Comment mettre fin à l’exil fiscal

octobre 23rd, 2012 by Salim Lamrani

Le souhait de magnat français Bernard Arnaud d’acquérir la nationalité belge a relancé le débat sur l’exil fiscal et le refus des gros patrimoines de s’acquitter de leur devoir tributaire. Pourtant, il existe une solution simple et efficace pour mettre fin à l’évasion fiscale légale.

Bernard Arnaud, première fortune européenne et quatrième fortune mondiale avec 40 milliards d’euros, dont le salaire annuel s’élève à 10 millions d’euros et dont les placements lui rapportent chaque année 200 millions d’euros, a effectué une demande de naturalisation afin d’obtenir la nationalité belge[1]. D’aucuns soupçonnent l’homme le plus riche de France de vouloir échapper ainsi à son devoir de citoyen, comme plusieurs dizaines de milliers d’exilés fiscaux qui ont choisi de s’installer dans des pays étrangers tels que la Suisse, la Belgique, le Royaume-Uni ou autre, qui offrent des avantages non négligeables pour les plus aisés[2].

Entre 1988 et 2006, 0,01% des Français les plus riches, environ 3 500 foyers fiscaux, ont vu leur revenu réel augmenter de 42%. En guise de comparaison, sur la même période, les 90% les moins aisés ont bénéficié seulement d’une hausse de 4,6%[3]. Ainsi, l’évasion fiscale légale et illégale coûte chaque année 50 milliards d’euros à l’Etat français. Avec une telle somme, 500 000 logements sociaux à 100 000 euros pourraient être construits chaque année, ou bien on pourrait créer plus de 1,5 millions de postes dans l’éducation, la santé, le social ou la culture.

En Suisse, dans certains cantons, les résidents étrangers ne sont pas imposés sur leurs revenus et leur patrimoine, mais uniquement sur leur train de vie, ce qui rend ses territoires très attractifs pour les plus fortunés. Dans ce pays, où résident près de 2000 exilés fiscaux français, les 43 familles les plus aisées cumulent à elles seules une fortune de 36,5 milliards d’euros[4].

Pour répondre à la problématique de l’exil fiscal, l’argument dominant en France, défendu par les milieux économiques, la droite et une certaine partie du centre-gauche, consiste à préconiser une baisse du taux d’imposition pour les catégories les plus aisées. D’ailleurs, dès son élection en 2007, l’ancien président Nicolas Sarkozy avait fait adopter le bouclier fiscal – dispositif tributaire selon lequel les revenus d’un contribuable ne peuvent pas être taxés à plus de 50%[5].

Pourtant, il existe un mécanisme applicable et efficace pour mettre un terme à l’évasion fiscale légale. Actuellement, l’imposition est liée au lieu de résidence. Ainsi, un exilé fiscal français qui choisit de vivre plus de six mois par an en Suisse devient automatiquement un contribuable suisse et bénéficie ainsi de sa législation avantageuse. Il en est de même pour le ressortissant français qui s’installerait au Luxembourg, au Royaume-Uni ou en Belgique.

Pour mettre un terme à cette dérive qui prive l’Etat français, et donc les citoyens, de ressources conséquentes, il suffirait simplement de lier l’imposition à la nationalité et non pas au lieu de résidence, et d’appliquer une taxation différentielle. Ce dispositif mettrait automatiquement un terme à ce fléau. Ainsi, un contribuable français réfugié en Suisse qui ne serait imposé qu’à hauteur de 35% dans son nouveau lieu de résidence, au lieu de 41% en France par exemple, serait légalement contraint de payer la différence à l’Etat français, c’est-à-dire 6%, rendant ainsi inutile toute expatriation pour des raisons d’ordre fiscal.

Cette pratique existe déjà dans des pays tels que les Etats-Unis. Les citoyens étasuniens installés à l’étranger payent exactement le même montant d’impôts que leurs compatriotes restés sur le territoire national, et sont taxés à raison de leurs revenus mondiaux. D’un point de vue technique, tous les pays du monde remettent chaque année au Département du Trésor une liste des ressortissants étasuniens établis chez eux. Ainsi, l’exil fiscal n’est plus possible, la seule alternative pour échapper à l’impôt étant l’évasion fiscale illégale.

Pour contrer ce type de délit, le Congrès étasunien a adopté une loi qui permet à toute personne – en particulier les employés des grandes banques – qui fournirait des informations sur des cas de fraude fiscale d’obtenir jusqu’à 30% des sommes récupérées par l’Etat. Ainsi, Bradley Birkenfeld, ancien employé de la banque suisse UBS, s’est vu remettre la somme de 104 millions de dollars pour avoir livré des informations « exceptionnelles à la fois par leur ampleur et leur étendue », sur les délits d’évasion fiscale commis par les clients étasuniens de la Banque. Cette information a permis au fisc étasunien de récupérer une somme de cinq milliards de dollars et d’obtenir la liste de tous les fraudeurs ayant un compte bancaire chez UBS[6].

La France et l’ensemble des nations européennes et du monde seraient bien avisées d’adopter un modèle tributaire qui permettrait d’appliquer une taxation différentielle, en liant l’imposition à la nationalité et non au simple lieu de résidence. De la même manière, pour lutter contre l’évasion fiscale illégale, qui constitue une  spoliation caractérisée de la richesse nationale et citoyenne, les délinquants en col blanc doivent être plus sévèrement sanctionnés, à la hauteur du préjudice causé. Les plus fortunés devront alors faire un choix : leur nationalité et leur argent.

Salim Lamrani

 

Article original publié en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/25018/como+por+fim+ao+exilio+fiscal.shtml

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel



[1] Ivan Letessier, « Bernard Arnault, première fortune de France », Le Figaro, 9 septembre 2012.

[2] France Info », Exilés fiscaux : de quoi parle-t-on ? », 13 mars 2012.

[3] L’Humanité, « C’est la loi qui autorise l’évasion fiscale, elle peut donc aussi l’empêcher », 9 mars 2012.

[4] Bilan, « Les Français, réfugiés politiques en Suisse ? », 14 décembre 2011.

[5] Le Figaro, « Bouclier fiscal : 750 millions d’euros en 2012 », 4 juillet 2012.

[6] 20 minutes, « Récompense record de 104 millions de dollars pour le dénonciateur d’UBS », 11 septembre 2012.

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L’art de la guerre. Les troupes coloniales renaissent.

octobre 23rd, 2012 by Manlio Dinucci

Il y a un an, après avoir démoli l’état libyen avec 10mille attaques aériennes et des forces spéciales infiltrées, l’Otan concluait l’opération « Protecteur Unifié » en éliminant Kadhafi lui-même par la main des services secrets. Mais la guerre ne se terminait pas avec cela. Les fractures, dans lequel on avait fiché depuis l’étranger le coin pour dégonder l’état libyen, se sont élargies et ramifiées. A Bani Walid, encerclée et bombardée par les milices de Misrata, c’est aujourd’hui une population entière qui résiste. Tripoli ne contrôle qu’une partie mineure de la « nouvelle Libye », en proie à des confrontations armées entre milices, à des homicides et des disparitions. Selon le président Mohamed Magarief, ceci est dû à des « retards et négligences » dans la formation d’une armée nationale. Mais qu’il ne s’inquiète pas : le problème est sur le point d’être résolu. Pas à Tripoli, mais à Washington.

Les Etats-Unis, après avoir dirigé l’opération « Protecteur Unifié », se chargent à présent de protéger la « nouvelle Libye » en la dotant d’une armée. Le Pentagone et le Département d’état sont déjà à l’œuvre pour former une « force d’élite » libyenne de 500 hommes, comme noyau autour duquel construire la future armée. Le financement initial est de 8 millions de dollars, récupérés de la réduction de l’aide au Pakistan pour les « opérations anti-terrorisme ». La mission officielle de la « force d’élite », dont la formation a déjà été approuvée par le Congrès, sera d’ « affronter et vaincre les organisations terroristes et extrémistes violentes ». La sélection des hommes est en cours, sélectionnés par des fonctionnaires du Pentagone, du Département d’état et de la Cia, à travers un screening qui en évalue la capacité physique, la façon de penser et surtout l’attitude envers les Etats-Unis. Titre préférentiel : la connaissance de l’anglais (ou mieux de l’américain) (anglais d’Amérique du nord, NdT), langue dans laquelle les ordres leur seront donnés. Ils seront en fait entraînés et de fait commandés par des forces spéciales étasuniennes, transférées en Libye du Pakistan et du Yémen. Un coup de haute stratégie de la part de Washington.

En premier lieu, les troupes sélectionnées, entraînées et commandées par le Pentagone, ne seront que nominalement libyennes : en réalité elles auront le rôle qu’avaient autrefois les troupes indigènes coloniales.  En second lieu, étant donné qu’il faudra des années pour former une armée libyenne, le déploiement de forces spéciales étasuniennes en Libye aura un caractère non pas transitoire mais permanent. Les USA disposeront ainsi en Libye de leurs propres bases militaires, reliées à celles qui sont en Sicile : aujourd’hui déjà Benghazi et d’autres villes sont survolées par des drones qui ont décollé de Sigonella (Sicile) et sont téléguidés depuis les USA. Les bases serviront à des opérations non seulement en territoire libyen, mais dans d’autres parties du continent (où le Commandement Africa est en train d’effectuer cette année 14 « manœuvres militaires » majeures) et au Moyen-Orient (où des milices libyennes sont déjà infiltrées en Syrie). En troisième lieu, les USA disposeront d’un instrument de pouvoir non seulement militaire, mais politique et économique, qui leur garantira l’accès privilégié au pétrole libyen.

Et les alliés européens ? On les appellera peut-être pour donner un coup de main, toujours cependant sous commandement étasunien. Une grosse contribution peut être apportée par l’Italie, forte de l’expérience trentenaire de domination coloniale en Libye et de l’emploi des Askaris. En Ethiopie, sous les ordres d’officiers italiens, ils effectuèrent les massacres qui aplanirent la voie à l’Empire.

Edition de mardi 23 octobre 2012 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Les mineurs sud-africains bravent la répression

octobre 22nd, 2012 by Chris Marsden

Vendredi, 19 octobre, le groupe Gold Fields s’est vanté de ce que la menace de licenciements de masse avait réussi à contraindre les 9.000 travailleurs de son site Beatrix et 90 pour cent des 14.300 travailleurs du site KDC Est à reprendre le travail. Mais, une nouvelle grève des mineurs de platine à la mine de Marikana de Lonmin a porté un coup aux efforts déployés pour venir à bout du soulèvement de la classe ouvrière tandis que des dizaines de milliers de travailleurs continuent la lutte.

Les travailleurs de Marikana ont cessé le travail jeudi pour défendre leurs collègues victimes d’interpellation et de persécution de la police. Les mineurs de Marikana avaient commencé la vague actuelle de grève en août et avaient refusé de reprendre le travail après que 34 mineurs avaient été abattus et 78 autres blessés par la police. Les grèves s’étaient répandues après que Lonmin avait accepté une augmentation de salaire de 22 pour cent dans le but de régler le conflit à Marikana, ce qui avait suscité des revendications pour des augmentations de salaires identiques dans l’ensemble de l’industrie minière. Les rapports sont imprécis mais l’on estime qu’entre 80.000 et 100.000 mineurs ont fait grève à divers moments.

Dans le compte rendu le plus détaillé des récents événements, le Daily Maverick, remarque qu’à peine une semaine avant l’ouverture d’une enquête officielle sur le massacre de Marikana, la police a mené une vague d’arrestations de militants et de dirigeants de la grève.

Le 15 octobre, les travailleurs de la mine de Marikana ont réussi à empêcher l’arrestation par des gardes de la sécurité du dirigeant de la grève « Rasta » Thembele Sohadi au moment où il arrivait pour pointer à son travail à Three Shaft. La police l’attendait devant l’entrée principale. Le 17 octobre, Xolani Nzuza, un dirigeant du comité de grève ad hoc, et un gréviste nommé Mzet ont été arrêtés et détenus au secret. Ils devraient être inculpés de deux meurtres dont celui d’un responsable du syndicat des mineurs National Union of Mineworkers (NUM).

Plusieurs autres mineurs, tous des témoins de ce qui s’était passé lors du massacre du 16 août, se trouvent parmi les personnes arrêtées. Le Daily Maverick s’est concentré sur le cas de Bangile Mpotyie, qui a été arrêté le 14 octobre pour fraude bien qu’aucune accusation officielle n’ait été déposée par Lonmin.

Mptoye avait été arête une première fois le 20 août et accusé d’avoir tiré et tué un policier. Il ne fut libéré qu’au bout de quatre jours de bastonnade et de torture.

« Ce qui est surprenant, c’est que Mptotye affirme que la police l’a emmené tous les jours sur le carreau de la mine de Lonmin et que les bastonnades qu’il a subies avaient eu lieu à Lonmin, » a rapporté le Daily Maverick. « Un avocat travaillant sur différentes affaires de Marikana a dit qu’il était clair qu’il s’agissait là d’une vague de terreur visant à intimider des témoins qui sans cela témoigneraient devant la Commission Farlan. »

L’intimidation à Marikana est l’exemple le plus flagrant d’une vaste campagne impliquant des dizaines de milliers de personnes licenciées ou menacées de licenciement ainsi que des arrestations de masse et de brutalité policière.

Gold Fields, le quatrième plus grand producteur d’or mondial, a aussi menacé de licencier 8.500 grévistes de son site KDC East. Un porte-parole de la société a déclaré, « Les descentes de la police dans les foyers et le désarmement des grévistes ont redonné confiance aux travailleurs pour reprendre le travail. »

Le groupe minier Anglo Americain Platinum Ltd. (Amplalts) a dit qu’il envisageait d’aller de l’avant avec le licenciement de 12.000 mineurs sur son site de Rustenberg mais qu’il discuterait de leur statut avec les syndicats reconnus. Il a fait état d’une présence de seulement 20 pour cent sur le site.

Atlatsa Resources a licencié 3.000 employés à sa mine de platine Bokoni.

Le Mail & Guardian a décrit le 18 octobre comment les grévistes de la mine Kumba Iron Ore de Sishen se sont rassemblés près du tribunal de Kathu en solidarité avec 47 travailleurs arrêtés deux jours auparavant. Les demandes de libérations sous caution des travailleurs ont été rejetées par le tribunal et une deuxième audition a été reportée au 26 octobre en violation d’une loi affirmant que nul ne peut être détenu au-delà de 48 heures sans inculpation.

Les grèves ont affecté Lonmin, Aquarius, Impala, Anglo Americain Platinum, Royal Bafokeng Platinum, Xstrata, AngloGold Ashanti, Gold Fields, Gold One, Harmony Gold, Kumba Iron Ore, Petra Diaminds, Forbes, Manhattan Coal et Samancor. En plus des mineurs, 180.000 employés municipaux et conducteurs d’autobus ont débrayé cette semaine. Toyota a interrompu mercredi la production à son usine de Durban à cause d’une grève chez un fournisseur de pièces détachées.

L’atmosphère dans les régions minières a un caractère insurrectionnel alors que les bâtiments de la mine, les briseurs de grève, la police et les postes de police sont attaqués. Des minibus et des taxis transportant des briseurs de grève ont été incendiés.

Les troubles visent tout particulièrement le syndicat National Union of Mineworkers (NUM) qui est considéré comme étant la force de police des entreprises au sein des travailleurs. Le secrétaire général du NUM, Frans Baleni, s’est récemment vanté de ce que son organisation a dépensé un million de rands pour une campagne menée pour mettre un terme aux grèves sauvages. Il a dit que c’était « de l’argent bien dépensé » pour « faire comprendre aux gens le danger auquel ils s’exposent, eux et le pays, » en dénonçant « les gens qui sèment l’anarchie et organisent le sabordage économique. »

« Il suffit tout juste d’une mine pour briser cette grève, » a-t-il ajouté.

Le Mail & Guardian a parlé d’une organisation qui subit « une implosion lente, sûre et violente. » Il souligne que le NUM affirme qu’en tout et pour tout cette année 13 responsables locaux du NUM ont été tués par des grévistes et des centaines de travailleurs d’Amplats se sont rendus ce mois-ci devant les sièges régionaux du NUM à Rustenberg en manifestant et revendiquant la résiliation immédiate de leur adhésion au syndicat.

Chez Lonmin et chez Implats, le NUM a perdu au moins 20.000 membres. Le nombre d’adhérents du NUM chez Implats a actuellement chuté de 70 à 13 pour cent et le nombre réel pourrait même être inférieur parce que les travailleurs ne prennent pas la peine de quitter officiellement le syndicat. Le syndicat est rapidement en train d’arriver à extinction.

Des journalistes du Daily Maverick se sont rendus à la mine de Gold Fields KDC West à Carletonville avant que la grève n’y prenne fin. Les grévistes ont expliqué que quelque 1.500 d’entre eux n’avaient pas repris le travail jeudi parce qu’ils attendaient que le président du NUM, Senzeni Zokwana, soutienne officiellement la proposition faite par la Chambre des Mines, comme il l’avait promis lors de sa visite à la mine mercredi. C’est alors qu’ils ont alors découvert qu’ils avaient été licenciés.

Jeffrey Mphahlele, secrétaire général du syndicat dissident l’Association of Mineworkers and Construction Union (AMCU), est intervenu pour convaincre les travailleurs de reprendre le travail vendredi tout en déchirant leurs cartes du syndicat NUM et rejoignant le nouveau syndicat. Les travailleurs revendiquent actuellement, en plus d’une égalisation des salaires et de l’annulation de tous les licenciements, que les dirigeants du NUM chez KDC West démissionnent. Ils menacent de reprendre leur grève si ces revendications ne sont pas satisfaites.

L’AMCU aurait également joué un rôle déterminant en empêchant que la grève à Marikana ne se transforme en une grève sauvage indéfinie. Selon un autre article paru dans le Daily Maverick, un « représentant de l’AMCU et l’avocat du syndicat ont réussi à convaincre les gens qu’une nouvelle grève n’était pas le moyen le plus judicieux pour atteindre leurs objectifs. »

Le nombre d’adhérents de l’AMCU avoisine un peu plus de 50 pour cent à la fois chez Implats et chez Lonmin, niveau requis pour que l’AMCU soit reconnu comme organe officiel de négociation. Il profite de la haine largement répandue à l’égard du NUM et recourt à la confiance qui lui est témoignée pour rétablir l’ordre. De nombreuses grèves sont toutefois menées par des comités de grève ad-hoc.

Article original, WSWS, paru le 20 octobre 2012

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Discours d’Eric Toussaint au festival de la jeunesse de Syriza à Athènes, le 6 octobre 2012

Plus de 3000 personnes étaient présentes pour écouter 4 conférenciers dans l’ordre suivant : Marisa Matias, eurodéputée du Bloc de Gauche (Portugal) ; Lisaro Fernandez, dirigeant syndical des mineurs (Asturies, Espagne) ; Alexis Tsipras, président de Syriza (Grèce) ; Eric Toussaint, président du CADTM (Belgique, www.cadtm.org ).

L’intervention d’Eric Toussaint :

« Nous vivons et traversons une des pires crises du système capitaliste mondial. Mais le capitalisme ne va pas mourir de mort naturelle dans son lit. Les crises font partie du métabolisme du capitalisme. Seule l’action consciente des peuples peut détruire et dépasser le capitalisme pour ouvrir la voie au socialisme démocratique.

Le peuple grec se trouve aujourd’hui à l’épicentre de la crise du capitalisme. La façon dont le peuple grec, avec ses mobilisations, pourra affronter et donner une réponse à cette crise capitaliste est déterminante pour offrir une solution au niveau international. Vous vous trouvez dans l’épicentre de la crise et de la solution à cette crise.

Il y a 6 ou 7 ans, l’épicentre de l’alternative au capitalisme se trouvait en Amérique du Sud : au Venezuela, en Équateur, en Bolivie, quand Hugo Chavez disait en 2004 qu’il ne croyait plus à la troisième voie, qu’il pensait qu’il fallait au niveau mondial un socialisme du 21e siècle. Aujourd’hui, l’épicentre des alternatives – qui n’ont toujours pas vu le jour, comme l’indiquent bien le titre de cette conférence – s’est déplacé vers l’Europe.

Ce que les peuples du Venezuela, d’Équateur et de Bolivie ont montré au niveau mondial, c’est qu’il est parfaitement possible de résister à l’offensive capitaliste, qu’il est parfaitement possible d’appliquer une politique de redistribution de la richesse, de socialiser les grandes entreprises stratégiques, qu’il est absolument possible et nécessaire de récupérer le contrôle sur les biens communs comme les ressources naturelles. Ils l’ont fait, ils sont toujours au gouvernement et espérons que demain, le 7 octobre à l’occasion des élections présidentielles, Hugo Chavez sera de nouveau réélu comme président du Venezuela.

Nous vivons aujourd’hui en Europe un moment historique. Jamais au cours des 70 dernières années, dans les pays européens, nous n’avons vécu une offensive aussi brutale qu’aujourd’hui. Partout en Europe, on utilise le prétexte de la dette, pas seulement en Grèce, mais dans tous les pays européens, pour appliquer des politiques d’austérité budgétaire. En Grèce, nous voyons clairement les résultats dans la version la plus brutale, mais la Grèce est seulement le début d’une offensive qui affecte déjà les peuples du Portugal, d’Irlande, d’Espagne et d’autres pays européens.

C’est pour cela que nous devons la combattre et unifier nos efforts pour suspendre le paiement et répudier la dette illégitime. C’est un objectif fondamental pour nous au niveau du continent.

Le peuple grec a donné une grande leçon à l’Europe ces trois dernières années. D’abord, il résiste, s’est organisé et a pris part à au moins 14 grèves générales. Mais, tout aussi fondamental, et malgré la défaite électorale, c’est que le peuple grec a voté tout de même massivement pour l’initiative radicale proposée par Syriza. C’est une leçon fondamentale pour le reste de l’Europe où trop souvent la gauche est trop timide. L’exemple grec montre la force d’une gauche unie, d’une gauche qui rassemble, qui crée une coalition entre 12 organisations politiques différentes et cherche à les unifier dans Syriza. L’exemple grec montre que quand un parti ou une coalition dit ’Non’, dit : ’Si nous arrivons au gouvernement, nous allons désobéir à la Troïka’, une telle attitude courageuse et combative peut obtenir le soutien populaire. C’est une leçon pour tous et pour toutes.

La réduction de la dette grecque en mars 2012 est une arnaque et un piège. Il est très important de montrer à l’opinion publique internationale que la dette réclamée par la Troïka, qui représente aujourd’hui 150 milliards d’euros – c’est la dette de la Grèce avec la Troïka -, que toute cette dette est une dette illégitime qui doit être annulée par l’action du peuple, grâce à la désobéissance d’un gouvernement populaire.

Ils essayent de vous convaincre que suspendre le remboursement amènera le chaos dans le pays. Mais dans les 10 dernières années, trois exemples contredisent totalement l’affirmation selon laquelle il n’y a pas de salut possible en dehors du remboursement de la dette. L’Argentine a suspendu le paiement de sa dette en décembre 2001 pour une somme de 90 milliards de dollars et l’Argentine connaît une croissance économique de 4 à 7% chaque année depuis 2003. L’Équateur a suspendu le paiement de sa dette commerciale de novembre 2008 jusqu’à juin 2009 et a pu imposer à ses créanciers une réduction de la dette de 65%. Et l’Équateur va économiquement très bien.

L’Islande, ce modèle néolibéral, a connu de graves difficultés en septembre 2008 avec la banqueroute de tout son système bancaire. L’Islande a alors refusé de rembourser la dette de ses banques au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. L’Islande va très bien avec une croissance économique de 3% chaque année.

Il est clair que la Grèce n’est pas l’Islande, ni l’Argentine ou l’Équateur. Il y a de réelles différences, mais la leçon est la suivante : ici ou ailleurs, si des gouvernements ayant obtenu un soutien populaire décident de suspendre le payement d’une dette illégitime, ils peuvent obtenir une amélioration des conditions de vie de leur peuple. C’est un exemple à suivre.

Il est clair qu’une annulation de la dette est nécessaire mais pas suffisante. Annuler la dette de la Grèce sans changer le reste de l’économie et du modèle social et économique injuste ne permettra pas à la Grèce de construire une alternative en faveur du peuple. L’annulation, la suspension de payement de la dette est nécessaire, mais la socialisation du système bancaire, un autre système fiscal pour que les riches payent davantage d’impôts et pour la réduction d’impôts sur les services et les biens de première nécessité, font partie d’un modèle alternatif absolument nécessaire.

Chers amis, chères amies, l’histoire n’est pas pré-écrite. Plusieurs scénarios restent ouverts devant nous. On peut continuer dans la situation chaotique actuelle où il y a de plus en plus d’autoritarisme avec des gouvernements qui sont au service des banques. Ça peut encore durer des années. Un autre scénario est possible et pire : un scénario autoritaire néofasciste. C’est un grave danger qui menace réellement. Mais il y existe deux autres scénarios : sous pression populaire, il peut y avoir un capitalisme régulé, un capitalisme comme dans les années 1950-1960, un capitalisme de type keynésien. C’est une issue possible. Mais si nous sommes autant à s’être réunis ici ce soir, c’est parce que nous pensons que cela ne vaut pas la peine de limiter notre lutte à essayer de discipliner le capitalisme. Nous voulons dépasser le capitalisme. Nous voulons un socialisme démocratique, autogestionnaire du 21ème siècle. Vive le socialisme international. Vive le socialisme autogestionnaire. Vive Syriza. Vive le peuple grec. Vive la résistance des peuples. Vive la révolution, camarades ! »

Traduit de l’espagnol par Chris Den Hond

Le droit de désobéir aux créanciers

octobre 22nd, 2012 by Renaud Vivien

Texte issu de l’intervention de Renaud Vivien (CADTM) au 2ème Forum sur la désobéissance, le 29 septembre à Grigny (Rhône)

Selon l’idéologie dominante, les gouvernements n’ont pas le choix : ils doivent rembourser toutes les dettes publiques et appliquer des mesures d’austérité anti-sociales afin de dégager les ressources nécessaires à leur remboursement. Pour l’affirmer, les défenseurs de cette idéologie se réfèrent notamment au droit international en invoquant le principe ’pacta sunt servanda’ qui signifie que les conventions doivent être respectées. Or, ce principe n’est pas absolu et ne vaut que pour « des dettes contractées dans l’intérêt général de la collectivité |1| ».C’est aussi le sens de la doctrine de la dette odieuse selon laquelle ’ les dettes d’États doivent être contractées et les fonds qui en proviennent utilisés pour les besoins et les intérêts de l’État » |2|. Il n’existe donc pas d’obligation inconditionnelle de rembourser les dettes publiques comme l’a justement rappelé la CNUCED |3| dans un rapport de 2010 consacré à la dette odieuse |4|. Plusieurs États ont d’ailleurs refusé d’assumer le paiement de certaines dettes publiques |5|. Ce rapport souligne aussi que le principe ’pacta sunt servanda’ est limité par des considérations d’équité comme l’illégalité, la fraude, la mauvaise foi, l’incompétence du signataire, l’abus de droit, etc. Autrement dit, le respect des accords conclus avec les créanciers dépend de ces différents éléments. Pour vérifier la validité de ces accords, l’audit de la dette s’avère nécessaire.

Désobéir aux créanciers est donc tout à fait possible et légal. Nous donnons ici quelques arguments juridiques permettant à un gouvernement de suspendre unilatéralement le remboursement des dettes publiques, de répudier certaines d’entre elles et de rejeter les politiques d’austérité |6|.

Quelques arguments juridiques pour suspendre le paiement de la dette et l’application des plans d’austérité

La situation d’urgence sociale et environnementale impose aux États de faire des choix radicaux afin d’améliorer les conditions de vie des populations et de préserver l’environnement. Ces choix en faveur des populations sont facilités par le droit international en vertu duquel le respect et la protection des droits humains, tels qu’ils sont reconnus universellement par les différentes conventions internationales |7|, priment sur les autres engagements comme le remboursement des dettes et l’application des programmes d’austérité. L’article 103 de la Charte de l’ONU, à laquelle les États membres des Nations unies doivent impérativement adhérer, est sans ambiguïté : « En cas de conflit entre les obligations des Membres des Nations Unies en vertu de la présente Charte et leurs obligations en vertu de tout autre accord international, les premières prévaudront ». Parmi les obligations contenues dans cette Charte, on trouve notamment, aux articles 55 et 56, « le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et des conditions de progrès et de développement dans l’ordre économique et social (…), le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion ». Cette Charte consacre également le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (article 1-2) et la coopération internationale pour le développement des peuples (article 1-3). Un gouvernement qui en a la volonté politique peut donc légalement suspendre le paiement de sa dette et refuser l’application des mesures d’austérité qui portent atteinte aux droits économiques, sociaux et culturels de sa population et hypothèquent sa souveraineté.

Les gouvernements peuvent également invoquer l’état de nécessité et le changement fondamental de circonstances pour stopper unilatéralement le paiement de leurs dettes. Ces dispositions juridiques sont inscrites dans la Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités et dans de nombreuses législations nationales, principalement en matière de contrat. Ces normes font également partie du droit coutumier international et, en tant que telles, elles s’imposent à tous les débiteurs et créanciers, sans qu’il soit nécessaire de prouver leur consentement à y être liés et l’illégalité de la dette.

L’état de nécessité correspond à une situation de danger pour l’existence de l’État, pour sa survie politique ou sa survie économique, comme une instabilité sociale grave ou l’impossibilité de satisfaire les besoins de la population (santé, éducation, etc). Nombreux sont les pays du Sud et d’Europe – on pense aux pays passés sous la tutelle la Troïka et notamment à la Grèce qui subit une crise économique, sociale et sanitaire – qui pourraient invoquer cet argument pour désobéir aux créanciers. Comme le souligne la Commission du droit international de l’ONU : « On ne peut attendre d’un État qu’il ferme ses écoles et ses universités et ses tribunaux, qu’il abandonne les services publics de telle sorte qu’il livre sa communauté au chaos et à l’anarchie simplement pour ainsi disposer de l’argent pour rembourser ses créanciers étrangers ou nationaux. Il y a des limites à ce qu’on peut raisonnablement attendre d’un État, de la même façon que pour un individu.. |8| ».

Le changement fondamental de circonstances se matérialise dans la clause rebus sic stantibus (les choses doivent demeurer en l’état – le même état qu’au moment de la signature du contrat). Son application a pour conséquence de délier les parties de toute obligation contenue dans le contrat en cas de changement profond des circonstances, comme c’est le cas avec la crise des dettes souveraines en Europe. Soulignons que le dernier rapport de l’Expert indépendant des Nations-unies sur la dette extérieure |9| affirme qu’un ’changement de circonstances échappant au contrôle de l’État emprunteur’ est de nature à justifier un moratoire sur la dette. Ainsi les soulèvements populaires de 2011 en Afrique du Nord peuvent pleinement justifier une suspension du remboursement de la dette de ces États et de l’application des programmes conclus avec les bailleurs de fonds étrangers (Banque mondiale, FMI, Union européenne, etc). On peut également considérer qu’en Europe, les pays actuellement confrontés à des hausses des taux d’intérêt exigés par les investisseurs institutionnels (les zinzins) sont face à un changement fondamental de circonstances justifiant un moratoire sur leur dette. Notons que si les zinzins demandent des intérêts majorés, c’est qu’ils anticipent des défauts de paiement et/ou des annulations de dettes. Une suspension du remboursement de la dette (avec gel des intérêts) décidée unilatéralement par ces pays fait donc partie des risques pris en toute conscience par les créanciers.

Quelques arguments juridiques pour déclarer la nullité des dettes

Pour juger de la nullité d’une dette, il faut prêter attention aux clauses du contrat de prêt, aux conditionnalités imposées par les créanciers (notamment dans les lettres d’intention et les mémorandum), aux circonstances entourant la conclusion de ces accords, aux causes de l’endettement, à la destination réelle des fonds empruntés, à l’impact des projets financés par la dette sur les conditions de vie des populations et sur l’environnement, vérifier que les personnes ayant endetté le pays avaient bien la compétence juridique pour le faire, etc. Pour ce faire, l’audit intégral et participatif de la dette comme l’a réalisé l’Équateur en 2007-2008 paraît l’outil le plus adapté.

La démarche participative de l’audit permettra à la population de comprendre le ’système dette’ dans ses multiples dimensions (économique, sociale, politique, environnementale) en répondant notamment à ces questions : Pourquoi l’État a-t-il été amené à contracter une dette qui ne cesse d’enfler ? Au service de quels choix politiques et de quels intérêts sociaux la dette a-t-elle été contractée ? Qui en a profité ? Etait-il possible ou nécessaire de faire d’autres choix ? Qui sont les créanciers ? Quelles sont les conditions à l’octroi des prêts ? Comment l’État s’est-il trouvé engagé, par quelle décision, prise à quel titre ? Quel montant d’intérêts a été payé, à quel taux, quelle part du principal a déjà été remboursée ? Comment l’État finance-t-il le remboursement de la dette ? etc. Ainsi, l’audit apportera les preuves que la dette sert de levier aux créanciers pour imposer des politiques antisociales. Il permettra ce faisant d’instaurer un rapport de force politique favorable à l’Etat qui décide d’auditer sa dette dans l’objectif d’annuler les dettes illicites et illégitimes (celles qui ne servent pas l’intérêt général de la communauté). Soulignons ici qu’en droit international, l’évaluation de l’intérêt général et la détermination du caractère licite ou illicite de la dette relèvent de la compétence des pouvoirs publics |10|.

Nous listons ci-dessous quelques arguments juridiques fondant la nullité de certaines dettes publiques.

Les vices du consentement

La Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités et la Convention de Vienne sur le droit des traités entre États et organisations internationales de 1986 indiquent différents vices du consentement pouvant entraîner la nullité du contrat de prêt. Parmi eux, on trouve l’incompétence du contractant |11|, la corruption du contractant par des moyens directs ou indirects lors de la négociation, la contrainte exercée sur le contractant au moyen d’actes ou de menaces dirigés contre lui ou encore le dol. Les États, les collectivités locales et les établissements publics peuvent également se reporter à leur droit national, qui contient des dispositions en matière de contrats comme l’article 1109 du Code civil français selon lequel « il n’y a point de consentement valable si le consentement n’a été donné que par erreur ou s’il a été extorqué par violence ou surpris par dol ». Si les pouvoirs publics parviennent à prouver que ces dispositions issues du droit international et national ont été violées au moment de la conclusion de l’accord, ils seront alors fondés légalement à répudier les dettes entachées d’illégalité.

A titre d’exemple, la contrainte pourrait être invoquée par les gouvernements portugais, irlandais et grec pour rejeter les mesures imposées par la Troïka. En effet, ces créanciers, à l’instar du FMI et de la Banque mondiale qui ont orchestré dans le Sud les fameux Plans d’ajustement structurels (PAS) suite à la crise de la dette du tiers-monde de 1982, tirent aujourd’hui profit de la crise en Europe pour soumettre les États à des mesures d’austérité portant directement atteinte aux droits économiques et sociaux des citoyens de ces pays et violant la souveraineté de ces derniers. Le dernier rapport de l’Expert de l’ONU sur la dette dénonce d’ailleurs l’ingérence des créanciers dans la définition des politiques de développement des États en affirmant que ’Les États créanciers et les institutions financières internationales ne doivent pas tirer parti d’une crise économique, financière ou liée à la dette extérieure pour promouvoir des réformes structurelles dans les États débiteurs, aussi utiles ces réformes puissent-elles être considérées sur le long terme. De telles réformes devraient être engagées, formulées et mises en œuvre par les États débiteurs eux-mêmes, s’ils le jugent approprié, dans le cadre d’un processus indépendant de développement national |12| ».

Le dol pourrait aussi dans certains cas être invoqué par les États mais aussi les collectivités locales et les établissements publics. Il y a effectivement un enjeu important à s’attaquer à ces dettes locales. Soulignons qu’en France l’encours de la dette des collectivités territoriales au sens large s’élevait à 163 milliards d’euros, soit environ 10 % du total de la dette publique française |13| et que plusieurs acteurs publics locaux ont été victimes de prêts toxiques contractés auprès de banques comme Dexia. Cette dernière proposait en 2008 223 prêts différents reposant sur des indices « exotiques » plus spéculatifs les uns que les autres : la parité entre l’euro et le franc suisse, mais aussi le yen, le dollar, l’inflation, les indices de la courbe des swaps, jusqu’au cours du pétrole ! Avec de tels prêts dits « toxiques », la banque peut multiplier ses marges par 2 ou 3, voire davantage. Les acteurs publics locaux se trouvent quant à eux piégés par des taux d’intérêt de plus de 20 %. Cette situation intenable a d’ailleurs poussé plusieurs collectivités locales à attaquer Dexia en justice, notamment pour défaut de conseil, voire tromperie. Pour les plaignants, la banque a violé son obligation d’information en se gardant de détailler les risques liés à des prêts. Pire, dans certains cas, Dexia aurait volontairement donné des informations exagérément optimistes, voire erronées, en garantissant une quasi-absence de risque. Dexia comme d’autres banques n’a donc pas répondu à son obligation d’information alors que les collectivités n’étaient pas équipées pour apprécier les risques encourus. En l’absence d’information claire et détaillée sur le contenu des contrats portant sur des emprunts toxiques, on peut considérer que le consentement des collectivités n’a pas été valablement donné et invoquer l’action dolosive de ces banques, cause de nullité selon l’article 1116 du Code civile français |14|.

Ces affaires en justice ne sont pas encore tranchées définitivement par la justice française. Mais la Chambre régionale des comptes d’Auvergne Rhône-Alpes a rendu une décision unique permettant à Sassenage, une petite ville de 11000 habitants de l’Isère, de continuer à refuser de payer les intérêts demandés par Dexia en attendant que la justice se prononce sur son cas |15|.

La cause illicite ou immorale du contrat

Ce fondement juridique, inscrit dans de nombreuses législations nationales civiles et commerciales, peut remettre en cause la validité de contrats. Comme mentionné plus haut, il faut que les dettes aient été contractées pour l’intérêt général de la collectivité. Cette notion se retrouve aussi en droit français, dans la circulaire du 15 septembre 1992 relative aux contrats de couverture de taux d’intérêt offerts aux collectivités et aux établissements publics locaux, qui stipule que « les collectivités locales ne peuvent légalement agir que pour des motifs d’intérêt général présentant un caractère local ». Cette obligation exclut bien évidemment les prêts dits ’toxiques’ reposant sur la spéculation que nous avons abordés plus haut. Ces prêts toxiques ont été estimés à 13,6 milliards pour les seules collectivités françaises par la Commission d’enquête parlementaire sur les produits à risque souscrits par les acteurs publics locaux |16|. Leur annulation devrait logiquement être supportée par les banques responsables d’avoir conçu des prêts complexes, dangereux et non conformes à la réglementation qui interdit aux acteurs publics de spéculer sur les marchés.

On peut également ranger dans les causes illicites ou immorales du contrat l’achat de matériel militaire. La course à l’armement constitue par ailleurs une violation de l’article 26 de la Charte des Nations-unies qui impose aux États de réglementer le commerce des armements et de n’affecter que le minimum de leurs ressources au domaine militaire.

L’’aide liée’ ne sert pas non plus l’intérêt général de l’Etat emprunteur. En effet, cette pratique qui consiste en des prêts d’État à État, souvent sous forme de crédits d’exportations, c’est à dire en contrepartie de l’achat de marchandises produites par l’Etat « prêteur », ne correspond pas aux besoins réels du pays mais aux intérêts du « prêteur ». C’est ce qui a conduit la Norvège en 2006 à annuler unilatéralement et sans conditions des dettes de cinq pays (Équateur, Égypte, Jamaïque, Pérou et Sierra Leone) dans le cadre d’une campagne d’exportation de navires à la fin des années 1970 |17|. Dans le cas grec, en pleine crise au début 2010, mis sous pression par les autorités françaises et allemandes qui voulaient garantir leurs exportations d’armes, le gouvernement du PASOK a recouru à de nombreux emprunts pour financer l’achat de matériel militaire à la France et à l’Allemagne. On est ici clairement en présence de prêts liés de la part des deux puissances européennes.

Il faut aussi vérifier au moyen d’un audit dans quelle mesure les grands projets d’infrastructures financés par la dette, comme les barrages dont certains sont de véritables éléphants blancs (comme le barrage d’Inga en République démocratique du Congo) ou encore l’organisation de jeux olympiques, contribuent à l’intérêt général. A cet égard, on peut citer le scandale des Jeux olympiques de 2004 en Grèce. Alors que les autorités helléniques prévoyaient une dépense de 1,3 milliard de dollars, le coût de ces jeux a dépassé en réalité les 20 milliards de dollars.

Le remboursement des dettes qui sont le résultat des sauvetages bancaires doit également être remis en cause. En effet, il est (au minimum) immoral de faire supporter aux populations le poids de ces sauvetages. Soulignons à cet égard que la socialisation des dettes privées (comme c’est le cas en Europe depuis le début de la crise en 2007) est explicitement interdite par la Constitution équatorienne. Il est urgent de s’attaquer à ces dettes d’autant que la facture laissée aux contribuables pourrait même encore s’alourdir en cas d’activation des garanties accordées par les États sur certaines banques. C’est le cas du groupe Dexia sauvé deux fois en trois ans par les pouvoirs publics belge, français et luxembourgeois. En octobre 2011 ces trois Etats se sont engagés à garantir les emprunts de la ’bad bank |18|’ composée de Dexia SA et DCL à hauteur de 90 milliards d’euros. Par conséquent, si la bad bank ne rembourse pas ses créanciers, les pouvoirs publics (donc les contribuables) devront régler une fois de plus les dettes de Dexia. Ce qui plombera lourdement les finances publiques des trois Etats garants. Notons ici que la part prise par l’État belge représente pas moins de 15% de son Produit Intérieur Brut (PIB) ! A cet égard, trois associations belges (CADTM Belgique, ATTAC Liège et ATTAC Bruxelles 2) rejointes par deux députées fédérales écologistes (Zoé Genot et Meyrem Almaci) ont introduit le 23 décembre 2011 une requête devant le Conseil d’Etat pour annuler l’arrêté royal octroyant la garantie de l’État belge sur certains emprunts de la ’bad bank’ de Dexia |19|.

Enfin, le fait de contracter des dettes pour rembourser d’anciennes dettes illicites, odieuses ou illégitimes constitue une cause immorale et illicite. Selon l’argument juridique de la continuité du délit, une dette illicite ne perd pas, suite à un processus de renégociation ou de restructuration, son caractère illégal. En ce sens, elle conserve son vice d’origine et le délit perdure dans le temps. Par conséquent, tous les emprunts publics visant à rembourser d’anciennes dettes illégales sont eux-mêmes illicites |20|. Parmi elles, on trouve bien évidemment les dettes odieuses contractées par les dictatures au Sud et au Nord (la dictature des colonels en Grèce, de Salazar au Portugal, de Franco en Espagne, etc). Selon la doctrine de la dette odieuse |21| : « Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’État, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’État entier (…).Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation ; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir. »

A côté des dettes odieuses, il faut prendre en comptes toutes les dettes illégitimes dont le montant est bien plus important. Rappelons qu’en Europe l’augmentation de la dette publique est principalement le résultat d’une politique fiscalement et socialement injuste, caractérisée par 30 années de cadeaux fiscaux pour les revenus élevés et les transnationales. L’audit de la dette permettra de mettre en lumière cette dette originelle qui ne doit pas être remboursée.

En refusant de rembourser la dette et en donnant la priorité aux besoins humains de sa population, un Etat pose un acte unilatéral de désobéissance fondé en droit et créateur de droit. En effet, le 4e rapport de la Commission de droit international de l’ONU sur les actes unilatéraux stipule que ceux-ci « produisent des effets juridiques directs sur leur destinataire. Mais ils peuvent également produire des effets indirects comme ceux qui contribuent à la formation ou au renforcement de normes d’origine coutumière ou à la formation des principes généraux du droit |22| ».

Dans l’hypothèse où le créancier déciderait de ne pas reconnaître la validité d’un tel acte unilatéral en intentant une action en justice contre le débiteur, ce dernier a les moyens juridiques de contre-attaquer. Prenons le cas du Paraguay. En plus de déclarer le caractère frauduleux de la dette produisant tous ses effets y compris devant l’État suisse, le gouvernement paraguayen a confirmé son droit reconnu par le droit international d’exiger de la Suisse – devant la Cour Internationale de Justice de La Haye (CIJ) – le paiement de réparations en tant qu’obligation internationale. Il en est ainsi parce qu’un tribunal suisse a, de façon arbitraire et ignorant les preuves présentées pendant le procès, émis un jugement favorable aux créanciers privés. Le tribunal suisse est un organe de l’État et de ce fait, lorsqu’il se prononce, il s’agit d’un acte de l’État suisse. Il s’agit d’un acte internationalement illicite qui entraîne la responsabilité de l’État.

Pour se prémunir de toutes représailles juridiques et mener une politique de développement souveraine respectueuse des droits humains, les gouvernements ont intérêt à se retirer de certaines instances d’arbitrage, en premier lieu du CIRDI (le tribunal de la Banque mondiale en matière de litiges sur les investissements). De même, pour éviter la formation d’un nouveau cycle d’endettement illégitime, les pouvoirs publics devraient encadrer strictement le recours à l’emprunt, à l’instar de ce que prévoit la Constitution équatorienne.

Renaud Vivien

Notes

|1| Ruzié David, Droit international public, 17e édition, Dalloz, 2004, p. 93.

|2| Alexander Nahum Sack, Les Effets des Transformations des États sur leurs dettes publiques et autres obligations financières, Recueil Sirey, 1927.

|3| Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement

|4| Voir le document de la CNUCED par Robert Howse “The concept of odious debt in public international law”

|5| Lire la position du réseau CADTM sur la dette odieuse et illégitime sur www.cadtm.org/Dette-illegitime-l-actualite-de-la

|6| Pour aller plus loin, lire Renaud Vivien, Cécile Lamarque, « Plaidoyer juridique pour la suspension et la répudiation des dettes publiques au Nord et au Sud », www.cadtm.org/Plaidoyer-juridique-pour-la

|7| La Charte de l’ONU de 1945, la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, les deux Pactes de 1966 sur les droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) et sur les droits civils et politiques (PIDCP), la Convention de Vienne sur le droit des traités de 1969 ou encore la Déclaration sur le droit au développement de 1986.

|8| ACDI, 1980, p. 164-167.

|9| www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/Pages/HRC/Index.aspx under ’Documents to be considered during HRC 20th session’. The document number is : A/HRC/20/23.

|10| Toussaint Éric, Ruiz Diaz Hugo, « L’audit de la dette : un instrument dont les mouvement sociaux devraient se saisir », www.cadtm.org/L-audit-de-la-dette-un-instrument

|11| À titre d’exemple, ce vice du consentement a constitué un motif juridique de la répudiation par le Paraguay en 2005 d’une dette de 85 millions de dollars.

|12| Mohamed Dabo, ’Les nouveaux principes directeurs relatifs à la dette extérieure et aux droits de l’homme. Résumé du rapport final de l’Expert des Nations-unies sur la dette extérieure’, http://cadtm.org/Les-nouveaux-principes-directeurs

|13| Plusieurs collectivités en France ont intenté des actions en justice. Lire « France : les dettes publiques locales, un enjeu citoyen essentiel » par Patrick Saurin, www.cadtm.org/France-les-dettes-publiques

|14| Selon l’article 1116, « le dol est une cause de nullité de la convention lorsque les manoeuvres pratiquées par l’une des parties sont telles, qu’il est évident que, sans ces manoeuvres, l’autre partie n’aurait pas contracté ».

|15| www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0202109119600-emprunts-toxiques-une-ville-peut-suspendre-ses-paiements-332734.php

|16| Lire le rapport de cette Commission sur www.assembleenationale.fr/13/rap-enq/r4030.asp

|17| Le Ministre norvègien de la coopération au développement Heikki Holmås a par ailleurs annoncé en août 2012 que son pays allait auditer toutes ses créances sur les pays en développement.

|18| Une ’bad bank’ est une structure dans laquelle sont transférés les actifs douteux d’un établissement financier en difficulté

|19| Ce recours est publié au Moniteur belge sous le numéro G/A 203.004/XV-1811. Il est soutenu par de nombreuses personnalités et associations en Belgique. Voir sur : www.sauvetage-dexia.be

|20| L’argument de la continuité du délit a par exemple été utilisé par la Commission d’audit en Equateur (CAIC) pour dénoncer les nombreuses irrégularités (lors de la socialisation des dettes privées, du Plan Brady et de restructurations de dettes…) ayant abouti à l’émission de bons de la dette commerciale.

|21| Alexander Sack, 1927, « Les Effets des Transformations des États sur leurs dettes publiques et autres obligations financières ».

|22| ONU- CDI, Cuarto informe, op. cit., § 77.

 

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17- 20 octobre 1961 : Les “Nuits de cristal” oubliées

octobre 22nd, 2012 by Chems Eddine Chitour

« La République reconnaît avec lucidité ces faits à propos de la sanglante répression de la manifestation d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes » – Communiqué de la présidence française le 17 octobre 2012

C’est par ce communiqué laconique – présenté comme un geste majeur – que l’Elysée croit pouvoir solder sa dette pour les massacres de masse prémédités des nuits de cristal un certain 17 octobre 1961. Le chef de l’Etat se différencie ainsi de ses prédécesseurs, particulièrement Nicolas Sarkozy, qui ont toujours refusé de faire acte de repentance. L’année dernière, pour les commémorations des cinquante ans de cette tragédie, la pression politique s’était intensifiée sur l’Elysée, mais Nicolas Sarkozy n’avait présenté aucune excuse.

Cette déclaration a suscité des réactions diverses, notamment de la Droite – à l’instar du représentant de l’UMP- qui persiste et signe dans le déni d’un crime d’Etat. Il y eut cependant d’autres réactions plus équilibrées, où le parallèle avec un autre drame- celui de la déportation de juifs -fut fait. Nous lisons :

« Est-ce à la République d’assumer la responsabilité d’actes commis par ses représentants et responsables de l’époque, en premier lieu le préfet de Police Papon, qui se montrèrent indignes d’elle. (…) Il s’agit d’un crime d’État, certes, mais commis par des personnes bien précises. On cherche donc aujourd’hui bel et bien à escamoter des responsabilités réelles et incarnées en les noyant dans les brumes du temps qui a passé. Le 16 juillet de cette année, le Président F. Hollande commémorait officiellement la rafle du Vel’d’Hiv en prononçant un discours officiel dans lequel il établissait scandaleusement une continuité entre la moitié de la France occupée à l’époque par les nazis avec la France qu’il représente aujourd’hui. Ce matin même, à l’issue du Conseil des ministres, la porte-parole, Mme N.V-B, répondait à un journaliste que la question du massacre du 17 octobre 1961 n’avait pas été abordée. Il a fallu attendre la fin de soirée pour que, sous la pression de la rue un communiqué de quatre lignes sorte de l’Élysée. (1)

 

 

Que s’est-il passé ces nuits funestes d’octobre 1961 ?

Nous allons donner la parole à l’écrivain Jean-Luc Einaudi qui fut l’un des premiers avec Pierre Vidal-Nacquet a donner une visibilité à cette tragédie sur laquelle régna une omerta d’une trentaine d’années. Omerta qui, paradoxalement, fut aussi observée par le pouvoir algérien. « Le 5 octobre écrit-il, le préfet de police, Maurice Papon, décide d’imposer un couvre-feu sélectif qui ne s’applique qu’à une partie de la population française : les Français musulmans d’Algérie. Cette décision discriminatoire, qui s’appuie sur l’apparence physique des personnes, est la réponse aux attentats commis par le FLN quelques jours avant et qui ont causé la mort de onze policiers. Face à cette institutionnalisation du racisme, le FLN appelle à un grand rassemblement pacifique le 17 octobre. (..) Le jour même, des dispositifs de sécurité sont mis en place. Et là, lorsque les deux camps se rencontrent, et je dis bien rencontrent et pas s’affrontent, c’est le massacre ». (2)

Se basant sur une documentation et sur les faits malgré l’impossibilité d’accès à certaines archives toujours pas déclassifiées, Jean-Luc Einaudi décrit la cure de ces nuits de cristal en tout point semblables à celles que vécurent les juifs du IIIe Reich, il écrit : « Des milliers de personnes sont raflées, tabassées, violentées. Des centaines sont tuées dont plusieurs dizaines par noyade. Pour ma part, j’estime les noyés à une soixantaine de personnes et je pense qu’il y a eu en quelques jours environ 400 personnes tuées. Les morts et les violences policières s’étalent du mardi 17 octobre jusqu’au dimanche qui suit. » (2)

L’auteur poursuit en impliquant le préfet Papon :

 « Les dispositifs de sécurité ont été mis en place sous les ordres de Maurice Papon. Lorsque les rafles ont été commises, c’est lui qui a décidé de réquisitionner des autobus avec leurs chauffeurs pour pouvoir ramasser plus de monde. C’est aussi lui qui a permis de parquer les personnes raflées dans le Palais des sports de la porte de Versailles ainsi qu’au stade Coubertin. Il faut bien noter que les rafles étaient une pratique habituelle à l’époque et, surtout, que tous les policiers et gendarmes qui ont tapé et tué l’ont fait avec la conviction de l’impunité. Et cette impunité, c’est leur préfet qui le leur a donnée. Énormément d’actes de violences ont eu lieu à l’intérieur même des cours des commissariats, ce qui engage la responsabilité du préfet. » (2)

Les précédents en France des méthodes de la police française

Enfin, l’auteur explique l’omerta :

« De plus, Maurice Papon a aussi participé à l’entreprise de dissimulation de la vérité. Dès le départ il y a eu un véritable travail de mise en oeuvre de mensonge d’Etat. Comme le nombre de cadavres était important, il a bien fallu trouver une explication. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Roger Frey et Maurice Papon ont donc expliqué que ces morts étaient dues à des règlements de compte, entre Algériens. Évidemment, l’amnistie décrétée en mars 1962 a facilité le travail de mensonge puisqu’elle couvre tous les faits de cette époque concernant le maintien de l’ordre. Tout ce qui cherchait à faire éclater la vérité était interdit et saisi comme le livre « Ratonnades à Paris » de Pierre Vidal-Nacquet » (2).

Il ne faut pas croire que le 17 octobre fut une singularité, une bavure. Ce fut au contraire mûrement réfléchi, le maitre d’oeuvre Maurice Papon un tortionnaire qui avait déjà sévi en Algérie à Constantine, de retour à Paris promu par De Gaulle, il se retrouve en pays de connaissance avec des éléments de la préfecture de police qui sont d’anciennes connaissances qui avaient cassé du juif et qui ont des dispositions particulières pour casser de l’Arabe. Le préfet de police de l’époque est Jean Baylot, qui a réintégré de nombreux policiers révoqués en 1945.

Maurice Rajsfus met en lumière et dénonce, les crimes policiers, il décrit un épisode encore méconnu, la répression de manifestants nord-africains le 14 juillet 1953 à Paris, s’inscrivant pleinement dans la politique coloniale de l’Etat français. « Ce jour-là comme tous les ans depuis 1936, le PCF et la CGT organisent une manifestation à Paris pour célébrer les idéaux de la République et depuis 1945 ceux de la Résistance. Près de 10.000 personnes y participent et parmi elles 2 000 manifestant(e)s défilent derrière les banderoles du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), le principal mouvement nationaliste algérien dirigé par Messali Hadj. (…) Les militant(e)s nord-africains y brandissent des drapeaux algériens et scandent des slogans hostiles au colonialisme et en faveur de la libération de Messali Hadj et de l’indépendance. Autant de symboles qui vont entraîner une répression sanglante de la police française à l’encontre des Nord-Africains lors de l’arrivée du cortège sur la place de la Nation. La police ouvre le feu : bilan 7 morts (6 ouvriers algériens et un ouvrier français, militant de la CGT) et une centaine de blessés. Le gouvernement de Joseph Laniel, président du Conseil, couvre la répression et soutient les policiers assassins. (3)

Maurice Rajsfus a écrit aussi avec Jean-luc Einaudi un livre remarquable qui tranche avec les mensonges de beaucoup d’historiens..Il s’intitule : Les silences de la police 16 juillet 1942-17 octobre 1961 On lit : « La direction « scientifique « de la préfecture de police de Paris a osé publier une histoire de cette noble Institution omettant deux dates récentes le 16 juillet 1942 et le 17 octobre 1961. Si vous voulez savoir ce s’est passé à Paris en 1942 et en 1961, Si vous voulez savoir comment les fonctionnaires de la préfecture de police de Paris ont méthodiquement et massivement raflé les juifs pour les livrer aux nazis. Si vous voulez apprendre comment, de 1958 à 1962, Maurice Papon a importé les méthodes de la Guerre d’Algérie à Paris, ne manquez surtout pas le dernier chapitre de ce petit livre, qui expose comment de nombreux centres de torture ont alors été ouverts en pleine ville. Et comment la Seine a continûment charrié des cadavres, de 58 à 62, sous la responsabilité du même Maurice Papon. » JL Einaudi raconte aussi bien comment depuis des mois et des mois à Paris, non seulement, et dans d’autres villes, des Algériens étaient tués ; l’apogée sera le 17 octobre, sans oublier le 8 février 1962 avec la répression et les morts de Charonne. Pendant très longtemps, même les enfants d’immigrés n’ont pas connu cet épisode. Dans le livre écrit par la Préfecture de police, il n’y a évidemment pas un mot sur le 17octobre 1961, mais par contre on parle de tragédie nationale à propos des morts de Charonne, tout en parlant d’actes d’individus incontrôlés, de dérapages, et en ne mettant jamais en accusation la police comme corps répressif (4).

L’amnésie algérienne

On peut se demander pourquoi avoir décidé de cette marche connaissant les risques pour des personnes sans défense ? Une première explication nous est donnée par Omar Boudaoud qui a dirigé pendant cinq ans la Fédération de France : « Le couvre-feu touchait particulièrement les militants nationalistes algériens car, selon Omar Boudaoud, « le travail du FLN s’effectuait généralement le soir : les réunions de militants se tenaient dans les cafés ou dans d’autres endroits, la collecte des cotisations s’effectuait après la sortie du travail et le repas du soir, de même que la diffusion de la « littérature » FLN ». Devant les difficultés que le couvre-feu entraînerait pour l’organisation nationaliste, le Comité fédéral expliquait que « l’application de ce couvre-feu deviendra un handicap insurmontable et paralysera toute activité. Essayez donc d’organiser quelque chose pour riposter. Nous nous attendions certes à une vague de répression ; mais nous étions tellement sûrs du caractère pacifique de la manifestation, que la sauvagerie et l’atrocité de la répression qui s’en suivit nous prit au dépourvu. » (5)

On l’aura compris, ces morts ont été le « prix à payer » pour la Révolution mais aussi le prix des luttes intestines au sein du FLN. Pourtant, après l’indépendance, du côté algérien ce fut aussi la chape de plomb. Les morts sans sépulture de la Seine nous interpellent. Leur combat pour une Algérie libre n’a pas eu la reconnaissance du pays dont les dirigeants ont minimisé longtemps leur rôle dans l’accélération du mouvement pour l’indépendance. Ainsi, parce que la Fédération de France « faisait partie des vaincus », explique au Monde l’historien Jean-Luc Einaudi, il était hors de question, pour les nouveaux maîtres d’Alger, de laisser paraître un ouvrage qui « lui aurait fait de la pub ».(6) L’hommage viendra plus tard, au début des années 1990, quand Ali Haroun, l’un des anciens responsables de la Fédération de France, sera revenu en grâce. Depuis 1991, rappelle Jean-Luc Einaudi, la journée du 17 octobre fait l’objet d’une commémoration nationale en Algérie. (7)

Que dire en définitive ? Les massacres du 17 octobre n’ont pas provoqué en France de grandes réactions de protestation. Ils ont été très largement dissimulés par le mensonge de l’État et recouverts par l’indifférence dominante. Autrefois, Pierre Vidal-Naquet avait appelé le 17 octobre 1961 « ce jour qui n’ébranla pas Paris ». Pourquoi l’oubli ? Maurice Papon, préfet de police en 1961, a été ministre jusqu’en 1981 et que Roger Frey, ministre de l’Intérieur en 1961, a présidé le Conseil constitutionnel jusqu’en 1983. François Mitterrand, qui en 1961 était dans l’opposition, une fois devenu président de la République, ne tenait pas à ce qu’on revienne sur les années de la Guerre d’Algérie, compte tenu des graves responsabilités qui furent les siennes en tant que ministre de l’Intérieur d’abord, puis comme ministre de la Justice. Il y avait là une convergence d’intérêts pour entretenir l’ignorance et l’oubli.

Hervé Gattegno, rédacteur en chef au « Point » parle de reconnaissance sans repentance ajoute que : « Pour la première fois, c’est la France qui admet l’existence d’une « répression sanglante » contre ces manifestants innocents, pacifiques. François Hollande l’avait déjà fait, l’an dernier, mais il n’était que candidat, pas encore élu.(…) C’est bien la police parisienne qui s’est déshonorée dans le massacre de 1961 et pas seulement le préfet Maurice Papon. C’est donc bien un crime qui engageait l’État. Et un crime contre des Français puisque, ne l’oublions pas, l’Algérie était française à ce moment-là. La repentance, c’est pourtant la seule voie possible pour la paix véritable, celle qui ne passe pas par la guerre et donc l’écrasement de l’adversaire. Cette reconnaissance reste très en-deçà de ce qu’il reste à faire mais disons qu’après la reconnaissance du Vel d’Hiv, c’était bien le moins qu’il pouvait faire pour donner un semblant d’équité mémorielle entre les différentes communautés de victimes et éviter le deux poids, deux mesures.

Cependant, à cette cadence de la reconnaissance légitime et lucide il faut au moins un siècle pour venir à bout de la reconnaissance d’une faute imprescriptible. Souvenons-nous il a fallu 45 ans pour que les événements d’Algérie soient reconnus enfin comme une guerre. Avec de justes mots, Pierre Bourdieu rend à sa façon, justice aux martyrs, nous l’écoutons : « J’ai maintes fois souhaité que la honte d’avoir été le témoin impuissant d’une violence d’État haineuse et organisée, puisse se transformer en honte collective. Je voudrais aujourd’hui que le souvenir des crimes monstrueux du 17 octobre 1961, sorte de concentré de toutes les horreurs de la Guerre d’Algérie, soit inscrit sur une stèle en un haut lieu de toutes les villes de France, à titre de mise en garde solennelle contre toute rechute dans la barbarie raciste. » (8)

L’immense écrivain Kateb Yacine s’adressant au peuple français seul juge en définitive, écrivit ce poème tout en douceur et fermeté en appelant à la conscience du peuple français :

« Peuple français,
Tu as tout vu
Oui, tout vu de tes propres yeux
Tu as vu notre sang couler.
Tu as vu ta police assommer les manifestants.
Et les jeter dans la Seine.
La Seine rougissante
N’a pas cessé les jours suivants
De vomir à la face
Du peuple de la commune
Ces corps martyrisés
Qui rappelaient aux Parisiens
Leurs propres révolutions
Leur propre résistance
Peuple français, tu as tout vu
Oui tout vu de tes propres yeux,
Et maintenant vas-tu parler ?
Et maintenant vas-tu te taire ? » (9)

 

Comme Kateb Yacine nous attendons des regrets francs massifs sans circonvolution littéraire. Le peuple algérien n’a pas la mentalité pour faire de ses malheurs une pompe à finance ad vitam aeternam . Il veut seulement que la faute soit assumée.

Prof. Chems Eddine Chitour

 

Notes

1. http://www.legrandsoir.info/ah-le-lache.html

2. L’Etat continue de cacher des preuves : Entretien avec Jean-Luc Einaudi. Le Nouvel Observateur 17 octobre 2002.

3. M.Rajsfus:1953, un 14 juillet sanglant. Ed Agnès Alternative libertaire n° 118 30 05 2003

4. http://nopasaran.samizdat.net/article.php3?id_article=341

5 Omar Boudaoud : Du PPA au MTLD, mémoire d’un combattant. p.187, Ed.Casbah 2007

6. Chems Eddine Chitour http://www.legrandsoir.info/17-octobre-1961-50-ans-d-amnesie…

7. http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4664 Catherine Simon, Le Monde des Livres, 13 octobre 2011

8. Pierre Bourdieu : Le 17 octobre 1961, un crime d’État à Paris, Edits La Dispute, mai 2001.

9. Chérif Boudelal http://www.jijel-echo.com/Le-17-octobre-1961-Le-massacre-des…

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Turquie : La vérité vous libèrera

octobre 22nd, 2012 by Roger Akl

Signalé par l’un des correspondants de l’Institut Tchobanian : hier dans l’édition électronique du Monde un reportage éclairant de Lewis Roth intitulé “Dans le djebel turkmène les barils venus du ciel sèment la mort“  des propos macabres sur les Arméniens ont été tenus par des combattants syriens appartenant a l’ethnie turcomane.

Voici la lettre ouverte de l’Institut Tchobanian à deux ministres de la République Française

Messieurs les ministres des Affaires Étrangères et de la Défense.

Commentaires sur l’article du journal Le Monde « Dans le djebel turkmène, les barils venus du ciel sèment la mort ».

La vérité vous libèrera

L’alliée turque de la France veut en terminer avec les restes des Arméniens sauvés du génocide de 1915, par les Syriens. Les Turcs les avaient emmenés, en 1915, dans des marches de la mort dans le désert de ce pays. Là, un reste d’entre eux fut sauvé par la population syrienne qui les a accueillis, protégés, nourris et même a élevé leurs bébés sans mères, car massacrées par les soldats ottomans après qu’ils les eussent violées.

Ces bébés ont eu de la chance, car les soldats ottomans prenaient plaisir à égorger les enfants devant leurs mamans et même à tuer les mères enceintes en leur ouvrant le ventre pour détruire le fœtus. Certains, en France, attribuent cette cruauté à l’islam, mais c’est complètement faux ; cela n’a rien avoir avec la religion mais avec la culture et les dirigeants.

Car, si ces Turcs étaient musulmans, les Syriens qui avaient accueillis les fuyards arméniens l’étaient aussi. Même que les familles qui avaient sauvé, nourri et élevé les bébés orphelins, leur faisaient savoir quand ils atteignaient l’âge de raison qu’ils étaient Arméniens et chrétiens pour leur permettre de retrouver leur communauté et leur religion. Ce qui est le contraire en Turquie encore aujourd’hui, ou beaucoup de restes des Arméniens n’osent pas avouer leurs origines, tandis que les Dönmeh sont des israélites qui sont musulmans de jour et juifs la nuit, car la ‘démocratie’ à la turque ne leur permet pas la liberté de croyance.

Pourquoi rappelons-nous tout cela aujourd’hui ? Parce que le journal Le Monde nous propose un conte de fées sur les « bons » révoltés turkmènes, qui menacent les « mauvais frères » arméniens et alaouites du village de Burj Al Kassab qu’ils seraient « forcés » de les massacrer s’ils résistaient…

Je ne sais pas quelle politique et quelle stratégie appliquent la France, l’OTAN et leurs media. Mais, de grâce, arrêtez l’hypocrisie de prétendre que vous appuyez les « bons » Turcs, djihadistes, Frères Musulmans, salafistes, Al Qaeda contre le « méchant » gouvernement syrien, lequel, malgré tous ses défauts, est beaucoup moins dictatorial que vos alliés wahhabites, Frères Musulmans, AKP, Al Qaeda et j’en passe. Il traite au moins ses citoyens de la même manière et leur accorde la principale liberté, celle de la croyance.

Si ce chef turkmène croit vraiment que les Arméniens, après leur génocide, vont se livrer entre ses mains, votre journaliste est-il assez ignorant pour le croire ?

Et vous, le croyez-vous, messieurs les ministres ?

Je pense que non. Mais vous pensez peut-être que c’est l’intérêt de la France de poursuivre une politique d’appui à la Turquie et aux principautés wahhabites du Golfe pour des raisons économiques et pétrolières.

Pourquoi donc ne dites-vous pas la vérité à vos électeurs et lecteurs, à moins que vous n’ayez quelque chose à leur cacher ?

Roger Akl

Secrétaire général de l’Institut Tchobanian

www.tchobanian.org

19.10.2012

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Paris- Réplique sismique de la décapitation de la hiérarchie militaire syrienne, le 18 juillet dernier à Damas (1), l’assassinat du Général Wissam Al-Hassam, l’homme lige du clan Hariri sur le plan sécuritaire au Liban, a retenti comme un revers stratégique majeur du camp atlantiste, à forte charge symbolique, à forte portée psychologique.

Se superposant à la destruction des sanctuaires de Tombouctou (Nord Mali) par les affidés du Qatar, Ansar Eddine, et à l’assassinat de l’ambassadeur des Etats-Unis en Libye, Christopher Evens, à la date hautement symbolique du 11 septembre à Benghazi par les obligés néo islamistes de l’Amérique, le dégagement sanglant de Wissam al Hassan, va sans nul doute opérer un profond bouleversement du paysage politique tant au Liban, qu’au-delà, sur l’ensemble du Moyen orient.

Survenant trois mois jour pour jour après l’attentat de Damas, la déflagration de Beyrouth, le 19 octobre, en plein fief chrétien de la capitale libanaise, constitue une parfaite illustration des dérives incontrôlées du conflit syrien et de ses retombées sur le Liban, dont les conséquences pourraient s’avérer gravement dommageables tant pour le clan Hariri au Liban, que pour son parrain saoudien, que pour leur parrain commun, les Etats-Unis, par ricochet pour la Syrie elle-même et le clan Assad et ses alliés, alors que la zone frontalière syro libanaise paraît complétement gangrénée par des trafics en tous genres, d’infiltrations de djihadistes de tous poils et d’apprentis sorciers sulfureux surgis de nulle part à la recherche d’odeurs de poudre, prélude à la constitution d’un «Sunnitoland».

A cinq mois de l’ouverture du procès Hariri à la Haye, la disparition de ce témoin faisandé, embourbé dans la gestion d’un nouveau mystérieux faux témoin de l’affaire Michel Samaha, Milad Kfouri, pour cruel que soit ce constat, arrangerait bon nombre de protagonistes de cette épreuve de force interminable entre le camp atlantiste et ses contestataires régionaux en vue de la maîtrise du jeu régional. Quelle soit ou non impliquée dans cet attentat, quelle que soit son degré d’implication, la Syrie va immanquablement être pointée du doigt et criminalisée selon un processus identique à celui qui a prévalu lors de l’attentat contre l’ancien premier ministre Rafic Hariri, le 15 Février 2005.

Au-delà des accusations fondées ou pas, force est toutefois d’admettre que le fait que l’attentat se soit produit en plein fief chrétien de la capitale libanaise, à proximité d’une permanence du parti Phalangiste, une des principales formations chrétiennes libanaises, témoigne, sept ans après le retrait syrien du Liban, sinon de la dextérité des services syriens, si les charges anti syriennes étaient fondées, à tout le moins de la négligence coupable de la victime et de ses services qui n’auront su, en dépit des considérables moyens mis à leur disposition, déjouer les menées hostiles.

L’homme bénéficiait d’une sorte de passe-droit et ses services d’un quasi de statut d’extra-territorialité du fait de ses protections pétro monarchiques, dont il a usé et abusé pour impulser, malgré ses déboires, sa promotion aux plus hauts échelons de la hiérarchie militaire et doté ses services d’un important budget et d’équipements sophistiqués fournis abondamment par les pays occidentaux.

L’élimination du chef d’un service de renseignements à la dévotion de la famille Hariri, ancien garde de corps rescapé lui-même de l’attentat contre ancien premier ministre Rafic Hariri, au rôle primordial dans la mise en circulation de «faux témoins» du procès Hariri et de l’enquête à charge du Tribunal Spécial sur le Liban, paraît devoir fragiliser considérablement le leadership politique du Clan Hariri au Liban, rendant même problématique le retour dans l’immédiat à Beyrouth du chef du clan Hariri son chef, l’ancien premier ministre Saad Hariri, en exil depuis le début du «printemps arabe», il y a deux ans. Personnage clé des opérations de déstabilisation anti-syriennes, interlocuteur privilégié des services français et américains, artisan de l’arrestation de l’ancien ministre libanais pro syrien Michel Samaha, maître d’œuvre du rapprochement franco syrien sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Wissam Al Hassan était surtout et avant tout la dague sécuritaire du dispositif régional saoudien.

Son assassinat revêt dans cette perspective un magistral camouflet au maître d’œuvre de la contre-révolution arabe, le Prince Bandar Ben Sultan, le chef des services de renseignements saoudiens en ce qu’elle le prive d‘un de ses plus fidèles lieutenants, alors que le Royaume se trouve en phase de turbulence avec les révoltes populaires de la région d’Al Assir, fragilisé par l’absence des principaux dirigeants du pays, Le Roi Abdallah, en hospitalisation prolongée hors du pays depuis trois mois, de même que le ministre des Affaires étrangères, Saoud Al Faysal. Dans la tradition des chefs du renseignement du Moyen-Orient, le général Hassan est un personnage énigmatique, redouté dans son propre pays, comme l’était son modèle maronite Johnny Abdo. Et si le masque énigmatique masquait en fait une réputation non justifiée?

Johnny Abdo, le mentor maronite

Les légendes ont la vie dure, quand bien même l’état de service ne le justifie pas. Bachir Gemayel, président du Liban en 1982, et Rafic Hariri, chef du gouvernement en 1992, auront eu le même mentor: Johnny Abdo, ancien chef du service des renseignements de l’armée libanaise, dont son parrainage leur sera fatal en même temps qu’il le discréditait. Mais cet homme énigmatique, au rôle occulte, interface des services occidentaux pendant trente ans, continue de bénéficier d’un halo de mystère.

Conseiller militaire du chef phalangiste durant la guerre civile en infraction à ses fonctions officielles au sein de l’armée régulière libanaise, son agent de liaison auprès des services occidentaux et de leurs alliés régionaux, cheville ouvrière de la campagne visant à son élection à la tête de l’état libanais en remplacement du président Elias Sarkis, dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban, en 1982, puis de la campagne visant après son assassinat à propulser son frère aîné Amine à sa succession, Johnny Abdo est un homme de l’ombre par excellence. Le flou entretenu sur ses origines, il serait de souche palestinienne, la rapidité avec laquelle il aurait été naturalisé, sa facile incorporation dans l’armée qui plus est dans un service aussi sensible que le renseignement, la consonance anglo-saxonne de son prénom dans un environnement arabe, la singularité pour ce colonel de décliner son identité selon son statut civil et non par son grade dans l’armée, contrairement à l’usage observé par tous les officiers libanais passés à la notoriété, ont accentué le mystère qui l’entoure.

Ancien bras droit du Colonel Gaby Lahoud, véritable patron du renseignement moderne libanais et artisan de son intrusion dans la vie politique locale après la première guerre civile libanaise, en 1958, homme de sang-froid sans état d’âme apparent, d’origine étrangère cultivant le secret de surcroît, Johnny Abdo focalise une large part de la vive suspicion que les Libanais nourrissent à l’égard d’une institution qui pendant près de deux décennies est apparue comme le gouvernement occulte du Liban aux procédés jugés sans rapport avec l’éthique démocratique et républicaine.

S’il peut se targuer d’avoir propulsé ses deux poulains au pouvoir, son bilan est sujet à caution. Bachir Gemayel, éphémère président du Liban, a été tué dans un attentat quelques jours avant sa prise fonction, alors que Rafic Hariri, s’il a battu un record de longévité gouvernementale dans l’histoire du Liban avec un double mandat de dix ans, a implosé en pleine trajectoire après avoir mis en coupe réglée l’économie du pays et grevé le trésor d’une dette publique de 42 milliards de dollars. Mais le reproche le plus grave que cet homme de l’ombre encourt est d’avoir fourvoyé le camp chrétien dans une alliance exclusive avec les Israéliens au mépris du voisinage arabe du Liban, accentuant son isolement; d’avoir instrumentalisé son propre camp pour satisfaire des ambitions présidentielles, et, au niveau de l’armée, d’avoir rompu la traditionnelle fraternité d’armes lors de l’élection présidentielle libanaise de 1998.

La ténébreuse affaire du faux témoin syrien Mohamad Zuheir Siddick, témoin à charge contre la Syrie dans le procès en instance de l’assassinat de Rafic Hariri, qui lui aurait été partiellement imputée, aura été fatale à sa réputation, le signe patent de l’échec d’un homme qui aura sinistré son pays plus qu’aucun autre et voué au bûcher deux de ses poulains pour la satisfaction de ses ambitions présidentielles contre les intérêts à long terme de son pays. Johnny Abdo fait l’objet d’une citation à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris, sur requête du Général Jamil As Sayyed, ancien directeur général de la sûreté libanaise, un des quatre officiers arbitrairement détenus pendant trois sur la base des dépositions du faux témoin en question. Un épisode qui a couvert de ridicule le Tribunal spécial sur le Liban et les auteurs de la manipulation. L’échec est patent. Mais la légende perdure.

Le disciple: Wissam Hassan, la version sunnite de l’homme de l’ombre

Son zèle scolaire lui a sauvé la vie, mais gâché sa vie. Lors du plus fort séisme politique de l’histoire moderne du Liban, le plus important attentat meurtrier de l’histoire de ce pays, qui a emporté 23 personnes et blessés plus d’une centaine blessés, dont l’assassinat de l’espoir de l’Occident en terre arabe, Rafic Hariri, l’homme en charge de sa protection était tranquillement assis sur les bancs d’un amphithéâtre de l’Université libanaise, entrain de noircir sa copie. Un hasard qui lui a certes sauvé la vie, mais gâché sa vie, l’empoisonnant même au-delà de toute attente, tant est lourde la suspicion qui pèse sur cet homme animé d’un pressant besoin de respectabilité universitaire.

Son nom sera ainsi irrémédiablement associé au grand ratage de sa vie, l’assassinat de Rafic Hariri, dont il était chargé de sa protection rapprochée, qu’il n’a ni prévu, ni anticipé, ni entravé, ni déjoué, davantage préoccupé par sa promotion universitaire que par la sauvegarde de son bienfaiteur.

En pleine épreuve de force entre la Syrie et son patron, au paroxysme d’un conflit régional, dont des personnalités libanaises, notamment Marwane Hamadé, ministre des télécommunications (octobre 2004), en étaient déjà les victimes, au titre de dommage collatéral, signe annonciateur de plus grands malheurs, sur fond d’un traumatisme psychologique majeur provoqué par l’éviction du pouvoir des sunnites d’Irak et la propulsion, pour la première fois depuis Saladin (Salah Eddine Al Ayoubi), d’un Kurde à la tête de l’ancien siège de l’Empire, Bagdad, ancienne capitale des abbassides, (Janvier 2005), à l’arrière-plan d’un bain de sang quotidien et d’une fermentation intégriste au Liban, Wissam Al-Hassan, avait demandé d’anticiper la soutenance de sa thèse, couronnement d’un enseignement en informatique à l’Université libanaise sous la conduite du professeur Yahya Rabih.

Une thèse qui portait, non sur la stratégie de contre guérilla, ou, les règles d’engagement des actions armées en milieu insurrectionnel urbain, voire même le décryptage des réseaux de télécommunications, alors noyautées par les services occidentaux et Israéliens, mais en Sciences Humaines sur le “Management et relations humaines” sans qu’il ait été possible de savoir si cet intitulé anodin couvait l’art de la manipulation de l’opinion ou la gestion de faux témoin comme cela se révélera par la suite.

Un étrange alibi

Responsable de la sécurité de Rafic Hariri au moment de son assassinat, il était devenu le principal point de contact entre l’enquête et les Forces de sécurité intérieure. Sauf que le chef des gardes de corps, grassement payé, n’était pas dans le convoi le jour de l’explosion. Et son alibi manque de conviction.

Selon les révélations de la télévision publique canadienne CBC, en date du 22 novembre 2010, le Colonel Wissam Hassan dira aux enquêteurs de l’ONU, le 9 juillet 2005, que la veille de l’assassinat, le 13 février, son professeur, Yahya Rabih, lui avait téléphoné pour l’informer qu’il devait passer un examen le lendemain.

Vingt minutes plus tard, a-t-il dit aux enquêteurs, Hariri l’a appelé pour lui demander de venir le voir. Le colonel Hassan s’est présenté à la résidence de Hariri à 21 h 30 ce soir-là, et a obtenu la permission de son patron d’aller passer son examen le lendemain. Il a passé toute la matinée du lendemain à étudier pour cet examen, a-t-il expliqué aux enquêteurs de l’ONU, et a débranché son téléphone à son arrivée à l’université, soit à peu près au moment où Hariri est mort. “Si je n’avais pas passé cet examen, a dit Hassan aux enquêteurs, j’aurai été avec Hariri au moment de sa mort.

Mais le relevé des appels téléphoniques de Hassan donnait une toute autre version des faits. En réalité, c’est en fait tait le colonel Hassan qui avait pris l‘initiative d’appeler son professeur, et non l’inverse.

Les stations cellulaires autour de la maison du colonel Hassan montraient également que, le lendemain, il avait passé les heures précédant l’assassinat de Hariri au téléphone, soit le temps qu’il avait soi-disant passé à étudier. Il a fait 24 appels, soit en moyenne un appel toutes les neuf minutes. Ce que les enquêteurs de l’ONU trouvaient également bizarre, c’était que, normalement, les hauts responsables des services de sécurité du Liban ne passent pas d’examens. “Son alibi est faible et incohérent, dit un rapport confidentiel de l’ONU, qui qualifie Hassan de “possible suspect dans le meurtre de Hariri”.

Le rapport, dont CBC News a obtenu une copie, a été rédigé fin 2008 pour Garry Loeppky, un ancien haut gradé de la GRC qui avait repris le poste d’enquêteur en chef de l’ONU cet été là. L’alibi de Hassan, pouvait-on lire dans le document, «ne semble pas avoir fait l’objet d’une vérification indépendante”. Ce n’était pas par manque de volonté de la part des enquêteurs de l’ONU. Ceux-ci auraient voulu vérifier l’alibi de Hassan. Mais M. Serge Brammertz, le deuxième commissaire de l’ONU, avait catégoriquement rejeté l’idée. Il considérait Hassan comme un contact trop important et que toute enquête de ce genre serait trop dérangeante.

Une enquête sous tension

Le rapport confidentiel concède qu’une enquête sur Hassan pourrait avoir des inconvénients: “Les relations de la commission avec les FSI pourraient en souffrir et si, d’une manière ou d’une autre, il a été impliqué dans le meurtre de Hariri, le réseau pourrait décider de l’éliminer”.

Néanmoins, le rapport affirme que le colonel Hassan “est un interlocuteur clé pour la commission – il est particulièrement bien placé pour influencer notre enquête. C’est pourquoi il importe de résoudre certaines questions concernant sa loyauté et ses intentions. Il est donc recommandé de mener une enquête discrète sur WAH ” Mais même cela n’a pas été fait.

La direction de la commission de l’ONU a ignoré la recommandation. Aujourd’hui encore, d’anciens enquêteurs de l’ONU ont des soupçons sur Hassan qui, font-ils remarquer, a finalement été éliminé du cercle de l’enquête. “C’était un personnage louche, a dit de lui un ancien haut responsable de l’ONU. Je ne crois pas qu’il ait participé au meurtre, mais il est impossible de dire ce qu’il savait”.

Bien qu’il leur ait été intimé l’ordre d’abandonner cette piste, les enquêteurs de l’ONU ont réussi à récupérer les registres des appels téléphoniques de Hassan pour la fin de 2004 et pour 2005 au complet. Durant cette période, il avait eu 279 discussions avec Hussein Khalil, l’adjoint principal du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Khalil, de son côté, avait parlé 602 fois avec Wafik Safa, connu dans le milieu du renseignement comme étant l’homme fort du service de sécurité interne du Hezbollah.

Mais personne n’a interrogé Hassan non plus au sujet de ces appels.

Toutefois, Hassan avait également ses défenseurs. Il est resté un proche allié du fils de Hariri, Saad, l’ancien premier ministre du Liban, qui lui a renouvelé sa confiance après ses révélations.

L’homme pouvait rendre service et le prouvera dans sa gestion du faux témoin Zuhayr Muhammad Siddiq remonte à septembre 2005. Le 26 septembre 2005, la commission d’enquête internationale entend la déposition de Siddiq en présence du Colonel Hassan. Le lendemain, Siddiq établit une reconnaissance de sa participation directe à l’assassinat de Hariri, un document contresigné par l’officier libanais.

Depuis, Hassan était accusé d’avoir participé à la falsification de la déposition. Le colonel rejettera cette accusation assurant que sa présence était uniquement justifiée pour les besoins de la traduction des propos tenus en arabe par Siddiq. Des accusations persistantes de l’opposition libanaise désignent le Colonel Hassan comme l’homme qui, sous l’autorité du clan Hariri, a assuré la gestion du dossier du faux témoin Zouheir Siddiq.

Dans un zèle compensatoire, Wissam Hassan veillera à maintenir l’enquête sur les rails menant à la Syrie, dégageant de son passage, pour s’y substituer, les quatre officiers supérieurs en charge de la sécurité du pays, qu’il expédiera en prison, tant pour mettre la main sur les dossiers sensibles de l’affairisme syro-Haririen au Liban, que pour pourvoir au ravitaillement du Tribunal Spécial sur le Liban de son contingent de faux témoins.

L’homme que l’héritier vouait à prendre la tête d’un appareil sécuritaire ultramoderne, à l’effet de faire contrepoids à l’armée et au Hezbollah, la milice chiite armée, l’homme destiné à être le commandant en chef de l’armée sunnite, représentée par les Forces de Sécurité Intérieures (FSI), est, en fait, le talon d’Achille de Saad Hariri dans sa confrontation avec son opposition. Dans le feu de la bataille, alors que le tribunal international menaçait de faire des révélations sur l’implication des plus hautes autorités iraniennes et syriennes, l’Ayatollah Ali Khaménéi, via les troupes d’élite des Pasdarans -la brigade Al Qods »- une fuite opportune révélait au grand jour la nature duplique de cet homme de l’ombre.

La chaîne de télévision libanaise « New TV » diffusait, le 15 janvier 2011, à l’avant-veille de la remise des conclusions de l’enquête internationale, un documentaire montrant Saad Hariri, Wissam Al Hassan, Gerhard Lehman, l’assistant du procureur international, et le faux témoin Zouhair Siddiq, dans des conciliabules s’apparentant à une conjuration de cloportes. Sous réserve de son authenticité, ce document a démasqué, au grand jour, la connivence entre les divers protagonistes du clan pro occidental dans la fabrication des « faux témoins ».

L’origine de la fuite est sujette à controverse. Une hypothèse privilégie la piste de Gerhard Lehman, se fondant sur les précédentes accusations d‘Hassan Nasrallah selon lesquelles l’enquêteur allemand avait cherché à vendre la déposition des témoins de l’enquête internationale. Une autre hypothèse pencherait plutôt vers la piste Wissam Al-Hassan qui, selon cette thèse, aurait fait fuiter la vidéo vers les services syriens pour se prémunir contre un éventuel retour de bâton. Dans la tradition des chefs du renseignement du Moyen-Orient, le général Hassan est un personnage énigmatique, redouté dans son propre pays, comme l’était son modèle maronite. Et si le masque énigmatique masquait en fait une réputation non justifiée? Et si ces fameux hommes de l’ombre n’étaient que l’ombre de leur réputation? Une meilleure exposition aurait-elle bridé les corrosives nuisances de leurs sombres manigances? Rendue la démocratie au Liban moins ténébreuse?

Le mentor maronite a assisté impuissant à l’implosion de ses deux poulains, le disciple, lui, s’est débattu de l’accusation de désertion, consécutive à son soupçon d’abandon de poste, en pleine bataille politique qui a coûté la vie au sens de sa mission. Wissam Al Hassan a échoué dans les trois missions majeures à lui assignées durant sa carrière: la protection de Rafic Hariri, la gestion du dossier des faux témoins et le maintien sous verrou des quatre officiers libanais, qui seront libérés après quatre ans de détention avec leur concert de révélations.

Dans la grande épreuve de leur vie, tous les deux ont glané, non le prix d’excellence, mais le zéro pointé. Wissam Hassan, étymologiquement “la distinction honorifique au meilleur”, a assurément démérité son nom. De sa vie, il en a payé le prix. Pour solde de tout compte sans pour autant que cette mort ne mette un terme à la guerre de l‘ombre que se livrent les deux grands fauves de la guerre clandestine interarabe, Bandar Ben Sultan, l’ancien Great Gatsby de l’establishment américain et son rival syrien, et son rival syrien, le colonel Hafez Makhlouf, l’home secret du régime baasiste.

Références

1 – Un attentat-suicide a visé mercredi 18 juillet 2012 à Damas le centre du pouvoir syrien, emportant l’une des figures le plus emblématiques du clan Assad, le général Assef Chawkat, le propre beau-frère de Bachar Al-Assad. L’attentat, qui aurait été mené par un membre de la garde rapprochée d’un des participants à une réunion du Conseil national de sécurité, a emporté plusieurs hauts responsables de l’appareil militaro sécuritaire syrien, notamment le ministre de la défense, Daoud Rajha et le responsable de la cellule de crise chargée de la rébellion, le général Hassan Turkmani.

L’attaque est survenue deux semaines après la défection d’un membre du premier cercle du pouvoir baasiste, le général Manaf Tlass, officier supérieur de la garde présidentielle et fils de l’ancien ministre de la défense, le général Moustapha Tlass.. Cauda

La polémologie du Moyen orient recense de nombreux attentats infiniment plus spectaculaires et meurtriers que l’attentat de Damas du 18 juillet 2012, dont voici les plus importants

• 1980 : Attentat des Moudjahidine Khalq contre le centre du pouvoir à Téhéran, entraînant l’élimination des certains des principaux dirigeants la hiérarchie politico religieuse de la République islamique iranienne. • 6 octobre 1981 : Assassinat du président égyptien Anouar El Sadate • 15 septembre 1982 : Assassinat du président élu libanais Bachir Gemayel, la veille de son entrée en fonction • 1983 : Attentat de Beyrouth contre l’ambassade américaine provoquant la décapitation de l’Etat-major de la CIA au Moyen orient. • 1984 : Attentat contre le QG israélien à Tyr, faisant deux cent vingt victimes, dont le commandant des forces israéliennes au Sud Liban. • 1984 : Double attentat de Beyrouth contre le Quartier général des forces américaines et le Drakkar, le PC français, provoquant une hécatombe, fauchant près de quatre cents soldats et civils. • 1986 : Attentat d’Aden ourdi par le propre premier ministre Ali Nasser Mohamad contre ses rivaux entrainant la décapitation de toute la hiérarchie marxiste du Yémen sud, provoquant par ricochet une guerre civile et la fuite de M. Ali Nasser vers Damas.

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Ces jours-ci, il est de bon temps de parler d’un vent de renouveau dans les relations France-Afrique.  L’« honneur » des Africains est lavé, semble dire à l’unisson certains milieux politiciens des deux côtés de la méditerranée. Le nouveau président de la gauche française, François Hollande est venu soigner les « bobos » que son prédécesseur de la droite française, Nicolas Sarkozy, a commis envers les « élites » africaines.

Contrairement à Nicolas Sarkozy qui avait dans la même ville, Dakar, commis l’impair en pensant avoir identifié le « drame de l’Afrique » en disant que « l’homme africain n’est pas assez rentré dans l’histoire », François Hollande préfère « encenser » le continent « berceau de l’humanité », en valorisant ses atouts et en axant sur son avenir, sans s’attarder sur le lourd passé des relations franco-africaines, dont il veut apparemment se distancer. Désormais, déclare-t-il dans son premier discours en terre d’Afrique: « Le temps de la Françafrique est révolu : il y a la France, il y a l’Afrique, il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité. »[1] En fait, l’exposé est truffé de belles phrases, des promesses d’amitié, de sincérité, bref, un beau discours avec des énoncés tout à fait judicieux pour susciter l’adhésion des Africains en ces temps d’incertitudes et de crise globalisée, dont ils sont encore une fois les otages.

Mais pour beaucoup d’Africains, le seul fait nouveau dans ce discours, c’est son orateur, le président François Hollande, le nouveau visage des intérêts de la France en Afrique. Le reste n’est que rengaine. Les mémoires sont pleines des promesses et autres engagements des gouvernements successifs de la France, qu’on s’empresse d’enterrer sitôt éteints les projecteurs. Qui ne se souvient du fameux discours prononcé à La Baule le 20 juin 1990 par un autre président français, également de gauche, François Mitterrand. Son contenu a marqué les esprits par le vent de changement qu’il prônait, autant en terme de relations entre la France et l’Afrique, qu’en terme de liberté, de développement et d’ouverture démocratique. D’autant que le contexte politique international de l’époque s’y prêtait particulièrement dans la foulée de l’effondrement de l’union soviétique et la chute du mur de Berlin. N’est-ce pas qu’il faut avoir la mémoire courte pour croire encore aux discours des présidents français sur l’Afrique? Aucun d’eux n’a jamais mis en péril le système néocolonialiste mis en place par le général de Gaule et son homme de main Jacques Foccart pour garder ses ex. colonies sous domination française. La machine monstrueuse qu’est la Françafrique est toujours active, même si les discours et les filières sont renouvelés à chaque changement de gouvernement français.

Alors, morte la Françafrique comme le proclame le président Hollande? Pas sûr. Chacun de ses prédécesseurs avait, dans des termes plus ou moins similaires, proclamé publiquement l’acte de décès de cette association de malfaiteurs, dont l’ampleur des crimes contre l’humanité occuperait la cour pénale internationale pour des années, à tout le moins. Mais aucun des présidents, de droite comme de gauche, n’a vraiment dévié de la ligne tracée par Jacques Foccart, laquelle comme chacun sait, ne fait aucune place aux droits des peuples des ex. colonies.

Gauche et droite, nourries au sein de la Françafrique

Si les Africains ne s’attendaient pas à des gestes révolutionnaires de la droite française, supposément pas très regardante sur la question des droits de l’homme dans la conduite de ses affaires en Afrique, l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 avait soulevé de grands espoirs. D’autant que François Mitterrand avait nommé au poste de ministre délégué à la « coopération » Jean-Pierre Cot, un homme tout acquis au changement dans les relations France-Afrique, comme l’écrivait Christian Fauvet dans l’Express : « La tête pleine d’idées généreuses (…), il s’emploie à faire souffler le vent du changement. Après tout, il est là pour ça. Dans son esprit, le changement consiste à abandonner la politique du secret, que symbolisait Foccart, (…) À promouvoir une autre politique du développement, fondée sur une certaine morale. »[2] Jean-Pierre Cot, explique pour sa part au réalisateur du remarquable documentaire Francafrique[3], Patrick Benquet : « qu’il représentait “l’image” à laquelle tenait le président Mitterrand”, l’ouverture sur le tiers-monde, le discours généreux du développement, les nations unies, les droits de l’homme… » Tout cela ne fut qu’une brève parenthèse.

Les Africains découvrent rapidement que ce n’est qu’une image derrière laquelle le président Mitterrand est devenu lui-même la nouvelle matrice de la Françafrique et encaisse dans les pures traditions de celle-ci, les dividendes engendrés par le pillage, les détournements, et autres crimes infligés aux peuples du continent. Ils ne sont pas les seuls à être déçus par la gauche française. Le ministre de la coopération l’est tout autant de voir son président reproduire dans les coulisses ce qu’il condamnait publiquement. Jean-Pierre Cot démissionne et devient ainsi une victime de l’argent sale, qui alimente les caisses noires de l’Élysée et les comptes bancaires des dictateurs alliés. Sauté l’obstacle Jean-Pierre Cot, la Françafrique repart sous la houlette de François Mitterrand, qui du même coup enterre le discours d’ouverture de la Baule qui faisait la part belle à la démocratie, au développement et les droits de l’homme dans les ex. colonies. Pendant un court instant de l’histoire, les peuples africains s’étaient mis à rêver si fort qu’ils en oubliaient que l’orateur et son assistance, un parterre de dictateurs sanguinaires et corrompus, étaient les pourvoyeurs exclusifs de leurs souffrances. Mitterrand a tout bonnement enterré le projet de rupture avec la Françafrique et mis celle-ci au service de ses propres ambitions.

On efface et on recommence

Plus de 15 ans plus tard, après d’autres guerres[4], d’autres massacres, et d’autres coups d’état qui ont confiné le continent dans la misère et la violence, le candidat président de la droite, Nicolas Sarkozy se présente aux Africains avec le même projet de rupture avec la Francafrique. Il parle d’instaurer une : « relation transparente. Il nous la faut, déclare-t-il, débarrassée des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autre mandat que celui qu’ils s’inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés »[5] Son secrétaire d’état chargé de la coopération et de la Francophonie, Jean-Marie Bockel va connaître le même sort que celui de Mitterrand, Jean-Pierre Cot. Dans un discours fort critique des relations France-Afrique, il déclare devant la presse : « Je veux signer l’acte de décès de la “Françafrique”[6]. Je veux tourner la page de pratiques d’un autre temps, d’un mode de relations ambigu et complaisant, dont certains, ici comme là-bas, tirent avantage, au détriment de l’intérêt général et du développement. » Il n’en fallait pas plus pour réveiller les monstres de la Françafrique. Et au lieu de rupture, c’est plutôt le secrétaire d’état qui est démis de ses fonctions dans la « patrie » des droits de l’homme. Cependant, contrairement à Jean-Pierre Cot qui a refusé de monnayer ses principes en déclinant l’offre de son gouvernement, cet ancien colonel accepta d’occuper le poste de ministre aux anciens combattants. 

50 ans après les indépendances, la mort de la Françafrique devrait être une affaire exclusivement africaine 

Tous ces épisodes de la Françafrique, qui renait à chaque fois de ses cendres, prouvent aux Africains que la balle de leur émancipation est désormais dans leur camp. Il leur faudra regarder bien en face, et surtout évaluer les incidences des instruments de leur dépendance vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale, la Françafrique, bien sûr, mais aussi la Francophonie et la Franc-maçonnerie[7], qui sont autant de ghettos qui neutralisent le développement des ex. colonies. Si la mondialisation n’est pas l’idéal pour l’humanité, il n’empêche qu’elle a permis l’ouverture du continent africain à d’autres possibilités de développement. Quand les Africains entendent les politiques et médias français s’indigner que la Chine fasse des affaires avec des régimes qui violent les droits humains, ça prête à sourire, tant le sarcasme est énorme. Il faut être bien arrogant et surtout méprisant pour reprocher aux Chinois, un crime qu’eux-mêmes commettent systématiquement et sans état d’âme depuis 50 ans sur le continent noir, au vu et au su de toute l’Europe, dont ils sont le fer de lance dans cette partie du monde. Tout comme les Britanniques et les États-Unis le sont dans d’autres endroits de la planète.

C’est parfait de vouloir tourner la page, mais alors, que la France cesse séance tenante son soutien aux dictateurs, qu’elle publie tous leurs biens et leurs avoirs[8] sur son territoire et qu’elle les restitue aux peuples pillés[9], qu’elle libère les archives de ses ex. colonies, qu’elle mette fin aux accords militaires secrets, et qu’elle procède au démantèlement de ses bases militaires. Peut-on y croire? Après 50 ans de pratiques inégales et de mensonges, les préjugés instillés par les réseaux de la Françafrique finissent comme une seconde nature qu’on peine à éliminer. Et on aurait tendance à penser que rien de cela ne sera fait. Force est de constater, encore une fois dans le cas du Mali, ce va-t-en guerre, dont la France use si facilement sur le continent et qui trahit la nature des relations néocolonialistes encore diffuses dans les esprits de l’Élysée. Ce n’est sûrement pas les peules du Congo, de la Côte d’ivoire, du Rwanda, du Tchad et beaucoup d’autres, comme aujourd’hui, les Maliens qui diraient merci à la France d’avoir intervenu militairement dans leur pays. Finalement, ce qui est présenté comme une rupture dans les relations avec l’Afrique peut se révéler n’être qu’une mutation et tous les atermoiements ne justifieraient ultimement qu’une chose : les intérêts économiques de l’Occident en Afrique, menacés par les économies émergentes, en particulier la Chine, de plus en plus présente sur le continent. Et sûrement à moindre coût (humain et matériel) pour des Africains en quête de liberté, de dignité et de développement.

Zehira Houfani, écrivaine

 

Notes

[1]Le discours de François Hollande, le Point.fr, 12 octobre 2012,

[2] L’écart de Jean-Pierre Cot, Christian Fauvet , l’Express, 10 décembre 1982

[3] Françafrique, Patrick Benquet, Infrarouge, France 2, 13 octobre 2010

[5] Discours prononcé au Bénin le 19 mai 2006

[6] Les voeux à la hussarde de Jean-Marie Bockel, Vincent Hugeux, L’EXPRESS, 15 janvier 2008

[7]Franc-maçons : les maîtres de l’Afrique, Théophile Kouamoua, Jeune Afrique, 11 avril 2011

Voir aussi l’excellent documentaire « Françafrique » de Patrick Benquet cité plus haut, qui montre une scène surréaliste et surtout affligeante de ces maîtres de l’Afrique dans leur accoutrementde franc-maçon

[8] Voir le site de l’ONG française Survie et l’important travail de son président, François-Xavier Verschave , une véritable bibliothèque sur les crimes de la Françafrique : www.survie.org

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Selon un rapport publié par le Sunday Times (14/10/12), le drone Ayoub« a transmis des images des préparatifs des larges manœuvres militaires conjointes israélo-américaines entamées la semaine dernière, des sites de    missiles balistiques, d’aéroports militaires et probablement de réacteur nucléaire de Dimona”.

Le drone n’a été abattu par un avion F-16I « Sufa » israélien que 3 heures après son décollage, sous    prétexte « qu’il était dangereux de le descendre n’importe où », ou qu’il était « incapable    de transmettre des informations en temps réel » à ses commanditaires !

Alors qu’au Liban, des avions de guerre et de surveillance électronique israéliens survolent le Liban tous les jours, sans que personne ne proteste, l’ancien    Premier ministre pro-occidental Fouad Siniora a déclaré que le survol du territoire israélien par Ayoub constitue « une violation de la résolution    1701 et une provocation », que « cela ressemble pratiquement à une déclaration de guerre » (1)…

Le drone Ayoub a prouvé que le territoire israélien n’était plus un sanctuaire inviolable et fait voler en éclats le    mythe israélien du « Dôme d’acier ». Humiliée par son échec, l’aviation israélienne s’est vengée en envoyant des F-16 passer le mur du son    au-dessus de Beyrouth, et Israel Aerospace Industries a annoncé précipitamment la sortie d’une nouvelle version du système de surveillance des côtes    appelé Shoval (Héron). Ses radars, d’une portée de 300 km, seraient capables d’intercepter « n’importe    quel objet en quelques minutes » (1). En 2010, Reuven Pedatzur, analyste du quotidien Ha’aretz, affirmait déjà que les informations    concernant le système de défense antimissile israélien étaient un mélange de « faussetés et de demi-vérités ». Il notait « que le temps de vol, de quelques secondes, des roquettes pour arriver sur les communautés israéliennes proches de Gaza, comme Sderot, était plus court que le    temps nécessaire à Dôme d’acier pour calculer la façon de les intercepter » (2).

Gilles Munier

Le 16 octobre 2012

(1) L’exploit du Hezbollah reconnu par Israël, dénigré par    le 14-Mars (Médiarama – 15/10/12)

http://gallery.mailchimp.com/fdeacba4fa4c5ec4d8ce5787c/files/Mediarama_197.pdf

(2) Israël sort une nouvelle version du Shoval (Héron) dont l’électronique repousse toutes les limites

http://nanojv.wordpress.com/2012/10/15/shoval/

(3) « Dôme    d’acier », par Jonathan Cook (15/1/10)

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=7978

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Depuis le 7 octobre dernier, des évêques du monde entier sont réunis à Rome pour débattre de la question de la nouvelle évangélisation. La question que plusieurs se posent est de savoir si l’Église cherche à se sauver elle-même plutôt que de sauver une Humanité abandonnée aux prédateurs des pires espèces. Veut-elle sauver sa doctrine, ses sacrements, ses cultes ou veut-elle devenir une force au service d’une Humanité en quête de justice, de vérité, de bonté, de solidarité et de compassion?

L’appel de Benoît XVI à réfléchir sur la foi devrait nous en donner quelques indications. Dans le Motu Proprio « Porta Fidei », du 17 octobre 2011, le pape Benoît XVI a annoncé une « Année de la foi » qui débutera le 11 octobre 2012, pour le cinquantième anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II, et se conclura en la solennité du Christ Roi, le 24 novembre 2013. Le thème en sera « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ».

Il s’agit donc d’un temps fort, permettant à l’Église de revenir aux sources de sa foi, d’en comprendre les véritables implications, non seulement pour la conscience humaine, mais aussi et surtout pour l’institution ecclésiale elle-même et l’humanité entière. Cet exercice de réflexion et d’analyse sera d’autant plus percutant que le diagnostic des problèmes qu’elle vit, se fera à la lumière tout autant des impératifs évangéliques que de ceux du monde dans lequel nous vivons.

LES IMPÉRATIFS D’ÉVANGILE

Jésus, personnage central des Évangiles, a posé des gestes symboliques redonnant valeur et importance à toute personne de bonne volonté, particulièrement les délaissées et les exclues de « la bonne société », celle des puissants, des grands prêtres et des docteurs de la loi.

« Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe. Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles. Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides. » (texte prophétique de Marie à sa cousine Élisabeth. (Luc. 1.51-53)

Il a également fait entendre une voix dont l’essentiel du message peut se résumer à ceci : « Aime ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes pensées et aime ton prochain comme toi-même. »(Mc 12,29-30)  « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. » (Jn 15,17) « Ce que vous faites au plus petits des miens c’est à moi que vous le faites et “si vous ne croyez pas ma parole, croyez dans mes œuvres.” (Jn 14, 11)

En d’autres mots, aimer Dieu de tout son cœur, c’est d’abord et avant tout aimer son prochain comme soi-même et ne pas faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’on nous fasse. Genre de message que nos vieux parents nous répètent pour exprimer  ce qui peut les rendre les plus heureux.

Ce message va à l’essentiel de toute vie humaine. Loin de détourner nos regards du monde dans lequel nous vivons pour les fixer sur un dieu qui lui serait étranger, il les tourne vers les hommes et les femmes de ce monde en nous disant de les aimer comme nous voudrions qu’ils nous aiment et d’agir à leur endroit comme il l’a fait lui-même. En cela, nous dit-il est la volonté de son Père et en cela est également sa volonté. La rencontre du Dieu de Jésus, ne peut se faire qu’à travers la rencontre des hommes et des femmes qui côtoient nos vies et tout particulièrement à travers les exclus, les pauvres et les sans défense.

Croire en Jésus, c’est faire en sorte que la justice soit toujours plus justice, que la vérité soit toujours plus incisive pour mette à nu les mensonges et les hypocrisies, que la solidarité devienne fraternité et que la compassion et la miséricorde nous élèvent au-dessus des guerres et fassent taire les armes de la haine.

Ces impératifs d’Évangile ont été progressivement substitués par des impératifs d’Église.

LES IMPÉRATIFS DE L’ÉGLISE-INSTITUTION

Tout au long de ses 2000 ans d’histoire, l’Église est progressivement devenue une institution avec toutes les caractéristiques d’un véritable gouvernement. Le Concile de Nicée (325) en a consacré l’existence publique laquelle n’a cessé, par la suite, de se préciser et de s’amplifier. C’est dans le cadre de cette nouvelle institution que la doctrine s’est développée et que les dogmes sont devenus des vérités de foi.

Cette foi est condensée dans le « Je crois en Dieu » et dans le catéchisme qui rappelle les grandes vérités de la foi chrétienne, telles que manifestées tout au long des siècles et dont témoignent les dogmes.  Elle est un “enseignement” qui se communique et s’apprend. Sa manifestation principale est celle qui s’articule dans les divers cultes et tout particulièrement dans la célébration des sacrements. Elle encadre la vie des croyants dans des préceptes qui orientent leur vie morale, précisant ce qui est bon et ce qui est mauvais.

Cette foi est portée par une Église qui s’est également transformée tout au long des siècles pour devenir l’institution ecclésiale que nous connaissons avec sa doctrine, ses liturgies, ses sacrements, ses prêtres, ses évêques, ses nonces apostoliques, ses cardinaux, son État. Tout cela sous l’autorité vaticane dont le pape est le représentant par excellence. Si elle a connu ses heures de gloire, elle se voit maintenant désertée par bon nombre de ses membres. Un questionnement s’impose tout autant pour diagnostiquer cet abandon que pour dégager les mesures à prendre pour y remédier.

Les multiples composantes de l’Église ont été mises à contribution pour réfléchir à ce thème. Les principales conclusions de chacune d’elles ont été transmises au Vatican qui en a fait une synthèse à l’intention du prochain synode des évêques du monde entier qui se tiendra à Rome, du 7 au 24 octobre prochain. Son contenu, sous le titre « Instrumentum laboris », a été rendu public le 19 juin 2012.

Dans l’introduction de ce document, on peut lire :

“En se laissant vivifier par l’Esprit Saint, les chrétiens seront aussi sensibles à de nombreux frères et sœurs qui, bien qu’étant baptisés, se sont éloignés de l’Église et de la pratique chrétienne. C’est plus particulièrement à eux qu’ils veulent s’adresser avec la nouvelle évangélisation pour leur faire découvrir une nouvelle fois la beauté de la foi chrétienne et la joie de la rencontre personnelle avec le Seigneur Jésus, au sein de l’Église, communauté des fidèles.”(3)

Zeinab Abdelaziz, Prof. émérite de civilisation française, s’intéressant particulièrement au diagnostic fait par les divers intervenants, relève les points qui ont été identifiés comme causes de l’abandon de l’Église :

“l’éloignement des baptisés de la pratique chrétienne; l’indifférence religieuse; la sécularisation; l’athéisme; la diffusion de sectes; une confusion grandissante qui induit les chrétiens à ne pas écouter les prêtres; la peur, la honte ou le fait de ‘rougir de l’évangile’ comme disait Saint Paul; les migrations; la mondialisation; les communications; l’affaiblissement de la foi des chrétiens; le manque de participation; la diminution du dynamisme des communautés ecclésiales; la perte de l’enthousiasme et l’affaiblissement de l’élan missionnaire; une véritable apostasie silencieuse”. C’est pourquoi l’Église trouve nécessaire de ré-évangéliser les communautés chrétiennes marquées par les importantes mutations sociales et culturelles », y compris le reste de l’humanité.

Dans ce document, aucun point ne remet en question l’Institution ecclésiale elle-même pas plus que sa doctrine qui se substitue dans bien des cas à l’Évangile. Aucun point ne relève les défis que posent aujourd’hui les conditions de vie de plus des 2/3 de l’humanité pas plus que les impératifs évangéliques d’être avec les exclus et les plus délaissés de nos sociétés. On parle plutôt de trouver de nouvelles méthodes pour ramener les ‘brebis perdues’.

UNE ÉGLISE  À LA CROISÉE DES CHEMINS

Nous n’en sommes plus à une revitalisation des structures déjà existantes de l’Église, mais à une transformation radicale de celle-ci et de sa présence dans le monde. Elle doit sortir du Vatican et revenir là où elle aurait toujours dû être au milieu des pauvres, des malades, des artisans de justice, des témoins de vérité, des exclus. Elle doit redevenir un témoin crédible de justice, de vérité, de service, d’humilité, de solidarité et de bonté.

Il n’y a pas de demi-mesure lorsqu’il est question de ceux et celles qui portent le message évangélique et qui témoignent de Jésus de Nazareth. Elle doit assumer ce que le jeune homme riche de l’Évangile (Mc 10,17-22) n’a pu faire pour suivre Jésus, à savoir de tout laisser, vendre ses biens et en donner les profits aux pauvres. Là commence le premier acte de foi de ceux qui ont pour mission de témoigner du message évangélique pour les temps que nous vivons.

De plus, elle doit prendre ses distances des puissances et des empires qui font la pluie et le beau temps dans le monde. Il faut reconnaître et dire que les deux dernières papautés se sont particulièrement caractérisées par une collaboration très étroite entre les forces de l’Empire et celles du Vatican. Il est donc urgent qu’elle retrouve sa liberté, celle-là même du Nazaréen qui a dénoncé les hypocrites, les menteurs, les docteurs de la loi qui mettaient sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne pouvaient eux-mêmes portés.

Le message du Nazaréen est d’une grande simplicité. Il va dans le sens d’une humanité, transformée par des lois qui transcendent la cupidité, l’égoïsme, le mensonge, la tromperie, du tout pour soi. Il s’inscrit dans la conscience des hommes et des femmes comme une ‘foi’ et non comme une « religion ». Il est un message qui apporte réconfort aux témoins de justice, de vérité et de solidarité et qui répond aux attentes des hommes et des femmes d’aujourd’hui.

Le message de l’Église institutionnelle, par contre, est d’une plus grande complexité. Sa doctrine et son enseignement sont souvent peu compréhensibles et souvent de caractère moral. L’image qu’elle projette d’elle-même est souvent en contradiction avec les préceptes évangéliques et les consignes données par Jésus à ses disciples. En elle se côtoient les doctrines et les interdits, la  et les cultes, le ciel et l’enfer. La morale se ramène souvent au contrôle des naissances, à l’avortement et au mariage des personnes de même sexe. Sur ces questions elle déploie tous les moyens à sa disposition pour influencer les décideurs.

L’HUMANITÉ AU CŒUR DE LA FOI

J’ai la conviction profonde que le niveau de conscience auquel l’humanité est arrivée met à l’épreuve tout autant les croyants que les non-croyants. Cette conscience interpelle tous les dieux qui alimentent les religions du  monde, mais aussi toutes les idéologies qui s’appuient sur diverses rationalités. Les questions que cette conscience pose à ces dieux et à ces idéologies est la suivante : que font-ils et que font-elles, à travers leurs adeptes, pour répondre prioritairement aux grandes aspirations de justice, de vérité, de bonté, de compassion, de solidarité des hommes et des femmes d’aujourd’hui ? Jusqu’à quels points transforment-elles leurs disciples en de véritables artisans au service d’une humanité retrouvée dans ses valeurs les plus profondes?

Les conflits qui se manifestent un peu partout dans le monde ne doivent-ils pas nous interpeller? Les millions de morts, de blessés, victimes de nos guerres, les centaines de millions d’affamés vivant des miettes qui tombent de la table des nantis, prédateurs de leurs richesses, ne peuvent nous laisser indifférents. Ne devons-nous pas détecter les fauteurs de troubles, ceux qui utilisent à profusion le mensonge pour mieux tromper et manipuler l’opinion mondiale afin d’imposer leur volonté à l’humanité entière? Ils sont bien souvent de ceux et de celles qui se disent chrétiens et croyants en Jésus de Nazareth. Dans de nombreux cas, l’institution ecclésiale les y accompagne. Comment est-ce possible?

Selon les écritures, Jésus de Nazareth est le premier né de cette humanité retrouvée, il en est la semence vivante qui se développe dans le cœur et la conscience de centaines de millions de personnes qui disent oui à la justice, à la vérité, à la solidarité, à la compassion, à l’amour et  qui disent non au mensonge, à l’hypocrisie, aux injustices, à la manipulation, à la corruption, aux guerres.

Paul de Tarse, au milieu de l’aréopage, s’adressa, un jour, aux Athéniens en ces termes :

« Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, lui, le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans des temples faits de main d’homme. Il n’est pas non plus servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses (…) Que si nous sommes de la race de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l’or, de l’argent ou de la pierre, travaillés par l’art et le génie de l’homme. Or voici que, fermant les yeux sur les temps de l’ignorance, Dieu fait maintenant savoir aux hommes d’avoir tous et partout à se repentir, parce qu’il a fixé un jour pour juger l’univers avec justice, par un homme qu’il y a destiné, offrant à tous une garantie en le ressuscitant des morts. » Act. 17, 22-31

Selon cette foi, un homme a été établi par Dieu pour juger l’univers avec justice pour y faire régner une ère de paix, de bonheur, de justice et de plénitude. Cet homme qui doit se manifester n’est, pour les chrétiens, les musulmans et certains juifs, nul autre que Jésus de Nazareth, le fils de Marie. Son jugement départagera les gens de bonne foi des prédateurs, hypocrites, manipulateurs, menteurs. Pour en savoir plus sur ce jugement je vous réfère à ce récit de Mathieu 25, 31-46 : http://www.lexilogos.com/bible_multilingue.htm

Que deviendrait l’institution ecclésiale si l’humanité était elle-même église et que ses sacrements en étaient la justice, la vérité, la solidarité, le service et la compassion?

Oscar Fortin

Québec, le 20 octobre 2012

http://humanisme.blogspot.com

 

 

 

 

 


		
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Ayoub ! Drone de guerre ou drone de paix ?

octobre 21st, 2012 by Amin Hoteit

« Ayoub » ou « Job », du nom de l’archétype du Juste dont la foi est mise à l’épreuve par Satan avec la permission de Dieu, []n’a pas fini de secouer le Moyen-Orient. À l’heure où le Dr Hoteit publiait ces lignes en arabe, l’attentat terroriste de Beyrouth, place Sassine, n’avait pas encore eu lieu. Il s’est produit quelques heures après. Depuis, les accusations sans preuves contre la Syrie, voire le Hezbollah, fusent de toute part, tandis que BFM.TV nous raconte l’épopée de notre imperturbable ministre des Affaires étrangères « parrainant » les zones dites rebelles de ce beau pays [1] ! Pourtant, les natifs de cette région du monde, habitués à décoder le cours des événements tragiques qui se succèdent et souvent se ressemblent… savent trop bien « à qui profite le crime » ! [NdT].

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À peine le gouvernement israélien avait-il exprimé son dépit et son désarroi suite à l’affaire du drone de reconnaissance « Ayoub », lancé à partir du Liban et par des libanais, pour survoler sans problèmes la mer Méditerranée puis les territoires palestiniens occupés pendant que sept systèmes de surveillance radar étaient frappés de cécité, que le « camp du 14 Mars » s’est fendu de communiqués larmoyants parlant de violation de la souveraineté libanaise et du risque « horrible » que prenait le Hezbollah en impliquant le pays dans une nouvelle guerre avec Israël ! Que valent ces arguments et quelle en est la logique ?

I. Pour répondre il nous faudrait commencer par discuter de « la souveraineté » qui implique ce qui suit :

1. La souveraineté du Liban, en particulier dans le sud du pays, n’a pu être restaurée après l’occupation israélienne que par la volonté nationale et la force de la Résistance qui a travaillé dur depuis ce fameux jour de 1978 où a été adoptée la résolution 425 [2] jamais mise en pratique, et durant les 22 années où les « défenseurs larmoyants » n’ont cessé de frapper aux portes des centres de pouvoir occidentaux ou de leurs ambassades, ici et ailleurs, appelant à la légitimité internationale sans jamais réussir à récupérer ne serait-ce qu’une once de terre, ou même une goutte d’eau, des territoires libanais usurpés. Au lieu de cela, ils ont signé un accord compromettant cette souveraineté !

2. La souveraineté du Liban ne peut être garantie que par le pouvoir national, pouvoir normalement fondé sur l’État et les Forces armées. Mais vu la politique du « camp des  prétendants à la fausse souveraineté », l’armée libanaise souffre toujours d’un sous équipement scandaleux qui la maintient dans l’incapacité de défendre le pays contre les dangers que représente Israël. Où sont les systèmes de défense aérienne qui empêcheraient les violations incessantes d’Israël de l’espace aérien libanais ?  Où sont les organismes de surveillance et les systèmes de défense maritime qui interdiraient à Israël de violer les eaux territoriales libanaises [3] ? Où sont les armes qui nous permettraient de nous défendre contre un  agresseur qui  occupe le village de Ghajar et les fermes de Chebaa ?

3. La souveraineté du Liban  ne peut consister à héberger des troupes de terroristes armés venus de tous les horizons, parrainées par ce même « camp de  prétendants à la fausse souveraineté », et destinées à semer mort et destruction en Syrie ! Exercer notre vraie souveraineté voudrait plutôt que nous verrouillions nos frontières    au nez de cette horde sauvage qui, par retour, menace et la sécurité et la souveraineté de notre pays !

4. La souveraineté du Liban suppose de ne pas s’immiscer dans les affaires d’autres pays pour qu’à leur tour ils ne s’immiscent pas dans nos affaires. Sur ce point précis, nous demandons aux « partisans de la fausse souveraineté » de nous justifier l’envoi de députés libanais, issus de leurs rangs, pour soutenir les opérations du terrorisme armé déchaîné contre la Syrie à partir du territoire turc ; comme si le territoire libanais ne leur suffisait pas et qu’il leur fallait aller plus loin encore !

5. La souveraineté du Liban impose prudence et sagesse pour ne pas permettre de brader un pouce de la terre libanaise et de ses zones économiques, comme cela s’est produit en 2000 lorsque le Liban s’est dressé face au monde et au Conseil de sécurité, le contraignant malgré les pressions américaines à répondre à ses demandes le 16 Juin de cette même année [4][5]. C’est ainsi qu’il a pu sauvegarder les  17.765.500 m2 qu’Israël, soutenu par les Nations Unies, voulait s’approprier ! Et ceci, à l’inverse des tractations de « représentants de la fausse souveraineté » au pouvoir en 2007 qui, en l’absence de ministres issus d’une importante communauté du pays, ont  passé un accord avec Chypre amputant le Liban de 862.000 m2 de sa zone économique maritime [6]. N’était-ce pas déjà une atteinte au droit et à la souveraineté du Liban, de la part de Mr Fouad Siniora ?

6. La souveraineté du Liban exige l’application de « sa » loi sur son sol, « tout son sol »… non d’y renoncer volontairement et de mettre le Liban sous mandat judiciaire étranger à la merci d’un TSL [7] ou Tribunal spécial des Nations Unies prétendument international et soumis au diktat des USA et d’Israël… non de livrer des informations concernant les citoyens libanais à des destinataires éventuellement impatients de les offrir à l’ennemi.

7. La souveraineté du Liban interdit que ses Forces de sécurité intérieure soient sous tutelle étrangère, quelle que soit cette tutelle ; ce qui évidemment exclut le fait qu’un ambassadeur des États-Unis occupe le haut du podium lors d’une célébration officielle ou délivre des certificats de bonne conduite aux éléments des Forces libanaises, même s’il y a deux ans elles ont conclu avec les USA un accord outrepassant de beaucoup la souveraineté libanaise. D’ailleurs, cet accord bipartite concernant la sécurité internationale, nul ne sait où il en est aujourd’hui !

8. La souveraineté du Liban est incompatible avec  tel ou tel ambassadeur occidental se baladant entre ministères et centres officiels fouinant et dirigeant, sans que les « défenseurs de la fausse souveraineté » n’osent coup férir, mais s’inclinent obséquieux et fiers des louanges pour obéissance !

9. Et bien sûr,  la souveraineté du Liban s’oppose aux violations quasi quotidiennes  de l’espace aérien libanais par Israël, à son occupation de dizaines de Km2 dans le Sud, aux effractions de ses patrouilles tout le long de la frontière avec enlèvement de citoyens libanais, à ses menaces de fermeture de tel ou tel lieu touristique… sans réaction notable de la part de nos  « prétendants à la fausse souveraineté nationale » !

La liste des violations de la souveraineté du Liban, consenties par ceux-là, est longue et ne cesse de s’allonger.  Nous leur disons que la souveraineté n’est pas un vain mot, mais un travail assidu et des actes ayant pour seul but la défense de l’intégrité de notre territoire.

II. Quant à la déclaration qui dit que l’envoi du drone “Ayoub” en Israël est  une violation de la Résolution 1701 [8][9], doublée d’un appel à la guerre, elle est plutôt surprenante et témoigne d’une absence totale de logique et surtout de vision stratégique ! À ceux qui seraient en situation de comprendre, nous disons :

1. La règle d’or  qui dit « si tu veux la paix prépare la guerre » s’applique aussi bien aux États qu’aux individus. Ne dit-on pas « le tueur et la victime sont partenaires dans le crime, le premier parce qu’il a agressé ; le second parce que, par sa faiblesse, il a tenté l’agresseur » ?

2. A chaque fois qu’Israël a décidé d’une agression contre le Liban, il n’a pas attendu une excuse ou un prétexte, « mais les a créés et manipulés au gré de ses intérêts du moment », après s’être assuré les moyens d’en encaisser le contre coup et de transformer ses opérations militaires sur le terrain en gains politiques. Quoique… la réalité a prouvé le contraire, car les capacités de la Résistance, honnie par les « prétendants à la fausse souveraineté », sont telles qu’elles empêchent Israël d’atteindre ses objectifs et déstabilisent son front intérieur, front dont les lacunes sont nettement apparues en 2006… Aujourd’hui, le drone « Ayoub » vient confirmer ce « déficit » et prouve qu’Israël, de l’aveu même de ses dirigeants, n’est pas prêt à se lancer seul dans une nouvelle guerre.

3. Israël et ses alliés occidentaux sont ravis de l’agression que subit la Syrie par des bras armés musulmans et arabes, dont l’« Équipe des  prétendants à la fausse souveraineté » au complet ! Ils sont ravis de pouvoir assister à la destruction d’un État souverain et résistant, qu’ils voudraient rayer de l’équation régionale et, par conséquent, de l’équation du conflit israélo-arabe. Israël n’a donc pas besoin de mener une guerre pour le moment et tant que les prétendants à la fausse souveraineté, soutenus par tous les soi-disant défenseurs des droits de l’Homme, de la Démocratie et de la Liberté se chargent  de faire le sale boulot à sa place… tant qu’ils exécutent cette guerre par procuration voulue par l’alliance occidento-sioniste !

Ceci nous amène à dire et à répéter que la souveraineté ne se garantit que par la force et que la prévention d’une guerre ne se réalise que par la dissuasion… C’est exactement le souci et l’œuvre de la Résistance et de ses militants, le drone « Ayoub » ne représentant qu’un nouvel élément de cette force destinée à empêcher une nouvelle guerre. Finalement, les attaques verbales du « camp des Hariristes et de leurs suivistes 14 Marsistes » contre la Résistance libanaise ne s’expliquent que par la logique inverse, celle de leur absence de considération pour notre souveraineté nationale qu’ils subordonnent à l’étranger. Mais là… rien de surprenant ! N’ont-ils pas soutenu les conclusions défaitistes inverses lorsqu’en 2006 le monde entier a reconnu la défaite d’Israël ?

Dr Amin Hoteit

19/10/2012

 

Article original : Al-binaa

الطائرة «أيوب» تمنع الحرب أم تستدعيها؟


 Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Références :

[1] Syrie-France: Laurent Fabius parraine des zones rebelles

http://www.bfmtv.com/international/syrie-france-laurent-fabius-parraine-zones-rebelles-361598.html

[2] SECURITY COUNCIL RESOLUTIONS – 1978- R 425 / PDF

http://www.un.org/documents/sc/res/1978/scres78.htm

http://fr.wikisource.org/wiki/R%C3%A9solution_425_du_Conseil_de_s%C3%A9curit%C3%A9_de_l%27ONU

[3] Liban : La ligne bleue maritime au service de l’ambition israélienne !

http://www.mondialisation.ca/liban-la-ligne-bleue-maritime-au-service-de-l-ambition-isra-lienne/30841

[4 ] Déclaration présidentielle – la situation au Moyen Orient- juin 2000

http://www.un.int/france/sc2000/resolution/000618F.htm

[5]Ligne bleue (Liban) juin 2000

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_bleue_(Liban)

[6] Les dessous du nouveau litige frontalier entre le Liban et Israël

http://www.lecommercedulevant.com/node/19336

[7] TSL : un tribunal sans précédent

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?fromval=1&cid=33&frid=33&eid=7943

[8] SECURITY COUNCIL RESOLUTIONS – 2006- R 1701 / PDF

http://www.un.org/docs/sc/unsc_resolutions06.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9solution_1701_du_Conseil_de_s%C3%A9curit%C3%A9_des_Nations_unies

[9] Politique – Siniora : L’envoi du drone “Ayoub” en Israël, une violation de la 1701

http://www.nna-leb.gov.lb/newsDetailF.aspx?Id=445573

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

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A la dernière minute, deux hauts représentants chinois – le gouverneur de la Banque centrale, Zhou Xiaochuan, et le ministre des Finances, Xie Xuren – n’ont pas participé à la réunion annuelle du Fonds monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale qui a eu lieu vendredi dernier, 12 octobre, à Tokyo. La rebuffade diplomatique est un nouveau signe que la querelle entre la Chine et le Japon au sujet des îles Diaoyu/Senkaku est en train d’exacerber la tourmente économique.

En exprimant les craintes éprouvées par les milieux financiers internationaux, la directrice du FMI, Christine Lagarde a dit sur le ton de la mise en garde qu’elle “espérait” que les différends, bien qu’existant de longue date pourront être résolus harmonieusement et rapidement de façon à ce que la coopération puisse se poursuivre du point de vue économique.

Les implications mondiales de la querelle entre la Chine et le Japon sont illustrées par le fait que ces pays représentent respectivement les deuxième et troisième plus grandes économies du monde. Les deux pays comptent pour près d’un cinquième du produit intérieur brut mondial (PIB) et le volume de leurs échanges commerciaux bilatéraux s’élèvent à plus de 340 milliards de dollars US par an.

Les deux plus hauts responsables financiers chinois restés absents, apparemment, pour des « problèmes d’emploi du temps » avaient envoyé leurs adjoints en remplacement. Les « Quatre grandes » banques d’Etat de la Chine ont également boycotté les réunions. Ces décisions visaient manifestement à humilier le gouvernement japonais qui était l’organisateur du sommet.

Les relations s’étaient dégradées après que le premier ministre japonais, Yoshihiko Noda, avait officiellement racheté en septembre de leurs propriétaires privés japonais les îles Senkaku qui se trouvaient déjà sous le contrôle des gardes côtes. La décision visait à attiser le nationalisme japonais en tant que moyen de détourner l’attention du mécontentement grandissant sur le plan national à l’égard de la politique impopulaire de Noda, notamment au sujet du doublement de la taxe sur la consommation et du redémarrage des centrales nucléaires fermées après la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011.

Noda a dit à l’hebdomadaire américain Businessweek après que la Chine eût réduit le calibre de sa délégation : « Il s’agit des deuxième et troisième plus grandes économies du monde et notre interdépendance ne cesse d’augmenter. Si nos relations se refroidissent, notamment les relations commerciales, la question n’est alors pas de savoir quel pays souffrira car les deux seront perdants. » Il a instamment réclamé des pourparlers au sujet des îles Senkaku afin « de garantir qu’il n’y aura aucune incidence sur l’ensemble des relations. »

Beijing, cependant, estime que c’est Tokyo qui a le plus à perdre. Selon un article paru le mois dernier dans le People’s Daily, le conflit économique est certes un « couteau à double tranchant » qui blessera également la Chine, mais « si le Japon continue ses provocations, la Chine engagera inévitablement la lutte. » Dans la mesure où le marché chinois en pleine croissance a été un élément décisif pour surmonter le marasme japonais dans les années 1990 et 2000, a averti ce journal, « le Japon préfère-t-il plutôt perdre 10 ans de plus et serait-il même prêt à retomber 20 ans en arrière ? »

Tout comme Noda, le régime du Parti communiste chinois (PCC) est en train d’attiser le nationalisme au sujet du conflit sur les îles dans le but de détourner l’attention des tensions sociales engendrées par la croissance économique chancelante de la Chine. Beijing a donné le mois dernier le feu vert à des protestations antijaponaises qui ont donné lieu à des agressions physiques largement répandues contre des commerces et des citoyens japonais. Sous le slogan réactionnaire d’un « boycott des marchandises japonaises », des millions de consommateurs issus en grande partie de la classe moyenne ont participé à des campagnes organisées contre l’achat de véhicules de marques japonaises ou de vacances passées au Japon. Les douaniers chinois retardent délibérément les importations japonaises.

En conséquence, un article publié la semaine passée par JPMorgan Chase a estimé que le conflit avec la Chine risquait de réduire le PIB du Japon de 0,8 pour cent au quatrième trimestre – en baisse par rapport aux prévisions antérieures de croissance nulle. L’article a prédit que le Japon ne connaîtrait pas de reprise avant au moins le deuxième trimestre de 2013.

La Chine compte pour 19,7 pour cent des exportations japonaises, contre 13,5 pour cent pour les Etats-Unis. JPMorgan Chase prévoit que les exportations japonaises de véhicules vers la Chine s’écrouleraient de 70 pour cent au dernier trimestre de 2012 et les pièces automobiles et autres marchandises, comme l’électronique, enregistrerait une baisse de 40 pour cent. Le nombre de touristes chinois visitant le Japon pourrait chuter de 70 pour cent tandis que le nombre de touristes japonais allant en Chine pourrait baisser de 30 pour cent. L’auteur de l’article, Masaaki Kanno, en a comparé l’impact au tsunami de 2011. « C’est tout à fait comme la catastrophe de l’année dernière, » a-t-il dit.

Les inquiétudes de l’élite patronale japonaise ont été révélées par Junko Nishioka, l’économiste en chef chez RBS Securities Japan Ltd., un ancien responsable de la banque centrale japonaise. Il a dit à Businessweek : « C’est la dernière chose dont le Japon a besoin en ce moment, compte tenu du ralentissement outre-mer et de la morosité de l’économie. Le conflit [avec la Chine] est devenu bien plus grave que nous ne l’avions initialement anticipé. »

Alors que Noda lance des appels pour la tenue de pourparlers au sujet des îles Senkaku, certaines factions du Parti démocrate du Japon (PDJ) au pouvoir exigent une réaction dure. Le ministre de l’Economie, Seiji Maehara, qui, en tant que ministre des Affaires étrangères, avait adopté une position très ferme envers la Chine durant la dernière querelle diplomatique à propos des îles en 2010, a dit jeudi dernier au Financial Times : « Je ne peux pas approuver les commentaires qui accordent la priorité aux questions économiques parce que notre souveraineté est la base de la nation dont dépendent nos activités économiques. »

Maehara a suggéré que l’économie chinoise serait elle aussi durement touchée. « Notre interdépendance économique est très forte [et] si les produits japonais fabriqués en Chine ne se vendent pas en Chine, cela aura un énorme impact là-bas sur le chômage. »

Maehara et d’autres personnalités va-t-en-guerre sont encouragés par le gouvernement Obama qui considère qu’un Japon plus agressif stimulerait partout en Asie ses efforts pour saper l’influence de la Chine. Tout en affirmant officiellement être neutres dans le conflit sur les îles, les responsables de l’administration Obama ont à maintes reprises dit que les Etats-Unis seraient contraints de soutenir militairement leur allié, le Japon, en cas de conflit au sujet des îles Senkaku.

A la fin de 2010, les Etats-Unis avaient encouragé le Japon à modifier ses « directives en matière de défense » et à réorienter sa position militaire, c’est-à-dire à quitter la traditionnelle concentration sur la Russie au nord, issue de la Guerre froide, vers un nouvel objet, « la chaîne des îles au Sud-Ouest, » y compris les îles Senkaku, désignant aussi la Chine comme la principale menace.

Le gouvernement Obama porte la principale responsabilité pour les conséquences économiques et sociales potentiellement explosives produites par le conflit territorial entre le Japon et la Chine en Mer de Chine orientale. Sa politique irresponsable qui a pour but de surmonter le déclin économique américain et réaffirmer l’hégémonie mondiale des Etats-Unis en utilisant leur puissance militaire est en train d’accélérer le glissement vers une dépression mondiale et vers la guerre.

John Chan

Article original, WSWS, paru le 17 octobre 2012

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Des responsables des services secrets américains admettent que le gros des armes qui vont en Syrie dans le cadre de la guerre soutenue par les Etats Unis pour renverser le régime de Bashar al-Assad vont dans les mains d’Al Qaïda ou d’autres milices ayant le même programme.

Un article paru en première page dans le New York Times lundi 15 octobre confirme les informations de plus en plus nombreuses en provenance de la région et montrant que les éléments djihadistes jouent un rôle de plus en plus important dans ce qui est devenu en Syrie une guerre civile sectaire.

« La plupart des armes transportées à l’initiative de l’Arabie Saoudite et du Qatar pour approvisionner les groupes rebelles syriens luttant contre le gouvernement de Bashar al-Assad, aboutissent dans les mains de djihadistes islamistes durs et pas dans celles des groupes d’opposition plus laïcs que l’Occident veut promouvoir, selon des responsables américains et des diplomates en poste au Moyen Orient », écrit le New York Times.

L’article exprime l’inquiétude grandissante ressentie dans les milieux dirigeants américains vis-à-vis de la stratégie de l’administration Obama en Syrie et plus généralement au Moyen-Orient. Il renforce encore la crise de la politique extérieure de plus en plus sérieuse à laquelle est confronté le président démocrate à trois semaines de l’élection présidentielle.

Dans le débat déformé entre les Démocrates et les Républicains, cette crise s’est fixée sur l’attaque menée le 11 septembre dernier contre le consulat américain et une base secrète de la CIA dans la ville libyenne de Benghazi, et qui coûta la vie à l’ambassadeur J. Christopher Stevens et à trois autres américains.

Les Républicains ont mené une campagne publique de plus en plus agressive, accusant le gouvernement Obama de ne pas avoir su protéger le personnel américain. Ils ont aussi accusé la Maison-Blanche d’avoir voulu camoufler la nature de l’incident, que celle-ci a d’abord présenté comme une manifestation spontanée contre une vidéo anti-islamique, avant de la classer comme attaque terroriste.

C’est la ligne d’attaque adoptée par les Républicains dans les interviews télévisées dominicales, tandis que les Démocrates contraient en disant qu’il s’agissait d’une « chasse aux sorcières » et que la description initiale de l’attaque se fondait sur les informations disponibles à ce moment.

Le sénateur républicain Lindsey Graham qui parlait dans l’émission d’information de NBC « Face the Nation », avança qu’une description de l’attaque mortelle de Benghazi comme d’un événement spontané était motivée par des considérations politiques. La campagne de réélection d’Obama, accusa-t-il, était en train « de vendre un discours qui dit que… Al Qaïda a été démantelé – et le fait d’admettre que notre ambassade a été attaquée par Al Qaïda ne colle pas avec ce discours. »

Il ne s’agit cependant pas seulement du fait que le « discours » de la campagne électorale a été court-circuité. Les événements de Benghazi ont fait éclater toute la politique américaine tant en Libye qu’en Syrie, ouvrant une énorme crise pour la politique extérieure américaine dans toute cette région.

Les forces qui ont attaqué le consulat américain et le poste de la CIA à Benghazi n’étaient pas seulement affiliées à Al Qaida. Il s’agissait des mêmes forces que Washington et ses alliés avait armées, entraînées et soutenues à l’aide d’une guerre aérienne intense dans la campagne de changement de régime qui aboutit au meurtre brutal du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi l’année dernière.

L’ambassadeur Stevens qui fut envoyé à Benghazi à la fin de cette guerre de sept mois était le principal artisan de la mise en place de cette alliance cynique entre l’impérialisme américain et les forces et individus que Washington avait précédemment vilipendés comme « terroristes », soumis à la torture et emprisonnés à Guantanamo.

La relation entre Washington et ces forces rappelle une alliance similaire forgée dans les années 1980 avec les Moudjahiddins et précisément Al Qaïda dans la guerre favorisée par la CIA en Afghanistan dans le but de renverser un gouvernement aligné sur Moscou et d’infliger une défaite à l’armée soviétique.

Comme en Afghanistan, l’arrangement libyen a conduit à un retour de bâton pour l’impérialisme américain. Ayant utilisé les milices islamistes pour finir le travail commencé par les frappes aériennes de l’OTAN et, une fois ce but atteint, pour traquer Kadhafi, Washington a cherché à les évincer et à installer les hommes de confiance de la CIA et des grands monopoles pétroliers à la direction du pays. Se vengeant du fait qu’ils ont été écartés du butin de la guerre, et toujours fortement armés, les forces islamistes ont contre-attaqué, organisant l’assassinat de Stevens.

L’administration Obama ne peut pas expliquer cette évolution en public sans montrer aux yeux de tous la fraude que constitue la soi-disant « guerre contre la terreur », la pierre d’angle de la politique extérieure américaine pour plus d’une décennie, et avec elle, les prétendues motivations « humanitaires » et « démocratiques » de l’intervention américaine en Libye.

De plus, elle utilise les mêmes forces dans la poursuite de son objectif de changement de régime en Syrie, destiné à son tour à affaiblir l’Iran et à préparer, avec Israël, une guerre contre ce pays. Et, comme l’indique l’article du New York Times, on prépare un « retour de flamme » plus spectaculaire encore.

Le Times cite anonymement un responsable américain familier avec les informations obtenues par les renseignements américains ainsi : « Les groupes d’opposition qui reçoivent le gros de l’aide armée sont précisément ceux dont nous ne voulons pas qu’ils l’obtiennent ».

L’article attire l’attention sur le rôle joué par les monarchies sunnites du Qatar et de l’Arabie saoudite dans l’acheminement d’armes vers les groupes islamistes durs. Celles-ci s’appuient sur leur propre ordre du jour religieux et sectaire dans la région, destiné à contrer l’influence de l’Iran dominé par les chiites.

Il attribue l’échec du personnel de la CIA déployé sur la frontière turco syrienne à contrôler les groupes recevant des armes à un « manque d’informations fiables sur de nombreuses figures et factions rebelles. »

Ce que l’article manque à dire clairement cependant, c’est précisément quels « groupes d’opposition laïcs » existent en Syrie et que les Etats-Unis veulent armer. Les directions, basées en Turquie, du Conseil national syrien et de l’Armée syrienne libre ont peu d’influence et sont largement discréditées en Syrie même.

Un rapport publié par l’ICG (International crisis group) le 12 octobre et intitulé « La tentative de Djihad, l’opposition intégriste en Syrie » suggère que la soi-disant opposition « laïque » n’existe pas. Il fait remarquer que « la présence d’une puissante tendance salafiste parmi les rebelles syriens est devenue irréfutable. » Cela s’accompagne d‘un « glissement vers un discours religieux de plus en plus radical et… des tactiques de plus en plus brutales. »

Il cite le rôle de plus en plus important joué par les groupes comme Jabhat al-Nusra [Front de soutien] et Kata’ib Ahrar al-Sham [Hommes libres des bataillons syriens] qui ont tous deux adopté sans aucune ambiguïté le langage du djihad et ont appelé à remplacer le régime par un Etat islamique basé sur les principes du salafisme »

Finalement il attribue l’influence grandissante de ces éléments à « l’absence d’une direction cléricale et politique effective » dans des conditions où les éléments sunnites plus modérés sont opposés aux soi-disant « rebelles ».

Dans l’ensemble, l’absence d’une direction déterminée et pragmatique s’accompagnant d’une spirale de violence, profondément sectaire parfois, a inévitablement favorisé les factions les plus dures », dit en conclusion le rapport de l’ICG.

Certains éléments dans l’establishment dirigeant américain citent de plus en plus l’influence grandissante des milices islamistes en Syrie pour justifier une intervention directe des Etats-Unis. Un des représentant de ce point de vue est Jackson Diehl, le rédacteur en chef de la rubrique Affaires étrangère du Washington Post et un défenseur en vue de l’invasion de l’Irak en 2003. Dans un commentaire paru le 14 octobre, Diehl décrit la situation en Syrie comme représentant « l’apparition d’un désastre stratégique » attribuable à « la trop grande et nuisible prudence d’Obama dans l’affirmation de la puissance américaine. »

Diehl écrit : « Les yeux rivés sur son mot d’ordre de ‘recul de la guerre’ au Moyen Orient, Obama affirme que l’intervention ne pourrait que faire empirer le conflit – puis il regarde comment elle s’élargit à la Turquie, cet allié de l’OTAN, et comment elle attire des centaines de combattant d’Al Qaïda. »

Chapitrant Romney et les Républicains parce qu’ils sont fixés sur l’attaque terroriste de Benghazi, Diehl fait remarquer que cela est plus facile que de demander à des « Américains fatigués de la guerre » d’envisager une guerre d’agression de plus. Néanmoins, suggère-t-il, une fois que l’élection sera passée, une telle guerre sera à l’ordre du jour, peu importe qui occupera la Maison-Blanche.

Bill Van Auken

Article original, WSWS,  publié le 16 octobre 2012

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Guatemala : 60 ans d’ingérence US

octobre 18th, 2012 by Grégory Lassalle

Depuis le coup d’Etat de 1954 jusqu à la lutte contre le narcotraffic en passant par la mainmise des multinationales, Luis Solano brosse pour nous près de soixante ans d’ingérence US au Guatemala.

L’économie du Guatemala est actuellement et historiquement entièrement orientée vers la satisfaction du marché extérieur (mines, barrages, call center, agro exportation, tourisme, pétrole, maquilas…). Comment expliques tu cela ?..

Depuis le gouvernement d’Álvaro Arzú, (1996-1999), on a assisté à un tournant dans les investissements privés nationaux et étrangers au profit des secteurs économiques liés aux industries extractives, à la production d’électricité, à l’agro-export et aux services. Ce tournant a eu lieu après la signature des Accords de Paix de 1996, accords qui ouvrent une porte à la stabilité politique pour les investisseurs. C’est une des principales explications à la question de savoir pourquoi il était si important d’en finir avec la guerre de contre-insurrection.

Le tournant pris par l’économie en direction de ces secteurs s’explique par les prix élevés, sur les marchés internationaux, des minerais stratégiques qui intéressent l’économie de certains pays devenus aujourd’hui des puissances économiques au plan international, comme la Chine et l’Inde. D’autre part, en ce qui concerne la grande majorité de ces projets, même si les investissements nécessaires au départ sont très importants, leur amortissement est rapidement atteint, entre le court et le moyen terme. Les coûts de production sont relativement bas puisque les ressources naturelles sont gratuites ou bien faiblement taxées ; la main d’œuvre est bon marché, principalement lors des premières phases de l’investissement. Cela offre aux investisseurs des cycles d’accumulation intensifs et rapides.

C’était important pour une économie comme celle du Guatemala qui sortait d’une économie de guerre avec baisse du taux de croissance et des investissements privés et en même temps cela ouvrait les portes aux élites patronales détentrices de la puissance économique pour réaliser de gros investissements, car elles étaient désormais débarrassées de la menace de la guerre et avaient le soutien des gouvernements en place, tout acquis aux intérêts de la classe possédante, comme l’ont été les gouvernements d’Arzú, de Berger (2004-2007) et de Pérez Molina (2012-2015), sans oublier le gouvernement d’Álvaro Colom (2008-2011) lequel, même s’il n’a pas bénéficié aussi largement que les autres de l’appui patronal, a soutenu ouvertement ce genre d’investissements.

Même si on le sait peu, le coup d’état de 1954 de la CIA contre le gouvernement progressiste de Jacobo Arbenz est la première intervention directe des Etats Unis contre un gouvernement en Amérique latine. Comment et pourquoi cela s’est il déroulé ?

C’était après la Seconde Guerre Mondiale ; les États-Unis n’étaient pas prêts d’accepter des gouvernements de type nationaliste et encore moins si ceux-ci avaient une orientation communiste ou entretenaient des relations avec les pays communistes. En même temps, les grands propriétaires, ultra réactionnaires, producteurs de café, et les industriels conservateurs poussaient dans la même direction ; ils voulaient le renversement d’un gouvernement assimilé à l’ennemi et qui s’identifiait à la réforme agraire de 1952. Leurs intérêts et ceux de la multinationale United Fruit Co les poussèrent, de concert, à orienter la structure du gouvernement en fonction des intérêts de la bourgeoisie industrielle et commerçante en alliance avec l’oligarchie des grands propriétaires fonciers.

Après 1954, nous assistons à l’instauration d’une structure de pouvoir parallèle créée sur le modèle de gouvernement existant aux États-Unis qui, en plus de mettre en place des institutions au service des intérêts des patrons, ouvre aussi la porte aux multinationales nord-américaines associées ou alliées de la bourgeoisie du Guatemala. Dès lors, on voit surgir un intérêt nouveau pour l’industrie extractive basée sur des investissements pétroliers et miniers sous contrôle des États-Unis. Au fond, un des objectifs de l’intervention des États-Unis était l’exploitation des richesses naturelles du pays : pétrole, minerais et ressources forestières, à quoi il faut ajouter l’exportation de viande de boucherie, le tout répondant à la demande de l’économie nord-américaine d’après-guerre.

Pourquoi l’Amérique centrale et particulièrement le Guatemala sont des zones géographiques stratégiques pour les Etats Unis ?

Je crois que les raisons évoluent en fonction des conjonctures régionales et aussi dans le temps ; alors on peut parler de zone géographique stratégique. Aujourd’hui, la hausse du trafic de drogue et d’êtres humains fait que l’Amérique Centrale est une région d’une grande importance sur le plan politique pour les États-Unis. Compte tenu de la grande dépendance des économies d’Amérique Centrale vis-à-vis des États-Unis, ces derniers sont essentiels pour la survie de ces économies-là et cela est vrai même si pour les États-Unis, les économies d’Amérique Centrale ne représentent qu’un infime pourcentage de leur commerce et de leurs investissements internationaux.

L’Amérique Centrale, comme le Guatemala, continue de jouer un rôle majeur dans ce commerce illicite qui pèse du plus grand poids dans le monde : le commerce de la drogue, surtout par rapport aux États-Unis. La faible distance qui sépare cette région du plus gros marché consommateur de drogues au monde fait du Guatemala un pays très important dans les stratégies de guerre contre la drogue voulues par les États-Unis. La corruption de la police et de l’armée du Guatemala et les liens étroits de celles-ci avec les narcotrafiquants mettent le Guatemala dans la ligne de mire des États-Unis.

Mais les États-Unis sont également intéressés par cette région d’Amérique Centrale parce que c’est le lieu de passage de milliers de migrants sud-américains et internationaux et c’est un trafic dont le chiffre d’affaires se compte en millions de dollars et qui a entrainé la création de chainons du crime organisé dirigés par des groupes de pouvoir liés au narcotrafic, au trafic des armes, aux séquestrations, aux extorsions, au trafic d’êtres humains, au vol de véhicules et à la prostitution. Tout cela fait partie d’un cercle vicieux qui génère une migration vers les États-Unis dans une spirale incontrôlable que les États-Unis sont incapables de stopper. Par conséquent, les États-Unis ont cherché, au moyen d’un Accord de Libre Commerce et en usant de leurs influences dans le Projet Meso-Amérique (Plan Puebla Panamá) de contrecarrer toute cette violence et ce crime organisé avec des investissements et en misant sur le commerce ce qui aurait dû, en retour, développer encore plus les investissements et les emplois, mais rien de tout cela n’est arrivé jamais. Les causes structurelles qui génèrent toute la pauvreté et le crime organisé sont toujours là, intactes, seize ans après la signature des Accords de Paix.

Comment cet intérêt pour le Guatemala a été particulièrement visible pendant les années 60 dans le contexte de la Doctrine de Sécurité Nationale des Etats Unis et de la montée des mouvements populaires et des guérillas ?

C’est précisément la domination exercée par les États-Unis dans l’économie et la politique du Guatemala qui pousse les secteurs les plus progressistes et nationalistes, liés aux mouvements de gauche du Guatemala, à lutter contre la présence et la mainmise des États-Unis en menant une guerre de guérilla et en organisant des mouvements de masse. Les gouvernements démocratiques de 1944-1954 avaient ouvert de larges espaces d’expression politique pour tous ces secteurs bâillonnés par les dictatures antérieures ; ils ont été la pépinière des mouvements contestataires qui ont suivi la contre-révolution de 1954 et qui se sont développés au cours des décennies suivantes.

Ces mouvements ont également cherché à transformer les structures économiques mises en place par l’oligarchie des grands propriétaires fonciers et la bourgeoisie du Guatemala qui comptaient sur le large soutien des États-Unis. L’influence des États-Unis est devenue patente surtout à travers leur soutien officiel, sous forme d’aide militaire, aux Forces Armées du Guatemala, spécialement en ce qui concerne la formation et l’entraînement au combat de contre-insurrection. En même temps, les États-Unis ont voulu faire du Guatemala une « vitrine anticommuniste » aux yeux du monde, avec l’idée d’en faire l’exemple mondial à suivre. Des millions de dollars US ont été investis et ont transité par les plus grosses banques nord-américaines, les institutions financières interaméricaines ou internationales, mais la « vitrine », jamais, n’est apparue en tant que telle. Toutes les tentatives ont été un échec.

Le Guatemala a été marqué par des gouvernements militaires particulièrement répressifs (1954 – 1985). Quelle a été la relation entre les Etats Unis et l’institution militaire pendant cette période ?

Depuis 1954 et jusqu’en 1977, les États-Unis ont ouvertement soutenu le gouvernement du Guatemala en participant à la mise en marche de la guerre contre-insurrectionnelle et à la formation des officiers supérieurs de l’Armée. Depuis 1977, l’aide militaire a été suspendue et cela jusqu’à aujourd’hui pour cause de violations des Droits de l’Homme et de guerre contre-insurrectionnelle. Depuis 1977, les États-Unis et les forces réactionnaires nord-américaines ont cherché d’autres canaux pour apporter leur soutien à la guerre contre-insurrectionnelle. La présence et l’influence d’Israël, de l’Argentine, de Taïwan, et de l’Afrique du Sud ont eu une importance vitale, sans oublier d’autres mécanismes secrets de « guerre sale », entre autres des mercenaires étatsuniens. Par la suite, ce que nous avons vu ce sont les plans militaires d’« action civique » que l’armée des États-Unis met en place dans les zones de forêt tropicale et les régions pauvres du Guatemala.

Si les militaires sont des alliés historiques des Etats Unis, les véritables alliés sont l’oligarchie économique. Pourquoi cette alliance et comment se traduit elle, particulièrement depuis les Accords de paix de 1996 ?

Parce que les États-Unis ne peuvent pas se permettre de perdre la Guatemala à cause de l’importance de ce pays pour toute l’Amérique Centrale, non seulement à cause de ce qu’il a représenté historiquement dans la politique et l’économie de la région, mais parce que le Guatemala est toujours un bastion du commerce intrarégional qui génère une relative stabilité dans le reste de l’Amérique Centrale. En outre, dans les processus d’intégration, d’investissements et de décisions politiques, le Guatemala joue un rôle central. Après les Accords de Paix, ils ont essayé de priver l’Armée du Guatemala du contrôle qu’elle exerçait sur le pouvoir politique pendant la guerre. Et même si l’Armée reste un acteur important, en période de paix, ils cherchent à lui faire jouer un rôle qui la prive de ce contrôle pour éviter que ce soit elle qui dirige l’État du Guatemala. Ce contrôle, normalement, aurait dû revenir aux partis politiques dirigés par la bourgeoisie et les élites économiques, mais cela ne s’est pas fait. Avec l’actuel gouvernement de Pérez Molina, il semblerait qu’on soit en train de mettre en place une structure militaire qui se prépare à contrôler le pouvoir politique. D’où l’importance des dissensions qui apparaissent entre l’oligarchie économique et le gouvernement militaire et qui s’ajoutent aux pressions exercées par les États-Unis pour que le gouvernement militaire agisse plus efficacement à l’encontre des narcotrafiquants. Car il est de notoriété publique que le narcotrafic est entre les mains des membres du haut commandement militaire. Pour le moment, il y a un appui au gouvernement militaire de la part d’un secteur économique, mais cela ne permet pas de dire qu’il y a une alliance tacite entre le gouvernement militaire, l’armée et la bourgeoisie y compris, et que cette alliance jouit de soutien total des États-Unis.

On parle des Etats Unis, mais les autres pays impérialistes continuent de fragiliser l’état de droit en favorisant l’impunité de leurs multinationales (Canada, Espagne, France) … alors que d’un autre côté, elles financent des institutions comme la Commission contre le Crime organisé au Guatemala (CICIG). Comment analyses tu cette situation ? Comment se traduit ce soutien diplomatique aux intérêts privés ?

S’impliquer dans la CICIG signifie aussi faire en sorte que les investissements et les intérêts de ces pays ne soient pas victimes du crime organisé qui est l’objet des investigations et des poursuites de la CICIG. La CICIG n’a pas pour finalité d’enquêter sur l’impunité et les dommages causés par les investissements en provenance de ces pays parce qu’ils ne sont pas considérés comme relevant du crime organisé en tant que tel. Les ambassades de ces pays qui servent les intérêts de leurs gouvernements de plus en plus à droite soutiennent pleinement leurs investisseurs au Guatemala et protègent leurs investissements. Le Canada et la France en sont un bon exemple. Au moins en ce qui concerne le Canada, son ambassade a rendu public son soutien à ces investissements réalisés au Guatemala.

 

Propos recueillis par Gregory Lassalle pour Investig’Action

Traduit de l’espagnol par Manuel Colinas pour Investig’Action

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Ces relents « golpistes » qui menacent la démocratie argentine

octobre 18th, 2012 by Estelle Leroy-Debiasi

Des relents golpistes  investissent sournoisement la vie publique argentine. Même si l’opposition explique que justement le gouvernement  actuel joue sur cette corde pour se défausser de ses responsabilités, il n’en reste pas moins que les tentatives de déstabilisation se multiplient. Il ne s’agit pas là du rôle habituel d’une opposition,  critique et aspirant au pouvoir lors de prochaines élections ;  il y là une volonté plus insidieuse de susciter ce qui –avec une aide extérieure –pourrait s’avérer un coup de force. Pas militaire au sens propre, non, plutôt une déstabilisation fatale comme au Paraguay, Honduras, ou les tentatives échouées en Equateur ou en Bolivie ces dernières années.

Les tensions générées le sont par des groupes ayant du pouvoir, médiatique ou économique notamment, qui ne supportent pas la mise en place de lois qui pourraient contrarier leurs intérêts et qui ne cessent de crier au « déni de démocratie », à l’ « omniprésence d’un gouvernement autoritaire » dans un pays où pourtant les citoyens se rendent aux urnes régulièrement et ont voté majoritairement pour le chef d’Etat en place.

Les formes prises sont diverses : de la manifestation sans revendications affirmées, où se trouvent  pêle-mêle des sujets qui vont du contrôle des changes comme preuve du déni de démocratie, à la dénonciation de la loi sur l’avortement témoin d’une perte de morale du dit gouvernement, à, il y a quelques jours à peine une protestation salariale de gendarmes,  fortement relayée par la presse d’opposition, où les protestataires  -coupant les rues- appellent d’autres forces de sécurité à les rejoindre, dans un geste de défiance face au gouvernement- ce qui n’est pas anodin dans un pays comme l’Argentine- et de plus reçoivent le soutien de la très conservatrice La Rural (les grands exploitants terriens), ce qui au-delà de la revendication salariale devient un fait politique.

Une sorte d’intoxication, qui génère l’utilisation d’un vocabulaire particulier, déstabilise, décrédibilise, nie la représentativité du gouvernement élu. Des médias dominants comme le groupe Clarin qui ne supportent pas l’idée qu’une loi puisse éviter la concentration exagérée des médias, loi qui existe tant en France qu’aux Etats-Unis. Des groupes de l’oligarchie économique qui impulsent une bronca anti-gouvernementale, au point de jouer contre le peso, la monnaie nationale, au point de ne pas voir le bénéfice d’une reprise par le pays de sa souveraineté sur le pétrole plutôt que devoir l’importer. De la violence verbale mais pas de programmes en construction en vue des prochaines élections, pas de leader d’opposition politique, mais un groupe de franc-tireurs qui tirent sur tout ce qui bouge. Pourquoi ne s’organisent-ils pas derrière un programme, un projet, un leader, selon le jeu normal de la démocratie ?

Des propos haineux, infamants, diffamants contre le gouvernement circulent. Il n’y a pas de loi contre la diffamation de presse en Argentine, alors que de tels propos seraient passibles des tribunaux en France. Pas de propositions, pas de revendications. Que veulent- ils alors ? Faire tomber le gouvernement ? Une nébuleuse qui fait des coups, des opérations à répétition, un travail de sape de bas étage. Là commence le  poison de la contre démocratie. Les relents  de « golpisme » deviennent menaçants. « Un golpisme sans sujet » comme l’écrit le sociologue Horacio González en Pagina/12 (El golpismo sin sujeto).Peut être pire, car plus sournois, qu’un coup d’état en bonne et due forme. Et les vraies forces d’opposition  devraient se saisir de la question car elles en seront aussi les victimes, et  il y a là un vrai danger pour la démocratie.

Estelle Leroy-Debiasi pour El Correo

El Correo. Paris, le 10 octobre 2012.

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SYRIE : La leçon de Chavez à l’Empire

octobre 18th, 2012 by Le libre penseur

Le 8 octobre 2012, pour sa première conférence de presse faisant suite aux élections, le Président Hugo Chavez s’exprime sur la Syrie, livrant un discours plein de bon sens, d’humanisme et à total contre-courant du discours dominant, à gauche comme à droite.


La leçon de Chavez à l’Empire par librepenseur007

« Dieu a dit, il y aura des hommes blancs, des hommes noirs, il y aura des hommes grands, des hommes petits. Il y aura des hommes beaux, des hommes moches et tous seront égaux, mais ça sera pas facile.  Il y en aura même qui seront noirs, petits et moches et pour eux, ce sera très dur!  »  Coluche

La nouvelle   a fait l’effet d’une bomber : le prix Nobel de la paix est attribué cette année à l’Union Européenne : Le président du comité Nobel norvégien Thorbjoern Jagland déclare: « L’UE et ses ancêtres contribuent depuis plus de six décennies à promouvoir la paix, la réconciliation, la démocratie et les droits de l’Homme en Europe » 

Le Prix Nobel de la paix et ses intrigues

On sait que le prix Nobel de la paix récompense “ la personnalité ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ” selon les volontés d’Alfred Nobel.  L’écrivain  Stefan Zweig rapporte  que Florence Nightingale aurait été à l’origine de la fondation de ce Prix Nobel en convaincant Alfred Nobel afin qu’il répare le “ mal qu’il avait causé avec sa dynamite ”. Plusieurs prix sont décernés : Chimie, physique, médecine et physiologie, et littérature. Le prix de mathématiques fait l’objet d’un autre prix :le prix Abel.  Certaines nominations ont eu une résonance particulière comme celle de Roosevelt en 1906,  il était militariste ! Curieusement il y  eut un autre exemple…

La consécration par l’attribution du Prix Nobel est présenté par  la doxa occidentale  comme le summum de la consécration «universelle» d’un mérite.  Quand certaines de ces listes des « nominés »  ont été révélées à la presse, on a pu découvrir qu’Adolf Hitler avait été un temps nommé en 1939 par Erik Brandt, membre du Parlement suédois D’autres propositions de ce genre ont été soumises au Comité telles que celle de Benito Mussolini (en 1935) ou encore Joseph Staline (en 1945 et en 1948). C’est dire l’instrumentalisation qui avait lieu en coulisses pour introniser quelqu’un et barrer la route aux autres ».(1)

 « Il n’est pas question pour nous de rejeter en bloc, toutes les attributions, nous devons nous incliner, par exemple, humblement devant Mère Théresa qui méritait mille fois cette distinction, il nous faut nous souvenir que Gandhi- l’apôtre de la non violence- n’a pas eu le prix Nobel, malgré qu’il ait été nominé plusieurs fois La Grande-Bretagne s’était opposée. (..) S’agissant du feuilleton des prix Nobel octroyés aux dirigeants arabes «normalisés» qui acceptent l’ordre impérial avec Israël comme poste avancé de la démocratie en Barbarie. Deux séries de prix Nobel pour rien: Sadate et Begin, ce qui a permis de neutraliser définitivement l’Egypte. Arafat, Rabin qui a permis Oslo et le dépeçage de ce qui reste de la Palestine.  On se demande pourquoi Mahmoud Abbas n’a pas eu le prix Nobel, lui qui a fait de la reddition sans condition un mode de gouvernement et de négociation ».(1)

On se souvient qu’en réaction à l’attribution du prix Nobel de littérature au dissident chinois Liu Xiaobo, la Chine avait  mis en place le prix Confucius. Confucius a consacré sa vie entière à l’éducation avant de quitter ce monde en 479 av. J.-C. Le confucianisme insiste sur l’harmonie et l’équilibre. « Qui, écrivait le journal Le Monde, du lauréat Confucius ou Nobel incarnera la paix en 2010 ? La compétition entre la vision pacifique du philosophe chinois et celle du comité norvégien est officiellement ouverte avec l’organisation, jeudi 9 décembre à Pékin, du “prix de la paix Confucius” à la veille de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix, attribué en octobre au dissident chinois.(2)

 Les réactions à l’attribution du prix Nobel à l’Union Européenne

Les  Officiels européens ont accueilli cette nouvelle comme du pain béni. Elle vient donner un rayon de soleil dans une atmosphère plombée par l’austérité et l’avenir de l’euro.  La plupart des réactions ont mis en exergue l’aspect financier et la clochardisation des peuples faibles, pourtant européens. « Rosemar » s’interrogeant sur le bien fondé de ce mérite, écrit: « (…) Certains pays du Sud vivent des situations dramatiques : chômage, précarité, désarroi, avenir incertain, recours aux aides populaires : ces peuples là, s’ils ne vivent pas une situation de guerre, ne sont pas épargnés et subissent une véritable attaque des marchés financiers : les taux d’intérêt de leurs prêts atteignent des niveaux indécents et scandaleux.. A quelles personnes réelles ce prix s’adresse-t-il ?  A des banquiers véreux qui dirigent l’Europe et qui imposent des mesures d’austérité à des peuples en souffrance ? A des chefs d’état qui subissent eux mêmes les lois de la finance et qui acceptent de s’y soumettre ? Qu’en pensent les Grecs, les Espagnols, les Portugais ? Comment perçoivent-ils cette annonce de l’attribution du prix Nobel de la paix ? N’ont-ils pas le droit de se sentir une nouvelle fois humiliés, annihilés par cette décision qui encense une union européenne toute puissante pour leur imposer une austérité toujours plus grande ?

La guerre économique que subissent ces peuples est bien réelle, elle pèse sur les épaules des plus fragiles, de ceux qui ont perdu leur travail, n’ont plus aucune perspective d’avenir, qui fuient leur propre pays parfois dans un désespoir total (3)

Attac  le site alternatif français aussi ne s’en félicite pas. On lit: « il est complètement déplacé de récompenser l’Union européenne, alors même que ses institutions imposent de vastes plans d’austérité sociale dans le dos des peuples, renforcent les capacités militaires de l’UE et la chasse aux migrants et mènent une politique commerciale agressive. (…) Comment donner le prix Nobel de la paix à une Union européenne forteresse qui mène une politique de fermeture de ses frontières faisant des milliers de victimes ? Une Union qui s’engage à “améliorer progressivement ses capacités militaires (art. 42.3 du TUE) et qui reconnaît la suprématie de l’OTAN ? Quel message pour les peuples qui subissent sa stratégie d’exportation commerciale agressive par la signature d’Accords de partenariat économique qui laminent, par la libéralisation des marchés, des secteurs économiques entiers dans les pays du Sud ?  Enfin, quel message pour les millions de citoyens qui se mobilisent depuis deux ans, sur les places publiques en Grèce, en Espagne ou au Portugal, contre la destruction de leurs droits sociaux et les décisions de la Troïka, Commission et Banque centrale en tête ?  Les politiques d’austérité mises en oeuvre depuis deux ans n’ont fait qu’aggraver la situation des pays qui les subissent. »(4)

Dans le même ordre pour Max Keiser L’UE est une technocratie gouvernée par des machines qui se sont associées au système financier pour aspirer tout ce que les citoyens possèdent et le donner à Bruxelles et aux banquiers ainsi qu’à la Banque Mondiale, à l’UE et à la troïka.

Les machines sont primées. C’est grotesque.  (…) C’est comme si on récompensait Frankenstein d’être le plus beau monstre créé au cours de l’année. Qu’est-ce qu’ils vont faire ensuite ? A qui vont-ils le donner la prochaine fois ? A des graines génétiquement modifiées en Inde où les fermiers se suicident par milliers à cause de firmes comme Monsanto. (…) Ils veulent faire de la BCE une super-banque qui supervisera toutes les banques de la zone euro depuis Bruxelles pour garantir les avoirs toxiques et mettre toutes les dettes pourries dans une nouvelle Banque Centrale Européenne pour imposer plus d’austérité et soutirer plus d’argent aux citoyens.   (…) Il n’y a qu’une seule personne qui mérite le prix de la Paix cette année et c’est Julian Assange. Le fait qu’il ne l’ait pas reçu sera une tâche indélébile sur le Comité Nobel.(…°  Le fait que le Comité Nobel soit devenu un rouage de la machine et de la technocratie européenne est très embarrassant.(5)

Samuel Moleaud particulièrement scandalisé par cette distinction écrit :

«  Nous savions déjà que les institutions de ce monde pouvaient commettre les crimes les plus immondes en toute impunité, en toute légalité. Désormais, le crime est subventionné, récompensé par des titres honorifiques. Et oui vous lisez bien, le Comité Nobel norvégien vient de nommer l’Union Européenne prix Nobel de la Paix. De la paix ! Paix, démocratie, droits de l’Homme, l’Union Européenne serait l’entité qui depuis plus de cinq ou six décennies, oeuvre à la fin des guerres et aux droits humains. (…) La Banque Centrale Européenne, la Commission Européenne, le FMI, la Banque Mondiale, l’ensemble des grandes banques privées d’investissement et les gouvernements des pays membres forment une terrible machine de guerre qui a pris le contrôle total sur le destin des gens. (…) – Lorsqu’une directive de Bruxelles est transcrite en loi, règlement ou circulaire dans le droit interne, et qu’elle porte un coup sévère aux libertés individuelles ou aux droits fondamentaux les gouvernements de l’UE l’intègrent à leur Constitution sans aucune consultation populaire, (..) » (6)

 Les guerres de l’Europe aux faibles

Curieusement l’aspect belliciste à de rares exceptions n’est pas évoqué. Samuel Moleaud  écrit à ce propos  : « De même en 2001, des pays de l’UE intervenaient en Afghanistan, puis en Irak en 2003 en déversant des milliers de tonnes de bombes sur Kandahar, Kaboul ou bien Bagdad. La même Europe de la paix apporte aussi son soutien inconditionnel au gouvernement belliciste, nationaliste et fasciste de Benyamin Netanyahou en Israël. Pourquoi ne pas donner un Prix Nobel posthume de la Paix au Troisième Reich ?  On pourrait aussi attribuer un prix Nobel de la Paix à BHL pour avoir invité la présidence Sarkozy à “libérer” la Libye du joug de son dictateur… Le 12 octobre 2012 est à marquer dans les annales de l’obscurantisme européen. Merci le Comité Nobel pour votre ironie ». (6)

Même analyse du journal Le point : «(..) Ce choix s’accompagne aussi d’une part d’amnésie du comité Nobel. Car le blason pacifique de l’Europe est entaché d’un gigantesque échec : la guerre dans les Balkans. Au début des années 90, l’Allemagne a joué un rôle d’accélérateur de la dislocation non contrôlée de la Yougoslavie en soutenant la Croatie dans sa marche forcée vers l’indépendance. François Mitterrand est aussi responsable de n’avoir pas voulu freiner l’expansion serbe à coups de crime de guerre, au nom d’une vieille et soi-disant sacrée amitié franco-serbe. Surtout, l’Union européenne a manqué à tous ses devoirs en étant incapable pendant 9 ans d’arrêter cette guerre sanglante sur son propre continent qui a fait 200 000 morts, un million de déplacés et un génocide, celui de Srebrenica ».(7)

Il est vrai qu’il ne faut  pas oublier que  l’Europe  a été la pierre angulaire de la traite esclavagiste- le fameux Code Noir en France qui devait déboucher sur le siècle des lumières- et par la suite des aventures coloniales, notamment après la Conférence de  Berlin de 1884-1885 qui marqua l’entente européenne pour le partage et la division de l’Afrique. On le voit Cette Europe est de toutes les expéditions de l’Empire comme vassal obéissant ( le Kossovo, Srebrenica, avec 8000 morts il est vrai que ce ne sont que des musulmans et la Franc s’est particulièrement illustré c’est en effet un général français qui commandait les troupes qui ont permis à  Karadzic de trucider les bosniaques.. Il ne faut pas oublier les expéditions honteuses de l’Irak avec la coalition de 26 Nations dont les principales nations européennes il ne faut l pas oublier l’invasion de l’Irak  de l’Afghanistan avec l’Isaf composé d’européens de canadiens d’américains… Il ne fau pas oublier la Libye avec les milliers de morts dont on fera un jour le décompte et l’attribution. Il ne faut pas oublier de citer  enfin, un autre conflit qui a vu l’intervention entre autres des Anglais des Français celui de la Syrie dans la plus pure tradition des accords Sykes-Picot il y a de cela un  siècle. 

Cette Europe qui  diabolise ses minorités, il n’est que de voir le sort des Roms ballotés de pays en pays ;  Chacun a en tête l’humanité de la forteresse Europe et sa politique aux frontières en mettant en place une véritable armées – le dispositif frontex- pour repérer les clandestins en mer comme    c’est le cas du dispositif mis en place sur les côtes espagnoles, françaises et italiennes pour  repérer les « pateras », les embarcations des damnés de la terre qui  tentent la traversée du détroit ; L’Europe de la paix c’est aussi la chasse aux sans papier, les zones de rétention sans limite-même pour les enfants- avant le renvoi dans leurs pays de ces épaves harassées par le sort. Il est aussi utile de signaler le sort de ces autres minorités. Tour ceci nous dit on parce que l’Europe ne peut pas « accueillir toute la misère du monde » pour paraphraser Michel  Rocart. Il faut enfin, parler de ces minorités musulmanes autres véritables épaves qui servent de variables d’ajustement  et d’exutoire de la malvie .   Il n’y a pas un pays européen  où les musulmans vivent en paix diabolisés constamment par des médis qui surfent sur l’air du temps.   Pour toutes ces raisons peut-on parler de prix Nobel de la paix de la haine de la guerre ?  C’est tout cela en même temps.  

Conclusion

Il ne faut pas oublier aussi que le  prix Nobel de la paix est remis par le roi de Norvège  la patrie du   Norvégien Anders Behring Breivik restera dans l’histoire comme l’un des tueurs les plus sanguinaires par haine de l’islam et du multiculturalisme. L’extrémiste de droite.    Cette Europe est composée des pays tentés par le repli et les discours populistes, les chefs d’Etat Merkel  et Sarkozy en tête parlant de l’échec du multiculturalisme, ce qui permit l’ouverture de la boite de Pandore pour rechercher l’allogène, le musulman « ce pelé, ce tondu d’où viennent tous nos maux » . En un mot, ce fut la curée avec des armes médiatiques aussi létales que les réelles, les caricatures, à répétition et le point d’orgue à l’échelle mondiale un film anti-islam qui fut du pain béni et un objet de délectation de tout ceux qui veulent du bien au vivre ensemble.

Comment expliquer aux   chômeurs de France, d’Italie, de  Grèce ou d’Espagne qu’ils vivent dans un univers de paix ? eux qui se  battent au quotidien pour garder la tête hors de l’eau ? Ce Nobel est attribué sur fond de désunion des Etats européens, dont la solidarité est actuellement mise à rude épreuve, les riches économies du Nord traînant des pieds pour venir en aide aux pays du Sud financièrement asphyxiés par une dette publique excessive et soumis à des cures d’austérité. Fermons nos oreilles aux projets  prochains d’invasion du Mali pour sauver les monuments…Si l’Europe avait la moindre velléité de paix elle ne baserait pas son économie sur la vente de matériel de guerre et n’enverrait pas ses armées massacrer au 4 coins du globe au nom de grands principes qu’elle ne respecte pas. Le prix Nobel de la paix est dans les faits un prix Nobel de la guerre contre les faibles du monde qu’ils soient au Nord, au Sud, à l’Est ou l’Ouest..

Prof. Chems Eddine Chitour

1.http://www.mondialisation.ca/l-ordre-occidental-imp-rial-strat-gie-d-attribution-des-prix-nobel/?print=1

2.http://www.legrandsoir.info/Confucius-contre-Nobel-la-deconstruction-d-un-mythe-fondateur-occidental.html

3.http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/prix-nobel-de-la-paix-pour-l-union-124160

4.Site alter mondialiste Attac France, le 12 octobre 2012.

5.http://www.legrandsoir.info/d-abord-l-union-europeenne-et-ensuite-frankenstein-la-decision-du-comite-du-prix-nobel-est-grotesque-rt.html

6.Samuel Moleaud larmes à l’œil et glaires au gosier par trop d’écœurement. http://sam-articles.over-blog.com. 13 octobre 2012

7.http://www.lepoint.fr/monde/nobel-de-la-paix-a-l-ue-un-acte-politique-fort-au-prix-d-une-amnesie-12-10-2012-1516410_24.php

Élections aux États-Unis: Ne votez pas pour le mal en personne

octobre 17th, 2012 by Dr. Paul Craig Roberts

Lors du régime néoconservateur de George W. Bush, le président du Vénézuela Hugo Chavez résuma Bush pour le monde dans un discours à l’assemblée de l’ONU. Je cite Chavez de mémoire et non pas verbatim, il dit quelque chose comme : “Hier se tenait Satan lui-même à cette tribune, il parla  comme s’il possédait le monde. Vous pouvez toujours sentir le soufre d’ici.”

Chavez est une des têtes de turc favorites de la droite, parce que Chavez a aidé le peuple au lieu de le saigner au profit des riches, ce qui représente la voie de Washington. Tandis que Washington a mis à terre tout le monde sauf le 1%, Chavez a fait diminuer la pauvreté de moitié, doubler le nombre d’universitaires et a donné une assurance maladie et des retraites à des millions de Vénézuéliens pour la toute première fois.

Pas étonnant qu’il fut réélu une troisième fois comme président malgré les millions de dollars que Washington a déversé dans la campagne de l’opposition à Chavez.

Alors que Washington et l’UE prêchent le néolibéralisme, la suprématie du capital sur le travail, les politiciens sud-américains qui rejettent la voie de Washington sont élus et réélus au Vénézuéla, en Equateur, au Brésil, en Argentine, en Uruguay et en Bolivie.

Ce fut le gouvernement équatorien et non pas Washington, qui eut l’intégrité morale de donner l’asile politique au fondateur de Wikileaks Julian Assange. La seule fois où Washington donne l’asile politique n’est que pour mettre un opposant dans l’embarras.

Par contraste avec le leadership qui émerge en Amérique du Sud alors que toujours plus de gouvernements là-bas rejettent l’hégémonie traditionnelle de Washington, l’élite politique américaine, qu’elle soit démocrate ou républicaine, est toujours alignée avec les riches contre le peuple américain

La candidat républicain à la présidence, Mitt Romney, a promis de couper les impôts des riches, impôts qui sont déjà au strict minimum, de bloquer toute législation des gangsters de l’arène de la finance et de privatiser la sécurité sociale et le Medicare.

Privatiser la sécurité sociale et le Medicare veut dire détourner les impôts des citoyens au profit d’entreprises privées. Dans les mains républicaines, la privatisation ne veut dire qu’une chose: couper les avantages sociaux des citoyens et utiliser les impôts pour augmenter les bénéfices du secteur privé. La politique de Romney est juste une autre politique qui sacrifie les gens à l’autel du 1%.

Malheureusement, les démocrates, s’ils sont un moindre mal, sont toujours aussi mauvais. Il n’y a aucune raison de voter pour la réélection d’un président qui a codifié en loi la destruction de la constitution américaine par le régime Bush, qui a été plus loin et s’est arrogé le droit de faire assassiner les citoyens américains sans autre forme de procès et qui n’a rien fait pour arrêter l’exploitation du peuple américain par la caste du 1%.

Comme Gerald Celente le dit si bien dans son numéro d’automne du Trends Journal, quand on est confronté au moindre de deux mots, vous ne votez pas pour le moindre mal, vous boycottez l’élection et vous ne votez pas pour le moinde mal, car “grand ou petit, le mal est le mal.”

Si les Américains avaient un gramme de bon sens, personne n’irait voter en Novembre pour ces élections. Quiconque gagnera ces élections importe peu, car le perdant sera le peuple américain.

Une victoire d’Obama ou de Romney représente un sérieux contraste avec celle d’un Chavez. Voici comment Lula da Silva, l’ancien président populaire du Brésil résume la situation: “La victoire de Chavez est une victoire pour les peuples d’Amérique Latine. C’est un autre coup porté à l’impérialisme.” Washington, pourtant utilisant la toute puissance de son dollar n’a pas été capable d’acheter l’élection.

Comment peut-on résumer un Obama ou un Romney ? La réponse tient dans qui est le meilleur candidat pour les intérêts d’Israël, qui est le meilleur pour les intérêts de Wall Street, qui est le meilleur pour les intérêts de l’agro-bussiness, qui a le plus de chance d’attaquer l’Iran qui est le plus enclin à soumettre les manifestants contre l’austérité économique et la guerre à une détention indéfinie comme extrémistes domestiques.

Les seules personnes qui bénéficieroint de l’élection d’Obama ou de Romney sont ceux assiociés avec les oligarchies privées qui dirigent l’Amérique.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais :

paulcroberts

Evil is Evil: Don’t Vote for Evil par Dr. Paul Craig Roberts, le 13 octobre 2012

Traduction : Résistance 71

Le Dr. Paul Craig Roberts est le père des reaganomics et l’ancien directeur de la politique du ministère des finances américain. Il écrit des colonnes dans a presse et fut l’éditeur de Wall Street Journal son dernier livre “How the Economy Was Lost: The War of the Worlds,” detaille pourquoi l’Amérique se désintègre.

L’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) a débuté au Kazakhstan, le 8 octobre, des manœuvres intitulées « Fraternité inviolable » (« НЕРУШИМОЕ БРАТСТВО »). Le scénario est celui du déploiement d’une force de paix dans un pays imaginaire où œuvrent des jihadistes internationaux et des organisations terroristes sur fond de divisions ethno-confessionnelles. Le corps diplomatique accrédité, qui a été invité à assister à l’exercice, a écouté avec attention le discours d’ouverture du secrétaire général adjoint de l’Organisation. Il a clairement indiqué que l’OTSC se prépare à intervenir éventuellement au Grand Moyen-Orient. Et pour ceux qui font la sourde oreille, Nikolai Bordyuzha a précisé que son adjoint ne parlait pas de l’Afghanistan.

La Déclaration de Genève, négociée par Kofi Annan le 30 juin, prévoit le déploiement d’une force de paix si le gouvernement syrien et l’opposition en font l’un et l’autre la demande. L’Armée « syrienne libre » a rejeté cet accord. Le terme « opposition » désigne donc uniquement les partis politiques qui ont été réunis depuis, à Damas, sous la houlette des ambassadeurs russe et chinois. L’accord de Genève ayant été validé par le Conseil de sécurité, le déploiement de « chapkas bleues » peut être mis en œuvre sans résolution ad hoc. Valery Semerikov a précisé que 4 000 hommes sont d’ores et déjà affectés à cette force de paix, tandis que 46 000 autres sont formés et peuvent être mobilisés rapidement en renforts.

Dans ce contexte, les signes du retrait occidental de Syrie se multiplient. Le flux d’armes et de combattants occidentaux s’est interrompu, seuls continuent les transferts financés par l’Arabie saoudite et le Qatar.

Beaucoup plus surprenant : six fois de suite, le commandement Otan d’Incirlik a donné aux jihadistes des instructions de regroupement dans des zones particulières pour se préparer à de vastes offensives. Or, si l’Armée arabe syrienne, conçue pour affronter l’Armée israélienne, est inadaptée à la guérilla, elle est au contraire très efficace dans les combats classiques. Elle a donc, chaque fois, encerclé et anéanti les éléments rassemblés de l’Armée « syrienne libre ». On pouvait penser la première fois à une erreur tactique, la seconde à l’entêtement d’un général incompétent, mais à la sixième fois,  on doit envisager une autre hypothèse : l’Otan envoie volontairement ces combattants à la mort.

Contrairement à la perception commune, la motivation des jihadistes n’est pas à proprement parler idéologique ou religieuse, mais esthétique. Ils n’entendent pas mourir pour une cause et se désintéressent d’ailleurs du sort de Jérusalem. Ils épousent une posture romantique et cherchent à exacerber leurs sensations que ce soit par des drogues ou dans la mort. Leur comportement les rend facilement manipulables : ils cherchent des situations extrêmes, on les y place et on guide leur bras. Au cours des dernières années, le prince Bandar bin Sultan était devenu le grand architecte de ces groupuscules, incluant Al-Qaeda. Il les encadraient avec des prédicateurs leur promettant un paradis où 70 vierges leur offriraient des plaisirs paroxystiques, non pas s’ils atteignaient un objectif militaire particulier ou un but politique, mais uniquement s’ils mouraient en martyrs là où Bandar avait besoin d’eux.

Or, le prince Bandar a disparu de la scène depuis l’attentat dont il a été victime le 26 juillet. Il est probablement mort. Du Maroc au Xinjiang, les jihadistes sont livrés à eux-mêmes, sans aucune coordination véritable. Ils peuvent se mettre au service de n’importe qui, comme l’a montré la récente affaire de l’assassinat de l’ambassadeur états-unien en Libye. Par conséquent, Washington veut désormais se débarrasser de cette piétaille devenue encombrante et dangereuse, ou tout au moins en restreindre le nombre. L’Otan donne des ordres aux jihadistes pour les exposer au feu de l’Armée arabe syrienne qui les élimine en masse.

Par ailleurs, la police française a abattu le 6 octobre un salafiste français qui avait commis un attentat contre un commerce juif. Les perquisitions qui ont suivi ont montré qu’il appartenait à un réseau incluant des individus partis faire le jihad en Syrie. La police britannique a fait une découverte similaire quatre jours plus tard.

Le message de Paris et de Londres, c’est que les Français et les Britanniques morts en Syrie n’étaient pas des agents en mission secrète, mais des fanatiques agissant de leur propre initiative. C’est évidemment faux puisque certains de ces jihadistes disposaient de matériels de communication aux normes Otan, fournis par la France et le Royaume-Uni. Quoi qu’il en soit, ces mises en scène marquent la fin de l’implication franco-britannique aux côtés de l’Armée syrienne libre, tandis que Damas restitue discrètement des prisonniers. Une page est tournée.

Dès lors, on comprend la frustration de la Turquie et des monarchies wahhabites qui, à la demande de l’Alliance, se sont investies sans réserve dans la guerre secrète, mais devront assumer seules l’échec de l’opération. Jouant le tout pour le tout, Ankara s’est lancé dans une série de provocations visant à empêcher l’Otan de se dérober. Tout y passe, depuis le positionnement de pièces d’artilleries turques en territoire syrien jusqu’à la piraterie d’un avion civil. Mais ces gesticulations sont contre-productives.

Ainsi, l’avion de Syrian Air en provenance de Moscou qui a été détourné par les chasseurs turcs ne contenait aucune arme, mais des engins électroniques de protection civile destinés à détecter la présence de fortes charges explosives. A vrai dire, la Turquie n’a pas voulu empêcher la Russie de livrer un matériel destiné à protéger les civils syriens du terrorisme, mais a tenté d’accroître la tension en maltraitant des passagers russes et en empêchant leur ambassadeur de leur porter assistance. Peine perdue : l’Otan n’a pas réagit aux accusations imaginaires proférées par Recep Tayyip Erdogan. Pour seule conséquence, le président Poutine a annulé sine die sa visite prévue à Ankara le 15 octobre.

Le chemin vers la paix est encore long. Mais, même si la Turquie aujourd’hui, ou les monarchies wahhabites demain, essayent de prolonger la guerre, le processus est enclenché. L’Otan plie bagage et les médias tournent progressivement leurs regards vers d’autres cieux.

Thierry Meyssan

 

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Le samedi 6 octobre, la police française effectuait des raids à Paris, Cannes et Strasbourg. Elle abattit Jeremy Louis Sydney, un homme de 33 ans et le leader présumé d’une cellule terroriste islamique et arrêta onze autres personnes.

Sidney est censé avoir été en possession d’un revolver 357 magnum ; les policiers ont affirmé qu’il en avait fait usage contre eux.

Les raids furent effectués en rapport avec une attaque contre une épicerie juive kasher le 19 septembre à Sarcelles en banlieue parisienne, où vivent des communautés de religions et d’origines diverses. L’attaque commise à l’aide d’une grenade provoqua des dégâts et blessa une personne.

Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls insista pour dire que le groupe radical suspecté d’avoir perpétré l’attaque avait ses origines en France. « Il ne s’agit pas de réseaux terroristes qui viennent de l’extérieur, il s’agit de réseaux qui sont dans nos quartiers. Il s’agit de Français convertis, de Français musulmans. »

Il dit que ce n’était « pas seulement la communauté juive qui était ciblée, c’[était] la France »

Selon le journal Le Monde, plusieurs autres membres du groupe ont échappé aux arrestations, étant parties pour la Syrie pour y rejoindre un groupe djihadiste. Un des hommes arrêtés à Cannes écrivait, sur Facebook, des commentaires positifs sur Hassen Brik, un citoyen tunisien qui est porte parole du groupe salafiste Ansar Al-sharia.

Ansar al-Shariah est un groupe islamiste que la police tunisienne suspecte d’avoir organisé une attaque contre l’ambassade des Etats-Unis à Tunis le 14 septembre. Cette attaque suivit de trois jours seulement celle menée contre le consulat américain à Benghazi, et qui tua quatre américains dont l’ambassadeur, J. Christopher Stevens.

Le fait qu’un homme ait été tué par la police française sans procès est une indication du caractère réactionnaire du renforcement de la police en France et des méthodes terroristes utilisées par les groupes que l’impérialisme français soutien dans ses guerres au Moyen-Orient.

Valls fit, brièvement et indirectement, allusion à l’opposition populaire aux guerres d’intervention soutenues par la France au Moyen-Orient comme motivation possible pour la sympathie présumée de ces hommes pour les groupes djihadistes. La menace terroriste se nourrit de « fantasmes, de haines » et d’un « contexte géopolitique, » a-t-il dit.

Il dit qu’il avait dû annuler une visite au Qatar afin de prendre les choses en main face à cette « menace terroriste ». Le Qatar se trouve actuellement derrière l’activité terroriste en Syrie, soutenu par le gouvernement français afin de faire avancer la guerre par procuration menée par les Etats-Unis dans ce pays et de renverser le président Syrien Bashir Al-Assad.

Le lendemain des raids, le président François Hollande déclara qu’une nouvelle loi anti-terroriste sera présentée à l’Assemblée nationale dans les plus brefs délais, afin de « renforcer encore les instruments pour être plus efficace contre ce fléau. »

La réaction du Front national fasciste (FN) aux arrestations fut de chercher immédiatement à inciter, dans la même veine que Valls, plus de haine raciale contre la jeunesse opprimée des banlieues et contre l’islam. La dirigeante du FN Marine Le Pen attaqua l’islam disant: « L’islam est financé par de l’argent de l’étranger: il n’y pas d’islam de France »

En fait environ dix pour cent de la population française, soit plus de 6 millions de personnes est de religion ou d’origine culturelle musulmane.

Les jeunes hommes arrêtés ont été qualifiés d’ex-petits délinquants et de trafiquants de drogue convertis à l’islam radical, soit en prison, soit à leur sortie de prison par des prédicateurs salafistes. Bien qu’il soit lui-même en train d’imposer toute une suite de mesures d’austérité qui vont aggraver la pauvreté et les attaques contre l’éducation publique, Hollande ajouta hypocritement : « C’est par l’école de la République, par un travail acharné contre toutes les misères, les pauvretés, les exclusions que nous pourrons rassembler les Français. »

Cinq des jeunes hommes furent relâchés sans inculpation le jeudi 10 octobre, après quatre jours de détention, alors qu’ils étaient suspectés d’avoir créé « une cellule extrêmement dangereuse ».

Les sept personnes restantes ont été inculpées de « tentative d’assassinat en lien avec l’appartenance à une religion, en relation avec une entreprise terroriste. »

François Molins, le procureur de Paris, a dit que c’était « le groupe le plus dangereux depuis 1996 », l’époque où le groupe algérien GIA (Groupe islamique armé) avait organisé des attentats en France.

Le procureur affirma que des traces de DNA provenant de Sidney ont été retrouvées sur la grenade utilisée dans l’attaque de l’épicerie juive de Sarcelles. Un autre suspect, Jeremy Bailly avait été arrêté au cours d’une descente visant une maison à Torcy, en Seine-et-Marne.

Il était surveillé depuis quelque temps, après avoir été suspecté d’avoir visité des camps d’entraînement à l’étranger. La police a saisi de la soi-disant propagande islamiste et une liste d’associations juives de la région parisienne. On trouva aussi à Torcy du matériel de fabrication pour engins explosifs ainsi que quatre « testaments », censés se rapporter à la mort finale des membres du groupe. On récupéra aussi 27.000 euros (35.000 dollars).

Molins déclara que le rôle de Louis Sydney était de recruter des djihadistes pour la guerre civile menée par les Etats-Unis en Syrie. Cela soulève immédiatement la question de savoir pourquoi le gouvernement français soutient des groupes terroristes en Syrie, financés par le Qatar et l’Arabie Saoudite et soutenus par les Etats-Unis – tandis qu’il arrête et même tue par balles en France ceux de ses citoyens qu’il estime être engagés dans la même activité? C’est parce qu’il sait très bien que les groupes dont il fait la promotion en Syrie se servent de méthodes terroristes dont Paris pense qu’elles favorisent ses intérêts au Moyen-Orient.

Cela indique tout simplement le caractère criminel de la politique de la France et de ses alliés au Moyen-Orient.

Dans un autre commentaire profondément réactionnaire qui rappelle la propagande du FN, Valls a indiqué qu’il s’attaquerait à toute manifestation publique de la foi islamique ou d’hostilité à l’escalade des interventions impérialistes au Moyen-orient : «… moi je ne permettrai pas que des femmes voilées entièrement, que des prières de rues, que des slogans hostiles à des pays alliés à nos valeurs puissent se faire entendre dans nos rues. »

Article original, WSWS, publié le 12 octobre 2012

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Préambule
Dans un article précédent [1], nous avons pris en critique le deuxième point de l’annonce d’Ottawa, accusant le régime iranien de fournir une aide militaire au régime Assad ; nous avons démontré, comment Ottawa, en rompant avec Téhéran, s’impliquait de plus en plus dans la Sainte-Alliance contre la Syrie et l’Iran. Dans l’article présent, nous prenons en critique le premier point indiquant que « le Canada considère le gouvernement de l’Iran comme étant la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiales à l’heure actuelle [2] » ; et cela en critiquant les allégations d’une telle annonce, et en désignant l’implication du gouvernement Harper dans la Sainte-Alliance contre l’Iran et la Syrie.

Généralités

Malgré les annonces « pacifistes » d’Ottawa qui firent évoquer l’Iliade d’Homère et la Guerre de Troie, nous, dès le premier instant, prîmes parti pour la vraie cause de la paix ; en Syrie pour les Syriens, en Iran pour les Iraniens, au Proche-Orient pour les Juifs et les Arabes, et dans le monde pour les peuples de tous les pays. En effet, dès le premier instant, nous percions à jour l’annonce du ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, qui, commençant à psalmodier la cause de la paix mondiale, cherchait à débroussailler l’opinion publique pour une guerre à venir contre l’Iran ; à canaliser le choc des Canadiens – en adoptant un discours « pacifiste », mais basé malheureusement sur une vision manichéenne – ; à forger leur opposition en suscitant une menace imminente pour la paix mondiale, en provenance d’un État voyou – ici l’Iran –, une menace qui sert en effet à détourner l’attention loin de la folie de la coalition politique actuelle à Tel-Aviv qui sollicite la guerre ; à détourner l’attention loin des jérémiades de Ménélas Benyamin Netanyahu [3], qui suppliait son « frère » Agamemnon Stephen Harper [4] à chevaucher avec lui dans une nouvelle Iliade, cette fois-ci contre l’Iran, en dépit de l’opposition et des hurlements d’Arès Barack Obama [5] ; à former enfin une opinion publique en faveur d’une nouvelle Iliade ; pour sacquer Troie et prendre en captivité son roi Priamos ; pour établir la démocratie démocratique en Syrie, en la tournant en un émirat islamiste jihadiste, tel qu’il fut indiqué dans moult reportages de première classe ; pour lever une nouvelle Iliade comme la guerre de Troie n’a pu jamais en produire ; pour hurler enfin avec Zeus Cronide [6] :

Va, songe menteur, vers les nefs rapides des Achéens. Entre dans la tente de l’Atréide Agamemnon et porte-lui très fidèlement mon ordre. Qu’il arme la foule des Achéens chevelus, car voici qu’il va s’emparer de la ville aux larges rues des Troyens. Les immortels qui habitent les demeures Olympiennes ne sont plus divisés, car Hèrè les a tous fléchis par ses supplications, et les calamités sont suspendues sur les Troyens [7].

Israël prend part à la danse de guerre

Au moment même où le gouvernement Harper appela à l’établissement de la démocratie démocratique en Syrie, il laissa entreprendre, sous le commandement de la Sainte-Alliance, une Iliade contre la Syrie qui, depuis dix-neuf mois, s’engageait dans une confrontation sanglante contre les jihadistes d’al-Qaïda et les islamistes wahhabites, premiers ennemis de toute démocratie démocratique. En plus, au moment même où l’on accusa l’Iran d’être « la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiales à l’heure actuelle », on s’aveugla sur les menaces que proférait la coalition actuelle en Israël à ses voisins.

Quels calculs profonds ! Quel paradoxe historique !

Dire que la coalition actuelle à Tel-Aviv n’appelle pas à la destruction de ses voisins ne manque pas assez de souplesse que de naïveté à la Palin [8], et cela pour deux raisons :

premièrement, dans la réalité concrète des choses, la division manichéenne du monde en deux camps, celui du bien et celui du mal, ne reflète en effet qu’une vision enfantine de la réalité, et seuls ceux qui ne s’élèvent pas, par leur méthode de penser, à un stade plus avancé, croient à telle division, et agissent par conséquent comme s’ils étaient élus par Zeus Cronide pour guerroyer contre Hadès et déraciner le mal de notre monde ;

deuxièmement, les médias monopoles font encore témoins de dizaines de menaces de destruction proférées ostensiblement aux pays voisins par les rois de la coalition actuelle à Tel-Aviv. À titre d’exemple, le 7 avril 2008, le ministre israélien des Infrastructures, Benyamin Ben Eliezer, menaça de détruire l’Iran : « Israël adoptera “une riposte dure” et détruira l’Iran si Téhéran lance une attaque contre l’État hébreu [9] ». Il ajouta : « une attaque iranienne contre Israël déclenchera une riposte dure qui provoquera la destruction de la nation iranienne [10] ». M. Ben Eliezer fit ces déclarations, d’une rare virulence, à l’occasion d’une réunion à son ministère organisée dans le cadre du plus grand exercice militaire de l’histoire d’Israël.

Dans une déclaration plus récente, le 2 février 2012, le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, menaça, lors d’une conférence sur la sécurité, d’attaquer l’Iran : « si les sanctions échouent, l’Iran devra faire face à des attaques aériennes [11] ». Un peu plus tôt, le vice-Premier ministre Moshe Yaalon eut déclaré que l’Iran devait être stoppé « un jour ou l’autre ». À plus forte raison, MM. Netanyahu et Barak estimèrent, dans ces conditions, qu’Israël devait attaquer pour éviter une « nouvelle Shoah[12] ».

En plus, le 11 septembre 2012, M. Netanyahu menaça à nouveau d’attaquer l’Iran : « si la communauté internationale refuse de fixer une ligne rouge à Téhéran en matière nucléaire elle ne peut demander à Israël de rester sans réaction [13] ». Ajoutons à toutes ces danses de guerre la caricature de M. Netanyahu à l’ONU, le 27 septembre, où il brandit le dessin d’une bombe prête à exploser sur lequel il traça, au feutre, une ligne rouge située juste en-dessous de l’« étape finale » [14].

Ces mises en garde brutales de responsables israéliens, ces menaces continues de rayer la nation iranienne, ces comportements de type hystérique de la part de la coalition actuelle à Tel-Aviv, viennent conforter Yedioth Ahronoth, qui affirma dans un éditorial qu’Israël pourrait « renvoyer l’Iran à l’âge de la pierre [15] ». Il eût suffi ici de retourner aux archives des médias monopoles pour récupérer des données pertinentes sur le sujet ; ce que M. John Baird n’eût pas fait, le jour où il rendit public son Iliade du Sept-Septembre. Il eût fallu encore lui rappeler que servir la cause de la paix mondiale nécessite la condamnation des cris et des hurlements de guerre en provenance de tous les camps ; car on ne peut pas psalmodier la paix le matin et apaiser Arès le soir, en lui chantant un péan [16]. Pourtant, M. Baird insista que le régime iranien « menaçait régulièrement l’existence d’Israël et tenait des propos antisémites racistes en plus d’inciter au génocide [17] ».

Les menaces iraniennes entre le futur simple et le conditionnel présent

Au lieu de laisser entreprendre dans l’Iliade de Ménélas Benyamin Netanyahu contre l’Iran, le gouvernement Harper eût pu tout simplement, et sans recours à la Nouvelle grammaire française de Grevisse [18], vérifier le temps dans lequel les menaces iraniennes furent conjuguées ; fût-ce le futur simple, qui appartient au mode indicatif et s’emploie principalement pour exprimer une action à venir, ou le conditionnel présent, qui s’emploie principalement pour exprimer un événement ou un état soumis à une pré-condition ?

Autrement dit, en proférant des menaces à rayer l’État hébreu, les responsables iraniens utilisaient toujours le conditionnel présent et non le futur simple, comme l’indiquaient les archives des médias iraniens, arabes et occidentaux alternatifs – nous exclûmes ici les médias monopoles qui faisaient clairement partie de la propagande de guerre contre l’Iran – : « Si et seulement si Israël attaque l’Iran, il sera rayé », ce fut précisément ce que les dirigeants iraniens déclaraient à plusieurs reprises. À plus forte raison, les dirigeants iraniens n’appelaient pas à la destruction de l’État hébreu sans avoir mis leurs menaces dans ce contexte précis, qui fut celui d’une attaque israélienne possible contre l’Iran. Ce qui mit les déclarations iraniennes et celles israéliennes abordées ci-devant au même niveau de danger et de menace à la paix mondiale ; et les déclarations des rois de Tel-Aviv devinrent ainsi aussi dangereuses et menaçantes que celles des dirigeants iraniens.

Hélas ! Le gouvernement Harper eût pu condamné et dénoncé les cris et les hurlements de guerre en provenance des deux camps, du Royaume d’Israël et de l’Empire perse, voire d’Israël et de l’Iran, au lieu de frapper seulement l’Iran par la foudre de Jupiter, car ce fut dans ce contexte précis qu’il fallait aborder les menaces proférées des deux camps, et non pas, certainement, dans le contexte de la bonhomie du gouvernement Harper.

Or, en pleine crise économique mondiale qui frappe depuis presque cinq ans, l’impérialisme trouve un exutoire dans une campagne contre la Syrie, dans une guerre d’expansion au Moyen-Orient, dans une nouvelle Iliade contre l’Iran. Plus les dirigeants occidentaux et les médias monopoles accusent l’Iran d’être « la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiales à l’heure actuelle », plus les faits confirment qu’il s’agit bien, comme nous le pensons, de préparations de la part des centres de pouvoir impérialistes pour une agression contre l’Iran, où les Canadiens, sous le règne du gouvernement Harper,  joueraient un rôle important, non comme des agent de la paix, mais comme « des acteurs crédibles des rapports de force entre les puissances internationales [19] ».

Ce que les Israéliens disent d’une guerre face à l’Iran

En lisant les allégations d’Ottawa contre l’Iran, nous crûmes, pour quelques instants, que le prophète Élia eut abandonné le robuste de genièvre, dans le désert, pour assister au besoin de son peuple Israël, après qu’il eut entendu la voix de l’ange du Seigneur lui disant : « Lève-toi et mange, car tu as un long chemin devant toi ! [20] ».

Or, une série de questions se pose ici : est-ce que tous les Israéliens appuient une guerre d’agression contre l’Iran ? Applaudissent-ils, tous, les hurlements de guerre de Ménélas Benyamin Netanyahu et de son ministre de la Défense, Ehud Barak surnommé Ajax le Grand [21] ? Et ces déclarations de M. Baird, qui s’adressa aux Gentils [22] comme un « inspirés parlant à des inspirés », est-ce que tous les Israéliens les reçurent comme Daniel eut reçu le repas de Habacuc, en s’exclamant : « Vous Vous êtes souvenu de moi, ô Dieu, et Vous n’avez pas abandonné ceux qui Vous aiment [23] » ?

Certainement pas ! En Israël comme en Iran, à l’Est comme à l’Ouest, des voix s’élèvent contre la guerre, contre l’agression et contre la destruction d’autres nations. À titre d’exemples, des milliers d’Israéliens ont protesté, durant le mois d’août, afin de mettre des bâtons dans les roues de la machine de propagande de guerre possible face à l’Iran.

Selon Yedioth Ahronoth, environ 200 personnes ont protesté devant la résidence du ministre de la Défense à Tel-Aviv. Parmi les manifestants, il y avait des figures distinguées de la Gauche telles que Dov Khenin (membre du Knesset), Eldad Yaniv et Doron Tsabari qui exprima son choc :

[I was] shocked after reading all the Friday newspapers. What I read was that a decision to go to war has been made against the position of the entire security echelon. We are approaching an abyss. This will be a crazed war. I can’t predict the future and I don’t know whether (Prime Minister) Netanyahu plans to attack or not, but if he says he is going to war I believe him. That’s why I am here, because I’m concerned [24].

J’ai lu dans les journaux que la décision d’aller en guerre a été prise sans prendre en considération l’échelon de la sécurité. Nous approchons de l’abîme. Ce sera une guerre folle. Je ne peux pas prédire l’avenir et je ne sais pas si Netanyahu prévoit attaquer ou non, mais s’il dit qu’il va à la guerre, je le crois. C’est pourquoi je suis ici, parce que je m’inquiète [25]. (t.d.a.).

Dans un article publié dans Haaretz, le journaliste israélien Amir Oren fait appel à des manifestations anti-guerre plus organisées et plus déterminées par leur objectif :

… the opponents of war must organize a protest that is loud and clear, sober and not defeatist, whose reasons are rooted in concern over damage to Israel’s security. This protest should be led by moderate and centrist forces such as the Council for Peace and Security [26].

… les opposants à la guerre doivent organiser une manifestation qui serait forte, claire, sobre et non défaitiste, et elle devait être motivée par de soucis concernant les dégâts [qu’une telle guerre pourrait créer] à la sécurité d’Israël. Une telle manifestation devrait être dirigée par des mouvements modérés et centristes, tels que le Conseil pour la paix et la sécurité. (t.d.a.).

Le 16 août, environ 400 Israéliens ont signé une pétition sollicitant le ministère de la Défense de ne pas obéir aux ordres hypothétiques concernant le bombardement de l’Iran [27]. Selon Chaim Gans, un professeur de droit à l’Université de Tel-Aviv, une guerre contre l’Iran serait illégale et les conséquences d’une telle action seraient totalement dévastatrices [28].

Le 23 août, Trois cent militants ont manifesté et élevé leur voix contre une guerre face à l’Iran. Ils ont manifesté devant le ministère de la Défense et le siège militaire situés à Tel-Aviv. Ils ont invité tous ceux qu’ils pouvaient, mêmes les membres du Knesset (le parlement israélien), et ont distribué des dossiers de presse à tous les organes de presse qu’ils connaissaient [29]. Le même jour, des centaines de militants du Bloc de la paix (Gush Shalom), une organisation pacifiste israélienne, ont manifesté devant le ministère de la Défense à Tel-Aviv, devant merkaz hakarmel à Haïfa et devant la résidence du premier ministre à Jérusalem [30]. Le Bloc a déclaré aussi que :

Netanyahu and Barak are leading the people of Israel and the peoples of the entire region to a war whose hazards and severity might prove utterly unprecedented.

Netanyahu and Barak break all records of political and military adventurism, placing Israeli citizens, Jews and Arabs alike, at risk of destruction [31].

Netanyahu et Barak entrainent le peuple d’Israël et les peuples de toute la région en une guerre dont les risques et l’atrocité pourraient se révéler tout à fait sans précédent. À plus forte raison, ils ont battu tous les records avec leur aventurisme politique et militaire, et cela en risquant la destruction des citoyens israéliens, Juifs et Arabes (t.d.a).

Tous ces cris anti-guerres dans les rues de Jérusalem, de Tel-Aviv et de Haïfa, toutes ces voix israéliennes refusant la guerre contre l’Iran et opposant à la folie du premier ministre israélien Netanyahu et de son ministre de la Défense Barak, toutes ces manifestations, peu importe le nombre des participants, contrecarrent les allégations d’Ottawa contre Téhéran.

Non à la guerre contre l’Iran !

Nous le répétons : après les mesures d’Ottawa contre Téhéran qui étaient tout à fait incompréhensibles, après les concentrations de navires de guerre atlantiques dans le golfe Persique, après le déploiement de systèmes anti-missiles autour de l’Iran qui se confirment tous les jours par des reportages de première classe, après que l’Union européenne et les États-Unis, si hostiles envers l’Iran, aient imposé de nouvelles sanctions économiques pour affamer le peuple iranien, nous ne pouvons plus douter que l’impérialisme ne prépare une grande offensive contre l’Iran.

Peuples de tous les pays, activistes et militants pour la paix, surtout aux États-Unis, en Europe de l’Ouest, en Israël, en Turquie, élever la voix, opposer-vous aux fous qui nous entraînent vers une nouvelle Shoah, cette fois-ci contre toute l’humanité, car une guerre contre l’Iran déclenchera certainement une troisième guerre mondiale ; élever la voix encore une fois en criant : Non à la guerre contre l’Iran !

Fida Dakroub, Ph.D
Page officielle de l’auteur : www.fidadakroub.net

Notes

[1] Dakroub, Fida. (28 septembre 2012). « Ottawa rompt avec Téhéran : la propagande impérialiste contre l’Iran et la Syrie ». Publié sur Mondialisation.ca. Récupéré le 4 octobre 2012 de

http://www.mondialisation.ca/ottawa-rompt-avec-teheran-la-propagande-imperialiste-contre-liran-et-la-syrie/

[2] L’Express. (7 septembre 2012). « Le Canada rompt ses relations avec l’Iran ». Récupéré le 12 septembre 2012 de

http://www.lexpress.to/archives/9433/

[3] Ménélas est un roi de Sparte. Mari d’Hélène et frère d’Agamemnon, il est l’un des héros achéens de la guerre de Troie.

[4] Agamemnon est le roi d’Argos et de Mycènes, fils d’Atrée. Chef des Grecs pendant la guerre de Troie, retenu avec sa flotte par des vents contraires, il dut sacrifier sa fille Iphigénie à Artémis. Après la victoire, il rentra à Mycènes avec la princesse troyenne Cassandre.

[5] Arès est le dieu de la guerre et de la destruction dans la mythologie grecque. Fils de Zeus et de Héra, il est assimilé à Mars chez les Romains.

[6] Cronide est le nom donné à tous les descendants du dieu Cronos, tel que Zeus, Hadès et Poséidon.

[7] Homère, L’Iliade, chant II.

[8] Allusion au film « Game Change » qui traite la campagne Républicaine menée par John McCain et Sarah Palin. Le film parle avant tout d’un comportement trop personnel du Gouverneur Sarah Palin durant les semaines précédant l’élection.

[9] Le nouvel Observateur. (7 avril 2008). « Israël menace de détruire l’Iran en cas d’attaque ». Récupéré le 18 septembre 2012 de

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20080407.OBS8572/israel-menace-de-detruire-l-iran-en-cas-d-attaque.html

[10] loc. cit.

[11] Courrier International. (3 février 2012). « Tel-Aviv menace d’attaquer l’Iran ». Récupéré le 18 septembre 2012 de

http://www.courrierinternational.com/breve/2012/02/03/tel-aviv-menace-d-attaquer-l-iran

[12] Le Figaro. (14 février 2012). « Israël : l’option d’une attaque contre l’Iran se précise ». Récupéré le 18 septembre 2012 de

http://www.lefigaro.fr/international/2012/02/14/01003-20120214ARTFIG00303-israel-l-option-d-une-attaque-contre-l-iran-se-precise.php

[13] Le Figaro. « Nétanyahou menace d’attaquer l’Iran ». loc.cit.

[14] Reuters. (27 septembre 2012). « Benyamin Netanyahu appelle à fixer une “ligne rouge” à l’Iran ». Récupéré le 7 octobre de

http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE88Q08620120927

[15] Yedioth Ahronoth. (9 septembre 2012). “Experts: Israel could send Iran back to Stone Age”. Récupéré le 18 septembre 2012 de

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4278765,00.html

[16] Chez les Grecs archaïques, Péan ou Péon est d’abord un dieu guérisseur. Dès Homère, le péan est également un chant solennel et collectif à Apollon, en imploration ou en action de grâce. Par la suite, le péan peut être chanté en l’honneur d’autres dieux, comme Arès, dieu de la guerre. Il est traditionnellement chanté avant une bataille, au départ d’une flotte, après une victoire.

[17] L’Express. « Le Canada rompt ses relations avec l’Iran ». loc. cit.

[18] Grevisse, Maurice ; André Goosse. (1995). Nouvelle grammaire française. De Boeck et Duculot : Paris, 1995.

[19] Nadeau, Christian. (3 juin 2010). « Stephen Harper est-il vraiment l’ami d’Israël ? ». Publié dans Le Devoir. Récupéré le 8 octobre 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/290095/stephen-harper-est-il-vraiment-l-ami-d-israel

[20] Élia, (19 : 5).

[21] Dans la mythologie grecque, Ajax, fils de Télamon (roi de Salamine) et de Péribée, est un héros de la guerre de Troie. Il ne doit pas être confondu avec son homonyme Ajax fils d’Oïlée. On le surnomme « Ajax le grand » à cause de sa haute stature, mais aussi pour le distinguer de son homonyme, dit « Ajax le petit ». Priam, l’apercevant du haut des remparts de Troie, le décrit ainsi comme un « guerrier achéen, noble et grand, qui dépasse les Argiens de la tête et de ses nobles épaules » (Iliade, III, 226-227).

[22] Gentils, du latin Gentiles ou les « nations », est la traduction habituelle de l’hébreu Goyim, « nations », qui finit par désigner les non-Juifs. Les auteurs chrétiens ont aussi employé ce mot pour désigner les païens. Nous l’utilisons ici dans sa dénotation latine, les « nations ».

[23] Dans le Livre de Daniel, l’Ange du Seigneur prit Habacuc par le haut de la tête, le porta par les cheveux, et il le déposa à Babylone, au-dessus de la fosse aux lions dans laquelle le roi perse Darius emprisonnait Daniel. Et Daniel dit: « Vous Vous êtes souvenu de moi, ô Dieu, et Vous n’avez pas abandonné ceux qui Vous aiment », Daniel (14 :37).

[24] Morad, Gilad. (12 août 2012). “Protesters say ‘no to war in Iran”. Publié dans Yedioth Ahronot. Récupéré le 13 octobre 2012 de

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4267700,00.html

[25] loc.cit.

[26] Oren, Amir. (12 août 2012). “Obama must speak out against war with Iran”. Publié dans Haaretz. Récupéré le 13 octobre 2012 de

http://www.haaretz.com/opinion/obama-must-speak-out-against-war-with-iran-1.457522

[27] Russia Today. (17 août 2012). “Israelis oppose war with Iran despite govt’s hawkish stance”. Récupéré le 11 octobre 2012 de

http://rt.com/news/israelis-oppose-iran-war-936/

[28] loc, cit.

[29] MIR. (s.d). « Les Israéliens protestent contre une guerre face à l’Iran ». Récupéré le 11 octobre 2012 de

http://mirfrance.org/mirfr/content/les-isra%C3%A9liens-protestent-contre-une-guerre-face-%C3%A0-l%E2%80%99iran

[30] Gush Shalom. (s.d). “Stop the war against Iran”. Récupéré le 11 octobre 2012 de

http://zope.gush-shalom.org/home/en/events/1345723261

[31] loc. cit.

 

Docteur en Études françaises (The University of Western Ontario, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur en théorie bakhtinienne. Elle est  aussi militante pour la paix et les droits civiques.

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Syrie : L’Émir, Erdogan et Hollande… même combat !

octobre 16th, 2012 by Mouna Alno-Nakhal

À la veille du  XIVème Sommet de la francophonie organisé à Kinshasa du 12 au 14 octobre 2012, le Président français François Hollande a distribué les bons points et les mauvais… La palme d’or est revenue à deux pays : le Qatar et la Turquie qu’il a tenu à saluer pour leur attitude et/ou leur retenue en tant que chantres de la démocratie et/ou de l’action humanitaire à l’égard du « conflit syrien » ! Les mérites de l’Émir qatari faisant couler beaucoup d’encre dans notre bel Hexagone, laissons nos parlementaires et responsables démocrates, tel Monsieur Yves Bonnet ancien Préfet et ancien Directeur de la DST,  éclairer le débat comme il l’a fait sur France 5. Puis, après avoir écouté ou lu les points clés de l’intervention de notre Président sur France 24, intéressons-nous au dessous des « cartes », notamment celle correspondant à cette fameuse « zone tampon », couloir humanitaire ou zone protégée, c’est comme on voudra, et qui tarde à se concrétiser pour nos ex et actuel gouvernements, pressés d’en finir avec l’État syrien, sa géographie, son peuple, sa civilisation, son Histoire et ses infrastructures qu’on n’a pas fini de démolir… Un petit bout de carte parmi d’autres cartes remaniées pour les besoins de l’Occident, un siècle après l’autre… Simple « Re-partition » d’un Moyen-Orient, éternellement convoité, et qu’on espère bien concrétiser le moment venu coûte que coûte ! 

 Photo : Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan

I. Les points clés de l’intervention de Monsieur Yves Bonnet sur France 5 [1]

[…] Il y a tout de même une propagande salafiste. Il faut quand même appeler un chat, un chat ! Il y a des pays étrangers, deux en particulier : le Qatar et  l’Arabie saoudite… Ils ne se contentent pas seulement de payer les footballeurs du PSG !  Quand je vois le Qatar se préoccuper de la situation dans nos banlieues… De quoi se mêle-t-il ? C’est une grande démocratie le Qatar ! Tout le monde sait qu’il y a une vie démocratique… J’ai été Préfet, je trouve absolument intolérable qu’un certain nombre de pays étrangers viennent s’occuper de la situation de nos banlieues… Et l’Arabie saoudite ? Quelle est la tolérance religieuse de ce pays ? Ce sont des pays qui sont la négation même de l’expression démocratique. Et ce sont ces pays qui viennent s’occuper de nos affaires… Il y a une propagande salafiste ! Tout le monde sait qu’aujourd’hui les propagandes salafistes, mais pas seulement en France, dans les pays de l’Afrique sub-saharienne aussi, sont payées par l’Arabie saoudite et le Qatar ! Moi, je pense qu’il faut tout de même que nous posions le problème de façon assez claire avec ces pays qui se prétendent nos alliés, nos amis…

[…] Ce que je voudrais dire aussi, si vous permettez de donner un petit coup de projecteur de plus haut. C’est que nous sommes, nous qui sommes une démocratie, en train d’assimiler en quelque sorte, par ce vieux processus français, des populations nouvelles qui sont des populations musulmanes et qui globalement ne posent pas de problèmes… Et, nous sommes aux confluents de deux grandes stratégies.  Il y a eu la stratégie américaine de démolition de tous les régimes arabes laïcs. Ça a été fait systématiquement. On voit les merveilleux résultats ! Avec,  je me permets de le dire et je vous le dis quand même, le problème des Chrétiens d’Orient dont personne ne parle… qui ont disparu… qui sont en train de disparaître de l’Irak… qui vont disparaître de la Syrie ! Et moi, je suis désolé, je ne vois pas pourquoi on n’y prêterait pas attention ! Je pense qu’il y a là un gros problème aussi…

[…] Alors, il y a cette stratégie américaine de démolition des régimes arabes laïcs suspectés d’entretenir des relations plus ou moins sympathiques avec L’Union soviétique. Ce sont quand même les Américains qui ont fabriqué Al-QaÏda… je suis désolé, ça c’est un fait qui n’est plus contesté par personne ! Deuxième chose : il y a cette stratégie des pays du Golfe qui est de faire monter le salafisme, de le répandre un peu partout… je pense que nous sommes bien d’accord. Je dis au passage d’ailleurs, que le terme d’antisémite, moi, ne me convient pas du tout, parce que les arabes sont des sémites et que vous avez les deux tiers des juifs qui ne sont pas sémites… mais enfin, passons ! Alors parler de judéo-phobie… non mais, parlons français ! Ces deux politiques ont convergé parce que ces deux pays du Golfe, et en particulier le plus puissant est l’allié indéfectible des États-Unis. Et nous, nous sommes pris dans cette espèce de maelstrom  où nous essayons de préserver notre identité, notre démocratie avec beaucoup de difficultés. Mais il ne faut pas non plus jeter le bébé avec l’eau du bain. Je pense que nous sommes tout de même dans une société qui est en voie d’apaisement sur le plan de la vie entre les communautés…

[Transcription partielle de l’émission, mais mot à mot.]

II. Les points clés de l’intervention du Président Hollande sur France 24 [2]

[…] Le Qatar soutient l’opposition à Bachar el-Assad après  avoir été, je le rappelle, dans l’Histoire récente… un de ses soutiens. Il est dans l’opposition. Il veut favoriser l’opposition. Nous aussi ! La France aussi ! Nous disons donc qu’il faut fédérer l’opposition et il faut préparer l’après Bachar el-Assad ! Et cette transition doit être une transition vers la Démocratie… pas vers le chaos… vers la démocratie… c’est-à-dire que le projet doit réunir toutes les forces de l’intérieur, et de l’extérieur, qui demain voudront une Syrie libre et démocratique ! Le Qatar a sa place. Il peut aider. Il peut soutenir et nous le faisons en bonne intelligence. Mais pour nous, il n’est pas question de fournir des armes, et nous l’avons dit… à des rebelles dont nous ne saurions rien des intentions. Pour les « territoires qui ont été libérés », j’ai demandé à ce que ces territoires puissent être protégés. Ensuite, j’ai dit au Qatar, mais pas simplement au Qatar, qu’il mène des « œuvres humanitaires » dans un certain nombre de pays… dont le Mali ! Je leur ai dit : « Faites attention, vous pensez parfois être dans l’humanitaire et vous pouvez, sans que vous ne soyez pour autant responsables, vous retrouver à financer des initiatives qui peuvent être au bénéfice des  terroristes ». Ils m’ont répondu… les autorités du Qatar, et donc… l’Émir et son Premier ministre, qu’ils sont extrêmement vigilants par rapport à cela, et je veux les croire ! Donc… je suis dans une position où je ne laisse rien passer !

[…] Plus tôt Bachar partira, plus sûre sera la transition en Syrie… Plus le conflit dure, plus les risques ensuite sont grands… risque d’abord de guerre civile, risque de chaos après… ou de « partition ». Je m’y refuse ! Donc… la France, elle est aux avant-postes. Elle a beaucoup été « regardée » ces derniers mois…  depuis mon élection ! Regardez ce que nous avons fait. C’est nous qui avons demandé que l’opposition puisse se réunir, ce qui a été fait d’ailleurs, au mois de Juillet, ici, à Paris… et se fédérer dans un « gouvernement provisoire » ! Nous avons été les premiers à le dire ; les premiers à dire aussi qu’il fallait « protéger les zones libérées » ; premiers à faire en sorte qu’il puisse y avoir une « aide humanitaire »… ce que nous faisons en Jordanie [3] ; premiers à dire également que nous devons nous coordonner pour que les « personnes déplacées et les réfugiés » puissent être accueillis dans de bonnes conditions, notamment pour l’hiver qui arrive ; premiers à dire que nous devons tout faire pour que Bachar el-Assad parte et que nous trouvions une solution, y compris proche de lui… J’ai entendu la proposition de la Turquie par rapport au vice-président [4]. Il y a des personnalités  « encore » en Syrie, qui peuvent être des solutions de transition, mais il n’y a pas de compromis avec Bachar el-Assad !!!

[…] La Turquie a été « particulièrement retenue » et je veux saluer l’attitude de ses dirigeants, parce qu’il y a eu des agressions, il y a eu des provocations [5] ! Donc… la Turquie fait tout pour éviter le déchaînement… qui serait d’ailleurs dans l’intérêt de la Syrie : « Créer un conflit international qui pourrait souder la Syrie contre un agresseur supposé venir de l’extérieur » ! Donc… nous devons tout faire pour que le conflit syrien, plus exactement, « la Révolution syrienne » ne fasse pas de débordements en Turquie, au Liban, en Jordanie. Donc… ma responsabilité est très grande, parce que la France veut que le Liban garde son intégrité ! Ma responsabilité est grande parce que je soutiens ce qui se passe en Jordanie [6]… là aussi, un processus démocratique… et puis des réfugiés qui sont quand même très nombreux !

[Transcription partielle de l’émission, mais mot à mot.]

III. La carte de la « zone tampon » qu’Erdogan tarde à concrétiser [7]  

Le projet d’une « zone tampon » en territoire syrien, que le gouvernement turc voudrait mettre à exécution par le feu et le sang en massant et en soutenant les « bandes armées » venues de tout horizon à travers la frontière nord et nord-ouest de la Syrie, concerne une région qui devrait s’étendre du poste frontière syrien d’Al-Salama jusqu’à la côte nord en passant par la région d’Idlib [8] ; les points cibles essentiels à sa concrétisation étant les suivants :

 

  1. 1.      A’zaz et les petites villes situées au nord d’Alep, notamment Maaret Al-Nouman, Khan Shaykhun et Jisr al-Shughour se situant autour de la ville d’Idlib, que l’opposition armée destine à devenir sa capitale grâce à l’appui du voisin turc !
  2. Cette zone  représente 5% de la superficie de la Syrie, est densément peuplée [17% de la population], est riche de ses élevages et de son agriculture [40% des surfaces agricoles]. Elle permettrait d’ouvrir la voie vers la côte méditerranéenne en passant par la belle région dite des Al-Kassatel , puis Kassab, Al-Hafa, et les villages  turkmènes et kurdes de la campagne environnant Lattaquié, sans oublier la jonction escomptée avec le « Sandjak d’Alexandrette » usurpé suite au « Traité de Lausanne » de 1923.

En effet, il est important de noter que ces localités quasi frontalières de la Turquie sont caractérisées par une population mixte d’arabes et de turkmènes encore influencés par la culture, les traditions et les coutumes turques. D’où la manoeuvre du gouvernement turc précédant la concrétisation de « son complot armé » et qui a consisté à gagner la confiance des Syriens de cette zone en leur facilitant les passages aller-retour de la frontière et, chemin faisant, la contrebande lucrative d’armes expédiées ensuite aux quatre coins du pays en prélude à la création de la nécessaire zone tampon, une fois les opérations armées portées à leur paroxysme dans Alep, ses zones d’accès à Idlib, et tout autour de la ville de Lattaquié.

C’est ainsi que le gouvernement d’Erdogan a planifié l’isolement de ce riche et stratégique territoire du nord-ouest syrien avant de l’annexer à la Province du Hatay correspondant à peu près au Sandjak d’Alexandrette limitrophe préalablement annexé. Finalement, cela reviendrait à concrétiser le plan du mandat français du siècle dernier visant la partition de la Syrie en trois petits états, tel que l’illustre le drapeau à « trois étoiles » brandi par les soi-disant valeureux révolutionnaires de la liberté !

2. Jabal Al-Zawiya dont le relief accidenté a grandement aidé les bandes armées à se propager pour tenter de contrôler la région dès le début de la dite « crise syrienne », et où elles se sont réfugiées fuyant l’armée régulière syrienne dès qu’elle est arrivée à Idlib.

3. Maaret Al-Nouman devenue le refuge, l’arsenal, et la base principale de redéploiement  de ces bandes, maintenant que Jabal al-Zawiya a tenu ses promesse.

4. La province d’Idlib particulièrement stratégique du fait qu’elle se situe au point de convergence  de trois grandes villes : Alep, Hama, Homs jusqu’à Lattaquié.

Tel est le  plan assigné au gouvernement turc qui s’acharne à créer sa fameuse zone tampon sous couvert d’une aide humanitaire prétendument destinée à la protection de « personnes déplacées et réfugiées sur son territoire ». Derrière l’engagement d’Ankara à accueillir et à financer les terroristes djihadistes, en partance vers la Syrie, se profile le rêve néo-ottoman ; celui de restaurer l’hégémonie de l’Empire ottoman déchu sur la région, à commencer par la Syrie !

[Traduction intégrale de l’article original du de Salloum Abdallah pour TopNews-Nasser Kandil].

IV. Carte, parmi d’autres, du « Moyen-Orient redessiné » pour les besoins de l’Occident [9]

« How a better Middle East would look ! » déclarait le colonel Ralph Peters dans le « Armed Forces Journal » des militaires US [10], présentant la refonte du Moyen-Orient comme un arrangement « humanitaire » et « juste ». Selon lui : « Les frontières internationales ne sont jamais tout à fait justes. Mais le degré d’injustice qu’elles infligent à ceux qu’elles forcent à se regrouper ou à se séparer fait une énorme différence… souvent la différence entre la liberté et l’oppression, la tolérance et la barbarie, l’autorité de la loi et le terrorisme, ou même la paix et la guerre ». Comprendra qui voudra !

Sans oublier les tragédies palestinienne, irakienne, libyenne… à vous de juger des conséquences d’un tel cynisme, apparemment partagé par nombre de dirigeants occidentaux, sur les citoyens syriens martyrisés et livrés à la « horde terroriste » soutenue par les puissances civilisées et démocrates, sous couvert de la Responsabilité… de protéger  !

Mouna Alno-Nakhal

16/10/2012

 

Références :

[1] les points clés de l’intervention de Monsieur Yves Bonnet ancien Préfet et ancien Directeur de la DST, sur la 5.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=_38a3yGrP0w

[2] Les autres points clés de l’intervention de François Hollande
http://www.france24.com/fr/20121011-autres-points-cl%C3%A9s-intervention-francois-hollande-entretien-exclusif-syrie-qatar-terrorisme

[3] Syrie: Manœuvres militaires en Jordanie…simple message ou signes avant-coureurs d’une opération militaire conjointe de 19 pays [par Dr Amin Hoteit]

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=31016

[4] Syrie : vous n’avez pas mieux trouvé que Farouk Al-Chareh ? [par Al-Hayat, journal pro-opposition syrienne !]

http://www.courrierinternational.com/article/2012/10/11/syrie-vous-n-avez-pas-mieux-trouve-que-farouk-al-chareh

[5] Pas de guerre, pas de pleurs ! (Hürriyet) [par Nuray Mert]

http://www.legrandsoir.info/pas-de-guerre-pas-de-pleurs-hurriyet.html

[6] Préparant une escalade de la guerre en Syrie, le Pentagone déploie des forces spéciales en Jordanie [par Bill VanAuken]

http://www.mondialisation.ca/preparant-une-escalade-de-la-guerre-en-syrie-le-pentagone-deploie-des-forces-speciales-en-jordanie/5308251

[7] Article original du 14/10/2012 de Salloum Abdallah pour Topnews- Nasser Kandil [Liban]

المخطط التركي للمنطقة العازلة خاص توب نيوز: سلوم عبدالله

http://topnews-nasserkandil.com/topnews/share.php?event_id=339

[8] NB : Carte complétée à partir de celle figurant sur l’article original [7] pour situer les points clés, faute de mieux.

[9] Le projet d’un « Nouveau Moyen-Orient » [par Mahdi Darius Nazemroava]

http://www.mondialisation.ca/le-projet-d-un-nouveau-moyen-orient

[10] How a better Middle East would look [by Ralph Peters]

http://live.armedforcesjournal.com/2006/06/1833899

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Le prix Nobel de la paix a été décerné cette année à l’Union européenne (UE) pour sa contribution acharnée à « l’avancement de la paix et de la réconciliation, à la démocratie et aux droits humains en Europe ».

Alors que la contribution de l’UE à la paix est discutable, la question clé consiste à savoir si une union d’États-nations formant une entité politique, économique, monétaire et fiscale constitue un « candidat admissible » au prix Nobel de la paix conformément au mandat du Comité norvégien.

Les Jeux olympiques sont « décernés » à des pays. Toutefois le prix Nobel de la paix ne peut en aucun cas être octroyé à un État-nation, encore moins à une union d’États-nations.

Le Comité Nobel norvégien a la responsabilité de garantir « l’admissibilité des candidats » conformément au testament d’Alfred Bernhard Nobel (Paris, 27 novembre 1895).

… Tout le reste de la fortune réalisable que je laisserai en mourant sera employé de la manière suivante : le capital placé en valeurs mobilières sûres par mes exécuteurs testamentaires constituera un fonds dont les revenus seront distribués chaque année à titre de récompense aux personnes qui, au cours de l’année écoulée, auront rendu à l’humanité les plus grands services.

Ces revenus seront divisés en cinq parties égales. La première sera distribuée à l’auteur de la découverte ou de l’invention la plus importante dans le domaine de la physique; la seconde à l’auteur de la découverte ou de l’invention la plus importante en chimie; la troisième à l’auteur de la découverte la plus importante en physiologie ou en médecine; la quatrième à l’auteur de l’ouvrage littéraire le plus remarquable d’inspiration idéaliste; la cinquième a la personnalité qui aura le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion ou à la propagation des congrès pacifistes.

Les prix seront décernés : pour la physique et la chimie par l’Académie suédoise des Sciences, pour la physiologie ou la médecine par l’Institut Carolin de Stockholm, pour la littérature par l’Académie de Stockholm, et pour la défense de la paix par une commission de cinq membres élus par la « Storting » norvégienne. Je désire expressément que les prix soient décernés sans aucune considération de nationalité, de sorte qu’ils soient attribués aux plus dignes, scandinaves ou non… (Testament d’Alfred Bernhard Nobel, 27 novembre 1895, c’est l’auteur qui souligne.)

On a violé les conditions formulées dans le testament d’Alfred Nobel.

Celui-ci est très clair : les cinq prix doivent être attribués à des « personnes » (voir la liste complète des lauréats).

Depuis sa conception, plusieurs prix ont cependant été remis à la fois à des personnes et à des organisations et/ou institutions auxquelles elles sont affiliées comme dans le cas de Henry Dunand (Croix-Rouge) ou Mohamed El Baradei de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Dans d’autres cas le prix a été alloué à des organisations composées d’un collectif de personnes (par exemple le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de l’ONU).

L’attribution du prix Nobel à l’Union européenne, une entité politique, constitue visiblement une trahison éhontée de la volonté d’Alfred Nobel. En vertu du traité de Lisbonne, l’Union européenne a acquis un statut de « personne légale ». Néanmoins, une « personne légale » n’est pas une « personne » comme l’entendait Alfred Nobel dans son testament.

Théâtre de l’absurde

Il est inimaginable que l’on puisse considérer l’UE comme une « personne » ou un « groupe de personne », voire comme une « organisation ». De plus, Nobel indique dans son testament que les candidats doivent être des citoyens sans égard à leur nationalité : « Je désire expressément que les prix soient décernés sans aucune considération de nationalité, de sorte qu’ils soient attribués aux plus dignes, scandinaves ou non. » (Ibid.)

L’UE est une union d’États-nations composés de citoyens.

L’UE n’est pas un citoyen en soi et n’a pas non plus de nationalité.

Les citoyens de l’UE sont des « candidats admissibles », mais l’UE ne peut pas être un « candidat admissible ».

Par ailleurs, il est évident que le Comité norvégien de sélection ne peut pas raisonnablement évaluer, comparer ou classer comme « candidats admissibles » au prix Nobel des « personnes » et l’Union européenne, qui n’est pas une « personne » mais plutôt une union de pays.

Il s’agit d’une considération importante : comment peut-on comparer la candidature de l’UE à celle des autres qui sont des « personnes » réelles? On compare des pommes avec des oranges?

Selon la procédure, une courte liste de nommés « est évaluée par des conseillers permanents et des conseillers recrutés spécialement pour leur connaissance de candidats spécifiques ». Le choix du lauréat se fait ensuite sur la base de cette évaluation par un vote majoritaire des cinq membres du Comité norvégien.

Le prix comprend « une médaille, un diplôme personnalisé, ainsi qu’une prime en espèce ». C’est le théâtre de l’absurde : un « diplôme personnalisé » pour l’Union européenne et une « prime en espèce », pour qui et pour quoi? Pour financer le déficit budgétaire de l’UE, ses plans de sauvetage bancaire?

La décision du Comité Nobel norvégien est lamentable, illégale et en violation flagrante de son mandat.

 

Michel Chossudovsky

 

Texte original en anglais : The EU is not a “Person”: Granting the Nobel Prize to the European Union is in Violation of Alfred Nobel’s Will

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

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La guerre secrète des États-Unis en Afrique

octobre 16th, 2012 by Julie Lévesque

La guerre secrète des États-Unis est bien réelle. En plus de leur commandement militaire en Afrique, (AFRICOM), les États-Unis déploient des forces spéciales partout sur le continent.

« De petites équipes des forces d’opérations spéciales ont rejoint des ambassades étasuniennes dans tout le nord de l’Afrique dans les mois ayant précédé la violente attaque lancée par des militants, laquelle a tué l’ambassadeur des États-Unis en Libye. La mission des soldats : établir un réseau qui pourrait frapper rapidement une cible terroriste ou libérer un otage. » (Kimberly Dozier, White House widens covert ops presence in North Africa, AP, 2 octobre 2012.)

Les États-Unis étendent leur armée clandestine à travers toute l’Afrique. Comme le rapportait  Nile Bowie (Global Research, avril 2012), le but consiste à « balkaniser » le continent africain.

À une conférence d’AFRICOM qui s’est tenue à Fort McNair le 18 février 2008, le vice-amiral Robert T. Moeller a déclaré ouvertement que le principe directeur d’AFRICOM est de protéger « la libre circulation des ressources naturelles de l’Afrique vers le marché mondial », avant de décrire la présence accrue de la Chine dans la région comme un défi aux intérêts des États-Unis.

En 2007, le conseiller du département d’État étasunien, le Dr J. Peter Pham a affirmé que les objectifs stratégiques d’AFRICOM consistaient à « protéger l’accès aux hydrocarbures et autres ressources stratégiques abondantes en Afrique. [La] tâche [d’AFRICOM] consiste à protéger la vulnérabilité de ces richesses naturelles et s’assurer qu’aucune tierce partie comme la Chine, l’Inde, le Japon ou la Russie obtiennent des monopoles ou des traitements de faveur. (Nile Bowie, COVERT OPS IN NIGERIA: Fertile Ground for US Sponsored Balkanization, Global Research, 11 avril 2012.)

La fraude de la « guerre au terrorisme » sert à camoufler la déstabilisation de l’Afrique visant à prendre le contrôle de ses ressources. Les Balkans ont été déstabilisés pour les mêmes raisons dans les années 1990.

Dans Poker Menteur : Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres, Michel Collon explique comment les Balkans ont été déstabilisés pour « contrôler les routes du pétrole et du gaz; dominer l’Europe de l’Est; affaiblir et maîtriser la Russie; 4) s’assurer [l’établissement] de bases militaires. (Michel Collon, Poker Menteur : Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres, Editions Aden, 1998, p. 129.)

Un processus similaire a lieu au Moyen-Orient, s’étendant sur une vaste région géographique :

Syrie, Iran et Irak ont signé en juillet 2011 un accord pour un gazoduc qui, d’ici 2016, devrait relier le gisement iranien de South Pars, le plus grand du monde, à la Syrie et ainsi à la Méditerranée. La Syrie où a été découvert un autre gros gisement près de Homs, peut devenir un hub de couloirs énergétiques alternatifs à ceux qui traversent la Turquie et à d’autres parcours, contrôlés par les compagnies étasuniennes et européennes. (Manlio Dinucci, L’art de la guerre. Syrie : l’Otan vise le gazoduc, Mondialisation.ca, 9 octobre 2012.)

L’armée clandestine des États-Unis aura recours à une guerre de drones afin d’avoir la mainmise sur les ressources africaines. Bien que les États-Unis et leurs alliés aient appuyé financièrement et matériellement des mercenaires liés à Al-Qaïda pour renverser le gouvernement libyen et qu’ils agissent de la même façon en Syrie, on nous dit que « l’effort de contre-terrorisme indique que l’administration s’inquiète depuis un certain temps des menaces grandissantes posées par Al-Qaïda et ses ramifications dans le nord de l’Afrique ». (Dozier, op.cit.)

Même si le Pentagone donne l’assurance qu’« à l’heure actuelle il n’existe pas de plans pour des opérations militaires unilatérales de la part des États-Unis », l’article indique au contraire qu’une guerre unilatérale de drones attend les Africains :

Le groupe Delta Force formera le pilier d’une force militaire opérationnelle responsable de combattre Al-Qaïda et d’autres groupes terroristes à travers la région avec un arsenal incluant des drones. Mais d’abord, il tentera de se faire accepter en aidant les pays nord-africains à mettre sur pied leurs propres opérations spéciales et unités antiterroristes. (Ibid.)

Le discours hypocrite qui suit signale dans quels États « la libre circulation des ressources naturelles de l’Afrique vers le marché mondial » et « l’accès aux hydrocarbures et autres ressources stratégiques » seront protégés en vertu du prétexte de la « guerre au terrorisme » :

L’administration Obama s’inquiète de l’influence accrue d’Al-Qaïda et de ses filiales au Yémen, en Somalie, en Irak et en Afrique du Nord. Seule la branche yéménite a tenté d’attaquer directement le territoire étasunien jusqu’à présent, en visant des avions à destination des États-Unis. Une force d’intervention des Navy SEAL établie en 2009 a combiné les raids et les frappes de drones pour combattre des militants au Yémen et en Somalie, en travaillant de concert avec la CIA et des forces locales.

La nouvelle force opérationnelle travaillerait sensiblement de la même manière pour lutter contre les associés nord-africains d’Al-Qaïda, lesquels se multiplient et sont inondés d’armes provenant des réserves pillées de la Libye postrévolutionnaire. Ils sont bien financés par un réseau criminel trafiquant de la drogue et des otages.

Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et la secte d’origine nigériane Boko Haram sont probablement les deux plus grandes et plus dangereuses filiales.

Le haut responsable du département d’État aux Affaires africaines a dit mardi que l’on doit « s’occuper des militants au Mali en employant des moyens sécuritaires et militaires ». (Ibid.)

Et même si l’on dit qu’il n’y a « pas de plans pour des opérations militaires unilatérales de la part des États-Unis » Johnnie Carson, le secrétaire d’État adjoint aux Affaires africaines semble contredire cette affirmation en déclarant que « toute action militaire là-bas doit en effet être bien planifiée, bien organisée, bien réfléchie, dotée de ressources suffisantes » et, quelle preuve de gentillesse, « être acceptée par ceux qui en seront le plus affectés ». (Ibid.)

Julie Lévesque

Journaliste

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Appel au peuple de France.

Peuple de France, Très cher peuple frère et ami, je vous dis : « Prenez garde aux informations qui vous sont communiquées ; elles sont partielles et obéissent à des considérations qui négligent l’humain ». « Ne dites pas, concernant la Syrie, je n’ai pas besoin de m’inquiéter, les médias et les politiques pensent pour moi ».

Tentez plutôt de discerner ceux qui méritent votre confiance. Soyez vigilants…Ouvrez les yeux…Levez-vous pour dire non au massacre du peuple syrien. Quotidiennement des centaines de victimes sont atteintes : les morts gisent et les blessés désespèrent.

Peuple de France, ce texte est un appel pressant à nous soutenir. Nous sommes les chrétiens de Syrie et nous souhaitons continuer à vivre la convivialité avec l’Islam de laquelle cette guerre et ses initiateurs cherchent à nous éloigner.

Le régime syrien actuel a ses erreurs, ses imperfections, ses injustices, ses abus, sa corruption mais nous découvrons que tout cela est faible devant la guerre que nous vivons et pâle face à la promesse totalitaire que nous est faite à travers le comportement des éléments de l’Armée Syrienne dite « Libre ».

Chrétiens de France…dites-nous…pourquoi le réveil de la solidarité est-il si lent ? Pourquoi l’expression de votre charité n’est-elle pas plus manifeste ? Savez-vous que notre sort ressemblera bientôt à celui des chrétiens d’Irak et de Terre-Sainte ?

Peuple de France voici notre dernier cri pour vous appeler et vous supplier. Que les sages, les penseurs, les ouvriers, les pauvres, les jeunes et les moins jeunes parmi vous ne s’enlisent pas dans l’indifférence mais apprennent à réveiller en eux le feu de la Foi et les promesses de la République.erci.

Claude Zerez

Source :
http://www.leveilleurdeninive.com/2012/10/de-syrieappel-au-peuple-de-france.html

 

 

 

 

 

 

Pascale Z. 20 ans, mariée depuis à peine trois mois a péri dans le bus la transportant de Lattaquieh à Alep à la suite du bombardement, par des bandes de l’Armée Syrienne “Libre”

 

Lettre ouverte

Monsieur le Président de la République Française,
Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères,

A l’image de nombreux Syriens, je me retrouve père d’une victime de la guerre qui se déroule dans notre pays. Pascale avait vingt ans lorsque le 9 octobre dernier, le bus public qui la conduisait fut l’objet d’une attaque dans laquelle elle périt, assassinée par une bande armée reconnue comme faisant partie de l’Armée Syrienne « Libre » que vous soutenez, encouragez et alimentez depuis le début du mouvement.

Des raisons d’Etat vous poussent peut-être à prendre position en faveur de l’Armée Syrienne « Libre » (ASL) mais ne clamez surtout pas que c’est pour libérer le peuple syrien de la dictature. Le régime syrien actuel et son appareil politique n’est pas tendre, nous le savons depuis longtemps, mais les « bandes » de l’ASL associent également l’arbitraire à la brutalité ; ce mouvement porte en lui les germes d’une nouvelle dictature qui nous fera certainement regretter la précédente.

Sous des slogans généreux de liberté, de démocratie et de participation au pouvoir, vous avez, avec vos alliés, encouragé l’introduction sur notre territoire de groupes extrémistes, salafistes et autres éléments de la mouvance d’Al Qaïda qui viennent tuer et se faire tuer chez nous en détruisant ce qu’ils peuvent sur leur chemin ; pourquoi donc nous les avoir envoyés ? Les Occidentaux n’auraient-ils plus assez de courage pour les affronter eux-mêmes ? Si votre but est d’anéantir la Syrie pour protéger Israël, croyez vous vraiment que réduire le peuple syrien à la ruine et la misère va le pacifier et sécuriser Israël ?

Vos prédécesseurs, y compris les révolutionnaires de 1789 ont toujours apporté soutien et protection aux minorités chrétiennes de Syrie et d’Orient. Aujourd’hui vos prises de position ont un effet contraire et aboutissent à leur éradication. Croyez-vous en éradiquant les chrétiens apporter la civilisation ?

Qu’il est étonnant de constater comment en peu de temps, la politique française a réussi à nous faire douter du sens de sa révolution et de son emblème : « liberté, égalité, fraternité » ! En Syrie, votre politique, au sens de la pratique du pouvoir, a introduit l’arbitraire ; nous pouvons la résumer par un autre slogan : liberté et égalité en Syrie, oligarchie et privilèges au Qatar. Quant à la fraternité, elle régnait chez nous au sein du peuple et voilà que vous avez encouragé la guerre confessionnelle fermant les yeux sur les discriminations flagrantes qui se pratiquent dans d’autres pays arabes notamment en Arabie-Saoudite.

On nous dit que le Christianisme n’a plus cours dans votre pays, mais l’on ne voit guère apparaître une philosophie plus généreuse et plus cultivée que la religion qui a bâtit les cathédrales. En quelques mois, vous êtes parvenus avec vos alliés à transformer la fraternité islamo-chrétienne syrienne, que l’on doit à ces deux religions, en une guerre presque confessionnelle. Et pourtant, cette entente, est la garante d’un islam tolérant qui aurait pu se répandre dans le monde.

En échange, la guerre que nous vivons, par la volonté de l’ASL et de ses alliés semble transformer la coexistence en hostilité qui se répandra dans le monde avec une plus grande élasticité que l’entente. Soyez-en presque certains, les troubles que nous vivons actuellement, vous allez les vivre bientôt. Qu’entend-on dans les rues d‘Alep ? « Après la Syrie, l’Europe ».

L’islam modéré est très fragile car le prophète met en garde les musulmans contre une alliance avec des non-musulmans pour s’opposer à des musulmans. En laissant proliférer l’islam intégriste vous fragilisez encore plus, les musulmans modérés. Vous jouez même contre-eux. L’islam intégriste a toujours le dernier mot car les modérés sont faibles et paralysés par les versets du coran dans la lutte contre les extrémistes.

Le proverbe arabe dit : « Qui prépare un repas vénéneux est le premier à mourir car il doit le goûter » ; le proverbe français ne dit-il pas “Bien mal acquis ne profite jamais” ? Les Etats-Unis ont créé Ben Laden, ils ont eu le 11 Septembre.

Certes, bien des raisons inviteraient les chrétiens syriens à se distancer de l’appareil du régime syrien actuel, mais je puis vous dire que nous, syriens chrétiens, nous ne voyons guère de raisons de détruire notre pays et de laisser tuer nos enfants pour passer d’une corruption à une autre qui serait tout simplement au service d’autres intérêts.

Mieux vaut garder la politique que nous tenons plutôt que d’en suivre une autre que nous ne pressentons guère meilleure. Votre politique n’est rien d’autre qu’un encouragement à l’installation d’un Etat confessionnel en Syrie avec adoption de la loi coranique. Le Président Mursi, membre des frères musulmans, à l’instar de ceux qui sont promis en Syrie, n’a-t-il pas exprimé son intention d’imposer la « Charia » même aux Chrétiens d’Egypte ? Lorsque nous l’aurons chez nous, grâce à vous, il n’y aura plus qu’à vous la souhaiter et la souhaiter à vos femmes.

Pourquoi cette lettre ouverte d’un père atteint dans ce qu’il a de plus cher ? Est-ce pour exprimer un cœur meurtri par le chagrin ou bien pour que cette meurtrissure clame tout haut ce qu’un cœur tiède et indifférent est incapable de suggérer ?

Monsieur le Président de la République Française, Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères, admettez que je vous invite à une réorientation de votre politique pour en déployer une plus courageuse et plus virile.

Admettez que mon invitation soit une supplication mais ne restez pas plus longtemps des suppliés. Au nom de la liberté et de ce qu’il en reste, au nom de l’égalité et de ce qu’on en a fait et au nom de la fraternité humaine réduite en miettes, je vous supplie, avec des milliers de proches, d’arrêter de soutenir et de financer ces bandes armées qui proclament que votre tour arrive après le nôtre.

Ayez pitié de familles blessées et désarmées, des familles en deuil, des familles qui n’ont plus de toits, des jeunes par centaines de milliers qui n’ont plus d’espoir.

Avez-vous vu comment Alep, la cité ancienne est devenue une ville fantôme ? Vous êtes-vous seulement imaginé Paris, ville fantôme, où des centaines de milliers de familles françaises cherchent refuge pour éviter les tirs et les obus de l’arbitraire, du fanatisme et de la brutalité ?

Vos alliés sur place se sont acharnés sur Alep avec ses bazars qui ont alimenté l’Europe durant des siècles ; ils se sont attaqués à des ruines. La basilique Saint-Siméon entourant la colonne du célèbre stylite l’ancien, est désormais une ruine de ruines. Des dizaines d’Eglises, des Mosquées, des usines, des écoles, des universités ont été la cible de leurs tirs et que dire des trésors archéologiques qui sont volés et dispersés pour nous apporter la démocratie !

Nous vous en supplions, Monsieur le Président de la République Française, Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères de la République Française, cessez votre soutien aux éléments armés qui n’obéissent à aucune loi et revenez à ce qui a fait la gloire de la France.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République Française, Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères de la République Française, l’expression de ma très haute considération.

dimanche 14 octobre 2012

Claude Zerez

Père de Pascale décédée à Homs à l’âge de 20 ans le 9 octobre 2012.

Source :
http://www.leveilleurdeninive.com/2012/10/lettre-ouverte-monsieur-le-president-de.html

Merci de bien vouloir diffuser.

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L’art de la guerre : Otan, piraterie du 21ème siècle

octobre 16th, 2012 by Manlio Dinucci

La piraterie, exercée en Méditerranée depuis l’antiquité, fut considérée comme légitime quand, à partir du 12ème siècle, elle se transforma en guerre de poursuite autorisée par les souverains. Officiellement abolie en 1856, elle continue à être pratiquée aujourd’hui selon des motivations et techniques nouvelles. Comme celles utilisées par l’Otan, dont les navires de guerre sont autorisés à aborder des « navires marchands suspects » dans les eaux internationales et en réquisitionner le chargement, et dont les chasseurs peuvent intercepter, même dans l’espace aérien international, « des avions civils suspects » et les forcer à atterrir.

L’action de la Turquie, qui avec des chasseurs F-16 a obligé l’avion de ligne syrien Moscou-Damas à atterrir à Ankara, est donc pour l’Otan pleinement légitime. Ayant séquestré les passagers, parmi lesquels des citoyens russes avec des enfants, les autorités turques ont perquisitionné l’avion sans témoins, déclarant avoir trouvé et séquestré « des matériels militaires et des munitions ». Moscou assure qu’à bord se trouvaient seulement des composants d’un radar, fournis selon un accord commercial régulier, et en demande la restitution. Mais Washington se range aux côtés d’Ankara, en déclarant n’avoir « aucun doute sur le fait qu’il y avait à bord de l’avion un important matériel militaire » (qui pourrait maintenant être exhibé comme « preuve », en jurant l’avoir trouvé dans l’avion).

Le premier ministre turc Erdogan, au lieu d’être appelé à  répondre de l’acte de piraterie aérienne, se transforme en accusateur des Nations Unies, coupables à ses dires de « négligence, faiblesse et injustice » qui ont empêché une action internationale contre la Syrie. Erdogan, paladin du droit international, ne dit pas que le vrai trafic, non seulement d’armes mais d’hommes armés, est celui qui passe par la Turquie pour alimenter la guerre en Syrie. Pays avec lequel Erdogan avait auparavant entretenu des rapports de relatif bon voisinage. Politique à présent renversée.

Les 900kms de frontière entre les deux pays, où Turcs et Syriens ont des cultures communes et des rapports commerciaux profitables, ont été transformés par Ankara en avant-poste de la guerre en Syrie, accusée par Erdogan d’être celle qui viole la frontière. Derrière se trouve l’Otan, qui déclare « avoir tous les plans nécessaires prêts pour défendre la Turquie », c’est-à-dire d’être prête à envoyer des forces armées. Comme faisaient les pirates quand ils débarquaient pour saccager. Le butin d’aujourd’hui est un pays entier, la Syrie, sur lequel on se prépare à mettre la main en créant depuis la Turquie des « zones tampons » à l’intérieur du territoire syrien.

On fait de même à la frontière jordano-syrienne. L’opération, à laquelle a aussi participé l’Italie, a commencé en mai avec la manœuvre Eager Lion (lion impatient ? NdT). A son terme, un contingent de spécialistes étasuniens de la guerre est  resté en Jordanie pour créer une « zone tampon » en territoire syrien. La manœuvre en tenailles se ferme du côté israélien où, le 21 octobre, commence Austere Challenge 12, un grand exercice de missiles Usa-Israël de trois semaines pour préparer la « riposte à une attaque simultanée syrienne et iranienne ». « Riposte » qui prévoit aussi l’emploi d’armes nucléaires. Au point culminant de la manœuvre arrivera de Bruxelles le commandant suprême de l’Otan, J. Stavridis, pour assurer qu’est aussi prête à la guerre (déjà commencée avec les sanctions Ue contre la Syrie et l’Iran) l’Union européenne, décorée du prix Nobel de la Paix pour son œuvre en faveur de la « fraternité entre les nations ».

Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 16 octobre 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20121016/manip2pg/14/manip2pz/330217/ 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Manlio Dinucci est géographe et journaliste

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Dans un acte d’hostilité clair et sans équivoque envers l’Iran, les États-Unis ont décidé de retirer le nom de l’Organisation des Mujahedin-e-Khalq (MKO) de sa liste d’organisations étrangères terroristes, le vendredi 28 septembre, prouvant ainsi un appui inconditionnel aux ennemis jurés de la nation iranienne.

Hillary Clinton, criminelle en chef du Département d’État américain – Les membres de l’organisation Mujahedin-e Khalq ont fait pression sur les politiciens américains pour qu’ils retirent leur groupe de la liste des organisations terroristes – Photo : EPA

Le gouvernement des États-Unis a annoncé sa décision quelques jours après que la Secrétaire d’État Hillary Clinton ait soumis au Congrès un dossier d’informations classifiées au sujet du terrorisme.

La décision a été prise sous le prétexte que le MKO n’a effectué aucune opération terroriste au cours des 10 dernières années. Cette annonce tout à fait contestable qui affiche l’indéniable animosité des États-Unis envers le peuple iranien, survient alors que plusieurs documents fiables confirment que le MKO est responsable du massacre de plus de 40 000 Iraniens durant les années 1980, au cours de la guerre entre l’Iran et l’Irak. Cette bande a également assassiné en 1979 l’ancien Président Mohammad Ali Rajaei, le Premier Ministre Mohammad Javad Bahonar et l’Ayatollah Mohammad Beheshti, responsable du système judiciaire iranien durant les premières années de la Révolution islamique. Depuis 2010, cette organisation a également aidé le Mossad israélien à assassiner quatre scientifiques iraniens du secteur nucléaire, tentant ainsi de contrecarrer le progrès scientifique en Iran.

Juste après l’annonce faite par le gouvernement des États-Unis, Maryam Rajavi, la chef du groupe terroriste basée à Paris, a fait une déclaration dans laquelle elle se félicitait de la décision : « Cela a été la décision correcte, quoique longue à venir, qui permet de lever un obstacle important sur le chemin du peuple iranien pour la démocratie. » Rajavi a promis que son groupe intensifiera la pression sur l’Iran, et on peut facilement se représenter quels plans diaboliques et malveillants ils ont en tête à l’égard de notre peuple.

Le New York Times a révélé que le MKO a suborné certains des politiciens les plus influents du Département d’État des États-Unis, ainsi que quelques députés du Congrès, les convaincant de soutenir le décret anti-iranien. On trouve parmi les officiels américains haut placés et soutenant le MKO, d’anciens Directeurs de CIA, R. James Woolsey et Porter J. Goss ; l’ancien directeur du FBI Louis J. Freeh ; l’ancien secrétaire de le sécurité nationale sous le Président George W. Bush, Tom Ridge ; l’Attorney Général, Michael B. Mukasey ; et le premier conseiller de la sécurité nationale du Président Barack Obama, le Gen. James L. Jones.

Le MKO qui reçoit des financements en provenance d’Israël et de certains des gouvernements occidentaux, avait investi beaucoup d’argent pour gagner l’appui des politiciens américains, et il se raconte que des honoraires allant de 15 à 30 000 dollars US ont été versés à ces personnes pour les inciter à assister aux rassemblements de MKO et y tenir des discours appuyant leurs activités anti-iraniennes.

L’ancien gouverneur démocrate de Pennsylvanie, Edouard G. Rendell, a admis en mars qu’il avait reçu un total de 150 000 dollars en provenance du groupe pour soutenir leur cause.

Le jour qui a suivi la décision du gouvernement des États-Unis de « délister » le MKO, Lord Ken Maginnis, un membre néo-conservateur de la Chambre Des Lords et ancien parlementaire britannique, a parlé d’une « décision importante du Département d’État américain » et « d’une victoire pour la justice. »

« Maintenant, la meilleure manière de diminuer la menace d’un Iran disposant de l’arme nucléaire, est de faciliter un changement de régime à Téhéran. Et c’est à l’horizon. La résistance iranienne n’a pas besoin de troupes ou d’armes ; elle a besoin de l’appui des gens qui aiment la liberté et des gouvernements qui rejettent la tyrannie, » écrit-il dans un article.

Il existe des rapports crédibles indiquant que des membres de MKO ont bénéficié de considérables sommes d’argent, d’entraînements militaires et d’équipements venant des États qui sont hostiles à l’Iran – avec parmi eux les États-Unis, Israël et l’Arabie Saoudite – et qui craignent son influence croissante au Moyen-Orient.

Dans un article publié dans le New Yorker daté du 6 avril 2012, le renommé journaliste d’investigation Seymour Hersh, a expliqué comment le gouvernement des États-Unis a sournoisement soutenu les terroristes de MKO. L’article titré « Nos Hommes en Iran ? », documente comment des membres du MKO ont été formés dès 2005 aux communications, à la cryptographie, aux tactiques d’unités de petite taille et aux armements par le Joint Special Operations Command(JSOC) dans une base au Nevada.

« Le JSOC a instruit des membres de MKO sur la façon de pénétrer les systèmes de communication iraniens importants, permettant au groupe d’intercepter les appels téléphoniques et les message texto à l’intérieur de l’Iran afin de les partager avec les services américains d’espionnage, » écrit Nil Bowie dans un article d’enquête édité sur Global Research le 16 avril 2012. Le JSOC est une composante du United States Special Operations Command et est connu pour avoir effectué des opérations clandestines en Iran avec l’autorisation directe de George W. Bush.

Le 7 Juillet 2008, Marsha Reid révéla dans un article pour le Geopolitical Monitor que le JSOC avait enlevé des membres de la force Al Quds de la Garde Révolutionnaire iranienne et les avait déportés en Irak pour y être torturés et soumis aux interrogatoires. Il a indiqué que le MKO a été impliqué dans ces opérations clandestines.

Le fameux journaliste investigateur Glenn Greenwald a écrit le 10 février sur Salon.com que MKO a reçu « des honoraires substantiels » de certains des officiels de haut rang des États-Unis pour effectuer des opérations de terrorisme sur le sol iranien : « Une des histoires politiques rapportées en sous-main l’année dernière est la recommandation empressée de nombreux hommes politiques américains importants au profit d’un groupe iranien formellement classé comme une organisation terroriste, en vertu de la loi des États-Unis. Une large caste bipartite a reçu des honoraires substantiels de ce groupe, le Mojahedin-e Khalq, et s’est transformée en leurs défenseurs passionnés… Le Christian Science Monitor a rapporté en effet en août dernier, que ces personnes ont été payées des dizaines de milliers de dollars pour s’exprimer en faveur du MKO. »

Selon un Reportage de Richard Engel et de Robert Windrem sur NBC, le groupe terroriste « est financé, formé et armé par les services secrets israéliens. » Deux hauts officiels haut placés au gouvernement des États-Unis et restés anonymes, ont également admis que « l’administration d’Obama est parfaitement informée de la campagne d’assassinats » dirigée contre les scientifiques nucléaires iraniens. L’Iran a depuis longtemps fait savoir qu’Israël et les États-Unis utilisaient les services du MKO pour perpétrer des attaques terroristes sur son sol, dont les meurtres de ses scientifiques, et NBC note que ces aveux « confirment les accusations des dirigeants de l’Iran. » NBC a également précisé que le MKO a précédemment travaillé avec le cerveau de la première attaque sur le World Trade Center à New York (1993).

Qorban Ali Husseini Nezhad est un ancien membre du MKO qui a servi le groupe pendant 30 années en tant qu’analyste des affaires étrangères et traducteur de l’arabe, et qui a déclaré sa défection du MKO après qu’il ait pu s’échapper du Temporary Transit Location (en Irak) le mercredi 25 avril 2012. Il a révélé des faits et chiffres terribles concernant la complicité de Massoud et de Maryam Rajavi avec l’ancien dictateur irakien Saddam Hussein pendant les années de la guerre contre l’Iran. Dans une lettre publiée après sa défection, il a dévoilé que Saddam Hussein avait assigné une part conséquente de recettes pétrolières irakiennes en faveur du MKO afin de renforcer ce groupe terroriste dans ses actions anti-iraniennes.

Selon Husseini Nezhad, lors de sa dernière visite à Saddam Hussein en août 2000, Masoud Rajavi « a demandé à Hussein d’augmenter sa part de recettes jusqu’à l’équivalent de 100 mille barils par jour (3 millions de barils par mois), selon les documents et les lettres que j’ai traduits ou des rapports rédigés par ses compagnons plus proches et auxquels j’avais accès. Rajavi a reçu sa part de pétrole en bons qui ont alors été envoyés en Europe pour être changés en dollars. Le quota de Rajavi était de 50 à 70 mille barils par mois avant cette visite. »

Une autre personne ayant fait défection du MKO, Maryam Sanjabi, a également précisé que le groupe avait reçu des fonds d’Israël et d’Arabie Saoudite. S’exprimant dans une interview exclusive avec le site Web Ashraf News,  elle a déclaré qu’il existait des preuves au sujet des relations et de la coopération entre le MKO et le royaume saoudien. Elle a également indiqué que quand elle avait joint le MKO, elle s’était entendue dire que quitter l’organisation serait impossible : « Quand j’ai été nommée en tant que membre du conseil suprême du MKO, on m’a dit que je ne pourrai jamais quitter l’organisation. Sinon, je devrais me tuer en prenant une pilule de cyanure. »

En définitive, il y a des vérités amères et douloureuses derrière le MKO et la vie de ses membres. Ils constituent un groupe de personnes mal inspirées et mal conseillées qui intentionnellement ou non ont trahi leurs compatriotes et devraient être jugées responsables des atrocités qu’ils ont commises et du sang qu’ils ont versé.

La suppression par le Département d’État américain du MKO de la liste des organisations terroristes  encouragera la bande terroriste et la rendra capable d’effectuer plus d’opérations de terreur sous l’apparence d’une organisation civile simplement opposée au gouvernement iranien, alors que son objectif ultime et de faire se désagréger l’Iran, et d’abattre l’actuelle direction du pays. Les gens de conscience partout dans le monde devraient nous aider et comprendre les menaces que ce groupe dangereux représente pour la sécurité de l’Iran, du Moyen-Orient et du monde dans son ensemble.

Kourosh Ziabari

En anglais voir l’entrevue de l’auteur avec Tony Cartalucci :

US “Delisting” of Terror Network: Washington overtly supports the Mujahedin-e-Khalq Organization (MKO)

Article original en anglais

Traduction : Info-Palestine.net – al-Mukhtar

 

 

Kourosh Ziabari est un journaliste iranien et correspondants pour les médias. Il écrit pour Global Research, Tehran Times, Iran Review, Veterans Today et Salem News. Ses articles et ses interviews ont été publiés dans 10 pays. Il a reçu en 2010 du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, la médaille de la Jeunesse iranienne. Blog en anglais : http://cyberfaith.blogspot.com

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Il l’a fait. Encore une fois. Lors de la 14e élection en 13 ans, Hugo Chavez Frias – celui que les réactionnaires atlantistes détestent jusqu’à la haine – a été sans appel possible réélu président, dans des conditions absolument transparentes, contrôlées par le personnel des Nations Unies, de l’Union européenne et de l’Organisation des États Américains (OEA).

Deux élections étaient en jeu ici. Une mettait Chavez face au représentant des compradores [gros propriétaires], néolibéral et réactionnaire reconverti en démocrate, Henrique Capriles Radonski – un avocat représentant les intérêts de Washington au Venezuela. L’autre concernait la sud-Amérique progressiste face au désir de Big Brother de disposer d’un État en position de client et malléable.

Chavez a gagné d’abord parce que le projet bolivarien est populaire. Les années de chavisme – malgré tous leurs défauts et un culte effréné de la personnalité – ont permis de rétablir la souveraineté nationale vénézuélienne, de redistribuer les richesses au profit des services publics et des exclus par l’intermédiaire de missions sociales et d’un salaire minimum décent. On peut l’appeler, comme le fait Chavez, le « socialisme du 21e siècle ». En Amérique latine, selon les termes qui y prédominent, c’est certainement une voie vers une société plus égalitaire.

Dans la période qui a précédé l’élection, Chavez a mis un point d’honneur à rappeler la figure de Guacaipuro – un leader indigène qui commandait les tribus Teque et Caracas contre la colonisation espagnole – comme un symbole-clé de la résistance du Venezuela. « Nous sommes tous des Guacaipuro » était un appel qui sonnait bien, qui mettait l’accent sur les racines autochtones du pays : « la résistance indigène et noire menant la lutte des opprimés ».

Pas d’analphabétisme en échange de pétrole !

Les faits sont parlants. Le Venezuela détient ce qui est maintenant reconnu comme la plus grande réserve de pétrole de la planète – encore plus que l’Arabie Saoudite. Mais jusqu’à récemment, le Venezuela était un « Graal » pétrolier, géré par l’habituelle petite élite arrogante et avide, où les masses n’avaient pas la possibilité d’un enseignement décent, d’un logement décent ou d’un salaire décent.

Le succès du chavisme est d’avoir su mettre progressivement à l’horizontal une société alors verticale. Le chavisme a consacré pas moins de 43 pour cent du budget de l’État à un éventail de politiques sociales.

Le taux de chômage est passé de plus de 20 pour cent à moins de 7 pour cent. Pas moins de 22 universités publiques ont été construites au cours des 10 dernières années. Le nombre d’enseignants est passé de 65 000 à 350 000. L’analphabétisme a été éradiqué. Et une réforme agraire est en cours – encore un rêve dans la plupart des latitudes d’Amérique du Sud.

La classe dirigeante de toute évidence n’était pas à la fête – comme elle ne l’a pas été au Brésil, en Argentine ou en Bolivie (mais elle a tout de même réussi à organiser un « coup d’État constitutionnel » au Paraguay pour renverser un gouvernement démocratique et légitime). Au Venezuela, il y a dix ans, cette même classe avait également réussi à concocter un coup de force – avec le soutien des grands médias – qui a duré trois misérables jours. Les masses ont alors dit « No Pasaran ».

Le candidat battu à la présidentielle, Henrique Capriles Radonski, soit dit en passant une sorte de nouveau né démocrate, puisqu’il avait été directement impliqué dans le coup d’État d’avril 2002 et avait même dû passer un certain temps en prison pour cette raison.

Le Venezuela a le meilleur coefficient de l’index Gini – qui signifie que c’est le pays avec le moins d’inégalités – sur l’ensemble de l’Amérique latine. Dans son rapport de janvier 2012, la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (connu sous son acronyme espagnol, Cepal) atteste que le Venezuela et l’Équateur, entre 1996 et 2010, étaient les champions en matière de réduction de la pauvreté à travers toutes les Amériques.

Pendant ce temps, les Américains vivant aux États-Unis pourraient être surpris de savoir que l’index Gallup a classé le Venezuela, le « 5e plus heureux pays dans le monde ». Et pas seulement à cause de la Salsa…

Pas étonnant alors que les médias aux États-Unis, en Europe occidentale et en Amérique du Sud aient colporté des histoires de Vénézuéliens rêvant d’exil et de siroter des martinis à Miami. Mais le fait est qu’un grand nombre de jeunes Espagnols sans avenir en Europe vont au Venezuela pour trouver un emploi.

La diabolisation de Chavez dans les grands médias occidentaux est pitoyablement caricaturale – comme dans la récente obstination à proclamer sa mort imminente pratiquement sur une base journalière. Il leur a été difficile d’admettre que le cancer dont souffrait Chavez a été traité avec succès par des médecins cubains.

La raison principale de l’industrie de diabolisation de Chavez, c’est qu’il refuse d’être aligné sur les fantaisies géopolitiques de Washington. Il maintient des liens à la fois proches et complexes avec les dirigeants de la Chine (le Venezuela va dans un avenir proche, fournir à la Chine un million de barils de pétrole par jour), il soutient le droit de l’Iran à un programme nucléaire civil, il a soutenu Kadhafi jusqu’au bout contre ce qu’il a considéré comme une guerre illégale de l’OTAN, il soutient le gouvernement syrien contre ce qu’il considère comme étant des terroristes salafistes-jihadistes qui tentent de le renverser, et il a été une source ininterrompue d’inspiration en Amérique latine – de la Bolivie au Nicaragua, en passant par l’Équateur.

C’est un pile ou face pour savoir si Obama version 2.0 – pour ne pas mentionner une possible administration Romney encore aujourd’hui à distance – voudra réellement « s’engager » avec le Venezuela dans des conditions de respect mutuel.

Le Chavisme rencontre le Lulismo

Le Venezuela va connaître un taux de croissance de 5 pour cent en 2012 – bien au-delà de l’Argentine (2 pour cent) et du Brésil (1,5 pour cent). Il s’agit d’une économie partiellement socialisée qui produit plus d’emplois, plus de crédit, plus d’investissements étatiques – et le résultat est une croissance économique soutenue.

En interne, la lutte des classes ne va pas magiquement disparaître. Les pauvres vont consolider leur situation, au moins dans un état de classe moyenne inférieure. Quant à la classe moyenne émergente et la classe moyenne supérieure, elles aspirent à plus de consommation. Le cancer au cœur du chavisme est essentiellement l’inefficacité et la corruption ; c’est la grande bataille interne à gagner. Comme le soutient James Petras, la clé de la réussite progressive des politiques sociales de Chavez est dans une lutte sérieuse contre la corruption dans la politique locale et dans l’administration.

En termes d’intégration de l’Amérique latine, il y a aussi de bonnes nouvelles. Le Venezuela est maintenant membre du Mercosur. Avec une intégration économique renforcée, il connaîtra une plus grande intégration politique dans l’Unasur – véritable syndicat de l’Amérique du Sud.

L’Amérique du Sud est engagée aujourd’hui dans un débat plus large sur l’émergence d’un inévitable consensus avec Washington. Deux écoles s’opposent : le chavisme, et ce qui a été présenté comme le consensus de Brasilia.

Le Chili, la Colombie et l’Uruguay peuvent être considérés comme des partisans du consensus de Brasilia – et même le Pérou, sous la présidence d’Ollanta Humala. Le consensus de Brasilia est évidemment synonyme de « Lulismo » – d’après le très populaire président brésilien Lula, qu’Obama a bien voulu considérer comme « un bon bougre ».

Le chavisme est cependant populaire en Bolivie et en Équateur. Puis il y a ceux qui hésitent – comme l’Argentine et le Paraguay, ce dernier avant le coup d’État contre Fernando Lugo.

Pourtant, pour l’essentiel ce qui est en jeu représente des différences mineures du point de vue du degré de socialisation de l’économie et de la poursuite d’une politique étrangère indépendante. Le modèle de base est partagée par tous : mettre l’accent sur la croissance économique, l’égalité sociale, la démocratie réelle et l’intégration progressive.

Un chavisme plus sobre, moins conflictuel et moins personnalisé fera des merveilles pour l’intégration latino-américaine. Mais d’énormes obstacles subsistent sur cette voie – comme le coup d’État au Paraguay, le coup d’État au Honduras, la manipulation des préoccupations écologiques afin de déstabiliser la Bolivie, l’obsession perpétuelle à Washington de diaboliser Chavez. Et il y a quelque chose que la majorité écrasante de l’Amérique latine ne peut pas oublier : la quatrième flotte américaine qui la surveille.

Pepe Escobar

Le 8 octobre 2012

 

Article original en anglais : Why Hugo Rules, Washington should get real and understand why Venezuela prefers Chavez, Aljazeera, le 8 octobre 2012.

Traduction : Info-Palestine.net – Claude Zurbach

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007) et Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge. Son dernier livre vient de sortir ; il a pour titre : Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009).

«Il y a des pays qui peuvent être réticents, mais ils ne sont pas ceux qui vont au Conseil de sécurité faire obstacle puisque nul ne fera obstacle».  

Laurent Fabius dans une claire allusion à l’Algérie à propos de l’intervention militaire au Mali. (Sommet 5+5 d’octobre à Malte)

Que se passe-t-il au Mali? On parle de plus en plus d’une intervention comme inéluctable. Quelques repères pour fixer les idées. Le Mali, patrie du grand écrivain Amadou Hampâté Bâ. est un pays d’Afrique de l’Ouest, membre de l’Union africaine, frontalier de sept pays dont l’Algérie, indépendant le 22 septembre 1960. Avec 14.517.176 habitants en 2009, la population malienne est constituée de différentes ethnies. Avec une économie encore essentiellement rurale, le Mali, pays enclavé, fait partie des 49 pays les moins avancés (PMA) (IDH =0,350) Son économie reposait sur l’agriculture, l’élevage et le commerce transsaharien de l’or, le sel. Cinq empires ou royaumes importants se sont succédé: l’empire du Ghana, l’empire du Mali, l’empire songhaï, le royaume bambara de Ségou et l’empire peul du Macina. À son apogée, l’empire s’étend de l’Atlantique au Nigeria et du nord de la Côte d’Ivoire au Sahara. En 1968, Modibo Keïta est renversé par un coup d’État de Moussa Traoré. Le 26 mars 1991, celui-ci est renversé à son tour par le général Amadou Toumani Touré. Après une période de transition, ce dernier restaure la démocratie avec l’élection d’Alpha Oumar Konaré en 1992. Il est réélu en 1997.

En 2002, Amadou Toumani Touré est élu président de la République du Mali et réélu en 2007. Cependant, le 22 mars 2012, des soldats mutins dirigés par le capitaine Amadou Haya Sanogo, prennent le contrôle de la présidence et annoncent la dissolution des institutions. De janvier à avril 2012, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad attaque les camps militaires maliens et les villes situés dans les régions de Gao, Tombouctou et Kidal. Le 1er avril 2012, la rébellion touarègue, constituée du Mouvement national pour la libération de l’Azawad et d’un mouvement salafiste Ançar Eddine, contrôle les trois régions situées au Nord du Mali. Le Mnla réclame l’indépendance de l’Azawad tandis qu’Ançar Eddine souhaite imposer la charia. Les deux mouvements revendiquent le contrôle des principales villes. Le 4 avril, le Mnla décide unilatéralement la fin des opérations militaires; il proclame l’indépendance de l’Azawad. Il faut y ajouter Aqmi et le Mujao encore plus virulents. Depuis, la Cédéao a décidé d’une intervention militaire.

La réalité du terrain: le chaos au Nord Mali

Salima Tlemçani résume l’état d’une population dans la misère et la guerre. Nous l’écoutons: «Située au nord du Mali, plus exactement au sud-est de la région de Gao, la ville de Ménaka est depuis des mois totalement isolée du monde. Des dizaines de personnes fuyant les exactions d’Ançar Eddine, du Mujao et d’Al Qaîda s’y réfugient mais font face à la misère et aux maladies. Tout le monde sait qu’une opération militaire dans le Nord aura de graves conséquences humanitaires, non seulement sur le Mali mais également sur les pays limitrophes. Pour Lamine Ag Billal, la solution réside d’abord dans le dialogue entre les tribus de la région et dont font partie d’Ançar Eddine et le Mnla. En fait, cette position rejoint celle que défend l’Algérie, qui consiste à privilégier une solution politique pour régler la crise et éviter, coûte que coûte, l’option militaire qui, en plus d’être très coûteuse en vies humaines, constitue un saut vers le chaos. (…)» (1)

«Censé être libéré de l’occupation militaire malienne, le nord du Mali est aujourd’hui disputé par Ançar Eddine, un groupe intégriste dirigé par Ayad Ag Ghaly, le Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (Mnla). Chacune de ces factions occupe un territoire où l’activité de contrebande, de crime organisé, de trafic de cocaïne et d’armes reste la plus fructueuse.(…) Les troupes de l’Aqmi, que dirige Abou Zeïd, contrôlent la région d’Adrar, au nord-est du Mali, ainsi que Tombouctou. A part les membres de la direction, la majorité de ses éléments ne sont pas Algériens. L’Aqmi est le plus organisé et le plus doté en moyens humains et logistiques. Le Mujao occupe, quant à lui, la région de Gao, où il retient en captivité plusieurs otages occidentaux ainsi que les diplomates algériens, enlevés il y a plus de six mois du siège du consulat algérien à Gao. (…) Aujourd’hui, cette région est devenue non seulement une base arrière pour les groupes islamistes armés, mais aussi un repaire des narcotrafiquants et des trafiquants d’armes et de véhicules.» (1)

La détermination de la France à s’ingérer au Mali

Durant le quinquennat de Sarkozy deux guerres ont vu la participation de la France, au nom des «droits de l’homme», une troisième est en cours en Syrie. Pour rappel, écrit Luis Basurto, la France de MM.Chirac et Sarkozy ne trouvait pas insupportable, inadmissible ni inacceptable l’occupation du Nord ivoirien par des rebelles sanguinaires, putschistes ratés, depuis septembre 2002 et cela jusqu’à avril 2011, car ces rebelles soutenaient l’homme adoubé par Paris, l’ancien fonctionnaire du FMI, Alassane Ouattara (ADO), aujourd’hui hissé au pouvoir en Côte d’Ivoire. Et droite et gauche françaises se donnaient la main durant cette période dans une union sacrée assurant cette collusion où J. Chirac et N.Sarkozy assuraient un soutien militaire français aux rebelles pour agresser l’Etat ivoirien. Ici la France soutient des rebelles, là-bas elle fait la guerre pour les combattre. Allez comprendre!» (2)

«Faut rappeler, poursuit Luis Basurto que la déstabilisation du Sahel, de toute la bande sahélo-saharienne, est l’une des conséquences directes de la guerre de l’Otan contre la Libye, dont la France de N. Sarkozy fut l’initiatrice. Ce conflit provoqua la prolifération et le renforcement de bandes armées djihadistes et, à la chute du régime libyen et après l’exécution de Mouammar Kadhafi, la débandade de l’armée libyenne et la dissémination accélérée d’armes de tout genre et d’hommes armés dans le Sahel.(…) Les mouvances islamistes chercheraient, avec les crimes commis au nom de la charia et une lente poussée vers le Sud-Ouest, l’affrontement afin de galvaniser et d’unifier les groupes djihadistes probablement pour internationaliser le conflit dans le but d’«afghaniser» la région». (2)

«L’ingérence française dans le conflit interne malien se concrétise avec le «consentement» de la victime, à savoir le propre Mali. Pour preuve, le journal Le Monde dit dans son article du 25 septembre «Dimanche [24 septembre], le Mali a finalement cédé à la pression de la Cédéao qui, depuis des mois, soutient le principe d’une intervention militaire au nord du Mali». Il est notoire que Paris -le président F. Hollande et le ministre des Affaires étrangères L. Fabius- a pressé Bamako -Dioncounda Traoré et Cheick Modibo Diarra- pour qu’il demande ouvertement une intervention militaire étrangère sur le sol malien. (..) la Cédéao est l’un de pseudonymes de la France en Afrique. Elle est l’instrument de blanchiment et de légitimation, des décisions politiques, économiques et militaires françaises destinées à l’ensemble de la région, de l’Afrique de l’Ouest, (…) L’acceptation sur le sol malien d’une force militaire étrangère, avec des soldats venant des pays frontaliers non exempts d’ambitions vénales et sous l’égide de l’ancienne puissance coloniale, n’est qu’un suicide national par chapitres annoncé. Annonciateur d’une nouvelle mise sous tutelle et même d’une vassalisation par ses voisins immédiats. Le Mali risque ainsi d’échanger la rébellion du Nord par une vassalisation au profit du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire, devenant le hinterland asservi de ces deux pays. (…)»

La position ambiguë des Etats-Unis

On se souvient que début octobre, de passage à Alger, le général Carter Ham commandant de «l’Africom» avait déclaré: «Je ne suis pas ici pour discuter de notre présence militaire au Mali, mais pour encourager le dialogue à l’intérieur de ce pays et avec les pays voisins pour le rétablissement de la stabilité à Bamako. Il n’y aura pas de soldats américains sur le sol.» Pour le général Carter Ham, «l’Algérie et les Etats-Unis d’Amérique sont tout à fait d’accord sur une priorité: le peuple malien doit avoir l’opportunité de choisir librement son gouvernement et de vivre dans la paix et la sécurité.»

Changement de ton trois jours plus tard. Le commandant de l’Africom n’a pas fermé, nous dit Hassan Moali, la porte à l’intervention armée au Mali. Les déclarations du général commandant l’Africom, Carter Ham, à Alger, à propos de la conduite à tenir au Mali et la possibilité d’une attaque militaire, viennent d’être appuyées par le conseiller du président Obama pour l’antiterrorisme, John Brennan. On sait désormais qu’une intervention militaire, dont le «format» reste à définir, est bel et bien dans les plans US au Mali. L’usage des drones confirme également les propos du commandant de l’Africom «qu’il n’y aura pas présence de soldats américains» sur le sol au Mali. En d’autres termes, il s’agira de frappes ciblées menées par des drones contre les bastions des groupes terroristes. Un massacre de civils est donc à craindre comme ce fut le cas en Afghanistan, mais surtout en Irak. Avec les drones, il y aura forcément des dommages collatéraux. (3)

Quelques jours plus tard, devant les déclarations françaises d’établir une situation de guerre au Nord-Mali, un officiel américain a annoncé que les Etats-Unis pourraient offrir leur soutien. Cette situation incommoderait fortement notre pays qui privilégie le dialogue et la négociation entre toutes les factions du Nord-Mali. Lentement, le plan de bataille imaginé par la France se met en place. «La France est prête à voter une résolution à l’ONU sur une intervention militaire africaine au Mali, qu’elle soutiendra sur les plans logistique, politique et matériel», a réaffirmé hier un François Hollande aussi va-t-en-guerre que son prédécesseur. «Les Etats-Unis soutiendront la France si ce pays décide qu’il est nécessaire d’intervenir militairement», a affirmé, hier, dans un entretien au journal Le Monde, le secrétaire d’Etat adjoint américain chargé de l’Europe, Philip Gordon. (…) Une bataille diplomatique à fleurets mouchetés, que devraient arbitrer des représentants de la communauté internationale le 19 de ce mois, à l’occasion d’une réunion décisive à Bamako. (4)

L’échec de l’Algérie devant l’afghanisation inéluctable de la crise

Dans une analyse lucide et sans concession, Abdelaziz Rahabi résume les dangers de la situation actuelle: pour lui «la nomination, le 10 octobre, d’un émissaire de l’ONU pour le Sahel après une large consultation et un consensus au sein du Conseil de sécurité consacre définitivement le caractère international de la crise. (…) Il n’a pu le faire qu’après concertation avec la France et les USA qui ont besoin d’une couverture du Conseil de sécurité pour l’envoi d’une force de la Cédéao qui servira elle-même de couverture à des opérations ciblées et ponctuelles des armées occidentales. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si l’Algérie a encore le temps de convaincre et les moyens d’influer sur la situation.» (5)

«Le fait de rejeter une intervention étrangère à ses frontières est une position doctrinale connue de tous et l’Algérie ne doit pas manquer une occasion de le faire. (…) Mais cela n’est pas suffisant. Nos dirigeants, qui sont d’une sensibilité pathologique aux flatteries des puissants, n’ont pas réalisé qu’ils ont favorisé la mise en place du scénario pakistanais à nos frontières en se laissant convaincre, ces dernières années, par le rôle d’allié et de rempart contre le terrorisme international conféré par des puissances occidentales, notamment les Etats-Unis d’Amérique, la Grande-Bretagne et la France. On a fait croire à l’Algérie qu’elle avait l’expérience et les moyens et qu’elle pouvait compter sur l’assistance militaire des Occidentaux. Cela a eu pour effet de mieux l’exposer et d’en faire la cible privilégiée du terrorisme international. Nous n’avons pas tiré toutes les leçons de l’expérience pakistanaise, notamment des zones tribales qui échappent à l’autorité des Etats.» (5)

«Notre pays, conclut Abdelaziz Rahabi, a toutes les raisons de s’inquiéter, car les frontières représentent par définition un front potentiel ou actif. Et si l’on observe la situation dans notre région, nous réalisons que l’Algérie a rarement vécu une conjoncture aussi délicate. Elles sont instables avec la Mauritanie et le Maroc et hostiles avec le Mali et la Libye. Le Mujao, par exemple, qui ne cible que l’Algérie à travers les attentats de Tindouf, Tamanrasset, Ouargla et l’enlèvement des diplomates à Gao, confirme que son mandat vise essentiellement la déstabilisation de l’Algérie. Il s’y joue tout simplement une lutte d’influence entre les puissances et entre celles-ci et le terrorisme international, le trafic d’armes et de drogue. Les zones de confrontation dans le monde ne sont pas figées et celle du terrorisme international s’est déplacée, en 10 ans, du Pakistan vers l’Afrique.» (5)

Le projet de résolution sur le Mali, proposé par la France, devrait être adopté ce vendredi par le Conseil de sécurité de l’ONU, a indiqué la mission française auprès de l’ONU. La résolution demande à la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) et à l’Union africaine de préciser dans les 30 jours les modalités d’une intervention militaire pour reconquérir le nord du pays et invite le gouvernement malien et les rebelles touareg à ouvrir dès que possible une négociation. Une réunion se tiendra le 19 octobre à Bamako avec les principaux acteurs (Cédéao, Union africaine, Union européenne, ONU) pour tenter de mettre au point une «stratégie cohérente», selon un diplomate. Paris a promis une aide logistique

On le voit, l’Algérie, que l’on présente comme incontournable dans cette question, est superbement ignorée. Toute l’agitation algérienne avec M. Messahel – qui ne s’arrête pas de parler de terrorisme transfrontière, de narcotrafiquants -n’aura, en définitive, servi à rien. Les interlocuteurs l’ont reçu poliment sans plus. Les vrais décideurs sont ailleurs. Lors de sa dernière étape, M.Messahel a fini par lâcher que la solution militaire n’est envisageable que si le dialogue échoue. Souvenons-nous des échecs de l’Algérie et de sa diplomatie dans le dossier du Soudan, de son énergie dans le Nepad qu’elle présentait comme la solution économique aux malheurs de l’Afrique, en vain, les grands de ce monde n’ont aucun état d’âme. L’Algérie est renvoyée à son statut de pays en développement. L’Afghanisation du Mali est en marche. Comment alors gérer nos frontières et contenir un tsunami dont nous ne maîtrisons ni les tenants ni les aboutissants? Fallait-il pour une fois être dans la mêlée pour protéger nos arrières?

 

Professeur émérite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. Salima Tlemçani: Situation chaotique au nord du Mali El Watan 11.10.12
2. http://www.mondialisation.ca/le-mali-nouvelle-victime-designee-dactives-ingerences-neocoloniales-francaises/
3. Hassan Moali: Le recours aux drones semble privilégié El Watan 03.10.12
4. Hassan Moali: l’Algérie redoute le syndrome libyen El Watan le 10.10.12
5. Abdelaziz Rahabi: «Nous avons négligé la région du Sahel» El Watan le 11.10.12

 

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KHAOS – Les visages humains de la crise grecque

octobre 14th, 2012 by Panagiotis Grigoriou

Khaos, les Visages Humains de la Crise Grecque aborde – à partir de nombreux témoignages et portraits – sans fards, la vie quotidienne du peuple grec, avec Panagiotis Grigoriou– historien et blogueur de guerre économique – pour fil conducteur.
C’est un road-movie au rythme du jazz et du rap qui nous mène de Trikala à l’île de Kea, en passant par Athènes, à la rencontre du citoyen grec, du marin pêcheur au tagueur politique.

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Il y a dix ans, aujourd’hui, le débat sur l’Irak était présenté devant le Congrès sous la forme d’une résolution rédigée par l’administration Bush. La guerre a    coûté aux Etats-Unis la somme de 5 milliards de milliards de dollars et a été un facteur de la crise financière mondiale…. 4 488 soldats ont été tués et plus de 3 000 blessés.

Un million de civils irakiens ont perdu la vie. Le coût de la guerre est incalculable : une guerre civile confessionnelle a ravagé l’Irak pendant près d’une    décade et l’Irak est devenu le foyer d’al-Qaïda.

La guerre en Irak a été vendue aux Américains grâce à des mensonges facilement démontrables. Nous devons apprendre de cette sombre page de l’histoire américaine    pour nous assurer de ne plus répéter les mêmes erreurs. Et nous devons engager la responsabilité de ceux qui ont dupé le public américain.

Tempête de désinformation

Ce 2 octobre 2002, le jour où la loi sur l’Irak fut introduite, j’avais envoyé et distribué personnellement un mémo à mes collègues du Congrès réfutant, point par    point, les allégations fournies par l’administration Bush pour aller en guerre. Le lendemain, j’ai organisé une conférence de presse avec 25 membres du Congrès, réfutant à nouveau les mensonges    sur les causes de cette guerre.

Il était prouvé, à cette époque déjà, que l’Irak ne possédait pas d’armes de destruction massive, qu’il    n’avait aucun lien avec le 11 septembre et qu’il n’était pas non plus une menace pour les Etats-Unis. Quiconque s’y intéressait pouvait obtenir les mêmes informations que celles que    j’avais.

Malgré cela, certains dirigeants politiques d’importance firent écho aux trompettes de la guerre du clan Bush-Rumsfeld-Cheney dont deux démocrates :

« Je pense que l’on ne peut mettre en doute les faits qui nous ont conduit à ce vote fatal. Saddam Hussein est un    tyran qui a torturé et tué son peuple…Les rapports des services d’intelligence prouvent que Saddam Hussein a reconstruit son stock d’armes chimiques et biologiques, ainsi que sa capacité de    lancement de missiles et son programme nucléaire. Il a aussi offert aide, protection et refuge aux terroristes et à ceux  d’al-Qaïda. » (Sénateur Hillary Clinton, 10/10/02).

« Le 11 septembre a été l’ultime appel au réveil : nous devons tout faire pour prévenir d’autres opérations    terroristes et nous assurer qu’aucune attaque par arme de destruction ne puisse survenir…le premier candidat qui nous inquiète est Saddam Hussein …Il poursuit son développement d’armes de    destruction massive y compris celles de nature nucléaire » (Richard Gephart (D-MO), chef du Democratic Caucus de la Chambre    des Représentants, 10/10/02).

Même les journaux les plus dignes de confiance du pays ont aveuglément repris à leur compte ces assertions aussi grossièrement incorrectes, les présentant comme des    faits.

« Il est inutile de débattre pour établir que Saddam Hussein est un dictateur qui continue à développer des armes non    conventionnelles qui menacent la paix au Moyen-Orient et au-delà  en violation des interdictions des Nations unies». (The New York Times, Editorial, 3/10/02).

La guerre d’Irak a fragilisé la sécurité nationale et financière des Etats-Unis

La tempête de désinformation n’empêcha pas le vote de 133 membres du Congrès contre la résolution autorisant l’usage de la force militaire en Irak, y compris près    des deux-tiers des membres du Democratic Caucus de la Chambre des Représentants. Sept membres du Congrès dont Ron Paul (R-TX) votèrent aussi contre la résolution. Au Sénat, le vote fut de 77 pour et 23 contre.

Il y a dix ans, le Congrès a voté pour entrer en guerre contre un pays qui ne nous avait pas attaqués. Cette décision a fragilisé notre sécurité nationale et    financière. Nous souffrons encore de ce coup. Alors que la plupart de nos soldats sont rentrés, les Etats-Unis  maintiennent une présence importante au travers du Département d’Etat et des    milliers de compagnies de sécurité privées.

La guerre contre l’Irak a été fondée sur des mensonges. Des milliers d’Américains et peut-être un million d’Irakiens ont été sacrifiés pour ces mensonges. La guerre    en Afghanistan se poursuit et de nouvelles guerres sont se  répandues au Pakistan, au Yémen et en Somalie selon le concept indéfini de « guerre  contre le terrorisme ». Cet état d’esprit nous entraîne sur le bord d’une guerre avec l’Iran. Dix ans plus tard, alors que des milliards de    milliards de dollars se sont envolés, le peuple américain dans son ensemble ignore toujours ce qui s’est passé. Il est temps d’ouvrir une ère de vérité et de réconciliation.

Article original en anglais : « Iraq: Ten Years, a Million Lives and Trillions of Dollars Later », le 2 octobre 2012.

Traduction : Xavière Jardez – Titre et Intertitres : AFI-Flash.

http://www.france-irak-actualite.com/

Dennis Kucinich est membre de l’aile gauche du Parti Démocrate. Ancien maire de Cleveland (77-79), il    représente l’Ohio au Congrès des Etats-Unis.

Denis Kucinich, qui a été candidat aux primaires démocrates en 2008, est connu pour son opposition à l’invasion et à l’occupation de    l’Irak.

A ce sujet, lire : http://kucinich.house.gov/spotlightissues/iraq.htm

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La police grecque torture des manifestants anti-fascistes

octobre 14th, 2012 by Christoph Dreier

Les participants à une manifestation contre le parti fasciste Chrysi Avgi (Aube Dorée) ayant eu lieu le 30 septembre ont été battus et torturés après leur arrestation par la police grecque.

Selon les victimes, la police a utilisé des techniques semblables à celles pratiquées dans les prisons comme Abou Ghrib. Les prisonniers furent battus, filmés nus et eurent la peau brûlée. Cela fit l’objet d’un reportage paru le 9 octobre dans le quotidien britannique Guardian, qui publia aussi des photographies des blessures subies par les personnes arrêtées.

Le dimanche 30 septembre, une quinzaine de jeunes gens s’étaient rassemblés dans le district d’Aghios Panteleimon à Athènes, pour protester contre l’attaque d’un centre communautaire Tanzanien et ils furent rejoints par environ 150 personnes à moto. Plusieurs membres d’Aube dorée sont alors apparus sur les lieux.

Peu de temps après, des échauffourées ont éclaté, des policiers en grand nombre venus des rues avoisinantes se sont précipités sur la manifestation et ont arrêté un certain nombre de manifestants. Selon les avocats de ces manifestants ces derniers furent arrêtés pour avoir « troublé l’ordre public le visage caché » – c’est-à-dire qu’ils portaient des casques de motards.

Beaucoup des personnes concernées dirent qu’elles furent malmenées par les policiers au commissariat. Ceux-ci les insultèrent, les frappèrent et leur crachèrent dessus, tout en se servant d’eux comme cendrier. Ont les tint éveillé pendant toute la nuit et pendant 19 heures on ne leur donna ni à manger ni à boire et on ne leur permit pas de contacter leurs représentants légaux. Certain décrirent comment on leur brûla la peau à l’aide de briquets.

Les policiers les filmèrent et menacèrent de publier leurs photos sur Internet et de donner leur adresse aux fascistes d’Aube dorée.

Deux femmes parmi les personnes arrêtées se sont plaintes d’avoir subi des insultes et des violences sexuelles, un des hommes rapporta que la police lui avait violemment écarté les jambes et lui avait donné des coups de pied dans les testicules. Un autre dit que malgré une blessure ouverte à la tête on lui avait refusé tous soins médicaux pendant des heures et qu’on avait continué de le battre.

Le lendemain eut lieu une manifestation de solidarité pour les détenus où on procéda à de nombreuses arrestations. Un groupe de 25 manifestants dit au Guardian qu’ils avaient été battus au commissariat et forcés de se déshabiller, de se pencher en avant et d’écarter les fesses. Ils dirent que de nombreux autres policiers et détenus étaient présents à ce moment-là.

Une des victimes dit: « Il faisait ce qu’il voulait – nous donnait des claques, nous frappait, nous disait de ne pas le regarder, de ne pas s’asseoir les jambes croisées. D’autres policiers présents ne firent rien. »

Un des avocats des victimes, Charis Ladis, dit que la violence exercée dans les commissariats de police avaient plutôt été l’exception dans le passé. « Ce cas montre que la page est tournée. Jusqu’à présent il y a avait la présomption que quand quelqu’un était arrêté, en tant que détenu, il n’était pas en danger. Mais ces jeunes gens ont tous dit qu’ils étaient passés par une nuit interminable et sinistre ».

Ces informations ne sont certainement pas une exception, elles expriment au contraire la réalité d’une collaboration de plus en plus étroite entre la police et Aube dorée, qui a obtenu 6,9 pour cent des voix lors des dernières élections, entrant pour la première fois au parlement.

Non seulement un grand nombre de policiers ont voté pour ce parti, mais la police a encore couvert les attaques brutales contre les immigrés et les opposants politiques. Nombreux ont été les articles parlant du fait que la police dit à ceux qui portent plainte pour des activités criminelles supposées d’immigrés de s’adresser directement aux représentants d’Aube dorée dont c’est soi-disant la responsabilité de s’occuper des « problèmes avec les immigrés ».

Pendant des mois, le gouvernement grec a non seulement renforcé le parti fasciste de cette manière mais il a aussi lui-même encouragé la xénophobie. Ainsi, au mois d’août, les autorités ont mobilisé 4.500 policiers pour une razzia anti-immigrée massive.

La chasse aux sorcières et la persécution des immigrés continuent jusqu’à ce jour. L’objectif en est de faire la chasse aux soi-disant immigrés illégaux et de les déporter. Le ministre responsable de la sécurité intérieure, Nikos Dendias, est délibérément en train d’encourager la xénophobie afin de détourner l’attention des attaques sociales effectuées par le gouvernement. Il a déclaré que les “problèmes d’immigration” de la Grèce étaient plus importants que les problèmes financiers.

L’utilisation de la torture dans les prisons grecques n’est pas un accident. La police utilise la force afin de terroriser la population et de casser toute expression d’opposition populaire à la politique réactionnaire d’austérité de l’UE (Union européenne).

Le fait que le gouvernement soit passé de l’encouragement et de la couverture des activités des fascistes à la torture d’opposants politiques est un clair avertissement à toute la classe ouvrière européenne. La dernière fois que de telles scènes ont été vues en Europe fut la période qui a suivi le coup d’Etat des colonels en Grèce ou le temps des dictatures fascistes en Espagne et au Portugal.

Ces scènes montrent à quel point le conflit social s’est développé. Le gouvernement est prêt à mobiliser non seulement la police mais aussi les couches les plus arriérées et les plus dépravées de la société pour casser la résistance de la classe ouvrière aux Diktats austéritaires de l’UE. Si les premiers coups sont destinés aux immigrés et aux manifestants anti-fascistes, on visera bientôt tous les travailleurs grecs qui osent s’opposer à la barbarie sociale.

Le gouvernement jouit de l’entier soutien de l’UE qui a non seulement encouragé et salué les actions contre les immigrés, mais qui tolère aussi la violence policière croissante et la coopération avec les fascistes. Pas un seul représentant de l’UE ou d’un gouvernement européen n’a jusqu’ici fait une déclaration au sujet de la torture de manifestants. Les actes de la police grecque sont acceptés en silence.

Les images montrant les manifestants malmenés révèlent le vrai visage de l’Union européenne qui est le principal instrument de l’élite financière pour détruire les acquis sociaux de la classe ouvrière à travers le continent. Ces attaques sociales, qui sont les plus avancées en Grèce, sont incompatibles avec les droits démocratiques. Les événements d’Athènes montrent que l’élite européenne, plutôt que de faire une quelconque concession, est tout-à-fait prête à encourager les bandes fascistes à s’en prendre aux travailleurs.

 

Article original, WSWS, publié le 11 octobre 2012

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En préparation pour une intervention américaine directe en Syrie et une guerre plus vaste au Moyen-Orient, le Pentagone a déployé secrètement une équipe spéciale de 150 militaires en Jordanie.

Le secrétaire à la Défense, Léon Panetta, a confirmé mercredi l’existence de l’unité de forces spéciales, qui avait d’abord été rapportée par le New York Times. S’adressant aux médias à la conclusion d’une rencontre de deux jours réunissant les ministres de la Défense de l’OTAN à Bruxelles, Panetta a affirmé, « Nous avons un groupe de soldats là-bas qui aide à bâtir un quartier général et qui s’assure que la relation entre les États-Unis et la Jordanie soit forte afin que nous puissions faire face à toutes conséquences des développements en Syrie ».

Panetta a dit que les forces américaines en Jordanie avaient aussi pour tâche de sécuriser les armes chimiques et biologiques en Syrie. Le président Barack Obama a déclaré que l’usage de telles armes serait un « point de non-retour » après lequel les États-Unis opteraient pour une intervention militaire directe en Syrie.

En Syrie, tout comme en Irak il y a une décennie, la soi-disant menace « d’armes de destructions massives » est utilisée comme prétexte pour une guerre d’agression américaine.

L’article du New York Times révèle que « l’idée d’établir une zone tampon entre la Syrie et la Jordanie – laquelle serait imposée par les forces jordaniennes du côté syrien de la frontière – a été discutée en conjonction avec la mise en place de l’avant-poste militaire américain, situé près de la frontière syrienne. » La création d’une telle zone ne serait possible qu’en coordination avec une intervention américaine massive.

Selon l’article du New York Times, « l’avant-poste près d’Amman pourrait jouer un rôle plus large si la politique américaine changeait » et que Washington décidait de déclencher une telle intervention.

Pendant ce temps, l’armée jordanienne a nié catégoriquement la présence américaine. L’agence de nouvelles de l’État jordanien, Petra, a cité un porte-parole des forces armées du pays disant : « Les rapports de nouvelles voulant que les États-Unis aident la Jordanie a faire face aux réfugiés syriens ou aux dangers en lien avec les armes chimiques sont faux. Les forces jordaniennes sont en mesure de faire face à toutes menaces ».

Le porte-parole a ajouté que toute présence militaire étrangère servait « à mener un exercice militaire de routine annuel » et « n’a rien à voir avec quelconque conflit ou développement régional ».

Le précédent déploiement secret américain en Jordanie remonte à mai dernier, lorsque le Pentagone a envoyé des troupes américaines au pays, y compris des unités de forces spéciales, dans le but de participer à des exercices militaires conjoints. L’opération avait comme nom de code Operation Eager Lion. Ensuite, une centaine de membres de l’armée sont restés sur place et ont été rejoints par des douzaines d’autres qui ont été amenés par avion. L’équipe spéciale, selon le New York Times, est dirigée par un « officier américain sénior ».

Les quartiers généraux de ces forces spéciales sont situés dans une base militaire jordanienne érigée dans une carrière abandonnée, au nord de la capitale Amman. Se trouvant à seulement 55 km de la frontière syrienne, il s’agit du contingent de l’armée américaine le plus près des sites de la guerre civile syrienne. Dans cette guerre, Washington donne son soutien à toute une série de milices islamistes et sectaires qui mènent une campagne par procuration pour renverser le président Bachar Al-Assad et le remplacer par un régime plus servile envers les États-Unis.

Ce déploiement militaire en Jordanie suit le modèle établi par la CIA à la base aérienne américaine d’Incirlik en Turquie, où l’agence a mis en place un poste de commandement qui lui permet d’équiper les armées de soi-disant rebelles syriens en armes et en munitions qui proviennent de la Turquie, de l’Arabie saoudite, du Qatar et d’autres monarchies sunnites du golfe Persique.

L’article du New York Times semble indiquer que la principale préoccupation du contingent militaire américain en Jordanie a été de gérer l’afflux de quelque 180.000 réfugiés de la Syrie voisine.

« Les membres des forces spéciales américaines passent la majeure partie de leur temps à effectuer des tâches de logistique avec l’armée jordanienne — par exemple, trouver le moyen de déplier des tonnes de nourriture, d’eau et de latrines à la frontière, et former l’armée jordanienne pour qu’elle puisse s’occuper des réfugiés », selon le New York Times.

L’article ne tente pas d’expliquer pourquoi l’armée des États-Unis serait si apte à offrir de l’aide aux réfugiés, elle qui a en justement créé des millions au cours des guerres américaines en Irak et en Afghanistan.

La Jordanie a traité si brutalement les réfugiés provenant de la Syrie que des émeutes ont éclaté. Des manifestations ont été réprimées par des policiers lourdement armés au camp de réfugiés de Zaatari érigé en plein désert.

« Les responsables américains au courant de l’opération », qui ont parlé au journal sans révéler leur identité, tentent d’offrir un prétexte humanitaire aux préparatifs d’une nouvelle explosion du militarisme américain dans la région.

Si Washington et le Pentagone se préoccupent de l’arrivée de réfugiés en Jordanie c’est parce que, d’une part, ils pourraient les utiliser comme prétexte à une intervention, et aussi, ils pourraient venir intensifier la crise politique de la monarchie jordanienne, qui est à la tête d’un des États clients américains les plus serviles de la région.

Dans un rapport publié la semaine dernière, le Congressional Research Service (CRS), la branche de recherche non partisane du Congrès américain, a admis : « Le roi Abdoullah II fait face à une opposition de plus en plus confiante qui le critique aujourd’hui ouvertement, surtout dans le contexte où la Jordanie continue d’avoir un taux de chômage et de sous-emploi élevé, ainsi qu’un important déficit financier. Les manifestations de faible envergure sont maintenant chose courante en Jordanie, et pas seulement dans la capitale Amman, mais aussi dans les régions tribales rurales au sud, considérées précédemment comme des bastions de soutien pour le gouvernement. Même si les demandes d’ordre économique demeurent les plus importantes, la corruption dans les plus hautes sphères de la société et les assauts incessants sur les libertés politiques sont aussi source d’agitations. »

Le vendredi 5 octobre, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Amman. Les protestataires scandaient : « Le peuple veut que le régime s’en aille » et sur des pancartes on pouvait lire : « À bas les gouvernements non élus » et « Nous préférons mourir plutôt que de vivre humiliés. »

Pendant que croît l’opposition interne au régime jordanien, les États-Unis augmentent l’aide dont dépend ce dernier. Selon le rapport du CRS, durant la présente année financière, Washington fournit 360 millions de dollars en soutien économique et plus de 300 millions en aide militaire. Depuis 1951, les États-Unis ont consacré quelque 13,1 milliards de dollars pour soutenir la monarchie hachémite au pays.

Les révélations sur la base militaire secrète en Jordanie indiquent une fois de plus combien les préparatifs des États-Unis pour une nouvelle guerre encore plus dévastatrice au Moyen-Orient sont avancés.

 

Article original en anglais, WSWS

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Le comité du prix Nobel de la Paix aurait aurait eu plus de légitimité à choisir “le testicule gauche de Bill Clinton” que l’Union Européenne, dit Max Keiser de RT. Kaiser a villipendé cette récompense comme étant rendre hommage à une technocatie qui appauvrit les citoyens et gave des banques monstrueuses.

RT: L’UE a gagné le prix pour son rôle unificateur du continent, mais dans une époque de séparatisme grandissant et l’économie étant au 36ème dessous, comment expliquez-vous ceci ?

Max Keiser: Ceci représente la montée en puissance des machines. Cette une sélection de machine qui a choisie une machine. L’UE est une technocratie gouvernée par des machines avec un establishment banquier qui pompe la richesse des citoyens de l’UE et l’envoie à Bruxelles et aux banksters et l’envoie à la Banque Mondiale et à l’UE et à la troïka. C’est la montée en puissance des machines, c’est une farce. Ils auraient pu donner le prix au testicule gauche de Bill Clinton, cela aurait eu plus de légitimité que de le donner à cette monstruosité technocratique.

Cela revient à donner le prix à Frankenstein pour avoir été le meilleur monstre de ces 12 derniers mois. Que vont-ils nous faire à présent ? A qui vont-ils le donner l’an prochain ? Ils vont le donner à une culture génétiquement modifiée en Inde où des milliers de paysans se suicident à cause d’entreprises comme Monsanto. Donnez le prix à Monsanto l’an prochain, vous les gars du comité Nobel ! Votre passif pour avoir donné ce prix à des va t’en guerre, des banksters et des fascistes de l’industrie devient vraiment impressionnant.

RT: Est-ce que cette récompense va donner un coup de pouce quelconque à l’économie de l’union et l’aider à sortir de l’ornière dans laquelle elle est ?

MK: Non, absolument pas ! Ils veulent créer une nouvelle super-banque qui prendra le pouvoir de la BCE, la gérer depuis Bruxelles et imposer un nouveau schéma de dette poubelle, englober toute la dette toxique dans une nouvelle BCE et imposer encore plus d’austérité et pomper encore plus de fric des citoyens. La direction que cela prend est absolument catastrophique. Christine Lagarde, je suis sûr, aura la prix Nobel de la Paix l’an prochain pour avoir forcé 100 millions de personnes de plus dans la pauvreté et quelques centaines d’autres à se suicider. Donnez le à Lagarde, c’est une maniaque va t’en guerre génocidaire, donnez lui le prix Nobel de la paix !

RT: Comment peut-on équilibrer un prix Nobel de la Paix avec les interventions de l’UE en Libye, des membres de l’UE au sol en Irak et en Afghanistan et son soutien pour l’opposition armée en Syrie ?

MK: Il n’y a qu’un seul prétendant au prix Nobel de la Paix cette année et c’est Julian Assange. Le simple fait qu’il n’ait pas eu le prix sera une tâche éternelle sur ce comité Nobel. Personne n’a fait plus pour pousser la paix que Julian Assange, il aurait dû recevoir le prix. Le fait qu’il l’ont donné à une clique de machines et de technocrates qu’est cette UE est un embarassement. Ils devraient retourner faire de la dynamite, puisque c’est la façon dont ce prix Nobel a commencé. Retournez à la fabrication de dynamite et oubliez le prix Nobel de la Paix. Vous êtes illégitimes, vous êtes une honte pour vous-mêmes, pliez les gaules, c’est tout. Suicidez-vous pour changer, au lieu d’encourager les citoyens grecs à se suicider !

 

Article original en anglais:http://rt.com/news/nobel-eu-prize-peace-273/

Traduction: Résistance 71

 

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Les Etats-Unis et Israël sont déjà impliqués dans des pourparlers au sujet du comment ils pourraient très bientôt mener des frappes “chirurgicales” sur les sites nucléaires iraniens, a dit une source proche des négociations au magazine américain Foreign Policy.

Après des mois de pression de la part des autorités israéliennes pour que les Etats-Unis interviennent au sujet d’une rumeur concernant les Iraniens se procurant l’arme nucléaire, une source parlant sous le couvert de l’anonymat a dit à David Rothkopf de Foreign Policy (NdT: organe de presse du CFR américain), que les deux alliés étaient maintenant très proches de signer conjointement pour une attaque contre l’Iran.

Bien qu’un plan d’action n’ait pas été fermement défini, la source a dit que l’attaque viendrait sûrement du ciel et consisterait en des attaques de drones et de bombardiers pour seulement “quelques heures” au mieux, mais qui ne demanderait pas plus de “deux ou trois jours d’action”.

Bien que les Etats-Unis n’aient pas encore signé sur les frappes, rapporte la source, l’implication américaine serait absolument nécessaire afin d’éliminer efficacement les structures où les scienctifiques iraniens sont supposés tentés de se procurer l’arme nucléaire.

“Afin de pouvoir enterrer les site iraniens, comme par exemple le site d’enrichissement de Fordow, demandera des munitions démolisseuses de bunkers et ce sur une échelle qu’aucun avion israélien n’est capable de fournir”, écrit Rothkopf dans son article publié Lundi 8 Octobre. “La mission doit donc impliquer les Etats-Unis, soient agissant seuls ou de concert avec les Israéliens et d’autres.”

Israël déclare depuis longtemps que les officiels iraniens sont en train d’enrichir des matériaux nucléaires pour être utilisés dans des têtes nucléaires volatiles et ce malgré les déclarations de l’Iran que son programme nucléaire n’existe que pour des raisons pacifiques. Les hostilités entre Israël et son voisin ennemi n’ont fait que récemment empirer, faisant insister Netanyahu pour que les Etats-Unis “tracent une ligne rouge à ne pas dépasser” et demanda que les Etats-Unis adressent un ultmatum à l’Iran avant qu’il ne soit trop tard. Le mois dernier, le président Barack Obama a refusé d’entendre les alarmes israéliennes au sujet de l’escalade de la menace nucléaire, bien qu’il ait dit comprendre les préoccupations au sujet des dégâts que pourraient occasionner l’Iran s’il possédait l’arme nucléaire, mais qu’il continuerait de “bloquer tout le bruit” provenant du premier ministre israélien, qui insiste pour une intervention miilitaire américaine.

Parlant quelques jours plus tard devant l’assemblée générale de l’ONU, le président Obama y est apparu plus volontaire dans l’action si l’Iran est prouvé en faute et qu’il essaie de se procurer l’arme nucléaire, promettant “que les Etats-Unis feront ce qu’ils ont à faire pour empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire” et il a dit que toute tentative de l’Iran à se procurer une telle arme “menacerait de l’élimination Israël, la sécurité des états du Golfe, et la stabilité de l’économie globale” et n’est pas “un défi qui peut être contrôlé”. Suivant un rapport que RT a également publié la semaine dernière concernant un filmage classifié de sites iraniens qui aurait été donné au renseignement américain par un membre de l’entourage du président Ahmadinejad qui serait passé à l’occident, les Etats-Unis pourraient finalement être en mesure de céder à a pression israélienne et de frapper l’iran.

Si la rumeur du plan d’attaque est mise en action, la source dit que l’attaque doit ramener le programme nucléaire iranien “des années en arrière” et ce faisant, sans causer de victimes civiles. Le résultat final pourrait éventuellement être très bénéfique aux Etats-Unis, spécifiquement pour ses intérêts dans la région pour lesquels le pays a toujours eu des conflits d’intérêts. Si les Etats-Unis donnent la puissance de feu à cette attaque contre l’Iran, celle-ci aura un effet durable sur la région, plus particulièrement sur ses investissements régionaux. L’attaque dit la source, sera “un facteur transformateur, sauvant l’Irak, la Syrie, le Liban et réanimant le processus de paix en sécurisant le golfe persique et lancera un message sans équivoque à la Chine et à la Russie et assurera l’ascendance américaine sur la région pour les décennies à venir”. Si Israël attaquait l’Iran sans l’aide directe des Etats-Unis, ceux-ci ne seraient pas forcément en sécurité. Bien que le président Obama se soit fait l’avocat d’une résolution pacifique des disputes israélo-iraniennes, les officiels iraniens ont suggérés qu’ils n’auraient aucun problème à frapper les Etats-Unis si leurs alliés font le premier pas.

Le général Amir Ali Hajizadeh du corps des gardiens de la révolution a dit aux journalistes le mois dernier que son pays “sera définitivement en guerre avec les bases américaines de la région si une guerre venait à éclater” expliquant qu’ “il n’y aura pas de pays neutre dans la région et que pour nous ces bases sont équivalentes au territoire américain”.

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Mesures d’austérité: Angela Merkel en Grèce

octobre 12th, 2012 by Peter Symonds

provenant des quatre coins de la Grèce avait été assemblée place Syntagma pour empêcher que les travailleurs grecs en colère ne manifestent. Malgré cette intimidation d’État, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à l’extérieur du parlement.

Avant la manifestation, les policiers arrêtaient sans distinction les gens qu’ils considéraient suspects. Les protestataires ont dû franchir plusieurs postes de contrôle d’identité.

Pendant que des tireurs d’élite de la police étaient positionnés sur les toits entourant la place, des forces antiémeutes ont tenté de provoquer les manifestants et les ont attaqués en utilisant des grenades incapacitantes, des gaz lacrymogènes et la matraque. Au moins 193 personnes auraient été arrêtées. Les policiers avaient au départ tenté d’empêcher tout rassemblement au cœur de la ville, mais ils ont finalement accepté qu’une manifestation se déroule place Syntagma.

Les manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: « Allez-vous en, vous n’êtes pas les bienvenus, impérialistes », « Arrêter le Quatrième Reich », ou « Hors de l’UE et du FMI ». Certains portaient des uniformes de l’armée allemande ou faisaient brûler des svastikas. Plusieurs pancartes attaquaient les mesures d’austérité que le gouvernement grec a fait adopter en négociations avec l’Union européenne.

Le premier ministre grec Antonis Samaras (Démocratie nouvelle) et la chancelière allemande Angela Merkel (ont démontré une apparente harmonie) lors de leur conférence de presse conjointe. Merkel a commencé son discours en déclarant que « Je souhaite vous remercier pour l’accueil chaleureux. Nous sommes des partenaires et des amis ».

Elle a félicité le premier ministre grec pour le progrès fait dans les coupes budgétaires, mais a aussi précisé qu’elle s’attendait de la Grèce qu’elle mette en œuvre les coupures dictées par l’UE. Elle a ensuite promis cyniquement de permettre le transfert de 30 milliards d’euros que l’UE avait accepté de verser plus tôt cette année.

Lundi, les ministres de la zone euro ont émis un ultimatum au gouvernement grec : si le cabinet grec ne réussissait pas à mettre en œuvre les coupures adoptées en mars dernier, le paiement de la prochaine tranche d’aide ne serait pas versé et la Grèce serait acculée à la faillite.

La dirigeante Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde a déclaré : « L’action signifie l’action, non la discussion ».

Concrètement, les représentants de la troïka (la Banque centrale européenne (BCE), le FMI et la Commission européenne) exigent qu’Athènes coupe davantage dans les pensions, les salaires et les dépenses sociales, pour un total de 4.5 milliards d’euros. En fait, les soi-disant prêts d’urgence fournis par la troïka servent à payer les banques et les spéculateurs grecs et internationaux.

Le gouvernement allemand a joué un rôle central pour imposer et mettre en œuvre les dictats de l’UE. Klaus Masuch de la BCE et Matthias Mors de la Commission de l’UE sont deux des trois représentants de la troïka à Athènes qui ont des liens directs avec la chancellerie allemande. Berlin est directement intervenu à maintes reprises afin de corriger les décisions de la troïka.

Lors de la conférence de presse, Merkel a répété les demandes des représentants allemands de la troïka : que la Grèce non seulement se conforme aux coupures, mais qu’elle fasse de soi-disant réformes structurelles. Il s’agit de nouvelles lois du travail pour couper dans les salaires, d’introduire de plus longues heures de travail et de plus courtes pauses, puis de décimer les droits des travailleurs.

Le but de ces mesures est de permettre aux compagnies de s’enrichir aux dépens de la classe ouvrière grecque. Les conditions de travail misérables en Grèce serviront aussi comme levier pour démanteler les standards sociaux à travers l’Europe. Lundi après-midi, Merkel a rencontré des représentants des cercles d’affaires grecs et allemands pour discuter de plans concrets à cette fin.

Les mesures, mises en œuvre au cours des deux dernières années en Grèce par Athènes et l’UE, ont déjà mené à une catastrophe sociale sans précédent. Les salaires et les pensions ont été réduits de plus de 60 pour cent et le chômage a augmenté à plus de 24 pour cent, le chômage chez les jeunes ayant atteint 55 pour cent. Au cours des quatre dernières années, la production économique grecque a chuté d’environ 20 pour cent ; la chute du PIB pour cette année a été récemment revue à la hausse, à 7,1 pour cent.

Prenant la parole après Merkel, le premier ministre grec a aussi appelé à intensifier l’offensive sur la classe ouvrière. « Nous atteignons de plus en plus nos objectifs, et nous continuerons ainsi », a déclaré le premier ministre, ajoutant : « Nous ne demandons pas plus d’argent, ni de concessions particulières ».

Toutes les attaques sociales au cours des dernières années ont été menées par des gouvernements successifs qui travaillaient étroitement avec les institutions européennes. À la demande de l’élite financière grecque, les mesures d’austérité ont été imposées, affectant les travailleurs et les pauvres, mais épargnant les super-riches.

Au cours des dernières semaines, il est apparu que depuis 2010, Athènes a été en possession d’une clé USB contenant des données datant de 1991, avec une liste de citoyens grecs qui possédaient un compte à la branche de Genève de la Banque HSBC. Cette liste aurait pu être utilisée pour trouver les fraudeurs fiscaux. Selon certaines estimations, les millionnaires grecs ont déposé jusqu’à 600 milliards d’euros dans les comptes bancaires suisses – une somme dépassant de loin la dette nationale.

Le scandale entourant la clé a révélé les liens étroits entre l’élite politique grecque et les super-riches. Bien que le ministère de la Finance ait eu les données en sa possession pendant deux ans, elles n’ont jamais été transmises aux autorités fiscales. Les journaux ont maintenant révélé qu’au moins 60 politiciens des partis dirigeants sont listés sur la clé USB.

Selon le New York Times, il y a une autre liste avec les noms de 54.000 Grecs qui ont transféré 30 milliards d’euros à l’étranger depuis le début de la crise.

Cette politique d’enrichissement de l’élite financière aux dépens des travailleurs grecs est la base de cette rencontre amicale entre Merkel et Samaras. Cette politique n’est plus compatible avec les droits démocratiques. À la place, la classe dirigeante européenne implante des mesures d’état policier et des formes autoritaires de gouvernement).

Lorsque 350 ouvriers des chantiers navals ont manifesté à l’extérieur du ministère de la Défense jeudi dernier, exigeant de nouvelles commandes et le paiement de leurs salaires, la police les a attaqués avec des gaz lacrymogènes et des matraques. Dimanche, la police a dispersé une manifestation de travailleurs de la régie de l’électricité qui protestaient contre les réductions d’impôts pour les riches. Apparemment, 18 personnes ont été arrêtées et détenues.

Mardi, le Guardian a rapporté que 15 manifestants, qui protestaient contre le parti fasciste Chrysi Avgi (Golden Dawn), ont été arrêtés et torturés par la police. Plusieurs reportages ont documenté l’étroite collaboration entre des sections de la police grecque et les bandes fascistes.

L’instrument principal de l’élite dirigeante pour casser la résistance des travailleurs, toutefois, sont les syndicats et les groupes pseudo-gauche, qui cherchent à détourner la colère des travailleurs vers des voies inoffensives et qui sèment des illusions dans l’UE. Ces organisations sont en contact constant avec les hauts responsables du gouvernement et de l’UE. Mercredi dernier, la direction de la plus importante confédération syndicale, la GSEE, s’est entretenue avec le président du Gauche démocratique (DIMAR), Fotis Kouvelis, un membre du gouvernement de coalition.

Pendant ce temps, lundi, le président de la Coalition pour une alternative de gauche (SYRIZA), Aleksis Tsipras, a pris part aux manifestations au Syntagma Square et a proposé un terme aux coupures. Au même moment, il a défendu l’UE – l’instrument principal de l’élite financière pour imposer ces coupures. Dans un article du Guardian lundi, il a appelé à renforcir les institutions européennes et à créer une union politique pour l’UE.

Tsipras a été appuyé par le président du (Parti de gauche) allemand, Bernd Riexinger, qui a aussi pris part à la manifestation à Athènes. Le Parti de gauche a non seulement permis l’adoption du sauvetage des banques en Allemagne, mais a aussi imposé des coupes sociales dans les états de Berlin, Brandenburg et en Rhénanie du nord-Westphalia. Il n’est donc pas surprenant que la revendication principale de Riexinger était que Merkel rencontre Tsipras pour des pourparlers.

 

Ariticle original en anglais, WSWS

 

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Les combats entre la Turquie et la Syrie le long de leur frontière commune et qui en étaient à leur cinquième jour consécutif le lundi 8 octobre font craindre qu’une guerre ne soit déclenchée qui s’étendrait à tout le Moyen-Orient.

Dimanche 7 octobre un obus apparemment perdu a atterri sur la ville frontalière turque de Akçakale près d’une usine appartenant à l’Office turc des céréales. Il n’y eut pas de blessés et le bâtiment lui-même ne subit que des dégâts peu importants. L’armée turque répondit par des tirs d’artillerie en direction de la Syrie.

Les Etats-Unis soutiennent le gouvernement turc et les forces d’opposition syriennes. Cela fait partie de sa guerre de procuration en cours et qui a pour objectif le renversement du président syrien Bashar al-Assad. Ces derniers bombardements se produisent alors que l’opposition syrienne, généreusement fournie et soutenue par la Turquie, intensifie les attaques contre l’armée syrienne le long de la frontière turque. Samedi 6 octobre, les forces “rebelles” ont capturé le village de Jisr al-Shughur après y avoir attaqué un poste militaire syrien.

L’échange d’artillerie du samedi 6 octobre entre les armées syriennes et turques se produisit après que deux obus de mortiers syriens aient atterri près du village turc de Guveççi. La Turquie répliqua en bombardant des positions de l’armée syrienne. Personne ne fut blessé du coté turc cependant.

Guveççi se trouve à une quinzaine de kilomètres environ de Darkoush en Syrie, où des forces d’opposition syriennes ont attaqué des positions de l’armée et où les deux camps ont échangé des tirs de mortiers. Au moins sept blessés parmi les forces d’opposition syriennes ont été emmenés en Turquie pour y être soignés.

Les échanges d’artillerie entre les deux armées ont commencé mercredi 3 octobre lorsque des tirs de mortiers en provenance de Syrie ont tué cinq civils turcs à Akçakale. L’armée turque y avait répondu en lançant des attaques aériennes contre un camp de l’armée syrienne près de la ville de Tal Abyad, une attaque dont on a rapporté qu’elle avait tué trois soldats syriens.

Le gouvernement russe, un allié du régime syrien, dit qu’il avait reçu des assurances de Damas que les tirs de mortiers syriens avait atterri au delà de la frontière par accident. La chaîne de télévision turque NTV a rapporté que la Syrie avait ordonné à ses chasseurs aériens et à son artillerie de ne pas se trouver à moins de six kilomètres de la frontière turque.

Le Premier Ministre turc, Recep Tayyip Erdogan a rejeté les assurances de la Russie cependant. Un responsable turc a dit que le tir de mortier ayant déclenché les hostilités était à une « autre échelle » que dans les cas précédents où des tirs venus de Syrie avaient atterri en Turquie.

Les gouvernements turcs et américains ont réagi en menaçant de façon provocante la Syrie d’une guerre. Cela vient après que les Etats-Unis aient cherché en vain à obtenir la permission du Conseil de sécurité des Nations unies pour commencer des opérations militaires comme une zone d’exclusion de vol dans le but d’appuyer les forces d’opposition syriennes contre le gouvernement syrien.

Le week-end dernier, le secrétaire américain à la défense, Leon Panetta a indiqué que les combats entre la Syrie et la Turquie pouvait mener à une « escalade », menaçant implicitement la Syrie d’un assaut de grande envergure de la part de la Turquie. Puisque la Turquie est membre de l’OTAN, elle pourrait aussi tenter d’invoquer les clauses du traité qui forcerait les autres membres de l’Alliance atlantique en Europe et en Amérique du Nord, à s’engager à ses cotés dans une guerre contre la Syrie.

Dans un discours prononcé lors d’un sommet militaire au Paraguay, Panetta dit: « Reste à voir si ce conflit commence à s’étendre aux pays limitrophes comme la Turquie. Mais il est évident que le fait qu’il y ait à présent des échanges de tirs entre ces deux pays soulève des inquiétudes plus grandes encore quant à l’élargissement possible de ce conflit. »

Panetta a aussi menacé le principal allié régional de la Syrie, l’Iran, alors même que des sanctions débilitantes visant son industrie pétrolière causent une inflation des prix et des mouvements de protestation en Iran. Si l’Iran ne dissipait pas les inquiétudes des Etats-Unis à propos de son programme nucléaire, dit il en forme d’avertissement, « ne vous y trompez pas, la communauté internationale continuera en imposant des sanctions supplémentaires »

Panetta fit ces commentaires deux jours après seulement que le gouvernement AKP (Parti justice et développement) en Turquie ait passé une loi donnant à Erdogan le pouvoir d’envoyer des soldats dans des « pays étrangers ». L’armée de l’air et la marine turques furent à la suite de cela mises en alerte maximum.

Cette loi déclencha des protestations de masses à Istanbul. Des protestations anti-guerre eurent également lieu dans la région frontalière proche de la Syrie.

Les heurts frontaliers soulignent le fait que la rébellion soutenue par les Etats-Unis s’est développée en guerre régionale par procuration qui risque d’impliquer tout le Moyen-Orient, voire le monde.

L’Iran qui a signé un traité de sécurité avec la Syrie pourrait être rejoint pas les gouvernements russes ou chinois, dans une lutte contre une invasion américaine de la Syrie. Les Etats-Unis, pour leur part, compteraient sur le soutien des pays de l’OTAN y compris la Turquie, autant que sur celui des Etats du Golfe Persique tels que l’Arabie Saoudite et le Qatar, qui ont armé et financé l’opposition syrienne soutenue par les Etats-Unis.

La rhétorique belligérante des gouvernements américains et turcs menace ainsi de déclencher une conflagration militaire dont les dimensions n’ont pas été vues depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Wahington rend une confrontation d’autant plus vraisemblable qu’il étrangle économiquement l’Iran à l’aide de sanctions aux conséquences désastreuses, imposées principalement par les Etats-Unis et les puissances européennes. La valeur du rial iranien est tombée de 40 pour cent vis-à-vis du dollar la semaine dernière tandis que les prix des denrées de base ont augmenté de 80 pour cent sur un an. Les principales victimes du quasi effondrement économique de l’Iran ont été les masses travailleuses. (Voir : La guerre économique des Etats-Unis contre l’Iran)

Washington cherche à intensifier le dommage économique causé en Iran en l’isolant de ses derniers clients. Présentement, l’Inde effectue des paiements en dollars pour du pétrole via la Halkbank en Turquie, mais une proposition de nouvelles sanctions américaines pourrait y mettre un terme, dans des conditions où l’Inde achète 45 pour cent de ses importations de pétrole iraniennes dans sa propre monnaie, la roupie. Les importations de pétrole de l’Inde dépendrait alors d’une dispense des sanctions contre l’Iran, accordée par les Etats-Unis et qui pour l’instant ne dure pas plus de 180 jours.

L’Union européenne considère elle aussi une interdiction d’importer du gaz naturel d’Iran.

Le potentiel existant pour un conflit entre Israël et l’Iran a encore été mis en lumière très récemment lorsque Israël abattit un petit drone non armé au dessus du désert du Néguev, le 7 octobre. Le drone avait traversé la bande de Gaza et survolé le sud d’Israël, selon toute apparence en provenance de la Mer Méditerranée. Il fut abattu à quelques dizaines de kilomètres du réacteur nucléaire de Dimona, source présumée de l’arsenal nucléaire israélien.

Le gouvernement israélien n’a pas fait de commentaire officiel sur qui était selon lui responsable du vol de ce drone. Il a cependant fait entrer des chasseurs aériens dans l’espace aérien libanais après avoir abattu le drone, ce qui indique qu’il agissait sur la base d’informations parues dans la presse israélienne et selon lesquelles le drone aurait pu être lancé par l’organisation du Hisbollah au Liban, un allié de l’Iran. Durant l’invasion du Liban par Israël en 2006, le Hisbollah avait lancé un drone chargé d’explosifs dans l’espace aérien israélien.

En septembre, le leader du Hisbollah, Hassan Nasrallah, a dit que son parti pourrait bombarder le réacteur de Dimona.

L’Iran a révélé ses premiers drones armés en 2010 et a depuis continué de développer cette technologie. Il aurait aussi bénéficié d’ingénierie inversée appliquée à des drones américains capturés alors qu’ils survolaient l’espace aérien iranien.

Au début du mois d’octobre, l’Iran avait annoncé le lancement d’un nouveau drone avec un rayon d’action de 2000 kilomètres et armé de missiles. Selon des informations américaines, les drones iraniens ont déjà pratiqué des essais de bombardement pouvant être effectués contre des villes comme Dimona ou Haïfa.

 

Article original, WSWS, publié le 8 octobre 2012

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L’Islande et le refus de l’austérité

octobre 12th, 2012 by Salim Lamrani

Face à la crise économique, alors que l’Union européenne a choisi la voie de l’austérité et a décidé de sauver les banques, l’Islande a au contraire procédé à la nationalisation des institutions financières et a rejeté les politiques de restrictions budgétaires. Avec un taux de croissance de 2,7% en 2012, même le Fonds monétaire international (FMI) salue le redressement économique du pays.

Lorsqu’en septembre 2008, la crise économique et financière a touché l’Islande, petit archipel du Nord de l’Europe peuplé de 320 000 habitants, l’impact a été désastreux, comme sur le reste du continent. La spéculation financière a conduit les trois principales banques à la faillite, dont les actifs représentaient une somme dix fois supérieure au PIB de la nation, avec une perte nette de 85 milliards de dollars. Le taux de chômage a été multiplié par 9 entre 2008 et 2010, alors que le pays jouissait auparavant du plein emploi. La dette de l’Islande représentait 900% du PIB et la monnaie nationale avait été dévaluée de 80% par rapport à l’euro. Le pays s’est retrouvé plongé dans une profonde récession, avec un recul du PIB de 11% en deux ans[1].

Face à la crise

En 2009, lorsque le gouvernement a voulu appliquer les mesures d’austérité exigées par le FMI, en échange d’une aide financière de 2,1 milliards d’euros, une forte mobilisation populaire l’a contraint à la démission. Lors des élections anticipées, la gauche a remporté la majorité absolue au Parlement.[2]

Le nouveau pouvoir a néanmoins fait adopter la loi Icesave – du nom de la banque en ligne privée qui a fait faillite et dont les épargnants étaient en majorité hollandais et britanniques – afin de rembourser les clients étrangers. Cette législation contraignait l’ensemble des Islandais à rembourser une dette de 3,5 milliards d’euros (40% du PIB) – 9000 euros par habitant – sur quinze ans à un taux de 5%. Face aux nouvelles protestations populaires, le Président a refusé de ratifier le texte parlementaire et l’a soumis à référendum. En mars 2010, 93% des Islandais ont rejeté la loi sur le remboursement des pertes causées par Icesave. Soumise une nouvelle fois à référendum en avril 2011, elle a de nouveau été massivement rejetée à 63%[3].

Une nouvelle Constitution, rédigée par une Assemblée constituante de 25 citoyens élus au suffrage universel parmi 522 candidats, composée de 9 chapitres et de 114 articles, a été adoptée en 2011. Celle-ci prévoit un droit à l’information, avec un accès public pour les documents officiels (Article 15), la création d’un Comité de contrôle de la responsabilité du gouvernement (Article 63), un droit à la consultation directe (Article 65) – 10% des électeurs peuvent demander un référendum sur des lois votées par le Parlement –, ainsi que la nomination du Premier Ministre par le Parlement[4].

Ainsi, contrairement aux autres nations de l’Union européenne dans la même situation, qui ont appliqué à la lettre les recommandations du FMI qui exigeait l’application de mesures d’une austérité sévère, comme en Grèce, en Irlande, en Italie ou en Espagne, l’Islande a choisi une voie alternative. Lorsqu’en 2008, les trois principales banques du pays, Glitnir, Landsbankinn et Kaupthing se sont effondrées, l’Etat islandais a refusé d’y injecter des fonds publics, comme dans le reste de l’Europe. Il a au contraire procédé à leur nationalisation[5].

De la même manière, les banques privées ont été contraintes d’annuler toutes les créances à taux variable dépassant 110% de la valeur des biens immobiliers, évitant ainsi une crise de subprime comme aux Etats-Unis. Par ailleurs, la Cour Suprême a déclaré illégaux tous les prêts indexés sur des devises étrangères qui ont été octroyés à des particuliers, obligeant ainsi les banques à renoncer à ces créances, au bénéfice de la population[6].

Quant aux responsables du désastre – les banquiers spéculateurs qui ont provoqué l’effondrement du système financier islandais –, ils n’ont pas bénéficié de la mansuétude en vogue à leur égard dans le reste de l’Europe où ils ont été systématiquement absous. En effet, ils ont été poursuivis par la justice et mis en prison, par Olafur Thor Hauksson, Procureur spécial nommé par le Parlement. Même le Premier Ministre Geir Haarde, accusé de négligence dans la gestion de la crise, n’a pu éviter un procès[7].

Une alternative à l’austérité

Les résultats de la politique économique et sociale islandaise ont été spectaculaires. Alors que l’Union européenne se trouve en pleine récession, l’Islande a bénéficié d’un taux de croissance de 2,1% en 2011 et prévoit un taux de 2,7% pour 2012, et un taux de chômage oscillant autour de 6%[8]. Le pays s’est même offert le luxe de procéder au remboursement anticipé de ses dettes auprès du FMI[9].

Le président islandais Olafur Grímsson a expliqué ce miracle économique : « La différence est qu’en Islande, nous avons laissé les banques faire faillite. C’était des institutions privées. Nous n’y avons pas injecté de l’argent pour les maintenir à flot. L’Etat n’a pas à assumer cette responsabilité[10] ».

Contre toute attente, le FMI a salué la politique du gouvernement islandais – qui a appliqué des mesures aux antipodes de celles qu’il préconise –, qui a permis de préserver « le précieux modèle nordique de protection sociale ». En effet, l’Islande dispose d’un indice de développement humain assez élevé. « Le FMI déclare que le plan de sauvetage à la manière Islandaise fournit des leçons pour les temps de crise ». L’institution ajoute que « le fait que l’Islande soit parvenue à préserver le bien être social des ménages et obtenir une consolidation fiscale de grande ampleur est l’une des plus grandes réussites du programme et du gouvernement islandais ». Le FMI a néanmoins omis de préciser que ces résultats ont été possibles uniquement parce que l’Islande a rejeté sa thérapie de choc néolibérale et a mis en place un plan de relance alternatif et efficace[11].

Le cas de l’Islande démontre qu’il existe une alternative crédible aux politiques d’austérité appliquées à travers l’Europe. Celles-ci, en plus d’être économiquement inefficaces, sont politiquement coûteuses et socialement insoutenables. En choisissant de placer l’intérêt général au-dessus de celui des marchés, l’Islande montre la voie au reste du continent pour sortir de l’impasse.

Salim Lamrani

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/24823/islandia+mostrou+o+caminho+ao+rechacar+a+austeridade.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel



[1] Paul M. Poulsen, « Comment l’Islande, naguère au bord du gouffre, a pu se rétablir », Fond monétaire international, 26 octobre 2011. http://www.imf.org/external/french/np/blog/2011/102611f.htm (site consulté le 11 septembre 2012).

[2] Marie-Joëlle Gros, « Islande : la reprise a une sale dette », Libération, 15 avril 2012.

[3] Comité d’annulation de la dette du Tiers-monde, « Quand l’Islande réinvente la démocratie », 4 décembre 2010.

[4] Constitution de l’Islande, 29 juillet 2011. http://stjornlagarad.is/other_files/stjornlagarad/Frumvarp-enska.pdf (site consulté le 11 septembre 2012).

[5] Antoine Grenapin, « Comment l’Islande est sortie de l’enfer », Le Point, 27 février 2012.

[6] Marie-Joëlle Gros, « Islande : la reprise a une sale dette », op. cit.

[7] Caroline Bruneau, « Crise islandaise : l’ex-premier ministre n’est pas sanctionné », 13 mai 2012.

[8] Ambrose Evans-Pritchard, « Iceland Wins in the End », The Daily Telegraph, 28 novembre 2011.

[9] Le Figaro, « L’Islande a déjà remboursé le FMI », 16 mars 2012.

[10] Ambrose Evans-Pritchard, « Iceland Offers Risky Temptation for Ireland as Recession Ends », The Daily Telegraph, 8 décembre 2010.

[11] Omar R. Valdimarsson, « IMF Says Bailout Iceland-Style Hold Lessons in Crisis Times », Business Week, 13 août 2012.

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La notion de « responsabilité de protéger » est un leurre. Étayée sur un principe moral inattaquable, à savoir la protection des civils, elle devient par le fait même, incontestable. Le principe porte pourtant bien son nom, puisque sa mise en œuvre a en effet pour but de protéger. Cependant l’idée de protéger des civils sert uniquement d’appât pour galvaniser l’opinion publique, car en réalité on ne protège rien d’autre que des intérêts géostratégiques et financiers.

L’histoire récente le démontre à merveille. Le concept a été invoqué dans le cas de la Libye et il l’est aujourd’hui dans le cas de la Syrie. La tactique est la même et ne date pas d’hier. En 1981, la CIA a élaboré un plan « visant à installer un gouvernement pro-étasunien en Libye. Ce plan comprenait un “programme de ‘désinformation’ destiné à embarrasser Kadhafi et son gouvernement; la création d’un ‘contre-gouvernement’ pour contester sa prétention au leadership national; ainsi qu’une campagne paramilitaire progressive constituée d’opérations de guérilla à petite échelle” ». (William Blum, Killing Hope, Common Courage Press, 2004, p.283, cité dans Julie Lévesque, LIBYE : Opération clandestine et propagande de guerre, 20 octobre 2011.)

On a diabolisé Kadhafi, créé le Conseil national de transition et armé et financé une guérilla. On diabolise maintenant le gouvernement syrien, démocratiquement élu, on a créé le Conseil national syrien et on arme et finance une guérilla (Armée syrienne libre). La tactique des rebelles « prodémocratie » ayant été amplement documentée et utilisée à maintes reprises par le passé, qu’il s’agisse des rebelles en Haïti en 2004, des moudjahidines en Afghanistan et des Contras au Nicaragua dans les années 1970-80 ou de l’Armée de libération du Kosovo dans les années 1990, l’aveuglement médiatique général ne peut s’expliquer que par une propagande concertée alliant désinformation et censure.

Le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Turquie et les pays de l’OTAN tiennent-ils vraiment à protéger des civils en Syrie? Si c’était le cas, ils n’appuieraient pas une rébellion armée qui y commet des massacres (Houla) et blâme le gouvernement afin de nourrir une sinistre propagande de guerre.

Pour le général étasunien hautement décoré Smedley Buttler, les guerres sont l’expression des rivalités économiques. Dans son livre La guerre est un Racket paru en 1935, il se décrit lui-même comme « le racketteur du capitalisme » :

J’ai passé 33 ans de ma vie chez les Marines à jouer Monsieur Muscle pour les affaires, pour Wall Street et les banquiers. Bref, j’ai été le racketteur du capitalisme. (Smedley Butler, La guerre est un racket, Lemme, 2008)

Et c’est cette rivalité qui s’exprime actuellement au Moyen-Orient. Manlio Dinucci explique la situation syrienne et ce que l’on veut réellement protéger :

Comme en Libye, on a fiché un coin dans les fractures internes pour provoquer l’écroulement de l’état, en instrumentalisant la tragédie dans laquelle les populations sont emportées. Le but est le même : Syrie, Iran et Irak ont signé en juillet 2011 un accord pour un gazoduc qui, d’ici 2016, devrait relier le gisement iranien de South Pars, le plus grand du monde, à la Syrie et ainsi à la Méditerranée. La Syrie où a été découvert un autre gros gisement près de Homs, peut devenir un hub de couloirs énergétiques alternatifs à ceux qui traversent la Turquie et à d’autres parcours, contrôlés par les compagnies étasuniennes et européennes. Pour cela on veut la frapper et l’occuper. (Manlio Dinucci, L’art de la guerre. Syrie : l’Otan vise le gazoduc, 9 octobre, 2012)

Lorsque l’on demande à ceux qui prônent les interventions dites humanitaires, pourquoi devrait-on intervenir ici plutôt que là, ils ne donnent jamais la vraie raison : les pays de l’OTAN et leurs alliés n’invoquent pas la responsabilité de protéger pour des conflits où leurs intérêts ne sont pas menacés. Le conflit le plus meurtrier depuis la fin de la deuxième guerre mondiale a eu lieu au Congo, pourtant on n’a jamais suggéré d’y intervenir. Cela prouve que même si l’intention derrière ce concept est noble, ceux qui ont encouragé sa création et peuvent l’employer, c’est-à dire les grandes puissances, veulent protéger autre chose que des civils:

Malgré 8 ans de guerre au Congo (de 1996 à 2003), un nombre de victimes estimé entre quatre et dix millions et les risques de conflit qui perdurent, l’intérêt du Canada pour ce pays depuis 1995 s’est limité presque essentiellement à la richesse minérale […]

Outre les liens directs avec les politiciens, le Canada a d’autres raisons de ne pas surveiller ou tenter de stopper l’exploitation des ressources dans la République démocratique du Congo (RDC) […] Les gouvernements ont rendu le droit fiscal favorable au minières et maintenu une « tradition longue et minable de compagnies aux actions cotées en cents mal réglementées » […]

Le Monde Diplomatique rapporte que les compagnies minières Barrick et Banro « finançaient des opérations militaires [en RDC] en échange de contrats lucratifs ». Un reportage dans Z Magazine en 2006 signalait que Barrick « est active dans la ville de Watsa, au nord-ouest de la ville de Bunia, l’endroit le plus violent du Congo. La Force de défense du peuple ougandais (FDPO) a contrôlé les mines de façon intermittente durant la guerre. Des responsables de Bunia affirment que des dirigeants de Barrick sont venus dans la région en avion escortés par la FDPO et le Front patriotique rwandais (FPR) afin de surveiller et inspecter leurs intérêts miniers […]

[S]oixante-quinze pourcent des ressources minières en RDC sont détenues par des compagnies étrangères. Le Congo se situe au 142e rang mondial de l’indice de développement humain et au 158e rang en ce qui a trait au PIB par habitant. « Le profit va uniquement aux compagnies, pas aux Congolais » […] (Gwalgen Geordie Dent, Mining the Congo. Canadian mining companies in the DRC, 26 mai 2007.)

Un document récent du collectif québécois Échec à la guerre, opposé à toute intervention militaire en Syrie ou ailleurs comme solution aux conflits, déconstruit la notion de responsabilité de protéger et explique son origine. Si le fascicule est juste dans son ensemble et s’oppose à cette doctrine, il se base toutefois sur une lecture en partie erronée des événements et omet les réelles luttes de pouvoir externes ayant nourri les conflits en question :

Lors des conflits yougoslaves, entre 1990 et 1995, et lors du génocide du Rwanda de 1994, il a été impossible pour la communauté internationale d’intervenir afin de protéger réellement la population, et cela a suscité un grand sentiment d’impuissance chez plusieurs. En ex-Yougoslavie en 1995, les forces de protection de l’ONU (Forpronu), avec plus de 38 000 Casques bleus, ont été incapables d’éviter le massacre de Srebrenica malgré un mandat qui incluait la protection des civils et la surveillance des zones démilitarisées.

L’OTAN est donc intervenue en 1995 afin de « protéger les civils ». Il s’agissait d’un prélude au concept de responsabilité de protéger, puisque cette intervention semblait montrer que les forces de l’ONU pouvaient être insuffisantes pour maintenir la paix sur le plan international. Dans les faits, l’OTAN, dirigée par les États-Unis a court-circuité la capacité de l’ONU d’intervenir efficacement dans ce conflit.

L’explication des origines du concept porte à confusion en disant qu’il a été « impossible pour la communauté internationale d’intervenir afin de protéger réellement la population » dans les conflits yougoslave et rwandais. D’une part, il s’agit davantage d’un refus d’intervenir. D’autre part, cela occulte le rôle de la soi-disant communauté internationale dans ces conflits.

Les conquêtes géostratégiques et financières passe la plupart du temps par la diabolisation d’un groupe et/ou d’un dirigeant nuisant à ces conquêtes : les Serbes et Slobodan Milosevic, Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi et maintenant Bachar Al-Assad. Michael Parenti, spécialiste du conflit yougoslave, dissipe les écrans de fumée de la propagande antiserbe qui perdurent depuis les années 1990 et son analyse révèle les similitudes entre la déstabilisation des Balkans et celle du Moyen-Orient.

Des divers peuples yougoslaves, ce sont les Serbes que l’on a diabolisés, car ils représentaient la nationalité la plus importante et la plus opposée au démantèlement de la Yougoslavie […] Des atrocités ont été commises des deux côtés dans la bataille, une bataille encouragée par les puissances occidentales […] Toutefois les reportages ont été systématiquement partiaux. Les […] atrocités commises par des Croates et des musulmans envers les Serbes se sont rarement rendus dans la presse étasunienne […] Au même moment, on mettait l’accent sur les atrocités commises par les Serbes, allant même parfois jusqu’à en fabriquer. Le discours officiel, fidèlement répété par les médias des États-Unis, était que les Serbes bosniaques commettaient toutes les atrocités. (Michael Parenti, The Media and their Atrocities, mai 2000.)

On assiste depuis à une répétition de cette tactique de désinformation. Ces médias et ces intellectuels qui ont pris position en faveur des rebelles syriens et libyens et se réclament de la responsabilité de protéger font de la propagande de guerre, laquelle enfreint l’Article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté par les Nations Unies en 1976 : « Toute propagande en faveur de la guerre est interdite par la loi. »

Quels étaient les véritables enjeux du conflit yougoslave? Dans son livre paru en 1998, Poker Menteur : Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres, Michel Collon explique que la Yougoslavie représentait un carrefour stratégique recelant quatre  enjeux : 1) le contrôle des routes du pétrole et du gaz; 2) la domination de l’Europe de l’Est; 3) l’affaiblissement et la maîtrise de la Russie; 4) l’assurance de bases militaires. (Michel Collon, Poker Menteur : Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres, Editions Aden, 1998, p. 129.)

On le voit, les seules différences entre la déstabilisation des Balkans au siècle dernier et celle du Moyen-Orient à l’heure actuelle sont l’endroit à conquérir et le rival à affaiblir. À la Russie, alliée de la Syrie et toujours dans la ligne de mire, il faut maintenant ajouter l’Iran que l’on menace d’attaquer pour de fausses raisons.

Bref, ce modus operandi machiavélique est vieux comme le monde : diviser pour régner. Les médias dominants des États membres l’OTAN servent à le camoufler en relayant la propagande guerrière des stratèges de l’Alliance, le bras armé de l’élite politique et financière occidentale, et de leurs alliés du Golfe. Rappelons-le, le Qatar et l’Arabie Saoudite sont des monarchies répressives n’ayant aucune crédibilité en termes de démocratie et de protection des civils. Or, les médias mainstream n’ont jamais évoqué l’absurdité et l’hypocrisie patente du cercle autoproclamé d’« amis de la Syrie » dont ils font partie avec les membres de l’OTAN.

La responsabilité de protéger, un instrument illégal aux yeux du droit international et contraire à la Charte de l’ONU, sert à légitimer des interventions militaires visant uniquement à assurer la domination des intérêts financiers et géostratégiques. Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts et les intérêts des « amis de la Syrie » n’ont rien à voir avec la protection des civils ou la démocratisation : ils arment et financent des groupes antidémocratiques, salafistes et djihadistes qui tuent des civils et des représentants du peuple, élus démocratiquement.

Le document d’Échec à la guerre, bien qu’il voit l’interventionnisme comme de l’impérialisme, conclut :

Une intervention est possible, mais il est impératif qu’elle réponde à des critères très stricts. Entre autres, il doit exister des preuves substantielles d’un génocide et l’intervention doit demeurer un dernier recours après que les mesures diplomatiques, le blocage des flux d’armement, les sanctions économiques aient été inefficaces.

Or, les sanctions économiques font partie de la guerre et tuent elles aussi. Avant l’invasion de l’Irak en 2003, un demi-million d’enfants irakiens sont morts des conséquences de telles sanctions. À la question « leur mort a-t-elle valu le coup? », l’ancienne secrétaire d’État Madeleine Albright, qui a joué un rôle important dans les conflits des Balkans et à qui Barack Obama a décerné l’orwellienne « Médaille de la liberté », a répondu « nous croyons que oui ».

Si l’on veut réellement protéger les civils d’atrocités, il faudrait commencer par traduire en justice les criminels de guerre comme Mme Albright et les médias qui battent les tambours de guerre. Pourquoi ne pas tenter d’« imposer des sanctions économiques aux États-Unis en raison de leur lignée sanglante de crimes contre la paix »?

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USAID: couverture de l’espionnage en Amérique Latine

octobre 11th, 2012 by Nil Nikandrov

L’expulsion de l’USAID a été un développement bienvenu et longtemps attendu. Moscou avait alerté ses partenaires américains par toute une gamme de canaux de communication que la tendance de l’USAID à interférer avec les affaires intérieures russes était inacceptable et, particulièrement, que le radicalisme de ses pseudo-ONG dans le Caucase ne serait plus toléré. Lorsque la décision du gouvernement russe prendra effet le 1er octobre, le personnel de l’USAID basé à Moscou, qui avait constamment ignoré ces signaux, devra déménager vers d’autres pays subissant des allégations de pouvoir autoritaire… En Amérique latine, l’USAID s’est faite depuis longtemps la réputation d’une organisation dont les bureaux constituent, dans les faits, des centres d’espionnage œuvrant à la déstabilisation de gouvernements légitimes dans un certain nombre de pays du continent. L’’hébergement par l’USAID de membres de la CIA et du renseignement militaire américain n’est  pas profondément dissimulée, ces derniers semblant avoir joué un rôle dans la totalité des coups d’État sud-américains, en fournissant un soutien financier, technique et idéologique aux oppositions respectives. L’USAID recherche également toujours une association avec les forces armées et de police locales, recrutant parmi elles des agents prêts à prêter main forte à l’opposition lorsque l’opportunité surviendra.

À divers degrés, tous les leaders populistes d’Amérique Latine ont senti la pression de l’USAID. Il ne fait aucun doute que Hugo Chavez, président du Venezuela est la cible numéro un sur la liste des ennemis de l’USAID. Le soutien aux opposants du régime dans le pays s’est considérablement réduit depuis les manifestations massives de protestation de 2002-2004, tandis que le gouvernement se recentrait sur les questions socioéconomiques, la santé, le logement et les politiques pour la jeunesse. L’opposition a du se baser davantage sur des campagnes dans les médias, dont environ 80% sont tenus par le camp anti-Chavez. Des rumeurs visant à provoquer la panique à propos de ruptures imminentes de la distribution de nourriture, des rapports exagérés sur le niveau de la criminalité au Venezuela (où en réalité le crime est moins développé que dans la plupart des pays amis des USA), et des allégations sur l’incompétence du gouvernement en réponse à des désastres technologiques, qui comme par hasard devinrent de plus en plus fréquents au fur et à mesure que les élections se rapprochaient, ont été diffusés en tant que volets d’un scénario de subversion impliquant tout un réseau d’ONG vénézuéliennes. Dans certains cas, le personnel de ces dernières peut se limiter à 3-4 personnes mais, associées à un fort soutien médiatique, cette opposition peut devenir une force considérable. Les commentateurs pro-Chavez craignaient que les agents d’USAID ne contestent le résultat du scrutin et que, simultanément, des groupes paramilitaires ne plongent les villes vénézuéliennes dans le chaos, afin d’offrir un prétexte à une intervention militaire américaine.

Il est notoire que l’USAID a contribué au récent coup d’État raté en Équateur, au cours duquel  le président R. Correa a échappé de peu à une tentative d’assassinat. Des forces de police d’élites massivement sponsorisées par les USA et les médias, profitant des lois sur la liberté d’expression pour diffamer Correa, ont été les acteurs clés de ces évènements. Cela a forcé Correa à de sérieux efforts pour qu’un nouveau code des médias soit approuvé par le parlement, afin de contrer l’opposition motivée par l’USAID.

Plusieurs tentatives d’éjection du gouvernement d’Evo Morales ont clairement utilisé le potentiel des agents de l’USAID postés en Bolivie. Selon la journaliste et auteure Eva Golinger, l’USAID a déversé au moins $85m pour la déstabilisation du régime de ce pays. Initialement, les USA espéraient atteindre leur objectif en entrainant des séparatistes du district de Santa Cruz, à majorité blanche. Lorsque ce plan a échoué, l’USAID a alors tenté de séduire les communautés indiennes, avec lesquelles des ONG spécialisées dans l’écologie avaient commencé à établir des contacts quelques années auparavant. Une désinformation a été diffusée auprès des Indiens, les désorientant à propos de la construction d’une voie express dans leur région qui aurait exproprié leurs communautés, et les marches de protestation des Indiens vers la capitale qui s’ensuivirent ont entamé le prestige public de Morales. Il a récemment été révélé que ces marches, y compris celles mises en scène par le groupe TIPNIS, ont été coordonnées par l’ambassade américaine. Ce travail a été réalisé par le cadre de l’ambassade Eliseo Abelo, directeur de l’USAID pour la population indigène bolivienne. Ses conversations téléphoniques avec les leaders de la marche ont été interceptées par l’agence de contre-espionnage bolivienne puis rendues publiques, forçant Abelo à fuir le pays tandis que la représentation diplomatique américaine en Bolivie protestait contre les écoutes téléphoniques.

En juin 2012, les ministres des affaires étrangères des pays du bloc ALBA ont voté une résolution sur l’USAID disant : « En évoquant la planification et la coordination de l’aide à l’étranger comme prétexte, l’USAID interfère ouvertement avec les affaires intérieures de pays souverains, sponsorisant des ONG et activités de protestation visant à déstabiliser des gouvernements légitimes non favorables au point de vue de Washington. Des documents rendus publics par les archives du Département d’État américain prouvent qu’un soutien financier a été fourni à des partis et groupes d’opposition aux gouvernements des pays de l’ALBA, une pratique assimilable à de l’interférence non dissimulée et audacieuse pour le compte des USA. Dans la plupart des pays l’ALBA, l’USAID fonctionne via son large réseau d’ONG, qui opèrent en-dehors du cadre légal, et financent des médias et groupes politiques de façon également illicite. Nous sommes convaincus que nos pays ne nécessitent pas de soutien financier étranger pour maintenir la démocratie établie par les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, ni d’organisations guidées de l’étranger qui s’efforcent d’affaiblir ou marginaliser nos institutions gouvernementales ». Les ministres ont appelé les gouvernements de l’ALBA à expulser immédiatement les représentants de l’USAID ayant menacé la souveraineté et la stabilité politique des pays où ils sont en poste. Cette résolution a été signée par la Bolivie, Cuba, L’Équateur, la République Dominicaine, le Nicaragua et le Venezuela.

Paul J. Bonicelli a été confirmé en mai dernier par le Sénat américain comme administrateur assistant de l’USAID pour l’Amérique Latine et les Caraïbes. L’ex-président de l’USAID Mark Feuerstein s’est acquis une telle notoriété en Amérique Latine, en tant que cerveau derrière l’expulsion des dirigeants légitimes du Honduras et du Paraguay, que les responsables politiques du continent ont tout simplement appris à l’éviter. La crédibilité de l’USAID s’effondre rapidement, et il est peu probable que Bonicelli, à la fois PhD et conservateur, sera capable de renverser cette tendance. Son bilan comprend la direction de nombreuses divisions de l’USAID et la « promotion de la démocratie » de concert avec le US National Security Council.

Les opinions de Bonicelli se reflètent dans ses articles pour le Foreign Policy journal. Pour Bonicelli, Chavez n’est pas un démocrate mais un leader qui entend se débarrasser de tous ses opposants. Le nouveau patron de l’USAID soutient que, à part la lutte contre la drogue, Chavez – ayant inspiré d’autres populistes en Équateur, Bolivie et Nicaragua – constitue la plus grande menace pour les intérêts américains en Amérique Latine. Bonicelli incite donc fortement les USA à promouvoir l’opposition vénézuélienne par tous les moyens possibles, en fournissant une aide matérielle et de la formation, de façon à ce qu’elle prenne part de façon maximale aux élections et à la société civile.

Un autre article de Bonicelli présente l’évolution actuelle de la Russie comme une sinistre régression, et une évolution vers un « néo-tsarisme ». De ce point de vue, Bonicelli prétend que l’Ouest devrait tenir la Russie et ses dirigeants comme responsables de tout ce qui concerne la liberté et la démocratie – même si la liberté dans le pays n’est importante que pour une poignée de personnes – et cite le cas de la Pologne où les Américains ont aidé Lech Wałęsa.

Les chances qu’une réforme de l’USAID restaure sa crédibilité en Amérique Latine sont bien maigres. En se concentrant sur certaines priorités, l’USAID a supprimé quelques programmes mineurs et fermé ses bureaux au Chili, en Argentine, Uruguay, Costa Rica, et Panama, et prochainement au Brésil. L’USAID suppose que les pays susnommés sont déjà dans une situation raisonnable et ne nécessitent plus d’assistance, l’agence pouvant désormais se tourner contre ses principaux ennemis – les populistes et Cuba, et œuvrer de son mieux pour que les politiques non favorables à Washington soient éliminés dans tout l’hémisphère occidental. Le budget officiel de l’USAID pour l’Amérique Latine est de $750m, mais des estimations indiquent que la part secrète du financement, gérée par la CIA, pourrait être du double.

Nil Ninkandrov

Strategic Culture Foundation

 

Article original en anglais : USAID Spying in Latin America, publié le 1er octobre 2012

Traduit par Arnaud Hervé pour Mondialisation.ca

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Quelques vérités sur la Syrie

octobre 11th, 2012 by Frédéric Saillot

Interview de Bassam Tahhan par Frédéric Saillot 12 septembre 2012, B.I. Infos :

Notre envoyé spécial Frédéric Saillot a passé quinze jours en Arménie où il a interviewé des réfugiés de Syrie. Il a rapporté de son voyage des témoignages édifiants sur la situation dans le pays de Bashar al Assad, bien différents de ce que nous racontent nos grands médias.

Frédéric Saillot a aussi réalisé une grande interview de Bassam Tahhan, au lendemain de l’émission présentée par Frédéric Taddeï le 4 septembre, “Ce soir où jamais”, dont la deuxième partie était consacrée à la situation en Syrie. Originaire d’Alep, où vit sa famille avec laquelle il est en contact quotidien, c’est en major de sa promotion à l’Université d’Alep avec la distinction Gulbenkian des Universités du Proche-Orient que Bassam Tahhan arrive à Paris voici une quarantaine d’années, où il passe plusieurs maîtrises et un doctorat en lettres françaises à l’Ecole Normale Supérieure. Enseignant à Paris III, 1er maître de conférence d’arabe à l’Ecole Polytechnique, titulaire de la chaire supérieures de lettres arabes en France, il enseigne actuellement en classes préparatoires à Henri IV. Egalement directeur de séminaire au collège inter-armées de Défense et consultant auprès du gouvernement marocain, c’est un spécialiste mondialement reconnu de l’islam dont il prône la réforme ainsi qu’une lecture historique et critique du coran. Depuis le début de la crise syrienne il est porte-parole du Collectif pour la Syrie qui prône le dialogue entre toutes les tendances de l’échiquier politique syrien pour trouver une solution à cette crise, avec pour principe que cette solution doit être trouvée par les Syriens eux-mêmes, sans ingérence étrangère.

http://www.b-i-infos.com/index.php

Etonné par la pertinence des propos et la façon dont pour une fois à la télévision ( “Ce soir où jamais” du 4 septembre) un vrai spécialiste, Bassam Tahhan, “renvoyait dans les cordes” la journaliste mercenaire Florence Aubenas et les faux spécialistes attitrés des médias, l’inévitable Mathieu Guidère et le pontifiant Dominique Moisi, je l’ai contacté.- (FS)

A l’évidence Bassam Tahhan connaît son sujet. Originaire d’Alep, où vit sa famille avec laquelle il est en contact quotidien, c’est en major de sa promotion à l’Université d’Alep avec la distinction Gulbenkian des Universités du Proche-Orient qu’il fait son arrivée à Paris voici une quarantaine d’années, où il passe plusieurs maîtrises et un doctorat en lettres françaises à l’École Normale Supérieure sous la direction de Roger Fayolle. Enseignant à Paris III, 1er maître de conférences d’arabe à l’École Polytechnique, titulaire de la chaire supérieure de lettres arabes en France, il enseigne actuellement en classes préparatoires à Henri IV. Également directeur de séminaire au collège inter-armé de Défense et consultant auprès du gouvernement marocain, c’est un spécialiste mondialement reconnu de l’islam dont il prône la réforme ainsi qu’une lecture historique et critique du coran. Depuis le début de la crise syrienne il est porte-parole du Collectif pour la Syrie [1], qui prône le dialogue entre toutes les tendances de l’échiquier politique syrien pour trouver une solution à cette crise, avec pour principe que cette solution doit être trouvée par les Syriens eux-mêmes, sans ingérence étrangère. Ce qui est conforme à la résolution adoptée par l’ONU à la conférence de Genève le 30 juin dernier, proposée par la diplomatie russe, et que les Occidentaux s’ingénient à saboter depuis sans résultats autres que l’aggravation des violences, notamment djihadistes, sur le terrain.

Comme il l’avoue lui-même, Bassam Tahhan est “un homme de l’oral”, un oriental pratiquant l’art de la digression qui paraît s’éloigner d’un sujet qui finit toujours par être traité au cœur. C’est avec un très grand intérêt que je l’ai écouté au cours de ce très riche entretien, où il traite aussi bien de la crise des médias en France que des derniers développements de la situation en Syrie, qu’il replace avec une grande pertinence dans le contexte géopolitique et géostratégique du Moyen-Orient.- Frédéric Saillot

Frédéric Saillot : Je vous ai écouté hier soir sur BFM à propos de la situation en Syrie. J’ai été étonné par l’incompétence sur le sujet d’un des journalistes présents sur le plateau, Ulysse Gosset, dont l’interview de l’ex-général déserteur de l’armée syrienne, Manaf Tlass, “exfiltré” par les services spéciaux français, était passée en boucle toute la journée…

Bassam Tahhan : Dans chaque chaîne des médias français, il y a un “Monsieur de l’international” ; parfois ils sont plusieurs, mais il y a un patron de l’international. Et il est très difficile pour une seule personne de couvrir les événements du monde et d’être spécialiste dans tous les domaines, à moins d’être un baratineur comme beaucoup de gens qui vous noient de petits détails mais qui n’ont aucune vision d’ensemble. Dans le genre Adler par exemple. Vous l’écoutez, il est capable de vous parler de tout et de rien avec une rhétorique creuse. Je ne parle d’ailleurs pas simplement de lui, cette rhétorique creuse concerne tous les “Monsieur de l’international”, parce qu’ils sont obligés de meubler, de dire qu’ils savent, qu’ils sont au point, qu’ils sont à la page, mais il est très difficile à un esprit humain aujourd’hui d’être encyclopédiste comme au Moyen-âge, parce que le savoir humain n’est plus celui du Moyen-âge et on a des techniques beaucoup plus modernes ; donc il est très difficile pour ce “Monsieur de l’international” sur chaque chaîne, d’être pertinent et percutant. Par exemple dans l’émission “Ce soir où jamais” du 4 septembre où je suis passé il y avait un monsieur qui a parlé de la situation actuelle en Syrie, en comparant ça à la guerre civile d’Espagne ; c’était de la palabre creuse, de la rhétorique.

F.S. : Oui, Dominique Moisi, de l’IFRI (Institut Français de Recherches Internationales) ; je l’ai écouté sur d’autres sujets, c’est en effet un “Monsieur de l’international”

B.T. Oui, moi je ne suis pas un “Monsieur de l’international”…

F.S. : Vous êtes un spécialiste du sujet

B.T. Vous savez, c’est comme tous ces gens que forme Sciences Po, je n’en ai pas une très haute idée. Je n’ai pas suivi les cours de Sciences-Po mais j’ai des élèves qui l’ont fait faute d’avoir pu intégrer une grande école ; à mon avis Sciences Po n’est pas une grande école bien que de très bons éléments y aient été formés. On vous dit : “la culture du concombre au Cameroun”, et il faut être capable – et c’est pareil pour les énarques – même si vous ne connaissez pas vraiment ni le Cameroun ni le concombre, de disserter dix minutes d’une manière brillante et convaincante sur la culture du concombre au Cameroun. C’est un peu ça les médias français aujourd’hui ; et ça concerne toutes les personnalités de l’international des médias en France : un discours rhétorique creux, de la palabre, parfois en s’égosillant pour bien prononcer les noms propres étrangers, comme quoi on respecte et on connaît ; c’est ri-di-cule ! C’est un discours vain ! Et évidemment quand ils affrontent un vrai spécialiste du domaine, ils perdent des plumes, ça leur fait de l’ombre…

F.S. : Vous avez notamment renvoyé dans les cordes, mardi dernier à “Ce soir ou jamais”, Mathieu Guidère, le spécialiste invité systématiquement à chaque fois qu’il y a un problème concernant le monde musulman.

B.T. : Mathieu Guidère je vais vous dire qui c’est. Il a l’âge de mes élèves, il a été agrégé d’arabe il y a de cela dix-sept ou dix-huit ans. C’est quelqu’un qui travaille pour l’armée française – il a d’ailleurs francisé son nom – qui travaille également pour le Qatar. Il a été à la cour du prince du Qatar pour former de jeunes membres de la famille, voilà. Donc forcément, il y a un proverbe arabe qui dit : “Qui mange du plat du sultan, frappe avec son sabre”. Donc Guidère ne peut en aucun cas être objectif pour tout ce qui concerne le Qatar, puisqu’il mange dans l’écuelle du prince. Quant à ses renseignements – il avait d’ailleurs sur le plateau un comportement un peu facho en déclarant qu’il crierait plus fort, mais je n’ai pas joué du tout à crier plus fort, je contredisais simplement de temps en temps les chiffres qu’il avançait…

F.S. : Oui, en effet il a cité l’AFP…

B.T. : L’AFP et l’OSDH ! Monsieur Guidère a toujours des sources « sûres ». Quelles sont ces sources « sûres » ? On m’a proposé à moi aussi, il y a longtemps, sur le dossier nucléaire irakien, de former des militaires, mais c’était dans le cadre de grandes écoles ou de stages, mais je n’ai jamais été fonctionnaire, on ne m’a jamais confié de traductions secrètes, confidentielles pour les services secrets. Lui, je crois qu’il l’a fait ; alors il croit que parce qu’il a eu entre les mains quelques papiers qu’on a ramassés par-ci par-là, il a la vérité révélée. Et les médias, c’est un profil qui leur plaît, surtout qu’il est là pour défendre l’idéologie ambiante du pouvoir ! On parle de liberté d’expression, mais moi je n’y crois pas, la France n’a pas la liberté d’expression. Je peux écrire, tout comme Pascal Boniface dans son dernier livre que j’aime beaucoup, un autre livre sur les démêlés que j’ai eus avec les médias depuis bientôt 38 ans que je vis en France. Ce genre de profil (Guidère) plaît aux médias, parce qu’il a tout pour plaire et pour être instrumentalisé pour défendre la politique de l’État. Alors dites-moi franchement : quelle est la différence entre la télé syrienne, qui fait exactement la même chose, et les médias français ? Je trouve que la télé syrienne, dans ce cas-là, est plus honnête. Et il n’y en a qu’une seule, tandis qu’en France on a plusieurs télés, mais qui en fait reviennent à la même leçon de morale et au même message. Non, c’est ridicule, franchement.

F.S. : Ce que vous dites sur le « muselage » des médias en France est tout-à-fait juste, pensez-vous qu’il y a une interaction entre médias et opérations sur le terrain pour revenir à la Syrie ?

B.T. : J’ai donné le numéro de téléphone de mon frère en Syrie à des journalistes français. Ils l’ont appelé avant-hier, et apparemment ça a été brouillé la première fois, la journaliste elle-même lui a dit : “je crois qu’on est brouillés”, on entendait parler d’autres langues, puis ça a coupé. Tout le monde sait, c’est un secret de polichinelle, que les services secrets français, britanniques et américains, avec l’aide de la Turquie, basés à mon sens en Jordanie également, n’en déplaise à Laurent Fabius, et en Turquie, brouillent toutes les chaînes de communication avec la Syrie, c’est clair. Et tout ce qui est Syrien ici à Paris en ce moment est sur table d’écoute, c’est évident. Donc peut-être même que les renseignements que vous donnez sont exploités dans les opérations, mais ça on n’y peut rien : un individu peut-il lutter contre un establishment ? Il est perdant d’avance, mais cela n’empêche qu’il peut au moins faire quelque-chose, ce petit galet peut peut-être, comme on dit peut soutenir la grande jarre.

F.S. : Vous avez été spécialiste de la question syrienne à I-télé

B.T. : J’ai commencé mes interventions télévisées pour ne rien vous cacher en 2003, sur l’invasion de l’Irak. J’ai été contacté par un institut de stratégie me promettant qu’ils allaient plus ou moins m’embaucher, me confier des sujets à traiter, et puis je me suis rendu compte que ces instituts de stratégie sont souvent des sociétés écrans qui cachent beaucoup de choses. Par exemple : on vous commande une étude très précise sur un pays précis et vous ne savez pas à qui elle est destinée, à qui elle est revendue. On vous donne 10 000 euros pour faire une étude sur les Frères musulmans en Égypte par exemple, ça a été le cas en 2004, vous voyez, donc bien avant. Moi tout naïf j’ai dit : “Admettez que j’aille en Égypte et que je vous fasse une étude sur les Frères musulmans – je suis linguiste et je parle syrien et égyptien couramment – et si jamais on m’arrête là-bas ? Est-ce que j’ai une couverture ou quoi que ce soit ?”. On me dit : “Mais pourquoi ils vous arrêteraient ?”. Je réponds : “Mais écoutez, je vais sûrement être filé par les services secrets égyptiens ; ils vont voir que je rencontre des gens, des Frères musulmans et je vais peut-être me retrouver en taule”. Alors on me dit “Et bien non, personne ne répondra de vous”. J’ai compris rapidement que beaucoup de ces instituts de recherche commandent des études qui sont en fait revendues à des États étrangers ou à des services secrets. Peut-être que j’ai été pressenti parce qu’ils ont vu que je connaissais bien l’Égypte et le monde arabe, que je parle plusieurs dialectes arabes, mais j’ai refusé. J’ai refusé non pas parce qu’en cas de pépin personne ne me recouvrirait, mais parce que j’ai trouvé quelque chose de malhonnête dans tout cela. C’est vrai, c’est une voie difficile, mais j’ai toujours choisi les voies difficiles. Ça ne rapporte pas d’argent, mais au moins il y a une éthique dans ce que vous écrivez, et ça j’y tiens. Chose que peut-être ceux qui travaillent avec les services secrets français n’ont pas, et qu’on voit parader sur les plateaux de la télé.

F.S. : C’est là que vous avez commencé à faire du journalisme alors ?

B.T. : Oui, c’était en 2003, j’ai un peu commenté ce qui se passait en Irak, c’était sur LCI. Le correspondant de LCI aux États-Unis m’avait écouté et il leur a dit : “Il faut inviter cet inconnu de Tahhan, il parle très bien”. J’ai été invité, c’était gratuitement ; et suite à cela j’ai été remarqué par I-télé. Ils m’ont invité et chez eux j’étais payé. Ils m’ont dit : “Vos interventions nous plaisent, on vous embauche.” J’étais intermittent du spectacle, en contrat déterminé, et que je vienne ou pas je touchais une petite somme. Mais c’est là qu’on se rend compte qu’il n’y a pas de liberté d’expression. Car à I-télé mon aventure aura été très courte, un an et quelques mois. Plusieurs épisodes m’ont fait comprendre que j’étais indésirable en fait, même si, selon beaucoup, mes interventions avaient du succès. Par exemple : Moqtada al-Sadr était assiégé en Irak, et voilà que les journalistes me posent la question : “Vous ne pensez pas que pour éviter l’effusion de sang, Moqtada al-Sadr devrait sortir et se rendre, comme ça on ne détruit pas la mosquée, on ne détruit pas les cimetières d’à côté et les civils et tout ?”. J’ai répondu : “Écoutez, Moqtada al-Sadr, si vous avez remarqué, a un turban noir. C’est un chiite, et tout chiite qui a un turban noir est descendant du prophète. Or, lui où est-il ? Il est dans une mosquée, dans un établissement religieux qui est la propriété des descendants du prophète, alors c’est à qui de quitter la maison ? Au propriétaire de la maison ? Ou à celui qui vient en agresseur ? C’est les États-Unis, c’est l’armée américaine qui devraient partir et laisser tranquille Moqtad al-Sadr.”

Suite à cette émission, j’ai eu un coup de fil du ministre de l’Éducation nationale au Maroc que je connais, il m’a dit : “Bravo Bassam, c’est très bien ce que tu as dit, mais je crois que ce n’est pas du politiquement correct ça pour une chaîne française, tu risques de le payer cher”. Effectivement il ne s’était pas trompé. Il y a eu une autre émission sur Arafat, où j’ai dit que si l’on traite Arafat de terroriste, les fondateurs d’Israël l’étaient également. Mais paix à leurs âmes tous, bon, pour leurs peuples c’étaient des héros ! Ben Gourion par exemple, ou d’autres, si Arafat est terroriste, dans une certaine lecture eux aussi le sont ! C’était en 2004, et à la fin du mois je reçois ma fiche de paye où il n’y avait que la moitié de ce que je touchais d’habitude. Je prends mon téléphone, j’appelle la secrétaire je lui dis : “Mais enfin je ne comprends pas, c’est la moitié”, et elle dit : “Attendez c’est peut-être une erreur” et puis elle regarde et elle me dit : “Non, c’est le directeur qui a signé”. Et puis après on ne m’a plus appelé. J’ai appelé pour intervenir, comme cela se faisait, mais plus rien. Ils étaient tellement lâches, voyez, qu’ils n’avaient pas le courage de m’inviter au bureau, de me dire : “Écoutez monsieur Tahhan, on n’est pas d’accord avec vos positions, vous nous excusez, puis c’est tout”, non !

F.S. : Ça aurait été avouer…

B.T. : Oui, peut-être ; alors suite à cela, quelques mois après, j’ai invité ce directeur qui m’avait embauché à déjeuner, à l’orientale, il n’a soufflé mot de tout ça. Il me regarde comme si de rien n’était, et voilà ça c’est terminé comme ça. Voilà mon histoire avec I-télé. Par la suite un rédacteur en chef à I-télé, qui y est toujours, m’a dit : “Bassam, j’ai entendu dire dans la maison que tu faisais beaucoup d’ombre à leurs vedettes, tu étais très télégénique, franchement, et tu parlais bien, mais ce n’était pas dans la ligne de la rédaction. C’est-à-dire : tu étonnais par tes positions.” J’avais par exemple critiqué l’ambassadeur américain aux Nations Unies, j’avais dit que c’était l’Antéchrist de la démocratie, quelqu’un qui avait trempé dans des affaires louches avec la CIA. Ça a aussi compté sans doute, et ce qui est curieux c’est que j’ai été limogé si je puis dire suite à la visite du directeur de la chaîne aux États-Unis. Est-ce qu’il y a un lien à faire, je n’en sais rien. Mais peut-être qu’ils ont vu que j’avais une audience et qu’il fallait me réduire au silence, ce qu’ils ont réussi à faire.

Je peux vous en raconter d’autres également sur d’autres chaînes et d’autres radios. Alors qu’on arrête de me dire que l’information en France est libre, qu’il y a une liberté de penser et d’expression, c’est totalement faux. Le jour où l’on fera le procès des médias en France, on va découvrir des choses vraiment à rougir de honte, parce qu’on nous fait avaler à longueur de journée des couleuvres et on nous traite comme des veaux.

F.S. : C’est d’autant plus scandaleux que la France est un pays où la presse a pris naissance. Je voudrais maintenant vous poser une question sur la genèse de la crise syrienne : j’ai entendu deux versions différentes et peut-être complémentaires de la genèse de cette crise ; l’une dans la bouche de Gérard de Villiers lors de l’émission “Ce soir ou jamais” le 4 septembre, qui a parlé d’une révolte des Frères musulmans à Deraa (en 1982)…

B.T. : Oui, et qui n’était pas pacifique, c’est vrai…

F.S. : …qui a été réprimée de façon assez musclée par l’armée syrienne et c’est cela qui a provoqué une réaction en chaîne, une escalade, avec la demande des Frères musulmans – lesquels avaient été sévèrement réprimés par Hafez el Assad, le père de l’actuel président en 82 – qui ont fait appel au Qatar, lequel État aide les Frères musulmans partout dans le monde…

B.T. : Le Qatar et l’Arabie saoudite, les deux ! On a même des dons des particuliers de tous les pays du Golfe. C’est pour se faire pardonner les soirées bien arrosées en Occident, c’est dans la mentalité musulmane : on donne pour se faire pardonner, vous voyez. Et même la femme du prince Bandar, ambassadeur de l’Arabie saoudite aux États-Unis avait transporté des fonds, la femme de Bandar, qu’elle a donnés à certaines personnes qui étaient impliquées dans les attentats du 11 septembre, et ça embêtait beaucoup l’administration américaine… Vous voyez à quel point l’islam de ces pays du Golfe est quelque chose de très difficile à cerner, il est très difficile d’en démonter tous les rouages…

F.S. : …et donc la deuxième version de la genèse de la crise syrienne c’est vous même qui l’avez donnée en évoquant le printemps arabe en Tunisie qui a connu des échos en Syrie mais qui très rapidement a été instrumentalisé par les Occidentaux et les États-Unis qui ont profité de la situation pour briser l’ « arc chiite » – vous êtes vous-même l’inventeur de ce concept  « arc chiite » dont la clé de voûte se trouve en Syrie, donc pouvez-vous revenir sur la genèse de la crise syrienne ?

B.T. : Bien avant le printemps arabe voyez-vous, il y avait une arête dans la gorge des pays du Golfe et de leurs princes – ça c’est une expression arabe – qui leur est restée dans le gosier, ils ne pouvaient pas l’avaler, vous allez comprendre pourquoi. C’est que pendant la guerre du Hezbollah contre Israël, en 2006, Bachar el Assad qui avait soutenu le Hezbollah, avait prononcé un discours en utilisant une phrase de l’imam Ali, cousin du prophète, la figure du chiisme, et qui était de traiter les musulmans qui ne l’ont pas soutenu, lui Ali, de demi-hommes : “O demi-hommes !” Et dans la bouche de Bachar, ça avait un impact sur la psychologie de tous ces princes du Golfe qui étaient traités de demi-hommes. Si vous voulez vraiment humilier un Bédouin, traitez-le de demi-homme, ou comparez-le à une femme. Et ça il l’a dit parce que tout le monde savait que les pays du Golfe avaient soutenu le gouvernement Siniora au Liban donnant à Israël le feu vert pour complètement écraser le Hezbollah. Or Israël n’a pas réussi à écraser le Hezbollah. Et ils se rendaient compte que les Alaouites en Syrie, alliés de l’Iran, formaient un croissant chiite important qui empêchait leur politique de propagande et de prosélytisme de l’islam de produire son effet. Parce que dans l’histoire récente de l’islam chiite, après l’arrivée d’Assad au pouvoir, il faut retenir plusieurs dates : 1970, Assad arrive au pouvoir ; il commence à aider les chiites du Liban en tant que minoritaires. Les chiites du Liban ne sont pas alaouites, ils sont un peu différents mais c’est la même famille.

Quand Khomeiny arrive au pouvoir, dix ans après environ, Assad aide Khomeiny dans la guerre contre Saddam. Il devient un allié important. S’il y a eu des progrès dans l’industrie balistique et la fabrication de missiles en Iran, le père Assad y est pour beaucoup. Ce Bismark du Proche-Orient a compris que les prochaines guerres seraient des guerres de missiles. Quand il a vu que Saddam arrosait l’Iran de missiles et que l’Iran n’avait pas la technologie des missiles, il a envoyé en Iran ses missiles qui ont été démontés, fabriqués, modernisés, avec toute la technologie dont il disposait qui était à l’époque celle de l’Union soviétique, peut-être un peu chinoise, certains disent même un peu coréenne, je n’ai pas vérifié dans les détails, ce n’est pas mon domaine.

Toujours est-il que les Frères musulmans et l’islam intégriste wahhabite, qui constituent deux tendances distinctes, se trouvaient dans le même camp face à ce qu’ils appelaient le danger stratégique des chiites constitué par l’Iran, avec un allié de l’autre côté qui faisait tenaille.

Et n’oubliez pas aussi le Bahreïn, dont la majorité est chiite. Il est gouverné par un prince sunnite qui possède pratiquement tout l’archipel et où les citoyens chiites sont vraiment mal considérés par le pouvoir central, on l’a vu. Donc cela explique si vous voulez, une haine qui couve, qui n’attend qu’un événement pour sortir au grand jour et essayer de casser la Syrie. Il n’y a pas de complot, je m’oppose à ces théories complotistes, mais il y a en géostratégie, en géopolitique, un échiquier, et il y a des forces, des constantes et des variantes. Ces variantes sont dictées par le rapport de force des constantes. Donc si l’Arabie saoudite d’un côté trouve que l’alliance irano-syrienne est dangereuse pour ses intérêts nationaux, au moindre événement qui peut lui permettre de contrer cela, c’est une variante, et c’est ce qui s’est passé.

Le printemps arabe en Syrie a connu cet essor, enfin cette tournure d’événements parce que sur l’échiquier il y avait cette opposition qui couvait, surtout après l’échec au Liban du gouvernement Hariri qui était soutenu par l’Arabie saoudite. Donc les Saoudiens ont bien compris que ce croissant chiite avait plusieurs cartes en main : il avait le Liban, il avait le Hamas, alors que le Hamas est sunnite, en Palestine. Car le Hamas avait beaucoup plus de rapports avec le croissant chiite, avec l’Iran et la Syrie, qu’avec l’Arabie saoudite et le Qatar. Ils ont essayé d’intervenir, mais ça n’a pas marché, pourquoi ça n’a pas marché ? Mais les Palestiniens du Hamas n’étaient pas dupes, ils savaient que leur chef – que les Israéliens avaient cherché à assassiner par du poison en Jordanie – Khaled Meshaal, avait son siège à Damas. C’est Damas qui l’a accueilli.

Vous voyez le jeu est très complexe. Donc ça a été une occasion en or pour le camp occidental, dès que le printemps arabe a pris naissance en Afrique du Nord, de déjà commencer à planifier comment il serait instrumentalisé et exploité en Syrie. Et ce fut le cas, et là, ce n’était pas uniquement les États-Unis et les Anglais, parce que d’habitude il y a en géopolitique une opposition anglo-saxonne/latine, la France est plutôt dans le camp latin, enfin, jusqu’à de Gaulle. Après les vedettes de Cherbourg, au temps de Pompidou la France est outre-Atlantique. Avec Mitterrand, les socialistes ont toujours aidé Israël, c’est connu. En 1956, c’est grâce au gouvernement socialiste qu’Israël a pu faire des progrès dans le domaine nucléaire. C’est Shimon Peres, par ailleurs lui-même chercheur, qui était venu en France pour négocier les accords dans le domaine nucléaire. Dans la guerre de 56 Israël avait accepté le scénario d’intervenir ; en contrepartie la France recevait une aide nucléaire, à l’époque où même la France n’avait pas de bombe nucléaire.

Donc voilà la genèse… la meilleure preuve c’est qu’Assad, après les événements de Deraa, a reçu les notables de Deraa, et ils lui ont promis que tout rentrerait dans l’ordre. A peine sont-ils rentrés c’est reparti de plus belle. Vous savez ce jeune garçon dont on prétend qu’il a été tué, violé, tout ça c’est de la blague. C’est suite à un prêche de Deraa et des villages à côté, les prêches des cheikhs, qu’il fallait aller s’attaquer aux habitations des militaires syriens comme quoi ce sont des alaouites, ce qui est faux, dans l’armée syrienne il y a pas que des alaouites. C’est impossible écoutez, les alaouites font deux millions et c’est une armée de 400 000 hommes, il y a un service militaire obligatoire vous ne pouvez donc pas dire que c’est une armée d’alaouites. Ils ont donc appelé les gens à aller s’attaquer à la cité militaire et à mettre à sac les habitations alors que les officiers étaient absents, et ce garçon Hamza a été abattu par une femme de militaire !

Alors encore une fois on cache la vérité, Al Jazeera s’en est mêlé. En tout cas si on veut faire un inventaire des mensonges de Al Jazeera, il y a de quoi remplir les rayons d’une bibliothèque entière. Et c’est dommage, parce que la chaine Al Jazeera était quelque chose de bien au départ ; mais maintenant elle a perdu toute crédibilité. Aussi bien Al Jazeera qu’Al Arabiya, la chaîne rivale lancée par l’Arabie saoudite, et que les arabes appellent Al Hebria, la chaîne hébraïque, ce qui veut tout dire.

F.S. : Pouvez-vous revenir sur cette opposition entre chiisme et sunnisme. Si j’ai bien compris c’est une querelle dynastique, mais sur le plan théologique est-ce qu’il y a une différence qui explique cette confrontation entre chiites – sunnites ?

B.T. : Et bien, là on ouvre un grand dossier, comment vous répondre ? Je peux le faire par des généralités. D’abord les sunnites sont de loin les plus nombreux dans le monde, ils sont un milliard et quelques ; les chiites sont à peu près deux cent millions, c’est-à-dire peut-être un sixième des musulmans dans le monde sont des chiites, et les cinq autres sont des sunnites. Les chiites se distinguent par un clergé bien structuré, ça ressemble un peu à la hiérarchie chrétienne, il y a un chef suprême, qui est l’ayatollah, et puis il y a un clergé très bien structuré. Les chiites croient que celui qui doit succéder au prophète au niveau temporel et spirituel, doit être descendant d’Ali, c’est-à-dire du cousin du prophète, et de la fille du prophète qui est Fatimah.

Pour les sunnites on peut en principe élire quelqu’un qui ne soit pas descendant du prophète mais en pratique les sunnites sur ces deux points ont fait exactement comme les chiites, mais sans fondement idéologique. D’abord, si vous remarquez la majorité des rois dans l’histoire étaient descendants du prophète ou se prétendaient tels : le roi du Maroc, il est descendant du prophète, le roi de Jordanie, il est descendant du prophète, qui fait exception à cela ? Les Saoudiens, c’est vrai. Mais les Saoudiens vous savez c’est très récent, dans tous les cas de l’histoire quand il y a avait des califats c’étaient des descendants du prophète, même chez les sunnites. D’autre part on vous dit : il n’y a pas de clergé chez les sunnites, c’est faux. Ils disent qu’il n’y a pas de clergé mais en fait il y a un clergé. Cependant le système chiite est plus ouvert philosophiquement, parce qu’il n’a pas fermé la porte de l’effort personnel d’interprétation et d’exégèse.

Alors que dans l’islam orthodoxe sunnite, dans la théologie comme dans le droit, cela se limite à quatre rites et vers l’an mille, c’est-à-dire il y a mille ans pratiquement, tout effort personnel a été condamné. Donc l’islam sunnite paraît si vous voulez plus traditionaliste et plus formel tandis que le chiisme ouvre la voix à des visions religieuses beaucoup plus spirituelles. Mais vous me posez une question énorme. Toujours est-il que cet islam, ces deux islams, ont été affreux l’un vis-à-vis de l’autre, ils se sont massacrés pendant toute l’histoire de l’islam. Mais là, ce qui gêne l’Arabie saoudite, pour revenir à la question du moment, c’est qu’elle voit d’un mauvais œil l’arrivée au pouvoir d’un clergé qui n’est pas sunnite et qui distribue de l’aide, qui n’a plus peur de cacher sa doctrine et qui comme eux fait la propagande du chiisme, autant en Afrique qu’en Amérique que partout ailleurs. C’est pour cela que le roi d’Arabie saoudite a dit qu’il fallait “écraser la tête du serpent”, dans un mail ou un télégramme que WikiLeaks a révélé au grand jour. Et si vous lisez les recommandations de chaque congrès wahhabite, les chiites sont toujours représentés comme des ennemis, des mécréants.

C’est donc très difficile de les réconcilier si dans le dogme wahhabite déjà, il y a un parti-pris contre cette minorité musulmane. Sans compter qu’une des régions les plus riches en Arabie saoudite est une région habitée par des chiites, le Hassa, et ils forment la majorité au Getaif. Et ces gens-là sont persécutés : chaque fois qu’ils se révoltent, ou qu’ils manifestent, les autorités saoudiennes disent qu’ils obéissent à un agenda étranger, c’est-à-dire aux Iraniens. J’ai eu beaucoup de discussions avec des sunnites, et s’ils apprennent que vous êtes chiite, tout de suite ils changent d’attitude, pour eux vous êtes un hérétique et parfois on entend “Il faut tous les massacrer les chiites !” Je l’ai entendu, j’étais comme ça en confidence avec un Saoudien, il m’a dit “Mais il faut tous les tuer ! C’est quoi, un demi-million, pourquoi on ne s’en débarrasserait pas, ce serait fini ! L’islam est un, c’est celui de la tradition mahométane, du prophète !” On élève le sunnite un peu partout dans le monde avec la haine des chiites, en leur faisant croire, moi je vois ça auprès de mes élèves maghrébins, que les chiites disent que Allah s’est trompé, qu’il aurait dû donner le Coran à Ali plutôt que de le donner à Mohamed. Chose qui est complètement stupide.

C’est comme le Protocole des sages de Sion, quand les Arabes en parlent, ils disent que c’est la vérité absolue alors que l’on sait que c’est un faux, un truc qui a été écrit pour être utilisé, notamment par les nazis, contre les Juifs. Ou ils vous disent par exemple que les chiites divinisent Ali ou alors : “qu’est-ce que c’est que ces pratiques, pourquoi ils s’auto-flagellent et tout ?”

N’empêche, que les sunnites ont pris quelque chose aux chiites alors que les sunnites n’admettent pas d’innovation dans les rites de prière. Vous savez la naissance du prophète musulman, c’est une fête chiite, que les Fatimides chiites d’Égypte ont instaurée, et les sunnites aujourd’hui la suivent, donc ils sont en contradiction : si on n’innove pas dans les cérémonies religieuses alors pourquoi ils fêtent la naissance du prophète ?

Et n’oubliez pas, une dernière chose : pourquoi Damas ? Et pourquoi tant de haine vis-à-vis des alaouites ? Quand le califat va s’installer à Damas, c’est après les quatre premiers califes qu’on appelle orthodoxes, on s’est mis à maudire Ali sur toutes les chaires des mosquées de Syrie, et notamment la mosquée des Omeyyades, la mosquée centrale de Damas, jusqu’à l’arrivée d’un autre calife sunnite qui va interdire cette malédiction. Alors vous vous imaginez, les sunnites de Syrie, qui savent que dans cette mosquée Ali a été maudit pendant des siècles, que quelqu’un qui est alaouite gouverne, et les gouverne, ils ne peuvent pas avaler ça. Dans une perspective religieuse étriquée, pour eux c’est l’ennemi qui les gouverne. D’ailleurs quand ils disent du mal de ces alaouites qu’ils appellent nousrani, ils font un jeu de mot nousayri-nousrani, c’est-à-dire : nousayri, “espèce de chrétien”. Ça dit tout de la tolérance de certains sunnites !

F.S. : J’ai écouté un certain nombre de vos interviews et les précisions que vous donniez sur le Conseil national syrien et l’Armée syrienne libre. Vous en parlez comme de conglomérats, est-ce que vous pouvez revenir dessus ?

B.T. : Oui, aujourd’hui, je peux vous donner les dernières informations sur ces deux conglomérats. Aujourd’hui la France a lâché le Conseil national syrien. C’est-à-dire que les accolades données par Hollande aux cinq représentants du Conseil étaient juste d’apparence, la rentrée s’étant faite suite aux attaques de la droite, de Sarkozy et de Fillon, concernant le dossier syrien. Parce qu’ils se sont rendu compte – “ils” à l’Élysée et aux Affaires étrangères – que ce Conseil national syrien s’effilochait et ne représentait plus grand-chose.

Maintenant, quant à l’Armée syrienne libre, comme dans le CNS, il y a différents groupes armés qui ne se reconnaissent pas entre eux. Il y a eu d’ailleurs trois-quatre jours des combats au nord d’Alep – d’Alep à la frontière turque c’est 45 km qui nous séparent – entre branches armées de cette ASL, une lutte entre bandes, parce que ce sont des bandes, qui représentent deux tendances de l’ASL. Et là hier, un autre général, vient d’essayer d’unifier ces forces à Alep, mais il n’a pas réussi : certains ont dit oui, d’autres non. Voilà les dernières informations sur le CNS qui s’effiloche, qui part dans tous les sens.

L’Élysée a compris, parce qu’ils veulent former un gouvernement, que ce Conseil n’existe plus et il y a un changement de cap dans la politique française. Quant à l’Armée syrienne libre, ils ont compris aussi que c’était divisé, comment faire ? Alors, ils ont “exfiltré” Tlass, qui est le plus gradé, dans l’espoir que ce Tlass, qui est le plus gradé des “défectionnistes”, qui est sunnite, dont le père et la sœur habitent la France – ce sont des millionnaires sunnites – dans l’espoir que ce Tlass soit peut-être une carte importante que jouerait la France, parce que Tlass est soutenu par le Qatar mais pas par l’Arabie saoudite, parce que dès qu’il a annoncé sa défection, Al Jazeera s’est réjoui de l’accueillir, manque de chance il est allé en Arabie saoudite et pas au Qatar. N’empêche que maintenant les Français croient qu’après tout, pourquoi pas Tlass, alors ils me font vraiment rire parce que ce Tlass est détesté du peuple syrien, même des sunnites, parce que ils se disent : il est doublement traître, il serait alaouite, passe encore, il a volé le peuple, il est alaouite, les alaouites sont nos ennemis. Mais c’est pire, c’est un sunnite, dont le père a été ministre de la Défense, chef des Armées, on lui attribue des ventes d’armes, des commissions, enfin la famille Tlass n’a pas une odeur de sainteté auprès des sunnites de Syrie.

Donc là aussi je crois que les Français ne savent pas quoi faire, parce que et l’Élysée et le Quai d’Orsay, sont peuplés d’incompétents. La France vit une période médiocre, on baigne dans la médiocrité la plus totale, non seulement dans la diplomatie mais dans beaucoup d’autres domaines.

Ça va faire quarante ans que je suis en France et j’ai vu ce pays décliner sans arrêt. Et là aussi, dites-moi pourquoi les gens qui connaissent la situation, et de manière très profonde, ne sont jamais écoutés ? Je ne vous cache pas que les Américains, en 82 ou 83, m’ont fait des ponts en or, pour aller à UCLA en Californie, présider un centre de documentation d’Orient contemporain. Et j’ai dit non, parce que moi franchement j’aime beaucoup la France, mon père aimait la France, c’est peut-être par fidélité à l’image du père, je suis francophone, francophile, voilà. Mais ce qui me fait mal au cœur, c’est qu’avec tout ça on n’est jamais écouté ! Jamais !

F.S. : La France a du mal à trouver sa place dans la mondialisation, c’est vrai. Mais pour revenir à l’ASL, elle fait 30 000 membres ?

B.T. : C’est ce qu’ils disent, 30 000, mais je ne crois pas à ce chiffre. Bon pour le chiffre, il y a des gens qui sont enrôlés qui n’ont même pas de barbe, 14 – 15 ans, on leur donne des armes, alors évidemment si vous intégrez tous ces gens-là, on peut peut-être dépasser les 30 000 ! Mais 30 000 vraiment militaires, j’en doute fort. Maintenant il ne faut pas oublier aussi que comme le Conseil national syrien est bourré de Frères musulmans, d’islamistes de toutes tendances, il en est de même de l’ASL. Donc cette image que l’ASL serait laïque, avec 20% d’islamistes à côté, est complètement fausse. Parce que si nous prenons le nom des bataillons de cette ASL, suivez moi : “L’unification divine, ou monothéiste”, “Les descendants du prophète”, “Les libérateurs des mécréants”, alors trouvez moi une armée dans le monde qui se croit une armée révolutionnaire et laïque et qui a toutes ces appellations religieuses : on se croirait dans un traité de droit ultra-orthodoxe du 11ème 12ème siècle ! Non, ce n’est pas sérieux tout ça.

Donc l’ASL ; en gros il y a quatre groupes dans l’ASL en ce moment : il y a le premier qui s’est défait, Riad Al-Assaad, on a voulu faire de lui un maréchal, alors les autres qui sont plus gradés qui l’ont rejoint un an ou un an et demi après ont dit : “Mais enfin, pourquoi il serait maréchal, il n’est que lieutenant !”, alors la réponse a été, c’est à mourir de rire tout ça, que oui mais lui a été le premier à faire défection ! Et les autres de répondre que ce n’est pas une histoire de priorité. Alors là-dessus – vous voyez pourquoi on ne peut pas avoir une unité nationale au niveau de toute cette opposition bidon, je dis bien bidon – la déclaration du président du Conseil national aujourd’hui, par rapport à Tlass, ce sunnite gradé copain de Bachar, est que ce n’est pas parce qu’il a fait défection qu’il aura un poste dans la nouvelle Syrie.

Donc la France se trouve le cul entre deux chaises, elle veut bien soutenir le Conseil national, c’est le “Club de Paris”, elle s’est fait avoir avec ce “club de Paris”, avec le dossier Juppé. Ca veut dire c’est des gens : ce n’est pas un conseil, il n’est pas national, il n’est pas syrien. Mais à un moment donné, il fallait comme en Libye qu’il y ait un Conseil dans l’espoir d’intervenir. La France a compris qu’elle ne pouvait pas intervenir, alors elle aurait souhaité qu’au moins ce Conseil s’entende avec l’ASL. Là aussi ça ne marche pas puisque son président condamne la nouvelle carte du génie fabiusien qui est d’exploiter Tlass pour la nouvelle Syrie. C’est-à-dire que peut-être ce Tlass ce super-grand général de l’Armée syrienne sunnite va pouvoir unifier cette ASL, mais même les gens de l’ASL voient en lui un traître.

F.S. : C’est quoi les trois autres composantes de l’ASL ?

B.T. : Vous avez Assaad : c’est celui qui le premier s’est barré en Turquie ; vous avez deux autres colonels qui sont comme des caïds, qui ont leur boutique, hein, et tout le monde, vous voyez, comme l’argent qui afflue sur la Syrie, vient de plusieurs sources, donc chacun, comme on dit en arabe, frappe avec le sabre de celui qui le finance. Donc il n’est pas étonnant que dans cette ASL, vous voyiez des gens pro-Qatar, parce que c’est le Qatar qui paie, d’autres pro-français, parce que ce sont les services secrets qui exfiltrent, qui infiltrent ; d’autres pour les Saoudiens. Ils ne roulent donc pas tous pour le même maître, chacun représente plus ou moins la voix de son maître. Là hier à Alep est apparu un nouveau général, très gradé, qui dit unifier au moins sur Alep. Quand on voit tout ça, alors inutile de vous dire que cette armée institue des tribunaux d’inquisition islamiques. J’en ai parlé aujourd’hui sur BFM, vous avez un reportage sur la ville d’el-Bab, qui a été bombardée ; il y a trois-quatre jours ils ont bombardé les écoles transformées en casernes pour les rebelles.

Donc il n’y a d’union ni dans l’ASL, ni dans le Conseil national syrien, et bien malin est celui qui peut former un gouvernement. Là aussi il y a une erreur stratégique, politique et diplomatique que commettent la France, et les autres, qui veulent lancer un gouvernement ; ce gouvernement va être un élément supplémentaire de division parce que il y a déjà division. Si vous écoutez les témoignages, vous les scrutez, certains membres de l’ASL vous disent : “on va éliminer l’autre branche armée, dominer, et on va marginaliser le Conseil national, et c’est nous qui gouvernerons”. Vous écoutez le Conseil national dire : “on a formé un bureau de coordination des militaires au sein du Conseil national, on dominera l’ASL, on l’éliminera et c’est nous qui gouvernerons”, et ainsi de suite. Comment voulez-vous former un gouvernement d’exil avec ces gens-là ? C’est impossible.

N’oubliez pas une chose ; admettez que sur le terrain il y a 300 000 – 350 000 soldats syriens et pas 438 000 comme disent les statistiques officielles à cause des “défections” ; mais ce ne sont pas des défections, c’est le problème des transports, un appelé ne peut plus rejoindre sa caserne s’il est au fin fond de la Syrie, comment voulez-vous qu’il puisse aller à Koneitra, le point frontière avec Israël ? C’est des problèmes matériels, de communication, de transport. Cette armée-là tient toujours bon. Et jusqu’à maintenant admettez qu’elle n’a été utilisée qu’à 5 à 10% de ses capacités militaires.

Encore une fois, l’armée, la Syrie, étaient préparées à toutes les guerres, sauf la guerre civile, et c’est là son talon d’Achille. C’est là où l’Occident a compris que sans intervention directe, en nourrissant une révolte armée, il pouvait casser ce beau pays qui n’a pas signé de paix avec Israël, qui soutient le Liban pour que le Liban ne signe pas de paix avec Israël, qui soutient la Palestine et maintient cette rivalité entre l’Autorité palestinienne et le Hamas, entre Ramallah et Gaza, et c’est un gros morceau, et qui en même temps présente un danger pour les monarchies du Golfe puisque vous le voyez ce croissant chiite est énorme.

L’erreur des Américains, évidemment, je l’avais dit, c’est d’avoir renversé Saddam, l’erreur dans leur optique, s’ils veulent vraiment se débarrasser des chiites. En renversant Saddam ils ont amenés les chiites au pouvoir, maintenant l’Irak est une colonie iranienne, qu’on le veuille ou non. Et depuis qu’ils se sont retirés d’Irak, la voie est libre pour que l’Iran transporte tout ce qu’elle veut en Syrie. Alors là, si vous voulez, ce croissant chiite avec le Hezbollah, les chiites d’Irak, les alaouites de Syrie, du Barhein, et aussi du Yémen, les chiites de Getaif, l’Iran et ajoutez l’inconnue que les Américains n’avaient pas calculée et ignorée totalement, c’est qu’en Turquie il y a 22 millions d’alaouites ! Si ces 22 millions d’alaouites rejoignent le croissant chiite, alors là il y a une nouvelle donne au niveau géostratégique et géopolitique qui va changer tout le paysage du Moyen-Orient. Et s’ils font éclater la Syrie, qui nous dit que la Turquie ne va pas éclater, imploser : un tiers de kurdes, un tiers de sunnites et un tiers d’alaouites en Turquie, en gros pour simplifier.

F.S. : Vous dites le manque de préparation de l’armée syrienne à la guerre civile ; les groupes djihadistes eux ne sont-ils pas mieux préparés au combat de rue et ne posent-ils pas de problèmes, notamment à Alep ?

B.T. : Oui, alors ils posent des problèmes, non pas parce qu’ils sont mieux formés, pas du tout, je ne le crois pas, et qu’on leur a donné des armes. Bon, il y a des mitrailleuses lourdes sur 4…

F.S. : Oui, vous avez parlé du quartier d’Hanenau

B.T. : Salahadine. Salahadine est bombardé. Hanenau est bombardé aussi. Aujourd’hui il y a l’Arkoub ; il y a plusieurs quartiers, Al-Kasr, Boustane al-Bacha ; dans ma tête je vois les immeubles, les quartiers, c’est ma ville, c’est vrai que ces quartiers sont bombardés,  Izaa, le quartier de la radio qui est le plus proche du centre ville par rapport à Salahadine a été rasé, enfin des pâtés entiers, parce que là il y a avait des djihadistes en grand nombre.

F.S. : Je voudrais revenir sur les “Amis de la Syrie”, le “club de Paris” que vous évoquiez tout à l’heure. Vous vous êtes plaint que lors de la réunion des “Amis de la Syrie” à Paris le 6 août, Fabius ne vous ait pas invité en tant que représentant du collectif pour la Syrie, à votre avis pourquoi ?

B.T. Écoutez, le problème est que Fabius est l’erreur de la diplomatie française : elle n’a pas cherché à fédérer les acteurs syriens, elle a seulement cherché à fédérer les opposants aventuriers, arrivistes, opportunistes qui faisaient partie de ce “Club de Paris” et qui ont joué le jeu avant la création même de ce Conseil national, à l’époque, juste après la mort, l’assassinat de Hariri. Le fils Hariri a aidé comme j’ai dit des Syriens à Paris financièrement et c’est de là que c’est parti. C’est Juppé qui a pris ces gens-là et Fabius a continué pour x raisons, mais je ne crois pas à l’indépendance de pensée de Fabius dans ce domaine…

F.S. : Est-ce que B.H. Lévy a joué un rôle ?

B.T. Ah sûrement, sûrement, évidemment parce que il faut pas se faire d’illusions, vous savez : quel est le pays qui tient tête à Israël, jusqu’à maintenant, dans la région, et qui a refusé de couper les ponts avec l’Iran ? C’est la Syrie. Clinton lui a dit : “Coupez les ponts avec l’Iran et on vous garde au pouvoir”, c’était clair ! Le lendemain Assad s’est affiché avec le président iranien et le secrétaire général du Hezbollah, c’était vraiment se moquer des Américains et de leur puissance.

Donc je crois que ça joue le jeu d’Israël toute cette guerre. Alors de là à accuser les responsables français de pro-israéliens, je n’irai pas jusque-là, mais quand même, il y a quelque-chose là. On ne peut pas ne pas penser : tiens, les socialistes ont une histoire d’amitié avec Israël qui commence avec le début de la création d’Israël, je vous ai parlé de 56, c’est si vous voulez dans la ligne directe de toute cette politique arabe socialiste qui est plus pro-israélienne que pro-arabe, mais c’est clair ! Alors ça fait le jeu des Israéliens et c’est là où je dirais si guerre de procuration il y a et bien vous remarquez qu’il y en a eu d’autres de guerres de procuration : Israël n’a pas eu besoin de s’attaquer à l’Irak, l’Irak a été rasée, par une alliance internationale. Là aujourd’hui, s’il y a intervention, et bien ce sera pareil pour la Syrie. Je ne pense pas qu’il y aura intervention parce que c’est plus explosif qu’au temps de l’Irak, l’Irak n’avait aucun allié, la Syrie a des alliés, et puis la situation internationale géostratégique a changé.

Enfin il y a la Chine et la Russie, et c’est la première grande bataille après la Guerre froide. C’est-à-dire on n’est plus dans un monde unipolaire, les Russes et les Chinois veulent montrer aux Américains que le monde est bipolaire à nouveau. Qu’il y ait les non-alignés ou pas.

F.S. : Est-ce que vous pouvez parler de la réalité de la présence russe en Syrie ?

B.T. : Alors en Syrie, la présence russe est très importante. Quand vous allez à Alep, les enseignes sont en russe, les gens parlent russe. Vous allez au souk ; au souk on parle toutes les langues du monde, mais il y a eu tellement d’ouverture économique – c’est une présence économique avant d’être militaire – que c’est partout marqué : “Nous parlons russe” et les enseignes sont en russe, dans tout le souk, dans toute la ville, peut-être moins maintenant. Moi quand j’y suis allé j’ai été frappé par le cyrillique qui ornait les enseignes du souk d’Alep qui côtoyait l’arabe, et ça c’est important, ils venaient acheter du tissu, beaucoup de choses. Puis n’oubliez pas que la Russie a des racines profondes dans l’orthodoxie chrétienne, et dans l’Orient les souks d’Alep, avec les souks d’Istanbul, ce sont les plus grands souks du monde, et c’est construit en dur. Imaginez la ville de Fez au Maroc, les souks de Fez multipliés par vingt fois, ça fait je ne sais pas combien d’hectares les souks d’Alep, en dur et ça remonte au 15ème siècle, l’époque où Alep était plus grande que Paris, plus peuplée. C’est-à-dire quand Alep comptait 350 000 habitants, au 16ème siècle c’était important, Paris devait en compter moins, dans les 250 à 300 000 habitants.

La Russie a toujours été l’alliée de la Syrie depuis le début ; le parti communiste syrien a été créé je crois deux ans après la révolution d’octobre. Et puis n’oubliez pas que les Syriens sont contre la création d’Israël, sont contre Sykes-Picot [2], le partage du Proche-Orient entre l’Angleterre et la France. Et qui a révélé au monde Sykes-Picot ? Les Russes. C’est un diplomate, après la révolution, qui a dit : “Écoutez, voilà il y a Sykes-Picot”. Le monde arabe va découvrir la trahison de l’Occident, la trahison de Faycal, de la révolution arabe de 1916, par les Russes. C’était un diplomate qui avait les documents sur Sykes-Picot, un diplomate qui va dire “Écoutez bon voilà, regardez ce qu’on fait les Français et les Anglais”. Et alors à ce moment-là la Syrie a cherché à être américaine. Au temps de la Société des Nations, ils ont envoyé un Comité, la Syrie n’a pas voulu du mandat français, elle voulait un mandat américain, c’est dit ça dans l’histoire.

Quand les Américains ont sacrifié la Syrie, ils l’ont donnée à l’Europe, à la France, les Syriens évidemment ont trouvé que les Soviétiques, les “Russes”, étaient beaucoup plus justes, parce qu’ils n’ont jamais divisé ce pays, ce n’est pas eux qui ont accordé l’indépendance du Grand Liban. Pour beaucoup de Syriens la création du Grand Liban reste une plaie ouverte, ils n’ont jamais avalé cette création du Grand-Liban. Le petit Liban, passe encore, mais pourquoi la Bekaa, la Bekaa a toujours été syrienne. Mais plus encore, la France a cédé tous les contreforts du Taurus, qui étaient riches en sources aquatiques, pourquoi ? Pour la Syrie ça a été trois fois donné par les Français aux Turcs. Alors vous vous imaginez, c’est-à-dire que pour les Syriens la Russie ou l’Union soviétique, n’était pas un pays ennemi, dans son histoire contemporaine, au contraire ils n’ont pas cherché à diviser, et ça vous explique après l’Union avec l’Égypte, toute cette amitié syro-russe…

Vous savez ça me rappelle le professeur Alexandre Minkovski, qui était un de mes amis et que j’aimais beaucoup ; un jour on discutait et il m’a dit : “Bassam dis-moi pourquoi la révolution palestinienne, les Syriens, pourquoi cet amarrage à gauche ? Pourquoi la gauche, pourquoi l’Union soviétique, pourquoi ? Vous êtes francophones”, j’ai dit “Et bien écoutez quand il s’est agi d’armer la Syrie, de demander de l’aide, l’Occident nous a tourné le dos. Qui pouvait nous donner des armes ? L’”autre camp”, dans cette équation bipolaire”. Hé mais c’est normal, pourquoi Arafat ? Parce que tout l’armement de cette révolution palestinienne était soviétique. Qui s’est opposé à Nasser ? Les alliés des Américains : l’Arabie saoudite. Et le jour où ils ont eu un bonhomme qui voulait prier à Jérusalem, le roi Faycal, a été assassiné par son neveu. Et l’assassinat de Faycal c’était la CIA, le neveu c’était le bras, mais le cerveau ce n’était pas le neveu, il y avait la CIA derrière. Alors il y a une présence militaire, et quand en 67 les Syriens ont perdu la bataille, Assad a commencé à recruter des pilotes de guerre à partir de très jeunes, je crois que c’était même avant le bac. Il prenait les plus doués, et ils étaient formés, c’est pour ça qu’après, dans les batailles de 73, les pilotes syriens étaient vraiment de bons pilotes, pas comme en 67.

Il y a donc une implication militaire très importante, ce sont les experts soviétiques qui ont formé l’armée syrienne, dont le noyau est français, la formation est française au départ. Jusqu’à maintenant dans le jargon militaire de l’armée syrienne il y a des mots français : par exemple on dit “dousir” pour le dessert, ou on dit “elcâr”, pour le quart, et la première académie militaire qui a formé Assad père, elle a été fondée par les Français, c’est l’académie de Homs, qui avait donné la chance à beaucoup de gens d’origine modeste, de devenir des gens qui gouverneront la Syrie plus tard. Donc la présence russe est importante économiquement, socialement également, il y a beaucoup de mariages mixtes, ainsi qu’au niveau commercial.

On dit aussi, que les Russes auraient trouvé de l’uranium dans les phosphates du désert syrien, ce n’est pas mon domaine, je n’ai pas vérifié, mais vous savez il n’y a jamais de rumeurs comme ça sans fondement.

Et il y a une présence militaire, il faut dire que la Russie a toujours rêvé, l’empire soviétique aussi, d’un port dans les eaux chaudes. Et ils l’ont à Tartous, la base militaire de Tartous, d’ailleurs certains accordent une grande importance à ce Tartous, on vous présente ça comme une base militaire à la James Bond, qu’il y aurait des choses souterraines, je ne crois pas à ça, c’est simplement un port militaire où viennent mouiller des bâtiments russes. Alors on vous dit : “Vous savez, avant de s’attaquer à la Syrie, vous savez ce qu’il y a dans la base de Tartous ?” Je crois que ça tient plus des romans-fiction que de la réalité.

Voilà en gros si vous voulez, et puis n’oubliez pas qu’il y a une composante orthodoxe dans la population syrienne. Des Syriens et des Libanais orthodoxes avant la création du Liban, avaient leur petit séminaire à Kiev ou à Moscou, dont l’illustre écrivain libanais Michael Nouaima, qui est mort très vieux, centenaire, et qui a été petit séminariste en Russie tsariste, bien avant la révolution. Alep enseignait le russe au début du siècle, au lycée des Trois Lunes, les trois lunes c’est les trois pères de l’Église, Saint Jean Chrysostome, Saint Basile et Saint Grégoire. Et culturellement c’est énorme, l’apport russe dans la culture syrienne chrétienne et musulmane, c’est toute l’école orientaliste russe qui a étudié les manuscrits musulmans. Un des plus grands centres qui contient des vieux manuscrits du Coran et d’autres, c’est Saint-Pétersbourg. Et pour les chrétiens, vous savez qu’il y a une grande école d’iconographie à Alep, qui est connue dans le monde entier, on a 4-5 grands peintres, les Mousawer, c’est une grande famille de peintres. Tout au début, les Syriens faisaient l’icône, et c’est les envoyés moines de Russie tsariste qui peignaient les visages et les mains, parce que ça demandait plus de technique. Et petit à petit, avec cette coopération monastique, aujourd’hui si vous avez une icône de l’école d’Alep du 17ème siècle, ça n’a pas de prix. Il y a eu des expositions à Paris de cette école d’Alep.

Il ne faut pas non plus oublier qu’Alep, je vous dit pourquoi j’ai fait référence à François 1er dans les capitulations avec l’empire turc, c’est qu’il avait compris l’importance de ce Proche-Orient, de ces minorités. Et il était un peu le mécène et le protecteur des minorités face à l’autorité ottomane qui a accepté son autorité, c’est là la grandeur de la France et son exception, quand on la compare à la médiocrité actuelle. J’y ai fait allusion chez Bourdin sur BFM, j’ai dit “Enfin la grandeur de François 1er c’est d’avoir défendu les minorités, puisse François Hollande suivre la bonne voie, de ses prédécesseurs !”.

N’oublions pas encore une dernière chose, c’est que ce que ne pardonne pas la Syrie à la France, et voit donc d’un bon œil la Russie, c’est quand la France a décapité tous les chrétiens d’Orient, tous les chrétiens : Jordaniens, Palestiniens, Libanais, Irakiens en décapitant le christianisme en donnant Antioche, la première capitale du christianisme , c’est notre Rome à nous, à la Turquie. Pour la désaxer à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, alors que la grande majorité des habitants d’Antioche et d’Alexandrette étaient chrétiens orthodoxes et alaouites et parlaient arabe, les Turcs étaient une minorité, d’ailleurs Antioche/Antiochus, général d’Alexandre, c’est le créateur de la Syrie antique. Et en donnant Alexandrette, qui est la ville d’Alexandre – c’est le port qui était le port d’Alep – on a cassé économiquement la première échelle de l’Orient, Alep, qui avait comme voie maritime Alexandrette.

On a donné tout ça, on a organisé un referendum truqué pour chasser les chrétiens orthodoxes de cette région qui sont venus se réfugier à Alep, parce que le Atay, ce que les Turcs appellent le Atay, nous on l’appelle Liwa ou le Sandjak, c’est-à-dire toute cette province d’Antioche et d’Alexandrette a été cédée à la Turquie. Et jusqu’à maintenant dans les cartes syriennes c’est en pointillés, et c’est pour cela que dans le collectif pour la Syrie, dans notre esquisse de déclaration, on a mis que nous on tenait à Antioche.

Parce que vous ne pouvez pas parler de Syrie, vous ne pouvez pas parler de christianisme, sans Antioche. Tous les patriarches aujourd’hui, quel est leur titre ? Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient. Et Antioche est en tête. N’oubliez pas également que le premier État chrétien du monde c’est l’Arménie, tout le monde le sait, mais quels liens il y a eu dans l’histoire entre l’Arménie et Antioche ? Avec la période des croisades, c’est énorme ! Donc vous voyez, l’Occident chrétien est le premier ennemi de la chrétienté d’Orient. Jamais dans l’histoire il n’y a eu autant de conversions forcées vers l’islam que pendant la période des croisades.

Et là aujourd’hui je qualifierais cette intervention occidentale de nouvelle croisade, la croisade qu’a promise Bush, aujourd’hui c’est Obama qui la réalise, lui qui est anti-belliqueux, anti-guerre dans ses déclarations. Et qui en est l’instrument ? C’est justement l’Europe latine, c’est honteux. Et je rappelle, permettez moi de développer ce parallèle parce qu’à la télé on ne m’a pas permis de le développer, parce qu’il y a des partis-pris dans cette télé, il y a des gens qui ont le droit de disserter et d’autres pas. Alors c’est quoi ? Quand la 1ère croisade arrive à Jérusalem, qui sont ses premières victimes ? C’est les juifs et les chrétiens, d’Orient, les croisés vont massacrer tous les chrétiens et tous les juifs.

F.S. : Comme ils avaient mis à sac Constantinople

B.T. : Bien sûr, et là je crois, dans cette nouvelle croisade, croyez moi c’est les minorités qui vont être massacrées mais quelles minorités ? Contrairement à ce qu’on pense, les chrétiens, les juifs, les Kurdes, les chiites, ne sont pas les seuls minoritaires de ce Proche-Orient. La forte minorité du Proche-Orient ce sont les musulmans sunnites modérés. Et c’est ceux-là qui sont en train de payer les pots cassés, la facture de cette nouvelle croisade. Avec la restauration, l’institution des tribunaux d’inquisition islamiques, cette terreur de barbus, croyez moi, on va vraiment vers un Orient fanatique, où la majorité justement, prônerait le modèle wahhabite, à savoir : couper la main aux voleurs, lapider l’adultère, décapiter le renégat, enfin je veux pas rentrer dans une longue dissertation des prescriptions wahhabites mais c’est ça, on est en train d’installer ça. Alors est-ce que c’est un jeu de la part de l’Occident ? Aujourd’hui éliminer les chiites ouverts en utilisant l’arme des djihadistes pour après s’attaquer à l’Arabie saoudite, peut-être. Mais si c’est un mauvais calcul et que ces gens-là après deviennent très forts et qu’on arrive plus à les éliminer, tout comme ce qui s’est passé en Afghanistan ?

La guerre d’Afghanistan, je suis désolé, les États-Unis l’ont perdue. Ils l’ont gagnée peut-être sur les Soviétiques à un moment donné, mais ça a donné le 11 septembre, ça a donné toutes ces vagues, les nouveaux sanctuaires d’Al Qaida ne sont plus en Afghanistan, ça va être en Syrie, et aujourd’hui ils sont plutôt en Afrique noire. Qui a rasé les tombeaux des saints de Tombouctou à la wahhabite ? C’est bien les djihadistes du Mali ! Alors expliquez-moi comment Fabius veut lever une armée et l’envoyer contre les islamistes du Mali, et en même temps aider les islamistes en Syrie ! Cela montre vraiment qu’il n’y a aucune cohérence ou qu’il y a tout simplement de la traîtrise.

F.S. : J’ai une question sur l’alliance tactique et stratégique de l’Occident avec l’islam sunnite dans sa version la plus traditionaliste, le wahhabisme : est-ce que dans cette alliance, l’Occident espère que l’islam, y compris dans ses versions les plus rigoristes, va se dissoudre dans la mondialisation, va se démocratiser, ou est-ce que derrière tout ça il y a l’idée d’un partage du monde entre un islam qui représente un milliard d’individus dans sa version sunnite et l’Amérique où l’islam n’est pas présent ?

B.T. : Enfin l’islam est présent dans les deux Amériques.

F.S. : Mais de façon très minoritaire

B.T. : Oui, mais vous ne savez pas comment. Vous savez l’avenir de l’islam au niveau démographique est très important parce que la femme musulmane est plus féconde, plus fertile, c’est connu. C’est comme ça d’ailleurs qu’il y a eu des gens d’extrême-droite qui ont fait circuler sur le net des films comme quoi tout le monde serait musulman sous très peu de temps, vu l’évolution des choses, moi je crois pas à cette thèse. Bon c’est un danger, c’est vrai, mais c’est-à-dire il faut voir.

Moi je ne crois pas à la fidélité dans les amitiés occidentalo-américaines. Tous les amis des Américains, sont tombés, c’est la politique du citron pressé. Moubarak, est-ce qu’il y avait meilleur ami des Américains que Moubarak ? Ca y est, ils l’ont sacrifié ! Saddam était bien l’ami des Américains et de l’Occident puisqu’il a essayé de contenir la révolution chiite de Khomeiny, il est tombé ! Kadhafi, on lui avait bien vendu des mirages, Sarkozy allait même lui vendre notre bombardier-chasseur invendable, le Rafale, juste avant hein ! Non, vous savez, ça ça donne de la force à l’islam, on se dit : “qu’est-ce que c’est que cet Occident mercantile ? Où sont les valeurs de la chrétienté ?”. C’est pour cela que moi, j’ai honte pour l’Occident chrétien, j’ai vraiment honte, on se demande : “Mais c’est quelle morale ? Enfin où est l’éthique dans tout ça ?” Quelle éthique il y a à armer des djihadistes en Syrie, au nom de la démocratie ?

C’est exactement comme la grande croisade qui est partie pour libérer le Saint Sépulcre, pour que les pèlerins puissent aller se recueillir sur le tombeau du Christ. Aujourd’hui on a remplacé le Saint Sépulcre par la démocratie. Mais tout le monde sait, que le Saint Sépulcre, historiquement c’était un prétexte faux, et aujourd’hui la démocratie est aussi un faux prétexte. Parce que, s’ils se piquent de démocratie ces pays occidentaux, quel est le pays le moins démocrate dans le monde arabe ? Ce n’est sûrement pas la Syrie.

La Syrie a une constitution, elle a un parlement, elle s’est modernisée comme elle a pu, avec toutes les guerres qu’elle a vécues, isolée du monde entier, l’Occident ne voulait plus d’elle, parce qu’elle n’a pas plié l’échine vis-à-vis de l’Angleterre et de la France, elle s’est vue obligée de pactiser et de demander la coopération avec l’Union soviétique. Ils étaient obligés, ce n’est pas par amour des Russes, ils ne pouvaient pas faire autrement, et là aujourd’hui, au nom de la démocratie, on veut casser ce pays qui, lui, a été un refuge pour les Arméniens. S’il y a des Arméniens qui existent aujourd’hui dans le monde, c’est grâce à la Syrie. Enfin une grande partie de ceux qui ont été en Occident, ceux qui ont émigré ils sont pas venus d’Erevan, ils sont venus de Syrie. Alep, moi mon grand-père a offert – il avait une carrière à Alep – il a offert tout le terrain autour de sa carrière aux premiers immigrés arméniens. Qu’ils soient chrétiens, musulmans ou tout ce que vous voulez, les Syriens n’ont jamais persécuté les Arméniens, jamais, ça a toujours été une terre d’asile et de refuge. Ne serait-ce que en tant que terre d’asile je peux vous dire que la Syrie, c’est ma fierté de Syrien qui parle, est plus une terre d’asile que la prétendue “France terre d’asile”.

Un exemple tout simple et tout récent, on a eu combien d’immigrés irakiens ? Certains disent entre 1 million et demi et 2 millions et demi, est-ce que la Syrie a demandé une aide ? Non, jamais ! Les Syriens sont fiers : pourquoi demander une aide ? On n’est pas des mendiants nous ! C’est le pays le moins endetté, et il ne suit pas le modèle libéral américain. Je passe, pourquoi aujourd’hui alors un pays qui a un taux de croissance de 10 à 11 et demi, la Turquie, demande une aide pour les réfugiés ? La Jordanie, bon, la Jordanie c’est vrai, c’est un pays pauvre, ça a toujours été la province désertique du sud de Damas, passons, elle reçoit l’aide de l’Arabie saoudite parce que les Saoudiens ont chassé les hachémites de la Mecque. Moi mon rêve serait que les descendants du prophète reprennent la Mecque, il y a une parenthèse dans l’histoire où les Saoudiens depuis 1921-22 ont conquis la Mecque, vivement que cette Mecque revienne aux descendants du prophète !

La Jordanie aujourd’hui dit avoir besoin de 750 millions de dollars pour les camps de réfugiés syriens. Alors que tout le monde sait, les gens qui se réfugient en Jordanie c’est les mêmes clans, c’est les mêmes tribus, parce que la frontière a été tracée à la règle entre la Syrie et la Jordanie. Par exemple vous avez l’oncle qui est syrien et le frère est jordanien. Et on demande une aide internationale, pour ces réfugiés syriens, non, où est la fierté bédouine de ces Jordaniens ? Vous voyez, en faisant éclater la Syrie, cette population du Proche-Orient a perdu son âme. Il n’y a plus d’éthique, il n’y a plus de valeurs : ce n’est pas humiliant pour le roi de Jordanie de demander une aide pour les réfugiés syriens ?

F.S. : C’est un phénomène général donc, lié à la mondialisation, cette perte des valeurs.

B.T. : Sûrement, et c’est là une raison de plus je vous dis, pour admirer ce peuple qui malgré tout les sanctions, cet État, même s’il y a de la kleptocratie, ça je suis le premier à le dénoncer, mais qui n’était pas endetté, c’est incroyable ! Et on oublie tout ça, pour défendre le petit Liban chrétien, mais le Liban n’est pas chrétien, qu’est-ce que c’est que ces trucs-là que la France est la mère de chrétiens d’Orient, mais quelle mère ? C’est du n’importe quoi !

Ils sont en train de bousiller le berceau du christianisme qui est la Syrie et franchement l’Occident chrétien, avec cette alliance sacrée avec l’islam intégriste, eh bien on mettra longtemps à oublier ça, et je crois que viendra un jour où il faudra traduire les responsables français en justice. C’est des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Alors écoutez, dites-moi pourquoi parmi tous ces correspondants du Monde, de Libération, de je ne sais qui, personne n’a soulevé le problème des quatre villages chiites entre Alep et la Turquie qui ont été assiégés par des djihadistes – l’ASL si vous voulez, c’est bonnet blanc, blanc bonnet – ils étaient obligés de manger du bois, pour survivre, il y a eu des viols, des massacres, alors dites-moi dans toutes ces visites guidées de correspondants, de différentes instances médiatiques occidentales, comment ça se fait que personne n’a fait un détour de cette visite guidée pour voir ces villages chiites, je vous les cite : Fouaa, Fatimah Azahra, Noubbol et la région des Magawlas (les Mongols). Ces gens-là ont été massacrés par ces djihadistes, ce ne sont pas des alaouites, ce sont des chiites, c’est-à-dire duodécimains, personne n’en parle ! J’aurais voulu moi que Aubenas ou je ne sais qui a été là-bas aille voir et dise : “Effectivement il y a des minorités musulmanes qui ont été persécutées”. On n’en souffle mot. Ça on ne m’a pas permis de le dire à la télé : “On a compris, passez à autre chose” !

F.S. : Vous avez précisé dans une de vos interviews les raisons pour lesquelles le Qatar finançait les Frères musulmans partout dans le monde, et vous avez rappelé que le Qatar achetait des immeubles, des entreprises ici en France et des entreprises de presse, est-ce que vous pouvez citer précisément lesquelles ?

B.T. : Apparemment le Qatar était actionnaire du Monde [3], il ne l’est plus. Mais il est actionnaire d’autres. Mais ça ne m’étonne pas que même les Français, je crois à leur bonne volonté, mais ils peuvent être manipulés, on est tous plus ou moins manipulés, mais au moins qu’on soit conscients que l’on peut être manipulés, c’est ça qui est important. Les journalistes vous savez font de l’auto surveillance de l’autocensure, atroce, et moins on est gradés plus on fait de l’autocensure dans la presse française. C’est-à-dire les vraiment grands patrons, je vais vous donner un exemple : moi j’aime beaucoup Michel Field, pourquoi ? Depuis le début de la crise syrienne et du printemps arabe, comme je l’ai senti, je suis sur une liste noire, j’ai des preuves. Je vous en parlerai après. Comme on ne m’invitait pas, parce que je tenais un discours qui représentait, qui incarnait une note dissonante dans cette orchestration des médias, qui disait toujours n’est-ce pas que Assad est un tortionnaire, est un dictateur qui tue son peuple, il faut se dépêcher vite de le balayer à la libyenne, voilà. Moi j’ai toujours dit “non, vous comprenez mal la situation”. Le seul journaliste qui me permettait de soutenir toujours, de jouer cette note dissonante, c’est Michel Field à LCI. Je crois que c’est un grand journaliste qui est indépendant, qui ne subit pas, ce n’est pas le chef de la chaîne qui va l’appeler, lui dire : “Vous bazarder ce Tahhan”. C’est un indépendant.

Par contre, je vous donne un autre exemple, je vous ai parlé de I-télé, je peux vous parler de France 24. Je suis l’un des fondateurs de France24 en arabe. J’intervenais presque une fois toutes les deux semaines sur trois ans, gratuitement. Quand j’ai appris ce que gagnait Christine Ockrent, un paquet ! Et que moi parfois je devais aller à onze heures et demi du soir, parfois je faisais sauter des cours pour défendre un point de vue qui était important, je demandais l’autorisation de mes supérieurs… Et un beau jour, j’interviens sur France 24 en français, sur le problème syrien, et encore une fois je dis que là ce n’est pas une vraie révolution. J’étais intervenu en français et en arabe pour la révolution en Tunisie, en Libye, en Égypte, au Yémen ; je suis prof de Prépa depuis trente ans ; j’ai appelé mes élèves à descendre dans la rue, à manifester, à prendre le pouvoir. J’ai interpellé, que Dieu ait son âme, le pape copte, en arabe, en lui disant : “Je vous parle Votre Sainteté, c’est le moment de prendre position” Enfin bref, dans une émission avec Vanessa Burgraf j’ai dit mon point de vue sur la Syrie. Depuis ce jour-là, l’émission c’était le 17 avril 2011, on est en septembre 2012, je n’ai jamais été réinvité, ni en arabe ni en français.

On m’a invité trois fois : un quart d’heure ou une demi-heure avant l’invitation, ils se sont excusés, parce que le sous-fifre qui n’était pas au courant qu’il ne fallait pas m’inviter- il avait vu que c’est l’homme de la situation ce Tahhan qu’il fallait l’inviter sur ce sujet – a reçu l’ordre : “non, vous dites qu’on a changé d’émission, que…” Alors, un collègue dont je peux citer le nom, qui est le rédacteur en chef d’Afrique-Asie, était un jour à France 24, il était un peu à l’arrière-plan, Majed Nehmé, il m’appelle et il me dit : “Ecoute Bassam, tu es sur une liste noire”. Je lui dis : “Comment ça ?”, il m’explique : “J’étais à l’arrière-plan devant le rédacteur en chef Ahmad Kamel – qui est viré maintenant de France 24 – il disait à ses collaborateurs qu’il a barré ton nom sur l’ordinateur, et en parlant en arabe il a dit : “Vous n’invitez plus M. Tahhan, hors de question.” Il a ajouté : “Il savait pas que j’étais derrière, j’entrais moi pour intervenir en français, il a pas su que j’ai entendu, mais moi je te le dis entre amis : tu es sur une liste noire, ils ne t’inviteront plus”. Majed a lui-même été sur la même liste noire quelques temps après, il n’intervient plus. J’étais étonné, j’appelle les journalistes et je leur dis : “Mais qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi je ne suis pas invité ?” Ils me répondent : “Mais nous on n’est au courant de rien.”

Ouassine Nasr, un nouveau, une nouvelle recrue de France 24, il m’a invité une fois, je lui ai dit “fais gaffe, parce que peut-être tu vas te faire taper sur les doigts si tu m’invites”, il me répond : “Ah bon ? excusez-moi, moi je viens d’être embauché, je veux pas d’histoires, attendez je vais me renseigner”. Il se renseigne et il me dit : “Effectivement, ne venez pas, je vous en prie, et puis ne me parlez pas, ne citez pas mon nom. Moi je viens d’être recruté je ne veux pas avoir d’histoire, apparemment il ne faut pas vous inviter, c’est ce que j’ai compris”. Ouassime Nasra, il est toujours à France 24. Alors bon moi, ça m’a permis de faire un tour chez Michel Field, de venir de temps en temps à BFM. Entre-temps il y a eu un changement de la direction de l’information, la nouvelle directrice de l’information je la connais, j’ai son numéro. Je l’appelle pendant les vacances, au mois de juillet : “Qu’est-ce que c’est que cette liste noire, maintenant que tu es la directrice de l’information ?”, elle me répond : “Non, non, ne t’inquiète pas je vais enquêter”. Je n’ai jamais eu de réponse. Là il y a quelques jours, je lui ai envoyé un SMS, Nahida Nakad : “Tu en es où dans ton enquête sur cette liste noire ? Toujours est-il que depuis plus d’un an et demi, je n’ai jamais été invité par vous ni en français ni en arabe”

F.S. : Elle a travaillé dans les Balkans Nahida Nakad

B.T. : Peut-être, oui, quand il y a eu le problème entre Pouzilhac et Christine Ockrent, elle qui a été recrutée par Christine Ockrent elle a pris le parti de Pouzilhac pour rester et elle a eu une promotion. On a viré Philippe di Nacera qui était le directeur de l’information, pour la mettre elle. Et comme moi dans le temps pour aider un journaliste qui est la star de France 24 arabe, j’étais intervenu en sa faveur comme il me l’avait demandé auprès du directeur de l’information de l’époque, qui n’était pas Philippe di Nacera, “parce que c’est pas normal, ce que fait Nahida Nakad vis-à-vis de moi en arabe, je suis le premier speaker”, après elle m’a appelé, elle m’a dit : “Je n’ai pas apprécié Bassam que sans me dire tu ailles intervenir auprès du directeur de l’information”. Serait-elle rancunière ou obéirait-elle à des consignes venues d’en haut ? Alors je lui ai dit : “Qu’à cela ne tienne, donne moi ton numéro, si j’avais eu ton numéro je t’aurais appelée tout de suite en disant que là ça va pas ce que vous faites en arabe”.

Bon je suis quand même auteur d’un rapport sur les médias au Maroc, j’ai restructuré tous les médias marocains en 2003, justement suite à mes interventions sur LCI. Nabil Ben Abdallah, le ministre de l’information de l’époque, à l’été 2003, m’a invité officiellement pour lui faire un rapport sur les médias. Alors je lui ai fait l’étude de l’école de presse de Rabat, sur la manière dont il fallait changer les programmes, j’ai été voir toutes les télés, les radios, j’ai fait un boulot énorme, j’ai été l’auteur d’un rapport pour contrer le terrorisme au Maroc en revoyant la politique des médias.

Bref, jusqu’à maintenant je n’ai aucune réponse de Nakad, aucune, je vais vous montrer mon courrier avec elle, que je vous raconte pas d’histoire, elle n’a toujours pas répondu, et on est plusieurs à être exclus et à figurer sur une liste noire : “Bonne année, c’est la troisième fois qu’on m’a invité à intervenir pour s’excuser une heure avant, lamentable de médiocrité, meilleurs vœux, Bassam Tahhan”, “Bonjour, Elu porte-parole du Collectif pour la Syrie, j’aimerais être interviewé par tes soins, félicitations pour ton nouveau poste, B.T.”, “Chère Nahida”, alors elle m’envoie son mail le 11 juillet comme quoi elle est en vacances, que sa secrétaire va traiter ma demande ! Bref, “Chère Nahida, où en es-tu de l’affaire de la liste noire d’Ahmed Kamel et la présentation du collectif pour la Syrie ? Bien à toi B.T.”, “Chère amie, où en es-tu de ton enquête sur la liste noire d’Ahmed Kamel et des conséquences, toujours est-il que je n’ai pas eu l’honneur d’être invité par France 24 depuis plus d’un an et demi. Bien à toi”.

 

 

[1]  http://collectifpourlasyrie.monsite-orange.fr

[2] Les accords Sykes-Picot sont des accords secrets signés le 16 mai 1916 entre la France et la Grande-Bretagne (avec l’aval des Russes et des Italiens) prévoyant le partage du Moyen-Orient à la fin de la guerre.

[3] Voir : http://lepetitblanquiste.hautefort.com  : “Qatar : main basse sur les médias français ?” du 23/01/12 selon lequel le Qatar vient de porter à plus de 10% sa participation au capital du groupe média Lagardère.

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Syrie et Öcalan : La citadelle des hommes libres !

octobre 11th, 2012 by Ghaleb Kandil

Lors d’une interview accordée à un représentant des médias turcs en Juillet 2012 [1], le Président syrien Bachar al-Assad avait déclaré : « Les deux pires phases qui ont traversé l’Histoire des relations syro-turques ont eu lieu en 1998 lorsque la Turquie a massé son armée à nos frontières et dans les années cinquante, en 1955 je crois, au moment du « Pacte de Bagdad » ; cependant, nous n’avons pas vu la Turquie comme un ennemi. Il est donc évident que nous ne la verrons pas comme un ennemi ni aujourd’hui, ni demain, même si nous sommes en désaccord entre gouvernements. Pour qu’il y ait hostilités entre la Syrie et la Turquie, il faudrait qu’il  y’ait hostilités entre les deux peuples… L’hostilité entre les gouvernements n’est pas suffisante… ». 

 À la lecture de cet article de Ghaleb Kandil, il devient clair que face à la Turquie, transformée en sanctuaire du « terrorisme international » par la volonté de son gouvernement, le peuple syrien vit aujourd’hui la tragédie d’une troisième phase extrêmement pire que les précédentes, mais toujours motivée par le même projet atlanto-sioniste de dépeçage de la Syrie  avec, si possible, le règlement de « la question kurde » sur le dos de l’Irak et de la Syrie sauvagement agressée [2] par les révolutionnaires tortionnaires chéris de l’Occident… du gouvernement français en particulier ! 

Quant à Abdullah Öcalan, sujet de l’article, la question n’est pas de savoir s’il est un héros ou un terroriste puisque désormais tout est affaire de propagande… La question est de savoir si être Kurde en Turquie est la même chose qu’être Kurde en Syrie [NdT].  

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La crise turco-syrienne d’octobre 1998 [3], exacerbée par les déclarations politiques et médiatiques hautement menaçantes d’Istanbul accusant abusivement la Syrie de soutenir les opérations terroristes du PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan] à partir  de son territoire, a mené les deux pays au bord de l’affrontement militaire et a plongé la région dans une atmosphère de guerre imminente pouvant éclater à tout moment sur la frontière nord de la Syrie, autrement dit la « mâchoire nord » selon les termes utilisés par l’OTAN et Israël depuis 1948…

À l’époque, Abdullah Öcalan [le chef emprisonné du PKK [4]] commentant les événements m’avait dit être convaincu que les menaces de la Turquie et de l’OTAN devaient être prises au sérieux car, de tout le monde arabe, la Syrie était désormais la seule citadelle de liberté, de souveraineté, et de résistance contre le colonialisme ; que c’est pour cela qu’elle était visée ; et que c’est aussi pour cela qu’elle méritait tous les sacrifices pour la défendre et la protéger… Ces mots ont été prononcés au cours d’un long entretien portant sur l’analyse stratégique détaillée des conséquences de l’effondrement de l’Union soviétique et des déséquilibres mondiaux qui allaient en résulter… C’est  dans cet état d’esprit qu’il se préparait à prendre sa décision de quitter la Syrie ; décision qu’il m’a confirmée quelques mois plus tard et qui, comme on le sait, s’est soldée par un périple chaotique suivi de sa capture au cours d’une opération menée conjointement par les services secrets turcs, américains et israéliens.

Notre entretien de 1998 a eu lieu à Damas en réponse à son invitation personnelle en tant que Chef du PKK. Elle m’a été transmise par un militant kurde résidant au Liban et qui, trente ans auparavant, avait déjà fait office d’interprète lors de mes premières rencontres avec celui qu’on surnomme « le camarade Apo ». C’était donc avant la fondation du PKK et alors qu’il dirigeait un groupe de ses camarades engagés dans la défense du Sud Liban contre l’agression sioniste aux côtés de combattants issus de divers partis libanais et factions palestiniennes… Mes compagnons du Sud m’ayant parlé de ce groupe de jeunes turcs particulièrement motivés et cultivés qu’ils avaient côtoyés au poste avancé de Quasmiyé, j’ai cherché à les rencontrer pour en savoir plus sur leur pensée et leur ligne politique, et aussi pour leur présenter notre revue quotidienne distribuée par de jeunes bénévoles, filles et garçons. C’est ainsi qu’en 1978 j’avais obtenu mon rendez-vous à Beyrouth et que j’ai rencontré, pour la première fois, ce groupe qui n’était encore que le noyau de ce qui allait devenir le PKK et dont le chef s’est présenté comme « le camarade Ali »… Je n’ai su qu’il s’agissait d’Abdullah Öcalan que lorsque j’ai vu ses photos dans la presse, un an après l’invasion israélienne du Liban en 1982.

Je me suis donc rendu en voiture avec l’un de ses camarades qui m’a accompagné tout au long du trajet depuis  la région libanaise du Bekaa jusqu’à son domicile situé dans le quartier Mazzé à Damas. C’était la première fois que je le revoyais en personne après trente années d’une correspondance ininterrompue. Son accueil fut des plus chaleureux avant de me déclarer qu’il avait réfléchi à certaines de mes idées dont nous avions discuté par écrit. Notamment celle concernant le projet d’une « Union du levant » qui réunirait la Syrie, la Turquie, l’Iran et l’Irak en un cadre stratégique pour résoudre la question kurde, plutôt que d’adopter les idées séparatistes qui serviraient les plans des puissances colonialistes visant à démolir les peuples du Moyen Orient, en parfait accord avec le plan sioniste. Le « Camarade Ali » a ajouté qu’il avait révisé sa position concernant les religions et l’avait consignée par écrit, insistant auprès de notre interprète de faire en sorte que je saisisse pleinement le sens de certaines phrases. Il est aussi revenu sur nos discussions à propos du marxisme et mon insistance à renoncer à la tendance athéiste du communisme traditionnel avec, par conséquent, la nécessité pour les forces révolutionnaires de faire l’effort d’un travail intellectuel, et culturel, pour saisir la dimension progressiste et libératoire des expériences historiques et des textes religieux… Ce qui permettrait de lutter contre les forces colonialistes qui cherchent à utiliser la religion comme arme idéologique pour tromper les misérables et les embrigader à leur service. Ainsi, l’héritage religieux très fortement ancré dans la mémoire des peuples d’Orient, dont l’Histoire semble se confondre avec celle des religions, pourrait stimuler des forces religieuses de progrès là où le colonialisme n’engendre que des mouvements réactionnaires inféodés, que ce soit sous une bannière de la religion ou sous un « étendard de la Gauche ».  En réponse, je lui ai réaffirmé qu’en matière de politique, je refusais la catégorisation idéologique et ne m’intéressais qu’à son contenu réel et pratique en  lui rappelant toutes les trahisons  et désillusions auxquelles nous assistions depuis la chute de l’Union soviétique…

[…] Pendant le déjeuner où nous n’étions plus en tête à tête, je me demandais encore quel était le but de cette invitation. Était-elle motivée par le seul besoin de remonter dans nos souvenirs et de prolonger nos débats intellectuels et politiques ? M’ayant proposé de reprendre notre aparté après déjeuner, Öcalan avait-il quelque chose d’autre à m’apprendre ?

En effet, Öcalan avait quelque chose à me dire puisque dès que nous nous sommes retrouvés seuls, il m’a déclaré : « Je ne t’ai pas invité pour la seule raison que tu me manquais et que je souhaitais que tu saches où nous en sommes, mais aussi parce que je veux te parler d’un sujet dangereux me concernant et dont tu pourrais parler au bon moment… peut-être dans quelques années. J’ai décidé de quitter la Syrie parce que ma présence est désormais un fardeau pour l’État syrien et son valeureux Président Hafez al-Assad. Je sais que les menaces turques sont sérieuses, planifiées par l’OTAN et Israël. Je suis convaincu que tu penses aussi que si nous perdons la Syrie, cette citadelle libre en ces temps difficiles, tous les peuples du Moyen-Orient auront à en souffrir et toutes les équations seront déséquilibrées en faveur des sionistes et des colonialistes ». Étant parfaitement d’accord avec ses déductions, je l’ai interrogé sur les solutions alternatives qu’il entrevoyait. Il m’a répondu : « Comme tu le sais, au niveau international la situation actuelle ne nous est pas favorable en raison de la rupture des grands équilibres depuis l’effondrement de l’Union soviétique  et de l’activisme sioniste partout dans le monde. En ce qui me concerne, il est essentiel que je délivre la Syrie, son Président et son projet libératoire pour la région, du poids de notre présence. Le Président continue à nous soutenir malgré les pires difficultés en la circonstance. Mon peuple et moi-même resterons reconnaissants à la Syrie et à ses autorités notre vie durant. Je dis cela car je ne mesure pas notre situation sous l’angle des seules revendications des Kurdes en Syrie, ces problèmes trouveront facilement leurs solutions et se résoudront par le dialogue. Non, je mesure notre situation du point de vue de tous les Kurdes de la région et dont les centres de gravité se situent en Turquie et en Irak. Au cours des trente dernières années, la Syrie a assumé avec honneur une lourde charge politique, économique, sécuritaire et stratégique. Mon peuple est à jamais dépositaire de ce fait et nul ne pourra prétendre qu’Abdullah Öcalan a autorisé un Kurde à porter atteinte à la Syrie !

Quelques mois après Abdullah a donc quitté Damas… enlevé puis transféré en Turquie selon un plan ourdi conjointement par les services de renseignement turcs, israéliens et la CIA [5]. Tant d’allégations mensongères ont été colportées suite à ce coup monté : la Syrie l’aurait forcé à quitter, ou alors elle aurait été complice de son arrestation, etc… Je fus probablement l’une des rares personnes [6] à savoir que c’est Öcalan qui a pris cette décision parce qu’il a considéré qu’il ne devait pas mettre dans l’embarras les dirigeants syriens, ce qu’il a résumé en ces mots : « Après tout ce que le président Hafez al-Assad a assuré à mon peuple et à ma cause, je ne peux envisager de lui faire prendre le risque d’une guerre visant à détruire cet État souverain et indépendant que les Syriens, sous sa direction, ont réussi à construire au prix de tant de sacrifices. Il nous a aidés et nous a soutenus dans nos moments les plus sombres. Aujourd’hui, notre mouvement est devenu suffisamment fort pour garantir sa propre continuité. Il est donc temps de le libérer du danger que nous représentons pour lui ».

C’est de sa prison qu’il a renouvelé ce pacte de fidélité lorsqu’il y a quelques années des troubles, imputés à son parti, sont survenus  entre les Syriens d’origine kurde et les autorités syriennes. Il s’est arrangé pour m’informer qu’il refusait en bloc tout ce qui se passait, et que des éléments dissidents du PKK s’étaient fourvoyés dans l’entreprise visant à fragiliser le Syrie, au profit du plan des néo-colonisateurs occidentaux.

Aujourd’hui, beaucoup sont surpris qu’Öcalan déclare que son parti se battrait contre l’armée turque si jamais elle tentait d’envahir la Syrie. Nul doute que ses calculs tiennent compte essentiellement de son combat pour les Kurdes de Turquie, mais une autre considération tout aussi importante découle de sa compréhension de la position et du rôle stratégiques de la Syrie pour l’avenir des peuples d’Orient, qu’ils soient arabes, kurdes, turcs ou iraniens. Un rôle de citadelle libératoire et résistante face à un projet colonialiste qui vise tous ces peuples, sans aucune exception !

 

Ghaleb Kandil

10/10/2012

 

Article original en 2 parties : New Orient News

http://www.neworientnews.com/news/fullnews.php?news_id=73958

http://www.neworientnews.com/news/fullnews.php?news_id=74077  

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca 

 

Références :

[1] Syrie : Interview du Président Al-Assad avec un représentant des médias turcs.

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=31761

[2] La Syrie sauvagement agressée…ses enfants maltraités, brûlés, décapités…ses monuments et ses habitants outragés…par les révolutionnaires tortionnaires chéris de l’Occident…

http://www.youtube.com/verify_controversy?next_url=/watch%3Fv%3DRLDtLcUODQw%26feature%3Dyoutu.be%26bpctr%3D1349946106

http://documents.sy/videos.php?id=2364&lang=ar

NB : cette vidéo a été supprimée, car elle ne respecte pas les règles de YouTube concernant les contenus choquants et dégradants !!!

http://www.informationclearinghouse.info/article32656.htm«It Is Our Soul ! » 

[3] La fuite en avant des militaires turcs

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/12/A/11394 

[4] Conflit kurde en Turquie: le chef emprisonné du PKK appelle à l’apaisement

http://www.lepoint.fr/monde/conflit-kurde-en-turquie-le-chef-emprisonne-du-pkk-appelle-a-l-apaisement-28-09-2012-1511177_24.php

[5] La capture d’Abdullah Öcalan / PDF

http://www.confluences-mediterranee.com/La-capture-d-Abdullah-Ocalan

Extrait :

Les services secrets turcs, le MIT, ont kidnappé le leader du PKK, Abdullah Öcalan, à Nairobi dans des circonstances rocambolesques, le 15 février 1999. Réfugié à l’ambassade de Grèce au Kenya, il aurait été exfiltré sur la route de l’aéroport par les seuls services turcs. La réalité est un peu différente… La capture d’Öcalan est donc l’oeuvre conjointe des services américains et israéliens avec l’aide de taupes dans l’EYP grecque. Le MIT n’a fait que transporter « le colis » de l’aéroport de Nairobi à Imrali…

[6] Kurdistan de Turquie: La dernière interview d’Abdoulla ocalan

http://www.chris-kutschera.com/ocalan_derniere.htm

Extrait :

Q: Pourquoi êtes-vous parti de Syrie?

Rester là-bas, c’était provoquer une guerre régionale. C’était mettre en jeu le destin du régime de ce pays. La Turquie avait décidé de lancer une opération terrible. Ils voulaient commencer par moi, continuer avec la Syrie, puis avec l’Irak, pour dominer toute la région. Je suis parti de moi-même, et un peu à la demande des amis grecs. Mais cette invitation grecque n’a pas marché. Je n’ai pas pu entrer en Grèce, je n’ai pas pu sortir de l’aéroport d’Athènes, je n’ai pas pu faire une demande d’asile. Donc je suis allé en Russie, suite à une invitation de la commission des affaires étrangères de la Douma…

 

Ghaleb kandil est le Directeur du Centre New Orient News (Liban)

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En sciences expérimentales, l’exploration des propriétés d’un matériau est souvent réalisée en soumettant un échantillon à un certain signal. L’analyse de la réponse de l’échantillon à cette perturbation permet de déterminer des caractéristiques souvent insoupçonnées du matériau.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il en est de même pour les sciences humaines.

À cet égard, les réactions politiques et sociales suscitées par le navet islamophobe intitulé « L’innocence des musulmans » sont instructives à plus d’un titre. En effet, bien que de très mauvaise qualité, ce « signal perturbateur » a permis de révéler au grand jour d’intéressantes informations concernant aussi bien les pays « démocratiseurs » que les pays arabes « démocratisés » par la grâce d’un récent printemps.

Tout d’abord, et en guise de préambule, précisons qu’il est inacceptable qu’une personne, quels que soient ses actes, ses fonctions ou ses appartenances idéologiques, soit jetée à la vindicte populaire, suppliciée sur la place publique ou lynchée par des foules hystériques.

En plus, notons qu’il n’y a rien de plus dégradant que de se réjouir de la mort d’un être humain, de se délecter des scènes sordides de sa torture ou de prendre plaisir à avilir, souiller ou railler sa dépouille.

Seule la justice doit être invoquée et suivre son cours conformément aux lois et aux traités internationaux en vigueur.

Tortures, assassinats et behaviorisme

La triste mine  arborée sincèrement par Mme Clinton à la suite de l’abominable exécution de son ambassadeur en poste en Libye contrastait nettement avec son impudent (et aussi sincère) gloussement de plaisir à l’annonce de l’atroce lynchage de Kadhafi. Elle s’était même laissée aller à une indécente tirade à saveur césarienne « We came, we saw, he died » (Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort) qui, en fait, référait plus au film « Gostbusters » [1] qu’à la célèbre phrase de Jules César [2].

Plus encore, et contrairement à celles du diplomate américain, les odieuses images de l’ancien « guide » libyen, massacré puis exposé comme un trophée de chasse aux côtés de son fils, ont fait un buzz sur la toile et la une des journaux télévisés de toute la planète.

Deux ignobles évènements similaires, mais deux traitements médiatiques aux antipodes l’un de l’autre.

D’autre part, il est à mentionner que l’exposition des cadavres des deux membres de la famille Kadhafi est non seulement en contradiction complète avec les règles de base de la justice, mais aussi avec les principes fondamentaux de la religion musulmane et le respect de la dignité humaine.

En terme de justice, les personnes qui ont torturé et sauvagement trucidé Kadhafi sont identifiables puisqu’ils apparaissent à visage découvert sur les vidéos postés sur Youtube et que certains parmi eux ont même revendiqué leurs actes. Néanmoins, aucun d’entre eux n’a été inquiété par une quelconque juridiction et cela n’a offusqué personne, ni en Libye, ni en Occident, ni ailleurs.

Une autre thèse sur l’exécution de Kadhafi vient d’être révélée par l’ancien premier ministre libyen Mahmoud Jibril. Ce dernier a déclaré à Dream TV (Égypte) que l’auteur du tir mortel « était un agent étranger qui s’était mêlé aux brigades révolutionnaires ». Selon le journal italien Corriere Della Sera, il s’agirait probablement d’un agent de nationalité française [3], ce qui impliquerait directement la France dans l’assassinat de Kadhafi en plus de l’aide militaire apportée par ce pays à ces mêmes insurgés qui ont torturé l’ancien leader libyen.

Dans le cas du diplomate américain, la condamnation internationale a été unanime, ce qui est tout à fait naturel et conforme au bon sens, contrairement à l’attitude adoptée par la « communauté internationale » à l’égard de Kadhafi et de son horrible fin.

En outre, le courroux des États-Unis a été entendu par les autorités libyennes qui se sont empressés à chercher les coupables [4] et à rendre publiquement hommage à l’ambassadeur étasunien défunt, lors d’une cérémonie officielle [5].

Mais au-delà de cette comparaison macabre entre la différence de traitement concernant ces deux personnes sauvagement assassinées, ce qui attire l’attention dans cette affaire est plus profond. Primo, la réaction de la rue à l’égard du film islamophobe a été extrêmement  plus virulente dans les pays arabes « printanisés » que dans ceux qui ne l’ont pas été. Secundo, les classiques et virulents slogans antiaméricains ont refait leur apparition dans les pays arabes « démocratisés »  alors qu’ils avaient complètement disparu de ces pays depuis le début du « printemps » arabe.

La Libye

Ce brusque revirement de situation dans ces pays qui auraient dû être « tellement reconnaissants » envers ceux qui les ont « démocratisés » en a surpris plus d’un, en particulier la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton qui, comme on le sait, s’est fortement impliquée dans cette tâche [6]. « De nombreux Américains se demandent aujourd’hui, je me le suis demandé moi-même, comment cela a pu se produire. Comment cela a-t-il pu se produire dans un pays que nous avons aidé à libérer, dans une ville que nous avons aidée à échapper à la destruction ? », a-t-elle déclaré, à propos de la Libye [7]. Ce qui l’a poussée à demander spécifiquement aux « nations du printemps arabe » de protéger les ambassades américaines et de mettre fin aux violences [8].

On est loin des déclarations dithyrambiques du Sénateur McCain qui, en visite à Benghazi en avril 2011, avait exprimé son opinion sur les insurgés libyens : « J’ai rencontré ces braves combattants, et ils ne sont pas d’Al-Qaïda. Au contraire: Ce sont des patriotes libyens qui veulent libérer leur nation. Nous devons les aider à le faire » [9].

On est encore plus loin de la position de Bernard-Henry Lévy (BHL), défenseur suprême de la « cause libyenne », dont Natalie Nougayrède disait : « Et peu importait, à ses yeux, le passé « kadhafiste » de certains membres du CNT, les mentions de la “charia”, ou encore, la présence parmi les rebelles d’anciens soutiens d’Al-Qaïda. Malgré des inquiétudes, rien n’a découragé le philosophe, grand pourfendeur de l’”islamo-fascisme”, d’ériger les insurgés, en bloc, en combattants de la liberté » [10].

En effet, et quoiqu’en disent McCain et BHL,  il était de notoriété publique que d’anciens membres d’Al-Qaïda étaient non seulement très actifs dans la rébellion libyenne, mais y occupaient des postes de commandement [11].

Certains d’entre eux étaient des membres influents du Groupe islamique combattant (GIC) libyen qui, lorsqu’avalisé en 2007 par Ayman Al-Zawahiri en personne (n° 2 d’Al-Qaïda à l’époque) appellera alors les Libyens à se révolter contre, je cite, « Kadhafi, les États-Unis et  les infidèles » [12].

Peut-être est-ce là un élément de réponse à la question de Mme Clinton. 

La Tunisie

En Tunisie, la réaction de la rue a aussi été violente. Aucun diplomate étranger n’a été tué mais des manifestants tunisiens ont perdu la vie et des intérêts américains ont été saccagés à Tunis.

Comme en Libye, le courroux de l’administration américaine s’est fait entendre et la réponse des autorités tunisiennes ne s’est pas fait attendre.

Moncef Marzouki, le président tunisien, a dénoncé l’attaque de l’ambassade américaine à Tunis, y voyant un acte « inacceptable » contre un « pays ami ». Dans un entretien avec la secrétaire d’État américaine, il a déclaré que « Nous ne faisons pas l’amalgame aujourd’hui entre ce que cet homme (le créateur du film, ndlr) a fait et l’administration et le peuple américains (…) » [13].

Le premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, a de son côté promis d’arrêter tous les salafistes impliqués dans les évènements de l’ambassade américaine. « Nous avons les preuves, nous avons la légitimité et la force publique, nous les utiliserons  pour imposer l’ordre », s’est-il empressé de signaler [14].

Dans une déclaration au journal « Al Hayet » de Londres, le président du parti Ennahda, Rached Ghannouchi, a quant à lui déclaré que les attaques des ambassades américaines dans les pays arabes visaient à faire rompre le dialogue instauré entre les États-Unis et les islamistes [15].

Il est intéressant de noter que la fermeté et l’unanimité des positions adoptées par les plus hautes personnalités politiques de la « nouvelle » Tunisie à l’égard des salafistes contrastent singulièrement avec la relative mansuétude avec laquelle étaient traitées ces mêmes personnes dans les nombreuses affaires de violence qui ont marqué la vie sociopolitique  tunisienne depuis la chute de Ben Ali. C’est ce qui fit dire à l’éditorialiste Abdellatif Ghorbal : « D’un côté, [Ghannouchi] en encourageant ses « enfants » (par sa complaisance, par ses paroles et par ses silences) à s’en prendre aux femmes non voilées, aux artistes, aux journalistes, aux universitaires, aux intellectuels, aux théologiens, ou de l’autre, en invitant des prêcheurs de haine qui n’ont rien à envier à leurs homologues islamophobes occidentaux, et en empêchant de toutes ses forces que la moindre sanction soit prise contre sa descendance salafiste. Lorsque le pompier est un pyromane, il est normal et prévisible que le pays brûle » [16]. 

L’Égypte

En Égypte, les violences ont rappelé les pires journées de la place Tahrir. Les alentours de l’ambassade des États-Unis aux Caire ont été témoins d’accrochages entre les manifestants et les forces de l’ordre qui avaient bloqué l’accès à l’édifice par des blocs de béton. Comme dans les autres pays, ce sont les salafistes qui ont été tenus responsables des violences. De leur côté, des chaînes de télévision ont montré les visages de personnes arrêtées, les accusant d’être des casseurs à la solde de je ne sais quel pouvoir occulte.

Le président égyptien Mohamed Morsi, issu de l’influente confrérie des Frères musulmans, a d’abord soutenu les manifestations pacifiques contre le film anti-islamique avant de changer d’avis lorsque les protestations ont embrasé les rues cairotes. Il a alors fermement condamné les attaques brutales contre l’ambassade des États-Unis au Caire [17].

Dans une communication téléphonique avec le président américain, Mohamed Morsi lui a dit « qu’il fallait prendre des mesures juridiques de dissuasion à l’encontre de tous ceux qui veulent nuire aux relations entre les peuples, et tout particulièrement entre le peuple égyptien et celui des États-Unis » [18].

Comme on peut le remarquer, cette déclaration du président Morsi ressemble étrangement à celle de Rached Ghannouchi citée précédemment.

De leur côté, les Frères musulmans avaient initialement appelé à manifester pacifiquement à travers toute l’Égypte le 14 septembre 2012, après la prière du vendredi, pour dénoncer  le film islamophobe. La veille, Khairat El-Chater, le numéro 2 et éminence grise de la confrérie s’est fait accuser par le porte-parole de l’ambassade américaine au Caire de double jeu. Dans un subtil échange de tweets, le diplomate indiqua à l’islamiste qu’il prônait l’apaisement dans ses micromessages en anglais, mais appelait à manifester dans ceux rédigés en langue arabe [19]. Un véritable camouflet pour Khairat El-Chater, lui qui aurait dû être le « vrai » premier président civil d’Égypte.

L’appel à manifester pacifiquement a alors été retiré par la confrérie. Un second camouflet pour ceux qui se disaient les « défenseurs » de l’islam et de son prophète et qui viennent de découvrir, une fois au pouvoir, que les principes religieux et la raison d’état ne faisaient pas toujours bon ménage.

Afin de plaire à l’administration américaine et pour rester dans l’air du temps islamiste post-printanier, Khairat El-Chater a signé un article dans le New York Times afin de présenter les condoléances de la confrérie au peuple américain pour la perte de leur ambassadeur en Libye ainsi que de ses collaborateurs. Il y indiqua également que « la violation des locaux de l’ambassade des États-Unis par des manifestants égyptiens est illégale en vertu du droit international » et que « l’échec de la protection de la police [égyptienne] doit être étudiée », ou encore « En dépit de notre ressentiment concernant l’apparition continue de productions comme le film antimusulman qui a conduit à la violence actuelle, nous ne tenons pas le gouvernement américain ou ses citoyens responsables d’actes de quelques-uns qui violent les lois protégeant la liberté d’expression » [20].

Il faut dire que le président égyptien et la confrérie des Frères musulmans dont il est issu jouent gros dans cette affaire. Il s’agit effectivement d’un premier test à grande échelle de maintien de l’ordre et de protection des intérêts américains au sein du pays. En échange du soutien et du support prodigués par l’administration américaine à la confrérie  islamiste au pouvoir dans ce pays [21], les États-Unis s’attendent (au minimum) que  la sécurité de leur personnel et de leurs représentations diplomatiques soient assurée. C’est d’ailleurs aussi le cas pour tous les pays arabes touchés par le fameux « printemps » et dont les manifestations intempestives, inattendues et antiaméricaines ont décontenancé le département d’État et sa secrétaire.

Dans le cas de l’Égypte, le timing de ces troubles publics ont causé des soucis supplémentaires.

En effet, dans un article publié par le Washington Post, A. Gearan and M. Birnbaum mentionnent que « les violentes manifestations déclenchées par le vidéo anti-islam et la réponse initialement maladroite de l’Égypte ont temporairement interrompu les négociations [entre les États-Unis et l’Égypte] sur un allégement de la dette égyptienne d’un milliard de dollars et sur l’accélération de l’obtention d’autres millions en aide diverses » [22].

D’un autre côté, la capitale égyptienne a accueilli, du 8 au 11 septembre 2012, une très importante délégation, regroupant pas moins de 118 hommes d’affaires américains  représentant une cinquantaine de grandes compagnies étasuniennes dont IBM, Pepsi, Coca-Cola, Chrysler, Google, Microsoft, Visa, etc. [23].

Cette délégation américaine, la plus imposante à avoir visité un pays du Moyen-Orient jusqu’à présent, a été reçue par le président Morsi le 9 septembre. Néanmoins, les manifestations antiaméricaines en Égypte ont débuté le 11 septembre, soit le jour même de la clôture des travaux de la mission commerciale, ce qui n’a pas dû donner une image attrayante du pays hôte à ces décideurs que le marché égyptien semblait intéresser.

La « lucidité » d’un célèbre téléprédicateur

Le portrait de la situation serait certainement incomplet sans l’avis de Youssef Al-Qardaoui, prédicateur vedette de la chaîne Al-Jazira et président de l’Union mondiale des Oulémas musulmans. Membre influent de la confrérie des Frères musulmans, Al-Qardaoui a consacré son sermon du vendredi 14 septembre 2012, dans une mosquée de Doha, à la colère des musulmans à travers le monde. Il « conseilla » aux fidèles qui veulent protester contre le film offensant l’islam produit aux États-Unis à « s’éloigner de la violence et de ne pas assiéger les ambassades américaines » [24].

Cette position très « civilisée » et si bienveillante envers les intérêts américains tranche considérablement avec ses appels au meurtre contre Kadhafi ou ses exhortations au djihad contre le régime de Bachar Al-Assad.

Rappelons qu’Al-Qardaoui, d’origine égyptienne, est détenteur d’un passeport diplomatique qatari, qu’il a été interdit de séjour en France par Sarkozy en personne en mars 2012 [25], que son visa pour la Grande-Bretagne a été refusé en 2008 [26] et qu’il est considéré persona non grata aux États-Unis [27].

Finalement, on peut dire que le brûlot cinématographique « L’innocence des musulmans » a permis de révéler au grand jour que le respect de la dignité humaine est un concept très relatif, contrairement à ce qui est si souvent péroré dans les cérémonies pompeuses, en Occident ou ailleurs. D’autre part, il a montré que les gouvernements islamistes qui exercent actuellement le pouvoir dans les pays touchés par le « printemps » arabe se comportent comme des vassaux du « grand ami » américain pour rester dans ses bonnes grâces et ne pas exacerber son ire. Cela semble indiquer que le « printemps » arabe n’a en réalité rien changé à l’inféodation des dirigeants de ces pays aux États-Unis.

Néanmoins, il y a un aspect important du problème posé par le film islamophobe que les Occidentaux (et les Américains en particulier) ne semblent pas vouloir comprendre: il n’y a pas que les salafistes qui ont été insultés par ce navet. La très grande majorité des musulmans à travers le monde l’a été, même si cette majorité n’a ni manifesté, ni hurlé, ni cassé. 

Ahmed Bensaada

http://www.ahmedbensaada.com/

 

Références

1-        « We came. We saw. We kicked its ass. » (Nous sommes venus. Nous avons vu. Nous lui avons botté le derrière). Expression tirée du dialogue du film Ghostbusters. Voir le site: Dedefensa, « We came, we saw, he died » (mais, “Assez, c’est assez”…) », 21 octobre 2011,  http://dedefensa.org/article-_we_came_we_saw_he_died_mais_assez_c_est_assez__21_10_2011.html

2-        « Veni, Vidi, Vici » (Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu). Célèbre expression prononcée par Jules César.

3-        Lorenzo Cremonesi, « Un agente francese dietro la morte di Gheddafi », Corriere Della Sera, 29 septembre 2012, http://www.corriere.it/esteri/12_settembre_29/gheddafi-morte-servizi-segreti-francesi-libia_155ed6f2-0a07-11e2-a442-48fbd27c0e44.shtml

4-        AFP, « Libye : cinquante arrestations après la mort de l’ambassadeur américain », Jeune Afrique, 16 septembre 2012,  http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20120916160719/al-qaida-innocence-of-muslims-mohammed-al-megaryef-abou-yahya-al-libilibye-cinquante-arrestations-apres-la-mort-de-l-ambassadeur-americain.html

5-        RFI, « La Libye rend hommage à l’ambassadeur américain tué à Benghazi », 21 septembre 2012, http://www.rfi.fr/afrique/20120921-libye-rend-hommage-ambassadeur-americain-tue-benghazi

6-        Ahmed Bensaada, « Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe », Éditions Michel Brûlé,  Montréal (2011); Éditons Synergie, Alger (2012)

7-        IIP Digital, « Déclaration de Mme Clinton sur la mort d’Américains en Libye », 16 septembre 2012, http://translations.state.gov/st/french/texttrans/2012/09/20120912135851.html#axzz27vpD3aFo

8-        Joe Sterling and Greg Botelho, « Clinton demands Arab Spring nations protect embassies, halt violence », CNN, 14 septembre 2012, http://articles.cnn.com/2012-09-14/middleeast/world_meast_embassy-attacks-main_1_el-abidine-ben-ali-street-vendor-anti-islam

9-        John McCain, « Statement by Senator McCain in Benghazi, Libya », U.S. Senate, 22 avril 2011, http://www.mccain.senate.gov/public/index.cfm?FuseAction=PressOffice.PressReleases&ContentRecord_id=7e95d18f-a9eb-80ef-e599-95754897384e&Region_id=&Issue_id=1bd7f3a7-a52b-4ad0-a338-646c6a780d65

10-    Natalie Nougayrède, « BHL, porte-étendard libyen »,  Le Monde.fr, 8 novembre 2011, http://www.bernard-henri-levy.com/bhl-porte-etendard-libyen-le-monde-fr-le-8-novembre-2011-article-de-natalie-nougayrede-24407.html

11-    Jean-Pierre Perrin, « Abdelhakim Belhaj, le retour d’Al-Qaeda », Libération, 26 août 2011, http://www.liberation.fr/monde/01012356209-abdelhakim-belhaj-le-retour-d-al-qaeda

12-    Ibid.

13-    AFP, « Film anti-islam : le monde arabe a vécu un vendredi sanglant », LeParisien.fr, 14 septembre 2012, http://www.leparisien.fr/international/direct-film-anti-islam-une-journee-a-hauts-risques-au-moyen-orient-14-09-2012-2164602.php

14-    Tunisie Numérique, « Tunisie: Jebali promet d’arrêter un à un les salafistes impliqués dans les événements de l’ambassade US », 28 septembre 2012, http://www.tunisienumerique.com/tunisie-jebali-promet-darreter-un-a-un-les-salafistes-impliques-dans-les-evenements-de-lamabassade-us/147147

15-    Bissane El-Cheikh, « Ghannouchi à al-Hayat: attaquer les ambassades est un complot visant à stopper le dialogue de l’Amérique avec les islamistes », Al Hayat, 30 septembre 2012, http://alhayat.com/Details/439628

16-    Abdellatif Ghorbal, « Les enfants de Ghannouchi ne sont pas Tunisiens », Leaders, 19 septembre 2012, http://www.leaders.com.tn/article/les-enfants-de-ghannouchi-ne-sont-pas-tunisiens?id=9325

17-    Catherine Le Brech, « L’attitude mouvante de Mohamed Morsi après les violences », FranceTV.fr, 14 septembre 2012, http://www.francetv.fr/geopolis/lattitude-mouvante-de-mohamed-morsi-apres-les-violences-8516

18-    Le Nouvel Observateur, « Mohamed Morsi condamne l’attaque contre la mission US au Caire », 13 septembre 2012, http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120913.REU5821/mohamed-morsi-condamne-l-attaque-contre-la-mission-us-au-caire.html

19-    Benjamin Barthe, « Prise de bec sur Twitter entre l’ambassade américaine et les Frères musulmans égyptiens », Le Monde.fr, 13 septembre 2012, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/09/13/prise-de-bec-sur-twitter-entre-l-ambassade-americaine-et-les-freres-musulmans-egyptiens_1760063_3212.html

20-    Khairat al-Chater , « ‘Our Condolences,’ the Muslim Brotherhood Says », The New York Times, 13 septembre 2012, http://www.nytimes.com/2012/09/14/opinion/our-condolences-the-muslim-brotherhood-says.html?_r=1&partner=rssnyt&emc=rss

21-    Ahmed Bensaada, « Égypte : des élections présidentielles sous haute influence », Le Quotidien d’Oran, 28 juin 2012, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=186:egypte-des-elections-presidentielles-sous-haute-influence&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119

22-    Anne Gearan and Michael Birnbaum, « U.S. aid to Egypt stalled », The Washington Post, 17 septembre 2012, http://www.washingtonpost.com/world/national-security/us-aid-to-egypt-stalled/2012/09/17/36ef0402-00e0-11e2-9367-4e1bafb958db_story.html?hpid=z2

23-    American Chamber of Commerce, « U.S. Business Mission to Egypt. List of Participating U.S. Companies », http://www.amcham.org.eg/us_delegation/list.asp

24-    AFP, « Al-Qardaoui : sont dans l’erreur ceux qui tuent les ambassadeurs et répondent par la violence aux insultes contre l’islam », Elaph, 14 septembre 2012, http://www.elaph.com/Web/news/2012/9/761750.html?entry=arab

25-     Georges Malbrunot, « Sarkozy contre la venue de Youssef Al-Qaradawi », Le Figaro.fr, 26 mars 2012, http://www.lefigaro.fr/international/2012/03/26/01003-20120326ARTFIG00427-sarkozy-contre-la-venue-de-youssef-al-qaradawi.php

26-    BBC News, « Muslim cleric not allowed into UK », 7 février 2008,  http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/7232398.stm

27-    Middle East Online, « Qaradawi ‘persona non grata’ in France », 26 mars 2012, http://www.middle-east-online.com/english/?id=51397

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Le 7 octobre avaient lieu les élections présidentielles vénézuéliennes : Hugo Chavez remettait ainsi en jeu son mandat après 14 ans à la tête de la « révolution bolivarienne » qui a contribué à transformer ce pays sud-américain. En effet, depuis sa victoire électorale de 1998, celui qui est soutenu avec ferveur par ses millions de partisans, a impulsé un processus national populaire progressiste, largement porté par le peuple. La redistribution de la rente pétrolière a permis la division par deux de la pauvreté dans le pays, tout en développant des expériences de participation populaire inédites. Le nouveau gouvernement a également promu avec conviction l’idée d’une nouvelle unité latino-américaine aux forts accents anti-impérialistes. L’élection de dimanche avait ainsi un caractère géopolitique évident. Une défaite du candidat du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) et de ses alliés du Grand Pôle patriotique (dont le Parti communiste) aurait fortement détérioré les rapports de classes continentaux, menaçant les conquêtes sociales et démocratiques de la dernière décennie.

L’impressionnante et festive « marée rouge » qui a envahi les rues de Caracas le jeudi 4 octobre a constitué une incontestable démonstration de force du bolivarisme, sous les auspices du slogan : « Chavez, cœur de la patrie ». Cette ferveur existe grâce aux solides acquis de la révolution bolivarienne : baisse de la pauvreté, alphabétisation, accès à la santé gratuite et mise en place de magasins subventionnés dans les quartiers populaires, gratuité des universités bolivariennes, nationalisation de secteurs clefs de l’économie et contrôle bancaire, etc … autant de mesures qui sont loin du discours dominant mondial.

Face à l’hostilité permanente de l’oligarchie et des Etats-Unis, le processus bolivarien est aussi traversé par de nombreuses contradictions : bureaucratie galopante, insécurité endémique, consolidation d’une bourgeoisie bolivarienne, secteur privé largement dominant, ou encore politique internationale menée au Moyen orient. L’omniprésence de Hugo Chavez lui-même était aussi en jeu dans ces élections, alors qu’il est apparu affaibli par un cancer.

Dès lors, l’opposition de droite, portée par la candidature de Henrique Capriles Radonski, entrepreneur et avocat, a surfé sur les faiblesses du gouvernement sortant, en tenant un discours de « centre gauche », affirmant ne pas remettre en cause les mesures sociales en vigueur. Il a réussi à mobiliser dans des meetings rassemblant des centaines de milliers de personnes. Mais en réalité, son programme est une véritable arme de guerre ultralibérale : privatisations, liquidations des services gratuits, fin du contrôle bancaire, etc. Si Capriles réussit à rassembler presque 45% d’électeurs, c’est aussi parce que le camp chaviste ne l’a que peu attaqué sur le contenu, comptant souvent sur le seul charisme du président pour gagner. Dès lors, en ajoutant le sur-place du processus depuis près de 5 ans, rien d’étonnant à ce que Chavez passe de 63% aux dernières présidentielles (2006) à 54,5% en 2012. La polarisation politique est telle que les 4 autres candidats en lice n’ont eu aucun poids. Orlando Chirino, syndicaliste révolutionnaire et candidat de PSL (Parti Socialisme et Liberté), reste enfermé dans une candidature de témoignage avec 0,02% des voix.

Avec cette nouvelle victoire électorale et en vue des élections régionales (gouverneurs) de décembre, le camp chaviste surmontera-t-il ces contradictions déterminantes pour le cours politique des 6 prochaines années ? Le défi pour le mouvement ouvrier et les secteurs radicaux de la gauche bolivarienne reste de construire une dynamique poussant à l’auto-organisation collective, sans attendre des décisions venues d’en haut, afin de donner un contenu politique concret aux appels au « socialisme du XXI siècle ».

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Le mortier utilisé pour attaquer la ville turque de Akcakale est un modèle spécifique à l’OTAN et a été donné aux rebelles syriens par Ankara selon le journal turc Yurt. Le mortier a tué un adulte et quatre enfants de la même famille mercredi dernier.

Merdan Yanardag, le rédacteur en chef du journal, affirme dans l’éditorial, que le journal a reçu d’une source sûre l’information selon laquelle la Turquie elle-même avait envoyé les mortiers aux rebelles de la soi-disant “armée libre.”

“La Turquie est membre de l’OTAN depuis longtemps et elle agit en étroite coordination avec les autres puissances de l’OTAN et par conséquent il n’est pas surprenant que cela se soit produit.” a dit Abayomi Azikiwe, le rédacteur en chef du de la chaîne d’information Pan-African à RT.

L’OTAN a jusqu’à présent évité de s’impliquer militairement dans le conflit mais selon Azikiwe l’Alliance est entièrement partie prenante de toutes les décisions de la Turquie.

Pour lui : “Ankara ne prend aucune décision militaire et n’envisage aucune action stratégique en dehors des forces de l’OTAN avec qui la coopération est totale.”

Lundi, la Turquie a lancé des représailles contre la Syrie pour le 6ième jour consécutif, après qu’un mortier en provenance de la Syrie se soit écrasé dans la province de Hatay en Turquie.

Le président de la Turquie a déclaré que l’armée prendrait toutes les mesures nécessaires pour défendre les villes des frontières du pays.

“Des évènements terribles se déroulent actuellement en Syrie… Notre gouvernement est en contact permanent avec l’armée turque. Vous voyez que nous faisons tout de suite ce qu’il faut faire et nous continuerons à le faire,” a déclaré le président Abdullah Gul lundi dernier.

Mais il n’y a pas que les leaders turcs qui donnent leur avis sur le conflit.

Lundi dernier, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, a parlé des graves conséquences sur la région que le conflit pouvait avoir.

“L’escalade du conflit sur la frontière turco-syrienne et l’impact de la crise sur le Liban sont extrêmement dangereux” a dit Ban à l’ouverture du Forum Mondial pour la Démocratie à Strasbourg en France.

Les échanges de feu ont commencé mercredi dernier quand des éclats de mortier syriens ont tué une femme et quatre enfants de la même famille à Akcakale.

Beaucoup de personnes craignent que la situation ne dégénère en un conflit régional ; Selon l’analyste politique Dan Glazebrook, Ankara essaie d’attirer l’OTAN dans une guerre contre la Syrie.

“Les [Turcs] qui savent que les rebelles sont en train de perdre la bataille essaient de les aider à maintenir leurs positions en bombardant la Syrie pour qu’ils continuent à se battre ” a dit Glazebrook à RT. “Mais selon moi, ils espèrent aussi pousser l’OTAN à agir et à déclencher une sorte de blitzkrieg, ce qui serait la seule manière d’assurer la victoire des rebelles dans l’état actuel des choses.”

 

Pour consulter l’original : http://rt.com/news/nato-mortar-syria-turkey-954/

Traduction : Dominique Muselet, Le Grand Soir

A propos du même article : http://cochonsurterre.blogspot.fr/2012/10/turquie-syrie-qui-…

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Libye : Combien de mains sales ?

octobre 10th, 2012 by Felicity Arbuthnot

Oh la toile enchevêtrée qu’ils tissent
Quand ils veulent envahir
Un pays souverain et mentir
Au monde sur leur croisade sinistre

Michael Leunig, Poète, Caricaturiste

Ce week-end, un article détaillé suggérait qu’un “agent secret français, agissant sur les ordres stricts de Sarkozy, le président de l’époque, était soupçonné du meurtre du colonel Kadhafi” perpétré le 20 octobre dernier.

Tout en gardant à l’esprit que les insurgés soutenus par l’OTAN, et maintenant au pouvoir après avoir quasiment réduit en ruines une grande partie de la Libye, déstabilisé et terrorisé dans l’espoir de s’approprier les ressources libyennes au lieu d’en faire profiter le pays, ont toutes les raisons de se distancer de la boucherie qu’a constituée la mort ignoble de Kadhafi, ces nouvelles allégations mettent en lumière des aspects intéressants.

L’assassin français se serait, paraît-il, infiltré au coeur de la foule qui était en train de malmener violemment le colonel, et lui aurait tiré une balle dans la tête.

Le motif, selon une source (libyenne) bien informée” était d’empêcher qu’on puisse interroger le colonel Kadhafi sur ses liens avec Sarkozy.

Le Daily Mail avait déjà révélé, en citant un note de service du gouvernement français publiée par un site web d’investigation, que 50 millions d’euros avaient été “blanchis par le biais de compte bancaires panaméens et suisses… en provenance du colonel Kadhafi vers un fond (de Sarkozy en 2007) pour les élections présidentielles” ce qui aurait, si c’est vrai “enfreint les lois de financement de la vie politique“. Le journal citait aussi “les nombreuses visites de Sarkozy en Libye“.

Il ajoutait que :

Le compte suisse a été ouvert au nom de la soeur de Jean-Francois Copé, le bras droit du président et le dirigeant de l’UMP, le parti de Sarkozy.

Le fils de Kadhafi, Saif alIslam, dont la vie ne tient déjà qu’à un fil et sera encore plus menacée s’il est finalement soumis au “système judiciaire” libyen, s’est exprimé clairement sur le financement de la campagne de Sarkozy : “Nous avons tous les détails et nous somme prêts à tout dévoiler… Nous l’avons financée.”

Il n’est pas étonnant que Saif, qui a généreusement fait don de 1.5 million de livres à son ancien lieu d’études, la prestigieuse London School of Economics — où il avait participé à la Conférence annuelle Ralph Miliband en mai 2010, du nom du philosophe renommé père de l’ancien secrétaire aux affaires étrangères David Miliband et de son frère Ed, le dirigeant actuel du parti travailliste — ait été abandonné par les puissances occidentales qui l’avaient si bien accueillies avant de conspirer pour commettre un autre mauvais coup, cette fois contre son pays, la Libye.

Sarkozy, devenu président, a reçu en grande pompe le colonel Kadhafi pour une visite d’état à Paris en décembre 2007, l’appelant “frère guide” et faisant installer sa tente bédouine près du palais de l’Elysée.

Tony Blair, a bien sûr rendu visite à Kadhafi à plusieurs reprises, allant même jusqu’à utiliser l’avion privé de ce dernier, pour conclure d’importants accords économiques. Lui aussi est resté muet sur la mort horrible de Kadhafi et le sort atroce réservé à ses enfants, ses petites enfants et son pays.

Le Daily Mail précise aussi que :

Le mandat des Nations Unies qui instaurait (la mal nommée) “zone d’exclusion aérienne” spécifiait expressément que les alliés occidentaux ne pouvaient pas s’ingérer dans les affaires intérieures du pays.

En dépit de cela, les bombardements quasi quotidiens n’ont cessé qu’avec le renversement de Kadhafi et il est apparu qu’il y avait des “conseillers” français et anglais sur le terrain.

Mahmoud Jibril, qui a servi de premier ministre intérimaire après le renversement de Kadhafi vient de dire à la télévision égyptienne : “C’est un agent étranger qui s’est mêlé aux brigades révolutionnaires pour tuer Kadhafi.”

Selon le journal, une autre source de Tripoli a dit : “Sarkozy avait toutes les raisons d’empêcher de toute urgence que le colonel ne parle” et une autre “source diplomatique” a aussi mentionné les menaces de Kadhafi de révéler les détails financiers du financement de la campagne présidentielle française de 2007.

Un autre élément intéressant, s’il est exact, a été apporté par Rami El Obeidi “l’ancien dirigeant des relations internationales du Conseil National de Transition (qui) a dit savoir que Kadhafi avait été repéré par un système de communication satellite alors qu’il parlait au président syrien Bashar Al-Assad.” Ce qui nous amène à nous poser une question éléphantesque : les deux attaques meurtrières soutenues par l’occident contre la Libye, la Syrie et leurs leaders sont-elles connectées ?

Le président de la Syrie détient-il des informations sur les douteux trafics d’argent supposés ?

Un autre détail intéressant : Ben Oman Shaaban (22 ans), un de ceux qui ont attaqué le colonel Kadhafi, a été gravement blessé en juillet par des loyalistes de Kadhafi semble-t-il. Il a été emmené en France par avion pour y être soigné et il est mort dans un hôpital français la semaine dernière. Shabaan était réputé pour brandir en toutes occasion le revolver avec lequel le colonel aurait été tué. Si c’est vrai, il devait aussi détenir des informations intéressantes sur les horribles évènements de la journée.

Sarkozy a constamment nié avoir reçu de l’argent du leader libyen et n’a pas voulu répondre aux questions du Daily Mail. Une enquête est en cours sur des “soupçons d’irrégularités financières”.

Il est utile de mentionner qu’en novembre 2007, juste avant la visite de Kadhafi à Paris :

Une dépêche du Département d’Etat étasunien s’inquiétait du fait que “ceux qui dirigent la vie économique et politique en Libye s’orientent vers une gestion de plus en plus nationaliste du secteur énergétique” et qu’il y avait “de plus en plus de signes du nationalisme libyen en ce qui concerne les ressources naturelles“.

La dépêche citait une déclaration de Kadhafi dans un discours de 2006 : “Les compagnies pétrolières sont contrôlées par des étrangers qui en tirent des millions. Maintenant les Libyens doivent prendre leur part de ces profits“.

Le gouvernement de Kadhafi avait forcé les compagnies à donner des noms libyens à leurs filiales. Et pire encore, “les lois du travail avaient été amendées pour ’libyaniser’ l’économie” c’est à dire pour qu’elle profite aux Libyens.

Les compagnies pétrolières “étaient incitées à employer des managers, des comptables et des directeurs du personnel libyens“.

C’était vraiment tout à fait insupportable !!

On ne s’étonne plus alors que le président Obama, prix Nobel de la paix, ait déclaré à l’annonce de la mort ignominieuse de Kadhafi que “c’était une journée historique.” (BBC, 20 octobre 2011.) Ni de l’exclamation dans un éclat de rire vulgaire de Madame Clinton : “Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort.”

Il y a une seule chose de sûre dans toute cette honteuse affaire de “changement de régime” en Libye : c’est que personne n’a les mains propres.

Et où est le corps du colonel Kadhafi ?

Felicity Arbuthnot

Felicity Arbuthnot est une journaliste spécialiste de l’Irak. Elle a écrit avec Nikki van der Gaag : “Baghdad in the Great City” et des séries pour World Almanac books ; elle a aussi dirigé les recherches de deux documentaires de John Pilger sur l’Irak qui ont été primés : “Paying the Price : Killing the Children of Iraq” et “Denis Halliday Returns” pour la télévision irlandaise.

 

Article original en anglais:

libyA

Libya: How Many Dirty Western Hands? par Felicity Arbuthnot, Lundi, le 1er octobre 2012

 

Traduction : Dominique Muselet, Le Grand Soir

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Vers un retrait occidental de Syrie

octobre 10th, 2012 by Thierry Meyssan

 

 

 

La situation militaire en Syrie s’est retournée au détriment de ceux qui espéraient à Washington et à Bruxelles parvenir à changer le régime par la force. Les deux tentatives successives de prise de Damas ont échoué et il est désormais clair que cet objectif ne pourra pas être atteint.

Le 18 juillet, une explosion décapitait le Conseil de sécurité nationale et donnait le signal d’une vaste offensive de dizaines de milliers de mercenaires convergeant de Jordanie, du Liban, de Turquie et d’Irak sur la capitale. Après quelques jours de bataille acharnée, Damas était sauvée, la fraction de la population hostile au gouvernement choisissant par patriotisme d’aider l’Armée nationale plutôt que d’accueillir l’ASL.

Le 26 septembre, des jihadistes d’Al-Qaida pénétraient dans l’enceinte du ministère de la Défense, déguisés en soldats syriens et munis de faux papiers. Ils voulaient faire sauter leurs ceintures d’explosifs dans le bureau de l’état-major, mais ne parvinrent pas à proximité suffisante de leur cible et furent abattus. Une seconde équipe devait s’emparer de la télévision nationale et lancer un ultimatum au président, mais elle ne put s’approcher du bâtiment car son accès avait été bloqué dans les minutes suivant la première attaque. Une troisième équipe s’est dirigée vers le siège du gouvernement et une quatrième devait attaquer l’aéroport.

Dans les deux cas, l’OTAN, qui coordonnait les opérations depuis sa base turque d’Incirlik, espérait  provoquer une fracture au sein de l’Armée arabe syrienne et s’appuyer sur certains généraux pour renverser le régime. Mais les généraux en question avaient été identifiés comme traîtres depuis longtemps et privés de tout commandement effectif. Il ne s’est donc rien passé de significatif et le pouvoir syrien est sorti renforcé de ces deux coups ratés. Il a trouvé la légitimité intérieure nécessaire pour se permettre de passer à l’offensive et d’écraser rapidement l’ASL.

Ces échecs ont fait perdre leur superbe à ceux qui caracolaient par avance en affirmant que les jours de Bachar el-Assad étaient comptés. Par conséquent, à Washington, les partisans du retrait sont en train de l’emporter. La question n’est plus de savoir combien de temps le « régime de Bachar » tiendra encore, mais s’il est plus coûteux pour les États-Unis de continuer cette guerre ou de l’arrêter. La continuer, c’est provoquer l’effondrement économique de la Jordanie, c’est sacrifier ses alliés au Liban, c’est risquer la guerre civile en Turquie, et c’est devoir protéger Israël de ce chaos. L’arrêter, c’est laisser les Russes se réinstaller au Proche-Orient et c’est renforcer l’Axe de la Résistance au détriment des rêves expansionnistes du Likoud.

Or si la réponse de Washington tient compte du paramètre israélien, elle ne prend plus en considération l’avis du gouvernement Netanyahu. Celui-ci a fini par indisposer à la fois en raison de ses manipulations derrière l’assassinat de l’ambassadeur Chris Stevens et à cause de son ahurissante ingérence dans la campagne électorale US. En définitive, si l’on envisage la protection à long terme d’Israël et non pas les exigences extravagantes de Benjamin Netanyahu, la présence russe est la meilleure solution. Avec 1 million d’Israéliens russophones, jamais Moscou ne laissera mettre en péril la survie de cette colonie.

Un retour en arrière est ici nécessaire. La guerre contre la Syrie a été décidée par l’administration Bush, le 15 septembre 2001 lors d’une réunion à Camp David, comme l’a notamment attesté le général Wesley Clark. Après avoir été repoussée plusieurs fois, l’action de l’OTAN a dû être annulée en raison des vétos russe et chinois. Un « plan B » a alors été mis sur pied : recourir à des mercenaires et à l’action secrète puisque le déploiement de soldats en uniforme était devenu impossible. Cependant, l’ASL n’ayant pas marqué une seule victoire contre l’Armée arabe syrienne, beaucoup ont pronostiqué que le conflit serait interminable et minerait progressivement les États de la région, y compris Israël. Dans ce contexte, Washington a conclu le 30 juin un accord avec la Russie à Genève, sous la houlette de Kofi Annan.

Toutefois, le camp de la guerre a fait capoter cet accord en organisant des fuites dans la presse sur l’engagement occidental secret dans le conflit ; fuites qui ont contraint Kofi Annan à la démission immédiate. Le camp de la guerre a joué ses deux cartes maîtresses les 18 juillet et 26 septembre et a perdu. Dès lors, Lakhdar Brahimi, le successeur d’Annan, a été prié de ressusciter et de mettre en œuvre l’Accord de Genève.

Pendant ce temps, la Russie n’a pas chômé. Elle a obtenu la création d’un ministère syrien de la Réconciliation nationale, elle a supervisé et protégé la réunion à Damas des partis d’opposition nationale, elle a organisé des contacts entre les états-majors US et syrien, et elle a préparé le déploiement d’une force de paix. Les deux premières mesures ont été prises à la légère par la presse occidentale et les deux dernières ont été carrément ignorées.

Pourtant, comme l’a révélé le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, la Russie a répondu aux craintes de l’état-major US relatives aux armes chimiques syriennes. Elle a pu vérifier que celles-ci étaient stockées dans des lieux suffisamment sécurisés pour ne pas tomber dans les mains de l’ASL, être détournées par des jihadistes et utilisées par eux aveuglément, sauf changement de régime. Elle a pu donner ainsi des garanties crédibles au Pentagone que le maintien au pouvoir d’un leader qui a prouvé son sang-froid comme Bachar el-Assad est une situation plus gérable, y compris pour Israël, que l’extension du chaos à la Syrie.

Surtout, Vladimir Poutine a accéléré les projets de l’Organisation du Traité de sécurité Collective (OTSC), l’Alliance défensive anti-OTAN réunissant l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et bien sûr la Russie. Les ministres des Affaires étrangères de l’OTSC ont adopté une position commune sur la Syrie [1]. La logistique a été installée pour un éventuel déploiement de 50 000 hommes [2]. Un accord a été signé entre l’OTSC et le département onusien de maintien de la paix pour que des « chapkas bleues » puissent être déployées dans les zones de conflit sous mandat du Conseil de sécurité [3]. Et des manœuvres communes ONU/OTSC auront lieu du 8 au 17 octobre au Kazakhstan sous le titre « Fraternité inviolable » pour finaliser la coordination entre les deux organisations intergouvernementales. La Croix-Rouge et l’OMI y participeront [4].

Aucune décision ne saurait être officialisée par les États-Unis durant leur campagne électorale présidentielle. Dès que celle-ci sera terminée, la paix sera envisageable.

Thierry Meyssan

 

Source originale : Tichreen (Syrie)

[1] « Министры иностранных дел государств-членов ОДКБ одобрили заявления по Сирии и ситуации вокруг Ирана », Communiqué de l’OTSC, 28 septembre 2012.

[2] « Путину предлагают ввести войска в Сирию », Izvestia, 1er juin 2012.

[3] « ОДКБ и ООН подписали Меморандум по миротворческой деятельности », Communiqué de l’OTSC, 28 septembre 2012. « Conflits armés : l’ONU et l’OTSC signent un mémorandum », RIA Novosti, 29 septembre 2012.

[4] « Первое миротворческое учение государств-членов ОДКБ “НЕРУШИМОЕ БРАТСТВО-2012″ пройдет с 8 по 17 октября в Республике Казахстан на трех полигонах под Алматы », Communiqué de l’OTSC. 3 octobre 2012

Thiery Meyssan: Intellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

 

 

 

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Charlie Hebdo instrumentalise l’antifascisme

octobre 9th, 2012 by Jean-Pierre Dubois

Charlie Hebdo a récemment publié un article intitulé : « Syrie : Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel le journaliste Eric Simon qualifie de « rouges bruns » les animateurs de deux sites internet : Le Grand Soir et Inverstig’Action. [1]

Cette imputation infamante, qui voudrait faire d’eux des sympathisants du nazisme et de l’antisémitisme, repose sur le seul fait que ces deux sites s’opposent vigoureusement à l’ingérence de l’OTAN et de ses vassaux régionaux dans les affaires de la Syrie. [2]

Comme il se trouve que, pour des raisons qui leur sont propres, certains sites d’extrême-droite expriment la même opposition, notre inquisiteur veut faire croire à une complicité sous-jacente.

Cette culpabilité par association est une pure perversion intellectuelle.

Elle pourrait conduire à dénoncer une convergence politique entre le Front de gauche et le Front national sous prétexte que les deux formations se retrouvent à exiger un référendum sur le pacte budgétaire européen.

C’est le même procédé que l’on voit à l’oeuvre pour la Palestine quand les dirigeants israéliens et leurs soutiens français s’efforcent d’interdire la juste critique de la politique de colonisation et de répression de l’État d’Israël en l’assimilant à de l’antisémitisme.

 

La chasse aux sorcières initiée par Charlie Hebdo est destinée à intimider ceux qui s’opposent à l’impérialisme occidental et à discréditer le combat anti-impérialiste lui-même.

Quand elles traitent de la Syrie, de la Palestine ou de la plupart des problèmes internationaux, la « grande » presse et la télévision se comportent en relais des thèses dominantes favorables à la politique occidentale et censurent leurs opposants.

Il restait à Charlie Hebdo à traquer parmi ces derniers ceux qui trouvent refuge sur internet pour s’exprimer.

C’est chose faite. [3]

 

[1] Le Grand Soir : http://www.legrandsoir.info/

      Investig’Action : http://www.michelcollon.info/index.php

[2] Extrait de l’article de Charlie Hebdo du 8 août 2012 : « Si l’analyse anti-impérialiste permet de débusquer les raisons cachées des guerres « justes » ou « humanitaires » du camp occidental, elle peut facilement dérailler si elle défend l’innommable commis par le camp d’en face. Si, en outre, elle laisse reprendre ses thèses par les sites d’extrême-droite, jusqu’à finir par s’inviter les uns chez les autres, la messe est dite ».

[3] Le procédé d’intimidation de Charlie Hebdo a aussi été utilisé par L’Express (« Syrie : la légion française d’Assad », 13/09/2012) et par L’Humanité (« Syrie : l’extrême droite française en campagne pour Assad », 5/03/2012).

L’Express va jusqu’à associer à la mouvance d’extrême-droite, ou réputée telle, des personnalités comme l’ex-ministre socialiste Roland Dumas, le journaliste Roland Labévière ou Agnès-Marie-de-la-Croix, prieure libanaise du couvent Saint-Jacques-le-Mutilé de Qâra, situé en Syrie, non loin de Homs…

JPD

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Venezuela : Hugo Chavez : Le phoenix tranquille

octobre 9th, 2012 by Chems Eddine Chitour

«Si le climat était une banque, les pays occidentaux l’auraient sauvé» Hugo Chávez

 

On a tout dit de Chávez en Occident si ce n’est pour le présenter encore et toujours sous un jour couleur de soufre. Qu’a-t-il fait de répréhensible pour mériter pareille opprobre? Assurément les élections de ce dimanche 7 octobre où 19 millions d’électeurs sont invités à élire un nouveau président de la République, seront un test de l’impopularité ou de l’affection que lui portent les Vénézuéliens. Il aura à affronter six candidats. Maria Bolivar, juriste de 37 ans, qui propose d’éradiquer le flou qui ronge le pays, à savoir l’insécurité par l’amour, l’éducation et le sport. Reina Sequera, syndicaliste de 49 ans, qui propose de rendre les richesses pétrolières du pays aux Vénézuéliens, en versant un million de dollars à chaque habitant. Luis Reyes, un avocat de 52 ans, veut partir en croisade contre l’insécurité, Bible en main, et il y a Henrique Capriles le candidat de la droite capitaliste soutenu par l’Empire…

Qui est Hugo Rafael Chávez Frías?

Hugo Chávez, né le 28 juillet 1954 à Sabaneta, dans les llanos, dans le sud du Venezuela, est le 52e et actuel président de la République bolivarienne du Venezuela depuis le 2 février 1999. Fervent opposant à l’impérialisme et au capitalisme néolibéral, Chávez est un fervent opposant de la politique étrangère des États-Unis. Il s’appuie sur des alliances fortes avec les gouvernements socialistes comme Evo Morales en Bolivie, Rafael Correa en Equateur, Raul Castro à Cuba. Sa présidence est considérée comme une partie de la «vague rose» socialiste qui balaye l’Amérique latine. Il a soutenu la coopération entre l’Amérique latine et les Caraïbes et a contribué à la mise en place de l’Union des nations sud-américaines, de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques, de la Banque du Sud, et du réseau régional de télévision Telesur. D’après le Times, il fait partie des 100 personnes les plus influentes du monde en 2005 et 2006.

Les avancées sociales au Venezuela

Jean-Luc Melenchon et Ignacio résument assez bien la kabbale injuste contre Hugo Chávez. Nous lisons: «Hugo Chávez est sans doute le chef d’Etat le plus diffamé du monde.» À l’approche de l’élection présidentielle au Venezuela, le 7 octobre, ces diffamations redoublent d’ignominie. Tant à Caracas qu’en France. Elles témoignent du désespoir des adversaires de la révolution bolivarienne devant la perspective (que les sondages semblent confirmer) d’une nouvelle victoire électorale de Chávez. Un dirigeant politique doit être jugé sur ses actes, et non sur les rumeurs colportées contre lui. Ce n’est pas un hasard si la Foundation for Democratic Advancement (FDA), du Canada, dans une étude publiée en 2011, situe désormais le Venezuela en tête du classement des pays qui respectent la justice électorale. Et 80% de la presse écrite sont contrôlés par l’opposition. Enfin, l’institut américain de sondages Gallup classe le pays d’Hugo Chávez, 6e nation «la plus heureuse du monde.» (1)

Malgré toutes les manipulations  malgré tous les coups tordus des médias vénézueliens pour leur majorité aux ordre de l’opposition, c’est un fait, Chávez a mis en place une politique d’amélioration du niveau de vie des classes laborieuses – par une gestion sociale de la rente – Alors que le Venezuela vit la conjonction inédite d’un boom de croissance et d’une baisse de l’inflation, grâce à l’intensification des investissements sociaux, la construction massive de logements, le contrôle des prix en faveur des secteurs populaires; alors que le salaire minimum est le plus élevé du continent.

Nous publions ci-après le point de vue de l’historien Richard Gott, ex-rédacteur en chef du Guardian: «Il y a quelques années, alors que je voyageais dans l’avion présidentiel de Hugo Chávez avec un ami français du Monde diplomatique, on nous demanda notre avis sur la situation en Europe. Une évolution vers la gauche était-elle possible? Nous répondîmes avec le ton déprimé et pessimiste qui caractérisait les premières années du XXIe siècle. Ni au Royaume-Uni ni en France, ni ailleurs dans l’eurozone, nous ne discernions la possibilité d’une percée politique. «Dans ce cas, reprit Chávez avec un regard pétillant, nous pourrions peut-être vous venir en aide.» Il nous rappela l’époque de 1830 où les foules révolutionnaires arboraient dans les rues de Paris le chapeau de Simón Bolívar, le libérateur vénézuélien de l’Amérique du Sud qui allait mourir quelques mois plus tard. Le combat pour la liberté, dans le style de l’Amérique latine, était vu comme le chemin à suivre pour l’Europe. (…) Plus important que la prospection de pétrole bon marché, il y a le pouvoir de l’exemple. Il s’est opposé aux recettes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international et a bataillé avec force contre les politiques de privatisation qui ont abîmé le tissu social et économique de l’Amérique latine et avec lesquelles l’Union européenne menace à présent de détruire l’économie de la Grèce. Chávez a renationalisé les nombreuses industries, dont celles du gaz et du pétrole, qui avaient été privatisées dans les années 90.» (2)

Pour le syndicaliste vénézuélien Modesto Emilio Guerrero, une défaite du président Chávez «causerait des mouvements tectoniques dans la politique des Amériques tellement se concentrent, au Venezuela, plusieurs des principales conquêtes politiques de la dernière décade latino-américaine». La défaite de Chávez est toutefois improbable. Des 124 sondages réalisés jusqu’à maintenant, au Venezuela, tant par des firmes gouvernementales que privées, 122 prévoient que l’actuel président l’emportera par une marge variant entre 8 et 22 points de pourcentage sur son opposant de droite, le gouverneur de l’État du Miranda, Henrique Capriles Radonski. (…) La récente adhésion du Venezuela au Mercosur n’a rien non plus pour plaire aux États-Unis car, par cette union, les deux entités qui préoccupent la Maison-Blanche se renforcent mutuellement. Avec le Venezuela, le Mercosur compte maintenant 70% de la population sud-américaine et son PIB représente 83,2% de celui du sous-continent. Son territoire occupe presque tout le littoral Atlantique et se projette jusque dans les Caraïbes.» (3)

Justement à propos d’élections

Il n’est pas étonnant de ce fait que les Etats-Unis traitent le gouvernement du Venezuela de dictature. Voici ce que Jimmy Carter a déclaré sur la «dictature» vénézuélienne il y a quelques semaines: «En fait, sur les 92 élections que j’ai observées, je dirais que le processus électoral au Venezuela est le meilleur au monde.» Carter a eu le prix Nobel de la Paix pour son travail d’observation des élections via le Centre Carter, qui a observé et validé les précédentes élections vénézuéliennes. Mais parce que Washington cherche depuis plus de dix ans à délégitimer le gouvernement vénézuélien, son opinion est rarement répercutée. Ses derniers commentaires ont été ignorés par la quasi-totalité des médias US. Au Venezuela, les électeurs effleurent un écran d’ordinateur pour voter et reçoivent un reçu sur papier qu’ils vérifient et déposent dans l’urne. La plupart des bulletins papier sont comparés aux résultats électroniques. Ce système rend le trucage pratiquement impossible: Contrairement aux Etats-Unis, où lors d’une élection serrée, nous n’avons aucune idée du véritable vainqueur, les Vénézuéliens sont certains que leur vote sera compté. Le gouvernement vénézuélien a tout fait pour augmenter le nombre d’inscrits sur les listes électorales (qui atteint un niveau record de 97%) et la participation. (4)

L’opposition contrôle encore la majorité des médias, y compris la radio et la presse écrite – sans parler de la majorité des richesses et des revenus du pays. Depuis 2004, lorsque le gouvernement a pris le contrôle de l’industrie pétrolière et que l’économie s’est redressée après les tentatives dévastatrices et illégales de le renverser la pauvreté a été réduite de moitié et l’extrême pauvreté de 70%. (….) A Washington, la définition de la démocratie est simple: c’est lorsqu’un gouvernement obéit au département d’Etat. (…) Voici ce qu’a déclaré l’ancien président du Brésil, Lula da Silva, le mois dernier: «La victoire de Chávez ne sera pas seulement celle du peuple vénézuélien mais aussi la victoire de tous les peuples d’Amérique latine… cette victoire portera un coup supplémentaire à l’impérialisme.» (4)

Hugo Chávez le Phoenix qui renait de ses cendres

Chávez donne l’impression qu’il est insubmersible malgré les tentatives nombreuses de coups d’Etat. Pourtant, Oscar Fortin nous informe que l’Empire a décidé de se débarrasser de Chávez et tous les coups sont permis. Il écrit: «(…) Voici que, maintenant, le président de la Banque mondiale (BM) nous annonce des interventions visant l’élimination du Président légitimement élu du Venezuela et dont la réélection est confirmée par tous les sondages. Lors d’une conférence, à l’occasion des cérémonies marquant le 30e anniversaire du centre d’analyse Inter-American Dialogue, a annoncé comme un fait sans retour que les jours de Chávez étaient comptés. (…) Pourquoi ses jours seraient-ils comptés? Est-ce en raison d’une élection à venir dont il connaîtrait à l’avance les résultats? Est-ce parce que le peuple vénézuélien n’en veut plus et qu’il est prêt à se révolter? Est-ce parce que Chávez est malade et qu’il n’en a plus pour longtemps à vivre? Est-ce encore parce que les États-Unis se préparent à le faire disparaître physiquement et à s’emparer des pouvoirs de l’État et du pétrole qui va avec?» (5)

«Dans son esprit poursuit Oscar Fortin, ce sera donc une bonne chose que cessent ces subventions pour que ces deux peuples ainsi que les autres qui en profitent se retrouvent en difficulté et se révoltent contre leurs dirigeants. Voilà une des raisons évoquées pour que les jours de Chávez soient comptés: mettre en difficulté Cuba et le Nicaragua. Il reprend, ici à son compte, le «mémorandum» de Lester D. Mallory, sous-secrétaire d’État assistant aux Affaires interaméricaines des États-Unis sous la présidence d’Eisenhower.

La conclusion est que pour mettre fin à cette aide, à cette solidarité humaine, il faut que Chávez disparaisse, peu importe les moyens utilisés. Ce plan est déjà en place, permettant ainsi à ce monsieur «honorable» de dire que les jours de Chávez sont comptés. (..) Pour les États-Unis, il semble que ces pays affirment trop leur indépendance et souveraineté territoriale et réclament peut-être trop que l’on respecte leurs droits et leur liberté de gouverner en référence au bien commun de l’ensemble de la société (5)

Pour se rendre de la stratégie occidentale de diabolisation de Chávez, le journaliste Michel Collon teste l’info qu’on nous donne en France et en Belgique. Début d’une petite série de test – médias sur Le Soir, Le Monde et d’autres… Chávez sera-t-il réélu ou bien sera-t-il remplacé par le candidat d’opposition Henrique Capriles Radonski? J’ai testé les divers articles consacrés à cette élection par le quotidien bruxellois, que je lis tous les matins après le petit-déjeuner. Puis, je suis allé voir aussi du côté du Monde français et d’autres médias. Ce qui frappe: ils disent tous la même chose. Mais quelles sont leurs sources? Et surtout: qu’est-ce qu’ils ne disent pas?» (6)
La politique de diabolisation de Chávez par les médias occidentaux

«Des manips, écrit Michel Collon, j’en ai relevé sur cinq points: 1. Pourquoi nous cache-t-on le programme de l’opposition? 2. Capriles est-il vraiment «un jeune nouveau»? 3. Chávez «antisémite» et dictatorial? 4. Qui menace d’une «guerre civile»? 5. Capriles peut-il gagner? Les grands médias européens présentent Capriles comme un grand démocrate progressiste, qui serait en fait un candidat de «centre gauche». Ses qualités? Il est plus jeune que Chávez et «plein d’énergie». Et à part ça?
«Tout en promettant de poursuivre les programmes sociaux actuels, (…) il a réussi à dépasser la pure opposition idéologique à Chávez». Qu’entend-elle par ce «dépassement»? Faudrait-il oublier qu’avant Chávez (sous l’actuelle opposition donc), 80% des Vénézuéliens étaient pauvres, voire très pauvres alors que l’élite se construisait des fortunes colossales avec l’argent du pétrole (…) Et Kiesel se démène énergiquement pour cacher que le programme de Capriles est néolibéral, radicalement à droite et ramènerait très vite les anciennes injustices. (..) Capriles veut aussi démanteler l’Etat central, pour l’empêcher de mener ces politiques sociales qui ne sont que gaspillage aux yeux des riches». (6)

«Qui donc est Capriles s’interroge Michel Collon? Il a d’abord été élu en 1998 député du parti démocrate chrétien COPEI. Quand ce parti néolibéral et ultra – corrompu a perdu tout crédit, Capriles a décidé avec d’autres de fonder Primero Justicia, un parti ouvertement de droite. Ce parti aura deux sources de financement: 1. Des fonds détournés illégalement de l’entreprise publique Pdvsa. 2. Des fonds versés par la CIA à travers ses habituels paravents: National Endowment for Democracy (NED) et International Republican Institute (IRI). Pour amener le lecteur européen à se méfier de Chávez, pour lui faire oublier ses extraordinaires réalisations sociales, les médias appliquent le principe permanent de la propagande de guerre: diaboliser. (…) En réalité, ce que Paranagua reproche à Chávez, c’est d’avoir osé critiquer publiquement Israël. Si vous êtes contre le sionisme, c’est-à-dire contre le colonialisme israélien, alors vous êtes contre les juifs, vous êtes un raciste. Mais non: c’est l’Etat d’Israël qui est raciste, et non ceux qui le critiquent. De nombreux juifs critiquent Israël. (…) Pourtant, Kiesel est bien obligée de reconnaître que les instituts de sondage donnent Chávez largement gagnant: entre 15 et 20 points d’avance. En réalité, quand les USA savent que leur protégé va perdre ils répandent quand même pendant des mois l’idée qu’il va gagner. Pourquoi? Pour préparer les esprits à l’idée que si Chávez gagne, c’est qu’il aura triché. Bref, Kiesel se comporte également en serial mediamenteuse, complice de coups d’Etat potentiels.» (6)

En conclusion, la victoire de Chávez ne doit rien au hasard. Les élections furent propres et honnêtes, près de10 points d’écart  avec Henrique Capriles qui a reconnu sa défaite et à félicité Hugo Chavez  Il y a, cependant, une analogie avec la politique sociale et rentière de l’Algérie; la malédiction du pétrole risque de compromettre le développement s’il n’y a pas création de richesses. Peut-être que le moment est venu d’adosser chaque calorie exportée à un développement endogène et pérenne car la rente pétrolière outre le fait qu’elle ne durera pas, stérilise tout effort pour s’en sortir par le savoir , le savoir faire en un mot l’effort et la sueur. C’est tout le bien que nous souhaitons au président Chavez qui  a ainsi les coudées franches pour mettre en place les réformes  rendues nécessaires par la marche du monde.

 

Prof. Emérite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

 
1. http://www.legrandsoir.info/pourquoi-Chávez.html
2. http://www.legrandsoir.info/le-chapeau-de-bolivar-ou-les-lecons-d-economie-de-Chávez-pour-l-europe-the-guardian.html
3. And Maltais http://www.mondialisation.ca/les-enjeux-continentaux-de-lelection-au-venezuela/
4. http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/oct/03/why-us-d
5. http://www.legrandsoir.info/l-empire-en-a-decide-les-jours-de-Chávez-sont-comptes.html
6. http://www.michelcollon.info/Chávez-5-mediamensonges-du-Soir-et.html

 

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Quelquefois je suis poursuivi par des cauchemars : je suis en plein milieu d’un camp de réfugiés ravagé par des bombardements, peut-être au Congo (RDC) ou dans un autre pays désespéré à la périphérie de l’intérêt des médias. Les enfants courent autour avec des ventres gonflés, souffrant clairement de malnutrition. Beaucoup de femmes dans le camp ont des ventres gonflés aussi, mais pas à cause d’un acte d’amour, à la suite d’un viol qu’elles ont subi au cours des derniers mois. Il y a un tir d’artillerie venant des collines et les troupes de l’ONU sont impuissantes à l’arrêter.

Quelquefois je me réveille et le rêve est parti. Ou je réussis à le refouler ; à le purger de mon inconscient. Mais quelquefois il reste avec moi pour le reste de la journée. Et souvent ce n’est pas du tout un rêve, mais une réalité. Je me trouve en fait dans les endroits comme Kibati [Congo], faisant face aux yeux désespérés des enfants, aux yeux résignés, rouges et gonflés des femmes, au canon d’un fusil. Il y a des feux à l’horizon et des bruits de tir d’artillerie venant de la brousse. Et au lieu d’un oreiller, je serre l’obturateur de mon Nikon professionnel, ou le tube en métal de mon stylo.

Ce que j’écris et ce que je photographie parait régulièrement dans les pages des journaux et des magazines. Quelquefois une ou deux images font les murs des musées ou des galeries. Mais c’est toujours une lutte, une lutte pour persuader des rédacteurs, des éditeurs, des distributeurs, ou des conservateurs d’accepter au moins un aperçu édulcoré de réalité à montrer au grand public.

L’ère des reporters vaillants et des rédacteurs déterminés semble être terminée. Les correspondants qui ont couvert la guerre du Viêt Nam, qui ont en fait aidé à arrêter la guerre du Viêt Nam, se font plus vieux. Ils écrivent des mémoires et publient des livres, mais ils sont à peine témoins des conflits d’aujourd’hui. Il y a encore certains journalistes courageux et dévoués – Keith Harmon Snow ou John Pilger pour en mentionner juste deux – mais ils sont plus l’exception qui confirme la règle qu’une occurrence commune.

Et les courageuses voix alternatives sont plus nécessaires maintenant qu’à n’importe quel autre moment de l’histoire récente. Comme le contrôle des entreprises sur les médias devient presque total, presque tous les grands médias servent maintenant l’implantation des intérêts économiques et politiques. Plus ils font, plus ils parlent du besoin de liberté de la presse, d’objectivité et de reportages impartiaux ; ailleurs, pas à la maison.

Pendant que la plupart des média de langue anglaise exerce une répression sans précédent de l’information sur, par exemple, la brutalité de la politique étrangère occidentale en Afrique subsaharienne ou le génocide indonésien en cours en Papouasie Occidentale (deux parties du monde avec d’énormes réserves de matières premières exploitées par les compagnies minières multinationales), les titres des médias des classes dirigeantes aux États-Unis, Royaume-Uni et Australie intensifient leurs attaques contre les points de vues alternatifs venant de Pékin (PRC), Caracas, ou La Havane. La prise de pouvoir la plus forte par les fondamentalistes du marché, la rhétorique la plus antichinoise ou anti-Chavez apparaît sur les chaines des médias occidentaux – chaînes dont la propagande atteint maintenant quasiment chaque coin du globe.

J’ai grandi en Tchécoslovaquie et bien que je ne me souvienne pas des chars soviétiques roulant sur les rues de Prague en 1968, en tant que petit enfant, je me souviens clairement des conséquences – la collaboration, les mensonges et le cynisme du soi-disant « processus de normalisation ». Ce qui me consterne maintenant – étant un citoyen naturalisé des États-Unis – n’est pas tellement que tout ce que je décris ici est entrain en fait d’arriver, mais l’indifférence qui accompagne tous ces événements terribles. Et surtout, que la grande majorité des gens dans le soi-disant « Premier Monde parlant anglais » croit en fait ce qu’ils lisent dans les journaux et ce qu’ils voient sur les écrans de télévision. Les mensonges et la partialité semblent être trop évidents pour être ignorés ! Mais surtout ils existent. En décrivant le lexique du pouvoir occidental, Arundhati Roy a écrit une fois : « Alors maintenant nous savons. Les cochons sont des chevaux. Les filles sont des garçons. La guerre est la paix. » Et nous admettons qu’il en soit ainsi.

D’une certaine façon le contrôle de l’information est beaucoup plus achevé maintenant aux États-Unis ou au Royaume-Uni ou en Australie que cela le fut au cours des années 1980 en Tchécoslovaquie, Hongrie, ou Pologne. Il n’y a aucune « soif de vérité » – de vues alternatives – pour chaque pamphlet qui ose défier le régime et la langue de bois politique dans les livres et les films. Il n’y a pas une telle soif intellectuelle à Sydney, New York, ou Londres comme c’était courant de voir à Prague, Budapest, ou Varsovie. Les écrivains et les journalistes occidentaux au mieux « écrivent entre les lignes » et les lecteurs n’attendent, ni ne cherchent, de messages cachés.

Tout cela continue sans conteste : propagande et manque de visions alternatives. Il semble que nous ayons oublié comment mettre en question les choses. Il semble que nous ayons accepté la manipulation de notre présent et de notre histoire ; que nous nous retournions même contre ceux rares qui sont encore debout à gauche et défendant le sens commun et la vérité et ce qui peut être vu à l’œil nu, mais qui est nié au nom de la liberté, la démocratie et l’objectivité (les grands mots qui sont maintenant usés au point qu’ils en perdent leur sens). Sommes-nous, à l’Ouest, une fois encore sur le point d’entrer dans une ère où nous montrerons du doigt les dissidents, allons-nous devenir des indics et des collaborateurs ? Nous avons connu beaucoup de périodes comme ça dans notre histoire. Il y a peu de temps – il n’y a pas longtemps du tout !

Entre-temps, pendant que nos intellectuels collaborent avec le pouvoir et sont récompensés pour leurs efforts, des parties entières du monde baignent dans le sang, la famine, ou les deux. La collaboration et le silence parmi ceux qui savent, ou devraient savoir, est maintenant partiellement coupable de l’état actuel du monde.

Le parfait propos politiquement correct est ancré dans l’écriture, les discours, même la psyché de beaucoup de nos penseurs aussi, Dieu l’interdit, ils n’offenseraient pas les gens de pays pauvres (ils peuvent être massacrés et encouragés à s’étriper, mais ils ne devraient pas « être offensés », surtout leurs chefs politiques et religieux corrompus qui servent les intérêts de l’occident et de ses multinationales). Concrètement – les limites du débat permis sur les écrans de TV ou dans les pages de nos journaux ont été définies. Ou on pourrait dire que la droite et les classes dirigeants ont ridiculisé le « politiquement correct » pour défier les limites de discussion, aussi de la diffamation. Si cela convient à l’establishment, cela définit la dictature féodale dans les endroits lointains (aussi longtemps qu’ils servent ses intérêts comme partie prenante de la culture de tel ou tel pays qu’il contrôle ou veut contrôler. Si la religion sert des intérêts géopolitiques de L’Occident (lire : si la religion nous aide à tuer des chefs Progressifs/De gauche et leurs disciples), l’Ouest déclarera son respect profond pour telle religion, même notre soutien, comme l’Angleterre a soutenu le Wahhabism au Moyen-Orient, aussi longtemps qu’il a cru que le Wahhabism réprimerait le conflit pour une société égalitaire et la distribution équitable de ressources minérales.

Pendant que nous sommes occupés à dégommer Cuba pour les violations des droits humains (quelques douzaines de gens en prison, dont beaucoup seraient probablement accusés de terrorisme à l’ouest, puisqu’ils cherchent ouvertement à renverser la constitution et le gouvernement) et la Chine pour le Tibet (glorifier évidemment l’ancien seigneur féodal religieux juste pour contrarier et exclure la Chine est le principal objectif de notre politique étrangère – une approche ouvertement raciste) il y a des millions de victimes de par nos intérêts géopolitiques pourrissant ou déjà enterrées au Congo (DRC) et ailleurs en Afrique sub-Saharienne, en Papouasie Occidentale, au Moyen-Orient et ailleurs.

Notre palmarès des droits de l’homme (si nous considérons tous les êtres humains « humains » et admettons que violer les droits d’un homme, une femme ou un enfant en Afrique, Amérique Latine, Moyen-Orient, Océanie ou Asie est aussi déplorable que le fait de violer des droits de l’homme à Londres, New York, ou Melbourne) est si épouvantable – aujourd’hui comme dans le passé – qu’il n’est pas imaginable que nos citoyens puissent croire encore que nos pays ont un effet de levier moral et devraient être autorisés à arbitrer et à exercer un jugement moral.

Pendant que la propagande post-guerre froide (l’anéantissement de tout qui a été laissé par les mouvements progressistes) ose comparer l’Union Soviétique à l’Allemagne nazie (la même Union Soviétique qui a été sacrifiée par l’Ouest à l’Allemagne nazie ; la même Union Soviétique qui au prix de plus de 20 millions de vies a sauvé le monde du Fascisme), on omet le fait que les premiers camps de concentration n’ont pas été construits par les Russes, mais par l’Empire britannique en Afrique ; et qu’aucun Goulag ne peut égaler les horreurs de la terreur coloniale exercée par les pouvoirs européens entre deux guerres mondiales.

La propagande est si ancrée dans la psyché nationale aux États-Unis et en Europe qu’aucune discussion de cette sorte n’émerge, n’est réclamée, ou simplement permise ou tolérée. Pendant que la révolution soviétique, et plus tard les Goulag, sont utilisés comme une preuve douteuse qu’un système Socialiste ne peut pas vraiment fonctionner (pendant que Staline était clairement paranoïaque, il n’y a eu aucun démenti concernant le complot pour diriger les nazis à l’Est – le fait de sacrifier la Tchécoslovaquie par la France et la Grande-Bretagne à la Conférence de Munich en 1938 était la preuve claire de cela), l’holocauste de l’occident en Afrique (par exemple l’extermination belge de dizaines de millions de Congolais pendant le règne de Roi Leopold I) n’est pas présenté comme la preuve que les monarchies de style occidentale et le fondamentalisme du marché sont essentiellement dangereux et inacceptables pour l’humanité, ayant déjà assassiné des centaines de millions de gens partout dans le monde.

Évidemment tout venait de l’argent et de l’avarice européenne – des matières premières -ce pourquoi des dizaines de millions de gens au Congo ont du mourir il y a cent ans (c’était alors le caoutchouc). Les raisons ne sont pas si différentes que cela maintenant, bien que les meurtres soient principalement exécutés par les forces locales et par l’armée du voisinage et maintenant le fidèle Rwanda pro-étasunien, aussi bien que les mercenaires. Et les raisons ne sont pas très différentes en Papouasie Occidentale, sauf que là le meurtre est exécuté par les troupes indonésiennes défendant les intérêts économiques des élites corrompues de Jakarta aussi bien que les compagnies multinationales occidentales ; ou en Irak.

Et nous ne sommes pas plus indignés. Les citoyens légalistes de nos pays ne jettent pas les ordures dans les rues, attendent au milieu de la nuit docilement un feu vert pour traverser les rues. Mais ils ne s’opposent pas aux massacres exécutés au nom de leurs intérêts économiques. Aussi longtemps que les massacres sont bien emballés par les médias et l’appareil de propagande, aussi longtemps qu’on n’explique pas clairement que le meurtre sert à soutenir le monde des affaires, mais aussi le niveau relativement élevé de la majorité de ceux qui vivent dans les soi-disant « pays développés », aussi longtemps que c’est très officiellement pour les droits de l’homme et la démocratie et la liberté. Une des raisons pour laquelle la propagande officielle est si facilement acceptée, c’est parce qu’elle aide à masser et calmer notre mauvaise conscience.

Les élites intellectuelles et l’université ne sont pas à l’abri d’accepter, recycler et même inventer des mensonges. Au cours des dernières années j’ai été invité à intervenir dans plusieurs universités d’élite du monde parlant anglais – de Melbourne à l’université de Hong-Kong, Columbia et Cornell, Cambridge et Auckland. Je me suis rendu compte que la récusation des thèses existantes ne signifie pas que l’on défend l’intégrité intellectuelle : tout le contraire. Même plus que dans les médias, l’université est profondément hostile à contester des clichés établis. Essayez ouvertement d’être en désaccord avec la thèse selon laquelle l’Indonésie est un état tolérant, faisant un effort de démocratie et qui sait quoi d’autre qui a gagné tant de professeurs en poste et vous serez étiquetés comme un extrémiste, ou comme un provocateur au mieux. Et il sera très difficile d’éviter des insultes ouvertes. Essayez de contester les vues antichinoises monolithiques !

Dans l’université anglo-saxonne, exprimer sa propre opinion est indésirable, presque inacceptable. Pour le faire point, un écrivain ou un orateur doit citer quelqu’un d’autre : « il est dit par M. Green que la terre est ronde. » « Le Professeur Brown a confirmé qu’il pleuvait hier. » Si personne d’autre ne l’a dit auparavant, c’est douteux que cela ait existé. Et l’auteur ou l’orateur sont fortement découragés d’exprimer leur opinion sur une question à coté. En résumé : on s’attend à ce que presque n’importe quel point de vue ou bout d’information soit confirmé par l’ « establishment », ou au moins par une partie de lui. Cela doit passer par la censure informelle.

De longues listes de notes en bas de page ornent maintenant presque n’importe quel livre de non-fiction, de même que les groupes d’universitaires et beaucoup d’auteurs de livres d’essais, au lieu de faire une grande partie de leur propre recherche et travail de terrain, se citent sans relâche et se re-citent. Orwell, Burchett, ou Hemingway trouveraient extrêmement difficile d’évoluer dans un tel environnement.

Les résultats sont souvent grotesques. Deux cas en Asie sont de grands exemples de cette lâcheté et servilité intellectuelles pas seulement du corps diplomatique, mais aussi de la communauté universitaire et journalistique : la Thaïlande et l’Indonésie.

Les clichés créés par les médias anglo-saxons et l’université sont répétés sans relâche par les principaux médias, y compris BBC et CNN et par presque tous les quotidiens influents. Quand nos médias parlent du Cambodge, par exemple, ils oublient rarement de mentionner le génocide « communiste » khmer rouge. Mais on devrait fouiller samizdat pour apprendre que les khmers rouges ont accédé au pouvoir seulement après le violent tapis de bombes des Etats-Unis jeté sur la campagne. Et que quand le Viêt Nam a mis dehors le Khmer Rouge, les Etats-Unis ont demandé aux Nations Unies le « retour immédiat du gouvernement légitime » !

Il y a presque rien dans les éditions en ligne des journaux occidentaux pour dépeindre les horreurs déchainées par l’Ouest contre l’Indochine, l’Indonésie (2 à 3 millions de personnes tuées après que les Etats-Unis aient soutenu le coup d’état qui a porté le général Suharto au pouvoir) et le Timor oriental, pour en mentionner juste quelques-uns.

Je n’ai jamais entendu parler d’aucun homme public à l’Ouest utilisant les médias pour appeler au boycott de quelque chose d’indonésien à cause du meurtre continu des Papous (juste quelques uns ont paru être indignés au cours des années 1970 et 80 par le génocide au Timor oriental). Le Tibet est une affaire différente. La critique de la Chine sur sa politique au Tibet est épique. La critique de la Chine est en général monumentale et disproportionnée.

Chaque fois que la Chine échoue, c’est parce que « elle est toujours Communiste » ; quand elle réussit, « elle n’est plus Communiste ». En tant que lecteur, je veux savoir des chinois si leur pays est Communiste ou non. De ce que j’entends, il l’est encore et, de plus, la grande majorité veut encore que cela le soit.

Mais cela ne suffit pas : on ne peut pas faire confiance à la plus vieille culture importante de la planète pour se décrire elle-même : le travail doit être fait par les interlocuteurs natifs anglais, par les seuls gens choisis ou sélectionnés pour influencer et former l’opinion publique mondiale.

Je veux avoir des nouvelles par mes collègues à Pékin. Je veux qu’ils soient capables de discuter ouvertement avec ceux qui tiennent leur pays responsable (absurdement) de tout, du Soudan à la Birmanie à l’environnement malmené. Combien de reportages avons-nous vu sur BBC world dépeignant des usines chinoises éructant de fumée noire et combien en avons-nous vu sur la pollution créée par les Etats-Unis – encore le plus grand pollueur sur la terre ?

Ou quelles sont les pensées des savants japonais, des écrivains et des journalistes sur la Deuxième Guerre mondiale ? Nous savons tous que les journalistes parlant anglais basés à Tokyo croient ce que leurs collègues japonais pensent, mais pourquoi nous empêche-t-on habituellement de lire des traductions directes de travaux écrits par ceux qui remplissent les pages de certains des plus grands journaux sur la terre, publiés au Japon et en Chine ? Pourquoi devons-nous être guidés par une prudente main invisible qui forme le consensus global ?

Parlant couramment espagnol, je réalise à quel point les tendances actuelles en Amérique Latine sont peu représentées dans les publications aux Etats-Unis, en Grande Bretagne et en Asie. Mes collègues latinoaméricains se plaignent souvent qu’il est presque impossible de discuter du Président vénézuélien Hugo Chavez ou Président bolivien Evo Morales à Londres ou à New York avec ceux qui ne lisent pas l’espagnol – leurs opinions apparaissent uniformes et bêtement partiales.

Ces jours-ci la gauche est évidemment le thème principal – la question réelle – en Amérique Latine. Pendant que les journalistes britanniques et nord-américains et les écrivains analysent les révolutions latinoaméricaines récentes à la lumière des directives politiques de leurs propres publications, les lecteurs partout dans le monde (à moins qu’ils comprennent l’espagnol) ne savent quasiment rien des opinions de ceux qui sont en ce moment précis entrain d’écrire l’histoire du Venezuela ou de la Bolivie.

Combien de fois est apparu sur les pages de nos publications que Chavez a introduit la démocratie directe, en permettant aux gens d’influencer l’avenir de leur pays par les référendums innombrables pendant que les citoyens de nos « démocraties réelles » doivent se taire et faire ce que l’on leur dit ? On n’a pas permis aux Allemands de voter sur l’unification ; on n’a pas demandé aux Tchèques et aux Slovaques s’ils ont voulu leur « Divorce de Velours » ; les citoyens britanniques, italiens et étasuniens devaient mettre les bottes et marcher en Irak.

Les journaux de langue anglaise sont remplis de reportages sur la Chine sans que des chinois soient autorisés à leur parler. Ils sont aussi remplis de reportages sur le Japon, où des japonais sont cités, mais on ne leur fait pas confiance pour partager leurs articles à propos de leur propre pays – des articles qui seraient écrits par eux du début à la fin.

Jusqu’à maintenant, la langue anglaise est le principal outil de communication dans le monde, mais pas pour toujours. Ses écrivains, journalistes, journaux et maisons d’édition ne facilitent pas la meilleure compréhension entre les nations. Ils échouent totalement à promouvoir la diversité des idées.

Les médias utilisent l’anglais comme un outil au service d’intérêts politiques, économiques, même intellectuels. On force un nombre croissant de locuteurs non- natifs à utiliser l’anglais pour faire partie du seul groupe qui a de l’influence ; le groupe qui importe – le groupe qui lit, comprend et pense dans « le bon » sens. Au top de l’orthographe et de la grammaire, les nouveaux venus dans ce groupe apprennent comment sentir et réagir au monde autour d’eux, de même qu’ils doivent le considérer objectif. Le résultat est l’uniformité et la discipline intellectuelle.

Quand je me réveille au milieu de la nuit, poursuivi par les cauchemars et les images que j’ai, il y a bien longtemps, téléchargées depuis mes appareils photo, je commence à rêver à un meilleur et plus juste arrangement du monde. Mais il y a toujours la même question rampante que je me pose à moi-même : comment y arriver ?

Je pense à toutes les révolutions réussies du passé – toutes ont une condition préalable commune : éducation et information. Pour changer les choses, les gens doivent savoir la vérité. Ils doivent connaître leur passé.

C’est ce qui a été répété à maintes reprises aux citoyens du Chili, d’Argentine et d’Afrique du Sud. Aucun meilleur avenir, aucune réconciliation honnête et juste ne peut être accomplie tant que le passé et le présent ne sont analysés et compris. C’est pour cela que le Chili a réussi et l’Indonésie a échoué. C’est pour cela que l’Afrique du Sud, en dépit de toutes ses complexités et problèmes est sur le chemin pour exorciser ses démons et évoluer vers un avenir bien meilleur.

Mais l’Ouest, l’Europe, les États-Unis et dans une large mesure l’Australie – tous vivent dans la dénégation. Ils n’ont jamais complètement accepté la vérité de la terreur qu’ils ont déversée et déversent encore contre la grande majorité du monde. Ils sont toujours riches : les plus riches, comme ils vivent de la sueur et du sang d’autres. Ils sont encore un empire – un Empire – uni par la culture colonialiste : un tronc et des branches : tout en un.

Il n’y aura jamais de paix sur la terre, une réconciliation réelle, à moins que cette culture de contrôle ne disparaisse. Et la seule voie pour la faire disparaître est de faire face à la réalité, parler et revisiter le passé.

C’est la responsabilité de ceux qui connaissent le monde et comprennent la souffrance de ses gens pour dire la vérité. Peu importe le prix, peu importe combien de privilèges disparaîtront avec chaque phrase honnête (tous nous savons que l’Empire est vindicatif). Pour ne pas dire la vérité au pouvoir (il ne le mérite pas) mais contre le pouvoir. Négliger les institutions existantes des médias à l’université, comme ils ne sont pas la solution, mais font partie du problème, co-responsables de l’état du monde dans lequel nous vivons ! Seule une multitude de voix répétant ce que tout le monde, sauf ceux dans les pays dirigeants, semble savoir ; les voix amalgamées dans « J’accuse », vaincront les erreurs actuelles qui gouvernent le monde. Mais seulement les voix vraiment unies et seulement dans une multitude. Avec détermination et grand courage !

La Page ZSpace d’Andre Vltchek. USA, Le 18 juin 2009.

Traduit de l’anglais pour El Correo de  : Estelle et Carlos Debiasi.

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Créanciers protégés, peuple grec sacrifié

octobre 9th, 2012 by Eric Toussaint

Alors qu’Angela Merkel se rend en Grèce ce mardi 9 octobre où elle sera accueillie par d’importantes manifestations de protestation, voici la suite de la série:

Voir le premier article de la série :

Grèce-Allemagne : qui doit à qui ? (1) L’annulation de la dette allemande à Londres en 1953

C’est une obligation morale que de s’élever contre les discours mensongers à propos de la prétendue solidarité dont feraient preuve les gouvernants des pays les plus forts de la zone euro à l’égard du peuple grec et d’autres pays fragilisés (Irlande, Portugal, Espagne…). Les faits contredisent leurs propos relayés de manière permanente par les médias dominants.

 

Commençons par une petite vérification pratique. Connectez-vous sur Internet et tapez « La Grèce a bénéficié » dans un moteur de recherche. Vous constaterez combien de médias reprennent la rengaine selon laquelle ce pays fait l’objet d’une aide considérable. Par exemple, Hans-Werner Sinn |1|, un des économistes les plus influents en Allemagne, conseiller du gouvernement d’Angela Merkel, n’hésite pas à affirmer : « La Grèce a bénéficié d’une aide extérieure de 460 milliards d’euros au travers de diverses dispositions. L’aide apportée jusqu’ici à la Grèce représente donc l’équivalent de 214 % de son PIB, soit environ dix fois plus que ce dont l’Allemagne a bénéficié grâce au plan Marshall. Berlin a apporté environ un quart de l’aide fournie à la Grèce, soit 115 milliards d’euros, ce qui représente au moins dix plans Marshall ou deux fois et demi un Accord de Londres. » |2|

Tout ce calcul est faux. La Grèce n’a pas du tout reçu un tel montant de financement et ce qu’elle a reçu ne peut pas être sérieusement considéré comme de l’aide. Hans-Werner Sinn met de manière scandaleuse sur le même pied l’Allemagne à l’issue de la seconde guerre mondiale que les dirigeants nazis avaient provoquée et la Grèce des années 2000. En outre, il fait l’impasse sur les sommes réclamées à juste titre par la Grèce à l’Allemagne suite aux dommages subis pendant l’occupation nazie |3| ainsi que l’emprunt forcé que l’Allemagne nazie a imposé à la Grèce. La dette de l’Allemagne à l’égard de la Grèce s’élève au bas mot à 100 milliards d’euros. Comme l’écrit le site A l’encontre sur la base des travaux de Karl Heinz Roth, historien du pillage de l’Europe occupée par l’Allemagne nazie |4| : « L’Allemagne n’a payé à la Grèce que la soixantième partie (soit 1,67%) de ce qu’elle lui doit comme réparation des dévastations de l’occupation entre 1941 et 1944. »

Une série d’arguments solides doivent être avancés pour démontrer la malhonnêteté intellectuelle du propos de Hans-Werner Sinn, des gouvernants allemands et des médias à leur service. Ce qui va suivre ne vaut pas seulement pour la Grèce, on pourrait mener un exercice en certains points comparables à propos de la supposée aide apportée aux pays de l’ex bloc de l’Est qui font partie de l’Union européenne, du Portugal, de l’Irlande, de l’Espagne… Mais comme on le verra dans la troisième partie de cette série d’articles, les relations entre l’Allemagne et la Grèce ont une histoire qui mérite d’être prise en compte.

I. Les plans d’« aide » servent les intérêts des banques privées, pas ceux du peuple grec

Les plans d’« aide » mis en place depuis mai 2010 ont d’abord servi à protéger les intérêts des banques privées des pays les plus forts de la zone euro qui avaient augmenté énormément leurs prêts tant au secteur privé qu’aux pouvoirs publics grecs au cours des années 2000. Les prêts accordés à la Grèce par la Troïka depuis 2010 ont servi à rembourser les banques privées occidentales et à leur permettre de se dégager en limitant au minimum leurs pertes. Ils ont aussi servi à recapitaliser les banques privées grecques dont certaines sont des filiales des banques étrangères, françaises en particulier.

Les plans d’« aide » ont servi à protéger les intérêts des banques privées des pays les plus forts de la zone euroLa dette du secteur privé grec s’est largement développée au cours des années 2000. Les ménages, pour qui les banques et tout le secteur commercial privé (grande distribution, automobile, construction…) proposaient des conditions alléchantes, ont eu recours à l’endettement massif, tout comme les entreprises non financières et les banques qui pouvaient emprunter à bas coût (taux d’intérêts bas et inflation plus forte que pour les pays les plus industrialisés de l’Union européenne tels que l’Allemagne, la France, le Benelux). Cet endettement privé a été le moteur de l’économie de la Grèce. Le tableau ci-dessous montre que l’adhésion de la Grèce à la zone euro en 2001 a boosté les entrées de capitaux financiers qui correspondent à des prêts ou à des investissements de portefeuille (Non-IDEdans le tableau, c’est-à-dire des entrées qui ne correspondent pas à des investissements de longue durée) tandis que l’investissement de longue durée (IDE – Investissement direct à l’étranger) a stagné.
Source : FMI |5|Avec les énormes liquidités mises à leur disposition par les banques centrales en 2007-2009, les banques de l’ouest européen (surtout les banques allemandes et françaises, mais aussi les banques belges, néerlandaises, britanniques, luxembourgeoises, irlandaises…) ont prêté massivement à la Grèce (au secteur privé et aux pouvoirs publics). Après 2001, l’adhésion de la Grèce à l’euro lui a valu la confiance des banquiers, pensant que les grands pays européens leur viendraient en aide en cas de problème. Ils ne se sont pas préoccupés de la capacité de la Grèce à rembourser le capital prêté à moyen terme et ont considéré qu’ils pouvaient prendre des risques très élevés en Grèce. L’histoire leur a donné raison jusqu’ici : la Commission européenne et, en particulier, les gouvernements français et allemands ont apporté un soutien sans faille aux banquiers privés d’Europe occidentale.Le graphique ci-dessous montre que les banques des pays de l’ouest européen ont augmenté leurs prêts à la Grèce une première fois entre décembre 2005 et mars 2007 (pendant cette période, le volume des prêts a augmenté de 50%, passant d’un peu moins de 80 milliards à 120 milliards de dollars). Alors que la crise des subprimes avait éclaté aux Etats-Unis, les prêts ont de nouveau augmenté fortement (+33%) entre juin 2007 et l’été 2008 (passant de 120 à 160 milliards de dollars), puis ils se sont maintenus à un niveau très élevé (environ 120 milliards de dollars). Cela signifie que les banques privées d’Europe occidentale ont utilisé l’argent que leur prêtaient massivement et à bas coût la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale des Etats-Unis pour augmenter leurs prêts à des pays comme la Grèce |6|. Là-bas, les taux étant plus élevés, elles ont pu faire de juteux profits. Les banques privées ont donc une très lourde part de responsabilité dans l’endettement excessif de la Grèce.Évolution des engagements des banques d’Europe occidentale à l’égard de la Grèce(en milliards de dollars)


Source : BRI – BIS consolidated statistics, ultimate risk basis |7|

Comme le montre l’infographie ci-dessous, en 2008 (cela vaut jusque 2010 inclus), l’écrasante majorité des dettes grecques était détenue par des banques européennes, à commencer par des banques françaises, allemandes, italiennes, belges, néerlandaises, luxembourgeoises et britanniques.
Détenteurs étrangers (quasi exclusivement des banques étrangères et d’autres sociétés financières) des titres de la dette grecque (fin 2008) |8|

Les prêts accordés par les gouvernements de la zone euro (directement ou via le Fonds européen de stabilité financière mis en place à partir de 2010) visent en réalité notamment à garantir que la Grèce continue à rembourser les banques des pays d’Europe occidentale (les banques françaises et allemandes sont les plus exposées en Grèce). En somme, l’argent prêté à la Grèce retourne dans les caisses des banques allemandes, françaises et autres au titre du remboursement des titres grecs que ces banques ont achetés en masse jusque fin 2009 |9|. Il revient aussi dans la trésorerie des pays prêteurs, dans celle de la BCE, du FMI et du FESF (voir plus loin).

2. Les prêts accordés à la Grèce rapportent de l’argent… hors de Grèce !

Les prêts accordés à la Grèce sous la houlette de la Troïka sont rémunérés. Les différents pays qui participent à ces prêts gagnent de l’argent. Quand le premier plan de prêt de 110 milliards d’euros a été adopté, Christine Lagarde, alors ministre des finances de la France |10|, a fait observer publiquement que la France prêtait à la Grèce à un taux de 5% alors qu’elle empruntait elle-même à un taux nettement inférieur.

La situation est tellement scandaleuse (un taux élevé a aussi été appliqué à l’Irlande à partir de novembre 2010 et au Portugal à partir du mai 2011) que les gouvernements prêteurs et la Commission européenne ont décidé en juillet 2011 que le taux exigé de la Grèce serait en fait réduit |11|. Quel aveu ! Bien que cette décision soit entrée en pratique, la différence entre le taux d’emprunt auquel ces pays se financent et le taux qui est exigé de la Grèce est restée importante.

Sous les protestations du gouvernement grec et face au profond mécontentement populaire qui s’exprime par de fortes mobilisations sociales en Grèce, les pays prêteurs ont fini par décider de ristourner à la Grèce une partie des revenus qu’ils tirent des crédits octroyés à Athènes |12|. Mais attention, les revenus ristournés serviront à rembourser la dette.

3. La crise de la zone euro fait baisser le coût de la dette pour l’Allemagne et les autres pays forts

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Les pays qui dominent la zone euro tirent profit du malheur de ceux de la périphérie (Grèce, Portugal, Irlande, Espagne, pays de l’ex bloc de l’Est membres de l’UE). L’aggravation de la crise de la zone euro due à la politique menée par ses dirigeants et non à cause de phénomènes extérieurs entraîne un déplacement des capitaux de la Périphérie vers le Centre. L’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Finlande, le Luxembourg, l’Autriche et la Belgique en bénéficient grâce à une réduction très forte du coût du financement de leurs dettes.

Le 1er janvier 2010, avant que n’éclatent la crise grecque et celle de la zone euro, l’Allemagne devait promettre un taux d’intérêt de 3,4% pour émettre des bons à 10 ans alors que le 23 mai 2012, le taux à 10 ans était passé à 1,4%. Cela correspond à une diminution de 60% du coût du financement |13|. Selon le quotidien financier français Les Echos, « un calcul approximatif montre que les économies générées grâce à la baisse des taux du coût de financement depuis 3 ans s’élève à 63 milliards d’euros » |14|. Somme à comparer aux 15 milliards (sur 110 répartis entre les différents créanciers) effectivement prêtés (avec intérêt – voir plus haut) par l’Allemagne entre mai 2010 et décembre 2011 à la Grèce dans le cadre de sa contribution au premier plan d’« aide » de la Troïka. Le total des engagements allemands envers la Grèce, si on additionne les décisions européennes prises entre 2010 et 2012, s’élève à 67 milliards d’euros. Mais attention, la majeure partie de cette somme n’est pas encore déboursée tandis que l’économie réalisée selon le calcul des Echos s’élève déjà à 63 milliards d’euros.

Nous avons évoqué les taux à 10 ans et à 6 ans payés par l’Allemagne pour emprunter. Si on prend le taux à 2 ans, l’Allemagne a par exemple émis des titres de cette maturité le 23 mai 2012 à un taux d’intérêt nul |15|. Début 2012, l’Allemagne a emprunté à 6 mois la somme de 3,9 milliards d’euros à un taux d’intérêt négatif. A ce propos, Le Soir écrivait le 23 mai 2012 : « les investisseurs vont recevoir au terme de ces six mois un tout petit moins (0,0112%) que ce qu’ils ont prêté » |16|.

S’il y avait une once de vérité de vérité dans le flot de mensonges à propos de la Grèce (du Portugal, de l’Espagne…), on pourrait lire que la Grèce permet à l’Allemagne et aux autres pays forts de la zone euro d’épargner des sommes considérables. La liste des avantages tirés par l’Allemagne et les autres pays du Centre doit être complétée par les éléments suivants.

4. Programme de privatisation dont bénéficient les entreprises privées des pays du Centre

Les politiques d’austérité imposées à la Grèce contiennent un vaste programme de privatisations |17| dont les grands groupes économiques, notamment allemands et français, pourront tirer profit car les biens publics sont vendus à des prix bradés.

A l’encontre cite et commente une longue interview donnée par Costas Mitropoulos, un des personnages chargés du programme de privatisation en Grèce, au quotidien suisse francophone Le Temps le 7 avril 2012 : « Les bureaux du Fonds hellénique de développement des actifs (« Hellenic Republic Asset Development Fund ») jouxtent, à Athènes, un musée consacré à l’histoire de la capitale grecque. Un symbole, tant le processus de privatisations mené par une vingtaine d’experts, sous la direction de l’ancien banquier Costas Mitropoulos, doit changer à terme le visage de la Grèce » avant d’ajouter : « C’est à ce fonds, constitué à la demande de l’Union européenne (UE), que l’Etat grec transfère au fur et à mesure les propriétés, les concessions et les participations qui doivent trouver acquéreur. Avec pour objectif, selon les plans initiaux de l’UE, d’engranger au moins 50 milliards d’euros de recettes d’ici à la fin 2017. » Costas Mitropoulos, banquier, a été actif à Genève et souligne que « le transfert des propriétés à notre fonds, par l’Etat grec, s’est accéléré ». Il poursuit : « Notre premier message à faire passer est : nous ne sommes pas l’Etat grec. Nous sommes un fonds indépendant chargé des privatisations, désormais propriétaire de 3% du territoire grec. Nous avons un mandat de trois ans. Nous sommes protégés contre les interférences politiques. »

Le journaliste du Temps insiste : « L’êtes-vous vraiment ? Les privatisations, partout dans le monde, sont toujours très « politiques » et l’Etat grec, qui demeurera présent au capital de nombreuses sociétés, a très mauvaise réputation… »

La réponse est sans équivoque : « J’ai, comme banquier d’affaires, présidé aux destinées de l’une des plus importantes fusions-acquisitions en Grèce : le rachat, par le groupe international Watson, du groupe pharmaceutique hellénique Specifa pour près de 400 millions d’euros. Je connais les règles : un investisseur, pour être aujourd’hui intéressé par une privatisation grecque, doit pouvoir espérer tripler ou quadrupler sa mise. Un euro investi doit en rapporter trois ou quatre. » |18|

5.5 Les sacrifices imposés aux travailleurs permettent de contenir une poussée revendicative dans les pays du Centre

Les reculs sociaux infligés aux travailleurs grecs (mais aussi portugais, irlandais, espagnols…) mettent sur la défensive les travailleurs d’Allemagne, des Pays-Bas, d’Autriche, de France, de Belgique… Leurs directions syndicales craignent de monter au combat. Elles se demandent comment revendiquer des augmentations salariales si dans un pays comme la Grèce, membre de la zone euro, on diminue le salaire minimum légal de 20% ou plus. Du côté des directions syndicales des pays nordiques (Finlande notamment), on constate même avec consternation qu’elles considèrent qu’il y a du bon dans le TSCG et les politiques d’austérité car ils sont censés renforcer la saine gestion du budget des Etats.

De nouveau sur l’accord de Londres de 1953 sur la dette allemande et le plan Marshall

Comme indiqué dans l’article « Grèce-Allemagne : qui doit à qui ? (1) L’annulation de la dette allemande à Londres en 1953 », les termes de l’accord signé à Londres tranchent radicalement avec la manière dont est aujourd’hui traitée la Grèce. De multiples conditions ont été réunies pour permettre à l’Allemagne de l’Ouest de se développer rapidement en permettant la reconstruction de son appareil industriel. Non seulement la dette contractée par l’Allemagne en-dehors des deux guerres mondiales a été réduite de plus de 60%, mais le règlement des dettes de guerre et le paiement des réparations aux victimes civiles et aux Etats ont été reportés à une date indéterminée : de fait, à la réunification allemande qui est intervenue en 1990 et au traité de paix qui a été signé à Moscou la même année entre les autorités des deux Allemagnes en cours d’unification, les Etats-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni et la France. Le poids des réparations sur l’économie allemande a donc été longtemps différé. Et dans le cas des réparations dues la Grèce, celles-ci n’ont pas représenté le moindre effort de la part de l’Allemagne puisque les autorités allemandes refusent de donner suite aux demandes grecques.

A la différence de ce qui s’était passé à l’issue de la première guerre mondiale, les puissances occidentales ont voulu après la seconde guerre mondiale éviter de faire peser sur l’Allemagne le poids de remboursements insoutenables car elles ont considéré qu’ils avaient favorisé l’accession du régime nazi au pouvoir. Les puissances occidentales voulaient également une Allemagne de l’Ouest forte économiquement (mais désarmée et occupée militairement) face à l’Union soviétique et ses alliés. Rien de tel n’est de mise avec la Grèce et les autres pays de la Périphérie au sein de l’Union européenne.

Pour atteindre cet objectif, non seulement le fardeau de la dette a été très fortement allégé et des aides économiques sous forme de dons ont été octroyées à l’Allemagne, mais surtout on lui a permis d’appliquer une politique économique tout à fait favorable à son redéploiement. Les grands groupes industriels privés ont pu se consolider, ceux-là mêmes qui avaient joué un rôle clé dans l’aventure militaire de la première guerre mondiale, dans le soutien aux nazis, dans le génocide des peuples juifs, tsiganes…, dans la spoliation des pays occupés ou annexés, dans la production militaire et l’effort logistique gigantesque de la seconde guerre mondiale. L’Allemagne a pu développer d’impressionnantes infrastructures publiques, elle a pu soutenir ses industries afin de satisfaire la demande locale et de conquérir des marchés extérieurs. L’Allemagne a même été autorisée à rembourser une grande partie de sa dette dans sa monnaie nationale. Pour rendre cela concret, il suffit de réfléchir à la situation qui a suivi l’accord de Londres de 1953. L’Allemagne rembourse par exemple à la Belgique et à la France une partie de ses dettes de l’entre deux guerres en deutsche marks. Ces deutsche marks qui n’avaient pas d’intérêt dans les échanges avec le reste du monde, Belges et Français ont essayé de s’en débarrasser rapidement en achetant des marchandises et des équipements fournis par l’économie allemande et contribué à refaire de l’Allemagne une grande puissance exportatrice.

De leur côté, la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Estonie, la Slovénie et les autres pays périphériques de la zone euro doivent rembourser leurs dettes publiques en euros alors qu’ils en manquent vu leur déficit commercial face aux pays les plus forts de la zone euro. Dans le même temps, les puissances qui dominent la zone euro les obligent, via la Commission européenne et les traités adoptés, à mener des politiques qui les empêchent tant de satisfaire la demande de leur marché que d’exporter. S’ils veulent quand même réussir à exporter, ils sont poussés à réduire encore plus les salaires, ce qui comprime un peu plus la demande intérieure et accentue la récession. Le programme de privatisation achève de porter des coups à leur appareil industriel, à leurs infrastructures et à leur patrimoine en général.

Pour sortir de cette impasse, il faut mettre en œuvre un ensemble de mesures économiques et sociales en rupture radicale avec les politiques menées aujourd’hui, tant dans le cadre national qu’au niveau européen. Il faut donc réaliser un programme d’urgence face à la crise |19|.

Prochainement : Grèce-Allemagne : qui doit à qui ? (3) portera sur le refus des dirigeants allemands de verser les réparations dues au peuple grec suite à l’occupation nazie

Notes

|1| Une biographie utile est publiée par wikipedia en anglais : http://en.wikipedia.org/wiki/Hans-W…

|2| Le Monde, 1 août 2012, p.17 http://www.lemonde.fr/idees/article…

|3| Voir http://alencontre.org/europe/la-gre… ainsi que http://www.agoravox.fr/tribune-libr… et http://cadtm.org/Declaration-de-Man…

|4| Voir note biographique en allemand : http://de.wikipedia.org/wiki/Karl_H…

|5| Tableau repris de C. Lapavitsas, A. Kaltenbrunner, G. Lambrinidis, D. Lindo, J. Meadway, J. Michell, J.P. Painceira, E. Pires, J. Powell, A. Stenfors, N. Teles : « The eurozone between austerity ans default », September 2010. http://www.researchonmoneyandfinanc…. Voir également le résumé en français (rédigé par Stéphanie Jacquemont du CADTM) de cette étude.

|6| Le même phénomène s’est produit au même moment envers le Portugal, l’Espagne, des pays d’Europe centrale et de l’Est.

|7| Tableau repris de C. Lapavitsas, op. cit.

|8| Les principaux détenteurs (càd les banques des pays mentionnés) des titres de la dette grecque sont selon l’infographie présentée : la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Royaume Uni, les autres détenteurs sont regroupés dans la catégorie « reste du monde ». Cette infographie est reprise de C. Lapavitsas, op. cit., p. 11 Selon la BRI, en décembre 2009, les banque françaises détenaient la dette publique grecque pour un montant de 31 milliards de dollars, les banques allemandes en détenaient 23 milliards.

|9| A partir de 2010, les banques occidentales ont arrêté ou diminué radicalement les achats de titres grecs et ont commencé à se défaire de ceux qu’elles avaient préalablement achetés. Elles les ont revendues à la Banque centrale européenne qui les achète sur le marché secondaire.

|10| Christine Lagarde est devenue directrice générale du FMI en juillet 2011.

|11| Voir Council of the European Union, Statement by the Heads of State or Government of the Euro area and EU Institutions, Bruxelles, 21 Juillet 2011, point 3, http://europa.eu/rapid/pressRelease….

|12| Voir European Commission, Directorate General Economic and Financial Affairs, “The Second Economic Adjustment Programme for Greece”, Mars 2012, table 18, p. 45, “Interest rates and interest payments charged to Greece” by the euro area Member States”, http://ec.europa.eu/economy_finance…

|13| Financial Times, “Investors rush for the safety of German Bunds”, 24 Mai 2012, p. 29

|14| Les Echos, Isabelle Couet, « L’aide à la Grèce ne coûte rien à l’Allemagne », 21 juin 2012. La journaliste précise : « Les taux à 6 ans –ceux qui correspondent à la maturité moyenne de la dette allemande- sont en effet passés de 2,6% en 2009 à 0,95% en 2012. »

|15| Le Soir, Dominique Berns et Pierre Henri Thomas, « L’Allemagne se finance à 0% », 23 mai 2012, p. 21

|16| Idem.

|17| Voir le film documentaire Catastroïka

|18| Voir dossier déjà cité http://alencontre.org/europe/la-gre… Concernant le processus de privatisation voir : European Commission, Directorate General Economic and Financial Affairs, “The Second Economic Adjustment Programme for Greece”, Mars 2012, p. 31 à 33, http://ec.europa.eu/economy_finance…

|19| Voir Damien Millet – Eric Toussaint, « Europe : Quel programme d’urgence face à la crise ? »

 

Eric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

 

Italie. L’imposture de Mario Monti

octobre 8th, 2012 by Chiara Filoni

Pour celles et ceux qui se demandent si quelque chose a changé en Italie, après neuf mois de gouvernement dit « technique » – donc non élu par la population – présidé par Mario Monti |1|, la réponse est oui. Malheureusement en pire. Si on évalue ce gouvernement sur la mission pour laquelle il a été mis en place, à savoir la résolution de la crise de la dette, les résultats sont désastreux. En décembre 2011, lors de l’installation du gouvernement Monti, les taux d’intérêt des Bons du Trésor Pluriannuels ont commencé à descendre, d’un pic à 7% avec un spread |2| de 575 points de pourcentage, à un taux de 5-6% et un spread de 380-400 points. En juillet 2012 le spread remonte à 500 points pour redescendre autour de 350-400 points en septembre. Du point de vue strictement technique, aucune raison de se réjouir : rien n’a changé. Le coût humain est à l’inverse considérable. Les Italien-ne-s subissent de plein fouet les plans anti-crise ou, comme notre ministre du Travail Fornero aime à les appeler, les mesures « de larmes et de sang ».

Le taux de croissance est estimé autour de -0,2% du PIB pour 2013 |3| (contre -1,3 en 2012), raison suffisante pour que Monti se déclare optimiste ! Pourtant, une contraction de 2,4% est encore prévue pour cette année, le ratio dette/PIB devrait atteindre 126,4% en 2013 (contre 123,4% prévu jusqu’à présent) et le déficit budgétaire 1,8% (contre 0,5% prévu) |4|. Les grandes banques d’investissements ont commencé à se prémunir du soi-disant « risque Italie ». En tête, Goldman Sachs, qui a réduit son exposition sur les titres de la dette italienne de 92% (de 2,5 milliards de dollars en mars 2011 à 191 millions au 30 juin 2012). La contrepartie de ces opérations est la couverture des titres en dérivés, qui avaient une valeur négative de 279 millions de dollars en juin 2011, alors qu’ils enregistraient en mars 2012 une valeur positive de 170 millions |5|. Selon Handeblatt, principal quotidien économique et financier allemand, d’autres « bigs » auraient également renforcé leur position à l’égard du « risque Italie » en assurant de plus en plus leurs bonds. JP Morgan aurait par exemple augmenté le pourcentage des bond italiens assurés avec des credit default swaps (CDS) de 52% à 61%, tandis que pour UBS ce pourcentage est passé de 69% à 90%.

Les politiques « de larmes et de sang »

En juillet dernier, le Parlement a ratifié le Pacte budgétaire (Fiscal Compact) et le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) imposés par l’Union Européenne. Entres autres mesures, rappelons que le Fiscal Compact oblige les pays dont la dette est supérieure à 60% du PIB à passer sous ce seuil sur vingt ans, sous peine de sanctions pécuniaires. L’Italie s’est donc engagée à une coupe budgétaire de 45 milliards d’euros, chaque année, pendant 20 ans. Une stratégie dont la population fera les frais, à commencer par les plus précaires, via une austérité permanente.

Entre autres résultats néfastes de cette politique, deux mesures ont particulièrement miné les droits des travailleurs-euses : la réforme par la ministre du Travail de l’article 18 du Statut National de travailleurs, qui interdisait le licenciement sans juste cause, rend maintenant nettement plus facile pour une entreprise de licencier ses salarié-e-s. Cette réforme s’inscrit dans la lignée de la modification par le gouvernement Berlusconi en septembre 2011 de l’article 8 de la loi 138, qui efface de fait les conventions collectives nationales (en matière de normes du travail, horaires et licenciements) qui peuvent être dérogées par des conventions d’entreprises ou territoriales (c’est-à-dire par des syndicats dits plus représentatifs sur le plan territorial ou national).

Ces deux mesures marquent une régression totale des acquis sociaux. En outre, elles sont l’application rigoureuse de la fameuse lettre secrète de Mario Draghi et de Jean-Claude Trichet à Berlusconi publiée par le journal Corriere della Sera |6|, et plus précisément des deux derniers points de la section 1 qui invitaient l’Italie à revoir complètement son système de négociation collective et à réviser les règles d’embauche et de licenciement des travailleurs.

Les deux autres sections de cette lettre qui « conseillaient » une « correction » du déficit et de la dette et une « révision de l’administration publique » prendront sans doute effet prochainement. En effet, l’approbation du pacte budgétaire, du MES et la Spending Review (révision des dépenses de l’Etat) annoncent de nouveaux revers. En la matière, la Spending Review prévoit une réduction du personnel de la Fonction publique de 10% et de 20% pour ce qui concerne le nombre de ses dirigeants, un gel des embauches de 80% à partir de 2012 et de 100% à partir de 2014. La Spending Review prévoit également l’augmentation de la TVA en 2013, prévue initialement pour 2012 (pour compenser le déficit, les régions qui dépensent le plus dans le secteur sanitaire – à savoir la majorité des régions du Sud plus le Piémont et le Lazio, qui constituent 44% de la population italienne – ont la possibilité de taxer davantage leurs citoyens), la hausse des taxes universitaires pour les étudiants ayant dépassé le nombre d’années requises pour l’obtention du diplôme, des coupes dans la recherche pour 30 millions et une réorganisation des provinces.

Pendant ce temps, entre autres victimes des politiques « de larmes et de sang », les esodati, ces anciens salariés (350 000 selon les syndicats) partis en préretraite dans le cadre d’une démission volontaire (encouragée par l’employeur) ou au cours d’une restructuration d’entreprise, se retrouvent sans pension, pris au piège de la réforme qui relève l’âge du départ en retraite à 67 ans, et attendent toujours du gouvernement Monti qu’il trouve des solutions |7|.

Et sur le front des luttes ?

Heureusement, la population commence à se faire entendre. Selon les statistiques, il y a eu une hausse de 25% des grèves cette année. On peut cependant déplorer l’absence d’un front uni contre la crise et les mesures d’austérité, à l’instar d’autres pays comme la Grèce et l’Espagne |8|. Malgré cela, un front d’opposition composé de partis de gauche et de la Fédération Italienne des Ouvriers Métallurgiques a proposé un référendum sur le rétablissement des articles 8 et 18 dans leur disposition originelle. La récolte des signatures démarre en octobre, nous croisons les doigts.

Un front commun de lutte contre la dette s’est également constitué. Les campagnes Rivolta il Debito (Retourne la dette), Smonta il debito (Démonte la dette) aux côtés d’Attac Italie et d’autres associations, ont lancé un appel commun « pour une nouvelle finance publique » |9|. L’appel plaide notamment pour :

- l’institution d’un audit public et participatif sur la dette italienne aux niveaux national et local (il y a déjà plusieurs groupes dans le territoire) avec le gel immédiat du payement des intérêts

- la re-socialisation (avec des taux d’intérêts inférieurs à ceux du marché) de la « Cassa depositi e risparmi » qui gère les investissements dans le secteur public

- une profonde réforme fiscale, en redistribuant les revenus en faveur des plus pauvres à travers la taxation des rentes financières et un contrôle démocratique des mouvements de capitaux.

Cette initiative unitaire est à saluer, et il est à espérer que le peuple italien se mobilise à nos côtés, contre la dette illégitime et contre ces politiques d’austérité qui font payer à la population les choix des gouvernements et des banques privées.

Chiara Filoni

Notes

|1| Mario Monti, premier ministre depuis le 13 novembre 2011, a été nommé sénateur à vie par le Président de la République Giorgio Napolitano. À l’occasion de sa nomination, il a quitté différents postes de responsabilité : la présidence de la plus prestigieuse université privée italienne, la Bocconi, et celle du département Europe de la Trilatérale, un des plus prestigieux cénacles de l’élite oligarchique internationale, sa participation au comité de direction du puissant club Bilderberg et la présidence du think tank néolibéral Bruegel. Monti était conseiller international de Goldman Sachs de 2005 au 2011 (en qualité de membre du Research Advisory Council du Goldman Sachs Global Market Institute), il a été nommé commissaire européen au Marché intérieur (1995-1999) puis commissaire européen à la Concurrence à Bruxelles (1999-2004). Il a été membre du Senior European Advisory Council de Moody’s, conseiller de Coca Cola, il est encore un des présidents du Bussiness and Economics Advisory Group de l’Atlantic Council (un think tank américain qui promeut le leadership US) et fait partie du præsidium de Friends of Europe, think tank influent basé à Bruxelles.

|2| Écart de taux d’intérêt sur les obligations d’État entre le pays de référence et celui au sein de la zone Euro dont le taux d’emprunt est le plus faible, en l’occurence l’Allemagne.

|3| www.repubblica.it/politica/2012/09/24/news/monti_crisi-43145331/ ?ref=HREA-1

|4| www.lesechos.fr/investisseur…

|5| www.milanofinanza.it/news/dettaglio_news.asp ?id=201208091656225368&chkAgenzie=TMFI&sez=notfound&testo=goldman&titolo=Goldman%20gufa%20su%20Italia,%20si%20copre%20da%20rischio%20Paese

|6| www.corriere.it/economia/11_settembre_29/trichet_draghi_italiano_405e2be2-ea59-11e0-ae06-4da866778017.shtml

|7| Lire www.humanite.fr/monde/sans-retraite-et-sans-le-sou-501516

|8| www.ilmanifesto.it/attualita/notizie/mricN/8549/

|9| http://ilmegafonoquotidiano.globalist.it/news/%E2%80%9C-una-nuova-finanza-pubblica%E2%80%9D

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« L’homme, qui il y a quelques mois encore alimentait les cauchemars des dirigeants de l’UE, a l’air tout à fait modéré. Alexis Tsipras est assis dans une salle de réunion du parlement européen à Bruxelles, bien brossé et bien peigné et affichant un sourire aimable. Il n’a rien en commun avec un agitateur ou un combattant de la lutte des classes. S’il portait une cravate, il pourrait passer pour un Grec du genre Markus Söder [politicien bavarois de droite]. »

Tels sont les mots choisis par le quotidien ultra-conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung pour décrire le président de la Coalition de la Gauche radicale grecque (SYRIZA). Ils reflètent non seulement la propre attitude amicale de Tsipras envers l’Union européenne (UE) mais aussi l’attitude positive adoptée par les classes dirigeantes européennes à l’égard de son organisation. Plus les luttes de classes s’intensifient en Europe et plus les forces pseudo-gauches telles SYRIZA sont invitées à encourager les illusions selon lesquelles la classe dirigeante elle-même résoudra la crise dans des termes favorables aux travailleurs.

La semaine passée, Tsipras avait fait une tournée à travers l’Europe, prenant la parone d’abord devant le Parlement européen puis plus tard à Bruxelles avec son président, le social-démocrate allemand Martin Schulz. Schultz avait chaleureusement accueilli son invité. Tsipras a ensuite pris la parole le samedi 29 septembre devant un rassemblement à Hambourg en soulignant que son parti n’était pas opposé aux institutions de l’UE et cherchait plutôt à les soutenir. Tsipras avait déjà rencontré il y a quelques semaines Horst Reichenbach, le chef de la « task force » de l’Union européenne pour la Grèce.

Ces visites ont eu lieu alors que l’UE et le gouvernement grec intensifient les mesures d’austérité en Grèce. Lundi, 1er octobre, la coalition gouvernementale grecque qui comprend le parti conservateur Nouvelle Démocratie (ND), le PASOK social-démocrate et la Gauche démocrate (DIMAR), a présenté son budget pour 2013 au parlement. Le budget prévoit un déclin économique de 6,5 pour cent cette année et de 3,8 pour cent pour l’année prochaine – des chiffres jugés optimistes par de nombreux spécialistes.

La pauvreté de masse, les bas salaires et le chômage, qui dominent d’ores et déjà la vie en Grèce, vont s’aggraver suite au récent plan d’austérité dicté par l’UE et qui réclame des coupes sociales supplémentaires de 13,5 milliards d’euros (17 milliards de dollars.)

Il existe une opposition populaire grandissante à l’encontre du troisième plan d’austérité qui profite presque exclusivement aux banques et aux grandes entreprises. Le premier ministre grec, Antonis Samaras (ND), rencontre de plus en plus de difficultés à imposer les coupes alors que les grèves et les protestations se propagent et que les travailleurs des collectivités locales refusent d’appliquer les lois que ce dernier est en train de faire voter.

Dans ces conditions, SYRIZA prend une signification de plus en plus grande pour l’élite dirigeante. En 2009, ND avait cédé le pouvoir au parti de l’opposition, le PASOK, en espérant que ce dernier, grâce à ses liens avec les syndicats, serait mieux placé pour imposer les coupes budgétaires exigées par les banques. A présent, trois ans plus tard, SYRIZA planifie de jouer le même rôle. Non seulement l’organisation a de l’influence au sein des syndicats, mais elle entretient aussi des liens étroits avec une multitude de groupes petits bourgeois pseudo-gauches grecs avec lesquels elle espère maintenir un contrôle sur l’opposition sociale.

Après les élections, SYRIZA avait promis de ne pas organiser de grèves ou de manifestations. Actuellement, elle soutient des protestations symboliques, telles des « grèves générales » de 24 heures organisées par les syndicats.

Tsipras a aussi déclaré que SYRIZA était prêt à former « dès demain » un nouveau gouvernement. Lors des élections législatives de juin, SYRIZA était arrivée avec 27 pour cent des voix en deuxième position derrière ND.

Depuis les élections de juin, Tsipras a cherché à apaiser l’opposition populaire aux coupes sociales en soulevant un certain nombre de revendications sociales comme la fin des mesures d’austérité. Cependant, un coup d’oeil attentif montre que ses promesses sont creuses.

Depuis la campagne électorale, il a abandonné certaines revendications telles l’annulation des privatisations et des mesures d’austérité précédentes – des revendications qu’il avait cyniquement articulées tout en promettant de rembourser les dettes grecques aux marchés financiers et à l’Union européenne.

Au lieu de cela, SYRIZA s’est simplement borné à critiquer l’actuel plan d’austérité. S’il était appliqué, a-t-il déclaré, les chances pour que les créditeurs internationaux soient remboursés de leurs prêts seraient compromis parce qu’une faillite serait inévitable.

Comme alternative, SYRIZA appelle à une conférence européenne sur la dette pour discuter d’un report du paiement des intérêts et d’une annulation partielle de la dette. En recourant à l’exemple de l’Accord de Londres sur la dette de 1953, qui avait allégé l’Allemagne d’une bonne partie de sa dette, Tsipras a parlé de la nécessité d’un « plan Marshall » pour la Grèce pour stimuler la croissance économique et lui permettre de rembourser sa dette en temps utile.

Il s’est explicitement abstenu de contester les dettes que les travailleurs grecs sont actuellement obligés de repayer. Au lieu de cela, il veut créer les conditions pour que les remboursements aux banques et aux gouvernements étrangers se poursuivent. « La position adoptée par SYRIZA est celle de la stabilité économique, sociale et géopolitique, » a assuré Tsipras le 15 septembre à des hommes d’affaires à l’occasion d’une foire commerciale dans le Nord de la Grèce

En recourant au même discours il a souligné une fois de plus son soutien aux institutions réactionnaires de l’UE : « Le rôle de SYRIZA n’est pas de dissoudre actuellement la cohésion européenne, » a-t-il déclaré. Le parti ne veut que corriger le « parcours tortueux » de l’UE.

Dans un entretien accordé il y a deux semaines au journal argentin Página, Tsipras a été plus spécifique, réclamant une union politique plus étroite et davantage de pouvoirs pour la banque centrale du continent. Il a dit : « L’euro est un phénomène mondial unique. Nous disposons d’une monnaie commune, c’est-à-dire une union monétaire, mais ce qui nous manque c’est une union politique et une Banque centrale européenne capable de fournir une aide à chaque pays en Europe. »

En tant que modèle pour une telle perspective, Tsipras a nommé le premier ministre italien Mario Monti. Lors de la foire commerciale grecque il a déclaré : « Lors de cette élection nous avons raté l’occasion d’avoir aujourd’hui un gouvernement capable d’obtenir tout ce que le peuple grec a le droit de recevoir, les choses que les autres ont obtenues lors du dernier sommet du 26 juin, à savoir, le premier ministre italien, qui a réalisé la recapitalisation directe des banques sans alourdir la dette publique du pays. »

En fait, en échange d’assurances d’un soutien financier, Monti a imposé cette année de sévères coupes sociales totalisant 26 milliards d’euros.

En s’inscrivant dans cette perspective, SYRIZA lance des appels de plus en plus nationalistes. Le 16 septembre, dans un discours prononcé par Tsipras lors d’une manifestation en Grèce il a déclaré qu’il tenait à lancer une invitation « patriotique et démocratique » à tous les Grecs à reconstruire le pays. Plus loin dans son discours, il a ajouté, « Ce chemin ne sera pas recouvert d’un tapis rouge et de pétales de rose, » préparant ainsi la population à une nouvelle vague de sacrifices.

Article original, WSWS, paru le 4 octobre 2012

Opérations militaires turques en Syrie

octobre 7th, 2012 by Bill Van Auken

L’armée turque a attaqué mercredi, 3 octobre, la Syrie après que des tirs d’obus en provenance de la Syrie ont tué cinq personne dans une ville frontalière turque. Suite à l’invocation de l’accord de l’OTAN qui prévoit la défense collective, le risque d’une intervention directe de l’Occident est en train de croître dans cette guerre civile qui fait rage en Syrie depuis 18 mois.

Les services du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan ont publié mercredi soir une déclaration écrite annonçant que l’artillerie turque a ouvert le feu sur les forces syriennes.

Des sources de Damas ont rapporté que diverses cibles avaient été touchées à Idlib, une ville d’environ 100.000 habitants située dans le Nord-Ouest de la Syrie et qui a été le théâtre de combats féroces durant la guerre civile.

« Cette attaque horrible a fait l’objet d’une riposte immédiate de nos forces armées dans la région frontalière, conformément à leurs règles d’intervention, » a précisé le communiqué. « Des cibles ont été touchées par des feux d’artillerie sur des endroits identifiées par radar en Syrie. La Turquie ne laissera jamais sans riposte de telles provocations du régime syrien contre notre sécurité nationale. »

La déclaration ajoute que la Turquie a contacté le patron de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, pour demande une « réunion d’urgence » des membres de l’OTAN. Membre de longue date de l’alliance menée par les Etats-Unis, la Turquie est habilitée à convoquer une telle réunion en vertu de l’article 4 de la convention de l’OTAN qui permet aux Etats membres d’engager des consultations lorsque leur sécurité est menacée.

Après une réunion tardive à Bruxelles, l’OTAN a publié un communiqué disant qu’elle « condamn[ait] fermement la Syrie » et affirmait « sa solidarité » à la Turquie, en prévenant la Syrie de cesser immédiatement de « tels actes agressifs et de mettre un terme à ses violations du droit international. »

L’attaque turque a été ordonnée en réponse à ce qui fut apparemment une frappe accidentelle d’un tir de mortier syrien sur la ville d’Akçakale dans le Sud-Est de la Turquie près de la frontière syrienne. Un obus a touché une maison dans la partie résidentielle de la ville en tuant une femme et quatre enfants. On ne sait pas avec certitude quel camp a été responsable du bombardement, cependant, certains commentateurs ont suggéré en Turquie que cela aurait pu être délibérément mis en scène dans le but de provoquer une intervention turque.

Le ministre syrien de l’Information, Omran Zoabion, a présenté ses condoléances pour les pertes de vie en appelant à la retenue et en disant que le gouvernement était occupé à mener une enquête sur l’incident. Il a attribué les tensions existantes à une situation « frontalière impliquant des groupes terroristes répartis tout au long de la frontière et qui constituent un danger non seulement pour la sécurité nationale syrienne mais aussi pour la sécurité régionale. »

Selon la déclaration qui a émané des services d’Erdogan, la réaction au bombardement tombait sous le coup de la modification des règles d’engagement annoncée par le gouvernement turc après qu’un avion de combat avait été abattu après avoir envahi, le 26 juin, l’espace aérien syrien. A l’époque, la Turquie avait annoncé que toute approche de la frontière par des forces syriennes serait traitée comme un acte d’agression. L’armée turque a depuis renforcé sa présence dans la région.

Les réseaux de télévision turcs ont rapporté mercredi que davantage de chars et de troupes des forces spéciales ont été dépêchés à la frontière.

La menace de représailles avait déjà été lancée par Ankara le week-end dernier après qu’un autre incident lors duquel des tirs égarés avaient touché Akçakale le 28 septembre mais sans faire de victime. La Turquie a averti que toute répétition d’un tel tir entraînerait une riposte.

Ces trois dernières semaines de lourds combats ont fait rage du côté syrien entre les forces du gouvernement syrien et les insurgés soutenus par l’Occident.

Les tensions s’étaient accrues à tel point que précisément mardi, la Russie a lancé un appel à faire preuve de modération et un avertissement pour que les puissances occidentales ne profitent pas de la situation pour prétexter une intervention.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Gennady Gatilov, a prévenu que les « rebelles » soutenus par l’Occident pourraient délibérément provoquer des combats à la frontière dans le but d’entraîner la Turquie dans le conflit.

« Durant nos contacts avec les partenaires de l’OTAN et dans la région, nous en appelons à eux de ne pas chercher de prétexte pour procéder à une intervention militaire ou pour lancer des initiatives telles des couloirs humanitaires ou des zones tampon, » a dit Gatilov.

En s’adressant à la presse durant une visite officielle au Kazakhstan, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a dit que Washington était « indigné » par le bombardement syrien et ajouté qu’elle s’entretiendrait avec le ministre turc des Affaires étrangères pour déterminer « la meilleure voie à suivre. » Elle a qualifié le débordement de la guerre civile syrienne en Turquie de « situation très, très dangereuse. »

Contrairement à la femme et aux enfants tués à Akçakale, le gouvernement est loin d’être une victime innocente. Et Washington non plus ne peut se réclamer un droit moral pour se proclamer « indigné » par l’effusion de sang.

La Turquie a fourni son territoire comme base pour les opérations de la soi-disant Armée syrienne libre tout en permettant aux Etats-Unis d’installer un centre de commandement et de contrôle de la CIA à Adana, ville du Sud de la Turquie qui abrite aussi la base américaine Incirlik. C’est de là qu’ils coordonnent le flux des armes, de l’équipement, de l’argent et des combattants étrangers pour mener une guerre destinée à renverser le régime du président syrien Bachar al-Assad pour le remplacer par un régime fantoche plus complaisant.

Le gouvernement turc demande vigoureusement l’imposition d’un « couloir humanitaire » qui nécessiterait inévitablement l’intervention directe des avions de combat et des forces terrestres de l’OTAN.

Des officiers de l’armée turque auraient été envoyés en Syrie pour diriger les opérations militaires des insurgés.

La politique belliqueuse d’Ankara envers la Syrie est profondément impopulaire parmi de vastes couches de la population turque qui considèrent que la Turquie sert de pion dans la stratégie de l’impérialisme américain qui cherche à garantir son hégémonie au Moyen-Orient.

La presse turque a rapporté que les morts à Akçakale avaient occasionné une manifestation de colère des habitants qui ont exigé la démission du gouvernement régional. La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des bombes au poivre contre la foule avant que le gouverneur du district ne soit emporté dans une voiture blindée.

Des tensions frontalières ont aussi été attisées par la demande d’autonomie grandissante de la population kurde de la Syrie dans le Nord-Est du pays, près de la frontière turque. Ankara a accusé le mouvement kurde syrien de permettre aux guérillas kurdes turques du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) d’opérer là en avançant la menace d’une intervention. Les combats entre l’armée turque et le PKK sont des plus intenses depuis des décennies, suite au déclenchement de la guerre civile en Syrie.

Les affrontements à la frontière turco-syrienne sont survenus le jour même où une attaque terroriste massive a tué près de 50 personnes en en laissant au moins 100 de plus blessés dans le centre d’Alep, la plus grande ville syrienne et sa capitale commerciale. De nombreuses victimes étaient des civils.

Une série d’explosions engendrées par au moins deux attentats suicide à la voiture piégée et des frappes de mortiers, ont dévasté la place Saadallah al-Jabiri près d’un hôtel et du club des officiers de l’armée syrienne à Alep. La force des explosions a démoli les façades des bâtiments donnant sur la place et creusé un trou béant dans la voie publique.

La télévision d’Etat syrienne a condamné les bombardements comme étant des attaques terroristes et a diffusé les images des corps de trois hommes qui y auraient été impliqués. Tous portaient des uniformes militaires et auraient été vêtus de gilets d’explosifs mais ils ont été abattus avant d’avoir pu les faire exploser.

Les attentats suicides à Aled ont eu lieu à peine une semaine après une attaque identique perpétrée contre les quartiers généraux de l’armée syrienne à Damas.

De telles attentats suicides sont la marque de fabrique des forces islamistes liées à al-Qaïda, y compris des milliers de combattants qui ont afflué en Syrie en provenance de la Libye, d’Irak, d’Arabie saoudite et de pays aussi lointains que le Pakistan et la Tchétchénie. Ces éléments jouent un rôle de plus en plus déterminant dans ce qui est devenu une lutte sectaire amère encouragée par Washington et ses alliés.

L’un de ces groupes djihadistes, le soi-disant Front Al-Nusra qui a joué un rôle majeur dans les combats à Alep, a publié une déclaration mercredi revendiquant la responsabilité pour l’exécution sommaire de 20 soldats syrien capturés à la caserne militaire d’Hanano. Le communiqué a qualifié les conscrits assassinés d’« hérétiques », une caractérisation utilisée pour décrire la secte alaouite minoritaire dont Assad est un membre ainsi que d’autres populations musulmanes non sunnites.

 

Article original, WSWS, paru le 4 octobre 2012

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La procédure judiciaire concernant la 8e demande de libération de Georges Ibrahim Abdallah suit son cours.

Le tribunal d’application des peines tiendra audience à Lannemezan le 23 octobre à 14h30 en présence de Georges Ibrahim Abdallah et de son avocat afin de statuer sur sa demande de libération déposée le 24 janvier 2012. Nullement l’effet du hasard, la date de comparution du militant libanais pro palestinien coïncide avec la date anniversaire de son arrestation en 1984. Elle marquera l’entrée de Georges dans sa 29e année de détention. Pour mémoire, dans la foulée de son séjour passage au Centre national d’évaluation de Fresnes, Georges Abdallah a subi des entretiens sensés évaluer la dangerosité de son engagement politique. La commission pluridisciplinaire avait émis un avis négatif à sa demande de libération.

Selon un arrêté du 3 novembre 2008 (loi sur la rétention de sûreté), dans le cadre de la libération conditionnelle des condamnés à perpétuité, un avis consultatif de la commission pluridisciplinaire est obligatoire. Les juridictions ne pouvant accorder une libération conditionnelle sans l’avoir préalablement recueilli.

Georges Ibrahim Abdallah, militant pro palestinien d’origine libanaise, emprisonné en France depuis 28 ans, est l’objet d’un invraisemblable déni de droit de la part de la France, dans l’indifférence générale de l’opinion arabe et internationale, particulièrement libanaise.

Incarcéré depuis 1984, Georges Ibrahim Abdallah a battu le record détenu jusque-là par Nelson Mandela (24 ans), le chef du combat nationaliste sud-africain, et revendique désormais le titre de «Doyen des prisonniers politiques dans le Monde » L’homme, il est vrai, est atypique en ce que son parcours transcende les traditionnels clivages ethnico religieux qui constituent les habituelles grilles de lecture du conflit israélo-palestinien.

Militant communiste issue d’une famille chrétienne du Nord-Liban, ancien élève des congrégations religieuses chrétiennes françaises au Liban, Georges Ibrahim Abdallah a été condamné à la peine maximale prévue par la loi, pour l’exécution d’un responsable du Mossad israélien et celle d’un attaché militaire américain à Paris en 1982.

Au-delà du bien-fondé de sa condamnation sur la base de preuves sujettes à caution, l’homme a purgé sa peine. Libérable depuis 10 ans, il a été maintenu en détention sur ordre direct des États-Unis, aiguillonnées en sous-main par Israël. Pour l’exemple, au prétexte qu’un «crime de sang» a été commis à l’encontre de personnes représentants des autorités publiques.

Le standard israélien et le précédent Samir Kintar.

Un crime de sang de nature « terroriste » est imprescriptible en Israël de même que la peine y afférente. Par crime de sang s’entend tout acte commis par un étranger (goy) ayant abouti au meurtre et à l’assassinat d’un Israélien, qui se définit d’ailleurs par acte de terrorisme. Les règlements de compte au sein de la mafia juive américaine ou au sein de la mafia israélienne ne figurent pas dans cette catégorie de même que les crimes passionnels.

Israël s’est exonéré des massacres de Sabra Chatila, en septembre 1982, à Beyrouth, faisant valoir, selon le premier ministre de l’époque, Menahem Begin que « Des goyins ont tué d’autres goyins en quoi Israël est responsable? »

Sans la moindre faveur Georges Ibrahim Abdallah, il serait judicieux, pour ce qui est de crimes concernant des ressortissants israéliens, d’appliquer de la jurisprudence israélienne à son cas, dans une sorte de démonstration par l’absurde.

Samir Kintar, le militant libanais pro palestinien, a commis un attentat en Israël même provoquant une dizaine de victimes dont plusieurs morts. Son crime est théoriquement imprescriptible et sa peine aussi.

Pourtant Kintar, Doyen des prisonniers politiques arabes en Israël, a été libéré après 24 ans de captivité au terme d’un échange, matérialisé par la restitution de dépouilles de soldats israéliens contre sa libération et celle de plusieurs dizaines de prisonniers libanais, palestiniens et arabes.

Devant une telle disparité de traitement, la question qui se pose est de savoir «pourquoi ce qui est bon pour Israël n’est pas bon pour la France», un pays pourtant souverain? Ou, alors, faudrait-il tuer deux soldats israéliens pour obtenir la libération de Georges Ibrahim Abdallah, en échange de leurs dépouilles?

Au-delà du débat sur la matérialité de ce crime, en dépit de l’inégalité des rapports de force, en raison précisément de cette inégalité des rapports des forces exigeons la déportation de cette affaire et saisine de la Cour européenne des droits de l’Homme.

Une condamnation de la France par les instances européennes serait une victoire éclatante de grande portée stratégique et psychologique en ce qu’elle aura sanctionné un déni de droit d’un pays se réclamant abusivement comme étant le «Pays des Droits de l’Homme.»… qui se serait rendu coupable d’abus de droit Que la France respecte ses lois, l’expression de la volonté générale représentée par l’Assemblée nationale, artisan du Code Pénal.

Une peine a été accomplie dans sa totalité. Elle implique la libération du détenu. Une libération qui n’est pas une faveur, mais par application du principe de la légalité des délits et des peines.

La peine, accomplie de manière exemplaire, c’est-à-dire en conformité avec les règles de bonne conduite, ouvrait droit à une libération anticipée. Cela n’a pas été le cas. Mais cela ne doit pas se compenser pour autant par une détention sinon illégale, à tout le moins arbitraire.

L’application d’un droit ne constitue pas une faveur, mais une obligation morale. Le Droit applicable en France par la France pour l’honneur de la France. Georges Ibrahim Abdallah est le parfait contre-exemple des opposants modernes arabes qui se déploient off-shore téléguidés depuis les chancelleries des anciennes puissances coloniales, en costume cravate et des golden-cartes de crédit alimentées par les pétrodollars monarchiques. Son incarcération prolongée signe une forme de forfaiture, le propulsant par contrecoup, au rang du symbole du militantisme intégral.

Georges Ibrahim Abdallah, doyen des prisonniers politiques arabes en France, est l’honneur des Arabes, la conscience des révolutionnaires, le remord vivant des militants de tous bords. Que les hommes épris de paix et de justice dans le Monde nous rejoignent dans ce combat pour le respect de la parole de la France tant il importe que la France respecte sa parole …pour que le monde puisse continuer à respecter la parole de la France. Georges Ibrahim Abdallah est citoyen d’honneur de Calonne-Ricouart et de Grenay.

Né le 2 avril 1951 à Al Qoubaiyat (Nord-Liban), militant communiste pro palestinien a été blessé lors de la première invasion israélienne du Sud Liban en 1978. Il passe pour avoir été le chef des FATL (Fractions armées révolutionnaires libanaises) dont il aurait dirigé depuis Lyon les opérations en France sous les pseudonymes Salih al-Masri et Abdu-Qad. En 1982, les FARL revendiquent l’assassinat de Charles R.Ray, attaché militaire américain à Paris, le 18 janvier 1982, ainsi que Yacov Barsimentov, diplomate israélien (le 3 avril 1982, et blessent gravement Robert Onan Homme, consul américain à Strasbourg. Arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, il a été condamné le 10 juillet 1986 à perpétuité par la Cour d’assises spéciale, sous les pressions conjuguées des États-Unis et d’Israël pour complicité d’assassinat le 28 février 1987.

Georges Ibrahim Abdallah a pour avocat Me Jacques Vergès.

En mars 2002, sa demande de libération est rejetée.

En novembre 2003, la juridiction de la libération conditionnelle de Pau a ordonné sa remise en liberté à condition qu’il quitte définitivement le territoire pour le 15 décembre. Dominique Perben, alors ministre de la Justice, fait appel de la décision, si bien que le 15 janvier 2004, Georges Ibrahim Abdallah voit sa libération rejetée.

Il est toujours incarcéré en 2012, après 28 années de détention et plusieurs demandes de libération. Le 19 mai 2012, André Delcourt, maire communiste de Calonne-Ricouart, nomme Georges Ibrahim Abdallah citoyen d’honneur de la ville de Calonne Ricouart. Un mois plus tard, le 19 juin 2012, Christian Champiré, maire communiste de Grenay, et les membres du conseil municipal ont nommé Georges Ibrahim Abdallah citoyen d’honneur de la ville.

René Naba

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Cet article porte sur la journée historique de mobilisation face au Parlement espagnol(Congreso en castillan) de ce 25 septembre dernier.  Suite à la rédaction de l’article, ce jeudi 4 octobre, on aprenait que le juge Pedraz avait rejeté toutes accusations contre les 8 inculpés du moi d’août, soit disant à l’origine de cette mobilisation. Le PP au pouvoir n’a pas caché sa colère…

 

« La police a agi magnifiquement » s’est exclamé le ministre de l’intérieur, Jorge Fernández Díaz, le 26 septembre 2012 |1|. La veille, la manifestation « Encercle le Parlement » (Rodea el Congreso) se soldait par au moins 35 détentions dont Miguel Quinteiro, militant d’ATTAC de 72 ans venu de Pontevedra (Galice) en autobus pour manifester |2|, et 64 blessés. Le plus inquiétant est que ces 35 détenus ont été arrêtés non pas pour résistance ou trouble à l’ordre public mais pour attaque contre les institutions de la Nation, accusation tout à fait disproportionnée. Ils seront libérés suite à 49 heures de détention et de mauvais traitements |3|.

Bien qu’autorisée par la déléguée du gouvernement de Madrid Cristina Cifuentes, la convocation à la manifestation du 25 septembre avait été qualifiée d’illégale par le ministre Fernandez. Cristina Cifuentes et la secrétaire générale du Parti Populaire María Dolores de Cospedal ont clairement fait référence à une tentative de coup d’Etat comme celle, avortée, du 23 février 1981 |4| : « La dernière fois que je me rappelle qu’on ait encerclé le Parlement, qu’on ait pris le Parlement, c’était lors de la tentative de coup d’Etat » a déclaré Cospedal |5|. Elle fait l’impasse sur une différence de taille : le mouvement du 25S, lui même issu du 15M (la révolte des indigné-e-s a éclaté le 15 mai 2011 en Espagne) est un mouvement profondément pacifique luttant pour une réelle démocratie – tout en la pratiquant – et par essence opposé à toute tentative de coup d’État, qui plus est d’origine fasciste comme la tentative du 23 février 1981.

La peur change de camp

Plus de 1300 policiers anti-émeutes de l’Unidad de Intervención Policial (UIP) sont venus de tout l’Etat pour barricader le Congrès transformé en bunker |6|. Malgré ce dispositif ahurissant et une violence policière impressionnante, l’action ‘Rodea el Congreso’ a été un succès de mobilisation soutenu dans de nombreuses villes en Europe et ailleurs (manifestation de soutien aux mouvements grec et espagnol à Tel Aviv malgré le Yom Kipour par exemple). De nombreux bus sont venus de toute l’Espagne rallier la capitale, parfois non sans peine : certains autobus, comme ceux en provenance de Zaragoza, Grenade ou Valladolid, ont été contrôlés, fouillés ou déviés par la police.

Déjà le 15 septembre, lors de la manifestation contre l’austérité agressive du gouvernement et exigeant un référendum sur cette politique, quatre personnes de la Plataforma En Pie (Plateforme Debout, à l’origine de l’appel à manifester le 25 septembre devant le Parlement) dont Chema Ruiz, membre actif de la PAH (Plataforma de Afectados por la Hipoteca de Madrid) ont été arrêtées et accusées de désobéissance et résistance à l’autorité. Cette arrestation est intervenue au moment où ils tentaient pacifiquement de déployer une banderole portant l’inscription “25S rodea el Congreso” (25S : Encercle le Parlement) |7|. Le lendemain, des contrôles d’identité ont été effectués auprès de personnes participant à une assemblée préparatoire à ladite action dans le parc du Retiro.

Face à une réelle démocratie pratiquée dans la rue, la répression s’amplifie. Esther Vivas nous rappelle que « des amendes d’une valeur de 133.000 euros sont exigées par le ministère de l’Intérieur contre 446 activistes du 15M de Madrid ; 6.000 euros contre 250 étudiants du « Printemps de Valence » ; des centaines d’euros contre des activistes en Galice, pour ne citer que quelques exemples. A côté de cela : plus d’une centaine d’arrestations en Catalogne depuis la grève générale du 29 mai ; l’ouverture d’une page web de délation des manifestants à la police… Et, aujourd’hui, on modifie le Code Pénal pour criminaliser les nouvelles formes de protestation » |8|. Comble de l’injustice, « depuis le 15 M (15 mai 2011), alors qu’aucun policier anti-émeute n’a été sanctionné pour agression, la police a recueilli plus de 217.000 euros en amendes contre les manifestants en seulement une année » nous signale la télévision Sexta |9|. Malgré cela, les plaintes se multiplient pour agression, coups et blessures, sans suite.

Une proportion importante – quoique insuffisante – de la population est arrivée à un niveau de conscience collective qu’elle n’avait pas avant le 15M. C’est un acquis irremplaçable du mouvement du 15M, une force de nature à faire changer la peur de camp. Le 25S le montre bien tout comme la volonté du gouvernement depuis, de modifier le droit de manifester sous prétexte de sécurité. Les policiers, qui en tant que fonctionnaires ont vu leur salaire réduit de 5% en moyenne en 2010 (sous le gouvernement Zapatero) puis gelé en 2011 et 2012, font face à une recrudescence de manifestations et manifestent eux mêmes. Le syndicat de la police SUP (Sindicato Unificado de Policía) prépare une grande manifestation contre ces coupes le 17 novembre à Madrid.

Contexte d’instabilité politique

Il faut dire qu’après la lutte des mineurs du nord et la marche du SAT |10| au sud, l’Espagne évolue dans une ambiance politique et sociale tendue. En effet, la Catalogne, qui a réussi sa démonstration de force lors de la manifestation du 11 septembre en faveur de son autonomie |11|, s’affronte au gouvernement central de Rajoy. Le président du Parlement catalan (la Generalitat) Artur Mas a décidé de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections anticipées le 25 novembre. Pendant ce temps, on ne parle que trop peu de l’austérité pourtant dévastatrice appliquée en Catalogne par le même Artur Mas. Pourtant le 15 juin 2011, des milliers de personnes « assiégeaient » le Parlement catalan et obligeaient Artur Mas et de nombreux députés à rejoindre l’enceinte du Parlement en hélicoptère, à l’occasion des débats sur le budget qui impliquaient alors les plus importantes mesures d’austérité de la démocratie catalane. Des images qui rappelaient le président argentin Fernando de La Rúa fuyant la Casa Rosada (siège de la présidence en Argentine) en hélicoptère le 20 décembre 2001 pour aller se réfugier aux Etats-Unis quand le peuple argentin luttait contre la dette et l’austérité. L’Espagne de 2012 n’est pas encore l’Argentine de 2001 mais les mêmes ingrédients sont là…

De la coordination à l’action

En Espagne, l’appel à manifester avec comme mot d’ordre « ocupamos el congreso » (Occupons le Congrès), fut d’abord lancé par la nouvelle Plataforma en Pie (Plateforme Debout). Celle-ci exigeait la démission du gouvernement et l’occupation du Congrès pour ouvrir un processus constituant. La formulation de tels objectifs pouvant sembler empreinte d’illusion, de radicalité et peut être d’une certaine naïveté, a suscité un débat polémique |12|. C’est au cours d’un long processus qu’est née la Coordination 25S |13| et que le texte de l’appel a été amendé, s’est amélioré et a mûri au fil du temps pour s’éloigner de positions portant à confusion ou susceptibles de diviser. De Ocupamos el Congreso, on est passé à Rodea el Congreso (Encercle le Parlement). La dernière version de l’appel a finalement suscité un vif intérêt, a été relayé au sein du mouvement indigné du 15M et a reçu un certain écho |14|.

Madrid 25 septembre 2012, la politique se fait dans la rue

Une assemblée populaire de plusieurs centaines de personnes s’est tenue au Paseo del Prado peu avant le ralliement sur la Place Neptuno. L’écrivain et professeur Carlos Taibo y a fait une intervention remarquable en faveur d’un audit citoyen de la dette afin de répudier la part illégitime de cette dette. Il a cependant rappelé la nécessité de réclamer la reconnaissance d’une dette écologique, de genre et historique qui doivent être honorées.

« S’il n’y a pas de solution, il y aura une révolution », « démission, démission », « ce n’est pas une crise c’est une escroquerie » |15| scandaient des milliers de manifestants regroupés au Paseo del Prado et sur la Plaza de España, avant de rejoindre la Place Neptuno à proximité du Parlement. La suite a été relayée par de nombreux médias alternatifs à travers le monde |16|, pendant que Mariano Rajoy, fumant le cigare à New York, rendait hommage à la majorité silencieuse qui ne manifestait pas |17|.

La violence est la réponse du système face à la conscientisation de masse

Il est important de souligner que les violences qui ont surgi ce jour là sont le fait d’une poignée d’individus et de policiers infiltrés, mais ne représentent pas la grande majorité qui manifestait avec rage mais de manière totalement pacifique. « Ceci sont nos armes » (« estas son nuestras armas ») scandait la foule les mains en l’air et parfois assise par terre, face à la police prête à charger, pour montrer le caractère pacifique de cette action. Comme souvent, la violence est surtout le fait des « forces de l’ordre », réponse d’un système pris de panique face à la conscientisation de masse. La furie policière s’est même déchaînée à la gare Atocha, pourtant plus éloignée du Parlement, où une trentaine d’agents ont tiré des salves « dissuasives » et matraqué sans distinction entre des voyageurs attendant leur train et quelques manifestants. Un jeune, la tête en sang, s’indigne d’avoir reçu des coups sans motif. L’opération a semé la panique et la stupeur dans l’enceinte de la gare et discrédite totalement, si besoin était, le soutien aveugle du ministre de l’intérieur à la police. Les rares images filmées par les passants rappellent froidement la police franquiste ou celle de Pinochet… Le slogan « ils l’appellent démocratie mais ça ne l’est pas » (« lo llaman democracia y no lo es ») prend tout son sens…

Le lendemain 26 septembre, et surtout le 29 septembre, de nouvelles concentrations ont eu lieu à Madrid et dans de nombreuses villes d’Espagne. Le samedi 29 septembre, alors que le gouvernement espagnol transmettait au Parlement un projet de budget assorti d’un nouveau plan d’austérité, la 3ème manifestation du mouvement 25S se déroulait pacifiquement sur la glorieta de Neptuno et la Puerta del Sol pour réclamer la démission du gouvernement et une nouvelle constitution. Plus tard, l’objectif d’encercler le Parlement se concrétisait par une chaîne humaine. La Coordination 25S rappelle qu’il s’agit d’une « action de désobéissance civile non violente ». Sur la place Neptuno, la plus grande banderole affirmait : « Deuda odiosa, referéndum ya » (dette odieuse, référendum maintenant).

Un budget 2013 contesté, une répartition des richesses injuste

Dans une ambiance tendue ou les marchés font pression pour que l’Espagne se mette sous perfusion des fonds européens (MES), le gouvernement espagnol adopte un projet de budget pour 2013 assorti de nouvelles coupes budgétaires pour économiser 39 milliards d’euros avec une diminution des prestations chômage, du budget de la santé et de l’éducation à la clef. « Le budget doit servir de levier pour surmonter la crise et faire revenir la confiance en l’Espagne » a expliqué le ministre du Budget Cristobal Montoro |18|. Surprenante déclaration quand on regarde de près ce budget voué à la récession et au chômage de masse. Les intérêts de la dette passent de 28,9 milliards en 2012 à 38 milliards en 2013, soit une augmentation de près de 10 milliards d’euros (9114 millions) par rapport à 2012. La charge des intérêts, sans tenir compte du capital arrivant à échéance, dépasse pour la première fois depuis 1995 la partie destinée au paiement du personnel de toute l’Administration de l’État.

Dans la foulée de cette mobilisation historique, la coordinadora25s renouvelle l’appel à manifester fin octobre 2012 pour protester contre l’approbation du budget prévisionnel pour 2013 entaché de nouvelles mesures d’austérité. Il est clair que ce mode d’action – point fixe d’occupation d’espace public pour encercler les lieux de pouvoir – est une réussite à renouveler.

Jérôme Duval

 

Notes

|1| Le ministre a félicité à plusieurs reprises les « forces de l’ordre ». « La policia actuo espledidamente (…) La policia actuo magnificamente ». ’Felicito a la Policía, que actuó extraordinariamente bien y gracias a ella esa intención manifiestamente inconstitucional e ilegal de ocupar el Congreso y coaccionar a los diputados cuando están reunidos en sesión, no se pudo llevar a cabo’. http://www.lavanguardia.com/politica/20120926/54351879983/interior-magnifica-actuacion-policial-protesta-congreso.html. ’Respaldo absolutamente. Quiero además felicitar a la Policía Nacional porque ayer demostraron su profesionalidad en circunstancias muy difíciles’, a pour sa part déclaré Cristina Cifuentes.

|2| http://www.attac.es/2012/09/26/declaracion-de-attac-espana-contra-las-detenciones-del-25s/

|3| Lire le témoignage de Ainhoa Cortes et Gabriel Jiménez qui affirment qu’on leur a mis des pierres dans leur sacs, http://www.eldiario.es/politica/da-razones-seguir-luchando_0_52844953.html

|4| Le 23 février 1981, le lieutenant-colonel de la Garde Civile Antonio Tejero avait occupé les armes à la main le Parlement afin de réinstaller un régime franquiste autoritaire. Cette tentative de Coup d’Etat a avorté.

|5| “La última vez que yo recuerdo que se rodeara el Congreso, que se tomara el Congreso, fue por el intento del golpe de Estado”. Cospedal compara la convocatoria a rodear hoy el Congreso con el 23-F, El País, 25 septembre 2012, http://ccaa.elpais.com/ccaa/2012/09/24/madrid/1348520724_256773.html

|6| Toutes les unités de l’UIP composées de 50 agents chacune étaient présentes, sauf une de repos ces jours-ci, soit 11 de Madrid et 16 de différents lieux de l’État espagnol. El País, http://ccaa.elpais.com/ccaa/2012/09/21/madrid/1348228935_940235.html

|7| Lire le communiqué de la PAH Madrid, 15 septembre 2012 : http://afectadosporlahipotecamadrid.net/2012/09/15/comunicado-de-pah-madrid-ante-la-detencion-esta-manana-de-nuestro-companero-chema-ruiz-y-tres-personas-mas/

|8| Esther Vivas, Etat espagnol : 25S : le sauvetage de la démocratie, http://esthervivas.com/francais/etat-espagnol-25s-le-sauvetage-de-la-democratie/

|9| « …desde el 15M ningún agente de antidisturbios ha sido sancionado por agresión, mientras que en sólo un año la Policía ha recaudado más de 217.000 euros en multas a manifestantes. ».Consulté le 5 octobre 2012, http://www.lasexta.com/noticias/nacional/policia-recauda-217000-euros-multas-15m_2012092900052.html

|10| La Marche Ouvrière Andalousie Debout (‘Marcha Obrera Andalucía en Pie’) organisée par le SAT (Sindicato Andaluz de Trabajadores, www.sindicatoandaluz.org/) a organisé diverses actions jusqu’à son arrivée à Séville début septembre.

|11| La banderole de tête portait le slogan « Catalunya nuevo estado de Europa » (Catalogne nouvel Etat d’Europe).

|12| http://plataformaenpie.wordpress.com/

|13| Coordinadora 25S : http://coordinadora25s.wordpress.com/

|14| Sur ce processus, lire http://cadtm.org/El-comienzo-o-el-final.La version 2.0 du texte d’appel : http://cadtm.org/Espana-El-25-de-septiembre

|15| “Si no hay solución, habrá revolución”, “dimisión, dimisión”, “No es una crisis, es una estafa”.

|16| Voir la chronique du 25 septembre dans les vidéos insérées dans l’article ici : http://takethesquare.net/2012/09/26/confrontations-reach-a-new-level-in-spain-as-protesters-target-congress-25s/

|17| http://politica.elpais.com/politica/2012/09/26/actualidad/1348685176_244661.html

|18| www.latribune.fr/actualites/economie/20120929trib000721975/espagne-austerite-mais-comptes-publics-inquietants.html

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Les enjeux des élections au Venezuela

octobre 5th, 2012 by Oscar Fortin

Le 1erjuillet dernier, c’étaient les élections au Mexique. Près de 80 millions d’électeurs et d’électrices étaient appelés aux urnes. Les enjeux étaient de taille. Pour les oligarchies nationales et le grand frère du Nord, il ne fallait pas que le Mexique bascule du côté des pays émergents de l’Amérique latine. Déjà, en 2006, lors des électionsprésidentielles, des opérations de sauvetage de dernières minutes s’imposèrent pour que le pays ne passe pas la ligne des changements profonds réclamés par le peuple. Les preuves de fraudes d’alors n’y firent rien tout comme pour cette dernière élection. Dans les deux cas, les États-Unis et le Canada furent des premiers à se porter à la défense des résultats obtenus par le« bon » candidat.

Le 7 octobre prochain, ce sera jour d’élection présidentielle au Venezuela. Plus de 17 millions d’électeurs et d’électrices seront appelés aux urnes. Dans ce dernier cas, les enjeux seront également de taille. Depuis les 14 dernières années, le Venezuela a basculé dans le camp des intérêts fondamentaux du peuple. Les immenses richesses pétrolières ont été récupérées pour servir en priorité les besoins des moins nantis en santé, en éducation, en logements. De nombreuses réformes ont été réalisées et cinq grandes Missionsen tracent les principales orientations.
Depuis sa première élection, le 6 décembre 1998, Chavez a été soumis à 14 scrutins qu’il a tous gagnés, sauf un dont il a respecté, en bon démocrate qu’il est, les résultats. En avril 2002, il fut victime d’un coup d’État orchestré par les oligarchies et la Maison-Blanche. Voici qu’en dit le Monde diplomatique de mai 2002.
« Suffit-il à une minorité de se rebaptiser « société civile » pour pouvoir prétendre renverser un président démocratiquement élu ? C’est ce qu’ont cru, au Venezuela, le patronat, un syndicat corrompu, l’Eglise, les classes moyennes et les médias, qui, le 11 avril, aidés par des généraux félons, ont perpétré un coup d’Etat contre M. Hugo Chávez. l’administration de M. George W. Bush, dont les hauts fonctionnaires avaient reçu à Washington des délégations des futurs putschistes civils et militaires, a immédiatement salué ce qu’elle croyait être la mise à l’écart d’un dirigeant dont l’indépendance l’ulcérait. le premier geste du gouvernement espagnol, qui préside l’Union européenne, ne fut pas de condamner ces actes, mais de publier, le 12 avril, à partir de Washington, une déclaration commune avec le gouvernement américain, appelant les putschistes à créer « un cadre démocratique stable » ! C’était compter sans le raz de marée populaire qui, appuyé par des militaires loyaux, a rétabli la légalité à Caracas. »
Les assauts contre Chavez n’ont jamais cessé. Il a fallu qu’il compte sur un excellent service d’intelligence et sur le peuple pour avoir survécu à toutes ces intrigues destinées à le faire disparaître.
On comprend mieux l’importance des élections du 7 octobre prochain. Pour les adversaires de Chavez, le défi n’est pas de sauver la démocratie, mais de reprendre le contrôle du pays et de ses richesses. S’ils participent à la présente élection, ils se gardent bien de dire qu’ils en reconnaîtront les résultats. D’ailleurs, divers scénarios sont déjà en place pour en contester les résultats et prendre prétexte d’une soi-disant fraude pour amener la communauté internationale (les États-Unis) à intervenir.
Dans pareil contexte, la déclaration, toute récente de l’ex-président Carter à l’effet que le Venezuela a le meilleur système électoral au monde a de quoi désamorcer les prétentions de ceux et celles qui voudraient le disqualifier. S’ajoute à cette autorité morale, celle du chef de mission d’observation d’UNASUR, l’Argentin Carlos Alvarez, actuellement au Venezuela depuis plusieurs jours.
Les principaux sondages prévoient une victoire de Chavez, le plaçant entre 15 et 20 points au-dessus de son adversaire, Capriles. Un seul, réalisé par les partisans de ce dernier, rétrécit cet écart à 10 points, faisant dire à ceux qui soutiennent le candidat Capriles  que le résultat final les mettra à égalité ou fera de ce dernier le nouveau président du Venezuela.
Les forces armées et policières du pays sont mobilisées pour assurer le déroulement pacifique de ce scrutin et contrer, le cas échéant, les fauteurs de troubles. Déjà, les services d’intelligence ont identifié des groupes et des personnes qui ont développé des initiatives visant à déstabiliser ce scrutin qui donnera, en toute vraisemblance, la victoire à Hugo Chavez.
Conclusion
J’ai commencé cet article en parlant des élections mexicaines parce que cette dernière nous permet de voir la place réelle qu’occupe la véritable démocratie chez ceux qui s’en font les grands apôtres. Le Canada, les États-Unis, la France et tous ceux qui les suivent, dont les principaux médias, n’ont ressenti aucun scrupule devant les fraudes documentées de cette élection mexicaine, consacrant Enrique Pena Nieto du Parti révolutionnaire institutionnel, comme futur président du Mexique.
Il sera intéressant de voir, suite aux résultats, donnant vraisemblablement Chavez gagnant, les réactions de ces mêmes apôtres. Déjà, sur le moteur de recherche Google, j’ai remarqué que les références aux multiples sondages sont limitées et qu’il faut aller à d’autres sources pour élargir la base des références. Serait-ce que Google soit devenu un outil incontournable pour assurer l’élection des bons candidats et défaire les mauvais? Nous savons déjà que l’Administration étasunienne y occupe une bonne place.
La démocratie n’est plus une option, elle en est qu’une apparence. La véritable option n’est plus celle des peuples au pouvoir, mais celle des oligarchies et de l’empire en possession de ce pouvoir. Si le contrôle des mécanismes électoraux leur assure ce pouvoir, ils seront pour la démocratie, sinon ce sera par la force, la tricherie, la corruption et au diable la démocratie si elle ne livre pas la bonne marchandise.
Une histoire à suivre
Oscar Fortin
Québec, le 4 octobre 2012
http://humanisme.blogspot.com  un article fort intéressant sur le même sujet:  http://www.vigile.net/Attention-Arme-de-Manipulation
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Concernant leur avenir dans une Syrie post-Assad, les Kurdes de Syrie savent à quoi s’en tenir si le CNS (Conseil national    syrien), et plus particulièrement si l’actuelle direction des Frères Musulmans sa principale composante, parvient au pouvoir. Dans une interview    au quotidien turc Cumhuriyet, Mohammed Riad al-Shaqfa, secrétaire général de la confrérie, a dit clairement qu’il est «opposé à l’établissement d’une entité kurde en Syrie» (1). On s’en doutait, surtout depuis le refus du CNS au    Caire, le 2 juillet dernier, d’introduire un paragraphe reconnaissant le peuple kurde en tant que nation ou tout du moins lui permette d’exercer ses droits linguistiques et culturels. Les    délégués du PYD (Parti de l’union démocratique) et du CNK (Congrès national kurde)avaient alors quitté la salle et la réunion s’était achevée par un pugilat !

Le lendemain, des membres de l’opposition syrienne ont enlevé un jeune kurde à Afrin (au nord-ouest d’Alep) et l’ont    décapité. Poursuivis, les assassins ont été rejoints et tués. Salih Mohammad Muslim, chef du PYD, a accusé l’ASL (Armée syrienne libre) d’être l’auteur du crime. En novembre 2011, il déclarait à kurdwatch.org : les    Frères Musulmans « ont signé un accord avec la Turquie par lequel ils nieront l’existence des Kurdes    s’ils viennent au pouvoir en Syrie », tous ceux qui siègent au CNS sont des « sbires de la    Turquie » (2).

Depuis, suite à un accord secret avec le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), dont le PYD est la branche syrienne, les troupes et les services de renseignements du régime de Damas se sont quasi totalement retirés de la région kurde, pour    contenir le soulèvement populaire à Alep et à Homs. La photo d’Abdullah Ocalan, chef du PKK emprisonné en Turquie depuis février 1999, trône dans    tous les bureaux officiels.

La région kurde syrienne est désormais contrôlée par le PYD, sous couvert du Congrès national kurde (CNK) créé les 9 et 10 juillet dernier à Erbil sous la houlette de Massoud Barzani, président de la Région autonome du Kurdistan    irakien. Des Comités de défense du peuple se sont transformés en Forces armées kurdes (YPG). Près de    Dohouk, en Irak, un camp d’entraînement accueille les déserteurs kurdes et les prépare à l’après-Assad. Selon Barav Hassan, un des représentants du CNK, un millier de membres et de cadres du PKK a passé la frontière syrienne pour entraîner militairement les    militants kurdes syriens (3).

A kurdwatch.org qui lui demandait, fin 2011, ce qui se passerait si Damas changeait de stratégie, Salih Mohammad    Muslim, chef du PYD, a répondu : « Nous verrons ce qui arrivera ».

(1) Leader of Muslim Brotherhood    Opposes Kurdish Entity in Syria, par Adib Abdulmajid (Rudaw – 22/9/12)

http://www.rudaw.net/english/news/syria/5231.html

(2) Interview deSalih Mohammad Muslim (Kurdwatch – 8/11/11)

http://www.kurdwatch.org/index?aid=2182

(3) PYD Accused of Abuse of Power    in Kurdish Areas of Syria, par Hevidar Ahmed (Rudaw – 18/9/12)

http://www.rudaw.net/english/news/syria/5214.html

(4) Interview deSalih Mohammad Muslim (Kurdwatch – 8/11/11)

http://www.kurdwatch.org/index?aid=2182

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«… Je ressentais profondément la vulnérabilité, la fragilité de l’enfance en ce monde, et que c’est pourtant sur ces frêles épaules que nous faisons porter le poids de nos espoirs déçus et de nos éternels recommencements. » — Gabrielle Roy, Ces enfants de ma vie, Stanké, 1977

Il est 15 h 25. À l’exception de ceux qui sont inscrits à un cours de cirque et qui s’activent au gymnase, les élèves viennent de quitter l’école. Je suis assis à mon bureau dans ma classe et je regarde par les fenêtres ; la vue est magnifique. Mes fenêtres donnent sur des montagnes couvertes d’arbres et, à cette époque-ci de l’année, le coloris du paysage est proprement miraculeux.

Les fins de journée d’école ont toujours été pour moi un moment de recueillement. Prendre quelques minutes pour repasser en moi-même le déroulement de la journée et tenter, autant que faire se peut, d’en tirer des observations utiles sur les complexités de l’âme enfantine et sur notre difficulté à la saisir m’est toujours apparu comme étant un exercice nécessaire pour la suite des choses.

Je ne suis pas de ceux qui se contentent sans rechigner des catégorisations d’élèves ou des explications sociologiques ou psychologiques toutes faites qui circulent un peu trop à mon goût dans les milieux scolaires. Par exemple, qualifier de kinesthésique un enfant incapable d’arrêter de bouger ou de dyslexique un autre ayant des difficultés de lecture n’explique en rien l’origine et les raisons profondes de ces problèmes.

À mon avis, ce qui fait que de nombreux enseignants et enseignantes en sont arrivés à se contenter de telles réponses, pourtant insignifiantes, c’est que, depuis quelques années, les patrons de l’éducation (le ministère, les commissions scolaires et les directeurs d’établissement) errent dangereusement en leur imposant un mode de fonctionnement et d’évaluation appelé la gestion axée sur les résultats.

Cibles de réussite

Cette nouvelle philosophie gestionnaire consiste à fixer des cibles chiffrées de réussite à chaque enseignant. Par exemple, mon patron peut me demander d’augmenter le taux de réussite de mes élèves de 2 % pour une année. Et la qualité de mon travail sera alors jugée sur ma capacité à atteindre ces résultats. Dans le cas où je n’y arrive pas, je dois trouver et expliquer les raisons de mon échec. Je vous fais grâce des méthodes pour le moins aléatoires qui servent à mesurer ce taux de réussite. Mais ce qui est profondément affligeant dans cette approche, c’est que les rencontres pédagogiques entre les enseignants et les directions d’école tournent presque uniquement autour de l’observation et de l’interprétation de tableaux de chiffres censés témoigner de la valeur et de l’efficacité de l’enseignement.

Kafka n’est pas loin. Et quand, il y a deux ans, le directeur de mon école a imposé à notre conseil d’établissement, sous la menace de se retrouver en situation d’illégalité dans le cas d’un refus, cette gestion axée sur les résultats accompagnée de cibles chiffrées, je me suis obligé à relire Le procès de Kafka ; et j’en ai saisi alors toute la triste actualité.

Sournoises offensives

J’ai cependant toujours cru et je crois encore que ce qui fait l’honneur de l’homme, c’est son inaliénable capacité à s’opposer et à résister à tout ce qui le déshumanise. Et je suis de plus en plus convaincu que les enseignants forment une des premières lignes de cette résistance aux offensives de déshumanisation tous azimuts qui menacent les sociétés comme la nôtre en voie de marchandisation mondialisée.

Ces offensives déshumanisantes sont sournoises, car elles s’avancent vers nous sous les apparences d’une rationalité sans faille : l’efficacité, la performance, la compétitivité, etc. Prétendre s’y opposer fait de vous un rêveur qui ne comprend rien à la nécessité pour tout un chacun de sauver sa peau en se mettant au service d’une économie efficiente permettant aux meilleurs de tirer leur épingle du jeu.

Pourtant, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent contre une telle vision des choses. Ces voix proclament qu’un autre monde est possible, que l’être humain est doué d’une vie propre qui vaut par elle-même. Il n’est pas qu’une ressource humaine dont on peut jauger la valeur selon sa rentabilité économique. Agir ainsi, se serait nier son humanité ; et qui amoindrit l’humanité, ne serait-ce qu’en un seul homme, en ternit l’image en tous les hommes.

Visage de notre humanité

Un des grands penseurs de notre époque, le politologue et économiste Riccardo Petrella, a fort bellement dit qu’il est devenu urgent de « donner comme objectif prioritaire au système scolaire d’apprendre à savoir dire bonjour à l’autre ».

Apprendre à dire bonjour à l’autre, ce serait mettre de côté la compétition, qui s’inscrit dans une logique de guerre exigeant des gagnants et des perdants, pour enseigner plutôt la coopération, qui est reconnaissance de l’existence de l’autre et des riches complémentarités qui résultent de nos différences et de nos ressemblances. Apprendre à dire bonjour à l’autre, ce serait reconnaître pleinement le caractère sacré de toute vie humaine et de la biosphère qui la rend possible en cessant d’exploiter d’une manière éhontée les richesses de ce monde pour plutôt s’en faire les gardiens enfin devenus responsables.

En cette Journée mondiale des enseignantes et des enseignants, je voudrais saluer d’un grand geste ces femmes et ces hommes qui, à temps et à contretemps, luttent au quotidien auprès des enfants du monde entier pour que ne s’efface point le visage de notre humanité.

Éric Cornellier : Enseignant au primaire au Québec