Voici l’histoire de deux lettres et de deux Grande-Bretagne. La première lettre fut rédigée par Sebastien Coe, ancien athlète qui siège au Comité Organisateur des Jeux Olympiques de Londres. On l’appelle Lord Coe à présent. Dans le quotidien The New Statesman du 21 juin, j’ai répercuté un appel urgent adressé à Coe par l’Union des Femmes du Vietnam lui demandant à lui et ses collègues du Comité de reconsidérer leur approbation de la candidature comme sponsor de Dow Chemical, une des entreprises qui fabriquaient la dioxine, un poison employé contre la population du Vietnam. Du nom de code « Produit Orange », cette arme de destruction massive fut « déversée » sur le Vietnam, selon un rapport du Sénat US de 1970, lors d’une opération appelée « Operation Hades ». Selon une estimation, il y a aujourd’hui 4,8 millions de victimes de l’Agent Orange, dont de nombreux enfants déformés de manière épouvantable.

Dans sa réponse, Coe décrit l’Agent Orange comme « un sujet extrêmement sensible » dont le développement et l’utilisation « par le gouvernement US (qui) a procédé à juste titre à l’examen des nombreux problèmes qui en ont résulté ». Il fait référence à un « dialogue constructif » entre les gouvernements US et Vietnamien « pour résoudre les problèmes ». Ils sont « les mieux placés pour aboutir à une réconciliation entre les deux pays. » Lorsque j’ai lu ça, je me suis souvenu des lettres de faux-cul dont le Foreign Office (Ministère des Relations Extérieures) à Londres s’est fait la spécialité en niant les crimes d’état et le pouvoir des entreprises, comme l’exportation lucrative de terribles armes. L’ancien chargé des affaires irakiennes, Mark Higson, a qualifié cet art du sophisme de « culture du mensonge ».

J’ai envoyé la lettre de Coe à un certain nombre d’autorités sur l’Agent Orange. Les réactions furent sans appel. « Il n’y a eu aucune initiative du gouvernement US concernant les effets sur la santé et l’économie des Vietnamiens touchés par la dioxine, » a écrit l’honorable avocat Constantine Kokkoris, qui a dirigé une action en justice contre Dow Chemical. Il a souligné que « des fabricants tels que Dow étaient conscients de la présence et de la dangerosité de la dioxine dans leur produit mais n’ont pas informé le gouvernement afin d’échapper à une réglementation. » Selon la War Legacies League, aucun des problèmes de santé, écologiques ou économiques provoqués par la guerre chimique la plus longue au monde n’a été traité par les Etats-Unis. Des agences non-gouvernementales n’ont aidé « qu’un petit nombre de ceux qui en avaient besoin ». Le « nettoyage » d’un « lieu hautement contaminé par la dioxine  » dans la ville de Da Nang, auquel Coe fait référence, n’est qu’une escroquerie ; aucun des fonds alloués par le Congrès US n’est parvenu directement aux Vietnamiens ou aux plus gravement atteints par les cancers provoqués par l’Agent Orange.

Pour cette raison, la mention par Coe d’une « réconciliation » est une insulte, comme s’il pouvait y avoir une équivalence entre une superpuissance envahisseur et ses victimes. Sa lettre est l’expression même des JO de Londres, un état totalitaire au sein d’un état, entouré de barbelés et alimenté par l’argent et des opérations de communication, où on entre – on n’aurait pas pu l’inventer – par un méga centre commercial. Comment osez-vous vous plaindre des missiles sur les toits de vos appartements, a lancé un élu à 86 habitants du quartier East End de Londres. Comment osez-vous protester contre les « couloirs de circulation privilégiés » qui rappellent Moscou de l’époque de l’Union Soviétique, réservés aux apparatchiks et les gars de chez Dow et Coke. Avec les médias chargés de toute l’excitation autour des JO, comme lors de l’opération « choc et effroi » en Irak en 2003, voici que surgit l’homme qui a joué un rôle clé dans les deux spectacles.

Le 11 juillet, une soi-disant soirée Olympique – « un rassemblement de la tribu Travailliste », a déclaré le dirigeant du Parti Travailliste Ed Milliband – a célébré son « invité vedette », Tony Blair, et son « cadeau » des JO en 2005 et «  a fourni l’occasion parfaite pour le retour de Blair sur l’avant-scène politique, » a écrit The Guardian. L’organisateur de la sauterie était Alistair Campbell, chef de la propagande autour du bain de sang que lui et Blair ont offert au peuple irakien. Et tout comme les victimes de Dow Chemical ne présentent aucun intérêt aux yeux des élites des JO, la criminalité incommensurable de l’invité d’honneur du Parti Travailliste fut passée sous silence.

La source de la sécurité chaotique des JO est elle aussi passée sous silence. Des études sérieuses en Grande-Bretagne ont depuis longtemps admis que ce sont les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak et tout le reste de la « guerre contre le terrorisme » qui ont alimenté le recrutement des djihadistes et encouragé d’autres formes de résistance qui ont directement abouti aux attentats du 7/7 à Londres. Ces bombes étaient celles de Blair. Dans le cadre de sa réhabilitation en cours, offerte par son « cadeau » des JO, il y a encore cet autre mensonge selon lequel l’énorme fortune accumulée par Blair depuis son départ du gouvernement serait consacrée à des œuvres de charité.

La deuxième lettre que j’ai mentionnée me fut envoyée par Josh Richards qui vit à Bristol. En mars 2003, Josh et quatre autres sont partis saboter un bombardier américain B-52 sur la base aérienne britannique de Fairford, Gloucestershire, pour l’empêcher de bombarder l’Irak. Quatre autres l’ont accompagné. C’était une action non-violente fidèle aux principes de Nuremberg selon lesquels une guerre d’agression constitue« le crime des crimes ». Josh fut arrêté est accusé d’avoir tenté de poser des bombes. « C’est le résultat de cette idée ridicule, » écrit-il, « qu’un pot de beurre de cacahuète que j’avais sur moi était en réalité le composant d’une bombe. L’accusation fut ensuite abandonnée après que le Ministère de la Défense ait effectué des tests exhaustifs sur mon beurre de cacahuètes croustillant de la marque Tesco. »

Après deux procès où les jurés n’ont pu se départager, Josh a finalement été acquitté. Ce fut un procès historique où il a parlé en plein tribunal de l’embargo génocidaire imposé à l’Irak par les gouvernements US et britannique avant leur invasion et les justifications mensongères de la « guerre contre le terrorisme ». Son acquittement signifia qu’il avait agit au nom de la loi et que son intention avait été de sauver des vies.

La lettre que Josh m’a écrite était accompagnée d’un exemplaire de mon livre, « The New Rulers of the World », dans lequel, a-t-il souligné, il avait trouvé les arguments pour sa défense. Avec ses pages cornées et des passages soulignés avec soin, le livre avait accompagné Josh au cours de son voyage de trois ans à travers les tribunaux et les prisons. De toutes les lettres que j’ai reçues, celle de Josh est un summum de pudeur, de modestie et de détermination au service d’une éthique qui représente une autre Grande-Bretagne et une antidote aux empoisonneurs sponsors des JO et aux réhabilitations des va-t-en guerre. Dans cette époque extraordinaire, un tel exemple devrait encourager et inspirer d’autres à reconquérir cette démocratie en recul.

John Pilger
http://johnpilger.com/

Article original en anglais :


Blair, War, Olympic Deals and a Glimpse of Another Britain
- by John Pilger – 2012-07-20

Traduction par VD pour le Grand Soir

Le 30 juillet, alors qu’il entamait sa tournée d’une semaine au Moyen-Orient, Leon Panetta a demandé un changement de régime en Syrie et menacé l’Iran de sanctions et de guerre.Panetta rendra visite au régime tunisien islamiste du premier ministre Hamadi Jebahi du Parti Hennadha, au président islamiste d’Égypte, Mohammed Morsi, ainsi qu’au maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, le dirigeant de la junte militaire égyptienne soutenue par les États-Unis.

Le voyage de Panetta a pour objectif de resserrer les liens militaires des États-Unis avec les régimes islamistes qui sont arrivés au pouvoir après les soulèvements de masse de la classe ouvrière en Tunisie et en Égypte tout en poursuivant le renforcement de l’intervention militaire américaine dans toute la région.

A Tunis, la capitale de la Tunisie, Panetta a discuté de la possibilité d’une collaboration plus étroite entre les États-Unis et les responsables tunisiens du contre-terrorisme pour faire la chasse aux forces liées à Al Qaïda au Mali. Ces groupes, qui sont alliés aux forces touareg qui avaient fui l’année dernière la Libye pour se réfugier au Mali voisin après le renversement du régime du colonel Mouammar Kadhafi par l’OTAN, contrôlent actuellement la plus grande partie du Nord du Mali et qui s’était révoltée contre le gouvernement central de Bamako.

Panetta a menacé l’Iran en réitérant la menace classique du gouvernement Obama que « toutes les options », y compris la guerre, étaient « sur la table. »

Au cours du weekend, le conseiller américain à la sécurité nationale, Tom Donilon, aurait informé les responsables israéliens sur des plans d’urgence pour des attaques contre les installations nucléaires iraniennes et une guerre contre l’Iran, si Téhéran ne renonçait pas à son programme nucléaire.

Panetta a aussi toutefois suggéré que des sanctions internationales appliquées actuellement pourraient contraindre l’Iran à négocier un accord acceptable pour Washington. Des sanctions imposées par les États-Unis et l’Union européenne (UE) ont réduit de près de 40 pour cent les exportations de pétrole de l’Iran. La monnaie iranienne a perdu environ la moitié de sa valeur par rapport au dollar, appauvrissant les travailleurs iraniens du fait de la forte augmentation des prix des marchandises importées, dont la nourriture.

Panetta a expliqué, « Ces sanctions ont un sérieux impact en termes économiques pour l’Iran. Et, alors que les conséquences ne paraissent peut-être pas évidentes pour le moment, le fait est qu’ils ont exprimé la volonté de négocier et ils semblent encore intéressés à vouloir trouver une solution diplomatique. »

En prenant du recul par rapport à son évaluation faite au début de l’année comme quoi Israël était « susceptible » d’attaquer au printemps 2012, il a dit qu’Israël n’avait « pas pris de décision relative à l’Iran. »

Panetta a aussi menacé un allié clé de l’Iran, le président syrien Bachar al-Assad, dont le régime est actuellement confronté à une insurrection sunnite soutenue par les États-Unis et qui a plongé la Syrie dans une guerre civile.

Alors que Panetta s’exprimait en Tunisie, des combats ont éclaté dans la ville clé d’Alep dans le nord de la Syrie où des unités de l’armée ont attaqué des milices anti-Assad qui avaient pris plusieurs régions clés en érigeant des postes de contrôle. Des unités de l’armée ont attaqué les quartiers de Salah al-Din et Sakhour. Des forces « rebelles » auraient pris un poste de contrôle à Anadane leur permettant ainsi de contrôler une voie directe allant d’Alep à la frontière avec la Turquie qui soutient et arme les forces anti-Assad.

Des responsables de la Croix Rouge et du Croissant Rouge ont affirmé que 200.000 personnes avaient fui les combats à Alep.

En plaidant en faveur d’efforts pour « renverser Assad, » Panetta a dit : « S’ils poursuivent ce genre de combat tragique contre leur propre peuple à Alep, je crois qu’en définitive ce sera un clou dans le cercueil d’Assad. Ce qu’Assad a fait contre son propre peuple et ce qu’il continue de faire à son propre peuple montre clairement que son régime touche à sa fin. Il a perdu toute légitimité. La question n’est plus de savoir si le régime s’effondrera, mais quand il s’effondrera. »

La référence faite par Panetta au « cercueil » d’Assad et venant d’un gouvernement qui avait supervisé le renversement et finalement le meurtre de Kadhafi l’année dernière, vise certainement à être une menace d’assassinat délibérée.

Dans le même temps, Washington – qui jusqu’à présent a perpétué la fiction qu’ils ne sont pas en train d’armer les rebelles en prétendant que les armes sont fournies par des alliés des États-Unis, tels l’Arabie saoudite et le Qatar – a fait dimanche un pas de plus pour les armer. Reuters a rapporté que la Maison-Blanche a élaboré une directive présidentielle confidentielle pour autoriser, ou bien « a conclu » d’autoriser une plus grande aide secrète des « rebelles. »

Le gouvernement français aurait aussi l’intention de demander une réunion cette semaine du Conseil de sécurité de l’ONU pour discuter de la Syrie et pour « exercer des pressions » sur le régime Assad.

Le voyage de Panetta reflète la réorganisation du Pentagone de ses opérations au Moyen-Orient pour défendre les intérêts impérialistes américains au Moyen-Orient. Il cherche à renforcer ses liens avec les partis islamistes droitiers qui sont arrivés au pouvoir l’année dernière après que des soulèvements massifs de la classe ouvrière ont renversé les dictatures séculaires soutenues par les États-Unis en Tunisie et en Égypte. Parallèlement, il intervient par la force pour évincer tout régime, tel la Syrie et l’Iran, qui fait obstacle aux intérêts régionaux américains.

L’argument de Panetta – comme quoi les États-Unis combattent Al Qaïda, ou cherchent à empêcher qu’Assad tue « son propre peuple » – est cynique et faux. En réalité, dans le cadre de leur collaboration avec les régimes islamistes sunnites comme les monarchies saoudienne et qatarie, ils s’appuient fortement sur les forces d’Al Qaïda pour mobiliser les combattants islamistes étrangers à s’infiltrer en Syrie et à attaquer l’armée syrienne.

Dans le Wall Street Journal, l’ancien conseiller des forces spéciales américaines, Seth Jones, a écrit : « En Syrie Al Qaïda (opérant souvent sous le nom de Front al-Nusra pour la protection du Levant) recourt à des trafiquants – certains idéologiquement marqués, d’autres motivés par l’argent – pour sécuriser, pour les combattants étrangers dont la plupart viennent du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, les routes qui traversent la Turquie et l’Irak. Selon des responsables du Département américain du Trésor, un nombre grandissant de donateurs du golfe Persique et du Levant semblent envoyer un soutien financier.

Jones a ajouté qu’en Irak des agents d’Al Qaïda fournissaient « des fusils, des mitrailleuses légères, des grenades propulsées par roquette » ainsi que des connaissances nécessaires à la fabrication de bombes pour les forces soutenues par les États-Unis en Syrie.

L’opération américaine pour renverser le régime Assad est en train de déstabiliser la région tout entière. L’Armée syrienne libre (ASL), la principale force anti-Assad basée en Turquie, a dit au journal The Guardian qu’il y avait au moins quatre unités qui ne leur étaient pas affiliées et qui opéraient à l’intérieur de la Syrie, dont une brigade de guérilleros libyens. Elle a ajouté qu’en Syrie le nombre total d’unités étrangères opérant contre Assad était « probablement bien plus élevé. »

Les responsables turques craignent que les milices séparatistes kurdes puissent capturer des parties de la Syrie et les utilisant comme base pour infiltrer, en Turquie, les régions avoisinantes à majorité kurde. Hier, le New York Times a cité des responsables turques disant « ne pas hésiter à bombarder la Syrie, » si des groupes kurdes attaquaient la Turquie à partir du sol syrien.

La Turquie a envoyé des troupes, des transporteurs de troupes blindés et des batteries de missiles pour renforcer ses positions le long de ses frontières avec la Syrie.

Des responsables jordaniens auraient aussi envisagé de déployer en Syrie des unités des forces spéciales venues de Jordanie, apparemment pour confisquer ses stocks d’armes chimiques et biologiques.

Article original, WSWS, paru le 31 juillet 2012.

Le Premier ministre syrien Riad Hijab a été démis de ses fonctions, a annoncé lundi la télévision officielle syrienne, qui, par ailleurs, a été visée par un attentat. Une démission qui n’a pas d’explication pour le moment…L’”arme absolue de la terreur”, c’est tout ce qu’il reste aux terroristes, commettre des tueries et semer le chaos, puisque militairement, ils ne peuvent répondre, malgré le financement du Qatar et de l’Arabie saoudite. Ce qui est certain, même comme l’Occident refuse de condamner ces actes terroristes, le terrorisme est et restera l’acte des faibles. 

Le quotidien britannique The Independent cite un haut responsable du régime qui explique que l’on n’a encore rien vu à Alep. Ceci confirme bien évidemment ce que nous disions hier, à propos d’Alep, où des renforts sont encore arrivés ce matin :

Ce que vous voyez jusqu’à maintenant n’est qu’un apéritif: le plat principal reste à venir.

Trois officiers des services de renseignement politique à Damas ont fait défection et ont trouvé refuge en Jordanie. Il s’agit du colonel Yareb al-Chareh, son frère Kanaan Mohammad al-Chareh et le colonel Yasser Hajj Ali, qui donnaient des renseignements à l’armée syrienne libre. Ils ont été démasqués et pris la fuite…Ce sont des…sunnites et ceci prouve que la vraie guerre est religieuse, pour anéantir les chiites et donc l’Iran au Proche et Moyen-Orient.

Les hommes passent, la Syrie reste et restera  !

Attentat à la télévision d’état

Troisième Guerre Mondiale. C’est pour bientôt.

août 6th, 2012 by Richard Le Hir

À la toute fin du mois de novembre, la détérioration rapide et alarmante de la situation politique en Europe et au Moyen-Orient m’avait amené à soulever la possibilité, ici même sur Vigile, du déclenchement d’une Troisième Guerre Mondiale .

J’avais en effet été sidéré de découvrir, sur un site américain d’information financière, l’extrait d’un bulletin de nouvelles chinois où un responsable militaire de haut niveau avertissait les États-Unis, le Canada et la France, que son pays n’hésiterait pas à protéger l’Iran contre toute agression, même au risque d’une Troisième Guerre Mondiale .

Cet article avait attiré l’attention d’un journaliste algérien qui communiqua avec moi quelques semaines plus tard pour savoir si je serais disposé à expliciter ma position dans une entrevue qui serait publiée dans son journal en début d’année. Sans me douter le moindrement du traitement qui serait réservé à cette entrevue (manchette en première page), et de la diffusion qu’elle allait connaître , j’acceptai son invitation à répondre à une série de questions qui allaient me permettre d’aborder le cas de la Syrie et de suggérer qu’avec l’alignement des positions russe et chinoise sur la question du Moyen-Orient, nous étions en train d’assister à une réémergence des blocs, comme au temps de la Guerre Froide.

Les événements de l’hiver allaient me donner raison. Au cours des derniers mois, la Chine et la Russie ont exercé à trois reprises leur droit de veto au Conseil de sécurité des Nations Unies pour contrecarrer la volonté des États-Unis de la France et du Royaume-Uni d’intervenir militairement en Syrie pour déloger le gouvernement de Bachir Al-Assad et favoriser un changement de régime.

Et malgré tous les efforts en sous-main pour déstabiliser Assad, celui-ci demeure encore en poste, un exploit qui serait totalement impossible s’il ne jouissait pas du soutien très large de la population syrienne. Ceux qui en doutent feraient bien de se remémorer l’effondrement du régime communiste en ex-Allemagne de l’Est et la chute du mur de Berlin, en quelques jours, sans aucune effusion de sang. Et pour des exemples plus locaux, voir le renversement des régimes Ben-Ali en Tunisie et Moubarak en Égypte, relativement pacifiques.

Après avoir évincé les « contras » de Homs et de Damas, revenues à la paix civile, le régime Assad tente désormais de les déloger de deux quartiers d’Alep, toute proche des frontières de la Turquie qui les alimente en hommes et en armes. Et le spectacle de ces centaines de milliers d’habitants qui fuient les quartiers sous contrôle des contras pour se réfugier dans les quartiers contrôlés par les forces du régime Assad confirme éloquemment la légitimité démocratique de son pouvoir.

Aucun régime ne peut tenir très longtemps contre la volonté de sa population. Et c’est justement l’absence de cette volonté populaire de changement qui nous amène à nous questionner sur les raisons profondes de pays comme les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et le Canada à souhaiter si ardemment un changement de régime en Syrie après l’avoir souhaité et obtenu en Libye, et l’avoir souhaité sans l’obtenir en Iran (fiasco de la Révolution Verte).

***

Pour ce qui est des États-Unis, les motivations sont assez claires, même si les intérêts (pas nécessairement les mêmes) et l’influence politique d’Israël viennent un peu brouiller les cartes. Mais c’est quand on se met à s’interroger sur les motivations de pays comme le Royaume-Uni, la France et le Canada que le problème se complexifie.

Le cas du Royaume-Uni est assez facile à régler. Ce pays a depuis longtemps fait le choix de l’alliance géostratégique avec les États-Unis, mais était malgré tout parvenu à conserver une certaine indépendance dans sa politique étrangère au Moyen-Orient sur la base de sa longue expérience politique dans cette région du monde.

Cette situation allait changer dramatiquement après le 11 septembre 2001 et le déclenchement de la guerre contre l’Irak. Le premier ministre travailliste Tony Blair causa une certaine surprise, du moins dans ses propres rangs, en s’alignant sans hésitation et sans faille aux côtés des États-Unis de George W. Bush, alors que la France de Chirac et le Canada de Jean Chrétien refusaient de le faire.

La France était parvenue à maintenir pendant toutes les années depuis le départ de De Gaulle jusqu’à l’arrivée de Sarkozy au moins les apparences d’une certaine indépendance vis à vis des États-Unis et d’un préjugé favorable aux pays musulmans qui s’expliquait, comme dans le cas des Anglais, par sa longue fréquentation de cette culture.

Pays colonial, la France a imposé pendant longtemps sa tutelle sur le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Ceux qui sont moins familiers avec l’histoire de France savent moins que la France de Napoléon s’était aventurée jusqu’en Égypte et que, même si cette aventure fut de courte durée, elle était parvenue à y conserver une importante influence culturelle et commerciale, dans ce dernier cas avec la construction par Ferdinand de Lesseps du Canal de Suez à compter de 1858 et son exploitation de 1868 jusqu’en 1957 par La Compagnie universelle du canal maritime de Suez en vertu d’une concession emphytéotique de 99 ans.

« À la suite de la nationalisation du canal par Nasser en 1956, quand le patrimoine égyptien de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez a été transféré à la Suez Canal Authority, la société touche d’importantes indemnités car elle dispose d’une concession jusqu’en 1968. Rebaptisée Compagnie financière de Suez en 1958, elle engage sa reconversion en multipliant participations et investissements dans divers secteurs de l’économie. »

On notera au passage qu’il s’agit de l’entreprise à l’origine de GDF-Suez dans laquelle le duo Paul Desmarais/Albert Frère détient une participation importante.

Il faut aussi rappeler que la France et la Grande-Bretagne s’étaient partagé les dépouilles de l’empire ottoman en 1920, et que la France avait pour sa part hérité de ce qui allait par la suite devenir la Syrie et le Liban. Quant au Royaume-Uni, il récupérait l’Irak, la Transjordanie et la Palestine. Le Liban allait acquérir son indépendance en 1943, la Syrie en 1946, et Israël, découpée dans le territoire de la Palestine par les Nations Unies, en 1948.

La présence de la France sur l’échiquier politique du Moyen-Orient est donc une donnée de base, d’autant plus que d’importants liens commerciaux ont survécu au mouvement de décolonisation après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.

On comprendra dès lors que la France ait joué un rôle actif dans la Crise du canal de Suez qui survient en 1956, lorsque l’Égypte de Gamal Abdel Nasser décide de nationaliser le canal. Wikipédia résume succinctement les faits de la façon suivante :

« La crise du canal de Suez, aussi connue sous le nom de guerre de Suez, campagne de Suez ou opération Kadesh, est une guerre qui éclata en 1956 en territoire égyptien. Le conflit éclata entre l’Égypte et une alliance secrète, le protocole de Sèvres, formée par l’État d’Israël, la France et le Royaume-Uni, suite à la nationalisation du canal de Suez par l’Égypte.

Cette alliance entre deux États européens et Israël répondait à des intérêts communs : les nations européennes avaient des intérêts politiques, économiques et commerciaux dans le canal de Suez, et Israël avait besoin de l’ouverture du canal pour assurer son transport maritime (ce dernier justifiait toutefois son intervention militaire contre l’Égypte comme étant une réponse aux attaques fedayins qu’il subissait de plus en plus régulièrement sur son territoire). De plus cette crise est considérée comme particulièrement importante car elle survient pendant la période de guerre froide. Plus que les intérêts des pays européens, elle symbolise aussi une union encore contestée de l’Union soviétique et des États-Unis (deux blocs en opposition) et constitue donc un moment clef de cette période de conflits. L’union reste contestée car il semble qu’elle aurait aussi pu être interprétée comme une sorte « d’échange de bons procédés » entre les deux puissances. Ce sont ces deux États qui ont imposé l’arrêt du conflit en renvoyant chez elles les forces françaises et britanniques. [...] »

La crise de Suez allait être l’occasion de la première grande intervention du Canada en politique internationale avec sa proposition de créer une force d’interposition entre les belligérants (les Casques Bleus). Voici comment l’Encyclopédie canadienne présente l’affaire :

« Le 26 juillet 1956, le président égyptien Nasser s’empare de l’importante Compagnie du canal de Suez, qui exploite le canal depuis 1869 ; les principaux actionnaires de la compagnie sont la France et l’Angleterre. Cette occupation par Nasser du canal reliant la Méditerranée et la mer Rouge porte un coup à la fierté et au commerce de l’Occident. La diplomatie ayant échoué, l’Angleterre, la France et Israël conviennent en secret d’une action contre l’Égypte. Israël passe à l’attaque le 29 octobre et, en un seul jour, avance à un peu moins de 42 km du canal. Tel que convenu avec Israël, l’Angleterre et la France somment Israël et l’Égypte de se retirer de la région immédiate du canal. Nasser refuse. Le 31 octobre, l’Angleterre et la France interviennent directement en bombardant la zone du canal.

Dans les coulisses, le gouvernement du Canada se montre irrité par ce geste qui divise le Commonwealth et qui aliène les États-Unis. Toutefois, publiquement, le Canada joue le rôle de conciliateur. Le 4 novembre, L.B. Pearson, secrétaire d’État aux Affaires extérieures du Canada, et ses collègues aux Nations Unies obtiennent un appui écrasant de l’Assemblée générale en proposant la création d’une force internationale chargée de maintenir la sécurité et de coordonner la cessation des hostilités. Le général canadien E.L.M. Burns est aussitôt nommé commandant de la Force d’urgence des Nations Unies (FUNU). Les Anglais et les Français décident cependant de passer outre à la résolution de l’ONU et larguent des parachutistes dans la zone du canal tard le 4 novembre. Grâce à la pression, principalement américaine, exercée sur le premier ministre britannique sir Anthony Eden, un cessez-le-feu est conclu le 6 novembre. Pearson se bat avec succès pour que des soldats canadiens fassent partie de la FUNU, dont les unités d’avant-garde arrivent à la mi-novembre. Bien que Pearson reçoive le Prix Nobel de la paix en 1957 en récompense pour ses efforts de conciliation, bien des gens en Angleterre et au Canada sont consternés par le manque apparent de soutien envers l’Angleterre de la part d’Ottawa. La défaite du gouvernement libéral aux élections générales de 1957 est sans doute en partie attribuable à ce facteur. »

En 1956, la France est dirigée par un gouvernement socialiste aux prises avec la décolonisation. Elle a perdu l’Indochine à l’issue d’une guerre en 1954, et cherche encore à conserver l’Algérie. Ces conflits la déchirent sur le plan politique et la laissent exsangue sur le plan financier, conditions qui vont favoriser le retour aux affaires du général Charles De Gaulle, l’homme qui a sauvé la France de la déroute en 1940 et qui s’est retiré « en réserve de la République » en 1946, en désaccord avec l’Assemblée constituante élue pour doter la France d’un nouveau régime politique sur la question des rôles respectifs de l’État et des partis politiques.

De Gaulle, c’est également l’homme qui a tenu tête aux Américains, aux Anglais et aux Russes malgré la précarité de sa position, et qui a permis, par la force incroyable de sa volonté, que la France figure parmi les vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale.

Pour De Gaulle, tout tenait à « une certaine idée » qu’il se faisait de la France :

« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l’inspire aussi bien que la raison. Ce qu’il y a en moi d’affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J’ai d’instinct l’impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S’il advient que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j’en éprouve la sensation d’une absurde anomalie, imputable aux fautes des Français, non au génie de la patrie. Mais aussi, le côté positif de mon esprit me convainc que la France n’est réellement elle-même qu’au premier rang : que seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ; que notre pays tel qu’il est, parmi les autres, tels qu’ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans grandeur. » (Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome 1, Plon, Paris, 1954)

Dans les dix années qui suivent son retour aux affaires, De Gaulle va remettre la France sur pied, d’abord sur le plan économique, avec la collaboration de son ministre des Finances Antoine Pinay, et de son principal conseiller Jacques Rueff, Ce dernier croit aux vertus disciplinaires de l’or pour empêcher la fuite en avant par les déficits, sur lesquels les États-Unis commencent à compter pour financer leur guerre au Viet-Nam.

La France est bien placée pour le savoir. Les coffres de la Banque de France débordent des dollars US que les banques françaises encore majoritaires au Vietnam après son indépendance lui envoient sans dérougir. De Gaulle décide d’exiger sa conversion en or au taux officiel de 35 $ l’once » Il envoie aux États-Unis des navires de guerre chargés de dollars, et ceux-ci rentrent en France chargés de l’or obtenu en échange. Les Américains sont furieux.

Et ils le sont encore davantage lorsqu’ils voient De Gaulle se lancer, sur la base du redressement économique de la France et de l’indépendance qu’elle lui confère, dans une offensive diplomatique tous azimuts qui l’amènera à quitter l’OTAN, se doter de l’arme nucléaire et proposer aux pays non alignés une troisième voie dans une série de discours à travers le monde qui vont s’inscrire résolument en faux contre les pratiques hégémonistes américaines.

Ainsi, le 28 septembre 1964, De Gaulle déclare en Bolivie

« Que chaque peuple dispose à tous égards de lui-même, afin que son avance en fait de civilisation soit effectivement la sienne. Qu’il fasse en sorte que son progrès soit celui de tous ses enfants pour susciter dans les profondeurs les ardeurs et les capacités qui multiplient les efforts, qu’il transforme en émulation créatrice et productrice par rapport aux autres nations, ce qui demeure trop souvent rivalité d’ambitions, que les puissances qui en ont le moyen prêtent leur concours au développement des moins avantagés, cela suivant les affinités réciproques, et sans qu’il y ait, sous aucune forme, intervention étrangère dans les affaires de qui que ce soit, voilà, en effet, quelles sont, pour la France, les conditions nécessaires de l’équilibre général, du progrès de tous et de la paix dans l’univers. » (Pochette du disque « Charles De Gaulle, Discours aux peuples du monde », Disques Déesse DDLX 87, Paris)

À Pnom-Penh, le 1er septembre 1966, De Gaulle s’en prend directement à la soif de guerre des États-Unis . Voici le commentaire du professeur et président du parti UPR François Asselineau dans le cadre de la dernière campagne présidentielle française :

« Le 1er Septembre 1966, présent dans la capitale Cambodgienne, le Général de Gaulle prononce devant plus de 200 000 personnes, le « Discours de Phnom-Penh ». Ce discours est un des plus habiles de l’histoire politique de l’humanité. En effet, tout en rappelant l’indépendance de la France, il affirme l’existence d’une troisième voie représentée par les non-alignés. Cependant, le Général de Gaulle est également visionnaire et marque un tournant dans la manière d’envisager les relations Internationales pour les anciennes puissances coloniales. Ces propos ont été ressentis à l’époque comme une gifle et une trahison par les américains alors en guerre au Vietnam. Les Américains outrés, n’ont alors pas compris toute la subtilité et les nuances de ces paroles car il rend aussi un hommage aux valeurs de libertés qui fondent la démocratie américaine. Ils n’ont pas non plus saisi la lucidité de ses propos. En 1968, c’est à Paris que s’ouvrira la conférence qui mettra fin à la guerre du Vietnam (la guerre la plus inutile et la plus chère de l’histoire des Etats-Unis après la guerre d’Irak). Ce qui est impressionnant, c’est qu’après plus de 40 ans, ces paroles résonnent encore d’une manière originale et sont plus que jamais d’actualité concernant par exemple la guerre en Afghanistan. » (Voir aussi)

La visite du général de Gaulle au Québec from Delorimier on Vimeo.

L’été suivant, le 24 juillet 1967, De Gaulle, venu rendre visite à son « ami Johnson » http://www.vigile.net/La-visite-du-… à l’occasion de l’Expo 67, lançait son « Vive le Québec libre » depuis le balcon de l’Hôtel de ville de Montréal . À lire ce qui précède, on comprend facilement que cette déclaration était loin d’être spontanée, qu’elle était mûrement réfléchie et qu’elle procédait d’un plan bien défini. On n’est pas général pour rien.

D’ailleurs, cette analyse est confirmée par un de ses intimes, Jacques Foccart, qui relate son échange avec De Gaulle le 27 juillet 1967 dans son Journal de l’Élysée paru chez Fayard en 1998 (t. I, p. 685), au cours duquel lui aurait déclaré ceci :

« Le fait est qu’un jour le Canada français deviendra une grande puissance et que nous y aurons aidé et que la France en tirera un bénéfice. Bien sûr, pas moi. Ce n’est pas pour tout de suite, bien que, du fait de notre attitude, nous ayons considérablement accéléré le processus. C’est une affaire dont l’avenir s’inscrit d’avance, et de manière certaine depuis notre action, et le développement, croyez-moi, sera beaucoup plus rapide qu’on ne le croit. […] Il fallait le faire, c’était évident. Je savais à quoi m’en tenir à partir du moment où j’y allais. Alors on m’a dit : Ottawa… Ottawa, je m’en fous ! C’est au Canada français que je rendais visite, c’était l’essentiel. […] J’aime mieux crever que d’aller au Canada porter un toast à la reine d’Angleterre ! Croyez-moi, j’étais bien soulagé quand ils m’ont offert l’occasion de m’en aller : j’ai sauté dessus avec bonheur. Tout cela va faire des remous, c’est sans importance. Tout cela va donner des motifs d’articles à toute cette presse infâme et avachie, aux pieds et à la botte des Américains, des Israéliens et de tous les autres, mais qui ne soutient pas la France parce qu’ils ont honte de parler de la France ou de défendre la France : tout cela est sans importance. »

On connaît la réaction au Canada. Mais c’en est également trop pour Washington et pour ses alliés en France. Le premier ministre George Pompidou, ancien directeur général de la Banque Rothschild, s’inquiète de plus en plus des projets de De Gaulle. Chez les acteurs économiques, la « troisième voie » passe mal :

« En sus des Américains, De Gaulle avait à dos leurs suiveurs atlantistes, de Mitterrand à Lecanuet, sans compter Jean-Jacques Servan-Schreiber [alors rédacteur en chef de l’hebdomadaire d’information L’Express et l’auteur du Défi américain, une apologie de l’Amérique] qui, en plein mois de mai, dénonçait « la dictature intellectuelle du Général qui avait tout gelé en France ». Et cela dans un magazine américain : « Life » qui par ailleurs voyait dans l’Elysée un nid d’espions du KGB. Aux USA une campagne de presse antigaulliste d’une violence et d’une bêtise inouïes battait son plein…

Participaient encore à cette curée, le ban et l’arrière ban du vichysme et de l’OAS : « mai » c’était l’occasion de régler son compte à l’homme de la France libre et au décolonisateur de l’Algérie. Sans compter les milieux d’affaire : « De Gaulle a pour opposants les mêmes gens, haute finance et classe moyenne, qui firent tomber le gouvernement Blum dans les années trente en spéculant contre le franc et en plaçant leur argent à l’étranger (écrit Hannah Arendt dans une lettre à Mary Mc Carty fin 68). Le tout non pas en réaction aux émeutes étudiantes, mais aux idées grandioses de De Gaulle sur la participation des travailleurs dans les entreprises »… ».

En fait, quand on examine qui avait intérêt en 1968 à ce que la situation politique se dégrade rapidement en France, celui des Américains et de leurs « suiveurs atlantistes » est tellement évident qu’ils y ont nécessairement contribué s’ils n’en sont pas carrément les instigateurs, ce que les historiens finiront éventuellement par nous révéler.

Après la démission de De Gaulle devant le rejet de son référendum sur la participation le 27 avril 1969 , la France retombe rapidement sous l’influence des États-Unis.

En 1971, l’administration Nixon, enlisée dans l’aventure vietnamienne, et incapable de faire face aux dettes et aux obligations de conversion du pays, décide de dévaluer sa monnaie en supprimant sa convertibilité en or. La banque centrale des États-Unis (la FED) a désormais les mains libres pour monétiser la dette, avec les résultats que nous découvrons aujourd’hui.

La France emprunte le même modèle en 1973 en adoptant sa Loi du 3 janvier 1973 sur la Banque de France. Même modèle, même endettement catastrophique aujourd’hui.

Mais si les Américains sont parvenus à reprendre le contrôle du jeu économique avec l’élimination de De Gaulle, la France n’en conserve pas moins quelques velléités d’indépendance diplomatique à l’égard des États-Unis qui vont lui coûter très cher lorsqu’elle s’aventurera à les exercer, l’expérience la plus probante à cet égard étant survenue lors de son refus très spectaculaire de suivre les États-Unis dans sa guerre contre l’Irak.

Dominique de Villepin à l’ONU – 14 février 2003 par Chroniques-vieille-europe

On se souviendra de l’indignation que la brillante prestation du ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 14 février 2003 , avait soulevé aux États-Unis. La France avait alors dû affronter un boycott de ses intérêts que son patronat avait très mal vécu.

« Comme par hasard », de Villepin s’était retrouvé peu de temps après au coeur d’une affaire politique tordue, l’affaire Clearstream, qui allait prendre rapidement une tournure judiciaire grave, coupant court à ses ambitions présidentielles pour 2007 et laissant la voie libre à Nicolas Sarkozy.

C’est sans doute le même « hasard » qui a valu à Dominique Strauss-Kahn, brillant économiste et directeur général du FMI, quelques mois d’emprisonnement dans une prison de New York pour une pitoyable affaire de moeurs alors que son véritable crime, tout comme le Général De Gaulle en son temps, avait été de remettre en cause l’hégémonie du dollar US .

Et parce qu’Israël et les États-Unis voguent de concert et que l’affront fait à l’un vaut pour l’autre, que penser de l’audace « irresponsable » du président Chirac qui avait accueilli en 2004 sur son territoire le chef historique des Palestiniens, Yasser Arafat, gravement malade, pour qu’il puisse s’y faire soigner, qui s’était même rendu à son chevet pour lui offrir ses voeux de rétablissement, et qui, à son décès, lui avait fait rendre les hommages de la France lors d’une cérémonie officielle à l’aérodrome militaire de Villacoublay avant de le transporter au Caire ?

Heureusement pour lui, Chirac était en fin de mandat et n’était plus en mesure de nuire aux intérêts américains.

On comprend dès lors beaucoup mieux comment Nicolas Sarkozy, que les Américains contrôlaient entièrement, y compris par des liens familiaux , a pu servir leurs intérêts au point même de leur permettre de se cacher derrière lui (et derrière le Canada de Harper) à certains moments, comme dans l’opération contre la Libye.

Mais Sarkozy parti, ce qui surprend et déçoit sûrement une bonne partie de l’électorat de gauche en France, c’est de voir le président Hollande suivre exactement la même politique étrangère que son prédécesseur et se ranger docilement, sans le moindre bémol, dans le camp des États-Unis et d’Israël au Moyen-Orient.

Le Canada n’a pas une histoire diplomatique aussi riche que celle de la France. Comme je l’ai souligné plus haut, sa première intervention marquante sur la scène internationale fut sa suggestion de créer les casques bleus dans la foulée de la guerre du Canal de Suez en 1956.

Pour le reste, voisin des États-Unis, sa marge de manoeuvre n’est pas très grande, ce qui n’a pas empêché l’ancien premier ministre Libéral, Pierre-Elliott Trudeau, mort en 2000, de multiplier les pieds de nez à leur endroit, en entretenant notamment des liens d’amitié avec Fidel Castro qui s’est d’ailleurs déplacé à Montréal pour ses funérailles .

En 2003, le Canada n’avait pas, lui non plus, suivi les États-Unis dans leur engagement militaire en Irak. Le refus du premier ministre Jean Chrétien, Libéral lui aussi, était lié à des considérations bassement électoralistes. Si, dans son ensemble, l’électorat canadien était également divisé sur l’opportunité de cet engagement, la ventilation des résultats par régions donnait une toute autre image de la situation, les Québécois y étant très majoritairement opposé.

La question de la participation du Canada à cette guerre était même parvenue à mobiliser à Montréal, en plein hiver, 150 000 personnes qui n’avaient pas hésité à braver un froid de -26 °C pour faire connaître leur opposition, tant la tradition pacifiste est forte au Québec.

Pour des raisons sur lesquelles les Américains n’ont eu aucune influence, les Libéraux allaient se retrouver à la tête d’un gouvernement minoritaire aux élections générales suivantes en 2004, et par la suite perdre le pouvoir aux mains du Parti Conservateur de Stephen Harper, d’abord appelé à former un gouvernement minoritaire en 2006, puis majoritaire en 2011.

Depuis son élection en 2006, Harper n’a eu de cesse d’aligner les positions canadiennes dans tous les domaines sur celles des États-Unis, au point même de se distinguer parfois par son excès de zèle, notamment sur la question de son soutien à Israël.

Cette inféodation systématique de la France et du Canada aux intérêts des États-Unis et d’Israël est particulièrement intrigante, survenant à un moment où les États-Unis sont en perte de puissance, tant sur le plan économique que politique, une réalité si forte qu’elle ne peut échapper aux stratèges des deux pays. Cette réalité commanderait de la part de la France et du Canada une stratégie totalement différente, sauf si…

Oui, sauf si les dirigeants de ces deux pays étaient au courant d’une menace si forte et si effrayante qu’elles les privait de toute marge de manoeuvre et qu’elle les contraignait au soutien inconditionnel des États-Unis et d’Israël, et au reniement de tous les principes démocratiques sur lesquels ils sont fondés.

Si tel est le cas, on aimerait bien le savoir… Quelle menace ? Une Troisième Guerre Mondiale ? Car au rythme auquel s’accumulent, s’enchaînent et se succèdent les événements, c’est pour bientôt.

 

Entre le 6 août et le 9 août 1945 de premières expérimentations d’armes atomiques sur les populations civiles ont été perpétrées par les Etats-Unis sur les villes et les populations japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki entraînant la mort de dizaines de milliers de personnes, la désintégration des corps, la pulvérisation des habitations et bâtiments, la destruction de territoires, des séquelles sanitaires pour des milliers d’enfants et d’humains. Depuis, chaque année à travers le monde, ce crime est dénoncé lors de cérémonies. En France c’est dans la ville de Taverny – haut-lieu du commandement militaire de la force de frappe nucléaire- que ” les jeuneurs vigilants de Taverny” organise un jeune d’interpellation.

« Les Jeûneurs Vigilants de Taverny »  organise un jeûne d’interpellation de Taverny, du 06 au 09 août dans l’ancienne Salle des Fêtes que la mairie de Taverny prête depuis l’origine aux jeûneurs qui viennent de partout pour commémorer le souvenir des nombreuses victimes des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. Ce jeûne historique et symbolique a été initié par Madame Solange Fernex et a été soutenu par Monsieur Théodore Monod. Le CAN84 s’associe et soutien ce jeûne.

en savoir plus :  http://www.facebook.com/groups/jvtaverny/

 

 

Les extraits du discours d’Hassan Nasrallah, présentés dans cette vidéo, évoquent l’assassinat, par les ennemis du gouvernement de Bachar el-Assad, de trois hauts responsables syriens le 18 juillet 2012 ; ainsi que le rôle d’el-Assad dans les mouvements de résistance au Moyen-Orient. Rôle que les groupes rebelles, associés à l’Occident en Syrie, cherchent à occulter.

Extraits du discours d’Hassan Nasrallah traduits en français
[le 18 juillet 2012]

 Bachar el-Assad a toujours fait obstacle aux visées de domination de la région par Israël et ses alliés. Aux yeux de ces derniers la Syrie d’el-Assad doit être balayée, peu importe les morts et les souffrances pour son peuple, car elle s’oppose à leurs visées stratégiques.

 Hassan Nasrallah, né le 31 août 1960, est le secrétaire général de l’organisation de résistance chiite Hezbollah. Sous sa conduite le Hezbollah a résisté aux attaques de l’armée israélienne au Liban sud. Israël continue de faire pression sur les pays occidentaux pour que le Hezbollah soit inscrit sur la liste des organisations terroristes.

URL : http://www.silviacattori.net/article3499.html

Silvia Cattori

Source :
http://karbalaqsa.blogspot.fr/

SYRIE : Regardez, ce sont des monstres !

août 6th, 2012 by Silvia Cattori

Tout Syrien, fidèle à son gouvernement, qu’il soit civil ou soldat, est menacé d’être torturé, lynché, exécuté par les combattants de l’ “Armée syrienne “libre.”

Sur cette vidéo on voit l’indicible. Cela se passe dans la région de Deir-ez Zour ; on voit un jeune ensanglanté, conduit par ses bourreaux au bord du fleuve de l’Euphrate, où il sera exécuté.

Cela n’est malheureusement pas un cas isolé.

Ce sont ces bourreaux armés là – sponsorisés par des oligarchies despotiques comme l’Arabie Saoudite et le Qatar – que l’Occident soutient et que la presse internationale qualifie « résistants » ! Notre monde marche sur la tête et nous ne savons plus à quels « saints » nous vouer.

Au plein de la crise arrive enfin “une puissante injection de confiance pour tous ceux qui croient dans la valeur du travail” : c’est ce que déclare le député Pd Daniele Marantelli, se félicitant du contrat de Alenia Aermacchi (Finmeccanica) pour la fourniture à Israël de 20 avions militaires d’entraînement avancé M-346. Ainsi, dans la prochaine opération “Plomb durci”, les pilotes israéliens pourront être encore plus effroyablement meurtriers. Berlusconi avait promis de promouvoir la vente des M-346, dit l’onorevole Pd, mais “sa promesse n’a pas été tenue, comme tant d’autres”. Puis, heureusement, est arrivé le gouvernement Monti. Ses mérites sont reconnus par Giuseppe Orsi, président de Finmeccanica[1] : l’accord est le fruit d’”une collaboration avantageuse” entre les gouvernements italien et israélien. Il oublie cependant, injustement, les mérites du gouvernement Berlusconi, artisan de la loi-cadre (17 mai 2005) sur la coopération militaire Italie-Israël. Ce dernier accord, donc, est le fruit  de la même politique bipartisane opérée par les gouvernements italiens.

 

Giuseppe Orsi, président de Finmeccanica

Dans son annonce du succès de la vente à Israël des M-346 et de leurs systèmes opérationnels, le ministre italien de la Défense passe par contre sous silence un détail. Le ministère de la Défense israélien ne paiera qu’une partie mineure du prix total. La plus grosse partie, environ 600 millions, sera anticipée par un consortium financier formé du groupe bancaire italien Unicredit et par un fonds de pension corrélé, qui investiront ensemble 400 millions, et par la banque israélienne Hapoalim, qui investira 200 millions. Le ministère italien de la Défense annonce ainsi que “les forces armées italiennes, de leur côté,  pourront utiliser un système satellitaire optique à haute résolution pour l’observation de la Terre, dénommé Optsat-3000, réalisé en Israël”. Il donne ainsi l’impression que ce satellite a été gentiment mis à disposition de l’Italie par Israël. En réalité, celle-ci l’acquiert à travers Telespazio aux Israël Aerospace Industries, en le payant plus de 200 millions de dollars, auxquels s’ajouteront les coûts nécessaires pour la mise en orbite et le contrôle du satellite. Celui-ci, à une altitude de 600Kms, servira non pas à une générique “observation de la Terre”, mais à repérer dans des théâtres d’opérations guerrières lointains les objectifs à frapper, grâce à des images de 50cms à haute résolution. Sur le ton vague dont il a l’habitude, le ministère de la Défense communique enfin “la fourniture de sous-systèmes standard Otan de communication pour deux avions destinés à l’aéronautique militaire”. Il parle ainsi de la cravache et non du cheval : les avions sont deux Gulfstream 550, jets d’affaire luxueux made in Usa, que les Israël Aerospaces Industries transforment en très sophistiqués avions de guerre. Dotés des appareils électroniques les plus avancés et reliés à six stations terrestres, ces G-550 modifiés, capables de voler à 12mille mètres d’altitude avec un rayon d’action de 7mille Kms, sont le fer de lance d’un système de commandement et de contrôle pour l’attaque de théâtres guerriers lointains. L’Italie achète à Israël ce système de commandement pour les guerres d’agression au modique prix de 750 millions de dollars qui, ajoutés à celui du système satellitaire, porte la dépense à plus d’un milliard. Evidemment avec de l’argent public.  

“Une puissante injection de confiance” à ceux qui croient en la valeur de la guerre.

Edition de mardi 31 juillet 2012 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120731/manip2pg/14/manip2pz/326628/  

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

[1] Finmeccanica est “le second groupe industriel italien”, ndt.

Obama applique Syriana

août 5th, 2012 by Pepe Escobar

Il aura fallu un bon moment pour que Reuters soit autorisée à rapporter que les président US Barack Obama avait approuvé une instruction secrète autorisant la Central Intelligence Agency (CIA) à apporter un large soutien aux «rebelles» armés qui combattent pour un changement de régime en Syrie.

En fait,  même les pêcheurs des îles Fidji connaissaient ce «secret» (sans oublier que tout un chacun en Amérique latine sait une ou deux petites choses sur les pratiques de changement de régime par la CIA). Reuters présente avec prudence le soutien comme «circonscrit.» C’est le code pour « diriger depuis les coulisses.» [leading from behind]

Chaque fois que la CIA veut organiser la fuite d’une quelconque information, elle passe par un scribe dévoué comme David Ignatius du Washington Post. Le 18 juillet déjà, Ignatius reproduisait son briefing selon lequel «la CIA travaillait avec l’opposition syrienne depuis plusieurs semaines avec l’opposition syrienne dans le cadre d’une directive non-létale… De nombreux agents des services secrets israéliens opèrent aussi le long de la frontière syrienne même s’ils font profil bas.»

Comme c’est charmant. Jusqu’à quel point fait-on profil bas aux frontières syriennes ? Sur un Instagram au milieu d’un groupe de chauffeurs de camions souriants ?

En ce qui concerne le «profil bas » du Mossad, le truc à Tel Aviv est de dire qu’Israël est capable de «contrôler » les nuées de wahabbites ultras et de djihadistes-salafistes qui infestent désormais la Syrie. Même si c’est une ineptie manifeste, une chose est parfaitement claire : Israël flirte avec les islamistes du style al Qaïda.

Ce qui signifie que la Armée Syrienne pas exactement libre Libre (ASL), bourrée de Frères Musulmans jusqu’au-boutistes et infiltrée par des salafistes djihadistes suit l’agenda non seulement de ceux qui la financent et l’arment – la monarchie saoudienne et le Qatar – mais aussi ce Tel Aviv aux côtés de Washington et de ses caniches attitrés à Londres et à paris. Ce n’est  donc pas qu’une guerre par procuration – ce sont plusieurs guerres par procuration concentriques. 

Le triangle de la mort

L’objectif de Tel Aviv est clair; un gouvernement syrien affaibli, une armée épuisée et en désarroi, la haine sectaire partout et une tendance irrésistible à la balkanisation. Le but ultime n’étant pas seulement la libanisation, mais la somalisation de la Syrie et de ses environs.

L’objectif de la Turquie demeure incroyablement obscur – en dehors du vœu pieux d’une Syrie pos-Assad qui deviendrait une version douce et civilisée du règne de l’AKP à Ankara (ce qui n’arrivera pas).

Ainsi que la rapporté ATol il y a des mois maintenant, l’OTAN possède depuis un moment un centre de commandement à Iskenderun dans la province de Hatay. Reuters a récemment eu connaissance d’une nouvelle base «secrète» turco-saoudo-qatarie à Adana, à 100 kilomètres de la frontière avec la Syrie. Il se trouve qu’Adana accueille l’immense base de l’OTAN d’Incirlik. Une source locale d’ATol a signalé des mouvements intenses de cargos à Incirlik sur plusieurs semaines.

C’est le vice ministre Saoudien des affaires étrangères, Abdulaziz bin Abdullah al-Saud, qui avait demandé en personne l’établissement de cette base, à la plus grande satisfaction d’Ankara.

Ankara-Riad-Doha ; on peut parler d’un triangle de la mort. Mais même le discours officiel à Qatar est du ggenre « dirger en coulisse.» La Turquie fait le gros boulot militaire ; la CIA «n’intervient pas» et le Qatar se contente de prendre des photos comme n’importe quel touriste innocent (alors qu’il dirige les opérations via ses renseignements militaires).Ceux qui font le gros travail sont des «intermédiaires» non spécifiés.

Obama n’a pas autorisé l’utilisation offensive de drones – pas encore – et la CIA ne fournit peut-être pas d’armes aux «rebelles ;» c’est le job du «triangle de la mort.» Un afflux de lance-roquettes RPG russes achetés au marché noir a été responsable des récentes poussées «rebelles» à Damas et à Alep. Désormais, on doit s’attendre à un afflux de missiles sol-air et antitanks pour l’ASL – livrés via, nulle part ailleurs que la Turquie.

Le Qatar et l’Arabie Saoudite ne font pas de prisonniers. Personne à Washington ne semble vouloir jeter un regard rétrospectif sur l’Afghanistan post-djihad avant de prendre des décisions. D’ailleurs, c’en en tout point une réédition du djihad afghan des années 1980 – avec l’Arabie Saoudite et le Qatar jouant le rôle du Pakistan, l’ASL celui des glorieux moudjahidine ou «combattants de la liberté» et Obama celui de Ronald Reagan ; la seule pièce qui manque est un «mémorandum de notification» approuvé par Obama pour amer les rebelles et mettre en action des nuées de drones.

C’st la recette actuelle pour un méga-succès certifié pour 2013 à Hollywood.

De son côté, Riad force le roi Playstation de Jordanie à créer une zone tampon dans son territoire pour la centaine de bandes que comprend l’ASL – ainsi qu’on l’a appris par le journal al-Quds al-Arabi financé par l’Arabie Saoudite. Et devinez qui est l’homme de main qui a forcé l’accord ? Nul autre que l’évanescent chef des services secrets saoudiens, le prince Bandar qui a peut-être (ou pas) été tué dans un attentat à la bombe il y a deux semaines(voir Where is Prince Bandar?, Asia Times Online, August 2, 2012).

La Grande Faucheuse gagne, faut-il le rappeler jusqu’au moment où la Grande Faucheuse doit récolter ; de spectaculaires retours de bâton s’annoncent.

Alep va connaître un siège prolongé. La «base secrète » de l’OTAN-Conseil de Coopération du Golfe en Turquie plus des armes disponibles pour tous donnent de la force à un mélange extrêmement virulent fait de jeunes sunnites Syriens semi-illettrés, de déserteurs sectaires avides de tuer, de toutes sortes de délinquants et de djihadistes-salafistes multinationaux. Cette vidéo montre tout ce qu’il y a à savoir sur l’ASL. Et ceci montre le genre de démocratie qu’ils veulent.

Les wahhabites Saoudiens veulent une Syrie islamiste dure – avec des Chrétiens, des Alaouites, des Druzes et des Kurdes comme citoyens de troisième zone (ou premiers candidats pour passer sur le billot). Les Qataris veulent un protectorat gouverné par les Frères Musulmans.

Les concepteurs de la politique étrangère de l’administration Obama doivent être sur une expérimentation (foireuse). Lancés dans une guerre ouverte non seulement contre l’Iran mais aussi contre les Chiites un peu partout, comment peuvent-ils parier sur une somalisation de la Syrie au profit de l’intolérance wahhabite ? La Grande Faucheuse s’en rit et elle attend au tournant.

Pepe Escobar

Article original en anglais, Obama does Syriana, Asia Time, le 3 août 2012.

Traduction : http://mounadil.wordpress.com/2012/08/04/a-propos-dune-milice-des-freres-musulmans-qui-paye-quoi-en-syrie/

Les Frères Musulmans ont créé leur propre milice en Syrie où existe une ligne de fracture chez les rebelles entre les islamistes radicaux et leurs rivaux, ont déclaré au Daily Telegraph des chefs militaires et des trafiquants d’armes.

Se présentant comme les « Hommes en Armes des Frères Musulmans, » la milice a une présence à Damas ainsi que dans d’autres points chauds de l’opposition comme Idlib et Homs. Un de ses organisateurs, qui se fait appeler Abou Hamza, explique qu’il avait lancé ce mouvement en association avec un membre du Conseil National Syrien (CNS), l’alliance de l’opposition.

« Nous avions constaté qu’il y avait des civils en armes à l’intérieur [des villes], alors nous avons décidé de coopérer avec eux et de les mettre dans une structure unique, » dit-il.

Hossam Abou Habel, dont feu le père était membre des Frères Musulmans de Syrie dans les années 1950, explique avoir collecté entre 40 et 50 000 dollars en un mois pour approvisionner les milices islamistes de la province de Homs en armes et autres formes d’aide.

Les milices qu’il a financées n’étaient pas affiliées à l’Armée Syrienne Libre (ASL), le principal mouvement rebelle, ajoute M. Abou Habel.

« Notre mission est de construire un pays civil [sic] mais avec une base islamique, » dit-il. « Nous essayons de sensibiliser les gens à l’islam et au djihad. »

La branche syrienne des Frères Musulmans a été revivifiée par le succès de l’organisation en Egypte où elle a remporté les élections parlementaires et présidentielles.

Dans les premiers jours du soulèvement contre le président Bachar al-Assad, les rebelles laïques comme islamistes étaient tous disposés à combattre sous la bannière de l’ASL et à reconnaître le CNS comme direction politique.

Mais l’ASL, dominée par des déserteurs de l’armée du régime s’est brouillée avec le CNS dont les dirigeants sont des exilés. L’ASL a désormais sa propre vitrine politique, le Syrian Support Group (SSG). Cette scission a divisé les principaux soutiens étrangers de la révolution, avec l’Arabie Saoudite qui soutient l’ASL et le Qatar qui se rapproche du CNS et des milices islamistes.

Ces divisions affectent les opérations sur le terrain : les milices concurrentes coopèrent quand c’est nécessaire mais sinon se désavouent mutuellement. « Je le prendrais comme un insulte si on me présentait comme membre de l’ASL, » déclare Abou Bakri qui commande en première ligne une milice islamiste à Alep baptisée le bataillon Abou Emara.

Un activiste nous explique comment il travaille avec des politiciens sunnites au Liban pour acheter des armes pour l’ASL avec de l’argent saoudien.

Un membre du centre de commandement de l’ASL, établi en Turquie voisine, a déclaré au Daily Telegraph qu’ils ont reçu cette semaine d’importants lots de munitions, de mitrailleuses et de missiles anti-tanks. A un moment donné, quand l’Arabie Saoudite et le Qatar joignaient leurs efforts pour financer l’ASL, le centre de commandement recevait jusqu’à 3 millions de dollars en liquide chaque mois. Mais ce membre de l’ASL dit que la situation a changé.

« Maintenant, nous ne travaillons plus avec les Qataris parce qu’ils ont fait beaucoup d’erreurs en soutenant d’autres organisations. »

Mais la fragmentation de l’opposition armée laisse supposer que la Syrie post-Assad deviendrait un champ de bataille. « Ceci ajoute à la fragmentation et affaiblit la crédibilité de l’opposition, » affirme Louay Sakka, directeur exécutif du SSG. « Les soutiens devraient passer par le canal adéquat qu’est le conseil militaire de l’Armée Syrienne Libre plutôt que de créer leurs propres milices. »

Amr al-Azm, un universitaire Syro-américain qui a participé brièvement au CNS considère que la Syrie court le même risque de désintégration que celle qui a été mise en marche par la chute de Saddam Hussein dans l’Irak voisin. La décision occidentale de limiter son implication dans le conflit syrien – et de s’abstenir de fournir des armes létales – a laissé un vide que les islamistes ont comblé.

« En jouant sur vos propres peurs, vous avez fait qu’elles deviennent réalité, » explique M. Azm. « En n’intervenant pas, vous obligez les gens à aller vers ceux qui ont des ressources. Personne ne veut aller vers al Qaïda, mais si vous en êtes réduit à vos dernières cartouches et que quelqu’un vous demande de dire « Allahou Akbar’ (Dieu est le plus grand) cinq fous, vous le faites. »

Ruth Sherlock, Richard Spencer – The Daily Telegraph (UK)
3 août 2012

Traduit de l’anglais par Djazaïri,
http://mounadil.wordpress.com/

«Alep, notre ville, est en train de mourir»

août 3rd, 2012 by Le groupe mariste d’Alep

Cette petite communauté chrétienne, composée de religieux et de nombreux bénévoles, anime, en temps « normal », des groupes de solidarité à Alep.

Sous les bombardements, ils ont décidé de ne pas partir du pays et de rester auprès de la population pour élargir leur aide aux déplacés, principalement des sunnites.

Lettre du 26 juillet 2012

 « Il est 23 h 00. Ici, à Alep, il a fait durant la journée plus de 40 degrés. De loin, j’entends les tirs. Je suis dans ma chambre, en communauté.

Alep, notre ville, deuxième ville du pays, capitale économique, est en train de mourir. Elle est asphyxiée depuis plus d’une semaine. La guerre est en train de s’étendre dans les quartiers. Les gens fuient, se réfugient, errent, s’installent dans la rue, dans les jardins publics, dans les écoles, partout. Les habitants reçoivent leurs parents, les maisons sont ouvertes…

Le pain manque, l’électricité manque, l’essence manque, le lait manque, les médicaments manquent, le seul qui ne manque pas, c’est le fantôme de la guerre. Il rôde, il est partout. Une odeur nauséabonde monte des rues… La ville est encerclée de tous côtés. On risque d’être enlevé et tué. Les gens ont peur… Une peur qui déprime, qui paralyse, qui tue…

Alors, la question s’est posée, que faisons-nous ? Fuir comme tant de familles l’ont fait ? Rester sur place paralysés ? Agir ? Que faire ?

En un premier temps, nous avons choisi de continuer toutes nos activités. Nous avons lancé des projets de colonies de vacances et des activités éducatives… Mais, tout doucement, nous avons réalisé que le danger était énorme et qu’il fallait arrêter. Ce fut la décision de mardi passé : « Arrêtons nos activités. »  

Mais arrêter nos activités ne veut en rien dire arrêter notre mission, c’est plutôt chercher ensemble, laïcs et frères, quelle réponse donner aux urgences. Dans le quartier de Jabal-El-Saydeh, quartier où nous travaillons depuis plus de vingt-cinq ans auprès des plus pauvres, nous avons trouvé des gens encore plus pauvres… Les déplacés !

Vers eux, nous avons couru, vers les enfants, vers les femmes et les hommes… Les jeunes ont répondu généreusement. Et c’est là que nous avons passé notre première journée.

Ils nous ont accueillis, les enfants sont sortis des trous où ils étaient cachés. Une foule… une masse. Un ballon les a animés… Ils ont joué, dansé, chanté… Chacun d’eux est une histoire qui se révélait à nous.

Une petite qui partage sa douleur d’être orpheline… Un garçon qui offre dès le premier instant un crayon à un animateur, « Habaytak »,  lui lance-t-il (« je t’aime »)… Une fille se transformera tout doucement grâce à une main qui ne l’a pas lâchée… Elle ose retirer ses mains qui bouchaient ses oreilles. Elle joue à la corde, elle sourit… Le cheikh  (imam) vient nous remercier…

Quelqu’un demande : « Vous êtes chrétiens ? »  Un vieux vient chez moi pour m’embrasser et me dire : « Choukran »  (« merci »). Je ne le connais pas, je ne sais pas son nom, je ne sais pas pourquoi il m’a remercié, mais quand même le geste est posé, un pacte d’amour et de confiance est signé. Quelle dignité ! On ne se plaint pas. On remercie Allah.  (…)

Une question est souvent posée : « Vous allez partir, est-ce que vous allez revenir ? »  Et une confiance s’établit. Les enfants nous accompagnent à midi, quand nous les quittons. (…)

Mais les besoins pressent. En ce mois de Ramadan, mois du jeûne pour nos frères musulmans, ils sont énormes : pédiatre, médecin, médicaments, lait, couches, serviettes hygiéniques, savon, détergents, matelas, habits, nourriture…

Ils sont répartis dans deux écoles, 900 personnes entassées. Le flux ne cesse de grandir. Des familles (2 000 personnes) sont installées dans le jardin public. Ils subissent la chaleur mais ne veulent pas être casés. Peut-être rêvent-ils de se réveiller le matin pour rentrer chez eux… et pourtant, ce rêve paraît aujourd’hui lointain, sans aucun espoir d’être réalisé prochainement, si un chez eux existe encore…

Et ceux-là sont une goutte dans une mer de déplacés, de sans-logis, de laissés de côté… Mais pour nous, ils sont des noms Zeinab, Moustapha, Ali, etc. Ils sont un visage, ils sont une histoire, ils sont un regard, ils sont un poème…

Pour eux et à cause d’eux, nous risquons… Oui, nous risquons nos vies. Certains jeunes n’ont pas l’aval de leurs parents. Certains bénévoles ont organisé leur foyer pour oser un geste ! Tous, nous savons le grand risque de travailler quand les armes ne se taisent pas.

Mais un seul sourire d’un enfant n’est-il pas suffisant pour faire tomber toutes nos craintes ?»

Lettre du 2 août 2012

 « Depuis notre lettre du 26 juillet, la situation sur le terrain n’a guère évolué dans un sens ou dans l’autre ; les combats se poursuivent dans les mêmes quartiers périphériques d’Alep. Dans les autres quartiers de la ville, le son intermittent des bombes qui explosent au loin, le bruit des rafales de balles sous nos fenêtres et le danger de kidnapping ou d’assassinat mettent les nerfs à bout.Entre la pénurie d’essence et la situation sécuritaire, les rues sont vides, les boulangeries n’ont plus de farine, les ordures ne sont pas ramassées, le courant et l’eau sont rationnés et chacun reste chez soi. Sauf les déplacés, qui ont quitté leurs logements souvent très modestes, abandonnant leurs maigres possessions, fuyant les zones de combat et errant dans les rues à la recherche d’un abri. Les jardins publics et les écoles sont leurs refuges. Les autorités ont ouvert une trentaine d’écoles pour loger les déplacés, mais en leur fournissant seulement le toit et laissant le reste pour des ONG.

Notre groupe, les Maristes bleus, est maintenant composé d’une cinquantaine de personnes, surtout des jeunes. Nous avons pris en charge trois écoles contiguës dans un quartier populaire d’Alep que les chrétiens alépins appellent Djabal-Al-Sayde (« la colline de Notre-Dame ») et les musulmans Cheikh-Maksoud.

À peu près 900 personnes y sont entassées, surtout des familles avec quatre à huit enfants chacune, toutes musulmanes, syriennes certes, mais d’ethnies différentes : il y a des Arabes, des Turkmènes, des Kurdes et beaucoup de Kourbates (les Roms). Notre action se situe à plusieurs niveaux.

D’abord, assurer le logement : matelas, serviettes, eau potable… Puis la nourriture : l’iftar  (le repas pris après le coucher du soleil, puisque nous sommes en plein Ramadan) pour les adultes et les trois repas pour les jeunes, le lait pour les nourrissons…

Ensuite, l’hygiène : installations sanitaires, propreté des lieux, des toilettes… Puis la santé : nous avons ouvert une antenne médicale avec de jeunes médecins qui font un roulement pour soigner les malades et surtout leur fournir les médicaments gratuitement.

Il ne faut pas oublier que ces personnes ont quitté leur domicile avec les seuls habits qu’ils portaient sur eux. On essaye de leur fournir des vêtements, surtout pour les bébés et les enfants. Enfin et surtout, nous nous occupons des enfants. Nous essayons de leur faire oublier la guerre et leur misère. Vingt-cinq jeunes Maristes bleus se relaient matin et soir pour les faire jouer, les distraire et occuper le temps très long par des activités éducatives.

Tout ce que nous faisons ne vaudrait rien si notre équipe n’était pas animée par des valeurs communes : le respect de l’autre, le traiter en frère et non en bénéficiaire d’aide, l’humilité, les relations simples qui rendent à l’autre sa dignité, l’accompagnement des enfants et l’abandon de toute forme de paternalisme.

En retour, nous sommes payés par le sourire revenu sur le visage des enfants et par le regard fraternel des adultes (…) ; c’est pour nous le meilleur 

témoignage.»

Le groupe mariste d’Alep

Désormais, il est certain que la bataille d’Alep ne se conclura pas en faveur de « l’Axe agresseur de la Syrie » et ce, en dépit de tous les moyens réunis, de toutes les énergies mobilisées, et de tous les objectifs invoqués… Mais avant de passer en revue les principales raisons qui ont conduit à cette certitude, nous nous devons de rappeler l’extraordinaire violence de l’attaque menée contre ce pays !

  

En termes de moyens,  nous savons que le « Haut commandement des agresseurs » a mobilisé plus de 12 000 combattants armés de diverses nationalités : des syriens certes, mais aussi des arabes musulmans venus de tous les horizons ! Nous savons aussi qu’il leur a alloué ses « Experts de l’OTAN » chargés d’exercer leurs talents dans deux domaines à la fois : celui de la  supervision directe des insurgés en tant que conseillers pour leurs opérations terroristes à l’intérieur des frontières syriennes, et celui de la centralisation de l’ensemble des plans d’attaque au niveau d’une « Salle des opérations » située non loin de la frontière syrienne, à Adana en Turquie, pour contrôler  le cours des événements et, le moment venu, exploiter le succès ou parer à l’échec ! De plus, ces « forces attaquantes » ont été dotées d’armes, de munitions, et de matériels ultrasophistiqués pour élever leur moral et leur niveau de combat, parallèlement à une intense guerre psychologique censée atteindre le peuple syrien, son armée, et son gouvernement.

Le plan d’attaque d’Alep a été minutieusement planifié et ses concepteurs étaient persuadés de son inévitable succès… en deux temps ! En effet, ils espéraient qu’une fois que les attaquants auraient atteint le cœur de la ville, ils pourraient se répandre dans tous les quartiers et prendre d’assaut les bâtiments officiels dans un délai de 5 jours maximum. Pour cela, ils ont cru pouvoir compter sur les facteurs suivants : 

1. La proximité d’Alep de la frontière turque ainsi que la présence d’un très grand nombre de combattants dépêchés dans sa proche campagne ; censées assurer des voies d’approvisionnement indéfiniment ouvertes pour nourrir la bataille en combattants, armes, équipements…

2. La non disponibilité de l’Armée syrienne occupée ailleurs, notamment autour de la bataille de Damas ainsi qu’autour des séquelles de celles de Homs et de Darra,  et qui ne serait donc pas en mesure de recruter en 5 jours seulement les forces armées nécessaires à une contre offensive efficace pour protéger Alep contre « l’Armée Libre du Terrorisme US » forte de ses milliers de mercenaires égarés ou criminels ; pari tenu par le « Haut commandement des agresseurs » qui avait constaté que les unités de combat syriennes destinées à protéger le territoire syrien contre une agression israélienne n’avaient pas bougé malgré toutes les pressions exercées contre l’État syrien, qui a effectivement refusé de tomber dans le piège.

3. La volonté de vengeance et la peur de l’avenir des insurgés qui les pousseraient à un combat à mort, à vaincre ou mourir ; un état d’esprit qui a vite gagné l’ensemble de tous ces combattants sur le terrain, de leurs donneurs d’ordre, et d’autres plus hauts placés encore !

Mais des différences entre la Bataille de Damas et la Bataille d’Alep existent, et expliquent pourquoi l’agresseur a pu échapper à la force de l’État dans le second cas, contrairement au premier. En effet, à Damas :

1. Les forces militaires étaient sur place et ont pu remédier à la situation dans un bref délai… Les prises de décision et la réponse à l’attaque ont été rapides au point qu’elles ont choqué et carrément démoralisé les combattants armés.

2. Les opérations de défense se sont déroulées dans une ambiance de rejet psychologique et moral de l’attentat terroriste qui a coûté la vie à quatre dirigeants de la cellule syrienne de gestion de crise.

    

3. La géographie des quartiers ciblés n’a pas permis aux terroristes de tirer parti des techniques de guérilla urbaine ; ce qui a fait que l’armée a pu user de sa force militaire sans trop de risques et surtout sans faire subir de trop graves dommages aux civils innocents.  Ceci explique pourquoi, à Alep, les gangs armés ont commencé par se rassembler dans les vieux quartiers historiques, densément peuplés,  et y ont pris les citoyens comme boucliers humains… C’était là le meilleur moyen pour paralyser l’État et l’empêcher d’appliquer les techniques mises en œuvre à Damas…

Mais en dépit de la considérable mobilisation des agresseurs, et malgré toutes les leçons et bénéfices qu’ils ont tirés de la Bataille de Damas, il semble que les résultats de la Bataille d’Alep soient désormais réglés à l’avantage de l’Etat Syrien ; ce qui ne nous dispense pas d’en considérer deux éléments non négligeables : la durée et le coût. En termes de durée, il est certain que l’État ne tombera pas dans le piège du « feu dévastateur » et n’appliquera pas une telle stratégie, certes rapide, mais qui provoquerait de lourdes pertes humaines et financières. Il a plutôt recours à une « stratégie de confinement et de grignotage progressif » des cellules terroristes, les unes après les autres, en cherchant à ne pas affecter les citoyens assiégés par le feu des terroristes. Quant au coût de la bataille, il ne peut être ignoré, ni en nombre de soldats et de civils susceptibles de tomber encore, ni en pertes financières dans un tel environnement où le cycle économique est nécessairement perturbé.

Cependant, comme nous l’avons dit, les résultats de la Bataille d’Alep sont désormais en faveur de l’Etat Syrien. Ceci sur la base d’observations faites sur le terrain et  sur de nouveaux éléments spécifiques que nous pouvons résumer comme suit :

 
1. L’efficacité des forces stationnées dans Alep, et ses environs, à absorber le premier temps de l’attaque et à confiner les attaquants dans un espace ne dépassant un sixième de la surface totale [5 districts sur 29], avant l’arrivée des renforts nécessaires pour la bataille décisive.

2. La capacité des autorités syriennes à mobiliser et à renforcer les forces stationnées à Alep par des unités de combat suffisamment souples pour appliquer  la « stratégie de grignotage progressif », associées à des unités de défense contre le tir nourri des agresseurs.

3. La participation des habitants, sous une forme ou une autre, à l’opération défensive de la ville ; ce qui a bien démontré que l’attaquant était le véritable agresseur  venu pour occuper la région… et là… la réaction de la population a été fabuleuse, privant à jamais les terroristes de l’environnement accueillant tant espéré, malgré toutes les séductions et intimidations qui les ont précédés.  Bien sûr, nous n’ignorons pas l’existence de groupes qui ont collaboré avec ces soi-disant insurgés armés, mais leur impact est resté limité en nombre, en force et en efficacité.

4. Le déséquilibre manifeste entre les forces terroristes attaquantes, et les forces militaires défensives ; un constat qui a conduit les dirigeants de l’axe d’agression à craindre puis à prévenir d’un « massacre » qui pourrait anéantir leurs attaquants dans un combat inégal avec les forces de l’ordre décidées, coûte que coûte, à les refouler hors d’Alep !

Tels sont les faits qui ont marqué la Bataille d’Alep et ses conséquences. Tout autant que leurs donneurs d’ordre, les terroristes sont donc désormais parfaitement conscients de leur incapacité à occuper Alep et à y installer leur pouvoir. C’est pourquoi ils ont adopté une nouvelle approche, celle qui leur ferait gagner du temps et surtout leur éviterait un effondrement trop rapide ; alors qu’il est évident que le gouvernement syrien a la capacité suffisante et la ferme volonté de purger la ville du terrorisme… Ce n’est qu’une question de temps…  L’adoption de stratégies différentes pour Damas et Alep témoigne du professionnalisme et des précautions adoptées par les autorités syriennes pour lesquelles vitesse n’est pas précipitation, et patience n’est pas négligence !

Dr Amin Hoteit

03/08/2012

  

Article original : Al-binaa

معركة حلب: الدولة ضمنت النتائج لكن لماذا اختلفت عن دمشق؟

http://www.albinaa.com/index.php?option=com_content&view=article&id=66317:2012-08-02-22-05-31&catid=76:2012-02-28-11-15-22&Itemid=121

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Nous nous excusons auprès de nos lecteurs. Ces images sont terrifiantes mais nous ne pouvons pas nous en détourner. Elles nous disent la frayeur d’hommes, battus, humiliés, la mort en face. Elles nous appellent à cesser de soutenir l’insoutenable : l’opposition militarisée en Syrie.

Ce sont ces opposants si peu rassurants -que le peuple syrien en sa majorité refuse- que nos gouvernements, nos partis politiques, nos médias traditionnels, l’ONU, les ONG humanitaires, soutiennent.

Le gouvernement suisse vient de financer une rencontre devant préparer l’opposition syrienne à prendre le pouvoir [1]. Tout cela en violation du droit international. Nous n’avons plus de mots ; que larmes de désespoir.

[1] http://www.silviacattori.net/article3467.html

Syrie : absence de diplomatie et destruction

août 2nd, 2012 by Global Research

La décision du président Obama d’appeler l’an dernier à la chute du régime d’Assad, appel qui sera repris par la Grande Bretagne et d’autres alliés, a été, on peut l’affirmer, une erreur. Les raisons d’Obama étaient compréhensibles.

Premièrement, le régime se comportait de manière effroyable.

Deuxièmement, les Etats Unis ne voulaient pas rester à la traîne dans une autre phase du Printemps arabe, étant donné en particulier que le régime de Damas était, à la différence de celui de Moubarak en Egypte, un de ceux qu’il a toujours détesté et qui est lié aux ennemis des Etats Unis dans la région que sont le Hezbollah et l’Iran.

Troisièmement, Israël était favorable à tout ce qui pouvait affaiblir la Syrie et nuire à l’Iran, un sentiment partagé par l’Arabi saoudite et d’autres pays du Golfe.

Quatrièmement, Obama, et ses conseillers, avaient sans doute la conviction que Assad s’en serait allé bien avant le moment où il aurait pu faire partie d’une quelconque solution. C’était pourtant une chose de croire que Assad, sa famille et ses associés seraient à un moment donné contraints de s’en aller, et autre chose de le dire publiquement sur un ton irrévocable.

Le résultat malheureux a été de couper court à toute possibilité de négociations entre les protagonistes et de claquer la porte à une coopération étroite entre les Etats Unis et la Russie, les deux pays qui pourraient en théorie, s’ils agissaient ensemble, faire la différence pour un résultat en Syrie. On peut bien entendu soutenir que le régime syrien a rejeté toute suggestion laissant entendre qu’il devrait discuter avec ceux qu’il qualifie de terroristes, et que c’est ce qui a bloqué le plan Annan dès le début. Mais le temps, et le désespoir, ont peut-être changé les choses. Le régime d’Assad est maintenant dans une situation différente et pire qu’il y a quelques mois. Certes ; mais pourquoi el-Assad devrait accepter des discussions sur sa propre liquidation comme premier thème de l’agenda ?

De la même manière, pourquoi des organisations d’insurgés envisageraient-elles un quelconque compromis alors qu’elles se rendent compte que les puissances occidentales ainsi que de nombreux gouvernements de la région sont derrière elles ?

Et enfin, pourquoi la Russie devrait-elle se satisfaire d’une politique de changement de régime en Syrie, prêtant ainsi le flanc à l’accusation de laisser tomber un allié tout en se rendant elle-même complice d’un plan, c’est certainement ainsi que Vladimir Poutine voit les choses, qui vise à réduire l’influence et le prestige de la Russie au Moyen Orient ?

Comme plus personne ne peut avancer sur le terrain diplomatique, la flamme guerrière a été attisée au point qu’elle risque de ruiner un pays de 24 millions d’habitants.

Aujourd’hui, Alep, une charmante ville historique qui avait largement été épargnée jusqu’à présent, est peut-être sur le point d’être écrasée. Le conflit, soyez-en assuré, déchire aussi le tissu social de la Syrie. Non seulement les relations entre les sectes et les confessions, mais aussi celles entre les classes sociales, avec une paysannerie souvent militarisée qui rejoint, et souvent dirige, le combat. La possibilité que des extrémistes, al Qaeda et d’autres, tenteront de s’immiscer est évidente. Les tristes nouvelles qui nous arrivent d’Irak, où une nouvelle série d’attentats a tué de nombreuses personnes, suggèrent que les extrémistes sunnites pourraient être en train d’élaborer un front commun dans le but de restaurer une domination sunnite dans les deux pays. Tout cela augure très mal de l’avenir, y compris un éventuel avenir sans Assad.

Il y a encore ceux qui, comme la petite mais courageuse opposition syrienne non violente, qui pensent qu’il existe une autre voie, ainsi que nous le rappelle une déclaration après une réunion récente de Sant’Egidio à Rome. Les puissances extérieures ont deux options désormais.

L’une est de rester spectateur pendant que la Syrie brûle, avec certains gouvernements qui soutiennent les rebelles en leur livrant des armes et attendent des défections, des assassinats ou des mutineries dans les forces armées pour abattre le régime. Si nous pouvions être assurés que cela va se produire rapidement, ce serait une chose. Mais que se passera-t-il si Assad continue à tenir ? Pendant des semaines, des mois voire même plus longtemps ?

C’est pourquoi la deuxième option, un retour à la diplomatie et en particulier, une relance du traitement de ce terrible problème par l’Amérique et la Russie, doit absolument être prise en considération.

Sont-ils sur des positions inflexibles ; ou trop impuissants devant les conséquences de leurs propres décisions pour seulement essayer ?

Si c’est le cas, ils porteront une lourde responsabilité.

The Guardian (UK) 27 juillet 2012

Commentaire du traducteur

Le journal anglais The Guardian est peut-être en train de tourner casaque sur la Syrie. Alors que depuis le début des troubles dans ce pays, il a été vigoureusement anti-gouvernement syrien, voilà qu’il demande en quelque sorte comment on en est arrivé là en Syrie, avec un pays au bord de la ruine totale, des milliers de morts et de nombreux réfugiés, entre les déplacés de l’intérieur et ceux qui sont à l’étranger…

The Guardian parle clairement de la responsabilité de Barack Obama et de ses suiveurs habituels (en France Nicolas Sarkozy, puis François Hollande).

Effectivement, ainsi que le reconnaît l’éditorial, en fixant comme préalable le départ du chef de l’Etats syrien, les Etats Unis et leurs amis ont bloqué toute possibilité d’avancer de manière négociée vers une solution de la crise.

Tout bonnement parce que ce préalable est évidement inacceptable, et même Laurent Fabius le sait bien. Tout comme les prétendus rebelles qui ont bien compris que l’occident et les monarchies (démocratiques) du Golfe en posant ce préalable les encourageaient à adopter une posture maximaliste.

L’article pose bien le problème même s’il renvoie indûment dos à dos la Russie et les Etats Unis. Or, chacun a pu constater que le gouvernement russe avait pris langue avec tout le monde, régime syrien comme opposition quand les Occidentaux n’ont adressé la parole au président Bachar al-Assad que pour lui intimer l’ordre de vider les lieux.

En Libye aussi, l’Occident avait soigneusement veillé à écarter toute démarche politique qui ne comportait pas comme préalable le départ du colonel Mouammar Kadhafi.

Comme en Libye, les Occidentaux arment de plus en plus ouvertement les prétendus rebelles qui viennent par exemple de recevoir des missiles sol-air qui ont transité par la Turquie. Les Etats Unis s’abstiennent pour l’heure de livrer directement des armes aux “rebelles,” ils procèdent indirectement comme ils l’ont souvent fait dans les opérations de subversion.

On voit en ce moment fleurir des articles dans la presse où on parle déjà du chef de l’Etat syrien au passé.

On nous dit par exemple :
 qu’Obama et Erdogan vont accélérer la transition en Syrie, sans Assad

Ou que :
 le général [Manaf] Tlass appelle à “l’unité” post-Assad

On nous dit aussi :
 Comment les Etats Unis préparent l’après-Assad

Joschka Fischer lui se risque à évoquer
 le Moyen Orient après Assad

Joschka Fischer est l’ancien chef du parti écologiste en Allemagne ; il a été ministre des affaires étrangères et vice-chancelier. Il s’est reconverti dans les gazoducs, avec des émoluments qui récompensent son passage du pacifisme au bellicisme atlantiste bon teint.

Ce qu’il pronostique n’est d’ailleurs pas très engageant et ce qu’il y voit de plus positif, ce serait un affaiblissement de l’Iran et, par contrecoup suppose-t-il, du Hezbollah.

En fait, c’est peu de temps après le début des troubles que l’objectif d’écarter par tous les moyens Bachar al-Assad a été formulé, dans des termes voisins de ceux qui avaient été employés pour le colonel Mouammar Kadhafi.

On le sait, tout était fin prêt en occident pour traiter le cas syrien.

Il y a juste eu quelques ratés.

Le premier raté, c’est que la population syrienne ne s’est pas soulevée contre son gouvernement et que l’armée régulière reste globalement unie.

Certes, il y a eu des défections d’officiers supérieurs, mais ce n’est pas la première fois que des gens haut, voire même très haut, placés se détournent du régime en Syrie.

Il y eu ensuite le véto chinois et russe qui n’a pas permis d’obtenir l’adoption d’une résolution comme en Libye. Une résolution que la coalition contre Kadhafi avait interprétée d’une manière pour le moins élastique et tendancieuse. A défaut d’avoir la loi avec elles, les puissances font valoir la loi du plus fort.

Déjà, l’Occident avait fait en sorte que toute issue politique, autre que sa reddition, soit refusée au pouvoir libyen.

Et puis, l’armée syrienne, si elle n’est pas la quatrième armée du monde, possède une organisation et une puissance de feu sans commune mesure avec ce dont disposait le gouvernement libyen. Même si son équipement est en partie obsolète (souvenez-vous de ce pilote qui a fait défection à bord d’un Mig 21, un avion complètement dépassé), elle est très loin d’avoir déchaîné toute sa puissance contre les prétendus rebelles et il n’est guère douteux qu’elle ferait payer un prix élevé aux puissances qui agresseraient la Syrie.

Je ne dis cependant pas qu’elle en sortirait victorieuse, ça me paraît quand même difficile.

Donc Bachar al-Assad n’est pas encore tombé et on voit que, à Alep par exemple, de larges pans de la population lui sont soit fidèles, soit sont tout simplement hostiles à cette prétendue Armée Syrienne Libre.

Tiendra-t-il ou pas ? Et au-delà de sa personne, le régime tiendra-t-il ? Qui peut le savoir ?

On voit bien à quel défi la Syrie est confrontée, face à des adversaires impitoyables et tenaces qui s’appellent Hillary Clinton, Alain Juppé, Laurent Fabius ou David Cameron.

Il ne leur manque qu’un alibi juridique pour s’engager plus à fond. Faute de cet alibi, ils en sont réduits à étrangler le pays économiquement et à une tentative d’assassinat, qu’ils ont laissé à d’autres le soin de revendiquer. Cette tentative a manqué sa cible même si elle a emporté plusieurs ministres. Ignorant si le chef de l’Etat avait été touché ou s’il était en fuite, comme la presse aux ordres l’a abondamment seriné, ils ont néanmoins déclenché la suite du plan en actionnant les bandes terroristes à Damas, ce qui se soldera par un échec.

Suite à cet échec dans la capitale, ils espèrent à nouveau aujourd’hui une résolution onusienne qui leur permettrait de sanctuariser une partie du territoire syrien et, pourquoi pas, d’y installer un gouvernement provisoire.

Tel est l’objectif poursuivi à Alep comme il l’avait été à Homs…

C’est en réalité un retour à leur plan initial ; un plan qui avait été mis en pratique avec succès en Libye mais que le gouvernement syrien avait immédiatement compris et s’était donné les moyens d’empêcher.

On l’espère, qu’Alep ne sera pas Benghazi…

Editorial, The Guardian (UK) 27 juillet 2012
Traduit de l’anglais par Djazaïri

Source de la traduction :
http://mounadil.wordpress.com/2012/08/02/assad-cest-fini-ou-le-crime-dun-prix-nobel-de-la-paix/

Pourquoi les choses vont mal…et pourraient facilement empirer?

août 2nd, 2012 by Prof Rodrigue Tremblay

« Il n’y aucun pays. Il n’y a pas de peuples. Il n’y a pas de Russes. Il n’y a pas d’Arabes. Il n’y a pas de tiers mondes. Il n’y a pas d’Occident. Il y a seulement un système holistique de systèmes. Un vaste et immane empire entrelacé, interactif, multivarié et multinational de dollars.  »
Tiré du film “Network” (film américain satirique, 1976: “Main Basse sur La Télévision” en version française)

« Récemment, des pays ont emprunté des milliards de dollars pour faire la guerre; aucun pays n’a jamais emprunté pour financer l’éducation. —En toute vraisemblance, aucun pays n’est assez riche pour se payer à la fois la guerre et la civilisation. On doit choisir; on ne peut avoir les deux. »
Abraham Flexner (1866-1959), personnalité américaine dans les domaines de l’éducation et de la recherche médicale

« Ceux qui faisaient partie de la génération en âge de participer à une guerre gardent une aversion aux guerres pour le reste de leur vie, et ne veulent pas répéter une telle expérience tragique, ni pour eux-mêmes, ni pour leurs enfants, et, par conséquent… une telle résistance psychologique aux guerres persiste aussi longtemps qu’une nouvelle génération… a le temps de grandir et de parvenir au pouvoir. Dans la même veine, le déclenchement d’une guerre, une fois lancée, a tendance à perdurer jusqu’à ce que la génération élevée dans la paix et qui s’est précipité follement dans une guerre cède la place à une génération fatiguée des guerres. »
Arnold J. Toynbee (1889-1975), historien britannique, (A Study of History, Vol. 9, Oxford University Press, Londres, 1954)

I- Je crois que nous vivons présentement dans un monde à demi-civilisé et je voudrais en faire la démonstration.

Nous vivons, en effet, dans une période trouble. Quand on regarde autour de nous ce qui se passe, on a vraiment l’impression que tout est en train de crouler.

Dans un article récent, par exemple, on disait: “l’indifférence à l’endroit de l’éthique et du bien commun est le saint Graal de la finance moderne.

En fait, je ne crois pas que c’est seulement dans le monde de la finance que nous régressons moralement, mais c’est dans nombreux autres domaines.  

Il y a risque, à mes yeux, que ce vingt-et-unième siècle ressemble davantage au dix-neuvième siècle qu’à la deuxième partie du vingtième siècle qui procura à l’humanité des progrès considérables, tant au plan des lois internationales, des droits individuels et collectifs – dont celui de l’éducation pour tous – du triomphe du mode démocratique de gouvernement sur tous les autres et d’un meilleur partage de la richesse collective.

Cependant, s’il allait continuer sur sa tendance actuelle, le vingt-et-unième siècle en serait plutôt un où les empires militarisés et des empires financiers imposeront leurs lois, où des empires religieux imposeront leurs doctrines totalitaires rétrogrades, et où un individualisme autocentré déchirera le tissu social fondé sur l’empathie et la solidarité, avec une concentration accentuée de la richesse et du pouvoir. Et, si je peux citer Lord Acton selon qui, “Le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument”, cela signifiera aussi un monde plus corrompu.

En effet, dans de nombreux domaines, on constate que la priorité accordée à l’être humain, seul être moral, faut-il le souligner, est négligée et est même devenue secondaire par rapport à d’autres priorités qui relèvent d’une étroite idéologie et qui sont loin d’être morales. La conséquence est que l’intérêt général, l’intérêt commun, est de plus en plus sacrifié au profit d’intérêts idéologiques, au profit d’intérêts économiques particuliers, quand ce n’est pas au profit de systèmes qui écrasent plutôt que de libérer les personnes.

En un mot, je crois qu’en ce début du vingt-et-unième siècle, nous sommes en pleine période de régression morale et intellectuelle, et nous effaçons petit à petit les progrès sociaux et économiques faits au vingtième siècle, pour retourner à la jungle du dix-neuvième siècle, quand des empire immoraux et sans loi contrôlaient la planète et écrasaient les peuples.

Dans certains domaines, notamment dans celui des religions, on observe un désir de revenir à l’obscurantisme d’avant le dix-huitième siècle, soit celui des Lumières, lequel ouvrit les portes aux progrès humains immenses que le monde a connus depuis.

II- Je vois cinq grandes causes pour expliquer cette régression morale, sinon ce déclin et même cette décadence, dans la marche pour le progrès humain.

Je résume:

Ce que je constate, c’est

- premièrement, un mauvais modèle de développement économique ;

- deuxièmement, nos démocraties, poussées en cela par la technologie, donnent de plus en plus le pouvoir à l’argent et à ceux qui le contrôlent ;

- En troisième lieu, l’affaiblissement des états-nations ;

- Quatrièmement, la technologie moderne des communications, est en train de façonner un nouvel être humain l’homo digitalis ;

- Finalement, je vois comme cinquième grande cause du déclin actuel la prévalence d’un vieux code moral d’origine religieuse.   

a – Qu’en est-il du modèle économique actuel basé sur une mondialisation tous azimuts, tout particulièrement sur la mondialisation financière? [ http://www.dauphine.fr/siroen/colloqueehess.pdf ]
En effet, depuis environ trente ans – et je blâme certains opérateurs doctrinaires et apologistes en partie pour cette dérive, et même certains économistes trop doctrinaires – on a adopté un modèle de développement économique dans lequel les peuples semblent compter de moins en moins et l’argent de plus en plus. Le modèle économique actuel avec des capitaux apatrides est, à mon avis, intenable parce qu’il est source de crises en répétition presqu’insolubles.

– Donc, mauvais modèle économique à revoir et à réformer.  

b – Deuxièmement, nos modèles politiques, [ http://www.electionsquebec.qc.ca/francais/provincial/medias/reforme-du-mode-de-scrutin.php ] dont certains datent de quelques siècles, sont aussi désuets et contre-productifs, n’ayant peu évolué et même ayant régressé depuis les trente dernières années. Leurs grands défauts sont présentement renforcés par la technologie des communications, et ils donnent le pouvoir véritable dans nos sociétés, non pas aux individus, mais aux forces occultes de l’argent, [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Corruption_politique ] dont les privilèges semblent n’avoir aucune limite.

– Donc, mauvais modèle politique, qui a besoin d’être réformé.

c – Troisièmement, l’affaiblissement des états-nations [ http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2005.hijazi_s&part=99882 ] conjugué à l’explosion actuelle de la population mondiale, si elle est mal gérée (et nous devons nous préparer à avoir de huit à dix milliards de population mondiale dans quelques décennies), risque de précipiter le monde vers le plus petit dénominateur commun tant au plan social qu’économique.

Dans le cadre du mauvais modèle économique auquel je réfère, ce n’est pas le libre-échange international des biens et services qu’on a favorisé pour hausser les niveaux de vie des populations (pour ma part j’ai toujours été un partisan du libre-échange), mais on a plutôt choisi d’abolir, à toutes fins pratiques, les frontières des états-nations face à des entreprises multinationales apatrides.

En certains milieux, en effet, on a confondu le libre-échange des biens et des services en fonction des avantages comparatifs de chaque pays avec l’idée que les avantages comparatifs des pays ne comptaient pas et qu’un pays pouvait impunément abandonner ses avantages industriels et technologiques sans danger pour son niveau de vie.

– Cela est tout simplement faux.

Les pays qui laissent aller leurs avantages comparatifs économiques s’appauvrissent, même si certaines entreprises et certaines banques peuvent en profiter. C’est la grande différence entre l’intérêt commun et l’intérêt particulier. Aujourd’hui, dans de nombreux pays, c’est l’intérêt particulier qui domine sur l’intérêt général ou le bien commun.

On a même mis de côté l’idée d’adopter une stratégie industrielle pour hausser la productivité, les salaires et l’emploi, en faisant croire à tort que les marchés – des marchés sans règles il faut le dire – fonctionnant parfaitement et s’auto-réglementant, conduiraient au bien commun. C’est une vue de l’esprit qui ne cadre pas avec la réalité. Le scandale [ http://www.france.attac.org/articles/le-scandale-du-libor-en-images] de la manipulation du taux d’intérêt à court terme de base qu’est le LIBOR (London Interbank Offered Rate) par quelques grandes banques à Londres en est une parfaite illustration. Quand on regarde autour, les pays qui s’en tirent le mieux présentement au plan économique, comme la Chine ou le Brésil, sont ceux-là même qui ont mis de l’avant une stratégie industrielle active dans le cadre du libre-échange.

Quand les entreprises peuvent sillonner la planète à la recherche du plus bas coût de production, en pratique cela signifie la recherche des plus bas salaires et des plus bas taux d’imposition et de réglementation. En 2011, aux États-Unis par exemple, toutes les entreprises combinées, locales comme internationales, ont payé 11 pourcent en taxes fédérales et en taxes des états sur leurs profits, tandis que le vingt pourcent des contribuables Américains les plus pauvres contribuèrent 17 pourcent en impôts sur leurs revenus. Dans le système actuel, le fardeau fiscal se déplace de plus en plus des entreprises et des détenteurs de capitaux vers les contribuables individuels, souvent les plus pauvres.

Une récente étude [ http://www.vigile.net/Au-moins-21-000-milliards-de ] dévoilait que les super-riches de ce monde payaient très peu d’impôts, en recourant à des paradis fiscaux pour y parquer de quelques $ 21 000 à $ 32 000 milliards de capitaux à l’abri de l’impôt. Nous pouvons dire la même chose des grandes sociétés multinationales.
[http://www.businessweek.com/magazine/content/11_13/b4221064108107.htm?chan=magazine+channel_top+stories]
Celles-ci recourent à des échafaudages financiers de manière à mettre ces profits à l’abri de l’impôt, aussi longtemps que de tels profits ne sont point rapatriés dans leur pays d’origine.

Cela m’amène à dire, par exemple, dans le cas des États-Unis, que ce pays ne fait pas face à un problème de déficit. Il a plutôt un problème de collection des impôts, et ceci est dû au fait qu’il a un problème de corruption politique.

Il ne fait pas de doute que la globalisation et la corruption politique ont eu pour conséquence de déplacer le fardeau fiscal des compagnies vers les individus en général, et vers les plus pauvres en particulier, et cela d’une façon fort régressive.

Et, quand une immigration à peine contrôlée et mal ciblée vient bouleverser l’équilibre démographique, social et économique dans les pays à hauts niveaux de vie, le résultat est magnifié. On fait face alors à un véritable désarmement économique des états, lequel se traduit par des déficits budgétaires structurels qui explosent et un endettement public de plus en plus incontrôlé, comme on l’observe présentement en Europe et aux États-Unis, les deux régions où la stagnation économique semble s’être installée à demeure et où la civilisation occidentale est le plus menacée et même en péril.

Ce modèle économique globalisé à outrance – lequel est en fait un retour à celui qui prévalait au dix-neuvième siècle quand l’étalon-or dominait – ce modèle, dis-je, est générateur de grandes inégalités économiques et sociales dans nombre de pays. En fait, c’est un modèle qui est fondamentalement hostile à la classe moyenne, soit au plus grand nombre, et qui concentre la richesse et le pouvoir dans une infime partie de la population (le fameux 1% !) et qui est source de stagnation des revenus pour le plus grand nombre.

Les études démontrent, en effet, que la mobilité sociale intergénérationnelle et l’égalité des chances dans les pays industrialisés de l’Amérique et de l’Europe chutent quand les inégalités économiques et sociales croissent, comme c’est le cas présentement.

En bout de ligne, cela représente une perte de démocratie, car il ne peut y avoir de démocratie véritable dans un pays quand la classe moyenne est atrophiée ou inexistante et quand il existe un régime d’inégalités systémiques.

Par conséquent, j’en déduis que la globalisation tous azimuts qui est présentement imposée aux pays est un échec. C’est un mauvais modèle économique parce qu’il transfère le pouvoir réel dans nos sociétés des élus vers les grandes entreprises et vers les détenteurs de capitaux qui, eux, s’en servent pour corrompre le système politique et pour générer des crises financières comme celle que le monde vit depuis 2008.

Vous me permettrez de citer l’économiste français Frédéric Bastiat (1801-1850) pour qui « Quand le pillage devient un moyen d’existence pour un groupe d’hommes qui vit au sein de la société, ce groupe finit par créer pour lui-même un système juridique qui autorise le pillage et un code moral qui le glorifie. »

Il n’y a pas meilleur exemple vécu de cette sage maxime que celui des États-Unis où une Cour Suprême plus ou moins corrompue décréta il y a deux ans (le 19 janvier 2010) que les corporations financières et industrielles n’étaient pas des entités légales dotées de privilèges mais, en fait étaient des êtres humains à part entière avec des droits même supérieurs à ceux des êtres humains, et que de telles entités artificielles pouvaient consacrer des sommes illimitées de capitaux, en réalité des milliards de dollars anonymes et incontrôlés, pour influencer les élections américaines à tous les niveaux. [Voir mon article sur le site http://www.TheNewAmericanEmpire.com/tremblay=1121.htm]

Le droit de vote de chaque Américain s’en est soudainement trouvé fortement dévalué, avec la conséquence que le pouvoir politique aux États-Unis ne vient pas « …du peuple, par le peuple et pour le peuple, » selon la formule consacrée par le président Abraham Lincoln en 1863 (discours de Gettysburg), mais a été de facto transféré aux grandes entreprises et aux détenteurs de capitaux. Rappelons que c’est cette même Cour Suprême américaine qui plaça George W. Bush au pouvoir, même si ce dernier reçut un demi-million de votes de moins que le candidat démocrate Al Gore lors des élections présidentielles de l’an 2000, avec les conséquences désastreuses que l’on connaît.

Ici même au Canada, nous sommes prisonniers du vieux modèle électoral britannique uninominal à un tour. Cela signifie que lorsque les citoyens donnent leurs appuis à une demi-douzaine de partis politiques, un parti en particulier peut s’emparer du pouvoir et gouverner de façon majoritaire avec moins de quarante pourcent des suffrages. Cela donne le gouvernement majoritaire conservateur actuel de Stephen Harper qui obtint trente-neuf pourcent d’appuis lors des élections du 2 mai 2011, après avoir utilisé des moyens qu’on peut décrire comme malhonnêtes, mais celui-ci gouverne depuis comme s’il avait obtenu cent pourcent des votes. En fait, les sondages ne lui accordent présentement guère plus que le tiers des appuis populaires. Néanmoins, le 1er juillet dernier, il est même allé aussi loin que de faire jouer le « God Save the Queen » avant l’hymne national canadien, lors de célébrations officielles, insultant de ce fait une grande majorité de Québécois et probablement une majorité de Canadiens.

Malgré les lacunes criantes d’un tel système électoral au plan démocratique, les politiciens canadiens semblent s’y complaire et aucune réforme en profondeur n’est en vue. Un système électoral à double tour comme en France serait logique, mais nos politiciens font semblant d’ignorer le problème. Par conséquent, je dis que la démocratie se porte mal au Canada. En fait, elle se porte mal un peu partout et est peut-être en voie de devenir un anachronisme et appelée à être remplacé par des oligarchies et des ploutocraties.

J’ajoute que la montée des empires militarisés et le déclin dans le respect des lois internationales que l’on constate depuis quelque temps ouvrent toute grande la porte à un retour des guerres impériales ou d’hégémonie.

L’historien britannique Arnold J. Toynbee (1889-1975) a cru identifié un cycle d’environ 100 ans dans les guerres impériales au cours des cinq derniers siècles (voir « A Study of History »), souvent celles-ci se produisant au début de chaque siècle.

Depuis la guerre du Kosovo de 1999, laquelle eu lieu sans l’autorisation des Nations Unies et avec le seul soutien légal douteux de l’OTAN, une guerre impériale en dehors du cadre légal actuel est certes possible.

En fait, je me hasarderai à dire que si le candidat républicain Mitt Romney [ http://www.thenation.com/article/167683/mitt-romneys-neocon-war-cabinet] est élu à la présidence américaine en novembre prochain, ses promesses de guerre contre l’Iran et sa vacuité face à Israël pourraient assez facilement conduire à une guerre mondiale, impliquant non seulement les États-Unis et l’Iran, mais aussi l’Europe, la Russie et la Chine. (Rappelez-vous qu’il n’a fallu que d’un seul coup de revolver pour déclencher la 1ière Guerre mondiale en 1914, une fois que les conditions requises étaient satisfaites!).

– En effet, si les États-Unis ont comme président un mormon dévot et sans pitié, tout sera en place pour une guerre mettant en cause les trois religions abrahamiques que sont le christianisme, l’islam et le judaïsme. Ce n’est pas une prédiction de ma part; tout ce que je crains, c’est que cela se produise.

Guerres impériales ou d’hégémonie

1494-1516: Guerre mondiale (France)

1580-1609: Guerre mondiale (Espagne)

1688-1714: Guerre mondiale (France)

1792-1815: Guerre mondiale (France)

1914-1945: Guerre mondiale (Allemagne)

1999-2015(?):Guerre mondiale (!) (États-Unis)

d – Comme quatrième raison du dépérissement actuel, j’y vois une cause plus technologique, c’est-à-dire l’apparition chez les jeunes générations d’un homo digitalis, bien branché certes par la technologie, mais une technologie qui isole et qui peut à la longue déshumaniser l’individu en le confinant à un espace virtuel dans lequel la chaleur humaine et les interactions humaines sont grandement réduites. C’est un être bien branché digitalement et inondé d’informations – et aussi de propagande – mais qui est en même temps, paradoxalement, davantage isolé, plus atomisé, plus homogénéisé, plus individualiste, plus compétitif, moins coopératif, plus égoïste, plus narcissique et fondamentalement plus conservateur à bien des égards.

Des études et des tests faits aux États-Unis montrent que les étudiants américains dans les collèges aujourd’hui font montre d’environ 40 pourcent de moins d’empathie envers les autres que les étudiants d’il y a 20 ou 30 ans.1 Autrement dit, la conscience sociale des leaders de demain est en baisse. Cela augure mal pour l’avenir.

Je pose la question: Est-ce que la technologie – qui progresse plus rapidement que le sens moral – est en train de faire des êtres humains des sociopathes2, c’est-à-dire des êtres qui ont très peu de compassion pour leurs semblables?

On sait déjà, à l’expérience, que des psychopathes4 – c’est-à-dire des personnes qui n’ont aucun remords pour leurs crimes, aucune empathie ou sympathie pour les autres – peuvent à l’occasion se hisser jusqu’aux sphères les plus hautes du pouvoir politique. Ce sont en effet des personnes qui ont une structure mentale différente dans les tests de MRI. Ils représentent environ un pourcent dans une population.4

Si la population future devient elle-même antisociale, ce n’est pas seulement une régression morale qui nous attend, mais c’est une régression sociale et économique d’envergure qui nous guette.

Un autre exemple où la technologie évolue plus rapidement que le sens moral est le recours à des avions sans pilote, des “drones” qui sont commandés à de très grandes distances (en fait les centres de contrôle sont aux États-Unis), et qui larguent leur chargement de bombes sur des attroupements humains dans des zones considérées “ennemies” à l’autre bout de la planète.

Pour son grand malheur, le Président démocrate actuel, Barack Obama, (récipiendaire d’un Prix Nobel pour la paix!), a permis une explosion de ces bombardements à distance, surtout au Pakistan, mais aussi dans d’autres parties du globe.

– Il faut donc se préparer: La guerre future va devenir, de plus en plus, une dérivée des jeux vidéo.

e – J’en viens à la cinquième cause, à mon avis, du déclin et de la décadence actuelle, et cette cause est spécifiquement morale. Elle est bien sûr reliée aux quatre premières causes.

Nous vivons, en effet, sous l’influence d’un mauvais code moral d’origine religieuse qui est davantage fondé, malheureusement, sur le sectarisme et les conflits plutôt que sur l’empathie et l’ouverture aux autres. Ce code établit d’office des divisions de droits entre les êtres humains et justifie et même encourage les conflits entre les êtres humains en proposant des dogmatismes intransigeants.

On ne peut qu’être préoccupé, en effet, sinon horrifié, par la montée en puissance de l’obscurantisme, du sentiment anti-scientifique, du créationnisme et de la religiosité en général dans certains pays puissants, tel chez notre voisin les États-Unis. La montée du sentiment impérialiste et militariste dans ce dernier pays devrait être une grande préoccupation pour le monde entier.

III- Conclusion

Comment aborder tous ces problèmes?

J’ai une conclusion générale et quelques conclusions plus spécifiques.

Ma conclusion la plus générale est à l’effet que le monde a besoin présentement d’une véritable révolution morale. Je ne me fais pas d’illusions : pour que ce genre de changement en profondeur se produise, il est peut-être nécessaire que les choses s’enveniment à un tel point que cela devienne inévitable.

Mes conclusions particulières sont plus pratiques.

En ce qui concerne l’économie et la politique, par exemple, les remèdes sont assez évidents ; il s’agit d’arrêter de creuser et d’entreprendre les réformes nécessaires.

En premier lieu, il faut cesser d’orienter l’ensemble de l’économie dans le sens de l’intérêt particulier des banquiers et des spéculateurs. Le problème, c’est que ces gros intérêts achètent les politiciens et contrôlent les médias de sorte que rien ne se fait, sinon que les choses empirent. Par conséquent, en deuxième lieu, il faut absolument redonner le pouvoir à la population et réduire sinon éliminer l’influence de l’argent en politique. Autrement dit, il faut faire exactement le contraire de ce que la Cour Suprême américaine souhaite faire.

Il en va de même de notre système politique archaïque. À tout le moins devrait-on copier le modèle politique français à double tour, afin d’éviter que des aventuriers politiques n’accèdent à un pouvoir quasi absolu avec une minorité d’appuis populaires.

En ce qui concerne le caractère moral des personnes, et comme les études démontrent qu’il n’y a que vingt pourcent des gens qui sont spontanément empathiques, il serait sage que nous suivions le conseil du philosophe chinois Hsün Tzu (c.310—c.220 AD) qui observa il y a fort longtemps que “les hommes sont portés vers le mal ; et qu’il faut un entrainement pour être bon.” L’enseignement des règles morales de vie en société m’apparait être une nécessité incontournable. – À ce titre, je ne crois pas que c’est le programme « Éthique et culture religieuse» mis en place au Québec il y a quelques années qui remplit la commande. Nous aurions besoin d’un cours pour les élèves et les étudiants qui soit mieux ciblé et plus étoffé.

En ce qui concerne le climat de guerre permanent dans lequel nous vivons présentement, je souhaite tout simplement que le cycle de cent ans des guerres mondiales hégémoniques, identifié par Toynbee et d’autres, ne s’appliquera pas à notre siècle et que les psychopathes enragés ne réussiront pas. Sinon, le désastre qui frapperait l’humanité serait sans pareil.

J’en conclus finalement qu’en ce qui regarde la civilisation, nous sommes encore des primitifs. L’humanité a beaucoup de chemin à faire, Nous en sommes encore aux balbutiements d’une véritable civilisation.    

1. Voir la recherche de Sara Konrath, une spécialiste de l’Université du Michigan (Institute for Social Research), basée sur 72 différentes études des étudiants des collèges américains effectuées entre 1979 et 2009.

2. La sociopathie est considérée comme un trouble de la personnalité dont le critère principal d’identification est la capacité limitée, pour les personnes montrant les symptômes du trouble, à ressentir les émotions humaines, aussi bien à l’égard d’autrui qu’à leur propre égard. C’est ce qui peut expliquer leur manque d’empathie quand ils sont confrontés à la souffrance des autres, témoignant d’une incapacité à ressentir l’émotion associée à l’empathie ou la souffrance. (Voir, Le trouble de la personnalité antisociale sur www.Maladiesmentales.org, 26 février 2009).

3. La psychopathie est un trouble de la personnalité caractérisé par un manque d’empathie et de remords, des émotions peu profondes, de l’égocentrisme et de l’imposture. Les psychopathes (patients atteints de psychopathie) adoptent un comportement antisocial, des traitements abusifs envers les autres, et agissent violemment dans certaines situations. Bien qu’ils manquent d’empathie et d’émotions, ces individus réussissent à mentir sur ce qu’ils ressentent et sur ce qu’ils vivent. (Voir, http://fr.wikipedia.org/wiki/Psychopathie, aussi: http://www.examiner.com/article/serial-killers-and-politicians-share-traits ).

4. Voir le livre “Snakes in Suits: When Psychopaths Go to Work” de Robert Hare et Paul Babiak, 2007. Selon le Dr. Hare, la plus grande concentration de personalités psychopatiques se retrouve en politique et dans le monde des affaires. Voir aussi “Without Conscience: The Disturbing World of the Psychopaths Among Us” de Robert D. Hare, 1999.                                                                                                         

* Tiré d’une conférence prononcée par l’auteur lors du Congrès de l’International Humanist and Ethical Union (IHEU), Montréal (Québec), le 4 août 2012.                                                                                                           

Rodrigue Tremblay

[ http://www.thenewamericanempire.com/author.htm] est professeur émérite à l’Université de Montréal. On peut le rejoindre à l’adresse suivante:

rodrigue.tremblay@yahoo.com.

Posté le dimanche 5 août 2012.

*****On peut lire une description du livre “Le code pour une éthique globale” sur le site suivant :
http://www.lecodepouruneethiqueglobale.com/

Pour la version en langue anglaise [ISBN: 978-1616 14 17 21], voir :
http://www.thecodeforglobalethics.com/

On peut se procurer la version en langue française dans toutes les librairies en Amérique du nord et en Europe [ISBN: 978-2895781738].

L’adresse du livre sur Amazon Canada est :
http://www.amazon.ca/Code-pour-une-éthique-globale/dp/2895781737/ref=sr_11_1?ie=UTF8&qid=1232631477&sr=11-1

L’adresse du livre sur Amazon France est :
http://www.amazon.fr/Code-pour-une-Ethique-Globale/dp/2895781737/ref=sr_11_1?ie=UTF8&qid=1235229636&sr=11-1

Pour la version en langue anglaise, voir :
http://www.amazon.com/Code-Global-Ethics-Humanist-Principles/dp/1616141727/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1262398544&sr=1-1

Conférence du Centre de recherche sur la mondialisation, 4 juillet 2012. Les enjeux de la crise mondiale : austérité, guerres, brutalité policière et mensonge médiatique

Conférenciers :

- Michel Collon, journaliste belge, auteur de « La Stratégie du Chaos », fondateur d’Investig’Action: Guerres et médiamensonges (5 vidéos)

- Michel Chossudovsky, professeur d’économie (émérite), auteur de « Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial », directeur du Centre de recherche sur la mondialisation: Guerres et crise économique (5 vidéos)

- Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE (Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ)): Lutte étudiante et enjeux économiques (3 vidéos)

Conférence du Centre de recherche sur la mondialisation, 4 juillet 2012

Les enjeux de la crise mondiale : austérité, guerres, brutalité policière et mensonge médiatique

Conférenciers :

- Michel Collon, journaliste belge, auteur de « La Stratégie du Chaos », fondateur d’Investig’Action

- Michel Chossudovsky, professeur d’économie (émérite), auteur de « Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial », directeur du Centre de recherche sur la mondialisation

- Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE (Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ))

Pour la liste complète des liens vidéos des trois conférenciers, cliquez ici.

Partie 1/3

Partie 2/3

Partie 3/3

VIDÉO: Michel Chossudovsky – Guerres et crise économique

juillet 31st, 2012 by Prof Michel Chossudovsky

Conférence du Centre de recherche sur la mondialisation, 4 juillet 2012. Les enjeux de la crise mondiale : austérité, guerres, brutalité policière et mensonge médiatique

Conférenciers :

- Michel Collon, journaliste belge, auteur de « La Stratégie du Chaos », fondateur d’Investig’Action

- Michel Chossudovsky, professeur d’économie (émérite), auteur de « Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial », directeur du Centre de recherche sur la mondialisation

- Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE (Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ))

Pour la liste complète des liens vidéos des trois conférenciers, cliquez ici.

Partie 1/5

Partie 2/5

Partie 3/5

Partie 4/5

Partie 5/5

VIDÉO : Michel Collon – Guerres et médiamensonges

juillet 31st, 2012 by Michel Collon

Conférence du Centre de recherche sur la mondialisation, 4 juillet 2012. Les enjeux de la crise mondiale : austérité, guerres, brutalité policière et mensonge médiatique.

Conférenciers :

- Michel Collon, journaliste belge, auteur de « La Stratégie du Chaos », fondateur d’Investig’Action

- Michel Chossudovsky, professeur d’économie (émérite), auteur de « Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial », directeur du Centre de recherche sur la mondialisation

- Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE (Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ))

Pour la liste complète des liens vidéos des trois conférenciers, cliquez ici

 

 

Les effets possibles de la crise mondiale, la guerre.

juillet 31st, 2012 by Guillermo Almeyra

Le principal marché capitaliste mondial – l’Eurozone – est en aillons. L’économie des Etats-Unis n’a pas repris, les pays asiatiques (la Chine, l’Inde, le Japon) connaissent aussi de grandes difficultés, ainsi que les pays appelés « émergents » (comme le Brésil et l’Argentine), dont on ne sait pas très bien pourquoi. La réduction du prix des combustibles, devant la moindre demande industrielle due à la crise, bien qu’elle allège les pays importateurs nets (comme Cuba ou la majorité des africains), affecte aussi les grands exportateurs comme la Russie ou le Venezuela, dont les plans de développement interne dépendent du prix des hydrocarbures. Dans ces circonstances, Washington se trouve tenté de profiter de sa supériorité militaire et pour conquérir de nouvelles ressources et positions face à ses concurrents.

C’est ce qui est en jeu en Syrie, indépendamment de la rébellion contre la barbarie pluri décennale de la dictature héréditaire des Assad (Hafez et son fils Bachir). En Syrie, en effet, plusieurs problèmes explosifs s’entrecroisent. Le premier est la question kurde. Les vainqueurs de la Première Guerre mondiale ont dépecé l’Empire Ottoman et ils ont colonisé la Syrie, l’Irak et la Jordanie. Lors de la « Conférence de Colombes » [Traité de Sèvres] ils ont offert aux Kurdes un pays indépendant, le Kurdistan, mais après ils ont fait marche arrière. De cette façon il y a des Kurdes en Turquie (15 millions), en Syrie, en Irak (tout le nord pétrolier) et en Iran, qui s’ entraident. Tous ces pays ont toujours combattu le séparatisme de « leurs » Kurdes à l’intérieur et en dehors de leurs frontières et la Turquie a bombardé maintes fois le nord de l’Irak pour que les Kurdes irakiens n’appuient pas la rébellion des Kurdes turcs. Maintenant elle menace de faire de même au nord de la Syrie, puisque l’armée de Damas, qui contrôlait avant la frontière avec la Turquie, est actuellement engagée dans des combats contre la rébellion armée à Damas et à Aleph.

Donc, une guerre turque-syrienne donnerait une puissante impulsion à la déstabilisation du régime de Bachir Assad que promeuvent les États-Unis, l’Arabie Saoudite, les émirats du Golfe Persique, qui arment et financent les rebelles et paient les mercenaires fondamentalistes libyens qui par milliers combattent contre le gouvernement syrien. Mais la Syrie de Assad est une garantie du statu quo régional pour Israël, qui voit avec crainte la possibilité d’un gouvernement islamique radical à Damas. En effet, le gouvernement d’Assad freine les Hezbolá du Liban et dans une certain mesure l’Iran. La chute d’Assad ouvrirait donc la porte à la guerre avec l’Iran pour le contrôle du pétrole et du gaz iranien, et à une nouvelle guerre au Liban comme en Palestine, juste au moment où il y a des manifestations en Israël à cause de la crise et que deux personnes agées se sont immolés par le feu parce qu’elles ne pouvaient pas payer leurs dettes.

En plus, l’Iran est voisin et allié de la Chine et de la Russie. L’échec des États-Unis et de l’OTAN dans la guerre déjà perdue de l’Afghanistan renforce actuellement le rôle de Téhéran et de Pékin dans la région, dans un processus de dégradation continue de l’influence de Washington qui se trouve facilité par les assassinats continuels commis par les États-Unis au Pakistan, qui exacerbent le nationalisme pakistanais.

Par conséquent, les États-Unis et ses agents arabes et européens jouent avec une guerre qui comprendrait beaucoup plus que la Syrie, en incendiant la moitié de l’Asie, et qui impliquerait d’une ou d’autre manière la Russie et la Chine, unies encore une fois par l’ennemi commun. La présence de la flotte de guerre russe en Méditerranée, en face de la Syrie, ressemble fort à un avertissement. A bon connaisseur, quelques croiseurs suffisent …

La guerre, comme toujours. Sera-t-elle la sortie du capitalisme d’une crise profonde et prolongée dont l’importance n’a pas de précédent ? La myopie des généraux et des hommes politiques étasuniens et leur brutalité sont proverbiales, mais ces génies de la géopolitique, penseront-ils que réellement qu’une guerre sera facile puisque les manifestations massives contre la crise qui agitent les pays européens ne vont pas jusqu’à présent au-delà du non aux plans du capitalisme financier international, mais ne sont pas encore arrivés à formuler des propositions alternatives, antisystémiques, anticapitalistes et, par conséquent, pour l’instant il n’existe pas (selon eux) le danger de la conjonction entre crise et révolution ?

Mais le nationalisme des peuples oppressés et leur grande faim de démocratie, comme ont démontré les peuples arabes et la résistance armée antinazi et antifasciste en Europe pendant la Deuxième Guerre mondiale, ainsi que la révolution chinoise et les mouvements de libération dans les colonies, pourrait être une force gigantesque, dans sa marche tumultueuse, qui se remplirait des contenus sociaux anticapitalistes. L’existence d’un mouvement socialiste fort n’a jamais été la condition préalable et sine qua non pour une révolution, comme le démontre Révolution Mexicaine elle même. Au contraire, les révolutions sont la condition préalable pour le développement des idées socialistes et sont la pré-condition pour développer à fond une révolution démocratique et une libération nationale et pour la transformer en révolution anticapitaliste. D’où la nécessité, dès à présent même, de casser les illusions sur la possibilité de réformer un système qui engendre une crise et des guerres et pourrait lancer une aventure qui, compte tenu des moyens actuels et du rapport de force actuel entre les grands pays, pourrait être beaucoup plus meurtrière que les deux massacres précédents, de 1914-18 et de 1938-46.

Les mouvements sociaux ne peuvent pas rester muets devant ce danger !

La Jornada. Mexique, le 29 juillet 2012.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 31 juillet 2012.

Contrat Creative Commons
Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported
.

Attentat de Bourgas : Où en est l’enquête ?

juillet 31st, 2012 by Jonathan Moadab

Si Benjamin Netanyahou, ce fin limier, avait, deux heures après le drame de Bourgas, identifié les responsables de l’attaque comme étant l’Iran, cette accusation n’a pas convaincu les enquêteurs qui continuent de rechercher les coupables.

Même le conseiller pour l’antiterrorisme de Barack Obama a désavoué les conclusions hâtives du Premier ministre israélien, en rappelant qu’il fallait connaître les conclusions de l’enquête bulgare avant de se prononcer à ce sujet. Il a néanmoins souligné que les Etats-Unis étaient inquiets des activités du Hezbollah et de l’Iran.

L’autopsie confirme que la bombe était portée par un homme

Concernant l’auteur de l’attentat, le docteur Galina Mileva, médecin légiste ayant participé à l’autopsie, est arrivé aux conclusions suivantes :
- Il avait “entre 25 et 30 ans, voir un peu plus” (les premières déclarations parlaient de 36 ans)
- Au vu de ce qu’il restait du corps (« la tête, les bras et les jambes sont tout ce qui est resté, le torse étant détruit », la thèse d’un porteur de bombe se confirme : « J’estime qu’il avait l’explosif avec lui. Il aurait pu être mis à feu  à distance par un complice ou par lui-même »
- Ses cheveux d’une longueur de 7 à 8 cm, laissent penser qu’il portait une perruque.
- Point important : l’auteur de l’attentat ne semble pas s’être trouvé à l’intérieur du bus lors de l’explosion : «Si trois kilogrammes  d’équivalent TNT avaient explosé à l’intérieur de ce bus, le bilan aurait été de loin plus grave»
- Son ADN et les doigts qui restent font l’objet d’une étude de comparaison avec les bases de données.

L’auteur de l’attentat a bénéficié de complices

Selon l’AFP, l’auteur de l’attentat aurait séjourné en Roumanie avant les faits. Des “traces biologiques” de cet homme ont effectivement été relevées dans un hôtel de Varna. Le quotidien Troud affirme qu’une femme aurait séjourné dans ce même hôtel (l’hotel Perfekt, un trois étoiles), et que celle-ci aurait été en contact avec un deuxième homme, peut être un complice.

Le signalement donné par le docteur Galina Mileva diffère du suspect qui avait tenté de louer une voiture la veille de l’attentat à l’aéroport de Bourgas, au bord de la mer Noire. Selon le Point, citant des témoins, cet homme avait “le crâne presque rasé”, “un visage brun” et “l’air d’un Arabe”. Ce qui ne correspond pas à la longueur de cheveux constatée sur la tête du porteur de la bombe.

L’existence de complices laisse entrevoir  la possibilité que le porteur de la bombe ne soit pas celui qui l’a actionné. Ainsi, on peut aussi envisager que celui-ci ne savait pas exactement ce qu’il portait dans son sac imposant (il pouvait penser qu’il s’agissait de drogue par exemple, il n’y avait “que” trois kilos d’explosif), et qu’une tierce personne ait fait exploser la bombe à l’aide d’une télécommande. Les enquêteurs n’excluent aucune piste.

L’arme du crime : le trolite

Ainsi que l’a expliqué le ministre de l’intérieur bulgare, Tsvetan Tsvetanov, l’explosif utilisé était du trotile. Le Figaro a développé ce point : “Le trolite, appelé aussi tolite, est un explosif fabriqué avec du trinitrotoluène (TNT). Utilisé en génie militaire, les différents mouvements terroristes y ont aussi fréquemment recours. Pour déterminer la nature de l’explosif utilisé dans l’attentat de Bourgas, les enquêteurs bulgare étaient assistés d’un expert en explosifs américain faisant partie d’une équipe d’Interpol, l’organisation de coordination des polices du monde entier.” Les analyses se poursuivent sur l’origine de l’explosif.

La revendication de l’attentat écartée par Sofia

Le journal Almanar rapporte que le groupe « Base du Djihad » (Qaïda d’al-jihad) a revendiqué l’attentat perpétré en Bulgarie. Dans un communiqué le groupe assure que le jihad se poursuivra sur toutes les scènes pour « combattre les juifs et les Américains jusqu’à leur départ de la terre de l’Islam. » « Le mois de Ramadan est le mois de la lutte et du martyre, c’est le mois de la lutte contre les ennemis de Dieu, les juifs et leurs collaborateurs les Américains », stipulait le communiqué, relayé par le site « Arabs 48 ».

Mais selon Radio Bulgarie, le ministère bulgare des Affaires étrangères a rejeté l’affirmation selon laquelle le groupe Qaedat al-Jihad serait responsable de cet attentat. Selon eux, la revendication du groupe de poursuivre les Juifs et les Américains jusqu’à ce qu’ils ne quittent les terres de l’Islam a été qualifiée par la diplomatie bulgare de « spéculative ».

Revers diplomatique pour Israël

Ainsi que nous vous en rendions compte dans notre précédent article, Israël avait décidé de mettre la pression sur l’Union Européenne pour qu’elle place le Hezbollah sur sa liste noire des organisations terroristes. Or, Erato Kozakou-Marcoullis, ministre des affaires étrangères chypriote (dont la nation préside actuellement l’UE) a exprimé le refus de l’Union Européenne : “Il n’y a pas de consensus pour placer le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes“.

Suite à cette prise de position cohérente avec l’état des investigations, Ygal Pamor, le porte-parole du ministre des affaires étrangères israélien a déclaré : “Depuis des années, nous fournissons des informations à l’Europe sur l’implication directe du Hezbollah dans des attaques terroristes. (…) Mais certains Etats membres de l’UE nous ont clairement indiqué que pour des raisons politiques, ils préfèrent ne pas ajouter le Hezbollah sur la liste, même s’ils ne contestent pas les preuves.

Mais Mme Kozakou-Marcoullis a rappelé que le Hezbollah était une organisation qui, outre son bras armé, comprenait un parti actif dans la politique libanaise.

L’arroseur arrosé : l’Iran accuse Israël

L’Iran a rejeté toute implication dans l’attentat contre l’autobus avec des touristes israéliens à Bourgas et accusé Israël d’avoir organisé l’explosion, a rapporté jeudi un correspondant de RIA Novosti à New York.

Une telle opération terroriste n’a pu être conçue et commise que par ce régime dont la courte histoire est pleine d’attentats et d’assassinats visant à impliquer les autres pays dans ces jeux politiques“, a lancé l’ambassadeur iranien auprès des Nations unies Mohammad Khazaï lors de débats au Conseil de sécurité.

L’Iran ne s’est jamais livré et ne se livrera jamais à des attentats méprisables contre des innocents.” “Il est stupéfiant que dans les minutes ayant suivi cet attentat terroriste, des responsables israéliens aient annoncé que l’Iran était derrière“, a déclaré M.Khazaï.

Ces déclarations visent à répondre aux accusations émises par Israël contre l’Iran et le Hezbollah deux heures seulement après l’attentat. Avigdor Lieberman avait notamment affirmé que ces implications étaient des “informations avérées“, sans pour autant fournir d’élément concret pour nourrir ces accusations.

Nous vous informerons des avancées de l’enquête.

Jonathan Moadab

Agent Orange Viêt Nam, un demi-siècle après

juillet 31st, 2012 by André Bouny

Le 10 août est la Journée des victimes de l’Agent Orange, 2012, le 51ème anniversaire du premier épandage. Les années passent, la dioxine demeure. De nouvelles victimes naissent tandis que d’autres meurent. Voici comment les victimes de l’Agent Orange sont otages des géostratégies du monde et des firmes multinationales.

JPEG - 1.1 Mo
Jeune garçon vietnamien victime de l’Agent Orange, Village de la paix, HCM-Ville. Photo André Bouny

Les États-Unis tergiversent, refusant de reconnaitre leur responsabilité dans le crime de l’Agent Orange. Il y a plusieurs années, ils évoquèrent l’étude d’un projet visant à dépolluer « leur » ancienne base de Danang. En 2011, des travaux de décontamination de la dioxine furent entrepris sur une partie de cette ancienne base US. Donc, prioritairement là où ils pourraient revenir, Danang étant le seul port en eaux profondes du Viêt Nam où les bâtiments de l’US Navy pourraient s’ancrer durablement. Le temps qui s’écoule joue en leur faveur. Non seulement les victimes de l’Agent Orange passent, mais le contexte géopolitique renforce leurs projets géostratégiques, et complète celui militaro-stratégique global, l’expansionnisme de la Chine servant de justification.

Le Viêt Nam est pris en étau.

En 2009, la concession à la Chine (Chinalco) d’exploiter les importants gisements de bauxite (3ème au monde, minerai permettant la fabrication de l’aluminium) au sud des hauts plateaux vietnamiens fit grand bruit, outre celles de perspectives environnementales, humaines, sociales et sanitaires désastreuses, d’avoir ouvert la porte à l’ogre de la région.

JPEG - 12.8 ko

Mine de bauxite au Viêt Nam

 

Un expansionnisme chinois qui, par ailleurs, exerce depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale sa pression sur les îles Paracels (Hoang Sa) situées face aux côtes du Centre du Viêt Nam et celles du sud-est de la Chine (Carte n°1). Souvenons-nous de la bataille des îles Paracels entre la Chine et le Sud-Viêt Nam en janvier 1974. La même pression s’exerce sur les îles Spratleys (Truong Sa) situées au large des côtes sud du Viêt Nam, à mi-chemin entre ce pays et le Brunei. De souveraineté vietnamienne, ces îles coralliennes inhabitées (les Spratleys se trouvant très éloignées de la Chine) ont de tout temps été de hauts lieux de pêche et des refuges pour les bateaux des pays environnants lors de tempêtes et typhons. Une carte géographique de la Chine établie par la dernière dynastie chinoise des Qing (1644 -1912), parue en 1904, délimite l’extrême sud de la Chine à l’île de Hainan (Carte n°2). Les archipels Hoang Sa (Paracels) et Truong Sa (Spratleys) vietnamiens n’y figurent pas. Certes, c’est un des endroits les plus poissonneux du monde mais, par dessus tout, ses fonds recèleraient des réserves pétrolières comparables à celles d’un pays du Moyen-Orient. De plus, les Paracels et les Spratleys sont des positions militaro-stratégiques permettant de surveiller le Détroit de Malacca où transite le plus grand trafic maritime de la planète, notamment celui des pétroliers vers la Chine et le Japon. Il s’agit certainement là du futur théâtre d’influence américano-chinoise du XXIème siècle, la Chine accélérant le développement et la modernisation de sa flotte de guerre. En juin 2011, des manœuvres conjointes des marines étasuniennes et vietnamiennes ont eu lieu, et 3 navires de l’US Navy (USNS Safeguard et les contre-torpilleurs USS Chung-Hoon et USS Preble) mouillèrent dans le port de Danang, précédés d’une année par le porte-avions USS George Washington naviguant au large, tandis que le destroyer USS John McCain jetait l’ancre au port de cette ville. Là où précisément les États-Unis ont commencé la décontamination de la dioxine sur « leur » ancienne base…

JPEG - 327 ko

Carte n°1

JPEG - 124 ko

Carte n°2

 Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que sur les archipels Paracels et Spratleys les pauvres pêcheurs vietnamiens voient leurs embarcations arraisonnées, confisquées, coulées, et qu’ils soient battus ou tués par l’armée chinoise : http://www.youtube.com/watch?v=CxSADQO7d7c

JPEG - 120.7 ko

Porte-avions USS George Washington à propulsion nucléaire, photo US Navy

 

Quant à l’impensable, il s’est produit il y a quelques jours, le 26 juin 2012, exactement. China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) a lancé un appel d’offre aux entreprises internationales pour la prospection et l’exploitation de 9 lots de pétrole et de gaz situés dans la zone économique exclusive et sur le plateau continental du Viêt Nam. Il ne s’agit aucunement d’une zone litigieuse puisque, si la largeur maximale des eaux territoriales est fixée à 12 milles marins (soit 22, 2 km) par la Convention des nations unies sur le droit de la mer de 1982, la Zone d’Exclusivité Économique (ZEE) d’un État côtier est fixée à 200 milles. Or, les lots envoyés en appel d’offre par la Chine sont sous la souveraineté vietnamienne (Carte n°3 : lots 128 à 132, et 145 à 156, dans lesquels Petrovietnam est en activité depuis longtemps). Il suffirait qu’une multinationale réponde à cette bravade pour complexifier la situation et les litiges de la région. Les États-Unis émirent une protestation de principe par l’intermédiaire du sénateur Joe Liberman « un acte injustifiable et sans précédent », sachant que cette situation jetait un peu plus le Viêt Nam dans les bras US, resserrant leur coopération militaire. Il est difficile d’exiger de l’ancien ennemi le dédommagement des victimes de l’Agent Orange alors qu’il se pose en protecteur face à la puissante Chine.

JPEG - 153.8 ko

Carte n°3

En arrière-plan, le Comité International Olympique (CIO) y va de sa partition en prenant pour sponsor majeur des Jeux Olympiques de Londres… Dow Chemical ! Et ceci jusqu’en 2020. Dow est le fabricant et le fournisseur du Napalm et de l’Agent Orange durant la guerre américaine au Viêt Nam, le 2ème plus grand pollueur au monde (selon US Environmental Protection Agency – EPA) pour des JO verts. La durée de temps comparable entre la fin de la guerre étasunienne au Viêt Nam et aujourd’hui équivaut à peu de chose près à celle qui séparait la fin de la Deuxième guerre mondiale (avec ses camps d’extermination nazis) des JO de Los Angeles. Il aurait été difficilement imaginable que les JO de Los Angeles, en 1984, soient sponsorisés par IG Farben, fabricant du Ziklon B utilisé dans les chambres à gaz (même rebaptisé sous le nom de BASF). Cependant, la contestation est quasi inexistante, celle que George W. Bush appelait le bruit de fond. Les médias qui couvrent les JO paient des droits d’antenne et d’image qui à leur tour leur apportent des annonceurs, économie en boucle qui bâillonne et tue toute révolte et moralité, blanchissant Dow. Restait donc la possibilité d’alerter une icône, Paul MacCartney (Le chanteur des anneaux, comme l’a baptisé un musicien d’origine vietnamienne), l’ex-Beatles clôturant la cérémonie d’ouverture des JO de Londres. En réalité, cette tribune planétaire servira à améliorer la condition de vie d’un éléphant maltraité en Inde, répondant au nom de Sunder (action louable, certes, mais c’est aussi le pays de la catastrophe industrielle de Bhopal, que Dow n’a toujours pas décontaminé), et sans un mot pour les millions de victimes de l’Agent Orange (faut dire que la fille du chanteur a obtenu la création des vêtements d’athlètes de ces olympiades londoniennes). Même la vieille star ne peut plus se permettre… L’époque n’est pas au courage.

JO 2012 de Londres (Carnets du Viêt Nam)

Combien faudra-t-il de temps au bruit de fond pour couvrir les partitions composées par l’argent roi des transnationales au pouvoir planétaire : complainte des politiques, berceuse des médias, et musique militaire ?

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange (CIS) ; fondateur de D.E.F.I. Viêt Nam ; auteur de Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam, Éditions Demi-Lune, Paris, 2010.

http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html

 «L’important dans la vie, ce n’est point le triomphe, mais le combat, l’essentiel, ce n’est pas d’avoir vaincu mais de s’être bien battu.» Baron Pierre de Coubertin

Ces paroles admirables seraient universelles et revendiquées en tat que telles si leur auteur – le « réinventeur » des jeux olympiques modernes- n’a pas une  face sombre qui permet sérieusement de douter de son respect de la nature humaine. Nous y reviendrons.  Vendredi soir en effet, à 22 heures s’ouvraient dans un faste coûteux avec peu d’imagination les 30es Olympiades. Le cinéaste Danny Boyle mit en scène les deux siècles de révolution industrielle en Angleterre, nous eûmes droit aux mineurs, à la vie du temps de Dickens, aux hauts-fourneaux pour arriver à Mister Bean. Pas un mot de « l’oeuvre positive de la colonisation » qui fut le moteur du développement en termes de ressources de débouchés et de main-d’oeuvre et surtout sur la situation de banqueroute du Royaume-Uni avec une dette de plus de 1000 milliards de dollars, du chômage et de l’Etat social qui commence à être démantelé. La Grèce, qui a vu naître les Jeux, est en train de sombrer et comme l’écrit Vénizélos le ministre grec des Finances: «J’ai peur que certains ne pensent que la Grèce doit être sacrifiée comme Iphigénie pour qu’un vent favorable souffle de nouveau dans les voiles de la zone euro.» Ariane Walter ajoute d’autres arguments: «Voilà une Europe exsangue, une planète sous la menace d’une irradiation atomique mortelle, il suffirait d’un autre tremblement de terre pour que la piscine du 4 de Fukushima s’effondre, un monde à la veille d’un conflit généralisé et sous nos yeux un divertissement comme si de rien n’était, comme si tout le monde s’aimait et se respectait! Comme si l’argent coulait à flots, comme si les esprits étaient sereins! Munich 2?» (1)

Histoire des Jeux olympiques

Conçus avant tout comme une trêve entre cités grecques, l’olympisme a une histoire vieille de plus de vingt-cinq siècles avant d’être redécouverte sous une forme singulière par Pierre de Coubertin. Pour l’histoire, au IXe siècle avant l’ère chrétienne, le roi d’Elide, Iphitos, conclut un traité avec Sparte, déclarant Olympie inviolable durant les Jeux sacrés. La rénovation des Jeux olympiques date de 776 avant J.-C. Les premiers Jeux débutèrent à Olympie par une simple course. Des délégations issues de tout le monde hellénique y furent reçues et nourries aux frais de la cité. ´´L’olympionike´´ devrait être de pure race hellénique, n’avoir commis ni crime ni sacrilège et se soumettre à un entraînement intensif durant six mois. Dans tous les cas, le titre de vainqueur olympique leur conférait des égards incontestables durant toute la vie. Ces champions adulés furent pourtant l’objet de jugements peu favorables. Euripide dénonça leur moralité douteuse. Par la suite, du temps de l’Empire romain, les vieux Romains s’opposèrent en effet à la pénétration des moeurs helléniques et plus particulièrement à celle de la gymnastique. Les thermes connurent un développement incroyable. A ces hommes, trop amollis pour se livrer à des exercices physiques, les spectacles violents offrirent une agréable compensation. Si bien que l’on assista parallèlement à une mutation de l’athlétisme professionnel, qui dégénéra en lutte des hommes contre des bêtes ou des hommes entre eux. Le professionnalisme, puis les jeux de cirque amenèrent la décadence de l’olympisme.(2)

Nous passons alors graduellement au «panem et circenses» -du pain et des jeux – pour divertir les Romains et leur faire oublier leur quotidien amer le temps des jeux, ce que s’appliquent à faire les gouvernements quand la révolte gronde pour gagner du temps, cette expression latine utilisée dans la Rome antique pour dénoncer l’usage délibéré fait par les empereurs romains de distributions de pain et d’organisation de jeux dans le but de flatter le peuple afin de s’attirer la bienveillance de l’opinion populaire. Aujourd’hui, elle est souvent utilisée pour signifier la relation biaisée qui peut s’établir dans ces périodes de relâchement, ou de décadence, entre: une population qui peut se laisser aller, se satisfaire de pain et de jeux, c’est-à-dire se contenter de se nourrir et de se divertir et ne plus se soucier d’enjeux plus exigeants ou à plus long terme concernant le destin de la vie individuelle ou collective. Un pouvoir politique qui peut être tenté d’exploiter ces tendances «à la vie facile et heureuse» par la promotion de discours et de programmes d’action populistes ou court-termistes. Il faut d’abord rappeler que les Jeux olympiques n’avaient pas une dimension universelle, ils concernaient les villes-cités grecques. De plus, ils étaient conçus comme un outil politique et militaire qui permettait aux cités (Sparte, Athènes..) de s’affronter par athlètes interposés. Pierre de Coubertin voulut les ressusciter après leur suppression par Rome en 394 en leur donnant un cachet purement raciste et misogyne, en un mot glorifier l’homme blanc européen.

Pierre de Coubertin, colonialiste, misogyne et raciste

« Les jeux modernes n’existent en fait que depuis 108 ans. Bien que les discours actuels affirment que les valeurs olympiques prônées par Coubertin étaient celles du respect et de la courtoisie entre les peuples, la réalité est en fait bien moins agréable. Gavé d’idées issues d’auteurs tels que le naturaliste Francis Galton qui s’efforça toute sa vie de démontrer l’inégalité des races humaines ou du non moins connu diplomate Français, Joseph comte de Gobineau, l’inspirateur de l’idéologie nazie (Essai sur l’inégalité des races humaines). Coubertin ne cacha pas de son vivant, ses idées ouvertement racistes et misogynes. (…) Deux ans plus tard, en 1896, la première olympiade a lieu à Athènes. Pour Coubertin, il s’agit de manifester aux yeux du monde la supériorité de l’Occident, et surtout de prouver dans le cadre des jeux, la perfection de «l’homme blanc», autant sur le plan physique que spirituel. Pour Coubertin, la beauté des corps répondant à l’antique esthétique des athlètes grecs, ne peut se retrouver que chez des compétiteurs européens. Cette supposée perfection européenne doit donc se manifester clairement par une supériorité en termes de performance, cela au détriment des autres «races» considérées comme inférieures. (3) 

En Occident, hypocritement, des voix s’élèvent pour interdire aux musulmanes qui le désirent de concourir avec un tissu couvrant leurs cheveux, et ceci pour leur bien car ce tissu est le signe de leur soumission… Pourtant, aux Jeux olympiques de Pékin en 2008, quatorze délégations comptaient des athlètes voilées dans leurs rangs. Le voile (ou hijab) est «un signe culturel et non religieux». Voilà comment l’Ifab, a justifié sa décision d’autoriser les footballeuses à porter le foulard. Les Caroline Fourest et autres Martine Gozlan qui donnent de la voix oublient très hypocritement le racisme et la misogynie de Pierre de Coubertin.

La question du foulard cachant les cheveux

Rappelons le véritable cadre idéologique de la renaissance des Jeux olympiques modernes: Les femmes interdites d’accès, les Noirs, Indiens et autres «métèques» tolérés dans le rôle de faire-valoir. On retiendra d’ailleurs que pour la troisième Olympiade de 1904 à St-Louis (USA), les compétitions furent organisées séparément, ceci en fonction de la «race» des compétiteurs. (…) Coubertin ne cesse de tempêter contre le laxisme ethnique des jeux et surtout l’éventuelle participation des femmes aux Olympiades. Pour lui, il s’agit d’un affront majeur à la grandeur et à la pureté originelle de cette compétition. Les jeux de Berlin, en 1936 sont censés magnifier aux yeux des autorités allemandes, la supériorité de la race germanique. Hitler lui renvoya l’ascenseur en proposant Coubertin pour le prix Nobel, ce que l’Académie Nobel, pourtant très conservatrice, refusa. Cruelle ironie de l’histoire, un Noir du nom de Jesse Owens, que l’histoire retiendra comme le premier athlète à remporter quatre médailles. Ulcéré, Hitler quitte le stade.

Pierre de Coubertin disait: «À la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance.» – « Il y a deux races distinctes: celles au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. Hé bien! c’est dans les collèges comme dans le monde: les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n’est appréciable qu’aux forts.». «La théorie de l’égalité des droits pour toutes les races humaines, conduit à une ligne politique contraire à tout progrès colonial.» «Je suis un colonial fanatique», écrivait le baron Coubertin. «Les olympiades femelles, inintéressantes, inesthétiques et incorrectes», sauf à un titre: «Aux Jeux olympiques, leur rôle devrait être surtout, comme aux anciens tournois, de couronner les vainqueurs.» Où est la dignité de la femme dans tout cela? (4)

La marchandisation des Jeux

L’admiration de Coubertin pour le IIIe Reich est connu. En dépit de la professionnalisation du sport, la magie des Jeux reste intacte pour les 10.480 athlètes participants et les 205 pays représentés. Le patriotisme, valeur de l’olympisme, est présent cependant. Les sportifs se battent d’abord pour eux-mêmes avant de défendre leurs couleurs nationales. Ce patriotisme a été remplacé par une forme de chauvinisme, qu’on retrouve moins dans le coeur des athlètes que dans la tête des sponsors et des responsables des télévisions couvrant l’événement. On apprend ainsi la démesure suivante: 11 millions de billets ont été émis, 10.490 athlètes inscrits dans 26 disciplines olympiques vont concourir pour 302 épreuves. 2 millions de visiteurs sont attendus. Les Jeux olympiques de Londres coûteront plus de 11 milliards de livres. Les organisateurs ont réuni 41 sponsors britanniques qui ont versé quelques 700 millions de livres. Ils comptent également récolter plus de 600 millions de livres (762 millions d’euros) de la vente des billets et une somme moins importante de la vente des souvenirs. Les droits de retransmission pour les Jeux ont été portés à 3,9 milliards de dollars.Le CIO a 11 sponsors globaux qui paient 957 millions de dollars pour les droits internationaux de commercialisation de leurs produits.

L’homme d’affaires indien, Lakshmi Mittal, patron d’ArcelorMittal, et son fils ont porté la flamme olympique jeudi à Londres. Lakshmi Mittal est aussi le sponsor d’une tour en métal du Parc olympique baptisée ´´The Orbit´´. «Quand je pense aux parallèles entre moi-même et un athlète olympique, je crois que le monde des affaires est marqué par des principes très similaires de persévérance et de dur labeur», déclare Lakshmi Mittal. Scandale et tollé ont accueilli cette nouvelle. Alors que le groupe a décidé la fermeture de ses hauts-fourneaux un peu partout en Europe et même en Algérie, car pas rentables. Ils s’achètent ainsi pour 18 millions de dollars une respectabilité.

Les Occidentaux n’ont pas diabolisé dans les mêmes termes BP voire Coca-Cola qui fut, on s’en souvient, le sponsor des Jeux de Berlin. Londres est devenue pour des motifs de sécurité une ville assiégée.

« Les Olympiques de Londres, écrit Finian Cuningham, prennent rapidement l’allure d’une vaste opération militaire terrestre et aérienne et non pas celle d’un événement sportif international. Au lieu du sentiment de fraternité internationaliste que devraient incarner les Jeux olympiques, il règne à Londres une atmosphère menaçante de pays en guerre avec des missiles sol-air déployés sur les toits d’immeubles d’habitation, des cuirassés de la Marine en état d’alerte, ainsi que des chasseurs et des hélicoptères de la Royal Air Force patrouillant le ciel de la capitale britannique. (…) L’extravagant événement et son parrainage corporatif tape-à-l’oeil, provoque une sensation inquiétante. rappelant le roman dystopique de George Orwell, 1984. Le classique d’Orwell évoquant un État policier autoritaire se déroulait principalement à Londres, devenue la capitale d’Airstrip.» (5)

La politisation des jeux a toujours existé

Pour l’histoire, la politique- quand c’est l’Occident qui décide- a toujours émaillé les Jeux.

Le mouvement d’appel au boycott des Jeux olympiques de Berlin en 1936, les «Jeux nazis» a existé durablement, significativement, s’inscrivant dans la continuité de celui lancé quelques années auparavant contre l’Allemagne nazie. (…)Les principes antidémocratiques, racistes et inégalitaires s’opposent totalement à l’esprit olympique. (…) En Europe, dans les démocraties, la question du boycott n’est pas, de loin, la priorité face aux crises économiques, au chômage, aux risques de conflits. (…) Les États-Unis et d’autres nations occidentales rejettent le principe du boycott…Quant au Comité olympique américain, il combat ardemment en faveur de la tenue des Jeux, considérant que la politique ne doit pas interférer avec le sport. (…) les influences des pro-jeux ainsi que le travail de sape du Comité olympique américain et de son président Brundage, ont un rôle décisif dans le renversement d’opinion, dans une moindre mobilisation. (…) En France, le gouvernement de Léon Blum, hésite puis opte pour des compromis afin d’éviter tout affrontement direct, ne s’opposant pas au départ des sportifs français vers Berlin.(6)

Souvenons-nous aussi: les Jeux de la XXIIe Olympiade ont été célébrés à Moscou, pour la première fois en Urss du 19 juillet au 3 août 1980 et ont été boycottés par le Etats-Unis et Etats Le 20 janvier 1980, le Président Jimmy Carter adresse un ultimatum au Kremlin: « Si dans un mois au plus tard, vos troupes n’ont pas évacué l’Afghanistan, l’équipe olympique américaine n’ira pas à Moscou et nous demanderons aux autres pays de s’abstenir aussi.» Par ailleurs, 29 pays musulmans s’associent également à ce boycott considérant l’attaque contre l’Afghanistan comme une attaque contre l’Islam. La France laissa le libre choix au Cnosf et trois fédérations nationales (équitation, voile et tir) boycottèrent les Jeux. De plus, les pays occidentaux, boycotteront la cérémonie d’ouverture. Lors des JO du Mexique en 1986, les poings levés et gantés de cuir noir, des athlètes américains, Tommie Smith et John Carlos, en soutien des Black Panthers, les firent rentrer dans la légende. Enfin, quand Jacques Rogge décide d’une minute de silence pour les attentats de Munich c’est de la politique ou pas?


Conclusion

Les JO modernes -une création à la gloire de l’homme blanc- à en croire Pierre de Coubertin sont le dernier avatar de l’empire décadent qui offre des jeux de cirque néolibéralisés. Ils sont devenus un exemple de privatisation des profits et de nationalisation des pertes. Bref, un excellent moyen de mettre l’argent public, dans des poches privées, de l’oligarchie financière et mondiale. Finie la glorieuse incertitude du sport amateur, finie l’éthique, fini l’exploit pour le panache. Au bout de la ligne, un gros paquet de dollars. Nous sommes loin de l’idéal des Jeux olympiques et de la devise «plus vite, plus haut, plus fort». Les JO sont à réinventer

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. http://www.legrandsoir.info/l-attentat-de-la-ceremonie-d-ouverture-des-jo-de-londres-2012.html  

2. http://gymnet.org/histoire-jo-antiq.htm

3. http://www.gauchemip.org/spip.php?article7074

4. http://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Pierre_de_Coubertin

5.Finian Cunningham: Les Olympiques militarisés de Londres évoquent 1984 d’Orwell, Mondialisation.ca 20 Juillet 2012

6. http://www.leboycott.fr/remarquables/le-boycott-des-jeux-de-berlin-en-1936/

Le drapeau olympique aux mains des militaires

juillet 30th, 2012 by Manlio Dinucci

Puissent les Olympiades être “un moment d’amitié renouvelée dans laquelle forger la paix” : ainsi l’archevêque de Westminster a-t-il salué les athlètes venus à Londres du monde entier. C’est justement pour représenter cet esprit que dans la cérémonie d’ouverture le gouvernement de Sa Majesté britannique a fait hisser le drapeau olympique aux cinq anneaux, symbole de paix, par un escadron de 16 militaires britanniques, choisis parmi ceux qui se sont le plus distingués  dans les dernières guerres.

A la tête de cet escadron, comprenant des militaires des trois armes, Tal Lambert, responsable des communications des bases aériennes de Lyneham et Brize Norton, engagées l’an dernier dans la guerre en Libye. Parmi les autres membres de la Raf, le sergent Raval, qui s’est distingué dans les guerres des Balkans et d’Irak. Parmi ceux de la marine et des marines, l’officier Hiscock, décoré de la Queen’s Gallantry Medal pour ses actions dans l’invasion de l’Irak. Parmi ceux de l’armée de terre, le sergent Reains distingué dans les combats en Irak puis en Afghanistan où il a été blessé, et le caporal Rainey, qui a deux dangereuses missions à son actif.

Faire hisser par des militaires non seulement la drapeau britannique mais aussi la bannière olympique a été un geste hautement symbolique : la réaffirmation que les forces armées du Royaume Uni et des autres pays de l’Otan ne font pas des guerres d’agression mais des opérations de paix dans l’intérêt de toute l’humanité. Grave est le fait que le Comité Olympique international ait autorisé un tel choix, qui devrait être interdit dans tout pays où se déroulent les Olympiades. Tout aussi grave qu’il ait été ignoré par la presse internationale, présente à Londres avec des milliers de journalistes. Engagés à décrire la chapeau de Sa Majesté, au moment où le drapeau olympique a été hissé par les militaires qui rénovent les gloires de l’empire britannique.

Edition de dimanche 29 juillet 2012 de il manifesto

Traduit de l’italien parMarie-Ange Patrizio

L’art de la guerre : Business d’armes Rome-Tel Aviv

juillet 30th, 2012 by Manlio Dinucci

Au plein de la crise arrive enfin “une puissante injection de confiance pour tous ceux qui croient en la valeur du travail” : c’est ce que déclare le député Pd Daniele Marantelli, se félicitant du contrat de Alenia Aermacchi (Finmeccanica) pour la fourniture à Israël de 20 avions militaires d’entraînement avancé M-346. Ainsi, dans la prochaine opération “Plomb durci”, les pilotes israéliens pourront être encore plus meurtriers. Berlusconi avait promis de promouvoir la vente des M-346, dit l’onorevole Pd, mais “sa promesse n’a pas été tenue, comme tant d’autres”. Puis, heureusement, est arrivé le gouvernement Monti. Ses mérites sont reconnus par Giuseppe Orsdi, président de Finmeccanica : l’accord est le produit d’”une collaboration fructueuse” entre les gouvernements italien et israélien. Il oublie cependant, injustement, les mérites du gouvernement Berlusconi, artisan de la loi-cadre (17 mai 2005) sur la coopération militaire Italie-Israël.

Ce dernier accord, donc, est le fruit de la même politique bipartisane opérée par les gouvernements italiens. Dans son annonce du succès de la vente à Israël des M-346 et de leurs systèmes opérationnels, le ministre italien de la défense passe par contre sous silence un détail. Le ministère de la défense israélien ne paiera qu’une partie mineure du prix total. La plus grosse partie, environ 600 millions, sera anticipée par un consortium financier formé par le groupe bancaire italien Unicredit et par un fonds de pension corrélé, qui investiront ensemble 400 millions, et par la banque israélienne Hapoalim, qui ionvestira 200 millions. Le ministère italien de la défense annonce ainsi que “les forces armées italiennes, de leur côté,  pourront utiliser un système satellitaire optique à haute résolution pour l’observation de la Terre, dénommé Optsat-3000, réalisé en Israël”. Il donne ainsi l’impression que ce satellite a été gentiment mis à disposition de l’Italie par Israël. En réalité, celle-ci l’acquiert à travers Telespazio aux Israël Aerospace Industries, en le payant plus de 200 millions de dollars, auxquels s’ajouteront les coûts nécessaires pour la mise en orbite et le contrôle du satellite. Celui-ci, à une altitude de 600Kms, servira non pas à une générique “observation de la Terre”, mais à repérer dans des théâtres d’opérations guerrières lointains les objerctifs à frapper, grâce à des images de 50 cms à haute résolution.  Sur son habituel ton plutôt vague, le ministère de la défense communique enfin “la fourniture de sous-systèmes standard Otan de communication pour deux avions destinés à l’aéronautique militaire”. Il parle ainsi de la cravache et non du cheval : les avions sont deux Gulfstream 550, jets de luxe  made in Usa, que les Israël Aerospaces Industries transforment en très sophistiqués avions de guerre. Dotés des appareillages électroniques les plus avancés et reliés à six stations terrestres, ces G-550 modifiés, capables de voler à 12mille mètres d’altitude avec un rayon d’action de 7mille Kms, sont le fer de lance d’un système de commandement et de contrôle pour l’attaque sur des théâtres de guerre lointains. L’Italie achète à Israël ce système de commandement pour les guerers d’agression au modique prix de 750 millions de dollars qui, ajoutés à celui du système satellitaire, porte la dépense à plus d’un milliard. Evidememnt avec de l’argent public. “Une puissante injection de confiance” à ceux qui croient en la valeur de la guerre.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 30 juillet de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Cuba, l’île de la santé

juillet 29th, 2012 by Salim Lamrani

Depuis le triomphe de la Révolution en 1959, le développement de la médecine a été la grande priorité du gouvernement cubain, qui a transformé l’île des Caraïbes en une référence mondiale dans ce domaine. En effet, à ce jour, Cuba est le pays du monde qui compte le nombre de médecins le plus élevé par habitant.

En 2012, Cuba a formé plus de 11 000 nouveaux docteurs, lesquels ont accompli leur cursus de six ans, au sein de ses facultés de médecine reconnues pour l’excellence de leurs enseignements. Il s’agit de la plus importante promotion médicale de l’histoire du pays, qui a fait du développement de la médecine et du bien être social les priorités nationales. Parmi ces nouveaux médecins, 5 315 sont cubains et 5 694 sont issus de 59 pays d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie et même des Etats-Unis, dont une majorité de Boliviens (2400), Nicaraguayens (429), Péruviens (453), Equatoriens (308), Colombiens (175) et Guatémaltèques (170). Ainsi, en une année, Cuba a formé près de deux fois plus de médecins que le nombre total dont elle disposait en 1959[1].

En effet, lors du triomphe de la Révolution, Cuba ne comptait que 6 286 médecins. Parmi ces derniers, 3 000 avaient choisi de quitter le pays pour se rendre aux Etats-Unis, attirés par les opportunités professionnelles que leur offrait Washington. Au nom de la guerre politique et idéologique qui l’opposait au nouveau gouvernement de Fidel Castro, l’administration Eisenhower avait décidé de vider la nation de son capital humain, au point de créer une grave crise sanitaire[2].

Face à cela, Cuba s’était engagée à investir massivement dans la médecine, en universalisant l’accès aux études supérieures et instaurant la gratuité dans tous les cursus. Ainsi, il existe aujourd’hui 24 facultés de médicine (contre une seule en 1959) dans treize des quinze provinces cubaines, et le pays dispose de plus de 43 000 professeurs de médecine. Depuis 1959, près de 109 000 médecins ont été formés à Cuba[3]. Avec un médecin pour 148 habitants (67,2 médecins pour 10 000 habitants, 78 622 au total) selon l’Organisation mondiale de la Santé, Cuba est la nation au monde la mieux pourvue dans ce secteur. Le pays dispose de161 hôpitaux et 452 polycliniques[4].

Pour le cursus 2011-2012, le nombre total de diplômés en Sciences médicales, comprenant 21 profils professionnels (médecins, stomatologues, infirmiers, psychologues, technologie de santé, etc.…), s’élève à 32 171, aussi bien cubains qu’étrangers[5].


L’Ecole latino-américaine de Médecine de La Havane

En plus des cursus dispensés au sein des 24 facultés de médecine du pays, Cuba forme également des étudiants étrangers à l’Ecole latino-américaine de Médecine de la Havane. En 1998, suite à l’Ouragan Mitch qui avait ravagé l’Amérique centrale et la Caraïbe, Fidel Castro a décidé de créer l’Ecole latino-américaine de médicine de La Havane (ELAM) – inaugurée le 15 novembre 1999 – afin de former à Cuba les futurs médecins du monde sous-développé.

« Former des médecins prêts à se rendre là où l’on a le plus besoin d’eux et à y rester aussi longtemps que ce sera nécessaire, telle est la raison d’être de notre école depuis sa fondation », explique le docteur Miladys Castilla, vice-rectrice de l’ELAM[6]. Actuellement, 24 000 étudiants en provenance de 116 pays d’Amérique latine, de la Caraïbe, d’Afrique, d’Asie, d’Océanie, mais également des Etats-Unis (500 par promotion) se forment gratuitement à Cuba. Entre la première promotion de 2005 et 2010, 8 594 jeunes docteurs de 54 pays ont été formés à l’ELAM[7]. Les promotions de 2011 et 2012 ont été exceptionnelles avec près de 8 000 diplômés. Au total, près de 15 000 médecins ont été formés à l’ELAM dans 25 spécialités différentes[8].

L’Organisation mondiale de la santé a rendu hommage au travail de l’ELAM :

« L’Ecole latino-américaine de médecine de La Havane accueille des jeunes gens passionnés venus de pays en développement et les renvoie chez une fois qu’ils sont devenus médecins. Il s’agit de favoriser l’équité en matière de santé […].

Outre sa taille, l’ELAM […] partage cette exigence de “responsabilité sociale”. L’Organisation mondiale de la Santé définit la responsabilité sociale des écoles médicales comme “l’obligation de faire en sorte que leurs activités d’enseignement, de recherche et de services visent à répondre aux préoccupations prioritaires en matière de santé de la collectivité, de la région et/ou du pays qu’elles ont pour mandat de servir”.

Le but de l’ELAM est de former des médecins qui assurent avant tout un service public dans les communautés urbaines et rurales défavorisées, en leur inculquant des compétences élargies en matière de soins de santé primaires, de la promotion de la santé au traitement et à la réadaptation. En échange de l’engagement non contraignant de pratiquer dans des zones mal desservies, les étudiants reçoivent une bourse complète accompagnée d’un petit pécule mensuel et n’ont aucune dette une fois diplômés.

[¨Pour ce qui est du recrutement], la préférence est donnée aux candidats financièrement défavorisés qui, sinon, ne pourraient pas se permettre de faire des études de médecine. “Il en résulte que 75% [des] étudiants viennent de communautés qui ont besoin de médecins et que les minorités ethniques sont bien représentées, de même que les peuples autochtones” […].

Les nouveaux médecins sont au travail dans la plupart des pays des Amériques, y compris aux Etats-Unis, dans divers pays africains et dans de nombreux pays anglophones de la région des Caraïbes.

Des écoles comme l’ELAM défient en même temps l’enseignement de la médecine dans le monde d’avoir des préoccupations plus sociales. Comme le souligne Charles Boelen, ancien coordonnateur à l’OMS du programme Ressources humaines pour la santé, ‘Cette notion de responsabilité sociale doit être prise en compte partout dans le monde, même dans les cercles médicaux traditionnels …. Le monde a un urgent besoin de ce genre de bâtisseurs dévoués de nouveaux paradigmes en matière d’enseignement de la médecine…[9]’ ».

La solidarité internationale

De la même manière, dans le cadre de ses programmes de collaboration internationale, Cuba forme également chaque année près de 29 000 étudiants étrangers en sciences médicales dans trois filières : médecine, infirmerie et technologie de santé, au sein de huit pays du monde (Venezuela, Bolivie, Angola, Tanzanie, Guinée Bissau, Guinée Equatoriale, Timor Oriental[10]).

Depuis 1963 et l’envoi de la première mission médicale humanitaire en Algérie, Cuba s’est engagée à soigner les populations pauvres à travers la planète, au nom de la solidarité internationaliste et des sept principes de la médecine cubaine (équité, gratuité, solidarité, accessibilité, universalité, coresponsabilité et justice)[11]. Les missions humanitaires cubaines s’étendent sur quatre continents et revêtent un caractère unique. En effet, aucune autre nation au monde, y compris les plus développées, n’a tissé un tel réseau de coopération humanitaire à travers à la planète. Ainsi, depuis leur lancement, près de 132 000 médecins cubains et autres personnels de santé ont bénévolement œuvré dans 102 pays[12]. Au total, plus de 85 millions de personnes ont été soignées à travers la planète par les médecins cubains qui ont ainsi sauvé 615 000 vies[13]. Actuellement 31 000 collaborateurs médicaux offrent leurs services dans 69 nations du Tiers Monde[14].

Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), « l’un des exemples les plus réussis de la coopération cubaine avec le Tiers-monde a été le Programme Intégral de Santé pour l’Amérique centrale, la Caraïbe et l’Afrique[15] ».

Dans le cadre de l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique (ALBA), Cuba et le Venezuela ont décidé de lancer en juillet 2004 une vaste campagne humanitaire continentale portant le nom d’Opération Miracle. Elle consiste à opérer gratuitement les Latino-américains pauvres atteints de cataractes et autres maladies oculaires, mais qui se trouvent dans l’impossibilité de financer une opération qui coûte entre 5 000 et 10 000 dollars selon les pays. Cette mission humanitaire a été depuis étendue à d’autres latitudes (Afrique, Asie). L’Opération Miracle de 49 centres ophtalmologiques dans 15 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe[16]. En 2011, plus de deux millions de personnes en provenance de 35 pays ont pu retrouver la vue[17].

La médecine de catastrophe

Concernant la médecine de catastrophe, le Centre pour la politique internationale de Washington, dirigé par Wayne S. Smith, ancien ambassadeur étasunien à Cuba, note dans un rapport que « l’efficacité du système cubain ne fait aucun doute. Seuls quelques Cubains ont perdu la vie dans les 16 ouragans les plus importants qui ont frappé l’île lors de la dernière décennie, et la probabilité de perdre la vie lors d’un ouragan aux Etats-Unis est 15 fois supérieure à celle de Cuba[18] ».

Le rapport ajoute que « contrairement aux Etats-Unis, la médecine de catastrophe à Cuba fait partie intégrante du cursus médical, et l’éducation de la population sur la façon d’agir débute à l’école élémentaire […]. Même les petits enfants prennent part aux exercices, et apprennent les premiers soins ainsi que les techniques de survie, souvent à travers des dessins animés, ainsi que la manière de faire pousser des herbes médicinales et trouver de la nourriture en cas de catastrophe naturelle. Le résultat est l’acquisition d’une forte culture de prévention et d’une préparation sans équivalent[19] ».

Un indice de développement humain élevé

Cet investissement dans le domaine de la santé – 10% du budget national – a permis à Cuba d’obtenir des résultats exceptionnels. Ainsi, grâce, entre autres, à sa médecine préventive, l’île des Caraïbes dispose du taux de mortalité infantile – 4,9 pour mille (contre 60 pour mille en 1959) – le plus bas d’Amérique – inférieur à celui du Canada et des Etats-Unis – et du Tiers-monde. De la même manière, l’espérance de vie des Cubains – 78,8 ans (contre 60 ans en 1959) – est similaire à celle des nations les plus développées[20].

Ce développement humain et social est salué par les plus importantes institutions internationales. Ainsi, le Fond des Nations unies pour la population note que Cuba « a adopté il y a plus d’un demi-siècle des programmes sociaux très avancés, qui ont permis au pays d’atteindre des indicateurs sociaux et démographiques comparables à ceux des pays développés ». Le Fond ajoute que « Cuba démontre que les limites des économies en développement ne constituent pas nécessairement un obstacle insurmontable pour le progrès de l’état de santé, le changement démographique et le bien-être[21] ».

Cuba reste une référence mondiale dans le domaine de la santé, notamment pour les nations du Tiers-monde. Elle démontre qu’il est possible d’atteindre un haut niveau de développement social, malgré des ressources limitées et d’un état de siège économique extrêmement sévère imposé par les Etats-Unis depuis 1960, à condition de placer l’être humain au centre du projet de société.

Salim Lamrani

Article publié initialement en portugais :
http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/23324/cuba+a+ilha+da+saude.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : Salim.Lamrani@univ-mlv.fr  ; lamranisalim@yahoo.fr  

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel   

[1] José A. de la Osa, « Egresa 11 mil médicos de Universidades cubanas », Granma, 11 juillet 2012.

[2] Elizabeth Newhouse, « Disaster Medicine : U.S. Doctors Examine Cuba’s Approach », Center for International Policy, 9 juillet 2012. http://www.ciponline.org/research/html/disaster-medicine-us-doctors-examine-cubas-approach  (site consulté le 18 juillet 2012).

[3] José A. de la Osa, « Egresa 11 mil médicos de Universidades cubanas », op. cit.; Ministerio de Relaciones Exteriores, « Graduados por la Revolución más de 100 000 médicos », 16 juillet 2009. http://www.cubaminrex.cu/MirarCuba/Articulos/Sociedad/2009/Graduados.html  (site consulté le 18 juillet 2012).

[4] Organisation mondiale de la santé, « Cuba : Health Profile », 2010. http://www.who.int/gho/countries/cub.pdf  (site consulté le 18 juillet 2012) ; Elizabeth Newhouse, « Disaster Medicine : U.S. Doctors Examine Cuba’s Approach », op. cit.

[5] José A. de la Osa, « Egresa 11 mil médicos de Universidades cubanas », op.cit.

[6] Organisation mondiale de la santé, « Cuba répond à la demande de médecins », 1er mai 2010. http://www.who.int/bulletin/volumes/88/5/10-010510/fr/index.html  (site consulté le 18 juillet 2012).

[7] Escuela Latinoamericana de Medicina de Cuba, « Historia de la ELAM ». http://www.sld.cu/sitios/elam/verpost.php?blog=http://articulos.sld.cu/elam&post_id=22&c=4426&tipo=2&idblog=156&p=1&n=ddn  (site consulté le 18 juillet 2012).

[8] Agencia cubana de noticias, « Over 15,000 Foreign Physicians Gratuated in Cuba in Seven Years », 14 juillet 2012.

[9] Organisation mondiale de la santé, « Cuba répond à la demande de médecins », op. cit.

[10] José A. de la Osa, « Egresa 11 mil médicos de Universidades cubanas », op. cit.

[11] Ladys Marlene León Corrales, « Valor social de la Misión Milagro en el contexto venezolano », Biblioteca Virtual en Salud de Cuba,  mars 2009. http://bvs.sld.cu/revistas/spu/vol35_4_09/spu06409.htm  (site consulté le 18 juillet 2012).

[12] Felipe Pérez Roque, « Discurso del canciller de Cuba en la ONU », Bohemia Digital, 9 novembre 2006.

[13] CSC News, « Medical Brigades Have Treated 85 million », 4 avril 2008. http://www.cuba-solidarity.org.uk/news.asp?ItemID=1288  (site consulté le 18 juillet 2012).

[14] Felipe Pérez Roque, « Discurso del canciller de Cuba en la ONU », op. cit.

[15] Programme des Nations unies pour le Développement, Investigación sobre ciencia, tecnología y desarrollo humano en Cuba, 2003, p.117-119. http://www.undp.org.cu/idh%20cuba/cap6.pdf  (site consulté le 18 juillet 2012).

[16] Ministerio de Relaciones Exteriores, « Celebra Operación Milagro cubana en Guatemala », República de Cuba, 15 novembre 2010. http://www.cubaminrex.cu/Cooperacion/2010/celebra1.html (site consulté le 18 juillet 2012) ; Operación Milagro, « ¿Qué es la Operación Milagro? ». http://www.operacionmilagro.org.ar/  (site consulté le 18 juillet 2012).

[17] Operación Milagro, « ¿Qué es la Operación Milagro? », op. cit.

[18] Elizabeth Newhouse, « Disaster Medicine : U.S. Doctors Examine Cuba’s Approach », op. cit.

[19] Ibid.

[20] Ibid.

[21] Raquel Marrero Yanes, « Cuba muestra indicadores sociales y demográficos de países desarrollados », Granma, 12 juillet 2012.

Voilà les “rebelles” que soutient l’Occident, allié aux monarchistes obscurantistes du Golfe. Voilà ceux qu’ils voudraient mettre au pouvoir en Syrie, pays laïc comme l’était la Lybie, aujourd’hui en plein chaos. Il ne s’agit pas d’une guerre civile, mais d’une guerre menée par des puissances étrangères, et programmée de très longue date… [International news]

Voir, pour y croire. Voir l’indicible sur le site International news pour le combattre de toutes ses forces.

Voir les actes barbares que les hommes de « l’Armée syrienne libre » (ASL), et ses unités salafistes, infligent à des civils :
http://www.internationalnews.fr/article-les-crimes-des-terroristes-de-l-armee-syrienne-libre-en-syrie-nouvelles-videos-107252208.html

Ces images la presse internationale les censure non pas parce qu’elles sont choquantes, mais parce qu’elles ne cadrent pas avec sa ligne éditoriale immanquablement favorable à l’opposition militarisée qualifiée de « pro-démocratie », soutenue par les puissances occidentales et nombre d’ONG humanitaires : Amnesty International en tête.

Il y a un peuple en Syrie qui souffre et qui en sa majorité refuse l’opposition militarisée. La complaisance, de ceux qui ont le devoir de nous informer correctement, avec ce genre d’ « opposants » criminels est inacceptable.

Des dizaines de milliers d’étudiants en gréves et leurs partisans ont défilé dimanche dans le centre-ville de Montréal dans une manifestation organisée par la CLASSE, l’association étudiante qui est le fer de lance de la grève de cinq mois contre le plan d’augmenter drastiquement les frais de scolarité du gouvernement mené par le Parti libéral du Québec.

Des milliers d’étudiants grévistes et leurs partisans ont défilé dimanche dans le centre ville de Montréal

La manifestation animée qui a eu lieu en pleine chaleur durant la période traditionnelle des vacances d’été, a témoigné de la détermination des étudiants de lutter pour que l’éducation soit un droit social poussé par la colère populaire profonde contre le gouvernement libéral de Charest.

Mais, la direction de la CLASSE n’a présenté aucune perspective viable pour poursuivre la lutte dans des conditions où la grève a conduit les étudiants dans un conflit frontal non seulement contre le gouvernement libéral de Jean Charest mais contre l’ensemble de la classe dirigeante canadienne, ses tribunaux et sa police.

La direction de la CLASSE prétend soutenir une « grève sociale » – un mouvement de protestation plus vaste impliquant des grèves limitées. Cependant, face à une opposition farouche des syndicats, elle a pour ainsi dire abandonné son appel à tout élargissement de la grève. Les participants à la manifestation de dimanche ont été accueillis par le slogan de protestation standard de la CLASSE, « Crions plus fort pour que personne ne nous ignore. »

Sa tentative d’exercer une pression sur le gouvernement pour qu’il révoque l’augmentation des frais de scolarité a visiblement échoué, la CLASSE est de plus en plus en train de s’adapter à une campagne menée par les centrales syndicales pour détourner la grève des étudiants et le mouvement d’opposition plus général qui s’est développé suite à la draconienne loi 78 des libéraux derrière une campagne pour élire le Parti québécois (PQ), un parti de la grande entreprise. Ces dernières semaines, les porte-parole de la CLASSE ont à plusieurs reprises signalé qu’ils considéreraient la défaite des libéraux de Charest infligée par le PQ – un parti qui, lorsqu’il a été au pouvoir, a effectué les plus grandes coupes dans les dépenses sociales de l’histoire du Québec – comme un résultat positif pour les étudiants et la population laborieuse.

Dans son allocution à la fin de la manifestation de dimanche qui a abouti devant le bureau de Charest à Montréal, le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, a déclaré : « Nous sommes des centaines de milliers à rêver d’un Québec meilleur. Nous sommes des centaines de milliers déterminés à en finir avec Jean Charest, avec les libéraux, avec le néolibéralisme. Nous sommes des centaines de milliers à vouloir redonner le pays à son peuple. »

Comme ce fut le cas lors des manifestations du 22 juin à Montréal et à Québec, les orateurs de la CLASSE n’ont pas appeler à leur « grève sociale ». Ils n’ont pas non plus clairement appelé à ce que la grève des étudiants continue après la fin à la mi-août de la « suspension » de trois mois du semestre d’hiver imposée par le gouvernement.

Les orateurs de la CLASSE ont promis de soutenir les étudiants au cas où ils décident de défier la loi 78 et d’organiser des piquets de grève dans les universités et les cégeps (collèges préuniversitaires et techniques) paralysés par la grève. Ils n’ont toutefois émis aucune recommandation sur ce que les étudiants doivent faire lorsque le gouvernement tente de faire redémarrer le semestre d’hiver.

Ceci va dans le sens d’une décision que la CLASSE a prise lors de son congrès du 14 juillet d’être plus « démocratique » pour « laisser le soin aux étudiants », organisés au sein de leurs associations syndicales étudiantes, d’initier les prochaines étapes de la lutte.

Entre-temps, les syndicats ont déclaré qu’ils respecteront la loi 78. Ce qui les rend carrément complices de la répression de la grève par l’Etat, vu que la loi 78 les contraint à assister le gouvernement en obligeant les enseignants et d’autres employés de l’université et du CEGEP à briser la grève.

Quant au gouvernement, c’est un secret de polichinelle qu’il utilise la longue suspension du semestre pour planifier une mobilisation policière sans précédent.

De nombreux travailleurs ont participé à la manifestation de dimanche, mais ils l’ont fait à titre individuel. Mis à part un autocar plein de membres du syndicat des métallos de Toronto, aucune délégation syndicale n’était présente.

La manifestation de dimanche a été la cinquième protestation de masse consécutive des étudiants à s’être tenue le 22 du mois. Le 22 mai, à peine quatre jours après l’adoption de la loi 78, jusqu’à 250.000 personnes avaient manifesté dans ce qui fut l’une des plus vastes manifestations de l’histoire du Québec.

Alors même que les syndicats isolent la lutte des étudiants en promettant d’appliquer la loi 78, la direction de la CLASSE continue de les promouvoir comme des alliés des étudiants et des représentants légitimes de la classe ouvrière.

La manifestation de dimanche s’est tenue sous le thème de « Dehors les néolibéraux ». De nombreux étudiants et leurs partisans l’ont apprécié vu qu’ils considèrent ceci comme un élargissement de la grève, en liant la lutte contre l’augmentation des frais scolarité à une opposition plus large contre la décision de l’élite dirigeante de démanteler les services publics au moyen de coupes dans les dépenses sociales, du principe utilisateur-payeur et de privatisations.

Mais, ce slogan a évidemment une double signification qui coïncide avec l’identification que les libéraux de Charest sont le principal ennemi des étudiants. Ce qui est encore plus important, c’est qu’il est lié à la conception réformiste en faillite que la domination de « l’idéologie néolibérale » n’est que le résultat de la cupidité – que la guerre de classe de ces dernières années résulte d’un mauvais choix politique et n’est pas la conséquence de l’échec du capitalisme ; et que c’est grâce à des protestations que la classe dirigeante peut être forcée à restaurer des concessions restreintes accordées aux travailleurs durant le boom de l’après Seconde Guerre mondiale.

Conformément à cette orientation des protestations, la CLASSE continue à confiner la lutte à l’intérieur des paramètres de Québec, en la qualifiant de lutte « nationaliste » des gens du Québec, plutôt qu’une partie de l’opposition grandissante menée par la classe ouvrière contre la décision du patronat et de ses représentants politiques de faire payer la classe ouvrière pour la crise capitaliste.

Seul un des trois orateurs de la CLASSE qui ont parlé à la foule au début de la manifestation a fait référence aux brutales mesures d’austérité qui sont imposées par le gouvernement conservateur canadien. Personne n’a parlé de l’opposition grandissante de la classe ouvrière en Grèce, en Espagne et partout dans le monde à l’encontre de la politique de guerre de classe de l’aristocratie financière ou encore fait mention de la plus grande crise du capitalisme depuis la Grande Dépression.

Il faut aussi souligner que les orateurs de la CLASSE n’ont pas non plus mentionné le PQ. Ce parti, précisément parce qu’il est soutenu par les syndicats et parce qu’il existe toujours des illusions dans la population qu’il serait un « moindre mal », à maintes reprises a pu imposer des attaques plus radicales contre la classe ouvrière que le Parti libéral.

La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), les deux autres principales associations d’étudiants, aux côtés de leurs conseillers au sein de leur bureaucratie, présente depuis longtemps le PQ comme un allié des étudiants. Avant la manifestation de dimanche, les dirigeants de la FECQ et de la FEUQ ont tenu une conférence de presse pour publiciser qu’ils appelaient les étudiants à concentrer leurs efforts contre les libéraux dans 10 circonscriptions électorales que les libéraux avaient gagné avec une faible avance.

« Je pense que ce mouvement a réveillé beaucoup de monde au fait que nous pouvons contribuer au changement, » a dit la présidente de la FECQ, Elaine Laberge. « Avant, nous étions pris dans ce cercle vicieux où nous ne votions pas et donc nous n’étions pas représentés et, parce que nous ne nous sentions pas représentés, nous ne votions pas. »

Alors que certains des dirigeants de la FECQ et de la FEUQ s’étaient joints à la manifestation de dimanche, ils n’ont rien fait pour la faire progresser. La raison en est qu’ils sont déterminés à respecter la loi 78 au pied de la lettre. En signe de défiance, la CLASSE a refusé de se conformer à l’ordre de la police pour obtenir l’approbation préalable de l’itinéraire de la marche de Montréal et d’une manifestation parallèle dans la ville de Québec. La police avait tout d’abord déclaré les deux protestations « illégales » mais, compte tenu des milliers de manifestants, elle s’est abstenue de toute action.

Les partisans du Socialist Equality Party (Parti de l’Egalité socialiste, SEP) sont intervenus dans la manifestation de Montréal pour prévenir que la lutte courageuse et tenace des étudiants et qui dure depuis cinq mois est en péril et pour lutter pour la relance de la grève étudiante sur la base d’une perspective socialiste. Ils ont distribué plus 2.000 exemplaires d’une déclaration dans laquelle on pouvait lire : « Pour que la grève soit victorieuse, les étudiants doivent rendre explicite leur défi au programme de l’austérité. Ils doivent élargir leur champ d’action tant politiquement que géographiquement en faisant de leur grève le catalyseur d’une contre-offensive de la classe ouvrière au Québec et partout en Amérique du Nord en défense de tous les emplois, de tous les services publics et pour le développement d’un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière destiné à la prise du pouvoir à la tête de gouvernements ouvriers. « Seule la classe ouvrière est en mesure de mettre fin à la mainmise des grosses entreprises sur la vie socioéconomique en réorganisant radicalement la vie économique pour que les besoins sociaux, et non plus le profit privé, en soient le principe directeur. » Pour lire l’intégralité de la déclaration cliquer ici : Québec : La grève des étudiants à la croisée des chemins

Titre original en français : « Les étudiants du Québec cherchent à élargir la grève mais les dirigeants de la CLASSE capitulent devant l’opposition des centrales syndicales »

Article original en anglais, WSWS,paru le 24 juillet 2012

En Syrie, Obama combat les guerres de Bush

juillet 27th, 2012 by Tony Cartalucci

Les néoconservateurs ont appelé le président américain Barack Obama d’assister à l’établissement de “zones de sécurité” en Syrie, dans une lettre récente rendue publique par les “Foreign Policy Initiative” (FPI) et la “Fondation for the Defense of Democracies” (FDD), toutes deux de fausses institutions et de véritables fondations corporatives, financées par la grosse industrie et le gouvernement, extensions de think-tanks plus importants comme l’American Enterprise Institute, créé pour les agendas motivés par la finance, plus spécifiquement: les guerres. Ces entités ne servent que le seul but de la fabrication du consensus derrière un agenda qui n’a que peu ou pas du tout de soutien auprès de l’opinion publique.

La lettre dévoilée par l’article de Foreign Policy: “Conservatives call on Obama to establish ‘safe zones’ in Syria,” non seulement ne fait que répéter le rapport de la Brookings Institution, financée par les Fortune-500, “Assessing Options for Regime Change,” lui-même répété presque verbatim par Hillary Clinton, mais fut signé par les co-conspirateurs de l’invasion de l’Irak incluant Elliott Abrams, Karl Rove, Paul Bremer, Robert Joseph, and Douglas Feith, et les conseillers de Mitt Romney, incluant Eric Edelman, Jamie Fly, Robert Kagan, and Stephen Rademaker et le membre du Syrian National Council, Radwah Ziadeh.

Radwah Ziadeh, qui est aussi il est bon de le rappeler, un membre de longue date de l’institut de la Paix du ministère des affaires étrangères américain (USIP), Institut qui vient juste de révéler qu’il est derrière l’entraînement, le conseil des leaders de l’opposition syrienne, ainsi que responsable de la préparation d’une nouvelle constitution pour la Syrie, qui s’appelle pour le moment: “un document de stratégie pour la transition”.

Ce qui est peut-être le plus perturbant dans cette lettre des néo-conservateurs, est qu’elle appelle essentiellement pour une zone d’exclusion aérienne:

“Nous insistons pour la prise de mesures immédiates, en consultation étroite et continue avec le congrès des Etats-Unis, pour travailler avec les partenaires régionaux afin d’établir des zones aériennes de sécurité, qui couvriront les zones déjà libérées de la Syrie, utilisant la puissance militaire non seulement pour protéger ces zones de plus d’agression du régime d’Al-Assad par ses forces régulières et irrégulières, mais aussi pour neutraliser la menace posée par les armes chimiques et biologiques à la disposition du régime dictatorial syrien.” En fait un amalgame de tous les faux prétextes déjà utilisés par les Etats-Unis afin de déclencher des guerres contre ses ennemis ces 20 dernières années, ainsi que les coups bas afin de leurrer les Américains dans une autre guerre. La lettre révèle une fois de plus qui est véritablement derrière la politique étrangère américaine et que des intérêts va t’en guerre privés de la finance et de l’industrie, et non pas des préoccupations humanitaires, cherchent à répandre le sang américain pour la poursuite de leur volonté d’hégémonie mondiale.

Il a été extensivement révélé que la campagne contre la Syrie a commencé dès 2007, pendant le second mandat de Bush. Avec cette liste de signataires qui inclut aussi Paula Dobriansky, Max Boot, Eric Edelman, William Kristol et Danielle Pletka, nous avons en fait l’agenda de 2007 qui se réalise et nous laisse à la porte d’entrée de la guerre avec l’Iran. Essentiellement, notre soi-disant démocratique, progressiste libéral président Obama, fait et continue les guerres des républicains néo-conservateurs de Bush. Guerres au pluriel, parce que la Libye était aussi sur la longue liste des nations ciblées par les néocons et fut aussi l’objet d’une lettre au président Obama (et une autre à la représentation républicaine du congrès), insistant sur le fait qu’il devait intervenir militairement, ce que firent les Etats-Unis.

Vidéo (en anglais): Sept nations en cinq ans – Le général américain Wesley Clark expose en 2007 les ambitions des néo-conservateurs remontant à 2001, qui impliquaient la destructions de 7 nations: l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et l’Iran. L’Irak, la Libye et la Somalie ont souffert d’attaques directes sous forme d’interventions militaires par les Etats-Unis, le Liban et le Soudan tout comme la Syrie maintenant, ont souffert de manœuvres de déstabilisation et des menaces de guerre ouverte ont été proférées à l’encontre de l’Iran, il n’y a de fait aucun doute que ce plan est en cours de réalisation; que les néocons sont en train littéralement d’articuler la prochaine phase et qu’avec leurs lettres au président des Etats-Unis, indiquent qu’ils et les intérêts qu’ils représentent, n’ont en fait jamais quitter les commandes du navire en 2008.

L’affaire de la Syrie n’est en aucun cas à propos d’un peuple se soulevant contre un dictateur. Elle a tout à voir avec les néo-impérialistes couplant leurs rêves fomentés de longue date d’hégémonie mondiale au sein d’un “idéalisme humanitaire”, de la promotion de la démocratie, de la liberté, et si cela échoue, l’entretien de la peur avec le terrorisme et de la violence qu’ils créent eux-mêmes. Ils, les néoconservateurs et les intérêts industrio-financiers qu’ils représentent, ainsi que tous ceux qui les aident dans cette entreprise de l’autre côté de la barrière politique, comme Hillary Clinton, constituent tous la plus grande menace contre la paix mondiale et non pas le gouvernement de la Syrie, qui n’a jamais au grand jamais  menacé les Etats-Unis ou son peuple de quelque manière concevable que ce soit, ni n’en possède du reste la capacité, même s’il le désirait.

Et tandis que la mégalomanie occidentale ne pourra être matée que par la défaite aux mains de ses ennemis d’outre-mer, nous pouvons en ce qui nous concerne, reprendre notre destinée en main chez nous en identifiant, boycottant et en remplaçant les institutions financières et corporatives monolithiques auxquelles nous avons prêté l’influence non-méritée avec laquelle elles parasitent et détruisent le monde (corporations and financial institutions.)

Le 24 Juillet 2012 

url de l’article original: http://landdestroyer.blogspot.fr/2012/07/in-syria-obama-fights-bushs-wars.html 

Traduit de l’anglais par Résistance 71

L’arrivée au pouvoir du Président Obama aux Etats-Unis en 2008 a marqué une rupture de style par rapport à la précédente administration Bush vis-à-vis de Cuba. Néanmoins, hormis la levée de certaines restrictions concernant les voyages, les sanctions économiques ont continué à s’appliquer, y compris de manière extraterritoriale. Voici quelques exemples récents.

Lors de sa campagne électorale en 2007, le candidat Barack Obama avait effectué un constat lucide sur le caractère obsolète de la politique cubaine des Etats-Unis. Une fois élu, il a fait part de sa volonté de chercher « une nouvelle approche avec Cuba ». « Je crois que nous pouvons mener les relations entre les États-Unis et Cuba vers une nouvelle direction et ouvrir un nouveau chapitre de rapprochement qui se poursuivra durant mon mandat  », avait-il souligné[1].

Obama avait dénoncé la politique de son prédécesseur à l’égard de Cuba, lequel avait fortement restreint les voyages de la communauté cubaine des Etats-Unis. « Il s’agit à la fois d’une question stratégique et humanitaire. Cette décision a […] un impact profondément négatif sur le bien-être du peuple cubain. J’accorderai aux Cubains-américains des droits illimités pour rendre visite à leurs familles et envoyer de l’argent dans l’Île[2] », s’était-il engagé.

Obama a tenu parole. En avril 2009, il a annoncé la levée des restrictions imposées en 2004 par l’administration Bush affectant les Cubains vivant aux États-Unis et ayant de la famille sur l’île, laquelle est devenue effective le 3 septembre 2009. Désormais, les Cubains peuvent se rendre dans leur pays d’origine autant de fois qu’ils le souhaitent pour une durée illimitée (contre quatorze jours tous les trois ans auparavant), et effectuer des transferts de fonds non plafonnés à leurs familles (contre cent dollars par mois auparavant[3]).

Application extraterritoriale des sanctions économiques contre Cuba

Néanmoins, Washington n’a pas hésité à appliquer les sanctions économiques, y compris de manière extraterritoriale, contrevenant ainsi gravement au droit international. En effet, celui-ci stipule que les législations nationales ne peuvent pas être extraterritoriales, c’est-à-dire s’appliquer au-delà du territoire national. Ainsi, la loi brésilienne ne peut pas s’appliquer en Argentine. De la même manière, la législation vénézuélienne ne peut pas s’appliquer en Colombie. Or, la loi étasunienne sur les sanctions économiques contre Cuba s’applique à tous les pays du monde.

En effet, en juin 2012, la Banque néerlandaise ING s’est vue infliger la plus importante sanction jamais dictée depuis le début de l’état de siège économique contre Cuba en 1960. Le Bureau de contrôle des biens étrangers (OFAC) du Département du Trésor a sanctionné l’institution financière d’une amende de 619 millions de dollars pour avoir effectué, entre autres, des transactions en dollars avec Cuba, à travers le système financier étasunien, entre 2002 et 2007[4].

Le Département du Trésor a également obligé la banque néerlandaise à rompre ses relations commerciales avec Cuba, annonçant qu’ « ING a assuré au Bureau de contrôle des biens étrangers avoir mis fin aux pratiques qui ont conduit à l’accord d’aujourd’hui ». Ainsi, une banque européenne s’est vue interdire, par Washington, toute transaction commerciale avec Cuba[5].

Le gouvernement cubain a dénoncé cette nouvelle application extraterritoriale des sanctions économiques, lesquelles, en plus d’empêcher tout commerce avec les Etats-Unis (à l’exception des matières premières alimentaires), constituent le principal obstacle au développement des relations commerciales de Cuba avec le reste du monde. « Les Etats-Unis ont unilatéralement sanctionné la banque ING pour avoir effectué, avec ses filiales en France, en Belgique, en Hollande et à Curazao, des transactions financières et commerciales avec des entités cubaines, interdites par la politique criminelle de blocus contre Cuba[6] », souligne le communiqué.

Adam Szubin, Directeur de l’OFAC, en a profité pour mettre en garde les entreprises étrangères ayant des relations commerciales avec Cuba. Cette amende « est un avertissement clair à quiconque en profiterait pour violer les sanctions des Etats-Unis », a-t-il déclaré, réaffirmant ainsi que Washington continuerait à appliquer ses mesures extraterritoriales[7].

D’autres entreprises étrangères ont également été sanctionnées en raison de leurs rapports commerciaux avec Cuba. Ainsi, la multinationale suédoise Ericsson, spécialisée dans le domaine des télécommunications, a dû s’acquitter d’une amende de 1,75 millions de dollars pour avoir fait réparer, par le biais de sa filiale basée au Panama, des équipements cubains d’une valeur de 320 000 dollars, aux Etats-Unis. Trois employés, impliqués dans cette affaire, ont également été licenciés[8].

Le 10 juillet 2012, le Département du Trésor a infligé une amende de 1,35 millions de dollars à l’entreprise étasunienne Great Western Malting Co. pour avoir vendu de l’orge à Cuba, par le biais de l’une de ses filiales étrangères entre août 2006 et mars 2009. Pourtant, le droit international humanitaire interdit tout type d’embargo sur les matières premières alimentaires et les médicaments, y compris en temps de guerre. Or, officiellement, Cuba et les Etats-Unis n’ont jamais été en conflit[9].

En France, Mano Giardini et Valérie Adilly, deux directeurs de l’agence de voyages étasunienne Carlson Wagonlit Travel (CWT), ont été limogés pour avoir vendu des packs touristiques à destination de Cuba. L’entreprise risque une amende de 38 000 dollars par séjour vendu, suscitant l’ire de certains salariés qui comprennent difficilement la situation. « Pourquoi Carlson n’a-t-il pas retiré du système de réservation les produits Cuba puisqu’on n’avait pas le droit de les vendre ? », s’est interrogé un employé[10].

De la même manière, CWT risque de ne plus être autorisée à répondre aux appels d’offre pour les voyages de l’administration étasunienne, lesquels représentent une part substantielle de leur chiffre d’affaire. La direction de CWT s’est exprimée à ce sujet : « Nous sommes tenus, dans ces conditions, d’appliquer la règle américaine qui interdit d’envoyer des voyageurs à Cuba, [y compris] pour les filiales ». Ainsi, une filiale étasunienne basée en France se voit contrainte d’appliquer la loi américaine sur les sanctions économiques contre Cuba, bafouant la législation nationale en vigueur[11].

 Google censuré et un budget de 20 millions de dollars pour la « démocratie digitale

Plus insolite, les sanctions économiques interdisent aux Cubains d’utiliser certaines fonctions du moteur de recherche Google, telles que Google Analytics (qui permet de calculer le nombre de visites sur un site web ainsi que leur origine), Google Earth, Google Destktop Search, Google Toolbar, Google Code Search, Google AdSense ou Google AdWords, privant ainsi Cuba d’accès à ces nouvelles technologies et à de nombreux produits téléchargeables. L’entreprise étasunienne s’en est expliquée par le biais de sa représentante Christine Chen : « Cela était stipulé dans nos termes et conditions d’utilisation. On ne peut pas utiliser Google Analytics dans les pays soumis à des embargos[12] ».

Dans le même temps, alors que Washington impose à Google de restreindre l’utilisation de ses services digitaux à Cuba et interdit à La Havane de se connecter à son câble à fibre optique pour Internet, le Département d’Etat a annoncé qu’il allait allouer, par le biais de l’Agence des Etats-Unis pour le Développement international (USAID), la somme de 20 millions de dollars « aux militants des droits de l’homme, journalistes indépendants et aux bibliothèques indépendantes dans l’île », afin de répandre, entre autres, la « démocratie digitale[13] ». 

L’administration Obama, loin d’avoir adopté « une nouvelle approche avec Cuba », continue d’imposer des sanctions économiques qui affectent toutes les catégories de la population cubaine à commencer par les plus vulnérables à savoir les femmes, les enfants et les personnes âgées. Elle n’hésite pas à sanctionner des entreprises étrangères au mépris du droit international en appliquant des mesures extraterritoriales. Elle refuse également d’entendre l’appel unanime de la communauté internationale qui a condamné en 2011, pour la vingtième année consécutive, l’imposition d’un état de siège anachronique, cruel et inefficace, qui constitue le principal obstacle au développement de la nation.

Texte original en portugais : http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/23237/as+sancoes+economicas+a+cuba+sob+o+governo+obama.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : Salim.Lamrani@univ-mlv.fr  ; lamranisalim@yahoo.fr  

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel  

Plus d’informations dans Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba

Notes

[1] The Associated Press, « Obama Seeks ‘New Beginning’ With Cuba », 17 avril 2009. 

[2] Barack Obama, « Our Main Goal : Freedom in Cuba », The Miami Herald, 21 août 2007.

[3] Office of Foreign Assets Control, « Hoja informativa : Tesoro modifica reglamento para el control de bienes cubanos a fin de implementar el programa del Presidente sobre visitas familiares, remesas y telecomunicaciones », Treasury Department, 3 septembre 2009.

[4] Office of Foreign Assets Control, « Settlement Agreement ING »,  Department of the Treasury, Juin 2012. http://www.treasury.gov/resource-center/sanctions/CivPen/Documents/06122012_ing_agreement.pdf (site consulté le 10 juillet 2012).

[5] Ibid.

[6] Ministry of Foreign Affairs of Cuba, « Statement by the Ministry of foreign Affairs », 20 juin 2012. http://www.cubaminrex.cu/english/Statements/Articulos/StatementsMINREX/2012/Statement200612.html  (site consulté le 10 juillet 2012).

[7] Ibid.

[8] Steve Stecklow & Bail Katz, « U.S. to Fine Ericsson in Panama $1,75 Million Over Cuba Shipments », Reuters, 24 mai 2012.

[9] Office of Foreign Assets Control, « Enforcement Information for July 10, 2012 », Department of the Treasury, 10 juillet 2012. http://www.treasury.gov/resource-center/sanctions/CivPen/Documents/07102012_great_western.pdf  (site consulté le 12 juillet 2012).

[10] Jean da Luz, « Carlson Wagonlit Travel : l’embargo cubain fait tomber des têtes en France », Tourmag, 2 juillet 2012 ; Geneviève Bieganowsky. « Licienciements, Carlson redoute la perte des budgets voyages de l’administration US », Tourmag, 3 juillet 2012.

[11] Ibid.

[12] Michael McGuire, « Google responde a denuncias de Cuba », The Miami Herald, 20 juin 2012.

[13] Juan O. Tamayo, « Estados Unidos busca romper censura tecnológica en Cuba », El Nuevo Herald, 23 juin 2012.

Note de la rédaction

Cette vidéo choquante intitulée “Un samedi au Musée” montre à quel point les jeunes Israéliens sont victimes d’un endoctrinement haineux. Parmi les chars d’assaut et les mitraillettes le “journaliste” leur demande ce qu’ils s’imaginent. L’un d’eux répond: “J’imagine que je vois un arabe mort à chaque fois et ça me soulage grandement.” 

s

Les militaires en service et les vétérans de retour d’Irak et d’Afghanistan sont confrontés à des conditions sociales de plus en plus difficiles. D’après un rapport que l’Associated Press a pu obtenir du Pentagone, plus de membres des forces armées américaines se sont tués au cours des six premiers mois de 2012 qu’au cours des six premiers mois de n’importe quelle des 11 dernières années.

Ce rapport dévastateur révèle qu’un total de 154 soldats se sont tués durant les 155 premiers jours de 2012. Le nombre de morts par suicide est de 50 pour cent plus élevé que les morts au combat en Afghanistan durant la même période et représente une augmentation de 18 pour cent des suicides dans le service actif par rapport à 2011.

Depuis le début de la guerre d’Afghanistan en 2001, il y a eu en moyenne un suicide toutes les 36 heures dans les forces armées. En 2011, 19,5 pour cent de toutes les morts en service actif étaient des suicides – la deuxième cause de décès. Rien que de 2005 à 2009, plus de 1100 soldats se sont enlevé la vie.

Ces statistiques troublantes exposent l’hypocrisie inhumaine de la classe dirigeante américaine et de ses représentants politiques, qui ont attisé les conflits en Irak et en Afghanistan. Pour l’élite dirigeante, les soldats ne sont rien de plus que des outils jetables qui ne méritent aucune attention lorsqu’ils rentrent du champ de bataille complètement anéantis.

Le major général de l’armée américaine Dana Pittard a exprimé ce que pense toute une couche de la classe dirigeante lorsqu’il a déclaré en janvier 2012 : « J’en suis arrivé à la conclusion que le suicide est un acte absolument égoïste… Personnellement, j’en ai marre des soldats qui décident de s’enlever la vie pour que d’autres aient à régler leurs problèmes. Soyez des adultes, agissez en adultes, et réglez vos problèmes quotidiens comme le reste d’entre nous. »

Pittard est revenu sur sa déclaration par la suite, mais a refusé de présenter des excuses.

La profonde misère et les traumatismes auxquels les vétérans sont confrontés à leur retour ajoutent un aspect plus profond à cette crise. D’après le ministère des anciens Combattants, 18 vétérans se suicident chaque jour. Ce nombre ahurissant représente un suicide toutes les 80 minutes. Le Army Times a également relaté que pour l’exercice financier de 2009, 1868 vétérans ont tenté de se suicider.

Comme le faisait remarquer Nick Kristat du New York Times récemment, les statistiques de suicide chez les vétérans montrent que pour chaque soldat mort au combat, 25 se suicident. Le ministère des anciens Combattants (MAC), affirme que sa ligne de téléphone 24 heures pour les suicides a reçu plus de 400 000 appels depuis sa création en 2007.

Un rapport du Chronicle of Higher Education note que la moitié des vétérans qui ont repris les études ont envisagé le suicide, et 20 pour cent avaient préparé des plans pour le faire. Près de la moitié présentaient des symptômes de stress post-traumatique (SSPT), alors qu’un tiers souffrait d’anxiété sévère et un quart de dépression sévère.

De plus, 936 000 soldats ont été diagnostiqués avec au moins un problème mental depuis 2000, et les vétérans âgés de 17 à 24 ans ont près de quatre fois plus de probabilité que les non-vétérans du même âge de s’enlever la vie.

D’autres rapports ont tenté de faire la lumière sur les raisons de ces statistiques. Le Centre pour une nouvelle sécurité américaine a publié un document au début de l’année dans lequel il fait la liste des problèmes importants auxquels sont confrontés les militaires, comme le bizutage, la dépendance aux médicaments, la stigmatisation culturelle, et l’absence de prise en charge comme les principaux facteurs de suicide en service actif.

Le Dr. David Rudd, cofondateur du centre national des études sur les vétérans à l’université de l’Utah, explique que les SSPT, l’expérience de combat et la dépendance aux drogues sont les principaux facteurs de suicide chez les militaires.

Ces organisations et d’autres similaires – qui affirment que l’ajout de psychologues militaires ou l’augmentation des moyens pour les programmes de prévention des suicides régleront effectivement cette crise – sont au minimum myopes. Ils sont incapables de reconnaître les difficultés économiques qui se posent aux vétérans de retour au pays. Par exemple, le MAC indique que 76 000 vétérans sont sans domicile chaque nuit et que le taux de chômage des vétérans est significativement plus élevé que dans l’ensemble de la population.

Plus grave encore, ces groupes ne comprennent pas que le seul moyen réel d’empêcher les suicides de militaires est d’empêcher la guerre elle-même. Génération après génération, la classe ouvrière américaine a été soit enrôlée de force dans l’armée, soit incitée à y aller en raison des énormes pressions économiques et sociales sur les jeunes dans la société américaine.

Pendant que de nombreux soldats sont envoyés à la mort pour le compte de la classe capitaliste américaine, ceux qui ont la chance de pouvoir revenir du combat doivent continuer à lutter au pays pour leurs conditions physiques et mentales. Dans un nombre de cas de plus en plus grand, ce fardeau est trop lourd à porter.

Article original, WSWS, paru le 16 juillet 2012

La tournée incendiaire mondiale de Hillary Clinton

juillet 24th, 2012 by Bill Van Auken

La tournée hors du commun de 13 jours en Asie et au Moyen-Orient de la secrétaire d’État représente un mélange incendiaire de provocation et d’hypocrisie et signale une nouvelle éruption du militarisme américain à l’échelle mondiale.

L’itinéraire de Clinton a inclus des escales dans neuf pays: la France, l’Afghanistan, le Japon, la Mongolie, le Vietnam, le Laos, le Cambodge, l’Égypte et Israël. Il était concentré sur deux objectifs étroitement liés de la politique étrangère américaine. Le premier, l’élaboration de la stratégie contre-révolutionnaire de Washington pour asseoir son hégémonie sur les régions riches en pétrole du Moyen-Orient et d’Asie centrale.

Le second, la promotion du « pivot » stratégique du gouvernement Obama vers l’Asie visant à contenir l’influence économique, politique et militaire de la Chine en combinant un encerclement militaire américain à une exacerbation des tensions régionales.

Au cours de ses déplacements, la secrétaire d’État a proclamé que le « soutien de la démocratie et des droits humains » était le « coeur » de la stratégie américaine.

Clinton a débuté son voyage le 5 juillet par une conférence tenue en France des « Amis de la Syrie » et des consultations avec le gouvernement français sur des opérations effectuées par les États-Unis et leurs alliés dans le but de fomenter et d’armer une guerre civile sectaire en Syrie et de préparer une intervention militaire directe destinée à un changement de régime – le tout au nom de la « démocratie et des droits humains ».

Dans le même temps, elle a menacé sérieusement tant la Russie que la Chine en disant que tous deux seraient amenés à « payer un prix » pour rechigner de s’incliner devant les exigences américaines en faveur d’une intervention.

Elle a achevé son voyage le 17 juillet après des escales finales en Égypte et à Israël. Dans le premier pays, elle a rendu hommage au Conseil suprême des Forces armées de la junte et à son chef, le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, en réaffirmant la confiance de Washington en l’armée égyptienne en tant que rempart de la contre-révolution à l’encontre des aspirations démocratiques et sociales de la classe ouvrière du pays forte de plusieurs millions.

Officiellement, Clinton a prétendu vouloir promouvoir une « transition démocratique », une phrase que le gouvernement Obama prononce depuis l’échec de sa tentative, il y a un an et demi, de soutenir son allié de longue date, le dictateur Hosni Moubarak.

En Israël, elle a proféré de nouvelles menaces de guerre contre l’Iran en soutenant que Washington et Tel Aviv étaient « sur la même longueur d’onde » et que les États-Unis étaient prêts à utiliser « toutes les composantes de la puissance américaine » contre le programme nucléaire de l’Iran.

La seconde partie de la tournée de Clinton l’a conduite en Afghanistan où, aux côtés du président fantoche soutenu par les États-Unis, Hamid Karzai, elle a annoncé la désignation du pays par Washington d’« allié majeur non membre de l’OTAN » en le plaçant sur un pied d’égalité diplomatique avec la Corée du Sud et en jetant les bases pour son occupation indéfinie par des dizaines de milliers de soldats américains.

En Asie, Clinton a également joué la carte hypocrite des droits humains en recourant à un discours en Mongolie pour y promouvoir le régime oligarchique comme étant un phare en matière de démocratie et de prospérité supposément par opposition au régime de parti unique de la Chine. Le fait que les masses en Mongolie vivent dans la misère tandis qu’une infime couche au sommet s’est enrichie de l’essor du secteur minier n’a pas davantage préoccupé Clinton que l’inégalité sociale endémique aux États-Unis mêmes.

Dans un article paru lundi, le New York Times a souligné les réelles conditions du peuple mongolien en faisant référence aux masses vivant dans les abords de la capitale « dans des bidonvilles de yourte que les habitants appellent les favelas de Mongolie. Le chômage y est endémique; l’électricité et l’eau potable sont inexistantes. Les moins privilégiés s’abritent dans les égouts où ils se blottissent contre les conduites d’eau chaude lorsque la température descend sous 40 degrés. »

L’affirmation de la secrétaire d’État que les alliances de Washington sont déterminées par des « principes universels » de démocratie a été démentie par les liens étroits entretenus avec le régime de l’Ouzbékistan, un lien clé pour sa voie d’approvisionnement pour la guerre en Afghanistan et le gouvernement dictatorial au Kazakhstan, le premier producteur d’uranium du monde, sans mentionner la longue tradition historique du soutien américain pour les dictatures militaires allant de l’Indonésie à la Corée du Sud.

La tournée de Clinton a aussi compris une visite au Laos, la première par un secrétaire d’État américain depuis 57 ans. En une dizaine d’années, à partir de la moitié des années 1960 jusqu’au milieu des années 1970, l’impérialisme américain avait transformé le Laos en pays au monde le plus bombardé par habitant en larguant 0,84 tonne d’explosifs pour chaque habitant d’un pays avec lequel les États-Unis ne se trouvaient pas en guerre. En plus des 30.000 Laotiens tués dans cette tempête de feu, 20.000 autres ont été tués depuis par des munitions toujours actives.

Clinton a dit au personnel de l’ambassade à Ventiane qu’avec sa visite, « Les États-Unis approfondissent leur engagement en Asie-Pacifique. Nous pratiquons ce que j’appelle une diplomatie de déploiement avancé. » En d’autres termes, de par sa stratégie du « retour à l’Asie », l’impérialisme américain cherche à faire du théâtre de sa dernière guerre criminelle dans la région une base opérationnelle pour la prochaine.

Au Cambodge, Clinton a participé à la conférence de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (Association of South East Asian Nations, ASEAN) et qui, du fait des interventions provocatrices de Washington dans la région, a abouti à une impasse. Pour la première fois, les participants n’ont pas réussi à adopter un communiqué final conjoint parce que de profondes divisions au sujet de querelles de territoire maritime ont monté la Chine contre les Philippines, le Vietnam et le Japon.

Depuis 2010, les États-Unis ont prétexté leur statut de « puissance du Pacifique » pour revendiquer la Mer de Chine méridionale avec ses routes commerciales stratégiques et son vaste potentiel énergétique comme étant un lac américain, en faisant valoir leur « intérêt national » dans la région.

La visite de Clinton dans la région est suivie par celle de deux hauts responsables du Pentagone. L’amiral Samuel Locklear, le nouveau chef du commandement américain du Pacifique, qui s’est envolé aux Philippines où il a rencontré de hauts responsables politiques et militaires en se remémorant l’époque où il était un officier subalterne à la vaste base navale de Subic Bay et en laissant clairement entendre qu’une nouvelle présence militaire américaine était prévue pour faire avancer une alliance anti-chinoise.

Le sous-secrétaire à la Défense, Ashton Carter, a amorcé mardi une tournée de dix jours pour ce que le porte-parole du Pentagone a décrit comme étant des « discussions détaillées sur ce qu’une approche de l’armée américaine en Asie-Pacifique signifiera dans la pratique ».

Le renforcement du Pentagone dans la région et les provocations organisées par la secrétaire d’État Clinton sont à la fois les expressions de la stratégie de l’impérialisme américain de stopper au moyen de la menace et du recours à la puissance militaire son déclin économique et de contenir la montée d’un rival stratégique potentiel en Chine.

Poussée par l’intensification de la crise aux États-Unis et du capitalisme mondial, cette stratégie irresponsable représente un danger pour une nouvelle conflagration mondiale en menaçant la vie de centaines de millions de personnes.

Article original, WSWS, paru le 18 juillet 2012

Hillary Clinton doit démissioner

juillet 24th, 2012 by Tony Cartalucci

Les mentions de faux rapports en regard de “massacre” en Syrie afin d’en appeler au chapitre 7 de la charte des Nations-Unies. Une politique va t’en guerre irresponsable ont endommagé de manière irrévocable la crédibilité américaine.

La ministre des affaires étrangères américaine Hillary Clinton a tenté de nombreuses fois d’utiliser une série d’atrocités fabriquées afin de faire passer au forceps une résolution du conseil de sécurité de l’ONU pour autoriser la même campagne militaire tragique et destructrice contre la Syrie que celle qui fut menée contre la Libye. Sa dernière tentative fut tellement ouvertement frauduleuse et grossièrement mensongère, que la continuité de ses fonctions comme ministre des affaires étrangères fait risquer un déclin permanent et exponentiel de la légitimité américaine dans le monde entier.

Le 14 Juillet 2012 – L’état de déséquilibre profond de la politique étrangère américaine a été exemplifié cette semaine avec le “massacre” de Tremseh en Syrie. Avant que quelque forme de confirmation que ce soit n’ait pu être faite, et basée uniquement sur des rapports “d’activistes”, Hillary Clinton écrivit un communiqué du ministère des affaires étrangères qui disait ceci: a US State Department statement:

“J’ai été terriblement attristée et outragée d’apprendre par la voie de rapports un autre massacre commis par le régime syrien qui a pris la vie de 200 hommes, femmes et enfants dans le village de Traymseh. Des rapports crédibles indiquent que cet acte innommable fut commis par des tirs d’artillerie, de tanks et d’hélicoptères, preuve indiscutable que le régime massacre délibérément ses propres citoyens. La Syrie ne peut pas être en paix, stable ou démocratique tant qu’Assad ne quitte pas le pouvoir et qu’une politique de transition ne commence. Nous appelons à un cessez-le-feu immédiat dans et autour de Hama afin de permettre aux observateurs de l’ONU d’entrer dans Traymseh. Ceux qui ont commis ces atrocités seront identifiés et seront rendus responsables.

Tant que le régime Al-Assad continue de faire la guerre contre le peuple syrien, la communauté internationale doit continuer à mettre la pression sur le régime pour arrêter les violences et permettre à une solution politique d’aller de l’avant. Le conseil de sécurité devrait mettre tout son poids derrière le plan Annan pour un cessez-le-feu immédiat et une politique de transition et signifier clairement au régime qu’il y aura des conséquences s’il ne se soumet pas. L’histoire jugera ce conseil. Ses membres doivent se demander si Assad et son régime doivent continuer à commettre des violences sans nom contre leur propre peuple et si c’est l’héritage qu’ils veulent laisser.

Le Conseil de Sécurité bien entendu va mettre tout son poids derrière le plan de paix de Koffi Annan avec des provisions en place du chapitre 7 de la charte de l’ONU, ce qui veut dire que des sanctions et une intervention militaire, comme ce fut le cas en Libye, seront subséquemment mises en vigueur.”

Ce que la ministre des affaires étrangères américaine essayait de faire était de proposer une résolution du CS de l’ONU autorisant une intervention militaire (et par conséquent, un changement de régime en Syrie, après lequel ils sont engagés de longe date), puis d’utiliser des rapports fabriqués pour vendre la résolution aux opinions publiques et diplomatiques. Ceci constitue un crime évident contre la paix et une conspiration pour déclencher une guerre agressive, ces deux choses étant des chefs-d’accusation résultant du procès de Nüremberg.

Tremseh fut une bataille et non un massacre

Alors que les faits émergent peu à peu de ce qu’il s’est passé à Tremseh en Syrie, il devient de plus en plus évident que le ministère des affaires étrangères américain, avec ses contreparties britannique, française, allemande et australienne, ont essayé de vendre une nouvelle guerre d’agression de l’OTAN, basée sur un prétexte complètement faux. Le New York Times dans son article , “New Details of a Battle Challenge Reports of a Syrian Massacre” a rapporté que des “activistes”, les soi-disant “Armée Syrienne Libre” (ASL) et le “Conseil National Syrien (CNS)”, soutenus par l’occident ont donné des rapports des faits contradictoires.

Ce qui put être vérifié sur place par les observateurs de l’ONU arrivés sur les lieux, est que la vaste majorité de ceux qui ont été “massacrés”, étaient des hommes en âge de combattre, avec des membres de l’opposition eux-mêmes concédant qu’ils étaient en fait des militants combattants tués. Le chiffre de “200” cité par Clinton, était en fait le nombre de militants qui s’étaient regroupés à Tremseh afin de planifier la prochaine étape de leurs activités terroristes. Des locaux ont passé l’information à l’armée syrienne, qui a encerclée la zone et neutralisée les combattants durant une bataille que l’ASL a finalement perdue.

Non seulement cela, mais l’ONU confirme que les opérations de sécurité syriennes ont ciblé des poches rebelles “spécifiques”, rendant les accusations de Clinton disant que le gouvernement avait “délibérément massacré des civils innocents” à leur niveau : un mensonge éhonté.

En d’autres termes, Hillary Clinton a falsifié son communiqué, qui fut divulgué à l’entière “communauté internationale”, clamant que “200 hommes, femmes et enfants” avaient été délibérément massacrés, alors qu’en réalité il s’agissait de l’armée syrienne restaurant l’ordre public face à des terroristes armés. Après que l’armée syrienne ait eu sécurisé la zone de Tremseh, ils mirent à jour une vaste cache d’armes trouvées dans la zone, ainsi que des militants de l’ASL faits prisonniers qui comprenaient à la fois des combattants turcs et des combattants libyens, ce qui voulait dire que ceux qui ne furent pas tués dans les combats, ne furent pas “exécutés” comme de faux rapports l’avaient également annoncé auparavant.

Hillary Clinton doit démissionner

La génération qui a précédée celle d’Hillary Clinton, ceux de la seconde guerre mondiale, avait juré “plus jamais” à la tragédie d’un conflit mondial. Ils avaient également juré “plus jamais” à tous les mensonges et manipulations qui ont manœuvrés des millions de personnes à travers le monde dans un conflit les uns contre les autres. Les fabrications d’Hillary Clinton et ses tentatives de fomenter encore une fois une guerre construite sur des trahisons et des mensonges, qui trahissent de fait les promesses faites par l’occident et mettent en danger la fondation même sur laquelle l’occident repose.

Hillary Clinton, continue, tout comme le gouvernement Bush avant elle, compromet et entache pour toujours la crédibilité et l’intégrité des Etats-Unis d’Amérique. Il est ironique que cette même violence qui se déroule aujourd’hui en Syrie, dont Clinton voudrait que le monde croit qu’elle est “l’œuvre du régime syrien”, fut en premier lieu établie, planifiée et orchestrée par les Etats-Unis durant les présidences de Bush.

En fait, d’après un article du New Yorker de Seymour Hersh en 2007 , “The Redirection”, les Etats-Unis, Israël et les despotes des monarchies du Golfe avaient comploté pour rassembler et lâcher un front de sectaires extrémistes afin de renverser le régime syrien. Ce fut durant cette période que la confrérie musulmane syrienne commença à recevoir soutien et financements de l’occident alors que des combattants et des armes étaient assemblés au Liban-nord sous la supervision de Saad Hariri.

Non seulement le gouvernement Obama et Hillary Clinton comme ministre des affaires étrangères ont hérité et perpétué ce complot violent contre le peuple syrien, mais également hérité et perpétué le déshonneur et l’étiolement de ce qui restait de l’intégrité américaine et de sa bonne volonté globale. Pour l’économie américaine qui ne peut absolument pas soutenir une autre aventure militaire, pour l’honneur de l’Amérique qui n’a plus de place pour aborder une nouvelle cicatrice, Hillary Clinton doit démissionner et ceux du congrès et de l’industrie doivent retirer leur soutien à ceux qui torpillent ce qui reste de l’ancien vaste potentiel de la nation pour la poursuite de l’hégémonie mondiale.

Il est certain que la démission de Clinton ne serait que symbolique et ne serait pas un coup sévère porté au système qui est en réalité piloté par les intérêts de la finance et de la grosse industrie, parmi les think-tanks, les réseaux de lobbying, les empires médiatiques, mais cela le début d’un nouveau paradigme qui signalerait que les jours d’impunité totale pour la satisfaction de ces intérêts particuliers, touchent à leur fin.

Pour le peuple américain, qui n’assistera pas à la démission de sa ministre des affaires étrangères dans le sillage de la disgrâce et des dégâts irréparables qu’elle a amenés sur son pays, il doit être plus que jamais résolu à identifier, exposer, boycotter et remplacer les intérêts corporatistes et financiers pour lesquels Hillary Clinton travaille. Nous, les peuples devons commencer à créer nos propres institutions qui servent directement nos intérêts et devons commencer à nous engager dans un activisme “pied de biche” au lieu du consumérisme béat actuel de notre attitude envers la politique et le progrès.

 
Article original en anglais :


Hillary Clinton Must Resign
Irresponsible warmongering leaves US credibility irrevocably damaged.
- by Tony Cartalucci – 2012-07-16

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Guerre sur tous les fronts

juillet 24th, 2012 by Dr. Paul Craig Roberts

Le gouvernement russe a finalement réalisé que son opposition politique est financée par la National Endowment for Democracy (NED), elle-même financée par les contribuables américains et autre officines de la CIA/ministère des affaires étrangères dans une tentative de subversion contre le gouvernement russe et d’installer un gouvernement marionnette des Américains dans le plus grand pays (géographiquement) du monde, le seul pays qui a une capacité d’arsenal nucléaire suffisante pour faire reculer Washington et ses agressions.

De la même manière que l’Égypte, plus tôt cette année, a expulsé des centaines de personnes associées avec des “organisations non-gouvernementales” en collusion avec l’occident (ONG) pour “fomenter la dissidence et interférence avec les affaires internes de la nation”, la Douma russe (le parlement), vient juste de passer une loi que Poutine est attendu de signer sous peu, qui requiert que les organisations politiques qui reçoivent un soutien financier de l’étranger, s’enregistrent comme des agents étrangers. Cette loi est basée sur la loi américaine qui demande que les agents étrangers soient dûment enregistrés.

La très vaste majorité de l’opposition en Russie consiste en des agents payés par l’étranger et une fois que cette loi sera validée, les éléments dominants de l’opposition politique russe devront s’enregistrer avec le ministère russe de la justice comme étant des agents étrangers de Washington. L’agence Itar-Tass a rapporté le 3 Juillet qu’il y a environ 1000 organisations en Russie qui reçoivent un financement de l’étranger et qui sont engagées dans des activités politiques. Essayez d’imaginer le tollé général si les Russes finançaient 1000 organisations aux États-Unis toutes engagées dans un effort collectif de transformer les États-Unis en un état marionnette de la Russie. (Aux États-Unis, les Russes trouveraient du reste une concurrence énorme provenant d’Israël…).

L’opposition russe se travestit en organisations “des droits de l’Homme” et est financée par Washington disant que cela est “pour ouvrir la Russie”. Que veut dire par là “l’opposition politique” russe déloyale et traitresse financée par Washington en disant “ouvrir la Russie ? Cela veut dire ouvrir la Russie pour la propagande occidentale, ouvrir la Russie au pillage économique par l’occident, et ouvrir la Russie, sa politique intérieure et étrangère, aux volontés de Washington.

“Les ONG” sont en fait très gouvernementales. Elles ont joué des rôles très importants dans le financement et l’organisation de multiples “révolutions colorées” qui ont mises en place des états marionnettes des États-Unis dans d’anciens pays membres du bloc soviétique. Les ONG ont été appelées les “machines à coups d’état” et elles ont rendu d’excellents services à Washington à ce sujet. Elles travaillent en ce moment même au Venezuela contre Chavez.

Bien sûr, Washington est absolument furieuse que ses plans hégémoniques sur un pays trop dangereux à attaquer militairement ont été mis en échec par le réveil de la Russie après deux décennies de torpeur et ce au point d’être politiquement subvertie par des ONG financées par Washington. Celle-ci demande aux organisations financées de l’étranger d’être enregistrées comme agents étrangers sur le sol américain (sauf si elles sont financées par Israël). Quoi qu’il en soit, cela n’empêche pas Washington de dénoncer cette nouvelle mesure comme étant “anti-démocratique”, un acte d’ “état policier”, blabla blabla. Prise la main dans le sac à subversion, Washington insulte Poutine. Le pire est que la vaste majorité de l’occident lobotomisé va suivre les injonctions et les mensonges de Washington et nous allons encore entendre plus parler de “l’état gangster de Russie”.

La Chine est aussi dans le collimateur de Washington. Son avènement rapide comme puissance économique mondiale est perçu comme une grave menace par Washington. La Chine doit être encerclée. Les représentants du commerce du gouvernement Obama négocient secrètement depuis les 2 ou 3 dernières années un partenariat trans-Pacifique, qui est supposé mettre en échec le leadership économique naturel de la Chine dans sa propre sphère d’influence et de le remplacer par le leadership de Washington.

Washington pousse également pour de nouvelles alliances militaires en Asie et établit de nouvelles bases militaires aux Philippines, en Corée du Sud, en Thaïlande, au Vietnam, en Australie, en Nouvelle- Zélande et ailleurs.

Washington s’est très rapidement immiscée dans les disputes entre la Chine et le Vietnam et la Chine et les Philippines. Washington s’est alignée du côté de son ancien ennemi vietnamien dans son désaccord avec la Chine au sujet des ressources des îles Paracel et Spratly et aussi avec les Philippines dans un désaccord avec la Chine concernant les richesses naturelles de Scarborough Shoal.

Ainsi, de la même manière que l’Angleterre interférant dans la dispute entre la Pologne et l’Allemagne nazie au sujet du retour à l’Allemagne de territoires qui furent donnés à la Pologne en récompense après la 1ère guerre mondiale, Washington prépare la scène pour une guerre.

La Chine a été coopérative avec Washington parce que la délocalisation de l’économie américaine en Chine a été un composant très important de son développement économique sans précédent. Les capitalistes américains ont eu leur profit à court terme et la Chine a reçu le capital et la technologie pour bâtir une économie qui dans 2 ou 3 ans aura largement dépassée l’économie américaine qui ne fait que sombrer. La délocalisation du travail, confondue avec le libre-échange par les économistes du marché libre, a bâti la Chine et détruit les États-Unis.

L’interférence grandissante de Washington dans les affaires de la Chine a convaincu le gouvernement chinois que des contre-mesures militaires sont nécessaires pour neutraliser les intentions annoncées de Washington de construire une présence militaire dans la sphère d’influence chinoise. La vision de Washington est que seule Washington et personne d’autre, possède une sphère d’influence et que cette sphère est le monde entier.

Le 14 Juillet, l’agence de presse officielle chinoise Xinhua a dit que Washington interférait dans les affaires intérieures de la Chine en rendant les désaccords entre celle-ci et le Vietnam et les Philippines insolubles.

On dirait qu’un gouvernement américain trop sûr de lui-même est déterminé à avoir une guerre sur trois fronts: la Syrie, le Liban et l’Iran au Moyen-Orient, la Chine en Extrême-Orient et la Russie en Europe. Ceci serait un agenda plus qu’ambitieux pour un gouvernement dont les forces militaires ont été incapables d’occuper l’Irak après 9 ans ou de vaincre des forces talibanes légèrement armées après 11 années de conflit et dont l’économie, ainsi que celle de ses marionnettes de l’OTAN, est dans la mouise et en sévère déclin avec les troubles sociaux internes qui vont de paire se multipliant, ainsi qu’une perte de confiance dans le leadership politique. 

http://www.spiegel.de/international/world/pew-study-finds-steep-declines-in-faith-in-politicians-and-capitalism-a-844127.html  

Article original en anglais :


War On All Fronts
Washington’s three-front war: Syria, Lebanon, Iran in the Middle East, China in the Far East, Russia in Europe…
- by Dr. Paul Craig Roberts – 2012-07-18

Traduction : Résistance 71

Une récente interview sur la chaîne CNBC où des analystes financiers admettent ouvertement devant leur audience que les Etats-Unis sont sous le contrôle d’un groupe de banquiers centraux qui construisent un gouvernement mondial est un constat navrant de l’intérieur sur la façon dont l’establishment s’est maintenant dispensé de toute prétention à même essayer de cacher leur agenda alors qu’il est en phase de finalisation.

Durant cet entretien, l’hôte de l’émission demande à ses invités: “Travaillons-nous tous pour les banques centrales, est-ce enfin la gouvernance mondiale, est-ce un monde unique, avec les banquiers centraux en charge, ne sommes-nous pas en train de vivre et de mourir juste pour ce que font les banques centrales ?…”

“Pour répondre à votre question: “Nous sommes absolument les esclaves des banques centrales”, répondent en cœur les invités.

“Nous sommes tenus par ce que les banquiers centraux et les faiseurs de politique font plutôt que par les fondamentaux de l’économie”, ajoute un autre.

Ceci n’est juste qu’un exemple parmi tant d’autres où il nous est maintenant jeté à la figure l’idée que l’élite banquière construit un gouvernement mondial aux dépends du peuple américain.

Après avoir traité l’affaire pendant des décennies comme étant une “théorie du complot”, l’establishment déchire maintenant le voile dans un effort de forcer les Américains à docilement accepter ce qui a été planifié depuis bien longtemps.

Un gouvernement mondial est maintenant mis en avant de manière forcée comme étant la “solution” à tous les problèmes, mais spécifiquement en relation avec la crise financière et économique. On nous gave de propagande pour nous faire accepter le fait que le pouvoir central entre les main d’une petite élite est le seul moyen pour en sortir et qu’une monnaie unique mondiale est inévitable.

Au sommet de la dernière crise économique, le membre du groupe Bilderberg et journaliste au Financial Times Gideon Rachman argumentait que “tout est en place” pour l’avènement d’un gouvernement mondial dictatorial qui sera imposé par une élite technocrate.

L’appel de Rachman en 2008 pour que des technocrates autoritaires soient mis en charge de l’économie en préparation de la naissance officielle du gouvernement mondial est maintenant bien avancé, alors que les économies de la France, de l’Irlande, de l’Allemagne, de la Belgique, de l’Italie, de la Grèce, en même temps que le FMI et la BCE, sont tous sous le régime d’occupation banquière de la firme Goldman Sachs.

Ces technocrates n’ont pas été du tout timides pour annoncer ouvertement ce qu’ils sont en train de faire.

Dès sa sélection pour être nommé président de l’UE en 2009, Herman Van Rompuy a annoncé que la crise financière et les efforts pour combattre le “réchauffement climatique” étaient faits pour précéder “la gestion globale de notre planète”. Il déclara également que 2009 était “la première année de la gouvernance mondiale”.

La même année, Van Rompuy fut rejoint par le pape qui appela lui aussi pour une “autorité politique mondiale” afin de gérer l’économie mondiale.

Le président de la Banque Mondiale et élitiste du Bilderberg Robert Zoellick a également ouvertement admis le plan pour une élimination de la souveraineté nationale et d’imposer un gouvernement mondial, ce durant un discours à la fin du sommet du G20.

Les appels pour une monnaie unique mondiale sont également un composant clef et consistant pour une gouvernance mondiale.

Dans un discours prononcé en 2000, un membre du comité directeur de la BCE, Sirkka Hämäläinen avait dit: “En conclusion, je désirerais revenir sur la prophétie de Paul Volcker. Il a sans doute raison et nous pourrions avoir un jour une monnaie unique mondiale. Peut-être une intégration européenne, de la même manière que toute autre intégration régionale, pourrait ˆêtre vue comme une avancée vers la situation idéale d’une monde totalement intégré.”

Dans un discours en 2010 au CFR, l’ancien président de la BCE Jean-Claude Trichet avait dit clairement que le Global Econonomy Meeting (GEM), qui se rencontre au QG des banques centrales, à la BIS de Bâle en Suisse, deviendrait “le groupe principal pour la gouvernance mondiale au sein des banques centrales”.

Trichet ajouta que les réunions de la BIS assuraient que “le système bouge de manière décisive vers une véritable gouvernance mondiale”. Puis il définit comment cette gouvernance mondiale opérerait.

“Il y a plusieurs définitions possibles de gouvernance mondiale. Dans la sphère de la finance et de l’économie, je proposerais que la gouvernance mondiale réunisse non seulement une constellation d’institutions supranationales, incluant les institutions financières internationales, mais aussi le regroupement informel des groupes qui ont progressivement émergés au niveau global. Ces forums informels tels le G7, G10, G20 etc.… sont très importants pour améliorer la coordination mondiale dans tous les domaines où les processus de décision demeurent nationaux, soit en aidant à faire émerger des standards et codes de gestion ou pour faciliter lorsqu’appropriée, la coordination des macro-politiques économiques.”

Beaucoup d’autres membres de l’establishment politique ont ouvertement exprimé l’agenda de créer un gouvernement mondial et ce pas seulement en réponse à la crise financière mais aussi comme solution au réchauffement climatique anthropique.

En 2009, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon a admis que la taxe carbone qui sera prélevée au nom de la résolution du réchauffement climatique devra être collectée par un corps mondial.

“Nous établirons une structure de gouvernance mondiale pour surveiller et gérer la réalisation de ceci”, avait-il déclaré.

Dans un éditorial du New York Times titré: “Nous pouvons le faire”, Ki-Moon écrivait également que les efforts pour imposer des restrictions sur les émissions de CO2, “doivent inclure une structure de gouvernance mondiale juste et équitable.”

Un autre mondialiste et environnementaliste David De Mayer Rothschild avait aussi révélé l’agenda pour une gouvernance mondiale dans une interview avec la chaîne Bloomberg News.

“Ceci est au delà du discours. Nous savons historiquement que ce type d’agenda de gouvernance mondiale et sujets affiliés est très difficile à… avec toutes les meilleurs intentions, c’est en fait très difficile à activer”, avait noté Rothschild.

De la même manière, Al Gore avait dit dans un discours en 2009, que les tentatives de régulation des émissions de CO2, seraient menées au travers “de la gouvernance mondiale et d’accords globaux.”

Un modèle des Nations-Unies en 2010 pour remettre l’organisation à la pointe de la gouvernance mondiale avait révélé de manière alarmante l’agenda de renommer le “réchauffement climatique” en “surpopulation” comme moyen de démanteler les classes moyennes en utilisant “une redistribution de la richesse globale” et une augmentation de l’immigration pour revigorer l’agenda de la poursuite de la gouvernance mondiale.

Des bureaucrates lors du sommet sur le Climat de Durban en 2011 ont souligné les plans pour le traité sur le changement climatique le plus draconien et débridé jamais produit, sous lequel l’occident serait mandaté à respecter “les droits de la Terre mère” en payant “une dette climatique” qui agirait comme un fond de financement pour un gouvernement mondial tout-puissant.

Plus tôt cette année, un article du magazine Scientific American titré:  Effective World Government Will Be Needed to Stave Off Climate Catastrophe a argumenté que la gestion globale de la planète était le seul moyen pour combattre le réchauffement climatique.

Bien que l’agenda pour un gouvernement mondial est maintenant ouvert et toute voile dehors avec peu d’attention pour la subtilité ou le secret, les citations qui suivent, remontant sur plusieurs décennies, prouvent que ce plan ne date pas d’hier:

“Aujourd’hui, les Etats-Unis seraient outragés si des troupes de Nations-Unies entraient à Los Angeles pour restaurer l’ordre. Demain ils seront reconnaissants. Lorsque se présentera ce scenario, les droits de l’individu seront volontairement abandonnés pour la garantie de leur bien-être que leur apportera le gouvernement mondial.” — Henry Kissinger –

“Nous remercions le Washington Post, le New York Times, le Time magazine et leurs directeurs qui ont participés à nos réunions (Bilderberg) et ont respecté leurs promesses de discrétion pendant près de quarante ans. Il nous aurait été impossible de développer notre plan pour le monde si nous avions été soumis aux feux de la rampe durant toutes ces années. Mais le monde est aujourd’hui plus sophistiqué et préparé à marcher vers le gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est sûrement préférable à l’auto-détermination nationale pratiquée ces derniers siècles.” – David Rockefeller –

“Le siècle prochain, les nations telles que nous les connaissons aujourd’hui, seront obsolètes, tous les états reconnaîtront une autorité unique mondiale et réaliseront que la souveraineté nationale n’était pas une bonne affaire finalement.” – Strobe Talbot –

“Nous avons besoin d’une nouvelle donne mondiale, un grand marchandage entre les pays et les continents de ce monde.” – Gordon Brown –

“Il nous apparaît pour beaucoup d’entre nous que si nous voulons éviter un conflit mondial éventuel qui serait catastrophique, nous devrions renforcer l’ONU comme une première étape vers un gouvernement mondial calqué sur notre propre gouvernement avec sa législature, ses pouvoirs exécutif et judiciaire, sa police pour faire respecter la loi internationale et maintenir la paix. Pour y parvenir, nous les Américains devrons bien sûr abandonner notre souveraineté. Ce sera une pilule amère. Cela demandera beaucoup de courage, une grande foi dans le nouvel ordre mondial. Pat Robertson a écrit dans un livre il y a plusieurs années, qu’il y aurait un gouvernement mondial, mais seulement avec l’arrivée du nouveau Messie. Il écrivit littéralement, que toute tentative de parfaire un nouvel ordre mondial avant ce temps sera le travail du diable. Et bien, rejoignez-moi. Je suis heureux d’être assis ici, à la droite de Satan.” – Walter Cronkite –

“Ceci est le gouvernance mondiale en devenir. Mais nous devons être d’accord et être d’accord d’être liés par un engagement.” – George Papandréou, ancien premier ministre grec –

“Pour la première fois, l’humanité institue un véritable instrument de gouvernance mondiale. Depuis les premiers temps, nous devrons faire de l’environnement notre pôle d’attention et un thème majeur d’éducation et un thème majeur de débat politique, et ce jusqu’à ce que le respect de l’environnement devienne un fondamental pour sauvegarder nos droits et nos libertés. En agissant ensemble, en construisant cet instrument sans précédent, le premier composant d’une gouvernance mondiale, nous travaillons pour le dialogue et la paix.” – Jacques Chirac –

“Pour plus d’un siècle des idéologues extrémistes des deux côtés du spectre politique ont utilisé et instrumentalisé des incidents tels que ma rencontre avec Castro afin d’attaquer la famille Rockefeller et son influence qu’ils clament que nous avons sur la société américaine, sa politique et ses institutions économiques. Certains croient même que nous faisons partie d’une cabale secrète et travaillons contre les intérêts des Etats-Unis, caractérisant ma famille et moi-même comme étant des “internationalistes” et de conspirer avec d’autres dans le monde afin de construire une structure globale politique et économique plus structurée, un monde unique si vous voulez. Si ce sont là les accusations, alors je suis coupable et fier de l’être.” – David Rockefeller, citation tirée de ses propres mémoires –

Article original en anglais : http://www.infowars.com/bankers-declare-u-s-europe-conquered/, le 19 juillet 2012

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Observer la Syrie et se rappeler le Nicaragua

juillet 24th, 2012 by Richard Becker

Funéraille d’état pour les victimes du bombardement le 18 juillet
Photo: SANA

Les Sandinistes entrent dans Managua, le 19 juillet 1979


Le 18 Juillet, une grosse bombe a tué ou grièvement blessé plusieurs top officiels de la sécurité syrienne. Alors que l’ “Armée Syrienne Libre “ (ASL) a revendiqué l’attentat, cette attaque à la bombe hautement sophistiquée du 18 Juillet à Damas ne porte pas les stigmates d’une organisation fraîchement émoulue d’un groupe paramilitaire, mais plutôt les marques de fabrique de la CIA voire du Mossad. L’attentat a été accueilli par Leon Panetta, patron de la CIA, comme démontrant “une véritable dynamique” pour l’opposition syrienne soutenue par l’occident. Le New York Times du 19 Juillet, dans un article de couverture, louait la technique des faiseurs de bombe de l’opposition syrienne. La Maison Blanche et le ministère des affaires étrangères quant à eux, ne masquèrent qu’à peine leur contentement et leur approbation.

Il serait absolument impossible d’imaginer des sentiments similaires émanant de Washington et des faiseurs de politique de New York, épaulés par leurs médias corporatifs propagandistes, à l’égard d’un véritable mouvement progressiste ou révolutionnaire. Le 19 Juillet a aussi marqué le 33ème anniversaire du triomphe d’une de ces révolutions, menée par le Front de Libération Nationale Sandiniste du Nicaragua (FLNSN). Il n’y a eu aucune félicitation pour le FLNSN venant du congrès ou des médias capitalistes. Le gouvernement de Jimmy Carter s’était engagée dans un gros effort afin de prévenir que le FLNSN ne prenne le pouvoir contre le régime brutal et corrompu d’Anastasio Somoza qui dirigeait le pays d’une main de fer depuis plus de quarante ans. Ce ne furent que l’esprit combattant, l’organisation et le sacrifice des sandinistes qui mirent fin à la dictature de Somoza.

Les résultats héroïques des combattants sandinistes contre la garde nationale de Somoza, créée par les États-Unis, ne furent jamais loués par les médias d’ici. Aucun article célébrant la qualité des techniques combattantes des jeunes militants du FLNSN, développée à un tel point, qu’ils furent capables, en ne recevant qu’une aide extérieure minimale, de vaincre une garde nationale armée et préparée de bien meilleure façon. Au contraire, bien qu’il y eu des différences d’ordre tactique au sein des cercles de la classe dirigeante, reflétées par ailleurs dans des journaux, chaînes de radio et de télévision concurrentes, il y avait en fait un consensus dès le premier jour du conflit interne: la destruction de la révolution sandiniste.

Un article du 10 Juillet 1979 dans le New York Times, caractérisait laconiquement le rôle des États-Unis comme étant celui “d’arbitre final de la destinée politique du Nicaragua”. L’article continuait en disant que le gouvernement Carter “avait indiqué que la démission du général Somoza ne serait effective que quand les États-Unis seront satisfaits de la composition et du programme politique du régime successeur… Les États-Unis ont convaincu Somoza de retarder son départ jusqu’à ce que, des mots mêmes d’un officiel américain, ceux-ci aient “neutralisé” les éléments radicaux de l’opposition.”

En Juillet 1979, les statistiques des décès s’élevaient à près de 50 000 personnes, pour la plupart victimes civiles de la garde nationale et ce dans un pays comptant moins de 2,5 millions d’habitants. La vaste majorité du pays était en ruines, mais le gouvernement Carter n’eut aucun problème à continuer les combats et à ajouter à ce qui était déjà un chiffre énorme de pertes humaines et de destruction dans le but de continuer à dominer l’Amérique centrale. Lorsque le nouveau gouvernement du FLNSN refusa de plier aux diktats de Washington, le peuple nicaraguayen fut soumis à une décennie de terrible punition. Les États-Unis autorisèrent Somoza à amener avec lui l’argent public de la nation dévastée lorsqu’ils lui accordèrent l’asile politique.

Des sanctions économiques draconiennes furent imposées au pays, un des plus pauvres du continent américain. Le port principal du pays fut miné par la marine américaine et un embargo naval total fut appliqué jusqu’en 1985. La CIA créa, recruta, finança et arma un des groupes paramilitaires les plus redoutables et assassins connu sous le nom de Contras.

Plus de 50 000 citoyens nicaraguayens moururent dans la guerre qui s’en suivit. La tactique des Contras étaient les assassinats de masse, les viols, la torture et la destruction. Ils ont massacrés des médecins, des infirmières, des enseignants; ils ont brûlé des hôpitaux, des écoles, des coopératives. Les chefs maffieux des Contras étaient nourris et reçus en grandes pompes par les membres du congrès américains et les présidents successifs.

Aujourd’hui, La CIA coordonne l’armement et la réalisation de beaucoup d’opérations de l’ “Armée Syrienne Libre” (ASL), décidant quelles forces doivent recevoir armes et équipement (New York Times du 21 Juin 2012). Les agences de renseignement américaines et leurs contreparties dans les pays anciennement colonisateurs du Moyen-Orient comme la Grande-Bretagne et la France, de concert avec Israël, en font même encore plus sans aucun doute.

Le Conseil National Syrien (CNS), un groupe essentiellement composé d’exilés syriens de très longue date quasiment inconnus, est traité par les États-Unis et ses alliés comme étant le gouvernement légitime en attente. Les leaders américains sont à 100% derrière la révolte armée du CNS/ASL pour la même raison qu’ils étaient opposés à la révolution sandiniste et soutenaient les Contras au Nicaragua. Ils ont confiance que la victoire de l’opposition syrienne sera également leur victoire et un autre grand pas vers plus de dominance américaine au Moyen-Orient.

Article original en anglais : Watching Syria, remembering Nicaragua, History shows U.S. viciously attacks—not supports—real revolutions, le 22 juillet 2012.

Traduction : Résistance 71

Qui se bat en Syrie ?

juillet 24th, 2012 by Thierry Meyssan

Alors que la presse occidentale présente l’Armée syrienne libre comme une organisation révolutionnaire armée, Thierry Meyssan affirme depuis plus d’un an qu’il s’agit au contraire d’une formation contre-révolutionnaire. Selon lui, elle serait progressivement passée des mains des monarchies réactionnaires du Golfe à celle de la Turquie, agissant pour l’OTAN. Une telle affirmation à contre-courant requiert une démonstration argumentée…

Depuis 18 mois, la Syrie est en proie à des troubles qui n’ont cessé d’augmenter jusqu’à devenir un vaste conflit armé ayant déjà causé la mort d’environ 20 000 personnes. S’il y a consensus sur ce constat, les narrations et les interprétations divergent au-delà.

Pour les États occidentaux et leur presse, les Syriens aspireraient à vivre à l’occidentale dans des démocraties de marché. Suivant les modèles tunisien, égyptien et libyen du « printemps arabe », ils se seraient soulevés pour renverser leur dictateur Bachar el-Assad. Celui-ci aurait réprimé les manifestations dans le sang. Alors que les Occidentaux auraient souhaité intervenir pour faire cesser le massacre, les Russes et les Chinois, par intérêt ou par mépris de la vie humaine, s’y seraient opposés.

Au contraire, pour tous les États qui ne sont pas vassalisés par les USA et pour leur presse, les États-Unis auraient lancé une opération contre la Syrie qu’ils planifiaient de longue date. D’abord par le truchement de leurs alliés régionaux, puis directement, ils auraient infiltré des bandes armées qui ont déstabilisé le pays, sur le modèle des Contras du Nicaragua. Cependant ceux-ci n’auraient trouvé qu’un très faible soutien intérieur et auraient été mis en déroute pendant que la Russie et la Chine aurait empêché l’OTAN d’anéantir l’armée syrienne et de renverser ainsi l’équation régionale.

Qui dit vrai ? Qui se trompe ?

Les groupes armés en Syrie ne défendent pas la démocratie, ils la combattent

En premier lieu, l’interprétation des événements syriens comme un épisode du « printemps arabe » est une illusion car ce « printemps » n’a pas de réalité. C’est un slogan publicitaire pour présenter positivement des faits hétéroclites. S’il y a bien eu une révolte populaire en Tunisie, au Yémen et au Bahrein, il n’y en a pas eue, ni en Égypte, ni en Libye. En Égypte, les manifestations de rue se sont limitées à la capitale et à une certaine bourgeoisie, jamais, absolument jamais, le peuple égyptien ne s’est senti concerné par le spectacle télégénique de la place Tahrir [1]. En Libye, il n’y a pas eu de révolte politique, mais un mouvement séparatiste de la Cyrénaïque contre le pouvoir de Tripoli, puis l’intervention militaire de l’OTAN qui a coûté la vie à environ 160 000 personnes.

La station libanaise NourTV a connu un vif succès en diffusant une série d’émissions d’Hassan Hamade et Georges Rahme intitulée « Le printemps arabe, de Lawrence d’Arabie à Bernard-Henri Lévy ». Les auteurs y développent l’idée que le « printemps arabe » est un remake de la « révolte arabe » de 1916-1918 orchestrée par les Britannique contre les Ottomans. Cette fois, les occidentaux ont manipulé les situations pour renverser une génération de leaders et imposer les Frères musulmans. De fait, le « printemps arabe » relève de la publicité mensongère. Désormais, le Maroc, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, et Gaza sont gouvernés par une confrérie qui d’un côté impose un ordre moral, et de l’autre soutient le sionisme et la capitalisme pseudo-libéral, c’est-à-dire les intérêts d’Israël et des Anglo-Saxons. L’illusion s’est dissipée. Certains auteurs, comme le Syrien Said Hilal Alcharifi raillent désormais le « printemps otanien ».

Deuxièmement, les dirigeants du Conseil national syrien (CNS) comme les commandants de l’Armée syrienne libre (ASL) ne sont aucunement des démocrates, au sens qu’ils seraient favorables à « un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », suivant la formule d’Abraham Lincoln reprise dans la Constitution française.
 
Ainsi, le premier président du CNS fut l’universitaire parisien Burhan Ghalioun. Il n’était aucunement « un opposant syrien persécuté par le régime » puisqu’il venait et circulait librement dans son pays. Il n’était pas non plus un « intellectuel laïque » comme il le prétend, puisqu’il était le conseiller politique de l’Algérien Abbassi Madani, président du Front islamique du salut (FIS), aujourd’hui réfugié au Qatar.
Son successeur, Abdel Basset Syda [2], n’est entré en politique qu’au cours des derniers mois, et s’est immédiatement affirmé comme un simple exécutant des volontés états-uniennes. Dès son élection à la tête du CNS, il s’est engagé non pas à défendre la volonté de son peuple, mais à appliquer la « feuille de route » que Washington a rédigé pour la Syrie : The Day after.

Les combattants de l’Armée syrienne libre ne sont pas plus des militants de la démocratie. Ils reconnaissent l’autorité spirituelle du cheikh Adnan al-Arour, un prêcheur takfiriste, qui appelle à renverser et à tuer Bachar el-Assad non pour des motifs politiques, mais uniquement parce qu’il est de confession alaouite, c’est-à-dire hérétique à ses yeux. Tous les officiers identifiés de l’ASL sont sunnites et toutes les brigades de l’ASL portent des noms de figures historiques sunnites. Les « tribunaux révolutionnaires » de l’ASL condamnent à mort leurs opposants politiques (et pas seulement les partisans de Bachar el-Assad) et les mécréants qu’ils égorgent en public. Le programme de l’ASL est de mettre fin au régime laïque installé par le Baas, le PSNS et les communistes au profit d’un régime confessionnel sunnite pur.

Le conflit syrien a été prémédité par les Occidentaux

La volonté occidentale d’en finir avec la Syrie est connue et elle suffit largement à expliquer les événements actuels. Rappelons ici quelques faits qui ne laissent aucun doute sur la préméditation des événements [3].

La décision de faire la guerre à la Syrie a été prise par le président George W. Bush lors d’une réunion à Camp David, le 15 septembre 2001, juste après les attentats spectaculaires de New York et Washington. Il était prévu d’intervenir simultanément en Libye pour montrer la capacité d’action sur un double théâtre d’opération. Cette décision a été attestée par le témoignage du général Wesley Clark, ex-commandeur suprême de l’OTAN, qui y était opposé.

Dans la foulée de la chute de Bagdad, en 2003, le Congrès a adopté deux lois donnant instruction au président des États-Unis de préparer une guerre contre la Libye et une autre contre la Syrie (le Syria Accountability Act).

En 2004, Washington a accusé la Syrie de cacher sur son sol les armes de destruction massive que l’on ne parvenait pas à trouver en Irak. Cette accusation a fait long feu lorsqu’il a été admis que ces armes n’avaient jamais existé et n’étaient qu’un prétexte pour envahir l’Irak.

En 2005, après l’assassinat de Rafik Hariri, Washington a tenté d’entrer en guerre contre la Syrie, mais n’y est par parvenu car elle a retiré son armée du Liban. Les États-Unis ont alors suscité des faux témoignages pour accuser le président el-Assad d’avoir commandité l’attentat et ils ont créé un tribunal international d’exception pour le juger. Mais ils ont en définitive été contraints de retirer leurs fausses accusations après que leurs manipulations aient été mises à jour.

En 2006, les États-Unis ont commencé à préparer la « révolution syrienne » en créant le Syria Democracy Program. Il s’agissait de créer et de financer des groupes d’opposition pro-occidentale (comme le Mouvement pour la Justice et le Développement). Au financement officiel du département d’État s’est ajouté un financement secret de la CIA via une association californienne, le Democracy Council.

Toujours en 2006, les États-Unis ont sous-traité à Israël une guerre contre le Liban, dans l’espoir d’y impliquer la Syrie et de pouvoir intervenir. Mais la rapide victoire du Hezbollah a fait échouer ce plan.

En 2007, Israël a attaqué la Syrie, bombardant une installation militaire (Opération Orchard). Mais là encore, Damas a gardé son sang-froid et ne s’est pas laissé entraîné dans la guerre. Des vérifications ultérieures de l’Agence internationale de l’énergie atomique ont montré qu’il ne s’agissait pas d’un site nucléaire, contrairement à ce qui avait été affirmé par les Israéliens.

En 2008, lors de la réunion que l’OTAN organise annuellement sous le titre Groupe de Bilderberg, la directrice de l’Arab Reform Initiative, Bassma Kodmani, et le directeur de la Stiftung Wissenschaft und Politik, Volker Perthes, exposèrent brièvement au Gotha américano-européen les avantages économiques, politiques et militaires d’une possible intervention de l’Alliance en Syrie.

En 2009, la CIA a mis en place des outils de propagande à destination de la Syrie comme la chaîne BaradaTV, basée à Londres, et OrientTV basée à Dubai.

À ces éléments historiques, ajoutons qu’une réunion s’est tenue au Caire, la seconde semaine de février 2011, autour de John McCain, Joe Lieberman et Bernard-Henry Lévy, des personnalités libyennes comme Mahmoud Jibril (alors numéro 2 du gouvernement de la Jamahiriya) et des personnalités syriennes comme Malik al-Abdeh et Ammar Qurabi. C’est cette réunion qui donna le signal des opérations secrètes qui débutèrent à la fois en Libye et en Syrie (le 15 février à Benghazi et le 17 à Damas).

En janvier 2012, les départements US d’État et de la Défense constituèrent le groupe de travail The Day After. Supporting a democratic transition in Syria qui rédigea à la fois une nouvelle constitution pour la Syrie et un programme de gouvernement [4].

En mai 2012, l’OTAN et le CCG mirent en place le Working Group on Economic Recovery and Development of the Friends of the Syrian People, sous co-présidence allemande et émiratie. L’économiste syro-britannique Ossam el-Kadi y élabora un partage des richesses syriennes entre les États membres de la coalition, à appliquer le « jour d’après » (c’est-à-dire après le renversement du régime par l’OTAN et le CCG) [5].

Révolutionnaires ou contre-révolutionnaires ?

Les groupes armés ne sont pas issus des manifestations pacifiques de février 2011. Ces manifestations dénonçaient en effet la corruption et réclamaient plus de libertés, tandis que les groupes armés —nous l’avons vu plus haut— ressortent de l’islamisme.

Au cours des dernières années, une terrible crise économique a frappé les campagnes. Elle était due aux mauvaises récoltes, qui ont été à tort appréhendées comme des malheurs passagers alors qu’elles étaient la conséquences de changements climatiques durables. À cela se sont ajoutées des erreurs dans la mise en œuvre de réformes économiques qui ont désorganisé le secteur primaire. Il s’en est suivi un fort exode rural auquel le gouvernement a su faire face, et une dérive sectaire de certains paysans que le pouvoir a négligé. Dans de nombreuses régions, l’habitat rural n’était pas concentré en villages, mais dispersé sous forme de fermes isolées, personne n’a mesuré l’ampleur du phénomène jusqu’à ce que ses adeptes se regroupent.

En définitive, alors que la société syrienne incarne le paradigme de la tolérance religieuse, un courant takfiriste s’est développé en son sein. Il a fourni la base des groupes armés. Ceux-ci ont été richement financés par les monarchies wahhabites (Arabie saoudite, Qatar, Sharjjah).
Cette manne a suscité le ralliement de nouveaux combattants parmi lesquels on trouve des parents de victimes de la répression massive du sanglant coup d’État manqué des Frères musulmans, en 1982. Leur mobile est souvent moins idéologique que personnel. Il ressort de la vendetta.
De nombreux voyous et repris de justice appâtés par l’argent facile se sont ajoutés : un « révolutionnaire » est payé 7 fois le salaire moyen.
Enfin, des professionnels ayant combattu en Afghanistan, Bosnie, Tchétchénie ou Irak ont commencé à affluer. Au premier rangs desquels les hommes d’Al Qaida en Libye, conduits par Abdelhakim Belhaj en personne [6]. Les médias les présentent comme des jihadistes, ce qui est inapproprié, l’islam ne concevant pas de guerre sainte contre des coreligionnaires. Ce sont avant tout des mercenaires.

La presse occidentale et du Golfe insiste sur la présence de déserteurs dans l’ASL. C’est certain, mais il est par contre faux qu’ils aient fait défection après avoir refusé de réprimer des manifestations politiques. Les déserteurs en question rentrent presque toujours dans les cas que nous avons précédemment cités. Au demeurant, une armée de 300 000 hommes a forcément parmi elle ses fanatiques religieux et ses voyous.

Les groupes armés utilisent un drapeau syrien à bande verte (au lieu de la bande rouge) et à trois étoiles (au lieu de deux). La presse occidentale le qualifie de « drapeau de l’indépendance », car il était en vigueur au moment de l’indépendance du pays, en 1946. En réalité, il s’agit du drapeau du mandat français qui resta en vigueur lors de l’indépendance formelle du pays (1932 à 1958). Les trois étoiles représentent les trois districts confessionnels du colonialisme (alaouite, druze et chrétien). Utiliser ce drapeau, ce n’est certainement pas brandir un symbole révolutionnaire. Au contraire, c’est affirmer vouloir prolonger le projet colonial, celui de l’Accord Sykes-Picot de 1916 et du remodelage du « Moyen-Orient élargi ».

Au cours des 18 mois d’action armée, ces groupes armés se sont structurés et plus ou moins coordonnés. En l’état actuel,la grande majorité sont passés sous commandement turc, sous le label Armée syrienne libre. De fait, ils sont devenus des supplétifs de l’OTAN, le quartier général de l’ASL étant même installé sur la base aérienne de l’OTAN à Incirlik. Les islamistes les plus durs ont formé leurs propres organisations ou ont rejoint al-Qaida. Ils sont sous le contrôle du Qatar ou de la branche sudeiri de la famille royale saoudienne [7]. De facto, ils sont rattachés à la CIA.

Cette constitution progressive, qui part de paysans pauvres pour se terminer avec un afflux de mercenaires, est identique à ce que l’on a connu au Nicaragua lorsque la CIA organisa les Contras pour renverser les sandinistes, ou que l’on avait connu à Cuba lorsque la CIA organisa le débarquement de la Baie des cochons pour renverser les castristes. Précisément, c’est de ce modèle que les groupes armés syriens se revendiquent aujourd’hui : en mai 2012, les Contras cubains ont organisé à Miami des séminaires de formation à la guérilla contre-révolutionnaire pour leurs homologues syriens [8].

Les méthodes de la CIA sont partout les mêmes. Ainsi les Contras syriens ont concentré leur action militaire d’une part sur la création de bases fixes (mais aucune n’a tenu, même pas l’Émirat islamique de Baba Amr), puis sur le sabotage de l’économie (destruction des infrastructures et incendie des grandes usines), enfin sur le terrorisme (déraillement de trains de passagers, attentats à la voiture piégée dans des sites fréquentés, assassinat de leaders religieux, politiques et militaires).

Par conséquent, la partie de la population syrienne qui pouvait avoir de la sympathie pour les groupes armés au début des événements, pensant qu’ils représentaient une alternative au régime actuel, s’en sont progressivement désolidarisés.

Sans surprise, la bataille de Damas a consisté à faire converger vers la capitale les 7 000 combattants dispersés dans le pays et des armées de mercenaires en attente dans les pays limitrophes. Des dizaines de milliers de Contras ont tenté de pénétré le pays. Ils se sont déplacés simultanément en nombreuses colonnes de pick-up, préférant traverser les déserts que prendre les autoroutes. Une partie d’entre eux a été stoppée par des bombardements aériens et a du rebrousser chemin. D’autres après s’être emparés de postes-frontière sont parvenus à la capitale. Il n’y ont pas trouvé le soutien populaire escompté. Au contraire, ce sont les habitants qui ont guidé les soldats de l’Armée nationale pour les identifier et les déloger. Au final, ils ont été contraints de battre en retraite et ont annoncé qu’à défaut de prendre Damas, ils prendraient Alep. Au demeurant, cela montre qu’ils ne sont ni des Damascènes en révolte, ni des Alepains, mais des combattants itinérants.

Infiltration de Contras via le désert près de Dera

L’impopularité des groupes armés doit être comparée avec la popularité de l’Armée régulière et des milices d’auto-défense. L’Armée nationale syrienne est une armée de conscription, c’est donc une armée populaire, et il est impensable qu’elle puisse servir à une répression politique. Depuis peu, le gouvernement a autorisé la constitution de milices de quartiers. Il a distribué des armes aux citoyens qui se sont engagés à consacrer chaque jour 2h de leur temps pour défendre leur quartier, sous encadrement militaire.

Des vessies pour des lanternes

En son temps, le président Reagan rencontra quelques difficultés pour présenter ses Contras comme des « révolutionnaires ». Il créa pour cela une structure de propagande, le Bureau de la diplomatie publique, dont il confia la direction à Otto Reich [9]. Celui-ci corrompit des journalistes dans la plupart des grands médias US et ouest-européens pour intoxiquer le public. Il lança entre autres une rumeur selon laquelle les sandinistes disposaient d’armes chimiques et risquaient de les utiliser contre leur propre peuple. Aujourd’hui la propagande est dirigée depuis la Maison-Blanche par le conseiller de sécurité nationale adjoint chargé des communications stratégiques, Ben Rhodes. Il applique les bonnes vieilles méthodes et a ressorti contre le président el-Assad la rumeur des armes chimiques.

En collaboration avec le MI6 britannique, Rhodes a réussi a imposer comme principale source d’information des agences de presse occidentales une structure fantôme : l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Les médias n’ont jamais questionné la crédibilité de cette signature, alors même que ses affirmations ont été démenties par les observateurs de la Ligue arabe et par ceux des Nations Unies. Mieux, cette structure fantôme, qui n’a ni locaux, ni personnel, ni expertise, est également devenue la source d’information des chancelleries européennes depuis que la Maison-Blanche les a convaincues de retirer leur personnel diplomatique de Syrie.


En attendant le direct, le correspondant d’Al-Jazeera Khaled Abou Saleh téléphone à sa rédaction. Il prétend que Baba Amr est bombardé et organise les bruitages. M. Abou Saleh était invité d’honneur de François Hollande à la 3e Conférence des Amis de la Syrie.

Ben Rhodes a également organisé des spectacles pour journalistes en mal d’émotions. Deux tours operators ont été mis sur pied, l’un au cabinet du Premier ministre turc Erdogan et le second au cabinet de l’ex-Premier ministre libanais Fouad Siniora. Les journalistes qui le souhaitaient étaient invités à entrer illégalement avec des passeurs en Syrie. On offrait durant des mois un voyage depuis la frontière turque dans un village témoin situé en montagne. On pouvait y réaliser des séances photos avec des « révolutionnaires » et « partager le quotidien des combattants ». Puis, pour les plus sportifs, on pouvait depuis la frontière libanaise aller visiter l’Émirat islamique de Baba Amr.

Fort étrangement, nombre de journalistes ont observé eux-mêmes d’énormes falsifications, mais ils n’en ont tiré aucune conclusion. Ainsi, un célèbre reporter-photographe a filmé les « révolutionnaires » de Baba Amr brûler des pneus pour dégager de la fumée noire et faire accroire à un bombardement du quartier. Il a diffusé ces images sur Channel4 [10], mais a continué à affirmer qu’il avait été témoin du bombardement de Baba Amr relaté par l’Observatoire syrien des Droits de l’homme.

Ou encore, le New York Times a relevé que des photos et vidéos transmises par le service de presse de l’Armée syrienne libre et montrant de valeureux combattants étaient des mises en scène [11]. Les armes de guerre étaient en réalité des répliques, des jouets pour enfants. Le quotidien a néanmoins continué à croire en l’existence d’une armée de déserteurs de près de 100 000 hommes.

Lecture d’une déclaration de l’Armée syrienne libre. Les fiers « déserteurs » sont des figurants qui portent des armes factices.

Selon un schéma classique, les journalistes préfèrent mentir que reconnaître qu’ils se sont fait manipuler. Une fois bernés, ils participent donc consciemment au développement du mensonge qu’ils ont découvert. Reste à savoir si vous, lecteurs de cet article, préférerez aussi fermer les yeux ou si vous déciderez de soutenir le peuple syrien contre l’agression des Contras.

Thierry Meyssan

Notes

[1] La place Tahrir n’est pas la plus vaste du Caire. Elle a été choisie pour des raisons de marketing, le mot Tahrir se traduisant dans les langues européennes par Liberté. Ce symbole n’a évidemment pas été choisi par les Égyptiens, car il existe plusieurs mots en arabe pour désigner la Liberté. Or, Tahrir indique la Liberté que l’on reçoit, pas celle que l’on acquiert.

[2] La presse occidentale a pris l’habitude d’orthographier le nom de M. Syda en ajoutant un « a », en « Sayda », de manière à éviter la confusion avec la maladie du même nom. Ndlr

[3] Le terme « préméditation » s’emploie normalement en droit criminel. En matière politique, le terme adéquat est « complot », mais l’auteur s’est abstenu de l’utiliser car il suscite une réaction hystérique de la part de ceux qui s’appliquent à faire croire que la politique occidentale est transparente et démocratique. Ndlr

[4] « Washington a rédigé une nouvelle constitution pour la Syrie », Réseau Voltaire, 21 juillet 2012.

[5] « Les « Amis de la Syrie » se partagent l’économie syrienne avant de l’avoir conquise », par German Foreign Policy, traduction Horizons et débats, Réseau Voltaire, 14 juin 2012.

[6] « L’Armée syrienne libre est commandée par le gouverneur militaire de Tripoli », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 décembre 2011.

[7] Pour plus de détails, lire « La Contre-révolution au Proche-Orient », par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda/Réseau Voltaire, 11 mai 2011.

[8] « L’opposition syrienne prend ses quartiers d’été à Miami », par Agence Cubaine de Nouvelles, Jean Guy Allard, Réseau Voltaire, 25 mai 2012.

[9] « Otto Reich et la contre-révolution », par Arthur Lepic, Paul Labarique, Réseau Voltaire, 14 mai 2004.

[10] « Syria’s video journalists battle to telle the ’truth’ », Channel4, 27 mars 2011.

[11] “Syrian Liberators, Bearing Toy Guns”, par C. J. Chivers, The New York Times, 14 juin 2012.

Depuis 17 mois la Syrie vit sous la menace des mensonges de la presse internationale. Revenons sur l’un de ses anciens mensonges pour mettre à nu ses mensonges d’aujourd’hui au sujet de la prétendue menace de l’arme chimique…

 Voici une vidéo datant de juillet 2011 qui parle d’elle-même et est toujours d’actualité. Il s’agit d’une vidéo, diffusée par les militants de prétendues ONG des droits de l’homme, censée faire croire qu’il y avait dans les rues de la ville de Hama un demi-million d’opposants anti el-Assad alors qu’ils n’étaient en vérité que dix ou quinze mille. ll convient de souligner que cette vidéo a été diffusée par les médias occidentaux comme étant un document véridique.

 Voici une vidéo datant de juillet 2011 qui remet les pendules à l’heure ; elle contredit ce qu’affirme la machine à multiplier les mensonges de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et autres organismes de propagande associés.

Voici comment les quotidiens parisiens de l’establishment - Le Monde, Le Figaro, Libération pour ne citer qu’eux – participent d’une vaste manipulation au sujet de la crise syrienne ; comment une petite manifestation de dix ou quinze mille personnes a été transformée en une manifestation « monstre » d’un demi-million ou de plus d’un million [dans une ville d’un demi-million d’habitants en tout et pour tout].

 Le 22 juillet 2011 le quotidien Le Monde dans un article intitulé : « Syrie : 1,2 million de manifestants à Hama et Deir Ezzor » écrit : « Comme chaque vendredi depuis le début de la révolte, mi-mars, les Syriens étaient appelés à manifester à la sortie des mosquées, après la prière hebdomadaire. Selon Rami Abdel Rahmane, chef de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), plus de 1,2 million de personnes ont répondu à l’appel à Hama et à Deir Ezzor, près de la frontière irakienne, mais huit civils ont été tués dans la dispersion de rassemblements (…) A Deir Ezzor, ils étaient plus de cinq cent cinquante mille à la fin de la manifestation, et à Hama, ils étaient plus de six cent cinquante mille”, a-t-il assuré, précisant que les forces de sécurité étaient absentes dans ces deux villes. »
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/07/22/les-forces-de-securite-syriennes-isolent-un-quartier-de-damas_1551574_3218.html

 Le 8 juillet 2011 le quotidien Le Figaro dans un article signé Georges Malbrunot et Caroline Bruneau intitulé : « Syrie : un demi-million de personnes manifestent à Hama » il est écrit : « Pour la deuxième semaine consécutive, près d’un demi-million de personnes sont descendues manifester vendredi sur la place al-Assi, selon les militants des droits de l’homme. (…) Vendredi dernier déjà, 500.000 manifestants s’étaient réunis au centre-ville »
http://www.lefigaro.fr/international/2011/07/08/01003-20110708ARTFIG00518-syrie-un-demi-million-de-personnes-manifestent-a-hama.php

 Le 8 juillet le quotidien Libération dans un article intitulé : « Syrie : nouvelle manifestation monstre à Hama, assiégé par l’armée » écrit : « Plus de 150.000 personnes défilent sur la place al-Assi en affirmant le refus du dialogue avec le pouvoir et en appelant à la chute du régime », a d’abord indiqué le chef de l’OSDH Rami Abdel-Rahmane. Une estimation revue à la hausse quelques minutes plus tard : ils étaient en fait quelque 450.000, selon Abdel Karim Rihaoui, chef de la Ligue syrienne des droits de l’Homme. Vendredi dernier, des militants affirment qu’ils étaient un demi-million. »
http://www.liberation.fr/monde/01012347922-syrie-nouvelle-manifestation-monstre-a-hama-assiege-par-l-armee

Conclusion

Qui peut encore acheter, lire, sans se révolter, des journaux qui mentent à ce point ?

ll convient de rappeler que l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui est apparu dès le début de la révolte syrienne comme la principale source d’information sur la Syrie, n’est pas un organisme indépendant. C’est une émanation des Frères musulmans qui n’offre aucune garantie d’impartialité. OSDH raconte n’importe quoi ; construit des bilans statistiques truqués des victimes de la violence en disant s’appuyer sur les données de militants présents sur les lieux.

Malgré le fait que les « rapports » quotidiens de l’OSDH sont totalement fantaisistes ils sont systématiquement repris, depuis 17 mois, in extenso, par toutes les rédactions sans qu’aucun journaliste ne s’interroge quant à leur fiabilité.

Silvia Cattori

Suite au troisième double véto opposé par la Russie et la Chine à l’adoption par le Conseil de sécurité d’une résolution ouvrant la voie à une intervention militaire prétendument  humanitaire en Syrie, les USA  et la Grande Bretagne ont annoncé leur intention de désormais agir « en dehors » du cadre des Nations Unies ; ce qui  n’a surpris ni les initiés, ni les dupes. Les premiers ayant tiré les leçons du passé ; les seconds restant convaincus du bien fondé de la fameuse « Responsabilité de Protéger » qui, curieusement, incomberait à ceux qui déclarent sans vergogne vouloir agir hors de la légalité internationale !? Tous les autres sont bombardés par  la logorrhée de politiciens et de journalistes inféodés qui ne savent plus quoi inventer pour donner l’illusion de la victoire d’une opposition extérieure dite syrienne, mais qui n’est rien d’autre qu’une force armée et hétéroclite destinée à faire plier un peuple qui a décidé de rester debout malgré le prix exorbitant qu’il continue à payer, jour après jour, et depuis bientôt dix sept mois . Où va ce peuple et qu’est-ce qui l’attend qu’il ne sait déjà ? [NdT].          

 

Au bout de 16 mois d’une agression en plusieurs étapes qui se sont toutes soldées par l’échec, les USA se sont tournés vers un énième  plan censé être l’ultime flèche empoisonnée et la solution radicale qui compenserait leurs pertes en Syrie ; un plan qui, selon Mme Clinton, serait une « catastrophe » qui détruirait ce pays avant de s’étendre à toute sa région ; un plan qui nous paraît clairement basé sur les éléments suivants :

1. Distiller un « catastrophisme ambiant » qui prépare l’opinion publique syrienne et internationale à une opération qui vise et veut  la chute du Président syrien. Ce qui explique la campagne médiatique sans précédent faite d’élucubrations et de mensonges pour faire croire que la Syrie est au bord du gouffre et que son effondrement sera comparable à celui  « d’un volcan ou d’un tremblement de terre », de telle sorte que tous ses défenseurs s’effondrent à leur tour, perdent espoir, et abandonnent l’idée même d’une confrontation défensive.

2. Frapper la cellule de gestion de crise pour créer un vide hiérarchique qui puisse perturber toute l’organisation du commandement et installer la confusion parmi les forces militaires et les forces de sécurité, privant l’Etat syrien de son bras armé et ouvrant la voie aux terroristes qui pourraient se propager et faire main basse sur les installations étatiques sensibles, aussi bien aux frontières qu’à l’intérieur du pays.

3. Mettre à exécution une attaque foudroyante sur Damas par des milliers de rebelles  armés qui se dirigeraient au même moment dans toutes les directions, les rues et les quartiers, paralysant la vie et terrorisant les civils qui ont bien mérité d’être punis pour avoir refusé de participer à l’agression US contre leur pays ! Ce qui signifierait que  l’État ​syrien aurait perdu le contrôle de sa capitale et « obligerait son Président à quitter Damas »…

4. Réaliser un scénario de défaite « virtuelle » des autorités syriennes par une opération médiatique de grande envergure affirmant  la « chute de la capitale et la fuite du gouvernement », sur la foi de montages montrant les rues et places du pays bondées par des citoyens syriens sortis acclamer « le succès de La Révolution et la victoire de l’Opposition » ; montages finalisés dans une officine qatari reproduisant les places, les bâtiments publics, centres gouvernementaux… D’ailleurs, une chaîne de télévision utilisant indûment le logo d’une chaine syrienne est déjà lancée et prête à diffuser  ces prétendus succès selon une mise en scène semblable à ce qui s’est passé à Tripoli en Libye, où des photos et des films trafiqués du centre de  commandement de feu kadhafi ont envahis les écrans 3 jours  avant sa chute réelle… Le tout couplé à une censure jusqu’à étouffement des médias syriens au moment où le virtuel prendra le pas sur le réel ! C’est pour ces raisons que la chaîne syrienne privée Addounia.tv a été condamnée au silence par l’intermédiaire des satellites arabes [Arabsat et Nilesat], et que des journalistes et  présentateurs de la Télévision syrienne ont été enlevés ; le moment venu, ils auraient crédibilisé la fraude après avoir été forcés de travailler pour des chaines d’identité usurpée.

 

5. Faire adopter par le Conseil de sécurité une résolution du Chapitre VII [de la Charte des Nations Unies] qui ouvrirait la voie à un déploiement de militaires étrangers sur le sol syrien sous prétexte de prévenir le risque de diffusion « d’armes chimiques » dans la région, alors qu’en réalité leur mission consisterait à achever la destruction de la structure étatique et à dissoudre l’armée comme ce fut le cas en Irak !

Tel est donc le plan des «flèches empoisonnées US » sur lequel les États-Unis ont misé pour abattre « la catastrophe » sur la Syrie et la détruire comme ils ont détruit la Libye, l’Irak et L’OLP [autrement dit les pays du front de refus des accords de Camp David], et comme ils ont essayé de détruire la Résistance au Liban et l’État en Iran, mais sans succès… Alors, les voilà arrivés au troisième round de leur agression programmée contre l’Axe de La Résistance : la Syrie ! Mais, là aussi, il semble bien qu’ils aient mal calculé leur coup, malgré quelques percées efficaces. En effet, nous constatons :

  

1. L’échec du « catastrophisme ambiant » en raison de plusieurs facteurs dont les plus importants sont le haut niveau de résistance psychologique des syriens en général et des damascènes en particulier, et l’effort considérable des médias des secteurs officiel et privé associé à la mise en défaut des médias US et dérivés et à la certitude que les médias ennemis ne faisaient que diffuser leurs rêves et désirs sans jamais parler des faits réels.

2. La capacité de l’État à absorber le choc de l’«assassinat groupé de personnalités essentielles à la cellule de gestion de crise ».  Bien que le coup ait été dur et d’une extrême dangerosité – avec le décès du ministre de la Défense et de son vice-président plus celui du chef de la Sécurité nationale et de l’adjoint du vice-président de la République – les institutions étatiques ont vite fait de dominer la situation et de nommer des successeurs  de la même trempe que les disparus.

  

3. La capacité de l’Armée à contenir l’attaque menée par des milliers de mercenaires armés sur plus de neuf quartiers de Damas, suivie d’une contre-offensive magnifiquement adaptée aux exigences de la situation ; ce qui lui a permis d’écraser les attaquants, de nettoyer les quartiers l’un après l’autre, et de garder la capitale sous contrôle de l’Etat sans laisser à l’agresseur le temps de tirer les bénéfices attendus de ses opérations terroristes, d’autant plus que les images diffusées de terroristes syriens ou étrangers abattus lui ont signifié un message très clair : « l’attaque a échoué » … malgré le prix exorbitant qu’il a fallu payer !

4. L’échec de la « chute virtuelle de l’État » imaginée par les médias et leurs donneurs d’ordre parce que, le plan ayant été découvert, des précautions avaient été prises avant même qu’il ne soit mis en œuvre, ce qui implique que les maquettes, les vedettes et les décors fabriqués au Qatar sont jusqu’ici restés dans leurs entrepôts !

5. L’échec réitéré des tentatives d’adoption de la résolution souhaitée en vertu du Chapitre VII, et donc le rejet d’une intervention militaire en Syrie couverte par le Conseil de sécurité ; ce qui a fait que les USA ont publiquement menacé d’agir en dehors de ce conseil et de poursuivre leur agression.

C’est donc en toute logique que nous pouvons dire que la volée de flèches US s’est fracassée sur le rocher de la citadelle damascène, et à partir de là imaginer quelle sera la politique des USA dans les mois à venir. En résumé, nous devons nous attendre à ce qui suit :

  

1. Ils persisteront dans leur refus de toute solution politique et empêcheront le succès du plan Annan ainsi que l’application sur le terrain des décisions de la Conférence de Genève, au moins jusqu’aux élections américaines de Novembre 2012.

2. Ils essaieront d’élargir la confrontation à la frontière Nord de la Syrie pour accroître la pression et augmenter le flux d’entrée de terroristes non syriens pour compenser les lourdes pertes subies par ces derniers.

3. Ils continueront à agiter la menace de se passer du Conseil de sécurité, menace qui suggère qu’ils se préparent à travailler sur plusieurs plans à la fois :

3.1. Sur les plans politique et économique à travers encore plus de  pressions du type expulsion des ambassadeurs ou autre… et plus de sanctions, qui viendront s’ajouter aux soixante paquets de sanctions actuellement en vigueur.

3.2. Sur le plan militaire non conventionnel à travers l’escalade, le soutien et la propagation des opérations terroristes vers toutes les régions du pays dans le but d’accréditer la rumeur d’un gouvernement qui ne contrôlerait plus  le terrain.

3.3. Sur le plan du renseignement et de la sécurité à travers le ciblage du plus grand nombre de personnalités clefs comme ils l’ont déjà fait ; la nomination de Bandar ben Sultan au poste de directeur du Renseignement saoudien est un message clair en ce sens.
 

3.4. Sur le plan militaire conventionnel à travers les préparatifs d’une  intervention militaire le moment venu, bien qu’une telle éventualité demeure peu probable.

Mais… quoi qu’il en soit… nous pensons que le front syrien continuera ses opérations défensives à tous les niveaux. Il s’est préparé à toute éventualité et reste confiant en ses possibilités de déjouer les plans du futur comme ce fut le cas pour les plans du passé, d’autant plus que l’agresseur est coincé par le temps malgré tous les moyens et capacités dont il dispose !

Dr Amin Hoteit

23/07/2012

Article original : Al-thawra

http://thawra.alwehda.gov.sy/_kuttab.asp?FileName=40772296120120723005059 

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

Enfin –après avoir été victimes pendant plus de deux siècles de guerres, invasions et coups d’état de la part des Etats-Unis- les peuples d’Asie, Afrique et Amérique latine ont décidé qu’il est temps d’en finir. L’idée géniale a été celle d’adopter les mêmes méthodes que celles de Washington, mais pour une juste cause. On a ainsi constitué un Groupe d’action pour les Etats-Unis qui, grâce à des réunions d’experts, a élaboré le plan, dénommé « stratégie du Grand Occident ». L’intervention a été motivée ainsi :  aux USA est au pouvoir depuis plus de deux siècles le même président qui, en se personnifiant d’une fois sur l’autre en un homme politique républicain ou démocrate, représente les mêmes intérêts de l’élite dominante. La Communauté internationale doit donc agir pour mettre fin à ce régime dictatorial. Se préparant à déposer le président Obama, une commission de dissidents a écrit une nouvelle Constitution des Etats unis d’Amérique, qui garantit une réelle démocratie à l’intérieur et une politique extérieure respectueuse des droits des autres peuples. En même temps (avec l’aide de consultants experts cubains, irakiens et libyens) le Groupe d’action a imposé un embargo de fer aux Etats-Unis, congelant tous les capitaux étasuniens et fermant toutes les activités des multinationales étasuniennes à l’étranger, y compris les fast food McDonald’s et les distributeurs de Coca-Cola. A la suite du blocage des spéculations financières et de l’exploitation de la main d’œuvre et des matières premières d’Asie, Afrique et Amérique latine, Wall Street s’est effondrée et l’économie étasunienne a coulé dans la crise. Le Mexique a été obligé d’ériger une barrière métallique le long de la frontière, surveillée par des véhicules et hélicoptères armés, pour empêcher que des clandestins étasuniens n’entrent dans son territoire à la recherche de travail.

A ces mesures s’en sont jointes d’autres, militaires, pour frapper à l’intérieur selon la stratégie de la « guerre non conventionnelle ». En Amérique latine des camps militaires se sont constitués, dans lesquels sont entraînés et armés des rebelles étasuniens : il s’agit surtout de natives américains, descendants des populations exterminées par les colonisateurs, et d’afro-américains, descendants des esclaves dont l’exploitation (même après l’abolition de l’esclavage) a permis aux élites dominantes de construire de colossales fortunes. Sous la bannière de l’ « Armée américaine libre », les rebelles reviennent aux Etats-Unis. En même temps sont infiltrées des forces spéciales africaines, latino-américaines et asiatiques, dont les commandos (choisis parmi ceux qui maîtrisent la langue) peuvent être confondus avec des rebelles étasuniens. Ils sont dotés d’armement et de systèmes de communication sophistiqués, qui leur permettent d’effectuer des attaques et sabotages effroyables. Ils disposent en outre de grosses quantités de dollars pour corrompre des fonctionnaires et des militaires. Comme le noyau dur de la Présidence, formé par les chefs du Pentagone et de l’appareil militaro-industriel, continue à se battre, le groupe d’action a rédigé une « kill list » des éléments les plus dangereux, qui sont éliminés par des agents secrets ou par des drones killers.

Déjà la bataille fait rage dans les rues de Washington et on dit que le président Obama est prêt à s’enfuir. Londres et Paris de plus en plus préoccupés : ils savent qu’ils sont les prochains objectifs de la stratégie du Grand Occident.

Edition de mardi 24 juillet 2012 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120724/manip2pg/14/manip2pz/326279/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Pour une version non onirique de la stratégie mise au point par le Groupe de travail « The Day After. Supporting a democratic transition in Syria », on lira l’analyse documentée de Thierry Meyssan :

 « Qui se bat en Syrie ?

Alors que la presse occidentale présente l’Armée syrienne libre comme une organisation révolutionnaire armée, Thierry Meyssan affirme depuis plus d’un an qu’il s’agit au contraire d’une formation contre-révolutionnaire. Selon lui, elle serait progressivement passée des mains des monarchies réactionnaires du Golfe à celle de la Turquie, agissant pour l’OTAN. Une telle affirmation à contre-courant requiert une démonstration argumentée…

Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 23 juillet 2012
http://www.voltairenet.org/Qui-se-bat-en-Syrie,175109

   

Lettre d’une citoyenne syrienne à la journaliste suisse Silvia Cattori

Les tournants historiques nous mettent à l’épreuve, nous sommes à un tournant historique : aujourd’hui les rétrogrades arabes se sont déclarés du côté du plan occidentalo-sioniste, associés et exécutants en finances, en armes et en visées politiques.

Pour la population arabe, il est apparu que les libertés, la justice sociale et le droit aux ressources nationales ne sont pas des cadeaux coloniaux de l’extérieur, mais sont liés à la souveraineté nationale.

Sur le plan international, il est apparu que les Etats-Unis et leurs valets occidentaux ne sont plus la seule puissance.

Voilà la signification du double veto posé pour la troisième fois au Conseil de sécurité.

L’optimisme ou le pessimisme ne peuvent donc pas se fonder sur les mensonges et sur l’agitation des États occidentaux et des monarchies du Golfe, ni sur l’assassinat des dirigeants de l’armée syrienne, mais sur la base d’une vérité énoncée par Sayed Hassan Nasrallah : durant la dernière décennie, celle de Bachar el-Assad, la Syrie a changé sa stratégie militaire, elle est passée de l’ère des chars à l’ère des missiles, et elle s’est mise à les fabriquer (1).

Elle est devenue une force militaire qui compense l’équilibre perdu face à Israël, en s’appuyant :

 sur les traditions syriennes qui considèrent que le conflit central dans la région est un conflit arabo-israélo occidental ; conflits et traditions qui ont tissé des alliances internes et externes sur ce principe, et ont, mesuré les politiciens à cette aune.
 sur la société syrienne dans laquelle les confessions et les ethnies s’entremêlent, dans un projet national.

La Syrie n’a pas acheté son appellation « le cœur battant de l’arabité » ; elle l’a payé chèrement au prix du sang et des sacrifices de générations entières. Le sang et les sacrifices des martyrs de la révolution en Palestine en 1936, des martyrs de la défense de la Palestine en 1947, des dix mille martyrs pour la protection du Liban lors de l’invasion israélienne. Personne ne pourra dissimuler que la raison de l’actuelle guerre mondiale impérialiste contre la Syrie est due à son opposition au sionisme et à Israël (qui a annexé et occupe une partie du Golan syrien). Ce ne sont pas des paroles de politiciens celles-ci ; c’est ce que répètent les femmes, les hommes et les jeunes dans la rue syrienne à tous les journalistes.

Lorsque le pôle unique dépeçait le monde allègrement, et y vagabondait sauvagement, la résistance libanaise en l’an 2000 a vaincu Israël, elle l’a vaincu aussi en 2006. Mais la Syrie bénéficie aujourd’hui du changement dans l’équilibre mondial : la chance d’être à un tournant historique qui impose de reconnaître que le pôle unique ne décide plus du destin d’un pays membre des Nations Unies.

La transition de l’ère de la souveraineté nationale à celle de l’ingérence au nom de la guerre humanitaire, dont a parlé Kissinger, et que Jean Bricmont (2) a clarifié dans son intervention à l’Unesco, n’est plus un argument valable.

Car la nouvelle force, qui représente des peuples et des Etats de grandes civilisations, se dresse avec un grand potentiel humain et économique contre ce principe impérialiste, le principe de l’ère du pôle unique ! Nous sommes dans une bataille difficile et dure, mais cette bataille est également une épreuve pour le monde, qui démasque la scélératesse des dirigeants occidentaux, leur sauvagerie à sacrifier les peuples et la morale pour voler le pétrole et le gaz.

Elle démasque aussi les médias occidentaux qui ont trahi leurs principes fondateurs : dévoiler la vérité à leurs peuples ! Ces médias, à présent, sont devenus ceux qui falsifient la vérité et induisent en erreur les peuples les conduisant à des guerres que mènent leurs dirigeants impérialistes. Pour nous, c’est une guerre de défense nationale ; nous soutenons l’armée syrienne pour repousser un assaut sauvage utilisant des mercenaires. Nous ne voyons pas du tout les mercenaires tels qu’ils sont représentés par les médias occidentaux ; ils ne sont ni une armée, ni libres ; ce sont des gangs. Nous voyons leurs crimes, leurs aveux, leurs signatures avec le sang des victimes ; nous voyons les destructions qu’ils laissent sur leur passage.

Les caméramans sont entrés dans le quartier de Midane encore fumant ; nous avons vu les destructions que les mercenaires ont commises, les armes qu’ils ont stockées dans les maisons des gens, les voitures qu’ils ont volées, les camions sur lesquels ils ont installé leurs canons, à la manière des mercenaires libyens. Nous avons vu que ce ne sont pas des habitants du quartier de Midane, connu pour son passé patriotique, mais que ce sont des mercenaires libyens, égyptiens, irakiens et tunisiens, infiltrés dans le quartier, ayant établi des cellules d’opérations, comme celle démantelée à Al-Mezzé. (3)

Des mercenaires semblables à des chiens dressés que leurs maîtres lâchent pour attaquer des civils ; comme le chien que les Israéliens avaient lâché sur une femme palestinienne, que la camera a montré, à l’époque où les reporters occidentaux s’intéressaient à la Palestine et aux vraies luttes. A l’époque où en Occident il se trouvait quelqu’un pour écrire et chanter « le déserteur » (4)

Dans cette bataille nous ne défendons pas seulement notre souveraineté nationale, mais le droit de choisir nos institutions, nos chefs, et notre mode de vie, notre cohésion sociale où s’entremêlent les religions et les confessions. Aujourd’hui lors des obsèques du chef des armées, le général Rajha, j’ai découvert, à l’église, qu’il était chrétien. Comment pourrions-nous nous défaire de cette unité nationale qui s’appuie sur la compétence et non sur l’appartenance religieuse, et opter pour ce que désire Clinton : un régime dirigé par des Frères musulmans ? Jamais !

Je répète ce qu’a dit la tante de l’enfant martyr Saoud, (chrétien aussi) (5) : FACHAROU ! (intraduisible, signifiant : ils peuvent rêver, jamais de la vie !)

Dans cette lutte la défaite est impossible, car c’est une bataille de tournant historique où il est indispensable de supprimer la domination unipolaire ; c’est donc une lutte pour la défense de la démocratie sur le plan international, le droit à l’altérité (d’avis et de vision). Cette bataille est celle du retour au droit international, pour limiter les institutions internationales dans leur exploitation de la fabrication des tragédies des peuples, de leur mise sous embargo, et de l’assassinat de leurs enfants !

Une bataille morale qui démasque le mensonge politique impérialiste et la soumission des médias mondiaux officiels.

Cette bataille démontre également la conscience éclatante qui défend les traditions démocratiques européennes, en soutenant le peuple syrien et en démasquant le mensonge médiatique impérialiste officiel.

C’est pourquoi cette bataille est difficile. Heureusement pour les Syriens, ils sont du côté moral de ce tournant historique.

Exemples des mensonges médiatiques de ce jour uniquement : « Des milliers de Syriens fuient vers le Liban », « La Russie ne s’oppose pas au départ d’el-Assad », « Asma el-Assad est à Moscou », « La Russie ne livre pas les hélicoptères à la Syrie suite aux circonstances actuelles ».Rien de véridique dans toutes ces informations !

Les Syriens partent comme chaque week-end au Liban, la Russie respecte ses contrats de livraisons d’armes, Al Assad est au palais présidentiel, et les Syriens respectent les consignes qui ont été données : restez chez vous ces quelques jours, pour ne pas être la cible des fous armés, ni être victime d’une poursuite. En outre, il fait plus de quarante degrés, et cela n’incite pas à sortir.

J’ai pleuré aujourd’hui en regardant les obsèques des dirigeants de l’armée syrienne.

De quelle bassesse font preuve ceux qui célèbrent leur assassinat, et quelle courte vue !

La colère exacerbe notre détermination et ranime notre courage. Je me souviens d’avoir veillé des nuits entières durant le siège de Beyrouth dans les années 80 du siècle dernier ; j’étais triste de la tristesse du vaincu. Je me souviens avoir veillé des nuits entières durant la guerre de juillet (2006), inquiète pour le Liban ; et aujourd’hui je contemple la décadence de ceux qui souhaitent la chute de la Syrie et de ceux qui ont embauché des mercenaires, des assassins et des rétrogrades.

J’observe cela avec le calme de celui qui est sûr que la Syrie ne succombera pas.

Madame la journaliste Silvia CATTORI, en vous lisant je comprends votre inquiétude pour le peuple de Syrie mais je vous assure : Damas ne tombera pas ! La Syrie ne tombera pas !

Pas le droit à la défaite dans cette bataille-là ! Pas le droit non seulement pour nous, mais pour ce que représente Mme CATTORI comme journaliste occidentale respectant la vérité et refusant le dévoiement des médias dans le mensonge. Pour tous les journalistes et penseurs occidentaux qui se battent pour rechercher la vérité, et qui se rangent de son côté.

Fayrouz
Damas, le 21 juillet 2012.

Notes

1) Un ingénieur syrien spécialiste des missiles Zghabi, assassiné le 21 juillet 2012 dans sa voiture avec sa famille.
2) Intervention de Jean Bricmont à l’UNESCO
Voir : http://www.silviacattori.net/article3336.html
3) Cellule démantelée :
Voir : http://www.silviacattori.net/article2992.html
4) Le déserteur, de Boris Vian.
5) Un des premiers enfants assassinés par les gangs a Homs, filmé par eux pour en faire porter la responsabilité au gouvernement syrien ; sa mère et sa tante sont parues publiquement pour démentir la version d’al-jazeera.

«Le progrès technique est comme une hache qu’on aurait mis dans les mains d’un psychopathe.»  Albert Einstein

Les matières premières ont toujours déterminé le développement des sociétés développées. Qu’elles soient alimentaires ou énergétiques, elles sont l’objet de… convoitises de la part des États pour leur exploitation. Si les conflits pour le contrôle des gisements et des ressources prennent rarement la forme d’affrontements armés, on parle toutefois aujourd’hui de «guerres commerciales». Un combat inégal a lieu, d’un côté les importateurs obnubilés par la sécurisation de leur approvisionnement pris dans l’ébriété énergétique, de l’autre, les exportateurs généralement des pays rentiers qui s’attachent à protéger leurs gisements pour en limiter le pillage sans pour autant mettre en place des stratégies de conservation pour les générations futures. C’est le drame des pays rentiers arabes de l’Opep installés dans les temps morts. Cette compétition pour les matières premières a lieu aussi, entre les pays développés. «C’est une guerre sans mort» comme l’écrit François Mitterrand l’ancien président français.

Depuis le début des années 2000, une révolution énergétique silencieuse a lieu,et donne lieu à un bouleversement total de la scène énergétique mondiale. Cette révolution a été menée par les Etats-Unis à la fois sous l’Administration Bush et Obama. C’est avant tout une révolution scientifique avec les nouvelles techniques de prospection et de forage boostées par des prix élevés du baril, qui au lieu de rendre exploitables les énergies renouvelables, a profité aux énergies fossiles. Dans le futur, la consommation connaîtra par contre un boom de plus en plus important pour les pays émergents qui consommaient moins de 10 millions de barils /jour en 1985 et qui ont consommé en 2011 près de 28 millions de barils /jour. Les Etats-Unis sont passés pendant la même période, de 16 à 19 millions de barils avec une pointe vers l’an 2005 à 21 millions de barils (dépendance 60%). En 2011, la production était de 10 millions de barils pour des importations de 9 millions de barils (45%). On prévoit qu’en 2022, la production grimperait à 12 millions de barils pour une consommation constante de 19 millions de barils (dépendance de 38%). L’Europe est passée de 14,5 à 15 pendant la même période avec une pointe à 16,5 millions de barils vers 2005. L’Europe suit le mouvement dans une cacophonie et il n’y a pas de signe d’une transition énergétique. (1)

La dépendance énergétique des Etats-Unis appartient au passé

C’est donc un bouleversement majeur, presque passé inaperçu, qui pourrait pourtant changer considérablement la politique internationale de la première puissance économique et militaire de la planète. Les Etats-Unis sont de moins en moins dépendants de l’énergie, et surtout du pétrole, importé de l’étranger. Comme le décrit le New York Times dans une longue enquête: «Dans tout le pays, l’industrie pétrolière et gazière augmente fortement sa production après deux décennies de déclin. Utilisant de nouvelles technologies et encouragée par l’envolée des prix du pétrole depuis le milieu des années 2000, l’industrie extrait des millions de barils de plus par semaine depuis les eaux les plus profondes du golfe du Mexique aux prairies du Dakota du Nord.» Et dans le même temps, les Américains consomment de moins en moins de pétrole (9% de moins qu’en 2007), ce qui est lié à la fois à la crise économique des dernières années, à la forte hausse des prix des carburants et au fait que les Américains commencent à échanger leurs 4X4 contre des voitures plus petites et beaucoup plus économes.» (2)

«Entre une augmentation de la production et une baisse de la consommation, les Etats-Unis se retrouvent aujourd’hui sur la voie d’un rêve évoqué par Richard Nixon lors des chocs pétroliers des années 1970, redevenir indépendant sur le plan énergétique. En 2011, les Etats-Unis n’ont plus importé que 45% des carburants liquides qu’ils ont utilisés contre 60% en 2005 et ce recul des importations s’accélère. Le pays est devenu un exportateur net de produits raffinés et notamment d’essence pour la première fois depuis les années 1940! L’industrie américaine du gaz, qui il y a dix ans craignait de ne plus être capable de satisfaire la demande intérieure, produit aujourd’hui en telle quantité, notamment des gaz de schiste, qu’elle transforme à toute vitesse ses infrastructures pour pouvoir exporter vers l’Europe et l’Asie et non plus importer du gaz. «Comment cela est-il possible? Parce que sous l’impulsion de George Bush et aussi sous l’administration Obama, le gouvernement américain a décidé de soutenir par tous les moyens l’industrie pétrolière et gazière en permettant l’exploitation et la recherche de façon intensive.(…) Ces bouleversements, s’ils se prolongent, auront des conséquences considérables sur l’économie et la politique internationale des Etats-Unis. Washington, conscient de sa dépendance à l’égard du pétrole importé, notamment du Moyen-Orient, n’a eu de cesse au cours des dernières décennies de protéger avant tout diplomatiquement et militairement ses approvisionnements. (2).

L’apport décisif des nouvelles technologies

C’est un fait que la technologie a permis de reculer les limites des réserves. «Grâce, écrit Jim Wilson, aux technologies nouvelles et stimulées par la hausse des prix du pétrole depuis le milieu des années 2000, l’industrie pétrolière extrait des millions de barils de plus par semaine, à partir des eaux les plus profondes du golfe du Mexique vers les prairies du Dakota du Nord. Dans le même temps, les Américains consomment de moins en moins d’essence, en partie à cause de la récession et des prix élevés de l’essence Mais les tendances nationales sont indéniables. Non seulement les États-Unis ont réduit les importations de pétrole provenant des membres de l’Opep de 20 pour cent ces trois dernières années, de plus ils sont devenus un exportateur net de produits pétroliers raffinés comme l’essence pour la première fois depuis la présidence Truman. Tout comme l’augmentation de la production a été largement tirée par les prix du pétrole, la tendance pourrait s’inverser si l’économie mondiale devait ralentir. Même si, une grande partie de l’industrie est ravie par les perspectives.» (3)

«La fracturation est devenue poursuit l’auteur, le moyen privilégié d’extraction. Connue dans les années 1980 et 1990, les foreurs de gaz naturel ont commencé à combiner la haute pression avec la fracturation des puits de forage à l’horizontale, et pas seulement à la verticale. Ils ont pu extraire le gaz à partir des couches de schiste. De plus, les progrès technologiques ont permis les forages en eau profonde comme dans le golfe du Mexique. Les techniques nouvelles en imageries et la technologie sismique ont permis de prévoir l’emplacement et la taille des réservoirs une fois obscurcis par d’épaisses couches de sel. De plus, de nouveaux alliages «superstrong» ont été développés pour résister aux températures chaudes et hautes pressions profondes sous les fonds marins. «Notre dépendance au pétrole étranger est en baisse en raison des politiques mises en place par notre administration, mais aussi l’administration de notre prédécesseur,» a déclaré M.Obama lors d’une apparition de campagne en mars, «nous allons avoir une révolution», a déclaré Steven G. Farris, directeur général d’Apache Corporation, l’un des producteurs les plus actifs du bassin. «Et nous ne faisons que gratter la surface.» Les programmes informatiques de simulation ont permis de minimiser les essais et les erreurs. Fibres optiques avancées permettent aux ingénieurs et aux géologues installés au siège à plus de 300 miles, de suivre les progrès et à distance de diriger le forage. Des microphones sous-marins aident à identifier les fissures dans la roche afin de planifier les forages subséquents.» (3)

Que reste-t-il de l’Opep?

Les convulsions énergétiques du marché énergétique international ont traversé plusieurs époques. Il est incontestable que l’âge d’or de l’Opep a correspondu avec la première remise en cause de l’ordre des sept soeurs qui fixaient les prix du pétrole, répartissaient les marchés, évitaient d’être en compétition les unes avec les autres depuis l’accord d’Achnacchary et de la Red Line dans les années trente. Le baril, à la veille de la réunion des pays de l’Opep en novembre 1973, coûtait moins de 2 dollars. Le réajustement du prix – considéré dans la doxa occidentale comme un choc – permettant de rattraper l’inflation généré par le flottement du dollar depuis le 15 aout 1971, le prix bondit jusqu’à 11$. L’Algérien Belaïd Abdesselam et le Saoudien Zaki Yamani, les deux ministres les plus influents de l’Opep, furent reçus dans les capitales occidentales pour rassurer.

En novembre 1974, Kissinger, en créant l’AIE (l’Agence Internationale de l’énergie), comme un outil visant à détruire l’influence de l’Opep, a répondu aux voeux de son concepteur qui avait prédit ou plutôt décidé: «Dans dix ans, il n’y aura plus d’Opep.» C’est un fait que depuis le début des années 1980, juste après que les pays occidentaux soient «choqués» pour la deuxième fois par un réajustement du prix du pétrole dans le sillage de la révolution iranienne, l’Opep n’a plus rien repris de la main. Deux événements majeurs l’expliquent: l’émergence du hors Opep, notamment avec les gisements de la mer du Nord, boosté par un prix du pétrole qui a rendu compétitifs ces gisements. La compétition pour des parts de marché lancée par l’Arabie Saoudite contre le Royaume-Uni de Margaret Thatcher. Résultat des courses: les prix baissent jusqu’à moins de 10 dollars ruinant des petits pays comme l’Algérie et annonçant l’endettement, prélude des événements de 1988. L’Opep perdit son marker crude: «L’Arabian Light» au profit d’un pétrole, le Brent qui sert actuellement de référence pour la zone Europe.

Depuis, l’Opep qui ne décide plus de rien, suit les instructions prévisionnelles de l’AIE et répartit la demande en jouant au cartel avec toujours les pays du Golfe chargés d’appliquer la politique américaine. Avec les nouvelles technologies d’extraction, le Moyen-Orient est en train de perdre la main dans le secteur de la production de pétrole et de gaz.  Une contribution entousiaste décrit un destin de rêve à l’Amérique. Nous lisons : « L’Amérique du Nord va redevenir le centre du monde pour les hydrocarbures. Depuis un demi-siècle, le Moyen-Orient est le centre de gravité mondial de la fourniture d’énergie. D’ici les années 2020, la capitale de l’énergie sera sans doute revenue dans l’hémisphère Ouest, Les raisons de ce déplacement sont en partie technologiques et en partie politiques. Les géologues savent depuis longtemps que les États-Unis regorgent d’hydrocarbures prisonniers de gisements offshores difficiles d’accès, de schiste, de sable bitumineux et de formations de brut lourd. Les États-Unis comptent plus de 2000 milliards de barils de pétrole non conventionnel, le Canada 2 400 milliards et l’Amérique du Sud plus de 2 000 milliards, à comparer avec les ressources de pétrole conventionnel du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord qui se montent à 1 200 milliards de barils ». (5)

« La production du gaz de schiste aux États-Unis est passée de quasiment rien à 15-20% de la production de gaz naturel américain en moins de dix ans. D’ici 2040, elle pourrait en représenter plus de la moitié. On est bien loin du pic de production pétrolier! Le fameux peak oil. Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, balayés par de récentes révolutions, seront bientôt confrontés à une vérité dérangeante sur leur propre héritage en énergies fossiles (…) Le Printemps arabe tend à compliquer davantage la situation: le boom des Amériques devrait faire réfléchir les autocrates qui restent au Moyen-Orient: il signifie qu’ils ne pourront pas toujours compter sur une perpétuelle augmentation des cours du pétrole pour calmer les populations. Ce nouvel ordre géopolitique dicté par les hydrocarbures est déjà en train de se mettre en place.» (4) On connaissait déjà les risques environnementaux de l’exploitation du gaz de schiste, il y aurait désormais le risque d’une nouvelle bulle spéculative, rapporte le New York Times (…) Les sociétés d’exploitation du gaz naturel ont beaucoup investi dans les puits actuellement creusés aux Etats-Unis, persuadées qu’ils généreraient de gros profits et qu’il s’agissait là d’une nouvelle ressource énergétique pour le pays. Mais après lecture des documents internes, il apparaît que le gaz de schiste n’est pas aussi facile et peu coûteux à exploiter que prévu. (…) A tel point que ces révélations rappellent«la façon dont les doutes ont été exprimés lors de précédentes bulles financières». «Chez les indépendants, il se dit que le gaz du schiste est une escroquerie», déclare pour sa part un analyste d’ IHS Drilling Data, un groupe de recherche dans l’énergie.» (5)

Le grand perdant: l’environnement

Si il y a un perdant dans cette expansion sans fin, c’est l’environnement. À l’échelle nationale, des écologistes ont remis en cause le forage avec des résultats mitigés. Les efforts visant à arrêter ou à ralentir la fracturation ont réussi seulement dans l’ État de New York. Cependant, comme l’explique l’auteur: «À plus long terme, des facteurs sociaux et économiques peuvent réduire les miles parcourus – par exemple la hausse des achats sur Internet et le télétravail et la tendance des baby-boomers à conduire moins à mesure qu’ils vieillissent. La récession a également contribué à entraîner moins de déplacements quotidiens et les prix des maisons en chute ont permis à certaines personnes de se permettre de se rapprocher pour travailler. «(…) Voulons-nous continuer, écrit l’auteur, à payer 500 milliards de dollars par an aux pays arabes musulmans qui nous haïssent ou voulons-nous augmenter notre propre production pour devenir véritablement indépendants de pétrole du Moyen-Orient le plus rapidement possible? Ce sont les deux seules alternatives, l’environnementalisme radical ne sert à rien et continue à mettre 500 milliards de dollars par année dans les poches des pays arabes. Nous avons besoin d’investir et de dépenser cet argent aux États-Unis en développant des sources d’énergie alternatives pour les automobiles, camions, machines et équipements. Nous pouvons changer radicalement notre politique étrangère au Moyen-Orient, cela seul permettrait d’économiser 100 milliards de dollars par année en frais militaires.» (3)

On le voit, l’essentiel est de diminuer la dépendance américaine. La nécessité est avant tout de ne pas dépendre des musulmans pour le pétrole même si l’environnement est saccagé, qu’il y ait des tremblements de terre récurrents comme dans l’Arkansas, que les produits chimiques détruisent les écosystèmes, c’est pas grave… même si les changements climatiques, l’environnement seront les grands perdants ce qui explique l’extinction du Giec.

Professeur émérite Chems Eddine Chitour, Ecole Polytechnique enp-edu.dz.

Notes

1. http://www.nytimes.com/interactive/2012/03/22/business/energy-environment/while-the-us-moves-toward-energy-independence.html?ref=energy-environment
2. http://www.slate.fr/lien/52147/petrole-etats-unis-independance-gaz-schiste24.03.2012  
3. Jim Wilson http://www.nytimes.com/2012/03/23/business/energy-environment/inching-toward-energy-independence-in-america.html?_r=1&pagewanted=all  
4. http://www.slate.fr/story/42597/petrole-opep-fini-amerique
5. http://www.slate.fr/lien/40253/etats-unis-gaz-de-schiste-bulle-speculation

Depuis janvier, un groupe d’une quarantaine d’exilés syriens se réunit secrètement place de l’église Saint-Louis à Berlin, dans les locaux de la Stiftung Wissenschaft und Politik [1]. Si cette fondation est financée par le patronat allemand, les réunions le sont par les départements US d’État et de la Défense. Elles sont présidées par Steven Heydemann, un double national US-Israélien, qui a longtemps travaillé pour la CIA [2], avant de devenir chercheur à l’US Institute of Peace. Cet organisme, qui fournit le cadre officiel des réunions est —contrairement à ce que pourrait laisser supposer son intitulé— un paravent du Pentagone [3]. Non sans surprise, le ministère suisse des Affaires étrangères est associé à ce projet.

Le programme est intitulé « Le jour d’après. Soutenir une transition démocratique en Syrie » [4]. Dans le vocabulaire orwellien de Washington, « transition démocratique » signifie le passage du président élu et plébiscité par le peuple syrien Bachar el-Assad à un président choisi par les puissances occidentales ; et l’expression « jour d’après » désigne la période suivant le renversement du régime syrien par ces mêmes puissances occidentales.

Alors que les Syriens approuvaient par référendum une nouvelle constitution [5], le groupe de travail en rédigeait une autre. Il définissait aussi ce que serait la politique du futur gouvernement syrien. Le document final a été présenté par la secrétaire d’État US, Hillary Clinton, au président du Conseil national syrien, Abdel Bayset Syda [6], lors de la 3e conférence des Amis de la Syrie à Paris, le 6 juillet. M. Syda a accepté de mettre en œuvre cette « feuille de route ».

VIDÉO : Thierry Meyssan à propos de la bataille de Damas

juillet 23rd, 2012 by Thierry Meyssan

Reportage enregistré à Damas le 19 juillet 2012, à 18 heures.

Syrie : La guérilla médiatique s’intensifie

juillet 23rd, 2012 by Silvia Cattori

La franco syrienne qui s’exprime ici affirme qu’il n’y a pas à Damas ce vent de panique décrit à l’extérieur et que les informations diffusées par la presse internationale seraient abondamment falsifiées, ne reflétant pas la situation telle que perçue par les Syriens qui en leur majorité soutiennent Bachar el-Assad et sont opposés à un changement par la force.

  

S.C. : Depuis mercredi les experts et des opposants syriens se succèdent sur les plateaux télévisés. Ils laissent entendre que le pouvoir vacille, que le rapport de force a basculé en faveur de la rébellion armée. Quelle est votre perception ?

Ces jours-ci il y a eu, il est vrai, énormément d’affrontements entre les forces armées et les rebelles autour de Damas mais pas dans mon quartier. Hier quand je suis sortie je n’ai rien vu de spécial. Sauf qu’il y avait moins de gens dans les rues et moins de voitures que d’habitude. Cette nuit j’ai entendu des explosions. Je viens d’entendre trois fortes explosions. Je vois de la fumée dans le sud de Damas. C’est à Midane, au sud de la ville, que l’armée régulière affronte les rebelles depuis deux jours. Elle a été appelée par les habitants qui disaient avoir été infiltrés par des hommes en possession d’énormes quantités d’armes, étrangers à leur quartier. Je viens d’apprendre que l’armée a repris le contrôle de Midane.

Il y a également eu des affrontements du côté de Yarmouk. Les gens ont découvert qu’il y avait dans leur quartier des rebelles qui portaient l’uniforme de l’armée régulière. L’armée est tout de suite arrivée sur place et a vite maitrisé la situation. Elle a trouvé des grandes quantités d’armes et d’explosifs. Des rebelles ont été arrêtés. Parmi eux il y avait de nombreux étrangers ; des Tchétchènes, des Afghans, des Libyens…

S.C. : S’agit-il pour vous d’un mauvais moment à passer et non pas d’un tournant  ?

Je crois qu’une grande partie de la population de Damas considère en effet que c’est un moment difficile à traverser avant de retrouver la paix.

S.C. : On vient d’apprendre ici que les rebelles viennent de s’emparer de plusieurs postes de frontière, prenant ainsi le contrôle des frontières avec l’Irak et la Syrie. Cela ne vous inquiète pas ?

Je crois qu’il y a une véritable offensive médiatique, une vaste manipulation pour faire croire que la Syrie est en train de perdre pied, et que les rebelles sont aux portes du pouvoir. Cela s’inscrit dans une campagne de mensonges planifiée. Ce que notre gouvernement avait annoncé au sujet de cette offensive de désinformation médiatique s’est produit. Hier la télévision Al Dounia a disparu de nos écrans. Nous avons tout de suite compris que les satellites avaient déconnecté nos chaines syriennes. Les responsables de l’information nous ont donné les nouvelles fréquences de trois télévisions syriennes qui sont également menacées de disparaitre et sur lesquelles elles vont émettre. L’objectif de cette offensive médiatique est de diffuser des fausses informations, de désorienter les gens en présentant une réalité manipulée, et leur faire croire que le pouvoir est affaibli, en train de s’écrouler.

S.C. : Il n’y a donc pas une ambiance de fin de règne à Damas ?

Cette atmosphère de fin de règne présentée par la presse internationale est totalement fausse. J’ai le sentiment que notre gouvernement est très solide. Il n’y pas du tout ce vent de panique qui est décrit à l’extérieur. Tout fonctionne bien ici. On entend des explosions et des accrochages mais cela ne nous inquiète pas outre mesure. Nous sommes confiants. Nous savons que l’armée a les moyens de garder la situation sous contrôle. Nous savons que jusqu’ici seule une petite partie de l’armée est intervenue ; qu’elle est prête à repousser les agressions. On le perçoit nettement. Les gens sont très choqués et attristés par l’attentat qui a tué trois dirigeants de l’armée. Ils sont de plus en plus nombreux à soutenir le gouvernement et l’armée. Je ne dis pas que cette guérilla urbaine pratiquée par des rebelles, lourdement armés et encadrés par des forces étrangères, n’est pas inquiétante. Mais je pense que l’armée syrienne a la capacité de la contenir.

S.C. : Les télévisions montrent depuis mercredi des hommes en liesse. Nous venons d’entendre sur radio France culture un Syrien vivant à Paris dire que dans toutes les villes l’arrivée de l’ASL est accueillie chaleureusement par la population. N’êtes-vous pas dans une sorte de déni de la réalité ?

Ce sont des images diffusées par l’opposition, des mises en scène. Personne ne leur fait la fête. Je crois que la majorité des Syriens sont horrifiés par leurs actions violentes et qu’ils les haïssent de plus en plus.

S.C. : Un homme, quittant le quartier de Midane et à qui la journaliste Valérie Crova a demandé « Damas va tomber ? »a répondu « Damas est déjà tombée ». C’est une autre vision !

ll y a des gens en Syrie qui suivent les informations uniquement sur Aljazeera ; ils croient tout ce que cette chaine qui soutien la rébellion dit : donc ils croient que Damas est déjà tombée. De mon point de vue, ce n’est pas du tout le cas. Je vous parle de ce que je perçois depuis le quartier de Mezze où j’habite. Il n’y a rien qui ressemble à ce qui est décrit à l’extérieur ; tout est très calme.

Silvia Cattori
 

Propos recueillis le 20 juillet 2012 à 9.00

Les Olympiques de Londres prennent rapidement l’allure d’une vaste opération militaire terrestre et aérienne et non pas celle d’un événement sportif international.

Au lieu du sentiment de fraternité internationaliste que devraient incarner les Jeux olympiques, il règne à Londres une atmosphère menaçante de pays en guerre avec des missiles sol-air déployés sur les toits d’immeubles d’habitation, des cuirassés de la Marine en état d’alerte, ainsi que des chasseurs et des hélicoptères de la Royal Air Force patrouillant le ciel de la capitale britannique.

Le Jeux commence dans une semaine. Parmi les récents développements figure une annonce du ministère britannique de la Défense voulant que 3500 troupes supplémentaires soient déployées pour assurer la sécurité sur les 30 sites accueillant les événements sportifs. Cela s’ajoute aux 13 500 militaires déjà assignés à la protection du public et des équipes sportives contre les risques d’une attaque terroriste.

Le général britannique Sir Nick Parker, qui supervise les dispositions de sécurité, a déclaré que l’un des plans d’urgence consiste à faire face à un « événement du type 11-Septembre ».

Le déploiement de troupes à Londres et dans les environs comprend 7000 personnels de plus que celui des opérations britanniques actuelles en Afghanistan.

Ce nombre s’ajoute aux 10 000 policiers supplémentaires et à une division de 10 000 agents de sécurité privés. G45, l’entreprise privée de sécurité ayant décroché le contrat avec les Olympiques, a révélé ne pas être en mesure de satisfaire les exigences requises en termes d’effectifs pour assurer la sécurité des Jeux. Cette révélation est à l’origine du plus récent enrôlement de soldats supplémentaires.

La militarisation des Olympiques a été exprimée par mégarde par un porte-parole du ministère de la Défense lorsqu’il a déclaré : « À chaque point d’entrée des événements olympiques, le public rencontrera dorénavant bien des membres actifs des forces armées. »

Boris Johnson, la maire rebelle de Londres a affirmé pour sa part : « Le maire prend très au sérieux la question de la sécurité des Olympiques et le fait d’avoir à notre disposition les meilleurs et les plus braves militaires du monde durant les Jeux devrait nous réconforter. »

Le plus gros cuirassé de la Royal Navy, HMS Ocean, sera amarré à Greenwich sur le Thames et servira de centre de commandement voué à la logistique lors des événements. Il servira également de base pour les hélicoptères Lynx, équipés de tireurs d’élite, lesquels feront des sorties en tout temps dans le ciel de la capitale.

HMS Ocean

Les Royal Marines sur des bateaux de patrouille et des canots pneumatiques sont aussi affectées à la patrouille de la rivière emblématique qui serpente à travers les monuments historiques de Londres.

La Royal Air Force (RAF) patrouillera également le ciel de la capitale avec des hélicoptères Puma et des chasseurs Typhoon depuis la base militaire Northolt de la RAF, à l’ouest de Londres, et celle d’Ilford à l’est de la ville.

Mais le déploiement le plus controversé a été l’installation de batteries de missiles sol-air sur des immeubles d’habitation dans le quartier appauvri et décrépit de l’est de Londres. Des résidents ont récemment perdu une bataille juridique visant à empêcher l’installation des batteries Rapier SAM.


Hélicoptères Puma


Chasseurs Typhoon

La batterie Rapier SAM qui sera installée sur les toits d’immeubles résidentiels dans l’est de Londres

Les communautés locales, majoritairement issues de la classe ouvrière, se sont objectées à la militarisation de leurs quartiers. Elles ont par ailleurs mis en doute la sécurité des résidents advenant l’utilisation de ces armes pour abattre un avion suspecté d’être utilisé pour des attentats terroristes. L’un d’eux a déclaré : « Qu’arrivera-t-il si nos maisons sont aspergées de débris? »

L’invasion militaire de quartiers démunis durant les quatre semaines des Olympiques a exacerbé l’irritation provoquée par ce spectacle colossal. Des zones de l’est de Londres comme Tower Hamlets et Waltham Forest se situent dans l’ombre des installations construites expressément pour les Jeux. Le coût total de l’organisation des Olympiques, incluant la gigantesque opération de sécurité, se chiffrerait entre 20 et 40 milliards de dollars, un montant qui sera assumé en grande partie par les contribuables. Tout cela au moment où le gouvernement britannique est en pleine période de réductions budgétaires et de mesures d’austérité draconiennes, supprimant des dépenses publiques de l’ordre de 140 milliards.

Des communautés de l’est de Londres socialement démunies ont fait les frais des réductions budgétaires gouvernementales requises pour équilibrer la comptabilité du Trésor, mise en péril par les généreux milliards alloués au sauvetage des banques privées corrompues.

En raison du chômage et de la défavorisation vivement ressentie dans des quartiers semblables à l’est de Londres, peu de résidents auront les moyens d’assister aux Olympiques : les billets se vendent jusqu’à 3000 dollars.

L’extravagant événement et son parrainage corporatif tape-à-l’œil, juxtaposé à la pauvreté sinistre et tentaculaire touchant de nombreux Londoniens, cela dans un contexte d’opérations militaires et de surveillance à grande échelle, provoque une sensation inquiétante rappelant le roman dystopique de George Orwell, 1984.

Le classique d’Orwell évoquant un État policier autoritaire se déroulait principalement à Londres, devenue la capitale d’Airstrip One, une province du super-État étasunien, Océania. La majorité appauvrie de la populace, les « prolos », devait se contenter de pubs minables et d’espoirs de gagner une loterie hebdomadaire, pendant que le « cercle restreint » régnait sur les masses. Les prolos étaient maintenus dans la servitude par des pouvoirs d’exception et un état de guerre permanent. Dans le 1984 d’Orwell, l’idée que l’état de guerre présumé et les attaques attendues d’ennemis anonymes constituent un stratagème de l’élite visant à insuffler la peur chez les masses va au-delà du simple soupçon.

Le ministère de la vérité s’élève au-dessus des bidonvilles d’Airstrip One. Copyright eryq.org

Étant donné la participation majeure du gouvernement britannique dans la « guerre mondiale au terrorisme » des États-Unis et des preuves attestant l’implication des services de renseignement britanniques dans le complot des soi-disant attentats terroristes souterrains de Londres du 7 juillet 2005 (7/7), le roman d’Orwell donne l’impression que la vie tente de plus en plus d’imiter l’art.

1984 a été publié en 1949, un an après la tenue des Olympiques à Londres. Ces Jeux ont eu lieu dans la foulée de la Seconde Guerre mondiale alors que l’horizon Londonien était encore largement dévasté par la guerre-éclair de la Luftwaffe allemande.

En 2012, Londres ressemblera encore à une zone de guerre, en raison de la fallacieuse « guerre au terrorisme » dans laquelle se sont lancés le gouvernement britannique et son allié étasunien, tous deux en quête de domination à l’étranger comme à la maison.

Finian Cunningham est le correspondant du Centre de recherche sur la mondialisation au Moyen-Orient et en Afrique de l’Est. cunninghamfinian@gmail.com

Traduction Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

La bataille de Damas a commencé

juillet 20th, 2012 by Thierry Meyssan

Les puissances occidentales et du Golfe ont lancé la plus importante opération de guerre secrète depuis celle des Contras au Nicaragua. La bataille de Damas ne vise pas à renverser le président Bachar el-Assad, mais à fracturer l’Armée syrienne pour mieux assurer la domination d’Israël et des États-Unis au Proche-Orient. Alors que la ville s’apprête à un nouvel assaut des mercenaires étrangers, Thierry Meyssan dresse le point de la situation.

 
JPEG - 23.7 ko

Venant de l’étranger, les “Contras” ont débuté leur invasion de la Syrie en prenant des postes frontière.

 

Voici cinq jours que Washington et Paris ont lancé l’opération « Volcan de Damas et séisme de la Syrie ». Il ne s’agit pas d’une nouvelle campagne de bombardements aériens, mais d’une opération de guerre secrète, comparable à celle conduite à l’époque Reagan en Amérique centrale.

40 à 60 000 Contras, principalement libyens, sont entrés en quelques jours dans le pays, le plus souvent par la frontière jordanienne. La majorité d’entre eux sont rattachés à l’Armée « syrienne » libre, structure paravent des opérations secrète de l’OTAN, placée sous commandement turc. Certains sont affiliés à des groupes de fanatiques, dont Al-Qaida, placés sous commandement du Qatar ou d’une faction de la famille royale saoudienne, les Sudeiris. Au passage, ils ont pris quelques postes frontières, puis ont rejoint la capitale où ils ont semé la confusion en attaquant au hasard les cibles qu’ils trouvaient : groupes de policiers ou de militaires isolés.

JPEG - 33.8 ko

Les généraux Hassan Turkmani, Daud Rajha et Assef Chawkat, tombés au champ d’honneur, le 18 juillet 2012.

Mercredi matin, une explosion a détruit le siège de la Sécurité nationale où se réunissaient quelques membres du Conseil de sécurité nationale. Elle aurait coûté la vie au général Daoud Rajha (ministre de la Défense), au général Assef Chawkat (ministre adjoint) et au général Hassan Turkmani (adjoint du vice-président de la République). Les modalités de l’opération restent incertaines : il pourrait s’agir aussi bien d’un attentat suicide que d’un tir de drone furtif.

Washington espérait que la décapitation partielle de l’appareil militaire conduirait quelques officiers supérieurs à faire défection avec leurs unités, voire à se retourner contre le gouvernement civil. Il n’en a rien été. Le président Bachar el-Assad a immédiatement signé les décrets nommant leurs successeurs et la continuité de l’État a été assurée sans faille.

À Paris, Berlin et Washington, les commanditaires de l’opération se sont livrés au jeu indigne consistant à condamner l’action terroriste tout en réaffirmant leur soutien politique et logistique militaire aux terroristes. Sans honte, ils ont conclu que la responsabilité de ces assassinats ne revenait pas aux coupables, mais aux victimes en ce qu’elles avaient refusé de démissionner sous leur pression et de livrer leur patrie aux appétits occidentaux.

Caracas et Téhéran ont adressé leur condoléances à la Syrie, soulignant que l’attaque a été commanditée et financée et par les puissances occidentales et du Golfe. Moscou a également adressé ses condoléances et affirmé que les sanctions requises au Conseil de sécurité contre la Syrie équivalaient à un soutien politique aux terroristes qui l’attaquent.

 
JPEG - 23.9 ko

Le ministre de l’Information, Omran al-Zou’bi, s’exprime à la télévision nationale après l’attentat qui a partiellement décapité l’Armée syrienne

Les chaînes de télévision nationales se sont mises à diffuser des clips militaires et des chants patriotiques. Interrompant les programmes, le ministre de l’Information Omran al-Zou’bi a appelé à la mobilisation de tous : le moment n’est plus aux querelles politiques entre gouvernement et opposition, c’est la Nation qui est attaquée. Rappelant l’article de Komsomolskaïa Pravdadans lequel je décrivais l’opération médiatique de démoralisation préparée par les chaînes occidentales et du Golfe [1], il a alerté ses concitoyens sur son déclenchement imminent. Puis, il a démenti l’intox des chaînes du Golfe selon lesquelles une mutinerie aurait éclaté au sein de la 4ème division et des explosions auraient dévasté sa principale caserne.

Les chaînes nationales ont diffusé plusieurs fois par heure des bandes-annonces indiquant comment capter leurs programmes sur Atlantic Bird en cas d’interruption des satellites ArabSat et NileSat.

Au Liban, sayyed Hassan Nasrallah a rappelé la fraternité d’armes qui unit le Hezbollah à la Syrie face à l’expansionnisme sioniste, et a assuré l’Armée syrienne de son soutien.

L’attentat a été le signal de la seconde partie de l’opération. Les commandos infiltrés dans la capitale ont alors attaqué diverses cibles, plus ou moins choisies. Ainsi, un groupe d’une centaine de Contras a attaqué la maison qui jouxte mon appartement au cri d’Allah Akbar !. Un haut responsable militaire y réside. Dix heures de combat ininterrompu ont suivies.

Alors qu’au début de la nuit, l’Armée ripostait avec mesure, l’ordre parvenait un peu plus tard de faire usage de la force sans retenue. Il ne s’agissait plus de lutter contre des terroristes venus déstabiliser la Syrie, mais de faire face à une invasion étrangère qui ne dit pas son nom et de sauver la patrie en danger.

L’aviation est entrée en action pour anéantir les colonnes de mercenaires se dirigeant vers la capitale.

En fin de matinée, le calme revenait progressivement dans l’agglomération. Les Contras et leurs collaborateurs étaient partout obligés de se retirer. La circulation était rétablie sur les grands axes routiers, et des barrages filtrants étaient installés dans le centre ville. La vie reprenait. Cependant, on entend encore des tirs épars ici ou là. La plupart des commerces sont fermés, et il y a de longues files d’attente devant les boulangeries.

Chacun s’attend à ce que l’assaut final soit lancé dans la nuit de jeudi à vendredi et la journée de vendredi. Il ne fait guère de doute que l’Armée syrienne en sortira à nouveau victorieuse car le rapport de force est tout à son avantage, et que cette armée de conscription est soutenue par la population, y compris par l’opposition politique intérieure.

Comme prévu, ArabSat et NileSat ont déconnecté le signal de la télévision Ad-Dounia en milieu d’après-midi. Le compte Twitter d’Ad-Dounia a été piraté par la CIA pour diffuser de faux messages annonçant une retraite de l’Armée syrienne.

Les chaînes du Golfe ont annoncé un effondrement de la monnaie préludant la chute de l’État. Le gouverneur de la Banque centrale, Adib Mayaleh, est intervenu sur la télévision nationale pour démentir cette nouvelle intox et confirmer le taux de change de 68,30 livres syriennes pour un dollar US.

 
JPEG - 27.8 ko

Conférence de presse du général Robert Mood sur la bataille de Damas qu’il observe depuis sa chambre d’hôtel.

Des renforts ont été déployés aux alentours de la place des Omeyyades pour protéger les studios de la télévision publique qui sont considérés comme une cible prioritaire par tous les ennemis de la liberté. Des studios de remplacement ont été installés dans l’hôtel Rose de Damas où se prélassent les observateurs des Nations Unies. La présence de ceux-ci, qui ont laissé perpétrer l’attaque de la capitale sans interrompre leur farniente, sert de facto de protection pour les journalistes syriens qui tentent d’informer leurs concitoyens au péril de leur vie.

Au Conseil de sécurité, la Fédération de Russie et la Chine ont opposé pour la troisième fois leur veto à une proposition de résolution occidentale et du Golfe visant à rendre possible une intervention militaire internationale. Leurs représentants ont inlassablement dénoncé la propagande visant à faire passer l’attaque extérieure contre la Syrie comme une révolte réprimée dans le sang.

La bataille de Damas devrait reprendre cette nuit.

Note

[1] « НАТО готовит переворот в Сирии », par Thierry Meyssan,Komsomolskaïa Pravda, version française : « L’OTAN prépare une vaste opération d’intoxication », Réseau Voltaire, 10 juin 2012.

Damas ne serait pas, comme le montrent les images diffusées par l’opposition armée une ville prise en étaux ; et comme il est dit dans nos médias “une ville à l’agonie”, une ville qui “échapperait au contrôle du gouvernement”.

Les images prises ce jour à Damas, et qui viennent de nous parvenir, ne laissent pas penser comme affirmé aujourd’hui par la journaliste Sofia Amara, que “la chute du régime va arriver dans quelques heures…”.

Il n’y a pas “d’armée libre” en action à Damas ; il y a des bandes armées, soutenues par les grandes puissances qui mènent des actions criminelles en sa périphérie. Il y a en Syrie une intervention financée par l’extérieur. Faut-s’en réjouir ?

Damas le 18 jullet 2012 ; la vie continue malgré les horribles attentats terroristes.

Il y a en Syrie un peuple qui souffre énormément de se savoir menacé par des bandes terroristes encouragées et armées par ces mêmes Etats qui ont déjà détruit l’Irak, l’Afghanistan, la Libye…

URL : http://www.silviacattori.net/article3457.html

L’art de la guerre – Le Grand Orient d’Obama

juillet 17th, 2012 by Manlio Dinucci

Pendant 236 années les USA ont défendu partout la démocratie : c’est ce qu’a assuré la Clinton au Caire. Il convient donc d’effacer de l’histoire les plus de 160 interventions militaires à l’étranger effectuées par l’impérialisme étasunien  jusqu’aux années 40 ; les guerres de la guerre froide en Corée, Vietnam, Laos, Cambodge, Liban ; les coups d’état orchestrés par la Cia au Guatemala, Indonésie, Brésil, Chili, Argentine ; les guerres de l’après-guerre froide en Irak, Somalie, Yougoslavie, Afghanistan.

Le même engagement, garantit la Clinton, est porté par l’administration Obama.  En effet, de la stratégie du Grand Moyen-Orient (comprenant Afrique du Nord et Asie centrale), lancée par le républicain Bush, le démocrate (et Prix Nobel de la paix) Obama est passé à la stratégie du Grand Orient, qui cible toute la région Asie/Pacifique en défi ouvert à la Chine et à la Russie.

Le premier pas a été la guerre contre la Libye, avec laquelle (comme le fit auparavant Bush avec la Yougoslavie) un état entier a été démoli pour mettre au pouvoir des gouvernants fidèles à Washington. On est ainsi arrivé aux « élections libres » dans la « Libye libre », gagnées par le « libéral » Mahmoud Jibril, dont le succès est attribué à la volonté populaire.

On ignore que les USA et d’autres puissances occidentales ont dépensé des millions de dollars en Libye, pour s’assurer le soutien d’organisations et secteurs tribaux. On ignore que Jibril est l’homme de confiance de Washington : économiste formé aux Usa, chargé de promouvoir les libéralisations dans le monde arabe, il fut mis en 2007 en Libye à la tête de l’Office gouvernemental pour le développement économique, relié aux multinationales étasuniennes et britanniques. Dans cet habit, Jibril avertit Washington que le plan pour privatiser l’économie libyenne et former une nouvelle classe dirigeante pro-occidentale avait été bloqué par Kadhafi, et que la concurrence chinoise et russe se développait. La victoire de Jibril était déjà programmée. Le 30 mars 2011 (dix jours après le début de la guerre), le New York Times écrivait à partir d’informations gouvernementales : « Si l’intervention américaine (étasunienne) et occidentale renversait Mouammar Kadhafi, Mahmoud Jibril pourrait être le leader de la Libye ».

La guerre contre la Libye est le modèle que les Usa adoptent pour tenter de désagréger d’autres états, parmi lesquels la Syrie et l’Iran, qui font obstacle à leur avancée vers l’est. Comme de nombreux pays sont réticents à héberger des bases militaires étasuniennes, le Pentagone est en train de déployer dans des eaux internationales, partant du Golfe et faisant route vers l’est,  des navires appropriés pouvant servir de bases flottantes pour les forces spéciales. D’autres bases aériennes et navales sont installées ou potentialisées en Thaïlande, aux Philippines, à Singapour, en Australie et autres pays. A Singapour est arrivé le premier « littoral combat ship », un nouveau navire de guerre qui peut s’approcher de la côte pour attaquer en profondeur. La US Navy en déploiera plus de 50 dans le Pacifique.

© AFP PHOTO/POOL/Brendan SMIALOWSKI

Dans l’offensive diplomatique, pour créer des fractures entre la Chine et ses pays limitrophes, la Clinton a effectué une « visite historique » au Laos.  Promettant  9 millions de dollars pour le déminage, elle s’est faite photographier avec un jeune homme mutilé [1] : une des nombreuses victimes des munitions non-explosées [2], environ 30% des 2 millions de tonnes de bombes larguées par les Usa sur le Laos de 1964 à 1973. Pour défendre la démocratie, naturellement.

Edition de mardi 17 juillet 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120717/manip2pg/14/manip2pz/325936/  

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Précision pour les lecteurs qui « suivent » le lien ci-dessus : comme pour tous les articles de il manifesto, le lecteur non abonné aura accès à l’article original le lendemain de la date de publication du texte ; la traductrice reçoit le texte de l’auteur.

Notes
 

1. Voir commentaire du Parisien avec photo édifiante de la Clinton, la main sur le cœur :

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/laos-le-face-a-face-entre-clinton-et-l-heritage-de-la-guerre-11-07-2012-2086312.php

2. « Washington a largué plus de deux millions de tonnes de bombes sur le pays pendant sa “guerre secrète”, entre 1964 et 1973, soit une tonne de munitions pour chaque habitant du pays, homme, femme et enfant confondus. Cela dépasse la quantité de bombes lâchées sur l’Allemagne et le Japon pendant la Deuxième guerre mondiale, ce qui fait du Laos le pays le plus bombardé de l’Histoire ». AP, http://www.romandie.com/news/n/Visite_historique_d039Hillary_Clinton_au_Laos110720121018.asp .

Notes de la traductrice.

L’Occident et les guerres scélérates

juillet 17th, 2012 by Chems Eddine Chitour

«Nous pouvons donc bien les appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie». Montaigne (Les Essais)

Dans l’histoire des peuples, il est courant de rencontrer des causes de guerre qui sont dues souvent à la cupidité des hommes et à la soif de pouvoir pour dominer autrui. Les mythes fondateurs des nations font souvent appel à des événements qui, bien souvent, n’ont rien à voir avec la morale, et encore moins l’éthique. Pour justement toujours garder sous pression les peuples, on organise des événements qui ont pour but non avoué de renouveler voire perpétuer cette loi non écrite – que l’on peut appeler aussi serment tacite entre les dirigeants de la nation et le peuple- qui est celle de défendre des acquis en termes de territoires voire de marchés, en un mot comme en mille d’influence décisive sur le cours de l’histoire.

Il vient que les parades -à titre d’exemple du 14 juillet en France- outre le renouvellement du serment de fidélité à la nation- sont aussi une exhibition de la discipline, du savoir conquérir bref une façon de montrer sa force pour ne pas avoir à s’en servir. La tectonique actuelle nous permet de voir, en réel, les convulsions du monde, sa recomposition au profit des plus puissants. Des équilibres sociologiques qui ont mis des siècles à sédimenter pour un vivre-ensemble entre peuples et communautés et que l’on croyait inscrit dans le marbre, sont en train de voler en éclats.

On peut se demander au nom de quoi -actuellement- les remises en cause des frontières, la disparition physique des Etats, la tentative d’élimination de peuples- en un mot toutes ces horreurs ont lieu? Car les provocations de tout ordre ne sont pas innocentes, elles seront de plus en plus récurrentes. Les causes de ces perturbations sont multiples. Il y a d’abord le déclin des matières premières au premier rang desquelles se trouve l’énergie. Les grandes nations n’ont pas compris que les ressources de la terre sont limitées et la consommation ne peut pas être illimitée. On peut aussi invoquer le paramètre ethnique, voire religieux qui constitue à des degrés divers le fond rocheux de l’anomie actuelle, il n’est que de voir la théocratie démocratique israélienne et les conflits préfabriqués entre sunnites-chiites, entre musulmans et chrétiens attisés il faut le regretter, par l’Eglise. L’augmentation de l’espace dit vital pour les Allemands – la preuve la plus poignante a valu à l’humanité 50 millions de morts pendant la Seconde Guerre mondiale- fait place de nos jours à une exploitation des ressources à distance.

En regardant de plus près, on s’aperçoit que le néolibéralisme a catalysé ces conflits et pourrait-on dire, l’appât du gain, la rapine quels qu’en soient les motifs a toujours structuré les relations entre Etats forts et Etats faibles. L’antagonisme entre grands a donné lieu à des victoires de l’un ou l’autre des camps. Ainsi, la chute de l’empire soviétique fut totale sous les coups de boutoir d’un Occident déterminé, aidé à la fois par l’Eglise, -souvenons-nous de la phrase «n’ayez pas peur» adressée aux Polonais, du pape Carol Woytila Jean Paul II -, des révolutionnaires in situ -comme Lech Walesa- mais aussi par les taliban et un certain Oussama Bin Laden qui combattaient en Afghanistan «el Kouffar», les mécréants, au nom de Dieu.

Les causes endogènes des conflits

Il est admis que les remises en cause «d’ordre établi» par un pouvoir donné, avec des instruments donnés (vote, démocratie de façade, institution) sont courantes mais leur cinétique est lente. L’appât du gain, la soif de pouvoir ont fait par exemple que les peuples du Sud, devenus indépendants, expérimentent «la démocratie» à coups de coups d’Etat qui sont pour la plupart instrumentalisés par les anciennes puissances coloniales pour placer à la tête de ces pays des dirigeants aux ordres. C’est le cas par exemple des décennies post-indépendance. Cependant, la mainmise de plus en plus importante du marché du néolibéralisme sans état d’âme détruit de plus en plus les Etats au profit de structures économiques et financières supranationales comme en Europe ou supra étatique comme aux Etats-Unis.

L’Etat est détruit dans ses politiques sociales mais il est convoqué à défendre les marchés et l’oligarchie, au besoin par la force. C’est en tout cas ce que l’on observe avec la raréfaction de l’énergie, les Etats forts occidentaux sont impatients de recomposer le monde. Le GMO prôné par Bush II, tardant à se concrétiser, il a été boosté par les révolutions colorées et les révolutions parfumées qui ont donné l’illusion, notamment aux peuples arabes, qu’ils avaient droit à la démocratie, que l’espoir d’une vie digne était à portée de main. Cruelle erreur! Ils s’aperçoivent que même les partis islamiques avaient et ont un fil à la patte qui leur permet, pour le compte de l’Empire, d’ instrumentaliser les foules au nom du divin. On se plait alors à regretter les anciens dictateurs parce que, d’une certaine façon, ils maintenaient l’ordre…

 

Les provocations et les guerres scélérates dans l’Histoire

On sait que l’usure du pouvoir, la gestion difficile d’un Empire de plus en plus excentré, les guerres pour le maintenir, furent les probables causes du déclin. Il faut cependant y ajouter l’aspect économique. Il fut une époque, il y a de cela très longtemps où l’Algérie était considérée, comme «le grenier à blé de Rome» et on dit que les empereurs pensaient à se suicider quand les bateaux ramenant le blé d’Algérie avaient du retard. Tout le monde se souvient de la phrase de Caton l’Ancien qui commençait et terminait toujours ses discours par cette phrase:«Delenda Carthago est», «Carthage doit être détruite». La provocation politique est vieille comme le monde. A cette époque, Rome est encore une république, mais déjà certains hommes influents aimeraient instaurer un régime plus «musclé». Marcus Licinius Crassus va exploiter la frayeur des Romains face à Spartacus et à son armée d’esclaves révoltés. Après avoir défait l’armée de Spartacus, Crassus peut se présenter en «sauveur» de la ville et prétendre au titre de consul. C’est le premier pas vers la liquidation de la République. (1)

Le prétexte pour l’invasion de l’Algérie

Un autre prétexte de provocation nous est donné par l’invasion française. La France compte mettre fin à la piraterie des barbaresques et à l’esclavage des chrétiens par eux. Charles X était à court de trésorerie et la colère du peuple parisien menaçait, dès lors, l’immense pactole que constituait la fortune du dey d’Alger attirait sa convoitise. S’emparer de ce trésor pouvait ainsi représenter un objectif majeur de cette expédition. En 1800, Busnach et Bacri proposent au directoire de ravitailler en blé l’armée française. Le contrat est signé et le dey d’Alger, avance l’argent pour toute l’opération. Les caisses du directoire sont vides et le paiement est ajourné. Trente ans après la dette n’était toujours pas payée. Reçu le 30 avril 1827 en audience, le consul de France Pierre Deval refuse catégoriquement tout ultimatum et se montre méprisant au goût du Dey. C’est le fameux coup d’éventail, qui sera le casus belli de la guerre déclarée par le Royaume de France à la Régence d’Alger. Après le blocus, l’invasion eut lieu trois ans plus tard au nom de Dieu et de l’argent.

La guerre de l’opium imposée à la Chine

Sans être exhaustif, nous allons citer quelques événements prétextes qui ont donné lieu à des guerres d’expansion et d’hégémonie des puissances européennes puis des Etats-Unis. Dès 1729, l’empereur Yong-Zheng avait promulgué un édit interdisant l’importation de la drogue de 1729 à 1836, Par des voies diverses, en 1837, près de 40.000 caisses (3200 tonnes) arrivent en Chine.» Pour le pouvoir impérial chinois, la situation créée par cet afflux massif d’opium est un défi et une provocation des Occidentaux. (…) Dès lors s’instaure un fructueux commerce illicite en triangle: l’opium part des Indes; il est importé en Chine; les bénéfices de l’échange reviennent à l’Angleterre.(2) La Chine perdit la guerre.

L’affaire Thornton, et la guerre entre les Etats-Unis et le Mexique en avril 1846

En février 1846, la destruction de la patrouille de Thornton par les Mexicains fut vue comme une lâche agression. De nombreuses déclarations d’officiels affichaient clairement l’objectif d’étendre les frontières de l’Union à tout prix, vers le Sud et vers l’Ouest. La guerre avec le Mexique s’inscrit dans un contexte d’expansion territoriale continue depuis 50 ans. Le président Polk avait prévu dans tous les cas, de déclencher une guerre contre le Mexique, comme l’attestent certains documents: dans les années 1880, le général Grant, qui avait participé à cette guerre en tant que lieutenant, déclara que la guerre contre le Mexique avait été une guerre diabolique, qui devait fatalement attirer le courroux de Dieu sur les Etats-Unis. La Guerre de sécession fut selon lui cette punition: «La rébellion du Sud fut l’avatar de la guerre avec le Mexique. L’opinion d’Abraham Lincoln et d’Ulysses Grant, deux futurs présidents des Etats-Unis n’était évidemment pas celle de la majorité des Etats-uniens. Pour beaucoup, cette guerre rapide et très fructueuse exacerba le patriotisme, ouvrit d’immenses territoires à la colonisation, et assit la certitude que les Etats-Unis d’Amérique étaient portés par une destinée manifeste(3).

La guerre hispano-américaine, de 1898

(«Desastre del 98»), est un conflit armé qui se déroula d’avril à août 1898 entre les États-Unis d’Amérique et l’Espagne, et qui eut pour conséquence l’indépendance de Cuba et la prise de contrôle d’anciennes colonies espagnoles dans les Caraïbes et l’océan Pacifique par les États-Unis. La position de l’Espagne en tant que puissance mondiale avait décliné. À la fin du xixe siècle le scénario est toujours le même: le 15 février 1898, une explosion eut lieu à bord du navire de guerre de l’US Navy USS Maine, ancré dans le port de La Havane qui coula rapidement, entraînant la mort de 266 hommes. Les preuves quant à la cause de l’explosion étaient peu concluantes car contradictoires, néanmoins, la presse américaine proclama que c’était certainement un ignoble acte de sabotage commis par les Espagnols. Les premiers combats se déroulèrent non pas à Cuba mais aux Philippines. Le 12 août 1898, l’Espagne accepta un traité de paix préliminaire mettant fin aux hostilités à Cuba.

Les causes du désastre de Sedan en France, la provocation de Bismarck

En juin 1870, le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, cousin du roi de Prusse Guillaume 1er, se porte candidat à la succession au trône d’Espagne. L’empereur Napoléon III désapprouve cette démarche et y voit une tentative prussienne pour «encercler» la France. Il va donc s’efforcer d’obtenir l’annulation de ce projet. Léopold y consent, mais cela ne suffit pas: Napoléon le Petit veut une confirmation de Guillaume. L’ambassadeur de France, Benedetti, se rend donc auprès du roi de Prusse. Guillaume reçoit Benedetti et lui fait savoir que si Léopold renonce au trône d’Espagne, la Prusse n’y verra pas d’inconvénient. Mais cette réponse ne satisfait pas l’empereur français qui insiste. En vain; l’ambassadeur n’est reçu que par l’aide de camp. Guillaume refuse de lui accorder une nouvelle audience et le fait recevoir par son aide de camp, le prince Radziwill, qui lui confirme les termes de la première entrevue. Le jour même, le roi fait envoyer une dépêche à Bismarck, son chancelier, afin de l’informer de la situation. Guillaume autorise Bismarck à publier le texte de cette dépêche partiellement ou intégralement, s’il le juge utile. Le chancelier prussien y voit l’occasion rêvée de réaliser ses ambitions politiques. 

 En 1870, en effet, l’Allemagne est encore fragmentée en de multiples Etats, grands, petits ou minuscules. La Prusse, le plus vaste d’entre eux, aspire depuis longtemps à réaliser à son profit l’unité allemande. Ce serait la seule façon pour ce pays de s’imposer sur la scène internationale. Bismarck veut donc provoquer ce conflit armé, qui devra bien entendu être “défensif”. Grâce à la dépêche d’Ems, il espère pousser Napoléon III à déclarer la guerre à la Prusse. Pour cela il publie le texte du télégramme en le tronquant: “Sa Majesté a refusé de recevoir une seconde fois l’ambassadeur français et lui a fait savoir par son aide de camp qu’Elle n’avait plus rien à lui communiquer.” (1)

Le lendemain, les journaux français impriment ce texte choquant par sa concision et son manque de diplomatie, et y glissent de surcroît une erreur de traduction. Au lieu d’aide de camp (en allemand: Adjutant), la presse écrit adjudant. Le scandale est double: non seulement, le roi de Prusse a refusé d’entendre notre ambassadeur, mais il l’a fait éconduire par un vulgaire sous-officier, au lieu de lui faire notifier le refus par un homme de son rang.  La manoeuvre de Bismarck a porté ses fruits au-delà de toute espérance. Les journaux français   sombrent dans l’hystérie, exigent que cette humiliation soit lavée par les armes. On sait comment l’affaire se terminera: la défaite française à Sedan, l’abdication de Napoléon III, les Prussiens devant Paris, l’Alsace et une partie de la Lorraine arrachées à la France pour 47 ans, et l’Empire allemand proclamé dans la Galerie des Glaces de Versailles.(1)

Le 11 septembre 2001 et la destruction de l’Afghanistan et de  l’Irak

Plus près de nous, tout le monde se souvient pour la période récente de la destruction de l’Afghanistan dans la poursuite en vain de Bin Laden. La destruction de l’Irak fut faite en deux temps. D’abord, avec George Bush père qui attira Saddam Hussein dans un piège. Pour l’histoire, l’Irak est sorti exsangue d’un conflit avec l’Iran, conflit entretenu par l’Occident et les roitelets du Golfe qui ont fait de Saddam Hussein leur champion pour «contenir» la révolution iranienne. Résultat des courses, un conflit de huit ans avec des centaines de milliers de morts. A l’époque, il n’y avait pas d’Osdh à partir de Londres ou de «Reporters sans frontières» pour compter les morts.

L’Irak affaibli se vit réclamer par le Koweït les prêts pour achat d’armes. Saddam fut exaspéré. De plus, le Koweït a aggravé le contre-choc pétrolier subi par l’Opep en faisant du dumping. Saddam Hussein décida d’attaquer le Koweït. Il demanda «la permission» aux Américains, l’ambassadrice Glaspie l’informa que l’Oncle Sam n’était pas concerné par ce qui se passait entre Arabes. Là encore, cruelle erreur.

L’occasion rêvée donnait aux Etats-Unis la légalité pour attaquer l’Irak malgré sa marche arrière. En fait, après la chute de l’Empire soviétique, les thinks thanks américains planchèrent sur une façon d’arriver à l’hyperpuissance capable de mener deux guerres en même temps, de sécuriser tous les approvisionnements pétroliers et dans la foulée d’asseoir définitivement Israël au Moyen-Orient comme poste avancé de la «civilisation» contre la barbarie arabe et musulmane. Ce fut le Pnac (Project for New American Century) Projet pour un nouveau Siècle Américain. Il n’est pas impossible de penser sans s’attirer la foudre des bien-pensants que les attentats du 11 septembre aient été suscités pour mettre en oeuvre la nouvelle politique américaine.

Le deuxième temps de la destruction de l’Irak, les Irakiens le doivent au digne fils, George Walker Bush. Il fallait, après la destruction de l’Afghanistan, terminer le travail du père Bush. Pour cela, il fallait une provocation. Il est de plus en plus évident que l’argumentation avec laquelle la Maison-Blanche et les médias américains ont «vendu» la guerre est entièrement fausse (…) L’accusation que l’Irak possédait des armes de destruction massive a été choisie, comme l’a plus tard admis l’adjoint au secrétaire à la Défense, Paul Wolfowitz, pour des «raisons bureaucratiques». En d’autres termes, c’était la seule allégation sur laquelle le département d’État, le Pentagone et la CIA pouvaient s’entendre qu’elle offrirait une couverture utilisable pour masquer les véritables motifs de la guerre: s’emparer des immenses ressources en pétrole de l’Irak et établir la domination américaine au Moyen-Orient ».(4)

L’Irak fut laminé, plus d’un million de morts, un peuple traumatisé à vie, avec trois pouvoirs selon la proximité de puits de pétrole (Kurdes, Sunnites, Chiites). Dans le même ordre , on peut citer, sans être exhaustif l’attaque de la discothèque en Allemagne, attribuée à Kadhafi. Une première punition faite   en direct  par les Américains( les chaines de télévision américaines ont été convoquées pour filmer la punition), s’est sodée par un bombardement qui a causé la mort d’une soixantaine de personnes pour une responsabilité  non démontrée. En définitive, qu’on se le dise; les droits de l’homme, le devoir d’ingérence et autres concepts de la doxa occidentale sont autant de prétextes pour mettre en coupe réglée les Etats faibles, Le néolibéralisme et les oligarchies qui gouvernent le monde n’ont pas d’état d’âme : Rien ne doit s’opposer à la curée, pour le plus grand bien de l’empire et de ses vassaux.  Nous sommes avertis.

Mystification et provocation

Notes

1. http://membres.multimania.fr/wotraceafg/provocation.htm
2. http://www.dedefensa.org/article les_guerres_de_l_opium_ou_l_ecrasement_de_la_chine.html
3. http://observatoire-terrorisme.com/laffaire-thornton-guerre-etats-unis-mexique-1846/
4. http://www.wsws.org/francais/News/2003/juin03/210603_ADMmensonge.shtml21juin2003    

Professeur émérite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

Il semble que le cours des affrontements en Syrie ait pris un nouveau tournant aussi bien au niveau des méthodes d’agression qu’au niveau des moyens de défense, et qu’à cette « étape de violence » adoptée par les États-Unis contre la Syrie, contrainte à revoir ses opérations défensives et à recourir à tous les moyens dont elle dispose, une question se pose : existerait-il des interdits qui obligeraient l’agressée dans sa guerre défensive ?

Cette question se pose d’autant plus que l’agresseur a usé d’absolument tous les procédés belliqueux possibles après avoir réussi à mobiliser une « armée de terroristes » comptant des dizaines de milliers d’hommes armés venus d’horizons arabes et musulmans, tous intoxiqués par la machinerie des médias occidentaux et de leurs comparses arabes, avant d’être transformés  en mercenaires criminels et assassins par les banques pétrolières des Pays du Golfe.

Pour éclairer notre propos, nous rappellerons les tactiques utilisées par ces terroristes engagés dans « l’Armée Libre du Terrorisme US » tout au long des seize derniers mois et qui constituent autant de violations flagrantes aux lois de la guerre, aux règles de la morale et de l’humanité, en plus de la violation scandaleuse des lois et des règles au fondement même de la foi  islamique, puisque nous avons assisté à ce qui suit :

1. Agressions, enlèvements, et assassinats de civils innocents et de citoyens syriens et étrangers résidents ou de passage, suivis d’horribles mutilations de cadavres absolument proscrites par l’islam et le Hadith qui souligne le caractère sacré de toute dépouille d’un être vivant, qu’elle soit humaine ou animale.

2. Enlèvements et viols… sans aucun égard pour la dignité, l’honneur, et l’intégrité des personnes ou le caractère sacré des lieux de prière comme dans le cas des atrocités commises à Homs.

3. Pillage et destruction par les flammes de bâtiments publics, de .propriétés privées, d’un grand nombre d’infrastructures dans des régions que ces terroristes ont pu contrôler pendant ne serait-ce que quelques jours, avant que les forces de sécurité ne les ramènent dans le giron de l’État.

4. Déplacements de population avec ciblage ethnique et sectaire mis en pratique et inspirés de la « doctrine des Takfiristes » basée sur le principe que toute personne qui n’adhère pas à leur camp mérite l’extermination, la ruine et le déshonneur, parce qu’infidèle !

5. Massacres dont la véritable fonction va plus loin encore que celle des assassinats, vols, viols et déplacements de population, puisqu’il est clair qu’ils ont été programmés pour servir  le projet d’agression contre la Syrie et permettre aux instigateurs de recourir à la soi-disant « légitimité internationale » des résolutions du Conseil de sécurité , lequel Conseil est transformé par les États-Unis depuis deux décennies en une institution inféodée qui fonctionne selon son bon vouloir et garantit ses seuls intérêts.

Et pour que les États-Unis puissent peaufiner l’environnement adéquat – comme il en a été précédemment au Liban – ils ont suggéré à leur « Armée de Terroristes » de commettre un massacre à chaque veille d’une réunion du Conseil de sécurité destinée examiner la question syrienne ; massacres perpétrés pour en accuser injustement et hypocritement le gouvernement syrien et accélérer la prise d’une résolution qui le condamne en vertu du Chapitre VII ; et massacres auxquels les États-Unis sont désormais toxicodépendants au point que le sang syrien est devenu le carburant essentiel pour la bonne cuisson de leur plat de vengeance contre la Syrie. C’est ainsi que le sang syrien a coulé… pour troubler les âmes, paralyser les esprits, faire barrage à la vérité, et faciliter la prise de  résolution onusienne punitive voulue par les États-Unis.

Cependant, jusqu’ici et malgré tout le sang versé, les États-Unis n’ont toujours pas réussi à exploiter les massacres odieux commis par leurs terroristes pour faire céder la Russie et la Chine au Conseil de sécurité, lesquelles grâce à leur véto en ont neutralisé les effets, sans pour autant les faire cesser. Le carnage se poursuit donc avec son cortège de morts, de douleurs, de cruautés et de malheurs.

Mais aujourd’hui et suite aux deux fonctions précitées attendues de ces massacres, apparaît clairement une troisième : celle de la vengeance dirigée contre toute catégorie du peuple syrien qui continuerait à soutenir son gouvernement et son armée dans leur lutte pour le rétablissement de la sécurité, et qui refuserait violence et terrorisme perpétrés contre les citoyens, les autorités et les richesses du pays.

Par conséquent, cette troisième fonction attribuée aux massacres a dépassé celles délimitées par les sionistes en Palestine et au Liban, car ici les États-Unis sont aux commandes de « l’Armée Libre du Terrorisme » opérant en Syrie. Ce sont eux qui supervisent les trois fonctions à la fois : tuer pour intimider et déplacer pour faciliter la partition programmée ; verser le sang des citoyens pour peser sur les décisions politiques souhaitées contre la Syrie ; punir tous ceux qui persistent à soutenir leur État et leur gouvernement.

Tenant compte de ce qui précède et puisque nous sommes obligés de reconnaître et d’admettre qu’en Syrie a lieu une véritable guerre et non une rébellion ou une  anarchie passagère, une guerre d’une armée patriote contre une soi-disant « armée libre » réunissant des Syriens et des non-Syriens mercenaires ainsi que des terroristes et des égarés, dirigée par les États-Unis ; nous revenons sur la question fondamentale à la recherche des règles qui régissent la guerre défensive menée par l’armée et les forces de sécurité syriennes. Il nous faut donc rappeler les règles de base et l’épine dorsale des lois de la guerre : la nécessité, la proportionnalité, et la pertinence.

La règle de la nécessité impose deux exigences ; celle de la mise en œuvre du travail de défense sans délai pour éviter que la situation n’empire ; puis celle de l’utilisation des moyens adéquats permettant d’atteindre les résultats souhaités, c’est-à-dire, mettre un terme à l’agression et nettoyer le pays de ses effets. Il y a donc nécessité de s’assurer tous les moyens et armements pour gagner la guerre.  Mais la règle de la proportionnalité impose que ces moyens soient adaptés aux dangers encourus, et donc implique de ne pas opter pour des solutions excessives. Dès lors, l’agresseur n’a pas le droit d’imposer au défenseur le choix des armes puisque la nécessité impose et la proportionnalité sélectionne !

Quant à la troisième règle, il est évident qu’il n’est ni juste, ni pertinent d’adopter le type de fatwa décrété par l’un des cheikhs wahhabites qui voudrait « qu’il soit juste qu’un tiers soit tué pour que vivent les deux-tiers restant » ; le nombre de tués ne doit pas dépasser les limites de la nécessité qui assureraient l’objectif de la guerre défensive comme il n’est pas acceptable de tuer des blessés ou des prisonniers sortis de la bataille, la confrontation n’étant possible que face à un soldat armé et décidé à combattre.

Partant de ces exigences et vu le nombre important de terroristes, leur niveau d’entrainement, leurs techniques meurtrières, et les pertes qu’ils occasionnent, les forces syriennes de défense ne sont désormais tenues qu’aux lois de la guerre précitées et n’ont pas à tenir compte des intimidations et des menaces proférées par la direction de l’agression et ses suivistes.

À ce stade, il n’est pas inutile de revenir sur ce qui s’est passé à Treimseh [le 12 juillet] et d’en considérer les différents aspects. D’une part, un massacre – de terroristes qui s’en sont pris aux villageois partisans de l’État et de l’armée – bruyamment dénoncé pour exploitation au niveau de la réunion du Conseil de sécurité du lendemain. D’autre part, une opération réussie par les forces de sécurité compétentes contre ces terroristes, avec la mort pour ceux qui ont voulu la confrontation et le combat et l’arrestation de ceux qui ont abandonné leurs armes et qui sont donc sortis en vie de la bataille. Le tout suivi d’un communiqué de l’Armée syrienne faisant état des résultats de l’opération, confirmant  par là qu’elle considère être en guerre contre un ennemi qui cherche à détruire le pays !

Il était important qu’un tel communiqué soit prononcé pour décrire les faits et les résultats de la bataille, montrer les coupables et les condamner, et aussi annoncer le succès de l’opération. Ce faisant, l’État exprime son droit et sa confiance en la légitimité de son action défensive et adresse un message à « l’Armée Libre du Terrorisme » ainsi qu’à ses leaders étrangers ;  un message confirmant que la décision d’éradiquer le terrorisme, prise lors de la première réunion du nouveau parlement syrien, est irrévocable ; un message précisant que l’État syrien a les moyens militaires pour progresser dans son application et qu’il est loin de les avoir tous utilisés ; un message affirmant qu’il ne s’épargnera aucun moyen légitime nécessité par les circonstances, toujours conformément aux lois de la guerre !

Article original : Al-thawra 

http://thawra.alwehda.gov.sy/_kuttab.asp?FileName=41228775220120716012330

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Note

[1] Al-Treimseh : la mise au point et les précisions de Jihad Maqdissi [porte parole du Ministère des Affaires étrangères syrien]

http://www.infosyrie.fr/actualite/maqdissi/

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite

Collectif Antinucléaire Vaucluse (CAN84)

180 Chemin de la Parisienne 84740 Velleron

Tel : 06 60 76 04 03 – collectifantinucleaire84@hotmail.fr

www.coordination-antinucleaire-sudest.org

Communiqué de Presse du 15 juillet 2012- Sous l’ère Sarkozy ils chassaient le contestataire afin que le seigneur ne puisse être souillé par le peuple citoyen. Des cordons de policiers en tous genres et de gendarmes bottés et casqués cernaient la cité pour maintenir à distance –sous peine d’embarquement au poste de police et de contrôles d’identité prolongés- les antinucléaires et autres rebelles à la casse et à la soumission.

Sous l’ère Hollande, rien de nouveau. Les aficionados, en tenue ou en civil, du citoyen ennemi conservent leurs pratiques fort peu démocratiques. Les antinucléaires du CAN84 viennent d’en faire les frais ce dimanche 15 juillet 2012 alors qu’ils déployaient tranquillement leur banderoles « arrêt immédiat du nucléaire » dans la rue.

Avaient-ils commis un crime ? S’apprêtaient-ils à prendre d’assaut le palais des papes avec un bazooka ? Organisaient-ils une insurrection armée ? Tentaient-ils dans un désespoir fou de s’immoler en place publique ? Non pas. Simplement, le nouveau locataire de l’Elysée venait visiter ses ouailles et ses pauvres et distiller pour les télés, à Avignon, la bonne parole lors d’une étape à ne manquer sous aucun prétexte : le festival.

Festival ? S’en fut vraiment un lorsque, dans le plus pur style d’une dictature bananière, les sbires amoureux de la matraque et de la promotion interne, se lancèrent à l’attaque des citoyens et citoyennes coupables de vouloir troubler le bel ordonnancement de la mise en scène. Pressions policières sur les habitants contestataires, vol de la banderole par les policiers, affirmation de confiscation de l’objet du délit (un simple tissu plastifié de 2mètres50 de long) et neutralisation de l’expression de la différence et du cri contre le crime nucléaire.

Sous l’ère socialiste les méthodes de la droite dure n’ont pas disparues et le changement sera pour demain ou après-demain si certains y croient encore. D’autant que ce qui attend les françaises et français c’est la poursuite des projets des nucléocrates, c’est la continuelle soumission des politiques aux voeux et décisions du lobby militaro-nucléaire qui fait le lit du fanatisme nationaliste.

Au programme de ce festival nauséabond : ITER à Cadarache, EPR en Normandie, ASTRID à Marcoule, poubelle de Bure dans l’est du pays, stokage Iceda dans l’Ain et autres dégueulasseries sournoises concoctées avec l’aval et l’approbation du nouveau pouvoir en place auquel une escouades d’arrivistes estampillés « écologie » donne quitus.

Et pendant ce temps là, chaque jour, chaque heure les 58 réacteurs nucléaires de l’hexagone rejettent dans l’air et dans l’eau leur criminelle radioactivité, portent atteinte à la santé et provoquent des cancers multiples, contaminent la faune et la flore, polluent nos territoires.

Des antinucléaires ou des centrales nucléaires : qui sont les plus dangereux ?

La nouvelle vie des opposants cubains en Espagne

juillet 16th, 2012 by Salim Lamrani

En 2010 et 2011, tous les prisonniers dits « politiques » cubains ont été libérés suite à la médiation de l’Eglise catholique cubaine et du gouvernement espagnol. La majorité d’entre eux ont choisi de s’installer en Espagne avec leurs familles respectives et de commencer une nouvelle vie. Mais l’Eldorado européen tant rêvé n’est pas au rendez-vous dans une Péninsule ibérique frappée par une grave crise économique. Certains souhaitent même retourner à Cuba.

La médiation de l’Eglise catholique cubaine dirigée par le Cardinal Jaime Ortega, à la demande du Vatican, et du gouvernement espagnol de José Luis Rodríguez Zapatero avec les autorités de La Havane a débouché en 2010 et 2011 sur la libération de 127 prisonniers, dont 52 étaient considérés comme « politiques » par Amnistie Internationale[1]. Selon cette organisation de défense des droits de l’homme, il n’y a actuellement aucun prisonnier de conscience à Cuba[2]. Ce point de vue est également partagé par l’Eglise Catholique cubaine[3].

Certains secteurs avaient accusé le gouvernement cubain, l’Eglise catholique et le gouvernement Zapatero d’avoir obligé ces personnes à prendre le chemin de l’exil. Cette version avait été reprise par plusieurs médias occidentaux[4]. Le Parti Populaire espagnol (droite) a ainsi dénoncé « l’exil forcé » des opposants cubains[5].

Pourtant, cette version résiste difficilement à l’analyse. En effet, sur les 127 personnes libérées dans le cadre de l’accord entre La Havane, le Vatican et Madrid, 12 d’entres elles ont choisi de rester à Cuba. Laura Pollán, alors porte-parole du groupe d’opposition « Les Dames en Blanc » et farouche détractrice du gouvernement cubain, avait été claire à ce sujet : « Personne n’a obligé aucun des prisonniers à quitter le pays. Quiconque affirme le contraire est un menteur ». De la même manière, plusieurs dissidents ont affirmé qu’à aucun moment les autorités cubaines leur avaient demandé de quitter le pays comme condition préalable à leur libération[6].

Fernando Ravsberg, correspondant de la BBC à La Havane, a également démenti cette allégation. Plusieurs opposants qui ont choisi de quitter le pays lui ont avoué qu’ils « auraient pu rester dans l’île s’ils l’avaient souhaité. Ils assurent qu’à aucun moment on ne leur a imposé la sortie du territoire comme condition à leur liberté[7] ».

La douloureuse réalité espagnole

Loin de trouver une nation prospère, les dissidents cubains ont été frappés de plein fouet par la crise économique qui affecte l’Espagne. La plupart d’entre eux se trouve sans emploi, sans ressources et parfois même sans toit, restant à la charge des centres d’accueil de la Croix Rouge. Selon la presse ibérique, « un an après leur arrivée, les exilés ont peu à peu perdu les aides du Gouvernement et se retrouvent sans ressources, puisque l’immense majorité d’entre eux n’a pas trouvé d’emploi stable[8] ».

Le nouveau gouvernement espagnol de droite a décidé de mettre fin à l’aide accordée aux dissidents cubains un an après leur arrivée et a refusé de la prolonger de douze mois supplémentaires comme cela était prévu au départ, pour des raisons économiques[9]. En effet, l’Espagne a dépensé une moyenne de 2 000 euros par mois et par personne, soit plus de 18 millions d’euros pour subvenir aux besoins des 115 dissidents accompagnés de 647 membres de leur famille pendant un an. Le coût a été jugé trop élevé dans un pays qui compte près de 5 millions de chômeurs, c’est-à-dire environ 25% de la population active[10].

Pourtant, le Parti Populaire (PP) n’avait pas hésité à les utiliser dans leur guerre politique contre La Havane en emmenant quatre d’entre eux à Bruxelles témoigner et défendre la nécessité de maintenir la Position commune de l’Union européenne vis-à-vis de Cuba – qui limite les relations politiques, diplomatiques et culturelles. Néanmoins, il s’est montré peu reconnaissant en supprimant les aides, laissant aux opposants cubains l’amère sensation d’avoir été instrumentalisés[11]. Dès leur arrivée en Espagne, ces derniers n’avaient eu de cesse d’affirmer leur soutien au PP, et de critiquer le PSOE de Zapatero qui a pourtant contribué à leur libération[12].

Les dissidents cubains ont alors décidé d’avoir recours à une grève de la faim pour protester contre cette décision et exprimer leur « désarroi total ». « C’est la seule alternative qu’il nous reste », a déclaré l’un d’eux, installé dans une tente face au Ministère espagnol des Affaires Etrangères à Madrid[13].

Loin d’être entendus par les autorités espagnoles, les grévistes ont été « brutalement » délogés par la police qui leur a ordonné de lever le camp[14]. Dawuimis Santana a dénoncé la violence policière dont ils ont été victimes : « On nous a trainés au sol, on nous a frappés au visage, sur les bras et l’un de nous a le nez cassé ». Quatre d’entre eux ont été arrêtés[15]. Les forces de l’ordre se montrent généralement sévères avec les manifestants de tout type, et exception n’a pas été faite avec les opposants cubains. Certains observateurs ont fait remarquer que le Parti Populaire, d’habitude si prompt à venir en aide aux dissidents cubains et à dénoncer « l’oppression » dont ils étaient victimes dans l’île, est cette fois resté discret au sujet des agissements de la police municipale de Madrid à leur encontre[16].

José Manuel García Margallo, ministre espagnol des Affaires étrangères, a reconnu que le cas des Cubains n’était « pas simple » et que ces derniers se trouvaient « dans une situation difficile ». Mais il a rejeté toute idée de prolonger les aides financières leur étant destinées, en raison de la crise économique qui frappe le pays. Tout au plus s’est-il engagé à accélérer le processus de validation des diplômes[17].

Parfois, le désarroi auquel sont confrontés les opposants cubains en Espagne prend des tournures tragiques. Ainsi, Albert Santiago du Bouchet, installé aux Îles Canaries depuis sa libération, a mis fin à ses jours le 4 avril 2012, ne supportant plus d’être abandonné à lui-même par les autorités espagnoles qui avaient mis un terme à l’aide financière mensuelle accordée[18]. Le gouvernement espagnol a rejeté tout « lien direct » entre le suicide et la décision de mettre un terme au soutien financier. Néanmoins, sa famille ainsi que plusieurs membres de son entourage ont affirmé que sa situation économique précaire était la principale cause du drame[19].

Un retour à Cuba ?

Contre toute attente, plusieurs dissidents ont fait part de leur volonté de rentrer à Cuba, à défaut de pouvoir se rendre aux Etats-Unis, accusant l’Espagne d’abandon[20]. « Il vaut mieux être à Cuba qu’ici dans la rue », a déclaré Ismara Sánchez[21]. « Depuis le 31 mars, je suis à la rue », faute de pouvoir se payer un logement, s’est plainte Idalmis Núñez. « La situation est difficile : nous avons emmené nos familles loin de la maison et nous ne pouvons pas leur donner à manger. Pour la première fois de ma vie, j’ai un cas de conscience. J’ai peur », a admis un autre opposant[22]. « Les enfants n’ont plus de nourriture et n’ont plus de lait. Les enfants ne peuvent plus se rendre à l’école parce qu’ils n’ont pas l’argent pour le transport », a exprimé l’opposant Bermúdez[23].

De la même manière, Orlando Fundaro et son épouse, ont dû faire face à des conditions de vie tellement difficiles qu’ils en ont regretté leur terre d’origine. Dans une interview à la BBC, Fundora a confessé l’inattendu : « Nous mangions mieux à Cuba[24] ».

La décision de rentrer à Cuba n’est en réalité pas si surprenante que cela. Malgré les ressources limitées de la nation caribéenne, les difficultés et vicissitudes quotidiennes engendrées par l’état de siège économique que les Etats-Unis imposent à Cuba depuis 1960, lequel affecte toutes les catégories de la population et constitue le principal obstacle au développement de la nation, le gouvernement de La Havane a mis en place un système de protection sociale relativement performant qui subvient aux nécessités de base de la population. Ainsi, malgré tout, 85% des Cubains sont propriétaires de leur logement. De la même manière, ils bénéficient d’un accès gratuit à l’éducation, à la santé et aux activités culturelles. Le carnet de rationnement leur permet de disposer, chaque mois, en sus du salaire, d’une alimentation de base suffisante pour deux semaines. Ainsi, personne n’est abandonné à son sort à Cuba et les catégories les plus vulnérables sont prises en charge par l’Etat. C’est la raison pour laquelle, malgré les limites en termes de ressources, il n’y a pas à Cuba de sans domicile fixe, ni d’enfants désemparés dans les rues. D’ailleurs, à ce sujet, selon l’UNICEF, Cuba est le seul pays du Tiers-monde où n’existe pas la malnutrition infantile[25].

Finalement, l’Europe s’est avérée ne pas être l’Eldorado promis aux opposants cubains. Ces derniers ont été confrontés de manière brutale à la réalité économique de la Péninsule ibérique et ont découvert que les plus vulnérables étaient rapidement abandonnés à leur sort. Ils ont également pu se rendre compte que leur Île n’était finalement pas l’antichambre de l’Enfer, malgré les problèmes quotidiens, et que le système de protection sociale faisait en sorte de protéger les plus faibles.


Notes

[1] Amnesty International, « Cuba, Annual Report 2012 », 2012. http://www.amnesty.org/en/region/cuba/report-2012 (site consulté le 2 juillet 2012).

[2] Ibid.

[3] Juan O. Tamayo, « Tensa cita de las Damas de Blanco con Iglesia cubana », El Nuevo Herald, 25 mai 2012.

[4] Axel Gyldén, « En exil forcé, un dissident cubain met fin à ses jours », L’Express,7 avril 2012.

[5] Público, « Aznar afirma que los presos cubanos sufren ‘un destierro’ en España », 28 juillet 2010.

[6] Fernando Ravsberg, « La conspiración católico-comunista », BBC, 23 juin 2011. http://www.bbc.co.uk/blogs/mundo/cartas_desde_cuba/2011/06/la_conspiracion_catolico-comun.html (site consulté le 14 juin 2012).

[7] Ibid.

[8] Carmen Pérez-Lanzac, « Exprisioneros políticos refugiados en España protestan tras quedarse sin ayudas », El País, 11 avril 2012.

[9] Carmen Pérez-Lanzac, « Entre 2010 y 2011 llegaron a España 767 cubanos : 115 presos y sus familiares », El País, 10 avril 2010.

[10] Joaquín Gil, « El Gobierno paga 2.000 euros al mes por cada uno de los 762 disidentes y familiares », El País, 13 juillet 2011.

[11] Jerónimo Andreu, « Exprisioneros políticos traídos a España por Exteriores hace un año pierden las ayudas públicas », El País, 9 avril 2012.

[12] EFE, « Opositores cubanos piden a España una actitud ‘más enérgica’ contra castrismo », 20 janvier 2012.

[13] EFE, « Diez ex presos cubanos deciden emprender una huelga de hambre en Madrid », 13 avril 2012.

[14] Ibid.

[15] Europa Press, « Denuncian la detención de cuatro expresos cubanos que protestaban en Madrid ante le Ministerio de Exteriores », 23 mai 2012.

[16] EFE, « El Partido Popular español exige a Cuba que deje de oprimir a la disidencia », 20 janvier 2012.

[17] Carmen Pérez-Lanzac, « Exprisioneros políticos refugiados en España protestan tras quedarse sin ayudas », El País, 11 avril 2012.

[18] El País, « Fallece un expreso político cubano llegado a España el año pasado », 6 avril 2012. .

[19] Europa Press, « España no ve ‘relación directa’ entre el suicidio de un disidente y el fin de la ayuda », 9 avril 2012.

[20] Juan O. Tamayo, « Ex presos políticos cubanos en España viven pesadilla », El Nuevo Herald, 17 avril 2012.

[21] Ríos Biot, « ‘Es mejor estar en Cuba que aquí en la calle », El País, 13 avril 2012.

[22] Jerónimo Andreu, « Exprisioneros políticos traídos a España por Exteriores hace un año pierden las ayudas públicas », El País, 9 avril 2012.

[23] EFE, « Ex presos cubanos denuncian en Madrid su ‘total desamparo’ », 10 avril 2012.

[24] Fernando Ravsberg, « La conspiración católico-comunista », BBC, op. cit.

[25] UNICEF, Progreso para la infancia. Un balance sobre la nutrición, 2011.

Refondation énergétique du Moyen-Orient

juillet 16th, 2012 by Chems Eddine Chitour

«Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent.»

 Jean-Paul Sartre (Extrait du livre Le Diable et le Bon Dieu)

Un conflit qui dure depuis seize mois et qui aurait fait des milliers de morts selon une comptabilité tenue soigneusement par les médias des pays occidentaux qui attribuent insidieusement les morts uniquement au régime de Damas et non aussi aux insurgés armés lourdement par les Occidentaux avec l’argent des roitelets du Golfe. Les chrétiens ont peur de servir de variables d’ajustement d’un conflit qui les dépasse. Ce conflit, un siècle après les accords de Sykes-Picot, met en jeu les mêmes acteurs avec en plus, les Etats-Unis, la Russie et la Chine et…Israël. Les dépouilles sont toujours les mêmes, les dirigeants arabes faibles, lâches qui continuent à s’étriper pour le plus grand bien de l’Empire et de ses vassaux. Avec cette fois-ci, un coup d’arrêt à la tentation d’Empire, de la part de puissances asiatiques qui s’affirment.

Que se passe t-il réellement, et pourquoi Assad ne tombe pas malgré les communiqués triomphalistes présentant des personnalités qui ont lâché le pouvoir, le général Tlass, l’ambassadeur de Syrie en Irak qui s’enfuit au Qatar… Un autre round de négociations sur le règlement pacifique en Syrie s’est tenu dernièrement à Moscou. Cette fois, le ministère des Affaires étrangères de Russie a invité le président du Conseil national syrien (CNS) Abdel Basset Sayda. Mais il n’y a pas eu de rapprochement de positions. D’autre part, l’émissaire international Kofi Annan, qui poursuit sa tournée en Iran, a rencontré Bachar el-Assad en Syrie pour tenter de trouver une issue au conflit dans le pays. Il a annoncé lundi 9 juillet 2012 être tombé d’accord avec le président Bachar el-Assad sur une «approche» qu’il soumettra aux rebelles syriens.

La diabolisation des médias occidentaux

Et si la version matraquée tous les jours par les médias français n’était pas la bonne? C’est en tout cas l’avis du politologue Gérard Chalian, sur le plateau de «C dans l’air» du 14 juin 2012, sur France 5: ce qu’il dit c’est que ce n’est pas uniquement un méchant contre des gentils et que la volonté d’intervention et les hésitations des Occidentaux ne sont pas forcément liées à des sentiments purement humanistes. Il dit qu’une intervention impliquerait beaucoup de conséquences géopolitiques. Pour lui, ce qui se passe en Syrie est avant tout une affaire politique et non humanitaire. C’est en fait, l’exacerbation du conflit artificiel sunnite /chiite avec d’un côté pour les sunnites l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Union européenne, les Etats-Unis et Israël et de l’autre, les chiites, c’est-à-dire les Alaouites aidés par l’Iran. Le but de la manipulation est de casser l’Iran et de réduire le Hezbollah.

Nous verrons qu’il existe aussi l’argument énergétique. Le témoignage d’une Française, épouse d’un Franco-Syrien, qui a séjourné en Syrie du 19 mai au 12 juin 2012, est édifiant: «Alors que ce pays offrait une totale sécurité, les «Amis de la Syrie» y ont semé la violence. À Alep, des bandes armées ont fait leur apparition dans le 2e semestre 2011: kidnapping, demandes de rançons… Une mafia très lucrative. Nous avons eu connaissance de nombreux récits d’enlèvements à toute heure et à tout endroit à Alep à un rythme quasi quotidien. Les enfants ont pris l’habitude de téléphoner à leurs parents dès leur arrivée et départ de l’école. Les militaires et policiers sont les cibles privilégiées pour ceux qui sont payés pour tuer. Ainsi, un commandant de 35 ans a été abattu de 2 balles dans la tête un matin à 8 h 30 alors qu’il achetait du pain. Les commerçants ferment sur ordre d’hommes armés qui menacent de brûler leur boutique. Ainsi, le 2 juin, à la Médine (anciens souks) tout était fermé. Les médias français parlent alors de grève générale anti-régime. Lors de manifestations pro Bachar, des hommes armés s’infiltrent et se mettent à tirer dès que la foule est dense. Ceci est filmé et envoyé aux chaînes de télévision. Le pouvoir conseille de ne pas faire de manifestations de soutien pour éviter ces tueries. La population, qui est confrontée aux kidnappings, bombes, asphyxie des commerces, connaît des difficultés d’approvisionnement en fuel, essence et gaz. Il n’y a pas pénurie en Syrie, mais les véhicules de transport sont attaqués et brûlés sur les routes.» (1)

«Pour ceux qui à l’étranger souhaitent apporter leur aide, il est impossible de virer de l’argent et impossible d’en retirer sur place (d’un compte en France par exemple). À Damas, tout semble comme avant, vie diurne et nocturne, malgré la menace des bombes. Cependant, beaucoup d’hôtels ont fermé, le tourisme est inexistant. À Homs, un seul quartier reste occupé par les rebelles. Les habitants se sont réfugiés dans les villages alentour chez la famille ou des amis. Sur les grands axes routiers, l’ASL effectue des contrôles et abat sur le champ un militaire présent. (…) Il n’y a pas de guerre civile en Syrie, les communautés continuent de vivre en harmonie. Il y a des actes de barbarie et de violence de la part de mercenaires et de l’ASL contre des minorités pour provoquer une guerre civile. (…) Monsieur Sarkozy a en son temps exprimé au patriarche maronite venu le rencontrer que les chrétiens d’Orient devaient laisser leur pays aux musulmans et que leur avenir était en Europe. L’Occident applique en Syrie le même scénario qu’en Irak et en Libye. (…) L’opposition en Syrie participe de façon légale au changement. Les gens sont écoeurés par le manque d’objectivité des médias français. La seule source, l’Osdh, basée à Londres, est animée par un Frère musulman, payé par les services secrets britanniques.»(1)

L’argument énergétique

Le professeur Imad Fawzi Shueibi analyse les causes et les conséquences de la récente position de la Russie au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le soutien de Moscou à Damas n’est pas une posture héritée de la Guerre froide, mais le résultat d’une analyse en profondeur de l’évolution des rapports de force mondiaux. La crise actuelle va cristalliser une nouvelle configuration internationale, qui d’un modèle unipolaire issu de la chute de l’Union Soviétique, va évoluer progressivement vers un autre type de système qui reste à définir. Inévitablement, cette transition va plonger le monde dans une période de turbulences géopolitiques. L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi: la Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient. C’est ainsi que Imad Fawzi Shueibi analyse la situation actuelle. Il écrit: L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi.(2)

«Avec la chute de l’Union soviétique, les Russes ont réalisé que la course à l’armement les avait épuisés, surtout en l’absence des approvisionnements d’énergie nécessaires à tout pays industrialisé. Au contraire, les USA avaient pu se développer et décider de la politique internationale sans trop de difficultés grâce à leur présence dans les zones pétrolières depuis des décennies. C’est la raison pour laquelle les Russes décidèrent à leur tour de se positionner sur les sources d’énergie, aussi bien pétrole que gaz. (…) Moscou misa sur le gaz, sa production, son transport et sa commercialisation à grande échelle. Le coup d’envoi fut donné en 1995, lorsque Vladimir Poutine mis en place la stratégie de Gazprom. (…) Il est certain que les projets Nord Stream et South Stream témoigneront devant l’Histoire du mérite et des efforts de Vladimir Poutine pour ramener la Russie dans l’arène internationale et peser sur l’économie européenne puisqu’elle dépendra, durant des décennies à venir, du gaz comme alternative ou complément du pétrole, avec cependant, une nette priorité pour le gaz. À partir de là, il devenait urgent pour Washington de créer le projet concurrent Nabucco, pour rivaliser avec les projets russes et espérer jouer un rôle dans ce qui va déterminer la stratégie et la politique pour les cent prochaines années. Le fait est que le gaz sera la principale source d’énergie du XXIe siècle, à la fois comme alternative à la baisse des réserves mondiales de pétrole, et comme source d’énergie propre.(…) Moscou s’est hâté de travailler sur deux axes stratégiques: le premier est la mise en place d’un projet sino-russe à long terme s’appuyant sur la croissance économique du Bloc de Shanghai; le deuxième visant à contrôler les ressources de gaz. C’est ainsi que furent jetées les bases des projets South Stream et Nord Stream, faisant face au projet états-unien Nabucco, soutenu par l’Union européenne, qui visait le gaz de la mer Noire et de l’Azerbaïdjan. S’ensuivit entre ces deux initiatives une course stratégique pour le contrôle de l’Europe et des ressources en gaz.


Photo: Deep Resource

Le projet Nord Stream relie directement la Russie à l’Allemagne en passant à travers la mer Baltique jusqu’à Weinberg et Sassnitz, sans passer par la Biélorussie. Le projet South Stream commence en Russie, passe à travers la mer Noire jusqu’à la Bulgarie et se divise entre la Grèce et le sud de l’Italie d’une part, et la Hongrie et l’Autriche d’autre part.»(2)

«Pour les États-Unis, poursuit le professeur Imad, le projet Nabucco part d’Asie centrale et des environs de la mer Noire, passe par la Turquie et devait à l’origine passer en Grèce, mais cette idée avait été abandonnée sous la pression turque. Ce projet, écrit le professeur Imad, bat de l’aile. À partir de là, écrit-il, la bataille du gaz a tourné en faveur du projet russe. En juillet 2011, l’Iran a signé divers accords concernant le transport de son gaz via l’Irak et la Syrie. Par conséquent, c’est désormais la Syrie qui devient le principal centre de stockage et de production, en liaison avec les réserves du Liban. C’est alors un tout nouvel espace géographique, stratégique et énergétique qui s’ouvre, comprenant l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban. Les entraves que ce projet subit depuis plus d’un an donnent un aperçu du niveau d’intensité de la lutte qui se joue pour le contrôle de la Syrie et du Liban. Elles éclairent du même coup le rôle joué par la France, qui considère la Méditerranée orientale comme sa zone d’influence historique, devant éternellement servir ses intérêts, et où il lui faut rattraper son absence depuis la Seconde Guerre mondiale. En d’autres termes, la France veut jouer un rôle dans le monde du gaz où elle a acquis en quelque sorte une «assurance maladie» en Libye et veut désormais une «assurance-vie» à travers la Syrie et le Liban. (…) L’empressement de la coalition Otan-Etats-Unis-France à mettre fin aux obstacles qui s’élevaient contre ses intérêts gaziers au Proche-Orient, en particulier en Syrie et au Liban, réside dans le fait qu’il est nécessaire de s’assurer la stabilité et la bienveillance de l’environnement lorsqu’il est question d’infrastructures et d’investissement gaziers. La réponse syrienne fût de signer un contrat pour transférer vers son territoire le gaz iranien en passant par l’Irak. Ainsi, c’est bien sur le gaz syrien et libanais que se focalise la bataille, alimentera-t-il.» (2)

«De plus, poursuit le professeur Imad, la coopération sino-russe dans le domaine énergétique est le moteur du partenariat stratégique entre les deux géants. Il s’agit, selon les experts, de la «base» de leur double veto réitéré en faveur de la Syrie. Parallèlement, Moscou affiche sa souplesse concernant le prix du gaz, sous réserve d’être autorisé à accéder au très profitable marché intérieur chinois. (…) En conséquence, les préoccupations des deux pays se croisent au moment où Washington relance sa stratégie en Asie centrale, c’est-à-dire, sur la Route de la soie. (…) Cet aperçu des mécanismes de la lutte internationale actuelle permet de se faire une idée du processus de formation du nouvel ordre international, fondé sur la lutte pour la suprématie militaire et dont la clé de voûte est l’énergie, et en premier lieu le gaz. La «révolution syrienne» est un paravent médiatique masquant l’intervention militaire occidentale à la conquête du gaz. Quand Israël a entrepris l’extraction de pétrole et de gaz à partir de 2009, il était clair que le Bassin méditerranéen était entré dans le jeu et que, soit la Syrie serait attaquée, soit toute la région pourrait bénéficier de la paix, puisque le XXIe siècle est supposé être celui de l’énergie propre. Selon le Washington Institute for Near East Policy (Winep, le think tank de l’Aipac), le Bassin méditerranéen renferme les plus grandes réserves de gaz et c’est en Syrie qu’il y aurait les plus importantes. La révélation du secret du gaz syrien fait prendre conscience de l’énormité de l’enjeu à son sujet. Qui contrôle la Syrie pourrait contrôler le Proche-Orient.» (2)

L’argument religieux: sunnite versus chiite

Un autre argument de basse intensité est le conflit artificiel sunnite-chiite. Le conflit en Syrie est devenu, écrit Bernard Haykel spécialiste du Moyen-Orient à l’université Princeton, une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Pendant de longues années, le salafisme a été le vecteur d’influence de l’Arabie Saoudite. Mais cette doctrine a créé des monstres, notamment Al-Qaîda, qui se sont retournés contre le régime des Al Saoud. Aujourd’hui, l’anti-chiisme et le discours contre l’Iran sont utilisés par la monarchie pour que les Saoudiens, à 90% sunnites, fassent bloc derrière le régime. Cela pourrait devenir aussi la nouvelle base des relations avec les États-Unis. Il a montré comment le régime saoudien tente de tirer son épingle du jeu dans le grand chambardement du printemps arabe.» (3)

«Mais c’est la Syrie qui est au centre de l’attention de l’Arabie Saoudite. Le roi s’est prononcé contre le régime de Bachar Al Assad. Il a rappelé son ambassadeur à Damas. Les Saoudiens estiment que l’Iran est aujourd’hui une menace réelle pour leur pays. Ils jugent que si Bachar Al Assad est renversé, ce sera un revers important pour l’influence de l’Iran dans la région. Il y a donc un flot d’argent saoudien qui vise à radicaliser les sunnites syriens, comme en 2006-2007 au Liban quand il s’agissait de radicaliser les sunnites locaux contre le Hezbollah. Riyadh ne considère plus qu’un changement dans la région est mauvais. «Enfin, elle tente de promouvoir cette approche à Washington.» L’Arabie Saoudite est sous protection militaire des Etats-Unis», conclut Bernard Haykel.» «Ces deux pays entretiennent aussi des relations commerciales fortes, dominées par les hydrocarbures et les ventes d’armes.» (3)

Le résultat de cette anomie

Quels sont les perdants et quels sont les gagnants? Le grand perdant est d’abord et avant tout le peuple syrien qui paie le prix fort d’une guerre qui le dépasse. Il devient clair que la clé de la réussite économique et de la domination politique réside principalement dans le contrôle de l’énergie du XXIe siècle: le gaz. C’est parce qu’elle se trouve au coeur de la plus colossale réserve de gaz de la planète que la Syrie est sur une plaque tectonique énergétique. Une nouvelle ère commence, celle des guerres de l’énergie. Le grand gagnant dans tous les cas est Israël qui réussit – sans y participer – à affaiblir ses adversaires, l’Iran, les pays arabes qui ne comptent plus et le Hezbollah. On l’aura compris, la paix en Syrie n’est pas pour demain. Hélas!

1. http://www.afrique-asie.fr/nous-ecrire/27-actualite32/3216-desinformation-mais-que-se-passe-t-il-en-syrie.html3/07/12
2. Imad Fawzi Shueibi http://www.voltairenet.org/La-Syrie-centre-de-la-guerre-du 8 mai 2012
3. Bernard Haykel: Le conflit en Syrie est devenu une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Conférence École des Hautes études en sciences sociales, Paris, mardi 22 mai 2012

Professeur  émérite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz  

Syrie : l’incroyable aveu de Laurent Fabius

juillet 14th, 2012 by Pierre Levy

Selon les déclarations du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, les grandes puissances préparent déjà l’après El Assad. Elles ont même réfléchie à trouver un successeur au président syrien, au mépris de la souveraineté du peuple. Pierre Levy «se frotte les yeux».

Chaussures, bagages et valises de luxe. Voilà quelques-uns des articles que les Vingt-sept ont placés sous embargo à travers la énième vague de sanctions contre Damas. On aurait presque envie d’en rire (on avait en effet cru comprendre que les dirigeants européens souhaitaient la fuite du président syrien) si la situation n’était si tragique. Cette énumération surréaliste (figurent également cigares, caviar, eau de vie et bijoux…) illustre l’insondable suffisance qui domine à Bruxelles, où l’on semble considérer Bachar el-Assad comme une marionnette s’accrochant au pouvoir pour le plaisir de «massacrer son propre peuple» entre deux orgies.
 
En tout cas, on peut être rassuré sur un point : la propagande de guerre n’a rien perdu de son allant. Ainsi la BBC (modèle de rigueur journalistique, dit-on) a-t-elle mis à la une de son site la photo d’un massacre syrien… prise quelques années plus tôt en Irak. Quant à la tuerie d’Houla – des familles entières achevées à l’arme blanche – qui a été présentée comme un «tournant dans l’horreur», ses auteurs ne semblent pas être les affidés du président, mais bien ses adversaires armés ; c’est en tout cas ce qu’indiquent les indices et témoignages recueillis par un reporter chevronné, et publiés dans le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung , qui ne passe pas pour être un suppôt du président Assad.
 
Le régime de ce dernier serait-il alors blanc comme neige ? Certes non. Mais cela est l’affaire du peuple syrien, qui semble loin d’être majoritairement acquis à l’opposition. En réalité, les souffrances de celui-ci sont bien la dernière des préoccupations des chancelleries : celles-ci tentent de déstabiliser la Syrie afin d’affaiblir l’Iran, contre qui l’étranglement économique vient de monter d’un cran. Pour l’heure, une intervention armée directe n’est pas à l’ordre du jour : Moscou et Pékin semblent cette fois décidés à garantir le principe de non-ingérence, seul fondement d’un ordre international qui ne soit pas la loi du plus fort. Et quand bien même ce verrou sauterait, il n’est pas certain qu’une invasion soit envisagée avec enthousiasme par les alliés atlantiques, tant le terrain est miné. Ce qui n’empêche nullement les livraisons d’armes occidentales, ainsi que la présence de forces spéciales (notamment sous couvert qatari et saoudien) aidant les rebelles armés, qui multiplient les attentats.

«Un pouvoir doit avoir un successeur»

Le ministre français des Affaires étrangères assume un soutien officiel à la rébellion, confirmant en la matière la parfaite continuité entre les deux locataires successifs de l’Elysée. Mais Laurent Fabius ne s’en tient pas là. Appelant à ce que «le tyran (soit) dégagé au plus tôt», il a précisé au micro de France Inter : «un pouvoir doit avoir un successeur ; donc il y a des discussions très précises et très difficiles». On se frotte les yeux : pour la première fois ouvertement, un responsable avoue que les grandes puissances entendent non seulement abattre un régime, mais choisir qui le remplacera. Le plus extraordinaire est qu’une telle déclaration soit passée quasiment inaperçue, comme s’il s’agissait d’une chose finalement très naturelle.
 
Après tout, n’étaient-ce pas déjà Bruxelles, Berlin et Paris qui avaient organisé la mise à pied de l’Italien Berlusconi et du Grec Papandréou, puis nommément introduit leurs successeurs ? Plus discrètement, un double règlement européen (baptisé «pack de deux») est actuellement en discussion entre le Conseil et le parlement européens, qui permettrait de placer directement sous tutelle (et sans son aval) un pays qui se montrerait incapable d’«assainir» suffisamment ses finances publiques. La banalisation, en quelque sorte, de l’expropriation politique que subissent Grecs, Portugais et Irlandais.
 
La raison d’être des empires a toujours été d’imposer leurs choix. En cette ère postmoderne, les armes, selon les circonstances, sont celles des services spéciaux ou de l’Otan ; ou bien de la BCE, de la Commission et du FMI.
 
On n’en a décidément pas fini avec les derniers des Troïkans.

Pierre Lévy

Pierre Lévy : Rédacteur en chef de Bastille-République-Nations, mensuel progressiste radicalement eurocritique.

Selon des officiels israéliens une mission d’investigation de l’ONU “ne sera pas autorisée à entrer” en Israël ni dans les territoires Occupés.


Les soldats israéliens tirent sur les manifestants palestiniens qui protestent contre la confiscation des terres palestiniennes pour étendre la colonie juive d’Hallamish dans le village de Cisjordanie de Nabi Saleh, près de Ramallah – Photo : AFP/Abbas Momani

Vendredi dernier, le Conseil pour les droits humains basé à Genève a nommé trois officiers pour diligenter une enquête sur l’activité coloniale d’Israël en Cisjordanie.

L’organisation pour les droits humains la plus importante de l’ONU a demandé à trois juristes d’étudier les conséquences de la colonisation israélienne de Cisjordanie sur “les droits civils, économiques, sociaux et culturels du peuple palestiniens”. L’organisation a enjoint Tel Aviv à “ne pas faire obstacle au processus de collaboration”.

Israël s’est insurgé et a immédiatement qualifié la mission de “biaisée et défectueuse”, et a affirmé qu’il n’apporterait pas son concours aux officiels.

“Israël ne coopérera pas avec la mission d’investigation et ses membres ne seront pas autorisés à entrer en Israël ni dans les Territoires” a déclaré le porte parole du ministères des Affaires Étrangères, Yigal Palmor. “Son existence témoigne de la distorsion profonde qui caractérise la manière dont le Conseil des droits humains de l’ONU traite Israël et le détournement du thème essentiel des droits humains par des pays non-démocratiques”.

Israël a coupé les ponts avec le Conseil en mars dernier après que l’organisation qui compte 47 pays ait passé une résolution pour enquêter sur la colonisation. Israël accuse la commission de “se concentrer d’une manière disproportionnée” sur Israël.

“La mise en place de cette mission est une nouvelle preuve flagrante de la manière dont le Conseil de l’ONU pour les droits humains s’en prend systématiquement à Israël” selon une déclaration du ministère des Affaires Étrangères de vendredi dernier.

Puisque l’équipe ne peut pas entrer en Israël, elle sera tributaire de sources de seconde main comme les médias locaux pour monter son dossier.

Mais même si la mission arrivait à la conclusion que les colonies violent les droits humains, toute tentative de punir Israël serait contrecarrée par les États-Unis, l’allié clé d’Israël.

L’ONU considère que les colonies israéliennes sont illégales au regard du droit international. Le Conseil pour les droits humains affirme que les projets israéliens de construire encore des maisons en Cisjordanie et dans Jérusalem Est sabote le processus de paix et constitue une menace à la solution de deux états.

Les colonies de Cisjordanie sont au cœur du conflit entre les Israéliens et les Palestiniens. Environ 500 000 Israéliens et 2,5 millions de Palestiniens habitent en Cisjordanie et dans Jérusalem Est, un territoire qu’Israël a repris à la Jordanie en 1967. Les Palestiniens affirment que la Cisjordanie fait partie de leur futur état et s’opposent à ce que des colonies y soient construites.

Israël qui s’appuie sur ses [supposés] liens bibliques et historiques avec la Cisjordanie, soutient que le statut des colonies doit être établi dans des négociations pour la paix.

7 juillet 2012 – Russia Today –

Pour consulter l’original :
http://www.rt.com/news/israel-settl…

Traduction : Info-Palestine.net – Dominique Muselet

Nous avons appris avec émotion les événements qui ont eu lieu à la Faculté de Sciences Humaines à Port-au-Prince le 15 juin 2012. En effet, ce jour-là des soldats de la MINUSTAH (1), véritable force étrangère d’occupation, ont procédé à une intervention musclée.

Ni dans les universités françaises, ni dans d’autres centres français d’enseignement supérieur, la police, ou encore moins l’armée, fut-elle porteuse de « casques bleus », doit intervenir. Elle n’y met pas les pieds ni cela serait banal. Cela par tradition multiséculaire mais aussi par simple respect de l’état de droit. Ce qui n’est pas admissible en France ne doit pas être admis ailleurs, à savoir la violation des libertés fondamentales et de la sanctuarisation des établissements scolaires et universitaires.

Nous nous solidarisons avec les dénonciations et vives protestations du Collectif pour le Dédommagement Des Victimes du Choléra et du Réseau National de Défense des Droits Humains-RNDDH (2). Nous faisons nôtres aussi les actions entreprises par le coordonnateur de la Faculté et le recteur de l’Université qui ont dénoncé les actes perpétrés dernièrement à la Faculté des Sciences Humaines, qui ont malheureusement eu des néfastes précédents commis par ces mêmes « casques bleus », en janvier 2009 et mai 2010 (3).

Nous exigeons le total respect des droits fondamentaux, des droits et des libertés politiques inaliénables du peuple haïtien. Nous exigeons le respect de la souveraineté du peuple haïtien, aujourd’hui piétinée, et la restitution intégrale de la souveraineté de l’Etat haïtien. Ce dernier n’est à présent qu’un « Etat » sous tutelle internationale, depuis 2004, sous couvert de l’ONU et de sa « Mission de Nations Unies pour la stabilisation en Haïti » -MINUSTAH- dont nous blâmons ses agissements et méfaits.

Nous n’oublions pas que cette mise sous tutelle de la première République noire de l’histoire contemporaine fut une décision des USA secondés par la France et le Canada. Un coup d’Etat organisé et perpétré par Washington, le 29 février 2004, consumé par l’envoi à l’exil du président haïtien Jean-Bertrand Aristide. Georges W. Bush fut soutenu activement à l’époque par Jacques Chirac. La MINUSTAH compte plus de 13 000 hommes, dont deux tiers des soldats et un tiers de policiers. La Cour Interaméricaine des Droits Humains, CIDH, siégeant au Costa Rica, a accepté d’instruire des plaintes contre cette MINUSTHA, pour enlèvement, meurtre et complicité de meurtre.

L’Association des Travailleurs et des Peuples de la Caraïbe- Lawond a Travayè é Pèp an Karayib’la, ATPC, signa le 21 juin dernier une déclaration à l’endroit des organisations ouvrières et démocratiques, des associations de défense des droits démocratiques où elle manifestait fermement « Plus que jamais le combat pour le départ des troupes de l’ONU, la MINUSTAH, doit se poursuivre et se renforcer. ».

Nous appelons aux citoyens français et du monde, aux peuples épris de justice et de liberté, à manifester aussi leur soutien au digne peuple haïtien.

Luis Basurto
Observateur

Paris, le 3 juillet 2012

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Mission_des_Nations_unies_pour_la_stabilisation_en_Ha%C3%AFti#cite_note-56

(2) http://hpnhaiti.com/site/index.php/politique/6434-des-organisations-denoncent-des-repressions-de-la-minustah-sur-des-entites-de-luniversite-detat

(3) http://www.radiotelevisioncaraibes.com/nouvelles/haiti/la_version_de_la_force_onusienne_sur_le_15_juin_une_demi_verite.html  

Alors que 500 000 Haïtiens vivent toujours dans des camps de déplacés, on construit des hôtels cinq étoiles au cœur des bidonvilles.

Dans le cadre de la « reconstruction » du pays, le Clinton Bush Haiti Fund a récemment investi 2 millions de dollars dans l’hôtel Royal Oasis, un complexe de luxe construit dans une zone métropolitaine frappée par la pauvreté et « pleine de camps de déplacés abritant des centaines de milliers de personnes ». Le Royal Oasis appartient à un groupe d’investissement haïtien (SCIOP SA) et sera géré par la chaîne espagnole Occidental Hotels & Resorts.

AP rapportait en avril que des fonds amassés par les anciens présidents étasuniens afin d’aider les Haïtiens les plus démunis sont maintenant utilisés pour la construction d’un hôtel  pour de riches étrangers, dont des touristes, ainsi que de nombreux travailleurs « humanitaires » en Haïti à l’heure actuelle. (Daniel Trenton, AP: New hotels arise amid ruins in Haitian capital, Clinton Bush Haiti Fund, 29 avril 2012.)

Il convient de rappeler que les gouvernements occidentaux ont insisté pour que l’aide financière récoltée pour Haïti soit donnée à des organisations non gouvernementales (ONG) et à des fondations plutôt qu’au gouvernement haïtien, qu’ils considèrent comme corrompu.

Dans la foulée du séisme de janvier 2010, les Étasuniens, les Canadiens et les Européens qui ont fait des dons à ces organisations humanitaires et ONG n’ont pas réalisé que leur contribution à la reconstruction d’Haïti serait affectée à la construction d’hôtels cinq étoiles pour héberger des hommes d’affaires étrangers. Leurs attentes étaient que l’argent servirait à nourrir et loger les Haïtiens.

Hôtel Royal Oasis hotel. Plus de photos ici : http://www.oasishaiti.com/

Infopublicité du Royal Oasis

Le Royal Oasis, ainsi que d’autres projets hôteliers totalisant plus de 100 millions font, selon AP, «  naître l’espoir que des milliers d’investisseurs [étrangers] rempliront bientôt leurs chambre climatisées en cherchant à construire des usines et des infrastructures touristiques ». (C’est l’auteure qui souligne.)

« L’édifice de dix étages […] comprendra une galerie d’art, trois restaurants, une banque commerciale et des boutiques haut de gamme. La construction du Royal Oasis a débuté avant le séisme et devrait être terminée avant la fin de l’année. » Le tremblement de terre a donc été une bénédiction pour les promoteurs et entrepreneurs de l’hôtel, amenant 2 millions de dollars récoltés à la base pour « servir directement à l’approvisionnement de besoins matériels [nourriture, eau, abris, matériel de premiers soins]  » (voir l’annonce ci-dessous). Parmi les compagnies impliquées dans la construction du Royal Oasis, on trouve une compagnie haïtienne, une canadienne (Montréal) et une étasunienne (Miami).

L’aide internationale : qui en profite?

L’« aide » internationale profite souvent aux pays donateurs ainsi qu’à l’élite locale du monde des affaires du pays récipiendaire. Le Council on Hemispheric Affairs a critiqué Bill Clinton et d’autres anciens présidents étasuniens pour avoir maintenu Haïti dans une condition de « pauvreté endémique par le biais d’une politique intéressée d’exportation de riz […] Dès 2003, environ 80 % de tout le riz consommé en Haïti était importé des États-Unis. » (Leah Chavla, Bill Clinton’s Heavy Hand on Haiti’s Vulnerable Agricultural Economy: The American Rice Scandal, Council on Hemispheric Affairs, 13 avril 2010.)

En janvier dernier, iWatch News rapportait ceci :

Selon les données du gouvernement [étasunien], à l’automne dernier 1537 contrats totalisant 204 604 67 $ ont été accordés à [des compagnies étasuniennes pour la reconstruction en Haïti]. Seuls 23 contrats ont été octroyés à des compagnies haïtiennes, pour un total de 4 841 426 $. (Marjorie Valbrun, Haitian firms few and far between on reconstruction rosters, iWatch News, 11 janvier 2012.)

La Société financière internationale (SFI) une division de la Banque mondiale, a également investi 7,5 millions dans le projet prétendant qu’il « créera de l’emploi, engendrera des opportunités d’affaires pour les petites et moyennes entreprises et promouvra le développement durable ». Depuis 2006 la SFI a investi 68,6 millions de dollars dans le secteur privé haïtien. Malgré ces investissements, le PIB par habitant en Haïti s’est très peu amélioré durant cette période. La ligne est mince entre l’esclavage et un salaire quotidien d’environ 2 $, une situation à laquelle Jean-Bertrand Aristide voulait mettre fin avant d’être renversé par un coup d’État organisé par les États-Unis, la France et le Canada. (La Société Financière Internationale (IFC) investit dans un projet hôtelier en Haiti pour supporter les efforts de reconstruction, IFC, June 30, 2010.)

« La bonne nouvelle » est que ce projet créera de l’emploi pour les Haïtiens. La Fondation Oasis a par ailleurs créé un programme pour former les travailleurs de l’industrie du tourisme. Le promoteur du projet, Jerry Tardieu a dit à AP que « les nouveaux hôtels aideront les gens à sortir des camps en leur procurant des emplois pour payer le loyer des maison reconstruites par le gouvernement et les organisations à but non lucratif ». Il affirme que 600 personnes ont été employées dans la construction de l’hôtel et qu’une fois ouvert et fonctionnel, de 250 à 300 emplois seront créés. En plus des 2 millions investis dans l’hôtel, une modeste subvention de 264 000 $ est allouée à « la branche sans but lucratif de l’Hôtel Oasis, la Fondation Oasis […] pour appuyer le secteur de l’hôtellerie en rouvrant l’École Hôtelière Haïtienne [...] » (Clinton Bush Haiti Fund, Programs: Oasis). Bref, ces fonds sont utilisés pour construire de confortables chambres d’hôtel, des lounges et des cafés pour les étrangers et « former les Haïtiens pour les servir » dans un agréable environnement cinq étoiles.

Il y avait effectivement une pénurie de chambre d’hôtel en Haïti depuis le tremblement de terre et il est vrai que la création d’emploi joue un rôle clé dans la réduction de la pauvreté. Cependant, une majorité de la population habite toujours dans des abris de fortune fait de carton, de tôle et de vieux draps et lutte pour avoir de l’eau à boire et de la nourriture à mettre sur la table – lorsqu’ils ont une table. Entre-temps, la construction d’hôtels de luxe pour les étrangers a préséance sur celle de logements pour les gens du pays.

La ministre du Tourisme Stephanie B. Villedrouin « a déclaré que toutes ces chambres d’hôtel [850, détruites lors du séisme] auront été remplacées à la fin de l’année […] Mme Villedrouin a ajouté que le taux d’occupation à Port-au-Prince est de 60 %, mais que bien des hôtels sont trop rustiques pour les voyageurs internationaux [dont des employés des ONG, de la Banque mondiale et d’USAID en mission en Haïti]. (AP, op. cit. C’est l’auteure qui souligne.)

Selon Alejandro Acevedo, un cadre du Marriott, les « voyageurs internationaux » sont les victimes non avouées de l’hébergement rudimentaire et rustique lorsqu’ils sont en mission en Haïti. « Marriott International, en partenariat avec la compagnie de téléphonie cellulaire Digicel Group […] construit [en Haïti] un hôtel de 45 millions de dollars comprenant 174 chambres. » M. Acevedo s’est plaint d’avoir « dû lui-même partager une chambre avec son patron lors d’une récente visite en raison de la rareté des chambres d’hôtel ».

Camp près du Royal Oasis (Photo AP /Ramon Espinosa)

Pendant ce temps, la plupart des Haïtiens vivent dans des camps surpeuplés comme celui de Champ de Mars à Port-au-Prince, « plein à craquer de huttes faites de draps, de bâches et de ferraille, servant d’abris précaires à quelque 17 000 personnes ». Selon AlertNet, des évictions forcées ont lieu régulièrement (Anastasia Moloney, Haiti’s homeless face housing lottery, AlertNet, 23 février 2012.) 

Camp Champ de Mars. Photo: Haiti Press Network

Le rôle de la Croix-Rouge

Le reportage d’AP confirme que la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge (FICR) a acheté un terrain d’une valeur de 10,5 millions de dollars et songe elle aussi à construire un hôtel : « L’argent provient des dons amassés par les agences nationales de la Croix-Rouge et voués à la reconstruction, ce qui a amené certains à se demander s’il aurait été préférable d’utiliser l’argent pour loger les personnes déplacées plutôt que les travailleurs humanitaires. (AP, op. cit. C’est l’auteure qui souligne.)

D’où provenaient les fonds? Où est allé cet argent?

Des millions de personnes aux États-Unis, au Canada et en Europe occidentale ont donné une partie de leurs épargnes à leur Croix-Rouge locale et ces fonds ont été acheminés à la FICR, la plus grande organisation humanitaire au monde. La FICR affirme qu’elle « dispense son aide sans distinction de nationalité, de race, de religion, de classe ou d’opinions politiques ». (Voir le site web de la FICR.)

Cet achat de terrain par la FICR constitue non seulement une violation de son mandat humanitaire, mais porte également atteinte à la confiance de ses constituants, soit les organisations mondiales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Les dons de la Croix-Rouge auraient dû servir à appuyer son mandat relativement à la « réfection des habitations et à la planification des établissements humains » dans des situations de post-catastrophe, tel qu’indiqué clairement sur le site web de la FICR.

« La plupart des gens qui ont perdu leur maison suite à un désastre souhaitent la réparer ou la reconstruire le plus rapidement possible. Bon nombre d’entre eux commencent le processus de reconstruction immédiatement après une catastrophe, lorsque les ressources et les circonstances le permettent. L’aide au logement fournie par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge le reconnaît et, s’il y a lieu, priorise l’approvisionnement de matériel, d’outils, d’argent et d’assistance technique pour appuyer ce processus. (Ibid. C’est l’auteure qui souligne.)


La renaissance d’Haïti

Selon le reportage d’AP : « Des signes de la renaissance d’Haïti sont également visibles dans le projet hôtelier Best Western, en construction à quelques pâtés de maison des bidonvilles à flanc de collines. » Le projet Best Western cinq étoiles vaut 15,7 millions de dollars et est situé dans la ville cossue de Pétionville. Le « premier hôtel étasunien en Haïti » est financé par des investisseurs locaux, mais sera géré par une firme de Dallas et devrait créer 150 emplois. » (Ibid.)

Alors que plusieurs hôtels sont en construction afin de fournir « gîte et couvert » à de potentiels investisseurs étrangers, très peu d’habitations sont bâties pour les Haïtiens et « la grande majorité des constructions comprend des abris temporaires d’une durée de vie allant de deux à cinq ans maximum », selon Gerardo Ducos d’Amnistie internationale. (AlertNet, op. cit.)

Afin de fermer le camp Champ de Mars, ce qui équivaut à l’expulsion de plus de 17 000 personnes, un programme controversé du gouvernement haïtien financé par le Canada offre 500 $ aux citoyens qui quittent le camp et trouvent un foyer ailleurs. En pratique, ce projet mène à l’expropriation de facto de ceux qui vivent habitent les taudis dans une zone centrale de grande valeur à Port-au-Prince. Alors que le montant est suffisant pour payer le loyer durant un an, M. Ducos se demande : « Qu’arrivera-t-il à ces gens lorsqu’ils n’auront plus d’argent dans un an? » (Ibid.)

Y aura-t-il suffisamment de travail pour eux dans l’hôtelerie?

Les salaires seront-ils assez élevés pour payer les loyers?

Bien des questions demeurent.

Pour aller plus loin, consultez les articles sur Haïti  par Julie Lévesque :

Haïti : Un État faible face à une invasion d’ONG - par Julie Lévesque – 2012-06-26
Haïti : Les ONG sont-elles un outil de domination néocoloniale? – par Julie Lévesque – 2012-06-17
Haïti: Le retour de Duvalier et la “nostalgie” de la dictature – par Julie Lévesque – 2011-01-20
Haïti : élections illégales sous occupation – par Julie Lévesque – 2010-11-26
L’ingérence étrangère en Haïti : quelle démocratie? – par Julie Lévesque – 2010-11-19
L’ingérence étrangère et la « démocratie haïtienne » : Quels sont les enjeux ? – par Julie Lévesque – 2010-10-29
Aide internationale en Haïti: une terre de liberté aux mains de la corruption – par Julie Lévesque – 2010-04-04

Julie Lévesque est journaliste et chercheure au Centre de recherche sur la mondialisation à Montréal. Elle a été parmi les premiers journalistes indépendants à visiter Haïti à la suite du séisme de janvier 2010.

L’art de la guerre : Le puits afghan sans fond

juillet 10th, 2012 by Manlio Dinucci

Map of Afghanistan

« C’est merveilleux d’entendre les oiseaux saluer de leur chant cette belle journée ici à Kaboul » : ce sont les paroles romantiques par lesquelles Hillary Clinton a ouvert la cérémonie officielle au milieu des arbres du très blindé palais présidentiel dans la capitale afghane. Tandis qu’elle parlait, d’autres oiseaux à la queue à rayures et étoiles volaient dans les cieux afghans : les chasseurs F/A 18 qui, ayant décollé du porte-avions Stennis dans la Mer Arabique, survolent l’Afghanistan. Une fois leur proie choisie, ils l’attaquent avec des missiles et des bombes à guidage laser et la mitraillent avec leur canon de 20mm, qui tire à chaque rafale 200 projectiles à l’uranium appauvri. Ces avions et d’autres, dont le prix dépasse les 100 millions de dollars, coûtent 20 mille dollars l’heure de vol : chaque mission durant environ huit heures, elle emporte une dépense de plus de 150mille dollars, auxquels s’ajoute celle des armes utilisées. Et l’an dernier, selon les chiffres officiels,  les avions Usa/Otan ont effectué 35mille missions d’attaque sur l’Afghanistan. On ne s’étonnera donc pas que les Etats-Unis à eux seuls aient dépensé jusqu’ici, pour cette guerre, environ 550 milliards de dollars. Un puits sans fond, qui continuera à engloutir des milliards de dollars et d’euros. A Kaboul Clinton a annoncé la bonne nouvelle : « J’ai le plaisir d’annoncer que le président Obama a officiellement désigné l’Afghanistan  comme plus grand allié non-Otan des Etats-Unis ». Ceci signifie que ce pays a acquis le statut dont jouit Israël et que, sur la base de l’ « Accord de partenariat stratégique », les Usa s’engagent à garantir sa « sécurité ». Selon des fonctionnaires de l’administration, les Usa conserveront en Afghanistan 10-30mille hommes, surtout des forces spéciales, flanqués de compagnies militaires privées. Et ils continueront à utiliser en Afghanistan leur propre force aérienne, y compris les drones d’attaque. Le « plus grand allié non-Otan » recevra de l’Otan une aide militaire de plus de 4 milliards de dollars annuels. L’Italie, qui s’engage à verser 120 millions annuels, continuera à fournir, selon les mots du ministre de la défense Di Paola, « assistance et support aux forces de sécurité afghanes ». Le gouvernement afghan recevra en outre, comme décidé à la conférence des « donateurs » de Tokyo, 4 autres milliards annuels pour les « exigences civiles ». Et dans ce domaine aussi, a déclaré le ministre des affaires étrangères Terzi, « l’Italie accomplira sa part ». Selon la motivation officielle, on aidera de cette façon la « société civile afghane ». Selon l’expérience réelle, chaque dollar et chaque euro, dépensé officiellement à des fins civiles, sera utilisé pour renforcer la domination militaire Usa/Otan sur ce pays. Pays dont la position géographique est de première importance stratégique pour les puissances occidentales et leurs groupes multinationaux, qui avancent de plus en plus vers l’est, en défiant la Russie et la Chine. Pour convaincre les citoyens étasuniens et européens, lourdement touchés par les coupes dans les dépenses sociales, qu’il convient de prélever d’autres milliards de dollars et euros des caisses publiques pour les destiner à l’Afghanistan, on raconte qu’ils servent à apporter de meilleures conditions de vie au peuple afghan, en particulier aux femmes et aux enfants. C’est la fable qu’Hillary Clinton a racontée, accompagnée par le gazouillis des petits oiseaux de Kaboul et par le chœur de ceux qui jouissent de toute cette largesse.

Edition de mardi 10 juillet 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120710/manip2pg/14/manip2pz/325590/

Traduit de l‘italien par Marie-Ange Patrizio