d’un fait calculé sur mesure ?  L’histoire de  ‘’jeu de bascule’’ de l’autonomie des Communes- comme c’est le cas à travers les différentes Constitutions du pays- peut laisser  croire qu’il s’agit non d’une confusion conceptuelle, mais plutôt d’une fenêtre laissée entrouverte  sur le statut incertain des Communes et celui des Sections Communales question de les fragiliser tout simplement.

Décentralisation sans les moyens humains, financiers et techniques nécessaires 

S’il faut évoquer une formule lapidaire pour définir la décentralisation, on retiendra que la décentralisation est le fait que l’État au niveau central transfert des compétences[1]  aux entités infranationales (région, département, district, commune, syndicat, plateforme, etc.). En principe, l’État transfert des blocs de compétences avec les moyens humains, financiers et techniques nécessaires.  

Dans le cas d’Haïti, en dépit des compétences propres des entités infranationales, beaucoup de compétences- telles que éducation, enseignement professionnel, planification de développement, justice, etc.- sont partagés entre l’État et les échelons infranationaux, mais quasiment sans les ressources techniques et financières nécessaires.  

Par définition les Finances de la République sont décentralisées[2].  Le budget national devrait faire apparaître la ventilation territoriale des dépenses de fonctionnement et d’investissement. Il devrait établir clairement la différence entre les ressources allouées aux services déconcentrés et celles à transférer aux collectivités territoriales, de telle sorte que ces transferts et subventions soient prévisibles et intégrés dans les budgets de ces collectivités[3]. Dans la réalité, le budget de la république reste hyper centralisé et concentré. Les autorités locales, dans la majorité des cas,- ne jouissant que des subventions de l’État et des dons des ONG- n’arrivent même pas à faire fonctionner leurs administrations, voire  réaliser des projets d’investissement public. 

La décentralisation en Haïti devrait être accompagnée de la déconcentration des services publics[4] qui permettraient à l’État central de mettre son expertise technique et ses grands moyens au profit des administrations locales pour que celles-ci puissent délivrer les services de proximité à la population. Mais dans la pratique, il n’en est rien. L’État central n’arrive même à se déployer sur tout le territoire national. Les rares services déconcentrés sont inefficaces et inefficients. L’inaccessibilité  des services déconcentrés les transforme en purs objets de corruption notamment dans la capitale à Port-au-Prince.

Les citoyens et citoyennes au niveau local n’ont pas accès à l’éducation, la santé, à l’eau potable,  aux loisirs, etc. Le déficit de leurs capacités à se responsabiliser et à responsabiliser les autorités locales s’aggrave de plus en plus. Privées des services publics de base, les notions civiques des populations locales s’effritent. Elles se livrent à survivre en utilisant des stratégies autodestructrices comme la coupe et la commercialisation des bois, la domesticité, la prostitution. Ainsi s’y installe donc un marasme économique déshumanisant et un cercle vicieux qui tombe à chaque fois dans la même situation. 

Décentralisation sans l’appareillage administratif et institutionnel  nécessaires

Dans un État centralisé, la chaine de décision peut être  hiérarchique, direct et ininterrompue entre le gouvernement central, le préfet, le sous préfet, le maire et l’administré qui subit passivement les décisions. Tans dis que dans un État décentralisé comme Haïti, la chaine de la décision part du gouvernement central, passe par le délégué départemental, ensuite le vice-délégué au niveau de l’arrondissement et la chaine se coupe. Car les conseils municipaux, par exemple,   selon l’article 66 de la Constitution de 1987, gèrent leur commune de manière autonome sur plan financier et administratif.

Dans la pratique, certaines autorité haïtiennes ne comprennent ou n’acceptent pas que la chaine de commande hiérarchique de l’administration centrale n’aille pas au-delà des vice-délégués des arrondissements. Elles intiment carrément des ordres aux élus locaux. La mentalité selon laquelle c’est la République de Port-au-Prince qui commande est aussi forte dans le milieu que dans les temps de dictatures. Beaucoup d’autorités siégeant à Port-au-Prince exercent continuellement de fortes pressions sur les élus locaux, notamment aux moments des élections où ils sont pour ainsi dire sommés de se faire responsables de campagne électoral du parti au pouvoir sous peine de ne pas bénéficier des subventions qui leur sont légalement dues de l’État central.

La répartition des compétences entre l’État et les Collectivités Territoriales n’est que fictive. Souventes fois, pour gonfler sa visibilité, l’État central court-circuite cavalièrement les Collectivités Territoriales en exécutant des projets qui légalement tombent dans les compétences de ces dernières. Les maires, par exemple, sont trop de fois de simples spectateurs des agents du gouvernement central qui œuvrent dans les communes sans coordonner avec les pouvoirs locaux, sans même les avoir informés. Pourtant, la Constitution de 1987 fait du conseil municipal le maitre d’œuvre du développement de la Commune en établissant tout un système de coordination entre le gouvernement central et les trois niveaux de CT.

Malheureusement, un quart de siècle après l’adoption de la Constitution de 1987, les organes constitutionnellement prévus dans le processus de la décentralisation ne sont qu’infirmement mis en place et ceci dans une logique pour ainsi très déconcertante. Les Conseils Municipaux fonctionnent sans les Assemblées Municipales, organes de contrôle, de délibération et de participation.  Aucun conseil départemental ne fonctionne, ce qui entraine automatiquement le non-fonctionnement du Conseil Interdépartemental.

La configuration- des institutions fonctionnelles et non fonctionnelles  de la décentralisation- soulève un paradoxe dans le processus.  Les conseils exécutifs des communes dont le statu est mitigé existent. Les conseils exécutifs des Départements dont le statut est sans ambigüité n’existent point.  Les Communes fonctionnent dans la précarité juridique. Les Départements qui auraient  latitude  légale nécessaire pour fonctionner  pleinement comme entité décentralisée n’ont ni conseils  exécutifs, ni Conseils délibératifs ou participatifs (Assemblées Départementales) dans la réalité. Tel est aussi le cas du Conseil Interdépartemental (CI) qui travaillerait directement avec l’Exécutif, qui participerait au Conseils de ministres dans le cadre l’étude et de la planification des projets de décentralisation et de développement du pays (article 87.2  de la Constitution 1987amendée). Pourquoi des entités ont été mises en place et d’autres non ? Pourtant toutes les Délégations et Vice–Délégations sont fonctionnelles.  

Les entités délégataires même de l’exécutif et de chaque ministre du gouvernement  ont vue  ces dernières années leur  situation  en parfaite amélioration. On a assisté à un plus grand déploiement territorial de l’État central par le biais des Directions départementales dont les conditions matérielles ont sensiblement amélioré. L’État semble se renforcer- en se déconcentrant- sans accompagner les entités décentralisées à se renforcer. Assiste t-on à un retour du centralisme d’autrefois ? Ou assiste t-on à l’application de la stratégie qui voudrait le renforcement de l’État d’abord avant de décentraliser ? Dans un cas ou dans un autre, le processus de la décentralisation en Haïti ne serait pas au bout du tunnel des  menaces.   

Edy Fils-Aime 

[1] Aptitude d’une autorité à effectuer ou exécuter certains actes, à prendre des décisions dans la cadre de la loi. 

[2] article 217 de la Constitution de 1987

[3] article 120 du décret définissant le cadre général de la décentralisation, les principes d’organisation et de fonctionnement des collectivités territoriales haïtiennes. 

[4] Article 87.4 de la Constitution de 1987

Edy Fils-Aimé (edfils@gmail.com) est né en 1977 en Haïti. Il a un diplôme de licence en Linguistique Appliquée et  un diplôme de maitrise en Sciences du Développement. Il conduit actuellement des recherches sur les politiques publiques, l’empowerment des communautés, la décentralisation, dans des sociétés en transition démocratiques. Son ouvrage ‘’ Décentralisation et Stratégies de Développement local’’ est en cours de publication chez les éditions Edilivre en France.

Haïti: Des dons humanitaires pour construire un hôtel?

août 14th, 2012 by Julie Lévesque

Suite à la parution de l’article HAITI: Les dons aux victimes du séisme investis dans un hôtel cinq étoiles, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a contacté le Centre de recherche sur la mondialisation afin de préciser les informations voulant qu’un hôtel soit construit sur une partie de son terrain en Haïti.

L’article en question dénonçait le fait que des fonds amassés par la FICR pour les victimes du séisme allaient possiblement être utilisés pour construire un hôtel. Rappelons que le fonds des anciens présidents étasuniens pour les victimes du 12 janvier, le Bush Clinton Haiti Fund, a investi 2 millions de dollars dans le Royal Oasis, un hôtel 5 étoiles construit à Pétion-Ville, banlieue cossue de Port-au Prince.

Le reportage d’AP confirme que la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge (FICR) a acheté un terrain d’une valeur de 10,5 millions de dollars et songe elle aussi à construire un hôtel : « L’argent provient des dons amassés par les agences nationales de la Croix-Rouge et voués à la reconstruction, ce qui a amené certains à se demander s’il aurait été préférable d’utiliser l’argent pour loger les personnes déplacées plutôt que les travailleurs humanitaires. (Julie Lévesque, HAITI: Les dons aux victimes du séisme investis dans un hôtel cinq étoiles, Mondialisation.ca, 10 juillet 2012.)

France Hurtubise, coordonatrice des communications pour la FICR a tenu à préciser que le terrain en question a été acheté au lendemain du désastre et que l’idée d’y construire un hôtel n’est qu’une option envisagée parmi tant d’autres. Il ne s’agit donc pas d’un achat récent. « Cette opération en Haïti est la plus grande de tous les temps pour la Fédération internationale. Le terrain a permis d’héberger plus de 3000 délégués (dans des tentes) venus des quatre coins du monde, 60 sociétés nationales de la Croix-Rouge (canadienne, française, britannique, néerlandaise, étasunienne, etc), le siège de la Fédération internationale, et le siège de la Croix-Rouge haïtienne détruits lors de la catastrophe. Il aurait été impossible d’héberger tout ce monde à un même endroit au lendemain du tremblement de terre. Ce terrain a permis de centraliser l’opération et par conséquent faciliter la logistique qui a permis à la Croix-Rouge de rapidement répondre à l’urgence. »

Selon Mme Hurtubise, il était moins couteux de procéder de cette façon que de louer des maisons ou des chambres d’hôtels. Elle ajoute : « Ce terrain a également permis de garder en sécurité le matériel (denrées non alimentaires, flotte de voitures, camions, etc.) et l’équipement sophistiqué tels les unités de réponse rapide (ERU), les hôpitaux mobiles, les centres de logistique, de traitement d’eau, etc. Dans les premiers mois, des dizaines d’ERU en provenance de plusieurs pays arrivaient à Port-au-Prince. »

Si un hôtel devait être construit sur ce terrain, la FICR vendrait une partie du terrain à un promoteur et il n’est aucunement question pour la Fédération d’investir dans sa construction ou son exploitation. L’argent provenant de la vente du terrain serait remis à la Croix-Rouge haïtienne. Mme Hurtubise est d’avis que cette option n’est pas la meilleur : « L’option de construire un hôtel incluant un centre de congrès n’était qu’une des options visant à générer des revenus pour la Croix-Rouge haïtienne. Dans tous les cas des études de faisabilité sont nécessaires avant qu’une décision soit prise. Parmi les options envisagées, notons une base logistique pour la gestion des catastrophes, la préparation et le relèvement; un centre de formation pour les volontaires et le personnel rémunéré, une clinique qui servirait de centre de formation pour jeunes médecins et infirmiers haïtiens en soins de santé d’urgence. Si l’option de l’hôtel est privilégiée, toutes les mesures seront prises afin que les principes fondamentaux auxquels adhèrent la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge soient respectés. »

Serait-il possible de construire des logements sur ce terrain? « Bien sûr. Cela fait peut-être même déjà partie des options, je ne les ai pas toutes notées », a indiqué Mme Hurtubise.

La Croix-Rouge haïtienne compte environ une vingtaine d’employés rémunérés**  et, advenant une hausse de ses revenus, elle n’envisage pas engager davantage de personnel, comptant plutôt sur le bénévolat, et utiliserait les fonds pour financer des projets. Dans un pays où la majorité vit dans l’extrême pauvreté, ne serait-il pas préférable de créer des emplois plutôt que de recruter des bénévoles? « Il y a vraiment une volonté d’aider chez les Haïtiens et l’une des missions de la Fédération internationale est le renforcement de la société nationale, la Croix-Rouge haïtienne, afin que cette dernière réponde efficacement aux catastrophes futures et qu’elle puisse mettre en place une procédure de réduction des risques. La Croix-Rouge haïtienne doit former des volontaires qui seront en mesure d’y réponde rapidement et efficacement. Pour ce faire, la société nationale doit avoir une infrastructure solide. »

La FICR compte diminuer le nombre d’expatriés et céder graduellement toute la place à la Croix-Rouge haïtienne.

En ce qui concerne d’autres projets parrainés par la FICR, Mme Hurtubise a tenu à souligner le progrès effectué dans la décongestion des camps de déplacés. Le rôle de la FICR consistait à assister financièrement les personnes déplacées qui réussissaient à se trouver un logement. « Lorsque la personne trouve un endroit où s’installer, nous allons vérifier que le logement est convenable et que le bail est règlementaire et nous lui remettons 500 dollars, l’équivalent d’un an de loyer. Chaque famille reçoit 500$ en deux tranches de 250$, soit respectivement un mois et 6 mois après leur départ du camp. Cet argent est conditionnel à une petite formation en micro-entreprise adaptée à chacun. »

Solutions de logement à court terme, abris « semi-permanents »

Ce programme a été critiqué par d’autres intervenants décriant le fait que l’année suivante, bien des gens n’auraient pas les moyens de demeurer dans leurs logements et qu’il s’agissait là d’une solution à très court terme. « « La FICR a réussi à réduire considérablement le nombre de personnes dans les camps et selon nos sondages internes, 56 % des gens ayant participé à ce programme demeurent toujours au même endroit après un an, 36% sont ailleurs et 8% n’ont pas répondu.  »

Cependant, la Fédération reconnait qu’un pourcentage non chiffré de personnes ont quitté les camps pour retourner dans des endroits peu sécuritaires. Une étude effectuée par l’Observatoire des Politiques Publiques et de la Coopération Internationale, lié au Centre de recherche, de réflexion, de formation et d’action sociale (CERFAS), révèle qu’ « une partie importante des personnes ayant quitté les camps est retournée vivre dans des maisons endommagées et menacées d’effondrement sans avoir reçu un appui quelconque pour leur relogement. » (CERFAS – Observatoire des Politiques Publiques et de la Coopération Internationale, Bulletin 2, juin 2012, p. 2.)

Cette étude estime que « parmi les 256 000 familles qui ont quitté les camps entre juillet 2010 et avril 2012, moins de 44 000 ont reçu un appui pour leur relogement permanent ou transitoire. Les autres solutions de relogement ont été distribuées en dehors des camps ». (Ibid.)

Le document indique par ailleurs que les abris d’urgence fournis par les différents acteurs humanitaires dans la foulée du désastre, dont des bâches et des tentes, sont devenus des abris permanents : « Initialement prévu pour quelques mois, ces abris, dont la majorité a entre-temps besoin d’être remplacée, sont aujourd’hui devenus le seul logement pour une grande partie de ces familles qui vivent donc sans protection contre des intempéries ou agressions. » D’ailleurs, l’emploi de l’expression euphémique et oxymorique « maison semi-permanente » pour désigner une petite cabane de bois de 12 à 24 m² reflète bien cette tendance.  

Red Cross Haiti 1511

« Maison semi-permanente » à Villambeta.
Photo: Daniel Cima/American Red Cross

La solution privilégiée en réponse au désastre, à savoir, la construction d’abris provisoires, « généralement conçus pour une durée de trois ans », est mise en doute par l’étude du CERFAS :

Suite au tremblement de terre, les organisations humanitaires ont établi un plan qui prévoyait de fournir tous les abris provisoires au bout de 12 mois. Cependant, plus de 2 ans après la catastrophe, la construction de tels abris continue et, en mai 2012, les différents acteurs prévoyaient d’en rajouter encore quelques 5440 (Schéma 3). Le nombre de structures promises ne correspondait pas à une évaluation des besoins, mais au total des offres des différentes agences. (Ibid.)

Schéma 3 de l’étude du CERFAS

Si les organisations humanitaires comme la FICR méritent certaines critiques, il faut également prendre en compte la réalité à laquelle elles sont soumises sur le terrain. En Haïti, les problèmes de propriété foncière ont été décriés par de nombreux acteurs de tout acabit. Non seulement la plupart des documents fonciers ont été détruits lors du séisme, mais les propriétaires résident souvent à l’extérieur du pays et cela ralentit énormément les processus de construction et de désengorgement des camps. À cela s’ajoutent la lenteur du dédouanement des matériaux de construction.

France Hurtubise a cité l’exemple de Léogâne où la FICR et la mairie ont surmonté ces embûches causées par les problèmes de propriété foncière. « Il faut souligner que la majorité des Haïtiens sont locataires et ceux dont l’habitation a été détruite désirent souvent retourner au même endroit. Cela nécessite l’approbation du propriétaire du terrain qui, la plupart du temps, vit à l’extérieur du pays. Dans le cas de Léogâne, la mairie a réussi à retracer les propriétaires dans la plupart des cas. »

Le CERFAS souligne par ailleurs les dépassements de coûts des abris provisoires. En février 2010, on estimait le coût d’une structure temporaire entre 1000 et 1500$. Le centre cite une étude de la FICR évaluant dorénavant le prix moyen d’une structure à 4226$ :

Au total, les coûts des abris provisoires s’élèveront probablement à plus que 500 millions $US. Bien qu’une partie importante de cet argent provienne de dons privés, ceci équivaut à 1/5 des dons officiels pour la réponse humanitaire après le tremblement de terre (États et agences multilatérales ont promis environ 2,4 milliards $US pour répondre aux urgences suite au séisme). (Ibid., p. 3.)

En l’absence d’un programme centralisé de reconstruction, s’ajoutant aux difficultés mentionnées plus haut, les abris provisoires ont été construits et attribués de manière anarchique, de sorte qu’ « un nombre limité d’abris a été fourni à des familles vivant dans les camps (22%) dont la plupart n’avait pas accès à un terrain propre [et] une grande partie des abris provisoires n’a pas été adressée aux bénéficiaires qui en avaient le plus besoin ». En outre, certains abris « ont fait l’objet de revente ou ont été offerts pour location par des bénéficiaires qui en ont reçu plusieurs ». (Ibid.)

La porte-parole du FICR admet que les coûts liés à la construction d’abris sont élevés. « Dix millions de dollars ont été investis dans la construction de logements de transition. Si les coûts sont si élevés c’est entre autres parce qu’Haïti souffre de déboisement et il a fallu importer les matériaux. »

Mme Hurtubise admet également que les coûts liés à la logistique absorbent aussi une proportion considérable du budget de la Fédération, soit 19 %. Par comparaison, les secteurs, « eau et assainissement, secours alimentaire et infrastructure communautaire et sociale » se voient allouer respectivement seulement 8 %, 5 % et 3 % du budget.

Questionnée sur le maigre montant alloué aux infrastructures communautaires et sociales, Mme Hurtubise affirme que celui-ci augmentera dans les années à venir et que de nouveaux  programmes ont été mis sur pieds. « Par exemple le projet INA (l’Approche intégrée pour le développement d’un quartier) a débuté en février mars 2012. La FICR a mis sur pied des comités citoyens auxquels participent des membres du gouvernement. Ce sont ces comités qui décident des projets qui devraient être financés par la FICR dans leur quartier, comme le ramassage de débris ou l’assainissement des eaux. »

Le rapport « Tremblement de terre en Haïti 2010 – Rapport de situation deux ans après » paru en janvier 2012 indique qu’après les dépenses liées au logement (32 %), l’« appui aux programmes et coordination » (19 %) représente le secteur  nécessitant le plus de financement à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge. Cette catégorie englobe entre autres, « les effectifs […], les transports […], les coûts de gestion au siège et sur le terrain tels que frais de personnel local et international, [les] coûts de planification, du personnel chargé de la présentation des rapports et coûts […] ». (Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Tremblement de terre en Haïti 2010 – Rapport de situation deux ans après , janvier 2012, p. 37.)

Si l’on combine les dépenses liées au logement et à la logistique, soit 50 % du budget, il est évident qu’une bonne partie des dons aux victimes du séisme retourne dans les poches des citoyens, des entreprises et des ONG des pays donateurs. En ce qui concerne la construction d’abris provisoires, citons par exemple le contrat de 28 millions de dollars canadiens obtenu par l’entreprise québécoise Maisons Laprise. Lors d’un colloque sur les ONG à Montréal en juin dernier, le sociologue Frédéric Boisrond, membre de la diaspora haïtienne, a dénoncé ce phénomène en rappelant que lorsqu’il était président, Bill Clinton avait réussi à convaincre le Congrès d’augmenter le budget de l’USAID (Agence internationale de développement des États-Unis) en admettant que 80 % de l’aide internationale demeurait aux États-Unis.

L’« aide internationale » consiste-t-elle à développer des marchés internationaux pour exporter les produits et les ressources humaines nationales? Si l’on observe la situation d’Haïti, devenue la « République des ONG » depuis la chute de Duvalier, la réponse est oui. Les grandes puissances, en premier lieu la France, les États-Unis et le Canada, ont tout fait pour maintenir Haïti dans un état de dépendance et de misère avec une main d’œuvre bon marché. Pour ne citer qu’un exemple, le cas du dumping du riz étasunien, résultat de la libéralisation du marché haïtien, a grandement contribué à la destruction de l’agriculture locale. Hautement subventionné et vendu à bas prix, ce riz a fait une telle concurrence au riz haïtien qu’en 2003 80 % du riz consommé en Haïti provenait des États-Unis. (Leah Chavla, Bill Clinton’s Heavy Hand on Haiti’s Vulnerable Agricultural Economy: The American Rice Scandal, Council on Hemispheric Affairs, 13 avril 2010.)

Les ONG, en dépit de leur nom, sont des organismes largement financés par les États et ce financement conditionnel transforme les ONG, qu’elles le veuillent ou non, en outils de domination néolibérale pour leur pays d’origine. Dans le livre « Paved with Good Intentions. Canada’s Development NGOs from idealism to imperialism », les auteurs  Nikolas Barry-Shaw et Dru Oja Jay dévoilent les mécanismes de financement des ONG et leur rôle insoupçonné consistant à atténuer les conséquences désastreuses du néolibéralisme.

Selon France Hurtubise, la nature de la FICR l’empêche d’être soumise aux diktats des gouvernements. « La FICR étant un ensemble de sociétés nationales, de ce fait nous échappons à l’orientation de nos programmes par les gouvernements nationaux. » *

C’est possible. Cependant, rares sont ceux qui, aujourd’hui, échappent à cette entité sans frontière qu’est le néolibéralisme.

Julie Lévesque
Journaliste, Mondialisation.ca

*Suite à la parution de l’article France Hurtubise tenait à ajouter ceci sur le fonctionnemnt du financement: « Lorsque le gouvernement canadien (ACDI) donne de l’argent à la CR, à l’ONU ou aux ONGs, il est clair que l’argent dans la majorité des cas est conditionnel à un type d’aide. A titre d’exemple, en Haïti, l’argent amassé doit être investi dans des programmes pour venir en aide aux personnes touchées par le tremblement de terre. Il arrive par contre que nous recevions des sommes d’argent inconditionnelles. Ces sommes sont donc mises dans un fonds qui permettent notamment de répondre rapidement à une catastrophe. Par contre l’un des Principes fondamentaux auquel nous adhérons, l’indépendance, évite de nous voir imposer des actions qui viendraient à l’encontre des besoins identifiés. »

Édité le 15 août à 14:37

**La Croix-Rouge haïtienne compte une vingtaine de personnes au sein de la haute direction, mais le nombre d’employés rémunérés est de 457. (FH)

Édité le 27 août à 12:42

Jacob Cohen et Jean Bricmont dialoguent sur un sujet qu’ils connaissent bien et qui leur tient à coeur : “la paix” en Israël-Palestine.

Vidéo publiée le 13 août 2012 par le CercleDesVolontaires (*)

Balayant plusieurs enjeux, autant sur le terrain qu’au niveau de l’état du débat démocratique sur la question en France, ils échangent leurs points de vue et lancent des pistes sur ce qui pourrait constituer une base pour la paix de demain.

URL : http://www.silviacattori.net/article3524.html

(*) Vidéo publiée par le CercleDesVolontaires le 13 août 2012, réalisée par Jonathan Moadab, journaliste indépendant et cofondateur du site CercleDesVolontaires
http://cercledesvolontaires.wordpress.com/

Source :
http://www.facebook.com/pages/Cercle-des-Volontaires/302002546528363

VIDÉO : Michel Chossudovsky s’exprime sur la Syrie

août 14th, 2012 by Prof Michel Chossudovsky


URGENT – M. Hollande, cessez de soutenir le terrorisme, libérez Yara !

- 2012-08-12

Une équipe de télévision de la chaîne Al-EkhbariyaTV a été enlevée par l’Armée syrienne libre alors qu’elle filmait les combats à Al-Tal.

Un groupe de combattants s’est retranché dans cette petite localité, immédiatement abandonnée par la population. L’armée nationale a encerclé le bourg et sommé les combattants de déposer les armes.

L’Armée syrienne libre a plusieurs fois annoncé la libération de l’équipe d’Al-EkhbariyaTV dont la journaliste Yara Saleh. En définitive, elle a fait connaître ses revendications dans une vidéo.

On remarquera :
 L’officier de l’ASL à Al-Tal lit un texte dont il n’est pas l’auteur.
 L’ASL ne considère pas les journalistes enlevés comme des « otages », mais des « invités ». Cependant, elle indique qu’ils servent de boucliers humains (pour empêcher l’armée nationale de bombarder ou de donner l’assaut) et que leur retour sains et saufs serait compromis s’il n’était pas fait suite à ses exigences.
 L’ASL se présente comme une organisation islamiste. (1) La déclaration est précédée d’un verset coranique ; (2) elle contient une référence implicite à l’islam ; (3) le négociateur est appelé « frère » ; (4) bien que l’islam interdise de retenir des femmes ou des enfants comme otages, la journaliste Yara Saleh est détenue et contrainte de porter le voile.
 L’ASL déclare à la fois que les civils sont bombardés par l’armée régulière, qu’elle tente de les protéger, et qu’en fait ils sont partis. Puis elle demande la levée des checks points afin, dit-elle, de laisser rentrer les gens qui ont fui, en réalité pour que ses combattants puissent s’échapper.
 De manière inédite, l’ASL désigne comme négociateur un contact en Arabie saoudite. C’est la première fois depuis le début de la crise. Il s’agit pour elle de démentir à n’importe quel prix qu’elle obéit aux ordres reçus du QG de l’OTAN à Incirlik. Sur cette base aérienne située au sud-ouest de la Turquie, œuvrent de concert les États-Unis, la France et la Turquie. L’ASL préfère reconnaître qu’elle n’est pas indépendante et se présenter comme une organisation dirigée par des Saoudiens que de laisser évoquer ses liens avec Paris. Avec un humour involontaire, le lecteur de communiqué conclut « Vive la Syrie indépendante ! ».

Pour obtenir la libération de Yara al Saleh-Abbas et de son équipe, écrivez aux véritables commanditaires de l’ASL à l’Élysée : « M. Hollande, cessez de soutenir le terrorisme, libérez Yara ! »

Déclaration de l’Armée syrienne libre d’Al-Tal

« Cramponnez-vous tous ensemble au câble d’Allah et ne soyez pas divisés ; et rappelez-vous le bienfait d’Allah sur vous : lorsque vous étiez ennemis, c’est Lui qui réconcilia vos cœurs. Puis, par Son bienfait, vous êtes devenus frères. »
Coran (sourate 3 ; verset 103)

« Alors que l’équipe d’Al-AkhbariyaTV passait à Al-Tal, le 11 août 2012, nous avons réussi —avec l’aide de Dieu— à la sauver des bombardements des gangs d’Assad. Elle est maintenant en compagnie de la population restante de notre ville. Nous la traitons bien, comme notre religion nous a appris.
Le bombardement de notre ville se poursuit ce qui met en danger la vie des civils et de l’équipe d’Al-AkhbariyaTV. Nous précisons que lorsque l’équipe d’Al-AkhbariyaTV est arrivée vers nous, nous avons utilisé la caméra pour filmer les destructions causées par les bombardements. C’est à cause de ces bombardements que l’assistant cadreur Hatem Abou-Yehya est mort avec deux de nos officiers de l’Armée syrienne libre qui étaient là pour le protéger. Le reste de l’équipe est en bonne santé. Nous travaillons encore à leur protection pour les aider à revenir sains et saufs dans leurs familles.
Voici ce que nous exigeons des bataillons criminels d’Assad :
 Cessez immédiatement de bombarder les civils d’Al-Tal ;
 Levez les check points pour que habitants puissent revenir dans notre ville ;
 Relâchez les familles d’Al-Tal qui ont été arrêtées à Damas.
La négociation pour maintenir la sécurité de l’équipe et garantir qu’ils pourront renter chez eux sains et saufs devra être conduite avec le frère Eyad, qui réside à Riyad en Arabie saoudite.
Vive la Syrie indépendante !
 »

Hillary missionnaire en Afrique

août 14th, 2012 by Manlio Dinucci

La tournée en Afrique de la secrétaire d’état US Hillary Clinton
Source de la photo :
http://www.chinadaily.com.cn/world/2012-08/13/content_15669123.htm

Elle a visité neuf pays africains –Sénégal, Ouganda, Soudan du Sud, Kenya, Malawi, Afrique du Sud, Nigeria, Ghana, Bénin- en bénissant les parterres de ses « God bless you », et en jurant que Washington n’a comme unique objectif en Afrique que « renforcer les institutions démocratiques, promouvoir la croissance économique, faire avancer la paix et la sécurité ». La secrétaire d’état Hillary Clinton est donc allée en Afrique, en plein mois d’août, pour faire des bonnes œuvres. Elle a été accompagnée, dans la noble mission, par les exécutifs des plus grandes multinationales étasuniennes. Affaires, oui, mais conduites par un principe éthique que la Clinton a énoncé ainsi à Dakar : « Au 21ème siècle il faut que cesse le temps où les étrangers viennent extraire la richesse de l’Afrique pour eux-mêmes, en ne laissant rien ou très peu derrière eux». Clinton, c’est connu, est un soutien convaincu du commerce équitable et solidaire. Comme celui qui est pratiqué au Nigeria, dont l’industrie pétrolifère est dominée par les compagnies étasuniennes, qui ramènent chez eux la moitié du brut extrait, pour plus de 30 milliards de dollars annuels. Pour les multinationales et pour l’élite nigériane au pouvoir, une source de richesse colossale, dont il ne reste quasiment rien pour la population. Selon la Banque mondiale, plus de la moitié des Nigérians se trouvent au-dessous du seuil de pauvreté, et l’espérance de vie moyenne est d’à peine 51 ans. La pollution pétrolière, provoquée par Shell, a dévasté le delta du Niger : pour le décontaminer, d’après un rapport de l’Onu, il faudrait au moins 25 années et des milliards de dollars. La même chose est en préparation au Soudan du Sud où, après la scission du reste du pays soutenue par les Usa, se concentre 75% des réserves pétrolifères soudanaises, à quoi s’ajoutent de précieuses matières premières et de vastes terres cultivables. La compagnie texane Nile Trading and Development, présidée par l’ex-ambassadeur étasunien E. Douglas, s’est accaparée, avec une aumône de 25mille dollars, 400mille hectares de la meilleure terre avec droit d’en exploiter les ressources (y compris forestières) pendant 49 ans. L’accaparement de terres fertiles en Afrique, après expropriations des populations, est devenu un business financier lucratif, géré par Goldman Sachs et JP Morgan, sur lequel spéculent, avec leurs fonds, même Harvard et d’autres prestigieuses universités étasuniennes. La stratégie économique étasunienne rencontre cependant en Afrique un formidable obstacle : la Chine, qui, à des conditions avantageuses pour les pays africains, construit des ports et des aéroports, des routes et des voies ferrées. Pour franchir cet obstacle, Washington abat son joker : le Commandement Africa, qui « protège et défend les intérêts de sécurité nationale des Etats-Unis, en renforçant les capacités de défense des états africains ». En d’autres termes, en s’appuyant sur les élites militaires (que le Pentagone essaie de recruter en leur offrant une formation, des armes et des dollars) pour ramener le plus grand nombre possible de pays dans l’orbite de Washington.  Quand il n’y arrive pas, l’Africom « conduit des opérations militaires pour fournir un environnement de sécurité adapté au bon gouvernement ». Comme l’opération Odissey Dawn, lancée par l’Africom en mars 2011 : le commencement de la guerre pour renverser le gouvernement de la Libye (le pays africain avec les plus grosses réserves pétrolifères) et étouffer les organismes financiers de l’Union africaine, nés surtout grâce aux investissements libyens.

Ainsi y a-t-il maintenant, en Libye, un « bon gouvernement » aux ordres de Washington.

Edition de mardi 14 août 2012 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120814/manip2pg/14/manip2pz/327244/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Généralités

Nous avouons à nos lecteurs que nous ne savons pas quel éditorial écrire aujourd’hui. La guerre impérialiste contre la Syrie s’intensifie et les masques tombent. Le représentant spécial de l’ONU pour résoudre le conflit syrien, Kofi Annan, a démissionné [1] après avoir offert aux conjurateurs un temps précieux pour qu’ils renforçassent leurs rangs et lançassent une nouvelle vague d’ « attentats catastrophiques » dans les villes syriennes. Drôle de coïncidence, la secrétaire d’État des États-Unis, Hillary Clinton, avait proféré, quelques jours auparavant, des menaces au gouvernement syrien, précisément au président Assad, pour qu’il démissionnât afin d’éviter un « assaut catastrophique » [2] ; ce qui pose un point d’interrogation sur le vrai rôle que joue l’Empire étatsunien dans la soi disant « révolution syrienne ». Pour sa part, le président étasunien, Barack Obama, a signé un document secret autorisant l’aide étatsunienne aux groupes armés syriens [3].

Par d’ailleurs, vous connaissez suffisamment les responsables de la Sainte-Alliance arabo-atlantique pour saisir le ridicule de leur discours sur la liberté, la justice, la démocratie et les droits de l’homme. Je comprends, dans ce sens, qu’en Arabie saoudite notamment, les femmes n’aient pas le droit de conduire ; je comprends bien que jusqu’à présent les émirs et sultans arabiques règnent arbitrairement, sans constitution aucune [4], et que leur « sérail est dans le désordre, et qu’il est rempli de querelles et de divisions intestines » [5] ; je comprends aussi que les nouveaux califs d’Istanbul, qui dénoncent la « violation » des droits de l’homme en Syrie, n’hésitent pas à souffler le feu de la haine chauviniste et religieuse contre les minorités kurde et alaouite locales, en premier lieu, et contre la minorité chiite dans le monde musulman entier, en deuxième lieu ; je comprends clairement comment à un certain moment historique les grandes valeurs fondamentales de l’Occident sur la liberté, la démocratie et la loi s’amalgament avec celles du despotisme obscurantiste arabique et de l’islamisme califal turc, pour créer ainsi une Sainte-Alliance contre la Syrie.

Pourtant, ce que je ne comprends pas dans cette comédie burlesque intitulée « Printemps arabe », c’est que le principal acteur n’est pas un arabe, évidemment, mais un philosophe prosaïque et fastidieux, connu sous le nom de Bernard-Henri Lévy, désormais BHL. Derrière BHL il y a  cependant à nouveau un comité secret qui pousse à la roue et oblige plus ou moins ce mousquetaire « printanier » à jouer le rôle que l’on sait.

BHL : fantaisie, dandysme et bombardement aérien

Le philosophe « humaniste », BHL, considère qu’il est temps que le chef de l’État français, François Hollande, prenne exemple sur Nicolas Sarkozy dans sa gestion du conflit libyen. Le cœur brisé, BHL ne peut plus cacher son mécontentement du président Hollande qui, selon lui, a oublié les promesses qu’il avait faites pendant sa campagne électorale. BHL en rappelle le président Hollande, en lui demandant d’être assez courageux pour prendre une décision ferme et historique et pour donner le feu vert au bombardement de la Syrie, en suivant le scénario libyen. Après un long soupir, BHL enfin exprime sa déception : « Je suis déçu par Hollande », déclare-t-il dans une interview avec Le Parisien [6].

Selon notre intellectuel « universaliste », si les belles paroles et les discours ne sont pas suffisants à convaincre les Russes et les Chinois à abandonner le président syrien Assad, « les plans d’attaque sont prêts », admet-il. À vraiment dire, pendant quelques instants, j’ai eu l’impression que c’était l’amiral Kornilov [7] qui parlait à son état-major à la forteresse de Sébastopol, et non pas BHL au Parisien. Notre philosophe « prit une physionomie pensive, se pinça les lèvres et conserva cette attitude jusqu’à la fin de la partie » [8]. De sa manière habituelle à vulgariser de grands thèmes, BHL simplifie le conflit en Syrie en une simple bataille entre les mousquetaires de la liberté et le despote de Damas. En plus, BHL présente sa vision d’une solution concrète, mais ferme, à la crise syrienne ; il vulgarise plutôt la solution : « Il ne faut pas grand-chose, chacun le sait, pour donner le coup de grâce au régime. Il manque juste un pilote dans l’avion. Et, même si les avions sont turcs, le pilote peut et doit être français ». [9]

BHL continue, avec son dandysme habituel, à présenter ses plans militaires, sa « vision » d’un nouveau Moyen-Orient où la démocratie et la liberté (sic.) règneraient : « ça voudrait dire acter l’échec lamentable des Nations unies. Et forger une alliance ad hoc avec la Ligue arabe et cette fois les Turcs » [10]. Autrement dit, ce philosophe « humaniste, universaliste, en soutien de toutes les victimes de toutes les oppressions sans exception » [11], appelle à la formation d’une Sainte-Alliance comprenant sous sa robe blanche la démocratie bourgeoise occidentale, l’islamisme califal turc et le despotisme obscurantiste arabique.

« Sois transportée d’allégresse, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi ; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, sur un âne, le petit d’une ânesse » [12].

En fermant à demi l’œil droit, BHL s’interroge si le scénario libyen a donné du bon fruit pourquoi ne semer pas les mêmes graines en Syrie ? Nous nous souvenons encore des temps heureux où BHL jouait Lawrence d’Arabie en Libye. Dans une émission d’autrefois – l’émission « Revu et Corrigé » de Paul Amar sur France 5, puis sur Europe 1, le 20 mars 2011 [13] – BHL revenait sur les derniers jours, les dernières heures décisives qui avaient amené le conseil de sécurité de l’ONU à voter la résolution 1973 : « la communauté internationale rend simplement possible la reconquête de la Libye par les libyens libres», dit BHL. En plus, monsieur BHL évoque aussi les perspectives d’une démocratie sortie des ruines du kadhafisme : « un pouvoir de transition assez démocratique s’est institué (…) je crois à ces grands emballements révolutionnaires » [14]. En tout cas, ce dont monsieur BHL est certain c’est que tout sera mieux que l’ordre terroriste qui était instauré par Kadhafi, ce terrorisme d’État. Kadhafi, c’était un terroriste contre ses civils, et un terroriste contre le monde entier. Tout sera mieux que cela » [15].

Pourtant, les équations de la « métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie » [16] de monsieur Panglos [17], appliquées ici par BHL, ont malheureusement entrainé la destruction totale de la Libye et le retour de ce pays à l’âge de la pierre [18]. En dépit de l’emploi des mots qui raisonnent – transition, démocratique, emballements, révolutionnaires – notre philosophe noble se soumet avec la plus grande bonhomie du monde à l’ennuyeuse forme discursive démocratique occidentale pour moquer sous cette forme, et dans une langue fluide et aisée, la démocratie et les valeurs démocratiques de l’Occident dans leur ensemble. En effet, au grand dam et au grand dépit de monsieur BHL, les « mousquetaires de la liberté » du Conseil national de transition libyen (CNT), après qu’ils avaient pris le pouvoir, ont adopté la sharia islamique comme une constitution [19]. Pourtant, monsieur BHL insiste à prouver « qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles » [20], le château de monseigneur le « Conseil national de transition » libyen était le plus beau château, et madame la « Sainte-Révolution » syrienne la meilleure des baronnes possibles [21].

À plus forte raison, la principale erreur de BHL est sa certitude de la victoire. Il est si sûr de son affaire qu’il croit tout réglé par une bombe sur le palais présidentiel à Damas.

Jalili : l’Iran ne permettra pas que l’axe de résistance soit brisé

Une chose est certaine : si nous laissons complètement de côté la « talentueuse solution » de monsieur BHL, les chefs atlantiques savent bien qu’une intervention militaire en Syrie ne sera jamais une promenade, et que ce « pilote dans l’avion » dont parle BHL, une fois sa « mission » aura été accomplie, il retournera à sa base militaire, suivi d’une pluie de missiles balistiques à longue portée, en provenance de la Syrie, du Liban et de l’Iran, c’est-à-dire de l’ « axe de la résistance ». La preuve en est que l’adjoint du chef de l’état-major des forces armées iraniennes, le général Massoud Jazayeri, a déclaré que l’Iran « ne permettra pas à l’ennemi d’avancer » en Syrie. Il a ajouté que « pour l’instant il n’est pas nécessaire que les amis de la Syrie entrent en scène et notre évaluation est qu’ils n’auront pas besoin de le faire » [22]. Quelques jours plus tard, monsieur Saïd Jalili, l’émissaire du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a répété les déclarations de Jazayeri en confirmant, à l’occasion de sa réception à Damas par le président syrien Assad, que « l’Iran ne permettra pas que l’axe de résistance, dont la Syrie est un élément essentiel, soit brisé en aucune façon » [23].

Franchement, en tant que chercheur, je trouve que les déclarations de monsieur Jalili et du général Jazayeri sont plus fiables pour mes recherches que les fantaisies de monsieur BHL.

Il suffit de faire le parallèle avec ce que le quotidien israélien Haaretz avait rapporté en février dernier. Selon Haaretz, le commandant des forces spéciales de la Garde révolutionnaire iranienne, Kassam Salimani, était arrivé à Damas pour prendre sa place parmi les membres de l’état-major du régime syrien [24]. Haaretz ajoute que les forces spéciales iraniennes, baptisées Force al-Quds, comptent 15, 000 combattants. Si ce rapport est correct, cela entraine à dire que les déclarations continues des responsables iraniens à propos de la Syrie sont plus sérieuses que nous le croyons, et que Téhéran considère la Syrie comme une partie intrinsèque de sa sécurité nationale. Cela veut dire aussi que si le « pilote dans l’avion », dont parle BHL ci-devant, bombarde Damas, les Iraniens réagiront comme s’il avait bombardé Téhéran.

De surcroît, selon une source exclusive au quotidien libanais al-Akhbar, monsieur Jalili, lors de sa dernière visite à Damas, a confirmé au président syrien que la sûreté de la Syrie fait partie de « la sûreté nationale, régionale et internationale de l’Iran ». Monsieur Jalili ajoute que « si la situation s’aggrave, nous ne nous tiendrons pas les bras croisés. Nous réagirons contre toute intervention militaire une fois une force étrangère aura franchi la frontière syrienne. À l’intérieur, nous sommes confiants que vous reprendrez contrôle de la situation et que vous dépasserez la crise » [25] (T.d.A).  

De Maizière : l’intellectuel de bistrot ne décide pas de la guerre

Quelqu’un pourrait protester, le poing levé, en disant que « les Iraniens ne sont que des haut-parleurs », et qu’une intervention militaire en Syrie mènera certainement à une victoire totale contre le régime de Damas. Dans ce cas, nous ne pouvons que nous reculer quelques mois en arrière, laissant l’arène à ceux qui croient encore et se font croire à l’intervention militaire, pour jeter un coup d’œil sur ce qu’un responsable atlantique disait d’une telle intervention.

Le ministre allemand de la Défense, Thomas de Maizière, a critiqué, dans une interview au quotidien allemand Die Tageszeitung, les voix qui appelaient à une intervention militaire en Syrie : « Je trouve extrêmement pénible que n’importe quel intellectuel de bistrot dans le monde exige l’engagement de soldats sans jamais avoir à rendre des comptes par la suite » [26] (T.d.A). Il a ajouté aussi que « la xyloglossie [27] répandue par des personnes qui n’ont aucun sens de responsabilité crée de grandes espérances dans des régions comme la Syrie, ce qui entraîne plus tard à des désappointements » [28] (T.d.A).

À ce jour, monsieur de Maizière ne change pas de position. Dans une interview au journal Welt am Sonntag, il s’est opposé, une nouvelle fois, à l’intervention militaire : « L’échec de la diplomatie ne doit pas automatiquement mener au début de l’option militaire » [29]. Il souligne qu’une zone d’interdiction aérienne ne suffirait pas à pacifier le pays mais que des dizaines de milliers de soldats étrangers devraient être envoyés sur place. Une option qui n’est pas envisageable logistiquement et politiquement pour monsieur de Maizière.

La selle de Djeha-Hodja Nasreddin

Djeha-Hodja Nasreddin perdit sa selle dans la ville où il s’arrêta pour passer la nuit. Il dit alors aux gens du village :

- Ou vous trouvez ma selle ou je sais ce que je ferai.

Alarmés par ces propos, les paysans cherchèrent partout, sans rien trouver. Ils revinrent à l’hôtel de Djeha-Hodja Nasreddin et le virent en train de seller son âne. Avant qu’il ne quitte la ville, ils lui demandèrent :

- Qu’aurais-tu fait si ta selle n’avait pas été retrouvée ?

- J’ai une vieille sacoche à la maison, répondit-il. Je l’aurais découpée et j’en aurais fait une nouvelle selle.

En guise de conclusion, il reste à dire que depuis le début de la guerre impérialiste contre la Syrie, les chefs de la Sainte-Alliance arabo-atlantique ne cessent pas de proférer des menaces au président syrien Assad :

- Ou tu démissionnes ou nous interviendrons !

- Et si je ne démissionne pas, que feriez-vous ? répond Assad.

- Nous t’avertirons de nouveau, ou tu démissionnes ou nous interviendrons !

- Et si je ne démissionne pas ? répond Assad ; ainsi de suite, jusqu’à la fin des jours !

Fida Dakroub, Ph. D

Pour communiquer avec l’auteure : http://bofdakroub.blogspot.com/

Notes

[1] Russia Today. (3 août 2012). “Kofi Annan resigns as Special Envoy to Syria”. Récupéré le 6 août 2012 de http://www.rt.com/news/kofi-annan-steps-down-syria-envoy-704/

[2] Reuters. (8 juillet 2012). “Clinton: Syria must end violence to avoid “catastrophic assault””. Récupéré le 6 août 2012 de
http://uk.reuters.com/article/2012/07/08/uk-syria-crisis-clinton-idUKBRE8670AP20120708

[3] Le Monde. (2 août 2012). « Syrie : Obama a signé une directive secrète de soutien aux rebelles, selon CNN ». Récupéré le 8 août 2012 de
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/08/02/syrie-obama-a-signe-une-directive-secrete-de-soutien-aux-rebelles-selon-cnn_1741289_3218.html

[4] Russia Today. (9 août 2012). السعودية تصدر احكاما بالسجن ومنع السفر ضد النشطاء المطالبين بحقوق الانسان. Récupéré le 11 août 2012 de
http://arabic.rt.com/news_all_news/news/591835/

[5] Dans « Lettres persanes » de Montesquieu ; lettre LXV.

[6] Le Figaro. (3 août 2012). « BHL “déçu” par François Hollande sur le dossier syrien ». Récupéré le 6 août 2012 de
http://www.lefigaro.fr/politique/2012/08/03/01002-20120803ARTFIG00325-bhl-decu-par-francois-hollande-sur-le-dossier-syrien.php

[7] Vladimir Alekseïevitch Kornilov (1806 – 1854) est un vice-amiral russe qui fut chef d’état-major de la Flotte de la mer Noire, héros de la Guerre de Crimée, et créateur de la guerre de position.

[8] Le directeur des postes dans « Les Âmes mortes » de Gogol, première partie.

[9] Le Figaro, loc. cit.

[10] Le Parisien. (3 août 2012). Syrie : « Bernard-Henri Lévy déçu par François Hollande ». Récupéré le 6 août 2012 de
http://www.leparisien.fr/politique/syrie-bernard-henri-levy-decu-par-francois-hollande-03-08-2012-2112205.php

[11] BHL. (s.d). Ses combats. Récupéré le 7 août 2012 de
http://www.bernard-henri-levy.com/category/ses-combats

[12] Zacharie (9 :9).

[13] Europe1. (20 mars 2011). « Tout sauf Kadhafi », entrevue avec BHL. Récupéré le 8 août 2012 de http://www.dailymotion.com/video/xhq1xb_bhl-europe-1-20-mars-2011_news

[14] BHL, « Tout sauf Kadhafi », loc.cit.

[15] loc. cit.

[16] Une science fantaisiste mentionnée dans « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire ; ch. 1.

[17] Panglos est un professeur de métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie, précepteur de Candide et de Cunégonde dans « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire.

[18] Russia Today. (19 octobre 2011). ‘NATO has bombed Libya back to Stone Age’. Récupéré le 8 août 2012 de
http://www.rt.com/news/nato-libya-machon-former-219/

[19] Fox News. (22 août 2012). “Libyan Draft Constitution: Sharia Is ‘Principal Source of Legislation’…”. Récupéré le 8 août 2012 de
http://nation.foxnews.com/undefined/2011/08/22/libyan-draft-constitution-sharia-principal-source-legislation#ixzz22yZUt1j7

[20] Phrase tirée de « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire, ch. 1.

[21] Production pastichienne d’un passage tiré de « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire, ch. 1.

[22] L’Orient-Le Jour. (1 août 2012). « L’Iran “ ne permettra pas à l’ennemi d’avancer ”en Syrie ». Récupéré le 7 août 2012 de
http://www.lorientlejour.com/category/Moyen+Orient+et+Monde/article/771233/L’Iran_%3C%3C+ne_permettra_pas_a_l’ennemi_d’avancer+%3E%3E_en_Syrie.html

[23] Radio-Canada. (7 août 2012). « Téhéran veut jouer un rôle pour résoudre la crise syrienne ». Récupéré le 8 août 2012 de
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2012/08/07/007-syrie-iran-rencontre-mardi.shtml

[24] Zvi Bar’el. (6 février 2012). “Report: Top Iran military official aiding Assad’s crackdown on Syria opposition”. Publié sur Haaretz. Récupéré le 8 août 2012 de
http://www.haaretz.com/news/middle-east/report-top-iran-military-official-aiding-assad-s-crackdown-on-syria-opposition-1.411402

[25] Chalhoub, Élie. (9 août 2012). “Iran Conference: Setting the Stage for Dialogue in Syria”. Publié sur al-Akhbar. Récupéré le 11 août 2012 de
http://english.al-akhbar.com/content/iran-conference-setting-stage-dialogue-syria

[26] Hurriyet. (11 juin 2012). “German minister says no to Syria military intervention”. Récupéré le 11 août 2012 de
http://www.hurriyetdailynews.com/german-minister-says-no-to-syria-military-intervention-.aspx?pageID=238&nID=22871&NewsCatID=351

[27] Figure de rhétorique consistant à détourner la réalité par les mots. C’est une forme d’expression qui, notamment en matière politique, vise à dissimuler une incompétence ou une réticence à aborder un sujet en proclamant des banalités abstraites, pompeuses, ou qui font appel davantage aux sentiments qu’aux faits.

[28] loc. cit.

[29] RFI. (6 août 2012). « L’Allemagne toujours opposée à une intervention militaire en Syrie ». Récupéré le 11 août 2012 de
http://www.rfi.fr/moyen-orient/20120806-allemagne-toujours-contre-une-intervention-militaire-syrie-maiziere

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivaine et chercheure, membre du « Groupe de recherche et d’études sur les littératures et cultures de l’espace francophone » (GRELCEF) à l’Université Western Ontario. Elle est militante pour la paix et les droits civiques.

 

Le déclenchement d’une guerre “humanitaire” contre la Syrie

août 13th, 2012 by Prof Michel Chossudovsky

L’administration Obama, en lien avec Londres, Paris et Tel-Aviv ainsi que le quartier général de l’OTAN à Bruxelles envisage diverses «options d’interventions» militaires contre la Syrie, y compris des opérations navales et aériennes en appui aux forces rebelles d’« opposition » sur le terrain.

Les États-Unis et leur irréductible allié britannique sont sur un «pied de guerre humanitaire».

Les forces alliées, incluant des agents du renseignement et des Forces spéciales ont renforcé leur présence sur le terrain en appui à l’«Armée syrienne libre» (ASL) de l’opposition. Le ministère de la Défense britannique serait « en train de formuler des plans d’urgence advenant le déploiement de troupes par la Grande-Bretagne dans cette région instable».

Des déploiements navals et aériens ont déjà été annoncés par le ministère britannique de la Défense. Selon les tabloïds londoniens citant des sources militaires « faisant autorité», «[l]’escalade de la guerre civile en [Syrie] a augmenté la probabilité que l’Occident soit forcé d’intervenir». ( Daily Mail, 24 juillet, 2012.) 

Pour des raisons pratiques, on n’envisage pas de campagne de bombardement «choc et stupeur» à l’irakienne : « Des analystes de la Défense ont averti qu’une force d’au moins 300 000 troupes serait nécessaire pour mettre en œuvre une intervention à grande échelle [en Syrie]. Cette option se heurterait tout de même à une résistance farouche […] » (Ibid.)

Au lieu de mener une guerre éclair totale, l’alliance des États-Unis, de l’OTAN et d’Israël a choisi d’intervenir en vertu de la «responsabilité de protége » et son contexte diabolique de «guerre humanitaire». Inspirées de l’opération en Libye, les étapes suivantes sont prévues :

1. Une insurrection soutenue par les États-Unis et l’OTAN, intégrée par des escadrons de la mort, est lancée sous couvert d’un « mouvement de contestation » (mi-mars à Dara)

2. Les Forces spéciales britanniques, françaises, qataries et turques sont sur le terrain en Syrie pour conseiller et entraîner les rebelles ainsi que superviser des opérations spéciales. Des mercenaires engagés par des compagnies de sécurité privées sont également impliqués dans le soutien aux forces rebelles.

3. Les meurtres de civils innocents par l’Armée syrienne libre (ASL) sont exécutés délibérément dans le cadre d’une opération clandestine des services de renseignement. (Voir SYRIA: Killing Innocent Civilians as part of a US Covert Op. Mobilizing Public Support for a R2P War against Syria, Global Research, mai 2012.)

4. Le gouvernement syrien est ensuite accusé des atrocités commises. La désinformation médiatique est axée sur la diabolisation du gouvernement syrien et l’opinion publique est incitée à appuyer une intervention militaire pour des raisons humanitaires.

5. En réaction à l’indignation publique, les États-Unis et l’OTAN sont alors « forcés d’intervenir » en vertu du mandat de la « responsabilité de protéger » (Responsibility to Protect (R2P)). La propagande médiatique passe en vitesse grand V et « la communauté internationale » vient à la rescousse du peuple syrien.

6. Des navires de guerre et des chasseurs sont alors déployés dans la Méditerranée orientale. Ces actions sont coordonnées avec un soutien logistique aux rebelles et des Forces spéciales sur le terrain.

7. Le but ultime est un « changement de régime » menant au « démantèlement du pays » selon des divisions confessionnelles et/ou à l’installation d’un «régime influencé ou dominé par l’Islam» à l’instar du Qatar et de l’Arabie Saoudite.

8. Les plans de guerre contre à la Syrie sont intégrés à ceux relatifs à l’Iran : la route vers Téhéran passe par Damas. Les vastes répercussions d’une intervention militaire des États-Unis et de l’OTAN comportent l’escalade militaire et le déclenchement probable d’une guerre régionale s’étendant de la Méditerranée orientale à l’Asie centrale et dans laquelle la Chine et la Russie pourraient être impliquées directement ou indirectement.

Les étapes 1 à 4 ont déjà été mises en œuvre.

L’étape 5 a été annoncée.

L’étape 6 comprenant le déploiement de navires britanniques et français en Méditerranée orientale est prévue pour la «fin de l’été» selon le ministère britannique de la Défense. (Voir Michel Chossudovsky, The US-NATO War on Syria: Western Naval Forces Confront Russia Off the Syrian Coastline? Global Research, 26 juillet 2012.)

L’étape 7, à savoir le «changement de régime», qui représente la phase finale de la guerre humanitaire, a été annoncée à maintes reprises par Washington. Le secrétaire à la Défense Leon Panetta a fait référence au président Al-Assad en ces termes : « Il ne s’agit plus de savoir si son règne achève, mais plutôt quand il s’achèvera. »

La phase finale : Déstabiliser l’État laïque, instaurer l’« islam politique »

Le Royal United Services Institute for Defence and Security (RUSI), un groupe de réflexion ayant des liens étroits avec le ministère britannique de la Défense et le Pentagone a laissé entendre qu’« une forme d’intervention [militaire] en Syrie est de plus en plus probable […]». Dans son bulletin sur la crise en Syrie intitulé A Collision Course for Intervention (Une intervention inévitable) le RUSI évoque ce que l’on pourrait décrire comme « une légère invasion » menant soit au « démantèlement du pays » selon des divisions confessionnelles et/ou à l’installation d’un « régime influencé ou dominé par l’Islam » calqué sur celui Qatar et de l’Arabie Saoudite.

Plusieurs « scénarios » comportant des opérations clandestines des services de renseignement sont mis de l’avant. L’objectif non avoué de ces options de l’armée et du renseignement est de déstabiliser l’État laïque et d’implanter, par des moyens militaires, la transition vers un régime post-Al-Assad « dominé ou influencé par l’islam » inspiré des modèles qatari et saoudien :

Nous devons mieux comprendre les activités et les relations d’Al-Qaïda et des autres djihadistes salafistes syriens et internationaux, ces derniers étant maintenant de plus en plus nombreux à entrer en Syrie. Les vannes s’ouvriront probablement davantage, les djihadistes étant encouragés par des signes indiquant le progrès significatifs de l’opposition face au régime. Ces éléments ont l’appui de l’Arabie Saoudite et du Qatar et auraient indubitablement un rôle à jouer en Syrie après la chute d’Al-Assad. L’envergure de leur implication devrait être prise en considération dans la planification de l’intervention. (Ibid, p. 9, c’est l’auteur qui souligne.)

Tout en reconnaissant que les combattants rebelles sont de véritables terroristes impliqués dans des meurtres de civils, le bulletin du RUSI, en invoquant des considérations tactiques et du renseignement, suggère que les forces alliées devraient malgré tout appuyer les terroristes. (Les brigades terroristes ont été soutenues par la coalition menée par les États-Unis depuis le tout début de l’insurrection à la mi-mars 2011. Des Forces spéciales ont intégré l’insurrection.) :

Quels défis militaires, politiques et sécuritaires représenteraient-ils [les djihadistes] pour le pays, la région et l’Occident? Les problèmes comprennent un régime possiblement dominé ou influencé par l’islam héritant d’un armement sophistiqué, dont des systèmes de défense antiaérienne et de missiles antinavires; ainsi que des armes chimiques et biologiques qui pourraient être transférées aux mains de terroristes internationaux. Au niveau tactique, des renseignements seraient nécessaires pour identifier les groupes les plus efficaces et savoir comment les appuyer le mieux possible. Il serait par ailleurs essentiel de savoir comment ils opèrent et si un soutien les aiderait à massacrer des rivaux ou à attaquer des civils, comme l’ont déjà fait des groupes d’opposition syriens. (RUSI – SYRIA CRISIS BRIEFING: A Collision Course for Intervention, Londres juillet 2012, p. 9 c’est l’auteur qui souligne.)

La citation précédente confirme que les États-Unis et l’OTAN sont déterminés à utiliser l’« islam politique », comprenant le déploiement de groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et soutenus par la CIA et le MI6, afin de poursuivre leurs ambitions hégémoniques en Syrie.

Des opérations clandestines des services de renseignement occidentaux en appui à des entités terroristes de l’« opposition » sont lancées dans le but d’affaiblir l’État laïque, de fomenter des violences interconfessionnelles et de créer des divisions sociales. Rappelons qu’en Libye, les rebelles « pro-démocratie » étaient menés par des brigades paramilitaires affiliées à Al-Qaïda, supervisées par des Forces spéciales de l’OTAN. La « libération » de Tripoli dont on a tant parlé a été effectuée par d’anciens membres du Groupe islamique combattant en Libye (GICL)

Options et actions militaires : Vers une «invasion soft»?

Dans le bulletin du RUSI sur la crise syrienne, plusieurs options militaires concrètes sont envisagées, lesquelles reflètent largement les réflexions actuelles de l’OTAN et du Pentagone sur la question. Toutes ces options sont basées sur un scénario de « changement de régime » nécessitant l’intervention de forces alliées en territoire syrien. On envisage une « invasion légère » s’inspirant de l’opération en Libye, en vertu d’un mandat humanitaire et de la responsabilité de protéger, plutôt qu’une guerre éclair totale du genre « choc et stupeur ».

Le document confirme toutefois que l’appui réel et soutenu des rebelles de l’ASL nécessitera tôt ou tard l’emploi d’une « force aérienne sous la forme de chasseurs, de systèmes de défense naval, terrestre et aérien » combinés à un afflux de Forces spéciales et le débarquement « amphibie et aéroporté d’une unité d’infanterie d’élite ». (Ibid, p. 16.) 

Il ne fait aucun doute que cette transition vers un soutien naval et aérien concret aux rebelles est motivée par des revers de l’insurrection (dont des pertes substantielles chez les rebelles), subis lors des représailles des forces gouvernementales dans la foulée des attentats terroristes contre le quartier général de la Sécurité nationale à Damas le 18 juillet dernier. Le ministre de la Défense, le général Daoud Rajha ainsi que deux membres de haut rang de l’équipe nationale de défense ont trouvé la mort lors de ces attaques.

On envisage de mener successivement diverses actions militaires imbriquées, avant et après le « changement de régime » proposé.

Une coalition menée par les États-Unis pourrait sans nul doute réaliser la meilleure option, soit la destruction des forces armées syriennes par une invasion à l’irakienne de type « choc et stupeur ». Cependant, à l’instar toutes les autres formes d’intervention, la gestion des conséquences serait bien moins prévisible et pourrait entraîner les forces de la coalition dans un bourbier long et sanglant. À l’heure actuelle, cette possibilité est irréaliste et doit être exclue […] Une opération aérienne menée par les États-Unis pourrait certainement arriver à neutraliser l’infrastructure de la défense aérienne syrienne de manière substantielle. Cela requerrait toutefois une campagne militaire soutenue, de grande envergure et extrêmement coûteuse, comprenant le déploiement de Forces spéciales sur le terrain afin de prêter assistance en matière de ciblage […]

Les options d’intervention restantes se classent en trois grandes catégories qui se chevauchent parfois […] La première constitue le renforcement militaire visant à réduire la violence en Syrie ou à y mettre fin […] et à empêcher les forces d’Al-Assad d’attaquer des populations civiles par des actions [militaires] directes. [Le RUSI ignore le fait que les tueries sont commises par l’ASL plutôt que par des forces du gouvernement. M.C.]

La deuxième consiste à susciter un changement de régime en combinant un appui aux forces d’opposition et une action militaire. La seconde catégorie pourrait s’appliquer dans la foulée de l’effondrement du régime. L’objectif serait de soutenir un gouvernement post-Al-Assad en aidant à stabiliser le pays et à protéger la population contre des représailles et des violences entre factions […] Une force de stabilisation serait déployée à la demande du nouveau gouvernement. Chaque scénario d’intervention devrait comprendre la nécessité de détruire ou sécuriser les armes chimiques de la Syrie si elles étaient sur le point d’être utilisées, transférées ou posaient des problèmes de sécurité. Cela exigerait des forces de combat si spécialisées et possiblement en si grand nombre qu’il n’y a probablement que les États-Unis qui puissent effectuer cette mission. [Rappelant les armes de destruction massive d'Irak, le prétexte des armes chimiques de la Syrie est utilisé pour justifier une intervention militaire plus musclée. M.C.]

La troisième catégorie comporte l’aide humanitaire, soit l’approvisionnement et l’aide médicale aux populations assiégées […] Cette forme d’intervention, probablement menée sous l’égide de l’ONU, impliquerait les agences d’aide comme le Croissant-Rouge international ainsi que des forces militaires armées, dont des forces aériennes, là encore peut-être basées sur une coalition de l’OTAN. De l’aide humanitaire pourrait être nécessaire avant ou après un changement de régime. (Voir RUSI – SYRIA CRISIS BRIEFING: A Collision Course for Intervention, Londres juillet 2012, p.9-10. C’est l’auteur qui souligne.)

L’« aide humanitaire » est souvent employée comme prétexte pour envoyer des unités de combat et des Forces spéciales. Des agents du renseignement sont aussi fréquemment déployés en utilisant les ONG comme couverture.

Actions militaires concrètes des États-Unis et de l’OTAN.

Le document du RUSI reflète-t-il les perspectives actuelles de la planification militaire des États-Unis et de l’OTAN concernant la Syrie?

Quelles sont les actions militaires et des services de renseignement posées concrètement par l’alliance militaire occidentale à la suite des vétos russes et chinois au Conseil de sécurité des Nations Unies?

Le déploiement d’une puissante armada de navires français et britanniques est déjà envisagé « à la fin de l’été », la date n’étant toutefois pas précisée. (See Michel Chossudovsky, The US-NATO War on Syria: Western Naval Forces Confront Russia Off the Syrian Coastline?, Global Research, 26 juillet 2012.) 

Le ministère britannique de la Défense a cependant laissé entendre que des déploiements de la Royal Navy au Moyen-Orient ne pourrait être mis en œuvre qu’« après » les Jeux Olympiques de Londres. Deux des plus grands navires de guerre de la Grande-Bretagne, le HMS Bullwark et le HMS Illustrious ont été assignés à la sécurité des Olympiques de Londres, aux frais astronomiques des contribuables britanniques. Le HMS Bullwark est stationné dans la baie de Weymouth pour toute la durée des Jeux et le HMS Illustrious est actuellement sur le Thames au cœur de Londres. (Ibid.)

Ces opérations navales planifiées sont soigneusement coordonnées avec l’appui accru des alliés à l’ASL, intégrée par des mercenaires djihadistes étrangers entraînés au Qatar, en Irak, en Turquie et en Arabie Saoudite pour le compte de l’alliance militaire occidentale.

L’alliance des États-Unis et de l’OTAN lancera-t-elle une opération aérienne totale?

Les capacités de défense aérienne de la Syrie sont, selon les reportages, basées sur le système sophistiqué S-300 de la Russie. (Des reportages non corroborés indiquent que la Russie a annulé une livraison à la Syrie de ce système de missile sol-air après avoir reçu des pressions d’Israël (Voir Israel convinces Russia to cancel Syrian S-300 missile deal: official, Xinhua, 28 juin 2012.) Des reportages suggèrent par ailleurs qu’un système russe de radar sophistiqué a été installé. (Voir  Report: Russia Sent Syria Advanced S-300 Missiles, Israel National News, 24 novembre 2011.)

Le rôle des Forces spéciales

Dans les prochains mois, les forces alliées vont sans doute s’efforcer de paralyser les capacités militaires du pays, incluant sa défense aérienne et ses systèmes de communication, en combinant des opérations clandestines, des cyber-attaques et le parrainage d’attentats terroristes de l’ASL.

Les rebelles de l’« Armée syrienne libre » sont les fantassins de l’OTAN. Les commandants de l’ASL, dont bon nombre font partie d’entités affiliées à Al-Qaïda, sont en liaison permanente avec les Forces spéciales britanniques et françaises en Syrie. Le rapport du RUSI recommande que les rebelles soient appuyés par un déploiement «de conseillers des Forces spéciales au pays et d’un soutien aérien sur demande» :

La présence de conseillers aux côtés des commandants rebelles, possiblement en compagnie de petites unités des Forces spéciales, pourrait être déterminante sur les plans tactique et stratégique, comme ce fut le cas en Afghanistan en 2001 et en Libye en 2011. (RUSI, op. cit., p. 10.)

Des Forces spéciales sont sur le terrain en Syrie depuis le début de l’insurrection. Des reportages confirment aussi l’implication des compagnies de sécurité privées, dont d’anciens mercenaires de Blackwater, dans l’entraînement des rebelles de l’ASL. Dans ce que l’on décrit comme la « guerre au noir de l’Amérique », des Forces spéciales sur le terrain sont en liaison permanente avec des alliés de l’armée et des services de renseignement.

L’affluence de mercenaires djihadistes combattants 

À la suite de l’impasse du Conseil de sécurité de l’ONU, le recrutement et l’entraînement de mercenaires djihadistes s’accélère.

Selon une source de l’Armée britannique, des Forces spéciales britanniques sont en train de former les « rebelles » syriens en Irak sur les tactiques militaires, le maniement d’armes et les systèmes de communication. Le reportage confirme aussi qu’un entraînement de commandement militaire avancé se donne en Arabie saoudite pour le compte de l’alliance militaire occidentale :

Les Forces spéciales britanniques et françaises entraînent activement des membres de l’ASL sur une base en Turquie. Certains reportages indiquent que l’entraînement a lieu aussi en Libye et au nord du Liban. Des agents du MI6 britannique et du personnel des UKSF (SAS/SBS) entraîneraient par ailleurs des rebelles pour la guérilla urbaine et les approvisionneraient en armes et en équipement. On croit que des agents étasuniens de la CIA et des Forces spéciales assistent les rebelles en matière de communication. (Elite Forces UK, 5 janvier 2012.)

Plus de 300 [rebelles syriens] sont passés par une base tout juste à l’intérieur la frontière irakienne, alors qu’un cours de commandement se donne en Arabie Saoudite.

Deux firmes privées de sécurité employant du personnel des Forces spéciales entraînent des groupes de 50 rebelles à la fois.  “Notre rôle est essentiellement instructif et consiste à enseigner des tactiques, des techniques et des procédures”, a déclaré un ancien membre des SAS.

[...] “Nous espérons les aider en leur apprenant à se protéger, à tirer et à éviter de se faire cibler par des tireurs d’élite.” (Daily Mail 22 juillet 2012.)

Le rôle de la Turquie et d’Israël

Le haut commandement militaire turc est en liaison avec le quartier général de l’OTAN depuis août 2011 relativement au recrutement actif de milliers de « combattants de la liberté » islamistes, rappelant l’enrôlement de moudjahidines pour mener le djihad (la guerre sainte) de la CIA à l’apogée de la guerre soviéto-afghane :

Nos sources rapportent que Bruxelles et Ankara discutent d’une campagne de recrutement de milliers de volontaires musulmans des pays du Moyen-Orient et du monde musulman pour aller se battre auprès des rebelles syriens. L’armée turque abriterait ces volontaires, les entraînerait et assurerait leur passage en Syrie. (DEBKAfile, NATO to give rebels anti-tank weapons, 14 août 2011, c’est l’auteur qui souligne.) 

Le flot récent de combattants étrangers d’une envergure considérable suggère que ce programme diabolique de recrutement de moudjahidines mis en œuvre il y a plus d’un an s’est concrétisé.

La Turquie appui elle aussi les combattants des Frères musulmans au nord de la Syrie. Dans le cadre de cet appui aux rebelles de l’ASL, « la Turquie, à l’aide des alliés qatari et saoudien, a aménagé une base secrète pour envoyer aux rebelles syriens de l’aide cruciale sur les plans militaire et communicationnel à partir d’une ville près de la frontière ». (Exclusive: Secret Turkish nerve center leads aid to Syria rebels | Reuters, 27 juillet 2012.)

Se caractérisant surtout par des opérations clandestines d’espionnage, le rôle d’Israël dans le soutien aux rebelles, quoique « discret », a été néanmoins significatif. Depuis le tout début, le Mossad a appuyé des groupes terroristes salafistes radicaux, lesquels ont participé activement au mouvement de protestation à Daraa, dans le sud de la Syrie, à la mi-mars. Des reportages suggèrent que le financement de l’insurrection salafiste provient de l’Arabie Saoudite. (Voir Syrian army closes in on Damascus suburbs, The Irish Times, 10 mai 2011).

Tout en appuyant clandestinement l’ASL, Israël soutient également les séparatistes kurdes au nord de la Syrie. Le groupe d’opposition kurde (Conseil national kurde (KNC)) entretient des liens étroits avec le gouvernement régional kurde de Massoud Barzani au nord de l’Irak, directement appuyé par Israël.

Washington et Tel-Aviv prévoient utiliser les visées séparatistes kurdes afin de démanteler la Syrie et la diviser en plusieurs entités politiques « indépendantes » fondées sur des frontières ethniques et religieuses. Il convient de noter que Washington a par ailleurs facilité le déploiement de «militants de l’opposition » kurdes syriens au Kosovo en mai pour participer à des sessions d’entraînement employant «l’expertise terroriste» de l’Armée de libération du Kosovo (ALK). (Voir Michel Chossudovsky, Hidden US-Israeli Military Agenda: “Break Syria into Pieces”, Global Research, juin 2012.)

Le programme militaire à peine voilé des États-Unis et d’Israël est de « Mettre la Syrie en pièces », dans le but d’appuyer l’expansionnisme israélien. (The Jerusalem Post, 16 mai 2012.)

Confrontation avec la Russie

Dans les prochains mois, nous devons nous attendre à ce qui suit :

1) un déploiement naval en Méditerranée orientale, dont l’objectif militaire n’a pas été clairement défini par les forces alliés.

2) une affluence accrue de combattants étrangers et d’escadrons de la mort en Syrie, ainsi que des attentats terroristes soigneusement ciblées, en coordination avec les États-Unis et l’OTAN.

3) une escalade dans le déploiement de forces spéciales alliées, dont des mercenaires de compagnies privées de sécurité travaillant à contrat pour le renseignement occidental.

Le but de l’opération «le volcan de Damas et les séismes de Syrie» consiste au bout du compte à étendre les attentats terroristes de l’ASL à la capitale de la Syrie, sous la supervision des Forces spéciales et d’espions occidentaux sur le terrain. (Voir Thierry Meyssan, La bataille de Damas a commencé, Voltaire Net, 19 juillet 2012.) Cette option visant à cibler Damas a échoué. Les rebelles ont également été repoussés lors de combats intenses à Alep, la seconde ville syrienne en importance.

3) L’affaiblissement du rôle de la Russie en Syrie, incluant ses fonctions dans le contexte d’un accord de coopération militaire bilatéral avec Damas, fait aussi partie des visées du renseignement militaire des États-Unis et de l’OTAN. Cela pourrait donner lieu à des attentats  terroristes contre des citoyens russes vivant en Syrie.

Un attentat terroriste visant la base navale russe de Tartous a été annoncé par l’ASL moins de deux semaines après la confrontation au Conseil de sécurité. Il ne fait aucun doute que celui-ci a été ordonné par les États-Unis et l’OTAN dans le but de menacer la Russie.

Suivant l’arrivée de la flottille de dix navires de guerre au large de la côte syrienne, un porte-parole de l’ASL a confirmé (le 26 juillet) leur intention d’attaquer la base navale russe de Tartous.

Nous avons un avertissement pour les forces russes : si elles envoient davantage d’armes pour tuer nos familles et le peuple syrien nous allons les frapper durement en Syrie » a déclaré Louay al-Mokdad, un responsable de la logistique pour l’ASL.

Des informateurs au sein du régime nous indiquent qu’une importante livraison d’armes arrivera à Tartous dans les deux prochaines semaines. Nous ne voulons pas attaquer le port, nous ne sommes pas des terroristes, mais s’ils continuent à agir de la sorte, nous n’aurons pas le choix.

L’ASL a formé une « brigade navale » constituée de déserteurs de la marine syrienne, active près de Tartous. « Bon nombre de nos hommes travaillaient auparavant dans le port de Tartous et ils le connaissent bien », a affirmé le capitaine Walid, un ancien officier de la marine syrienne. « Nous observons de très près les mouvements des Russes.

Nous pouvons facilement détruire le port. Si nous frappions les stocks d’armes à l’aide de missiles antichars ou d’une autre arme, cela pourrait déclencher une explosion dévastatrice, a déclaré un représentant de l’ASL. « Nous pouvons aussi attaquer directement les navires. (Syrian rebels threaten to attack Russian naval base – World – DNA, 26 juillet 2012.)

Si les bases navales de la Russie étaient attaquées, il est fort probable que cela se ferait sous la supervision des forces spéciales et des agents du renseignement des alliés.

Alors que la Russie possède les capacités militaires pour défendre efficacement sa base navale de Tartous, une attaque contre celle-ci représenterait un acte de provocation pouvant ouvrir la voie à l’implication plus visible des forces russes en Syrie. Une telle tournure des événements pourrait également mener à une confrontation directe entre les forces russes d’une part et, de l’autre, les Forces spéciales et les mercenaires occidentaux actifs dans les rangs des rebelles.

Selon le bulletin du RUSI sur la crise Syrienne cité plus haut : «L’anticipation des actions et réactions de la Russie doit constituer un facteur majeur dans tout plan d’intervention [militaire] occidentale en [Syrie]. Les Russes sont certainement capables de poser des gestes audacieux et inattendus […]» (RUSI, op. cit., p. 5.)

Le monde est à une dangereuse croisée des chemins

Une « guerre humanitaire » totale contre la Syrie figure sur la planche à dessin du Pentagone et si elle devait se réaliser, elle conduirait le monde à une guerre régionale s’étendant de la Méditerranée orientale au cœur de l’Asie.

Un programme de propagande global et sophistiqué appuie la guerre au nom de la paix et de la sécurité mondiale.

Le scénario sous-jacent d’un conflit planétaire va bien au-delà des visées diaboliques de 1984 d’Orwell.

Le ministère de la Vérité sanctionne la guerre comme entreprise de pacification en mettant la réalité sens dessus dessous.

Les mensonges et les fabrications des médias dominants, assortis de diverses insinuations, sont présentés dans un enchevêtrement complexe de tromperies.

Dans un revirement cynique de situation, les atrocités documentées commises par l’« opposition » de l’Occident contre les civils syriens sont maintenant (au lieu d’être attribuées aux forces gouvernementales) reconnues comme étant « inévitables » dans la douloureuse transition vers la « démocratie ».

Les conséquences plus vastes du « grand mensonge » sont occultées.

La guerre humanitaire mondiale devient un consensus que personne ne peut contester.

La guerre contre la Syrie s’inscrit dans un programme militaire mondial intégré. La route vers Téhéran passe par Damas. L’Iran, la Russie, la Chine et la Corée du Nord sont également menacés.

Avec le déploiement de l’armada franco-britannique plus tard cet été, des navires de guerre occidentaux en Méditerranée seraient contigus à ceux déployés par la Russie qui effectue ses propres jeux de guerre, ce qui pourrait mener à une confrontation entre les forces navales russes et occidentales, évoquant la Guerre froide. (Voir Michel Chossudovsky, The US-NATO War on Syria: Western Naval Forces Confront Russia Off the Syrian Coastline?, Global Research, 26 juillet 2012.)

Une guerre contre la Syrie, dans laquelle Israël et la Turquie seraient inévitablement impliqués, pourrait représenter l’étincelle causant une guerre régionale contre l’Iran et à laquelle la Russie et la Chine pourraient être mêlées (directement ou indirectement).

Il est crucial de passer le message et de briser les réseaux de désinformation médiatique.

Afin de renverser l’escalade militaire il faut absolument comprendre les événements en Syrie de manière critique et impartiale.

Passez le message. Faites circuler cet article dans le monde entier.

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Les peuples britannique, français et étasunien doivent absolument empêcher le déploiement naval d’armes de destruction massive en Méditerranée orientale « à la fin de l’été ».

Le ministère britannique de la Défense a annoncé que plusieurs navires de guerre britannique sont requis pour assurer la sécurité des Jeux Olympiques. « Le HMS Bullwark est stationné dans la baie de Weymouth pour toute la durée des Jeux et le HMS Illustrious est actuellement sur le Thames au cœur de Londres. » Le déploiement de navires de guerre britanniques, dont le HMS Bulwark et le HMS Illustrious, est envisagé « après » les Olympiques.

Passez le message. Faites circuler cet article. PARTAGEZ-LE sur Facebook (cliquez sur l’icône ci-dessous.)

Empêchez les navires de quitter le port.

Article original en anglais :


Towards A “Soft Invasion”? The Launching of a “Humanitarian War” against Syria
- by Prof. Michel Chossudovsky – 2012-08-02

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca 

Chers lecteurs de Mondialisation.ca,

Ce mois-ci nous avons vu la situation en Syrie se dégrader lorsque la violence s’est propagée dans les rues de Damas. L’escalade militaire entre la Russie et l’OTAN est en cours en Méditerranée orientale et l’Iran a menacé d’intervenir si toute puissance étrangère attaquait la Syrie. Ce pays est de toute évidence l’épicentre d’une confrontation internationale entre les États-Unis, l’OTAN, Israël et le Conseil de coopération du Golfe d’un côté et la Russie, la Chine et l’Iran de l’autre.

La lutte en Syrie visant à faire tomber le gouvernement s’accompagne d’une guerre médiatique accrue. Il ne faut pas sous-estimer le rôle des médias.

Mondialisation.ca offre à ses lecteurs de l’information essentielle et des analyses ayant pour but de contrer la désinformation médiatique des médias dominants. Nous sommes une référence importante pour de nombreux lecteurs sur des sujets comme la Syrie, la Libye, l’Irak, la Palestine, Fukushima, l’Amérique latine, la crise économique mondiale ainsi que la débâcle financière aux États-Unis.

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L’Armée syrienne libre : Révolutionnaire ou Contra ?

août 12th, 2012 by Thierry Meyssan

Alors que la presse occidentale présente l’Armée syrienne libre comme une organisation révolutionnaire armée, Thierry Meyssan affirme depuis plus d’un an qu’il s’agit au contraire d’une formation contre-révolutionnaire. Selon lui, elle serait progressivement passée des mains des monarchies réactionnaires du Golfe à celle de la Turquie, agissant pour l’OTAN. Une telle affirmation à contre-courant requiert une démonstration argumentée…


Depuis 18 mois, la Syrie est en proie à des troubles qui n’ont cessé d’augmenter jusqu’à devenir un vaste conflit armé ayant déjà causé la mort d’environ 20 000 personnes. S’il y a consensus sur ce constat, les narrations et les interprétations divergent au-delà.

Pour les États occidentaux et leur presse, les Syriens aspireraient à vivre à l’occidentale dans des démocraties de marché. Suivant les modèles tunisien, égyptien et libyen du « printemps arabe », ils se seraient soulevés pour renverser leur dictateur Bachar el-Assad. Celui-ci aurait réprimé les manifestations dans le sang. Alors que les Occidentaux auraient souhaité intervenir pour faire cesser le massacre, les Russes et les Chinois, par intérêt ou par mépris de la vie humaine, s’y seraient opposés.

Au contraire, pour tous les États qui ne sont pas vassalisés par les USA et pour leur presse, les États-Unis auraient lancé une opération contre la Syrie qu’ils planifiaient de longue date. D’abord par le truchement de leurs alliés régionaux, puis directement, ils auraient infiltré des bandes armées qui ont déstabilisé le pays, sur le modèle des Contras du Nicaragua. Cependant ceux-ci n’auraient trouvé qu’un très faible soutien intérieur et auraient été mis en déroute pendant que la Russie et la Chine aurait empêché l’OTAN d’anéantir l’armée syrienne et de renverser ainsi l’équation régionale.

Qui dit vrai ? Qui se trompe ?

Les groupes armés en Syrie ne défendent pas la démocratie,
ils la combattent

En premier lieu, l’interprétation des événements syriens comme un épisode du « printemps arabe » est une illusion car ce « printemps » n’a pas de réalité. C’est un slogan publicitaire pour présenter positivement des faits hétéroclites. S’il y a bien eu une révolte populaire en Tunisie, au Yémen et au Bahrein, il n’y en a pas eue, ni en Égypte, ni en Libye. En Égypte, les manifestations de rue se sont limitées à la capitale et à une certaine bourgeoisie, jamais, absolument jamais, le peuple égyptien ne s’est senti concerné par le spectacle télégénique de la place Tahrir [1]. En Libye, il n’y a pas eu de révolte politique, mais un mouvement séparatiste de la Cyrénaïque contre le pouvoir de Tripoli, puis l’intervention militaire de l’OTAN qui a coûté la vie à environ 160 000 personnes.

La station libanaise NourTV a connu un vif succès en diffusant une série d’émissions d’Hassan Hamade et Georges Rahme intitulée « Le printemps arabe, de Lawrence d’Arabie à Bernard-Henri Lévy ». Les auteurs y développent l’idée que le « printemps arabe » est un remake de la « révolte arabe » de 1916-1918 orchestrée par les Britannique contre les Ottomans. Cette fois, les occidentaux ont manipulé les situations pour renverser une génération de leaders et imposer les Frères musulmans. De fait, le « printemps arabe » relève de la publicité mensongère. Désormais, le Maroc, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, et Gaza sont gouvernés par une confrérie qui d’un côté impose un ordre moral, et de l’autre soutient le sionisme et la capitalisme pseudo-libéral, c’est-à-dire les intérêts d’Israël et des Anglo-Saxons. L’illusion s’est dissipée. Certains auteurs, comme le Syrien Said Hilal Alcharifi raillent désormais le « printemps otanien ».

Deuxièmement, les dirigeants du Conseil national syrien (CNS) comme les commandants de l’Armée syrienne libre (ASL) ne sont aucunement des démocrates, au sens qu’ils seraient favorables à « un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », suivant la formule d’Abraham Lincoln reprise dans la Constitution française.
Ainsi, le premier président du CNS fut l’universitaire parisien Burhan Ghalioun. Il n’était aucunement « un opposant syrien persécuté par le régime » puisqu’il venait et circulait librement dans son pays. Il n’était pas non plus un « intellectuel laïque » comme il le prétend, puisqu’il était le conseiller politique de l’Algérien Abbassi Madani, président du Front islamique du salut (FIS), aujourd’hui réfugié au Qatar.

Son successeur, Abdel Basset Syda [2], n’est entré en politique qu’au cours des derniers mois, et s’est immédiatement affirmé comme un simple exécutant des volontés états-uniennes. Dès son élection à la tête du CNS, il s’est engagé non pas à défendre la volonté de son peuple, mais à appliquer la « feuille de route » que Washington a rédigé pour la Syrie : The Day after.

Les combattants de l’Armée syrienne libre ne sont pas plus des militants de la démocratie. Ils reconnaissent l’autorité spirituelle du cheikh Adnan al-Arour, un prêcheur takfiriste, qui appelle à renverser et à tuer Bachar el-Assad non pour des motifs politiques, mais uniquement parce qu’il est de confession alaouite, c’est-à-dire hérétique à ses yeux. Tous les officiers identifiés de l’ASL sont sunnites et toutes les brigades de l’ASL portent des noms de figures historiques sunnites. Les « tribunaux révolutionnaires » de l’ASL condamnent à mort leurs opposants politiques (et pas seulement les partisans de Bachar el-Assad) et les mécréants qu’ils égorgent en public. Le programme de l’ASL est de mettre fin au régime laïque installé par le Baas, le PSNS et les communistes au profit d’un régime confessionnel sunnite pur.

Le conflit syrien a été prémédité par les Occidentaux

La volonté occidentale d’en finir avec la Syrie est connue et elle suffit largement à expliquer les événements actuels. Rappelons ici quelques faits qui ne laissent aucun doute sur la préméditation des événements [3].

La décision de faire la guerre à la Syrie a été prise par le président George W. Bush lors d’une réunion à Camp David, le 15 septembre 2001, juste après les attentats spectaculaires de New York et Washington. Il était prévu d’intervenir simultanément en Libye pour montrer la capacité d’action sur un double théâtre d’opération. Cette décision a été attestée par le témoignage du général Wesley Clark, ex-commandeur suprême de l’OTAN, qui y était opposé.

Dans la foulée de la chute de Bagdad, en 2003, le Congrès a adopté deux lois donnant instruction au président des États-Unis de préparer une guerre contre la Libye et une autre contre la Syrie (le Syria Accountability Act).

En 2004, Washington a accusé la Syrie de cacher sur son sol les armes de destruction massive que l’on ne parvenait pas à trouver en Irak. Cette accusation a fait long feu lorsqu’il a été admis que ces armes n’avaient jamais existé et n’étaient qu’un prétexte pour envahir l’Irak.

En 2005, après l’assassinat de Rafik Hariri, Washington a tenté d’entrer en guerre contre la Syrie, mais n’y est par parvenu car elle a retiré son armée du Liban. Les États-Unis ont alors suscité des faux témoignages pour accuser le président el-Assad d’avoir commandité l’attentat et ils ont créé un tribunal international d’exception pour le juger. Mais ils ont en définitive été contraints de retirer leurs fausses accusations après que leurs manipulations aient été mises à jour.

En 2006, les États-Unis ont commencé à préparer la « révolution syrienne » en créant le Syria Democracy Program. Il s’agissait de créer et de financer des groupes d’opposition pro-occidentale (comme le Mouvement pour la Justice et le Développement). Au financement officiel du département d’État s’est ajouté un financement secret de la CIA via une association californienne, le Democracy Council.

Toujours en 2006, les États-Unis ont sous-traité à Israël une guerre contre le Liban, dans l’espoir d’y impliquer la Syrie et de pouvoir intervenir. Mais la rapide victoire du Hezbollah a fait échouer ce plan.

En 2007, Israël a attaqué la Syrie, bombardant une installation militaire (Opération Orchard). Mais là encore, Damas a gardé son sang-froid et ne s’est pas laissé entraîner dans la guerre. Des vérifications ultérieures de l’Agence internationale de l’énergie atomique ont montré qu’il ne s’agissait pas d’un site nucléaire, contrairement à ce qui avait été affirmé par les Israéliens.

En 2008, lors de la réunion que l’OTAN organise annuellement sous le titre Groupe de Bilderberg, la directrice de l’Arab Reform Initiative, Bassma Kodmani, et le directeur de la Stiftung Wissenschaft und Politik, Volker Perthes, exposèrent brièvement au Gotha américano-européen les avantages économiques, politiques et militaires d’une possible intervention de l’Alliance en Syrie.

En 2009, la CIA a mis en place des outils de propagande à destination de la Syrie comme la chaîne BaradaTV, basée à Londres, et OrientTV basée à Dubai.

À ces éléments historiques, ajoutons qu’une réunion s’est tenue au Caire, la seconde semaine de février 2011, autour de John McCain, Joe Lieberman et Bernard-Henry Lévy, des personnalités libyennes comme Mahmoud Jibril (alors numéro 2 du gouvernement de la Jamahiriya) et des personnalités syriennes comme Malik al-Abdeh et Ammar Qurabi. C’est cette réunion qui donna le signal des opérations secrètes qui débutèrent à la fois en Libye et en Syrie (le 15 février à Benghazi et le 17 à Damas).

En janvier 2012, les départements US d’État et de la Défense constituèrent le groupe de travail The Day After. Supporting a democratic transition in Syria qui rédigea à la fois une nouvelle constitution pour la Syrie et un programme de gouvernement [4].

En mai 2012, l’OTAN et le CCG mirent en place le Working Group on Economic Recovery and Development of the Friends of the Syrian People, sous co-présidence allemande et émiratie. L’économiste syro-britannique Ossam el-Kadi y élabora un partage des richesses syriennes entre les États membres de la coalition, à appliquer le « jour d’après » (c’est-à-dire après le renversement du régime par l’OTAN et le CCG) [5].

Révolutionnaires ou contre-révolutionnaires ?

Les groupes armés ne sont pas issus des manifestations pacifiques de février 2011. Ces manifestations dénonçaient en effet la corruption et réclamaient plus de libertés, tandis que les groupes armés —nous l’avons vu plus haut— ressortent de l’islamisme.

Au cours des dernières années, une terrible crise économique a frappé les campagnes. Elle était due aux mauvaises récoltes, qui ont été à tort appréhendées comme des malheurs passagers alors qu’elles étaient la conséquences de changements climatiques durables. À cela se sont ajoutées des erreurs dans la mise en œuvre de réformes économiques qui ont désorganisé le secteur primaire. Il s’en est suivi un fort exode rural auquel le gouvernement a su faire face, et une dérive sectaire de certains paysans que le pouvoir a négligé. Dans de nombreuses régions, l’habitat rural n’était pas concentré en villages, mais dispersé sous forme de fermes isolées, personne n’a mesuré l’ampleur du phénomène jusqu’à ce que ses adeptes se regroupent.

En définitive, alors que la société syrienne incarne le paradigme de la tolérance religieuse, un courant takfiriste s’est développé en son sein. Il a fourni la base des groupes armés. Ceux-ci ont été richement financés par les monarchies wahhabites (Arabie saoudite, Qatar, Sharjah) [6].
Cette manne a suscité le ralliement de nouveaux combattants parmi lesquels on trouve des parents de victimes de la répression massive du sanglant coup d’État manqué des Frères musulmans, en 1982. Leur mobile est souvent moins idéologique que personnel. Il ressort de la vendetta.
De nombreux voyous et repris de justice appâtés par l’argent facile se sont ajoutés : un « révolutionnaire » est payé 7 fois le salaire moyen.
Enfin, des professionnels ayant combattu en Afghanistan, Bosnie, Tchétchénie ou Irak ont commencé à affluer. Au premier rangs desquels les hommes d’Al Qaida en Libye, conduits par Abdelhakim Belhaj en personne [7]. Les médias les présentent comme des jihadistes, ce qui est inapproprié, l’islam ne concevant pas de guerre sainte contre des coreligionnaires. Ce sont avant tout des mercenaires.

La presse occidentale et du Golfe insiste sur la présence de déserteurs dans l’ASL. C’est certain, mais il est par contre faux qu’ils aient fait défection après avoir refusé de réprimer des manifestations politiques. Les déserteurs en question rentrent presque toujours dans les cas que nous avons précédemment cités. Au demeurant, une armée de 300 000 hommes a forcément parmi elle ses fanatiques religieux et ses voyous.

Les groupes armés utilisent un drapeau syrien à bande verte (au lieu de la bande rouge) et à trois étoiles (au lieu de deux). La presse occidentale le qualifie de « drapeau de l’indépendance », car il était en vigueur au moment de l’indépendance du pays, en 1946. En réalité, il s’agit du drapeau du mandat français qui resta en vigueur lors de l’indépendance formelle du pays (1932 à 1958). Les trois étoiles représentent les trois districts confessionnels du colonialisme (alaouite, druze et chrétien). Utiliser ce drapeau, ce n’est certainement pas brandir un symbole révolutionnaire. Au contraire, c’est affirmer vouloir prolonger le projet colonial, celui de l’Accord Sykes-Picot de 1916 et du remodelage du « Moyen-Orient élargi ».

Au cours des 18 mois d’action armée, ces groupes armés se sont structurés et plus ou moins coordonnés. En l’état actuel,la grande majorité sont passés sous commandement turc, sous le label Armée syrienne libre. De fait, ils sont devenus des supplétifs de l’OTAN, le quartier général de l’ASL étant même installé sur la base aérienne de l’OTAN à Incirlik. Les islamistes les plus durs ont formé leurs propres organisations ou ont rejoint al-Qaida. Ils sont sous le contrôle du Qatar ou de la branche sudeiri de la famille royale saoudienne [8]. De facto, ils sont rattachés à la CIA.

Cette constitution progressive, qui part de paysans pauvres pour se terminer avec un afflux de mercenaires, est identique à ce que l’on a connu au Nicaragua lorsque la CIA organisa les Contras pour renverser les sandinistes, ou que l’on avait connu à Cuba lorsque la CIA organisa le débarquement de la Baie des cochons pour renverser les castristes. Précisément, c’est de ce modèle que les groupes armés syriens se revendiquent aujourd’hui : en mai 2012, les Contras cubains ont organisé à Miami des séminaires de formation à la guérilla contre-révolutionnaire pour leurs homologues syriens [9].

Les méthodes de la CIA sont partout les mêmes. Ainsi les Contras syriens ont concentré leur action militaire d’une part sur la création de bases fixes (mais aucune n’a tenu, même pas l’Émirat islamique de Baba Amr), puis sur le sabotage de l’économie (destruction des infrastructures et incendie des grandes usines), enfin sur le terrorisme (déraillement de trains de passagers, attentats à la voiture piégée dans des sites fréquentés, assassinat de leaders religieux, politiques et militaires).

Par conséquent, la partie de la population syrienne qui pouvait avoir de la sympathie pour les groupes armés au début des événements, pensant qu’ils représentaient une alternative au régime actuel, s’en sont progressivement désolidarisés.

Sans surprise, la bataille de Damas a consisté à faire converger vers la capitale les 7 000 combattants dispersés dans le pays et des armées de mercenaires en attente dans les pays limitrophes. Des dizaines de milliers de Contras ont tenté de pénétrer le pays. Ils se sont déplacés simultanément en nombreuses colonnes de pick-up, préférant traverser les déserts que prendre les autoroutes. Une partie d’entre eux a été stoppée par des bombardements aériens et a du rebrousser chemin. D’autres après s’être emparés de postes-frontière sont parvenus à la capitale. Il n’y ont pas trouvé le soutien populaire escompté. Au contraire, ce sont les habitants qui ont guidé les soldats de l’Armée nationale pour les identifier et les déloger. Au final, ils ont été contraints de battre en retraite et ont annoncé qu’à défaut de prendre Damas, ils prendraient Alep. Au demeurant, cela montre qu’ils ne sont ni des Damascènes en révolte, ni des Alepains, mais des combattants itinérants.

Infiltration de Contras via le désert près de Dera

L’impopularité des groupes armés doit être comparée avec la popularité de l’Armée régulière et des milices d’auto-défense. L’Armée nationale syrienne est une armée de conscription, c’est donc une armée populaire, et il est impensable qu’elle puisse servir à une répression politique. Depuis peu, le gouvernement a autorisé la constitution de milices de quartiers. Il a distribué des armes aux citoyens qui se sont engagés à consacrer chaque jour 2h de leur temps pour défendre leur quartier, sous encadrement militaire.

Des vessies pour des lanternes

En son temps, le président Reagan rencontra quelques difficultés pour présenter ses Contras comme des « révolutionnaires ». Il créa pour cela une structure de propagande, le Bureau de la diplomatie publique, dont il confia la direction à Otto Reich [10]. Celui-ci corrompit des journalistes dans la plupart des grands médias US et ouest-européens pour intoxiquer le public. Il lança entre autres une rumeur selon laquelle les sandinistes disposaient d’armes chimiques et risquaient de les utiliser contre leur propre peuple. Aujourd’hui la propagande est dirigée depuis la Maison-Blanche par le conseiller de sécurité nationale adjoint chargé des communications stratégiques, Ben Rhodes. Il applique les bonnes vieilles méthodes et a ressorti contre le président el-Assad la rumeur des armes chimiques.

En collaboration avec le MI6 britannique, Rhodes a réussi a imposer comme principale source d’information des agences de presse occidentales une structure fantôme : l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Les médias n’ont jamais questionné la crédibilité de cette signature, alors même que ses affirmations ont été démenties par les observateurs de la Ligue arabe et par ceux des Nations Unies. Mieux, cette structure fantôme, qui n’a ni locaux, ni personnel, ni expertise, est également devenue la source d’information des chancelleries européennes depuis que la Maison-Blanche les a convaincues de retirer leur personnel diplomatique de Syrie.

En attendant le direct, le correspondant d’Al-Jazeera Khaled Abou Saleh téléphone à sa rédaction. Il prétend que Baba Amr est bombardé et organise les bruitages. M. Abou Saleh était invité d’honneur de François Hollande à la 3e Conférence des Amis de la Syrie.

Ben Rhodes a également organisé des spectacles pour journalistes en mal d’émotions. Deux tours operators ont été mis sur pied, l’un au cabinet du Premier ministre turc Erdogan et le second au cabinet de l’ex-Premier ministre libanais Fouad Siniora. Les journalistes qui le souhaitaient étaient invités à entrer illégalement avec des passeurs en Syrie. On offrait durant des mois un voyage depuis la frontière turque dans un village témoin situé en montagne. On pouvait y réaliser des séances photos avec des « révolutionnaires » et « partager le quotidien des combattants ». Puis, pour les plus sportifs, on pouvait depuis la frontière libanaise aller visiter l’Émirat islamique de Baba Amr.

Fort étrangement, nombre de journalistes ont observé eux-mêmes d’énormes falsifications, mais ils n’en ont tiré aucune conclusion. Ainsi, un célèbre reporter-photographe a filmé les « révolutionnaires » de Baba Amr brûler des pneus pour dégager de la fumée noire et faire accroire à un bombardement du quartier. Il a diffusé ces images sur Channel4 [11], mais a continué à affirmer qu’il avait été témoin du bombardement de Baba Amr relaté par l’Observatoire syrien des Droits de l’homme.

Ou encore, le New York Times a relevé que des photos et vidéos transmises par le service de presse de l’Armée syrienne libre et montrant de valeureux combattants étaient des mises en scène [12]. Les armes de guerre étaient en réalité des répliques, des jouets pour enfants. Le quotidien a néanmoins continué à croire en l’existence d’une armée de déserteurs de près de 100 000 hommes.

Lecture d’une déclaration de l’Armée syrienne libre. Les fiers « déserteurs » sont des figurants qui portent des armes factices.

Selon un schéma classique, les journalistes préfèrent mentir que reconnaître qu’ils se sont fait manipuler. Une fois bernés, ils participent donc consciemment au développement du mensonge qu’ils ont découvert. Reste à savoir si vous, lecteurs de cet article, préférerez aussi fermer les yeux ou si vous déciderez de soutenir le peuple syrien contre l’agression des Contras.

Thierry Meyssan

Source
El-Akhbar (Algérie)

[1] La place Tahrir n’est pas la plus vaste du Caire. Elle a été choisie pour des raisons de marketing, le mot Tahrir se traduisant dans les langues européennes par Liberté. Ce symbole n’a évidemment pas été choisi par les Égyptiens, car il existe plusieurs mots en arabe pour désigner la Liberté. Or, Tahrir indique la Liberté que l’on reçoit, pas celle que l’on acquiert.

[2] La presse occidentale a pris l’habitude d’orthographier le nom de M. Syda en ajoutant un « a », en « Sayda », de manière à éviter la confusion avec la maladie du même nom. Ndlr

[3] Le terme « préméditation » s’emploie normalement en droit criminel. En matière politique, le terme adéquat est « complot », mais l’auteur s’est abstenu de l’utiliser car il suscite une réaction hystérique de la part de ceux qui s’appliquent à faire croire que la politique occidentale est transparente et démocratique. Ndlr

[4] « Washington a rédigé une nouvelle constitution pour la Syrie », Réseau Voltaire, 21 juillet 2012.

[5] « Les « Amis de la Syrie » se partagent l’économie syrienne avant de l’avoir conquise », par German Foreign Policy, traduction Horizons et débats, Réseau Voltaire, 14 juin 2012.

[6] Sharja est un des sept émirats qui composent les Emirats arabes unis

[7] « L’Armée syrienne libre est commandée par le gouverneur militaire de Tripoli », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 décembre 2011.

[8] Pour plus de détails, lire « La Contre-révolution au Proche-Orient », par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda/Réseau Voltaire, 11 mai 2011.

[9] « L’opposition syrienne prend ses quartiers d’été à Miami », par Agence Cubaine de Nouvelles, Jean Guy Allard, Réseau Voltaire, 25 mai 2012.

[10] « Otto Reich et la contre-révolution », par Arthur Lepic, Paul Labarique, Réseau Voltaire, 14 mai 2004.

[11] « Syria’s video journalists battle to telle the ’truth’ », Channel4, 27 mars 2011.

[12] “Syrian Liberators, Bearing Toy Guns”, par C. J. Chivers, The New York Times, 14 juin 2012.

Conflit syrien : où est la neutralité suisse ?

août 12th, 2012 by Parti Suisse du Travail - POP

Le Département Fédéral des Affaires Etrangères a contribué, par une somme de 60’000 fr., aux dépenses logistiques des réunions à Berlin destinées à préparer l’opposition syrienne en vue du remplacement du président Assad. Berne est en train d’aider explicitement des groupes qui entendent prendre le pouvoir avec les armes et mènent une guerre civile soutenue par les forces impérialistes des USA et leurs alliés, la France en premier lieu.

Il s’agit, de la part du gouvernement suisse, d’une honteuse ingérence dans les affaires d’un pays souverain, en dépit de sa neutralité proclamée à tout moment, et pour se mettre aux côtés des puissances néo-colonialistes qui sont en train de préparer une nouvelle mise à sac des ressources pétrolières à travers une guerre, comme ce fut le cas en Iraq et en Libye. Cela jette dans le chaos le Moyen-Orient, lance un défi irresponsable à la Chine et à la Russie et met en grave danger la paix mondiale.

Le rôle de notre pays, en tant que pays neutre, est d’agir pour favoriser le dialogue entre les parties en conflit et certainement pas d’en aider seulement une, d’autant plus que l’opposition syrienne n’est pas forcément beaucoup plus démocratique que le régime Assad. Des actions comme celle-là jettent un discrédit sur notre politique étrangère et nous font perdre de notre crédibilité aux yeux des autres pays non alignés dans cette guerre.

Nous condamnons toutes formes d’interventions militaires étrangères en Syrie. Seule une solution politique à travers un dialogue entre les parties en conflit pourra mettre fin à cette guerre civile. Mais l’opposition syrienne est fortement divisée et ses différentes tendances poussent vers diverses solutions, selon leurs « sponsors » qui ont des intérêts différents (Arabie Saoudite, Qatar, USA, France, Turquie, Israël, etc.).

Par ailleurs nous exigeons que la Suisse cesse de vendre des armes au Qatar, car celles-ci finiront très probablement entre les mains des rebelles syriens soutenus et armés par cette monarchie du Golfe et contribueront ainsi à alimenter la guerre civile en cours. Nous exigeons que la Confédération respecte dans les faits les principes dont elle se revendique en paroles et cesse de vendre des armes aux pays belligérants ou qui soutiennent matériellement des guerres en dehors de leur territoire.

Parti Suisse du Travail – POP
Le 6 août 2012

Communiqué de presse du Parti Suisse du Travail

Le soutien des pays occidentaux et du Golfe aux combattants rebelles n’apporte pas la libération aux Syriens mais une escalade de conflits sectaires et la guerre.

La destruction de la Syrie bat maintenant son plein. Ce qui avait commencé comme un soulèvement populaire il y a 17 mois est maintenant une guerre civile totale alimentée par des puissances régionales et mondiales et qui menace d’engloutir l’ensemble du Moyen Orient.

Alors que la bataille pour l’antique cité d’Alep continue à la détruire et que les atrocités se multiplient des deux côtés, le danger que le conflit déborde par delà les frontières de la Syrie grandit.

La défection du premier ministre Syrien est le coup le plus spectaculaire d’un programme financé [par des puissances extérieures] même s’il est peu probable qu’il signale un effondrement imminent du régime. Mais la capture de 48 pèlerins iraniens, –ou Gardiens de la révolution selon la version que vous croyez– le risque d’une attaque turque dans les régions kurdes de Syrie et d’un afflux de plus en plus grand de combattants djihadistes, donne une idée de ce qui est en jeu aujourd’hui.

L’interventionnisme régional et occidental est à la base de l’escalade du conflit. Ce n’est pas l’Irak, bien sûr, avec des centaines de milliers de soldats au sol, ou la Libye avec des bombardements aériens dévastateurs. Mais la forte augmentation ces derniers mois de livraisons d’armes, de financements ainsi que le soutien technique fourni pas les Etats Unis, le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Turquie et d’autres pays, a donné un coup de fouet considérable aux moyens d’action des rebelles, et accru le nombre de victimes.

Barack Obama a jusqu’ici résisté aux demandes des faucons néo-conservateurs et libéraux qui veulent une intervention militaire directe. Au lieu de cela, il a autorisé des formes plus traditionnelles de soutien militaire clandestin apporté par la CIA aux rebelles syriens dans le style de ce qu’ils ont fait au Nicaragua. Les Etats-Unis, qui avaient soutenu le premier coup d’Etat en Syrie en 1949, financent depuis longtemps des organisations d’opposition.

Il y a quelques mois, Obama a donné un ordre secret autorisant un soutien clandestin (ainsi qu’un soutien ouvert, financier et diplomatique) à l’opposition armée. Ce qui comprend les paramilitaires de la CIA sur le terrain, le « commandement et le contrôle » ainsi que l’assistance en matière de télécommunications, l’acheminement des livraisons d’armes du Golfe via la Turquie pour des groupes de combattants syriens partenaires.

Après le blocage le mois dernier par la Russie et la Chine de sa dernière tentative pour obtenir l’appui des Nations Unies pour un changement de régime par la force, l’administration américaine a fait savoir qu’elle allait maintenant intensifier le soutien aux rebelles et coordonner avec Israël et la Turquie des plans de « transition » pour la Syrie.

“Vous remarquerez que ces deux derniers mois, l’opposition a été renforcée,” a déclaré un haut fonctionnaire américain au New York Times vendredi dernier. “Maintenant nous sommes prêts à accélérer.” Ne voulant pas être en reste, William Hague, se vantait que la Grande-Bretagne était aussi en train d’accroître sont soutien “non-létal” aux rebelles. Les Etats autocratiques d’Arabie Saoudite et du Qatar apportent l’argent et des armes, comme l’a reconnu cette semaine le Conseil National Syrien (CNS) soutenu par l’Occident, tandis que la Turquie, membre de l’OTAN, a mis en place la logistique et la formation de base pour l’Armée Syrienne Libre (ASL) à l’intérieur ou à proximité de la base aérienne américaine d’Incirlik.

Pour les Syriens qui veulent la dignité et la démocratie dans un pays libre, la prise en rapide et multiforme de leur soulèvement par l’aide étrangère est un désastre plus grand encore que celui qu’à connu la Libye. Après tout ce sont désormais des officiels du régime dictatorial et sectaire d’Arabie Saoudite qui choisissent quels groupes armés obtiendront de l’argent, et non pas des Syriens. Ce sont des agents secrets des États-Unis, le pays qui parraine l’occupation israélienne du territoire syrien et des dictatures dans la région, qui décident quelles unités rebelles auront des armes.

Les militants de l’opposition insistent pour affirmer qu’ils vont préserver leur autonomie, fondée sur un soutien populaire profondément enraciné. Mais il est clair que la dynamique du soutien externe risque de transformer les organisations qui en dépendent en instruments de leurs commanditaires, et non pas de ceux qu’ils veulent représenter. Les financements du Golfe ont déjà aiguisé le sectarisme religieux dans le camp des rebelles, tandis que les informations sur la désaffection de l’opinion vis-à-vis des combattants rebelles à Alep illustrent les dangers de groupes armés étrangers qui s’appuient sur des gens venus de l’étranger plutôt que sur leurs propres communautés.

Le régime syrien est bien entendu soutenu par l’Iran et la Russie, comme il l’est depuis des dizaines d’années. Mais une meilleure analogie pour comprendre l’implication des pays occidentaux et du Golfe dans l’insurrection syrienne serait si l’Iran et la Russie sponsorisaient une révolte armée, disons, en Arabie Saoudite.

Pour les médias occidentaux, qui ont largement traité du soulèvement syrien comme étant une lutte unidimensionnelle pour la liberté, les preuves aujourd’hui inévitables de tortures et d’exécutions de prisonniers par les rebelles – ainsi que de kidnappings par des organisations du genre Al-Qaïda, qui une fois de plus se retrouvent dans une alliance avec les Etats Unis – semblent avoir été comme un choc.

En réalité, la crise syrienne a toujours eu plusieurs dimensions correspondant aux lignes de faille les plus sensibles de la région. C’était au début un authentique soulèvement contre un régime autoritaire. Mais il a évolué de plus en plus vers un conflit sectaire dans lequel le régime Assad dominé par les alaouites a pu se présenter lui-même comme le protecteur des minorités – alaouite, chrétienne et kurde – contre une marée d’oppositions dominée par les sunnites.

L’intervention de l’Arabie Saoudite et d’autres autocraties du Golfe, qui ont essayé de se protéger d’un bouleversement arabe plus large en jouant la carte anti-chiite, a pour objectif évident une société sectaire, pas une société démocratique. Mais c’est la troisième dimension – alliance de la Syrie avec Téhéran et le mouvement de résistance chiite libanais, le Hezbollah – qui a transformé la lutte en Syrie en guerre par procuration contre l’Iran et en un conflit global.

Beaucoup d’opposants syriens diront qu’ils n’avaient d’autre choix que d’accepter le soutien de l’étranger pour se défendre eux-mêmes contre la brutalité du régime. Mais comme le soutient le leader de l’opposition indépendante Haytham Manna, la militarisation du soulèvement a réduit sa base populaire et démocratique tout en augmentant considérablement le nombre de victimes.

Il y a donc le danger que la guerre puisse se répandre hors de Syrie. La Turquie, qui a une importante population alaouite chez elle ainsi qu’une minorité kurde réprimée depuis longtemps, a revendiqué le droit d’intervenir contre les rebelles kurdes en Syrie après le retrait par Damas de ses troupes des les villes kurdes. Des affrontements provoqués par la guerre en Syrie se sont intensifiés au Liban. Si la Syrie devait se fragmenter, tout le système post-ottoman des frontières et des Etats du Moyen Orient pourrait être remis en question avec elle.

Cela pourrait se produire aujourd’hui indépendamment de la durée de survie d’Assad et de son régime. Mais l’intervention en Syrie revient à prolonger le conflit plutôt que de donner un coup fatal au pouvoir.

Seule la pression pour un règlement négocié, que l’Occident et ses amis ont si vigoureusement bloqué, peut maintenant donner aux Syriens la possibilité de déterminer leur propre destin et stopper la descente du pays aux enfers.

Seumas Milne – The Guardian (UK) 7 août 2012

Traduit de l’anglais par Djazaïri
http://mounadil.wordpress.com/2012/08/09/la-responsabilite-de-loccident-en-syrie-avec-la-france-qui-passe-a-loffensive/

Sainteté, Mon Père,

Depuis quelques jours, je me sens comme poussé par l’idée de vous écrire, pour vous parler de fils à père.

Ce n’est pas la première fois que je vous écris, bien que mes quatre lettres précédentes soient restées sans réponse, tant celles que je vous ai adressées par l’entremise de la Nonciature Apostolique à Damas, que celles publiées sous forme de lettre ouverte.

Si vous désirez savoir ce qui me pousse à vous écrire, je vous dirai en toute franchise que je n’écris pas dans l’espoir d’obtenir une réponse ou une prise de position. En fait, il s’agit pour moi de répondre à un appel intérieur que j’ai ressenti, pendant que je célébrais la Divine Liturgie, il y a quelques jours, en l’église Notre-Dame de Damas, où je suis en service depuis 1977. En effet, tandis que je lisais l’Évangile, les paroles de Jésus, aussi belles que décisives, sur les fauteurs de scandale à l’égard d’un seul enfant, me firent l’effet d’un choc terrible. Il s’agit du commencement du chapitre (18) de St. Mathieu. On y lit :

« En ce moment, les disciples s’approchèrent de Jésus, et dirent : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? Jésus ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et dit : Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. C’est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux. Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant, comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer.
Malheur au monde à cause des scandales ! Car il est nécessaire qu’il arrive des scandales ; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! »

Sainteté, Mon Père,

Je lisais ces versets de l’Évangile, quand je me suis surpris à vous poser, en mon for intérieur, à vous personnellement, et à travers vous, à tous les responsables des Églises d’Occident, une seule, mais impérative question. La voici :

Si Jésus considère que quiconque perturbe un seul enfant, mérite qu’on lui pende au cou une meule de moulin, et qu’on le précipite au fond de la mer, quel devrait être le sort de celui qui planifie et met à exécution depuis des dizaines d’années, des politiques programmées, qui ne visent en fait qu’à condamner des dizaines de millions d’enfants, à travers le monde, principalement dans le monde arabe et musulman, avec tous les leurs : pères, mères, frères, soeurs et grands-parents, à la terreur, à la famine, à la déshumanisation, aux maladies et à l’errance ?

Une telle question a de quoi mettre en relief, la différence terrible qui existe entre l’appel splendide de Jésus à honorer et sauver tout enfant sur terre d’un côté, et ce qui me paraît, à moi prêtre arabe catholique, être un mépris total de la part des Églises d’Occident de l’autre, du fait de leur silence consternant, face à ce que leurs gouvernements font subir au monde entier !

L’Église n’est-elle pas donc “colonne de vérité”, comme l’a décrite St. Paul ? Qu’est-ce qui justifierait son existence, si elle ne clame pas la vérité ?

Je sais que mon langage vous surprendra et vous causera de la peine. Je suis assuré que nul ne vous a tenu et ne vous tiendra, ni dans les Églises d’Orient, ni dans celles d’Occident, le langage que je vous ai tenu dans le passé, et que je vous tiens aujourd’hui.

En outre, me serait-il permis d’avouer en public que ce que je dis en ce moment, je l’ai toujours porté depuis des dizaines d’années, comme une croix lourde ? Que de fois j’ai essayé d’en parler à de nombreux dignitaires ecclésiastiques, en Orient d’abord, puis au niveau des Églises occidentales, depuis ma première rencontre en 1955, à Lyon, avec ce saint évêque, “Alfred Ancel”, du temps où il était supérieur de la Société des prêtres du Prado !

Il m’en coûte infiniment de déclarer pour la première fois, qu’il fut le seul à avoir essayé, avec humilité, ouverture et douleur, de connaître la vérité sur ce que l’Orient arabe a eu à endurer et continue d’endurer, par suite de la domination de l’Occident, et de ses complots successifs. Oui, il fut le seul parmi les nombreux cardinaux, évêques et théologiens, français et autres, à qui j’ai, en vain, tenu à écrire et rencontrer personnellement, tels que “Henri de Lubac”, “François Marty”, “Don Helder Camara”, “Jean-Marie Lustiger”, “Yves Congar”, “Joseph Duval”, “Roger Etchégaray”, “Pierre Poupard”, “Jean-Pierre Ricard”, “Guy de Kérimel”.

Ici, je ne puis, moi prêtre arabe catholique, qu’admirer la sincérité, le courage et l’humilité du Pape Jean-Paul II. Il a osé inviter toute l’Église catholique en Occident, à réviser toute son histoire passée, pour demander pardon à Dieu et aux hommes à la fois, par suite des glissements, des erreurs, et même des péchés où elle s’impliqua, ou s’y laissa entraîner, à cause de sa collusion tenace, totale ou partielle, avec les pouvoirs temporels, ainsi que par suite de ses conflits, longs et parfois sanglants, avec ces mêmes pouvoirs, à différentes époques et dans différents pays.

En plus, Jean-Paul II se jucha au sommet de l’honnêteté et de la transparence, quand il encouragea son ami, le journaliste italien Luigi Accattoli, à condenser ses 94 déclarations, toutes aussi importantes, touchant ce passé regrettable, pour les publier en 1997.

Et ce livre parut en trois éditions à la fois, italienne, anglaise et française, avec ce titre choquant : “Quand le Pape demande pardon” !

Il est vrai que ce livre arrivait trop tard. Mais il est là !

Qu’est-ce donc qui empêche toutes les Églises Occidentales, depuis de bien longues années, de s’en prendre à ces politiques injustes, inhumaines, que l’Occident pratique systématiquement, dans une soumission aveugle et écoeurante au Sionisme international ? Et si l’un ou l’autre des responsables ecclésiastiques en Occident, n’a pas le courage, pour une raison ou pour une autre, de prendre les positions qui s’imposent, qu’est-ce qui vous empêche, vous

Autorité Suprême dans l’Église Catholique, de pratiquer votre droit et votre devoir pour défendre les damnés de la Terre ?… Seriez-vous donc en attente, dans des centaines d’années, d’un nouveau Jean-Paul II, pour demander à nouveau pardon à Dieu et aux hommes, pour le péché de massacres ou d’expulsion des Arabes Chrétiens, d’un Orient qu’ils avaient rempli de vie durant des centaines d’années, et où ils avaient vécu en convivialité avec les musulmans et les juifs, contrairement à ce qui se passait en Occident, où les chrétiens s’obstinaient à s’entrégorger pendant des centaines d’années ?

Sainteté, Mon Père,

Excusez-moi pour avoir été long. Cependant, il est encore trois points, que je me dois de soulever avant de terminer cette lettre.

Le Premier Point m’accule à m’interroger franchement sur les Composantes des divers organismes, administratifs, juridiques, spirituels, représentatifs et médiatiques, qui composent le Vatican, tant à Rome qu’à travers le monde. Or ces composantes ne seraient-elles pas soumises, comme dans toute institution humaine très antique, à des facteurs de suffisance, de vanité, de partialité, d’inertie, voire d’exploitation personnelle ? Or le Vatican est connu pour être, sans conteste, la plus ancienne institution au monde. Si donc mes craintes de prêtre catholique se trouvent, même partiellement, justifiées au niveau du Vatican, ne serait-il pas nécessaire de se hâter de réviser toutes ses administrations, au Vatican et à travers le monde ? Je précise que cela concerne aussi le choix de ses représentants, de façon à mettre un terme à la prédominance des occidentaux, particulièrement les italiens, et à offrir une large possibilité aux représentants qui appartiennent à différentes nationalités et cultures, dont les arabes.

Le Second Point touche l’antisémitisme multiséculaire et anti-évangélique, qu’ont pratiqué les Sociétés et les Églises en Occident, à l’égard des juifs. Je crains au plus haut point que cet antisémitisme n’ait plongé tout l’Occident, et particulièrement ses églises, dans un complexe de culpabilité qui a fini par les enchaîner, voire par les pousser à justifier toutes ces politiques d’occupation, de destruction, de rapine, d’assassinat et d’expulsion, que pratiquent les Israéliens, et avec eux leurs valets que sont les leaders occidentaux, et qui toutes, touchent le monde arabe et musulman depuis cent ans, et la Palestine depuis plus de 70 ans. Quant à la guerre cosmique, sans précédent, menée depuis 17 mois contre la Syrie, elle n’est, selon leur souhait, que le dernier maillon de ce plan infernal.

Y aurait-il aujourd’hui, en Occident, un seul responsable ecclésiastique, qui oserait croire qu’il y a dans le silence de ces églises, de quoi réparer le terrible péché d’antisémitisme perpétré durant tant de siècles ? N’y aurait-il pas plutôt dans ce silence même, un nouveau et plus grave péché, qui rend l’Église d’Occident, d’une façon ou d’une autre, complice des crimes de l’Occident et du Sionisme à la fois ?

Le Troisième et dernier Point concerne l’attitude des Églises d’Orient et d’Occident vis-à-vis de l’Islam et des musulmans. Ici, dans mon souci d’éviter tant d’équivoques qui se sont produits dans le déroulement de l’histoire, tant des chrétiens que des musulmans, tout comme dans le déroulement de l’histoire de tous les peuples, je juge de mon devoir de rappeler un événement historique vraiment typique, dont seul l’Islam peut se prévaloir. Car, en fait, l’Islam, lors de sa conquête de la Syrie, de l’Égypte et de l’Espagne, a inauguré un type de relation avec les pays conquis, que n’a connu aucun autre conquérant, ni avant lui, ni après lui. En effet, il a su se comporter avec les habitants chrétiens de tous ces pays, ainsi qu’avec les juifs, avec magnanimité, grandeur d’âme, sagesse et clairvoyance. Aussi a-t-on dit que l’Islam Syrien est un Islam modéré, quant à sa foi, son comportement et sa convivialité avec les non-musulmans.

Or la guerre menée ces temps-ci contre la Syrie, se propose d’y provoquer une guerre de religion entre musulmans et chrétiens d’un côté, et même une guerre de religion entre les musulmans eux-mêmes, de l’autre. N’est-ce pas d’ailleurs cela qu’a dit expressément Mr Kissinger, quand il a déclaré, il y a trois mois : « Il nous faut détruire l’Islam Syrien, car c’est un Islam modéré » ?

Ici je trouve que les Églises du Monde Arabe se doivent en premier lieu de sauver aussi bien l’Islam modéré, que les arabes chrétiens. Elles se doivent aussi de chercher à sauver l’Occident poussé par le Sionisme, à mener une guerre ouverte contre l’Islam modéré, et à fomenter un Islam extrémiste, qui ne tardera pas à le submerger à son tour, par son extrémisme et sa violence. En conséquence, les Églises d’Orient sont dans la nécessité d’unifier leurs positions en toute honnêteté et avec courage. Il est déjà tard. Elles devraient donc s’entourer d’une élite d’historiens, de penseurs et d’experts en politique, aussi bien chrétiens que musulmans, pour délivrer enfin un programme de pensée et d’action, en ces circonstances, exceptionnelles et décisives. Il est à souhaiter que ce programme soit adopté, totalement ou partiellement, par le synode extraordinaire qui se tiendra à Rome sous votre présidence, le 10 Novembre prochain.

Car cette affaire ne devrait pas être laissée aux mains de gens qui, comme lors du “Synode pour l’Orient” qui s’est tenu à Rome le 10/11/2010, risquent, dans leur ensemble, de ne pas comprendre que le sort du monde dépend de la qualité des relations entre l’Occident d’un côté, et le Monde Arabe et Musulman de l’autre.

Sainteté, Mon Père,

Je vous prie de m’excuser, car j’ai été long et franc. Je sollicite de votre Sainteté une bénédiction d’amour pour le Monde Arabe et Musulman, et un mot fort de vérité pour un Occident “séduit par le matérialisme, la sensualité et la célébrité, au point d’avoir presque perdu les valeurs”.

Sainteté, Mon Père,

Veuillez agréer mon affection et mon respect filiaux.

Pr. Elias ZAHLAOUI
Église Notre-Dame de Damas
Koussour – Damas, le 30/7/2012

Une négociation est actuellement en cours et peut aboutir. Nous avons besoin de votre aide.

Si vous voulez aider à sauver notre confrère Yara al Saleh-Abbas, envoyez tout de suite cette lettre aux principaux collaborateurs du président François Hollande.

Pierre-Rene.Lemas@elysee.fr (secrétaire général)
Aquilino.Morelle@elysee.fr (conseiller politique)
Emmanuel.Macron@elysee.fr (secrétaire général adjoint)
Nicolas.Revel@elysee.fr (secrétaire général adjoint)
Sylvie.Hubac@elysee.fr (directrice de cabinet)
Alain.Zabulon@elysee.fr (directeur adjoint de cabinet)
Pierre.Besnard@elysee.fr (chef de cabinet)
Paul.Jean-Ortiz@elysee.fr (conseiller diplomatique)
Emmanuel.Bonne@elysee.fr (conseiller Moyen-Orient)
Benoit.Puga@elysee.fr (chef d’état-major particulier)
Eric.Lavault@elysee.fr (aide de camp)
Yann.Latil@elysee.fr (aide de camp)

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Dans son étude du dernier rapport sur l’emploi et le chômage de l’ U.S. Bureau of Labor Statistics (BLS) (Bureau des Statistiques du Travail), le statisticien John Williams (shadowstats.com) écrit : « Les chiffres d’emploi et du chômage pour juillet publiés aujourd’hui, 3 août, manquent de valeur et sont probablement trompeurs … Soupçonnant à une époque que les chiffres de l’emploi étaient truqués à son encontre par son propre BLS, le président Richard M. Nixon a proposé un nouvel angle des rapports. Bien que les changements proposés ne fussent jamais mis en application, quelques décennies après le BLS a adopté les méthodes de renseignements qui étaient quelque part parallèles à la pensée du défunt président  ».

J’épargnerais aux lecteurs une explication du récit de Williams sur la manipulation qui a lieu, puisqu’elle est trop recherchée pour le lecteur commun et courant.

A sa place, utilisons simplement le bon sens. Selon le BLS, il y a eu 163 000 nouveaux postes non agricoles créés en juillet. Ce chiffre représente environ 13 000 salariés en plus de ce que l’on a besoin pour maintenir le rythme de croissance de la population. Par conséquent, le taux de chômage devrait avoir légèrement diminué. Au lieu de cela, le taux de chômage (U3) a augmenté de 8,2 % à 8,3 %.

Au cas où le point principal n’ait pas été bien compris, les nouveaux postes de travail, en chiffre net, ont augmenté : et néanmoins le chiffre de chômage a augmenté !

De plus, l’alternative, beaucoup moins mentionnée, le rapport sur l’emploi de l’Enquête des Foyers a établi que l’économie a perdu 195 000 postes en juillet.

Le gouvernement qui vous ment sur les armes de destruction massive de l’Irak, sur les connexions de l’Irak avec al-Qaida, sur les talibans de l’Afghanistan, sur Oussama Ben Laden, sur la Libye et Kadhafi, sur les bombes nucléaires iraniennes, sur la Syrie, sur le Pakistan, sur le Yémen et la Somalie, sur Bradley Manning, sur Julian Assange et Wikileaks, et d’ailleurs surtout ce qui existe, vous ment aussi à l’égard de l’emploi, du chômage, de la reprise économique, de l’augmentation du PIB, du 11-S, sur la « menace terroriste », sur tout. Essayiez de trouver quelque chose que le gouvernement a dit pendant les six derniers mandats présidentiels qui ne soit pas un mensonge.

En dehors de quelques détails insignifiants, « votre » gouvernement vous mentait d’une manière permanente sur tout ce qui était important.

« Votre » gouvernement vous ment, parce que « votre » gouvernement a des plans qu’il ne va certainement pas vous révéler, parce que si vous saviez ce que c’est, vous vous rebelleriez. La répression du soulèvement distrairait le gouvernement de son agenda. Il alerterait aussi le reste de monde sur le fait que le gouvernement des Etats-Unis a un agenda non avoué de domination mondiale, malgré le prix à payer par le peuple des Etats-Unis et tous les autres peuples de la terre. La Troisième Guerre mondiale menace.

L’annihilation nucléaire est le résultat nécessaire de l’impulsion des néoconservateurs pour l’hégémonie mondiale des Etats-Unis. La Syrie peut tomber et l’Iran peut tomber, mais il est peu probable que la Russie et la Chine acceptent de se laisser réduire à la condition d’États marionnettes. Comme ils possèdent des armes nucléaires et que les démentiels criminels du gouvernement des Etats-Unis se délectent de leur arrogance, une guerre nucléaire semble inévitable.

L’ennemi le plus mortel du monde, est Washington. Si Washington s’impose, le monde sera mort ou réduit à l’esclavage par Washington, y compris tous les sujets des Etats-Unis, qu’ils soient démocrates ou républicains.

Ne permettez pas que l’on dise un jour, quel que soit votre pays, que votre ennemi n’a pas été identifié.

* Paul Craig Roberts a été éditeur du The Wall Street Journal et secrétaire-assistant du Secrétaire du Trésor des Etats-Unis. Il est l’auteur de « HOW THE ECONOMY WAS LOST », publié par CounterPunch/AK Press. Son dernier livre publié est : « Economies in Collapse : The Failure of Globalism », publié en Europe, un juin 2012.

L’original  :


Bureau of Labor Jobs Report: More Lies From “our” Big Brother
- by Dr. Paul Craig Roberts – 2012-08-03

Traducido del inglés para Rebelión por : Germán Leyens

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 7 août 2012.

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