INTRODUCTION

Aujourd’hui, 11 septembre 2013, nous publions ce qui sera probablement le chapitre final du débat sur le 11/9. Il s’agit des « 50 questions aux défenseurs de la version officielle » posées dans le documentaire qui vient tout juste de sortir : « 11-Septembre : Le nouveau Pearl Harbor ». [NdT – Seule la 1ère partie est disponible en français pour l’instant, les 2 autres suivront bientôt]

 

 

Pourquoi est-ce que j’utilise l’expression « chapitre final » ? Parce que la méthode des questions est la seule qui permette de décider de manière définitive et incontestable si la version officielle tient debout ou non.

« Vous dites que la version officielle tient debout ? Très bien, alors expliquez-nous ceci, ceci et cela. » C’est le moyen le plus simple et direct pour éviter les innombrables artifices dialectiques auxquels les « débunkers » ont désormais recours, depuis des années, pour ne pas avoir à affronter la réalité des faits.
Comme vous le verrez, il n’y aura aucun débunker qui essaiera de se confronter honnêtement à ces 50 questions. Ils s’accrocheront à tout et n’importe quoi, chercheront à invalider les questions en amont, à en réfuter d’une manière ou d’une autre le sens ou le bien-fondé, car c’est pour eux la seule manière de ne pas s’enfoncer davantage.

Si la question commence par « étant donné que pour avoir un effondrement symétrique, il est nécessaire de saper l’ensemble de la structure porteuse… », eux diront « ce n’est pas vrai que l’effondrement a été symétrique. Voyez ici, l’édifice s’incline légèrement sur le côté… », comme si cela faisait la moindre différence.

Ils s’attacheront aux mots, pinailleront sur les virgules, feront semblant de ne pas comprendre le sens profond de la question, de façon à ne pas avoir à affronter le problème.

Une personne honnête intellectuellement, face à une telle question, dirait ceci : « Oui, d’accord, la chute n’est peut-être pas exactement symétrique au sens strict, mais le problème de la défaillance simultanée reste entier. Le feu seul ne peut pas avoir fait cela. »

Au lieu de ça, le débunker invétéré dira : « ce n’est pas vrai que c’est symétrique, comme le fait croire Mazzucco, et donc je n’ai pas à répondre. » Comme si le problème cessait tout à coup d’exister.

Et vous verrez qu’après avoir réussi à lancer ce petit jeu sur 2 ou 3 questions, il tenteront de généraliser la stratégie à tout le reste, pour éviter de répondre à toutes ces questions d’un seul coup.

Que le spectacle commence !

Massimo Mazzucco

QUESTIONS


LA DÉFENSE AÉRIENNE

1.     Le fait de savoir que des attentats étaient imminents et qu’ils impliquaient le détournement de plusieurs avions de ligne, sans toutefois connaitre ni le lieu ni la date, constituait une bonne raison pour renforcer les défenses aériennes et pour mettre en état d’alerte plus de chasseurs que d’habitude sur tout le territoire. Pourquoi alors organiser autant d’exercices le même jour, tout en ne laissant que 4 avions de chasse en alerte pour défendre justement la partie du pays la plus susceptible d’être attaquée ?

2.       Une fois que le général Eberhart s’est rendu compte que le pays était attaqué par des avions de ligne détournés, à 9 h 03, pourquoi n’a-t-il pas immédiatement suspendu les exercices militaires et rappelé tous les chasseurs à leur base ?

3.       Pourquoi le général Myers n’a-t-il pas ordonné à Eberhart de le faire, après avoir fait le point au téléphone avec lui sur les attaques en cours ?

4.       Et pourquoi la Commission sur le 11-Septembre n’a-t-elle pas posé aux deux généraux ces questions pourtant fondamentales ?

L’AFFAIRE MINETA

5.       Le Secret Service savait que l’avion approchait pendant les 30 dernières minutes, ils le suivaient au radar, et avaient les moyens de l’abattre, et ils auraient dû le faire pour protéger la capitale. Mais ils ne l’ont pas fait. Pourquoi ?

6.       Concernant l’échange entre Dick Cheney et le jeune homme, pouvez-vous proposer une autre explication que celle d’un ordre de ne pas abattre l’avion, alors qu’il approchait de la zone protégée de Washington ?

LES PIRATES DE L’AIR

7.       Marwan al-Sheikki n’avait jamais piloté de jet de toute sa vie, sans parler de gros avion de ligne. Comment a-t-il pu effectuer une montée de 3000 pieds/minute puis une descente vertigineuse de 10 000 pieds par minute, tout en conservant le contrôle de l’avion ? Et pourquoi aurait-il pris tous ces risques inutiles, y compris celui de percuter d’autres avions en vol, plutôt que d’engager le pilote automatique et de le laisser l’emmener vers sa cible ?

8.       Ziad Jarrad n’avait jamais piloté de jet de toute sa vie, sans parler de gros avions de ligne, et n’avait que très peu d’expérience sur petit avion de tourisme. Comment a-t-il pu effectuer une descente « si rapide que l’ordinateur ne parvenait pas à le suivre », tout en gardant le contrôle de l’appareil, et pourquoi aurait-il pris de tels risques, y compris celui de percuter d’autres avions, plutôt que de voler en toute sécurité avec le pilote automatique vers la cible choisie au préalable ?

9.       Comment un pilote amateur [Hani Hanjour] que tous estimaient incapable de faire décoller un simple Cessna 150, qui avait du mal à comprendre les principes de base de l’aviation », et qui ne s’était jamais assis aux commandes d’un Boeing 757 a-t-il pu tout d’un coup se révéler capable de piloter un avion d’une telle dimension, en le faisant voler à de telles vitesses ?

10.     Et même si l’on part de l’hypothèse qu’il a réussi à atteindre Washington avec le pilote automatique, pourquoi donc l’aurait-il débranché et aurait-il choisi de piloter manuellement pendant 8 longues minutes, en effectuant une manœuvre parfaitement inutile qui a) augmentait considérablement le risque de s’écraser au sol, b) augmentait le risque d’être intercepté, c) lui faisait à nouveau perdre de vue sa cible, d) le contraignait à une approche bien plus difficile au raz du sol, e) réduisait sa cible à une infime ligne de ciment, et f) limitait les éventuels dégâts à la seule façade alors qu’il pouvait les maximiser et les rendre bien plus spectaculaires en faisant plonger l’avion sur les toits du Pentagone ?

11.    Même si quelqu’un avait prévu un attentat contre le Pentagone, il aurait très certainement imaginé un avion tombant du ciel sur les toits du bâtiment. Comment pouvait-on suggérer de se tenir éloigné de l’anneau externe, à moins de savoir à l’avance ce qui allait se passer ?

12.   Pourquoi ne nous a-t-on jamais montré une seule image des supposés pirates de l’air dans les différentes parties de l’aéroport le matin du 11-Septembre ?

13.   Et puisque l’aéroport Dulles de Washington disposait de caméras de surveillance aux postes de contrôle, pourquoi n’a-t-on pas rendu publiques les images correctement horodatées des 5 terroristes embarquant sur le Vol 77 le matin du 11-Septembre ?

LES VITESSES IMPROBABLES

14.   Pouvez-vous nous prouver qu’un Boeing 767 équipé de ses moteurs habituels est capable de voler pendant 2 minutes à plus de 900 km/h à basse altitude sans subir de dommages structurels ?

15.   Pouvez-vous expliquer comment des pilotes amateurs qui n’ont jamais volé sur un jet de leur vie peuvent réussir à garder le contrôle d’un avion volant plus de 300 km/h au-dessus de sa Vitesse Maximale Opérationnelle (VMO) ?

16.   Et pourquoi des terroristes, déjà bien heureux d’être arrivés en vue de leur cible, voudraient-ils compromettre toute l’opération en soumettant l’avion à un stress tel qu’il pourrait le faire s’écraser au sol avant d’avoir terminé leur mission ?

APPELS TÉLÉPHONIQUES DEPUIS LES PORTABLES

17.   Étant donné les limites du système de téléphonie cellulaire en 2001, pouvez-vous démontrer que les appels des passagers effectués avec leurs téléphones portables et mentionnés dans les rapports du FBI pouvaient être effectués à haute altitude aux vitesses indiquées et pour les durées précisées pour chacun d’entre eux ?

18.   Étant donné que les téléphones de bord sont alimentés par le système électrique de l’avion, comment une ligne peut-elle rester connectée 45 minutes après la désintégration complète de l’appareil au sol ?

Publié sur Luogocummune.net le 11 septembre 2013

Traduction GV pour ReOpenNews

Suite

Partie 2/3 :

Mazzucco11-Septembre, le nouveau Pearl Harbor: 50 questions aux défenseurs de la version officielle Par Massimo Mazzucco, 13 septembre 2013

Partie 3/3 :

11-septembre-le-nouveau-pearl-harbor-1_311-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor (3/3) Par Massimo Mazzucco, 21 octobre 2013

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«Les Turcs déçus soulignaient l’avantage d’organiser une manifestation sportive dans un pays à cheval sur deux continents, l’Europe et l’Asie. ´´Je ne peux pas croire que le comité ait manqué l’occasion de commencer le marathon sur un continent et de le finir sur l’autre´´, ´´Ou bien les athlètes du triathlon traversant à la nage entre deux continents. Ce serait épique. Une occasion parfaite de faire l’Histoire. La Turquie aurait dû l’obtenir.»

 Voeux pieux de citoyens  Turcs

Réuni pour sa 125e session à Buenos Aires, le Comité international olympique (CIO) a confié le 8 septembre 2013 l’organisation des Jeux de la XXXIIe Olympiade en 2020 à Tokyo, laquelle l’a emporté sur les deux autres villes en lice, Istanbul et Madrid, après deux tours de scrutin. L’Espagne a été éliminée dès le premier tour ´´La presse mondiale est unanime: c’est l’économie qui a porté préjudice à l’Espagne´´, titre le quotidien espagnol El Mundo. Les doutes sur la vulnérabilité de l’économie espagnole ont été décisifs face à la candidature de Tokyo pour les Jeux de 2020. Cependant, comparée à la Turquie, l’Espagne s’en est mieux sortie. Bien qu’elle en soit à sa troisième tentative de candidature 1972, 2012, 2016, elle a organisé les Jeux de l’Olympiade à Barcelone 1992 et surtout elle a organisé une manifestation planétaire prestigieuse; la Coupe du Monde en 1982 ainsi que la coupe d’Europe

Malgré Fukushima ou à cause de Fukushima?

Pour Tokyo, il faut rappeler qu’en 1940 et 1964 Tokyo a été retenue pour organiser les jeux. De plus, elle a organisé les Jeux olympiques dhiver: Sapporo 1972, Nagano 1998. Pour convaincre le CIO qu’au Japon «les Jeux seraient entre de bonnes mains», Tokyo s’était targuée d’avoir déjà mis 4,5 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros) dans un fonds spécial en banque pour couvrir le financement des Jeux (soit la moitié de la facture estimée), d’offrir des rues parmi les plus sûres du monde, des finances solides et des infrastructures du plus haut niveau pour des jeux compacts, 85% des sites se situant à moins de 8 kilomètres du village des athlètes. La capitale japonaise va donc accueillir les Jeux olympiques pour la deuxième fois de l’Histoire. La nouvelle a agréablement surpris, mais le projet n’est pas à l’abri des craintes liées à Fukushima.

Les Tokyoïtes ont crié ´´Banzai!´´ ce dimanche 8 septembre pour célébrer l’élection de leur ville pour organiser les Jeux olympiques 2020. L’annonce de cette désignation a été accueillie avec surprise car la population n’y croyait qu’à moitié. (…) ´´Même la Cour impériale a soutenu le projet´´ d’après le journal Sankei, en évoquant la visite de la princesse Hisako Norihito de Takamado à Bueno Aires. Mais cela n’étouffe nullement linquiétude concernant l’accident de Fukushima: ´´le Premier ministre Shinzo Abe a déclaré que la situation à la centrale était parfaitement sous contrôle et que Tokyo n’était absolument pas inquiété par l’accident. On ne peut nier toutefois que la capitale japonaise a aussi touché la corde sensible des membres du CIO, notamment quand elle a réussi à expliquer son choix de se relancer dans la course olympique afin de redonner de l’espoir aux Japonais, ébranlés par le séisme et le tsunami qui ont dévasté le nord-est du pays en mars 2011.» (1)

Fukushima pollue le Pacifique! Fukushima sera (peut-être) démantelé d’ici… 40 ans (= 2051?)! Qu’en sera-t-il d’ici 2020 = dans 7 ans à peine? Si le gouvernement japonais s’empressait tant ces derniers temps à reprendre la main sur la gestion de la catastrophe de Fukushima, c’est notamment qu’il avait en ligne de mire les JO de 2020… Chaque jour, une nouvelle fuite, une annonce d’une hausse du taux de radioactivité inattendue… Pourtant c’est l’mapthie envers le peuple japonais qui l’a emporté sur les craintes suscités par lles conséquences radioactives du démantèlement qui diton ne s’estomperaient que dans quarante ans à la fin du démantèlement. Un dessin du Canard enchainé résume plus que mille discours la réalité du futur. Il représente deux japonais squelettiques , avec des masques à gaz, en train de se battre sur fond ‘apocalypse nucléaire et le reporter  qui porte lui aussi ainsi que les deux juges, un masque à gaz qui déclare : « Merveillous, grâce à Fukushima le sumo est devenu une discipline olympique ». On comprend sans peine que le gouvernement nippon proteste …

Les précédents camouflets de la Turquie

Pour rappel cela fait cinq fois que la Turquie sollicite l’Occident pour organiser les jeux 2000, 2004, 2008, 2012. Quelle naïveté que ces Turcs qui n’ont rien compris! La proximité avec la Grèce et le marathonien Philippides ne leur est d’aucun secours. C’est un nouveau camouflet pour Ankara. Le rejet de la candidature turque pour l’organisation des Jeux olympiques de 2020 passe mal.

La France a été désignée en mai 2010 pour organiser l’Euro-2016. Une victoire qui fait jaser sur les rives du Bosphore, où l’on dénonce un choix politique plus que sportif. Soutenue par son président Abdullah Gül, la Turquie perd pour la troisième fois consécutive l’organisation de la compétition. La France a déjà accueilli le Championnat d’Europe en 1984 et la Coupe du monde en 1998. Elle avait également accueilli en 1960 l’ancêtre de l’Euro. Il n’empêche! Tout sauf la Turquie!

En mai 2010, lors de la  non désignation de la Turquie, Yakir Mizrahi, journaliste sportif à Istanbul, écrivait: ´´Ne sommes-nous pas assez Européens pour organiser l’Euro?´´: «Nous sommes très déçus par la décision de l’Uefa. Nous pensons qu’elle est injuste, d’autant plus que la France obtient pour la deuxième fois le droit d’organiser l’Euro. Alors pourquoi priver la Turquie pour la troisième fois consécutive d’une telle opportunité? Nous avons l’impression que l’on nous envoie un message politique, comme si l’on voulait nous dire que nous ne sommes pas assez Européens pour organiser l’Euro. On nous reproche notre manque d’infrastructures et de moyens de transports. Mais l’Ukraine, qui organise l’Euro-2012, n’est pas mieux lotie. Et, pour couronner le tout, le patron de l’UEFA, Michel Platini, a été irrespectueux à l’encontre de notre président. Lorsque le président français Sarkozy est arrivé à Genève pour s’adresser aux délégués de l’Uefa, Platini s’est levé et l’a présenté à tous les membres du comité exécutif. Mais lorsque notre président Abdullah Gül est arrivé, il n’a pas daigné se lever. Les médias locaux ont dépeint ce geste comme une offense à la Turquie. Je pense que les Turcs ne vont pas oublier de sitôt cet épisode, ni cette décision injuste.´´»(2)

Les mea culpa turcs

Après le rejet de la candidature d’Istanbul à l’organisation des Jeux olympiques de 2020, la presse turque est amère et s’interroge: la décision du CIO est-elle politique, ou est-ce l’image négative de la Turquie qui a fait pencher la balance? Nous lisons: «Que pouvait-on espérer, alors que l’on assiste à nouveau à des manifestations de violence policière sur le campus de l’Université Ödtü à Ankara? Mehves Evin, dans Milliyet, pointe également les effets néfastes pour l’image de la Turquie des événements du parc Gezi, Turan Alkan dans Zaman, quotidien qui exprime un soutien critique à l’égard du gouvernement AKP, tout en refusant de conclure que ´´décidément, le monde extérieur n’aime pas les Turcs´´, estime que la décision de ne pas choisir Istanbul est politique: ´´Que deux tiers des membres du CIO aient voté en faveur de Tokyo a incontestablement une dimension politique et culturelle. ´´Les forces politiques que l’on retrouve implicitement au sein du CIO ne voient pas nécessairement d’un bon oeil que la Turquie franchisse un palier. Cette affaire est assez semblable à ce qui se passe avec l’Union européenne, à la porte de laquelle on nous fait attendre depuis des décennies. Les maîtres de ce monde considèrent ainsi que la Turquie doit certes faire partie du ´´système´´ mais en restant éloignée du ´´centre de commandement´´». (3)

Les tripatouillages des organisations du football et de l’olympisme

Là où il y a de l’argent, il y a de la corruption, voire des tripatouillages en tout genre. Les voix sont achetées en y mettant le prix. On se souvient tous de Avery Brundage qui régna pendant longtemps sur le CIO dans une grande opacité. Ce fut encore pire avec Juan Antonio Samaranch. Nous avons en mémoire la honte de l’attribution de la Coupe du monde 2022 à un émir ventripotent qui compte investir 200 milliards et construire des stades climatisés.

Ainsi après avoir plaidé, en juillet dernier, pour que le Mondial-2022 prévu au Qatar puisse se disputer en hiver, plutôt qu’en été, à cause des grandes chaleurs qui caractérisent ce pays désertique du Moyen-Orient, en qualifiant cette situation d’«irrationnelle», le président de la Fifa, Joseph Blatter, vient de déclarer que sa fédération «s’est peut-être trompée d’avoir donné son accord pour l’organisation de la Coupe du monde de football de 2022 au Qatar». Il a ajouté qu’il «faut par ailleurs tenir compte des paramètres politiques et géopolitiques». Continuant dans son mea culpa, Blatter s’en prend à l’eurocentrisme: «La Coupe du monde est un événement mondial. Qui sommes-nous, nous les Européens, pour imposer nos points de vue? Je pense qu’il est grand temps que l’Europe commence à comprendre qu’elle ne régit plus le monde et que certaines anciennes puissances coloniales ne sont plus en mesure d’imposer leur volonté aux autres peuples de la planète.» (4)

Le chemin de croix de la Turquie vers une Europe qui dérive loin d’elle

Les raisons du refus sont légères. Le choix d’Istanbul par le CIO se présentait comme plus audacieux. Trop risqué pour cette institution? La guerre en Syrie et la menace d’un embrasement possible du Proche-Orient ont-elles pesé sur la candidature stambouliote? Cette question n’aura probablement jamais de réponse. ´´Istanbul est à plus de 1000 km de Damas, a martelé Hasan Arat, président d’Istanbul 2020 durant sa campagne. Et les JO auront lieu dans sept ans! Nous espérons que la guerre sera terminée d’ici là…´´ Où est alors la raison?

Il nous faut remonter dans le temps. La Turquie d’Atatürk s’est toujours voulu européenne. Après avoir aboli le califat, adopté un modèle de Constitution copiée sur la Suisse et la France, elle a sans état d’âme choisi l’Occident. La Turquie, pays partagé entre Europe et l’Asie mineure, participe très tôt à la construction européenne. Elle est membre fondateur de l’Organisation européenne de coopération économique (1948), adhère dès 1949 au Conseil de l’Europe et à l’Otan en 1951. Durant la Guerre froide, la Turquie s’allia aux États-Unis et à l’Europe de l’Ouest. Le 11 novembre 1957, le Premier ministre turc souhaite que la Turquie adhère aux initiatives telles que la Communauté économique européenne,

Le 31 juillet 1959, dix-huit mois seulement après l’entrée en vigueur des traités de Rome, la Turquie a présenté sa demande d’association à la CEE. En 1961, lors de l’adoption de la nouvelle Constitution turque, un alinéa est rajouté à l’article 65, concernant la ratification des traités internationaux, afin de faciliter l’adhésion turque à la CEE8. La Grèce avait présenté sa demande le 8 juin 1959 pour un accord d’association avec la Communauté économique européenne entrant en vigueur le 1er novembre 1962. Celui avec la Turquie entra en vigueur le 1er décembre 1964. La Turquie a déposé sa demande d’adhésion à l’Union européenne le 14 avril 1987 (alors Communauté européenne). La Turquie est un membre associé de l’Union européenne(UE) et des communautés qui l’ont précédée depuis 1963. La Turquie a signé un accord d’Union douanière avec l’Union en 1995 et a officiellement été reconnue candidate le 12 décembre 1999 lors du sommet européen d’Helsinki. Les négociations commencèrent le 3 octobre 2005. La demande d’adhésion est devenue un sujet de controverse majeur parmi les élargissements en cours de l’Union européenne. Selon plusieurs sondages réalisés ces dernières années, la grande majorité des Européens et plus particulièrement des Français restent contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. (5)

En décembre 1997, le Conseil européen de Luxembourg décide de «lancer un processus d’adhésion englobant les dix États candidats d’Europe centrale et orientale et Chypre». Le Conseil européen «décide de convoquer au printemps 1998 des conférences bilatérales pour commencer les négociations avec Chypre, la Hongrie, la Pologne, l’Estonie, la République tchèque et la Slovénie [...]. Parallèlement, la préparation des négociations avec la Roumanie, la Slovaquie, la Lettonie, la Lituanie et la Bulgarie est accélérée». Tous ces pays ont été intégrés, on peut ajouter la Croatie dont l’adhésion a été très rapide.

L’Autriche et la France du président Sarkozy- celui qui a lancé la fameuse phrase-si la Turquie était en Europe cela se saurait- ont toutes deux déclaré qu’elles organiseraient un référendum sur l’adhésion de la Turquie et uniquement contre ce pays… C’est le cas en France avec le changement apporté en 2005 à la Constitution. Le problème de la partition de Chypre est aussi un prétexte à l’évolution des négociations. La partie occidentale de Chypre est européenne. De l’autre côté de la route, les Chypriotes turcs n’ont aucun avantage…

Pourtant pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, l’empire Ottoman était appelé: ” l’homme malade de l’Europe”, et il n’a eu de cesse de se battre attaqué par les puissances de l’époque ; la perfide Albion et son acolyte le Coq gaulois qui étaient de toutes expéditions pour  dit on “protéger les minorités chrétiennes du Levant”. Ce qui amena la “Question d’Orient” et le séisme du  dépeçage de l’empire “grâce” à Sykes et son acolyte Picot il y a de cela près d’un siècle . Les répliques de ce tremblement de terre nous les revivons en Syrie, mais cette fois les peuples ne sont plus dupes, ils se battront aidés en cela aussi par une prise de conscience internationale qui transcende les pays . Le clivage n’est pas entre les peuples il est entre les oligarques du monde quelques soient leur  latitude – adeptes du “moneys-théisme-  et les autres tout les autres qui veulent vivre dans la dignité

Le problème de la partition de Chypre est aussi un prétexte à l’évolution des négociations. La partie occidentale de Chypre est européenne. De l’autre côté de la route, les Chypriotes turcs n’ont aucun avantage… En 2006, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, considérait que le processus pourrait durer au moins jusqu’en 2021. On reste rêveur quand on sait que les pays de l’Est, anciennement les ennemis, ont été intégrés au pas de charge en moins de cinq ans. Nous sommes à plus de cinquante ans et il n’y a pas de signes avant-coureurs de l’acceptation des Turcs qui n’ont pas compris que l’Europe chrétienne est contre.

Il suffit de lire les écrits de Giscard d’Estaing, des deux papes Jean-Paul II et plus encore le «panzer cardinal» Benoit XVI particulièrement remonté contre les Turcs qu’il connait pour les côtoyer en Allemagne. Pour Angela Merkel «inviter la Turquie à devenir un pays candidat était une erreur». Le 31 octobre 2012 le Premier ministre Recep Tayyip Erdoðan annonce que, si d’ici 2023 la Turquie ne se voit pas accorder le statut de membre, celle-ci retirera sa demande… (5)

On le voit, il y a un fait, l’Europe, et plus largement l’Occident, fait à l’égard de la Turquie l’endiguement, qui ne peut être expliqué que par la religion.  Pour eux le spectre de l’Islam, même à la mode aseptisée de l’AKP, est incompatible avec les «valeurs» de la chrétienté. Il est à parier que des pays au coeur de l’Europe comme la Bosnie, l’Albanie passeront par le même feuilleton sans lendemain. Que veut en définitive l’Occident ,  s’acoquiner avec les extrêmes d’un Islam Politique réactionnaire et repousser un Islam apaisé comme on le voit en Syrie ou dans les monarchies du Golfe ?

On comprend le Premier ministre turc Erdogan exprimant sa déception à la presse argentine après le niet du CIO: «Ce n’est pas juste. D’une certaine manière, le comité de l’IOC est en train de rompre avec le monde musulman qui représente 1.5 milliard de personnes.» Pourtant, C’est à Ephèse en Turquie, que dit-on, la Vierge Marie aurait terminé ses jours…

Professeur Chems Eddine Chitour

 Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.     http://www.courrierinternational.com/ revue-de-presse/2013/09/09/tokyo-entre-surprise-et-euphorie?utm_campaign=&utm_ medium=email&utm_source=Courrier+international+au+quotidien

2.  http://observers.france24.com/fr/content/ 20100528-france-gagne-organisation-euro-2016-turcs-voient-rouge

3.  http://www.courrierinternational.com/ revue-de-presse/2013/09/09/un-revers-pour-la-turquie

4.    http://algeriepatriotique.com/article/blatter-le-choix-du-qatar-pour-le-mondial-2022-ete-une-erreur*

5.  Adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Encyclopédie Wikipédia

 

 

 

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Russia 24 : Monsieur le Président, je vous remercie d’avoir accordé cet entretien à Russia 24. Pourquoi la Syrie a-t-elle accepté, si vite, l’ « Initiative russe » et donc de soumettre ses armes chimiques au contrôle international ?

La Syrie a soumis, il y a plus d’une dizaine d’années, une proposition à l’Organisation des Nations Unies ayant pour but de débarrasser le Moyen-Orient des armes de destruction massive. Ceci parce que c’est une région instable… une « région de guerres » depuis des décennies, voire des siècles… la vider de toutes les armes non conventionnelles contribuerait à la stabiliser. À l’époque, les États-Unis avaient fait obstacle à cette proposition. C’est donc pour nous « un principe » de ne pas croire que les armes de destruction massive au Moyen-Orient soient une chose positive. Nous pensons tout à fait le contraire dans la mesure où nous cherchons depuis toujours la stabilité et la paix. Ceci est le premier aspect.

Un deuxième aspect concerne la situation actuelle. Il est indéniable que la Syrie, en tant qu’État, pense avant tout à s’épargner à elle-même et aux pays de la région « une nouvelle folie » que certains partisans des guerres, aux États-Unis, voudraient voir enflammer notre région ; alors que nous payons encore aujourd’hui le prix d’autres guerres menées par les Etats-Unis, tant en Afghanistan si loin de la Syrie qu’en Irak si proche. Nous sommes convaincus que toute guerre menée contre la Syrie sera une guerre dévastatrice qui entrainera la région dans une série de turbulences et de problèmes pour des décennies et, peut-être, pour des générations à venir.

Le troisième aspect concerne l’initiative russe elle-même. C’est certainement le plus important et c’est évidemment ce qui nous a conduit à aller dans cette direction. Si cette initiative n’était pas venue de la Russie, la Syrie aurait difficilement pu avancer dans ce sens. Notre relation avec la Russie est « une relation de confiance » qui s’est particulièrement renforcée durant cette crise qui dure depuis bientôt deux ans et demi, au cours desquels elle a prouvé sa capacité à comprendre ce qui se passe dans la région, sa crédibilité, et aussi qu’elle est une grande puissance sur laquelle on peut compter…

Telles sont les raisons qui ont poussé la Syrie à travailler en vue de la signature de la « Convention sur l’interdiction des armes chimiques ».

Russia 24 : Cependant, le président Barack Obama et le secrétaire d’Etat John Kerry ont déclaré que la Syrie n’avait accepté cette initiative et donc la soumission de ses armes chimiques à un contrôle international qu’en raison de la menace de frappes aériennes. Est-ce vrai ?

Si nous revenions quelques semaines en arrière, avant cette dernière menace de frappes aériennes… Les menaces des USA ne tournaient pas autour de ce « désarmement », mais plutôt autour d’une frappe dirigée contre la Syrie dans un contexte d’allégations, répandues par l’administration US, à propos de l’utilisation d’armes chimiques dans la Ghouta de Damas. Non ce n’est pas vrai de dire que les USA nous menaçaient pour que nous abandonnions nos armes chimiques. Ce qui est vrai est qu’ils ne se sont saisis de ce sujet qu’après le dernier G20 qui s’est réuni à Moscou, pas avant.

Je répète donc ce que je viens de dire. Ce qui nous a amené à avancer dans ce sens c’est l’initiative russe, elle-même, et les discussions que nous avons eues avec les responsables russes sur ce sujet. Je tiens à souligner une fois encore que si cette initiative n’était pas venue de la Russie, il aurait été absolument impossible de discuter de ce sujet avec n’importe quel autre pays.

Tout ceci est une sorte de propagande voulue par les USA, parce que Kerry, son administration, et peut-être même Obama veulent toujours apparaître tel le vainqueur qui menace et qui obtient… Mais peu nous importe, car la question fondamentale dans cette affaire porte sur les convictions de la  Syrie et le rôle de la Russie.

Russia 24 : Nous avons appris, hier soir, que la Russie avait informé les USA sur les étapes nécessaires à l’application du projet de mise sous contrôle international des armes chimiques. Voudriez-vous nous parler des procédures envisagées et dont vous avez certainement discutées ?

Certainement. Dans les prochains jours, la Syrie adressera les courriers et documents techniques, nécessaires à la signature de l’accord, aux Nations Unies et à l’ « Organisation pour l’interdiction des armes chimiques ». L’accord comprend plusieurs aspects dont l’interdiction de fabrication, de stockage et évidemment d’utilisation… Je crois qu’une fois la Convention signée elle ne prendra effet qu’environ un mois plus tard. La Syrie devra alors fournir l’inventaire de ses stocks à l’Organisation… Il s’agit d’un ensemble de procédures routinières que nous allons suivre.

Mais, il doit être clair pour tous que ceci ne se fera pas à sens unique. Il n’est pas question de se dire : « la Syrie a signé… la Syrie s’est exécutée… l’affaire est terminée ! ». La question est nécessairement à double sens et dépend en premier lieu des USA, qui devront abandonner leurs politiques agressives envers la Syrie et répondre aux conditions de l’initiative russe. Lorsque nous constaterons que les Etats-Unis se sont vraiment orientés dans la direction de la stabilité de cette région, lorsqu’ils auront cessé de menacer et d’œuvrer pour la guerre et même d’envoyer des armes aux terroristes ; nous pourrons envisager d’aller jusqu’au bout des procédures et vers la phase finale de l’accord.

Ce n’est donc pas une action à sens unique ! En même temps, le rôle principal reviendra à l’État russe, parce qu’il n’y aucune confiance ni aucun contact entre nous et les USA. La Russie est actuellement le seul pays capable de tenir ce rôle.

Russia 24 : Si l’initiative russe est finalement adoptée, quelle sera la représentation internationale que la République arabe syrienne acceptera comme observatrice, étant donné que la situation n’est pas classique ?

Nous pensons qu’il est logique que ce rôle revienne à l’ « Organisation pour l’interdiction des armes chimiques ». Elle seule en a les compétences et les experts en la matière, et c’est elle qui supervise l’application de cette Convention dans tous les pays du monde.

Russia 24 : Mais nous savons tous qu’Israël a signé la « Convention sur l’interdiction des armes chimiques », mais ne l’a jamais ratifiée. La Syrie exigera-t-elle qu’Israël aille jusqu’au bout du processus ?

Lorsque nous avons lancé notre projet d’élimination des ADM comme je l’ai dit tout à l’heure, l’une des raisons de son obstruction par les États-Unis était de permettre à Israël de posséder de telles armes. Puisque nous souhaitons tous la stabilité au Moyen-Orient, tous les pays doivent se conformer aux conventions qui les interdisent à commencer par Israël qui possède des armes nucléaires, chimiques, bactériologiques et tous les types d’ADM. Nous devons continuer à travailler dans ce sens pour qu’aucun État n’en possède ; ce qui pourra peut être épargner de futures guerres dévastatrices et très coûteuses non seulement à notre région mais aussi au monde entier.

Russia 24 : La Syrie va soumettre ses armes chimiques au contrôle de la communauté internationale, mais nous savons que des experts russes ont confirmé l’utilisation d’une substance chimique toxique près d’Alep par des éléments des groupes terroristes extrémistes. Qu’en pensez-vous ? Et que proposez-vous pour protéger les peuples de Syrie et des pays voisins de ces groupes qui pourraient recommencer ce genre d’attaque ?

L’incident que vous mentionnez s’est produit en Mars dernier, lorsque les terroristes ont tiré des missiles chargés de produits chimiques toxiques sur les civils de Khan al-Assal à Alep faisant des dizaines de victimes. Suite à cela, nous avions invité les Nations Unies à déléguer une commission d’experts pour enquêter et se documenter sur les responsables.

C’est parce qu’il était clair que cette attaque était l’œuvre des terroristes que les Etats-Unis ont empêché la venue de ces experts. Nous avons alors travaillé avec des experts russes, auxquels nous avons confié tous les éléments de preuve en notre possession. Ils ont démontré que l’attaque était bien l’œuvre des terroristes sévissant dans le Nord de la Syrie.

Maintenant nous devons faire en sorte que ces experts en armes chimiques, qui ont quitté il y a près d’une semaine, reviennent en Syrie pour poursuivre l’application de l’accord que nous avions mutuellement signé lors de leur précédent séjour et qui stipule de mener des enquêtes dans un certain nombre de nos régions, en particulier à Khan al-Assal. Il nous faut sérieusement enquêter sur la nature des substances toxiques utilisées, sur ceux qui les ont utilisées et, plus important encore, sur les États qui les ont livrées aux terroristes pour ensuite arriver à leur demander des comptes !

Russia 24 : Monsieur le Président, pouvez-vous nous rassurer ? Est-il possible de confisquer ces produits toxiques aux mains des terroristes ? Est-ce réalisable ?

Cela implique de savoir qui sont les pays en relation avec les terroristes. Tous les États affirment qu’ils n’ont rien à voir avec eux. En fait, nous savons que l’Occident a déclaré qu’il leur avait fourni ce qu’il a qualifié de « soutien logistique »… de matériel militaire « non létal »… ou de matériel dit « humanitaire » !

La réalité est que l’Occident et certain pays de la région, tels la Turquie, l’Arabie saoudite, et précédemment le Qatar, ont une relation directe avec les terroristes et leur fournissent toutes sortes d’armes. Nous sommes convaincus que l’un des ces pays leur a livré ces armes chimiques.

Ces pays sont évidemment supposés pouvoir stopper leurs livraisons, mais certains terroristes n’obéissent à personne et à partir du moment où ils sont armés et peuvent s’adonner aux destructions ils ne se sentent redevables à qui que ce soit, même à ceux qui les ont soutenus en armes et en argent !

Russia 24 : Monsieur le Président, certains médias US ont dit que des officiers de l’Armée arabe syrienne vous ont demandé, à maintes reprises, de leur permettre d’utiliser des armes chimiques contre « l’opposition armée » ; ce que vous auriez refusé, mais qu’ils ont quand même utilisé des substances toxiques individuellement et de leur propre chef. Est-ce vrai ?

Cela fait partie de la propagande des USA, notoirement connus pour ne pas hésiter à utiliser toutes sortes de mensonges qui justifieraient leurs guerres. Ce dernier mensonge nous rappelle celui de Colin Powell et de l’administration de George W. Bush, lorsqu’il y a un peu plus de dix ans ils ont prétendu apporter la preuve que Saddam Hussein fabriquait des ADM pour légitimer leur invasion de l’Irak et qu’il s’est avéré, par la suite, qu’ils avaient menti sur toute la ligne et notamment sur les ADM !

Premièrement, il n’a jamais été question d’utiliser les armes chimiques en Syrie par qui que ce soit ! Deuxièmement, ce type d’armes ne peut être utilisé par l’infanterie ou toute autre troupe, mais nécessite des unités spécialisées et formées à sa manipulation. Ce mensonge est illogique et non crédible.

Russia 24 : Monsieur le Président, dernièrement des preuves présentées comme sûres indiscutables ont été présentées devant les membres du Congrès américain. Des vidéos confirmeraient la version US selon laquelle l’Armée nationale syrienne aurait bel et bien utilisé des armes chimiques dans la Ghouta est. Que pouvez-nous dire à ce sujet ?

Ils n’ont fourni aucune preuve ni au Congrès, ni aux médias, ni à leur population, ni à l’un quelconque des autres États du monde, dont la Russie avec laquelle ils sont pourtant en dialogue permanent. Tout ce qu’ils racontent fait partie de la propagande US.

La logique de la situation veut que vous n’utilisiez pas des ADM à quelques centaines de mètres de vos troupes ou de vos zones résidentielles, car cela signifie la mort pour des dizaines de milliers de vos soldats et citoyens. Vous n’avez pas à utiliser des ADM alors même que vous progressez considérablement sur le terrain en usant de vos armes conventionnelles.

Toutes ces allégations sont loin d’être convaincantes d’où la situation délicate de l’administration US actuelle, encore plus difficile que celle de la précédente, car moins douée pour le mensonge que l’administration sous George W. Bush. L’administration précédente mentait mais savait comment convaincre une partie du monde de ses mensonges, alors que l’administration actuelle n’a même pas réussi à en convaincre ses alliés ! Toutes ces allégations ne sont désormais d’aucune importance car, je le répète, illogiques et non crédibles.

Russia 24 : Monsieur le Président, une dernière question que je ne peux éviter de poser puisqu’elle touche à la sécurité et à la protection de tous. Certains spécialistes russes et certains médias ont dit que des terroristes pourraient lancer des attaques chimiques contre Israël à partir de zones contrôlées par le gouvernement syrien. Pouvez-vous, en tant que Commandant en chef de l’Armée et des Forces armées, nous confirmer ces informations ?

Puisque nous sommes certains que des substances chimiques toxiques ont été livrées aux terroristes, avant d’être utilisées contre nos soldats et notre population civile en Syrie ; cela signifie que le matériel est disponible.

D’autre part, nous savons tous que ces groupes terroristes, ou ceux qui les dirigent, voulaient la frappe US sur la Syrie et, qu’avant cela, ils ont travaillé à faire intervenir Israël dans la crise syrienne. Il n’est donc absolument pas improbable que ce discours soit propagé pour atteindre ces mêmes objectifs.

En effet, une guerre régionale rendrait la situation encore plus chaotique. Plus de chaos ouvrirait naturellement la voie aux terroristes pour encore plus de vandalisme et de destructions. Cette menace est donc un véritable défi car les terroristes sont maintenant en possession de substances chimiques toxiques… Il y a encore des pays qui continuent à leur en fournir !

 

Russia 24 : Merci M. le président pour nous avoir accordé cet entretien.

Une fois encore, je vous remercie d’être venu en Syrie et je remercie Russia 24.

 

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

12/09/2013

 

Source : Vidéo de la Présidence de la République arabe syrienne / You Tube

http://www.youtube.com/watch?v=8RmTKvsgvp4

Texte transcrit et traduit par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Autre source : Top News nasser-kandil,[Sana étant inaccessible]

http://www.topnews-nasserkandil.com/topnews/share.php?sms_id=55217

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Le martèlement politico-médiatique sur les armes chimiques de la Syrie, qui selon les « preuves » secrètes de la Cia auraient été utilisées par les forces gouvernementales, génère l’impression diffuse que la Syrie soit désormais la seule à posséder de telles armes et qu’elle menace avec elles le reste du monde. Puissance des armes de destruction de masse, capables de focaliser l’attention de l’opinion publique sur un point singulier, en faisant disparaître tout le reste.

Ce fut l’Allemagne qui utilisa la première les armes chimiques en 1915-17 : chlore liquide et phosgène, puis gaz vésicatoire et asphyxiant Mustard (ou ypérite). En riposte, la Grande-Bretagne et la France produisirent elles aussi ce gaz létal. Le gaz nervin Tabun, qui provoque la mort par asphyxie, fut découvert en 1936 par des chercheurs de la société allemande I.G. Farben (celle-là même qui produisit le Zyklon B, utilisé dans les chambres à gaz). En 1936 l’Italie utilisa en Ethiopie des armes chimiques, déjà employées en Libye en 1930. En Allemagne, on produisit des agents chimiques encore plus létaux, le Sarin et le Soman. Ceux-ci ne furent pas utilisés par Hitler, probablement par qu’au début de la guerre il craignait une rétorsion des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, qui avaient de gros arsenaux chimiques, et dans la phase finale, parce qu’il ne lui restait plus assez d’avions pour l’attaque.  Pendant la guerre froide la course aux armes chimiques accéléra avec la découverte du gaz nervin le plus toxique, le VX, dont la production commença en 1961 aux USA. Furent ainsi produites les premières armes chimiques binaires : projectiles, bombes et têtes de missiles qui contiennent deux composants chimiques séparés, et donc relativement inoffensifs, lesquels en se mélangeant pendant la trajectoire se combinent en une substance toxique. Usa et URSS accumulèrent les arsenaux chimiques les plus grands et plus létaux. Mais le « club chimique » s’élargit rapidement à d’autres pays.

La guerre froide finie, est entrée en vigueur en 1997 la Convention sur les armes chimiques, qui en interdit l’usage et institue la destruction des arsenaux existants. Mais seize années plus tard, autant les Etats-Unis que la Russie n’ont encore détruit complètement leurs arsenaux, car ils n’ont pas observé les cadences instituées. Selon les données officielles, les USA conservent environ 5 500 tonnes d’armes chimiques. La Russie en a beaucoup plus, environ 21 500, héritées des arsenaux soviétiques. Une évaluation simplement quantitative est cependant trompeuse : Etats-Unis, Russie et d’autres pays technologiquement avancés gardent la capacité de construire des armes chimiques binaires sophistiquées et unissent toujours les manœuvres de guerre nucléaire avec celles de guerre chimique. Mais même si l’on ne s’en tenait qu’à la dimension quantitative, les Etats-Unis, qui conduisent la campagne contre les armes chimiques en Syrie, en possèdent environ 6 fois plus : selon une estimation de l’intelligence française, probablement gonflée (l’estimation, pas l’intelligence française, Ndt) la Syrie aurait environ 1 000 tonnes d’agents précurseurs chimiques (substances pouvant produire des armes chimiques).

Pourquoi la Syrie n’a-t-elle pas signé la Convention sur les armes chimiques ? La réponse, en termes essentiels, est : parce que les armes nucléaires israéliennes sont pointées sur elle. Et pas que ça. Israël a aussi construit depuis les années 1960 un arsenal sophistiqué d’armes chimiques. Mais, tout comme son arsenal nucléaire, il reste secret car Israël a signé mais pas ratifié la Convention sur les armes chimiques.  Selon un rapport de Foreign Policy, fondé sur un document de la Cia, des recherches poussées sur les armes chimiques furent menées au Centre israélien de recherche biologique et ces armes furent produites et stockées dans le désert du Néguev, à Dimona, où on produit aussi des armes nucléaires. Même le Jérusalem Post le rapporte. Et même si Israël n’avait pas conservé cet arsenal, écrit la revue spécialisée Jane’s, il possède la capacité de « développer en quelques mois un programme d’armes chimiques offensives ». On comprend ainsi pourquoi l’Egypte aussi n’ait pas signé la Convention sur les armes chimiques.

Etats-Unis et Israël n’ont jamais violé officiellement l’interdiction de l’utilisation d’armes chimiques, puisque l’agent chimique Orange à la dioxine, massivement utilisé par les USA au Vietnam, et les bombes chimiques au phosphore blanc utilisées par les USA en Irak, Yougoslavie, Afghanistan et Libye, et par Israël à Gaza, ne sont pas considérées comme des armes chimiques.

Une consolation pour les familles qui ont vu leurs enfants naître malformés par l’agent Orange ou mourir brûlés par le phosphore blanc.

Manlio Dinucci

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Edition de jeudi 12 septembre de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130912/manip2pg/02/manip2pz/345687/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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SYRIE : Ingérence délibérée sous prétexte douteux !

septembre 12th, 2013 by Général Dominique Delaware

Ancien chef du bureau “Situation-Renseignement-Guerre électronique” de l’Etat Major Interarméees de Planification Opérationnelle en région parisienne, ayant servi près de deux années au Proche Orient, dont  14 mois en qualité de chef du bureau renseignement de la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban, ayant fait une bonne douzaine de séjours au Moyen Orient (Qatar, Emirats, Koweit), ayant enfin servi trois années aux Etats Unis en qualité d’officier de liaison auprès de l’Enseignement militaire supérieur  américain, je crois connaître mieux que le citoyen moyen, voire que certains experts autoproclamés, les problèmes du Proche et du Moyen Orient. Je me suis toujours tenu informé sur ce qui s’y passait et, par conséquent sur le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui : une éventuelle intervention militaire en Syrie.

Ce courrier a pour but de donner les raisons précises de mes doutes quant à l’opportunité d’une intervention en répondant à quelques questions simples. Il s’agit aussi de donner matière à réfléchir à ceux qui veulent vraiment étudier le problème sans se contenter des logorrhées verbales bien pensantes et des affirmations péremptoires des hommes politiques de tous bords.

1 – Les preuves indubitables présentées par le premier ministre aux députés sont-elles convaincantes et crédibles  ?

Quelles que soient ces preuves, ma réponse est non.

Les preuves peuvent évidemment être indubitables puisque personne n’a d’éléments concrets pour les mettre en doute. Mais elles peuvent être fausses. Je n’ai pas la mémoire courte et me souviens du général américain Colin Powell présentant aux Nations Unies, avec un aplomb incroyable,  ses “fausses preuves indubitables” établie par la CIA sur l’existence d’armes de destruction massive en Irak pour justifier l’intervention militaire qui a suivi. Je sais qu’en France, phare de l’humanité, on ne ment jamais, mais tout de même…

Personnellement, j’ai la conviction intime que nous sommes en présence d’une nouvelle manipulation avec le massacre au gaz chimique de Damas et je vais tenter d’en convaincre le lecteur.

2 – A qui profite ce “massacre” au gaz ?

Certainement pas à  Bachar El Assad qui n’aurait jamais pris le risque  de franchir cette ligne rouge posée depuis longtemps par les américains et les franco-anglais. Il savait qu’une intervention occidentale suivrait toute utilisation de gaz et signifierait sa chute à courte échéance. Il savait que les Nations Unies étaient mandatées pour étudier l’utilisation des gaz en Syrie. Il possède un arsenal suffisant pour frapper ses adversaires sans faire appel au gaz. Aurait-il pris un tel risque, à un tel moment pour tuer seulement quelques centaines d’adversaires en banlieue de Damas, capitale du pays, à une relative proximité des délégations diplomatiques étrangère ? Cette affirmation absurde ne tient pas la route.

Ce “massacre” dont nul ne connaît l’ampleur réelle profite donc aux deux autres parties en cause dans cette affaire.

D’abord aux opposants de Bachar El Assad qui, si intervention il y a, ont toutes les chances de gagner rapidement leur combat et de prendre le pouvoir en Syrie.

Ensuite aux américains et aux franco anglais qui souhaitent depuis longtemps affaiblir le Hezbollah libanais mais surtout l’Iran (cible principale en raison du nucléaire) en supprimant leur allié de toujours : la Syrie de Bachar El Assad.

2 – Y a-t-il eu d’autres précédents dans ce genre de manipulation ?

La réponse est oui.

Il y a eu TIMISOARA (décembre 1989) où les médias du monde entier ont repris pendant près de six semaines la fausse information d’un “massacre” de 4 600 personnes pour aider à faire tomber Ceaucescu. En fait les opposants avaient déterré quelques cadavres des cimetières de la ville, les avaient entourés de fils de fer barbelés et avaient tourné des images horribles visant à faire pleurer les téléspectateurs occidentaux. Ils ont ensuite, sur la foi de ces images manipulées, avancé le chiffre énorme de 4 632 victimes qui n’existaient pas mais que personne n’a osé mettre en doute. Leur coup était joué et gagné puisqu’il a entraîné la chute De Ceaucescu.

Après coup les médias et les politiques occidentaux ont eu le bon goût de s’excuser pour leur erreur et ont avoué qu’ils avaient été manipulés… mais l’objectif était atteint.

Il y a eu deux autres manipulations de ce type en Bosnie et au Kosovo lorsque j’étais en fonction.  Elles ont été réalisées avec succès et l’opinion et les médias n’en ont jamais connu les tenants et les aboutissants.

3) Comment une telle manipulation avec utilisation de gaz aurait elle pû être réalisée par l’opposition ?

C’est assez simple à réaliser…

L’opposition prend quelques familles entières (hommes, femmes, enfants, vieillards) soupçonnées d’être pro- Bachar et capturées lors des combats. Elle utilise du gaz prélevés sur les stocks de l’Armée Syrienne par du personnel déserteur. Elle gaze et  filme les derniers instants horribles, puis,  en appelle à l’ONU et aux américains. Le tour est joué. Pour faire bonne mesure, vous rajoutez quelques témoins de votre camp pour raconter l’horreur, vous avancez le chiffre de 1 700 morts, chiffre invérifiable (comme celui de TIMISOARA) et vous envoyez les images les plus horribles.

La manipulation est servie…

Le renseignement français prétend que les rebelles n’ont pas les savoir-faire pour mettre en oeuvre les gaz. C’est oublier un peu vite que les rebelles sont soutenus et conseillés par des services spéciaux étrangers qui, eux, ont toutes les connaissances nécessaires.

4) Pourquoi les Allemands, les Canadiens et même les député britanniques doutent-ils du bien-fondé de l’intervention militaire.

Ces trois pays se doutent bien qu’il y a très probablement une manipulation. Ils ont eux aussi des services de renseignement et un minimum de bon sens. Ils ne veulent pas engager la vie de leurs soldats sur des preuves qui pourraient bien s’avérer “bidon”, analysent les conséquences d’une telle intervention. Ils préfèrent s’occuper du rétablissement de leur économie en crise et de la sécurité à l’intérieur de leur frontière avant d’aller jouer, à crédit comme le fait la France, les justiciers dans le reste du monde.

Par ailleurs, il ne peut échapper à personne que les gaz sont volatils et que l’utilisation de Gaz dans une zone urbanisée comme Damas très majoritairement et densément peuplée par les partisans de Bachar El Assad pourrait se retourner contre ses auteurs au moindre coup de vent…

Cette utilisation de gaz dans la ville de Damas n’est tout simplement pas crédible. Il est vrai que “plus c’est énorme, plus ça passe”, mais là, la ficelle est un peu grosse…

5) Quelles conséquences régionales et internationales en cas d’intervention militaire ?

Pour la Syrie même, une seule certitude. La chute de Bachar El Assad, chef d’état laïque, entraînera la débâcle et l’exil pour les populations chrétiennes et Alaouites dont la majorité aura soutenu Bachar El Assad pendant de très nombreuses années, voire pour de nombreux sunnites… donc, de nouveaux massacres et de nouvelles masses de réfugiés… Est-ce le but recherché ?

Pour les Israéliens, une Egypte et une Syrie affaiblies, divisées et dont les économies auront été ramenées 50 ans en arrière,  ne représentent plus une menace sérieuse pour très longtemps. Une intervention américaine et franco-anglaise n’est pas une mauvaise affaire pour eux, au point de se demander si nous ne “travaillons” pas  un peu  à leur profit…

L’Iran étant la prochaine cible, connue de tous, il est probable que le prix du pétrole explosera assez vite à la suite de l’intervention entraînant de nouvelles difficultés pour nos économies déjà fragiles.

L’intervention aura un coût pour un pays déjà surendetté comme le notre. Ce coût sera évidemment supporté directement ou indirectement par le contribuable. A moins que le gouvernement ne réalise l’opération à budget de défense constant ce qui conduira à échelonner les dépenses d’équipement et à retarder, une fois de plus, la modernisation de nos forces.

6) Une telle participation française à une intervention relève-t-elle de l’ingérence humanitaire et/où du respect des conventions de Genève ?

Si tel était le cas, pourquoi la France n’a-t-elle pas proposé d’intervenir militairement lors du massacre de Gaza en Janvier 2009  (1300 morts, bien réels ceux là, dont 900 civils et 300 enfants) ? L’armée israélienne avait alors utilisé des bombes au phosphore interdites par les conventions de Genève…

Y aurait-il deux poids deux mesures ? Des massacres autorisés ou tolérés, et des massacres interdits ?

7) Autres éléments troublants  en vrac.

Le 6 Mai dernier, Madame Carla del Ponte, ancienne procureur au tribunal pénal international, membre de la commission indépendante mandatée par l’ONU pour enquêter sur l’utilisation de gaz  en Syrie déclare que les rebelles (et non les forces du régime) ont utilisé du gaz sarin.

Toute vérité n’étant pas bonne à dire dans un monde onusien largement financé par les USA, la commission indépendante (peut être moins qu’on ne le croit) déclarera dès le lendemain que les preuves sont insuffisantes pour accuser formellement la rébellion d’utilisation de gaz…

Par ailleurs la mission d’observateurs de la Ligue arabe envoyée au début du conflit a publié un rapport très équilibré sur les violences en Syrie dès Janvier 2012. J’ai noté dans ce rapport :

28 – La mission a noté l’émission de faux rapports émanant de plusieurs parties faisant état de plusieurs attentats à la bombe et de violence dans certaines régions. Lorsque les observateurs se sont dirigés vers ces zones pour enquêter, les données recueillies montrent que ces rapports ne sont pas crédibles.

29 – La mission a noté également, se basant sur les documents et les rapports émanant des équipes sur le terrain, qu’il y a des exagérations médiatiques sur la nature et l’ampleur des accidents et des personnes tuées ou blessées à la suite des événements et des manifestations qui ont eu lieu dans certaines villes.

Cet excellent rapport établi par une commission majoritairement sunnite (donc plutôt anti-Bachar) n’était sans doute pas suffisamment anti-Bachar pour être évoqué par les médias occidentaux. Il mérite pourtant une lecture attentive. A ceux qui souhaitent s’informer au delà du prêt-à-penser politique Français, il suffit de taper sur Google : “rapport du chef de la mission des observateurs de la Ligue arabe en Syrie” et on obtient ce rapport dans sa version française.

En conclusion, vous aurez compris que je ne crois pas un instant que les “preuves indubitables” françaises, quelles qu’elles soient, puissent justifier, à ce jour, une intervention militaire de quelque niveau que ce soit. Je sais évidemment qu’une grande partie des forces rebelles est composée de mercenaires financés par le Qatar et l’Arabie Saoudite (sunnites) dans leur croisade contre les Alaouites et les chiites. Cette force rebelle soutenue par les américains et les franco-anglais n’est donc pas vraiment d’une Force Syrienne Libre.

Les Nations Unies rendront leur rapport dans quelques semaines tout au plus. Sera-t-il impartial ? Je l’espère. Mais je sais que les financements US sont vitaux pour l’ONU et qu’il lui est parfois difficile d’être vraiment indépendante.

Je voudrais terminer en disant que je ne suis pas un partisan de Bachar El Assad, loin s’en faut. Mais il est très probablement moins pire que celui qui pourrait prendre sa suite. La justification et les conséquences de nos actes doivent donc être examinées beaucoup plus sérieusement qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Je constate enfin que la “communauté internationale”, terme utilisée indûment par nos hommes politiques et repris par nos journalistes à longueur de journée, ne semble compter aujourd’hui que trois pays : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France qui représentent à eux trois moins de 8% de la population mondiale.

Les positions de la Chine, de l’Inde, de la Russie, du Brésil, du Japon, de l’Allemagne sont presque totalement occultées des débats internationaux, y compris sur la Syrie, alors qu’ils constituent près de 60% de la population mondiale. Font-ils partie ou non de la communauté internationale ? Il y a, là aussi, matière à réflexion…

 

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Industrie du mensonge et guerre impérialiste

septembre 12th, 2013 by Domenico Losurdo

Dans l’histoire de l’industrie du mensonge comme partie intégrante de l’appareil militaro-industriel de l’impérialisme l’année 1989 est un tournant. Nicolae Ceaucescu est encore au pouvoir en Roumanie. Comment le renverser ? Les médias occidentaux diffusent massivement dans la population roumaine les informations et les images du « génocide » opéré à Timisoara par la police précisément de Ceaucescu.

1. Les cadavres mutilés

Qu’était-il arrivé en réalité ? Se prévalant de l’analyse de Debord sur la « société du spectacle », un illustre philosophe italien (Giorgio Agamben) a magistralement synthétisé l’affaire dont il s’agit :

« Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des ca­davres enterrés depuis peu ou alignés sur les tables des morgues ont été déterrés à la hâte et torturés pour simuler devant les caméras de télévision le génocide qui devait légitimer le nouveau régime. Ce que le monde entier avait sous les yeux en direct comme la vérité vraie sur les écrans de télévision, était l’absolue non-vérité ; et, bien que la falsification fût parfois évidente, elle était de toute façon authentifiée comme vraie par le système mondial des médias, pour qu’il fût clair que le vrai n’était désormais qu’un moment du mouvement nécessaire du faux. Ainsi vérité et fausseté devenaient indiscernables et le spectacle se légitimait uniquement au moyen du spectacle.

Timisoara, à cet égard, est l’Auschwitz de la société du spectacle : et de même qu’il a été dit que, après Auschwitz, il est impossible d’écrire et de penser comme avant, ainsi, après Timisoara, il ne sera plus possible de regarder un écran de télévision de la même manière » (Agamben 1996, p. 67, et cité in Losurdo 2013, p. 313).

L’année 1989 est celle où le passage de la société du spectacle au spectacle comme technique de guerre se manifestait à l’échelle planétaire. Quelques semaines avant le coup d’Etat c’est-à-dire de la « révolution de Cinecittà » en Roumanie (Fejtö 1994, p. 263), le 17 novembre 1989 la « révolution de velours » triomphait à Prague avec un mot d‘ordre d’inspiration gandhienne : « Amour et Vérité ». En réalité, un rôle décisif était joué par la diffusion de la fausse information selon laquelle un étudiant avait été « brutalement tué » par la police. C’est ce que ré­vèle vingt ans plus tard, avec satisfaction, « un journaliste et leader de la dissidence, Jan Urban », protagoniste de la manipulation : son « mensonge » avait eu le mérite de susciter l’indignation de masse et l’écroulement du régime déjà périclitant (Bilefsky 2009, cité in Losurdo 2013, p. 313). Quelque chose de similaire se produit en Chine : le 8 avril 1989 Hu Yaobang, secrétaire du PCC jusqu’au mois de janvier 1987, a un infarctus au cours d’une réunion du Bureau politique et meurt une semaine plus tard. Son décès est corrélé, par la foule de la Place Tienanmen, au dur conflit politique qui avait aussi émergé au cours de cette réunion (Domenach, Richer 1995, p. 550) ; cet homme devient en quelque sorte la victime du système qu’il s’agit de renverser. Dans les trois cas, l’invention et la dénonciation du crime sont appelées à susciter la vague d’indignation dont le mouvement de révolte a besoin. S’il rencontre un plein succès en Tchécoslovaquie et en Roumanie (où le régime socialiste avait émergé de l’avancée de l’Armée Rouge), cette stratégie échoue dans la République populaire chinoise issue d’une grande révolution nationale et sociale. Et cet échec devient alors le point de départ d’une nouvelle guerre médiatique plus massive, déclenchée par une superpuissance qui ne tolère pas de rivaux ou de potentiels rivaux, et qui est toujours pleinement en cours. Mais il n’en demeure pas moins que ce qui définit le tournant historique est en premier lieu Timisoara, « l’Auschwitz de la société du spectacle ».

2. « Publiciser les nouveaux-nés » et le cormoran

Deux ans après, en 1991, survenait la première guerre du Golfe. Un journaliste étasunien courageux a mis en lumière de quelle façon s’est déroulée « la victoire du Pentagone sur les médias » c’est-à-dire la « colossale défaite des médias opérée par le gouvernement des Etats-Unis » (Macarthur 1992, p. 208 et 22).

En 1991 la situation n’était pas facile pour le Pentagone (et pour la Maison Blanche). Il s’agissait de convaincre de la nécessité de la guerre une population sur laquelle pesait encore le souvenir du Vietnam. Alors ? Divers expédients vont réduire drastiquement la possibilité pour les journalistes de parler directement avec les soldats ou de chroniquer directement du front. Dans la mesure du possible tout doit être filtré : la puanteur de la mort et surtout le sang, les souffrances et les larmes de la population civile ne doivent pas faire irruption dans les maisons des citoyens des USA (et des habitants du monde entier) comme à l’époque de la guerre du Vietnam. Mais le problème central, et plus difficile à résoudre, est ailleurs : comment diaboliser l’Irak de Saddam Hussein, qui quelques années auparavant encore s’était rendu méritant, aux yeux des USA, en agressant l’Iran issu de la révolution islamique et anti-étasunienne de 1979, et enclin à faire des prosélytes au Moyen-Orient. La diabolisation se serait avérée d’autant plus efficace qu’on aurait en même temps rendu la victime plus angélique. Opération rien moins qu’aisée, et pas seulement du fait que la répression contre toute forme d’opposition sévissait durement et impitoyablement au Koweït. Il y avait quelque chose de pire. Les travaux les plus humbles étaient pour les immigrés, soumis à un « esclavage de fait », et un esclavage de fait qui prenait souvent des formes de sadisme : les cas de « Serbes défenestrés, brûlés ou aveuglés ou bien tabassés à mort » ne suscitaient pas d’émotion particulière (Macarthur 1992, p. 44-45).

Et pourtant…Généreusement ou fabuleusement récompensée, une agence publicitaire trouvait remède à tout. Elle dénonçait le fait que les soldats irakiens coupaient les « oreilles » aux Koweitiens qui résistaient. Mais le coup de théâtre de cette campagne était ailleurs : les envahisseurs avaient fait irruption dans un hôpital « en sortant 312 nouveaux-nés de leurs couveuses et en les laissant mourir de froid sur la pavement de l’hôpital de Koweït City » (Macarthur 1992, p. 54). Brandie à l’envi par le président Bush junior, réaffirmée au Congrès, avalisée par la presse la plus autorisée et jusque par Amnesty international, cette information si horrible mais si circonstanciée aussi, au point d’indiquer avec une précision absolue le nombre de morts, ne pouvait pas ne pas provoquer une bouleversante vague d’indignation : Saddam Hussein était le nouvel Hitler, la guerre contre lui était non seulement nécessaire mais urgente même et ceux qui s’y opposaient ou étaient récalcitrants devaient être considérés comme des complices, plus ou moins conscients, du nouvel Hitler ! L’information était évidemment une invention savamment produite et diffusée, et pour cela justement l’agence publicitaire avait-elle bien mérité son argent.

La reconstruction de cet épisode se trouve dans un chapitre du livre cité ici, avec un titre approprié : « Publiciser les nouveaux-nés » (Selling Babies). A la vérité, ceux qui furent « publicisés » ne furent pas seulement les nouveaux-nés. Au tout début des opérations guerrières on avait diffusé dans le monde entier l’image d’un cormoran qui se noyait dans le pétrole dégorgeant des puits que l’Irak avait fait sauter. Vérité ou manipulation ? Etait-ce Saddam qui avait provoqué la catastrophe écologique ? Et y a-t-il vraiment des cormorans dans cette région du globe et en cette saison de l’année ? La vague d’indignation, authentique et savamment manipulée, engloutissait les dernières résistances rationnelles.

3. La production du faux, le terrorisme de l’indignation et le déchaînement de la guerre

Faisons un nouveau bond en avant de quelques années, jusqu’à la dissolution ou, plutôt, démembrement de la Yougoslavie. Contre la Serbie qui, historiquement avait été le protagoniste du processus d’unification de ce pays multiethnique, se déchaînent une après l’autre, pendant les mois qui précèdent les bombardements véritables, des vagues de bombardements médiatiques. En août 1998, deux journalistes, l’un étasunien et l’autre allemand, « rapportent l’existence de fosses communes avec 500 cadavres d’Albanais parmi lesquels 430 enfants, aux alentours d’Orahovac, où d’âpres combats ont eu lieu. La nouvelle est reprise par d’autres journaux occidentaux qui lui donnent un grand écho. Mais tout est faux, comme le démontre une mission d’observation de l’Ue » (Morozzo della Rocca 1999, p. 17).

Mais cela ne provoque pas pour autant une crise dans la fabrique du faux. Aux débuts de l’année 1999 les médias occidentaux commençaient à harceler l’opinion publique internationale avec les photos de cadavres entassés au fond d’un ravin et parfois décapités et mutilés ; les légendes et les articles qui accompagnaient ces images proclamaient qu’il s’agissait de civils albanais désarmés massacrés par les Serbes. Mais :

« Le massacre de Racak est terrifiant, avec des mutilations et des têtes coupées. C’est une scène idéale pour susciter l’in­dignation de l’opinion publique internationale. Quelque chose semble étrange dans les modalités de la tuerie. Les Serbes ha­bituellement tuent sans procéder à des mutilations […] Comme l’enseigne la guerre de Bosnie, les dénonciations d’exactions sur les corps, signes de torture, décapitations, sont une arme de pro­pagande bien répandue […] Peut-être ne sont-ce pas les Serbes mais les guérilleros albanais qui ont mutilé les corps » (Morozzo della Rocca, 1999, p. 249, et cité in Losurdo 2013, p. 314).

Ou, peut-être, les cadavres des victimes d’un des innombrables affrontements avaient-ils été soumis à un traitement ultérieur, de façon à faire croire à une exécution à froid et à un déchaînement de furie bestiale, dont était immédiatement accusé le pays que l’OTAN s’apprêtait à bombarder (Saillot 2010, p. 11-18).

La mise en scène de Racak n’était que le sommet d’une campagne de désinformation obstinée et sans pitié. Quelques années plus tôt, le bombardement du marché de Sarajevo avait permis à l’OTAN de s’ériger en instance morale suprême, qui ne pouvait pas se permettre de laisser les « atrocités » serbes impunies. De nos jours, on peut lire jusque dans le Corriere della Sera que « ce fut une bombe à la paternité assez douteuse qui provoqua le massacre de Sarajevo, faisant éclater l’intervention de l’OTAN » (Venturini 2013). Avec ce précédent, Racak nous apparaît désormais comme une sorte de réédition de Timisoara, une réédition qui s’est prolongée plusieurs années. Et pourtant, même dans ce cas, le succès ne faisait pas défaut. L’illustre philosophe qui en 1990 avait dénoncé « l’Auschwitz de la société du spectacle » qui avait eu lieu à Timisoara, rejoignait cinq ans après les rangs du chœur dominant, tonnant de façon manichéenne contre « le subit glissement des classes dirigeantes ex-communistes dans le racisme le plus extrême (comme en Serbie, avec le programme de ’purification ethnique’) » (Agamben 1995, p. 134-35). Après avoir analysé avec acuité la tragique indiscernabilité de « vérité et fausseté » dans le cadre de la société du spectacle, Agamben finissait par la confirmer involontairement, en accueillant de façon expéditive la version (c’est-à-dire la propagande de guerre) diffusée par le « système mondial des médias », qu’il avait précédemment désigné comme source principale de la manipulation ; après avoir dénoncé la réduction du « vrai » à « un moment du mouvement nécessaire du faux », opérée par la société du spectacle, il se limitait à conférer une apparence de profondeur philosophique à ce « vrai » réduit justement à « un moment du mouvement nécessaire du faux ».

Par ailleurs, un élément de la guerre contre la Yougoslavie, plus qu’à Timisoara nous ramène à la première guerre du Golfe. C’est le rôle des public relations : « Milosevic est un homme qui s’esquive, il n’aime pas la publicité, il n’aime pas se montrer ou tenir des discours en public. Il semble qu’aux premières annonces de désagrégation de la Yougoslavie, Ruder&Finn, la compagnie de relations publiques qui travaillait pour le Koweït en 1991, alla le trouver pour lui présenter ses services. Elle fut congédiée. Ruder&Finn fut par contre immédiatement embauchée par la Croatie, par les musulmans de Bosnie et par les Albanais du Kosovo pour 17 millions de dollars par an, afin de protéger et encourager l’image des trois groupes. Et elle fit un excellent travail !

James Harf, directeur de Ruder&Finn Global Public Affairs, affirmait […] dans une interview : ’Nous avons pu faire coïncider, dans l’opinion publique, Serbes et nazis […] Nous sommes des professionnels. Nous avons un travail à faire et nous le faisons. Nous sommes payés pour faire la morale’ » (Toschi Marazzani Visconti 1999, p. 31).

Venons en maintenant à la seconde guerre du Golfe : dans les premiers jours de février 2003 le secrétaire d’Etat étasunien, Colin Powell, montrait au parterre du Conseil de sécurité de l’ONU les images des laboratoires mobiles de production d’armes chimiques et biologiques, que l’Irak aurait eues en sa possession. Quelques temps après, le premier ministre anglais, Tony Blair, augmentait la dose : non seulement Saddam Hussein avait ces armes, mais il avait déjà élaboré des plans pour les utiliser et était en mesure de les activer « en 45 minutes ». Et à nouveau le spectacle, plus encore que prélude à la guerre, constituait le premier acte de guerre, en mettant en garde contre un ennemi dont le genre humain devait absolument se débarrasser.

Mais l’arsenal des armes du mensonge mises en acte ou prêtes à l’usage allait bien au-delà. Afin de « discréditer le leader irakien aux yeux de son propre peuple » la Cia se proposait de « diffuser à Bagdad un document filmé dans lequel on révélait que Saddam était gay. La vidéo aurait dû montrer le dictateur irakien en train d’avoir un rapport sexuel avec un jeune garçon. Il devait avoir l’air d’être filmé par une caméra cachée, comme s’il s’agissait d’un enregistrement clandestin ». On étudiait aussi « l’hypothèse d’interrompre les retransmissions de la télévision irakienne avec une édition –fictive- extraordinaire du journal télévisé contenant l’annonce que Saddam avait démissionné et que tout le pouvoir avait été pris par son fils redouté et haï, Uday » (Franceschini 2010).

Si le Mal devait être montré et stigmatisé dans toute son horreur, le Bien devait apparaître dans tout son éclat. En décembre 1992, les marines étasuniens débarquaient sur la plage de Mogadiscio. Plus exactement ils y débarquaient deux fois et la répétition de l’opération n’était pas due à d’imprévues difficultés militaires ou logistiques. Il fallait démontrer au monde entier que, avant même d’être un corps d’élite militaire, les marines étaient une organisation bénéfique et charitable qui ramenait l’espoir et le sourire au peuple somalien dévasté par la misère et par la faim. La répétition du débarquement-spectacle devait l’amender de ses détails erronés ou défectueux. Un journaliste et témoin expliquait :

« Tout ce qui est en train d’arriver en Somalie et qui va se produire dans les semaines prochaines est un show militaro-diplomatique […] Une nouvelle époque dans l’histoire de le politique et de la guerre a vraiment commencé, dans la nuit bizarre de Mogadiscio […] L’ ’Opération Espoir’ a été la première opération militaire non seulement filmée en direct par les caméras de télévision, mais pensée, construite et organisée comme un show télévisé » (Zucconi 1992).

Mogadiscio était le pendant de Timisoara. A quelques années de distance de la représentation du Mal (le communisme qui s’écroulait enfin) faisait suite la représentation du Bien (l’Empire étasunien qui émergeait du triomphe obtenu dans la guerre froide). Les éléments constitutifs de la guerre-spectacle et de son succès sont désormais clairs.

Domenico Losurdo

Publié sur le blog de l’auteur mercredi 4 septembre 2013

http://domenicolosurdo.blogspot.fr/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Certains thèmes abordés dans ce texte ont été traités dans le dernier chapitre de Le langage de l’empire. Lexique de l’idéologie étasunienne. A paraître le 13 septembre 2013 aux Editions Delga.

Références bibliographiques

 

Giorgio Agamben 1995
Homo sacer. Il potere sovrano e la nuda vita, Einaudi, Turin.

Giorgio Agamben 1996
Mezzi senza fine. Note sulla politica, Bollati Boringhieri, Turin.

Dan Bilefsky 2009
A rumor that set off the Velvet Revolution, in International Herald Tribune du 18 novembre, pp. 1 e 4.

Jean-Luc Domenach, Philippe Richer 1995
La Chine, Seuil, Paris.

François Fejtö 1994 (en collaboration avec Ewa Kulesza-Mietkowski)
La fin des démocraties populaires (1992), tr. it., de Marisa Aboaf, La fine delle democrazie popolari. L’Europa orientale dopo la rivoluzione del 1989, Mondadori, Milan.

Enrico Franceschini 2010
La Cia girò un video gay per far cadere Saddam, in La Repubblica, 28 mai, p. 23.

Domenico Losurdo 2013

Le langage de l’Empire. Lexique de l’idéologie étasunienne, Delga, Paris.

John R. Macarthur 1992
Second Front. Censorship and Propaganda in the Gulf War, Hill and Wang, New York.

Roberto Morozzo Della Rocca 1999
La via verso la guerra, in Supplément au n. 1 (Quaderni Speciali) de Limes. Rivista Italiana di Geopolitica, pp. 11-26.

Fréderic Saillot 2010
Racak. De l’utilité des massacres, tome II, L’Harmattan, Paris.

Jean Toschi Marazzani Visconti 1999
Milosevic visto da vicino, Supplément au n. 1 (Quaderni Speciali) de Limes. Rivista Italiana di Geopolitica, pp. 27- 34.

Franco Venturini 2013
Le vittime e il potere atroce delle immagini, in Corriere della Sera du 22 août, pp. 1 et 11.

Vittorio Zucconi 1992
Quello sbarco da farsa sotto i riflettori TV, in la Repubblica du 10 décembre.

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Syrie : L’initiative russe dans sa véritable dimension !

septembre 11th, 2013 by Ghaleb Kandil

L’initiative avancée par la Russie, pour contrer les États-Unis décidés à attaquer la Syrie, établit de nouvelles équations et de nouveaux équilibres traduisant les nouvelles réalités imposées par l’Axe de la résistance sur le terrain ; équations qui ont révélé  le coût d’une telle agression pour les États-Unis, leurs alliés, leurs agents dans la région et surtout pour l’entité sioniste, maintenant que la Syrie, l’Iran et la Résistance libanaise ont fait comprendre que cette entité recevra sa part de « la contre-attaque défensive » en réponse à l’agression étatsunienne.

Premièrement, par cette initiative la Russie a réussi à reprendre les rênes de l’offensive au niveau international et à imposer à Obama et à l’Empire US de nouvelles donnes qui devraient les ramener à « obéir » au Conseil de sécurité de l’ONU.

En effet, il est clair que l’équation révélée hier par M. Poutine, qui se résumerait à dire « l’arrêt de votre agression contre des accords avec la Syrie sur les armes chimiques », est le prélude à une entente globale qui  dissuaderait  toute ingérence en Syrie sous n’importe quelle forme que ce soit – aussi bien politique que financière ou militaire – et à la reprise du processus de Genève 2 perturbé par les USA depuis des mois.

De nombreux détails mériteraient plus d’attention et de suivi, notamment celui qui témoigne que la Russie a réussi à montrer que la crise est la résultante du conflit entre la Syrie et ses alliés d’une part, et les USA et leurs agents d’autre part ; en même temps qu’elle est apparue comme un référent essentiel pour les ajustements dictés par une nouvelle réalité internationale. Le tout, suivi d’une gifle retentissante assénée par son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, au triangle colonialiste US-France-GB lorsqu’il a refusé de placer tout projet concernant les armes chimiques dans le cadre du chapitre VII de la charte des Nations Unies.

Deuxièmement, l’ensemble des données disponibles révèlent que le « projet de solution russe »  vise à dissuader toute agression contre la Syrie et certainement pas à l’encourager ou à s’y associer. Ceci est très clair et le deviendra de plus en plus, car les USA ne devront pas se contenter de déclarer publiquement leur abandon des hostilités, retirer leurs navires de guerre et leurs destroyers ; ils devront aussi cesser tout financement, armement et soutien prodigués aux bandes terroristes. C’est en tout cas le premier point sur lequel repose l’entente préalable, sur cette initiative, entre les ministres des Affaires étrangères de la Russie et des USA.

Soutenir les efforts de l’Etat syrien dans son combat contre le terrorisme sera, dans les prochaines semaines, le cadre des activités de la Russie sur le plan international ; cette initiative ayant créé les conditions de nouvelles avancées sur le terrain en faveur de la Syrie. En l’occurrence, c’est ce dont témoignent les cris, les jérémiades et l’hystérie des pays impliqués dans l’agression, qui ont vu échouer leurs tentatives de destruction de l’État syrien et dont le dernier espoir était de faire pencher la balance en faveur des gangs terroristes d’Al-Qaïda dirigés par Bandar bin Sultan.

Troisièmement, l’abandon par la Syrie de son arsenal d’armes chimiques est compensé par une modification qualitative de ses capacités de défense et de dissuasion du fait de l’implication directe de la Russie dans des projets de renforcement de ses systèmes de défense et de sécurité. Ceci, que ce soit en missiles, en avions de combat, en armes sophistiquées, et même en connexion à l’immense réseau de stations radar russes comme l’a démontré le test des deux missiles [*] lancés par Israël.

Par conséquent, la Syrie – qui a annoncé sa volonté d’adhérer au Traité de non-prolifération des armes chimiques et d’abandonner son arsenal chimique sous contrôle international – dispose déjà de moyens, et disposera de tous les moyens qui seront mis à sa disposition par son allié russe. Par ailleurs, l’indéfectible partenariat qu’elle a construit avec l’Iran et la Résistance libanaise constitue une organisation hautement performante en cas d’agression sioniste, si bien qu’une des constantes des équations régionales et internationales est désormais que toute ingérence isolée ou groupée, d’Israël, des USA ou de l’OTAN en Syrie, rencontrera une douloureuse  réaction à laquelle participeront l’Iran et la Résistance libanaise, alors que la Russie sera présente en appui de la défense syrienne par tous les outils et moyens disponibles. D’ailleurs, c’est ce que la Russie a déjà fait en dépêchant sa flotte face au danger US et en fournissant des armes modernes à l’Armée arabe syrienne, en plus de ses formateurs et experts travaillant avec leurs homologues syriens à développer différentes techniques en fonction du plan de défense syrien.

Quatrièmement, la fin de règne de l’hégémonie et de l’unilatéralisme US, le renforcement de l’organisation défensive régionale contre Israël et les USA, et même la contre-attaque défensive contre l’agression des États-Unis qui ont pris toutes leurs dispositions pour ce faire, sont autant de réalisations initiées et accomplies par la résistance de l’État syrien, de son Commandant en chef, de son Armée et de son peuple ; réalisations à mettre aussi sur le compte de la fermeté de ses alliés d’Iran et du Hezbollah et de l’extraordinaire courage de son allié russe. Le monde doit s’attendre à découvrir le contenu de ce que nous ont préparé, tout en finesse politique et diplomatique, le trio  formé par Sergueï Lavrov, Walid Mouallem et Hussein Abdel Lahyan dont la présence concomitante à Moscou ne relève probablement pas de la coïncidence.

Le partenariat entre la Russie et « l’Organisation de la Résistance en Orient » s’est donc renforcé. C’est un nouveau bloc qui vient de naître et c’est le bras qui se met en travers de l’agression hargneuse des Israéliens et des USA.

Tout un chacun en Syrie ou ailleurs a le droit de  clamer que la Syrie en acceptant de se défaire de son arsenal chimique, au profit d’un système de défense plus performant, a capitulé. Mais cela reviendrait à refuser de reconnaître qu’une telle concession est d’un coût nettement moindre que celui que les Syriens auraient payé sans cette victoire politique, qui n’a été rendue possible que grâce à leur résistance à l’agression US.

Ce à quoi nous avons assisté, ces derniers jours, fera date dans l’Histoire moderne en ce sens que des forces de libération luttant pour leur souveraineté et leur indépendance ont réalisé cet exploit sans recourir à une guerre pour laquelle  ont été mobilisés de considérables moyens une fois qu’Obama a annoncé sa décision d’attaquer la Syrie, un exploit dont le mérite revient à la Résistance syrienne !

Ghaleb Kandil

11/09/2013

 

 

Article original : New Orient News

http://www.neworientnews.com/news/fullnews.php?news_id=112152

 Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

[*] La Russie détecte 2 missiles en Méditerranée

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/09/03/97001-20130903FILWWW00299-la-russie-detecte-2-missiles-en-mediterranee.php

 

Monsieur Ghaleb kandil est le Directeur du Centre New Orient News (Liban)

 

 

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Le renversement d’Allende, raconté par Washington

septembre 11th, 2013 by Hernando Calvo Ospina

Le 11 septembre 1973, Salvador Allende, président démocratiquement élu du Chili, mourait pendant un coup d’Etat militaire ourdi et financé depuis les Etats-unis.
La répression fit 3 800 morts ou disparus (évaluation minimale) et plus de 37 000 torturés. Des centaines de milliers de Chiliens furent contraints à l’exil. Une aube noire se leva sur le Chili de Pinochet.

Le 11 septembre 2001, l’attentat contre le World Trade Center à New-York fit 2992 morts (en comptant les 19 pirates de l’air) selon les chiffres officiels du rapport de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis. Il s’ensuivit une aube noire pour l’Afghanistan et l’Irak où périrent des centaines de milliers de citoyens, hommes, femmes enfants.

Socialiste, Salvador Allende était un des fondateurs du PS chilien. C’est la raison pour laquelle le parti solférinien pleure à chaudes larmes tous les 11 septembre, à chaque anniversaire de l’écroulement des tours jumelles.

Le Grand Soir.

En 1961, dès qu’il prit possession du pouvoir, le président Kennedy nomma un comité chargé des élections qui se dérouleraient au Chili trois ans plus tard. Selon l’enquête d’une Commission du Sénat[1], il était composé de hauts responsables du Département d’Etat, de la Maison Blanche et de la CIA. Ce comité fut reproduit à l’ambassade étasunienne de Santiago. Empêcher que le candidat socialiste Salvador Allende ne gagne les élections en était l’objectif. [2]

Allende était un marxiste, convaincu qu’on pouvait arriver au gouvernement par la voie pacifique et à partir de là, renverser les structures de l’Etat au bénéfice des majorités pauvres. Il disait que pour arriver à un tel but, on devait nationaliser les grandes industries, celles qui étaient aux mains des Etats-Unis, en priorité, car c’étaient elles qui exploitaient les ressources stratégiques. Ces idées, et d’autres idéaux sociaux, le rendirent indésirable aux yeux de Washington : il pouvait devenir un exemple pour les peuples d’autres nations latino-américaines.

Afin de lui barrer la route, des millions de dollars furent distribués aux partis politiques du centre et de droite afin qu’ils fassent leur propagande. Au moment d’élire le candidat à la présidence, Washington se décida à appuyer Eduardo Frei du parti démocrate chrétien, et imposa aux autres partis qu’il avait financés, de s’aligner sur cet homme politique. Au total, l’opération coûta quelque vingt millions de dollars, une somme si importante pour l’époque qu’on peut seulement la comparer avec ce qui avait été dépensé dans les élections étasuniennes. En effet, Washington n’investit pas seulement sur le candidat Frei, mais aussi sur toute une campagne stratégique de propagande anticommuniste à long terme.

La Commission du Sénat dit : « De nombreux supports furent exploités : presse, radio, films, tracts, dépliants, envois postaux, banderoles, peintures murales. » La Commission reconnaît que par l’intermédiaire de ses partis et de diverses organisations sociales, la CIA réalisa « une campagne alarmiste », dans laquelle la principale cible furent les femmes, à qui l’on affirmait que les soviétiques et les cubains viendraient enlever leurs enfants. Des affiches distribuées massivement montraient des enfants portant la marque de la faucille et du marteau estampillée sur le front. La tradition religieuse aussi fut exploitée au maximum afin d’inspirer la crainte du « communisme athée et impie ».

L’opération psychologique fonctionna au-delà de toutes les espérances : Frei obtint 56% du vote populaire, Allende 39%. Selon la Commission du Sénat, la CIA affirmait que « la campagne d’effroi anticommuniste avait été la plus efficace de toutes les activités entreprises. »

Ce fut une opération psychologique, avec les caractéristiques d’une guerre, dont la base était les plans appliqués au Guatemala et ayant amené au renversement du président Jacobo Arbenz, en juin 1954[3]. Une opération qui, au Chili, ne fut pas démantelée avec le triomphe de Frei car, malgré tout, le nombre de voix remportées par Allende fut élevé. Et le vaincu avait toutes les intentions de se représenter aux futures élections.

Dans ses Mémoires, William “Bill” Colby[4], chef de la CIA de 1973 à 1976, raconte que lors de l’élection présidentielle de 1970 au Chili « la CIA se vit enjoindre de diriger tous ses efforts contre le marxiste Allende, contre la candidature duquel elle fut chargée d’organiser une vaste campagne de propagande.” ». Selon cet ancien patron de la CIA, l’opération s’appelait « Deuxième Voie ».

Henry Kissinger, alors conseiller à la Sécurité Nationale du président Richard Nixon, déclara pendant une réunion du Conseil national de sécurité sur le Chili, le 27 juin 1970 : « Je ne vois pas pourquoi nous devrions rester sans rien faire pendant qu’un pays sombre dans le communisme à cause de l’irresponsabilité de son peuple. » [5] Ce qui signifie que la décision souveraine d’un peuple ne serait pas valable si elle n’était pas en concordance avec les intérêts étasuniens. Lors de cette même réunion, on décida de rajouter 300 000 dollars à l’opération de propagande qui était déjà menée.

Selon la Commission Church, Richard Helms, promu patron de la CIA en 1966, envoya deux officiers qu’il connaissait depuis les premiers préparatifs d’invasion de Cuba. Ceux-ci, spécialistes de la guerre psychologique et de la désinformation avaient fait partie des plus hauts responsables des opérations au Guatemala : David Atlee Phillips, et David Sánchez Morales, de retour d’Indochine. La désinformation continuait de faire partie des activités principales contre le candidat Allende. La Commission du Sénat dit qu’un des mots d’ordre de la campagne était : « La victoire d’Allende signifie la violence et la répression stalinienne. »

Mais le 4 septembre 1970, Salvador Allende remporta les élections. Colby rapporte que « Nixon entra dans une grande fureur. Il était convaincu que la victoire d’Allende faisait passer le Chili dans le camp de la révolution castriste et anti-américaine, et que le reste de l’Amérique Latine ne tarderait pas à suivre. » L’ancien patron de la CIA se rappelle que le président convoqua Helms, « et il lui ordonna très clairement d’empêcher Allende de prendre ses fonctions. » Nixon chargea Kissinger de lui communiquer un suivi précis du complot.

Il restait une possibilité d’éviter qu’Allende prenne le pouvoir. Le Congrès chilien devait se réunir le 24 octobre pour choisir entre Allende et Jorge Alessandri, du Parti conservateur, arrivé en deuxième position, car Allende n’avait pas obtenu la majorité absolue. C’est qu’une partie de la gauche s’était divisée, non seulement à cause de la campagne médiatique, mais aussi du fait de l’argent que la CIA avait réussi à injecter dans quelques groupes.

Exécutant l’ordre, Helms envoya « un groupe de travail » qui se livra « à une activité frénétique » pendant six semaines, relata Colby. Atlee Phillips et Sánchez Morales étaient toujours hauts responsables du nouveau complot. Les dollars affluèrent massivement, mais dans une nouvelle direction maintenant. On essaya d’acheter le vote de certains congressistes pour qu’ils se prononcent contre sa victoire. Mais cela ne donna aucun résultat : Allende fut nommé président du Chili.

Les efforts prirent donc une nouvelle orientation, sans toutefois laisser de côté la campagne de propagande contre Allende. Colby dit que les agents prirent contact avec des responsables politiques et militaires pour sélectionner ceux qui pourraient être prêts à contrer Allende, « et déterminer avec eux l’aide financière, les armes et le matériel qui pourraient s’avérer nécessaires pour [lui] barrer (…) la route de la présidence ».

Washington plaça donc son plus grand espoir dans les Forces armées, mais tout dépendait de leur Commandant en chef, le général René Schneider. Là, la CIA rencontra un problème, car ce militaire avait clairement indiqué que son institution respecterait la Constitution. Et Colby reconnaît avec un naturel effrayant : « C’était l’homme à abattre. En désespoir de cause, on organisa donc contre lui une tentative d’enlèvement qui tourna mal : il fut blessé en tentant de résister à ses agresseurs. » Selon la Commission Church, ce jour même, le 22 octobre, très tôt dans la matinée, la CIA avait remis à des conspirateurs chiliens, des mitraillettes et des munitions « stérilisées », dénommées ainsi car, en cas d’enquête, leur origine serait impossible à déterminer. Trois jours après, René Schneider succomba à ses blessures. Immédiatement, Nixon envoya un message cynique à son homologue chilien : « Je voudrais vous faire part de ma douleur devant cet acte répugnant. »

Le 3 novembre 1970, Allende prit ses fonctions de président. Une stratégie de déstabilisation du nouveau gouvernement fut alors à l’étude, et la Direction de l’Hémisphère Occidental de la CIA était chargée de la mettre en oeuvre. En 1972, Ted Shackley, officier très expérimenté en opérations clandestines en devint le directeur. Il nomma son homme-lige Tom Clines chargé des opérations de la CIA au Chili, pour travailler spécifiquement sur le « cas Allende ». Celui-ci avait sous sa responsabilité ses vieux collègues Sánchez Morales et Atlee Phillips.

En mars de l’année suivante, Bill Colby nommé sous-directeur des Opérations Spéciales de l’Agence redevint leur supérieur. Colby et Shakley, qui avaient été à la tête de la guerre sale en Indochine, se trouvaient de nouveau réunis pour en mener une autre.

Depuis 1972, cette équipe de la CIA menait l’opération de désinformation et de sabotage économique la plus perfectionnée que l’on ait connue jusqu’alors au monde. Colby reconnaîtra dans la presse de son pays que ce fut une « expérience de laboratoire sur l’efficacité de l’investissement financier lourd pour discréditer et renverser un gouvernement. » [6]

Et ce ne fut pas tout. Selon la Commission du Sénat étasunien, la CIA à Santiago, se consacra à recueillir toute l’information nécessaire en vue d’un éventuel coup d’Etat : « Listes de personnes à arrêter, infrastructures et personnel civils à protéger en priorité, installations gouvernementales à occuper, plans d’urgence prévus par le gouvernement en cas de soulèvement militaire. » [7] Information sensible, comme la dernière mentionnée, obtenue, selon l’ancien fonctionnaire du département d’Etat, William Blum, [8] grâce à « l’achat » de hauts fonctionnaires et de dirigeants politiques de l’Unité Populaire, la coalition de partis qui appuyaient Allende. A Washington, les employés de l’ambassade se plaignirent de la disparition de documents, non seulement au siège diplomatique, mais aussi à leurs propres domiciles. Leurs communications furent mises sous écoute. Un travail réalisé par la même équipe qui allait monter le cambriolage du Watergate. [9]

L’action contre Allende nécessitait une campagne internationale de diffamation et d’intrigues. Une bonne partie de celle-ci fut confiée à un novice en politique étrangère, presque un inconnu en politique, mais il s’agissait d’une vieille connaissance du président Nixon et des hommes de l’équipe de choc qui menaient l’opération : George H.W. Bush. Il réalisa cette tâche en tant qu’ambassadeur à l’ONU, fonction qu’il occupa à partir de février 1971. Lorsqu’il fut nommé à ce poste, personne ne voulut se rappeler que quelques mois plus tôt, en tant que représentant à la Chambre du Texas, il avait réussi à faire rétablir dans cet état la peine de mort pour les « homosexuels récidivistes ».

Le 11 septembre 1973, eut lieu le sanglant coup d’Etat mené par le général Augusto Pinochet contre le gouvernement du président Allende, et qui déchaîna une terrible répression. Même s’il avait quitté ses fonctions quelques jours avant, Ted Shackley fut l’homme clé du renversement. Son biographe affirme : “Salvador Allende mourut pendant le coup d’état. Quand la fumée se dissipa, le Général Augusto Pinochet, dirigeant de la Junte Militaire était installé au pouvoir comme dictateur, en partie grâce au travail ardu de Shackley […] ”.[10]

Quelques semaines plus tard, Henry Kissinger reçut le Prix Nobel de la Paix… Un an après ce fatidique 11 septembre, alors que la dictature continuait à plonger la nation dans un bain de sang, le président Gerald Ford déclara que les Etasuniens avaient agi « dans le meilleur intérêt des Chiliens, et certainement dans celui des Etats-Unis. » [11]

Quant à l’ancien président Nixon, voilà ce qu’il écrivait en 1980 : « Les détracteurs se braquent uniquement sur la répression politique au Chili, en ignorant les libertés qui sont le fruit d’une économie libre […] Plutôt que de réclamer la perfection immédiate au Chili, nous devrions encourager les progrès qu’il fait. » [12]

Hernando Calvo Ospina

(A quelques changements près, ce texte est un chapitre du livre L’Équipe de choc de la CIA, Le Temps des cerises, novembre 2009).

Notes  :

[1] Commission spéciale présidée par le sénateur Frank Church : “Alleged Assassination Plots Involving foreign Leaders.” Washington, Novembre 1975.

[2] Cover Action in Chile, 1963-1973. The Select Committe to Study Governmental Operations with Respect to Intelligence Activities, US Senate. Washington, 18 décembre 1975.

[3] Le président étasunien Dwight David Eisenhower autorisa la CIA à renverser Arbenz en appliquant un plan intégral, inédit sur le continent, qui contenait des actions de guerre psychologique, mercenaire et paramilitaire, dont le nom de code fut PBSUCCESS. Nick Cullather, Secret History : the CIA Classified Accounts of its Operations in Guatemala, 1952-1954, Stanford University, 1999.

[4] Colby, William. 30 ans de C.I.A. Presses de la Renaissance. Paris, 1978.

[5] Newsweek , Washington, 23 septembre 1974.

[6] New York Times,8 septembre 1974.

[7] Cover Action in Chile, 1963-1973. Op. Cit.

[8] William Blum, Les guerres scélérates, Parangon, Paris, 2004.

[9] Le Watergate était l’immeuble où se trouvaient les bureaux du Parti démocrate. En toute illégalité, le président Nixon ordonne en 1972 qu’elles soient placées sous écoute. Face aux preuves et au scandale qui éclate, le président doit démissionner en août 1974. Victor Marchetti et John Marks, La CIA et le culte du renseignement. Ed. Robert Laffont, Paris, 1975.

[10] David Corn, Blond Ghost, Ted Shackley and the CIA’s Crusades, Simon & Schuster. New York, 1994.

[11] New York Times. 17 septembre 1974.

[12] Nixon, Richard. La vraie guerre, Albin Michel, Paris, 1980.

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Un document découvert récemment de l’Agence centrale de Renseignements américaine, révélé lundi par le magazine Foreing Policy, montre que l’agence US détient une preuve formelle remontant au moins aux années quatre-vingt qu’Israël possède un stock d’armes chimiques et biologiques.

 

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Le centre de fabrication d’armes chimiques et d’armes nucléaires israéliennes, à Dimona
Photo : sodahead.com

La révélation tombe au moment même de l’emploi prétendu d’armes chimiques par le gouvernement syrien le 21 août, bien que rien ne soit avéré quant à leur utilisateur, que l’on ne sache pas vraiment si c’est le régime ou si ce sont les rebelles qui ont perpétré l’attaque, où même si c’était un accident.

Alors que le Président américain Barack Obama menaçait, pour cette attaque, d’aller faire la guerre avec la Syrie, le gouvernement syrien niait toute responsabilité, et il a accepté une proposition du gouvernement russe d’ouvrir ses magasins d’armes chimiques à une inspection internationale et de les détruire.

Le document révélé lundi par le magazine Foreign Policy montre que, en plus de la constitution d’un arsenal nucléaire estimé à trois cents armes nucléaires durant les années soixante et soixante-dix, l’armée israélienne a développé des réserves importantes d’armes chimiques et biologiques.

Le document, de 1983, stipule que les satellites espions des États-Unis ont identifié «  un centre de fabrication et un centre de stockage probablement de produits neurotoxiques CW (chemical weapon)… dans la zone sensible de stockage de Dimona, dans le désert du Néguev. D’autres fabrications d’armes chimiques existeraient aussi au sein d’une industrie chimique israélienne bien développée. »

« Même si nous ne pouvons confirmer si les Israéliens possèdent des agents chimiques mortels » ajoute le document, « plusieurs indicateurs nous amènent à penser qu’ils ont à leur disposition au moins des agents neurotoxiques persistants et non persistants, du gaz moutarde, et plusieurs agents anti-émeutes, ainsi que les systèmes de lancement appropriés. »

La seule page d’un rapport plus important de la CIA a été découverte à la bibliothèque Ronald Reagan en Californie, dans sa forme non censurée ; le rapport a été publié il y a plusieurs années aux Archives nationales, mais après avoir été sévèrement censuré.

Selon l’article de Foreign Policy, «  L’historien israélien Avner Cohen, dans son livre de 1988, Israël et la Bombe, écrit que le Premier ministre israélien David Ben Gourion a ordonné en secret qu’un stock d’armes chimiques soit constitué environ au moment de la guerre de 1956 entre Israël et l’Égypte. La CIA, d’un autre côté, a cru qu’Israël n’avait pas commencé de travailler sur les armes chimiques jusqu’à la fin des années soixante ou au début des années soixante-dix. »

L’article inclue l’appréciation suivante du rapport de la CIA de 1983 : « Israël, se trouvant entouré sur ses frontières d’États arabe avec des capacités naissantes en armes chimiques, est devenu des plus en plus conscient de sa vulnérabilité aux attaques chimiques. Ses sensibilités ont été galvanisées par la saisie d’une grande quantité d’équipements liés aux armes chimiques soviétiques durant les deux guerres israélo-arabes de 1967 et du Yom Kippour en 1973. Par conséquent, Israël a entrepris un programme de préparations à une guerre chimique dans les zones offensives et les zones protégées.  »

Le gouvernement israélien a sévèrement critiqué le gouvernement syrien pour son usage allégué d’armes chimiques il y a trois semaines, et il a encouragé la promesse du Président Obama de répondre militairement.

Israël a signé la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, mais la Knesset (parlement) israélienne n’a jamais ratifié le traité. Israël n’a jamais non plus ouvert son centre nucléaire ni ses réserves d’armes chimiques aux inspections internationales.

11 septembre 2013 - IMEMC et News -

traduction : Info-Palestine

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L’abstention britannique en Syrie

septembre 11th, 2013 by Fida Dakroub

Généralités

Exciter les groupes ethniques et religieux les uns contre les autres, les Arabes contre les Persans, les Kurdes contre les Arabes, les musulmans contre les chrétiens, les sunnites contre les chiites, utiliser l’un pour opprimer l’autre, et veiller ainsi au maintien de leurs intérêts stratégiques à l’Orient et au pillage des ressources naturelles et pétrolières de la région ; tels furent l’art et l’œuvre des puissances occidentales et de leurs consuls et diplomates au Proche-Orient depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours.

Nous étudierons dans un premier temps les parallèles entre l’abstention britannique de s’intervenir militairement en Syrie et l’abstention française de participer à l’invasion de l’Irak en 2003. Dans un second article, nous aborderons les implications des découvertes de gaz et de pétrole en Méditerranée, entre Chypre, la Syrie, la Turquie, la Grèce le Liban et Israël. Dans un troisième article, nous analyserons les rapports de force établis dans la région au lendemain de la défaite d’Israël à la deuxième guerre du Liban en 2006.

L’abstention de la Grande-Bretagne de l’intervention militaire en Syrie

Aujourd’hui, il nous semble que la Grande-Bretagne se soit distinguée,  à cet égard. Pour ne considérer que les deux dernières semaines, le Parlement britannique rejeta une motion présentée par le premier ministre David Cameron qui défendait le principe d’une intervention militaire en Syrie, sous prétexte d’usage d’armes chimiques par l’armée syrienne : « Il est clair que le Parlement britannique ne veut pas d’intervention militaire britannique. Je prends note et le gouvernement agira en conséquence », réagit David Cameron après ce vote, ajoutant qu’il était « attaché au respect de la volonté de la Chambre des communes » [1].

En effet, le premier ministre britannique, qui se montre plein de courage en toute circonstance, n’admit pas de s’opposer à la volonté du peuple ni à celle de la nation – telles qu’exprimées par la volonté de la Chambre des communes -, non par impuissance, mais par amour et par générosité, parce qu’il veut nous persuader « qu’il vaut mieux être juste qu’injuste» [2], et que « le bien est celui que l’on aime pour ce qu’il est », comme le dit Glaucon [3].

Cependant, les raisons qui se cachent derrière le vote de la Chambre des communes à rejeter l’intervention militaire en Syrie ainsi que derrière la décision du premier ministre britannique, David Cameron, « à respecter la volonté » de la première ne s’expliquent pas dans le contexte de la première constatation de Glaucon, c’est-à-dire que « le bien est celui que l’on aime pour ce qu’il est », mais bien plutôt dans le contexte de sa troisième constatation qui dit que « le bien est celui que l’on n’aime que pour ses conséquences » ; autrement dit dans le contexte des rapports de force, des accords de dépeçage colonial et des intérêts stratégiques des pays impliqués dans la guerre contre la Syrie ; l’abstention de David Cameron de ne pas s’intervenir militairement en Syrie s’explique non comme un respect de la démocratie, mais comme un bilan des gains et des pertes d’une aventure dont les conséquences seraient plus dures que les intérêts, et le taux de pertes plus élevé que celui de gains.

Quatre points d’interrogation

Pour comprendre l’abstention de David Cameron de s’intervenir militairement en Syrie, nous l’abordons parallèlement à l’abstention de Jacques Chirac de participer à l’intervention militaire en Irak en 2003. Nous posons ici des questions-clés qui nous aideront à préciser le contexte des deux abstentions :

1) quelle était la raison pour laquelle la France s’abstint-elle en 2003 de l’intervention militaire en Irak, mais elle se précipite à lever une croisade contre la Syrie en 2013 ?

2) quels étaient les motifs de monsieur Jacques Chirac – que la paix soit sur lui – à ne pas chevaucher avec les Américains en Irak ? Est-ce par amour et par courtoisie ? Pour rappel, monsieur Jacques Chirac répétait à tous ses interlocuteurs – fournées de journalistes ou hôtes étrangers – : « rien ne justifie aujourd’hui une guerre contre l’Irak » ; il faisait aussi un parallèle entre les 100 milliards de dollars que coûterait la guerre et les 100 millions de dollars introuvables pour lutter contre le sida en Afrique ; [4]

3) dans quel contexte monsieur Tony Blair – que le bon Dieu le protège des talismans des marabouts -, se précipita à la « libération » du peuple irakien en 2003, et à l’établissement « de la paix, de la prospérité et de la démocratie » en Irak – je suggère ici de consulter un bon dictionnaire des antonymes -, mais en 2013, son successeur, David Cameron, semble plus « attaché au respect de la volonté de la Chambre des communes » ?

4) quel était l’intérêt de la France pour qu’elle s’engagea d’abord à la FINUL après la première invasion israélienne du Liban en 1978, puis à la Force multinationale de sécurité à Beyrouth après la deuxième invasion israélienne du Liban en 1982, enfin à l’augmentation de ses troupes au sein de la FINUL après la guerre de juillet 2006 entre Israël et le Liban, mais la Grande-Bretagne resta à l’écart de toutes ces missions de « paix » ?

Certainement, la réponse à toutes ces questions ne s’explique pas par la bonhomie de monsieur Chirac ni par la courtoisie de monsieur Cameron, mais primo par les conséquences de l’accord Sykes-Picot [5] en 1916 qui dépeça les provinces arabophones orientales de l’Empire ottoman en zones françaises et zones britanniques ; secundo par les récentes découvertes de gaz en Méditerranée orientale ; tertio, par le rapport de force établi dans la région au lendemain de la défaite d’Israël à la deuxième guerre du Liban en juillet 2006.

Le dépeçage des provinces arabophones orientales de l’Empire ottoman

Ce que nous cherchons à établir ici, c’est précisément la connaissance d’un événement historique significatif dans l’histoire du Proche-Orient, et son effet sur les événements actuels en Syrie. Ainsi qu’en témoigne la carte géopolitique du Proche-Orient, les frontières des États actuels furent dessinées en pleine Grande guerre (1914 – 1918), selon un partage colonial, issu de plusieurs accords et traités imposés par la France et la Grande-Bretagne, les deux grandes puissances colonialistes de l’époque ; tels que l’accord Sykes-Picot (1916), la Déclaration Balfour (1917), la Conférence de la Paix (1919), le traité de Sèvres (1920) et le traité de Lausanne (1923). Les deux grandes puissances impérialistes de l’époque redessinèrent les frontières intérieures et extérieures des provinces arabophones orientales de l’Empire ottoman, selon leurs propres intérêts coloniaux, et non selon les intérêts des peuples conquis (évidemment). Lesdites provinces furent divisées en zones françaises et en zones britanniques :

1. Zone française, d’administration directe formée du Liban actuel et de la Cilicie ;

2. Zone arabe A, d’influence française comportant le nord de la Syrie actuelle et la province de Mossoul ;

3. Zone britannique, d’administration directe formée du Kuwait actuel et de la Mésopotamie;

4. Zone arabe B, d’influence britannique, comprenant le sud de la Syrie actuelle, la Jordanie actuelle et la future Palestine mandataire ;

5. Zone d’administration internationale comprenant Saint-Jean-D’acre, Haïfa et Jérusalem.

Le Royaume-Uni obtient le contrôle des ports de Haïfa et d’Acre [6].

Aujourd’hui, un siècle de l’accord Sykes-Picot, le Proche-Orient vit toujours les effets et les conséquences du dépeçage colonial, en dépit du discours philanthrope des chefs d’État occidentaux, et au grand dam du discours « libérateur » des dictateurs du monde arabe. Cent ans de l’accord Sykes-Picot, la France se montre de nouveau aussi colonialiste que jamais, et son discours aussi humaniste que jamais.

C… comme Cameron, comme Chirac

En tenant compte du fait historique de Sykes-Picot, nous essayons de comprendre l’abstention de monsieur Chirac d’envahir l’Irak en 2003 et celle de monsieur Cameron d’attaquer la Syrie en 2013. Il nous paraît plus raisonnable de dire que monsieur Chirac prit sa position envers l’Irak, non par amour du bien pour ce qu’il est – « comme les loups aiment les agneaux » (Platon, Phèdre) -, mais par prudence de ne pas s’intervenir dans des zones de pillage colonial où on trouve plus de chiens que d’os ; cela veut dire que l’Irak ne fait pas partie de la zone du pillage colonial accordée à la France en respect à l’accord Sykes-Picot, mais de la zone de pillage colonial accordée à la Grande-Bretagne. En plus, du point de vue linguistique, l’Irak n’appartient pas à la zone de contrôle et d’influence francophone au Proche-Orient qui comprenait le Liban et la Syrie [7] – ; ce qui revient à dire que les Français n’avaient pas beaucoup d’intérêts ni de privilèges de pillage colonial dans ce pays pour chevaucher à le « libérer » de son tyran Nabuchodonosor Saddam Hussein. Par contre, les Britanniques se considéraient comme «héritiers légitimes» du vol et du pillage de l’Irak ; cette « légitimité » leur était accordée par l’accord Sykes-Picot.

Pour ce qui est de l’abstention de la Grande-Bretagne d’intervenir militairement en Syrie et de la précipitation de la France à chevaucher en une nouvelle croisade, nous l’abordons aussi parallèlement à l’abstention française et à la précipitation britannique à la veille de l’invasion de l’Irak en 2003. La France considère le Liban et la Syrie comme sa propre zone d’influence voire de pillage colonial ; par conséquent, la Grande-Bretagne ne trouve pas ses intérêts menacés directement dans cette région qui constitue historiquement une zone d’influence française, donc une intervention militaire ne serait pas aussi urgente, précisément dans ce contexte-ci. Il serait utile, dans ce sens, de revoir l’accord Sykes-Picot (1916) et le traité de Sèvres (1920) pour construire une idée plus claire du dépeçage et du vol colonial du Proche-Orient.

Or, l’influence française dans la région subit trois pertes au cours de la deuxième moitié du XXe siècle : une première perte en 1963 avec l’arrivée du Parti Baas au pouvoir en Syrie, ce qui résulta en la sortie de ce pays de la zone d’influence française ; une deuxième perte avec les attentats du 23 octobre 1983 qui frappaient les contingents français et américains à Beyrouth ; une troisième perte avec l’invasion des régions chrétiennes du Liban par l’armée syrienne le 13 octobre 1990, et la mise de ce pays sous la cape du président syrien Hafez al-Assad en pleine guerre du Kuwait . En d’autres termes, la France coloniale, ne pouvant pas digérer l’infamie causée par la perte de ses zones d’influence au Proche-Orient, cherche non à punir le président Bachar al-Assad, mais bien plutôt à punir la Syrie et le peuple syrien, en essayant de les mettre de nouveau sous sa robe coloniale tricolore. C’est dans ce contexte-ci que l’abstention de Cameron d’intervenir militairement en Syrie s’explique, parallèlement à l’abstention de Chirac de s’intervenir militairement en Irak en 2003 ; c’est un C… comme Cameron, comme Chirac.

(À suivre…)

Fida Dakroub, Ph.D

Page officielle de l’auteur : www.fidadakroub.com
Notes
 
[1] En direct : le Parlementbritannique ne veut pas d’une intervention en Syrie. (2013, août 29). Récupéré sur Libération.
 
[2] Au début du dialogue établit entre Thrasymaque et Socrate, le premier dit : « Te contentes-tu, Socrate, dit-il, de paraître nous avoir persuadés, ou veux-tu nous persuader vraiment que, de toute façon, il vaut mieux être juste qu’injuste ». Platon. (1963). La République. (R. Baccou, Trad.) Paris: Librairie Garnier Frères, Livre II, p. 41.
 
[3] Glaucon d’Athènes (~409 – ~389 av. È.C.) est un philosophe et musicien, élève de Socrate et jeune frère de Platon. Il est l’un des principaux interlocuteurs de Socrate dans La République de Platon, notamment au Livre II. Il distingue trois sortes de bien : celui que l’on aime pour ce qu’il est, celui que l’on aime pour ce qu’il est et pour ses conséquences et enfin celui que l’on n’aime que pour ses conséquences.
 
[4] Pégard, C. (2003, 02 14). Chirac-Bush : la crise . Le Point.
 
[5] Faisant suite à un travail préparatoire épistolaire de plusieurs mois entre Paul Cambon, ambassadeur de France à Londres, et Sir Edward Grey, secrétaire d’État au Foreign Office, l’accord Sykes-Picot fut conclu entre la France et le Royaume-Uni, entre Sir Mark Sykes et François Georges-Picot, le 16 mai 1916.  Cet accord prévoyait à terme un dépeçage du Levant et de la Mésopotamie ; plus précisément, l’espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et la mer Caspienne, alors partie intégrante de l’Empire ottoman. Source : Dakroub, Fida. (2012, mai 22). Les facteurs géopolitiques de la guerre impérialiste contre la Syrie : l’’ancien ordre du Moyen-Orient. Récupéré sur Mondialisation.ca.
 
[6] Laurens, Henry. (2003, avril). Comment l’Empire ottoman fut dépecé. Le Monde diplomatique , pp. 16 – 17.
 
[7] Le Liban est un pays membre de l’Organisation internationale de la Francophonie. La présence francophone y était omniprésente avant la guerre civile (1975 – 1990). Le français est la deuxième langue officielle au Liban après l’arabe. En Syrie, le français avait une présence assez forte jusqu’avant l’arrivée du Parti Baas au pouvoir en 1963 et le début d’une politique d’arabisation de l’éducation et de l’enseignement.
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Après le sommet du G20 à St-Petersbourg, qui a été dominé par des divergences aiguës entre la Russie et les États-Unis sur la guerre en Syrie, le président François Hollande a annoncé vendredi qu’il s’adresserait aux Français cette semaine au sujet de la participation française à la guerre.

Il a déclaré : « Lorsque le congrès [américain] aura voté – je pense jeudi ou vendredi – et lorsque nous aurons le rapport des inspecteurs, sans doute à la fin de la semaine, à ce moment-là, il y aura une décision à prendre y compris après une éventuelle saisine des Nations unies […] j’aurai à ce moment tous les éléments me permettant de m’adresser aux Français pour leur dire la décision que j’aurai choisie pour la France. »

La volte-face soudaine de Hollande sur la question d’une enquête de l’ONU sur l’attentat du 21 août à Ghouta témoigne du mépris du gouvernement français pour l’enquête de l’ONU à Ghouta et pour la vérité sur ce qui s’y est passé. Son changement d’attitude n’est qu’une manœuvre politique pour renforcer le soutien de la population en faveur de la course impopulaire à la guerre contre la Syrie du gouvernement du Parti socialiste français (PS).

Au début, Hollande avait demandé en toute urgence une attaque contre la Syrie, tout en insistant sur l’idée qu’il n’était pas nécessaire d’attendre le rapport des inspecteurs de l’ONU sur l’attaque de Ghouta. Washington, Londres, et Paris envisageaient de se servir de l’attaque de Ghouta comme d’un prétexte pour déclencher rapidement une guerre contre le régime syrien au mépris de l’opinion publique. Ils n’avaient par conséquent aucun intérêt à enquêter sur cette attaque.

Mais la course à la guerre des puissances de l’OTAN a rencontré un premier obstacle lorsque le parlement britannique a voté contre une intervention militaire, ce qui prouve qu’ils n’avaient aucun fait établi pour étayer leurs accusations selon lesquelles le président syrien Bashar el-Assad avait mené cette attaque.

Quand le gouvernement Obama a décidé de retarder son assaut contre la Syrie jusqu’après un vote sur la guerre au Congrès américain, Hollande a été contraint de suspendre lui aussi son action militaire. Cela a démenti encore plus le mensonge qui prétendait que l’assaut franco-américain contre la Syrie consisterait en quelques frappes « limitées ». La France n’a pas attaqué la Syrie toute seule précisément parce qu’elle n’a pas les capacités militaires pour mener le type de campagne de bombardement massif et d’intervention que Washington et Paris préparent au Moyen-Orient.

Sous la pression des partenaires de la France au sein de l’Union européenne (UE), qui ont signé une résolution samedi à Vilnius qui indiquait leur soutien pour une éventuelle frappe militaire, mais qui ont également demandé à l’ONU de lui fournir une couverture politique en publiant d’abord son rapport sur Ghouta, Hollande a alors changé sa position sur l’ONU.

Hollande a laissé entendre que le rapport de l’ONU va confirmer l’usage des armes chimiques par le régime d’Assad : « il y a bien eu usage des armes chimiques le 21 août, tous les indices étaient concordants, l’ONU doit en apporter confirmation. »

Le gouvernement de Hollande se prépare à se servir des conclusions de l’ONU sur le fait que des armes chimiques ont été utilisées pour affirmer que c’est le régime d’Assad qui s’en est servi et que la guerre est nécessaire. En fait, l’opposition soutenue par les occidentaux et liée à Al Qaïda détient des armes chimiques, et il est probable que l’attaque de Ghouta ait été menée par ces forces, qui étaient en train de perdre la bataille, afin de fournir un prétexte à une intervention militaire des grandes puissances. (Lire : Un reportage associe l’attaque au gaz à Ghouta à l’opposition syrienne qui est soutenue par les Etats-Unis).

Si les sondages officiels montrent que les deux tiers de la population française s’opposent à la guerre contre la Syrie, le gouvernement Hollande minimise les implications à grande échelle d’une telle guerre. Hollande préfère présenter cette guerre comme étant conçue pour « punir le régime et en aucune façon porter le conflit au-delà de la Syrie. »

L’affirmation que l’action militaire ne vise qu’à faire respecter une interdiction des armes chimiques est un mensonge. La France s’aligne sur les préparatifs de Washington en vue d’une guerre massive visant à détruire le régime d’Assad en Syrie et à le remplacer un régime de pantins soutenus par l’occident. Une telle guerre entraînerait les alliés de la Syrie en Iran et au Liban, et peut-être même la Russie, à s’opposer à l’assaut franco-américain au Moyen-Orient.

Quel que soit le résultat final du vote au Congrès américain et du rapport de l’ONU, les gouvernements de Obama et Hollande envisagent d’aller de l’avant avec leur projet de guerre majeure, en s’appuyant sur les mêmes méthodes que Washington avait utilisées pour lancer la guerre d’Irak, il y a dix ans : des mensonges sur les armes de destruction massives.

La décision de Hollande d’entraîner la France dans une guerre majeure au mépris de l’opinion publique et en violation du droit international montre l’absence de toute base sociale en faveur des droits démocratiques parmi la classe dirigeante française. Leur propagande pour la guerre est complétée par la propagande des organisations exprimant le point de vue des classes moyennes aisées, comme le Nouveau parti anticapitaliste (NPA).

De telles forces, qui sont régulièrement interrogées par les grands médias, cherchent à désorienter l’opposition à la guerre de la population en se présentant comme des opposants à la politique du gouvernement, tout en reprenant les mensonges des médias en faveur de la guerre et en appelant à une intervention plus forte.

Le NPA en particulier a soutenu dès le début la campagne pour un changement de régime en Syrie, présentant les forces de l’opposition islamiste soutenue par la CIA comme des révolutionnaires, et critiquant les puissances impérialistes pour ne pas leur avoir fourni assez d’armes.

Dans un entretien accordé le 4 septembre au magazine, Les Inrockuptibles, l’ex-porte-parole du NPA, Olivier Besancenot, a abordé la guerre en Syrie. Il n’a remis en cause aucun des mensonges de Hollande sur l’attaque à l’arme chimique, mais il a critiqué l’intervention occidentale comme un moyen « inefficace » de faire tomber le régime syrien. Il a fait remarquer que, si les puissances occidentales attaquent, Assad « pourra même souder une partie de la population sur le thème “il s’agit d’une intervention étrangère”. »

Besancenot appelle donc à un armement plus important des milices de l’opposition par les puissances impérialistes. Les agences de renseignement occidentales ont injecté des centaines de millions de dollars et des milliers de tonnes de matériel militaire dans les forces de l’opposition islamiste, qui sont largement dominées par des groupes affiliés à Al Qaïda. Besancenot a présenté cette opération comme un « processus révolutionnaire en cours » qu’une intervention occidentale risquerait de perturber.

Kumaran Ira

Article original, WSWS, paru le 10 septembre 2013

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Lundi, les représentants de l’administration Obama faisaient des pieds et des mains pour sauver le prétexte employé par Washington pour justifier une guerre contre la Syrie. En effet, Moscou et Damas auraient accueilli une remarque faite, il semblerait, spontanément par le secrétaire d’État américain, John Kerry, selon laquelle une attaque des États-Unis pourrait être évitée si le régime du président Bashar Al-Assad rendait ses armes chimiques.

Lorsqu’un journaliste de CBS a demandé lundi à Kerry, lors d’une conférence de presse qu’il tenait conjointement avec le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, s’il y avait quoi que ce soit qui pourrait empêcher le déclenchement de la guerre des États-Unis contre la Syrie, Kerry a répondu: «Bien sûr. Il pourrait rendre la totalité des armes chimiques à la communauté internationale cette semaine. Qu’il rende toutes ces armes, sans attendre, et qu’il rende tous les comptes nécessaires sans exception. Mais il ne le fera pas, et ça n’arrivera pas, évidemment.»

Même si Kerry a rapidement laissé tomber cette proposition, elle a été rapidement reprise par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, qui a déclaré après avoir rencontré son homologue syrien Walid al-Moallem que «Si la mise en place d’un contrôle international sur les armes chimiques de ce pays permettait d’éviter des frappes, nous allons immédiatement commencer le travail avec Damas.» Il a déclaré que Moscou demanderait à son allié syrien de placer toutes ses armes chimiques sous contrôle international, d’accepter qu’elles soient détruites et de signer le traité international qui interdit l’usage de ces armes.

La proposition a ensuite été adoptée par Moallem et le gouvernement syrien. «La Syrie accueille la proposition de la Russie par souci des vies du peuple syrien, de la sécurité de notre pays et parce qu’elle croit en la sagesse du gouvernement russe qui tente d’empêcher une attaque américaine contre notre peuple», a affirmé le ministre syrien des Affaires étrangères. Cette position a été rapidement reprise sur le site web de l’agence de presse du régime à Damas, SANA.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a aussi annoncé plus tard dans la même journée qu’il préparait le processus à travers lequel les armes chimiques allaient être rendues et détruites et qu’il demanderait au Conseil de sécurité de l’approuver.

Ce développement, qui soulève la possibilité d’éviter une guerre à laquelle s’opposent, selon les sondages, au moins les deux tiers de la population américaine et de très fortes majorités à travers le monde, était clairement vu comme une catastrophe par l’administration Obama et l’élite dirigeante américaine.

Un haut représentant des États-Unis a dit à CNN que les commentaires de Kerry étaient une «bourde monumentale» et «ne correspondaient pas du tout à ce qui avait été discuté», tout juste avant que soit déclenchée une vaste campagne médiatique du président Barack Obama visant à faire pression sur le Congrès pour faire adopter une résolution autorisant une campagne de bombardement de la Syrie.

Une porte-parole du département d’État a soutenu que les paroles de Kerry n’étaient que de la «rhétorique». Elle a critiqué l’attitude de la Russie et de la Syrie, affirmant qu’ils ne faisaient que «gagner du temps» et qu’il fallait traiter leur position avec «le plus grand scepticisme». Elle a ajouté qu’il devenait «encore plus important que le Congrès donne l’autorisation au président d’agir militairement contre les cibles du régime syrien».

Des journalistes ont alors réagi en demandant si une guerre contre la Syrie était «un fait accompli», peu importe l’attitude du régime Assad, et si les États-Unis ne voulaient que «punir les Syriens, peu importe ce qu’ils feraient». Un reporter a demandé si Kerry avait simplement «bluffé, auquel cas les Russes et les Syriens auraient pu vouloir tester ce bluff».

La première réaction officielle à ce que les journalistes ont décrit comme la «non-proposition rhétorique» de Kerry ne fait que révéler que les allégations d’usage d’armes chimiques par le régime syrien n’étaient qu’une provocation et un prétexte pour une guerre que l’impérialisme américain souhaite pour ses propres intérêts prédateurs.

L’administration Obama n’a offert que des affirmations et des accusations pour lier les attaques du 21 août au régime à Damas. La Russie a présenté ses propres observations démontrant qu’une attaque aux armes chimiques avait été perpétrée précédemment par les fameux «rebelles», les milices alliées d’Al-Qaïda et soutenues par l’Occident qui attaquent la Syrie, et l’a reliée aux événements du mois dernier.

Ces opposants du régime, qui ont subi une série de défaites militaires dans les derniers mois, avaient tout à gagner de cette attaque qui avait tous les signes d’un geste de provocation conçu pour servir de prétexte à une intervention militaire des États-Unis.

Dans une entrevue avec Charlie Rose sur le réseau PBS lundi soir, Assad a soutenu que l’administration Obama n’avait pas présenté «la moindre preuve» justifiant le déclenchement d’une guerre et que les propres soldats du gouvernement syrien avaient subi des attaques à l’arme chimique.

Il a comparé les affirmations de l’administration Obama au «gros mensonge que Colin Powell avait dit sur tous les réseaux satellites à propos des armes de destruction massive en Irak avant de déclencher la guerre». Assad a dit que Powell avait au moins présenté de «fausses preuves», tandis que Kerry et Obama n’avaient rien présenté du tout.

En fin de soirée lundi, pendant qu’Obama accordait des entrevues aux principales chaînes de nouvelles américaines, l’administration changeait de discours. Étant donné la très forte opposition populaire à la guerre, la difficulté qui s’annonce pour la Maison-Blanche de faire passer au Congrès la résolution autorisant une intervention militaire et l’isolement international de l’administration Obama, il a été clairement décidé qu’il serait impossible de s’opposer catégoriquement à la position qui a été prise par la Russie et la Syrie en adoptant la «non-proposition» de Kerry. Ce développement devait plutôt être présenté comme quelque chose de positif que la menace d’attaque militaire avait rendu possible.

À CNN, Obama a déclaré qu’il «préférerait» que la résolution de la question des armes chimiques passe par un accord international, mais que, «D’un autre côté, si nous ne maintenons et ne développons pas une menace sérieuse d’intervention militaire, je ne crois pas que nous puissions en arriver au type d’accord qui est nécessaire.»

De la même façon, il a dit sur les ondes du réseau Fox News qu’il était maintenant encore plus important que le Congrès autorise une attaque américaine contre la Syrie. «Je crois qu’il est important que nous maintenions la pression pour être certains qu’ils comprennent que nous sommes sérieux», a affirmé Obama.

Les événements de lundi nous rappellent vivement les machinations de l’administration Bush à la fin de 2002, début 2003, après que Saddam Hussein, contrairement aux prévisions des États-Unis, eût permis aux inspecteurs de l’ONU de retourner en Irak et accepté de se soumettre à un programme d’inspection encore plus lourd afin d’empêcher une invasion américaine.

Finalement, l’administration Bush avait tout ignoré (même les déclarations des inspecteurs que le régime irakien était très coopératif et que rien n’avait démontré la présence d’armes de destruction massive [ADM]) et avait tout de même envahi, dans un but qui n’avait rien à voir avec les ADM ou le terrorisme.

Obama, qui a été élu en grande partie en raison de l’immense hostilité de la population américaine pour cette guerre basée sur des mensonges, est déjà sérieusement engagé dans la même voie. Comme son prédécesseur, il est déterminé à provoquer une guerre sur la base de faux prétextes pour remplir un objectif central de l’impérialisme américain: l’hégémonie sur les régions stratégiques riches en pétrole du golfe Persique et d’Asie centrale. Encore plus que celle contre l’Irak, une guerre contre la Syrie, qui est aussi bien dirigée contre ses alliés, l’Iran et la Russie, menace de provoquer un conflit militaire régional et même mondial.

L’offre de la Russie et de la Syrie d’un désarmement et la réaction des États-Unis n’ont pas diminué le risque d’une guerre. Au cours des prochaines semaines, les États-Unis vont tenter de faire échouer ce genre d’accord pacifique et, si nécessaire, nous pourrions être témoins d’un autre acte de provocation de «rebelles» d’Al-Qaïda pour précipiter une intervention militaire.

On ne peut mettre un terme à cette guerre qui s’annonce encore plus désastreuse au Moyen-Orient que par le retour d’un véritable mouvement antiguerre basé sur la mobilisation des travailleurs, des étudiants et des jeunes, indépendamment des deux principaux partis et du Congrès, dans une lutte contre l’administration Obama et le système capitaliste, la source du militarisme, de l’inégalité sociale et de l’assaut incessant sur les droits démocratiques.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 10 septembre 2013

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La guerre secrète en Grèce

septembre 11th, 2013 by Dr. Daniele Ganser

Photo : Le roi Constantiin II et la junte militaire lors du coup d’État de 1967.

Pour maintenir l’ordre libéral, les États-Unis n’hésitèrent pas à faire renverser le gouvernement légitime et majoritaire en Grèce par une clique militaire très minoritaire, en 1967. Leur objectif n’était pas d’empêcher la Grèce de tomber dans l’orbite soviétique, mais de conserver le contrôle des Balkans. Un coup d’État qui en dit long sur la conception de la démocratie à Washington.

Sous les ordres du dictateur fasciste Benito Mussolini, les troupes italiennes tentèrent d’envahir la Grèce en 1940, mais elles furent repoussées par une résistance populaire massive. L’année suivante, Hitler, qui ne voyait pas d’un bon œil la défaite du Duce, décida d’envoyer ses soldats qui conquirent le pays et le placèrent sous le contrôle des puissances de l’Axe. Les Grecs n’avaient cependant pas déposé les armes et, pendant toute la durée de la guerre, l’armée allemande, qui devait lutter contre une résistance acharnée, eut beaucoup de mal à garder le contrôle du pays. Comme en Italie et en France, les mouvements de résistance à l’occupation fasciste étaient dominés par la présence des communistes. ELAS, l’Armée Populaire de Libération, avait été fondée à l’initiative du parti communiste grec (KKE) quelques mois après l’invasion allemande. Elle rassemblait des partisans issus de toutes les sensibilités de gauche et des femmes ainsi que des ecclésiastiques, dont même quelques archevêques, combattaient dans ses rangs. L’EAM, l’aile politique d’ELAS était elle aussi dominée par les communistes. Sur les sept millions d’habitants que comptait alors la Grèce, deux millions étaient membres du parti EAM, tandis que 50 000 étaient des combattants actifs d’ELAS.

ELAS était la bête noire des nazis et tentait avant tout de leur reprendre le contrôle du pays. Pour ses opérations, l’Armée de Libération recevait l’appui du SOE britannique dont les officiers apportaient leurs conseils aux résistants grecs sur le terrain et leur fournissaient armes et munitions. De nombreuses amitiés furent tissées entre les combattants d’ELAS et les agents de liaison du SOE. Mais les frères d’armes durent subitement se séparer quand le Premier ministre Winston Churchill décida en mars 1943 de cesser de soutenir ELAS, craignant qu’après la défaite de l’Axe, la Grèce passe sous le contrôle des communistes. Churchill envoya secrètement son ministre des Affaires étrangères Anthony Eden auprès de Staline en octobre 1943 afin de procéder au partage des Balkans. L’accord, scellé à Yalta, laissait aux États-uniens et aux Britanniques le champ libre en Grèce et prévoyait le passage de la Roumanie et de la Bulgarie sous contrôle soviétique.

Dans le but de réduire l’influence des communistes et des socialistes grecs, Londres prévoyait de réinstaller au pouvoir l’ancien roi de Grèce qui dirigerait le pays avec l’aide d’un gouvernement conservateur. La directive duForeign Office, le ministère des Affaires étrangères britannique, du 20 mars 1943, mentionnant ce revirement précise que « le SOE devrait systématiquement se tourner vers les groupes disposés à soutenir le roi et le gouvernement et faire bien comprendre aux mouvements antimonarchiques que le roi bénéficie du soutien du gouvernement de Sa Majesté ». [1] Seulement le souverain n’était pas véritablement populaire dans le pays, à cause notamment de son choix de collaborer avec le dictateur fasciste Metaxas. Inspiré par Hitler et Mussolini, Metaxas avait instauré, vers la fin des années 1930, le salut fasciste, bras droit tendu vers l’avant, ainsi qu’une police secrète particulièrement brutale. Cependant, Londres poursuivait sa politique de soutien aux conservateurs et, en octobre 1943, le Foreign Office alla jusqu’à envisager « une véritable politique visant à attaquer et à affaiblir l’EAM par tous les moyens disponibles », une stratégie qui fut finalement abandonnée car jugée « susceptible de compromettre les chances de prendre l’avantage militairement et de s’avérer contre-productive en renforçant la légitimité politique de l’EAM ». [2]

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George Grivas (Γεώργιος Γρίβας)

Le revirement des Britanniques fut un véritable choc pour les membres d’ELAS qui commencèrent à être la cible de chasses à l’homme menées par d’anciens collaborateurs pro-nazis et des unités spéciales d’extrême droite appuyées par les Britanniques comme les groupes X du soldat chypriote George Grivas. Churchill, qui observait la scène à distance, remarqua toutefois que les groupes X, incapables de susciter l’adhésion populaire, ne comptèrent guère plus de 600 membres, et qu’ELAS constituait donc toujours la principale force de guérilla du pays. C’est dans ce contexte que le Premier ministre britannique décida fin 1944 de prendre des mesures supplémentaires pour empêcher les communistes grecs d’accéder au pouvoir. Il donna l’ordre de créer en Grèce une nouvelle armée secrète d’extrême droite. Comme l’écrivit le journaliste Peter Murtagh : une « nouvelle unité fut créée au sein de l’armée grecque, qui fut appelée tour à tour Brigade Montagnarde Grecque, Force d’Intervention Hellénique ou LOK, son acronyme en grec (Lochos Oreinon Katadromon) ». Conçue comme une arme contre les communistes et les socialistes, l’unité était interdite à « tous ceux dont la sensibilité politique oscillait entre le conservatisme modéré et la gauche véritable. Sous la supervision des officiers britanniques appliquant les ordres exprès de Churchill, l’unité fut constituée de royalistes et d’antirépublicains. » [3]

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Alexandre Papagos (Αλέξανδρος Παπάγος)

Le maréchal Alexandre Papagos fut choisi pour être le premier directeur de la LOK et, avec le soutien des Britanniques, il entreprit de recruter des militants d’extrême droite et de combattre ELAS. [4] Alors que l’Armée de Libération Populaire devait lutter à la fois contre l’occupant nazi et contre la Force d’Intervention Hellénique, Churchill craignit le scandale qui risquerait d’éclater s’il devait être révélé à la population britannique que Londres soutenait secrètement les fascistes en lutte contre les communistes grecs. En août 1944, il ordonna donc à la BBC de ne faire « aucune mention d’aucune sorte » d’ELAS en traitant de la libération de la Grèce. [5] Mais quelques semaines plus tard, la résistance grecque parvint finalement à vaincre l’occupant allemand et Hitler fut contraint de retirer ses troupes du pays. Winston Churchill exigea immédiatement que la résistance dépose les armes, ce qu’ELAS était disposée à accepter à condition que son dernier ennemi, la LOK, en fît autant.

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Le massacre de la place Syntagma

La Grande-Bretagne refusant que l’armée secrète rende les armes, l’EAM organisa à Athènes une vaste manifestation démocratique pour dénoncer l’ingérence britannique dans les affaires politiques de la Grèce d’après-guerre. Celle-ci eut lieu le 3 décembre 1944, soit six semaines à peine après le départ des forces d’occupation allemandes. Les organisateurs de la manifestation avaient bien précisé leur intention de s’opposer aux Britanniques par des moyens pacifiques, la marche de protestation devant être le prélude à une grève générale. Peu après 11 h 00 ce matin-là, un groupe de 200 à 600 manifestants investit la place Syntagma, qui donne sous les fenêtres du Parlement. Ce petit groupe, constitué pour partie de femmes et d’enfants rassemblés dans une ambiance festive, devait être rejoint par une foule de 60 000 personnes qui avaient été retardées par des barrages policiers. Tandis que les quelques centaines de personnes s’avançaient sur la place, une rangée d’hommes en armes, constituée de policiers et de miliciens, parmi lesquels figuraient vraisemblablement des membres de la LOK, se dressa sur leur passage. Des soldats britanniques et des policiers équipés de mitraillettes avaient pris position sur les toits alentour. La tension était palpable.

L’ordre fut donné de « tirer sur ces enfoirés » et la manifestation pacifique tourna soudain au bain de sang. Une pluie de balles s’abattit sur les manifestants qui se dispersèrent dans toutes les directions. D’après des témoins, la fusillade dura près d’une heure. 25 manifestants trouvèrent la mort, dont un enfant de 6 ans, et 148 autres furent blessés. Quelques minutes plus tard, le cortège principal arriva sur les lieux. Faisant preuve d’un calme et d’une retenue étonnants, les 60 000 manifestants se rassemblèrent dans la solennité et le recueillement autour des dépouilles de leurs camarades abattus. Sur les bannières souillées du sang des morts, les slogans demandaient la fin de l’ingérence britannique dans les affaires grecques. De nombreux manifestants brandissaient des drapeaux états-uniens et grecs, d’autres le drapeau rouge du socialisme. Très peu arboraient l’Union Jack. À Londres, Churchill dut affronter la colère des Communes qui demandaient des explications sur les atrocités commises à Athènes. Tout en reconnaissant le caractère « choquant » des faits, le Premier ministre britannique qualifia néanmoins de stupide la décision de faire défiler autant d’enfants dans une ville remplie d’hommes en armes. Le rôle de l’armée secrète d’extrême droite dans le massacre de la place Syntagma ne fit l’objet d’aucune enquête. [6]

Suite à cette démonstration de force, les Britanniques restaurèrent la monarchie en Grèce et obtinrent d’ELAS que celle-ci rende les armes en échange de la promesse d’élections nationales démocratiques, lesquelles eurent lieu en mars 1946. Le parti communiste grec et le centre gauche ayant pris la décision maladroite de boycotter les urnes pour protester contre l’occupation du pays par les Britanniques, la droite remporta une victoire sans appel. On assista dès lors à une succession de gouvernements fantoches de droite à la botte de Londres. Convaincu que la Grèce ne manquerait pas de tomber sous l’autorité brutale de Staline si la gauche grecque accédait au pouvoir, le gouvernement continua à ordonner l’arrestation des membres d’EAM dont beaucoup furent torturés dans les camps de prisonniers de sinistre mémoire, bâtis sur les îles grecques.

En 1945, la plupart des États célébrèrent la fin de la Seconde Guerre mondiale et, afin d’éviter qu’une telle tragédie ne se reproduise à l’avenir, ils fondèrent l’Organisation des Nations Unies. Mais la Grèce était toujours en proie aux combats et la guerre froide débuta. À force de frustration, une fraction de la gauche grecque résolut de reprendre les armes et le maquis et, à l’automne 1946, elle engagea une guerre civile contre les Britanniques et la droite locale. Exsangue au sortir de la guerre, le Royaume-Uni n’était plus en mesure d’assurer le contrôle du pays, au début de l’année 1947, il demanda donc de l’aide aux États-Unis. Le spécialiste de la CIA William Blum raconte que « les responsables à Washington savaient parfaitement que leur nouveau “gouvernement-client” était si vénal et si négligent en matière de droits de l’Homme que même les anticommunistes états-uniens les plus fervents en étaient outrés ». [7] Cependant, comme la Yougoslavie communiste fournissait la gauche grecque en armes et vu que le pays semblait sur le point de basculer dans le communisme, le président Truman parvint en exposant sa fameuse doctrine à convaincre le Congrès de la nécessité d’une intervention officielle en Grèce. La Grèce fut ainsi le premier pays à être envahi par les USA dans le cadre de leur politique de lutte contre le communisme à l’échelle mondiale. Au cours des décennies qui suivirent, Washington se servit de l’exemple grec pour justifier ses invasions ouvertes ou clandestines en Corée, au Guatemala, en Iran, à Cuba, au Cambodge, au Nicaragua, au Panama et dans plusieurs autres pays.

Par une étrange manœuvre idéologique, Truman qualifia le gouvernement conservateur corrompu d’Athènes de « démocratique » et assimila ses opposants de gauche à des « terroristes », tandis que les forces US débarquaient en Grèce avec de l’équipement lourd. Associées à la force d’intervention hellénique et aux autres unités paramilitaires locales, celles-ci disposaient d’effectifs six fois plus nombreux que les quelque 20 000 hommes et femmes réfugiés dans les montagnes grecques. Quand Staline comprit en 1948 que la guerre civile en Grèce pourrait déboucher sur un affrontement entre les deux superpuissances, la Yougoslavie fut exclue du bloc soviétique et l’approvisionnement en armes des partisans grecs commença à décroître. Leur situation s’aggrava encore à mesure que la LOK, à présent sous contrôle états-unien, était de mieux en mieux équipée et gagnait en puissance. Les USA lancèrent alors secrètement l’« Opération Torch » [“to torch” signifie incendier] au cours de laquelle des milliers de litres de napalm furent déversés sur les montagnes grecques. Fin 1948, la résistance grecque, après avoir battu sur son propre terrain les nazis puis les troupes britanniques, s’inclina finalement. « La guerre civile s’acheva sur une victoire totale de la droite grecque et de son protecteur US. » [8]

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Konstantin Dovas (Κωνσταντίνος Δόβας)

L’armée secrète anticommuniste LOK ne fut pas démantelée à la fin de la guerre civile, elle demeura opérationnelle afin de contrôler l’opposition grecque. Quand la Grèce fut admise au sein de l’OTAN en 1952, elle « était devenue un parfait allié, client de confiance pour les USA. Elle était farouchement anticommuniste et très bien intégrée au système de l’OTAN. » [9] Clandestinement, la CIA et l’armée grecque dirigeaient, entraînaient et équipaient conjointement la LOK placée sous le commandement du maréchal Alexandre Papagos. L’armée secrète anticommuniste était pour la CIA un outil de premier choix pour influer sur la vie politique dans le pays. La coopération clandestine entre les services secrets états-uniens, l’armée et le gouvernement grec fut confirmée par une série de documents confidentiels dont la population grecque n’apprit l’existence que lors des révélations de 1990. Parmi ceux-ci figurait un document sur l’armée secrète grecque daté du 25 mars 1955 et signée par le général Truscott pour la CIA, par Konstantin Dovas, chef d’état-major de l’armée grecque, ainsi que par le Premier ministre du pays Alexandre Papagos. [10] Les signataires confirmèrent une nouvelle fois leurs engagements sur l’armée secrète le 3 mai 1960. [11]

D’après le journaliste Peter Murtagh, la CIA avait fait de la LOK un programme prioritaire en Grèce. « Au milieu des années 1950, la CIA aidait au financement et à l’approvisionnement de la Force d’intervention, elle l’a même minutieusement restructurée sur le modèle des unités d’élites états-uniennes et britanniques, les Delta Forces et le Special Air Service ou SAS. Sous le commandement de la CIA, les membres de la Force d’intervention se virent distribuer des bérets verts bien avant que ne soit créée l’unité du même nom. » Comme dans tous les autres pays d’Europe de l’Ouest, les relations entre les combattants locaux et les forces spéciales britanniques et états-uniennes étaient très cordiales. Après avoir subi un entraînement spécial à l’étranger, les officiers grecs étaient particulièrement fiers d’avoir été choisis pour rejoindre l’unité spéciale. Murtagh précise à juste titre que, par l’intermédiaire de la CIA, l’armée secrète grecque était elle aussi en liaison avec l’OTAN et son comité directeur stay-behind, l’ACC de Bruxelles. « La Force d’intervention devint la branche grecque du réseau paneuropéen de guérilla mis en place par l’OTAN et la CIA dans les années 1950 et contrôlé depuis le quartier général de l’OTAN, à Bruxelles, par l’ACC, le Comité de Coordination Allié. » Parallèlement à sa mission de contrôle intérieur, la LOK fut aussi entraînée pour sa fonction stay-behind plus classique. « Le réseau était spécialement conçu pour agir comme une force “stay-behind” après l’invasion de l’Europe par les Soviétiques. Il coordonnerait les actions de guérilla menées dans les différents pays occupés et assurerait la liaison avec les gouvernements en exil. Il devait impliquer les agents des polices secrètes et des services de renseignement des pays conquis, ainsi que des civils volontaires. La branche grecque de ce programme était aussi appelée “Opération Sheepskin” [peau de mouton]. » [12] La LOK ayant été créée dès 1944 par les Britanniques, cela en fait la plus ancienne des toutes les armées secrètes stay-behindactives en Europe pendant la Guerre froide.

L’existence de l’armée secrète avait déjà été révélée en 1987 par l’ancien agent de la CIA Philip Agee dans son livre Dirty Work : The CIA in Western Europe, ouvrage qui valut à son auteur de vives critiques de la part de l’Agence de renseignement et du Pentagone. Agee, qui avait travaillé pour la CIA en Amérique latine durant les années 1950, quitta l’Agence en 1969 pour des raisons d’éthique et commença dès lors à dénoncer les opérations terroristes et les violations des droits de l’Homme perpétrées par la CIA dans de nombreux pays en révélant le contenu de ces opérations et le nom des agents impliqués. Des années avant que le scandale Gladio n’éclate en Italie, Agee révéla que « des groupes paramilitaires dirigés par des agents de la CIA avaient agi en Europe pendant les années 1960 ». Il souligna que « de toutes les activités de la CIA, aucune n’était aussi directement liée au développement d’un potentiel de subversion interne ». [13]

Selon Agee, le rôle joué par la CIA en Grèce fut véritablement décisif. « L’agent gréco-américain travaillant pour la CIA recruta plusieurs groupes de citoyens pour constituer ce que la CIA appelait “un noyau voué à lever une véritable armée de citoyens pour contrer la menace d’un coup d’État de la gauche”. Chacun des groupes ainsi formés était entraîné et équipé afin d’opérer comme une unité de guérilleros autonomes, capables de mobiliser des hommes et de mener des actions de guérilla et ne nécessitant qu’une très légère, voire aucune supervision extérieure. » Le contrôle de l’armée secrète demeurait entre les mains de la CIA et de quelques officiers grecs à qui les services secrets états-uniens accordaient leur confiance. « Les membres de chacun de ces groupes étaient initiés aux procédures militaires par la CIA. D’après les informations disponibles, la plupart de ces unités paramilitaires s’entraînaient dans deux camps : l’un situé aux abords de Volos et le second près du Mont Olympe. Après une formation de base, les unités partaient ensuite s’entraîner dans des zones reculées du Pinde et dans les montagnes près de Florina. » À l’instar de toutes les armées secrètes dirigées par la CIA en Europe de l’Ouest, ces unités disposaient d’un armement léger entreposé dans des caches d’armes. « Ces groupes de partisans étaient équipés d’armes automatiques ainsi que de mortier léger. Les armes étaient stockées dans divers endroits. La majeure partie du matériel militaire était dissimulée sous terre et dans des grottes. Chaque membre de ces groupes paramilitaires connaissait l’emplacement de ces arsenaux clandestins, afin de pouvoir s’y rendre sans avoir besoin des instructions de ses supérieurs ». [14]

En raison du grand nombre de personnes impliquées, plusieurs cercles devaient être mis dans la confidence ce qui rendait par conséquent plus difficile de protéger le secret entourant l’armée stay-behind et ses liens avec la CIA. « Il est devenu de plus en plus difficile de tenir le projet secret. Un agent de la CIA a qualifié la situation de “cauchemar” », raconta Agee avant d’ajouter : « Pour autant qu’on le sache, le groupe paramilitaire n’a jamais été démantelé. Aux yeux des hauts responsables de la CIA, les groupes placés sous le commandement de la branche paramilitaire sont comme une “assurance” à long terme sur les intérêts US en Grèce, ils peuvent être utilisés pour appuyer ou pour diriger le possible renversement d’un gouvernement “antipathique”. “Antipathique” du point de vue de la stratégie de manipulation états-unienne, bien entendu. » [15] La CIA investit des millions de dollars dans l’armée secrète grecque et bâtit un véritable complexe de refuges et de centres d’entraînement aux abords du Mont Olympe dans le nord-est du pays où les membres de la LOK étaient formés par des instructeurs de la CIA à diverses pratiques telles que le ski, le saut en parachute et la plongée sous-marine. [16] Environ 800 caches d’armes furent aménagées sur l’ensemble du territoire et l’on estime les effectifs de l’armée secrète à près de 1 500 hommes qui, en cas de besoin, pouvaient en recruter 2 000 autres, portant ainsi le nombre total de ces soldats d’élite à près de 3 500. [17]

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Thomas Karamessines

L’agent gréco-américain de la CIA mentionné par Agee et qui joua un rôle central dans la création et la direction de l’armée secrète grecque était Thomas Karamessines. Comme bon nombre de ses collègues de l’Agence, Karamessines avait travaillé pour les services secrets états-uniens OSS (Office of Strategic Services) pendant la Seconde Guerre mondiale. En raison de son anticommunisme radical et de ses racines grecques, il fut affecté à l’ambassade US à Athènes en janvier 1946, officiellement comme attaché militaire. Pendant la guerre civile, il établit des contacts avec des responsables de la sécurité britanniques et grecs et des membres de la Force d’intervention hellénique. Quand la CIA fut créée pour remplacer l’OSS en 1947, Karamessines installa le quartier général de l’Agence au cinquième étage du Tamion Building qui donne sur la Place Syntagma. En quelques années, l’antenne de la CIA compta plus d’une centaine d’agents, des Gréco-Américains comme Karamessines pour la plupart. Athènes devint alors la base arrière des activités de la CIA dans la péninsule balkanique et au Moyen-Orient, y compris jusqu’en Iran.

Prenant une part active aux opérations spéciales et à la création des armées anticommunistes de la CIA, Karamessines fut transféré à Rome en 1958 où, en tant que chef de station, il dirigea le Gladio italien et la lutte engagée contre les communistes locaux. En 1962, il fut contraint de quitter l’Italie suite à des rumeurs sur son implication dans la mort de l’industriel et patron d’ENI Enrico Mattei, survenue dans des circonstances troubles. De retour aux États-Unis, le soldat de l’ombre Karamessines prit la tête du département des opérations spéciales de la CIA en étant nommé directeur adjoint aux Plans. Il semble qu’il ait aussi mené le combat sur le sol états-unien : en effet, suite à l’assassinat du président Kennedy en 1963, il fut accusé d’avoir fait disparaître certains indices et d’avoir détruit des documents compromettants.

Karamessines veilla à ce que la CIA non seulement finance mais également contrôle le service de renseignement militaire KYP, en dépit du fait que celui-ci ait régulièrement recours à la torture. « Grâce à nos objectifs communs, et bien sûr à l’argent que nous fournissions, collaborer avec eux était assez facile », se souvint un ancien agent de la CIA qui avait été stationné en Grèce. « Les hommes du KYP s’y entendaient assez bien pour faire parler les communistes et tous ceux qui flirtaient avec les Soviétiques. » [18] Les agents grecs écoutaient les communications radio des Bulgares et des Roumains et envoyaient les bandes aux États-Unis où elles étaient décodées par les experts de la NSA. En espionnant l’opposition grecque, le KYP et la CIA amassèrent pas moins de 15 tonnes de données et constituèrent 16,5 millions de dossiers sur les citoyens grecs considérés comme une menace pour l’État. Quand le stockage des archives commença à poser un sérieux problème, la CIA fournit au KYP un système informatique. Ironie de l’Histoire, la première démocratie moderne, les USA, offrit à la première démocratie de l’Antiquité, la Grèce, les premiers ordinateurs destinés au contrôle de la population. Le chef du KYP se montra particulièrement enthousiaste devant cette nouvelle machine, il invita même la presse à venir la contempler. Posant fièrement à côté du très imposant appareil, il déclara : « Les Grecs peuvent dormir sur leurs deux oreilles car cette merveille de technologie américaine, elle, reste toujours en éveil », sur quoi, afin de démontrer l’efficacité du système, il appuya sur un bouton « ennemi du pays », ce qui eut pour effet de faire apparaître le dossier personnel d’un journaliste présent sur les lieux et d’embarrasser quelque peu les agents du KYP. [19]

La CIA et l’oligarchie locale contrôlant la gauche et les communistes grecs par l’intermédiaire de la LOK et du KYP, la seule menace pour l’équilibre du pouvoir provenait des élections démocratiques. Laughlin Campbell, chef de station de la CIA de 1959 à 1962, craignait une victoire de la gauche aux élections nationales d’octobre 1961, de nombreux électeurs furent donc incités, par la menace ou par l’argent, à voter conformément aux directives du KYP. Dans certains villages, les candidats soutenus par l’armée et la CIA obtinrent même plus de voix qu’il n’y avait d’habitants en âge de voter. Tout fonctionna comme prévu et l’union du centre dont l’inclination à gauche était redoutée n’obtint qu’un peu plus du tiers des suffrages, ce qui lui garantit 100 sièges au Parlement. Son leader, George Papandreou cria à la fraude électorale et obtint qu’une commission indépendante mène l’enquête. Quand celle-ci confirma ses allégations, Papandreou promit au gouvernement une lutte sans merci.

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George Papandreou (Γεώργιος Παπανδρέου). Ne pas confondre avec son petit-fils pro-US.

Bénéficiant d’un réel soutien populaire, Papandreou trouva le courage de défier la CIA et le KYP et, en 1963, il contraignit le Premier ministre pro-US Konstantin Karamanlis à la démission. Les tensions s’accentuèrent aux élections de 1963, où l’Union du Centre obtint 42 % des suffrages et 138 des 300 sièges du Parlement. À la tête du premier parti de l’union, Papandreou fut nommé Premier ministre en février 1964. Pour la première fois depuis l’occupation allemande, la droite grecque se voyait en situation de perdre une grande partie de son poids politique. Papandreou tenait les rênes du pays pour quatre ans, une évolution qui « ébranla l’establishment conservateur. Pour beaucoup, y compris pour certains conseillers de premier plan, cela laissait présager une prise de pouvoir imminente par les communistes, et cela, ils étaient bien décidés à l’enrayer. » [20] Il fallait renverser le Premier ministre George Papandreou.

Jack Maury, qui avait remplacé Campbell à la tête de l’antenne athénienne de la CIA, reçut l’ordre de se débarrasser de Papandreou. Le chef de station aimait faire étalage de son pouvoir : il portait des costumes voyants, d’énormes chevalières et conduisait une grosse voiture américaine, « plus grande que celle de l’ambassadeur »,comme il se plaisait à le souligner. Il complota en secret avec le roi Constantin et des officiers royalistes et conservateurs de l’armée grecque et, en 1965, il parvint à démissionner George Papandreou par prérogative royale. [21] La période qui suivit ce coup silencieux fut caractérisée par des gouvernements éphémères et les efforts clandestins entrepris par le KYP, sur les conseils de l’agent Constantin Plevris, pour conditionner le climat politique. Il y eut à cette époque plusieurs attentats dans le pays. En 1965, le pont de Gorgopotamos fut détruit par une explosion au moment précis où l’ensemble de la classe politique commémorait la résistance au nazisme. Le choix du lieu était hautement symbolique puisque les Grecs étaient particulièrement fiers d’avoir empêché les Allemands de le détruire pendant l’occupation. L’attentat fit cinq morts et une centaine de blessés, dont beaucoup grièvement. « Après tout, nous étions officiellement formés au terrorisme », commenta par la suite un agent impliqué dans des opérations stay-behind, soulignant ainsi le puissant soutien dont ces hommes avaient bénéficié. [22]

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Alexandre Mastas (Αλέξανδρος Μάτσας)

Ce soutien provenait de l’administration de Lyndon Johnson, à Washington, qui avait déjà eu l’occasion à Chypre de signifier au gouvernement grec qui était aux commandes. À l’été 1964, le président Johnson convoqua l’ambassadeur grec Alexandre Matsas à la Maison-Blanche et lui dit que les problèmes de Chypre devaient être résolus par la partition de l’île en deux zones, l’une grecque, l’autre turque. Matsas refusa, provoquant la fureur de Johnson : « Écoutez-moi bien, M. l’ambassadeur. Je me fous de votre Parlement et de votre Constitution. L’Amérique est un éléphant. Chypre est une puce. La Grèce est une puce. Si ces deux puces continuent à chatouiller l’éléphant, il pourrait bien les écraser d’un coup de trompe, et pour de bon ! » Comme le soulignait Johnson, le gouvernement grec devait se conformer aux ordres de la Maison-Blanche. « Les Grecs profitent largement des dollars américains, M. l’Ambassadeur. Si votre Premier ministre continue à me parler de Démocratie, de Parlement et de Constitution, il se pourrait bien que lui, son Parlement et sa Constitution n’en aient plus pour très longtemps. » [23]

Quand Matsas, outré, tenta de protester : « Je ne peux tolérer de telles manières », Johnson continua : « N’oubliez pas de répéter à votre vieux Papa-je-ne-sais-plus-quoi ce que je viens de vous dire. N’oubliez pas de lui dire, vous m’entendez ? », sur quoi Matsas câbla la conversation au Premier ministre George Papandreou. Quand la NSA intercepta le message, le téléphone de Matsas sonna. C’était le président Johnson : « Vous cherchez les ennuis, M. l’ambassadeur ? Vous voulez vraiment que je me mette en rogne ? Il s’agissait d’une conversation privée. Vous n’étiez pas censés répéter les termes que j’ai employés devant vous. Faites attention. » [24] Clic. Fin de la communication.

Andreas Papandreou, le fils du Premier ministre, observait avec un certain dégoût le jeu de manipulations et la guerre secrète qui se livraient dans son pays. Après avoir fréquenté un mouvement trotskiste alors qu’il était étudiant, Andreas avait quitté la Grèce pour les États-unis dans les années 1930, afin d’échapper à la répression du régime dictatorial de Metaxas. Naturalisé états-unien, il avait embrassé une brillante carrière d’économiste et d’universitaire, dirigeant le département d’économie de l’université de Californie, à Berkley. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il avait servi dans la Marine US et, après 1945, il fut approché par la CIA afin de rejoindre le bureau politique de la zone méditerranéenne. Quand, vers la fin des années 1950, il comprit le rôle que jouaient les États-Unis en Grèce, il coupa les ponts avec la CIA et regagna son pays natal où il devint l’un des plus virulents détracteurs de la politique états-unienne. Dans un style démagogique rappelant celui de Castro, le jeune Papandreou s’en prenait dans ses discours enflammés à l’ingérence des USA dans les affaires grecques, à l’OTAN, à la corruption du roi, aux partis conservateurs et aux élites grecques en général.

Le Pentagone et la CIA enragèrent de voir qu’un deuxième Papandreou osait défier la présence US en Grèce. Pour le journaliste Peter Murtagh, « on peut à peine imaginer la haine qu’éprouvaient la droite conservatrice et la CIA pour le fils du Premier ministre ». [25] En 1964, Andreas Papandreou, qui assumait des fonctions ministérielles, découvrit que le KYP espionnait régulièrement les conversations des membres du gouvernement et transmettait les informations ainsi obtenues à la CIA. De colère, il révoqua deux hauts responsables du service et les remplaça par deux agents jugés plus fiables à qui il ordonna de mettre un terme à toute forme de coopération avec la CIA. Cependant, comme le raconta Papandreou lui-même, le nouveau directeur du KYP « reparut en s’excusant, expliquant qu’il ne pouvait le faire. Tout le matériel était états-unien, contrôlé par la CIA ou par des Grecs eux-mêmes sous les ordres de la CIA. Il n’était plus possible de faire la distinction entre les deux services. Ils étaient bâtis selon la même structure et chaque responsable avait son homologue. Concrètement, ils formaient une seule et même agence. » [26]

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Andreas Papandreou (Ανδρέας Παπανδρέου)

Alors qu’Andreas Papandreou continuait à défier le KYP, Norbert Anshutz, l’adjoint du chef de mission de l’ambassade US, le rencontra et lui conseilla d’annuler les ordres qu’il avait transmis au KYP. Papandreou refusa et ordonna au représentant états-unien de quitter son bureau, à la suite de quoi, Anshutz, très en colère, l’avertit qu’« il y aurait des conséquences ». [27]] Le coup d’État militaire survint la nuit du 20 au 21 avril 1967, un mois avant la tenue des prochaines élections pour lesquelles toutes les enquêtes, y compris celles de la CIA, prévoyaient un triomphe de l’union du centre, l’alliance de gauche de George et Andreas Papandreou. La LOK déclencha le putsch, basé sur le plan Prométhée, un programme conçu par l’OTAN qui devait être mis en œuvre en cas d’insurrection communiste. En cas d’opposition, le plan était très clair : « Écraser sans la moindre hésitation toute résistance de l’ennemi ». [28] Vers minuit, la LOK prit le contrôle du ministère de la Défense grec qui, signe de l’admiration vouée aux États-uniens, avait été baptisé « le Pentagone ». Les hommes de la LOK ne rencontrèrent qu’une très faible résistance et, sous le commandement du colonel Costas Aslanides, un parachutiste aguerri, le bâtiment fut sécurisé. Une fois le Pentagone investi par les putschistes, la deuxième phase fut déclenchée : à la faveur de l’obscurité, des blindés entrèrent dans la capitale et, emmenés par le général Sylianos Pattakos, ils encerclèrent le Parlement, le palais royal, les bâtiments de la radio et les centres de communication. À la tête de sa colonne de blindés, Pattakos emprunta le même itinéraire que celui pris par les Allemands quand ils avaient conquis Athènes en avril 1941. De temps à autre les blindés s’arrêtaient et cherchaient du regard le signe d’une éventuelle résistance. Mais il n’y en eut pas. Athènes était endormie.

Cette nuit-là, George Papandreou, alors âgé de 78 ans, était lui aussi endormi dans sa modeste maison aux murs blanchis de Kastri, à quelques kilomètres de la capitale. Comme dans tous les coups d’État, le plan était effroyablement simple. Des hommes en armes frappèrent à sa porte, Papandreou fut arrêté et emmené dans l’un des deux véhicules militaires qui avaient cerné la maison. Au même moment, 8 hommes firent irruption au domicile d’Andreas Papandreou, 7 portaient des baïonnettes au canon, le huitième une mitraillette. Dans la confusion qui s’en suivit, Andreas parvint à s’échapper par le toit, mais, l’un des soldats le força finalement à se rendre en pointant une arme sur la tête de son fils de 14 ans. Conformément aux plans très précis établis à l’avance, au cours des 5 heures qui suivirent, plus de 10 000 citoyens furent arrêtés par des escadrons militaires et conduits vers des « centres d’accueil ».

Lors d’un entretien qu’il accorda un an plus tard, le colonel Yannis Ladas, le directeur de la police militaire grecque, alors âgé de 47 ans, souligna avec fierté la précision et la rapidité avec laquelle le plan de l’OTAN avait été appliqué. « En seulement 20 minutes, tous les politiciens, tous les individus, tous les anarchistes figurant sur les listes ont pu être raflés (…) c’était un plan très simple, un plan diabolique. » [29] À son réveil, la population grecque s’aperçut tout d’abord que le téléphone avait été coupé, avant de réaliser que les militaires avaient pris le pouvoir. À six heures, le colonel George Papadhopoulos annonça dans les médias qu’il avait pris le pouvoir afin de défendre la démocratie, la liberté et le bonheur. Onze articles de la Constitution furent suspendus. Les citoyens pouvaient à présent être arrêtés sur-le-champ et sans mandat et traînés devant un tribunal militaire. Les manifestations et les grèves furent interdites et les comptes bancaires gelés. Le nouvel homme fort d’Athènes, George Papadhopoulos, servait comme officier de liaison du KYP auprès de la CIA depuis 1952 et il était connu au sein de son service comme l’homme de confiance du chef de station Maury. À Washington cependant, tout le monde n’approuvait pas les méthodes brutales de la CIA. Quelques jours après le putsch, le sénateur Lee Metcalf critiqua vivement l’administration Johnson et dénonça devant le Congrès la junte grecque qu’il qualifia de « régime militaire de collaborateurs et de sympathisants du nazisme (…) bénéficiant du soutien américain ». [30] Une semaine après le coup d’État, l’ambassadeur US à Athènes, Philip Talbot, se plaignit auprès de Maury, assimilant l’opération menée par les États-Unis à « un viol de la démocratie ». Maury répondit simplement : « Comment voulez-vous violer une pute ? » [31]

À cause de l’implication de la Force d’intervention hellénique, le coup d’État militaire en Grèce fut qualifié de « coup Gladio ». Or on ne trouve qu’un seul autre pays où les armées secrètes anticommunistes se sont livrées à des putschs : la Turquie. En Italie, le réseau Gladio avait réalisé un « coup silencieux » en juin 1964, lors de l’opération « Piano Solo » au cours de laquelle le général De Lorenzo, l’homme de confiance de la CIA, était entré dans Rome avec chars, transports de troupes blindés, jeeps et lance-grenades tandis que les forces de l’OTAN effectuaient de grandes manœuvres militaires dans la région. L’opération avait abouti à la démission des ministres socialistes. L’historien états-unien Bernard Cook a souligné à juste titre que « Piano Solo ressemble au plan Prométhée mis en œuvre par le Colonel George Papadhopoulos en 1967 pour instaurer un gouvernement militaire en Grèce. Avec pour but de déstabiliser l’Italie et d’enrayer la progression de la gauche, le plan n’était rien de plus qu’une “copie conforme de Gladio” ». [32] Collin, un expert en questions militaires, convient que « le projet de De Lorenzo était similaire par ses aspects techniques à celui par lequel le colonel Papadhopoulos a pris le pouvoir en Grèce quelques années plus tard ». [33]

La junte militaire grecque consolida son pouvoir en généralisant les emprisonnements et l’usage de la torture, des pratiques que l’on n’avait plus observées en Europe de l’Ouest depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La plupart des personnes arrêtées dans les heures qui suivirent le coup d’État furent ensuite transférées vers des prisons civiles ou militaires. Des communistes, des socialistes, des artistes, des universitaires, des journalistes, des étudiants, des femmes engagées en politique, des ecclésiastiques et leurs familles et amis furent torturés. On leur arrachait les ongles. On leur frappait les pieds à coups de bâton jusqu’à ce que la peau se déchire et que les os se brisent. On introduisait des objets tranchants dans le vagin des femmes. On enfonçait des linges souillés, souvent avec de l’urine ou des excréments, dans la gorge des victimes pour les asphyxier, on insérait des tubes dans leur anus et on y injectait de l’eau à très haute pression, on leur faisait subir des électrochocs. [34]] « Nous sommes tous des démocrates ici », tenait à préciser l’inspecteur Basil Lambro, le chef de la police secrète d’Athènes. « Tous ceux qui sont amenés ici parlent. Vous n’allez pas gâcher nos statistiques. » Le tortionnaire exposait clairement la situation à ses victimes : « Nous sommes le gouvernement. Vous n’êtes rien. Le gouvernement n’est pas seul. Il est soutenu par les États-uniens.  » S’il était d’humeur, Lambro pouvait également livrer son analyse géopolitique : « Le monde se divise en deux camps : les Russes et les États-uniens. Nous sommes les États-uniens. Estimez-vous heureux qu’on ne vous ait qu’un peu torturés. En Russie, ils vous auraient tués. » [35]

La droite italienne et ses combattants secrets étaient admiratifs de l’efficacité avec laquelle les Grecs étaient parvenus, avec l’aide de la CIA, à vaincre la gauche. En avril 1968, les colonels grecs invitèrent une cinquantaine de fascistes italiens, dont le célèbre Stefano Delle Chiaie, à se rendre en Grèce pour observer par eux-mêmes. À leur retour en Italie, les Gladiateurs franchirent un cap dans la violence et commencèrent à poser des bombes dans des endroits publics. Ces attentats, qui tuèrent et mutilèrent des centaines de personnes, furent imputés aux communistes italiens. Les militaires de la junte grecque furent à leur tour impressionnés de voir avec quelle efficacité leurs camarades italiens avaient amené leur pays au bord du coup d’État et le 15 mai 1969, Papadhopoulos leur envoya ce télégramme de félicitations : « Son excellence le Premier ministre constate que les efforts mis en œuvre depuis quelque temps en Italie par le gouvernement grec commencent à porter leurs fruits ». [36]

La dictature militaire finit par imploser à cause d’une absence quasi-totale de soutien populaire après que les colonels se soient engagés dans une aventure impérialiste en finançant en 1974 un coup d’État à Chypre visant à remplacer le gouvernement légitime de gauche de l’archevêque Makarios par un régime fantoche qui aurait permis l’annexion de l’île. Au lieu de cela, en réponse au putsch, les troupes turques envahirent Chypre. Cela donna lieu à de violents affrontements qui firent plusieurs milliers de morts et provoquèrent finalement la partition de l’île entre le Nord turc et le Sud grec. Les colonels furent arrêtés et traduits en justice. Papadhopoulos fut condamné à mort en 1975 pour haute trahison, sa peine fut par la suite commuée en emprisonnement à vie. L’abolition de la monarchie fut votée par référendum et une nouvelle Constitution fut adoptée.

Après avoir été libéré de prison, Andreas Papandreou passa quelques années en exil au Canada et en Suède. Il regagna son pays à la chute du régime des colonels et reprit sa carrière politique. Il fonda le Mouvement Socialiste panhellénique (PASOK) qui remporta les élections de 1981. Nommé Premier ministre, il forma le premier gouvernement socialiste de la Grèce d’après-guerre. La même année, le pays devint un membre à part entière de la Communauté Européenne, mais Papandreou ne se départit pas de son style radical et menaça à plusieurs reprises de se retirer de l’OTAN. Il ne mit jamais sa menace à exécution, mais, six mois avant sa mort, lors des révélations sur le Gladio italien, Andreas Papandreou fut le premier ex-chef de gouvernement à confirmer qu’une armée secrète du même type avait aussi existé dans son pays. C’est cette révélation qui donna au scandale son ampleur internationale et provoqua l’embarras des responsables politiques du continent. Le 30 octobre 1990, Andreas Papandreou déclara dans un entretien accordé au journal grec Ta Nea que c’est en 1984, alors qu’il était Premier ministre, qu’il avait découvert en Grèce une armée secrète commandée par l’OTAN très semblable au Gladio italien et qu’il avait ordonné son démantèlement. L’ancien ministre de la Défense Nikos Kouris confirma que l’armée secrète grecque avait été active pendant la Guerre froide. « Notre projet de structure clandestine a été lancé en 1955 », prétendit-il « par un accord conclu entre le chef de services secrets grecs et la CIA. Quand j’ai appris l’existence de ce pacte inacceptable (…) j’en ai informé Andreas Papandreou (…) et l’ordre a été donné de dissoudre Red Sheepskin. » [37]]

Fin 1990, des voix s’élevèrent dans les rangs de l’opposition socialiste pour exiger l’ouverture d’une enquête parlementaire, mais la demande fut rejetée par le gouvernement conservateur d’alors et par le nouveau parti démocrate. Le ministre de la Défense Ioannis Varvitsiotis dut reconnaître devant le Parlement que l’information fournie par Papandreou était exacte et que la CIA et des commandos locaux avaient bien bâti un réseau secret, dans le cadre d’une opération baptisée Sheepskin, qui avait apparemment été « démantelé en 1988 ». [38] Le ministre de l’Ordre public grec, Yannis Vassiliadis, indiqua cependant que la police n’enquêterait pas sur des « fantasmes » de liens entre l’opération Sheepskin et les actes de terrorisme perpétrés sur le territoire national. Comme bon nombre de ses homologues européens, le ministre insista sur la fonction stay-behind de l’armée secrète grecque, en démentant catégoriquement toute tentative de contrôle de la politique intérieure : « Sheepskin était l’un des plans conçus par l’OTAN dans les années 1950 et né de l’idée que lorsqu’un pays est victime d’une occupation ennemie, il est préférable qu’il dispose d’un réseau de résistance organisé. Il prévoyait que soient répartis sur le territoire des caches d’armes et des agents qui formeraient le noyau combattant de la guérilla. En d’autres termes, c’était un acte défendable au nom de l’intérêt national. » [39] Comme malgré tout l’opposition continuait à réclamer une enquête officielle, le ministre de la Défense Varvitsiotis souligna qu’il n’y avait aucun besoin d’ouvrir une enquête parlementaire sur l’armée secrète puisque lui-même allait régler cette affaire délicate au sein de son ministère. Il confia cette investigation potentiellement explosive à un général qui avait servi à l’OTAN et comme attaché militaire à Washington. Avant même que soit bouclé le rapport sur lestay-behind grec, Varvitsiotis put donc garantir à ses collègues que « le gouvernement [n’avait] absolument rien à craindre ». [40]

Daniele Ganser

 

 

Cet article constitue le seizième chapitre desArmées secrètes de l’OTAN
© Version française : éditions Demi-lune (2007).

[1] Mackenzie, W. J. M., History of the Special Operations Executive : Britain and the resistance in Europe (British Cabinet Office, Londres, 1948), p.703. L’original du Bureau des Archives Publiques de Londres n’a toujours pas été publié, il le sera prochainement chez Frank Cass.

[2] Mackenzie, Special Operations Executive, p.722–723.

[3] Le journaliste du Guardian Peter Murtagh a écrit un récit passionné de la trahison de la résistance grecque et de la confiscation de la démocratie en Grèce par les Anglo-Saxons durant la Guerre froide. Basé sur des documents récemment déclassifiés et sur des entretiens avec plusieurs diplomates états-uniens et britanniques et des employés de la CIA, son livre porte le titre éloquent : The Rape of Greece. The King, the Colonels, and the Resistance (Simon & Schuster, Londres, 1994), p.29. [Le Viol de la Grèce. Le Roi, les Colonels et la Résistance]

[4] Aucun auteur spécifié, « Spinne unterm Schafsfell. In Südeuropa war die Guerillatruppe besonders aktiv – auch bei den Militärputschen in Griechenland und der Türkei ? » Dans le magazine d’informations allemand Der Spiegel, N°48, du 26 novembre 1990. Et Leo Müller, Gladio. Das Erbe des Kalten Krieges. Der NATO Geheimbund und sein deutscher Vorläufer (Rowohlt, Hambourg, 1991), p.55.

[5] Murtagh, Rape, p.30.

[6Ibid., p.24. Voir aussi The Concise History of Greece (Cambridge University Press, 1992) du professeur Richard Clogg, qui écrit que : « Des policiers indisciplinés ont ouvert le feu sur une manifestation sur la Place de la Constitution, au cœur de la ville, faisant une quinzaine de morts », p.137.

[7] William Blum, Killing Hope : US Military and CIA interventions since World War II (Common Courage Press, Maine, 1995), p.36.

[8] Murtagh, Rape, p.39.

[9] Blum, Killing Hope, p.38.

[10] Müller, Gladio, p.55. Et Jens Mecklenburg (ed.), Gladio : Die geheime Terrororganisation der Nato (Elefanten Press, Berlin, 1997), p.19.

[11] Jacques Baud, Encyclopédie du renseignement et des services secrets (Lavauzelle, Paris, 1997), p.546.

[12] Murtagh, Rape, p.41.

[13] Philip Agee et Louis Wolf, Dirty Work : The CIA in Western Europe (Lyle Stuart Inc., Secaucus, 1978), p.154.

[14] Agee, Dirty Work, p.155 and 156.

[15Ibid.

[16] Murtagh, Rape, p.42.

[17] Magazine politique autrichien Zoom, N°4/5, 1996, « Es muss nicht immer Gladio sein. Attentate, Waffenlager, Erinnerungslücken », p.73.

[18] Murtagh, Rape, p.43.

[19Ibid., p.44.

[20Ibid., p.71.

[21] Blum, Killing Hope, p.216.

[22] Aucun auteur spécifié, « Spinne unterm Schafsfell. In Südeuropa war die Guerillatruppe besonders aktiv – auch bei den Militärputschen in Griechenland und der Türkei ? » dans l’hebdomadaire d’informations allemand Der Spiegel, N°48, du 26 novembre 1990.

[23] Murtagh, Rape, p.90.

[24Ibid.

[25Ibid., p.102.

[26] Cité dans Blum, Killing Hope, p.217.

[27Ibid., p.218.

[28] Murtagh, Rape, p.114.

[29Ibid., p.118

[30] Christopher Simpson, Blowback : America’s Recruitment of Nazis and its Effects on the Cold War (Weidenfeld and Nicolson, Londres, 1988), p.81.

[31] Agee, Dirty Work, p.154.

[32] Bernard Cook, The Mobilisation of the Internal Cold War in Italy dans History of European Ideas. Vol. 19, 1994, p.116. Cook écrit “une copie conforme de Gladio” entre guillements car il cite Paul Grinsborg, A History of Contemporary Italy : Society and Politics, 1943–1988 (Penguin, New York, 1990), p.277.

[33] Richard Collin, The De Lorenzo Gambit : The Italian Coup Manque of 1964 (Sage, Beverly Hills, 1976), p.40.

[34] Voir Amnesty International, Torture in Greece : The First Torturer’s Trial in 1975. Londres, 1977. Passim. Et Blum, Killing Hope, p.218–220, Murtagh, Rape, p.1–9.

[35] Murtagh, Rape, p.6.

[36] Jean-Francois Brozzu-Gentile, L’affaire Gladio (Editions Albin Michel, Paris, 1994), p.41, 42 and 90. Le quotidien britannique The Observer a apparemment publié dans l’une de ses éditions le message câblé le 15 mai 1969 par les colonels grecs à leurs amis italiens. Brozzu-Gentile ne précise toutefois pas de quelle édition il s’agit. Le voyage effectué par les fascistes italiens chez les colonels grecs dans le cadre de l’opération Gladio est également rapporté dans le rapport parlementaire italien sur Gladio et les attentats : Senato della Repubblica. Commissione parlamentare d’inchiesta sul terrorismo in Italia e sulle cause della mancata individuazione dei responsabiliy delle stragi : Il terrorismo, le stragi ed il contesto storico politico. Redatta dal presidente della Commissione, Senatore Giovanni Pellegrino. Rome, 1995, p.206.

[37] Gentile, Gladio, p.137.

[38] John Palmer, « Undercover NATO Group ‘may have had terror links’ » dans le quotidien britannique The Guardian du 10 novembre 1990.

[39] Agence de presse internationale Associated Press, le 14 novembre 1990.

[40] Aucun auteur spécifié, « Spinne unterm Schafsfell. In Südeuropa war die Guerillatruppe besonders aktiv – auch bei den Militärputschen in Griechenland und der Türkei ? » Dans l’hebdomadaire d’informations allemand Der Spiegel, N°48, 26 novembre 1990.

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Thierry Meyssan analyse les contradictions et les incohérences des services secrets états-uniens, britanniques et français à propos du prétendu massacre chimique de la ghouta.

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DÉBAT SUR LA SYRIE : Controverse (vidéo)

septembre 11th, 2013 by Mohamed Bouhamidi

Cette émission de Controverse avec Khaled Drareni a été enregistrée le 4 septembre 2013.

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Syrie – Une intervention dérisoire, mais dangereuse

septembre 10th, 2013 by Jean-Claude Leclerc

L’histoire retiendra-t-elle comme la pire erreur de l’époque la décision d’intervenir en Syrie ? Des experts le croient, mais, le cas échéant, on n’en aurait confirmation qu’après coup : il serait alors trop tard pour éviter l’abîme. Néanmoins, après l’Afghanistan et l’Irak, pays moins pacifiés que jamais, la plupart des gouvernements et la majorité des gens, y compris aux États-Unis, s’opposent à une frappe même « limitée ». Que Damas ait gazé des civils ou pas, n’y aurait-il donc pas de solution autre que militaire ?

Pour l’heure, Barack Obama s’emploie fébrilement à obtenir l’appui du Congrès. À cette fin, le président minimise l’ampleur de la « punition » qu’il faudrait infliger à Damas tout en brandissant le risque qu’aurait sur la crédibilité des États-Unis et de la communauté internationale le refus de sévir en pareille circonstance. Mais nul n’est dupe. Il s’agirait d’un acte de guerre. Et si Washington s’y engage, ce n’est pas pour le salut des Syriens, délaissés depuis deux ans, mais pour le prestige de l’Amérique.

Certes, qu’il faille agir alors que le conflit compte déjà plusieurs milliers de morts et des millions de réfugiés, cela ne devrait faire aucun doute, d’autant que cette guerre risque de se propager autour, notamment au Liban. Justement, après avoir déjà trop tardé à prendre la mesure de ce conflit sous prétexte qu’il s’agit d’une guerre civile, Washington ne ferait que retarder plus longtemps une nécessaire intervention en s’engageant dans une action limitée et symbolique.

Par contre, une simple « punition » priverait forcément l’armée syrienne d’une partie de ses moyens, ce qui ne ferait que pousser le président Bachar al-Assad à défendre plus farouchement son régime. Washington se refuse à voir le dilemme, mais les spécialistes le confirment : on ne peut bombarder les dépôts d’armes toxiques sans en laisser répandre les gaz mortels, et on ne saurait, non plus, les neutraliser sans d’abord en prendre le contrôle. Or, Washington n’entend envoyer aucune force terrestre en Syrie.

Entre-temps, une face cachée de la rébellion sort de l’ombre. Non seulement les groupes armés qui veulent renverser le régime sont divisés entre eux, mais plusieurs sont fort peu disposés à implanter une solution démocratique. Certains n’ont eu aucune hésitation à procéder à des exécutions sommaires, voire à fusiller des prisonniers jugés coupables d’infidélité religieuse. L’idée que de tels islamistes prennent le pouvoir à Damas accroît les appuis du président Assad au sein de la population.

Le succès d’une telle rébellion serait une tragédie pour plus d’une minorité. Mais, déjà, la guerre qui se prolonge, les déplacements de population, les désorganisations économiques sont des facteurs de perturbation dans les pays voisins. La Turquie et les Jordanie donnent asile à des réfugiés qui y seront bientôt un fardeau permanent. Le Liban, autrefois déstabilisé par les populations chassées de Palestine, est maintenant entraîné dans les affrontements venus de Syrie.

Après les lendemains douloureux du Printemps arabe, que fallait-il de plus pour faire du Proche-Orient une région globalement sinistrée, incapable de répondre aux aspirations de ses populations (y compris un meilleur avenir pour ses diplômés et une sécurité assurée aux minorités) – et surtout incapable de leur donner l’espoir d’une prochaine renaissance politique. Voilà que la Syrie risque d’imploser aujourd’hui sans qu’aucune priorité lui soit accordée par les pays en position d’intervenir.

La Syrie se meurt de ses problèmes intérieurs, mais aussi des crises qui pourrissent ailleurs dans la région. Sans une approche globale de ces abcès, les mêmes maux vont continuer d’engendrer les mêmes impasses. Des privilégiés qui refusent de partager le pouvoir ou qui s’enrichissent aux dépens du reste de la population. Des intérêts étrangers alimentant la corruption. De vieux antagonismes religieux entre sunnites et chiites. Une économie pétrolière laissant des millions de gens dans la pauvreté.

Or, dans ces anciennes colonies, même la Grande-Bretagne ou la France en sont réduites à suivre la politique des États-Unis. Paris aura eu raison de s’opposer à l’invasion de l’Irak, et Londres aura eu tort d’y participer. Mais c’était au temps de George W. Bush. Or Barack Obama, entré à la Maison-Blanche en tenant un discours opposé à la guerre, en est rendu à son tour à se servir de missiles Tomahawk et de drones comme principaux instruments de sa politique de sécurité.

On n’ose imaginer à quel abîme le Moyen-Orient serait entraîné si l’Iran devait bientôt se faire dicter par une coalition occidentale sa politique de défense au nom d’un autre interdit d’armes de destruction massive. S’il est une région qui doit être dénucléarisée et engagée dans une réduction de ses dépenses militaires, c’est bien celle-là. Pourquoi la Syrie devrait-elle renoncer à ses stocks chimiques, mais pas Israël à ses réserves d’armes atomiques ?

Ce ne sont pas seulement des pacifistes opposés à tout recours aux armes, ni même des populations désillusionnées par l’invasion de l’Afghanistan ou de l’Irak, qui disent non aux frappes américaines en Syrie. Dans les Parlements en Europe, mais aussi en Amérique, des représentants politiques refusent d’associer leur gouvernement à une intervention à la fois trop dangereuse et manifestement dérisoire au vu de la crise humanitaire qui prévaut dans ce pays.

Les Russes, qui n’ont pas la réputation d’hésiter à l’emploi de la force, proposent une conférence internationale. Ils ont raison.

Jean-Claude Leclerc

Chroniqueur au Devoir

Le 9 septembre 2013

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Au sommet du G20 à St-Petersbourg, le président Barack Obama s’est présenté comme la conscience morale du monde et le garant du droit international. Il l’a fait en tentant (et cela a largement échoué) de rallier un soutien international et de justifier le lancement d’une guerre d’agression illégale et non provoquée contre la Syrie.

A la fin du sommet, lors d’une conférence de presse vendredi, Obama a explicitement défendu l’idée que les Etats-Unis ont le droit d’attaquer un autre pays même si ni eux ni leurs alliés ne sont confrontés à une attaque imminente et que l’action militaire n’a pas été autorisée par les Nations unies. Cela représente un rejet direct de la Charte des Nations unies, qui définit ce type d’action unilatérale lancée sans y avoir été provoqué comme un acte criminel d‘agression militaire. Cela revient à affirmer que, au mépris de tout le cadre du droit international établi après la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis peuvent attaquer n’importe quel pays s’ils considèrent que c’est la bonne chose à faire.

Expliquant sa décision de demander l’autorisation au Congrès américain d’utiliser la force militaire contre la Syrie, Obama a dit, « je ne pourrais honnêtement pas affirmer que la menace constituée par l’usage d’armes chimiques par Assad contre des civils innocents et des femmes et des enfants représentait une menace imminente et directe contre les Etats-Unis… Je ne pourrais pas dire que cela allait avoir directement, immédiatement, un effet sur nos alliés. »

A un autre moment, il a dit, « je pense… qu’étant donné la paralysie du Conseil de sécurité sur cette question, si nous sommes sérieux sur l’application d’une interdiction de l’usage des armes chimiques, alors une réponse internationale est nécessaire et cela ne viendra pas d’une action du Conseil de sécurité. »

Le Conseil de sécurité, quant à lui, a validé un grand nombre de sales guerres, dont dernièrement l’attaque des Etats-Unis et de l’OTAN contre la Libye en mars-octobre 2011, mais ses membres restent pour le moment divisés sur la question de la Syrie.

La comédie moralisante qui accompagne l’affirmation éhontée par Washington de son militarisme est, comme toujours dans ce genre de cas, fondée sur des mensonges énormes. Aucune preuve n’a été présentée pour soutenir les accusations d’usage d’armes chimiques visant le régime syrien. Celui-ci n’aurait rien à gagner à mener ce type d’attaque, dans une situation où il avait le dessus sur le terrain sur les forces qui se battent pour le compte des Etats-Unis. Les inspecteurs de l’ONU venaient d’arriver à Damas, sur l’invitation de la Syrie, pour enquêter sur les accusations antérieures d’usage d’armes chimiques.

Les terroristes liés à Al Qaïda, qui constituent la colonne vertébrale des forces « rebelles » au service des Etats-Unis en Syrie, ont, d’un autre côté, bien plus à gagner, puisqu’ils étaient sur le point de se faire battre et avaient besoin d’une provocation pour fournir un prétexte à une intervention directe des Etats-Unis de leur côté. Leurs massacres, décapitations, attentats à la bombe, et autres atrocités tant contre les soldats que les civils syriens sont bien documentés, y compris par des affichages sur Internet. Ils se sont vantés d’avoir des armes chimiques et d’être prêts à s’en servir.

L’autre grand mensonge qu’ils mettent en avant pour le lancement de cette guerre contre la Syrie est l’idée que ce sera, comme l’a répété Obama vendredi, « limité et proportionné. » à cet égard, il faut citer un article affiché le 3 septembre sur le site Web de Foreign Policy par le professeur Bruce Ackerman, une autorité en matière de droit constitutionnel américain qui enseigne à l’Université de Yale.

Discutant le projet d’autorisation d’usage de la force militaire soumis au Congrès à la fin de la semaine dernière par le gouvernement Obama, il écrit : « Mais en fait, sa proposition officielle [celle d’Obama] est un énorme leurre. Elle autorise le président à utiliser “les forces armées des Etats-Unis,” y compris à intervenir au sol, et à employer la force militaire “en Syrie, vers ce pays, ou depuis ce pays.” De plus, le président peut agir pour empêcher “l’usage ou la prolifération” d’ “armes de destruction massives chimiques ou autres” et intervenir pour “protéger les Etats-Unis ainsi que leurs alliés et leurs partenaires contre une menace posée par de telles armes. ” Ce n’est rien de moins qu’une acceptation sans limites d’une intervention militaire au Moyen-Orient et au-delà. »

La résolution qui autorise l’usage de la force militaire adoptée mercredi par la Commission des affaires étrangères du Sénat et soutenue par le gouvernement fait encore plus voler en éclats la prétention que ce qui se prépare serait une opération de faible envergure. Elle dit clairement que l’objectif de cette attaque est de renforcer l’opposition dominée par les islamistes et de réaliser un changement de régime. Elle ouvre la voie à une guerre contre l’Iran, la Russie et tout autre pays considéré comme une aide pour le président Bashar el-Assad.

Ce qui se prépare est une guerre régionale pour redessiner la carte du Moyen-Orient et garantir l’hégémonie américaine sur la région et ses vastes réserves de pétrole. C’est une perspective qui mène inévitablement – et peut-être plus tôt que l’on pourrait s’y attendre – à une confrontation directe avec la Russie et la Chine et à une nouvelle guerre mondiale.

Le scepticisme de la population et son opposition à une attaque américaine contre la Syrie sont largement partagés et profondément ancrés, aux États-Unis comme dans les autres pays. L’expérience de deux guerres précédentes en l’espace d’une décennie, en Irak et en Libye, lancées sur des mensonges a eu son effet sur la conscience populaire. De plus, Washington ne peut pas dissimuler son propre passif d’infractions aux « normes internationales » qu’Obama affirme défendre – depuis l’holocauste nucléaire d’Hiroshima et Nagasaki jusqu’à l’usage généralisé du napalm et de l’Agent orange au Vietnam, et le soutien que les Etats-Unis ont apporté à l’usage par Saddam Hussein des armes chimiques contre l’Iran dans les années 1980, ainsi que l’usage de l’uranium appauvri et du phosphore blanc en Irak.

Le gouvernement Bush avait dénoncé la Convention de Genève en ce qui concerne les prisonniers capturés durant la prétendue « guerre contre le terrorisme, » ouvrant la voie à la torture, à une détention pour une durée indéfinie, à l’envoi de prisonniers dans d’autres pays pour qu’ils y subissent des interrogatoire brutaux (« rendition »), et aux assassinats par drones – tout cela a continué et a été étendu sous Obama.

L’opposition massive de la population à la guerre ne fait que rendre les mensonges des politiciens et des médias encore plus gros et insistants.

La course des Etats-Unis vers la guerre présente un spectacle de gangstérisme international et de mensonges que l’on n’avait plus vu depuis la montée des dictatures militaires et des régimes fascistes des années 1930 – de Mussolini, Hitler et Tojo. Le mode opératoire du gouvernement des Etats-Unis dans les affaires internationales aujourd’hui est pour l’essentiel le même que celui employé lorsque ces dictateurs ont fait main basse sur l’Abyssinie, la Pologne ou la Mandchourie.

Les paroles que le procureur de Nuremberg et juge à la cour suprême Robert H. Jackson a prononcées pour décrire les crimes de guerre nazis s’appliquent entièrement aux gangsters politiques qui composent le gouvernement des Etats-Unis aujourd’hui. Ces individus, a dit Jackson, « sont surpris qu’il existe quelque chose qu’on appelle la loi. [Ils] ne s’appuyaient sur absolument aucune loi. Leur programme ignorait et défiait toute loi… le droit international, le droit naturel, le droit allemand, toute loi sans exception n’était pour ces hommes qu’un outil de propagande à invoquer quand cela leur était utile et à ignorer quand cela aurait condamné ce qu’ils voulaient faire. »

Le mépris du droit international dont fait preuve le gouvernement américain va de pair avec l’effondrement de la démocratie en politique intérieure. Ce n’est pas par hasard que la guerre contre la Syrie se prépare tandis que les révélations continuent à émerger sur l’espionnage pratiqué par le gouvernement contre la population américaine, en violation évidente de la Constitution, à une échelle gigantesque et sans précédent. Ces développements parallèles montrent le lien inséparable qui existe entre le militarisme impérialiste à l’étranger et les préparatifs d’une dictature à l’intérieur du pays.

Pendant que les médias américains réclament le sang sur toutes les chaînes et à toute heure du jour et de la nuit, la population américaine est à une écrasante majorité opposée à une attaque militaire contre la Syrie. Il y a une compréhension de plus en plus nette que le pays qui a le plus besoin d’un « changement de régime » n’est pas la Syrie, mais les Etats-Unis.

Mais pour que cette opposition populaire puisse s’exprimer aux Etats-Unis, elle doit rompre avec toute la structure pourrie de la politique officielle du pays, dont toutes les factions sont impliquées dans la course à la guerre, dans l’austérité, et dans la destruction des droits démocratiques.

Barry Grey

Tom Carter

 

Article original, WSWS, paru le 7 septembre 2013

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SYRIE : Œil de Lynx au Mont Kassioun

septembre 10th, 2013 by Marie-Ange Patrizio

Au journal de 8h de France Culture[1], ce matin 9 septembre, reportage de Valérie Crova au Mont Kassioun. Présentation d’abord de la situation en Syrie, par Amélie Perrier : « Une autre manière de communiquer [du régime, elle vient de parler de l’interview du président Assad à CBS] c’est d’embarquer en ce moment des journalistes étrangers sur le terrain ». Intéressant.

En principe, embarqués est la traduction du terme embedded : qui couche avec. Dans la situation décrite par nos journalistes, on s’attendait plutôt à entendre « c’est de prendre en otages les journalistes étrangers ». Lapsus ou erreur d’appréciation ? Ou tout simplement nos journalistes finissent-ils par s’emmêler les pinceaux dans ce que José Saramago appelle «brosser le background » ?

Marc Voinchet apporte discrètement sa pierre à l’édifice de désinformation en annonçant que Valérie Crova « a rencontré des habitants qui acceptent de servir de bouclier humain » : « acceptent » implique que non seulement ils n’y ont pas pensé tout seuls, mais qu’on a même dû leur demander d’y aller.

Vient ensuite le reportage de l’envoyée spéciale, embarquée mais qui ne restera pas coucher au Mont Kassioun où sont « arrivés en bus une cinquantaine de partisans de Bachar »[2]. « Cela ressemble fortement à une opération de propagande » ; interview d’une « femme voilée » disant qu’ils attendent de pied ferme les frappes françaises et étasuniennes et « passe le bonjour » à Hollande. Fin du reportage de Crova : « Avant de quitter Kassioun nous croisons un autre bus avec à l’intérieur des femmes aveugles et handicapées ; tout le monde est apparemment mis à contribution ».

Valérie Crova a, elle, une excellente vue : elle arrive à distinguer des femmes aveugles « à l’intérieur d’un bus […] croisé [en quittant les lieux] ».

Admettons (l’extraordinaire acuité visuelle de notre reporter) ; mais serait-ce donc que pour elle des « aveugles » et des « handicapées » (et voilées, peut-être) ne peuvent qu’être des femmes manipulées, ou des sottes dont le régime abuse ?

Valérie Crova, toujours à la condition que l’on se fie à sa vue perçante, n’imagine pas qu’il pourrait s’agir, par exemple, de « femmes aveugles » et/ou « handicapées » rescapées d’attentats ou des massacres et mutilations opérées par les « révolutionnaires » ; et qui viennent apporter la contribution que l’invalidité leur consent à la défense de leur pays. Dommage qu’elle n’ait pas fait demi-tour, notre envoyée lucide, pour aller interviewer et filmer les « handicapées ».

Ne chargeons pas trop nos envoyés sur le terrain ; Perrier, Voinchet et Cie, ici, ne risquent que leur poste s’ils se démarquent trop de la propagande. Mais Valérie Crova sait bien, elle, qu’elle risque beaucoup plus « dans la région » ; pas de la part des forces du régime puisqu’à leur barbe (pour ceux qui en ont, de ce côté-là) elle déclare qu’on l’a forcée à aller sur le terrain etc. et le régime ne l’a pas censurée. Elle sait, même si elle ne nous le dit pas, ce qui arrive à celles, et à ceux que la « rébellion » enlève.

Comme le jésuite Paolo Dall’Oglio qui, ici, au printemps, sur toutes nos radios, plateaux télés et presse écrite, prêchait dans «la rage et la lumière » le djihad, la guerre sainte, armée.

Présenté à France Culture (Les matins, 2 mai 2013) par M. Voinchet comme fondateur et animateur « du monastère de Mars (sic) Moussa »[3], Dall’Oglio nous explique qu’« on a ici une idée négative du djihad ». Puis déclare : « Je suis l’assistant ecclésiastique de la révolution syrienne armée »[4]. Pauvre homme.

C’est curieux comme notre presse (y compris la Croix) ne parle plus du tout de leur ami « porté disparu en Syrie, à Rakka (zone libérée) depuis le 29 juillet 2013 »  […] Le père Paolo Dall’Oglio a été tué par des rebelles islamistes liés à al Qaeda. Des militants présents dans la ville de Rakka, où le jésuite avait été enlevé le 30 juillet, ont affirmé qu’il avait été “tué dans les geôles de l’Etat islamique en Irak et au Levant“. »[5]

Ceux qui parleront, peut-être, « quand La Stampa le leur dira » (cf. Piccinin), des conditions de survie dans les « geôles des rebelles» ce sont Piccinin et Quirico, libérés (par qui ?) des « zones libérées », hier 8 septembre. Ne pas manquer compte-rendu et vidéo du débarquement[6]. Ainsi que Domenico Quirico dans « La révolution m’a trahi »[7], mais qui déclare maintenant, en gros, que Piccinin dit n’importe quoi sur le gaz utilisé par les « rebelles ». Trahi, Piccinin, aussi. 

  On pourra lire le témoignage d’une autre femme voilée, sur le terrain depuis 20 ans, que Valérie Crova n’a interviewée ni à Beyrouth ni au monastère de Saint Jacques le Mutilé à Qara, ni à Damas.  Russia Today l’a fait :

« Syrie : Sans couverture internationale, les terroristes n’auraient jamais osé franchir les lignes rouges !

Par Mère Agnès-Mariam de la Croix.

Extraits :

RT : Dernièrement, vous vous êtes rendue à Lattaquié où vous avez recueilli des témoignages sur les massacres commis par des groupes armés de « Jabhat al-Nosra » contre les citoyens de cette région. Que pouvez-nous dire à ce sujet ?

Mère Agnès : Je crierai mon indignation en me demandant encore comment est-il possible que la communauté internationale ait pu fermer les yeux sur le « génocide » qui a eu lieu la nuit du 4 au 5 Août… « La Nuit du Destin » ! Plus de 500 enfants et personnes âgées ont trouvé la mort, sauvagement massacrés à l’arme blanche. Les témoignages sont terrifiants, mais mis à part quelques lignes dans l’Independant je crois, personne n’en a parlé ! Nous avons dépêché une de nos équipes vers ces villages de la région de Lattaquié. Elle a rencontré les familles des victimes… Tout ce que je peux vous dire est que ces massacres sont d’une extrême gravité et que nous ne comprenons toujours pas « les deux poids deux mesures » dans le traitement des massacres, selon qu’ils aient été sanglants ou non !

RT : Il semble que les groupes armés aient aussi fait des prisonniers parmi les habitants et qu’ils les retiennent dans les environs de Lattaquié. Savez-vous ce qu’ils sont devenus ?

Ce que nous savons, nous le tenons des familles des victimes. Ainsi, dans le village d’Al-Sarba, les maisons ont été incendiées et tous ceux qui étaient présents ont été passés à l’arme blanche. À Al-Kharata, un lotissement de 67 âmes, 10 seulement ont échappé à la mort. Au total, 12 villages peuplés d’Alaouites ont vécu les décapitations, les démembrements… nous avons même les clichés d’une jeune femme découpée vivante. Les massacres dans cette région de Lattaquié se sont soldés par plus de 400 martyrs et 150 à 200 prisonniers dont des enfants, des femmes et des personnes âgées. Nous travaillons toujours à leur libération. [ …]

RT : Dernière question Mère Agnès. Croyez-vous que la Syrie réussira à s’en sortir et redeviendra la patrie de tous, quelles que soient leurs confessions ?

J’en suis certaine ! Je suis certaine que le peuple syrien résiste et résistera. Il dépassera les blessures et la discorde et adoptera le pardon. Il chassera de son territoire chacun des mercenaires terroristes. Il ramènera la paix. Mais pour cela, il a besoin de l’aide de la vraie communauté internationale ! »[8] 

Le background a changé ce soir après la superbe réponse que les ministres syrien et russe des Affaires étrangères ont faite aux rodomontades de Kerry[9]: « À 15h30 (Temps universel), Walid Mouallem a donné une conférence de presse dans laquelle il a indiqué que, dans un souci d’apaisement, son pays acceptait de confier pour destruction tout son arsenal chimique aux Nations Unies et d’adhérer à la Convention internationale prohibant ces armes. » Kerry a déclaré alors qu’il n’était pas sûr de pouvoir leur faire confiance.

Parce que nous, à propos d’intoxication, on doit faire confiance à quelqu’un dont la fortune et par conséquent la carrière politique reposent sur le tomato ketchup ?

Sans blague.

Marie-Ange Patrizio

 



[9] « Interrogé ce matin lors de son escale à Londres sur ce qui permettrait à la Syrie d’éviter la guerre, le secrétaire d’État John Kerry a répondu “Bien sûr, il pourrait remettre chaque élément de son arsenal chimique à la communauté internationale dans la semaine à venir – le remettre, tout cela sans retard et autoriser une vérification totale, mais il n’en a pas l’intention et c’est impossible à faire“ » http://www.voltairenet.org/article180167.html

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Sous la Syrie, le Hezbollah.

septembre 10th, 2013 by René Naba

Sous la Syrie, le Hezbollah ; ou la lutte souterraine entre Bandar, le capo di capo de contre-révolution arabe, et Hassan Nasrallah, le «seigneur de la résistance».
René Naba | 08.09.13 | Paris

«Il ne saurait y avoir de victoire politique possible sans une victoire culturelle préalable» (Antoine Gramsci).

Légende: «De Gaza, un salut au seigneur de la résistance libanaise, Sayyed Hassan Nasrallah» (Journal libanais Al Akhbar 04.O9.13/

Paris-Sous la Syrie, le Hezbollah. Tel est l’objectif sous-jacent de la stratégie saoudo américaine dans la nouvelle épreuve de force contre le pouvoir baasiste suscitée par la controverse sur l’usage des armes chimiques en Syrie. Cauchemar de l’Occident, bête noire des Saoudiens et des Israéliens, le Hezbollah fait l’objet d’une manœuvre d’étranglement visant à neutraliser la seule structure arabe à tenir tête tout à la fois aux Etats-Unis, à Israël et à la dynastie wahhabite.

Le seul à constituer une menace directe pour Israël en ce qu’il est seul acteur arabe disposant d’une base opérationnelle limitrophe d’Israël, à l’exception de la Syrie, hors service du fait d’une guerre intestine, et du Hamas, en phase d’égarement révolutionnaire dans la foulée de son ralliement aux pétromonarchies du Golfe et l’installation de son quartier général à Doha (Qatar), à 30 km de la base américaine du Centcom.
Des trois partenaires de l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo-américaine (Iran, Syrie, Hezbollah), l’axe subliminale du mal dans la stratégie atlantiste, le 3me acteur présente le meilleur rendement en terme de rapport qualité prix, la meilleure rentabilité opérationnelle en terme d’efficacité en ce que l’Iran (80 millions d’habitants, puissance du seuil nucléaire et autonome géographiquement) constitue un aléa stratégique pour une attaque occidentale et la Syrie, un aléa politique, pour les multiples répercussions que l’effondrement du pouvoir d’état pourrait entrainer pour son environnement.

L’anéantissement politique ou militaire du Hezbollah figure dans toutes les démarches de la diplomatie occidentale depuis le début du soulèvement populaire en Syrie. Cela est si vrai que la première proclamation officielle du premier chef de l’opposition syrienne off-shore, l’universitaire franco syrienne Bourhane Ghalioune, a porté sur la première mesure symbolique qu’il prendrait au début de son mandat présidentiel, à savoir la rupture des relations stratégiques avec le Hezbollah et de la relation spéciale de la Syrie avec l’Iran.

La déclaration de Bourhane Ghalioune a plongé dans une profonde consternation ses parrains français en ce qu’elle a révélé prématurément les objectifs sous-jacents de la campagne de Syrie. Cet engagement a été consigné dans le protocole de Doha, la plateforme politique de l’opposition, signée en Novembre 2012, sous la pression du Qatar qui prévoit en outre de recourir à la négociation politique pour récupérer le plateau du Golan occupé par Israël depuis 1967. Autrement dit, un enterrement discret du contentieux syro israélien en ce qu’il implique la renonciation à la guerre et la reconnaissance d’Israël, sans préjuger du résultat final des négociations syro-israéliennes. Un schéma identique au processus israélo-palestinien avec ses aléas identiquement dilatoires.

1 La branche militaire du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne.

L’inscription de la branche militaire du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne, en juin 2013, de même que la fixation de la date d’ouverture du procès des meurtriers présumés de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, au 13 janvier 2014, relève de cette manœuvre d’étranglement. Elles tendent, par leur programmation, à dresser un nœud coulant visant sinon à sa strangulation à tout le moins à placer de la formation politico-militaire, sur la défensive en prévision de son implosion.
La criminalisation du Hezbollah, à tout le moins sa branche militaire a été faite sur la base de cette responsabilité présumée ou virtuelle dans un attentat en Bulgarie. L’attentat à la bombe a fait six morts, dont cinq Israéliens, en plus du kamikaze, l’été 2012, à Bourgas au bord de la mer Noire. « L’attentat de Bourgas a été commis sur le sol européen contre un membre de l’Union européenne. Nous espérons que les Européens en tireront les conclusions qui s’imposent quant à la véritable nature du Hezbollah », précise le communiqué européen.
La peur du terrorisme islamiste sur le Vieux Continent est inversement proportionnelle à sa réalité. Tel est, à tout le moins, l’un des enseignements de la première enquête sur le sujet de l’agence Europol. Selon le rapport Europol 2010 sur le risque terroriste dans l’Union Européenne, sur 611 interpellations de terroristes effectuées, 219 (soit 35 %) sont dues à la France. Contrairement à une idée répandue, la majorité de ces 219 arrestations ne concernent pas des islamistes (94 arrestations dont 14 cas ont fini devant les tribunaux français) mais des séparatistes, en premier l’ETA, l’organisation, séparatiste basque.

De surcroit, comparaison n’est pas raison, mais force est de relever que la pénalisation du Hezbollah ne s’est accompagnée d‘aucune poursuite pour incitation à la haine raciale à l’encontre Yat Beor, théoricienne d’Eurabia, marraine idéologique de Andrei Brevjik, le tueur d’Oslo, le plus sanglant attentat de la décennie 2010 en Europe, ni du moindre rappel à l‘ordre, même amical, à l’Arabie saoudite, dont quinze ressortissants ont participé au raid du 11 septembre 2011, contre les symboles de l’hyperpuissance américaine, qui fait près de trois mille morts.

2 – La levée de boucliers des journalistes contre le fonctionnement du Tribunal Spécial sur le Liban.

Le Tribunal spécial pour le Liban, en charge d’identifier et de juger les assassins présumés de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, a fixé la date d’ouverture du procès au 13 janvier 2014, précisant que cette date pouvait « être modifiée en fonction des nécessités de la procédure ».
L’ouverture des travaux du Tribunal avait été fixée au 10 janvier 2013, date de l’implosion du gouvernement de Saad Hariri, héritier politique du milliardaire libano-saoudien. Son report d’un an, au 13 janvier 2014, viserait à coïncider avec la campagne pour l’élection d’un nouveau Président de la République libanaise ou à la reconduction du mandat du titulaire, le Général Michel Sleimane, alors que le Liban est sans gouvernement depuis près d’un an. La programmation des travaux du tribunal international répondrait à une fonction dissuasive, telle une épée de Damoclès suspendue sur la tête de la coalition hostile au camp saoudo-occidentale, de manière à peser sur les tractations politiques en faveur du clan Hariri, dont le chef Saad, homme lige des Saoudiens est en pleine déconfiture financière, absent du pays depuis deux ans.
Le fonctionnement du tribunal spécial sur le Liban a été émaillé de nombreuses irrégularités, mais les quatre affaires qui ont porté un coup irrémédiable à sa crédibilité sont l’arrestation arbitraire de quatre officiers de l’armée libanaise, la déposition d’une dizaine de faux témoins commandités par le clan Hariri, ainsi que la corruption de certains enquêteurs internationaux et la présence d’un fort contingent d’agents des services américains et britanniques parmi les enquêteurs (1).

La démission d’une dizaine de membres de cette juridiction internationale a achevé de la discréditer, accréditant l’idée d’un procès politique sous habillage juridique. Devant tant de dérives, une cinquantaine de journalistes accrédités auprès de la Juridiction ont publié un manifeste dénonçant la désinvolture de l’institution à leur égard, les manipulations dont ils font l’objet, de même que le cours de l’enquête, laissant apparaitre le Tribunal comme un pantin aux mains des Américains. Cf. A ce propos l’article du journal libanais «Al-Akhbar» intitulé «Le tribunal en voie d’effondrement» http://www.al-akhbar.com/node/180980

Rafic Hariri était un ancien premier lorsqu’il a été assassiné, de même que Benazir Bhutto, au Pakistan. Le libanais sunnite a eu droit à un tribunal international et pas la pakistanaise chiite, ni les assassins des dirigeants progressistes tunisiens sous le magistère du parti néo-islamiste An Nahda, Chokri Belaid et Mohamad Brahmi. Sur le plan proprement libanais, le prédécesseur libanais de Rafic Hariri, Rachid Karamé (Tripoli), a été assassiné, lui, dans l’exercice de ses fonctions de premier ministre, sans bénéficier de l’attention de la justice internationale. De surcroît, le statut de Rome a été ratifié le 17 juillet 1998 habilitant la Cour Pénale Internationale à se saisir des «crimes contre l’humanité, crimes de génocide et des crimes de guerre». Il n’a pas qualité pour les crimes individuels. Il n’a été ratifié ni par les Etats-Unis, ni par Israël, les deux pays les plus impliqués, paradoxalement, dans le fonctionnement du Tribunal Spécial sur le Liban.

L’internationalisation d’un crime interne, s’agissant de l’assassinat d’une personnalité n’exerçant aucune responsabilité internationale, et d’un crime commis sur le territoire d’un état souverain dont la victime en est le ressortissant, de même que l’instrumentalisation de cette justice à des fins politiques, placent le Liban sous un mandat de facto des puissances occidentales, à la merci d’un chantage permanent. La cause de la justice internationale est-elle servie par une falsification permanente des preuves? Par une violation permanente des lois du pays hôte en ce que le Tribunal a été institué au mépris des procédures constitutionnelles du Liban sans approbation du président de la république, seule autorité habilitée à ratifier les conventions internationales, sans approbation du conseil des ministres, ni ratification par le parlement?

3 – Les manipulations de l’opinion

De l’incident du Golfe de Tonkin en 1972 pour justifier l’extension américaine de la guerre du Vietnam à Hanoi, en 1972, à la couveuse d’une maternité koweitienne saccagée par les troupes de Saddam Hussein pour promouvoir une coalition internationale anti Irak, en 1990, à l’éprouvette de Colin Powell pour justifier l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, les Occidentaux, habiles manouvriers de la guerre psychologique, sont coutumiers des manipulations de l’opinion au point de disposer d’un rôle prescripteur d’une opinion occidentale militarisée par les campagnes d’intoxication répétitives des grands vecteurs d’information. En témoignent, dans le cas d’espèce, deux ténébreuses affaires.

A- La mystérieuse interview du «Time»

Se superposant à l’affaire des faux témoins du procès Hariri, le summum de la sophistication dans la guerre psychologique menée par les pays occidentaux pour déstabiliser le Hezbollah, a été la mystérieuse interview publiée par la revue américaine «Time» d’un des quatre inculpés, proclamant son innocence, assurant qu’il se trouvait au Liban et que s’il avait été reconnu coupable, le Hezbollah l’aurait déjà remis à la Justice internationale. Le journal An Nahar, volant au secours de la stratégie américaine, lui emboité le pas, en indiquant que la personne qui avait été interviewée n’est autre Hussein Ouneissi, alors que Nicolas Blanford, le correspondant du Time à Beyrouth, démentait avoir effectué l’interview. Le journaliste américain, grand spécialiste du Hezbollah, a assuré qu’il s’est borné à commenter les propos du soi-disant inculpé sur la base d’un texte fourni par la direction du Times sans en connaitre sa provenance.

B- Imad Moughnieh et la responsabilité des attentats du 11 septembre 2001

Une mise en scène pour camoufler les informations procurées de sources israéliennes? Fait surprenant, Imad Moughnieh, chef de la branche militaire du Hezbollah, tué par une explosion à la voiture piégée à Damas, en 2008, ainsi que l’Iran, ont été mis en cause dans les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine. Le spécialiste des affaires du renseignement du journal israélien Yedioth Aharonoth, Ronine Bergman a soutenu cette thèse samedi 26 août 2011 dans une déposition faite devant un tribunal du district de Manhattan. Se référant à des responsables du renseignement américain, le journaliste israélien a affirmé qu’Imad Moughnieh aurait personnellement assuré la livraison des explosifs aux auteurs du raid.

Information surréaliste pour quiconque connait l’animosité que portent les salafistes wahhabites à l’ égard de la formation, alors qu’il est de notoriété publique que quinze saoudiens ont participé au raid destructeur. Curieux cheminement que cette information qui reviendrait à imputer la responsabilité des attaques du 11 septembre aux Chiites et à blanchir rétrospectivement les Sunnites, particulièrement les sunnites alliés de l’Amérique, les adversaires implacables tant de l’Iran que des chiites, qu’ils considèrent comme des parias de l’Islam, alors que les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan précisément pour châtier les Taliban de cette opération, de même que l’Irak laïc pour sa connivence supposée avec Al Qaïda, enfin le Pakistan pour l’élimination du chef d’Al Qaida, Oussama Ben Laden. Doublement curieux le cheminement que cette information qui consiste à confier à un ancien responsable des services de renseignements israéliens de charger l’Iran et le Hezbollah en se référant à des anciens responsables de la CIA. Que n’a-t-on cité directement les responsables américains, sans s’abriter derrière les Israéliens?

Pourquoi une telle révélation si tardive ? Pourquoi avoir attendu dix ans pour révéler une information explosive détenue par les Américains eux-mêmes ? S’agit-il de déblayer la voie à une nouvelle campagne de diabolisation de «l’axe du mal» en vue de détourner l’attention sur la question palestinienne, en pleine offensive diplomatique pour la reconnaissance de l’Etat de Palestine à l’ONU. Les instances judiciaires de Manhattan paraissaient répondre aux mêmes motivations que le Tribunal spécial sur le Liban, mettant en cause le Hezbollah dans l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri sur la base des relevés des données téléphoniques, sans tenir compte du fait que le réseau libanais des télécommunications était infesté des taupes israéliennes y compris au sein de la hiérarchie militaire libanaise et des services de sécurité.

C- Le Hezbollah, rival de Pablo escobar, le baron de la drogue latino-américaine et le projet éditorial d’Yves Mamou.

Récidivant le lendemain, le Yedioth Aharonoth, toujours en phase d’inspiration aigue, faisait état de l’installation d’une base de Hezbollah à Cuba, pour servir de tête de pont au déploiement du mouvement chiite pour l’observation et le repérage des activités américaines et israéliennes dans la zone des Caraïbes. D’autres informations de presse présentaient le Hezbollah comme le rival de Pablo Escobar, le baron de la drogue latino-américaine, le principal narco trafiquant sur l’axe Amérique latine-Afrique.

Prescience ou Omniscience? Fuite téléguidée ou journalisme en service commandé? Ou plus simplement l’effet de la sérendipité? La mise en cause du Hezbollah dans l’assassinat de Rafic Hariri a fuité dans la presse internationale (Der Spiegel, le Figaro), bien avant l’incrimination des supposés meurtriers. La télévision israélienne, luxe de précision, en révélera l’identité des prévenus potentiels le jour même d’une rencontre au sommet entre le président syrien Bachar Al Assad et le Roi Abdallah d’Arabie, le 30 juillet 2011, à Beyrouth en vue d’aplanir leurs différends sur le Liban.

Prescience ou Omniscience? Fuite téléguidée ou journalisme en service commandé? Ou plus simplement l’effet de la sérendipité? Comme en écho aux accusations israéliennes, le journaliste français Yves Mamou a programmé la sortie d’un livre «une longue cuillère pour le diable», sur le rôle du Hezbollah dans le narcotrafic vers l’Afrique, en janvier 2014, date présumée de l’ouverture du procès Hariri. Sans doute alimenté par des informations des services israéliens ou frappé de strabisme divergent, le journaliste ce faisant, a occulté le rôle souterrain d’Israël dans la criminalisation du Hezbollah et le contournement des pays arabes via l’Afrique.

Le démantèlement d’un important réseau israélien en Tunisie, en 2012, relève de cette stratégie, dont l’objectif à terme est d’aménager la principale base opérationnelle du Mossad au Maghreb, dans ce pays en pleine transition politique, à la charnière de l’Afrique et de l’Europe, jadis chasse gardée occidentale. Le voyage en Israël des dirigeants du fantomatique gouvernement kabyle en exil, Ferhat Mehenni (président) et Lyazid Abid (ministre des affaires étrangères), dans la foulée du voyage d’intellectuels du Maghreb, Boualem Sansal (Algérie), Hassan Chalghoumi (Tunisie) et Nadia El Fanni (Tunisie), ne relèvait pas du hasard. Sous couvert de «dialogue des religions», il participait d’une opération de débauchage de personnalités médiatiques en vue d’en faire des relais potentiels dans la guerre psychologique que mène clandestinement Israël dans la déstabilisation de cette zone, en pleine turbulence politique…. En superposition au harcèlement israélien des communautés libanaises d’Afrique, particulièrement au Nigeria et au Sierra Leone, en vue d’assécher, d’une part, le flux financier provenant des émigrés chiites vers leurs coreligionnaires du sud Liban et de fragiliser, d’autre part, le glacis constitué par l’immigration chiite libanaise en Afrique face à la colonisation rampante des terres entreprises par Israël en Afrique, de l’ordre de 20 fois la superficie de la Palestine.

Pour le lecteur arabophone, CF. La Tunisie, plateforme du Mossad au Maghreb du journal libanais « Al Akhbar». http://www.al-akhbar.com/node/166000
Sur le jeu d’Israël en Afrique et la colonisation des terres africaines: http://www.renenaba.com/le-jeu-de-la-france-defense-du-pre-carre-en-tandem-avec-israel/
Et le jeu du Mossad au Nigeria http://www.al-akhbar.com/node/190431

4-Bandar versus Nasrallah: La lutte finale entre le «prince du Djihad» et «le Seigneur de la résistance».

Le Hezbollah est avec le Hamas les deux organisations arabes inscrites sur la liste noire de l’Union européenne, alors que Jobhat an Nosra en est dispensée sans doute en raison du fait que la formation salafiste opérant en Syrie sur la base d’un financement saoudien ne se préoccupe guère de la Libération de la Palestine. Mais par rapport au Hamas, le Hezbollah dispose d’un avantage comparatif incontestable en termes de crédibilité dissuasive en ce que le Hezbollah est la seule instance arabe à proclamer son attachement effectif au combat pour la libération de la Palestine, matérialisé par ses combats contre Israël et son attachement à la célébration de la journée mondiale d’ «Al Qods», commémorée chaque année le dernier vendredi du mois de Ramadan, en l’absence de la moindre participation sunnite, alors que la Palestine est dans sa très grande majorité peuplée de sunnites et d’une minorité chrétienne arabe, dont la population ne comporte aucun chiite, et que la responsabilité de la défense des Lieux Saints Musulmans incombe aux vingt pays arabes qui se réclament du sunnisme, la branche majoritaire de l’Islam.

Alors qu’Israël parachève la phagocytose de la Palestine, démarche ultime avant l’estocade finale, la reconnaissance d’Israël comme «Etat Juif», verrouillant ainsi toute revendication future des Palestiniens à un hypothétique «Droit au retour» sur la terre de leurs ancêtres, le Hamas s’est curieusement engagé dans le combat anti Assad, plutôt que de se lancer à la reconquête de sa terre natale, la Palestine, en un tragique dévoiement de sa stratégie.

A- Bandar, le capo di capo de la contre-révolution arabe

Fruit d’une copulation ancillaire du Prince Sultan Ben Abdel Aziz, l’ancien «Great Gatsby» de la vie diplomatique américaine s’est imposé comme l’homme fort du Royaume du fait de la maladie d’une large fraction de l’équipe dirigeante frappée de pathologie handicapante, que cela soit le Roi Abdallah d’une lourde cardiopathie que le prince héritier Salam, atteint d’Alzheimer, voire même le ministre des Affaires étrangères Saoud Al- Faysal.

Intronisé par le général David Petraeus, en personne, avant que l’ancien chef du renseignement américain ne soit emporté par un jeu de galipettes inconsidérées, une affaire d’embedded à l’américaine, Bandar passe pour être le nouvel homme providentiel de la stratégie saoudo américaine, et, pour beaucoup d’observateurs occidentaux cités par le journal néo conservateur «The Wall Street Journal», l’ancien «Great Gatsby» de la vie diplomatique américaine, le Bandar Bush par excellence, l’homme des rétro commissions des transactions militaires saoudiennes, du retentissant scandale Tornado pourra réussir là où la CIA a échoué, avec ses cargaisons ininterrompus d’armes, d’argent et sa capacité de mise sous tutelle des combattants islamistes(…) Un combattant expérimenté apte à créer les conditions de la chute d’Assad», soutient le Wall Street Journal a propos de Bandar, selon «Al Qods Al Arabi» en date du 29 Août 2013.

Face à l’enlisement du conflit syrien, aux dérives djihadistes en Libye et en Tunisie, à la montée en puissance des Frères Musulmans en Egypte, l’Arabie saoudite a repris le commandement des opérations imposant un pro saoudien à la tête de l’opposition off- shore syrienne, Ahmad Jarba, un chef de tribu appartenant à la même confédération tribale que le Roi Abdallah, le clan Al-Shammar, épaulant l’armée égyptienne à évincer le néo-islamiste Morsi de la tête de l’état égyptien, imposant un prince à demeure en Jordanie, pour le financement et le ravitaillement de l’opposition syrienne off-shore.

Depuis le début des soulèvements arabes, l’Arabie saoudite a réussi à constituer une majorité de blocage des monarchies arabes au sein de la Ligue arabe, avec l’apport de deux confettis de l’Empire français, l’enclave militaire franco américaine de Djibouti et les Comores, mis en échec la contestation anti monarchique à Bahreïn et évincé néo islamiste égyptien Mohamad Morsi, une menace à l’ordre monarchique héréditaire islamique. Elle s’emploie à exclure le Hezbollah du futur gouvernement libanais, en voie de constitution depuis six mois.

B – Nasrallah versus Bandar: 4-0

Mais le sauveur suprême de l’Occident et de l’Islam wahhabite présente un piètre bilan dans sa confrontation avec le Hezbollah. Par quatre fois, Bandar mordra la poussière face Hassan Nasrallah. En 2006, où la riposte balistique victorieuse du Hezbollah libanais face à l’aviation israélienne, de même que la destruction du navire amiral de la flotte israélienne, ont semé la consternation dans le camp saoudo américain, fragilisant l’héritier politique du clan Hariri.

En 2007, avec la neutralisation du camp palestinien de Nahr el Bared, (Nord du Liban), dont le chef de file des djihadistes Chaker Absi, à la solde de l’Arabie saoudite, voulait en faire une zone de non droit, en vue de parasiter le Hezbollah sur son arrière garde. En 2008 avec l’affaire du réseau des transmissions stratégiques du Hezbollah qui s’est soldée par une capitulation en rase campagne de ses adversaires, particulièrement le chef druze Walid Joumblatt, à l’époque le fer de lance du clan Hariri. Enfin en 2013, en Syrie, en complément de la perte considérable représentée par l’assassinat de sa dague sécuritaire, le capitaine Wissam Hassan, chef de la section des renseignements des forces de sécurité intérieure libanaise, dynamité trois mois après la décapitation de la hiérarchie militaire syrienne.

Dernier intervenant sur le champ de bataille syrien, après les escouades de djihadistes de Tchétchénie à la Tunisie en passant par la Belgique le Kosovo et la France, de même que les Moudjahidines Khalq, formation de l’opposition iranienne islamo marxiste, et le clan Hariri, le Hezbollah a opéré un retournement spectaculaire de la situation à Qoussayr, renversant le cours de la bataille de Syrie. «Par ses brillantes performances non seulement à Qoussayr, à Lattaquieh et Homs, mais aussi dans sa contribution à la défense de la base aérienne de Ming, assiégée dans le Nord de Syrie, Hassan Nasrallah a bien mérité le titre de «Seigneur de la résistance», admettra Mohamad Hassanein Heykal, l’ancien confident de Nasser.

CF. I-Nasrallah, Le seigneur de la résistance par Mohamad Hassanein Heykal http://www.al-akhbar.com/node/190273
Invincible à ce jour, artisan de deux dégagements militaires israéliens du Liban sans négociation ni traité de paix, ferme soutien du Hamas face aux offensive israéliennes, le Hezbollah demeure, n’en déplaise aux esprits chagrins, le phénomène majeur politico-militaire de l’histoire arabe contemporain.

En comparaison, le Hamas, unique mouvement de libération nationale de confession sunnite, a déserté la Syrie après 16 ans d’hospitalité, par alignement sectaire, pour installer son QG à Doha à 35 km de la base du Centcom, la plus importante base du tiers monde des Etats-Unis, le protecteur d’Israël, la caution de tous les assassinats extrajudiciaires des pères fondateurs du mouvement palestinien. Beaucoup lui savent gré de ce repositionnement. Mais en juger de la fureur de la branche militaire du mouvement, beaucoup le déplore fortement, comme en témoignent les pourparlers intensifs menés à Téhéran, fin juillet, entre le Hamas et ses deux anciens alliés chiites, l’Iran et le Hezbollah pour restaurer une collaboration stratégique. Songeons au sort respectif du Vietnam et de la Palestine. L’un réunifié par la force de la volonté, l’autre pulvérisée par la force de la désunion et de la servilité.

5 – Le remake du duo franco-américain de 1982

Depuis la chute du Chah d’Iran en 1979, six armadas occidentales ont été dépêchées face aux pays de la zone (face à Beyrouth, en 1982, dans le Golfe lors de la guerre des pétroliers entre l’Irak et l’Iran, Face à l’Irak, en 1990, de nouveau face à l’Irak, en 2003, face à l’Iran en 2007, puis de nouveau face aux cotés libanaises et syriennes en 2013). Cobelligérant de l’Irak contre l’Iran, la France et les Etats Unis en avaient lourdement pâti en termes de représailles terrestres avec le double attentat du Drakkar (PC français) et du Quartier Général des Marines, faisant près de 400 morts, ainsi que l’assassinat de l’ambassadeur de France au Liban, Louis Delamare, et deux autres attentats contre l’ambassade américaine à Beyrouth, décapitant l’Etat-Major de la CIA au Moyen-Orient.
Chef de file de la nouvelle coalition en gestation, les Etats Unis et sa roue dentée française, en un remake du duo franco-américain de 1982, paraissent avoir tirés les enseignements de la précédente expérience, en préconisant contre la Syrie non pas un châtiment céleste, mais une punition aérien, s’imaginant pouvoir, par ce subterfuge, s’épargner des représailles terrestres. Un châtiment qui engloberait rétrospectivement le passif de 1982. Delamare, Drakkar and Co. Une vengeance en somme.

En 1982, lors du siège de Beyrouth, Saoud Al Faysal, l’inamovible chef de la diplomatie saoudienne, se réjouissait que les Israéliens, en faisant le siège de Beyrouth, débarrassent de ses «voyous» la capitale rebelle libanaise, et Alexander Haig, secrétaire d’Etat de Ronald Reagan, se félicitait que le port de Beyrouth demeure «sous contrôle de à l’Occident». Si le camp contestataire à l’hégémonie israélo américaine, la Chine et la Russie ont perdu deux de leurs ravitailleurs pétroliers à la faveur du «printemps arabe», La Libye et le Soudan, l’Occident, lui, a perdu le monopole de la navigation dans la Méditerranée avec l’installation d‘une base russe à Tartous et la présence de la balistique du Hezbollah, l’ombre portée de l’Iran, sur les rives libanaises de la Méditerranée, plaçant les bâtiments de la flotte atlantiste à portée de leurs missiles.

Trente ans après, le beau-frère de Saoud al Faysal, le ténébreux Bandar, se lance à la chasse des renégats de l’Islam, dans une bataille décisive contre celui qu’il désigne comme son principal ennemi, non pas Israël, mais la Syrie et son allié indéfectible, le Hezbollah, un mouvement libanais, chiite certes, mais tout autant un mouvement musulman et arabe.

Alors que le pape François prie et jeûne pour la paix en Syrie, le prédicateur atlantiste, le millionnaire egypto-qatariote, Youssef Al Qaradawi, le prédicateur atlantiste implore les Américains de bombarder la Syrie, signe indiscutable d’un dérèglement moral.

Le vœu secret des Occidentaux est qu’une des «bombes intelligentes» de l’armada atlantiste ne projette dans l’au-delà un homme qui leur a tenu la dragée haute depuis deux ans, mis un terme à l’unilatéralisme américain en vigueur sur la scène internationale depuis deux décennies avec le double véto russo-chinois au Conseil de sécurité, infligeant un magistral camouflet à l’ensemble de la diplomatie occidentale, et révélé, enfin, par défaut, les turpitudes de l’opposition qui se propose de prendre sa relève.. Du cannibalisme, à la prédation des pubères syriennes, au djihadisme erratique, au démantèlement du site chrétien de Maaloula, une cité antique de la banlieue de damas, parlant araméen, la langue du Christ.

De par sa subite programmation, le ciblage de la Syrie apparait d’ailleurs rétrospectivement comme un dérivatif à la déconfiture de la diplomatie occidentale en Egypte, en ce qu’il offre la possibilité d’éviter un affrontement avec l’Arabie saoudite, principal souteneur du putsch militaire égyptien, en promouvant une convergence saoudo occidentale sur leur ennemi commun, la Syrie, déjà abondamment diabolisée par les médias occidentaux.
Dans ce combat au flou contour, aux gesticulations tonitruantes, aux résultats aléatoires, un double constat s’impose:
-Sous peine d’implosion, sous peine d’anéantissement de l’axe de la contestation à la Pax israélo-américaine, le Hezbollah ne saurait souffrir la moindre défaite. Sous peine de marginalisation du cercle dirigeant saoudien, sous peine de discrédit définitif de sa personne et de son Royaume, Bandar, lui, ne saurait souffrir un nouveau revers.

L’histoire retiendra de cette séquence un Hezbollah, promu au rang de phénomène politico-militaire majeur de l’histoire arabe contemporaine, avec, en contrechamps, une Arabie saoudite, le principal ravitailleur énergétique de l’économie occidentale, le principal exportateur du djihadisme erratique et ses excroissances métastasiques (Al Qaida, Jobhat An Nosra), la plus formidable machine autodestructrice des Arabes, sans la moindre concession sur la Palestine.

Références

1-TSL Hariri: Dans une allocution télévisée dimanche 3 juillet 2011, Cheikh Hassan Nasrallah a fait diffuser une séquence vidéo montrant un des enquêteurs internationaux, l’Allemand Gerhard Lehman, vice-président de la commission d’enquête monnayant ses informations, en train d’empocher une somme d’argent. Daniel Bellemare, de son côté, a personnellement œuvré à la levée de la Note rouge placée sur Mohammad Zouheir Siddiq auprès d’Interpol, annulant ainsi les poursuites engagées contre lui en sa qualité de «faux témoin» du procès. Ancien garde de corps d’un opposant notoire au régime de Damas, le général Rifa’at Al Assad, propre oncle paternel du président Bachar al Assad, Siddiq résiderait au Caire sus la protection des services égyptiens. Les notes Wikileaks ont révélé des rencontres périodiques entre les enquêteurs internationaux et l’ambassade américaine à Beyrouth visant à obtenir des instructions sur le cheminement de l’enquête.
Un panel d’enquêteurs en rapport avec la CIA
-Robert Baer, conseiller du procureur, spécialiste des affaires islamiques, ancien officier de la CIA, avait été envoyé au Liban pour traquer Imad Moughnieh, le responsable de la branche militaire du Hezbollah. Dans une interview à la chaine de télévision d’Abou Dhabi, Bauer a avoué avoir consacré quinze ans de sa mission auprès de la CIA travaillé pour le kidnapper. En 1985, il avait participé à la tentative d’assassinat de Sayed Hussein Fadlallah, un attentat qui a tué et blessé plus de 300 personnes.
-Nick Caldas, australien d’origine égyptienne, ancien responsable des investigations au sein de la commission d’enquête internationale. Lié à la CIA, il avait été auparavant dépêché en Irak pour créer un service de renseignements irakien sous l’autorité de l’administration américaine du pays.
-Michael Taylor, britannique, responsable des investigations au TSL, un ancien chef des Services de renseignements britanniques, il est spécialisé dans la lutte contre le «terrorisme islamique».
-Darrel Mendez, américain, responsable des poursuites au bureau du procureur, «ancien des Marines et lié à la CIA et au FBI».
-Doreid Bcherraoui, libano-français, conseiller juridique du procureur, a été le premier à lancer, via les médias, des accusations contre la Syrie et les services libanais. Hostile au Hezbollah, il passe pour être responsable de plusieurs décisions du Bureau du procureur dans l’affaire des faux témoins.
Le chantage a ainsi occulté le débat sur le passif de l’ère Hariri, qui hypothèque, lui, l’avenir du Liban, à savoir:
Une dette publique de cinquante milliards de dollars
Une évaporation de recettes du ministère des finances de l’ordre de quinze milliards de dollars, sous le gouvernement du tandem Hariri-Siniora.
Trente millions de m2 de superficie du territoire libanais vendus à des inconnus, vraisemblablement à des investisseurs originaires des pétromonarchies du Golfe, en infraction avec la législation du pays.
Près de deux cent mille naturalisés sunnites entrainant un bouleversement de l’équilibre démographique du pays dont le système politique repose sur une répartition confessionnelle du pouvoir.

Pour aller plus loin

A propos du Hezbollah et de son chef, Sayyed Hassan Nasrallah
Nasrallah, Le seigneur de la résistance par Mohamad Hassanein Heykal : http://www.al-akhbar.com/node/190273
Hassan Nasrallah l’indomptable : http://www.renenaba.com/hassan-nasrallah-lindomptable/
Wissam Hassan, la dague du dispositif sécuritaire d saoudien au proche orient : http://www.renenaba.com/wissam-al-hassan-la-dague-du-dispositif-securitaire-saoudien-au-proche-orient/

A propos du remake de 1982 et des attentats anti occidentaux du Liban, le drakkar français et le PC des marines américains.

http://www.renenaba.com/panorama-il-y-a-dix-ans-eclatait-la-guerre-du-liban/

http://www.renenaba.com/au-large-du-liban-la-plus-importante-armada-de-lapres-guerre/

http://www.renenaba.com/la-plus-importante-concentration-navale-de-lhistoire-contemporaine-au-large-du-golfe-arabo-persique/

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Le 6 septembre 2013

Sous-titres en français : hussarddelamort

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Pierre Charasse, ancien diplomate français, ayant occupé des postes d’ambassadeur au Pakistan, Uruguay et au Pérou, a adressé à la date du 02 septembre, depuis le Mexique où il réside, une lettre ironique à François Hollande sur la crise syrienne, publiée sur le site de Médiapart. En voici le texte intégral :

 

Mexico, le 2 septembre 2013

Monsieur le Président de la République,

Dans l’épreuve que subit actuellement l’humanité du fait de la présence d’armes chimiques en Syrie, vous avez pris la tête d’un grand mouvement mondial au nom de « l’obligation de protéger » les populations civiles menacées. Vous avez très bien expliqué dans votre discours du 27 août devant vos Ambassadeurs que c’était là la vocation de la France, comme elle l’a fait en Libye récemment, et qu’elle ne manquerait pas à son devoir. Votre détermination exemplaire devrait rapidement convaincre vos partenaires européens flageolants et les opinions publiques pleutres, en France, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et partout dans le monde, du bien-fondé d’une intervention militaire chirurgicale en Syrie.

Naturellement, comme vous l’avez rappelé le 27 août, « l’obligation de protéger » s’inscrit dans une démarche très réglementée par les Nations Unies et incombe en premier lieu aux Etats concernés : protéger leur propre population. En cas de défaillance de leur part, c’est au Conseil de Sécurité qu’il appartient de décider des modalités de mise en œuvre de ce principe. Sous votre conduite, la France s’honorera si elle fait respecter à la lettre cette avancée importante du droit international. Je suis sûr que le Président Poutine sera sensible à vos arguments tout comme le Président Xi Jiping et qu’ils ne feront pas obstacle à vos projets en opposant un veto au Conseil de Sécurité. Peu importe que l’objectif final soit encore un peu flou, ce qui compte c’est la défense énergique de principes clairs.

De même, je suis sûr que d’autres pays suivront la France dans son intention de livrer des armes aux rebelles syriens, malgré les risques que cela comporte. M. Laurent Fabius, Ministre des Affaires Etrangères, a annoncé qu’il exigerait des destinataires des armes françaises qu’ils signent un « certificat d’utilisateur final ». Avec une telle fermeté nous aurons l’assurance que nos armes ne tomberont pas entre les mains des combattants Jihadistes du Front Al Nusra-Al Qaeda, qui font partie de la Coalition rebelle (encore très hétéroclite mais que vous avez le mérite de vouloir unifier, bon courage !) et ne se retourneront pas contre les pays occidentaux qui les ont aidés ou leurs rivaux au sein de la Coalition, voire des populations civiles.

Nous voilà rassurés. Al Qaeda devrait comprendre le message fort que vous lui envoyez. Il est important de bien expliquer que notre ennemi reste le Terrorisme International, même si de temps en temps, il faut se montrer pragmatique, comme disent nos amis anglo-saxons, et tendre la main à ceux qui veulent notre perte. Ceux-ci ne devraient pas être insensibles à nos gestes amicaux. Vos services devraient pouvoir sans peine démentir l’information diffusée par l’agence Associated Press selon laquelle des armes chimiques livrées par notre allié l’Arabie Saoudite (le Prince Bandar Bin Sultan, chef des services saoudiens de renseignement) au Front Al Nusra-Al Qaeda auraient été manipulées maladroitement par ces apprentis-sorciers.

Une fois ce point éclairci, vous aurez les mains libres pour agir sur la base des informations fournies par les Etats-Unis et Israël qui ont toute votre confiance. Toutefois il ne serait pas inutile d’éviter que se reproduise le scénario de 2003 aux Nations Unies lorsque Colin Powell a exhibé des photos truquées et un flacon de poudre de perlimpinpin comme preuves irréfutables de la présence d’armes de destruction massive en Irak ! Principe de précaution élémentaire. On vous fait confiance, c’est la crédibilité de la France qui est en jeu.

Quand aux objectifs militaires de cette opération, il paraît évident qu’ils doivent être en priorité de détruire par des moyens aériens les dépôts d’armes chimiques sans les faire exploser au nez de la population civile, ce qui serait un véritable désastre, et de neutraliser tous les engins qui permettent leur utilisation (missiles, chars, lance-roquettes etc.), sans mettre en péril la vie de nos soldats sur un terrain incertain. Si les Américains ont du mal à identifier les cibles, les services français de renseignement se feront un plaisir de leur fournir toutes les informations dont ils disposent, de telle sorte que l’opération soit courte et cinglante et que grâce à vous les armes chimiques soient définitivement éradiquées de la planète.

Les populations que nous allons protéger auront un prix à payer pour le service rendu et doivent accepter d’avance les quelques centaines ou milliers de morts que peuvent provoquer les effets collatéraux de cette opération et leurs conséquences en cascade. Mais c’est pour leur bien. Si vous prenez la tête de la manœuvre à la place de vos collègues Obama et Cameron, qui semblent rétropédaler avant même que le coup d’envoi ait été donné, Bashar Al Assad comprendra très vite à qui il a affaire. L’Occident ne doit pas mollir, ce serait un mauvais signal au reste du monde, on compte sur vous pour tenir la barre fermement.

Lorsque cette mission humanitaire sera terminée et que Bashar Al Assad aura fait amende honorable après la tripotée qu’on va lui mettre tout en le laissant au pouvoir, vous aurez la satisfaction d’avoir contribué à appliquer en Syrie la théorie du « chaos constructif » élaborée par des « think tanks » américains à l’époque de George Bush, en espérant que les grandes entreprises américaines, principales bénéficiaires du chaos, auront la bonté de laisser aux entreprises françaises la possibilité de tirer quelques avantages du désordre institutionnalisé qui a désormais vocation à se substituer à des Etats forts comme c’est le cas en Irak ou en Libye. Quelques contrats pétroliers feraient bien l’affaire de nos grands groupes.

Après cette victoire pratiquement acquise d’avance, il vous appartiendra de porter ailleurs le message humanitaire universel de la France. Les crises sont nombreuses dans le monde, la liste des dictateurs sanguinaires est longue, et des millions d’hommes, de femmes et d’enfants attendent avec joie que la France puisse les protéger comme elle s’en est donnée la mission. On pense toujours à l’Afrique qui arrive au premier rang de nos préoccupations. Mais il y a le feu dans de nombreuses régions du monde. Une intervention humanitaire en Palestine serait la bienvenue, vous y songez certainement.

Au Mexique, on estime à 70.000 les morts provoqués par la violence des groupes criminels et des forces de sécurité et 26.000 disparus durant de sexennat du Président Calderón (2006-2012). Après la première année du mandat du Président Peña Nieto, on dénombre déjà 13.000 morts. En toute logique avec de tels chiffres la population civile mexicaine devrait être éligible aux bénéfices du programme « obligation de protéger » concocté par la « communauté internationale », même si celle-ci se réduit aujourd’hui à la France seule. Au point où nous en sommes, il faut bien qu’un pays se dévoue pour être l’avant-garde agissante d’une communauté internationale amorphe et irresponsable, « ensemble gazeux et incertain » comme a dit Hubert Védrine à propos de l’Union Européenne. Mieux vaut être seul que mal accompagné. S’agissant du Mexique, on pourra tirer les leçons de l’intervention militaire française de 1862 et ne pas répéter l’erreur qui a conduit à la déconfiture les armées de Napoléon III : déclencher des opérations militaires injustifiées et lointaines qui dépassent nos forces.

Pour cela il faudra, mais vous l’avez évidement prévu, programmer davantage de moyens budgétaires, par exemple pour la construction de nouveaux porte-avions nucléaires, les avions et missiles qui vont avec. Le « Charles de Gaulle » rend de brillants services lorsqu’il n’est pas immobilisé dans nos arsenaux pour de trop longues périodes de révision, mais il aura du mal à répondre seul à toutes les demandes d’intervention surtout lorsqu’il devra croiser dans des mers lointaines, exotiques et dangereuses. Je suis sûr que vous saurez persuader nos compatriotes que dans les circonstances actuelles, le monde occidental, pour poursuivre sa mission civilisatrice, pilier de la globalisation, devra s’en donner les moyens budgétaires.

On se souvient des contraintes qui ont empêché les forces françaises de frapper encore plus massivement la Libye. Leurs stocks de missiles se sont rapidement épuisés et le budget de la Défense n’avait pas prévu que l’abominable Khadafi, pourtant ami intime de votre prédécesseur, serait aussi peu sensible à nos problèmes budgétaires en opposant une résistance aussi farouche qu’inutile. La population, si elle est bien informée, acceptera certainement de bon gré l’augmentation des impôts et les coupes dans les dépenses publiques, notamment sociales, comme les bourses scolaires pour les français de l’étranger, ainsi que la réduction des moyens du réseau diplomatique, consulaire, éducatif et culturel français dans le monde si c’est le prix à payer pour que la France garde son statut de grande puissance mondiale. Tout est question de pédagogie.

Monsieur le Président, vous n’êtes pas sans savoir que nos amis et alliés américains n’ont pas toujours une très bonne image dans le monde. La France, avec les Présidents De Gaulle, Mitterrand et Chirac, a joui d’un grand prestige international, justement parce ce qu’elle parlait d’une voix différente de celle de ses alliés occidentaux. Le Président Sarkozy a mis fin à cette tradition diplomatique, pensant que la France avait tout intérêt, dans le contexte de la mondialisation et face à la montée en puissance de nouveaux acteurs, à se fondre dans « la famille occidentale » et à réintégrer l’appareil militaire de l’OTAN, c’est à dire à mettre ses forces conventionnelles sous le commandement américain.

«O tempora ! O mores !», comme a dit Ciceron en son temps. Mais vos Ambassadeurs ont déjà du vous signaler que dans de nombreux pays la France est désormais perçue comme un relais servile de la politique américaine. Des épisodes récents, comme l’affaire Snowden avec l’interception du Président Evo Morales lors de son survol de l’Europe, ont pu donner cette impression fâcheuse, mais je suis convaincu que vous n’aurez aucun mal à persuader vos interlocuteurs du monde entier que cette perception est erronée, car c’est en toute indépendance que vous avez confirmé l’ancrage de la France dans sa « famille occidentale ».

Enfin, je pense que vous avez réfléchi à la meilleure manière de protéger les populations mondiales des catastrophes humanitaires provoquées par le capitalisme mafieux et prédateur à l’origine des dernières crises économiques et financières. Il est probablement dans vos intentions de proposer à vos collègues du G7 et du G20 que vous allez rencontrer au Sommet de Saint Pétersbourg de changer de cap pour mettre fin à l’économie-casino et à l’empire de la finance sans contrôle. L’opinion publique mondiale, les chômeurs en Grèce, au Portugal, en Espagne, en France et ailleurs, apprécieraient vraisemblablement des frappes chirurgicales sur le FMI, la Banque Centrale européenne, la City de Londres, quelques paradis fiscaux « non-coopératifs » ou d’improbables agences de notation qui font plier les gouvernements.
Une telle cohérence dans l’application de « l’obligation de protéger » honorera la France et son Président. En continuant sans relâche sur cette voie et en défendant comme vous le faites le droit international et les normes fixées par les Nations Unies, il ne fait aucun doute qu’avant la fin de votre mandat, vous rejoindrez votre collègue et ami Barack Obama dans le club très sélect des Prix Nobel de la Paix. Vous l’aurez bien mérité.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute et respectueuse considération.

Pierre Charasse, Français de l’étranger, contribuable et électeur

http://www.gnet.tn/revue-de-presse-internationale/syrie-lette-dun-ex-ambassadeur-de-france-a-francois-hollande/id-menu-957.html

 

Lundi 9 Septembre 2013

 

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SYRIE : Le silence embarrassé des gouvernants italiens

septembre 10th, 2013 by Manlio Dinucci

C’est une tradition bien établie en Italie que, à chaque fois que le pape ouvre la bouche, un choeur bipartisan de consensus se lève chez les politiciens. Mais à présent Pape François s’est exprimé contre la guerre, en se référant implicitement mais clairement à l’attaque en préparation contre la Syrie. Et il s’est demandé : « Cette guerre ici, cette guerre là-bas –parce qu’il y a des guerres de tous côtés – est-ce vraiment une guerre à cause de problèmes ou est-ce une guerre commerciale pour vendre des armes ? ». Face à une telle prise de position et à la vaste mobilisation populaire qui la soutient, les choristes se sont faits muets. Pratiquement absents, sur les médias, les habituels applaudissements du président de la république, du chef et des membres du gouvernement, des secrétaires des plus grands partis. En compensation, le secrétaire du Pd (Partito democratico) Guglielmo Epifani a félicité le gouvernement d’avoir fait « un choix juste dès le départ, en se déclarant opposé à l’intervention en Syrie ». Epifani a oublié que, la veille, le gouvernement Letta avait souscrit, en marge du G-20 à Saint-Pétersbourg, la Déclaration sur la Syrie présentée par les Etats-Unis, qui condamne le gouvernement syrien pour sa « terrifiante attaque avec des armes chimiques », accuse le Conseil de sécurité d’être « paralysé » (par le veto russe) et demande « une forte riposte internationale ». Epifani se tait aussi sur le fait que l’Italie est en première ligne dans la préparation de l’attaque aéronavale contre la Syrie : comme pour celle contre la Libye en 2011, elle serait dirigée par le Commandement USA de Naples  et soutenue par tout le réseau de bases USA/OTAN en Italie, en particulier par celles de Sigonella (Sicile) et de Camp Darby (Pise).

Pour une première attaque, d’une durée de quelques jours, les forces aéronavales mises en action par les USA et par la France sont plus que suffisantes : elles lanceraient des centaines de missiles et bombes à tête pénétrante. Seraient probablement utilisés aussi des bombardiers stratégiques B-52 Spirit, les avions les plus chers du monde (plus de 2 milliards de dollars chacun), déjà utilisés contre la Serbie, l’Irak et la Libye. Conçus pour l’attaque nucléaire, ils peuvent transporter plus de 18 tonnes de bombes et missiles à tête non-nucléaire. Une participation directe italienne dans la première phase est donc superflue sur le plan militaire, même si elle n’est pas exclue ; au motif, officiel, de protéger le contingent italien au Liban, on a envoyé en Méditerranée orientale le contre-torpilleur lance-missiles Andrea Doria, qui s’ajoute aux unités étasuniennes, françaises, israéliennes et turques qui font face aux unités russes. Situation de plus en plus périlleuse : avec ceux qui arrivent, les navires de guerre russes en Méditerranée orientale atteindront les 12 unités.

Epifani passe aussi sous silence le fait que l’Italie est depuis longtemps engagée à soutenir la guerre intérieure en Syrie : elle participe au groupe intergouvernemental des « Amis de la Syrie » qui, en juin dernier à Doha, s’est ouvertement engagé à fournir des armes aux  « rebelles »  (ce qu’il faisait déjà depuis longtemps sous la direction de la Cia). Bien que silencieux, le gouvernement n’a cependant pas manqué de participer samedi dernier à la prière pour la paix. Le ministre de la défense Mauro a rejoint la veillée Place Saint-Pierre, sans toutefois répondre aux journalistes qui lui demandaient comment il arrivait à concilier la prière pour la paix avec l’achat des F35. Le premier ministre Letta est allé à l’église à Cernobbio[1] mais n’a pas répondu quand on lui a demandé s’il participait au jeûne pour la paix.

La règle du silence, il l’a apprise en participant au groupe Bilderberg, coupole des pouvoirs occultes, qui à son meeting 2012 (toujours à huis clos et silence avec la presse) a invité en même temps que Letta d’obscurs « représentants de l’opposition syrienne ».

 

Edition de mardi 10 septembre 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130910/manip2pg/14/manip2pz/345596/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Cette rubrique a été écrite avant que les ministres des affaires étrangères syrien et russe, Walid al Mouallem et Sergueï Lavrov, répondent à “l’offre de paix” de John Kerry  (http://www.voltairenet.org/article180167.html ), NdT.

 



[1] Sur le modèle du groupe Bilderberg et de la commission Trilatérale, le Forum de Cernobbio, fondé en 1975 par Alfredo Ambrosetti (lui-même membre du groupe de Bilderberg), se réunit chaque année au bord du lac de Come, dans la première quinzaine du mois de septembre ; les membres et invités, représentant la finance et les pouvoirs politiques nationaux et internationaux, y discutent de questions d’intérêt commun. On imagine, à la sortie de la messe samedi soir, le jeûne collectif à la cantine du Forum.

Voir http://www.ambrosetti.eu/it/workshop-e-forum/forum-villa-d-este/ultime-quattro-edizioni/2013?set_language=it . Note pour la version française.

 

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Traduction à partir d’une retranscription de l’interview accordée par le président syrien Bashar al-Assad au journaliste Charlie Rose, de la chaîne de télévision étatsunien CBS

DAMAS (Sana) – 9 Septembre 2013

Charlie Rose : Monsieur le Président, je vous remercie beaucoup pour cette occasion de vous parler à un moment très important parce que le président des États-Unis s’adressera à la nation cette semaine et, comme vous le savez, une conversation importante se déroule à Washington et des événements importants se déroulent ici dans votre pays. Vous attendez-vous à un raid aérien ?

Président al-Assad : Tant que les Etats-Unis ne respectent pas le droit international et foulent aux pieds la Charte des Nations Unies, nous avons à craindre que n’importe quelle administration – pas seulement celle-ci – fasse n’importe quoi. Selon les mensonges que nous avons entendus au cours des deux dernières semaines, de hauts responsables de l’administration américaine, nous devons nous attendre au pire.

Charlie Rose : Êtes-vous prêts ?

Président al-Assad : Nous avons vécu dans des conditions difficiles au cours des deux dernières années et demi, et nous nous préparons à toute éventualité. Mais ce n’est pas parce que vous êtes prêt que les choses s’amélioreront ; Elles s’aggraveront avec toute frappe ou guerre stupide.

Charlie Rose : Que voulez-vous dire par s’aggraveront ?

Président al-Assad : Elles s’aggraveront en raison des répercussions, parce que personne ne peut dire quelles seront les répercussions d’une première frappe. Nous ne parlons pas simplement de la Syrie, mais d’une région, et de régions plus vastes. Une région interconnectée, entremêlée, appelez ça comme vous voulez ; si vous frappez à un endroit, il faut s’attendre à des répercussions ailleurs sous différentes formes et d’une manière inattendue.

Charlie Rose : Vous voulez dire que si frappe il y a, il y aura des répercussions contre les États-Unis par vos amis d’autres pays comme l’Iran ou le Hezbollah ou d’autres ?

Président al-Assad : Comme je l’ai dit, cela peut prendre différentes formes : directe et indirecte. Directe lorsque les gens, ou les gouvernements, cherchent à se venger. Indirecte lorsque vous obtenez une instabilité et la propagation du terrorisme dans toute la région, ce qui aura un effet direct sur l’Occident.

Charlie Rose : Avez-vous eu des conversations avec la Russie, l’Iran ou le Hezbollah sur la façon de se venger ?

Président al-Assad : Nous ne discutons pas de cette question en tant que gouvernement, mais nous discutons des répercussions, ce qui est plus important parce que parfois les répercussions peuvent être plus dévastatrices que la frappe elle-même. Une frappe américaine ne produira pas autant de destructions en Syrie que celles déjà produites par les terroristes ; mais parfois les conséquences peuvent être bien supérieures à la frappe elle-même.

Charlie Rose : Mais certains ont laissé entendre que ça pourrait faire pencher la balance en faveur des rebelles et d’aboutir au renversement de votre gouvernement.

Président al-Assad : Exactement. Toute frappe serait aussi un soutien direct à l’émanation d’Al -Qaïda appelée Jabhat al-Nusra et l’Etat islamique d’Irak et la Syrie. Vous avez raison. Ce serait un soutien direct.

Charlie Rose : A propos de la guerre chimique. Parlons de ça. Approuvez-vous l’usage d’armes chimiques, l’utilisation de produits chimiques mortels ? Pensez-vous que ce soit un outil approprié pour faire la guerre ?

Président al-Assad : Nous sommes contre toute destruction massive, les armes de destruction massive, qu’elles soient chimiques ou nucléaires.

Charlie Rose : Vous êtes donc contre l’utilisation d’armes chimiques ?

Président al-Assad : Oui, mais pas seulement moi. En tant qu’État, en tant que gouvernement, en 2001, nous avons proposé à l’Organisation des Nations Unies de désactiver ou de détruire toutes les armes de destruction massive au Moyen-Orient et les Etats-Unis se sont opposés à cette proposition. C’est notre conviction et notre politique.

Charlie Rose : Mais vous n’êtes pas signataire de l’accord sur les armes chimiques.

Président al-Assad : Pas encore.

Charlie Rose : Pourquoi pas ?

Président al-Assad : parce qu’Israël possède des armes de destruction massive et n’a pas signé, et Israël occupe notre territoire. Nous avons parlé du Moyen-Orient, et non pas la Syrie ou d’Israël ; l’accord doit être global.

Charlie Rose : Pensez-vous que la guerre chimique soit équivalente à la guerre nucléaire ?

Président al-Assad : Je ne sais pas. Aucune des deux n’a été tentée.

Charlie Rose : Mais vous êtes un chef de l’Etat, et vous comprenez les conséquences des armes de destruction massive.

Président al-Assad : Techniquement, elles ne sont pas les mêmes, mais moralement, c’est la même chose.

Charlie Rose : Du point de vue moral, c’est la même chose.

Président al-Assad : C’est la même chose, car en définitive, tuer c’est tuer. Massacrer, c’est massacrer. Parfois, vous pouvez tuer des dizaines de milliers ou des centaines de milliers de gens avec des armes très rudimentaires.

Charlie Rose : Alors pourquoi avez-vous un tel stock d’armes chimiques ?

Président al-Assad : Nous ne discutons pas de cette question en public parce que nous n’avons jamais dit que nous en avions, et nous n’avons jamais dit que nous n’en avions pas. C’est une question syrienne, c’est une question militaire, nous n’en discutons jamais en public avec quiconque.

Charlie Rose : Voici ce qu’on peut lire dans le New York Times ce matin : les dirigeants syriens ont constitué une des plus grandes réserves au monde d’armes chimiques avec l’aide de l’Union soviétique et de l’Iran, ainsi que des fournisseurs d’Europe occidentale, et même une poignée de sociétés américaines. Selon des câbles diplomatiques américains et les dossiers de renseignement déclassifiés, vous avez amassé une des plus grandes réserves d’armes chimiques au monde.

Président al-Assad : En avoir ou ne pas en avoir est une possibilité, mais se fier aux dires des médias est absurde, ou se fier à certains rapports des services de renseignement est absurde et cela a été prouvé lorsqu’ils ont envahi l’Irak il y a dix ans et qu’ils ont dit « L’Irak a des stocks d’armes de destruction massive » et il a été prouvé après l’invasion que c’était faux, c’était une fraude. Donc, on ne peut se fier à ce qui est écrit dans un magazine. Mais j’ai dit que c’est quelque chose dont nous ne discutons pas avec n’importe qui.

Charlie Rose : Vous acceptez que le monde croie que vous avez un stock d’armes chimiques ?

Président al-Assad : Qui ?

Charlie Rose : Le monde. Les Etats-Unis et d’autres puissances qui ont également dit que vous avez des armes chimiques.

Président al-Assad : Il ne s’agit pas de ce qu’ils croient, il s’agit de la réalité telle qu’elle est, et de cette réalité, si nous en possédons ou pas, nous n’allons pas à en discuter.

Charlie Rose : En parlant de la réalité, que s’est-il réellement passé le 21 Août ? Qu’est-il arrivé à votre avis ?

Président al-Assad : Nous ne sommes pas présents dans la zone où l’attaque chimique présumée a eu lieu. J’ai dit présumée. Nous ne sommes pas sûrs qu’il se soit passé quelque chose.

Charlie Rose : Même à ce jour, vous n’êtes pas sûr que les armes chimiques – même si vous avez vu la vidéo, même si vous avez vu les corps, même si vos propres fonctionnaires ont été sur place.

Président al-Assad : Je n’ai pas fini. Nos soldats dans une autre zone ont été attaqués chimiquement. Nos soldats – ils sont allés à l’hôpital se faire soigner à cause des armes chimiques, mais dans la région où ils ont dit que le gouvernement a utilisé des armes chimiques, nous n’avions que des vidéos et des photos et des allégations. Nous ne sommes pas présents là-bas, nos forces, nos policiers, nos institutions n’y sont pas. Comment pouvez-vous parler de ce qui s’est passé, si vous n’avez pas de preuve ? Nous ne sommes pas comme l’administration américaine, nous ne sommes pas l’administration ou le gouvernement des médias sociaux. Nous sommes un gouvernement qui traite avec la réalité. Lorsque nous aurons des preuves, nous le ferons savoir.

Charlie Rose : Eh bien, comme vous le savez, le secrétaire Kerry a dit que les preuves existent et qu’ils ont vu des roquettes tirées à partir d’une région contrôlée par vos forces vers une région contrôlée par les rebelles. Ils ont des preuves à partir de photos satellites. Ils ont la preuve d’un message qui a été intercepté sur les armes chimiques, et peu après, il y a eu d’autres messages interceptés, alors le secrétaire Kerry a présenté ce qu’il considère comme des preuves incontestables.

Président al-Assad : Non, il a présenté sa confiance et ses convictions. Ce n’est pas une question de confiance, c’est une question de preuve. Les Russes ont des preuves qui démontrent tout à fait le contraire, que les missiles ont été lancés à partir d’une région contrôlée par les rebelles. Cela me rappelle – ce que Kerry a dit – sur le gros mensonge que Collin Powell a prononcé devant le monde entier sur des photos satellites et les ADM en Irak avant d’aller à la guerre. Il a dit « voici notre preuve. » En fait, il a fait un faux témoignage. Dans le cas présent, Kerry n’a même pas présenté une preuve. Il a dit « nous avons la preuve » et il n’a rien présenté. Pas encore, rien à ce jour, pas un seul élément de preuve.

Charlie Rose : Avez-vous des remords pour ces cadavres, ces gens. On dit qu’il y en aurait au moins 1000, peut-être 1400, qui se trouvaient à Ghouta orientale, et qui sont morts ?

Président al-Assad : Nous ressentons la douleur pour chaque victime syrienne.

Charlie Rose : Qu’en est-il des victimes de cet assaut par arme chimique ?

Président al-Assad : Mourir, c’est mourir, tuer, c’est tuer, un crime est un crime. Lorsque vous ressentez une douleur, vous ressentez la douleur des familles des victimes dans votre pays, que ce soit une seule personne tuée ou cent ou mille. C’est une perte, c’est un crime, c’est une question morale. Nous avons de la famille avec qui nous nous asseyons, de la famille qui aimait ses proches. Il ne s’agit pas de la façon dont ils ont été tués, il s’agit du fait qu’ils sont morts maintenant, c’est cela qui est mauvais.

Charlie Rose : Mais y a-t-il eu des remords ou de la tristesse au nom du peuple syrien pour ce qui s’est passé ?

Président al-Assad : Je pense que c’est la tristesse qui prévaut maintenant en Syrie. Nous ne ressentons rien d’autre que de la tristesse parce que nous avons ces morts tous les jours, que ce soit par des produits chimiques ou par tout autre moyen. Peu importe comment. Nous vivons avec tous les jours.

Charlie Rose : Mais c’était un acte sans discernement, et des enfants ont été tués, et les gens qui ont dit au revoir à leurs enfants le matin ne les ont pas revus et ne le reverrons jamais, à Ghouta.

Président al-Assad : C’est le cas chaque jour en Syrie, c’est pourquoi il faut arrêter le massacre. C’est pourquoi nous devons arrêter le massacre. Mais que voulez-vous dire par « sans discernement » ?

Charlie Rose : Eh bien, le fait que la guerre chimique est aveugle quant aux victimes, elle tue des innocents aussi bien que des combattants.

Président al-Assad : Oui, mais vous ne parlez pas de preuves, vous ne parlez pas de faits mais d’allégations. Donc, nous ne sommes pas sûrs que des armes chimiques ont été utilisées et qui les a utilisées. Nous ne pouvons pas parler de choses virtuelles, nous devons parler de faits.

Charlie Rose : On dit que votre gouvernement a retardé les observateurs des Nations Unies de se rendre à Ghouta et que vous avez refusé et retardé la Croix-Rouge, puis le Croissant-Rouge d’y aller pour faire des observations et aider.

Président al-Assad : C’est le contraire qui s’est produit, c’est votre gouvernement qui a retardé parce que nous avons demandé une délégation en Mars 2013, lorsque la première attaque a eu lieu à Alep, dans le nord de la Syrie, ils ont retardé jusqu’à quelques jours avant al-Ghouta quand ils ont envoyé l’équipe, et l’équipe elle-même a déclaré dans son rapport qu’elle a pu faire tout ce qu’elle voulait. Il n’y avait pas un seul obstacle.

Charlie Rose : Mais ils ont dit qu’ils ont été retardés pour y arriver, qu’ils voulaient être là plus tôt.

Président al-Assad : Non, non, non. Il y avait un conflit, il y avait des combats, des tirs. C’est tout. Nous ne les avons pas empêché d’aller où que ce soit. C’est nous qui leur avons demandé de venir, pourquoi les aurions-nous retardés ? Même si vous voulez prendre la version américaine, ils disent que nous avons employé des armes chimiques le jour même où l’équipe, ou l’équipe d’enquête, est arrivée en Syrie. Est-ce logique ? Ce n’est pas logique. Même si un pays ou armée voulait utiliser cette arme, ils auraient attendu quelques jours jusqu’à ce que l’équipe ait achevé ses travaux. Ce n’est pas logique, toute cette histoire ne tient même pas debout.

Charlie Rose : Nous allons y revenir. Si ce n’est pas votre gouvernement qui l’a fait, malgré les preuves ?

Président al-Assad : Il faut être sur place pour obtenir des preuves, comme lorsque cela s’est produit à Alep et que nous avons obtenu des preuves. Et parce que les États-Unis n’ont pas envoyé d’équipe, nous avons envoyé les preuves aux Russes.

Charlie Rose : Mais ne voulez-vous pas connaître la réponse, si vous n’acceptez pas les preuves présentées à ce jour, à la question de savoir qui a fait ça ?

Président al-Assad : La question est de savoir qui a lancé des produits chimiques le même jour sur nos soldats. C’est la même question. Techniquement, ce n’est pas les soldats. Les soldats ne lancent pas des missiles sur eux-mêmes. Donc, c’est soit les rebelles, soit les terroristes, soit un tiers. Nous n’avons pas encore la moindre idée. Nous devons être sur place pour recueillir les preuves, alors nous pourrons donner une réponse.

Charlie Rose : Eh bien, on avance l’argument que les rebelles n’ont pas la capacité d’utiliser des armes chimiques, ils n’ont pas les roquettes et ils n’ont pas la fourniture d’armes chimiques que vous avez, ils n’ont donc pas pu le faire.

Président al-Assad : Tout d’abord, ils ont des fusées, et ils les lancent sur Damas depuis des mois.

Charlie Rose : Ont-ils des armes chimiques ?

Président al-Assad : Des roquettes en général. Premièrement, ils ont les moyens. Deuxièmement, le gaz sarin dont on parle ces dernières semaines est un gaz très primitif. Vous pouvez en fabriquer dans une arrière-cour, c’est un gaz très primitif. Ce n’est donc pas quelque chose de compliqué.

Charlie Rose : Mais ce n’était pas primitif. Il s’agissait d’une utilisation terrible d’armes chimiques.

Président al-Assad : Troisièmement, ils l’ont employé à Alep, dans le nord de la Syrie. Quatrièmement, il y a une vidéo sur YouTube où les terroristes font clairement des essais sur un lapin et tuent le lapin et disent : « voilà comment nous allons tuer le peuple syrien ». Cinquièmement, il y a une nouvelle vidéo sur une de ces femmes qu’ils considèrent comme rebelle ou combattante et qui a travaillé avec les terroristes et qui dit : « ils ne nous disent pas comment utiliser les armes chimiques » et une de ces armes a explosé dans un des tunnels et tué douze personnes. C’est ce qu’elle a dit. Ce sont les éléments de preuve dont nous disposons. Quoi qu’il en soit, c’est celui qui accuse qui doit apporter les preuves. Les Etats-Unis ont accusé la Syrie, et si vous accusez vous devez apporter la preuve, avant tout. Nous devrons trouver des preuves lorsque nous serons sur place.

Charlie Rose : Quelle preuve serait suffisante à vos yeux ?

Président al-Assad : Par exemple, à Alep, nous avons mis la main sur le missile lui-même, et le matériel, et des échantillons de sable, de terre, et des échantillons de sang.

Charlie Rose : Mais on avance l’argument que vos forces ont bombardé Ghouta peu de temps après, avec l’intention de faire disparaître les preuves.

Président al-Assad : Comment un bombardement pourrait-il faire disparaître les preuves ? Techniquement, ça ne marche pas. Comment ? Pour être franc, c’est stupide, c’est très stupide.

Charlie Rose : Mais vous reconnaissez les bombardements ?

Président al-Assad : Bien sûr, il y avait un combat. Cela arrive tous les jours, il y en peut-être un en ce moment même. Mais, parlons de… nous avons des indications, permettez-moi de terminer ce point, car comment peut-on utiliser des ADM alors que vos troupes sont à seulement 100 mètres de là ? Est-ce logique ? Cela n’arrive pas. On ne peut pas les utiliser ainsi. Toute personne qui n’est pas militaire le sait. Pourquoi employer des armes chimiques pendant que vous avancez ? L’année dernière fut une année beaucoup plus difficile pour nous que cette année, et nous n’en avons pas utilisé.

Charlie Rose : Il y a cette question aussi : si ce n’est pas vous, est-ce que cela veut dire que vous n’avez pas le contrôle de vos propres armes chimiques et que peut-être sont-elles tombées entre les mains d’autres personnes qui pourraient vouloir les utiliser ?

Président al-Assad : D’abord, cela implique que nous avons effectivement des armes chimiques. Ensuite, cela implique qu’elles ont été employées. Nous ne pouvons donc pas répondre à cette question avant de répondre à la première partie et la deuxième partie. Troisièmement, admettons qu’un pays ou une armée possède une telle arme ; ce type d’arme ne peut pas être employée par l’infanterie, par exemple, ou par n’importe qui. Ce type d’arme doit être employée par des unités spécialisées, et ne peut donc pas être mise entre n’importe quelles mains.

Charlie Rose : Eh bien, c’est exactement de ça qu’il s’agit.

Président al-Assad : Et sous un contrôle centralisé.

Charlie Rose : Ah, donc vous dites que si, en fait, votre gouvernement l’avait fait, vous auriez été au courant et vous l’auriez approuvé.

Président al-Assad : Je parle d’un cas en général.

Charlie Rose : En général, vous dites que si, en fait, c’est bien arrivé, j’aurais été au courant et je l’aurais approuvé. C’est ça la nature du pouvoir centralisé.

Président al-Assad : En règle générale, dans tous les pays, oui. Je parle des règles générales, parce que je ne peux pas discuter ce point en détail avec vous sans dire ce que nous possédons et ce que nous ne possédons pas, et c’est un sujet que je ne vais pas aborder, comme je le disais au tout début, parce qu’il s’agit d’une question militaire qui ne peut pas être discutée.

Charlie Rose : Avez-vous des doutes sur l’article du New York Times que je viens de vous lire, qui affirme que vous auriez un stock d’armes chimiques ? Vous ne le niez pas.

Président al-Assad : Non, nous ne disons ni oui ni non, car tant que cette question est classifiée, on ne peut pas en parler.

Charlie Rose : Les Etats-Unis sont prêts à lancer une attaque contre votre pays parce qu’ils croient que les armes chimiques sont si odieuses, que celui qui les utilise franchit une ligne rouge et que, par conséquent, dans ce cas, il faut leur donner une bonne leçon de sorte à ne pas recommencer.

Président al-Assad : Quelle ligne rouge ? Qui l’a dessinée ?

Charlie Rose : Le Président dit que ce n’est pas seulement lui, que le monde entier l’a tracée par leur révulsion contre l’emploi d’armes chimiques, que le monde entier a tracé cette ligne rouge.

Président al-Assad : Pas le monde entier, car c’est Obama qui a tracé cette ligne, et Obama peut tracer des lignes pour lui-même et pour son pays, pas pour les autres pays. Nous avons nos propres lignes rouges, comme notre souveraineté, notre indépendance. Et si vous voulez parler de lignes rouges dans le monde, les États-Unis ont utilisé l’uranium appauvri en Irak, Israël a utilisé du phosphore blanc à Gaza, et personne n’a rien dit. Où sont les lignes rouges ? Nous ne voyons pas de lignes rouges. Ce sont des lignes rouges politiques.

Charlie Rose : Le président est prêt à frapper, et peut-être qu’il va obtenir l’autorisation du Congrès, ou non. La question alors est : seriez-vous disposés à renoncer aux armes chimiques si cela empêchait le Président d’autoriser une frappe ? Est-ce un accord que vous accepteriez ?

Président al-Assad : Encore une fois, vous impliquez sans cesse que nous possédons des armes chimiques.

Charlie Rose : Je suis bien obligé, parce que c’est l’hypothèse du Président. C’est son hypothèse, et c’est lui qui ordonnera les frappes.

Président al-Assad : C’est son problème à lui, s’il a une hypothèse. Mais pour nous, en Syrie, nous avons des principes. Nous ferions n’importe quoi pour éviter à la région une nouvelle guerre folle. Il ne s’agit pas seulement de la Syrie, car cela ne fera que commencer en Syrie.

Charlie Rose : Vous feriez n’importe quoi pour empêcher la région de connaître une nouvelle guerre folle ?

Président al-Assad : La région, oui.

Charlie Rose : Réalisez-vous les conséquences pour vous s’il y a une frappe ?

Président al-Assad : Il ne s’agit pas de moi. Il s’agit de la région.

Charlie Rose : Il s’agit de votre pays, il s’agit de votre peuple.

Président al-Assad : Evidemment, mon pays et moi, nous faisons partie de cette région, nous ne sommes pas isolés. Nous ne pouvons pas discuter uniquement de la Syrie ou de moi, il faut le faire dans un cadre, dans un ensemble, dans une globalité. C’est ainsi qu’il faut l’aborder.

Charlie Rose : Certains se demandent pourquoi le feriez-vous ? C’est une chose stupide à faire, si vous vous attirez une frappe sur la tête en utilisant des armes chimiques. D’autres disent que vous le feriez parce que vous êtes désespéré, ou selon une autre version, parce que vous voulez faire peur, parce que ce sont des armes terribles et si quelqu’un sait que vous en possédez, et plus précisément vos adversaires en Syrie, les rebelles, alors vous avez réussi votre coup et qu’ils vivront dans la peur, et que, par conséquent, le Président doit faire quelque chose.

Président al-Assad : Vous ne pouvez pas être désespéré lorsque votre armée progresse. Cela aurait dû se produire – en admettant que cette présomption est correcte et correspond à la réalité – vous employez de telles armes lorsque vous êtes dans une situation désespérée. Notre position est bien meilleure qu’avant. Donc, ce n’est pas correct.

Charlie Rose : Vous pensez que vous êtes en train de gagner la guerre.

Président al-Assad : « gagner » est un mot subjectif, mais nous progressons. C’est le mot juste, parce que pour certaines personnes, on gagne lorsque la partie est terminée.

Charlie Rose : Certains disent que si vous êtes en train de gagner, c’est en raison de l’aide que vous avez récemment obtenue de l’Iran et du Hezbollah et des fournitures supplémentaires obtenues. Des gens à l’extérieur de la Syrie qui vous soutiennent contre les rebelles.

Président al-Assad : l’Iran n’a pas de soldats en Syrie, alors comment l’Iran pourrait-il m’aider ?

Charlie Rose : Par des fournitures, des armes ?

Président al-Assad : Tout ça, c’était avant la crise. Nous avons toujours eu ce type de coopération.

Charlie Rose : le Hezbollah, les combattants du Hezbollah sont venus ici.

Président al-Assad : les combattants du Hezbollah sont sur les frontières avec le Liban, où les terroristes les ont attaqués. Sur les frontières avec le Liban, c’est là que le Hezbollah a riposté, et c’est là que nous avons une coopération, et c’est une bonne chose.

Charlie Rose : les forces du Hezbollah sont aujourd’hui en Syrie ?

Président al-Assad : Sur la zone frontière avec le Liban où ils veulent se protéger et coopérer avec nous, mais ils ne sont pas dans toute la Syrie. Ils ne peuvent pas être dans toute la Syrie de toute façon, pour de nombreuses raisons, mais ils sont sur les frontières.

Charlie Rose : Quels conseils recevez-vous des Russes ?

Président al-Assad : A quel sujet ?

Charlie Rose : A propos de cette guerre, sur la façon de mettre fin à cette guerre.

Président al-Assad : tous les amis de la Syrie cherchent une solution pacifique, et nous en sommes convaincus. On nous donne ce conseil, mais même sans ce conseil, nous en sommes convaincus.

Charlie Rose : Avez-vous un plan pour mettre fin à la guerre ?

Président al-Assad : Bien sûr.

Charlie Rose : Laquelle ?

Président al-Assad : Au tout début, il était entièrement politique. Quand vous avez ces terroristes, la première partie de ce plan qui est politique doit commencer par l’arrêt de la contrebande de terroristes venant de l’étranger, l’arrêt du soutien logistique, de l’argent, tous les types de soutien qui parviennent à ces terroristes. C’est la première partie. Deuxièmement, nous pouvons avoir un dialogue national où les différentes parties syriennes s’assoient et discutent de l’avenir de la Syrie. Troisièmement, vous pouvez avoir un gouvernement intérimaire ou un gouvernement de transition. Ensuite, vous avez des élections, des élections parlementaires, des élections présidentielles.

Charlie Rose : Mais la question est : voulez-vous rencontrer les rebelles aujourd’hui pour discuter d’un règlement négocié ?

Président al-Assad : Dans l’initiative que nous avons publié au début de cette année, nous avons dit toutes les parties, sans exception, pourvu qu’elles déposent leurs armes.

Charlie Rose : Vous rencontrerez les rebelles et tous ceux qui se battent contre vous s’ils abandonnent leurs armes ?

Président al-Assad : Aucun problème.

Charlie Rose : Alors ils vont dire : “vous ne déposez pas vos armes, pourquoi devrions-nous déposer les nôtres ?”

Président al-Assad : Est-ce qu’un gouvernement renonce à ses armes ? Avez-vous déjà entendu parler de ça avant ?

Charlie Rose : Non, mais les rebelles normalement n’abandonnent pas leurs armes pendant des négociations, ils ne le font qu’après un succès…

Président al-Assad : L’armement du gouvernement est un armement légal. Toute autre armement est illégal. Alors, comment pouvez-vous les comparer ? C’est complètement différent.

Charlie Rose : Il y a un débat intense en cours sur toutes ces questions qui sont abordées à Washington, et s’il y a bien une frappe, elle émanera de la décision des États-Unis de le faire. Qu’aimeriez-vous dire, au cours de cette semaine très importante, à l’Amérique, et à Washington, au peuple américain, aux membres du Congrès, au président des États-Unis ?

Président al-Assad : Je pense que la partie la plus importante est, disons, le peuple américain, mais les sondages montrent que la majorité aujourd’hui ne veut pas d’une guerre, où que ce soit, pas seulement contre la Syrie. Mais le Congrès va voter à ce sujet dans quelques jours, et je pense que le Congrès est élu par les gens, il représente le peuple, et travaille dans son intérêt. La première question qu’ils doivent se poser est : qu’est-ce que les guerres ont rapporté à l’Amérique, depuis celle contre le Vietnam et jusqu’à présent ? Rien. Aucun gain politique, aucun gain économique, une mauvaise image. La crédibilité des États-Unis est au plus bas de tous les temps. Cette guerre est donc contre l’intérêt des États-Unis. Pourquoi ? Tout d’abord, cette guerre va soutenir Al-Qaïda et les mêmes personnes qui ont tué des Américains au cours du 11 Septembre. La deuxième chose que nous voulons dire au Congrès, c’est qu’ils demandent, et nous attendons d’eux qu’ils le demandent au gouvernement, les preuves sur l’emploi d’armes chimiques et les accusations qui ont été portées.

Je ne dirai rien au président ou à tout autre fonctionnaire, parce que nous sommes déçus par leur comportement récent, parce que nous nous attendions à une administration différente de celle de Bush. Ils adoptent la même doctrine avec différents accessoires. C’est tout. Donc, si nous voulons espérer quelque chose de cette administration, ce n’est pas un signe de faiblesse, mais le contraire, que de dire « nous n’avons pas de preuves », et que « nous devons obéir au droit international », que « nous devons retourner au Conseil de sécurité et devant les Nations Unies ».

Charlie Rose : La question demeure : que pouvez-vous dire au Président qui croit que des armes chimiques ont été employées par votre gouvernement, que cela ne se reproduira plus.

Président al-Assad : Je lui dirai très simplement : présentez ce que vous avez comme preuves au public, soyez transparent.

Charlie Rose : Et s’il le fait ? S’il présente des preuves ?

Président al-Assad : C’est là où nous pourrons en discuter, mais il ne les a pas. Il ne les a pas présentées parce qu’il n’en a pas, Kerry n’en a pas. Personne dans votre administration n’en a. S’ils en avaient, ils les auraient présentées aux médias dès le premier jour.

Charlie Rose : Ils les ont présentées au Congrès.

Président al-Assad : Rien. Rien n’a été présenté.

Charlie Rose : Ils ont montré au Congrès ce qu’ils avaient, et les éléments de preuve dont ils disposent, des messages interceptés par satellite, etc.

Président al-Assad : Rien n’a été présenté jusqu’à présent…

Charlie Rose : Ils les ont présentées au Congrès, monsieur.

Président al-Assad : Vous êtes journaliste. Obtenez ces preuves et montrez-les au public dans votre pays.

Charlie Rose : Ils les présentent aux représentants du public. Ils ne montrent pas leurs preuves et leurs actions et leurs plans à un cercle restreint. Ils les montrent aux représentants du peuple qui voteront sur une autorisation de frappe, et s’ils ne trouvent pas les preuves suffisantes…

Président al-Assad : Tout d’abord, nous avons le précédent de Collin Powell, il y a dix ans, quand il a montré des preuves, elles étaient fausses, c’était une invention. Première chose. Deuxièmement, vous voulez me faire croire aux données fournies par les Américains et ne voulez pas que je croie aux données dont nous disposons nous-mêmes. Nous vivons ici, c’est notre réalité.

Charlie Rose : Quelles sont vos données ?

Président al-Assad : Que les rebelles ou les terroristes ont utilisé les armes chimiques dans le nord d’Alep, il y a cinq mois.

Charlie Rose : Et le 21 Août ?

Président al-Assad : Non, non, non. C’était avant. Le 21, une nouvelle fois ils les ont employées contre nos soldats dans une région que nous contrôlons, et nos soldats sont allés à l’hôpital, vous pouvez les voir si vous voulez.

Charlie Rose : Mais Ghouta n’est pas contrôlée par vos forces, elle est contrôlée par les forces rebelles. La zone où l’attaque a eu lieu est contrôlée par les forces rebelles.

Président al-Assad : Et s’ils ont des stocks qui ont explosé à cause du bombardement ? Et s’ils ont lancé le missile par erreur sur eux-mêmes ?

Charlie Rose : Passons maintenant à la question d’une éventuelle frappe, que j’ai déjà abordée. Vous avez été prévenu à l’avance. Vous êtes-vous préparés, en déplaçant des cibles potentielles, avez-vous déplacé des cibles au sein de la population civile, toutes les choses que vous auriez faites si vous aviez le temps de les faire et que vous aviez été clairement avertis de la possibilité ?

Président al-Assad : La Syrie est en état de guerre depuis que son territoire a été occupé il y a plus de quarante ans, et la nature des frontières en Syrie implique que la majeure partie de l’armée se trouve dans les zones habitées, la plupart des centres sont dans des zones habitées. Vous trouverez difficilement une base militaire dans les zones éloignées des villes sauf s’il s’agit d’un aéroport ou quelque chose comme ça, mais la plupart des bases militaires ou des centres se trouvent dans des zones habitées.

Charlie Rose : Y’aura-t-il des attaques contre les bases américaines au Moyen-Orient, en cas de frappe aérienne ?

Président al-Assad : Vous devez vous attendre tout. Pas nécessairement de la part du gouvernement. Les gouvernements ne sont pas les seuls acteurs dans cette région. Vous avez différentes parties, différentes factions, vous avez des idéologies différentes, vous avez de tout dans cette région maintenant. Il faut donc s’attendre à tout.

Charlie Rose : Dites-moi ce que vous entendez par « s’attendre à tout. »

Président al-Assad : Attendez-vous à n’importe quelle action.

Charlie Rose : Y compris la guerre chimique ?

Président al-Assad : Cela dépend. Si les rebelles ou les terroristes dans cette région ou tout autre groupe en possèdent, cela pourrait se produire, je ne sais pas. Je ne suis pas un devin pour vous dire ce qui va se passer.

Charlie Rose : Mais nous aimerions en savoir plus, je pense que le Président voudrait savoir, le peuple américain aimerait savoir. S’il y a une attaque, quelles pourraient être les répercussions et qui pourrait être engagé dans ces répercussions ?

Président al-Assad : Bon, avant le 11 Septembre, dans mes discussions avec de nombreux responsables des États-Unis, certains d’entre eux sont membres du Congrès, j’avais l’habitude de dire que « ne traitez pas avec les terroristes comme dans un jeu. » C’est une autre histoire. Vous allez en payer le prix si vous n’êtes pas prudents avec les terroristes. Nous avons dit que vous alliez subir des répercussions à cause de votre manière erronée de traiter avec eux, de traiter le terrorisme, mais personne ne s’attendait au 11 Septembre. On ne peut donc pas prévoir. Il est difficile pour quiconque de vous dire ce qui va se passer. C’est une région où tout est au bord de l’explosion. Vous devez vous attendre à tout.

Charlie Rose : Parlons de la guerre aujourd’hui. Cent mille personnes tuées. Un million de réfugiés. Un pays détruit. Assumez-vous une certaine responsabilité pour cela ?

Président al-Assad : Cela dépend de la décision que j’ai prise. Dès le premier jour, j’ai pris la décision en tant que président de défendre mon pays. Alors, qui a tué, ça c’est une autre question. En fait, les terroristes ont tué nos gens depuis le début de cette crise, il y a deux ans et demi, et le peuple syrien voulait que le gouvernement et les institutions de l’Etat et de l’armée et de la police le défende, et c’est ce qui s’est passé. Nous parlons donc de la responsabilité, ma responsabilité selon la Constitution syrienne, qui dit que nous devons nous défendre.

Charlie Rose : Monsieur le Président, vous dites constamment « ce sont des terroristes. » La plupart des gens observent les rebelles et disent qu’Al-Qaïda et d’autres forces étrangères à la Syrie ne représentent plus que 15 ou 20 pour cent des forces sur le terrain. Les autres 80 % sont des Syriens, sont des transfuges de votre gouvernement, et des transfuges de votre armée. Ce sont des gens qui sont Syriens et qui croient que leur pays ne doit pas être dirigé par un dictateur, ne devrait pas être géré par une famille, et qui veulent un gouvernement différent dans leur pays. C’est 80% des personnes qui se battent contre vous, pas des terroristes.

Président al-Assad : Nous n’avons pas dit que 80%, par exemple, ou la majorité ou la grande majorité, sont des étrangers. Nous avons dit que la grande majorité sont Al-Qaïda ou une des filiales d’Al-Qaïda dans cette région. Quand on parle d’Al-Qaïda, peu importe qu’il soit syrien ou américain ou européen ou africain. Al-Qaïda a une idéologie et obéit à la même direction, que ce soit en Afghanistan ou en Syrie ou en Irak. C’est ça la question. Vous avez des dizaines de milliers d’étrangers, c’est certainement vrai. Nous les combattons sur le terrain et nous le savons.

Charlie Rose : Mais c’est 15 ou 20 % du total. De combien parlons-nous ?

Président al-Assad : Personne ne le sait parce que quand ils sont tués, ils n’ont pas de papiers d’identité. Vous regardez leurs visages, on dirait des étrangers, mais d’où viennent-ils ? Il est difficile de faire une estimation précise, mais certainement la majorité sont Al-Qaïda. C’est cela qui nous préoccupe, pas leur nationalité. Que ce soit Al-Qaïda syrien, ou pakistanais ou saoudien, quelle est la différence ? Quelle importance ? La chose la plus importante est que la majorité sont Al-Qaïda. Nous n’avons jamais dit que la majorité n’était pas composée de Syriens, mais nous avons dit que la minorité est ce qu’ils appellent « l’armée syrienne libre ». C’est ce que nous avons dit.

Charlie Rose : Croyez-vous que ça devient une guerre de religion ?

Président al-Assad : Cela a commencé en partie comme une guerre sectaire dans certaines zones, mais maintenant, ce n’est pas le cas, parce que quand vous parlez de guerre sectaire ou guerre de religion, il faut une ligne très nette entre les sectes et les religions en Syrie selon la géographie et la démographie, ce que nous n’avons pas. Donc, ce n’est pas une guerre de religion, mais Al-Qaïda utilise toujours les religions, l’islam en fait, comme un prétexte et comme couverture et comme un manteau pour leurs guerres et leur terrorisme et leurs mise à mort et les décapitations et ainsi de suite.

Charlie Rose : Pourquoi cette guerre dure-t-elle depuis deux ans et demi ?

Président al-Assad : En raison de l’ingérence extérieure, car il s’agit d’un programme de l’extérieur pris en charge par, ou disons dirigé par, les Etats-Unis, l’Occident, les pays des pétrodollars, principalement l’Arabie Saoudite, et avant c’était le Qatar et la Turquie. C’est pourquoi elle dure depuis deux ans et demi.

Charlie Rose : Mais que font-ils, ces pays que vous avez cités ?

Président al-Assad : Ils ont des objectifs différents. Pour l’Occident, il s’agit de saper les positions syriennes. Pour les pays des pétrodollars comme l’Arabie Saoudite, ils pensent que porter atteinte à la Syrie va saper l’Iran sur une base sectaire. Pour la Turquie, ils pensent que si les Frères musulmans contrôlent le reste de la région, ils seront très à l’aise, ils seront très heureux, ils feront en sorte que leur avenir politique soit garanti. Ils ont donc des plans et des objectifs différents.

Charlie Rose : Mais en même temps, comme je le disais, vous avez utilisé le Hezbollah et obtenu le soutien de l’Iran, de la Russie. Alors, qu’est-ce qui se passe ici. Est-ce une sorte de guerre qui n’existe que grâce aux soutiens des deux côtés ?

Président al-Assad : C’est de la coopération, je ne sais pas ce que vous entendez par soutien. Nous avons une coopération avec des pays depuis des décennies. Pourquoi parler de cette coopération aujourd’hui ?

Charlie Rose : Alors dites-le moi, qu’est-ce que vous recevez de l’Iran ?

Président al-Assad : Un soutien politique. Nous avons des accords avec de nombreux pays, dont l’Iran, dont la Russie, y compris avec d’autres pays sur différentes choses, y compris l’armement. C’est de la coopération comme toute coopération entre deux pays, ce qui est normal. Ce n’est pas lié à la crise. Vous n’appelez pas ça un soutien, parce que vous payez pour ce que vous obtenez. Ainsi, on ne peut pas l’appeler un soutien, c’est une coopération. Appelez ça comme vous voulez, mais le mot « soutien » n’est pas correct. De la Russie par exemple, nous recevons un soutien politique, ce qui est différent de la coopération. Nous avons une coopération depuis 60 ans maintenant, mais actuellement nous avons un soutien politique.

Charlie Rose : Eh bien, les Russes ont dit qu’ils vous soutenaient, mais au-delà d’une coopération politique. Je veux dire par là qu’ils ont des traités signés avec la Syrie.

Président al-Assad : Exactement.

Charlie Rose : Et ils fournissent toutes sortes d’armes défensives.

Président al-Assad : Vous avez dit traités, et un fonctionnaire russe a dit, nous n’avons pas d’accord… de contrats à respecter, et ces contrats sont comme pour n’importe quel pays, vous achetez de l’armement, vous achetez ce que vous voulez.

Charlie Rose : Mais croyez-vous que cela est devenu un conflit entre sunnites et chiites ?

Président al-Assad : Non, pas encore. C’est ce que les Saoudiens ont en tête, et c’est dans l’esprit des Wahhabites.

Charlie Rose : Et dans l’esprit des Iraniens ?

Président al-Assad : Non, non, en fait ils font le contraire. Ils ont essayé d’ouvrir des voies avec les Saoudiens, avec de nombreuses autres entités islamiques dans la région afin de parler de la société islamique, et non pas de sociétés sunnites et chiites.

Charlie Rose : Y a-t-il eu un moment pour vous, quand vous avez vu le printemps arabe approcher la Syrie, où vous vous êtes dit « J’ai vu ce qui s’est passé en Libye, j’ai vu ce qui s’est passé en Tunisie, j’ai vu ce qui s’est passé en Egypte, ça ne va pas arriver à Bachar al-Assad. Je me battrai contre quiconque qui essaie de renverser mon régime avec tout ce que j’ai. »

Président al-Assad : Non, pour une raison : parce que la première question que je me pose est : ai-je le soutien du peuple ou non. C’est la première question que je me suis posée en tant que président. Si je n’ai pas le soutien du peuple, s’il y a le soi-disant « printemps arabe » – ce n’est pas le printemps, de toute façon – mais que ce soit le cas ou pas, sans le soutien du peuple, il faut abandonner, il faut partir. Avec le soutien du peuple, quelles que soient les circonstances, il faut rester. C’est votre devoir, vous devez aider les gens, il faut servir le peuple.

Charlie Rose : Quand vous dites « soutien du peuple », certaines pointent du doigt la Syrie et disent qu’une secte minoritaire alaouite contrôle une population majoritairement sunnite, et parlent de « dictature », et qu’ils peuvent le faire grâce à la puissance de leurs propres instruments de pouvoir. C’est de ça dont vous bénéficiez, pas de l’appui du peuple, dans cette guerre entre Syriens.

Président al-Assad : Aujourd’hui, ça fait deux ans et demi, d’accord ? Deux ans et demi et la Syrie résiste encore aux Etats-Unis, à l’Occident, à l’Arabie saoudite, aux pays les plus riches de la région, y compris la Turquie, et, compte tenu de ce que votre question implique que même la grande majorité ou la majorité de la population syrienne serait contre moi, comment puis-je encore résister ? Suis-je un surhumain ou Superman, ce n’est pas le cas !

Charlie Rose : Ou vous avez une armée puissante.

Président al-Assad : L’armée est issue du peuple, elle n’est pas composée de robots. Elle est faite de gens.

Charlie Rose : Vous n’êtes sûrement pas en train de suggérer que cette armée n’est pas à vos ordres et aux ordres de votre famille.

Président al-Assad : Qu’entendez-vous par « aux ordres de la famille ?

Charlie Rose : La volonté de votre famille. Votre frère est dans l’armée. L’armée a été… tout observateur de la Syrie estime que c’est un pays contrôlé par votre famille et contrôlé par les Alaouites qui sont vos alliés. C’est ça le contrôle.

Président al-Assad : Si c’était le cas – ce que vous dites – nous n’aurions pas résisté pendant deux ans et demi. Nous aurions vu l’armée se désintégrer, et se désintégrer l’ensemble de l’institution de l’État, nous aurions assisté à une désintégration de la Syrie, si tel était le cas. Ce serait intolérable en Syrie. Je parle de la réaction normale de la population. Si ce n’est pas une armée nationale, elle ne peut pas bénéficier de l’appui, et si elle n’a pas le soutien de chaque secte, elle ne peut pas faire son travail, et accomplir les progrès récents. Elle ne peut pas. L’armée d’une famille ne mène pas une guerre nationale.

Charlie Rose : Certains diront que vous n’avez pas eu ce soutien, car en fait les rebelles gagnaient avant que vous n’obteniez le soutien du Hezbollah et un soutien plus large des Iraniens, que vous étiez en train de perdre et puis ils sont venus et vous ont donné du cou de main et vous avez pu au moins commencer à gagner, à obtenir au moins un match nul.

Président al-Assad : Non, le contexte est incorrect, parce que parler de gagner ou de perdre, c’est comme si vous parliez de deux armées qui s’affrontent, ce qui n’est pas le cas. Ce sont des gangs, en provenance de l’étranger pour infiltrer les zones habitées, tuer les gens, prendre leurs maisons, et tirer sur l’armée. L’armée ne peut pas faire la même chose, et l’armée n’est pas présente partout.

Charlie Rose : Mais ils contrôlent une grande partie de votre pays.

Président al-Assad : Non, ils sont allés partout où l’armée était absente, et l’armée y est allée pour nettoyer la zone et les chasser. Ils n’attaquent pas l’armée dans une zone que l’armée a occupé et reprise. C’est complètement différent, ce n’est pas correct, ou ce n’est pas précisément ce que vous dites. C’est donc complètement différent. Ce que l’armée est en train de faire est de nettoyer de ces zones, et l’indication que l’armée est forte, c’est qu’elle progresse dans ce domaine. Elle n’est jamais allée à un endroit sans pouvoir y entrer – c’est une indication. Comment cette armée pourrait le faire si c’était l’armée d’une famille ou l’armée d’une secte ? Qu’en est-il du reste du pays qui soutient le gouvernement ? Ce n’est pas réaliste, ça n’arrive pas. Sinon, tout le pays s’effondrerait.

Charlie Rose : Un petit point sur l’implication américaine ici. Le Président a été beaucoup critiqué parce qu’il n’a pas accordé plus de soutien aux rebelles. Comme vous le savez, il y a eu une dispute entre ses propres conseillers, de la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, du directeur de la CIA David Petraeus, le Département de la Défense, Leon Penetta, secrétaire à la Défense, et d’autres, qu’il aurait du aider les rebelles il y a deux ans, et que nous serions dans une situation très différente, et donc que le Président n’a pas suffisamment apporté de soutien aux rebelles, de l’avis de beaucoup de gens. Et il y a des critiques selon qui lorsque la décision a été récemment prise d’apporter ce soutien, ce soutien n’est pas parvenu aux rebelles parce qu’il y a une inquiétude quant à la composition de la rébellion.

Président al-Assad : Si l’administration américaine veut soutenir Al- Qaïda – allez-y. C’est ce que nous leur dirions, allez-y et soutenez Al-Qaïda, mais ne parlez pas de rebelles ou d’armée syrienne libre. La majorité des combattants sont désormais Al-Qaïda. Si vous souhaitez les soutenir, vous soutenez Al- Qaïda, vous créez le chaos dans la région, et si cette région n’est pas stable, le monde entier ne pourra pas l’être.

Charlie Rose : Sauf votre respect, monsieur, la plupart des gens ne croient pas que la majorité des forces soient Al-Qaïda. Oui, il y a un certain nombre de gens qui sont affiliés à Al-Qaïda et qui sont ici et qui souscrivent aux principes d’Al-Qaïda, mais ce n’est pas la majorité des forces, comme vous le savez. Vous savez que la composition qui se battent contre votre régime diffère selon les régions en Syrie.

Président al-Assad : Les responsables américains doivent apprendre à composer avec la réalité. Pourquoi les Etats-Unis échouent-ils dans la plupart de leurs guerres ? Parce que leurs guerres reposent toujours sur des informations erronées. Alors, qu’ils le croient ou non, c’est la réalité. Je dois être très clair et très honnête. Je ne vais pas leur demander de croire s’ils ne veulent pas croire. C’est la réalité, je vous dis la réalité de notre pays. Nous vivons ici, nous savons ce qui se passe, et ils doivent écouter les gens d’ici. Ils ne peuvent pas écouter uniquement leurs médias ou leurs centres de recherche. Ils ne vivent pas ici, personne ne vit ici à part nous. Donc, c’est la réalité. S’ils veulent croire, c’est bien, ça va les aider à comprendre la région et à mieux réussir dans leur politique.

Charlie Rose : Beaucoup de gens pensent que ce n’est pas une situation tenable, que cette guerre ne peut pas continuer, parce que le coût pour la Syrie est trop élevé. Trop de morts – une centaine de milliers et ça continue, un trop grand nombre de réfugiés, trop de destructions, l’âme d’un pays en danger. Si c’était pour le bien du pays, seriez-vous prêt à quitter le pouvoir ?

Président al-Assad : Cela dépend de la relation entre mon poste et le conflit. Nous ne pouvons pas discuter juste pour dire que je dois démissionner. Démissionner, pourquoi, et quel est le résultat attendu ? Ca c’est la première chose. Ensuite, quand vous êtes au milieu d’une tempête, quitter votre pays simplement parce que vous devez le quitter sans aucun motif raisonnable, cela signifie que vous abandonnez votre pays et ça c’est une trahison.

Charlie Rose : Vous dites que ce serait une trahison pour vous de quitter le pouvoir à cause de vos devoirs envers le pays ?

Président al-Assad : Sauf si le peuple le demande.

Charlie Rose : Comment le sauriez-vous ?

Président al-Assad : Par les deux ans et demi de résistance. Sans le soutien du peuple, on ne résiste pas pendant deux ans et demi. Regardez les autres pays, regardez ce qui s’est passé en Libye, en Tunisie et en Egypte.

Charlie Rose : Vous êtes inquiet à ce sujet, de ce qui est arrivé à Kadhafi ?

Président al-Assad : Non, nous sommes inquiets que les rebelles prennent le contrôle dans de nombreux pays, et regardez les résultats. Êtes-vous satisfait en tant qu’Américain ? Quels sont les résultats ? Rien. Très mauvais – rien de bon.

Charlie Rose : Il y avait un rapport récemment dont vous avez parlé, ou un de vos représentants en a parlé, une sorte d’accord dans lequel vous et votre famille quitteraient le pays si on vous garantissait un sauf-conduit, si vous étiez assurés qu’il n’y aurait aucune poursuite pénale. Vous êtes au courant de ces rapports ?

Président al-Assad : Nous avons reçu de telles garanties dès le premier jour de la crise.

Charlie Rose : En raison de vos actes ?

Président al-Assad : Non, en raison des objectifs politiques dont j’ai parlé. Pour certains, je devais partir, tout simplemen. Ils ont donc dit « nous avons toutes les garanties si vous voulez partir, et tout l’argent et tout ce que vous voulez. » Bien sûr, il suffit de l’ignorer.

Charlie Rose : On vous a donc offert cette possibilité ?

Président al-Assad : Oui, mais il ne s’agit pas de moi, encore une fois, ce combat n’est pas mon combat, ce n’est pas la lutte du gouvernement, c’est la lutte du pays, du peuple syrien. C’est ainsi que nous voyons les choses. Il ne s’agit pas de moi.

Charlie Rose : Il ne s’agit pas de vous ?

Président al-Assad : Il s’agit de tous les Syriens.

Charlie Rose : Comment finira cette guerre ? Quelle est la fin de partie ?

Président al-Assad : C’est très simple, une fois que les pays occidentaux cessent de soutenir les terroristes et de faire pression sur les pays marionnettes et serviles tels que l’Arabie saoudite et la Turquie et d’autres, il n’y aura plus de problème en Syrie. Il sera résolu facilement, parce que ces combattants, la partie syrienne dont vous parlez, a perdu son terreau naturel dans la société syrienne – ils n’ont plus de terreau, c’est pourquoi ils doivent en chercher à l’étranger. Ils ont besoin d’argent de l’étranger, ils ont besoin de soutien moral et un soutien politique à l’étranger. Ils n’ont pas de base, pas de terreau. Ainsi, en arrêtant la contrebande, on règle les problèmes.

Charlie Rose : Oui, mais en même temps, comme je l’ai déjà dit, vous avez le soutien de l’étranger. Il y a ceux qui disent que vous ne seriez pas en mesure de survivre sans le soutien de la Russie et de l’Iran. Votre gouvernement ne serait pas en mesure de survivre.

Président al-Assad : Non, ce n’est pas moi, je n’ai pas de soutien. Pas moi, mais toute la Syrie. Chaque accord est conclu entre toutes les classes et tous les secteurs de la Syrie ; gouvernement, population, commerce, militaire, culturel, tout, c’est comme la coopération entre votre pays et tout autre pays dans le monde. C’est la même coopération. Il ne s’agit pas de moi, ce n’est pas un soutien de crise.

Charlie Rose : Je voulais dire votre gouvernement. Vous dites que les rebelles ne survivent que parce qu’ils ont le soutien de l’Arabie saoudite et de la Turquie et des Etats-Unis et du Qatar peut-être, et je dis que vous ne survivez que parce que vous avez le soutien de la Russie et de l’Iran et du Hezbollah.

Président al-Assad : Non, l’aide extérieure ne pourra jamais remplacer le soutien intérieur, jamais, c’est certain. Et l’exemple que nous devons examiner de près, c’est l’Egypte et la Tunisie. Ils ont tout le soutien de l’Occident et du Golfe et de la plupart des pays du monde. Quand ils n’ont pas eu le soutien à l’intérieur de leur pays, ils n’ont pu tenir plus de – combien ? – trois semaines. Donc, la seule raison pour laquelle nous sommes ici depuis deux ans et demi, c’est parce que nous avons le soutien interne, l’appui du peuple. Alors tout soutien extérieur, si vous voulez appeler ça du soutien alors employons ce terme, c’est… comment dire… ça vient en plus, mais ce n’est pas sur cette base là qu’il faut s’appuyer, pas plus qu’en Syrie.

Charlie Rose : Vous et moi avons parlé de cela auparavant, nous nous souvenons de Hama et votre père, Hafez al Assad. Il a … impitoyablement… entrepris l’élimination des Frères musulmans. Etes-vous simplement en train d’imiter votre père ?

Président al-Assad : Je ne sais pas ce que vous entendez par impitoyablement, je n’ai jamais entendu parler d’une guerre douce. Avez-vous déjà entendu parler d’une guerre douce ? Il n’y a pas de guerre douce. La guerre est la guerre. Toute guerre est impitoyable. Quand vous combattez les terroristes, vous vous battez comme dans n’importe quelle autre guerre.

Charlie Rose : Alors, les leçons que vous avez apprises ici sont les leçons que vous avez apprises de votre père et de ce qu’il a fait à Hama, qui, dit-on, vous a influencé considérablement en termes de votre perception du devoir.

Président al-Assad : Question : que feriez-vous en tant qu’Américain si les terroristes envahissent votre pays d’un peu partout et commencent à tuer des dizaines de milliers d’Américains ?

Charlie Rose : Vous les appelez des terroristes, mais en fait il s’agit d’une révolution populaire, c’est ce que les gens croient, contrairement à vous, qui fait partie du printemps arabe qui a influencé d’autres pays.

Président al-Assad : la Revolution doit être être syrienne, elle ne peut pas être importée de l’étranger.

Charlie Rose : Elle n’a pas commencé de l’étranger, elle a commencé ici.

Président al-Assad : Ce que vous ne savez pas, c’est que ceux qui l’ont commencée ici soutiennent désormais le gouvernement. Ce que vous ne savez pas en tant qu’Américain, vous ne le savez pas en tant que journaliste. C’est pourquoi parler de ce qui s’est passé au tout début est complètement différent de ce qui se passe actuellement – ce n’est pas la même chose. Il y a une grande dynamique, les choses évoluent de jour en jour. C’est une image complètement différente. Ces gens qui voulaient la révolution coopèrent désormais avec nous.

Charlie Rose : Je vous le demande encore une fois, est-ce qu’en fait vous êtes le fils de votre père et croyez-vous que la seule façon de chasser les gens est de les éliminer comme votre père l’a fait ?

Président al-Assad : Pour être indépendant ? Oui. Pour lutter contre les terroristes ? Oui. Pour défendre le peuple syrien et le pays ? Oui.

Charlie Rose : Quand je vous ai interviewé pour la première fois, il était question de Bashar al-Assad… qui représentait l’espoir, la réforme. Ce n’est plus ce qu’ils disent.

Président al-Assad : Qui ?

Charlie Rose : Les gens qui écrivent sur vous, les gens qui parlent de vous, les gens qui analysent la Syrie et votre régime.

Président al-Assad : Exactement. L’espoir d’un Américain diffère de celui d’un Syrien. Selon moi, je dois être l’espoir de la Syrie, pas l’espoir de quelqu’un d’autre, pas l’espoir d’un américain, ni d’un français, ni de quelqu’un d’autre. Je suis président pour aider le peuple syrien. Donc, cette question doit être posée du point de vue syrien. S’il y a eu ou non des changements relatifs à cet espoir, c’est au peuple syrien qu’il faut poser la question, et à personne d’autre.

Charlie Rose : Mais maintenant, ils vous qualifient – ce sont leurs propres termes – de boucher. On vous compare aux pires dictateurs que le monde a jamais connus. L’emploi d’armes qui vont au-delà de la guerre. Tout ce qu’on peut dire de mal sur un dictateur, ils sont en train de le dire sur vous.

Président al-Assad : Tout d’abord, lorsque vous avez un médecin qui doit amputer une jambe pour sauver un patient de la gangrène, on ne l’appelle pas un boucher, on l’appelle un médecin, et on le remercie de sauver des vies. Quand vous avez le terrorisme, vous avez une guerre. Quand vous avez une guerre, vous avez toujours des victimes innocentes qui pourraient être les victimes de n’importe quelle guerre. Nous n’avons donc pas à discuter de l’image en Occident avant de discuter de l’image en Syrie. C’est ça la question.

Charlie Rose : Ce n’est pas seulement l’Occident. Je veux dire que c’est l’Est et le Moyen-Orient, et je veux dire, vous savez, le monde entier a le regard braqué sur la Syrie. Nous avons vu des atrocités des deux côtés, mais du votre aussi. Ils ont vu la brutalité d’un dictateur qui, disent-ils, vous classe dans la catégorie des pires.

Président al-Assad : Nous devons donc permettre aux terroristes de venir tuer des Syriens et détruire le pays beaucoup, beaucoup plus. C’est comme ça qu’on devient un bon président ? C’est ce que vous laissez entendre.

Charlie Rose : Mais vous ne pouvez pas admettre l’idée qu’il y a une opposition à votre gouvernement à l’intérieur de la Syrie. C’est quelque chose que vous ne pouvez pas imaginer.

Président al-Assad : D’avoir une opposition ? Nous l’avons, et vous pouvez aller les rencontrer. Nous avons certains d’entre eux au sein du gouvernement, nous avons certains d’entre eux hors du gouvernement. Ils sont l’opposition. Elle existe.

Charlie Rose : Je parle de ceux qui se battent contre vous.

Président al-Assad : L’opposition est différente du terrorisme. L’opposition est un mouvement politique. L’opposition ne veut pas prendre les armes et tuer des gens et tout détruire. Les gens à Los Angeles dans les années 90 [émeutes violentes – NdT] – vous les appelez des rebelles ou l’opposition ? Comment les Britanniques ont-ils appelés les rebelles d’il y a moins de deux ans à Londres ? Les ont-ils appelés opposition ou rebelles ? Pourquoi devrions-nous les appeler opposition ? Ce sont des rebelles. Ce ne sont même pas des rebelles, ce sont des coupeurs de têtes. Une opposition qui s’oppose à un pays ou gouvernement avec des décapitations ? En faisant des barbecues avec des têtes ? En mangeant le cœur de leurs victimes ? C’est une opposition, ça ? Qu’est-ce que vous appelez les gens qui ont attaqué les deux tours, le 11 Septembre ? L’opposition ? Même s’ils ne sont pas Américains, je le sais, mais il me semble que l’un d’entre eux avait la nationalité américaine. Ce sont pour vous des opposants ou des terroristes ? Pourquoi devriez-vous utiliser un terme aux États-Unis et en Angleterre et peut-être dans d’autres pays et utiliser un autre terme en Syrie ? Il s’agit d’un double standard que nous n’acceptons pas.

Charlie Rose : Un jour je vous ai demandé ce que vous craignez le plus et vous avez répondu la fin de la Syrie en tant qu’état laïc. Est-ce déjà le cas ?

Président al-Assad : D’après ce que nous avons vu récemment dans les zones contrôlées par les terroristes, où ils interdisent aux gens d’aller à l’école, interdisent aux jeunes hommes de raser leurs barbes, et où les femmes doivent être couvertes de la tête aux pieds, bref, là où ils vivent à la manière des Talibans en Afghanistan, totalement avec le même mode de vie, à échéance, oui, il y a de quoi être inquiet. Parce que l’État laïque doit refléter la société laïque, et cette société laïque, avec le temps, si vous ne vous débarrassez pas de ces terroristes et ces extrémistes et du mode de vie wahhabite, bien sûr, celle-ci exercera une influence sur les nouvelles générations et celles à venir. Donc, nous ne nions pas sa présence, nous sommes toujours un état laïc, mais avec le temps, cette laïcité sera érodée.

Charlie Rose : Monsieur le Président, je vous remercie de nous avoir permis d’avoir cette conversation à propos de la Syrie et de la guerre qui y règne ainsi que de l’avenir du pays. Je vous remercie.

Président al-Assad : Je vous remercie d’être venu en Syrie.

Traduction “charlie, t’es pas un peu lourdaud des fois ?” par VD pour le Grand Soir avec probablement plus de fautes et de coquilles que d’habitude eu égard à la longueur de ce truc.

Version corrigée, 18/9 11h00

EN COMPLEMENT

vidéo VO : http://www.cbsnews.com/8301-505263_162-57601924/assad-u.s-does-not-hav…

Retranscription en anglais : http://sana.sy/eng/21/2013/09/10/501729.htm

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Pierre Piccinin vient de jeter un pavé dans la marre au micro de RTL Info.be. Selon lui ,ce n’est pas l’armée Syrienne qui a utilisé les armes chimiques. Nous, nous le savions déjà. Mais le journaliste de RTL Info.be ne semblait pas le savoir. L’information est importante car Piccinin est un pro-rebelles qui avait déjà fait parler de lui en accusant Bachar Al Assad de tous les maux. De plus il se trouve en ce moment même auprès des rebelles syriens.

Cette info est un bon signe. Cela veut dire qu’il y a peut-être que les  Etats-Unis cherchent un moyen pour sortir de l’impasse.

Réseau International 

 

Avic

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Le dossier de l’administration sur l’usage d’armes chimiques par le gouvernement syrien est extrêmement vague, et d’anciens agents du renseignement déclarent que les informations accessibles au public prouveraient plutôt que le gouvernement syrien n’a pas perpétré ces attaques aux armes chimiques.

L’administration Obama affirme que des documents classés secret défense prouvent que c’est bien le gouvernement Assad qui a perpétré ces attaques.

Mais de nombreux Congressistes qui ont pu lire les documents classés secret défense déclarent qu’ils ne valent pas mieux que la note de synthèse demandant l’intervention armée et… qu’ils ne prouvent rien du tout !

Justin Amash, membre du Congrès, a déclaré la semaine dernière : « En fait, ce que j’ai entendu lors de la réunion de présentation d’Obama m’a rendue encore plus sceptique sur certains aspects importants du discours Présidentiel en faveur d’une attaque. »

Il a observé hier, après avoir assisté à une autre réunion confidentielle et avoir examiné  plus de documents secrets :

« Ai assisté à une autre réunion sur la Syrie et passé en revue d’autres documents. Maintenant je suis encore plus sceptique que jamais. Je ne peux croire que notre Président pousse à la guerre. »

Tom Harkin, membre du Congrès a déclaré : « Je viens juste d’assister à une réunion confidentielle du Congrès sur la Syrie, et franchement, elle soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Ce que j’ai pu voir présenté par l’Administration m’apparait de seconde main. »

Michael burgess, membre du Congrès,  a déclaré « oui, j’ai eu accès aux documents secrets. Il n’y a pas grand-chose. »

Le site d’informations Yahoo News rapporte :

A titre d’exemple, la députée démocrate du New Hampshire Carol Shea-Porter a quitté jeudi dernier une audience confidentielle en déclarant qu’elle était opposée à toute intervention « maintenant plus que jamais ». « Je pense que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour rendre ce dossier crédible » a-t-elle déclaré après la réunion. « Il semble que nous soyons tous très préoccupé et que la tendance soit au non. »

Le Sénateur Joe Manchin a annoncé qu’il voterait non pour des frappes en Syrie juste après avoir assisté à une réunion d’information confidentielle du renseignement.

Alan Grayson, membre du Congrès, attire l’attention dans  le  New York Times :

 « Le dossier documentant l’attaque de la Syrie n’est constitué que de 2 documents : un résumé de 4 pages de renseignements non classifiés, et un résumé classifié de 12 pages. Le premier ne fait qu’énumérer des indices de preuves uniquement à charge en faveur d’une attaque. Je ne suis pas autorisé à vous dire ce qui figure dans le second, mais vous pouvez en tirer vos propres conclusions ; [c'est-à-dire que le second résumé n’est pas plus convaincant que le premier de 4 pages rendu public] Jeudi dernier [5 septembre], j’ai demandé au personnel du Comité Parlementaire du Renseignement [House Intelligence Comittee] si il y avait d’autres documents à disposition, classés secrets ou non, et leur réponse a été négative.  Les notes de synthèse sur les armes chimiques syriennes se fondent sur des centaines de documents sous jacents du renseignement. La note accessible au public cite des interceptions d’appels téléphoniques, des posts sur les « réseaux sociaux » et d’autres documents de ce type, mais aucun de ces documents n’est joint ou même cité in extenso –même pas des reportages vidéo obtenus sur youtube. Quant à savoir si la note de synthèse confidentielle est du même type, bien sûr je ne peux pas la commenter, mais encore une fois, vous pouvez en tirer vos propres conclusions.

Et pourtant nous autres membres du Congrès sommes supposés accepter sans discussion, que les partisans d’une attaque de la Syrie ont correctement décrit les indices sous-jacents, même si ces partisans refusent de nous montrer le moindre d’entre eux, à nous comme au peuple américain.  En fait, même pour simplement obtenir l’accès aux documents classés secrets, nous devons franchir une série d’obstacles au delà du raisonnable.

Nous devons descendre dans les entrailles du centre d’accueil des visiteurs du Capitole, jusqu’à une pièce au 4ème sous sol. En vertu d’instructions transmises par le Président du Comité du Renseignement, la prise de note est interdite (1).

 Une fois que nous quittons les lieux, il nous est interdit de communiquer avec le public, les médias, nos administrés ou même d’autres membres [du Congrès] sur la note de synthèse classée secrète. Nous ne sommes même pas autorisés à faire quoi que ce soit pour vérifier la validité des informations qui nous ont été présentées. Et encore, ce n’est que la note de synthèse secrète. D’après ce que j’ai compris, le Comité du Renseignement a adressé une demande officielle de droit d’accès aux indices de preuve sous jacents il y a plusieurs jours. Je n’ai pas entendu parler d’une réponse à cette heure. Et franchement, je n’en espère aucune. 

En refusant de divulguer les données sous jacentes même aux membres du Congrès, l’administration rend impossible pour quiconque souhaiterait le faire, de juger de façon indépendante si ces affirmations sont correctes ou non. »

En résumé : la course vers la guerre se fonde sur des renseignements biaisés, et rappelle beaucoup l’affaire irakienne.

 http://www.washingtonsblog.com/

capitolCongress Members Who Have Seen Classified Evidence About Syria Say It Fails to Prove Anything, 7 septembre 2013

Traduction bluerider

(1)   Ndt. Comme l’était celle des équipes qui ont tenté de rassembler en quelques mois la documentation sur les attentats du 11-9, relire Philip Shenon

 

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République Arabe Syrienne, le 9 septembre 2013

Depuis environ 30 mois, la Syrie a été exposée à une attaque féroce menée par Takfiri terrorisme international et financé par les Etats régionaux et arabes, sous la supervision des grandes nations qui alimentent la crise dans le pays et déjouent les efforts politiques pour favoriser le dialogue et la construction de la démocratie . Malheureusement, ces mêmes nations soutiennent le terrorisme takfiri.

Le mercredi le 21 d’août 2013, le monde a reçu les nouvelles disant qu’une attaque chimique avait été lancée dans la campagne de Damas. Le gouvernement syrien a, à maintes reprises, appelé à une enquête internationale et scientifique soutenu par les Nations Unies des faits et les accusations à son égard.  Alors que les Etats-Unis, l’Angleterre , la France et d’autres pays ont été prompts à blâmer, sans aucune enquête ou de preuve , le gouvernement syrien de mener à bien cet avertissement d’attaque, en notant qu’une ligne rouge a été franchie et que l’action militaire était sur la table » sanctionner le gouvernement syrien, même sans mandat de l’ONU.

Ce n’est pas nouveau que la récente administration américaine est parsemée d’exemples d’opérations sous faux pavillons , carrément des mensonges et les distorsions de la réalité pour mener à bien leurs projets politiques et des aventures militaires. Le monde a été témoin de comment la récente administration américaine a menti sur les armes irakiennes de destruction massive pour cautionner l’invasion de l’Irak en 2003 et l’assassinat d’innocents qui suit et la destruction de la société. Et, plus récemment, nous pourrions encore voir comment les Etats-Unis ont trompé l’ONU lorsque le gouvernement américain a utilisé la résolution 1973 (la création de zone d’exclusion aérienne et l’utilisation de «  tous les moyens nécessaires » pour protéger les civils en Libye ) pour réaliser le changement de régime en Libye. L’usage de la force en Irak et la Libye a subi des conséquences terribles et il n’y a eu aucune sécurité, la stabilité ou à l’amélioration des conditions de vie dans la région.

Nous, les journalistes de Syrie, disons que l’agression américaine n’est qu’une violation flagrante de la légalité internationale, Charte des Nations Unies et de l’irrespect flagrant de toutes les lois et conventions internationales. Nous affirmons que la Syrie a le droit à l’auto- défense et le commandement militaire est de définir la manière de représailles sur l’agression possible. Nous avons , également , affirmé que le prétexte américain de défendre le peuple est exposé à tous, affirmant que les Etats-Unis et tous ceux qui voudraient prendre part à toute agression, ce qui entraînerait la mort de milliers d’innocents  doivent être tenus pour responsables. Nous n’appelons pas à la guerre. Nous appelons à la paix. Les enquêteurs de l’ONU doivent prendre leur temps pour parvenir à des résultats scientifiques très loin des interventions politiques.

Les journalistes sont des messagers de paix.

Nous avons besoin de votre solidarité

Pour arrêter l’attaque prévue

Pour rechercher une solution pacifique à notre crise par Genève 2 parrainée par l’ONU

Pour fournir de l’aide pour les personnes qui avaient été contraintes de quitter leurs maisons à cause de la guerre terroriste lancée sur l’état

Pour arrêter le rôle des médias destructrice dans le but d’avoir fomenté le terrorisme en Syrie et d’incitation à l’extrémisme

Oeuvrons ensemble pour la sécurité et la paix selon les règles du droit et de l’éthique . Il doit être noté que le peuple de Syrie a une grande civilisation et ils attendent avec impatience de bâtir un avenir sur les bases de la démocratie, de paix et de fraternité instigateur d’une stabilité mondiale

 Chadie Nassere

Directeur de Cabinet de le president de l’UJ

E-mail: [email protected]

 N’hésitez pas à me contacter

Illustration : Lumières pour la Paix

source : http://artsenik.artblog.fr/318983/Lumieres-pour-la-Paix-image-numerique-Sophy-Rotbard/

 

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Par deux fois cette semaine durant son audience devant les commissions chargées d’examiner la demande par le gouvernement Obama d’une Résolution autorisant l’usage de la force militaire en soutien à l’agression américaine contre la Syrie, le ministre des affaires étrangères John Kerry a écarté les questions sur le rôle prédominant joué par Al Qaïda et ses affiliés dans la guerre civile lancée à l’instigation des Etats-Unis en Syrie; il a insisté sur l’idée que « l’opposition est de plus en plus caractérisée par sa modération. »

Pour la deuxième fois en dix ans, l’impérialisme américain se prépare à lancer une guerre en s’appuyant sur des mensonges sur les armes de destruction massive et sur Al Qaïda. En 2003, Washington a envahi l’Irak pour faire tomber Saddam Hussein en s’appuyant sur l’affirmation qu’il possédait des armes de destruction massives et qu’il se préparait à les livrer à Al Qaïda. Aucune arme de ce genre n’existait et le régime Irakien était un ennemi d’Al Qaïda.

Maintenant, dix ans et demi plus tard, le gouvernement Obama prépare une guerre contre la Syrie en s’appuyant sur des rapports des services de renseignements fabriqués de toutes pièces qui attribuent une attaque à l’arme chimique le 21 août autour de Damas au gouvernement du président Bashar el-Assad, tout en affirmant à tort que les soi-disant « rebelles » sont contrôlés par des « démocrates modérés, » où les éléments liés à Al Qaïda ne représenteraient qu’une infime minorité. Encore une fois, ces deux affirmations sont des mensonges.

Il y a toutes les raisons de croire que l’attaque du 21 août – menée le jour même où les inspecteurs de l’ONU invités en Syrie par Assad ont commencés leur travail – a été menée par les rebelles eux-mêmes pour fournir un prétexte à une attaque américaine. Ils étaient sur le point d’être battus par les forces gouvernementales et avaient tout à gagner d’un événement de ce genre, alors que le régime d’Assad avait tout à y perdre.

Quant à l’affirmation de Kerry sur les forces anti-Assad, l’agence de presse Reuters s’est sentie obligée de contredire le ministre des affaires étrangères américain, en faisant savoir le 5 septembre que ses « déclarations publiques selon lesquelles des groupes modérés de l’opposition syrienne gagnent en influence semble être en contradiction avec les estimations faites par les sources des services de renseignements américains et européens ainsi que par les experts indépendants, qui disent que les extrémistes islamistes restent de loin les éléments les plus actifs et les mieux organisés de la rébellion. »

Pendant que Kerry vantait les vertus démocratiques des « rebelles » mercredi, les milices jihadistes faisaient le siège du village chrétien de Maalula, au Nord de Damas, s’emparant des hauteurs et bombardant des quartiers civils sans défense ainsi que des églises et menaçant de déclencher un bain de sang sectaire.

Ce n’est que la dernière des innombrables atrocités menées par les milices islamistes soutenues par les Etats-Unis qui ont été introduites en Syrie avec des armes et du financement de Washington et de ses alliés dans le but de faire tomber le régime Assad et de changer la carte politique du Moyen-Orient. La principale raison de cette course à une intervention directe des Etats-Unis est la désintégration de cet effort, entrainée par des défaites sur le champ de bataille ainsi que par l’hostilité et le rejet de plus en plus nets que ressent la population syrienne à leur égard.

Des vidéos récentes mises en ligne montrent les crimes des combattants islamistes. Nous mettons nos lecteurs en garde : vous y verrez le sale boulot d’une organisation dépravée qui sert d’allié au gouvernement américain, lequel œuvre pour les mettre au pouvoir.

Ces actes comprennent l’exécution au bord d’une route de trois camionneurs pour le « crime » d’appartenir à la minorité alaouite. (L’un d’entre eux dit à ses meurtriers, « on essaye juste de gagner notre vie. »)

Il y a aussi la décapitation d’un prêtre catholique. Une autre vidéo qui a récemment été diffusée hors de Syrie par un déserteur du camp rebelle écœuré montre une exécution massive de soldats syriens sans défense qui avaient été fait prisonniers.

Ces atrocités sont largement passées sous silence dans les médias contrôlés par le grand patronat; ceux-ci consacrent leurs efforts (avec de moins en moins de succès) à modeler l’opinion publique en soutien de la guerre. Confrontés aux atrocités confirmées de ces rebelles, Kerry et les autres partisans de la guerre insistent sur l’idée que seul un bombardement américain pourrait empêcher une « radicalisation ».

Les politiciens et les faiseurs d’opinion dans les médias qui défendent une attaque « humanitaire » contre la Syrie invoquent tous les 100 000 victimes estimées de la guerre civile dans ce pays comme justification au bombardement américain. Aucun d’entre eux n’admet que cette guerre a été imposée à la Syrie par les Etats-Unis et les autres puissances occidentales. Ils cachent le fait que leurs intermédiaires dans cette lutte pour obtenir un changement de régime, les milices islamistes, sont responsables de l’essentiel du carnage.

D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme, un groupe anti-Assad, 40 pour cent de ces victimes sont des soldats syriens et des miliciens pro-gouvernementaux. Combien de civils ces escadrons de la mort fascistes ont tués reste inconnu, mais ils sont engagés dans des attaques continuelles contre les alaouites, les chrétiens, les kurdes et d’autres minorités, ainsi que contre les musulmans sunnites qui respectent la laïcité.

Pourquoi Kerry est-il obligé de mentir sur les crimes de ces éléments? Pourquoi prétend-t-il qu’une « opposition modérée » inexistante et la coquille vide qu’est « l’Armée libre syrienne » sont les véritables forces qui luttent contre Assad ?

Ces mensonges visent à cacher la réalité qui est que les Etats-Unis et leurs agences de renseignement travaillent en étroite relation avec Al Qaïda et ses affiliées. Cela n’a rien de nouveau. Washington a traditionnellement employé des groupes islamistes de droite contre les nationalistes de gauche et les mouvements socialistes au Moyen-Orient et ailleurs. Il s’est servi de ce genre de forces lors du renversement orchestré par la CIA du gouvernement Mossadegh en Iran en 1953 et lors du coup soutenu par la CIA et des massacres qui ont suivi en Indonésie en 1965.

Al Qaïda, qui est la plus connue de ces forces, a été créée par la CIA et les services de renseignement pakistanais, aidés et financés par la monarchie saoudienne, durant la guerre civile déclenchée par la les Etats-Unis contre le régime prosoviétique en Afghanistan dans les années 1980.

La poursuite de ces liens – mise en évidence par la collaboration actuelle en Syrie – explique beaucoup de choses. Pourquoi, par exemple, les membres d’Al Qaïda qui étaient bien connus des services de renseignement américains ont été en mesure d’entrer librement et d’opérer aux Etats-Unis durant la période qui a précédé leur participation aux attentats du 11 septembre 2001? Pourquoi, également, Washington a fait preuve d’un manque de zèle aussi évident dans la chasse à Oussama Ben Laden jusqu’à ce que ce dernier leur soit devenu inutile?

L’agression à venir des Etats-Unis contre la Syrie souligne l’imposture monumentale que constitue la guerre contre le terrorisme de Washington qui reçoit le soutien de médias serviles qui retiennent délibérément les informations allant dans le sens opposé à la propagande de guerre américaine. La principale réussite de cette « guerre » qui dure depuis 12 ans, a été la chute des régimes séculiers arabes – l’Irak, la Lybie et maintenant la Syrie – qui étaient hostiles à Al Qaïda, et le renforcement des mouvements islamistes fascistes et terroristes, qui servent maintenant de mercenaires à l’impérialisme américain.

En Libye, comme en Syrie aujourd’hui, l’impérialsme américain et ses alliés se sont servi de ces forces pour réaliser un changement de régime, en armant, entrainant et fournissant un appui aérien à Al Qaïda au Maghreb islamique et d’autres groupes de ce genre. Cette intervention, qu’ils justifiaient comme aujourd’hui en Syrie par des arguments « humanitaires », a tué des milliers de gens et laissé le pays en ruines.

La manière dont ces terroristes sont utilisés comme instrument de la politique étrangère impérialiste trouve son expression la plus crue dans une récente rencontre entre le président Russe Vladimir Poutine, et le prince Bandar Bin-Sultan, chef des renseignements saoudiens et principal lien entre Washington et Ryad. D’après une fuite de la transcription de cette rencontre, en échange de l’admission par la Russie du changement de régime en Syrie, Bandar a proposé non seulement des accords sur le pétrole et le gaz, mais « une garantie de protéger les Jeux olympiques d’hiver » qui auront lieu l’année prochaine à Sotchi en Russie, contre les attentats des islamistes tchétchènes. Bandar a assuré à Poutine que ces groupes sont « contrôlés par nous » et qu’ils peuvent être activés ou désactivés suivant les intérêts des saoudiens et des Etats-Unis.

L’intervention criminelle des Etats-Unis en Syrie, en utilisant Al Qaïda, et maintenant le passage à un assaut militaire direct sans avoir été provoqué qui menace de déclencher une guerre régionale voire mondiale, ont révélé la descente de la politique étrangère américaine dans les bas-fonds de la criminalité sous la présidence de Barack Obama.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 6 septembre 2013

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Entretien accordé à la chaîne de télévision « Russia today » 

RT : Mère Agnès, soyez la bienvenue. La Syrie est donc menacée d’une frappe militaire sous prétexte que l’Armée nationale syrienne aurait utilisé l’arme chimique dans une région de « la Ghouta est » contre les civils désarmés. Que ressentez-vous ?

Mère Agnès : Je ressens une sorte d’immense désolation face à la dégradation des valeurs universelles qui fait que des grandes puissances, motivées par des intérêts immédiats, en arrivent à vouloir frapper un peuple paisible sans se soucier de la vie des innocents. Je crois néanmoins que nous sommes à un « tournant historique » dans la mesure où l’ensemble des courants de pensée de la communauté internationale disent : assez ! Assez de violations des lois internationales censées garantir la paix. Il n’est plus question d’accepter de soutenir la loi du plus fort.

RT : Les États-Unis ont présenté des photos et des séquences de vidéos pour étayer leurs accusations contre le régime syrien. En avez-vous pris connaissance ? Et qu’en pensez-vous ?

Mère Agnès : Cela fait plus d’une semaine, et plus précisément depuis le 22 Août, que j’examine ces éléments nourrissant l’attaque médiatique dirigée contre le peuple syrien. Ce que je peux vous assurer, et que je me prépare à consigner dans un rapport, est qu’ils ont été « délibérément préfabriqués ».

La première preuve en est que Reuters a commencé à diffuser plus d’une dizaine de documents à partir de 6h05 en disant que l’attaque chimique s’était produite entre 3h et 5h du matin. Dans ces conditions, comment est-il possible qu’en l’espace de 3h au maximum on ait pu aller chercher, chez eux, plus de 200 enfants et 300 jeunes adultes, avant de les transporter, de les rassembler, de les aligner comme nous les avons vus, ou encore de prendre le temps de les secourir et de nous le montrer ? Comment se fait-il que nous ayons assisté à toute cette séquence et que les médias ne soient arrivés qu’ensuite ? Comment expliquer que 90% des enfants étaient si jeunes ? Où étaient leurs pères ? Où étaient leurs mères ? Comment a-t-on procédé à une telle sélection pour nous présenter ces horribles images ? J’assume la responsabilité de ce que j’affirme : ces documents ont été préfabriqués !

RT : Dernièrement, vous vous êtes rendue à Lattaquié où vous avez recueilli des témoignages sur les massacres commis par des groupes armés de « Jabhat al-Nosra » contre les citoyens de cette région. Que pouvez-nous dire à ce sujet ?

Mère Agnès : Je crierai mon indignation en me demandant encore comment est-il possible que la communauté internationale ait pu fermer les yeux sur le « génocide » qui a eu lieu la nuit du 4 au 5 Août… « La Nuit du Destin » ! Plus de 500 enfants et personnes âgées ont trouvé la mort, sauvagement massacrés à l’arme blanche. Les témoignages sont terrifiants, mais mis à part quelques lignes dans l’Independant je crois, personne n’en a parlé ! Nous avons dépêché une de nos équipes vers ces villages de la région de Lattaquié. Elle a rencontré les familles des victimes… Tout ce que je peux vous dire est que ces massacres sont d’une extrême gravité et que nous ne comprenons toujours pas « les deux poids deux mesures » dans le traitement des massacres, selon qu’ils aient été sanglants ou non !

RT : Il semble que les groupes armés aient aussi fait des prisonniers parmi les habitants et qu’ils les retiennent dans les environs de Lattaquié. Savez-vous ce qu’ils sont devenus ?

Ce que nous savons, nous le tenons des familles des victimes. Ainsi, dans le village d’Al-Sarba, les maisons ont été incendiées et tous ceux qui étaient présents ont été passés à l’arme blanche. À Al-Kharata, un lotissement de 67 âmes, 10 seulement ont échappé à la mort. Au total, 12 villages peuplés d’Alaouites ont vécu les décapitations, les démembrements… nous avons même les clichés d’une jeune femme découpée vivante. Les massacres dans cette région de Lattaquié se sont soldés par plus de 400 martyrs et 150 à 200 prisonniers dont des enfants, des femmes et des personnes âgées. Nous travaillons toujours à leur libération.

RT : Que pouvez-vous nous dire sur les victimes supposées avoir succombé à l’attaque chimique du 21 Août dans la Ghouta de l’est de Damas ?

Je ne peux qu’aligner les points d’interrogation et répéter qu’une analyse sérieuse des documents en notre possession – et qui seront inclus dans le  rapport que je remettrai en mains propres à la Commission des droits de l’Homme à Genève – aboutit à dire qu’il s’agit d’une production préfabriquée dans le but de criminaliser l’État syrien.

Je ne récuse pas le fait qu’il y ait eu du « chimique », mais qui sont ces victimes qu’on a filmé ? Étaient-elles en vie au moment de l’attaque chimique ? Sinon, d’où sont-elles venues et pourquoi ? Comment se fait-il qu’il n’y aurait qu’une seule femme parmi elles ? S’agissant des enfants, comment se fait-il qu’ils ont tous pratiquement le même âge ?

RT : De telles accusations préfabriquées serviraient donc de prétexte pour agresser les États et les peuples ? Qu’en dites-vous ?

Je dis qu’il faudrait requalifier ces crimes d’un genre nouveau. Car s’il est clair qu’il s’agit d’un crime contre l’Humanité, il s’agit également d’un crime contre la crédibilité de la communauté internationale et ses lois !

Un crime qui laisse à penser que ses instigateurs considèrent que le plus fort est au- dessus de ces lois. Si l’ONU est toujours l’organisation qu’elle est censée être, la Loi devrait être par-dessus tous ! Si nous voulons vraiment travailler pour la paix du monde, il ne saurait y avoir des lois pour le petit et des lois pour le grand.

Or, c’est ainsi que cela se passe depuis plusieurs années. Ils fabriquent des « News » pour s’ingérer dans les affaires des peuples. Ils mettent en danger la paix civile, la sécurité des innocents, et l’avenir des peuples. Nous ne pouvons même pas dire qu’ils nous ramènent aux époques des Tatares, des Mongols, et des Barbares qui envahissaient, tuaient et occupaient par la force. En ce XXIe siècle, nous risquons pire encore, car ces comportements anciens reviennent sous la forme d’une « culture » qui autorise la violation des lois et qui fait que tout est permis à ceux qui détiennent la force matérielle !

RT : Quand est-ce que vous publierez votre rapport, surtout qu’une frappe se prépare contre la Syrie ?

Je vais essayer de le remettre à des responsables à l’ONU ou à Genève, le 8 Septembre, autrement dit la veille de la réunion du Congrès des USA.

RT : Cette guerre en Syrie a déplacé des millions de citoyens syriens. Abstraction faite de leurs confessions, quel regard porte l’Église sur la situation ?

L’Église est à la fois mère et témoin et il est impossible qu’elle se comporte en « faux témoin », d’où l’appel de sa Sainteté le Pape à prier pour la [bien aimée] Syrie. Lui, ainsi que tous les patriarches, dont le Patriarche de Moscou, s’accordent pour dire que ce qui se prépare contre ce pays est inacceptable, constitue un danger pour la paix du monde, et que nous devons tous nous rassembler en un seul front de refus ; leur prétendue « Responsabilité de protéger » n’étant, dans ce cas, qu’un faux prétexte qui couvre le viol et le génocide de la société civile syrienne. Nous les avons déjà vus à l’œuvre en Irak et en Lybie… ils ne peuvent plus nous abuser.

L’Église a pris ses responsabilités et, en tant que religieuse, je me rendrai à Rome le 7 Septembre pour joindre mes prières à tous ceux qui s’y seront rassemblés pour supplier d’une seule haute voix le Créateur du Ciel et de la Terre qu’Il accorde à l’Humanité la force de se débarrasser de ces « néo-barbares » !

RT : Nous recevons sans cesse des informations sur les exactions subies par des hommes du clergé. Hier, Ma’loula, cette ville à majorité chrétienne a vécu une attaque… Est-il vrai que les chrétiens sont désormais menacés en Syrie ?

Tout un chacun est désormais menacé en Syrie. Rappelez-vous combien de religieux musulmans ont été enlevés, torturés, décapités… Rappelez-vous que l’ensemble des communautés ont subi toutes sortes de tortures et de modalités d’extermination groupée… les Ismaéliens, les Druzes, les Chrétiens… les Syriens de toutes les confessions ont été livrés aux massacreurs ; lesquels, s’ils n’avaient disposé d’une « couverture internationale » n’auraient jamais osé franchir les lignes rouges !

Oui et c’est malheureux, aujourd’hui existe cette couverture internationale des violations des droits humains travaillant à l’extermination du peuple syrien ! Nous demandons à la communauté internationale qu’elle cesse sa politique de double standard dans l’intérêt exclusif d’une certaine catégorie de « grandes puissances »… Le peuple syrien subit un génocide perpétré par des mercenaires étrangers, entrainés, financés, armés avant d’être envoyés sur son territoire. Et cette aide perdure dans le but d’assassiner autant de Syriens qu’ils pourront atteindre.

C’est en toute honnêteté que je vous dis qu’il n’y a pas une seule région syrienne qui n’ait été menacée. Le peuple syrien est livré à toutes les exactions… on le kidnappe, on le vole, on le viole, on l’atteint dans son honneur. Tout cela sans la moindre sanction parce que les grandes puissances utilisent désormais le « terrorisme international » comme moyen pour attaquer des États souverains. C’est ce qu’elles ont déjà pratiqué dans d’autres pays que la Syrie, et elles continueront cette série de la terreur si la véritable communauté internationale ne se mobilise pour leur dire : « nous en avons assez » !

RT : Vous déclarez posséder des éléments de preuve… ne craignez-vous pas pour vous-même ? Avez-vous été menacée ?

Certainement ! En France un livre est en cours de publication… on m’accuse d’être une tueuse… on raconte beaucoup de choses. Mais celui qui agit selon sa conscience, celui qui a foi en l’humanité et qui est témoin de telles exactions se doit d’agir pour, en premier lieu, protéger les innocents. Ma vie n’est pas plus précieuse que celle de n’importe quel enfant syrien massacré pour que son corps serve de pièce à conviction médiatique… c’est là une forme de criminalité des plus odieuses de toute l’Histoire.

RT : À votre avis, que doivent faire les Syriens pour mettre fin à cette tragédie ?

Les Syriens ne peuvent pas faire grand chose. C’est à la communauté internationale, aux pays amis, aux grandes puissances telle que la Russie, la Chine, l’Inde et même la Grande Bretagne, dont le parlement a pris la décision honorable de refuser cette « guerre terroriste » contre la Syrie, de l’aider. Tous ceux-là doivent se tenir ensemble pour s’opposer à cette agression par tous les moyens disponibles ; ce danger qui s’est abattu sur la Syrie menace la paix mondiale !

RT : Selon vous, qu’attend-on du Vatican et des organisations chrétiennes à travers le monde pour mettre fin à cette épreuve ?

Le Pape a déclaré depuis le Vatican : « Je n’ai ni avions, ni forces militaires… mais une parole de vérité ». Il a dit la parole de vérité… Des voix s’élèvent du monde entier, qu’il s’agisse d’hommes du clergé, de personnalités reconnues ou nobélisées… Toutes déclarent qu’il n’est pas acceptable de prétendre résoudre la guerre par la guerre mais, qu’au contraire, elle ne contribuera qu’à ajouter de l’huile sur le feu…

L’Église a témoigné, mais personne ne veut entendre. Les USA n’entendent pas, alors que l’opinion publique s’exprime contre leurs dirigeants. Les USA prétendent que dix États les soutiennent. Je dis que c’est faux, car les peuples de ces mêmes États les désapprouvent.

RT : Dernière question Mère Agnès. Croyez-vous que la Syrie réussira à s’en sortir et redeviendra la patrie de tous, quelles que soient leurs confessions ?

J’en suis certaine ! Je ne suis pas syrienne, mais je vis en Syrie depuis vingt ans et j’ai appris à connaître son peuple… Je vous rappelle que Damas est la plus vieille ville encore habitée de la planète. Je vous rappelle que la Syrie est la terre des civilisations, la Terre sainte qui a vu naître toutes les religions célestes, une « école de coexistence pacifique » depuis toujours.

Je suis certaine que le peuple syrien résiste et résistera. Il dépassera les blessures et la discorde et adoptera le pardon. Il chassera de son territoire chacun des mercenaires terroristes. Il ramènera la paix. Mais pour cela, il a besoin de l’aide de la vraie communauté internationale !

 Mère Agnès-Mariam de la Croix

05/09/2013

 

Texte transcrit et traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Source : Vidéo / You Tube

http://www.youtube.com/watch?v=ujtizJxBUGk

 

Lire aussi :

 

Syrie : les protestations à elles seules ne suffiront pas pour empêcher la guerre. Par Mahdi Darius Nazemroaya

http://www.mondialisation.ca/syrie-les-protestations-a-elles-seules-ne-suffiront-pas-pour-empecher-la-guerre/5348503

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VIDÉO : Faut-il bombarder la Syrie ?

septembre 7th, 2013 by Michel Collon

 

FAUT-IL BOMBARDER LA SYRIE ?

Vidéo extraite du CSJ enregistré sur France 2 le 6 septembre 2013

Cliquer sur l’image pour voir la vidéo.

Site internet de Michel Collon : http://www.michelcollon.info

Syrie – 31 aout 2013 – les ’rebelles’ admettent leur responsabilité dans le massacre chimique

Y’A PLUS QU’À PUNIR L’ARABIE SAOUDITE !
En fait, les “rebelles” du Front al-Nosra, c’est-à-dire d’al-Qaïda en Syrie, se servent des autres rebelles comme de mulets pour trimballer leur matos. Ils leur ont fait trimballer des armes chimiques en refusant de leur dire de quoi il s’agissait. Les autres, tout à fait ignorants mais très curieux, ont voulu essayer, ils se sont dit : « On va bien voir » ! et voilà…

Des “rebelles” ont déclaré à Dale Gavlak, une reportère d’Associated Press, avoir commis une erreur dans la manipulation d’armes chimiques fournies par l’Arabie saoudite, ce qui a causé un accident :

« Les Saoudiens ne nous ont pas dit de quel type d’armes il s’agissait ou comment les utiliser. Nous ne savions pas qu’il s’agissait d’armes chimiques. Nous n’aurions jamais imaginé qu’il pouvait s’agir d’armes chimiques ».

Normalement, ces armes devaient être livrées au Front al-Nosra, une émanation d’al-Qaïda.

« Les miliciens du front al-Nosra ne coopèrent pas avec les autres rebelles, sauf dans les combats sur le terrain. Ils ne partagent pas les informations secrètes. Ils ont simplement utilisé des rebelles ordinaires pour transporter ce matériel ».

Voici divers articles dont deux en français et quatre en anglais qui citent diverses sources. Ceux en français reprennent les articles en anglais. Et un article en arabe est aussi sauvegardé sous forme d’image.

Cliquer ici pour les documents et les commentaires.

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Depuis le début de l’agression contre la Syrie, « nos envoyés spéciaux dans la région » faisaient leurs « correspondances », en direct ou pas avec leurs rédactions parisiennes depuis…le Liban, la Turquie, la Jordanie, ou les « zones libérées par les rebelles ».

Quelque chose a changé ces jours-ci, et, paradoxalement, au mépris de toutes les menaces notamment de la France, nos reporters français (et « occidentaux ») font maintenant ce que font leurs collègues depuis deux ans et demi : ils vont enfin faire leur travail sur place, et jusqu’à Damas. Au cœur de la « dictature ». N’y aurait-il donc plus de « zones libérées » ? Ou bien nos reporters se sentent-ils aujourd’hui plus à l’abri à Damas que chez les « révolutionnaires » ou « rebelles » qu’ils allaient jusqu’ici cordialement rencontrer, interviewer, filmer dans les zones où il faisait enfin bon vivre en Syrie ?

Au moment où toute la population syrienne –bien mieux informée que nous- sait le sort qui lui pend au nez à cause aussi de la contribution de ces mêmes journalistes, nos envoyés spéciaux, haut les cœurs, vont sur le terrain (ennemi). Leurs correspondances sont encore très peu détaillées ; ils n’ont plus leur réseau d’opposants démocrates qui les attendent et les informent ; et posent pour la photo ou la vidéo. Au contraire nous prévient-on, à demi-mot : ils ne sont pas libres pour faire leur travail (comme ils l’étaient, c’est logique, dans les « zones libérées »).

Photo : Ayssar Midani,6 septembre 2013

Source de la photo :  http://www.almayadeen.net/ar/Programs/Episode/9Bn_tostykiTGqIwAWEM8w/1/2013-09-05-

On retiendra deux mots qui doivent absolument ponctuer ces jours-ci toute correspondance de nos journalistes patentés, depuis Damas : « le fatalisme » – incorrigibles ces Arabes- et « la lassitude ». Décrite par exemple par Valérie Crova, enfin sortie de son Beyrouth, ce matin à 8h au journal de France Culture, qui traduit les propos d’un jeune Damascène « parfaitement anglophone » (ça l’arrange, elle ne parle peut-être pas arabe) : « il dit ne pas avoir peur des frappes qui pourraient avoir lieu mais on sent beaucoup de lassitude dans ses propos »…

J’avoue, malgré 40 années de pratique de psychologue clinicienne, ne pas avoir senti cette « lassitude dans les propos » de ceux qu’elle a interviewés ; le contraire, même, mais avec les propos et les demis mots, allez savoir. Ou peut-être est-ce notre Valérie Crova qui est lasse, pour garder son poste, de devoir dire le contraire de ce qu’elle voit et entend massivement depuis des mois « dans la région », et qui lui est confirmé de façon éclatante depuis quelques heures à Damas.

On remarquera au passage la grande aménité des Damascènes à l’égard de nos médias, dont ils savent très exactement à quel point ils sont, depuis mars 2011, les complices du mensonge et de l’agression contre leur pays.

Comme nos reporters (je dis nos parce que c’est nous qui paye, comme disait Coluche, et parfois indirectement avec nos impôts qui ont d’ailleurs bien augmenté cet été) ne donnent pas beaucoup d’éléments sur la vie quotidienne des Damascènes, je rapporterai dans cette chronique ce qu’a dit à comaguer (comité comprendre et agir contre la guerre, Marseille) notre amie et camarade Ayssar Midani, à qui nous avons téléphoné à Damas (émission de mardi 4 septembre, 15h, pour Radio-Galère, 88.4 à Marseille). Ayssar arrivait de la piscine, une piscine municipale « bondée de gosses, qui sont encore en vacances ». Je résume ici mes questions et ses réponses :

« les rues sont toujours aussi animées, un peu moins tard la nuit, les magasins achalandés, les prix de plusieurs denrées alimentaires de base (pain, sucre, farine, thé, riz) sont bloqués par le gouvernement (à un prix accessible à tous), les services publics fonctionnent (le gouvernement syrien, contrairement à celui de la Jamahiriya libyenne, a eu la sagesse de placer ses réserves en Russie, m’a dit un ami syrien à Marseille, et dispose donc toujours de cet argent pour payer les fonctionnaires).

- le carburant et l’électricité ? Il y a des moments de pénurie, et des coupures en fonction des attaques et destruction des centrales électriques –où de nombreux ingénieurs qui réparaient ont été enlevés ou exécutés sur place par les « révolutionnaires » ; et pompiers tués quand ils allaient éteindre les incendies (des citernes et réservoirs de carburant). Mais en gros ça fonctionne ».

Et en effet même notre Franck Genauzeau n’a pas pu ne pas montrer les embouteillages habituels dans Damas, dus, d’après lui, aux check points qui entravent la bonne circulation habituelle ; check points que les envoyés spéciaux de France2 sont navrés de n’avoir pas pu filmer, suivis à la trace par les sbires du régime qui les empêchent de « faire leur travail » indépendant et impartial.

 

 

Photo 1 : Hymne national

Photo 2 : manifestation

Photos : Marie-Ange Patrizio, Damas, 13 novembre 2011.

 

De l’Ecole Charles de Gaulle, Damas, au musée d’Hô Chi Minh Ville

Ce que ne nous ont pas dit non plus nos reporters : « [Ayssar M. :] mardi, l’Ecole française (Charles de Gaulle http://lcdgdamas.org/) a fait sa rentrée (les établissements scolaires syriens ne rentrent que la semaine prochaine). Grâce aux parents d’élèves qui tiennent à ce que leurs enfants continuent leur scolarité dans cet établissement, et grâce à un ancien proviseur, Michel Leprêtre, et aux enseignants recrutés sur place généralement, en contrats locaux ».

Voir aussi AFP : « En deux ans, la France a fermé tous ses établissements en Syrie, dont le Centre culturel et l’Institut français du Proche-Orient, pour marquer son hostilité au régime. Interrogé par l’AFP, le ministère français des Affaires étrangères a confirmé que la convention qui liait l’établissement avec l’Agence pour l’enseignement du français à l’étranger (AEFE) “a été suspendue en novembre 2011 consécutivement à la décision du ministère de fermer l’ambassade et de rapatrier tous les agents de l’Etat français en poste en Syrie”. La direction de l’établissement a de ce fait été confiée à un ancien proviseur du réseau à la retraite, et l’homologation, gage de la conformité aux programmes du ministère français de l’Education nationale, reste en vigueur (dieu merci, m-a p.)

“Si je suis ici, c’est que je suis retraité et donc libre de mes mouvements”, dit à l’AFP le proviseur Michel Leprêtre, 67 ans, qui a effectué une grande partie de sa carrière dans le monde arabe.

“J’ai le sentiment qu’en agissant ainsi, je contribue à ce que dans l’avenir les relations entre la France et la Syrie soient meilleures”.

(http://fr.news.yahoo.com/syrie-lyc%C3%A9e-fran%C3%A7ais-damas-priv%C3%A9-subsides-survit-malgr%C3%A9-090007211.html ).

Des sentiments et actions comme on en attend de notre président et de son gouvernement (défense, affaires étrangères, culture, éducation nationale etc.). Pas que pour l’avenir de nos relations avec les Syriens. Maintenant, et par exemple ici, à Marseille[1].

Et aux Etats-Unis ? Où tous les parents d’élèves savent quels risques courent leurs enfants, en allant en classe : de se faire assassiner, pas seulement aux alentours des classes ou sur les routes d’accès. Dans les classes, de la maternelle aux campus universitaires.

A propos des gouvernants qui donnent au monde entier des leçons d’humanité, je diffuse ici, avec son accord, le message que j’ai reçu hier de Rémy Bernert, qui évoque un voyage récent au Vietnam :

« Il faut effectivement voir ce musée à Hô-Chi-Minh-Ville, et l’ampleur des horreurs commises par les soldats américains. Si les responsables de massacres de certains villages, comme My Lai, on été “punis”, c’est surtout du fait de la médiatisation faite autour de ces massacres à l’époque (mais aujourd’hui, les mêmes journalistes risqueraient la prison pour avoir dévoilé ces massacres).

Nous avons été très surpris de voir effectivement une confession de John Kerry (avec sa photo, aucun doute, il s’agit bien du même John Kerry) indiquant que la section qu’il commandait en tant que “jeune lieutenant” avait massacré les habitants d’un village du Sud Vietnam.

Mais ce même John Kerry apparaît aujourd’hui comme le président de l’association pour l’amitié américano-vietnamienne, association fondée, apparemment, après 1995, c’est à dire après la levée de l’embargo de 20 ans que les pays occidentaux ont fait subir au Vietnam après la réunification. 

Encore un avatar de la NED ?

(http://fr.wikipedia.org/wiki/National_Endowment_for_Democracy, m-a p. )

Je ne suis pas assez versé dans l’histoire des USA (j’ai lu le livre de Howard Zinn) pour savoir avec précision combien de dizaines (de centaines ?) de traités le gouvernement étasunien a signé avec les chefs amérindiens. Mais je sais combien de ces traités ont été respectés par ce même gouvernement : aucun. Les responsables politiques de beaucoup de pays devraient réfléchir avant de faire ami-ami avec ces gens-là…

Ce qui est clair au travers de cela, c’est l’hypocrisie du personnage de John Kerry, ex-candidat à la présidence des USA, et qui prétend donner des leçons au monde ».

Merci.

Photo Ayssar Midani, Damas, 6 septembre 2013

« Sur nos corps »

Autre chose, essentielle, que notre amie à Damas nous a dite mardi, mais dont aucun de nos journalistes n’a encore parlé : des jeunes syriens se sont organisés dans un nouveau mouvement depuis l’annonce des frappes « symboliques » ; prêts à faire des chaînes humaines autour des sites stratégiques et des édifices publics qui pourraient être bombardés. Volontaires comme bouclier humain, pour protéger leur pays des agressions occidentales qui, de ce fait, n’atteindront pas de façon « chirurgicale » des « cibles seulement militaires », mais se feront, c’est le nom de leur mouvement : « Sur nos corps ».

Dommage que nos reporters n’aillent pas interviewer ces jeunes ; ça nous changerait bien du fatalisme et de la lassitude qui règnent, ici : où les instituts de sondage nous calculent, en points, les fluctuations –à la baisse paraît-il, on se demande bien pourquoi- du moral des Français.

Je joins à cette chronique deux emails reçus ce matin (7 septembre) de Damas.  D’Ayssar, notre interlocutrice de mardi, quelques photos en pièces jointes (et un lien pour les arabophones[2]) prises hier soir à la « veillée de résistance » sur le Mont Kassioun. Et quelques lignes de D., rencontrée en novembre 2011 à Damas, avec qui nous avions parlé de psychanalyse, mère de trois jeunes hommes et jeune grand-mère, et avec qui, depuis, j’échange emails et photos, des familles :

«  Bonjour, mes parents vont bien, mon père (qui a plus de 80 ans, m-a p.) ne veut plus quitter Damas, il préfère mourir dans son pays et il a raison ; tu as su pour Maaloula, la plus ancienne commune  chrétienne de la Syrie,chaque fois que je montais là-bas j’avais l’étrange sensation d’être au premier temps da la chrétienté, le paysage est brut et il y a quelque chose de magique, les gens parlent le syriaque (mais surtout l’araméen, me dit une autre amie syrienne à Marseille) ; Joubhat al nosra (Front Al Nosra, des « rebelles » qu’on est censé ne pas aider parce qu’ils ne sont vraiment pas présentables, m-a p.) aidé par quelques habitants musulmans de Maaloula, ont attaqué un barrage, tué les militaires et quelques uns ont été massacrés, ils ont crié par les haut-parleurs « allah akbar, on vient tuer les croisés »(sic), les hommes ont envoyé les enfants, les mères et les vieux en dehors du village, et ils sont restés pour défendre leur village, des jeunes gens de mon arrondissement sont montés pour aider les maalouliotes à défendre ce village, mon amie R. (psychologue) que tu as rencontrée avec moi est de là-bas, hier elle a pris un taxi et est montée chercher son frère, c’est courageux de sa part surtout qu’elle a eu 2 opérations du cœur, et cet hiver une opération d’un disque lombaire. Beaucoup de jeune sont montés a Kassioun en chantant que l’ Amérique n’entrera en Syrie et à Damas que sur leur corps, c’est très émouvant, Damas existe bien avant l’histoire, personne ne peut dire vraiment depuis quand elle s’est construite, le mythe dit que Sam pour fuir la noyade a échoué sur cette terre et depuis elle s’est appelée Cham, d’ailleurs 7 villes sont enterrées en dessous de Damas, on vaincra, tous les envahisseurs se sont écrasés sur le rocher de Damas, que Dieu nous vienne en aide. Bisous. »

Je laisse « bisous » ? Oui, comme trace ostensible de « fatalisme » et de  « lassitude » derrière les propos des Damascènes… J’ajoute que D. a une partie de sa famille à Beyrouth, qu’elle est allée y vivre quelques semaines à plusieurs reprises depuis deux ans, quand la vie était très dure à Damas ; mais c’est à Damas qu’elle se sent le plus vivante, et où elle choisit de rester aujourd’hui. Trotz Alleden ! comme disait Karl.

Je joins aussi à cette chronique quelques photos que j’avais prises à l’extraordinaire manifestation à laquelle j’ai assisté, le 13 novembre 2011 à Damas (1 million de personnes au moins, dit-on) ; des manifestants comme ceux qui, hier soir, ont fait une veillée de résistance au Mont Kassioun. Je préfère diffuser ces images de vie, du bonheur de résister et de lutter ensemble, plutôt que les horreurs avec lesquelles on essaie de nous terroriser (et de nous tromper).

Chers amis, c’est pour eux que je vous écris aujourd’hui. En espérant que ceux qui le 13 novembre 2011, dansaient, chantaient, riaient puis s’immobilisaient pour saluer et chanter l’hymne national (le salut dit romain existait en Syrie avant les mouvements nazis et fascistes qui l’ont adopté, et n’a rien là-bas de l’idéologie que nous lui corrélons ici) ont échappé aux atrocités perpétrées par les « rebelles » contre les jeunes conscrits de l’Armée arabe syrienne ; ont échappé à tous les attentats dans leur ville, dont on ne nous a parlé que rarement ici, et le plus souvent présenté mensongèrement comme des attaques de « résistants » contre les « édifices de la sécurité du régime (“dictatorial, tortionnaire” etc. voir Bernard Guetta, Claude Guibal, JP Filiu etc.) : alors que, ceux qui connaissent Damas le savent, les bombes explosaient dans les artères conduisant aux facultés à l’heure du début ou de la fin des cours (comme à Gaza). Faisant à chaque fois des dizaines de morts et des centaines de blessés invalides pour le reste de leur vie.

Jeunes patriotes de Damas, à chaque désinformation ici, j’espère que vous n’avez pas été enlevés, violés, torturés, massacrés, dépecés ou vos cadavres mis en réserve, par nos alliés « rebelles », pour être filmés et exposés au moment opportun comme des « victimes du régime qui bombarde (et gaze) son peuple ». Et que vous étiez hier soir (sans nos reporters ?) sur le Mont Kassioun où, en arabe et en anglais -vous savez qui paye et qui commande- vous avez affiché l’exacte mesure de votre lucidité : « vos terreurs… nos corps  ».

Marie-Ange Patrizio

 

Merci à Ayssar Midani et  D. (Damas), et Rémy Bernert (Décines), pour leurs contributions.

 

Post scriptum : Qu’est-ce que le jeune manifestant, à droite sur la photo Hymne national, a écrit sur sa joue, et sur son bras ?

 


[1]  Les Marseillais, nous sommes censés vivre depuis deux jours dans le « climat anxiogène » provoqué par l’ « onde de choc », « l’électrochoc » (cf. Elise Lucet journal de 13h, 6 septembre, sur France2) due au règlement de comptes dans lequel jeudi soir un ancien braqueur (mais fils d’une « personnalité marseillaise ») a été tué, dans la rue. Réunion exceptionnelle ce matin à la mairie, avec tous les élus (élus avec quel pourcentage de participation ?) de la ville : Patrick Menucci indique en sortant qu’à cette réunion « assistait aussi le président du Conseil Général plusieurs fois mis en examen pour association de malfaiteurs ; et [que] « comme disait ma grand-mère quand on veut nettoyer un escalier on commence par le haut ». Logique, la grand-mère Menucci.

SYRIE : Rationalité occidentale

septembre 7th, 2013 by Thierry Meyssan

Vous avez aimé l’incident du golfe du Tonkin et la guerre du Vietnam, les couveuses koweïtiennes et la première guerre du Golfe, le massacre de Racak et la guerre du Kosovo, les armes de destruction massive irakiennes et la deuxième guerre du Golfe, les menaces sur Benghazi et la guerre de Libye, vous allez adorer le gazage des civils de la ghouta et le bombardement de la Syrie.


Dans une note diffusée par la Maison-Blanche, le directeur US du Renseignement James Clapper affirme que 1 429 personnes ont été tuées lors d’une attaque chimique massive sur une douzaine de localités, le 21 août 2013, dans la ghouta de Damas [1].

Les services français n’ont pas pu procéder sur place à un décompte des victimes, assure une note déclassifiée du coordinateur du Renseignement Alain Zabulon [2]. Cependant, ils en ont vus 281 sur des vidéos, tandis que l’organisation « non-gouvernementale » française, Médecins sans frontières, en a comptés pour eux 355 dans des hôpitaux.

Les services alliés se référent tous à des vidéos. Ainsi les États-uniens en ont collecté une centaine sur YouTube, tandis que les Français n’en ont trouvé que 47. Washington et Paris les considèrent toutes comme authentiques. Pourtant, certaines d’entre elles ont été postées à 7h00 du matin, heure de Damas (ce qui explique qu’elles soient datées du 20 août sur YouTube qui est basé en Californie), mais avec un soleil presque au zénith, ce qui implique qu’elles ont été tournées à l’avance [3].

Tous les observateurs ont noté la forte proportion d’enfants parmi les victimes. Les États-Unis en ont comptés 426, soit plus d’un tiers. Certains, mais ni les services états-uniens, ni leurs homologues français, se sont inquiétés de constater qu’ils avaient presque tous le même âge et qu’ils étaient sans famille pour les pleurer. Plus étrange encore, les gaz auraient tué des enfants et des hommes adultes, mais auraient épargné les femmes (sauf 2).

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Contrairement aux commentaires de l’Armée syrienne libre, les victimes du massacre de la ghouta sont des enfants de familles alaouites loyalistes de Lattaquié qu’elle avait faits prisonniers début août et dont elle a massacré les familles

La large diffusion sur les chaînes satellitaires des images des victimes a permis à des familles alaouites des environs de Lattaquié de reconnaître leurs enfants, enlevés deux semaines auparavant par des « rebelles ». Cette identification a été longue car il reste peu de survivants du massacre perpétré par les alliés des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France dans des villages loyalistes où l’on a découvert, après leur passage début août, plus d’un millier de corps de civils loyalistes dans des charniers.

États-uniens, Britanniques et Français s’accordent à dire que les victimes ont été tuées par un gaz neurotoxique qui pourrait être du sarin ou contiendrait du sarin. Ils déclarent se fonder sur leurs propres analyses, réalisées dans leurs laboratoires sur des échantillons prélevés par chacun de leurs services. Cependant, les inspecteurs de l’Onu, venus sur place récolter d’autres échantillons, ne donneront leur verdict que dans une dizaine de jours. En effet, les analyses pratiquées par les États-uniens, Britanniques et Français sont inconnues du monde scientifique pour lequel la culture des échantillons nécessite un délai beaucoup plus long.

S’il est clair que des enfants sont morts d’intoxication chimique, il n’est pas du tout certain qu’ils aient été gazés. Les vidéos qui les montrent agonisants laissent voir une bave blanche alors que le sarin en provoque une jaune.

Les trois grandes puissances occidentales s’accordent également pour faire porter la responsabilité de cet événement à grandeur variable à l’armée arabe syrienne. Le directeur US du Renseignement précise que ses services ont observé les militaires syriens, durant les quatre jours précédents, en train de mélanger les composants chimiques. Le président du Comité britannique du Renseignement, Jon Day, assure que l’armée arabe syrienne n’en est pas à son coup d’essai et qu’elle a utilisé des gaz en 14 occasions depuis 2012 [4] c’est-à-dire autant que de cas répertoriés d’usage d’armes chimiques par les États-Unis durant le Seconde Guerre du Golfe.

Les révélations des services états-uniens, britanniques et français sont corroborées par une interception téléphonique. Un haut fonctionnaire de la Défense syrien aurait appelé paniqué le chef de l’unité des gaz chimiques à propos du massacre. Toutefois, cette interception n’a pas été réalisée par les États-uniens, Britanniques ou Français, mais leur a été fournie par l’unité 8200 du Mossad israélien [5].

En résumé, les services états-uniens, britanniques et français sont à 100 % certains que l’armée arabe syrienne a gazé un nombre indéterminé de civils :
-  1. Elle a pour cela utilisé une nouvelle sorte de vieux gaz sarin qui ne touche pas les femmes.
-  2. Les États-Unis ont observé durant quatre jours la préparation du crime sans intervenir.
-  3. La veille de son utilisation, ce gaz magique a tué des enfants qui avaient été enlevés par des jihadistes deux semaines plus tôt à plus de 200 kilomètres de là.
-  4. Les événements sont connus grâce à des films authentiques tournés, et parfois postés, à l’avance surYouTube.
-  5. Ils sont confirmés par une interception téléphonique réalisée par l’ennemi israélien.
-  6. Les services occidentaux ont un procédé secret pour identifier le gaz sarin sans avoir à cultiver les tissus humains.
-  7. Comme il s’agirait de la quinzième opération de ce type, le « régime » aurait franchi une « ligne rouge » et devrait être « puni » par des bombardements le privant de ses moyens de défense.

En droit international, la propagande de guerre est le crime le plus grave car il rend tous les autres crimes possibles.

Thierry Meyssan

Al-Watan (Syrie)

 

[1] “US Government Assessment of the Syrian Government’s Use of Chemical Weapons on August 21, 2013”, Voltaire Network, 30 August 2013.

[2] « Synthèse du Renseignement français sur l’attaque chimique du 21 août 2013 », Réseau Voltaire, 2 septembre 2013.

[3] « À propos des vidéos du massacre du 21 août », Réseau Voltaire, 30 août 2013.

[4] “Letter From the Chairman of the UK Joint Intelligence Committee on Syria”, Voltaire Network, 29 August 2013.

[5] « Le rôle d’Israël dans l’annonce de l’attaque contre la Syrie »,Réseau Voltaire, 30 août 2013.

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Il n’existe pas beaucoup de précédents aux événements dont le monde a été témoin la semaine dernière.

Le débat demandé par les parlementaires sur l’opportunité pour la Grande-Bretagne de participer à la coalition militaire contre la Syrie en représailles contre l’utilisation prétendue par le gouvernement de Bachar-El-Assad de gaz toxiques pour venir à bout des troupes rebelles à son régime a tourné, à la surprise générale des observateurs, au désavantage du premier ministre Cameron qui s’est retrouvé désavoué par le vote final de la chambre.

Non seulement le parlement de Londres a-t-il infligé un camouflet comme on en voit rarement au premier ministre, mais il s’est trouvé à indiquer aux dirigeants de ce que l’on appelait autrefois « le monde libre » qu’il existait une ligne rouge à ne pas franchir, celle des exigences de la démocratie. Lasse de voir le gouvernement abuser de son mandat et s’engager dans des voies douteuses sinon carrément téméraires et irresponsables, une majorité d’élus de tous les partis est venue lui rappeler qui détenait le véritable pouvoir.

Et non seulement cette décision sonne-t-elle le glas de la carrière politique d’un champion du néo-libéralisme qui a entraîné son pays au bord du précipice à coup de décisions inspirées bien davantage par l’idéologie que par le bon sens, mais elle se trouve à envoyer à ses homologues américain, français et autres un message très clair sur le sort qui les guette s’ils se hasardent à vouloir franchir la ligne rouge de leur mandat démocratique.

Il faut dire que les dirigeants politiques ont développé ces vingt dernières années une fâcheuse tendance à prendre des décisions graves qui engagent l’avenir de l’avenir et/ou la sécurité de leur pays sans se soucier de leur opinion publique ou même en la défiant ouvertement. Un important déficit démocratique s’est ainsi creusé.

Tant que la prospérité était au rendez-vous, les populations bousculées suivaient en grommelant, mais elles suivaient. À partir du moment où la situation économique a commencé à se détériorer et que les populations ont pu établir un lien entre les orientations et les décisions qu’elles n’avaient pas soutenues et la détérioration de leurs conditions de vie, la grogne s’est installée et ne cesse de s’amplifier, ce que c’est implicitement trouvé à reconnaître le parlement britannique.

On voit donc que le véritable enjeu dans cette affaire n’est pas tant la Syrie et la question de savoir si des armes chimiques ont été utilisées, que ce soit par le gouvernement Assad ou le camp adverse, mais bien plutôt le nouveau mode de gouvernance, ce fameux nouvel ordre mondial, que cherchent à mettre en place les élites dirigeantes contre ce que les populations perçoivent être leurs intérêts.

Et c’est infiniment plus grave.

En effet, la question posée est celle de la légitimité du pouvoir avec un grand « P », et c’est sans doute ce qu’a reconnu le président Obama, lui-même ancien professeur de droit constitutionnel, en prenant le monde entier, à commencer par ses propres collaborateurs, par surprise, avec sa décision d’obtenir d’abord l’aval du Congrès avant de lancer toute attaque, même très ciblée et restreinte, contre la Syrie.

Sans doute aussi s’est-il demandé s’il tenait absolument à assumer seul la responsabilité d’une décision qui risquait de mettre le monde à feu et à sang, et à ce que l’histoire retienne que cette décision était celle du premier président noir des États-Unis.

Juridiquement, Obama n’a pas besoin de l’approbation du Congrès, mais le fin juriste qu’il est sait pertinemment que la Constitution américaine n’est pas la seule source du droit applicable dans cette affaire. En vertu du droit international, et plus précisément de la Charte des Nations Unies, nulle opération militaire de la nature envisagée ne peut être lancée contre un pays sans l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations Unies.

C’est d’ailleurs ce que vient de lui rappeler Ban-Ki-Moon qui a attendu beaucoup trop avant de lui rappeler cette règle essentielle.

Et connaissant la docilité habituelle de Ban-Ki-Moon et sa soumission aux intérêts Américains, il faut se demander s’il ne se trouve pas à répondre à une commande qui arrive à point nommé pour calmer les ardeurs les plus bellicistes.

On ne peut en effet d’aucune façon tenir comme précédent suffisant que la coalition formée par les États-Unis ait fait fi de cette exigence pour lancer une offensive contre l’Irak en 2003. D’une part, l’opinion publique internationale était encore sous l’effet de la vague de sympathie que leur avait valu l’attaque terroriste du 11 septembre 2001. D’autre part, les États-Unis étaient alors la seule super-puissance, ni la Russie ni la Chine n’étant en position de lui tenir tête.

Seuls la France et le Canada s’étaient alors opposés à la volonté américaine, et dans le cas du Canada, uniquement parce que le risque d’éclatement politique du pays avait été jugé trop grand, le Québec étant très majoritairement opposé à une telle aventure militaire. Songez-y, à Montréal, en plein hiver, par un froid de – 30 C, 150 000 personnes étaient descendues dans la rue pour manifester sur un enjeu de politique étrangère, du jamais vu.

Même s’il s’est bien gardé d’expliquer les raisons du refus du Canada de se joindre à la coalition qui souhaite attaquer la Syrie, c’est très vraisemblablement la même raison qui a amené le gouvernement Harper à refuser de participer à une telle opération, même si son sentiment pro-américain est plus grand que ne l’était celui du gouvernement Libéral de Jean Chrétien en 2002.

Mais aujourd’hui, pour les États-Unis et leurs alliés, la donne n’est plus celle de 2002. Comme je l’anticipais ici-même sur Vigile le 30 novembre 2011 dans un article intitulé « Et si l’issue devait être la Troisième Guerre Mondiale ? », les États-Unis ne sont plus le seul joueur de poids sur la scène mondiale. La Russie et la Chine sont de nouveau en mesure de faire entendre leur voix.

La parution de cet article allait piquer l’intérêt du journaliste algérien Chérif Abdedaïm, de La Nouvelle République, un quotidien d’Alger. Il communiqua avec moi pour me demander si je serais disposé à répondre à quelques questions par écrit pour le bénéfice de ses lecteurs, ce que j’acceptai de bonne grâce. J’étais alors loin de me douter que mes commentaires allaient faire la une de son journal le 9 janvier 2012 et être repris par une trentaine de sites dans le monde francophone, en plus d’être traduits en italien sur un site de défense des droits .

Dans cet article, j’évoquais le rétablissement des blocs qui existaient avant la chute de l’empire soviétique, soit le bloc occidental constitué des États-Unis et de l’Europe de l’Ouest, et les bloc des pays de l’Est composé de la Russie, de ses pays satellites, et de la Chine. J’évoquais en outre l’affaiblissement économique des États-Unis et « le danger devant l’imminence de ce déclin que l’Amérique soit tentée par une dernière démonstration de puissance pour infléchir durablement la situation au Moyen-Orient dans le sens de ses intérêts et de ceux d’Israël, dans une sorte de fuite en avant pendant qu’elle dispose encore des moyens d’agir. »

Les bruits de botte au Moyen-Orient l’été dernier allaient m’amener à pousser mes recherches et ma réflexion plus loin dans un autre article intitulé « C’est pour bientôt », lui aussi largement repris par des sites francophones à travers le monde, dans lequel je m’interrogeais sur les raisons qui poussaient la France et le Canada à aligner aussi étroitement leur politique étrangère sur celle des États-Unis et d’Israël.

Si la tempête avait paru se calmer dans les mois suivants, elle allait reprendre de plus belle au cours du printemps avec la multiplication des attaques des rebelles djihadistes d’Al-Qaida contre le régime syrien, soutenus par les États-Unis (cherchez l’erreur), Israël, le Royaume-Uni, la France, la Turquie, l’Arabie Saoudite et l’Émirat du Qatar.

Au cours des dernières semaines, la tension a grimpé de plusieurs crans, et il devenait clair que les Américains, ou plutôt ceux qu’on appelle les « faucons » dans leurs rangs, et leurs alliés, étaient à la recherche d’un prétexte pour déclencher une opération militaire contre la Syrie dans le but de déloger le régime de Bachar-El-Assad.

L’intervention très ferme de la Russie et de la Chine a d’abord amené les États-Unis à réduire substantiellement ses ambitions. Plus question de renverser le régime syrien, au grand dam de l’Arabie Saoudite, de la Turquie et d’Israël, chacun pour leurs raisons différentes. L’opération, si opération il y a, sera restreinte à quelques cibles, question simplement de signifier à Assad le mécontentement des alliés devant son utilisation de l’arme chimique, si tant est qu’il soit effectivement coupable, ce qui n’a pas encore été prouvé.

Et il faut comprendre que depuis l’affaire irakienne et la découverte que la preuve de la participation clandestine de Saddam Hussein à l’attentat du 11 septembre a été fabriquée de toutes pièces pour justifier une attaque contre l’Irak, le fardeau de la preuve pour les Américains est devenu beaucoup plus lourd, d’autant plus que depuis cette date, une kyrielle d’incidents, dont certains très graves, sont venus ternir leur image des Américains comme chefs de file dans la défense de la démocratie, une image soigneusement entretenue depuis la Deuxième Guerre mondiale

Il n’est en effet pas un jour où l’on n’apprenne que les Américains se sont permis clandestinement des écarts importants avec les principes dont ils se faisaient les hérauts urbi et orbi en faisant la leçon à tout le monde.

Encore ces jours-ci, on apprenait à l’occasion du déclassement de documents officiels tenus secrets jusqu’ici qu’ils avaient été les instigateurs du coup d’État qui avait renversé le gouvernement démocratiquement élu de Mohammad Mossadegh en Iran en 1953 parce qu’il préconisait l’adoption de politiques qui allaient à l’encontre de leurs intérêts pétroliers pour le remplacer par le gouvernement complaisant de Mohammad Reza Pahlavi qui allait de venir le shah d’Iran.

Et Foreign Policy, la très prestigieuse revue américaine de politique étrangère, nous apprenait pour sa part, en s’appuyant sur des dossiers de la CIA, que les États-Unis avaient été les complices de Saddam Hussein dans l’utilisation d’armes chimiques contre l’Iran .

Et tant les fuites de Wikileaks et de Julian Assange que celles d’Edward Snowden nous ont permis de comprendre que les États-Unis étaient en fait un monstre de duplicité et de tartufferie.

Devant le caractère incertain des preuves que les États-Unis présentent aujourd’hui pour lancer une opération contre la Syrie, les Américains eux-mêmes (ils sont 80 % à demander que le Congrès se prononce ), et leur establishment militaire, tout comme le monde entier, mettent en doute le bien-fondé d’une intervention qui pourrait déclencher une troisième guerre mondiale.

Enfin, aussi horrible cette pensée puisse-t-elle être, il faut même se demander quelle est la part de vérité et de mensonge dans les événements du 11 septembre 2001, tant le mensonge aurait si bien servi les desseins de ceux qui ont profité de la suspension et/ou de la violation des règles démocratiques pour promouvoir leur agenda.

Or quels sont ces intérêts ?

J’ai évoqué plus haut ce fameux projet de gouvernance mondiale dont certaines élites font la promotion active depuis plus de 50 ans. Alors que certains se refusent à y croire, d’autres sont inconscients de la menace qu’il représente. Pourtant, les Américains au premier chef, et de ce fait le monde entier, ont été très clairement mis en garde par l’un de leurs anciens présidents, et non le moindre, le général Dwight D. Eisenhower, le 17 décembre 1961, alors qu’il s’apprêtait à quitter ses fonctions à la tête des États-Unis pour laisser la place au président nouvellement élu, John F. Kennedy.

Général cinq étoiles de l’armée américaine, commandant en chef des forces alliées en Europe durant la Seconde Guerre mondiale, Eisenhower fut également chef d’état-major général des Forces Armées des États-Unis de 1945 à 1948 et commandant suprême des Forces alliées en Europe du 2 avril 1951 au 30 mai 1952, poste qu’il allait quitter pour se lancer en politique sous la bannière du parti républicain. Élu aux présidentielles de novembre 1952, il devient le trente quatrième président des États-Unis d’Amérique le 20 janvier 1953. Il occupera cette fonction jusqu’au 20 janvier 1961.

À quelques jours de son départ, il prononce une allocution totalement inattendue et restée célèbre pour la mise en garde qu’il formule contre le « complexe militaro-industriel » formé des entreprises qui vivent des contrats fabuleux, et déjà très lucratifs à l’époque, du ministère américain de la Défense. Son expérience aux plus hautes fonctions militaires de son pays pendant et après la guerre confère à ses propos une crédibilité et un poids inégalés.

Devant la chaîne presque ininterrompue de conflits et d’interventions militaires auxquels les États-Unis ont été associés depuis lors et la puissance acquise par ce complexe depuis lors, force est de reconnaître que cette mise en garde était pleinement justifiée.

Mais l’expression employée par Eisenhower pour le décrire, si elle correspondait parfaitement à la réalité politique et économique de son époque où les grandes entreprises manufacturières issues de l’effort de guerre dominaient la scène, ne parvient pas à cerner les réalités de ce pouvoir occulte et totalement illégitime dont la composition et l’influence a évolué avec le temps.

C’est véritablement avec le retour du Parti Républicain au pouvoir, en 1968, avec l’élection de Richard M. Nixon, que ce pouvoir va parvenir à s’imposer. Sa difficulté à y parvenir plus tôt nous amène à nous demander s’il ne faudrait pas voir là la cause de l’élimination de John F. Kennedy et de son frère Robert, plutôt que les actes de tireurs à la solde d’une puissance étrangère ou de la mafia, comme certains l’ont prétendu.

Les frères Nelson et David Rockefeller, le premier alors gouverneur de l’état de New York et le second président de la puissante Chase-Manhattan Bank, tous deux ardents promoteurs du Nouvel ordre mondial de leur propre aveu, gagnent en influence en parvenant à placer dans l’administration Nixon en 1968 un de leurs protégés, Henry Kissinger, d’abord au poste stratégique de conseiller à la Sécurité nationale, puis à la tête du Secrétariat d’État.

Il contribuera à l’articulation du contenu intellectuel de ce programme dont la promotion sera assurée par l’entremise d’organisations telles que le Groupe Bilderberg, la Commission Trilatérale, le Council of Foreign Relations et tous leurs satellites, tout ceci dans la discrétion la plus totale, ce qui amènera David Rockefeller à remercier les grands médias en 1991, à l’occasion d’une rencontre annuelle du Groupe Bilderberg tenue à Baden en Allemagne, dans des termes à la fois très surprenants et méprisants pour le commun des mortels :

Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, au Time Magazine et à toutes les autres publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions depuis quarante ans et respecté leur engagement à la discrétion… I

Il aurait été impossible pour nous de développer notre plan de gouvernance mondiale si nous avions été exposés aux feux de la rampe pendant toutes ces années.

Mais le monde est désormais suffisamment évolué pour accepter la mise en place graduelle d’un gouvernement mondial. Une souveraineté supranationale constituée de l’élite intellectuelle et des dirigeants des grandes banques du monde est certainement préférable à la possibilité qu’avaient les peuples de s’auto-gouverner dans les siècles passés. [Ma traduction et mes caractères gras]

Le projet est donc tout aussi clair qu’il est clairement anti-démocratique : dépouiller les nations de leur souveraineté sans leur demander leur avis pour la confier à des élites intellectuelles et bancaires qui sauront mieux que les populations ce qui est bon pour elles. Et n’est-ce pas là toute l’histoire de la « construction » européenne ? À voir les résultats, c’est bien plutôt d’une démolition qu’il s’agit. La volonté ne peut pas être mise en doute. Elle a été clairement annoncée par les dirigeants politiques, comme l’illustre si bien cette vidéo :

Droite ? Gauche ? Aucune différence, même combat ! Le président socialiste François Hollande loge à la même enseigne que l’ancien président Nicolas Sarkozy et annonce lui aussi l’avènement du Nouvel ordre mondial,

Et si ce triste sire de la jarretelle que s’est révélé être Dominique Strauss-Kahn, le favori des sondages avant ses déboires à New York, avait été le candidat de la gauche, le Nouvel ordre mondial sortait encore gagnant car il souscrivait entièrement à ce projet

même s’il allait commettre, en sa qualité de président du FMI, l’erreur fatale de défier ses maîtres en cherchant à remplacer le dollar comme monnaie de réserve pour remettre sur pied le système financier international .

Quant aux prétendues élites intellectuelles, regardez bien le philosophe va-t-en guerre et pousse-au-crime français Bernard-Henri Lévy argumenter que les dirigeants politiques n’ont pas à se soucier de l’opinion publique, la cinquième roue du carrosse à l’entendre, avant de déclencher une opération militaire contre la Syrie qui a le potentiel de déclencher la Troisième Guerre mondiale

Regardez maintenant Jacques Attali, qui a lui aussi de grandes prétentions intellectuelles, ancien collaborateur immédiat de François Mitterand, ancien président de la BERD mise sur pied après l’effondrement de l’Union soviétique pour renflouer l’économie des pays de l’Est, et forcé de quitter ce poste pour avoir autorisé des dépenses pharaoniques dont il était plus souvent qu’autrement le principal bénéficiaire, nous expliquer le plus calmement du monde, comme si la chose allait de soi et avait déjà été décidée, que Jérusalem serait la capitale du Nouvel ordre mondial

Et ce sont ces trois derniers éminents personnages qui, par leurs déclarations intempestives répétées, nous permettent de ranger Israël dans le camp du Nouvel ordre mondial. Leur témoignage est d’autant plus probant qu’ils sont Juifs et qu’ils se sont affichés chacun à plusieurs reprises dans le camp d’Israël. Ils ne peuvent donc d’aucune façon être soupçonnés ou accusés d’antisémitisme, ou de vouloir ternir l’image d’Israël.

Comme je le soulignais au début de ce texte, la crise financière de 2008 est venue jeter du sable dans ce bel engrenage, et il y a maintenant cinq ans que la croissance stagne en Amérique du Nord et en Europe. Le moment des redditions de compte approche, et les populations prennent de plus en plus conscience du déficit démocratique qui s’est créé et de l’absence d’imputabilité qui en résulte.

Ce problème est particulièrement criant aux États-Unis. Les concepts de « l’exceptionalisme américain » et de la « présidence impériale » qui avaient été mis de l’avant par les promoteurs du Nouvel ordre mondial pour donner au président des États-Unis toute la latitude voulue pour imposer la volonté américaine (lire la leur) ne passent plus la rampe. Le fossé est devenu trop grand entre le discours et la réalité. Il y a une dissonance que tout le monde ressent à défaut d’en percevoir encore tous les reliefs.

Et c’est du coeur même du pouvoir que sont venus les premiers signaux du doute et du malaise qui s’installaient. En effet, au delà de la grogne coutumière qui accompagne ce genre d’exercice, les coupures budgétaires dans le budget de la défense ont amené de nombreux intervenants et observateurs à s’interroger sur les exigences de l’intérêt national de façon à pouvoir établir des priorités. Il est vite apparu nécessaire de préciser ce qui était véritablement d’intérêt national et ce qui ne l’était pas, et c’est alors que les incongruités et les contradictions se sont mises à apparaître.

Certains en étaient conscients depuis longtemps. Le secrétaire à la Défense et ancien sénateur Chuck Hagel est de ce nombre, et c’est sans doute la raison pour laquelle Barack Obama l’a choisi pour occuper ce poste. On se souviendra que sa candidature avait été vivement contestée par le lobby néo-conservateur et le lobby pro-israélienpour des propos qui mettaient en doute le bien-fondé de la politique étrangère américaine depuis au moins le 11 septembre 2001.

Mais l’analyse à la fois la plus mystérieuse et la plus éclairante de sa nomination allait être fournie par le célèbre journaliste et essayiste Bob Woodward, le mieux renseigné sur la politique américaine depuis la fameuse affaire du Watergate. Voici ce qu’il écrivait dans un article du Washington Post le 27 janvier dernier intitulé (ma traduction)Pourquoi Obama a choisi Hagel ?

Dans les premiers mois de la présidence d’Obama en 2009, Chuck Hagel, qui venait de terminer deux mandats successifs au sénat, s’est rendu à la Maison-Blanche rendre visite à celui qui était devenu son ami au cours des quatre années où leurs mandats respectifs au sénat s’étaient chevauchés.

Alors, lui demanda le président Obama, que penses-tu de nos enjeux de politique étrangère et de défense ?

Selon le compte-rendu qu’en a fait Hagel par la suite qui est rapporté ici pour la première fois, il aurait répondu : « Nous sommes rendus dans un nouvel ordre mondial. Nous ne le contrôlons pas. Tu dois tout questionner, toutes les hypothèses, tout ce qu’ils – les militaires et les diplomates – te disent. Toute hypothèse qui remonte à plus de 10 ans est dépassée. Tu dois remettre en question notre rôle. Tu dois remettre en question notre posture militaire. Tu dois t’interroger sur notre utilisation de nos forces militaires.

Il aurait rajouté « L’Afghanistan va définir le premier mandat de ta présidence, et peut-être même le second. Il est essentiel de ne pas nous laisser enliser ».

Obama intervenait peu mais écoutait attentivement. À l’époque Hagel voyait en Obama un « solitaire », plutôt enclin à garder ses distances et à garder pour lui ses pensées. Mais les commentaires de Hagel permettent de comprendre pourquoi Obama a choisi son ancien collègue du sénat pour devenir son nouveau secrétaire à la Défense. Les deux partagent les mêmes opinions et les mêmes principes au moment où l’administrat6ion Obama cherche à redéfinir le rôle des États-Unis dans leur transition vers un monde sans super-puissance.

Cette vision du monde s’inspire à la fois du courant des « faucons » et de celui des « colombes ». Elle constitue en partie un désaveu des guerres du président George W. Bush. La guerre en Afghanistan a été mal conduite, et la guerre en Irak n’avait aucune justification. La guerre demeure une option, mais seulement en dernier ressort.

Donc, si l’on s’en tient à cette école, le rôle des États-Unis dans le monde doit être prudemment réduit – non tant par chois, mais tout simplement pour s’ajuster aux nouvelles réalités. Il faut faire preuve du plus grand scepticisme devant l’appareil militaire. Une grande part de nos stratégies de défense et nos prémisses de politique étrangère sont dépassées, et il faut se tenir loin de marécages comme l’Afghanistan

En bout de ligne, les États-Unis doivent mettre fin à ces grandes opérations militaires terrestres en Irak et en Afghanistan — et si possible éviter à l’avenir toute intervention militaire à grande échelle. Même si les discussions sur la nomination de Hagel ont largement porté sur ses attitudes à l’endroit de l’Iran, d’Israël et du budget de la Défense, c’est sans doute son partage de la vision du président qui va se révéler le plus déterminant ».

Il faut aussi préciser que Hagel, issu du Parti Républicain même s’il sert dans une administration Démocrate, est un grand admirateur du général Eisenhower, l’homme qui a prévenu les Américains contre le danger de ce complexe militaro-industriel métamorphosé, comme nous l’avons vu plus haut, en Nouvel ordre mondial.

Au point de distribuer autour de lui, et notamment au président Obama et au vice-président Biden, des douzaines d’exemplaires d’une biographie de son héros intitulée « Eisenhower 1956 », comme le rapporte David Ignatius, un collègue de Bob Woodward au Washington Post dans un article qui remonte lui aussi au début de cette année. Je retiens cette référence au livre au passage :

Il est impossible de lire le livre de Nichols sans penser aux tensions récentes entre les États-Unis et Israël à propos de la menace que représente le programme nucléaire iranien. De la même façon que le leader imprévisible et colérique de l’Égypte Gamal Abdel Nasser incarnait la plus grande menace pour Israël dans les années 1950, c’est le cas aujourd’hui de l’ayatollah Ali Khamenei d’Iran. Ce qu’il faut retenir d’Eisenhower, c’est qu’en même temps qu’il se montrait sympathique aux besoins militaires d’Israël, il était également déterminé à maintenir l’indépendance de la politique étrangère des États-Unis, et d’éviter une guerre dans laquelle l’Union soviétique pourrait s’engager. [Ma traduction et mes caractères gras]

Vous conviendrez avec moi que les similitudes avec la situation actuelle sont assez frappantes. Si l’Union soviétique s’est écroulée au début des années 1990, la Russie qui lui a succédé constitue pour les États-Unis un adversaire militaire redoutable, surtout lorsqu’elle s’allie avec la Chine, comme c’est le cas aujourd’hui sur la question de la Syrie.

En clair, Hagel est donc avant tout un patriote qui n’a de loyauté que pour son pays, et il entretient les plus grandes réserves à l’endroit de ce nouvel ordre mondial que les États-Unis ne contrôlent pas. Le président Obama l’a choisi parce qu’il est également de cet avis. Pas question donc pour lui de se laisser placer dans une situation où la décision de lancer une opération militaire puisse échapper à son contrôle, quitte à la renvoyer devant les instances démocratiquement élues, et quitte à ce que l’autorité et le pouvoir présidentiels s’en trouve réduits.

Dans le cas de la Syrie, les pressions cumulées de certains groupes d’intérêts, d’alliés des États-Unis, et des grands groupes de presse, étaient telles qu’elles risquaient de placer Obama dans la position d’avoir à déclencher un conflit susceptible de dégénérer très rapidement. Il a fait le choix conscient et délibéré de se placer à l’abri de ces pressions en renvoyant la décision au Congrès.

Connaissant comme il les connaît la théorie et la pratique du fonctionnement des institutions politiques des États-Unis, il ne pouvait pas ne pas savoir qu’il aurait les plus grandes difficultés du monde à dégager une majorité pour un projet d’intervention militaire même limité contre la Syrie. Ce n’est donc pas le but qu’il recherchait. Ce qu’il voulait, c’’était d’échapper à l’emprise d’intérêts étrangers à l’intérêt national américain qui le poussaient, et poussaient le monde, à la guerre.

Et la preuve que c’est bien ce qu’il voulait, c’est que chaque jour qui s’est écoulé depuis cette décision a repoussé l’échéance d’une intervention au point de la rendre aujourd’hui très incertaine alors qu’elle apparaissait inévitable et imminente la semaine dernière.

Bien entendu, il fallait maintenir certaines apparences pour empêcher que le retour de manivelle ne soit trop raide, et c’est ce qui nous a valu le théâtre de professions de foi guerrières dont nous avons été témoins depuis une semaine. Les professionnels, eux, ne sont pas dupes, et ils savent que la donne géopolitique dans le monde vient de changer radicalement.

La bonne nouvelle n’est pas tant que les perspectives d’une troisième guerre mondiale aient été repoussées, mais que les décisions spectaculaires du parlement de Londres et du président Obama dans un contexte d’une telle gravité se trouvent à réhabiliter la notion du gouvernement « of the people, by the people and for the people », pour reprendre les mots de la Constitution des États-Unis, une notion en directe opposition avec celle de « souveraineté supranationale constituée de l’élite intellectuelle et des dirigeants des grandes banques du monde », mise de l’avant, comme nous l’avons vu plus haut, par les promoteurs du Nouvel ordre mondial.

En même temps qu’ils annoncent un retour à la démocratie, les développements de la dernière semaine annoncent le retour au premier plan des États-Nations, le cadre nécessaire à l’exercice de la démocratie, comme la chose vient si bien de nous être rappelée.

Richard Le Hir

Cet article a été publié initialement sur la Tribune libre de Vigile.net

 « Le Vatican ,combien de Divisions ? » Staline

La tragédie syrienne est une réalité. Les fondements de la révolte- à l’instar des jacqueries arabes qui ont démarré à Si Bouzid- sont   cousues de fil blanc Cependant, cette tragédie à nul autre pareille, va remette en question beaucoup de certitudes outre les petits qui  vont une fois de plus  être laminés, il  y aura –si l’affaire de Damas tourne mal- de profondes remises en cause, un nouveau partage du monde  et des influences.

Le Sommet  du G20 dominés par la tragédie syrienne

Les Américains ont eu toutes les peines du monde à convaincre au sommet du G20 de Saint-Pétersbourg.  De toutes parts ce fut des niet . De même François pour Hollande ne s’est fixé qu’un seul objectif: rallier «la coalition la plus large possible» de pays en faveur d’une intervention punitive en Syrie, aux côtés des Américains.

«Nous comptons sur le soutien des Européens et des pays arabes», assurait l’entourage du chef de l’État. Peine perdue. François Hollande avait à peine posé le pied sur le tarmac de l’aéroport de Saint-Pétersbourg qu’il était déjà lâché par ses plus proches alliés, les Européens. Membre du G20, représentant les 28 États membres de l’UE, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, flanqué du président de la Commission José Manuel Barroso a clairement rejeté l’usage de la force en Syrie. «Il n’y a pas de solution militaire au conflit en Syrie» a-t-il déclaré à Saint-Pétersbourg, «seule une solution politique peut arrêter les massacres, les violations de droits de l’homme et la destruction de la Syrie». Le président de l’UE a calqué sa position sur celle d’Angela Merkel, hostile aux frappes en Syrie, comme 70 % des Allemands, et favorable à une «solution politique dans le cadre de l’ONU».(1)

Le camouflet est sévère pour le président français. Après avoir subi la poignée de main glaciale de Vladimir Poutine, François Hollande espérait un soutien, au moins moral de ses amis européens, à sa décision d’intervenir militairement en Syrie. Il n’en est rien. «À ce jour, la France est le seul pays de l’UE» à vouloir punir militairement la Syrie, a rappelé Herman Van Rompuy, soulignant l’isolement de la France. (…)Mais il est vrai, qu’au G20, le rapport de force n’est pas du tout favorable à une intervention militaire. Hormis les États-Unis et la France, les va-t-en-guerre se comptent sur les doigts d’une main: Turquie, Arabie saoudite, Australie, Canada. Les pays des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) sont tous opposés à une intervention militaire, pour des raisons de non-ingérence, par hostilité à l’Occident ou pour des motifs purement économiques. C’est ce dernier aspect qu’ils ont mis en avant, au G20, dans un communiqué commun, soulignant «l’impact extrêmement négatif sur l’économie mondiale» qu’aurait «une intervention étrangère» en Syrie. Vladimir Poutine a réussi la prouesse d’agréger autour de lui, son allié traditionnel chinois, les autres grands pays émergents (Brésil, Inde, Afrique du Sud Indonésie, Corée…) ainsi que des démocraties occidentales réticentes, pour de multiples raisons, à s’engager dans un nouveau conflit au Proche-Orient.(1)

On le voit sur le fond, Poutine est parvenu à imposer l’ONU comme seule instance légitime pour trancher l’issue du conflit syrien. Au dîner, la majorité des dirigeants du G20 ont emboîté le pas au président russe, en insistant sur la nécessité de trouver une solution politique, et non militaire, à la crise syrienne, dans le cadre des Nations unies. Alors que sa présence n’était pas prévue à l’origine, le médiateur de l’ONU, Lakhdar Brahimi s’est déplacé à Saint-Pétersbourg.

La réponse probable de la Russie à l’attaque de la Syrie

La Russie verrait elle la Syrie se faire démolir sans réagir ? Il  peut paraitre évident que l’armada russe qui s’est déplacée vers la Méditerranée n’est pas là pour rien, au minimum elle veut dissuader, au pire elle est là pour des mesures de représailles . Le maillon faible serait l’Arabie saoudite.

Michel L’Homme Nous en parle : «   Un mémorandum “d’action urgente” publié par le bureau du président Poutine aux Forces armées de la Fédération de Russie ordonnerait une “frappe militaire massive” contre l’Arabie saoudite au cas où l’Ouest attaquerait la Syrie . Selon le Kremlin, Poutine serait devenu “furieux” après une réunion début août avec le prince saoudien Bandar ben Sultan, chef des services de renseignement saoudien qui l’aurait averti que si la Russie n’acceptait pas la défaite de la Syrie, l’Arabie saoudite serait acculée à déchaîner les terroristes tchétchènes durant les Jeux Olympiques d’hiver des 7-23 février 2014 à Sotchi, en Russie. (2)(3)

« Le journal libanais As-Safir a précisé le contexte de cette étonnante menace saoudienne contre la Russie. En fait, le prince Bandar se serait engagé à protéger la base navale russe syrienne (seul débouché méditerranéen pour la marine russe auquel la Russie tient absolument) si le régime Assad était renversé et aurait alors ajouté pour peser un peu plus dans la discussion :”Je peux vous donner une garantie pour protéger les Jeux Olympiques d’hiver prochain car les groupes tchétchènes qui menacent la sécurité des jeux sont contrôlés par nous”. Le prince saoudien est même allé plus loin en précisant que les Tchétchènes qui opèreraient en Syrie ne sont qu’un outil de pression temporaire qui pourrait du jour au lendemain sur simple ordre de Riyad être mis à l’arrêt ! “Ces groupes ne doivent pas vous effrayer, aurait déclaré Bandar à Poutine, nous les utilisons dans le cadre du régime syrien mais ils ne joueront aucun rôle dans l’avenir politique de la Syrie.” (2)

« Poutine aurait répondu : “Notre position sur Assad ne changera jamais. Nous pensons que  le régime syrien est le meilleur orateur, s’exprimant au nom du peuple syrien, et non pas ceux des mangeurs de foie”, faisant ici référence aux séquences de l’été montrant un rebelle djihadiste dévorant le cœur et le foie d’un loyaliste syrien ! Il va de soi qu’une riposte russe contre l’Arabie saoudite changerait la donne ».  (2)

Le Monde occidental sur le déclin inexorable

On a cru un moment qu’après la disparition de l’empire soviétique sous le coup de boutoir de la CIA du fait religieux à la fois d’un pape prosélyte,- souvenons nous du fameux n’ayez pas peur ! et de Lech  Walesa l’électricien de Gdansk – et d’un certain  Bin Laden , Hérault de  la lutte en Afghanistan alimenté par des missiles Stinger fournis pas la CIA et qui auraient fait des ravages sur les chars, russes, allait selon les termes due Georges Bush père aboutir comme martelé lors de la deuxième guerre du Golfe de 1991vers l’avènement d’un monde plus juste. Ce ne fut pas le cas, l’Empire soviétique  et ses marches s’effritant, suite à des dépècements idéologiques, il fallait un nouveau moteur pour maintenir l’Empire américain en tête  un nouvel adversaire, une nouvelle guerre pour réaffirmer ad vitam aeternam le leadership américain.

N’ayant plus d’adversaire à sa taille et étant véritablement sur le déclin en terme de matières premières et en terme d’énergie, il fallait s’en trouver un. Parallèlement des idéologues comme Bernard Lewis qui a beaucoup analysé l’Islam et le monde arabe, ou comme Samuel Huntington confortèrent une nouvelle vision des nouveaux défis de l’Empire  ce fut le PNAC (Project for New American Century) un think  tank  néoconservateur  américain.  fondé au début de 1997 par William Kristol et Robert Kagan dont le but est de promouvoir le leadership mondial des États-Unis.

Le PNAC pose en principe fondamental la considération selon laquelle le « leadership américain est à la fois bon pour l’Amérique et bon pour le monde » et apporte son soutien pour une « politique reaganienne de puissance militaire et de clarté morale ». Son influence fut très grande durant le mandat du à la fois sur le plan  militaire et sur la politique des affaires étrangères,  Le monde manichéen de Georges W Bush et des néo-conservateurs :  « Qui n’est pas avec nous est contre nous », a semé le chaos aux quatre coins du monde arabe et islamique. Tous les conflits actuels mettent aux prises des Musulmans entre eux- la fable des printemps arabes- ou en lutte contre des agressions fomentées  par l’empire. La particularité de cette politique est qu’elle fait une place  de choix à Israël notamment sous l’influence des fondamentalistes du sionisme chrétien

Il vient que la convulsion actuelle d’un des derniers dominos arabes non encore « normalisé » s’inscrit dans cette vision  de fuite en avant d’un Empire devenant de plus en plus dangereux au fur et à mesure que ses moyens déclinent et jouant au poker sa survie. Souvenons nous pour l’histoire les USA, après s’être crées en révolte contre la Grande-Bretagne ont pris la succession de l’empire britannique dans une volonté de dominer le monde par le contrôle des mers. Une vision commune du monde partagée avec un fond ethnique et religieux a créé depuis la première guerre mondiale au moins ce qu’on appelle les Anglo-saxons. Ce sont ces derniers qui imposent une vision très atlantiste à l’Europe continentale et qui, en fait, orientent les choix de la « communauté internationale » concept creux et sonore du fait que c’est un abus de langage.

Le non  britannique à la  guerre nous conforte qu’il y a une limite à l’aventure . Ceci est possible car la patrie de l’habeas Corpus a encore des institutions avec des force des rappels. Jean Bonnevey  écrit : « Est-ce aujourd’hui un nouveau tournant historique avec la fin de l’axe anglo-saxon ? Assurément  par rapport à l’Afghanistan, l’Irak et même la Lybie, il y a rupture. Le caniche a rompu la laisse. Une rupture imposée au gouvernement par les élus et l’opinion publique. C’est le camouflet politique le plus cinglant de l’époque actuelle ! La dernière fois que la Chambre des Communes a dit “non” à une intervention militaire proposée par un Premier ministre, cela remonte à 1782. A l’époque, le Parlement britannique avait refusé d’envoyer des troupes supplémentaires en Amérique pour la guerre d’indépendance, contre la volonté du chef du gouvernement, Lord North. Il a été contraint de démissionner un mois plus tard. Dans les deux cas, un Premier ministre conservateur va-t’en-guerre a été répudié par ses propres fidèles.(4)

La Grande Bretagne tout le temps le caniche des Etats Unis  dans les expéditions punitives a laissé dernièrement sa place à la France qui se découvre une âme de redresseur de tort pour aller  casser de l’arabe , avec les muscles des Etats Unis.  On se prend  à parier que la morale nouvelle de la gauche française ne lui permettra pas cependant d’aller guerroyer seule  en Syrie en cas de renoncement des Etats Unis…Pas folle la guêpe..

Avènement d’un monde véritablement multipolaire

On a tout dit du balancement du barycentre du monde vers l’Asie, Le Monde regardera de plus en plus vers le Pacifique et l’hégémonie du monde Atlantique est  sur un déclin multidimensionnel bien mis en évidence par le diplomate singapourien  Kishore Mahbubani qui écrivait dans son ouvrage : « le défit asiatique » : « “L’essor de l’Asie entraînera des transformations tout aussi importantes que celui de l’Occident…, qui devrait se réjouir de l’émergence asiatique, mais qui aura de grandes difficultés à s’y adapter.” (5)

Lors du diner du sommet du G20 Le plus petit dénominateur commun trouvé par les leaders du G20 aura été la simple condamnation générale de l’usage des armes chimiques. “La question pour certains était de savoir qui avait utilisé ces armes chimiques. Poutine n’y répond pas.

Dans cette tragédie syrienne, il ne faut pas croire comme le martèlent les médias occidentaux, qu’il y a une unanimité de 13 contre deux ( les empêcheurs de tuer en rond que sont la Chine et la Russie) au Conseil de Sécurité sur l’attaque de la Syrie. Les autres pays ne sont pas tous d’accord exception  faite du Maroc pour aller porter le malheur au peuple syrien

Nous savons que  les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) jugent inacceptable une intervention étrangère armée dans le conflit syrien qui ne peut être résolu, selon eux, que par voie de négociations, a indiqué jeudi le  septembre le conseiller indien à la Sécurité nationale, Shivshankar Menon. “Seuls les Syriens peuvent décider de leur avenir. D’autres pays ne peuvent intervenir qu’en intermédiaires lors des négociations”, a déclaré M.Menon lors d’une conférence de presse à l’issue de la 3e réunion des hauts représentants chargés des affaires sécuritaires des pays du BRICS à New Delhi, capitale indienne. (6)

Et d’ajouter que seul un processus politique avec la participation de toutes les parties intéressées était acceptable en Syrie. Selon le responsable indien, la situation en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Nord et en Syrie ont alimenté la discussion lors de laquelle la Russie était représentée par le secrétaire de son Conseil de sécurité, Nikolaï Patrouchev. Les participants à la réunion ont également abordé la lutte contre le terrorisme, la piraterie et la cybercriminalité.(6)

Implosion  inexorable du Monde arabe

Que reste t-ll du monde dit arabe ? Il fut une époque où sa signification avait un sens. Quand Nasser parlait de l’unité arabe, il avait donné au départ une dimension  aux arabes et dans la foulée on s’est pris à rêver à une nouvelle Nahda non plus basée sur le fait religieux mais véritablement sur un baath  multidimensionnel. Michel Aflack le fondateur du Barthisme  se retournerait dans sa tombe en voyant ce qui reste du nationalisme arabe après les rodomontades de Nasser , puis de Saddam Hussein qui n’ont pas su ancrer l’alternance au pouvoir faisant de leur pays des propriétés privées se transmettant d’une façon dynastique ou par l’émeute.

A côté de cette vision laïc du monde dit arabe, le plus grand malheur des Arabes  vient des potentats rétrogrades réactionnaires mais disposant d’une rente pétrolière qui leur permet d’avoir les faveurs d’un Occident plus que jamais en ébriété énergétique.

Ce qui se passe maintenant avec la Syrie ou curieusement le peuple est à  70 %  pour Bachar Al Assad selon l’analyse de l’Otan, est tragique et le sera encore plus à Dieu ne plaise si la boite de Pandore, malheureusement inéluctable s’ouvrait libérant l’apocalypse.  Nous nous habituerons alors dans le futur à la disparition d’une civilisation qui vit, il ya  huit mille ans , l’enfance de l’humanité  et sur laquelle des prophètes ont vécu, n’était ce cette preuve vivante d’un village syrien chrétien pris par les terroriste, ses habitants chrétiens parlent encore la langue du Christ Une nation  qui n’existait pas il y a deux cents ans accompagné de son vassal viendra au nom du droit du plus fort,  bafouant toutes les normes internationales viendra semer le chaos avec des bombardements  des « dommages collatéraux » du type de ceux de l’Irak , évalués à plus d’un million de morts laissant après leur départ ,une dynamique mortifère léguée par l’empire à raison de 30 à 40 morts et une centaine de blessés par jour, -un scoop de 20 secondes dans les médias occidentaux- : « Cachez ce sein que je ne aurais voir »..Pourtant ce sont des morts aussi « respectables et humains » que les autres.

Quand à Riyad on sait qu’elle est depuis longtemps le parrain du Conseil national syrien, la principale coalition anti-Assad, à qui elle fournit armes et argent. Ankara, quant à elle, plaide pour qu’une telle intervention ait pour objectif de renverser le régime, et pas seulement de sanctionner l’usage d’armes chimiques. Pourquoi ? L’Arabie des Saoud ne sait pas que son tour arrivera et que l’Arabie sera à sou tour divisée pour bien isoler les puits de pétrole de l’émirat religieux autour de la Mecque et de Médine..Un nouveau Banthoustan entre les puits de pétrole  occupé par l’empire L’acharnement des Saoud notamment à travers  le prince Bandar Ben Sultan, le chef d’orchestre du chaos syrien, ne s’explique pas. Pourtant il y a peu de chiites en Syrie, la Syrie est une mosaïque de peuples et de religions différentes notamment les Chrétiens  qui paradoxalement et à des degrés divers sont derrière le pouvoir laïc de Bachar El Assad.

L’appel inaudible du pape

Décidément ce pape n’est pas comme les autres ! il défend au nom de la dignité de la personne humaine des Musulmans, il est véritablement sur les traces de François d’Assise !

On apprend  ainsi que le Saint-Siège déploie une offensive diplomatique pour une négociation politique Le pape François a adressé une lettre au G20 appelant à la retenue militaire en Syrie, tandis que le Saint-Siège a exposé aux ambassadeurs accrédités les principes d’une solution politique. A l’appel du pape, une « chaîne de fraternité humaine » avec la Syrie Samedi 7 septembre 2013, tous les « hommes de bonne volonté », croyants ou non, sont invités par le pape François à une journée de jeûne et de prière pour la paix en Syrie et au Moyen-Orient. Une manière de mobiliser « toute l’humanité » …Le Saint siège a un rôle moral qui ne va pas au-delà des principes puisqu’il ne dispose pas de moyens de puissances.

« À tous les dirigeants présents (au G20 de Saint-Pétersbourg, NDLR.), à chacun d’entre eux, je fais un appel du fond du cœur pour qu’ils aident à trouver des moyens de surmonter les positions conflictuelles et d’abandonner la vaine prétention d’une solution militaire. » « À tous les dirigeants présents (au G20 de Saint-Pétersbourg, NDLR.), à chacun d’entre eux, je fais un appel du fond du cœur pour qu’ils aident à trouver des moyens de surmonter les positions conflictuelles et d’abandonner la vaine prétention d’une solution militaire. » à « chercher, avec courage et détermination, une solution pacifique à travers le dialogue et la négociation entre les parties, qui soit soutenue de manière unanime par la communauté internationale ».(7)

Que font les religieux arabes ?

Il est évident qu’une assemblée de potentats mal élus sans légitimité de leur peuple pour la plupart , sous l’égide de l’Egypte ,en l’occurrence la Ligue arabe , un  reliquat de la guerre froide , n’a aucun magister moral quand elle appelle au meurtre d’autres arabes et à la destruction  de la Syrie. Mieux les pays du Golfe veulent être dans la meute de la curée comme l en 1991 et 2003 quand il s’est agit de démolir l’Irak. On se demande encore ce qu’elle représente, si ce n’est un appendice du ministère des affaires étrangères, qui offre une retraire dorée avec l’argent des contribuables arabes notamment algériens, à un  ancien ministre égyptien des Affaires étrangères.

De plus  l’Islam est pris en otage par les pouvoirs arabes et nous n’avons pas vu jusqu’à présent d’appel  des ulémas de chaque pays, tétanisés qu’ils sont par leurs pays respectifs. Aucun appel à  la paix, ni dans les mosquées ni ailleurs. Pire que cela comment voulons nous que l’OCI ( Organisation des Nations Islamiques)  appelle à la paix qui est prise en otage à la fois par l’Arabie Saoudite ( le siège) et par la personnalité du secrétaire général lui-même turc et lui même dans la cohorte de l’expédition punitive ; Ce qui laisse à penser du même coup le rôle pour le moins désastreux et suicidaire d’un gouvernement islamique en Turquie qui appelle à la mise à  mort d’un autres pays islamique !

Il est à espérer que l’appel à la paix soit entendu et qu’une  transition apaisée puisse avoir lieu. S’agissant des pays arabes notamment du Golfe, si la géopolitique de l’énergie venait à consacrer l’indépendance américaine, nous verrons alors la réalité du pouvoir des ces potentats et peut être qu’il y aurait un avenir pour les pays arabes, un avenir basé sur le savoir, l’effort l’endurance et l’alternance au pouvoir seules voies pour exister dans  ce XXIe siècle de tous les défis et de tous les dangers. Dans le cas contraire, les Arabes à l’instar des Indiens d’Amérique disparaitront en tant que nations et ce qui restera d’eux dans leur fatalité mortifère,  c’est la nostalgie de l’âge d’or que l’on se racontera dans les chaumières

On se souvient que  lors de la seconde guerre mondiale, des collaborateurs de Staline lui auraient dit : Camarade, le pape n’est pas d’accord avec ce que nous faisons. Staline aurait fait cette fameuse réponse illustrant la force brute contre la force de l’esprit : « Le Vatican combien de divisions ? » L’appel du pape est là pour nous rappeler qu’il existe un magister moral que la religion chrétienne, tente de faire admettre. Cet appel nous réconcilie avec le monde ;  Les damnés de la terre ne sont pas seuls ! Même si l’appel  qui va aussi dans le sens de la vision de Poutine, n’est pas entendu, il restera  longtemps audible . Des hommes se sont dressés dignement contre  l’injustice, et c’est là tout leur honneur

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

1. http://www.lefigaro.fr/international/2013/09/05/01003-20130905ARTFIG00549-syrie-le-splendide-isolement-de-hollande.php

2. http://metamag.fr/metamag-1509-D%E2%80%99UNE-EVENTUELLE-RIPOSTE-RUSSE-AU-SILENCE-DES-DEUX-PAPES–Par-dela-des-transactions-secretes–quels-interets-pour-l-Europe–.html

3. http://www.metamag.fr/metamag-1496-SYRIE–LA-RUSSIE-CEDERA-T-ELLE-.html

4. http://metamag.fr/metamag-1500-Usa-Gb–La-fin-des-Anglo-saxons-.html

5. Kishore Mahbubani :The New Asian Hemisphere: The Irresistible Shift of Global Power to the East. Edt. Publics Affairs, U.S. (2009)

1. http://www.lefigaro.fr/international/2013/09/05/01003-20130905ARTFIG00549-syrie-le-splendide-isolement-de-hollande.php

2. http://metamag.fr/metamag-1509-D%E2%80%99UNE-EVENTUELLE-RIPOSTE-RUSSE-AU-SILENCE-DES-DEUX-PAPES–Par-dela-des-transactions-secretes–quels-interets-pour-l-Europe–.html

3. http://www.metamag.fr/metamag-1496-SYRIE–LA-RUSSIE-CEDERA-T-ELLE-.html

4. http://metamag.fr/metamag-1500-Usa-Gb–La-fin-des-Anglo-saxons-.html

5. Kishore Mahbubani :The New Asian Hemisphere: The Irresistible Shift of Global Power to the East. Edt. Publics Affairs, U.S. (2009)

6. http://www.fr.rian.ru/world/20130110/197181064.html

http://www.legrandsoir.info/syrie-les-brics-pronent-un-reglement-negocie.html

7. http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Actualite/Rome/A-l-appel-du-pape-une-chaine-de-fraternite-humaine-avec-la-Syrie-2013-09-05-1008090

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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François Hollande devant la Cour Pénale Internationale ?

septembre 6th, 2013 by John V. Whitbeck

Photo : François Hollande (à g. sur la photo, à défaut de l’être dans la vie politique) a de l’ambition ! De la même façon que Tony Blair était le roquet de Georges Bush, il prétend aujourd’hui au rôle de roquet d’Obama…

Maintenant que le Premier ministre David Cameron a tenté d’obtenir l’approbation parlementaire pour « l’action militaire » contre la Syrie, et que le président Barack Obama a annoncé son intention de demander l’approbation du Congrès, le président François Hollande – d’un point de vue politique puisque ce n’est pas strictement constitutionnel – ne devrait-il pas faire de même ?

Une session parlementaire consacrée à la Syrie est déjà prévue pour le 4 Septembre, mais aucun vote formel n’a été prévu .

Le parti socialiste de François Hollande dispose d’une majorité confortable à l’Assemblée nationale et d’une majorité très mince au Sénat. La discipline de parti en France tend à être plus rigide et plus difficile à remettre en cause qu’aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais le plus récent sondage a montré que 64% des Français sont opposés à la participation française dans toute « action militaire » contre la Syrie.

Ce serait donc à la fois très intéressant et très encourageant pour l’avenir de la démocratie en France si Hollande autorisait un débat libre et ouvert et un vote sur cette question centrale.

Cependant, il y a une autre question importante que devrait garder Hollande à l’esprit, ou au moins un élément qui le fasse réfléchir si jamais personne ne l’a encore mis en garde.

Lorsque le Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale [CPI] a été négocié, certains États occidentaux avaient insisté sur un moratoire de sept ans avant que le « crime d’agression » ne soit ajouté aux crimes pour lesquels la CPI serait compétente, si ce crime ont été commis par un État faisant partie de la CPI ou à partir de son territoire. Ce moratoire avait donné effectivement aux agresseurs habituels et potentiels une fenêtre d’opportunité pour continuer à commettre des actes d’agression, en particulier l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair, dont le pays est un État ayant intégré la CPI mais qui a donc bénéficié d’ une immunité et d’une impunité (au moins du point de vue de la compétence de la CPI) pour à son rôle dans le crime d’agression contre l’Irak en 2003.

Toutefois, cette fenêtre d’opportunité a été fermée le 11 juin 2010, lorsque le crime d’agression a été inséré dans le Statut de Rome comme l’un des crimes relevant de la CPI et pour lequel s’exerce sa compétence .

Bien que ni la Syrie ni les États-Unis ne soient parmi les 122 États ayant intégré la CPI (de sorte que seul un renvoi par le Conseil de sécurité des Nations Unies peut donner une compétence à la CPI sur leurs citoyens ou les crimes commis sur leur territoire) , la France en tant qu’État fait partie de la CPI.

L’article 8 bis (1) du Statut de Rome , ajouté en 2010, se lit comme suit : « Aux fins du présent Statut, le ’crime d’agression’ signifie la planification, la préparation, le lancement ou l’exécution par une personne effectivement en mesure d’exercer un contrôle ou de diriger l’action politique ou militaire d’un État, d’un acte d’agression qui, par sa nature, sa gravité et son ampleur, constitue une violation manifeste de la Charte des Nations Unies. » Sont inclus à l’article 8 bis (2) ( b ) et dans la liste suivante les actes constituant une ’agression’ : « le bombardement par les forces armées d’un État contre le territoire d’un autre État ou l’ emploi de toutes armes par un État contre le territoire d’un autre État ».

En l’absence d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant « l’action militaire » contre la Syrie, ces dispositions correspondent « comme un gant » à l’agression en cours de planification par les présidents Obama et Hollande. Même l’avocat de la défense le plus imaginatif aurait du mal à imaginer un moyen de défense .

La CPI est naturellement très gênée par le fait très dérangeant que, après plus d’une décennie d’existence, elle n’a mis en accusation que des Africains. Pour une question d’impératif institutionnel et pour la propre crédibilité de la cour, il y a une nécessité impérieuse de mettre en accusation des non-Africains dès que le champ de compétence de la cour, la gravité et l’exemplarité d’un crime le permettront.

Rien ne pourrait autant renforcer la crédibilité de la cour qu’un acte d’accusation contre un chef d’État ou de gouvernement de l’une des grandes puissances occidentales.

Dans le même temps , rien ne pourrait mieux contribuer à renforcer le concept et la stature du droit international, la conviction que le droit international n’est pas simplement (comme il a tendance à l’être) un bâton avec lequel les riches et les puissants frappent les pauvres et les faibles, mais que même les riches et les puissants ne jouissent pas de l’immunité et de l’impunité devant les règles du droit international.

En effet, rien ne pourrait améliorer de façon plus efficace les chances de voir un jour un monde plus pacifique.

Pour toutes sortes de bonnes raisons, il est à espérer que, en fin de compte, François Hollande ne fasse pas le choix de participer à la « planification , la préparation , le déclenchement ou l’exécution » du crime d’agression contre la Syrie. Mais si jamais il passait outre, alors son transfert devant le tribunal de La Haye pourrait être le seul résultat positif d’une telle folie.

John V. Whitbeck

Article original : http://www.palestinechronicle.com/f…
Traduction : Info-Palestine.eu - al-Mukhtar

John V. Whitbeck est un avocat international qui a conseillé l’équipe de négociation palestinienne dans les négociations avec Israël.

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Débat sur la guerre en Syrie au Parlement français

septembre 6th, 2013 by Alex Lantier

Le premier ministre du PS (Parti socialiste) Jean-Marc Ayrault a ouvert un débat en séance plénière de l’Assemblée nationale et du Sénat sur la possibilité d’une guerre contre la Syrie menée par les États-Unis. Après le débat, qui n’avait qu’une valeur consultative, les législateurs n’ont pas voté sur la guerre, car le président français dispose du pouvoir de déclarer la guerre sans autorisation du Parlement.

Il reste à voir si le Parlement sera à nouveau convoqué pour voter sur une guerre en Syrie, comme cela a été le cas en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Même le cadre limité d’un débat de 90 minutes, entre des législateurs tous favorables à l’intervention française dans la guerre menée par procuration depuis deux ans en Syrie, ne pouvait cacher les mensonges du plaidoyer de Paris pour une guerre. Alors que Paris dépeint la guerre comme quelques frappes «punitives» en réaction à de présumées attaques chimiques, elle se prépare en fait à une vaste guerre dirigée par Washington en violation du droit international et de l’opinion publique. Un total de 64 pour cent de la population est opposé à une attaque de la France contre la Syrie, une ancienne colonie française.

Ayrault a ouvert les débats en déclarant: «L’action que nous envisageons est réfléchie et collective. Elle devra être ferme et proportionnée, ponctuelle, aux objectifs significatifs et ciblés. Pas question de troupes au sol. Nous souhaitons le départ d’Al-Assad [le président syrien] qui n’hésite pas à menacer directement la France.»

Promettant d’informer les législateurs sur les préparatifs de guerre, il a ajouté: «En toute hypothèse la décision ultime ne pourra être prise que lorsque sera constituée la coalition.»

La présentation de la guerre par Ayrault comme étant une opération limitée pour imposer une interdiction de l’emploi des armes chimiques est absolument fausse. Le gouvernement prépare des frappes «ponctuelles» et massives, visant à détruire le régime syrien. S’il attend le prochain vote au Congrès américain pour lancer la guerre, c’est que cette opération dépasse les capacités militaires françaises. Seul le Pentagone dispose de la puissance de feu qui doit être déchaînée sur le peuple syrien.

L’opposition populaire internationale a stupéfié l’establishment politique français, particulièrement après l’échec du vote pour une guerre en Syrie au parlement britannique et la volte-face effectuée par le président Barack Obama, qui fera voter à présent le Congrès sur la guerre. En conséquence, l’opposition conservatrice et le Front de Gauche mené par le Parti communiste français (PCF) ont émis des critiques d’ordre tactique contre la politique guerrière du PS.

Christian Jacob, un collaborateur du dirigeant de l’Union pour un Mouvement populaire (UMP), Jean-François Copé, a réclamé un mandat de l’ONU et un vote parlementaire sur la guerre, insistant que la France se trouvait dans une «impasse diplomatique et militaire». Ceci correspond à un revirement brutal de la position de l’UMP: Copé lui-même avait dit le 28 août que la préparation de frappes «ponctuelles» en Syrie était «juste sur la forme comme sur le fond».

Jacob a aussi répété une plainte formulée par Copé: «La France n’a pas vocation à attendre le vote du Congrès américain en restant les bras croisés».

Jean-Louis Borloo, le président de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), et qui avait assisté à des séances des services du renseignement sur les présumées attaques chimiques syriennes, a dit: «Peut-on envisager une intervention sans preuve ? Non ! Vous avez des convictions mais pas de preuves irréfutables.»

Les commentaires de Borloo démontrent que Paris n’a aucune preuve pour étayer ses accusations contre le régime syrien et planifie le lancement d’une guerre illégale sur la base de mensonges. Cependant, Borloo a proposé d’obtenir un mandat de l’ONU pour une telle guerre à travers un vote à l’Assemblée générale de l’ONU, contournant le Conseil de sécurité de l’ONU où la Russie et la Chine, des alliés de la Syrie, disposent d’un droit de veto.

Le député PCF André Chassaigne a parlé pour le Front de Gauche, masquant la politique belliciste du PS avec tout le cynisme et la tromperie qui caractérisent le stalinisme français. Il a sommé le PS et le président François Hollande de prendre en considération «la situation d’urgence humanitaire et les options alternatives» en Syrie.

Chassaigne a laissé entendre qu’il ne s’opposait pas à une intervention: «Certes, la France a la responsabilité d’agir. Mais dans le seul intérêt des peuples ! Le chaos de la guerre n’est pas dans l’intérêt des peuples. Il est dans celui des djihadistes.»

Cependant, ajoutait-il, «Notre attachement à la paix ne nous fait pas renoncer à notre sens des responsabilités. C’est en cela que s’exprime notre solidarité avec le peuple syrien… Notre “responsabilité de protéger les populations civiles”, notre solidarité envers le peuple syrien doit d’abord se traduire par un renforcement significatif de l’aide humanitaire.»

Le simulacre d’opposition de Chassaigne au djihadisme, à la violence et à une guerre est une supercherie visant à cacher le soutien qu’accorde le PCF à l’intervention de Paris en Syrie. L’impérialisme français et le PCF tout particulièrement ont, sous le couvert d’une aide «humanitaire» à l’opposition syrienne, appuyé l’armement des milices djihadistes en Syrie.

Le PCF a des contacts avec les djihadistes pro-impérialistes par l’intermédiaire de Michel Kilo, un stalinien syrien vivant à Paris et que le quotidien du PCF, L’Humanité, interviewe régulièrement, le qualifiant d’ «opposant historique» syrien. Kilo a noué des liens étroits avec le Front Al-Nousra, une milice liée à Al-Qaïda, financée par les alliés arabes de la France et dont les escadrons de la mort règnent sur une grande partie du nord-est de la Syrie.

Dans un entretien accordé en février à la BBC, il avait réclamé un soutien plus important pour Al-Nousra : «Cessez d’abuser les gens en leur faisant peur avec les extrémistes… Je suis entré en Syrie. J’y ai rencontré des membres de la Jabhat Al Nousra et de la Brigade des hommes libres de Syrie, que vous qualifiez de fondamentalistes. Moi qui suis chrétien, ils m’ont serré dans leurs bras, ils m’ont embrassé, ils m’ont entouré d’honneurs.»

Alex Lantier

Article origina, WSWS, paru le 5 septembre 2013

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La chaîne russe Russia Today, a publié un reportage faisant état de civils syriens prêts à mourir sous les bombes américaines et/ou françaises, en se plaçant comme « bouclier humain » autour de sites stratégiques pouvant être touchés en cas d’intervention extérieure. Mourir bombardés, ou égorgés par les djihadistes ? Ces syriens ont choisi leur camp.

Merci au Hussard de la Mort pour la traduction

On a aussi appris que les « rebelles » avaient récemment attaqué un village chrétien :

 Version française : le Cercle des Volontaires
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La « communauté internationale » et la guerre en Syrie

septembre 6th, 2013 by Pierre Dubuc

Pendant des semaines, les médias canadiens et québécois ont voulu nous enfoncer dans la gorge le bien-fondé d’une action de la « communauté internationale » au profit des rebelles syriens, victimes des armes chimiques du régime de Bachar al-Assad.

Pour appuyer la nécessité d’une telle intervention, on nous a présenté des images horribles de vidéos youtubiens, dont on nous prévenait ne pas être en mesure d’authentifier l’origine, ni la véracité de ce qui défilait sous nos yeux. Ce qui n’a pas empêché nos « professionnels de l’information » de continuer à les diffuser en boucles.

Nos « chevronnés » éditorialistes et commentateurs, du haut de leur superbe, ont emboîté le pas. Bernard Descôteaux, le directeur du Devoir, écrivait, le 28 août dernier : « Il n’y a plus de doute possible. Les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ne laisseront pas passer le massacre à l’arme chimique de civils syriens par le régime de Bachar al-Assad ».

Il en tirait la conclusion suivante : « L’intervention que considèrent les États-Unis et ses alliés français et britanniques est moralement et politiquement justifiée. Par la force des choses, elle se fera sous forme d’une coalition de pays volontaires à s’y engager, laquelle devra être le plus large possible. Le Canada devra en être ».

Deux jours plus tard, Yves Boisvert de La Presse, parle d’une « guerre juste et illégale ». Spécialiste des questions juridiques au quotidien montréalais, on sent que Boisvert est mal à l’aise d’appuyer une guerre illégale, déclenchée au mépris des institutions internationales.

Il fouille, gratte et cherche, dans les précédents historiques, une institution qui pourrait donner son assentiment. Mais il n’en trouve pas. « Si le Conseil de sécurité de l’ONU est bloqué, que l’Assemblée générale tarde à se réunir et que l’OTAN, cette fois, n’est pas en cause car la Syrie ne menace pas un pays membre, que reste-t-il? »

En désespoir de cause, il se rabat sur une soi-disant « force de persuasion morale »! Il conclut : « Parfois, une des seules choses un peu justes à faire est de faire la guerre à ceux qui la font. »

« Un peu juste », c’est pas un argument très fort, ni très convaincant! Sans doute que, dans son esprit, ça peut se satisfaire d’« un peu de guerre ». Des frappes ciblées, circonscrites dans le temps et dans l’espace, par exemple. Comme Obama les veut.

Nos journalistes manipulent les mots et les concepts, comme les belligérants tripotent les images. Prenons le concept de la soi-disant « communauté internationale ». Par son utilisation, on voulait nous laisser croire que le « monde entier » était prêt à passer à l’action contre la Syrie.

Pourtant, n’importe quel observateur de la scène politique internationale était à même de constater que la Chine, la Russie et une bonne partie de l’Europe ne faisaient pas partie de cette « communauté internationale », prête à en découdre avec Bachard al Assad.

Évidemment, on n’a jamais fait mention des pays d’Amérique latine, d’Afrique et des autres pays d’Asie, dont la grande majorité n’était pas prêts à appuyer l’action des bellicistes. Cela commence à faire pas mal de monde opposée à une intervention.

Mais, attendez, ce n’est pas tout. Dans les pays de la « communauté internationale » va-t’en guerre, la suite des événements a démontré que la grande majorité de la population ne suivait pas ses faucons. En Grande-Bretagne, le Parlement – c’est tout à son honneur – a déculotté le premier ministre David Cameron.

Des sondages menés en Grande-Bretagne, en France et aux États-Unis ont démontré un rejet net, à plus de 60%, d’une action « punitive » contre la Syrie par les pays de la « coalition ». (À remarquer qu’on a remplacé le terme « communauté internationale » par celui de « coalition », lorsqu’il est apparu qu’elle se limitait à trois pays!) Plus de 60%, c’est « une majorité claire » qui répond Non à une « question claire », pour employer des termes chers à Stéphane Dion.

On peut s’attendre, au cours des prochaines semaines, à ce que les gouvernements de la « coalition », déploient des trésors d’ingéniosité pour renverser l’opinion publique en leur faveur. Que les grands médias s’en fassent les complices ne doit pas nous surprendre.

Mais que des journalistes aussi respectables que Bernard Descôteaux et Yves Boisvert participent à de telles opérations de propagande est renversant. Après l’épisode des bébés dans les incubateurs au Koweit, la présentation de Colin Powell devant l’ONU sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein, qui de sensé peut encore baser son jugement sur la présentation de vidéos amateurs!

Que les images des gazés soient véridiques ou pas, que l’utilisation d’armes chimiques soit l’œuvre de Bachar ou des insurgés, nous le saurons sans doute jamais. Mais cela n’est pas d’une importance capitale. Le grand stratège militaire Clausewitz disait que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Donc, si nous voulons savoir si une guerre est juste ou pas – ou un « peu juste » – il faut étudier les politiques qui ont mené à cette guerre.

Il nous faut, non pas des articles et des éditoriaux qui relaient la propagande américaine, mais des articles et des éditoriaux qui analysent et décortiquent ces politiques, qui présentent les buts réels de la guerre. Leurs auteurs seront sans doute moins appréciés dans les chancelleries, mais ils auront rempli leur mandat de journaliste.

La situation au Moyen-Orient est particulièrement complexe avec ses immenses réserves en pétrole, et l’affrontement entre grandes puissances (États-Unis, Europe, Russie, Chine) par pays (Libye, Syrie, Iran, Égypte, etc.) et religions (sunnite, chiite, copte) interposés.

Peut-on parler de « lutte de libération nationale », de « guerre juste » ou un « peu juste » de la part des « rebelles », qui ne rêvent que d’implanter la charia et massacrer tous les alaouites et dont on sait qu’un fort contingent est armé par l’Arabie saoudite et le Qatar, deux pays alliés des États-Unis.

Selon plusieurs analystes, nous sommes devant une situation comparable à celle qui a conduit au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Un événement en apparence isolé, l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois par un serbe, avait conduit à l’activation d’une série d’alliances qui obligèrent plusieurs puissances européennes à s’engager sur la voie de la guerre.

Aujourd’hui, au Moyen-Orient, une « frappe punitive » des États-Unis est susceptible de déclencher une série d’actions militaires hors de contrôle. Le Hezbollah pourrait riposter en lançant des roquettes sur Israël, qui ne rêve que d’en découdre avec l’Iran, d’autant plus que les tergiversations d’Obama la confortent dans son idée d’agir seul, sans compter sur les États-Unis. Et que ferait la Russie, si l’Iran était attaquée?

Bien entendu, face à de tels scénarios d’apocalypse, nous nous sentons dépourvus. À tort. Nous avons tous et toutes un rôle important à jouer. Clarifier pour nous-mêmes, et notre entourage, les enjeux du conflit. Surveiller de près les actions prises par notre gouvernement et intervenir pour l’empêcher de nous entraîner dans une guerre de rapine impérialiste. Il faut se rappeler que notre mobilisation exemplaire a convaincu le gouvernement Chrétien de ne pas faire partie de la « coalition » belliciste lors de la guerre en Irak.

Nous devons également interpeller les Descôteaux et Boisvert de ce monde pour leur trahison de l’héritage pacifiste du Québec. Il est quand même extraordinaire que le directeur du Devoir soit plus belliqueux que le premier ministre Stephen Harper!

Pierre Dubuc

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Une attaque contre la Syrie ne sera pas une promenade. Les États-Unis ne sont pas non plus invincibles. Les protestations à elles seules ne suffiront pas pour empêcher la guerre. Les criminels de guerre acceptent que nous brandissions des pancartes lors d’une manifestation à condition qu’ensuite nous rentrions chez nous.

Plus de monde a protesté contre l’invasion anglo-américaine de l’Irak que contre la guerre du Vietnam et les Etats-Unis étaient en désaccord avec leurs alliés, la France et l’Allemagne en plus de la Russie et de la Chine. Néanmoins l’invasion a eu lieu en 2003.

Nous ne pouvons pas nous mobiliser pour “le jour de” ou“pour le jour d’après” l’attaque contre le peuple syrien. Il sera trop tard. Un crime est en train d’être commis sous les yeux du monde entier. Damas, l’une des plus anciennes villes du monde, et un modèle de coexistence, est sur le point d’être bombardée après plus de deux ans de sang répandu, ce qui est l’œuvre des gouvernements des États-Unis, de l’Arabie saoudite, du Qatar, de la Turquie, de la Grande-Bretagne, de la France et de la Jordanie.

Nous devons prendre l’initiative et empêcher la guerre, quelque soit la forme qu’elle pourrait prendre. La véritable R2P (responsabilité de protéger) est la nôtre : la“responsabilité de prévenir la guerre”. C’est notre responsabilité à tous. Nous savons tous que la véritable communauté internationale est opposée à l’agression que le gouvernement américain et la France planifient contre la République arabe de Syrie.

Il est nécessaire d’avoir des mécanismes ou stratégies qui fassent la promotion de la responsabilité personnelle de ceux qui veulent commencer une guerre. Il doit y avoir des conséquences économiques, politiques, sociales, légales et psychologiques pour les fauteurs de guerre et soi-disant “dirigeants” qui répandent la division et refusent de mettre un terme à leur agression internationale. Des mesures légales doivent être prises contre Obama et les principaux officiels de son administration, s’il devait autoriser la guerre, contre le Congrès, en plus de la désobéissance civile. Cela pourrait peut-être instauré par différentes cours de justice dans le monde.

Les vies de gens comme Obama, et d’autres de son espèce, doivent être perturbées de toutes les manières possibles. Il faut en faire des parias sociaux. Ils doivent savoir que ce qu’ils veulent est inacceptable et que nous ne leur permettrons pas de continuer à commettre leurs crimes en toute impunité.

Je me souviens des menaces de Donald Rumsfeld et de George Bush Jr à l’encontre des troupes irakiennes, et qui disaient qu’ils (les soldats) ne pouvaient se retrancher derrière “nous n’avons fait qu’obéir aux ordres”.

Ceux qui participeront à n’importe quelle attaque doivent tous être avertis de cela. Leur implication potentielle doit aussi être documentée. Je pense que nous avons besoin de réfléchir sur la manière de mettre en œuvre une action de cette nature…

Mahdi Darius Nazemroaya
4 septembre 2013.

 

Texte original en anglais :
http://www.silviacattori.net/article4805.html

Traduit par Elisabeth Nyffenegger

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Pour le supérieur général des Jésuites, en envisageant de bombarder la Syrie pour faire respecter le droit international, les États-Unis et la France s’arrogent une responsabilité qu’ils n’ont pas et violent précisément le droit international. Washington et Paris envisagent de conduire l’humanité vers la barbarie.

 

Question : Le Saint Père est sorti du protocole habituel pour parler en faveur de la paix en Syrie. Que pensez-vous de ce sujet ?

Père Adolfo Nicolas : Je n’ai pas l’habitude de commenter les situations internationales ou les affaires politiques. Mais, dans le cas présent, nous sommes devant une situation humanitaire qui déborde les limites normales pouvant justifier le silence. J’avoue, je dois le dire, ne pas comprendre qui a donné l’autorisation aux États-Unis ou à la France d’agir contre un pays d’une manière qui, sans nul doute, ajoutera aux souffrances d’une population qui a déjà souffert plus qu’il n’est imaginable. La violence ou les interventions violentes comme celles qui se préparent ne sont justifiables que comme des moyens ultimes utilisés d’une manière telle qu’ils n’atteignent que les seuls coupables. Dans le cas d’un pays, cela est totalement impossible, et c’est pourquoi ce recours à la force m’est totalement inacceptable. Nous jésuites, nous appuyons l’action du Saint Père à 100 % et désirons du fond de notre cœur que l’action punitive annoncée n’ait pas lieu.

Q. Mais le monde n’a-t-il pas la responsabilité de faire quelque chose contre ceux qui abusent de leur pouvoir par des actions contre leur propre peuple, comme dans le cas d’un gouvernement qui utilise les armes chimiques dans un conflit ?

Père Adolfo Nicolas : Cette demande recouvre trois questions, qu’il convient de séparer clairement.

La première porte sur le fait que tout abus de pouvoir doit être condamné et rejeté. Avec tout le respect que j’ai pour le peuple des États-Unis, je crois que l’usage précis de la force qui se prépare actuellement est en lui-même un abus de pouvoir. Les États-Unis d’Amérique doivent cesser d’agir et de réagir comme s’ils étaient le « grand frère » d’un quartier qui s’appellerait le monde. Une telle attitude conduit inévitablement à des abus, à des chocs violents et à des démonstrations de force devant les membres les plus faibles de la communauté.

La deuxième est que, si des armes chimiques ont été utilisées, il faut encore satisfaire à l’obligation de montrer au monde, de manière claire, que cet usage est le fait d’un côté du conflit, et non pas de l’autre. Il ne suffit pas qu’un membre du gouvernement du pays qui désire attaquer dise qu’il en a la conviction. Il faut démontrer au monde qu’il en est ainsi, sans laisser quelque doute que ce soit, afin que le monde puisse faire confiance à ce pays. Cette confiance n’existe pas actuellement, et les spéculations ont déjà commencé sur les visées ultérieures que les États-Unis pourraient avoir dans ce projet d’intervention.

La troisième est que les moyens considérés comme appropriés pour punir l’abus commis à l’origine (une fois que l’on a montré que tel est bien ce qui s’est passé) ne blessent pas à nouveau les mêmes personnes, déjà victimes. L’expérience du passé nous apprend que cela est impossible (quand bien même on désignerait les victimes par l’euphémisme « dommages collatéraux »). Le résultat est qu’augmente la souffrance des citoyens ordinaires innocents et étrangers au conflit. Nous savons tous que le grand souci des sages et des fondateurs religieux de toutes les traditions et cultures est : « comment alléger la souffrance humaine ? » Il est très préoccupant que, au nom de la justice, nous planifiions une attaque qui va augmenter la souffrance des victimes.

Q. Vous n’êtes pas particulièrement dur contre les États-Unis ?

Père Adolfo Nicolas : Je ne le crois pas. Je n’ai aucun préjugé contre ce grand pays et, en ce moment même, je travaille avec des jésuites de ce pays dont j’estime beaucoup les avis et l’aide. Je n’ai jamais eu de sentiments négatifs à l’égard des États-Unis, un pays que j’admire énormément pour beaucoup de raisons, parmi lesquelles son ardeur au travail, sa spiritualité et sa pensée. Ce qui me soucie le plus est que précisément ce pays, que j’admire sincèrement, soit proche de commettre une grande erreur. Et je pourrais dire quelque chose de semblable à propos de la France : un pays qui a été un véritable guide pour l’esprit et l’intelligence, qui a contribué de grande manière à la civilisation et la culture, et qui est maintenant tenté de conduire l’humanité à faire marche arrière vers la barbarie, et cela en contradiction ouverte avec tout ce qu’il a représenté durant bien des générations. Que ce soit ces deux pays qui s’unissent aujourd’hui pour une aventure aussi horrible est l’un des éléments de la colère éprouvée en bien des pays du monde. Ce n’est pas le fait d’attaquer que nous craignons ; ce qui nous atterre, c’est la barbarie vers laquelle nous sommes conduits.

Q. Et pourquoi parler ainsi maintenant ?

Père Adolfo Nicolas : Parce que le problème se pose maintenant. Parce que le Saint Père prend des mesures extraordinaires pour nous rendre conscients de l’urgence du moment. Avoir déclaré la journée du 7 septembre comme temps de jeûne pour la paix en Syrie est une mesure extraordinaire [1], et nous voulons nous unir à cette initiative. Nous pouvons nous rappeler que, dans un passage de l’Évangile, les disciples n’étaient pas parvenus à libérer un jeune du mauvais esprit, et Jésus leur dit : « Ce type d’esprit ne peut sortir que par la prière et le jeûne ». Il m’est très difficile d’accepter qu’un pays qui se considère chrétien – ou en tout cas qui fait référence à ce nom – ne puisse envisager que l’action militaire lorsqu’il se trouve face à une situation de conflit, au risque de conduire le monde, à nouveau, vers la loi de la jungle.

Adolfo Nicolas

 

 

 

 

 

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À propos du 21 Août, je vais vous dire ce que le peuple syrien dit : « Ils [les prétendus révolutionnaires] ont enlevé les enfants et les villageois des environs de Lattaquié, puis les ont emmenés ici [Ghouta de Damas]. Ils les ont rassemblés en un seul endroit et ont alors utilisé les armes chimiques contre eux… ». C’est en tout cas la version des villageois de la région !

Mais pourquoi ne laissez-vous pas la Commission de l’ONU poursuivre son enquête, alors que M. Sellstrom et Mme Kane ont déclaré avoir besoin de trois semaines pour déterminer si, oui ou non, des armes chimiques ont été utilisées ?

Pourtant les pays occidentaux procèdent toujours de manière très scientifique, appliquent la loi, attendent les résultats des enquêtes… Comment se fait-il que s’agissant de notre pays, ils déclarent : « Nous croyons que le gouvernement syrien a utilisé des armes chimiques » ? Pourquoi n’attendez-vous pas les résultats de l’enquête d’une commission neutre déléguée par l’ONU ? J’aimerais qu’on me réponde à cette question : «  Pourquoi n’attendent-ils pas ? ».

Ils prétendent vouloir ne cibler que « des armes », exactement comme ils ont prétendu cibler les armes de destruction massive en Irak. Où est le rapport concernant ces ADM en Irak ? Il a été mis sous scellé à l’ONU pour les 60 prochaines années et nul n’est autorisé à le consulter ! Ils font usage des mêmes mensonges, des mêmes fabrications, des mêmes allégations, dans le but de frapper notre pays… de frapper notre peuple !

L’Histoire de la Syrie remonte à 6 000 ans. Ni cette agression, ni aucune autre ne mettront fin à son Histoire. Notre peuple sera toujours là, bien vivant… Il défendra son pays… La Syrie sera ce que ce peuple arabe voudra qu’elle soit, non ce que  la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite voudraient en faire !

Est-ce cela leur marche vers la démocratie ? Est-ce que ce qu’ils font en Syrie est un moyen d’y parvenir ? C’est la question que je pose ?

Il [le Président syrien] n’est pas soucieux de sa victoire personnelle. Son souci est que la Syrie sorte victorieuse, que le peuple syrien sorte victorieux, qu’il revive dans la sécurité, que cette vie soit encore meilleure qu’avant [la crise], qu’il invente la démocratie qui lui convient, qu’il adopte une Constitution équitable, qu’il mène ses élections… Et nous, nous sommes prêts à modifier de nouveau cette constitution. Nous sommes prêts pour les élections, pour le référendum… Nous sommes prêts à faire tout ce qui sert les intérêts du peuple syrien.

C’est une puissance occidentale qui mène l’agression contre nous. Elle est bien sûr aidée par la Turquie et, maintenant par l’Arabie saoudite, laquelle pratiquerait évidemment une démocratie à l’occidentale !? Ainsi que le Qatar !? Laissez-moi vous dire que vos alliés sont des pays qui n’ont même pas de Constitution…

Bouthaina Shaaban

05/09/2013

Source : Vidéo / Interview sur Sky News

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=E8BruPUCqG0

Source : Vidéo / Interview sur Sky News

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=E8BruPUCqG0

 

Texte transcrit et traduit par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

 

 

Madame Bouthaina Shaaban, est citoyenne syrienne et conseillère politique du Président Al-Assad.

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(Ville de Guatemala/Ottawa/Washington). Le 3 septembre, le Conseil des peuples de l’Ouest (CPO), qui regroupe des organisations mayas du Guatemala, a déposé une pétition à la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH) alléguant que la Loi sur les mines du pays fut approuvée sans le consentement préalable de ses membres, comme le requiert les législations nationales et internationales. La CIDH est le dernier recourt du CPO, qui a épuisé tous les recours nationaux pour mettre fin aux violations qui résulte de la législation minière actuelle.

Le CPO a d’abord contesté la constitutionnalité de la Loi sur les mines de 1997 par une poursuite déposée à la Cour constitutionnelle du Guatemala. En mars 2013, la Cour constitutionnelle a toutefois maintenu la Loi sur les mines, entrant en contradiction avec les obligations légales du Guatemala de consulter les peuples autochtones avant l’approbation de politiques qui auront d’importantes conséquences sur leurs territoires.

« Nous croyons que cette décision de la Cour constitutionnelle est illégale et contradictoire, étant donné que la même Cour a statué en 2011 que la consultation était un droit constitutionnel des peuples autochtones au Guatemala. Les peuples autochtones n’ont pas été consultés par rapport à la Loi sur les mines, malgré son incidence sur notre mode de vie et l’engagement de l’État à respecter les droits collectifs des peuples autochtones sous les instruments juridiques internationaux comme la Convention 169 de l’Organisation internationale du Travail, » a déclaré Lucia Xiloj, avocate et membre de l’équipe légale du CPO.

Avec plus de 360 permis d’exploitation minière accordés et plus de 600 en attente, le secteur minier du Guatemala est mis à l’avant scène à cause des conflits et de la violence en croissance à travers le pays. Le manque de respect, autant à l’échelle des projets et des politiques, pour le consentement préalable et éclairé des communautés affectées est à la base de ces conflits.

Près d’un million de personnes ont voté contre des projets miniers sur leurs territoires lors de référendums tenus dans 78 communautés à travers le Guatemala depuis 2005. Un sondage publié en janvier 2013 a de plus démontré que près de 66% des Guatémaltèques sont opposés aux projets miniers. Ni le gouvernement ni les compagnies minières n’ont toutefois respecté les décisions des communautés; au contraire, la répression contre l’opposition aux mines s’est intensifiée.

« Le conflit, dont la base est la violation du droit de consultation, a entrainé des attaques ciblées et des morts, ainsi que la criminalisation et la persécution de leaders communautaires, » a déclaré Lolita Chavez, membre du CPO et signataire de la plainte déposée à la CIDH.

Selon l’Entente sur l’identité et les droits des peuples autochtones des Accords de paix du Guatemala, la Convention américaine relative aux droits de l’Homme, la Convention 169 de l’Organisation internationale du Travail et la Déclaration sur les droits des peuples autochtones des Nations Unies, le Guatemala a l’obligation de respecter le droit des peuples autochtones au consentement libre, préalable et éclairé en regard de tout projet qui pourrait avoir un impact négatif sur eux, ainsi que de les consulter avant d’adopter des lois ou des initiatives administratives qui pourraient affecter leurs droits.

« Une réponse favorable de la Commission inter-américaine sur ce cas est d’importance vitale, puisque l’actuelle Loi sur les mines a permis à des compagnies minières canadienne et états-uniennes en particulier d’exploiter les territoires autochtones sans aucune considération pour les processus de prise de décisions des peuples autochtones quant à leurs terres et à leurs ressources, » a déclaré Kris Genovese, avocate principale au Center for International Environmental Law, à Washington D.C.

Le Conseil des peuples de l’Ouest est une coalition d’autorités et d’institutions autochtones de sept départements du Guatemala. La plainte déposée à la CIDH a 32 signataires, représentant 8 groupes autochtones qui forment le Conseil des peuples de l’Ouest. Chaque signataire a été élu lors d’assemblées communautaires ayant eu lieu dans les semaines précédant le dépôt.

Contacts :

En français

  • Marie-Dominik Langlois, paqg(at)paqg.org, (514)756-6966

En anglais

  • Ellen Moore, NISGUA, ellen(at)nisgua.org, (510) 868-0612
  • Jen Moore, MiningWatch Canada, jen(at)miningwatch.ca, (613) 569-3439
  • Amanda Kistler, Center for International Environmental Law, akistler(at)ciel.org, (202) 742-5832 



Contexte 
En mai dernier, l’armée a été envoyée dans des communautés autochtones et non-autochtones dans la région du projet minier d’argent Escobal de Tahoe Resources, au sud de la ville de Guatemala, à la suite de violences croissantes dans la région. Parmi celles-ci, une fusillade contre des protestataires manifestant pacifiquement à l’extérieur du site de la mine. Le chef de la sécurité de la compagnie et son conseiller attendent présentement leur procès pour leur implication présumée dans le commandement de l’attaque et la dissimulation subséquente de preuve.

Tahoe Resources est une compagnie dérivée de Goldcorp, laquelle a vendu le projet Escobal à Tahoe en 2010 et possède maintenant 40% des actions de Tahoe et plusieurs postes sur son conseil d’administration. La mine Marlin de Goldcorp, dans les hautes-terres du nord-ouest du Guatemala, a été la source de tensions continuelles en regard au manque de respect pour les droits et les terres autochtones, ainsi que des impacts sur l’approvisionnement en eau et sur la santé publique.

Depuis près d’un an et demi, des membres de la communauté La Puya, au nord de la ville de Guatemala, bloque pacifiquement l’entrée au projet minier Tambor, présentement possession de Kappes Cassidy & Associates, lesquels ont repris en août 2012 le projet de Radius Gold, basée à Vancouver, suite à la tentative d’homicide par arme à feu de Yolanda Oquelí. Les membres de la communauté s’opposant au projet ont fait face à des menaces répétées par des travailleurs de la compagnie durant les dix derniers mois, malgré le début d’un dialogue de haut-niveau avec le gouvernement en juin.

En août dernier, Rights Action rapportait que des plaignantes faisait face à de l’intimidation et à du harcèlement pour avoir déposé trois poursuites contre Hudbay Minerals, basée à Toronto, par rapport au viol collectif d’un groupe de femmes lors d’une éviction forcée en 2007 et à des fusillades dans la municipalité de El Estor en 2009. Les poursuites ont lieu dans une cour de l’Ontario et marque la première admission au Canada d’un cas d’abus présumés des droits de la personne commis par une filiale étrangère.


Marie-Dominik Langlois
Coordonnatrice

Projet Accompagnement Québec Guatemala (PAQG)
660, rue Villeray # 2.115
Montréal, QC H2R 1J1
Tel: 514 495-3131
[email protected] / www.paqg.org

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Monsieur Mamère,

je vous ai découvert lorsque vous étiez journaliste à « Antenne 2 » et vous ai suivi dans votre parcours politique. Malgré plusieurs réserves, je vous ai trouvé ci-et-là quelque courage dans vos prises de position et vous écoutais avec attention quand vous interveniez sur un sujet. Mais dans le dossier syrien, je suis resté abasourdi ce mercredi, lorsque je vous ai entendu appuyer la proposition du président Hollande pour une intervention militaire en Syrie. Avant de perdre toute crédibilité à mes yeux, et vu la gravité d’une telle décision, j’aimerais solliciter votre attention et vous rappeler quelques points:

1. Même si je n’ai aucune sympathie pour le dictateur syrien et son régime, je voudrais vous rappeler que les armes chimiques dont il est question semblent être entre les mains des deux parties, et qu’à ce jour, personne n’est en mesure de fournir les preuves irréfutables que seul le régime en a utilisées. Que ferez-vous s’il est avéré que quelque faction rebelle en a utilisées aussi?

2. Si l’usage de telles armes est à prohiber et que de nombreuses Résolutions et Conventions internationales les interdisent, pourquoi les fabrique-t-on toujours!? Dès lors, plutôt qu’opter pour cette hypocrisie des mots, ne faudrait-il pas s’atteler à interdire une fois pour toutes les usines qui les fabriquent?

3. N’avez-vous rien retenu des dernières erreurs qui ont littéralement ruiné l’Irak, l’Afghanistan, la Libye… sur de fausses informations, et ouvert de la sorte un boulevard aux groupes djihadistes, que nous combattons d’un côté mais irions soutenir par cette intervention, au risque d’une déflagration de toute la région? Où est votre logique?! Et avec ce que nous voyons des 3 pays cités, pensez-vous que les canons apporteront une quelconque solution politique en Syrie, une fois qu’ils se seront tus!? Et après ce chaos  prévisible, comment croyez-vous pouvoir régler la situation, depuis vos bureaux!?

4. Pensez-vous être crédible quand rien n’a été fait depuis plus de 2 ans et face à plus de 100.000 morts, mais que soudain vous vous réveillez? Et pensez-vous qu’ajouter des destructions aux destructions est la solution pour un peuple déjà tellement martyrisé, dont plusieurs millions sont jetés sur les routes ou errent dans des camps de réfugiés, ayant tout perdu?

5. Pensez-vous devoir passer par l’action militaire au nom d’une « crédibilité » qui a sans doute été engagée de manière précipitée!? Est-ce au nom de cela que vous êtes prêt à sacrifier des milliers de vies supplémentaires qui viendront encore s’ajouter à toutes les autres: au nom d’une « crédibilité » de quelqu’un qui a parlé trop vite!? Mais à quelle époque pensez-vous vivre!? Si un responsable politique s’est engagé trop vite sur une question d’une telle gravité, il ne retrouvera sa crédibilité, qu’en faisant preuve de retenue et en expliquant calmement qu’il a pu être induit en erreur. Un homme n’a jamais été fustigé parce qu’il reconnaissait une erreur, c’est tout le contraire, cela le grandit! En revanche, voir le sénateur américain John McCain, digne descendant d’une lignée militaire, en débat sur ce dossier, décider du sort de millions de Syriens en jouant une partie de poker sur sa tablette illustre parfaitement ce que vaut la « crédibilité » de certains acteurs politiques!…

6. Par ailleurs, quand cesserez-vous ce double langage qui précisément vous discrédite: en effet, vous semblez vous offusquer de l’usage d’armes chimiques en Syrie, quand rien n’est fait lorsqu’il est question d’armes à l’uranium appauvri (UA) dont la France semble être productrice à grande échelle? Et pourquoi la France s’est-elle acoquinée avec les USA et Israël pour bloquer une résolution de l’ONU cherchant à établir une commission d’enquête sur les effets de son usage? Vous n’êtes pas sans savoir qu’Israël utilise régulièrement des armes à l’UA contre la population civile palestinienne. Or, il est scientifiquement prouvé que l’UA est terriblement dangereux puisque sa toxicité est estimée à plusieurs milliards d’années!!… Et que ses effets nocifs s’accroissent avec le temps… (A titre d’info : http://www.dissident-media.org/infonucleaire/armes_uranium.html)

Pour rappel, en 2009 à Gaza, l’intervention de l’armée israélienne avec ces armes a fait plus de 1400 victimes dont de nombreux enfants… Ces chers enfants qui vous servent bien quand il vous faut trouver des prétextes! Quelles sanctions ont donc prises la France et la soi-disant Communauté internationale à l’encontre de cet Etat ouvertement hors-la- loi depuis des décennies, « afin qu’il ne recommence plus » (pour utiliser la rhétorique avancée dans le cas de B. Al Assad)!?… Bien sûr, ce conflit qualifié de « basse intensité » n’a pas fait 100.000 morts en 2 ans… Il n’a fait que jeter 850.000 personnes sur les routes, et les entasser dans des camps de réfugiés depuis… 65 ans! Où ils croupissent à plusieurs millions aujourd’hui et pour beaucoup dans des conditions infrahumaines, à attendre que la France et la Communauté internationale « punissent » l’Etat d’Israël!

7. Enfin, pensez-vous que dans une démocratie moderne, quelques individus peuvent agir contre la volonté de la majorité de la population? Pensez-vous que les peuples n’en ont pas marre des manigances guerrières d’une oligarchie cherchant le moindre prétexte pour anéantir les plus faibles? Pensez-vous vraiment qu’on est encore dans un monde où les anciennes puissances coloniales peuvent se permettre d’intervenir à coups de missiles pour donner des « leçons morales » à d’autres Etats? Vous sentez-vous aussi probe, vertueux et au-dessus de tout soupçon que pour agir de la sorte? Monsieur Mamère, vous pensez-vous à même de jouer au Père Noël en distribuant des cadeaux aux uns et des sanctions aux autres?

Je m’arrête là… Mais si vraiment le dossier syrien vous tient tant à cœur, je vous prie instamment de revoir votre analyse. Et vous encourage à vous retrousser les manches et faire votre travail de parlementaire pour trouver les solutions « politiques » qui n’ont que trop tardées dans la résolution de ce dramatique conflit. A commencer par le dossier des armes à l’UA dont votre pays est un contributeur actif. Là, vous retrouverez peut-être un début de crédibilité!

Et pour la petite histoire, je vous informe que le sénateur McCain a perdu sa partie de poker virtuel… Funeste présage?

Civilement,

Daniel Vanhove -

Observateur civil en Palestine

Auteur

05.09.2013


Selon Noël Mamère : Il faut intervenir en Syrie pour défendre les révolutions arabes

 

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À son excellence
M. Vladimir Poutine
Président de la fédération de Russie

Au cours de cette année, vous avez l’honneur et la responsabilité de présider le groupe des vingt plus grandes économies du monde. Je suis conscient que la Fédération de Russie fait partie de ce groupe depuis sa création et a toujours eu à jouer un rôle positif dans la promotion d’une bonne gouvernance de l’économie mondiale, qui a été profondément touchée par la crise de 2008.

Dans le contexte d’interdépendance actuel, nous avons un cadre financier global avec ses propres règles justes et claires pour parvenir à un monde plus équitable et fraternel, dans lequel il est possible de vaincre la famine, d’assurer des emplois décents et des logements pour tous, ainsi que les soins nécessaires. Cette année, votre présidence du G20 s’ est engagée à consolider la réforme des organisations financières internationales et à parvenir à un consensus sur les normes financières qui conviennent aux circonstances actuelles. Cependant, l’économie mondiale ne se développera que si elle garantit à tous les êtres humains une vie digne, du plus vieux jusqu’à l’ enfant à naitre, pas seulement pour les citoyens des pays du G20, mais pour chaque habitant de la planète, même ceux qui sont dans des situations sociales extrêmes ou dans des endroits reculés.

De ce point de vue, il est clair que, pour les peuples du monde, les conflits armés sont toujours une négation délibérée de l’harmonie internationale, et créent de profondes divisions et des blessures profondes qui nécessitent de nombreuses années pour guérir. Les guerres sont un refus concret d’atteindre les grands objectifs économiques et sociaux que la communauté internationale s’est fixée, comme nous avons pu le constater par exemple avec les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Malheureusement, les nombreux conflits armés actuels qui continuent d’affecter le monde nous offrent quotidiennement des images spectaculaires de misère, de famines, de maladies et de mort. Sans la paix, il ne peut y avoir aucune forme de développement économique. La violence n’engendre jamais la paix, condition nécessaire au développement.

La rencontre des chefs d’État et des gouvernements des 20 plus importantes puissances économiques, correspondant au 2/3 de la population mondiale, et à 90 % du PIB mondial, n’a pas pour but principal la sécurité internationale. Néanmoins cette rencontre n’omettra surement pas la situation au Moyen-Orient et en particulier en Syrie. Il est regrettable que, depuis le début du conflit en Syrie, des intérêts unilatéraux aient prévalu, et aient de ce fait entravé la recherche d’une solution qui aurait permis d’éviter le massacre insensé qui a lieu. Les leaders du G20 ne peuvent rester indifférents à la situation dramatique du bien aimé peuple syrien, qui dure depuis bien trop longtemps et qui risque d’ apporter une plus grande souffrance à une région amèrement touchée par des conflits et en quête de paix. Aux leaders présents, à chacun, je lance un appel sincère pour permettre de trouver des moyens de surmonter ces conflits et de mettre de côté la poursuite futile d’une solution militaire. Plutôt, qu’il y ait un engagement renouvelé à chercher, avec courage et détermination, une solution pacifique au travers du dialogue et de la négociation entre les parties, supportée unanimement par la communauté internationale De plus, tous les gouvernements ont le devoir moral de faire tout leur possible afin d’ assurer une assistance à ceux qui souffrent à cause ce conflit, que ce soit d’un côté ou de l’ autre des frontières.

Monsieur le Président, dans l’ espoir que ces pensées puissent être une contribution spirituelle valable à cette rencontre, je prie pour le succès des travaux du G20 à cette occasion. J’invoque l’abondance des bénédictions du sommet de Saint-Pétersbourg, sur les participants et les citoyens des États membres, et sur le travail et les efforts de la présidence russe 2013 du G20.

Tout en appelant à vos prières, je saisis cette occasion pour vous assurer, Monsieur le Président, de ma très haute considération.

Pape François

Vatican, 4 septembre 2013

 

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Dans les huit prochains jours, la paix est possible en Syrie

septembre 6th, 2013 by Thierry Meyssan

Depuis la chute de l’Union soviétique, les Nations Unies apparaissent comme une simple chambre d’enregistrement de la politique US, au point que Washington appelle ses alliés la « communauté internationale ». Pourtant, le monde de George W. Bush n’est plus. L’ONU peut à nouveau jouer un rôle au service de la paix, lorsqu’un de ses membres est menacé par les États-Unis. Thierry Meyssan appelle à clore la crise syrienne comme le fut celle de Suez, en appelant à une « session extraordinaire d’urgence » de l’Assemblée générale.

La révolte du Parlement britannique contre le projet colonial de David Cameron, suivie par la transmission du dossier syrien par Barack Obama au Congrès des États-Unis modifient profondément les rapports de force internationaux, même si le Congrès devait en dernier ressort autoriser le recours aux bombardements.

Dans la période actuelle, tous les États retrouvent leur liberté de parole. Seule la France est encore susceptible de faire pression sur ses vassaux pour leur dicter une politique belliciste. Ni le Royaume-Uni, ni les États-Unis jusqu’au vote de leur Congrès, ne le peuvent.

Or, la majorité des États dans le monde sont conscients des conséquences en chaîne qu’une intervention occidentale peut provoquer au Proche-Orient. Qu’elle soutienne la Syrie ou qu’elle souhaite le renversement de ses institutions, cette majorité ne peut que s’opposer à un bombardement, fut-il « chirurgical », de la Syrie.

Par conséquent, il existe durant un peu plus d’une semaine une fenêtre permettant de stopper la guerre : l’Assemblée générale des Nations Unies peut se saisir de la question et interdire à ses membres d’attaquer la Syrie, y compris pour prévenir l’usage d’armes de destruction massive par son gouvernement.

En droit, la défense de la paix incombe au seul Conseil de sécurité et non à l’Assemblée générale. Cependant, lorsque le Conseil ne parvient pas à statuer en raison d’un blocage entre ses membres permanents, l’Assemblée générale peut prendre acte de sa carence et trancher à sa place. Dès lors, l’Assemblée peut adopter une résolution interdisant d’attaquer la Syrie.

D’après la note publiée par le gouvernement britannique, l’intervention des grandes puissances serait légale en dehors d’un mandat du Conseil de sécurité si elle poursuit comme objectif exclusif de défendre les populations civiles en interdisant l’usage d’armes de destruction massive et si elle emploie des moyens proportionnés pour atteindre cet objectif. Bien sûr, comme en Libye, il ne s’agit que de justifier l’entrée en guerre, puis de se glisser dans l’agression pure et simple. Jamais M. Cameron n’a eu l’intention de s’en tenir à ses buts officiels.

Si le Conseil de sécurité ne peut empêcher une escalade dans la guerre, en raison du veto occidental, l’Assemblée générale le peut. En vertu de la résolution « Union pour le maintien de la paix » (377, V), adoptée sur proposition du secrétaire d’État US Dean Acheson durant la crise coréenne, elle doit pour cela se réunir en « session extraordinaire d’urgence » à la demande de la majorité de ses membres.

C’est de cette manière que la Communauté internationale, alors conduite par l’Union soviétique et les États-Unis, a contraint la France, le Royaume-Uni et Israël à se retirer du Canal de Suez qu’ils avaient envahi, en 1956.

Une telle décision n’empêchera pas les États-Unis, l’Arabie saoudite et la Turquie de continuer à déverser armes et argent pour financer jihadistes et mercenaires, mais aucun État ne pourra bombarder la Syrie.

Cette résolution aurait comme effet immédiat de précipiter la tenue de la Conférence de paix de Genève 2 car elle priverait les groupes armés de l’espoir de vaincre. Le temps qui passe ne pourrait plus que profiter à la Syrie face à ses agresseurs.

D’ores et déjà, Cuba a évoqué cette option dans une déclaration de son ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez-Parrilla. Il a souligné qu’il est du devoir moral du secrétaire général, Ban Ki-moon, de collecter lui-même les signatures nécessaires à la tenue de cette session extraordinaire d’urgence. Ce serait une occasion pour lui de montrer à ceux qui le perçoivent comme un pion des États-Unis qu’ils se trompent. Il serait moins hasardeux de faire confiance à l’ambassadeur Bashar Jaafari pour débloquer la situation.

La paix est à portée de main.

Thierry Meyssan
Thierry MeyssanThierry MeyssanIntellectuel français, président-fondateur duRéseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Dernier ouvrage en français :L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

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Le Secrétaire d’Etat John Kerry : « Il ne fait aucun doute que Saddam al-Assad a franchi la ligne rouge… Pardon, j’ai dit « Saddam » ? » (1)

Un drone US a pris une photo du Mollah Omar en train de rouler en mobylette dans les rues de Damas (1)

Alors où en sommes-nous alors que les Etats-Unis envisagent toujours une attaque contre la Syrie et maintiennent cinq navires de guerre équipés de missiles dans l’est de la Méditerranée ?

- 9 % seulement des Américains soutiennent une intervention militaire des Etats-Unis en Syrie (2)

- 11 % des Britanniques soutiennent une intervention militaire de la Grande-Bretagne : le chiffre est monté à 25 % à l’annonce d’une attaque chimique. (3)

- Le Premier Ministre Britannique David Cameron a perdu un vote au Parlement le 29 Août sur une intervention militaire en Syrie par 285 voix contre et 272 pour.

- 64 % des Français s’opposent à une intervention de l’armée française. (4) « Avant d’agir, il faut des preuves » a déclaré un porte-parole du gouvernement français. (5)

- De hauts gradés de l’armée US, certains à la retraite et d’autres en poste, remettent en cause le recours à la force militaire et laissent entendre que la Maison Blanche manque d’une stratégie cohérente. « Si l’administration est hésitante sur le bien-fondé de renverser ou affaiblir le dirigeant syrien, préparant ainsi l’entrée à Damas des rebelles islamistes intégristes, disent-ils, l’objectif militaire de lancer des frappes sur des cibles militaires d’Assad est pour le moins ambiguë. » (6)

- Le Président Obama n’a pas l’autorisation des Nations Unies pour une intervention. (Au mois de février, une vague d’attentats à Damas a provoqué 100 morts et 250 blessés ; tout indique qu’il s’agit de l’oeuvre des terroristes islamistes. Les Etats-Unis ont opposé leur veto à une résolution Russe condamnant les attaques et présentée au Conseil de Sécurité).

- Aucun des 28 membres de l’OTAN n’a proposé une alliance avec les Etats-Unis pour attaquer la Syrie. Le secrétaire générale de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen a déclaré qu’il ne voyait « aucun rôle de l’OTAN dans une réaction internationale contre le régime (syrien). » (7)

- La Ligue Arabe n’a pas publiquement apporté son soutien à une action militaire US en Syrie ; idem en ce qui concerne des acteurs clés dans la région, l’Arabie Saoudite et le Qatar, préoccupés par une éventuelle réaction de l’opinion devant un soutien ouvert à une intervention US. (8)

- Il n’est même pas certain qu’il s’agissait d’une véritable attaque chimique. D’où viennent les accusations ? Les Etats-Unis ? Les rebelles d’al-Qaeda ? Et si une attaque a bien eu lieue, qu’est-ce qui prouve que l’auteur est bien le gouvernement Syrien ? Le régime Assad a accusé les rebelles, et publié une vidéo montrant une grotte avec de présumées armes chimiques et affirme par ailleurs avoir capturé des rebelles en possession de gaz sarin. Quels que soient les auteurs, pourquoi, à l’ère des caméras omniprésentes, ne voit-on aucune photo de gens portant des masques à gaz ? L’équipe d’inspection de l’ONU avait initialement été envoyée pour enquêter sur des accusations antérieures d’usages d’armes chimiques : deux accusations formulées par les rebelles et une par le gouvernement.

- Les Etats-Unis insistent que la Syrie a refusé d’autoriser aux enquêteurs de l’ONU l’accès au site de l’attaque. Cependant, la demande de l’ONU a été faire la samedi 24 août ; le gouvernement syrien a donné son accord le lendemain. (9)

- En rejetant les accusations que la Syrie aurait utilisé du gaz mortel, les officiels Russes ont argumenté que les rebelles avaient des motifs évidents : provoquer une attaque occidentale contre les forces syriennes ; tandis qu’Assad avait toutes les raisons de s’abstenir d’une action qui provoquerait une intervention internationale au moment même où ses forces étaient en train de gagner la guerre et les rebelles de perdre de plus en plus du soutien à cause de leur comportement sauvage et ultra-cruel.

- Le Président George W. Bush a trompé le monde sur les Armes de Destruction Massive en Irak, mais le dossier bidon de Bush contenait au moins des détails vérifiables, contrairement au dossier de l’administration Obama publié le 29 août sur une attaque chimique lancée par la Syrie – aucune citation directe, aucune photo, aucune source identifiée, rien que du « faites nous confiance », fait remarquer Robert Parry, journaliste intrépide à Washington.

Donc, à la lumière de tout ce qui précède, le choix qu’Obama doit faire – en tant qu’être humain doué de raison – est évident, bien-sûr. N’est-ce pas ? Is it not ? Nicht Wahr ? Larguez les Bombes !

Oui, plutôt décourageant. Mais en fait j’y trouve pas mal d’éléments encourageants. Beaucoup de gens semblent avoir réellement appris quelque chose des tonnes de mensonges et d’horreurs sur l’Irak et des décennies d’interventions américaines. Le scepticisme – le bon vieux scepticisme bien sain – chez les peuples américain, britannique et français. C’était émouvant d’observer le Parlement britannique dans un débat d’un genre rarement vu, peut-être jamais, au Congrès US au cours de 21ème siècle. Et des officiers Américains qui posent les bonnes question. La ligue arabe qui ne soutient pas une attaque US, ce qui est surprenant pour une organisation qui n’aime pas le gouvernement laïque Syrien. Et l’OTAN – même l’OTAN ! – refuse jusqu’à présent de suivre aveuglément la Maison Blanche. Quand est-ce qu’on a déjà vu ça ? Je croyais que c’était interdit par le droit international…

Le secrétaire d’Etat John Kerry a dit que si les Etats-Unis ne réagissaient pas à l’usage d’armes chimiques, le pays deviendrait « la risée » du monde. Oui, voilà ce qui devrait préoccuper les Etats-Unis et son peuple – et non que le pays soit perçu comme un délinquant récidiviste assassin de masse sans foi ni loi. D’autres officiels américains ont exprimé leur préoccupation qu’une absence de riposte des Etats-Unis pourrait encourager des menaces de la part de l’Iran et la Corée du nord. (10)

Voilà quelque chose de réellement risible. Il est réconfortant de penser que le monde pourrait enfin perdre ses dernières illusions sur la politique étrangère des Etats-Unis en partie grâce aux innombrables commentaires ridicules tel que celui-là.

Les bombardements effectués par les Etats-Unis, qui peuvent se révéler aussi cruels et aveugles qu’une attaque au gaz. (Un terroriste, c’est quelqu’un qui a une bombe mais pas d’aviation.)

Voici la glorieuse liste des pays bombardés par notre glorieux pays, que nos glorieuses écoles n’enseignent pas, que nos glorieux médias oublient, et que nos glorieux dirigeants glorifient.

  • Corée et Chine 1950-53 (guerre de Corée)
  • Guatemala 1954
  • Indonésie 1958
  • Cuba 1959-1961
  • Guatemala 1960
  • Congo 1964
  • Laos 1964-73
  • Vietnam 1961-73
  • Cambodge 1969-70
  • Guatemala 1967-69
  • Grenad e1983
  • Liban 1983, 1984 (cibles libanaises et syriennes)
  • Libye 1986
  • El Salvador 1980s
  • Nicaragua 1980s
  • Iran 1987
  • Panama 1989
  • Irak 1991 (guerre du Golfe)
  • Koweit 1991
  • Somalie 1993
  • Bosnia 1994, 1995
  • Soudan 1998
  • Afghanistan 1998
  • Yugoslavia 1999
  • Yemen 2002
  • Irak 1991-2003 (régulièrement US/GB dans le cadre d’une zone d’exclusion aérienne)
  • Irak 2003-2011 (deuxième guerre du Golfe)
  • Afghanistan 2001 jusqu’à présent
  • Pakistan 2007 jusqu’à présent
  • Somalie 2007-8, 2011 jusqu’à présent
  • Yemen 2009, 2011 jusqu’à présent
  • Libye 2011
  • Syrie 2013 ?

Cette liste n’inclut pas l’usage répété par les Etats-Unis d’uranium appauvri, bombes à fragmentation, phosphore blanc, et autres inventions charmantes des scientifiques fous du Pentagone. Ne sont pas inclus non plus : armes chimiques et bactériologiques à l’étranger, armes chimiques et bactériologiques aux Etats-Unis (sic) et l’encouragement à utiliser des armes chimiques et bactériologiques par d’autres nations ; vous trouverez les détails dans mon livre « l’Etat Voyou ».

Un article récemment publié par le magazine Foreign Policy, basé sur de nouveaux documents déclassifiés découverts récemment, raconte comment les communautés du renseignement et militaire savaient mais n’ont rien fait pour empêcher une série d’attaques au gaz neurotoxique par l’Irak bien plus dévastatrices que tout ce que la Syrie a pu connaître. (11) En effet, au cours de cette guerre-là, les Etats-Unis étaient le fournisseur principal d’armes chimiques et du matériel indispensable pour fournir au régime de Saddam Hussein la capacité de mener une guerre chimique. (12)

A présent, les Etats-Unis viennent apparemment de découvrir toute l’horreur des guerres chimiques, même celles encore à l’état de supputation.

Intervention humanitaire

Certains de ceux qui préconisent le bombardement de la Syrie font appel à leur vieil ami fidèle, « l’intervention humanitaire », dont un des premiers exemples est le bombardement en 1999 par les Etats-Unis et l’OTAN pour arrêter le nettoyage ethnique et expulser les Serbes du Kosovo. Cependant, une amnésie collective semble avoir frappé d’innombrables gens intelligents et bien intentionnés, qui sont convaincus que les bombardements US/OTAN ont commencé après qu’une déportation massive et forcée d’Albanais du Kosovo fut bien engagée ; autrement dit, que le bombardement fut déclenché pour faire cesser ce « nettoyage ethnique ». En fait, la déportation forcée généralisée d’un grand nombre de gens du Kosovo n’a commencé que quelques jours après le début des bombardements, et constituait clairement une réaction serbe, née d’un sentiment de colère extrême et d’impuissance. Ceci est facilement vérifiable en consultant un quotidien pendant les quelques jours qui ont précédé le début des bombardements, dans la nuit du 23 au 24 mars, et les jours qui ont suivi. Ou simplement en consultant le New York Times du 26 mars, page 1, où on lit :

« …avec le début des bombardements de l’OTAN, un sentiment de crainte s’est emparé de Pristina (principale ville Kosovo) que les Serbes se vengent MAINTENANT contre les civils albanais en guise de représailles. »

Le 27 mars, nous trouvons la première référence à une « marche forcée » ou quelque chose de similaire.

Mais la version servie par la propagande est déjà gravée dans le marbre.

Si vous voyez quelque chose, dites-le. Sauf s’il s’agit d’un crime de guerre US.

« Lorsque vous signez une habilitation de sécurité et prêtez serment, vous devez les respecter. Ce n’est pas facultatif. » Steven Bucci, du néoconservateur Heritage Foundation, en parlant de Chelsea Manning (anciennement connu sous le prénom de Bradley) (13)

Vraiment ? Peut importe ce qu’on lui demande de faire ? Peut importe ce qu’il voit ou sait, il doit malgré tout ignorer sa conscience et obéir aux ordres ? Mais Steven, mon garçon, tu dois pourtant savoir qu’après la Deuxième Guerre Mondiale de nombreux Allemands ont bien entendu invoqué l’excuse qu’ils ne faisaient qu’ « obéir aux ordres ». Les Alliés victorieux ont bien entendu exécuté un certain nombre d’entre eux.

Leurs condamnations à mort ont été prononcés par le Tribunal Militaire International à Nuremberg, Allemagne, qui a déclaré que « les individus ont des devoirs internationaux qui transcendent le devoir national d’obéissance. Par conséquent, les citoyens individuels ont le devoir de violer des lois domestique pour prévenir des crimes contre la paix et contre l’humanité. »

Le 4eme principe de Nuremberg rajoute : « Le fait qu’une personne ait agi sous les ordres de son gouvernement ou d’un supérieur hiérarchique ne le dispense pas de responsabilité devant la droit international, à condition que le choix moral lui était effectivement offert. »

Manning, et Snowden aussi, avait le choix, et ils ont choisi.

Il mérite d’être souligné que Barack Obama a refusé de poursuivre en justice ceux de l’administration Bush impliqués dans la torture au motif précis – déclare-t-il – qu’ils obéissaient aux ordres. Cet homme « éduqué » n’a-t-il jamais entendu parler du Tribunal de Nuremberg ? Pourquoi n’éprouve-t-il aucun gêne à ressasser un tel argument ?

J’imagine qu’au cours des trois ans que Manning a passé en prison en isolement, à subir des tortures et des humiliations, ce qui a probablement singulièrement compliqué ses problèmes personnels, l’idée de suicide a du lui traverser l’esprit plus d’une fois. Elle aurait certainement traversé le mien si je m’étais retrouvé dans sa position. Et au cours des milliers et milliers de longues journées et nuits d’incarcération qui l’attendent, une telle pensée pourrait devenir son compagnon habituel. Si les pensées se transforment en désir, et le désir devient insupportable, j’espère que cette personne courageuse trouvera un moyen pour l’accomplir. Tout le monde y a droit, même les héros.

Les Etats-Unis et leurs caniches européennes ont peut-être dépassé les bornes dans leurs tentative de contrôler la communication dissidente – exigeant une communication totale des données des sociétés engagées dans les messageries cryptées, forçant plusieurs sociétés à fermer, obligeant l’avion transportant le président bolivien à atterrir, saccageant les ordinateurs d’un grand quotidien, détenant le compagnon d’un journaliste lanceur d’alerte pendant neuf heures à l’aéroport, confisquant les relevés d’appels téléphoniques des journalistes de l’agence Associated Press, menaçant d’envoyer en prison un journaliste du New York Times s’il ne révélait pas l’identité de ses sources, mentant sans vergogne au plus haut niveau, plaçant l’Union Européenne et les Nations Unies sur écoute, la surveillance sans limites… Où cela s’arrêtera-t-il ? Assistera-t-on à un moment donné à un retour de bâton et le retour de l’Amérique à son état habituel d’état policier ? Le 24 juillet, un proposition de loi qui aurait limité les pouvoirs de la NSA a été rejeté de justesse par un vote de 217 voix contre 205 à la Chambre des Représentants.

Et pendant encore combien de temps est-ce que Amnesty International ternira son image en refusant de déclarer l’évidence ? Que Chelsea Manning est un Prisonnier de Conscience. Sur le site internet d’Amnesty, en faisant une recherche sur « prisonnier de conscience », on trouve un certain nombre de noms, dont plusieurs Cubains en bonne place. Y’aurait-il un rapport entre l’omission de Manning et le fait que le directeur exécutif d’Amnesty International USA, Suzanne Nossel, était précédemment employée au Département d’Etat, au poste de Secrétaire adjoint aux Organisations Internationales ?

Un coup de fil au bureau d’Amnesty à New York ne m’a pas permis d’obtenir une explication quelconque pour l’omission de Manning. Je suggère aux lecteurs qui habitent en Grande-Bretagne de contacter le siège d’AI à Londres.

Pendant ce temps, dans une autre organisation éminente de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch, Tom Malinowski, directeur du bureau de l’organisation à Washington, a été nommé par Obama au poste de secrétaire d’état adjoint à la Démocratie, aux Droits de l’Homme et au Travail. Est-ce vraiment trop demander qu’un haut responsable d’une organisation de défense des droits de l’homme s’abstienne de travailler pour un gouvernement qui a été le principal violeur des droits de l’homme au monde depuis plus de 50 ans ? Et si vous avez du mal à avaler une telle désignation, arrêtez-vous un instant sur la torture, la forme la plus extrême d’inhumanité envers un être humain. Quel gouvernement est plus intiment impliqué dans cette horreur que celui des Etats-Unis ? Un gouvernement qui l’enseigne, qui fournit les manuels, l’équipement, qui crée des centres de torture pratiquement partout dans le monde, qui enlève des gens pour les emmener dans ces lieux (« renditions »), incarcérations en isolement, alimentations forcées, Guantánamo, Abu Ghraib, Bagram, Chili, Brésil, Argentine, Chicago… Que Dieu nous pardonne !

Encercler la Russie

Une des réactions des Etats-Unis à l’accord par la Russie de l’asile à Edward Snowden fut présentée ainsi : « Il y a eut une réaction virulente sur Capitol Hill (Congrès) et des appels à des mesures de représailles destinés à rendre le Kremlin furieux. Le sénateur John McCain (Républicain, Arizona), de longue date un des principaux critiques de Moscou au Sénat, a critiqué la décision d’asile comme « une gifle infligée à tous les Américains et demande que l’administration augmente la pression sur Moscou sur une série de fronts, dont une relance de l’expansion de l’OTAN et un nouveau programme de défense par missiles en Europe. » (14)

Pourtant on nous a souvent répété que l’expansion de l’OTAN et ses missiles en Europe n’avait rien à voir avec la Russie. Et on a dit la même chose à la Russie, sans pour autant lever le scepticisme à Moscou. « Regardez, » a dit le Président Russe Vladimir Poutine au sujet de l’OTAN en 2001, « voici une organisation militaire. Elle s’avance vers nos frontières. Pourquoi ? » (15) Il a ensuite décrit l’OTAN comme le « cadavre puant de la Guerre Froide ». (16)

L’Amérique et les armes, une histoire d’amour

Adam Kokesh est véteran de la guerre en Irak qui vit actuellement dans la région de Washington DC. Il est l’un des innombrables Américains dingues des armes, des armes qui seront nécessaires pour protéger les Américains de leur gouvernement répressif, des armes nécessaires pour « la révolution ».

Le 4 juillet, Kokesh, 31 ans, s’est fait faire une vidéo de lui en train de tenir un fusil de chasse et de charger des cartouches tout en parlant devant la caméra sur Freedom Plaza, un terrain fédéral entre le Washington Monument et la Capitole. Le police a lancé un raid sur sa maison le 25 et l’a arrêté pour transport d’armes à l’extérieur de son foyer ou bureau. Cette vidéo de 23 secondes est visible sur Youtube. (17)

J’ai envoyé à Kokesh le courrier électronique suivant :

« Adam ; toutes vos armes ne vous ont apparemment pas aidé du tout lorsque la police a débarqué chez vous. Et pourtant, les gens comme vous disent qu’une population armée sera protégée d’un gouvernement répressif. Je n’y ai jamais cru à cause de l’énorme déséquilibre entre la puissance de feu du public et celle du gouvernement. Et il semblerait que j’avais raison. »

Je n’ai pas reçu de réponse, mais le fait qu’il soit en prison serait une explication.

Et Kokesh, pour la petite histoire, avait un programme sur RT (Russia Today) pendant une courte période l’année dernière.

William Blum

http://www.killinghope.org/

Article original en anglais :

applepieFound at Last! After searching for 10 years, the Iraqi Weapons of Mass Destruction have Finally been Found – in Syria! 03 septembre 2013

Traduction  par VD pour le Grand Soir

Notes

 

  1. Les 3 blagues précédentes m’ont été aimablement données par mon ami Viktor Dedaj, Paris.
  2. Reuters/Ipsos poll, August 26, 2013 
  3. Sunday Times (UK), YouGov poll, August 25 
  4. Le Parisien, August 30, 2012 
  5. Christian Science Monitor, August 29, 2013 
  6. Washington Post, August 29, 2013 
  7. The Wall Street Journal, August 30, 2013 
  8. Washington Post, August 31, 2013 
  9. UN Web TV, August 27, 2013 (starting at minute 12:00) 
  10. The Washington Post, August 31, 2013 
  11. Shane Harris and Matthew M. Aid, “CIA Files Prove America Helped Saddam as He Gassed Iran”, Foreign Policy, August 26, 2013 
  12. William Blum, “Anthrax for Export”, The Progressive (Madison, Wisconsin), April 1998 
  13. Washington Post, August 22, 2013 
  14. Washington Post, July 31, 2013 
  15. Associated Press, June 16, 2001 
  16. Time magazine, December 2007 
  17. Washington Post, August 13, 2013 
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Syrie : se méfier de la désinformation

septembre 5th, 2013 by Michel Warshawski

Armes chimiques : en réalité, nous ne savons rien de sûr à cet instant, sauf qu’une fois encore, nous sommes la cible d’une campagne majeure de désinformation.

« Un texte sur la Syrie, soi-disant signé par moi, circule sur le net. Il n’est pas de moi. Je ne suis responsable que des textes publiés sur le site de l’AIC (alternativenews.org). » Michel Warschawski

La Syrie est une tragédie : des dizaines de milliers de victimes innocentes ont été massacrées et un pays qui se trouvait au cœur de la civilisation arabe est en train d’être anéanti. Notre cœur saigne pour la souffrance du peuple syrien. Rage et tristesse, cependant, ne sont pas incompatibles avec une lecture critique de l’information dont nous sommes abreuvés par les médias grands publics.

Ces médias accusent le régime de tous les crimes perpétrés durant l’année écoulée, en particulier de l’usage prétendu d’armes chimiques.

Avant même que la commission d’enquête des Nations-Unies n’arrive à Damas, il paraissait, semble-t-il, entendu que des armes chimiques avaient été utilisées, et que c’était l’armée syrienne qui les avait utilisées contre la population syrienne. Une dictature sanguinaire et folle contre un mouvement de libération composé d’anges ?

 

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Le parlement britannique a été rappelé en début de vacances d’été pour un vote – qui fut un refus – sur une attaque militaire sur la Syrie.
(Photo : parlement.uk)

 

Commençons par l’Armée de libération syrienne (ALS) : ce n’est pas un corps homogène – en fait, ils se battent entre eux – et alors qu’elle comportait à l’origine de véritables démocrates syriens, la plupart de ceux-ci ont quitté le mouvement, lequel s’est trouvé progressivement dirigé par des fondamentalistes musulmans, des bandes de criminels et des agents étrangers. Les puissances internationales qui soutiennent l’ALS pourraient bien rapidement regretter leur choix de partenaires, comme cela est arrivé avec Al Qaïda en Afghanistan…

Ensuite, la question du nombre. Des centaines ou même des milliers de victimes, rapportent les médias. Qui les a comptées ? Où ? Tuées par quelles armes et par qui ? Et les armes chimiques : selon un article récent du Washington Post, à au moins une occasion, des armes chimiques ont été utilisées… par des unités de rebelles, pas par le régime.

En réalité, nous ne savons rien de sûr à cet instant, sauf qu’une fois encore, nous sommes la cible d’une campagne majeure de désinformation.

Il nous faut avoir une lecture critique de l’information dont nous sommes abreuvés, sans aucun doute les « armes de destruction massive » qui ont servi de prétexte pour l’agression américaine contre l’Iraq n’ont jamais existé : des dizaines de millions de personnes à travers la planète ont été abusées par George W. Bush et sa cynique équipe de menteurs qui ont voulu briser l’énorme mouvement anti-guerre, et notamment celui aux États-Unis.

La capacité pour les mensonges de masse a en fait été testée par la machine de propagande US à la fin des années quatre-vingt, contre le régime de Ceausescu en Roumanie. Un massacre prétendu était dit avoir été commis par le régime dans la ville de Timisoara, et le monde entier a été trompé par les « images » du massacre. Cette indignation universelle a été le début de la fin de la dictature Ceausescu.

Pourtant, le massacre de Timisoara n’avait jamais eu lieu, et les charniers étaient des faux : Timisoara n’était qu’une invention de la CIA et de l’opposition roumaine.

Depuis, j’ai appris à être extrêmement sceptique devant les informations dramatiques, spécialement quand l’on sait pertinemment que ce sont les États-Unis et leurs alliés qui recherchent des prétextes pour lancer une agression militaire.

 Michel Warschawski

Article original :  Alternative Information Center

Traduction : JPP pour Info-Palestine

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Les terroristes d’Al-Nosra ont pris le contrôle de l’antique cité de Maaloula -où les habitants parlent encore la langue de Jésus, et où le célèbre monastère est situé- après une attaque suicide à la voituré piégée contre le seul check-point tenu par les forces de sécurité gouvernementales. Les membres des comités populaires qui défendaient ce village ont tous été tués. Des renforts de l’armée syrienne sont arrivés sur place et s’apprêtent maintenant à contre-attaquer pour reprendre le contrôle de cette ancienne cité située au nord de la province de Damas. 
[Silvia Cattori]

Sans aucune raison, à 4 heures mercredi 4 septembre, un grand nombre de terroristes de l’Armée syrienne libre, du Front Jabhat Al-Nosra et de l’État islamique d’Irak et du Levant, ont attaqué la ville antique de Maaloula et commencé à tuer des personnes innocentes, et à détruire leurs maisons, monastères et églises.

Maaloula, dominée par des familles chrétiennes depuis le début du christianisme est l’un des 3 endroits sur terre, qui parle encore l’araméen la langue de Jésus-Christ.

Traduit en français pour le site silviacattori.net

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Mesdames et Messieurs,

Permettez-nous de vous apprendre ce qui s’est passé aujourd’hui dans notre ville de Ma’loula [1], avant de vous rappeler ce qu’elle signifie.

À quatre heures du matin, heure de Damas, les gangs armés de la prétendue Armée Syrienne Libre [ASL], les terroristes de Jabhat al-Nosra, et les meurtriers de l’État islamique d’Irak et du Levant, ont attaqué notre ville paisiblement installée dans le Djebel Qalamoun, puis ont entrepris le saccage de ses monastères, de ses églises et de ses icônes historiques, avant d’exiger de tous les habitants de se convertir à l’Islam !

Oui, c’est ce qui est arrivé à l’aube de ce jour dans notre petite ville de Ma’loula. Les gangs armés se sont répandus partout, exposant toute leur artillerie sur la place après avoir interdit tous les accès aux lieux saints.

Ces actes criminels, ce saccage systématique de villes chrétiennes, ce terrorisme frappant leurs habitants, font partie d’un plan global visant à déplacer les chrétiens de leurs patries depuis les origines [2]. C’est ce que nous venons de vivre alors que l’Etat est toujours fort. Qu’est-ce qui nous arrivera si jamais ce n’est plus le cas, une fois que les Forces US nous auront bombardés ?

Ce qui attend les chrétiens de nos villes et villages, aux mains de l’organisation terroriste Jabhat al-Nosra et de ses semblables, est tout simplement terrifiant…  Pouvons-nous espérer que toutes les terribles agressions subies par les monastères et églises de la chrétienté telles celles qui ont eu lieu à Ghassanieh, à Saint Siméon, à l’Église de la ceinture à Homs… finiront par réveiller un tant soit peu la conscience du monde pour qu’il reconnaisse le crime terroriste commis à l’encontre de la Syrie [3] [4] ?

Nous n’aborderons même pas les massacres perpétrés dans toutes les villes et tous les villages où cohabitent ceux que vous désignez par « minorités », puisque vous en connaissez tous les détails !

Mesdames et Messieurs, permettez que nous vous rappelions l’Histoire de Ma’loula qui remonte à des milliers d’années, à l’époque araméenne où elle dépendait du Royaume de Homs, à l’époque romaine quand elle s’appelait Celeokoboles, à l’époque byzantine lorsqu’à partir du IVe siècle elle est devenue le centre d’un épiscopat de première importance qui a duré jusqu’au XVIIe siècle.

Permettez-nous de vous parler du « Monastère de Mar Sarkis » [5] construit au IVe siècle après JC et conçu selon la simple architecture de l’époque des premiers martyrs, Saint Sarkis étant l’un des cavaliers d’origine syrienne exécuté sous le règne du roi Maximanus en l’an 297 après JC ; monastère qui était resté intact jusqu’ici !

Permettez-nous de vous parler du « monastère de Mar Taqla » [6] où sont conservés les restes de Saint Thècle, fille d’un prince Séleucide et élève de Saint-Paul. Un lieu bien visible de toute la petite ville et où l’eau est à jamais de « l’eau bénite ». Un lieu élevé face à la caverne où elle s’était réfugiée après avoir échappé à la persécution des Romains. Un lieu qui depuis ces temps reculés est resté un symbole de la spiritualité et un témoignage de la vie des saints. Des religieuses en prenaient grand soin ainsi que des pèlerins venus de tous les horizons. De là, ils pouvaient contempler les refuges troglodytiques où les premiers chrétiens jeûnaient, méditaient et priaient; preuve, s’il en fallait, que Ma’loula est une ville monastique d’où l’on prie Dieu, le jour comme la nuit.

C’est Ma’loula… Ce lieu célèbre de pèlerinage où une fissure ouverte dans la montagne se remplit ou se vide d’eau en fonction des saisons, et où les pèlerins venaient chercher la bénédiction, la guérison et la pureté depuis la nuit des temps !

Les habitants de Ma’loula

05/09/2013

 

Texte original : Al-tayyar

http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/maaloula-pb-1630838827.htm#.UihWC5oqCXM.facebook

Texte traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1] Syrie : le village chrétien de Maaloula attaqué par des rebelles islamistes

http://www.france24.com/fr/20130905-syrie-al%20nosra-village-chretien-maaloula-attaque-rebelles-islamistes

[2] Le Président Sarkozy au Patriarche maronite : « Que les chrétiens de Syrie et du Liban émigrent pour l’Europe, ils n’ont plus leur place au Proche Orient » http://www.silviacattori.net/article2394.html

[3] Syrie : Juppé “en faveur d’une intervention” même sans le mandat de l’ONU

http://lci.tf1.fr/politique/syrie-juppe-en-faveur-d-une-intervention-meme-sans-le-mandat-de-8259196.html

[4]  Syrie: Alain Juppé ne défend pas les minorités… il fabrique des révolutions

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=29676

[5] Ma’loula – Le couvent Saint Serge ( Mar Sarkis )

http://www.levoyageur.net/photo-1607.html

[6] La Syrie, un pays historiquement Chretien ou il faisait bon vivre, il y a encore peu

http://lesamisdejesus.forumactif.org/t5786-la-syrie-un-pays-historiquement-chretien-ou-il-faisait-bon-vivre-il-y-a-encore-peu

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Montréal, mercredi 4 septembre 2013 – Le conflit syrien perdure depuis deux ans et demi, avec des conséquences horribles. Il aurait déjà fait plus de 100 000 morts, près de deux millions de réfugié-es et encore plus de déplacés internes. Les frappes militaires des États-Unis et de quelques pays alliés ne feront que jeter de l’huile sur un feu dont ils sont déjà en grande partie responsables. Bien loin d’être protégés, d’autres civils mourront inévitablement et le conflit n’en deviendra que plus complexe et plus profond.

Le dilemme moral qu’on nous présente, à savoir de « bombarder ou de ne rien faire face à un dictateur qui utilise des armes chimiques contre son peuple » n’est qu’un nouveau prétexte de guerre préfabriqué, tout comme la « légitime défense » des États-Unis et de l’OTAN pour leur guerre en Afghanistan et les « armes de destruction massive » de Saddam Hussein pour la guerre d’agression contre l’Irak.

Les États-Unis tentent de justifier leur agression par des prétendues preuves irréfutables, qu’ils refusent de révéler au grand jour, et par l’obligation d’agir en tant que garants ultimes d’une norme internationale, primant, semble-t-il, sur toute autre. Or de telles actions de justicier sont elles-mêmes totalement « hors la loi » au regard du droit international. Sous couvert d’une soi-disant « responsabilité de protéger », elles ne visent que l’avancement des intérêts stratégiques des puissances « protectrices » et entraînent un effritement inquiétant de l’ordre international. Prétendre détenir des preuves ne donne aucune légitimité à des actions « punitives ». Au minimum, les responsables doivent être mis en accusation et les preuves présentées devant la Cour pénale internationale, une juridiction à laquelle les États-Unis refusent par ailleurs farouchement d’être soumis eux-mêmes.

Le « blocage » résultant des vétos russe et chinois au Conseil de sécurité de l’ONU sert peut-être de rempart temporaire contre le risque d’un embrasement plus vaste et plus destructeur encore. En effet, bien loin d’être neutres, les États-Unis et leurs alliés dans cette région du monde – en particulier l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie – sont profondément impliqués dans le conflit en Syrie, notamment en armant et en entraînant des forces d’opposition au régime Assad, qui sont en bonne partie des « djihadistes » étrangers. De l’autre côté, la Russie, principal fournisseur militaire et soutien politique du régime syrien, tient beaucoup à conserver ce pays dans sa sphère d’influence. Le Hezbollah libanais et l’Iran, également impliqués du côté du régime syrien, se voient comme les prochaines cibles de l’empire étasunien. Dans de telles circonstances, il n’est pas impensable qu’ils répliquent aux frappes étasuniennes en visant Israël ou des intérêts occidentaux dans la région. Les risques d’une conflagration régionale, voire même mondiale, sont donc bien réels.

Pour la communauté internationale – la vraie, et non le petit groupe de dirigeants occidentaux va-t-en-guerre qui se désignent sans cesse ainsi – le choix qui s’offre n’est pas de bombarder ou de ne rien faire. Tous les efforts doivent, au contraire, être déployés pour désamorcer les affrontements armés et favoriser la construction progressive d’une solution politique, authentiquement syrienne, au conflit.

Pour cela, il faut exiger un cessez-le-feu immédiat, l’arrêt de toutes les livraisons d’armes aux belligérants et l’amorce de négociations, sans condition. Outre le régime et les oppositions syriennes armées, ces négociations doivent également inclure des représentants des mouvements syriens d’opposition non armés, des organismes qui œuvrent sur le terrain pour favoriser la désescalade du conflit et la réconciliation, des organisations de femmes, etc. Et elles doivent être placées sous l’égide de l’ONU, mais hors du contrôle des grandes puissances.

Une telle solution ne risque pas de venir du Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle ne peut venir, en premier lieu, que des Syriens et des Syriennes qui luttent déjà en ce sens depuis longtemps. Et, en second lieu, des mouvements progressistes de partout dans le monde qui doivent appuyer leurs efforts, en s’opposant non seulement aux menaces actuelles de frappes étrangères mais aussi à l’ingérence de plus longue date, directe et indirecte, de plusieurs pays occidentaux et de leur alliés régionaux dans le conflit syrien.

Le Collectif Échec à la guerre abhorre, évidemment, tout recours aux armes chimiques par quiconque, dans le conflit syrien ou ailleurs. Mais nous dénonçons également les frappes « punitives » annoncées par les États-Unis et le soutien du gouvernement Harper à ces frappes. Même si le Premier Ministre a déclaré que le Canada n’y participerait pas – faute de missiles de croisière et de drones de combat – nous soupçonnons que, comme pour l’agression contre Irak, le Canada y participera de diverses façons, dans l’ombre.

Les dirigeants des pays occidentaux ont donné, depuis plusieurs mois, de nombreux signes de vouloir s’impliquer directement dans le renversement du régime syrien. Une vaste mise en scène est en train d’être déployée pour tenter de justifier à nouveau l’injustifiable. Le Collectif Échec à la guerre dénonce ces tractations et exige que nos « représentants » contribuent enfin à la recherche d’une solution politique au conflit syrien au lieu de l’alimenter.

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Le 19 août, les organisations paysannes colombiennes ont lancé une grève nationale massive. Elles ont bloqué les routes, déversé du lait sur les voitures et pratiquement stoppé la production alimentaire à destination des villes. Le problème ? Les moyens d’existence de ces agriculteurs sont radicalement remis en cause par les politiques du gouvernement.

L’État ne fournit presque aucun soutien au secteur de la petite agriculture.

1 Au lieu de cela, l’Etat adhère à un modèle économique et social qui sert les intérêts d’une riche élite minoritaire. Les Accords de libre-échange (ALE) signés récemment avec les États-Unis et l’UE entraînent un dumping par rapport aux producteurs colombiens, qui ne peuvent pas rivaliser avec les importations subventionnées.2 Le gouvernement colombien a activement favorisé l’accaparement des terres par des grandes entreprises, dont beaucoup sont étrangères (Monica Semillas du Brésil, Merhav d’Israël, Cargill des États-Unis), afin de promouvoir une agro-industrie orientée vers l’exportation au détriment d’une agriculture familiale orientée vers la souveraineté alimentaire.

Mais les manifestants ont fait valoir que le secteur agricole a besoin d’un réel soutien, notamment sous la forme d’un accès à la terre et d’une baisse des coûts de production. Sinon, les cultivateurs colombiens de pommes de terre et de café, les producteurs de produits laitiers et de viande, sans compter les petits pêcheurs, ne seront pas en mesure de suivre. Ils sont en train d’être expulsés et exterminés.

Le dos au mur, les agriculteurs ont engagé un mouvement de mobilisation dans une partie du pays en juin, qui s’est développé et transformé en une action nationale coordonnée pour le mois d’août. La grève des agriculteurs a été rapidement soutenue par d’autres secteurs : les travailleurs de l’industrie pétrolière, les mineurs, les camionneurs, les professionnels du secteur de la santé et d’autres. Le 29 août, une dizaine de jours après le début de la grève, plus de 20 000 étudiants ont rejoint le mouvement et bloqué la capitale, Bogotá.

La réponse du gouvernement a été chaotique et contradictoire. Les forces de police ont violemment réprimé et blessé un grand nombre de manifestants, sans parler des journalistes. Plus de 250 personnes ont été arrêtées, notamment un important dirigeant syndical, Hubert Jesús Ballesteros Gomez, principalement sur de fausses accusations. Un certain nombre de personnes ont perdu la vie dans les deux camps. À un moment, le gouvernement a reconnu que les griefs des agriculteurs étaient fondés et a proposé quelques concessions. À un autre, il a affirmé que le mouvement était infiltré par les FARC. Le président Santos est même allé affirmer à la télévision que « la grève des paysans n’exist[ait] pas. » Le lendemain, il a été filmé depuis un hélicoptère, inspectant les affrontements et les gaz lacrymogènes qui envahissaient les rues de Bogotá.

La mobilisation a remporté un grand succès en ouvrant un espace de discussion, de conscientisation, de solidarité et de résistance en Colombie. Les étudiants, par exemple, étaient enthousiastes pour soutenir les agriculteurs et appuyer leurs revendications. Ils se sont rassemblés bruyamment contre les OGM et pour la souveraineté alimentaire. Mais ils ont aussi voulu mettre en avant leurs propres exigences en matière d’éducation publique gratuite, ce qui a permis à la mobilisation d’aller dans le sens d’une vague de pression sociale plus large visant à changer les politiques actuelles de la Colombie, sans se cantonner aux préoccupations paysannes.

La Loi 970

La question des semences est devenue très médiatisée. En application de l’ALE signé avec Washington, ainsi que de celui signé avec Bruxelles, Bogotá a l’obligation d’assurer des droits de monopole légal sur les semences vendues par des sociétés américaines et européennes à titre d’incitation pour leur permettre d’investir en Colombie. Les agriculteurs qui sont pris à vendre des semences de ces variétés conservées à la ferme, ou simplement des semences indigènes qui n’ont pas été officiellement enregistrées, pourraient s’exposer à des amendes ou même à des peines d’emprisonnement.3 Comme cela s’est passé dans de nombreux autres pays à travers le monde, cette criminalisation des droits des agriculteurs et des peuples autochtones de conserver, échanger et vendre les semences met en péril la biodiversité du pays et son patrimoine.

Même s’il est vrai que le gouvernement colombien a évolué dans ce sens depuis de nombreuses années, et a accepté des politiques de ce type dans le cadre de son adhésion à la Communauté andine ou à l’Organisation mondiale du commerce, beaucoup font remarquer que ce n’est que depuis la signature des ALE avec les États-Unis et l’UE que le gouvernement cherche sérieusement à les mettre en œuvre.

 

Paradoxe : il faut détruire les semences "non autorisées" au nom du "libre-échange" (Photo : ICA)Paradoxe : il faut détruire les semences “non autorisées” au nom du “libre-échange” (Photo : ICA)

L’année dernière, les autorités colombiennes ont pris d’assaut les entrepôts et des camions de riziculteurs dans Campoalegre, dans la province de Huila, et ont violemment détruit 70 tonnes de riz qui, selon elles, n’avaient pas été traitées conformément à la loi. Cette intervention militarisée pour détruire des semences paysannes a choqué de nombreuses personnes, et a amené une jeune militante chilienne, Victoria Solano, à faire un film sur ce sujet. Le film s’appelle « 9.70 » parce que c’est le numéro de la loi adoptée en 2010 qui énonce le droit pour l’État de détruire les semences paysannes si elles ne sont pas conformes.4

Aujourd’hui, grâce à la force, la ténacité et la légitimité de la protestation des agriculteurs, des gens de tous les milieux de la société colombienne discutent de ce film, comme on peut le voir dans les médias, les réseaux sociaux et dans les rues, et demandent pourquoi le gouvernement mène ces politiques insensées.

Soutenez le mouvement

Les agriculteurs colombiens peuvent très bien nourrir le pays, de façon à fournir des emplois et assurer leur dignité et un environnement sain, cela ne fait aucun doute. Mais le gouvernement est trop fermement attaché à un modèle économique qui répond à des intérêts de copinage et ne prévoit aucune place pour les petites exploitations agricoles familiales. Nous devons tous soutenir la lutte agraire populaire en Colombie pour renverser ce modèle. Il n’est pas trop tard.

Une petite action concrète est possible : le film documentaire « 9.70 » – que vous pouvez regarder en ligne en espagnol à l’adresse http://youtu.be/kZWAqS-El_g - recherche des fonds pour produire une version sous-titrée en anglais afin que davantage de gens dans le monde puissent comprendre ce à quoi sont confrontés les agriculteurs colombiens et les aider à mettre en échec ces politiques. La plus petite contribution est utile. Allez surhttp://idea.me/proyectos/9162/documental970 pour participer. La date limite est le 10 septembre !

Autre action significative, la Coordination latino-américaine de La Via Campesina cherche à lancer des initiatives de solidarité internationale pour soutenir la grève. Allez sur http://goo.gl/9u6RXJ pour en savoir plus. Encore une fois, il est essentiel d’agir rapidement !

Au-delà de la Colombie, la bataille sur des textes de lois similaires sur les semences fait rage en ce moment à un niveau politique très élevé, et à travers la campagne, au Chili ainsi qu’en Argentine. Une des inquiétudes tient au fait que certains des éléments les plus agressifs adoptés par le gouvernement colombien pourraient aussi se frayer un chemin vers d’autres pays d’Amérique latine. La nécessité d’abolir ces lois est donc vraiment urgente !

Pour aller plus loin :

Visitez le site bilaterals.org pour une couverture plus complète (en anglais, français et espagnol) sur la grève générale agraire et la lutte contre la loi 970 dans ce cadre.

Pour plus d’informations sur les luttes autour des lois sur les semences en Colombie, veuillez contacter le Grupo Semillas (« Groupe Semences ») à l’adresse [email protected] ou visitez son site Web: http://semillas.org.co/.

Pour en savoir plus sur la bataille politique qui se déroule actuellement au Chili, veuillez entrer en contact avec Anamuri, l’Association nationale des femmes rurales et autochtones,[email protected].

Pour plus d’informations sur ce qui se passe en Argentine, veuillez contacter Diego Montón à laCoordination latino-américaine de La Vía Campesina[email protected].


 

1 Près d’un tiers de la population colombienne vit dans les campagnes et près de 60 % des habitants des zones rurales connaissent, dans une certaine mesure, la faim. Voir Paro Nacional Agrario y Popular, Pliego de Peticiones.

2 Les effets n’en sont qu’à leurs débuts, mais ils sont bien réels. Les exportations agricoles américaines vers la Colombie ont grimpé de 62 % au cours de la première année de l’Accord, tandis que les exportations agricoles colombiennes vers les États-Unis ont baissé de 15 %. (VoirUSTR, et Portafolio)

3 Pour être enregistrées et certifiées, les semences doivent répondre à des critères d’homogénéité et de stabilité génétique adaptés aux procédés agro-industriels. Cela exclut, par définition, les semences paysannes – ou variétés criollo, comme on les appelle en Colombie – qui ont tendance à être diversifiées, adaptatives et dynamiques. Selon les règles actuelles en vigueur en Colombie, si un agriculteur veut planter des semences criollo, il/elle doit obtenir l’autorisation du gouvernement, ne peut le faire qu’une fois et que sur cinq hectares ou moins, et doit consommer la totalité de la récolte à la maison (il ne peut pas la vendre sur le marché).

4 Voir la page Facebook du film à l’adresse https://www.facebook.com/documental970 et sur Twitter : rechercher #NoMas970. Au cours des trois ans d’existence de la loi 970 à ce jour (2010-2012), le gouvernement a rejeté ou détruit près de 4 000 tonnes de semences.

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Photo: Une fillette dans un camp de déplacés en janvier 2013 – Swoan Parker

« La communauté internationale est tellement désorientée qu’elle laisse les Haïtiens diriger Haïti » Luigi R. Einaudi, diplomate de carrière étasunien, membre du Council on Foreign Relations et ancien secrétaire général adjoint de l’Organisation des États américains.

L’auteure et avocate haïtienne des droits humains Ezili Dantò a entendu ce commentaire choquant de Luigi R. Einaudi en 2004, alors qu’Haïti s’apprêtait à célébrer ses 200 ans d’indépendance avec son premier président élu démocratiquement, Jean-Bertrand Aristide. Outre ses efforts visant à augmenter le salaire minimum et d’autres mesures sociales favorisant la majorité des Haïtiens dans l’extrême pauvreté, Aristide envisageait la nationalisation des ressources de son pays, un geste se traduisant par plus d’argent pour les Haïtiens, moins pour les transnationales. Un mois plus tard, au nom de la « communauté internationale », Aristide a été renversé dans un coup d’État orchestré par les États-Unis, la France et le Canada.

Aujourd’hui, la « communauté internationale » dirige à nouveau Haïti, de manière coloniale, comme elle l’a toujours fait.

On peut le voir en comparant la très lente reconstruction des abris et de l’infrastructure de base pour la majorité des Haïtiens avec le boom des hôtels de luxe pour les étrangers, parfois grâce à des fonds provenant de l’aide humanitaire, laquelle, nous disait-on, devait assurer les besoins essentiels des Haïtiens.

Comme d’habitude, l’aide humanitaire est allée en grande partie aux entreprises, agences gouvernementales et organismes non gouvernementaux (ONG) des pays donateurs. L’« aide internationale » est un stratagème capitaliste bien connu visant à développer des marchés dans l’hémisphère Sud pour les entreprises du Nord. Certes, cette « aide » profitera aux Haïtiens, mais seulement aux plus puissants, à savoir ceux au pouvoir et la riche élite du secteur privé. « Haïti est ouverte aux affaires » et les hôtels de luxe accueilleront les hommes d’affaires afin qu’ils puissent établir leurs ateliers de misère dans un environnement somptueux.

Photo (gauche) : Légende originale – « En 2011, les Nations Unies et Oxfam ont promis qu’un nouveau système de citernes et de kiosques fournirait bientôt aux résidents de l’eau provenant de l’agence étatique de l’eau. Deux ans plus tard, les robinets sont toujours à sec [voir photo]. Les résidents achètent l’eau à 5 gourdes (environ 12 cents US) le seau de vendeurs privés ou des comités qui gèrent les quelques « réservoirs » d’eau qui fonctionnent encore et datent des premiers jours du camp. Au début, l’eau et la nourriture étaient gratuites, et les agences fournissaient des emplois « argent contre travail », ainsi que des fonds de démarrage pour les futurs entrepreneurs. (Reconstruction’s Massive Slum Will Cost “Hundreds Of Millions” Reconstruction’s Massive Slum Will Cost “Hundreds Of Millions” Haiti Grassroots Watch, 17 juin 2013.)

« Plusieurs nouveaux hôtels de luxe en Haïti »

Il y a un an, le Clinton-Bush Haiti Fund a investi de l’argent de l’aide humanitaire dans un hôtel cinq étoiles, alors que 500 000 Haïtiens vivaient toujours dans des camps de déplacés :

Photo (droite) : Hôtel Royal Oasis, Pétionville, Haïti

Dans le cadre de la « reconstruction » du pays, le Clinton Bush Haiti Fund a récemment investi 2 millions de dollars dans l’hôtel Royal Oasis, un complexe de luxe construit dans une zone métropolitaine frappée par la pauvreté et « pleine de camps de déplacés abritant des centaines de milliers de personnes ». (Julie Lévesque, HAITI: Les dons aux victimes du séisme investis dans un hôtel cinq étoiles, Mondialisation.ca, 10 juillet 2012.)

Aujourd’hui, alors que 300 000 Haïtiens vivent toujours dans des camps, un « nouvel hôtel Marriott s’élevant parmi les décombres en Haïti vient de recevoir un appui financier considérable de 26,5 millions de l’International Financial Corporation (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale :

Marriott International et le géant des télécommunications Digicel ont commencé à construire l’hôtel l’an dernier et celui-ci devrait ouvrir ses portes en 2015. Haïti compte plusieurs nouveaux hôtels luxueux depuis le séisme du 12 janvier 2012. Les chaînes espagnole Occidental Hotels & Resort et étasunienne Best Western ont toutes deux ouvert des hôtels dans les six derniers mois à Pétionville, une banlieue de Port-au-Prince.Une autre chaîne espagnole, NH Hotels ouvrira également un nouveau El Rancho à Pétionville dans les prochains mois.

Les représentants de l’IFC affirment que la construction du Marriott créera environ 300 emplois et 200 emplois permanents une fois en opération. Marriott Hotels & Resorts sera en charge de l’hôtel en vertu d’un accord de gestion à long terme.

À l’heure actuelle, les investissements de l’IFC en Haïti se chiffrent à environ $78,5 millions de dollars. Le pays peine à se redresser plus de trois ans après la destruction quasi-totale de son économie par le tremblement de terre. Les investissements visent à créer des emplois, l’accès à des infrastructures de base et des opportunités de revenus pour les Haïtiens, affirme l’IFC.

« Haïti possède les conditions fondamentales nécessaires à une croissance économique durable, dont une force de travail compétitive et une proximité aux grands marchés, ainsi que des attractions touristiques et culturelles uniques », a déclaré Ary Naim, représentant de l’IFC pour Haïti. Cet appui financier à long terme à cette infrastructure importante confirme notre engagement et notre confiance en l’avenir d’Haïti. (Jacqueline Charles New Marriott under construction in Haiti getting financial boost, Miami Herald, 3 juillet 2013)

Photo : Best Western Pétionville, Haïti.

Il reste à démontrer comment un hôtel de luxe situé dans une riche banlieue peut aider les 300 000 déplacés et les Haïtiens les plus pauvres à « avoir accès à des infrastructures de base ». Par ailleurs, les emplois créés n’iront pas à ceux qui en ont le plus besoin. Il est fort peu probable qu’un hôtel de luxe dans la banlieue cossue de Pétionville engage beaucoup d’Haïtiens démunis et souvent illettrés, parlant uniquement créole, afin de travailler pour de riches étrangers. Ces Haïtiens constituent la « force de travail compétitive » et se retrouvent dans des ateliers de misère et des mines. En réalité, « force de travail compétitive » et « proximité aux grands marchés » signifient « main d’œuvre bon marché pour les États-Unis ».

Sur son site web, l’IFC affirme que ses investissements sont « axés sur l’aide à la reconstruction d’Haïti et la reprise de la croissance par des investissements et des services consultatifs dans des secteurs prioritaires tel que l’industrie du vêtement, les infrastructures, les télécommunications, le tourisme et la finance ». En plus des 26,5 millions alloués au Marriott, l’IFC a investi 7,7 millions dans l’hôtel Oasis, également situé à Pétionville. (IFC Investment Generation in Haiti)

En tout, presque la moitié des investissements de l’IFC ont aidé à construire des hôtels luxueux dans une riche banlieue, où réside l’élite haïtienne.

La Banque mondiale, un outil impérial

L’IFC fait partie du Groupe de la Banque mondiale. La Banque mondiale a été la cible de critiques pour des initiatives comme le Projet national de développement communautaire participatif (PRODEP). À la suite d’une enquête de huit mois, Haiti Grassroots Watch a conclu que PRODEP « a contribué à miner un État déjà faible, a endommagé le « tissu social » haïtien, a mis en œuvre ce que l’on pourrait appeler une « réingénierie politique et sociale », a soulevé des questions de gaspillage et de corruption […] a contribué à renforcer le statut de « république d’ONG » d’Haïti […] a abîmé les systèmes de solidarité traditionnels et a même, dans certains cas, accru le pouvoir des élites locales. (World Bank “success” undermines Haitian democracy, Haiti Grassroots Watch, 20 décembre, 2012)

Récemment, en mai 2013, Alexandre Abrantes, l’envoyé spécial de la Banque mondiale en Haïti, a annoncé que « la Banque mondiale appuie le gouvernement haïtien dans l’amélioration des structures entourant l’industrie minière, incluant des dispositions légales, largement considérées comme inadéquates pour les besoins actuels ». (Daniel Trenton, World Bank says its helping Haiti draft mining legislation, The Gazette, 17 mai 2013)

Pour Ezili Dantò, les États-Unis et la Banque mondiale ne font que réécrire la constitution haïtienne au profit des compagnies minières :

Oxfam, la Banque mondiale et d’autres faux philanthropes [sont] impliqués dans la protection des intérêts du 1 % en réécrivant les lois minières d’Haïti […]

L’Article 36-5 de la Constitution haïtienne stipule :

« Le droit à la propriété ne s’applique pas aux littoraux, aux sources, aux rivières, aux cours d’eau, aux mines et aux carrières. Ils font partie du domaine public de l’État. »

La loi haïtienne actuelle ne permet pas le forage sans la signature d’une convention minière. Toutefois, la compagnie Newmount des États-Unis a obtenu une « dérogation », sans même qu’elle soit approuvée par la législature fantoche haïtienne. Martelly l’a signée en violation de la Constitution haïtienne. (Ezili Dantò, Haiti: US to Re-Write Haiti Constitution to Better Service the One Percent, Black Agenda Report, 2 juillet 2013)

Les ressources minérales haïtiennes à elles seules ont été estimées à 20 milliards de dollars. « Les investisseurs étasuniens et canadiens ont dépensé plus de 30 millions ces dernières années en forage exploratoire et autres activités minières connexes en Haïti. » (Trenton, op. cit.)

La lente reconstruction, la main-d’œuvre esclave et la tromperie de l’aide internationale

Photo (gauche) : Camp Jean-Marie Vincent janvier 2013. AP/Dieu Nalio Chery

Contrairement à la croissance rapide de l’industrie des hôtels de luxe, les efforts de reconstruction font face à de nombreux délais et à divers obstacles financiers. En juin dernier, un rapport du Government Accountability Office (GAO) des États-Unis a critiqué l’USAID (l’Agence des États-Unis pour le développement international) pour son manque de transparence, de multiples délais, des dépassements de coûts et la réduction d’objectifs. Le rapport met en évidence un paradoxe frappant : bien que les sommes allouées aux abris aient presque doublé, le nombre d’habitations à construire a été étonnamment réduit de 80 % :

En 2010, seulement quelques mois après le séisme dévastateur en Haïti, les États-Unis adoptaient des mesures allouant 651 millions de dollars à l’USAID afin d’appuyer les efforts de secours et de reconstruction. Trois ans plus tard, seulement 31 pour cent de ces fonds ont été dépensés, alors que les délais s’allongent et les objectifs sont révisés à la baisse […] Le rapport critique également l’USAID pour son manque de transparence […]

Le GAO a conclu que des estimations inexactes ont mené à une hausse des sommes dédiées aux abris, lesquelles sont passées de 59 millions à 97 millions de dollars, alors qu’au même moment, le nombre de construction d’habitations prévu était réduit de plus de 80 %, passant de 15 000 à 2649. Si le coût d’une maison complétée était estimé à l’origine à 10 000 dollars, le coût réel a dépassé les 33 000 dollars. L’USAID a octroyé plus de 46 millions pour le logement à des entrepreneurs. Entre-temps, environ 300 000 personnes vivent toujours dans des camps plus de trois ans après le séisme. En tout, la communauté humanitaire a seulement construit 7000 nouvelles habitations, soit environ 40 % de ce qui est planifié à l’heure actuelle [...]

De plus, le rapport du GAO critique les investissements étasuniens en appui au Parc industriel Caracol. Randal C. Archibold du New York Times rapporte :

Une portion importante de l’argent de l’Agence pour le développement international, 170,3 millions de dollars, est allée à une centrale électrique et un port pour un parc industriel au nord d’Haïti. Ce projet constituait la pièce maîtresse des efforts de reconstruction des États-Unis et a été fortement encouragé par le département d’État et l’ancien président Bill Clinton [...]

Bien que l’agence d’aide ait complété la centrale électrique en deçà du budget, la construction du port, l’élément crucial pour le succès à long-terme du parc industriel, affiche deux ans de retard. Le rapport indique que cela est « dû en partie au manque d’expertise de l’USAID dans la planification portuaire en Haïti », ce qui rend maintenant le projet vulnérable à des dépassements de coûts. (GAO Report Critical of USAID in Haiti, Bolsters Calls for Increased Oversight, Center for Economic and Policy Research, June 26, 2013)

Les délais et dépassements de coûts potentiels liés à la construction du port essentiel au parc Caracol s’expliquent facilement par le fait que l’USAID ait alloué 72 millions à sa planification et sa construction, malgré son cruel manque d’expertise. L’USAID n’a pas construit de structure semblable dans les 40 dernières années :

Bien qu’elle n’ait construit aucun port au monde depuis 1970, l’USAID a alloué 72 millions pour en construire un, selon le rapport du GAO publié la semaine dernière. Le port a pour but d’appuyer le Parc industriel Caracol (PIC), financé par la Banque Interaméricaine de Développement et un investissement de 170 millions de dollars des États-Unis pour l’infrastructure connexe. On a fait du PIC le projet phare de la reconstruction entrepris par la communauté internationale en Haïti. Même en mettant de côté les critiques sur l’endroit choisi, le type d’emplois et l’impact environnemental du PIC, le « succès » du projet dans son ensemble tient au nouveau port […]

Comme l’USAID n’avait aucune expertise interne en construction portuaire, la mission a été confiée à des entrepreneurs privés. HRRW rapportait en janvier 2012 que l’on avait octroyé un contrat de 2,8 millions de dollars à MWH Americas pour mener une étude de faisabilité sur une infrastructure portuaire au nord d’Haïti. L’étude devait être complétée en mai 2012. MWH Americas avait déjà été critiquée pour son travail en Nouvelle Orléans. Le Times-Picayune avait rapporté que durant plus de deux ans MWH avait opéré en vertu d’un contrat alloué de manière douteuse, lui ayant permis de surfacturer la ville à maintes reprises même si le travail traditionnel de reconstruction sous sa supervision prenait du retard. (USAID’s Lack of Expertise, Reliance on Contractors Puts Sustainability of Caracol in Doubt, Center for Economic and Policy Research, 2 juillet 2013)

Ces exemples illustrent parfaitement ce qu’est l’« aide internationale ». Ezili Dantò explique:

Les ONG mettent en œuvre les politiques impériales en Haïti en échange de « financement caritatif » — ce qui signifie qu’ils blanchissent l’argent des dons et celui des contribuables étasuniens et se les mettent dans les poches. Les politiques impériales des États-Unis en Haïti visent à détruire l’économie locale et manufacturière, à exproprier les ressources naturelles et à élargir le marché haïtien pour leurs monopoles subventionnés de Wall Street.

L’élite économique a fait des milliards et des milliards de dollars avant que « les humanitaires étasuniens au grand cœur » n’ajoutent à leurs coffres les 9 milliards de dollars provenant du blanchiment de l’argent de l’aide humanitaire amassé après le séisme et octroyé en grande partie à des groupes étasuniens.

Les ONG et leurs cohortes hollywoodienne, médiatique et académique jouent les pompiers pour le gouvernement étasunien qui joue au pyromane en Haïti et dans l’hémisphère Sud. Les frimeurs professionnels du complexe industrialo-caritatif, jouent un jeu sournois. Par exemple, « The Center for Economic and Policy Research (CEPR) a analysé les 1,5 milliard de dollars promis après le séisme du 12 janvier en Haïti et a conclu que l’argent qu’il avait pu retracé était, “en grande partie”, allé directement aux compagnies et organisations étasuniennes, dont plus de la moitié dans la seule région de Washington ». (Ezili Dantò, op. cit.).

« Les Haïtiens gagnent moins aujourd’hui qu’à l’époque de la dictature de Duvalier »

Le gigantesque Parc industriel Caracol a été inauguré en mars 2013 en présence du président Martelly, « de diplomates haïtiens et étrangers, du puissant couple Clinton, de millionnaires et d’acteurs, tous présents pour célébrer le cri de ralliement du gouvernement : “Haïti est ouverte aux affaires” ». (The Caracol Industrial Park: Worth the risk? Haiti Grassroots Watch, 7 mars 2013)

Caracol a été promu comme une façon de décentraliser le pays et créer, potentiellement, entre 20 000 et 65 000 emplois. Un an plus tard, les résultats sont loin des attentes :

Un an après son ouverture, seulement 1388 personnes travaillent dans le parc […] De plus, les recherches de HGW basées sur un échantillon de travailleurs ont conclu qu’à la fin d’une journée de travail, il ne reste à la majorité d’entre eux que 57 gourdes, soit 1,36 $ US, après avoir payé pour leur transport et leur nourriture avec leur salaire minimum de 200 gourdes (4,75 $ US).

HGW a par ailleurs appris que la plupart des fermiers chassés de leurs terres pour laisser la place au parc sont toujours sans terre.

« Avant, Caracol était le grenier du département du Nord-Est », a affirmé Breüs Wilcien, l’un des fermiers expulsés de la zone de 250 hectares. « À l’heure actuelle, il y a une pénurie de certains produits dans les marchés locaux. Nous sommes ici dans la misère. » (Ibid.)

La destruction de la souveraineté alimentaire dans l’hémisphère Sud est une pratique courante de l’hémisphère Nord, mise en œuvre par le biais d’organisations internationales comme la Banque mondiale et le FMI. Le but consiste à garder le Sud dépendant du Nord et à créer des marchés pour l’exportation, que l’on appelle frauduleusement « aide alimentaire » pour les séances de photos et pour camoufler l’intention réelle : le dumping.

Il est évident qu’en plus de fournir une main d’œuvre esclave aux industries du vêtement des États-Unis et d’autres pays, le Parc industriel Caracol a contribué à réduire davantage ce qu’il reste de l’agriculture locale en Haïti, éradiquée au fil des ans par la politique étrangère barbare des États-Unis. Un rapport de 2010 du Council on Hemispheric Affairs a conclu que le « sauveur » d’Haïti, l’ancien « président Bill Clinton ainsi que d’autres résidents de la Maison-Blanche [ont condamné] Haïti à une pauvreté endémique avec leur politique intéressée d’exportation de riz ». (Leah Chavla, Bill Clinton’s heavy hand on Haiti’s vulnerable agricultural economy: The American rice scandal, Council on Hemispheric Affairs, 13 avril 2010.)

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Photo: Remarquez que les travailleurs qui gagnent moins de 5 dollars par jour ne sourient pas. M. Clinton est le seul qui sourit. Légende originale : L’ancien président et envoyé spécial en Haïti, Bill Clinton, sourit alors qu’il est accueilli par des travailleurs de l’industrie du vêtement au Parc industriel Caracol en Haïti, lundi le 22 octobre 2012. Le parc industriel au nord du pays devrait créer jusqu’à 65 000 nouveaux emplois. Ce parc est une initiative conjointe de 300 millions de dollars des gouvernements haïtien et étasunien, et de la Banque Interaméricaine de développement. (Clintons visit Haiti to inaugurate new industrial park, The Bee. Picture: Carl Juste, Miami Herald.) 

Experte d’Haïti, Isabeau Doucet souligne :

Dans les années 1950, l’agriculture représentait  90 pour cent des exportations haïtiennes. Aujourd’hui, 90 pour cent des exportations proviennent du domaine du vêtement, alors que plus de la moitié de la nourriture du pays est importée.

Haïti et les États-Unis ont conclu des accords préférentiels de libre-échange – appelés HOPE (Haitian Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement Act, 2006), HOPE II (2008) et HELP (Haiti Economic Lift Program, 2008) – dans le cadre d’un effort visant à développer l’industrie du vêtement en Haïti. Pour ce faire, on a donné aux vêtements « Made in Haïti » une étiquette se voulant humanitaire, socialement responsable et bonne pour le « développement » du pays, tout en donnant un accès hors taxe aux marchés étasuniens.

Selon une étude de 2011 de l’American Federation of Labor and Congress of Industrial Organizations (AFL-CIO, principal regroupement syndical aux États-Unis), le coût de la vie à Port-au-Prince est estimé à 29 dollars par jour. Deux cents gourdes pour un quart de travail de huit heures équivaut à un sixième du salaire de subsistance estimé. Le coût de l’aller-retour au travail et d’un repas modeste peut facilement s’élever à 120 gourdes pour un travailleur. En réalité, les Haïtiens gagnent moins aujourd’hui qu’ils ne gagnaient sous la dictature de Duvalier. Les salaires ont à peine augmenté et valent maintenant la moitié de leur pouvoir d’achat de 1984. (Isabeau Doucet, Made in Haiti, Dumped in Haiti: Slave Labor and the Garment Industry, The Dominion, 10 juillet 2013.)

Expulsés de la ville et abandonnés sur un terrain vague

Alors que l’industrie du tourisme croît rapidement, des Haïtiens ont été expulsés de la ville et abandonnés sur un terrain vague dans un camp nommé Corail-Cesselesse, également connu sous le nom de « Canaan », « Jerusalem » et « ONAville ». Ce camps en périphérie de Port-au-Prince pourrait « devenir le bidonville le plus vaste et le plus coûteux du pays, où il n’y a pas de travail et l’eau est difficile à trouver :

En 2011, l’ONU et Oxfam ont promis qu’un nouveau système de citernes et de kiosques fournirait bientôt aux résidents de l’eau en provenance de l’agence étatique de l’eau. Deux ans plus tard, les robinets sont toujours à sec. Les résidents achètent de l’eau à 5 gourdes le seau (environ 12 cents US) de vendeurs privés ou des comités qui gèrent les rares réservoirs d’eau toujours fonctionnels et datant des premiers jours du camp, lorsque l’eau et la nourriture était gratuites, et que les agences fournissaient des emplois « argent contre travail » et des fonds de démarrage pour les entrepreneurs en devenir.

Photo : Annexe de l’hôtel de ville de Croix-des-Bouquets, Canaan.

Aujourd’hui toutes les grandes agences ont abandonné le camp Corail et ses 10 000 résidents. Claironnant leur succès et affirmant avoir préparé une « transition » aux élites locales, l’OIM [Organisation internationale pour les migrations], l’ARC [American Refugee Committee] et Vision mondiale se sont toutes désengagées (Vision mondiale appuie cependant toujours l’école Corail qu’elle a construite). (Reconstruction’s Massive Slum Will Cost “Hundreds Of Millions”, 17 juin 2013.)

La communauté internationale n’aide pas à reconstruire Haïti. Elle y renforce le colonialisme avec ses compagnies qui utilisent la population haïtienne comme main-d’œuvre esclave afin d’augmenter leurs profits. La différence saisissante entre la lente reconstruction favorisant les Haïtiens comparativement à la croissance rapide de l’industrie des hôtels de luxe démontre qu’en Haïti, c’est l’étranger d’abord. Malheureusement, la «suprématie blanche » et l’esclavage se portent toujours très bien dans la Perle des Antilles.

Julie Lévesque

  Texte publié initialement en anglais: Haiti “Reconstruction”: Luxury Hotels, Sweat Shops and Deregulation for the Foreign Corporate Elite


Julie Lévesque
est journaliste et chercheure au Centre de recherche sur la mondialisation

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Les chefs de file du Congrès américain se sont vite mobilisés pour déclarer leur soutien à la résolution proposée par le Président Barack Obama qui permet l’usage de la force contre la Syrie.

La démarche pour obtenir une autorisation du Congrès vise à donner une apparence de légitimité à une guerre impopulaire qui s’appuie sur des mensonges. En cela, elle est semblable à l’Authorization of Use of Military Force accordée en 2001, qui est devenue le fondement des attaques militaires lancées aux quatre coins du monde et de la répression à l’intérieur du pays.

Après un entretien à huis-clos entre Obama et les principaux membres du Congrès mardi matin, le président républicain de la Chambre des députés, John Boehner, a déclaré qu’il « soutiendrait l’appel à agir du président. » Il a ajouté, « C’est quelque chose que les États-Unis, en tant que pays, doivent faire. […] Je crois que mes collègues devraient soutenir cet appel à agir. »

La chef de file des démocrates à la chambre des députés, Nancy Pelosi, a ajouté son soutien, en disant, « du point de vue de la sécurité nationale, nous devons envoyer un message très clair à ceux qui ont des armes de destruction massive de quelque type qu’elles soient, qu’ils feraient mieux de ne pas songer à s’en servir, » ajoutant que « c’est vraiment quelque chose qui, du point de vue humanitaire, ne peut pas être ignoré, sinon on ne peut pas dire ‘plus jamais ça’. »

Les membres du Congrès des deux partis politiques ont entièrement accepté les mensonges présentés par le gouvernement Obama, surtout l’affirmation que l’action prévue en Syrie sera « limitée. » Avant de rencontrer Boehner et Pelosi, Obama lui-même avait réitéré cette affirmation, insistant sur l’idée que ce qui est prévu n’est pas « l’Irak ou l’Afghanistan » et qu’il n’y aura pas de « présence sur le terrain. »

En fait, le gouvernement cherche à obtenir ce vote en partie parce qu’il prévoit une opération militaire majeure pour renverser le cours de la guerre civile en Syrie et faire tomber ou tuer le président Syrien Bashar el-Assad. Ce n’est qu’un prélude à une action contre le principal allié de la Syrie, l’Iran, et derrière l’Iran, la Russie.

Tout en insistant sur l’idée que ses plans sont limités afin de vendre cette guerre plus facilement au peuple américain, les responsables du gouvernement ont clairement dit à plusieurs reprises qu’ils veulent « dégrader » l’arme syrienne – c’est-à-dire, détruire d’importantes parties de sa force aérienne et « mieux équiper » l’opposition en lui fournissant directement des armes mortelles.

Les dirigeants des deux partis ont accepté dans sa totalité le prétexte employé par le gouvernement pour justifier la guerre : la supposée utilisation par Assad des armes chimiques. Cet état des choses a été résumé dans les commentaires d’Adam Schiff, un démocrate de Californie qui siège à la Commission de la chambre des députés sur les services de renseignement qui a déclaré à la presse en début de journée, « Le débat s’écarte de “a-t-il utilisé des armes chimiques ?” et devient “qu’est-ce qu’on doit faire par rapport à ça ?” »

Les objectifs de la course à la guerre ont été développés au cours d’une audience de l’après-midi de la Commission du Sénat sur les affaires étrangères, dans lequel le ministre des Affaires étrangères John Kerry, le ministre de la Défense Charles Hagel, et le président du Comité des chefs d’état-major interarmées Martin Dempsey, ont présenté leurs arguments pour bombarder la Syrie.

Kerry a commencé par dire « Certaines personnes ici ou là, étonnamment, ont remis en question la preuve de cette atteinte à la conscience. Je répète ici encore une fois aujourd’hui que seul le désir le plus obstiné d’éluder la réalité peut affirmer que cela ne s’est pas passé de la manière décrite ou que le régime n’en est pas l’auteur. Cela s’est bien passé, et le régime d’Assad l’a fait. »

La déclaration de Kerry visait non pas les membres de la Commission, mais la population américaine, qui est sceptique sur les affirmations du gouvernement et qui est très largement opposée à l’action militaire. Les Sénateurs ont accepté les affirmations vagues et infondées selon lesquelles le président Syrien Bashar el-Assad a utilisé des armes chimiques alors même qu’aucune preuve nouvelle n’a été présentée. Toutes les questions mineures sur les affirmations du gouvernement ont été renvoyées par les membres de la commission à une session à huis-clos qui se tiendra mercredi.

Les membres de la commission ont cherché à renforcer encore l’affirmation d’Obama qu’il veut un engagement militaire limité, et ont tenté d’exclure tout type d’invasion au sol. Kerry a insisté, « Que ce soit bien clair : le président Obama ne demande pas à l’Amérique de partir en guerre […] Nous sommes tous d’accord, il n’y aura aucune présence terrestre américaine. » Pour le ministre des Affaires étrangères américain, lancer des attaques militaires visant à détruire l’armée d’un pays étranger n’est pas une « guerre. »

Ces affirmations ont été démentis par les déclarations mardi du chef de la majorité à la Chambre des députés, Eric Cantor, qui a décrit la proposition d’Obama de « guerre limitée » dans un contexte bien plus large. « Le conflit syrien n’est pas une simple guerre civile ; c’est une guerre sectaire menée par procuration et qui exacerbe les tensions dans tout le monde musulman, » a-t-il dit. « Il est clair que l’Iran est un des principaux combattants de ce conflit, et que son implication directe fait partie intégrante de la volonté de l’Iran d’établir une hégémonie régionale. Si Assad et ses commanditaires iraniens en sortaient vainqueurs ce serait une victoire stratégique pour l’Iran, cela encouragerait le Hezbollah, et convaincrait nos alliés qu’ils ne peuvent pas nous faire confiance. »

Dans le témoignage au Congrès, Kerry a lui-même présenté un scénario dans lequel les troupes américaines envahissent la Syrie au prétexte de sécuriser les réserves d’armes chimiques au moment où le pays « implose. » Il a dit qu’il serait « préférable de ne pas » avoir une interdiction d’avoir des soldats sur le terrain. Kerry a plus tard fait marche arrière disant que le gouvernement se suffisait d’une résolution qui n’autoriserait pas les troupes au sol. « Il n’y aura pas de présence sur le terrain en ce qui concerne la guerre civile, » a-t-il dit, d’une manière étudiée qui évite de dire ce qui se passera après.

Le gouvernement, en tout cas, considère toute résolution passée au Congrès comme autorisant l’action sans toutefois la limiter. C’est-à-dire que rien de ce que le Congrès votera ou ne votera pas, ne sera interprété comme interdisant une quelconque action du président. Au cours de l’unique échange réellement conflictuel avec Kerry, le sénateur républicain Rand Paul a dit, « vous allez probablement gagner ; allez-y et dites que c’est vrai. Et ayons un vrai débat dans ce pays et non pas un débat qui ne veut rien dire que finalement vous allez perdre tout en disant, oh, de toute façon nous en avons le droit. »

En réaction, Kerry a réaffirmé la position du gouvernement disant que le président a le droit de ne pas respecter un vote du congrès. « Je laisserai à l’homme qui a été élu président des États-Unis la responsabilité de vous dire quelle est sa décision, si et quand ce moment viendra. »

Tout au long de cette audience, les manifestants qui dénonçaient les projets de guerre ont été exclus sans ménagement de la chambre du Sénat.

L’on s’attend à ce que le vote de la Commission des affaires étrangères du Sénat, qui devrait avoir lieu aujourd’hui, passe à une large majorité.

Andre Damon

Article original, WSWS, paru le 4 septembre 2013

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Les services secrets français ont rendu public hier un bref rapport de huit pages sur la guerre en Syrie au moment où le premier ministre PS (Parti socialiste), Jean-Marc Ayrault, exhortait les dirigeants des partis d’opposition de droite français à soutenir la politique belliciste du président François Hollande.

Le bref rapport de Hollande est une compilation de mensonges d’ores et déjà discrédités, de raisonnements fallacieux et d’affirmations infondées. Un examen du rapport montre clairement que les accusations émises par Hollande contre le régime syrien manquent tout autant de preuves que ceux du premier ministre britannique, David Cameron, qui a subi un échec humiliant en tentant d’obtenir la semaine passée l’approbation du parlement pour la guerre en Syrie.

L’affirmation centrale du document est que le président syrien Bachar al-Assad a employé des armes chimiques « notamment du sarin, dans des attaques limitées contre sa propre population, en particulier au mois d’avril 2013. L’analyse des renseignements dont nous disposons aujourd’hui conduit à estimer que, le 21 août 2013, le régime syrien a lancé une attaque sur certains quartiers de la banlieue de Damas tenus par les unités de l’opposition, associant moyens conventionnels et usage massif d’agents chimiques. »

Le premier mensonge selon lequel les forces du régime Assad ont utilisé en avril des armes chimiques dans les villes de Saraqeb et Jobar a déjà été réfuté par l’inspectrice de l’ONU, Carla del Ponte. En mai, elle avait déclaré sur la base d’enquêtes faites par l’ONU sur le terrain en Syrie, que l’opposition soutenue par les Etats-Unis était responsable du recours aux armes chimiques. (Voir : « UN says US-backed opposition, not Syrian regime, used poison gas. » De leur côté, les autorités turques ont constaté que les combattants de l’opposition syrienne en Turquie possédaient des quantités de gaz sarin.

Le rapport français ne mentionne ni ne tente de réfuter ces observations mais dissimule simplement les preuves que les forces liées à al Qaïda qui se trouvent parmi ses propres forces intermédiaires sont responsables des attaques aux armes chimiques, tant en avril qu’en août.

Après avoir consacré quatre pages aux détails concernant la composition et la structure du commandement des forces syriennes disposant d’armes chimiques, ce qui ne prouve en rien qu’Assad ait effectivement utilisé ces armes, le court rapport se penche sur la présumée attaque du 21 août à Ghouta. En citant « 47 vidéos originales » et « d’autres évaluations indépendantes, par exemple effectuées par Médecins sans frontières, » il conclut que les comptes rendus des événements de Ghouta concordaient avec l’attaque chimique syrienne. Le rapport fait état de « renseignements crédibles de plusieurs partenaires » que les armes chimiques faisaient partie d’un plan d’attaque du régime syrien.

Il conclut en précisant, « Aucun groupe appartenant à l’insurrection syrienne ne détient, à ce stade, la capacité de stocker et d’utiliser ces agents, a fortiori dans une proportion similaire à celle employée dans la nuit du 21 août 2013 à Damas. »

Aucune de ces affirmations n’a de crédibilité. Premièrement, le rapport a été publié après que les premiers reportages sont apparus sur des forces d’opposition revendiquant la responsabilité pour des attaques chimiques en août à Damas, reportages que, une fois de plus, le rapport ne mentionne pas (Voir : « Un reportage associe l’attaque au gaz à Ghouta à l’opposition syrienne qui est soutenue par les Etats-Unis »). Le rapport ne fournit pas non plus d’information sur les sources des vidéos ni sur les « partenaires » qui lui ont procuré les renseignements.

Ces « partenaires » pourraient être la CIA, le régime saoudien ou des forces liées à al Qaïda en Syrie – tous ont un intérêt direct à provoquer une guerre avec la Syrie et des antécédents en matière de mensonges concernant des événements majeurs.

Quant à l’organisation Médecins sans frontières, on peut difficilement dire que c’est une source « indépendante ». Elle a une longue tradition de liens avec les services secrets américains – notamment durant les années 1980, lorsqu’elle s’est servie de fonds américains pour aider à promouvoir lesmujahedin afghans qui combattaient l’URSS en collaboration avec les précurseurs d’al Qaïda. Son ancien président, Rony Brauman, qui siège encore au conseil de surveillance de l’organisation, a dernièrement consacré une rubrique parue dans Le Monde pour réclamer des frappes aériennes contre la Syrie.

Les comptes rendus relatifs à la réunion des politiciens de droite qui ont rencontré hier Ayrault ont encore souligné le fait que la campagne pour la guerre menée par Paris contre son ancienne colonie est fondée sur des mensonges et des histoires montées de toutes pièces.

Après avoir eu connaissance, lors de sa réunion avec Ayrault, des informations classifiées, l’ancien ministre de droite Jean-Louis Borloo a dit, en décrivant l’argumentation du gouvernement en faveur de la guerre : « Il y a raisonnement mais pas de preuves. » Après avoir reconnu par un euphémisme que le gouvernement Hollande ne disposait de rien pour justifier une guerre, Borloo a cherché à trouver un moyen pour sauver la politique belliqueuse de Hollande en proposant « soit un mandat de l’ONU, soit un débat parlementaire » afin de légitimer une agression impérialiste contre la Syrie.

La campagne belliciste du PS témoigne de la faillite de l’ensemble de l’establishment politique. Non seulement le gouvernement Hollande mais aussi les groupes réactionnaires petit-bourgeois de « gauche » comme le Front de Gauche et le Nouveau Parti anticapitaliste sont impliqués dans des crimes monstrueux. Ces partis avaient soutenu l’élection de Hollande et oeuvrent pour présenter les forces d’opposition syriennes qui collaborent avec la CIA et les services de renseignement français, comme faisant partie intégrante d’une « révolution ». (Voir : « Gilbert Achcar cherche à dissimuler son soutien pour les guerres au Moyen-Orient“).

Ces partis ont soutenu une guerre impérialiste par procuration en Syrie et qui menace actuellement de s’intensifier en une intervention directe franco-américaine et une guerre régionale bien plus vaste. Une telle guerre, comme les guerres en Afghanistan ou en Irak plus tôt, coûterait la vie à des centaines de milliers voire des millions de personnes. La campagne en faveur de la guerre a été menée au mépris d’une vaste opposition de la population. Des sondages ont révélé lundi que 64 pour cent de la population française étaient opposés à la guerre, soit une augmentation de cinq pour cent par rapport à jeudi.

Ayrault a indiqué hier soir que le parlement français ne voterait pas sur la guerre lors de sa séance de mercredi 4 septembre. Il a dit, « c’est au président de décider si un vote… doit avoir lieu… Mercredi, il y aura un débat sans vote. »

Ceci reflète en partie la crainte d’une possible répétition de l’échec retentissant que Cameron a subi au parlement britannique. Il y a aussi la préoccupation de savoir ce qui se passera au congrès américain. La volte-face d’Obama pour rechercher une autorisation du congrès pour la guerre, après le débat parlementaire français prévu, a pris Paris à l’improviste. La France n’a pas la capacité militaire pour attaquer seule la Syrie.

Les commentaires de la presse ont amèrement décrit Hollande comme ayant été « piégé » par Obama, et Le Républicain Lorrain l’a qualifié de « cocu magnifique » dont les projets de guerre ont été éconduits par son partenaire américain.

Mais le gouvernement Hollande est pour le moment en mesure de contourner un vote du parlement en vertu des dispositions antidémocratiques de la constitution française de 1958 qui octroie au président des pouvoirs exceptionnels en matière de politique étrangère. Elle avait été modelée durant la guerre d’Algérie pour Charles de Gaulle qui avait pris le pouvoir dans le contexte d’un putsch de parachutistes et d’agents des services secrets visant à mettre en place un gouvernement engagé à écraser la lutte pour l’indépendance du peuple algérien. Elle stipule que le président français peut lancer une guerre durant quatre mois sans l’autorisation du parlement.

Actuellement, la guerre syrienne témoigne du fossé grandissant et de l’aggravation des tensions sociales entre la classe ouvrière et l’ensemble de l’establishment politique. Cinquante-cinq ans après le putsch de 1958, les services secrets ont modelé un dossier mensonger en vue d’une guerre dans une autre ancienne colonie française, cette fois-ci avec l’aide directe des partis de pseudo-gauche. Ces forces sont unies dans leur soutien à une agression impérialiste à l’étranger et dans leur hostilité à l’égard du sentiment anti-guerre qui existe au sein de la classe ouvrière dans le pays même.

Alex Lantier

A voir aussi:

Le Monde fait de la propagande pro-guerre sur les armes chimiques en Syrie

[5 juin 2013]

Article original, WSWS, paru le 3 septembre 2013

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Cette gauche qui prend ses désirs pour la réalité

septembre 4th, 2013 by Jean Bricmont

L’article ci-dessous a été écrit pour un public américain et son but était de critiquer une pétition de « solidarité avec le peuple syrien » qui reflète toutes les ambiguïtés de la pensée de la gauche occidentale sur la question de la guerre et de l’impérialisme, ambiguïtés qui ont pour conséquence qu’aucune opposition systématique aux politiques américaines n’émane de la gauche, alors que ces politiques deviennent de plus en plus impopulaires au niveau de l’opinion publique, même en Europe.


La droite dont je parle, libertarienne ou paléo-conservatrice, n’a pas vraiment d’équivalent en Europe : les libertariens défendent la liberté la plus plus absolue du marché, mais aussi les libertés individuelles et sont farouchement opposé au militarisme et aux politiques d’ingérence. Le site http://antiwar.com/ reflète bien leur point de vue. Les paléo-conservateurs sont socialement conservateurs et étaient très anti-communistes pendant la guerre froide, mais n’ont pas suivi les néo-conservateurs dans la politique d’ingérence post guerre froide, politique qui prétend défendre les intérêts américains, mais qui, par le plus grand des hasards, coïncident le plus souvent avec ceux d’Israël. Le sitehttp://www.theamericanconservative.com/ exprime le point de vue paléo-conservateur.L’institut Ron Paul regroupe des libertariens mais aussi Denis Kucinich, l’ex-membre le plus progressiste de la Chambre des Représentants. L’ex-secrétaire au Trésor sous l’administration Reagan, donc « de droite », Paul Craig Roberts, allie critique radicale de l’impérialisme mais aussi des politiques économiques néo-libérales (http://www.paulcraigroberts.org/).

En France, le PCF a commencé par accepter, sans preuves, la responsabilité du « régime de Bachar al Assad » , tout en s’opposant à l’intervention militaire de la France, ce qu’a fait aussiJean-Luc Mélenchon. Le NPA affirme son « soutien total à la révolution syrienne » ,tout en refusant ce que la plupart de ces révolutionnaires demandent, à savoir une intervention militaire étrangère (http://www.npa2009.org/node/38502). Probablement une nouvelle application de la dialectique. Le site médiapart, aussi classé à gauche, a publié un appel dithyrambique à la guerre en Syrie, appel qui incorpore toutes les invocations d’usage dans l’arsenal du terrorisme intellectuel (Mein Kampf, Auschwitz…).

Le Front National, par contre, a dés le début exprimé son scepticisme, et son opposition à une intervention française, ce qu’il avait déjà fait lors de la guerre en Libye. Dire cela n’est pas faire l’apologie du FN, mais constater un fait : comme aux Etats-Unis, une partie de la droite « extrême » est opposée aux guerres de façon plus consistante que le plus gros de la gauche. Je ne propose pas une « alliance » avec le FN, qui est de toutes façons impossible, mais j’invite la gauche, y compris radicale, à se poser honnêtement des questions : ne serait-ce pas elle qui, aveuglée par l’idéologie de l’ingérence humanitaire, a fini par adopter des positions anciennement d’extrême droite (soutien aux guerres américaines, rejet de la Charte de l’ONU et mépris à l’égard des positions de la Russie, de la Chine ou de l’Amérique Latine) et a ainsi laissé au FN le champ libre pour occuper des positions traditionnellement de gauche (scepticisme par rapport à la propagande de guerre et respect de la souveraineté nationale) ?

Cette gauche qui prend ses désirs pour la réalité

Au début des années 1970, de nombreuses personnes, y compris moi, croyaient que toutes les “luttes” de cette période étaient liées entre elles : la révolution culturelle en Chine, les guérillas en Amérique latine, le printemps de Prague et les “dissidents” d’Europe de l’Est, mai 68, le mouvement des droits civiques, l’opposition à la guerre du Vietnam et les mouvements anticolonialistes, nominalement socialistes, en Afrique et en Asie. Nous pensions également que les régimes “fascistes” en Espagne, au Portugal et en Grèce, par analogie avec la Seconde guerre mondiale, ne pouvaient être renversés que par une lutte armée, très probablement prolongée.

Aucune de ces suppositions n’était juste. La révolution culturelle n’avait aucun rapport avec les mouvements anti-autoritaires à l’Ouest ; les dissidents d’Europe de l’Est étaient, en général, pro-capitalistes et pro-impérialistes, et l’étaient souvent fanatiquement ; les guérillas d’Amérique latine étaient un mirage (à part en Amérique centrale) et les mouvements de libération nationale n’étaient rien d’autre que cela : ils aspiraient (légitimement) à la libération nationale et se disaient socialistes ou communistes seulement à cause du soutien que leur offraient l’Union soviétique ou la Chine. Les régimes “fascistes” d’Europe du Sud se sont transformés d’eux-mêmes sans offrir une réelle résistance et encore moins une lutte armée. De nombreux autres régimes autoritaires leur ont emboîté le pas : en Europe de l’Est, en Amérique latine, en Indonésie, en Afrique et à présent dans une partie du monde arabe. Certains se sont écroulés de l’intérieur, d’autres sont tombés après quelques manifestations.

Je me suis souvenu de ces illusions de jeunesse quand j’ai lu une pétition ”de solidarité avec les millions de Syriens qui luttent pour la dignité et la liberté depuis mars 2011”, dont la liste de signataires inclut de nombreuses personnalités de la gauche occidentale. La pétition affirme que “La révolution en Syrie représente une part fondamentale des révolutions nord-africaines, mais elle est également une extension de la révolte zapatiste au Mexique, du mouvement des sans-terre au Brésil, des révoltes contre l’exploitation néolibérale en Europe et en Amérique du Nord, ainsi qu’un écho des mouvements pour la liberté iranien, russe et chinois.”

Les signataires exigent bien sûr que Bachar al-Assad quitte immédiatement le pouvoir, ce qui est censé être l’unique “espoir pour une Syrie libre, unifiée et indépendante“. Ils décrivent aussi la Russie, la Chine et l’Iran comme étant en train “de défendre le massacre du peuple”, bien que ces nations soient “prétendument amies des Arabes” ; ils reconnaissent que “les États-Unis et ses alliés dans le Golfe sont intervenus pour soutenir les révolutionnaires”, mais les blâment pour “l’avoir fait clairement pour leurs propres intérêts cyniques” et pour essayer de “réprimer et subvertir l’insurrection”. Il n’est pas très clair si cela est compatible avec la ligne qui suit dans le texte, qui prétend que “les puissances mondiales et régionales ont abandonné le peuple syrien”.

L’essence de la pétition consiste en des affirmations grandiloquentes de “solidarité” de la part “d’intellectuels, d’universitaires, de militants, d’artistes, de citoyens concernés et de mouvements sociaux”, “à l’égard du peuple syrien pour insister sur la dimension révolutionnaire de leur lutte et pour éviter les batailles géopolitiques et les guerres par procuration qui se déroulent dans leur pays.” Rien que ça !

Cette pétition vaut la peine d’être analysée en détail, parce qu’elle résume bien tout ce qui ne va pas dans la pensée de gauche dominante actuelle et elle illustre et explique pourquoi il n’y a plus de gauche véritable en Occident. Le même type de raisonnement a dominé la pensée de gauche occidentale au cours des guerres du Kosovo et de Libye et dans une certaine mesure au cours des guerres en Afghanistan (“solidarité avec les femmes afghanes”) et en Irak (“ils iront mieux sans Saddam”).

Tout d’abord, la présentation des faits concernant la Syrie est très douteuse. Je ne suis pas un expert de la Syrie, mais si le peuple est tellement uni contre le régime, comment se fait-il qu’il a résisté si longtemps ? Il y a eu relativement peu de défections dans l’armée ou dans le personnel diplomatique et politique. Étant donné que la majorité des Syriens sont sunnites et que l’on décrit constamment le régime comme basé sur le soutien de la “secte alaouite”, quelque chose laisse à désirer dans cette description des évènements en Syrie.

Ensuite, que cela nous plaise ou non, les actions de “la Russie, la Chine et l’Iran” en Syrie ont été conformes au droit international, contrairement à celles des “États-Unis et de ses alliés du Golfe”. Du point de vue du droit international, le gouvernement actuel de la Syrie est légitime et répondre à ses demandes d’aide est parfaitement légal, tandis qu’armer des rebelles ne l’est pas. Bien entendu, les personnes de gauche qui signent la pétition émettraient probablement des objections à cet aspect du droit international, parce qu’il avantage les gouvernements par rapport aux insurgés. Mais imaginez un instant le chaos qui surviendrait si chaque grande puissance armait les rebelles de son choix partout sur terre. On peut déplorer la vente d’armes à des “dictatures”, mais les États-Unis peuvent difficilement faire la leçon au monde à ce sujet.

De plus, ce sont “la Russie et la Chine” qui, par leurs votes aux Nations unies, ont évité une nouvelle intervention américaine, comme celle en Libye, contre laquelle la gauche occidentale s’est opposée avec beaucoup de modération, voire pas du tout. En fait, puisque les États-Unis ont utilisé la résolution des Nations unies sur la Libye pour mener à bien un changement de régime que la résolution n’autorisait pas, n’est-il pas normal que la Russie et la Chine considèrent qu’elles ont été dupées en Libye et disent : “plus jamais ça !” ?

La pétition voit les évènements en Syrie comme une “extension de la révolte zapatiste au Mexique, du mouvement des sans-terre au Brésil, des révoltes contre l’exploitation néolibérale en Europe et en Amérique du Nord, ainsi qu’un écho des mouvements pour la liberté iranien, russe et chinois.”, mais ils se gardent bien de les mettre en lien avec les gouvernements anti-impérialistes en Amérique latine, puisque ceux-ci se positionnent fermement contre les interventions étrangères et pour le respect de la souveraineté nationale.

Enfin, qu’est-ce qui devrait laisser quiconque penser que le départ “immédiat” de Bachar al-Assad mènerait à une “Syrie libre, unifiée et indépendante” ? Les exemples de l’Irak et de la Libye ne suffisent-ils pas à jeter quelques doutes sur des déclarations aussi optimistes ?

Cela nous amène au deuxième problème de cette pétition, qui est sa tendance au romantisme révolutionnaire. La gauche occidentale d’aujourd’hui est la première à dénoncer les régimes “staliniens” du passé, y compris ceux de Mao, Kim Il-sung ou Pol Pot. Oublient-ils cependant que Lénine a combattu le tsarisme, que Staline s’est battu contre Hitler, Mao contre le Kuomintang, Kim Il-sung contre les Japonais et que ces deux derniers, ainsi que Pol Pot, se sont battus contre les États-Unis ? Si nous devions tirer quelque leçon de l’Histoire, c’est que la lutte contre l’oppression ne nous transforme pas forcément en des saints. Et comme tant de révolutions violentes dans le passé ont mal tourné, sur la base de quoi devrions-nous croire que la “révolution” en Syrie, chaque jour contrôlée un peu plus par des fanatiques religieux, émergera comme un brillant exemple de liberté et de démocratie ?

Il y a déjà eu des propositions répétées de négociations par “la Russie, la Chine et l’Iran”, ainsi que de la part du “régime d’Assad” avec l’opposition ainsi qu’avec ses soutiens (les “États-Unis et ses alliés du Golfe”). Ne devrait-on pas accorder une chance à la paix et à la diplomatie ? Le “régime syrien” a modifié sa constitution ; pourquoi être si certain que ceci ne peut pas mener à un “avenir démocratique”, mais qu’une révolution violente le peut ? Ne devrait-on pas accorder une chance au réformisme ?

Toutefois, le défaut principal de cette pétition, ainsi que d’autres appels similaires lancés auparavant par la gauche interventionniste humanitaire, est : à qui s’adressent-ils ? Les rebelles en Syrie veulent autant d’armes sophistiquées que possible – aucun signataire de la pétition ne peut les leur livrer et il est difficile de comprendre comment “la société civile mondiale, plutôt que des gouvernements inefficaces et manipulateurs” peut le faire. Ces rebelles veulent que les gouvernements occidentaux leur fournissent de telles armes – ils n’en ont cure de ce que la gauche occidentale pense. Et ces gouvernements occidentaux sont à peine conscients de l’existence même de cette gauche qui confond ses désirs avec la réalité. Et même s’ils l’étaient, pourquoi écouteraient-ils des gens qui ne bénéficient d’aucun soutien populaire significatif et donc d’aucun moyen de faire pression sur les gouvernements ? La meilleure preuve de ce fait est donnée par la cause à laquelle tant de signataires ont consacré une grande partie de leur vie : la Palestine. Existe-t-il un seul gouvernement occidental qui accorde quelque attention au “mouvement de solidarité avec la Palestine” ?

Le simple fait que la pétition n’a pas d’effet en Syrie ne veut pas dire qu’elle n’a pas d’effet tout court. Elle affaiblit et embrouille ce qui reste des sensibilités pacifistes, en soulignant que “notre” priorité doit être de vaines démonstrations de solidarité avec une rébellion qui est déjà appuyée militairement par l’Occident. Une fois cet état d’esprit acquis, il devient psychologiquement difficile de s’opposer aux interventions américaines dans les affaires intérieures de la Syrie, puisque une intervention est précisément ce que recherchent les révolutionnaires que nous devons “soutenir” (et qui, apparemment, n’ont pas remarqué, contrairement aux signataires de la pétition, que l’Occident vise à “réprimer et subvertir l’insurrection”). Bien sûr, les défenseurs de la pétition diront qu’ils ne “soutiennent” pas les extrémistes les plus violents en Syrie, mais qui exactement soutiennent-ils alors et comment ? Par ailleurs, la fausse impression que “les puissances mondiales ont abandonné le peuple syrien” (alors qu’en réalité, un flux constant d’armes et de djihadistes arrivent en Syrie) est due en partie au fait que les États-Unis ne sont pas assez fous que pour risquer une guerre mondiale, puisque la Russie semble déterminée à défendre la souveraineté de la Syrie. L’idée que nous puissions nous trouver au bord d’une guerre mondiale ne semble jamais venir à l’esprit des signataires.

Les défenseurs de la pétition diront probablement que “nous” devons dénoncer à la fois l’impérialisme américain et les régimes oppressifs contre lesquels le “peuple” se révolte. Or, cela n’illustre que l’étendue de leurs illusions : pourquoi prétendre faire deux choses à la fois, lorsqu’on n’est pas plus capable de faire l’une que l’autre, même partiellement ?

Si de telles pétitions sont pires que de ne rien faire, que devrait faire la gauche ? Avant tout, s’occuper de ses propres affaires, ce qui signifie lutter dans son propre pays. Ceci est bien plus difficile que d’exprimer une solidarité dénuée de sens avec des gens dans des pays lointains. Et lutter pour quoi ? Pour la paix à travers la démilitarisation de l’Occident, pour une politique de non-intervention et pour placer la diplomatie, non les menaces militaires, au centre des relations internationales. Incidemment, une politique de non-intervention est prônée par les libertariens et la droite paléo-conservatrice. Ce fait, plus l’invocation de l’entre-deux-guerres (la guerre civile espagnole, les accords de Munich), est constamment utilisée par la gauche pour donner à l’anti-interventionnisme une mauvaise réputation. Mais c’est stupide : Hitler n’est pas réellement en train de réapparaître constamment et il n’y a pas de menaces militaires graves à l’encontre de l’Occident. De plus, dans la situation présente, la réduction des coûts de l’Empire est une préoccupation parfaitement légitime pour les citoyens américains.

En fait, il serait tout à fait possible de former une large coalition gauche-droite de gens opposés au militarisme et à l’interventionnisme. Il va de soi qu’au sein de cette coalition, les gens pourraient toujours s’opposer sur le mariage homosexuel mais, aussi importante que soit cette question, elle ne devrait peut-être pas nous empêcher de travailler ensemble sur des questions qui pourraient également sembler importantes pour certaines personnes, telles que la paix mondiale, la défense des Nations unies et du droit international ou le démantèlement de l’empire américain et ses bases militaires. En outre, il est probable qu’une majorité du public américain pourrait être gagnée à de telles positions si l’on mettait sur pied des campagnes prolongées et bien organisées pour le persuader.

Mais bien sûr, l’esprit de la pétition va exactement à l’encontre de ceci, vers plus d’implication et d’interventions. De nombreux signataires pensent certainement qu’ils sont anti-impérialistes et pacifistes, et certains d’entre eux ont tenu un rôle important lorsqu’il s’agissait de s’opposer à des guerres américaines précédentes. Ils ne semblent néanmoins pas avoir remarqué que les tactiques de l’impérialisme ont changé depuis l’époque des mouvements de libération nationale. À présent que la décolonisation est complète (excepté en Palestine), les États-Unis ne s’attaquent pas aux mouvements de libération, mais auxgouvernements qu’ils considèrent comme trop indépendants. Et, pour ce faire, ils utilisent divers moyens qui sont similaires dans leurs tactiques aux mouvements révolutionnaires ou progressistes du passé : la lutte armée, la désobéissance civile, des O”N”G financées par des gouvernements, des révolutions colorées, etc.

Le dernier exemple en date de ces tactiques est la tentative par les gouvernements occidentaux d’utiliser la communauté LGBT comme troupes d’assaut idéologiques contre la Russie et les Jeux olympiques d’hiver, dans un effort évident pour dévier l’attention publique du fait embarrassant que, dans l’affaire Snowden, c’est la Russie et non les États-Unis qui est du côté de la liberté. Il y a de quoi craindre que la gauche interventionniste humanitaire ne suive le courant dominant en faveur de cette nouvelle croisade. Pourtant, comme l’a signalé Gilad Atzmon, avec son style habituel légèrement provocateur, il est peu probable que cela aide les membres de la communauté LGBT en Russie, étant donné que ce type de soutien permet à leurs opposants de les désigner comme porteurs de l’influence étrangère. Il n’est pas bon pour quelque minorité que ce soit, dans n’importe quel endroit, d’être vue comme des agents d’une puissance étrangère, et surtout, d’un gouvernement aussi détesté pour son arrogance et son interventionnisme que la présente administration américaine. Et incidemment, les gens qui appellent au boycott des Jeux d’hiver en Russie n’ont pas émis d’objection au fait d’organiser les Jeux olympiques à Londres, ce que implique qu’à leurs yeux, prendre des mesures homophobes est un crime sérieux, tandis que mener des guerres en Afghanistan et en Irak ne sont que de simples peccadilles.

Les personnes qui succombent aux illusions du romantisme révolutionnaire ou qui se rangent aux côtés du camp le plus faible en apparence, comme les rebelles syriens aujourd’hui, sans tenir compte du programme de celui-ci, sont bernées par les tactiques de l’impérialisme d’aujourd’hui. En revanche, ceux qui aspirent à un ordre mondial plus pacifique et plus juste et qui pensent qu’une condition préalable à cet ordre est l’affaiblissement de l’impérialisme américain s’aperçoivent facilement de ces pièges. Ces deux différentes visions du monde divisent à la fois la gauche et la droite : les interventionnistes progressistes et les néo-conservateurs d’un côté, les libertariens, les paléo-conservateurs et les militants de la gauche traditionnelle de l’autre, et cela pourrait exiger qu’apparaissent de nouvelles alliances inédites.

Article original en anglais:

leftThe Unwitting Agents of the Imperial Order: “The Wishful Thinking Left”, 16 août 2013.

Traduit de l’anglais par TK pour Investig’Action

Introduction : Investig’Action

Jean Bricmont enseigne la physique à l’Université de Louvain en Belgique. Il est l’auteur de L’impérialisme humanitaire. Il peut-être contacté à [email protected]

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Des sources diplomatiques des Brics l’émir Bandar ben Sultan, qui a supplanté les responsables qataris dans la lutte contre le régime syrien, avait mis au point un plan pour porter un coup fatal au régime via la capitale Damas. Une unité entraînée en Jordanie avait été préparée dans ce but. Les rumeurs véhiculées par la presse sur l’imminence de la bataille d’Alep n’étaient que de la poudre aux yeux, visant à détourner l’attention du régime syrien du véritable champ de l’offensive prévue. De même, l’attaque de l’opposition contre 13 villages de Lattaquié visait à obliger le régime à alléger son dispositif de sécurité autour de la capitale pour protéger son fief, Lattaquié. L’offensive contre la capitale devait avoir lieu sur deux fronts, celui du Nord et celui du Sud, et elle devait coïncider avec une large campagne médiatique, politique, psychologique et sur le terrain contre le Hezbollah pour le pousser à retirer ses troupes de Syrie et à se replier sur la scène interne libanaise.

Mais le régime syrien, selon la source, avait découvert ce plan et il avait lancé une contre-offensive, appelée «le bouclier de la capitale», destinée à élargir le périmètre de sécurité autour de Damas, autour du centre (Homs), jusqu’au littoral de Lattaquié, qui a été déclenchée le 20 août, dans une opération qualifiée de «préventive». Le régime syrien et ses alliés ont ainsi pris leurs adversaires de court et enregistré une véritable percée. C’est alors, ajoute la source du Brics, qu’a été brandie l’affaire de l’utilisation des armes chimiques à Ghouta dans le rif de Damas, dans le cadre d’une gigantesque opération médiatique, à l’aide d’images très fortes, d’enfants morts, destinées à mobiliser l’opinion publique internationale.

Cette campagne s’est accompagnée de l’envoi d’émissaires américains en Russie et en Iran. Le ton, précise la source diplomatique du Brics, utilisé par les émissaires des États-Unis était très ferme et le discours se résumait ainsi: «Soit vous faites des concessions en abandonnant le régime d’Assad, soit nous vous les arracherons par laforce.» La source diplomatique précitée affirme que les Américains auraient été surpris par le calme des Russes, alors que les Iraniens n’auraient au départ pratiquement pas réagi. Seul le président Assad a déclaré qu’il ne ferait pas de concessions.

Les Américains auraient alors décidé de hausser encore plus le ton en envoyant leurs navires destroyers en Méditerranée et en décrétant la mobilisation dans leurs bases dans la région, pour montrer le sérieux de leurs propos. Ils croyaient ainsi avoir bien fait comprendre à leurs interlocuteurs que cette fois, ils ne plaisantaient pas. Le ministre russe des AE a alors eu cette phrase qui a induit l’Occident en erreur, lorsqu’il a dit que la Russie ne se laissera pas entraîner dans une guerre contre l’Occident. Les États-Unis auraient pris cela pour un feu vert tacite, un peu comme lorsque l’envoyée américaine à Bagdad April Glasby avait fait croire en 1991 à Saddam Hussein que les États-Unis ne réagiraient pas à une occupation du Koweït… En même temps, les sources militaires américaines ont dévoilé les cibles des frappes en Syrie, dans une tentative de convaincre les alliés du régime du sérieux de l’affaire.

Mais dans le camp adverse, les préparatifs allaient bon train. Une chambre d’opérations communes a été créée, entre la Russie, l’Iran, Damas et le Hezbollah. Les Russes ont mobilisé leurs navires devant les côtes méditerranéennes, les Iraniens ont décrété une mobilisation de leurs forces navales, aériennes et terrestres, alors que l’armée syrienne a mis en état d’alerte toutes les troupes gardées jusque-là en réserve. Les Russes et les Iraniens ont ensuite fait savoir aux Américains qu’à leurs yeux, il n’y a pas d’opération militaire limitée et ciblée et que toute attaque entraînera une riposte totale, jusqu’au détroit d’Ormuz et à celui de Bab el-Mendab. Les Iraniens ont aussi laissé entendre que la riposte ne sera pas limitée à la Syrie mais pourrait atteindre d’autres cibles dans la région. Vendredi et samedi, les Russes et les Iraniens n’ont cessé de hausser le ton pour montrer qu’ils sont prêts à tout et finalement, c’est le président américain Barak Obama qui s’est rétracté, soumettant sa décision à l’approbation des députés américains, après la défection des Britannique.

Scarlett Haddad

 

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50 vérités sur la mort de deux dissidents cubains

septembre 4th, 2013 by Salim Lamrani

Oswaldo Payá et Harold Cepero sont morts dans un accident à cause du manque de prudence d´Angel Carromero, le conducteur

1. En juillet 2012, Angel Carromero, citoyen espagnol, vice-secrétaire général de l’organisation Nuevas Generaciones, mouvement de jeunesse du Parti Populaire (PP) espagnol – d’obédience conservatrice –, et collaborateur de la Communauté de Madrid, et le citoyen suédois Jens Aron Modig, leader de la Ligue de la jeunesse démocrate chrétienne (KDU), liée à la droite suédoise, se sont rendus à Cuba avec des visas de touristes.

2. Leur mission, confiée par leurs partis politiques respectifs, consistait à rencontrer et financer certains membres de la dissidence interne et à mettre en place des plans d’actions contre le gouvernement cubain.

3. Ce type d’activité, illégal à Cuba comme dans la plupart des pays du monde, est lourdement sanctionné par le code pénal.

4. Oswaldo Payá, leader du Mouvement chrétien de libération (MCL), a reçu la somme de 4 000 dollars selon Modig.

5. Le 22 juillet, Carromero et Modig se trouvaient en voiture avec les dissidents cubains Oswaldo Payá et Harold Cepero Escalante du MCL et ont été victimes d’un accident de la route près de la ville de Bayamo.

6. Les deux opposants cubains, qui se trouvaient à l’arrière de la voiture sans ceinture de sécurité, ont perdu la vie.

7. Les ressortissants étrangers, qui se trouvaient à l’avant du véhicule et avaient mis leur ceinture de sécurité, ont eu la vie sauve.

8. Payá est décédé au moment du choc d’un traumatisme crânien alors que Cepero a expiré quelque temps plus tard, à l’hôpital suite à une insuffisance respiratoire.

María Payá, la fille d’Oswaldo Payá, est contestée par les enquêteurs de l’affaire 

9. Lors de sa déposition à l’hôpital de Bayamo où il était soigné, Carromero a indiqué qu’il n’avait pas vu le panneau de signalisation indiquant une zone de travaux et qu’il a perdu le contrôle de son véhicule, heurtant un arbre. L’agence de presse espagnole EFE confirme cette version : « Il n’a pas vu le panneau de ralentissement et a perdu le contrôle du véhicule ».

10. Les témoignages de trois personnes se trouvant dans la zone lors de l’accident, José Antonio Duque de Estrada Pérez, Lázaro Miguel Parra Arjona et Wilber Rondón Barreroont, ont confirmé que le véhicule roulait à vive allure et avait percuté un arbre après avoir glissé sur la route en travaux.

11. Le citoyen suédois, sorti indemne, est rentré dans son pays quelques jours plus tard, après avoir fait sa déposition.

12. La fille d’Oswaldo Payá, María Payá, qui se trouvait à La Havane, a signalé à la presse qu’une voiture était entrée en collision par l’arrière à plusieurs reprises avec le véhicule dans laquelle se trouvait son père, et a accusé le gouvernement d’avoir commandité l’assassinat.

13. Elle a déclaré que plusieurs personnes résidant en Suède auraient reçu des textos par téléphone de la part de Modig les informant qu’un véhicule leur avait foncé dessus.

14. Néanmoins, la version de la famille Payá est contredite par des éléments factuels probants et de nombreux témoignages. En effet, en plus des dépositions faites par les personnes se trouvant sur les lieux, les photos du véhicule accidenté ne montrent aucune trace de choc à l’arrière.

15. Modig a démenti la version de la famille Payá. Selon lui, aucun autre véhicule n’était impliqué dans l’accident. Le Nuevo Herald de Miami, quotidien représentant le point de vue de l’exil cubain, confirme ces déclarations dans un article intitulé « Le politicien suédois dément la présence d’autres véhicules dans l’accident qui a coûté la vie à Payá ».

16. Modig a également récusé les déclarations de María Payá, au sujet des messages. Selon lui, il n’a transmis aucun message à personne en Suède.

17. Carromero a également démenti la version familiale dans une interview rapportée par l’agence Agencias et EFE : « Aucun véhicule ne nous a frappé par derrière ».

18. Il a également fustigé les théories du complot de la famille Payá : « Je demande à la communauté internationale de se concentrer sur mon rapatriement et de ne pas utiliser un accident de la route, qui aurait pu arriver à n’importe qui, à des fins politiques ».

19. De la même manière, les accusations ne résistent pas à l’analyse. En effet, il est difficile de croire que le gouvernement cubain ait pris le risque d’attenter à la vie d’un célèbre dissident alors que celui-ci se trouvait avec plusieurs témoins, dont deux ressortissants étrangers, restés en vie, puis libérés.

20. Dans une déclaration au journal de Stockholm, le père de Modig, Lennart Myhr, a expliqué avoir parlé à son fils après l’accident. A aucun moment, il n’a fait référence à un autre véhicule, ni à une persécution des services de renseignements cubains.

21. Le leader dissident Elizardo Sánchez a déclaré à l’Agence France-Presse qu’il ne croyait pas à la thèse du complot et qu’il pensait qu’il s’agissait d’un accident.

22. Le Nuevo Herald a publié un article à ce sujet avec le titre suivant : « Les survivants rejettent la version de la famille Payá ».

23. Le quotidien espagnol El País, pourtant peu favorable au gouvernement cubain, a également mis en doute la version de la famille Payá : « La thèse de la conspiration ténébreuse pour tuer Payá, que la famille et une partie de l’opposition ont suggéré au départ, s’évanouit suite aux déclarations de Carromero et Modig qui confirment que tout cela fut un accident fatal ».

24. Après plusieurs jours d’enquête et d’interrogatoire, Carromero a été mis en examen pour homicide involontaire par imprudence. La vitesse excessive a été la principale cause de l’accident, selon les autorités cubaines.

25. D’après les spécialistes, le véhicule roulait à une vitesse supérieure à 120 kilomètres/heure sur une portion de route limitée à 60 kilomètres/heure et a brusquement freiné sur une route glissante non goudronnée. Carromero avait réalisé le trajet La Havane/Bayamo, distant de 800 kilomètres, en moins de huit heures, en effectuant trois pauses intermédiaires.

26. Selon le Ministère cubain de l’Intérieur, le « manque d’attention [de Carromero] vis-à-vis du contrôle du véhicule, la vitesse excessive et la décision erronée de freiner sur une superficie glissante ont été les causes de ce tragique accident qui a coûté la vie à deux êtres humains ».

27. Suite au freinage, le véhicule a effectué des tonneaux sur une distance de 63 mètres, ce qui confirme la vitesse extrême.

28. En réalité, Carromero n’en était pas à son premier délit routier. Il est en la matière un dangereux multirécidiviste.

29. Son permis de conduire lui avait été retiré en mai 2012 pour excès de vitesse. Il avait été condamné à un retrait de six points et une amende de 520 euros, la sanction la plus lourde du Code de la route espagnol uniquement appliquée lorsqu’un véhicule dépasse la vitesse autorisée de plus du double.

30. Ainsi, Carromero a conduit à Cuba en toute illégalité.

31. Carromero avait accumulé 45 amendes pour des délits routiers depuis mars 2011.

32. Il avait dû s’acquitter d’un montant total de 3 700 euros.

33. Après un procès de plusieurs semaines, le parquet a requis une peine de sept ans de prison pour homicide involontaire.

34. En octobre 2012, après délibération, le Tribunal a condamné Carromero à quatre ans de réclusion criminelle.

35. En décembre 2012, après quatre mois de prison, Carromero a été autorisé à purger le reste de sa peine en Espagne, suite à un accord entre Madrid et La Havane.

36. En raison de son statut de leader politique, sa peine a été aménagée afin d’éviter la prison. Il porte désormais un bracelet électronique.

37. En mars 2013, dans une interview accordée au Washington Post, Carromero est revenu sur ses déclarations initiales et a affirmé qu’une voiture appartenant à l’Etat les avait emboutis par l’arrière, occasionnant une perte de contrôle du véhicule et l’accident.

Carromero (qui porte un vêtement bleu avec le nº 2) avait déjà une mauvaise réputation comme conducteur

38. Néanmoins, les photographies du véhicule ne montrent aucune trace de choc à l’arrière, contredisant ainsi la nouvelle version de Carromero.

39. Carromero souligne également avoir été drogué et contraint de signer une déclaration lors du procès.

40. Cette version est contredite par le Consulat général d’Espagne à Cuba qui a qualifié le procès « d’impeccable du point de vue de la procédure ».

41. En août 2013, lors d’un entretien avec le quotidien espagnol El Mundo, Carromero a affirmé que « les service secrets cubains ont assassiné Oswaldo Payá ».

42. Dans l’interview au Washington Post, Carromero affirme avoir perdu connaissance lors de l’accident et ne s’être réveillé que dans l’ambulance : « Ni Oswaldo, ni Harold, ni Aron ne s’y trouvaient ».

43. En revanche, dans l’entretien accordé à El Mundo, il déclare se souvenir que Payá « était toujours vivant suite à l’accident », contredisant ses propres affirmations faites au Washington Post.

44. Ofelia Acevedo, veuve de Payá, déclare que « l’Espagne dispose de preuves que son mari a été assassiné ».

45. Interrogée à ce sujet, l’Union européenne a fait part de ses réserves se limitant à la déclaration suivante : « Si Monsieur Carromero dispose de nouvelles preuves sur la mort tragique du lauréat du prix Sakharov Oswaldo Payá, il devrait les présenter devant les tribunaux compétents ».

46. Le gouvernement espagnol a pour sa part choisi d’ignorer les nouvelles déclarations de Carromero. Interrogé à ce sujet, le Ministère des Affaires étrangères a rejeté la polémique : « Notre point de vue sur cette affaire est révolu depuis le jour où Monsieur Carromero est rentré en Espagne ».

47. Embarrassé par les déclarations de Carromero, le Parti Populaire a choisi de garder le silence et s’est refusé à toute déclaration, annonçant qu’il ne communiquerait pas sur le sujet.

48. Le député des Asturies, Gaspar Llamazares, a enjoint Carromero de saisir la justice, tout en mettant en doute la crédibilité de ces nouvelles déclarations. Selon lui, « s’il disposait de preuves, il les aurait présentées à la justice sur le champ ou à son retour en Espagne ».

49. De son côté, le député Teófilo de Luis, membre du Parti Populaire, a rejeté les nouvelles déclarations de Carromero : « Mon gouvernement se limite à ce qu’il [Carromero] a expliqué à La Havane. Il se limite à appliquer l’accord d’extradition, selon les propos tenus à l’époque ».

50. En mars 2013, suite à la visite de la famille Payá en Espagne, le gouvernement de Mariano Rajoy a fait part de ses réserves et a déclaré « qu’il n’apportera pas son soutien à une enquête sur la mort d’Oswaldo Payá », légitimant ainsi les conclusions émises par La Havane.

Salim Lamrani

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

Contact : [email protected] ; [email protected]

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Le quotidien français Le Figaro vient de révéler qu’« un premier groupe de 300 hommes, sans doute épaulés par des commandos israéliens et jordaniens, ainsi que par des hommes de la CIA, aurait franchi la frontière le 17 août. Un second les aurait rejoints le 19 » (1). Ils progresseraient vers Damas.

On sait qu’en mars 2013, les Israéliens avaient remis au général Martin Dempsey, chef d’état-major de l’armée étasunienne, un plan « en deux étapes » prévoyant d’apporter un soutien grandissant à l’ALS (Armée syrienne libre) en créant une zone d’exclusion aérienne, puis de soutenir le « camp laïc » face à la « menace islamiste ».

Des rebelles en uniformes israéliens !

L’implication directe d’Israël dans la guerre civile a été signalée à plusieurs reprises ces derniers mois, y compris par le général Salim Idriss, chef d’Etat-major de l’ALS, qui a déclaré, en avril 2013, dans une interview à CNN, qu’il avait « beaucoup, beaucoup » d’officiers des services de renseignement israéliens opérant en Syrie (2).

En juillet dernier, Laeth Horan, porte-parole de la « Brigade des martyrs de Yarmouk » – affiliée à l’ALS - a remercié Israël pour les soins apportés aux rebelles syriens blessés à la frontière du Golan, et envisagé – « pour l’après-guerre » - dix ans de coopération entre son organisation et l’Etat juif (3).

Début août, l’agence de presse iranienne Ahlul Bayt a affirmé que des membres de l’ALS habillés d’uniformes israéliens combattaient les troupes gouvernementales. Elle citait un officier syrien qui - sous couvert d’anonymat - lui a déclaré avoir vu des inscriptions en hébreu à l’intérieur des uniformes de rebelles tués appartenant aux Brigades d’Al-Ghouta (4). L’information, invraisemblable, n’a été reprise nulle part. Mais, on peut se demander depuis l’article du Figaro de mercredi dernier, si les cadavres en question n’avaient pas été habillés par les services syriens pour prouver à l’opinion publique syrienne et arabe –faute de mieux - la participation de conseillers militaires israéliens aux combats.

Gaz toxique : opération planifiée à l’avance ?

La région d’Al-Ghouta, dans la grande banlieue de Damas, est celle où Bachar al-Assad est accusé d’avoir utilisé, ces derniers jours, des gaz de combat. On ne voit pas quel intérêt il aurait eu à le faire, au moment où une commission d’enquête de l’ONU se trouve justement en Syrie pour cela. A l’inverse, on est en droit de penser qu’il s’agit d’une manipulation de grande ampleur organisée pour justifier la création d’une zone d’exclusion aérienne. Le général Dempsey aurait inauguré récemment à Amman un Centre de commandement US à cet effet.

Pour Alexandre Loukachevitch, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, les informations sur l’utilisation d’armes chimiques constituent une « provocation planifiée à l’avance ». Les rebelles, dit-il, ont déployé « un missile contenant une substance chimique toxique »pour  « torpiller les chances de convocation d’une deuxième conférence de Genève ». Il demande, ce qui va de soi, l’ouverture « d’une enquête compétente et objective ».

 Gilles Munier

(1)Syrie : l’opération anti-Assad a commencé, par Isabelle Lasserre(22/8/13) 

http://www.lefigaro.fr/international/2013/08/22/01003-20130822ARTFIG00438-syrie-l-operation-anti-assad-a-commence.php

(2)Free Syrian Army general: ‘Clear proof chemical weapons used’

http://amanpour.blogs.cnn.com/2013/04/24/free-syrian-army-general-clear-proof-chemical-weapons-used/

(3)Syrie : Pour qui roule la « Brigade des martyrs de Yarmouk » ?

http://0z.fr/R3a28

(4) Militants in Israeli uniforms fight in Syria

http://www.abna.co/data.asp?lang=3&Id=449161

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