La Syrie a changé depuis le début de la guerre

novembre 4th, 2013 by Thierry Meyssan

La couverture médiatique de la guerre en Syrie ne porte que sur les actions militaires, humanitaires et diplomatiques. Elle laisse de côté la profonde transformation du pays. Pourtant, on ne survit pas à cet océan de violence sans changer profondément. De Damas, où il vit depuis deux ans, Thierry Meyssan décrit cette évolution.


De passage à Damas, l’envoyé spécial des secrétaires généraux de la Ligue arabe et de l’Onu, Lakhdar Brahimi, a présenté « son » projet de conférence de paix, Genève 2. Une conférence dont l’objectif serait de mettre fin à la « guerre civile ». Cette terminologie reprend l’analyse d’un camp contre un autre, de ceux qui affirment que ce conflit est une suite logique du « printemps arabe », contre ceux qui soutiennent qu’il a été fabriqué, alimenté et manipulé de l’extérieur.

Damas, la plus vieille ville habitée du monde

La guerre selon l’opposition armée

Pour les Occidentaux et la majorité de la Coalition nationale, la Syrie vit une révolution. Son peuple s’est soulevé contre une dictature et aspire à vivre dans une démocratie comme aux États-Unis. Cependant cette vision des choses est démentie par le Conseil de coopération du Golfe, le Conseil national syrien et l’Armée syrienne libre. Pour eux, le problème n’est pas celui de la liberté, mais de la personnalité de Bachar el-Assad. Ils se contenteraient de conserver les mêmes institutions si le président acceptait de laisser sa place à un de ses vice-présidents. Toutefois, cette version est à son tour démentie par les combattants sur le terrain, pour qui le problème n’est pas la personnalité du président, mais la tolérance qu’il incarne. Leur but est d’instaurer un régime de type wahhabite où les minorités religieuses seraient soit soumises, soit détruites, et où la Constitution serait remplacée par la Charia.

La liberté d’expression

Au début, lorsque des snipers tuaient des gens, on disait que c’était des tireurs du régime qui cherchaient à imposer la peur. Lorsque des voitures explosaient, on disait que c’était une attaque perpétrée par les services secrets sous faux drapeau. Lorsque un gigantesque attentat a tué les membres du Conseil de sécurité, on accusait Bachar el-Assad d’avoir éliminé ses rivaux. Aujourd’hui, plus personne n’a de doute : ces crimes étaient l’œuvre des jihadistes et ils ne cessent d’en commettre.

Au début, il y avait la loi d’urgence. Depuis 1963, les manifestations étaient interdites. Les journalistes étrangers ne pouvaient entrer qu’au compte-goutte et leurs activités étaient étroitement surveillées. Aujourd’hui, la loi d’urgence a été levée. Il n’y a toujours que peu de manifestations parce qu’on craint des attentats terroristes. Les journalistes étrangers sont nombreux à Damas. Ils évoluent librement sans aucune surveillance. La plupart continuent pourtant à raconter que le pays est une horrible dictature. On les laisse faire en espérant qu’ils se lasseront de mentir lorsque leurs gouvernements cesseront de prêcher le « renversement du régime ».

Au début, les Syriens ne regardaient pas les chaînes de télévision nationales. Ils les considéraient comme de la propagande et leur préféraient Al-Jazeera. Ils suivaient ainsi en direct les exploits des « révolutionnaires » et les crimes de la « dictature ». Mais avec le temps, ils se sont trouvés confrontés directement aux événements. Ils ont vu par eux-mêmes les atrocités des peudos-révolutionnaires et, souvent, ils n’ont dû leur salut qu’à l’armée nationale. Aujourd’hui, les gens regardent beaucoup plus les télévisions nationales, qui sont plus nombreuses, et surtout une chaîne libano-irakienne, Al-Mayadeen, qui a récupéré l’auditoire d’Al-Jazeera dans l’ensemble du monde arabe et qui développe un point de vue nationaliste ouvert.

La liberté de conscience

Au début, l’opposition armée se disait pluri-confessionnelle. Des personnes issues de minorités religieuses la soutenaient. Puis, il y eut les tribunaux islamiques qui condamnèrent à mort et égorgèrent les « mauvais » sunnites, « traîtres » à leur communauté ; les alaouites et les chiites, torturés en public ; et les chrétiens expulsés de leurs maisons. Aujourd’hui, chacun à compris que l’on est toujours hérétique lorsque l’on est jugé par des « purs », des takfiristes.

Alors que des intellectuels affirment que la Syrie a été détruite et qu’il faut la redéfinir, les gens savent ce qu’elle est et sont souvent prêts à mourir pour elle. Il y a dix ans, chaque famille avait un adolescent qu’elle tentait de faire échapper au service militaire. Seuls les pauvres envisageaient de faire carrière sous les drapeaux. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes s’engagent dans l’armée et leurs aînés dans les milices populaires. Tous défendent la Syrie éternelle où se côtoient différentes communautés religieuses, ils vénèrent ensemble le même Dieu lorsqu’ils en ont un.

Au cours du conflit, beaucoup de Syriens ont eux-mêmes évolué. Au début, ils observaient majoritairement les événements en se tenant à l’écart, la plupart affirmant ne se reconnaître dans aucun camp. Après deux ans et demi de terribles souffrances, chacun de ceux qui sont restés dans le pays a dû choisir pour survivre. La guerre n’est plus qu’une tentative des puissances coloniales de souffler sur les braises de l’obscurantisme pour brûler la civilisation.

La liberté politique

Pour moi, qui connait la Syrie depuis une dizaine d’années et vit à Damas depuis deux ans, je mesure à quel point le pays a changé. Il y a dix ans, chacun racontait à voix basse les problèmes qu’il avait rencontré avec les mukhabarats, qui se mêlaient de tout et de n’importe quoi. Dans ce pays, dont le Golan est occupé par Israël, les services secrets avaient en effet acquis un pouvoir extravagant. Pourtant, ils n’ont rien vu et rien su de la préparation de la guerre, des tunnels que l’on creusait et des armes que l’on importait. Aujourd’hui, un grand nombre d’officiers corrompus s’est enfui à l’étranger, les mukhabarats se sont recentrés sur leur mission de défense de la patrie et seuls les jihadistes ont à s’en plaindre.

Il y a dix ans, le parti Baas était constitutionnellement le leader de la nation. Il était seul autorisé à présenter des candidats aux élections, mais il n’était déjà plus un parti de masse. Les institutions s’éloignaient progressivement des citoyens. Aujourd’hui, on a du mal à suivre la naissance des partis politiques tant ils sont nombreux. Chacun peut se présenter aux élections et les gagner. Seule l’opposition « démocratique » a, depuis Paris et Istanbul, décidé de les boycotter plutôt que de les perdre.

Il y a dix ans, on ne parlait pas de politique dans les cafés, seulement à la maison avec les gens que l’on connaissait. Aujourd’hui, tout le monde parle politique, partout, dans les zones contrôlées par le gouvernement et jamais dans celles contrôlées par l’opposition armée.

Où est la dictature ? Où est la démocratie ?

Réactions de classe

La guerre, c’est aussi un conflit de classe. Les riches, qui disposent d’avoirs à l’étranger, sont partis lorsque Damas a été attaqué. Ils aimaient leur pays, mais surtout protégeaient leurs vies et leurs biens.

Les bourgeois étaient terrorisés. Ils payaient l’impôt « révolutionnaire » lorsqu’on les insurgés l’exigeaient, et affirmaient soutenir l’État lorsque l’armée les questionnait. Inquiets, ils attendaient le départ du président El-Assad qu’Al-Jazeera annonçait comme imminent. Ils ne sont sortis de leur angoisse que lorsque les États-Unis ont renoncé à bombarder le pays. Aujourd’hui, ils ne songent qu’à se racheter en finançant les associations des familles de martyrs.

Le petit peuple savait lui, depuis le départ, ce qu’il en était. Il y avait ceux qui voyaient dans la guerre un moyen de se venger de leurs conditions économiques, et ceux qui voulaient défendre la liberté de conscience et la gratuité des services publics.

Les États-Unis et Israël, la France et le Royaume-Uni, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite, qui ont livré cette guerre secrète et qui l’ont perdue, n’anticipaient pas ce résultat : pour survivre, la Syrie a libéré ses énergies et a retrouvé sa liberté.

Si la conférence de Genève 2 se tient, les grandes puissances ne pourront rien y décider. Le prochain gouvernement ne sera pas le fruit d’un arrangement diplomatique. Le seul pouvoir de la conférence sera de proposer une solution qui ne pourra être appliquée qu’après avoir été ratifiée par un référendum populaire.

Cette guerre a saigné la Syrie, dont la moitié des villes et des infrastructures ont été détruites pour satisfaire les appétits et les fantasmes des puissances occidentales et du Golfe. Si quelque chose de positif devait surgir de Genève 2, ce serait le financement de la reconstruction par ceux qui ont fait souffrir le pays.

Thierry Meyssan

Al-Watan (Syrie)

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Syrie-Iran-Arabie : Nouvel ordre mondial

novembre 4th, 2013 by Colonel Alain Corvez

Les informations en provenance de mes contacts en Syrie et au Liban confirment mes analyses de géopolitique : le monde bascule dans un nouvel ordre, les pôles de puissance changent entraînant de nouveaux rapports de forces qui s’exercent  sur de nouveaux points d’appui.

Le « pivotement » américain vers l’Asie, s’il est exagéré par certains n’en est pas moins réel. Il implique l’apaisement des tensions au Proche et Moyen-Orient en réglant les crises syrienne et iranienne et en mettant un terme aux affrontements chiites-sunnites instrumentés à des fins stratégiques.

L’Iran retrouvera prochainement sa place géostratégique essentielle dans la région, avec la « modération » dans les relations internationales prônée par le Président Rohani dans son discours aux Nations Unies fin septembre. Plusieurs pays l’ont compris qui cherchent à se rapprocher de Téhéran, comme la Turquie et même le Qatar et l’Arabie.

L’islam politique vit son chant du cygne : ce sont des musulmans sincères qui ont renversé Morsi en Egypte le 30 juin dernier. Les Frères Musulmans, organisation longtemps souterraine dans les états arabes,qui a remporté toutes les élections car elle était la seule structurée depuis longtemps et a disposé de puissants moyens financiers des pays du Golfe,  est l’expression politique de cette idéologie qui proposait de gouverner au nom de la charia. Ils ont prouvé leur incompétence et leur incapacité à répondre aux aspirations des peuples et à gérer des états modernes: la Tunisie les rejette, de même que l’Egypte et le chaos libyen finira par en faire de même. Les musulmans veulent vivre selon leur foi mais entendent être en harmonie avec le « village mondial ». (Expression de René Girard)

Dans les bouleversements politiques et sociaux du monde arabe, les chrétiens qui étaient présents sur ces terres six siècles avant l’islam, ont un rôle essentiel à jouer pour la cohésion sociale des populations et seront un facteur important des réconciliations nationales partout où des drames ont eu lieu. Les rapprochements entre Patriarches orientaux et Imams dans les pays en crise montrent que les appels du Pape François à l’union des fidèles chrétiens et musulmans  répondent à un besoin vital et sont entendus par les populations comme par les dirigeants. Par leurs positions en dehors des rivalités internes aux musulmans, mais profondément patriotes et ancrés dans la vie des pays arabes, ils sont un catalyseur d’harmonie entre les différentes ethnies et confessions de ces pays souvent très composites, notamment la Syrie.

Les islamistes takfiristes restent nombreux, encore soutenus par l’Arabie Séoudite pour les détourner de menacer le royaume des Séoud désormais menacé dans son existence même. Ce sera la tâche la plus ardue d’en finir avec eux après la solution négociée de la crise syrienne. Avec le revirement du Qatar qui cherche à se rapprocher de la Syrie de Bachar el Assad, on assiste à l’isolement des positions séoudiennes et israéliennes. Les deux pays ont d’ailleurs compris qu’ils n’étaient plus les alliés indéfectibles des Etats-Unis qui attendent d’eux des changements de position.

La destruction du stock d’armes chimiques syriennes, constitué pour répondre aux armes de destructions massives israéliennes, notamment nucléaires, biologiques et chimiques, met Tel Aviv en position délicate face aux initiatives pour un PO débarrassé de ces menaces.
L’Arabie est menacée par des dissensions internes à la famille régnante et des irrédentismes qui déboucheraient en une partition possible en trois parties, le nord avec la Jordanie et les Palestiniens, le centre avec  le sud du Yémen de l’Hadramaout à la mer, et l’est chiite et pétrolier.
Le terrorisme islamiste international pourra être éradiqué quand il aura perdu ses commanditaires et soutiens, d’autant plus qu’il représente aux yeux des musulmans sincères un véritable blasphème de l’interprétation du Coran. Simultanément au changement de stratégie américaine dans la région, l’Arabie Séoudite va devoir mettre un terme à sa croisade sunnite contre un axe chiite centré sur l’Iran et appuyé sur l’Iraq, la Syrie et le Liban. Il semble d’ailleurs que la brouille avec les Etats-Unis sur la question syrienne amène la monarchie à revoir ses fondamentaux, comme en attestent des visites récentes en Iran. Son refus d’occuper le siège où elle avait été élue à l’AG de l’ONU est à la fois un signe de son irritation et de sa prise de conscience des nouveaux rapports de force dans la région.

En réalité les Etats-Unis ne font qu’accompagner l’évolution du monde comme Chuck Hagel l’avait annoncé avant même sa prise de fonction de Secrétaire d’état à la Défense (voir PJ).

L’Occident dirigé par l’Amérique a fait croire, grâce à un énorme budget de communication, qu’il représentait le bien et la justice et qu’il avait le soutien de la majorité des peuples pour ses aventures guerrières. Mais lors des menaces de frappes occidentales contre la Syrie fin août-début septembre derniers, qu’en réalité Obama n’avait proférées que pour lâcher du lest aux groupes de pression américains, alors qu’il y était hostile au fond de lui en raison des conséquences catastrophiques qu’elles auraient entraînées, et que son Etat-Major connaissait, cette coalition guerrière « occidentale » ne représentait que 800 millions d’habitants, non consultés d’ailleurs sauf les Britanniques qui s’y étaient opposés, contre les quelques 6 milliards du reste du monde soutenant la Russie et la Chine. On sait les artifices qu’il a utilisés pour retarder la décision et ensuite s’engouffrer dans la proposition russe de destruction du stock d’armes chimiques de la Syrie. Simultanément, cette proposition acceptée avec soulagement entérinait la reconnaissance de Bachar el Assad comme Président d’une Syrie chargée de la faire appliquer jusqu’à son terme.

La réunion de la conférence de Genève II pour régler la crise est désormais inéluctable, quelles que soient les manœuvres de ceux qui y sont hostiles comme l’Arabie, et le plus intelligent est de s’en accommoder.

Les organisations rebelles civiles qui s’y opposent ne représentent que quelques poignées de Syriens déracinés et les militaires, comme les brigades Liwad al Tawhidi, Ahrar al Cham, Souqour al Cham sont des organisations terroristes composées majoritairement d’étrangers qui combattent pour un état islamique mondial et n’ont aucune identité syrienne.  Les forces de l’Armée Syrienne Libre sont devenues insignifiantes ou ont fait allégeance aux djihadistes, quand elles n’ont pas déposé les armes ou rejoint les forces régulières syriennes.

Quant aux Kurdes, l’Armée syrienne leur a donné la responsabilité de tenir leurs régions et ils s’en acquittent au prix de pertes sévères contre les djihadistes mais ils prennent le dessus de plus en plus.

Simultanément le dossier iranien sera également bouclé, peut-être même avant le syrien qui demande du temps pour régler le sort des takfiristes fanatiques qui sévissent sur le terrain. La reconstruction de la Syrie demandera du temps et beaucoup d’argent, de nombreuses infrastructures ayant été détruites. Mais il n’y a pas de solution sans Bachar et les Américains le savent, même si John Kerry est obligé, lui aussi,  de lâcher du lest par des déclarations hostiles ou ambiguës.

Le Liban multiconfessionnel, fragilisé par son voisinage de la Syrie d’où il reçoit plus d’un million de réfugiés de toutes confessions n’a toujours pas de gouvernement pérenne du fait des désaccords attisés par les appuis étrangers des parties prenantes. Cependant les structures étatiques comme l’Armée et la police restent cohérentes et accomplissent leur tâche malgré les difficultés. L’alliance, sans doute majoritaire dans le pays, entre les chrétiens du CPL du général Aoun, le Hezbollah composé principalement de chiites mais pas exclusivement, et le parti Amal de Nabih Berri reste la force politique dominante qui a soutenu le régime en place à Damas Habitués des discussions de diwan pour trouver des compromis, les dirigeants des grandes familles analysent les situations au regard de leurs alliances extérieures et, fins observateurs, ils semblent avoir admis que le régime syrien sortirait vainqueur de la crise et en tirent les conséquences ; le chef druze Walid Joumblatt a récemment apporté son soutien à Nabih Berri pour la formation d’un gouvernement, signe qu’une issue pourrait s’ouvrir, d’autant plus que l’Arabie pourrait la souhaiter aussi et le faire savoir à ses alliés locaux, le chrétien Samir Geagea et le sunnite Saad Hariri.

En l’absence d’état  solide, la fragilité du Liban tient à la présence armée forte du Hezbollah, au nom de la résistance à Israël, simultanément avec celle des milices sunnites présentes officiellement pour certaines ou dans les camps palestiniens, qui en sortent pour combattre en Syrie voisine ou dans la région de Tripoli au Nord, faisant déjà plusieurs dizaines de morts, soldats et civils. Ce mélange est dangereux et pourrait exploser dramatiquement si les djihadistes venaient à quitter la Syrie pour attaquer le Hezbollahau Liban. Des menaces sérieuses sont d’ailleurs annoncées sur la FINUL au Sud contre les soldats occidentaux, dont les Français.

La France a tout intérêt à reprendre langue diplomatiquement avec un régime qui sortira vainqueur d’une crise tragique et à utiliser les liens d’amitié qui demeurent malgré tout entre Syriens et Français, ancrés dans des échanges culturels anciens, en dépit des affrontements qui les ont aussi émaillés.

Elle aurait aussi tout intérêt à se rapprocher de la Russie dont la diplomatie toute en finesse a montré son efficacité. La Russie va marquer des points dans le règlement de ce conflit parce qu’elle a su offrir une porte de sortie honorable à la grande Amérique dans une crise où elle s’était embourbée. Elle défend  ses intérêts stratégiques mais aussi tactiques car de nombreux djihadistes sont des combattants tchétchènes qui se retourneront contre elle s’ils le peuvent.

La Turquie, la Jordanie, l’Arabie Séoudite seront les perdants à divers égards du règlement de la crise, de même qu’Israël. Sans doute ces états sauront-ils trouver une nouvelle posture pour limiter les dégâts avec opportunisme et s’adapter aux nouveaux équilibres du monde. Il faut s’attendre que la Chine nouera ou développera des liens avec les pays de la région, elle qui propose des investissements en échange de la fourniture de l’énergie dont elle a besoin pour sa croissance toujours forte.

Alain Corvez

Le colonel Alain Corvez est Conseiller en stratégie internationale.

Gaza hantée par les drones

novembre 3rd, 2013 by Hazem Balousha

Photo : Un drone des forces aériennes israéliennes survole la bande de Gaza, au-dessus de la frontière nord, le 9 avril 2011 – Photo : Reuters/Darren Whiteside

Les habitants de Gaza se sont habitués au bruit des drones volant au-dessus de leurs têtes jour et nuit. Israël considère la bande de Gaza – un territoire minuscule et assiégé – une « entité hostile », et tente par tous les moyens d’obtenir autant d’informations que possible sur ce qui s’y passe, de quelque manière que ce soit.

Bien que le mot « drone », suggère un avion utilisé pour l’espionnage et la surveillance, les dronessont aussi des outils pour tuer, en ciblant des Palestiniens. Les attaques de drones les plus graves jusqu’à présent ont été les assassinats de dirigeants politiques du Hamas, comme Ahmed Yassin en 2004 et le chef militaire du Hamas, Ahmed al- Jabari, en 2012.

Les habitants de Gaza sont en mesure d’identifier rapidement le bruit irritant des drones chaque fois qu’ils entrent dans l’espace aérien de Gaza. Les drones interfèrent également avec les signaux de télévision par satellite.

Les drones israéliens sont une grave menace pour les factions palestiniennes armées. Ces drones permettre à Israël de suivre les mouvements des combattants et leurs préparations militaires dans la bande de Gaza, et de bombarder les militants, les sites de tirs de fusées et de stockage d’armes .

Kamal Terban, le doyen de l’Académie de sécurité palestinienne à Gaza, a déclaré que l’activité militaire dans la bande de Gaza était devenue très risquée en raison des avancées technologiques israéliennes dans le suivi et le ciblage des groupes armés palestiniens.

« Les drones israéliens restreignent le mouvement des militants dans la bande de Gaza et les forcent à agir avec prudence, surtout que ces drones sont très nombreux dans l’espace aérien de Gaza. Ces engins sont très stressante pour les civils comme pour les combattants. Cela a nécessité le développement de groupes de sécurité par les ailes militaires palestiniennes pour surveiller et signaler l’entrée de tout type d’aéronef dans l’espace aérien de Gaza et en avertir les combattants de la résistance », a déclaré Terban dans une interview avec Al -Monitor, ajoutant que l’avertissement est transmis par des moyens de communication dont seuls disposent les combattants.

Les statistiques publiées par les centres de défense des droits de l’homme à Gaza montrent qu’Israël a récemment appris à compter principalement sur les drones pour s’attaquer aux Palestiniens armés.

Des engins pour espionner mais aussi pour tuer

Al -Monitor a obtenu des statistiques par le Centre Al Mezan pour les droits de l’homme, montrant que de 2008 jusqu’à octobre 2013, sur 2269 Palestiniens tués par Israël , 911 l’ont été par des drones, la plupart au cours de l’attaque israélienne sur Gaza de l’hiver 2008-2009. Dans l’opération Pilier de défense, 143 des 171 Palestiniens tués par Israël en 2012 l’ont été dans des attaques de drones.

Les avions sans pilote se différencient par rapports aux tâches qu’ils exécutent. Certains drones militaires sont spécialisés dans les opérations de surveillance ; la plupart des drones appartiennent à cette catégorie. Il existe un type de drones conçu pour conduire des frappes uniquement, tandis que d’autres peuvent conduire les deux. Les drones sont généralement plus petits que les avions avec pilote et sont propulsés différemment. Certains drones volent avec des ballons, d’autres avec des hélices et une troisième catégorie avec des réacteurs.

Pour sa part, le correspondant de la radio militaire israélienne Eyal Alima considère que si Israël a récemment renforcé l’utilisation des drones c’est parce qu’il y a eu l’émergence d’une tendance militaire mondiale fondée sur l’usage des drones. Ces derniers sont en général prétendus moins dangereux sur les civils et frappent souvent leurs objectifs avec une plus grande précision.

Dans son entretien téléphonique avec Al-Monitor, Alima a expliqué que l’armée israélienne a imposé un contrôle militaire strict sur les moindres détails des parutions et des publications des médias concernant les armes ou les méthodes israéliennes et que par conséquent, les journalistes israéliens se basent sur les médias occidentaux pour donner cette information.

« L’armée israélienne permet un large recours à l’usage des drones, même au niveau du commandement du bataillon, ce qui permet à l’armée de recueillir les informations sur les zones qu’elle souhaiterait envahir, » souligne Alima qui ajoute : « Une guerre entre Israël et n’importe quelle autre partie, qu’elle soit imminente ou dans le futur, ne peut en aucun cas être conduite sans l’utilisation de drones ; une arme hautement stratégique aux yeux d’Israël. »

En dépit de la technologie de pointe dont dispose Israël, utilisée notamment pour espionner et pour cibler tout ce qu’il considère dans la Bande de Gaza comme une menace à sa sécurité, les factions armées de Gaza ont continué à tirer des missiles sur les villes israéliennes tout en réussissant à élargir la portée de leurs roquettes sur Israël.

Alima croit que tout service de renseignement dans le monde, quel que soit son progrès technologique, risque d’être pris au dépourvu. Et en même temps, les drones ont obligé le Hamas et les autres factions à « redoubler d’efforts et d’intelligence pour affronter Israël militairement. »

La résistance palestinienne apprend à s’adapter

D’après Terban, les factions militaires palestiniennes travaillent dur et fournissent de grands efforts pour contrecarrer le contrôle israélien du ciel de Gaza. Pour ce faire, les groupes dissimulent leurs mouvements en utilisant les immeubles, les arbres et la fumée, alors que les ingénieurs essaient de brouiller les signaux émis par les drones.

Quant aux civils, les drones israéliens ont un impact psychologique sur la population de Gaza, dont une grande partie souffre de traumatismes chroniques et complexes.

Ahmed Abu Tawahina, directeur du programme de la santé mentale à Gaza a déclaré à Al-Monitor que le bruit du drone crée chez les Palestiniens le sentiment d’insécurité, ce qui porte atteinte à leurs systèmes immunitaires physique et psychologique. En conséquence, les gens deviennent plus vulnérables aux maladies physiques et mentales.

Il a ajouté que cette absence du sentiment de sécurité ainsi que la résurgence de souvenirs douloureux des violences passées donnent lieu à une perte de l’énergie mentale ; un état qui aura sans nul doute un impact considérable sur les esprits des enfants, aujourd’hui et dans l’avenir.

Hazem Balousha

Article original en anglais : http://www.al-monitor.com/pulse/ori… publié le 29 octobre 2013

Traduction : Info-Palestine.eu - Naguib & Niha

JPEG - 8.5 ko

Hazem Balousha est un journaliste palestinien basé dans la Bande de Gaza. Il a travaillé à la BBC World Service, à la Deutsche Welle et a écrit pour The Guardian et Al-Raya (Qatar). Il est le fondateur de l’Institut Palestinien de la Communication et du Développement (Palestinian Institute for Communication and Development – PICD)

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Aujourd’hui, 31 octobre 2013, marque le deuxième anniversaire de la fin de la guerre menée par les Etats-Unis et l’OTAN dans le but d’opérer un changement de régime en Libye. Il ne faut guère s’attendre à que ce deuxième anniversaire soit fêté en fanfare à Washington, dans les capitales d’Europe occidentale ou en Libye même.

Cette guerre qui a duré près de huit mois a atteint son objectif à savoir le renversement du régime du colonel Mouammar Kadhafi. Le meurtre de ce dernier aux mains d’une horde de « rebelles » soutenus par l’OTAN avait incité le président Barack Obama à proclamer depuis la roseraie de la Maison Blanche que ce sordide événement signalait l’avènement d’une « Libye nouvelle et démocratique. »

Deux ans plus tard, il n’y a aucune trace d’une telle Libye. Le pays, qui a été bombardé par l’armée américaine et ses alliés européens, se trouve dans un état de désintégration avancé. L’on apprenait lundi que la production pétrolière qui génère la quasi-totalité des recettes d’exportation du pays et plus de la moitié de son produit intérieur brut, avait chuté à 90.000 barils par jour, à moins d’un dixième de la capacité d’avant la guerre.

D’importantes installations ont été saisies par des milices armées. En Libye orientale, ces milices prônent la partition du pays en trois gouvernorats – Cyrénaïque, Tripolitaine et Fezzan – comme c’était le cas sous le régime colonial de l’Italie fasciste.

Selon des estimations, il existe près d’un quart de million de miliciens qui sont armés et payés par le gouvernement libyen et qui agissent en toute impunité sous la direction d’islamistes et de seigneurs de guerre régionaux. Les seigneurs de guerre constituent la principale puissance du pays.

Des affrontements entre ces milices, des attaques contre le gouvernement et l’assassinat de ses fonctionnaires sont chose courante. Au début du mois, le premier ministre libyen, Ali Zeidan a été lui-même enlevé par une milice islamiste qui avait agi en signe de protestation contre l’enlèvement le 5 octobre d’un présumé agent d’al Qaida, Abou Anas al-Liby, par des forces spéciales américaines.

Des milliers de Libyens ainsi que des travailleurs migrants d’Afrique subsaharienne sont gardés au secret dans des prisons de fortune contrôlées par les miliciens, soumis à la torture et tués.

Les conditions de vie de la population de cette nation riche en pétrole sont restées épouvantables et le taux de chômage réel est évalué à plus de 30 pour cent. Un million de personnes, dont un grand nombre sont des partisans de l’ancien régime, sont toujours déplacées à l’intérieur du pays.

La continuation de ce chaos deux ans après la fin de la guerre reflète le caractère de la guerre elle-même.

Les Etats-Unis et leurs principaux alliés de l’OTAN, la Grande-Bretagne et la France, avaient lancé la guerre sous le prétexte qu’elle était une intervention humanitaire dont l’objectif était seulement de protéger des vies innocentes. Sur la base d’affirmations infondées selon lesquelles sans une intervention immédiate un massacre imminent de la population révoltée dans la ville orientale de Benghazi par le gouvernement aurait lieu, les puissances de l’OTAN ont fait passer au Conseil de sécurité de l’ONU la résolution 1973 leur permettant d’instaurer une zone d’exclusion aérienne et de « prendre toutes les mesures nécessaires » pour protéger des civils.

Cette résolution a servi de pseudo caution à une guerre impérialiste d’agression qui a tué quelque 50.000 civils libyens et en a blessé au moins autant. Dans cette guerre, il n’était manifestement pas question de sauver des vies, il s’agissait plutôt d’une guerre de pillage néocoloniale dont le principal but était de faire chuter le régime Kadhafi pour imposer à sa place un fantoche plus complaisant.

Washington et ses alliés avaient monté cette guerre essentiellement comme une réaction stratégique aux soulèvements de masse de la classe ouvrière contre les régimes appuyés par l’occident en Tunisie, à l’ouest et en Egypte, à l’est de la Libye. Le principal objectif était d’arrêter la propagation de la révolution et de maintenir dans la région l’hégémonie des Etats-Unis et de l’Europe de l’ouest tout en y remplaçant l’influence économique et politique de la Chine et de la Russie et en contrôlant plus directement les réserves énergétiques de la Libye.

Le fait que la tentative des puissances impérialistes de camoufler le caractère néocolonial de la guerre a bénéficié de l’aide de toute une couche de forces soi-disant de gauche tant en Europe qu’aux Etats-Unis revêt une signification toute particulière.

Ces éléments, qui incluent des groupes tels que le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France, le Socialist Workers Party (SWP) en Grande-Bretagne et l’International Socialist Organization (ISO) aux Etats-Unis, présentent la guerre impérialiste contre la Lybie non pas comme une simple « intervention humanitaire » mais comme une « révolution » par les Libyens eux-mêmes.

A ce jour, ces gens se sont tus sur l’état actuel de la Libye et ce pour de bonnes raisons. La dislocation du pays en fiefs de seigneurs de guerre rivaux, la paralysie de l’économie et la pauvreté de sa population sont la preuve que ce qu’ils avaient soutenu en Libye en 2011 n’avait pas été une « révolution », mais un viol impérialiste.

Le régime qui a été porté au pouvoir ne dispose d’aucune autorité précisément parce qu’il doit son succès non pas à un soulèvement populaire révolutionnaire mais à une campagne de bombardement soutenue des Etats-Unis et de l’OTAN, complémentée par des opérations menées par des milices islamistes. Ces milices, dont un grand nombre est lié à al Qaida, avaient, sous la direction des forces spéciales américaines, britanniques, françaises et qatari, servi de troupes terrestres à l’OTAN.

Deux ans après la guerre, cette même couche de la pseudo gauche continue de promouvoir l’intervention impérialiste en vue d’un changement de régime en Syrie – en célébrant une fois de plus les manœuvres de la CIA, de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie, ainsi que les atrocités sectaires commises par les milices d’al Qaida, comme une « révolution. »

Ces groupes utilisent ces guerres pour forger des liens encore plus étroits avec leurs propres gouvernements et élites dirigeantes. Leur politique qui, pour l’essentiel, est indiscernable de celle pratiquée par la CIA et le gouvernement Obama, reflète les intérêts d’une couche privilégiée de la classe moyenne supérieure qui est devenue un nouvel appui pour l’impérialisme.

Si la guerre des Etats-Unis et de l’OTAN a réussi à évincer et à assassiner Kadhafi et a mis en ruines une grande partie de la Libye, les objectifs impérialistes visant à piller la richesse pétrolière du pays et à le transformer en une plateforme de l’hégémonie américaine dans la région sont loin d’avoir été réalisés.

Reflétant la grande préoccupation qui règne dans les cercles dirigeants américains et les agences de renseignement à Washington, l’éditorialiste auWashington Post, David Ignatius, a écrit la semaine passée que la Libye représentait « une étude de cas illustrant les raisons pour lesquelles l’influence de l’Amérique a diminué au Moyen-Orient. » Il a reproché au gouvernement Obama de n’avoir pas pris « les mesures nécessaires au cours de ces deux dernières années [qui] auraient pu freiner la chute du pays dans l’anarchie. »

Entre-temps, deux ans après le retrait des troupes américaines, l’Irak sombre dans la guerre civile, et le bilan des victimes a grimpé à des niveaux record avoisinant ceux atteints durant l’occupation américaine. En Syrie, le gouvernement Obama s’est vu contraint de renoncer au recours direct à la force militaire américaine face à une écrasante opposition populaire tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, et qui était motivée par l’énorme hostilité à l’égard des précédentes guerres menées sur la base de mensonges dans l’intérêt de l’oligarchie financière.

Bien que la crise soit venue contrecarrer le calendrier de Washington pour la guerre en Syrie, elle rend, en dernière analyse, des conflagrations encore plus catastrophiques non pas moins, mais plus vraisemblables. Cette menace doit être combattue par la construction d’un nouveau mouvement de masse anti-guerre basé sur la classe ouvrière et dirigé contre le système de profit capitaliste qui est la source de la guerre et du militarisme.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 31 octobre 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Déjà empêtrés dans une crise diplomatique en Europe au sujet des opérations d’espionnage de la National Security Agency (NSA), Washington – avec Canberra – est confronté à un contrecoup en Asie suite aux dernières révélations selon lesquelles la NSA, en tandem avec les renseignements australiens, a intercepté des appels téléphoniques et des données des ambassades dans toute la région.

Fairfax a fait un reportage hier 31 octobre sur l’implication de l’Australian Signals Directorate (ASD) dans le programme STATEROOM de la NSA, qui rassemble des informations électroniques de diverses cellules secrètes installées dans les ambassades. D’après un ex-officier des renseignements australiens, l’ASD opère « depuis les ambassades australiennes à Jakarta, Bangkok, Hanoi, Pékin, et Dili, ainsi que depuis les Hautes commissions à Kuala Lumpur et Port Moresby, comme depuis d’autres représentations diplomatiques. »

Les détails du programme STATEROOM sont contenus dans un document de la NSA fourni par Edward Snowden et publié à l’origine par Der Spiegel en Allemagne. Les missions diplomatiques américaines et celles des autres membres de l’alliance « Five Eyes [cinq yeux] » qui rassemble divers services de renseignements, dont le Canada et la Grande-Bretagne, sont impliquées. Ce document notait que les « sites de collecte » très secrets sont de petite taille et que « leur véritable mission n’est pas connue de la majorité de l’équipe diplomatique » où ils sont situés.

Des réactions de colère hier face aux articles de Fairfax et Der Spiegeldonnent une idée de la tempête diplomatique qui se prépare dans toute l’Asie. La porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Hua Chunying a déclaré : « la Chine est fortement concernée par ces reportages et exige une clarification et des explications. » La Malaisie, la Thaïlande, l’Indonésie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée ont exprimé leur sérieuse préoccupation.

Le ministre des affaires étrangères de l’Indonésie Marty Natalegama a déclaré que son gouvernement « protestait fortement » contre cette opération d’espionnage, qui, si elle était confirmée, serait « non seulement une enfreinte à notre sécurité, mais aussi une enfreinte grave aux normes et à l’éthique diplomatiques. » Teku Faizaisyah, un haut conseiller du président indonésien, a qualifié ces « moyens illégaux d’obtenir des informations » de « tout à fait inacceptables. »

Si Washington s’est servi du prétexte de la « guerre contre le terrorisme » pour des opérations d’espionnage massives dirigées contre ses rivaux comme contre ses alliés, les opérations de la NSA sont clairement d’une tout autre ampleur. L’ex-officier des renseignements australiens a expliqué que le « principal centre d’intérêt » de l’espionnage pratiqué à l’ambassade australienne à Jakarta était « les renseignements politiques, diplomatiques et économiques. » Il a expliqué : « la forte croissance des réseaux de téléphones mobiles a été une grande occasion et l’élite politique de Jakarta parle beaucoup. »

Fairfax a indiqué qu’un briefing classé secret adressé aux députés australiens il y a plusieurs années contenait les détails d’« une suite de scoops réalisés par les services de renseignements, dont l’enregistrement d’une conférence vidéo entre les plus hauts gradés de l’armée malaisienne et qui fut interceptée. »

Une carte de la NSA top secrète publiée par Der Spiegel jeudi montrait 90 installations de surveillance dans les ambassades américaines du monde entier, gérées par un groupe rassemblant des gens de la NSA et de la CIA et appelé le « service des collectes spéciales. »

* La Chine est la principale cible en Extrême-Orient, il y a des installations d’espionnage à Pékin ainsi que dans les consulats américains à Shanghai et Chengdu, et à la représentation diplomatique officieuse des États-Unis à Taiwan.

* Les États-Unis ont huit centres d’écoute dans leurs ambassades en Inde et au Pakistan.

* En Asie du Sud-Est, il y a des centres d’écoute dans les ambassades de Thaïlande, de Birmanie, de Malaisie, d’Indonésie et du Cambodge. L’ambassade de Bangkok comprend également une équipe de soutien technique et elle gère à distance une installation située dans le consulat américain de Chiang Mai, au Nord de la Thaïlande.

Ces dernières révélations sont un coup porté au « pivot vers l’Asie » du gouvernement Obama – une offensive diplomatique couplée à un renforcement des moyens militaires qui vise à saper l’influence et la position stratégique de la Chine dans toute la région. Un des éléments régulièrement mis en avant par la propagande américaine était l’accusation que Pékin serait engagé dans un espionnage informatique de grande ampleur contre les États-Unis et d’autres pays. Ce qui a été révélé c’est que la NSA est engagée dans des opérations d’espionnage illégales d’une ampleur sans précédent, contre des gouvernements comme contre la population dans son ensemble, dans toute l’Asie et le monde entier.

Le gouvernement Obama risque de s’aliéner des alliés et des partenaires stratégiques essentiels qui font partie de son plan pour encercler la Chine. D’après le Diplomat, les révélations de la semaine dernière sur l’espionnage par la NSA des dirigeants mondiaux ont poussé « certaines nations asiatiques, notamment la Corée du Sud, à demander si leurs dirigeants faisaient partie des 35 qui sont écoutés. » L’Inde a déjà annoncé une nouvelle politique pour les emails officiels, après des révélations indiquant qu’elle était le cinquième pays le plus espionné par la NSA.

Les dernières révélations soulignent le rôle central des agences de renseignement et des bases australiennes dans les opérations d’espionnage de la NSA en Asie. Tout comme le gouvernement travailliste précédent, le gouvernement de coalition actuel est prêt à ouvrir l’accès de ses bases militaires aux forces américaines en train de développer leurs préparatifs militaires contre la Chine, et de même, l’ASD est complètement intégré dans le vaste réseau d’espionnage électronique des États-Unis.

Des documents de la NSA déjà révélés montrent que quatre sites australiens fournissent des données au programme de la NSA X-Keyscore, qui sépare les données entre flux de numéros de téléphones, d’adresses emails, de connections à des sites et d’activités des utilisateurs pour être archivés dans les énormes bases de données. Ces sites sont la Joint Defence Faciliityaméricano-australienne de Pine Gap près d’Alice Springs, et trois sites de l’ASD – la station de réception de Shoal Bay près de Darwin, la station de communication des satellites de défense à Geraldton en Australie occidentale, et la station de communications navales HMAS Harman près de Canberra.

Le Sydney Morning Herald d’aujourd’hui a révélé l’existence d’une cinquième installation de surveillance électronique, connue localement comme « la maison sans fenêtres, » aux îles Cocos isolées dans l’Océan indien. D’après des ex-officiers de l’armée australienne, ce poste de l’ASD est « consacré à la surveillance maritime et militaire, en particulier des communications des forces de la marine, de l’armée de l’air et de l’armée de terre indonésiennes. » Le poste avancé de l’Australie aux îles Cocos, où des drones et des avions de combat américains pourraient bientôt s’installer, est à proximité des routes maritimes reliant l’Afrique et le Moyen-Orient à l’Asie du Sud-Est et dont l’importance stratégique est majeure.

L’Australie abrite également des centres d’écoute essentiels implantés sur les grands câbles sous-marins qui transportent de vastes quantités de trafic Internet entre l’Amérique du Nord et l’Asie. Kyodo News a fait savoir il y a un mois que le gouvernement japonais avait rejeté une demande de la NSA en 2011 qui voulait établir le même genre d’installations implantées sur ses câbles au Japon, en invoquant « un manque d’autorité législative. » Les gouvernements australiens en revanche n’avaient pas les mêmes scrupules sur l’intégration de l’ASD et d’autres agences de renseignements dans les activités illégales de la NSA.

L’ex-Premier ministre australien John Howard est resté dans les mémoires pour avoir en 1999, dans le cadre de l’intervention militaire de l’Australie au Timor oriental, admis devant un journaliste que l’Australie servait de « shérif adjoint» aux États-Unis en Asie. Sa remarque avait provoqué un tollé dans toute la région. En commentant les révélations d’hier, le professeur chinois Zhu Feng [chercheur en relations internationales et consultant pour le gouvernement chinois, ndt] a déclaré : « l’Australie suit les États-Unis sans aucun principe et de façon inconditionnelle. L’Australie ne mérite même pas d’être qualifiée de « shérif adjoint » – elle est plutôt comme un subordonné. »

En dépit de dénégations sans appel du Premier ministre Tony Abott, l’implication étroite de l’Australie dans les opérations d’espionnage américaines en Asie ne va faire que renforcer l’idée très répandue selon laquelle Canberra est un des sous-fifres de l’impérialisme américain dans ses opérations prédatrices, non seulement contre ses gouvernements rivaux, mais aussi contre la classe ouvrière en Asie et dans le monde.

Peter Symonds

Article original, WSWS, paru le 1er novembre 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Dénouons les négociations avec l’Iran !

novembre 3rd, 2013 by Collectifs d'auteurs

En tant qu’anciens ambassadeurs, nous avons représenté nos pays respectifs à Téhéran pendant plusieurs années. Nous avons suivi de près la gestion du dossier nucléaire et ses effets sur la politique iranienne, comme sur le quotidien de la population. L’élection d’Hassan Rouhani à la présidence de la République ouvre à nos yeux une nouvelle donne. La négociation entre Téhéran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, plus l’Allemagne, qui était enlisée depuis plusieurs années, a été relancée à la mi-octobre à Genève. Il s’est agi là d’une prise de contact, où les Iraniens ont exposé leurs positions d’une façon nouvelle. Une seconde session s’y tiendra les mercredi 6 et jeudi 7 novembre : c’est là que la négociation va vraiment se nouer.

Selon la tournure qu’elle va prendre, il est clair pour nous qu’elle orientera l’Iran soit vers une dégradation de sa situation et un raidissement de sa posture, soit vers une amélioration des conditions de vie des Iraniens, sur le plan économique, mais aussi en termes de libertés politiques et de droits de l’homme. Et au-delà de l’Iran, elle aura un effet déterminant sur la non-prolifération et la stabilité au Proche et Moyen-Orient, donc à terme sur le bien-être des gens de la région.

Mais à ce jour, force est d’admettre que l’imbroglio noué au fil des ans sur ce dossier nucléaire est devenu un obstacle majeur sur le chemin de toute évolution positive. L’on a donné naissance à une sorte de noeud gordien. Aux premières rencontres de Genève, chacun a témoigné de sa bonne volonté et de ses espoirs d’en sortir. Mais le plus dur reste à faire. Il est vrai que le passé a creusé entre les parties un large fossé de méfiance mutuelle. Nous croyons le moment venu pour elles d’admettre que la confiance est rarement au point de départ d’une négociation. Elle est plutôt le produit d’accords clairs, vérifiables, et fidèlement respectés. Si les deux parties parviennent à de bons accords, veillent scrupuleusement à leur application, et s’attellent dans le même esprit au règlement de leurs autres différends, la confiance pourra refleurir.

Un accord durable doit être pleinement accepté par ses signataires. Il prend donc forcément la forme d’un compromis. Mais sur le fond des choses, il doit aussi préserver l’essentiel. Pour la communauté internationale, représentée par les six nations négociatrices avec l’Iran, l’essentiel est qu’il dresse un barrage infranchissable à la prolifération de l’arme nucléaire. Sans une tranquillité complète sur ce point, il ne peut y avoir de bon accord. Pour l’Iran, l’essentiel est que lui soit reconnu le droit de mettre en oeuvre les principales technologies d’un programme nucléaire civil d’ampleur. Pour ce pays longtemps soumis à des appétits coloniaux, et qui refuse d’être enfermé dans la catégorie réductrice des producteurs de pétrole, ce droit vaut statut de nation à part entière, ayant pleinement accès aux attributs de la modernité.

Ainsi définis, les objectifs de l’une et l’autre parties sont difficilement contestables. La tâche des négociateurs est de trouver un accord sur de telles bases. Ils disposent pour cela des instruments juridiques et techniques offerts par le traité de non-prolifération nucléaire et par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Ces deux dispositifs soutenus l’un par l’autre, constamment renforcés et perfectionnés au cours de leur demi-siècle environ d’existence, ont joué un rôle majeur pour la paix du monde. Ils offrent les clés nécessaires à la solution de la crise nucléaire iranienne. Pour être fidèles à ceux qui les ont créés et développés, pour renforcer leur légitimité, pour leur donner un nouvel avenir, les négociateurs ont le devoir de réussir.

Et il leur faut aller vite, pour au moins trois raisons. Il serait d’abord de bonne politique de ne pas inutilement prolonger les épreuves infligées au peuple iranien par les sanctions unilatérales, venues s’ajouter aux sanctions du Conseil de sécurité. Ce sont ces sanctions-là, portant sur le pétrole et les flux financiers, qui font mal. L’histoire enseigne qu’il est beaucoup plus facile de voter des sanctions que de les supprimer. L’on entend dire que les sanctions américaines et européennes ont conduit l’Iran au seuil de la négociation. L’on aimerait aussi entendre qu’on ne fera pas obstacle à son débouché en traînant à les assouplir, puis à les lever.

Il serait de même bienvenu de dissiper dès que possible par un bon accord les inquiétudes sincères, parfois brûlantes, éprouvées par des populations voisines devant le développement sans garde-fous du programme nucléaire iranien. L’on pense ici au peuple d’Israël, l’on pense aux peuples de la péninsule Arabique. S’ajoutant à l’accord sur le démantèlement de l’arsenal chimique syrien, un accord rapide et complet sur le dossier nucléaire iranien créerait un vrai soulagement dans la région et marquerait un changement d’époque.

Il serait enfin de bonne tactique de prendre de vitesse ceux qui, pour des motifs disparates mais convergents, ont commencé à se mobiliser pour faire échec à tout accord avec l’Iran. Toute crise, lorsqu’elle se prolonge, crée de nouveaux équilibres où beaucoup finissent par trouver leur confort. Ceux-là ont toutes les bonnes raisons de se coaliser pour résister à de nouveaux changements. L’on est dans cette situation-là aujourd’hui. Il faut trouver le courage de s’y arracher, comme on arrache l’emplâtre qui avait fini par empêcher l’assainissement d’une plaie.

Aux Européens qui portent ce dossier depuis plus de dix ans, aux Américains qui manifestent enfin l’intention de le prendre en main, aux Iraniens qui s’engagent à nouveau fortement dans la négociation, nous demandons d’abandonner une fois pour toutes les fausses habiletés et les postures qui ont tant retardé le règlement de cette crise. Le moment est arrivé d’en sortir, en négociant sincèrement, concrètement, avec la ferme volonté d’aboutir. Les peuples du Proche et du Moyen-Orient, et même au-delà, attendent cela de vous. Vous ne pouvez les décevoir.

Les signataires : Richard Dalton (Royaume-Uni),Christofer Gyllenstierna (Suède), Paul von Maltzahn(Allemagne), Guillaume Metten (Belgique), François Nicoullaud (France), Leopoldo Stampa (Espagne),Roberto Toscano (Italie)

Collectif de sept anciens ambassadeurs d’Etats européens en Iran

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Annuler la dette ou taxer le capital : pourquoi choisir ?

novembre 2nd, 2013 by Thomas Coutrot

A l’occasion de la sortie de deux livres importants, Dette 5000 ans d’histoire et Le Capital au XXIème siècle, Mediapart a eu l’heureuse idée d’organiser unerencontre entre leurs auteurs respectifs, David Graeber et Thomas Piketty.

Comment sortir de la dette, cette question centrale posée en préambule à ce dialogue est également au cœur des réflexions et de nos activités militantes respectives. C’est pourquoi nous avons souhaité donner un prolongement constructif à ces échanges en proposant le texte qui suit, fruit d’une réflexion collective qui explicite, commente, questionne et critique les points de vue et les arguments avancés par les deux auteurs.

Annuler la dette ou taxer le capital ?

Les échanges entre T. Piketty et D. Graeber tournent pour l’essentiel autour de la mise en regard des mérites respectifs de l’impôt sur le capital et de la répudiation de la dette publique. D. Graeber, s’appuyant sur une belle érudition historique et anthropologique, souligne que l’annulation de tout ou partie de la dette, privée ou publique, est une figure récurrente des luttes de classes depuis 5000 ans. Considérant que la dette est un mécanisme central de la domination capitaliste aujourd’hui, il ne voit aucune raison qu’il en aille autrement dans les années à venir.

T. Piketty estime pour sa part qu’on peut obtenir un allègement considérable du poids des dettes par un mécanisme fiscal de taxation des grandes fortunes qui serait plus juste socialement, car il éviterait de frapper les petits et moyens épargnants détenteurs (via les fonds communs de placement gérés par les banques et les compagnies d’assurance) d’une grande partie de la dette publique.

Sans que les deux interlocuteurs ne l’explicitent, on peut sans doute attribuer leur différend à des présupposés philosophiques et politiques opposés. Pour Graeber, de tradition anarchiste, l’annulation de la dette est préférable parce qu’elle ne suppose pas nécessairement de s’en remettre à l’État national, et encore moins à un État ou une institution supranationale : elle peut résulter de l’action directe des débiteurs (cf. le projet de « strike debt » |1| porté par Occupy Wall Street aux États-Unis), ou bien de la pression populaire imposant une décision à un gouvernement. Pour Piketty, de tradition social-démocrate, c’est une fiscalité mondiale sur le capital qui est nécessaire, et des mesures fiscales nationales portées par des gouvernements réformistes peuvent déjà permettre d’avancer.

Au vu précisément des arguments des deux auteurs, nous pensons qu’il n’est pas nécessaire de choisir entre imposition du capital et annulation de dettes, mais qu’il est judicieux de mettre en œuvre ces deux mesures simultanément.

Annuler la dette, une mesure injuste socialement ?

T. Piketty rejette les annulations de dette au motif que les créanciers seraient en majorité des petits épargnants qu’il serait injuste de faire payer, alors que les très riches n’auraient investi qu’une faible part de leur patrimoine dans les titres de la dette publique. Mais nous lui objectons que l’audit de la dette que nous préconisons a non seulement pour vocation d’identifier la dette légitime (c’est-à-dire la dette au service de l’intérêt général) de celle qui ne l’est pas, mais également d’identifier précisément les porteurs afin de pouvoir les traiter différemment selon leur qualité et le montant détenu. En pratique, la suspension de paiement est la meilleure manière de savoir exactement qui détient quoi car les détenteurs de titres sont forcés de sortir de l’anonymat.

Selon la banque de France, en avril 2013, la dette négociable de l’État en France était détenue à 61,9 % par des non-résidents, essentiellement des investisseurs institutionnels (banques, compagnies d’assurance, fonds de pension, fonds mutuels…). Pour les 38,1 % qui sont détenus par des résidents, la part du lion revient aux banques (elles détiennent 14 % des dettes publiques françaises), aux assurances et autres gestionnaires d’actifs |2|. Les petits porteurs (qui gèrent directement leur portefeuille de titres) ne représentent qu’une infime minorité des détenteurs de dettes publiques. À l’occasion d’une annulation de dettes publiques, il conviendra de protéger les petits épargnants qui ont placé leurs économies dans des titres publics ainsi que les salariés et les retraités qui ont vu une partie de leurs cotisations sociales (retraite, chômage, maladie, famille) placé par les institutions ou les organismes gestionnaires dans ce même type de titres.

L’annulation des dettes illégitimes doit être supportée par les grandes institutions financières privées et les ménages les plus riches. Le reste de la dette doit être restructuré de manière à réduire drastiquement tant le stock que la charge de la dette. Cette réduction/restructuration peut notamment s’appuyer sur l’impôt sur le patrimoine des plus riches comme évoqué par T. Piketty |3|. Annulation des dettes illégitimes et réduction/restructuration du reste de la dette doivent aller de pair. C’est un vaste débat démocratique qui doit décider de la frontière entre les épargnants petits et moyens qu’il faut indemniser et les gros qu’on peut exproprier. On pourrait alors mettre en place une taxe progressive sur le capital, frappant durement les très grandes fortunes, celles des 1 % les plus riches, dont T. Piketty a montré qu’ils possèdent aujourd’hui plus du quart de la richesse totale en Europe et aux États-Unis |4|. Cette taxe prélevée en une seule fois permettrait de terminer d’éponger l’ensemble des dettes publiques. Par la suite, une fiscalité fortement progressive sur les revenus et le capital bloquerait la reconstitution des inégalités patrimoniales dont Piketty estime à juste titre qu’elles sont antagoniques avec la démocratie.

Annulation de la dette : au bénéfice de qui ?

Si nous ne pouvons pas suivre T. Piketty quand il affirme que l’annulation de la dette « n’est pas du tout une solution progressiste », il a cependant raison de remettre en cause le type d’annulation partielle de dettes conçue par la Troïka (Commission européenne, BCE et FMI) pour la Grèce en mars 2012. Cette annulation a été conditionnée par des mesures qui constituent des violations des droits économiques, sociaux, politiques et civils du peuple grec, et qui ont enfoncé encore un peu plus la Grèce dans une spirale descendante. Il s’agissait d’une entourloupe visant à permettre aux banques privées étrangères (principalement françaises et allemandes) de se dégager en limitant leurs pertes, aux banques privées grecques d’être recapitalisées aux frais du Trésor public, et à la Troïka de renforcer durablement son emprise sur la Grèce. Alors que la dette publique grecque représentait 130 % du PIB en 2009, et 157 % en 2012 après l’annulation partielle de la dette, elle a atteint un nouveau sommet en 2013 : 175 % ! Le taux de chômage qui était de 12,6 % en 2010 s’élève à 27 % en 2013 (50 % pour les moins de 25 ans). Avec T. Piketty nous refusons ce type de « haircut » prôné par le FMI, qui vise seulement à maintenir en vie la victime pour pouvoir la saigner encore et toujours plus. L’annulation ou la suspension du paiement de la dette doit être décidée par le pays débiteur, à ses conditions, pour lui donner un vrai bol d’oxygène (comme l’ont fait par exemple l’Argentine entre 2001 et 2005 et l’Equateur en 2008-2009).

La dette et l’inégalité des fortunes ne sont pas les seuls problèmes

Graeber et Piketty s’opposent pour déterminer si c’est la dette ou l’inégalité des patrimoines qui est la cible politique prioritaire. Mais pour nous, les problèmes que rencontrent nos sociétés ne se limitent pas au problème de la dette publique ni à celui de l’inégalité des fortunes privées. Tout d’abord, il est bon de rappeler – et Graeber le fait systématiquement – qu’il existe une dette privée bien plus importante que la dette publique |5|, et que l’augmentation brutale de cette dernière depuis cinq ans est due en bonne part à la transformation de dettes privées, celles des banques notamment, en dettes publiques. Ensuite et surtout, il faut replacer la question de la dette dans le contexte global du système économique qui la génère et dont elle n’est qu’un des aspects.

Pour nous, imposition du capital et annulation des dettes illégitimes doivent faire partie d’un programme bien plus vaste de mesures complémentaires permettant d’enclencher une transition vers un modèle post-capitaliste et post-productiviste. Un tel programme, qui devrait avoir une dimension européenne tout en commençant à être mis en pratique dans un ou plusieurs pays, comprendrait notamment l’abandon des politiques d’austérité, la réduction généralisée du temps de travail avec embauches compensatoires et maintien du salaire, la socialisation du secteur bancaire, une réforme fiscale d’ensemble, des mesures pour assurer l’égalité hommes-femmes et la mise en place d’une politique déterminée de transition écologique.

Graeber met l’accent sur l’annulation de la dette car il croit, comme nous, qu’il s’agit d’un objectif politique mobilisateur ; mais il ne prétend pas que cette mesure se suffise à elle-même, et il s’inscrit dans une perspective radicalement égalitaire et anticapitaliste. La critique essentielle qu’on peut faire à Thomas Piketty est qu’il pense que sa solution peut fonctionner en demeurant dans le cadre du système actuel. Il propose un impôt progressif sur le capital pour redistribuer les richesses et sauvegarder la démocratie, mais n’interroge pas les conditions dans lesquelles ces richesses sont produites et les conséquences qui en résultent. Sa réponse ne remédie qu’à l’un des effets du fonctionnement du système économique actuel, sans s’attaquer à la véritable cause du problème. Tout d’abord, admettons qu’on obtienne par un combat collectif une imposition du capital, à laquelle nous aspirons, les recettes générées par cet impôt risquent d’être largement englouties par le remboursement de dettes illégitimes si nous n’agissons pas pour leur annulation. Mais surtout, nous ne pouvons pas nous contenter d’un partage plus équitable des richesses, si celles-ci sont produites par un système prédateur qui ne respecte ni les personnes ni les biens communs, et accélère sans trêve la destruction des écosystèmes. Le capital n’est pas un simple « facteur de production » qui « joue un rôle utile » et mérite donc « naturellement » un rendement de 5 %, comme le dit Piketty, c’est aussi et surtout un rapport social qui se caractérise par l’emprise des possédants sur le destin des sociétés. Le système capitaliste en tant que mode de production est à l’origine non seulement d’inégalités sociales de plus en plus insoutenables, mais de la mise en danger de notre écosystème, du pillage des biens communs, de rapports de domination et d’exploitation, d’aliénation dans la marchandise, d’une logique d’accumulation réduisant notre humanité à des femmes et des hommes incapables de sublimer, obsédés par la possession de biens matériels et oublieux de l’immatériel qui pourtant nous fonde.

La grande question que Piketty ne se pose pas, mais qui saute aux yeux de qui observe les rapports de pouvoir dans nos sociétés et l’emprise de l’oligarchie financière sur les États, est la suivante : quel gouvernement, quel G20 décidera d’un impôt mondial progressif sur le capital, sans que de puissants mouvements sociaux n’aient d’abord imposé le démantèlement du marché financier mondialisé et l’annulation des dettes publiques, instruments majeurs du pouvoir actuel de l’oligarchie ?

Comme David Graeber, nous pensons qu’il faudra imposer l’annulation des dettes sous « l’impulsion des mouvements sociaux ». C’est pourquoi nous agissons dans le cadre du collectif d’audit citoyen (CAC |6|) afin que l’annulation de la dette illégitime résulte d’un audit auquel les citoyens participent comme acteurs. Nous sommes cependant dubitatifs face à son idée selon laquelle « le mode de production actuel est fondé sur des principes moraux plus qu’économiques », car « le néolibéralisme a privilégié le politique et l’idéologique sur l’économique ». Pour nous, il n’y a pas d’opposition entre ces trois champs mais il y a un système, le néolibéralisme, qui les articule à sa manière. Le capitalisme néolibéral n’a pas privilégié le politique et l’idéologique sur l’économique, il les a utilisés et mis au service de la recherche du profit privé maximum, avec un certain succès jusqu’à présent si l’on en juge d’après les données fournies par Piketty dans son ouvrage. Certes, ce système a engendré de monstrueux déséquilibres – dont les dettes privées et publiques – et n’est pas compatible à terme avec une société émancipée, mais dans l’immédiat sa domination se perpétue.

Au-delà des divergences – secondaires avec Graeber, plus profondes avec Piketty – que nous venons d’expliciter, nous sommes bien sûr prêts à emprunter ensemble le chemin de l’annulation des dettes illégitimes et de l’impôt progressif sur le capital. Lorsque nous arriverons à un carrefour dont une des voies indiquera la sortie du capitalisme, il nous appartiendra alors, tous ensemble, de reprendre le débat en tirant les leçons de l’expérience du chemin parcouru.

Thomas Coutrot , Patrick SaurinEric Toussaint

Notes

|1| Voir le site www.strikedebt.org

|2| Reuter, « Les 50 plus gros détenteurs de dette française » http://fr.reuters.com/article/compa… , 28 décembre 2011.

|3| T. Piketty, Le capital au XXIe siècle, Le Seuil, 2013, p. 887.

|4| T. Piketty, idem, p. 556.

|5| En 2011, dans la Zone Euro, la dette brute des États représentait 82 % du PIB, la dette des ménages 61 %, la dette des sociétés non financières 96 % et la dette des sociétés financières 333 % (Base de données Base de données de recherche Morgan Stanley :http://www.ecb.int/stats/money/aggr…

|6| Voir le site du CAC : http://www.audit-citoyen.org/

La guerre contre les drogues est un échec” dit Laura Carlsen, directrice du Programme des Amériques. Le modèle de lutte contre le narcotrafic et le crime organisé impulsé par les États-Unis en Amérique Centrale non seulement a bruyamment échoué, mais en plus il a amené avec lui un approfondissement de la violence contre les populations locales et la remilitarisation du territoire mettant à découvert des intérêts occultes qui tendent à diriger et à intervenir dans les processus émancipateurs et unitaires de la région.

En partant de cette analyse, la politologue et directrice du Programme des Amériques du CPI (Centre pour la Politique Internationale) Laura Carlsen assure dans une conversation avec Opera Mundi que l’unique manière de combattre, et de mettre en déroute les activités liées aux narcotiques, est de promouvoir un modèle qui se construira depuis la base,  avec la participation citoyenne et la recomposition du tissu social, détruit par les politiques néolibérales des ultimes décennies.

Quelles sont les caractéristiques du modèle de combat du narcotrafic impulsé par les Etats-Unis au Mexique et à présent exporté en Amérique Centrale ?

Laura Carlsen : C’est un modèle basé sur la militarisation du territoire et l’affrontement direct pour l’interdiction et la confiscation des drogues illégales, ainsi que pour la détention ou l’élimination des membres des cartels de la drogue. Cela, par définition, implique d’affronter la violence avec encore plus de violence et le résultat est une augmentation exponentielle du nombre des morts. Jusqu’ici on compte que le combat contre le narcotrafic et le crime organisé au Mexique a laissé un solde de plus de 6O OOO morts.

Quel est le bilan de ce modèle ?

Cela a été un échec total. Cela a généré de hauts indices de violence, n’a pas arrêté le flux de drogues illicites qui entrent aux EU et jusqu’à la détention des capos (chefs) de la drogue n’a pas mis un « frein » au commerce. Au contraire, leur capture a déchaîné une guerre entre les cartels pour assumer le contrôle de territoire, générant encore plus de violence.

L’administration du président Obama a-t-elle amené quelque changement ?

L’Initiative Merida fut initiée en octobre 2007 comme un plan d’une durée de trois ans. Ce que fit Obama se fut de lui donner de l’expansion, de l’intensifier et de l’étendre de manière indéfinie. Pour la première fois, les EU se sont mêlés directement de la gestion d’aspects liés à la sécurité nationale du Mexique. C’est un changement structurel très préoccupant, qui à présent est projeté sur l’Amérique Centrale au moyen de la CARSI (Initiative régionale de sécurité pour l’Amérique Latine. Un des premiers effets que nous observons est la remilitarisation de ces pays et une dynamique de violence croissante contre la population et d’augmentation des violations des droits humains.

Quel intérêt aurait les Etats-Unis à reproduire un modèle qui est un échec ?

Ce pays n’est pas prêt à analyser ni même le pourquoi de cet échec et il reçoit de fortes critiques, jusqu’à celles des gouvernements de la région. Pour nous, cette attitude révèle que derrière la militarisation, il y a des intérêts forts puissants.

De quels intérêts  sommes-nous en train de parler ?

En premier lieu garantir les énormes bénéfices de l’industrie de la guerre » qui est radicalement majoritaire aux EU. Ce sont des milliers de millions de dollars qui entrent dans le pays à travers la vente d’armes et d’équipements militaires, l’emploi d’entreprises de sécurité comme les Blackwater et l’implantation de systèmes électroniques et d’espionnage de la population.

En second lieu, il y a un intérêt géopolitique, Les États-Unis veulent obtenir plus de contrôle sur les stratégies de sécurité internes des pays centraméricains, par-dessus tout, à présent que différents gouvernements progressistes ou de gauche se sont installés en Amérique  Latine, des gouvernements qui ne partagent pas les politiques néolibérales et impulsent des processus innovateurs. En ce sens les EU cherchent à renforcer leur présence militaire pour affronter ce qu’ils considèrent comme une menace contre leur traditionnelle hégémonie dans la région.

Il y a également un grand intérêt pour les ressources naturelles de ces pays…

C’est un autre point directement lié à la militarisation et qui a un précèdent en Colombie où, avec le prétexte du Narcotrafic, plus de cinq millions de personnes ont été déplacées. Et le plus absurde c’est qu’à présent, le Département d’Etat nord-américain présente la Colombie comme un exemple de sécurité et un modèle qui doit s’exporter sur tout le continent sud-américain. Au Mexique, par exemple, à travers l’Initiative Merida. Les EU ont militarisé le TLCAN (Traité de libre-échange d’Amérique du Nord) pour sauvegarder leurs intérêts commerciaux et protéger l’investissement étasunien dans les ressources naturelles. Enfin, il s’agit de ceci : une militarisation qui non seulement protège les investissements étrangers, sinon qu’elle provoque un processus de déplacement massif et de dépopulation des régions où se trouvent les ressources naturelles.

Dans différents pays d’Amérique Centrale, les protestations sociales contre l’exploitation des ressources naturelles ont été criminalisées. Vous partagez cette préoccupation ?

Il n’y a aucun doute, la protestation sociale est réprimée, par-dessus tout, dans les pays du Triangle Nord. Il y a une criminalisation accompagnée d’une répression des organisations qui luttent contre l’industrie minière, les méga projets hydroélectriques et touristiques, l’expansion de monocultures à grande échelle. Nous devons approfondir l’analyse et les enquêtes pour obtenir les éléments suffisants qui nous aident à prévoir ce que vise cette répression.

Quel rôle joue la DEA (Drug Enforcement Administration) et le flux d’argent qui finance la lutte contre la drogue en Centramérique?

Nous avons essayé d’enquêter sur les flux d’argent qui alimentent la lutte contre le narcotrafic, mais ce fut extrêmement difficile à cause du manque de transparence. Dans certains pays, comme le Honduras et le Guatemala, les agents de la DEA sont autorisés à circuler armés et à tirer contre des civils, ce qui est absurde et représente une violation absolue de la souveraineté nationale et des droits humains internationaux. En plus, nous avons documentés les souffrances que cause la criminalisation des protestations et en particulier l’impact sur les femmes. Lamentablement cette situation choque par le total désintérêt montré par le Département d’Etat nord-américain.

Quels sont les impacts de cette politique sur les femmes ?

Il y a un indice élevé de harcèlements, tortures et violences sexuelles. Les femmes fréquemment prennent la direction des luttes de défense de leur communauté et de la protestation sociale contre le processus de militarisation et l’exploitation des ressources naturelles. Dans le cas du Honduras, cette situation coïncide avec l’augmentation de la violence qui trouve son origine dans le coup d’Etat et qui a augmenté avec le régime actuel de Porfirio Lobo.

Il faut également souligner la répression déployée contre l’opposition au coup d’état et l’usage d’une supposée lutte contre le narcotrafic pour réprimer l’opposition politique. Et tout cela au milieu d’une totale impunité. Au Honduras, les cas qui arrivent à une sentence judiciaire sont de moins de 2% et les plaintes pour corruption des institutions sont à l’ordre du jour.

La situation au Guatemala est également fort préoccupante. Les communautés, qui ont toujours en mémoire les horreurs de la campagne militaire génocidaire des années 80, voient que leurs territoires en reviennent à être militarisés et leurs gens réprimés

Alors comment combattre alors la narcoactivité et le crime organisé ?

Il n’y a pas une seule réponse, ni un modèle sûr, mais en tous cas, nous savons que la militarisation n’est pas la réponse. Il est important que cet autre modèle se construise à la base, avec la participation citoyenne et dans une perspective de sécurité qui ait comme premier objectif la sécurité de la personne et de sa vie.

En plus il faut se concentrer sur la récupération du tissu social, qui a été détruit par les politiques néolibérales. Il est nécessaire de le recomposer avec des programmes sociaux qui créent des emplois, garantissent le développement économique, la santé, l’éducation, le respect des droits humains. Il faut commencer par  construire une société forte, pour qu’elle puisse résister aux infiltrations du crime organisé, à l’exclusion des jeunes et à l’extorsion.

En plus, il faut forcer la volonté politique pour que la justice se mette au service de la population mettant un terme à l’impunité et la corruption.

 

Article original en portugais : “Guerra contra as drogas” é um fracasso, diz diretora do Programa das Américas, Opera Mundi, publié le 29 septembre 2012.

Traduction française Anne Wolff

Ce reportage a été publié originellement en quatre parties dans le périodique brésilien Opera Mundi. La traduction espagnole a été réalisée par son auteur et publiée sur le blog Nicaragua y más.

 

Giorgio Trucchi est le correspondant pour l’Amérique centrale du Système d’Information de la Rel-UITA(SIREL). Il collabore également avec le périodique digital Opera Mundi et ALBA SUD, où il gère son blog  Pueblos en Resistencia


  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Dans le contexte d’une crise diplomatique croissante à propos de l’espionnage électronique de masse de l’agence de sécurité nationale (NSA), les responsables européens s’en sont pris aux activités d’espionnage américaines pratiquées en Europe, dont la mise sur écoute de la chancelière allemande, Angela Merkel. Ils ont rejeté les affirmations du chef de la NSA, le général Keith Alexander, selon lesquelles la NSA s’était entièrement appuyée sur les agences de renseignement européennes pour mener ses activités d’espionnage.

Elmar Brok, un eurodéputé allemand et un membre du parti droitier Union chrétienne-démocrate (CDU), qui avait été envoyé par Berlin à Washington pour des discussions portant sur l’espionnage de la NSA, a dit, « Il y a une coopération entre les Américains et les Européens en matière de terrorisme et de cybercriminalité. La question n’es pas ce qui se fait en coopération, » a dit Brok. Il a précisé qu’Alexander avait « dit à l’époque qu’il agissait unilatéralement en tant que NSA… en Europe, » en ajoutant que c’était là quelque chose qu’il « ne pouvait pas accepter. »

Brock a ajouté que malgré son témoignage fait mardi au Congrès, Alexander « a clairement indiqué que la NSA espionnait en Allemagne, y compris Merkel, mais aussi les citoyens, sans en aviser les autorités allemandes. »

Les responsables européens insistent pour limiter l’espionnage par la NSA des gouvernements et des hauts responsables européens tout en camouflant l’espionnage pratiqué par les agents de renseignement américain et européen contre la population en Europe et dans le monde.

Il existe un grand nombre de nouvelles révélations sur les activités d’espionnage américaines contre ses prétendus « alliés » en Europe. Le quotidien grec Ta Nea a cité des documents publiés par l’ancien employé de la NSA Edward Snowden et qui identifient l’ambassade américaine à Athènes comme un centre d’activités d’espionnage électronique. Cet espionnage est effectué par le centre d’écoute Special Collection Service (SCS) géré conjointement par la CIA et la NSA.

Le journaliste d’investigation britannique, Duncan Campbell, qui avait identifié, pour le compte du magazine allemand Der Spiegel, l’ambassade américaine à Berlin comme centre d’espionnage, a affiché sur son site Internet un article identifiant plusieurs installations diplomatiques américaines de centres d’espionnage ciblant l’Europe. Les documents divulgués par Snowden montrent que la NSA réalise des opérations d’espionnage qui ciblent au moins 35 chefs d’Etat, à partir d’installations se trouvant en Allemagne, en France, en Italie et en Espagne.

L’article de Campbell comporte des photos qui suggèrent que le consulat américain à Genève et les ambassades américaines à Stockholm, Varsovie, Bruxelles et dans la capitale chypriote Nicosie abritent tous des équipements de surveillance électronique identiques à ceux qui se trouvent à l’ambassade américaine à Berlin.

D’autres gouvernements européens ont aussi dénoncé les affirmations d’Alexander selon lesquelles l’espionnage de la NSA était effectué par des agences européennes. La porte-parole du gouvernement français, Najat Vallaud-Belkacem, a qualifié les « dénégations » d’Alexander de la responsabilité américaine pour l’espionnage électronique de la NSA de « peu vraisemblables ». Ces opérations incluent la collecte de plus de70 millions de communications téléphoniques ou de messages SMS en France et de 60 millions en Espagne, réalisées par la NSA en l’espace d’un mois au début de l’année.

Elle a insisté pour dire qu’il fallait « faire la lumière sur les pratiques [des services secrets américains], » en réclamant un « code de bonne conduite » sur l’espionnage et a ajouté, « nous ne pouvons pas laisser le doute s’installer entre partenaires. »

Un diplomate du Quai d’Orsay à Paris a rejeté sous l’anonymat les démentis d’Alexander en les jugeant « extravagants ». Il a poursuivi en disant. « Ne renversons pas les choses. Que M. Alexander expose sur la place publique l’explication de données qui ne nous ont pas été transmises est un procédé pour le moins curieux. »

S’exprimant hier devant le parlement espagnol, le premier ministre, Mariano Rajoy, a dit : « Le gouvernement espagnol prend très au sérieux les comptes rendus des médias concernant la question de l’espionnage. »

Lundi, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel García-Margallo, a prévenu que si Madrid découvrait que les Etats-Unis avaient effectué des activités d’espionnage en mettant sous écoute des téléphones privés – comme le montrent des documents divulgués par Snowden – cela porterait atteinte aux relations entre les Etats-Unis et l’Espagne. Il a dit que « cela pourrait provoquer une rupture du climat de confiance qui a traditionnellement existé entre nos deux pays. »

Le Parquet espagnol a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire officielle sur les activités de la NSA et de la CIA en Espagne.

Les responsables européens s’efforcent aussi de dissimuler leurs rapports avec les activités d’espionnage américaines qui, comme le montrent les divulgations de Snowden, révèlent qu’il existe aux Etats-Unis et en Europe une infrastructure de surveillance, qui a tout sauf en nom de celle d’un Etat policier. Les capacités de surveillance électronique dont disposent les Etats-Unis et leurs alliés et qui visent des centaines de millions de personnes internationalement, dépassent de loin en Europe celles des Etats policiers du siècle dernier.

Plusieurs opérations d’espionnage électronique de masse en Europe, dont celles conduites par le service de renseignement électronique du gouvernement britannique, le Government Communications Headquarters (GCHQ), et la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) en France, ont déjà été révélées.

En Espagne, le ministre des Affaires étrangères, Margallo, a refusé de donner des précisions sur les opérations menées par la principale agence de renseignement espagnole, le Centre d’intelligence national (CNI) et son éventuelle coopération avec la NSA. « Je n’ai aucune trace des actions de notre service de renseignement, le CNI, ni à l’intérieur ni à l’extérieur de nos frontières, et qui, par définition, sont classées, » a-t-il dit.

Les documents divulgués par Snowden montrent que la DGSE française a conclu un accord de coopération avec la NSA pour coordonner leurs activités d’espionnage électronique, connu sous le nom de code « Lustre », selon une source des services secrets français qui avait parlé au journal Le Monde. Ces accords ont été signés fin 2011.

En contrepartie des copies de l’ensemble du trafic Internet passant par la France et données à Washington – celle-là est un important point de transit pour les activités Internet provenant de régions sensibles comme l’Afghanistan et l’Afrique – la DGSE a reçu des données du trafic Internet de la NSA passant par des points de connexion contrôlés par les Etats-Unis.

« C’est un troc qui s’est institué entre la direction de la NSA et celle de la DGSE. On donne des blocs entiers sur ces zones et ils nous donnent, en contrepartie, des parties du monde où nous sommes absents, mais la négociation ne s’est pas effectuée en une fois, le périmètre du partage s’élargit au fil des discussions qui se prolongent encore aujourd’hui, » ont dit les responsables de la DGSE.

Ils ont toutefois ajouté qu’alors que « ces échanges de données » existaient entre les services secrets français et américains, ils démentaient « catégoriquement » que Paris avait transféré 70 millions de communications interceptées à Washington.

Alex Lantier

Alejandro Lopez

Article original, WSWS, paru le 31 octobre 2013

Voir aussi :

De nouvelles preuves que la NSA espionne la France et le Mexique

[30 octobre 2013]

Le scandale de l’écoute du portable de la chancelière Merkel prend de l’ampleur

[29 octobre 2013]

L’Allemagne accuse les Etats-Unis d’avoir mis sur écoute le portable de la chancelière Merkel

[26 octobre 2013]

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

La National Security Agency (NSA) espionne des centaines de millions d’utilisateurs de Google et Yahoo, selon un article du Washington Post paru le 30 octobre et s’appuyant sur les documents internes fournis par l’ex-agent Edward Snowden.

La NSA a pénétré les principaux canaux de communication qui relient les serveurs de Yahoo et Google sur toute la planète dans le cadre d’un programme intitulé « MUSCULAR » établi en partenariat avec le GCHQ (Government Communications Headquarters) britannique. Ces agences collectent et passent en revue toutes les communications – qu’elles concernent des citoyens américains ou non – entre ces serveurs.

En raison du caractère indiscriminé de cette collecte de données, la NSA décrit cette opération comme une « prise complète, » un « accès total » et de « gros volume. » Une fois les communications collectées, elles sont explorées en s’appuyant sur des critères qu’elle ne divulgue pas, et l’essentiel est stocké de manière permanente dans des sites de la NSA.

Ce reportage dément totalement les affirmations du gouvernement Obama et des députés américains selon lesquelles les agences américaines respectent la vie privée et opèrent sous supervision stricte de la loi. Les témoignages des chefs des agences de renseignements devant la Commission de la Chambre des députés mercredi, qui visaient à désamorcer la crise diplomatique sur les révélations d’espionnage par les Etats-Unis de la Chancelière allemande Angela Merkel et de centaines de millions d’appels téléphoniques et de SMS en Europe, étaient de la désinformation et du mensonge.

Un document top secret de la NSA montre que durant la période d’un mois précédant le 9 janvier 2013, le programme MUSCULAR a expédié plus de 181 millions de nouveaux enregistrements pour archivage au quartier général de la NSA à Fort Meade, dans le Maryland. Ces données comprennent à la fois des « metadonnées » – comme l’identité ou l’emplacement de l’expéditeur et du destinataire des messages – et le contenu des communications, qu’elles soient en texte, audio ou vidéo.

Google et Yahoo gèrent d’énormes centres de traitement des données sur toute la planète, qui conservent les données des utilisateurs en plusieurs endroits en cas de perte accidentelle des données ou de coupure du système. Ils expédient également des sauvegardes d’archives entières – contenant des années d’emails et de fichiers joints – d’un serveur à l’autre, que la NSA collecte dans leur ensemble. Les documents de la NSA affirment que cela permet à l’agence non seulement d’intercepter des communications sur le vif, mais aussi d’avoir « une vue rétrospective de l’activité de la cible. »

Les ingénieurs de Google qui ont parlé au Post sous le couvert de l’anonymat « ont proféré un flot d’injures » quand les journalistes leur ont montré les diagrammes de la NSA sur l’« exploitation du cloud de Google, » qui révèlent comment la NSA a brisé le cryptage de Google.

« L’objectif clair de la NSA n’est pas simplement de collecter tout cela, mais de le conserver aussi longtemps qu’ils peuvent, » a déclaré le journaliste Glenn Greenwald au quotidien espagnol El Mundo. « Donc ils peuvent désigner à n’importe quel moment un citoyen espagnol ou de n’importe où ailleurs et savoir ce qu’il a fait, avec qui il a communiqué. »

Les responsables de la NSA contactés par le Post et Politico ont refusé de nier le rapport du Post ou d’expliquer les caractéristiques du programme MUSCULAR. Une porte-parole de la NSA a déclaré à Politico, « la NSA est une agence de renseignements extérieurs. Et nous nous concentrons sur la découverte et le développement de renseignements sur des cibles valides pour les renseignements extérieurs uniquement. »

Les affirmations de la NSA n’ont cependant aucune crédibilité. Des documents du tribunal FISA (Foreign Intelligence Surveillance) montrent que les agences américaines de renseignements ont déjà collecté une énorme masse de données sur les citoyens américains et ont menti à ce sujet devant ce tribunal. (Lire en anglais : FISA records document “daily violations” by government spy agencies).

Les responsables de Google et Yahoo, qui confient déjà des données sur leurs utilisateurs au gouvernement américain dans le cadre du programme PRISM de la NSA, ont déclaré qu’ils n’étaient pas au courant de cette infiltration supplémentaire dans leurs Centres de traitement des données. Google a publié une déclaration disant qu’ils sont « troublés par les allégations sur l’interception par le gouvernement du trafic entre nos centres de traitement des données, et [qu’ils ne sont] pas au courant de cette activité. »

Cet article est une indication de plus de la manière dont le complexe militaro-secret américain a développé, par des moyens illégaux, l’infrastructure de surveillance dont aurait besoin un état policier mondial.

L’ampleur des opérations et le fait qu’elles visent des chefs d’états européens démentent les affirmations selon lesquelles ces programmes sont conçus pour lutter contre Al Qaïda dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ». Ils visent toute personne considérée comme une menace potentielle pour les intérêts stratégiques de la classe dirigeante américaine, non seulement les gouvernements européens, mais, surtout, la population des États-Unis, d’Europe et du monde.

Cette activité a été menée durant des années en violation manifeste du droit des États-Unis, ce que même le tribunal FISA, un tribunal secret qui fonctionne sans rendre de comptes au public et sans possibilité d’appel, a reconnu. En 2011, quand il a découvert que des méthodes similaires étaient utilisées à une plus petite échelle pour espionner les flux d’informations aux États-Unis, le juge John D. Bates de ce tribunal a rendu une décision qui affirmait que ce programme n’était « pas conforme » au quatrième amendement de la constitution américaine.

La tentative du gouvernement de rassurer le public sur ces programmes a consisté en des séances de désinformation. L’audience de mercredi a été l’occasion d’une déclaration conjointe minutieusement élaborée par James Clapper, directeur des renseignements nationaux, le général Keith Alexander, directeur de la NSA, et James Cole, adjoint du ministre de la justice.

Cette déclaration insistait sur l’idée que les reportages des médias sur la collection de renseignements effectués conformément à la section 215 duUSA Patriot Act et à la section 702 de la Loi sur les renseignements extérieurs (Foreign Intelligence Surveillance Act) étaient « inexacts. » Ils affirmaient que dans le cadre de la section 215, les agences de renseignement « ne collectent le contenu d’aucun appel téléphonique ni d’aucune information identifiant les appelants, nous ne collectons pas non plus les informations sur la localisation des téléphones portables. » Ils expliquaient aussi que l’espionnage mené dans le cadre de la section 702 « ne visait que des non-Américains à l’étranger. »

Aucune de ces affirmations ne réfute les informations qui disent que Washington est impliqué dans une vaste opération d’espionnage contre des cibles aux États-Unis comme à l’étranger. En admettant que ces affirmations ne sont pas des mensonges éhontés, elles signifient simplement que les espions utilisent d’autres justifications pseudo-légales pour enregistrer les appels téléphoniques des citoyens américains et pour espionner ceux-ci.

Dans le cas des saisies totales de données de Google et Yahoo, la NSA a exploité le fait que les centres de traitement des données en question sont situés en dehors des États-Unis, ils ne tombent pas sous la juridiction de la FISA, mais relèvent directement du pouvoir exécutif. Les données en question sont cependant les mêmes que celles qui se trouvent dans les centres de ces compagnies situés aux États-Unis.

« Une collection de contenu Internet d’une telle ampleur serait illégale aux États-Unis, » écrit le Post, « mais les opérations ont lieu à l’étranger, où la NSA a le droit de présumer que toute personne qui se sert d’un lien de communication étranger est un étranger. »

En dépit des contorsions et des mensonges évidents des responsables des services de renseignements, les représentants du peuple se sont aplatis devant les chefs de l’espionnage mercredi. Le député démocrate Dutch Ruppersberger a déclaré qu’il voulait « remercier les gens de la communauté des renseignements » et a ajouté : « la NSA ne cible pas les Américains aux États-Unis et ne cible pas non plus d’Américains n’importe où ailleurs, sans un mandat judiciaire. »

Comme le montrent clairement les révélations du Post, les affirmations de Ruppersberger sont fausses et l’ensemble de cette audience n’était qu’une parodie destinée à tromper le public.

Alex Lantier

Article original, WSWS,  paru le 31 octobre 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

L’histoire du Cambodge : Pol Pot revu et corrigé

novembre 1st, 2013 by Seymour M. Hersh

En ce moment, à la saison des moussons, le Cambodge est verdoyant, frais et paisible. les rizières au flanc des collines basses sont inondées, les forêts qui abritent de vieux temples sont impénétrables, la mer violente repousse les nageurs. C’est bien agréable pour revisiter ce modeste pays: le Cambodge n’est pas surpeuplé, et les Cambodgiens ne sont pas des gens âpres au gain, ils sont apaisés. Ils pêchent la crevette, le calamar, tout ce qu’offre la mer, et Ils cultivent du riz sans herbicides, repiqué et récolté à la main. Ils en produisent assez pour eux-mêmes, et en exportent aussi; bref, ce n’est pas le paradis, mais le pays s’en sort.

Le socialisme est en plein démantèlement. Des usines appartenant à des Chinois continuent à produire pour le marché américain et européen de T-shirts fabriqués par des dizaines de milliers de jeunes filles cambodgiennes qui gagnent 80 dollars par mois. Elles sont mises à la porte à la moindre velléité syndicale. Les nouveaux-riches vivent dans des palaces, il y a beaucoup de voitures Lexus, et les Rolls Royce ne sont pas rares. De grands troncs d’arbres rouges et noirs, des bois durs et précieux, sont constamment convoyés vers le port, ce qui vient à bout des forêts et enrichit les commerçants. Nombreux sont les restaurateurs français dans la capitale. Et les agents des ONG gagnent en une minute l’équivalent du salaire mensuel d’un travailleur.

Il ne reste pas grand chose de la période turbulente où les Cambodgiens ont essayé de changer l’ordre des choses radicalement, lors de leur révolution traditionnaliste, résolument conservatrice, paysanne et unique, sous la bannière communiste. C’était l’époque de Godard et de La Chinoise, de la Révolution culturelle en Chine envoyant les bonzes en rééducation dans des fermes reculées, et des Khmers rouges décidés à écraser le capital corrompu. Le mouvement socialiste se trouvait face à un choix: avancer vers plus de socialisme, dans le style maoïste, ou faire marche arrière, à la façon de Moscou. L’expérience des Khmers rouges ne dura que trois ans, de 1975 à 1978.

Curieusement, les Cambodgiens n’ont pas de mauvais souvenirs de cette période. C’est une découverte ahurissante pour qui ne leur rend pas souvent visite. Je ne venais pas pour reconstruire “la vérité”, quelle qu’elle soit, mais plutôt pour comprendre en quoi consiste la mémoire collective des Cambodgiens, comment ils perçoivent les événements de la fin du XX° siècle, quel est le récit qui s’est décanté au fil du temps. La machinerie toute puissante de l’Occident a implanté dans notre conscience une image de Khmers rouges communistes cannibales, saignant leur propre peuple à mort, et gouvernés par un Pol Pot de cauchemar, le dictateur par antonomase.

RJ. Rummel, professeur américain souvent cité, a écrit que “sur une population de près de 7. 100 000 en 1970, environ 3. 300 000 hommes, femmes et enfants ont été assassinés… la plupart par des les Khmers rouges communistes”. Une personne sur deux, donc, selon son estimation.

Cependant, la population du Cambodge a plus que doublé depuis 1970, malgré les multiples génocides allégués. Apparemment, donc, les génocidaires étaient des gens ineptes à moins que leurs records aient été très exagérés.

Le Pol Pot dont se souviennent les Cambodgiens n’était pas un tyran, mais un grand patriote et un nationaliste, amoureux de la culture locale et du mode de vie autochtone. Il avait grandi dans les cercles du palais royal; sa tante était une concubine du roi précédent. Il avait fait des études à Paris, mais au lieu de faire de l’argent et de se bâtir une carrière, il était rentré chez lui, et avait passé quelques années à vivre avec des tribus de la forêt pour apprendre des paysans. Il éprouvait de la compassion pour les villageois qui se voyaient chassés tous les jours par les citadins, les parasites de la bourgeoisie compradore. Il avait levé une armée pour défendre la campagne contre ces brigands assoiffés de pouvoir. Pol Pot, un ascète aux goût simples, ne convoitait ni richesse, ni gloire ni pouvoir pour lui-même. Il avait une ambition: en finir avec le capitalisme colonial dévastateur au Cambodge, revenir à la tradition villageoise, et à partir de là, construire un nouveau pays.

Sa vision était très différente de celle des soviétiques. Ils avaient bâti leur industrie au détriment de la paysannerie; Pol Pot voulait d’abord relever les villages, et ensuite édifier une industrie capable de satisfaire les besoins des villageois. Il tenait les citadins pour des bons à rien, il s’en méfiait. Beaucoup d’entre eux étaient en cheville avec les requins de la bourse, typiques du Cambodge post-colonial; d’autres prêtaient main-forte aux compagnies étrangères pour dépouiller le peuple de ses richesses. Nationaliste solide, Pol Pot se méfiait des minorités vietnamienne et chinoise. Mais ce qu’il détestait par-dessus tout, c’était la cupidité, l’obsession pour l’accaparement. Saint François et Tolstoï l’auraient compris.

Les Cambodgiens avec qui j’ai parlé souriaient à l’évocation des histoires d’holocauste communiste comme autant de calembredaines occidentales. Ils me rappelaient ce qui s’était passé: leur brève histoire de troubles avait commencé en 1970, lorsque les Américains avaient chassé leur dirigeant légitime, le prince Sihanouk, pour le remplacer par leur agent, le dictateur militaire Lon Nol. Lon Nol, c’était la corruption personnifiée, et son équipe avait volé tout ce qu’elle pouvait; ils avaient transféré leurs profits mal acquis à l’étranger, puis s’en étaient allés vivre aux USA. Pour couronner le tout, les raids et bombardements américains. Les paysans fuyaient et rejoignirent la guérilla de Pol Pot dans la jungle. C’étaient des diplômés de la Sorbonne qui les dirigeaient, et ils parvinrent à chasser Lon Nol et ses soutiens américains.

En 1975, Pol Pot s’empara du pays, dévasté par une campagne de bombardements US aussi féroce que celle de Dresde, et il fut un sauveur, disent-ils. En fait, les avions US (rappelez-vous la chevauchée des Walkyries dans Apocalypse Now) ont lâché plus de bombes sur ce malheureux pays que sur l’Allemagne nazie, et ils ont laissé leurs mines partout autour. Si l’on presse les  Cambodgiens de nommer leur massacreur en chef (ils n’aiment pas du tout se replonger dans le passé) c’est Henri Kissinger qu’ils mentionnent, et non pas le camarade Pol Pot.

Pol Pot et ses amis héritaient d’un pays dévasté. Les villages avaient été vidés; des millions de réfugiés affluaient dans la capitale pour échapper aux bombes américaines et aux mines américaines. Dépossédés, affamés, il fallait les nourrir. Mais à cause de la campagne de bombardements, personne n’avait semé de riz en 1974. Pol Pot envoya tout le monde hors de la ville, pour aller planter du riz. Décision cruelle mais nécessaire, et en moins d’un an, le Cambodge regorgeait de riz, assez pour nourrir la population et pour vendre le surplus, ce qui permettait aux familles de faire quelques achats.

Le Cambodge nouveau (désormais Kampuchéa) sous Pol Pot et ses camarades devint un cauchemar pour les privilégiés, les riches et leurs satellites; mais les pauvres avaient à manger et on leur apprenait à lire et à écrire. Et les histoires de meurtres de masse ne sont que des histoires à dormir debout, m’assurent mes interlocuteurs cambodgiens. Certes, les paysans victorieux ont descendu des maraudeurs et des espions, mais il en en est mort bien plus à cause des champs minés par les Américains, et durant la domination vietnamienne, disent ils.

Pour entendre un autre son de cloche, je me suis rendu aux champs de la mort de Choeung Ek, où se trouve le Mémorial, sur le lieu des massacres supposés. C’est à quelque 30 km de Phnom Penh, il y a un beau parc vert avec un petit musée, que les touristes visitent beaucoup, c’est  le Yad va-Shem des Cambodgiens. Une plaque explique que les gardes rouges khmers amenaient une vingtaine ou une trentaine de détenus deux ou trois fois par mois, et en tuaient une bonne partie. Au bout de trois ans, cela fait moins de deux mille morts, mais une autre plaque affirme qu’on a exhumé environ huit mille corps. Et il y a aussi une autre plaque qui parle de plus d’un million d’exterminés. Noam Chomsky en a conclu que le taux de mortalité au Cambodge a sans doute été gonflé, “multiplié par mille.”

Pas de photos des exécutions; mais le modeste musée expose deux tableaux naïfs montrant un gros costaud en train de mettre à mort un petit bonhomme tout faible, tout à fait dans le style traditionnel. Il y a d’autres plaques: “ici étaient stockées les armes du crime, mais il n’en reste plus rien”, et encore d’autres comparables. Pour moi, tout cela me rappelait d’autres histoires ficelées par la CIA sur les atrocités communistes, qu’il s’agisse de la Terreur sous Staline ou de l’Holodomor des Ukrainiens. Désormais, les gens qui commandent aux USA, en Europe et en Russie veulent présenter toute alternative à leur régime comme inepte ou sanguinaire, ou les deux à la fois. Ils détestent particulièrement les dirigeants incorruptibles, qu’il s’agisse de Robespierre ou de Lénine, de Staline, de Mao ou de Pol Pot. Ils préfèrent les dirigeants souples, et à l’occasion les installent dans la place. Les Américains ont une autre motivation personnelle là-dedans: les meurtres de Pol Pot servent à faire oublier leurs propres atrocités, les millions d’Indochinois liquidés au napalm.

Les Cambodgiens affirment que plus de gens ont été tués par l’invasion vietnamienne de 1978; tandis que les Vietnamiens préfèrent en imputer la faute aux Khmers rouges. Mais le gouvernement actuel n’encourage aucune espèce de fouille dans le passé, et ce pour une bonne raison: pratiquement tous les officiers importants au-dessus d’un certain âge étaient membres des Khmers rouges, et en étaient des cadres. Qui plus est, presque tous avaient collaboré avec les Vietnamiens. Le premier ministre Hun Sen était commandant parmi les Khmers rouges, et ensuite il soutint l’occupation vietnamienne. Quand les Vietnamiens ont plié bagage, il est resté au pouvoir.

Le prince Sihanouk, qui devait se voir obligé de quitter le pays par les Américains, soutenait également les Khmers rouges. Il est revenu s’installer dans son palais royal flanqué du temple d’argent qui abrite le Bouddha d’émeraude après le départ des Vietnamiens. Et, incroyable mais vrai, il est toujours de ce monde, après avoir passé la couronne à son fils, un moine qui a dû quitter son monastère pour assumer le trône. Aussi la famille royale ne tient-elle pas non plus à ce qu’on creuse dans le passé. Personne ne veut en débattre publiquement; l’histoire officielle des atrocités imputées aux Khmers rouges est ancrée dans la conscience occidentale, mais les tentatives pour en faire juger les auteurs ne donnent pas grand-chose.

Si l’on regarde en arrière, il appert que le régime de Pol Pot a certes échoué dans sa politique étrangère, mais non pas à l’intérieur. Ils avaient bien fait d’abolir l’argent, de dynamiter les banques et d’envoyer les banquiers dans les rizières. Et bien fait de liquider les buveurs de sang, les compradores et usuriers de la grande ville. Ils ont eu le tort de ne pas bien estimer leur position vis-à-vis du Vietnam, et de surestimer leur propre poids. Le Vietnam était très puissant, juste après avoir vaincu les USA, et n’allaient pas admettre de sottises de la part de leurs cadets à Phnom Penh. Les Vietnamiens avaient prévu de créer une fédération indochinoise qui inclurait le Laos et le Cambodge sous leur propre direction. Ils ont donc envahi et éjecté les Khmers rouges têtus qui tenaient trop à leur indépendance. Et ils ont renchéri sur la légende noire du génocide de façon à justifier leur propre intervention meurtrière.

Nous parlons trop des horreurs commises sous des régimes futuristes, et trop peu de celles des gouvernants rapaces. Nous ne rappelons pas assez la famine du Bengale, l’holocauste d’Hiroshima, la tragédie du Viet Nam, ou simplement Sabra et Chatila. L’introduction du capitalisme en Russie a tué plus de gens en Russie que l’introduction du socialisme, mais qui est au courant?

Nous pouvons désormais réévaluer avec précaution les intrépides tentatives pour atteindre le socialisme dans plusieurs pays. Elles se faisaient dans des conditions hostiles, sous la menace de l’intervention, et en affrontant une propagande hostile. Mais ne perdons pas de vue que si le socialisme a échoué, le capitalisme aussi. Si le communisme a coûté bien des vies, le capitalisme de même. La différence, c’est qu’avec le capitalisme, nous n’avons aucun avenir qui mérite d’être vécu, tandis que le socialisme continue d’offrir un espoir, pour nous et pour nos enfants.

Israel Shamir

Article original en anglais :

asiaThe History of Cambodia: Pol Pot Revisited, 20 octobre 2012

Traduction: Maria Poumier

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Photo : Seymour Hersh, le journaliste d’enquête N° 1 aux Etats-Unis

Plusieurs journalistes  de renom américains disent que le gouvernement américain ment au sujet des attentats du 11 Septembre 2001 et de cette soi-disant “guerre contre la terreur”. Malheureusement, les propriétaires des médias et leurs chefs de rédactions ne rapporteront ni ne diffuseront leurs trouvailles.

Récemment, Seymour Hersh, le journaliste d’enquête N° 1 aux Etats-Unis, a divulgué que l’affirmation par le gouvernement américain de l’élimination d’Oussama Ben Laden le 2 Mai 2011, est un “énorme mensonge, il n’y a pas un mot de vérité là-dedans.”

Hersh a poursuivi en attaquant son employeur de longue date, le New York Times et d’autres officines médiatiques: “Nous mentons au sujet de tout, mentir est devenu la norme”. Il a dit que tous les géants des médias aux Etats-Unis devraient être fermés pour avoir menti au peuple américain.

En relation: Seymour Hersh: Bin Laden Raid “One Big Lie”

D’autres journalistes des médias de masse sont d’accord pour dire que l’histoire du gouvernent américain sur Oussama Ben Laden et le 11 Septembre est un gigantesque mensonge. Sherwood Ross, un journaliste lauréat de nombreux prix dans la profession et qui a travaillé pour le bureau de presse de la ville de Chicago, le Chicago Daily News et pour l’agenceReuters et autres services de dépêches, m’a dit dans un récent entretien radio :

“Il est douteux que des musulmans soient derrière les attaques du 11 Septembre. Pensez-y une minute : La famille du président Bush faisait des affaires avec celle de l’homme soi-disant derrière ces attaques terroristes, Oussama Ben Laden. La famille Ben Laden était membre du comité directeur de la compagnie pétrolière de Bush. Comment est-il possible que parmi les milliards de familles qu’il y a dans le monde, la seule famille qui ait perpétré les attaques du 11 Septembre soit justement celle qui était en affaire avec le président des Etats-Unis ? Ceci ressemble plus à une faveur qu’autre chose. Je ne pense pas que le 11 Septembre ait été une conspiration arabe ou une conspiration musulmane. Je pense que c’est une conspiration américaine pour renverser le gouvernement des Etats-Unis et pour installer ce qui est en train de devenir un état policier et aussi faire avancer les ambitions impérialistes des Etats-Unis pour escroquer le Moyen-Orient de ses ressources énergétiques.”

Ross expliqua que les journalistes américains ne sont plus libres d’exposer et de dire au monde ce que sont les plus outrageants mensonges et fabrications officiels:

“Vous ne voyez aucune remise en question sérieuse faite par les médias. Je pense qu’un des indices révélant que ceci a été un coup-monté fut lorsqu’un cameraman d’une petite agence de presse de Pennsylvanie se rendît sur place où l’avion de ligne était supposé s’être écrasé le 11 septembre 2001 en rase campagne et il a dit: “Je n’y ai vu aucun avion de ligne. J’ai vu un trou dans le sol. Aucun corps, aucun bagage.” Bon, peut-être que le type a inventé cette histoire, mais je ne le pense pas. Je pense qu’il faisait juste son travail, normalement. Ensuite au Pentagone, on a dit qu’un autre avion de ligne l’avait percuté, mais là encore, aucune trace d’épave de l’avion. Les journalistes qui travaillaient dans la salle de presse du Pentagone sortirent sur la pelouse de celui-ci et ils ne purent voir aucun avion. Ainsi, encore et encore, vous avez des mensonges préfabriqués que la presse dans sa vaste majorité ne rapportent pas.”

J’ai demandé à Ross s’il est autorisé à exprimer de telles vues dans ses articles du Miami Herald, du Chicago Daily News ou sur les services de dépêches, il m’a répondu:

“Absolument pas. Lorsque j’écrivais pour Reuters, couvrant des affaires de terrain pendant dix ans, mes colonnes étaient reproduites par le New York Times, le Los Angeles Times. Mais si vous écrivez au sujet du ‘pourquoi la tour du WTC7 s’est effondrée alors qu’elle n’a été frappée par aucun avion’ personne ne va le publier. Donc maintenant mes articles sont utilisés sur internet par les blogueurs et ils sont utilisés par les services de presse moyen-orientaux. J’ai des coups de fil de Press TV (Iran) et vous pouvez lire mes interviews sur leur site internet, mais vous ne me verrez plus cité par Associated Press.”

Un autre journaliste américain connu, Paul Craig Roberts, a lui aussi été banni des médias de masse pour avoir dit la vérité au sujet du 11 Septembre. Le Dr. Roberts a travaillé comme secrétaire d’état aux finances sous Reagan, il est décoréde la légion d’honneur en France et d’autres récompenses pour ses contributions économiques et il a été un journaliste chroniqueur régulier pour le Wall Street JournalBusiness Week et autres publications de masse. Depuis qu’il a parlé des démolitions contrôlées des trois tours du WTC le 11 septembre 2001, Paul Craig  Roberts a été mis sur la liste de “non-publication” des médias américains.

Dans un entretien récent sur mon émission de radio, le Dr Roberts a expliqué pourquoi les médias de masse américains, comme l’a dit Seymour Hersh, mentent sur tout:

“Une des pires choses qui se soit jamais passée aux Etats-Unis fut lorsque le président Clinton autorisa cinq entreprises à concentrer les médias américains. Ceci détruisit l’indépendance de la presse depuis que Clinton a permis cela, ce qui était entièrement contre la tradition américaine et totalement contre la loi anti-trust (anti-monopole)… Mais aux Etats-Unis, comme nous l’avons vu, la loi ne veut absolument plus rien dire. La minute où ces cinq conglomérats concentrèrent les médias, l’indépendance de ceux-ci disparut. Les médias ne sont plus gérés par des journalistes, mais par des exécutifs entrepreneuriaux de la publicité et du marketing. La valeur de ces conglomérats médiatiques réside dans leurs licences de diffusion fédérales, ainsi ils ne peuvent plus oser défier et offenser le gouvernement car leur licence pourrait ne plus être renouvelée et la valeur marchande de dizaines, centaines de milliards de dollars disparaîtrait. Ainsi les soi-disant médias de masse ne sont en fait plus un média, ils ne vous disent plus rien, ce n’est plus qu’un ministère de la propagande, Gerald Celente l’appelle à juste titre la‘pressetituée’ “.

Au lieu d’écrire pour les médias de masse, Paul Craig Roberts expose maintenant le faux assassinat de Ben Laden et il déconstruit l’opération fausse-bannière du 11 Septembre pour une officine indépendante appelée L’Institute for Political Economy. Dans un article récent publié le jour du 12ème anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, le Dr Roberts a écrit ceci:

“Les néoconservateurs qui prônent l’hégémonie américaine sur le monde ont appelé pour un ‘nouveau Pearl Harbor’ qui leur permettrait de se lancer dans plus de conquêtes… Il n’y a aucune preuve existante qui soutienne l’histoire gouvernementale concernant le 11 Septembre… En ce 12ème anniversaire d’un évènement fausse-bannière, il n’est pas nécessaire pour moi de rapporter les preuves volumineuses existantes et prouvant de manière conclusive que l’histoire officielle est un mensonge. Vous pouvez lire tout cela par vous-même. On le trouve en ligne. Vous pouvez lire ce que les architectes et les ingénieurs (pour la vérité sur le 11 septembre) ont à dire. Vous pouvez lire les rapports scientifiques. Vous pouvez écouter et voir les personnels de premiers secours qui étaient dans les tours. Vous pouvez lire ce que les pilotes ont à dire sur les manœuvres aériennes associées avec l’avion de ligne qui est censé avoir percuté le Pentagone, qui sont au-delà de leurs propres techniques et le plus certainement ne furent pas, ne purent par être effectuées par des pilotes inexpérimentés. Vous pouvez lire les multiples livres de David Griffin. Vous pouvez regarder le film documentaire produit par Richard Gage d’Architects & Engineers for 9/11 Truth. Vous pouvez lire le rapport de Toronto sur l’audition international sur le 11 septembre.”

Mais ne perdez pas votre temps à lire la presse classique. Comme Seymour Hersh, Sherwood Ross, Paul Craig Roberts et un nombre rapidement grandissant de citoyens américains ordinaires commencent à comprendre, le slogan de la presse de masse est aujourd’hui: “Nous mentons sur tout. Mentir est la norme.”

Le simple fait que le gouvernement ne redemande pas une enquête approfondie sur un évènement qui est le plus grand embarras de la plus grosse “superpuissance” de l’histoire du monde est une évidence flagrante en soi que les évènements des attentats du 11 septembre 2001 sont une opération fausse-bannière.

Dr. Kevin Barrett

Article original en anglais Press TV
, le 19 octobre 2013

Traduit de l’anglais par Résistance 71

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Suicide saoudien

octobre 31st, 2013 by Thierry Meyssan

Alors que l’Arabie saoudite a repris à son compte le plan qatari de renversement du régime laïque syrien, Riyad semble incapable de s’adapter au soudain recul US. Non seulement il refuse l’accord russo-américain, mais il poursuit la guerre et annonce des mesures de rétorsion pour « punir » les États-Unis. Pour Thierry Meyssan, cet entêtement équivaut à un suicide collectif de la famille des Séoud.


Lâchée par les États-Unis en Syrie, l’Arabie saoudite va t-elle se suicider à défaut de pouvoir vaincre ? C’est ce que l’on pourrait conclure des événements suivants :

Le 31 juillet 2013, le prince Bandar Ben Sultan s’est rendu en Russie où il n’a pas seulement été reçu par son homologue, le chef des services secrets, mais par le président Vladimir Poutine. Il existe deux versions de cette rencontre. Pour les Saoudiens, Bandar s’est exprimé au nom du royaume et des États-Unis. Il a proposé d’acheter pour 15 milliards de dollars d’armement russe si Moscou laissait tomber la Syrie. Pour les Russes, il s’est exprimé avec arrogance en menaçant d’envoyer des jihadistes perturber les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi si Moscou persistait à soutenir le régime laïque de Damas, puis en cherchant à le corrompre. Quelle que soit la vérité, le président Poutine a ressenti les propos de son interlocuteur comme des insultes à la Russie.

Le 30 septembre, le prince Saoud Al-Faisal avait été inscrit à l’ordre du jour du débat général de la 68e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, mais furieux du réchauffement des relations irano-US, le ministre saoudien des Affaires étrangères est parti sans s’excuser. Dans sa colère, il a refusé que son discours, préparé et imprimé à l’avance, soit distribué aux délégations.

Le 11 octobre, le secrétaire général adjoint des Nations Unies et ancien responsable du département d’État pour le Proche-Orient, Jeffrey Feltman, recevait une délégation libanaise. Parlant au nom de M. Ban, mais probablement plus encore au nom du président Obama, il n’a pas eu de mots assez durs pour critiquer la politique étrangère saoudienne, faite de « rancunes » et incapable de s’adapter au monde qui change.

Le 18 octobre, l’Assemblée générale des nations Unies élisait, par 176 voix sur 193, l’Arabie saoudite comme membre non-permanent du Conseil de sécurité pour deux ans à compter du 1er janvier 2014. L’ambassadeur Abdallah El-Mouallemi se félicitait de cette victoire qui reflète « l’efficacité de la politique saoudienne marquée par la modération » (sic). Cependant quelques heures plus tard, le prince Saoud Al-Faisan publiait un communiqué aux accents nassériens sur l’incapacité du Conseil de sécurité et le refus du royaume d’y siéger. Si le motif officiel principal évoqué était la question syrienne, le ministre s’offrait le luxe de dénoncer également la question palestinienne et celle des armes de destruction massive au Proche-Orient, c’est-à-dire de désigner comme ennemis de la paix à la fois l’Iran et Israël. Sachant que la critique de la politique syrienne des Nations unies est une mise en cause directe de la Russie et de la Chine, qui y firent usage par trois fois de leurs droits de veto, ce communiqué était une insulte faite à Pékin, bien que la Chine soit le principal client actuel du pétrole saoudien. Cette volte-face, qui plongea l’Organisation dans la consternation, fut néanmoins bruyamment saluée par les présidents de la Turquie et de la France qui déclarèrent partager les « frustrations » de l’Arabie saoudite sur la Syrie.

Le 21 octobre, le Wall Street Journal révélait que le prince Bandar Ben Sultan avait invité à son domicile des diplomates européens en poste à Riyad. Le chef des services secrets leur aurait narré la fureur saoudienne face au rapprochement irano-US et au retrait militaire US de Syrie. Devant ses hôtes interloqués, il aurait annoncé que le royaume allait en rétorsion retirer ses investissements d’Amérique. Revenant sur l’épisode du siège au Conseil de sécurité, le quotidien précisa que, selon le prince Bandar, le communiqué n’était pas dirigé contre Pékin, mais contre Washington ; une précision d’autant plus intéressante qu’elle ne correspond pas à la situation.

Face à l’incrédulité suscitée par ces déclarations et aux commentaires apaisants du département d’État, le prince Turki Ben Faisal expliqua à Reuters que les paroles de son ennemi personnel, Bandar, engageaient bien le royaume et que cette nouvelle politique ne serait pas remise en question. Il n’est donc plus question d’une division du pouvoir entre les deux branches rivales de la famille régnante, les Sudairi contre les Shuraim, mais bien de leur vision commune.

En résumé, l’Arabie saoudite insultait la Russie en juillet, la Chine il y a deux semaines, et maintenant les États-Unis. Le royaume annonce qu’il retirera ses investissements d’Amérique pour se tourner probablement vers la Turquie et la France, même si aucun expert ne voit comment cela serait possible. Deux explications de ce comportement sont possibles : soit Riyad feint la colère pour permettre à Washington de continuer la guerre en Syrie sans en prendre la responsabilité, soit la famille des Séoud commet un suicide politique.

La première hypothèse semble infirmée par la sortie du prince Bandar devant les ambassadeurs européens. S’il jouait en sous-main pour les États-Unis, il s’abstiendrait de venir prêcher la révolution auprès de leurs alliés.

La seconde hypothèse rappelle le comportement des chameaux, animaux fétiches des bédouins saoudiens. Ils sont réputés capables de se laisser animer durant des années par leurs rancunes et de ne pas trouver le calme avant d’avoir assouvi leur vengeance, quel qu’en soit le prix à payer.

Or, la survie de l’Arabie saoudite est en jeu depuis la nomination de John O. Brennan à la tête de la CIA, en mars 2013. Jadis en poste en Arabie, c’est un adversaire résolu du dispositif mis en place par ses prédécesseurs avec Riyad : le jihadisme international. M. Brennan considère que si ces combattants ont fait du bon boulot, jadis, en Afghanistan, en Yougoslavie et en Tchétchénie, ils sont devenus à la fois trop nombreux et ingérables. Ce qui était au départ quelques extrémistes arabes partis faire le coup de feu contre l’Armée rouge est devenu une constellation de groupes, présents du Maroc à la Chine, qui se battent en définitive bien plus pour faire triompher le modèle saoudien de société que pour vaincre les adversaires des États-Unis. Déjà, en 2001, les États-Unis avaient pensé éliminer Al-Qaïda en le rendant responsable des attentats du 11-Septembre. Cependant, avec l’assassinat officiel d’Oussama Ben Laden, en mai 2011, ils avaient décidé de réhabiliter ce système et en firent très grand usage en Libye et en Syrie. Jamais sans Al-Qaïda, Mouamar el-Kadhafi aurait pu être renversé comme l’atteste aujourd’hui la présence d’Abdelhakim Belhaj, ex-numéro 2 de l’organisation, comme gouverneur militaire de Tripoli. Quoi qu’il en soit, aux yeux de John O. Brennan, le jihadisme international devrait être ramené à de faibles proportions et n’être conservé que comme force d’appoint de la CIA en certaines occasions.

Le jihadisme est non seulement la seule force effective de l’Arabie saoudite, dont l’armée est divisée en deux unités obéissant aux deux clans de la famille des Séoud, mais c’est aussi son unique raison d’être. Washington n’a plus besoin du royaume pour se fournir en hydrocarbures, ni pour plaider la cause de la paix avec Israël. D’où le retour au Pentagone du vieux plan néoconservateur : « Jeter les Séoud hors d’Arabie », selon le titre d’un Powerpoint projeté en juillet 2002 devant le Conseil politique du département de la Défense. Ce projet prévoit le démantèlement du pays en cinq zones distinctes, dont trois sont appelées à former des États indépendants les uns des autres et deux devraient être rattachés à d’autres États.

En choisissant l’épreuve de force avec les États-Unis, la famille des Séoud ne leur donne pas le choix. Il est improbable que Washington se laisse dicter sa conduite par quelques bédouins fortunés, mais prévisible qu’il va les remettre au pas. En 1975, ils n’hésitèrent pas à faire assassiner le roi Faysal. Cette fois, ils devraient être plus radicaux encore.

Thierry Meyssan

Al-Watan (Syrie)

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Notre Cap de Bonne Espérance – Intervention au Forum international de Rhodes, le 5 octobre 2013.

Commençons par la bonne nouvelle: l’hégémonie américaine, c’est fini. La bête est maîtrisée. Nous avons passé le Cap de Bonne Espérance, symboliquement parlant, en septembre 2013. Avec la crise syrienne, le monde à la croisée des chemins a pris le bon virage. C’était un moment aussi risqué que lors de la crise des missiles à Cuba en 1962. Il y avait de fortes chances de déclencher la guerre totale, dans la mesure où les volontés d’acier de l’Amérique et de l’Eurasie s’étaient mesurées en  Méditerranée orientale. Il nous faudra un certain temps avant de percevoir la réalisation de ce à quoi nous avons travaillé dans l’ombre, et c’est normal pour des événements d’une telle grandeur. Les turbulences aux USA, depuis la folle course poursuite à Washington jusqu’à la fermeture de l’administration fédérale et la possibilité du défaut de paiement,  sont les conséquences de ce moment historique là.

Souvenons-nous de la chute du Mur de Berlin. Quand il s’est effondré, je me trouvais à Moscou, j’écrivais pour Haaretz. Je m’étais rendu à une conférence de presse avec des membres du Politburo à l’hôtel Président, et je leur avais demandé s’ils pensaient que c’était la fin de l’URSS et du système socialiste. On m’avait ri au nez, parce que c’était une situation trop embarrassante pour eux. Mais non, disaient-ils en chœur. Le socialisme va se mettre à fleurir, voilà ce que va donner la chute du Mur. Deux ans plus tard, il n’y avait plus d’URSS. Notre mémoire voit tout cela en raccourci, maintenant, comme une seule courte séquence. Or cela avait pris un certain temps.

Le point de tension culminant, en ce mois de septembre 013, ce fut la vision, sous le soleil de midi, des cinq destroyers US face aux rivages du Levant, pointant leurs Tomahawks sur Damas, et, leur faisant face, la flotte russe composée de onze navires avec en tête le Moskva, croiseur tueur chargé de missiles, renforcés par  des bateaux de guerre chinois. Apparemment, deux missiles ont bel et bien été lancés vers la côte syrienne, et tous deux ont échoué à atteindre leur cible.

Un quotidien libanais citant des sources diplomatiques a prétendu que les missiles étaient partis d’une base de l’OTAN en Espagne et s’étaient vus abattus par le système russe de défense air-air, à partir d’un navire. Une autre explication proposée par Asia Times mentionne un détournement par les Russes, avec leurs GPS puissants et bon marché, qui auraient rendu inutilisables les Tomahawks sophistiqués et chers, en les égarant et en les faisant chuter. Il y a encore une autre version, qui attribue le lancement aux Israéliens, soit qu’ils aient tenté de provoquer le déclenchement des hostilités, soit qu’ils se soient contentés d’observer les nuages, comme ils le prétendent.

Quoi qu’il en soit, après cet étrange incident, la pétarade n’a pas commencé, parce que le président Obama a gardé son sang-froid et rengainé son colt. Cela fut précédé par un vote inattendu au parlement britannique. Ce corps vénérable a décliné l’honneur de se joindre à l’attaque proposée par les US. Pour la première fois depuis deux cents ans, le parlement britannique a refusé une offre bien réelle de prendre l’initiative d’une guerre; d’habitude, ils ne résistent pas à la tentation.

Puis le président Obama a décidé de refiler la patate chaude au congrès. Il n’avait pas envie d’être celui qui déclencherait l’Armageddon. A partir de là, c’était trop tard. Le Congrès ne voulait pas entrer en guerre, une guerre aux conséquences imprévisibles. Obama a essayé de froncer les sourcils devant Poutine lors du G20 à Saint Pétersbourg, mais cela n’a pas marché.  La proposition russe d’en finir avec les armes chimiques de la Syrie permettait au président Obama de sauver la face. Cette mésaventure a réglé leur compte à l’hégémonie, à la suprématie et à l’exceptionnalisme américains. Fini, le “destin manifeste” des USA. Nous l’avons tous appris des productions hollywoodiennes: le héros ne saurait faire profil bas: viser et tirer, c’est tout ce qu’il peut faire. S’il rengaine, ce n’est plus un héros, c’est un capon.

Après quoi, tout s’est accéléré. Le président US a eu un entretien avec le nouveau président iranien, ce qui ne pouvait que peiner Tel Aviv. Les rebelles de l’Armée syrienne libre ont décidé de discuter avec Assad au bout de deux ans de harcèlement, et leur délégation est arrivée sans encombre à Damas, laissant les extrémistes islamistes le bec dans l’eau. Le Qatar, leur grand soutien, s’écroule à tous les étages. Ce qui se passe maintenant au niveau de l’administration fédérale donne aux citoyens US de vrais soucis pour des enjeux bien réels. Avec la fin de l’hégémonie US, les jours du dollar comme monnaie de réserve mondiale sont comptés.

La Troisième Guerre mondiale a failli avoir lieu, comme le souhaitaient les banksters. Ils ont trop de dettes, sans compter la dette extérieure monstrueuse des USA. Si les Tomahawks avaient fait mouche, les auraient crié “c’est un cas de force majeure!” et en auraient profité pour effacer la dette. Des millions de gens auraient péri, mais des milliards de dollars seraient sains et saufs dans les caves de JP Morgan et de Goldman Sachs. En septembre, le monde a su bifurquer et se tirer de leurs griffes parce que le président Obama a refusé de faire le jeu des banksters. Il se pourrait qu’il l’ait bien mérité, son prix Nobel de la paix, après tout.

Le futur proche s’annonce turbulent mais il n’y a plus d’issue fatale. Les US vont perdre leurs droits à tirer leurs revenus de la planche à billets. Le dollar US cessera de servir de monnaie de réserve au monde entier, mais restera la monnaie de l’Amérique du nord. D’autres parties du monde vont faire appel à leurs euros, yens, roubles, bolivars ou dinars. Le budget de la défense US retrouvera des proportions normales, et la fermeture de bases à l’étranger ainsi que la réduction des armements permettra à la population US de réussir la transition sans trop écoper. Personne n’a envie courir derrière l’Amérique; le monde en a juste assez de leurs chevauchées revolver au poing. Les US vont devoir trouver de nouveaux emplois pour tous ces banquiers, gardiens de prison, soldats, sans oublier un certain nombre de politiciens.

Comme j’étais à Moscou pendant la crise, j’ai observé ces événements tels que les ont ressenti les Russes. Poutine et la Russie ont été soumis à des pressions sans relâche, depuis un certain temps:

* Les US ont soutenu et financé l’opposition libérale russe et nationaliste; les élections ont été présentées comme une immense fraude, en bloc, le gouvernement russe en a perdu une partie de sa légitimité.

* L’Acte Magnitsky au Congrès a permis aux autorités US de confisquer les biens de tous les Russes et d’arrêter tous ceux dont ils subodorent qu’ils pourraient mal agir, et sans qu’ils puissent recourir à la justice.

* Certains fonds russes ont été saisis à Chypre,  où les banques avaient de gross soucis.

* Les US ont encouragé les Pussy Riots, les gay parades et autres à Moscou, dans le but de faire passer Poutine pour un dictateur, un ennemi des libertés et un homophobe, dans les media occidentaux et dans les media russes, tenus par l’oligarchie.

*Le soutien de la Russie à la Syrie a été critiqué, ridiculisé et présenté comme un acte brutal de déni d’humanité. Au même moment, les magnats de la presse occidentale affirmaient que la Russie finirait par laisser tomber la Syrie.

Comme je l’ai écrit il y a déjà longtemps, la Russie n’avait pas l’intention de lâcher la Syrie, pour un certain nombre de bonnes raisons: les chrétiens orthodoxes syriens mettent leur confiance dans la Russie, et géopolitiquement parlant, la guerre se rapprochait trop des frontières russes. Mais la raison principale, c’est que les Russes en avaient assez que l’Amérique leur tienne la dragée haute. Les Russes considéraient que des décisions aussi importantes devaient être prises par la communauté internationale, plus précisément par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Ils n’appréciaient nullement le rôle d’arbitre mondial que se donnait l’Amérique.

Dans les années 1990, la Russie était très affaiblie, et ne pouvait guère manifester son opposition, mais ils n’avaient pas apprécié le bombardement de la Yougoslavie et l’avancée des troupes de l’OTAN vers l’est, en violation de la promesse donnée par les US à Gorbatchev. La tragédie libyenne a rajouté à l’indignation. Ce malheureux pays s’est vu bombardé par l’OTAN, et s’en est trouvé désintégré. D’État le plus prospère de l’Afrique, la Libye est passée au rang des plus misérables. La présence russe en Libye était des plus limitées, mais la Russie y a quand même perdu quelques investissements. La Russie s’était abstenue de voter lors du vote sur la Libye parce que c’était la position du président Dimitri Medvedev qui croyait au partenariat possible avec l’Occident. Mais Poutine n’était absolument pas prêt à livrer la Syrie au même avenir.

La rébellion russe contre l’hégémonie US a commencé en juin dernier, lorsque le vol d’Aéroflot qui transportait Ed Snowden a atterri à Moscou. Les Américains ont appuyé sur tous les boutons à leur portée pour le récupérer. Tout le spectre de leurs agents s’est déployé en Russie. Et très peu de voix, parmi lesquelles celle de votre serviteur, ont appelé la Russie à offrir un refuge sûr à Snowden, mais ce sont nos voix qui ont prévalu. Malgré les pressions US, l’asile politique a été garanti à Snowden.

Étape suivante, l’escalade syrienne. Je ne veux pas entrer dans les détails des attaques chimiques présumées. Du point de vue russe, cela ne pouvait absolument pas constituer une raison pour que  les US entrent en guerre en Syrie ni nulle part ailleurs. En un sens, les Russes ont restauré la loi des nations, à sa place d’autrefois, sa place révérée. Le monde est devenu plus sûr pour ses habitants.

Rien de tout cela n’aurait pu se passer sans le soutien de la Chine. Le géant asiatique considère la Russie comme sa grande sœur, et lui fait confiance pour négocier adroitement avec le monde aux yeux ronds. Les Chinois, avec leur style placide et leur air de ne pas y toucher, ont joué dans le camp de Poutine. Ils ont fait passer Snowden jusqu’à Moscou. Ils ont opposé leur veto aux projets anti-syriens du Conseil de Sécurité, et ont envoyé leurs navires de guerre en Méditerranée. Voilà pourquoi Poutine a tenu bon, pas seulement pour le compte de la Russie,  mais pour la masse entière de l’Eurasie.

L’Église a soutenu les efforts de Poutine: pas seulement l’église russe, mais les catholiques et les orthodoxes ensemble se sont élevés contre la campagne yankee parce que les rebelles soutenus par les USA massacraient les chrétiens. Le pape a fait appel à Poutine en tant que défenseur de l’Église; les églises de Jérusalem et d’Antioche ont fait de même. Et le pape a quasiment menacé d’excommunication Hollande, et la menace voilée a troublé le président français. De sorte que Poutine a bénéficié d’un double soutien: celui des patriarches orthodoxes et celui du pape: c’est un cas de bénédiction double extrêmement rare.

Il y a eu bien des épisodes palpitants dans la saga syrienne, de quoi remplir des volumes. Par exemple la tentative pour contraindre Poutine lors du G8 en Irlande. Il devait y faire face au front uni de l’Occident, mais il s’est débrouillé pour en mettre quelques uns de son côté, et a semé les graines du doute dans le cœur des autres en leur rappelant les hauts-faits des capitaines anthropophages dans le camp des rebelles.

La proposition d’éliminer les armes chimiques syriennes a été introduite adroitement; la résolution du conseil de Sécurité bloquait la possibilité d’attaquer la Syrie en se prévalant de l’article 7. Miraculeusement, les Russes ont gagné dans la surenchère grandiose. Le risque était immense: la Syrie allait se retrouver détruite comme la Libye; une attaque israélo-américaine sur l’Iran devenait inévitable; la chrétienté orientale perdait son berceau; l’Europe se voyait envahie de millions de réfugiés  supplémentaires; la Russie aurait prouvé qu’elle ne comptait pas, que sa parole était du vent, qu’elle pesait à peu près autant que la Bolivie, dont on peut se permettre d’arraisonner et de fouiller l’avion présidentiel  à tout bout de champ. Incapable de défendre ses alliés, incapable de tenir sa position, la Russie se serait vu gratifier d’une victoire morale, euphémisme pour la défaite. Tout le travail accompli par Poutine en treize ans aurait été à vau-l’eau. La Russie serait revenue à son statut de 1999, quand Clinton bombardait Belgrade.

Le point culminant de la confrontation a été atteint lors de l’échange entre Obama et Poutine à propos de l’exceptionnalisme. Aucun des deux n’était débutant, d’ailleurs. Poutine était  estomaqué par  l’hypocrisie et le manque de sincérité d’Obama. Dans la mesure où il est parti  de très bas pour arriver très haut, Poutine se complaît dans son habileté à parler franchement aux gens les plus divers. Et son franc parler peut être d’une brutalité choquante. Quand il s’est trouvé harcelé par un journaliste français sur la question des séparatistes tchétchènes, il a répondu:

“les extrémistes musulmans (les tafkiristes) sont les ennemis des chrétiens, des athées et même des musulmans parce qu’ils considèrent que l’islam traditionnel est hostile aux buts qu’eux-mêmes poursuivent. Et si tu veux devenir un islamiste radical, et que tu es prêt à te faire circoncire, je t’invite à Moscou. Nous sommes un pays multiconfessionnel, et nous avons des experts pour te le faire. Et je leur dirai de t’opérer de façon à ce que rien ne risque de repousser!”

Autre exemple de son style aussi candide que choquant, quand il a répondu à Bridget Kendall, de la BBC, à Valdaï. Elle lui avait  demandé: est-ce que la menace des frappes militaires US joue un rôle dans le fait que la Syrie accepte de mettre ses armes sous contrôle?

A quoi Poutine a répliqué: c’est la Syrie elle-même qui a développé son armement chimique comme alternative à l’arsenal nucléaire d’Israël. Il a appelé au désarmement d’Israël et a invoqué l’exemple de Mordechai Vanunu comme exemple de savant israélien opposé aux armes nucléaires (mon entretien avec Vanunu venait d’être publié dans le quotidien russe ;le plus important, avec une certaine notoriété; voir, en russe: http://www.kp.ru/daily/26084.4/2987042/).

Poutine a essayé de parler franchement avec Obama. Nous connaissons la teneur de leur dialogue par un enregistrement du dialogue entre Poutine et Netanyahu qui a fuité. Poutine a interpelé l’Américain et lui a dit: c’est quoi, ton objectif en Syrie? Obama a répondu: “ce qui m’inquiète, c’est que le régime d’Assad ne respecte pas les droits humains.” Poutine a failli vomir devant une telle hypocrisie, et il l’a compris comme un refus de la part d’Obama de discuter avec lui “en le regardant dans les yeux”.

Au lendemain de la crise aigüe en Syrie, Obama s’est adressé au monde entier, au nom de l’exceptionnalisme américain. La politique des USA est ce qui “fait la différence de l’Amérique. C’est ce qui nous rend exceptionnels”, a-t-il dit. Poutine a rétorqué: “c’est très dangereux d’encourager les gens à se voir comme des exceptions. Nous sommes tous différents, mais lorsque nous implorons la bénédiction divine, nous ne devons pas oublier que Dieu nous a fait égaux.” Ce n’était pas seulement un débat idéologique, mais théologique.

Comme je l’ai développé dans mon ouvrage PARDES*, les US se sont construits sur la théologie judaïque de l’exceptionnalisme, du peuple élu. C’est le pays de l’Ancien Testament. C’est là une raison  très profonde de l’alliance spéciale entre Israël et les USA. L’Europe traverse une étape d’apostasie et de rejet du Christ, alors que la Russie est profondément chrétienne. Ses églises sont pleines, on se souhaite Joyeux Noël et Joyeuses Pâques les uns aux autres, il n’y a pas de morne “saison”. La Russie est un pays du Nouveau Testament. Et le rejet de l’exceptionnalisme, de la notion de peuple élu, est le soubassement de la chrétienté.

Voilà pourquoi, tandis que la communauté juive aux USA voulait la guerre, a condamné Assad et appelé à une intervention US, la communauté juive de Russie, assez nombreuse, riche et influente, n’a pas soutenu les rebelles syriens mais plutôt les efforts de Poutine pour préserver la paix. De même en Iran, où la riche communauté juive a choisi elle aussi le Cap de Bonne Espérance. Il apparaît que les pays guidés par une église solidement implantée sont immunisés contre l’influence délétère des lobbies; alors que les pays qui n’ont pas d’institution comparable, qu’il s’agisse des USA ou de la France, cèdent aux pressions, et adoptent l’interventionnisme illégal comme norme.

Tandis que l’hégémonie US décline, nous voyons s’ouvrir un avenir bien incertain. La puissance militaire américaine, telle un Béhémot de légende, peut encore provoquer ravages et naufrages; et la bête blessée est la plus dangereuse. Les Américains devraient écouter la voix du sénateur Ron Paul qui appelle à renoncer aux bases à l’étranger, et à couper les crédits militaires. Les normes de la loi internationale et la souveraineté de tous les États devraient être observées. Le monde entier aimera à nouveau l’Amérique quand elle cessera de nous harceler avant de nous piétiner lourdement. Ce n’est pas gagné, mais nous avons su franchir le Cap, et atteindre la Bonne Espérance.

Israël Shamir

 

USS_Normandy_CG-60The War on Syria: The September 2013 Military Stand-off between Five US Destroyers and the Russian Flotilla in the Eastern Mediterranean, publié le 26 octobre 2013

Traduction: Maria Poumier http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art1490

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Les services militaires de compagnies privées s’offrent et se demandent d’une manière croissante en Amérique Latine.

Selon les organisations civiles des droits humains et du milieu ambiant colombiennes, péruviennes et mexicaines, les corporations militaires d’origines étasunienne, anglaise, israélienne maintiennent des filiales et des entreprises affiliées dans la région, dédiées à promouvoir une gamme d’activité de sécurité, entraînement, appui logistique, formation de combat et vente d’armes légères et lourdes.

Des entreprises comme SY Coleman Corporation, Risk Incorporated, Dyncorp, XeServices (ex BlackWater), Global CST, entre autres, dominent ce rentable marché sous la tutelle et le contrôle des organes de sécurité des Etats-Unis et des pays alliés dans la dite « lutte contre le terrorisme », dans le cadre de la nouvelle doctrine de sécurité hémisphérique.

Ces jours-ci, la Commission Fiscale du Congrès du Pérou a rendu publique l’enquête menée sur trois ex ministres du pays Sud-Américain impliqués dans des contrats secrets avec la firme israélienne Global CST, à partir d’un décret adopté en 2009, sous le second gouvernement de l’ex-président Alan Garcia, qui consiste en « achat de services » d’entraînement des forces spéciales d’élite, de sécurité et d’équipements pour une valeur de 16 millions de dollars.

Sont également impliqués 20 autres ex fonctionnaires civils et militaires, dont on présume qu’ils ont fait partie du réseau de gestionnaires et consultants des services d’entraînement liés à la corporation militaire privée, après des années d’enquêtes légales, c’est en 2013 que surgit enfin au grand jour la toile des entreprises privées de la mort.

Global CST a des antécédents de vente de matériel et de services de type militaire dans les pays de la région. En Colombie, par exemple elle a prodigué ses entraînements en contre-insurrection aux troupes de l’Armée pendant la gestion de l’actuel président, Juan Manuel Santos, alors qu’il était Ministre de la Défense (2009) et chargé de la lutte contre la guérilla des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC).

D’autres entreprises israéliennes comme Alfacom, entreprise de radiocommunication et de renseignement et Sécurity and Intelligence Advising , entreprise de capacitation en sécurité, maintiennent des opérations en Colombie offrant leurs produits au Gouvernement pour son processus de restructuration du renseignement et des corps de sécurité conventionnels.

Ce type de services correspond à un processus de transformation de l’état de quelques pays latino-américain avec une plus grande aliénation aux politiques de libre marché et une dérégulation des Armées et Polices mais sous un contrôle rigide des ressorts du pouvoir politique. Il s’agit de la pénétration du privé, progressive, à usage du monopole de la force exercé par les Etats.

En Colombie, les services d’autres entreprises similaires se déploient dans des domaines comme la dite “lutte anti narcotiques”, de la même manière que dans la protection des entreprises extractives, par-dessus tout, minières et pétrolières. L’étasunienne DynCorp maintient des bases opératives dans le pays andin et reçoit des directives depuis sa base centrale en Floride.

Elle se dédie à la recherche et à la destruction de culture de stupéfiants dans des opérations sous couvertures. Elle développe des stratégies de couverture militaire et apporte un support technique aux mobilisations des troupes en louant ses propres hélicoptères et avions.

En février de l’année en cours, la firme a été confrontée à une action en justice – pour des tortures et violations de droits humains – menée par les familles des victimes, qui s’étaient opposées aux entreprises minières et à l’exploitation pétrolière dans des zones naturelles du pays ayant le cinquième rang parmi ceux qui vendent le plus de ressources énergétiques aux Etats-Unis.

Le contrôle de sites stratégiques d’entreprises multinationales fait partie des objectifs des firmes de la branche “nouvelle sécurité et développement”. Il va de pair avec le harcèlement des opposants sociaux, comme les syndicalistes, les défenseurs du milieu ambiant et les paysans.

Au Mexique, le Centre d’Etude du la Sécurité Publique dénonce la mise en route d’opérations de Sy Coleman Corporation, ouvrant un appel d’offre a des ex militaire étasuniens pour l’accomplissement de travaux de surveillance aérienne dans la zone pétrolière de l’état de Veracruz, dans le golfe du Mexique.

L’organisation civile enregistre également des actions d’entraînement de la police du groupe spécial tactique de la municipalité de Léon, dans l’état de Guanajuato, zone centrale du pays aztèque, de la part de la compagnie Risk Incoporated dont le siège est à Miami.

Selon l’organisation des Etats Américains (OEA) en Amérique Latine le marché des biens et services de sécurité privé atteint 11% du total estatal et d’autre part, sans calcul exact, en contrat de “outsourcing” (logistique), armement, systèmes technologiques de pointe et intelligence opérative et cybernétique.

Pendant que cela se produit en Amérique Latine, les cas les plus notables dans le monde, de crimes de lèse humanité récents, commis par ces compagnies sous couverture de l’état, par dessus tout des Etats-Unis, restent impunis en Irak et en Afghanistan.

Les corporations militaires privées fournirent leurs services avant, pendant et après les invasions en 2001 et 2003 des pays asiatiques. Là, fut employé environs 1 contractant privé pour chaque soldat étasunien. En réalité, il s’agissait d’une armée d’invasion à deux têtes, une privée et l’autre de l’état, les mêmes qui sévissent aujourd’hui dans l’hémisphère américain.

Ricardo Martinez

Source en espagnol : Alternativa Latinoamericana: Las empresas militares privadas penetran Latinoamérica

Traduction Anne Wolff

Texte complet en espagnol :

http://actualidad.rt.com/blogueros/ricardo-martinez/view/109320-empresas-militares-privadas-penetran-latinoamerica

 

Note de la traductrice

Ce texte prend place parmi une série d’autres décrivant les modes actuels de la militarisation de l’Amérique Latine qui font apparaître toujours plus clairement

1) Que les dits « intérêts et sécurité des Etats-Unis » se confondent toujours d’avantage avec ceux de méga transnationales qui instrumentalisent autant le régime de Washington qu’un Pentagone doté de toujours plus de pouvoirs sans nécessité de recours à l’aval des élus de la « démocratie », président inclus.

Que les dites « lutte contre le narco trafic et contre le terrorisme » se confondent toujours d’avantage avec la répression des résistants à la main mise des transnationales sur les ressources de leur pays, avec la complicité des oligarchies locales et de certains gouvernements de la région.

2) Que les armées privées et celles de plusieurs états – à commencer par les Etats-Unis sont  et Israël, sont toujours plus imbriquées l’une dans l’autre, du personnel circulant des unes aux autres qui fréquentent également les mêmes clubs de loisirs ou d’entraînement, des entraînements conjoints étant pratiqués aussi officiellement par des troupes disposant de matériel similaire fourni par les mêmes marchands d’armes, étasuniens et israéliens en tête.

Pour faire le lien entre la Palestine, laboratoire d’un nouveau mode de génocide et d’un nouvel apartheid et les propos ci-dessus, pour mettre en évidence le type de mentalité dont sont victimes aujourd’hui en même temps que les Palestiniens, indigènes et résistants en Amérique Latine, quelques extraits d’un texte dont je vous recommande vivement la lecture : Comment Israël fait de l’argent avec du sang,  surtout à ceux qui n’auraient par encore compris quel sorte d’état criminel est l’état d’Israël,

[…] Le mastodonte de l’armement israélien a un chiffre d’affaires de plus de 7 milliards de $ et comme le révèle Feldman, ce succès phénoménal est dû à l’expérience, acquise en testant l’armement sur la population palestinienne dans les laboratoires militaires israéliens que sont Gaza et la Cisjordanie.

« Je pense que le principal produit que vendent les Israéliens, en particulier au cours de la dernière décennie, c’est l’expérience … le fait que les produits ont été testés, l’expérience : c’est la chose essentielle qu’ils [les clients] viennent acheter.Ils veulent le missile qui a été tiré dans la dernière opération à Gaza, ou le fusil utilisé lors du dernier raid en Cisjordanie ». […]

[…]Général (retr.) Amiran Levin : « Je voudrais mentionner un point, parlant de Gaza, parlant du Liban et d’autres endroits que nous occuperons dans le futur. Puisque nous voulons maintenir l’équilibre, comme un pays développé, le châtiment comme stratégie devrait être l’élément majeur … C’est la chose la plus importante, la quantité est plus importante que la qualité. La faute que l’armée commet, c’est de juger chaque cas individuellement, que la personne mérite de mourir ou non. La plupart de ces gens sont nés pour mourir, nous avons juste à les aider ».

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

La police suédoise de la région de Skane au Sud du pays possède une base de données qui contient des détails sur plus de 4000 Roms, dont 1000 enfants. Cette révélation est parue dans un rapport du quotidien Dagens Nyheter à la fin de septembre.

Cette base de données, structurée en arbre généalogique, contient les noms complets, dates de naissance, numéro de carte d’identité, adresses et liste des proches. Les individus y sont ajoutés simplement en raison de leur appartenance ethnique, et la grande majorité d’entre eux n’ont commis aucune infraction. Les détails personnels d’un frère et d’une sœur qui n’ont respectivement que deux et trois ans y apparaissent.

La police a initialement tenté de nier l’existence de ce fichier, qui se trouverait dans un dossier intitulé « itinérants ».

Quand cela n’a plus été possible, une enquête a été annoncée et le chef de la police a déclaré qu’il était « outré ». Cependant, les responsables de la police continuent à refuser de considérer le rassemblement de ces informations comme de la discrimination raciale, ils affirment qu’il est efficace pour les officiers de police qui enquêtent sur des activités criminelles.

Peter Springar, chef du Service d’enquête sur les crimes graves de la région d’Orebro, a répondu avec colère à l’accusation que la police aurait enfreint la loi. Springar a affirmé que le registre des Roms n’était qu’un « travail de renseignement fait pour combattre le crime. »

S’appuyant sur une estimation des Nations unies qui indique qu’entre 15 000 et 20 000 Roms vivent en Suède, cette base de données contient plus de 20 pour cent de toute la population Rom. Des rapports ont affirmé par la suite que les forces de police de tout le pays avaient accès à l’information, ainsi que le bureau national de l’immigration.

Les Roms ont été harcelés par les autorités suédoises pendant des décennies. Parmi les révélations qui ont éclaté au cours de ce dernier scandale, il y a le fait que les autorités de la ville de Stockholm ont maintenu un « registre des gitans » jusqu’en 1996. Ceux qui avaient le malheur de se retrouver sur cette liste faisaient l’objet de visites de la police qui faisait des rapports sur leur mode de vie et leur comportement.

Entre 1914 et 1954, les Roms étaient officiellement interdits de se rendre en Suède, et un grand nombre de ceux qui y étaient durant cette période ont été stérilisés de force. Durant la seconde guerre mondiale, le gouvernement suédois a compilé un « inventaire des gitans » où figuraient des données sur l’ensemble de la population Rom. Il a été créé en même temps qu’un registre de la population juive et il était généralement admis qu’il serait confié aux nazis s’ils envahissaient le pays. Après la guerre, il a fallu attendre 1959 pour que les Roms aient droit à l’éducation et aux logements publics, et ce n’est qu’en 1999 qu’ils ont été officiellement considérés comme l’une des minorités du pays.

Les nouvelles révélations sur un ciblage délibéré des Roms interviennent dans le contexte d’une intensification de la persécution des immigrés et des minorités ethniques. Au début de l’année, la police de Stockholm a utilisé des contrôles au faciès pour cibler les travailleurs sans papiers. La police avait reçu l’ordre d’interpeller toute personne qui « avait l’air étrangère » dans le métro de Stockholm et de demander à voir leurs papiers pour tenter d’augmenter le taux de déportations. Ce « projet REVA » de la police a déclenché une vague de désapprobation, dont des manifestations de plusieurs milliers de personnes à Stockholm et Malmö en mars de cette année.

Moins de deux mois plus tard, les banlieues de Stockholm ont été le cadre d’émeutes, provoquées en grande partie par les opérations brutales de la police dirigée contre des quartiers ou vivent principalement des immigrés. Les résidents parlaient d’insultes racistes de la part des officiers de police et de fouilles au faciès contre des enfants de 13 ans.

Cette atmosphère politique a été créée et encouragée par les principaux partis et syndicats. Immédiatement après les émeutes, la fédération suédoise des syndicats en a appelé au gouvernement pour qu’il impose des restrictions à l’emploi pour les travailleurs étrangers.

La coalition de quatre partis que dirige le Premier ministre Frederick Reinfeldt a, au cours des dernières années, resserré les règles en matière d’immigration et cherche à aller encore plus loin. En 2010, elle a créé de nouvelles lois pour n’autoriser un regroupement familial des immigrés que si les membres qui étaient déjà dans le pays avaient emploi et logement. Mais d’après Gunnar Axèn, un membre du Parti Modéré de Reinfeldt qui préside la commission parlementaire sur l’assurance sociale, trop de familles ont encore été capables de remplir ces conditions, puisqu’elle a été appliquée 53 fois sur 15 000 demandes.

Cela faisait suite aux commentaires du ministre de l’immigration Tobias Billsrtöm en février selon qui le taux d’immigration en Suède serait « insoutenable ». Le conservateur Parti Modéré a donné pour tâche à Billström de trouver un moyen de réduire le taux des entrées dans le pays. « Aujourd’hui, les gens viennent dans des logements où le seul revenu vient de ce que donne la mairie. Est-ce raisonnable ? » a-t-il commenté dans Dagens Nyheter.

Le parti d’extrême droite des Démocrates suédois a publié une déclaration accueillant favorablement le « réveil » de Billström sur la question. « Une chose est sûre, les Démocrates Suédois influencent le débat dans la bonne direction », a déclaré ce parti. La coalition au pouvoir n’a pas de majorité parlementaire et s’est appuyée sur les votes de Démocrates suédois pour faire passer la majorité de ses lois depuis les élections de 2010.

On a délibérément fait la promotion du chauvinisme anti-immigré et du ciblage des minorités ethniques pour faire diversion face au creusement des inégalités sociales et à la montée des tensions de classe. Une récente étude de l’OCDE a affirmé que la Suède a vu la hausse la plus rapide de l’inégalité sociale au cours de la décennie passée de tous les états membres.

Le gouvernement a lancé des attaques drastiques contre le système d’assurance sociale et monté une campagne de privatisations depuis son arrivée au pouvoir en 2006. Les indemnités chômage ont été réduites, les contributions salariales augmentées et les conditions pour en bénéficier ont été durcies.

Des milliers de licenciements ont eu lieu dans tous les secteurs de l’économie dans la foulée de la récession de 2008-09 et le chômage a dépassé les 8 pour cent. Le taux de chômage est bien plus élevé dans de nombreuses banlieues des grandes villes, il atteint 23 pour cent dans les zones de Stockholm où les émeutes ont éclaté en mai dernier.

Dans ces conditions, les révélations sur la surveillance par l’état de groupes complets de la population doivent être considérées comme une très sérieuse mise en garde. Les émeutes du début de l’année à Stockholm et l’inégalité sociale croissante sont vues par les cercles dirigeants comme les signes alarmants d’une opposition sociale à venir. Pour combattre ce danger, ils vont employer toutes les moyens de la police et des agences de renseignement pour rassembler des informations sur les opposants politiques et leurs connections immédiates.

Il est raisonnable de penser que ce processus est déjà bien engagé. C’était après tout, la police suédoise et les services de renseignements suédois qui ont joué le rôle principal dans la fabrication des accusations contre le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, dont ils continuent à demander l’extradition pour pouvoir l’envoyer aux États-Unis où il risquerait la peine de mort.

Les services de renseignements suédois sont des partenaires rapprochés de la NSA américaine depuis un bon moment et ont mis en place des mesures antidémocratiques pour permettre la surveillance de toute la population. En 2008, le gouvernement a fait passer une loi controversée sur les écoutes téléphoniques [article en anglais], qui accordait aux renseignements intérieurs le droit d’intercepter toutes les communications électroniques passant les frontières du pays. Par la suite, des documents fournis par WikiLeaks ont confirmé que l’ambassade américaine avait joué un rôle actif dans la rédaction de la loi et que ce droit a été utilisé par la suite pour fournir des informations à la NSA.

Des rapports sortis début septembre ont révélé que l’Institut national de défense radio de la Suède (le FRA) avait fourni à la NSA un accès aux câbles de télécommunications qui passent sous la Baltique. Parmi ces communications, certaines peuvent provenir de Russie.

Jordan Shilton

Article original, WSWS, paru le 23 octobre 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Lors de leur audience Jeudi devant la Commission de la chambre des députés sur les renseignements, le directeur des renseignements nationaux James Clapper et le directeur de la National Security Agency le général Keith Alexander ont défendu les programmes de surveillance de la NSA, y compris les écoutes des chefs de gouvernement des pays alliés.

Le témoignage des chefs des services de renseignement intervient dans le contexte d’une crise diplomatique internationale de plus en plus nette après les révélations indiquant que la NSA écoutait le téléphone portable de la Chancelière allemande Angela Merkel depuis plus de dix ans, dans le cadre d’un programme de surveillance qui visait également au moins trente-quatre autres chefs de gouvernement. Les tensions transatlantiques ont été aggravées par des reportages indiquant que la NSA a récemment collecté des données sur 70 millions d’appels téléphoniques et de textos français et 60 millions d’espagnols en un mois.

Ces dernières révélations sur l’espionnage illégal de masse par les États-Unis, qui viennent de documents publiés par l’ex-agent de la NSA Edward Snowden, ont déclenché des protestations de la part des alliés des États-Unis comme l’Allemagne, la France et l’Espagne ainsi que de l’Union européenne. Une délégation du Parlement européen est déjà à Washington, en train de rencontrer les responsables du Congrès et du gouvernement, et des visites séparées par des responsables des renseignements allemands et des représentants de l’UE sont sur le départ.

Les retombées de la crise diplomatique au sein de l’état et de l’élite politique américains s’étendent. Le gouvernement Obama et les dirigeants du Parti démocrate ont lancé une tentative de limiter les dégâts politiques et de distraire le public des questions essentielles soulevées par ces révélations sur les programmes d’espionnage – des politiques de toute évidence anticonstitutionnelles liées au développement de l’appareil d’un état policier en Amérique.

Le gouvernement a déclaré à la presse que Obama ne savait rien de l’écoute de Merkel et des autres chefs de gouvernement jusqu’à juin dernier, lorsqu’une étude interne sur les programmes de la NSA ordonnée à la suite des premières révélations de Snowden a porté cette pratique à son attention. Obama aurait suspendu ce programme à ce moment-là.

Cette version des faits, que le président a de toute évidence raconté à Merkel lors d’une conversation privée la semaine dernière, a été contredite par des responsables actuels et passés des services de renseignements qui ont préféré rester anonymes, ils ont déclaré au Los Angeles Times que des protocoles établis de longue date imposaient que ce genre d’information soit transmise au ministère des Affaires étrangères ainsi qu’à la Maison blanche.

Les responsables du gouvernement ont démenti une déclaration lundi de la présidente de la Commission du Sénat sur les renseignements, Diane Feinstein (une démocrate de Californie), selon laquelle les responsables de la Maison blanche lui auraient déclaré qu’Obama ordonnerait la fin de la collecte d’informations sur les pays amis. Les sources au gouvernement ont au contraire dit qu’Obama se contentait de réfléchir à réduire les opérations d’espionnage sur les dirigeants des pays alliés.

Dans un entretien pour la télévision lundi, le président a dans l’ensemble défendu les programmes de surveillance de la NSA en disant, « les opérations de la sécurité nationale, en général, ont un but et celui-ci est de s’assurer que le peuple américain est en sûreté et que je prends les bonnes décisions. » En même temps, lui et d’autres porte-parole de la Maison blanche ont parlé dans des termes vagues d’imposer des restrictions à ces programmes et de les rendre plus « transparents, » afin de gagner la confiance du peuple américain.

Du point de vue d’Obama et des deux partis du grand capital – comme du point de vue des médias contrôlés par la grande entreprise – cette crise ne vient pas des atteintes aux droits démocratiques, mais de la révélation de la conspiration étatique contre ces droits, et de la colère croissante de la population, qui est profondément hostile à ce genre de mesures qui sont celles d’un état policier.

L’ensemble de l’élite craint que le système politique ne se retrouve encore plus discrédité aux yeux des gens. La révélation de l’écoute de dirigeants étrangers amis, en particulier, rend encore plus absurde la rengaine officielle sur l’espionnage de masse de la population américaine et mondiale qui serait motivée par le désir de protéger le peuple Américain contre des attaques terroristes.

L’audience de jeudi de la Commission de la Chambre des députés a montré le soutien des deux partis du grand patronat pour les agences de renseignement et les services de l’armée ainsi que pour les programmes d’espionnage généralisé qui ont été validés par la Maison blanche et le Congrès. Cette audience a été organisée conjointement par le président républicain de cette commission, Mike Rogers du Michigan, et par le démocrate Dutch Ruppersberger du Maryland, pour fournir une occasion à Clapper et Alexander de défendre leurs agences et de minimiser les preuves massives de leurs activités illégales.

Rogers a donné le ton dans sa première déclaration, où il a dit : « Chaque nation collecte des renseignements sur les pays étrangers. Ce n’est pas spécifique aux États-Unis. Ce qui est spécifique aux États-Unis, c’est notre niveau de supervision, notre engagement pour la protection de la vie privée, et notre système d’équilibrage de la collection de renseignements. »

Ruppersberger a été encore plus servile dans ses louanges adressées à la NSA. Il a commencé par dire qu’il voulait « remercier les gens de la communauté des services de renseignements qui travaillent jour et nuit pour protéger la sécurité de notre nation. » Il a continué en disant : « avec toutes les critiques soulevées par ces programmes, il est important que nous n’oubliions pas que ces hommes et femmes font ce que nous leur demandons de faire, dans le cadre des lois que nous avons votées, et ils le font pour nous protéger. »

Ignorant tout simplement les preuves publiées sur le rassemblement de données par la NSA sur les appels téléphoniques et les courriers électroniques de pratiquement tous les Américains, Ruppersberger a affirmé, « D’après la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act), la NSA ne cible pas les Américains sur le sol des États-Unis et ne les cible pas non plusn’importe où ailleurs, sans un mandat judiciaire. »

Il a poursuivi en affirmant que si la NSA avait eu en 2001 un mandat pour collecter des informations sur chaque appel téléphonique passé aux États-Unis, elle aurait pu empêcher les attentats du 11 septembre.

Dans leurs remarques préliminaires, Clapper comme Alexander ont brandi ces attentats sanglants pour tenter d’effrayer le peuple américain afin qu’il accepte la surveillance permanente du gouvernement en affirmant que l’autre solution implique de nouvelles tragédies du même genre. Clapper a une fois de plus dénoncé les révélations sur les programmes de surveillance secrets et affirmé qu’elles sapaient les efforts « honnêtes » pour « maintenir le pays en sécurité. Il a ajouté que durant les 50 ans qu’il avait passé dans les services de renseignements, il n’avait jamais vu une telle « série sans fin de menaces contre notre mode de vie » comme aujourd’hui.

Alexander a de même offert une défense intégrale des opérations de surveillance de la NSA. « Nous avons montré que nous pouvons aussi bien défendre notre pays que protéger nos libertés fondamentales, » a-t-il déclaré. Il a prévenu le Congrès qu’il ne devait pas « abandonner un programme qui ferait que cette nation soit attaquée. »

Les deux hommes ont défendu le rassemblement en masse de données sur les appels téléphoniques et les communications par Internet, tout en professant un soutien à des « réformes » d’ordre purement cosmétique pour rendre ces programmes plus « transparents. »

Le président Rogers a commencé les questions en interrogeant Clapper sur l’espionnage des alliés des États-Unis, ce dont Clapper s’est emparé pour suggérer que Washington ne faisait rien d’extraordinaire en écoutant le portable de Merkel.

Alexander a catégoriquement écarté les rapports sur l’espionnage massif par les États-Unis des communications des citoyens français et espagnols, en disant que ces rapports étaient faux.

Aucun des membres de la Commission qu’il soit démocrate ou républicain n’a suggéré que ces programmes étaient illégaux ou inconstitutionnels, qu’ils devraient être arrêtés, ou que ceux qui en sont responsables devraient être démis de leurs fonctions ou poursuivi en justice. Les démocrates en particulier, ont fait tout leur possible pour déclarer leur plus grand respect pour la NSA. Le plus qu’ils se soient permis de faire a été de suggérer qu’écouter les téléphones des chefs des gouvernements amis gênait la diplomatie américaine et le travail en faveur des intérêts américains à l’étranger.

Les remarques de la député Terri Sewell (démocrate de l’Alabama) ont été typiques, elle a commencé en déclarant son « respect le plus absolu » pour les agences de renseignement et a professé son désir de « réformer ces programmes, non de les démanteler. »

Personne n’a mentionné la déclaration d’Alexander dans un entretien posté par le Pentagone sur Youtube la semaine dernière selon lequel les reportages sur les programmes d’espionnage secrets devaient « cesser ». Rogers a lancé sa propre menace aux médias, dénonçant « du journalisme de très mauvaise qualité, inexact » sur la NSA et ajoutant que c’est « une chose à laquelle nous allons nous attaquer ici dans le futur. »

L’hypocrisie de ces responsables tentant de limiter les dégâts est bien montrée par la présidente de la Commission du Sénat, Feinstein. Lundi, elle a publié un communiqué qui se plaint de ce qu’elle n’aurait pas été « correctement » informée sur l’espionnage des dirigeants étrangers et déclarait son opposition à cette pratique.

Elle a dit que sa commission lancerait une enquête en profondeur sur toutes les opérations de la NSA.

Feinstein a défendu bec et ongles toutes les opérations d’espionnage massif contre la population. Il y a moins de deux semaines, elle a publié une chronique dans USA Today qui demandait la poursuite de la collection massive des données téléphoniques par la NSA, en insistant sur le fait que ce programme n’était « pas de la surveillance. »

Elle était à la pointe de la chasse aux lanceurs d’alerte, dénonçant les révélations de Snowden en juin dernier comme « un acte de trahison » et demandant en 2010 que le fondateur de WikiLeaks Julian Assange soit poursuivi en application de la loi américaine sur l’espionnage.

Le Wall Street Journal a indiqué que le rapport qui sera publié par sa commission sur les résultats de son enquête « de haut en bas » sur les opérations de la NSA sera classé secret.

Barrey Grey

Article original, WSWS, paru le 30 octobre 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

La fin des chrétiens de Syrie?

octobre 31st, 2013 by Bahar Kimyongur

En Syrie, on ne compte plus les lieux saints détruits et saccagés par les mouvements takfiris.

Relativement épargnés au début du conflit qui ravage la Syrie, les chrétiens sont désormais la cible privilégiée des groupes armés anti-régime.
Au cours de ces derniers mois, les attaques contre les chrétiens se sont multipliés, faisant craindre que leur présence en Syrie appartiendra bientôt au passé.
Trois cas particulièrement graves se sont ajoutés aux nombreux actes de persécutions visant les chrétiens.
Le premier est la destruction d’une statue de la Vierge à Yaaqoubiya dans la province d’Idlib. Dans une vidéo mise en ligne la semaine dernière, on reconnaît le cheikh takfiri Omar Gharba détruisant une statue de la Vierge tout en promettant la tolérance zéro à l’égard des religions qui ne relèvent pas de l’Islam sunnite :
La seconde humiliation que les Chrétiens de Syrie ont tout récemment subie est liée à la conversion forcée du frère Fawzi détenu par l’Etat islamique de l’Islam et du Levant (EIIL). Visiblement, le religieux chrétien parle sous la menace:
Troisièmement, il y a eu l’incendie de l’église dite de l’Indépendance (Istiqlal) à Tell Abyad à Raqqa par la Brigade Hamza liée au groupe Ahrar Al Cham:
Les propagandistes de la rébellion ont beau se démener pour rendre le régime de Damas responsable de l’ascension fulgurante d’Al Qaïda en Syrie, plus personne n’est dupe depuis l’adhésion de l’ensemble des groupes armés syriens aux thèses fascistes d’Al Qaïda.
  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Militarisation de l’Amérique Centrale. Photo de Juan Chinchilla.

La Guerre contre les drogues impulsée par Washington est en train de remilitariser la région. Mais ses vrais objectifs sont liés à une volonté de repositionnement politico-militaire, à l’exploitation des ressources naturelles et à la répression sociale.

Le 7 août 1987, la signature de l’Accord de Esquipulas II par les Présidents du Guatemala, du Salvador, du Honduras, du Nicaragua et de Costa Rica marque le début d’un processus qui conduit à la fin des conflits armés internes. Les guerres civiles Centraméricaines trouvèrent leur place dans le cadre de la Guerre Froide et laissèrent un solde de centaines de milliers de victimes dans la région.

Cet évènement historique non seulement témoignait d’une première  prise de distance des gouvernements centraméricains d’avec les deux superpuissances d’alors – États-Unis et Union Soviétique – sinon qu’il ouvrait le chemin pour la pacification et la démilitarisation de l’Amérique Centrale, par le moyen d’une réduction drastique des forces militaires et de l’armement.

Vingt-cinq ans plus tard, cette même région est secouée par une vague de violence sans précédent. L’avance du crime organisé en relation avec le narcotrafic, associé à de hauts indices de pauvreté qui affectent la grande majorité de la population, ont converti les pays centraméricains en corridor de transit de drogues vers les Etats-Unis.

Dans de nombreux cas les institutions ont été infiltrées par les cartels de la drogue et les bandes criminelles, minant la déjà fragile institutionnalité démocratique qui, avec difficulté s’était construite dans l’après-guerre

Une situation fort compliquée, surtout pour les pays du Triangle Nord – Guatemala, El Salvador et Honduras – qui ont atteint des indices de violence et de criminalité parmi les plus élevés du monde et un taux d’homicide qui dépasse ceux de différents pays en guerre.

Selon William Brownfield secrétaire d’Etat adjoint pour les Affaires Internationales de Narcotiques, à présent la menace la plus grande pour les Etats-Unis s’est déplacée en Centramérique, « où les trafiquants et les bandes criminelles facilitent le flux de 95% de toute la cocaïne qui arrive sur « le territoire nord-américain ». Le Département des Etats-Unis assure que plus de 70% de cette quantité transitent par le Honduras.

Face à ce scénario préoccupant et avec l’objectif déclaré de combattre les dommages causés par les narco activités, les EU ont retourné récemment le regard vers l’Amérique centrale. D’un côté ils ont constitué et impulsé leur présence militaire, le travail de renseignements, la capacitation des forces de sécurité nationales, et d’autre part ils ont implantés les techniques et technologies militaires appliquées à de nouvelles tactiques de guerre.

Les principaux instruments de cette nouvelle stratégie “belliqueuse” ont été l’Association de Sécurité Citoyenne d’Amérique Centrale, lancée par le Président Barack Obama en 2011 durant sa visite au Salvador, et la CARSI (Initiative Régionale de Sécurité pour l’Amérique Centrale), la version centraméricaine de l’initiative Merida et du Plan Colombie.

De fait il s’agit de la principal structure d’application et de financement des Etats-Unis dans la région, avec laquelle ils prétendent coordonner les pays centraméricains avec les institutions financières internationales, le secteur privé, la société civile et le SICA (Système d’Intégration Centraméricain) « pour former, professionnaliser et doter les Forces de Sécurité des Etats », ainsi que pour les appuyer dans le combat direct contre le narcotrafic », souligne Brownfield

Remilitarisation

Durant sa visite au Honduras en mars de l’année en cours, le vice-président des Etats-Unis, Joe Biden, accompagné par le directeur des Affaires de l’Hémisphère Occidental du Conseil de Sécurité Nationale Dan Restrepo, dit que, malgré la crise économique, son pays va maintenir les contrats conclus avec la région.

Selon des données du Département d’Etat, entre 2008 et 2012, l’aide financière annuelle destinée par Washington à la région centraméricaine pour la lutte contre le narcotrafic a augmenté de 75% atteignant un total de 496 millions de dollars. Pour 2013, l’administration Obama a sollicité du Congrès  l’approbation d’un nouveau montant de 107 millions.

Un  rapport du SIPRI (Institut International d’Investigation de La Paz), met en évidence le fait qu’en 2011 l’Amérique Centrale et les Caraïbes ont totalisé des dépenses militaires conjointes s’élevant à 7 milliards de dollars, soit 2,7 % de plus que l’année antérieure. Le troisième pays avec la plus grande augmentation fut le Guatemala 7,1%. A la tête des pays qui investissent le plus dans le secteur guerrier dans le monde les Etats-Unis restèrent en tête avec 711 milliards en 2011.

 

Militarisation à Bajo Aguán, Honduras. Photo de Giorgio Trucchi. 

Le Guatemala avec l’appui économique et technique des États-Unis, créera une force militaire pour combattre le narcotrafic dans l’Océan Pacifique et dans la région de San Marco à la frontière avec le Mexique. La même chose est en train de se produire au Honduras avec la création de la nouvelle force de sécurité, Tigres (Troupes de renseignement et Groupes de Réponse Spéciale de Sécurité). Pendant ce temps les gouvernements du triangle Nord, en coordination avec le gouvernement étasunien et la participation d’autres pays d’Amérique Latine et d’Europe lanceront « l’Opération Martillo », un effort multinational qui fait partie de la nouvelle stratégie de sécurité régionale du gouvernement US et de la CARSI pour combattre le crime organisé transnational.

L’Institut International d’Etude Stratégiques enregistre que, entre les années 2009 et 2010, il y eu une augmentation de presque 2000 effectifs dans les forces militaires du Guatemala et du Salvador, et que le Honduras espère en faire autant dans les prochaines années. Cette augmentation fut moindre dans le reste des pays de la région.

De la même manière, l’Atlas comparatif de la Défense en Amérique Latine et dans les Caraïbes (2010), élaboré par RESDAL (Réseau de Sécurité et de Défense d’Amérique Latine) met en évidence que de 2006 à 2010, le Salvador expérimenta une augmentation de presque 20% dans son budget de défense, le Guatemala presque 16%, Nicaragua 9% pendant que l’augmentation au Honduras fut de 64%.

Dans le cas particulier du Honduras en 2011, le Pentagone augmenta ses dépenses militaires dans le pays de 71¨% par rapport à l’année antérieure. Malgré la grave crise économique, politico-institutionnelle et sociale qui sévit au Honduras depuis le coup d’état de 2009 et les dénonciations répétées de corruptions, violations des droits humains et collusion avec le crime organisé dirigées contre la Police Nationale, les États-Unis lui octroient  53,8 millions de dollars et ont prévu de continuer avec leurs programmes.

Quoique sans compter sur l’armée –mais bien avec des forces de sécurité fortement militarisées – Panama et Costa Rica ne restent pas en arrière dans cette course à l’armement. Selon Roberto Cajina, membre de la Junte Directive de RESDAL, ce processus de remilitarisation s’exprime sous différentes formes ; comme par exemple l’acquisition d’un nouvel armement aérien, naval et de terre, mais aussi à travers la présence massive d’effectifs militaires et de moyens navals, terrestres et aériens étasuniens, à la demande des institutions de l’Etat comme c’est le cas au Costa Rica.,

En 2010, le Congrès de Costa Rica autorise l’arrivée de 46 navires de guerres et de sept mille effectifs des troupes étasuniennes sur les côtes du Costa Rica pour réaliser des  opérations militaires, des missions antinarcos et de prétendues missions humanitaires dans la région. En juillet de l’année en cours, les députés ont autorisé l’entrée, l’amarrage, le débarquement et la présence permanente dans les eaux territoriales du navire de guerre USS Elrod.

Le Nicaragua maintient le profil bas et donne une  information insuffisante concernant la gestion et l’usage de son budget annuel, ainsi qu’au sujet de ses investissements militaires. Cependant grâce à l’appui du gouvernement sandiniste et de ses députés, il y eu d’importantes modifications de sa base juridique au moyen de l’approbation de loi qui lui confèrent d’importantes dotations de pouvoir et de nouveaux et plus grands espaces d’autonomie.

Militarisation de la sécurité publique

Un autre élément souligné par Cajina est la croissante participation des armées dans la dite “guerre contre les drogues”, laquelle a conduit à la militarisation des polices et à la « policisiation » des armées. En effet, dans les pays du Triangle Nord, on a légiféré pour que les militaires puissent accomplir des tâches d’ordre public. « Peu à peu s’efface la fine ligne rouge qui sépare Défense Nationale et Sécurité Publique, une menace émergente réelle contre les faibles processus de construction d’une institutionnalité démocratique en Amérique Latine », dit Cajina

A ce propos, le VIème Rapport Centraméricain sur les Droits Humains et les Conflits Sociaux, élaboré par différentes instances de droits humains de la région, signale que la militarisation à laquelle a été soumise la sécurité publique en Amérique Centrale serait en train de dénaturer les institutions policières.

“Le fait même de déplacer nouvellement l’armée dans les villes centraméricaines, non seulement ne s’est pas traduit par une réduction des indices de violence et de la criminalité, mais au contraire, ils ont augmenté, l’armée servant d’outil pour freiner les rébellions de malaise social contre des systèmes oppresseurs qui  lancent les populations dans la marginalité sociale et la pauvreté » signale le rapport final.

Et si ceci ne suffit pas, il faut savoir qu’il existe en Amérique Centrale, une véritable armée d’agents de sécurité privée. On a calculé qu’il y aurait presque 70 000 gardes fortement armés qui travaillent pour 717 entreprises de la région formant partie de la nouvelle militarisation régionale et qui en plus ont des méthodes très particulières.

“Dans la nouvelle organisation militaire centraméricaine post années 90, la majorité des armées ont dirigé leurs pas vers l’administration d’entreprises productives ou de service. Ce sont les nouveaux entrepreneurs, les nouveaux investisseurs et le lieu où se conjugue le pouvoir militaire et le pouvoir économique du nouveau libéralisme des temps modernes », assure la journaliste Dea Maria Hidalgo

Les États-Unis envoient des troupes

L’autre visage du processus de remilitarisation de l’Amérique Centrale est le repositionnement militaire des États-Unis. Les Étasuniens ont recommencé à faire résonner les bruits de leurs bottes militaires sur le sol de l’Amérique Centrale, cette fois avec de nouvelles techniques et technologies.

Après avoir réactivé la ‘4ème flotte en 2008, installé de nouvelles bases militaires (iles de Guanaja et Caratasca) et trois bases d’opérations avancées (Puerto castilla, El Aguacate et Mocoron) au Honduras et renforcé les bases existantes, les États-Unis ont approfondi le programme de formation et d’entraînement militaire des troupes nationales, ils ont intensifié les manœuvres militaires dans les alentours du Canal de Panama, il ont promu l’usage de sous-traitants pour des tâches de réponses rapides et ont déployé de forts contingents d’agents spéciaux de la DEA (Drug Enforcement Administration)

Todd Robinson, sous-secrétaire adjoint au bureau des Affaires Internationales des Narcotiques et d’Application de la Loi, déclarait récemment dans une entrevue avec la BBC Mundo, qu’il n’existe pas de guerre contre la drogue, sinon une décision politique pour aider ces gouvernements à protéger leurs citoyens et nous protégeons les nôtres.

Il est cependant chaque jour plus évident que l’administration Obama est en train d’impulser et de développer sa formule pour un nouveau mode de guerre étasunienne. Selon le portail de TomDispatch, dans cette seconde décade du nouveau siècle, il faut oublier les invasions à grande échelle comme dans le passé récent, il faut penser en termes de « forces d’opérations spéciales qui agissent indépendamment, mais qui aussi s’entraînent ou combattent conjointement avec les militaires alliés dans le monde entier. »

En plus de cela, il faut attendre un investissement chaque fois plus profond vers « la militarisation de l’espionnage et du renseignement, l’usage de drones, ainsi que le lancement d’attaques cybernétique et d’opérations conjointes du Pentagone avec des organisations gouvernementales civiles toujours plus militarisées, explique ce portail.[1]

Il s’agirait “d’opérations militaires confuses”, ce qui veut dire une espèce de version organisationnelle de la guerre dans laquelle « un Pentagone dominant fusionne ses forces avec d’autres agences gouvernementales, comme la CIA, le Département d’Etat et la DEA, et des forces mercenaires étrangères, dans de complexes missions combinées.

C’est une stratégie qui a un impact fort sur les populations et a provoqué de fortes critiques de la part de larges secteurs de la société centraméricaine. Selon eux, non seulement la lutte contre le narcotrafic a échoué et n’a pas résolu les graves problèmes reliés à ce phénomène, sinon que derrière ce processus de remilitarisation de la région sont occultés, les vrais objectifs des États-Unis et de leurs alliés centraméricains : leur repositionnement politico-militaire dans la région, le contrôle et l’exploitation des principales ressources naturelle et la criminalisation des protestations sociales , avec de très probables augmentations de la violence et de la répression.

Giorgio Trucchi

Article original en portugais : América Central se remilitariza para a “guerra contra as drogas” imposta por Washington, Opera Mundi, le 29 septembre 2012.

Ce reportage a été publié originellement en quatre parties dans le périodique brésilien Opera Mundi. La traduction espagnole a été réalisée par son auteur et publiée sur le blog Nicaragua y más.

Giorgio Trucchi est journaliste et correspondant pour l’Amérique centrale du Système d’Information de la Rel-UITA(SIREL). Il collabore également avec le périodique digital Opera Mundi et ALBA SUD, où il gère son blog  Pueblos en Resistencia.

Traduction française Anne Wolff

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Du maïs sucré OGM découvert au Québec

octobre 30th, 2013 by Mondialisation.ca à la Une

Québec, le 30 octobre 2013 — Suite à la diffusion, hier soir, de l’émission les Verts (29 octobre 2013) contre-attaquent à Télé-Québec sur la découverte de maïs sucré génétiquement modifié (OGM) dans les étalages de nos épiceries cet été, Vigilance OGM s’inquiète de l’arrivée de cet aliment directement dans l’alimentation humaine. Habituellement, les OGM* entrant dans notre alimentation proviennent de la consommation de produits transformés, notamment par les produits issus de la production animale nourris aux OGM : lait, œuf et viande. « En l’absence d’étiquetage obligatoire au Québec, il est difficile de savoir si le blé d’inde que vous avez consommé était génétiquement modifié », a déclaré André Nault de Vigilance OGM.

Ce reportage des Verts contre-attaquent fait écho aux tests dévoilés la semaine dernière par le Réseau canadien d’action sur les biotechnologies (RCAB) qui révélaient la présence de maïs sucré dans les épiceries, les étalages routiers et les marchés de producteurs partout au Canada. Même si dans les deux cas la taille de l’échantillon était petite et aléatoire, cela montre tout de même que le maïs sucré OGM est présent dans la plupart des provinces du Canada, et ce à l’insu des consommateurs.
Vigilance OGM, conjointement avec le RCAB, demande aux épiciers de se prononcer sur la présence de maïs sucré OGM dans leurs établissements. « Nous souhaitons ardemment que les épiceries retirent le maïs sucré OGM de leurs étalages, ils en sont capables. La preuve c’est que les tests que nous avions réalisés l’année dernière ont déclenché un mouvement de panique chez les épiciers qui se sont empressés d’envoyer un message fort à leur fournisseur : non au maïs sucré OGM », a ajouté André Nault. C’est pourquoi, les organismes invitent les consommateurs et consommatrices du Canada à signer une pétition adressée aux grandes chaînes de supermarchés, soit Métro, Sobeys (IGA), Loblaws, Walmart et Jim Pattison Group. « Ce n’est plus l’heure pour les grandes chaînes de fuir leurs responsabilités », a conclu André Nault de Vigilance OGM.
Rappelons que tous les sondages réalisés depuis une dizaine d’années, au Canada et au Québec, font ressortir les inquiétudes des consommateurs envers cette technologie et surtout le désir fondamental de savoir si leurs assiettes contiennent ou non des OGM.
* OGM : Un organisme génétiquement modifié est un organisme vivant dont le patrimoine génétique a été modifié par intervention humaine.
Vigilance OGM (www.infoogm.qc.ca) est un organisme à but non lucratif formé de groupes et d’individus provenant de divers horizons : paysans, environnementalistes, consommateurs, syndicats, citoyens, tous préoccupés de ce que l’on met quotidiennement dans notre assiette et de l’impact des modes de production sur la santé humaine et environnementale.
Pour information :
Thibault Rehn, secrétaire Vigilance OGM, (514) 582-1674
André Nault, Vigilance OGM, (819) 562-4413
  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le journal Le Monde a publié lundi dernier un rapport basé sur des documents divulgués par Edward Snowden et qui décrivent les activités d’espionnages conduites par l’Agence de sécurité nationale (National Security Agency, NSA) à l’encontre de la population, du milieu des affaires et du monde politique français. Selon Le Monde, la NSA a collecté entre décembre 2012 et janvier 2013 plus de 70 millions d’enregistrements de données téléphoniques qui avaient alors été classés soit sous le code «Drtbox» soit sous le code «Whitebox».

Les opérations de collecte incluaient la lecture et l’écoute du contenu des communications téléphoniques.

Le rapport met de nouveau à nu les opérations mondiales d’espionnage menées par le gouvernement Obama et réalisées en violation flagrante des lois américaine et internationale. Le Monde a résumé l’espionnage de la NSA comme étant une «intrusion, à grande échelle, dans l’espace privé des citoyens français comme dans les secrets de grandes entreprises nationales». En décrivant les aspects de la surveillance, Le Monde a écrit: «Quand certains numéros de téléphone sont utilisés en France, ils activent un signal qui déclenche automatiquement l’enregistrement de certaines conversations. Cette surveillance permet également de récupérer les SMS et leur contenu en fonction de mots-clés.» Le Monde a aussi publié un document de présentation PowerPoint intitulé «PRISM/US-984X Overview» qui détaille les procédures de surveillance électronique de la NSA. La diapositive intitulée «Vous devriez utiliser les deux» mentionne «la collecte de communications téléphoniques d’Upstream prélevée au passage des données depuis les câbles sous-marins et les infrastructures d’Internet (FAIRVIEW, STORBREW, BLARNEY, OAKSTAR)» et «la collecte de PRISM prélevée en accédant directement aux serveurs des entreprises Internet américaines: Microsoft, Yahoo, Google, Facebook, PalTalk, AOL, Skype, YouTube, Apple».

Les diapos montrent que la NSA pratique la «collecte de données vocales» en recourant à la fois à des méthodes de saisie Upstream et PRISM.

Une diapo intitulée, Collecte de PRISM, énumère les «fournisseurs actuels» comme étant «Microsoft (Hotmail, etc.), Google, Yahoo!, Facebook, PalTalk, YouTube, Skype, AOL, Apple». La diapo spécifie: «Que peut-on avoir comme collecte (communications surveillées et enregistrées)? Cela dépend du fournisseur, en général: courriels, clavardage vidéo, données audio, vidéos, photos, données sur disque, appels via Internet, transferts de fichiers, conférences vidéo, notifications de certaines activités ciblées telles que: connexions et échanges sur les réseaux sociaux, requêtes spéciales, etc».

Les diapos contiennent aussi un graphique montrant les dates lorsque PRISM a commencé à collecter les données des divers fournisseurs Internet, de Microsoft en septembre 2007 et d’Apple en octobre 2012, ainsi que des diagrammes détaillés illustrant les différentes composantes de l’appareil de surveillance.

Certains hauts responsables français ont exprimé leur indignation face à l’article du Monde. S’exprimant au micro d’Europe1, le ministre de l’Intérieur français, Manuel Valls a qualifié les révélations de l’espionnage de «choquantes» en déclarant: «Si un pays allié espionne la France, c’est totalement inacceptable.»

Le gouvernement français a publiquement demandé des explications à l’ambassadeur américain. Lundi dernier, le secrétaire d’Etat américain John Kerry est arrivé à Paris pour rencontrer le lendemain le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, afin de discuter de questions relatives au Moyen-Orient et à l’Iran.

Fabius a remarqué: «Ce type de pratiques entre partenaires qui portent atteinte à la vie privée est totalement inacceptable. Il faut s’assurer, très rapidement, qu’en tout cas, elles ne sont plus pratiquées.»

Au vu des divulgations précédentes selon lesquelles la NSA espionnait des alliés des États-Unis tels le Mexique, le Brésil, l’Angleterre et l’Allemagne, il n’est guère plausible que l’establishment politique français soit vraiment choqué par les nouvelles révélations. Durant l’été, les responsables français avaient commencé à effectuer des enquêtes sur les activités de la NSA après qu’il a été connu que l’agence américaine avait ciblé divers gouvernements européens pour les mettre sous surveillance.

La chaîne de télévision France 24 a interviewé à ce sujet l’ancien cadre de l’armée de l’air, le général Alain Charret. Charret a précisé que le gouvernement français était parfaitement au courant de l’espionnage de la NSA, que la France disposait de ses propres programmes de surveillance et que les autorités judiciaires de l’Union européenne étaient incapables d’empêcher l’espionnage de masse de la NSA sur le continent parce que les points d’accès aux données ne se trouvaient pas sur le territoire français.

«Lorsqu’on dit que la NSA espionne en France, il faut bien se rendre compte qu’elle le fait depuis des satellites ou au niveau des câbles sous-marins qui ne sont pas sur le territoire français», a remarqué Charret. «Même si la Cour européenne des droits de l’Homme était saisie et condamnait la NSA pour violation de la vie privée, ça n’empêcherait pas l’agence de renseignement de continuer à écouter les conversations téléphoniques en France comme ailleurs», a-t-il poursuivi.

Selon Charret, «Il y a eu, par le passé, des exemples avérés d’écoutes téléphoniques de la NSA qui ont coûté à des entreprises françaises de lucratifs contrats notamment au Brésil et en Arabie saoudite». Il a ajouté qu’au cours de l’été, des responsables français avaient reçu l’ordre de n’utiliser «que des téléphones cryptés pour certaines communications», montrant que les «autorités françaises étaient au courant que la NSA écoutait les communications de certains Français».

Au sujet de la réaction de Valls et de Fabius, Charret a dit: «Toute cette affaire est empreinte d’hypocrisie… nous en avons probablement un [programme] qui ressemble, dans une moindre mesure, à celui des États-Unis.»

L’espionnage de gouvernements étrangers par la NSA a créé des frictions entre les États-Unis et les gouvernements d’Amérique latine. La présidente brésilienne, Dilma Roussef, avait annulé en septembre une visite aux États-Unis après avoir appris être la cible de la NSA.

Selon le magazine Der Spiegel, la division de la NSA, la TAO (Tailored Access Operations, bureau des opérations d’accès sur mesure) avait réussi en mai 2010 à entrer dans le compte de messagerie du président mexicain de l’époque, Felipe Calderon. Der Spiegel a dit que les documents obtenus de Snowden montraient que la NSA avait accédé à un «serveur central» du réseau informatique utilisé par le président mexicain en permettant à l’agence d’avoir accès aux communications de Calderon ainsi qu’à celles d’autres membres de son gouvernement.

«Cette pratique est inacceptable, illégale et va à l’encontre de la loi mexicaine et internationale», a dit le ministre des Affaires étrangères du Mexique dans un communiqué.

Thomas Gaist

Article original en anglais, WSWS

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le Lancet, l’une des principales revues médicales au niveau mondial, a publié un rapport qui soutient la thèse de l’empoisonnement de Yasser Arafat au polonium 210.

Le président de l’Autorité palestinienne est décédé dans un hôpital militaire français en novembre 2004 après être tombé malade dans son quartier général de Ramallah.

L’étude ne répond pas à la question de savoir s’il s’agissait d’un assassinat, ou de savoir comment il est entré en contact avec le polonium, mais la présence de cet isotope radioactif indique irréfutablement qu’il a été assassiné. Étant donné la difficulté à obtenir l’isotope, sauf pour les puissances nucléaires, et en se demandant à qui profite le crime, il est clair que ce meurtre a été préparé – sinon réalisé – par Israël ou les États-Unis.

Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est contenté de dire qu’il « n’a rien de nouveau » à dire concernant la mort d’Arafat.

Cette étude intitulée Improving Forensic Investigation for Polonium Poisoning[Améliorer la recherche des empoisonnements au polonium dans les autopsies] a été publiée le 12 octobre. Elle décrit un examen mené par des scientifiques suisses de 38 objets ayant appartenu à Arafat, dont des sous-vêtements et une brosse à dents, et leur comparaison avec un groupe témoin de 37 autres objets lui ayant appartenu mais étant demeurés inutilisés depuis un certain temps avant son décès. Les toxicologues ont trouvé des traces de la substance qui « étaye la possibilité de l’empoisonnement d’Arafat au polonium 210 ».

Les scientifiques ont ajouté : « Bien que l’absence de myelosuppression [une déficience de la moelle osseuse] et de perte de cheveux n’aille pas dans le sens d’un syndrome radioactif aigu, les symptômes comme la nausée, les vomissements, la diarrhée, et l’anorexie, suivis par des défaillances hépatiques et rénales, peuvent indiquer un empoisonnement radioactif ».

Le passage du temps depuis la mort d’Arafat rend plus difficile la détection du polonium, dont la quantité décroît assez rapidement. Néanmoins, « en s’appuyant sur l’autopsie, il y avait des doutes suffisants pour recommander l’exhumation de son corps en 2012 ».

Le rapport a été rédigé par des scientifiques de l’Institut de physique des radiations à Lausanne et du Centre universitaire de médecine légale de Lausanne-Genève, dont certains avaient participé aux tests publiés par Al Jazeera l’an dernier.

L’enquête de neuf mois menée par cette chaîne d’information sur la mort d’Arafat avait révélé que l’examen suisse de ses données médicales et de certaines de ses affaires fournies par sa veuve Suha Arafat, dont sa brosse à dents, ses habits et son keffieh, avait mis en évidence des traces de polonium.

Suha Arafat avait exprimé ses doutes sur la cause de la maladie de son mari pour la première fois quand il a été hospitalisé en France en 2004. Arafat avait été envoyé dans un hôpital militaire français en souffrant de nausées sévères et de douleurs stomacales après avoir vomi durant une réunion. Ses symptômes se sont aggravés malgré des traitements médicaux, avec des défaillances du foie et des reins. Il est mort quelques semaines plus tard après être tombé dans le coma.

La dépouille d’Arafat repose dans un Mausolée à la Moukata de Ramallah, qui est gardée par des soldats.

Les rumeurs selon lesquelles Arafat aurait été empoisonné se sont amplifiées, notamment parce que les médecins n’étaient pas en mesure d’identifier ce qui avait pu entraîner l’hémorragie cérébrale qui a causé sa mort.

Après le reportage d’Al Jazeera l’an dernier, Suha Arafat a insisté auprès de l’AP pour faire exhumer le corps de son mari afin qu’une autopsie puisse établir la cause de sa mort.

La demande de sa veuve a incommodé Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne (AP), choisi par Washington pour succéder à Arafat aux élections qui ont eu lieu peu après sa mort. L’AP n’a jamais mené d’enquête sérieuse sur la mort d’Arafat. Abbas a été contraint d’accéder à la requête de la veuve quand le Mufti Mohammed Hussein, le plus haut responsable musulman de la Bande de Gaza, a déclaré qu’il n’apportait aucune objection à cette autopsie.

Des prélèvements effectués sur le cadavre d’Arafat ont été envoyés à des équipes de médecine légale en Suisse, en France et en Russie en novembre 2012 pour déterminer s’il avait bien été assassiné au polonium 210, la même substance qui avait causé la mort à Londres en 2006 d’Alexandre Litvinenko, un ex-agent russe du KGB devenu critique de la politique du Kremlin. Les enquêtes des trois équipes de toxicologues sur la dépouille d’Arafat, ainsi que sur des prélèvements effectués dans le mausolée et dans la terre où elle se trouve, se poursuivent. L’on ne sait pas quand les résultats seront publiés, en raison des procédures judiciaires.

La responsabilité de la mort d’Arafat a été longtemps attribuée aux services secrets du Mossad israélien, qui ont une longue histoire d’enlèvements et d’assassinats de chefs palestiniens et plus récemment de scientifiques iraniens qui travaillent sur le nucléaire. En 1997, ils ont mené une tentative avortée d’empoisonner le chef du Hamas Khaled Meshaal à Amman, en Jordanie, en répandant du poison dans son oreille. Deux des agents ont été arrêtés presque immédiatement. Les autorités jordaniennes ont été furieuses et ont insisté pour qu’Israël fournisse un antidote pour sauver la vie de Meshaal.

En 2002 et 2004, le Premier ministre Ariel Sharon, et en 2003 le vice-Premier ministre Ehud Olmert, ont officiellement menacé d’assassiner Arafat, et on admet qu’il y a eu plusieurs tentatives de le tuer.

Quelques semaines seulement avant la maladie finale d’Arafat, Sharon a réitéré ses menaces, déclarant au journal Ma’ariv qu’Israël « opérera de la même manière » contre Arafat qu’il l’avait fait contre les dirigeants du Hamas, le Cheikh Ahmed Yassin et Abdel-Aziz al-Rantisse – tous deux assassinés par Israël. Sharon avait déclaré à plusieurs reprises qu’il ne regrettait pas le meurtre du chef palestinien lors du siège de Beyrouth en 1982.

Uri Avnery, un ex-député israélien et activiste pour la paix, a fait savoir que juste avant la mort d’un proche confident de Sharon, Uri Dan, celui-ci avait publié un livre en France [Ariel Sharon : entretiens intimes avec Uri Dan,Lafon2006, ndt]. Le livre indique que Sharon a parlé à Dan d’une conversation que Sharon a eue avec le président George W. Bush. Sharon y a demandé la permission de tuer Arafat et Bush l’a accordée, sous la réserve que cela devait être fait de manière indétectable. Lorsque Dan a demandé à Sharon si cela avait été appliqué, Sharon a répondu : « Il vaut mieux ne pas en parler ».

La haine d’Israël envers Arafat provient de son soutien acharné à l’indépendance de la Palestine et de son refus de faire taire l’opposition militante en Israël, la brigade des martyrs d’Al Aqsa, le Jihad islamique, et le Hamas, ce qui aurait nécessité le déclenchement d’une guerre civile contre son propre peuple. Son successeur, Mahmoud Abbas, n’avait pas autant de scrupules. Il s’est servi de l’AP et de ses responsables des forces de sécurité, comme Mohammed Dahlan, qui avait des contacts réguliers avec la CIA et les responsables de la sécurité israélienne, pour faire appliquer les diktats d’Israël et des États-Unis.

Selon le magazine Vanity Fair, les États-Unis ont fourni des armes et de l’argent liquide à Dahlan, ont entraîné ses hommes et lui ont ordonné de mener un coup militaire contre le Hamas, qui avait remporté les élections de l’AP en janvier 2006 dans la Bande de Gaza. Cependant, le gouvernement élu du Hamas était prévenu et a mené un contre-coup préventif, battant les forces de Dahlan.

L’AP a ensuite désavoué Dahlan, l’a exclu du Fatah et l’a accusé de former une armée privée en Cisjordanie dans le dessein de supplanter Abbas. Un rapport de l’AP de 2011 l’a même accusé d’être impliqué dans la mort d’Arafat. Dahlan est le candidat préféré d’Israël pour succéder à Abbas vieillissant.

Jean Shaoul

Article original, WSWS, paru le 21 octobre 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

La Havane vient d’annoncer la suppression prochaine de la double monnaie à Cuba, afin de réduire les inégalités et les distorsions économiques.

En 1993, face à la grave crise économique qui a frappé l’île suite à la désintégration de l’Union soviétique, les autorités de La Havane ont décidé de légaliser la circulation du dollar étasunien dans le pays. Il fallait trouver les devises indispensables au fonctionnement de l’économie et du commerce et subvenir aux besoins de la population, notamment dans le secteur alimentaire. Deux monnaies circulaient ainsi dans le pays : le dollar et le peso cubain (CUP).

En 1994, en plus du peso cubain et du dollar, le peso convertible (CUC) a été introduit dans l’île par la Banque centrale avec une valeur égale au dollar, faisant de Cuba le seul pays au monde à imprimer une double monnaie. Le CUC est notamment utilisé dans le secteur du tourisme et pour acquérir des produits d’importation. De 1994 à 2004, il y eut ainsi trois monnaies en circulation à Cuba, jusqu’à la disparition du dollar en 2004, suite aux nouvelles sanctions économiques imposées par l’administration Bush. Désormais, le peso cubain côtoie le peso convertible avec une différence de valeur notable : il faut 25 CUP pour obtenir 1 CUC.

Cette double monnaie est donc source d’inégalité au sein de la nation dans la mesure où l’immense majorité de la population active reçoit son salaire en CUP. Une petite catégorie de Cubains, notamment les employés de l’industrie touristique et ceux qui reçoivent une aide familiale de l’étranger, ont accès au CUC. Cette dualité monétaire a eu pour conséquence d’amener un nombre substantiel de personnel qualifié – universitaires, médecins, architectes, ingénieurs – à abandonner leur profession initiale au profit d’une activité plus lucrative tel que chauffeur de taxi, serveur ou portier dans un hôtel.

Par ailleurs, la comptabilité nationale est bouleversée par ce système de double monnaie, qui cause de nombreuses distorsions rendant compliquée toute mesure économique. Cela a un impact direct sur la politique économique mise en place par l’Etat et nuit gravement au développement du pays.

Le Président Raúl Castro, conscient de cette réalité, a décidé d’agir en conséquence. Selon lui, « le phénomène de la dualité monétaire constitue l’un des obstacles les plus importants au progrès de la nation ». Il a donc fixé comme objectif aux principaux économistes cubains de mettre en place une stratégie économique et financière afin d’arriver à une unification monétaire dans les plus brefs délais.

Le 22 octobre 2013, conformément au projet d’actualisation du modèle économique adopté en avril 2011 par le VI Congrès du Parti Communiste Cubain, le gouvernement de La Havane a annoncé le lancement du processus d’unification monétaire. Les autorités n’ont pas pour autant indiqué les modalités précises de ce changement ni fourni de délai. Ces changements concerneront dans un premier temps les entreprises et les institutions, avant de s’étendre ensuite à tout le pays.

Le caractère parcimonieux des informations fournies par les autorités cubaines s’explique par la complexité du processus d’unification monétaire. Pour pouvoir harmoniser les salaires à la hausse, il est indispensable d’augmenter à la fois la productivité et la production. Il faut également élaborer une stratégie de substitution des importations, notamment dans le domaine alimentaire, dans un pays dépendant à 80% des matières premières agricoles produites à l’étranger.

Si l’unification monétaire se réalise dans de bonnes conditions, à savoir accompagnée d’une amélioration de la production, de la productivité et des salaires, il sera possible d’éliminer la source d’inégalité que représente la dualité CUP/CUC. Elle mettra également un terme aux nombreuses distorsions d’ordre économique engendrées par une double comptabilité. Mais à l’évidence, cette réforme monétaire ne sera pas facile à réaliser.

 Salim Lamrani

Article publié initialement en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/32014/unificacao+monetaria+em+cuba+deve+eliminar+desigualdade.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

Contact : [email protected] ; [email protected]

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Militarisation : La communication est stratégique

octobre 29th, 2013 by Manlio Dinucci

Qui aurait dit que le professeur Mario Mauro, titulaire d’une maîtrise de lettres et philosophie de l’Université Catholique du Sacré Cœur et avec une expérience de conscription militaire de caporal-chef, serait devenu un expert en stratégie ? Nommé ministre de la défense, il a promulgué une « Directive sur la communication stratégique ». Le président Napolitano –explique-t-on en introduction- a déclaré qu’il faut réagir à des désinformations et polémiques qui atteignent l’instrument militaire, dont le rôle, dans l’esprit de la Constitution, est de veiller à la participation italienne aux missions de stabilisation et de paix.  Informer de ce que fait la Défense pour assumer les devoirs institutionnels, n’est donc pas seulement un devoir, mais une nécessité pour battre en brèche la diffusion d’informations incorrectes. Comme celle –précisons-nous- que nous, au manifesto, diffusâmes en 2011, en dénonçant la guerre contre la Libye et ses véritables raisons, alors que le président Napolitano garantissait que « nous ne sommes pas entrés en guerre, nous sommes impliqués dans une action autorisée par le Conseil de sécurité ».

L’opinion publique et les mass médias, souligne la Directive, doivent être mis en condition de comprendre et apprécier la nécessité d’avoir un instrument militaire compétent, flexible et projetable. Les nouvelles menaces contre la sécurité imposent d’étendre l’engagement de la Défense loin des frontières nationales, pour les anticiper et les prévenir. Une absence de réponse à la Communauté Internationale (lire l’OTAN sous commandement USA) ne porterait pas seulement préjudice à l’image du pays, mais mettrait en danger même ses intérêts stratégiques et économiques. Il convient en conséquence d’accroître dans le public la conscience que les opérations militaires contribuent à la croissance du Pays et que l’Italie doit y assumer des rôles de responsabilité de plus en plus grande. Tel celui, confirmé par Mauro à la récente réunion OTAN des ministres de la défense, de participer au contingent de plus de 20mille hommes qui restera en Afghanistan après 2014 et à la dépense de 4 milliards de dollars annuels à allouer au gouvernement afghan (un des plus corrompus du monde).

Dans les opérations militaires, explique la Directive, la communication stratégique doit être considérée à l’instar des autres fonctions opérationnelles. En d’autres termes, pendant qu’on engage des forces militaires dans les guerres, il faut convaincre les citoyens de la nécessité de le faire. La même opération de conviction, spécifie la Directive, doit être faite à l’égard des communautés qui vivent près des installations militaires (en arrivant par exemple à convaincre la population de Niscemi d’accepter le Muos) et des citoyens réticents à accepter les programmes militaires d’investissement (en les convainquant que c’est bien de dépenser 15 milliards d’euros pour les chasseurs F-35).

La communication stratégique est dirigée en général vers les médias, le monde de l’école, les universités, les associations culturelles. Elle doit en même temps viser les « acteurs culturels » (journalistes, directeurs de programme télévisés, blogueurs et autres, pour qu’ils convainquent l’opinion publique de soutenir les forces armées et leurs opérations) et les « décideurs politiques » (c’est-à-dire les parlementaires pour qu’ils votent des lois qui renforcent le secteur militaire). Il ne s’agit pas seulement d’informer les destinataires des choix de la Défense, précise la Directive, mais aussi que ceux-ci soient impliqués dans la bonne issue des décisions prises.

En d’autres termes : ce qui est planifié par le ministère de la défense est non seulement une colossale campagne de désinformation, conduite par un personnel choisi et formé à ce sujet, mais un véritable plan de militarisation des esprits.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 29 octobre de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Quelques jours avant l’assemblée générale annuelle du FMI et de la Banque mondiale, qui s’est tenue du 11 au 13 octobre 2013 à Washington, le FMI est revenu à la charge. Concrètement, en Espagne, après avoir proposé une baisse de salaires qui a provoqué une réaction inhabituelle |1| , il réclame désormais de réduire la liste des produits et services considérés basiques ou de première nécessité qui bénéficient des taux réduits de TVA. Il s’agit bien du même remède qui provoqua les fameuses émeutes de la faim, aussi appelées « émeutes FMI », au Sud de la planète, quand le prix du pain ou de l’essence montait d’un coup en une nuit jusqu’à des prix inabordables pour la majorité de la population. On peut citer entre autres exemples, le soulèvement connu comme « Caracazo » au Venezuela en 1989, lors de la mise en œuvre d’une mesure du plan du FMI qui a provoqué l’augmentation subite du combustible ; ou celui du Pérou en 1991, quand le prix du pain a été multiplié par 12 alors que les salaires amorçaient leur chute ; du Zimbabwe en 2000 ; Argentine, Paraguay et Uruguay en 2001… La liste est aussi longue, que l’est l’histoire du néocolonialisme économique de l’institution de Washington.

En somme, le FMI suit la voie de l’austérité qu’il applique au Sud, où ses politiques échouent depuis des décennies. Au-delà de quelques nouvelles propositions sur les prélèvements, il n’y a rien de nouveau dans l’idéologie de l’institution. Déjà en 1999, dans un rapport sur les Effets des politiques d’ajustement structurel sur la jouissance effective des droits de l’homme, la Commission des droits de l’homme des Nations Unies portait sur les plans d’austérité au Sud ce constat que nous pouvons appliquer à l’actuelle crise de la dette au Nord :

Malheureusement, aussi bien le FMI que la Banque mondiale considèrent la gestion de la crise d’endettement comme une activité distincte de la tâche fondamentale qui est le développement humain. Une forte croissance du produit national brut (PNB) ou la réduction de l’inflation ne débouche sur le développement qu’à condition de s’accompagner de changements dans la répartition du revenu, de manière à permettre à une plus large proportion de la population de jouir effectivement de ses droits économiques, sociaux et culturels. |2|

L’austérité, un projet politique à échelle internationale

Ces politiques d’austérité du FMI, en plus de violer la souveraineté des peuples, anéantissent les droits les plus élémentaires des personnes. La proposition d’introduire un impôt exceptionnel avec un taux de 10% sur le capital de toutes les épargnes quel qu’en soit leurs montants, cela pour réduire la dette publique des pays européens au niveau d’avant la crise en 2007, ne doit pas nous induire en erreur. Bien sur, cela nous rappelle ce qui est arrivé à Chypre, même si dans ce cas il s’agissait d’un taux de 47,5% sur tous les comptes disposant de plus de 100 000 euros. Ceci dit, on a plutôt l’impression d’être face à une attitude désespérée afin d’attirer l’attention pour dissimuler d’autres mesures à venir. De la même manière, quand le FMI affirme qu’il reste de la marge pour augmenter les taux d’imposition des tranches supérieures de revenus, il semble que, devant le chaos que génèrent ses propres mesures, il doive faire semblant d’innover pour que sa politique soit soutenable… et suive le même chemin capitaliste. D’ailleurs, comme disait le rapport de l’ONU en 1999 déjà cité, il faut comprendre les politiques d’austérité bien plus comme un projet politique à échelle internationale :

L’ajustement structurel va au-delà de la simple imposition d’un ensemble de mesures macroéconomiques au niveau interne. Il est l’expression d’un projet politique, d’une stratégie délibérée de transformation sociale à l’échelle mondiale, dont l’objectif principal est de faire de la planète un champ d’action où les sociétés transnationales pourront opérer en toute sécurité. Bref, les programmes d’ajustement structurel (PAS) jouent un rôle de “courroie de transmission” pour faciliter le processus de mondialisation qui passe par la libéralisation, la déréglementation et la réduction du rôle de l’État dans le développement national. |3|

Le 9 octobre 2013, après la présentation du rapport Taxing Times du FMI, Michael Keen, directeur adjoint du département des finances publiques du FMI, déclara que l’Espagne « n’a pas eu suffisamment recours à la TVA » pour augmenter ses recettes. Il n’aura vraisemblablement pas suffit d’appliquer une hausse de TVA de 13 points, passant de 8 à 21% pour les secteurs de la Culture, des livres ou du matériel scolaire. Les Espagnols apprécieront l’attention particulière du FMI à ce propos. Après deux hausses brutales de l’impôt régressif le plus injuste, d’abord sous le gouvernement du parti dit socialiste (PSOE) et de la droite (PP) ensuite, les recommandations du FMI sont scandaleuses. Ils prétendent soigner la maladie en tuant le patient.

Dans son rapport fiscal d’octobre 2013, Le FMI, affiche une soudaine préoccupation pour réduire la dette publique aux niveaux d’avant la crise en 2007, sans pour autant reconnaitre que dans certains cas, et en Espagne en particulier, la dette publique s’est envolée précisément en conséquence du sauvetage bancaire. En guise de solution, le FMI revient à faire des propositions profondément injustes et erronées, tel l’impôt exceptionnel déjà mentionné de 10% sur l’économie des foyers. |4| Dans son argumentaire, le FMI met en garde contre « les risques des alternatives » à cette proposition, tel que « la répudiation de la dette publique ». Un « risque » qui constituerait plutôt pour nous un premier pas vers une sortie de crise.

Depuis la Plateforme espagnole d’Audit Citoyen de la Dette, nous ne devons pas, nous ne payons pas (Plataforma Auditoría Ciudadana de la Deuda, No debemos , no Pagamos), nous développons des activités afin que les citoyennes et citoyens puissent envisager des alternatives, définir des critères pour qualifier une dette illégitime et en refuser le paiement.

Jérôme Duval

F. Martín

Traduction Jérôme Duval et Virginie de Romanet

Notes

|1| Jérôme Duval, Fátima Fafatale, Espagne. Le sombre avenir que nous réserve le FMI : Dette, chômage et pauvreté.

|2| Effets des politiques d’ajustement structurel sur la jouissance effective des droits de l’homme, point 6. http://www.cetim.ch/fr/documents/pa…

|3| Nations Unies, Ibid, point 31.

|4| A One-Off Capital Levy ?, in Taxing Times, Fiscal Monitor, FMI, octobre 2013, page 49.http://www.imf.org/external/pubs/ft…

Photo : Le Malecon à La Havane

Jeudi 24 octobre 2013

Vendredi seront conclues à La Havane les délibérations de la Première Conférence sur les Etudes Stratégiques organisées par le Centre d’Investigations de Politique Internationale dépendant de l’Institut Supérieur de Relations Internationales (ISRI) du Ministère des Relations Extérieures de Cuba.

Quelques réflexions préliminaires ont été formulées ; ci-dessous, quelques unes des conclusions les plus importantes de la conférence sont exposées :

a) La nécessité d’une réponse beaucoup plus tranchante de nos pays à l’agression informatique, à l’espionnage et aux cyber-attaques lancées par diverses agences d’intelligence des Etats-Unis. De fait, alors que Google, Yahoo, Skype, Facebook et d’autres grandes compagnies du monde d’Internet ont reconnu publiquement qu’elles transmettent leurs archives aux organismes d’espionnage et de sécurité de Etats-Unis, tous ces programmes auraient du être éliminés immédiatement des organismes gouvernementaux de la région et remplacés, dans la mesure du possible, par des substituts de software libres.

Parallèlement une grande campagne aurait du être lancée pour dissuader leur utilisation dans les organisations non-gouvernementales et le public en général, ce qui ne c’est fait que dans une faible mesure au Brésil, victime préférentielle de ces attaques avec la France et l’Allemagne, selon de récentes révélations. Plusieurs experts s’accordent pour déclarer que les programmes conventionnels d’anti-virus examinent et nettoient toutes les archives des ordinateurs, localisés tant au Caire qu’à Buenos Aires ou Bangalore, mais que le travail s’effectue aux Etats-Unis et que simultanément avec l’élimination ou non des virus, ces archives sont copiées et conservées dans de gigantesques serveurs contrôlés par le gouvernement des Etats-Unis, où elles sont stockées et compilées, d’abord par des robots informatiques, et ensuite par des humains quand des contenus , envoyeurs ou destinataires suspects apparaissent. Conclusion : il s’impose d’accélérer la transition vers le software libre et en plus il faut se défaire de tous les ordinateurs fabriqués aux Etats-Unis ou par des firmes nord-américaines situées dans d’autres pays, d’où il apparaît nécessaire de développer une industrie latino-américaine de production de hardware en tous genres (ordinateur de bureau, laptots, tablettes, etc.)

b) Une autre conclusion s’est focalisée sur La silencieuse et permanente agression militaire de l’impérialisme et le rôle de l’UNASUR. Un des plus graves problèmes qu’affronte la région est que, malgré 76 bases militaires étasuniennes, les gouvernements de l’UNASUR n’ont pas, jusqu’ici, réussi à se mettre d’accord sur une hypothèse de conflit réaliste pour la région. Hypothèse qui doit répondre à une question simple. Quel est notre plus probable agresseur ou quel est celui qui déjà nous menace ?

Malgré la présence écrasante de tant d’installations militaires étasuniennes disséminées de long en large dans toute l’Amérique du Sud, cette réponse n’a toujours pas été même ébauchée et continue à être un thème tabou à l’intérieur de l’UNASUR. L’hétérogénéité de la carte socio-politique Sud Américaine conspire clairement contre une telle initiative. Il y a des gouvernements qui ont assumé comme mission de se convertir en « Chevaux de Troie » de l’empire et obéissent inconditionnellement aux directives émanant de Washington : en Sud Amérique, telle est la situation de la Colombie, du Pérou et du Chili, avec la très probable addition à la liste du gouvernement du Paraguay. D’autres combattent pour assurer leur autodétermination et résister aux desseins et pressions de l’impérialisme : cas de la Bolivie, de l’Equateur et du Venezuela. Et d’autres encore comme l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay, naviguent entre deux eaux : ils appuient tièdement les seconds dans leurs projets continentaux mais partagent avec les premiers leur vocation d’instaurer dans leurs pays un « capitalisme sérieux», trompeur oxymoron qui embrouille tant la conscience des gouvernants que celle des gouvernés. Le résultat est l’énorme difficulté de parvenir à un accord, par exemple, exiger quelque chose d’aussi fondamental que le retrait des bases militaires étrangères d’Amérique du Sud, ou de maintenir cette partie du continent comme zone libre d’armes nucléaires, chose qu’il est impossible actuellement de vérifier. Comment savoir qu’elles sont les armes que le Pentagone installe sur ses bases ? Il y a des soupçons fort bien fondés de ce que, sur certaines qu’il possède, en Colombie, comme Palenquero, ou celle de l’OTAN aux Malouines (base qui compte avec l’appui logistique et avec la présence étasunienne) peuvent se trouver des armes de destruction massives. Mais la vérification in situ est restée, du moins jusqu’ici, impossible parce que il n’existe pas même un accord sur la nécessité ou la pertinence de mener à bien une inspection.

La silencieuse mais très effective ingérence de Washington dans les forces armées latino-américaine se traduit aussi dans l’insolite continuité des programmes de « formation et entraînement» des militaires et – attention ! – des forces de polices de la région. Même des gouvernements en affrontements direct avec l’impérialisme nord-américain, subissent l’inertie de tant de décennies de formation à l’Ecole des Amériques et d’autres du même genre, ce qui rend difficile de se soustraire à la pression militaire pour la poursuite ces programmes. Et quand l’habitude et les incitants financiers ne suffisent pas, la Maison Blanche recourt à l’extorsion. Si un pays décide de ne plus envoyer ses officiers prendre des cours de formation aux Etats-Unis, en représailles Washington peut interrompre la fourniture d’équipements militaires aux pays de la région, que ce soit sous la forme de dons ou de ventes subsidiées. De cette manière le gouvernement désobéissant pourra par la suite être accusé de « non collaboration » dans la guerre contre le narcotrafic ou le terrorisme, entre autres choses, pour ne pas disposer des équipements et armements adéquats pour cette tâche. Il est logique d’imaginer que qui s’entraîne aux Etats-Unis combatte ceux que ce pays considère comme ses ennemis. Et nous savons bien qui sont ceux-là pour l’empire : précisément les gouvernements et forces anti-impérialistes de la région. Somme toute : les cours, les armes et les doctrines militaires forment une trinité inséparable. Les pays qui envoient ses officiers s’entraîner aux Etats-Unis laisse aussi aux mains de ce pays la décision de savoir qui sont les ennemis à combattre et comment le faire.

Dans la même lignée, nous devons signaler l’absurde survivance du TIAR, le traité Interaméricain d’Assistance Réciproque condamné de fait par la collaboration apportée par Washington à la Grande Bretagne dans la guerre des Malouines ou la poursuite des réunions périodiques des Commandants en Chefs de la Junte Interaméricaine de Défense (JID) ; ou la réalisation d’opérations conjointes avec les forces des Etats-Unis, vu qu’ils sont l’unique ennemi de la région en vue. Tout ce qui précède se complète, sur le plan juridique, avec l’approbation de presque tous nos pays d’une législation antiterroristes inspirée seulement par la nécessité de protéger la silencieuse occupation par les Etats-Unis du territoire latino-américain et de criminaliser les forces politiques et mouvements sociaux qui s’opposent aux avancées de l’impérialisme.

c) Au cours de la conférence apparut aussi la nécessité d’étudier systématiquement l’impérialisme nord-américain. Il faut inverser une tendance dangereuse fort présente dans les forces politiques et mouvements anti-impérialistes de la région qui se synthétise dans une consigne qui frise le suicide ; « l’ennemi ne s’étudie pas, il se combat ». Cela exalte la ferveur militante, ce qui est bien, mais sous-estime la nécessité de connaître scientifiquement, minutieusement l’impérialisme, ce qui est mal. Sans étudier à fond les Etats-Unis en tant que centre nerveux du système impérialiste, sans savoir comment il fonctionne ; sans connaître les dispositifs au moyens desquels il établi sa prédominance à l’échelle mondiale et qui sont ses agents opératifs sur les plans de l’économie, de la politique et de la culture, méconnaissant ses stratégies et tactiques de lutte, ses artifices de propagande et ses conceptions idéologiques, et qui sont ses valets locaux devient quasi impossible de livrer avec succès une bataille contre sa domination. En cela José Marti – un des plus grand héros de nos luttes anti-impérialistes – avait raison, quand pour fonder son diagnostique sur les inquiétant desseins des Etats-Unis, il dit à son ami Manuel Mercado que « j’ai vécu dans le monstre, je connais ses entrailles »

Mais la méconnaissance de l’empire n’est pas l’apanage exclusif de la militance anti-impérialiste. Lamentablement dans les écoles supérieures de nos pays l’étude des Etats-Unis est une matière qui brille par son absence. On compte sur les doigts d’une main les centres d’investigations qui se dédient à étudier nos oppresseurs, pendant que les Etats-Unis disposent d’environ trois cents centres et/ou programmes d’enseignement et investigation qui ont pour objet d’enquêter sur nos sociétés. Ces préoccupantes réalités devraient susciter une rapide réaction des forces anti-impérialistes de la région, en se rappelant qu’observait avec beaucoup de raison Lénine en disant que « rien n’est plus pratique qu’une bonne théorie ».

Une bonne théorie sur l’impérialisme contemporain devrait articuler la conception classique, par-dessus tout la théorie léniniste de l »impérialisme, avec les nouveautés qui caractérisent le phénomène, un siècle après que le révolutionnaire russe écrive son livre sur ce thème. Nouveautés parmi lesquelles le déplacement du centre de l’impérialisme depuis les puissances coloniales européennes vers les Etats-Unis n’est pas la moindre ; nouveautés, qui, il est important de le souligner, loin de réfuter les prévisions et analyses de Lénine, n’ont fait que les ratifier mais sous des formes nouvelles qui ne peuvent être ignorées par ceux qui prétendent livrer un combat efficace contre un système aussi pervers.[1]

Il est tout aussi indispensable d’étudier consciencieusement le fonctionnement du “complexe militaire et industriel » nord-américain, et son insatiable voracité. C’est cette trame de gigantesque oligopoles qui constituent le cœur de la classe dominante nord-américaine et, par extension la bourgeoisie impériale. Pour le complexe militaro-industriel, la paix équivaut à la banqueroute, sans guerres pas de bénéfices et sans bénéfices, il n’est pas possible de financer la classe politique des Etats-Unis. Une articulation perverse entre la rentabilité de l’industrie de l’armement – une industrie qui ne provoque que la destruction et la mort – et les besoins des politiques nord-américaines de financer leurs carrières politiques qui inévitablement finissent en mettant les vainqueurs au service de leurs financiers. Pas surprenant du coup, de constater que les ventes des industries du complexe militaro-industriels aient augmenté de 60% entre 2002 et 2012, depuis qu’à commencé la grande contre-offensive du 11-S à nos jours.

Donné additionnelle : vous rappelez vous qu’il y a quelques six mois il semblait que le monde ait été sur le point de subir une imminente attaque atomique lancée par la Corée du Nord ? Que c’est-il passé à ce sujet ? A présent les Nord-Coréens ne mettent plus la planète en échec ? Après, on entendit qu’il semblerait que l’obstination des Iraniens à poursuivre leur programme nucléaire mettait en danger la paix mondiale et encore plus tard ce fut le problème des « armes chimiques » de Syrie qui semblèrent nous mener, encore une fois, au bord d’une Troisième Guerre Mondiale. Conclusion : pour la rentabilité de ses affaires, le complexe militaro-industriel, doit s’assurer qu’il y ait des crises en permanence et quand il n’y en a pas, il les invente, et quand ils ne les inventent pas, il les construit médiatiquement. C’est pourquoi, la presse hégémonique, telle la putain de Babylone, s’empresse de diffuser ces mensonges qui effrayent la population franchissant le seuil qui stimule la production d’armements nouveaux et toujours plus létaux.

d) Divers exposés de la conférence signalèrent la continuité de la politique de la Maison Blanche envers l’Aérique Latine et les Caraïbe. En ce sens, il y eut un consensus quasiment unanime à mettre en évidence l’identité qui existe entre les politiques latino-américaines des administrations de George W. Bush et Barack Obama, raison pour laquelle, il convient de cesser d’utiliser ce nom –administration – et de parler plutôt du régime de Washington, pour signaler de cette manière la violation systématique de la légalité internationale et des droits humains pratiquée pas le gouvernement nord-américain de n’importe quelle tendance.[2]

En ce qui concerne Cuba si le régime nord-américain fit quelque chose, ce fut bien d’intensifier le blocus financier, commercial et économique contre l’île, ajustant toujours d’avantage les contrôles établis par la législation étasunienne. Cela reste surprenant que n’ait pas encore surgit une plainte universelle contre l’illégale et immorale extra-territorialité établie par l’Amendement Toricelli à la Loi Helms-Burton. Selon cette monstruosité juridique – conçue pour nuire exclusivement à un seul pays dans le monde : Cuba – le gouvernement des Etats-Unis est autorisé à appliquer des sanctions à n’importe quelle entreprise nationale ou d’un pays tiers (par exemple britannique, japonaise ou suédoise) pour la seule raison qu’elles feraient commerce avec Cuba ou initieraient des entreprises économiques avec l’Ile, par exemple dans l’exploitation du pétrole.

Entre autres propos, les Etats-Unis “légalisent” l’impérialisme par l’intermédiaire de l’imposition despotique de la loi étasunienne primant sur celle de tout autre pays du globe. Imaginons ce qui se passerait si un quelconque pays prétendait faire la même chose, par exemple, universaliser sa législation prohibitive de la peine de mort et sanctionner ceux qui, comme les Etats-Unis, l’appliquerait encore ! Pour qui douterait encore que nous vivons sous un système impérial les exemples précédents sont plus que suffisants pour les convaincre du contraire.

Une autre caractéristique qui démontre la maladive persistance de l’agression contre Cuba est donnée par le fait que Washington continue a utiliser des transmissions de  radio et de télévision illégales convoquant le peuple de l’Ile a subvertir l’ordre constitutionnel en vigueur et à se rebeller contre son gouvernement avec pour but de satisfaire le désir longuement caressé  d’un « changement de régime ». Ces transmissions non seulement diffusent de la propagande séditieuse mais en plus, interfèrent avec le fonctionnement normal des émissions de radio et de télévision cubaines. On estime que le coup de ces activités illégales patronnées par Washington s’élève à quelques 30 millions de dollars annuels.

Un rapport récent de l’Audit du Gouvernement étasunien se réfère exclusivement aux activités de l’USAID et du Département d’Etat, et révèle qu’entre 1996 et 2011 ces agences ont consacrés 205 millions de dollars pour promouvoir le renversement du gouvernement cubain. Biens des millions de plus furent attribués à la CIA, l’USAID, le Fond National pour la Démocratie et d’autres organisations similaires pour promouvoir d’aussi sinistres objectifs. C’est pourquoi, Noam Chomsky avait tout à fait raison quand interrogé à la fin 2008 sur son pronostique concernant l’imminente inauguration du « régime Obama » il répondit sarcastiquement que celui-ci serait le troisième cycle de l’administration Bush. Il avait raison comme l’histoire l’a démontré, encore qu’il était loin du compte ; si on calcule le nombre de morts civiles occasionnées par les avions sans pilotes nord-américains, les « drones », l’invraisemblable Prix Nobel de la Paix dépasse d de loin le solde tragique de son prédécesseur. Ah ! à six mois des élections présidentielles vénézuéliennes, le très distrait Obama ne semble toujours pas s’être aperçu que le gagnant de cette bataille fut le candidat chaviste Nicolas Maduro, il continue a ne pas reconnaître officiellement sa victoire et encourage de cette manière les plans de déstabilisation de l’opposition fasciste de la République Bolivarienne du Venezuela.

Les quatre combattants anti-terroristes cubains qui purgent dans les prisons de l’empire leur audace de prétendre démonter la machine terroriste installée à Miami – et protégée par le régime de Washington – pourrait être remis immédiatement en liberté si Obama exerçait les prérogatives de grâce présidentielle que lui confère la constitution. Mais il ne le fait pas. Par contre, il continue à parrainer des terroristes comme Luis Posada Carriles ou l’ex président bolivien Gonzalo Sanchez de Losada, dont l’extradition est sollicitée par la justice de ce pays pour sa responsabilité dans le massacre de 67 personnes durant es journées de manifestations populaires qui ont provoqué sa chute.

 Atilio Boron

Article original en espagnol :  América Latina: temas urgentes de la coyuntura geopolítica, le 27 octobre 2013

Traduction Anne Wolff


[1] Sur ce thème, on peut consulter les deux ouvrages de notre auteur en téléchargement gratuit sur le web : Imperio & Imperialismo. Una lectura crítica de Michael Hardt y Antonio Negri  (Buenos Aires: CLACSO, 5º edition,  2004, “Prix extraordinaire des essais de  “Casa de las Américas”), enparticulier le chapitre  8 et lacompilation qu’il a effectué sous le titre Nueva Hegemonía Mundial. Alternativas de cambio y movimientos sociales (Buenos Aires: CLACSO, 2004), po. 133-154. Vous trouverez le premier de ces ouvrages ici:

https://docs.google.com/file/d/0Bx2YC3gJbq2TMjExMTU0MGUtMjY2ZC00ZDg0LTljOWUtODIyMDZkNzM4YTRh/edit?usp=drive_web

Et le second :

http://biblioteca.clacso.edu.ar/clacso/se/20120507124307/nuevah.pdf

[2] Voir la note sur notre blog :

www.atilioboron.com.ar  ainsi que

http://www.cubadebate.cu/opinion/2013/09/19/the-obama-regime/

 

Atilio Boron est économiste et journaliste. 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le Mossad a mis l’Elysée sur écoute

octobre 28th, 2013 by Gilles Munier

NSA ou Mossad… qui écoutait Nicolas Sarkozy ? Qui écoute François Hollande ? Les deux, sans aucun doute. Après les révélations d’Edward Snowden sur l’attaque informatique dont l’Elysée a été victime en mai 2012 – entre les deux tours de l’élection présidentielle - deux hauts responsables des services français se sont rendu aux Etats-Unis pour demander des « explications » à la NSA. Selon un expert, l’attaque relevait d’une « volonté de s’installer à demeure sans se faire voir au cœur de la présidence ». L’agence étatsunienne a nié être à l’origine du piratage des ordinateurs de l’Elysée et a laissé entendre, insidieusement, que ce pourrait être le Mossad (Le Monde – 25/10/13).

C’est bien connu, la NSA partage ses informations avec les services secrets de pays alliés, du moins en leur donnant ce que bon lui semble. L’ISNU israélienne (Israeli Sigint National Unit) – la fameuse Unité combattante 8200 - reçoit donc sa part de « secrets », mais on sait moins qu’elle se sert aussi, directement et sans contrôle sérieux, dans les données brutes stockées par la NSA (1).

Lors de sa conférence de presse du 25 octobre, François Hollande a déclaré que les services français suivaient maintenant « plusieurs pistes ». Il suffit de lire les ouvrages sur les activités de la NSA publiés par James Bamford, ancien analyste de Marine américaine, pour savoir qu’une des plus sérieuses conduit à l’Unité 8200 ; ou d’ouvrir le quotidien londonien The Guardian du 11 septembre dernier pour connaître la nature de ses relations avec l’agence américaine (2).

François Hollande doit se rendre prochainement en visite officielle en Israël. Osera-t-il demander des « explications » à Shimon Peres ou à Benjamin Netanyahou sur les écoutes du PRISM israélien en France ? S’il en reçoit, s’en satisfera-t-il ? Oui, certainement, car il n’est pas dans sa nature de faire un esclandre. Alors, à quoi bon se plaindre… disons-le tout net : l’affaire des écoutes de l’Elysée par le Mossad est enterrée. Sous sa présidence, les cyber-guerriers israéliens poursuivront leur sale petit boulot en France, en toute impunité.

Gilles Munier

(1) Sur le même sujet, lire aussi :

Scandale NSA : l’Israeli Connection, par Gilles Munier

(Afrique Asie – octobre 2013)

http://0z.fr/kiOLv

(2)L’accord NSA – Unité 8200 :

http://www.theguardian.com/world/interactive/2013/sep/11/nsa-israel-intelligence-memorandum-understanding-document

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Avec recul, vaut mieux être citoyen d’un petit pays. Et non d’un grand qui souvent, n’a de cesse d’en référer à son passé au titre d’un prestige suranné. Cela aide à quelque modestie dans les attitudes et les déclarations, dans les comportements et les revendications. Et surtout, dans les prétentions. Comme d’aller faire la guerre en Syrie par exemple… Et au stade actuel, j’espère que la tentation de rattachement à la France de certains de mes compatriotes égarés par les querelles entre communautés linguistiques, ne se réalisera pas…

Depuis quelques temps, que n’est-il répété que la France est un graaand pays! Tout est bon pour l’illustrer : sa gastronomie incomparable, ses terroirs exceptionnels, son œnologie irremplaçable, ses cours d’eau admirables, ses paysages idylliques, ses plages incontournables, ses montagnes majestueuses, ses villages les plus pittoresques, son parc nucléaire unique, ses Champs Elysées décrétés plus belle avenue du monde (rien que ça!), sa capitale inégalable, jusqu’au moindre exploit sportif dont les journalistes s’étranglent en superlatifs, et j’en passe… De gauche comme de droite, tout le personnel politique et certains médias s’y emploient. La France est un graaand pays. Avec la régularité d’un métronome. La France est un graaand pays. A chaque intervention. La France est un graaand pays. Presque comme un mantra. Comme s’il fallait lourdement insister sur la chose, s’en persuader, tant la réalité d’aujourd’hui et ses désastres socio-économiques attestent du contraire, et tant le pays a  effectivement perdu de son aura, au fil du temps.

Mais comment en serait-il autrement au vu du personnel politique? Il suffit de voir les débats qui animent tout ce beau monde ces dernières années. A la suite de quoi et sans risque de se tromper, l’on peut dire que si la France fut un grand pays, il y a un sérieux moment que ce n’est plus le cas. Et sans doute est-ce cette réalité douloureuse voire insupportable pour certains, qui les fait s’extasier de la sorte, et dont faute d’arguments tangibles, en appellent régulièrement aux illustres noms du passé. Arguant qu’il est indispensable de s’en rappeler afin de ne pas décourager les citoyens qui perçoivent bien, eux, dans leur quotidien, que dans le village planétaire le graaand pays dont on leur parle n’est plus aussi grand que d’aucuns l’affirment. Un peu de modestie ne serait pas un luxe. Et ramènerait peut-être ceux-là à voir les réalités en face. Telles qu’elles sont, et non pas telles qu’ils les imaginent, ou qu’ils les fantasment…

De même pour cette Europe, si fastidieuse à construire. Et si éloignée des aspirations premières de ses citoyens que ceux-ci s’en détournent à grandes enjambées. La fuient quand ils le peuvent. Et vomissent pour une écrasante majorité d’entre eux, l’arrogante technocratie qui la dirige.

Aujourd’hui, la France cède lentement mais sûrement à la tentation populiste. A l’instar de ce que l’on voit un peu partout en Europe, la France hautaine, prétentieuse, donneuse de leçons, glisse insidieusement vers une droite extrême. Après les gesticulations pitoyables du ministre de l’intérieur Sarkozy de Nagy-Bocsa de l’époque, voici le pays confronté à celles du calculateur Valls, nationalisé en ’81. Valls avec deux « LL »… pour voler sur tous les fronts, pour se faire voir et valoir partout, avec deux « LL » avant deux « SS » bientôt. Quand, à sa manière il aura fait son « coming-out » et se sera définitivement débarrassé de toute retenue, à l’image de cette droite qui s’affiche désormais « décomplexée ». Celle-là même qui après la stigmatisation des arabes et des basanés toujours trop nombreux à ses yeux, s’indigne maintenant de quelques milliers de Roms sur son territoire, au point d’applaudir à la rafle policière d’une adolescente de 15 ans lors d’une excursion scolaire. Vu la méthode utilisée, il devait s’agir sans aucun doute d’une menace pour la sécurité nationale, voire d’une future terroriste…

Et que dire de ce misérable slogan en termes d’analyse politique que l’on entend en boucle : « La Fraaance aux Français! »… Quelle indigence de pensée, quelle absence de réflexion… Combien de noms d’origine étrangère, issus d’un métissage n’ont-ils pas été les lumières du pays!? Les décérébrés qui profèrent ces slogans aux relents raciste, le savent-ils? Bien sûr que non! Ce serait demander un effort que leur esprit ne supporterait pas. Dans le monde moderne et ouvert d’aujourd’hui, la France se laissera-t-elle tentée par le repli sur elle-même? Sur le strict concept franco-français pure souche? Et de peau claire, de préférence? Au pays des Lumières, comment un tel aveuglement est-il possible? Comment ne pas comprendre que depuis des années, les sociétés se mélangent et s’enrichissent mutuellement de leurs cultures par un métissage non seulement inévitable mais souhaitable? Comment ne pas voir que le graaand pays que fut la France ne peut plus prétendre à cette grandeur face à d’autres pays bien plus peuplés, bien plus jeunes, bien plus ouverts, bien plus dynamiques, et définitivement bien plus grands!? Quelle bêtise!

Pour le fun, si tous les immigrés devaient quitter la France, au bout d’un mois le pays serait paralysé, coulerait à pic et plongerait dans la pire dépression jamais connue! Et il est bien dommage qu’une telle expérience ne puisse être réalisée. Cela clouerait le bec à beaucoup de ces abrutis…

Mais un autre constat s’impose: il n’y a plus de gauche au pouvoir digne de ce nom en France… ni en Europe d’ailleurs. La gauche n’est plus qu’un mot. Vidé de sens et travesti par une oligarchie que l’exercice du pouvoir a fini par corrompre. Jusqu’à la moelle. Carriéristes, leur ego n’y résiste pas. L’appât du gain, les privilèges multiples et les prérogatives personnelles, les projecteurs des médias, la « peopelisation » de la profession les fait tous chavirer. Les exemples sont nombreux et chacun en a en tête. Il ne se passe pas un mois qu’une nouvelle affaire soit révélée… alimentant un peu plus le dégoût légitime d’une population excédée par ces cols blancs qui imposent des cures d’austérité aux plus modestes, tout en menant une vie de nabab, rarement probe, à l’opposé de toute équité et ruinant ainsi l’essence même d’une vraie démocratie…

Avec les moyens de communication actuels, la population n’est plus dupe. Le constat n’est pas la faillite des citoyens mais celle du politique! Les citoyens n’ont de cesse de payer les désastres innombrables des décisions politiques. Ils sont pris en otages tant au niveau national qu’européen par l’incompétence crasse de ceux-là, les amenant aujourd’hui à manifester leur ras-le-bol et pour certains à se « droitiser » un peu plus à chaque élection. Jusqu’à celle qui verra le FN accéder à la présidence de la nation. Où la mise en pratique du programme politique du parti « bleu-marine » avec en point d’orgue, la sortie annoncée de l’euro, signera les prémices de l’effondrement complet du pays. Et d’un appauvrissement accéléré et généralisé de tous ses citoyens – hormis la caste des nantis qui aura planqué biens et fortune dans quelques paradis fiscaux, qui quoi qu’ils en disent, existent toujours! Situation qui aura pour corollaire probable la sortie de la Grèce, de Chypre, de l’Espagne, de l’Italie et du Portugal, avec un sud définitivement largué du nord de l’Europe qui restera arrimé à l’Allemagne. Et avec les violences inévitables et incontrôlables que ce chambardement entraînera et dont on commence à voir ici-et-là les premiers signes. Voilà le cataclysme qui attend la graaande France si d’aventure elle était tentée par l’expérience Lepéniste. Et tous les ingrédients pour s’y vautrer sont là. Au vu et au su de tout un chacun : citoyens, médias, personnel politique.

Après les derniers mauvais pas de danse du ministre de l’intérieur, celui-là même « dont la cote de popularité est la plus élevée dans les sondages » – ces  mêmes sondages qui à coup sûr seront pour le rétablissement de la peine de mort (autre point du programme du FN) – il est à craindre qu’après avoir Vallsé, beaucoup se réveillent groggys et titubants face au désastre annoncé…

Daniel Vanhove  –

Observateur civil

Auteur

28.10.13

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le Mexique dévasté par les réformes

octobre 28th, 2013 by André Maltais

Après le choc de la guerre contre la drogue, responsable de 100 000 morts au cours des sept dernières années, le Mexique subit un bombardement de réformes destructrices. Celles-ci accélèrent la recolonisation du pays et fragilisent encore davantage une population qui souffre des politiques imposées sans discontinuer par les gouvernements corrompus successifs du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) et du PAN (Parti d’action nationale), depuis plus de 30 ans.

Au printemps 2012, alors que se précisait le retour au pouvoir du PRI, le futur président mexicain, Enrique Pena Nieto, proposait à l’ensemble de la classe politique un « Pacte pour le Mexique » dont le but était de changer radicalement l’image du pays de zone de guerre en modèle économique de libre-échange.

Signé par les trois principaux partis politiques, incluant le PRD (Parti révolutionnaire démocratique), jadis considéré comme parti de gauche, le pacte génère maintenant un train de quatre réformes majeures en matière de travail, d’éducation, d’énergie et de fiscalité.

L’ensemble, qui n’est pas réellement débattu au Congrès puisque tous les partis en approuvent le contenu, répond à des recommandations de longue date du FMI et de l’OCDE, et frappe de plein fouet les intérêts des classes moyennes et populaires.

La réforme du travail a été la première à être approuvée, sans grande résistance, quelques jours avant l’investiture de Pena Nieto, le 1er décembre 2012.

Elle réduit pourtant à presque rien la sécurité d’emploi des travailleurs mexicains, en généralisant l’emploi temporaire et à temps partiel et en facilitant les congédiements. De plus, elle baisse le salaire minimum à 0,60 $ l’heure, durcit l’accès des travailleurs à la sécurité sociale, et complique la création et le renforcement de syndicats authentiques.

Cette réforme, explique l’avocat du travail, Hector de la Cueva, a été présentée en premier parce que les syndicats mexicains sont faibles, que l’État bénéficie de la complicité du vieil appareil syndical corporatif, et qu’une fois adoptée par le Congrès et le Sénat, l’insécurité économique qui en découle pour les travailleurs affaiblit encore davantage leur capacité de résistance collective.

Un travailleur sans filet de sécurité et promené d’emploi en emploi, continue De la Cueva, devient évidemment plus pessimiste, individualiste et difficile à organiser.

C’est au printemps 2013 que la réforme de l’éducation a ensuite été présentée. Elle est liée à celle du travail, affirme, pour sa part, le chercheur en éducation, Hugo Aboites, car elle met aussi fin à la sécurité d’emploi des enseignants.

La mesure prévoit, en effet, que les salaires, promotions, embauches, et jusqu’aux permanences d’emploi des professeurs, seront conditionnels à la réussite d’un test standardisé que devront passer tous les enseignants mexicains. Elle instaure également l’autonomie de gestion des écoles et la possibilité pour celles-ci d’aller chercher du financement dans le secteur privé.

Pour la journaliste états-unienne indépendante, Dawn Paley, le gouvernement mexicain se cache derrière des arguments comme l’amélioration de la qualité dans les écoles pour y implanter une vision corporative, autant pour les conditions de travail des enseignants que des programmes d’enseignement.

En décembre 2012, rappelle-t-elle, le FMI renouvelait au Mexique une ligne de crédit de 73 milliards de dollars, en même temps qu’il pressait le gouvernement de réformer le système d’éducation mexicain.

Les enseignants demandent que l’évaluation tienne compte du contexte social et économique dans lequel ils travaillent. Ils dénoncent des critères d’évaluation conçus par le milieu des affaires, loin de la réalité socio-économiques de la majorité des enfants du pays.

Ceux qui proposent la qualité de l’éducation, disent-ils, sont les mêmes qui imposent le néolibéralisme à notre peuple et à ses enfants avec les dommages qu’il entraîne : enfants mal nourris et fatigués, qui doivent travailler, avant et après l’école, familles désemparées, parents séparés, individualisme et violence.

Avec cette réforme, dit Aboites, le gouvernement prive les innombrables familles pauvres du pays du seul atout qu’elles peuvent léguer à leurs enfants, et de l’un des seuls héritages encore intacts de la Révolution mexicaine : l’éducation publique.

Celle-ci se bornera dorénavant à former de futurs travailleurs peu coûteux pour les entreprises états-uniennes installées au Mexique ; des jeunes sachant l’anglais et l’informatique et empreints des valeurs individualistes et capitalistes.

La troisième réforme, annoncée en août dernier, modifie les articles 27 et 28 de la Constitution mexicaine pour ouvrir le pétrole et l’électricité au secteur privé étranger.

Ainsi, PEMEX, pétrolière nationale depuis 1938 et quatrième entreprise productrice de pétrole mondiale, conserve les puits existants jusqu’à leur épuisement. Mais les nouveaux puits seront offerts aux multinationales étrangères (lire états-uniennes), qui ne devraient pas cracher dessus compte tenu qu’un baril de pétrole coûte 6,50 $ à produire et se vend à plus de 100 $.

La réforme de l’énergie, dit Heberto Barrios, ingénieur et membre du Center for Energy Studies, c’est le piratage de nos revenus pétroliers par des intérêts privés étrangers. Elle amputera de plus du tiers les revenus de l’État mexicain et affectera considérablement les services qu’il dispense à la population. Aux Etats-Unis et à l’étranger, cette réforme est appelée «la mère de toutes les réformes».

Pour un, le sénateur états-unien ultra-conservateur, Henry Cuellar, s’en réjouissait, le 12 septembre dernier, dans les pages du quotidien mexicainReforma. L’ouverture du secteur énergétique mexicain aux investissements étrangers, déclarait-il, convertira l’Amérique du Nord en un nouveau Moyen-Orient.

Ensemble, le Canada (sables bitumineux), les États-Unis (boum du gaz de schiste) et le Mexique (PEMEX) deviennent la région du monde qui produit le plus de pétrole et de gaz, ce qui assure pratiquement aux États-Unis leur autosuffisance énergétique.

La réforme énergétique appelle évidemment une quatrième réforme, celle de la fiscalité, qui oblige le gouvernement à compenser l’immense perte de revenus apportés par PEMEX, en allant chercher des impôts dans les poches de tous les Mexicains, surtout ceux de la classe moyenne.

Cette réforme fiscale prévoit, entre autres, l’augmentation de la TVA sur les médicaments, les aliments et autres biens essentiels, dans un pays où la moitié de la force de travail œuvre dans le secteur informel, et où il n’est presque pas question que les riches paient des impôts!

Pour l’anthropologue et activiste Gilberto Lopez Rivas, la classe politique est certaine de pouvoir réaliser les réformes, malgré une forte résistance populaire attendue qui, pour le moment, se limite surtout à celle des enseignants.

Dès le printemps dernier, la Coordination nationale des travailleurs de l’éducation(CNTE) s’est mobilisée contre la réforme de l’éducation, principalement dans les États du Guerrero, Michoacan et Oaxaca. Mais, c’est en septembre qu’elle frappe un grand coup quand des enseignants venus des quatre coins du pays installent un « camp de réfugiés » en plein centre-ville de Mexico, mettant en péril, selon les grands médias, le droit fondamental de conduire sa voiture sans obstruction!

Pendant trois semaines, les enseignants ont montré un courage exemplaire, selon Lopez Rivas, se battant seuls, et dans des conditions hygiéniques précaires, contre une dictature médiatique, qui les a lynchés quotidiennement.

Dans une analogie avec les dictatures latino-américaines des années 1970, l’activiste mexicain impute à la militarisation du pays les faiblesses d’une résistance qui, pour l’instant, estime-t-il, est loin d’être à la hauteur des terrifiantes dévastations qu’annoncent ces réformes.

André Maltais

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

«Am userdun, nnan -as ´´mand wa d baba -k?´´ yenna – sen ´´xali d yiss!´´.» «On a dit au mulet, ´´qui est ton père?´´, il répond ´´mon oncle maternel, c’est le cheval!´´.»

Ce proverbe chaouia est donné à dessein pour montrer que l’identité nous rattrape à un moment ou un autre. Je l’ai choisi pour illustrer le vain combat de Samia Ghali. Une tempête dans un verre d’eau, c’est ainsi que l’on pourrait qualifier la défaite en rase campagne de la pasionaria marseillaise qui a cru, à tort, que son heure de gloire était arrivée.

« Comme il fallait s’y attendre, écrit Yacine Farah, les résultats des primaires socialistes à Marseille ont donné, dimanche soir, Patrick Mennucci vainqueur avec 57,17% de voix contre 42,83% pour Samia Ghali, sénatrice et maire des 15e et 16e arrondissements de cette ville de la Méditerranée. Samia Ghali a accusé le gouvernement et le président Hollande d’avoir soutenu son rival. Intervenant au siège de sa campagne, Samia Ghali a décrété que le combat n’est pas fini. “Même si les chiffres parlent d’eux-mêmes, je veux vous dire que nous n’avons pas perdu. Notre combat était vrai, sincère et va se poursuivre avec vous. Vous, les Marseillais oubliés. Nous avons eu une victoire, car lorsqu’on est seule contre cinq autres candidats, en plus du gouvernement, je trouve qu’on n’a pas à rougir du résultat.” Nous avons gagné en dignité. Vous êtes des électeurs à part entière… S’adressant à Samia Ghali, le vainqueur Patrick Menucci dit: “Parfois ma chère Samia, mes mots ont pu te blesser et je veux te dire ce soir que si c’est le cas, je le regrette. Je veux que nous soyons en capacité d’offrir un nouveau destin. Le petit-fils d’immigrés italiens que je suis mènera le combat avec toi, la fille d’Algériens.” (1)

Samia Ghali en perdant martèle qu’elle défend des électeurs à part entière, mais il semble qu’ils sont entièrement à part. On se souvient qu’elle a drainé les habitants ” beurs ” en bus pour venir voter.

Qui est Samia Ghali?

Samia Ghali, née le 10 juin 1968 à Marseille, est une femme politique française, membre du Parti socialiste. Maire du huitième secteur de Marseille, conseillère municipale depuis 2001, elle est sénatrice des Bouches-du-Rhône depuis 2008. Ses parents sont algériens d’origine chaouie, des Aurès. Habitante du quartier populaire de Bassens à Marseille, elle adhère jeune à la section socialiste du 15e arrondissement, introduite par un de ses professeurs de lycée. Elle milite justement avec Patrick Mennucci dans ces anciens fiefs du PCF, dans lequel le Front national fait des scores grandissants. Vice-présidente du conseil régional en 2004, elle emporte la mairie du 8e secteur en 2008. Elle prône le recours à l’armée et le retour du service militaire pour les délinquants, suite à des règlements de comptes sur fond de trafic de drogue à Marseille, ce qui lui donne une grande visibilité médiatique. (…) Samia Ghali est mariée à Franck Dumontel, directeur de cabinet du président de la communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, et est mère de quatre enfants. Elle vit sur les hauteurs du quartier du Roucas Blanc.” (2)

L’ascension rapide et discutable de Samia Ghali

Bastien Bonnefous a analysé son ascension fulgurante et attribue cela à un style direct. ” C’était écrit-il, à la fin de l’été dernier. Samia Ghali faisait une entrée fracassante sur la scène politique nationale alors qu’un énième règlement de comptes entre trafiquants de drogue venait d’ensanglanter la ville de Marseille. L’élue socialiste des quartiers Nord avait alors demandé l’envoi de l’armée dans les cités et provoqué une vive polémique. Au téléphone, sa conversation avec Manuel Valls avait viré à la “grosse engueulade”. “Tu veux pas que je t’envoie la 2e DB?”, lui avait lancé, excédé, le ministre de l’Intérieur. (..) Samia Ghali sait qu’elle agace, mais sept mois plus tard, la sénatrice des quartiers Nord et de ses 96.000 habitants, non seulement ne regrette rien, mais persiste, se retranchant derrière le bon sens populaire.”Aucun Marseillais ne m’a jamais reproché d’avoir dit cela. J’ai parlé pour eux, mais aussi pour les voyous des cités, qu’ils sachent bien à quoi s’en tenir”,affirme-t-elle. ” (3)

Samia Ghali, la «Ségolène Royal» de Marseille

« Dans son fief, les 15e et 16e arrondissements lit on dans une contribution du Journal Le Monde, la sénatrice, 45 ans, ne peut faire un pas sans embrasser une connaissance. (…) “Marseille n’est pas prête à élire une femme d’origine maghrébine”, juge-t-on dans l’entourage du maire UMP, Jean-Claude Gaudin, l’oeil tout de même très attentif à la progression éclair de la “petite Samia”. “Leur logiciel de compréhension de la ville n’est pas à jour, rétorque Franck Dumontel, ancien chef de cabinet de Michel Vauzelle à la région, mari et conseiller de la candidate. (…) La sénatrice passe aussi beaucoup sur les chaînes de télévision nationales. Franc-parler, critiques du gouvernement, accent marseillais, sourire éclatant…Depuis qu’elle en a appelé à l’armée pour pacifier les quartiers Nord en août 2012, la recette Ghali séduit. (…) L’équipe qui s’agite autour de Samia Ghali vient de tous les horizons. “C’était voulu, explique Franck Dumontel. Samia porte l’espoir d’une partie de la population marseillaise qui n’a pas été représentée jusqu’alors, mais elle souhaite aussi coller à la réalité de cette ville.” Il y a donc Rachid, Samira, enfants des cités du Nord, mais aussi Patrick, Christine ou David Richard Cohen, un ancien chirurgien, 68 ans, qui ne digère pas que ses amis lui disent “qu’ils ne voteront pas pour une musulmane”.

“Quel symbole cela serait qu’une Française d’origine maghrébine devienne maire!” (4)

Patrick Mennucci le vainqueur, l’adversaire paléo-italien “Je n’ai battu personne a déclaré le vainqueur. J’ai gagné pour battre Jean-Claude Gaudin et le Front national. Je n’ai pas d’adversaire au PS. Je n’ai que des amis. Mon souhait est de nous rassembler et de rassembler les Marseillais pour offrir un nouveau destin à Marseille.” A ses côtés, se tenait Samia Ghali, visage fermé, qui n’a pas esquissé un seul sourire, alors que le député faisait scander son nom. Au premier tour, Patrick Mennucci, 58 ans, élu du centre-ville au physique de géant et à l’accent rocailleux, était arrivé en deuxième position, avec 20,65% des suffrages contre 25,25% à Samia Ghali. Devant le ralliement de trois des quatre candidats battus (Marie-Arlette Carlotti, le président de la communauté urbaine, Eugène Caselli et le député Henri Jibrayel) à son rival, Mme Ghali et ses équipes avaient dénoncé un “front anti-Ghali”, critiquant les “petits arrangements entre amis” et “la distribution des postes”, et affirmant que “Matignon”était derrière le choix des uns et des autres “. (5)

« A 58 ans, le député des Bouches-du-Rhône est tout sauf un inconnu sur la Canebière. Petit-fils d’immigrés de Toscane (Italie), il grandit dans le quartier de La Cabucelle à Marseille. Depuis sa première élection comme conseiller municipal en 1983 sous le règne finissant de Gaston Defferre, M.Mennucci a tout connu de la vie politique marseillaise. Les victoires inespérées comme les défaites annoncées, Ce fils d’immigrés toscans a adhéré au PS en 1969, à 14 ans. (…) De tous les dirigeants socialistes marseillais, M.Mennucci, qui est membre du bureau national du PS, est sans doute un de ceux qui a le meilleur réseau dans l’appareil central. “Il est l’élu qui a le plus de contacts à Paris”, Proche de Vincent Peillon, le député entretient d’”excellents rapports” avec Arnaud Montebourg, mais aussi avec Manuel Valls pour 2007. (…) Pour Mme Carlotti qui l’a rallié dès le lendemain du premier tour de la primaire. “Il a tendance à réécrire l’histoire. Si on l’écoute, le petit Jésus en haut de Notre-Dame-de-la-Garde, c’est son portrait craché!”, explique la ministre. “Patrick promet tout à tout le monde, il est capable de vendre de la pluie au ciel!”, ajoute Mme Ghali. ” (5)

Justement, pour parler de la vraie nature de Patrick Menucci, il faut rappeler qu’il a été longtemps militant et de tous les combats avec Samia Ghali. Son appel rassembleur est battu en brèche par l’imitateur Gérard Dahan qui s’est amusé à monter un canular… Il a téléphoné aux deux candidats pour leur proposer de l’aide. ” Leurs réactions respectives en disent long sur leur état d’esprit à quelques heures du scrutin. Surtout, elles donnent un aperçu de la conception qu’ils se font d’une élection. Quand il appelle Samia Ghali, l’humoriste se fait passer pour le vice-président de l’UMP Guillaume Peltier: ” J’ai parlé avec Bruno Gilles et monsieur Gaudin. De notre côté, on préfèrerait vous avoir en face. ” Réponse de la sénatrice socialiste, en train de faire campagne à la sortie d’une école: ” Ce n’est pas mon problème. Je fais campagne pour gagner. ” Le faux Peltier insiste. Il affirme qu’il y a ” 200-300 personnes qu’on pourrait convaincre de venir voter “. Ghali ne tombe pas dans le piège. Sûre d’elle: ” C’est gentil à vous mais je vais gagner sans ça. ” Puis elle explique qu’elle préfère ” de vrais électeurs “, vraiment convaincus, et qui reviendront voter pour elle en mars si elle gagne la primaire. ” (6)

«  De sa rivale Samia Ghali, Mennucci dit qu’elle est “complètement givrée”. Quand il lui demande comment il peut l’aider, Mennucci envisage plusieurs possibilités: ” J’ai toujours besoin d’aide. J’ai besoin de gens intelligents pour tenir les bureaux de vote. ” Si tu connais des gens à Marseille, tu leur passes des coups de fil et tu les envoies voter. “” Si Valls dit que c’est Mennucci le candidat le plus crédible, ce serait pas mal. “” Ce qui serait pas mal, c’est qu’il y ait un peu des ordres donnés à la préfecture de police des Bouches-du-Rhône pour mettre un peu des gens devant les bureaux [...] chez Samia. Y aurait une voiture de police de temps en temps, ça ferait pas de mal. “(6)

La résilience et le courage

On le voit et quoi qu’on dise , même dans le canular,  Samia Ghali a gardé sa dignité et voulait  réussir ou échouer seules ,sans l’aide de personne ,si ce n’est des électeurs et lectrices de sa ville. Malgré tous les coups tordus, en tout genre et les accusations de puiser dans le fonds de commerce du communautarisme, la sénatrice Samia Ghali dénonce le soutien de Matignon à son rival, Patrick Mennucci, et se pose en “candidate antisystème”.

Dans un interview elle s’en défend: ” Je ne suis pas isolée. Les Marseillais ont été clairs lors du premier tour. Cette union est celle de ceux qui ont l’habitude des petits arrangements du PS. J’ai gravi tous les échelons mais on ne m’a fait aucun cadeau. J’ai été aussi mise de côté au PS. Mais même quand il avait envie de m’éliminer politiquement, le PS a été contraint de se tourner vers moi. Il n’y a pas de vote communautaire. Il y a le vote de Marseillais qui se retrouvent dans mon histoire, parce que c’est la leur. (…) Le PS a un double discours sur cette question. On ne peut pas faire le front républicain à Brignoles et le front anti-Ghali à Marseille. ” (7)

A la question: ” Marseille peut-elle élire une maire d’origine maghrébine? elle répond: ” En 2008, quand j’ai été désignée tête de liste à la mairie de secteur, on me posait déjà cette question. Les mêmes cadres du PS disaient: “Les Blancs ne voteront pas pour elle.” Je suis arrivée en tête dans tous les bureaux! Mes thèmes de campagne restent les mêmes: sécurité, éducation, transports. Bien sûr qu’il faut s’occuper d’économie et d’emploi… Mais sur la sécurité, il faut que le gouvernement apporte des moyens à Marseille, que la police municipale soit doublée et déployée dans tous les secteurs. ” (7)

Le combat de Samia Ghali contre la drogue est remarquable, certes il lui a permis d’arriver au Sénat. Luc Leroux du journal Le Monde en parle: ” Le chemin parcouru par cette mère de quatre enfants depuis les cités des quartiers Nord de Marseille jusqu’aux marches du Sénat compte deux grands combats. Celui que Samia Ghali, 40 ans, a mené, dans les années 1980, contre “le fléau de la drogue”, et son ascension au PS, dont elle a poussé la porte il y a vingt-cinq ans. Elle parle de sa jeunesse comme d’un élément fondateur de son engagement, ce qui lui permet de “garder les pieds sur terre”. Elevée par ses grands-parents, dans une très nombreuse famille de Berbères des Aurès, elle grandit à Bassens, cité pauvre de Marseille, en bordure de la voie ferrée. A Campagne Lévêque, dans la barre d’immeuble où sa famille s’installe, Samia Ghali découvre les dégâts de la consommation d’héroïne. “J’ai vu des mères souffrir de cette sale époque. La police, à laquelle elles demandaient de l’aide, leur rétorquait: “Ça fait rien, ils se tuent entre eux, ça en fera moins.” Ces mots-là, je les garderai toujours dans ma tête.” Avec Patrick Mennucci, figure de la fédération socialiste, elle aide à reconstruire le PS dans ce fief communiste sur lequel déferle la vague du Front national. (…) Tous les échelons sont gravis: conseillère d’arrondissement du maire (PCF) du 8e secteur, Depuis le fauteuil de maire du 8e secteur (96.000 habitants), elle continue à sillonner ces quartiers qu’elle connaît bien. (…): “Je préfère arrêter la politique plutôt que renier ce que je suis et d’où je viens.” (8)

Il y a quelque chose d’incompréhensible dans la posture de Samia Ghali: elle se présente en Maghrébine, mieux apte à défendre les quartiers Nord de Marseille, position politique inadmissible frisant pour ses détracteurs,  le communautarisme et dans le même temps elle habite les beaux quartiers… Malgré tous les signes d’acculturation, malgré une allégeance à des valeurs d’un fond rocheux français et qui ne sont pas fondamentalement les siennes, Samia Ghali en brûlant ses vaisseaux originels a mesuré qu’elle est française jusqu’à une certaine limite, à partir de laquelle elle devient une Française entièrement à part. On ne se refait pas! Malgré toutes les envolées sur les droits de l’homme incantées par une ” Gôche ” de loin plus fourbe que la Droite. Tout a été fait pour que Les Français votent comme il faut et feront le bon choix, celui de Menucci le paléo-toscan plus proche culturellement contre Ghali la paléo-algérienne.

Les heurs et malheurs de cette  « Icare » qui s’est trop rapprochée du Soleil du pouvoir au point de se faire brûler les ailes a oublié une petite chose :  c’est qu’en tant qu’allogène même après la dixième génération c’est toujours une “beur” c’est inscrit dans ses gènes. Ainsi va le monde de la vieille «Europe » qui est plus que jamais sensible à ses vieux démons, sa destinée manifeste, et sa certitude que ses citoyens appartiennent à la race supérieure. La  barrière invisible entre eux et les autres berce plus que jamais l’imaginaire des Français. Ce n’est pas demain que la France aura son  Collins Powell  ou son Obama. Une paléo-bicot maire de Marseille? Vous n’y pensez pas! Pitié pour la France de Jeanne d’Arc! Peuchère!

Professeur Chems Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Yacine Farah: Patrick Mennucci remporte la primaire socialiste El Watan 22.10.13

2. Samia Ghali: Encyclopédie Wikipédia

3. Bastien Bonnefous: Samia Ghali, le style direct Le Monde 16.03.2013

4.  Gilles Rofhttp : http//www. lemonde.fr/politique/article/2013/10/03/samia-ghali-la-segolene-royal-de-marseille-bouscule-la-campagne-ps_3489347_823448.html

5. Patrick Mennucci remporte la primaire socialiste à Marseille Le Monde.fr 20.10.2013

6. http://www.rue89.com/2013/10/19/marseille-gerald-dahan-piege-samia-ghali-patrick-mennucci-246769

7.  Gilles Rofhttp : http//www. lemonde.fr/politique/article/2013/10/17/mme-ghali-m-mennucci-rassemble-les-elus-je-rassemble-lesmarseillais_3497057_823448.html

8. Luc Leroux: les combats de la “petite Samia Ghali” Le Monde 18.09.2008

 

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Jeju est le nom d’une petite ile coréenne au Sud-ouest de la péninsule. Couvrant 1846 Kms2 elle est un peu plus grande que la Guadeloupe et compte 560 000 habitants.

Ile volcanique dominée par le volcan (éteint) Hallasan qui, avec ses 1950ms, est le point culminant de toute la Corée du Sud.

Sa géologie est exceptionnelle voir http://whc.unesco.org/fr/list/1264/

Dotée d’un climat subtropical agréable, d’une flore exceptionnellement riche, elle bénéficie des classements les plus prestigieux : patrimoine mondial de l’UNESCO, réserve botanique naturelle remarquable…

Pour toutes ces raisons JEJU est devenue pour les Coréens une destination touristique très prisée et le lieu idéal des voyages de noces, elle est même présentée comme une des nouvelles 7 merveilles du monde.

Les commentaires de certains touristes étrangers ne sont pas tous aussi élogieux, la très réelle beauté de l’ile ayant débouché selon eux sur une exploitation touristique trop intense qui serait en train de la transformer en un véritable parc d’attractions.

Mais cette ile qui reste un lieu très remarquable, offrant aux visiteurs ses trésors géologiques, botaniques et ses paysages volcaniques rares est poursuivie par un autre destin : celui que lui assigne sa position géopolitique.

Placée au sud-ouest de la péninsule coréenne elle occupe une position stratégique exceptionnelle : à 500 Kms de Shanghai,  à moins de 100 Kms des côtes de la Corée du sud péninsulaire comme de celles de la grande ile japonaise de Ryükyü, placée à un carrefour des axes de transport maritime reliant la Chine, le Japon, les deux Corées voire la Russie (Vladivostok est à moins de 2000 Kms), elle est une plaque sensible de tous les conflits régionaux.

Après avoir servi de base aux Mongols pour attaquer le Japon elle devient colonie japonaise quand l’empire du Soleil levant s’empare de la Corée en 1910. Jeju est absorbée comme un avant poste de ses ambitions continentales vers la Chine et sa population (comme celle de toute la Corée) durement traitée par l’envahisseur. Certains émigrent vers le Japon, d’autres amorcent un mouvement de résistance contre le colonialisme japonais qui débouchera après 1945 sur un soutien au mouvement indépendantiste impulsé par les communistes coréens.

On sait que les Etats-Unis déterminés à ne pas laisser s’installer un nouveau régime socialiste sur la péninsule coréenne exporteront dans le pays une dictature militaire et un dictateur certes d’origine coréenne mais formé aux Etats-Unis et gardé en réserve pour les besoins de cette mauvaise cause : Syngman Rhee. Cette politique débouchera sur la guerre de Corée, sur la partition du pays et sur ce qui reste la dernière stigmate de la guerre froide : un pays et un peuple avec sa langue, son histoire, sa culture coupés en deux dans la situation précaire d’un simple armistice vieux de 60 ans.

Dans cette partition, Jeju est trop stratégique, trop proche du Japon, trop méridionale pour pouvoir échapper à l’emprise des Etats-Unis et de leur dictateur de service. Or les habitants de Jeju sont très majoritairement favorables à la politique d’indépendance nationale défendue par les communistes coréens dans laquelle ils voient comme beaucoup de Coréens une façon d’échapper à une prolongation de l’invasion japonaise sous domination étasunienne.

Les Etats-Unis décident donc – Mac Arthur est de facto gouverneur du Japon jusqu’en 1951 et Syngman Rhee est à ses ordres  – de réduire l’opposition des habitants de Jeju à la partition du pays et au régime dictatorial de Syngman Rhee. Cette opposition se manifeste par une forte implantation dans l’ile du parti du travail  sud coréen, parti frère du parti du travail de Corée du Nord  dirigé par Kim Il Sung.

Il n’y aura pas de quartier et le « massacre de Jeju »  est passé dans l’histoire pour un des épisodes les plus noirs de ce qui n’est pas encore la guerre déclarée de Corée mais y conduira inexorablement.

En 1948 donc la révolte des habitants de Jeju est matée par l’armée sud-coréenne. L’armée des Etats-Unis est peu représentée sur l’île elle-même, ce qui permettra à la propagande US de jouer l’innocence alors que le plan de bataille est évidemment arrêté par l’état-major US qui en suit simplement l’exécution. La répression dure plus d’un an et fait, chiffre le plus couramment admis,  60 000 victimes, soit prés de 20% de la population de l’époque. L’expression « massacre de Jeju » est donc  largement justifiée et a laissé un souvenir très douloureux aux survivants comme à leurs descendants.

Or les Etats-Unis veulent à nouveau remettre lourdement le pied sur Jeju toujours sous le couvert de la bannière sud-coréenne. Non contents d’entretenir en permanence et depuis 60 ans 30 000 hommes sur le sol de la Corée du Sud disposant de l’arme nucléaire et appuyés par une puissante escadre croisant aux alentours ils veulent désormais clairement se rapprocher des côtes chinoises. Telle est en effet la nouvelle politique annoncée par Obama celle du « pivot asiatique » consistant à encercler la République populaire chinoise et subsidiairement la Russie par la côte Pacifique.

Jeju est donc appelée à accueillir un important échelon du dispositif de missiles étasunien AEGIS.

AEGIS est un système maritime de missiles anti-missiles balistiques, c’est-à-dire qu’après   la détection d’un missile balistique ennemi, les missiles de la riposte sont tirés depuis des navires en mer qui peuvent être soit des croiseurs soit des destroyers. Il nécessite une coordination étroite et extrêmement rapide des moyens de détection (satellites et radars) avec les navires eux-mêmes. La Corée du Sud, après le Japon, prend sa place dans ce système, ce qui permet aux Etats-Unis de poursuivre leur politique aux frais des pays alliés car mis à part les navires lanceurs, le reste du système (missiles, satellites, radars…) resterait aux mains de l’armée US.

La Russie, confrontée à la mise en place chez ses voisins, Pologne et République tchèque, d’un système de missiles anti-missiles balistiques basé, lui, à terre, a sérieusement mis en doute le caractère défensif d’un tel système observant que, présenté comme destiné à une riposte il peut effectuer aussi une première frappe.

La Corée du Sud possède déjà trois destroyers (la marine coréenne a récemment demandé au gouvernement d’en construire trois autres à 3 milliards de $ l’unité),  aptes à être intégrés au système AEGIS. Fabriqués en partenariat par Lockheed Martin et Hyundai mais ils ne détiennent pas les missiles correspondants. Il est certain que la mise à bord des missiles serait perçue par la Chine comme un acte menaçant et donc le gouvernement coréen hésite avant de franchir le pas

Cette inquiétude chinoise ne peut qu’être renforcée par le projet en cours de développement d’installation de la base coréenne d’AEGIS sur l’ile de Jeju.

Un nouveau port est déjà en construction sur la côte Sud de l’ile pour accueillir les navires AEGIS. Rien ne dit que cette base coréenne ne pourrait pas être utilisée aussi par les navires US du système AEGIS très nombreux dans la région.

Depuis que ce projet a été connu des habitants de Jeju, ils se sont mobilisés sans relâche pour s’y opposer, d’abord via les élus locaux et les tribunaux, ensuite par une série ininterrompue de manifestations faisant appel à toutes les techniques de la non-violence et qui ont le soutien de la grande majorité de la population. Mais il reste que pour les bellicistes étasuniens Jeju présente l’immense avantage d’être à moins de 500 km de la côte chinoise alors que l’île est la région sud coréenne la plus éloignée de la République Démocratique et populaire de Corée du Nord, épouvantail toujours agité pour justifier officiellement la politique militaire de la Corée du Sud et des Etats-Unis dans la région.

Dans leur lutte les habitants de Jeju ont de nombreux soutiens militants dans la région entre autres, le soutien des japonais de l’île d’Okinawa où la forte présence de l’US Navy est régulièrement contestée, des groupes pacifistes d’Hawaï.

Cette lutte est peu connue en France et en Europe mais elle montre que les mauvais souvenirs des bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki et de la très meurtrière guerre de Corée (de l’ordre de 1,5 millions de victimes) demeurent vivaces.

Pour suivre de prés l’action contre la base navale voir en anglais  http://savejejunow.org

Ce petit schéma illustre le principe du système de missiles anti missiles balistiques. On peut imaginer que l’ilot rocheux sur la gauche est la Chine d’où partent des missiles balistiques  et  que les trois navires sud coréens en mer au large de la Chine  reliés à leur base à Jeju qui leur transmettra les données nécessaires aux tirs vont détruire en vol les missiles ennemis. Etant plus proches du point de départ des missiles ennemis ils interviennent plus tôt que le système terrestre qui apparait sur la droite.

 

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Russie : Il y a vingt ans, l’Octobre sanglant

octobre 27th, 2013 by Jean-Marie Chauvier

Moscou 21 septembre-5 octobre 1993

Il y a des anniversaires d’exploits historiques que leurs acteurs eux-mêmes préfèrent taire, et que leurs sympathisants n’évoquent qu’avec discrétion et « nuance », les bilans à terme s’avérant moins éloquents que prévu.

Ainsi, il y a vingt ans, ce début de guerre civile à Moscou ! C’était, pour la Russie, « le grand tournant décisif », politiquement plus décisif même, pour la Russie, que la dissolution de l’URSS fin 1991, vu que ce tournant de septembre-octobre 1993 mettait un terme au « pouvoir soviétique », sous toutes formes qu’il ait pris depuis 1917, la dernière étant démocratisée et parlementaire depuis 1989, le nouveau président Boris Eltsine substituant à cette nouvelle démocratie post-soviétique un régime présidentiel autoritaire, en vigueur depuis vingt ans. Il naquit dans un bain de sang, au nom de la « véritable Démocratie » telle qu’on la conçut alors, tant au Kremlin qu’en Occident. Sans prévoir pour autant l’usage qu’en ferait le successeur, Vladimir Poutine.

Ce tournant eut lieu sur fond de « thérapie de choc » néolibérale qui plongeait des dizaines de millions de gens dans la misère et le désarroi – mais, certes, quel festin du côté des « oligarques » montants, de la jeunesse dorée de Moscou, de tous leurs admirateurs en Occident, n’était-ce pas « le Marché en plein épanouissement » ?! Il n’y a pas à dire : il s’est épanoui. Les pénuries de l’ère soviétique ont bien fait place à l’abondance de l’offre. Et si l’épargne populaire de plusieurs décennies s’envola en quelques jours grâce à la libération des prix, des fortunes fabuleuses ont pu s’édifier grâce à la même « libération » et à l’exportation également « libérée » des matières premières vers les zones à devises fortes. Les compressions des dépenses publiques ont permis de rembourser, partiellement, les prêts que le Fonds Monétaire International concédait à la Russie à la condition qu’elle « libère » les prix, comprime les subventions aux industries, aux écoles, à la santé, engage un grand programme de privatisation des biens collectivisés depuis 1917-1927.

L’auteur de la thérapie de choc, Egor Gaïdar, a remarquablement bien défendu sa cause dans un ouvrage paru peu avant sa mort. Libéralisation des prix, privatisations, stabilisation monétaire : sur ces trois fronts, la stratégie mise en œuvre a atteint ses objectifs, du moins le « point de non retour » qui a rendu irréversible le processus de « sortie du communisme ».  L’Occident peut lui en être infiniment reconnaissant.  La société russe n’en éprouve pas la même gratitude. Qu’a-t-elle donc à reprocher à ce tournant décisif sans lequel, qui sait, les « rouges et bruns » auraient pris leur revanche, restauré l’URSS ?!

Le très nouveau Parlement russe (né en 1989) mensongèrement présenté chez nous comme « communiste et conservateur », avait élu Boris ELtsine à sa présidence puis l’avait promu à celle de la Russie,  non sans ardemment soutenir ses réformes « de Marché » contre le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev jugé « indécis », de même qu’il a  voté la dissolution de l’URSS. On ne saurait donc présenter le conflit ultime de 1993 comme un affrontement entre un parlement de « nostalgiques de l’URSS » et  les antisoviétiques du pouvoir exécutif.

Ce parlement originellement « eltsinien » était entré en conflit avec le président au vu des conséquences sociales catastrophiques des « réformes », et des méthodes autoritaires de l’exécutif « démocrate ». Il y avait  au sein de ce nouveau « front du refus », des démocrates déçus, des communistes qui s’étaient « ravisés », des nationalistes effarés par l’effondrement du pays – une majorité désormais acquise, non à un « retour en arrière », mais à une politique économique de régulation du marché et de protection des masses paupérisées, voire de réaction antilibérale et antioccidentale, vu le rôle joué dans la catastrophe par le FMI et les conseillers américains des « Chicago boys » de Moscou. La contestation était menée par deux fidèles lieutenants de Boris Eltsine, du moins jusqu’en 1992, le vice-président Alexandre Routskoï, et le président du Soviet Suprême de Russie, le Tchétchène Rouslan Khasboulatov. (Un Tchétchène à la tête du Parlement russe, voilà qui peut paraître, avec le recul, assez paradoxal !)

Dans le climat néolibéral de l’époque, il suffisait de dire que « le marché devait être réglementé » pour se faire traiter de « communiste conservateur » dans une presse russe aux mains de nouveaux groupes financiers en train de faire main basse sur les biens publics – 1993 était l’année du début des « grandes privatisations ». Beaucoup de Russes faisaient encore confiance au président Eltsine et il ne manquait pas de travailleurs pour croire que les privatisations allaient donner la propriété aux « collectifs de travail » et non aux directeurs et aux groupes financiers. Le parlement (Soviet Suprême) pouvait s’appuyer, lui, sur des sondages d’opinion qui montraient l’opposition d’une majorité de la population aux grandes privatisations et au démantèlement des services publics. Il y avait sans doute une grande confusion : hostiles au néolibéralisme (une « inconnue » totale en URSS !) qui n’avait pas encore montré l’entièreté de son visage, beaucoup de Russes croyaient encore aux promesses « de Justice sociale » dont ne cessait de les abreuver Eltsine. Mais dès le 1er mai, de violents affrontements entre manifestants et forces anti-émeutes installèrent un climat de pré-guerre civile dans les rues de Moscou. Les conseillers occidentaux du Kremlin, et certains de nos « kremlinologues » encourageaient le président russe à trancher dans le vif, à en finir avec ce parlementarisme soudainement perçu comme entrave à la « démocratie de Marché ».

Le Parlement fut dissous le 21 septembre par le président Boris Elstine. En réplique à la dissolution, le parlement destitua Eltsine et accorda la présidence au vice-président Routskoi. En réplique à la réplique, Eltsine organisa le blocus militaire du parlement. Ses partisans affluèrent au secours des assiégés, certains étaient armés.

En réponse, des troupes d’élite mitraillèrent les manifestants et le bâtiment abritant le parlement, la « Maison Blanche » sur les quais de la Moscova (où siège désormais le gouvernement) fut bombardée le 5 octobre par les tanks de la Division Taman.

L’épreuve se conclut donc par un massacre – plus de 150 morts selon une estimation officieuse prudente et invérifiable- suivi, à Moscou, du premier « nettoyage ethnique » anticaucasien de l’histoire de la Nouvelle Russie.  Et l’année suivante, de la première guerre en Tchétchénie.  Une Constitution présidentielle fut adoptée en décembre, toujours en vigueur. Voilà ce que nos médias unanimes, il y a vingt ans, nos gouvernements, nos grands partis démocratiques, suivant en cela les Etats-Unis (Bill Clinton) et le FMI, ont présenté comme un affrontement entre « démocrates » eltsiniens et  « conservateurs-communistes-rouges-bruns-fascistes etc… » se soldant par une grande « Victoire de la Démocratie ». Les écoles de journalisme devraient passer en revue les infos et commentaires des journaux et télés de l’époque, comme exercice sur le thème « objectivité et impartialité des médias ».

Les libéraux russes les plus radicaux, qui en appelaient depuis des années à un « Pinochet russe pour faire gagner les réformes », assument sans gêne aucune ce coup de force de même qu’ils présentent Pinochet comme « ayant sauvé le Chili du communisme ». Les libéraux assagis, qu’ils soient au pouvoir avec Poutine ou contre lui dans l’opposition, de même que nos milieux académiques liés aux opposants libéraux professent aujourd’hui des visions plus nuancées : le bain de sang d’octobre 1993 ne fut pas glorieux, et il n’a pas vraiment, totalement assuré « la victoire de la Démocratie ».

Mon sentiment, ma conviction dès cette époque et à fortiori vingt ans plus tard est qu’au contraire, les cent fleurs de la démocratisation écloses lors de la Glasnost des années 80 furent anéanties en quelques jours par un coup de force foncièrement antidémocratique.

Qu’on me permette ici une parenthèse personnelle. Journaliste à la RTBF[1], j’étais de longue date publié, dans divers pays, comme « spécialiste de l’URSS » mais ignoré en tant que tel par mon principal employeur jusqu’au printemps 1987, date de mon premier reportage à Moscou pour le Journal Télévisé[2]. C’est que je proposais l’image d’une « société en mouvement », bouillonnante de débats internes alors qu’il  était convenu de la décrire comme un totalitarisme pris dans les glaces éternelles. « Mon heure » vint lorsque les médias quasi-unanimes prirent le tournant suite à la reconnaissance, par la CIA, en 1986, qu’il y avait  vraiment « des changements en URSS ». Je fis alors un bref passage « dans l’air du temps », puisque favorable aux réformes de Gorbatchev comme tout le monde, quoique pour des raisons propres à ceux (dont j’étais) qui en espéraient l’avènement d’une « véritable démocratie » fondée sur plus de justice sociale. L’écart se fit dès que le cours réformateur effectua, en 1989, son tournant néolibéral et à fortiori lorsque le leader « séparatiste » (Eltsine) de la Nouvelle Russie adopta la politique dite de « thérapie de choc » inspirée par le FMI et les « Chicago boys » et autres « experts de Harvard » dont la « science » avait déjà servi au Chili  sous Pinochet, en Grande-Bretagne sous Margaret Tatcher et avec Ronald Reagan aux Etats-Unis.

Le bain de sang de 1993 fut l’aboutissement de cette « Démocratie de choc »…et dès ce moment, ce que je pouvais en dire sur antenne devint inaudible, car trop décalé par rapport à la « norme », soit à la propagande pro-eltsinienne que subissait quotidiennement nos opinions publiques, y compris dans les milieux de gauche qu’effrayait plus que tout un éventuel « retour des communistes » au pouvoir à Moscou. Que pouvait-on expliquer dans les « deux minutes » imparties au JT, à contre-courant du flot d’éloges des « réformes russes » qui déferlait dans l’ensemble des médias depuis deux ans ! Conscient d’être en porte-à-faux avec le discours dominant j’ai renoncé à encore intervenir sur les questions russes au  Journal télévisé  et, en général, j’ai vu se fermer bien des portes qui m’avaient été ouvertes à la fin des années 1980. Ce fut une expérience – une de plus – du mensonge persistant de « l’objectivité » et de « l’indépendance » des grands médias de masse. Je n’avais déjà plus la naïveté d’en être surpris. Fin de parenthèse personnelle.

A l’époque,  notre association « Maison Commune »[3] à Bruxelles publia une brochure sur les événements et les commentaires de presse que l’on pourrait exhiber sans fausse honte vingt ans plus tard ! La comparaison serait éloquente !

La fin de la première république parlementaire de l’histoire russe

Le Parlement de la Fédération de Russie étranglé par le pouvoir exécutif était l’un des produits de la Perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev. Elu dans des conditions semi-démocratiques sans précédent, il s’appelait encore « Soviet Suprême » et comptait une majorité de députés issus du Parti Communiste d’Union Soviétique – un « argument » dont on se servit contre eux, alors que d’évidence, la plupart des responsables russes, y compris les plus radicalement libéraux, étaient issus de la même et unique « cuisse de Jupiter » et qu’en l’occurrence bon nombre d’entre eux avaient choisi la lutte contre le « communisme » établi et en faveur d’idées aux antipodes du socialisme. Le dit Parlement, et les nombreux soviets locaux renouvelés en 1989-90, s’étaient détachés de Gorbatchev, lequel hésitait encore entre réformes libérales et « choix socialiste », au profit d’un Boris Eltsine batailleur, qui leur promettait des réformes radicales « de Marché » mais également « de Justice » et « de Progrès ». On promettait même aux ouvriers qu’ils allaient devenir « propriétaires collectifs » des usines privatisées. Eltsine avait le soutien de nouveaux syndicats « libres » impatients de se débarrasser des « bureaucrates » soviétiques et d’instaurer « l’autogestion » rendue possible, à leurs yeux, par la désétatisation de l’économie. Libéraux, « gauchistes » et libéral-libertaires se rejoignaient dans la célébration des « libertés », l’anticommunisme, les séductions du consumérisme, de l’individualisme, de la « société civile » affranchie de la tutelle de l’état.

Dans un contexte de dislocation de l’URSS, l’heure était du reste à la défense des intérêts de la Russie et non plus au raccommodage de l’URSS. Bien des  nationaux-démocrates ralliés à Eltsine étaient alors soucieux de se débarrasser du « poids des républiques », objectif également prioritaire pour ceux qui, aux commandes des secteurs d’exportation des hydrocarbures, entendaient monopoliser à leur profit ces activités juteuses entre toutes.

Ce consensus s’est progressivement effrité à mesure que la dislocation de l’URSS, précipitée fin 1991, et la « thérapie de choc » amorcée en janvier 1992 montrèrent leurs effets désastreux sur le niveau de vie, la santé, les relations inter-ethniques, alors que les guerres civiles ravageaient déjà la Géorgie et le Tadjikistan et que le conflit armé menaçait entre Arménie et Azerbaïdjan.

Malgré tout, le Président obtint le vote de confiance d’une majorité de votants (mais non d’électeurs inscrits ) lors d’un référendum en avril 1993. La grande masse de la population était plus abasourdie et plongée dans des stratégies de survie qu’intéressée au débat politique, et le régime soviétique ne l’avait certes pas éduquée à la protestation collective. Nombre d’ex-Soviétiques croyaient encore qu’il ne s’agirait que d’une « mauvaise passe » de quelques années. Les sondages montraient cependant qu’en même temps qu’une cote favorable à Eltsine se maintenait, une majorité s’opposait aux privatisations de la grande industrie et au démantèlement des protections sociales, aux coupes sombres dans la santé publique. D’aucuns attendaient du président qu’il « corrige le tir ». N’avait-il pas souligné le besoin d’une approche plus « sociale » des réformes ? Mais la paupérisation et la désespérance gagnaient du terrain. Ils ne trouvaient pas d’expression politique (méfiance envers les communistes) ni syndicale (absence ou « libéralisation » des syndicats), seul le Parlement faisait entendre une voix rebelle, mais ce parlement était aussi sans réelle base sociale, trop compromis dans les jeux politiciens qui, depuis 1991, éveillaient suspicion ou indifférence au sein d’une population complètement aotomisée.

Aux démocrates libéraux et pro-occidentaux au pouvoir s’opposait désormais un front du refus parlementaire éclectique, composé de démocrates eltsiniens déçus, de sociaux-démocrates en quête de « troisième voie », de communistes et de nationalistes pris de colère en voyant le pays s’effondrer. Des groupes de combat armés, communistes et néofascistes (dont la milice de l’Unité Nationale Russe arborant la swastika) vinrent au secours des députés soumis au blocus militaire dans le parlement (la Maison Blanche) où ils s’étaient retranchés, privés d’eau, d’électricité et de téléphone. Refusant toute négociation, Eltsine décida d’en finir au moyen des armes, faisant appel aux blindés de la Division d’élite Taman et postant ses snipers  sur les toîts des immeubles d’où ils canardèrent les manifestants.

Le choix de l’Occident et de l’oligarchie naissante

Le président avait obtenu l’aval de ses pourvoyeurs de fonds du FMI et de ses « mentors » étatsuniens.  Son choix était logique et rationnel.  L’appui enthousiaste de l’Occident et de ses « chiens de garde » médiatiques n’était pas moins motivé de leur point de vue. Il faut se souvenir qu’à cette époque, la diplomatie russe que dirigeait Andrei Kozyrev s’était alignée sur les Etats-Unis, pour qui la Russie était la locomotive espérée de leur pénétration dans le continent eurasiatique.

La thérapie de choc – libéralisation des prix, compression drastique des dépenses publiques, privatisations prévues pour 80% de l’économie – n’aurait pu se poursuivre sans briser cette résistance. L’oligarchie financière et médiatique n’aurait pu s’emparer des secteurs-clé, notamment pétrolier, sans un changement radical du rapport des forces. Il n’y avait d’autre issue, pour les « démocrates », que la canonnade. Une négociation, que tentait l’Eglise Orthodoxe, aurait nécessairement remis en cause les plans radicaux d’Egor Gaïdar, Anatoli Tchoubaïs, et de l’élite oligarchique alors personnalisée par feu Boris Berezovski et Vladimir Goussinski. Et qui sait, les « collectifs de travailleurs » et les mouvements sociaux qui avaient le vent en poupe à la fin des années 80 auraient peu redonner de la voix, intervenir dans le débat sur le grand repartage de la propriété ? Impensable pour les élites du pouvoir, qu’il s’agisse de la nouvelle oligarchie financière ou de la nomenklatura bureaucratique recyclée dans les affaires ou dans l’appareil présidentiel.

Le régime présidentiel instauré en décembre 1993 – entériné par un référendum aux résultats très controversés – consacra l’avènement d’un régime autoritaire qui allait engager, l’année suivante, la première guerre en Tchétchénie.  On évita cependant une dictature « à la Pinochet » comme le proposaient certains idéologues démocrates des plus radicaux. A la répression d’Octobre répondit une victoire inquiétante, aux élections législatives de décembre, des forces nationalistes pseudo-oppositionelles [4] et communistes. Une opposition restait donc tolérée, mais le nouveau parlement (la Douma) n’avait plus qu’un rôle réduit.

Les nombreuses initiatives sociales autonomes qui avaient jailli à la fin des années 1980 et donné lieu à des mouvements ouvriers, intellectuels, écologistes réellement indépendants du pouvoir ont été littéralement anéanties. L’objectif même des « réformes » n’était-il pas de faire naître « une classe de propriétaires » garante de la « nouvelle Démocratie » mais dans la servitude du grand nombre et l’éradication des idées socialistes toujours vivaces ?

L’expérience ultralibérale aboutira au krach financier de 1998, qui fut aussi, en Russie, la défaite des idées libérales et des formations politiques eltsiniennes.

A ce moment-là, la même presse qui chez nous avait encensé Eltsine se mit à décrire la Russie sous des traits apocalyptiques. Or, la crise de 1998 fut aussi l’occasion, pour le nouveau gouvernement (éphémère) d’Evgueny Primakov, une sorte de social-démocrate, de réorienter la politique dans un sens plus régulateur. Il tenta en vain d’écarter des centres du pouvoir les oligarques dominants, ce qui lui valut d’en être lui-même évincé. Lui succéda un Vladimir Poutine, premier ministre puis président, très lié aux dits oligarques qu’il écartera plus tard, « sauveur du régime » mais initiateur d’une restauration de l’état et de la souveraineté nationale qui lui voudra les hostilités des plus radicalement libéraux et de l’Occident.

C’est alors que prit son essor une « société civile » oppositionnelle d’un autre genre, composée pour l’essentiel d’ONG (en Russie, on fit « organisations non commerciales » NKO) financées par des fondations étatsuniennes très militantes…et nullement intéressées par une démocratisation sociale telle qu’il s’en ébaucha avant 1993. Mais c’est déjà une « autre histoire ».

Cette histoire « d’après le choc » est aussi celle des bilans. La réussite de Gaïdar évoquée plus haut est indéniable. La Russie, et les autres pays de l’espace ex-soviétique, se sont bien engagés, de façon irréversible, dans la voie du capitalisme. Après une décennie d’ effondrement, l’économie et la puissance russes ont retrouvé le chemin du redressement, fût-il limité à la croissance d’une puissance exportatrice d’énergie et à son redéploiement militaire. Ce qu’il en a coûté socialement, culturellement est une façon de voir que les réformateurs « économicistes » ont souvent balayé d’un revers de la main. D’autres penseurs libéraux, peu suspects de nostalgies socialistes, n’en estiment pas moins que la « stratégie du choc » destructrice du potentiel hérité de l’URSS a été fatale pour la « modernisation de la Russie » telle qu’eux, libéraux éclairés, l’envisagent.  Loin de ce que leur mentor Georges Soros, après le krach de 1998 qui lui coûta deux milliards de dollars, a qualifié lui-même de « capitalisme de prédation ».

Jean-Marie Chauvier

Septembre 2013

 


[1] Radio-Télévision belge d’expressionb française.

[2] Précédemment, en 1983, j’avais obtenu, de haute lutte contre l’autorité du Journal Parlé où j’étais affecté, l’autorisation d’accomplir un reportage télévisé en URSS pour l’émission « A suivre » d’Enquêtes et Reportages, où je fus affecté par la suite. A l’époque,  les autorités soviétiques (avant Gorbatchev) n’étaient pas moins réticentes à me voir enquêter sur ce que j’avais nommé, comme titre de l’émission de 1983, « Le Jour d’Avant » – … me sirtuanbt donc « avant « les changements que je me permettais de supputer alors qu’ils paraissaient à la plupart invraisemblables. Nul ne savait (et moi non plus) à quel point ils étaient imminents et formidables, nul n’imaginait que les dirigeants soviétiques eux-mêmes allaient conduire l’URSS à sa perte en l’espace de quelques années ! De 1993 à 1991 : huit années !

[3] Association bruxelloise, animatrice de débats sur les changements à l’Est et dans le Nouvel Ordre Mondial. (1991-1993)

[4] Parmi celles-ci, le Parti Libéral-Démocratique de Vladimir Jirinovski servait en fait à drainer des voix nationalistes au profit d’une politique de complaisance envers le Kremlin.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Les poseurs de mines US au Moyen-Orient

octobre 27th, 2013 by DR Bachar al-Assad

Le Président syrien a accordé une longue entrevue d’environ 2 heures à la chaîne Al-Mayadeen dans la soirée du 21 Octobre. Il a été interrogé par son Directeur, M. Ghassan Ben Jedo. Voici la traduction de certains points essentiels abordés dans la deuxième partie [*], en réponse aux questions posées. 


La Ligue des États arabes

Dire ce que signifie l’exclusion de la Syrie de la Ligue des États arabes dépend de la façon dont vous considérez cette Ligue. Est-ce le lieu qui délivre le baptême de l’arabité ? Ce n’est certes pas le cas. Alors que cette Ligue a été constituée pour représenter et unir les efforts du monde arabe, elle s’est progressivement transformée – au moins depuis les « Accords de Camp David » –  en Ligue au service des politiques occidentales et de leurs guerres contre les États arabes. C’est ce que nous avons constaté avant la guerre contre l’Irak. C’est aussi ce que nous avons vu quand Israël a répondu à l’Initiative arabe de 2002 par les massacres de Jénine, et à maintes autres occasions où ses réunions au sommet ne visaient qu’à couvrir les massacres contre des populations arabes. Ses dernières performances ont frappé la Libye et, aujourd’hui, là voilà qui sert de couverture à la guerre contre la Syrie.

Oui, nous disons que cette Ligue couvre les menaces et la guerre contre la Syrie, abstraction faite de certains États arabes qui ne souhaitaient pas suivre cette tendance mais qui n’ont pas osé dire « le mot de vérité ». En pratique, les États dominants au sein de cette Ligue sont responsables de l’assassinat de citoyens arabes. C’est cela la vérité. Oui, nous disons que la ligue des États arabes a servi tout récemment de couverture à ce qui aurait pu être une frappe guerrière US contre la Syrie.

Maintenant, vous pouvez me demander pourquoi avions-nous accepté de continuer à participer aux réunions ordinaires et extraordinaires de cette ligue ? En toute franchise, bien que nous n’ayons jamais espéré qu’elle serve les peuples arabes en quoi que ce soit, notre action politique a toujours eu pour but de diminuer les pertes. Toutes ses réunions et à n’importe quel niveau étaient minées par avance, des mines fabriquées par des pays étrangers et confiées à certains de ses États membres traditionnellement experts en la matière. Par conséquent, il fallait que nous restions présents pour tenter de déminer et ainsi minimiser les pertes subies dans un contexte qui allait de pire en pire.

Vous voulez savoir si nous pensons réintégrer cette instance au cas où elle nous inviterait à le faire. Je pense que le mieux serait d’écarter le côté émotionnel de la question et de consulter le peuple syrien par un référendum ou équivalent, car une telle décision doit, de préférence, être nationale et populaire. Que la Syrie soit intégrée ou non à la Ligue arabe ne témoigne en rien de son arabité. Le sujet est tout autre, pour la simple raison que la Ligue arabe ne s’est jamais exprimée en faveur de l’arabité sauf peut-être à l’époque de Gamal Abdel Nasser. Mais depuis les années soixante-dix et, plus précisément, depuis la Guerre de 1973 et l’intégration de l’Égypte au chapitre de Camp David, la Ligue arabe n’est plus sur cette ligne.

L’Arabie saoudite

Vous évoquez la période où existait un axe tripartite «  Arabie saoudite-Égypte-Syrie » au sein de la Ligue arabe, oubliant que deux de ces États étaient soumis au bon vouloir des USA et que la formation de cet axe était, elle-même, soumise à l’approbation de l’administration US ; celle de Bush [père] puis celle de Bill Clinton. Je suis persuadé que votre étonnement n’est pas sérieux, car tout citoyen arabe est parfaitement au courant de cette réalité !

Oui, les relations entre les pays arabes sont absolument soumises aux caprices de l’Occident et des USA en particulier. Lorsque l’administration US n’est pas d’accord avec l’une de nos politiques, certains États sont invités à s’écarter de nous, à moins qu’ils ne soient chargés de leur servir d’intermédiaires dans un but très précis. Tous les États de la ligue ne sont pas également obéissants, mais nous ne pouvons pas dire que l’un quelconque d’entre eux soit totalement indépendant.

Ainsi lorsqu’en 2003, l’administration Bush [fils] est entrée en « colère » contre la Syrie, nos relations avec la ligue ont commencé à décliner. Elles se sont plus clairement détériorées après la guerre contre l’Irak, puis l’ « Affaire Hariri » montée de toutes pièces pour servir de prétexte à notre rupture avec l’Arabie saoudite et à notre mise à l’index.

Certes, nos relations se sont rétablies mais uniquement en périodes d’ouverture à l’Occident. Plus généralement, si vous examinez la courbe de nos relations avec ce pays, vous constaterez  qu’elle est parfaitement superposable à celle des relations syro-occidentales. Y-a-il quelqu’un qui oserait affirmer que l’Arabie saoudite est un État indépendant ? C’est un État qui exécute consciencieusement les directives de la politique US.

Il est évident qu’ici j’ai parlé de l’Égypte d’après les années 1990. L’Égypte d’aujourd’hui est en pleine mutation. Nous devons attendre avant d’en juger. Quant à l’Arabie saoudite, je ne vous apprends rien. Son Histoire est connue de tous, depuis son alliance avec les administrations US successives datant de plus de six décennies.

Oui, j’affirme qu’aujourd’hui l’Arabie saoudite soutient médiatiquement, politiquement, militairement et financièrement les terroristes en Syrie, et qu’elle mène une guerre contre la Syrie. Dire que Bandar bin Sultan se tient tout seul derrière tout cela, revient à exagérer son rôle d’un point de vue médiatique. Il est l’un des éléments de tout un système international soumis aux ordres des USA, et ce système travaille actuellement contre la Syrie.

Vous vous interrogez sur l’éventuelle pérennité de notre rupture avec l’Arabie saoudite qui serait un axe de force essentiel dans la région arabe. Concernant la force, je réponds qu’une telle force est censée travailler à construire et non à détruire ; une telle force est censée travailler à la stabilité et non à semer l’extrémisme, le terrorisme, et l’ingérence dans les affaires intérieures des pays voisins. Quant à la rupture, je rappelle que la finalité des relations entre États réside dans l’intérêt de leurs peuples et ne dépend pas de l’humeur de leurs dirigeants. Ce n’est pas une affaire entre personnes mais une affaire d’institutions étatiques et d’intérêts réciproques. Personnaliser une telle relation est un discours inacceptable et hypocrite.

De plus, parler de pérennité des comportements de l’Arabie saoudite suppose que ses donneurs d’ordre ne modifient pas les leurs. Elle est obligée de s’incliner devant le système auquel elle appartient, au risque de se retrouver écartée et isolée. Par conséquent, si vous devez négocier, autant négocier avec le commandant de l’opération qu’avec l’exécutant.

Vous citez tous les griefs de l’Arabie saoudite contre la Syrie : nous réprimerions notre peuple, nous soutenons l’Iran qui chercherait à dominer notre région, nous sommes coupables d’ingérence au Liban et nous serions impliqués dans certaines opérations préjudiciables à leurs alliés, nous soutenons le Hezbollah qui serait une organisation terroriste, nous aurions une position critiquable à l’égard de l’Irak… L’État saoudien et ses semblables n’ont franchement pas le droit d’aborder l’un quelconque de ces sujets et notamment l’Arabie saoudite, où la répression et l’asservissement ne manquent pas. Ils ne connaissent rien de la démocratie, des constitutions, des élections… Quant à nos relations avec l’Iran, comment se fait-il qu’ils se sont empressés de tenir la main de son Président et sont allés jusqu’à l’inviter au pèlerinage de la Mecque ? Tout cela ne pèse pas lourd et reste pure hypocrisie.

Le Liban

Le fait est que le Liban ne s’est pas « maintenu à distance » et a contribué directement à allumer l’incendie en Syrie, en laissant faire les provocateurs et en permettant aux terroristes et aux armes de passer par son territoire et de traverser notre frontière commune. Même en admettant qu’il s’est maintenu à distance, qu’a-il-fait quand l’incendie s’est propagée pour le toucher à son tour ?

Quant au Hezbollah, la Résistance ne consiste pas uniquement à se battre sur le terrain de l’ennemi, mais aussi à se défendre. Or l’agression contre la Syrie, est une agression contre le concept même de la politique de résistance de ce pays. Autrement, il n’a aucun intérêt à venir combattre en Syrie. Il n’est pas le seul intéressé par cette démarche, l’Iran aussi. Chacune de ces parties est tenue de défendre les autres parties. C’est dans ce cadre que vous pouvez comprendre le rôle assumé par le Hezbollah ainsi que le soutien de l’Iran, en Syrie.

Ceci dit, lorsque le Général Michel Aoun était en désaccord avec la Syrie, c’était par conviction personnelle et non pour satisfaire un État étranger qui l’aurait sollicité. Et lorsqu’il s’est trouvé en accord avec la Syrie une fois les causes du désaccord réglées, c’était aussi par conviction ! C’est un comportement d’une sincérité permanente que nous respectons au plus haut degré. Ses prises de position actuelles, en faveur de la Syrie, démarrent de l’intérêt qu’il porte à sa patrie et de sa conscience que le Liban pourrait subir les retombées négatives de ce que qui s’y passe…

Vous dites que le Président Michel Sleimane attend un appel de notre part depuis environ une année et plus particulièrement depuis l’« Affaire Michel Smaha ». Nous, nous attendons toujours les preuves de l’implication syrienne dans cette affaire, où la Syrie a été injustement accusée.

Oui, nos relations avec le Hezbollah sont toujours aussi solides qu’en 2006. Notre position à l’égard de la Résistance à Israël est connue de tous. Tout soutien dont la Résistance aurait besoin sera accordé par la Syrie, hier comme aujourd’hui et demain.

Le Golan et la Résistance

Certains disent que l’État syrien soutient la Résistance au Liban et en Palestine alors qu’il néglige le Golan. Partout dans le monde, les résistances ne se déclarent ni ne se décident par décret, mais naissent de la volonté du peuple. Or, la résistance a besoin de raisons objectives pour émerger comme, par exemple, un État qui se désintéresse de ses territoires occupés ou une armée non concernée par leur libération. Ce n’est pas le cas de la Syrie et c’est ce qui explique qu’une résistance populaire pour libérer le Golan n’ait pas émergé jusqu’ici, contrairement à ce qui s’est passé en Palestine et au Liban devant les agressions répétées d’Israël.

Mais maintenant que l’Armée nationale syrienne doit se battre contre les terroristes et vu les récentes agressions d’Israël, le ressentiment populaire fait que les conditions sont réunies pour l’émergence d’une résistance syrienne sur le front du Golan, que nous l’approuvions ou pas.

Le Hamas

Concernant le Hamas, nous ne pouvons parler que de notre propre relation avec ce mouvement. Une relation qui s’est muée en méfiance dès le début de la crise, quand le Cheikh Qaradawi a comparé ce qui se passait à Daraa au siège de Gaza, et que le Hamas a opté pour le silence. Il s’est tu et a été avare vis-à-vis de la Syrie qui a beaucoup sacrifié pour la cause palestinienne. Ce mouvement nous a démontré que sa fidélité vis-à-vis de la Confrérie des Frères Musulmans primait sur sa fidélité à la Résistance pour sa terre.

Les circonstances ont fait que le Hamas a dû trouver refuge hors de son territoire alors que la logique voudrait l’inverse, puisque toute résistance suppose que l’on se batte sur la terre à défendre. Aujourd’hui, ce n’est pas à moi qu’il faut demander s’il pourrait être de nouveau accueilli en Syrie. Cette question est à poser au peuple syrien qui lui a accordé un soutien nettement plus important que l’État syrien lui-même

Le Qatar

Suite à ce qui s’est passé en Tunisie et en Égypte, le Qatar s’est imaginé être en mesure de reconcevoir les États arabes à sa guise pour, en cas de réussite, devenir le garant des intérêts US dans le monde arabe. C’est ce qui lui a fait croire que la Syrie était le meilleur gage à offrir aux USA pour s’assurer leur bénédiction.

Une étrange réunion a eu lieu entre l’ex-Émir du Qatar, Erdogan et moi-même. Ils avaient sollicité séparément cette rencontre prétendument fortuite, mais ont tous les deux commencé par demander à ce que la Syrie intervienne auprès de ses alliés pour plaider en faveur du retour de Saad Hariri au Liban. Nous avons évidemment répondu que nous n’allions pas nous ingérer dans cette affaire qui relevait des affaires intérieures de ce pays et que ce n’était pas dans notre intérêt. Ensuite, et c’est beaucoup plus important, ils ont demandé à ce que nous laissions faire en Libye étant donné que la Syrie a été le seul pays à s’opposer catégoriquement contre la guerre en Libye au sommet de la Ligue arabe. Notre refus d’obtempérer fut considéré par le Qatar comme un défi destiné à entraver ses projets. Vous connaissez la suite… Le Qatar est intervenu directement en Syrie, ne serait-ce qu’en finançant les achats d’armes introduites en Syrie. Nous en avons les preuves !

Que nous puissions rétablir nos relations avec le Qatar, comme d’ailleurs avec l’Arabie saoudite ou la Turquie, n’est pas chose facile. Ces trois États ont contribué à faire couler le sang syrien et, par conséquent, une reprise des relations nécessitera l’assentiment du peuple syrien. Pour cela, le minimum requis est qu’ils arrêtent de soutenir et de financer les terroristes et qu’ils cessent toute forme d’ingérence en Syrie. Nous ne savons pas encore dans quelle mesure le Qatar a vraiment été remplacé par l’Arabie saoudite. La réponse viendra de l’expérience sur le terrain.

M. Erdogan

Le secret de l’inimitié d’Erdogan envers la Syrie réside dans son idéologie doctrinaire. Il est inféodé à sa Confrérie qu’il fait passer avant même l’intérêt du peuple turc. La preuve en est qu’il n’a en rien modifié sa politique malgré les répercussions négatives, morales et matérielles, de ce qui se passe en Syrie sur la Turquie. Son désir de voir les Frères Musulmans prendre le pouvoir en Syrie dépasse toute autre considération.

Vous dites qu’Erdogan est une personne « souple » et vous vous interrogez sur ce que je viens d’avancer. Dire de quelqu’un qu’il est souple ne prouve rien. Le sincère et l’opportuniste peuvent démontrer de la souplesse, et Erdogan incarne la mentalité opportuniste des Frères Musulmans qui utilisent la religion pour arriver à leurs fins. Il a modifié la constitution pour satisfaire sa soif de pouvoir, non les intérêts de son peuple. Sa vision est que les Frères Musulmans renforceraient son pouvoir aussi bien en Turquie que dans tout le monde islamique, et lui permettraient de subtiliser le rôle essentiel de l’Égypte en tant que grande nation islamique au profit d’un nouvel État ottoman dont il restaurerait la gloire passée sous la bannière de l’Islam.

Au début des événements il nous a envoyé son ministre des Affaires étrangères, David Oglu, pour un laïus de trois heures sur la démocratie en Turquie et les réformes qu’il nous conseillait de mettre en route, réformes toujours axées sur la modification de notre propre vision en faveur des Frères Musulmans. Depuis, nous avons pu observer sa démocratie en Turquie qui est devenue l’une des plus grandes prisons pour journalistes. Nous avons pu voir comment elle traitait les manifestants place Taksim, et surtout comment elle continue à traiter les Kurdes en les réprimant et en les assassinant par centaines ; alors que lorsque nous avons décrété l’amnistie, la seule chose qui intéressait Erdogan était de s’enquérir de la libération des seuls Frères Musulmans.

C’est cela la réalité. Les faits disent que la Turquie a installé sur son territoire des camps pour les terroristes, qu’elle leur a grand ouvert ses aéroports et ses frontières, qu’elle leur a assuré toute la logistique nécessaire à leur mobilité et leurs opérations…

L’Irak

Les déclarations de l’Irak concernant la Syrie sont objectives et honnêtes, car tous les courants politiques au pouvoir considèrent que le danger qui guette la Syrie est aussi dangereux pour l’Irak. Par conséquent, soutenir la Syrie revient à soutenir l’Irak. C’est ce qui explique la fermeté du soutien constant et déclaré du Président Maliki à la Syrie.

 

Al-Assad sûr de sa victoire ?

Chacun pense selon sa propre logique. Il y a ceux qui pensent que les projets nourris contre la Syrie ont échoué momentanément et il y a ceux qui pensent que cet échec est une victoire en soi ; ces projets ayant indifféremment consisté à nous disloquer, à nous plonger dans une guerre civile, à renverser l’État syrien… Je pense que nous faisons des progrès sur le terrain, notamment contre les terroristes qui ont perdu leur environnement incubateur. C’est donc une avancée non négligeable au niveau intérieur.

Une autre avancée concerne le monde extérieur trompé par les mensonges de certains médias et de certains États. Les citoyens des pays étrangers sont désormais mieux informés sur ce qui se passe en Syrie et sur la situation sur le terrain. Est-ce une victoire ? Je dis que peu importe les annonces, le terrain est la seule chose qui compte.

Quant à l’Iran ; oui,  je pense que le rapprochement iranien avec n’importe quel pays du monde est une chose positive pour la région, à condition que l’autre côté soit sincère.

Les élections présidentielles de 2014

Ma candidature aux élections présidentielles de 2014 repose sur deux points. Le premier est ma propre motivation, or personnellement je ne vois aucune objection à cela. Le deuxième dépend de la volonté populaire, et il est trop tôt pour en parler. Ce ne sera possible qu’à partir du moment où la date de ces élections sera fixée.

Le regard porté sur la région

Nous vivons une période de grands changements qui ne sont pas nécessairement nés du dit « Printemps arabe », termes que nous n’approuvons évidemment pas car le printemps ne véhicule pas la mort. Ces changements ont commencé depuis quelques générations. Les plus dangereux sont ceux qui touchent à l’appartenance et à l’identité pour la partager entre arabité et Islam, entre patriotisme et nationalisme, entre arabes et Kurdes, etc. C’est un grand danger pour notre région, car c’est le meilleur moyen de détruire notre civilisation de coexistence depuis des siècles, et donc le meilleur moyen de faire exploser la société arabe de l’intérieur. L’arme de destruction massive est, en l’occurrence, l’extrémisme religieux. Nous devons donc absolument régler ce problème.

Ce n’est qu’ensuite que nous pourrons travailler au développement social et politique devant mener à la participation des citoyens aux décisions et à l’édification de la patrie, de l’État et de la nation. La vraie démocratie n’est pas uniquement affaire d’intellect, elle est l’affaire de toute la société. Nous ne pouvons pas avancer si les courants obscurantistes continuent à nous faire reculer.

Ce qui me préoccupe est la notion d’arabité dont la relation avec l’Islam avait réussi à créer un équilibre entre toutes les composantes ethniques et religieuses de nos sociétés arabes, et qui maintenant se trouve menacée d’un schisme destructeur initié par les Frères Musulmans. Ce n’est que lorsque nous aurons compris l’essence de cette relation que nous pourrons offrir aux générations futures l’avenir de progrès et de stabilité que nous leur souhaitons.

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

21/10/ 2013

 

Transcription et traduction : Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Source : vidéo 2ème partie / Présidence de la République arabe syrienne

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=tgZzdP24Mz0

NB : 1ère partie de cette entrevue

http://www.mondialisation.ca/syrie-ladministration-us-cree-les-conditions-favorables-au-terrorisme/5355300

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

C’est avec beaucoup d’assurance et de satisfaction que le président français, François Hollande, a reçu les Amis du Peuple syrien, le 6 juillet 2012. C’est avec orgueil qu’il leur a lu un discours, écrit pour lui par le département d’État et mal traduit en français. En quelques instants, il s’est converti en leader de l’opposition armée syrienne agitant le drapeau vert, blanc, noir de la colonisation française. Depuis, il ne perd aucune occasion de vouloir, d’annoncer, puis de renoncer à la guerre. Hassan Hamadé observe sa triste agitation.

Le 6 juillet 2012, François Hollande présidait un sommet des Amis de la Syrie. Parmi les invités d’honneurs, on comptait plusieurs criminels contre l’humanité (c’est-à-dire ayant organisé l’exécution massive de personnes au seul motif de leur appartenance religieuse). Douze jours plus tard, il donnait l’ordre d’assassiner les membres du Comité syrien de Sécurité nationale et de donner l’assaut de Damas.


Monsieur le président,

J’ai tenu à vous adresser par la présente une parole vraie, avec l’espoir qu’elle puisse être lue avec attention par votre Excellence. Cette parole émane d’une personne admirative du patrimoine culturel français, attachée à sa diversité et à sa richesse ; un attachement d’autant plus intense que, pour lui, le grand héritage des Lumières subit de nos jours, une véritable persécution. Ses nobles principes sont brutalement écartes de la vie publique, à commencer par ceux contenus dans laDéclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, énoncée le 26 août 1789, en pleine Révolution.

C’est avant tout un héritage libre de par sa nature. Il forge, immunise et protège des êtres humains libres, tels que Dieu les a crées et voulus. Il porte en lui des valeurs humaines, sociales, qui ne peuvent être ligotées, ni refoulées dans les coulisses de la mémoire, sans que cela constitue un crime culturel contre l’humanité. Des valeurs résumées par le fameux triptyque, Liberté, Égalité, Fraternité, faisant de la Révolution française le flambeau et la boussole pour plusieurs peuples au monde et préparant le terrain à la naissance du système démocratique, en France et dans d’autres pays.

Hélas, ces valeurs sont exclues, remplacées par une culture visant à amadouer les gens, à les priver petit à petit de leurs acquis sociaux, à les porter à accepter l’injustice sociale, voire même l’esclavage masqué, préparant ainsi la naissance d’un homme quasi-robotisé, dépourvu de dignité, de sentiment et d’ambition.

Comment ne pas réagir face à ce contraste flagrant, révoltant, entre l’actuelle culture décadente et celle des Lumières, construite par des hommes libres qui n’ont pas hésité à annoncer leurs convictions devant le grand roi de France Louis XIII :
« Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes,
Ils peuvent se tromper comme les autres hommes ».
Le Cid, de Pierre Corneille, 1637, soit un siècle et demi avant la Révolution française.

C’est cette même flamme de la liberté qui a porté le vrai philosophe Jean Paul Sartre à refuser, en 1964, le prix Nobel. Comme s’il prévoyait que ce prix allait être décerné à des politiciens tels Shimon Peres, commanditaire du massacre de Cana et père de la bombe atomique israélienne, ainsi qu’à d’autres de son genre avides de guerres d’agressions.

Je me contenterai de ces deux exemples, riches en symboles et en significations, sans oublier de saluer la mémoire de Voltaire, de Rousseau et d’autres phares de la culture franco-universelle, pionniers et contemporains.

Monsieur le président

Comment se fait-il que cet héritage fantastique n’a plus droit de cité dans les choix politiques actuels de la France ? Est-il possible qu’il en demeure ainsi ? Comment ne pas poser ces questions alors nous assistons à des transformations rapides dans le conflit en Syrie, dont vous êtes un des principaux intervenants étrangers, depuis sa conception et sa préparation par le camp militaro-politique auquel vous appartenez, sans jamais parvenir à influencer les choix décisifs. Ces transformations ainsi que leurs répercussions et les indications dangereuses qu’elles portent, justifieraient une simple question : n’avez-vous donc pas pensé, ne serait-ce qu’un instant, à l’éventualité de voir votre principal allié, les États-Unis vous réserver une mauvaise surprise, récidivant sa perfidie de 1956 qui avait réduit en cendres les espoirs franco-britanniques de récupérer les propriétés coloniales nationalisées par le président Gamal Abdel Nasser ? Une volte face qui a facilité la défaite humiliante des deux ex-empires européens, remplacés par le fameux condominium soviéto-états-unien avec l’entrée triomphale de Moscou sur la scène régionale etc..

Nul chef d’État ne peut se payer le luxe d’ignorer les leçons de l’Histoire. Elles doivent être prises en compte dans les analyses et les prévisions qui précèdent l’action dans les crises internationales.

Monsieur le président,

Vous avez fait preuve d’un enthousiasme étrange pour renverser militairement l’État syrien. Vous étiez même prêts à participer à une vaste offensive de l’Otan, sous le prétexte de la nécessité de trancher à tout prix, d’autant que vos alliés sur le terrain se montraient incapables d’arriver au but. N’avez-vous pas remarqué que ces massacres, perpétrés depuis plus de deux ans et sept mois, ne sont pas moins que la destruction totale de la Syrie en tant qu’État et société ? Une question clé se pose ici : renverser un régime que vous décrivez des plus despotiques au monde, justifierait-il la destruction du pays en entier pour le transformer en un vaste cimetière ? Quel est donc ce système démocratique qui naîtra des cimetières ?

Vous avez manifesté une très ferme détermination à engager l’Otan dans une guerre d’agression contre la Syrie au motif que « le régime » utiliserait des armes chimiques. Soit. Vous avez approuvé a priori la décision US, annoncée publiquement, de recourir pour cette expédition « punitive » à des missiles de croisière Tomahawk. Cependant, nous savons d’après l’expérience irakienne, que les États-Unis, utilisant une technique française, les équipent d’ogives couvertes d’uranium appauvri et ce pour deux raisons.

La première c’est le besoin de se débarrasser d’une partie de l’énorme stock d’uranium appauvri en le vidant sur des pays destinés à être détruits, sans tenir compte des conséquences catastrophiques que cela pourrait avoir sur l’environnement et la santé des générations à venir des peuples cibles.

La deuxième raison est économique. Car les armes à uranium appauvri ont une capacité de destruction et de pénétration des blindages nettement supérieure aux armes conventionnelles. L’effet direct de ce procédé permet une réduction substantielle des coûts et des dépenses de la guerre. Les États-Unis ont ainsi utilisé, lors de la guerre de destruction de l’Irak en 2003, plus de 2 800 tonnes d’uranium appauvri, selon les témoignages précis d’experts internationaux réputés pour leurs compétences scientifiques et leur intégrité morale, tels qu’Hans Christopher Van Spoonek ou Denis Halliday.

La morale de cette histoire : vous êtes résolument opposé à l’extermination des populations en Syrie par des armes chimiques, mais vous ne trouvez pas d’inconvénient dans leur extermination par les armes nucléaires ! Étrange est vôtre logique.

Comme vous le constatez, Monsieur le président, j’évite d’avancer une quelconque opinion quant à la véracité des accusations que vous portez sur l’usage d’armes chimiques par l’État syrien. Cependant, il m’est extrêmement difficile d’ignorer les affirmations du juge international, Carla Del Ponte. La magistrate a déterminé, preuves à l’appui, la responsabilité directe des opposants armés dans l’utilisation d’armes chimiques contre des civils à Khan Al-Assal. Je ne conteste pas la sincérité de vos accusations parce que vous insistez toujours pour ignorer les massacres commis par les terroristes, vos alliés. Depuis plus de deux ans et sept mois, l’Otan n’en a dénoncé aucun. Pas même un seul. Ce comportement, pour étrange qu’il puisse paraître, s’inscrit dans la logique qui guide les choix du commandement de l’Alliance atlantique dans la confrontation internationale qui se déroule en Syrie. Votre camp procède au ramassage des « djihadistes »(d’Al-Qaïda et de ses dérivés) et à leur transfert vers la Syrie. Il se charge de leur fournir les armes sophistiquées et la logistique nécessaire à l’accomplissement de leurs missions destructrices. Aujourd’hui, les masques sont tombés. Ce n’est que par respect pour votre prestigieuse fonction présidentielle que je m’abstiendrai de tout commentaire des déclarations compromettantes d’officiels français de haut rang, tels par exemple les dires de votre ministre des Affaires étrangères (dont le génie, les compétences et les performances diplomatiques ne peuvent passer inaperçus). Selon lui, « Les gars d’Al-Nosra font du bon boulot sur le terrain ». Cette déclaration, déjà gravée dans les Annales de ce conflit, est certes antérieure à l’annonce officielle de la fusion de leurs structures organisationnelles avec celles d’Al-Qaïda en Mésopotamie, mais bien ultérieure à de multiples massacres perpétrés par « Al-Nosra » dans différentes régions de Syrie.

Monsieur le président,

Pour comprendre la politique d’un pays il faudrait tout d’abord avoir ne serait-ce qu’un simple aperçu de son patrimoine culturel. Partant de ce principe, j’ai tenu à évoquer le patrimoine culturel français et son rôle déterminant dans le façonnage de la démocratie française et dans le rayonnement de vôtre pays. Mais, comme je l’ai évoqué plus haut, ce patrimoine se trouve, hélas, persécuté. Pourquoi en est-il ainsi ? Tout simplement parce que, de nos jours, il n’a plus droit de cité, ni dans la vie publique ni dans les choix diplomatiques. Il suffit simplement d’observer, de près, les modalités du fonctionnement des médias pour se rendre compte que la culture prédominante dans ce milieu est quasiment réduite à des stéréotypes dont l’unique mission est de lancer des campagnes de propagande en faveur du bellicisme états-unien et de ses entreprises guerrières sur la scène internationale.

Justifier les « guerres d’agressions » et le « chaos constructeur », dont les théories sont mises en place à Washington par « les princes de l’obscurité », telle semble-il est la principale mission politique des « grand intellectuels » qui monopolisent vos écrans. Terrible fracture entre aujourd’hui et hier. André Malraux fut le philosophe et le penseur le plus proche de l’esprit et du cœur du général De Gaulle. Permettez-moi, Monsieur le président, de vous poser une question qui pourrait paraitre naïve : quel est le philosophe ou le penseur le plus proche de votre esprit et de votre cœur ? Est-ce Bernad-Henri Lévy, Alain Alain Finkielkraut ou d’autres parmi les fervents thuriféraires des guerres de l’Otan ? Des « intellectuels » qui défendent un concept politique visant, conformément aux directives de Washington et d’Israël, à « semer la sauvagerie » (selon l’expression du penseur libanais Youssef Aschkar) dans nos pays, avoisinants l’Europe. Des « intellectuels » qui ne réalisent pas qu’en implantant la sauvagerie dans nos terres, c’est à l’Union européenne qu’il font le plus grand tort. Des « intellectuels » monopolisant les médias et les transformant, avec l’aide des patrons du monde de la finance et des complexes militaro-industiels, en outils de terrorisme, menaçant quiconque oserait exprimer son refus de se soumettre au diktat de la « pensée unique ».

Comme vous le savez bien, la « pensée unique » est une rhétorique idéologique, injuste de nature, qui mène la plupart du temps aux pires aboutissements. Dans le livre de Youssef Aschkar, intitulé La Mondialisation de la terreur [1], il apparait clairement que « ce qui se passe actuellement dans la Méditerranée et ce qui pourrait s’y passer est dangereux, abominable et destiné à l’être encore d’avantage si l’on permet à cette percée idéologique monstrueuse avec toutes ces facettes, de conduire cette opération qui consiste à “semer la sauvagerie” au point de non-retour, où tous les partenaires de la Méditerranée, en premier les Européens, découvriront trop tard qu’ils sont en face d’un courant incontournable et devant des dégâts et des dommages à jamais irréparables ».

Excusez-moi si j’ai utilisé le terme « terrorisme » en évoquant vos médias qui incitent à « semer la sauvagerie » et à mener des guerres offensives contre nos pays. Et je ne suis pas le seul à le dire. Votre prédécesseur, le président Nicolas Sarkozy a reconnu cette réalité lorsqu’il s’était plaint durant sa dernière campagne électorale d’être devenu la cible du « terrorisme du système médiatique ». C’est un aveu, qui sert désormais de référence, une confirmation que vos média exercent le terrorisme. Des médias terroristes. Le président Sarkozy va même jusqu’à évoquer l’existence d’un « système » médiatique terroriste. Et comme vous le savez, Monsieur le président, le terme « système » dans ce contexte porte une connotation fort péjorative, car il englobe également la propagande du « discours unique » qui est loin d’être une attribution des démocraties.

Cette opinion, fort précise, converge avec la vôtre, Monsieur le président, voire même la complète. Comment ? Vous avez, Monsieur le président, proclamé de vive voix lors de la même campagne électorale, dans un discours que vous avez prononcé en janvier 2012 à l’aéroport du Bourget : « J’ai un adversaire, et mon adversaire n’a ni visage ni adresse, ni parti politique, il ne se porte pas candidat aux élections, mais c’est lui qui gouverne. C’est le monde de la finance ».

Vous avez fort raison, Monsieur le président. Vos paroles sont très claires. Le pouvoir réel dans votre pays ne réside plus dans les institutions constitutionnelles du « Pouvoir ». Le temps, à ce qu’il parait, est devenu celui de la post-démocratie. C’est l’ère de « l’oligarchie », le pouvoir de la finance. D’ailleurs le « néolibéralisme », qui est la forme la plus brutale du capitalisme déchaîné, ne peut coexister avec les systèmes démocratiques. Le néolibéralisme enfante des dictatures proclamées ou camouflées. Nous ne sommes donc pas étonnés de voir les médias érigés en « système » terroriste, sachant qu’ils appartiennent en majorité aux grands capitaux, aux complexes militaro-industriels et au monde de la finance. Ceci étant, il est normal que leur vocation devienne l’implantation de la sauvagerie, non seulement dans nos pays, mais dans les vôtres aussi… Pouvons-nous par exemple reprendre les mots de Pierre Corneille sur les erreurs des rois et remplacer le vocable « rois » par « néolibéralisme » ? … ou employer le mot « Israël » à la place « des « rois » ?

Nous sommes devant plusieurs éléments qui constituent le grand puzzle de la scène globale, dans votre pays comme dans le nôtre et dans le monde entier. Ce paysage est réel. Il ne peut être éclipsé, ni rendu crédible par les prétextes avancés pour détruire un pays en entier : tuer ses habitants, éradiquer sa société, ses fondements économiques, culturels, environnementaux et existentiels, tout en y semant la sauvagerie pour le « renvoyer à l’âge de la pierre » comme le répètent, en toute arrogance, sans jamais être critiqués, les dirigeants des États-Unis et d’Israël quand il s’agit de faire souffrir nos pays. Y a-t-il un terrorisme plus terrible que d’anéantir des peuples et des pays entiers pour les renvoyer à « l’âge de la pierre » ?

N’est-ce pas l’apogée du terrorisme que de soumettre les peuples de Syrie, du Liban et de Palestine — durant trois mois — aux menaces d’une guerre de destruction massive, par des missiles de croisière qui rappellent la destruction de l’Irak avec les mêmes armes à l’uranium appauvri ?

Monsieur le président, si vous aviez visité la Syrie, le Liban ou la Palestine, et aviez eu des contacts directs avec ses peuples, vous auriez rencontré un chauffeur de taxi qui vous aurait récité des poèmes de Victor Hugo. Je vous demande, vous qui êtes si enthousiaste pour la destruction de nos pays : avez-vous lu de votre vie, l’ouvrage d’un seul intellectuel syrien ?…

Monsieur le président,

Je vous invite à envoyer une invitation à la grande chercheuse, Hoda Abdel Nasser, pour qu’elle vous présente les précieuses lettres échangées entre son père, le président Gamal Abdel Nasser, et le général De Gaulle. Ce serait peut-être un moyen pour vous de vous soigner de ce « prurit belliqueux » qui atteint certain chefs d’États. D’autant que Washington a brusquement fait volte-face, sans prendre votre avis, comme lors de l’agression tripartite contre Suez. Je vous conseille également de lire1956, Suez, un ouvrage écris par l’ancien ministre français des Affaires étrangères, le diplomate chevronné Christian Pineau.

Croyez-moi, Monsieur le président, seule la culture est capable de stopper l’avancée de cette stratégie diabolique visant a implanter la sauvagerie et à renvoyer nos pays à « l’âge de la pierre ».

Monsieur le président, je vous prie de bien vouloir prendre en considération cet humble conseil provenant d’un allié de l’opposition démocratique syrienne, qui a refusé, dès le début, la militarisation de l’opposition, l’argent corrompu des pays du Golfe, vos ingérences destructrices et le maintien en place du régime au pouvoir. Je parle de l’opposition démocratique que vous-même avez refusé d’écouter, bien que nul en Syrie ne doute de sa sincérité.

Je réitère mes remerciements pour toute l’attention que vous pourriez réserver à cette parole vraie car elle tient à la sauvegarde des relations de respect et d’amitié entre nos pays et la France.

As Salam Aleiqom (La paix soit avec vous).

Source
As-Safir (Liban)

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Investig’Action est allé à la rencontre de l’universitaire Salim Lamrani, spécialiste de Cuba pour la sortie de son nouvel ouvrage. Après « Cuba, ce que les médias ne vous diront jamais » et « État de siège, les sanctions économiques des États-Unis contre Cuba », il ressurgit au devant de la scène avec « Cuba : Les médias face au défi de l’impartialité ». Lors de cet entretien, il revient entre autres sur la « mission » de certains médias dans la diabolisation de Cuba, sur la blagueuse Yoani Sànchez ainsi que sur le système social de l’île.

Les médias présentent Cuba comme un pays liberticide avec un système politique et économique archaïque. Comment analysez-vous cela ?

 

 

 

Les médias présentent une image caricaturale de Cuba et de ses dirigeants. Un abîme sépare les clichés primaires au sujet de ce pays de la réalité complexe de l’île. C’est d’ailleurs l’objet de mon dernier ouvrage intitulé Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité. Les grands médias, qui appartiennent à d’importants conglomérats économiques et financiers dont le but est de préserver l’ordre politique, économique et social établi, sont incapables de neutralité ou d’objectivité vis-à-vis de Cuba, un pays qui remet en cause l’idéologie dominante, qui rejette l’accumulation au profit du partage, qui choisit la solidarité au lieu de l’égoïsme, qui préconise le collectif au détriment de l’individualisme et qui place l’humain au centre de son projet de société et non pas les intérêts des puissances d’argent.
Il est donc naturel que les défenseurs de l’ordre établi s’attaquent de la manière la plus féroce à Cuba, la stigmatisent, la vilipendent et la calomnient, tout en interdisant tout débat critique ou toute pluralité d’idées. La censure est extrêmement sévère en Occident dès lors qu’il s’agit de présenter un point de vue alternatif sur la Révolution cubaine qui entrerait en contradiction avec la pensée unique. Ici, le dogmatisme le plus absurde remplace les arguments. Il est en effet extrêmement aisé d’illustrer à quel point l’image de Cuba véhiculée par les médias est fausse, et j’espère en avoir fait la démonstration dans mon livre.
On vilipende tant Cuba car ce pays, malgré ses difficultés, ses contradictions, ses erreurs et ses vicissitudes, a valeur d’exemple. Il est la preuve qu’une société alternative basée sur le partage, la solidarité, l’altruisme, la culture, l’éducation, la santé, est possible et viable. Cuba est un antidote contre la résignation des peuples. Pourtant, Cuba dispose de ressources naturelles extrêmement limitées et est victime de sanctions économiques très sévères de la part des Etats-Unis depuis plus d’un demi-siècle. Malgré cela, la Révolution cubaine est l’illustration parfaite que l’Humanité n’est pas condamnée à l’humiliation et affirme haut et fort que la plèbe, les écrasés, les sans-grades – la cariatide, comme disait Victor Hugo – ont droit à une existence décente. Cuba revendique la dignité pour « les gueux, les peu, les rien, les chiens, les nègres et les maigres », pour paraphraser le magnifique poème de Léon Gontran-Damas.
 Fidel Castro est-il un dictateur comme l’affirment certains médias ?
 Les médias, en raison de leurs préjugés idéologiques et leur mépris à peine dissimulé pour les peuples du Sud, sont incapables de comprendre l’importance historique de Fidel Castro pour Cuba, l’Amérique latine et le Tiers-Monde. Depuis José Martí, le héros national cubain, aucun autre personnage n’a symbolisé avec autant de force les aspirations du peuple cubain à la souveraineté nationale, à l’indépendance économique et à la justice sociale comme Fidel Castro. C’est un discours qui peut surprendre en Occident en raison de la campagne de dénigrement systématique qui sévit dans les médias. Pourtant, c’est la vérité, même s’il en coûte aux zélateurs de l’idéologie dominante, souvent empêtrés dans leur culture coloniale et leur complexe de supériorité, de l’admettre.
La figure de Fidel Castro est un symbole de fierté, de dignité, de résistance et de loyauté aux principes pas seulement à Cuba, mais également dans toute l’Amérique latine et dans le Tiers-monde, car le leader historique de la Révolution cubaine –malgré toutes les horreurs qui se disent à son sujet – a pris les armes en faveur des opprimés et a revendiqué leurs droits à une vie décente. Il a renoncé à tous ses privilèges de classe – car il convient de rappeler que sa famille était l’une des plus riches de Cuba – pour défendre les sans-voix, abandonnés à leur sort et ignorés par les possédants.
Fidel Castro dispose d’une légitimité historique. Il a lutté contre la sanglante dictature de Fulgencio Batista les armes à la main lors de l’attaque de la caserne Moncada en 1953 et lors de l’insurrection dans la Sierra Maestra. Il a triomphé contre des forces supérieures en nombre et soutenues par les Etats-Unis. Dans un contexte d’une hostilité extrême, il a réalisé le rêve de José Martí d’une Cuba indépendante et souveraine. Il a édifié la société la moins injuste du monde, même si elle reste imparfaite comme toute œuvre humaine. Il a osé affirmer que le bonheur n’avait de sens que s’il était partagé par la majorité. C’est pour ces raisons que sa figure suscite respect et admiration à travers la planète. Cela est impardonnable pour ceux qui se considèrent comme les maîtres du monde.
Quoi qu’on puisse penser du système électoral cubain, Fidel Castro a été élu de 1976 à 2006. Avant cette date, il n’était que simple Premier Ministre et non pas Président. Aucun dirigeant ne peut rester à la tête d’un pays pendant trente ans, dans un contexte de guerre larvée avec les Etats-Unis, sans un soutien majoritaire du peuple. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de secteurs insatisfaits, critiques et déçus. Mais l’immense majorité des Cubains ont un grand respect pour Fidel Castro. D’ailleurs, les documents de l’ambassade des Etats-Unis à Cuba, révélés par Wikileaks, attestent de la popularité incontestable du leader de la Révolution auprès des Cubains. On a trop tendance à oublier cette réalité ou à faire semblant de ne pas la voir.
A-t-il commis des erreurs ? Bien entendu ! Que celui qui n’a jamais pêché jette la première ! La Révolution cubaine est l’œuvre de femmes et d’hommes. Elle est donc par définition imparfaite. Les Cubains ont toutes les vertus et les défauts de la condition humaine. Mais ils n’ont jamais eu la prétention de s’ériger en exemple.

 

 Un mot sur la bloggeuse cubaine Yoani Sánchez. Les médias la présentent comme une femme courageuse qui dénonce les dérives du système. Qui est-elle vraiment ?

 

 Je lui ai consacré un chapitre entier de mon livre. Yoani Sánchez est la principale figure de l’opposition cubaine qui a été créée de toutes pièces par les médias. C’est une jeune havanaise, assez intelligente pour comprendre qu’en intégrant l’univers de la dissidence et en réclamant l’instauration d’un capitalisme « sui generis » – pour reprendre ses termes –, elle tirerait grand profit de la situation. Alors que les opposants du monde entier du reste de l’Amérique latine sont ignorés par les grands médias, Yoani Sánchez est constamment sous le feu des projecteurs.
Elle a ouvert un blog en 2007 dans lequel elle décrit la réalité sous un angle assez sombre. A lire ses écrits, Cuba est l’antichambre de l’enfer et Fidel Castro, le représentant de Lucifer dans ce bas monde. Il est donc peu surprenant que la presse se fasse le relais de son discours et se délecte de ses déclarations. Néanmoins, il s’agit d’un personnage plein de contradictions. Par exemple, elle décrit Cuba comme l’enfer de Dante et pourtant choisit d’y retourner après avoir vécu deux ans en Suisse, l’un des pays les plus riches du monde. Son blog est traduit en près de 20 langues. Aucun autre site au monde, ni celui de l’Union européenne, des Nations unies, de la CIA ou du Département d’Etat ne dispose d’une telle diversité linguistique. Elle est invitée dans le monde entier pour donner des conférences et a recueilli d’innombrables prix tous financièrement rémunérés. Ainsi, depuis la création de son blog, Yoani Sánchez a obtenu près de 300 000 euros, ce qui équivaut à près de 25 ans de salaire minimum dans un pays comme la France, cinquième puissance du monde, et à plus de… 1500 années de salaire minimum à Cuba. Elle a été nommée représentante de la Société interaméricaine de Presse(SIP), qui regroupe tous les conglomérats médiatiques du continent, qui lui octroie un salaire mensuel de 6 000 dollars. Indéniablement, être dissident à Cuba est un juteux filon.
La dissidente ne représente pas les Cubains car très peu possèdent son train de vie et personne ne souhaite un retour au capitalisme. Les Cubains, y compris les catégories les plus insatisfaites de la population, veulent un socialisme plus efficace, avec moins d’interdits, mais sûrement pas un retour au capitalisme. Les Cubains sont abasourdis lorsqu’ils découvrent qu’en Espagne, les gens sont expulsés de leur logement et contraints de vivre dans la rue car ils ne peuvent plus payer le crédit de leur maison. Ils sont effarés de voir qu’il y a des dizaines de milliers de familles sans toit et des dizaines de milliers de logements inoccupés qui appartiennent aux banques. Pour eux, un tel système – auquel nous nous sommes malheureusement habitués – est absurde et ils ont raison. Tout cela est absolument impossible à Cuba car les citoyens ne le permettraient pas. La crise systémique capitaliste a plongé des millions d’Espagnols dans le désarroi le plus total, à tel point que plus de 3 000 personnes expulsées de leur logement se sont suicidées, sans que la presse daigne dire un mot sur ce drame terrible. Imaginez un peu si cela était arrivé à Cuba…
Enfin, les Cubains méprisent souverainement ceux qui reçoivent des subsides de l’étranger pour dire du mal de leur pays. En réalité, de puissants intérêts liés aux Etats-Unis se cachent derrière la figure de Yoani Sánchez.
Vous parlez également du système social à Cuba qui est connu pour son excellence. Quels sont les chiffres ?
Les médias évoquent souvent l’échec que constituerait le système cubain, sans jamais citer de chiffres. Les plus prestigieuses organisations internationales, de la Banque mondiale – oui, j’ai bien dit la Banque mondiale – à l’UNESCO, en passant par l’OMS, l’UNICEF, la CEPAL ou l’Union européenne reconnaissent l’excellence du système social cubain. Quelques chiffres illustrent cette réalité. Avant cela, il est nécessaire de rappeler que Cuba est une petite nation du Tiers-Monde sans grandes ressources et qu’elle est victime d’un état de siège économique de la part de Washington depuis 1960.
Malgré tous ces obstacles, Cuba dispose de l’espérance de vie la plus élevée et du taux de mortalité infantile le plus bas du Tiers-Monde. Il est même plus bas que celui du Canada ou des Etats-Unis. Le taux d’alphabétisation est similaire à celui des pays les plus développés. Selon une étude de l’UNESCO, les élèves cubains disposent de deux fois plus de connaissances que leurs camarades latino-américains.
Au niveau de la santé, Cuba dispose du plus grand nombre de médecins par habitant au monde. En chiffres absolus, Cuba dispose de deux fois plus de médecins que le Royaume-Uni pour une population quatre fois inférieure. Chaque année, plus de 10 000 médecins sont formés à Cuba, dont la moitié provient du Tiers-Monde. Tout cela, sans que cela leur coûte un seul centime ! Selon l’UNICEF, Cuba est le seul pays du Tiers-monde où la malnutrition infantile n’existe pas. C’est un exploit extraordinaire, souvent méconnu du grand public ! Le pays a développé une industrie biotechnologique de pointe et a créé des dizaines de vaccins. Qui sait que le premier vaccin au monde contre le cancer du poumon est un vaccin cubain ?
Au niveau international, près de 40 000 médecins cubains et autres collaborateurs de santé travaillent gratuitement dans les zones rurales des pays du Tiers-Monde. Cette solidarité, unique au monde, est totalement ignorée par les médias. Grâce à l’Opération Miracle lancée par Cuba, une mission humanitaire qui consiste à opérer les personnes sans ressources atteintes de cataractes et autres maladies oculaires, plus de 2 millions de personnes du monde entier ont pu retrouver la vue. Le programme d’alphabétisation cubain Yo, sí puedo a permis à plus de 5 millions de personnes de 30 pays différents d’apprendre à lire, écrire et compter.
Qui sait que Cuba est le seul pays au monde à avoir atteint un développement durable ? C’est ce qu’affirme la WWF, la plus importante organisation de défense de l’environnement. Je pourrais multiplier les exemples. C’est d’ailleurs le chapitre le plus important de mon livre.
Propos recueillis par Mouâd Salhi pour Investig’Action michelcollon.info
Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité
Préface d’Eduardo Galeano
Paris, Editions Estrella, 2013
230 pages
18€
Disponible en librairie et chez Amazon
  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Wikileaks trace sa route à l’Est

octobre 27th, 2013 by Israel Shamir

A propos du long métrage Mediastan, A Wikileaks Road Movie présenté au premier London Raindance Film Festival, puis à Moscou lors d’un autre festival.

Cinq journalistes dans leur trentième printemps traversent, en bande hétéroclite et en voiture, les déserts et les hauts plateaux d’Asie centrale. On retient son souffle dans des tunnels de cauchemar, on dérape dans les virages pentus et on négocie le droit de passage avec des troupeaux de moutons sur des routes de campagne, entre deux capitales de la liberté d’expression et de ses limites. Le road movie par excellence, on pense à Easy Rider de Wim Wenders, mais le montage est bien meilleur.

On découvre vite que ce voyage n’est pas une partie de plaisir. Ces jeunes gens ont été expédiés au bout du monde par le génial et inclassable Julian Assange, qui tel un prince de légende est en captivité au château de Ellingham, au pays des Angles de l’Est (les événements se situent il y a deux ans, avant qu’il ait réussi à trouver refuge à l’ambassade d’Equateur) Il vit toute l’aventure par procuration, enfermé dans le manoir. Il apparaît furtivement dans le film, et donne lieu à une scène de marche nocturne dans les bois qui est un joyau, parce que le metteur en scène, Johannes Wahlstrom (le Suédois de la bande) a su traduire l’urgence et la part décisive d’Assange, personnellement, dans l’affaire Wikileaks, en langage cinématographique. Assange discute avec l’équipe de montage par skype, et il débat avec ses camarades sur les objectifs du projet. C’est ainsi que nous apprenons que le but de l’expédition est de répandre jusqu’aux confins de l’univers les câbles du Département d’État adroitement soustraits par le sergent Manning, pour que les habitants sachent la vérité, sachent comment le pouvoir impérial les perçoit. Il s’agit de les libérer par la vérité, mais ils ont besoin pour cela d’un médiateur, les médiats.

Quelqu’un doit choisir, traduire, expliquer, mettre en forme et publier les câbles, pour qu’ils atteignent le public ciblé. Les missionnaires d’Assange rencontrent des directeurs de journaux, d’agences de presse et de stations de radio, et leur offrent leur précieux trésor, aussi tentant que dangereux, gratuitement. La plupart d’entre eux refusent le cadeau. Ils sont étroitement liés à la structure du pouvoir américain, qui déploie ses tentacules impériaux jusqu’aux régions les plus reculées. Certains acceptent les câbles, mais nous ne saurons pas s’ils en feront jamais le moindre usage (personnellement, j’ai eu plus de chance en les répandant à travers la Russie, où les médias sont réactifs et où le sentiment anti-américain est vivace. Nos voyageurs acceptent facilement de reconnaître que la presse de l’Asie centrale est loin d‘être libre, mais ils découvriront aussi, au détour des imprévus, traités avec subtilité, que les puissants médiats occidentaux sont tout aussi corrompus.

Ils sillonnent donc le Tadjikistan, le Turkménistan, le Kirghizstan, le Kazakhstan, l’Afghanistan et ils font connaissance avec les médiats locaux, d’où le titreMediastan. Nos voyageurs apprennent ainsi que les USA payent très régulièrement ces organes pour qu’ils publient des articles qui leur soient favorables. Certains de ces articles paraissent d’abord en Russie, et sont repris dans des publications locales, de sorte qu’ils en paraissent plus respectables.

D’ailleurs, un certain nombre d’éditorialistes résident en fait aux USA et dirigent de là-bas leurs publications. Au Turkménistan effarouché, on visite le bureau d’un journal important : chaque numéro comporte une photo du président en quadrichromie et en page de titre, et quand il reçoit ses visiteurs, le patron leur explique qu’il ne veut pas d’ennuis. Puis nous quittons son bureau et parcourons Ashgabat, ville reconstruite, rêve d’architecte tout en marbre et larges avenues impeccables. Il semblerait que toute la rente du gaz naturel n’ait pas été siphonnée vers des banques étrangères, ce qui fait bien plaisir, mais malheureusement, nos visiteurs se font reconduire à la frontière, à titre préventif.

Au Kazakhstan, ils rencontrent les ouvriers du pétrole de Zhanaozen, qui se remettent tout juste d’une longue grève de la faim : pas un journal n’y a envoyé de reporter jusque passé un mois, après qu’ils aient été dispersés à balles réelles. Une douzaine de grévistes ont été tués, bien d’autres blessés, et encore plus emprisonnés. Cette séquence est remarquable pour ce qu’elle transmet des affres vécues par les ouvriers et de leurs revendications, avant que la répression violente s’abatte sur eux. Même après coup, le drame des ouvriers du pétrole a été très peu montré, par ce qu’ils travaillaient pour des compagnies pétrolières occidentales, et que le président, M. Nazarbaïev, est considéré comme pro-occidental. Pour les médias mainstream, les gay pride sont des événements autrement plus importants qu’une grève de la faim de travailleurs.

Nos globetrotteurs rencontrent aussi un autre personnage révélé par l’un des exploits de Wikileaks, un prisonnier de Guantanamo relâché récemment. Wikileaks avait publié son dossier secret à la CIA, parmi d’autres. Ce grand bonhomme barbu et sinistre a passé cinq ans dans ce camp de l’horreur : il raconte sa vie dans les limbes, et notre petite bande lui révèle pourquoi il avait été séquestré, car, comme Edmond Dantès dans Le comte de Montecristo, les prisonniers de Guantanamo ne sont jamais mis au courant de ce qu’on leur reproche. Quand il apprend qu’il vient de faire son interminable séjour là-bas simplement parce que les interrogateurs américains voulaient qu’il leur parle de l’humeur des réfugiés Tadjiks en Afghanistan, il explose : « ils n’avaient qu’à me le demander et me laisser repartir ! » s’écrie-t-il.

L’épisode afghan est comme une parenthèse, mais cela fait partie du charme des road movies : le réalisateur peut caser avec grâce des séquences quelque peu disparates. Dans le nord de l’Afghanistan occupé, nos chevaliers du désert visitent un camp suédois, où le chargé de presse leur avoue qu’il n’a aucune idée de la raison pour laquelle ils sont là, au premier rang. Les Afghans veulent qu’ils s’en aillent, parce que les Suédois ne distribuent pas de pots de vin. Nous découvrons que sous la pression américaine, les Suédois pratiquent quand même quelque chose qui y ressemble, simplement pour pouvoir rester. Il s’agit, pour les Américains, d’impressionner les locaux avec la bonne volonté des Suédois, sans que cela leur coûte rien à eux.

Il y a un épisode comique, quand Johannes tente de fourguer ses câbles fuités au patron de la « radio libre » du coin, c’est à dire l’antenne locale du réseau de propagande US, de propriété américaine et généreusement financée par les mêmes. On l’informe solennellement que Radio Liberté jouit d’une totale liberté d’expression, peut discuter de tous les sujets, et ignore la censure. Il aurait aussi bien pu offrir ses câbles directement à l’ambassade US…

Le royaume de Mediastan ne se borne pas aux hautes cimes, il s’étend jusqu’aux rives de l’Hudson et de la Tamise, car c’est là que Wahlstrom rencontre deux lascars qui trônent tout en haut de la chaîne alimentaire médiatique : à Londres, l’éditorialiste en chef du Guardian, Alan Rusbridger, et à New York, celui qui faisait la loi au New York Times à ce moment, Bill Keller. Tous les deux sont doux, patelins et polis, suaves et botoxés, et ils ont des réponses toutes prêtes, mais ils sont aussi rampants devant le pouvoir que le dernier des pontes d’une feuille de chou locale.

Le Guardian a joué un sale rôle dans l’histoire de Wikileaks, et ils semblent bien vouloir refaire le coup avec Snowden [http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm” name=”nh1″ href=”http://www.silviacattori.net/article5000.html#nb1″>1]. Ils ont publié ses rapports, après les avoir corrigés à la sauce NBA, l’ont poussé à révéler son identité, moyennant quoi ils ont boosté leur réputation de gens de gauche, et au final, ont mandaté leur propre agent, Luke Harding, pour qu’il écrive un livre qui le mettra probablement en pièces. Ils y ont déjà gagné la bienveillance des services d’intelligence, des lecteurs qui leur font confiance, et ils pourraient bien finir par détruire leur victime.

Mais les lecteurs de CounterPunch ont pu suivre sa saga exceptionnelle en temps réel, depuis le début, probablement mieux que personne, mieux que par la grande presse ou les bloggeurs. Ils ont appris comment les câbles ont été publiés [http://www.silviacattori.net/article5000.html#nb2″>2], comment le Guardian a calomnié Assange (ils ont reçu des notes confidentielles de la police suédoise et en ont biaisé le contenu). Lorsque, quelques mois plus tard, ces documents ont été rendus publics, un site suédois a écrit : « les pesants ragots publiés surtout par le toxique Nick Davies du Guardian ne tiennent plus debout. Le rapport de Nick Davies sur les procès-verbaux était une manipulation. » Le Guardian avait fait des chapeaux tendancieux sur les câbles obtenus par Bradley Manning et répandus par Assange. Les gens ne lisent guère au-delà des titres, de sorte que le Guardian à son habitude s’est permis d’attribuer à Wikileaks certaines remarques de représentants officiels des US, le plus souvent destinés à miner l’image de la Russie et à priver son président de légitimité [http://www.israelshamir.net/French/OignonsFR.htm]. C’est seulement maintenant que nous comprenons ces attaques infatigables contre Poutine, le seul qui a eu assez de volonté pour mettre un frein à l’attaque qui menaçait la Syrie, et signer ainsi la fin de l’hégémonie américaine.

Les câbles d’Asie centrale étaient plus intéressants que les autres, dans la mesure où les ambassadeurs US dans la région ne se méfiaient pas, et s’exprimaient franchement, en toute brutalité, dans leurs communications avec le Département d’État. Le Guardian a délibérément expurgé une bonne part des câbles publiés afin de cacher les preuves de corruption par les firmes occidentales en Asie Centrale, comme les lecteurs de CounterPunch ont pu le lire dans un article qui est difficile à retrouver sur Google (quelle surprise !) [http://www.silviacattori.net/article5000.html#nb4″>4]. Wahlsrom demande à Alan Rusbridger pourquoi il a effacé les noms des généreux donateurs, et reçoit une réponse formelle : ce sont des gens très riches et ils pourraient nous faire un procès.

Si bien que les deux films sont fort différents. L’un se base sur le récit du collaborateur d’Assange devenu depuis son ennemi et ambitieux rival Daniel Domscheit-Berg, et a bénéficié d’un budget exceptionnel de 40 millions de dollars, bien au-dessus de la moyenne, alors que Mediastan, est l’oeuvre du jeune réalisateur Johannes Wahlstrom, un ami d’Assange, avec un budget étriqué, entièrement sorti de sa poche fort plate ; le chef opérateur et les autres membres du groupe, passionnés mais sans ressources, ont travaillé pour rien. Et malgré tout, ils ont réussi à produire un thriller puissant et qui hantera longtemps les gens qui réfléchissent, car il s’agit d’une quête épique sur un sujet épineux : comment insuffler la vérité vitale à ceux qui n’en veulent pas.

Le film occupe une niche bien particulière en tant que documentaire qui se sert de toutes les ressources du film de fiction : dynamique, ficelé serré, débordant de nuances, un régal pour l’œil et pour satisfaire la faim de réflexion. La photographie est splendide, on la doit au virtuose russe de la caméra, Fédor Lyass (Théo pour les intimes), le chef opérateur aux manettes du grand succès récent du cinéma russe Dukhless [http://evasion-graph-coco.over-blog.” name=”nh5″ href=”http://www.silviacattori.net/article5000.html#nb5″>5]. Le réalisateur Johannes Wahlstrom – (je n’ose pas dire tout le bien que j’en pense, parce que c’est mon fils, je l’avoue) a grandi en Israël, puis a suivi sa mère en Suède à l’âge de douze ans. C’est son premier long-métrage : il avait travaillé pour la télé suédoise et lancé un magazine. Il fait partie de ces braves jeunes gens décidés à arrimer le monde à la vérité, à l’arracher à la drogue du mensonge.

Israël Adam Shamir
27 octobre 2013

Article original en anglais :

http://www.israelshamir.net/English/Mediastan.htm

Traduit de l’anglais par Maria Poumier

http://www.israelshamir.net/French/Mediastan-fr.htm

 

Notes:

(1) Le Monde Diplomatique a rendu compte de cette grève de la faim dans”L’or noir et la colère” http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/GENTE/47656

(2) Voir l’article de Shamir “Snowden à Moscou”, http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm

(3) Voir l’article de Shamir: “Assange pourchassé, Les étonnantes aventures de Capitaine Neo négocient un virage prononcé vers le pire…” http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art794, septembre 2010.

(4) Voir l’article de Shamir ‘A bord du vaisseau Cablegate, Wikileaks dans les entrailles de l’empire”http://www.israelshamir.net/French/cablegate-fr.htm

(5) Autre article de Shamir sur les actions entreprises pour diffamer Julian Assange, voir “Assange agent du Mossad! ou Oignon cru en Iran”, http://www.israelshamir.net/French/OignonsFR.htm

(6) Voir l’article de Shamir “Le Guardian déforme et censure les dépêches de Wikileaks”http://www.israelshamir.net/French/GuardianAstanaFr.htm

(7) Film de Roman Prygunov, septembre 2012, voir http://evasion-graph-coco.over-blog.com/dukhless-soulless

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le corridor d’Al-Qaïda à travers la Syrie

octobre 27th, 2013 by Prof. Vijay Prashad

Ce n’est pas l’Armée Syrienne Libre, mais l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL) qui constitue une menace sérieuse pour le régime d’Assad.

Mardi soir, des kamikazes et des hommes armés ont attaqué des points de contrôle irakiens le long de la route N°11, qui relie Bagdad à la Syrie via Ramadi. Ils ont déclenché des explosions au poste de contrôle de Routba ainsi qu’à d’autres checkpoints un peu à l’ouest de Ramadi. Trente-sept personnes ont été tuées dans ces attaques, en majorité des membres des services de sécurité. La route N°11 est la route du sud de l’Irak vers la Syrie.

L’autre route qui relie Bagdad à la Syrie est l’autoroute N°12, qui passe au nord de Ramadi dans les villes de Anan et Rawah, le long de l’Euphrate et dans la ville syrienne de Raqqa. La semaine dernière, des combattants de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL) ont attaqué les villes de Anan et Rawah, détruisant un pont et essayant de détruire des pylônes électriques. L’armée irakienne a pu contrer l’attaque de l’EIIL sur Rawa, et a ainsi déjoué la tentative de l’EIIL de s’emparer des villes qui lui auraient permis de contrôler l’autoroute N°12. Le vice-Premier ministre Saleh Iraq al-Mutlaq a déclaré que l’attaque de la semaine dernière était une « tentative désespérée d’al-Qaïda [EIIL] pour s’implanter en Irak. » Il semble probable que l’EIIL a décidé d’essayer de prendre le contrôle de l’autoroute N°11 après que son attaque sur la route N°12 a été repoussée.

La route qui relie l’Irak au Liban via Raqqa est partiellement sous contrôle de l’EIIL

Le mois dernier, l’EIIL a obtenu des succès remarquables. Son opération, baptisée Elimination de l’Impureté, a expulsé ou absorbé les unités de l’Armée Syrienne Libre tout au long du flanc nord de la Syrie. La ville d’Azaz à la frontière syro-turque est aux mains de l’EIIl depuis un mois. A partir d’avril, l’EIIL a commencé à attirer à lui toutes les factiosn salafistes plus petites, dont le Jabhat al Nosra (non sans heurts) et des éléments d’Ahrar el Cham (dont le chef Abou Obeida al’Binnishi avait été tué par l’EIIL en septembre). Un nouveau rapport de l’International Crisis Group daté du 17 octobre observe que l’EIIL est désormais « l’organisation la plus puissante dans le nord et l’est de la Syrie et profitait de son contrôle sur les champs pétroliers. » L’analyste Aymenn Jawad al-Tamimi affirme que l’EIIL ne peut être délogé de ses places fortes dans le nord et l’est de la Syrie par aucune coalition de l’ASL et de ses alliés. De fait, dans les derniers mois, l’EIIL a gravement affaibli le potentiel militaire de l’ASL, après avoir tué en juillet Kamal Hamami, un de ses plus importants chefs de bataillons, et avoir attiré à lui nombre de ses combattants locaux. L’Armée Syrienne Libre ne représente plus une véritable menace pour le gouvernement syrien.

Une situation déplorable

La principale voix séculière du soulèvement en Syrie, Yassin al Haj Saleh, qui vivait dans la clandestinité dans son pays pendant la guerre civile, s’est enfui à l’étranger le 12 octobre. Dans sa lettre ouverte, « Adieu à la Syrie, pour un certain temps », M. Saleh écrit que sa ville d’origine, Raqqa, est passée sous le contrôle des « spectres qui hantaient notre enfance, les ogres. » La situation à Raqqa, écrit M. Saleh, est déplorable. C’était dur de voir « des étrangers l’opprimer et tenir en main le destin de sa population, confisquant les biens publics, détruisant une statue d’Haroun al-Rachid ou profanant une église, arrêtant des gens qui disparaissent ensuite dans leurs prisons. »

Le départ de Syrie de M. Saleh indique que les choses ont empiré par rapport à l’été dernier quand le chercheur Yasser Munif s’était rendu dans le nord du pays et avait constaté qu’à Raqqa, « les gens sont de plus en plus critiques à l’égard de l’EIIL et d’al-Nosra. » Il semble que cet espace laissé à la critique interne de l’EIIL est manitenant plus restreint. Les affiches qui promeuvent les vues de l’EIIL abondent à Raqqa, laissant entendre une mise en sourdine des rivalités entre les diverses factions islamistes. Comme l’observe el-Tamimi, dans les manifestations publiques les bannières de l’EIIL et du jabhatal Nosra flottaient côte à côte.

En juillet 2013, l’EIIL avait organisé une évasion massive à la prison irakienne d’Abou Ghraib, libérant 500 détenus. L’EIIL avait eu recours à des voitures piégées, des kamikazes et des miliciens pour cette opération. L’EIIl avait ensuite dirigé ces combattants vers la frontière irako-syrienne dans le but d’essayer de prendre le contrôle des points de passage frontaliers dans le cadre de leur projet d’établir un corridor pour relier Ramadi en Irak à Tripoli dans le nord Liban (un affrontement dans cette ville a causé la mort d’un garçon de13 ans le 23 octobre). Les attaques de la nuit du 22 octobre s’inscrivaient dans ce scénario.

L’EIIL et sa forme de radicalisme sont un produit du financement de la rébellion par le Qatar et l’Arabie Saoudite. L’argent des Arabes du Golfe ainsi que des combattants étrangers et un groupe de combattants Syriens motivés ont donné l’avantage à l’EIIL. Dans le même temps, tandis que l’argent du Qatar et de l’Arabie saoudite a permis à leur client de dominer les autres rebelles sur le champ de bataille, l’influence de ces deux monarchies a empêché l’unification des rangs et le développement d’un agenda par les dirigeants de la rébellion. En trois ans, la Coalition Nationale des Forces Syriennes Révolutionnaires et d’Opposition (CNS) a été incapable de formuler un programme clair pour la Syrie. Cette absence [de programme] n’est pas dû à un manque d’imagination, mais à la subordination du CNS aux rivalités mesquines entre ses bienfaiteurs Arabes du Golfe. Le CNS s’était mis lui même dans l’impasse quand il avait en fin de compte laissé faire une révolution de palais pour écarter Mo’az al-Khatib de son poste [de leader du CNS]. Après d’intenses luttes intestines, le CNS avait finalement désigné Ahmad Saleh Touma en qualité de premier ministre. Ghassan Hitto avait démissionné car on le voyait comme trop proche du Qatar dont l’étoile commençait à pâlir. Le président actuel est Ahmad Jarba, qui a des liens étroits avec la monarchie saoudienne. Vers la fin septembre, les islamistes ont rejeté le CNS. Abdul Qader Saleh, le chef de la Brigade Tawhid [unicité de Dieu] d’Alep, a fait savoir qu’ils [les islamistes] envisageaient de former une alliance islamique (al-tahaluf al-islami). Le chercheur Aron Lund considère que les islamistes ne sont pas allés au delà d’une simple proposition. La marque des rivalités entre Arabes du Golfe traverse profondément la coalition.

L’agenda saoudien

Malgré les gains obtenus par l’EIIL dans le nord de la Syrie, l’agenda de l’Arabie Saoudite pour la Syrie est bloqué. En l’absence d’intervention militaire étrangère, l’EIIL sera incapable de renverser le régime en place à Damas. – c’est une des raisons pour lesquelles l’EIIL a décidé de s’emparer des postes frontaliers (avec l’Irak, la Turquie et le Liban). Une confrontation dangereuse va probablement avoir lieu dans la région de la Ghouta occidentale près de Damas, mais elle ne débouchera sur aucun gain stratégique significatif pour quiconque. Ce sera un bain de sang sans résultat substantiel, comme une bonne partie de ce qui se passe maintenant dans cette guerre. Incapable d’avancer dans le centre du pays, l’EIIL revendique les marges de la Syrie. L’Arabie Saoudite s’attendait à ce que les Etats Unis bombardent la Syrie en septembre, ce qui aurait affaibli le pouvoir d’Assad et permis à ses clients de prendre le pouvoir (l’Arabie Saoudite est aussi déçue par l’acceptation par les Etats Unis de l’ouverture iranienne pour des discussions). La route de Damas semblant fermée, l’EIIL s’est adonné avec plus de force à la violence nihiliste dans les régions qu’il contrôle – pas vraiment le résultat espéré par l’Arabie Saoudite. C’est la raison pour laquelle le Prince Bandar bin Sultan, qui assure la liaison avec les rebelles, a parlé de réévaluer la relation de l’Arabie Saoudite avec les USA, et c’est aussi la raison qui a conduit l’Arabie Saoudite à refuser d’occuper le siège qu’elle venait tout juste d’obtenir au Conseil de Sécurité de l’ONU. L’Arabie Saoudite avait soutenu les Talibans dans les années 1990 avec l’idée que ce mouvement modérerait son idéologie avec le temps. Il n’en fut rien. Il semble que la monarchie veuille faire encore le même pari, en dépit d’un précédent défavorable.

Le type de violence qui a éclaté la nuit du 22 octobre est devenue chose courante en Irak, avec plusieurs milliers de morts cette année (presque 500 rien que pour ce mois). La guerre en Syrie, bloquée dans une impasse douloureuse, s’est déplacée vers l’Irak, un pays déjà affligé par la guerre et la dévastation dans son histoire récente. Ici, les « visages qui se durcissent sous un masque de tristesse » comme l’écrit le poète Syrien Adonis, regardent les civilisations s’effondrer pour de vulgaires desseins géopolitiques. L’ombre d’al Qaïda s’installe sur l’Irak et la Syrie, durcissant encore plus les traits des Syriens et des Irakiens ordinaires. Le moment du lancement d’une offensive générale de l’EIIL au Liban se rapproche nécessairement ainsi que le donnent à penser les affrontements à Tripoli et dans les villes frontalières. Les discussions pour un cessez-le-feu et les négociations à Genève sont fort éloignées dans la désolation qui est venue envelopper les routes qui relient Beyrouth à Bagdad, un trajet qui aurait pu être fait assez tranquillement il y a un siècle mais qui connaît aujourd’hui la tourmente des fusils et de la frustration.

Vijay Prashad
25 octobre 2013

Texte original en anglais (25.10.2013) :

http://www.thehindu.com/opinion/lead/alqaedas-corridor-through-syria/article5269866.ece

Traduit de l’anglais par Djazaïri (26.10.2013) :
http://mounadil.wordpress.com/2013/10/26/la-syrie-et-la-strategie-dembrasement-regional-de-larabie-saoudite

Vijay Prashad est titulaire de la chaire Edward Saïd à l’Université Américaine de Beyrouth, Liban.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Durant sa visite du 13 octobre à Bangui, la capitale de la Centrafrique, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a annoncé que la France déploierait des troupes supplémentaires dans le pays à la fin de l’année.

La décision des impérialismes français et américains de soutenir les forces rebelles de la Seleka et de faire tomber le président François Bozizé en mars a entraîné un désastre. Il y a eu une montée des combats sectaires entre chrétiens et musulmans dans ce pays appauvri, où la France, l’ex-puissance coloniale, a dicté l’installation de divers régimes corrompu depuis l’indépendance officielle de la Centrafrique en 1960.

Des miliciens de la Seleka, dont beaucoup viennent du Tchad ou du Soudan voisins, ont été accusés à plusieurs reprises de saccager des églises et de terroriser les communautés chrétiennes. Le 9 octobre, « près de 60 personnes ont été tuées dans des combats sectaires en Centrafrique entre milices locales et ex-rebelles, » ont déclaré les responsables locaux àReuters.

Plus de 440 000 personnes ont fui leurs maisons. Il n’y a que sept chirurgiens dans un pays de 4,6 millions d’habitants pour s’occuper des blessures par balles ou coups de machettes.

Les milices d’autodéfense locales appelées « anti-bakala [anti-machettes] » ont attaqué une position de la Seleka dans le village minier de Gaga, au Nord-Ouest de Bangui, le 7 octobre, tuant quatre ex-rebelles avant de s’en prendre aux civils musulmans. D’après des témoins, les combattants de la Seleka ont répliqué contre des civils chrétiens du même village.

Le 18 octobre, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a indiqué : « les tensions intercommunautaires renouvelées dans les principales villes du pays sont particulièrement inquiétantes […] Des dizaines de milliers de gens se cachent toujours dans la campagne. Leur situation s’aggrave de jour en jour. Ils vivent dans la terreur, privés de nourriture, d’eau et d’assistance médicale. »

La réponse de Paris a été d’accroître son intervention militaire dans le pays pour soutenir le gouvernement de transition dominé par la Seleka. Paris a été à l’initiative d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU adoptée le 10 octobre, proposant de soutenir une nouvelle force multinationale de l’Union africaine. Une seconde résolution est préparée pour donner à cette force et à la France un mandat pour intervenir plus largement.

Fabius a dit que la France allait envoyer des troupes supplémentaires et jouer un rôle plus actif dans les opérations de sécurité en accord avec les décisions du Conseil de sécurité de l’ONU. Les pays voisins de la Centrafrique ont déployé près de 2100 soldats vers le pays, et Fabius a déclaré que ce contingent passerait à 3500.

Il a dit que cette force régionale « [devait] avoir les capacités d’agir ; et la France va aider. » Il a déclaré que la France avait actuellement 410 soldats en Centrafrique, et que ces troupes étaient «« chargées essentiellement de la protection de l’aéroport et des patrouilles à Bangui » Il a indiqué qu’avec la prochaine résolution de l’ONU, « ces différentes forces vont pouvoir intervenir davantage, rapidement, efficacement ».

Le nombre de soldats français qui seront déployés n’est toujours pas sûr, mais des sources de la presse ont déclaré que Paris prévoyait d’envoyer entre 750 et 1200 soldats supplémentaires.

Le projet de la France d’accroître son soutien à la Seleka – présenté avec le prétexte habituel des motifs purement « humanitaires » – vise à recoloniser son ex-colonie, l’un des pays les plus pauvres du monde, et à piller ses ressources naturelles encore inexploitées. Parmi celles-ci, il y a des diamants, de l’or, de l’uranium, du bois et du pétrole.

Ce projet fait partie d’une multiplication des interventions militaires françaises en Afrique visant à garantir les intérêts géostratégiques français et à contenir l’influence croissante de la Chine sur le continent. En moins de trois ans, la France a déjà mené trois guerres en Afrique, en Libye, en Côte d’ivoire, et celle toujours en cours au Mali.

En août, le président français François Hollande a demandé une intervention de l’ONU pour résoudre la crise en Centrafrique, qui lui permettrait de jouer un rôle dominant. « Il est plus que temps d’agir en Centrafrique » a déclaré Hollande lors d’une réunion annuelle des ambassadeurs français à Paris. « Ce pays est au bord de la somalisation ».

En décembre 2012, les forces rebelles de la Seleka (qui signifie “alliance” dans la langue nationale Sango) sont passées à l’attaque contre les forces du président alors en place, François Bozizé, s’emparant de villes dans le Nord et l’Est du pays. La Seleka a accusé le gouvernement de revenir sur les accords de paix de 2007-2008 qui imposaient de payer les guérilleros rebelles et de les intégrer dans l’armée nationale.

Cependant, l’intervention du Tchad et de la Communauté économique des états de l’Afrique centrale (CEEAC) pour une consolidation de la paix en Centrafrique les a contraints à s’arrêter et à négocier avec le gouvernement Bozizé. Le 11 janvier 2013, les accords de Libreville, imposés par la CEEAC, ont temporairement empêché un coup d’état et initié un accord de partage du pouvoir sur trois ans.

L’accord n’a toutefois eu qu’une courte durée; les forces rebelles de la Seleka, avec le soutien tacite des puissances impérialistes, ont lancé une offensive contre les forces de Bozizé. Bozizé a été renversé le 24 mars, et le chef rebelle Michel Djotodia s’est déclaré président. (Lire en anglais : Seleka rebels seize capital of Central African Republic).

Bozizé avait lui-même pris le pouvoir par un coup militaire en 2003 pendant que le président de l’époque Ange-Félix Patassé était en dehors du pays. Il avait reçu l’aval de Paris, y compris durant la Guerre civile de Centrafrique (2004-2007) contre l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) en Centrafrique du Nord-Est, dirigée par Djotodia.

Par la suite cependant, Paris s’est retourné contre Bozizé quand celui-ci a infléchi sa politique en faveur de la Chine et passé des accords bilatéraux sur les investissements, le commerce et le développement d’infrastructures. C’est dans ces conditions que Paris a soutenu la coalition Seleka.

La Seleka est constituée de factions armées dissidentes venant du Nord-Est, et dominée par les Musulmans, comme l’UFDR et la Convention des patriotes pour la justice et la paix. Elle s’est appuyée sur le soutien intermittent d’autres mouvements comme l’Union des forces républicaines et l’Alliance pour la refondation (A2R).

La décision de Paris de déployer des forces additionnelles souligne la fragilité du gouvernement de transition dirigé par la Seleka, qui est affaiblie par la montée des conflits politiques internes. D’après les rapports de l’ONU, l’administration publique s’est en grande partie effondrée en dehors de la capitale.

En juin, l’International Crisis Group basé en Belgique écrivait, « les désaccords au sein de la Seleka éclatent également au grand jour. Le mouvement semble instable : certains généraux ne cachent pas leur profonde déception sur les décisions prises par la direction politique […] Contrairement aux crises précédentes, qui n’affectaient que certaines régions, les troubles actuels représentent un changement de paradigme politique et affectent presque l’ensemble du pays. Cela se manifeste par l’effondrement de l’état, ce qui rend le pays impossible à gouverner. »

Kumaran Ira

Article original, WSWS, paru le 24 octobre 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Dans ses commentaires adressés à des diplomates européens le week-end dernier, le chef du renseignement de l’Arabie saoudite, le prince Bandar bin Sultan, a confirmé que la décision de son pays vendredi dernier 18 octobre de ne pas accepter de siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies était « un message pour les États-Unis, pas pour l’ONU. »

Ayant collaboré étroitement à la guerre voulue par les États-Unis pour changer de régime en Syrie, l’Arabie saoudite a réagi avec colère à la décision du gouvernement Obama de revenir sur sa décision d’une frappe imminente de missiles et d’un raid aérien le mois dernier. Elle s’inquiète également de l’implication de Washington dans des négociations internationales avec l’Iran, que Riyad considère comme son principal rival dans la région.

« Une source proche de la politique saoudienne » a déclaré à Reuters : « Le prince Bandar a déclaré aux diplomates [européens] qu’il envisage de limiter les interactions avec les États-Unis. Cela intervient après l’abandon par les États-Unis de toute action efficace sur la Syrie et la Palestine. Les relations avec les États-Unis se détériorent depuis un moment, l’Arabie saoudite sent que les États-Unis se rapprochent de l’Iran. »

Jusqu’à présent, l’Arabie saoudite a collaboré étroitement avec Washington pour armer, entraîner et financer les milices syriennes qui se battent pour faire tomber le président syrien Bashar el-Assad. Le Wall Street Journal a fait savoir : « Le prince Bandar leur a déclaré [aux diplomates] qu’il envisage d’annuler le partenariat avec les États-Unis dans lequel la CIA et les forces de sécurité d’autres nations ont aidé en secret à entraîner les rebelles syriens à lutter contre M. Assad. » L’Arabie saoudite travaillerait plutôt avec d’autres alliés, dont la Jordanie et la France.

La source de Reuters a expliqué : « Cette prise de distance par rapport aux États-Unis et un événement majeur. Les Saoudiens ne veulent pas se trouver plus longtemps dans une situation de dépendance. » Il a également prévenu qu’il y aurait des conséquences importantes, y compris sur les achats d’armes américaines et les ventes de pétrole.

L”alliance de longue date entre Américains et Saoudiens s’appuyait sur l’idée que l’Arabie saoudite fournirait du pétrole et achèterait des armes américaines en retour des garanties américaines sur la sécurité de la monarchie autocratique saoudienne. L’article de Reuters suggère que Riyad pourrait également réduire ses achats d’obligations américaines et autres avoirs financiers en dollars. « Toutes les options sont envisageables maintenant, et cela aura des effets certains, » a déclaré la source.

Un article du Wall Street Journal indiquait une autre source récente d’aigreur pour les Saoudiens. Quand Riyad a demandé des précisions sur les plans américains pour la défense de la production de pétrole saoudienne lors d’une attaque américaine contre la Syrie, « les Américains leur ont déclaré que les navires américains ne seraient pas en mesure de défendre complètement la région pétrolifère. » Déçus de cette réponse, « les Saoudiens ont déclaré aux États-Unis qu’ils étaient ouverts à des alternatives à leur partenariat de longue date pour la défense, soulignant qu’ils chercheraient de bonnes armes à de bons prix, quelle qu’en soit la source. »

La colère des Saoudiens au sujet de la décision américaine de reporter son attaque contre la Syrie a été confirmée dans un discours de l’ex-chef du renseignement, le prince Turki al-Faisal, à Washington jeudi. S’exprimant devant le Conseil national des relations américano-arabes, il a ridiculisé un accord américano-russe pour l’élimination des armes chimiques syriennes comme étant « lamentable », un « simulacre » visant « non seulement à donner à M Obama une occasion de faire marche arrière [sur les frappes militaires], mais aussi à aider Assad à massacrer son peuple. »

Dans un entretien accordé à Al Monitor, le prince Turki a déclaré qu’il y avait « un haut degré de déception quant aux actions du gouvernement américain, pas seulement sur la Palestine, mais aussi sur la Syrie. » Il a également dénigré les négociations américaines avec le nouveau gouvernement iranien en disant : « C’est aux Iraniens de montrer que leur discours mielleux et raisonnable se traduira en actes. »

Le régime saoudien craint les conséquences pour son propre pouvoir des soulèvements révolutionnaires qui ont éclaté en 2011 en Tunisie et en Égypte. Parmi ses reproches contre Washington, il y a les critiques de pure forme exprimées par les États-Unis lorsque le régime avait écrasé avec brutalité des manifestations contre le gouvernement du Bahreïn en 2011 et leur incapacité à soutenir l’homme fort d’Égypte Hosni Moubarak. Quant l’armée égyptienne a fait tomber le gouvernement des Frères musulmans en juillet, l’Arabie saoudite, ainsi que le Koweït et les Émirats arabes unis, ont promis des milliards de dollars d’aide au régime militaire.

L’autocratie saoudienne, qui s’appuie idéologiquement sur la promotion de l’extrémisme sunnite réactionnaire, a cultivé les haines sectaires dans toute la région pour contrer l’influence du régime clérical shiite iranien. Riyad s’est emparé de l’intervention américaine en Syrie à la fois comme d’un moyen pour empêcher l’émergence d’un autre mouvement révolutionnaire et pour faire tomber le régime d’Assad, qui est un allié essentiel de Téhéran et qui s’appuie sur la secte des Chiites alaouites.

Le renseignement saoudien a activement soutenu les milices islamistes de droite qui luttent contre Assad, et a peut-être été impliqué dans l’organisation de l’attaque à l’arme chimique du 21 août près de Damas qui a fourni aux États-Unis un prétexte pour attaquer la Syrie. Maintenant, Washington a non seulement reculé par rapport aux frappes militaires immédiates mais il est aussi en négociations avec le principal rival de Riyad, Téhéran.

Le ministre américain des Affaires étrangères, John Kerry, a rencontré son homologue saoudien al-Faisal à Paris lundi, mais les tensions subsistent. La menace du chef du renseignement saoudien, Bandar, d’aller chercher ailleurs des armes, des marchés pour la vente de pétrole et des opportunités d’investissement est une indication des ramifications géopolitiques de longue portée de tout rapprochement, même temporaire, entre les États-Unis et l’Iran.

L’Arabie saoudite n’est pas le seul allié des États-Unis dans la région à avoir fait état de son mécontentement au sujet de la décision du gouvernement Obama de retarder une attaque contre la Syrie. La Turquie a également été impliquée de près dans les tentatives américaines de faire tomber le régime d’Assad. Elle abrite une base de la CIA qui coordonne l’afflux d’armes, de ravitaillement et de combattants islamistes sunnites dans le Nord de la Syrie depuis des pays comme l’Arabie saoudite et le Qatar.

Début octobre, la Turquie, qui est un allié de l’OTAN, a choqué Washington en annonçant qu’elle achèterait un système de défense anti-aérien sophistiqué FD-2000 à la Chine. Comme si cela suffisait pas, ces armes vont êtres fournies par la compagnie China Precision Machinery Import and Export Corp, qui subit des sanctions de la part des États-Unis pour avoir travaillé avec l’Iran, la Corée du Nord et la Syrie.

Washington a exprimé des « inquiétudes sérieuses » sur cet accord, disant que le système de missiles chinois « ne sera pas interopérable avec les systèmes de l’OTAN. » Le Premier ministre turc Recip Tayyip Erdogan a écarté cette critique. Il a déclaré mercredi que, si une décision finale doit encore être prise, « personne n’a le droit d’influencer notre compréhension de [notre] indépendance. »

Comme l’Arabie saoudite, la Turquie plaçait tous ses espoirs sur une attaque massive des États-Unis contre la Syrie comme moyen d’inverser la défaite militaire subie par les milices de l’opposition liées à Al-Qaïda, et de faire tomber le régime d’Assad. La Turquie reste un allié essentiel de l’OTAN, mais sa décision d’acheter des armes chinoises envoie à Washington un message laissant entendre que son soutien ne peut pas être considéré comme un acquis définitif.

Peter Symonds

Article original, WSWS, paru le 25 octobre 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

L’« arrêt des activités gouvernementales » aux États-Unis et l’apogée financière associée à une date d’échéance pouvant mener à un « défaut de paiement » du gouvernement fédéral constitue une entreprise lucrative pour Wall Street. 

Une vague de spéculation balaie les principaux marchés.

L’incertitude quant à l’arrêt des activités gouvernementales et le « défaut de paiement » représente une occasion en or pour les « spéculateurs institutionnels ». Ceux qui détiennent des « informations privilégiées » fiables concernant le résultat complexe du processus législatif pourraient faire des milliards de dollars en gains exceptionnels.

Manne spéculative

Plusieurs programmes politiques et économiques imbriqués se développent actuellement. Dans un article précédent, nous avons examiné la saga du défaut de la dette par rapport à la privatisation éventuelle d’éléments importants du système étatique fédéral.

Alors que les institutions financières de Wall Street ont une influence décisive sur les politiques et la législation relatives à l’arrêt des activités gouvernementales, ces mêmes grandes institutions contrôlent également le mouvement des marchés des changes, de marchandises et des valeurs mobilières à travers des opérations de grande envergure dans le commerce des produits dérivés.

La plupart des acteurs clés au Congrès américain et au Sénat impliqués dans le débat sur l’arrêt des activités sont contrôlés par de puissants groupes de pression des entreprises agissant directement ou indirectement pour le compte de Wall Street. Les principaux représentants de Wall Street ne sont pas seulement en mesure d’influencer les résultats du processus du Congrès, ils ont aussi de l’« information privilégiée » ou une connaissance préalable de la chronologie et des résultats de l’impasse de l’arrêt des activités du gouvernement.

En supposant qu’ils soient en mesure d’influencer les résultats de politiques correspondantes, ils pourraient faire des milliards de dollars de profits exceptionnels dans les activités spéculatives « sûres ».

Il convient toutefois de noter qu’il ya des divisions importantes tant au sein du Congrès étasunien que des milieux financiers. Ces derniers sont marqués par la confrontation et la rivalité des grands conglomérats bancaires.

Ces divisions auront un impact sur les mouvements spéculatifs et les mouvements opposés dans les marchés boursiers, monétaires et de marchandises. Nous sommes devant une « guerre financière ». Celle-ci ne se limite pas uniquement à Wall Street. Les institutions financières chinoises, russes et japonaises (entre autres) seront également impliquées dans la finale spéculative.

Des mouvements spéculatifs basés sur des informations privilégiées pourraient donc aller dans différentes directions. Quels résultats les institutions bancaires rivales souhaitent-elles voir sur les marchés? Détenir des informations confidentielles sur les actions de ses principaux concurrents bancaires joue un rôle important dans les grandes opérations spéculatives.

Le commerce des dérivés

Pour ces acteurs financiers, le principal instrument de l’activité spéculative « sûre » est le commerce des produits dérivés, où ils misent soigneusement sur les marchés boursiers, les principales matières premières, dont l’or et de pétrole, ainsi que sur les marchés des devises.

Ces grands acteurs peuvent savoir « où le marché s’en va » puisqu’ils sont en mesure d’influencer les politiques et la législation au Congrès étasunien, et de manipuler les résultats du marché.

Les spéculateurs de Wall Street influencent également la perception du grand public dans les médias, sans compter les actions des courtiers en finances des institutions financières concurrentes ou de moindre envergure qui n’ont pas de connaissances préalables ou d’accès à des informations privilégiées.

Ces mêmes acteurs financiers sont impliqués dans la propagation de « désinformation financière », prenant souvent la forme de reportages médiatiques et contribuant soit à tromper le public ou a fabriquer un « consensus » parmi les économistes et les analystes financiers, lesquels pousseront les marchés dans une direction particulière.

En soulignant un déclin inévitable du dollar étasunien, les médias servent les intérêts des spéculateurs institutionnels en camouflant ce qui pourrait se produire dans un environnement caractérisé par la manipulation financière et l’interaction des activités spéculatives à grande échelle.

Le commerce spéculatif implique régulièrement la tromperie. Au cours des dernières semaines, les médias ont été inondés de « prédictions » de divers événements économiques catastrophiques axés sur l’effondrement du dollar, le développement d’une nouvelle monnaie de réserve par les pays du BRICS, etc.

Voici un extrait d’une récente conférence organisée par le puissant Institute of International Finance (IIF), une boîte de réflexion ayant son siège à Washington et représentant les banques et les institutions financières les plus puissantes du monde :

Trois des banquiers les plus puissants du monde ont mis en garde contre de terribles conséquences si les États-Unis faisaient défaut de paiement. Le chef de la direction de la Deutsche Bank, Anshu Jain, a affirmé que cela serait « absolument catastrophique ».

« Cette maladie mortelle se propagerait très rapidement, [...] je n’ai pas de recommandations à vous faire [...] sur le pansement d’une blessure profonde », a-t-il dit.

Le chef de la direction de JPMorgan Chase, Jamie Dimon, et Baudouin Prot, président de BNP Paribas, ont déclaré qu’un défaut de paiement aurait des conséquences dramatiques sur la valeur de la dette et le dollar des États-Unis, et plongerait probablement le monde dans une nouvelle récession [...]

M. Dimon et d’autres cadres supérieurs de grandes sociétés financières étasuniennes ont rencontré le président Barack Obama et les législateurs la semaine dernière pour les inciter à régler ces deux problèmes.

Samedi, M. Dimon a déclaré que les banques dépensent déjà « d’énormes sommes d’argent » en préparation d’un éventuel défaut de paiement, lequel menace selon lui la reprise économique mondiale survenue après la crise financière de 2007-2009.

Il a également défendu JPMorgan contre ceux critiquant la banque, devenue selon eux trop grande à gérer. Elle est scrutée par de nombreux organismes de réglementation et elle a signalé vendredi sa première perte trimestrielle depuis que Dimon a pris les rênes, perte due à des frais juridiques de plus de 7 milliards de dollars.  (Emily Stephenson et Douwe Miedema, World top bankers warn of dire consequences if U.S. defaults, Reuters, 12 octobre, 2013)

Ces évaluations économiques « faisant autorité » visent à créer une aura de panique et une incertitude économique axée sur un éventuel effondrement du dollar étasunien.

Ce que les panélistes de l’Institute of International Finance dépeignent (eux qui sont les leaders des plus grands conglomérats bancaires du monde) équivaut à un cours d’Économie 101 sur l’analyse de l’ajustement du marché, laquelle exclut tout simplement le fait avéré que les marchés sont manipulés à l’aide d’instruments dérivés sophistiqués. Ironie amère du sort, les panélistes de l’IIF sont eux-mêmes régulièrement impliqués dans la déformation des valeurs du marché par le biais du commerce des dérivés. Le capitalisme au 21e siècle ne repose plus en grande partie sur les bénéfices résultant d’un processus de production de l’économie réelle. Les gains financiers exceptionnels sont acquis en un clic par des opérations spéculatives de grande envergure, sans que l’activité de l’économie réelle entre en jeu.

La manipulation des marchés s’effectue sur les ordres des grands dirigeants bancaires, dont les PDG de JPMorgan Chase, Deutsche Bank et BNP Paribas.

Les « banques trop grosses pour faire faillite » sont présentées par le PDG de JPMorgan Chase, Jamie Dimon, comme les « victimes » de la crise du défaut de paiement, alors qu’en réalité ils sont les architectes du chaos économique ainsi que les bénéficiaires non avoués des milliards de dollars volés aux contribuables.

Ces méga banques corrompues sont responsables de la création de la « blessure profonde » liée à la crise de la dette publique étasunienne qu’a mentionné Anshu Jain de la Deutsche Bank.

L’effondrement du dollar?

Les mouvements à la hausse et à la baisse du dollar étasunien au cours des dernières années ont peu à voir avec les forces normales du marché comme l’affirment les principes de l’économie néoclassique.

Les affirmations du PDG de JP Morgan Chase, Jamie Dimon, et du chef de la direction de la Deutsche Bank, Anshu Jain, offrent une compréhension déformée du fonctionnement du marché du dollar étasunien. Les spéculateurs veulent nous convaincre que le dollar va s’effondrer dans le cadre d’un mécanisme normal du marché, sans reconnaître que les « banques trop grosses pour faire faillite » ont la capacité de déclencher un déclin du dollar étasunien, ce qui, dans un sens, fait obstacle au fonctionnement normal du marché.

Wall Street a en effet la capacité de « vendre à découvert » le billet vert afin de déprécier sa valeur ou, grâce au commerce des dérivés, de pousser le dollar à la hausse. Ces mouvements du billet vert à la hausse et à la baisse sont, pour ainsi dire, la « chair à canon» de la guerre financière. Poussez le dollar US à la hausse et spéculez sur la reprise, poussez-le à la baisse et spéculez sur la récession.

Il est impossible d’évaluer l’évolution future du dollar américain en se concentrant uniquement sur l’interaction des forces « normales » du marché  en réaction à la crise de la dette publique étasunienne.

Bien qu’une évaluation basée sur les forces « normales du marché » indique de manière indélébile les faiblesses structurelles du dollar étasunien comme monnaie de réserve, cela ne signifie pas qu’un dollar étasunien affaibli sera nécessairement en déclin dans un marché des changes faisant régulièrement l’objet de manipulations spéculatives.

Il est par ailleurs intéressant de noter que la valeur des monnaies nationales de plusieurs pays en développement lourdement endettés a augmenté par rapport au dollar US, principalement en raison de la manipulation des marchés des devises. Pourquoi les monnaies nationales des pays croulant littéralement sous une dette extérieure s’apprécieraient par opposition au dollar étasunien?

Le spéculateur institutionnel

JPMorgan Chase, Goldman Sachs, Bank of America, Citi-Group, Deutsche Bank et al. : la stratégie des spéculateurs institutionnels consiste à s’asseoir sur leur « information privilégiée » et à créer l’incertitude par le biais de reportages fort biaisés, utilisés ensuite par les courtiers en valeurs mobilières pour conseiller leurs clients particuliers sur des « placements sûrs ». Et c’est ainsi que les gens partout aux États-Unis ont perdu leurs économies.

Il convient de souligner que ces grands acteurs financiers contrôlent non seulement les médias, mais aussi les agences de notation comme Moody’s et Standard and Poor.

Selon les principes de l’économie néoclassique, le commerce spéculatif reflète l’évolution « normale » des marchés. Cette hypothèse est absurde.

Depuis l’abrogation de facto de la loi Glass-Steagall et l’adoption de la Financial Services Modernization Act (Loi sur la modernisation des services financiers) en 1999, la manipulation des marchés tend à éclipser complètement les « lois du marché » et à mener à une dette des dérivés très instable de plusieurs billions dollars, influençant inévitablement l’impasse actuelle sur la colline du Capitole. Certains secteurs de l’analyse financière traditionnelle le reconnaissent aujourd’hui.

Les « variations normales des marchés » n’existent pas. On ne peut pas prédire les conséquences de l’arrêt des activités gouvernementales sur les marchés financiers en faisant strictement une analyse macro-économique classique, laquelle exclue entièrement le rôle de la manipulation du marché et le commerce des dérivés.

L’issue de l’arrêt des activités gouvernementales sur les principaux marchés ne repose pas sur des « forces normales du marché »  et leurs conséquences sur les prix, les taux d’intérêt et les taux de change. On doit aborder l’interaction complexe des « forces normales du marché » avec une gamme d’instruments sophistiqués de manipulation du marché. Cette manipulation est caractérisée par des opérations spéculatives de grande envergure menées par les institutions financières les plus puissantes et les plus corrompues, et visant à falsifier les forces « normales » du marché.

Il convient de noter qu’immédiatement après l’adoption de la Loi sur la modernisation des services financiers en 1999, le Congrès étasunien a adopté le Commodity Futures Modernization Act 2000 (CFMA) (Loi sur la modernisation des contrats à terme) qui « exempte » essentiellement « le commerce des contrats à terme de la surveillance réglementaire ».

Quatre grandes institutions financières de Wall Street comptent pour plus de 90 pour cent de la dite exposition aux dérivés: JP Morgan Chase, Citi-Group, Bank of America et Goldman Sachs. Ces grandes banques exercent une influence envahissante sur la politique monétaire, y compris sur le débat sur le plafond de la dette au sein du Congrès. Elles se trouvent aussi parmi les plus grands spéculateurs du monde.

Quelle est la finale spéculative derrière l’arrêt des activités gouvernementales et la saga de défaut de paiement?

Il règne une atmosphère d’incertitude. À travers les États-Unis, les gens sont appauvris en raison de la réduction des « prestations », des protestations de masse et des troubles civils pourraient éclater. La Sécurité intérieure (Homeland Security) est en train de militariser l’application de la loi nationale. Ironie amère du sort, tous ces événements économiques et sociaux, y compris les déclarations politiques et les décisions du Congrès concernant le plafond de la dette, les évaluations des agences de notation, etc., créent des opportunités pour les spéculateurs.

De grandes opérations spéculatives, alimentées par les informations privilégiées et la tromperie, auront probablement lieu régulièrement au cours des prochains mois, alors que la crise financière et la situation du défaut de paiement de la dette évoluent.

Ce processus est diabolique en ce sens que les grands conglomérats bancaires n’hésiteront pas à déstabiliser les marchés des valeurs mobilières, des marchandises et des devises si cela sert leurs intérêts, à savoir faire des gains spéculatifs résultant d’une situation de crise économique, sans se soucier de la détresse de millions d’Étasuniens.

Speculation in Agricultural  Commodities: Driving up the Price of Food Worldwide and plunging Millions into HungerUne solution qui ne sera probablement pas adoptée, sauf si un changement de pouvoir majeur survient dans la politique étasunienne, serait d’annuler complètement la dette des dérivés et de geler toutes les transactions sur les instruments dérivés sur les principaux marchés. Cela aiderait certainement à contrôler l’assaut spéculatif.

La manipulation des marchés de produits de première nécessité par le commerce des dérivés est particulièrement pernicieuse car elle est susceptible de créer la famine. Elle a une incidence directe sur les moyens de subsistance de millions de personnes.

On s’en souviendra, « [en 2006] le prix de la nourriture et d’autres produits a commencé à augmenter précipitamment [...] Des millions de personnes ont été projetées sous le seuil de la pauvreté et des émeutes ont éclaté à travers les pays en développement, d’Haïti au Mozambique ».

Selon l’économiste indien Dr. Jayati Ghosh :

« Il est maintenant assez largement admis que la spéculation financière a été le principal facteur de la hausse brutale des prix de nombreux produits de base, y compris les produits agricoles, au cours de la dernière année [2011] [...] Même une étude récente de la Banque mondiale (Bafis et Haniotis 2010) reconnaît le rôle joué par la « financiarisation des produits de base » dans la flambée et la baisse des prix, et note que l’instabilité des prix a boulversé les tendances des prix des produits de base importants »(Cité dans Speculation in Agricultural Commodities: Driving up the Price of Food Worldwide and plunging Millions into Hunger, Edward Miller , 05 octobre, 2011)

Les hausses artificielles des prix du pétrole brut, résultant également de la manipulation du marché, ont des conséquences profondes sur les coûts de production et de transport dans le monde entier, ce qui contribue ensuite à précipiter des milliers de petites et moyennes entreprises à la faillite.

« Big Oil », dont BP ainsi que Goldman Sachs, exercent une influence écrasante sur les marchés du pétrole et de l’énergie.

La crise économique mondiale a été soigneusement conçue.

Le résultat final de la guerre financière est l’appropriation de la richesse monétaire grâce au commerce spéculatif, comprenant la confiscation de l’épargne, l’appropriation pure et simple des actifs de l’économie réelle, ainsi que la déstabilisation des institutions de l’État fédéral par l’adoption de mesures d’austérité radicales.

L’assaut spéculatif mené par Wall Street ne fait pas qu’appauvrir le peuple étasunien. La population mondiale, elle aussi, est affectée.

Michel Chossudovsky

Article original en anglais: The Speculative Endgame: The Government “Shutdown” and “Debt Default”, A Multibillion Bonanza for Wall Street, publié le 16 octobre 2013

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Jihad : Washington met en garde Ankara

octobre 25th, 2013 by Thierry Meyssan

Alors que la Russie et les États-Unis ont conclu un début d’accord pour le Proche-Orient en général et la Syrie en particulier, la guerre continue en Syrie. Ce paradoxe s’explique d’abord par l’indiscipline et la haine dont font preuve les gouvernements turc et saoudien. Pour Thierry Meyssan, en mettant à jour le rôle d’Hakan Fidan, le Wall Street Journal adresse une mise en garde à Ankara.


La presse turque a consacré quantité d’articles à commenter l’étude du Wall Street Journal sur Hakan Fidan [1]. Avec un unanimisme chauvin, elle considère que l’attaque dont il fait ainsi l’objet est une preuve a posteriori du bien-fondé de la politique d’indépendance du Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan face aux États-Unis. Est-ce bien sûr ?

Selon le Wall Street Journal, le chef du MIT (le principal service secret turc) serait en réalité le numéro 2 du régime, derrière le Premier ministre et avant aussi bien le président de la République, Abdullah Gül, que le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu.

MM. Erdoğan, Fidan, Kerry et Obama lors d’une rencontre à la Maison-Blanche en mai 2012.
L’arrivée de l’homme de confiance de M. Erdoğan à la tête du MIT, en mai 2010, aurait marqué le début d’une politique non-états-usienne de la Turquie : arrestation et condamnation des officiers supérieurs jadis liés au Pentagone (procès Ergenekon), soutien aux Frères musulmans à l’occasion du printemps arabe, et tentative d’utiliser le conflit syrien pour démembrer le pays et y créer un État kurde.

Surtout, le Wall Street Journal accuse Hakan Fidan de soutenir les jihadistes en Syrie, y compris ceux qui sont le plus violemment anti-occidentaux, malgré les avertissements de Washington. Il cite un parlementaire kémaliste, Mehmet Ali Ediboglu, qui atteste avoir vu une dizaine de voitures de police turque escorter plus d’une cinquantaine d’autobus conduisant des jihadistes en Syrie, c’est-à-dire un convoi de plus de 2 000 combattants. Il ne s’agirait pas d’un incident isolé.

Cependant, le quotidien oublie de mentionner qu’à la différence de Recep Tayyip Erdoğan, Hakan Fidan n’est pas un Frère musulman, mais a été un proche de Fethullah Gülen (le gourou du président Gül). De même, les enquêteurs du Wall Street Journal font l’impasse sur son passé, comme si le chef des services secrets turcs sortait de nulle part. Le quotidien mentionne son passage à la tête de l’Agence turque de coopération internationale (Tika) sans indiquer son rôle pour étendre l’influence d’Ankara en Asie centrale et, via la vallée de la Ferghana, jusqu’en Chine. Il évoque les accusations israéliennes de collaboration avec l’Iran lorsqu’il travaillait à l’AIEA, mais sans préciser que Monsieur Fidan a été nommé chef du MIT trois jours avant l’affaire du Mavi Marmara pour superviser l’opération.

Pour notre part, nous interprétons à l’inverse cette polémique : il y a un mois, rien dans la politique turque ne heurtait les intérêts US. Au contraire. Tout a été fait sur ordre de Washington.
- Ainsi, la condamnation des officiers supérieurs n’est pas un coup porté aux États-Unis, mais une sanction de leur volonté de prendre de la distance avec eux et de se rapprocher de l’Armée populaire chinoise comme le prouve la condamnation avec eux de responsables du minuscule Parti des Travailleurs, d’obédience maoïste [2].
- Le soutien aux Frères musulmans en Afrique du Nord n’est pas une lubie soudaine d’Ankara, mais l’exécution du plan du département d’État, coordonné au cabinet d’Hillary Clinton par la « soeur » Huma Abedin et à la Fondation William J. Clinton par le « frère » Gehad El-Haddad, par ailleurs responsable de la communication du parti de M. Erdoğan. On observera d’ailleurs que la mère de Madame Abedin dirigeait avec Madame Morsi la branche féminine de la Confrérie, tandis que le père de M. el-Haddad était le conseiller diplomatique du président Morsi.

- Enfin, les tentatives de créer un État kurde en Syrie sont conformes aux attentes du Pentagone qui entendait fractionner la Syrie en plusieurs États, selon la carte publiée par Ralph Peters en 2006 [3]. Et Hakan Fidan, qui participa en 2009 aux négociations secrètes avec le PKK à Oslo, est le meilleur connaisseur turc du sujet.

En outre, le virage politique turc n’a pas eu lieu en mai 2010 avec l’arrivée d’Hakan Fidan à la tête du MIT, mais en 2011, lors de la guerre contre la Libye. À l’époque, c’est sous la pression du département d’État qu’Ankara a pris conscience des occasions offertes par l’accord USA-Frères musulmans. C’est depuis ce moment que Recep Tayyip Erdoğan est redevenu un « frère », malgré son prétendu renoncement à la Confrérie lors de son incarcération en 1998 et sa « conversion » à la laïcité.

Le véritable problème est ailleurs : le soutien aux jihadistes. Au début de la guerre en Syrie, il était financé par le Qatar et coordonné par l’Otan depuis la base turque d’Incirlik. Il n’y avait donc rien à redire. Mais depuis l’accord russo-US lors de la crise des armes chimiques, les États-Unis se sont retirés militairement du conflit syrien tandis que la Turquie et l’Arabie saoudite continuent le jeu. Dès lors, l’article du Wall Street Journal doit être vu comme une mise en garde adressée à Messieurs Erdoğan et Fidan. Faute d’avoir vaincu la Syrie dans les temps, ils sont priés d’abandonner la partie quelles qu’en soient pour eux les conséquences en politique intérieure.

Hakan Fidan, qui a travaillé pour les services de renseignement de l’Otan durant la guerre du Kosovo et qui a suivi des études aux États-Unis, devrait comprendre ce message.

Thierry Meyssan

Al-Watan (Syrie)

 

 

[1] “Turkey’s Spymaster Plots Own Course on Syria. Hakan Fidan Takes Independent Tack in Wake of Arab Spring”, par Adam Entous et Joe Parkinson, The Wall Street Journal, 10 octobre 2013.

[2] « Le coup d’État judiciaire de l’AKP », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie), Réseau Voltaire, 19 août 2013.

[3] “Blood Borders ; How a Better Middle-East Would Look”, par Ralph Peters, Armed Forces Journal, juin 2006.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Note de la rédaction

Ce texte a été écrit avant la reprise des activités gouvernementales fédérales aux États-Unis le 16 octobre 2013. Bien que certains éléments ne soient plus d’actualité, l’article demeure dans l’ensemble très pertinent.


Des reportages indiquent que le département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) procède à une militarisation clandestine massive.  Un article de l’Associated Press de février confirme que le DHS a une commande en cours pour 1,6 milliards de munitions. Selon une lettre d’opinion du Forbes , cette quantité est suffisante pour soutenir vingt ans de guerre d’une ampleur comparable à la guerre d’Irak. Le DHS a également fait l’acquisition des chars d’assaut lourdement armés, que l’on a vus errant dans les rues. De toute évidence, quelqu’un au sein du gouvernement s’attend à d’importants troubles civils. Il faut se demander pourquoi.

Des déclarations de l’ancien premier ministre britannique Gordon Brown révélées récemment et datant du plus fort de la crise bancaire en octobre 2008 jettent un certain éclairage cette question. Selon un article de BBC News du 21 septembre 2013 basé sur Power Trip, une autobiographie explosive du doreur d’image Damian McBride, ce dernier déclare que le premier ministre craignait que la loi et l’ordre s’écroulent pendant la crise financière. McBride cite Brown :

Si les banques ferment leurs portes, que les distributrices de billets ne fonctionnent pas, et que les gens vont au Tesco [une chaîne d'épicerie] et que leurs cartes ne sont pas acceptées, tout va exploser.

Si les gens ne peuvent pas acheter de nourriture, d’essence ou des médicaments pour leurs enfants, ils vont tout simplement se mettre à casser les fenêtres et se servir.

Et dès qu’ils verront ça à la télé, ce sera la fin, parce que tout le monde pensera que c’est acceptable, que c’est ce que nous devons tous à faire. Ce sera l’anarchie. Voilà ce qui pourrait arriver demain.

Comment faire face à cette menace? Brown a déclaré: « Nous devrons réfléchir : mettons-nous des couvre-feux? l’armée dans les rues? comment rétablir l’ordre? »

Dans son livre Power Trip, McBride écrit : « C’était extraordinaire de voir Gordon totalement sous l’emprise du danger représenté par ce qu’il s’apprêtait à faire, mais tout aussi convaincu que des mesures décisives devaient être prises immédiatement. » Il a comparé la menace à la crise des missiles Cuba.

La peur de cette menace a été réitérée en septembre 2008 par le secrétaire au Trésor étasunien, Hank Paulson, qui aurait averti que le gouvernement étasunien pourrait être obligé de recourir à la loi martiale si Wall Street n’était pas renfloué à la suite de l’effondrement du crédit.

Dans les deux pays, la loi martiale a été évitée lorsque leurs législatures ont succombé à la pression et renfloué les banques. Toutefois, de nombreux experts disent qu’un autre effondrement est imminent, et que cette fois-ci, les gouvernements ne seront peut-être pas si enclins à intervenir.

La prochaine fois SERA différente

La crise de 2008 a été déclenchée par une ruée, non pas dans le système bancaire classique, mais dans le système bancaire « parallèle », un groupe d’intermédiaires financiers non bancaires offrant des services semblables à ceux des banques commerciales traditionnelles, mais non réglementés.  Ils comprennent les fonds spéculatifs et ceux négociés en bourse, les fonds du marché monétaire, des titres de créance et de capital-investissement, les courtiers en valeurs mobilières, la titrisation et les sociétés de financement. Les banques d’investissement et les banques commerciales peuvent également faire une bonne partie de leurs affaires dans l’ombre de ce système non réglementé.

Depuis 2008, le casino financier parallèle n’a fait que prendre de l’ampleur et il se peut que lors du prochain effondrement à la Lehman Brothers, le renflouement du gouvernement ne soit pas disponible. Selon les remarques du président Obama sur la loi Dodd-Frank le 15 juillet 2010, « en raison de cette réforme […] il n’y aura pas plus de renflouements financés par les contribuables, point ».

Les gouvernements européens évitent également les futurs renflouements. Le Conseil de stabilité financière (FSB) en Suisse a donc exigé des banques d’importance systémique de concevoir des « testaments biologiques » énonçant ce qu’elles feront en cas d’insolvabilité. Le modèle établi par le FSB les oblige à « recapitaliser » leurs créanciers. Il s’avère que la plus grande catégorie de créanciers des banques sont les déposants. (Pour un exposé plus complet à ce sujet, voir mon article précédent ici.)

Si les déposants ne peuvent pas accéder à leurs comptes bancaires pour obtenir de l’argent afin de nourrir leurs enfants, ils peuvent se mettre à briser des vitrines et à se servir. Pire, ils pourraient comploter pour renverser le gouvernement contrôlé par les financiers. Regardez ce qui se passe en Grèce, où la désillusion croissante face à la capacité du gouvernement de sauver les citoyens de la pire dépression depuis 1929, a déclenché des émeutes et des menaces de renversement violent.

La crainte que de tels événements se produisent explique peut-être l’espionnage généralisé des citoyens étasuniens autorisé par le gouvernement, l’utilisation de drones sur le territoire et l’élimination de l’application régulière de la loi et du « posse comitatus » (la loi fédérale interdisant à l’armée de faire respecter « la loi et l’ordre » sur des propriétés non fédérales). Les protections constitutionnelles sont balancées par la fenêtre en faveur de la protection de l’élite au pouvoir.

La crise imminente du plafond de la dette

La prochaine crise à l’ordre du jour semble être prévue pour le 17 octobre, soit la date limite pour arriver à un accord sur un budget fédéral ou risquer des défauts de paiement sur les prêts gouvernementaux. Il s’agit peut être seulement d’une coïncidence, mais deux exercices à grande échelle sont prévus le même jour, le « Great ShakeOut Earthquake Drill » (Grand séisme) et le « Quantum Dawn 2 Cyber Attack Bank Drill » (L’aube quantique 2 Cyberattaque bancaire)  Selon un article de Bloomberg sur l’exercice bancaire, on se prépare contre des attaques de pirates informatiques, d’espions étatiques et du crime organisé (fraude financière). Une personne interviewée a déclaré : « Votre compte bancaire en ligne pourrait être en panne […], vousi pourriez être incapables de vous connecter. » Cela ressemble à une répétition générale pour la Grande recapitalisation étasunienne.

Bien que tout cela soit de mauvais augure, il y a un bon côté. On peut considérer les recapitalisations et la loi martiale comme les derniers coups désespérés d’un dinosaure. Le plan d’exploitation financière responsable des pertes d’emplois et de maisons de millions de personnes tire à sa fin. Dans l’état actuel des choses, la crise constitue une opportunité pour les solutions plus durables en attente dans les coulisses.

D’autres pays confrontés à un effondrement de leur monnaie empruntée, fondée sur la dette, ont survécu et prospéré en émettant leur propre monnaie. Lorsque la monnaie rattachée au dollar s’est effondrée en Argentine en 2001, le gouvernement national a recommencé à émettre ses propres pesos, les gouvernements municipaux ont payé avec des « obligations annulant la dette » qui circulaient comme monnaie, et les quartiers transigeaient avec des monnaies communautaires. Après l’effondrement de la monnaie allemande dans les années 1920, le gouvernement a remis l’économie sur pied dans les années 1930 en émettant des bons MEFO qui circulaient comme monnaie. Quand l’Angleterre a manqué d’or en 1914, le gouvernement a émis des « livres Bradbury » semblables aux greenbacks émis par Abraham Lincoln pendant la guerre civile étasunienne.

Aujourd’hui, notre gouvernement pourrait éviter la crise du plafond de la dette en faisant quelque chose de semblable : il pourrait tout simplement monétiser quelques pièces d’un billion de dollar et les déposer dans un compte. Le gouvernement pourrait mettre cette alternative en œuvre immédiatement, sans passer par le Congrès ou changer la loi, comme indiqué dans mon précédent article ici. Elle n’aurait pas besoin d’être inflationniste, puisque le Congrès pourrait uniquement dépenser ce qu’il a adopté dans son budget. Et si le Congrès augmentait son budget pour les infrastructures et la création d’emplois, cela serait bon pour l’économie en réalité, car la thésaurisation et le remboursement de prêts ont considérablement diminué la masse monétaire en circulation.

Le commerce d’égal à égal et les banques publiques

Au niveau local, nous avons besoin de mettre en place un autre système qui offre une sécurité pour les déposants, finance les petites et moyennes entreprises, et répond aux besoins de la communauté.

L’économie sociale a déjà fait beaucoup de progrès sur ce front. Dans un article publié le 27 septembre, « Peer-to-Peer Economy Thrives as Activists Vacate the System », (L’économie sociale prospère alors que les activistes quittent le système), Eric Blair rapporte que le mouvement Occupons Wall Street est engagé dans une révolution pacifique dans lequel les gens abandonnent le système établi en faveur d’une « économie de partage ». Les gens font des échanges sans taxes, réglementation ou licence, et, dans certains cas, sans monnaie émise par le gouvernement.

Le commerce d’égal à égal se fait en grande partie sur Internet, où ce sont les commentaires des clients plutôt que la réglementation qui préservent l’honnêteté des vendeurs. Ce commerce commencé avec eBay et Craigslist et a connu une croissance exponentielle depuis. Il y a aussi le Bitcoin, une monnaie privée loin des regards indiscrets des régulateurs. Le logiciel est conçu pour échapper à l’espionnage de la NSA. Les prêts bancaires sont boudés en faveur du financement collectif. Les coopératives alimentaires locales constituent également une façon de se soustraire au système alliant les entreprises et les gouvernements.

Le commerce d’égal à égal fonctionne pour les échanges locaux, mais nous avons aussi besoin d’un moyen de protéger nos deniers publics et privés. Nous avons besoin de dollars pour payer au moins une partie de nos factures, et les entreprises en ont besoin pour acquérir des matières premières. Nous avons également besoin d’un moyen de protéger les revenus de l’État, déposés et investis à l’heure actuelle dans des banques de Wall Street grandement exposées aux produits dérivés.

Afin de répondre à ces besoins, nous pouvons mettre en place des banques publiques calquées sur le modèle de la Banque du Dakota du Nord(BND), notre seule banque dépositaire d’État. La BND est mandatée par la loi pour recevoir tous les dépôts de l’État et servir l’intérêt public. Idéalement, chaque État aurait une de ces « mini-Feds ». Les comtés et les villes pourraient en avoir eux aussi. Pour plus d’informations, voir http://PublicBankingInstitute.org .

Depuis des décennies on rapporte que des préparatifs sont en cours pour instaurer la loi martiale et cela ne s’est toujours pas produit. Espérons que nous pourrons éviter ce danger en nous dirigeant vers un système plus sain et plus durable rendant inutile l’action militaire contre les citoyens étasuniens.

Ellen Brown

ellenbrown.com

Article original:

 depression4Martial Law and the Economy: Is Homeland Security Preparing for the Next Wall Street Collapse?, 7 octobre 2013

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

 

Ellen Brown est avocate, présidente de l’Institut bancaire public, auteure de douze livres, dont le best-seller Web of Debt. Dans The Public Bank Solution,, son dernier livre, elle explore des modèles bancaires publics prospères dans le monde au cours de l’histoire. Elle a publié plus de 200 articles sur son blog EllenBrown.com.

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Une fois de plus, nous, les peuples indigènes d’Amérique Centrale et nos territoires sommes devenus un objectif militaire pour les Etats-Unis. Selon le périodique ‘Lawrence Journal , dans son édition du 13 juin passé, le Département d’Etat, a approuvé les fonds pour l’Initiative d’Investigation Minerve, destinée à effectuer une série d’enquêtes en relation avec les dites Expéditions Bowman». En cette occasion les expéditions Bowman se chargent de cartographier les 59 peuples indigènes d’Amérique Centrale.

Le projet s’appelle Centramérique Indigène et est une réplique du controversé Mexique Indigène (2005-2008), lequel fut denoncé par l’Union des Organisations de la Sierra de Oaxaca (UNOSOJ) signalant que ceux qui étaient concernés n’avaient pas été avertis par les géographes de l’Université du Kansas, chargés de l’exécution du projet, de leurs connexions avec le Bureau des Etudes Militaires Etrangères (FMSO pour son sigle en anglais).

Les expéditions Bowman collectent des données destinées à la base de donnéesSystème de Terrain Humain,   utilisées dans le contexte de la stratégie militaire des guerres d’Irak, et d’Afghanistan. Dans le cas de Mexique Indigène, les études furent réalisée dans la Huasteca et la sierra de Oaxaca, les lieux où se produit la plus grande résistance au projet de titularisation des terres PROCEDE, financé par la Banque Mondiale (B.M.) destiné à la liquidation du système de tenure collective des terres et à promouvoir la titularisation individuelle.

Le Facteur Demarest : la propriété communautaire et la prétendue induction de la violence.

Le Lieutenant Colonel Geoffrey B. Desmarest, assigné au Projet Mexique Indigène et participant à l’expédition Bowman dénommée Comuna 13, à Medellin, Colombie a manifesté en diverses occasions son rejet de la propriété communautaire. Dans un de ses écrits intitulé « Géopropriété : Sujet Externe de Sécurité National et Droit de la Propriété » souligne que la possession informelle et irrégulière de terres favorise l’usage illicite et la violence » et suggère comme unique solution pour ces « champs de culture du crime et de l’insurrection » la privatisation de la titularisation de la terre.

Au Honduras, la OFRANEH a dénoncé de manière déterminée comment la B.M. à travers le Projet d’Administration des Terres du Honduras (PATH), promoteur de la Loi de Propriété en vigueur, dans son chapitre III, précisément à l’article 100, planifie la dissolution des titres communautaires émis par l’Etat durant les dernière décennies.

Notre organisation a eu recours au Panel d’Inspection de la B.M., signalant la violation des directives opérationnelles relatives aux peuples indigènes. Le Panel dans son rapport indique comment l’Etat du Honduras viole le la Convention 169 de la OIT  en ignorant le droit à la consultation en ce qui concerne l’élaboration de cette loi contestée, en plus d’indiquer une série d’incohérences de la part de la direction de la Banque dans le maniement du projet PATH.

L’actuel gouvernement post coup d’Etat du Honduras, au moyen de la Loi de Régions Spéciales pour le Développement (RED, sigle espagnol) connue aussi en tant que cités modèles, prétend remettre aux investisseurs étrangers une zone que englobe 24 communautés Garifuna.  A la loi RED a été substituée la Loi Pour les Zones d’Emploi et de Développement Economique (ZEDE) en plus de la nouvelle Loi pour la Promotion du développement et de la Conversion de la Dette Publique (Loi Hypothèque), laquelle n’est pas mise en vigueur.

La dissolution de la propriété communautaire qui existe encore dans les communautés Garifuna est une démonstration du double langage des fonctionnaires de l’état et des organismes financiers, ceux qui connaissentl’effet domino des ventes de terres qui se produira à travers l’individualisation de la propriété.

Offensive de l’Etat contre les peuples indigène en Amérique Centrale

Au cours des dernières années la mise en œuvre du Projet Mesoamérica, connu auparavant comme Plan Pueblo Panama, a provoqué des interventions répressives contre les peuples indigènes qui se sont prononcés contre la construction de centaines de barrages sur leurs territoires et contre l’exploitation minière. Depuis San Cristobal Barilla (Guatemala) jusqu’à Tabasara (Panama), résonnent les clameurs des communautés indigènes qui ne furent jamais consultées et voient comment leurs habitats sont submergés par les barrages.

Le droit à la Consultation et au Consentement, Préalable, Libre et Informé(CPLI) consigné dans la Convention 169 de la OIT, celle qui a été signée et ratifiée par presque tout les pays d’Amérique Centrale, est violé de façon systématique. Tout indique que les investissements, tant nationaux qu’étrangers son plus importants que la sauvegarde des peuples indigènes et de leurs cultures, lesquelles sont intimement liées à la terre mère.

La réaction des peuples aux saccages des territoires et aux déplacements qui en résultent ont suscité un énorme intérêt de la part des armées et forces de répressions, qui cherchent à neutraliser les protestations pacifiques effectuées par les peuples en résistance et quelques-unes de leurs organisations.

Dans le cas du FMSO des Etats-Unis, ceux qui nomment la Centramérique comme étant leur frontière (borderlands) et au nom de la prétendue lutte contre le narcotrafic ils en viennent à intervenir directement avec la création de bases militaires et à présent avec le projet Centramérique Indigène, prétendant générer une base de données  - allant au-delà de celle de la géographie terrestre – concernant les 59 peuples qui habitent l’isthme,

Système Terre Humaine dans la Moskita et l’absence de concertation des communautés garifunas qui le caractérise

Entre mai et septembre de 2011, les géographes de l’Université de Kansas associés à l’armée des Etats-Unis, ont effectué une rigoureuse cartographie (un riguroso mapeo )  du territoire qui s’étend de cap Camaron jusqu’au rio Coco, incluant les communautés Garifunas sans avoir effectué aucune consultation de notre peuple.

Comme par hasard,   en mai 2012, la côte nord du Honduras à été le lieu d’une opération militaire incluant une opération psychologique. Les hélicoptères du département d’Etat opérèrent des survols nocturnes au ras des villes et des communautés, des missions aériennes qui culminèrent avec le massacre de Miskitos innocents dans la rivière Patuca.

Enfants miskitos

La militarisation évidente à laquelle est confrontée l’Amérique Centrale, à travers l’imparable montée de la violence, qui était presque inexistante dans les communautés indigènes, fait partie d’une stratégie de soumission et de pillage de nos territoires, où se trouvent une bonne partie des résidus des dites « ressources naturelles ».

 Sambo Creek, La Ceiba Atlantida, 1 de Octubre del 2013

Organización Fraternal Negra Hondureña, OFRANEH

OFRANEH | Federación del pueblo garifuna de Honduras

Traduction Anne Wolff

http://les-etats-d-anne.over-blog.com/article-l-avant-garde-yanqui-en-amerique-centrale-peuples-indigenes-en-grand-danger-120760084.html

Textes liés parmi d’autres
Honduras : massacre de civils par la DEA – Primitivi

 Utopia, centre des rencontres, de l’amitié et des rêves concrétisés de la COPINH 

Etudes théoriques sur le même sujet

Guerres en Irak et en Afghanistan : Anthropologues embarqués | Mondialisation

“Culture stratégique” : le commandement sud et la militarisation des universités (aux USA)

Le Président syrien a accordé une longue entrevue d’environ 2 heures à la chaîne Al-Mayadeen dans la soirée du 21 Octobre. Il a été interrogé par son Directeur, M. Ghassan Ben Jedo. Voici la traduction de certains points essentiels abordés dans la première partie, en réponse aux questions posées.

__________________________________________

Ce qui s’est passé en Syrie est complètement différent de ce qui a eu lieu en Tunisie ou en Égypte, ne serait-ce que par la férocité de la guerre médiatique, par l’afflux de terroristes venus des quatre coins de la planète toujours soutenus financièrement et militairement, par la coalition de pays occidentaux et régionaux pour porter atteinte à son État… La crise syrienne est passée par des étapes. La première fut celle des manifestations où des individus armés ont tiré sur des manifestants et des forces de police. Ce n’est que six mois après, et alors que ces individus n’avaient pas réussi à « renverser le régime », que s’est concrétisée l’idée de créer et de renforcer les bandes armées terroristes venues de l’étranger. Actuellement nous sommes confrontés à Al-Qaïda et à ses multiples ramifications telles que l’État islamique en Irak et au Levant [EIIL], le Front Al-Nosra, etc. Nous sommes donc en état de guerre contre des terroristes.

Il est normal que différents courants d’opposition existent en Syrie. Mais l’opposition repose sur une formation politique interne qui a une base populaire et un programme politique clair. Elle ne peut dépendre de l’étranger, ni avoir recours à des mercenaires armés, et doit refuser toutes les formes  d’interventions étrangères politique ou militaire ; auquel cas elle relève de l’insurrection armée ou du terrorisme.

Il est évident que l’ingérence de l’extérieur s’appuie sur un dysfonctionnement intérieur. Si tel n’était pas le cas nous n’en serions pas là. C’est pourquoi il est essentiel que nous parlions de notre propre responsabilité en tant que Syriens, car lorsque vous ouvrez votre porte aux voleurs vous êtes quelque part responsables de ce qui vous arrive.

Nombre de propositions ont été avancées au nom de l’opposition et de la réforme, mais vous devez distinguer entre celles qui cherchent sincèrement à réformer et celles qui obéissent à d’autres objectifs inavoués.

Il est de notoriété publique que la Syrie subit des  pressions et des menaces depuis des décennies, y inclus la période qualifiée d’« ouverture à l’Occident », et qu’elle est ciblée à cause de ses prises de position stratégiques – connues de tous – par des pays qui ne possèdent aucun  des attributs de la démocratie.

Dire que la Syrie vit dans un environnement laïc n’implique pas que nous niions l’existence de foyers extrémistes préexistants sur le terrain, mais ces foyers ont considérablement évolué depuis les guerres contre l’Afghanistan et l’Irak. Nous nous sommes opposés à ces guerres en prévenant qu’elles mèneraient à la propagation de ces foyers – encore circonscrits – dans toute la région. La crise syrienne est venue leur servir d’incubateur de croissance.

Les guerres US ont contribué à l’expansion du terrorisme

Suite aux opérations terroristes des Frères Musulmans en Syrie – dans les années 1970 et 1980 – nous avions soulevé la question de la lutte contre le terrorisme, mais personne n’avait voulu en tenir compte. Il n’empêche que lorsque le monde a commencé à s’inquiéter du terrorisme nous n’avons pas hésité à nous allier avec tous les pays qui ont décidé de le combattre, y compris les États-Unis, sans pour autant être en parfait accord avec les moyens mis en œuvre pour ce faire. Ceci, car les États-Unis traitent la guerre contre le terrorisme comme s’il s’agissait d’un  jeu vidéo sur ordinateur : vous frappez l’ennemi dès qu’il se pointe sur votre écran et dix autres apparaissent… L’approche devrait être nécessairement plus globale.

Lorsque vous soutenez le chaos, vous soutenez le terrorisme. Lorsque vous attaquez un État qui combat le terrorisme, vous créez les conditions favorables à l’épanouissement des groupes terroristes. C’est le cas de la politique des USA, de certains pays européens et aussi de certains pays arabes et régionaux. Ils ont contribué intentionnellement ou non à amener Al-Qaïda en Syrie.

Vous me demandez si nous sommes prêts à coopérer avec les États- Unis. Ce n’est pas exclu à partir du moment où nous pouvons travailler dans le cadre de nos intérêts réciproques. Mais l’administration US est fondamentalement égoïste et ne coopère avec quiconque que dans la perspective de ses propres intérêts. Une fois son but atteint, vous n’êtes plus rien. C’est l’évidence même compte tenu de ses relations avec ses ex-alliés comme, par exemple, Pervez Musharraf ou le Shah d’Iran… Par conséquent, celui qui parle de la loyauté de cette administration est dans l’illusion, et ce qui est encore plus illusoire est de penser qu’elle pourrait se soucier  des intérêts des États arabes.

Certes, les États-Unis sont une superpuissance qui influe sur le cours des évènements dans le monde. Coopérer avec eux sur la base d’intérêts communs est normal, mais il est excessivement dangereux de travailler à servir leurs seuls intérêts, et c’est ce qu’ils finissent par exiger.

Nous avons clairement dit et répété que nous n’utilisons pas le terrorisme pour servir nos intérêts pour la bonne raison que nous le considérons comme une bête venimeuse qui finit par vous mordre la peau, une fois que vous l’avez mise dans votre poche. Non, nous n’avons jamais soutenu le terrorisme. Oui, nous nous sommes opposés à la guerre contre l’Irak, mais nous n’y avons pas soutenu les terroristes comme certains le prétendent. La Syrie leur servait de couloir de passage après la traversée clandestine de nos frontières. Nous avons travaillé à les en empêcher mais nous n’avons pas totalement réussi. Et c’est ainsi que le terrorisme s’est vite dirigé vers la Syrie dès le début de la crise. Nous sommes parfaitement conscients que le combat contre le terrorisme n’est pas uniquement une affaire de frontières, mais se mène à l’intérieur du pays aussi bien en Syrie qu’en Irak.

De la guerre du Koweit à la guerre de l’Irak

En Irak, la Résistance est une chose et le Terrorisme en est une autre. Nous constatons que les terroristes d’Al-Qaïda n’y ont jamais mené une seule opération contre les États-Unis et que toutes leurs opérations sont toujours de nature sectaire. C’est la Résistance irakienne qui a lutté contre l’occupation US et c’est elle que nous avons « politiquement » soutenue, sans qu’elle ne nous en demande plus.

Les États-Unis ont tenté de pousser la Syrie à être partie prenante de leur campagne contre l’Irak, usant du bâton et de la carotte. Au minimum, ils ont exigé notre silence, notre position ayant été très claire au sommet de Charm el-Cheikh en Mars 2003, sommet manifestement organisé pour créer une atmosphère propice à leur guerre programmée contre ce pays. Par la suite, la Syrie a dû payer le prix de son opposition à cette guerre.

Alors que les Arabes témoignaient de leur allégeance aux États-Unis, Colin Powell est venu nous trouver pour s’enorgueillir de la manière dont les USA étaient entrés en Irak en quelques semaines et nous exposer la « Loi » censée demander des comptes à la Syrie ; cette Syrie qui n’avait plus un seul ami en ce monde, mise à part cette visite dont il nous gratifiait ! Mais pour autant, nous devions répondre à plusieurs demandes :

  • La première : expulser de Syrie toutes les factions palestiniennes vers n’importe où dans le monde. Nous lui avions répondu que lorsque nous expulsons une personne c’est pour la rapatrier et que dans ce cas précis il faudrait qu’il nous dise si le rapatriement était possible.
  • La deuxième : cesser toute relation avec le Hezbollah et toute forme de soutien à la Résistance libanaise.
  • La troisième, et c’était la plus dangereuse : refuser l’entrée en Syrie à tous les talents scientifiques irakiens, ce qui explique les opérations d’assassinats qui ont visé de nombreux scientifiques en Irak, alors que la Syrie les a accueillis et leur a créé des postes dans ses universités.

Ensuite, il nous a été proposé que les États-Unis lancent le « processus de paix ». Nous avons rappelé que la Syrie avait déjà entendu ce discours lorsqu’elle a participé à la guerre de libération du Koweït et qu’ils se sont dérobés à leurs obligations. Par conséquent, nous considérons que toute promesse des États-Unis est illusoire, car ils n’ont jamais rien fait pour la réussite du processus de paix.

La politique syrienne est celle de ses institutions et reflète les intérêts du peuple syrien. En tant qu’État arabe, nous avons toujours été confrontés à un ensemble de mauvais choix, notre politique consistant à opter pour le moins mauvais. Ce faisant, nous ne nous opposions pas aux intérêts des États-Unis mais nous défendions nos propres intérêts ; notamment dans la phase de la guerre contre l’Irak, que nous avions jugé potentiellement annonciatrice de la propagation du terrorisme et de la partition du pays avec évidemment des effets néfastes sur la Syrie..

Le Président Hafez al-Assad n’a pas coopéré avec les États-Unis au Koweït pour les soutenir alors qu’ils avaient juste besoin d’une couverture arabe, mais pour la libération du Koweït. Sa position était claire, fondée sur l’idée qu’il n’est pas possible qu’un pays arabe occupe un autre pays arabe et qu’il ne fallait pas compromettre les relations futures entre eux.

La coopération avec les États-Unis

Nous avons, nous-mêmes, coopéré avec les services de renseignement des USA dans la lutte contre le terrorisme conformément à nos intérêts. Nous avons aussi coopéré au processus de paix à l’échelon ministériel. La politique syrienne est souple et le fait de défendre ses intérêts légitimes ne signifie pas entêtement.

Le Président Jacques Chirac

Après l’entrée des forces américaines à Bagdad et étant donné que le monde témoignait de son allégeance aux États-Unis, M. Jacques Chirac a estimé que le moment était venu de modifier sa politique à leur égard. Pensant disposer de la carte syrienne, il nous a rendu visite pour nous informer que le Président Bush avait dit que j’étais un « malfaisant » et qu’il fallait que la Syrie et le Président syrien pensent à se protéger de sa grande colère. Ceci dit, il nous a demandé de coopérer au processus de paix avant de nous soumettre « la feuille de route » correspondante. Nous n’avions répondu ni positivement ni négativement ; entre autre, au motif que cette feuille de route ne mettait l’accent que sur le volet palestinien alors que nous étions concernés par la libération du Golan et donc par le « volet syrien ». Suite à notre non-réponse, M. Jacques Chirac a changé radicalement la politique française et a commencé à agir contre la Syrie dès 2004. En accord avec Georges Bush, il a travaillé à faire pression sur la Syrie et à la résolution onusienne pour le retrait de la Syrie du Liban [Résolution 1559] et à tous les événements visant l’État syrien qui ont suivi.

Les débuts de la guerre ouverte

Des armes circulaient en Syrie depuis la guerre en Irak et ont été utilisées dès les premiers jours des événements. Beaucoup d’innocents sont tombés pendant les six premiers mois, mais ce n’est qu’une fois que les images d’individus armés ont commencé à être publiées que la guerre est devenue ouverte. Les Frères Musulmans ont fini par reconnaître que tout ceci était arrivé avec la coopération de l’étranger. Pendant deux années, le Qatar a soutenu et financé les « bandes armées », tandis que la Turquie s’est chargée de leur logistique. Depuis, c’est l’Arabie saoudite qui est entrée en ligne et tout dernièrement la Jordanie.

Les Frères Musulmans

L’une des causes de ce à quoi nous assistons aujourd’hui vient du dérèglement de la relation entre l’arabité et l’Islam. Les premiers à avoir créé cette brèche, dans les années cinquante, sont les Frères Musulmans. Le travail pour la propagation de la foi est important, mais doit être séparé des concepts de l’État et de la politique.

En Syrie existe une opposition syrienne qui s’exprime publiquement sans être poursuivie. Les poursuites concernent essentiellement certains éléments des Frères Musulmans, lesquels sont considérés par la Loi syrienne et l’État syrien comme une organisation terroriste devenue encore plus terroriste que jamais. Nous avons déjà dialogué avec eux suite aux événements des années quatre-vingt, ils ont prouvé qu’ils ne sont pas honnêtes. Malgré cela, nous avons poursuivi le dialogue avec certains d’entre eux, qui sont maintenant délivrés de leur emprise politique. Par conséquent, nous n’avons aucun problème pour dialoguer avec n’importe quelle organisation qui dépose les armes, qui cesse d’acheminer des éléments armés vers notre territoire, et qui arrête de conspirer avec l’étranger.

Depuis les années cinquante, notre expérience des Frères musulmans est une succession interminable de terrorisme. Elle est à ajouter à un autre aspect purement juridique qui interdit les partis fondés sur des bases religieuses ou ethniques, ceci pour des raisons liées à la diversité du peuple syrien. Une vision comparable à celle des Frères Musulmans pourrait tout simplement mener à la dislocation de la Syrie.

Les prétendues désertions de masse

Parler de « désertion » suppose que les désertions aient concerné des institutions, ce qui n’est pas le cas. Il s’agit plutôt d’individus qui ont pris la fuite. Nous pensons que beaucoup ont fui en situation de peur ou à cause des menaces. D’ailleurs, un grand nombre d’entre eux ont décidé de revenir et nous les avons accueillis favorablement. Certains ont repris leur travail au sein des institutions étatiques, d’autres ont rejoint l’Armée nationale, d’autres se sont contentés de l’aider sans s’engager sur le terrain, et d’autres sont tombés sur le champ d’honneur. Tous ceux-là n’ont donc plus eu peur pour leur propre vie.

L’Initiative russe

Concernant « l’Initiative russe pour le désarmement chimique » et la prétendue « panique » qui nous aurait poussé à l’accepter avec « précipitation », le délai entre la déclaration de John Kerry et celle du ministre syrien des Affaires étrangères était d’une heure au grand maximum ; ce qui signifie que l’initiative avait été préparée à l’avance. Il n’y a donc pas de quoi broder sur notre précipitation. Comment aurais-je pu prendre la décision d’accepter les termes d’une telle initiative sur un sujet aussi important et aussi stratégique en si peu de temps et alors qu’un grand nombre de diplomates syriens étaient à l’étranger ? Ce, d’autant plus que John Kerry nous a offert une semaine de délai et que nous aurions pu nous accorder quelques jours de réflexion… C’est plutôt la manière dont John Kerry a abordé le problème qui suggère qu’il ne s’attendait pas à ce que la Syrie accepte l’Initiative russe et qu’il était loin d’imaginer que nous l’avions étudiée et qu’elle avait été préparée bien avant la date de son annonce.

Dire que c’est la solution chimique qui a fait que  les États-Unis ont annulé leur guerre dénote une naïveté ou une étroitesse de vue, parce que les États-Unis sont un État agressif qui peut tous les jours inventer n’importe que prétexte pour justifier la guerre ; comme cela s’est passé pour l’Irak avec Colin Powell et son gros mensonge sur les armes de destruction massive. Autrement dit, si jamais vous pensiez sauver votre peau en acceptant cette initiative, sachez que rien n’empêche les États-Unis de vous inventer un autre prétexte pour relancer les préparatifs de guerre à un quelconque moment plus tard.

Par ailleurs, moins d’une quinzaine de jours avant l’Initiative russe, des amis nous avaient informés de la date et de l’heure précise d’une attaque qui devait avoir lieu le lendemain matin. Nous nous sommes préparés, mais elle n’a pas eu lieu ! Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que si nous devions paniquer c’est avant l’annonce de cette initiative plutôt qu’après.

Enfin,  la Syrie a interrompu la production d’armes chimiques en 1997. Depuis, elle était prête à abandonner ce type d’armement, mais a gardé cette carte pour le moment opportun. Ce moment est arrivé !

La Conférence de Genève 2

À l’heure actuelle, nous n’avons pas de date officielle de l’éventuelle tenue de cette conférence et il n’y a pas de facteurs qui pourraient aider à sa réussite, si nous voulons qu’elle réussisse ! Beaucoup de questions restent en suspens. Quelles seront les forces en présence ? Quelle est leur relation avec le peuple syrien pour que nous puissions discuter ensemble ? Représentent-elles le peuple syrien, une partie du peuple syrien, ou bien la force qui les a fabriquées ? Ont-elles des bases électorales claires en Syrie ? Comment se peut-il que certaines forces prétendent représenter le peuple syrien alors qu’elles vivent à l’étranger et disent contrôler 70 % du territoire syrien sans oser se rendre en Syrie ? La solution doit être une solution syrienne et non la solution étrangère d’une question syrienne. Il nous faut donc connaître les composantes de cette conférence avant d’émettre des réserves sur sa réussite ou son échec.

La solution devra être syrienne et être acceptée par le peuple syrien, que l’étranger l’accepte ou la refuse. De même, la reconnaissance des représentants du peuple syrien, à cette conférence, revient au peuple lui-même. Autrement dit, toute reconnaissance venue de l’étranger ne nous concerne pas. La question ne revient pas à se demander si la conférence aura ou n’aura pas lieu. La question fondamentale est de savoir si cette conférence peut réussir au cas où elle aurait lieu. La Syrie y participera sans conditions lorsqu’elle se tiendra.

Par ailleurs, si cette conférence comporte des décisions débouchant sur l’arrêt du financement des terroristes, le problème syrien sera résolu. À partir du moment où les terroristes ne seront plus fournis en armes et en argent et ne seront plus aidés pour rejoindre le territoire syrien, il n’y aura plus de problème pour résoudre la question syrienne qui n’est pas aussi compliquée qu’on le prétend. Les complications  viennent de l’extérieur de la Syrie, non de l’intérieur. Les complications viennent d’une ingérence étrangère qui nourrit le feu de l’incendie.

M. Lakhdar Brahimi

Ce que nous attendons de M. Brahimi est qu’il se contente de rester dans le cadre de sa mission de médiateur, nécessairement neutre, dans une situation de dialogue entre différentes forces qui se battent sur le terrain sans se charger de missions dictées par d’autres États. Ses deux premières visites en Syrie n’ont pas dépassé le cadre du dialogue et non, il ne m’a fait aucune offre. En revanche, lors de sa troisième visite fin 2012, il a tenté de me convaincre qu’il était nécessaire que je ne me présente pas aux élections présidentielles de 2014. Ma réponse fut très claire : c’est une question qui concerne les Syriens et qui n’admet aucune discussion avec un non-Syrien ! Maintenant puisque vous me demandez si son initiative était dictée de l’étranger, je vous réponds que c’est à lui qu’il faudrait poser cette question.

Ceci dit, votre supposition n’est pas improbable étant donné que les États-Unis et d’autres États ennemis de la Syrie formulent toujours l’idée qui veut que je ne sois pas candidat aux prochaines élections. C’est en effet une étonnante coïncidence que M. Brahimi avance les mêmes propositions mises en avant par ces États… Nous espérons que lors de sa prochaine visite que vous venez d’évoquer, il ne dépassera pas les limites de sa mission.

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

21/10/ 2013

Source : vidéo / Présidence de la République arabe syrienne

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=OZJrJruufVk

Traduction : Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Deuxième partie :

Mines SyrieLes poseurs de mines US au Moyen-Orient, 27 octobre 2013

 

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Dette : Destination liquidation Italie

octobre 23rd, 2013 by Chiara Filoni

Photo :  CC – Davide Gabino

Le discours selon lequel, ces dernières années, les Italiens (comme les Grecs, les Espagnols, etc.) ont vécu au-dessus de leur moyens et dépensé trop pour l’État social demeure une triste constante dans les médias dominants. La propagande médiatique ne va pas au-delà de quelques reproches aux mesures d’austérité, sans jamais remettre en cause la légitimité de la dette. Et, tout à fait en continuité avec le précédent gouvernement de Mario Monti (un gouvernement de « techniciens » très bien vu par l’Europe et mandaté pour résoudre la crise de la dette), le nouveau gouvernement italien, en fonction depuis le 28 avril dernier, ne promet rien de bien. Du point de vue strictement politique, il ressemble en effet davantage à une copie des gouvernements démocrates-chrétiens des années ’80-’90, qui voulaient mettre d’accord les différents partis politiques, mais qui au final servaient les intérêts des grands pouvoirs économiques |1|. Du fait du manque de renouvellement politique en termes de personnes et « d’esprit », le nouveau gouvernement est aussi loin de réaliser le changement attendu et promis en termes de croissance économique et de résolution de la crise de la dette, vu la liquidation en cours du patrimoine public (au bénéfice d’acteurs privés), conçue comme mesure anti-crise.

Pour ces raisons, cet article essayera d’expliquer les origines de l’énorme endettement public italien.

Le rôle des taux intérêts et des mesures d’austérité

Graphique 1 : Dépenses et recettes de l’État italien de 1980 à 2010 |2|

Le graphique représente les dépenses totales (en bleu) et les recettes totales (en vert) de l’État italien depuis 1980 jusqu’en 2010. Le déficit public étant la différence entre recettes et dépenses, depuis 1980 jusqu’à 2010, les italiens ont cumulé 149 milliards d’euros de déficits, qui, ajouté au capital à rembourser jusqu’en 1980 (114 milliards d’euros), fait 263 milliards d’euros, un chiffre qui ne correspond pas au montant de la dette italienne en 2010, s’élevant à peu près à 1900 milliards d’euros.

Qu’est ce que les italien-ne-s ont payé et continuent à payer ? Les intérêts évidemment. Dans l’année prise en considération, 2011, ces intérêts représentaient déjà 100% de la dette, c’est à dire 1771 milliards d’euros. Est-ce qu’ils ont vécu au-dessus de leurs moyens alors ? Difficile à croire.

Dans le discours dominant, l’idée qu’il faut se serrer la ceinture, taxer plus, couper dans le secteur public (n’étant pas économiquement efficace) est toujours présente. Mais à bien regarder, ce ne sont pas les dépenses pour l’État social qui doivent préoccuper nos dirigeants. En effet, ces dépenses augmentent entre 1980 et 1990 pour ensuite diminuer. Les dépenses pour la santé ont toujours été à peu près de 10% tandis que les dépenses pour l’éducation baissent de 10,9% à 9% entre 1960 et 1994. Les dépenses pour les retraites passent de 32,9% à 33,6% dans les mêmes années |3|.

Si d’un coté les dépenses n’augmentent pas, de l’autre les recettes augmentent, si bien que nous avons récemment reçu l’appellation de « bons élèves » par l’Union Européenne (ayant clôturé l’année 2012 avec un déficit de 3%, afin d’accomplir les recommandations du TSCG |4|). Selon le rapport officiel 2013 de l’Istat (Institut National de Statistiques), les recettes totales en termes nominaux ont augmenté de 2,5% du PIB, plus que l’augmentation des dépenses (+0,7%). Ce phénomène est le résultat de l’augmentation de 5,2% des impôts indirects, entre autres de la TVA (de 20 à 21% en 2011, et qui passe à 22% à partir d’octobre 2013), de l’IMU (le nouvel impôt sur le patrimoine immobilier) ainsi que des impôts directs (+5%). Un phénomène que beaucoup décrivent comme d’austérité, mais qui est en réalité la forme extrême d’une politique bien plus ancienne répondant au dogme néo-libéral et pesant sur les populations désormais depuis quelques décennies.

L’austérité fait en sorte que le déficit baisse (en 2009 il était à 5,5%, aujourd’hui il est de 3%) mais que la dette augmente. Selon Eurostat |5|, la dette italienne continue à augmenter en termes réels et par rapport au PIB : de 116,4% en 2009, nous sommes passés à 127% en 2012, avec une prévision de 132% en 2013, pour une valeur qui dépasse les 2000 milliards d’euros.
Ce n’est pas couper dans les secteurs stratégiques ni taxer sans distinction la population – les intérêts de la finance n’étant jamais touchés – pour le soi-disant bien-être du pays qui va nous aider.

Revenons sur les intérêts sur les titres de la dette. Ceux-ci augmentent vertigineusement à partir des années ’80. Tout commence en 1981 avec la décision du Trésor italien de divorcer de Banca d’Italia, pour ne plus acheter des titres du Trésor, ce qui auparavant permettait à la banque d’acheter des titres de la dette invendus sur le marché, en gardant des taux d’intérêts bas.
Cette séparation et le recours massif aux capitaux privés, dans un contexte d’augmentation de la dette états-unienne (causée par la décision de la Réserve Fédérale d’augmenter les taux d’intérêt) et de forte déréglementation économique entamée durant les années de Reagan (avec une forte concurrence entre les titres des différents États), amènent à l’accroissement de la dette italienne, qui passe de 57,7% du PIB en 1980 à 124,3% en 1994. Le manque du cordon protecteur de la Banque d’Italie expose en effet le pays aux manœuvres spéculatives des investisseurs internationaux. Les taux d’intérêts sur les titres de la dette étant liés à la demande de ces mêmes titres, l’élimination d’une composante fondamentale de cette demande, telle que l’était la Banque Centrale, a eu comme effet l’explosion des taux – qui passeront de 8% en 1984 à 13% en 1993, tandis que la moyenne européenne restait autour de 4% |6| – et donc de la dette totale. Nous pourrions considérer ces taux d’intérêts comme usuraires et par conséquent illégitimes et susceptibles de non-payement.

C’est par ailleurs à cause de ces attaques spéculatives sur la Lira qu’en 1992 l’Italie est sortie du SME (système monétaire européen) et a dévalué sa monnaie de 7%.
1992 a été en effet pour l’Italie une année de grande récession : les intérêts ont atteint 100 milliards (dans cette seule année) et le gouvernement a appliqué une réforme de 93 milliards de Lires (autour de 48 milliards d’euros) visant à couper agressivement dans les dépenses, à augmenter les impôts et baisser les salaires.
Ces mesures « de larmes et de sang » |7|, comme l’ex-ministre du Travail aime à les appeler, sont à nouveau appliquées sans discontinuer depuis le gouvernement précédent comme recette à la crise de la dette, une dette qui ne cesse d’augmenter et dont les intérêts atteindront 100 milliards d’euros en 2013 (exactement comme en 1992, quand les taux d’intérêts étaient plus élevés qu’aujourd’hui, mais le montant de la dette plus bas !).

Mais l’illégitimité de la dette italienne ne s’arrête pas aux seuls intérêts.

En effet, la dette privée qui se transforme en dette publique n’est pas une nouveauté non plus pour l’Italie (vu le nombre d’entreprises privées mal gérées et pour lesquelles l’État a dû intervenir), mais ce transfert concerne maintenant aussi les banques. Déjà en décembre 2012, à travers les soi-disant Monti Bonds |8|, le gouvernement avait dégagé 4,6 milliards d’euros (c’est-à-dire exactement le même montant que celui récupéré par l’IMU) pour la restructuration de la banque Monte dei Paschi, la quatrième banque d’Italie, avant qu’elle ne soit au centre d’un scandale à cause de grosses pertes sur des opérations de produits dérivés. Ce prêt n’est pas seulement illégitime, il prévoit en outre comme contrepartie des coupes sur les coûts de personnel pour une centaine de millions d’euros, qui concerneront 8000 salariés de la banque pour lesquels est prévu un « licenciement vers un autre sujet » (expression floue utilisée par le gouvernement pour dire qu’il seront licenciés et peut-être réembauchés par une autre banque, mais on ne sait pas laquelle, quand, à quelles conditions…) et la fermeture de 150 filiales bancaires (qui se rajoute aux 400 déjà fermées).

La recette est en effet toujours la même : privatiser, couper, serrer la ceinture, taxer…

A ce sujet, au sein du nouveau gouvernement, tous sont d’accord pour appliquer la logique de la pensée unique. Comme dit Marco Bersani, le président d’Attac Italie, les privatisations qui se poursuivent depuis vingt ans n’ont eu besoin d’aucune Thatcher ni d’aucun Reagan : l’Italie a privatisé plus que l’Angleterre et est deuxième pays dans le monde après le Japon pour les bénéfices récupérés par le secteur privé |9|.

Et maintenant, nos politiciens se scandalisent si certaines des principales entreprises italiennes, symbole du fameux made in Italy, comme Telecom ou Alitalia (compagnie téléphonique pour la première, aérienne pour la seconde), sont vendues à l’étranger, alors qu’eux-mêmes ont poussé pour leur privatisation, et pour la libéralisation commerciale de manière plus générale, à partir des années ’90.

Enfin, le tout nouveau plan « Destination Italie » approuvé fin septembre va dans le même sens : le gouvernement a décidé de liquider le patrimoine public (pour l’occasion un Comité privatisations sera créé par le Ministère de l’Économie). Parmi les entreprises les plus appétissantes, il y a Ferrovie dello Stato (le chemin de fer, qui verra sa privatisation définitive et qui vaut 36 milliards), les postes italiennes (3,4 milliards), la Rai, principale radio-télévision italienne (2 milliards), etc.

Refusons la dette illégitime et demandons un audit

Si la dette n’est pas le résultat de trop de dépenses, si on est si performants au niveau économique au point d’être considérés comme les bons élèves de l’Union Européenne, les raisons de l’augmentation de la dette doivent être recherchées ailleurs.
L’explosion des taux d’intérêt à partir des années ’80 (dans un contexte général d’augmentation des taux à l’initiative de la Réserve Fédérale états-unienne) causée par les décisions politiques des leaders italiens de cette époque qui a ouvert la porte aux spéculations de tous types, les mesures néo-libérales qui ne cessent d’être appliquées depuis 30 ans, le sauvetage bancaire d’entreprises privées, pèsent maintenant sur le dos de la collectivité en Italie (comme ailleurs).
Ces faits montrent la nécessité d’un audit de la dette publique italienne pour identifier la partie légitime et illégitime (donc susceptible d’être annulée) et justifient la contestation des mesures d’austérité qui ne cessent de s’aggraver.
C’est leur logique de laisser le secteur privé et la finance gérer des entreprises d’utilité publique et la dette qui génère l’endettement. Leur logique de tout vendre au secteur privé, tandis que seule la dette reste publique ! Leur logique qu’il faut combattre.

Chiara Filoni

Notes

|1| Parmi les membres du gouvernement, nombre d’entre eux ont d’ailleurs un passé dans la Démocratie-chrétienne, d’autres viennent de la tradition conservatrice ou du parti de Berlusconi, d’autres encore du nouveau parti de Monti ou du centre-gauche (en somme dans l’esprit de l’accord à n’importe quel prix typique des années de la Première République).

|2| Source : Élaboration données ISTAT (Institut National de Statistique), Conti ed aggregati economici delle A.P. – SEC 95). Données en milliards d’euros, disponible sur :http://www.cnms.it/sites/default/fi…

|3| Millet D., Toussaint E., Debitocrazia. Perché si può non pagare il debito pubblico, Edizioni Alegre, 2011.

|4| Le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG ou Pacte budgétaire) est le nouveau pacte sur lequel se sont accordés 25 des 28 États membres de l’Union Européenne (donc qui ne concerne prioritairement que les pays de la zone euro). Par rapport aux traités précédents, il renforce les mesures de contrôle sur la performance des pays en introduisant les soi-disant règles d’or : obligation de l’équilibre des budgets des administrations publiques, réduction du déficit jusqu’à 0,5% (au-dessus de 3% des sanction monétaires sont prévues), la réduction de la dette nationale en-dessous de 60 % en 20 ans. Le traité a été approuvé par le Parlement italien en Juillet 2012

|5http://www.ilsole24ore.com/art/noti…

|6http://keynesblog.com/2012/08/31/le…

|7http://cadtm.org/Italie-L-imposture…

|8| Les Monti Bonds sont des instruments opaques. À moitié entre des prêts (au taux de 8-9%) et des actions (puisque il n’y a pas échéance pour le remboursement), mais surtout ils participent au risque d’entreprise, c’est-à-dire si la banque reporte des pertes, le trésor partage ces pertes avec les autres actionnaires.

|9http://temi.repubblica.it/micromega…

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

À la demande du premier ministre David Cameron, le journal britannique The Guardian fait l’objet d’une enquête par au moins un comité parlementaire concernant les révélations d’Edward Snowden, le lanceur d’alertes de la NSA (National Security Agency), l’agence américaine d’espionnage.

Cette démarche, qui a été accompagnée de menaces de poursuites judiciaires et d’allégations que le journal a mis en péril la sécurité nationale, représente une dangereuse escalade dans la chasse-aux-sorcières et la répression déclenchées suite aux révélations de Snowden sur les programmes de surveillance massive de la NSA et du service de renseignement britannique, le GCHQ (Government Communications Headquarters).

Mercredi dernier, Cameron a déclaré au parlement: «Ce qui est arrivé a porté atteinte à la sécurité nationale, et à bien des égards, la rédaction du Guardian l’a reconnu lorsqu’elle a accepté de détruire les dossiers en sa possession après que mon conseiller à la sécurité nationale et chef du cabinet [Sir Jeremy Heywood] lui en a poliment fait la demande».

«Elle sait donc que cette affaire est dangereuse pour la sécurité nationale».

Le premier ministre a soutenu les appels à une enquête parlementaire complète pour déterminer si le Guardian a violé la loi en publiant les révélations de Snowden.

L’affirmation de Cameron est mensongère et réactionnaire.

En juin, selon le rédacteur en chef du Guardian, Alan Rusbridger, des journalistes du Guardian et lui-même ont été menacés de poursuites judiciaires et forcés de détruire les disques durs contenant les dossiers fournis par Snowden lorsqu’un «très haut responsable du gouvernement disant parler au nom du premier ministre» a «fait la menace implicite que d’autres au sein du gouvernement favorisaient une approche bien plus draconienne».

Selon Rusbridger, «deux experts de la sécurité du GCHQ» ont supervisé la destruction. Cameron affirme maintenant que la réponse du journal aux menaces du gouvernement est une preuve de sa culpabilité!

Un porte-parole de Guardian News and Media a fait savoir dans un communiqué: «Le premier ministre a tort de dire que le Guardian a détruit les fichiers informatiques parce que nous acceptions que nos reportages étaient nuisibles. Nous les avons détruits parce que le gouvernement a dit qu’il utiliserait toute la force de la loi pour empêcher un quotidien de publier quoi que ce soit de la NSA ou du GCHQ».

Cameron a fait sa déclaration en réponse à une question de l’ancien secrétaire à la Défense, Dr Liam Fox, qui a demandé que «l’on détermine de manière complète et transparente si l’implication du Guardian dans l’affaire Snowden a nui à la sécurité nationale de la Grande-Bretagne». Indiquant clairement qu’il cherchait à faire porter des accusations criminelles, Fox a dit qu’il était «étrange» que des gens soupçonnés d’avoir mis des journalistes sous écoute aient été poursuivis, mais pas des gens qui rendent «vulnérables» nos services de sécurité.

Un simple député conservateur, Julian Smith, a obtenu un débat parlementaire à Westminster Hall cette semaine concernant la publication des documents top-secret. Plus tôt, il avait écrit à la police londonienne pour réclamer que le Guardian soit poursuivi en vertu de la Loi sur les secrets officiels et la Loi sur le terrorisme de 2000. Il a dit qu’il utiliserait le débat pour «exposer les raisons pour lesquelles je crois que le Guardian a franchi la ligne entre le journalisme responsable et une conduite qui met sérieusement en danger notre sécurité nationale ainsi que les vies de ceux qui cherchent à nous protéger».

Le dirigeant libéral-démocrate et vice-premier ministre, Nick Clegg, est aussi de ceux qui prennent le Guardian pour cible, déclarant que les fuites de Snowden sont un «cadeau» aux terroristes qui leur permet d’attaquer la Grande-Bretagne. Les appels à la répression sont coordonnés avec les services de sécurité. Le nouveau chef du MI5 (la police secrète britannique), Andrew Parker, a soutenu que les fuites sur les programmes Prism et Tempora ont donné «l’avantage aux terroristes. C’est le cadeau dont ils ont besoin pour échapper à notre surveillance et frapper à volonté».

Une fois de plus, c’est au sein de la dite «opposition parlementaire», le parti travailliste, que l’on retrouve les partisans les plus enthousiastes de la persécution par l’État de journalistes, de journaux et de lanceurs d’alerte comme Snowden.

Suite au débat parlementaire, Fox a écrit aux présidents de cinq comités spéciaux de la chambre des Communes pour les exhorter à mener une enquête sur la «conduite imprudente et potentiellement dangereuse» duGuardian.

«La liberté de presse ne veut pas dire la liberté d’exposer le Royaume-Uni, son peuple ou ses alliés au crime organisé ou au terrorisme. Je vous écris pour vous demander formellement, en tant que député et ancien ministre de la Défense, de porter l’attention de votre comité sur l’implication du Guardiandans les fuites de Snowden et dans leur publication».

La première réponse est venue du travailliste Keith Vaz, président du Comité des affaires intérieures.

En l’espace de quelques heures, Vaz a dit qu’il examinerait «l’implication duGuardian dans les fuites de Snowden et leur publication».

«Je vais écrire pour rassurer Dr Fox que le comité mène actuellement une enquête sur le contre-terrorisme et se penchera sur cette question dans le cadre de l’enquête.»

Les autres dirigeants des comités ayant reçu une requête de Fox sont Sir Malcom Rifkind du Comité sur le renseignement et la sécurité, John Arbuthnot du Comité sur la défense, Richard Ottaway aux Affaires étrangères et Sir Alan Beith du Comité de liaison.

Le Comité sur le renseignement fait actuellement semblant, dans une enquête lancée la semaine dernière, d’investiguer la surveillance de masse menée par le GCHQ et la NSA. Il a été lourdement critiqué pour les liens privilégiés qu’il entretient avec les services de sécurité, forçant Rifkind à énoncer des platitudes telles que la nécessité de trouver un «équilibre» entre «notre droit individuel à la vie privée et notre droit collectif à la sécurité».

Le comité est maintenant censé déterminer si les lois sur le renseignement sont «bien adaptées».

La décision du Comité des affaires intérieures de lancer une investigation sur le Guardian en vue d’une possible action pénale démasque une telle pose d’impartialité.

Toute la machine parlementaire et ses partis se portent à la défense de l’appareil secret de l’État, à commencer par une sévère restriction de la liberté de presse. Voilà qui pose une grave menace aux droits démocratiques. Le Guardian est ciblé pour avoir révélé les actions criminelles des services secrets qui mettent sous une surveillance étatique indue chaque homme, chaque femme et chaque enfant au Royaume-Uni et à l’échelle internationale. Cette opération se fait sans justification légale ni même approbation officielle du Parlement, ce qui démontre que le Royaume-Uni est bien avancé sur la voie d’un État policier de facto. Elle témoigne de l’extraordinaire désintégration politique et morale d’une élite dirigeante ivre de sa richesse, et qui vit dans la peur mortelle des millions qu’elle écrase sous son poids et qu’elle plonge encore plus dans la misère et la pauvreté.

 Chris Marsden

Article original, WSWS, paru le 18 octobre 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Effacer la Palestine de la carte

octobre 22nd, 2013 by Robert Ross

Un blogueur du Washington Post a récemment publié dans la section affaires étrangères « 40 cartes pour expliquer le monde ». Certaines cartes ont leur importance comme celle portant sur les « inégalités économiques dans le monde », certaines sont intéressantes comme celle illustrant « les 26 dernières monarchies dans le monde », mais d’autres déforment grossièrement la réalité qu’elles prétendent représenter. A la tête de cette dernière catégorie, la carte intitulée « la portée des roquettes du Hamas contre Israël »

Tout sur les roquettes du Hamas

Deux problèmes majeurs sont identifiés à partir de cette carte. D’abord, cette dernière tente « d’expliquer » le conflit israélo-palestinien en pointant exclusivement du doigt la capacité du Hamas en termes de roquettes visant les points les plus importants à l’intérieur d’Israël. Pour ce faire, quatre codes couleur, des demi-cercles concentriques à partir de la bande de Gaza, pour montrer la distance que peuvent traverser différentes roquettes ainsi que le chemin le plus éloigné vers la Mer Morte.
Max Fischer, le blogueur en chef « spécialiste » des affaires étrangères du Washington Post, note dans une légende sur la carte : « ceci permet de faire comprendre pourquoi Israël est si préoccupé par Hamas, le groupe islamiste basé à Gaza, et particulièrement à propos de son accès aux roquettes Fajr-5 de fabrication iranienne. Celles qui peuvent atteindre la zone jaune clair »

Effacement de la Palestine de la carte

Le second problème majeur concernant cette carte est que la Palestine -aussi bien historique que contemporaine- y est effacée.

Une ligne en pointillés blancs trace la frontière entre la Cisjordanie et Israël mais la ligne est à peine visible sous la délimitation jaune. D’autre part, la Cisjordanie « West Bank » (à savoir, « la Cisjordanie » non occupée ou « territoire palestinien occupé » ou « Cisjordanie palestinienne » ou « Palestine » ) apparaît en caractères si petits qu’ils semblent désigner une petite ville au Nord-Est de Jérusalem, au lieu du territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.

Alors que les municipalités comme Arad, Ashdod, Holan et Hrzliya, entre autres, sont indiquées, on ne peut trouver nulle part les villes palestiniennes comme Ramallah, Naplouse, Bethléem, Jéricho, encore moins Al-Bira, Jénine ou Qalqilya. Seule Jérusalem et Hébron, des villes de Cisjordanie importantes aussi bien pour les israéliens que pour les palestiniens sont illustrées. Même Jaffa, la ville côtière palestinienne au nord de Tel-Aviv a été remplacée par « Yafo », la version israélo-hébraïque.

Alors que nous raconte cette carte sur le conflit israélo-palestinien ? Qu’on ne peut déterminer ce qu’est la Palestine ni où elle se situe, ou si elle a même existé un jour ; cependant, cette carte suggère que plus de la moitié d’Israël est sous la menace permanente d’un groupe islamiste soutenu par l’Iran. Ainsi donc, Israël est « inquiet ». Vraisemblablement, le lecteur pourrait conclure que cette « inquiétude » contraint Israël à se défendre périodiquement, en lançant ses contre-attaques vers la bande de Gaza. Quant à la Cisjordanie, elle semble à toute fin utile, faire partie d’Israël et n’ayant d’aucune manière un lien avec Gaza ou la « Palestine » cartographiquement nettoyée.

Ainsi, Israël est géographiquement simplifiée en une entité ayant besoin de se défendre alors que la Palestine est rayée de la carte.

Elle dissimule plus qu’elle ne révèle

La carte du Washington Post (qui est en réalité juste une carte googl copiée chez un certain « Gene »
qui a également inclus la carte des « bars/restaurants de Richmond » et celle de « l’Angleterre de Jane Austin » ne montre pas comment ni dans quelle mesure, Israël s’est défendu contre la menace des roquettes du Hamas.

Tout ce qui compte sur cette carte est la menace qui pèserait sur Israël ; une carte révélant les réponses mortelles des israéliens et leurs ramifications à l’intérieur des territoires palestiniens telle que celle produite par l’Alliance pour la Justice au Moyen-Orient à l’université de Harvard et par le MIT Center for Future Civic Media, n’a pas été proposée dans la liste du Washington Post.

Il manque aussi toutes les tentatives pour représenter cartographiquement le contexte dans lequel les roquettes du Hamas et la « réponse » israélienne ont été lancés, comme cette carte de l’ONU, entièrement inexistante dans la compilation du Washington Post.

En plus d’effacer quasiment la Cisjordanie palestinienne, la carte du Washington Post ne révèle rien des multiples modes d’occupation des territoires palestiniens par Israël. Ainsi, les cartes des routes réservées aux seuls israéliens, des checkpoints, de la barrière de séparation, des colonies et des divisions sur une base ethnique de la Cisjordanie (telle que celle de B’Tselem, le Comité israélien contre les démolitions de maisons et celle de l’Institut pour la recherche appliquée – Jérusalem /ARIJ) n’aideraient pas, selon le Post, à comprendre cette partie du monde autant que la carte de Gene à propos du potentiel de tir de roquettes du Hamas.

La carte de choix du Washington Post n’apporte aucune lumière sur les villages palestiniens au sein d’Israël qui ont été ethniquement nettoyés et détruits entre 1948 et 1949. Les références aux cartes de la Société académique palestinienne pour l’étude des affaires internationales (PASSIA) et Visualizing Palestine (visualiser la Palestine) auraient pu pousser à commencer, au moins, à ressortir la cartographie de ces paysages effacés.

Les dangers d’une cartographie faussée

En somme, la carte du Washington Post explique très peu de choses sur cette région du monde. Mais ce que révèle la carte est la vision myope du Washington Post concernant Israël et la Palestine.

La colonisation actuelle et continue de la Palestine par Israël est inversée et réduite, dans cette représentation cartographique, à un pays normal qui doit se défendre et repousser les menaces de ses vagues voisins. Les effets de cette cartographie faussée sont dangereux ; effacer la géographie de la Palestine est une autre étape de l’occupation continue et du nettoyage ethnique de la Palestine.

Robert Ross

Article original en anglais : The Washington Post’s Distorted Cartography, Erasing Palestine From thé Map, CounterPunch, 20 août 2013

Traduction de l’anglais : Lalla Fadhma N’Soumer, Info-Palestine.net

Robert Ross est professeur adjoint d’études culturelles internationales à l’Université Point Park, à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Ses recherches et son enseignement portent sur la géographie politique et économique d’Israël, la Palestine, le Liban et les États-Unis. Il est également membre du Comité de solidarité Pittsburgh Palestine et la Mission Network Israël-Palestine de l’Église presbytérienne (USA).

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

En Afghanistan comme en Irak, l’armée américaine « embarque » désormais des anthropologues afin de mieux comprendre les cultures locales. Le phénomène ne date pas d’hier, mais il a déclenché cette fois-ci un vif débat outre-atlantique.

 « Vallée de Shabak, Afghanistan. Dans ce bastion taliban isolé à l’est de l’Afghanistan, les parachutistes américains viennent de déployer une nouvelle arme essentielle aux opérations de lutte contre l’insurrection : une anthropologue à la voix douce qui répond au nom de Tracy. Cette dernière, qui a demandé que son nom de famille ne soit pas divulgué pour des raisons de sécurité, fait partie de la première Human Terrain Team, un programme expérimental du Pentagone qui affecte des anthropologues et autres spécialistes des sciences sociales aux unités de combat américaines en Afghanistan et en Irak. Le talent de l’équipe de Tracy à saisir les subtilités de la vie tribale (elle a notamment réussi à identifier un conflit territorial ayant permis aux talibans d’intimider une importante tribu) lui a valu les éloges des officiers qui affirment constater des résultats concrets [1]. »

Pour tenter de gagner des guerres dans lesquelles elle s’enferre, l’armée américaine a ainsi décidé de faire appel à ce qu’on pourrait appeler des « embedded anthropologists » (pour reprendre l’expression ayant servi à qualifier les journalistes embarqués au sein des troupes américaines lors de la seconde guerre en Irak). L’armée a chargé l’un de ses contractants, BAE Systems, de recruter les anthropologues. L’annonce d’emploi stipule : « Le Human Terrain System est un nouveau programme de l’armée, conçu pour améliorer la capacité des militaires à comprendre l’environnement socioculturel en Irak et en Afghanistan. La connaissance des populations locales permet aux militaires de planifier et accomplir leur mission plus efficacement et de recourir moins souvent à la force. » Au milieu du mois d’octobre 2007, six unités comptaient en leur sein des « anthropologues embarqués ». En raison du succès des premiers essais, le financement du programme expérimental a été augmenté de manière à pouvoir à terme affecter des chercheurs en sciences sociales dans les 26 unités américaines présentes en Afghanistan et en Irak. Chaque Human Terrain Team est composée d’un anthropologue, d’un spécialiste de la langue locale, ainsi que de militaires à la retraite, généralement d’anciens membres du renseignement, des affaires civiles ou des opérations spéciales. Les anthropologues embarqués reçoivent un entraînement militaire et, une fois sur le terrain, portent l’uniforme et une arme pour mener à bien leurs recherches.

Le déploiement de ces anthropologues chargés de collecter des données socioculturelles pour l’armée est partie prenante de la nouvelle stratégie américaine de contre-insurrection (counter-insurgency) en Irak et en Afghanistan. Les anthropologues doivent en effet pouvoir aider les militaires à gagner la confiance des populations – pièce essentielle des opérations de « pacification. » On attend d’eux qu’ils permettent de gagner les « tribus » locales à la cause américaine en les empêchant de se rallier à celle des talibans ou des « insurgés » irakiens. Si l’écrasante supériorité militaire et technologique américaine suffit en effet à gagner une guerre contre l’armée d’un Etat, une bonne connaissance du « terrain humain » est nécessaire pour contrôler une population dans le contexte d’une guerre non-conventionnelle. Or, l’armée américaine s’est révélée bien mal préparée sur ce terrain. C’est ainsi que s’est imposée l’idée de recourir au « renseignement ethnographique » (ethnographic intelligence), singulière alliance du renseignement militaire et de l’ethnographie de terrain. A partir d’une collecte de données de première main, les anthropologues embarqués allaient ainsi pouvoir apporter à l’armée américaine une compréhension de la culture et de l’organisation sociale des populations locales qui lui faisait cruellement défaut. Les données socioculturelles qui intéressent l’armée et que sont susceptibles de leur fournir les anthropologues concernent par exemple l’organisation sociale des tribus, le code de l’honneur ou encore le rôle de la vendetta. L’un des objectifs est la création d’une base de données identifiant les différentes tribus et les chefs locaux, mais aussi les principaux problèmes économiques, sociaux et politiques des populations. Parfois, les anthropologues embarqués sont amenés à mettre eux-mêmes la main à la tâche, l’équipe de Tracy ayant par exemple participé à l’installation d’un dispensaire gratuit à l’est de l’Afghanistan[Il reste néanmoins difficile de se faire une idée précise du travail des anthropologues embarqués. Pour un aperçu des références mobilisées par les Human Terrain Teams : http://iraqht.blogspot.com. Sur le quotidien des anthropologues embarqués, on peut tout de même consulter le blog que tient l’un d’entre eux depuis l’Irak :  : http://marcusgriffin.com/blog ]].

Comme on peut s’en douter, ces anthropologues embarqués ont engendré une vive polémique au sein de l’anthropologie américaine. Un réseau – le Network of Concerned Anthropologists – s’est constitué pour appeler au boycott du programme Human Terrain System (HTS). La très influente American Anthropological Association (AAA) s’est également saisie de l’affaire et a ouvert un forum de discussion sur son site Internet. Le 31 octobre 2007, son bureau exécutif prend même officiellement position contre le HTS. Loin d’être inédite, une telle mobilisation des anthropologues au service de l’armée et du renseignement s’inscrit au contraire dans l’histoire complexe des rapports de l’anthropologie avec les pouvoirs politiques. Depuis le tournant critique de l’anthropologie américaine notamment, il est devenu courant de revenir sur le passé, parfois peu reluisant, de la discipline. L’exemple de l’anthropologie coloniale est notoire : au XIXe et au début du XXe siècles, des ethnologues travaillent au service de l’administration coloniale des « indigènes » aussi bien dans l’Empire français ou britannique que sur le territoire des Etats-Unis (avec les réserves indiennes).

L’engagement des anthropologues pendant les deux guerres mondiales est une page souvent moins connue de l’histoire de la discipline [2]. Plusieurs chercheurs de renom tels Margaret Mead, Gregory Bateson ou Ruth Benedict ont pourtant mis leur savoir anthropologique (sur les sociétés d’Asie et du Pacifique notamment) au service de l’effort de guerre allié. Certains anthropologues ont été jusqu’à collecter clandestinement des informations pour l’OSS (le précurseur de la CIA) sous couverture de fausses enquêtes de terrain. Cet engagement d’anthropologues patriotes au service d’une « guerre juste » fait dans l’ensemble peu débat. Certes, dans un article de The Nation publié en 1919, Franz Boas accuse (sans les nommer) quatre chercheurs d’avoir utilisé leur statut d’anthropologue pour mener des activités d’espionnage en Amérique latine pendant la première guerre mondiale [3]. Son réquisitoire repose sur une opposition entre les anthropologues qui doivent être au service de la vérité et les espions qui sont au service d’un gouvernement. Suite à la publication de cet article, le père fondateur de l’anthropologie américaine est vivement critiqué par ses pairs : lors de son congrès annuel, l’AAA passe une motion de censure contre lui, le limoge de son conseil de direction et fait pression sur lui pour qu’il démissionne également du National Research Council.

La période de la guerre froide qui s’ouvre après 1945 ne met pas un terme à l’engagement des anthropologues américains, au contraire. Certains d’entre eux sont enrôlés au service de l’armée ou du renseignement lors des guerres de Corée et du Vietnam, mais aussi lors d’opérations plus clandestines en Amérique latine. En 1964, le Pentagone lance ainsi le Projet Camelot pour recruter des anthropologues et les envoyer mener des enquêtes de terrain dans des pays politiquement sensibles en Amérique latine (au Chili notamment). La mobilisation de l’anthropologie au service d’opérations de contre-insurrection en Amérique latine et en Asie du Sud-est engendre des débats houleux au sein de l’AAA, notamment lors de son congrès annuel de 1971. Le changement progressif d’attitude de l’association la conduit alors à se doter d’un code déontologique dans les années 1970 afin d’encadrer l’exercice de l’anthropologie appliquée. Mais l’inflexion de la politique étrangère américaine après les attentats du 11 septembre 2001 remet à l’ordre du jour la mobilisation de l’anthropologie. D’une part, les conservateurs se lancent dans une véritable campagne maccarthiste contre les progressistes (liberals), largement majoritaires sur les campus, notamment en anthropologie [4]. Un livre, The Professors : The 101 Most Dangerous Academics in America, publié par David Horowitz, ancien gauchiste converti au néo-conservatisme, dénonce les universitaires critiques à l’égard de la politique étrangère américaine en les accusant de trahir leur pays et d’endoctriner les étudiants. D’autre part, les agences du gouvernement relancent les programmes de mobilisation des universitaires au service du renseignement et de l’armée.

En 2004, une brève parue dans Anthropology Today, une revue qui s’intéresse aux questions d’éthique anthropologique, révèle ainsi que la CIA projette d’entraîner ses apprentis espions en les inscrivant, secrètement, en anthropologie à l’Université [5]. Conçu par Felix Moos, professeur d’anthropologie à l’Université du Kansas, le Pat Roberts Intelligence Scholars Program (PRISP) part du principe que les menaces terroristes auxquelles sont confrontés les Etats-Unis exigent un rapprochement urgent entre le monde académique et les services de renseignement. Les services secrets américains sont en effet accusés de ne pas avoir su déjouer les attentats du 11 septembre 2001 du fait de leur incompétence en « renseignement humain » (human intelligence), ayant négligé les agents de terrain au profit du renseignement technologique. Le PRISP propose ainsi des bourses substantielles à des étudiants qui s’engageraient ensuite à travailler pour la CIA. Les candidats sont en outre tenus de cacher à l’Université leur lien avec la CIA – ce qui est d’ailleurs une bonne façon de commencer sa carrière d’espion. Une série de projets similaires sont également mis sur pied avec appel officiel à candidature sur le site Internet de l’AAA : Intelligence Community Scholars Program, puis Defense Intelligence Scholars Program. Un débat virulent s’engage alors autour de la question de l’engagement de l’anthropologie au service du renseignement, notamment dans les colonnes d’Anthropology Today qui publie toute une série d’articles et de réponses. Face à Moos et quelques autres anthropologues qui défendent le PRISP, les contradicteurs les plus mobilisés sont David Price, Roberto González et Hugh Gusterson, qui constitueront d’ailleurs ensuite les fers de lance de l’opposition aux anthropologues embarqués. L’AAA ne se prononce pas officiellement contre le PRISP, mais – fait notable – elle décide en 2005 d’abroger officiellement la motion de censure contre Franz Boas, 86 ans après les faits. En Grande-Bretagne, l’Association of Social Anthropologists prend quant à elle publiquement position contre le PRISP (nombre d’étudiants américains venant faire leurs études dans les universités britanniques) [6]. Selon elle, la promiscuité entre anthropologie et espionnage ne peut que nuire à la réputation de la discipline, et même à la sécurité des anthropologues qui risqueraient sur le terrain d’être suspectés (encore plus souvent que d’habitude) d’être des espions. Comme le soulignent pourtant ses partisans, le PRISP vise à faire l’éducation anthropologique des futurs espions et non à les envoyer dans des pays étrangers sous une couverture d’anthropologues. C’est donc en réalité à l’Université que les espions sont infiltrés comme anthropologues et non sur le terrain.

La même année, une autre affaire ébranle l’anthropologie. Dans un article explosif paru dans le New Yorker, Seymour Hersh affirme que la torture par les soldats américains de prisonniers à Abu Ghraib en Irak n’est pas le fait de sadiques isolés, mais a été planifiée au plus haut niveau par le Pentagone [7]. Il révèle en outre que l’ouvrage d’un anthropologue a constitué une source d’inspiration pour la torture psychologique, notamment les techniques d’humiliation sexuelle. Il s’agit de The Arab Mind, un livre publié en 1973 par Raphael Patai (1910-1996), un anthropologue qui a enseigné à Columbia et à Princeton. Dans la droite ligne de l’anthropologie culturaliste américaine, ce livre dresse un portrait stéréotypé de la « personnalité arabe », un chapitre entier étant consacré à la sexualité et ses tabous. Même s’il a été depuis largement critiqué par les anthropologues, The Arab Mind aurait été la Bible des néo-conservateurs américains sur le sujet. Ceux-ci y auraient alors puisé l’idée que les Arabes seraient particulièrement vulnérables à l’humiliation sexuelle, idée ensuite sinistrement mise en pratique à Abu Ghraib. Certes, l’exercice de la torture peut sans doute fort bien se passer de la lecture de la littérature anthropologique ; le témoignage d’un « interrogateur » repenti confirme toutefois que livre de Patai était bien cité par les instructeurs de l’armée américaine [8]. Cette instrumentalisation du savoir anthropologique – aussi périmé soit-il – au service de la torture choque en tout cas suffisamment les universitaires pour que l’AAA décide de la condamner officiellement lors de son congrès annuel en 2006 (sur une proposition de González). C’est donc dans un contexte déjà très chargé que l’AAA décide l’année suivante de se prononcer également contre le programme HTS et les anthropologues embarqués. C’est le rôle problématique que pourrait être amenée à jouer l’expertise anthropologique dans la « War on Terror » menée par les Etats-Unis qui est ici en question.

Si la plupart des anthropologues américains sont sceptiques à l’égard du projet HTS, tous sont loin d’y être fermement opposés. Certains en sont même de fervents partisans. Le principal promoteur du programme est ainsi Montgomery McFate, une anthropologue de Yale qui milite depuis longtemps en faveur d’une mobilisation de l’anthropologie au service des militaires [9]. Habituée à travailler pour l’armée, elle est co-auteur en 2006 d’un manuel de contre-insurrection qui innove en prônant une approche socioculturelle [10]. McFate se défend de « militariser » l’anthropologie et affirme au contraire vouloir « anthropologiser » les militaires. Reprenant l’argumentaire de l’anthropologie appliquée, elle accuse ses détracteurs de s’enfermer dans leur tour d’ivoire académique en refusant de mettre leur savoir au service de la société : mieux vaut chercher à aider plutôt que de ne rien faire. Il faut donc éduquer les militaires plutôt que les critiquer. Steve Fondacaro, l’un des militaires qui pilotent le HTS, fait directement écho à ses préoccupations pédagogiques : « Ce n’est pas que nous soyons des gens mauvais, c’est juste que nous sommes stupides. Or, le remède contre la stupidité, c’est l’éducation. Et qui est capable de faire notre éducation, si ce n’est vous, les anthropologues ? »

L’argumentaire de McFate repose sur l’idée que les conflits en Irak et en Afghanistan sont des « guerres culturo-centrées » (culture-centric warfare). Elle entend par là que les problèmes auxquels est confrontée l’armée américaine résultent en partie d’une série de malentendus culturels. Un exemple aussi simple que frappant illustre habituellement son propos. Dans la culture américaine, tendre le bras paume en avant signifie « stop » alors que dans la culture irakienne, ce même geste signifie « bienvenue ». Les militaires américains prennent ainsi des Irakiens innocents pour de dangereux kamikazes. Les « dommages collatéraux » ne seraient donc que quiproquo interculturel. C’est pourquoi McFate plaide pour une « occupation culturellement avertie » (culturally informed occupation). Il s’agit ainsi d’opérer un véritable changement de point de vue : les anthropologues embarqués doivent permettre aux militaires américains de voir la situation du point de vue des Irakiens ou des Afghans eux-mêmes. Depuis Malinowski et l’invention de l’ethnographie de terrain, l’anthropologie se distingue en effet par sa capacité à décrire les choses « du point de vue indigène » (from a native’s point of view). Retraduit en langage militaire, il s’agit alors de « voir les problèmes à travers les yeux de la population-cible ». Cette conversion du regard ne va toutefois pas sans ambiguïté. Si les militaires entendent voir les choses du point de vue des populations locales grâce aux anthropologues embarqués, ces derniers semblent surtout s’efforcer de voir les choses du point de vue des militaires. C’est du moins ce qui ressort du blog tenu par l’un d’entre eux depuis l’Irak. Citant un précepte méthodologique fameux, Marcus Griffin insiste à juste titre sur la nécessité de « devenir indigène » (going native) pour accomplir son travail. Mais ses indigènes ne sont pas ceux que l’on croit. Il décrit en effet un processus d’identification progressive aux militaires à travers la coupe de cheveux réglementaire, les exercices de musculation, le port de l’uniforme, les entraînements au tir et l’apprentissage du jargon militaire (notamment un amour immodéré des acronymes). Comment faire alors pour décrire le conflit du point de vue des Irakiens lorsque l’on est soi-même « militarisé » ?

L’armée se déclare pourtant satisfaite de ses anthropologues : « Nous voyons désormais les choses d’un point de vue humain, d’un point de vue sociologique. Nous ne sommes plus focalisés sur l’adversaire. Nous cherchons maintenant à aider à une meilleure gouvernance locale (we’re focused on bringing governance down to the people). » Un commandant affirme ainsi que la présence d’anthropologues embarqués dans son unité a permis de réduire de 60% les opérations de combat, les militaires pouvant alors se concentrer sur la sécurité, la santé et l’éducation des populations locales. La diminution du recours à la violence et par conséquent des pertes humaines tant américaines qu’afghanes ou irakiennes constitue en effet la principale justification du HTS selon ses partisans. Prouvant sa maîtrise du vocabulaire indigène, Griffin affirme ainsi : « Ce que nous faisons, c’est aider l’armée à comprendre les populations locales dans le contexte d’un conflit ayant provoqué des opérations cinétiques [euphémisme pour désigner les combats dans le jargon militaire] alors que des solutions non-cinétiques auraient pu être trouvées si une compréhension plus subtile de la culture avait été disponible ». McFate soutient quant à elle que « le savoir socioculturel réduit la violence, engendre la stabilité, permet une meilleure gouvernance et améliore le processus de décision militaire ». Les anthropologues embarqués sont ainsi chargés de rendre la guerre plus humaine. McFate les décrit d’ailleurs comme des « petits anges sur l’épaule des militaires ». Toujours selon sa propre expression, il s’agit d’un « travail social armé » (armed social work) qui doit permettre de « gagner la bataille du cœur et des esprits ». Le HTS fait ainsi partie d’une stratégie plus large de l’armée américaine visant à requalifier les opérations militaires d’occupation en opérations civiles de gouvernance. Comme l’affirme ingénument Griffin, l’armée américaine est là pour protéger les Irakiens (généralement contre d’autres Irakiens, ce qui complique quelque peu l’affaire). Selon lui, l’anthropologie aurait ainsi l’occasion de promouvoir « la liberté en temps de crise grâce à sa compréhension des cultures ». Bref, grâce aux anthropologues embarqués, la guerre, c’est la paix.

L’argumentaire des partisans du HTS part en définitive du principe que la présence militaire américaine en Irak et en Afghanistan est un pur état de fait : la guerre est là. Les anthropologues doivent alors œuvrer à ce qu’elle se passe le mieux, ou du moins le moins mal possible. Et puisque leur savoir sur les cultures peut contribuer à épargner des vies, alors il est de leur devoir moral de le mettre au service de cette cause forcément noble. Comme le dit Griffin, « les hommes politiques déclarent la guerre, les soldats exécutent les ordres ». Prouvant qu’il a parfaitement réussi à devenir indigène, Griffin raisonne ainsi comme si les anthropologues devaient eux-mêmes se comporter comme des soldats et qu’il n’était pas de leur ressort de s’interroger sur la justification de la guerre elle-même avant de s’impliquer ou non. David Kilcullen, un anthropologue et militaire australien mis au service de l’armée américaine (et qui a contribué avec McFate au manuel de contre-insurrection), rationalise cette position [11] : « c’est du “jus in bello” – l’application du droit une fois que la guerre est déclarée – et non du “jus ad bellum” – le droit de faire la guerre ». L’engagement des anthropologues est en effet éthique puisqu’il contribue « au plus grand bien pour le plus grand nombre » – en contexte de guerre, le plus grand bien étant synonyme de moindre mal. Kilcullen souligne que la question de la légitimité de la guerre n’est pas proprement du ressort des anthropologues mais intéresse plus largement tous les citoyens. Il n’est en revanche pas certain que le débat autour de l’engagement des anthropologues puisse être tranché en faisant l’économie d’une réponse à cette question. En esquivant le débat sur la justification de l’intervention militaire américaine, le problème est ainsi réduit à une décision éthique d’ordre purement instrumental. L’argumentaire des partisans du HTS repose en définitive sur une double opération de culturalisation et de dépolitisation de la guerre.

Du côté des détracteurs du HTS, tout le monde s’accorde à dire que faire l’éducation anthropologique des militaires américains est en soi une intention louable, mais qu’il serait néanmoins biaisé d’aborder la question de l’engagement de l’anthropologie sous ce seul angle. Les opposants s’attachent donc à recadrer autrement les termes du problème. Certains dénoncent avec virulence la mobilisation d’une « anthropologie mercenaire » au service de l’impérialisme américain : loin d’œuvrer à un monde plus sûr, les anthropologues embarqués cautionnent une guerre d’occupation brutale. Il s’agit purement et simplement de transformer l’anthropologie en arme de guerre (weaponization of anthropology). Les principaux arguments critiques sont toutefois davantage éthiques que politiques. Aux Etats-Unis, tout projet de recherche portant sur des sujets humains doit recevoir l’aval d’un Institutional Review Board (IRB) qui évalue s’il respecte les droits et garantit le bien-être de l’ensemble des personnes impliquées. Les anthropologues débattent alors pour savoir si leurs confrères travaillant pour le HTS sont passés ou non devant un IRB, ou s’ils en sont dispensés au motif qu’ils relèveraient directement du département de la défense et non de leur université d’origine.

Cette focalisation singulière du débat témoigne de l’importance des préoccupations éthiques dans le champ de l’anthropologie américaine. La prise de position officielle de l’AAA est particulièrement intéressante de ce point de vue. A son congrès annuel de 2006, une table ronde intitulée « Pratiquer l’anthropologie au sein de l’armée et du renseignement » (Practicing anthropology in national military and intelligence communities) réunit plusieurs anthropologues collaborant avec l’armée. Suite aux inquiétudes de nombreux membres, l’AAA décide toutefois de mettre sur pied une commission de réflexion sur l’engagement de l’anthropologie au service du renseignement et de l’armée (Commission on the Engagement of Anthropology with the US Security and Intelligence Communities). Sans attendre l’avis de cette commission ad hoc (dont le mandat est de trois ans), le bureau exécutif de l’AAA décide le 31 octobre 2007 de prendre officiellement position contre le programme HTS car il pose de sérieux « problèmes éthiques ». 1° Les anthropologues embarqués ne peuvent se démarquer clairement des militaires. 2° Leurs obligations vis-à-vis de l’armée américaine qui les emploie risquent d’entrer en conflit avec les devoirs qu’ils ont professionnellement envers leurs interlocuteurs parmi les populations locales, notamment l’obligation de ne pas leur faire du tort (violation de la section III, A, 1 du code déontologique de l’AAA révisé en 1998). 3° Leurs informateurs ne sont pas en position d’exprimer leur consentement éclairé (violation de la section III, A, 4 du code déontologique). 4° Les informations qu’ils fournissent aux militaires risquent d’être utilisées contre leurs informateurs (violation de la section III, A, 1 du code déontologique). 5° L’identification des anthropologues embarqués aux militaires risque de mettre en danger les autres anthropologues et les populations qu’ils étudient.

Le bureau exécutif conclut alors dans une formule quelque peu contournée « (i) que le programme HTS crée des conditions susceptibles de placer les anthropologues dans une position où leur travail entrerait en violation avec le code déontologique de l’AAA et (ii) que l’emploi qui est fait des anthropologues fait courir un danger à la fois aux autres anthropologues et aux personnes qu’ils étudient. C’est pourquoi le bureau exécutif désapprouve le programme HTS. » Un paragraphe conclusif reconnaît cependant que « l’anthropologie peut et doit aider à améliorer la politique du gouvernement américain par la diffusion la plus large possible du savoir anthropologique dans la sphère publique, de façon à contribuer de manière transparente et éclairée à l’élaboration et à la mise en œuvre d’une politique par le biais de procédures démocratiques éprouvées, tels que la collecte de faits, le débat, le dialogue et la délibération. C’est de cette façon que l’anthropologie peut légitimement et efficacement aider à orienter la politique américaine au service de la paix mondiale et de la justice sociale. » Le paragraphe reprend d’une certaine façon un argument de McFate elle-même : si les anthropologues jugent que la guerre en Irak est injuste, il est de leur devoir de travailler aux côtés des militaires et des hommes politiques pour que ceux-ci ne reproduisent plus les mêmes erreurs.

La condamnation de l’AAA reste donc prudente et modérée. Certes, la déclaration mentionne tout de même au passage que la guerre en Irak viole les droits de l’homme et les principes démocratiques. Mais l’essentiel des critiques contre les anthropologues embarqués est déontologique et non pas politique (et vaudrait en ce sens pour toute guerre, qu’elle soit jugée juste ou injuste). Une partie des arguments est d’ordre proprement éthique : les anthropologues ne doivent pas extorquer l’information à leurs informateurs ni surtout les mettre en danger. Mais un autre argument, cité à deux reprises dans la déclaration de l’AAA et constamment mobilisé dans les débats, a une tonalité plus corporatiste : les anthropologues embarqués ruinent le crédit de tous leurs confrères en risquant de les faire passer pour des espions sur leur terrain. Cette inquiétude fait directement écho à une expérience partagée par tous les anthropologues : se distinguant par une curiosité insatiable et la manie de noter tout ce qu’ils voient et entendent, les anthropologues commencent toujours par attirer la méfiance des populations parmi lesquelles ils travaillent. Tout apprenti anthropologue doit ainsi apprendre à surmonter le malaise d’être perçu, mais souvent aussi de se percevoir soi-même, comme un espion. C’est sans doute pour cette raison que l’argument a pu prendre une telle importance dans le débat contre les anthropologues embarqués et les programmes de collaboration avec les agences du renseignement. Comme le note Marshall Sahlins dans une lettre ouverte adressée au New York Times, il y a toutefois quelque indécence à critiquer les anthropologues embarqués sur la base d’un intérêt corporatiste finalement assez égoïste. Poser le problème purement en termes corporatistes ou même déontologiques n’est selon lui qu’une (mauvaise) façon d’esquiver le véritable enjeu qui est politique : les anthropologues embarqués sont les complices volontaires d’un impérialisme culturel cherchant à imposer les valeurs américaines à des « populations qui ont su depuis longtemps conserver leurs propres modes de vie ». Sahlins contribue ainsi, lui aussi, à culturaliser le conflit, mais d’une manière sensiblement différente de celle des partisans du HTS. Sous couvert de permettre aux militaires américains d’adopter le point de vue des cultures locales, les anthropologues seraient en fait là pour les aider à forcer les populations locales à adopter le point de vue de la culture américaine.

En définitive, loin de se résumer à une question d’éthique professionnelle, comme le pensent pourtant certains protagonistes (zélateurs comme critiques), la controverse des anthropologues embarqués engage nécessairement en filigrane des prises de position concernant la légitimité de la guerre en Irak et la politique étrangère américaine. C’est pourquoi le problème se pose en réalité différemment dans la situation actuelle que lors de la Seconde Guerre mondiale. Il ne s’agit pas d’une question technique de jus in belloque l’on pourrait trancher in abstracto, mais bien d’une question politique de jus ad bellum elle-même prise dans le nouveau contexte géopolitique post 11-septembre.

Julien Bonhomme

Julien Bonhomme est anthropologue, maître de conférences à l’Université Lumière Lyon-2. Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé de philosophie. Il mène des recherches de terrain au Gabon depuis 2000. Il a notamment publié : Le Miroir et le crâne. Parcours initiatique du Bwete Misoko (Gabon) (Paris, éd. CNRS, 2005).

Page personnelle : http://julienbonhomme.ethno.free.fr

 

Notes

[1] David Rohde, « Army Enlists Anthropology in War Zones », New York Times, 5 octobre 2007. Voir également Kambiz Fattahi, « US army enlists anthropologists », BBC News, 16 octobre 2007.

[2] David H. Price, « Anthropologists as Spies », The Nation, 20 novembre 2000.

[3] Franz Boas, « Scientists as Spies », The Nation, 20 décembre 1919.

[4] Dean J. Saitta, « Higher education and the dangerous professor : challenges for anthropology »,Anthropology Today, 2006, 22(4), pp.1-3.

[5] « CIA seeks anthropologists », Anthropology Today, 2004, 20(4), p.29.

[6] Phil Baty, « CIA outrages UK academics by planting spies in classroom », The Times Higher Education Supplement, 3 juin 2005.

[7] Seymour M. Hersh, « The Gray Zone. How a secret Pentagon program came to Abu Ghraib », The New Yorker, 24 mai 2004.

[8] Roberto J. González, « Patai and Abu Ghraib », Anthropology Today, 2007, 23(5), p.23.

[9] Matthew B. Stannard, « Montgomery McFate’s Mission. Can one anthropologist possibly steer the course in Iraq ? », The San Francisco Chronicle, 29 avril 2007. Voir aussi Montgomery McFate, « Burning bridges or burning heretics ? », Anthropology Today, 2007, 23(3), p.21.

[10] Pour un examen critique du manuel par un anthropologue hostile au HTS, cf. Roberto J. González, « Towards mercenary anthropology ? The new US Army counterinsurgency manual FM 3-24 and the military-anthropology complex », Anthropology Today, 2007, 23(3), pp.14-19.

[11] David Kilcullen, « Ethics, politics and non-state warfare », Anthropology Today, 2007, 23(3), p.20. Voir aussi George Packer, « Knowing the enemy. Can social scientists redefine the “war on terror” ? »,The New Yorker, 18 décembre 2006.

Recruter des diplômés et les intégrer à des unités combattantes pour améliorer leurs relations avec les populations locales: Lancé en 2006, le programme HTS (Human Terrain System) a d’abord consisté à associer des anthropologues à certaines unités de l’armée américaine en Afghanistan. Il intégrait également des spécialistes de différentes sciences sociales en Afghanistan et en Irak.  Les anthropologues étasuniens ont ainsi obtenu le double rôle de pacificateur et de représentant d’une armée d’occupation, d’où la controverse dans les milieux scientifiques et les médias.


Début mai 2013, deux conseillers du programme nommé Human Terrain System (Système de Terrain Humain, HTS, par ses initiales en anglais) se sont rendus dans la caserne du Northcom (Commandement militaire US autoproclamé pour l’Amérique du Nord), dans le Colorado, pour analyser un éventuel degré d’ignorance culturelle qui pourrait justifier l’envoi d’anthropologues dans notre pays [Mexique, sauf que les différentes ethnies vont au-delà des frontières comme les Mayas, Miskitos, etc.], dans le contexte du « Programme d’analyse culturelle du Mexique du Northcom ». Cependant, le porte-parole John Cornelio a indiqué que dit le programme se trouve en phase de gestation « donc il serait inadéquat de faire des commentaires à propos d’un sujet qui n’est pas totalement défini ».

Cependant, le 30 avril dernier, un porte-parole non identifié du United States Northern Command a fait savoir qu’en septembre prochain [2013] l’armée des États-Unis enverra une équipe d’experts qui collaboreront avec le gouvernement sur des travaux sociaux relatifs au trafic de stupéfiants. Les experts font partie du HTS et disposent d’une grande expérience dans les conflits d’Afghanistan et d’Irak, où des spécialistes en sciences sociales de 25 disciplines ont été déployés.

Selon l’information disponible sur les site web du HTS, la mission du programme consiste en « recruter, former, mettre en action, et appuyer un « intégré » ayant une approche socio-culturelle pour réaliser les investigations et analyses pertinentes afin de développer et maintenir une base de connaissance socioculturelle, avec la finalité de servir de base à la prise de décisions, améliorer la capacité opérative ainsi que de préserver et partager la connaissance institutionnelle socioculturelle ».

Le HTS cherche, depuis 2007, à ce que les anthropologues et scientifiques sociaux collaborent à l’amélioration des capacités des militaires étasuniens à travers le renseignement ethnographique – alliance entre le renseignement militaire et l’ethnographie de terrain – et la collecte de données de première main, pour apporter une compréhension de la culture et de l’organisation sociale des populations, de manière à pouvoir planifier et accomplir les missions avec chaque fois moins d’usage de la force.

Chaque équipe de « terrain humain » est composée par un responsable militaire, un anthropologue, un coordonnateur d’investigation et un analyste. Les anthropologues, qui reçoivent un entraînement militaire, portent un uniforme et sont armés, doivent aider les militaires à gagner la confiance de la population pour ainsi, attirer certains groupes sociaux vers la « cause » et éviter qu’ils s’allient aux groupes radicaux ou à l’insurrection.

Pendant les quatre premières années, le HTS a connu un succès relatif, compte tenu que la présence des anthropologues a permis ainsi de réduire les opérations cinétiques à 60 %, et de rassembler les éléments relevés en matière de sécurité, de santé et d’éducation des locaux.

Cependant, des opinions trouvées au sujet de ce programme existent. L’anthropologue Montgomery McFate, a remarqué que l’HTS a contribué à l’anthropologisation des militaires, ce qui a permis d’éviter des dommages collatéraux dans des conflits armés centrés sur le culturel, puisque « le savoir socioculturel réduit la violence et produit de la stabilité », après avoir commissionné les anthropologues pour faire une « guerre plus humaine » à travers d’un « travail social militarisé ».

Pendant ce temps, pour Marcus Griffin, un anthropologue détaché en Irak entre 2007 et 2008, le HTS constitue « une occasion pour l’anthropologie de promouvoir la liberté dans des temps de crise grâce à sa compréhension des cultures  ». Dans ce sens, l’universitaire Julien Bonhomme conclut que les arguments positifs sont basés, principalement, sur une double opération de « culturalisation » et de dépolitisation de la guerre.

En contrepartie, les détracteurs du HTS remarquent que celui-ci transforme l’anthropologie en une arme de guerre, tandis que pour l’Association Anthropologique Américaine (AAA), le programme « place les anthropologues dans une position encline à violer le code déontologique de l’association, et que l’emploi des anthropologues met en danger d’autres anthropologues et les personnes qu’ ils étudient  », en plus de souligner que « l’envoi de spécialistes en sciences sociales, pour étudier des populations locales en compagnie de troupes armées dans un contexte hostile actif ne produira pas d’information scientifiquement fiable ».

L’utilisation des sciences sociales, particulièrement l’anthropologie, a des précédents au XIXe et XXe siècle dans les empires français et britanniques, ainsi que lors des Guerres mondiales, de la Guerre Froide, et des Guerres de la Corée et du Viêt-Nam. Cependant, devant l’avancée de la technologie et du caractère multifactoriel des conflits guerriers, nous devons être attentifs aux implications possibles de programmes comme le HTS dans le nouveau contexte géopolitique.

Simón Vargas Aguilar pour La Jornada

Article original en espagnol : Sistema de Terreno Humano: inteligencia etnográfica, La Jornada. Le Mexique, le 29 septembre 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par Anne Wolff et Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo. Paris, 20 octubre 2013.

Contrat Creative Commons
Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported.

Jamais, comme avec le gouvernement Letta, l’Italie n’a été le centre d’initiatives internationales pour la « sécurité » et la « paix ». Le 7 octobre, les sommets OTAN se sont réunis sur le porte-avions Cavour, au large de la Sardaigne,  pour suivre la manœuvre Brilliant Mariner 13 de la « Force de riposte » de l’Alliance, en vérifiant sa capacité à « réagir rapidement à n’importe quel défi ». Y ont participé 25 navires de guerre de 12 pays chapeautés par les USA. L’Italie avec 14 unités navales, 16 vélivoles et 3150 militaires, engagés en même temps dans la manœuvre nationale Mare Aperto 13 (mer ouverte). Suivie, le 18 octobre, par l’opération « militaire et humanitaire » Mare Nostrum, engageant le San Marco et d’autres navires de guerre tout juste sortis des manœuvres militaires.

Les 16-18 octobre s’est tenue à la Farnesina (siège du ministère italien des affaires étrangères) la conférence plénière (plus de 200 délégués) du « Missile Technology Control Regime » (Régime de contrôle de la technologie des missiles) : association de pays formée en 1987 pour « réduire la prolifération des missiles » pouvant transporter des armes de destruction massive. Armes qui, a écrit le ministre Bonino, ont été un des principaux facteurs des crises internationales, comme celle d’Irak et de Libye.  Pays qui n’avaient pas d’armes de destruction massive quand ils ont été attaqués par les USA et par leurs alliés, tandis que les principaux promoteurs du MTCR –Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, qui maintenant relancent depuis Rome « la guerre des missiles »- se sont dotés des systèmes de missiles les plus avancés et des armes les plus destructrices à commencer par les nucléaires. Possédés aussi par Israël, un des « adhérents unilatéraux » au MTCR.

A peine cinq jours après,  demain 23 octobre, Rome accueille l’événement clou : la rencontre entre le secrétaire d’Etat étasunien Kerry et le premier ministre israélien Netanyahu. Ils parleront de l’ « état final des négociations avec les Palestiniens » et surtout de Syrie et d’Iran. Les USA disent travailler à une solution diplomatique du contentieux avec l’Iran. Mais ils n’abandonnent pas la diplomatie des bombes.  Le 17 octobre le Pentagone a annoncé une autre colossale vente d’armes pour 10,8 milliards de dollars à l’Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis : plus de 3mille missiles et 6mille bombes anti-bunker GBU-39 pour les F-15 et F-16. Les bombes anti-bunker, déjà achetées par Israël en 2010, servent à détruire les centres de commandement et autres structures souterraines dans une first strike, comme celle planifiée contre l’Iran. A Netanyahu, qui à Rome rencontrera le Pape en l’assurant de la « volonté de paix » d’Israël, Kerry confirmera la fourniture étasunienne de missiles anti-radiations en mesure de neutraliser les radars des défenses aériennes, pour « aveugler » le pays objectif de l’attaque, et d’avions-citernes KC-135 de nouvelle génération pour mieux approvisionner les chasseurs-bombardiers israéliens engagés dans une guerre aérienne. Avec ça les USA formellement ne violent pas le Traité sur le commerce d’armements, car celui-ci n’interdit de fournir des armes qu’aux Etats qui « menacent la paix et la sécurité et commettent des violations du droit humanitaire international ». Catégorie dont les USA et leurs alliés européens excluent aussi bien Israël que les monarchies du Golfe. Ce que confirme l’exposition, inaugurée par le maire Marino au Vittoriano[1], en l’honneur du Royaume d’Arabie Saoudite, qui a d’ « excellentes relations avec l’Italie depuis 1932 », c’est-à-dire quand l’Italie était sous régime fasciste. Dans la présentation on fait les louanges de la monarchie absolue saoudienne pour sa « politique modérée ».

Celle qu’a expérimentée il y a un mois une jeune fille saoudienne : violée par sept hommes, c’est elle qui a été condamnée, pour être montée dans la voiture d’un camarade de classe (lui aussi emprisonné), à la peine de 200 coups de fouet.

 

Edition de mardi 22 octobre 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20131022/manip2pg/14/manip2pz/347507/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Note de la traductrice :

Unique trace sur Internet de la participation française à l’opération Brilliant Mariner 13 :

http://securitedefense.nicematin.com/2013/10/le-capricorne-a-particip%C3%A9-%C3%A0-lexercice-otan-brilliant-mariner.html

http://www.defense.gouv.fr/marine/actu-marine/le-capricorne-participe-a-l-entrainement-brilliant-mariner

Aucune trace sur le site du ministère des Affaires étrangères, ni sur celui de la Défense, de la participation de la France à la Conférence plénière du « Missile Technology Control Regime » à la Farnesina. Ni sur celui du Régime de contrôle de la technologie des missiles.

 



[1] Nom du monument à Victor Emmanuel, érigé à Rome, sur le flanc de la colline du Campidoglio (1885-1911) pour célébrer l”unité de l’Italie. Il est constitué d’un escalier monumental qui conduit au premier niveau où se trouve l’Autel de la Patrie avec la Tombe du soldat inconnu ; le musée se trouve sous le monument.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

La droite d’Israël s’attaque aux manuels scolaires

octobre 22nd, 2013 by Jonathan Cook

Ecole de Gaza – Les Palestiniens ont été chassés de Palestine, dépossédés de leurs terres, obligés depuis des générations de vivre dans des camps de réfugiés… Mais pour les occupants, il ne faut pas que cela soit dit.

Le gouvernement de droite d’Israël et ses partisans sont accusés d’alimenter un climat d’intimidation et d’intolérance croissantes dans les écoles et au sein des organisations qui travaillent à une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien.

Les récents efforts déployés par la droite pour museler les dissidents ont intégré la censure des manuels scolaires et la réduction au silence des organisations qui soulèvent des questions dérangeantes sur Israël et son passé, dans ce qui semble être une escalade dans la guerre pour les esprits des Israéliens.

Les groupes alliés au gouvernement ont tenté d’empêcher la récente tenue d’une conférence internationale à Tel Aviv qui a étudié les évènements qui entourent la création d’Israël en 1948, connue sous le nom de « Guerre d’indépendance » pour les Israéliens, et de « Nakba », ou « catastrophe », pour les Palestiniens.

Dans le même temps, il est apparu que l’une des organisations d’extrême droite impliquées, Im Tirtzu (organisation d’étudiants – ndt), avait lancé une campagne pour fermer l’organisation à l’origine de la conférence, Zochrot, l’accusant d’avoir violé la loi israélienne en « rejetant l’existence d’Israël ».

Zochrot transgresse le plus grand tabou d’Israël : le droit de millions de Palestiniens de revenir dans leurs foyers dont eux-mêmes et leurs ancêtres ont été expulsés en 1948. Mais de nombreux Israéliens s’opposent avec véhémence à une telle démarche parce qu’ils la considèrent comme entraînant la fin de la judéité de leur État.

Eitan Bronstein, fondateur de Zochrot, a déclaré que la conférence de deux jours avait été particulièrement menaçante pour la droite. « Pour la première fois, nous sommes allés plus loin que le simple droit théorique au retour » a-t-il dit.

« Cette fois, l’accent a été mis très fort sur la façon dont nous pourrions faire entrer le retour dans la réalité. Des réfugiés nous ont même proposé des modèles simulés par ordinateur sur la façon dont il pourrait être mis en oeuvre sur le terrain ».

Le moment est embarrassant pour Israël alors que les pourparlers de paix longtemps gelés avec les Palestiniens viennent d’être relancés sous la pression des États-Unis. L’une des questions clés à résoudre est de savoir si les réfugiés doivent être autorisés à retourner dans les plus de 500 villages qu’Israël a détruits plus tard.

Plus généralement, les organisations d’extrême droite proches du gouvernement de Benjamin Netanyahu ont cherché à bloquer les financements pour les organisations considérées soit comme étant trop critiques à l’égard d’Israël, soit comme travaillant à la protection des droits humains des Palestiniens sous occupation.

Un apprentissage politisé

Durant l’été, un des partis de la coalition gouvernementale a adopté une loi pour bloquer ce type de financement de ce qu’il qualifie une activité « anti-Israël ».

Une organisation d’extrême droite qui a aidé à la rédaction de ce texte, NGO Monitor, s’est servie de la conférence Zochrot pour mettre en avant l’illégitimité du financement étranger.

Yitzhak Santis, un dirigeant de NGO Monitor, a déclaré que les commanditaires européens de la conférence avaient conspiré dans une initiative qui équivalait à « un appel à l’élimination d’Israël en tant qu’État-nation du peuple juif ».

Le gouvernement est lui aussi sous la critique pour ses efforts croissants visant à contrôler le programme scolaire afin de supprimer les références à la Nakba et de minimiser les droits des citoyens palestiniens d’Israël, lesquels représentent le cinquième de la population.

Les révisions au programme d’instruction civique, que tous les élèves doivent étudier pour passer leur examen de fin d’études, ont été critiquées dans une étude qui doute que la démarche ultranationaliste du ministère de l’Éducation « soit même compatible avec un régime démocratique ».

Le nouveau manuel répercute la législation en cours d’élaboration par les membres de la coalition au pouvoir visant à conférer à Israël un caractère de patrie exclusive du peuple juif, et à faire ressortir que seuls les juifs ont droit à l’autodétermination en Israël.

Halleli Pinson, professeur en pédagogie à l’université Ben Gourion à Beersheva, qui a conduit cette étude, a déclaré que de plus en plus, au sein des écoles d’Israël, s’instaurait un « régime de peur ».

« Les valeurs démocratiques, libérales et humaines sont maintenant considérées comme illégitimes par les responsables de l’Éducation », dit-elle. « Elles sont considérés comme sapant le statut d’Israël en tant qu’État juif. Maintenant, la perspective pour être promu dans l’Éducation, c’est d’être totalement à droite ».

Lors de la récente conférence sur le droit au retour, des universitaires locaux et internationaux ont débattu de projets concrets pour faire revenir les réfugiés palestiniens en Israël.

Vu les restrictions pour entrer en Israël, peu de réfugiés palestiniens hors d’Israël ont pu venir y participer. Mais plusieurs réfugiés de l’intérieur, des Palestiniens avec la citoyenneté israélienne, y ont pris part. En dépit de leur citoyenneté, il leur est interdit, comme aux autres réfugiés, de revenir dans leurs villages. La conférence s’est tenue au Musée Eretz Israel, musée archéologique prestigieux de Tel Aviv.

« Se souvenir »

Zochrot, qui signifie « Se souvenir » en hébreu, est la première organisation à essayer d’éduquer les juifs israéliens à propos de la Nakba. Depuis sa fondation en 2002, elle a emmené des milliers d’Israéliens visiter des villages détruits, les panneaux restants en hébreu et en arabe pour identifier les rues, les cimetières et les immeubles disparus tels que les mosquées, les églises et les écoles, suscitant souvent l’hostilité des résidents juifs des lieux.

Dans le cadre de sa mission, Zochrot a créé des dossiers Nakba pour les enseignants, bien que les responsables de l’Éducation les aient interdits dans les salles de classe. Le ministère a également tenté d’empêcher les enseignements de participer aux séminaires Zochrot pendant leur temps libre.

L’an dernier, Zochrot a créé une cinémathèque offrant des témoignages de vétérans israéliens de la guerre de 1948. Beaucoup s’expriment devant une caméra pour la première fois sur les crimes de guerre qui ont été commis, et les opérations de nettoyage ethnique.

Le travail de l’organisation défie directement les efforts du gouvernement visant à supprimer les discussions sur les évènements qui entourent la fondation d’Israël.

En 2008, peu avant de devenir Premier ministre, Netanyahu a déclaré qu’il mettrait un terme aux informations sur la Nakba. Se référant au programme scolaire, il indiquait : « La première chose que nous ferons sera d’en retirer la Nakba ».

Trois ans plus tard, le gouvernement de Netanyahu a adopté la loi qui interdit aux institutions publiques, dont les écoles et les bibliothèques, de recevoir des fonds d’État si elles se réfèrent à la Nakba.

De par son importance et sa combativité croissantes dans les remises en cause du récit traditionnel d’Israël à propos de 1948, Zochrot s’est mis à dos le gouvernement et ceux qui le soutiennent, affirme Bronstein.

« Comme il devient plus difficile d’ignorer notre action et que nous commençons à être plus connus, la droite s’est faite plus agressive dans les méthodes qu’elle utilise contre nous ».

L’an dernier, la police a encerclé les bureaux de Zochrot, à Tel Aviv, le jour où les Israéliens célébraient leur « indépendance » et où les Palestiniens commémoraient la Nakba, pour empêcher ceux de Zochrot de participer à une initiative où ils devaient lire à haute voix, sur une place publique centrale, les noms des villages palestiniens détruits.

La police, qui a arrêté trois membres de Zochrot qui tentaient de franchir le cordon policier, a justifié son action sur le terrain en disant que le groupe risquait de se faire agresser par la foule sur la place.

A la pointe de l’agression contre Zochrot il y avait un mouvement de jeunes d’extrême droite appelé Im Tirtzu. Bronstein dit que cette organisation a travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement sur la rédaction de la loi contre la Nakba.

Des investigations conduites par des médias israéliens ont montré que le financement d’Im Tirtzu provient en partie de l’Agence juive, laquelle bénéficie d’un statut semi-gouvernemental en Israël. L’organisation est connue pour être proche des principaux ministres du gouvernement, notamment du ministre de l’Intérieur, Gideon Saar, qui était le conférencier d’honneur à sa conférence annuelle de 2010. Celui-ci a qualifié son action de « bénie » et d’« extrêmement primordiale ».

Des organisations d’extrême droite, dont Im Tirzu, auraient fortement fait pression sur le Musée Eretz Israel pour l’annulation de la conférence de Zochrot, et pour une campagne de boycott du musée si l’initiative avait lieu.

A la dernière minute, les dirigeants mal à l’aise du musée ont tenté de modifier les conditions de la tenue de la conférence. Ils ont exigé de Zochrot à la fois qu’elle paie des gardes supplémentaires pour la sécurité afin de protéger les lieux contre les protestations de la droite, et qu’elle cache les références sur les affiches et les invitations à « Sheikh Muwannis », ce village palestinien détruit sur lequel le musée s’est construit.

Zochrot a refusé et le musée a dû céder, mais seulement après que des avocats l’aient menacé de poursuite en justice pour rupture de contrat. Michael Sfard, représentant Zochrot, a qualifié les exigences du musée d’ « illégales » et déclaré qu’elles constituaient « une discrimination intellectuelle et idéologique ».

Un groupe « fasciste »

Les efforts d’Im Tirtzu pour bloquer la conférence venaient après des révélations, plus tôt dans l’année, selon lesquelles son directeur, Ronen Shoval, avait engagé des détectives privés pour espionner les organisations de gauche comme Zochrot. Les détectives avaient fait irruption dans les bureaux de Michael Sfard, un éminent avocat des droits de l’homme, et volé des documents relatifs à ces organisations.

Ces révélations ont surgi lors d’une affaire judiciaire où Im Tirtzu avait saisi la justice contre huit militants qui l’avaient qualifiée de « fasciste » sur Facebook. Dans un moment humiliant pour Im Tirtzu, et pour le gouvernement, le juge du dossier a soutenu les huit militants après avoir entendu des experts israéliens en matière de fascisme affirmer que leur description était justifiée.

Un autre groupe d’extrême droite, NGO Monitor, a travaillé étroitement avec le gouvernement pour tenter d’arrêter la principale source de financement par des gouvernements européens des organisations de gauche et des organisations des droits de l’homme en Israël.

Bronstein a dit que NGO Monitor avait persuadé l’an dernier un financeur allemand, la Fondation EVZ, de retirer son argent.

Une tentative du gouvernement pour mettre au point une législation pour bloquer les fonds étrangers a été discrètement abandonnée en 2011, sous la pression des États-Unis et de l’Union européenne.

Cependant, l’un des partenaires de la coalition du gouvernement Netanyahu, le parti du Foyer juif, a annoncé au cours de l’été qu’il relançait cette législation. Les organisations mettant en doute les prétentions démocratiques d’Israël ou apppuyant les enquêtes à l’encontre de soldats israéliens pour crimes de guerre seront exposées à la fermeture.

Jafar Farah, directeur de Mossawa, une organisation de défense de la minorité palestinienne en Israël, a déclaré que de nombreux financeurs « avaient peur » maintenant à cause de cette campagne.

« Les financements commencent à se tarir pour les organisations des droits de l’homme et les organisations arabes en Israël, car cette campagne réussit dans son objectif d’intimidation des donateurs », a-t-il dit.

Et d’insister sur la décision d’un donateur important, la Fondation Ford, qui arrête ses projets de financements en Israël à cause des pressions.

« Parti pris libéral »

Dans l’intervalle, le gouvernement a été durement critiqué récemment pour avoir permis à une autre organisation d’extrême droite, l’Institut pour une stratégie sioniste, de réviser les livres scolaires utilisés dans les écoles pour préparer les élèves à leur examen de fin d’études, dans le cadre des efforts visant à rendre leur programme plus ouvertement nationaliste.

Le ministère de l’Éducation a organisé la révision des manuels en recherchant les symboles d’un « parti pris libéral », notamment les livres d’histoire qui se réfèrent à la Nakba.

Le principal sujet de débats, cependant, a concerné les cours d’instruction civique, seule partie du programme à aborder les questions comme la démocratie, les droits de l’homme, l’égalité et les principes universels de citoyenneté.

L’an dernier, le superviseur du programme d’instruction civique du ministère de l’Éducation, Adar Cohen, a été limogé malgré une pétition qui s’y opposait de centaines d’enseignants en civisme.

Il avait été critiqué par la droite pour avoir publié un manuel comprenant des références au rapport Goldstone, la mission d’enquête des Nations-Unies qui a critiqué Israël pour avoir commis ce qui lui semblait constituer des crimes de guerre durant l’agression contre Gaza dans l’hiver 2008-2009.

Asher Cohen, membre important de l’Institut pour une stratégie sioniste, a été nommé à la tête de la Commission pour l’Instruction civique du ministère. Fondé par des dirigeants de colons, l’Institut est fortement dépendant de financements venant d’organisations néoconservatrices à Washington.

À un autre membre de l’Institut, Aviad Bakshi, il a été donné la surveillance exclusive de la réécriture du principal manuel d’instruction civique, Être citoyens en Israël, après que la droite se soit plainte que le manuel critiquait trop le pays.

L’étude conduite par Pinson, de l’université Ben Gourion, a fait le constat que la nouvelle édition penchait fortement vers une conception nationaliste d’Israël favorisant le caractère juif de l’État aux dépens des principes démocratiques.

« L’influence de l’Institut pour une stratégie sioniste est claire dans le nouveau manuel. La perspective est très inquiétante : ces minorités en Israël ne devraient pas avoir le droit d’influencer la sphère publique. »

Le ministère de l’Éducation n’était pas disponible pour faire ses commentaires.

Yousef Jabareen, directeur de Dirasat, centre de politique sociale à Nazareth, qui a commandé l’étude, a dit qu’il avait reçu de nombreuses plaintes de la part d’enseignants des écoles arabes d’Israël.

« Ils disent être arrivés à la conclusion qu’il est impossible d’enseigner le programme parce que son message s’oppose à l’égalité et à l’intégration », dit-il. « C’est particulièrement problématique parce que ce matériel est obligatoire et que les élèves ne peuvent terminer leurs études sans passer l’examen d’instruction civique ».

Pinson indique que le manuel accuse aussi implicitement les citoyens palestiniens du pays de la discrimination qu’ils subissent, notamment des difficultés à trouver un emploi. Elle affirme que le message implicite sous-entend que « la minorité arabe est elle-même responsable de sa faible participation à la vie active ».

Jonathan Cook

Article original en anglais : http://www.jonathan-cook.net/2013-10-07/israels-right-targets-textbooks/, le 7 octobre 2013.

Traduction : Info-Palestine/JPP

Jonathan Cook a remporté le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.


  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

La naissance du monde « désaméricanisé »

octobre 21st, 2013 by Pepe Escobar

Ça y est ! La Chine en a assez. Les cadeaux (diplomatiques) sont terminés. Il est temps de construire un monde « desaméricanisé ». Il est temps d’avoir une « nouvelle monnaie internationale de réserve » pour remplacer le dollar US.

Tout est là, dans un éditorial de Xinhua , en direct de la bouche du dragon. Et nous sommes seulement en 2013. Serrez-vous la ceinture, et cela vaut surtout pour les élites à Washington. Cela va être un vol difficile avec du mauvais temps.

Il y a longtemps que sont finis les jours « d’essayer de passer inaperçus » de Deng Xiaoping. L’éditorial deXinhua résume la goutte qui a rempli à ras bord le verre, la cessation partielle actuelle d’activités du Gouvernement des E.U. Après la crise financière provoquée par Wall Street, après la guerre contre l’Irak, un « monde désorienté », et pas la Chine seulement, veut un changement.

Ce paragraphe ne pourrait pas être plus explicite :

Au lieu de remplir son devoir de puissance dirigeante responsable, un Washington étroit et égoïste a abusé de son statut de superpuissance et a introduit encore plus de chaos dans le monde transférant sa prise de risques financiers vers l’extérieur, générant des tensions régionales autour de différends territoriaux et dispensant des guerres injustifiées sous couvert de mensonges effrontés.

Pour Pékin, la solution est de « désaméricaniser » l’actuelle équation géopolitique, en commençant par plus d’influence dans le Fonds monétaire international et dans la Banque mondiale de la part des économies émergentes et du monde en développement, ceci menant à ce qu’une « nouvelle monnaie de réserve internationale se crée pour remplacer le dollar US dominant ».

Remarquez que Pékin ne défend pas l’idée que le système de Bretton Woods soit complètement détruit, du moins pour le moment, mais il veut plus de pouvoir de décision. Cela semble raisonnable, considérant que la Chine a un peu plus de poids à l’intérieur du FMI que l’Italie. Une « réforme » du FMI – d’une certaine manière – a eu lieu dès 2010, mais Washington, ce qui n’est pas surprenant, a mis son veto à tout ce qui était substantiel.

En ce qui concerne la mise à l’écart du dollar US est déjà arrive, avec divers degrés de vitesse, spécialement au sujet du commerce entre le groupe BRICS de puissances émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine et l’Afrique du Sud) que maintenant il a lieu -dans une majorité écrasante- dans leurs monnaies respectifs. Le dollar US est remplacé d’une manière lente, mais sûre, par une corbeille de monnaies.

Le « desaméricanisation » a déjà commencé. Par exemple à travers l’offensive de séduction commerciale de la Chine par le Sud-est Asiatique, qui s’oriente de façon incisive vers une plus grande interaction avec son principal partenaire commercial, la Chine. Le président chinois Xi Jinping est parvenu à une série d’accords avec les « stans » d’Asie Centrale.

L’engagement chinois d’améliorer la « Route de la Soie de Fer » a atteint son paroxysme quand les actions des compagnies chinoises des chemins de fer sont arrivées au ciel avec la perspective que se matérialise réellement une liaison ferroviaire à grande vitesse avec la Thaïlande et qui traverse ce pays. Au Viêt-Nam, le Premier ministre chinois Li Keqiang est parvenu à un accord pour que les conflis territoriaux des deux pays dans la Mer du Sud de la Chine ne viennent pas brouiller le développement du commerce. Ça c’est un « pivot » vers l’Asie.

Tous avec le petroyuan

Tout le monde sait que Pékin possède des Himalayas de bons du Trésor d’US dûs à ces gigantesques excédents commerciaux accumulés pendant les trois dernières décennies, et en plus à une politique officielle de maintenir une valorisation lente du yuan, mais sûre.

En même temps que Pékin agit. Le yuan parvient d’une manière lente mais sûre à être aussi plus convertible sur les marchés internationaux. (Récemment la semaine dernière, la Banque Centrale Européenne et la Banque Populaire de la Chine se sont mises d’accord pour passer un accord de devises (ligne de swap) pour un montant entre 45 000 et 57 000 millions de dollars qui augmentera la force internationale du yuan et améliorera l’accès d’échanges financiers commerciaux dans la zone de l’euro).

La date officieuse pour une convertibilité totale du yuan pourrait se situer entre 2017 et 2020. L’objectif est évident ; s’éloigner de l’accumulation de dette usaméricaine, ce qui implique à long terme, que Pékin s’écarte de ce marché et par conséquent cela entraine qu’il sera beaucoup plus coûteux de s’endetter pour les Etats Unis d’Amérique. La direction collective de Pékin était déjà décidée à ce sujet et elle agit en conséquence.

L’avancée vers un yuan pleinement convertissable est aussi inexorable que l’avancée des BRICS vers un panier de monnaies qui remplace progressivement le dollar des Etats-Unis comme monnaie de réserve. Jusqu’à que plus tard se matérialise le vrai événement catastrophique, l’avènement du petroyuan, destiné à surpasser le pétrodollar dès que les pétromonarchies du Golfe verront d’ où vient le vent. Alors nous rentrerons dans un jeu géopolitique complètement différent.

C’est possible que nous en soyons encore très loin, mais ce qui est sûr, c’est qu’on s’écarte progressivement du fameux bouquet d’instructions de Deng Xiaoping : « Observer calmement ; assurer notre position ; confronter tranquillement les affaires ; cacher nos capacités et attendre le moment opportun ; être bons à passer inaperçus et ne jamais revendiquer le leadership ».

Un mélange de précaution et de déception, basé sur la confiance historique de la Chine et en prenant en considération une sérieuse ambition à long terme, c’était Sun Tzu classique. Jusqu’à présent, Pékin maintenait profil bas, permettait que l’adversaire commît des erreurs fatales (et quel recueil multimillionnaire d’erreurs…) et accumulait du « capital ».

L’heure de tirer profit est arrivée. En 2009, après la crise financière provoquée par Wall Street, il y avait déjà des rumeurs chinoises sur le « mauvais fonctionnement du modèle occidental » et donc du « mauvais fonctionnement de la culture occidentale ».

Pékin a écouté Dylan (avec les sous-titres en mandarin ?) et a conclu que oui, les temps changent. Sans un prévisible progrès social, économique et politique, la cessation partielle d’activités du seul Gouvernement est une autre illustration, si elle était nécessaire, que la chute des Etats-Unis d’Amérique est si inexorable que, peu à peu, la Chine étend ses ailes pour dominer la postmodernité du XXIe Siècle.

Qu’il n’y ait pas de doute ; les élites de Washington le combattront comme le dernier fléau. Mais maintenant il faut actualiser l’intuition d’Antono Gramsci ; le vieil ordre est mort et le nouveau est sur le point de naître.

Pepe Escobar pour Asia Times

Article original : The birth of the ‘de-Americanized’ worldAsie times. Chine, le 15 octobre 2013.

Traduit de l’anglais pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 17 octobre 2013.

Contrat Creative Commons
Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported.

Les États-Unis sont-ils sérieusement en guerre contre le terrorisme en Afrique ou le suscitent-ils au contraire pour servir leurs intérêts ? Enquête de Marc Vandepitte.

État défaillant

Le 11 octobre, le Premier ministre libyen a été brutalement enlevé avant d’être libéré quelques heures plus tard. Ce kidnapping est symptomatique de la situation dans le pays. Le 12 octobre, une voiture piégée a explosé près des ambassades de Suède et de Finlande. Une semaine auparavant, l’ambassade russe fut évacuée après avoir été envahie par des hommes armés. Il y a un an, la même chose s’était produite à l’ambassade américaine. L’ambassadeur et trois collaborateurs y avaient trouvé la mort. D’autres ambassades avaient été par le passé également prises pour cibles.

L’intervention occidentale en Libye, comme en Irak et en Afghanistan, a instauré un État défaillant. Depuis l’éviction et le meurtre de Kadhafi, la situation sécuritaire du pays est hors de contrôle. Attentats sur politiciens, activistes, juges et services de sécurité sont monnaie courante. Le gouvernement central exerce à peine le contrôle sur le pays. Des milices rivales imposent leur loi. En février, le gouvernement de transition a été forcé de se réunir sous des tentes après avoir été expulsés du parlement par des rebelles en colère. Le bateau qui a coulé près de Lampedusa, noyant 300 réfugiés, provenait de Libye. Etc.

La Libye détient les plus importantes réserves de pétrole d’Afrique. Mais suite au chaos qui règne dans le pays, l’extraction du pétrole est quasiment à l’arrêt. Désormais, le pays doit importer du pétrole pour assurer ses besoins en électricité. Début septembre, l’approvisionnement en eau vers Tripoli a été saboté, menaçant la capitale de pénurie.

Bases pour terroristes islamistes

Mais le plus inquiétant est la jihadisation du pays. Les islamistes contrôlent des territoires entiers et placent des hommes armés aux checkpoints des villes de Benghazi et Derna. Le personnage de Belhadj en est une parfaite illustration. Cet ancien (pour ainsi dire) membre éminent d’Al-Qaïda était impliqué dans les attentats de Madrid en 2004. Après la chute de Kadhafi, il devint gouverneur de Tripoli et envoya des centaines de jihadistes libyens en Syrie pour combattre Assad. Il travaille désormais à l’instauration d’un parti conservateur islamiste.

L’influence de la jihadisation s’étend bien au-delà des frontières du pays. Le Ministre tunisien de l’Intérieur décrit la Libye comme « un refuge pour les membres nord-africains d’Al-Qaïda. » Suite à l’effondrement du pouvoir central libyen, des armes lourdes sont tombées dans les mains de toutes sortes de milices. L’une d’entre elles, le Libyan Islamic Fighting Group (LIFG), dont Belhadj était le dirigeant, a conclu une alliance avec les rebelles islamistes du Mali. Ces derniers sont parvenus, avec les Touaregs, à s’emparer du Nord du Mali pendant quelques mois. La prise d’otage de grande ampleur sur un site gazier algérien en janvier a été réalisée au départ de la Libye. Aujourd’hui, la rébellion syrienne est contrôlée depuis la Libye et la tâche d’huile jiadhiste s’étend vers le Niger et la Mauritanie.

En remerciant la CIA

À première vue, les États-Unis et l’Occident semblent se faire du souci à propos de cette recrudescence d’activité jihadiste en Afrique du Nord. Ajoutons-y aussi le Nigéria, la Somalie et plus récemment, le Kenya. Mais à y regarder de plus près, la situation est plus compliquée. La chute de Kadhafi fut rendue possible par une alliance entre d’une part des forces spéciales françaises, britanniques, jordaniennes et qataries, et d’autre part des groupes rebelles libyens. Le plus important de ceux-ci était bel et bien le Libyan Islamic Fighting Group (LIFG), qui figurait sur la liste des organisations terroristes interdites. Son leader, le susmentionné Belhadj, avait deux à trois milles hommes sous ses ordres. Sa milice eut droit à des entraînements américains juste avant que ne commence la rébellion en Libye.

Les États-Unis n’en sont pas à leur coup d’essai en la matière. Dans les années 80, ils s’occupèrent de la formation et de l’encadrement des combattants islamistes extrémistes en Afghanistan. Dans les années 90 ils remirent le couvert en Bosnie et dix ans plus tard au Kosovo. Il n’est pas à exclure que les services de renseignements occidentaux soient directement ou indirectement impliqués dans les activités terroristes des Tchétchènes en Russie et des Ouïgours en Chine.

Les États-Unis et le France ont feint la surprise lorsque les Touaregs et les islamistes ont occupé le Nord du Mali. Mais ce n’était qu’une façade. L’on peut même se demander s’ils ne l’ont pas provoquée, comme ce fut le cas en 1990 avec l’Irak vis-à-vis du Koweït. Vu l’activité d’Al-Qaïda dans la région, n’importe quel spécialiste en géostratégie savait que l’élimination de Kadhafi provoquerait une recrudescence de la menace terroriste au Maghreb et au Sahel. Comme la chute de Kadhafi a été provoquée en grande partie par les milices jihadistes, que les États-Unis ont formées et encadrées, l’on peut commencer à se poser de sérieuses questions. Pour plus de détails à ce propos je vous renvoie vers un article précédent.

Agenda géopolitique

Quoi qu’il en soit, la menace terroriste islamiste dans la région et ailleurs sur le continent arrange bien les États-Unis. Cela constitue l’excuse parfaite pour être présent militairement et intervenir sur le continent africain. Il n’a pas échappé à Washington que la Chine et d’autres pays émergents sont de plus en plus actifs sur le continent et constituent de ce fait une menace envers leur hégémonie. La Chine est aujourd’hui le plus important partenaire commercial de l’Afrique. D’après le Financial Times, « la militarisation de la politique américaine après le 11 septembre est controversée depuis longtemps puisque elle est considérée dans la région comme une tentative des États-Unis de renforcer leur contrôle sur les matières premières et de contrecarrer le rôle commercial exponentiel de la Chine. »

En novembre 2006, la Chine a organisé un sommet extraordinaire sur la coopération économique où étaient présents au moins 45 chefs d’État africains. Précisément un mois plus tard, Bush approuvait la mise sur pied d’Africom. Africom est le contingent militaire américain (avions, navires, troupes, etc.) consacré au continent africain. Nous l’avons vu à l’œuvre pour la première fois en Libye et au Mali. Africom est désormais en activité dans 49 des 54 pays africains et les États-Unis ont dans au moins dix pays des bases ou installations militaires permanentes. La militarisation des États-Unis sur le continent ne fait que s’étendre. Ci-dessous vous trouverez une carte de leur présence sur le continent ces deux dernières années. Elle est assez éloquente.

Sur le terrain économique, les pays du Nord perdent du terrain face aux pays émergents du Sud, et c’est certainement aussi le cas en Afrique, un continent riche en matières premières. Il semble de plus en plus évident que les pays du Nord combattront ce rééquilibrage par des moyens militaires. Ça promet pour le ” continent noir “.

 Marc Vandepitte

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

11-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor (3/3)

octobre 21st, 2013 by Massimo Mazzucco

Voici donc la troisième et dernière partie du documentaire “11-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor” de Massimo Mazzucco. Après les deux premières qui traitaient de l’aspect “aviation” et des événements survenus au Pentagone et en Pennsylvanie, ce dernier volet donne une nouvelle une fois la parole aux défenseurs de la version officielle (les ‘débunkers‘) au sujet de la chute des Tours Jumelles et du Bâtiment 7. Nous verrons en détail quels problèmes posent les explications officielles sur les explosions avant, pendant et après les effondrements, sur les éjections de matières bien visibles (les fameux ‘squibs’), sur l’acier fondu retrouvé au WTC, sur les températures extrêmes constatées, sur la chute libre du Bâtiment 7, et sur bien d’autres points soulevés depuis douze ans par les chercheurs et les experts dans le monde entier.

Ce film en forme de réquisitoire méticuleux et impitoyable est sans aucun doute, comme le dit le Pr David Ray Griffin ”le film sur le 11-Septembre que nous attendions tous.”

11-SEPTEMBRE : LE NOUVEAU PEARL HARBOR (3/3)
Le World Trade Center

Partie 1 :

Mazzucco11-Septembre, le nouveau Pearl Harbor: 50 questions aux défenseurs de la version officielle Par Massimo Mazzucco, 13 septembre 2013

Partie 2 :

PearlHarbor211-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor (2e partie)Questions relatives aux événements survenus au Pentagone et à Shanksville Par Massimo Mazzucco, 30 septembre 2013

Dernière partie :


11-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor (3/3) par ReOpen911

Vous pouvez également regarder le documentaire sur Youtube

DIFFUSEZ CE DOCUMENTAIRE EXCEPTIONNEL !

METTEZ-LE ENTRE LES MAINS DES SPÉCIALISTES QUE VOUS CONNAISSEZ

ET PRÉSENTEZ-LEUR CES FAITS ET CES TÉMOIGNAGES

 

 

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Les neuf otages libanais enlevés par des rebelles syriens à Alep, il y a 17 mois, sont arrivés à Beyrouth samedi soir, après avoir été remis au chef de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim. Un accueil officiel et populaire leur a été réservé à l’aéroport de Beyrouth et dans les rues de la banlieue sud.

Les deux pilotes turcs, enlevés à Beyrouth le 9 août dernier, ont également été libérés, dans une opération complexe d’échange, qui a vu aussi la libération par la Syrie de plusieurs dizaines de détenus, des femmes en majorité.

Ce dénouement heureux ne doit pas nous empêcher de procéder à une évaluation rationnelle de cette affaire:

-L’enlèvement des otages libanais de retour d’un pèlerinage en Iran avait pour but de provoquer une discorde sectaire au Liban et dans la région. Ce plan a pu être évité grâce, en premier lieu, à l’attitude responsable du leader de la Résistance, sayyed Hassan Nasrallah, qui a interdit, toute réaction de vengeance. La base populaire de la Résistance a réagi avec un sens aigu de la responsabilité, tout en faisant preuve de détermination dans son mouvement réclamant la libération des otages. Les familles des détenus libanais ont fait preuve de patience face aux discours provocateurs, appuyées par des prises de positions patriotiques exprimées par le mufti de la République Mohammad Rachid Kabbani, cheikh Maher Hammoud, imam de la mosquée al-Qods à Saïda, l’ancien Premier ministre Salim Hoss, le ministre Fayçal Karamé et beaucoup d’autres. Le plan de discorde, fomenté par l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie, et exécuté par les Frères musulmans et les groupes takfiristes et terroristes en Syrie, a été mis en échec.

-Dès le début de cette affaire, l’Etat libanais aurait dû exercer des pressions sur les Etats soutenant les groupes terroristes en Syrie, s’il avait vraiment voulu libérer les otages. Mais le pouvoir libanais n’a pas osé, même verbalement, critiquer le trio responsable de l’agression contre la Syrie, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar, et leur véritable maitre, les Etats-Unis. Seul le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, s’est investi à fond dans ce dossier, malgré les honteuses critiques dont il a fait l’objet de la part des parties libanaises impliquées dans la guerre terroriste contre la Syrie.

-Le timing de la libération des otages libanais est lié à l’échec de l’agression contre la Syrie et à la dislocation du front international et régional constitué pour combattre ce pays. Cette dislocation s’est accentuée depuis que l’axe de la Résistance, appuyé par l’allié russe, a réussi à empêcher l’intervention militaire américaine contre la Syrie. La Turquie a été contrainte à obtempérer à cause des répercussions de la crise syrienne sur son sol et, malheureusement il faut le reconnaitre, après l’enlèvement des deux pilotes turcs sur la route de l’aéroport, le 9 août dernier.

-Cette affaire a dévoilé l’esprit mercantiliste de certains médias libanais qui ont tenté de profiter de ce drame, à travers des voyages de presse, des reportages et des enquêtes, financés par le Qatar et les milieux proches de Saad Hariri. L’objectif étant d’améliorer l’image des ravisseurs des otages libanais et de ternir celle de la Résistance.

-La libération n’aurait pas pu réussir si la Syrie n’avait pas répondu positivement, dès le début, aux démarches de Abbas Ibrahim, ce qui illustre une volonté syrienne de préserver la stabilité du Liban. Et le fait que l’interlocuteur syrien d’Ibrahim soit le général Ali Mamlouk prouve à quel point la Syrie s’élève au dessus des mesquineries de certains libanais.

Ghaleb Kandil

 

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

L’écrivain Göran Burén a effectué des recherches dans les archives nationales suédoises déclassifiées en 2000. Il révèle dans The Washington Report on Middle East Affairs (1) que le comte Folke Bernadotte, médiateur de l’ONU pour la Palestine en 1948, a bien été assassiné à Jérusalem avec la complicité du gouvernement israélien.

En 1948, le comte Bernadotte – neveu du roi de Suède - tentait d’instaurer un cessez-le-feu entre les troupes arabes de libération et l’ex-Haganah, milice sioniste devenue Armée de défense d’Israël, nouvel Etat créé par les Nations unies, quelques mois plus tôt, sur le territoire palestinien (2). Il condamnait « le pillage sioniste à grande échelle et la destruction de villages sans nécessité militaire apparente» (3) et proposait un plan de partage du territoire palestinien qui ne convenait pas aux dirigeants israéliens de l’époque et encore moins aux groupes sionistes extrémistes Lehi et Irgoun.

 Les colons juifs n’ont rien à voir avec les Hébreux de la Bible

Le groupe terroriste juif Lehi - plus connu sous le nom de Groupe Stern - avait décidé de tuer Bernadotte. Rien ne l’arrêtait : en 1944, il n’avait pas hésité à assassiner Lord Moyne, Haut-commissaire britannique en Egypte, qui avait déclaré à la Chambre des Lords que les colons juifs n’avaient rien à voir avec les Hébreux de la Bible et n’avaient en conséquence aucun droit légitime sur la Palestine (4). On sait moins que le Lehi (acronyme pour Lohamei Herut LeIsrael, c’est-à-dire : Combattants pour la liberté d’Israël), a aussi éliminé Moyne pour montrer à Hitler ce dont l’organisation était capable. Abraham Stern, son fondateur – tué en février 1942 par un des policiers britanniques qui l’avait arrêté – avait proposé à Werner von Hentig, diplomate allemand en poste à Beyrouth, d’aider le 3ème Reich à conquérir la Palestine en échange de la création d’un Etat juif (5).

En 1948, quand fut programmé l’assassinat de Bernadotte, le Lehi était dirigé par un triumvirat comprenant Yitzhak Shamir, futur Premier ministre d’Israël, interné en 1941 pour « collaboration avec les nazis ». C’est lui qui avait organisé l’attentat contre Moyne. En 1946, évadé d’un camp de détention britannique en Erythrée, il avait regagné la Palestine via Djibouti et la France qui lui avait accordé l’asile politique.

Le terroriste Yitzhak Shamir n’a jamais été inquiété

Le 17 septembre 1948, une embuscade fut tendue au médiateur de l’ONU dans le secteur juif de Jérusalem. Ce jour-là, le comte était accompagné par le colonel français André Sérot, héros de la Première guerre mondiale, chef des observateurs de l’ONU à Jérusalem. Leur véhicule est bloqué par une vraie-fausse jeep de l’armée israélienne. Trois hommes du Lehi en uniforme de la Haganah en descendent. L’un d’eux – Yehoshoua Cohen - passe le canon de sa mitraillette par la fenêtre arrière entrouverte, et vide son chargeur sur les deux occupants. A l’annonce de la mort de Bernadotte, son adjoint, l’Américain Ralph Bunche, télégraphia à Moshe Sharett, ministre des Affaires étrangères israélien, que Tel-Aviv devrait assumer l’entière responsabilité du meurtre. L’Intelligence Service était persuadée que l’ordre était venu de Moscou, car depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le Lehi lorgnait vers Staline et cherchait à adhérer au Kominform !

Pour calmer l’émotion suscitée dans le monde par la mort de Folke Bernadotte et du colonel Sérot, David Ben Gourion – Premier ministre d’Israël – accusa le Lehi de provocation et annonça sa dissolution. Nathan Yalin-Mor, un des membres du commando, fut  arrêté et jugé, mais pas pour assassinats : pour « appartenance à un groupe terroriste »… et amnistié deux semaines plus tard. On apprit plus tard que Yehoshoua Cohen – le tireur - était devenu le garde du corps personnel de Ben-Gourion (6). Yitzhak Shamir n’a jamais été inquiété.S’il se garda bien de mettre les pieds en Grande-Bretagne, il exerça ses talents sans problème à Paris au début des années 60 comme officier du Mossad, d’où il dirigeait des équipes de tueurs professionnels (7). A sa mort fin juin 2012, à l’âge de 96 ans, le président François Hollande rendit sans gêne hommage à sa « forte personnalité » et à son« courage exemplaire » !

 Affaire classée

Une commission d’enquête suédoise, dirigée par le procureur-général Heuman, fut envoyée sur les lieux. En 1950, elle remit au gouvernement suédois un rapport accablant. L’enquête, côté israélien, avait été bâclée. Aucun témoin de l’attaque n’avait été interrogé, des indices négligés. Dov Joseph gouverneur militaire de Jérusalem, qui aurait dû fournir à Bernadotte une escorte armée, comme lors d’un précédent voyage, ne l’avait pas fait. Au fait des rumeurs d’attentat qui couraient dans quartier juif, il craignait pour la vie du diplomate. Les dirigeants suédois autorisés à lire le rapport en conclurent, sans se forcer, que Bernadotte avait été assassiné avec l’accord au moins tacite du gouvernement israélien.

Très embarrassée par ces informations, en totale opposition avec l’image donnée d’Israël par les médias, la Suède promit à Tel-Aviv de classer l’affaire si les Israéliens expliquaient de façon « acceptable » ce qui s’était passé, et s’excusaient pour les manquements signalés en matière de sécurité. En 1950, Israël remit au gouvernement suédois le Rapport Agranat (8), une version des faits « acceptable » pour qui voulait bien s’en persuader,mais si peu crédible qu’ordre fut donné de ne pas le rendre public. Israël ayant présenté ses excuses – en la circonstance, c’était bien la moindre des choses - l’affaire fut classée top secretjusqu’en 2000 dans les Archives nationales.

Sans doute en raison de sa rédaction en langue suédoise, il semble que leRapport Heuman, déclassifié depuis 13 ans, n’avait été consulté par aucun chercheur .jusqu’à ce que Göran Burèn l’exhume pour les besoins de son enquête sur le meurtre du comte Bernadotte. Il aura fallu plus de 50 ans pour que soit confirmé ce que de nombreux observateurs subodoraient depuis 1948 : l’attentat monté par le Groupe Stern est un des premiers crimes d’Israël en tant qu’Etat.

 Gilles Munier

(1) Swedish national archive documents shed new light on Bernadotte assassination, par Gören Brurèn (The Washington Report on Middle East Affairs – septembre 2013).

(2) U.N. Document A. 648, p. 14, déposé le 16 septembre 1948. 

(3) Par le feu et par le sang, par Charles Enderlin  (Ed. Albin Michel, Paris, 2008)

(4) Cité par Isaac ZaarRescue and Liberation: America’s part in the birth of Israel (N.Y. Bloc Publishing Cy, 1954). 

(5) Les espions de l’or noir, par Gilles Munier (Ed. Encre d’Orient, Paris, 2011).

(6) Folke Bernadotte et la première feuille de route (au Moyen-Orient), par Louis Farshee

http://www.ism-france.org/analyses/Folke-Bernadotte-et-la-premiere-feuille-de-route-au-Moyen-Orient–article-1497

(7) Shamir Ran Mossad Hit Squad, Paper Says (Los Angeles Times – 4/7/92)

http://articles.latimes.com/1992-07-04/news/mn-1072_1_hit-squad

(8) Ne pas confondre avec le Rapport Agranat rédigé sous la présidence du même juge après la guerre d’octobre 1973, pour expliquer pourquoi l’armée israélienne a été surprise par l’attaque des troupes égyptiennes et syriennes dans le Sinaï et le Golan occupés.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Prix Nobel de la paix manipulé

octobre 20th, 2013 by K. Habib

En attribuant cette semaine le prix Nobel de la paix à l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), le comité d’Oslo a justifié son choix en arguant qu’il récompense le travail « remarquable  » accompli par cette organisation depuis sa création. Mais en lui octroyant le prestigieux prix à un moment où il est procédé à la destruction de l’arsenal chimique syrien, le comité norvégien a jeté le doute sur les raisons de son choix.

En effet, le lien est tout naturellement fait par les opinions publiques entre cette distinction et le dossier de l’arsenal chimique syrien, mais accompagné de l’interrogation de savoir quel rôle l’OIAC a joué dans l’accord qui a abouti à la décision en cours d’application de destruction de cet arsenal. Certes, une fois l’accord (dont rappelons-le les initiateurs ont été les Russes) réalisé, l’OIAC est en charge de l’aspect technique de l’opération, ce qui n’en fait pas pour autant l’acteur dont l’intervention aura été décisive.

Le soupçon s’impose dès lors que de connivence avec les grandes puissances occidentales avec lesquelles la Russie a négocié le dossier de l’arsenal chimique syrien, le comité du prix Nobel de la paix a visé à minorer le rôle de Moscou en cette affaire. Les lauriers tressés en la circonstance à l’OIAC le confortent. Paris a même poussé trop loin le bouchon dans l’exercice en mettant sur le compte de sa politique de « fermeté  » sur le dossier de l’arsenal chimique syrien la « réussite  » qui vaut à l’OIAC l’attribution du prestigieux prix. Si la destruction de cet arsenal mérite que ceux qui l’ont rendu possible vaut justification de la distinction par le prix Nobel de la paix, alors c’est Poutine ou son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov qui auraient dû en être en toute justice les récipiendaires.

Le grand succès diplomatique qu’a été l’initiative russe de convaincre le régime syrien d’accepter la destruction de son arsenal, pour éviter une intervention militaire occidentale aux conséquences incalculablement désastreuses pour la paix dans la région et dans le monde, est resté en travers de la gorge des puissances occidentales ayant fait de la question l’argument qu’elles ont brandi pour justifier leur détermination à en découdre avec le régime syrien.

Faute donc de s’attribuer le mérite d’avoir seules fait plier Damas, elles s’emploient à parasiter celui de la Russie.

La mise en avant de l’OIAC procède de cette opération à laquelle il est probable que le comité d’Oslo a consciemment décidé de contribuer. C’est un secret de Polichinelle que l’attribution du prix Nobel de la paix obéit à des considérations d’ordre politique dictées en Occident dont la Norvège fait partie. Le plus récent exemple de cette réalité a été son attribution à Barack Obama sur la base du présupposé que devenu président des Etats-Unis il allait faire avancer la cause de la paix dans le monde. On sait ce qu’il est advenu. Obama n’a rompu avec l’interventionnisme belliqueux de son prédécesseur que par la forme plus insidieuse qu’à la façon du sien.

Ce choix du comité d’Oslo a terni le prestige du prix Nobel de la paix. Celui qu’il vient de faire en faveur de l’OIAC entaché du soupçon évoqué ne contribuera pas à le rehausser. En avançant cela, ce n’est pas remettre en cause le travail accompli par l’OIAC, mais prendre acte que sa distinction a été d’abord et avant tout une manœuvre politicienne. Qui au fait entendait parler de l’OIAC avant le problème de l’arsenal chimique syrien ? L’a-t-on entendue sur celui d’Israël ou des grandes puissances qui en détiennent de plus terrifiants et n’ont pas reculé pour leurs utilisations ?

K. Habid

13 octobre 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Deux journées de pourparlers internationaux à Genève à propos des programmes nucléaires iraniens se sont conclues mercredi par un accord pour tenir une nouvelle réunion les 7 et 8 novembre afin de discuter des propositions présentées par les négociateurs iraniens cette semaine. Ces pourparlers réunissaient le groupe dit P5+1, réunissant les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et la Russie ainsi que l’Allemagne, qui a discuté avec une équipe iranienne dirigée par le ministre des Affaires étrangères Javad Zarif.

Aucun détail du plan iranien, présenté mardi par Zarif, n’a été publié. Cependant, dans une démarche inhabituelle, Zarif et Catherine Ashton, la chef de la politique étrangère de l’Union européenne et négociateur en chef du groupe P5+1, ont publié une déclaration conjointe décrivant les pourparlers comme «substantiels et innovateurs». Ashton a qualifié ces négociations «des plus détaillées que nous ayons eues depuis longtemps».

Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a déclaré que l’Iran avait démontré «un niveau de sérieux et de substance que nous n’avons jamais vu avant». Le haut fonctionnaire de l’administration américaine a déclaré aux médias «Je n’ai jamais eu de conversations aussi intenses, détaillées, franches et candides avec les gens de la délégation iranienne. Je dirais que nous commençons un type de négociations où l’on peut s’imaginer que l’on peut peut-être arriver à un accord.»

Le ton optimiste qui règne dans une grande partie de la couverture médiatique est toutefois en totale contradiction avec le fossé qui existe entre les deux parties. Les pourparlers eux-mêmes ont eu lieu à l’ombre des sanctions économiques paralysantes imposées à l’Iran par les États-Unis et leurs alliés européens, ainsi que de la menace constante d’attaques militaires par les États-Unis et Israël.

L’administration Obama poursuit ses allégations sans fondement selon lesquelles l’Iran chercherait à se doter d’armes nucléaires. Ce faisant, cela lui fournit un prétexte utile pour mener une campagne incessante de pressions et de provocations dont le but ultime est le renversement du régime à Téhéran. Cela fait maintenant plus de trois décennies, depuis la révolution iranienne de 1979 qui a renversé le Shah Reza Pahlavi, allié de Washington, que les États-Unis voient en l’Iran le principal obstacle à leur domination complète du Moyen-Orient riche en hydrocarbures.

Le régime iranien est clairement désespéré d’obtenir un certain soulagement des sanctions qui ont réduit de moitié ses exportations de pétrole, celles-ci étant au cœur de son économie et des recettes de l’État. Les sanctions ont entraîné une forte inflation, une hausse du chômage, un effondrement de la monnaie iranienne et la menace de troubles sociaux répandus. Avec le soutien qualifié du chef suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, le nouveau gouvernement du président Hassan Rouhani a manifesté sa volonté de faire des concessions à propos du programme nucléaire du pays.

Toutefois, le vice-ministre des Affaires étrangères russe Sergei Ryabkov a déclaré mercredi: «Les positions de la partie iranienne et du groupe P5+1 sont aux antipodes les unes des autres, la distance les séparant pouvant être mesurée en kilomètres, tandis que les progrès peuvent être mesurés en pas d’un demi-mètre chacun. Même si le ton a changé, «les négociations étaient difficiles, parfois tendues, parfois imprévisibles».

Même si aucun détail du plan iranien n’a été révélé, le vice-ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Aragchi a indiqué que celui-ci comprenait trois étapes, la première étant de parvenir à un accord pour en arriver à une «fin de partie» ou la résolution finale de l’impasse. Aragchi a annoncé avant les pourparlers qu’en aucun cas l’Iran ne renoncerait entièrement à son programme d’enrichissement d’uranium.

Les États-Unis n’admettent toujours pas que l’Iran ait le droit en vertu du Traité de non-prolifération nucléaire d’enrichir de l’uranium à des fins pacifiques, notamment pour alimenter en combustible son réacteur nucléaire. Washington a présenté une série de résolutions au Conseil de sécurité de l’ONU pour l’imposition de sanctions tout en exigeant que Téhéran mette fin à tout enrichissement d’uranium.

Aragchi a laissé entendre que Téhéran serait prêt à limiter l’enrichissement de l’uranium, ainsi qu’à mettre en œuvre un soi-disant protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui prévoie des inspections beaucoup plus intrusives de ses installations nucléaires que celles se déroulant actuellement. «Aucune de ces questions ne figure dans la première étape. Mais elles font partie de nos dernières étapes», a-t-il déclaré à l’agence de nouvelles officielle iranienne IRNA.

Le ministre adjoint des Affaires étrangères a également déclaré qu’il espérait voir une levée complète des sanctions dans les six mois. «Nous devons parvenir à un accord dans un laps de temps limité, de façon à ce que personne n’ait l’impression que nous sommes en train de passer le temps», a-t-il dit. Téhéran a déjà fait l’amère expérience de faire d’importantes concessions dans les négociations avec les alliés européens de Washington de 2003 à 2005, pour se voir octroyer très peu en retour.

L’administration Obama cherche évidemment à extraire ce qu’elle peut de ces négociations tout en offrant peu de garanties de son côté. Les responsables américains ont laissé entendre que Washington pourrait annuler l’imposition de nouvelles sanctions actuellement devant le Congrès. Selon un article de Voice of America, la présence du haut fonctionnaire du Trésor américain Adam Szubin pourrait indiquer la volonté américaine d’ouvrir un lien bancaire américano-iranien direct pour le commerce de biens humanitaires tels la nourriture et des médicaments. Cela ne fait que souligner le caractère criminel des sanctions américaines, car bien que celles-ci exonèrent nominalement ces biens des sanctions, dans les faits, leur vente est bloquée puisque les restrictions financières font qu’il n’existe aucune méthode de paiement.

Sur les questions de fond, l’administration Obama fait face à l’opposition du Congrès et de son principal partenaire au Moyen-Orient, Israël. Dans une démarche inhabituelle, le cabinet de haute sécurité d’Israël a publié un communiqué provocateur mardi demandant à l’Iran de cesser tout enrichissement d’uranium, de faire sortir du pays tous les stocks actuels d’uranium enrichi et de démanteler ou de mettre en veilleuse ses installations nucléaires. Il a également lancé une mise en garde contre tout assouplissement des sanctions avant que ces exigences ne soient mises en œuvre.

Ce communiqué n’est qu’une recette pour s’assurer que les pourparlers échouent, l’Iran ayant déjà exclu de mettre fin à l’enrichissement d’uranium. Israël, qui dispose d’un important arsenal d’armes nucléaires, est déterminé à maintenir sa prédominance militaire au Moyen-Orient en veillant à ce qu’aucun de ses rivaux n’ait même le potentiel pour égaler sa puissance. Le premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé à plusieurs reprises qu’Israël pourrait effectuer une action militaire préventive contre l’Iran, comme il l’a fait contre l’Irak en 1981, alors que des avions de guerre israéliens avaient détruit un réacteur nucléaire construit par la France en Irak.

L’administration Obama cherche par ailleurs à obtenir des concessions beaucoup plus vastes de Téhéran, allant au-delà de la restriction de son programme nucléaire. Ayant reculé dans ses intentions de mener une attaque militaire imminente le mois dernier contre le régime syrien du président Bachar Al-Assad qui est allié de l’Iran, Washington se tourne maintenant vers ce pays pour l’aider à évincer Assad. À ce jour, Téhéran a rejeté les conditions américaines pour sa participation à des «pourparlers de paix» syriens à Genève, ceux-ci comprenant le soutien à un régime transitoire en Syrie excluant Assad et ses proches partisans.

Il y a un peu plus d’un mois, les États-Unis et leurs alliés étaient au bord de la guerre avec la Syrie, un conflit qui menacerait d’engloutir l’Iran et toute la région. Ceci souligne le caractère très ténu des pourparlers de cette semaine à propos du programme nucléaire iranien. Quel que soit le résultat final des négociations, l’objectif primordial de l’impérialisme américain reste le même: assurer sa domination sans entrave sur le Moyen-Orient au détriment de ses concurrents, et ce, par tous les moyens, y compris la force militaire.

Peter Symonds

Article original, WSWS, paru le 17 octobre 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Au XIXe siècle, alors même qu’était réaffirmé le principe de souveraineté des États hérité de la paix de Westphalie, se déployaient de puissants dispositifs de dépendance liés à la dette. Comme d’autres États et Empires de la « semi-périphérie » (Empire russe, Égypte, Chine), l’Empire ottoman se trouva progressivement engagé dans une intense relation de subordination envers les « grandes puissances » de l’époque, France, Angleterre, (Allemagne, de manière secondaire). C’est l’usage de l’endettement public externe qui lia l’Empire au « centre » ; d’abord financière, la subordination fut rapidement étendue aux champs administratif et diplomatique.

C’est au cours de son dernier siècle d’existence que l’Empire Ottoman se trouva emporté par sa dette dans un cycle de dépendance au « centre ». Jusqu’alors, de 1299 à 1854 – soit durant plus de cinq siècles, l’histoire de l’Empire avait plutôt été celle d’une forte indépendance financière. Le financement des dépenses impériales s’était opéré de manière interne : par la perception de taxes d’abord, prélevées au sein de chaque province et de chaque millet (communauté religieuse institutionnalisée), par l’endettement interne ensuite, auprès des banques ottomanes implantées dans le quartier de Galata à Constantinople. Progressivement, ce système s’était cependant révélé instable. L’économie de l’Empire Ottoman, périphérie du « système-monde » capitaliste, reposait majoritairement sur la production agricole. En conséquence, le niveau des taxes collectées était à la fois faible et peu prévisible – rythmé par les récoltes – tandis que les dépenses de l’Empire étaient fixes et importantes, au fil des nombreuses guerre engagées contre les territoires voisins. Le Trésor avait ainsi régulièrement connu d’importants déficits publics – particulièrement à partir de 1760, avec des pics en 1820 et 1830. L’ajustement fiscal n’avait pu être réalisé sur les revenus des ressortissants Européens actifs dans l’Empire – agents de commerce pour la plupart, donc porteurs de revenus plus élevés- ceux-ci bénéficiant de traitements spéciaux dans le cadre des Capitulations conclues dès le XVIe siècle entre le sultan et les diplomaties européennes. Dans le contexte de « fermeture des frontières » de l’Empire qui marqua le XIXe (fin de l’expansion territoriale, premières indépendances nationales, multiplication des conflits territoriaux) |1|, les ressources fiscales connurent un déclin important. L’ajustement budgétaire ne pouvait donc être réalisé que par endettement interne. Des obligations furent émises au rythme des besoins, souscrites par des investisseurs ottomans. Il s’agissait de titres d’emprunt à long terme - consolidés ou esham-ı cedid – qui, devant être remboursés à l’acquéreur tout au long de sa vie, se révélèrent particulièrement coûteux – d’autant qu’ils étaient souvent transmis de père en fils, prolongeant ainsi la durée de remboursement. Ils furent abandonnés au profit du papier monnaie - Kaimes ou Kaime-i-muteber-i nakdiyye - à partir des années 1840. Ces derniers, émis de manière extensive en temps de guerre, perdirent rapidement de la valeur, provoquant une inflation conséquente.

C’est donc dans la perspective d’accéder à un crédit plus abondant et moins cher que le Trésor ottoman considéra le recours aux capitaux extérieurs. Encouragé par les diplomaties européennes (correspondance épistolaire, rencontres régulières avec le gouvernement, proposition d’assistance dans la transition), le sultan Abdülmecit I initia la conversion en 1854. Des obligations ottomanes furent émises à destination d’investisseurs non-ottomans cette année-là, puis en 1855 et 1858, pour des montants respectifs de 3 millions, 5 millions et 3 millions de £. Jusqu’en 1877, 17 opérations d’emprunt furent effectuées, qui permirent de lever un montant équivalent à 3.21 milliards de Francs français. Les capitaux disponibles étant à l’époque principalement anglais et français (allemands à partir de 1880), l’émission fut effectuée sur les marchés britannique et français.

JPEG - 69.5 ko
Titre de dette ottoman datant de 1890, libellé en langues et devises anglaises, françaises et, pour la première fois également allemandes.

Paradoxalement, l’afflux de capitaux n’apporta qu’un relatif soulagement dans la gestion ressources/dépenses – la majeure partie des sommes levées disparaissant dans le rachat des titres de dette internes et le remboursement des emprunts précédents. L’endettement prit ainsi la forme d’une spirale auto-entretenue et auto-accélératrice. D’après nos calculs, en 1875 – soit 20 ans après l’entrée dans un système d’endettement externe – le niveau de la dette ottomane détenue à l’étranger s’élevait à 200 millions de £, soit 909% du revenu national (évalué à 22 millions de £ pour l’année 1874-75). Les créanciers étrangers possédaient donc 9 fois plus de richesse que ce qui pouvait être produit en une année au sein de l’Empire. On voit donc dans quelle situation de dépendance financière l’Empire se trouvait déjà après seulement 20 années de recours aux capitaux étrangers. Dans ce contexte, face à la très forte demande de liquidité de la part de l’Empire et malgré la relative abondance de l’offre de crédit jusqu’en 1877, les termes de l’emprunt furent particulièrement – et de plus en plus – défavorables : en 1863, après 10 ans, le service de la dette représentait 12 millions de £, soit presque 25% du revenu de l’Empire. Le quart du budget national devait donc servir au paiement des intérêts de la dette chaque année. En 1875, ce montant avait grimpé jusqu’à atteindre 55% du revenu national : plus de la moitié des revenus nationaux quittaient chaque année le circuit économique ottoman.

Envers qui cette dépendance s’était-elle développée ? Envers des investisseurs privés européensd’abord : italiens, belges, hollandais (respectivement à hauteur de 2,62%, 7,20% et 7,95% de l’ensemble des titres), mais surtout britanniques (à 29%) et français (à 40%). Britanniques et français restèrent majoritaires dans la possession de titres au cours de toute la demi-décennie qui précéda la chute de l’Empire. A partir des années 1880-1890, ils furent rejoints par les créanciers allemands, alors que l’Empire d’Allemagne se découvrait de nouveaux intérêts sur le territoire ottoman. Ceux-ci acquirent – selon les émissions – 20 à 40 % des obligations ottomanes. En moyenne, seuls 8% de l’ensemble des titres étaient détenus par des ressortissants ottomans.

En parallèle, la dépendance s’était aussi établie envers les diplomaties, principalement française et anglaise : directement, puisque les émissions de titres sur les marchés français et anglais étaient soumises à approbation officielle des ministres des finances respectifs. Mais aussi indirectement, puisque le soutien officiel des diplomaties britannique et française s’avérait indispensable pour toute opération d’émission. Il fallait apparaître solvable et digne de confiance aux yeux des créanciers. L’Empire se trouva ainsi contraint au maintien de relations diplomatiques cordiales.

Enfin, la dépendance fut engagée sur le plan commercial : dans un schéma précoce de ce qu’on appellerait aujourd’hui la “dollarisation”, l’Empire dû intensifier ses relations commerciales avec des entreprises françaises, anglaises et allemandes - concessions sur des projets d’infrastructure ferroviaire, contrats d’exploitation des ressources du sel, du tabac selon un schéma monopolistique… – permettant d’obtenir ainsi les devises nécessaires au remboursement des emprunts. L’historien Şevket Pamuk chiffre ainsi à 5% le taux annuel d’augmentation du commerce extérieur ottoman au milieu du XIXe |2|. 1904 vit aussi l’apparition des premiers « emprunts-liés », directement destinés à étendre le champ des intérêts commerciaux et industriels français dans l’Empire |3| . Selon ce schéma, la provision de crédit de la part d’investisseurs français était conditionnée (par l’intervention directe des diplomates français en poste – on voit donc bien l’existence d’une solidarité d’intérêt entre entreprises et diplomatie) à des commandes de matériel militaire et industriel français (armement, artillerie, équipement naval, accord de contrats de construction d’infrastructures ferroviaires dans l’Empire). La dette jouait ainsi le rôle de bras d’extension des intérêts commerciaux et militaires français dans l’Empire ; Elle générait une dépendance directe envers les produits de l’industrie française.

Par l’entrée dans un système d’endettement externe, l’Empire ottoman se trouva donc confronté au développement d’une dépendance envers un « triptyque finance-industrie-diplomatie » |4|, sorte de « troïka européenne », franco-anglo-allemande.

Or, le développement d’intérêts étrangers grandissants dans l’Empire ottoman nécessita bientôt l’institutionnalisation de garanties. Il s’agissait pour l’empire de garantir l’afflux permanent de capitaux, de “rassurer les marchés” pourrait-on dire aujourd’hui. Comment se montrer crédible face aux créanciers européens ? L’idée d’un nécessaire recours à l’expertise européenne émergea parmi les élites ottomanes, alimenté par un discours européen plutôt paternaliste. C’était dans l’expérience européenne qu’il fallait trouver les clés d’une bonne gestion des finances publiques, et remédier à la « désorganisation » ottomane (absence de prévisions budgétaires, jeunesse du ministère des Finances, extravagance dans la gestion des recettes publiques…).

A partir de février 1863, représentants du divan (gouvernement) ottoman et banquiers européens, soutenus par leurs diplomaties respectives, s’accordèrent donc sur la création d’un établissement de banque centrale, la Banque Impériale Ottomane. Le gouvernement se soumettait ainsi à un nouveau de cadre de contrainte : à cet établissement fut transféré le droit exclusif de frapper la monnaie au nom de l’Empire, d’encaisser les revenus convergeant des provinces vers Constantinople et les capitales provinciales, d’encaisser les produits du commerce avec l’extérieur.

JPEG - 48.2 ko
Bureaux de la Banque Impériale Ottomane à Constantinople

Elle conservait les revenus impériaux dans ses coffres. En tant que “contrôleur de l’Empire”, elle devait être informée à l’avance du budget et du niveau d’endettement de l’Empire pour l’année à venir. Elle effectuait les remboursements sur la dette interne et le transfert à l’Empire des fonds nécessaires au remboursement de la dette externe. Grâce à son statut parallèle d’établissement commercial, elle pouvait accorder -ou refuser d’accorder- au gouvernement ottoman des avances de trésorerie. Surtout, elle était le seul établissement mandaté pour négocier les conditions attachées à chaque émission de titres. Si souveraines qu’aient pu être par nature les prérogatives accordées, la Banque Ottomane était gérée exclusivement par des représentants anglais et français. Selon un schéma étrange, cette banque centrale était capitalisée pour moitié de capitaux français, pour moitié de capitaux anglais. Les bureaux opérationnels n’étaient pas ceux de Constantinople, mais de Londres et Paris. A la tête de l’institution, dans les comités, au sein l’assemblée générale des actionnaires n’opéraient (pratiquement) que des ressortissants français et anglais (4% seulement des membres de l’assemblée générale étaient ottomans). Le sultan ne détenait dans la pratique qu’un droit d’information via l’envoi d’un “haut délégué”. La Banque Ottomane était donc finalement une banque centrale très peu ottomane ! Elle possédait un degré d’indépendance maximal à l’égard du gouvernement ottoman : non seulement le gouvernement ottoman n’exerçait aucun contrôle sur son action, mais les décisions étaient prises par des ressortissants étrangers établis en Europe. Gérant à la fois les émissions de titres, les remboursements et les revenus consacrés aux remboursements, la Banque Ottomane assurait aux créanciers le remboursement de l’argent investi dans les délais prévus. Elle jouait donc le rôle d’’intermédiaire clé entre les créanciers et le gouvernement et servait de canal de pénétration des intérêts français et anglais au sein de l’Empire ottoman.

Mais la Banque Ottomane ne fut pas le seul produit institutionnel de la relation de dépendance. A la suite du défaut de paiement de l’Empire sur sa dette en 1875, la dette fut seulement partiellement restructurée (de 191, elle passa à 106 millions de £). Plutôt que d’abandonner les droits sur leurs créances, les créanciers exigèrent un remboursement total, échelonné dans le temps : une commission des finances composée d’experts nommés par les “grandes puissances” devait être mise en place afin d’organiser le recouvrement de l’ensemble des pertes subies. La proposition fut acceptée par le divan : affaibli par le défaut de paiement, en besoin aigu de financement (insurrections en province herzégovine puis bulgare, guerre contre la Serbie puis la Russie), le gouvernement ottoman prit également au sérieux les menaces d’envoi de forces navales et de pressions commerciales contre l’Empire. Une institution fût érigée en 1881 sous le nom d’Administration de la Dette Publique Ottomane. Par décret impérial, plusieurs revenus de l’Empire lui furent “absolument et irrévocablement” transférés (revenus des douanes, taxe sur les spiritueux, droits de timbre, droits de pêche, taxe sur la soie, monopoles du sel et du tabac, parmi d’autres). Ces revenus devaient être alloués par l’Administration au versement de compensations aux créanciers sur les titres émis avant le défaut ; Une partie devait être allouée au paiement des emprunts en cours – c’est-à-dire contractés entre 1888 et 1914. Ce sont au total 5 % des revenus impériaux – jusqu’à 12 % dans les années 1900 – qui disparaissaient chaque année vers les coffres européens (en grande partie sous forme de compensation pour la prise de risque, par nature attachée à tout investissement)  |5| ! L’Administration était dirigée par des européens (Français, Anglais, Hollandais, Allemands et Italiens) représentants directs de leurs créanciers nationaux. Complètement autonome du pouvoir ottoman, elle était donc un instrument de garantie absolue pour les créanciers, qui obtenaient l’assurance du remboursement des sommes anciennement et nouvellement investies. D’une certaine façon, les porteurs de titres obtenaient avec l’Administration un droit direct sur la gestion des finances ottomanes, à leur profit, jusqu’au remboursement total du “préjudice” subi (à la disparition de l’Empire). Progressivement, les prérogatives de l’Administration furent même étendues au rôle de garant pour le règlement des contrats d’infrastructure (chemin de fer particulièrement). On retrouve donc encore une fois cette solidarité d’intérêt entre les 3 bras de la « troïka » (financiers, hommes d’État, industriels).

JPEG - 40.3 ko
Locaux de l’Administration de la Dette Publique Ottomane, Constantinople
JPEG - 75.8 ko
Le service du Grand Livre, service de comptabilité de l’Administration, était composé d’une majorité d’occidentaux

La dépendance de l’Empire au “centre” fut donc multiple et grandissante : dépendance dans la politique monétaire, par la perte de contrôle sur la frappe de la monnaie ; dépendance dans la politique budgétaire, par le cadre imposé sur les dépenses et le transfert des recettes impériales à deux institutions totalement indépendantes. A partir de la dernière décennie du XIXe siècle, les agents de l’Administration de la Dette Publique remplacèrent même les agents impériaux aux postes de collecte des taxes dans les provinces, rendant la perte de souveraineté particulièrement visible au quotidien. Mais également dépendance dans la politique d’endettement, par « l’externalisation » de la négociation, de la gestion et du remboursement des titres publics. De manière plus diffuse, la dépendance résultait parallèlement du transfert de légitimité accordé à ces institutions indépendantes : de la crédibilité de leur action dépendait l’accès de l’Empire au crédit. A compter des années 1860, l’Empire ottoman perdit tout contrôle sur sa politique économique, au profit de la représentation d’intérêts européens dans l’Empire. De manière la plus extrême, l’on assista donc au déploiement d’un « dispositif de dépendance » résultant de la dette, qui vint progressivement grignoter le caractère souverain reconnu à l’Empire depuis le Traité de Paris de 1856. L’Empire ottoman ne put s’extraire de ce dispositif pendant tout son dernier demi-siècle d’existence, jusqu’à sa dislocation en 1923.

S’intéresser aux dernières années d’existence de l’Empire ottoman et à son évolution financière livre des clés de compréhension des mécanismes de dépendance intrinsèquement attachés à la dette, qui semblent contenir une certaine dimension intertemporelle. Comme une sorte de contre-exemple – et contrairement au Mexique quelques années plus tard – le cas ottoman donne à voir une succession de décision prises au sommet de l’Empire pour s’assurer l’afflux d’un crédit devenu indispensable, au prix de la renonciation à des pans entiers de souveraineté (souveraineté dans la prise de décision, la conception et la conduite des politiques monétaire, budgétaire, fiscale, d’endettement, mais aussi de la politique diplomatique, industrielle et commerciale). La dette apparaît ainsi de manière éclatante comme instrument de subordination, selon des mécanismes toujours à l’œuvre aujourd’hui.

Notes

|1| La formule est de Bernard Lewis. cf. Bernard Lewis, The Emergence of Modern Turkey (2nd edition), Oxford University Press, Paris, 1968, p.26.

|2| cf. Şevket Pamuk, “The evolution of financial institutions in the Ottoman Empire, 1600-1914”,Financial History Review 11., Cambridge, 2004, pp.7-32, p.27.

|3| Il faut rappeler qu’en cette période de pré-première guerre mondiale, l’heure était à l’exacerbation des discours nationalistes et au renforcement des entreprises nationales.

|4| La formule est de Jacques Thobie. cf. Jacques Thobie, La France, l’Europe et l’est méditerranéen depuis 1850, Economie Finance Diplomatie, Isis, Istanbul, 1993.

|5| 21 millions de £ furent ainsi retranchés des revenus ottomans entre 1881 et 1902 (21 ans). Dans les années 1900, ce sont environ 2.7 millions de £ qui furent saisis chaque année. cf. Donald C. Blaisdell, European Financial Control in The Ottoman Empire, A study of the Establishment, Activities, and Significance of the Administration of the Ottoman Public Debt, AMS Press, New York, 1966, p.117

Louise Abellard est étudiante chercheuse en économie et sciences politiques, membre du CADTM France

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés
Photo : Avis de recherche émis par les rebelles syriens à propos de Sevra Baklaci

Sevra Baklaci est une journaliste travaillant en Syrie depuis trois ans. L’an dernier, les rebelles ont lancé un avis de recherche à son encontre. Ils veulent sa peau au motif qu’elle a présenté le journal télévisé de la chaîne officielle syrienne et dénoncé leurs crimes.

Actuellement, Sevra recueille, au péril de sa vie, les témoignages de Syriens victimes des groupes armés. Ses recherches confirment le projet génocidaire de la prétendue “rébellion” syrienne.

Sevra, 25 ans, est originaire d’Antioche en Turquie, une ville à la frontière syrienne majoritairement arabophone où cohabitent harmonieusement Arabes, Turkmènes, Kurdes, Arméniens, sunnites, alaouites, chrétiens et juifs.
 
Après avoir décroché un diplome en sciences sociales à l’Université de Gaziantep (sud de la Turquie), Sevra décide de s’installer en Syrie pour parfaire son arabe.
 
C’était quelque mois à peine avant le début du soi-disant « printemps syrien ». La Syrie était alors un pays relativement paisible. Sevra ne s’imaginait pas un seul instant que ce pays allait subitement basculer dans l’horreur.
 
Face à l’escalade de la violence, sa famille la supplia de rentrer en Turquie.
 
Mais elle refusa, préférant appuyer la résistance du peuple syrien contre l’impérialisme et ses mercenaires qui sèment la terreur dans le pays.
 
Sevra servit d’abord d’interprète en turc pour l’agence syrienne d’information SANA.
 
Puis, du jour au lendemain, elle se retrouva sous le feu des projecteurs en tant que présentatrice du journal télévisé syrien en langue turque.
 
Depuis quelques mois, elle écrit des articles pour Sol (La gauche), le journal du Parti communiste de Turquie (TKP).
 
Dans son dernier billet, Sevra révèle que l’extermination silencieuse des alaouites par les groupes takfiris porte un nouveau nom de code: « bidon d’huile »
 
Elle y explique que « bidon d’huile » (galounet zeyt en arabe) est un surnom utilisé par les djihadistes syriens pour désigner les alaouites.
 
Aux check-points tenus par la rébellion, les chauffeurs de bus qui sont de mèche avec les terroristes communiqueraient à ces derniers le nombre de « bidons d’huile » se trouvant à bord de leur véhicule.
 
Les alaouites identifiés comme tels seraient alors arrêtés et fusillés.
 
Certaines victimes ne seraient cependant pas massacrées sur-le-champ.
 
Sevra nous a en effet confiés que plusieurs milliers d’alaouites sont d’abord utilisés comme esclaves sur le front.
 
Les alaouites faits prisonniers seraient forcés de creuser des tunnels servant à acheminer des combattants, des armes et des vivres aux groupes terroristes.
 
D’après plusieurs témoignages recueillis par Sevra, une fois le travail accompli, les esclaves seraient éliminés.
 
Les dizaines de kilomètres de galeries découvertes par l’armée syrienne en divers endroits du pays s’expliqueraient ainsi par la mobilisation massive de prisonniers par les groupes djihadistes dans les travaux de creusement.
 
Sevra reproche certaines ONG internationales de minimiser voire de nier le projet génocidaire des groupes djihadistes actifs en Syrie.
 
Espérons que le monde entende sa voix avant que les terroristes ne la fasse taire à jamais.

Bahar Kimyongür
  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés