Les attentats à la bombe à Boston le 15 avril continuent de dominer les médias américains. Les deux explosions près de la ligne d’arrivée du marathon annuel de la ville ont tué trois personnes et blessé plus de 170 autres, dont un grand nombre gravement.

Mais, une explosion bien plus mortelle et destructrice, celle survenue le 17 avril dans l’usine d’engrais West Fertilizer Company de la ville rurale de West au Texas, a quasiment disparu des journaux. Cet événement, selon toute apparence un accident du travail, auquel on pouvait s’attendre, a tué 14 personnes et en a blessé 200, dont certains grièvement. Il a littéralement détruit un quartier résidentiel dans un rayon de cinq blocs contigus à l’usine, abattant plus de 50 maisons, en détruisant un immeuble d’appartements et en endommageant gravement un collège et une maison de repos.

Le prétexte qui a servi à imposer un état de siège de fait dans la région métropolitaine de Boston – le verrouillage militaire et policier sans précédent d’une ville américaine – a été la soi-disant nécessité de protéger la population. Mais, au lieu de remettre en question la mobilisation de milliers de soldats et de policiers ainsi que le déploiement de véhicules blindés et d’hélicoptères Backhawk – le tout pour traquer un jeune de 19 ans – les média ont fait, et continuent de faire, tout ce qu’ils peuvent pour attiser les peurs et glorifier un exercice effectué selon les règles d’un Etat policier.

Des présentateurs de télévision et des commentateurs haletants ont applaudi les perquisitions illégales et pratiquées sans mandat, une maison après l’autre, et salué le meurtre d’un suspect et la capture de l’autre, en exigeant que les coupables soient poursuivis et répondent de leur crime. Des politiciens, à commencer par le président Obama, s’y sont associés et Obama a publié depuis la Maison Blanche tard dans la soirée un communiqué pour s’attribuer le mérite pour le rôle joué dans la capture du présumé poseur de bombe Dzhokhar Tsarnaev.

Mais, on ne trouve pas pareille préoccupation pour traduire en justice ceux qui sont responsables de l’explosion qui a ravagé West au Texas. Cette tragédie est déjà traitée comme n’importe quel vulgaire accident du travail dans un pays où près de 4millions de travailleurs sont blessés au travail tous les ans et où plus de 4.600 sont morts en 2011 des séquelles de leur accident du travail.

La Maison Blanche a annoncé mardi qu’Obama prendra la parole lors d’un service œcuménique qui aura lieu jeudi à l’université Baylor dans la ville voisine de Waco, Texas, pour rendre hommage aux victimes de l’explosion survenue à l’usine d’engrais. Le moment choisi est commode, vu que le président devait déjà se rendre à Dallas pour lever des fonds mercredi soir et participer jeudi à l’inauguration de la bibliothèque George W. Bush à Dallas.

L’indifférence des médias et des politiciens face à la mort et à la mutilation de travailleurs par des entreprises qui ignorent les règlements en matière de sécurité et de santé, et des agences gouvernementales qui manquent à la fois de ressources et de volonté pour les appliquer, souligne la fraude de leur supposée préoccupation pour la sécurité des gens de Boston.

Le jour même où Obama fera une apparition à Baylor pour verser des larmes de crocodile pour les victimes de l’explosion de l’usine de West au Texas, il rendra hommage à un homme, son prédécesseur à la Maison Blanche, qui a démoli les agences fédérales de sécurité et de santé et qui a instauré une politique d’« auto surveillance volontaire », c’est-à-dire une invitation ouverte aux propriétaires à ignorer les règlementations, quel qu’en soit le coût en vies humaines de leurs salariés.

Obama lui-même a poursuivi la politique bipartisane menée des décennies durant pour saper l’application des règles de santé et de sécurité dans l’intérêt de la recherche du profit des entreprises. Son nouveau budget prévoit une réduction des programmes d’aide à la conformité appliqués par l’administration américaine de la sécurité et de la santé au travail (Occupational Safety and Health Administration, OSHA). Encore plus écrasant est probablement le fait que le budget de l’agence est réduit de 8 pour cent suite aux coupes du séquestre qui ont été promulguées loi en mars par Obama.

OSHA et les autres agences fédérales, comme le Chemical Safety Board, manquent désespérément de personnel. L’OSHA et les agences de l’Etat, ne disposent que de 2.200 inspecteurs pour veiller à l’application des règles de sécurité pour 130 millions de travailleurs américains. En 1977, OSHA comptait 37 inspecteurs par million de travailleurs. De nos jours, elle n’en a que 22, soit une réduction de plus de 40 pour cent. En conséquence, l’OSHA a pratiquement mis fin aux inspections régulières des lieux de travail.

Des bombes à retardement potentielles comme l’usine d’engrais West Fertilizer manquent régulièrement aux règles de sécurité. Soit elles ne sont soit pas inspectées soit elles sont occasionnellement réprimandées et se voient infliger des peines d’amendes symboliques. Les vastes installations de stockage et de ventes d’engrais contiennent 540.000 livres de nitrate d’ammonium explosif, le matériel utilisé par Timothy McVeigh pour faire sauter en 1995 le bâtiment fédéral d’Oklahoma. C’est 1.350 fois la quantité qui est supposée déclencher le système de surveillance du ministère de la sécurité intérieure. L’usine entrepose aussi 110.000 livres d’hydroxyde d’ammonium volatil.

Au cours de la dernière décennie, l’usine s’est vue imposer des amendes pour infractions en matière de sécurité et pour opérer sans permis. Elle ne dispose d’aucun système d’arrêt automatique, ni de pare-feu et ni de plans de gestion des urgences. La dernière fois qu’OSHA a inspecté l’usine c’était en 1985 et l’agence avait découvert de « graves violations » et avait infligé une amende de 30 dollars aux propriétaires.

Selon l’Institut des engrais, une association commerciale, il existe quelque 6.000 points de vente d’engrais sur le plan national.

Il y a des raisons économiques et politiques à l’énorme différence qui existe entre l’attitude adoptée par l’Etat et les médias à l’égard des événements de Boston et des événements survenus à West au Texas. Economiquement, l’Etat s’engage à protéger la propriété privée et le contrôle de l’industrie en s’opposant à toute mesure portant atteinte au « droit » des propriétaires à imposer les conditions de travail et à maximiser les profits.

Politiquement, la classe dirigeante est en train de poursuivre, à Boston, un programme qui consiste à semer la crainte et l’angoisse de façon à désorienter l’opinion publique, à détourner l’attention de son attaque contre le niveau de vie de la classe ouvrière et à justifier sa politique de militarisme et de guerre qui est appliquée sous le couvert de la « guerre contre le terrorisme. »

La classe dirigeante est hantée par la crainte d’un mécontentement grandissant et de l’état de précarité des marchés financiers mondiaux qui pourrait provoquer un autre krach financier et une éruption de luttes sociales de masse. C’est en préparation à de tels événements qu’elle planifie l’instauration de formes dictatoriales de régime, du type de celles qui ont été testées la semaine passée à Boston.

Barry Grey

Article original, WSWS, paru le 23 avril 2013

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Le terrorisme, de Boston à Moscou en passant par Damas

avril 24th, 2013 by Alexandre Latsa

Depuis la fin de l’URSS, l’un des mythes fondateurs de la politique étrangère euro-américaine envers la Russie se base sur la situation dans le Caucase. Dès 1994, l’état russe fait face à une rébellion armée qui prône l’indépendance et fera rapidement appel à des cohortes de mercenaires étrangers pour mener cette soi-disant guerre d’indépendance de Tchétchénie. Rapidement, le conflit se transformera en une guerre religieuse sous la pression notamment de ces mercenaires islamistes qui tenteront d’étendre le conflit à tout le Caucase pour y instaurer un califat régional.

Dès le début des opérations militaires russes dans le Caucase visant à rétablir l’ordre et empêcher une partition du pays grâce à une aide extérieure, la Russie a subi une pression médiatique, morale et politique sans précédent. Le Main Stream médiatique occidental  n’a  jamais cessé de nous présenter les combattant islamistes du Caucase comme des soldats de la liberté, luttant pour une hypothétique indépendance ou encore pour  la survie de cultures menacées, qui comme on peut le constater en 2013, bien longtemps après, n’ont jamais été menacées. La Russie, qui fait face au terrorisme de l’internationale Djihadiste et ses soutiens principaux à l’étranger (que ce soit au sein de pays du golfe, de la Turquie ou de certaines puissances occidentales) n’a que trop rarement bénéficié de la compassion ou du soutien des pays occidentaux.

L’Amérique dans cette pression à l’encontre de la Russie, porte une responsabilité très importante en tant que leader économique, politique et moral de la communauté des états occidentaux.

A titre d’exemple, le principal site de propagande antirusse du Caucase qui prend la défense de terroristes tel que Dokou Umarov (dont le mouvement est classé comme terroriste par l’ONU) et qui justifie les attentats contre l’état russe aurait vraisemblablement été fondé par entre autre le département d’état américain. Eric Draitser rappelait récemment que de nombreuses ONG opèrent dans le Caucase via un soutien financier américain direct et soutiennent officiellement le séparatisme dans cette région, devenant ainsi indirectement (involontairement?) les complices des terroristes qui opèrent dans cette région du globe.

Dans l’affaire de Boston, on a évidemment beaucoup parlé des deux frères Tsarnaïev, et la presse vient de révéler que la Russie avait demandé au FBI d’enquêter sur l’un d’entre eux, leur mère assurant même qu’ils étaient sous contrôle étroit des services américains. On ne peut que s’étonner que nos commentateurs nationaux, si prompts à accuser le FSB de tous les complots possibles et imaginables lorsque surviennent des attentas en Russie se refusent à l’évocation de théories identiques en ce qui concerne la situation en Amérique.

A un an des olympiades de Sotchi la situation dans le Caucase semble pourtant bien plus calme que l’on ne pouvait le croire et ce malgré l’instabilité soutenue au Daguestan. C’est dans ce contexte que les attentats de Boston sont sans doute le plus grand service que les terroristes pouvaient rendre à la Russie. En l’espace de quelques jours, les terroristes du Caucase ne sont plus, et ne seront sans doute jamais plus, présentés comme des combattants de la liberté mais comme ce qu’ils sont: des criminels. Le FBI du reste est déjà en train de chercher de potentielles pistes pour voir si les deux frères Tsarnaïev n’étaient pas en lien avec l’émir du Caucase Dokou Umarov ce qui, si cela s’avérait vrai, confirmerait totalement les affirmations et donc la position de la Russie sur le Caucase.

Mais le changement lexical n’est sans doute pas suffisant, il devrait aussi s’accompagner d’un changement de politique puisque pendant que les citoyens américains pleurent leurs proches tués ou meurtris, le département d’état américain vient d’annoncer la hausse de l’aide militaire à la rébellion Syrienne, dont les éléments les plus radicaux pourtant de poster une vidéo à destination du président Obama pour lui rappeler qu’ils sont tous des “Oussama Bin-Laden”.

Aymeric Chauprade rappelle que “l’État profond américain est allié de l’islamisme depuis les années 70 et a soutenu et utilisé celui-ci partout où il pouvait déstabiliser l’Europe, la Russie, la Chine… Dans les années 90, la CIA soutient l’islamisme tchétchène et les musulmans les plus radicaux dans le Caucase, comme elle soutient les Djihadistes en Bosnie, au Kosovo, en Libye, dans le Sahel, en Syrie”. Il rappelle également que “Au début des années 2000, Dhokhar et Tamerlan sont accueillis à bras ouverts avec le statut de réfugié politique aux États-Unis. On s’émerveille sur ces bons immigrés qui veulent devenir de bons américains. On leur accorde des bourses”.

On aimerait désormais que les bonnes conclusions soient tirées par les stratèges américains. Comme le suggère Gordon Hahn, expert du Centre d’études stratégiques et internationales: “Même si l’attentat de Boston n’est pas lié à la région et que l’inspiration est d’ordre idéologique, il est temps de renforcer la coopération avec la Russie et d’écouter Poutine”.

Le peuple américain vient donc de découvrir à toute petite échelle ce que les Syriens vivent tous les jours depuis prés de deux ans et ce que les russes continuent de subir depuis la fin des années 90. Curieusement (?) les acteurs qui ont le plus contribué à la guerre contre l’Etat russe et facilité l’Islamisation du Caucase (et donc indirectement le terrorisme) sont les mêmes qui sont à la pointe de la lutte contre l’État Syrien aujourd’hui. Une guerre en Syrie qui pourrait et devrait du reste entrainer une explosion du terrorisme dans de nombreux pays si les combattants de plus de 50 nationalités y combattant déjà décidaient de rentrer mener le Jihad dans leurs pays respectifs et adoptifs, en France notamment.

Les victimes civiles américaines, russes ou syriennes sont les victimes d’un seul et même fléau et d’une politique étrangère incohérente du “deux poids deux mesures” qui non seulement empêche l’établissement de relations internationales saines mais permet aussi directement au terrorisme de proliférer.

Alexandre Latsa

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Dans son discours « historique » de Prague en 2009, le président Obama déclarait que les Etats-Unis feront des pas concrets vers un monde sans armes nucléaires, en renforçant le traité de non-prolifération. Mais Obama a maintenant opéré un « virage nucléaire à 180°» : c’est ce qu’écrit le journal britannique Guardian, en fournissant d’importants détails.

Le nouveau plan nucléaire

Dans le sillage du discours d’Obama, l’Allemagne et d’autres pays européens de l’Otan (Belgique, Luxembourg, Norvège et Pays-Bas) avaient proposé le retrait des armes nucléaires étasuniennes d’Europe, devenues inutiles après la fin de la guerre froide. Mais certains Etats de l’Est, récemment entrés dans l’Otan, ont bloqué la proposition, avec l’argument (à coup sûr « suggéré » par Washington) que cela affaiblirait l’engagement des USA à « les défendre contre la Russie ».

C’est ainsi que sont restées dans quatre pays européens de l’Otan –Allemagne, Italie, Belgique et Pays-Bas- et en Turquie environ 200 bombes nucléaires tactiques (avec une portée inférieure à 5500 Kms) de type B61. Comme nous l’avons toujours soutenu dans il manifesto, il ne s’agit pas de résidus de la guerre froide, mais d’armes nucléaires maintenues en efficience et prêtes à être modernisées. Ce que confirme le nouveau plan : les Etats-Unis dépenseront 11 milliards de dollars pour moderniser ces bombes nucléaires.

Les B61 seront transformées de bombes à chute libre en bombes à guidage de précision : grâce à une nouvelle section de queue elles seront guidées sur l’objectif par un système satellitaire, probablement intégré par un laser. Elles pourront ainsi être larguées à grande distance de l’objectif (plus de 80 Kms). Les nouvelles bombes nucléaires à guidage de précision, chacune d’une puissance de 50 kilotonnes (environ quatre fois la bombe de Hiroshima), seront particulièrement adaptées aux nouveaux chasseurs F-35, projetés pour pénétrer à travers les défenses ennemies.

L’Italie base de la stratégie nucléaire USA

Selon une estimation basse, il y a en Italie entre 70 et 90 bombes nucléaires étasuniennes, stockées à Aviano (Province de Pordenone, région Frioul-Vénétie-Julie, NdT) et à Ghedi Torre (Brescia). Mais elles pourraient être beaucoup plus nombreuses et stockées aussi dans d’autres sites. On connaît moins encore le nombre d’armes nucléaires qui sont à bord des unités de la Sixième flotte et d’autres navires de guerre qui jettent l’ancre dans nos ports.

Le déploiement des armes nucléaires étasuniennes en Europe est en effet régulé par des accords secrets, que les gouvernements n’ont jamais soumis à leurs parlements respectifs. L’accord qui régule le déploiement des armes nucléaires en Italie stipule le principe de « double clé », c’est-à-dire prévoit qu’une partie de ces armes peut être utilisée par les forces armées italiennes sous commandement USA. A cet effet –révèle le rapport U.S Nuclear Weapons in Europe, publié par le Natural Resources Defense Council- des pilotes italiens sont entraînés à l’utilisation des bombes nucléaires dans les polygones de Capo Frasca (Oristano, Sardaigne, NdT) et Maniago II (Pordenone).

L’Italie, faisant partie avec les USA du « Groupe de planification nucléaire » de l’Otan, viole ainsi le Traité de non-prolifération des armes nucléaires. De plus, en 1999, le premier ministre D’Alema (aujourd’hui candidat au ministère des Affaires étrangères) souscrit, sans le soumettre au parlement, un accord sur la « planification nucléaire collective » de l’Otan qui stipule que « l’Alliance conservera des forces nucléaires adéquates en Europe ».

La dangerosité de l’arsenal nucléaire en Italie consiste non seulement dans le nombre d’engins déposés ici, mais dans le fait que notre pays se trouve accroché à la dangereuse stratégie étasunienne. Sont actuellement en phase de réalisation des bombes nucléaires en mesure de pénétrer dans la terre et de détruire les bunkers de centres de commandement, pour « décapiter » le pays ennemi par un first strike, une attaque nucléaire par surprise.

Qui sait si, après avoir à l’unanimité exclu la politique étrangère du débat politique, les partis auront quelque réaction en apprenant la nouvelle de la modernisation de l’arsenal nucléaire étasunien en Italie. Les porte-parole du Mouvement 5 Etoiles demanderont-ils des explications à l’ambassadeur étasunien David Thorne, leur soutien, en transmettant peut-être les réponses en streaming (en continu, Ndt) ?

Où sont et combien y a-t-il de bombes nucléaires en Italie ?

Selon ce qu’on a appris, jusqu’à 90 bombes nucléaires étasuniennes sont stockées à Aviano et à Ghedi Torre. Il pourrait cependant y en avoir davantage. Il n’est de fait pas exclu que les 24 bombes ramenées en 2001 de la base d’Araxos, à la demande du gouvernement grec, aient été transférées à Aviano dont la capacité est de 72 bombes, le double par rapport à celle des autres bases européennes. Ghedi Torre, dont la capacité s’avère être de 44 bombes, est par contre quasiment au complet : de fait, quand en 1993 la base de Rimini a été désactivée, les bombes nucléaires qui y étaient stockées ont été transférées à Ghedi.

La 31st Fighter Wing, l’escadrille de chasseurs-bombardiers étasuniens F-16 déployée à Aviano, est prête à l’attaque nucléaire 24 heures sur 24. En même temps, des Tornado italiens sont prêts à être armés de bombes nucléaires stockées à Ghedi Torre.

Comme la politique de l’US Air Force est de regrouper les rames nucléaires dans moins de localités géographiques, de nombreux experts pensent que les localités les plus probables pour ce déploiement sont Aviano, dont la capacité pourrait être amplifiée, et Incirlik en Turquie. On présuppose que le gouvernement italien a déjà donné secrètement son consensus pour regrouper à Aviano, et peut-être aussi dans un autre site, des bombes nucléaires ramenées d’autres bases européennes.

Manli Dinucci

Tommaso di Francesco 

Edition de mardi 23 avril 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130423/manip2pg/01/manip2pz/339254/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

 

La longue et cahoteuse lutte contre l’impunité des victimes du conflit armé du Guatemala

avril 23rd, 2013 by Projet Accompagnement Québec Guatemala

MONTRÉAL, le 22 avril 2013.Le procès contre l’ex-dictateur et général Efraín Rios Montt et Mauricio Rodriguez Sanchez, accusés de génocide et de crimes contre l’humanité contre des populations mayas, a pris un tournant inattendu jeudi dernier.

En effet, le procès fut menacé d’annulation par une résolution de la juge Carol Patricia Flores, qui cherchait à invalider toutes les procédures ayant eu lieu après le 23 novembre 2011 en raison d’un vice procédural, ce qui aurait comme effet de ramener le dossier au point où il était à cette date.

Cependant, la juge Yassmin Barrios, présidente du tribunal de Haut risque, qui traite présentement du cas, a déclaré vendredi cet ordre de la juge Flores comme étant illégal. Elle soutient que le procès ne peut être annulé, car la Cour constitutionnelle est la seule instance compétente pour prendre une telle décision. Elle a suspendu le procès jusqu’à ce que la Cour rende sa décision.

L’action de la juge Flores est intervenue un jour avant que les parties ne présentent leurs conclusions au procès et un jour avant qu’on demande aux accusés, Efrain Rios Montt et Rodriguez Sánchez, de se prononcer à propos des preuves présentées contre eux au cours des 20 derniers jours.

Rappelons que Efraín Rios Montt a été à la tête d’un gouvernement militaire pendant un peu plus d’un an entre 1982 et 1983, période qualifiée comme la plus meurtrière du conflit armé interne qui a sévi au Guatemala de 1960 à 1996. Celui-ci a bénéficié jusqu’en 2012 d’une immunité en étant membre du Congrès. Pour sa part, Mauricio Rodriguez Sanchez agissait comme chef de l’intelligence militaire durant la même époque. Le procès concerne les actes perpétrés dans la région Ixil (département du Quiche) en 1982 et 1983.

Il est aussi important de mentionner qu’il s’agit de la première fois de l’histoire qu’un ancien chef d’État est accusé de crime de génocide dans un tribunal national.

De nombreuses voix ont réagi face à la résolution d’annuler le procès. La procureure générale du pays, Claudia Paz y Paz, a dénoncé le fait que la juge Flores n’avait pas respecté les limites du mandat que la Cour constitutionnelle lui avait donné et qu’il s’agissait d’une mauvaise interprétation de sa part.

Le Bureau de la Haut-Commissionnaire des Nations Unies pour les droits de l’homme a manifesté sa préoccupation face à la suspension du procès, tout en décrivant le retour en arrière prévu par la résolution comme une claque au visage des nombreuses victimes des atrocités commises durant le conflit, qui ont attendu plus de 30 ans pour que la justice décide d’entendre leur cause.

Selon le Centre d’action légale pour les droits humains (CALDH), une des organisations ayant déposé les plaintes contre l’ex-dictateur en 2001 au nom des victimes et qui les représente légalement depuis, la résolution vient s’ajouter aux pages noires d’impunité de l’histoire guatémaltèque.

Le procès contre Rios Montt, dont les audiences ont débuté le 19 mars dernier, a donné la tribune à plus de 60 experts et 100 témoins d’origine maya Ixilayant survécu aux exactions commises durant le règne de l’ex-dictateur. Si la résolution est acceptée, elle rendrait nulles toutes les audiences ayant eu cours durant le procès et les témoins devraient comparaître de nouveau. Particulièrement traumatisant pour les femmes victimes de violences sexuelles commises durant le conflit, il s’agirait d’une re-victimisation pour celles-ci.

Des centaines de personnes ixil, témoins et victimes, ont marché pacifiquement vendredi après-midi du tribunal jusqu’à la Cour constitutionnelle pour réclamer justice. Une telle marche aurait été impensable ou violemment réprimée sous le règne de Rios Montt.

LeProjet Accompagnement Québec-Guatemala (PAQG) accompagne les victimes du conflit armé depuis plusieurs années dans leur lutte pour la justice et la réparation. Le PAQG, préoccupé par les récents événements, surveille de près les développements du procès et est d’avis que celui-ci doit continuer pour mettre fin à l’impunité et pour que le pays atteigne une paix véritable.

Source :

Marie-Dominik Langlois, coordonnatrice
paqg@paqg.org // 514.756.6966 (cell.) // 514.495-3131 (bureau) // www.paqg.org

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La recapitalisation des banques chypriotes est-elle une « répétition générale » pour ce qui ce qui s’en vient?

Envisage-t-on un « vol d’épargnes » au sein de l’Union européenne et en Amérique du Nord pouvant mener à la confiscation complète des dépôts bancaires?

À Chypre, le système de paiements a été complètement perturbé, provoquant ainsi l’effondrement de l’économie réelle.

On ne paie plus les pensions ni les salaires et le pouvoir d’achat s’est effondré.

La population est appauvrie.

Les petites et moyennes entreprises sont acculées à la faillite.

La population de Chypre est d’un million.

Qu’arriverait-il si l’on « rasait » de cette manière le paysage bancaire aux États-Unis, au Canada et dans l’Union européenne?

Selon l’Institute of International Finance (IIF)  situé à Washington et représentant le consensus de l’establishment financier, « l’approche chypriote consistant à s’attaquer aux déposants et aux créanciers lorsque les banques sont défaillantes deviendrait probablement un modèle pour faire face à des effondrements ailleurs en Europe. » (Economic Times, 27 mars 2013.)

Il faut comprendre qu’avant l’assaut de Chypre, la confiscation des dépôts bancaires avait été envisagée dans plusieurs pays. De plus, les puissants acteurs financiers qui ont déclenché la crise bancaire à Chypre sont aussi les architectes des mesures d’austérité socialement dévastatrices imposées au sein de l’Union européenne et en Amérique du Nord.

Chypre est-elle un « modèle » ou un scénario?

Ces puissants acteurs financiers ont-ils des « leçons à tirer », pouvant être appliquées ailleurs, à un stade ultérieur dans le paysage bancaire de la zone euro?

Selon l’Institute of International Finance (IIF), « s’attaquer aux déposants » pourrait devenir « la nouvelle norme » de ce projet diabolique, servant les intérêts des conglomérats financiers mondiaux.

Le FMI et la Banque centrale européenne approuvent cette nouvelle norme. Selon l’IIF, porte-parole de l’élite bancaire, « il serait opportun pour les investisseurs de voir les conséquences à Chypre […] comme un reflet de la façon dont seront traités les futures tensions. » (Cité dans Economic Times, 27 mars 2013.)

« Nettoyage financier ». La recapitalisation aux États-Unis et en Grande-Bretagne

Il est question d’un processus de « nettoyage financier » par lequel les banques européennes et nord-américaines « trop grosses pour faire faillite » (Citi, JPMorgan Chase et Goldman Sachs par exemple) contribuent à destabiliser des institutions financières de moindre envergure dans le but de prendre tôt ou tard le contrôle de tout le « paysage bancaire ».

La tendance sous-jacente aux niveaux national et international est la centralisation et la concentration du pouvoir bancaire, menant simultanément à un déclin spectaculaire de l’économie réelle.

Les recapitalisations ont été envisagées dans de nombreux pays. En Nouvelle-Zélande un « plan de coupe » a été contemplé dès 1997, en même temps que la crise financière asiatique.

Des clauses existent au Royaume-Uni et aux États-Unis relativement à la confiscation des dépôts bancaires. Dans un document conjoint de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) et de la Banque d’Angleterre intitulé Resolving Globally Active, Systemically Important, Financial Institutions (Résolution des défaillances des institutions financières mondialement actives et d’importance systémique) des procédures explicites sont mises de l’avant, par lesquelles « les fonds des créanciers initiaux de la compagnie en défaillance », c’est-à-dire les fonds des déposants de la banque défaillante, seraient transformés en « capital action », (Voir Ellen Brown, It Can Happen Here: The Bank Confiscation Scheme for US and UK Depositors,Global Research, mars 2013.)

Cela signifie que l’argent confisqué des comptes bancaires serait utilisé pour répondre aux obligations financières de la banque en déroute. En retour, les détenteurs des dépôts bancaires confisqués deviendraient actionnaires d’une institution financière défaillante au bord de la faillite.

Du jour au lendemain, les épargnes seraient transformées en un concept illusoire de propriété en capital. La confiscation des épargnes serait adoptée sous couvert de « compensation » factice en actions.

On prévoit l’application d’un processus sélectif de confiscation des dépôts bancaires dans le but de recouvrer des dettes tout en provoquant la disparition d’institutions financières « plus faibles ». Aux États-Unis, la procédure contournerait les clauses de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), qui assure les détenteurs de dépôts contre les faillites bancaires :

Aucune exception n’est indiquée pour les « dépôts assurés » aux États-Unis, c’est-à-dire ceux inférieurs à 250 000 dollars que nous croyions protégés par les assurances de la FDIC. Il peut difficilement s’agir d’une omission puisque c’est la FDIC qui émet cette directive. La FDIC est une compagnie d’assurances financée par des primes payées par les banques privées. La directive s’appelle « processus de résolution », définie ailleurs comme un plan « que l’on appliquerait en cas de faillite d’un assureur ». La seule mention de « dépôts assurés » est en lien avec la législation existante au Royaume-Uni et que la directive FDIC-BOE qualifie d’inadéquate, impliquant qu’elle doit être modifiée ou outrepassée. (Ibid.)

Les déposants ne sont pas éligibles à l’assurance dépôts de la FDIC parce qu’on leur donne une fausse compensation.

Le projet canadien de confiscation de dépôts

La déclaration la plus candide de confiscation des dépôts bancaires comme moyen de « sauver les banques » es formulée dans un document publié récemment par le gouvernement canadien, le « Plan d’action économique 2013. Emplois, croissance et prospérité à long terme ».

Ce dernier a été présenté à la Chambre des communes par le ministre des Finances Jim Flaherty le 21 mars dans le cadre d’un soi-disant projet « prébudgétaire ».

Une courte section du rapport de 400 pages nommée « Instaurer un cadre de gestion des risques pour les banques nationales d’importance systémique » identifie la procédure de recapitalisation pour les banques à charte canadiennes. Le terme « confiscation » n’est pas mentionné. Le jargon financier sert à obscurcir les véritables intentions, lesquelles consistent essentiellement à voler les épargnes des citoyens.

En vertu du projet canadien de « gestion des risques » :

Le gouvernement propose d’établir un régime de recapitalisation interne pour les banques d’importance systémique.

Le gouvernement propose d’établir un régime de recapitalisation interne pour les banques d’importance systémique. Ce régime sera conçu de manière que, dans le cas peu probable où une banque d’importance systémique épuiserait ses fonds propres, elle pourra être recapitalisée et redevenir viable grâce à la conversion très rapide de certains de ses passifs en fonds propres réglementaires.

Cette mesure réduira les risques pour les contribuables. Le gouvernement consultera les intervenants sur la meilleure façon d’instaurer un régime de recapitalisation interne au Canada.

Cela signifie que si une ou plusieurs banques (ou caisse d’épargne) étaient obligées d’« épuiser leurs fonds propres » pour répondre à la demande de leurs créanciers, les banques seraient recapitalisées par la conversion très rapide de certains de [leurs] passifs en fonds propres réglementaires ».

Par « certains passifs » on entend (en jargon) l’argent que la banque doit à ses clients, à savoir ses déposants, dont les comptes bancaires seraient confisqués en échange d’actions (capital action) d’une institution bancaire « défaillante ».

Il est insensé de dire que « [c]ette mesure réduira les risques pour les contribuables ». Cela signifie en réalité que le gouvernement ne donnera ni financement pour compenser les déposants victimes d’une institution en faillite, ni ne viendra à la rescousse de cette dernière.

Les déposants seront plutôt obligés d’abandonner leurs épargnes. L’argent confisqué sera ensuite utilisé par la banque pour honorer ses engagements vis-à-vis des grandes institutions financières créancières. Autrement dit, ce plan est un « filet de sécurité » pour les banques trop grosses pour faire faillite, un mécanisme leur permettant, en tant que créancières, d’éclipser les institutions bancaires de moindre envergure, incluant les caisses d’épargne, tout en précipitant leur effondrement ou leur prise de contrôle.

Le paysage financier canadien

L’initiative de gestion de risque et de recapitalisation est cruciale pour tous les Canadiens : une fois adoptée par la Chambre de communes dans le cadre du budget, les procédures de recapitalisation pourraient être appliquées.

Le gouvernement conservateur a la majorité parlementaire et il est fort probable que le Plan d’action économique, comprenant la procédure de recapitalisation, sera adopté.

Alors que le cadre de gestion de risques du Canada laisse entendre que les banques canadiennes « sont à risque », surtout celles ayant accumulé des dettes importantes (en raison des pertes sur les produits dérivés), l’application généralisée de la « recapitalisation » n’est pas envisagée.

Le scénario suivant pourrait se concrétiser dans un avenir rapproché : les « cinq grandes banques » du Canada, soit, la Banque Royale du Canada, TD Canada Trust, la Banque Scotia, la Banque de Montréal et la CIBC (lesquelles ont toutes de puissantes associées opérant dans le paysage financier étasunien) consolideront leurs position aux dépens des banques et institutions financières de moindre envergure (au niveau provincial).

Le document gouvernemental suggère que la recapitalisation pourrait être utilisée de manière sélective « cas peu probable où l’une [des banques] ne serait plus viable». Cela sous-entend qu’au moins une banque canadienne de « moindre importance » ou plus pourrait faire l’objet d’une recapitalisation. Une telle procédure mènerait inévitablement à une concentration accrue du capital bancaire au pays, au profit des plus grands conglomérats financiers.

Remplacement des caisses d’épargnes et de crédit et des banques coopératives au niveau provincial

Il existe un important réseau de plus de 300 caisses d’épargnes et de crédit et de banques coopératives au niveau provincial, lesquelles pourraient être la cible des opérations sélectives de « recapitalisation ». Ce réseau comprend, parmi tant d’autres, le puissant réseau Desjardins au Québec, la Vancouver City Savings Credit Union (Vancity) et la Coastal Capital Savings en Colombie-Britannique, Servus en Alberta, Meridian et les caisses populaires en Ontario (affiliées à Desjardins).

Dans ce contexte, il est probable que l’on assiste à l’affaiblissement significatif des institutions financières coopératives provinciales. Elles ont une relation de gouvernance avec leurs membres (dont des conseils représentatifs) et offrent actuellement une alternative aux cinq grandes banques à charte. Selon des données récentes, il y a plus de 300 caisses d’épargnes et de crédit et caisses populaires au Canada, membres de la « Credit Union Central of Canada ».

Nouvelle norme : Les standards internationaux régissant la confiscation des dépôts bancaires

Le Plan d’action économique du Canada reconnaît que le cadre de recapitalisation proposé « s’alignera sur les réformes apportées dans d’autres pays et sur les principales normes internationales ». Le modèle suggéré de confiscation des dépôts tel que décrit dans le document du gouvernement canadien est donc conforme au modèle envisagé aux États-Unis et dans l’Union européenne. À l’heure actuelle, cette formule est un « point de discussion » (derrière des portes closes) lors de divers événements internationaux regroupant des gouverneurs des banques centrales et des ministres des Finances.

L’agence de règlementation impliquée dans ces consultations multilatérales est le Conseil de stabilité financière (CSF), situé à Bâle en Suisse et hébergé par la Banque de règlements internationaux (BRI) (image à droite). Le CSF est d’ailleurs présidé par le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, que le gouvernement britannique a récemment nommé chef de la Banque d’Angleterre à partir de juin 2013.

À titre de gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney a joué un rôle clé dans l’élaboration des clauses de recapitalisation pour les banques à charte canadienne. Avant d’entamer sa carrière dans le monde des banques centrales, il était membre de la haute direction chez Goldman Sachs, qui a joué un rôle dans les coulisses pour l’implantation des plans de sauvetage et des mesures d’austérité dans l’Union européenne.

Le mandat du CSF serait de coordonner les procédures de recapitalisation, en liaison avec les « autorités financières nationales » et les « organismes internationaux de normalisation », dont le FMI et la BRI. Cela ne devrait surprendre personne : les procédures de confiscation des dépôts au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada examinées ci-dessus sont remarquablement similaires.

La « recapitalisation » bancaire comparativement au « sauvetage » bancaire

Dans les plans de sauvetage, le gouvernement alloue une portion significative des revenus de l’État aux institutions financières défaillantes. L’argent des coffres de l’État est acheminé aux conglomérats bancaires.

Aux États-Unis, en 2008-2009, un total de 1,45 billions de dollars a été acheminé aux institutions financières de Wall Street dans le cadre des plans de sauvetages de Bush et Obama.

Ces plans étaient considérés de facto comme des dépenses gouvernementales. Elles nécessitaient l’implantation de mesures d’austérité. Les plans de sauvetage ainsi que les hausses dramatiques des dépenses militaires ont été financés par des réductions draconiennes dans les programmes sociaux, dont Medicare, Medicaid et la sécurité sociale.

Contrairement au plan de sauvetage, financé par le trésor public, la « recapitalisation » requiert la confiscation (interne) des dépôts bancaires et est instaurée sans l’utilisation de fonds publics. Le mécanisme règlementaire est établi par la banque centrale.

Au début du premier mandat d’Obama en janvier 2009, un plan de sauvetage bancaire de 750 milliards de dollars a été annoncé par Obama. Il s’ajoutait à celui de 700 milliards de dollars octroyé par l’administration Bush dans le cadre du Troubled Assets Relief Program (TARP).

En tout, les deux programmes atteignaient une somme astronomique de 1,45 billions de dollars, financée par le Trésor étasunien. (Il faut comprendre que le montant réel d’« aide » financière aux banques était significativement au-delà de 1,45 billions de dollars.) À cette somme s’ajoutait le montant ahurissant alloué au financement de l’économie de guerre d’Obama (2010), 739 milliards de dollars. Les plans de sauvetage, combinés aux dépenses de la Défense (2189 milliards de dollars) engouffraient donc presque la totalité des revenus fédéraux, lesquels se chiffraient à 2381 milliards de dollars pour l’année fiscale 2010.

Conclusion

Les plans de sauvetage ne sont plus fonctionnels. Au début du deuxième mandat d’Obama, les coffres de l’État étaient vides. Les mesures d’austérité sont dans l’impasse.

On envisage maintenant des plans de recapitalisation au lieu des « plans de sauvetage ».

Les groupes à faible et moyen revenu, invariablement endettés, ne seront pas la cible principale. L’appropriation de dépôts bancaires ciblerait essentiellement les classes moyenne élevée et supérieure, lesquelles possèdent des dépôts bancaires significatifs. Les comptes bancaires des petites et moyennes entreprises seront ciblés par la suite.

Cette transition fait partie de l’évolution de la crise économique et de l’impasse sous-jacente à l’application des mesures d’austérité.

L’objectif des acteurs financiers internationaux est d’anéantir les compétiteurs, de consolider et centraliser le pouvoir bancaire, et d’exercer un contrôle prépondérant sur l’économie réelle, les institutions gouvernementales et l’armée.

Même si les plans de recapitalisation étaient règlementés et appliqués de manière sélective à un nombre limité d’institutions financières défaillantes, de caisses d’épargnes et de crédit, etc., l’annonce d’un programme de confiscation des dépôts pourrait mener à une « ruée généralisée sur les banques ». Dans ce contexte, on ne peut considérer aucune institution bancaire comme sécuritaire.

L’application (même locale ou sélective) des procédures de recapitalisation impliquant la confiscation de dépôts créerait un chaos financier. Elle interromprait le processus de paiements, les salaires ne seraient plus versés, pas plus que l’argent des investissements dans les usines et destiné aux équipements, et le pouvoir d’achat s’effondrerait. Les petites et moyennes entreprises seraient acculées à la faillite.

Si la recapitalisation était mise en œuvre au sein de l’Union européenne et en Amérique du Nord, elle amorcerait une nouvelle phase de la crise financière mondiale, intensifierait la dépression économique, accroîtrait la centralisation bancaire et financière ainsi que celle du pouvoir entrepreneurial dans l’économie réelle au détriment des entreprises locales et régionales.

Ensuite, tout le réseau bancaire mondial, caractérisé par des transactions électroniques (régissant les dépôts et retraits, etc.), sans compter les transactions monétaires sur les marchés boursiers et les bourses de marchandises, pourrait faire l’objet de perturbations systémiques significatives.

Les conséquences sociales seraient dévastatrices. L’économie réelle chuterait à la suite de l’effondrement du système de paiements.

Les perturbations potentielles du fonctionnement d’un système monétaire mondial intégré pourraient donner lieu à une nouvelle débâcle économique ainsi qu’à une baisse du commerce international des marchandises.

Il est important que les citoyens européens et nord-américains agissent fermement aux niveaux national et international contre ces manigances diaboliques de leurs gouvernements, oeuvrant pour le compte d’intérêts financiers dominants afin d’implanter un processus sélectif de confiscation des dépôts bancaires.

Texte original : The Confiscation of Bank Savings to “Save the Banks”: The Diabolical Bank “Bail-In” Proposal

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

 

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

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Coca-Cola et armes pour la « paix »

avril 23rd, 2013 by Manlio Dinucci

Le secrétaire d’Etat John Kerry est désormais chez lui au Moyen-Orient, pour prouver l’ « engagement USA pour la paix » dans cette région cruciale.  A Istanbul il a demandé au premier ministre turc Erdogan, qui sera reçu par Obama en mai, de renvoyer sa visite à Gaza « pour ne pas gêner la reprise des négociations de paix israélo-palestiniennes ». En même temps, est arrivée à Istanbul une équipe de fonctionnaires israéliens pour le dédommagement des familles des pacifistes turcs tués ou blessés dans l’attaque contre la Freedom Flotilla en route pour Gaza, qui a eu lieu selon Netanyahu à cause d’ « erreurs opérationnelles ». Version acceptée par Erdogan, mais pas par les familles des victimes, qui ont refusé le dédommagement (100.000 dollars par famille) en posant comme condition qu’Israël abolisse les restrictions de mouvements des personnes et des marchandises à Gaza.

Kerry a entre temps annoncé un plan pour donner une impulsion à l’économie palestinienne, auquel collabore la multinationale Coca-Cola. Résultat garanti : les Palestiniens ne pourront pas avoir le gaz de leurs gisements à Gaza, dont ils ont été expropriés, ni l’eau qui leur est enlevée par les Israéliens, mais en compensation ils pourront boire du Coca-Cola. Pour renforcer l’engagement étasunien pour la « paix au Moyen-Orient », est arrivé le néo-secrétaire à la défense Chuck Hagel, pour une visite en Israël, en Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis : les trois alliés à qui les USA vendront un autre « paquet » d’armements d’une valeur totale de 10 milliards de dollars.

Autre gros business pour l’industrie guerrière étasunienne. A Israël vont être fournis les armements les plus avancés : des missiles de nouveau type, plus efficaces que les précédents, pour détruire les radars ennemis au moment de l’attaque ; des radars encore plus avancés pour les chasseurs bombardiers ; de nouveaux avions citernes KC-135 pour l’approvisionnement en vol ; des vélivoles pour le transport de troupes V-22 Osprey, un hélicoptère-avion hybride, qu’Israël sera le seul à posséder en plus des USA. Israël ne les paiera qu’en petite partie, parce qu’il reçoit cette année des USA une « aide militaire » de 3 milliards de dollars. Ces armements sont destinés à potentialiser la capacité d’Israël à attaquer l’Iran et d’autres pays de la région.

La position de Washington, qui juge « prématurée » une attaque unilatérale israélienne contre l’Iran, ne vise donc pas à empêcher cette attaque mais à mieux la préparer et la coordonner. Même objectif pour les armements fournis aux deux alliés arabes : ceux-ci recevront des bombes de précision, qui sont larguées à distance de l’objectif. Ce sont des armes adaptées aux 84 chasseurs F-15 que l’Arabie saoudite est en train d’acheter aux USA, dans le cadre d’une maxi fourniture de 29,5 milliards de dollars décidée en 2010, et aux 26 F-16 que les Emirats arabes unis achèteront avec la nouvelle fourniture.

Enfin, Kerry et Hagel ont annoncé le redoublement de l’aide étasunienne aux « rebelles » syriens et l’envoi d’autres militaires en Jordanie pour une possible intervention dirigée contre la Syrie. Mission « de paix » réussie : guerre assurée.

 

Edition de mardi 23 avril 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130423/manip2pg/14/manip2pz/339306/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Taïwan est en train de mener cette semaine des manoeuvres militaires à balles réelles et selon le scénario d’une attaque chinoise sur les îles Penghu de Taïwan. Cela s’inscrit dans le contexte de tensions grandissantes en Asie de l’Est. Celle-ci sont attisées par la stratégie américaine du « pivot vers l’Asie » viseant à contenir la Chine, ce qui inclut les récentes menaces de guerre américaines relatives au programme nucléaire de la Corée du Nord et des querelles au sujet des îles Senkaku/Diaoyu.

Ces exercices, étalés sur cinq jours et baptisés Han Kuang, servent à tester sur les îles qui sont situées dans le détroit de Taïwan entre le continent chinois et l’île de Taïwan, 145 différents types d’équipement, comme des frégates de la marine, des chars de l’armée et des missiles anti-navire et de défense aérienne.

La Chine pour sa part, a stationné des centaines de milliers de soldats sur certaines parties de son territoire le long du détroit de Taïwan, aux côtés de centaines d’avions de combat et d’un millier de missiles balistiques tactiques. Ceci a incité des commentateurs militaires à suggérer que la Chine serait susceptible de gagner une guerre conventionnelle localisée et menée dans le détroit de Taïwan contre les forces taïwanaises et américaines.

Hier, le président Ma Ying-jeou du parti taïwanais Kuomintang (KMT) au pouvoir a inspecté les exercices manifestement organisés pour modérer les critiques des médias et des législateurs selon lesquels l’armée taïwanaise ne faisait pas assez d’efforts pour protéger Taïwan contre la Chine.

Ma a dit: « Au cours de ces quelques dernières années et suite à un développement économique rapide, les communistes chinois [c’est-à-dire le gouvernement chinois de la métropole] ont entrepris un renforcement massif, tant en qualité qu’en quantité. En dépit de la menace, nous devons faire des préparatifs si nous voulons maintenir la paix dans le Détroit de Taïwan. »

Mardi, la Chine a publié un Livre Blanc de la défense qui a critiqué « Les forces séparatistes de l’indépendance taïwanaise » en disant qu’une déclaration officielle d’indépendance de Taïwan constituerait la « plus grande menace au développement pacifique des relations entre les deux rives du Détroit. »

Après avoir été renversé par le Parti communiste chinois (CCP) lors de la révolution de 1949, le régime du KMT de Chiang Kai-chek soutenu par les Etats-Unis a fui vers Taïwan. Le gouvernement de Taïwan prétend encore être le seul gouvernement de la Chine. Le gouvernement chinois du continent à Beijing maintient que Taïwan fait partie de la Chine et a précédemment menacé de faire la guerre si Taïwan déclarait l’indépendance. En 2005, Beijing a adopté une « loi anti-sécession » nécessitant une action militaire si Taïwan faisait sécession.

Ces tensions soulignent la signification de la récente signature de l’accord de pêche – après 17 années et 16 tours de pourparlers sans résultat – entre Taïwan et le Japon au sujet des îles contestées de Senkaku/Diaoyu. Le Japon a fait des concessions, permettant aux bateaux taïwanais de pêcher à une distance de 19 kilomètres des îles.

Après la première guerre sino-japonaise de 1895, le Japon avait annexé les îles connues sous le nom de Senkaku en japonais et de Diaoyu en chinois, ainsi que Taïwan. L’année dernière, ces îlots rocheux ont fait l’objet d’un affrontement militaire explosif entre la Chine et le Japon qui administre les îles après que le Japon les ait achetées à leur propriétaire privé. Le Japon et la Chine ont tous deux monté des campagnes chauvines promouvant leurs revendications de ces îles tout en déployant des forces navales dans la région.

Immédiatement après l’actuel arrangement conclu avec le Japon, Wang Jin, le directeur de L’Administration des gardes-côtes taïwanais a dit que tout bateau de pêche non taïwanais – c’est-à-dire, y compris les navires battant pavillon chinois – se trouvant dans les eaux territoriales des îles serait expulsé « en vertu des lois. »

L’accord devait forcément contrarier la Chine. Premièrement, Tokyo a effectivement violé la politique « d’une seule Chine » en traitant Taipei en tant que gouvernement souverain, apte à signer un accord avec le Japon. La Chine considère Taïwan comme une province renégate. Deuxièmement, Taïwan, en concluant l’accord de pêche, a tacitement reconnu le contrôle du Japon sur les îles que la Chine revendique.

La Chine a immédiatement critiqué l’accord. « Nous sommes extrêmement préoccupés par le fait que le Japon et Taïwan négocient et signent un accord de pêche, » a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hong Lei.

Le 17 avril, jour anniversaire du traité de Shimonoseki qui a mis fin en 1895 à la guerre sino-japonaise, la Chine a envoyé deux navires de guerre pour patrouiller près des îles Senkaku/Diaoyu et marquer son opposition au contrôle exercé sur les îles par le Japon.

Les récents exercices militaires à Taïwan et le changement soudain de la politique taïwanaise au sujet des îles Senkaku/Diaoyu montrent que de puissantes forces sont en train de pousser les élites dirigeantes taïwanaises vers un alignement plus étroit avec l’impérialisme américain et ses alliés régionaux, comme le Japon – au moment même où les Etats-Unis intensifient les tensions avec la Chine.

Après que le KMT ait remporté les élections de 2008, Washington a observé avec un certain malaise la signature par Taïwan des accords de libre-échange pour intégrer la Chine économiquement à Taïwan qui dispose de dizaines de milliards de dollars d’investissement sur le continent. Ma a suivi une politique de « non à l’indépendance, non à l’unification et de non à la violence » contre des partis prônant l’indépendance au sein de l’establishment politique taïwanais. Cependant, le KMT a aussi entretenu ses liens de longue date avec l’impérialisme américain.

En septembre dernier, à l’apogée des affrontements entre la Chine et le Japon sur les îles Senkaku/Diaoyu, les bateaux des gardes côtes japonais et taïwanais ont mutuellement tiré au canon à eau les uns sur les autres près des îles alors que des bateaux de pêche taïwanais pénétraient dans des eaux revendiquées par le Japon. Tout comme Beijing, le gouvernement de Taïwan, officiellement connu sous le nom de République de Chine, affirme que les îles sont un territoire chinois.

C’est ce qui a conduit certains analystes à spéculer sur une alliance conclue au sujet des îles entre la Chine du continent de Taïwan contre le Japon. Toutefois, les relations stratégiques américaines avec Taïwan sont restées étroites. En 2010 et en 2011, le gouvernement Obama a signé plusieurs programmes de vente d’armes à hauteur de plusieurs milliards de dollars afin de renforcer l’armée taïwanaise en provoquant de vigoureuses protestations de la part de la Chine.

Lors de sa rencontre avec le président Ma à Taïwan en janvier dernier, le sénateur américain James Inhofe a divulgué que Washington planifiait de massives ventes d’armes à Taïwan – dont 30 hélicoptères d’attaque AH-64, 60 hélicoptères de transport tactique 60M Blackhawk et des missiles sol-air PAC-3 (Patriot Advanced Capability). Inhofe dirige le dit Comité sénatorial Taïwan, qui a exigé la vente d’avions de chasse F-16C/D à Taïwan – une décision que le gouvernement Obama avait précédemment rejetée.

Selon deux articles parus en janvier dernier dans China.org, si le dernier paquet est approuvé, les ventes d’armes du gouvernement Obama à Taïwan représenteront un tiers des exportations militaires américaines totales à ce pays depuis que Washington a établi des relations diplomatiques avec Beijing en 1979. Durant la même année, la loi nommée Taiwan Relations Act (Loi sur les relations avec Taïwan) a été passée pour livrer des armes à Taïwan et « maintenir une capacité de défense suffisante » contre la Chine.

En renforçant la défense de Taïwan contre la Chine et en intensifiant les tensions à travers l’Asie de l’Est, le gouvernement Obama est en train de rapprocher davantage la région d’une vraie guerre.

Taïwan a été discrètement inclue dans le réseau de missiles antibalistique américain en Asie du Pacifique qui vise avant tout à saper les forces nucléaires de la Chine et qui est un élément clé du « pivot vers l’Asie » des Etats-Unis. En février, un radar qui a coûté 1,4 milliard de dollars a été mis en service dans le Nord de Taïwan. Il est capable de détecter l’arrivée des missiles jusqu’à une distance de 5.000 kilomètres.

Taipei a utilisé ce radar pour surveiller l’essai de missile balistique effectué en décembre par la Corée du Nord et le test d’un missile antibalistique dans l’espace effectué par la Chine en janvier. Kevin Cheng, le rédacteur du Asia-Pacific Defence Magazine de Taïwan, a dit : « Grâce au partage avec les Etats-Unis des informations qu’ils recueillent avec le système radar, Taïwan est devenu un lien crucial dans le réseau stratégique de la défense américaine dans la région. »

John Chan

Article original, WSWS, paru le 18 avril 2013

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Les adjectifs pour décrire les funérailles, le 17 avril, de l’ex-Premier ministre conservatrice Margaret Thatcher ne sont pas difficiles à trouver : écoeurantes, indécentes, provocatrices.

Elle était, après tout, la personnalité politique la plus haïe de l’histoire britannique récente – une admiratrice de la dictature de Pinochet au Chili et du régime raciste de l’apartheid en Afrique du Sud qui a semé la destruction dans les communautés ouvrières de tout le Royaume-Uni.

Thatcher a reçu des funérailles nationales, même si elles n’en avait pas officiellement le nom de telle façon que leur coût total ne puisse faire l’objet d’un contrôle. Ce coût est estimé à 10 millions de Livres, les funérailles les plus chères jamais organisées.

La cérémonie a été tellement militarisée que certains ont comparé la scène à Londres, avec ses policiers en armes stationnés tous les quelques kilomètres, à un coup d’Etat. Son cercueil est parti de St-Clement Danes, l’Église centrale de la Royal Air Force où trône la statue de “Bomber” Harris – l’officier qui avait mis au point les bombardements incendiaires des villes allemandes pendant la seconde Guerre mondiale. Monté sur un affût de canon tiré par un cheval, enveloppé du drapeau national, il fut accompagné par 700 membres des forces armées jusqu’à la Cathédrale St-Paul.

On avait assisté à une autre manifestation de cette adulation politique pendant la session extraordinaire du Parlement dans les jours qui ont précédé le 17 avril. Big Ben fut arrêtée pour la durée des funérailles et le travail du Parlement interrompu pour permettre aux députés de s’y rendre.

La reine était présente aux funérailles d’un ex-Premier ministre pour la première fois depuis celles de Winston Churchill en 1965. Contrairement à ce précédent pourtant, le corps de Thatcher ne sera pas exposé en public, précisément parce qu’elle est tellement détestée.

C’est pour cette même raison que les critiques limitées de Thatcher ou du coût de ses funérailles ont été accueillies par des hurlements officiels d’indignation et même des menaces de violence et d’arrestation par la police.

Les cercles dirigeants tentent de béatifier « Margaret la bénie » comme une sorte de sainte laïque de la corruption et de la cupidité. Résumé dans la déclaration du Premier ministre David Cameron, « Nous sommes tous thatchériens maintenant, » son héritage politique est déclaré être une pierre angulaire intouchable de la Grande-Bretagne moderne. Cet héritage inclut son affirmation agressive du militarisme au sujet des îles Malouines, mais surtout sa destruction de l’Etat-providence, la répression syndicale, les privatisations et la déréglementation du secteur financier de Londres.

Pour produire un tel mythe, il faut faire taire toute opinion venant de la population, étant donné que son nom est synonyme de politiques qui ont entraîné une catastrophe économique et sociale pour des millions de gens. La marque Thatcher est tellement toxique politiquement que moins d’une dizaine de chefs d’Etat étrangers étaient présents.

Les véritables intérêts sociaux que sert cette offensive de propagande sont bien mis en lumière par ceux qui sont venus. Ce fut un rassemblement mondial de la lie néo-conservatrice des États-Unis et d’Angleterre, avec d’autres ultra-réactionnaires en plus.

Il y avait là les ex-ministres des Affaires étrangères américains George Shultz et James Baker, l’ex-vice président américain Dick Cheney et l’ex-ministre des Affaires étrangères Henry Kissinger. Newt Gingritch et la dirigeante du Tea Party Michelle Bachmann étaient également présents.

L’Israélien Benjamin Netanyahu y avait été rejoint par F. W. De Klerk, le dernier président sud-africain de l’ère de l’Apartheid, l’Australien John Howard, le Canadien Stephen Harper et, de Pologne, par Lech Walesa et le Premier ministre Donald Tusk.

La présence des ex-Premier ministres travaillistes Tony Blair et Gordon Brown complétait cette assemblée de coquins. Tous deux sont les héritiers politiques de Thatcher et ils ont approuvé la manière dont ces funérailles furent organisées.

Leur objectif était peut-être de démontrer la supériorité incontestable des solutions économiques de droite dont tous les présents ont tiré profit. Mais les hauts cris et le ton impérieux adopté par les médias ainsi que toute la grandiloquence et l’hyperbole qui ont accompagné ces funérailles témoignent de la faiblesse, et non de la force, de l’élite dirigeante.

Aucune abondance d’apparat ne peut dissimuler le fait que Thatcher est morte au moment où est en train de s’effondrer tout le projet politique auquel elle est associée.

En dernière analyse, « le Thatchérisme » représentait les efforts désespérés et rapaces de la bourgeoisie britannique d’enrayer le déclin de sa position mondiale. Mais les moyens qu’elle a choisi pour le faire – les guerres impérialistes et un assaut contre la position sociale de la classe ouvrière, combiné à une spéculation financière débridée et largement déconnectée de toute activité économique réellement productive – étaient eux-mêmes la manifestation de la putréfaction en cours.

Le quasi-effondrement de tout cet édifice économique en 2008 n’a produit qu’une extension du même projet réactionnaire en faillite. Le processus d’enrichissement personnel de quelques-uns a continué, financé par des mesures d’austérité sauvages pour tous les autres.

Au moment même où on enterrait Thatcher, la coalition entre conservateurs et libéraux a commencé la première phase dans quatre quartiers de Londres d’un programme de plafonnement des aides sociales qui mettra à la rue 80 000 personnes, rien qu’à Londres. Les statistiques publiées le même jour montraient que le chômage au Royaume-Uni a augmenté officiellement de 70 000 au dernier trimestre atteignant 2,56 millions, pendant que le nombre de chômeurs de 16 à 24 ans augmentait de 20 000, passant à 979 000.

La mort de Thatcher ne change rien pour les travailleurs parce que ses soi-disant opposants politiques – les syndicats et le Parti travailliste – sont devenus les convertis les plus enthousiastes de son programme, à tel point qu’elle avait plaisanté une fois en disant que le « Nouveau Parti travailliste » de Tony Blair représentait son plus bel héritage.

Le fait qu’il n’y ait aucun changement sur ce point a été montré clairement par les louanges chaleureuses prononcées par le dirigeant du Parti travailliste, Ed Miliband, et par l’accord du parti pour suspendre les activités du Parlement pendant les funérailles.

Cet état des choses témoigne du fait que, dans les deux décennies ou presque écoulées depuis que Thatcher a quitté son poste, l’ordre économique et politique est devenu encore plus décomposé et sclérosé que sous son gouvernement.

Le décalage extrême entre la présentation officielle de Thatcher et la haine et le mépris dans lesquels la tiennent les travailleurs est l’expression idéologique d’une polarisation des relations de classe qui ne peut pas se maintenir ainsi. Cela indique clairement des tempêtes politiques à venir.

Chris Marsden

Julie Hyland

Article original, WSWS, paru le 18 avril 2013

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Publiée le 20 avril 2013

Le Lieutenant Colonel Potter a servi dans divers postes de police militaire et du renseignement militaire dans le monde entier durant 28 ans et affirme qu’il y a une guerre intestine à l’intérieur du gouvernement américain pour une lutte de pouvoir qui amènera l’établissement d’un État policier

http://www.egaliteetreconciliation.fr…

Merci à Peter Moore pour avoir trouvé la vidéo

 

Photos des Navy Seals ou mercenaires de type Blackwater aperçus avant et après les explosions de Boston :

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Deux hommes peuvent être aperçus légèrement à l’écart de la foule quelques minutes avant la première explosion

 

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Deux minutes après l’explosion, les deux hommes se sont déplacés et semblent communiquer par téléphone ou oreillette

 

 

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Comme le montre cette comparaison, leur accoutrement peut être celui des Navy Seals (forces spéciales de l’US Navy) ou des mercenaires de type Blackwater, appelés « defense contractors »

 

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Après les explosions, les deux hommes ont rapidement reçu du renfort. Légende : « D’autres Navy Seal/contractors ? Est-ce qu’ils fournissent de l’aide ? Qu’y a-t-il dans leurs sacs à dos ? »

 

Mise à jour du 21 avril à 17h30

Selon les dernières informations, ces hommes feraient partie d’une National Guard Civil Support Team (CST), (« équipe de soutien civil de la Garde nationale »).

Pour plus d’informations : infowars.com (en anglais).

Version française : http://www.egaliteetreconciliation.fr/

Sur les luttes intestines au sein du pouvoir américain, chez Kontre Kulture :

Hugo Chávez, homme de Renaissance du XXIe siècle

avril 22nd, 2013 by Prof. James Petras

Le président Hugo Chávez était unique dans de multiples domaines de la vie politique, sociale et économique. Il a fait d’importantes contributions à l’avancement de l’humanité. La profondeur, la portée et la popularité de ses réalisations marquent Chávez président comme le « Président de la Renaissance au XXIe siècle ».

De nombreux auteurs ont noté l’une ou l’autre de ses contributions historiques en soulignant sa législation anti-pauvreté, son succès en remportant les élections populaires avec des majorités retentissantes et sa promotion de l’éducation publique gratuite et de l’assurance santé pour tous les Vénézuéliens.

Dans cet essai, nous mettrons en évidence les contributions historiques mondiales uniques que le président Chávez a réalisées dans les domaines de l’économie politique, l’éthique et le droit international et dans la redéfinition des relations entre les dirigeants politiques et les citoyens. Nous allons commencer par sa contribution au développement durable de la culture civique au Venezuela et au-delà.

Hugo Chávez : le Grand-maître des valeurs civiques

Dès ses premiers jours au pouvoir, Chávez s’est engagé dans la transformation de l’ordre constitutionnel afin que les dirigeants politiques et les institutions soient plus sensibles à l’électorat populaire. Grâce à ses discours, Chávez a clairement et soigneusement informé l’électorat des mesures et des lois améliorant leurs moyens de subsistance. Il a invité les commentaires et les critiques avec son style qui était d’engager un dialogue constant, en particulier avec les pauvres, les chômeurs et les travailleurs. Chávez a si bien réussi dans l’enseignement des responsabilités civiques à l’électorat vénézuélien que des millions de citoyens des bidonvilles de Caracas se sont levés spontanément pour évincer la junte militaire et financière compradore qui avait enlevé leur président et fermé la législature. En 72 heures — un temps record — les citoyens à l’esprit civique ont restauré l’ordre démocratique et la primauté du droit au Venezuela, rejetant complètement la défense des putschistes par les médias et leur bref régime autoritaire.

Chávez, comme tous les grands éducateurs, a appris de cette intervention démocratique de la masse des citoyens que les défenseurs les plus efficaces de la démocratie se trouvaient parmi les travailleurs — et que ses pires ennemis se trouvent chez les élites économiques et militaires liées à Miami et à Washington.

La pédagogie civique de Chávez a souligné l’importance des enseignements historiques et des exemples des pères fondateurs, comme Simon Bolivar, dans l’établissement d’une identité nationale et latino-américaine. Ses discours ont rehaussé le niveau culturel des millions de Vénézuéliens qui avaient été élevés dans la culture aliénante et servile impériale de Washington et les obsessions consuméristes des centres commerciaux de Miami.

Chávez a réussi à inculquer une culture de solidarité et de soutien mutuel entre les exploités, en insistant sur les liens « horizontaux » plutôt que sur la dépendance clientéliste verticale entre les riches et puissants. Son succès dans la création de la conscience collective a fait pencher la balance de manière décisive éloignant du pouvoir politique les dirigeants corrompus des partis politiques et des syndicats, en favorisant de nouveaux mouvements socialistes et des syndicats de classe. Plus que toute autre chose, l’éducation politique de Chávez de la majorité populaire au sujet de leurs droits à la gratuité des soins et à celle de l’enseignement supérieur, des salaires décents et au plein emploi a suscité la colère hystérique des Vénézuéliens riches et leur haine impérissable envers un président qui avait créé un sentiment d’autonomie, de dignité et de « pouvoir de classe » via l’éducation publique mettant une fin aux siècles de privilège d’élite et d’omnipotence.

Surtout, les discours de Chávez, en s’inspirant autant de Bolivar que de Karl Marx, ont créé un profond et généreux sentiment de patriotisme et de nationalisme et un profond rejet d’une élite prosternée devant leur suzerain de Washington, les banquiers de Wall Street et les dirigeants des compagnies pétrolières. Les discours anti-impérialistes de Chávez ont trouvé leur écho parce qu’il parlait dans la langue du peuple et élargissait leur conscience nationale pour s’identifier avec l’Amérique latine, en particulier la lutte de Cuba contre les interventions et les guerres impérialistes.

Relations internationales : la Doctrine Chávez

Au début de la décennie précédente, après le 11-Septembre, Washington a déclaré une « guerre contre le terrorisme ». Il s’agissait d’une déclaration publique d’une intervention militaire unilatérale et de guerres contre les nations souveraines, des mouvements et des individus jugés comme des adversaires, en violation du droit international.

Presque tous les pays se sont soumis à cette violation flagrante des Accords de Genève, sauf le président Chávez, qui a fait la plus profonde et simple réfutation contre Washington : « On ne combat pas le terrorisme avec le terrorisme d’État ». Dans sa défense de la souveraineté des nations et de la jurisprudence internationale, M. Chávez a souligné l’importance des solutions politiques et économiques aux problèmes sociaux et aux conflits — répudiant l’utilisation de bombes, de la torture et de la mutilation. La doctrine Chávez a souligné le commerce Sud-Sud et les investissements et la diplomatie plutôt que les solutions militaires. Il a confirmé les accords de Genève contre l’agression coloniale et impériale, tout en rejetant la doctrine impériale de la « guerre contre le terrorisme », qualifiant le terrorisme d’État occidental comme l’équivalent pernicieux du terrorisme d’Al-Qaïda.

Théorie et pratique politique : le Grand Synthétiseur

L’un des aspects les plus profonds et les plus influents de l’héritage de Chávez est sa synthèse originale de trois grands volets de pensée politique : le christianisme populaire, le nationalisme et l’intégration régionale bolivarienne et la pensée politique, sociale et économique marxiste. Le christianisme de Chávez a informé son profond attachement à la justice et à l’égalité des personnes, ainsi que sa générosité et le pardon des adversaires comme ceux engagés dans un violent coup d’État, un lock-out paralysant, ou qui avaient ouvertement collaboré et reçu un financement des agences de renseignement ennemis. Alors que partout ailleurs dans le monde, les agressions armées et les coups d’État aboutiraient à des longues peines de prison, voire des exécutions, sous Chávez la plupart de ses adversaires violents ont échappé aux poursuites et même rejoint leurs organisations subversives. Chávez a démontré une profonde croyance en la rédemption et le pardon. Le christianisme de Chávez a informé son « option pour les pauvres », la profondeur et l’ampleur de son engagement à éradiquer la pauvreté et sa solidarité avec les pauvres contre les riches.

La profonde aversion de Chávez et son opposition efficace à l’impérialisme états-unien et européen et au colonialisme brutal israélien ont été profondément enracinées dans sa lecture des écrits et de l’histoire de Simon Bolivar, le père fondateur de la nation vénézuélienne. Les idées bolivariennes sur la libération nationale ont de loin précédé toute exposition à Marx, Lénine ou les écrits plus contemporains de gauche sur l’impérialisme. Son soutien indéfectible et puissant et à l’intégration régionale et à l’internationalisme a été profondément influencé par Simon Bolivar qui proposait « Les États-Unis d’Amérique Latine » et son activité internationaliste à l’appui des mouvements anticoloniaux.

L’incorporation par Chávez des idées marxistes dans sa vision du monde a été adaptée à sa philosophie populaire de longue date qui était internationaliste, chrétienne et bolivarienne. L’option de Chávez pour les pauvres a été approfondie par sa reconnaissance de la centralité de la lutte des classes et la reconstruction de la nation bolivarienne par la socialisation des « hauteurs dominantes de l’économie ». La conception socialiste de l’autogestion des usines et des conseils communautaires populaires via l’autonomisation a reçu une légitimité morale par la foi chrétienne de Chávez en un ordre moral égalitaire.

Alors que Chávez était respectueux et écoutait attentivement les points de vue des universitaires et qu’il faisait souvent l’éloge de leurs écrits, ils n’ont pas reconnu ou, pire, ont délibérément ignoré l’originalité de la synthèse historique, religieuse et marxiste du Président. Malheureusement, comme c’est souvent le cas, des universitaires de gauche ont, dans leur posture complaisante, présumé être les tuteurs de Chávez et lui ont donné des conseils sur toutes les questions de la « théorie marxiste ». Il s’agit d’une sorte de colonialisme culturel de gauche, qui critiquait puérilement Chávez pour ne pas suivre leurs recettes toutes faites, publiés dans leurs revues littéraires politiques à Londres, à New York et à Paris.

Heureusement, M. Chávez a pris ce qui était utile des universitaires d’outre-mer et des ONG financées par les stratèges politiques, tout en rejetant les idées qui n’ont pas su tenir compte des spécificités historico-culturelles, de classe et de rentiers du Venezuela.

Chávez a légué aux intellectuels et aux militants du monde un mode de pensée qui est globale et spécifique, historique et théorique, matérielle et éthique et qui englobe l’analyse de classe, de la démocratie et une résonance transcendante spirituelle avec la grande masse de l’humanité dans une langue que toute personne peut comprendre. La philosophie et la pratique (plus que n’importe quel « discours Chávez » rapporté par les amateurs experts des forums sociaux) ont démontré que la technique de formulation des idées complexes dans un langage simple peut amener des millions de gens à « créer l’histoire, et pas seulement à l’étudier ».

Vers des alternatives concrètes au néolibéralisme et à l’impérialisme

Peut-être la plus grande contribution de Chávez dans la période contemporaine a été de démontrer, par des mesures concrètes et des initiatives politiques, que bon nombre des plus grands défis politiques et économiques contemporains peuvent être résolus avec succès.

Réforme radicale d’un État rentier

Rien n’est plus difficile que de changer la structure sociale, les institutions et les attitudes d’un pétro-État rentier avec ses politiques profondément enracinées dans le clientélisme, la corruption endémique d’un parti-État et une psychologie de masse profondément enracinée dans le consumérisme. Mais Chávez a largement réussi là où d’autres régimes pétroliers ont échoué. L’administration Chávez a commencé avec des changements constitutionnels et institutionnels afin de créer un nouveau cadre politique, puis il mit en œuvre des programmes d’impact social, qui ont approfondi les engagements politiques chez la majorité active, qui, à son tour, a courageusement défendu le régime contre la violence d’un coup d’État militaire-business. La mobilisation de masse pour le soutien populaire, à son tour, a radicalisé le gouvernement Chávez et a ouvert le chemin à une profonde socialisation de l’économie et à une mise en œuvre de la réforme agraire radicale. L’industrie pétrolière a été socialisée ; les paiements de redevances et de taxes ont produit des fonds pour les dépenses sociales massivement élargies au profit de la majorité des Vénézuéliens.

Presque chaque jour, Chávez préparait clairement de compréhensibles discours éducatifs sur des sujets sociaux, éthiques et politiques liés aux actions de redistribution de son régime en mettant l’accent sur la solidarité sociale plutôt que sur le consumérisme individualiste acquisitif. Les organisations de masse et de la communauté et les mouvements syndicaux ont fleuri ; une nouvelle conscience sociale a émergé prête et disposée à faire avancer le changement social et à confronter les riches et les puissants. La défaite par Chávez du coup d’État soutenu par les États-unis et les lock-out des patrons et son affirmation de la tradition et de l’identité bolivarienne du Venezuela souverain ont créé une conscience nationaliste puissante qui a érodé la mentalité de rentier et renforcé la poursuite de « l’économie équilibrée » avec un portefeuille diversifié. Cette nouvelle volonté politique et la conscience nationale productive était un grand bond en avant, même si les principales caractéristiques d’une économie rentière dépendant des produits pétroliers persistent. Cette transition extrêmement difficile a commencé et est un processus continu. Les théoriciens de gauche d’outre-mer qui critiquent le Venezuela (« corruption », « bureaucratie ») ont profondément ignoré les énormes difficultés de la transition d’un État rentier à une économie socialisée et les énormes progrès réalisés par Chávez.

Crise économique sans austérité capitaliste

Partout dans le monde ravagée par la crise capitaliste, les gouvernements des travaillistes, les sociaux-démocrates, les régimes libéraux et conservateurs ont imposé « des programmes d’austérité » régressive comportant des réductions brutales des dépenses sociales, de la santé et de l’éducation sociale et les licenciements massifs des travailleurs et des employés tout en distribuant des subventions de l’État et des généreux plans de sauvetage aux banques défaillantes et aux entreprises capitalistes. Chantant leur slogan thacherien, « il n’y a pas d’alternative », les économistes capitalistes justifient l’imposition de la charge de « la relance capitaliste » sur la classe ouvrière tout en permettant au capital de recouvrer ses bénéfices pour investir.

La politique de Chávez a été le contraire : au milieu de la crise, il a conservé tous les programmes sociaux, a rejeté les licenciements massifs et a effectué une augmentation des dépenses sociales. L’économie vénézuélienne est sortie de la crise mondiale et elle a récupéré avec un robuste taux de croissance de 5,8 % en 2012. En d’autres termes, M. Chávez a démontré que l’appauvrissement de masse est un produit du système capitaliste et de sa « formule » spécifique pour la récupération. Il a montré une autre approche, alternative positive à la crise économique, qui a taxé les riches, promu les investissements publics et maintenu les dépenses sociales.

Transformation sociale dans une « économie mondialisée »

De nombreux commentateurs, de gauche, de droite et du centre, ont fait valoir que l’avènement d’une « économie mondialisée » exclu une transformation sociale radicale. Pourtant, le Venezuela, qui est profondément globalisée et intégrée dans le marché mondial par le biais du commerce et des investissements, a fait de grands progrès en matière de réforme sociale. Ce qui importe vraiment par rapport à une économie mondialisée est la nature du régime politique, économique et ses politiques qui dictent la façon dont les gains et les coûts du commerce international et l’investissement sont distribués. En un mot, ce qui est décisif, c’est le « caractère de classe du régime » qui gère sa place dans l’économie mondiale. Chávez n’a certainement pas « décroché » de l’économie mondiale, mais plutôt il a rebranché le Venezuela d’une manière nouvelle. Il a redirigé le commerce et l’investissement du Venezuela vers l’Amérique latine, l’Asie et le Proche-Orient — en particulier vers les pays qui n’intervienne pas en imposant des conditions réactionnaires aux transactions économiques.

L’anti-impérialisme au temps d’une offensive impérialiste

Au moment d’une virulente offensive impérialiste UE-US impliquant des « guerre préventives », des interventions de mercenaires, de la torture, des assassinats et de la guerre de drones en Irak, au Mali, en Syrie, au Yémen, en Libye et en Afghanistan, des sanctions économiques brutales contre l’Iran et des sabotages, des expulsions coloniales israéliennes de milliers de Palestiniens financés par les États-Unis et des révolutions avortées par des marionnettes en Égypte et en Tunisie, le président Chávez, seul, s’est dressé comme le défenseur des principes de la politique anti-impérialiste. L’engagement profond de Chávez envers l’anti-impérialisme est en contraste frappant avec la capitulation des soi-disant « intellectuels marxistes » de l’Ouest qui prononcent des justifications de brutes pour leur soutien aux bombardements de l’OTAN en Yougoslavie et en Libye, à l’invasion française du Mali et au financement et à l’armement « monarcho-socialiste par l’Arabie-française » des mercenaires islamistes contre la Syrie. Ces mêmes « intellectuels » de Londres, de New York et de Paris, qui affichent une attitude condescendante envers Chávez, qu’ils traitent comme un simple « populiste » ou « nationaliste » et qui ont affirmé qu’il aurait dû écouter leurs discours et lire leurs livres, avaient bassement capitulé sous la pression de l’État capitaliste et des médias en soutenant les « interventions humanitaires » (autrement dit les bombardements de l’OTAN)… et avaient justifié leur opportunisme dans la langue de sectes gauchistes obscures. Chávez a confronté les pressions et les menaces de l’OTAN, ainsi que la subversion de déstabilisation de ses adversaires intérieurs et il a courageusement énoncé les principes les plus profonds et significatifs marxistes du XXe et du XXIe siècle : le droit inviolable à l’autodétermination des nations opprimées et d’opposition inconditionnelle aux guerres impériales. Alors que Chávez a parlé et agi pour la défense des principes anti-impérialistes, beaucoup dans la gauche européenne et aux États-Unis ont consenti aux guerres impériales. Il n’y avait pratiquement pas de manifestations de masse, des mouvements « anti-guerre » ont été cooptés ou moribonds, le Parti des travailleurs « socialistes » britanniques a défendu les bombardements massifs de l’OTAN en Libye, les « socialistes » français ont envahi le Mali avec le soutien du Parti anticapitaliste. Pendant ce temps, le « populiste » Chávez avait formulé une compréhension beaucoup plus profonde et raisonnée de la pratique marxiste, certainement au-delà de ses soi-disant tuteurs marxistes à l’étranger.

Aucun autre dirigeant politique ou d’ailleurs, académique de gauche n’a développé, approfondi ni étendu les principes fondamentaux de la politique anti-impérialiste à l’époque de la guerre impérialiste mondiale avec plus d’acuité que Hugo Chávez.

Transition de l’échec de l’État néo-libéral vers un État providence dynamique

La reconfiguration complète et pragmatique du Venezuela par Chávez, allant d’un régime néo-libéral désastreux à un État-providence dynamique est un jalon important dans l’économie politique des XXe et XXIe siècles. La réussite du renversement des institutions et des politiques néo-libérales, ainsi que sa renationalisation des hauteurs qui dominent l’économie ont démoli le dogme néo-libéral dérivé de l’ère Thatcher-Reagan consacré dans le slogan : « Il n’y a pas d’alternative » à la brutalité des politiques néolibérales, ou, en anglais : TINA (« There is no alternative »).

Chávez a rejeté la privatisation — il a renationalisé les industries clé du pétrole, socialisé des centaines d’entreprises capitalistes et réalisé un vaste programme de réforme agraire, y compris la redistribution des terres à 300 000 familles. Il a encouragé les organisations syndicales et le contrôle ouvrier des usines — même en dépit des gestionnaires publics et même de ses propres ministres. En Amérique latine, Chávez a ouvert la voie en définissant avec plus de profondeur et avec des changements sociaux plus compréhensifs, l’époque post-néo-libérale. Chávez a envisagé la transition entre le néo-libéralisme et le nouvel État-providence socialisé comme un processus international et il a fourni un financement et un soutien politique pour les nouvelles organisations régionales comme l’ALBA, Petrocaribe, et l’UNASUR. Il a rejeté l’idée de construire un État-providence dans un pays unique et il a formulé une théorie de la transition post-néo-libérale basée sur la solidarité internationale. Les idées originales de Chávez et ses politiques concernant la transition post-néo-libérale ont échappé aux marxistes pantouflés et aux globe-trotters du Forum social et experts d’ONG qui ont réussi principalement à obtenir du financement des fondations impériales.

Chávez a démontré à travers la théorie et la pratique que le néolibéralisme était en effet réversible — une avancée politique majeure du XXIe siècle.

Au-delà du libéralisme social : la définition radicale du post-néo-libéralisme

Les régimes néo-libéraux avancés par les États-Unis et l’Union européenne se sont effondrés sous le poids de la pire crise économique depuis la Grande dépression. Le chômage massif conduit à des soulèvements populaires, de nouvelles élections et l’avènement de régimes de centre-gauche dans la plupart des États d’Amérique latine, qui ont rejeté ou du moins qui prétendent répudier le « néo-libéralisme ». La plupart de ces régimes a promulgué des directives législatives et exécutives pour financer des programmes contre la pauvreté, la mise en œuvre des contrôles financiers et pour faire des investissements productifs, tout en augmentant le salaire minimum et en stimulant l’emploi. Cependant quelques entreprises lucratives ont été effectivement renationalisées. Remédier aux inégalités et à la concentration de la richesse ne faisait pas partie de leur ordre du jour. Ils ont formulé leur stratégie de collaboration avec les investisseurs de Wall Street, les exportateurs locaux d’agro-minéral et avec les syndicats cooptés.

Chávez a posé une alternative profondément différente à cette forme de « post-néolibéralisme ». Il a nationalisé les industries des ressources, excluant les spéculateurs de Wall Street et limitant le rôle des élites agro-minérales. Il a posé un État-providence socialisé comme une alternative à l’orthodoxie social-libérale régnante des régimes de centre-gauche, alors que lui-même a travaillé avec ces régimes en faisant la promotion de l’intégration latino-américaine et en s’opposant aux coups d’états soutenus par les États-uniens.

Chávez était à la fois un chef de file définissant une alternative plus socialisée à la libération sociale et la conscience mettant la pression sur ses alliés pour qu’ils continuent à progresser.

Socialisme et Démocratie

Chávez a ouvert une voie nouvelle extraordinairement originale et complexe au socialisme basé sur des élections libres, sur la rééducation des militaires à respecter les principes démocratiques et constitutionnels, et sur le développement des médias et de la communauté. Il a mis fin aux monopoles des médias capitalistes et il a renforcé la société civile en tant que contrepoids aux élites paramilitaire et de cinquième colonne parrainées par les E. Us., provocatrices de la déstabilisation de l’État démocratique.

Aucun autre président d’un pays socialiste démocratique n’avait résisté avec succès aux campagnes de déstabilisation impériales — ni Jagan en Guyane, ni Manley en Jamaïque, ni Allende au Chili. Dès le début Chávez a vu l’importance de créer un solide cadre juridique et politique pour faciliter la haute direction et promouvoir les organisations populaires de la société civile afin de gêner la pénétration de l’appareil d’État (armée et police) par les États-Unis. Chávez a mis en œuvre des programmes radicaux d’impact social qui ont assuré la loyauté et l’allégeance active des majorités populaires et affaibli les leviers économiques du pouvoir politique détenues longtemps par la classe capitaliste. En conséquence les dirigeants politiques du Venezuela, des soldats et des officiers fidèles à sa constitution et des masses populaires ont écrasé un sanglant coup de droite, un lock-out écrasant et un référendum financé par les États-Unis et ont commencé à mettre en œuvre de plus radicales réformes socio-économiques dans un long processus de socialisation cumulatif.

L’originalité de Chávez était sa « méthode expérimentale ». Sa compréhension et sa réponse aux attitudes et aux comportements de la population étaient profondément enracinées dans l’histoire du Venezuela de l’injustice raciale et sociale et de la rébellion populaire. Plus que tout autre leader socialiste précédent, M. Chávez a voyagé, parlé et écouté les classes populaires du Venezuela sur des questions de la vie quotidienne. Sa « méthode » était de traduire cette micro-connaissance en changements programmés à grande échelle. Dans la pratique, il est l’antithèse du je-sais-tout des intellectuels locaux et étrangers qui parlent littéralement « de haut » au peuple et qui se considèrent comme les « maîtres du monde »… au moins, dans le monde des micro-milieux universitaires de gauche, des conférences socialistes et des monologues égocentriques. La mort de Hugo Chávez a été profondément regrettée par des millions au Venezuela et des centaines de millions de gens à travers le monde parce que sa transition vers le socialisme était leur chemin, il a écouté leurs revendications et il a agi sur eux efficacement.

La social-démocratie et la sécurité nationale

Chávez était un président socialiste depuis plus de 13 ans faisant face à une opposition violente et au sabotage financier à grande échelle et à long terme de Washington, de l’élite économique locale et des bosses des médias. Chávez a créé la conscience politique qui a motivé des millions de travailleurs et assuré la loyauté constitutionnelle de l’armée pour vaincre un coup d’état sanglant soutenu par les États-uniens en 2002. Chávez a tempéré les changements sociaux, conformément à une évaluation réaliste de ce que l’ordre politique et juridique pourrait soutenir. D’abord et avant tout, M. Chávez a assuré la loyauté de l’armée en mettant fin aux missions « de conseil » états-uniennes et à l’endoctrinement impérial d’outre-mer en substituant des cours intensifs sur l’histoire du Venezuela, la responsabilité civique et le lien essentiel entre les classes populaires et les militaires dans une mission nationale commune.

Les politiques de sécurité nationale de Chávez sont basées sur des principes démocratiques, ainsi que sur une reconnaissance claire des menaces graves à la souveraineté du Venezuela. Il a réussi à sauvegarder la sécurité nationale et les droits démocratiques et les libertés politiques de ses citoyens, un exploit qui lui a valu l’admiration du Venezuela et l’envie d’avocats de droit constitutionnel et des citoyens des États-Unis et de l’Union européenne.

En contraste flagrant, le président Barack Obama a assumé le pouvoir d’assassiner ses concitoyens, basé sur des informations secrètes et sans procès à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des États-Unis. Son administration a effectué ces assassinats « ciblés » des citoyens états-uniens et de leurs enfants, en a emprisonné d’autres sans procès et maintient des « fichiers » secrets sur plus de 40 millions de compatriotes. Chávez n’a jamais assumé ces pouvoirs et n’a jamais assassiné ou torturé un seul Vénézuélien. Au Venezuela, la douzaine de prisonniers dont la condamnation pour des actes de violence et de subversion est issue de procès ouverts devant les tribunaux vénézuéliens, contrastent fortement avec les dizaines de milliers de musulmans et les immigrés latino-américains emprisonnés secrètement et sans procès valable avec fausses preuves aux États-Unis. Chávez a rejeté la terreur d’État, tandis que Barack Obama dispose d’équipes spéciales d’assassinat sur le terrain dans plus de 70 pays. Obama soutient les invasions policières arbitraires des maisons des citoyens et des lieux de travail basé sur des « preuves secrètes ». Chávez a même toléré les activités les partis d’opposition financés par les services secrets US. En un mot, Obama utilise la « sécurité nationale » pour détruire les libertés démocratiques tandis que Chávez a confirmé les libertés démocratiques et a imposé des limites constitutionnelles à l’appareil de sécurité nationale.

Chávez a cherché la résolution pacifique des conflits diplomatiques avec les pays voisins hostiles, tels que la Colombie, qui accueille sept bases militaires américaines — tremplins potentiels à une intervention états-unienne. D’autre part, M. Obama s’est engagé dans une guerre ouverte avec au moins sept pays et a poursuivi des actions hostiles secrètes contre des dizaines d’autres.

Conclusion

L’héritage de Chávez est à multiples facettes. Ses contributions sont originales, théoriques, pratiques et universellement applicables. Il a démontré dans la théorie et la pratique comment un petit pays peut se défendre contre l’impérialisme et maintenir les principes démocratiques et passer à la mise en œuvre des programmes sociaux avancés. Sa poursuite de l’intégration régionale et la promotion de normes éthiques dans la gouvernance d’une nation fournissent des exemples profondément pertinents dans un monde capitaliste croulant sous les politiciens corrompus qui sabrent le niveau de vie des peuples tout en enrichissant les ploutocrates.

Le rejet par Chávez de la doctrine Bush-Obama du « terrorisme d’État pour combattre le terrorisme », son affirmation que les racines de la violence sont l’injustice sociale, le pillage économique et l’oppression politique et sa conviction que la résolution de ces problèmes sous-jacents est le chemin de la paix, est comme le guide éthico-politique pour la survie de l’humanité.

Face à un monde de violence impériale de contre-révolution, il résolut de se tenir aux côtés des opprimés du monde. Hugo Chávez entre dans l’histoire du monde comme un leader politique complet, avec la stature du chef le plus humain et multivalent de notre époque : une figure de Renaissance pour le XXIe siècle.

James Petras

Article en anglais :

chavez2President Hugo Chavez: A 21st Century Renaissance Man, 15 mars 2013

Traduction : Roger Lagassé, voltairenet.org

James PetrasJames Petras : Professeur émérite de sociologie à l’université Binghamton de New York. Dernier ouvrage publié en français : La Face cachée de la mondialisation : L’Impérialisme au XXIe siècle, (Parangon, 2002). Dernier ouvrage publié en anglais :The Arab Revolt and the Imperialist Counter Attack, (Clarity Press, 2011).

La Syrie à Boston

avril 22nd, 2013 by Thierry Meyssan

Que vient faire la Syrie dans l’attentat de Boston ? Rien au premier abord, pourtant cet attentat —et le bruit qu’il répand— répond à la question principale de la suspension du plan Kerry-Lavrov. Si rien ne se passe en Syrie, c’est parce que Washington et Moscou rencontrent des difficultés imprévues, parmi lesquelles la question tchétchène.

La mise en œuvre du plan Kerry-Lavrov pour la Syrie a été interrompue par des difficultés rencontrées par les deux Grands. Côté US, il semble difficile de se faire obéir par des alliés que l’on a soi-même sollicités contre la Syrie et auxquels on demande un retrait sans récompense. Côté russe, on observe avec inquiétude l’arrivée soudaine de combattants du Caucase. Ils pourraient s’en prendre aux forces de paix de l’Organisation du Traité de sécurité collective, comme jadis avec l’Armée rouge en Afghanistan.

Du coup, le changement d’équipe dans l’administration Obama ne semble pas porter de fruits. John Kerry lui-même se contredit d’une phrase à l’autre, de sorte que plus personne ne voit la sortie du tunnel. Profitant de ce moment, de nouvelles forces d’opposition se font jour au Congrès où trois projets de loi ont été déposés. Le premier poursuit le projet israélien de destruction de la Syrie. Le second représente les intérêts du complexe militaro-industriel : une guerre limitée. Le troisième se partage le gaz. C’est dans ce contexte qu’a eu lieu l’attentat de Boston.

Une double bombe a tué trois personnes et blessés plus d’une centaine d’autres à l’issue du marathon de Boston, mardi 16 avril 2013, à 14h50 (heure locale). Grâce à la découverte surprenante d’un sac à dos contenant le couvercle d’une cocotte-minute et aux vidéos des caméras de surveillance, les autorités furent en capacité, jeudi à 17h10, de diffuser les photographies de deux suspects : les frères Tamerlan (26 ans) et Dzhokhar (19 ans) Tsarnaev. Vendredi, les deux frères échappèrent à un policier qu’ils tuèrent sur le campus du MIT. Puis, après avoir détourné une Mercedes, ils furent atteints par la police. Plus de 200 coups de feu furent échangés durant la nuit, les deux frères furent blessés. Tamerlan décéda à l’hôpital Beth Israel. Son frère, Dzhokhar, s’échappa à pied avant d’être arrêté par la police.

Toute cette affaire a mobilisé les chaînes de télévision du monde entier. Depuis Makhatchkala (capitale du Daghestan), les parents des suspects ont clamé qu’ils avaient été manipulés. Leur mère, qui semble avoir souffert des pressions policières états-uniennes, a notamment souligné qu’ils étaient sous surveillance étroite du FBI et ne pouvaient monter aucune opération sans qu’il le sache. Tandis que le gouverneur de Tchétchénie, Ramzan Khadirov, observant que les suspects n’avaient pas vécus en Russie, dénonça à l’avance tout lien avec son pays.

L’implication personnelle du président des États-Unis, Barack Obama, qui est intervenu quatre fois et s’est déplacé à la cathédrale de Boston pour y prononcer une homélie, montre l’importance de l’événement. Le coup de téléphone du président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, a souligné la relance de la coopération anti-terroriste. Reste que celle-ci peut prendre deux directions opposées.

Si l’on admet que l’ennemi commun, c’est le terrorisme tchétchène, on peut en conclure qu’il ne passera pas en Syrie ; les États-Unis et la Russie s’accorderont pour y faire face partout dans le monde, y compris au Levant. Comme on peut en conclure que Washington et Moscou peuvent le vaincre chez eux et l’ignorer là-bas. Le problème avec ce type d’attentat est qu’il permet des développements contradictoires que seuls ceux qui les ont planifiés ont prévus. Et à tout moment, ils peuvent faire surgir de nouveaux éléments qui orienteront la manière dont cet attentat sera perçu et les conséquences politiques qui en seront tirées.

Quoi qu’il en soit, on peut affirmer (1) que l’arrivée de combattants tchétchènes inhibe les Russes en Syrie (2) que l’attentat de Boston est une mise en scène visant à placer le terrorisme tchétchène en première ligne (3) que la manière dont cette affaire sera présentée déterminera la suite des événements en Syrie.

Le seul point faible du dispositif, c’est la survie de Dzhokhar Tsarnaev. Un garçon de 19 ans, c’est incontrôlable.

Source
Al-Watan (Syrie)

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Ce mercredi 17 avril 2013, le Canard enchaîné a publié de nouvelles révélations sur le contrat « OpenBar » entre Microsoft et le ministère de la Défense actuellement en cours de négociation. Révélées initialement par PC INpact le 5 février 2013, ces décisions, prises dans le plus grand secret et critiquées par le rapporteur de la Commission des marchés publics de l’État, seraient donc favorisées par l’OTAN. L’April réitère ses demandes au Premier ministre qu’une vraie cure de désintoxication soit appliquée au ministère de la Défense. L’association s’inquiète des multiples dangers pour la sécurité nationale qu’un tel contrat peut représenter, ainsi que des risques de voir d’autres ministères lui emboîter le pas. Enfin, elle demande que toute la lumière soit faite sur les conditions de négociation de ce marché.

Le contrat initial « Open Bar », portait sur de la location de logiciels de bureautique Microsoft et avait été passé en 2009 pour une durée de quatre ans. Pourtant, le rapporteur de la Commission des marchés publics soulignait à l’époque que ce contrat présentait de nombreux abandons des principes relatifs aux achats publics. Cet accord créant une dépendance inacceptable du ministère de la Défense envers Microsoft, l’April appelait alors le Premier ministre, le ministre de la Défense et les parlementaires à suspendre la renégociation du contrat, afin que toute la lumière soit faite sur ce dossier et pour repartir sur des bases saines.

Fin février, CIO Online avait apporté de nouveaux éclairages sur ce dossier. Alors que les avis négatifs sur la procédure choisie ne pouvaient qu’interpeller, le service des achats de l’État, joint par CIO Online, avait botté en touche en annonçant que « le SAE est au courant de ce contrat mais l’opportunité et le pilotage de la reconduction sont sous l’entière responsabilité du ministère de la Défense ». Lui aussi contacté, le ministère y avançait des arguments qui relèvent de la tautologie : « L’attestation d’exclusivité fournie [en 2009] par Microsoft a montré que cette société est la seule habilitée à fournir les prestations demandées, dans le cadre d’une offre globale et intégrée. Le contrat a donc été passé selon la procédure de marché négocié sans publicité préalable ni mise en concurrence. [...] Après avoir vérifié que les conditions d’exclusivité de la société Microsoft étaient toujours réunies, la direction des Affaires juridiques [du ministère de la Défense] a estimé qu’[il] était fondé à engager de nouveau la passation d’un marché négocié sans publicité ni mise en concurrence. » Ce qui avait d’ailleurs conduit Frédéric Couchet, délégué général de l’April, à considérer que cette réponse était une « vaste fumisterie ».

Plus récemment, le site de l’émission Le Vinvinteur (France) publiait une enquête sur les « liens légèrement malsains entre l’armée française et le géant du logiciel Microsoft ». L’OTAN et la NSA aux manettes ?

Cette semaine, le Canard enchaîné fournit lui aussi de nouvelles informations sur les raisons qui conduisent l’armée à « capituler face à Microsoft », sans que les services de l’État n’y puissent rien. L’hebdomadaire cite ainsi Patrick Bazin, le directeur central de la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information (DIRISI), qui milite pour la reconduction de ce contrat pour des contraintes d’« d’interopérabilité entre alliés », dans la mesure où « l’OTAN a fait le choix des solutions Microsoft pour ses postes de travail ». Pourtant, cet argument est fallacieux : l’interopérabilité consiste à pouvoir fonctionner avec l’ensemble des systèmes, et non sous l’hégémonie d’un éditeur unique.

« Le Logiciel Libre est largement reconnu pour ses qualités en terme d’interopérabilité. Le fait qu’il ait été exclu sur ce critère au profit d’un acteur informatique unique montre clairement que la procédure qui a présidé au choix du tout Microsoft au ministère de la Défense est biaisée », s’insurge Jeanne Tadeusz, responsable Affaires publiques à l’April.

Comme le Canard le signale également, le choix de Microsoft pour l’ensemble des logiciels de la Défense pose de graves problèmes de sécurité et de souveraineté nationale. Des experts du ministère ont ainsi rappelé que « la NSA (le plus important des services de renseignement américain, chargé de l’espionnage des télécommunications) « introduit systématiquement des portes dérobées ou backdoors » dans les logiciels exportés, ce qui rendrait dès lors le système informatique de l’armée française « susceptible d’être victime d’une intrusion de la NSA dans sa totalité » ». Évasion fiscale

L’article du Canard enchainé se conclut par « l’ultime gag de ce contrat » : le ministère de la Défense participerait à l’évasion fiscale en signant le contrat « Open Bar » avec Microsoft Irlande et non Microsoft France. Un risque de contamination

Plus grave encore, ce type de contrat ne concernerait pas uniquement le ministère de la Défense. Selon nos informations, d’autres ministères pourraient être intéressés par l’« Open Bar » Microsoft-Défense qui contourne pourtant des principes posés par le Premier ministre dans deux circulaires. La circulaire sur le cadre stratégique commun pour le système d’information de l’État, dont l’une des orientations vise les contrats informatiques « Open Bar », et la circulaire sur le bon usage des logiciels libres dans les administrations.

« L’existence de ce type de pratique, qui plus est dans un ministère régalien aussi crucial que la Défense, crée un précédent particulièrement dangereux. C’est pourquoi le gouvernement doit absolument suspendre ces négociations et repartir sur de meilleures bases. Nous espérons que la mise en lumière de ce scandale sera l’occasion de mettre en oeuvre une rénovation profonde de la politique des acteurs publics en matière de choix logiciels », conclut Frédéric Couchet, délégué général de l’April. À propos de l’April

Pionnière du logiciel libre en France, l’April est depuis 1996 un acteur majeur de la démocratisation et de la diffusion du Logiciel Libre et des standards ouverts auprès du grand public, des professionnels et des institutions dans l’espace francophone. Elle veille aussi, dans l’ère numérique, à sensibiliser l’opinion sur les dangers d’une appropriation exclusive de l’information et du savoir par des intérêts privés.

L’association est constituée de plus de 5 000 membres utilisateurs et producteurs de logiciels libres.

Pour plus d’informations, vous pouvez vous rendre sur le site Web à l’adresse suivante :http://www.april.org/, nous contacter par téléphone au +33 1 78 76 92 80 ou par notre formulaire de contact.

Contacts presse :

Frédéric Couchet, délégué général, fcouchet@april.org +33 6 60 68 89 31 Jeanne Tadeusz, responsable affaires publiques, jtadeusz@april.org +33 1 78 76 92 82

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Le FBI emploie aujourd’hui 15 000 agents sous couverture, soit dix fois plus qu’en 1975. Si vous pensez que ça fait un peu trop d’espions – espions qui gagnent jusqu’à 100 000 $ par mission –, vous pourrez facilement vérifier tout ce qu’ils ont accompli : ils ont empêché un nombre impressionnant d’attentats terroristes et de catastrophes dans la veine du 11 Septembre de se produire sur le sol américain. Ces agents sont néanmoins responsables d’autre chose : la préparation même de ces attentats.

Au cours des dernières années, le FBI a utilisé des informateurs entraînés non seulement pour filer les terroristes présumés, mais pour les piéger dès le départ. Un récent rapportproduit par Mother Jones et l’Investigative Reporting Program de l’université de Berkeley en Californie analyse des statistiques très éloquentes sur le rôle des informateurs du FBI dans les affaires de terrorisme dont s’est occupé le Bureau dans la dernière décennie, depuis les attaques du 11 Septembre.

Le rapport révèle que le FBI infiltre régulièrement des communautés où il suspecte des individus au potentiel terroriste de se lier à d’autres. Quelles que soient les intentions réelles de leurs cibles, les agents sont envoyés dans ces communautés pour s’y intégrer, trouver des suspects qui pourraient potentiellement mener des attaques de type « loup solitaire » et plus ou moins les encourager à le faire. En fournissant des armes, des fonds et un plan, les agents dirigés par le FBI encourageront des individus, qui ne l’auraient pas fait tout seuls, à participer à la préparation d’attaques terroristes, mais seulement dans le but de les arrêter avant qu’un quelconque événement ne se soit produit.

De plus, un ancien officiel de haut rang du FBI a confié à Mother Jones que pour chaque informateur officiellement employé par le Bureau, jusqu’à trois agents travaillent – non-officiellement – sous couverture.

Le FBI a utilisé ces informateurs pour préparer puis empêcher plusieurs des plus grandes attaques potentielles de ces dernières années. Le rapport révèle que les tentatives d’attaque à la bombe dans le métro de Washington, dans celui de New York, la tentative de détruire le Sears Tower de Chicago et beaucoup d’autres ont toutes été orchestrées par des agents du FBI. En réalité, d’après le rapport, seulement trois des complots terroristes de la dernière décennie n’ont pas été planifiés par des agents en relation avec le FBI.

Le rapport révèle que dans la plupart des cas, d’importants rendez-vous entre les informateurs et les participants inconnus se font volontairement hors enregistrement, pour éviter toute possibilité que l’accusation de piège puisse provoquer l’écroulement de l’affaire. La plus élaborée des manigances du FBI fut peut-être l’affaire des « Quatre de Newburgh ». Dans la banlieue de New York, un informateur a infiltré une communauté musulmane et y a engagé quatre hommes pour mener une série d’attaques. Ces hommes ne les ont peut-être jamais menées, mais quand l’informateur leur a proposé un plan et une paire de missiles, ils ont accepté. Les avocats de la défense ont hurlé au piège, mais les accusés ont quand même été condamnés à 25 ans de prison chacun.

« Le problème avec les cas dont on parle est que les accusés n’auraient rien fait du tout si les agents du gouvernement ne leur avaient pas mis des coups de pied au cul », a déclaré Martin Stolar à Mother Jones. Stolar représentait le suspect impliqué dans la préparation d’un attentat à la bombe à New York, qui avait été monté de toutes pièces par des agents du FBI. « Ils créent des affaires criminelles pour les résoudre et ainsi se proclamer victorieux dans la guerre contre la terreur. » De son côté, le FBI affirme que cette méthode est un plan de « préemption », de « prévention » et de « perturbation » (disruption).

Le rapport révèle aussi que sur les cinq cents et quelques poursuites judiciaires reliées au terrorisme qui ont été analysées, près de la moitié ont impliqué l’utilisation d’informateurs, dont la plupart ont travaillé pour le FBI en échange d’argent ou pour effacer des casiers criminels. Dans les 158 poursuites judiciaires qui ont abouti, 49 accusés ont participé à des complots que des agents provocateurs [1] ont arrangés pour le FBI.

Des experts font remarquer que les chances de gagner un procès en terrorisme, qu’il se soit agi d’un piège ou non, sont quasi inexistantes. « Les conspirations auxquelles les individus sont accusés d’avoir pris part – attaques contre le métro ou plan pour détruire des immeubles à la bombe – sont tellement effrayantes qu’elles peuvent submerger un jury », a dit à Mother Jones David Cole, professeur à l’université de Georgetown. Depuis le 11 Septembre, presque deux tiers des affaires liées au terrorisme se sont terminées par des accusés plaidant coupable. « Ils ne disent pas “Je me suis fait avoir” ou “J’ai été immature” », fait remarquer un membre du FBI à la retraite.

Tous ces individus plaidant coupable se sont souvent simplement retrouvés au bon endroit au mauvais moment. Farhana Khera, du collectif Muslim Advocate, note que les agents vont « à la pêche » dans des mosquées, juste pour voir s’ils peuvent trouver un intérêt dans ces communautés. « Le FBI dit maintenant à ses agents qu’ils peuvent aller dans les maisons ou les lieux de culte sans même aucune présomption », dit Khera. « Cela soulève de nombreuses questions constitutionnelles. »

Depuis la fabrication de toutes pièces jusqu’au grand dénouement, ce genre d’opération déborde de problèmes constitutionnels. Une décennie après le 11 Septembre, cependant , le FBI déploie tous les moyens à sa disposition pour empêcher les terroristes – ou ceux qu’il croit susceptibles de le devenir un jour – de blesser l’Amérique.

 

Article original : RT, le 9 septembre 2011

Traduction : Égalité et réconciliation, le 2o avril 2013

http://www.egaliteetreconciliation.fr/

Prolonger l’article avec Kontre Kulture :

Notes

[1] En français dans le texte.

Le pape François va-t-il décrocher de l’empire ?

avril 22nd, 2013 by Oscar Fortin

Les vraies choses commencent à se manifester. Pour le moment, on ne saurait dire si c’est l’actuel secrétaire d’État, Tarcisio Bertone, qui a le contrôle des déclarations papales relatives à l’actualité internationale, ou si c’est le pape François qui dicte vraiment les propos que la presse internationale lui attribue.

Nous savons tous que le poste de Secrétaire d’État occupe une place centrale dans l’administration et les orientations politiques du Vatican. Les trois derniers cardinaux à occuper ce poste stratégique en sont une bonne illustration : le cardinal Agostino Casaroli, un antimarxiste convaincu (1979-1990), le cardinal Angelo Sodano, un ami proche des administrations étasuniennes (1990-2006), le cardinal Tarcisio Bertone, plus subtil, mais tout aussi fidèle au soutien des politiques de Washington et de la droite oligarchique en général (2006-20..).  La présence dans son entourage de Mgr Dominique Mamberti en est une bonne illustration.

Le remplacement de l’actuel secrétaire d’État donnera donc au monde un premier signal du pape François sur ses véritables intentions dans ses rapports avec l’ensemble des États et des peuples du monde.

La personne choisie répondra-t-elle aux pressions énormes qui lui viendront de Washington, de la droite latino-américaine et d’ailleurs? Sera-t-elle une personne complètement étrangère aux jeux des pouvoirs visant la domination du monde? Sera-t-elle suffisamment indépendante et éclairée pour se démarquer des politiques et orientations qu’on lui soufflera à l’oreille et qui culmineront à l’encontre du bien commun des peuples?

Il n’y a pas de doute que si la personne choisie appartient déjà à cette droite et à ce conservatisme, le pape François devra faire son deuil de l’enthousiasme suscité par son premier mois à la tête de l’Église. Si on se fit aux déclarations récentes, il n’y a vraiment rien d’encourageant pour ceux et celles qui espèrent une Église, enfin libérée des puissances dominantes de notre monde.

La déclaration officielle du pape qui a été transmise par le secrétaire d’État à l’occasion du décès de Mme Thatcher, saluant les valeurs chrétiennes de cette dernière, n’est pas de nature à  valoriser l’engagement chrétien.

La déclaration, toute officielle du Vatican et du pape, pour dénoncer lesattentats de Bostontout en taisant les attentats commis, le même jour, en Irak, en Syrie et au Venezuela n’est pas de nature à faire ressortir le caractère de la catholicité de l’Église.

Les salutations très chaleureuses du pape, transmises au nouveau Président, Giorgio Napolitano, réélu à la tête d’Italie dans un contexte de manigances politiques ne prêtant à aucune équivoque, contraste avec son silence et celui de l’épiscopat vénézuélien sur l’élection à la présidence du Venezuela de Nicolas Maduro, élection transparente et incontestée par tous les observateurs internationaux.

Ce n’est que ce dimanche, le 21 avril, qu’il dit quelque chose en relation avec le Venezuela, mais encore là, davantage influencé par la presse « meanstream » de l’empire que par une presse plus indépendante. La Maison-Blanche et l’épiscopat vénézuélien n’auraient pu écrire unmeilleur texte.

  « Je suis avec attention ce qui se passe actuellement au Venezuela. Je les accompagne avec une vive préoccupation, avec une prière intense et avec l’espérance que tous cherchent et trouvent les chemins justes et pacifiques pour surmonter le moment de graves difficultés que traverse le pays. J’invite le cher peuple vénézuélien, de façon toute particulière les responsables institutionnels et politiques à rejeter avec vigueur tout type de violence et à établir un dialogue basé sur la vérité, dans une reconnaissance mutuelle, dans la recherche du bien commun et dans l’amour pur la Nation.  Je demande aux croyants de prier et de travailler à la réconciliation et à la paix.  Unissons-nous dans une prière pleine d’espérance pour le Venezuela, la mettant entre les mains de Notre Dame du Coromot. » (Traduction de l’auteur)

Si le pape François, comme il le dit,  suit de près ce qui se passe au Venezuela, il ne peut ignorer un certain nombre de faits.

D’abord, que l’élection au Venezuela s’est déroulée dans un climat de grande tranquillité et de grande transparence ! Des observateurs, venus de partout à travers le monde, n’ont eu que des éloges de civisme et de participation démocratique du peuple vénézuélien. Près de 80 % se sont rendus aux urnes en toute tranquillité.

En second lieu, le système électoral, considéré comme un des plus fiables au monde, a fonctionné comme prévu et les résultats, une fois arrivés à un point d’irréversibilité, ont été communiqués par les autorités compétentes du Conseil électoral national.

Troisièmement, le candidat défait, au lieu de prendre la voie prévue à la Constitution pour contester ces résultats, a plutôt incité ses partisans à manifester leur colère en sortant dans les rues. Ce fut la nuit desdébordements de violence dont le bilan fut de 7  morts et de plus de 70 blessés sans compter les dommages causés aux centres de santé et aux divers services gouvernementaux.

Finalement, il ne pouvait ignorer la rencontre d’urgence, du 18 avril au soir, d’UNASUR, regroupant tous les pays de l’Amérique du Sud, pour faire le point sur ce qui se passait au Venezuela. Ils ont reconnu la pleine légitimité du président élu, Nicolas Maduro et ont condamné la violence suscitée par l’opposition. Ils ont fait appel au respect des institutions démocratiques.

Quelques interrogations

Comment se fait-il qu’il ne relève aucun de ces faitsComment ne pas relever et condamner fortement ce comportement du candidat perdant et la violence qu’il a suscitée et encouragée ? Il s’adresse plutôt aux autorités gouvernementales comme si elles étaient à l’origine de cette violence.

Comment se fait-il qu’il n’ait pas envoyé aux Vénézuéliens, comme ce fut le cas pour Boston, un message de réconfort pour les victimes de cette violence et de condamnation pour les auteurs de pareils crimes ?

Comment se fait-il qu’il n’ait pas relevé la présence de ces groupes de mercenaires, payés par des gouvernements étrangers et infiltrés au Venezuela à partir du Salvador et de la Colombie, pour y faire des attentats en vue de déstabiliser le gouvernement et mettre hors service les institutions démocratiques ?

Pourquoi autant de silences de la part de celui qui se porte à la défense des pauvres?

Si ces premières déclarations relatives aux questions internationales reflètent sa véritable pensée, alors mieux vaut tourner la page sur une église au service des pauvres et pour les pauvres. Le pape François, pas plus que les autres, ne peut et ne pourra servir deux maîtres à la fois : l’empire et les pauvres, la cupidité et la solidarité, les oligarchies et la justice. Dans le cas présent, il sert les intérêts des oligarchies et ceux de Washington au détriment de son message pour les pauvres. Par de telles déclarations et prises de position, il perd toute crédibilité pour son message d’une Église pauvre avec et pour les pauvres.

À sa défense, je dirai que s’il a été trompé par ses informateurs et ses fonctionnaires, il est urgent qu’il fasse un grand ménage et qu’il démontre ses véritables couleurs. Il est temps qu’il fasse appel à un véritable témoin des pauvres, qu’il le fasse cardinal et qu’il lui confie la haute fonction de Secrétaire d’État. Il ne faudrait surtout pas y voir un Marc Ouellet et quelqu’un d’autre du même formatage.

L’avenir de sa crédibilité comme pasteur universel et de son pontificat au service des pauvres et pour les pauvres en dépend. Il en va de la vérité, de la justice et de la solidarité. Il en va du message évangélique lui-même.

Oscar Fortin

Québec, le 21 2013

http://humanisme.blogspot.com

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Gramsci, la Russie soviétique et la critique du populisme

avril 22nd, 2013 by Domenico Losurdo

 1. « Collectivisme de la misère, de la souffrance »

Comme on le sait, la révolution qui fonde la Russie soviétique et qui, contre toute attente, a lieu dans un pays non compris dans les pays capitalistes les plus avancés, est saluée par Gramsci comme la « révolution contre Le capital ». Se gaussant du mécanicisme évolutionniste de la Deuxième Internationale, le texte publié sur Avanti ! le 24 décembre 1917 n’hésite pas à prendre ses distances avec les « scories positivistes et naturalistes » présentes même « chez Marx ». Oui, « les faits ont débordé les idéologies », et donc ce n’est pas la révolution d’octobre qui doit se présenter devant les gardiens du « marxisme » pour obtenir sa légitimation ; c’est la théorie de Marx qui doit être repensée et approfondie à la lumière du tournant historique qui a eu lieu en Russie[1]. Le début de cet article est sans nul doute mémorable, mais ce n’est pas une raison pour en oublier la suite, non moins significative. Quelles seront les conséquences de la victoire des bolcheviques dans un pays relativement arriéré et, de plus, épuisé par la guerre ?

Ce sera, au début, le collectivisme de la misère, de la souffrance. Mais les mêmes conditions de misère et de souffrance auraient été reçues en héritage par un régime bourgeois. En Russie, le capitalisme ne pourrait pas, tout de suite, faire davantage que ce que pourra faire le collectivisme. Aujourd’hui il ferait beaucoup moins, parce qu’il aurait tout de suite contre lui un prolétariat mécontent, frénétique, incapable désormais de supporter pendant des années encore les douleurs et les amertumes que le marasme économique entraînerait […] La souffrance qui suivra la paix ne pourra être supportée que dans la mesure où les prolétaires sentiront que c’est de leur volonté, de leur ténacité dans le travail, qu’il dépend qu’elle disparaisse le plus rapidement possible»[2].

Dans ce texte le communisme de guerre qui est en train de s’imposer dans la Russie soviétique se trouve à la fois légitimé sur le plan tactique et délégitimé sur le plan stratégique, légitimé pour l’immédiat et délégitimé quand on pense à l’avenir. Le « collectivisme de la misère, de la souffrance » est justifié par les conditions concrètes dans lesquelles se trouve la Russie de l’époque : le capitalisme ne serait pas en mesure de faire mieux.  Mais le « collectivisme de la misère, de la souffrance » doit être dépassé «le plus rapidement possible».

Cette affirmation est loin d’être banale. Voyons comment le Français Pierre Pascal interprète et salue la révolution bolchevique dont il est directement témoin :

   «Spectacle unique et enivrant : la démolition d’une société. C’est maintenant que se réalisent le quatrième psaume des vêpres du dimanche et le Magnificat : les puissants renversés de leur trône et le pauvre relevé de sa crotte […] Il n’y a plus de riches: simplement des pauvres et des plus pauvres. Le savoir ne confère plus ni privilège ni respect. L’ex-ouvrier promu directeur commande les ingénieurs. Les salaires, du haut et du bas, se rapprochent. Le droit de propriété est réduit aux hardes personnelles»[3] .

Loin de devoir être dépassée « le plus rapidement possible », la condition par laquelle il y a «  simplement des pauvres et des plus pauvres » ou, dans le langage de Gramsci, le « collectivisme de la misère, de la souffrance », est synonyme de plénitude spirituelle et de rigueur morale. Certes, Pascal était un catholique fervent, mais cela n’indique pas que les bolcheviques fussent immuns de cette vision empreinte de paupérisme et de populisme. On peut même se demander s’il n’y a pas quelque trace de populisme et de paupérisme dans la définition léninienne transfigurant en « communisme » et même en « communisme de guerre », un régime caractérisé par la débâcle de l’économie (avec le retour parfois au troc) et, à certains moments, par la réquisition forcée des aliments nécessaires à la survie de la population urbaine ; un régime donc que Gramsci définit plus correctement comme « collectivisme de la misère, de la souffrance ». En 1937-38 Trotsky[4] rappelle en les critiquant « les tendances ascétiques de l’époque de la guerre civile », répandues chez les communistes, dont l’idéal semblait être la « misère socialisée ». Cette formule fait penser à celle de Gramsci mais elle lui est postérieure de presque vingt ans. Celui qui, dans les années 40, va décrire le plus efficacement le climat spirituel dominant dans la période suivant immédiatement la révolution d’octobre, est un militant de base du parti communiste de l’Union soviétique :

 « Nous, jeunes communistes, avions tous grandi dans la conviction qu’on s’était débarrassé de l’argent une fois pour toutes […] Si l’argent réapparaissait, les riches n’allaient-ils pas réapparaître aussi ? Ne nous trouvions-nous pas sur une pente glissante qui nous ramenait au capitalisme ?[5]

La catastrophe de la guerre avait été provoquée par la compétition pour la conquête des colonies, des marchés et des matières premières, la course au profit, et en dernière analyse par l’auri sacra fames ; ainsi le « communisme de guerre » était donc non seulement synonyme de justice sociale mais aussi la garantie que de telles tragédies n’auraient plus eu lieu.

Ce climat n’était évidemment pas limité à la Russie. En 1918 le jeune Ernst Bloch attendait, dans le sillage de la révolution d’octobre, l’avènement d’un monde définitivement libéré de « toute économie privée », de toute « économie de l’argent » et, avec elle, de la « morale mercantile qui consacre tout ce qu’il y a de plus mauvais dans l’homme »[6].

Selon le Manifeste du parti communiste, les « premiers essais du prolétariat » sont souvent caractérisés par des revendications à l’enseigne d’ « un ascétisme universel et d’un égalitarisme grossier »[7] ;  par ailleurs, « rien n’est plus facile que de donner une teinture de socialisme à l’ascétisme chrétien »[8]. C’est exactement ce qui se passe dans la Russie révolutionnaire. Il faut cependant tout de suite ajouter que le phénomène si efficacement décrit par Marx et Engels a une extension temporelle et spatiale bien supérieure à celle qu’ils ont suggérée. Même au 20ème siècle, et jusque dans le cadre de mouvements qui professent le matérialisme historique et l’athéisme, nous voyons confirmée la règle selon laquelle les grandes révolutions populaires, les soulèvements de masse des classes subalternes tendent à stimuler un populisme spontané et ingénu, qui, ignorant totalement le problème du développement des forces productives, attend ou célèbre la révolte de ceux qui occupent le dernier degré de la hiérarchie sociale, la révolte des pauvres et des « pauvres en esprit ».

Gramsci s’avère étranger à cette tendance dès ses premières interventions.

2. La dissolution de l’Assemblée constituante comme « épisode de liberté »

Quelques semaines après avoir salué la « révolution contre Le Capital », dans un article publié dans Il Grido del popolo du 26 janvier 1918, Gramsci justifie la dissolution de l’Assemblée Constituante décidée par les bolcheviques et par les socialistes révolutionnaires. Il s’agit d’une mesure qui constitue « un épisode de liberté malgré les formes extérieures qu’elle a fatalement dû assumer », malgré « l’apparence violente »[9].

Comme on sait, la position prise à cette occasion par Rosa Luxemburg[10] est différente et opposée : critiquant le tournant considéré comme autoritaire ou dictatorial de la révolution russe, elle célèbre la liberté comme « liberté de ceux qui pensent différemment ». Malgré l’éloquence qui la caractérise et qui l’a rendue célèbre, cette prise de position est loin d’être convaincante. Généralement les grandes révolutions provoquent un conflit entre la ville et la campagne. Les masses urbaines protagonistes du renversement de l’Ancien régime et qui ont supporté le poids et les sacrifices de la lutte, sont peu enclines à céder le pouvoir aux masses rurales, qui ont joué un rôle secondaire dans le processus révolutionnaire, et où l’influence du régime à peine renversé continue à se faire sentir.

C’est une dialectique qui se manifeste dans la première révolution anglaise et dans le cycle révolutionnaire français dans son ensemble. En ce qui concerne ce dernier, la victoire des jacobins est clairement la victoire de la ville, de Paris, non seulement contre la campagne catholique et traditionaliste de Vendée mais aussi contre les instances de la province représentée par les girondins.  En 1848 par contre, c’est la campagne qui obtient la victoire : il en résulte une réaction qui débouche dans l’instauration de la dictature bonapartiste. En 1871 aussi la défaite de la Commune de Paris semble ouvrir la voie à la restauration des Bourbons ou à une des-émancipation politique des masses populaires à réaliser à travers le retour à la discrimination censitaire ouverte ou grâce à l’introduction du vote plural en faveur des élites[11].

Etant donnés ces précédents et si l’on tient compte du déchaînement de la guerre, de l’acuité de l’affrontement entre ceux qui étaient décidés à la poursuivre ou à la relancer et ceux qui voulaient dans tous les cas y mettre fin, et du rôle international de l’Entente décidée à empêcher par tous les moyens la « désertion » de la Russie, il reste entièrement à démontrer que la victoire de l’Assemblée Constituante aurait signifié la consolidation de la démocratie, plutôt que le retour du pouvoir tsariste ou, plus probablement, l’avènement d’une dictature militaire (appuyée par les « alliés » de l’Entente).

Ce sont les années où la mobilisation générale a, partout, rendu précaire le respect de la légalité y compris pour les organismes représentatifs. Avant encore de saluer la révolution d’octobre ou d’appuyer la dissolution de l’Assemblée Constituante, Gramsci a polémiqué durement contre Leonida Bissolati qui au Parlement et depuis les bancs du gouvernement, où il était arrivé grâce à son interventionnisme fervent, n’avait pas hésité à menacer les députés considérés comme défaitistes ou insuffisamment belliqueux : « Pour la défense du pays, je serais prêt à faire feu sur vous tous ! »[12]. Ce sont les années où, même aux Usa, pourtant situés à une bonne distance de sécurité de l’épicentre du conflit, et même après la fin de la guerre (mais attentifs désormais au « danger » représenté par la Russie révolutionnaire), l’assemblée législative de l’Etat de New York expulse les représentants socialistes qui y ont été élus, bien que le parti socialiste fut une organisation parfaitement légale[13].

On ne voit pas pourquoi on devrait refuser au parti bolchevique (qui a vécu l’expérience de la déportation en Sibérie de ses députés opposés à la guerre) le « droit » de recourir, pour sauver la révolution et bloquer la guerre pour toujours, à des mesures analogues à celles projetées ou opérées, dans des conditions plutôt moins dramatiques, par les pays libéraux qui le faisaient, eux, pour continuer de façon démesurée la mobilisation générale et la guerre ou la lutte contre le danger de contagion révolutionnaire. D’autant que, si en Occident ce sont les organes qui pourtant incarnent de façon exclusive le principe de légitimité qui sont touchés ou menacés d’être touchés par des mesures extraordinaires, dans la Russie soviétique la dissolution de l’Assemblée Constituante n’est qu’un moment du choc entre deux principes de légitimité qui s’affrontent déjà depuis les journées de février. C’est à ce dernier fait que se réfère Gramsci, quand il souligne le contraste entre « Constituante et Soviets » (c’est le titre de l’article) : la révolution cherche laborieusement « les formes de représentation au travers desquelles la souveraineté du prolétariat devra s’exercer »[14].

3. Les bolcheviques comme « aristocratie d’hommes d’Etat »

L’absence de doctrinarisme chez Gramsci est confirmée de façon éclatante par l’éditorial qu’il a publié dans L’Ordine Nuovo du 7 juin 1919. Un des thèmes centraux, voire le thème central de cet article, est l’édification de l’Etat en Russie soviétique. Attention, je parle d’édification de l’Etat non d’extinction de l’Etat, comme voudrait un certain marxisme-léninisme plus ou moins orthodoxe. Pour le dire avec Gramsci : «Il s’agit bien d’une révolution et non d’une vaine enflure de rhétorique démagogique lorsque cette révolution s’incarne dans un type d’Etat, lorsqu’elle devient un système organisé du pouvoir »[15].

C’est à ce propos précisément que se révèle la grandeur des bolcheviques. D’abord en réalisant puis en défendant la révolution d’octobre, ils mettent la nation et l’Etat russe à l’abri de la désagrégation et de la balkanisation qui se profilent comme conséquences de la défaite de guerre et du délabrement de l’Ancien régime. Gramsci rend hommage à Lénine comme « plus grand homme d’Etat de l’Europe contemporaine » et aux bolcheviques comme « une aristocratie d’hommes d’Etat, tels qu’aucune autre nation n’en possède ». Ils ont eu le mérite de mettre fin au « sombre abîme de misères, d’anarchie, de corruption » ouvert par « une guerre longue et désastreuse », en sauvant la nation, « l’immense peuple russe », et ils sont ainsi arrivés à « souder la doctrine communiste à la conscience collective du peuple russe ». Se plaçant dans un rapport de discontinuité mais aussi de continuité avec l’histoire de leur pays, les bolcheviques expriment bien sûr une « conscience de classe » mais en même temps ils assument une fonction nationale : ils arrivent à « gagner au nouvel Etat l’appui loyal de la majorité du peuple russe », à édifier « l’Etat du peuple russe tout entier». L’impérialisme ne se résigne pas pour autant, et continue sa politique d’agression. Si ce n’est que : « Le peuple russe tout entier s’est dressé […] Tout entier, il a pris les armes pour livrer sa bataille de Valmy ». Le parti communiste inspiré par une « conscience de classe » est de fait appelé à diriger la lutte pour l’indépendance nationale, imitant ainsi les jacobins[16].

C’est un texte extraordinaire. Subjectivement, les bolcheviques sont engagés à construire, sur les ruines de la société bourgeoise, un ordonnancement à l’enseigne de la disparition de l’Etat et des identités nationales ; à l’épreuve des faits, ils se révèlent comme les artisans de la sauvegarde de l’Etat et de la nation contre l’attaque déchaînée par les classes exploiteuses de la Russie et du monde entier ! Le bilan tracé par Gramsci en 1919 est confirmé plus de 80 ans après par l’historiographie la plus récente. Donnons la parole à Nicolas Werth (un des auteurs, en son temps, du Livre noir du communisme) : « Assurément, le succès des bolcheviks dans la guerre civile avait été dû, en fin de compte, à leur extraordinaire capacité de construire l’État- capacité qui avait fait défaut à leurs  adversaires»[17].

En ce sens les bolcheviques sont véritablement une « aristocratie d’hommes d’Etat », lesquels cependant sont animés par une théorie en nette contradiction avec leur praxis ; c’est la praxis qui va se révéler la plus lucide et pour trouver une théorie à la hauteur d’une telle praxis c’est à Gramsci en premier lieu qu’il faut se référer. Et son argumentation se développe dans la période même où Bloch attend du virage commencé avec la révolution d‘octobre, non seulement, comme nous savons, la disparition de « toute économie privée », de toute « économie de l’argent » et de la « morale mercantile qui consacre tout ce qu’il y a de plus mauvais dans l’homme », mais même la « transformation du pouvoir en amour »[18].

Dès ses premières interventions, Gramsci montre une vision plus réaliste de la société post-capitaliste qui reste à édifier, et une tendance à la dé-messianisation du marxisme. Ceci est confirmé par le soutien qu’il apporte immédiatement à la NEP, en allant nettement à contre-courant d’une lecture assez répandue à gauche comme à droite qui, avec un jugement de valeur évidemment opposée, interprétait le tournant réalisé en Russie soviétique comme un retour au capitalisme.

4. Un phénomène « jamais vu au cours de l’histoire »

Nous trouvons la formulation théoriquement la plus mûre du discours gramscien sur la Nouvelle Politique Economique dans la célèbre, et controversée, lettre au PCUS d’octobre 1926 : la réalité de l’Urss nous place devant un phénomène « jamais vu dans l’histoire » ; une classe politiquement « dominante » en vient « dans son ensemble » à « [être] placée dans des conditions de vie inférieures au niveau de vie de couches et d’éléments déterminés de la classe dominée et assujettie ». Les masses populaires qui continuent à endurer des conditions de vie épuisantes sont désorientées par le spectacle du « nepman couvert de fourrures et disposant de tous les biens terrestres» ; pourtant ceci ne doit pas constituer un motif de scandale ou de répulsion, car le prolétariat ne peut pas conquérir le pouvoir et ne peut pas non plus le garder s’il n’est pas capable de sacrifier « ces intérêts immédiats aux intérêts généraux et permanents de sa classe»[19]. Ceux qui lisent la NEP comme un synonyme de retour au capitalisme ont le tort d’identifier une couche économiquement privilégiée à une classe politiquement dominante.

La distinction formulée ici est-elle valide ? Revenant d’un voyage à Moscou en 1927, Walter Benjamin synthétise ainsi ses impressions :

  « Dans la société capitaliste pouvoir et argent sont devenus des grandeurs commensurables. Toute quantité d’argent convertible en une portion bien déterminée de pouvoir et la valeur d’échange de tout pouvoir sont une entité calculable […] L’Etat soviétique a interrompu cette osmose entre argent et pouvoir. Le Parti se réserve évidemment le pouvoir pour lui-même, mais il laisse l’argent à l’homme de la NEP »[20].

Mais ce dernier est exposé à un « terrible isolement social ». Pour Benjamin aussi il n’y a pas de coïncidence entre richesse économique et pouvoir politique.

Quelques semaines plus tard, Gramsci est dans les griffes de la police fasciste. Malgré sa situation difficile, il n’a de cesse de se procurer le plus grand nombre possible de livres et revues qui lui permettent de continuer à suivre les virages du pays issu de la révolution d’octobre. C’est une question d’importance vitale : si je n’arrive pas à obtenir le matériel que j’ai demandé sur l’Urss –écrit-il dans une lettre à Tania le 16 novembre 1931- « toutes mes habitudes intellectuelles seront brusquement interrompues et ma situation sera considérablement aggravée par cette interruption »[21].

Ce qui attire immédiatement l’attention de Gramsci est le premier plan quinquennal soviétique. Le processus de construction et de développement programmé de l’économie soviétique démontre qu’un nouvel ordre est possible ! On peut enfin dépasser le stade du « collectivisme de la misère, de la souffrance » imposé par la catastrophe de la guerre. Mais le lancement du plan quinquennal a aussi une grande importance sur le plan philosophique : c’est la confirmation que, loin de stimuler « le plus grand fatalisme et la plus grande passivité », en réalité « la conception du matérialisme historique […] donne lieu à une floraison d’initiatives et d’entreprises qui étonne bien des observateurs »[22].

5. L’Urss menacée par une « guerre d’extermination »

Le dépassement du « collectivisme de la misère, de la souffrance » doit aussi être considéré plutôt positivement pour des raisons de politique internationale : la menace qui pèse sur la Russie soviétique est loin d’avoir disparu. La persistance de son isolement diplomatique la rend vulnérable : l’intervention contre-révolutionnaire de l’Occident capitaliste se renouvellera-t-elle ? Et de nouveau Gramsci cherche dans les journaux et les revues des confirmations ou des démentis à ses préoccupations et à ses angoisses. La Nuova Antologia publie une série d’articles sur le rôle international de l’ « Empire anglais », qui ont « pour objectif de prêcher l’isolement moral de la Russie (ruptures des relations diplomatiques) et la création d’un front uni antirusse comme préparation à la guerre ». Oui, ces articles, malheureusement inspirés peut-être par d’importantes personnalités et milieux politiques britanniques, essaient « de  transfuser la certitude qu’une guerre d’extermination est inévitable entre l’Angleterre et la Russie, guerre dans laquelle la Russie ne peut que succomber ».

Nous sommes à la fin des années 20 et au début des années 30. Avec l’avènement du Troisième Reich, le danger principal est clairement identifié dans l’Allemagne : « après les manifestations de brutalité et d’ignominie inouïe de la “culture” allemande dominée par l’hitlérisme », il est temps de prendre acte de «la fragilité de la culture moderne»[23]. L’anticommunisme furibond du « parti hitlérien » ne tardera pas à se faire sentir aussi sur le plan international.  Oui, « c’est toujours la politique intérieure qui dicte les décisions, dans un pays donné, s’entend : il est clair en effet que l’initiative d’un pays, qui est due à des raisons intérieures, deviendra “extérieure” pour le pays qui subit l’initiative »[24].

Il n’est pas difficile de comprendre quelle est la cible des initiatives agressives de l’Allemagne nazie. Les Cahiers, mais aussi les Lettres de prison témoignent jusqu’au bout d’un intérêt fidèle pour le pays issu de la révolution d’Octobre. Les aspects les plus ténus n’y sont pas négligés non plus, comme le montrent les références positives (dans les lettres à son fils Delio de novembre et pendant l’été 1936) à la « jeune et vaillante école philologique soviétique », à la « littérature fraîche » et « critique » sur Pouchkine et Gogol et jusqu’au contenu du « journal des pionniers »[25]. De 1936 aussi, même si le mois n’est pas précisé, une lettre à Giulia où Gramsci souligne, comme point important de l’éducation de leur fils Delio, le fait que celui-ci, à la différence de leur neveu, a vécu non pas « la vie mesquine et étroite d’un village de Sardaigne » mais la vie d’ « une ville mondiale où convergent d’énormes courants de culture, d’intérêts et de sentiments qui touchent même les vendeurs de cigarettes dans la rue »[26].

  Nous sommes à quelques mois de la fin. Jusqu’au bout Gramsci refuse de signer la demande de grâce, et le 25 mars 1937 encore, un mois avant sa mort qu’il sent proche, il communique à Sraffa, pour qu’il les transmette aux camarades de parti, ses idées sur la meilleure façon de conduire la lutte politique ; par ailleurs, il le charge de préparer une ébauche de demande d’expatriation[27] : il espère rejoindre l’Urss et Moscou, la ville qu’il décrit de façon admirative dans la lettre à Giulia de l’année précédente. Donc, dans ses écrits comme dans ses témoignages et dans son comportement pratique, tout concourt à réfuter la thèse aujourd’hui assez répandue de la rupture finale de Gramsci avec l’Urss et avec le mouvement communiste.

Bien sûr, chez Gramsci la prise de position, nette et sans hésitations, de soutien à la Russie soviétique ne tombe jamais dans une apologétique vulgaire et dans une auto-illusion. Nous avons affaire à une attitude critique au sens le plus élevé du terme qui, loin d’être synonyme de froideur et de distance, exprime sa participation inquiète et son profondément intérêt à suivre ce qui est issu de l’Octobre bolchevique. Un exemple notamment peut éclairer l’attitude de Gramsci. Dans les années 30, le motif des deux totalitarismes se répand jusqu’à être repris par Trotsky et par Boukharine, qui sous la catégorie de « régime totalitaire » (et de «dictature totalitaire») ou d’ « Etat total omnipotent »[28] placent côte à côte l’Urss stalinienne et l’Allemagne hitlérienne. Ce n’est pas le cas des Cahiers de prison, qui certes refusent l’autoreprésentation de l’Urss comme « dictature du prolétariat » et même de la « démocratie authentique » et parlent au contraire de « césarisme », mais en prenant soin de distinguer le césarisme « progressif » de celui « régressif », incarné au 20ème siècle par Mussolini et Hitler[29].

En d’autres termes, la critique ne débouche pas sur le « pur défaitisme » que les Cahiers de prison reprochent à Boris Souvarine. Celui-ci, ancien dirigeant de premier plan du Parti Communiste Français et de la Troisième Internationale, puis critique de plus en plus virulent du bolchevisme et de la Russie soviétique, commence, à partir de 1930, à publier son réquisitoire dans La Critique sociale. Gramsci suit attentivement la revue, dont il condamne l’incapacité à comprendre la difficulté tragique du processus de construction d’un nouvel ordre social. Aux yeux complaisants de Furet[30], Souvarine « «fait partie de cette catégorie d’esprits qui tire une joie sarcastique d’avoir raison contre le plus grand nombre». Mais c’est justement là ce que dénonce la critique des Cahiers de prison : « Lieux communs en pagaille, dits avec l’air hautain de celui qui [est] satisfait de lui-même […] Il s’agit, c’est vrai, de travailler à l’élaboration d’une élite, mais on ne peut pas détacher ce travail du travail d’éducation des masses, ces deux activités au contraire ne faisant qu’une, et c’est justement ce qui complique le problème […]. Il s’agit donc d’avoir en même temps une Réforme et une Renaissance ». En conclusion : « Il est évident que l’on ne comprend pas le processus moléculaire d’affirmation d’une nouvelle civilisation, se déroulant dans le monde contemporain, sans avoir compris le noeud historique Réforme-Renaissance »[31].

Venons-en à un point crucial. Pour Gramsci seul un philistin peut s’étonner que, dans sa façon laborieuse de venir au monde et de prendre forme, le nouvel ordonnancement ne puisse pas se présenter dans la forme lisse et captivante du monde qu’il souhaite renverser et qui peut compter, derrière lui, sur des siècles d’expérience de la gestion du pouvoir. Il suffit de confronter Humanisme-Renaissance d’un côté et Réforme de l’autre, ou, dans un sens idéal-typique, Erasme et Luther. Malgré la rusticité paysanne avec laquelle ils se présentent, ce sont la Réforme et Luther qui jettent les bases de la liquidation de l’Ancien régime et l’avènement d’une civilisation nouvelle et plus avancée et sur une base sociale  bien plus large.

Voilà comment il faut se situer à l’égard de la période historique qui a commencé en octobre 1917 : « Si l’on devait faire une étude sur l’Union [Soviétique], le premier chapitre ou même la première section du livre devrait développer le matériel réuni sous cette rubrique “Réforme et Renaissance” »[32]. Bien loin de constituer une césure par rapport aux écrits précédents, les Cahiers de prison sont en premier lieu un bilan historico-théorique du processus laborieux et contradictoire de construction de l’ « ordre nouveau ». Un abîme sépare le Diamat de l’Union Soviétique de l’époque de la pensée critique de Gramsci qui, en quelque manière, a su assimiler la leçon de la dialectique hégélienne ; mais c’est justement en vertu de sa finesse supérieure et de sa maturité que cette pensée arrive à comprendre les difficultés et les raisons de la société et de l’histoire qui ont exprimé le Diamat. Il faut procéder pour la Russie de Staline de la même manière que pour l’Allemagne de Luther.

6. Américanisme et fordisme

Mais s’il en est ainsi, comment expliquer l’attention intense et prolongée, à partir en tout cas de 1929, comme on peut lire dans une lettre à Tania du 25 mars, que le révolutionnaire emprisonné réserve à l’ « américanisme » et au « fordisme »[33]? Le jugement équilibré et à certains moments positif exprimé à ce sujet dans les Cahiers de prison a parfois été lu comme la preuve du détachement croissant de Gramsci par rapport au mouvement communiste, voire d’une rupture avec celui-ci. Au-delà du désir évident d’accommodement au climat idéologique aujourd’hui dominant qui inspire cette interprétation, sa principale faiblesse est une équivoque de fond. Il faut dire tout de suite que les pages sur « Américanisme et fordisme » ne parlent pas que de l’Amérique mais aussi de la Russie soviétique, et peut-être parlent-elles de la Russie soviétique plus encore que des Etats-Unis. L’affirmation peut paraître paradoxale voire arbitraire ; il ne nous reste alors qu’à interroger les textes et le contexte historique.

Commençons par le contexte. Nous avons vu Pierre Pascal saluer la révolution d’octobre comme l’avènement d’une société dans laquelle il y a « des pauvres et des plus pauvres » et dont la noblesse morale consiste dans la distribution plus ou moins égalitaire de la misère. Cette vision, le désintérêt pour le développement des forces productives et de la richesse sociale, est un sentiment commun.  Après son voyage à Moscou, Benjamin rapporte :

« Même dans la capitale de la Russie on ne trouve pas, malgré toute “rationalisation”, le moindre sens d’une valeur du temps. Le “Trud”, l’institut syndical du travail, a fait au moyen d’affiches murales […] une campagne pour la ponctualité […] “le temps c’est de l’argent” ; pour donner du crédit à un si étrange mot d’ordre on a même eu recours, dans les affiches, à l’autorité de Lénine. Tellement cette mentalité est étrangère aux Russes. Leur instinct joyeux prévaut sur tout le reste […] Si, par exemple, on tourne une scène de film dans la rue, ils oublient où et pourquoi ils étaient sortis, ils suivent la troupe pendant des heures et arrivent sonnés au travail. Dans la gestion du temps le Russe restera jusqu’au bout “asiatique” »[34].

L’appel à rationaliser la production et à comprendre que « le temps c’est de l’argent » avait des difficultés à être entendu car la vision « asiatique », ce que nous pourrions appeler l’ « asiatisme », exerçait son charme sur les populistes, bercés par le rêve d’une société dans laquelle personne n’est pressé ou troublé par la préoccupation d’accomplir son travail et sa tâche productive de façon ordonnée.

L’ « asiatisme » n’était pas le point de vue de Lénine, qui dès mars-avril 1918 avertissait :

 « Comparé aux nations avancées, le Russe travaille mal […] Apprendre à travailler, voilà la tâche que le pouvoir des Soviets doit poser au peuple dans toute son ampleur»[35].

Et apprendre à travailler signifiait non seulement mettre définitivement fin à l’absentéisme et à l’anarchisme sur le poste de travail mais aussi compter avec  « le système Taylor ». Même s’il était conçu pour l’exploitation dans le monde capitaliste, ce système comprenait « une série de très riches conquêtes scientifiques concernant l’analyse des mouvements mécaniques pendant le travail, l’élimination des mouvements superflus ou maladroits, l’élaboration de méthodes de travail plus rationnelles, l’introduction de meilleurs systèmes d’inventaire et de contrôle, etc. ». Il fallait apprendre des pays les plus avancés de l’Occident capitaliste : « La République des Soviets doit faire siennes, coûte que coûte, les conquêtes les plus précieuses de la science et de la technique dans ce domaine. Nous pourrons réaliser le socialisme justement dans la mesure où nous aurons réussi à combiner le pouvoir des Soviets et le système soviétique de gestion avec les plus récents progrès du capitalisme »[36]. C’est une thèse que Lénine réaffirme par exemple en octobre 1920 : « Nous voulons faire de la Russie misérable et pauvre un pays riche » ; pour obtenir ce résultat il faut « un travail bien organisé », « un travail conscient et discipliné », afin d’assimiler et de mettre en pratique « les dernières conquêtes de la technique », y compris évidemment le taylorisme étasunien[37]. Contre l’ « asiatisme », l’ « américanisme » pouvait jouer un rôle positif.

Pascal n’est pas d’accord. Dans la seconde moitié des années 20, il se plaint que «matériellement nous marchons vers l’américanisation» (entendue comme le culte idolâtre du développement économique et technologique) ; certes certains progrès économiques ont été réalisés, mais « au prix d’une formidable exploitation de la classe ouvrière, en employant tous les procédés du petit capitalisme et du grand capitalisme»»[38]. En France, c’est sur cette ligne de pensée, mais avec une attitude plus radicale, que se place Simone Weil qui, en 1932, arrive à la conclusion que la Russie a désormais comme modèle l’Amérique, l’efficience, le productivisme du « système Taylor », l’asservissement de l’ouvrier à la production :

 «Le fait que Staline, sur cette question qui se trouve au centre du conflit entre capital et travail, a abandonné le point de vue de Marx et s’est laissé séduire par le système capitaliste sous sa forme la plus parfaite, ce fait montre que l’URSS est encore loin de posséder les bases d’une culture ouvrière»[39].

Ce sont les années où la critique de l’ « américanisme » se manifeste chez des auteurs et dans des cercles d’orientation très différents entre eux. Quand il visite le pays des Soviets entre septembre 1926 et janvier 1927, le grand écrivain autrichien Joseph Roth dénonce l’ « américanisation » en cours : « On méprise l’Amérique, c’est-à-dire le grand capitalisme sans âme, le pays où l’or est Dieu. Mais on admire l’Amérique, c’est-à-dire le progrès, le fer à repasser électrique, l’hygiène et les aqueducs ». En conclusion : « Ceci est une Russie moderne, techniquement avancée, avec des ambitions américaines. Ceci n’est plus la Russie ». Le « vide spirituel » est intervenu même dans un pays qui avait au départ suscité beaucoup d’espoirs[40]. Il faut enfin rappeler Martin Heidegger, qui en 1935 reproche aux Etats-Unis et à l’Union Soviétique (et au mouvement communiste) de représenter, d’un point de vue métaphysique, le même principe, consistant dans la « fureur funeste de la technique déchaînée » et dans la « massification de l’homme ». Et quelques années plus tard en 1942 : « Le bolchevisme n’est qu’une variante de l’américanisme »[41].

C’est un débat auquel participent aussi les dirigeants soviétiques, lesquels ont désormais pris une voie qui a suscité la désillusion ou le scandale des populistes. En 1923 Boukharine proclame : « Nous avons besoin d’additionner l’américanisme au marxisme ». Un an après, c’est Staline qui semble avoir pour le pays qui pourtant a participé à l’intervention armée contre la Russie soviétique, une telle sympathie qu’il en adresse un appel significatif aux cadres bolcheviques : s’ils veulent être réellement à la hauteur des « principes du léninisme », ils doivent savoir mêler « l’élan révolutionnaire russe » à « l’esprit pratique américain ». Comme l’explique Staline en 1932 : les Etats-Unis sont évidemment un pays capitaliste ; toutefois, «les traditions dans l’industrie et dans la praxis productive ont quelque chose du démocratisme, ce qu’on ne peut pas dire des vieux pays capitalistes de l’Europe, où l’esprit seigneurial de l’aristocratie féodale est toujours vivant »[42]. A vrai dire, la version exprimée ici est unilatérale : si, en comparaison avec l’Europe la république nord-américaine apparaît plus démocratique s’agissant du rapport entre les classes sociales, le résultat s’inverse quand on se penche sur les relations entre les blancs et les noirs (pour la plupart confinés dans les secteurs inférieurs du marché du travail et, dans les Usa de Franklin Delano Roosevelt, privés non seulement des droits politiques mais souvent aussi des droits civiques). Deux points restent sûrs : chez Boukharine et chez Staline, « américanisme « et « esprit pratique américain » veulent signifier un développement à grande échelle des forces productives et de la grande industrie, un développement rendu possible par l’absence de la richesse parasitaire qui est l’héritage de l’Ancien régime ; la Russie soviétique, engagée à sortir de l’arriération et à édifier le socialisme, doit savoir apprendre aussi de cet « américanisme » et de cet « esprit pratique américain ».

Le contexte historique étant retracé, procédons à la lecture des textes. Dans son appréciation de l’ « américanisme »  (ou de certains de ses aspects), Gramsci est en pleine cohérence avec son refus, déjà exprimé au moment où il salue la révolution d’octobre, d’identifier le socialisme avec le « collectivisme de la misère, de la souffrance ». Les Cahiers de prison aussi soulignent la continuité avec la période de jeunesse quand ils font remarquer que déjà « L’Ordine Nuovo […] soutenait son “américanisme” »[43]. Relisons alors cette organe de presse, en nous concentrant sur certaines interventions de juillet-août 1920 : « le contrôle sur la production » et « l’élaboration des plans de travail » sont des taches essentielles du Conseil d’usine, dont « l’ouvrier est amené à faire partie en tant que producteur »[44]. Mais comment résoudre de telles taches ?

 « Dans une usine, les ouvriers sont des producteurs dans la mesure où, étant organisés d’une façon strictement déterminée par la technique industrielle qui (en un certain sens) est indépendante du mode d’appropriation des valeurs produites, ils collaborent à la préparation de l’objet fabriqué »[45].

En tant qu’organismes révolutionnaires, les Conseils d’usine dépassent le trade-unionisme économiste, capable de ne voir l’ouvrier que comme vendeur de sa force de travail engagé à en élever le prix à travers l’organisation et la lutte syndicale, et non pas comme « producteur » ; et les Conseils d’usine repoussent l’anarchisme, traditionnellement enclin au luddisme. Correctement compris, l’ « américanisme » fait intégralement partie du projet révolutionnaire, ou du moins d’un projet révolutionnaire qui refuse de se rabattre sur le « collectivisme de la misère, de la souffrance », à quoi continuent d’être attachés des populistes et paupéristes comme Pascal et Weil. Le problème du dépassement du « collectivisme de la misère, de la souffrance » ne peut pas être résolu seulement par l’expropriation et la redistribution de la richesse appartenant à une exiguë minorité privilégiée. Le développement des forces productives s’impose, tout en évitant, en même temps, que ce soit le privilège parasitaire qui en bénéficie. Bien sûr, même dans une société qui n’est plus dirigée par la bourgeoisie le développement des forces productives implique un surplus de fatigue de la part des producteurs, mais la permanence du « collectivisme de la misère, de la souffrance » comporterait un coût humain et social bien plus grand. Dans tous les cas, pour la longue durée on ne peut pas faire l’hypothèse d’une distribution de richesse qui n’ait pas été produite. On comprend alors l’intérêt, l’intérêt critique vigilant, de Lénine et de Gramsci pour les techniques appelées à promouvoir la productivité du travail. Ce n’est pas un hasard si en octobre et novembre 1919, L’Ordre nouveau consacre une série d’articles au taylorisme, analysé en dernier recours à partir de la distinction entre les « très riches conquêtes scientifiques » dont parle Lénine et leur usage capitaliste.

Nous pouvons alors mieux comprendre le Cahier « spécial » 22, consacré à « Américanisme et fordisme ». Lisons le paragraphe 1 :

  « Plusieurs séries de problèmes doivent être examinés sous cette rubrique générale et un peu conventionnelle d’”Américanisme et fordisme” ».

Nous avons affaire à un thème « général » qui renvoie à une multiplicité de problématiques et même de pays, et qui va être traité avec un langage « conventionnel », dû aussi à la nécessité de rester vigilant face à une intervention possible de la censure fasciste. Le Cahier 22 précise ainsi ce qui est en discussion :

« De façon générale on peut dire que l’américanisme et le fordisme découlent de la nécessité immanente de parvenir à l’organisation d’une économie planifiée, et que les différents problèmes examinés devraient constituer les maillons de la chaîne qui marquent précisément le passage du vieil individualisme économique à l’économie planifiée »[46].

Fait-on référence ici aux Etats-Unis ou à la Russie soviétique ? Il est difficile pour le premier pays de parler de « passage » à l’ « économie planifiée ». Le Cahier que nous analysons se termine par l’affirmation qu’aux Usa, contrairement aux mythes, non seulement la lutte de classe est bien présente mais elle se configure comme « la lutte la plus féroce et la plus effrénée entre les deux adversaires»[47]. Mais reprenons la lecture du paragraphe initial :

«  Lorsqu’une telle force sociale lance une initiative dans le sens du progrès, cela n’est pas sans entraîner des conséquences fondamentales : les forces subalternes, qui devraient être « manipulées » et rationalisées en vue de nouveaux objectifs, résistent nécessairement. Mais certains secteurs des forces dominantes, ou tout au moins alliées aux forces dominantes, résistent eux aussi »[48].

Donc, fordisme et américanisme sont combattus à partir de perspectives et par des forces sociales différentes et en opposition. D’un côté se trouvent les « lieux communs », comme celui qu’affectionne Guglielmo Ferrero, qui célèbre l’Europe gardienne de la « qualité » et réserve son mépris pour les Usa frustes champions de la « quantité »[49]. En réalité, ce qui est observé avec soupçon et hostilité (dans une Europe où se fait encore sentir la présence de classes liées à l’Ancien régime et bénéficiaires d’une richesse exclusivement parasitaire) c’est le « remplacement de la caste ploutocratique actuelle par un nouveau mécanisme d’accumulation et de distribution du capital financier, directement fondé sur la production industrielle »[50]. Très nette est alors chez Gramsci la condamnation de l’ « anti-américanisme », qui « est comique avant même d’être stupide ». Comique qui apparaît avec une évidence particulière chez un philosophe comme Gentile, infatigable dans sa célébration rhétorique de l’action et de la praxis mais tout aussi prompt à condamner comme « mécanicisme » la transformation réelle du monde dont est protagoniste le développement industriel porté par l’ « américanisme » et le taylorisme[51].

7. Marxisme ou populisme ?

Jusqu’ici tout est assez clair. Mais quelles sont les « forces subalternes » qui s’opposent à une « tentative progressive » ou fondamentalement progressive et, ce faisant, d’une part « résistent » à une initiative de la bourgeoisie, mais d’autre part risquent de faire cause commune ou en tous cas de se confondre avec les élites réactionnaires européennes ? Nous sommes de nouveau amenés à penser à des personnalités comme Pascal et Weil ou aux « anarchistes » critiques de l’orientation des Conseils d’usine inspirés de Gramsci[52].

Le Cahier sur « Américanisme et fordisme » se conclut par une sévère polémique avec Ferrero, « le père spirituel de toute l’idéologie débile du retour à l’artisanat etc. »[53]. Mais Ferrero n’était pas le seul à cultiver cette nostalgie ; et, pour lui tenir compagnie, il n’y avait pas qu’un André Siegfried qui «oppose à l’ouvrier taylorisé américain l’artisan de l’industrie parisienne de luxe »[54]. Non, c’est la prise de position de Weil qui a un relief particulier. Avec une formation marxiste, et stimulée par son vif intérêt pour la condition ouvrière, elle a collaboré à des journaux d’inspiration socialiste ou communiste (La Révolution prolétarienne), elle s’est engagée activement dans le syndicat, elle a une expérience de travail en usine. Dans les années où Gramsci insiste sur le potentiel d’émancipation inhérent à la grande usine et donc sur la nécessité pour le mouvement ouvrier et communiste de tenir compte du taylorisme et du fordisme, la philosophe française arrive à la conclusion opposée : « c’est le régime même de la production moderne, à savoir la grande industrie » qui doit être mis en question ; « avec les bagnes industriels qui constituent les grandes usines on ne peut fabriquer que des esclaves, et non pas des travailleurs libres, encore moins des travailleurs qui constitueraient une classe dominante »[55]. Gramsci, pour soutenir son engagement à « valoriser l’usine » et la grande industrie, renvoie à juste titre au Capital[56] ; Weil, poursuivant sa logique, après avoir liquidé en tant qu’intrinsèquement liberticide la « production moderne » et la « grande industrie », condamne Marx comme prophète d’une « religion des forces productives » non dissemblable de celle de la bourgeoisie[57]. On pourrait dire que, pour la philosophe française, l’auteur du Capital était atteint d’un « américanisme » avant la lettre.

Revenons à Gramsci. Nous l’avons vu critiquer l’ « anti-américanisme » prêché en Europe par les nostalgiques si ce n’est de l’Ancien régime, en tous cas de la société préindustrielle. Mais ceci n’est qu’un versant de la polémique. L’autre versant prend pour cible la vision qui dépeint le capitalisme étasunien comme un système caractérisé par l’ « homogénéité sociale ». En réalité, comme nous savons, c’est précisément là que la lutte de classe se manifeste avec une particulière âpreté[58]. La contradiction entre ouvriers et capital s’intrique, au moins pour ce qui concerne l’Europe, à la contradiction entre bourgeoisie industrielle de type tayloriste et fordiste d’un côté et richesse parasitaire et héritière de l’Ancien régime de l’autre. On voit alors émerger la « [question de] savoir si l’américanisme pourrait constituer une “époque” historique, c’est-à-dire s’il pourrait déterminer un type de développement graduel analogue à celui des “révolutions passives” du siècle dernier (que nous avons examiné ailleurs) ou si au contraire il ne représente qu’une accumulation fragmentaire d’éléments destinés à provoquer une “explosion”, c’est-à-dire un bouleversement de type français »[59].

Le spectre de la révolution réapparaît en Occident. Et donc les pages sur américanisme et fordisme nous livrent non pas un Gramsci qui s’apprête à prendre congé de la tradition communiste, mais un Gramsci qui appelle le mouvement communiste à repousser une fois pour toutes les nostalgies préindustrielles d’empreinte populiste et paupériste et à se prononcer pour un marxisme épuré de tout résidu messianique.

C’est aussi pour cela que les Cahiers de prison révèlent aujourd’hui encore une extraordinaire vitalité. Certains processus idéologiques méritent une attention particulière : 1) L’extraordinaire succès qu’a rencontré et rencontre dans la gauche occidentale un philosophe comme Heidegger, champion d’un anti-industrialisme et d’un anti-américanisme (qui est en même temps un anti-soviétisme) que Gramsci a jugé «comique » et « stupide ». 2) Dans la période de Mai 68 surtout, il y avait à gauche une tendance assez répandue à liquider la réflexion de Gramsci comme étant synonyme de subalternité au productivisme capitaliste, de la même manière que trois décennies auparavant Simone Weil avait stigmatisé Marx comme prophète d’une « religion des forces productives » fondamentalement bourgeoise. 3) De nos jours, alors que depuis la France, malgré la crise et la récession, se diffuse le culte de la « décroissance » cher à Serge Latouche et à Beppe Grillo, dans un pays comme l’Italie, la gauche dite radicale semble quelquefois contester la grande vitesse en tant que telle. Il est légitime et même nécessaire d’enquêter à chaque fois sur l’impact écologique et le coût économique d’une ligne de chemin de fer ; mais repousser la grande vitesse en tant que telle est par contre synonyme de luddisme. 4) La gauche occidentale observe avec une grande méfiance ou une hostilité ouverte un pays comme la République populaire chinoise, issue d’une grande révolution anticoloniale et protagoniste d’un prodigieux développement économique qui non seulement a libéré de la faim et de la déchéance des centaines de millions de personnes mais commence enfin à mettre en question le monopole occidental de la technologie (et donc les bases matérielles de l’arrogance matérialiste). Et tout comme les populistes des années 20 et 30 condamnaient en tant qu’expression d’ « américanisme » le développement industriel de la Russie soviétique, ainsi aujourd’hui il n’est pas rare, à gauche, de stigmatiser la Chine contemporaine comme une mauvaise copie du capitalisme étasunien.

Pas de doute : le populisme est loin d’être mort. Et c’est justement pour cela que la gauche a plus que jamais besoin de la leçon d’Antonio Gramsci.

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.

La traductrice remercie André Tosel pour ses indications concernant l’édition française des œuvres d’Antonio Gramsci ; certaines citations de textes ou fragments de textes non publiés en français ou actuellement indisponibles, ne sont référencées ici que dans l’édition italienne.

 

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[1] Gramsci (1982), p. 513-14  [= 1974, La révolution contre Le Capital, Ecrits politiques, p. 135-136].

[2] Idem, p. 516 [= p. 138].

[3] Dans Furet (1995), p. 131.

[4] Trotsky (1963), p. 111 et 101.

[5] Dans Figes (2000), p. 926.

[6] Bloch (1971), p. 298.

[7] Marx, Engels (1955-89), p. 4 [= 2006, p. 57].

[8] Idem, p. 489 et 484 [= p. 51].

[9] Gramsci (1982), p. 602-603 [= 1974, Constituante et Soviets, in La Città futura, p. 142 ; la phrase est citée entre parenthèses dans l’édition italienne et a été supprimée dans l’édition française]. (NdT)

[10] Luxemburg  (1968), p. 134.

[11] Losurdo (2003), chap. I,  §  9.

[12] Gramsci (1982), p. 408-409 et note du directeur de la publication.

[13] Dans Losurdo 2003, chap. V, § 4.

[14] Gramsci (1982), p. 602 [= 1974, Constituante et Soviets, in La Città futura,  p. 141-42].

[15] Gramsci (1987), p. 57 [= 1971, p. 241].

[16] Idem, p. 56-58 et 60  [= p. 240-42 et 244].

[17] Werth (2007), p. 26.

[18] Bloch (1971), p. 298.

[19] Gramsci (1971), p. 129-30 [1980, Au Comité Central du Parti Communiste d’Union Soviétique, p. 312-13].

[20] Benjamin (2007), p. 40-41.

[21] Gramsci (1996), p. 494  [= 1971, Lettres de prison, Lettre à Tania du 16 novembre 1931, p. 361].

[22] Gramsci (1975), p. 893 et 2763-64 [= 1983, Cahiers de prison,  Cahier 7, p. 208].

[23] Gramsci (1975), p. 190 et 2547 ;  p. 2326 [= 1991, Cahiers de prison, Cahier 28, p. 351].

[24] Gramsci (1975), p. 1657 [= 1990, Cahiers de prison, Cahier 14, p. 17].

[25] Gramsci (1996), p. 786 et 779 [= 1971, Lettres de prison, Lettres à Delio de novembre 1936 et été 1936, p. 578 et 571].

[26] Idem, pp. 793-794. La lettre, qui porte le numéro 453, ne figure pas dans l’édition française. (NdT).

[27] Vacca  (2012), p. 320-21.

[28] Losurdo (2011), Préambule, p. 23 ; chap. 2.11, p. 132 et chap. 2.8, p. 113.

[29] Gramsci (1975), p. 1194  [= 1983, Cahier 9, p. 500].

[30] Furet (1995), p. 136.

[31] Gramsci (1975), p. 891-92 et 2763 [= 1983, Cahier 7, p. 207].

[32] Idem, p. 893 [= p. 208].

[33] Gramsci (1996), p. 248.

[34] Benjamin (2007), p. 34-35.

[35] Lénine (1955-70), tome 27, p. 231 [=1960-71, Œuvres, tome 27, p. 268].

[36] Ibid.

[37] Idem, tome 31, p. 283-84 [= tome 31, p. 309].

[38] Pascal (1982), p. 34 et 33.

[39] Weil (1989-91), vol.1, p.106-107.

[40] Dans Losurdo (2013), chap. VII, § 3.

[41] Heidegger (1975), vol. 40, p. 40-41 et vol. 53, p. 86.

[42] Dans Losurdo (2007), chap. III, § 2.

[43] Gramsci (1975), p. 72.

[44] Gramsci (1975), p. 622 et 607-608 [= 1974, Ecrits Politiques, Tome 1, p.  361, 362  et p. 373].

[45] Idem, p. 624 [p. 373-74].

[46] Idem, p. 2139 [= 1983, Textes, présentés par A. Tosel, p. 343-44 ; ou 1991, Cahiers de prison, Cahier 22, p. 177]

[47] Idem, p. 2181 [= 1991, Cahiers de prison, Cahier 22, p. 213].

[48] Idem, p. 2139 [= p. 177].

[49]  Idem, p. 2180 [= p. 213].

[50] Idem, p. 2139-40 [= p. 177-78].

[51] Idem, p. 635 ; et 2152-53 [= p. 188].

[52] Gramsci (1987), p. 609.

[53] Gramsci (1975),  p.  2180  [= 1991, Cahier 22, p. 213].

[54] Ibid.

[55] Weil (1989-91), vol. 2 p. 32 et 104.

[56] Gramsci (1975), p. 1137-38 [= 1983, Cahiers de prison, Cahier 9, p. 447].

[57] Weil (1989-91), vol. 2, p. 32 et 36.

[58] Gramsci (1975) p.  2181 [=1991, Cahiers de prison, Cahier 22, p. 213].

[59] Idem, p. 2140 [= p. 178 ; ou  Tosel, p. 345].

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Le génocide guatémaltèque de Ronald Reagan

avril 21st, 2013 by Robert Parry

Le Guatemala est enfin en train de juger l’ex-dictateur Efrain Rios Montt pour génocide lors de l’extermination de centaines de villages mayas dans les années 80, mais Ronald Reagan demeure l’icône américaine malgré de nouvelles preuves sur sa complicité dans ce crime historique.

Le premier mois du procès pour génocide de l’ancien dictateur Efrain Rios Montt a suscité des témoignages poignants de survivants mayas qui ont assisté – encore enfants – au massacre de leurs familles par les militaires d’extrême-droite soutenus et armés par le président des Etats-Unis, Ronald Reagan.

Selon le New York Times de lundi, « d’après la logique tordue des documents militaires conçus sous le règne de 17 mois de M. Rios Montt entre 1982 et 1983, toute la population maya Ixil était devenue une cible militaire, enfants inclus. Les officiers ont écrit que les guérilleros de gauche qui combattaient le gouvernement avaient réussi à endoctriner les Ixils et à « obtenir 100% de leur soutien » »

C’est ainsi que toute la population devint la cible lors d’opérations de terre brûlée qui éradiquèrent plus de 600 villages indiens dans les hautes terres du Guatemala. Mais ce génocide ne fut pas simplement l’œuvre d’une idéologie anticommuniste tordue qui prédominait au sein des élites militaires et politiques guatémaltèques. Ce génocide fut aussi l’œuvre de l’administration Reagan.

Un document que j’ai récemment découvert dans les archives de la Bibliothèque Reagan de Simi Valley, Californie, révèle que Reagan et son équipe chargée de la Sécurité Nationale en 1981 a accepté de fournir une aide militaire au régime brutal d’extrême-droite au Guatemala dans le but d’exterminer non seulement des « guérillas marxistes » mais aussi tous ceux associés à leurs « réseaux civils de soutien »

Cette aide au régime brutal du Guatemala a pris corps au printemps de 1981 lorsque le Président Reagan a tenté de faire lever une partie des restrictions imposées par le Président Jimmy Carter et le Congrès à majorité Démocrate à la fin des années 70 sur les aides militaires au Guatemala pour cause d’atteintes aux droits de l’homme.

Parmi les initiatives visant à assouplir ces restrictions, le Département d’Etat de Reagan « a informé nos ambassades en Amérique centrale que des moyens pour rétablir des mesures de coopération plus étroites avec le Guatemala étaient à l’étude, » selon un compte-rendu de réunion à la Maison Blanche daté du 8 avril 1981. Le document ajoute :

« Le Département d’Etat pense que nombre de changements ont eu lieu qui pourraient rendre les dirigeants guatémaltèques plus réceptifs à la nouvelle initiative US : la perception guatémaltèque que la nouvelle administration est plus sympathisante de leurs problèmes et moins réticente quant au rôle des Etats-Unis au Salvador, » où l’administration Reagan était en train d’élargir son soutien à un autre régime d’extrême-droite tristement célèbre pour le massacre de ses opposants politiques, dont les prêtres catholiques.

« Le Département d’Etat est arrivé à la conclusion que toute tentative pour rétablir le dialogue (avec le Guatemala) demanderait un geste de bonne volonté de notre part. Cependant, cela ne pourrait pas se faire sous la forme d’une aide militaire, qui provoquerait une forte critique de la part de l’opinion publique US et du Congrès. Le Département d’Etat prendra une série de mesures destinées à rétablir la confiance, sans conditions préalables, qui minimiseraient le risque de violer la législation en vigueur. »

Le document « checklist » ajoutait que le Département d’Etat « avait aussi décidé que l’administration devra engager le dialogue au plus haut niveau du gouvernement guatémaltèque, sur les relations bilatérales et les initiatives que nous pourrions prendre pour les améliorer. Le Secrétaire d’Etat (Alexander) Haig a désigné le Général (à la retraite) Vernon Walters comme son émissaire personnel pour amorcer ce processus avec le Président (Fernando Romeo) Lucas (Garcia).

« Si Lucas est disposé à nous garantir qu’il prendra des mesures pour faire cesser l’implication du gouvernement dans les assassinats aveugles d’opposants politiques et instaurer un climat favorable à l’organisation d’élections, les Etats-Unis seraient disposés à approuver immédiatement quelques ventes de matériel militaire. »

Mais le mot clé dans ce paragraphe est « aveugles ». L’administration Reagan n’exprime aucune réserve sur l’assassinat de civils si ces derniers sont considérés comme des soutiens aux guérillas en lutte contre les oligarques et généraux au pouvoir depuis les années 50 après que la CIA ait organisé le renversement du président guatémaltèque réformiste Jacobo Arbenz.

Sympathie pour les Généraux

La distinction fut explicitée dans un document « Points de Discussion » rédigé en avril 1981 à la Maison Blanche à l’intention de Walters, en prévision de sa réunion en tête-à-tête avec le Général Lucas. Le document précisait : « Le Président et le Secrétaire Haig m’ont désigné comme leur émissaire personnel pour discuter d’urgence des relations bilatérales ».

« Le Président et le Secrétaire reconnaissent que votre pays est engagé dans une guerre contre une guérilla marxiste. Nous sommes profondément préoccupés par une subversion marxiste soutenue de l’étranger et autres pays de la région. Comme vous le savez, nous avons déjà pris des mesures pour aider le Honduras et le Salvador à résister à cette agression.

« Le Secrétaire m’a envoyé ici pour déterminer si nous pouvions trouver un moyen pour fournir une aide matérielle à votre gouvernement. (…) Nous avons fait réduire au maximum les déclarations négatives d’officiels US envers la situation au Guatemala (…) Nous avons fait en sorte que le Département du Commerce autorise la vente de $3 millions de camions et jeeps militaires à l’armée guatémaltèque.

« Avec votre accord, nous proposons de vous fournir à vous et à tout officier que vous désignerez un rapport de nos services de renseignement sur les développements régionaux. Néanmoins, notre désir est d’aller encore plus loin que des mesures que je viens de vous présenter. Nous désirons reprendre le plus rapidement possible notre assistance et formation militaires habituelles.

« Comme nous le savons tous les deux, ceci est encore impossible à cause des restrictions légales et des questions de politique intérieure en relation avec l’assassinat aveugle par certains éléments de vos forces de sécurité de personnes qui ne sont engagées ni dans la guérilla ni dans les réseaux civils de soutien. Je ne parle pas ici du regrettable mais inévitable mort d’innocents dans les zones de combats, mais de ce qui paraît être un emploi calculé de terreur contre des gens non politisés ou des opposants potentiels…

« Si vous pouviez m’assurer que vous prendrez des mesures pour faire cesser toute implication officielle dans les assassinats de personnes non engagées dans les forces de guérilla ou les réseaux civils de soutien… nous serions en bien meilleure position pour obtenir du Congrès une décision nous autorisant à reprendre nos fournitures militaires à votre gouvernement. »

En d’autres termes, bien que le document « Points de Discussion » ait été rédigé pour donner l’impression d’un appel à cesser les assassinats « aveugles » contre des « gens non politisés », en réalité il entérinait la politique de la terre brûlée contre ceux engagés dans les guérillas ainsi que leurs « réseaux civils de soutien ». Des termes qui se sont traduits sur le terrain, au Guatemala comme au Salvador voisin, par le massacre des paysans de la région considérés comme des insurgés de gauche.

Les documents découverts récemment – et d’autres documents déclassifiés dans les années 90 – ont clairement révélé que Reagan et son administration étaient tout à fait au courant du massacre en cours au Guatemala et ailleurs en Amérique centrale.

Selon un câble « secret » daté d’avril 1981 – et déclassifié dans les années 90 – au même moment où Reagan manœuvrait pour assouplir l’embargo sur l’aide militaire au Guatemala, la CIA confirmait les massacres perpétrés par le gouvernement guatémaltèque. Le 17 avril 1981, un câble de la CIA décrivait le massacre perpétré par l’armée à Cocob, près de Nebaj dans le territoire indien Ixil, parce que la population était soupçonnée de soutenir les guérillas de gauche.

Une source de la CIA a écrit « la population civile semblait être totalement acquise à la guérilla » et « les soldats ont été obligés de tirer sur tout ce qui bougeait ». Le câble ajoutait que « les autorités guatémaltèques ont admis que « de nombreux civils » ont été tués à Cocob, dont beaucoup à l’évidence n’étaient pas des combattants. » [beaucoup de documents guatémaltèques déclassifiés dans les années 90 sont consultables sur le site National Security Archive]

Walters, envoyé spécial

En mai 1981, malgré les atrocités qui se déroulaient, Reagan a envoyé Walters pour dire aux dirigeants guatémaltèques que la nouvelle administration US désirait lever l’embargo sur le matériel militaire instauré par Carter et le Congrès pour cause de violations des droits humains.

Le document « Points de Discussion » a aussi annoncé l’alignement de l’administration Reagan avec les régimes férocement anticommunistes du continent, où des « escadrons de la mort » agissaient en totale impunité pour liquider non seulement les guérillas armées pour aussi tout civil considéré comme sympathisant de causes progressistes, comme la promotion d’une plus grande justice économique et sociale.

Malgré son style affable, Reagan justifiait toute action anticommuniste, quel que soit son degré de brutalité. Pendant ses huit années de mandat à la Maison Blanche, il n’a jamais montré le moindre signe de trouble devant le bain de sang et même de génocide qui se déroulait en Amérique centrale tandis qu’il faisait livrer des centaines de millions de dollars d’aide militaire aux forces armées.

Le nombre de morts était vertigineux – 70.000 ou plus d’assassinats politiques au Salvador, peut-être 20.000 par les Contras au Nicaragua, environ 200 « disparitions » politiques au Honduras et environ 100.000 personnes physiquement éliminées au cours d’une vague de violence au Guatemala. Le point commun entre tous ces massacres était leur justification, tirée de la Guerre Froide et formulée en grande partie par la Maison Blanche de Reagan.

Malgré toutes leurs dénégations, il est désormais prouvé par leurs propres documents internes que Reagan et ses conseillers étaient parfaitement au courant des brutalités commises au Guatemala et ailleurs.

Selon un câble du Département d’Etat du 5 octobre 1981, lorsque des dirigeants guatémaltèques ont rencontré de nouveau Walters, ils n’ont laissé planer aucun doute quant à leurs objectifs. Le câble indique que le Général Lucas « a fait clairement savoir que son gouvernement allait poursuivre ses actions comme avant – que la répression continuerait. Il a réaffirmé sa conviction que la violence était efficace et que la guérilla serait éradiquée. »

Les organisations de défense des droits de l’homme brossaient un tableau similaire. La Commission inter-Américaine des Droits de l’Homme, dans un rapport daté du 15 octobre 1981, accuse le gouvernement guatémaltèque de « milliers d’exécutions sommaires ». [Washington Post, 16 oct 1981]

Mais l’administration Reagan s’était attelée à nettoyer la scène du crime. Un « papier blanc » du Département d’Etat publié en décembre 1981 rejetait la violence sur les « groupes extrémistes » de gauche et leurs « méthodes terroristes » provoqués et encouragés « par Cuba et Fidel Castro ».

Ce que ces documents de la Bibliothèque Reagan révèlent clairement est que l’administration n’était pas simplement en train d’essayer en vain de freiner les massacres – version colportée par les grands médias US – mais qu’elle était en réalité de tout cœur avec l’assassinat des membres du « réseau civil de soutien » à la guérilla.

Les milieux de renseignements US continuaient de faire état de massacres couverts par le gouvernement. Un rapport de la CIA daté de février 1982 décrit un opération de l’armée dans le dénommé triangle Ixil, dans la province centrale de Quiche.

« Les officiers en commande des unités engagés ont reçu l’ordre de détruire tous les villages et hameaux qui coopèrent avec la guérilla de l’Armée des Pauvres [EGP] et éliminer toute source de résistance, » indique le rapport. « Depuis le début des opération, plusieurs villages ont été incendiés et un grand nombre de guérilleros et de collaborateurs ont été tués. »

Le rapport de la CIA décrit le mode opératoire de l’armée : « Lorsqu’une patrouille de l’armée rencontre une résistance ou reçoit des tirs à partir d’un village ou hameau, elle assume que tout le village est hostile et par conséquence celui-ci est détruit. » Lorsque l’armée tombe sur un village déserté, elle présume que le village « soutient l’EGP, et le village est détruit. Il y a des centaines, peut-être des milliers de réfugiés qui errent dans les collines avec nulle part où aller… »

« Le haut commandement militaire est très satisfait des premiers résultats de l’opération, et pense qu’elle réussira à détruire la zone principale de soutien à l’EGP et réussira à chasser l’EGP du triangle Ixil… La conviction bien fondée que la totalité de la population Ixil soutient l’EGP a créé une situation où l’armée est susceptible de ne faire aucun quartier, combattants ou civils. »

Le 2 février 1982, Richard Childress, un des assistants à la Sécurité Nationale de Reagan, a rédigé une note « secrète » à l’attention de ses collègues pour résumer la situation sur le terrain :

« Alors que nous progressons dans nos relations avec l’Amérique latine, nous devons soigneusement examiner les problèmes très particuliers posés par le Guatemala. Marqué par l’un des pires bilans en matière des droits de l’homme de la région…. ce cas représente un dilemme politique pour nous. Le bilan catastrophique des droits de l’homme font que ce pays n’est pas digne du soutien du gouvernement des Etats-Unis…

« Contrarié par une insurrection incessante depuis 15 ans, la direction actuelle s’est totalement engagée dans un programme impitoyable d’éradication. Il n’y a pratiquement pas un seul soldat qui n’a pas déjà tué un « guérillero » ».

La montée de Rios Montt

Néanmoins, la détermination de Reagan à fournir une aide militaire au régime brutal du Guatemala n’a pas faibli. Le gouvernement a donc salué le coup d’état de mars 1982 du général Efrain Rios Montt contre le Général Lucas, tâché de sang de la tête aux pieds.

Chrétien intégriste, Rios Montt a impressionné ceux du Bureau Ovale où le gouvernement de Reagan a immédiatement mobilisé sa machine de propagande pour redorer l’image de ce nouveau dictateur dont le statut très « chrétien » était présenté comme un gage de son profond respect pour la vie humaine. Reagan a salué Rios Montt comme « un homme d’une grande intégrité. »

En juillet 1982, Rios Montt déclencha une nouvelle campagne de terre brûlée, baptisée « politique de fusils et haricots ». Le slogan voulait dire que les indiens pacifiés recevraient des « haricots », tandis que les autres se retrouveraient au bout du canon des « fusils » de l’armée. En octobre, Rios Montt a secrètement donné carte blanche à l’unité « Archivos » des services de renseignements d’étendre leurs opérations d’escadrons de la mort » aux villes. Basés au sein même du Palais Présidentiel, les « Archivos » ont été les auteurs des assassinats les plus notoires au Guatemala.

L’Ambassade US n’allait pas tarder à entendre de nouveau parler d’opérations de massacres menées par l’armée contre les Indiens, mais les diplomates aveuglés par l’idéologie retransmettaient au gouvernement Reagan la propagande la plus avantageuse pour leurs carrières. Le 22 oct 1982, le personnel de l’ambassade US qualifiait les rapports sur les massacres de « campagne de désinformation » d’inspiration communiste, et concluait que « une campagne concertée de désinformation est actuellement menée aux Etats-Unis contre le gouvernement guatémaltèque par des groupes qui soutiennent l’insurrection communiste au Guatemala. »

Reagan lui-même s’est joint à la campagne visant à discréditer les enquêteurs et autres dont les comptes-rendus sur la situation étaient tout à fait précis et fiables, chose que le gouvernement US ne savait que trop bien.

Le 4 décembre 1982, après une rencontre avec Rios Montt, Reagan a salué le général comme « quelqu’un de totalement dévoué à la démocratie » et a ajouté que le gouvernement de Rios Montt avait été « faussement accusé » de violations des droits de l’homme. Reagan n’a tenu aucun compte des rapports qui s’accumulaient sur la destruction de centaines de villages indiens.

En février 1983, un câble secret de la CIA a signalé une recrudescence « suspecte de la violence d’extrême-droite » sous forme d’enlèvements d’étudiants et d’enseignants. Les cadavres des victimes apparaissaient dans les fossés et les ravins. Les sources de la CIA faisaient remonter l’origine de ces meurtres à l’ordre donné par Rios Montt aux « Archivos » en octobre d’ « arrêter, emprisonner, interroger et de disposer des présumés guérilleros comme bon leur semblait. »

Malgré ces faits sordides, le rapport annuel sur les droits de l’homme publié par le Département d’Etat saluait la soi-disant amélioration de la situation au Guatemala. «  Le comportement global des forces armées s’était amélioré à la fin de l’année » 1982, déclarait le rapport.

Le tableau brossé par les enquêteurs indépendants – et bien plus proche des informations cachées par le gouvernement US – était très différent. Le 17 mars 1983, Americas Watch a condamné l’armée guatémaltèque pour les atrocités commises contre la population indigène.

L’avocat new-yorkais Stephen L. Kass a dit que ces enquêtes ont révélé que le gouvernement menait « des assassinats aveugles contre les hommes, femmes et enfants de toute ferme considérée par l’armée comme un possible soutien à la guérilla. »

Les femmes soupçonnées de sympathies envers la guérilla étaient violées avant d’être exécutées, a dit Kass, et les enfants « étaient jetés dans les maisons en feu. Ils étaient jetés en l’air et empalés sur des baïonnettes. Nous avons recueilli beaucoup, beaucoup de témoignages sur des enfants attrapés para les chevilles et jetés contre des poteaux pour leur fracasser le crâne. » [AP, 17 mars 1983]

Garder le sourire

Publiquement, les hauts-officiels de Reagan continuaient d’afficher un sourire. En juin 1983, l’envoyé spécial Richard B. Stone a salué les « changements positifs » du gouvernement de Rios Montt, et Rios Montt a fait pression sur les Etats-Unis pour obtenir 10 hélicoptères UH-1H et six navires de patrouille, le tout pour améliorer la chasse aux guérilleros et leurs sympathisants.

Comme le Guatemala ne pouvait pas bénéficier des lignes de crédit et financements octroyés par le ministère des affaires étrangères, l’équipe de Reagan a cherché des moyens détournés pour livrer le matériel qui donnerait à l’armée guatémaltèque un meilleur accès aux régions montagneuses où se cachaient la guérilla et leurs partisans civils.

Le 1er août 1983, Oliver North et Alfonso Sapia-Bosch, assistants auprès du Conseil de Sécurité Nationale, ont rapporté à P. Clark, conseiller auprès du Conseil de Sécurité Nationale, que son adjoint Robert « Bud » McFarlane prévoyait d’exploiter ses contacts israéliens pour obtenir les hélicoptères pour le Guatemala.

«  En ce qui concerne le prêt de 10 hélicoptères, il semblerait que Bud va s’arranger avec les Israéliens, » ont écrit North et Sapia-Bosch. « Cela devrait pouvoir se faire. Une autre possibilité serait d’organiser des exercices militaires avec les Guatémaltèques. Nous mécaniciens pourraient ensuite les ré-assembler avec des pièces détachées guatémaltèques et ils auraient ainsi leurs hélicoptères dernier-cri ».

Mais d’autres changements politiques étaient en cours au Guatemala. L’intégrisme chrétien vengeur de Rios Montt avait tellement échappé à tout contrôle, même selon les standards guatémaltèques, que le Général Melia Victores se saisit du pouvoir lors d’un nouveau coup d’état, le 8 août 1983.

Malgré le changement de pouvoir, les forces de sécurité guatémaltèques ont poursuivi leurs massacres en toute impunité, allant si loin que même l’ambassade des Etats-Unis a fini par protester. Lorsque trois Guatémaltèques qui travaillaient pour l’US-AID ont été assassinés en novembre 1983, l’ambassadeur Frederic Chapin a soupçonné que les escadrons de la mort des « Archivos » voulaient envoyer un message aux Etats-Unis qu’aucune pression même mineure sur la question des droits de l’homme ne serait tolérée.

A la fin de novembre, lors d’une courte manifestation de mécontentement, l’administration US a suspendu la vente de pièces détachées pour hélicoptères d’un montant de $2 millions. Cependant, les pièces furent livrées dès le mois suivant. En 1984, Reagan a réussi aussi à faire pression sur le Congrès pour faire approuver $300 000 de formations pour l’armée guatémaltèque.

Au milieu de l’année 1984, Chapin, rendu amer par la brutalité systématique de l’armée, quitta son poste d’ambassadeur et fut remplacé par un personnage d’extrême-droite, Alberto Piedra, partisan d’une augmentation de l’assistance au Guatemala. En janvier 1985, Americas Watch publiait un rapport qui faisait remarquer que le Département d’Etat de Reagan « est apparemment plus occupé à améliorer l’image du Guatemala qu’à améliorer la situation des droits de l’homme. »

Ce n’est qu’en 1999, dix ans après le départ de Ronald Reagan, que toute l’étendue des atrocités commises au Guatemala a été publiquement révélée par la Commission Vérité qui s’est largement appuyée sur les archives du gouvernement US dont le Président Clinton avait ordonné la dé-classification.

Le 25 février 1999, la Commission de Clarification Historique a estimé que la guerre civile de 34 ans avait coûté quelques 200.000 vies, la période la plus violente étant les années 80. La commission a estimé que l’armée était coupable de 93% des morts et la guérilla de 3%. 4% étaient indéterminés.

Le rapport décrit comment, dans les années 80, l’armée avait commis 626 massacres contres des villages indiens. « Les massacres qui ont éliminé des villages indiens entiers … ce n’est ni une calomnie ni une invention, mais une réalité de l’histoire du Guatemala, » conclut la Commission.

L’armée « a totalement exterminé des communautés mayas, détruisant leurs troupeaux et récoltes,  » indique le rapport. Dans les montagnes du nord, le rapport qualifie le massacre de « génocide ». [Washington Post, 26 février 1999]

A part de se livrer à des assassinats et à des « disparitions forcées », l’armée se livrait régulièrement à la torture et au viol. «  Le viol des femmes, pendant les séances de torture ou avant leur assassinat, était une pratique courante » des forces militaires et paramilitaires, révèle le rapport.

Le rapport ajoute que « le gouvernement des Etats-Unis, à travers différentes agences dont la CIA, a fourni un soutien direct et indirect à certaines de ces opérations. ». Le rapport conclut que le gouvernement US a fourni aussi argent et formation à une armée guatémaltèque coupable d’ « actes de génocide » contre les Mayas. [New York Times, 26 février 1999]

Lors d’une visite en Amérique centrale, le 10 mars 1999, le Président Clinton a demandé pardon pour le soutien passé des Etats-Unis aux gouvernements du Guatemala depuis 1954. « Pour les Etats-Unis, il est important que je déclare clairement que le soutien aux forces militaires et services de renseignement qui se sont livrées à la violence et à la répression généralisée a été une erreur que les Etats-Unis ne répéteront pas, » a déclaré Clinton. [Washington Post, 11 mars 1999]

Impunité pour l’équipe de Reagan

Cela dit, à Washington, personne ne semblait intéressé à tenir quelqu’un responsable pour assistance et promotion de génocide. L’histoire de la boucherie guatémaltèque et de la complicité du gouvernement de Reagan a rapidement disparu dans le Grand Puits de l’Oubli américain.

Pour des crimes contre les droits de l’homme commis aux Balkans ou en Afrique, les Etats-Unis ont demandé à des tribunaux internationaux l’arrestation et le jugement des coupables et de leurs chefs, pour crimes de guerre. En Irak, le Président George W. Bush a salué le procès et l’exécution du dictateur irakien Saddam Hussein, coupable d’assassinats politiques.

Même Rios Montt, âgé de 86 ans, après avoir pendant des années échappé à la justice, a finalement été inculpé au Guatemala en 2012 pour génocide et crimes contre l’humanité. Au cours du premier mois de son procès, on a entendu des témoignages oculaires sur les atrocités commises par l’armée guatémaltèque et la complicité de Ronald Reagan.

Lundi, le New York Times a publié certains de ces témoignages, mais – comme pratiquement toujours dans ce cas – le quotidien a omis de mentionner le rôle de Reagan et de son gouvernement. Mais ce que le Times n’omet pas fait dresser les cheveux sur la tête, dont des témoignages de ceux, enfants à l’époque, qui ont réussi à s’enfuir dans les montagnes et les forêts pour échapper aux assassins :

« Pedro Chavez Brito a raconté à la Cour qu’il avait six ou sept ans lorsque les soldats ont tué sa mère. Il s’était caché dans le poulailler avec sa sœur aînée et son nouveau-né, et son frère cadet, mais les soldats les ont découverts et les ont traînés dehors et les ont obligés à rentrer dans la maison qu’ils ont ensuite incendié. »

« M. Chavez a dit qu’il est le seul à avoir réussi à s’échapper. « Je me suis glissé sous un gros tronc d’arbre, j’étais comme un animal, » a raconté M. Chavez. « Au bout de huit jours je suis parti vivre dans les montagnes. Il n’y avait que des racines et de l’herbe à manger. »

Les avocats de Rios Montt et de son co-accusé, l’ancien chef des services de renseignement José Mauricio Rodríguez Sánchez, insistent qu’aucun des deux n’avait ordonné de massacres et qu’il s’agissait d’initiatives isolées prises sur le terrain par des commandants zélés.

Cependant, le Times écrit que

« des témoins ont déclaré que les militaires considéraient les civils Ixils, y compris les enfants, comme des cibles légitimes. « l’objectif de l’armée avec les enfants était d’éliminer les graines d’une future guérilla, » a témoigné Marco Tulio Alvarez, ancien directeur des Archives pour la Paix au Guatemala. « Ils les utilisaient pour obtenir des informations et pour attirer les parents dans les centres militaires où ils étaient ensuite arrêtés. » »

« Lors d’une étude de 420 cadavres exhumés dans la région Ixil et présumés datant de la période de Rios Montt, les experts ont découvert que près de 36 % des tués avaient moins de 18 ans, dont certains nouveaux-nés. »

« Jacinto Lupamac Gomez a raconté qu’il avait huit ans lorsque les soldats ont tué ses parents et ses frères et sœurs aînés. Ils l’ont ensuite emporté avec ses deux frères cadets dans un hélicoptère. Comme certains des enfants qui ont eu la vie épargnée, ils ont été adoptés par des familles hispanophones et ont oublié la langue Ixil. »

Si une certaine justice est encore envisageable au Guatemala, il n’y a aucune indication que les Etats-Unis cherchent à faire rendre des comptes à ceux du gouvernement Reagan qui ont fourni assistance à ce génocide moderne ou qui ont aidé à cacher les atrocités commises.

Les médias n’ont accordé aucune attention aux nouveaux documents qui révèlent que le gouvernement Reagan a donné le feu vert au massacre de Guatémaltèques considérés comme faisant partie des « réseaux civils de soutien » aux guérillas mayas qui opposaient une résistance à la répression de l’extrême-droite.

Ronald Reagan, l’officiel US le plus coupable d’aide et d’assistance au génocide guatémaltèque, demeure un héros aux yeux d’une majorité d’Américains, et l’aéroport national de Washington et d’autres sites officiels du gouvernement portent son nom. Apparemment, ni les officiels américains ni le public américain ne souhaitent ternir le souvenir d’une période heureuse.

Robert Parry

http://consortiumnews.com/

Article original en anglais :

reaganUS Sponsored Dictators: Tales of Reagan’s Guatemala Genocide, 18 avril 2013

Traduction  par VD pour le Grand Soir.

Finalement, ils les ont arrêtés. Après plusieurs jours de résistance “passive”, six des huit jeunes condamnés à une peine de prison pour leur activité dans le mouvement de jeunes Segi ont été interpellés vendredi à l’aube et écroués. Ils se trouvaient tous sur le Boulevard de Donostia, dans un lieu rebaptisé “Aske Gunea” (“espace libre”), entourés de près de 800 personnes solidaires.

Les manifestants “ont été dégagés un à un” et la police a arrêté “six des huit personnes recherchées” ainsi que deux autres qui se trouvaient dans la foule et ont été interpellées pour outrage aux forces de l’ordre, a précisé le porte-parole de l’ertzaintza. Une centaine de policiers a été mobilisée lors de cette opération qui a duré plus de deux heures. Plusieurs témoins ont dénoncé “la violence de l’opération”.

Arrestations empêchées

Les jeunes mobilisés dans le centre de la capitale gipuzkoar ont formé “un mur populaire” (un sit-in) qui, la veille, avait empêché à deux reprises les arrestations. Les agents de l’ertzaintza ont agi sous les huées des manifestants qui scandaient des slogans : “Nous sommes des jeunes, pas des terroristes !”, “Laissez en paix la jeunesse basque !”.

Le Tribunal suprême avait confirmé le 8 avril dernier la condamnation des huit membres de Segi prononcée par l’Audience nationale espagnole en 2011, mais annulé la condamnation de sept autres. L’Audience nationale avait lancé un mandat d’arrêt à leur encontre mardi dernier. Segi s’est autodissous en 2012.

La désobéissance face aux casques rouges

“C’est un véritable mouvement de désobéissance civile”, racontait Nahikari Otaegi, l’une des huit condamnés, dans nos colonnes le 16 avril. Ce “mur de protection” s’est traduit par un sit-in permanent, nuit et jour, depuis mardi dernier, dans “l’espace libre” appelé “Aske Gunea”. Six des jeunes condamnés se sont réfugiés dans cette mobilisation de solidarité.

Cette “zone libre” avait été mise en place le 13 avril, quelques jours avant le lancement des mandats d’arrêt. Lieu de solidarité, mais aussi de dénonciation pour des centaines de jeunes, cet espace a été la scène de plusieurs mobilisations qui se poursuivront ce samedi avec une marche vers la prison de Martutene.

La coalition abertzale EH Bildu a soutenu l’initiative. Pour elle, c’est le moment de “dire ‘ça suffit’ à ces violations judiciaires” des droits des citoyens. Elle ajoute : “Nous ne pouvons accepter que des jeunes soient emprisonnés pour avoir fait un travail politique.”

Le mouvement civil Bake Bidea continue d’affirmer que “la répression menée à l’encontre de militants politiques constitue une menace contre le processus de résolution du conflit” et interpelle les deux États impliqués. Le PNV, lui, a considéré qu’Aske Gunea créait une situation “anormale et inacceptable”.

Goizeder Taberna

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Chypre : La troïka persiste et signe

avril 20th, 2013 by Jérôme Duval

Le premier « corralito » |1| européen

Comme en Espagne, le modèle de développement avec le taux de croissance élevé des années 2000 en large partie dû au secteur de construction et du tourisme semble avoir atteint ses limites. Chypre est secouée par les politiques d’austérité qui traversent la Grèce, les attaques spéculatives et les pressions de ses créanciers. Pourtant, la dette publique chypriote ne dépasse le niveau requis par Bruxelles (60% du PIB) qu’après l’éclatement de la crise en Europe et passe de 48.9% en 2008 à 71,1% en 2011. Elle serait de 84% du PIB au troisième trimestre 2012 selon Eurostat |2| et pourrait dépasser les 109 % du PIB cette année.

Suite à de nombreux rebondissements, finalement, ce ne sont plus 18 milliards dont a besoin le gouvernement chypriote pour la période 2012-2016 mais au moins 23 milliards d’euros. Alors que les négociations courent toujours entre les autorités chypriotes et russes sur la restructuration du prêt de 2,5 milliards d’euros accordé en 2011 à Chypre par la Fédération de Russie, la troïka a donné son verdict avant d’être validé par les Parlements nationaux |3| : l’austérité, comme on pouvait s’y attendre, sera brutale voire mortelle et dévastatrice à Chypre. En échange d’un prêt de 10 milliards d’euros (9 milliards de la zone euro, via le Mécanisme européen de stabilité (MES), et 1 milliard du FMI), la troïka impose ses recommandations habituelles :
- allongement de la durée du travail en repoussant l’âge de départ à la retraite de deux ans ;
- réduction de 4500 fonctionnaires jusqu’en 2016 ;
- gel des pensions retraites et salaires jusqu’en 2016 ;
- augmentation de 17 à 19% de la TVA à raison d’un point en plus par an en 2013 et en 2014 (le taux réduit de TVA augmentera de 8% à 9%) ;
- augmentation des impôts/taxes sur le tabac, l’alcool, l’énergie, les transports et l’essence ;
- coupes claires dans l’éducation et la santé…

Chypre rejoint ainsi le club des pays sous perfusion de la troïka. La population chypriote est sommée de se serrer la ceinture pour sauver des banques privées insouciantes et irresponsables qui ont perdu des milliards en spéculant sur la dette grecque.

Sur les 10 milliards « d’aide », seulement 3,4 milliards doivent servir au besoin de financement du gouvernement. 2,5 milliards sont destinés à recapitaliser le secteur bancaire (la somme totale nécessaire est estimée à 10,4 milliards d’euros) et les 4,1 milliards restant repartiront aussitôt en remboursement de la dette arrivant à échéance.

Signalons au passage que le montant prêté par la troïka est à peu près équivalent à la fortune de 11,5 milliards de dollars détenue par le milliardaire chypriote John Fredriksen. D’après Forbes, les 3 milliardaires de Chypre totalisent 13,6 milliards de dollars. |4|

Mais ce n’est pas tout, pour satisfaire ses créanciers, le pays doit dégager 13 milliards d’euros, au lieu des 7 milliards prévus fin mars. Ces 13 milliards supplémentaires (soit 75 % du PIB annuel actuel de l’île) seront à la charge des Chypriotes qui pâtissent d’un effondrement de leur pouvoir d’achat et dont le taux de chômage a brutalement augmenté de 3,7% en 2008 à 14% en février 2013.2 |5|

Chypre, ce paradis fiscal de moins de 1,5 millions d’habitants où les entreprises ne payent officiellement que 10% d’impôt sur leurs bénéfices, devrait s’engager à porter ce taux au niveau de celui de l’Irlande à 12,5 %. Une bien maigre compensation suite à la chute vertigineuse de cet impôt de 9 points qui était de 19% en 2000. Par ailleurs, le programme de privatisations est porté à 1,4 milliard d’euros et la banque centrale doit vendre une partie de l’or qu’elle détient en réserve pour 400 millions d’euros.

La particularité de cette crise est qu’elle met en doute la sécurité des dépôts bancaires de la population, dorénavant, on touche au portefeuille des citoyens. Le projet initial élaboré en mars prévoyait d’instaurer une taxe exceptionnelle de 6,75 % sur les dépôts bancaires en-deçà de 100 000 euros et de 9,9 % au-delà de ce seuil. Il a été rejeté par le Parlement le 19 mars 2013. Après avoir été empêchée de violer sa propre loi protégeant les avoirs bancaires de moins de 100 .000 euros par les députés chypriotes, l’Union européenne propose désormais de mettre à contribution les dépôts de plus de 100 000 euros à hauteur de 60 % selon le FMI. Malgré un soi-disant contrôle sur les capitaux et la fermeture des banques pendant 12 jours en mars, d’énormes fuites ont eu lieu sous les yeux de la BCE.

Cela rappelle fortement la crise argentine de 2001 lorsque le ’ corralito ’ fut décrété le 1er décembre 2001 (il resta en place jusqu’au 1er décembre 2002) et entraîna la chute du gouvernement de Fernando de la Rúa trois semaines plus tard. Ce qui se passe à Chypre, bien que ne représentant que 0,2 % de l’économie de la zone euro (son PIB annuel est d’environ 17,8 milliards d’euros), constitue une première en Europe et a de fortes probabilités d’étendre la crise de la zone euro et au-delà. Malgré les récents discours du FMI appelant à réduire l’austérité, l’institution persiste et signe. Il s’agit de contrôler la mise en œuvre des politiques austéritaires afin de poursuivre les mêmes objectifs d’ajustement. L’austérité doit passer coûte que coûte, outre la réprobation de la Cour constitutionnelle comme au Portugal ou l’impasse au Parlement comme en Grèce |6|.

Le problème des banques chypriotes, c’est la dette grecque, que les banques du Centre leur ont refourguée

Les actifs du système financier chypriote, extrêmement exposé à la dette grecque, sont devenus 8 fois plus importants que le PIB du pays. En 2009 et 2010, les banques privées chypriotes – dont les 2 plus importantes, la banque Laiki et la banque de Chypre – ont massivement investi en bons de la dette grecque à hauts risques à la recherche de rentabilité sur le marché secondaire (où s’échangent les bons de la dette « d’occasion ») et cela alors que les autres banques européennes tentaient par tous les moyens de s’en défaire. La Deutsche Bank a ainsi pu se débarrasser de ses titres de la dette grecque pour les revendre à bon prix aux banques de Chypre. Avec la dévaluation des bons de la dette grecque négociée avec la troïka et la Grèce en décembre 2012 comme condition au déblocage d’une nouvelle tranche d’endettement, les détenteurs de la dette grecque ont été soulagés et c’est tout le système bancaire chypriote qui a subi d’énormes pertes. La banque Laiki et la banque de Chypre se sont alors effondrées. Une fois encore la population est appelée à sauver la mise d’un secteur bancaire privé qui a perdu des milliards en spéculant de manière totalement aberrante.

Jérôme Duval

Article publié dans la revue espagnole Diagonal le 19/04/2013.

 

Notes

|1| Le ‘Corralito’ (littéralement « petit enclos ») fait référence à la décision de début décembre 2001 du gouvernement argentin, pour mettre fin à des retraits massifs de liquidité (22Mds $ en 3 mois) et à la fuite de capitaux, du gel des avoirs bancaires, de l’interdiction de l’envoi de fonds à l’étranger, et la limitation des retraits bancaires à 250 pesos par semaine.

|2Eurostat, 23 janvier 2013. http://epp.eurostat.ec.europa.eu/ca…

|3| Le 18 avril 2013, les députés allemands du Bundestag ont approuvé le plan. Sur les 600 députés présents, 486 ont voté oui, 103 ont voté contre et 11 se sont abstenus.

|4The World’s Billionaires, Forbes 2013. http://www.forbes.com/billionaires/…

|5Eurostathttp://epp.eurostat.ec.europa.eu/ca…

|6| Les 2 premiers Memorandum de la troika ne sont pas passés devant le Parlement grec, violant ainsi la Constitution.

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Les attentats tragiques de Boston où des vies sont fauchées sont révoltants comme sont révoltants les attentats à Ghaza, Baghdad, Kaboul, Kirkouk

 «Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie»

André Malraux

Deux bombes ont explosé à l’arrivée du marathon de Boston, lundi, faisant au moins trois morts et environ 140 blessés. Les deux engins explosifs se sont déclenchés à 13 secondes d’intervalle, à 50 et 100 mètres de la ligne d’arrivée où s’étaient massés des dizaines de milliers de spectateurs.

Alors qu’aucun groupe terroriste ne s’est manifesté, les médias occidentaux, mais aussi les politiques désignent du doigt le coupable et accumulent les preuves pour légitimer leur accusation. Selon le bimestriel Foreign Policy, les revendications sont rarement immédiates. Le site pointe du doigts Al Quaîda, il prend l’exemple des attaques du 11 septembre 2001: Oussama Ben Laden avait ainsi attendu près de deux mois avant de déclarer être à l’origine de la démolition des tours du World Trade Center. ´´Il est donc tout à fait possible qu’une revendication survienne prochainement´´, souligne Foreign Policy.(1)

A Boston, un air de Kaboul et de Baghdad

Les deux attentats contre le marathon de Boston font penser à des centaines d’attaques similaires dans deux pays où les États-Unis combattent depuis une dizaine d’années: l’Irak et l’Afghanistan. Ces attentats, commis en public, dans des lieux bondés et à l’aide d’explosifs improvisés, font régulièrement la une de l’actualité à Kaboul et à Bahgdad. (…) Elle [Cette attaque ] offre une désagréable ressemblance avec les techniques employées dans de lointaines régions du monde dévastées par la guerre. Les bombes utilisées à Boston étaient des cocottes-minute pleines de clous, billes et autres fragments métalliques faisant office de shrapnel ´´Une technique couramment enseignée dans les camps d’entraînement terroristes d’Afghanistan est l’usage de cocottes-minute comme engins explosifs improvisés (IEE)´´ (…) Le Département y cite d’autres pays où l’on se sert de cocottes-minute, dont le Népal et l’Algérie.»(2)

Naturellement, la proximité avec la situation que vit Israël est chaque fois rappelée aux Américains. «Américains – Israéliens: même combat» Nous lisons: «Ces incidents ont conduit Jeffrey Goldberg, du magazine The Atlantic, à comparer la situation à celle qui règne en Israël: ´´Demandez à un Israélien ce que cela représente dans la vie de tous les jours´´.» (2)

«Le plus grand événement sportif de l’année à Boston, écrit Kevin Cullen a tourné au cauchemar, L’emplacement des bombes et le moment de leur détonation sont d’une cruauté qui dépasse l’entendement, délibérément choisi pour provoquer un maximum de pertes et de destruction. (…)Les policiers avec qui je me suis entretenu étaient perplexes. Ça pouvait être n’importe qui. Des étrangers. Des gens d’ici. Al Qaîda. Des cinglés de chez nous. C’était le ´´Patriots’ Day´´. Le jour où l’on paie nos impôts sur le revenu. La fête de l’indépendance d’Israël(…).»(3)

On le voit, là encore, après avoir conditionné le lecteur et encore une fois rappelé l’analogie avec Israël et notamment la fête de l’indépendance, le journaliste Kevin Cullen désigne du doigt le coupable: «(..) C’est alors que la rumeur a couru qu’un jeune Saoudien était interrogé par le FBI. Les gens du Bureau n’ont pas voulu me dire si j’étais près de la vérité, mais mon vieux camarade John Miller, de CBS News, a annoncé que le gamin avait tenté de fuir après l’explosion, que quelqu’un l’avait intercepté et retenu jusqu’à l’arrivée de la police. (…)Une source proche des forces de l’ordre m’a assuré par la suite que Miller avait tapé dans le mille (…).» (3)

Théorie du complot et chasse à l’Arabe

On le voit, les soupçons se tournent vers les musulmans M.Badriya Al Bishr du journal Al Hayat écrit: «En attendant que soient découverts les responsables de l’attentat de Boston, une journaliste saoudienne observe que ses concitoyens – tout comme beaucoup d’Arabes et de musulmans – craignent de voir l’un des leurs impliqué. En apprenant la nouvelle de l’attentat de Boston, la plupart des Saoudiens se sont dit la même chose que The Washington Post: ´´Pourvu que ce ne soit pas un musulman!´´ Car nous avons bien tiré la leçon du 11 septembre 2001. (…)A l’époque, il y en avait qui justifiaient sans trop de peine le fait de tuer des innocents à l’autre bout du monde en disant que c’était le droit de ceux qui étaient opprimés ailleurs.» (4)

La chasse à l’homme est démultipliée par l’Internet et le profil type est tracé, il s’agit d’un Arabe. «Les autorités ont précisé que l’appel à témoins pour recevoir les ´´milliers de photos et de vidéos qui ont été prises´´ avant, pendant et après l’attentat (accompagné d’une récompense de 50.000 dollars pour toute information permettant de retrouver les coupables) leur ont permis de recevoir ´´de très nombreuses informations´´ et permis d’´´étudier un grand nombre d’indices et de pistes´´.

Il est vrai, comme le note le site bigbrowser.blog.lemonde que «l’émergence de théories du complot à la suite d’un attentat ou d’une fusillade aux Etats-Unis est inévitable. De l’assassinat de JFK à la tuerie de Newtown en passant par le 11 Septembre, chaque événement comporte son lot de complots. Pour sa part, Alex Jones, rédacteur en chef du site Infowars, a rapidement réagi après les explosions de mardi. C’est la présence de chiens démineurs sur la scène des attentats qui l’a interpellé. Selon lui, la police savait (grâce aux chiens) que des bombes avaient été déposées, mais ont gardé cette information secrète délibérément car les attentats ont, en fait, été perpétrés par le gouvernement dans le but de contrôler l’opinion publique par la peur… Suite à la publication des photos, le FBI a annulé sa conférence de presse qui devait se tenir suite à l’annonce de CNN que des suspects auraient été arrêtés. Aujourd’hui, bizarrement, le ministre des Affaires étrangères saoudien est venu rencontrer Obama (rencontre pas notée normalement au programme d’Obama).»(5)

Pour Paul Joseph Watson, le président Obama a protégé un suspect saoudien qui a un passé douteux. Il écrit: «Le député Jeff Duncan a demandé à Janet Napolitano (ministère de l’intérieur) pourquoi un Saoudien lié aux attentats de Boston a été expulsé pour des raisons de «sécurité nationale». Dans le même ordre de la théorie du complot, on rapporte que le ministre saoudien des Affaires étrangères a été reçu par le président Obama, la réunion n’était pas programmée (…) S’agissant du suspect il s’agirait: «d’un ´´homme à la peau sombre´´. Selon l’expert en terrorisme, Steve Emerson,, Abdul Rahman Ali Al Harbi, âgé de 20 ans, impliqué dans l’attentat de lundi, a été expulsé à la hâte. Al Harbi a été gardé à l’hôpital après l’attentat. Le diplomate saoudien Azzam bin Abdel Karim, lui a rendu visite. L’étudiant saoudien Al Harbi partage le même nom de famille que celui d’un grand clan saoudien qui comprend des dizaines de militants d’Al Qaîda. Khaled bin Ouda bin Mohammed al Harbi, par exemple, est un ressortissant saoudien qui a rejoint le groupe moudjahidin d’Oussama ben Laden dans les années 1980. Il serait devenu un membre d’Al Qaîda dans le milieu des années 1990. Il s’est rendu aux autorités saoudiennes en 2004. La BBC a rapporté que Khaled Al Harbi était marié à la fille du numéro deux d’Al Qaîda, M.Ayman al Zawahiri. (..).» (6)

Paul Joseph Watson brandit la menace de «l’empêchement»: «S’il ressort que l’administration Obama a protégé les complices des attentats Boston pour des raisons politiques, le scandale éclipserait les attaques de Benghazi et conduira inévitablement à une procédure de destitution.» (6)
La «valeur» de la vie selon la latitude

Les attentats tragiques de Boston où des vies sont fauchées sont révoltants comme sont révoltants les attentats à Ghaza, Baghdad, Kaboul, Kirkouk. A des milliers de kilomètres de là, le même jour, des hommes perdaient la vie. On apprend en effet qu’une nouvelle vague d’attentats, dont un à l’entrée de l’aéroport de Baghdad, a fait 50 morts et près de 300 blessés lundi à travers l’Irak. Ces attentats, commis pour la plupart au moyen de voitures piégées, ont été perpétrés dans la matinée, alors que les Irakiens se rendaient sur leur lieu de travail et dans la soirée, alors qu’ils rentraient chez eux. Il s’agit de la journée la plus meurtrière depuis le 19 mars, où 56 personnes avaient péri. Baghdad a été la ville la plus durement touchée lundi: 30 personnes sont mortes et 92 autres ont été blessées dans huit attaques.

Hichem Hamza met en parallèle le traitement médiatique des deux types de tragédies. Nous l’écoutons: «Ethnocentrisme. Les attentats commis en Occident suscitent davantage l’attention des médias audiovisuels que ceux perpétrés ailleurs. En contrepoint, Oumma vous propose de découvrir la liste détaillée des pays les plus touchés par le terrorisme depuis 40 ans. Dans les écoles de journalisme et la plupart des rédactions de la presse généraliste, une technique d’écriture est prescrite pour attirer le lecteur ou l’auditeur: il s’agit de la «loi du mort-kilomètre». En clair, selon les enseignants et les rédacteurs en chef qui en assument l’application, le «public» est censé s’intéresser aux décès selon l’éloignement géographique de l’événement. Cas pratique: 1 mort à 1 kilomètre ou 10 morts à 10 kilomètres pourraient ainsi, selon les praticiens de cette coutume, retenir particulièrement l’attention. (..) Une autre règle, non formulée explicitement et tout autant cynique, vient contredire cet usage: on pourrait la qualifier de «loi du mort occidental». Vu de Paris, Londres ou Washington, la mort brutale d’un Européen ou d’un Américain dans le monde sera toujours plus fructueuse à couvrir -aux yeux des responsables de l’information- que celle de dizaines de non-Occidentaux. «L’attentat» survenu hier à Boston illustre tristement cette pratique. Les chaînes d’information françaises ont réalisé des «éditions spéciales» afin d’en dramatiser le récit journalistique. 3 morts et plus de 130 blessés: pour les familles de victimes, le caractère tragique est indéniable. Mais pourquoi consacrer autant d’heures au sujet, alors que des centaines de citoyens sont fauchés, chaque année, par le terrorisme sans que BFM TV ou France 24 ne daignent leur consacrer un sonore de 10 secondes? (…)» (7)

 « Ce mardi, poursuit Hichem Hamza, la correspondante d’I Télé et de Canal+ à Washington, Laurence Haïm, a évoqué, avec son style régulièrement partisan, une«Amérique confrontée à la guerre en Afghanistan» (notez le choix du mot «confrontée»), détestée par«une partie du monde au Moyen-Orient» et dont la société aurait connu, depuis le 11 septembre, une «israélisation» de son fonctionnement. Message en filigrane: les Américains comme les Israéliens se seraient habitués à une «menace terroriste» dont les protagonistes auraient implicitement le même profil extrémiste. Peut-être faudrait-il proposer à la journaliste-chantre de l’axe Washington-Tel Aviv de partir en reportage à Baghdad afin de lui faire découvrir ce qu’est«l’irakisation» de la vie quotidienne».(7)

La tragédie de Boston: un temps fort de réflexion

C’est par ses mots qu’Oscar Fortin, invite à une évaluation honnête de la dimension humaine quelle que soit la latitude. Il écrit:

«Lorsque les images nous arrivent tout droit des lieux où les victimes sont des nôtres, de nos proches, de ceux avec qui nous sympathisons, la douleur nous envahit et un cri de révolte se fait entendre pour condamner avec la plus grande énergie de telles horreurs. Tout ce qu’il y a d’humanité en nous se retrouve concentré sur ces victimes qui nous sont si près. Le 15 avril 2013 sera une date inoubliable pour Boston, pour les États-Unis, pour ceux et celles qui leur sont profondément attachés. L’épiscopat national des évêques catholiques a aussitôt condamné pareil geste ainsi que le Vatican s’exprimant à travers son Secrétaire d’État, le cardinal Bertone, un fidèle allié des Etats-Unis depuis qu’il occupe ce poste ».(8)

« Le 15 avril 2013 poursuit Oscar Fortin  sera également une autre date inoubliable pour les Irakiens, victimes de plusieurs attentats ayant fait plus de 50 morts et de 300 blessés. Il faut dire que cette nouvelle traverse moins les écrans de nos télévisions ou la UNE de nos grands quotidiens. Nous n’y voyons pas les corps déchiquetés des morts et le cri de désespoir des blessés. La douleur humaine y est pourtant révélée dans toute sa profondeur. Le secrétaire d’État du Saint-Siège n’a pas jugé bon de faire entendre les paroles réconfortantes du pape François. Plus de 50 morts et de 300 blessés, ce n’est pas rien. Le 15 avril 2013 sera, pour les Syriens, une autre date inoubliable. Un attentat suicide à la voiture piégée a fait 15 morts et 53 blessés dans la ville de Damas. Que de familles brisées, d’enfants morts ou laissés sans parents. Le Secrétaire d’État du Vatican n’a pas jugé bon d’attirer l’attention du pape sur ces morts et blessés».(8)

«Si la vie humaine doit être respectée, elle doit l’être à tous les niveaux. Il n’y a pas une vie humaine plus importante qu’une autre. Être pour la vie humaine, c’est l’être pour toutes les étapes par où elle passe. On ne peut pas être contre la violence et toutes les formes de terrorisme et être en même temps pour les guerres, les bombardements et toutes les formes de violence qui ont pour effets de détruire des vies humaines. (..) Le véritable humanisme est sans frontière et trouve son plein épanouissement dans la solidarité fondée sur la vérité, le respect, la justice et la compassion pour et à l’endroit de tous les humains de la terre.»(8)

Aux dernières nouvelles, la police fédérale américaine a diffusé jeudi des photos et des vidéos de deux suspects dans les attentats de Boston, lançant un appel au public pour recueillir des informations sur ces deux hommes. Les deux hommes sont considérés comme ´´armés et extrêmement dangereux´´, a prévenu l’agent Rick Des Lauriers lors d’une conférence de presse. Les images des deux hommes ont été immédiatement diffusées sur le site Internet du FBI. Les événements se précipitent et un suspect a même été arrêté.

Par la suite, on rapporte qu’il s’agit de deux frères tchéchènes de 19 et 26 ans apparemment bien intégrés dans la vie américaine , l’un a succombé à ses blessures à l’hôpital, l’autre est traqué dans un carré de 4 km2. Il reste à s’interroger si les faits devraient s’avérer exactes comment des jeunes gens décident de passer à l’acte. Il doit  certainement y avoir des raisons  profondes.

Les arguments tout venant des médias dont le sacerdoce est de diaboliser l’islam – haine de l’occident,  islam guerrier, incompatibilité de l’islam avec la modernité- sont loin d’expliquer ces dynamiques souterraines  qui font que du jour au lendemain, des jeunes se laissent entrainer dans cette spirale du désespoir au péril de leur vie. Peut être que  le moment est venu de mettre à plat  tous les griefs faits à l’islam et qui de l’autre côté font que des peuples se sentent offensés pour conjurer cette réelle plaie qu’est le terrorisme sous toutes ses formes aussi bien celui du citoyen lambda qe  celui des Etats.

Les attentats de Boston constituent une tragédie pour les Américains. Ils savent ce que c’est de perdre un être cher, ils ne seront que plus sensibles à la douleur des autres de ces peuples harassés dont les enfants naissent, survivent et meurent dans la désolation et le désespoir.

Professeur  Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

Cet article a été initialement publié sur :

http://www.lexpressiondz.com/
1.  http://www.courrierinternational.com/article/2013/04/17/pourquoi-l-attentat-n-est-pas-encore-revendique

2. Rosie Gray http://www.courrierinternational.com/article/2013/04/17/a-boston-un-air-de-kaboul-et-de-bagdad

3. Kevin Cullen http://www.courrierinternational.com/article/2013/04/16/boston-nous-ne-nous-sentirons-plus-jamais-en-securite 16 avril 2013

4. Badriya Al-Bishr ´´Pourvu que ce ne soit pas un musulman!´´ Al-Hayat | 17 avril 2013

5.  http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/04/18/conspiration-les-attentats-de-boston-se-pretent-mal-a-la-theorie-du-complot/

6. http://www.infowars.com/obama-covering-up-saudi-link-to-boston-bombing/ 18 04 2013

7. Hicham Hamza http://www.mondialisation.ca/terrorisme-et-grands-medias-1-mort-a-boston-vaut-plus-que-100-a-bagdad/5331807  17 avril 2013

8. Oscar Fortin http://www.mondialisation. ca/la-tragedie-de-boston-un-temps-fort-de-reflexion/5331823 17 avril 2013

 

 

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L’annonce faite par la chaîne Al-Arabiya qu’elle allait diffuser, vendredi 18 avril, une interview« exclusive » de Tarek Aziz par Ali al-Dabbagh, ancien porte-parole de Nouri al-Maliki, était ni de l’intox ni véritablement un scoop. Elle a été diffusée comme prévu, et tout le monde a pu constater que l’ancien vice-Premier ministre irakien, condamné à mort, n’était pas en si mauvaise santé que cela, ce qu’affirme trop souvent son fils Ziad. Seulement voilà, il s’agissait d’une interview vieille de deux ans et demi…

Dans un article paru en janvier dernier (1), Felicity Arbuthnot, journaliste d’investigation indépendante britannique, révélait qu’Ali al-Dabbagh était allé voir Tarek Aziz dans sa cellule, avec deux juges, et s’était engagé à« étudier son cas », mais qu’aucune suite n’avait été donnée à la promesse. L’ancien dirigeant irakien avait alors déclaré à Badie Aref, son avocat irakien : « Je préfère être exécuté plutôt que de rester dans cette situation » (2).

L’épouse de Tarek Aziz, réfugiée à Amman, a assuré que son mari était toujours mal en point. Elle s’est étonnée de la diffusion de cette ancienne interview. Finalement, Ali al-Dabbagh a reconnu que l’entretien datait de fin 2010, affirmant avoir rencontré le prisonnier en tant que député, avec l’accord de la Cour criminelle suprême aujourd’hui dissoute (3).

Il faut rappeler qu’en 2012, Ali al-Dabbagh a présenté sa démission du poste de porte-parole du gouvernement, après avoir été accusé de corruption dans une affaire de contrat d’armement géant– 4,2 milliards de dollars - avec la Russie (4). Toujours en relation avec Nouri al-Maliki, il serait installé dans un émirat du Golfe.

Ce n’est sans doute pas un hasard si l’interview de Tarek Aziz – achetée, dit-on, à prix d’or par Al-Arabiya - a été programmée juste avant les élections provinciales. Espérant regagner du terrain dans l’opinion publique, le Premier ministre irakien soufflait le chaud et le froid. D’un côté, il faisait du pied aux baasistes supposés modérés que représenterait Tarek Aziz, et de l’autre mobilisait les chiites pro-iraniens en pourchassant Izzat Ibrahim al-Douri, chef de la résistance baasiste clandestine, dont la présence à Dour, sa ville natale, avait été annoncée le 17 avril dernier, « de source sûre », par ses services secrets (5). Le couvre-feu et la fouille - « une par une » - des maisons de Dour par les forces spéciales gouvernementales, n’ont donné aucun résultat.

(1) Illegal Invasions, Rogue States, Forgotten Victims and a Shaming Plea, par Felicity Arbuthnot (Dissident Voice -  30/1/13)

(2) Tarek Aziz demande à être exécuté, par Gilles Devers (Actualités du droit – 10/6/11)

http://www.france-irak-actualite.com/article-tarek-aziz-demande-a-etre-execute-revue-de-presse-77156478.html

(3) Dabbagh expresses his impressions after meeting Tareq Aziz (Shafaq News – 20/4/13)

http://www.shafaaq.com/en/politics/5845-dabbagh-expresses-his-impressions-after-meeting-tariq-aziz-.html

(4) Maliki’s Spokesman Resigns Over Russian Arms Deal Scandal (Al Monitor, article paru dans Al-Hayat – 30/11/12)

http://www.al-monitor.com/pulse/politics/2012/11/malikis-spokesman-quits-after-russian-arms-deal-scandal.html#ixzz2R110bHZg

(5) Iraqi troops close in on Saddam ally Izzat Ibrahim al-Douri (The Guardian – 18/4/13)

http://www.guardian.co.uk/world/2013/apr/18/iraqi-troops-saddam-ally-douri

La police irakienne recherche un ancien proche de Saddam Hussein (Reuters – 18/4/13)

http://www.fondation-vision.ch/visionmedia/article.aspx?id=68292

 

Gilles Munier : Auteur, journaliste indépendant, collaborateur du magazine Afrique Asie. Ouvrages: “Guide de l’Irak”, “Les espions de l’or noir”. A dirigé la traduction de “Zabiba et le roi”, roman de Saddam Hussein.

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Le journal russe Pravda a accusé l’entité sioniste d’inoculer aux prisonniers palestiniens des virus dangereux, surtout à l’approche de leur libération.

Le quotidien tient cette révélation de la détenue palestinienne Rania As-Sakka qui a été libérée récemment, et selon laquelle tous les détenus palestiniens souffrent de maladies incurables, dont des cancers et des disfonctionnements du foie.

Sakka assure avoir constaté aussi que ces prisonniers commencent directement après leur libération à souffrir de maladies incurables, ou d’handicaps inguérissables, au bout desquels ils ne tardent pas à succomber.

Arrêtée en 2005, pour avoir tenté de poignarder un colon sur le passage Qalandia, en Cisjordanie occupée et après avoir purgé 5 années dans les prisons israéliennes, elle souffre depuis sa libération d’un cancer du foie pour lequel elle a effectué une vingtaine d’opération chirugicales. Elle a aussi effectué 23 opérations pour sa machoire, escamotée par la torture.

Elle s’est plainte de l’indifférence des organisations internationales qui ont ignoré ses appels pour enquêter sur les exactions dans les geôles israéliennes. Elle a aussi accusé de même les responsables palestiniens de ne pas s’occuper de cette cause et de laisser faire les Israéliens.

Pravda rappelle que le Conseil de solidarité internationale des droits de l’Homme a mis en garde qu’Israël expérimente de nouveaux traitements médicaux sur les détenus palestiniens séquestrés dans ses geôles, en violation avec les principes éthiques et professionnelles instaurés par le Droit international.

Depuis le début du mois d’avril, deux prisonniers palestiniens ont péri: le premier étant Mayssara Abou Hamdiyya, décédé , des suites d’un cancer à l’age de 64 ans; et le second est Ali Karaine, originaire de Jérusalem occupé, et décédé dans des circonstances ambigues. Selon le ministre des détenus palestiniens et des libérés Issa Karakea, il a succobmé à une maladie dont la nature n’a pas été indiquée par les autorités pénitentiaires israéliennes.

La mère de Nahed Alakra arborant son portrait.

Durant ce mois-ci, les autorités pénitentiaires israéliennes ont livré le pied d’un détenu palestinien, Nahed Alakraa, amputé dans la prison israélienne de Sarafand, après que ses tissus ont été entièrement rongées par la pourriture, en raison des négligeance médicales.

L'épouse de Arafat Jaradate arborant son portrait

Auparavant, c’est le détenu Arafat Jaradate, 30 ans, qui avait succombé. Alors que les autorités pénitentiaires israéliennes ontargué une crise cardiaque qui l’aurait emporté, certaines sources palestiniennes , dont le porte-parole du gouvernement Tahar Nounou, évoquent les conditions inhumaines qui sont infligées aux détenus. Karakea accuse Israël de l’avoir tué sous la torture.

Jaradate avait été arrêté à Hébron al-Khalil, le 18 février dernier, c’est à dire une semaine avant sa mort. Selon les autorités de l’ennemi israélien, il est accusé d’avoir lancé des pierres le 18 novembre 2012 contre des colons, blessant l’un d’entre eux.

 

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Le pape remplace-t-il Hugo Chavez ?

avril 19th, 2013 by André Maltais

Dans un article intitulé Vaticano, revolucion y contrarevolucion en America Latina, et publié sur le portail internet, America XXI, l’écrivain et éditeur vénézuélien, Luis Bilbao, affirme qu’il y a beaucoup de symboles et bien peu de hasard entre la mort d’Hugo Chavez et, cinq jours plus tard, le remplacement du pape par l’Argentin, Jorge Bergoglio, ex-militant de l’organisation péroniste d’extrême-droite, Guardia de hierro (Garde de fer).

La grave crise économique du capitalisme, dit-il, et son autre face, l’avancée de la révolution, obligent le Vatican à se défaire de l’extrême-droite représentée, depuis 1978, par l’Opus Dei et les papes Karol Wojtyla (Jean-Paul II) et Joseph Ratzinger (Benoît XVI) comme l’ont fait les États-Unis avec les Républicains.

Les peuples sont de nouveau forcés à l’austérité et à la pauvreté et c’est, pour l’instant, la stratégie de la « main amie » qui prévaut. Celle-ci a porté Barack Obama au pouvoir, à Washington, et, tout récemment, désignait, à Rome, un pape issu de l’ordre des Jésuites (rival de l’Opus Dei) et se réclamant de François d’Assise et de « l’église des pauvres pour les pauvres ».

À la crise économique mondiale, s’ajoute, pour l’Église catholique, la non moins grave et mondiale crise qu’elle traverse: perte de fidèles, corruption et gaspillage dans la haute-hiérarchie, déficit astronomique, accusations de pédophilie, blocage sur des questions comme celles du mariage des prêtres, de l’avortement et de l’homosexualité, etc.

Tout cela est plus que suffisant pour remplacer le pape, un fait similaire à celui de 1978 quand, un mois seulement après sa désignation, le pape Jean-Paul Ier avait été trouvé mort dans sa chambre et remplacé par le polonais Wojtyla.

Quatre ans plus tard, celui-ci libérait l’Opus Dei de toute sujétion territoriale la rendant redevable au seul pape, en même temps qu’il suspendait l’ordre des Jésuites et en remplaçait le supérieur général, Pedro Arrupe.

Pour Bilbao, auteur, en 1989, d’un livre intitulé CIA-Vaticano: associacion ilicita, Washington a été le protagoniste des changements de 1978 et de 2013. En 1978, dit-il, les cibles visées étaient l’Europe de l’Est (à partir de la Pologne) et l’Amérique latine (plus particulièrement le mauvais exemple nicaraguayen et l’influence de la théologie de la libération).

Quelques années plus tard, les régimes d’Europe de l’Est tombaient les uns après les autres, la révolution sandiniste s’écroulait dans le feu et le sang, les adeptes jésuites de la théologie de la libération étaient éliminés et l’URSS démantelée.

En 2013, l’Amérique latine est devenue l’épicentre de la révolution mondiale, se permettant même de ressortir le socialisme des boules à mites. De plus, dans ce principal bastion catholique du monde, le Vatican a perdu le quart de ses fidèles au cours des trente dernières années.

D’où le choix d’un pape latino-américain qui a déjà commencé à flatter la « nouvelle Amérique latine » et qui, nous dit Bilbao, n’hésitera pas à se « déguiser en Chavez » pour mieux remplir la mission conjointe CIA-Vatican d’en finir avec la révolution au sud du Rio Bravo.

L’Argentine, elle, est choisie pour sa faiblesse; parce qu’elle apparaît comme le pays important le plus susceptible d’être décroché du bloc progressiste latino-américain à court terme.

L’un des premier pays de ce bloc à être frappé sérieusement par les effets de la crise mondiale, l’Argentine paraît vivre la fin du cycle des Kirchner, alors qu’une ample coalition électorale regroupée autour de la stratégie latino-américaine états-unienne est en voie de se former pour 2015.

La tactique consiste à affaiblir les appuis régionaux du Venezuela parce que ce pays est l’avant-garde de l’avant-garde révolutionnaire latino-américaine.

Cette tactique semble prometteuse, nous dit l’avocat et journaliste pour le Réseau latino-américain sur la dette, le développement et les droits (Latindadd), Carlos Alonso Bedoya, pour qui la seconde décade du 21e siècle se caractérise déjà par le gel des processus de rupture de l’hégémonie néo-libérale et d’intégration politique et financière de la région pourtant lancés avec force, il y a une dizaine d’années.

Bedoya situe le point d’inflexion en 2011, quand les États-Unis, aidés de la droite et des Forces armées péruviennes, sont parvenus à arracher le Pérou du nouveau président, Ollanta Humala, à l’influence brésilienne.

Jusque là, explique-t-il, une solide alliance semblait unir Humala, alors candidat à la présidence, et le gouvernement brésilien de Dilma Roussef. Les programmes sociaux, la coopération militaire, les centrales hydroélectriques et un gazoduc traversant le sud du Pérou semblaient aller bien au-delà d’une relation bilatérale normale entre deux pays. Elles renforçaient l’Unasur en lui ouvrant pour la première fois une façade sur l’océan Pacifique.

Mais Humala s’est révélé très loin d’être un second Hugo Chavez, comme le qualifiaient pourtant ses adversaires de la droite.

Les programmes sociaux sont passés à la Banque mondiale au lieu de la BNDS brésilienne, la coopération militaire est morte quand Humala a choisi les avions KT1 de la Corée du Sud au lieu des Super Tucano du Brésil, les projets hydroélectriques sont restés en plan, tandis que les firmes brésiliennes Odebrecht et Petrobras ont été écartées de la construction de l’oléoduc gazier et de l’exploration pétrolière de Camisea.

La présidente brésilienne a réagi en boudant le 6e Sommet des chefs d’État de l’Unasur, à Lima, à la fin du mois de novembre 2012. Trois autres présidents, parmi les plus enthousiastes promoteurs de l’intégration latino-américaine, manquaient aussi à l’appel : Evo Morales (Bolivie), Cristina Fernandez (Argentine) et Hugo Chavez (Venezuela), ce dernier étant malade.

Pendant que des dossiers aussi importants que la Banque du Sud, la demande bolivienne d’accès à la mer, le conseil de défense régional et la monnaie sud-américaine piétinent, ajoute Bedoya, l’Alliance du Pacifique, formée des pays alliés aux États-Unis, fonce à toute allure, de sorte que la région est maintenant littéralement séparée en deux.

La République Dominicaine s’apprête à devenir le cinquième membre de l’Alliance qui comprend déjà le Mexique, le Chili, la Colombie et le Pérou. Cinq autres pays en sont des membres observateurs : le Costa-Rica, le Panama et le Guatemala, en Amérique centrale, mais aussi le Paraguay et l’Uruguay, deux membres du Mercosur!

Presque tous ces pays ont des traités de libre-échange entre eux et avec les États-Unis, abritent des bases militaires états-uniennes ou permettent aux militaires états-uniens d’opérer sur leur territoire contre le crime organisé et le trafic de drogue, mènent des exercices militaires conjoints avec les États-Unis et, dans le cas du Mexique et du Chili, sont membres de l’OCDE.

Une zone de libre-échange existe aujourd’hui de l’Alaska à la Patagonie chilienne du côté de l’Océan Pacifique (avec la seule exception de l’Équateur) et rappelle de plus en plus la supposée défunte ZLÉA. Cela, pour le cubain Guillermo Andrés Alpizar, du Centre d’investigation et d’économie mondiale, est une possible blessure mortelle pour l’intégration sud-américaine.

Dans ce contexte, l’asphyxiante accolade papale à l’Argentine vient ajouter sa part de confusion dans une région de moins en moins ouverte à l’idée brésilienne d’une Amérique latine intégrée et parlant d’une voix forte dans le monde multipolaire et en pleine reconfiguration d’aujourd’hui.

André Maltais

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Puissance maritime russe dans la Méditerranée orientale?

avril 19th, 2013 by Albert A. Stahel

Le premier tsar qui a visé le statut de puissance maritime pour la Russie a été Pierre le Grand (1672–1725). Après avoir écrasé la révolte des troupes des streltsy moscovites (1682–1684) et après s’être imposé comme souverain absolu à Moscou, il s’est dirigé vers la conquête de la mer d’Azov et l’a arrachée aux Ottomans. Lors de cette expédition militaire, qui a duré de l’été 1695 jusqu’au juillet 1696, il a été soutenu par son ami et amiral russe, le Genevois F. J. Lefort (1656–1699). Le couronnement de ses efforts pour imposer la Russie en tant que puissance maritime sur la mer Baltique, a été la victoire sur la Suède lors de la bataille de Hanko (7 juillet 1714). Pierre a exigé alors des Suédois, dans le Traité de Nystad (30 août 1721), l’abandon des pays Baltes et de la Carélie du Sud. La Russie est ainsi devenue puissance maritime dans la mer Baltique. Le 2 novembre 1721, Pierre s’est proclamé empereur.

Tous les tsars suivants ont aspiré, pour la Russie, à un élargissement du statut de puissance maritime. En tant que puissance maritime, la Russie devait avancer vers les mers chaudes et évincer d’autres puissances maritimes de ces mers. Déjà en 1809, la Russie avait atteint, sous le tsar Alexandre 1er, cet objectif par rapport à la mer Baltique par une victoire définitive sur les Suédois et l’annexion de la Finlande. Les Russes ont rencontrées des difficultés plus importantes lors de l’incursion dans la Méditerranée orientale. Cela nécessitait de vaincre l’Empire ottoman, qui dominait le Bosphore et le détroit des Dardanelles. En plus de leur puissance militaire, les tsars ont invoqué leur rôle de protecteur de l’orthodoxie. Le tsar Ivan IV (le Terrible 1533–1584) avait lors de son intronisation (1547) désigné Moscou comme troisième Rome et s’est déclaré successeur des empereurs byzantins. Pour les tsars, protecteurs de l’orthodoxie, il était évident de reconquérir Byzance, la seconde Rome, que les Ottomans avaient occupé en 1453. Au XIXe siècle, la Russie s’est proclamée force de libération des sujets chrétiens par rapport aux sultans païens en Europe du Sud-Est et a instrumentalisé les chrétiens orthodoxes pour des objectifs russes en les montant contre le sultan.

Après que la Russie ait attaqué l’Empire ottoman lors de la guerre de Crimée de 1854 à 1856 et subi une défaite contre l’alliance des Britanniques, Français et Ottomans, il semblait que Moscou avait définitivement renoncé à cette aspiration au pouvoir. La Révolution d’octobre de 1917, a même éliminé le régime tsariste.

Ce n’est qu’après la fin de la Seconde Guerre mondiale que le souverain russe Staline a revendiqué à nouveau un pouvoir sur la Méditerranée orientale. Pour cela, il a soutenu à partir de 1945, la rébellion des communistes contre le gouvernement grec à Athènes. Avec la déclaration de la doctrine Truman du 12 mars 1947, le Royaume-Uni, comme grande puissance importante dans la Méditerranée orientale, dont l’économie se trouvait au bord de l’effondrement en raison de la Seconde Guerre mondiale, a été remplacé par les Etats-Unis. Grâce à la rupture du souverain yougoslave Tito avec Staline, la révolte communiste en Grèce s’est effondrée en 1949. Les revendications territoriales de Staline sur la Turquie ont également été repoussées par les Etats-Unis. La mort de Staline le 5 mars 1953 a provisoirement mis fin aux prétentions de l’URSS sur la Méditerranée orientale.

Lors de l’avènement au pouvoir de Nikita Khrouchtchev, Secrétaire général de l’URSS, Moscou noua des liens étroits avec des despotes arabes de la Méditerranée orientale. En mai 1964, Khrouchtchev a attribué au souverain Nasser, au cours de son voyage en Egypte, l’ordre de Lénine et le titre de «Héros de l’Union soviétique». Peu à peu, l’URSS a obtenu l’accès aux ports méditerranéens égyptiens de Saloum et d’Alexandrie et de celui de Lattaquié en Syrie. Préalablement aux guerres de 1967 et 1973, Moscou a fourni d’immenses livraisons d’armes aux deux pays arabes. Grâce aux ports, un escadron de guerre soviétique a toujours pu être stationné dans la Méditerranée orientale. Mais avec le détournement de l’Egypte de Moscou en 1972, sous le souverain égyptien Sadat, la position de l’URSS dans la Méditerranée orientale semblait affaiblie. Moscou a essuyé un autre revers avec l’effondrement de l’URSS en 1991 et la dissolution de sa flotte sur la mer Noire évitée de justesse. La flotte a non seulement été partagée entre la Fédération de la Russie et l’Ukraine, mais elle n’a plus reçu de nouveaux navires de guerre à cause de la dégradation de l’industrie de l’armement soviétique. La présence de la Russie en Méditerranée orientale semblait terminée.

Après son arrivée au pouvoir en 1999, le nouveau dirigeant russes Vladimir Poutine, a introduit un nouveau tournant. Certes, la flotte sur la mer Noire n’a pas reçu jusqu’à ce jour de nouveaux navires de guerre, mais elle est mieux entretenue et la présence russe sur la Méditerranée orientale a été renforcée. Lors de la guerre contre la Géorgie en 2008, la Flotte de la mer Noire a prouvé sa disponibilité en dissuadant la flotte méditerranéenne américaine de soutenir la Géorgie.

Grâce aux difficultés de l’UE de préserver Chypre de la faillite, Moscou reçoit maintenant une nouvelle occasion de consolider sa position stratégique dans la Méditerranée orientale. Pour cela, Poutine fait recours aux moyens des tsars. D’une part, Moscou revendique le droit de protection de l’orthodoxie, d’autre part, la Russie influence la Chypre grecque orthodoxe indirectement par le biais de l’Eglise orthodoxe chypriote. Le but de cette manœuvre est évident. Moscou vise à rétablir la position sur la Méditerranée orientale qu’il avait avant l’effondrement de l’URSS. C’est essentiellement au détriment de l’UE. Mais, le but à long terme devrait être la réalisation de l’ancien plan des tsars. Avec l’aide des nations frères orthodoxes des Balkans et des Iraniens qui sont alliés avec la Russie, la Turquie pourrait être mise à genoux politiquement, ce qui ferait sauter le verrou contre la percée russe en Méditerranée orientale. Israël, où vit une grande communauté de juifs russes, pourrait également soutenir la stratégie russe. Après l’humiliation de la Turquie s’ensuivrait la possibilité de maintenir le régime syrien d’Assad, grâce à la cessation forcée de l’aide turque aux rebelles syriens. Si cette stratégie russe devait être couronnée de succès, les Etats-Unis perdraient leur puissance maritime sur la Méditerranée orientale. La perte de cette position de force serait équivalente à la perte de son hégémonie géopolitique en Europe. Dans une telle situation, la Russie pourrait non seulement dominer la Méditerranée orientale en tant que puissance maritime, mais également imposer les revendications russes aux Européens.

Albert A. Stahel, Institut für Strategische Studien, Wädenswil

Article original en allemand : www.strategische-studien.com  du 25/3/13

Traduction Horizons et débats

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La semaine dernière, le Front Al-Nusra, qui constitue la colonne vertébrale militaire de l’opposition syrienne soutenue par les États-Unis, a ouvertement juré sa loyauté à Al-Qaïda.

Le dirigeant d’Al Nusra, Abu Mohammed al-Golani a prêté allégeance au dirigeant d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, un prêtre d’origine égyptienne qui a longtemps été le second d’Oussama Ben Laden.

« Les fils du Front Al Nusra prêtent allégeance au Cheikh Ayman al-Zawahiri, » a dit al-Golani dans un message enregistré rendu public la semaine dernière. Cette déclaration indiquait également que le groupe terroriste syrien fusionnerait avec Al-Qaïda en Irak, de laquelle Al Nusra avait reçu du personnel et de l’entraînement.

Abu Bakr al-Baghdadi, le chef de l’État islamique en Irak, c’est-à-dire le représentant d’Al-Qaïda dans ce pays, a déclaré la semaine dernière que son groupe rejoindrait Al Nusra sous la bannière commune de « l’État islamique en Irak et au Levant. »

Le Front Al Nusra (ou Jabhat al-Nusra) est devenu le groupe armé le plus efficace de l’opposition syrienne soutenue par les États-Unis l’année dernière. Ses cadres, des militants islamistes recrutés internationalement avec une expérience de combat acquise dans d’autres guerres, ont infligé plusieurs défaites aux forces du gouvernement syrien, tout en commettant des atrocités sectaires contre les minorités et les personnes considérées comme sympathisants du régime.

L’Armée libre syrienne (ALS), la coalition lâche de milices commanditées par Washington et ses alliés dans leur guerre contre le gouvernement du président Bashar el-Assad, a publié un communiqué niant tout lien formel avec Al Nusra.

« Nous ne soutenons pas l’idéologie d’Al Nusra, » a dit un porte-parole de l’ALS. « Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de décision au niveau du commandement pour se coordonner avec Al Nusra. »

Cette dénégation apparaît cependant sans objet, l’ALS ayant ensuite admis qu’elle prévoit de continuer à coopérer avec les combattants d’Al Nusra pour « certaines opérations. »

Sans Al Nusra, l’ALS aurait des capacités de combat très limitées. En juillet 2012, le journal anglais Guardian a fait un reportage en Syrie montrant que l’ALS s’appuie fréquemment sur Al Nusra quand elle combat l’armée syrienne. Dans cet article intitulé, « Al-Qaïda change la donne pour les rebelles dans la bataille pour l’Est de la Syrie, » des membres de l’ALS ont dit qu’ils avaient appelé Al Nusra à mener des attentats au camion ou à la voiture piégés, à cacher des explosifs en bord de route, et à leur fournir des combattants, des armes légères et des munitions.

L’ALS n’a pas de base populaire sur laquelle s’appuyer, et semble avoir peu d’autorité dans les opérations, en Syrie. Il s’agit plutôt de diverses milices sectaires ou à base ethnique qui mènent des attaques contre le régime syrien, chacune pour son propre compte. Parmi ces groupes, c’est Al Nusra qui s’est révélé le plus meurtrier. Ses militants, attirés dans la guerre de Syrie sous la bannière du jihad islamique, sont recrutés dans les rangs de sunnites extrémistes vétérans des guerres de Tchétchénie, d’Irak, d’Afghanistan et de Libye.

Son mystérieux chef, al-Golani (c’est un nom de guerre), aurait été combattant dans l’insurrection menée en Irak par Al-Qaïda pendant l’occupation américaine et la guerre civile ethnique et-sectaire qui a suivi dans ce pays.

Al Nusra a revendiqué la grande majorité des attentats suicides en Syrie, dont le double attentat-suicide de décembre 2011 à Damas qui a tué 49 personnes et en a blessé plus de 160, l’attentat de mai 2012 dans la capitale qui a fait 55 morts et 400 blessés, et un triple attentat-suicide à Alep en octobre, qui a tué 48 personnes. Dans toutes ces atrocités, et dans des centaines d’autres attaques menées par le groupe au cours des quinze derniers mois, la majorité des pertes a été des civils.

La déclaration de solidarité officielle d’Al Nusra avec Al-Qaïda apparaît donc plus comme un inconvénient que comme une surprise pour le gouvernement Obama et ses alliés.

Les milices islamistes, dont celles qui sont associées à Al-Qaïda, ont reçu des centaines de millions de dollars en liquidités et du matériel d’Arabie Saoudite, du Qatar, et d’autres forces soutenues par les États-Unis – tout cela sous l’œil attentif de la CIA, dont les agents supervisent l’afflux des fournitures arrivant à l’opposition Syrienne à travers les frontières de la Turquie et de la Jordanie.

Jeudi, le gouvernement d’Assad a demandé à l’ONU de désigner Al Nusra comme une organisation terroriste, au même titre qu’Al-Qaïda. Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité de l’ONU, le ministre des Affaires étrangères syrien a affirmé que la fusion annoncée confirmait les assertions précédentes de Damas selon lesquelles Al Nusra est engagé dans des crimes terroristes contre le peuple syrien.

La lettre au Conseil de sécurité critiquait les efforts au sein de la « Communauté internationale » déployés pour empêcher Al Nusra d’être qualifié d’organisation terroriste ; le régime Assad tente de mettre la pression diplomatique sur les alliés des États-Unis, comme l’Arabie saoudite et le Qatar, qui ont soutenu les combattants islamistes.

Washington a été contraint de mettre officiellement sur sa liste noire Al Nusra comme groupe terroriste en décembre. Cette qualification est intervenue dans la foulée de la constitution d’un nouveau rassemblement parrainé par les États-Unis en novembre 2012, la Coalition nationale pour des forces de l’opposition et de la révolution syrienne. Al Nusra était hostile à ce groupe, qui comprend des sunnites modérés ainsi que des membres non-religieux et des Kurdes.

L’étiquette de terroriste appliquée par le gouvernement Obama à Al Nusra était cependant surtout symbolique. Dans les mois qui ont suivi cette qualification, les combattants d’al-Golani se sont avérés disposer d’encore plus de capacités à frapper les cibles du régime syrien et à mener des attentats.

Le 23 décembre, Al Nusra a déclaré une « zone d’interdiction aérienne » au-dessus de la ville d’Alep, qui était le principal centre commercial de la Syrie avant la guerre civile. D’après Al Jazeera, le groupe a pu déployer des cannons anti-aériens de 23mm et de 57mm contre les appareils des forces armées syriennes, ainsi que des avions civils soupçonnés de transporter des dirigeants ou du ravitaillement.

Al Nusra est sorti de la bataille pour le contrôle d’Alep, qui est proche de la frontière turque et de l’importante base aérienne américaine d’Incirlik, comme le principal groupe de l’opposition. Il repousse régulièrement les assauts du gouvernement contre les zones tenues par les rebelles.

Étant donné la présence importante de l’armée américaine et de la CIA en Syrie et autour, ainsi que l’influence de Washington sur les monarchies du Golfe persique qui financent l’opposition, il est inconcevable qu’Al Nusra ou les autres organisations du genre puissent fonctionner sans le soutien tacite de l’impérialisme américain.

Le ministre américain des Affaires étrangères John Kerry a effectivement reconnu que les États-Unis fermeraient l”œil sur la fourniture d’armes à Al Nusra durant une conférence de presse le mois dernier avec un membre de la famille royale du Qatar, Hamad bin Jassim bin Jaber al-Thani. Kerry y a insisté sur le fait que Washington faisait tout pour s’assurer que le soutien allait aux « bonnes personnes » dans l’opposition syrienne. Il a ajouté, cependant, qu’il ne pourrait pas y avoir « de garantie à cent pour cent » que l’afflux d’armes et d’argent arrivant en Syrie depuis les États-Unis et leurs alliés ne se retrouverait pas dans les mains de la branche locale d’Al-Qaïda.

Niall Green

Article original, WSWS, paru le 16 avril 2013

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Le président Barack Obama a utilisé, mardi 16 avril, une séance d’information pour qualifier les attentats à la bombe perpétrés la veille au Marathon de Boston, d’« acte de terrorisme » et ce bien que le FBI et la police n’aient toujours ni suspect ni motif pour ces attentats.

Le bilan des attentats a été jusque là de trois morts, dont un jeune garçon de huit ans, une jeune femme de 20 ans et un étudiant diplômé de l’université de Boston. 176 personnes ont été blessées par les bombes, dont un grand nombre souffrent de blessures et de traumatismes graves, certaines nécessitant l’amputation des deux jambes.

« A chaque fois que des bombes sont utilisées pour viser des civils innocent, il s’agit d’un acte de terrorisme, » a dit Obama aux journalistes lors de la séance d’information à la Maison Blanche. « Ce que nous ne savons toutefois pas encore c’est qui a fait ces attentats ou quels en sont les motifs, s’ils ont été planifiés et exécutés par une organisation terroriste, étrangère ou domestique ou bien si c’était l’acte d’un individu malveillant. »

Mardi, un certain nombre de revendications et de spéculations ont été écartées. La police a confirmé que les seules bombes étaient les deux qui avaient explosé près de la ligne d’arrivée du marathon, et que des rapports faisant état de plusieurs autres engins qui n’auraient pas explosé étaient faux.

Les bombes en soi, selon les enquêteurs, étaient de fabrication relativement primitive, faite d’explosifs et de roulements à bille, de clous et autres fragments métalliques bourrés dans des cocotes-minutes et déclenchées à l’aide de minuteries du type de celles que l’on trouve dans les cuisines. Les indications pour la fabrication de tels engins sont facilement disponibles sur Internet.

De plus, les toutes premières informations des médias disant qu’un ressortissant d’Arabie Saoudite était soupçonné d’être impliqué dans les attentats et avait été placé en garde à vue, ont également été invalidées. Mardi, des responsables ont rapporté que l’étudiant saoudien de 20 ans qui avait été hospitalisé avec des blessures causées par les explosions n’était soupçonné d’aucune implication dans l’attentat et était considéré au contraire comme une victime et comme un témoin.

La nature des bombes, le moment exact de l’attentat – Patriot’s Day (Jour des patriotes) et la date limite pour la déclaration d’impôt fédérale – et l’absence de toute alerte à la bombe ou de revendication de responsabilité par des groupes terroristes étrangers auraient incité certaines autorités à penser que les attentats auraient pu être l’œuvre de terroristes intérieurs de droite.

Timothy McVeigh qui avait été associé à un mouvement de milices de droite, avait fait exploser un camion piégé devant le bâtiment fédéral à Oklahoma City le 19 avril 1995 tuant 168 personnes dont un grand nombre d’enfants qui se trouvaient dans la crèche de l’immeuble. L’attentat avait eu lieu le jour même de l’anniversaire de Patriot’s Day qui commémore les batailles de Lexington et de Concord ; ces batailles marquèrent le début de la guerre révolutionnaire américaine. On a rapporté que McVeigh considérait cet anniversaire comme très significatif.

Les bombes de Boston ont été moins puissantes que celle fabriquée par McVeigh. Elles étaient plus comparables aux bombes tuyau utilisées par Eric Rudolph, le militant de droite anti-avortement et un fanatique du culte de l’identité chrétienne qui avait organisé un attentat en juillet 1996 lors des Jeux olympiques d’été à Atlanta, tuant deux personnes et en en blessant 111.

Compte tenu des tensions sociales et politiques grandissantes aux Etats-Unis, les raisons de suspecter que l’acte terroriste a été l’œuvre de l’extrême droite sont très réelles mais aucune preuve concrète n’a émergé indiquant de façon définitive un quelconque suspect.

Un responsable gouvernemental cité par le Los Angeles Times a spéculé sur le fait que les attentats auraient pu avoir été organisés par des « extrémistes islamiques auto-radicalisés de la région. »

Il y a incontestablement une lutte politique au sein du gouvernement américain et de son appareil de renseignement quant à la façon d’utiliser les événements de Boston pour promouvoir une politique sécuritaire sur le plan national et une politique militariste à l’étranger.

Il y a eu une campagne immédiate pour intégrer les événements au discours de la « guerre contre le terrorisme » qui a servi à légitimer un militarisme sans fin à l’étranger et la démolition des droits démocratiques aux Etats-Unis. La couverture médiatique s’est efforcé de lier ces événements aux attentats terroristes du 11 septembre 2001.

L’objectif une fois de plus est de se servir d’événements tragiques pour justifier un renforcement massif de l’appareil militaire, sécuritaire et de renseignement du gouvernement. La réaction immédiate aux attaques a été une répression sécuritaire non seulement à Boston mais dans tout le pays dans le but de préparer l’opinion publique à une nouvelle expansion de la militarisation de la société.

A Boston, des membres de la Garde nationale en tenue de combat et portant des armes automatiques ainsi que des blindés ont été déployés dans les rues de la ville. Des membres de la police armée de Boston SWAT (unité de police spéciale) ont également été mobilisés en force.

Le journal britannique The Guardian a commenté que les 12 blocs de quartiers aux alentours des attentats « prêtaient à croire qu’il y avait eu un coup d’Etat militaire. La zone pullulait de policiers, les rues étaient encombrées de véhicules blindés et dans l’atmosphère résonnaient les aboiements des chiens renifleurs K-9. »

Le bureau du maire de Boston, Thomas Menino, a publié un communiqué disant que la population « ne devait pas s’inquiéter de cette présence de la Garde nationale et d’autres officiers armés à des points clé de la ville. »

De fausses alertes ont été à l’origine de suspensions du trafic dans les aéroports, y compris mardi de l’évacuation d’un avion sur le tarmac de l’Aéroport international Logan de Boston et de tout le terminal central de l’Aéroport La Guardia à New York.

L’agent spécial du FBI chargé d’enquêter sur l’attentat de Boston a promis mardi que les autorités américaines « iraient au bout du monde pour trouver la personne ou les personnes responsables de ce crime abject. »

Aux Etats-Unis, la population a réagi avec une horreur justifiée face à ce crime brutal. L’impression existe aussi que cet attentat à la bombe est, d’une manière ou d’une autre, la manifestation de quelque chose de profondément malade dans la société américaine. Pour l’establishment politique cela est devenu l’occasion d’adopter une attitude moralisatrice et hypocrite.

Dans son communiqué, Obama a déclaré mardi, « Si vous voulez savoir qui nous sommes, ce qu’est l’Amérique et comment nous répondons au mal, voilà – de manière désintéressée, résolue, avec compassion. »

En réalité, la classe dirigeante américaine est depuis plus d’une décennie engagée aux quatre coins du monde dans une violence constante sous la bannière de la « guerre contre le terrorisme ». Les attentats de Boston ne sont en aucun cas les seules explosions ayant coûté des vies humaines cette semaine. Lundi, en Irak une vingtaine d’attentats à la bombe individuels ont tué au moins 50 personnes à travers un pays resté déchiré par les conflits après la guerre et l’occupation américaines.

Le commentateur d’une page populaire sur Facebook appelée « Baghdad », Noora al-Amoora écrit : « Que Dieu voie ce qui se passe dans le monde. Il est vrai que des gens innocents sont morts dans une explosion là-bas et que Dieu les bénisse mais c’est ce qui se passe tous les jours en Irak avec plus de gens tués, mais personne ne s’occupe plus de nous. Sont-elles les seules vies précieuses et nos vies à nous ne valent-elles rien ? »

Et au Pakistan, le ministère des Affaires étrangères a publié lundi un communiqué condamnant une nouvelle frappe de drone américaine qui a coûté la vie à plusieurs personnes dans la région tribale du Nord-Ouest, près de la frontière afghane.

« De telles attaques unilatérales sont en violation du droit international et contre-productives pour la stabilité de ce pays, » dit le communiqué.

Il y a un peu plus d’une semaine, une frappe de drone a tué 20 personnes en Afghanistan, dont au moins 10 enfants âgés entre un et douze ans.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 17 avril 2013

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Paris- L’intervention de la France au Mali, en janvier 2013, relève d’une stratégie de défense du pré carré africain, face à la politique de grignotage menée tant par la Chine que par le wahhabisme via les finances islamiques (Qatar et Arabie Saoudite).

Première opération militaire en solitaire sur un théâtre extérieur depuis la fin de la Guerre d’Algérie, en 1962, la France, via Serval, y joue son rang de puissance.

Une  cible idéale en ce que Le Mali constitue le plus grand pays musulman d’Afrique occidentale, où la finance islamique y prospère, alors que les Maliens depuis une décennie se détournaient progressivement de la France vers les pétromonarchies et  que la Chine jouit d’un prestige certain du fait de sa restauration du centre de documentation islamique de Tombouctou.

Il en avait été de même avec la mise en place de l’Eufor (1), le corps expéditionnaire européen chargé de s’interposer entre les belligérants aux confins soudano-tchadiens qui répondait autant à des considérations humanitaires qu’au souci des Occidentaux de créer un glacis stratégique au centre de l’Afrique, à proximité de la plateforme opérationnelle de la Chine dans la zone. Un cordon sanitaire identique à celui que les pays occidentaux veulent établir autour de l’Iran, l’autre grand fournisseur d’énergie de la Chine.

Dans ce contexte, le redéploiement militaire français en Afrique a constitué une opération à double détente visant à associer des pays tiers (Afrique, Europe, ONU) aux opérations militaires françaises en Afrique dans le but de partager les coûts et de diluer les responsabilités, tout en conservant la maîtrise des opérations.

Un chef d’œuvre de ravalement cosmétique d’un repositionnement militaire identique au dispositif américain dans le Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Qatar, Koweït et Irak), face à l’Iran.

Lointaines réminiscences de ses déboires coloniaux, l’activisme de la France au Soudan, puis en Libye, en Syrie et au Mali, vise à sécuriser son ravitaillement énergétique, ses exportations militaires et ses centrales nucléaires. D’une manière sous-jacente, répondre à son souci de purger son «complexe de Fachoda» (2), le désastre militaire et diplomatique français subi dans ce pays contre les Anglais au XIX me siècle durant la phase de conquête coloniale écartant durablement la France des eaux du Nil.

Le Mali, la porte d’entrée d’Israël en Afrique, via la France?

Dans un mouvement de fuite en avant destiné à occulter les responsabilités de la classe politico-militaire malienne dans le désastre national qui frappe le Mali depuis un an, l’intention est prêtée à l’équipe dirigeante transitoire du Mali de mettre à profit l’expédition militaire française pour faire du Mali, la porte d’entrée d’Israël en Afrique.

Un coup de bluff? Un chantage? Une volonté réelle d’amorcer une nouvelle politique en contradiction avec la ligne traditionnelle du Mali, premier pays africain à avoir dépêché dès son indépendance, en 1960, un contingent en Algérie pour sceller dans l’ordre symbolique la fraternité d’armes des peuples opprimés?

Sur les conseils de la France, qui s’est méthodiquement appliquée à travers ses porte-voix médiatiques, Bernard Kouchner et Bernard Henri Lévy, à favoriser la sécession du Sud Soudan, pour en faire une plateforme opérationnelle d’Israël sur le cours du Nil?

Pour rééditer l’ancien scenario français de relier les deux anciens Soudan de l’époque coloniale, le Soudan français et le Soudan anglais, via le sud Soudan précisément et qui valut à la France l’une de ses plus cuisantes défaites militaires à Fachoda (1898)?

L’instrumentalisation de la justice internationale à des fins politiques plaiderait en ce sens.  CF. à ce propos le cas du général Omar al Bachir.

http://www.renenaba.com/justice-penale-internationale-posture-ou-imposture/

Une alliance avec Israël? L’allié indéfectible du régime d’Apartheid d’Afrique du sud? La garde prétorienne de tous les dictateurs francophones qui ont pillé l’Afrique. De Joseph Désiré Mobutu (Zaïre-RDC), à Omar Bongo (Gabon), à Gnassingbé Eyadema (Togo), à Paul Biya, le président off-shore du Cameroun), le vacancier privilégie des pâturages suisse, et, même Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire), le prétendu sage de l’Afrique qui n’était sage que par ce qu’il était le meilleur serviteur de ses anciens colonisateurs et de ses alliés israéliens.

Israël dont l’expérience de la colonisation de la Palestine l’a conduite à coloniser des terres à travers le Monde représentant vingt fois sa superficie au détriment des populations et de l’environnement des pays pauvres. En République Démocratique du Congo pour la culture de la canne à sucre; au Gabon pour la culture du Jatropha, nécessaire à la production de biocarburants; en Sierra Leone où la colonisation israélienne représente 6,9 pour cent du territoire de ce pays de l’Afrique de l’Ouest (3).

La bataille des eaux du Nil  et Le Canal Ben Gourion (4).

La nomination à la tête de l’Agence française pour le développement de M. Dov Zerah, pourrait donner un début de crédit à cette hypothèse en ce que la propulsion du président du consistoire israélite de Paris et secrétaire général de la Fondation France Israël au poste stratégique de dispensateur de l’aide financière française à l’Afrique est intervenue, le 2 Juin 2010, six mois avant l’indépendance du sud Soudan, alors que «la bataille du Nil» sur la répartition des quotas des eaux de ce fleuve africain battait son plein entre l’Egypte et les alliés africains d’Israël: l’Ethiopie et le Kenya notamment. Il pose en filigrane la question de savoir si le verrouillage du pré-carré se fera en tandem avec Israël, face à «l’expansionnisme wahhabite», selon la formule consacrée en usage dans les cercles dirigeants.

L’épisode de la répartition des eaux du Nil et de la sécession du Sud Soudan auront constitué la plus grosse pantalonnade de l’histoire égyptienne contemporaine. Pour atteindre cet objectif, Israël avait mené une stratégie à double détente qui révélera la cupidité des investisseurs égyptiens et coutera le pouvoir à Moubarak et sa place dans l’histoire.

Israël avait négocié avec l’Egypte, tout en faisant des pressions indirectes sur lui, incitant les états africains à réclamer une majoration de leur quote-part dans la répartition hydraulique du cours d’eau, alléchant les Africains par des projets économiques et les investisseurs égyptiens par des promesses d’intéressement aux projets israéliens. En Ethiopie, Israël a financé la construction de dizaines de projets pour l’exploitation des eaux du Nil Bleu. Le Mali avant son indépendance, en 1962, portait le nom de Soudan français, par opposition au Soudan anglais, le Soudan actuel.

La revendication par la secte dissidente nigériane BOKO HARAM de l’enlèvement de sept français au Cameroun, le 18 février 2013, un mois après le début de l’opération Serval plaide aussi en faveur de cette hypothèse en ce que le mouvement a voulu adresser un message subliminal aux Français en assumant son action au nom de «Jama’atu Ansarul Musilimina fi Biladi Al Soudan», littéralement le Groupement des partisans de l’Islam au Soudan (au-delà en Afrique noire)».

Pour en savoir plus sur ce sujet : http://www.renenaba.com/le-quadrillage-en-douceur-de-l’afrique/

A l’intention des lecteurs arabophones, ce lien du journal transarabe de Londres «Al Qods Al-Arabi»:Le Mali porte d’entrée d’Israël?

http://www.alquds.co.uk/index.asp?fname=data\2013\02\02-14\14qpt999.htm&arc=data\2013\02\02-14\14qpt999.htm

Le Canal Ben Gourion.

L’accès d’Israël au périmètre du bassin du Nil, via le sud Soudan avec le concours français et américain,  s’est doublé de la mise en route de la construction d’un Canal reliant la Mer Rouge à la Mer Méditerranée, depuis Eilat. Disposant de deux voies de navigation, l’un pour l’aller, l’autre pour le retour, le canal israélien, contrairement à l’Egyptien concurrencera fortement le Canal de Suez et entrainera une perte de 50 pour cent des recettes égyptiennes de 8 milliards de dollars par an à 4 milliards.

D’un cout de 14 milliards de dollars, il sera financé par un prêt de trois banques américaines, à faible taux d’intérêt (1%) sur trente ans. 150.000 ouvriers majoritairement d’Asie, principalement de Corée du Sud, participeront aux travaux de construction qui dureront trois ans. Plus long de 50 mètres que son rival égyptien, le canal israélien pourra absorber les plus grands bateaux du monde (longueur 300 mètres, largeur 110 mètres).

Sur fond de guerre de religion de l’Islam wahhabite contre la dissidence musulmane, sous couvert de «Printemps arabe», (Syrie, Mord Mali), un tel projet pourrait constituer, à n’en pas douter, un casus belli pour l’Egypte et entrainer sinon une rupture des relations diplomatiques, à tout le moins une glaciation durable des rapports entre les deux pays.

L’enjeu essentiel de la question saharo-sahélienne ne se joue pas à l’échelle locale. Il concerne l’économie mondiale et le redécoupage des zones d’influence entre les puissances internationales avec l’entrée en scène de nouveaux acteurs (américains, chinois, indiens) qui bousculent l’ancien paysage colonial.

L’accès convoité aux richesses minières (pétrole, gaz, uranium, or, phosphates) dont regorgent le Niger, la Libye, l’Algérie, et le Mali d’après des prospections plus récentes, est au centre de la bataille invisible qui se déroule dans le désert.

Exclue du Traité de Partenariat transpacifique en voie de constitution sous l’égide des Etats-Unis, la Chine est en outre en butte à une offensive visant à contrecarrer son expansion, dont le signe le plus manifeste aura été le gel du financement des importants projets miniers chinois par la Banque Mondiale, doublé d’une manœuvre de contournement visant à accentuer la présence des firmes américaines en République Démocratique du Congo, considéré comme le plus riche en matières premières stratégiques du continent africain.

Dans un livre blanc de 2010, «Stratégie pour les minéraux indispensables aux Etats-Unis», Washington plaidait, conjointement avec l’Union européenne, pour l’urgente nécessité de constituer des réserves de cobalt, du niobium, du tungstène et naturellement le Coltàn, indispensables pour la composition de matières de haute technologie.

Quatre-vingt pour cent (80%) des réserves mondiales du Coltàn se trouvent en République Démocratique du Congo (RDC-Kinshasa). Ressource stratégique essentielle au développement des nouvelles technologies, le Coltàn (par fusion des termes Columbio et Tantalio) entre dans la production des écrans plasma, des téléphones portables, des GPS, des missiles, des fusées spéciales, des appareils photos et des jeux Nintendo), dont les principaux bénéficiaires sont les grandes firmes électroniques et informatiques (Appel, Nokia, Siemens, Samsung).

Dans ce grand jeu des puissances, l’Afrique émerge comme champ de bataille stratégique, dont la Chine en a fait sa ligne de front dans sa recherche d’une plus grande influence mondiale, triplant son commerce avec le continent, verrouillant ses ressources énergétiques, et, fait plus grave pour l’avenir des Occidentaux, assurant l’éducation des futures élites africaines dans les universités chinoises.

Le nouvel humanitarisme sélectif des anciennes puissances coloniales, qui fustigent le Soudan mais couvrent de mansuétude d’aussi redoutables autocrates que le tchadien Idriss Deby, de même que son prédécesseur Hissène Habré, parait sans consistance face au poids d’une Chine, sans passif colonial avec l’Afrique, dispensant de surcroît un important flot de liquidités, sans contrepartie politique.

Objectif sous-jacent, Serval vise à préserver l’espace francophone, dernier réduit de la puissance française, de tout nouveau grignotage arabophone ou sinophone, alors que la Francophonie est désormais reléguée au 12 rang mondial par le nombre de ses locuteurs (120 millions de locuteurs), que le chinois occupe le premier rang avec près d’un milliard de locuteurs, et l’arabe, le 6me rang mondial avec 400 millions de locuteurs.

En blanchissant la France de ses turpitudes coloniales, Serval au Mali apparaît rétrospectivement comme une opération de verrouillage de la porte arrière du Maghreb, l’ultime digue francophone avant le débordement chinois vers l’Europe.

René Naba

Chine AfriqueLe lièvre américain et la tortue chinoise, une fable à l’échelle planétaire (1/4), 07 avril 2013

Afrique ChineEndiguement euro américain de la Chine en Afrique et guerre psychologique.Chine/Afrique 2/4, 12 avril 2013

 

Référence

1-A propos des enjeux sous-jacents de l’opération Serval. CF. Au Mali, La France joue son rang de puissance http://www.renenaba.com/interview-rene-naba-a-la-nouvelle-republique/

Et pour EUFO Cf. «Le quadrillage en douceur de l’Afrique»

http://www.renenaba.com/le-quadrillage-en-douceur-de-l%E2%80%99afrique/ Eu for-Tchad/RCA est une opération militaire de transition chargée notamment de la protection de la population en proie à la guerre civile dans l’Est du Tchad et dans le Nord-Est de la République centrafricaine.  Sa mise en place a été décidée par l’Union Européenne le 28 janvier 2008, dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), en vue de faire face à la crise du Darfour dans la zone frontalière soudano-tchadienne. Forte de trois membres,  le contingent français en constituait l’ossature (1.700 membres).

2-La crise de Fachoda: Dans l’imaginaire collectif français, l’épreuve de force qui opposa Paris et Londres, en 1898, demeure comme le plus important revers militaire et diplomatique, une profonde humiliation infligée par le Royaume uni à la France sur le continent africain. Ce sérieux incident diplomatique au retentissement considérable en pleine phase d’expansion coloniale entraîna la fin des ambitions françaises sur l’Egypte et la zone nilotique (Egypte, Soudan, Ouganda), alors qu’elle avait été le maître d’œuvre du percement du Canal de Suez. Le site de Fachoda (ou Kodok) est situé à 650 km au sud de la capitale soudanaise.

3-«Israel et le contrôle des terres dans le Monde» Cf. Golias Hebdo N° 275- semaine du 14 au 20 Février 2013, se référant à une étude de The Journal of the National Academy of Sciences of the United States, étude intitulée «Global Land and Water Grabbing (accaparement mondial de la terre et des eaux). Israël est à la tête des pays qui contrôlent les terrer dans les pays pauvres, avec les Etats Unis, la Grande Bretagne et la Chine. Selon l’étude 90 pour cent de ces terres se trouvent dans 24 pays situées pour la plupart en Afrique, en Asie et en Amérique latine. En Colombie, Israël a pris le contrôle d’immense superficie pour cultiver la canne à sucre. Aux Philippines, la proportion des terres confisquées atteint 17,2 pour cent de la surface des terres agricoles. Depuis la crise alimentaire de 2007-2008, les sociétés étrangères s’emparent de dix millions d’hectares annuellement de terres arables. Les nouvelles cultures se font souvent au détriment des jungles et des zones d’importance environnementales, menacées ans leur biodiversité. Elles utilisent engrais et pesticides et libèrent d’importantes quantités de gaz à effet de serre. Au final, le phénomène sape les bases de la souveraineté alimentaire et détourne en particulier les ressources en eau.

4- Canal Ben Gourion: Cf. Le journal transarabe de Londres « Al Qods Al Arabi», 19 Mars 2013. Israël proposerait à la Jordanie d’aménager des sites touristiques sur la voie d’eau afin de neutraliser une éventuelle réaction de la part du deuxième pays arabe signataire d’un traité de paix avec Israël. Sur les berges du canal israélien seront aménagées des sites touristiques avec hôtels de luxe, lieux de distraction en vue d’en faire un gigantesque complexe touristique dont le périmètre sera placé sous haute surveillance électronique avec détection Laser.

Le Qatar avait auparavant proposé à l’Egypte de lui louer le Canal de Suez pour cinquante ans pour la somme de cinquante milliards de dollars afin de renflouer l’économie égyptienne, à charge pour le Qatar d’assurer la sécurité de la navigation, notamment la péninsule de Sinaï des attaques terroristes et de rassurer ainsi les israéliens.

La protection du Canal et de la Péninsule du Sinaï devait être assurée par des compagnies militaires privées. Le Qatar se proposait de déployer Black Water, les mercenaires américains qui se sont illustrés en Irak, pour cette tâche. En fait l’Egypte perdrait sa souveraineté. L’idée en a été soufflée par les israélo américains et viserait à empêcher l’Egypte de déployer des troupes supplémentaires, notamment une aviation dans le Sinaï.

Mais le projet battait de l’aile car depuis la 2 me attaque israélienne contre Gaza (Novembre 2012) et le rôle joué par l’Egypte, les Américains étaient satisfaits du rôle de prestataire de service du président égyptien Mohamad Morsi.  Youssef Al-Qaradawi, le prédicateur médiatique, avait d’ailleurs menacé l’Egypte de lui couper une aide de 20 milliards de dollars promise en cas de mise en échec de Morsi par le protestataire anti constitution.

Sur le plan du camp palestinien de Yarmouk, dans la banlieue de Damas: Le Hamas qui avait bénéficié de l’hospitalité active de Hafez et de Bachar pendant seize ans, s’est allié avec Al Qaida (alliance sunnite) pour s’emparer du contrôle de camp et en faire un sanctuaire de l’opposition et un vivier de combattants anti-régime. Le Hamas a ainsi troqué une alliance stratégique pour une nouvelle alliance sur une base sectaire, le sunnisme, le seul point commun aux deux organisations, qui n’ont pas d’autres points communs. Le saoudien transnational ‘un est purement terroriste, c’est à dire pratiquant une politique de nuisance par la terreur, alors que le palestinien se veut un mouvement de libération nationale.

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Un biais nécessaire

La démocratie occidentale est-elle le résultat heureux du long malheur des peuples ? Ces peuples ont-ils lutté pour obtenir des droits et jouir de leurs fruits après les avoir courageusement arrachés des mains de leurs maîtres avares de bons sentiments ? Autrement dit, ces peuples ont-ils réussi à faire plier les oligarchies devant la puissance de leurs aspirations démocratiques et les oligarchies ont-elles rendu l’âme en vomissant sur la place publique la liberté, l’égalité et la fraternité universelle comme autant de tribus de leur soumission aux nouveaux maîtres de la terre – les peuples souverains – dont nous serions les héritiers ?

Plutôt que de flatter notre ego citoyen et de nous conférer une puissance que nous nous supposons en attribuant aux peuples – auxquels nous nous identifions – le rôle principal dans le torrent démocratique qui a submergé l’Occident aux cours des deux derniers siècles, exerçons notre mauvais esprit – critique, il va sans dire – sur nous-mêmes et prenons à partie le mythe de nos origines.

Au lieu de voir la démocratie comme le résultat d’une succession de conquêtes glorieuses remportées par le peuple, conscient de sa force, sur l’inertie d’une oligarchie arc-boutée sur ses privilèges, voyons le processus de démocratisation occidentale comme la suite d’adaptations entreprises par l’oligarchie pour consolider sa domination et se préserver des éruptions populaires trop débordantes d’empathie révolutionnaire.

Parions qu’en partant de ce point de vue – méthodologique – nous constaterons, avec trouble et peut-être une certaine amertume, que l’oligarchie n’as pas cédé une once de son pouvoir au peuple en lui offrant généreusement des droits, des institutions, des représentations démocratiques au sein du carcan capitaliste libéral qui a pris forme tout au long de l’évolution moderne des sociétés occidentales.

En adoptant cette perspective, nous ne cherchons pas à désenchanter les luttes politiques et sociales qui n’auraient été, jusqu’à présent, que des instruments aux mains de l’oligarchie occidentale lui permettant de se maintenir au pouvoir. Nous souhaitons simplement souligner que ces luttes, si elles n’ont pas été inutiles pour certains peuples ou certaines portions du peuple, si elles n’ont pas été dépourvues de moments collectifs fraternels et héroïques, si elles ont pu remporter des victoires importantes ici ou là, elles n’ont jamais atteint le cœur même du problème des sociétés occidentales qui se parent de toutes les vertus démocratiques : la domination d’une oligarchie qui règne sans partage – équitable – sur l’ensemble des pouvoirs politiques, économiques et culturels et qui n’octroie à ses ouailles que ce qu’elle croit bon devoir lui concéder, à savoir, les miettes de l’orgie capitaliste.

À l’origine de la démocratie… l’oligarchie

La démocratie occidentale ne s’est pas construite contre l’oligarchie, mais avec sa complicité. Pire encore, l’oligarchie est à l’origine même de la démocratie moderne. Elle a, par conséquent, façonné la démocratie à son image afin qu’elle serve ses intérêts particuliers. La démocratie occidentale en porte la marque (le système représentatif) ; nos institutions en ont les stigmates (un multipartisme de façade ; des droits et des libertés impuissants contre les fondamentaux libéraux de l’oligarchie ; l’argent comme carburant de la vie politique ; une répartition très inégalitaire des richesses produites, etc.).

L’oligarchie a su faire siennes toutes les revendications populaires pour les orienter en sa faveur ou pour les vider d’une partie de leur substance corrosive ; elle a pu insuffler les changements démocratiques de manière à ce qu’ils ne remettent en cause ses fondamentaux qu’à la marge. L’oligarchie a réussi à se fondre dans le moule démocratique et à s’en faire un bouclier qui la protège des colères populaires.

Ce point de vue devrait nous permettre de comprendre pourquoi les démocraties occidentales commettent de manière régulière des crimes de masse au nom de leurs peuples et des valeurs démocratiques sans que les opinions publiques ne s’en émeuvent outre mesure ; pourquoi elles peuvent utiliser sans vergogne le chaos et la guerre dans les relations internationales pour maintenir leur prééminence sur les affaires du monde ; pourquoi les États-Unis peuvent massacrer des centaines de milliers de civils innocents sans honte bue en Irak, en Afghanistan ou ailleurs ; pourquoi la France peut se rendre coupable de complicité de génocide au Rwanda sans qu’aucun de ses dirigeants ne soient poursuivis en justice ; pourquoi Israël peut procéder à un lent génocide contre le peuple palestinien avec bonne conscience et la complicité des milieux médiatiques qui ne pipent mot ; pourquoi les Occidentaux s’allient avec l’islamisme radical pour détruire des pays comme la Libye et la Syrie tout en se prétendant les anges gardiens de l’innocence et du bien, etc.

Toutes ces contradictions apparentes entre les principes des Lumières affichés par les sociétés occidentales et leurs actions politiques et géopolitiques concrètes s’expliquent, notamment, parce que l’oligarchie est au cœur même des démocraties occidentales, qu’elle en est l’architecte et le metteur en scène qui écrit le scénario de son évolution. La démocratie représentative occidentale n’entrave ni la puissance de l’oligarchie ni l’expression de ses vices et de ses dérives. Elle en est, au contraire, l’instrument privilégié.

Car, nous le verrons, la démocratie occidentale, à la fois instrument de protection et de domination de l’oligarchie libérale, donne une force légale et morale aux prédations de nos élites. Par le système de la représentation, les peuples offrent leur caution morale aux choix de leurs mandataires qui prétendent agir en leur nom, ce qui n’est d’ailleurs guère contestable d’un point de vue légal. De la sorte, les crimes de l’oligarchie sont aussi les nôtres, puisqu’ils sont l’œuvre de nos représentants et que nos protestations face à leurs actions criminelles se traduisent généralement par leur réélection ! Quelques fois, cependant, il arrive qu’un des mauvais génies de l’oligarchie soit sacrifié par ses pairs et soit mis à l’écart. Mais, dans ce dernier cas, il est généralement prestement remplacé par un autre démocrate aux mains sales qui poursuit allègrement l’œuvre de son prédécesseur.

Enfin, ce point de vue nous aidera peut-être à comprendre l’ampleur de l’effort qu’il reste à accomplir pour tenter l’aventure démocratique contre le principal obstacle à l’abolition des contradictions et des ambiguïtés des sociétés occidentales : le pouvoir inébranlable de l’oligarchie. Cela nous permettra de percevoir l’impasse qu’il y a à jeter toute son énergie combative dans des luttes périphériques sociétales (pour ou contre la peine de mort, l’interdiction du port du voile à l’école, le mariage gay, etc.) qui n’atteignent pas, ni ne cherchent à atteindre, le cœur de ce pouvoir.

 Un marché de dupes

Remontons, un instant, à aux révolutions française et américaine pour illustrer notre propos.

Au pays des droits de l’homme… on tire sur le peuple…

Dans la France du 18ième siècle finissant, nous voyons une ancienne oligarchie aristocratique, fatiguée, divisée et moribonde qui cède la place à une oligarchie bourgeoise conquérante et sûre d’elle-même. Cette dernière n’a, depuis lors, pas quitté les rênes du pouvoir. Après avoir fait fortune dans le commerce triangulaire, avoir amassé des montagnes d’or en commettant des crimes de masse aux quatre coins du monde (du continent américain à l’océan Pacifique), il fallait que l’oligarchie bourgeoise enrobe ses succès du sceau de valeurs universelles. À l’onction divine de l’ancienne oligarchie, la nouvelle classe dirigeante voulait lui substituer l’onction populaire.

La classe bourgeoise a su habilement jeter le peuple dans la rue pour lui faire accomplir la sale besogne qu’elle n’aurait jamais pu mener à bien elle-même sans tâcher ses nouveaux habits de maître : saigner les corps en décomposition de l’Ancien Régime et anéantir les symboles d’un pouvoir qui avait déjà changé de mains, tout en faisant la démonstration que la démocratie directe est synonyme de terreur, de chaos et de sang. D’une certaine manière, il s’agissait d’avilir le peuple et ses aspirations légitimes, d’entacher ses rêves de démocratie avec le sang de ceux que la nouvelle oligarchie voulait chasser du pouvoir. Il s’agissait, ainsi, d’enterrer toute idée de démocratie directe sous les dépouilles fumantes des anciens ordres faillis. Subtile manœuvre de l’oligarchie bourgeoise qui a feint de donner le pouvoir au peuple pour le lui retirer ; démonstration aussi de son jeu pervers et violent pour asseoir sa légitimité. La tête du Roi ne lui suffisait pas ; il lui fallait celles des révolutionnaires, gueux ou bourgeois, qui avaient épousé trop étroitement la cause du peuple et des misérables.

À partir de la Révolution française, et grâce au système de la démocratie représentative, l’oligarchie pourra réprimer dans le sang toute révolte populaire au nom de la souveraineté du peuple : en juin 1848 c’est au nom du peuple que le républicain Cavaignac ira gaiement massacrer les masses populaires en plein Paris ; en mai 1871, ce sont les hommes de la future Troisième République qui organiseront les battues contre les Communards et s’acharneront sur leurs corps et leur mémoire. Aujourd’hui, en digne héritière de l’ire oligarchique, c’est au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes que la France envoie à la mort Libyens et Syriens et procède au dépeçage de leurs pays respectifs avec l’aide de milices terroristes wahhabites.

Le génie de l’oligarchie a été d’octroyer des droits aux peuples quémandeurs. Le droit n’est jamais qu’une promesse que personne n’est tenu d’accomplir. C’est un espoir qui ne coûte pas grand-chose à la nouvelle religion laïque qu’est la démocratie représentative et qui ne menace pas l’ordre oligarchique. Une démocratie juridique, mais pas réelle, voilà le chef d’œuvre de l’oligarchie capitaliste naissante. Le peuple aura des droits, mais pas toute la réalité de la chose. Les droits sont impuissants à rattraper le réel, et tant pis si le peuple continue à lui courir après.

Dans la patrie des braves… il y a des maîtres et des esclaves…

De l’autre côté de l’Atlantique, au commencement de la jeune république américaine, les élites ont passé un marché – à la bourse des valeurs humaines – avec leur peuple, dont la philosophie pourrait se résumer en ces mots : « vous nous laissez massacrer les Indiens pour étendre notre horizon, vous nous permettez d’utiliser le travail gratuit de millions d’esclaves pour cultiver ces vastes territoires et en échange nous vous octroyons des droits politiques et économiques ».

Pour prendre la place de l’oligarchie anglaise sur le territoire nord américain, il fallait que l’élite américaine parvienne à faire passer ce marchandage pour une émancipation du peuple. Il ne s’agissait, cependant, que d’officialiser la substitution d’une oligarchie lointaine par une oligarchie locale (i) qui souhaitait acquérir davantage de terres (notamment au détriment des Indiens qui avaient obtenu de l’Angleterre, en 1763, la fin de l’expansion territoriale des colonies), (ii) qui cherchait à s’acquitter de moins d’impôts et de taxes et (iii) qui voulait se réserver les richesses tirées de l’esclavage. Pour ne pas mettre en avant les revendications matérielles de l’oligarchie américaine, ce qui eut paru égoïste et aurait réduit l’opposition entre l’Angleterre et ses colonies à une querelle de rentiers, il fallait mettre en scène le peuple et prétendre défendre des valeurs universelles et une cause morale allant au-delà de l’esprit de conquête et de rapine d’un petit groupe de privilégiés, grands possédants et propriétaires d’esclaves comme George Washington et Thomas Jefferson. Pour réussir, il fallait à la fois que le peuple se croit opprimé par ses lointains maîtres, qu’il joue le rôle qu’on voulait qu’il tienne, qu’il se contente de droits politiques et économiques qu’il possédait déjà et qu’il consacre la domination de son oligarchie locale. En soulevant le peuple contre les maîtres anglais on lui donnait le sentiment que ses donneurs d’ordre américains partageaient les mêmes intérêts et qu’une fois libéré des chaînes du Roi George (troisième du nom) le peuple serait maître de son propre destin sous la figure tutélaire du Président George Washington.

En 1980, l’historien et essayiste américain Howard Zinn publiait « Une Histoire Populaire des États-Unis »[1], livre fondateur qui devait marquer un tournant dans l’historiographie consacrée au Pays à la Bannière étoilée, terre autoproclamée de la liberté et patrie des braves[2]. Jusque-là, l’histoire des États-Unis avait été principalement écrite du point de vue de ceux qui avaient largement bénéficié des retombées de son capitalisme conquérant. À lire la plupart des historiens américains avant Howard Zinn, il semblait que les États-Unis étaient une nation pleine de héros surhumains ayant achevé d’accomplir la perfection humaine, œuvre laissée en jachère par un Dieu imparfait.

Howard Zinn opère un renversement de perspective et décrit l’Histoire de l’Amérique, puis des États-Unis, du point de vue de ses victimes, depuis l’arrivée des occupants européens jusqu’à nos jours. L’histoire ainsi décrite ressemble moins à une épopée grandiose où les héros succèdent aux héros[3] qu’à une longue série de crimes et de malheurs dont sont victimes les plus nombreux. Ainsi, sont évoqués les massacres des Indiens, leur déportation et la confiscation systématique de leurs terres, le commerce transatlantique avec ses cargaisons d’humanité bafouée, l’esclavage avec le labeur forcé et gratuit de millions d’êtres humains[4], puis les répressions sanglantes des travailleurs des classes laborieuses tout au long des 19ième et 20ième siècles et, enfin, la misère dégradante dans laquelle vivaient – et vivent encore – des dizaines de millions de citoyens américains ou d’immigrés victimes de la réussite des autres, forcés de travailler dès le plus jeune âge et de se tuer à la tâche pour que le puissant accumule richesses et honneurs. Howard Zinn nous fait bien comprendre, que c’est sur ces crimes et malheurs que la puissance du pays s’est bâtie au profit d’une minorité prospère et égoïste.

Les droits n’ont été octroyés que pour moraliser et justifier l’exploitation des plus faibles et donner à cette exploitation le sceau démocratique qui permettra de prétendre qu’elle est le résultat de l’expression de la souveraineté populaire. Ce n’est plus Dieu et son représentant sur terre qui exigent une société de maîtres et d’esclaves, de dominants et de dominés, de bienheureux et de damnés, c’est le peuple lui-même pris au piège de sa propre souveraineté dans un système de démocratie représentative qui offre à ses représentants les clefs de sa propre servitude.

Des droits sur mesure pour le marché

Des deux côtés de l’Atlantique, l’éventail des droits sera, cependant, élargi progressivement au cours des deux siècles qui se sont écoulés depuis les révolutions américaine et française. Une plus grande portion du peuple pourra goûter à l’expression concrète de ses droits dans sa vie quotidienne. Mais il ne s’agira jamais que d’une reconnaissance, par l’oligarchie, des évolutions des besoins du capitalisme occidental, qui repose toujours davantage sur la solvabilité réelle ou artificielle – par l’endettement – d’une base toujours plus large de consommateurs. Au fur et à mesure de l’extension des moyens de production elle étendra son marché en octroyant des droits à des composantes du peuple qui en étaient privées jusque-là  – comme les noirs ou les femmes – non pas en raison d’un amour immodéré pour ces catégories sociales et humaines opprimées, mais pour élargir l’aire de jeu du capitalisme marchand.

Si les peuples occidentaux ont été tant choyés pendant les Trente Glorieuses ce n’est pas parce que les valeurs démocratiques envahissaient l’oligarchie ou que celle-ci avait perdu du terrain, mais (i) parce qu’il fallait reconstruire un monde en ruine, la ruine n’étant pour l’oligarchie dominante qu’une source d’opportunités supplémentaires ; (ii) que le capitalisme de la séduction - dont les mécanismes ont été finement décortiqués par le sociologue Michel Clouscard – avait besoin de libérer l’individu occidental d’un certain nombre de contraintes culturelles (notamment sexuelles) pour étendre l’emprise du marché (et transformer le citoyen bon père de famille en un consommateur pulsionnel) ; et (iii) que l’Occident devait maintenir un avantage comparatif par rapport à l’Union Soviétique et au monde des non-alignés pour promouvoir son modèle de développement.

Après s’être hissée à la tête de l’oligarchie occidentale en 1945, l’élite américaine pouvait bien concéder quelques droits. Après avoir financé tous les belligérants, y compris Hitler et l’industrie de guerre allemande, l’oligarchie américaine pouvait récupérer le sceptre de l’élite mondiale et s’imposer économiquement, culturellement, militairement à ses « semblables » subalternes (autrement dit, aux sous-oligarchies de l’oligarchie dominante).

La livrée de chair du capitalisme

L’oligarchie occidentale fera payer cher aux peuples leurs débordements, leurs revendications, leurs suppliques et leurs quelques succès éphémères. Avant de leur concéder davantage de droits, elle saignera les peuples (notamment, au travers de deux Guerres mondiales), les épuisera dans des luttes mortelles (les mille et une répressions sanglantes des grèves ouvrières aux États-Unis, les massacres de juin 1848 et ceux de mai 1871 en France, etc.), les rendra dépendants de sa miséricorde matérialiste en les endettant outre mesure et leur fera approuver des crimes de masse contre d’autres peuples (d’Hiroshima à Guantanamo, du Guatemala au Nicaragua, de Thiaroye aux charniers rwandais, de l’Indonésie à l’Irak, de la Libye à la Syrie, etc.) pour leur offrir les débris de ses exploits sanglants.

Chaque droit acquis – aussi illusoire que ce droit puisse être – sera payé par une livrée de chair, de souffrances, de larmes et de sang. Et à l’occasion d’une crise politique ou économique, l’oligarchie remettra en cause les acquis mal acquis pour que les peuples paient à nouveau le droit de les reprendre et de les récupérer, morceau par morceau, à la sueur de nouvelles souffrances[5].

À aucun moment l’oligarchie ne perdra sa prééminence, ses prérogatives, sa morgue, sa volonté de puissance ; à aucun moment elle ne consentira à répartir équitablement entre le travail et le capital les richesses produites par tous, même pendant les périodes de croissance continue. À aucun moment elle ne cédera sur ses fondamentaux libéraux.

Les Trente Glorieuses font illusion, et semblent contredire un constat nourri par une profusion d’exemples. Mais, 30 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’illusion se dissipe dans la dure réalité de la crise : l’élite trouve les moyens de reprendre une partie des droits octroyés dans un moment d’égarement généreux né des fosses communes de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, le virage néolibéral et la financiarisation de l’économie du début des années 1980, la globalisation marchande, l’ouverture de l’Occident à la concurrence externe, auront raison des droits économiques concédés temporairement par l’oligarchie quelques décennies plus tôt.

Les Trente Piteuses succéderont aux Trente Glorieuses, alors même que les richesses produites n’auront et ne cesseront de croître. Au sein des sociétés occidentales, les élites continueront à s’enrichir à outrance et l’on verra apparaître les « hyper-riches », le nouveau visage des bienheureux et des bien-nés. L’écart entre les plus opulents et les plus pauvres connaîtra des proportions dignes de l’époque où Gavroche arpentait les rues misérables du Paris crasseux et on nous dira qu’il faut nécessairement se serrer la ceinture et recevoir les coups de cravache de la rigueur pour sauver la démocratie et la croissance.

On le voit bien, il s’agit d’un marché de dupes renouvelé de décade en décade : le peuple vend son âme contre des droits ; il accepte les crimes commis en son nom contre des fantasmes et des espoirs ; il recueille les miettes des dîners bourgeois et continue de courber l’échine pour gagner le salaire de sa peur ; il obtient un droit de grève ici contre un massacre plus loin, un droit de vote contre une colonie et une guerre de conquête en plus, la liberté d’opinion contre un salaire misérable, quelques services publics contre le droit d’aller se faire tuer dans les tranchées de Verdun, etc.etc.etc. In finitum ad nauseam.

Un instrument de protection

L’oligarchie occidentale se sent plus en sécurité dans un système politique de démocratie représentative qui donne une légitimité à sa position prééminente plutôt que dans une monarchie absolue. Cela est plus cohérent avec les valeurs qu’elle a mises en avant pour prendre le pouvoir aux États-Unis à partir de 1776 et en France à partir de 1789 et lui offre une protection contre le prince sans pouvoir qu’est le peuple souverain.

Déresponsabiliser

Dans un système de démocratie représentative il est difficile d’identifier le responsable ; il s’opère une sorte de dilution des responsabilités dans le marais oligarchique. L’oligarchie peut aisément se distancier du prince élu et offrir au peuple une tête temporairement couronnée sans perdre son pouvoir ni ses privilèges. La colère du peuple trouve ainsi un exutoire non violent ; on passe d’un représentant de l’oligarchie à un autre sans révolution et sans violence populaire. Le pouvoir absolu est toujours entre les mêmes mains, mais le visage de son représentant change, pour que rien ne change.

Il n’est pas aisé, par exemple, d’identifier un coupable à sa misère lorsque l’on est un citoyen américain pauvre vivant aujourd’hui aux États-Unis, le pays le plus riche et le plus puissant de la planète. Il ne peut accuser personne ; juste un système qui produit sa misère, mais dont personne ne semble responsable. Un Président américain, même s’il accomplit deux mandats, est difficilement rendu coupable de la situation de délabrement social produite par plus de deux cents ans de démocratie représentative ancrée dans ses fondamentaux libéraux. Il n’y a pas un tyran ou un personnage prétendu tel à qui prêter tous les malheurs du monde.

Désarmer

La démocratie représentative est désarmante car la volonté générale est sensée transpirer de toutes ses institutions. La révolte du peuple, quand elle a lieu, perd de sa force morale et peut être présentée comme une révolte contre la volonté populaire incarnée par l’oligarchie élue. L’oligarchie à qui on offre l’onction populaire se croit autorisée moralement et légalement, à tuer, conquérir, assassiner au nom de la démocratie et de ses prétendues valeurs. Le peuple a le droit de vote ; l’oligarchie a le droit de tirer dans la foule.

Toute l’intelligence de l’élite oligarchique a été de vendre au peuple la démocratie représentative comme le modèle indépassable de l’organisation politique moderne, le seul à même de répondre aux besoins des peuples occidentaux. Quel énergumène oserait, dès lors, remettre en cause un système qui semble briller face aux soleils noirs des totalitarismes d’hier et d’aujourd’hui.

Il semble, pour reprendre des propos que nous avons tenus ailleurs, que « les crimes ou les défauts [des démocraties] s’estompent dans la contemplation béate des bienfaits des régimes démocratiques à laquelle nous nous abandonnons mollement. Nous sommes habitués aux dichotomies simples, voire simplistes : soit noir, soit blanc ; soit démocratie, soit dictature ; soit le paradis, soit l’enfer. Or, il est évident que la démocratie peut être un paradis pour beaucoup et un enfer pour d’autres, qu’elle peut avoir un visage souriant et lumineux et une face sombre : en 1789, la jeune démocratie américaine qui venait d’élire son premier Président était sans doute un paradis pour des notables blancs comme George Washington et Thomas Jefferson, mais peut-être un peu moins pour les millions d’esclaves noirs exploités dans des conditions dégradantes et inhumaines ».[6]

La démocratie représentative désarme notre lucidité sur nous-mêmes ; nous ne sommes plus capables de voir le mal en nous, même lorsque nous jetons nos cargaisons de bombes au phosphore sur des irakiens innocents.

Déculpabiliser

En octroyant la démocratie à ses peuples, l’oligarchie occidentale s’est libérée de la contrainte de justifier ses actions. Les régimes occidentaux baignent dans le dogme de l’infaillibilité démocratique, dogme qui transforme leurs actions criminelles en aventures humanitaires, leurs prédations commises pour des intérêts privés en combats moraux et fraternels. Avec ce dogme, l’Occident s’offre une sorte d’innocence perpétuelle et se pare de toutes les vertus. D’une certaine manière, l’aléa moral a disparu au sein des démocraties occidentales : elles ne peuvent mal agir, puisque ce sont des démocraties. L’Occident peut dès lors déshumaniser les « autres », ses ennemis qui ne portent pas les habits de la démocratie ; il peut dès lors les massacrer au nom des droits de l’homme et racheter leurs âmes damnées en les envoyant en enfer. Sur la base de ce principe, les sociétés occidentales assurent l’impunité des crimes perpétrés par leurs démocrates aux mains sales.

L’oligarchie réussit, en outre, ce tour de force qui consiste à faire consentir ses citoyens aux violences qu’elle exerce. Grâce à la démocratie représentative nous partageons les crimes de nos commis. Devenus complices des actions de nos élites à travers le vote, nous n’osons pas les dénoncer avec la force nécessaire à les condamner ou à les détourner de leurs conséquences funestes, de crainte de reconnaître ainsi notre propre complicité. Partageant le crime, nous en partageons le déni et les mécanismes dé-culpabilisateurs qui le perpétuent.

Un instrument de domination

Le pouvoir symbolique sans le pouvoir réel

Qu’importe qui a le pouvoir abstrait ou symbolique, ce qui compte est d’exercer le pouvoir réel, même si c’est au nom d’une abstraction lyrique comme le « peuple souverain » que ce pouvoir est mis en œuvre. Le souverain – le peuple – n’exerce pas le pouvoir, il se contente de s’en dessaisir au profit d’une poignée d’élus qui aura carte blanche pour agir à sa guise. Le peuple est un souverain déchu et qui déchoit un peu plus après chaque vote. Le peuple, sorte de Sisyphe qui porte le vote comme son fardeau, consent volontiers à ce dessaisissement, par paresse, crainte, résignation, lassitude ou lâcheté. Car il faut une certaine lâcheté ou immoralité pour offrir son vote à des individus qui commettront immanquablement – l’expérience le prouve – un certain nombre de crimes au cours de leur mandat. Ces crimes, par le jeu de la représentation, sont commis en notre nom, par une oligarchie aux valeurs inébranlables et éternelles.

Le vote est ainsi une sorte d’offrande faite à un Dieu tout puissant qui ne rend compte de ses actes qu’à lui-même. À échéances régulières, le peuple vient sacrifier sa souveraineté sur l’autel de la démocratie représentative.

 « La Souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le Peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. Le peuple Anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde ». Jean-Jacques Rousseau, « Du Contrat Social », III, 15.

Des droits impuissants

Le mécanisme de la démocratie représentative permet à l’oligarchie d’exercer l’ensemble des fonctions régaliennes, qui fondent la puissance et la gloire des États, en dehors même des mécanismes étatiques. Les États membres de l’Union européenne, par exemple, ont peu à peu été dépouillés (i) de leur souveraineté monétaire au profit des banquiers privés et d’institutions non-démocratiques (comme la BCE), (ii) de leur souveraineté économique au profit de multinationales qui délocalisent leurs profits et leur production et (iii) de leur souveraineté militaire au profit de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, autrement dit, des États-Unis.

Le droit de vote et la liberté d’expression ne sont octroyés au peuple que dans la mesure où leur usage ne peut ni ne doit remettre en cause les fondamentaux de l’oligarchie. Ce sont des droits impuissants.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ces fondamentaux sont ceux de l’oligarchie dominante qui exerce le pouvoir aux États-Unis, après avoir, grâce au plus sanglant et plus grand conflit de l’histoire, pris la place de l’oligarchie anglaise à la tête de l’Occident. On peut schématiquement en faire la liste suivante : (1) le libéralisme économique et la puissance des banques, (2) la domination du dollar dans les échanges internationaux, (3) les guerres de conquête du complexe militaro-industriel – pour, notamment, l’accaparement des ressources naturelles des pays périphérique à ses valeurs - ; (4) l’hégémonisme total des États-Unis dans les domaines militaire, économique et culturel ; (5) l’alliance indéfectible avec l’Arabie saoudite (principal État terroriste islamique au monde) ; (6) le soutien sans faille au sionisme.

Les peuples ont des droits, mais il ne leur est pas donné de remettre en cause les fondamentaux que nous venons d’énoncer.

Prenons un exemple parmi tant d’autres possibles. Qui peut prétendre que les 50 millions d’Américains vivant aujourd’hui sous le seuil de pauvreté vivent en démocratie ? Comment peut-on justifier que dans un pays aussi puissant et riche et qui a connu une croissance quasi-ininterrompue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale il y ait une telle proportion de personnes vivant dans la misère ? Cette misère n’est-elle pas le produit du système oligarchique ? N’est-elle pas le résultat d’une philosophie libérale contre laquelle le peuple ne peut rien ? Que signifie jouir du droit de vote et de la liberté d’expression lorsque l’exercice de ces droits ne permet pas de survivre décemment, ni de remettre en cause l’un des fondamentaux libéraux de l’oligarchie ? Une personne vivant sous un pont d’une grande ville américaine peut critiquer à loisir les dirigeants politiques de son pays et jouit du droit de vote, mais à quoi cela lui sert-il, s’il ne peut s’arracher à sa misère par ces deux moyens ? Pour lui, le droit de vote et la liberté d’expression sont des jouissances impuissantes.

Trois exemples tirés de l’histoire

Appliquons notre « biais nécessaire » à trois événements contemporains qui illustrent, d’après l’esprit dominant de notre belle époque, la victoire des principes sur le cynisme de l’oligarchie.

Aux esclaves la patrie reconnaissante

La guerre civile américaine est présentée par l’historiographie dominante comme une lutte entre esclavagistes et abolitionnistes. Sous cet angle, le Président Abraham Lincoln passe pour un libérateur dont les motivations auraient été principalement humanitaires. Raisonner de la sorte, c’est s’aveugler sur les réels moteurs de l’histoire.

Une vision naïve de l’histoire met au centre de sa matrice le combat des hommes pour leur affranchissement, la lutte pour les droits de l’homme et le progrès de la conscience humaine. La réalité est généralement plus prosaïque et moins glorieuse pour les peuples et pour ses héros.

À travers la guerre civile américaine, il s’agissait pour une partie de l’oligarchie, la plus puissante, de mettre fin, non pas à un système d’exploitation, mais à une économie archaïque et peu rentable, pour la remplacer par une économie où l’esclave s’efface devant l’ouvrier mal payé et où une partie de la masse des manœuvres est abandonnée au profit des machines. L’abolition de l’esclavage était une nécessité économique pour maintenir la suprématie d’une élite qui réclamait des retours sur investissements plus rapides et plus élevés. L’esclavage c’était l’ancien régime économique inadapté à l’ère du capitalisme industriel et du progrès technique triomphant. Au moment précis où Lincoln décida de mettre fin à l’esclavage (pour lui substituer la ségrégation) il s’agissait, également, d’un choix tactique pour déstabiliser les États du Sud dans leur lutte contre les États du Nord. 

« Mon objectif premier dans cette lutte est de sauver l’Union, ce n’est pas de sauver ou de détruire l’esclavage. Si je pouvais sauver l’Union sans libérer aucun esclave, je le ferais et si je pouvais la sauver en les libérant tous, je le ferais ; et si je pouvais la sauver en en libérant une partie et en laissant les autres à leur sort, je le ferais également. » Lettre d’Abraham Lincoln, du 22 août 1862, citée dans ‘Dred Scott’s revenge’ d’Andrew Napolitano, 2009, page 79 – Éditions Thomas Nelson.

 « I will say then that I am not, nor ever have been in favor of bringing about in any way the social and political equality of the white and black races, that I am not nor ever have been in favor of making voters or jurors of negroes, nor of qualifying them to hold office, nor to intermarry with white people; and I will say in addition to this that there is a physical difference between the white and black races which I believe will forever forbid the two races living together on terms of social and political equality. And inasmuch as they cannot so live, while they do remain together there must be the position of superior and inferior, and I as much as any other man am in favor of having the superior position assigned to the white race ». Abraham Lincoln, 18 septembre 1858, discours public, Illinois. The Collected Works of Abraham Lincoln, ed. Roy P. Basler, vol. 3, p. 14546

Une république versaillaise

La troisième République est née sur les décombres de la Commune comme une mauvaise herbe qui s’est nourrie du sang de ses victimes. Comme le démontre admirablement Henri Guillemin dans les Dossiers de l’Histoire, l’oligarchie a hésité entre monarchie et république au lendemain de la défaite de la France face à la Prusse et a finalement choisi cette dernière forme de domination politique parce qu’elle correspondait mieux aux nouvelles exigences capitalistes permettant de continuer les prédations oligarchiques tout en contenant les forces populaires.

La république – troisième du nom – fut octroyée et non arrachée de haute lutte par des démocrates détachés de tout lien oligarchique. Jules Ferry est l’emblème bien transparent de la mainmise de l’oligarchie sur les destinées démocratiques du peuple : il réussit à faire des droits de l’homme l’instrument de vastes conquêtes territoriales au profit d’un petit groupe de banquiers et d’industriels et à apaiser les colères du peuple en lui faisant « bouffer du curé ». Le peuple avait un os à ronger, tandis que l’oligarchie pouvait se gaver de conquêtes nouvelles et de sang frais.

Mythologie indienne

L’indépendance de l’Inde en 1947 est présentée comme le résultat du combat de la non-violence contre le colonialisme britannique. On voudrait nous faire croire que la non-violence a permis de renverser le joug du principal empire colonial de l’histoire. Et si le grand personnage Gandhi n’était que l’instrument d’une partie de l’oligarchie anglaise qui avait compris que les coûts associés au maintien d’une présence coloniale étaient incompatibles avec les évolutions du capitalisme ?

Gandhi renversant, par son pouvoir spirituel et sa grandeur d’âme, l’empire militaire britannique, est une fable bien risible. Il fut l’instrument de la partie de l’oligarchie britannique, avec l’appui des États-Unis[7], contre la vieille garde de cette même oligarchie, afin de passer à un autre stade du capitalisme de domination : le néo-colonialisme, ou la domination par les groupes industriels et les empires financiers.

L’illusion que la non-violence peut renverser l’ordre des choses est tenace. Les rêves adolescents de la désobéissance civile et de la non-violence se brisent néanmoins un peu plus lorsque les faits bruts et cruels font tomber de son piédestal l’idole placée en haut de la hiérarchie des intouchables. Le Mahatma Gandhi, ce prêcheur de vertu aux comportements sexuels plus qu’ambigus, ce personnage colérique et raciste[8], si détaché de lui-même qu’il entreprit d’écrire son autobiographie pour raconter sa prodigieuse épopée, était l’instrument idéal d’une partie de l’oligarchie anglaise qui avait compris que le néo-colonialisme devait remplacer les vieilles règles du jeu colonial d’antan ; que la domination économique pouvait se passer de conquêtes territoriales coûteuses et dangereuses. Une fois son rôle accompli, il pouvait être assassiné.

« Nous croyons en la pureté raciale. Nous croyons aussi qu’en tant que Blancs, la race Blanche d’Afrique du Sud doit être la race prédominante ». « Notre combat est une lutte pour la préservation de notre race, que les Européens veulent mêler aux Kaffirs rudes et incivilisés. » Gandhi. Collected Works, Indian Opinion Archives.

Pour ne pas conclure

Nous avons défendu l’idée que les élites occidentales ont octroyé la démocratie représentative à leurs administrés pour pouvoir se maintenir au pouvoir. En échange de quoi les peuples occidentaux ont accepté, ou ont été forcés d’accepter, de ne participer que symboliquement au jeu démocratique et de fermer les yeux sur un certain nombre de crimes humains, politiques, économiques de grande ampleur perpétrés par leurs élites (contre eux-mêmes ou contre d’autres peuples).

L’oligarchie a instrumentalisé la démocratie pour accomplir un rêve qu’elle aurait pu formuler de la manière suivante : « Qu’ils se battent pour des droits impuissants, qu’ils se combattent, se déchirent entre eux sur des questions sociétales… On désarme ainsi la lutte des classes et on lui substitue la lutte au sein des classes. Au sein des classes laborieuses on se bat pour survivre ; au sein de l’oligarchie on se bat pour la première place, les dorures et les honneurs. Que la fête commence… et continue ».

Ce rêve peut-il être aboli ?[9]

Guillaume de Rouville

auteur de La Démocratie ambiguë, (Éditions Cheap, deuxième édition, décembre 2012) et animateur du site lidiotduvillage.org(géopolitique, chaos et idiotie). 

 



[1] « A People’s History of the United States », Howard Zinn, chez Harper & Row, 1980.

[2] « La Bannière étoilée » est le titre de l’hymne américain (The Star-Spangled Banner). L’hymne mentionne les États-Unis comme « la terre de la liberté et la patrie des braves » (The land of the free and the home of the brave).

[3] La figure du héros et les valeurs de l’héroïsme tiennent une place particulièrement importante dans l’imaginaire américain.

[4] Comme ces centaines d’esclaves employés par Georges Washington et Thomas Jefferson leur vie durant dans des conditions dégradantes et inhumaines. Soit la liberté et le bonheur pour les riches propriétaires, la misère et la vie dure pour leurs serviteurs !

[5] Voir La Stratégie du Choc de Naomi Klein, Leméac Editeur, 2008 et « A People’s History of the United States », Howard Zinn, chez Harper & Row, 1980.

[6] La Démocratie ambiguë, Guillaume de Rouville, Éditions Cheap, deuxième édition, décembre 2012, pages 116-117.

[7] Sous la pression de l’oligarchie américaine dont le nouveau modèle de domination devait s’imposer.

[8] Gandhi : Behind the mask of divinity, de G.B. Singh, 2004, Prometheus.

[9] A suivre.

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Boston, un attentat en quête de coupables…

avril 19th, 2013 by Philippe Grasset

Con Coughlin, chroniqueur émérite du Daily Telegraph et spécialiste du quotidien londonien pour les affaires américanistes, nous donnait, ce 16 avril 2013, une chronique mélancolique sur l’attentat du marathon de Boston. Quelle différence avec 9/11 où l’affaire ne fit pas un pli…

Cette fois, ce qui fut remarquable dans les heures qui ont suivi l’affreuse chose, (et même 24 heures après, et même 36 heures après), c’est le désarroi devant la multiplicité des pistes et des coupables possibles. Cela, écrit tristement Coughlin, c’est l’Amérique du président Obama, car cette diversité des possibles coupables “nous montre quel pays divisé l’Amérique est devenue”… Obama nous avait promis l’unité américaniste retrouvée et il nous a donné la division américaniste, – plus que jamais, – “ce qui est la raison pour laquelle les autorités US cherchent du côté des groupes extrémistes intérieurs autant que du côté des groupes terroristes internationaux comme al Qaïda comme suspects potentiels”…

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Attaque par drones américains interposés au Pakistan ? Bombardements israéliens sur Gaza ? Explosion d’une voiture piégée à Bagdad ou Damas ? Non.. Attentats à Boston, aux États-Unis – Photo : K.MCGAH/AP/SIPA

 

« … Etant donné que les Etats-Unis ont échappé de justesse, ces dernières années, à des attentats préparés par des cellule terroristes islamistes -l’homme qui cachait une bombe dans ses sous-vêtements à Détroit, les bombes dissimulées dans des cartouches d’encre, l’attentat désamorcé de Times Square- il était inévitable que, tout de suite après les explosions, on ait soupçonné les extrémistes islamistes. Cela pourrait évidemment être le cas, mais les enquêteurs s’intéressent de plus en plus aux groupes d’extrême droite intérieurs qui sont tout aussi capables de perpétrer ce genre de crime horrible. L’attaque de Timothy McVeigh contre le complexe fédéral en 1995 qui a causé la mort de 168 personnes a été perpétrée au nom des droits de l’homme.

» Actuellement les enquêteurs se tournent vers les nombreux groupes “patriotiques” de l’extrême droite qui se sont créés depuis que M. Obama est arrivé au pouvoir. On sait notamment que les efforts de l’administration Obama pour réglementer la possession d’armes les exaspèrent. Il est clair que l’importante augmentation des groupes patriotiques -ils ont augmenté de 813 pour cent en quatre ans- sont le signe qu’Obama aura beaucoup de mal à remédier aux profondes divisions de la société américaine. »

Brandon Smith, de Alt-Market.com, avait eu une autre thèse, toujours quelques heures après l’attentat. Pour lui, l’attente de la désignation d’un suspect tenait simplement aux délibérations du gouvernement, du type : “à qui faire porter le chapeau, de la façon la plus intéressante pour nous ?”. Cela, à la lumière de la citation de Rahm Emanuel, ancien chef de cabinet d’Obama reconverti dans l’une des fonctions les plus appréciées d’Al Capone (maire de Chicago), qui nous dit effectivement qu’il ne faut jamais gaspiller une bonne crise : « Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. Ce que je veux dire, c’est que c’est l’occasion de faire ce qu’on ne pouvait pas faire avant. »

Là-dessus, Brandon Smith nous explique comment l’attaque de Boston ressemble à s’y méprendre à celles que Gladio avaient organisé en Italie, dans les années 1970, ces “années de plomb” qui furent prisonnières de la “stratégie de la tension”… Ainsi le gouvernement aurait-il organisé cette attaque avant même de songer à qui il pourrait l’attribuer. (Est-ce si absurde, grotesque, marque d’une obsession du complot et ainsi de suite ? Même cela, nous n’oserions l’affirmer, parce que même cela ne serait pas tout à fait impossible, tant tous les possibles, y compris les presque-impossibles, sont présents dans nos esprits et au bout de nos plumes comme des possibilités-après-tout…) (Sur Alt-Market.com, le 16 avril 2013.)

« Beaucoup de gens se refusent à le croire, mais tous ceux qui s’intéressent à la vérité historique doivent un jour ou l’autre reconnaître que les gouvernements exploitent les crises. Parfois ils se contentent de tirer profit du chaos et du contrecoup d’un désastre dont ils ne sont pas responsables. D’autres fois, ils provoquent eux-mêmes une catastrophe pour créer une situation favorable à des changements politiques ou sociaux. En ce qui concerne les explosions récentes au Marathon de Boston qui ont tué trois personnes et en blessé au moins 140, j’ai posé la question suivante : “Qui avaient-ils projeté d’accuser de l’attentat ?” Les personnes naïves et crédules répondront : “Ils accuseront les vrais coupables de l’attaque, bien sûr !” […]

»… L’attentat de Boston a déjà tous les ingrédients d’une opération sous faux drapeau d’un grand potentiel subversif, et certains détails me rappellent l’Opération Gladio, un opération sous faux drapeau utilisée par les gouvernements de l’OTAN (dont les Etats-Unis) pendant des dizaines d’années d’attentats et d’attaques de masse dans des endroits de grande fréquentation de toute l’Europe qui ont été faussement attribués “aux terroristes d’extrême gauche”. L’opération a été révélée au début des années 1990 par le gouvernement italien et vite reléguée dans les poubelles de l’histoire. Vincenzo Vinciguerra, un terroriste d’extrême droite relié à Gladio, qui purge actuellement une peine de prison à vie pour avoir piégé une voiture et causé la mort de trois policiers a déclaré sous serment en mars 2001 : “Nous devions attaquer des civils, le peuple, les femmes, les enfants, des innocents, des inconnus qui n’avaient rien à voir avec la politique… La raison en est toute simple. Ces attaques étaient supposées pousser les gens, le peuple italien, à réclamer plus de sécurité à l’état. C’est la logique politique qui l’on retrouve derrière tous les attentats qui restent impunis parce que l’état ne peut pas se condamner lui-même ni reconnaître sa responsabilité dans ce que s’est passé…”

»La stratégie de l’OTAN était claire : terroriser la population ordinaire, cibler autant d’innocents que possible dans les endroits où ils se sentaient le plus en sécurité et pousser les citoyens dans les bras ouverts de l’establishment. Cette tactique provoquait une prolifération cancéreuse de tensions publiques parce qu’elle supprimait le sens de la “distance” par rapport à la violence. Une attaque pouvait se produire n’importe quand, n’importe où. Un bouc émissaire prévu d’avance est alors proposé, complétant le circuit et galvanisant les foules dans le sens désiré par l’establishment.

»Les méthodes utilisées en Europe pour diaboliser les mouvements politique “d’aile gauche” pourraient tout aussi facilement servir à diaboliser des mouvements politiques “d’aile droite” ici aux Etats-Unis… […] Le timing, ajouté à ce que l’attaque a d’étrange, est parfait pour le gouvernement. Le 15 avril est le jour où le pays paie ses impôts et la manifestation du Tax Protest Day (la Journée de protestation contre les impôts) qui est sponsorisée chaque année par le Tea Party devait aussi avoir lieu le 15 avril cette année. Par dessus le marché, au Massachusetts, Patriots Day (une fête civique en l’honneur des batailles de Lexington et Concord) est chaque année le troisième lundi d’avril, qui se trouvait aussi être le 15 cette année. Oath Keepers, une organisation constitutionnelle souvent faussement accusée d’être un “groupe extrémiste intérieur ” par le DHE (département de la sécurité intérieure) et le SPLC (Centre Méridional De Loi De Pauvreté), avait programmé un rallye en faveur de la liberté le 19 avril à Lexington Green au Massachusetts. Est-ce que vous commencez à comprendre ?

»Il y a eu l’adoption de l’absurdement fasciste N.D.A.A (National Defense Authorization Act) et maintenant le Sénat vit l’attaque la plus violente de l’histoire contre les droits que nous garantit le Second Amendement ; à ces deux évènements s’ajoute l’obstination d’Obama d’inclure les citoyens étasuniens dans les personnes susceptibles de faire l’objet d’assassinats ciblés et le fait que de nombreux états ont mis en place des restrictions d’armes et même des confiscations : en concéquence, l’opinion publique est en train de se retourner clairement contre le gouvernement fédéral. Ne serait-il pas idéal pour son agenda que les auteurs de l’attentat du Marathon de Boston se révèlent être des “terroristes-intérieurs-en-faveur-des-armes,-contre-les-impôts-et-anti-gouvernementaux”, ou même simplement des militants du Mouvement des Constitutionalistes et de la Liberté qui sont considérés comme tels ? …”

… Nous aussi, nous l’avouons, nous avons eu cette question à l’esprit, presque une journée après l’attentat de Boston : mais qu’attendent-ils donc pour désigner le coupable ? Du temps de 9/11, ça ne traînait pas, et c’est tout juste si l’on n’était pas informé avant. Cette fois, au contraire, la restriction est la règle, avec notamment un Obama hésitant longuement à propos de l’utilisation du mot “terroriste” qu’il s’interdit d’employer dans sa première intervention, de même que toute spéculation concernant l’origine des auteurs de l’attaque. (Reuters, le 16 avril 2013 : « Les officiels de la Maison Blanche et les enquêteurs ont déclaré qu’il était trop tôt pour dire si les attaques de Boston étaient le fait d’un groupe étranger ou d’un groupe local et pour connaître leur but. »)

Cela lui est vertement reproché par DEBKAFiles, qui, lui, sait parfaitement de qui il s’agit. Le site israélien, si proche des services de sécurité, entend transformer l’attentat de Boston en un argument irrésistible, à la fois pour entretenir la mobilisation contre le terrorisme islamique, à la fois pour disposer d’arguments contre les pays dont on est sûr, évidemment, qu’ils sont les sources du terrorisme, – l’Iran, certes, ferait bien l’affaire, – et une attaque contre ce pays, également. Dans une première intervention, le 16 avril 2013 encore, DEBKAFiles compara l’attitude d’Obama en l’occurrence à celle que son administration avait montrée, toujours selon DEBKAFiles, lors de l’attaque de Benghazi du 11 septembre 2012.

« Mardi, le FBI a reconnu qu’une “enquête sur un terroriste potentiel” était en cours, bien que le président Barack Obama, quand il a demandé justice contre les “responsables de l’attentat”, ait soigneusement évité le terme “terroriste”. Cela rappelle le refus de son administration de qualifier de terroriste l’attaque contre le consulat étasunien de Benghazi le 11 septembre 2012 et le meurtre de l’ambassadeur Chris Stevens, qui pourtant étaient clairement l’oeuvre d’une cellule d’al Qaeda. Les experts du contre-terrorisme sont tout aussi certains que l’attaque du Marathon de Boston porte les marques du terrorisme du Moyen Orient bien qu’il soit trop tôt… […] A la différence du président, la sénatrice Dianne Feinstein, présidente du Comité des services secrets du sénat n’a eu aucun scrupule à exprimer clairement ce que tout le monde soupçonne. Tout de suite après les faits, elle a dit : “Je pense qu’il s’agit d’une attaque terroriste” -bien qu’il soit trop tôt pour dire s’il s’agit d’un terroriste local ou étranger.” »

DEBKAFiles revient sur l’affaire quelques heures plus tard, toujours ce même 16 avril 2013. Il nous assure qu’il a des révélations nouvelles des enquêteurs eux-mêmes, qu’il s’agit d’une cellule saoudienne d’al Qaïda, et terminant par un “nous vous l’avions bien dit” en invitant à relire le texte précédent (on n’a jamais de meilleure source que soi-même écrivant quelques heures plus tôt des “révélations” sur le sujet).

« Les sources contre-terroristes de DEBKAfile peuvent révéler cependant que les enquêteurs ont localisé une cellule terroriste suspecte composée de 3 Saoudiens très vraisemblablement liés à Al Qaeda. […] les origines de la cellule saoudienne, si elles sont confirmées, suggèrent fortement que Al Qaeda d’Arabie Saoudite – AQAP – a réussi à implanter une cellule aux Etats-Unis pour perpétrer l’attentat de Boston – et vraisemblablement d’autres cellules dans d’autres parties des Etats-Unis… La Province d’Asir est connue pour être un foyer de résistance contre le trône saoudien de Riyadh…. […]

»DEBKAfile a été le seul média a annoncer dès mardi que l’enquête du FBI sur le Marathon de Boston s’orientait vers des terroristes du Moyen Orient bénéficiant d’un soutien local.

»La suite : … »

Boston est donc le deuxième attentat depuis 9/11… Mais “deuxième” quoi ? Attentat d’al Qaïda ? Attentat à la bombe ? Attentat terroriste ? Attentat d’un groupe US anti-Obama ? Impossible de qualifier précisément la chose en prenant la référence sacrée, qu’il est essentiel de ne pas écarter (“depuis 9/11”). D’autres événements se sont passés depuis et il est difficile de faire de l’attaque de Boston quelque chose d’aussi purement définie que le fut 9/11, de façon à lui donner une place dans la mythologie des “époques” de la “guerre contre la Terreur” qui se sont succédées depuis 9/11. Désormais, à côté de la mythologie du terrorisme extérieure, se trouve en effet, et en très bonne place, la mythologie de la “résistance intérieure” (US).

Le site Infowars.com, qui ne cesse d’accumuler les textes depuis l’attaque de Boston en faisant jouer sa préoccupation fondamentale qui est intérieure et son hostilité au gouvernement Obama et aux libéraux-progressistes qui le soutiennent encore, est largement aidé par ces mêmes libéraux-progressistes dont nombre se sont précipités sur la “piste intérieure”. Le site reprend (le 16 avril 2013) les diverses analyses et informations qui ont suivi une intervention dite -“tweetée” de Michael Moore, le cinéaste et documentaliste progressiste dont la soutien à Obama ne s’est jamais démenti : « Tax Day. Patriots Day », écrivit Moore… Pour une fois, Infowars.com n’a pas à spéculer lui-même, il lui suffit de citer, et de citer des sources qui ne sont pas de ses amies.

« “ Le cinéaste ne nous donnait pas une leçon de math mais il faisait plutôt comprendre au million et demi de ses adeptes qu’ils leur fallait tirer les conclusions qui s’imposaient à propos de l’attentat,” écrit Red Alert Politics. Même Mediaite a trouvé l’accusation de Moore exagérée. “Le documentariste Michael Moore a été inhabituellement énigmatique dans ses commentaires sur l’attentat de Boston, mais il ne fallait pas être un génie des mathématiques pour comprendre ce qu’il voulait dire : ce doit être l’œuvre de droitistes anti-gouvernementaux, anti-taxes du Tea Party parce… eh bien parce que,” a écrit Kirell ce matin… »

Ainsi s’impose le premier enseignement de ces premières 24 heures ou 36 heures après “la deuxième attaque terroriste la plus meurtrière aux USA depuis 9/11” (si l’on tient à la mythologie, – et l’on sait que cette mythologie-là est fondamentalement celle des USA, et que tout ce qui se passe aux USA doit être marquant pour notre civilisation toute entière, – c’est-à-dire notre contre-civilisation et le Système). Le réflexe fondamental, l’élan irréfragable de la psychologie collective aux USA depuis 9/11 a changé d’une façon extrêmement importante.

Dans ce qu’on nomme “l’inconscient collectif”, qui n’est pour nous que la psychologie collective bien plus ouverte et “lisible” dans toute sa vulnérabilité face à la puissance du système de la communication qui relaie les grands courants de la perception, la situation de crise intérieure et d’affrontement avec le “centre” aux USA tient désormais une place au moins aussi importante que la situation de la guerre contre la terreur (nécessairement extérieure, nécessairement islamiste, selon les automatismes de communication). Il s’agit là d’un enseignement fondamental pour nous dire l’état d’esprit des populations comme des directions politiques du Système. En ce sens, nous dirions que les réactions de perception (qui n’ont rien à voir avec les réalités des responsabilités) suivant l’attaque du marathon de Boston nous montrent ce qui est en fait un grave revers du Système.

La crise du terrorisme (extérieur), qui constituait le parfait faux-nez pour réorienter vers l’extérieur et vers le mythe 9/11, en leur ôtant toute tentation antiSystème, tous les événements incontrôlables à l’origine, et les réactions de la psychologie collective qui vont avec, a désormais un concurrent de taille, au moins aussi puissant, sinon plus, qui est la crise intérieure des USA. Ce deuxième facteur qui est désormais intronisé comme argument majeur et comme matière fondamentale de pénétration de la psychologie, met en cause, lui, directement le Système dans sa substance antiSystème évidente.

Philippe Grasset

17 avril 2014 – Dedefensa – Pour consulter l’original :

http://www.dedefensa.org/article-un…
Traduction des parties en Anglais : Dominique Muselet

http://www.info-palestine.net/spip.php?article13444

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La version officielle présentée par les analystes financiers « faisant autorité » veut que le prix de l’or ait chuté « alors que s’atténuait la crainte » que les banques centrales soient dorénavant en mesure d’« alimenter » les pressions inflationnistes, stimulant ainsi d’un jour à l’autre la confiance à l’égard du dollar US.

Selon le Wall Street Journal (WSJ) (15 avril) : « Le changement se produit au moment où les investisseurs sont aux prises avec des signes indiquant le ralentissement de la croissance économique mondiale qui a débuté en 2009. »

Cette « analyse » financière stylisée du WSJ est erronée et trompeuse. Elle n’aborde pas les véritables causes, à savoir la manipulation totale du marché de l’or par de puissants acteurs financiers.

Des reportages confirment que la baisse spectaculaire du marché de l’or-papier est due à une attaque spéculative délibérée et perpétrée par de grandes institutions financières avec la complicité de la Réserve fédérale étasunienne :

Selon Andrew Maguire, vendredi le 12 avril les agents de la Fed ont mis sur le marché une valeur de 500 tonnes en ventes à découvert à nu. […] Sur le marché de l’or-papier les participants parient sur les prix de l’or et se contentent des paiements monétaires. Donc, en général, les participants ne sont pas intéressés à prendre livraison de l’or, les ventes à découvert à nu n’ayant pas besoin d’être garanties physiquement. Autrement dit, dans les ventes à découvert à nu, aucun métal physique n’est réellement vendu.

Examinons les 500 tonnes d’or-papier vendues vendredi. Commençons par nous demander combien d’onces y a-t-il dans 500 tonnes ? [….] Qu’arrive-t-il lorsque l’on jette sur le marché 500 tonnes d’or à vendre d’un seul coup ou en une journée ? C’est juste, cela fait descendre les prix. La vente a fait descendre l’or d’environ 73 dollars l’once [vendredi]. Cela signifie que le ou les vendeur(s) ont perdu jusqu’à 73 dollars 16 millions de fois ou 1 168 000 000 dollars. (The Fed’s Assault On Gold: “Short Selling” and the Rigging of the Gold Market, Dr. Paul Craig Roberts, 15 avril 2013.)

L’effondrement du marché de l’or est dû à la vente à découvert à nu. Il s’agit d’une opération de billions de dollars.

Une fois que le prix s’est effondré, les spéculateurs institutionnels peuvent racheter l’or-papier sur le marché au comptant et empocher un pactole de plusieurs milliards de dollars. Ce genre d’opération ne peut être exécuté qu’avec l’appui et la complicité de la Réserve fédérale. C’est un mécanisme menant à la confiscation des épargnes des citoyens. Il s’agit d’un véritable « vol financier ».

Pénurie d’or physique ?

L’effondrement du prix de l’or (papier) n’a rien à voir avec le marché de l’or physique : il n’était pas associé à d’importantes ventes d’or physique. C’est totalement le contraire. Mondialisation.ca a reçu des reportages de l’Asie du Sud-Est suggérant qu’il y a une pénurie d’or physique. En Malaisie, « [i]l y avait une longue queue dans une banque, mais après une vente rapide, on a annoncé qu’il n’y avait plus d’or physique à vendre ce jour-là, le 16 avril 2013 ».

Cela se produit également dans d’autres pays asiatiques. « Il y a une forte demande pour l’or physique, mais pas de vendeurs. »

Par ailleurs, des reportages mentionnent que les banques centrales asiatiques achètent de grandes quantités d’or physique.

L’or physique pourrait « se dissocier » de l’or-papier

Si les institutions financières, qui fabriquent l’or-papier à partir de rien, refusent ou sont dans l’impossibilité d’échanger l’or-papier pour de l’or physique, le marché de l’or physique se dissociera, sera séparé du marché de l’or-papier.

Dans ces circonstances, un double système de prix de facto pourrait émerger et aurait des conséquences négatives sur le marché de l’or-papier.

Notre suggestion : si vous détenez de l’or-papier, demandez à votre courtier de le convertir en or physique.

 Michel Chossudovsky

 

Texte original en anglais : 

goldPaper Gold Market Collapses. Scarcity of Physical Gold for Sale in Asia…, 16 avril 2013

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

 

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

 

Le ministre des Affaires étrangères américain John Kerry est allé dans la capitale Sud-coréenne, Séoul le week-end dernier pour la première partie d’une tournée de trois pays en Asie orientale placée sous le signe des menaces de guerre américaines de plus en plus précises contre la Corée du Nord en raison de son programme nucléaire. Kerry ira en Chine pour des négociations puis au Japon.

À Séoul, Kerry a réaffirmé que les États-Unis et leurs alliés ne toléreront aucun programme nucléaire en Corée du Nord. Celle-ci disposerait actuellement de seulement quelques bombes nucléaires très faibles. Il a dit, « nous sommes tous d’accord sur le fait que la Corée du Nord ne sera pas acceptée parmi les puissances nucléaires. La rhétorique que nous adresse la Corée du Nord est simplement inacceptable quelque soit la norme appliquée. »

Kerry n’a pas décrit comment Washington projette de stopper le programme nucléaire Nord-coréen et forcer le régime de la Corée du Nord à Pyongyang à abandonner les armes qu’il a développées.

Au cours des dernières semaines, pourtant, Washington a signalé qu’il était prêt à la guerre nucléaire. Il a envoyé de manière répétée des B-52 et bombardiers furtifs B-2, capable de transporter des charges nucléaires, vers la péninsule Coréenne pour des exercices militaires. En même temps, il a déployé des batteries de missiles supplémentaires et des navires de guerre dans la région.

Kerry a impliqué de manière menaçante qu’en cas de conflit armé, les États-Unis répondraient avec une force très largement supérieure aux actions de la Corée du Nord, laquelle est complètement dépassée militairement. Il a dit, « Kim Jong-un doit comprendre, comme il le fait probablement, quel serait le résultat du conflit. »

Kerry a également mis en garde la Corée du Nord contre des tests de missiles, comme Pyongyang avait dit qu’il pourrait en faire le 10 avril. La date est passée sans que Pyongyang ne lance un missile, pourtant.

Kerry a affirmé, « Si [le président Nord-coréen] Kim Jong-un décide de lancer un missile, que ce soit vers l’autre côté de la Mer du Japon ou dans une autre direction, il aura choisi en toute connaissance de cause d’ignorer l’ensemble de la communauté internationale. C’est une grave erreur pour lui de faire ce choix, parce que cela isolerait encore plus son pays et isolerait son peuple, qui franchement manque cruellement de nourriture, pas de missiles. »

Kerry a répété l’exigence américaine que la Chine fasse pression sur Pyongyang pour abandonner son programme nucléaire, disant, « la Chine a une capacité énorme à faire la différence ici. »

C’était apparemment une allusion à la capacité de la Chine à faire plier Pyongyang par un embargo, en lui coupant les approvisionnements essentiels en nourriture et en carburant, Pyongyang dépendant de Pékin qui est son seul protecteur dans la région.

Kerry a également répété les dénégations du Pentagone et du directeur de l’ensemble des services de renseignements américains, James Clapper, contre un rapport de l’Agence du renseignement pour la Défense [qui fait le lien entre les divers services de renseignements militaires, ndt] affirmant que la Corée du Nord avait développé la capacité de lancer des armes nucléaires par missiles balistiques. Kerry a noté qu’il n’y avait aucune preuve que Pyongyang aurait miniaturisé une tête nucléaire et serait en mseure de lancer un missile nucléaire sur les États-Unis.

Tout examen sérieux des commentaires de Kerry réfute la présentation hystérique de la crise de la Corée du Nord faite dans les médias occidentaux, lesquels citent la rhétorique menaçante de Pyongyang comme une preuve que la Corée du Nord pose clairement un risque et présente un danger pour les États-Unis.

En fait, la Corée du Nord est un pays désespérément pauvre de 23 millions d’habitants, dont l’économie s’est désintégrée au cours des deux dernières décennies. Elle a été dévasté par la coupure des approvisionnements soviétiques en énergie et en pièces industrielles, notamment pour les machines agricoles du pays, après l’effondrement de l’URSS en 1991.

Un article du quotidien britannique Telegraph écrit en 2010 par un journaliste ayant voyagé dans le pays notait, « la Corée du Nord n’est pas un pays sous-développé ; c’est un pays qui est tombé en dehors du monde développé. Vous pouvez voir la preuve de ce qui a été perdu pendre au-dessus de vous sur n’importe quelle grande route : les fils dépenaillés d’un réseau électrique rouillé qui, à une époque, couvrait tout le pays. »

Les sanctions vindicatives que les États-Unis ont imposées à la Corée du Nord ont complété la catastrophe. Avec une famine et des pénuries de médicaments chroniques, la Corée du Nord est confrontée à de fortes épidémies de tuberculose devenue résistante à plusieurs traitements, et à une malnutrition sévère. D’après l’ONU, un tiers des enfants de moins de cinq ans en Corée du Nord montrent des signes de retard de croissance.

Le régime Nord-coréen, confronté à des menaces constantes de Washington, a développé des armes nucléaires pour lui servir de monnaie d’échange dans ses négociations avec les Etats-Unis. Son calcul est apparemment aussi qu’il pourrait décourager les États-Unis de tenter une guerre pour un changement de régime, comme celles d’Irak et de Libye.

Les armes nucléaires Nord-coréennes sont, en dernière analyse, des facteurs comparativement mineurs dans la situation militaire de la région, laquelle est dominée par la confrontation entre la Chine et les États-Unis. Si Pyongyang a clairement des capacités nucléaires militaires depuis son premier essai en 2006, Washington n’a commencé à le menacer d’une guerre pour ce motif que depuis l’inauguration l’an dernier du « pivot » vers l’Asie, qui vise à contenir la Chine.

Cette offensive vise non seulement à intimider la Chine pour qu’elle n’utilise pas ses leviers financiers contre la politique américaine – Pékin détient plus de 1000 milliards de dollars de dettes américaines – mais aussi à pousser Pékin à se mettre sur la même ligne que les intérêts impérialistes américains, notamment au Moyen-Orient. La Chine a bloqué les résolutions de l’ONU qui cherchaient à légitimer une intervention directe des États-Unis dans la guerre par procuration menée par les États-Unis en Syrie. Pékin s’oppose également aux projets américains d’une guerre contre l’Iran.

Il est remarquable que Kerry soit arrivé à la première étape de sa tournée asiatique en sortant tout juste d’une visite diplomatique en Turquie le 6 avril, d’une rencontre avec les gouvernements Israélien et Palestinien du 7 au 9 avril et du sommet qui a réuni les ministres des affaires étrangères du G-8 pendant deux jours à Londres. Dans ces réunions, d’après le site Web du ministère des affaires étrangères, il a abordé « des sujets régionaux et transnationaux, » dont « la crise en Syrie et la paix et la sécurité dans la région. »

Alors que Washington intensifie sa campagne contre Pyongyang, il menace également l’Iran, l’objectif officiel étant le même : stopper le programme nucléaire de ce pays, qui d’après l’Iran ne vise que des usages civils. Washington a imposé des sanctions financières jeudi à une banque malaisienne, la First Islamic Investment Bank, pour avoir financé le commerce iranien.

Les campagnes menées par les Etats-Unis contre la Corée du Nord et l’Iran s’appuient sur des mensonges politiques, en particulier sur l’affirmation que ces pays créent un risque imminent de guerre nucléaire. En fait, le principal risque de guerre nucléaire viens des États-Unis, qui ont menacé de faire un usage préemptif de leurs armes nucléaires contre tout gouvernement cherchant à développer de telles armes sans l’approbation des États-Unis.

Comme l’a déclaré en 2008 le ministre de la Défense d’alors, Robert Gates, « Nous devons avoir une capacité de dissuasion qui montre clairement que défier les États-Unis sur le terrain du nucléaire – ou avec d’autres armes de destruction massive – risquerait d’entraîner une réaction écrasante, catastrophique. » (Lire en anglais : US defense secretary expands pre-emptive war doctrine to include nuclear strikes.)

L’impérialisme américain se lance dans une escalade de ces conflits au mépris des sentiments anti-guerre profondément ancrés dans la classe ouvrière américaine, à laquelle il veut faire payer la facture de son expansion militaire.

Alors que Washington prévoit, d’après un rapport du Stimson Center, de dépenser 352 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années pour moderniser son arsenal nucléaire stratégique, la Maison-Blanche propose de supprimer, sur la même période, 400 milliards du programme Medicare de sécurité sociale pour les personnes âgées et les handicapés.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 13 avril 2013

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Guantanamo : comment créer des zombies en prison

avril 18th, 2013 by Naomi Wolf

Illustration par Paul Lachine

Pourquoi agrandir quelque chose qui n’est pas censé exister ?

Le quelque chose en question est la prison américaine de la baie de Guantanamo, pour laquelle le Pentagone a récemment demandé un financement supplémentaire de 49 millions de dollars. Malgré la promesse faite par Obama en 2009 – l’une de ses premières promesses en tant que président – de fermer ” Gitmo “, il est évident que les États-Unis n’ont aucune intention de le faire dans un avenir proche. En fait, la seule fermeture effectuée par l’administration Obama a été celle du bureau du représentant spécial, Daniel Fried, chargé de démanteler Guantanamo. Le département d’État américain a assigné fin janvier d’autres fonctions à Fried, qui ne sera pas remplacé.

Comment mieux commémorer cette décision que par l’expansion des camps pénitentiaires ? Le nouvel établissement, auquel seront consacrés ces fonds supplémentaires, hébergera 106 prisonniers (le nombre exact est incertain), qui n’auront été ni jugés, ni inculpés.

Huit d’entre eux ont entamé leur deuxième mois d’une grève de la faim. Selon le porte-parole du commandement Sud, qui supervise Guantanamo, les grévistes sont désillusionnés parce qu’ils avaient cru à la promesse d’Obama de fermer Gitmo. Ils sont en fait libérables et ce n’est que l’incapacité d’Obama de tenir parole – et l’incapacité du Congrès américain de légiférer sur leur transfert – qui les maintient en détention. Ils ont donc le sentiment aujourd’hui que le seul moyen d’attirer l’attention de l’opinion publique internationale est d’entreprendre une ” action dramatique “.

L’une des raisons pour laquelle le Pentagone doit construire une nouvelle installation coûteuse tient au rôle que jouent les sociétés militaires privées dans la politique pénitentiaire. A Guantanamo, ce sont des contractants privés qui sont aux commandes. Ils partagent la signalisation avec les unités militaires, sont mieux logés que les soldats, gèrent les cantines et importent les travailleurs d’Asie du Sud-est chargés de construire les énormes infrastructures (qui étaient neuves lors de ma visite en 2009, ce qui fait douter de la ” détérioration ” invoquée pour justifier le nouvel apport de fonds).

Ces contractants étaient également chargés de la gestion du bâtiment du tribunal militaire, et décident même de la politique à suivre – par exemple, en déterminant ce qui pouvait ou non être dit aux médias. D’après des conflits dont j’ai été témoin, les opérateurs privés surclassaient les soldats.

Les sommes énormes, souvent impossibles à documenter, concédées à ces sociétés expliquent facilement pourquoi des installations comme Guantanamo – et des prisons appartenant à et gérées par des contractant privés aux États-Unis même – ne ferment jamais. Le transfert de fonds publics vers des sociétés privées est bien plus en vogue que le désuet capitalisme de marché.

Mais comment expliquer la brutalité de Guantanamo ? J’ai récemment visité Alcatraz, l’ancienne prison fédérale américaine sise dans la baie de San Francisco. Comme Gitmo, Alcatraz fut créée dans les années 1930 pour accueillir ceux qui étaient alors les pires d’entre les pires – les terroristes islamiques (ou accusés de l’être) de leur époque. Les tueurs en série et les gangsters – dont Al Capone – y étaient incarcérés. La prison d’Alcatraz a été fermée il y a cinquante ans, en 1963, en raison des conditions de détention jugées inhumaines, et les prisonniers transférés ailleurs. Mais j’ai été frappée à quel point le régime pénitentiaire et les bâtiments d’Alcatraz semblent humains comparés à Guantanamo.

Pour commencer, les prisonniers d’Alcatraz qui étaient violents ou contrevenaient aux règles étaient placés à l’isolement au Bloc D, dont les cellules n’avaient pas de fenêtre ; à Guantanamo, aucune des cellules montrées aux journalistes n’a de fenêtre ou de lumière naturelle. L’isolement au Bloc D était considéré comme la punition la plus dure et n’excédait jamais 48 heures. A Guantanamo – et dans d’autres pénitenciers étatsuniens – les prisonniers sont maintenus à l’isolement pendant des jours ou des semaines d’affilée, ce qui peut entraîner une psychose.

De même, à Alcatraz, les prisonniers avaient accès à une bibliothèque bien fournie, et droit à une visite mensuelle de leurs proches et à du courrier. A Guantanamo, en violation des conventions de la Croix-Rouge, les prisonniers ne peuvent recevoir ni courrier, ni visites de leur famille, leurs possibilités de lecture sont sévèrement restreintes et les nouvelles sont censurées. Ils ne sont même prévenus du décès de leurs parents ou enfants.

Les prisonniers d’Alcatraz bénéficiaient également d’une certaine intimité. Ils étaient entièrement déshabillés en arrivant, mais recevaient ensuite des vêtements et se douchaient en groupe du même sexe sous la surveillance d’un garde masculin. Les prisonniers de Guantanamo doivent se doucher dans des cabines individuelles placées dans les principaux couloirs, avec une porte vitrée, avec pour effet qu’ils sont nus sous le regard de gardes féminins.

Et, évidemment, les détenus d’Alcatraz avaient été jugés par un tribunal, défendus par un avocat avec lequel les échanges étaient confidentiels et dûment reconnus coupables. Les hommes emprisonnés à Guantanamo n’ont jamais été jugés ; les communications de leurs avocats sont enregistrées ; et leurs avocats ne peuvent même pas dire aux journalistes ou aux tribunaux ce qui leur a été fait pour obtenir une confession, parce que – par un paradoxe kafkaïen – les méthodes des enquêteurs, qui d’après les détenus comprennent la torture, sont classées secrètes.

Les huit grévistes sont alimentés de force par des tubes insérés dans leur estomac. Il s’agit d’une méthode brutale – les hommes sont attachés avec des sangles sur des chaises roulantes, deux fois par jour, et nourris de force, dans un bâtiment que j’avais visité. Un gréviste de la faim yéménite, Mohammed Saleh, était décédé lorsque je m’étais rendu à Guantanamo en 2009. Comme dans le cas de tous les grévistes de la faim morts en détention, l’armée américaine a affirmé qu’il s’agissait d’un suicide.

Peut-être qu’un jour des touristes visiteront Guantanamo et regarderont avec horreur et étonnement ce que les Américains y ont construit. D’ici là, les Américains doivent se demander ce qui a pu à ce point abrutir la conscience nationale entre 1963 et aujourd’hui. Comment se fait-il qu’une prison trop brutale pour les gangsters, trop peu américaine pour accueillir les pires d’entre les pires, était plus humaine qu’un endroit pour l’agrandissement duquel les Américains dépensent des millions de dollars ?

Naomi Wolf

Article original en anglais : America’s Zombie Prison, le 30 mars 2013

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

Version française : le Grand Soir

Naomi Wolf : critique sociale et militante politique.  


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Au Venezuela, victoire du « chavisme sans Chávez »

avril 18th, 2013 by Maurice Lemoine

En élisant M. Nicolas Maduro (Parti socialiste uni du Venezuela ; PSUV) avec 50,75 % des voix, le 14 avril, les Vénézuéliens ont, à une courte majorité, manifesté leur fidélité à l’héritage de feu le président Hugo Chávez et à la « révolution bolivarienne » qu’il a initiée. Comme le laissaient prévoir les déclarations qui ont ponctué ces dernières semaines, le candidat de la Table d’unité démocratique (MUD ; coalition de droite), M. Henrique Capriles Radonsky, crédité de 48,98 %, refuse de reconnaître le résultat. A l’instar de ce qui s’est systématiquement passé lors des seize scrutins précédents, la mise en cause de l’impartialité du Conseil national électoral (CNE) et la dénonciation d’obscures manœuvres du gouvernement pour « tordre la volonté populaire » ont servi de thème central à la campagne de l’opposition.

Provoquant la surprise d’une majorité d’observateurs et déjouant les sondages, la victoire de M. Maduro, adoubé par un Chávez conscient de la gravité du cancer qui l’a finalement emporté, a été beaucoup plus courte que prévue. Le 7 octobre 2012, briguant un troisième mandat, le chef de l’Etat disparu l’avait emporté avec 55,14 % des suffrages et plus de dix points d’avance sur M. Capriles (44,24 %).

Entre ces deux scrutins, le chavisme a perdu 685 794 voix ; l’opposition en a gagné 679 099 (1). De fait, le facteur « Chávez », c’est-à-dire du « leader », du comandante, a joué à plein. A la marge de l’immuable noyau dur de son électorat, nombre de ceux qui votaient pour lui ne le faisaient pas forcément par conviction idéologique ou parce qu’ils partageaient à 100 % son projet politique, mais parce que cet orateur né savait emporter leur adhésion et leur apparaissait plus à même que la droite de préserver la stabilité du Venezuela. En menant une campagne dépourvue de propositions programmatiques (hormis celle de restaurer « l’efficacité du marché »), mais très agressive (et passablement méprisante) sur le thème « Nicolas, tu n’es pas Chávez », le candidat Capriles a su jouer sur ce segment de la population qui soit a basculé, soit s’est abstenu (de 81 %, le taux de participation est passé à 78,71 % d’un scrutin l’autre). Voici pour les défections à gauche.

D’un autre côté, la disparition physique du président charismatique a remobilisé des électeurs de droite qui avaient baissé les bras en sa présence – M. Capriles lui-même, après sa défaite d’octobre, ayant déclaré qu’il avait eu en face de lui « l’un des plus grands adversaires de l’histoire latino-américaine récente, un Cassius Clay de la politique (2 ». D’où, avec l’appui enthousiaste de la majorité des médias privés, une re-mobilisation de son électorat et le gain de voix.

Pour autant, même plus étroite que prévue ou espérée, une victoire n’est pas une défaite. Elle conforte même le caractère démocratique de la révolution bolivarienne en démontrant, s’il en était besoin, que sa permanence au pouvoir ne résulte pas d’une « succession dynastique » mais bel et bien du choix des électeurs, en acceptant tous les aléas d’une consultation.

Sous réserve de mettre en œuvre avec succès le « Plan Patrie 2013-2019 », dont la présentation avait permis la large victoire de Chávez, d’approfondir son projet de transformation sociale et de s’attaquer vigoureusement aux dysfonctionnements du processus en cours — inflation, insécurité, production non pétrolière insuffisante, problèmes économiques (infiniment moins préoccupants que ceux de nombre de pays européens, soit dit en passant) —, la tendance peut parfaitement s’inverser (ou non) d’ici au 10 janvier 2019, terme du mandat de M. Maduro.

Refusant le verdict des urnes, et criant à la fraude, M. Capriles, appuyé par Washington, Madrid et le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), M. José Miguel Insulza, demande un recomptage de tous les votes et met en cause le CNE. Pourtant, tout comme il avait accepté sa défaite, le 7 octobre 2012, lors de la présidentielle organisée par ce même CNE, on ne sache pas qu’il ait mis en cause l’arbitre électoral lorsqu’il fut réélu gouverneur de l’Etat de Miranda, le 16 décembre dernier, avec 51,83 % des voix (contre 47,82 % à son adversaire chaviste Elias Jaua) (3). Arguant de la marge extrêmement étroite qui les sépare (262 473 voix), M. Capriles n’en a pas moins déclaré qu’il considérait M. Maduro comme un « président illégitime ». Rappelons que, en 1968, Rafael Caldera (Copei) fut élu président avec seulement trente-deux mille voix d’avance sur son adversaire Gonzalo Barrios (Action démocratique) et que, lors du référendum de décembre 2007 sur la réforme de la Constitution, Chávez a accepté sans barguigner la défaite alors que le « non » ne l’avait emporté qu’avec un avantage légèrement supérieur à 50 %.

Le scrutin du 14 avril a été suivi par cent soixante-treize observateurs internationaux de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), de l’Union interaméricaine des organismes électoraux (Uniore), du Marché commun du sud (Mercosur) et du Centre Carter, notamment. Dès le 15 avril, déclarant avoir été le témoin « d’un ample exercice de citoyenneté et de liberté du peuple vénézuélien », le chef de la mission de l’Unasur, M. Carlos Alvarez, a demandé que soient « respectés les résultats » émanant du CNE, « unique autorité compétente » en matière électorale. De son côté, M. Roberto Rosario, président de l’Uniore, déclarait que le processus électoral a démontré « son efficacité, sa transparence et sa sécurité ».

La loi organique électorale prévoit que 54 % des votes doivent être recomptés manuellement (4), ce qui a été fait sans que ne soit détectée aucune anomalie majeure. Dès lors, la présidente du CNE, Mme Tibisay Lucena, estime infondée la demande de l’opposition qui exige que le scrutin soit réexaminé à 100 %. Elle n’en laisse pas moins la porte ouverte à une demande déposée dans les formes juridiques légales, M. Capriles s’étant jusqu’à présent contenté de déclarations incendiaires devant les micros. Mais ces diatribes ont eu leurs premiers effets. Quatre sièges régionaux du PSUV ont été incendiés le 15 avril, plusieurs centres médicaux et leurs médecins cubains ont été pris d’assaut, des radios communautaires ont été attaquées, quatre militants chavistes ont été tués (les affrontements post-électoraux ont fait sept morts au total). Dans un climat de tension rappelant les semaines qui ont précédé le coup d’Etat du 11 avril 2002, un concert de casseroles — le fameux cacerolazo — a résonné pendant une heure dans les quartiers bourgeois de Caracas tandis que la Garde nationale, à coups de gaz lacrymogènes, dispersait des milliers de manifestants.

M. Capriles continuant à appeler ses partisans à descendre dans la rue, se dirige-t-on vers une recrudescence d’actions destinées à créer un climat de déstabilisation et d’ingouvernabilité ? Le 26 mars dernier, trois députés de droite, MM. Ricardo Sánchez (suppléant de Mme María Corina Machado), Andres Avelino (suppléant de M. Edgar Zambrano) et Carlos Vargas (suppléant de M. Rodolfo Rodríguez), ont retiré leur appui à M. Capriles en dénonçant l’existence d’un plan élaboré par la MUD pour rejeter les résultats émis par le CNE lors de l’élection du 14 avril et orchestrer une période de violence dans le pays.

Maurice Lemoine

 

(1) Estimation faite alors que 99,12% des votes avaient été enregistrés par le CNE.

(2) BBC Mundo, Londres, 22 mars 2013.

(3) A cette occasion le PSUV a conquis vingt des vingt-trois des Etats fédérés du Venezuela.

(4) Le vote se fait électroniquement, un bulletin imprimé étant remis par la machine à l’électeur, qui le dépose dans une urne, afin de pouvoir procéder à un éventuel audit.

Nuit de cristal au Venezuela

avril 18th, 2013 by Romain Migus

Il avait pourtant clairement annoncé la couleur. Le 9 avril, cinq jours avant l´élection présidentielle, Henrique Capriles déclarait : « je ne suis pas le même que le 7 octobre, je défendrai les votes » (1) . Dès le lendemain, le président de l´Assemblée Nationale, Diosdado Cabello, présentait sur la chaine publique des preuves confirmant les intentions de la droite de contester les résultats électoraux afin de tenter un coup d´Etat coloré au Venezuela (2) .

Au soir des élections, malgré une différence de 272.865 votes[3] en faveur du candidat socialiste Nicolas Maduro, le candidat de la droite refuse d´admettre sa défaite. Pourtant, tous les observateurs internationaux insisteront sur la transparence des élections vénézuéliennes. Vicente Diaz, un des recteurs du Centre National Electoral (CNE), ouvertement lié aux partis d´opposition affirmera n´avoir « aucun doute sur le résultat de l´élection »[4] donnant comme vainqueur l´héritier d´Hugo Chávez.

Voilà bien la seule promesse que le candidat de la droite aura tenu. Oubliée la rhétorique d´union, de paix et de sécurité qu´il vociférait encore une semaine auparavant. Il appelle ses partisans à se mobiliser afin d´obtenir un audit total des résultats. Curieuse manière démocratique de l´obtenir que d´envoyer les ultras de la droite prendre les rues du pays. La loi électorale vénézuélienne est pourtant très claire. Elle oblige les candidats à remettre au CNE des preuves de fraude, et dans le cas où celui-ci les rejette, un appel est possible par le Tribunal Suprême de Justice. Aucune démarche administrative n´a été engagée. Il est vrai que ces accusations ne résistent pas au fait que les membres de l´opposition désignés pour superviser les bureaux de vote ont tous donné leur aval aux résultats dans leur centre électoral respectif[5]. Qu´importe, le but recherché n´est pas de renforcer la démocratie électorale mais bien de lancer un coup d´Etat soft dans le meilleur style des précédents en Serbie, Géorgie, Ukraine, Iran, etc. Les jeunes néofascistes qui, aujourd´hui, mettent le pays à feu et à sang ont pour la plupart été formés en Serbie par le groupe Otpor, et se revendiquent des techniques de l´Albert Einstein Institution, matrice idéologique des Révolutions colorées[6].

Dès l´annonce de Capriles, des groupuscules néofascistes déferlent dans les rues du pays. Des symboles du chavisme sont détruits, des militants attaqués et assassinés, des petits commerces sont saccagés et brulés. On dénombrera 7 morts et 61 blessés, par balles pour la plupart. Cinq sièges régionaux du Parti Socialiste Uni du Venezuela (Psuv) sont dévastés par les flammes, tout comme douze cliniques populaires où officient des médecins cubains.

Dans l´Etat du Lara, où le gouverneur Henri Falcon est aussi le chef de campagne de Capriles, la police régionale à ses ordres ne fait rien pour empêcher la déferlante de haine. Dans la nuit, une grand-mère m´appelle de Barquisimeto, la capitale régionale : « je suis barricadée dans la buanderie avec ma sœur, des personnes sont en train d´essayer de défoncer la porte ». Par la petite lucarne qui la relie au monde extérieur, elle verra ses propres voisins, torches en main, aller brûler la clinique publique du quartier située en face de la maison. D´autres camarades nous témoigneront de scènes semblables qu´ils ont vécu, eux et leurs familles. Ils ne feront pas la une des journaux, et pourtant ils sont très nombreux à avoir été agressés de la sorte par les hordes fascistes.

Le président de la République Bolivarienne du Venezuela, Nicolas Maduro, appellera ses partisans outragés au calme, à ne pas faire le jeu de la violence et à laisser la police et la garde nationale rétablir l´ordre. A Capriles, il lui lance : « si tu ne me reconnais pas comme président, je ne te reconnais pas comme gouverneur de Miranda ». Ultimatum logique puisque les règles de l´élection de Capriles, en décembre dernier, furent exactement les mêmes que celles qui ont permis á Maduro d´être élu président.

Le bras de fer est engagé, et ne semble pas tourné en faveur de l´ancien candidat de la droite. La plupart des dirigeants mondiaux ont reconnu Maduro comme le nouveau président du Venezuela : les pays latino-américains dont les gouvernement de droite de Colombie, du Chili et du Mexique ; les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), plusieurs pays d´Afrique, ainsi que certains pays européens comme l´Espagne. Les Etats-Unis refusent toujours de reconnaitre la légitimité du processus démocratique vénézuélien.

L´armée vénézuélienne a reconnu Nicolas Maduro comme son nouveau « chef des armées », tâche qui incombe au président de la République, et a réitéré son engagement à préserver la paix et la sécurité. Par la voix de Wilmer Barrientos, chef du Commandement Stratégique Opérationnel, elle a invité les vénézuéliens à respecter les lois et les règles de la démocratie[7].

Même si la droite compte maintenir sa stratégie de tension en envoyant les mêmes groupes vêtus du rouge chaviste pour faire porter la responsabilité des violences au gouvernement, le spectre d´un coup d´Etat soft parait être écarté. Nicolas Maduro sortira renforcé de cette épreuve de force. En revanche, les messages de paix et d´union de Capriles ont volé en éclat. Des personnes ont été assassinées, blessées ou maltraitées pour avoir commis l´outrage de ne pas se reconnaitre dans le discours du responsable des violences actuelles au Venezuela. Les masques tombent et le fascisme a désormais un visage.

Romain Migus

Caracas, le 17 avril 2013

Notes :

[1]Capriles : Yo no soy el mismo del 7 de octubre, voy a defender los votos de toda Venezuela,Dailymotion, 09/04/13. http://www.dailymotion.com/video/xy… (source consultée le 17/04/13).

[2] Capriles Radonski prepara otro golpe, no va a reconocer los resultados de la victoria del Pueblo y Nicolás Maduro. Así lo denuncia Diosdado Cabello, Presidente de la Asamblea Nacional, Youtube, 10/04/13. http://www.youtube.com/watch?v=-6Lr…, (source consultée le 17/04/13).

[3]Voir les résultats officiels sur le site web du CNE,http://www.cne.gob.ve/resultado_presidencial_2013/r/1/reg_000000.html(source consultée le 17/04/13).

[4] “Rector Vicente Díaz : No tengo dudas del resultado arrojado por el sistema electoral”,Agencia Venezolana de Noticias, 15/04/13. http://www.avn.info.ve/contenido/rector-vicente-d%C3%ADaz-no-tengo-dudas-del-resultado-arrojado-sistema-electoral , (source consultée le 17/04/13). Le 12 février 2009, le recteur Diaz faisait un déjeuner politique avec le secrétaire général d´Acción Democratica. Voir : Pillao Ramos Allup con Vicente Diaz,Youtube, 12/09/09. http://www.youtube.com/watch?v=92ZVbTR0dHo (source consultée le 17/04/13).

[5] “Publicarán este miércoles actas de votación con las firmas de la oposición”, Sistema Bolivariano de comunicación e información, 16/04/13.http://www.sibci.gob.ve/2013/04/publicaran-este-miercoles-actas-de-votacion-con-las-firmas-de-la-oposicion/(source consultée le 17/04/13)

[6] Voir sur le blog de l´organisation d´extrême droite Juventud Unidad de Venezuela :http://javunida.blogspot.com/2009/11/enlace-libro-de-la-dictadura-la.html et Eva Golinger, « Huelguistas en Venezuela “Made in USA” », Correo del Orinoco, 20/02/13,http://www.correodelorinoco.gob.ve/nacionales/huelguistas-venezuela-made-in-usa/

[7] “Wilmer Barrientos : FANB continuará en las calles garantizando la paz del pueblo”,Agencia Venezolana de Noticias, 16/04/13. http://www.avn.info.ve/contenido/barrientos-deplora-violencia-derecha-e-insta-aceptar-juego-democr%C3%A1tico(source consultée le 17/04/13).

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Note : Cet article a été écrit lors des élections de 2012 au Venezuela alors que Capriles faisait face è Chavez.

Comme prévu, le jeu des alliances entre les candidats a permis à Capriles de s’imposer en récoltant la majorité des votes lors des élections internes organisées dimanche dernier [12 février 2012] par la coalition Mesa de la Unidad Democrática(MUD). Selon des observateurs, ses “commandos de campagne” ont commis des fraudes électorales (prosélytisme politique illégal aux abords des centres de vote, achat de suffrages, etc.).

Le leader du parti Primero Justicia est né le 11 juillet 1972, à Caracas, au sein d’une des familles les plus privilégiées du Venezuela. D’origine russo-polonaise juive, sa mère, Mónica Cristina Radonski Bochenek, est propriétaire d’un célèbre complexe de cinémas. En ce qui concerne le père du nouveau candidat, Henrique Capriles García, il est issu d’une famille juive hollandaise de Curaçao. Les deux familles ont des intérêts dans les moyens de communications, dans diverses industries, dans des entreprises de services ainsi que dans le secteur immobilier. Capriles a suivi des études à la très conservatrice Universidad Católica Andrés Bello (UCAB) de Caracas. Il a également fréquenté l’université Columbia, de New York.

Collaborateur avéré de l’ « ambassade »

Le nom de Capriles apparaît dans des archives du Département d’État publiées par Wikileaks concernant l’opération menée contre l’ambassade cubaine de Caracas ainsi que l’assassinat du procureur Danilo Anderson. Les documents révèlent une complaisance manifeste de l’ambassade américaine à Caracas envers le leader du parti Primero Justicia, de tendance fasciste. Partout, les références à son rôle dans l’attaque de l’ambassade cubaine et dans d’autres activités illégales y ont été censurées.

A travers ces rapports, l’ambassade reconnaît implicitement non seulement que Capriles, aujourd’hui gouverneur de l’État de Miranda, coopère avec elle, mais aussi que les très nombreux paragraphes tombés sous le coup des censeurs de Washington portaient sur des activités de collaboration inavouables.

Le 12 avril 2002, aux heures les plus tendues du coup d’État, l’ambassade de Cuba a été attaquée par un groupe de manifestants d’extrême droite emmené par Salvador Romaní et Ricaro Koesling, deux hommes connus au Venezuela pour leur implication dans des actes terroristes contre l’île. Sont rapidement venus se joindre à eux Capriles et un assassin, à savoir l’ex-commissaire de la DISIP (la direction des services d’intelligence et de protection), Henry López Sisco. Les manifestants ont coupé l’approvisionnement en électricité et en eau du bâtiment, détruit les véhicules des diplomates et encerclé l’ambassade pour empêcher tout fonctionnaire de sortir.

Capriles a été filmé par des télévisions vénézuéliennes. On peut le voir monter un escalier, sauter par-dessus le mur de l’ambassade pour entrer et menacer l’ambassadeur, Germán Sánchez Otero, de redoubler de violence si celui-ci ne consentait pas à livrer les fonctionnaires vénézuéliens que Capriles croyait cachés dans le bâtiment.

Ce 12 avril, Capriles – alors maire de la municipalité de Baruta, où se trouve l’ambassade cubaine – a non seulement refusé de prendre des mesures afin que sa police intervienne pour mettre fin aux actes de violence, mais sur les lieux, il a également insisté pour “inspecter” l’ambassade, un acte contraire aux conventions internationales. En outre, il a ensuite fait des déclarations provocantes.

Capriles s’est également rendu complice de la détention arbitraire de Ramón Rodríguez Chacín, alors ministre de l’Intérieur et de la Justice, ainsi que de la violation de son domicile.

L’assassinat du procureur Anderson

Le 16 mars 2004, après de longues tergiversations inspirées par la droite sur les circonstances de l’attaque, le procureur Anderson, chargé du dossier de plus de 400 personnes suspectées d’avoir participé au coup d’État d’avril 2002, délivre un mandat d’arrêt à l’encontre de Capriles, l’accusant de violation des principes fondamentaux du droit international, de violation de propriété privée et d’abus de pouvoir.

Alors que se tiennent les procès, Capriles reste en détention jusqu’en septembre.

Le 18 novembre, le jeune procureur Anderson est tué dans l’explosion de son véhicule, provoquée par une bombe faite de plastic C-4 et d’un aimant d’une grande puissance, un dispositif que les terroristes cubano-américains utilisent fréquemment.

Une liste des auteurs intellectuels de l’assassinat a été publiée. Y figurent entre autres Salvador Romaní, un avocat d’origine cubaine, ainsi que l’escroc financier Nelson Mezerhane, actionnaire de Globovisión, la journaliste putschiste Patricia Poleo, le général traitre Eugenio Áñez ainsi qu’Henry López Sisco, un ancien commissaire tortionnaire de la DISIP, qui a opéré pendant des années aux côtés du terroriste Posada. La plupart d’entre eux sont maintenant établis à Miami.

Un autre complice, Ricardo Koesling, trempe dans le terrorisme cubano-américain depuis les années 1970. Il a même aidé Luis Posada Carriles à s’évader de la prison de San Juan de los Morros, en 1985, à une époque où il collaborait avec le gouvernement de Jaime Lusinchi.

Parmi les suspects – tous liés à Capriles – qui ont trouvé refuge à Miami, on compte également un autre vétéran de la DISIP, Joaquín Chaffardet, formé, tout comme López Sisco, par les services secrets américains dans la célèbre École des Amériques.

Primero Justicia, pur produit de l’USAID, de la NED et de l’IRI

En 2000, Henrique Capriles Radonski a fondé, avec Leopoldo López , le parti Primero Justicia. Cette formation politique a été conçue grâce au fonds et aux conseils reçus de l’USAID, par le biais du National Endowment for Democracy (NED) et de l’International Republican Institute (IRI) ; des experts du Parti républicain des Etats-Unis ont même été mis à disposition pour concevoir la plateforme politique ainsi que la stratégie de communication.

Cette année, au prétexte de soutenir la démocratie, l’USAID a déjà promis une “donation” de cinq millions de dollars à la droite vénézuélienne. Annoncée à Miami par Mark Feierstein, le chef de l’agence gouvernementale américaine pour l’Amérique latine, cette mesure constitue une violation de la loi de défense de la souveraineté politique et de l’autodétermination nationale, laquelle interdit depuis fin 2010 le financement extérieur des partis politiques vénézuéliens.

Capriles appartient au courant idéologique d’extrême droite dont le chef de file au Venezuela est Alejandro Peña Esclusa, qui s’est fait arrêter à Caracas en possession de 900 grammes de C-4 et de détonateurs après avoir été dénoncé par le Salvadorien Francisco Chávez Abarca, un fin connaisseur du C-4, formé par Posada et extradé par la suite à Cuba.

Jean-Guy Allard

Traduit de l’espagnol par Investig’Action

Le candidat de la droite vénézuélienne refuse de reconnaitre sa défaite lors des élections présidentielles du 14 avril 2013, malgré la transparence des scrutins reconnue par les observateurs internationaux. Au contraire, il incite ses partisans à « exprimer leur colère »Le bilan est lourd : au moins 7 morts et 61 blessés.

Suite à la victoire électorale de Nicolás Maduro le 14 avril 2013, Henrique Capriles Radonski a rejeté le suffrage populaire et a appelé ses partisans à « exprimer leur colère » et leur « frustration » dans les rues, exigeant un recompte total des voix. « Toute cette rage, libérez-là », a-t-il lancé lors d’une conférence de presse télévisée transmise par la chaîne Globovisión, en appelant à des manifestations massives contre l’autorité élue du pays[1].

Les conséquences de cet appel du leader de l’opposition ont été dramatiques. Sept personnes ont été assassinées par les groupuscules d’extrême droite, dont six militants socialistes célébrant la victoire de leur candidat et un policier, et plus de 61 personnes ont été blessées[2]. Une militante du PSUV, le parti gouvernemental, a été brûlé vive et se trouve dans un état critique. Luisa Ortega Díaz, Procureur général de la République, a condamné les actes de violences : « On l’a brûlé vive. Imaginez un peu les niveau d’agressivité et de violence de ces personnes[3] ».

Plusieurs centres médicaux, symboles des programmes sociaux lancés par Hugo Chávez, ont été brûlés, ainsi que des bureaux de l’entreprise nationale de télécommunications CANTV, des magasins alimentaires gouvernementaux (MERCAL), des entreprises de production et de distribution d’aliments (PDVAL), appartenant à l’Etat ainsi que de nombreux services publics et autres commerces[4].

Capriles, également gouverneur de l’Etat du Miranda, s’en est pris publiquement à Tibisey Lucena, Présidente du Conseil national électoral (CNE) : « Vous devez vous rendre compte que les décisions erronées augmentent les conflits qui existent aujourd’hui dans le pays. Vous avez la responsabilité de faire face aux Vénézuéliens ». Suite à ces déclarations, l’opposition a fait le siège de la résidence de la Présidente du CNE, nécessitant l’intervention de la police[5].

Aucune sollicitation formelle

Le Procureur Díaz a fermement condamné l’attitude de Capriles : « Si le candidat que le peuple n’a pas choisi n’est pas satisfait du résultat, il dispose des outils nécessaires pour solliciter le Conseil national électoral (CNE) et une fois épuisée la voie administrative, il peut s’en remettre à la justice, au Tribunal Suprême de Justice. Mais jusqu’à présent, le candidat non élu n’a pas fait appel au CNE pour un quelconque recours, pour réclamer ses droits ou avancer des arguments. Il devrait formaliser ces actions auprès du CNE et non pas appeler à des actions violentes dans les rues […]. Porter atteinte à MERCAL, PDVAL, les centres médicaux et les services publics de l’Etat vénézuélien revient à porter atteinte au peuple[6] ».

Le vice-président Jorge Arreaza a confirmé ces déclarations et a informé que l’opposition, malgré ses déclarations publiques, n’avait entrepris aucune démarche formelle pour exiger un audit total de l’élection : « L’audit portant sur les 54% des suffrages s’est révélé exacte. Pour effectuer l’audit des 46% restants, une démarche formelle doit être effectuée. Ils ne l’ont pas fait car le but est de générer de la violence ». En effet, comme l’exige la législation, 54% des votes ont été automatiquement recomptés le jour même[7].

Le président Nicolás Maduro, dont l’élection a été reconnue par toute l’Amérique latine, l’Union européenne et une grande partie de la communauté internationale[8], et qui s’est déclaré favorable à un recomptage des voix à condition que l’opposition en fasse la démarche, a vivement condamné les actes de violences. « Quiconque prétend porter atteinte à la majorité en démocratie appelle de fait à un coup d’Etat », a-t-il averti. Selon lui, l’opposition se trouve désormais « en marge de la Constitution et de la loi[9] » et devra répondre de ses actes devant la justice[10]. Maduro a également explicitement accusé Capriles d’être responsable de la situation : « Vous êtes le responsables des morts dont nous portons le deuil aujourd’hui […] et vous devez répondre de vos actes[11] ».

Capriles, qui n’a eu de cesse d’accuser de partialité le Conseil national électoral durant la campagne présidentielle, s’était montré beaucoup plus indulgent à l’égard de l’institution lors des élections régionales du 16 décembre 2012. Il y avait une raison à cela : le CNE l’avait déclaré vainqueur dans l’Etat du Miranda et il en avait salué la décision. Suite au résultat serré du scrutin du 14 avril 2013 – 262 473 voix d’écart en faveur de Maduro (50,75%) –, Capriles a rejeté le suffrage populaire[12]. Pourtant, lors de son élection en tant que gouverneur (51,86%), la différence avec son opposant de gauche Elías Jaua était à peine de 45 111 voix sur un total de plus de 2 millions d’électeurs. Ce dernier avait néanmoins accepté sa défaite[13].

Les médias occidentaux ont soigneusement occulté les appels de Capriles à la violence. En guise de comparaison, imaginons un instant que suite à sa défaite électorale en mai 2012, le président sortant Nicolas Sarkozy ait refusé de reconnaitre la victoire de François Hollande en raison du résultat serré (3,28% d’écart), ait appelé ses partisans à manifester dans les rues pour « exprimer leur colère », et que ceux-ci aient assassiné six militants du Parti socialiste et un policier. La nouvelle aurait-elle fait la une des journaux ?

L’opposition vénézuélienne par la voix de Capriles, qui n’a avancé pour l’instant aucune preuve factuelle et n’a présenté aucun recours légal jusqu’à présent pour contester l’élection[14], semble faire le pari de la radicalité qui l’a amené à orchestrer un coup d’Etat en avril 2002 contre le Président Hugo Chávez, avec la participation active de l’administration Bush. Celle-ci avait été la seule avec l’Espagne à reconnaitre la junte putschiste dirigée par Pedro Carmona Estanga, aujourd’hui en fuite en Colombie pour échapper à la justice. Capriles avait lui-même participé à la rupture de l’ordre constitutionnel en assiégeant l’ambassade de Cuba et en procédant à l’arrestation de Ramón Rodríguez Chacín, alors Ministre de l’intérieur et de la Justice du gouvernement légitime. Capriles avait ainsi été mis en examen et avait passé plusieurs mois en prison[15]. La droite vénézuélienne vient de recevoir un soutien de poids dans son entreprise déstabilisatrice : les Etats-Unis, qui refusent de reconnaitre l’élection de Nicolás Maduro[16].

 Salim Lamrani

 

Article initialement publié en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/28415/o+jogo+perigoso+de+henrique+capriles+e+da+oposicao+venezuelana.shtml

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel


[1] Agencia Venezolana de Noticias, « El violento llamado de paz de Capriles », 15 avril 2013.

[2] EFE, « Fiscal general de siete muertos en incidentes en Venezuela », 17 avril 2013 ; Agencia Venezolana de Noticias, « Siete socialistas son las víctimas fallecidas durante violencia convocada por Capriles », 16 avril 2013.

[3] Agencia Venezolana de Noticias, « Fiscal de la República: Hechos violentos en el país dejan siete fallecidos y 61 lesionados », 16 avril 2013.

[4] EFE, « El jefe del Parlamento venezolano pide una averiguación penal sobre Capriles », 16 avril 2013 ; Agencia Venezolana de Noticias, « Maduro: Quien venga por la vía violenta encontrará al Estado », 15 avril 2013.

[5] Ibid.; Agencia Venezolana de Noticias, « El violento llamado de paz de Capriles », op. cit.

[6] Agencia Venezolana de Noticias, « Fiscal de la República: Hechos violentos en el país dejan siete fallecidos y 61 lesionados », op. cit.

[7] EFE, « Capriles llama de nuevo a movilizarse ‘en paz’ hacia las oficinas electorales », 16 avril 2013.

[8] Associated Press, « España reconoce a Maduro pero no pide disculpas », 16 avril 2013 ; Salim Lamrani, « 25 verdades sobre as eleições presidenciais na Venezuela », Opera Mundi, 15 avril 2013. http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/28380/25+verdades+sobre+as+eleicoes+

presidenciais+na+venezuela.shtml (site consulté le 17 avril 2013); Agencia Venezolana de Noticias, « Países del Mercosur ratifican total apoyo a Maduro tras triunfo electoral », 16 avril 2013.

[9] Agencia Venezolana de Noticias, « El violento llamado de paz de Capriles », op. cit.

[10] Agencia Venezolana de Noticias, « Presidente Maduro: Derecha pagará ante la ley lo que han hecho », 16 avril 2013.

[11] EFE, « Maduro responsabiliza de muertos a Capriles y dice que tendrá que responder », 16 avril 2013.

[12] Agencia Venezolana de Noticias, « Maduro: Hemos derrotado el golpe de Estado », 16 avril 2013.

[13] Agencia Venezolana de Noticias, « Jaua: No hay elementos para decir que hubo fraude en elecciones presidenciales », 16 avril 2013.

[14] Agencia Venezolana de Noticias, « Defensoría del Pueblo no ha recibido denuncias del proceso electoral », 16 avril 2013.

[15] Salim Lamrani, « 50 verdades sobre Henrique Capriles, candidato opositor à Presidência da Venezuela », Opera Mundi, 18 mars 2013.http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/27872/50+verdades+sobre+henrique+capriles+candidato+opositor+a+presidencia+da+venezuela.shtml (site consulté le 17 avril 2013).

[16] The Associated Press, « EEUU : no estamos listos para felicitar a Maduro », 17 avril 2013.

Entretien avec Nahikari Otaegi / Ex-militante de Segi, condamnée à six ans de prison par Giuliano Cavaterra

Le 8 avril, huit jeunes de Donostia ont été condamnés à six ans de prison pour leur appartenance au mouvement de jeunes indépendantistes Segi. Nahikari Otaegi est l’une d’entre eux. Âgée de 29 ans et mère de deux enfants (trois ans et sept mois), elle va devoir partir en prison pour une durée de quatre ans et demi (elle a déjà passé un an et demi en préventive). Il lui est reproché sa militance au sein du mouvement de jeunes. Mouvement considéré comme organisation terroriste dans l’État espagnol depuis 2007.

Vous venez d’être condamnée à six ans de prison pour avoir milité au sein de Segi. Pouvez-vous nous rappeler l’origine de cette affaire ?

À l’automne 2007, une opération policière vise des jeunes indépendantistes à Donostia. Les personnes qui sont alors arrêtées font une garde à vue sous le régime de la mise au secret. Ils dénonceront après avoir été torturés. Elle sera suivie quelques jours après d’une seconde vague d’arrestations. Une vingtaine de personnes sont recherchées et six sont détenues qui dénoncent aussi avoir été torturées. Je faisais partie des personnes qui n’étaient pas chez elles au moment de l’arrestation.

À quel moment avez-vous été arrêtée ?

Ceux d’entre nous qui avions échappé aux arrestations avons manifesté notre désir de rencontrer le juge d’instruction, Fernando Grande-Marlaska. Nous avons été à Madrid, mais nous avons été arrêtés en nous rendant au tribunal. Nous n’avons pas été mis au secret et dans les 24 heures, nous avons rencontré le juge. La plupart d’entre nous ont été placés en détention. J’ai fait un an et demi de prison préventive et je suis libre depuis 2009.

Pourquoi avez-vous été mise en examen ?

Nous l’avons été pour appartenance à une organisation terroriste. Certains seulement pour avoir fait partie de Segi qui a été déclarée organisation terroriste en 2007 par l’État espagnol. À d’autres, on a reproché aussi des actes de kale borroka.

Puis vous avez été jugée…

En tout, nous étions 18 mis en examen. Un était en prison dans l’État français et n’a pas été jugé avec nous. Les 17 autres, nous avons eu un premier procès en 2010. Comme je venais d’avoir mon premier enfant, je n’ai assisté qu’au premier jour du procès. Nous avons refusé de nous exprimer, sauf ceux qui ont subi des tortures qui ont répondu aux questions de nos avocats. Le procès a été très dur pour eux car les policiers qui venaient témoigner disaient qu’il n’y avait eu aucun mauvais traitement. L’un des jeunes a même fait une crise d’angoisse à ce moment-là. À l’issue du procès, deux d’entre nous ont été acquittés. Pour les autres, nous avons été condamnés à six ans. Nous avons fait appel auprès du Tribunal suprême. Celui-ci a cassé le jugement et le procès a donc été refait très vite après. Mais la sentence était exactement la même. Il y a eu quelques phrases rajoutées au jugement, mais globalement, c’était le copier-coller du premier jugement, fautes d’orthographe incluses.

Qu’avez-vous fait alors ?

Nous avons de nouveau fait appel. Le procès a eu lieu en février et la sentence rendue il y a quelques jours. Sur 15 personnes, sept ont été acquittées. Je fais partie des huit condamnés.

Sur quelles bases ?

La déclaration d’une autre personne lors de son arrestation qui me désigne comme responsable de Segi dans mon quartier et la découverte chez moi d’un DVD intitulé “Kaiolatik At!” sur lequel apparaît le logo de Segi. Pour d’autres les “preuves” qu’on a trouvées chez eux sont des tee-shirts, des posters ou des disques ! La sentence n’a pas vraiment de fondements. Nous n’acceptons pas cette sentence. Surtout dans le contexte actuel au Pays Basque. Elle démontre une fois de plus l’immobilisme des États. Nous allons sans doute faire appel auprès du Tribunal constitutionnel, mais ça n’est pas suspensif et dans les prochaines semaines, nous allons donc être incarcérés.

Un mouvement de solidarité important s’est mis en place…

Oui, il y a eu une magnifique réponse populaire à Donostia. Notre situation est très difficile, mais cette solidarité est d’un grand réconfort. Au centre de Donostia, nous avons monté Aske Gunea (“l’espace libre”). Tous les matins, des colonnes partent de chaque quartier où il y a un condamné pour l’accompagner jusqu’à Aske Gunea et le retour se fait de la même façon. Des rassemblements ont lieu tous les soirs. La société a mis en place un véritable mur de protection autour de nous. C’est un véritable mouvement de désobéissance civile.

16 avril 2013

http://www.lejpb.com/paperezkoa/20130416/397837/fr/-La-situation-est-dure-mais-solidarite-reconforte-


Une barrière humaine cherche à empêcher l’arrestation de 8 militants.

Des centaines de personnes forment depuis 24 heures une barrière humaine à San Sebastian (Donostia) pour empêcher l’arrestation de huit jeunes accusés d’appartenir au mouvement de jeunes Segi.

Des centaines de personnes étaient toujours rassemblées ce mercredi matin en centre ville de San Sebastian (Donostia) pour empêcher l’arrestation de 8 jeunes militants basques.

L’Audience nationale, la plus haute instance pénale espagnole, a décidé d’incarcérer les huit militants, accusés d’appartenir au mouvement de jeunes Segi, un mouvement interdit en Espagne à cause de ses liens présumés avec l’ETA, mais qui a annoncé sa dissolution en juin 2012. Ce mardi 16 avril, l’Audience nationale a ordonné leur arrestation. Les huit accusés ont été condamnés à six ans de prison.

Depuis mardi, des centaines de personnes forment une barrière humaine au Boulevard, une des principales voies qui longe le vieux quartier de San Sebastian, pour accompagner les huit jeunes “jour et nuit” et empêcher leur arrestation. Le mouvement pour les droits civiques en Pays Basque Eleak y a installé depuis plusieurs jours un chapiteau, nommé AskeGunea (lieu libre).

“Nous avons décidé de leur opposer une résistance pacifique,” a dit le porte-parole d’Eleak, Txerra Bolinaga. “Ces injustices sont inacceptables (…). Il est inconcevable de voler à autant de jeunes les meilleures années de leur vie, pour des idées politiques, ni d’occasionner de telles souffrances à leurs proches,” a dénoncé le collectif dans un communiqué.

“Les huit jeunes sont accusés “d’appartenance à une organisation terroriste” mais les seules preuves apportées sont des CD de musique, des tee-shirts, des livres et des affiches. Ils veulent les emprisonner pour leurs idées politiques,” dénoncent-ils.

http://www.eitb.com/fr/infos/politique/detail/1315676/pays-basque–une-barriere-humaine-empeche-arrestation-8-jeunes/

Rédaction, le journal du pays basque, 17/04/2013

La résistance exemplaire de la jeunesse basque, voir la video, sous titrage en français

Lille 17 avril 2013

 

 

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Le New York Times admet que le groupe frauduleux syrien de défense des droits humains est l’affaire d’« un homme-orchestre » financé par l’Union européenne et un autre « pays européen ».

12 avril 2013 (LD) – En réalité, il y a longtemps que l’on a révélé l’absurde façade propagandiste qu’est l’Observatoire syrien des droits le l’Homme, dirigé par Rami Abdel Rahman depuis sa résidence dans la campagne anglaise. Selon un article de Reuters de décembre 2011 intitulé Coventry : un foyer improbable pour un éminent activiste syrien, Abdel Rahman admet être un membre de l’« opposition syrienne » cherchant à chasser le président syrien Bachar Al-Assad :

« Après trois courts séjours derrière les barreaux en Syrie pour son activisme prodémocratie, Abdel Rahman est venu en Grande-Bretagne en 2000 craignant une quatrième peine d’emprisonnement plus longue.

“Je suis venu en Grande-Bretagne le jour du décès de Hafez al-Assad et je retournerai lorsque Bachar Al-Assad partira,” a déclaré Abdel Rahman en faisant référence au père de Bachar, Hafez, lui aussi autocrate.

One ne peut pas imaginer une source d’information moins fiable, plus discréditée et plus biaisée. Pourtant, durant les deux dernières années, son « observatoire » a été l’unique source d’information de l’interminable torrent de propagande émanant des médias occidentaux. Il est sans doute pire de voir que les Nations Unies utilisent cette source discréditée et ouvertement propagandiste comme fondement pour ses divers rapports. Du moins, c’est ce que le New York Times (NYT) affirme maintenant dans un récent article, Un homme très occupé derrière le bilan des victimes de la guerre civile syrienne :

L’article du New York Times admet ceci :

« Les analystes militaires de Washington suivent son bilan des soldats syriens et rebelles afin de mesurer l’évolution de la guerre. Les Nations Unies et les organisations de défense des droits humains fouillent ses descriptions de meurtres de civils afin de trouver des preuves en cas de procès pour crimes de guerre. De grands médias citent ses données, incluant celui-ci.

Cependant, malgré son rôle central dans la guerre civile sauvage, l’Observatoire au nom grandiose est pratiquement l’affaire d’un homme-orchestre. Son fondateur, Rami Abdel Rahman, 42 ans, qui a quitté la Syrie il y a 13 ans, travaille à partir d’une maison semi-détachée en brique rouge sur une rue résidentielle ordinaire de cette ville industrielle morne [Coventry, Angleterre]. »

Le New York Times révèle par ailleurs pour la première fois que les opérations de Rami Abdel Rahman sont en effet financées par l’Union européenne et un « pays européen » qu’il refuse d’identifier :

L’argent provenant de deux boutiques couvre les besoins essentiels au reportage sur le conflit et s’ajoute à de petites subventions de l’Union européenne et d’un pays européen qu’il refuse d’identifier.

Photo : Reuters – « Rami Abdel Rahman, chef de l’Observatoire syrien des droits le l’Homme quitte le ministère des Affaires étrangères et du Commonwealth après avoir rencontré le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague au cœur de Londres le 21 novembre 2011. REUTERS/Luke MacGregor ». Abdel Rahman n’est pas le « chef » de l’Observatoire syrien des droits le l’Homme, il est l’Observatoire syrien des droits le l’Homme, qu’il dirige de sa maison au Royaume-Uni comme l’œuvre d’un seul homme.

Alors qu’Abdel Rahman refuse d’identifier ce « pays européen », il ne fait aucun doute qu’il s’agit du Royaume-Uni puisque Abdel Rahman a un accès direct au ministre des Affaires étrangères William Hague. Il est avéré qu’ils se sont rencontrés à plusieurs occasions au ministère des Affaires étrangères et du Commonwealth à Londres. Le NYT révèle en réalité que c’est le gouvernement britannique qui a relocalisé Abdel Rahman à Coventry en Angleterre après qu’il eut fui la Syrie il y a plus d’une décennie en raison de ses activités anti-gouvernementales :

« Lorsque deux de ses associés ont été arrêté en 2000, il a fui le pays en payant un trafiquant d’êtres humains afin d’être introduit clandestinement en Angleterre. Le gouvernement l’a établi à Coventry, où il a apprécié la lenteur du rythme de vie. »

Abdel Rahman n’est pas un « militant des droits humains ». C’est un propagandiste rémunéré. Il est semblable à la troupe de traîtres infects et déterminés à qui l’on a donné refuge à Washington et Londres durant la guerre en Irak et la plus récente débauche occidentale en Libye, dans l’unique but de fournir aux gouvernements occidentaux un tapage constant de propagande et des rapports de renseignements délibérément falsifiés et conçus spécifiquement pour justifier les desseins hégémoniques occidentaux.

Parmi les contemporains d’Abdel Rahman se trouve le transfuge notoire irakien Rafid al-Janabi, nom de code « Curveball », qui se réjouit publiquement d’avoir inventé les accusations sur les armes de destruction massive iraquiennes, le casus belli de l’Occident pour justifier une guerre de 10 ans ayant coûté en bout de ligne des millions de vies, dont celle de milliers de troupes occidentales, et ayant laissé l’Irak en pagaille. On trouve également le Dr. Sliman Bouchuiguir de Libye, moins connu, fondateur du racket des droits humains pro-occidental à Benghazi, se vantant désormais ouvertement d’avoir inventé des histoires d’atrocités commises à l’endroit du peuple libyen et imputées à Mouammar Kadhafi, histoires visant également à donner à l’OTAN l’élan qu’elle convoitait pour intervenir militairement.

Contrairement au succès obtenu avec l’Irak et la Libye, l’Occident a échoué lamentablement dans sa tentative de vendre une intervention militaire en Syrie. Même sa guerre clandestine a commencé à se dévoiler alors que le public réalise de plus en plus que les soi-disant « rebelles prodémocratie » armés par l’Occident depuis des années sont en réalité des extrémistes sectaires se battant sous la bannière d’Al-Qaïda. Le simulacre de l’ « Observatoire syrien des droits de l’Homme » est lui aussi en train de se dévoiler. Il est peu probable que la révélation partielle du NYT convaincra les lecteurs que Rami Abdel Rahman n’est rien qu’un autre « Curveball » aidant l’élite entrepreneuriale et financière de Wall Street et Londres à vendre au public une autre guerre inutile.

Tony Cartalucci

Land Destroyer

Article original en anglais :

Mideast Syria“Pro-Democracy Terrorism”: The Syrian Observatory for Human Rights is a Propaganda Front funded by the , 12 avril 2013

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

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La tragédie de Boston : Un temps fort de réflexion

avril 17th, 2013 by Oscar Fortin

Lorsque les images nous arrivent tout droit des lieux où les victimes sont des nôtres, de nos proches, de ceux avec qui nous sympathisons, la douleur nous envahit et un cri de révolte se fait entendre pour condamner avec la plus grande énergie de telles horreurs.  Tout ce qu’il y a d’humanité en nous se retrouve concentré sur ces victimes qui nous sont si près.

Le 15 avril 2013 sera une date inoubliable pour Boston, pour les États-Unis, pour ceux et celles qui leur sont profondément attachés. Trois bombes, deux morts et plus de 150 blessés, ce n’est pas rien. C’est déjà une très grande tragédie. L’épiscopat national des évêques catholiques a aussitôt condamné pareil geste ainsi que le Vatican s’exprimant à travers son Secrétaire d’État, le cardinal Bertone, un fidèle allié des Etats-Unis depuis qu’il occupe ce poste.

Le 15 avril 2013 sera également une autre date inoubliable pour les Irakiens, victimes de plusieurs attentats ayant fait plus de 50 morts et de 300 blessés. Il faut dire que cette nouvelle traverse moins les écrans de nos télévisions ou la UNE de nos grands quotidiens. Nous n’y voyons pas les corps déchiquetés des morts et le cri de désespoir des blessés. La douleur humaine y est pourtant révélée dans toute sa profondeur. Le secrétaire d’État du Saint-Siège n’a pas jugé bon de faire entendre les paroles réconfortantes du pape François. Plus de 50 morts et de 300 blessés, ce n’est pas rien.

Le 15 avril 2013 sera, pour les Syriens, une autre date inoubliable. Un attentat suicide à la voiture piégée a fait 15 morts et 53 blessés dans la ville de Damas. Que de familles brisées, d’enfants morts ou laissés sans parent. Une autre de ces tragédies humaines que nos médias nous présentent qu’à travers les débris de voitures et d’immeubles détruits. Nos médias se gardent bien de nous montrer ces corps déchiquetés ou ces blessés au désespoir de leur souffrance. Le Secrétaire d’État du Vatican n’a pas jugé bon d’attirer l’attention du pape sur ces morts et blessés.

Le 15 avril 2013 sera une autre date inoubliable pour les Vénézuéliens qui ont connu une vague de sabotage de la part de groupes fascistes dans divers États vénézuélien, attaquant les installations de centres médicaux et tirant à bout portant contre les sympathisants du président élu. On compte 6 morts et 61 blessés. De quoi soulever la colère de tous les démocrates du monde. Le candidat perdant, plutôt que de faire appel aux dispositions de la constitution du pays pour faire valoir ses inquiétudes quant aux résultats de la récente élection, se fait plutôt l’instigateur de la violence, se moquant de la constitution et des lois qui régissent le bon fonctionnement des institutions.  Là encore pas un mot de l’épiscopat vénézuélien et encore moins du Secrétaire d’État du Vatican.

BRÈVE RÉFLEXION

En tout premier lieu si la vie humaine doit être respectée, elle doit l’être à tous les niveaux.  Il n’y a pas une vie humaine plus importante qu’une autre. Être pour la vie humaine, c’est l’être pour toutes les étapes par où elle passe. On ne peut pas être contre la violence et toutes les formes de terrorisme et être en même temps pour les guerres, les bombardements et toutes les formes de violence qui ont pour effets de détruire des vies humaines. Il est évident que lorsque ces évènements se produisent loin des yeux et loin du coeur, c’est comme s’ils n’existaient pas, même si nous en sommes parfois des complices passifs.

En second lieu, je m’adresse particulièrement à nos médias et aux autorités ecclésiales. Dans les deux cas, leurs interventions et la nature de leurs messages, plus souvent que moins partisans,  laissent dans l’ombre ou passent sous silence des crimes énormes qui se commettent quotidiennement contre l’humanité. Sur ces questions de la vie humaine, il ne peut y avoir deux mesures : l’une pour nous lorsque ça nous convient et une autre pour les autres, lorsque ça ne nous convient pas.

Concernant la déclaration du Vatican pour la tragédie de Boston et son silence pour les autres tragédies, je signalerai à la décharge du pape François que le cardinal Bertone, l’actuel secrétaire d’État est reconnu pour avoir été et être toujours un fidèle collaborateur de Washington. Il est possible qu’il se permette quelques libertés au nom du pape, sans que celui-ci en sache tous les avenants et aboutissants. Ce fut le cas avec le décès de Mme Thatcher et il est possible que ce soit également le cas présentement. De toute manière il appartient au pape de se définir lui-même.

Le véritable humanisme est sans frontière et trouve son plein épanouissement dans la solidarité fondée sur la vérité, le respect, la justice et la compassion pour et à l’endroit de tous les humains de la terre.

Oscar Fortin

Québec, le 16 avril 2013

http://humanisme.blogspot.com

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Ethnocentrisme. Les attentats commis en Occident suscitent davantage l’attention des médias audiovisuels que ceux perpétrés ailleurs. En contrepoint, Oumma vous propose de découvrir la liste détaillée des pays les plus touchés par le terrorisme depuis 40 ans.

Dans les écoles de journalisme et la plupart des rédactions de la presse généraliste, une technique d’écriture est prescrite pour attirer le lecteur ou l’auditeur : il s’agit de la « loi du mort-kilomètre ». En clair, selon les enseignants et les rédacteurs en chef qui en assument l’application, le « public » est censé s’intéresser aux décès selon l’éloignement géographique de l’évènement. Cas pratique : 1 mort à 1 kilomètre ou 10 morts à 10 kilomètres pourraient ainsi, selon les praticiens de cette coutume, retenir particulièrement l’attention. Il ne s’agit pas nécessairement là d’informer le citoyen sur un sujet d’actualité d’intérêt général mais, pour l’essentiel, de garantir un audimat performant et convoité par l’industrie médiatique.

Une autre règle, non formulée explicitement et tout autant cynique, vient contredire cet usage : on pourrait la qualifier de « loi du mort occidental ». Vu de Paris, Londres ou Washington, la mort brutale d’un Européen ou d’un Américain dans le monde sera  toujours plus fructueuse à couvrir -aux yeux des responsables de l’information- que celle de dizaines de non-Occidentaux.

« L’attentat » survenu hier à Boston illustre tristement cette pratique. Les chaînes d’information françaises ont réalisé des « éditions spéciales » afin d’en dramatiser le récit journalistique. 3 morts et plus de 130 blessés : pour les familles de victimes, le caractère tragique est indéniable. Mais pourquoi consacrer autant d’heures au sujet alors que des centaines de citoyens sont fauchés, chaque année, par le terrorisme sans que BFM TV ou France 24 ne daignent leur consacrer un sonore de 10 secondes ?

Les chiffres, les faits

En 2008, l’Université de Maryland et un centre dénommé « le Consortium national de recherche sur le terrorisme » (lié au gouvernement américain) ont réalisé un travail colossal : donner à voir, sur Internet, l’ensemble des données relatives aux « incidents terroristes »survenus dans le monde depuis 1970. Le terrorisme est ici défini comme « l’usage illégal de la force et de la violence par un acteur non-étatique afin d’atteindre un but politique, économique, religieux ou social ».

Un site interactif permet ainsi de consulter des graphiques, affinés selon le pays visé ou le type d’attaque utilisée (bombe, assassinat politique, kidnapping). La base couvre, à ce jour, la période allant jusqu’à 2011, soit une quarantaine d’années d’actes terroristes référencés.

On peut ainsi apprendre que les Etats-Unis sont le 16ème pays le plus impacté sur son sol par le terrorisme (2347 « incidents »), loin derrière la Colombie (7180), l’Irak (6475) et l’Inde (6114).

Si l’on se réfère à la « nationalité » visée par les terroristes, les Américains sont davantage ciblés (6ème de la liste, 4960 « incidents ») mais viennent encore après les Colombiens, Irakiens, Indiens, Péruviens et Salvadoriens.

En prenant en compte le nombre de victimes (morts et blessés), la place des Américains chute notablement dans la liste. Un classement détaillé des actes terroristes commis sur le sol américain permet ainsi d’observer un nombre extrêmement faible de citoyens directement touchés, hormis-évidemment- pour les attentats de 2001 et celui d’Oklahoma City en 1995.

Si l’on compare le nombre respectif d’incidents (sur 17622 au total) depuis 1970 entre trois pays (Etats-Unis, Colombie, Irak), le graphique suivant est éloquent.

Inutile d’effectuer une comptabilité précise et macabre. En affinant simplement la recherche, on obtient, par exemple, ce graphique pour la courbe du nombre de morts (de 1 à plus de 101 « fatalities » par attentat) du terrorisme en Irak (sur 7807 actes terroristes depuis 1970).

Même recherche pour la Colombie, à partir de 7453 attentats recensés.

Voici ce que l’on peut constater en appliquant le même filtre (courbe du nombre de morts -de 1 à plus de 101- lors d’actes terroristes) pour les 2362 incidents survenus aux Etats-Unis.

En décembre 2012, Max Fischer, bloggeur au Washington Post, soulignait déjà -en s’appuyant sur un rapport annuel produit, celui-ci, par l’Institut pour l’économie et la paix- que l’Irak était le premier pays impacté par le terrorisme tandis que les Etats-Unis étaient l’un des moins touchés. Moins de 3% des attaques commises sur le sol américain entre 2002 et 2011 ont été réalisées par des groupes islamistes. A l’inverse, les trois principaux groupuscules à commettre des actes terroristes ont été le « Front de libération de la Terre », le « Front de libération animale » et la nébuleuse anti-avortement. Plus éloquent : pour 2011, voici le classement des pays les plus ravagés par le terrorisme.

Il faut sauver la soldate Haïm

Ce mardi, la correspondante d’I Télé et de Canal+ à Washington, Laurence Haïm, a évoqué, avec son style régulièrement partisan, une« Amérique confrontée à la guerre en Afghanistan » (notez le choix du mot « confrontée »),détestée par« une partie du monde  au Moyen-Orient » (suivez mon regard) et dont la société aurait connu, depuis le 11-Septembre, une « israélisation » de son fonctionnementMessage en filigrane : les Américains comme les Israéliens se seraient habitués à une « menace terroriste » dont les protagonistes auraient implicitement le même profil extrémiste.

Peut-être faudrait-il proposer à la journaliste-chantre de l’axe Washington-Tel Aviv de partir en reportage à Bagdad afin de lui faire découvrir ce qu’est« l’irakisation » de la vie quotidienne.

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La visite du président russe en Europe la semaine dernière n’a pas seulement été d’une importance capitale, elle a aussi été très lourde de symboles dans le cadre des relations tortueuses entre la Russie et l’Europe.

La visite de Vladimir Poutine en Allemagne a consacré la relation entre les deux pays qui semble se limiter à une fraiche mais fructueuse diplomatie économique. Angela Merkel a haussé le ton sur les ONG puisque notamment deux fondations politiques allemandes: Friedrich-Ebert (proche du SPD) et Konrad-Adenauer (proche de la CDU) ont été perquisitionnées en Russie. Celle-ci a donc ouvertement pris à partie le président russe sur ce sujet sensible, comme elle l’avait fait pour les Pussy Riot (sans obtenir l’effet escompté) ce qui devrait visiblement être aussi le cas dans ce dossier des ONG allemandes, dossier pour lequel on peut douter qu’elle ait trouvé une oreille réceptive en Vladimir Poutine. La polémique sur les Pussy Riot et les ONG fait suite à un échange un peu sec entre les deux leaders à propos de Chypre, lorsque Vladimir Poutine avait qualifié le plan Merkel “d’injuste, non professionnel et dangereux”.

On s’étonne toujours de voir l’Allemagne donner des leçons de démocratie à ses voisins et peu de gens savent par exemple que la CDU est le parrain politique de partis d’opposition en Ukraine visant à accélérer et pousser le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE et à la communauté euro-atlantique, au passage en coopération directeavec des fondations oranges américaines comme l’IRI (républicains) et le NDI (démocrates). Pour ce qui est des ONG, on pourrait demander à la chancelière allemande ce qu’elle dirait si un Etat étranger, disons la Chine ou la Russie, soutenait financièrement et logistiquement des associations (par exemple Golos) pour se mêler des processus politiques intérieurs de l’Allemagne (voir par exemple icila et la). On ne peut que s’étonner du reste que les sponsors de Golos (Usaid, Ned, Iri..) soient les mêmes que ceux du parti Ukrainien précité Udar.

Mais la chancelière Merkel, qui est en précampagne sait parfaitement qu’elle soit se démarquer de son opposition de centre gauche (SPD) qui est beaucoup moins regardante sur les droits de l’homme, le principal opposant à Angela Merkel, Peer Steinbrück ayant récemment affirmé que “Les critères occidentaux de la démocratie n’étaient pas immédiatement transposables à la Russie” ou encore que la Russie est un “partenaire incontournable et qu’il convenait de ne pas l’humilier”.

Un minimum alors que le commerce entre les deux pays a atteint en 2012 un record de 80 milliards de dollars et que la grande dépendance énergétique européenne devrait augmenter via l’Allemagne avec le renforcement du gazoduc North Stream.

En Hollande, l’atmosphère de la visite du président Russe a été on ne peut plus fraiche, et le terme de simple diplomatie économique semble là aussi plus qu’adéquat. Les Pays-Bas sont le premier partenaire économique européen pour la Russie puisque le niveau des échanges entre les deux pays a en 2012 atteint 82,7 milliards de dollars. Pour autant, là encore, le président russe a été accueilli par des questions sur les inspections des locaux d’ONG ou sur les droits des homosexuels, et par une manifestation de collectifs pour la défense des droits sexuels des minorités. On essaye d’imaginer ce que diraient les autorités hollandaises si elles étaient accueillies à Moscou par des manifestations de russes hostiles aux lois libertaires qui existent en Hollande et permettent par exemple l’existence d’un parti pédophile souhaitant légaliser la pornographie enfantine et la zoophilie.

Doit-on imaginer que les Pays-Bas puissent prétendre sur certains points, et dont celui-là, être un modèle pour le monde? Il faut quand même avouer que sur ce dernier point on est très loin, sur le plan des atteintes aux libertés individuelles, de la loi russe contestée interdisant non pas d’être homosexuel, mais d’en faire la promotion publiquement.

Pendant ces déplacements russes en Europe occidentale qui ont été fructueux au moins sur le plan économique, la Serbie a elle fait un pas de plus vers le bloc russo-centré etl’union eurasiatique (comme annoncé il y a 6 mois dans ma tribune “l’Union Eurasiatique entre deux mondes”), en rejetant l’injonction bruxelloise d’accepter sans discussion l’indépendance du Kosovo. Le pays est ainsi cette semaine devenu le premier état européen et non issu de l’ex-bloc soviétique, à devenir membre observateur de l’OTSC.

Dans le même temps, en parallèle de ce fort rapprochement politique, la Russie a consenti un prêt de 500 millions de dollars à la petite Serbie, confirmé un accord militaire renforcé, étendu le régime de libre échange entre les deux pays, et surtout confirmé prendre en charge le financement du tronçon South Stream qui passera par la Serbie.

Je rappelle que South Stream est un gazoduc russe qui passera sous la Mer Noire en direction de l’Europe, en complément du gazoduc North Stream qui relie la Russie à l’Allemagne en passant sous la Mer Baltique. Ce nouveau tube permettra surtout à la Russie de ne pas dépendre uniquement de l’Allemagne pour l’alimentation énergétique de l’Europe, comme elle dépendait autrefois uniquement de l’Ukraine.

Les relations Russie-UE sont donc visiblement cantonnées à une diplomatie économique stable et sans trop de surprises, maintenue surtout par le haut niveau d’interdépendance économique. La question de la morale, si elle n’interfère pas trop à ce jour dans les relations, reste pourtant le principal point de désaccord.

La Russie, de son côté, cherche toujours à augmenter son niveau d’intégration politique avec ses voisins proches mais aussi avec le bloc orthodoxe.

Une politique dont il conviendra de voir, dans un avenir proche, si elle est payante.

Alexandre Latsa

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

Attendez-vous à être désinformés sur l’élection au Venezuela. Je suis en contact avec Caracas et bien sûr, j’entends une toute autre version…

 

Supporters de Capriles manifestant après le résultat des élections : “Obama, Shimon Peres, au Venezuela, la démocratie a été victime d’un coup d’Etat. Nous avons besoin d’aide, s’il vous plaît.”

1. Maduro a vraiment gagné. Comme tous les observateurs internationaux qui ont déjà surveillé les votes vénézuéliens, l’ancien président US Jimmy Carter a déclaré que le système électoral vénézuélien était le plus fiable au monde. Et l’article de mon ami Romain Migus, qui vit à Caracas, décrit avec précision le contrôle neutre des opérations électorales. Dans cette commission siègent des représentants de Capriles, et ils ont tous reconnu que le système était fiable.

2. Pourquoi un score si étroit ? Plusieurs facteurs sans doute : il n’est jamais bon d’annoncer trop tôt une victoire confortable, cela a sans doute démobilisé une partie des chavistes, croyant que la victoire est assurée. Mais il ne faut pas se leurrer : certains problèmes du pays traînent à trouver leur solution, il y a – et je peux en témoigner avec une expérience personnelle – un véritable sabotage de la bureaucratie et souvent un problème de corruption. Les gens faisaient confiance à Chavez pour quand même surmonter ces obstacles. Pour convaincre, Maduro devra engager rapidement une lutte très dure et prolongée contre la bureaucratie. En s’appuyant sur la base et le contrôle populaire.

3. Contester la victoire est un truc classique pour manipuler l’opinion et préparer la déstabilisation. Le livre de l’avocate Eva Golinger « Code Chavez – CIA contre Venezuela » expose de nombreux documents US : ils prouvent l’activité intense de la CIA au Venezuela avant et pendant le coup d’Etat militaire de 2002 (qui avait emprisonné Chavez, mais échoua suite à la résistance populaire massive). La CIA n’a évidemment pas cessé d’agir dans ce pays, comme dans tous les pays où des gouvernements résistent aux multinationales : des coups d’Etat ont aussi été préparés en Bolivie, en Equateur (échecs) et au Honduras (succès).

4. Les médias européens présentent Capriles comme « centre droit ». Son programme est en réalité d’extrême droite et sa famille est une des plus riches du pays. Leur passeport est peut-être vénézuélien, mais leur cœur est aux USA. (Voir son portrait)

5. Ce lundi, les milices de Capriles ont attaqué des sièges du parti chaviste, des centres de médecine sociale et la télévision publique, tuant plusieurs personnes. En fait, Capriles et les agents US avaient préparé des incidents violents pour créer un climat justifiant un nouveau coup d’Etat. Cette stratégie fut déjà appliquée dans divers pays.

6. Si vous craignez que tout ceci soit une « théorie du complot », écoutez John Perkins, qui a travaillé toute sa vie pour les services secrets US avant de les dénoncer dans le livre « Confessions d’un assassin financier ». Dans cette interview vidéo, il commente la façon dont la CIA a organisé des incidents violents pour préparer le coup d’Etat qui a renversé le premier ministre iranien en 1951 (le pétrole, déjà !). C’est à 02’ 47, mais toute l’interview est ultra importante. (voir ci-dessous)

7. Le fond du problème reste : à qui doivent servir les richesses naturelles ? Aux multinationales comme Exxon (45 milliards $ bénéfices annuels) ou à éradiquer la pauvreté ? L’Afrique, riche, crève de faim parce que les multinationales, la banque mondiale et le FMI y décident de tout. Dans le monde arabe, les Frères musulmans affronteront de plus en plus la colère populaire car leur programme économique très à droite se met à genoux devant les intérêts des Etats-Unis et le peuple reste donc dans la pauvreté. Par contre, l’Amérique latine est en train de se libérer depuis que Chavez a dit NonL’Amérique latine est en train de se libérer depuis que Chavez a dit Non.

8. La tentative de coup d’Etat réussira-t-elle au Venezuela ? Cela dépend de la résistance et du sang froid des Vénézuéliens, mais aussi de notre responsabilité pour faire circuler l’info contre les médiamensonges.

 

Source : Investig’Action

 

 

Il y a plus de questions que de réponses entourant la double attaque à la bombe à l’arrivée du marathon de Boston qui a fait au moins trois morts et plus de 130 blessés, le 15 Avril 2013. Voici un exemple parmi tant d’autres que nous traiterons plus tard.

L’entraîneur de Cross-Country Ali Stevenson a témoigné sur la chaîne Local 15, affirmant qu’une atmosphère particulière régnait avant le début du marathon. Il témoigne de la présence de chiens renifleurs de bombes ainsi que des guetteurs sur les toits des immeubles, à la ligne de départ ainsi qu’à la ligne d’arrivée.
Alors qu’une explosion avait eu lieu, les autorités ont annoncé aux participants de ne pas s’inquiéter, car il s’agissait juste d’un exercice d’entraînement.

Pour lui, les autorités savaient quelque chose.

 

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Obama responsable du massacre d’enfants afghans.

avril 16th, 2013 by Ralph Nader

Une horrible photographie montre au public américain des petits enfants morts se trouvant devant leur maison. Au moins 10 enfants afghans, certains avec leurs mères, ont été tués par une attaque aérienne sur l’ordre du président Barack Obama.

Des villageois afghans veillent les corps des enfants tués lors d’un raid aérien américain dans la province de Kunar – 7 avril 2013 – Photo : Reuters via RT

Il a probablement pris cette décision lors de ce que ses collaborateurs décrivent comme la routine hebdomadaire du « Mardi de la Terreur » à la Maison Blanche. Ce jour-là, Obama reçoit des conseils sur les « militants » qui doivent être tués ou non par des drones ou des avions à des milliers de là. Même si des zones d’habitation éloignées des zones de guerre sont souvent détruites, en violation flagrante des lois de la guerre, le président n’est nullement découragé.

Ces frappes aériennes décidées par Obama sont lancées en sachant très bien que très souvent il y a des « dommages collatéraux » [expression profondément méprisante et déshumanisante à l’égard des malheureuses victimes - NdT], qui est une forme de « terrorisme désolé. » Comment le président peut-il justifier le massacre d’une douzaine de jeunes garçons afghans qui ramassaient du bois pour leurs familles, sur une colline ? Les espions locaux doivent avoir perdu la tête à la perspective de tous ces billets de 100 $ touchés en récompense.

Imaginez un frappe aérienne directe tuant et blessant des dizaines de personnes dans un cortège funèbre à la suite d’une précédente attaque mortelle qui est justement à l’origine de cette procession endeuillée. Souvenez-vous de l’attaque décidée par Obama en décembre 2009 contre un prétendu camp d’entraînement d’Al-Qaïda au Yémen, en utilisant des missiles tomahawk et – notez-le bien – des bombes à fragmentation, qui ont tué 14 femmes et 21 enfants. Encore et encore du terrorisme « tellement désolé », ravageant des familles entières loin des champs de bataille.

S’il s’agit d’une guerre, pourquoi le Congrès n’a-t-il pas déclaré la guerre en vertu de l’article 1, Sec. 8 de la Constitution américaine ? L’autorisation du Congrès en 2001 d’utiliser la force militaire n’est pas une autorisation ouverte pour le président. Elle a été limitée à cibler uniquement les nations, organismes ou personnes qui auraient clairement été impliqués dans les massacres du 11 septembre, ou qui protégeraient des organisations ou des personnes complices.

Depuis plusieurs années, la Maison-Blanche, y compris le général à la retraite James Jones, ont déclaré qu’il n’y a pas de véritable structure opérationnelle d’Al-Qaïda en Afghanistan. Les talibans pakistanais sont en conflit avec le gouvernement pakistanais. Les talibans afghans sont engagés dans un conflit violent avec le gouvernement afghan et veulent expulser les forces américaines considérées comme des forces occupantes, tout comme leurs prédécesseurs ont expulsé les envahisseurs soviétiques. Les talibans ne représentent pas de menace imminente pour les États-Unis

L’ambassadeur d’Obama au Pakistan, Cameron P. Munter, se plaignait devant ses collègues à propos des attaques par drones de la CIA, disant « qu’il n’avait pas compris que sa tâche principale consistait à tuer des gens ». Il savait comment de telles attaques par drones qui tournent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur des millions de gens apeurés et leurs enfants terrifiés, produisent de graves retours de bâton qui ne font qu’envenimer les choses et pour de nombreuses années.

Même un loyaliste comme William M. Daley, le responsable de l’équipe autour d’Obama en 2011, a fait observer que les listes des meurtres commandités par Obama présentaient de moins en moins de signification. « Un gars est mis hors circuit, et le chauffeur particulier du gars en question, qui était n ° 21, devient alors le numéro 20 ? » demande Daley, décrivant le débat interne. « À quel point êtes-vous simplement en train de remplir le seau avec des chiffres ? »

Pourtant, ces massacres totalement illégaux par un Obama apparemment obsédé, se poursuivent et incluent toute personne dans le voisinage d’un « suspect » dont le nom n’est pas encore connu (qui sont appelés « les signatures des frappes »), ou sont des erreurs flagrantes, comme les récents assassinats par attaques aériennes de nombreux soldats pakistanais et de quatre policiers afghans – considérés pourtant comme nos alliés. La liste des meurtres par drones interposés s’allonge encore et encore – le nombre officiel de tués est de plus de 3000, sans compter les blessés.

Dans quelques semaines, le magazine The Nation publiera un important rapport sur les victimes civiles des forces américaines en Afghanistan, qui devrait nous livrer de nouvelles informations.

Changement de lieu et de décor à présent. Lundi dernier, le Président Obama s’est rendu pour la seconde fois à Newtown, au Connecticut. C’est ce même président qui, en sa qualité de procureur, de juge, de jury et de bourreau ayant donné la directive à ses drones secrets de tuer plusieurs enfants dans différents endroits du monde, s’est rendu auprès des parents et des proches des 20 enfants et six adultes assassinés par un tueur déséquilibré. Cette fois-ci, il est devenu le président compatissant qui distribue des mots apaisants et des étreintes.

Reste à savoir ce qui doit passer dans l’esprit du président lorsqu’il feuillète le New York Times de ce jour en y voyant la photo d’une rangée de dix petits enfants afghans et de leurs parents déchiquetés. Comment pourra-t-il justifier l’occupation militaire continue dans ce qui est une guerre civile ? Il n’est donc pas étonnant que la majorité du peuple américain veuille un retrait d’Afghanistan, même sans une connaissance approfondie des pratiques horribles et macabres accomplies en notre nom et qui alimentent la haine rageuse de la guerre d’Obama.

Ce dernier qui, à partir de 2016 commencera à écrire son autobiographie lucrative, ne consacrera que peu de pages où il aura à expliquer comment il a pu pu endurer et gérer sa double vie. D’une part, il ordonnait ce qu’on appelle des attaques avec une extrême précision qui bien évidemment tueront de nombreux enfants innocents ainsi que leurs parents. D’autre part, il pleurait et déplorait les tueries et assassinats domestiques que connait son pays tout en prônant le contrôle sur les armes.

En sa qualité de donneur de leçons en droit constitutionnel, il peut se demander pourquoi il n’y a pas eu de « contrôle des armes » sous son mandant anarchique et hors de contrôle et ses attaques injustifiables qui n’ont fait qu’étendre et élargir les ramifications d’Al-Qaida, lesquelles continuent de causer des ravages en Irak, au Yémen, en Somalie, au Mali, en Afrique du Nord et partout ailleurs.

Al-Qaida en Irak s’est alliée avec un réseau en Syrie appelé « al-Nusra », ce qui va sans doute permettre à Obama de poursuivre ses exercices inutiles des « Mardis de la Terreur ». La CIA appelle la réaction à ce type d’opérations un « retour de bâton » car les conséquences imprévues portent atteinte à notre sécurité nationale sur le long terme.

Mais Obama est différent si l’on le compare à l’ancien Vice-Président Dick Cheney, un criminel récidiviste qui ne manque pas une seule occasion de rappeler qu’il n’a ni remords, ni regrets. Obama, lui, s’inquiète même lorsqu’il donne l’ordre pour une large escalade des attaques aériennes commencées par son prédécesseur George W. Bush. Dans son discours sur l’état de la Nation (State of Union speech), Obama avait appelé à un « cadre juridique et politique » devant guider « nos opérations d’anti-terrorisme », afin que « personne ne puisse juste nous croire sur nos bonnes paroles. » Certes, il se sert d’un bon prétexte pour se défendre de ses erreurs et ses bavures, mais cela prouve sans doute qu’il a besoin d’une certaine retenue. L’an dernier, il a confié à CNN que c’était « quelque chose avec lequel il fallait composer. »

Et même si le président parvient à soumettre le cadre légal proposé, ce n’est pas notre congrès dépourvu du moindre courage qui pourrait le soutenir dans sa démarche, ni prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme aux lois secrètes, aux critères secrets de ciblage, à l’emprisonnement secret, à l’absence des procédures même pour les citoyens américains, aux camouflages secrets des sous-traitances illégales avec les entreprises, et pour promulguer d’autres réformes préventives.

Dans son interview accordée à la CNN, M. Obama a reconnu qu’il est « facile de glisser dans une situation qui vous mène à la transgression des lois, en pensant que la fin justifie toujours les moyens. Ce ne sont pas les valeurs de notre pays. »

Malheureusement, c’est ce qu’il a fait en tant que président.

Tant que que le peuple américain ne se rendra compte qu’un président doit être soumis à l’état de droit et à notre Constitution, à nos lois et à nos traités, chacun des successeurs [d’Obama] poussera davantage le déficit financier causé par le non-respect des lois jusqu’à l’inévitable jour fatidique. C’est le destin de tous les empires.

Ralph Nader

Du même auteur :

Le cauchemar des prisonniers de Gaza – 4 mai 2012

Two Obamas, Two Classes of Children,The Palestine Chronicle. le 12 avril 2013

Traduction : Info-Palestine.eu – CZ & Niha

Ralph Nader est un avocat défenseur des consommateurs et juriste, il est l’auteur de « Only the Super-Rich Can Save Us » [non traduit en français].

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Les enquêtes d’opinion se sont révélées fausses et la campagne de l’opposition a été un succès.

1. Nicolás Maduro a obtenu 7 505 338 voix, soit 50,66% des suffrages exprimés.

2. Henrique Capriles a obtenu 7 270 403 voix, soit 49,07% des votes.

3. 38 756 électeurs ont voté blanc ou nul, soit 0,26%.

4. La participation électorale a été de 78,71%.

5. Seuls 234 935 voix, soit un pourcentage de 1,59%, séparent les deux candidats.

6. Toutes les enquêtes d’opinion qui donnaient Maduro vainqueur avec une marge allant de 10 à 20 points se sont révélées fausses.

7. Le résultat serré ne remet pas en cause la légitimité de Nicolás Maduro. En guise de comparaison, en France, lors des dernières élections présidentielles de mai 2012, la différence entre François Hollande et Nicolas Sarkozy était seulement de 3,28%.

8. Maduro est arrivé en tête dans 16 Etats sur 24.

9. Capriles a remporté 8 Etats.

10. Les observateurs internationaux, dont l’Union européenne et l’Union des Nations sud-américaines, ont reconnu la transparence du scrutin.

11. Henrique Capriles refuse de reconnaitre la victoire de son rival tant qu’un recomptage des voix n’a pas été effectué.

12. Nicolás Maduro a accepté le recomptage des voix.

13. Max Lesnik, directeur de Radio Miami, ville où réside une forte communauté vénézuélienne favorable à Capriles, déclare que le résultat serré confirme la validité des élections. Selon lui, « personne ne braque une banque pour voler 1 000 dollars quand il a possibilité d’en voler 1 million. Personne ne frauderait pour obtenir moins 300 000 voix d’avance ».

14. En guise de comparaison, en octobre 2012, Hugo Chávez avait battu son rival Henrique Capriles avec 8.191.132 voix, soit un total de 55,07%.

15. Capriles avait obtenu 6.591.304 votes, soit 44,31%.

16. 1 599 828 voix séparaient les deux candidats, soit un pourcentage de 10,76%.

17. La participation électorale avait été de 80,48%.

18. Chávez était arrivé en tête dans 21 Etats.

19. Capriles n’en avait remporté que 3.

20. Ainsi, en l’espace de six mois, le camp chaviste a perdu 685 784 voix.

21. De son côté, Capriles en a gagné 679 099.

22. L’immense majorité des 685 784 électeurs qui ont voté pour Chávez en octobre 2012 ont porté leur choix sur Henrique Capriles le 14 avril 2013.

23. Malgré les impressionnantes politiques sociales mis en œuvre en faveur des catégories les plus défavorisées qui ont permis de réduire la pauvreté et d’élever le niveau de vie des plus démunis de manière substantielle, force est de constater qu’un nombre important d’entre eux ont choisi de voter pour le candidat de droite.

24. La campagne électorale du candidat Capriles de 2013, beaucoup plus agressive que celle de 2012, a été un franc succès.

25. La campagne électorale du nouveau Président de la République Bolivarienne du Venezuela a été un échec cinglant.

Salim Lamrani

Article publié initialement en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/28380/25+verdades+sobre+as+eleicoes+presidenciais+na+venezuela.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

Les responsables de la « troïka », qui comprend l’Union européenne, le Fonds monétaire International (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE), ont discuté cette semaine avec des représentants de la coalition gouvernementale grecque pour réclamer davantage de coupes sociales dans le contexte de l’effondrement économique qui se déroule en Grèce.

Les pourparlers se concentrent sur les exigences de la « troïka » de nouvelles mesures d’austérité en échange du versement d’une tranche de 2,8 milliards d’euros du prêt de 130 milliards accordé préalablement à la Grèce. Sont également débattues les modalités pour le déblocage d’une somme de 6 milliards d’euros supplémentaires dont le versement est prévu au second trimestre de cette année.

La population appauvrie de la Grèce n’a jamais vu la couleur de l’argent de ce « sauvetage ». Il a directement servi à payer les dettes dues aux banques. La Grèce détient des obligations à hauteur de 5,6 milliards d’euros arrivant à échéance le 20 mai et qu’elle devra verser aux obligataires.

Les négociations ne s’étaient pas encore achevées vendredi lorsque le ministre des Finance, Yannis Stournaras, a quitté Athènes pour aller participer à une réunion officielle de l’Eurogroupe à Dublin. Diverses sources ont rapporté que le gouvernement, qui regroupe Nouvelle Démocratie, le PASOK et la Gauche démocratique, a toutefois largement accepté les exigences de la troïka.

S’exprimant à Dublin, le président de l’Eurogroupe et ministre néerlandais des Finances, Jeroen Dijsselbloem a demandé que la Grèce « accélère ses efforts » afin de se conformer au programme de la troïka.

L’UE a imposé ces exigences à la Grèce au moment où il émergeait que, moins d’un mois après l’imposition de mesures d’austérité douloureuses à Chypre, de nouvelles coupes de 6 milliards d’euros seront exigées. Ceci signifie que le montant total des mesures d’austérité à Chypre, dont la population est à peine supérieure à un million, équivaut à ce que chaque homme, femme et enfant remette 27.000 euros.

Les toutes dernières négociations en Grèce ont repris après que la troïka avait stoppé les discussions en février en affirmant qu’Athènes ne respectait pas ses instructions. Celles-ci portaient sur le nombre de licenciements dans le secteur public. La troïka exige que le nombre d’emplois publics passe à 150.000 d’ici 2015, avec notamment le licenciement de 7.000 travailleurs cette année et de 20.000 en 2014.

La troïka s’est également opposée à la fusion de la Banque nationale de Grèce et d’Eurobank, deux des plus grandes banques grecques, signifiant que les deux institutions endettées seront contraintes de se recapitaliser séparément afin d’être couvertes par le trésor public. L’on évalue que ceci coûtera 15,6 milliards d’euros de plus.

Au début des pourparlers, le ministre des Finances, Yannis Stournaras, aurait dit à la troïka qu’il ne s’attendait pas à ce que l’actuel gouvernement dure si la troïka insistait pour davantage d’austérité. Avec des millions de personnes vivant dans une pauvreté insoutenable, exacerbée par un chômage endémique approchant les 30 pour cent, et près de 60 pour cent pour les moins de 25 ans, le gouvernement anticipe une explosion sociale.

Les chiffres publiés cette semaine révèlent que chaque jour ouvré 3,400 personnes ont perdu leur emploi durant le premier mois de l’année. Un taux de perte d’emploi similaire, pour un pays de la taille des Etats-Unis, équivaudrait à la perte de près d’un million d’emplois par mois. La politique de l’UE consistant à imposer de telles coupes sociales à une société dont l’économie est en chute libre est politiquement criminelle.

Le journal To Vima a rapporté que Stournaras a dit à la troïka, « Ne nous poussez pas plus loin. Si vous voulez davantage de mesures, prenez les clés du ministère des Finance et donnez les à Tsipras. » Alexis Tsipras est le dirigeant du parti d’opposition SYRIZA, la Coalition de la Gauche radicale [qui entretient des relations avec le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon en France et le parti La Gauche d’Oskar Lafontaine en Allemagne].

Le gouvernement a cherché à rassurer la troïka, disant qu’il appliquerait les suppressions d’emplois mais par une politique principalement de départs volontaires et non de licenciements. Avant les pourparlers, le ministre à la Réforme de l’administration, Antonis Manitakis, du parti de la Gauche démocratique, a dit à Michalis Papagiannakis, du Centre d’études politiques (lié à la Gauche démocratique), « Il y a eu en 2012, 32.000 départs à la retraite dans le secteur public et la réduction du nombre total de fonctionnaires sera de 180.000 d’ici 2015. »

Le quotidien de droite Kathemerini a remarqué, « Des sources proches du ministre ont dit jeudi que l’appel de la troïka à 20.000 licenciements d’ici la fin de l’année prochaine dépassait de loin ce que la Grèce s’était engagée à faire dans le deuxième accord de prêt signé l’année dernière, » en ajoutant que, si la troïka insistait pour le respect de cette échéance, « Manitakis pourrait se retirer des pourparlers et laisserait d’autres représentants du gouvernement poursuivre les pourparlers. »

Malgré l’attitude de Manitakis, les partis de la coalition insistent uniformément pour que le coût de la crise soit transféré sur le dos de la classe ouvrière et des couches les plus pauvres de la société. Pour ce qui est des coupes sociales, la coalition n’a que des divergences tactiques avec la troïka.

Evangelos Venizelos, dirigeant du parti social-démocrate détesté PASOK qui avait déclenché la première vague d’austérité en 2010, a soutenu cette semaine les suppressions d’emplois dans le secteur public.

Il a dit que la troïka considérait le secteur public, « correctement je pense, du point de vue d’une réforme structurelle. Notre crédibilité repose sur cette question ; elle déterminera si nous ici en Grèce voulons vraiment des réformes structurelles profondes, à savoir un Etat différent capable de fonctionner d’une manière qui soit favorable à l’investissement, à la croissance et avant tout à l’égard des citoyens, et à cela nous devons donner une réponse positive. »

Le gouvernement continue d’imposer des mesures brutales contre la population. Avant l’arrivée de la troïka, la taxe « d’urgence » sur la propriété tellement décriée, imposée en 2011 durant la première phase d’austérité et redevable uniquement par les locataires de bâtiments disposant de compteur électrique, a été élargie à toutes les propriétés en tant que taxe générale. Elle sera perçue en 2014 par les autorités fiscales.

Des rapports attestent qu’Athènes se prépare à satisfaire une exigence primordiale de la troïka de licencier 2.000 travailleurs d’ici juin, au motif fallacieux qu’ils n’honorent pas leur « serment » de fonctionnaire du public.

Les travailleurs accusés d’infractions disciplinaires risquent actuellement de perdre leur emploi. Selon Kathemerini, la principale préoccupation de Manitakis serait de ne pas renvoyer d’employés sans qu’ils aient été entendus et il « chercherait un moyen d’accélérer le processus des auditions disciplinaires. »

Une formule juridique pour son application serait en train d’être élaboré. Les lois apparemment envisagées sont la création d’un organe disciplinaire centralisé pour juger toutes les affaires des fonctionnaires et la suppression du salaire des employés qui ont été suspendus de leurs fonctions jusqu’à ce que leur affaire soit traitée.

La coalition, qui est soutenue par des médias complaisants, est passée maître dans la diabolisation des travailleurs du secteur public en se référant constamment à eux comme faisant partie d’un monstre «bedonnant » ponctionnant toutes les ressources des contribuables.

A cet effet et, de toute évidence, calculée pour coïncider avec la visite de la troïka, le gouvernement a lancé une campagne écoeurante pour davantage encore stigmatiser et diffamer publiquement les travailleurs du secteur public. Une série d’inspections surprise durant sept jours par des agents de l’Etat dans cinq ministères– les Finances, la Réforme de l’administration, l’Education, la Santé et le Tourisme – ont été effectuées durant la visite. Kathemerini s’est empressé de rapporter jeudi que ces derniers avaient conclu qu’un « nombre significatif de fonctionnaires ne se rendaient pas régulièrement au travail. » Le journal a ajouté, sans fournir d’élément de preuve, « Dans le cas du ministère de l’Education, 20 pour cent des employés étaient indûment absents. »

Robert Stevens

Article original, WSWS, paru le 13 avril 2013

WikiLeaks, le site de publication de documents confidentiels fondé par Julian Assange, a publié lundi dernier une nouvelle archive de 1,3 millions de communications diplomatiques et de rapports des services de renseignement. Elle recouvre les années 1973 à 1976, et est nommée « The Kissinger Cables ».

Cette base de données comprend des documents révélant les opérations impitoyables menées par les États-Unis dans le monde entier, à une époque où la classe ouvrière internationale était à l’offensive et où la bourgeoisie menait une contre-attaque brutale.

Parmi ces câbles, une série de communications diplomatiques révèle la relation entre le Vatican et un certain nombre de régimes dictatoriaux, du Chili d’Augusto Pinochet à l’Argentine de Jorge Rafael Videla ou à l’Espagne de Francisco Franco.

Le 11 septembre 1973, un coup d’Etat soutenu par la CIA et mené par le général Pinochet fit tomber le gouvernement élu du président issu du Parti socialiste, Salvador Allende. Durant la dictature de Pinochet qui dura 17 ans, des milliers de militants de gauche, des étudiants, syndicalistes et toute personne suspectée de s’opposer au capital chilien ou international furent tués ou enlevés par le régime. Des centaines de milliers furent emprisonnés et torturés, ou envoyés en exil.

Les noms de ces opérations criminelles de l’État, comme « Opération Condor » ou « La caravane de la mort » sont inscrits pour toujours dans la conscience des travailleurs chiliens. La « lutte contre le marxisme » de Pinochet reste l’un des développements les plus violents de l’histoire du 20e siècle.

Le but principal d’une telle lutte était de détruire la classe ouvrière et ses organisations, à la fois physiquement et par l’imposition d’une politique économique agressive de privatisation et de dérégulation. Cela créa un modèle d’enrichissement par une petite oligarchie pour les décennies à venir.

De nombreux gouvernements se joignirent à cette “lutte,” les États-Unis prenant la tête de la meute. Le président Richard Nixon et son conseiller à la Sécurité nationale Henry Kissinger allouèrent 8 millions de dollars à la campagne visant à déstabiliser Allende. Tout en maintenant une apparence de réformes libérales et une politique plus détendue envers l’URSS, lancée par Jean XXIII, le Vatican, sous la direction du Pape Paul VI, accorda son soutien au dictateur chilien.

Dans un câble daté du 18 octobre 1973, l’Archevêque Giovanni Benelli, vice-ministre des affaires étrangères du Vatican, niait les crimes commis par la junte de Pinochet, exprimant « ses graves inquiétudes et celles du Pape au sujet de la campagne internationale réussie des gauchistes pour déformer complètement les réalités de la situation chilienne. »

Plus précisément, ce câble documente les conceptions de Benelli sur « la couverture exagérée des événements comme étant probablement le plus grand succès de la propagande communiste, et souligne le fait que même les cercles modérés et conservateurs semblent assez disposés à croire les mensonges les plus éhontés sur les excès de la junte chilienne. »

Sa source d’information était le Cardinal Raùl Silva, ardent opposant au communisme. D’après ce câble, « le Cardinal Silva et l’épiscopat Chilien en général ont rassuré le Pape Paul que la junte fait tout son possible pour revenir à la normale et que les histoires alléguant de représailles brutales dans les médias internationaux sont infondées. »

Le rôle joué par des figures comme Silva ou Paul VI lui-même – qui étaient présentés comme des « progressistes » à l’époque – émerge très clairement de ces documents. Benelli affirme que « la validité et la sincérité du Cardinal Silva ne peuvent être mis en cause puisque Silva est connu internationalement comme l’un des principaux progressistes de l’Église qui, de plus, a accordé son soutien tacite au président Allende. »

Cette preuve ne montre pas seulement la négation des crimes de Pinochet par le Vatican et l’Église chilienne : il révèle la faillite du gouvernement Allende, lequel s’appuyait sur des relations avec des couches de l’Église lui étant complètement hostiles.

En fait, l’archevêque affirme que, « les forces gauchistes ont largement réduit les pertes en convainquant le monde que la chute d’Allende est exclusivement due à des forces fascistes et extérieures, et non aux faiblesses de la politique d’Allende, comme c’est en réalité le cas. »

S’il y a une vérité objective dans la déclaration de Benelli, c’est le fait que Pinochet, qui avait été nommé par Allende à la tête des forces armées, ait tiré avantage du climat politique créé par le recul d’Allende sur les réformes qu’il avait promises. Allende était lui-même un politicien capitaliste, promouvant une « voie chilienne vers le socialisme » mais fondamentalement engagé à démobiliser la classe ouvrière. Cela a préparé le terrain à une prise du pouvoir par les militaires.

En novembre 1973, immédiatement après le coup d’Etat de Pinochet, un autre câble montre les négociations pour le renouvellement et la révision du Concordat, signé à l’origine en 1953, entre le Vatican et le régime fasciste de Francisco Franco en Espagne, et qui effectivement rejetait le principe de la séparation entre l’Église et l’État.

L’archevêque Agostino Casaroli, porte-parole du gouvernement du Vatican à l’époque, lui-aussi un « réformiste de l’Ostpolitik » qui développait de nouvelles relations avec les pays d’Europe de l’Est pour tenter de renforcer l’influence de l’Église dans les pays dominés par les staliniens, rencontra des responsables espagnols. Il était convenu qu’une certaine discrétion serait maintenue.

Il y avait plusieurs raisons à cela : premièrement, les événements au Chili avaient créé une immense opposition parmi les travailleurs et les étudiants, et l’Eglise risquait d’être publiquement exposée comme une alliée des régimes dictatoriaux. Deuxièmement, il y avait des désaccords au sein-même du Vatican sur la manière de sauvegarder au mieux l’image du Vatican et de la distancer des dictateurs fascistes.

Un câble du 7 novembre 1973, affirme qu’une « divergence de vues entre le Vatican et l’épiscopat espagnol est une des raisons fondamentales sur la négociation d’un nouveau Concordat. » Il montre que l’épiscopat était « ouvert à des accords de révision partielle de ceux de 1953, puisqu’ils pensent qu’un nouveau Concordat pourrait à nouveau associer l’Eglise au régime » alors qu’ils « essayent de dissocier l’Église du GoS [Government of Spain] aux yeux du public Espagnol. »

Si des couches de la hiérarchie ecclésiastique se préoccupaient de ce que, après la mort de Franco, la négociation des accords leur serait moins favorable et insistaient pour en obtenir un nouveau, la section « libérale » et « progressiste » du Vatican cherchait à « conserver son image libérale si juste quelques accords partiels sur les points de friction les plus importants » étaient négociés.

Contrairement à la demande de Casaroli de garder cette visite discrète, le régime de Franco « voulait une couverture par la presse et la télévision la plus large possible de la visite, » provoquant une réaction du Vatican. D’après le journal italien L’Espresso, Casaroli se plaignit à un ministre espagnol de « la violation offensive des assurances reçues de la part du gouvernement espagnol sur le maintien d’un profil bas. »

Quelques années plus tard, le 24 mars 1976, le Commandant argentin Jorge Rafael Videla organisait le coup d’Etat qui fit tomber la présidente Isabel Peron, épouse de l’ex-président Juan Peron. Videla dirigea un Etat policier brutal et adopta une politique libérale similaire à celle de Pinochet. Son régime, bien connu pour sa « sale guerre » et l’« Opération Condor » est devenu synonyme de disparitions, de meurtres et de tortures.

Le complice le plus proche de Videla dans le coup d’Etat et la dictature militaires qui suivirent fut l’amiral Emilio Massera. De nouveaux câbles montrent les liens étroits entre Massera et Pio Laghi, le nonce apostolique (ambassadeur du Pape) en Argentine.

Un câble daté du 7 novembre 1975 révèle que Laghi « a parlé avec l’amiral Massera tôt le 5 novembre sur le même sujet [la présidente Peron], et récemment avec de nombreux autres participants. L’analyse du Nonce [Laghi] a été que la veuve Peron doit partir aussi tôt que possible, que ce soit par un congé exceptionnel, une démission, ou golpe » – c’est-à-dire un coup d’Etat.

En plus d’être un ami proche de Massera, Laghi était très respecté dans les cercles militaires et diplomatiques. Comme le confirme le même câble, « le Nonce a beaucoup de relations et est un fin observateur. Sa conclusion générale est qu’elle est finie. Seule la manière de son départ reste en question. Cependant, il a commenté que cela pourrait durer plus longtemps que prévu et être un processus douloureux. »

En fin de compte, les véritables douleurs ont été subies par des dizaines de milliers de travailleurs, d’étudiants et de militants politiques, accusés d’être des « terroristes, » qui luttaient en réalité contre le terrorisme d’État qui caractérisait le régime de Videla, mais se faisaient tuer ou torturer, emprisonner et disparaître.

Pio Laghi était plus qu’une connaissance pour le gouvernement américain. Dans un câble du 14 mai 1974, Laghi est décrit comme « très éduqué, d’une compagnie agréable, parlant un anglais excellent, et bien disposé envers les États-Unis. »

Ces révélations jettent la lumière sur l’installation récente du nouveau Pape François, ex-archevêque de Buenos Aires, en Argentine. Le nouveau pontife est profondément impliqué dans la « sale guerre » menée par la junte militaire argentine (lire : le Pape de la “sale guerre”).

Marc Wells

Article original, WSWS, paru le 15 avril 2013

Voir :

bergolio

François : «Le pape de Washington» ?Par Prof Michel Chossudovsky, 17 mars 2013

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USA/Otan, locomotive de la dépense militaire mondiale

avril 16th, 2013 by Manlio Dinucci

Mais quelle crise ? En 2012 l’Italie est montée à la dixième place des pays qui ont les plus grosses dépenses militaires du monde, au lieu de la onzième place en 2011. L’information vient du Sipri, le réputé institut international dont le siège est à Stockholm, qui a publié hier les dernières données sur la dépense militaire mondiale.  Celle de l’Italie se monte à environ 34 milliards de dollars en base annuelle, équivalents à 26 milliards d’euros. C’est-à-dire 70 millions d’euros par jour, dépensés en argent public pour les forces armées, armements et missions militaires à l’étranger. Alors que les fonds manquent même pour payer le chômage.

USA/Otan toujours en tête

Ceux qui font la locomotive de la dépense militaire mondiale, qui a grimpé en 2012 à 1753 milliards de dollars, sont encore les Etats-Unis, avec 682 milliards de dollars, équivalents à environ 40% du total mondial. Alliés compris, la dépense militaire de l’Otan se monte à plus de 1.000 milliards annuels, représentant 57% du total mondial.

Parmi les « G-10 » -USA, Chine, Russie, Grande-Bretagne, Japon, France, Arabie saoudite, Inde, Allemagne, Italie- dont la dépense militaire équivaut aux trois-quarts de la dépense mondiale, les Etats-Unis dépensent plus que les neuf autres réunis.  Dans la présentation du budget du Pentagone on rappelle que les Usa possèdent « les forces armées les mieux entraînées, les mieux dirigées et les mieux équipées qui aient jamais été réalisées dans l’histoire » et qu’ils sont décidés à garder ce primat.

L’objectif du pentagone est de rendre les forces étasuniennes plus agiles, plus flexibles et prêtes à être déployées encore plus rapidement. La réduction des forces terrestres entre dans la nouvelle stratégie, testée avec la guerre de Libye : utiliser l’écrasante supériorité aérienne et navale étasunienne et faire porter la plus grosse charge aux alliés. Ça n’est pas pour autant que les guerres coûtent moins : les fonds nécessaires sont autorisés d’une fois sur l’autre par le Congrès, qui les ajoute au budget du Pentagone.

Les coupes budgétaires militaires étasuniennes annoncées de 45 milliards annuels pour la prochaine décennie restent donc entièrement à vérifier. On doit en outre tenir compte dans la dépense fédérale, en plus du budget annuel du Pentagone, d’autres postes à caractère militaire –parmi lesquels 140 milliards annuels pour les militaires à la retraite, 53 pour le « programme national de renseignement », 60 pour la « sécurité de la patrie »- qui portent la dépense réelle étasunienne à plus de 900 milliards, soit plus de la moitié de la dépense mondiale.

La compétition des autres

La stratégie des USA a aussi pour objectif d’augmenter la dépense militaire des alliés, internes ou externes à l’Otan, car c’est l’industrie guerrière étasunienne qui leur fournit la majeure partie des armements. Les résultats sont au rendez-vous : la dépense militaire de l’Europe orientale a augmenté en 2012 de plus de 15% par rapport à l’année précédente. La Pologne, en dix ans, ajoutera à son budget militaire 33,6 milliards d’euros pour potentialiser ses forces armées en réalisant (avec des technologies importées des USA) son propre « bouclier de missiles » dans le cadre de celui des USA/Otan.

Forte augmentation aussi de la dépense militaire des alliés moyen-orientaux, qui a augmenté en une année de plus de 8% : en tête se trouvent Oman, avec 51% d’augmentation et l’Arabie saoudite avec 12%. Forte croissance aussi de la dépense militaire de l’Afrique du Nord, avec une augmentation de 7,8%.  En Amérique latine c’est le Paraguay qui est en tête avec une augmentation annuelle de 51% pendant que celle du Mexique a grossi de 10% environ.

Dans les estimations du Sipri, la Chine reste au deuxième rang mondial, avec une dépense estimée pour 2012 à 166 milliards de dollars, équivalents à 9,5% de la dépense mondiale. Mais son rythme de croissance (175% en 2003-2012) est supérieur à celui des autres pays. Cette accélération est due fondamentalement au fait que les Usa sont en train d’opérer une politique de « containment » de la Chine, en déplaçant de plus en plus le centre focal de leur stratégie dans la région Asie/Pacifique. En rapide augmentation aussi la dépense de la Russie qui, avec 90 milliards de dollars, se place au troisième rang mondial.

Le chœur de ceux qui ont accueilli les données du Sipri en chantant les louanges des « coupes » dans la dépense militaire étasunienne et de l’ « effondrement » de la dépense italienne se livre à une tentative grotesque de cacher la réalité : on jette dans le puits sans fond de la dépense militaire d’énormes ressources qui, au lieu d’être utilisées pour résoudre les problèmes vitaux, servent à préparer de nouvelles guerres en aggravant la condition de pauvreté où est reléguée la moitié de la population mondiale.

 Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 16 avril 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130416/manip2pg/01/manip2pz/338921/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Cet article prend la place de la rubrique hebdomadaire L’art de la guerre, dont la forme réduite ne permettait pas de traiter le sujet abordé aujourd’hui par l’auteur.

Il a été publié en italien sous le titre Rapporto Sipri 2012: l’Italia, con 34 miliardi di dollari investiti, pari a 26 miliardi di euro, sale tra i «10 Grandi» della spesa militare. Le titre de la version française a été proposé par l’auteur. NdT.

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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Des soldats français ont lancé une nouvelle offensive au Nord Mali. L’opération surnommée « Gustav » implique un millier de soldats utilisant des dizaines de blindés, de l’artillerie et des chasseurs-bombardiers ainsi que pour la première fois des drones. L’offensive fait partie de l’expansion systématique de la guerre menée par la France et ses alliés.

La semaine passée l’Union européenne (UE) a aussi commencé sa « Mission de formation de l’Union européenne » (EUTM), au Mali. Quelque 550 soldats issus de 22 pays de l’UE sont chargés de former au cours de ces 15 prochains mois la moitié de l’armée malienne. Un premier contingent de 570 soldats venus de la capitale malienne, Bamako, est arrivé pour débuter l’entraînement spécial de base, dont les télécommunications ou la formation de tireurs d’élite.

L’objectif officiel de la mission évaluée à 12,3 millions d’euros (16,1 millions de dollars) est de « reconstruire » l’armée malienne, pour que les forces françaises puissent progressivement se retirer. Le 28 mars, le président français, François Hollande, a annoncé lors d’une interview télévisée que son pays allait commencer fin avril à retirer progressivement ses 4.000 soldats et réduire de moitié leur nombre pour coïncider avec la « mission de maintien de la paix » de l’ONU devant avoir lieu en juillet. A la fin de l’année, un millier de soldats français resteraient au Mali.

Hollande n’a toutefois pas fait référence au fait que deux jours plus tôt, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait annoncé dans un rapport remis au Conseil de Sécurité de l’ONU que la force de « maintien de la paix » de l’ONU forte de 11.200 hommes serait considérablement plus nombreuse qu’annoncée précédemment. Ban a aussi signalé pour la première fois la perspective d’une seconde « force parallèle » afin de mener des opérations importantes de combat et des opérations anti-terroristes « hors cadre de l’ONU ». Cette unité spéciale devrait être mise en place principalement par la France et sera stationnée soit à l’intérieur des frontières maliennes soit ailleurs en Afrique occidentale.

La déclaration de Hollande vise à duper l’opinion publique. Au lieu d’une réduction des opérations militaires, beaucoup plus de soldats vont être envoyés au Mali dans la période à venir. Ils stationneront plus longtemps qu’il n’avait été officiellement annoncé et leur champ d’action a été significativement élargi pour s’étendre au-delà des frontières du Mali.

Ce n’est pas la première fois que le président social-démocrate français cherche à tromper l’opinion publique internationale. Son affirmation initiale selon laquelle la France avait été contrainte d’intervenir pour endiguer un soulèvement des combattants islamiste dans la capitale Bamako était tout aussi fausse.

Dans une interview accordée au journal Suisse Tagesanzeiger, Georg Klute, professeur d’ethnologie à l’université de Bayreuth et spécialiste de l’Afrique, a révélé que le gouvernement malien est en pourparlers avec le groupe islamiste Ansar Al-Dine depuis trois ans.

Lors de ces pourparlers, Ansar al Dine avait proposé de déclarer un cessez-le-feu et d’abandonner sa campagne pour imposer par la violence la loi islamique de la charia. La France a réagi l’été dernier, menaçant maintes fois d’intervenir.

C’est dans ce contexte de provocations françaises que les forces islamistes ont lancé une offensive pour s’emparer de l’aéroport Sévaré – afin d’empêcher l’atterrissage des troupes françaises – ce qui a servi de prétexte à Paris pour lancer sa guerre au Mali.

Les activités des agences internationales de renseignement ont confirmé que la guerre au Mali n’était pas la conséquence d’une décision prise à court terme.

Selon le magazine allemand Der Spiegel, les troupes d’élite de l’armée française étaient actives au Mali plusieurs mois avant l’intervention officielle. En septembre 2012, une centaine de membres du Commandement des opérations spéciales (COS) étaient arrivés secrètement dans le pays par avion, prenant position à des emplacements stratégiques hors de la capitale, Bamako. Leur mission a été complétée par une reconnaissance navale et l’écoute électronique à partir du Niger voisin.

Selon le magazine français Marianne, l’unité du COS a bénéficié du soutien de troupes qui avaient précédemment été impliquées dans l’intervention française en Côte d’Ivoire voisine.

La mission qui porte le nom d’opération Sabre a été effectuée avec l’autorisation expresse des gouvernements des pays voisins. Le centre de commandement de l’opération était à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso où se trouve le quartier général de l’armée américaine.

Depuis 2007, les Etats-Unis ont mis en place en Afrique plus d’une dizaine de bases aériennes. Le Washington Post a produit dernièrement un rapport sur une mission au nom de code « Creek Sand » effectuée en 2012 par l’armée américaine et des entreprises locales sous contrat. L’opération impliquait une surveillance aérienne du Mali et d’autres pays d’Afrique occidentale ainsi que des manœuvres militaires comprenant des soldats américains et des soldats maliens formés par l’armée américaine.

L’ensemble de ces informations montre clairement que, contrairement aux affirmations du président français selon lesquelles son pays avait préparé une riposte éclair à la menace terroriste, l’intervention au Mali était planifiée et minutieusement préparée longtemps à l’avance.

Ernst Wolff

Article original, WSWS, paru le 13 avril 2013

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Recension de livre : « Les nations les plus pauvres : Une histoire possible de l’hémisphère sud »par Vijay Prashad

Il n’est pas si farfelu d’imaginer « L’Ange de l’histoire » de Walter Benjamin succomber à la tentation, et soulignant que l’heure de l’hémisphère sud est enfin venu.

Oh oui, ce sera un long, ardu et tortueux chemin. Mais si la génération Google/Facebook a besoin seulement d’un manuel détaillant l’étoffe des rêves, des épreuves et des tribulations du monde en développement au début du 21e siècle, ce serait celui-là, Vijay Prashad vient de publier The Poorer Nations : A Possible History of the Global South . (Les nations pauvres).

Appelez ça la postmoderne, numérique suite du classique de Frantz Fanon « Les Damnés de la terre ».

C’est un livre absolument essentiel pour être lu conjointement avec un autre écrit par un asiatique mondial, Pankaj Mishra «  From the Ruins of Empire : The Revolt Against the West and the Remaking of Asia « (Sur les ruines de l’Empire : la révolte contre l’Occident et la refonte de l’Asie), qui utilise des personnages clés tels que Jamal al-Din al-Afghani [1], Liang Qichao [2] et Rabindranath Tagore [3] pour raconter une histoire extraordinaire.

Prashad, directeur des études internationales du Trinity College, dans le Connecticut, et auteur des splendides «  The Darker Nations  » (Nations les plus sombres), être lu comme préambule à ce livre, met en scène dès le début – en utilisant l’incontournable citation de Fanon ; depuis 1961, ce qui a été configuré fut un combat entre le Projet du Tiers Monde (« pour la paix, du pain et de la justice ») et le Projet Atlantique. Les principaux acteurs : le Mouvement des non-alignés (MNA), le secrétariat de facto du Projet Tiers Monde, et le Groupe des 77 pays en développement, créé en 1964 pour agir au nom du MNA au sein des Nations Unies.

Les fondateurs de la MNA jouissaient d’un statut d’icones dans le monde post-colonial ; Jawaharlal Nehru en Inde, Gamal Abdel Nasser en Egypte, Sukarno en Indonésie, Josip Broz Tito en Yougoslavie. Pourtant, ils savaient que c’était une bataille difficile. Comme le note Prashad, « l’ONU avait été détourné par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Le FMI [Fonds monétaire international] et la Banque mondiale avait été capturés par les puissances atlantiques, et le GATT [Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, précurseur de l’Organisation mondiale du commerce] a été conçu pour saper toute tentative des nouvelles nations de réviser l’ordre économique international  ».

Comme pour le Projet Atlantique, une citation de Henry Kissinger – co-destructeur du Cambodge, « introniseur » de Pinochet, allié répugnant des saoudiens (le « plus irresponsable et lâche des Arabes ») et dithyrambe -en-chef du Chah d’Iran (« un type dur, mauvais ») – suffirait : « Rien d’important ne peut venir du Sud. L’axe de l’histoire commence à Moscou, va à Bonn, traverse vers Washington, puis se rend à Tokyo Ce qui se passe dans le Sud n’a pas d’importance. »

Les Atlantistes étaient farouchement contre le « sans importance » Projet Tiers-Monde, mais aussi contre la sociale-démocratie et le communisme. Leur Graal était de se vautrer dans les profits faciles fournis par une nouvelle géographie mondiale de la production, « changements technologiques qui permettaient aux sociétés de tirer profit des taux de salaires différentiels » – plus que tout, les très bas salaires payés dans toute l’Asie orientale.

Ainsi, le décor était planté pour l’émergence du néolibéralisme. Ici Prashad évolue en parallèle avec l’incontournable David Harvey, détaillant comment les pays du Sud sont devenus mûrs pour être entièrement (re) exploités ; Finies les idées de libération nationale du bien collectif.

Laissez les barbares dehors

Avec le FMI faisant désormais partie de la troïka qui dicte de l’austérité à la plupart de l’Europe occidentale (aux côtés de la Commission européenne et la Banque centrale européenne), il est facile d’oublier qu’en 1944 les choses étaient déjà assez déformées. Le monde en développement n’a absolument rien eu à dire à Bretton Woods, sans mentionner un quelconque contrôle sur le Conseil de Sécurité de cinq membres de l’ONU. C’était le silence des agneaux, les loups ont prévalu, et l’inégalité a été gravée dans le marbre.

Prashad rappelle les indispensables précisions sur la façon dont le dollar US est devenu la monnaie de référence dans le monde, avec les États-Unis faisant swinguer le prix du dollar dans le monde, quelles qu’en soient les conséquences ; la formation du Groupe des Sept comme essentiellement un mécanisme mondial anti-développement (et pas antisoviétique), et bien sûr la Commission Trilatérale tant redoutée, mise en place par la Chase Manhattan de David Rockefeller pour imposer la volonté du Nord contre le Sud.

Et devinez qui était l’architecte intellectuel de la Trilatérale ? L’ineffable Zbigniew Brzezinski, le consigliere du futur président Jimmy Carter. Dr Zbig voulait « contenir la menace contagieuse de l’anarchie mondiale ». Diviser pour régner, encore une fois ; la périphérie a besoin d’être mise à sa place.

Par ailleurs, il faut toujours se rappeler qu’ en 1997 dans son épic «  The Grand Chessboard  » (Le Grand Echiquier),Dr Zbig, qui est devenu le conseiller pour la politique étrangère de Barack Obama en 2008, a écrit : « Les trois grands impératifs de la géostratégie impériale sont d’éviter la collusion et de maintenir la dépendance en matière de sécurité parmi les vassaux, pour les garder dociles, et d’empêcher les barbares de se rassembler ». Pendant longtemps, les « vassaux » ont été facilement contenus, mais le Dr Zbig, avec une longueur d’avance sur Kissinger, avait déjà prévu comment contenir les deux « barbares » clés, les émergentes puissances eurasiatiques : la Russie et la Chine.

Le Groupe des Sept était de toutes façons, un succès retentissant, imposant sa « théorie de la gouvernance » partout, mise en place par – qui d’autre – que la mafia de Bretton Woods. Prashad l’explique soigneusement : « Ce qu’ils nommèrent le néolibéralisme était moins une doctrine économique cohérente qu’une campagne assez simple des classes possédantes pour maintenir ou rétablir leur position dominante », à travers de « l’accumulation par dépossession », inventé par David Harvey, également connu désormais par des millions d’Européens sous le nom de code « austérité ».

Les chiffres sont éloquents. En 1981, le flux net de capitaux vers le Tiers-Monde était de 35,2 milliards de dollars. En 1987, 30,7 milliards de dollars ont quitté le Tiers-Monde pour les banques occidentales. Louez soit le Seigneur et sa loi gravée dans le marbre, également connue sous « Ajustement Structurel », basée sur la « conditionnalité » (privatisation sauvage, déréglementation, destruction des services sociaux, « libéralisation » financière).

Paraphrasant Dylan, quand tu n’avais rien, tu avais toujours ce rien à perdre. Il n’y a jamais eu de stratégie politique du Nord pour faire face à la crise de la dette des années 1980. Les agneaux du Global South ont été seulement autorisés dans une triste procession à recevoir leur ajustement structurel consacré un par un.

Mais encore ce n’était pas assez. Avec la chute de l’URSS, Washington était libre de développer sa Full Spectrum Dominance. Ceux qui ne se conformaient pas entièrement seraient vendus sous la marque « Etats voyous » – comme Cuba, l’Iran, l’Irak, la Libye, la Corée du Nord et même, pendant un certain temps, la Malaisie (parce qu’elle ne cédait pas au FMI).

Mais alors, lentement mais sûrement, les pays du Sud ont commencé à émerger. Prashad détaille les raisons – le boom des matières premières tirée par la Chine, les bénéfices des produits de base, l’amélioration des finances d’Amérique Latine, plus d’investissement direct étranger dans le monde. Le Sud Global a commencé à davantage faire de commercer entre lui-même.

Puis, en Juin 2003, en marge de la réunion du Groupe des Huit à Evian, en France, il est apparu quelque chose qui s’appelle l’IBSA (Dialogue Inde-Brésil-Afrique du Sud). IBSA a tenu à « maximiser les avantages de la mondialisation » et à promouvoir une croissance économique soutenue. Le ministre brésilien des Affaires étrangères Celso Amorim l’a défini à la fois comme « une idéologie dans le meilleur sens du mot – une idéologie de la démocratie, de la diversité, de la tolérance, de la recherche de la coopération ».

En parallèle, la Chine était – pour le moins – en plein essor. Il est essentiel de rappeler à quiconque ce point fatidique du voyage de Novembre 1978 de Deng Xiaoping à Singapour, où il a été accueilli par Lee Kuan Yew, Prashad aurait pu construire un chapitre entier autour de cela. Ce fut l’argument décisif. Deng a tout de suite su qu’il pouvait profiter des guanxi (« liens ») de la diaspora chinoise pour tout ce qu’elle vaut. Je n’oublierai jamais ma propre première visite à Shenzhen seulement un mois après le légendaire Tour du Sud de Deng de Janvier 1992. C’est alors que le boom a vraiment commencé. À l’époque, je me sentais enfoncé jusqu’au cou dans la Chine maoïste.

Passons rapidement à l’aide actuelle de la Chine au développement de l’Afrique. De vastes étendues du monde en développement ne sauraient envisager d’adopter aveuglément une Zhongguo moshi - le modèle chinois. C’est plutôt comme l’introduction de Prashad de cette magnifique citation de Donald Kaberuka, ancien ministre des Finances du Rwanda et maintenant président de la Banque Africaine de Développement : « Nous pouvons apprendre [des Chinois] comment organiser notre politique commerciale, passer d’un statut de faible à moyen revenu, d’éduquer nos enfants dans les compétences et les domaines qui payent en seulement quelques années. »

BRIC après BRIC

Ce qui nous amène aux BRICS, créé en tant que groupe en 2009 de l’union BRIC-IBSA – et maintenant la principale locomotive du Sud.

A l’époque, inévitablement, blâmer la Chine était déjà devenu un art bien établi à Washington, les Chinois doivent impérativement devenir des consommateurs. Ils sont, et ils le feront – mais à leur rythme, et en suivant leur propre modèle politique.

Même le FMI admet déjà que d’ici 2016 les Etats-Unis cesseront peut être d’être la plus grande économie du monde. Alors le grand Fernand Braudel avait raison quand il a écrit La perspective du monde : Civilisation et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle, en soulignant que ce serait le « signe de l’automne » pour l’hégémonie ’Atlantique.

Bien sûr, il y a d’énormes problèmes avec les BRICS, comme le détail Prashad. Leurs politiques nationales peuvent en effet être interprétées comme une sorte de « néolibéralisme avec des caractéristiques du Sud ». Ils sont loin d’être une alternative idéologique au néolibéralisme. Ils ont été impuissants à contrer l’hégémonie militaire écrasante des Etats-Unis et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (voir, par exemple, le fiasco en Libye). Et ils ne sont pas l’embryon d’un changement révolutionnaire dans l’ordre du monde.

Mais au moins ils « permettant une bouffée d’air frais pour oxygéner le monde stagnant de l’impérialisme néolibéral ».

L’air frais circulera sous la forme d’une nouvelle banque de développement, une version BRICS de la Banque du Sud de l’Amérique du Sud Banco del Sur, fondée en 2009 (telle est la vision critique de Prashad. La Chine et le Brésil ont mis en place un accord de swap de devises de 30 milliards à payer à travers le commerce, en contournant le dollar US. Moscou et Pékin approfondissent leur partenariat stratégique. (Voir BRICS brisent leurs chainesAsia Times Online, le 26 Mars 2013.)

Les BRICS comme ils se présentent – trois grands producteurs ainsi que deux principaux consommateurs de matières premières qui essaient de trouver une sortir à la catastrophe menée par l’occident- sont à leurs débuts. Ils évoluent déjà comme un puissant acteur géopolitique jouant sur la multipolarité. Ils sont sans doute rejoints par les prochaines BRICS – Le MIST (Mexique, Indonésie, Corée du Sud et Turquie). Et n’oubliez pas l’Iran. Le temps pour BRICS MIIST ?

Ce qui est graphiquement évident c’ est que les pays du Sud en ont assez – des ravages du casino turbo-capitalisme et de l’OTAN en train de jouer Robocop de l’Afrique du Nord jusqu’à l’Asie du Sud-Ouest, pour ne pas mentionner l’Eurasie encerclée par la chimère de Docteur Folamour – le bouclier antimissile.

Le Sud demeure plein d’absurdités, il suffit de penser au pétrole et au gaz des pétromonarchies du CCG – ces parangons de la « démocratie » – maintenant transformés en annexe de l’OTAN. Peu d’événements ces derniers temps ont été aussi piètres que celui de la Ligue Arabe lèche-botte de leurs maîtres OTAN, piétinant le droit international en installant des douteux « rebelles » syriens dans le fauteuil d’un Etat souverain, un de ses propres membres fondateurs.

Scènes étranges à l’intérieur de la mine d’or.

La chute du néolibéralisme sera sanglante – et cela prendra du temps. Prashad tente une analyse objective en termes de l’unité de l’hémisphère Sud, en s’appuyant sur les travaux du marxiste Indien Prabhat Patnaik.

Patnaik est au même diapason. Il sait qu’« une résistance coordonnée au niveau mondial n’est pas à l’horizon ». Au lieu de cela, « il met l’accent sur la centralité de la construction de la résistance au sein de l’État-Nation, et son analyse peut facilement être étendue aux régions (il écrit principalement sur l’Inde, mais l’analyse qu’il fournit est également applicable aux expériences bolivarienne en Amérique Latine) ».

Ainsi, la feuille de route suppose d’aborder la « question paysanne », qui porte essentiellement sur la terre et l’homme, et de se concentrer sur les luttes immédiates de l’amélioration de la vie des gens et des conditions de travail. Inévitablement Prashad doit se référer au vice-président bolivien Alvaro Garcia Linera, l’un des premiers intellectuels contemporains d’Amérique Latine.

Dans de nombreux aspects, l’émancipation du Sud est plus avancée dans certaines parties de l’Amérique du Sud ; j’ai été extrêmement impressionné quand j’étais en Bolivie au début de 2008. Prashad résume bien l’analyse de Linera sur la façon dont le processus se développe :

Cela commence par une crise de l’Etat qui permet à un « bloc social dissident » de mobiliser les gens vers un projet politique. Se développe un « catastrophique point mort » entre le bloc du pouvoir et le bloc des personnes , ce qui dans le cas de l’Amérique Latine a pu être résolu pour le moment du côté du peuple. Le nouveau gouvernement doit ensuite « convertir les demandes de l’opposition dans des actes d’Etat », et construire une hégémonie plus profonde et plus large « combinant les idées de la société mobilisée avec des ressources matérielles fournies par ou via l’Etat. » Le tournant (« point de bifurcation »), pour Garcia Linera, vient à travers une série « de confrontations » entre les blocs qui sont résolus de façons inattendues, soit avec la consolidation de la nouvelle situation ou la reconstitution de l’ancienne. Nous sommes sur le point de bifurcation ou à proximité. Ce qui viendra ensuite ne peut pas être prédit.

Ce qui est définitivement connu à ce jour par les meilleurs esprits en Asie, en Afrique et en Amérique Latine, c’est qu’il n’y a jamais une « fin de l’histoire », comme le martèlent ces orphelins pathétiques de Hegel, et il n’y a jamais eu une « fin de la géographie », comme martèlent les imbéciles du « monde est plat » de la mondialisation. Enfin la libération Intellectuelle du Sud par rapport au Nord a eu lieu. Et c’est irréversible. Il n’y a pas de retour possible en arrière vers l’ordre ancien. Si c’était un film, ce serait 1968 rejouée une fois de plus – à plein temps, tout le temps : Soyons réalistes, demandons et exigeons, l’impossible.

 

Asia Times. China, 5 april 2013

The Poorer Nations: A Possible History of the Global South (Les nations les plus pauvres : Une histoire possible de l’hémisphère sud »)
par Vijay Prashad.
Verso, Mars 2013.
ISBN-10 : 1844679527.

Article original en anglais :
Traduit de l’anglais pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo. Paris, le 13 avril 2013.

Contrat Creative Commons
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Notes

[1Sayyid Jamāl Al-Dīn al-Afghâni, né en 1838 et mort en 1897, intellectuel réformiste musulman originaire d’Afghanistan.

[2Liang Qichao, surnommé Zhuoru et aussi connu sous le pseudonyme de Rengong, né le 23 février 1873 et mort le 19 janvier 1929 à Pékin , universitaire, journaliste, philosophe et réformiste chinois de la dynastie Qing.

[3Rabîndranâth Thâkur dit Tagore, connu aussi sous le surnom de Gurudev, un compositeur, écrivain, dramaturge, peintre et philosophe indien dont l’œuvre a eu une profonde influence sur la littérature et la musique du Bengale à l’orée du XXe siècle.

Pepe Escobar est un journaliste brésilien de l’Asia Times et d’Al-Jazeera. Il est aussi l’auteur de :« Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War » (Nimble Books, 2007) ; « Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge » ; « Obama does Globalistan  » (Nimble Books, 2009).

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Suite au décès d’Hugo Chavez, de nouvelles élections s’imposèrent aux vénézuéliens. Conformément à ce que prévoit la constitution, cette élection s’est réalisée dans les 30 jours, suivant les obsèques du défunt président. Ce fut donc une campagne électorale très courte avec comme arrière-scène une stratégie particulièrement agressive et menaçante de l’opposition.

Les services d’intelligence de l’armée ont effectivement mis à jour des plans élaborés depuis Washington et Miami, mettant en cause des mercenaires du Salvador et de la Colombie pour commettre des actions de sabotage et de déstabilisation des institutions démocratiques du pays. Ce plan mettait à contribution les médias privés du Venezuela, CNN et l’organisation du candidat de l’opposition. Des centrales électriques étaient au nombre des cibles ainsi que le propre Conseil national électoral qu’on essaya de discréditer jusqu’à la toute fin, en dépit du fait que les observateurs internationaux n’avaient que des éloges à faire à son endroit.

Les services de sécurité de l’armée ont pris toutes les menaces au sérieux. Des arrestations ont eu lieu, des armes et munitions de sabotages ont été saisies.

Pour tout observateur attentif, cette approche des adversaires du gouvernement vénézuélien n’est pas sans faire penser à celle utilisée en Libye et en Syrie : introduire des mercenaires et des terroristes dans le pays visé pour déstabiliser par leurs actions les institutions gouvernementales et semer, au sein de la population, la terreur. Une fois créé le chaos, c’est alors que les adversaires du régime crient à la persécution des forces gouvernementales et demandent l’aide internationale pour rétablir la paix et la démocratie.

Toujours est-il que grâce aux interventions des services d’intelligence de l’armée, les élections ont pu se réaliser dans un climat de tranquillité et sous l’œil vigilant d’observateurs internationaux. Tous, ils ont été unanimes pour dire que le système électoral vénézuélien est un des plus fiables au monde et que les gens ont pu voter en grand nombre et en toute liberté.

Le Conseil  national électoral (CNE) avait demandé plus tôt cette semaine que les candidats à la présidentielle signent un document dans lequel ils s’engageaient à reconnaître les résultats officiels transmis par ce dernier au terme du processus électoral. Le président Nicolas Maduro l’a signé devant des milliers de ses électeurs en soulignant que même s’il perdait par un seul vote, il accepterait le verdict de la population. Le candidat de l’opposition, Henrique Capriles Radonski, n’a pas voulu signer ce document du CNE.

Les résultats émis tard dans la soirée par le CNE et considérés comme irréversibles ont de quoi nous faire penser à notre référendum de 1995 que le Québec avait perdu par 1,2 %, soit une différence de 55 000 voix. En effet, Nicolas Maduro a gagné avec 50.66 % des voix contre 49.04 % pour son adversaire. Il faut dire que le taux de participation a été plus faible que celui du Québec, lors du Référendum de 1995. Il avait été, au référendum, de 93,52 %, alors que le taux de participation aux élections présidentielles fut de 78.71 %. La différence, en termes de votes, entre le candidat Maduro et Capriles est d’environ 315 000 voix.

À partir du moment que la constitution du pays précise que celui qui obtient la majorité simple, soit 50 plus 1 % des voix, gagne, il n’y a rien d’autre à faire que d’accepter le résultat. C’est ce que le Québec avait fait en 1995, même si le système électoral n’a pas une fiabilité à toute épreuve, et c’est ce que le candidat défait au Venezuela devra accepter en bon démocrate. Tel n’est pourtant pas le cas, puisqu’il a annoncé qu’il allait réclamer le recomptage de 100% des votes ce à quoi le président Maduro a répliqué que le candidat Capriles pourrait bien se retrouver avec des votes en moins.

Il est évident, s’agissant du Venezuela, que Washington et ses alliés vont élever la voix pour appuyer Capriles dans sa démarche et jouer ainsi le jeu de la fraude électorale. Les médias de communication meanstream se feront discrets sur les commentaires élogieux des observateurs internationaux quant à la fiabilité du système électoral vénézuélien. Ils le seront tout autant sur les actions terroristes planifiées pour déstabiliser le pays et saper la réalisation de ces élections.

On se souviendra qu’en 1986, lors des élections de Calderon au Mexique, le candidat donné pour perdant, Obrador, avait demandé lerecomptage complet des votes, la différence étant d’environ 325 000 voix sur 70 millions d’électeurs et d’électrices. Ce recomptage complet n’a jamais eu lieu. Washington, suivi de près par le petit caniche canadien, s’était empressé de reconnaître les résultats émis par le Conseil électoral national du Mexique. Il n’était pas question de revenir en arrière. Tout le monde sait que le système électoral mexicain est loin d’avoir la fiabilité du système vénézuélien que l’ex-président Carter a déjà qualifié comme un des meilleurs au monde.

De nombreux pays latino-américains ont fait parvenir leurs félicitations au candidat élu, Nicolas Maduro. C’est le cas, entre autres, de l’Argentine, du Salvador, de l’Équateur, de la Bolivie, de Cuba. Les Forces armées bolivariennes ont déclaré qu’ils allaient défendre les résultats émis par le CNE et assurer la sécurité et la stabilité des institutions démocratiques du pays.

Le nouveau Président sera assermenté le 19 avril prochain.

Une histoire à suivre

Oscar Fortin

Québec, le 15 avril 2013

http://humanisme.blogspot.com

Le second anniversaire de l’intervention de l’OTAN aux côtés des rebelles libyens contre Mouammar Kadhafi n’a quasiment pas été mentionné par les gouvernements et les médias étrangers qui s’inquiétaient tant pour la sécurité et les droits humains du peuple libyen en 2011. Cela ne devrait pas nous surprendre parce que la Libye actuelle est de toute évidence en train de se désagréger et que les Libyens sont devenus les proies des miliciens qui affirmaient autrefois vouloir les protéger.

Quelques uns des évènements qui ont eu lieu en Libye au cours des dernières semaines donnent un aperçu de la situation et valent d’autant plus la peine d’être mentionnés que la presse étrangère, qui autrefois s’entassait dans les hôtels de Benghazi et Tripoli, ne s’y intéresse pas. Par exemple, dimanche dernier, le secrétaire général du premier ministre Ali Zeidan a disparu de la capitale et semble avoir été enlevé. Il se peut que ce soit une mesure de rétorsion parce que les ministres ont dit que les milices agissaient en toute impunité. Le même jour, une milice a envahi le ministère de la justice pour exiger la démission du ministre après qu’il l’ait accusée de tenir une prison illégale.

La situation empire au lieu de s’améliorer. Le 5 mars, le parlement libyen s’est réuni pour décider si les Libyens qui avaient eu des fonctions officielles pendant les 42 ans de pouvoir de Kadhafi devaient être relevés de leurs fonctions. Cela inclurait même les dissidents de longue date qui ont joué un rôle de premier plan dans l’insurrection contre Kadhafi mais qui ont été ministres des dizaines d’années auparavant sous l’ancien régime. Les protestataires en faveur de cette purge étaient si menaçants que les membres du parlement ont été contraints de se réfugier dans les bureaux du service météorologique à l’extérieur de Tripoli où ils ont été attaqués par des hommes armés qui ont envahi le bâtiment déserté par la police. Des parlementaires ont été retenus en otage pendant 12 heures et d’autres ont bravé les balles pour s’enfuir.

Aux abords de Tripoli, la loi des milices est encore plus totale. Le reste du monde ne s’y intéresse que lorsqu’il y a des violences spectaculaires comme l’assassinat à Benghazi en septembre dernier de l’ambassadeur étasunien Chris Stevens par des milices djihadistes. Et si cet événement d’une violence extrême a reçu une telle couverture des médias étrangers, c’est pour la seule et unique raison que le parti républicain en a fait un cheval de bataille politique aux Etats-Unis. Mais l’ambassadeur et ses gardes ne sont pas les seuls étrangers à avoir été assassinés à Benghazi depuis le renversement de Kadhafi. Une association des droits de l’homme égyptienne a annoncé le mois dernier qu’un copte égyptien nommé Ezzat Hakim Attalah avait été torturé à mort dans la ville après avoir été détenu avec 48 autres commerçants dans le marché municipal de Benghazi.

Les organisations des droits humains décrivent la situation en Libye avec plus de sérieux et d’impartialité que les médias internationaux, à part quelques honorables exceptions. Comme c’est sa tradition, Human Rights Watch, qui est basé à New York, a diffusé le mois dernier un rapport documentant le nettoyage ethnique de la ville de Tawergha où 40 000 personnes ont été forcées de quitter leur maison et “ont été détenues arbitrairement, torturées et assassinées”. La forte population noire de la ville a été accusée d’avoir soutenu Kadhafi par les milices de Misrata. Human Rights Watch a utilisé des images satellites pour montrer que la destruction de Tawergha a eu lieu principalement après la guerre de 2011 au cours de laquelle 1370 sites avaient été détruits ou endommagés. Fred Abrahams, un conseiller spécial de Human Rights Watch, a déclaré que les images par satellite confirment que “le pillage, les incendies, et les destructions systématiques étaient organisés et avaient pour but d’empêcher les habitants de revenir”.

Le manque d’intérêt de la presse internationale offre un contraste flagrant avec sa couverture de la Libye pendant la guerre. Au printemps 2011, je faisais un reportage sur les combats autour de la ville de Ajdabiya au sud de Benghazi. Il y avait une ambiance de guerre bidon que ne reflétaient pas les reportages enthousiastes. A l’entrée sud de Ajdabiya, je me souviens avoir regardé avec amusement les équipes de télévision se positionner de telle sorte qu’on ne puisse pas se rendre compte qu’il y avait plus de journalistes que d’insurgés.

Je n’ai jamais vu de positions rebelles ni même de barrages rebelles sur les routes entre Ajdabiya et Benghazi, deux villes qui étaient dépendantes des frappes de l’OTAN pour leur défense. C’était certainement des unités rebelles braves et dévouées, comme l’ont dit les journalistes, mais les insurgés auraient été rapidement battus sans le soutien de l’OTAN.

Le fait que Kadhafi ait été renversé principalement par des forces étrangères a de grandes conséquences pour la Libye d’aujourd’hui. Cela explique que les insurgés, tout en croyant et affirmant que la victoire était leur oeuvre, se soient révélés trop faibles pour mettre en place quelque chose à la place de la version de nationalisme arabe de Kadhafi. Sans ce nationalisme arabe, il n’y a pas grand chose pour contrebalancer le fondamentalisme islamique ou le tribalisme.

Est-ce que cela a de l’importance ? Peut-être pas, car le nationalisme libyen a été discrédité aux yeux de beaucoup de Libyens par l’usage qu’en ont fait Kadhafi et sa famille.

La situation catastrophique qui est celle de l’Irak depuis 2003 se propage, sous des formes différentes, à d’autres pays arabes. Ils se rendent compte, comme les Irakiens, qu’il n’est pas possible de passer à un fonctionnement démocratique tant que les principales forces politiques ne sont pas d’accord sur les règles qui déterminent l’attribution du pouvoir.

L’auto-détermination nationale devrait être au coeur de tout nouvel ordre. Mais le problème des révoltes du printemps arabe, c’est qu’elles ont toutes été fortement dépendantes du soutien extérieur. Or, comme le montre ce qui arrive en Irak et en Libye, l’intervention étrangère est toujours intéressée. Les révolutionnaires de tous les pays recherchent l’aide étrangère, mais pour assurer le succès de leur entreprise sur le long terme, ils doivent y renoncer très vite. Et ils doivent construire un état de droit parce que, sinon, de nouveaux dictateurs s’imposeront.

Patrick Cockburn

 

Patrick Cockburn est l’auteur de Muqtada : Muqtada Al-Sadr, the Shia Revival, and the Struggle for Iraq

7 avril 2014 – The Independent – Pour consulter l’original :

http://www.independent.co.uk/voices…

Traduction : Info-Palestine.eu - Dominique Muselet

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«(…) Je n’arrivais pas à trouver mon fils, alors j’ai ramené un morceau de chair à la maison et je l’ai appelé mon fils. J’ai dit à ma femme que nous l’avions retrouvé, mais je n’ai pas autorisé ses enfants ni personne d’autre à le voir. Nous avons enterré le morceau de chair comme si c’était mon fils.»

Détresse d’un vieillard afghan après la mort de son fils lors d’un bombardement

Un meurtre de plus, un cri de révolte de plus, une bavure de plus et des excuses de plus, voilà comment on peut résumer la guerre faite aux enfants en Afghanistan. On apprend qu’une dizaine d’enfants ont perdu la vie dans un bombardement délibéré pour traquer les talibans ce début avril. Ces morts innocents nous rappellent les 400 enfants de Plomb durci à Ghaza. Un bombardement de l’Otan samedi dans l’est de l’Afghanistan, a tué dix enfants afghans, ont déclaré le 7 avril plusieurs responsables (..) Le bombardement s’est tenu alors qu’un combat intense opposait des troupes afghanes et américaines à des insurgés talibans, ont déclaré deux sources différentes. ´´Avant le bombardement, un Américain a été tué et quatre membres des forces de sécurité afghanes ont été blessés dans une attaque des insurgés´´, a commenté Wasifullah Wasifi, le porte-parole du gouvernement provincial du Kunar.(1)

La justification nous est donnée:

«On nous tirait dessus depuis plusieurs maisons de la zone. Un Américain a été tué et plusieurs de nos hommes blessés. La force de la coalition a répondu par un bombardement», a expliqué une source sécuritaire afghane présente durant l’opération. ´´Nous ne savions pas qu’il y avait des femmes et des enfants dans la maison. Les taliban les ont utilisés comme des boucliers´´. D’après Abdul Zahir, le gouverneur du district de Shigal, où les combats se sont tenus, dix cadavres d’enfants ont été rapportés par les villageois à Asad Abad, capitale du Kunar, alors que six femmes ont été prises en charge à l’hôpital provincial. (…) Abdulqahar Balkhi, un porte-parole des taliban, a regretté sur twitter la mort de ´´22 civils innocent devenus martyrs à cause d’un bombardement des terroristes américains et de l’Otan´´, dont ´´15 membres d’une même famille´´.»(1)

Gilles Devers pense qu’il y a une dérive du droit, la mission initiale de l’Isaf a été dévoyée. Il écrit:

«(…) Les heurts étaient violents, et ont causé la mort de quatre soldats afghans et d’un civil US, venu renforcer le commandement. Le commandement a perdu son sang-froid, et les hélicoptères de l’Otan ont été appelés pour bombarder.(…) De tels faits appellent quelques mises au point. L’ Otan a obtenu de l’ONU de débarquer en Afghanistan pour répondre à al Qaîda, mais elle n’a aucun mandat pour éliminer les taliban. (..)Le bombardement est donc une représaille, et les représailles sont interdites par l’article 33 al 3 de la IV° convention de Genève (…) Le bombardement visait une maison d’habitation dans un village, c’est-à-dire que les enfants ont été tués chez eux. La thèse du bouclier humain ne tient pas, car il est interdit de viser des biens civils, surtout dans une zone d’habitation. (…) Aucune nécessité militaire ne l’imposait. Ce fait, à lui seul, qualifie le crime.» (2)

Il conclut en rappelant les articles de la Cour internationale: «Selon le statut de la Cour Pénale internationale, sont des crimes de guerre: notamment le fait de diriger intentionnellement une attaque en sachant qu’elle causera incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil ou des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel qui seraient manifestement excessifs par rapport à l’ensemble de l’avantage militaire concret et direct attendu; (…) Cette attaque est donc un crime de guerre, et les criminels sont les commandants de l’ Otan. Bien sûr, la justice ne sera pas saisie, et cette impunité est inadmissible.»(2)

Quel est le poids de ces arguments au nom du droit devant l’Empire et ses vassaux? Le pire est cette accoutumance au crime. Dans l’opinion occidentale, que vaut la vie d’un enfant afghan? On l’aura compris, nous sommes en présence d’un dommage collatéral- autre mot forgé par la doxa impériale-, les enfants étaient au mauvais endroit et au mauvais moment, Cette litanie constitue le bréviaire pour couvrir leurs actes criminels. Cela nous rappelle aussi les éliminations d’enfants à partir de drones- par erreur nous dit-on.» Un soldat du fin fond d’une salle climatisée appuie sur un bouton, amène le malheur dans une famille en fauchant un printemps et rentre chez lui s’occuper de ses enfants comme un bon père de famille.

Le conflit afghan

C’est l’un des tragiques conflits qui a duré et qui dure depuis que Bush a décidé, fin 2001, de s’en prendre à Bin Laden dans les montagnes de Bora Bora. Le conflit muta ensuite pour devenir celui de virer les taliban au pouvoir. Ces mêmes taliban qui étaient en grâce au point d’avoir un bureau de représentation à New York pour recruter des combattants de Dieu. Bin Laden mort, les Américains sont toujours là pour mettre en coupe réglée ce pays qui regorge de matières premières et de pétrole.

Selon un rapport de l’ONU publié le 9 mars 2011, l’année 2010 aura été la plus meurtrière pour les civils afghans dans le conflit qui oppose depuis neuf ans les forces internationales et nationales et les taliban. Avec 2777 civils tués, le nombre de morts dans les affrontements a fait un bond de 15% l’année dernière par rapport à 2009, selon un rapport de la Mission d’assistance de l’ONU en Afghanistan (Manua). Deux attentats suicides ont eu lieu ce samedi 6 avril 2013 en Afghanistan, en pleine visite du nouveau secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, arrivé la veille. Une explosion revendiquée par les taliban s’est produite à Kaboul, tuant neuf civils. Un deuxième attentat a été perpétré dans l’est du pays. Au moins huit enfants ont été tués. A Kaboul, les taliban ont prouvé que, malgré le renforcement du dispositif de sécurité lié à la venue d’un officiel américain, leurs attaques pouvaient toujours atteindre leur cible. (…) La rébellion menée par les taliban n’a toujours pas été matée malgré onze années de présence internationale et plus de 130.000 soldats étrangers sur le terrain. Dans l’est de l’Afghanistan, une deuxième attaque a tué huit enfants ainsi qu’un policier.»(3)

La «coalition» commence à s’effilocher; des sons de cloche différents se font entendre: «Le retrait anticipé entre dans la logique de l’illogisme qui a poussé à l’entrée en guerre contre l’Afghanistan. Les Américains, pour leurs intérêts exclusivement, impliquent toujours leurs alliés dans l’absurde. Un ex-conseiller militaire de François Mitterrand, Jean Fleury, avait expliqué que les Français ne combattaient plus et qu’il y avait encore des solutions, mais les Américains avaient anéanti toute solution de paix: «Ils ont uriné sur les cadavres des taliban, ils ont brûlé des Coran et ils se sont rapprochés de l’Inde à la grande colère des talibans.» (4)

Pour Manlio Dinucci, malgré leurs déclarations de départ fin 2014, les Américains ne sont pas prêts de partir, ils s’installent confortablement:

«L’aviation a effectué en 2010 plus de 30.000 opérations d’«appui aérien rapproché» et, au second semestre, le nombre des attaques avec bombes et missiles a doublé à environ 1.000 par mois. On a aussi intensifié l’usage des avions sans équipages, en particulier les MQ-9 Reaper armés de missiles et de bombes à direction laser, contrôlés par un pilote et un technicien de senseurs installés à une console à 12.000 km de distance, au Nevada. Le parachutage de matériel de guerre pour les troupes a quasiment redoublé, atteignant environ les 250.000 quintaux annuels. (…) On continue à potentialiser la base aérienne de Bagram: avec un personnel de plus de 30.000 militaires. Il en va de même dans la base aérienne de Kandahar.»(5)

Quelques prouesses de l’Otan (Isaf)  en Afghanistan

Il nous est impossible de lister tous les «dommages collatéraux» de ce terrible drame que subissent les Afghans. Nous allons citer chronologiquement quelques faits Souvenons- nous du bombardement d’Azizabad» effectué par les forces armées des États-Unis contre des taliban, qui a eu lieu le vendredi 22 août 2008 sur le village d’Azizabad situé dans la province d’Hérât, en Afghanistan. Un commandant taliban était la cible de cette opération qui a été réalisée par un Lockheed AC-130. Il a été estimé qu’entre 7 et 90 civils ont été tués pendant l’attaque, provoquant de nombreuses réactions internationales.»(6)

Dans le même ordre, le bombardement de Baba Buluk a fait 90 morts civils dont 60 enfants selon les Nations unies. «Le massacre de Bala Buluk est un massacre effectué par les forces de l’Isaf; il a eu lieu le lundi 4 mai 2009 dans le district de Bala Buluk, Des insurgés talibans étaient la cible de cette opération. Plus de 100 personnes, insurgés ou civils incluant femmes et enfants, auraient été tuées dans cette attaque, ce qui en ferait le bombardement le plus meurtrier pour les civils depuis le début de l’intervention internationale en 2001.» (7)

Par la suite, le record de l’horreur a été dépassé. Le bombardement de Kunduz a eu lieu le 4 septembre 2009 effectué par un F-15E américain à la demande de la Bundeswehr allemande, il visait deux camions d’essence pris par des taliban et a fait 142 morts, dont plus de 100 civils. Les familles des victimes racontent: «Aux premières lueurs de l’aube, vendredi dernier, dans le district de Chardarah de la province de Kunduz dans le nord de l’Afghanistan, les villageois s’étaient rassemblés autour des carcasses de deux camions citernes qui avaient été bombardés par l’Otan. Ils se sont frayés un chemin à travers prés de cent cadavres calcinés et de membres enchevêtrés mélangés aux cendres, à la boue et au plastic fondu des jerrycans, à la recherche d’un parent, d’un frère ou d’un cousin. (…)A l’heure qu’il était, il n’y avait plus de survivants. (…) Les parents en deuil ont commencé à se quereller et à se disputer les restes de ceux qui, quelques heures auparavant, cherchaient du carburant dans les carcasses des camions citernes.(…) «Nous n’avons reconnu aucun corps lorsque nous sommes arrivés,» a dit Omar Khan, le chef enturbanné du village d’Eissa Khail». (8)

 «C’est comme si une bombe chimique avait explosé, tout était brûlé» «Ils étaient comme des troncs d’arbres calcinés, comme du charbon. (…). Alors les anciens du village sont intervenus. Ils ont ramassé tous les corps qu’ils ont pu et ils ont demandé aux gens de leur indiquer combien de proches ils avaient perdus. Une queue s’est formée. Un par un, les personnes endeuillées ont donné les noms des frères, cousins, fils et neveux disparus, et chacun a reçu en retour son quota de cadavres. Leurs identités n’avaient pas d’importance, de toute façon ils étaient entremêlés au-delà de toute reconnaissance. La seule chose qui importait était d’avoir un corps à enterrer et de pouvoir prononcer les prières. «Un autre disait qu’il avait perdu cinq membres de sa famille, alors on lui donnait cinq corps qu’il pouvait ramener et enterrer. Puis lorsqu’il n’y avait plus de corps, nous avons commencé à distribuer des membres, des jambes, des bras, des troncs.» A la fin, il ne restait que cinq familles qui sont reparties (…) Jan Mohammad, un vieillard avec une barbe blanche et des yeux verts, dit avec colère: «J’ai couru, j’ai couru pour retrouver mon fils parce que personne ne voulait m’emmener. Je n’arrivais pas à le trouver.» (8)

Dans le même ordre du livre noir de l’horreur, l’hebdomadaire Der Spiegel a publié des clichés de dépouilles à côté desquelles des soldats américains posent fièrement: «L’armée américaine s’est excusée officiellement (…) Ces clichés «nous répugnent en tant qu’êtres humains et sont contraires aux principes et aux valeurs de l’armée des Etats-Unis», affirme l’armée dans un communiqué. Der Spiegel affirme que le Pentagone a tout fait pour éviter la publication des photos. Le magazine allemand précise en outre avoir enquêté pendant cinq mois sur l’affaire des tortures en Afghanistan «Nous n’en publions qu’une infime partie, trois sur quelque 4 000 photos et vidéos, juste ce qui est indispensable pour raconter l’histoire d’une guerre qui a commencé avec les meilleures intentions, qui devait chasser les terroristes d’al Qaîda d’Afghanistan, qui était autorisée par un mandat de l’ONU, mais qui est depuis longtemps devenue une autre guerre», écrit Der Spiegel.(9)

Theophraste R. du Grand Soir; nous parle d’une de ces bavures: «4 mars 2011. Une frappe aérienne de l’Otan (lire: USA) a tué 9 enfants sans armes qui ramassaient du bois, près de leur village, en Afghanistan, à environ 12.000 km des USA. Moins de dix jours plus tôt, une attaque similaire avait tué 65 civils dans le même coin. Les génies du Pentagone ont élaboré des plans complexes (…) Dans Le Grand Soir, un auteur féru d’humour noir (qu’il se dénonce!) a écrit naguère qu’il faudrait que les Afghans évitent de se marier le jour de leur enterrement. Ce qui suppose qu’ils attendent au moins leur puberté avant d’éparpiller leurs entrailles dans la poussière. Certains s’étonnent de la sauvagerie avec laquelle les USA installent et défendent la démocratie en Afghanistan. Pour comprendre, il suffit de remplacer démocratie” par pipeline” et de regarder une carte sur l’acheminement du pétrole.» (10).

Ou va ce monde qui permet ces horreurs et que vaut la vie des damnés de la Terre face à celle de ceux qui se croient investis d’une mission divine, voire d’une «destinée manifeste»? QU’est ce que la démocratie pour ce vieillard qui enterre un morceau de chair à la place de son fils tant aimée?

Saint Paul parlant de ces taghouts (tyrans) disait: «Dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles. Car les hommes seront égoïstes, amis de l’argent, fanfarons, hautains [...] insensibles [...] aimant le plaisir plus que Dieu.»(11)

C’est peut-être cela la fin des temps que, les spiritualités et notamment religions révélées n’ont cessé d’annoncer. La fin des temps ne sera pas brutale, c’est un long délitement des valeurs et de ce qui fait la dignité et la valeur d’une vie quelle que soit sa latitude.

Chems Eddine Chitour

Ecole nationale polytechnique enp-edu.dz, Algérie

Du même auteur voir :

Afghanistan : la mort d’enfants au nom des « valeurs » de l’Occident, 2008.

 

1. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/ 20130407.OBS7064/afghanistan-l-otan-aurait-tue-10-enfants-dans-un-bombardement.html

2. Gilles Devers : http://www.alterinfo.net/ Nouveau-crime-de-l-OTAN-en-Afghanistan-Dix-enfants-tues_a88886.htmlLundi 8 Avril 2013

3. Afghanistan: deux attentats font 18 morts, dont huit enfants Le Parisien.fr AFP 09.03.2013

4. http://www.legrandsoir.info/la-guerre-en-afghanistan-un-retrait-pressant-ineluctable.html

5. M. Dinucci : http://www.mondialisation.ca/ index.php?context=va&aid=22649, 5 janvier 2011

6.http://fr.wikipedia.org/wiki/Bombarde-ment_ d%27Azizabad

7. http://fr.wikipedia.org/wiki/Bombarde-ment_de_ Bala_Buluk

8. Ghaith A. http://www.guardian.co.uk/ world/2009/sep/11/afghanistan-airstrike-victims-stories

9. Audrey Pelé: L’US Army s’excuse pour des photos de victimes afghanes. Le Figaro. 22 3 2011

10. http://www.legrandsoir.info/+Sur-la-mort-de-neuf-enfants+.html

11. Saint Paul: Les signes de la fin des temps: 2 Timothée 3:1-5.

 

 

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Paris – Un incident stupéfiant «à caractère raciste», mettant en cause des personnalités israéliennes de premier plan, s’est produit vendredi 8 mars 2013 à 10H30, à la Gare du Nord à bord du train Thalys en provenance de Bruxelles (Belgique) avec à son bord Shimon Perez.

A l’arrivée du président israélien, sa délégation a fait l’objet d’un singulier traitement assuré sur une «base confessionnelle». La manutention de l’opération avait été confiée à la société Itiremia SAS, une filiale Groupe SNCF, dont le Directeur Général est Sébastien Budillon et le chef de site Patrick Vidal.

L’accès du train a été interdit au chef de bord qui était noir et un conducteur d’un autre train, d’origine maghrébine, a été empêché de rejoindre son poste.

En pièce jointe, le communiqué du syndicat et le trac mis au point pour distribution aux salariés de l’entreprise

Visiblement, au prétexte de considérations de sécurité, le chef de l’Etat d’Israël parait vouloir imposer à la France l’Apartheid que son pays applique aux Palestiniens. S’il craint tant pour sa longévité, il pouvait prendre l’avion et atterrir loin des concentrations urbaines.

Un apartheid subliminale comme en témoigne l’amputation traumatisante que ce pays, «unique démocratie du Moyen-Orient, selon la formule consacrée», a infligée aux Falashas, la stérilisation des femmes juives noires éthiopiennes.

Pas de Noirs, ni d’Arabes avec en filigrane, en sous-entendus, pas de Musulmans. Comme là-bas chez nous, dit: «Bus only for arabs» et féminité éventrée pour les Falashas, les juives éthiopiennes, comme à l’époque du Klu Klux Klan.

Bien voyons: Noirs, Arabes, Musulmans.. «Des sous-hommes» comme dirait son ami défunt Georges Frèche, ou son ami blackboulé Nicolas Sarkozy «la racaille»… qui égorge les moutons dans les baignoires» et que l’on doit « nettoyer au karcher»

Quelle amnésie. Quelle dérive mentale. Comment ignorez-vous à tel point les enseignements de l’Histoire, Shimon Peres, vous dont les coreligionnaires en ont grandement pâti de l’intolérance, de la xénophobie et du racisme.

Quelle amnésie .Quelle dérive mentale pour la SNCF, coutumière de discrimination avec les trains remplis de Juifs au départ de Drancy vers les camps de concentration d’Allemagne et de Pologne

Les Noirs, Les Arabes, les Musulmans sont vos successeurs directs dans l’ordre de la stigmatisation, vous, les Juifs, qui n’avaient cessé des siècles durant, à être persécutés parce que Juifs.

Noirs, Arabes, Musulmans, quatre cent mille d’entre eux ont combattu durant la 2eme Guerre mondiale (en 1939-1945) pour libérer la France du joug nazi, vos bourreaux et tortionnaires

Nous ne sommes pas dupes de vos manigances. Les procédés d’intimidation auxquels s’est livrée la direction générale auprès des collaborateurs de l’entreprise pour les réduire au silence, en tenant de propos lourds de sous-entendus sont indignes d’une direction générale qui aurait dû, d’elle-même, s’offusquer du comportement de son hôte, plutôt que de chercher à pénaliser les collaborateurs de l’entreprise, en service commandité.

Il ne sert à rien de pleurer sur le lait versé et de se revendiquer ultérieurement comme les dignes successeurs de Guy Mocquët. La libre expression de l’opinion relève d’une saine pratique de la démocratie et dans le cas d‘espèce d’une saine pratique de la démocratie au sein de l’entreprise, gage de son bon fonctionnement et indice de l’attachement des collaborateurs à sa bonne marche et à son bon renon.
Démarche d’autant plus malvenue que l’entreprise est constituée de 90,9°/° de Noirs et d’Arabes et qu’elle a souscrit à LA CHARTE DE LA DIVERSITE.

Gageons que M. Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, chargé du maintien de l’ordre et de la cohésion sociale, si soucieux du bon renom d’un pays auquel il est «éternellement attaché», du fait de son mariage avec une musicienne de confession juive, saura y mettre bon ordre.

Shimon Perez venait de Bruxelles où il avait plaidé auprès de l’Union Européenne l’inscription du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes, avec pour objectif sous-jacent d’affaiblir l’Iran, prélude à une éventuelle action militaire.

Cette opération était doublée d’une opération de charme et de relations publiques destinées à démontrer le caractère œcuménique de sa démarche et ses intentions pacifiques:
-Opération de charme en ce qu’elle coïncidait avec l’envoi à New York de la chanteuse Riva, une israélienne d’origine juive iranienne, pour chanter la Paix.

-Opération de relations publiques: La rencontre avec le groupe des Oulémas de France conduits par le franco tunisien Hassan Chalghoumi a eu lieu dimanche, soit 48 heures après l’incident raciste de la gare du nord

«Le coup de Chalghoumi» s’est révélé, postérieurement, une opération de diversion à bon compte en ce que le fait de recevoir le lendemain d’une requête raciste une vingtaine de dignitaires religieux musulmans n’absout pas le racisme du donneur d’ordre, mais le discrédite d’autant plus durablement que l’interlocuteur privilégié de l’Iman de Drancy n’est autre que Gilles Bernheim, le Grand Rabbin de France, plagiaire et faussaire, mis en congé depuis sa déconfiture intellectuelle et morale.

Nul ne conteste à Hassan Chalghoumi ses choix, mais il importe pour sa crédibilité qu’il fasse le bon choix. Ni Shimon Perez, Ni Gilles Bernheim ne lui ont porté chance. Qu’il soit plus prudent la prochaine fois.

René Naba

Pour aller plus loin sur les Droits et Devoirs des binationaux franco-arabes

http://www.renenaba.com/voeux-2013-we-shall-never-surrender/

Com Presse Discriminations a Paris Nord (1)
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Tract Discriminations a Paris Nord
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Paris – Grand vainqueur de la Guerre froide, le lièvre américain va alors bénéficier d’un état de grâce exceptionnel dans l’histoire des relations internationales contemporaines, à la faveur de l’implosion du bloc soviétique, une décennie prodigieuse d’unilatéralisme à l’effet d’accélérer sa mainmise sur les zones rétives à son Hégémon, au point que des laudateurs intéressés en viendront à voir dans le XXI me siècle «Le siècle américain» pour célébrer «Le destin manifeste» des Etats Unis.

Certes la guerre du Golfe en 1990-1991 a permis aux Américains de prendre pied au cœur des principaux gisements pétroliers de la planète, la guerre du Kosovo en 1999 de s’implanter au cœur de l’Europe centrale, particulièrement en Albanie, longtemps considérée comme un bastion de l’orthodoxie communiste.

Certes aussi, dans le droit fil de leurs objectifs, la guerre d’Afghanistan (2001), puis la guerre d’Irak (2003) devaient leur permettre de parachever leur mission en prenant pied, pour la première fois de leur histoire, dans le Caucase, plaçant l’Amérique au cœur du dispositif énergétique mondial par sa mainmise sur le Golfe et son contrôle des voies de ravitaillement du brut transcaucasien.

Sauf que le schéma parfait a souffert de fortes turbulences, dénaturant le projet initial. La guerre du Vietnam (1960-1975-52.000 morts), se superposant aux couts des deux premiers conflits majeurs du XXI me siècle (Afghanistan-Irak), de l’ordre de trois mille milliards de dollars (3 trillions), à la crise du système bancaire, une perte de capitalisation boursière de l’ordre de 25.000 milliards de dollars, enfin à la crise de l’endettement européen, ont considérablement réduit la marge de manœuvre du duo atlantiste, saigné son économie atlantiste et réduit la capacité de projection de la puissance américaine. La première puissance militaire de tous les temps a ainsi emprunté, sans y prendre garde, un schéma similaire à celui de l’Europe au XX me siècle.

Face à ce premier conflit majeur du XXI me siècle, l’Europe, qui se voulait un des pivots du troisième millénaire, s’est retrouvée prestement marginalisée par le duo anglo-américain, discrète préfiguration de l’«Anglo-sphère», l’alliance Wasp (White Anglo-Saxon Protestant), dont la mise sur pied est préconisée par les disciples de Samuel Huntington, l’auteur du «clash des civilisations», en vue de constituer sous égide anglo-saxon un directoire des pays relevant de la civilisation occidentale, de race blanche (29 pour cent de la population mondiale) pour la direction du «Monde libre».

La refondation de la doctrine stratégique de l’OTAN à l’occasion du 50ème anniversaire de l’alliance atlantique, en mai 1999, par l’adjonction des anciens pays du bloc soviétique, est apparue à cet égard comme un signe précurseur pour les tenants de cette thèse.

Apportant sa caution militaire et diplomatique aux Etats-Unis, sous estimant sa capacité d’influence, l’Europe est ainsi apparue au regard de la communauté internationale comme l’appendice de l’Amérique. Au point que bon nombre d’ observateurs en ont conclu que l’Europe a abdiqué son indépendance pour se résoudre au rôle de promontoire outre-Atlantique de l’Amérique, renonçant à sa vocation ancienne de foyer de civilisation et à sa  propre autonomie face aux Etats-Unis pour en faire une roue dentée de la stratégie américain, une « île au large des rives de l’Eurasie», pour reprendre l’expression du géographe Michel Fournier.

En tandem, et sous couvert de grands principes, l’ingérence humanitaire et la guerre contre le terrorisme, à l’aide de sigles abscons, d’Africom au Maghreb, de «Recamp» dans l’Afrique francophone ou d’Eufor (3), dans le centre du continent, le quadrillage occidental de l’Afrique s’est fait en douceur, à l’arrière-plan d’une féroce bataille engagée pour la maîtrise des réserves stratégiques sur le flanc méridional de l’Europe, face aux bouleversements géostratégiques induits par l’émergence de la Chine dans l’ancienne chasse gardée coloniale, notamment en Afrique du Nord et sur continent noir.

Au prétexte de la «guerre contre le terrorisme», les Etats-Unis se sont même employés à mettre sur pied spécialement pour le continent noir un corps d’armée qui portant  le nom de «VIII me corps d’armée» américain afin d’achever le maillage militaire de la planète par une présence physique opérationnelle sur l’ensemble des continents. L’AFRICOM dont la création a été décidée en 2007 devait avoir compétence sur les 50 Etats membres de l’Union Africaine, à l’exception de l’Egypte.

Le redéploiement diplomatique et stratégique euro-américain est intervenu sur fond d’exacerbation de la controverse publique sur les bienfaits et les méfaits de la colonisation, son «rôle positif» et ses séquelles, les «test ADN» et les «charters de la honte» en France, l’«immigration choisie» en Europe, alors qu’en contrechamps, la percée chinoise se faisait d’une manière pacifique propulsée par le déficit américain, un consistant matelas financier constitué de plusieurs milliards de dollars de bons de trésor américains sur un continent que n’obère aucun passif colonial de la Chine.

Par son impact psychologique et ses conséquences à long terme, la pénétration chinoise a été comparable à la conquête arabe de la rive méridionale de la Méditerranée qui a brisé le monopole de la navigation et du commerce dans l’ancien «Mare Nostrum» et l’Atlantique sud, déclenchant en retour les Croisades et la colonisation du continent africain en vue de rétablir le statut quo ante. Une percée qui a donné lieu à une féroce guerre psychologique entre Occidentaux et Chinois

La guerre psychologique sino-occidentale

Toute conscience se pose en s’opposant. L’Occident a constamment forgé des concepts pour assurer sa domination sur le reste du Monde. Il en a été de la théorie du «Res Nullus» et du «Fardeau de l’Homme blanc» justifiant les conquêtes coloniales. Au principe de la liberté du commerce et de l’industrie, allant jusqu’à infliger une pernicieuse Guerre de l’Opium à la Chine pour la contraindre à s’ouvrir au marché européen.

Depuis la fin de la II me Guerre mondiale (1939-1945), toute une littérature belliqueuse a développé les thèmes sur le péril rouge (contre le communisme), avant de se rabattre après l’implosion de l’Empire soviétique (1989) sur le péril vert (l’Islam), jalon intermédiaire préludant à la naissance du «péril jaune» (Chine, Inde, Japon) d’actualité avec la montée en puissance des trois pays majeurs d’Asie, qu’ils parachèveront en 2025.

A cette date, l’Occident aura perdu le monopole de la puissance et partant son rôle prescripteur. Il devra, par la force des choses, composer. Dur métier pour celui qui a constamment imposé, dur apprentissage de la diversité. Composer avec les autres composantes de la planète. Cette échéance explique sa frénésie d’acquisition de gages territoriaux et énergétiques (Irak, Afghanistan, Darfour, Balkan) en vue d’aborder la prochaine étape en position de force dans une «stratégie de transformation du réel», qui se réduit en une quête désespérée visant à enrayer un déclin prévisible par le maintien de «Droits acquis» aux faîtes de la puissance.

Accablée de tous les maux, la Chine a été accusée, simultanément et cumulativement, d’avoir contaminé l’Afrique de pathologies potentielles avec la commercialisation de médicaments avariés et d’avoir transformé le continent noir en dépotoir de déchets toxiques, Ce faisant, l’Occident a oublié son rôle néfaste dans la dépossession de l’Afrique de ses richesses pendant cinq siècles, sa dépopulation par la traite négrière, de l’ordre de quinze millions de personnes, dans la modification de son écosystème. En témoignent le film «le Cauchemar de Darwin» (1) sur transformation écologique des lacs de l’Ouganda par l’introduction de la « perche du Nil» pour la satisfaction des besoins alimentaires des consommateurs européens au détriment de la faune et de la flore ougandaise, et le film anglais «The constant Gardner» tiré du roman de l’espion en chef britannique John Le Carré (2) dans le choix de l’Afrique dans sa fonction de lieu d’expérimentation de ses produits pharmaceutiques et de point d’évacuation des surplus toxiques de l’industrie occidentale.

En écho, un journaliste algérien s’est mis au diapason des critiques occidentales, dénonçant les turpitudes des Chinois en Algérie, la prévarication de la classe politique pour l’acquisition de ses marchés en Algérie, le recours abusif à la contrefaçon et au dumping. Devant ce qu’il considère comme une présence envahissante, Kamal Daoud, chroniqueur du Quotidien d’Oran, a mis en garde contre la transformation de «L’Algérie en province chinoise», à la faveur de rixes entre Algériens et Chinois. «La Chine devient un empire en Algérie. Elle a déjà des sous-traitants politiques et financiers. Des agents, honorables correspondants et trop de clients d’ailleurs. «L’Algérie, une province chinoise? Près de 95% des contrefaçons saisies en Algérie, en 2011, sont d’origine chinoise. «Un chiffre qui souligne la mainmise croissante de l’empire du Milieu sur l’économie algérienne, du dentifrice à la construction de la Grande Mosquée. Un raz de marée. Les saisies de produits contrefaits ont enregistré une hausse de 84,5% en Algérie l’an dernier, passant de 379.774 produits saisis en 2010 à 700.000 en 2011», assurent les services des douanes algériennes. Selon les chiffres des douanes algériens justement, «les produits contrefaits proviennent principalement de Chine (94,44%) et de Turquie (3,56%). Au pays de l’hyper nationalisme anti-français, 95% de produits contrefaits viennent de Chine», conclut-t-il dans un éditorial 12 novembre 2012.

La botte secrète de la Chine: absence de passif colonial et  non-ingérence.

Menant une diplomatie commerciale agressive, sans ingérence politique, la Chine est parvenue à redessiner la carte des influences traditionnelles «occidentales» sur fond de lutte pour le contrôle des gisements pétroliers avérés ou potentiels.

Un «Nouveau Partenariat Stratégique Afrique‐Asie» a été scellé lors du dernier sommet Chine‐Afrique tenu du 3 au 5 novembre 2006, couronnement d’une coopération amorcée dans la décennie 1970 et dont le projet phare aura été  le chemin de fer Tanzanie‐Zambie, le célèbre «chemin de la liberté» (TAZARA, 1976) qui fonctionne depuis 30 ans et qui permettait de contourner les positions racistes de l’Afrique du Sud qui rendait impossible l’exportation de cuivre de Zambie.

Près de 200.000 Chinois seraient actuellement installés en Afrique et près d’un millier d’entreprises chinoises investissent dans 43 pays africains réalisant ainsi 900 projets d’infrastructures. Trente et un pays ont vu leur dette envers la Chine annulée pour une valeur d’environ 1,33 milliards de dollars.

Face à ce stress énergétique, Pékin a mis en place une nouvelle diplomatie «dite du sortir» («Zouchuqu») se traduisant par «une participation dans l’amont et dans l’aval pétroliers internationaux et à l’acquisition de gisements par le biais de prises de participation dans des sociétés locales pour l’établissement de bases pétrolières à l’étranger pour assurer son ravitaillement énergétique régulier.

Les Chinois sont impliqués dans une cinquantaine de projets pétroliers sur tout le continent. En 2006, le continent africain représente 25% de l’approvisionnement chinois en pétrole (principalement le Soudan (6% du pétrole importé par la Chine provient du site de Muglad), l’Angola (30% des importations pétrolières d’Afrique), l’Algérie et l’Afrique du Sud) contre 15 % au milieu des années 1980.

Dans ce contexte, l’Afrique sub‐saharienne, comme le Maghreb, est devenue un théâtre hautement convoité, car depuis leur intervention en Irak, les USA ont renforcé leur contrôle sur l’ensemble des pays du Moyen‐Orient à l’exception de l’Iran.  Recelant 8,9% des réserves mondiales de pétrole et offrant 11 % de la production mondiale,  l’Afrique permet à Pékin de limiter sa dépendance énergétique (politique dite de déconcentration des risques: Asie Centrale et Sibérie offrant un contournement du Détroit de Malacca jugé vulnérable à une intervention américaine  et Afrique.

Il convient néanmoins de s’abstenir de tout angélisme. Le positionnement chinois obéit à des calculs stratégiques sur le long terme. Tous les pays d’Afrique du Nord déplorent un déficit commercial avec la Chine, les produits chinois se situent à des prix 50 à 60% moins chers qu’au Maroc ou en Tunisie. Toutefois, le Maroc, et accessoirement la Tunisie, sont perçus par les autorités chinoises comme des places d’investissement privilégié sur le flanc sud de l’Europe et la Chine, pour ces deux pays du Maghreb, comme un véritable partenaire alternatif à l’ancien pouvoir colonial plus interventionniste.

En parallèle, les Etats-Unis ont multiplié les initiatives diplomatiques et militaires en vue de sceller les pays africains à la stratégie globale américaine. Des points d’intervention favorisant le déploiement rapide des forces américaines ont été aménagés dans la zone sahélienne sénégalo-malienne, ainsi qu’en Namibie à la frontière avec l’Angola.

Des opérations conjointes avec les pays du Sahel ont été lancées en 2003-2004 contre le groupe Salafiste pour la prédication et le combat (GPS) dans le cadre du «programme de contre-terrorisme en Afrique». Les attaques contre les touristes français en Mauritanie en décembre 2007, entraînant l’annulation du rallye automobile Paris-Dakar et son transfert vers l’Amérique latine, de même que l’attentat contre l’ambassade israélienne à Nouakchott témoignent des réticences locales et régionales au déploiement américain en Afrique.

La Chine est depuis 2010 le premier partenaire commercial de l’Afrique avec des échanges de l’ordre de 166,3 milliards de dollars, en augmentation de 83% par rapport à 2009. Les Chinois viennent d’annoncer un doublement à 20 milliards de dollars leurs crédits à l’Afrique, qui fait partie de la réserve stratégique des multinationales.

Soixante ans après l’indépendance de l’Afrique, Américains et Européens, sur fond de lourd contentieux post colonial non purgé, continuent de gérer l’Afrique à travers leurs réseaux politico-affairistes et les institutions multilatérales (FMI et Banque mondiale). Le Mali a été ainsi contraint de se spécialiser dans la production du coton par la Banque mondiale, se plaçant en concurrence avec les producteurs de coton nord-américains qui bénéficient de subventions de la première puissance libérale.

En contrechamp, la Chine, nullement philanthrope, mais infiniment plus perspicace, se présente aux Africains sans passif colonial, sans les criantes pratiques de la corruption des Djembés et des Mallettes, la marque de fabrique de la Françafrique. En l’absence de passif colonial, parangon de la non-ingérence, un vice occidental, pratiquant une politique de dumping ou de nivellement en fonction du pouvoir d’achat local, résultante de la paupérisation croissante de la population du tiers monde, la Chine poursuit sa progression. Et les déboires enregistrés par ses alliés au Soudan, en Libye et au Mali, ne paraissent avoir affectés ses intérêts ni ses positions.

Auparavant, les Etats-Unis surveillaient l’Afrique à travers trois commandements: Central Command (CENTCOM) dont la zone de responsabilité s’étendait sur 27 pays dont sept sont africains, le commandement européen (EUCOM), sa zone couvrant 91 Etats dont 42 sont africains, le commandement pacifique enfin (PACOM) qui a autorité sur une zone couvrant Madagascar et les îles en périphérie de l’est du continent africain.

Si le souci proclamé des Etats-Unis est de mener une guerre planétaire contre le terrorisme, la création d’un commandement spécifique pour l’Afrique marquait d’une manière sous-jacente l’implication plus marquée de l’Amérique dans la compétition que se livrent les grandes puissances pour la conquête des marchés africains particulièrement le pétrole qui fournit 30 pour cent de la consommation mondiale.

Dans l’intervalle, l’administration américaine a aménagé, en 2006-2007, dans le Golfe de Guinée une base flottante, constituée de navires à très grande vitesse (swift ship) servis par un équipage de 300-400 marins pour la surveillance côtière le long des pays riverains: Angola, Cameroun, Gabon, Ghana, Guinée équatoriale, Liberia, Sao-Tomé et Principe, Sénégal et Nigeria. ..Et des bases de drones, dans la décennie 2010, au Burkina-Faso pour la surveillance et le repérage des mouvements djihadistes en Afrique occidentale. Elle se propose de partager avec Alger les données récoltées par ses drones dans le septentrion malien à la faveur de l’intervention française dans cette région frontalière de l’Algérie.

Le dispositif américain en Afrique est complété en Afrique orientale par la colocation de la base française de Djibouti «Le camp Lemonnier», ainsi que de la base aéronavale de Diego Garcia dans l’Océan indien, et par le nouveau rôle de gendarme confié à l’Ethiopie dans sa répression des mouvements islamistes dans la zone, notamment en Somalie.

Le positionnement américain à Djibouti, face au Golfe, permet en outre le contrôle stratégique de la route maritime qu’emprunte un quart de la production pétrolière mondiale et, ce faisant, de dominer l’extrémité orientale de la vaste bande pétrolière traversant l’Afrique considérée désormais comme vitale pour leurs intérêts stratégiques, une bande allant de l’oléoduc Higleg-Port Soudan (1600 km) dans le sud-est à l’oléoduc Tchad-Cameroun (100 km) et au Golfe de Guinée dans l’Ouest. Un poste d’opération américain en Ouganda donne en outre aux Etats-Unis la possibilité de contrôler le sud-Soudan où se trouve le gros des réserves soudanaises de brut.

René Naba

Chine AfriqueChine-Afrique : Le lièvre américain et la tortue chinoise, une fable à l’échelle planétaire (1/4), 07 avril 2013

franceAfriqueLe jeu de la France: Défense du pré-carré en tandem avec Israël?Chine/Afrique 3/4, 19 avril 2013

Référence

1-Le Cauchemar de Darwin (Darwin’s Nightmare) est un film documentaire de Hubert Sauper de 2004 sur les conséquences de la mondialisation, prenant argument les trafics autour de l’aéroport de Mwanza, en Tanzanie, sur les bords du lac Victoria.  Un poisson introduit dans les années 1960, la perche du Nil (Lates niloticus) a remplacé une grande partie des 200 espèces différentes de poissons endémiques (entraînant une modification du biotope et l’extinction de nombreuses espèces)  Son commerce, devenu florissant, alimente depuis près de vingt ans les tables et les restaurants des pays du Nord, avec des exportations qui peuvent dépasser 500 tonnes de filets de poissons par jour. La perche est préparée sur place dans des usines financées aussi par des organisations internationales et 40 %, la population se contentait de se nourrir des carcasses des poissons séchées Autour de cette exportation massive se développent tous les trafics liés à une urbanisation intense et brutale (prostitution, sida, drogue). L’auteur suggère que les avions cargo (russes ou ukrainiens) ne reviennent pas à vide et alimentent le trafic d’armes à destination de la région des Grands Lacs.

2-The Constant Gardner est un film britannique (2005) adapté du best-seller éponyme de John le Carré, le maitre espion britannique. Traduit en français sous le nom La Constance du jardinier, le film est le récit des manipulations de l’industrie pharmaceutique britannique et leur usage de la population africaine à titre de cobaye pour tester leurs produits nouveaux et d’écoulement de leurs produits avariés.

Journaliste de profession, Ernesto Villegas Poljak est le nouveau Ministre du Pouvoir Populaire pour la Communication et l’Information de la République Bolivarienne du Venezuela depuis octobre 2012.

Dernier d’une famille communiste de huit enfants, né en 1970, Villegas a baigné dans la politique dès son plus jeune âge. Son père, Cruz Villegas, était un prestigieux syndicaliste, président de la Centrale Unitaire des Travailleurs du Venezuela (CUTV) et vice-président de la Fédération syndicale mondiale. Sa mère, Maja Poljak, originaire de l’ancienne Yougoslavie, était une journaliste et militante sociale réputée.

Villegas a travaillé pour la presse écrite, la radio et la télévision. Il a, entre autres, dirigé Ciudad Caracas, le journal de la mairie de la capitale, et a été présentateur de plusieurs programmes au sein de la chaîne publique Venezolana de Televisión. Reconnu et salué par ses pairs, il a obtenu plusieurs prix, dont le Prix national du journalisme à trois reprises (2002, 2006 et 2010).

Villegas est également écrivain et son dernier livre d’investigation Abril, golpe adentro portant sur le coup d’Etat de 2002 contre le Président Hugo Chávez a été unanimement salué par la critique.

Comme tout bon journaliste, Villegas maîtrise l’art de la communication. Le ton est sobre et plein d’assurance. Dans ces conversations, le ministre décrit l’état de la société vénézuélienne suite à la disparition d’Hugo Chávez et l’héritage laissé par le leader de la Révolution bolivarienne. Il aborde également les perspectives électorales du 14 avril 2013, évoque l’attitude de l’opposition, la relation spéciale avec Cuba ainsi que les tensions avec les Etats-Unis.

Salim Lamrani : Monsieur le Ministre, dans quel état d’esprit se trouve le peuple vénézuélien suite à la disparition du Président Hugo Chávez ?

Ernesto Villegas : Nous sommes tous envahis par une profonde tristesse et nous essayons d’assimiler une réalité difficile à accepter. Un long processus de deuil parcoure le Venezuela. Nos compatriotes, y compris certains adversaires du Président, n’arrivent toujours pas à croire qu’il ne se trouve plus physiquement parmi nous. Tout le monde est en quelque sorte dans une espèce d’attente d’un éventuel retour, d’une allocation publique de Chávez, d’un prochain programme d’Aló, Presidente. Nous nous sommes tellement habitués à sa présence tout au long de ces quatorze dernières années, où il a exercé le pouvoir politique, sans parler de sa présence dans la vie nationale depuis 1992, qu’il nous est difficile de nous résigner à son départ.

Il s’agit d’un des personnages les plus marquants de l’histoire vénézuélienne. Il a laissé une empreinte indélébile dans la vie politique de notre patrie et c’est la raison pour laquelle, malgré sa disparition physique, le Président Hugo Chávez sera toujours présent à l’avenir et nous accompagnera dans l’édification d’une société que nous voulons meilleure et plus juste. Chávez se trouve partout car il nous a indiqué la voie à suivre pour atteindre l’indépendance pleine et définitive de notre nation. Le projet émancipateur et souverain lancé par Hugo Chávez est en processus de construction et nous le mènerons à son terme partout au Venezuela. L’œuvre de Chávez est palpable non seulement dans la réalité matérielle, dans sa gestion gouvernementale, mais également dans le domaine subjectif de l’espoir. Chávez a semé une graine d’espoir chez le peuple et celle-ci est en train de germer.

SL : Le monde entier a été fortement surpris par les immenses manifestations de deuil et de tristesses populaires. Comment s’explique cette ferveur nationale à l’égard d’un président ?

EV : Nous avons perdu un membre de notre famille et pas n’importe lequel. Nous avons perdu notre père, notre père politique et historique, le père de cette Révolution, le père de nos luttes, mais également notre père d’un point de vue symbolique. Chávez était un membre de la famille vénézuélienne, sans doute le plus important, qui a ouvert les yeux à la communauté nationale. On s’est fâché pour lui, on a pleuré pour lui, on a ri pour lui. Grâce à lui, l’espoir a pu renaître chez nous. Des adultes ont pu être alphabétisés, s’éduquer et disposer enfin d’un statut digne de citoyen actif dans notre société. De nombreux foyers vénézuéliens ont eu pour la première fois de leur vie accès à la lecture, aux livres, à la culture. Grâce à Chávez, nous avons redécouvert notre identité nationale, notre authenticité vénézuélienne, notre Libérateur Simón Bolívar et notre histoire bolivarienne. Nous avons redécouvert le concept de patrie et avons pu mieux comprendre les défis de notre temps. En un mot, Chávez nous a permis de retrouver notre rêve commun.

SL : Le peuple vénézuélien a donc perdu celui qui avait donné la voix aux pauvres.

EV : C’est pour cela que la douleur a été tellement forte. Nous avons appris sa disparition le 5 mars 2013 et dès le lendemain, le peuple a envahi les rues pour rendre hommage au Président, l’accompagner de l’Hôpital militaire jusqu’à l’Académie militaire et exprimer sa tristesse.

Un nouveau 27 février s’est produit suite à la disparition de Chávez, un nouveau Caracazo, comme celui de 1989 quand le peuple s’est soulevé contre la misère et les mesures d’austérité, a eu lieu. A une différence, néanmoins : cette fois-ci, le peuple avait un objectif précis : accompagner le Commandant Chávez à l’Académie militaire. Si le 27 février 1989 était un Caracazo social, le 6 mars 2013 était un 27 février politique.

SL : Les manifestations étaient impressionnantes.

EV : On lui a rendu hommage de façon massive. Il y a eu des familles entières qui ont passé des heures et des jours à faire la queue pour se recueillir auprès de la dépouille du Président Chávez. Une fois le rite accompli, le peuple est rentré chez lui. Dans les rues, il y avait des centaines de milliers de Vénézuéliens, et ils constituent une force politique, sociale et physique extraordinaire. C’était un volcan humain, une marée humaine d’une puissance inouïe. Dans un autre contexte, la vigueur de cette foule aurait toute dévasté sur son passage. Mais dans ce cas précis, la marche a été pacifique grâce à Hugo Chávez car il a laissé des instructions au peuple.

SL : Vous faites allusion à sa dernière allocution télévisée du 8 décembre 2012.

EV : Effectivement. Il avait expliqué quelle était la marche à suivre au cas où il ne survivrait pas à sa maladie, à cette embuscade que lui a tendue le destin. S’il n’avait pas envoyé ce message au peuple, qui sait ce qui ce serait passé au Venezuela. La puissance de cette masse humaine est capable de détruire n’importe quoi. Le peuple aurait pu s’en prendre aux médias privés qui n’ont eu de cesse de dénigrer et vilipender le Président Hugo Chávez durant ses quatorze années de mandat, l’attaquant directement et attaquant la volonté nationale. Pourtant, il n’en a rien été car le peuple a entendu le message pacifique de Chávez en faveur de l’ordre et de l’union. Chávez avait pris les dispositions nécessaires pour éviter cela. Cette force est là, latente, avec Hugo Chávez comme leader spirituel, plus vivant que jamais malgré sa disparition physique, car les idées ne meurent jamais.

SL : Chávez a toujours préféré la communication directe avec le peuple.

EV : Chávez avait un tel enthousiasme qu’il multipliait les idées, alors que ses conseillers en communication lui recommandaient de ne pas s’exposer autant. Nous en parlions dès 1999 et nous pensions qu’il prenait trop de risques car les forces conservatrices opposées au processus bolivarien étaient très puissantes. Lui, au contraire, était d’avis qu’il fallait exposer l’intégralité du projet émancipateur au peuple. A l’époque, il ne pouvait pas savoir qu’il serait atteint par cette terrible maladie. Avec le recul rétrospectif, nous nous rendons compte qu’il avait vu juste, et qu’il fallait tout dévoiler à la nation.

Il nous a laissé des milliers d’heures de communication directe avec les Vénézuéliens et un lien affectif indélébile avec le peuple, qui font partie de l’héritage du Venezuela d’aujourd’hui.

SL : La figure d’Hugo Chávez, militaire de formation, est apparue sur la scène politique nationale le 4 février 1992, suite au soulèvement armé contre le Président Carlos Andrés Pérez, dans un contexte mondial marqué par la déroute des idées progressistes et l’hégémonie du Consensus de Washington.

EV : Suite à l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, les gauches du monde entier se trouvaient en pleine débandade. Grâce à Chávez, de nombreux militants de gauche ont retrouvé la voie du socialisme. Chávez a également synthétisé nos racines religieuses, en se proclamant ouvertement chrétien. Il a ainsi pu emporter l’adhésion et la ferveur des croyants et les a unis non seulement aux militants orthodoxes du marxisme-léninisme, mais également aux militaires qui, en d’autres temps et sous un autre leadership, auraient refusé de s’allier à des catégories contre lesquelles ils ont été en guerre. Chávez a été l’élément fédérateur. Il a réussi à unir des forces politiques, religieuses et idéologiques hétérogènes. Pour ces raisons, un conglomérat gigantesque de personnes distinctes, provenant d’horizons différents, s’est identifié à Chávez.

SL : Mais sa base est surtout populaire.

EV : A l’évidence, le soutien majoritaire à Chávez provient des secteurs populaires qui ont été historiquement marginalisés, écartés et rendus invisibles. Ces catégories, pourtant majoritaires, étaient maltraitées, méprisées, discriminées, exclues de la société. Elles ont trouvé en Chávez un référent, un représentant et défenseur de leurs aspirations, un espoir qui les a rendues visibles.

Chávez a établi un lien spécial avec le peuple. Il vient lui-même du peuple et s’est insurgé en 1992, trois ans après le soulèvement du peuple de 1989. Il y a eu un dialogue entre la rue et la caserne et Chávez était l’interlocuteur de la caserne et il a fini par se fusionner avec la rue. Il est ainsi devenu le leader de la caserne et de la rue, des militaires progressistes bolivariens et du peuple.

SL : Quel héritage laisse-t-il au peuple vénézuélien et au monde ?

EV : Chávez a placé l’humain au centre de notre projet bolivarien, en particulier les catégories les plus défavorisées. Il a redonné au peuple un sentiment de fierté et de dignité nationale. Il a uni en un même corps le peuple et les forces armées.

Chávez a complètement changé les rapports internationaux et a tissé des liens solides avec de nombreux pays du monde. Lors des obsèques du Président, 33 chefs d’Etat et 57 délégations étaient présents. Chávez a tissé des liens non seulement commerciaux avec ces nations, mais également a uni les peuples et a même établi des relations très personnelles avec les dirigeants de ces pays. Chávez a mis en place un nouveau paradigme dans les relations internationales. Au Venezuela, nous étions habitués à la technocratie diplomatique qui supposait que les Affaires étrangères étaient chargées des relations avec le reste du monde, alors qu’elles ne sont que des extensions du pouvoir présidentiel. Chávez, au contraire, a développé des liens très personnels avec les chefs d’Etat, ce qui lui a permis d’avoir d’excellents rapports avec des dirigeants aussi bien de droite que de gauche. Il a fait en sorte que les différences idéologiques ne constituent pas un obstacle aux relations, comme c’est le cas pour la Colombie ou le Chili qui ont choisi des orientations politiques différentes des nôtres. Chávez a également eu des rapports très chaleureux avec des gouvernants européens qui ne partageaient pas forcément sa vision du monde.

SL : Le Venezuela se trouve en plein campagne électorale puisque qu’un nouveau scrutin présidentiel est prévu le 14 avril 2013, où s’affronteront l’actuel Président chargé de la République Nicolás Maduro et le principal candidat de l’opposition Henrique Capriles.

EV : Ce nouveau processus électoral, non prévu, intervient suite au décès du Président Chávez, conformément à ce que prévoit notre Constitution. Plusieurs sentiments se mélangent : le deuil, la tristesse et les larmes dus au départ soudain de notre Président et l’enthousiasme, l’énergie et la joie propres à toute campagne électorale.

Le Venezuela se trouve donc en plein débat d’idées, avec confrontation de modèles et comparaison de projet de société, dans un contexte marqué par ces circonstances tragiques. C’est donc un croisement de sentiments assez curieux, dicté par cette imprévisible réalité.

Chávez était un personnage qui respirait et transmettait la joie de vivre. Il était à l’image de son peuple. La joie fait partie de l’idiosyncrasie vénézuélienne et je vous invite à prendre part à n’importe quelle manifestation bolivarienne de soutien à la candidature de Nicolás Maduro pour percevoir ce phénomène. Le peuple est persuadé que Chávez, à travers l’élection de Nicolás Maduro, sera toujours parmi nous, même s’il nous manquera toujours sa présence physique. Il sera toujours vivant dans l’espoir du peuple vénézuélien et dans ses luttes pour un monde meilleur.

SL : Toutes les forces bolivariennes sont-elles unies autour de Nicolás Maduro ?

EV : Nous n’avons aucun doute concernant le successeur d’Hugo Chávez car nous respecterons scrupuleusement sa volonté. La Révolution bolivarienne suivra son cours et poursuivra la direction tracée par le Président Chávez. Sans le message de Chávez du 8 décembre 2012, le 6 mars aurait peut-être été un 27 février social et politique. Nous ne pouvons que rendre hommage à sa capacité d’anticiper les événements et sa vision du futur. Certains ont tenté de le dissuader de prononcer ce message lors de sa dernière allocution au cours de laquelle il avait demandé au peuple bolivarien d’élire Nicolás Maduro comme son successeur s’il venait à disparaitre.

SL : Quelle a été la réponse de Chávez ?

EV : Il a catégoriquement refusé de revenir sur sa décision. « Je dois la vérité à mon peuple », avait-il dit. Il se trouvait à Cuba et est rentré uniquement pour effectuer cette allocution télévisée et prévenir le peuple que le cancer avait de nouveau fait son apparition et qu’il devait livrer une nouvelle bataille. Il avait repoussé l’intervention chirurgicale, au risque d’aggraver sa santé personnelle, pour revenir au Venezuela et s’exprimer devant le peuple. Nous ne pouvons que le remercier pour cela. Il savait qu’il devait guider une fois de plus nos compatriotes.

SL : Comment voyez-vous ce processus électoral ?

EV : Il s’agit d’une nouvelle élection que Chávez remportera à travers de Nicolás Maduro, car il en est le stratège fondamental. Tel le Cid, il obtiendra une nouvelle victoire. Il en est le Commandant et pas seulement d’un point de vue métaphysique. En effet, avant le triste dénouement du 5 mars 2013, Chávez avait déjà tracé le chemin.

Il aurait très bien pu se rendre à Cuba pour son opération sans rien dire. Personne ne lui avait rien demandé. Mais il avait voulu effectuer cette démarche et faire cette annonce. Ce faisant, il a tracé le chemin électoral pour la Révolution en demandant au peuple de suivre Nicolás Maduro et l’élire en tant que nouveau président. La volonté de Chávez se traduit dans le vote du peuple qui a massivement manifesté sa douleur et sa tristesse dans les rues ces derniers temps. Les Vénézuéliens voteront avec joie, enthousiasme et espoir pour Nicolás Maduro le 14 avril 2013. Je n’ai absolument aucun doute à ce sujet. La Révolution remportera une nouvelle fois un triomphe retentissant.

SL : Que pensez-vous de l’opposition dirigée par Henrique Capriles ?

EV : L’opposition est une fédération d’ambitions et d’intérêts hétérogènes, unie seulement par la haine de Chávez et du peuple bolivarien. Elle est incapable de comprendre que nous vivons une époque différente et qu’il n’y aura pas de retour aux temps passés. Elle est issue des vieux partis politiques, des élites économiques et de l’oligarchie et n’admet pas avoir perdu le pouvoir politique qu’elle considérait comme étant sa propriété exclusive.

L’opposition est également marquée un facteur racial et raciste. Elle n’admet toujours pas qu’un noir pauvre se trouve au centre du pouvoir. La haine de Chávez résume toutes les misères morales de la condition humaine : le racisme et la haine de classe, la haine des pauvres.

SL : Le gouvernement accuse l’opposition d’être sous l’influence de Washington. Sur quoi vous basez-vous ?

EV : L’opposition est inféodée à Washington et en suit les directives. Cela est aisé à démontrer. Mme Roberta Jacobson du Département d’Etat, dans une interview au quotidien espagnol El País, a remis en cause le système électoral vénézuélien, alors que toutes les institutions internationales en saluent la transparence. Absolument toutes, sauf le Département d’Etat des Etats-Unis. Immédiatement, les médias privés antichavistes et l’opposition se sont mis à questionner notre système électoral, qu’ils ont toujours considéré comme légitime en participant aux élections régionales de décembre 2012 et en acceptant les résultats des scrutins. Ce même système leur a permis de gagner les élections dans certains Etats, même si la marge était infime, comme c’était le cas de l’Etat du Miranda actuellement dirigé par le candidat de l’opposition Henrique Capriles. Les scrutins ont été respectés partout, y compris lorsque l’opposition été majoritaire.

SL : L’opposition accuse le Conseil National Electoral de partialité.

EV : Ce même Conseil national électoral que l’opposition vilipende tant, que Capriles accuse de tous les maux est celui qui a déclaré vainqueur le candidat de l’opposition dans l’Etat du Miranda, c’est-à-dire Capriles.

En réalité, l’opposition suit scrupuleusement les directives de Mme Jacobson et c’est ce qui explique les campagnes actuelles de discrédit à l’encontre du Conseil national électoral. L’opposition songe même à retirer son candidat pour discréditer le processus électoral. Certains bruits courent à ce sujet. Capriles a reçu des instructions en ce sens. Nous espérons qu’il maintiendra sa candidature et qu’il respectera les règles démocratiques.

SL : Capriles a donc songé à retirer sa candidature ?

EV : Selon les informations dont nous disposons, cette hypothèse a été méthodiquement étudiée. Capriles sait qu’il va perdre les élections du 14 avril 2013. Bien sûr, les politiques ont des projets à court, moyen et long terme et Capriles voudra surement être le référent de l’opposition dans la vie politique vénézuélienne, mais il a parfaitement conscience qu’il n’a aucune possibilité de remporter la victoire lors du prochain scrutin. Ses partisans en sont également persuadés.

SL : Selon vous, Nicolás Maduro remportera donc l’élection du 14 avril 2013.

EV : Cela ne fait aucun doute. Il est même possible que l’on atteigne les dix millions de voix, en guise d’hommage à notre Commandant disparu. On a souvent minimisé, méprisé et caricaturé la capacité de convocation de Chávez et la réalité a montré à ces secteurs qu’ils avaient tort. On attribuait cela à des mécanismes clientélistes, à l’achat de conscience ou à l’exercice de coercition sur l’appareil bureaucratique de l’Etat. Les manifestations du 6 mars 2013, par leur spontanéité et leur caractère massif, ont montré qu’il n’en était rien.

SL : Les médias privés du Venezuela et les médias occidentaux se sont montrés très virulents contre Hugo Chávez.

EV : Beaucoup ont découvert la supercherie du discours des médias privés et de l’opposition. Beaucoup ont enfin compris que Chávez était un leader aimé de l’immense majorité du peuple, car c’était le meilleur ami des pauvres. Le peuple a salué son action et son héritage. Vous verrez que l’histoire rendra justice à Hugo Chávez et le considèrera comme l’un des plus grands leaders de notre temps et d’Amérique latine.

Je crois qu’aucun autre dirigeant politique n’a été aussi maltraité et vilipendé que Chávez. Nous verrons jusqu’où iront-ils dans leur volonté de délégitimer la démocratie vénézuélienne et le triomphe de Nicolás Maduro. Ils pensent pouvoir profiter de l’absence physique de Chávez et sont persuadés que le gouvernement bolivarien de Maduro ne sera pas capable de faire face à l’actuelle situation. Ils vont être déçus car la Révolution bénéficie d’un soutien populaire extraordinaire, d’un appui militaire sans failles, d’un gouvernement solidaire, d’institutions solides et d’un programme – le Plan de la Patrie – qui trace les grandes lignes pour le mandat à venir, et condense les propositions du Commandant Chávez. Je ne doute pas un seul instant de notre force, malgré les menaces, car Chávez a laissé un héritage d’une extraordinaire valeur.

SL : Pourquoi l’opposition vénézuélienne a toujours refusé d’accepter la légitimité d’Hugo Chávez ?

EV : L’opposition éprouve une profonde haine pour la démocratie véritable, malgré ses discours liturgiques à ce sujet. Elle est particulièrement attachée aux rites, mais ça se limite à cela, une démocratie ritualiste. Au lieu d’affronter le suffrage populaire, elle préfère triturer un article de la Constitution et essayer de subordonner la volonté du peuple majoritaire à son interprétation particulière et surtout, fausse – comme cela a été reconnu par le Tribunal suprême –, suite à l’élection de Chávez en octobre 2012 et sa prise de possession différée en raison de son état de santé. Il en a été de même lors de la prise de possession du Président Nicolás Maduro.

L’opposition pense que tout doit changer suite à la disparition physique du Commandant Chávez, oubliant la continuité constitutionnelle et les principes élémentaires de démocratie qui exigent que l’on respecte la souveraineté du peuple. L’opposition qui a eu un comportement antidémocratique manifeste depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez prétend nous donner des leçons sur la démocratie et questionne la légitimité du pouvoir actuel. C’est la même opposition qui a organisé le coup d’Etat d’avril 2002 et qui a imposé une junte putschiste dont le « Président » [Pedro Carmona Estanga] a prêté serment non pas sur la Constitution mais sur une feuille blanche, car il rejetait notre nouvelle Constitution, et qui a dissous tout les pouvoirs publics. Cette opposition qui a réprimé le peuple suite au coup d’Etat du 11 avril 2002 prétend dicter des conférences sur le concept de la démocratie.

SL : Au niveau international, Chávez avait un rôle important, notamment en Amérique latine.

EV : Chávez a été un grand dirigeant politique. Le Venezuela joue désormais un rôle important au niveau international et cela fait partie de l’héritage de notre Commandant que nous essayons de développer et d’approfondir. Nous n’avons aucun doute qu’avec le leadership de Nicolás Maduro et le reste de l’équipe de direction de la Révolution bolivarienne, nous poursuivrons ce même chemin et nous renforcerons cet héritage.

SL : La Révolution bolivarienne a tissé des liens très particuliers avec la Révolution cubaine et les rapports entre Hugo Chávez et Fidel Castro dépassaient le cadre des relations entre deux chefs d’Etat. Comment s’explique l’alliance entre le Venezuela et Cuba ?

EV : Il faut rappeler qu’Hugo Chávez est d’abord et avant tout un révolutionnaire et Cuba est une référence importante pour tous les révolutionnaires de notre continent, indépendamment des nuances et des particularités de chaque nation. Cuba est tout un symbole.

Il est indéniable qu’il avait profondément été marqué par sa célèbre visite à La Havane en 1994 et par l’accueil généreux que lui avait offert Fidel Castro en le recevant à l’aéroport, au pied de l’avion. Chávez avait découvert une Révolution pleine d’amour et d’affection.

Une fois arrivé au pouvoir en 1999, Chávez a fait de Cuba son principal allié avec la signature d’accords stratégiques dès l’année 2000. Ces accords ont constitué le cadre pour le progrès de tout le continent latino-américain. L’entente personnelle entre Chávez et Fidel dépasse le cadre politique. Elle est devenue familiale.

SL : Chávez n’hésitait pas à qualifier Fidel Castro de père spirituel.

EV : Effectivement, et cette relation a été très complémentaire car elle nous a permis de prendre ce qu’il y avait de mieux dans la Révolution cubaine, une Révolution surgie au milieu du XXe siècle et de l’intégrer à la première Révolution du XXIe. Le lien entre Chávez et Fidel symbolise également le lien entre une Révolution adulte et une Révolution naissante, qui est en fin de compte une combinaison vertueuse.

Il s’agit d’une relation père/fils, où le père non seulement conseille le fils, mais apprend également de lui et le voit construire son projet de société dans des circonstances différentes, face à une adversité particulière, comme le fait d’avoir notre Miami [fief de l’opposition cubaine] au sein même de notre pays. Les deux pays se sont enrichis mutuellement car les deux Révolutions ont leurs propres particularités et spécificités.

SL : L’amitié entre Hugo Chávez et Fidel Castro a également permis de rapprocher les deux peuples.

EV : D’un point de vue humain, les relations entre nos deux peuples sont extraordinaires. Nous avons pu bénéficier de la solidarité des médecins et des entraineurs cubains qui se trouvent au Venezuela. De nombreux patients vénézuéliens sont partis se faire soigner à Cuba. Nous disposons d’échanges dans tous les domaines possibles et imaginables, que ce soit la santé, l’éducation, la défense, la culture, la diplomatie, etc.

SL : Peut-on parler de fusion entre les deux peuples ?

EV : D’un point de vue affectif, oui. Après, il est vrai que chaque pays dispose de ses propres caractéristiques, de sa propre histoire. Nos institutions sont malgré tout différentes et les conditions de développement de notre projet bolivarien le sont également. Personne ne copie le modèle de l’autre, car il est tout simplement impossible de calquer un modèle dans un pays différent.

Néanmoins, je le répète, la rencontre entre nos deux peuples a été extraordinaire. Le capital humain cubain est impressionnant et les médecins cubains nous ont réellement été d’une grande solidarité. Cela est vraiment admirable. L’expérience de Fidel Castro et de Raúl Castro, du tout le leadership cubain, du peuple cubain et ses décennies de résistance et de lutte, a permis à la Révolution bolivarienne de se développer. Nous ne pouvons qu’être admiratifs du peuple cubain. Cette relation spéciale a permis de renforcer les liens entre nos deux peuples qui partagent de nombreuses aspirations communes, les mêmes goûts musicaux, culinaires et sportifs. Malgré nos destins historiques différents, nos peuples se ressemblent beaucoup et Chávez et Fidel nous ont permis de nous rencontrer.

SL : Le Venezuela a été d’un grand secours pour Cuba, qui est confrontée à de sérieuses difficultés économiques. Fidel Castro a qualifié Hugo Chávez du « meilleur ami du peuple cubain ».

EV : Chávez a toujours été généreux avec les peuples. Il a fait face à toutes les pressions possibles de secteurs qui souhaitaient qu’il mercantilise la relation avec Cuba. Mais Chávez est avant tout bolivarien, par conséquent latino-américain. L’opposition, qui se réclame désormais de Bolívar, oublie que notre Libérateur n’a jamais demandé un centime à personne pour contribuer à l’émancipation des peuples. Ces bolivariens de circonstance oublient que Bolívar a reçu des armes de Pétion sans payer un centime.

SL : L’opposition accuse justement le gouvernement d’offrir du pétrole à Cuba.

EV : L’opposition souhaite que l’on mette un terme aux conditions de commerce favorables que nous avons mis en place pour nos frères cubains et latino-américains. Nous n’offrons notre pétrole à personne. Nous le vendons au prix du marché avec des facilités de paiement. C’est quelque chose de normal et de naturel dans les relations internationales, surtout entre des peuples frères. Chávez a été un personnage extraordinaire qui a rompu ce paradigme mercantile et l’a remplacé par un paradigme de la solidarité.

SL : Cette relation se maintiendra-t-elle avec la disparition de Chávez ?

EV : Non seulement, nos relations se maintiendront mais elles s’approfondiront davantage. Nos liens avec nos frères cubains n’ont jamais été aussi forts et ils se renforceront encore plus dans le futur.

La droite raciste et xénophobe du Venezuela, qui vilipende tant les Cubains, en sera pour ses frais. Rendez-vous compte du comportement mesquin de l’opposition qui place le thème de Cuba dans l’agenda électoral, sans se rendre compte que c’est une manigance vouée à l’échec et dont la portée se limite aux secteurs anticommunistes de la société, qui sont une minorité. L’opposition dispose de nombreuses tribunes médiatiques mais son influence auprès du peuple est très limitée.

SL : Une dernière question, Monsieur le Ministre : le Venezuela est-il prêt à normaliser les relations avec les Etats-Unis.

EV : Le Venezuela a exprimé sa volonté d’améliorer ses relations avec les Etats-Unis. Néanmoins, il y a eu des déclarations et des actions de la part de Washington qui rendent impossible cette normalisation. Il y a eu les déclarations malheureuses de Mme Roberta Jacobson et des actions hostiles de la part d’attachés militaires étasuniens à Caracas qui ont contacté des militaires vénézuéliens pour les inviter à discuter de la situation du pays afin de les influencer, ce qui constitue une grave ingérence dans les affaires internes de notre nation.

Le gouvernement vénézuélien s’est vu obligé de rompre les canaux de communication avec les Etats-Unis suite à ces actions hostiles. Il semble que les faucons du Département d’Etat imposent l’agenda aux colombes en termes de politique étrangère, même si je crois que l’ingérence et l’interventionnisme sont inhérents aux politiques de Washington.

Le Venezuela aura des relations normales et apaisées avec tous les pays qui respecteront notre souveraineté, comme nous respectons celle des autres nations. C’est une condition sine qua non. Les principes ne se négocient pas et comme dirait l’illustre Augusto César Sandino, « la souveraineté ne se négocie pas et se défend les armes à la main ».

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

A l’image de Gandhi en Inde contre le colonialisme anglais ou de Martin Luther King aux Etats-Unis contre le racisme et pour les droits civiques, c’est lundi prochain que les antinucléaires vont entamer une deuxième “Marche pour la Vie” de 200km à l’appel du Collectif antinucléaire de Vaucluse (CAN84).

Ils seront lundi au petit matin devant la gare de Manosque dans les Alpes de Haute-Provence pour le départ de la deuxième marche pour l’arrêt immédiat et inconditionnel du nucléaire. En ligne de mire les 3 sites et centrales de la région la plus nucléarisée de France avec pas moins de 35 installations nucléaires civiles et militaires réparties sur 4 départements.

Les marcheurs et marcheuses, habitants et travailleurs de Provence et d’autres régions traverseront alors, à pieds ou en rollers ou à vélos ou à cheval, les villages et villes de la vallée Rhône-Durance à la rencontre des habitants, des élus et des travailleurs de l’atome. Au terme de 200km ils arriveront au site-poubelle du Tricastin et de ses centrales obsolètes et fissurées le 26 avril. 26 avril : date anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (Ukraine 1986).

200 kilomètres : plus que la distance maximale qui sépare chaque habitant de France d’un site nucléaire et de ses rejets contaminants et destructeurs radioactifs qui se dégagent jour et nuit

Pour ces femmes et ces hommes de bonne volonté le crime nucléaire est à l’œuvre dès à présent en France sans attendre une catastrophe nucléaire comme à Fukushima et à Tchernobyl. . L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) elle-même l’avoue : « on ne peut pas exclure qu’un accident nucléaire majeur se produise en France ». Nul n’est à l’abri, pas un être vivant, pas une habitation, pas un territoire, pas une activité professionnelle, pas une crèche ou une école

Alors il s’agit d’en finir sans attendre et une bonne fois pour toute avec le crime radioactif mortifère qui contamine l’air que nous respirons, l’eau que nous consommons et la chaîne alimentaire.

Les cancers se multiplient, les leucémies augmentent, les malformations fœtale enflent, les atteintes cardiaques et neuronales prennent des proportions exorbitantes, l’ADN est déstructuré,… les statistiques tenues toujours secrètes par les autorités sanitaires soumises à la dictature du lobby nucléaire en attestent. Il n’existe pas de dose de radioactivité inoffensive et sans impact sur la santé et la vie. Aucune norme imposée arbitrairement par le lobby et les pouvoirs ne protège qui que ce soit.

Pour les initiateurs de la marche antinucléaire pour la vie le nucléaire n’est pas une question technique, une question de discussion de salon, d’experts ou de spécialistes, c’est une urgence sanitaire et de survie publique qui concerne chaque être humain, chaque habitant-e, chacun et chacune d’entre-nous. La mort ou la Vie.

Du 15 au 26 avril 2013

 

pour en savoir plus sur le parcours, les étapes, le déroulement, les modalités : www.coordination-antinucleaire-sudest.org

 

PJ: photo de la marche 2012 : http://www.coordination-antinucleaire-sudest.org

 

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Wikileaks a encore frappé. Je suppose que les Etats-Unis vont monter la pression d’un cran contre Julian Assange et Bradley Manning.

Dans un câble secret du Département d’Etat daté du 9 novembre 2006, et récemment publié par Wikileaks, l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela, William Brownfield, expose les grandes lignes d’un plan global visant à déstabiliser le gouvernement du feu Président Hugo Chavez. Le câble commence ainsi :

Au cours de ses 8 ans au pouvoir, le Président Chavez a systématiquement démantelé les institutions de la démocratie et de la gouvernance. Les objectifs du programme USAID/OTI au Venezuela visent à renforcer les institutions et espaces démocratiques à travers une coopération non partisane avec de nombreux secteurs de la société vénézuélienne.

USAID/OTI = United States Agency for International Development/Office of Transition Initiatives. Le dernier est l’un des nombreux euphémismes employés par les diplomates américains entre eux et avec le reste du monde. Ils prétendent que cela signifie une transition vers la « démocratie ». Ce que cela signifie en réalité, c’est la transition du pays ciblé qui refuse obstinément de coopérer avec les desseins de l’impérialisme américain vers un pays tout à fait disposé (ou cédant sous la pression) à coopérer avec les desseins de l’impérialisme américain.

OTI soutient le programme « le Droit à Défendre les Droits de l’Homme » de Freedom House (FH) à hauteur de $1,1 million. Dans le même temps, à travers Development Alternatives Inc. (DAI), OTI a aussi effectué 22 donations à des organisations de défense des droits de l’homme.

Freedom House est un des plus anciens outils du gouvernement US pour effectuer des transitions vers la « démocratie » ; on peut dire qu’il assimile la « démocratie » et les « droits de l’homme » à la libre entreprise. Development Alternatives Inc. (DAI) est l’organisation qui a envoyé Alan Gross en mission à Cuba pour participer à l’opération de changement de gouvernement du gouvernement US.

OTI parle d’actions pour améliorer « la situation des droits de l’homme qui se détériore » au Venezuela. Vous ne connaîtriez pas par hasard un gouvernement prêt à claquer quelques millions de dollars pour améliorer la situation sérieusement détériorée des droits de l’homme aux Etats-Unis ? On pourrait commencer par les surveillances 24/24h et les pièges inadmissibles tendus à de nombreux jeunes « terroristes » coupables de délits d’opinion.

Les partenaires d’OTI forment des ONG à devenir plus militants.

Difficile d’énoncer plus clairement que les Etats-Unis s’arrogent le droit de financer et de s’ingérer dans toute activité sociale, économique ou politique qui peut saboter tout programme du gouvernement Chavez ou en donner une image négative. Le câble de l’ambassadeur US souligne :

OTI a touché directement environ 238.000 adultes à travers 3.000 forums, ateliers et sessions de formation qui promeuvent des valeurs alternatives et fournissent l’occasion aux militants de l’opposition d’interagir avec le noyau dur de chavistes, avec l’objectif de les éloigner progressivement du Chavisme. Nous avons soutenu cette initiative avec 50 donations qui se montent à plus de $1,1 million.

« Une autre stratégie clé de Chavez », poursuit le câble, « est sa tentative de diviser et polariser la société vénézuélienne en employant un langage de haine et de violence. OTI soutient des ONG locaux qui travaillent dans les places fortes chavistes et avec des dirigeants chavistes, pour contrer ce langage et promouvoir des alliances en travaillant ensemble sur des sujets importants pour toute la communauté. »

C’est là l’argument classique néo-libéral contre toute tentative de transformer une société capitaliste – ce sont les révolutionnaires qui provoquent la lutte des classes. Bien entendu, la lutte des classes existait déjà, et nulle part plus profonde et plus féroce qu’en Amérique latine.

OTI a financé 54 projets sociaux à travers tout le pays, pour plus de $1,2 million, ce qui permis à l’Ambassadeur de visiter des zones pauvres du Venezuela et de montrer la préoccupation des Etats-Unis pour le peuple vénézuélien. Ce programme provoque des confusions dans les rangs bolivariens et constitue une riposte aux tentatives de Chavez de désigner les Etats-Unis comme l’ « ennemi commun ».

C’est à se demander si cet ambassadeur (actuellement secrétaire adjoint au Département d’Etat) a eu la moindre influence sur les grandes marges de victoire de Chavez à chaque élection et les foules énormes qui ont constamment rempli les places publiques pour les saluer. Quand est-ce que de tels événements se sont-ils produits pour la dernière fois dans le propre pays de cet ambassadeur ? Où était la « préoccupation » de son pays « pour le peuple vénézuélien » pendant les décennies de régimes profondément corrompus et dictatoriaux ? L’ambassade de son pays au Venezuela à l’époque ne complotait rien qui ressemblait de près ou de loin à ce qui est décrit dans le câble.

Le câble récapitule la stratégie de l’ambassade ainsi :

1) Renforcer les institutions démocratiques

2) Infiltrer la base politique de Chavez

3) Diviser le camp chaviste

4) Protéger les intérêts économiques vitaux pour les Etats-Unis.

5) Isoler Chavez sur le plan international (1)

La mission officielle de l’OTI est de « soutenir les objectifs de la politique étrangère des Etats-Unis en aidant les partenaires locaux à promouvoir la paix et la démocratie en priorité dans les pays en crise » (2)

Remarquez le mot « crise ». Aux yeux de qui le Venezuela de Chavez était-il en « crise » ? Aux yeux des Vénézuéliens ou aux yeux de ceux qui possèdent et dirigent Etats-Unis, S.A. ?

Imaginez l’ambassade, une agence ou une ONG d’un pays tiers qui se comporterait comme l’ambassade US, l’OTI et les ONG au Venezuela. C’est pour ces mêmes raisons que le Président Poutine a récemment renforcé le contrôle sur les ONG étrangères. Évidemment, le gouvernement et les médias US ont parlé d’un retour à l’Union Soviétique.

Sous le pression du gouvernement vénézuélien, le bureau de l’OTI au Venezuela a été fermé en 2010.

Et en guise de conclusion, voici quelques mots de sagesse de Charles Shapiro, l’ambassadeur US au Venezuela entre 2002 et 2004, qui s’exprimait récemment sur les dirigeants vénézuéliens : « Je pense qu’ils croient vraiment que nous leur voulons du mal. » (3)

Les dernières menaces contre la vie sur terre.

Le mois dernier de nombreux commentateurs de politique étrangère ont marqué le 10eme anniversaire du bombardement et de l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis. Ceux qui ont condamné ces ravages épouvantables infligés au peuple et à la société irakiens ont souligné que ce fut une grave erreur, puisque le dirigeant irakien Saddam Hussein en réalité ne possédait pas d’armes de destruction massive (ADM). C’est le même argument que l’on a entendu sans cesse au cours des dix dernières années dans la bouche de la plupart des opposants à la guerre.

Mais parmi les nombreux mensonges – explicites ou implicites – proférés autour de la guerre en Irak, le plus gros de tous est celui-ci : si Saddam Hussein avait été en possession de ces ADM, l’invasion aurait été justifiée ; que dans ce cas, l’Irak aurait bel et bien constitué une menace pour les Etats-Unis ou pour Israël ou pour tout autre pays tout aussi irréprochable, innocent et sacré. Néanmoins, je me dois de poser encore une fois la question : pour quelle raison Saddam Hussein aurait-il attaqué les Etats-Unis ou Israël, à part une envie irrésistible de se suicider ? Il n’avait aucune raison, pas plus que n’en ont les Iraniens aujourd’hui. Pas plus que n’avaient les Soviétiques pendant la Guerre Froide. Pas plus que les Nord-Coréens n’en ont eue depuis la dernière fois que les Etats-Unis les ont bombardés au début des années 50. Et pourtant, le mois dernier, le nouveau Secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, a annoncé qu’il allait renforcer les défenses US contre une éventuelle attaque de la Corée du Nord (supposément dotée de l’arme nucléaire), par le déploiement de 14 batteries antimissiles supplémentaires en Alaska et en Californie pour un coût estimé de $1 milliard. Au temps pour le nouveau Grand Espoir Blanc. Mais est-il vraiment important de savoir qui occupe les postes les plus importants au sein de l’appareil de la politique étrangère des Etats-Unis ? Ou quel est son son sexe ou la couleur de sa peau ?

« Oui, mais », me rétorque-t-on souvent, « Saddam Hussein était tellement fou qu’il était capable de faire n’importe quoi ». Mais lorsqu’il était devenu évident à la fin de 2002 que les Etats-Unis avaient l’intention d’envahir l’Irak, Saddam a ouvert son pays aux inspecteurs de l’ONU bien plus qu’auparavant, offrant une coopération totale. Ce n’était pas le comportement d’un fou ; c’était le comportement d’un survivaliste. Il n’a même pas employé d’ADM lorsque l’Irak a été envahi une première fois par les Etats-Unis en 1991 (« la première guerre du Golfe »), alors qu’il en possédait très certainement à l’époque. De plus, le vice-président du pays, Tariq Aziz, est passé sur les principales chaines de télévision US pour rassurer le peuple américain et le monde que l’Irak ne possédait plus d’armes chimiques, bactériologiques ou nucléaires ; et nous savons désormais que l’Irak avait envoyé des émissaires de la paix au début de 2003 dans l’espoir d’éviter la guerre. Les dirigeants irakiens n’étaient pas fous du tout. A moins de croire qu’une opposition à la politique étrangère des Etats-Unis constitue une forme de folie. Ou de suicide.

On pourrait tout aussi bien dire que les dirigeants américains étaient fous pour avoir entrepris l’invasion de l’Irak au vu et au su des dizaines de millions de gens aux Etats-Unis et à l’étranger qui ont protesté, en suppliant Bush et son gang de ne pas déchaîner l’horreur. (Combien de manifestations y a-t-il eu pour soutenir l’invasion ?)

[Réponse : au moins une : 3000 personnes à Miami, organisée notamment par l’extrême-droite anticastriste locale – avec le soutien de leur égérie Zoé Valdés, la chouchou du maire « socialiste » de Paris - note « on n’oublie rien, nous » du traducteur]

Quoi qu’il en soit, les Etats-Unis n’ont pas envahi l’Irak à cause d’une menace par des ADM. Les dirigeants à Washington ne croyaient pas eux-mêmes que l’Irak possédait de telles armes en quantité ou puissance significatives. Une preuve parmi d’autres est le fait qu’ils n’auraient pas exposé des centaines de milliers de soldats sur le terrain.

On ne peut pas dire non plus que la simple possession de telles armes – ou la croyance en leur existence – pouvait constituer une raison suffisante pour attaquer, parce qu’à ce compte-là, les Etats-Unis devraient attaquer la Russie, la France, Israël et tous les autres.

Tout ce qui précède, je l’ai en grande partie déjà écrit dans mes articles antérieurs, dés 2003. Mais je crains de devoir le répéter pendant encore quelques années. Les mythes qui confortent la propagande officielle du gouvernement ont la vie dure. Les grands médias font semblant d’y croire, tandis que les officiels de la sécurité nationale prospèrent dessus pour s’attribuer une mission, pour obtenir des rallonges de budgets, et pour faire avancer leurs carrières. Le Washington Post a récemment écrit : « Après un an de pouvoir, le jeune dirigeant du pays, Kim Jong Un, s’est révélé être encore plus belliqueux que son père, qui a longtemps dirigé la Corée du Nord, à la grande déception des officiels US qui espéraient de nouvelles relations avec le régime. » (4)

Ben voyons. On les voit d’ici, les officiels américains, en train de secouer la tête tout en déclarant : « Mais que diable faut-il faire pour obtenir la confiance de ces Nord-coréens ? » Eh bien, ils pourraient commencer par mettre fin aux nombreuses sanctions internationales qu’ils ont imposées à la Corée du Nord. Ils pourraient cesser d’armer et de former les forces militaires de la Corée du Sud. Et ils pourraient cesser de se livrer à des provocations par des survols de leur territoire, en envoyant des navires dans leurs eaux territoriales, par des manœuvres militaires conjointes avec la Corée du Sud, l’Australie, et d’autres pays, dangereusement proches du Nord. Le Wall Street Journal a écrit :

La première démonstration de force a eu lieu le 8 mars, au cours d’un exercice US-Corée du Sud, baptisé Foal Eagle, où des bombardiers B-52 ont effectué des manœuvres à basse altitude. Quelques semaines plus tard, en plein jour, deux bombardiers B-52 qui avaient décollé d’une base aérienne dans le Missouri ont simulé un largage sur une batterie Nord-coréenne.

Les services de renseignement US, comme prévu, ont analysé les réactions du Nord. Après ces vols, le Nord a réagi comme le Pentagone et les services de renseignement l’avaient prévu, avec une rhétorique violente, en menaçant d’attaquer le Sud et les Etats-Unis.

Dimanche, les Etats-Unis ont envoyé deux F-22 en Corée du Sud, ce qui a provoqué une nouvelle réaction de colère de la par de la Corée du Nord. (5)

Les Etats-Unis pourraient arrêter de fantasmer sur un effondrement de la Corée du Nord, qui leur permettrait d’y implanter des bases militaires le long de la frontière chinoise.

Quant aux menaces fréquentes de la Corée du Nord… oui, c’est vrai, ils dépassent les Etats-Unis en termes d’agressivité, de mensonges et de stupidité. Mais leurs menaces ne sont pas à prendre plus au sérieux que l’attachement, sans cesse répété, des Etats-Unis pour la démocratie et la liberté. Lorsqu’il s’agit de faire du mal à d’autres peuples, les Nord-coréens ne jouent pas dans la même ligue que l’empire.

« Tout le monde craint une bavure et le déclenchement d’une guerre. Mais le sentiment partagé au sein du gouvernement américain est que les Nord-coréens ne déclencheront pas une guerre ouverte, » a déclaré un haut-officiel de l’administration Obama. « Ce qui les intéresse avant et par-dessus tout, c’est la survie du régime. » (6)

La souveraineté des Etats-Unis n’a jamais été confrontée à un véritable danger depuis les Britanniques en 1812.

Le Monde Merveilleux de la liberté d’expression

Ainsi donc, les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux ont banni la télévision iranienne de l’Amérique du nord et de plusieurs pays européens. En avez-vous entendu parler ? Probablement pas si vous ne recevez pas le bulletin électronique de PressTV, la chaîne d’information non-stop en anglais de la télévision iranienne. Selon PressTV :

La chaîne de cinéma iranienne, iFilm, ainsi que les stations de radio iraniennes, ont été bannies à leur tour afin d’épargner les yeux et les oreilles sensibles des Occidentaux, après le retrait de tous ces médias depuis le mois de février du satellite Galaxy 9 qui diffuse aux Etats-Unis et au Canada.

En décembre, la compagnie de satellite espagnole, Hispasat, a cessé de transmettre la chaîne iranienne en langue espagnole HispanTV. Hispasat est détenue en partie par Eutelsat, dont le Directeur général franco-israélien est accusé pour les récentes attaques contre les médias iraniens en Europe.

Le American Jewish Committee (AJC) a salué ces événements. Le directeur exécutif d’AJC , David Harris, a reconnu que son organisation était engagée depuis des mois dans des pourparlers avec les Espagnols sur les retransmissions des chaînes iraniennes. (7)

Une recherche poussée dans la base de données Lexis-Nexis (base de données des articles de presse parus dans le monde – NdT) révèle que pas un seul journal, radio ou agence de presse de langue anglaise n’a répercuté cette information depuis le 8 février. Sur Internet, Digital Journal en a parlé le 10 février.

Les Etats-Unis, le Canada, l’Espagne et la France font partie de ces pays qui brandissent fièrement leur attachement au concept consacré de la liberté d’expression. D’autres pays du « Monde Libre » sont probablement en train de leur emboîter le pas tandis que Washington renforce encore un peu plus les sanctions contre l’Iran.

Dans son livre classique 1984, George Orwell a défini la « double-pensée » comme « une capacité d’exprimer simultanément deux points de vue opposés, et d’accepter les deux. » Aux Etats-Unis, l’expression préférée accolée par le Ministère de la Vérité à une telle hypocrisie est « l’exception américaine », qui se manifeste par l’affirmation d’une mission d’inspiration divine ainsi que par l’affirmation d’un droit des Etats-Unis d’appliquer le deux-poids deux-mesures en sa faveur et de rejeter toute « équivalence morale ».

Le recours à des sanctions pour empêcher les médias étrangers de dire des choses que Washington a décidé ne devaient pas être dites est en fait une forme de progrès par rapport aux anciennes méthodes. Par exemple, le 8 Octobre 2001, au cours de la deuxième journée de bombardements de l’Afghanistan par les Etats-Unis, les émetteurs de la radio gouvernementale des Taliban Radio Shari furent bombardés. Peu après, le Secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, a justifié ces bombardements en déclarant : « Naturellement, on ne peut pas les considérer comme des médias libres. Ils sont les porte-voix des Taliban et de ceux qui hébergent des terroristes.  » (8) Et en Yougoslavie, en 1999, pendant le tristement célèbre bombardement de 78 jours de ce pays des Balkans qui ne représentait aucune menace pour les Etats-Unis, la télévision d’état Radio Television Serbia (RTS) fut visée parce qu’elle diffusait des choses que les Etats-Unis et l’OTAN n’aimaient pas (comme, par exemple, les horreurs provoquées par les bombardements). Les bombes ont tué de nombreux membres du personnel de la chaîne, et un des survivants a du être amputé des deux jambes pour le sortir des décombres. (9)

William Blum

http://williamblum.org/aer/read/115

Article original en anglais :

chavez2Operation Destabilize Venezuela and the Secret US Embassy Cables: Infiltrate, “Divide Chavismo”, “Isolate Chavez Internationally”9 avril  2013

Traduction  par VD pour le Grand Soir

 

(1) http://www.cablegatesearch.net/cable.php?id=06CARACAS3356&am…

(2) USAID Transition Initiatives http://transition.usaid.gov/our_work/cross-cutting_programs/…

(3) Washington Post, January 10, 2013

(4) Washington Post, March 16, 2013

(5) Wall Street Journal, April 3, 2013

(6) Ibid.

(7) PressTV http://presstv.com/detail/2012/12/31/280981/intl-group-raps-…

(8) Index on Censorship online, the UK’s leading organization promoting freedom of expression, October 18, 2001

(9) The Independent (London), April 24, 1999, p.1

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Dans un câble diplomatique américain classé confidentiel obtenu par Wikileaks et publié par le quotidien espagnol El Pais, l’ex-ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet, dresse un tableau noir sur l’état de l’Algérie au début de l’année 2008. Nous publions des passages du câble dans lequel il s’exprime sur l’Algérie au cours d’une rencontre avec l’ambassadeur US à Alger.

Le câble classé confidentiel émis le 25 janvier 2008

L’ambassadeur français Bajolet a déclaré à l’ambassadeur américain le 23 janvier que lui et le gouvernement français redoutent que l’Algérie se dirige progressivement vers plus d’instabilité, mais ils ne voient pas d’autre alternative qu’un troisième mandat pour Bouteflika en 2009. Bajolet, qui a été diplomate à Alger dans les années 1980, a déclaré que l’intérêt stratégique de la France en Algérie est avant tout sa stabilité et son développement économique. Le flux migratoire des Algériens qui fuient leur pays vers la France pèse lourdement sur les sensibilités politiques françaises et, ultimement, sur les liens sociaux entre les deux pays. Le gouvernement français, dit-il, constate qu’aujourd’hui il y a peu de progrès positifs en Algérie :

- Les municipalités, qui sont plus proches de la population, n’ont ni le pouvoir ni les ressources pour répondre aux besoins locaux;

- Le gouvernement est incapable de prendre et d’assumer les décisions difficiles ; Bajolet a qualifié cela de sorte d’immobilisme;

- Les partis politiques bénéficient de peu d’espace et semblent plutôt disposés à faire des coups à court terme et manquent d’une vision politique à long terme;

- L’intérêt que porte le public au système politique a fortement décliné, comme on le voit dans les deux élections de 2007;

- Le climat des affaires est difficile et ne s’améliore pas; l’investissement et la création d’emplois font défaut (Bajolet a noté qu’une association d’affaires française avait préparé un livre blanc qui détaille les problèmes auxquels se heurtent les entreprises françaises en Algérie et la manière avec laquelle on peut y apporter des solutions. Bajolet a fait observer que le ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni et le gouvernement algérien étaient inquiets à l’idée qu’il soit rendu public.) ;

- La corruption a atteint un nouveau sommet et interfère dans le développement économique.

- Bouteflika et ses ambitions pour un troisième mandat

Bajolet a dit qu’il a compris que l’armée a donné son accord à la révision de la constitution pour permettre à Bouteflika de se présenter à nouveau aux élections de 2009. Bajolet a déclaré que Bouteflika jouit d’une bonne santé et qu’il pourrait vivre encore plusieurs années. Il a supposé que l’amélioration de l’état de sa santé et son activisme lui ont conféré davantage d’influence sur l’armée. Cela dit, Bajolet était aussi d’avis que le consensus au sein de l’armée pour soutenir un troisième mandat pour Bouteflika découle en partie d’une opinion largement répandue que Bouteflika ne terminera pas son troisième mandat en raison de ses problèmes de santé.

La relation entre l’armée et Bouteflika reste encore difficile. Par exemple, les Français ont conclu que les services de renseignement ont encouragé le ministre des Anciens Combattants, Cherif Abbas, à critiquer Sarkozy à la veille de sa visite en Algérie pour provoquer l’annulation du voyage et mettre ainsi Bouteflika dans l’embarras.

Bajolet dit que les Français sont extrêmement prudents sur ce qu’ils disent aux Algériens à propos de la révision de la constitution qui permettrait à Bouteflika de se présenter à un troisième mandat, élection dont tout le monde comprend qu’il sortira gagnant. Bajolet a senti que les Algériens ont clairement lancé l’idée publiquement à nouveau juste avant la visite de Sarkozy en décembre pour vérifier si le président français allait déconseiller Bouteflika de modifier la constitution. Sarkozy s’est intentionnellement abstenu de le faire.

Bajolet a fait observer que les Français n’ont pas une idée sur le successeur éventuel de Bouteflika. Il a noté que l’ancien Premier ministre, Hamrouche, parle de réformes, mais les Français ne savent pas s’il est effectivement en mesure d’aller vers un programme de réformes. Les Français croient que l’ancien Premier ministre, Ouyahia, est encore un autre apparatchik et jouit de peu de popularité dans le pays. Bajolet a conclu que l’absence d’un successeur évident, qui pourrait contrecarrer Bouteflika, est source d’instabilité. Par contre, les Français ont décidé que pour eux le meilleur message à livrer est d’être neutres sur la question du troisième mandat de Bouteflika, mais que le gouvernement doit commencer à s’occuper des graves problèmes économiques et politiques de l’Algérie. (Bajolet est particulièrement intéressé par la question de la décentralisation, par exemple.)

Bajolet a exprimé sa vive préoccupation sur la situation sécuritaire et posé de nombreuses questions à propos de notre dernier message d’alerte. Nos recommandations pour les Américains d’éviter les écoles étrangères l’avaient mis dans une situation difficile, a-t-il noté, car il y a deux écoles de langue française officielle à Alger.

Bajolet a affirmé qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) semble cibler principalement le gouvernement algérien ainsi que les objectifs étrangers pour mettre les autorités algériennes dans l’embarras. L’ambassadeur a exprimé son désaccord, faisant valoir que de son point de vue AQMI cible les deux à la fois, mais avec des objectifs différents. Il cible le gouvernement algérien pour le placer dans une situation difficile mais aussi pour se venger des pertes subies par AQMI. Il s’attaque aux étrangers pour les chasser d’Algérie (et, finalement, déstabiliser le gouvernement algérien).

Bajolet a noté que les cibles françaises sont nombreuses, y compris les centres culturels français et les résidences diplomatiques en Algérie. Toutefois, jusqu’à présent, les services de sécurité ont géré efficacement les menaces qui pèsent sur les Français et ont, selon lui, tenu les autorités françaises au courant de ces menaces

* Le câble diplomatique américain classé confidentiel et obtenu par WikiLeaks dévoile les idées de Bajolet : ce qu’il pense de l’Algérie…

Annane Imad-Eddine

 

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La face brutale du néocolonialisme en Afghanistan

avril 11th, 2013 by Bill Van Auken

Le ministre des Affaires étrangères américain John Kerry a fait une série de déclarations publiques apparemment en mémoire de la fonctionnaire de ses services Anne Smedinghoff, 25 ans, qui fait partie des cinq Américains, dont trois soldats, tués dans un attentat à la voiture piégée, mené par des Talibans dans la province de Zabul au Sud, samedi.

La mort de quelqu’un d’aussi jeune est tragique, comme ce fut le cas pour les près de 2 200 soldats américains tués en 11 ans de guerre et d’occupation. Pour autant, les remarques de Kerry ne visent pas tant à réconforter les proches et les amis qui souffrent, qu’à justifier et défendre cette guerre qui a coûté la vie à cette jeune femme.

Il a dit que sa mort présentait « un contraste flagrant que le monde entier peut voir entre deux systèmes de valeurs très différents. » D’un côté, a-t-il dit, il y a « une brave américaine […] déterminée à raviver la flamme de la connaissance par des livres écrits dans la langue natale d’étudiants qu’elle n’avait jamais rencontrés, mais qu’elle se sentait en devoir d’aider, » alors que de l’autre, il y aurait « de lâches terroristes déterminés à porter l’obscurité et la mort à de parfaits inconnus. »

Le même jour où Anne Smedinghoff a perdu la vie, une frappe aérienne américaine a tué au moins 18 personnes, dont 11 enfants âgés de quelques mois à six ans. Six femmes ont été gravement blessées au cours de l’attaque. Kerry n’a pas prononcé un seul mot de sympathie pour la perte de ces jeunes vies, ni pour les parents qui les pleurent. Cela va sans dire, la mort des 11 enfants n’a pas reçu le centième de la couverture médiatique accordée à celle de la diplomate américaine dans les médias américains, lesquels, comme toujours, n’ont que mépris pour la vie des Afghans.

Il faut se souvenir que le nouveau ministre des Affaires étrangères américain, et ex-sénateur démocrate du Massachusetts, a commencé sa carrière politique comme jeune vétéran dénonçant publiquement la guerre du Vietnam. Kerry, maintenant l’homme le plus riche du Sénat, s’est consacré à la promotion et au blanchiment des nouvelles guerres impérialistes lancées par les États-Unis, en dissimulant le même type d’atrocités qu’il cherchait, à une époque, à dénoncer.

La rhétorique de Kerry, sur les Américains qui apportent de manière désintéressée la lumière et l’ « avenir » en Afghanistan et sur le fait que ceux qui s’opposent à Washington sont des lâches, des terroristes et des forces obscurantistes, est aussi vieille que le colonialisme lui-même. Les Français en Algérie et en Indochine, les Britanniques en Inde, en Afrique et ailleurs, et les autres puissances européennes qui ont conquis ensemble plus d’un quart de la surface du globe durant les trois dernières décennies du 19e siècle se sont tous servis d’un langage quasiment similaire – clamant leur œuvre civilisatrice et leurs principes humanitaires alors qu’ils pillaient ces pays et massacraient leurs peuples.

La longue rencontre entre l’Afghanistan et l’impérialisme américain dure maintenant depuis plus de trente ans, elle culmine avec 11 ans d’occupation militaire américaine directe et un contrôle semi-colonial sur son gouvernement corrompu et installé par les États-Unis. Quelle « lumière » et quel « avenir » cela a-t-il apporté au peuple Afghan ?

À partir de 1979, sous la présidence démocrate de Jimmy Carter, l’impérialisme américain a lancé une politique criminelle, visant à déstabiliser le régime pro-soviétique de Kaboul et ainsi provoquer une intervention militaire soviétique. L’objectif était, comme l’a expliqué le conseiller à la défense nationale des États-Unis Zbigniew Brzezinski, de « donner à l’URSS sa guerre du Vietnam. » Cette politique s’est avérée être une réussite, mais le peuple Afghan en a fait les frais. Les machinations de Washington ont déchaîné une guerre civile qui continue à ce jour, coûtant la vie à des millions d’Afghans.

En y envoyant des quantités d’armes, de conseillers et d’argent venants de la CIA, Washington a œuvré en lien plus qu’étroit avec des islamistes de droite afghans ou d’autres pays, dont le millionnaire saoudien Oussama Ben Laden, dont le nom ne sera connu de la plupart des Américains qu’après le 11 septembre 2001, ainsi que les fondateurs des Talibans et d’autres milices que les forces américaines combattent maintenant en Afghanistan.

Quant aux années d’occupation, Washington a déversé plus de 100 milliards de dollars pour la « reconstruction » de l’Afghanistan, mais les audits du gouvernement ne parviennent à retrouver que la trace de 10 pour cent de cette somme. La plus grande partie est allée à des sous-traitants, des collaborateurs et des politiciens corrompus de toute la chaîne hiérarchique depuis le clan de Karzai jusqu’en bas.

Après plus d’une décennie sous la tutelle de Washington, les conditions en Afghanistan sont aussi désespérées qu’elles l’ont toujours été, sinon plus. L’espérance de vie reste à 44,5 ans pour les hommes et 44 pour les femmes. Le taux de mortalité des nouveaux-nés est parmi le plus élevé au monde (1600 morts pour 100 000 naissances en vie), et plus de la moitié des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition.

Un Afghan sur trois vit dans la pauvreté, sans pouvoir répondre à ses besoins de base pour vivre au jour le jour, et 40 pour cent de la population serait sans emploi. Des sondages indiquent que 65 pour cent des Afghans souffrent de troubles dus au stress et d’autres formes de maladies mentales en conséquence de cette guerre sans fin.

Présidant à cette catastrophe humanitaire, se trouve une bande de truands et de chefs de guerre maintenus au pouvoir par les armes américaines et qui tirent profit à la fois de l’aide internationale et du commerce de l’opium afghan qui représente 90 pour cent de la production mondiale.

L’impérialisme américain n’est pas en Afghanistan pour lutter contre le terrorisme. Ce prétexte a été complètement contredit par Washington qui s’est allié avec des milices liées à Al-Quaïda dans les guerres visant à obtenir un changement de régime en Libye et en Syrie – ni pour apporter la « lumière » au peuple Afghan. Il est intervenu en Afghanistan, comme au Moyen-orient et en Afrique, pour affirmer l’hégémonie de Washington contre ses rivaux Européens et Asiatiques, en particulier contre la Chine, dans des régions du monde vitales d’un point de vue géostratégique car riches en ressources énergétiques.

Pendant que le gouvernement Obama annonce une échéance formelle à la fin de 2014 pour le retrait de toutes les troupes américaines d’Afghanistan, il négocie avec le régime du président Hamid Karzai pour maintenir des milliers soldats et des bases américaines en Afghanistan indéfiniment. Cette force devrait inclure à la fois des commandos pour les opérations spéciales qui continueront à chasser et assassiner ceux qui résistent à la domination américaine, ainsi que des formateurs et des conseillers pour diriger les forces afghanes fantoches, et bien sûr il y aura des forces aériennes pour poursuivre le type de bombardements qui a tué les 11 enfants de la province de Kunar samedi dernier.

Washington cherche à garder l’Afghanistan comme une base permettant ce que le Pentagone appelle « la projection de puissance » vers le bassin de la Mer Caspienne avec ses vastes ressources en pétrole et en gaz et à la fois pour contrer la Russie et la Chine. Cette stratégie porte les germes d’un conflit mondial bien plus vaste et catastrophique.

La lutte pour l’avenir du peuple Afghan et des travailleurs sur toute la planète dépend du regain d’un mouvement authentiquement opposé à la guerre et au néocolonialisme, s’appuyant sur la mobilisation indépendante des travailleurs contre l’origine même de la guerre et du néocolonialisme : le système d’exploitation capitaliste.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, publié le 10 avril 2013

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Margaret Thatcher est morte : l’ultralibéralisme en deuil

avril 11th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Je ne connais pas le citoyen, je ne connais que le consommateur»

 Margaret Thatcher

Une nouvelle, diversement accueillie; la mort de Margaret Thatcher. «La dame de fer», selon le journal soviétique L’Etoile rouge ne laisse pas indifférente. Hommages ou critiques, la disparition de l’ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher ne laisse pas indifférent. Petit tour d’horizon des réactions de la presse internationale.´´Elle est devenue plus dure que dure´´, titre The Guardian. L’inconvénient, c’est ´´le sombre héritage´´ de Margaret Thatcher: ´´Un climat de tolérance à la dureté’ s’est installé, l’individualisme matérialiste est devenu une vertu. Tout était justifié, tant que cela rapportait de l’argent. Sur le journal argentin Página 12, nous lisons de Margaret Thatcher. ´´Sans les Malouines, Thatcher ne serait pas devenue l’héroïne de l’économie de marché qui a commencé à s’étendre sur toute la planète à partir des années 80».

Qui est Margaret Thatcher?

Elle est née le 13 octobre 1925, de condition modeste, «La foi de Margaret Thatcher, lit-on dans l’encyclopédie Wikipédia, est l’un des fondements du thatchérisme: sa morale religieuse préconise aux hommes de «travailler dur» afin d’élever leur position sociale par l’épargne et le mérite, dénotant un lien évident avec L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme de Max Weber. Elle confia à ce propos: «Nous étions méthodistes, c’est-à-dire que nous aimions l’ordre, la précision et la rigueur» Fille d’un épicier,elle se marie en 1951. De ces deux enfants jumeaux, le garçon fut le chéri de Margaret, il a un parcours professionnel pour le moins chaotique. «Mark, nous dit Bernard Gensane, a la passion de la voiture. Maman va jouer de son influence pour qu’il puisse prendre la tête d’une écurie de second rang: Mark Thatcher Racing. Mais l’écurie est parrainée par une entreprise de textile japonaise alors que le textile britannique licencie en masse. Il s’inscrit au Paris-Dakar en 1982. Il se perd pendant six jours dans le désert algérien et doit la vie sauve aux recherches de l’armée algérienne instiguées par le président du pays à la demande pressante de sa maman qui, dit-on, versera les seules larmes publiques de sa vie. Dès lors, il déraille. Il semble qu’il ait vendu des armes à Saddam Hussein avant de se marier au Texas avec la fille d’un milliardaire, puis d’aller vivre en Afrique du Sud. Le 25 août 2004, Mark est arrêté en Afrique du Sud, accusé d’avoir financé un coup d’État en Guinée équatoriale, petit pays riche en pétrole. Le 13 janvier 2005, Mark plaide coupable et reconnaît avoir financé «des activités mercenaires» à hauteur de 275.000 dollars. Mais il nie avoir participé au putsch. Il est condamné à une amende de 380.000 euros et à quatre ans de prison avec sursis» (1)

Elle fait des études de chimie et rentre en politique en gravissant tous les échelons du parti conservateur. Elle prend la tête du parti le 11 février 1975, les difficultés rencontrées par le gouvernement travailliste, obligé de demander trois prêts au FMI relancent les conservateurs qui attaquent le bilan du gouvernement sur le chômage ou la sur-régulation. Margaret Thatcher en profite pour dénoncer le «pouvoir immense des syndicats». Le 28 mars 1979, le gouvernement Callaghan est renversé par une motion de censure, ce qui provoque la tenue d’élections. Margareth Thatcher accède au pouvoir. Le thatchérisme se définit par trois caractéristiques fondamentales: le conservatisme politique, le libéralisme économique et le traditionalisme social. De façon générale, le thatchérisme puise son inspiration politique et économique dans ces théories et dans celles de l’École monétariste de Chicago, incarnée par Milton Friedman.(2)

«Les libéraux classiques, comme Adam Smith, ont aussi eu une importante influence sur Margaret Thatcher qui était convaincue de la justesse de la métaphore de la «main invisible». Elle encourage de ce fait les libertés économiques individuelles, car elle les considère comme permettant le bien-être de la société toute entière. Margaret Thatcher mettra en application ces théories en réduisant fortement les dépenses publiques et la pression fiscale, en luttant contre la forte inflation de la fin des années 1970 par des taux d’intérêt élevés et en favorisant l’ouverture économique aux capitaux étrangers, et son corollaire: la fin des subventions aux «canards boiteux» (fermeture des mines non rentables). Elle restera 11 ans au 10 Downing Street. Le rejet de la ´´poll tax´´, cet impôt local qu’elle ne parvient pas à imposer, sonne sa fin. Elle démissionne les larmes aux yeux en novembre 1990. En juin 2003, le décès de son époux Denis l’affecte profondément, comme plus tard les démêlés judiciaires de son fils Mark.(2)

Bilan du Thatchérisme

Deux sons de cloche à propos de son parcours, il y a ceux qui voient en « Maggie », celle qui a libéré les énergies, assis le grand capital et la haute finance au profit des nantis qu’elle a protégés par des diminutions de taxes. Il y a l’immensité des laissés-pour-compte, les besogneux et sans grade que Margaret Thatcher a lessivés, humiliés, réduits en bouillie, sans état d’âme.»

Entre 1979 et 1990 lit-on dans une contribution sur le site Le Grand Soir, elle avait mené une politique économique fortement libérale, opérant une réduction du rôle de l’État dans la vie économique et sociale. Celle qui a su se faire le porte-parole et le bras musclé des traders, des banquiers, des friqués, des exploiteurs, des laissés-pour-compte par la misère, celle qui a allumé en ces derniers la flamme de la bassesse des sentiments, de la suspicion, de l’individualisme, de la lâcheté, de la corruption, celle qui a défié et écrasé les forces populaires et syndicales, celle pour qui les bourgeois du monde entier ont prié et pleurent aujourd’hui son décès, aura réussi à enraciner son rêve dans le coeur et dans l’âme de millions de spéculateurs, de loups-cerviers de la finance, de politiciens avides de pouvoir. Seuls, ses adversaires, ces travailleurs qui passèrent des années à puiser dans leurs indemnités de chômage, dans les coffres de l’État donc, pour entretenir leur paresse, à travailler plus pour gagner moins, à travailler plus longtemps pour vivre moins longtemps et pour avoir, réduite, leur retraite plus tard, les travailleurs de toute l’Europe aujourd’hui, à laquelle elle a su si bien faire école, et particulièrement le peuple irlandais, ainsi que les États d’Amérique du Sud ne paraissent pas affectés par son décès. (3)

Bernard Gensane se rappelle du thatchérisme, il y a des mots encore plus durs. Il  écrit : «Ce qu’était le Thatchérisme me fut révélé un matin de rentrée des classes dans un petit village résidentiel du Yorkshire au début des années 1980. Une manière d’épiphanie. Des coupes sombres – et même claires – ayant sérieusement affecté l’enseignement (je ne parle même pas de la suppression de la pinte de lait quotidienne par Thatcher quand elle avait été ministre de l’Éducation et des Sciences au début des années soixante-dix), (…) Intellectuellement, Thatcher fut un mélange d’idéologie dure et de pragmatisme débridé. Le credo de toute son existence est connu: «La société, ça n’existe pas» (There is no such thing as society), sauf, bien entendu, lorsqu’elle reçut diverses bourses durant toute sa scolarité et qu’elle bénéficia, à partir de 1945, de la gratuité totale des soins ».(4)

« Dans le domaine religieux, elle abandonna le méthodisme rigoriste et très petite-bourgeoisie de ses parents pour l’anglicanisme plus établi et plus chic de son riche mari divorcé. Comme parlementaire chevronnée, Thatcher fut une artiste en matière de négociations et de compromis». (…) L’héritage d’un État providence accepté par la droite, Thatcher va le refuser. En détruisant ce qui coûte et en privatisant ce qui rapporte. À Leeds, pour ne donner que cet exemple, j’ai assisté à une révolution dans les transports publics. Du jour au lendemain, la régie municipale dut laisser la place à des compagnies privées. On vit alors trente sociétés se battre pour le centre de la ville tandis que les quartiers périphériques étaient délaissés. La jungle libérale dans toute sa splendeur.» (4)

La bête noire du Syndicat des mineurs  dont le mouvement fut  brisé durablement

«Par diverses lois et par le naufrage des industries traditionnelles, poursuit Bernard Gensane. Thatcher affaiblit un syndicalisme jusqu’alors puissant, et elle insulta la dignité et l’intelligence de la classe ouvrière en criminalisant sa résistance. (…) Elle glorifia les valeurs de décence (sauf pour faire mourir Bobby Sands à petit feu) et de parcimonie, alors qu’autour d’elle, ce ne fut qu’enrichissement fulgurant et corruption. Durant son règne de onze ans, la société britannique devint de plus en plus clivée et violente. Dans ce pays où l’on ne prenait pas forcément garde de fermer la porte à clé quand on partait de chez soi, toutes les habitations furent munies d’alarmes. Les familles se décomposèrent. Je n’en mettrais pas ma main au feu, mais je pense qu’il n’est pas totalement fortuit que les deux grands drames footballistiques des années 1980 (Le Heysel et Sheffield, 140 morts en tout) impliquèrent des équipes anglaises. Le symptôme de maux très profonds.» (4)

Le «courage» contre la démagogie

 Le bilan des années Thatcher ne fut pas, de notre point de vue,  totalement négatif. En 1983, le gouvernement Thatcher augmenta les frais d’inscription pour les étudiants étrangers ouvrant ainsi la voie à l’augmentation ultérieure des frais d’inscription pour tous les étudiants, étrangers ou non,. Le troisième gouvernement de Thatcher (1987-1990) vit l’introduction d’une législation (Education Reform Act de 1988) qui modifie considérablement le système de financement des universités. Un système de contractualisation des universités est mis en place: pour recevoir des fonds publics, les universités doivent répondre aux appels d’offres du ministère et se conformer aux critères imposés par celui-ci. Les universitaires perdent la sécurité d’emploi et passent au régime général de contrats à durée déterminée. En pratique, le salaire des enseignants pouvait être modulé au mérite. (2)

Je ne hurlerai pas avec les loups, tout n’est pas noir dans le parcours de Margaret Thatcher. Vouloir mettre de l’ordre et récompenser les besogneux au lieu et place des satrapes et des parasites qui ne créent pas de richesse ou spéculent, me paraît être une bonne chose. Margaret Thatcher était connue pour son franc-parler.

En septembre 1981 elle déclare: «Ma politique est basée non pas sur des théories économiques, mais sur des principes avec lesquels moi et des millions de semblables avons été élevés: un honnête jour de travail pour une honnête paye; vivez selon vos moyens; gardez un pécule pour les jours de pluie; payez vos factures à l’heure; soutenez la police.», «Un homme, déclarait-elle en 1988,peut gravir l’Everest pour lui-même, mais, au sommet, c’est le drapeau de son pays qu’il va planter.» L’héritage de la fonction publique, héritage d’un jacobinisme français conduit à l’égalitarisme ravageur par le bas, les gens installés dans le confort de la titularisation à vie ne font plus rien, nous le voyons en Algérie quand quelqu’un est titularisé, il devient un intouchable et c’est un poids pour la société qui doit le subir toute sa carrière; la gangrène a gagné le corps de l’enseignement supérieur où le professeur «arrivé» s’installe confortablement dans le farniente et va investir d’autres domaines sociaux surtout la politique ou le commerce.(2)

Les réactions à sa mort

A “l’extrême gauche”, les journaux n’hésitent pas à rappeler que Margaret Thatcher était ´´la Première ministre la plus honnie de l’histoire du Royaume-Uni´´. Sur son site, le Morning Star souligne ainsi qu’elle ´´n’a jamais failli dans sa détermination à traiter comme des moins que rien les travailleurs, et de mettre à mal les organisations et les services publics dont ils dépendaient, tout cela pour permettre aux riches d’être simplement plus riches´´. Sur le plan international, le quotidien ne manque pas de rappeler qu’elle était ´´l’amie des tyrans qui s’en sont pris à Nelson Mandela, celle qui a remercié le dictateur Augusto Pinochet pour avoir apporté la démocratie au Chili’, ou encore celle qui laissa mourir tant de républicains irlandais en lutte´´. (…)Mais toute la presse ne rejette évidemment pas autant l’héritage de Margaret Thatcher. En ´´brisant le plafond de verre´´ de sa classe sociale et en devenant la première femme Première ministre d’une nation développée, Margaret Thatcher est devenue ´´une politicienne d’envergure mondiale» (5),

L’autre face de Margaret Thatcher

Des documents déclassifiés, rendus publics mercredi, montrent une «Dame de Fer» brutale avec ses collaborateurs, amatrice de whisky et un peu pingre. Inflexible, faisant preuve «d’un degré de racisme personnel choquant», d’après Le Guardian. Les archives rendues publiques mercredi montrent notamment une Margaret Thatcher peu tolérante vis-à-vis des boat-people vietnamiens. Le Premier ministre «pensait que c’était une mauvaise idée d’attribuer à ces immigrés des logements sociaux alors que les citoyens blancs n’en recevaient pas. Cela créerait des émeutes», note un compte-rendu d’une rencontre entre Margaret Thatcher et son ministre des Affaires étrangères. Evoquant la situation en Rhodésie (ancien nom du Zimbabwe) dont Robert Mugabe, opposant au régime ségrégationniste d’alors, est devenu l’homme fort, elle confie en revanche «avoir moins d’objection à accueillir les réfugiés [blancs] de Rhodésie, de Pologne ou de Hongrie qui sont beaucoup plus faciles à assimiler».

Les archives de Downing Street dévoilent aussi les projets les plus étranges de la «Dame de Fer». Margaret Thatcher proposa ainsi à son homologue australien d’acheter en commun une île indonésienne ou philippine pour héberger les boat-people.(…) (6)

Elle est assurément la digne héritière de Joseph Chamberlain et de Cécile Rhodes équivalents anglais de Jules Ferry et de ses races supérieures et de Arthur de Gobineau avec son ouvrage. De l’inégalité des races qui comme ont le sait, sont les ferments qui ont fait le lit du nazisme. Il n’empêche, elle était profondément nationaliste. Elle le montra comme chef de guerre dans la guerre des Malouines où elle terrassa les Argentins sans état d’âme dans la plus pure tradition impériale. Sa politique d’apartheid est encore d’actualité: le Premier ministre a annoncé, lundi 25 mars, des restrictions aux droits des immigrés en matière d’accès au système de santé, d’aide au logement et à l’emploi. Margaret Thatcher restera dans l’histoire comme celle qui a mis à l’étrier l’ultralibéralisme en écrasant les faibles. Elle fit preuve aussi de nationalisme. Tous les ingrédients des crises financières actuelles vienent d’un mauvais départ de l’économie dans les années 1980.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique  enp-edu.dz

 

1. http://www.legrandsoir.info/mais-ou-est-donc-passe-mark-thatcher.html. http://news.bbc.co.uk/onthisday/hi/dates/stories/january/12/newsid_2523000/2523841.stm

2. Margareth Thatcher: Encyclopédie Wikipédia

3. http://www.legrandsoir.info/margaret-thatcher-est-morte-mais-pas-ses-idees.html

4. http://www.legrandsoir.info/trois-mots-sur-thatcher.html

5. http://www.lemonde.fr/europe/article/ 2013/04/09/thatcher-adorez-la-ou-haissez-la_3156278_3214.html#xtor=EPR-32280229-[NL_Titresdujour]-20130409-[titres]

6. http://www.lefigaro.fr/international/2009 /12/30/01003-20091230ARTFIG00433-la-face-cachee-de-margaret-thatcher-.php

 

 

 

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