La militarisation de l’Amérique

juillet 28th, 2013 by Bill Van Auken

Le déploiement d’hélicoptères Blackhawk à Chicago cette semaine n’est que le dernier d’une série d’exercices d’« entraînement au combat en zone urbaine » qui sont devenus un élément familier de la vie américaine.

Comme ailleurs, cet exercice a été lancé devant une population civile ébahie et sans avoir été annoncé. Conduits en secret, apparemment avec l’accord des services de police locaux et des élus, démocrates comme républicains, l’objectif évident de ces exercices est de donner aux troupes américaines de l’expérience dans ce que le Pentagone appelle « des opérations militaires en terrain urbain. »

Ce type d’opération est sans conteste d’une importance cruciale pour l’armée américaine. Au cours de la décennie écoulée, sa mission principale, comme l’ont prouvé l’Afghanistan et l’Irak, a été l’invasion et l’occupation de pays relativement faibles militairement et la soumission de leur population qui résistait à l’occupation, souvent dans des combats maison par maison dans les centres urbains.

L’armée dispose d’un Centre d’entraînement urbain de 4 kilomètres carrés au centre-sud de l’Indiana qui se targue de plus de 1500 « structures d’entraînement » conçues pour simuler des maisons, des écoles, des hôpitaux et des usines. Le site web du centre affirme qu’il « peut être adapté pour reproduire des situations étrangères tout comme nationales. »

Qu’est-ce que cela peut apporter de faire voler des Blackhawks à faible altitude au-dessus des immeubles de logements de Chicago ou de faire rouler des convois militaires blindés dans les rues de St Louis qu’il ne serait pas possible d’obtenir avec les simulations du centre d’entraînement ? Rien que l’année dernière, il y a eu au moins sept exercices de ce type, à Los Angeles, Chicago, Miami, Tampa, St Louis, Minneapolis et Creeds en Virginie.

La réponse la plus évidente est que ces exercices habituent les troupes à opérer dans les villes américaines, tout en désensibilisant la population américaine au déploiement de la puissance militaire américaine à l’intérieur du pays.

Les préparatifs pour ce genre de déploiement sont déjà très avancés. Au cours de la décennie passée, sous le prétexte de la « guerre mondiale contre le terrorisme, » Washington a promulgué une série de lois répressives et créé une vaste nouvelle bureaucratie de contrôle d’Etat sous l’autorité du département de la sécurité intérieure. Sous le gouvernement Obama, la Maison Blanche s’est arrogé le pouvoir de mettre les ennemis de l’Etat en détention militaire pour une durée indéfinie, ou même de les assassiner sur le sol américain par des frappes de drones, tout en développant fortement l’espionnage électronique de la population américaine.

Une partie de ce processus est l’augmentation incessante du pouvoir de l’armée américaine et son intervention croissante dans les affaires intérieures. En 2002, la création de l’US Northern Command a attribué pour la première fois un commandement militaire pour les opérations à l’intérieur des États-Unis eux-mêmes.

Encore en mai dernier, le Pentagone a annoncé l’application de nouvelles règles d’engagement pour les forces militaires américaines opérant sur le sol américain pour apporter un « soutien » aux autorités civiles chargées de faire respecter la loi, y compris pour faire face aux « troubles civils. »

Ce document déclare des pouvoirs militaires très larges et sans précédent dans une section intitulée « Autorité d’urgence. » Elle affirme l’autorité d’un « commandant militaire » dans « des circonstances d’urgence extraordinaire où une autorisation préalable par le président est impossible et où les autorités locales régulières sont incapables de contrôler la situation, de s’engager temporairement dans des activités qui sont nécessaires pour contenir des troubles civils inattendus de grande ampleur. » En d’autres termes, les huiles du Pentagone s’arrogent l’autorité unilatérale d’imposer la loi martiale.

Ces pouvoirs ne sont pas pris dans le but de défendre la population des États-Unis contre le terrorisme ou pour contrer une urgence hypothétique. Le commandement militaire américain est tout à fait conscient d’où se trouve le danger.

Dans un récent article, un instructeur de haut niveau au Commandement de Fort Leavenworth et au General Staff College [qui forme les hauts gradés de l'armée américaine, ndt] et ex-directeur de l’École militaire des études militaires avancées a présenté un scénario révélateur pour une situation dans laquelle l’armée pourrait intervenir.

« La grande récession du début du vingt-et-unième siècle dure plus longtemps qu’on ne l’avait anticipé. Après un changement de pouvoir à la Maison Blanche et au Congrès en 2012, le parti au pouvoir coupe tous les financements qui étaient attribués à la relance de l’économie et à l’aide sociale. L’économie des États-Unis se trouve en stagnation, comme le Japon dans les années 1990, pour la majeure partie de la décennie. En 2016, l’économie montre des signes de reprise, mais les classes moyennes et les classes moyennes inférieures n’en ressentent presque pas les effets en matière d’emploi ou d’augmentation des salaires. Le chômage continue à osciller périlleusement près d’un pourcentage à deux chiffres … »

En d’autres termes, le Pentagone voit que de telles conditions – qui diffèrent très peu de celles en cours aux États-Unis aujourd’hui – pourraient produire des soulèvements sociaux qui ne pourraient être contenus que par le recours à la force militaire.

Ce qui est mis au rebut, en coulisses et pratiquement sans aucune couverture médiatique, et encore moins de débat public, ce sont les principes constitutionnels qui remontent à des siècles et qui interdisent l’utilisation de l’armée pour maintenir l’ordre public contre des civils. Dans la déclaration d’indépendance elle-même, la justification de la révolution contre le roi George comprenait l’accusation qu’il avait « décidé de rendre l’armée indépendante du pouvoir civil et supérieure à ce dernier. »

Allant de pair avec l’accroissement des pouvoirs de l’armée à l’intérieur du pays, la police censée être civile a été militarisée. Un article publié par le Wall Street Journal le week-end dernier et intitulé « l’avènement du policier guerrier » décrivait très clairement ce processus :

« Poussées par une rhétorique martiale et la disponibilité d’équipements de type militaire, des baïonnettes et des fusils M-16 jusqu’aux transports de troupes blindés, les forces de police américaines adoptent souvent un état d’esprit qui était, par le passé, réservé au champ de bataille. La guerre contre la drogue et, plus récemment, les actions anti-terroristes qui ont suivi le 11 septembre ont créé une nouvelle figure sur la scène américaine : le policier guerrier – armé jusqu’aux dents, prêt à traiter durement les malfaiteurs, et une menace croissante contre les libertés américaines ordinaires. »

Cet article décrit la vaste prolifération des unités SWAT (Special Weapons and Tactics) dans pratiquement chaque ville d’Amérique, grâce aux 35 milliards de dollars alloués par le ministère de l’Intérieur, « avec l’essentiel de l’argent allant à l’achat de matériel militaire comme les transports de troupes blindés. »

Cette force armée a été étalée à la vue de tous en avril durant ce qui revenait à être l’imposition d’un état de siège sur la ville de Boston, apparemment pour ne capturer qu’un adolescent suspect. Toute la population d’une grande ville américaine a été enfermée chez elle pendant que des policiers équipés pour le combat, pratiquement impossible à distinguer des militaires, ont occupé les rues et mené des fouilles maison par maison sans mandat.

Ce qui sous-tend cette militarisation sans précédent de la société américaine ce sont deux processus parallèles. L’immense élargissement du gouffre social qui sépare les milliardaires et multimillionnaires qui contrôlent la vie politique et économique de la classe ouvrière américaine qui constitue la grande majorité de la population, est fondamentalement incompatible avec la démocratie et exige d’autres formes de pouvoir. En même temps, le passage au militarisme comme principal instrument de politique étrangère américaine a largement augmenté le pouvoir de l’armée au sein de l’appareil d’Etat américain.

L’oligarchie dirigeante américaine et le Pentagone reconnaissent tous deux qu’une polarisation sociale profonde et une crise économique qui s’aggrave ne peuvent qu’aboutir à des soulèvements sociaux. Ils s’y préparent en conséquence.

Les travailleurs doivent tirer les conclusions appropriées et faire ses propres préparatifs politiques pour les confrontations inévitables à venir.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 25 juillet 2013

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Trappes (France) : Ce que nous voilent les non-dits

juillet 28th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Mon Dieu gardez-moi de mes amis, quant à mes ennemis je m’en charge.»

Voltaire

19 juillet, un contrôle policier dérape! S’en suit une nuit d’émeute et quelques jours de tension dans la bonne ville de Trappes. Le calme est revenu, les fautifs sont punis. Les partis politiques ont fait ce qu’il fallait faire pour alimenter la tension et le gouvernement par la voix du ministre de l’Intérieur a réagi fermement trouvant intolérable de s’en prendre à la police. Est-ce pour autant que l’incident est clos? Que la paix reviendra après ces incidents? Il semble bien que non, la situation est plus complexe.

Les causes du dérapage

Nous allons décrire brièvement les deux versions en présence: celle de la police et celle des personnes contrôlées: «A l’origine des violences à Trappes, lit-on sur le journal Le Monde: un contrôle d’identité qui a dégénéré, jeudi 18 juillet, suivi de l’arrestation du mari de la femme contrôlée parce qu’elle portait un voile intégral sur la voie publique – ce qui est interdit en France depuis 2011. Depuis, deux scénarios se font face sur le déroulement du contrôle et de l’interpellation du mari. Pour les forces de l’ordre, c’est le mari qui s’est opposé au contrôle, assénant des coups à un policier, ce qui lui a valu d’être interpellé puis placé en garde à vue. » (1)

Le fonctionnaire de police présente des marques d’étranglement au cou et une trace de coup au niveau d’une pommette, a précisé le procureur de la République de Versailles, M.Lesclous. «Lors du contrôle d’identité d’une femme en voile intégral à un arrêt de bus jeudi, la situation a dégénéré. Le mari de cette femme a sauté à la gorge du policier qui effectuait le contrôle et a tenté de l’étrangler. Il a donc été placé en garde à vue pour rébellion», précise Christophe Crépin, de l’UNSA-Police. Le mari de la femme voilée a ensuite été déféré au parquet, qui a requis son placement sous contrôle judiciaire. Il doit être convoqué dans les deux mois devant le tribunal».(1)

 «Pour le mari, la version est tout autre. Interviewé sur la chaîne La Locale, il nie la version des policiers. Selon lui, pas de refus de contrôle de leur part, mais des provocations de la part des forces de l’ordre. L’homme raconte que vendredi, il se dirigeait avec son épouse, sa belle-soeur et sa belle-mère, courses à la main, vers son domicile pour rompre le jeûne du Ramadan. C’est alors que les policiers procèdent au contrôle, «sans même nous dire bonjour», souligne le mari. «A la base on n’a jamais refusé le contrôle», insiste-t-il, précisant avoir déjà subi plusieurs contrôles de ce type qui se sont bien déroulés, et que le couple a, à chaque fois, payé l’amende infligée pour port du voile intégral. Ce soir-là, selon lui, à la demande des policiers, sa femme propose donc de relever son voile, mais plus loin, à l’abri des regards. La mère de la jeune femme a demandé pourquoi les policiers la contrôlaient: «On n’est pas des criminels, on rentre chez nous en famille, simplement.» C’est alors que, selon lui, «le policier la pousse», un geste qui fait dégénérer la situation».(1)

«Quant à la tentative d’étranglement qui lui est reprochée, l’homme est catégorique: «C’est totalement faux. A aucun moment je n’ai porté atteinte à un des policiers ou essayé de l’étrangler ou autre. «C’est déjà arrivé que les policiers soient provocants, agressifs envers nous sans aucune raison valable. Comme si on avait fait un crime de fou de vouloir pratiquer notre religion, simplement», a encore ajouté le jeune homme. Sa femme et lui se sont convertis à l’Islam, il y a cinq ans. «Avant que je sois musulman, je ne m’étais jamais fait contrôler, je n’avais aucun souci avec la police, on se disait bonjour, a-t-il expliqué. Depuis que je suis musulman, leur regard est différent [...]. Ils nous pistent [...]. On a l’impression d’être des criminels.»»(1)

Les réactions

 «La principale bénéficiaire de la situation actuelle écrit Alex Lantier? est Marine Le Pen, dirigeante du Front national néo-fasciste (FN). Son taux de popularité augmente et a atteint 31 pour cent. Elle a réagi aux émeutes de Trappes en qualifiant les habitant de «voyous déchaînés.» Elle a dit, «Il est plus que temps de taper du poing sur la table en organisant la reconquête par la loi et l’ordre de chaque mètre carré du territoire national».(2)

Le leader de l’UMP n’est pas en reste. Jean-François Copé qui dans une tribune pour Le Monde, appelle «la majorité à «faire bloc» contre les dérives intégristes. Au prétexte des violences à Trappes, il exhorte François Hollande et Jean-Marc Ayrault à réaffirmer leur attachement à l’interdiction du voile intégral». (3)

Ce que pensent les «Trappistes»

Un sentiment de malvie exacerbé à la fois par les contrôles intempestifs et itératifs, mais aussi le chômage, la bravade, le refuge dans la religion. «Tous les Trappistes interrogés évoquent des contrôles d’identité qui ne visent «que les musulmans», une atmosphère islamophobe propre à Trappes.» Toute la ville est énervée! Vous pensez qu’on se révolte juste pour un contrôle qui tourne mal? C’est toute l’atmosphère de Trappes qui nous donne des envies de révolution», s’emporte un homme d’une trentaine d’années devant un centre commercial de la ville. On en a marre que les politiques ici veuillent «blanchiser» la ville». Kamel Laouadi, 32 ans et père de famille, l’air grave. «On n’a pas la haine par hasard. On se battrait pour la France, mais il faut arrêter de venir toucher à la religion tout le temps.» Pour lui, «ce qui va se passer ce soir» n’est qu’un début. «Dans vingt ans, Trappes, c’est la Tchétchénie!» (4)

Autre son de cloche des Trappistes excédés par celles qui portent le voile: «Près d’un arrêt de bus, samedi matin, un chibani de 89 ans, partage ses interrogations: «Il y avait bien des petites bricoles avant, mais c’était pas méchant.» Arrivé en France en 1946, il habite le quartier depuis 1973, après avoir travaillé dans les mines de charbon dans le Nord. Le retraité, lui, dénonce la réaction de la femme voilée et de son mari: «Je n’aime pas ça. A la douane, il faut montrer son visage pour passer. C’est comme ça, même en Algérie les douaniers ont le droit de vérifier pour connaître le visage.» A quelques mètres de là, «Abdislam» Marocain de 65 ans – se dit musulman, mais «pratiquant sans barbe». «Je n’aime pas les femmes qui portent le voile. La religion, ce n’est pas avec le voile, c’est avec le coeur.» (…) «Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu ça, surtout en plein Ramadhan, témoigne Mariam, une aide-soignante de 26 ans «Chacun ses croyances, sa religion, poursuit cette musulmane qui se dit non-pratiquante. Maintenant, les femmes voilées ont peur de sortir seules et de se faire agresser par des jeunes ou par la police.»» (5)

Rachid Nekkaz, celui qui paie les amendes des femmes voilées

Quand il y a réaction il y a toujours une contre réaction!. On apprend que les amendes de 150 euros pour port de niqab sont payés par un philanthrope qui peut être sincère mais qui donne l’impression d’encourager à la bravade celles qui portent le niqab autrement que par convection. Sur le site Rue 89 nous lisons: «661 amendes ont été dressées depuis la loi de 2011 interdisant le port du voile intégral dans l’espace public. Rachid Nekkaz est né en 1972 à Choisy-Le-Roi, promoteur immobilier en a payé 653. La dernière, c’était celle de Liala, mardi 23 juillet. Liala a contacté Rachid Nekkaz, directement, «en passant par le site de mon association «Touche pas à ma Constitution», assure-t-il ». (6)

« Pour qu’il sorte le carnet de chèques, la jeune femme a dû lui envoyer «un petit courrier, s’engageant à ne pas faire preuve de violence envers des policiers».(6)

«Sa femme est une Américaine, et catholique. «Je suis un musulman laïc, opposé au niqab. Ce que je défends, c’est la liberté pour les femmes de le porter ou non.» (…) Pour Moussa Khedimellah, sociologue de l’islam et des quartiers populaires: «Nekkaz est un lanceur d’alerte. Il aurait pu avoir une carrière politique à la Tapie, mais il a préféré utiliser son argent pour éveiller les consciences.» Il ajoute: «C’est un amoureux de la France, engagé depuis plus de vingt ans du côté des pauvres. Sa démarche est à la croisée de celles de Coluche et de Stéphane Hessel.»(6)

Le fond rocheux du racisme exacerbé par la situation économique

Nous ne dirons jamais que tous les Français sont racistes! Et à ce titre aucun peuple ne peut donner des leçons à un autre sur cette plaie qui nous vient du fond des âges et qui est consubstantielle de la nature humaine. En fait, ces tragiques événements nous montrent qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil: le racisme, la stigmatisation, la discrimination ont été banalisés par les qui pour des raisons électoralistes ne veulent pas être débordés par l’extrême droite, qu’ils soient d’ailleurs de droite (précédente mandature) ou de gauche. La situation économique délicate, le chômage des jeunes sont aussi des catalyseurs de la malvie. Cependant, comme souvent lors d’événements de ce type, les tensions ont été surmultipliées sur les réseaux sociaux.

Il suffit de taper «émeutes banlieue» pour retrouver la plupart des clichés de son montage. Mieux encore, une télévision officielle participe à l’attisement, le site de TF1news a également utilisé cette image, en ajoutant en légende «nuit du 19 au 20 juillet 2013». Enfin, comme rapporté par un internaute, «sur une vidéo extraite d’un journal télévisé de France 2, la caméra parcourt un entrepôt de bus calcinés. La voix off, celle d’Elise Lucet, ne laisse aucun doute: ce sont bien les transports en commun de Trappes qui ont été visés. Mais c’était à l’automne 2005, quand les événements qui ont débuté à Clichy-sous-Bois s’étaient répandus dans la banlieue parisienne».

Pour couronner le tout, on apprend que le mardi 23 juillet une enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été décidée pour identifier les auteurs de propos racistes publiés sur une page Facebook destinée à la police, après les violences qui ont frappé la ville de Trappes. Les commentaires, «au contenu violent et parfois raciste» selon une source proche du dossier, avaient été publiés sur la page Facebook de «Forum police-info».

L’islamophobie et ses causes multiples

Au-delà du racisme, l’islamophobie. C’est donc une double peine! Le dernier rapport de la Cncdh en parle. «Pour la troisième année consécutive, les indicateurs de racisme sont en hausse, que l’intolérance augmente. Le phénomène s’ancre dans la durée et cette évolution est particulièrement préoccupante», s’inquiète la Cncdh, en se basant sur un sondage CSA réalisé fin 2012 auprès de 1029 personnes. Le rapport souligne une «augmentation toujours plus marquée de la méfiance à l’égard des musulmans et un rejet croissant des étrangers, perçus de plus en plus comme des parasites, voire comme une menace.» (7)

 «Il y a une mauvaise perception de la religion musulmane qui menacerait un modèle social en difficulté et la laïcité comme élément de l’identité française», analyse Emmanuel Rivière, directeur d’opinion de TNS Sofres. Dans «un contexte de hausse du chômage et de fermeture d’usines», la commission souligne «une dangereuse banalisation des propos racistes».Deux autres vecteurs de cette banalisation: Internet et les discours politiques. «Internet contribue grandement à cette banalisation. Elle s’alimente également de l’instrumentalisation dans le discours politique de certaines thématiques (immigration, religion-laïcité), ainsi que de certains dérapages qui ont suivi», note la commission. Dans ses propositions, la commission appelle les pouvoirs publics «à trouver les moyens pour lutter contre les préjugés dès la crèche et l’école maternelle».(7)

Pourtant les musulmans de France ont voté nettement à gauche, Selon une étude Ifop, au premier tour de la présidentielle 2012, François Hollande avait recueilli 57% des voix de l’électorat musulman contre seulement 7% pour Nicolas Sarkozy et, au second tour, le candidat socialiste avait raflé 86% des voix des musulmans.

C’est dire que ce n’est pas une question de vote pour la droite ou la gauche qui fera que les musulmans seront en sécurité dans leur pays. Seul le savoir et la compétence permettront leur intégration par le haut. Que fait le Cfcm pour défendre les citoyens français de confession musulmane qui veulent vivre d’une façon apaisée leur spiritualité à l’ombre du respect des lois de la République? Rien!Le verra-t-on initier un débat sur la nécessité, comme en Grande-Bretagne, de contribuer à la sérénité en proposant que chaque contrôle soit filmé et que la personne contrôlée reçoive un récépissé? L’Affaire de Trappes n’aurait jamais eu lieu car chacun sait quelles sont les limites de la loi. Le verra-t-on revendiquer à l’instar du Crif que l’on respecte ces Français qui ont choisi d’être musulmans en invitant le gouvernement à sa table? Non, le Cfcm s’occupe lui de perturber l’imaginaire des musulmans en leur proposant à la hussarde de commencer le jeûne un jour plus tôt pour se vouloir moderne en empruntant une rationalité.

Ce qui se passe en France est triste mais le reflexe de victimisation ne paye plus. Les Français musulmans même de la dixième génération seront toujours «d’origine»…Ils doivent comprendre que la France- avec toutes les lois mises en place ces dernières années et qui contredisent dans son essence la loi de 1905 sur la laïcité- ne permettra jamais et son droit la mise en place d’un Islam exogène à ses valeurs. Elle veut un Islam invisible sans aspérité et c’est une erreur car cet Islam sera source d’instrumentalisation et de création des extrêmes qui feront leur miel des situations sociales déplorables!

Les Français de confession musulmane devraient s’inspirer du modèle des Français de confession juive qui misent sur l’intelligence, la discrétion et la compétence. Quand nous aurons une masse critique de Français musulmans éclairés qui n’ont pas la tentation de faire de l’Islam un fonds de commerce, qui ne font pas dans l’ostentation, alors l’Islam de France sera respecté, voire honoré pour son apport culturel, cultuel et pour ce désir d’être ensemble dont parle si bien Renan.

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. «A aucun moment je n’ai porté atteinte à un des policiers» Le Monde.fr 24.07.2013

2. Alex Lantier http://www.mondialisation.ca/des-emeutes-eclatent-a-trappes-apres-linterpellation-par-la-police-de-la-famille-dune-femme-voilee/5343622

3. http://www.lexpress.fr/actualite/politique/trappes-jean-francois-cope-appelle-a-faire-bloc-contre-l-integrisme_1268857.html#s2aCX1j CAZId3hik.99

4. L’atmosphère de Trappes qui nous donne des envies de révolution» Le Monde.fr 20.07.2013

5. Trappes: un jeune blessé à l’oeil, six arrestations Le Monde 19 07 2013

6. http://www.rue89.com/2013/07/24/est-rachid-nekkaz-celui-paie-les-amendes-femmes-voilees-244504

7. http://www.elwatan.com/hebdo/france/racisme-et-islamophobie-les-indicateurs-au-rouge-24-03-2013-207691_155.php

 

 

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Début juillet 2013, le ministère public de la confédération helvétique (MPC) a requis une peine de deux ans de prison avec sursis et le paiement de 162.000 euros (200.000 francs suisses) |1| contre Jacques de Groote, ex-administrateur du Fonds monétairess international (FMI) et de la Banque mondiale (BM). Contre les cinq Tchèques inculpés |2|, le MPC a requis cinq ans de prison et des amendes allant de 242 000 à 1,2 million d’euros (1,5 million de francs suisses). Selon différentes sources de presse, tous sont accusés d’avoir détourné les actifs de la société minière tchèque Mosteck Uhelna Spolecnost (MUS) entre 1997 et 2003.

Au cours de l’instruction de cette affaire, le MPC avait ordonné la saisie de près de 660 millions de francs suisses (540 millions d’euros ou 705 millions de dollars) placés sur des comptes bancaires en Suisse. Cette somme reste sous séquestre. Le verdict devrait intervenir en octobre 2013. Si celui-ci confirme la requête du MPC, plus de 425 millions de francs suisses (344 millions d’euros) devraient être restitués aux lésés, selon les conclusions du MPC, soit 149 millions de francs suisses à l’État tchèque et 276 millions de francs suisses à la société MUS. Toujours selon le réquisitoire, la part de cet argent qui ne sera pas restituée à l’État tchèque et à MUS devrait être définitivement confisquée.

Le procès qui s’est ouvert en mai 2013 à Bellinzona (Tessin suisse) concerne l’une des plus importantes affaires de blanchiment jamais jugées en Suisse. Il se poursuit en juillet 2013 avec les plaidoiries des avocats de la défense. Les accusés plaident non coupables et demandent la restitution de l’argent mis sous séquestre.

De son côté, le MPC affirme que les accusés ont profité de la privatisation de la mine MUS située dans le nord du pays – dont la houille servait alors à produire 40% de l’électricité tchèque – pour s’enrichir illégalement grâce à une architecture complexe de sociétés-écrans internationales.

Selon l’agence de presse tchèque, CTK, le gouvernement tchèque a été complice du détournement de biens publics car il a accepté de brader l’entreprise en vendant ses actions à un cinquième de la valeur réelle |3|. L’actuel président de la République tchèque, Miloš Zeman, néolibéral, était premier ministre au moment de la privatisation et a toujours affirmé que la vente de la mine MUS n’avait porté aucun préjudice à l’État |4|. Du coup, l’État tchèque ne s’est pas retourné contre les responsables de la fraude. Si la justice suisse ne s’était pas saisie de cette affaire, les accusés n’auraient pas été véritablement inquiétés.

Au-delà de la personne de Jacques de Groote

La Banque mondiale et le FMI ont lancé un vaste programme de privatisation en République tchèque comme dans la plupart des autres pays de l’ex-bloc soviétique à l’époque où Jacques de Groote était directeur exécutif (son mandat a pris fin en 1991 à la BM et en 1994 au FMI).

Au-delà de l’individu Jacques de Groote, et quelles que soient les intentions de la justice suisse, le procès en cours doit être l’occasion de mettre en évidence à quel point l’action du FMI et de la Banque mondiale ont été préjudiciables. Manifestement, la justice suisse se garde bien de mettre en cause ces institutions. Elle poursuit des individus. Cela ne doit pas nous empêcher de voir qu’au-delà des individus, il y a un système et des institutions qui leur permettent d’agir de la sorte ou qui les encouragent à le faire.

Il est important de comprendre que ce qui s’est passé en République tchèque avec la privatisation de la mine MUS s’est produit à de multiples reprises au cours des trois dernières décennies, que ce soit dans les pays de l’ex-bloc de l’Est, dans les pays dits « en développement » ou aujourd’hui en Grèce, au Portugal, à Chypre et ailleurs. Dans presque chaque cas, les gouvernants locaux ont été complices : ils ont permis à une poignée d’individus et d’entreprises privées d’en tirer profit au détriment du bien commun. Cela s’est également passé dans les pays les plus industrialisés, que ce soit en Allemagne, en France, au Royaume Uni, au Japon, aux États-Unis, en Italie, en Belgique… pays dans lesquels, jusqu’ici, l’intervention du FMI et de la Banque mondiale n’a pas été nécessaire, puisque les décisions ont été prises directement par les gouvernants en rapport étroit avec de très grandes entreprises.

Pour que des détournements massifs d’argent public puissent avoir lieu, il faut également la participation active des grandes banques. Dans le cas de l’affaire qui nous concerne ici, le Crédit Suisse (une des deux principales banques suisses) est impliqué mais il n’est pas directement au banc des accusés. C’est aussi à souligner.

Le cas particulier de Jacques de Groote

Indépendamment de la décision finale qui sera prise par la justice suisse, il est clair que Jacques de Groote a activement participé à la mise en route de privatisations qui ont été néfastes pour les populations et très lucratives pour une poignée d’individus qui se sont enrichis sur le dos de la collectivité.

Dans son cas, alors qu’il était toujours en fonction comme directeur exécutif du FMI, si l’on en croit le patron de la société CAASA, Alain Aboudharam, il a reçu une rémunération importante de la part de cette société suisse pour des services qu’il lui a rendus. Il ne s’agissait pas de la mine MUS, mais il y avait un rapport avec des activités en République tchèque.

Dans une lettre datée qu’il a adressée au CADTM le 19 juin 2013, Alain Aboudarham, propriétaire de la société Casaa basée à Lausanne, affirme qu’il a versé à Jacques de Groote plus de 1,2 million de dollars pendant la période 1992-1994 alors que celui-ci était encore en fonction au FMI. |5|

Voici un extrait de cette lettre : « De par ses contacts alors qu’il était administrateur du FMI jusqu’en 1994, il m’a aidé, au travers de ma société, à rencontrer des dirigeants en Tchéquie. Ainsi j’ai pu rencontrer, en mai 1992, le Président de la société Skodaexport, société spécialisée dans le domaine de projets industriels et d’infrastructure. Ma société a conclu plusieurs projets avec cette entreprise, dont seuls deux d’entre eux ont été appuyés par M. de Groote au niveau de ses relations en Tchéquie. ll s’agissait, pour l’une, de la construction et pose d’un pipeline en Inde, reliant Kandla à Bathinda, financé intégralement par le gouvernement indien, et, pour l’autre, de renégocier des dettes fiscales de Skodaexport avec le Ministère des Finances. |6| »

Alain Aboudarham poursuit sa lettre en précisant le montant des sommes versées : « Le travail de conseil fourni par M. de Groote auprès de ma société, pour les seules années 1992 à 1994, lui a permis de percevoir des commissions d’environ 1 .292 902 $. Fin 1996, ce montant totalisait 1 611 537 $. C’est à cette date que notre collaboration professionnelle prit fin et que plus aucun lien financier n’existait alors entre nous. »

Alain Aboudarham indique comment les paiements ont été effectués : « Les honoraires de M. de Groote étaient réglés, en général, par le remboursement de dettes qu’il avait contractées dans le passé auprès de divers personnes physiques ou morales. Ainsi, depuis fin 1992 et ce jusqu’au 31 décembre 1994, je me suis acquitté des commissions dues en réglant ses dettes, certaines dues depuis 1980, auprès de la Banque Belgolaise, la Banque Nagelmakers, la Banque de Crédit Hypothécaire à Anvers, entre autres, ou d’autres personnes physiques. »
Alain Aboudarham ajoute qu’après avoir mis fin à une collaboration de « type professionnelle » (pour reprendre ses termes), il a poursuivi des relations à titre personnel avec de Groote : « En 1998, à titre personnel, et de manière informelle, je lui ai prêté de l’argent pour qu’il puisse régler son hypothèque sur sa maison de Washington. J’ai continué de l’aider jusqu’à fin 2000. Au 31 décembre 2000, sa dette à mon égard s’élevait à 421 584 $. Lorsque j’ai souhaité être remboursé, cela s’est révélé très laborieux et, finalement en 2002 lorsque j’ai saisi la justice américaine, M. de Groote s’est mis sous la protection du fameux chapter 11 (loi sur les faillites) afin d’être protégé de ses créanciers. »

Dans l’article intitulé « Une figure emblématique du FMI et de la Banque mondiale devant la justice suisse » |7|, il était fait référence aux jugements émis par la justice des ÉEtats-Unis dans le procès intenté par Aboudarham contre de Groote. Dans sa lettre, Aboudarham tient à préciser la raison pour laquelle il a été débouté par la justice nord-américaine |8| : « La raison pour laquelle M. de Groote a gagné le procès américain est purement technique. Les prêts octroyés par mes soins à M. de Groote l’étaient à titre personnel. Les billets à ordre signés par ses soins par lesquels il reconnaissait sa dette envers moi étaient libellés au nom de ma société Conseil Alain Aboudarham. Je les ai cédés à ma société au moment du procès. Le juge américain a considéré que ma société et moi-même n’étions pas la même entité et m’a donc débouté non pas sur le fait qu’il était mon débiteur, puisque cela a même été confirmé par un jury populaire, mais sur l’impossibilité technique de faire état de ces billets à ordre pour que cette dette soit réglée. »

Enfin, Alain Aboudarham tient à dissocier l’affaire judiciaire en cours en Suisse des relations qu’il a entretenues avec Jacques de Groote : « N’ayant à ce jour jamais démenti les propos avancés par M. de Groote, par souci de confidentialité et d’anonymat, je me permets de le faire aujourd’hui pour éviter justement que tout amalgame soit fait entre ce qui s’est passé entre 1992 et 1996 entre nous sur le plan professionnel, le procès qui nous a opposé entre 2002 et 2006 pour un prêt personnel non remboursé, et ce qui se passe aujourd’hui à Bellinzone, où lui est, sur le banc des inculpés, avec cinq autres personnes, accusé de blanchiment d’argent, gestion déloyale et escroquerie, corruption et blanchiment aggravé. »

Jacques de Groote comme figure emblématique de l’élite qui gouverne la planète

Au-delà des péripéties de son parcours personnel, Jacques de Groote symbolise les aspects profondément néfastes des politiques appliquées de manière méthodique par la Banque mondiale, le FMI et l’élite qui gouverne le monde à la recherche du profit privé maximum et de la consolidation du système.

Résumons sans être exhaustif |9| : soutien de la BM et du FMI à la politique spoliatrice des puissances coloniales jusqu’aux indépendances, et ce en flagrante contradiction avec la charte des Nations Unies, de Groote y participe du côté de la Belgique qui domine le Congo « belge » jusqu’en juin 1960 ; déstabilisation et écartement de Patrice Lumumba (la Belgique est impliquée dans l’assassinat de l’ancien premier ministre congolais en janvier 1961) ; soutien à la dictature de Mobutu des années 1960 jusqu’au début des années 1990, de Groote a conseillé Mobutu et son gouvernement ; soutien de la BM et du FMI au régime du général Habyarimana au Rwanda des années 1980 au début des années 1990, de Groote a conseillé le gouvernement rwandais ; rappelons que les dictatures de Mobutu et d’Habyarimana ont été coupables de violations systématiques des droits humains et de crimes contre l’humanité. La liste doit être complétée : application systématique de l’agenda néolibéral avec la généralisation des politiques d’ajustement structurel afin notamment de rembourser une dette odieuse et/ou illégitime, et de mieux ouvrir les économies des pays endettés aux intérêts des grandes sociétés privées transnationales, de Groote y participe en tant que directeur exécutif à la BM entre 1975 et 1991 et au FMI entre 1973 et 1994 ; vaste programme de privatisations dicté par le FMI et la Banque mondiale qui a bénéficié à une poignée d’individus et à quelques grandes entreprises privées, les privatisations ont été souvent liées à des fraudes et à des escroqueries comme le dénonce la justice suisse dans le cas de la privatisation de la mine MUS. S’ajoute dans le cas de Jacques de Groote un conflit d’intérêt manifeste car alors qu’il était encore directeur exécutif du FMI, il a perçu d’importantes sommes pour les aides qu’il a apportées au secteur privé. Il faut relever que le FMI et la Banque mondiale n’ont décidé aucune sanction, aucune mesure pour faire face à ce conflit d’intérêt, la Belgique, représentée par de Groote dans ces institutions, non plus.

Dans cette affaire la cupidité se mêle, de manière révoltante, à la violation des droits humains fondamentaux. Les institutions responsables restent jusqu’ici intouchables et leurs dirigeants croient bénéficier d’une impunité scandaleuse. Il est grand temps d’y mettre fin ! Il faut donc obtenir à la fois que les fonctionnaires du FMI et de la BM soient redevables devant la justice pour les actes posés dans l’exercice de leurs fonctions et que les institutions en tant que telles rendent compte devant la justice pour les multiples violations des droits humains auxquelles elles se sont livrées, et continuent de se livrer, au Nord comme au Sud.

Éric Toussaint

Notes

|1| Voir http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Mon…

|2| Marek Cmejla, Jiri Divis, Oldrich Klimecky, Antonin Kolacek et Petr Kraus.

|3| Voir http://praguemonitor.com/2013/07/08…

|4| Voir Anna Kubišta, « Scandale de la privatisation de la société minière de Most : le procès s’ouvre en Suisse », http://www.radio.cz/fr/rubrique/fai… publié le 13 mai 2013.

|5| Les faits rapportés par Alain Aboudarham peuvent être retrouvés dans le jugement suivant : Conseil Alain Aboudaram, S.A. v. De Groote, UNITED STATES DISTRICT COURT FOR THE DISTRICT OF COLUMBIA, June 7, 2004, CONSEIL ALAIN ABOUDARAM, S.A., PLAINTIFF, v. JACQUES DE GROOTE, DEFENDANT. http://dc.findacase.com/research/wf…

|6| Dans un autre passage de sa lettre A. Aboudarham précise : « je souhaite qu’un distingo soit établi entre la société Skodaexport avec laquelle j’ai fait des affaires à cette époque et Skoda (fabrique des voitures, locomotives, etc.) qui est impliquée aujourd’hui dans le procès a Bellinzone, ce sont, en dépit de la similarité des noms, deux entités totalement différentes. »

|7| Voir http://cadtm.org/Une-figure-emblema… publié le 10 juin 2013.

|8| Voir le jugement en appel : http://law.justia.com/cases/federal…

|9| On trouve une présentation détaillée de ce qui est résumé ici dans l’article déjà cité « Une figure emblématique du FMI et de la Banque mondiale devant la justice suisse » publié le 10 juin 2013.

Éric Toussaint, historien et docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, préside le CADTM Belgique. Il est l’auteur de Banque mondiale : le Coup d’État permanent. L’Agenda caché du Consensus de Washington, coédition CADTM / Syllepse / CETIM, Liège/Paris/Genève, 2006, 310 pages. http://cadtm.org/Banque-mondiale-le… Il est coauteur avec Damien Millet de AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; 65 Questions, 65 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale, Liège, 2012 (version en téléchargement libre sur internet : http://cadtm.org/65-questions-65-re… ) ; La dette ou la vie. coédition CADTM-Aden, Liège-Bruxelles, 2011. Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège http://www.cadtm.org/Le-CADTM-recoi…

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  • Liban: Le phénomène Ahmad Al Assir, un mois après.
  • Hassan Nasrallah tutoie l’histoire quand Ahmad Al Assir touille la fange.
  • Le néo leadership sunnite libanais a opté pour la fuite comme mode de gouvernement.
  • L’Egypte, berceau des Frères Musulmans, tombeau de l’Islam politique

Co publiée par renenaba.com et RPL.
Propos recueillis par Mohamad Ezzeddine

RPL- Le rigoriste Ahmad Al Assir a ruiné Saida pendant deux ans et l’a détruite. Qui finançait et armait ce terroriste et son groupe?

RN: AL-Assir n’est pas le fait du hasard. Nullement. Certainement pas un phénomène de génération spontanée. Certainement pas une icône révolutionnaire du calibre de Mohamad Bouazizi. Son surgissement a été programmé. Depuis 2006, en pleine guerre de destruction israélienne du Liban, l’Arabie saoudite et l’Egypte de Moubarak n’avaient de cesse d’entraver le Hezbollah, projetant de créer une milice sunnite au Liban, non pour participer à la guerre contre Israël, l’ennemi officiel du Monde arabe, mais une milice sunnite qui fasse contrepoids au Hezbollah, sur une base sectaire, en vue de faire de l’ombre à la milice chiite. Un pion dans une éventuelle négociation visant à désarmer le Hezbollah. Wikileaks a fait état des entretiens à ce sujet de Saoud Al Faysal, ministre saoudien des Affaires étrangères, avec David Satterfield, sous-secrétaire d’état américain, sur suggestion de Fouad Siniora, premier ministre libanais de l’époque, l’homme qui a donné l’accolade à Consolez Rice, secrétaire d’état américain, en pleine destruction de Beyrouth par l’aviation israélienne. Une première tentative a eu lieu en 2008, au camp de Nahr El Bared (nord du Liban) avec Fateh al Islam. Les similitudes sont nombreuses entre ces deux actions  qui suggèrent une marque de fabrique commune.

1-Les deux formations sunnites ont pour géniteur commun les pétromonarchies du Golfe.  Fateh Al islam, l’Arabie saoudite, qui devait aménager une zone de droit pour l’entrainement des milices sunnites et y assurer la jonction territoriale avec les régions sunnites du centre de la Syrie (Homs-Hama). La brigade Assir avait, elle, vocation à constituer un abcès de fixation sur le flanc du Hezbollah à l’effet de lui couper la voie du ravitaillement stratégique du sud Liban vers la zone frontalière.

2-Tant Fateh Al Islam qu’Ahmad Al Assir se sont attaqués à l’armée libanaise, agrégateur des diverses composantes de la mosaïque libanaise en ce qu’elle constitue l’unique matrice du brassage humain inter libanais. Les deux ont infligé de lourdes pertes à l’armée libanaise. Plus durement qu’elle n’en a subie depuis l’indépendance du Liban, il y a 70 ans. Et pas la moindre éraflure à l’armée israélienne. Les deux ont instrumentalisé des Palestiniens dans leur aventure, dévoyant le combat principal des Arabes de son champ de bataille principal la Palestine.

3-Les chefs de ces deux formations ont déserté le champ de bataille. Chaker Absi, le nordiste, a été exfiltré vers l’Arabie saoudite par son ancien commanditaire Saad Hariri, (remembrer l’épisode de la Banque de la Méditerranée) à la nomination de l’héritier comme premier ministre et Ahmad Al Assir a disparu de la scène par phénomène d’évaporation théologique. Une baudruche dégonflée.

A croire que le néo leadership sunnite libanais a opté pour la fuite en avant comme mode de gouvernement si l’on se souvient que le premier fugitif politique libanais n’est autre que Saad Hariri, en personne, lequel n’a pas hésité à fuir Beyrouth, au premier coup de feu tiré par les Israéliens en 2006, alors qu’il est député de Beyrouth, une ville reconstruite par son père, de surcroit chef de la majorité parlementaire à l’époque. Il est piquant de relever que le clan qui revendique l’application de l’état de Droit au Liban soit celui qui soustrait à la justice des criminels, celui qui a le plus soustrait à la justice de grands criminels.

RPL -Des rumeurs prétendent que le terroriste d’Abra se cache dans l’ambassade turque, d’autres rumeurs disent qu’il est en Syrie. A votre avis ou est-il caché?

RN: Peu importe le lieu où il se terre. L’important c’est qu’il a déserté le champ de bataille, abandonnant ses troupes, victimes de sa mégalomanie et de sa logomachie, sacrifiées à des enjeux de pouvoir qui le dépassent lui ainsi que ses commanditaires. Ce comportement est lourd de conséquences tant au niveau de la symbolique et que de la déontologie de combat.

Assir comptait piéger le Hezbollah. Il s’est piégé lui-même. En fait Assir porte bien son nom. Assir est un captif, captif de sa démagogie et de ses commanditaires, eux-mêmes captifs de leur propre commanditaire, les vassaux des Etats unis d’Amérique. Infernale logique de vassalité. Imaginez-vous un instant Hassan Nasrallah déserter le champ de bataille, abandonner ses compagnons de lutte sur le terrain sans assistance; fuir la capitale de son pays pour des bains de vapeur afin de soigner son embonpoint. Entre Assir et Hassan Nasrallah, il existe une différence d’échelle, celle qui sépare un touilleur de fange d’un personnage qui tutoie quotidiennement l’histoire. Celle qui sépare un branquignole d’un personnage considérable de l’histoire arabe contemporaine, «LE» phénomène majeur sur le plan politique et militaire de l’histoire arabe contemporaine.

Se pose la question du bien-fondé du choix malheureusement répétitif des Etats-Unis de leurs sous-traitants régionaux. Que des branquignoles, l’héritier Saad Hariri, alors que les «grandes démocraties occidentales» combattent les dynasties républicaines dans les pays arabes, Wissam Al Hassan, qui n’a su protéger ni son maitre, Rafic Hariri, ni sa propre personne, Chaker Absi, Ahmad Al Asir, jusques y Samir Geagea. Sans doute la fascination pour les grands criminels, ou pour leur servilité. Drôle de parcours d’ailleurs pour Samir Geagea, qui se voulait le représentant de l’authenticité libanaise, qui aura fait office d’ «arabe de service» aux deux plus grandes théocraties mondiales -Israël et L’Arabie saoudite-, la forme la plus antinomique de l’équation libanaise, qui finit sa carrière en caution de l’islam pétrolier atlantiste, la forme la plus pernicieuse du patriotisme servile. Réjouissons nos de son absence de descendance.

Réfugié à l’ambassade de Turquie à Beyrouth, Assir? Hypothèse plausible, mais Là n’est pas la question. La Turquie a souhaité se remettre en selle après sa déconfiture de Syrie et Place Taqsim. Et les sidoniens à la solde du clan Hariri ont accueilli Erdogan en 2011 par des clameurs d’une grande misère intellectuelle: «Ahlan bi Khalifat Al Osmaniyine» (Bienvenue à l’héritier des Ottomans). Une insulte à la mémoire libanaise de Safar Barlek, aux martyrs chrétiens et musulmans de la place des martyrs, victimes de l’arbitraire sanguinaire des Ottomans; Place des martyrs, où trône désormais curieusement celui qui se considère comme l’unique martyr du Liban, le milliardaire libano saoudien Rafic Hariri.

RPL- Al-Assir et les Salafistes libanais sont donc totalement parties prenantes du projet américano-qatari de «nouveau Moyen-Orient»? Ce projet consiste-t-il à uniformiser le monde arabo-musulman par la doctrine du wahhâbisme à l’image de ce que fut le nazisme en Europe?

RN: Je ne dirai pas les choses de cette façon. Les gérontocrates pétro monarchiques cherchent à s’épargner les flammes de la révolte populaire, en détournant le cours de la révolution des rives hautement inflammables du golfe pétrolier théocratique vers la rive méditerranéenne du Monde arabe et les régimes républicains de type séculier. Le camp atlantiste cherche, lui, à briser l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo américaine. Il y a donc conjonction d’intérêt.

RPL- Que se-serait-il passé au Liban si l’Armée libanaise n’était pas intervenue ou avait été vaincue à Saida?

RN: Tout simplement une réédition de la guerre interfactionnelle qui a ravagé le Liban pendant quinze ans. Mais dans une équation inversée. Au lieu d’une guerre confessionnelle islamo chrétienne, selon le schéma sectaire de 1975, nous aurions assisté à un conflit à front renversé mettant aux prises le camp islamo atlantiste, agrégeant les sunnites inféodés à la dynastie saoudienne avec la caution de leur appendice maronite, les anciens chefs miliciens maronites (Samir Geagea et la famille Gemayel), face à une coalition groupant autour du Hezbollah, le fer de lance du combat anti israélien, les forces hostiles à l’hégémonie israélo-occidentale sur la zone.

Même configuration qu’en 2006 où les chefs militaires maronites, qui nourrissent la plus grande méfiance à l’égard de l’ordre milicien ancien, le président Emile Lahoud et le Général Michel Aoun, chef du courant patriotique libanais, ont servi de couverture diplomatique à la milice chiite dans son épreuve de force contre Israël. En dépit d’une configuration plus contrastée avec l’affaiblissement de la Syrie, -et la nouvelle vigueur de la contestation populaire égyptienne, non religieuse-, la combinaison peut se reconstituer à tout moment en ce qu’elle se fonde sur une vision stratégique du destin de la zone et non sur des prébendes électoralistes. Dans le même périmètre, il convient d’inclure de grands patriotes libanais, tels Soleimane Frangieh, admirable de dignité, dont toute la famille a été décimée, comble d’ironie, par les milices chrétiennes mais qui s‘abstient de faire commerce de martyrologe, de même que Moustapha Saad pour Saida et l’ancien chef de la garde présidentielle, Moustapha Hamdane, pour Beyrouth, qui maintiennent tous les deux vivaces la flamme du militantisme sunnite dans la filiation du nassérisme.

RPL – Y-a-t-il une crainte de voir un jour se constituer un émirat salafiste au Liban et donc la syrianisation du pays?

RN: Une remarque liminaire: Pas de risque de syrianisation du Liban, c’est plutôt la Syrie qui connait à son tour les affres de la libanisation. Curieusement, du fait partiellement de ses anciens partenaires, le tandem Hariri Joumblatt, les partenaires affairistes d’Abdel Halim Khaddam, l’ancien proconsul syrien au Liban, désormais promu au chef de file de l’opposition syrienne. Le mercantilisme obéit à de bien curieux cheminements.  Cela étant dit, le clan Hariri est tenté par l’aventure de la radicalisation dans une sorte de fuite en avant destinée à masquer sa faillite tant sur le plan politique que moral que financier. Nahr El Bared et Chaker Absi en sont la preuve de même que les philippiques du Mufti du Mont Liban Cheikh Jouzou.  Mais les Américains ne sont pas fous. Difficile qu’ils tolèrent une légion islamique à la tête d’un pays situé à une quarantaine de km à vol d’oiseau de Tel-Aviv. Ils veulent bien envoyer les djihadistes à la mort pour affaiblir les récalcitrants à leur ordre,  mais pas leur accorder la moindre prime.

RPL- De Tunis, au Caire, en passant par Benghazi, et aujourd’hui Damas, les révolutions dans le monde arabe ont mené au pouvoir les Frères musulmans. Doit-on alors parler de  »printemps salafiste » ou bien « d’automne des peuples »? Un peu partout ces Frères musulmans qui ont accaparé le pouvoir sont contestés. Est-cela le véritable « printemps arabe »?

RN: L’analyse est correcte. A tout le moins était correcte jusqu’à fin juin 2013, un mois qui s’est révélé catastrophique à tous égards pour l’Islamisme politique. Les Frères Musulmans n’ont pas su mettre à profit leur hold up sur le pouvoir en proposant un projet de dépassement des clivages antérieurs, notamment en Egypte. Le  vent a tourné. Le déclic populaire contestataire a été le fait des franges de la société informelle arabe, les Frères Musulmans l’ont subverti du fait de leur discipline et de leurs considérables moyens financiers. Ils devaient tenir compte de la diversité de la population égyptienne et non d’imposer à une population frondeuse une conception rigoriste de la religion.

Soixante ans d’opposition démagogique ont trouvé trouvent leur conclusion dans le pitoyable épilogue de la mandature Morsi. Au pouvoir, les Frères Musulmans auraient ont prendre en compte des profondes aspirations d’un peuple frondeur et tombeur de la dictature, de même que les impératifs de puissance que commande la restauration de la position de l’Egypte dans le Monde arabe. Sur fond de concurrence avec la mouvance rivale salafiste, cette épreuve a été infiniment plus redoutable que près de cinquante ans d’opposition déclamatoire souvent à connotation sinon démagogique à tout le moins populiste. Ils auraient dû faire preuve d’innovation, par le dépassement du conflit idéologique qui divise le pays depuis la chute de la monarchie, en 1952, en une sorte de synthèse qui passe par la réconciliation de l’Islam avec le socialisme. Cesser d’apparaitre comme la roue dentée de la diplomatie américaine dans le Monde arabe, en assumant l’héritage nassérien avec la tradition millénaire égyptienne, débarrassant la confrérie de ses deux béquilles traditionnelles ayant entravé sa visibilité et sa crédibilité, la béquille financière des pétromonarchies rétrogrades et la béquille américaine de l’ultralibéralisme.

Sous la direction de la confrérie, l’Egypte, épicentre du Monde arabe, aurait dû prendre en outre l’initiative historique de la réconciliation avec l’Iran, le chef de file de la branche rivale chiite de l’Islam à l’effet de purger le non-dit d’un conflit de quinze siècle résultant de l’élimination physique des deux petits-fils du prophète, Al-Hassan et Al-Hussein, acte sacrilège absolu fruit sinon d’un dogmatisme, à tout le moins d’une rigidité formaliste. Répudier la servilité à l’égard des Etats-Unis, bannir le dogmatisme régressif sous couvert de rigueur exégétique, concilier Islam et diversité, en un mot conjuguer Islam et modernité…

Tel était le formidable défi des Frères Musulmans au pouvoir dont la réussite lui aurait conféré une légitimité durable et un magistère moral indiscutable, dont la mutation aurait d’ailleurs impulsé une dynamique de changement à l’épicentre de la gérontocratie pétro monarchique du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite, le foyer de l’intégrisme et de la régression sociale, condition indispensable au relèvement du Monde Arabe. En un mot rompre le cordon ombilical qui la lie depuis la période post coloniale au camp occidental, si préjudiciable à sa crédibilité et à la cause qu’elle est censée défendre, dont l’Islam sunnite aura été, de surcroît, le grand perdant de son pari sur l’Amérique.

Ployant sous le fardeau de l’inflation et de la pénurie, sans perspective d’avenir, sans la moindre percée politique, à la remorque de la diplomatie islamo atlantiste, dans la crainte de la menace de strangulation que fait peser sur l’Egypte le projet de percement d’un canal rival israélien au Canal de Suez, le Canal Ben Gourion, le peuple égyptien, pour la deuxième fois en trois ans, déjouant tous les pronostics, particulièrement les universitaires cathodiques, a créé la surprise, dégommant des palais nationaux ce président néo islamiste. Avec le consentement et le soutien actif de l’armée et surtout des plus hautes autorités religieuses musulmanes et chrétiennes du pays. Luxe de raffinement ou de perfidie ? Les protestataires ont mobilisé près de vingt millions de manifestants, le nombre d’électeurs que Morsi avait recueilli lors de son élection présidentielle.

Un an de pouvoir a fracassé le rêve longtemps caressé d’un 4eme Califat, qui aurait eu pour siège l’Egypte, le berceau des «Frères Musulmans», devenue de par l’éviction brutale du premier président membre de la confrérie, la tombe de l’islamisme politique. L’histoire est impitoyable avec les perdants.

RPL- A votre avis y-a-t-il un moyen de lutter contre la propagation du salafisme-wahabisme?

RN: Faire front et les renvoyer à leur propre duplicité et turpitudes.

Faire front, c’est à dire éviter la réédition de l’erreur criminelle commise tant en Tunisie qu’en Egypte par les démocrates en se présentant à la compétition électorale en ordre dispersé ou plutôt dans le désordre de la rivalité et de la surenchère.

Les renvoyer à leur propre image, c’est-à-dire pointer le décalage existant entre leur discours et leur action souterraine,  ou leur inaction par rapport à la question majeure des Arabes, la Palestine. Depuis le début du «printemps arabe», les Frères Musulmans ont multiplié les bulletins de victoire sur fond de concession sur la question palestinienne (renonciation du droit au retour des réfugiés palestiniens à leur patrie, admission du principe d’échange de territoires), sans la moindre concession israélienne, pas même un assouplissement du blocus de gaza, alors que le wahhabisme (le couple Arabie saoudite et Qatar) constitue l’allié le plus servile des Etats Unis, le protecteur d’Israël et que trois pays arabes sont gouvernés par des néo islamistes (Egypte, Tunisie, Libye).

RPL-Revenons à la situation libanaise. Le courant du futur accuse le Hezbollah d’avoir combattu aux côtés de l’Armée. Est-ce la réalité ou bien un mensonge? Le 14 mars endosse-t-il la responsabilité de la situation catastrophique à Saida, à Tripoli, dans la Bekaa, mais aussi en Syrie ou il fut le premier à déstabiliser le pouvoir en place?

RN: Le Courant du futur, contrairement à sa dénomination, est un courant passéiste. Un passé fortement rétrograde. Il s’imagine vivre au temps du mandat des puissances occidentales. Dans l’impunité la plus totale des occidentaux, qui lui rendent là un mauvais service. Le terme «responsabilité» est banni de son lexique. Preuve en est Saad Hariri, un fugitif récidiviste. En plein «printemps arabe», alors que ses propres sympathisants sont fortement engagés dans la bataille de Syrie, l’héritier est aux abonnés absents au Liban. Skieur à ses heures, tweeter à d’autres. Depuis près de trois ans.

Qu’on n’invoque surtout pas des «considérations de sécurité».  A qui fera-t-on croire que Saad Hariri est plus menacé qu’Hassan Nasrallah dont la totalité des services de renseignements des monarchies arabes, de l’Otan et d’Israël, sont à ses trousses, sans compter les mercenaires libanais, toujours aptes à se vendre au plus offrant. Certes, il a eu l’assassinat de son père, Rafic Hariri. Mais là, il serait judicieux de voir les défaillances du côté de son ancien garde de corps, Wissam Al Hassan, pris d’un besoin incompressible de thèse doctorale au paroxysme de la crise syro libanaise. Qui lui vaudra pour prix de sa défaillance le titre galvaudé de «martyr».

Saad Hariri, c’est du jamais vu dans les annales de la science politique, le parfait contre-exemple de la responsabilité en politique, sans le moindre blâme de ses protecteurs occidentaux, sans la moindre complainte de ses sympathisants et électeurs. Un véritable zombie de la politique, jouissant d’une impunité absolue. Dans l’ordre logique des choses.

Comment peut-on, en effet, engager la responsabilité d’un pantin néanmoins responsable au premier chef de la prédation de l’économie libanaise, de la confessionnalisation excessive de la vie politique nationale, du glissement du Liban dans la fournaise syrienne avec les prestations humanitaires de leur factotum, Okab Sakr.

Rendez-vous compte, un membre du parlement, qui a déserté sa fonction au sein de la représentation nationale, pour servir de ravitailleur aux milices syriennes. En toute logique, il devrait répondre de ses actes devant la justice, de la même manière que l’ancien ministre Michel Samaha a eu à répondre des actes, sous réserve toutefois qu’ils aient été confirmés.

Preuve de leur irresponsabilité, les rodomontades de l’un de leur fort en gueule, assurant que «le géant sunnite s’est réveillé». Grand bien leur fasse, mais pour faire quoi? Sécuriser l’espace national arabe? Le doter d’une force de dissuasion? D’une capacité de projection de puissance? Le faire accéder au rang de puissance du seuil nucléaire? Non, plus prosaïquement, pour jouer le croquemitaine de la scène libanaise et bouffer du chiite. Pitoyable ambition. La culture de l’impunité est érigée en mode de fonctionnement et de régulation des conflits politiques. Un comportement présomptueux exonère gouvernants et gouvernés du devoir de faire prévaloir l’intérêt national sur les intérêts particuliers, le fondamental sur le superficiel.

J’ai ainsi lu quelque part que le président Michel Sleimane avait intimé au Hezbollah de cesser ses interventions en Syrie. Que n’a-t-il adressé la même injonction aux Hariristes? L’homme pratique-t-il les indignations sélectives. Auquel cas, est-ce parce que le clan saoudo américain au Liban dispose de davantage de grands électeurs pour la prochaine présidentielle libanaise que leurs rivaux? Si tel était le cas, l’homme manquerait de grandeur et de noblesse.

En contrepoint, le Hezbollah, dans le viseur conjugué d’Israël, de la constellation des monarchies arabes et du camp atlantiste, ne saurait se permettre le moindre faux pas. Là réside la différence majeure entre le Hezbollah et ses détracteurs, une différence de taille qui explique ses performances et leur désolation. Mais alors pourquoi tant de haine vis-à-vis d’un mouvement arabe musulman et libanais. Sans doute en raison de son invincibilité qui focalise toute la haine wahabo-salafistes, le miroir inversé de leur échec et de leur haine recuite, en contradiction avec les enseignements de l’Islam dont ils se réclament tant: «Wa’ 3 Tassimou bi Habl lillah wala taffarkou».

La Charia et la Char’hiya (légitimité)

RPL – Quel avenir voyez-vous pour le Moyen et Proche-Orient à moyen et long terme ?

J’aurai savouré entendre la réponse de Laurent Fabius sur ce point. Plein de morgue et suffisance tout au long de la séquence syrienne et voilà que d’un coup, en moins d’un mois, tous ses alliés sont happés par la trappe de l’Histoire du bibendum du Qatar, à Mohamad Morsi qui se voyait le nouveau pharaon d’Egypte, aux djihadistes cannibales de Syrie, et leur parrains prédateurs sexuels des pubères syriennes, aux libyens dynamiteurs de son ambassade. Et dire qu’il a pour Dircab, Denis Pietton, ancien ambassadeur de France au Liban, un homme réputé pour son expertise. S’agit-il là aussi d’une réputation usurpée?

A court terme Hariri and Co devraient cesser de brandir à tout bout champ la «Charia» pour exclure d’autres libanais et d’autres arabes du champ politique et se préoccupaient davantage de la Cha’riyah, la légitimité qu’ils se doivent de gagner sur le plan de la lutte nationale et non par intronisation des anciennes puissances coloniales et de leurs féaux arabes. A moyen terme, l’avenir est sombre. Pour le long terme, avec de glorieux peuples du calibre du peuple égyptien ou libanais, dans sa frange militante pour ce dernier. L’avenir sera ce que décidera la volonté des peuples en lutte.

Beyrouth Ouest, en 1982, a payé son tribut de sang face aux Israéliens, en 1982, Beyrouth Sud a repris le flambeau d’une manière identiquement admirable, vingt-quatre ans plus tard, en 2006. Le jour où Beyrouth Est en prendra la relève, un avenir radieux se profilera pour le Liban. Mais pour ce faire, il importera au préalable de balayer la scène des scories de la politique; De ces nouveau «bourgeois de Calais» Libanais, dont l’un, Mosbah Al Ahdab (sunnite de Tripoli), rêve de se rendre en train de Beyrouth au Caire, via Tel Aviv, ignorant que ce train-là sera le train de la reddition et de la mort, et l’autre, Samy Gemayel (maronite du Mont Liban), meurt d’envie de signer un nouveau traité de paix avec Israël, en un pitoyable remake du chef d’œuvre de son père, feignant d’ignorer le traitement de laquais que lui ont réservé les Israéliens à son père et à son oncle, Bachir. Ah le fameux entretien houleux de Menahem Begin avec Bachir Gemayel, à Herzliya, dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban. Ah quelle humiliation. A vous vacciner à jamais contre le syndrome de la trahison.

Hasard du calendrier ou clin d’œil ironique de l’histoire? L’abdication de l’Emir du Qatar, est intervenue, le 25 juin 2013, qui a coïncidé avec la date commémorative du 13eme anniversaire du dégagement militaire israélien du Liban, sous le coup de butoir du Hezbollah, bête noire des monarchies sunnites du Golfe et l’adversaire le plus résolu aux menées atlantistes contre le Monde arabe. La plus formidable opération de ravalement cosmétique opérée en faveur des pétromonarchies s’est déroulée sur fond de furieux combats aux quatre coins du monde islamique illustrant le désarroi et la confusion mentale de l’islam wahhabite et de ses parrains américains

Dommage collatéral du conflit de Syrie, l’abdication de l’Emir du Qatar a donné le signal d’une décade extraordinairement désastreuse pour la stratégie occidentale avec la spectaculaire attaque talibane le jour même contre le périmètre stratégique de Kaboul, -le palais présidentiel et le ministère de la défense et l’Hôtel Ariana qui abrite le siège de la CIA dans la capitale afghane-, et l’éradication du chef salafiste libanais, Ahmad Al Assir, le poignard voué par les wahhabites du Qatar a percé le flanc du Hezbollah sur la route du ravitaillement stratégique de la banlieue sud de Beyrouth à la zone frontalière israélo-libanaise; une décade calamiteuse pour le Qatar, culminant avec l’éviction de Mohamad Morsi de la présidence égyptienne. De ce champ de ruines du Monde arabe, auquel il a grandement contribué, n’émerge que l’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres, géant aux pieds d’argile. Pour combien de temps?

In fine, la politique n’est pas un jeu et le combat doit se faire dans la clarté. Un ami est un ami. Un ennemi est un ennemi. L’ami de mon ami est un ami. L’ami de mon ennemi est un ennemi et l’ennemi de mon ennemi jamais mon ami. C’est la règle que s’impose le Hezbollah, que n’ont respecté ni les milices chrétiennes durant la guerre libanaise (1975-1990),  ni le clan Hariri aujourd‘hui de même que le Hamas qui explique l’impasse du mouvement national palestinien.

Prochaine parution : «L’Islam, otage du wahhabisme, l’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres»  Golias Automne 2013

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Explosion à Lac-Mégantic: j’accuse!

juillet 26th, 2013 by Rodolphe De Koninck

Photo : La Presse canadienne (photo) Paul Chiasson. Le  7 juillet dernier, Stephen Harper a visité les lieux de la tragédie en compagnie de la mairesse Colette Roy-Laroche et du ministre Christian Paradis.

La tragédie survenue à Lac-Mégantic le 6 juillet 2013 n’a pas fini de susciter tristesse, indignation et interrogations. Comme l’ont affirmé plusieurs dirigeants et administrateurs politiques, dont quelques-uns proches de vous, Monsieur le Premier Ministre, les enquêtes devant permettre d’identifier responsables et responsabilités seront longues. On le conçoit bien, d’autant que tous ceux qui, comme moi, s’indignent et s’interrogent savent, ne serait-ce qu’intuitivement, que ces responsabilités sont largement partagées. Car au-delà du rôle possible de tel ou tel intervenant, de tel ou tel ouvrier, dans le bombardement incendiaire d’une paisible localité – lui conférant, selon vos propres propos, une allure de zone de guerre -, il apparaît évident que l’enchaînement des causes remonte loin et haut et que plusieurs donneurs d’ordres sont impliqués.

L’espace est insuffisant ici pour dresser ne serait-ce qu’une liste potentielle de ces causes et de ces donneurs d’ordres, encore moins des articulations qui les lient. Mais il apparaît impératif de reconnaître qu’il y a, hélas, une explication, on oserait même dire une logique macabre à pareille tragédie. Car, sans qu’il soit question de minimiser l’ampleur et l’horreur de l’agression dont ont été victimes Lac-Mégantic et sa population, il importe de rappeler que ladite logique macabre est à l’oeuvre quotidiennement dans le monde.

Dans celui-ci, hyper-branché, hyper-informé, on en arrive à oublier ou à banaliser, ce qui équivaut souvent à la même chose, les conséquences de la mercantilisation apparemment sans limites de la société. Est-il nécessaire de rappeler que presque chaque jour, quelque part dans le monde, des entreprises, des entrepreneurs plus exactement, bien abrités derrière les déréglementations nécessaires à l’accumulation des surprofits, tuent bon nombre de ceux qu’ils emploient ? Faut-il rappeler les fréquents accidents industriels meurtriers survenant dans des pays tels le Pakistan, le Bangladesh ou le Cambodge, notamment dans le domaine textile ? Faut-il parler des accidents pétroliers, dont plusieurs entraînent de véritables carnages, notamment au Nigéria ?

Tant en commun

Que peuvent bien avoir en commun l’effondrement d’une usine textile ayant entraîné la mort de plus d’un millier d’ouvrières dans la banlieue de l’immense Dacca, en avril 2013, et l’explosion, quelque trois mois plus tard, d’un convoi ferroviaire dans une petite localité québécoise ? Plusieurs choses, mais essentiellement celles-ci : déréglementation, laxisme et soumission des uns et des autres aux soi-disant lois du marché et des surprofits.

Car, soulignons-le, ces surprofits – qui nécessitent surproduction, gaspillage et surconsommation – ne sont dits indispensables à la croissance que parce qu’ils sont exigés par de grandes entreprises telles Walmart, Gap et autres Benetton. En effet, il est démontré que les Costco de ce monde détruisent des emplois dans de multiples secteurs dans les pays industriels afin de faire accomplir, autant que faire se peut, leurs « basses oeuvres » ailleurs dans des conditions de misère, surprofit oblige.

Mais qu’est-ce que les méthodes de Walmart et des entrepreneurs bangladais du textile peuvent bien avoir en commun avec celles de la société pétrolière Irving et de M. Burkhardt, président de la société ferroviaire MMA ? C’est simple : une façon de faire des affaires et des profits, une logique, disions-nous. Celle-ci consiste à utiliser tous les leviers disponibles pour obtenir du pouvoir politique soit qu’il détourne les yeux, soit qu’il collabore activement, par exemple en réduisant au maximum les réglementations industrielles, sécuritaires, sanitaires ou environnementales, et j’en passe !

Dans certains cas, la corruption peut jouer un rôle, bien qu’elle n’apparaisse pas indispensable, en particulier lorsque le pouvoir politique est lui-même convaincu de l’absolue nécessité de laisser entreprises et entrepreneurs se discipliner et se réglementer eux-mêmes.

C’est bien évidemment, et c’est à cela que je souhaite en venir, le cas de votre gouvernement, Monsieur le Premier Ministre. Pourtant, l’histoire a amplement démontré que, pour survivre, le capitalisme, pendant un temps très sauvage, a dû se civiliser et répondre à l’État, non le soumettre, au risque de tuer la poule aux oeufs d’or. Ne le savez-vous pas ? Ne savez-vous pas que non seulement la planète elle-même dispose de ressources limitées, et surtout qu’elle repose sur un équilibre fragile, mais aussi que l’humanité a la possibilité, que dis-je, le devoir de progresser ?

Faire régresser la civilisation

Pourquoi vous et votre gouvernement vous évertuez-vous à plutôt faire régresser le Canada sur le plan de la civilisation ? Ne voyez-vous pas que vous êtes en train d’en faire un émule servile et zélé de l’idéologie ultralibérale – pourtant contestée par votre propre homologue, M. Obama, l’actuel président des États-Unis, le premier client du Canada – selon laquelle la liberté d’entreprendre autorise à tout risquer, y compris la vie des autres.

M. Burkhardt, cet entrepreneur-modèle, prétend exactement cela : que la liberté d’entreprise et de transgresser ou d’ignorer les plus élémentaires règles de sécurité – en particulier lorsque l’État qui les décrète s’en désintéresse lui-même – est indiscutable, même pour celui qui convoie des bombes ! D’autant plus que les règles en question sont insuffisantes, vous le savez. Et vous savez également quels sont les responsables de ce laisser-faire : vous et le gouvernement que vous dirigez d’une main de fer !

En d’autres mots, je vous accuse, Monsieur le Premier Ministre, vous et votre gouvernement, d’être au sommet de la pyramide des responsabilités de la tragédie survenue à Lac-Mégantic.

Que vous reste-t-il à faire pour sinon vous disculper, du moins vous racheter quelque peu ? Tout en reconnaissant qu’il n’est pas à votre portée de refaire le monde, ce qui nécessite indubitablement de contester l’empire qu’exerce sur nos vies le couple mortifère que forment l’industrie pétrolière et l’industrie automobile, vous pouvez y contribuer et mieux protéger la vie de vos concitoyens et concitoyennes.

Pour ce faire, il vous faudra, premièrement, remettre en question votre credo ultralibéral et reconnaître que le démantèlement de l’État auquel vous vous activez avec tant de cynisme doit cesser et, deuxièmement, susciter et encourager le débat de société qui s’impose concernant le véritable rôle de cet État. Doit-il prendre d’abord parti pour la très libre entreprise ou d’abord pour l’ensemble de la société à laquelle ladite libre entreprise devrait constamment faire allégeance ?

Rodolphe de Koninck

Rodolphe De Koninck : Géographe et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études asiatiques à l’Université de Montréal , Québec, Canada

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Les valeurs promues par le capitalisme ultralibéral sont celles des pouvoirs absolus ou autoritaires des grandes puissances et de leurs serviteurs les plus soumis, pouvoirs exercés sur l’ensemble des sociétés. S’enrichir au détriment de l’État ou de la collectivité est le mot d’ordre donné. Acquérir des biens et les vendre dans un environnement spéculatif, en toute liberté, est la recette toute rêvée. Puis, vient cette soif insatiable du pouvoir et de domination sur l’ensemble de l’humanité d’une minorité de privilégiés (http://www.journaldunet.com/economie/magazine/l-homme-le-plus-riche.shtml) auxquels il a donné naissance, une situation mise en relief par le mouvement des Indignés.

Au menu quotidien du fonctionnement du capitalisme se déploie une publicité souvent mensongère et trompeuse de biens non essentiels à la vie, de produits de prestige et de produits destructeurs comme les armements. Tous les jours est exhibée la propagande des plus puissants possédants : se mieux positionner pour investir et faire des profits et encore plus de profits. Cette grande comédie est jouée et légitimée par les institutions financières internationales et nationales. Leurs tentacules s’étendent, par le biais des entreprises multinationales et de leurs filiales à l’étranger, dans tous les recoins où il est possible de trouver un bon marché de consommateurs et des richesses à exploiter. Cette quête inlassable de rentes de situation favorables à l’accumulation du capital rend les principaux protagonistes complètement obnubilés par l’obtention du gain. Ceux-ci empruntent alors tous les moyens, y compris la guerre,  pour s’enrichir le plus rapidement possible et surtout se transformer en des parasites de la société, souvent champions de l’évasion fiscale, de la collusion, de la fraude et de la spéculation.

Les processus de concentration de la richesse

Les principaux mondes qui profitent du bien commun pour accumuler le capital et concentrer la richesse collective entre quelques mains sont au nombre de quatre : le monde du divertissement incluant les sports professionnels avec les dieux des stades, celui des communications, celui de la finance et celui des forces de sécurité vouées à la protection des avoirs des riches et dont on ne cesse de glorifier le courage, la bravoure et les exploits (les armées nationales, les forces policières et les agences de sécurité). Inspirés par la même logique les quatre utilisent le cadre de l’État-nation ou tout simplement celui de l’ensemble économique régional ou mondial pour conquérir des marchés de consommation prometteurs pour leurs investissements, les protéger et accroître ainsi leur puissance. Tout mouvement de contestation ou de dissidence observés allant à l’encontre de leurs intérêts est réprimé selon les préceptes dictés par des appareils juridiques placés sous la férule des plus puissants et des plus riches. Il est primordial alors, pour ce faire, de contrôler la gouvernance mondiale au moyen de la fidélisation des chefs d’État et de gouvernement et des institutions internationales.

La résultante inéluctable de ce processus consiste dans l’appauvrissement et la marginalisation de la majorité. Selon le PNUD,

-        Plus d’un milliard d’êtres humains vivent avec moins d’un dollar par jour.

-        2,8 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale, vivent avec moins de 2 dollars par jour.

-         448 millions d’enfants souffrent d’insuffisance pondérale.

-         876 millions d’adultes sont analphabètes, dont deux-tiers sont des femmes.

-        Chaque jour, 30 000 enfants de moins de cinq ans meurent de maladies qui auraient pu être évitées.

-        Plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à de l’eau salubre.

-         20% de la population mondiale détient 90% des richesses (http://www.atd-quartmonde.org/Combien-y-a-t-il-de-pauvres.html).

Les grimaces du capitalisme

Les grimaces ou  les déformations du visage du capitalisme totalitaire et mondialisé se matérialisent à l’intérieur de l’information véhiculée à l’échelle mondiale par les principaux medias. Il s’agit alors des faux sourires des speakers en vue de la télévision, des messages trompeurs des entreprises commerciales, du traitement souvent sélectif et biaisé donné à la nouvelle, de l’idéologie transmise par le cinéma populaire et des promesses illusoires de la classe politique dans les enceintes du pouvoir.

Une gouvernance pyramidale

Deux modes sont préconisées par le système, la dictature ou la démocratie « contrôlée ». La première permet, par la force et la violence armées,  de maintenir l’ordre établi et la paix sociale afin de favoriser le développement des affaires. La seconde a les mêmes attributs dans la mesure où les campagnes électorales sont  totalement contrôlées par une minorité allant du choix des candidats en passant par les sondages jusqu’au verdict final. Dans les deux modes il y a nécessité de présenter un chef de file, un personnage qui pave la voie à ceux et celles qui militent pour la même et unique idéologie, c’est-à-dire l’idéologie du pouvoir et de l’enrichissement individuel. Au sommet de la pyramide se situe le 1% des plus riches et le reste est occupé par les classes professionnelles servantes, les petits marchands, les petits propriétaires terriens ainsi que les classes populaires exploitées.

Une culture des idoles

L’idolâtrie s’avère une approche chère au système capitaliste global en vue de glorifier son existence et son utilité indispensable sur cette planète.  La consécration de stars dans les domaines politique et culturel est le moyen par excellence auquel on a recourt. Les louanges et hommages adressés aux membres des royautés sont également privilégiés. Ils constituent les symboles de la richesse qu’il importe d’acquérir pour devenir célèbre.

Un être dogmatique

Le capitalisme se présente à toutes les échelles avec un visage souriant afin de mobiliser les individus et les organisations derrière ses dogmes (des affirmations considérées comme fondamentales, incontestables) tels que les suivants analysés par Marco Van Hees (http://www.frerealbert.be/pouvoirs/critique-succincte-de-sept-dogmes-du-capitalisme/ ).

-        Le capitalisme est le moins pire des systèmes

-        Hors de l’économie de marché, point de salut

-        Le privé est plus efficace que le public

-        Il faut sauvegarder la compétitivité des entreprises

-        Une meilleure régulation permet d’éviter les crises

-        Le monde politique est impuissant face aux multinationales

-        L’économie de marché et la démocratie sont indissociables

Ces dogmes sont transformés en messages et sont diffusés par tous les médias d’information possibles et inimaginables. Il s’agit alors d’un harcèlement publicitaire inlassable qui ne laisse aucun répit aux citoyens. Bref, le capitalisme cherche à pénétrer dans tous les secteurs de l’activité humaine. Tout devient marchandise et objet spéculatif.

Conclusion

Pour contrer le capitalisme et ses effets pervers il importe d’abord de les identifier, de les reconnaître et de les dénoncer. Ensuite, il est important de choisir un champ d’action et de s’engager sur le terrain en proposant des projets collectifs qui vont à l’encontre de ceux qui détruisent  l’environnement naturel et humain promus par le système et, en particulier, les projets qui favorisent l’hyper-concentration urbaine, la spéculation foncière, le phénomène de l’accaparement des terres et l’expansion de l’agrobusiness. Il y a nécessité de travailler en toute solidarité, en définitive, à la libération des peuples du joug imposé par ce système dans toutes les sphères de l’activité humaine.

Jules Dufour

 

Références

BRICMONT, Jean. 2010. À propos des « dix stratégies de manipulation de masses » attribué à Noam Chomsky.  Le Grand Soir, le 11 octobre 2010. En ligne : http://www.legrandsoir.info/a-propos-des-dix-strategies-de-manipulation-de-masses-attribue-a-noam-chomsky.html

CANONNE, Justine. 2013. Indignés : les nouvelles formes de protestation. Sciences humaines, le 27 février 2013.  En ligne : http://www.scienceshumaines.com/indignes-les-nouvelles-formes-de-protestation_fr_28437.html

CHOSSUDOVSKY, M. 2004. Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial. Montréal, Les Éditions Écosociété. 383 pages.

DUFOUR, Jules. 2007. L’état de la pauvreté dans le monde: un bilan controversé. 50 ans de lutte contre la pauvreté dans le monde : Des efforts mitigés pour un échec retentissant. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM), le 31 août 2007. En ligne : http://www.mondialisation.ca/l-tat-de-la-pauvret-dans-le-monde-un-bilan-controvers/6529

DUFOUR, Jules. 2010. L’Occident et la diabolisation. Pour un changement radical du discours global. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM), le 2 novembre 2010. En ligne : http://www.mondialisation.ca/l-occident-et-la-diabolisation-pour-un-changement-radical-du-discours-global/21739

LA RÉDACTION JDN. 2013. L’homme le plus riche du monde. Découvrez le classement 2013 des 20 milliardaires les plus riches du monde établi par le magazine américain Forbes et celui dressé par Bloomberg. JDN, le 21 juin 2013. En ligne : http://www.journaldunet.com/economie/magazine/l-homme-le-plus-riche.shtml

MOUVEMENT INTERNATIONAL ATD QUART MONDE. Combien y a-t-il de pauvres? En ligne : http://www.atd-quartmonde.org/Combien-y-a-t-il-de-pauvres.html

SAULNIER, Julie. 2010. Les 5 préceptes d’Indignez-vous de Stéphane Hessel. L’EXPRESS, Le 30 décembre 2010. En ligne : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/les-5-preceptes-d-indignez-vous-de-stephane-hessel_948929.html

VAN HEES, Marco. 2008. Critique succincte de sept dogmes du capitalisme. Frère Albert. Le site des gros patrimoines, Août 2008. En ligne : http://www.frerealbert.be/pouvoirs/critique-succincte-de-sept-dogmes-du-capitalisme/

 

Jules Dufour, Ph.D., géographe, est président de l’Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, professeur émérite à l’Université du Québec à Chicoutimi,   membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre chevalier de l’Ordre national du Québec. Il est associé de recherche au CRM (Centre de recherche sur la Mondialisation).

 

 

 

 

 

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«La différence qu’il y a entre les oiseaux et les hommes politiques, c’est que de temps en temps les oiseaux s’arrêtent de voler!»

Coluche

On annonce: La ville de Détroit qui fut le fleuron de l’industrie automobile a été déclarée en faillite le 18 juillet de l’an de grâce  13 après le deuxième millénaire! Décidément, le néolibéralisme est capable de tout! On pensait naïvement qu’une société, voire un individu peuvent être déclarés en faillite, mais nous n’aurons jamais pensé qu’une ville pouvait l’être. Mieux encore, on pensait que du fait de sa taille, elle ne pouvait pas l’être, la même doxa nous apprend que «too big to fall», trop grande pour tomber, ne s’applique de fait qu’aux banques qu’il faut sauver à tout prix. Souvenons-nous de la débâcle qui eut lieu suite aux créances pourries (subprimes), les Etats ont renfloué leurs banques avec des centaines de milliards de dollars. La dette à Détroit (18, 5 milliards de dollars) éclipse celle du comté de Jefferson, Alabama, qui avait été déclaré en faillite en 2011 avec environ 4 milliards de dollars de dette. Cependant, la dette de Détroit est une goutte d’eau, mais c’est à la ville de se débrouiller ou de périr. Dans l’histoire il y eut plusieurs faillites de villes, et l’Etat fédéral a été chaque fois absent.

Sam Roberts  du New York Times rapporte le discours du président Gerald Ford en réponse à l’appel de New York pour éviter la faillite est sans appel: «Dans son discours du 29 octobre 1975, le président Ford a exclu l’aide fédérale pour épargner New York de la faillite. La première page du Daily Nouvelles le lendemain titrait: «Ford city: Drop Dead». «Pouvez crever» Il semble cependant que M.Ford n’a jamais dit explicitement cela. Pourtant. Ces deux mots, sans doute l’essence de ses propos lui ont coûté comme il l’a reconnu, la présidence l’année suivante.(1) Cependant, New York a pu s’en sortir toute seule et le message de Ford l’aurait galvanisé.

Comment le déclin est arrivé?

C’est l’ultime étape d’une lente agonie. La ville de Detroit est le berceau de l’industrie automobile américaine. Etendard de l’automobile triomphante au début du XXe siècle, Detroit est devenue, au fil d’une longue agonie, une ville criblée de dettes, désertée et minée par la criminalité. Retour en cinq chiffres sur la faillite de ´´Motor City´´. La faillite de Detroit reflète la déliquescence de l’industrie automobile, qui a fait la gloire et la richesse de la ville autrefois. Berceau des ´´Big Three´´ (Ford, Chrysler et General Motors), la ville a lié son destin à celui de la voiture. Les premiers signes de déclin sont apparus dans les années 1950, puis se sont accélérés à coups de crises successives. Puis est venue la crise de 2008, et avec elle la banqueroute de Chrysler et General Motors, qui ont achevé de vider les usines. Detroit est ce que les Américains appellent une ´´shrinking city´´, une ville qui rétrécit. En soixante ans, sa population a diminué de 60%. Elle est passée de 1,8 million d’habitants en 1950 à 706 000 aujourd’hui. Avec ses 78 000 bâtiments à l’abandon, Detroit ressemble de plus en plus à une ville fantôme».(2)

Etendard de l’automobile triomphante au début du XXe siècle, Detroit est devenue lit-on sur le journal Le Monde, jeudi 18 juillet la plus grande ville américaine à se déclarer en faillite, dernier acte en date de la lente agonie de ´´Motor City´´. ´´Je prends cette décision difficile afin que les habitants de Detroit aient accès aux services publics les plus élémentaires et pour que Detroit reparte sur de solides bases financières qui lui permettront de croître à l’avenir´´, a expliqué Rick Snyder, le gouverneur de l’Etat du Michigan, dans un communiqué. ´´La mise en faillite est l’unique solution qui permettra à Detroit de redevenir stable et viable´´, (..) Pour sortir de l’ornière, Le gouverneur Rick Snyder avait mandaté un expert, Kevyn Orr qui, de façon assez sobre, avait résumé les causes de cette crise en quelques points:´´Une mauvaise gestion financière, une population en baisse, une érosion de la base fiscale pendant ces quarante-cinq dernières années´´. Un juge devra désormais dire si Detroit peut se placer sous la protection de la loi sur les faillites qui lui permet de renégocier sa dette. Le lent déclin économique et financier de Detroit est allé de pair avec une déchéance sociale qui s’illustre dans l’exode de ses habitants – Detroit a perdu la moitié de sa population en soixante ans – et l’absence criante de services publics. La municipalité n’est pas en mesure d’assurer l’éclairage public dans certains quartiers. Le taux de criminalité n’a jamais été aussi élevé en quarante ans et la police met en moyenne cinquante-huit minutes pour arriver lorsqu’elle est appelée, contre onze minutes dans le reste des Etats-Unis. (3)

General Motors sauvé

Pourtant en 2010 On pensait que la croissance serait de retour et que ce qui est bon pour GM est bon pour la ville. Il n’en fut rien, GM claironnait «General Motors, aussi essentiellement américain que le base-ball, les hot dogs et les apple pies vantés est de retour», claironne le quotidien de Detroit. La capitale de l’automobile retient son souffle alors que, ce 18 novembre, le constructeur doit être réintroduit en Bourse. Il devrait lever 32,1 milliards de dollars, ce qui serait la meilleure entrée en Bourse de l’histoire des Etats-Unis. La firme, exsangue, avait déposé le bilan en 2009, avant d’être restructurée par le gouvernement américain’.(4)

C’est à cette occasion que deux ans plus tard Joe Biden durant la Compagne d’Obama en septembre 2012 clamait ´´Oussama Ben Laden est mort et General Motors est vivant´´´´. (´´Osama bin Laden is dead and General Motors is alive.´´), Il aurait pu ajouter que Détroit était mourante Pendant ce temps, General Motors se porte comme un charme, ayant compris depuis longtemps qu’il fallait décentraliser, General Motors est toujours le… premier constructeur auto en Chine… GM a écoulé au premier semestre 1,56 million de véhicules

Détroit: laboratoire du monde d’après le néolibéralisme

Dans une contribution bien structurée du site Bastamag, on arrive à comprendre comment le déclin est venu graduellement, comment l’Etat a reculé, comment les aspects sociaux, du vivre-ensemble ont été délaissés (école, santé, sécurité) et ceci malgré les compromis du syndicat des travailleurs pour sauver l’emploi. Nous lisons: «La ville de Détroit, symbole du capitalisme et de l’industrie automobile, n’est plus que l’ombre d’elle-même. En cinq ans, ses habitants ont subi une brutale décroissance forcée: un taux de chômage exorbitant, un exode urbain sans précédent, des services publics délabrés. (…) Les banderoles «à vendre» et «à louer» se succèdent sur les façades des bâtiments. 80 000 logements seraient abandonnés, soit près de un sur cinq. Avec ses maisons saccagées, brûlées ou envahies par la végétation, «Motor City» donne l’impression d’une ville fantôme. (…) «Pendant les soixante-dix dernières années, les habitants de Détroit ont cru à tort que leurs vies étaient liées à General Motors, Ford et Chrysler, explique Maureen Taylor, militante depuis des années dans la lutte contre la pauvreté. Ils nous ont mis dans la tête que ce qui était bon pour eux était bon pour nous.(…)» Maureen conte le quotidien de ses habitants les plus touchés par la crise. Des gens mourant de froid sur les trottoirs, des enfants retrouvés morts dans les maisons incendiées, un système de soin de santé inaccessible pour les bas-revenus, «un monde de fous» résume t-elle.(5)

 «(…) Wendy Thompson. est l’ancienne présidente d’une section locale du syndicat des travailleurs unis de l’automobile (UAW). (…) Aujourd’hui retraitée, elle se souvient des luttes menées pour obtenir de meilleures conditions de travail quand «à l’époque nous travaillions douze heures par jour». Et nous conte cette inlassable lutte, ce rapport de force permanent entre les «Big Three» – Ford, GM, et Chrysler – et leurs salariés.(…) En 2009, en pleine crise financière, Chrysler et General Motors sont au bord de la faillite. L’UAW va alors accepter de devenir actionnaire majoritaire de Chrysler, à hauteur de 55%, mais aussi de GM à 17,5%. Pieds et mains liés, le syndicat renonce à la grève jusqu’en 2015.» (5)

«Maureen Taylor est de celles qui ne renoncent pas. Depuis des années, elle lutte pour que cessent les coupures d’eau, de gaz et d’électricité des plus démunis (…)» «Ce que fait le maire dans cette situation? ironise William. Il prend des quartiers historiques, il dit qu’ils sont morts, puis il ferme les écoles, les parcs publics, il démolit les bâtiments». Le maire de la ville est pris en étau. D’un côté, les banques favorisent les saisies immobilières en exigeant le remboursement des prêts des ménages endettés. Autant d’habitants et de revenus en moins pour le budget municipal. De l’autre, ces mêmes banques prélèvent toujours plus d’intérêts pour financer la dette de la ville, imposant à celle-ci et son maire des réductions de dépenses publiques. Pour Jérôme Goldberg, avocat spécialiste des saisies immobilières, «les banques détruisent toute richesse à Détroit». «Plutôt que de licencier ou diminuer les salaires des employés et supprimer des services publics pour équilibrer le budget, le maire et son Conseil devraient résister aux banques et mettre en place un moratoire sur le paiement de la dette», estime l’avocat».(5)

Le racisme et la ségrégation noir-blanc

Une autre plaie qui nous vient du fond des âges est qui est toujours actuelle. En plus de tous ses avanies Les habitants  noirs de Détroit subissent la double peine, la misère et  le racisme . Pour le journaliste Daniel Okrent l’ancienne capitale de l’automobile,  n’est plus que l’ombre d’elle-même. Déjà en 2010, le journaliste il  faisait  justement, le récit de la descente aux enfers. Il énumère les maux classiques et leur conséquence. Il pense aussi que dans la ville sévit une ségrégation noir-blanc. Cette ville, longtemps au quatrième rang des Etats-Unis par le nombre de ses habitants – aujourd’hui au onzième -, est frappée par un lent délitement, La criminalité explose et sept meurtres sur dix restent sans élucidation. «Les Noirs de Detroit écrit-il, pensaient les Blancs les plus éclairés, avaient un travail et un logement et, même si ces logements se trouvaient de l’autre côté du mur de l’apartheid, leurs propriétaires étaient intégrés dans la ville. (…). Les émeutes qui éclatèrent au mois de juillet 1967 et firent quarante-trois morts furent le résultat d’un racisme rampant que peu de gens acceptaient d’admettre. Ces émeutes incitèrent des milliers d’habitants blancs à déménager vers les banlieues et, alors que certains Noirs auraient voulu les imiter, ils en furent empêchés: la ségrégation de fait avait pratiquement force de loi dans la plupart des faubourgs de la ville. Le maire d’une ville périphérique pouvait ainsi pérorer: ´´Ils ne peuvent pas venir ici. Dès qu’on apprend qu’un nègre a l’intention de s’installer dans le quartier, on réagit plus vite qu’en cas d’incendie.´´ Detroit devint bientôt une ville à majorité noire. Et, en 1973, elle élut son premier maire noir. (…) Les conditions pour revoir entièrement ce modèle économique ne sauraient être plus favorables qu’aujourd’hui. La baisse des salaires consentie par l’UAW, couplée à un chômage massif, est en train de transformer ce qui était autrefois le marché du travail le plus cher du pays en l’un des moins onéreux.» (6)

Comment  les habitants de Détroit pourraient s’en sortir, seuls,  en abscence de l’autorité?

Dans cette atmosphère de fin du monde pour « damnés de la terre que sont les habitants de Détroit à faible rayon d’action, une évidence apparait : s’en sortir seul et ne rien attendre des autorités Les actions précédententes énumérées réalisées en dépit des auorités ne suffisent pas  «Détroit est-elle entrée malgré elle en transition? Pour Grace Lee Boggs, la ville a été pendant des décennies le symbole international de l’industrialisation avant de devenir celui de la dévastation du capitalisme. Aujourd’hui, confie Grace, «nous créons une société post-industrielle, une nouvelle civilisation. En sortant de chez moi, vous pouvez regarder autour de vous et voir seulement une ville en ruine. Ou bien, regarder Détroit et vous dire, voici notre futur». Ce qui se joue à Détroit inspirera-t-il d’autres parties du monde frappées du même mal, qu’il se nomme austérité ou récession?» (5)

Daniel Okrent plaide  quant à lui, pour une aide de l’Etat pour développer les énergies renouvelables.: «Dans les années 1950, le gouvernement fédéral avait entrepris d’investir 500 milliards de dollars pour la construction de ce qui allait devenir le réseau d’autoroutes interétatiques. On peut considérer cela comme une subvention colossale à l’industrie automobile – ce que c’était, de fait – mais également comme un formidable investissement pour l’avenir du pays. C’est là un modèle adaptable. La technologie de la pile à combustible qui m’a tellement impressionné au GM Technical Center est moins une affaire de voitures que d’énergie. Qu’est-ce qui nous empêche aujourd’hui de transformer Detroit – avec les talents éprouvés de ses ingénieurs, sa main-d’oeuvre, qualifiée ou non, qui recherche désespérément du travail, ses sites de production sous-utilisés – en un arsenal du futur fondé sur les énergies renouvelables? (6)

Une autre solution mise en œuvre , pour s’en sortir est de revenir aux fondametaux à savoir l’autosuffisance en commençant par l’agriculture sur les modèles des mouvements autonomes. «Des mouvements autonomes d’autogestion, lit-on sur l’Encyclopédie Wikipédia, reprenant en grande partie le mouvement des Piqueteros, en Argentine, dans les années 1990, apparaissent à la suite de la crise économique. Leur mode de vie est basé sur: Le «Do It Ourselves» (faisons-le nous-même en anglais), reprenant le mouvement international du «Do it yourself» (fais le toi-même en anglais) dont l’un des grands principes est la réappropriation de la production par des moyens simples, permettant de s’affranchir des industriels ayant délocalisé. La consommation collaborative: jardins communautaires improvisés, entraide collaborative pour l’isolation des maisons, réutilisation des technologies pour la fabrication à la manière des fablab et débrouille en tout genre ». (7)

On le voit, l’absence d’un Etat stratège, responsable de la cohésion sociale fait que ce sont les faibles qui paient. La faillite de Détroit va rendre les banquiers plus agressifs, cela va être la curée et tout ce qui reste de comestible va être râpiné. Détroit est à vendre au plus offrant. Les citoyens n’attendent rien des autorités, entre la position tranchée de Gerald Ford (Pouvez crever) qui explique dans toute son horreur la réalité d’un néolibéralisme prédateur et celle lénifiante de l’administration Obama qui promet ce qu’elle ne tiendra pas, un seul vainqueur le néolibéralisme qui détruit tout ce qui concerne les solidarités et atomise l’humain.

General Motors qui a bâti son empire sur la sueur de 100.000 travailleurs pour n’en garder que 6000  décentralisé sa production pour allers exploiter la main d’œuvre moins chère en Chine. Elle qui a été renflouée sans discussion par l’Etat fédéral à plus de 35 milliards de dollars ,en se sent pas concerné par la détresse de la ville à qui elle doit sa fortune. Elle préfère de loin ses actionnaires qui seront les seuls à profiter de la croissance retrouvée.  Non il n’est pas juste que le P-DG de Motors  qui touchait en 2010 – alors que GM était en faillite- 9 millions de dollars/an équivalent à celui de milliers de travailleurs lambda qui ne demandent qu’à vivre dans la dignité. C’est une question d’éthique. A n’en point douter, la boutade de Coluche qui s’applique aux tenants des pouvoirs, n’a pas pris un pli, elle est plus que jamais d’une brûlante actualité

Professeur Chems  Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. http://www.nytimes.com/2006/12/28/nyregion/28veto.html?_r=0

2. Détroit:Francetv info avec AFP 19/07/2013

3. http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/07/18/la-ville-americaine-de-detroit-se-declare-en-faillite_3449873_3222.html

4. Un grand jour pour General Motors The Détroit News 18 11 2010

5. Sophie Chapelle 4 juin 2013  http://www. bastamag.net/article3073.html

6.  http://www.courrierinternational.com/ article/2013/07/19/a-detroit-le-temps-s-est-arrete?page=all  21 janvier 2010

7. Détroit: Encyclopédie Wikipédia

 

 

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Les 25 vérités de Raul Castro sur Cuba

juillet 25th, 2013 by Salim Lamrani

Comme à son habitude, le président cubain s’est montré très critique lors de son intervention le 7 juillet 2013 devant le Parlement cubain. Il s’affirme, une fois de plus, dans son rôle de premier dissident du pays.

 

1. Avec la légalisation du dollar en 1993 suite à la grave crise économique qui a frappé le pays après l’effondrement du bloc soviétique, un système de dualité monétaire a été établi à Cuba. En 2002, en plus du peso cubain et du dollar, le peso convertible (CUC) a été introduit dans l’île. De 2002 à 2004, il y eut ainsi trois monnaies en circulation à Cuba, jusqu’à la disparition du dollar en 2004. Désormais, le peso cubain côtoie le peso convertible avec une différence de valeur allant de 1 à 24. Cette double monnaie est source d’inégalité au sein de la nation dans la mesure où la plupart des Cubains reçoivent leur salaire en peso cubain et non en CUC, réservé au secteur touristique. Raúl Castro est conscient de cette réalité. Selon lui, « le phénomène de la dualité monétaire constitue l’un des obstacles les plus importants au progrès de la nation ».

2. Le Président cubain est un farouche détracteur de l’indolence et l’incompétence qui caractérisent parfois les Cubains et souligne « la nécessité d’une lutte énergique contre les mauvaises habitudes et les erreurs qui sont commises quotidiennement dans les sphères les plus diverses par beaucoup de citoyens, y compris les militants ».

3. La crise économique engendrée par la Période spéciale débutée en 1991 a eu un impact extrêmement négatif sur les valeurs de la société cubaine, devenue moins solidaire et plus égoïste. « Nous avons perçu avec douleur […] la détérioration continue de valeurs morales et civiques, comme l’honnêteté, la décence, l’honneur, l’honorabilité et la sensibilité face aux problèmes des autres », note avec amertume le chef d’Etat.

4. Raúl Castro fustige les vols récurrents commis à l’encontre de l’Etat, qui sont devenus la norme : « Une partie de la société considère comme normal de voler l’Etat ».

5. Le Président dénonce également « les constructions illégales, dans des endroits interdits de surcroit », ainsi que « l’occupation illégale de logements ».

6. Le règne de « l’impunité » favorise « la commercialisation illicite de biens et de services » à Cuba et affecte grandement l’économie nationale et les ressources de l’Etat.

7. Un nombre important de fonctionnaires cubains n’effectuent pas l’intégralité de leur service pour lequel ils sont rétribués, ce qui a un impact négatif sur la productivité nationale et affecte le bon fonctionnement des services publics.

8. « Le vol et le sacrifice illégal de bétail » est un phénomène en pleine expansion, tout comme « la capture d’espèces marines en voie d’extinction », « la coupe de ressources forestières, y compris dans le magnifique Jardin botanique de La Havane ».

9. « L’accaparement de produits déficitaires et leur revente à des prix supérieurs » est devenue une activité lucrative à Cuba où des personnes peu scrupuleuses profitent des vicissitudes et difficultés quotidiennes de la population pour s’adonner à la spéculation.

10. Le développement de jeux illégaux est en plein essor dans l’île et implique des sommes conséquentes.

11. La corruption est une réalité endémique à Cuba et de nombreux fonctionnaires acceptent « des pots-de-vin et des prébendes ».

12. Une certaine catégorie de la population s’adonne au « harcèlement des touristes », ce qui est susceptible de représenter un grave danger pour l’économie du pays, dépendante de ce secteur, lequel représente la troisième source de revenus de la nation.

13. Raúl Castro regrette les manquements au « devoir citoyen » et les atteintes portées à la vie en communauté. Il fustige le tapage diurne et nocturne, les tags sur les murs, le fait de jeter des déchets sur la voie publique, la consommation d’alcool sur la voie publique et la conduite en état d’ivresse, la dégradation de biens publics, faits de plus en plus répandus au sein de la société.

14. Les manquements aux règles élémentaires d’hygiène, tel que l’élevage de porcs en pleine ville, mettent en danger la santé de la population.

15. La fraude dans les transports en commun est également un phénomène préoccupant, à quoi s’ajoute le vol des recettes de vente de tickets par les employés eux-mêmes.

16. Malgré un demi-siècle de Révolution et la mise en place d’un système social basé sur la solidarité et l’aide aux plus vulnérables, le président cubain constate que « l’on ignore les normes les plus élémentaires d’éducation et de respect vis-à-vis des personnes âgées, des femmes enceintes, des mères accompagnées d’enfants en bas âge et des personnes souffrant d’un handicap ».

17. Le plus grave selon lui est que « tout cela se déroule sous notre nez, sans susciter le rejet et l’affrontement citoyens ».

18. L’éducation est l’une des grandes réussites du processus révolutionnaire cubain et l’un des piliers de la cohésion sociale. Néanmoins, ce secteur n’est pas exempt de critiques. Raúl Castro dénonce l’implication de certains enseignants et de parents d’élèves dans des cas de fraude académique, avec des conséquences néfastes pour la société. « On sait que le foyer et l’école conforment le binôme sacré de la formation de l’individu en fonction de la société et ces actes représentent non seulement un préjudice social, mais également une grave fissure de caractère familial et scolaire […]. La famille et l’école doivent inculquer aux enfants le respects des règles de la société ».

19. Raúl Castro admet que même si la prévention et le travail politique ont été privilégiés pour résoudre les problèmes plutôt que la force coercitive de la loi, il convient de « reconnaitre que cela n’a pas toujours été suffisant ».

20. Le président cubain reconnait que le fléau de la « corruption administrative » touche les cadres et parfois même certains hauts dirigeants.

21. « Nous avons reculé en terme de culture et de civisme citoyens », souligne Raúl Castro.

22. « J’ai la sensation amère que nous sommes une société de plus en plus instruite, mais pas nécessairement plus cultivée ».

23. Le Président cubain fustige « le manque d’exigence, d’ordre et de discipline », « l’absence de systématicité dans le travail dans les différents niveaux de direction » et « le manque de respect de part des entités de l’Etat de l’institutionnalité en vigueur ».

24. Comment est-il possible d’exiger alors de la population de respecter les règles en vigueur, si l’Etat lui-même ne respecte pas la loi, questionne Raúl Castro ?

25. A son habitude, Raúl Castro s’est montré direct, incisif et implacable à l’égard des membres de son propre gouvernement : « Les dirigeants, des instances nationales jusqu’à la base, doivent abandonner la passivité et l’inertie dans leur conduite. Ils doivent cesser de regarder ailleurs, alors que le problème se trouve sous leurs yeux ».

 

Salim Lamrani

 

Version originale en portugais : Opera Mundi

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/30158/25+verdades+de+raul+castro+sobre+cuba.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : [email protected] ; [email protected]

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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Le F-35 décolle sur la tête du parlement italien

juillet 25th, 2013 by Manlio Dinucci

Le Parlement, on le sait, est souverain. Le Parlement italien a donc décidé aussi à propos du F-35. La motion bipartisane approuvée par la Chambre le 26 mai « engage le gouvernement, en ce qui concerne le F-35, à ne procéder à aucune phase d’acquisition ultérieure sans que le Parlement se soit exprimé à ce sujet, au sens de l’article 4 de la loi du 31 décembre 2012, n° 244 ». La même formule a été utilisée dans la motion approuvée par le Sénat le 16 juillet.

Nous sommes donc dans l’attente que le Parlement s’exprime à ce sujet. Mais en attendant celle qui s’est exprimée est la firme Northrop Grumann, un des plus grands constructeurs du programme étasunien du F-35 qui dirige Lockheed Martin. Dans un communiqué diffusé hier, la firme annonce « avoir livré le 12 juillet, au site Faco de Cameri (région de Novare, Piémont), la section centrale du fuselage du premier F-35 Lightning II de l’Italie ». Cette « livraison ponctuelle », souligne Northrop Grumann, « permet le premier assemblage d’un F-35 sur le site Faco ». Elle précise ensuite que ce qui vient d’être livré constitue « la première des 90 sections centrales du fuselage qui seront fournies au site Faco pour assembler les avions italiens ». Northrop Grumann, comme Lockheed Martin, n’a donc aucun doute sur le fait que l’Italie acquerra 90 F-35. Peut-être plus encore, comme l’a laissé entendre le ministre Mauro.

Donc, quatre jours avant que le Sénat, confirmant ce qui avait déjà été décidé par la Chambre le 26 mai, engage le gouvernement à « ne procéder à aucune phase d’acquisition ultérieure » du F-35, la chaîne de montage du site de Cameri s’est mise en marche pour produire le premier chasseur de la série. On comprend ainsi pourquoi l’inauguration officielle, prévue pour le 18 juillet, a été renvoyée « à une date ultérieure ». Si elle avait eu lieu le 18 juillet, avec la participation du général étasunien Bogdan (responsable du Pentagone pour le programme F-35), on aurait découvert ce qu’on a su par le communiqué de Northrop Grumann : à savoir que, à la barbe de ce qui a été décidé par le Parlement italien, a commencé la production des F-35 que l’Italie achètera en déboursant (en argent public) presque 15 milliards d’euros.

Le site Faco de Cameri, avec 20 bâtiments et une superficie d’un demi million de mètres carrés, a coûté (toujours en argent public) environ 800 millions d’euros. De site d’assemblage et d’essai des chasseurs il sera ensuite transformé en centre de manutention, révision, réparation et modification (avec débours ultérieur d’argent public). Il n’est qu’une partie du réseau du F-35, qui implique en Italie plus de vingt industries : Alenia Aeronautica, Galileo Avionica, Datamat et Otomelara de Finmeccanica et quelques autres dont Piaggio. Elles fonctionnent en départements de la « grande usine » du F-35 sous la direction de Lockheed Martin, qui ne concède à chaque industrie que le savoir-faire des parties de l’avion qu’elle assemble ou produit.

La participation de l’Italie au programme F-35 est présentée comme une grande affaire. On ne dit pas cependant combien vont coûter les rares postes de travail créés dans cette industrie guerrière. On ne dit pas que, tandis que les milliards des contrats pour le F-35 entreront dans les caisses de sociétés privées, ceux pour l’acquisition des chasseurs sortiront des caisses publiques. On ne dit pas, surtout, qu’avec ce programme se renforce en Italie le pouvoir du complexe militaro-industriel.

Confirme par le fait que c’est Northrop Grumann qui nous a fait savoir ce que le gouvernement aurait dû nous dire.

Manlio Dinucci

 

Edition de jeudi 25 juillet 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130725/manip2pg/03/manip2pz/343594/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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Crise systémique : le retour ?

juillet 24th, 2013 by Gilles Bonafi

Le système économique actuel basé sur la dette est démesurément financiarisé, un système que condamne l’ensemble des économistes. Certains pensent que la régulation (Bâle III) va résoudre le problème. Pour ma part, le problème de la régulation reste posé car les montants en jeux engendrés par l’hyper financiarisation sont gigantesques. En effet, la Banque des Règlements Internationaux (BRI, la Banque des banques) évaluait les produits dérivés (des produits financiers) à 632 579 milliards de dollars en décembre 2012.

Sur le plan mondial seize organismes financiers concentrent l’essentiel de ces produits selon l’ISDA (Association Internationale des produits dérivés). L’ISDA est une association de professionnels regroupant les principaux intervenants sur les marchés financiers des produits dérivés.

Plus inquiétant encore, l’OCC, l’Office of Comptroller of the Currency, l’organisme gouvernemental de tutelle des banques US, dépendant du trésor américain, démontre que le marché des produits dérivés aux USA est entre les mains de quatre banques. Quatre banques US concentrent donc 208 000 milliards de produits dérivés alors que l’ensemble de ces produits représente 223 000 milliards. JP Morgan par exemple totalise environ 69 000 milliards de dollars de produits dérivés avec une exposition totale de 335 milliards de dollars soit 228% de son capital.

Le quotidien La tribune expliquait :

Il fallait réguler ces produits dérivés parce que certaines faillites ont révélé les dysfonctionnements de ce marché“, a souligné le commissaire européen, rappelant que “80% des échanges se font de gré à gré, échappent donc à tout contrôle et sont des facteurs de risque pour tout le système“.

Ces produits passeront donc par des chambres de compensation, des organismes dotés de fonds propres jouant le rôle de fonds de garantie car tout le monde cherche le graal : la rentabilité sans risques.

Mais, c’est Avinash D. Persaud, expert en finance, qui explique le mieux le problème et désigne celui qui  régulera in fine dans la Revue de la stabilité financière (N° 17 • Avril 2013) de la Banque de France :

Les responsables politiques appellent à la négociation, au grand jour, de tous les instruments sur des marchés organisés. D’aucuns estiment que, si des opérateurs ne veulent pas négocier des instruments complexes sur des marchés organisés (où tout le monde peut  vérifier les prix, les quantités et les modalités) ou faire appel à une contrepartie centrale pour leur compensation et leur règlement, il faut exclure ces instruments de la négociation. Il convient de noter que cette proposition bénéficierait aux marchés organisés, dont bon nombre ne sont plus des entités mutualistes mais des entités à but lucratif. Il n’est pas étonnant que certains d’entre eux prônent ou souscrivent à l’idée que tout devrait se dérouler sur un marché organisé, ou du moins que toutes les transactions devraient passer par des chambres de compensation dont, en général, les marchés organisés sont aussi les propriétaires.”

La régulation de la finance nécessite en effet que l’on finance la régulation et la boucle est bouclée.

Il est bon de rappeler que le verbe réguler provient du latin regulare qui signifie diriger.

Cependant l’essentiel n’est pas là. En effet, ces organismes pourront-ils fournir les fonds propres nécessaires à la mise en place des accords de Bâle III, la clé de la régulation ? Quel sera l’impact sur le financement de l’économie réelle ? Or, l’ISDA est très critique envers la mise en place des règles prudentielles de Bâle III et indique que « les effets des règles proposées vont probablement pousser à une disparition de liquidité significative sur le marché, évaluée entre 15 700 MD$ à 29 900 MD$. » Elle avertit clairement que les effets pro-cycliques de la mise en place de Bâle III sont contraires à l’esprit de la régulation qui vise une meilleure résilience des marchés financiers.

L’ISDA n’est pas la seule à tirer la sonnette d’alarme et Frédéric Oudéa , président directeur de la Société Générale, précisait :

Les propositions tendant à rendre obligatoire un appel de marge initial bilatéral pour les produits dérivés non compensés pourraient entraîner un assèchement important et procyclique de la liquidité financière et accroître le risque systémique plutôt qu’à le réduire

En dépit de ses dimensions apparentes, il n’y a guère plus de 20 000 négociations sur produits dérivés de gré à gré effectuées chaque jour dans le monde entier, selon les chiffres du secteur.

Le Shadow banking (finance fantôme) évalué à 60 000 milliards de dollars vers la fin de 2011 se développe de façon alarmante suite à la mise en place des règles prudentielles. Je reste donc très inquiet, et je ne suis pas le seul, concernant les risques d’un deuxième krach (une crise de la régulation ?) supérieur à celui de septembre 2008.

Il serait donc judicieux de repenser le volet financier de notre système économique en introduisant une finance basée sur des actifs tangibles interdisant les paris sur la fluctuation des prix, une finance éthique.

En effet la situation est urgente. Il faut savoir que contrairement à l’idée reçue, les banques dans leur ensemble ne s’enrichissent pas, mais plutôt, à l’exemple des éléphants, se cachent pour mourir.

Nous assistons à la formidable concentration du secteur bancaire! Aux USA, le nombre de banques est ainsi passé de 13400 le premier janvier 1988 à 5,984 en mars 2013.  (Source : Research.St Louis Fed)

La financiarisation extrême de l’économie n’existe que lorsque les dettes deviennent colossales, l’argent réel se raréfiant. La finance actuelle s’est ainsi développée à la suite de la fin des accords de Bretton Woods, la fin de la convertibilité du dollar en or le 15 août 1971 et surtout, l’instauration du régime de changes flottants en mars 1973.

Ne l’oublions jamais, ce sont les réglementations interdisant aux entreprises de se couvrir contre le risque de change en plein régime de changes flottants qui ont poussé les institutions financières à imaginer des produits financiers tels que les swaps (un contrat d’échange de flux financiers entre deux parties) afin de se protéger.

La finance permet de plus la transformation de l’argent futur en espèces sonnantes et trébuchantes bien présentes.

Le culte de la croissance finira par engendrer son double opposé, la croissance du culte.

Le temps est donc essentiel et surtout son étrange relation avec la vitesse. Pas étonnant que les transactions soient de plus en plus rapides. Cosmopolis, le roman phare de Don DeLillo (2003) reprenait cette idée. Face à la baisse des profits, l’homme (l’hybris) s’affronte à Chronos, tente de le fractionner en unités toujours plus petites, et, sans le savoir génère le chaos, la fameuse entropie du système. (Source : http://www.youtube.com/watch?v=eVRpA-_jzV4)

Je ne peux m’empêcher de penser à notre cher Sisyphe, condamné à faire rouler éternellement en haut d’une montagne un rocher, qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet.

Aujourd’hui, Sisyphe a inventé l’ascenseur et se retrouve obligé de rouler sa grosse pierre dans un mécanisme qui va de plus en plus vite…

Gilles Bonafi

 

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Les banques bluffent en toute légalité

juillet 24th, 2013 by Eric Toussaint

Si une banque essuie des pertes importantes (par exemple par le non-remboursement de crédits suite à la faillite d’une grande entreprise, ou plus souvent, par des pertes sur les produits financiers échangés sur les marchés dérivés, ABS-RMBS, CDO… – notamment liées à la crise de l’immobilier ou à de mauvais paris sur l’évolution des taux de change, des taux d’intérêt… quelquefois pertes sur des titres souverains…), elle doit absorber ses pertes en ayant recours à son capital (ses fonds propres) |1|.

Si ce capital est insuffisant, alors elle se retrouve en faillite… ! En principe, selon les règles de prudence en vigueur, une banque ne peut pas prêter plus de 12,5 fois son capital. Cette règle est basée sur le postulat qu’avec 8% de capital par rapport à ses actifs totaux |2|, une banque ne peut pas faire faillite car il est fort probable que ses pertes soient inférieures à 8 % et donc qu’elle pourra y faire face. Nous allons montrer qu’en réalité, les banques peuvent développer des activités (c’est-à-dire prendre des risques) qui dépassent de très loin ce ratio. Au lieu de 1 / 12,5 (8%), le ratio Fonds propres/Actifs ne dépasse pas souvent 1/20 (5%). De plus, plusieurs très grandes banques ont un ratio de 1/25 (4%), voir 1/33 (3,33%) jusqu’à 1/50 (2%). Nous allons montrer comment, en toute légalité, c’est possible.

Le Comité de Bâle (voir encadré) envisage de baisser la limite à 1/33, ce qui est scandaleusement exagéré. Autoriser une banque à « prêter » 33 fois son capital laisse subsister une situation dans laquelle une (petite) perte de 3,33% sur les actifs entraîne la faillite. Une telle décision rend la poursuite des crises bancaires quasiment garantie.

Le Comité de Bâle et la Banque des règlements internationaux

Les accords de Bâle sont élaborés par le Comité de Bâle sur la supervision bancaire. Ce Comité dont la composition a évolué depuis les années 1980 rassemble aujourd’hui les banquiers centraux des pays du G20 sous l’égide de la Banque des règlements internationaux (BRI, voir plus bas) à Bâle. Il est responsable de quatre missions principales : le renforcement de la sécurité et de la fiabilité du système financier, l’établissement de standards minimaux en matière de contrôle prudentiel bancaire, la diffusion et la promotion de meilleures pratiques bancaires et de surveillance, et la promotion de la coopération internationale en matière de contrôle prudentiel. La BRI est quant à elle une organisation internationale créée en 1930, chargée de promouvoir la coopération monétaire et financière internationale. Elle joue également le rôle de banque des banques centrales. Son mandat s’articule autour de plusieurs axes : forum de discussion et d’analyse des politiques monétaires des banques centrales, centre de recherche économique et monétaire, première contrepartie des banques centrales dans leurs transactions internationales et agent financier. Elle associe 56 banques centrales dont celles du G10. Plusieurs comités et organisations voués à la stabilité monétaire et financière ou au système financier international ont été institués en son sein, comme le Comité de Bâle et le Committee on the Global Financial System (CGFS). |3|

Mais avant cela, nous allons expliquer pourquoi les banques sont à la recherche d’un effet de levier élevé, l’implication que cela a sur le gonflement des actifs des banques, l’augmentation du recours des banques à l’emprunt et les risques qui en découlent.

L’effet de levier

A partir de la dérèglementation néolibérale des années 1980, on a assisté à une baisse radicale du ratio entre les fonds propres (capital+réserves) que les banques doivent réunir et le volume de leurs dettes (les fonds propres + les dettes = le passif). Pour 1000 euros de capital, le nombre d’euros que les banques pouvaient emprunter a considérablement augmenté : c’est ce que l’on appelle l’effet de levier. Les banques ont progressivement augmenté cet effet de levier avec l’autorisation des autorités de contrôle. Le but est d’augmenter la rentabilité que les actionnaires retirent de leur investissement dans la banque en augmentant les montants empruntés. Pourquoi l’effet de levier le plus élevé possible constitue-t-il un objectif poursuivi par les grandes banques ? En quoi cela augmente-il la rentabilité de la banque du point de vue des actionnaires ?

A la poursuite du « ROE » maximum

La notion de ROE (« Return on Equity », ou rendement sur fonds propres) constitue une clé de compréhension. Schématiquement, les fonds propres d’une banque sont constitués du capital apporté par les actionnaires |4|. Il y a 25 ans, en principe, ils représentaient environ 8 % du bilan de la banque. Prenons une banque qui avait des actifs qui atteignaient 100 milliards d’euros (qui se répartissent en crédits aux ménages et aux entreprises, en titres de la dette souveraine, en obligations d’entreprises et autres titres financiers), son capital équivalait à 8 milliards d’euros.

Dans ces conditions, pour atteindre un rendement sur fonds propres (ROE) de 15%, il faut un bénéfice net de 1,2 milliard d’euros (soit 15% de 8 milliards). Obtenir un tel bénéfice net à partir d’actifs qui s’élèvent à 100 milliards d’euros paraît aisé : cela représente 1,2% de la somme.

Le gonflement exponentiel du bilan des banques afin d’augmenter le ROE

A partir du milieu des années 1990, se développent très rapidement de nouveaux produits financiers : des dérivés de différents types, des produits structurés… Les grandes banques veulent leurs parts de marché de ce secteur en plein développement. Elles sont convaincues que si elles ne s’y lancent pas, elles seront dépassées et peut-être absorbées par des concurrents. Le rendement de ces produits est relativement faible, ils rapportent en général moins de 1%. Du coup, une banque dont les actionnaires veulent que le ROE passe de 20 à 30% est poussée à augmenter de manière exponentielle ses actifs et simultanément à recourir de plus en plus à des emprunts pour faire jouer au maximum l’effet de levier. Dans l’exemple mentionné précédemment, le bilan de la banque est alors multiplié par 3 en une dizaine d’années pour atteindre 300 milliards tandis que le capital n’est pas augmenté. Il représente toujours 8 milliards, soit 2,66% du bilan. Le financement de cette croissance du bilan est passé par le recours à l’endettement.

Entre 2002 et 2011, les banques ont multiplié leurs actifs par 2,5

Selon le FMI |5|, les actifs bancaires mondiaux sont passés de 40.000 à 97.000 milliards de dollars entre 2002 et 2007. Entre 2007 et 2011, ils ont encore augmenté pour atteindre 105.000 milliards de dollars |6|.

Si on considère l’ensemble du secteur bancaire européen, les actifs sont passés de 25.000 milliards d’euros en 2001 à 43.000 milliards en 2008, soit 3,5 fois le PIB de l’UE |7| !

Vu la sévérité de la crise, on aurait pu s’attendre à une rapide restructuration du secteur bancaire avec un dégonflement des bilans des banques et la fermeture des firmes les plus faibles. Cela ne s’est pas produit, le volume des actifs n’a pas diminué depuis l’éclatement de la crise en 2008 |8|. En effet, alors que le volume de leurs actifs atteignait 43.000 milliards euros en 2008, il a atteint 45.000 milliards euros en 2011. Tandis que le PIB européen diminuait légèrement, les actifs des banques européennes poursuivaient leur augmentation pour atteindre 370% du PIB européen en 2011 ! |9|

Entre 2007 et 2011, les actifs de la Deutsche Bank ont augmenté de 12,4% (la plus grande banque à l’échelle mondiale), ceux de la britannique HSBC de 22,2% (deuxième banque mondiale), ceux de la principale banque française BNP Paribas de 16%, ceux du Crédit Agricole de 22%, ceux de Barclays de 12%, ceux de la principale banque espagnole Santander de 37,1%, ceux de la principale banque suédoise Nordéa de 84,1%, ceux de la deuxième banque allemande Commerzbank de 7,3%, ceux de la banque italienne Intesa de 11,6%, ceux de la deuxième banque espagnole BBVA de 19,1%. Sur les 18 principales banques européennes, seules trois ont connu une baisse des actifs : Royal Bank of Scotland (-28%), la principale banque hollandaise ING (-3,3%) et la principale banque italienne Unicredit (-9,3%) |10|.

Conséquences de l’augmentation de l’effet de levier

Première conséquence : une prise de risque de plus en plus élevée |11| et des débâcles bancaires à répétition. Deuxième conséquence : le sauvetage des banques par les pouvoirs publics qui mettent le peuple à contribution. Dans nombre de pays (Irlande, Islande, Espagne, Belgique, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Etats-Unis, Chypre, Grèce…), la dette publique a augmenté fortement depuis 2008 en raison des sauvetages bancaires.

Pourtant, comme mentionné plus haut, six années après le démarrage de la plus grande crise bancaire depuis les années 1930, les gouvernements et les autorités de contrôle se proposent de ramener l’effet de levier à 1/33. La banque qui a 1 euro en fonds propres peut donc emprunter 32 euros et mener des activités pour 33 euros. Cela promet inévitablement la poursuite des crises bancaires.

Le recours à l’effet de levier a été favorisé en plusieurs étapes.

Bâle 1 : un encouragement à la dérèglementation voulue par les banques

Première étape : à partir de 1988, les accords de Bâle 1 prévoient que les banques doivent avoir à leur disposition sous forme de fonds propres l’équivalent de 8% de leur bilan. Cela veut dire que si elles disposent de 1 euro en fonds propres (apporté en principe par les actionnaires), elles peuvent prêter 12,5. Cela signifie également que pour prêter 12,5 alors qu’elles n’ont que 1 de fonds propres, elles peuvent emprunter 11,5. Par rapport aux normes en vigueur depuis les années 1930, il s’agissait déjà d’un important encouragement à recourir à l’endettement pour augmenter le volume des activités de la banque. Or ces 8% apparaissent comme un montant élevé depuis les accords de Bâle 2 que nous verrons plus loin.

Attention, il faut nuancer de manière importante la description qui vient d’être faite. En effet, ce n’est pas 12,5 qu’elles peuvent prêter… En réalité, elles peuvent « prêter » 25 (c’est le cas de BNP Paribas), voire 50 (c’est le cas de Deutsche Bank ou de Barclays) tout en respectant Bâle 1 (et Bâle 2 actuellement en vigueur). Pourquoi est-ce possible ? Parce qu’elles peuvent jouer sur le dénominateur |12| du ratio fonds propres / actifs, car ce ratio n’est pas appliqué au total des actifs. En effet, Bâle 1 (tout comme Bâle 2 et Bâle 3 que nous analyserons plus loin) permet à la banque de « réduire » la valeur des actifs en considérant qu’une grande partie d’entre eux ne sont pas risqués. La valeur des actifs est calculée en fonction du risque qu’ils représentent. Les titres de dette souveraine émise par des Etats membres de l’OCDE sont considérés comme ne présentant aucun risque. Les prêts aux banques cotées entre AAA et AA- ne présentent que 20% de risque. Bâle 1 établissait 5 catégories de risque en fonction du débiteur ou de la contrepartie : 1) Etats et pouvoirs publics, 2) grandes entreprises non financières, 3) banques, 4) particuliers et petites entreprises (retail) et 5) autres.

Comment un ratio de 4% peut être transformé en un ratio de 10%

Si la banque Banxia a 4 de fonds propres et 100 d’actifs, cela représente un ratio de 4% alors qu’elle doit atteindre 8% dans le cadre de Bâle 1 (et de Bâle 2 qui est d’application en 2013-2014). Comme fait-elle pour l’atteindre sans rien changer ? Elle va pondérer ses actifs en fonction du risque. Prenons le cas théorique suivant : sur les 100, elle détient des titres souverains de pays qui disposent d’une note comprise entre AAA et AA- pour un montant de 30. Elle peut alors soustraire ces 30 du total de ses actifs. Pourquoi ? Parce que la législation en vigueur considère que des créances sur des pays notés entre AAA et AA- ne nécessitent aucun capital pour amortir des pertes éventuelles. Il lui reste 70 d’actifs en face desquels elle doit mettre un montant suffisant de capital. Son ratio capital / actifs (4/70) s’établit maintenant à 5,7% : c’est encore insuffisant.

Continuons le raisonnement. Sur les 70 restants, 30 sont constitués de créances |13| sur des banques ou à des entreprises notées entre AAA et AA-. Dans ce cas, puisque les règles de Bale 1 (et de Bâle 2) considèrent que ces prêts ne présentent que 20% de risque, la banque Banxia peut considérer que les 30 de créances ne comptent que 6 (20% de 30). Ce n’est donc plus pour des actifs équivalents à 70 que Banxia doit rassembler des fonds propres, mais des actifs de 70 moins 24, c’est-à-dire 46. Le ratio fonds propres / actifs s’améliore donc nettement, il atteint 8,7% (4 de fonds propres pour 46 d’actifs pondérés par le risque).

Admettons maintenant que sur les 40 d’autres actifs, 2 soient des prêts à des entreprises ou à des banques auxquelles les agences attribuent une mauvaise note, c’est à dire inférieure à B-. Dans ce cas, le risque s’établit à 150%. Ces 2 de créances comptent alors pour 3 (150% de 2). Il faudra calculer les fonds propres requis pour faire face au risque par rapport à 3 et non par rapport à 2.

Supposons que sur les 38 d’actifs restants, 10 représentent des prêts à des PME. Dans ce cas, 10 comptent pour 10 car les créances des banques sur les PME ne peuvent pas être allégées, elles sont considérées par les autorités de Bâle comme présentant un risque élevé. Le « risque » s’établit à 100%.

Les 28 d’actifs restants sont constitués de prêts aux particuliers. Le risque pour les prêts aux particuliers s’établit à 75%, donc ces 28 d’actifs pèsent 21 (75% de 28) .

Dans ce cas théorique, les actifs calculés en fonction du risque représentent finalement 40 (0+6+3+10+21) sur un actif total de 100. Le ratio fonds propres / actifs vaut 4/40, c’est-à-dire 10%.

Bingo ! La banque dont les fonds propres ne représentaient que 4% des actifs peut déclarer que son ratio atteint en réalité 10% . Elle sera félicitée par les autorités de contrôle.

Vous croyez que ce n’est que théorique ? Que ce qui vient d’être décrit ne correspond pas à ce que font les banques et les autorités de contrôle ? Détrompez-vous. Vous trouverez dans la partie suivante un exemple bien réel et des exemples comme celui-là, il y en a beaucoup. En attendant voici ci-dessous un tableau qui résume les taux applicables pour la pondération du risque tant dans le cadre de Bâle 1 que de Bâle 2.

Tableau récapitulatif de la pondération des risques |14|

Comme indiqué plus haut, le Comité de Bâle fait la part belle aux agences de notation. Or c’est établi, ces agences se sont trompées de manière répétée. Elles ont attribué des notes AAA jusqu’à AA- à des entreprises comme Enron, Lehman Brothers, AIG, RBS, Northern Rock… jusqu’à la veille de leur faillite. De même, les agences de notation ont attribué des notes AAA aux produits structurés toxiques comme les CDO jusqu’en 2007-2008 avant leur effondrement. Par ailleurs, les autorités de Bâle ont adopté des mesures discriminatoires à l’égard des prêts aux PME (qui bien sûr ne sont pas cotées par les agences de notation et donc présentent 100% de risque selon les normes établies) et aux ménages (75% de risque selon Bâle), ce qui a poussé les banques à réduire les crédits directs à ces acteurs de l’économie réelle. Une grande partie des prêts aux ménages ont été titrisés, c’est-à-dire sortis des bilans des banques et vendus à d’autres institutions financières. Si depuis 2008, les banques restreignent le crédit aux PME et aux ménages, c’est que les prêts qu’elles leur accordent pèsent beaucoup trop lourd en terme d’actifs pondérés. Les banques privées ont obtenu des autorités de Bâle qu’elles favorisent le développement des produits financiers titrisés plutôt que les prêts directs aux acteurs de l’économie productive.

Eric Toussaint

Notes

|1| L’auteur remercie Aline Fares pour les conseils qu’elle a prodigués et pour l’aide qu’elle a apportée à la recherche. Il remercie également Damien Millet pour la relecture et Pierre Gottiniaux pour l’infographie. L’auteur prend l’entière responsabilité des opinions exprimées dans ce texte.

|2| En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges et les dettes). Voir : http://www.banque-info.com/lexique-…

|3| Source : Banque de France.

|4| Ce sont les capitaux dont dispose une entreprise, autres que ceux qu’elle a empruntés. Les fonds propres sont repris au passif d’un bilan de société. Source : http://www.lesclesdelabanque.fr/Web…. Les fonds propres comprennent également les réserves, c’est-à-dire les bénéfices qui n’ont pas été redistribués et qui sont donc mis en réserve.

|5| IMF, Global Financial Stability Report, Restoring Confidence and Progressing on Reforms, octobre 2012, http://www.imf.org/External/Pubs/FT... , p. 82.

|6| Plus de la moitié des actifs bancaires mondiaux sont entre les mains des banques de l’UE. Bien sûr, si on y ajoute les banques suisses, la part des banques européennes augmente encore.

|7| Ces chiffres proviennent du Rapport Liikanen (voir plus loin). Voir également : Damien Millet, Daniel Munevar, Eric Toussaint, « Les chiffres de la dette 2012 », tableau 30, p. 23, qui donnent des données concordantes à partir d’une autre source.

|8| La situation peut varier d’un État à l’autre : dans certains pays, on constate une diminution des actifs des banques qui est contrebalancée par une augmentation dans d’autres.

|9| En Irlande, en 2011, les actifs des banques représentaient 8 fois le produit intérieur brut du pays. A Chypre, début 2013, les actifs représentaient 9 fois le PIB. Au Royaume-Uni, les actifs des banques s’élèvent à 11 fois le PIB. Au Grand Duché de Luxembourg, les actifs bancaires représentent 29 fois le PIB.

|10| Rapport Liikanen,. (chairperson), High-level Expert Group on reforming the structure of the EU banking sector, octobre 2012, tableau 3.4.1., p. 39.
Le Rapport Liikanen doit son nom à Erkki Liikanen, gouverneur de la banque centrale de Finlande, qui a présidé en 2011-2012 un groupe de travail de onze experts créé par le Commissaire européen Michel Barnier afin de poser un diagnostic sur la situation des banques européennes et de proposer des réformes du secteur bancaire européen. Un des intérêts du rapport Liikanen, c’est qu’il confirme par une voie officielle les manipulations auxquelles se livrent les banques, les risques ahurissants pris pour faire un maximum de profit. Voir le texte complet du rapport :http://ec.europa.eu/internal_market…

|11| Petit rappel sur l’effet de levier dans la débâcle de Northern Rock au Royaume-Uni. Northern Rock était à l’origine une banque coopérative qui a changé de statut en 1997 et adopté une stratégie agressive dans le domaine immobilier. Entre 1997 et sa chute en 2007, elle a connu une croissance de 23% par an pour devenir la 5e banque hypothécaire britannique, dont 90% des prêts étaient concentrés dans le secteur immobilier. Pour financer son développement, elle a marginalisé les dépôts de clients comme moyen de financement et s’est mise à dépendre d’emprunts à court terme. Elle a joué à fond sur l’effet de levier qui a dépassé le ratio de 90 pour 1. La banque a été nationalisée en février 2008 aux frais du Trésor public et des contribuables.

|12| On verra plus loin qu’elles peuvent jouer sur le numérateur, à savoir les fonds propres.

|13| Il peut s’agit de prêts ou de titres financiers. Il peut s’agir aussi de produits structurés CDO cotés AAA à AA- avant la crise qui a éclaté en 2007-2008.

|14| Ce tableau est élaboré à partir des documents adoptés par le Comité de Bâle : voir version Bâle 2 de 2004 : http://www.bis.org/publ/bcbs107fre…. ; voir version Bâle 2 révisée en 2006 :http://www.bis.org/publ/bcbs128fre.pdf Concernant la pondération de risques, lire à partir de la page 20.

Éric Toussaint, docteur en sciences politiques, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

Syrie : Bientôt, plus d’obstacle au nouveau Sykes-Picot

juillet 23rd, 2013 by Thierry Meyssan

Vous avez sûrement observé le changement de ton de la presse atlantiste sur la question syrienne. Les « rebelles », ces « héros de la Liberté », se sont soudain mués en terroristes fanatiques qui s’entre-déchirent. Pour Thierry Meyssan, il n’y a rien de nouveau sous le soleil : Washington a simplement abandonné l’idée de renverser Bachar el-Assad et se dirige vers la tenue de la conférence de Genève II. Prochaine étape : la perte d’influence française dans la région.

Le 13 juin dernier, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale des États-Unis annonçait que la ligne rouge avait été franchie : ainsi que le montraient les preuves accumulées par les Français et les Britanniques, la Syrie de Bachar el-Assad avait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple. On allait voir ce que l’on allait voir… Sans attendre, le nouveau commandement joint des Forces terrestres de l’Otan était activé à Izmir (Turquie). La guerre était imminente.

Un mois plus tard, la détermination occidentale a disparu. La presse atlantiste découvre avec effroi que l’opposition armée en Syrie est composée de fanatiques haïs par la grande majorité des Syriens, ce que nous ne cessons de dire depuis deux ans. Tandis que, sur place, l’Armée syrienne libre et le Front Al-Nosra, au lieu de combattre contre les troupes de Damas, se livrent l’un à l’autre une guerre sans merci.

Que s’est-il donc passé qui a pu transformer la guerre de « libération » de la Syrie en ce vaste désordre ? En réalité, aucun des enjeux n’a changé en un mois : l’Armée arabe syrienne n’a jamais utilisé d’armes chimiques contre les « rebelles » ; et ceux-ci ne se sont pas « radicalisés ». Par contre, le plan US que j’exposais, le premier, en novembre dernier, se met lentement en place. L’étape du jour, c’est le lâchage de l’opposition armée.

Tout ceci nous confirme l’essoufflement de l’impérialisme anglo-saxon. L’application sur le terrain des décisions prises à Washington s’effectue avec une extrême lenteur. Ce processus met en évidence l’aveuglement des médias occidentaux qui ignorent ces décisions prises jusqu’à ce qu’elles se traduisent en actes. Incapables d’analyser le monde tel qu’il est, ils persistent à relayer et à crédibiliser la « communication politique ».

Ainsi, ce que j’écrivais [1], et qui était qualifié de « théorie du complot » par la presse dominante, devient une évidence pour elle, dix mois plus tard. Eric Schmitt écrit pudiquement dans le New York Times que « les plans de l’administration US sont bien plus limités qu’elle ne le déclarait en public et en privé » [2]. Tandis que David Ignatius titre crument dans le Washington Post : « Les rebelles syriens ont été plaqués par Washington » [3]. Ils attendaient des armes anti-char et ils reçurent des mortiers de 120 millimètres. On leur avait promis des avions, et ils reçurent des kalachnikovs. Des armes arrivent en nombre, mais pas pour renverser Bachar el-Assad, pour qu’ils se tuent entre eux et qu’il n’en reste aucun.

Et pour qu’il n’y ait pas de doute : le directeur de la CIA, John Brennan, et le vice-président, Joe Biden, ont convaincu à huis clos le Congrès qu’il ne fallait pas envoyer d’armes décisives en Syrie. Tandis qu’à Londres, la Chambre des Communes s’est engouffrée dans la brèche. Et qu’à Paris, Alain Marsaud et Jacques Myard —pour d’autres raisons— tentent d’embarquer l’Assemblée nationale dans le même refus occidental de continuer à soutenir les « rebelles ».

Sans aucun état d’âme, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius qui déplorait en décembre l’inscription par les États-Unis du Front Al-Nosra sur leur liste des organisations terroristes « parce qu’ils font du bon boulot sur le terrain » (sic), a lui-même demandé à l’ONU de l’inscrire sur la liste internationale des organisations terroristes. Et Manuel Valls, le ministre français de l’Intérieur, a déclaré sur France2 que les Français qui combattent en Syrie aux côtés de ses anciens alliés islamistes seraient arrêtés et jugés à leur retour en France.

La conférence de Genève II, dont on parle depuis un an, se précise. Les principaux obstacles venaient de la Coalition nationale qui, soutenue par le Qatar, exigeait la capitulation préalable de Bachar el-Assad, et des Franco-Britanniques qui refusaient de voir l’Arabie saoudite et l’Iran à la table des négociations.

L’ayatollah Khamenei a retiré du jeu le président Ahmadinejad et son directeur de cabinet Meshaie, hommes de foi et anti-cléricaux forcenés, pour les remplacer par le cheikh Rouhani, un religieux très pragmatique. Dès son installation comme nouveau président iranien, fin août, ce dernier devrait accepter de participer à la négociation. De leur côté, les Anglo-Saxons ont retiré du jeu le Qatar, ce micro-État gazier qui leur servait à camoufler l’alliance entre l’OTAN et les Frères musulmans. Ils ont confié la gestion des « rebelles » en Syrie à la seule Arabie saoudite, tout en discréditant ces « rebelles » internationaux dans leur presse. Avec ou sans le roi Abdallah, Riyad devrait également accepter la négociation.

Fausse surprise : à la demande pressante du secrétaire d’État John Kerry, l’Autorité palestinienne a accepté de reprendre les négociations avec Israël, même si celui-ci poursuit la colonisation des Territoires.

Sauf revirements inattendus en Égypte ou en Tunisie, il ne devrait donc plus y avoir, d’ici deux à trois mois, d’obstacles majeurs à la tenue de Genève II, le « nouveau Sykes-Picot » élargi ; du nom des accords secrets par lesquels la France et le Royaume-Uni se partagèrent le Proche-Orient durant la Première Guerre mondiale. Au cours de cette conférence, les États-Unis et la Russie se répartiront l’Afrique du Nord et le Levant, au détriment de la France, en divisant la région en zones sous-traitées par les Saoudiens (sunnites) ou les Iraniens (chiites).

Après avoir contraint l’émir du Qatar à abdiquer et avoir abandonné les « rebelles » en Syrie, Washington va donc retirer son influence régionale à sa fidèle alliée, la France, qui aura sali ses mains durant deux ans pour rien. C’est la loi cynique de l’impérialisme.

Thierry Meyssan

 

 

[1] « Obama II : la purge et le pacte », Réseau Voltaire, 27 novembre 2012. « L’ASL continue de briller comme une étoile morte », Réseau Voltaire, 26 décembre 2012. « Obama et Poutine vont-ils se partager le Proche-Orient ? », Odnako (Fédération de Russie), 26 janvier 2013.

[2] “No Quick Impact in U.S. Arms Plan for Syria Rebels”, par Mark Mazzetti, Eric Schmitt et Erin Banco, The New York Times, 14 juillet 2013

[3] “Syrian rebels get ‘the jilt’ from Washington”, par David Ignatius, The Washington Post, 18 juillet 2013.

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Les drogues et la machine de guerre des États-Unis

juillet 23rd, 2013 by Prof Peter Dale Scott

Maxime Chaix : Dans votre dernier ouvrage, La Machine de guerre américaine, vous étudiez en profondeur ce que vous appelez la « connexion narcotique globale ». Pourriez-vous nous éclairer sur cette notion ?

Peter Dale Scott : Avant tout, permettez-moi de définir ce que j’entends par « connexion narcotique ». Les drogues n’entrent pas comme par enchantement aux États-Unis. Parfois, de très importantes cargaisons de drogues sont acheminées dans ce pays avec l’assentiment et/ou la complicité directe de la CIA. Je vais vous l’illustrer par un exemple tiré de La Machine de guerre américaine. Dans ce livre, je parle du général Ramon Guillén Davila, le directeur d’une unité anti-drogue créée par la CIA au Venezuela, qui fut inculpé à Miami pour avoir introduit clandestinement aux États-Unis une tonne de cocaïne. Selon le New York Times, « la CIA, malgré les objections de la Drug Enforcement Administration [DEA], approuva la livraison d’au moins une tonne de cocaïne pure à l’aéroport international de Miami [,] comme moyen d’obtenir des renseignements sur les cartels de la drogue colombiens ». Au total, selon le Wall Street Journal, le général Guillén aurait pu avoir acheminé illégalement plus de 22 tonnes de drogues aux États-Unis. Néanmoins, les autorités US n’ont jamais demandé au Venezuela l’extradition de Guillén pour le juger. De plus, lorsqu’en 2007 il fut arrêté dans son pays pour avoir planifié l’assassinat d’Hugo Chávez, son acte d’accusation était encore maintenu sous scellés à Miami. Ce n’est pas surprenant, sachant qu’il était un allié de la CIA.

Toutefois, la connexion narcotique de l’Agence ne se limite pas aux États-Unis et au Venezuela. Depuis l’après-guerre, elle s’est progressivement étendue à travers le globe. En effet, les États-Unis ont voulu exercer leur influence dans certaines parties du monde mais, en tant que démocratie, ils ne pouvaient pas envoyer l’US Army dans ces régions. Par conséquent, ils ont développé des armées de soutien (proxy armies) financées par les trafiquants de drogues locaux. Progressivement, ce mode opératoire est devenu une règle générale. C’est l’un des principaux sujets de mon livre, La Machine de guerre américaine. J’y étudie notamment l’opération Paper, qui débuta en 1950 avec l’utilisation par l’Agence de l’armée du KMT en Birmanie, qui organisait le trafic de drogues dans la région. Quand il s’est avéré que cette armée était totalement inefficace, la CIA développa sa propre force en Thaïlande (la PARU). L’officier de l’Agence qui en avait la responsabilité a admis qu’elle finançait ses opérations par de très importantes saisies de drogues.

En rétablissant le trafic de drogues en Asie du Sud-Est, le KMT en tant qu’armée de soutien constituait un précédent de ce qui allait devenir une habitude de la CIA : collaborer secrètement avec des groupes financés par les drogues pour mener la guerre — en Indochine et en mer de Chine méridionale dans les années 1950, 60 et 70 ; en Afghanistan et en Amérique centrale dans les années 1980 ; en Colombie dans les années 1990 ; et de nouveau en Afghanistan en 2001 —. Les mêmes secteurs de la CIA en sont responsables, soit les équipes chargées d’organiser les opérations clandestines. Depuis l’après-guerre, nous pouvons observer comment leurs agents, financés par les bénéfices narcotiques de ces opérations, se déplacent de continents en continents pour répéter le même schéma. C’est pourquoi nous pouvons parler d’une « connexion narcotique globale ».

Maxime Chaix : D’ailleurs, dans La Machine de guerre américaine, vous remarquez que la production de drogues explose souvent là où les États-Unis interviennent avec leur armée et/ou leurs services de renseignement, et que cette production décline lorsque ces interventions s’achèvent. En Afghanistan, alors que l’OTAN retire progressivement ses troupes, pensez-vous que la production de drogue va diminuer une fois le retrait achevé ?

Peter Dale Scott : Dans le cas de l’Afghanistan, il est intéressant de constater qu’au cours des années 1970, à mesure que le trafic de drogues déclinait en Asie du Sud-Est, la zone frontalière pakistano-afghane devenait peu à peu centrale dans le trafic international d’opium. Finalement, en 1980, la CIA s’impliqua de manière indirecte, mais massive, contre l’URSS dans la guerre d’Afghanistan. D’ailleurs, Zbigniew Brzezinski se vanta auprès du président Carter d’avoir donné aux soviétiques « leur Vietnam ». Toutefois, il déclencha également une épidémie d’héroïne aux États-Unis. En effet, avant 1979, de très faibles quantités d’opium du Croissant d’Or entraient dans ce pays. Or, en une année seulement, 60 % de l’héroïne pénétrant aux États-Unis provenait de cette zone, selon les statistiques officielles.

Comme je le rappelle dans La Machine de guerre américaine, les coûts sociaux de cette guerre alimentée par la drogue continuent de nous affecter. Par exemple, il y aurait aujourd’hui 5 millions d’héroïnomanes au seul Pakistan. Et pourtant, en 2001, les États-Unis, avec l’aide des trafiquants, relancèrent leurs tentatives d’imposer un processus d’édification nationale à un quasi-État, comptant au moins une douzaine de groupes ethniques majeurs parlant des langues différentes. À cette époque, l’intention qu’avaient les États-Unis d’utiliser des trafiquants de drogue pour se positionner sur le terrain en Afghanistan n’avait pas la moindre ambiguïté. En 2001, la CIA créa sa propre coalition pour lutter contre les talibans en recrutant — et même en important — des trafiquants de drogues, qui étaient en principe d’anciens alliés des années 1980. Comme au Laos en 1959 et en Afghanistan en 1980, l’intervention états-unienne a été une aubaine pour les cartels internationaux des drogues. Avec l’amplification du chaos dans les zones rurales afghanes et l’augmentation du trafic aérien, la production d’opium fit plus que doubler, passant de 3 276 tonnes en 2000 (mais surtout de 185 tonnes en 2001, l’année où les talibans l’interdirent) à 8 200 tonnes en 2007.

Aujourd’hui, il est impossible de déterminer comment va évoluer la production de drogues en Afghanistan. Cependant, si les États-Unis et l’OTAN se contentent de se retirer en laissant le chaos derrière eux, tout le monde en pâtira — sauf les trafiquants de drogues, qui profiteraient du désordre pour leurs activités illicites —. Il serait donc indispensable d’établir une collaboration entre l’Afghanistan et tous les pays avoisinants, incluant la Chine et la Russie (qui peut être considérée comme une nation voisine du fait de ses frontières avec les États d’Asie centrale). Le Conseil international sur la sécurité et le développement (ICOS) a suggéré d’acheter et de transformer l’opium afghan afin de l’utiliser médicalement dans les pays du Tiers-Monde, qui en ont cruellement besoin. Washington reste opposé à cette mesure, qui est difficile à mettre en œuvre en l’absence d’un système de maintien de l’ordre efficace et solide. Dans tous les cas, nous devons aller vers une solution multilatérale incluant l’Iran, une nation très affectée par le trafic de drogues venant d’Afghanistan. Il est également le pays le plus actif dans la lutte contre les exportations de stupéfiants afghans, et celui qui subit le plus de pertes humaines à cause de ce trafic. Par conséquent, l’Iran devrait être reconnu comme un allié central dans la lutte contre ce fléau mais, pour de nombreuses raisons, ce pays est considéré comme un ennemi dans le monde occidental.

Maxime Chaix : Votre dernier livre, La Machine de guerre américaine, démontre notamment qu’une part importante des revenus narcotiques alimente le système bancaire global, dont les banques des États-Unis, créant une véritable « narconomie ». Dans cette perspective, que pensez-vous de l’affaire HSBC ?

Peter Dale Scott : Tout d’abord, le scandale du blanchiment d’argent par HSBC nous amène à penser que la manipulation des bénéfices narcotiques par cette banque aurait pu contribuer à financer le terrorisme — comme l’avait révélé une sous-commission du Sénat en juillet 2012 —. De plus, un nouveau rapport sénatorial a estimé que « chaque année, entre 300 milliards et 1 trillion de dollars d’origine criminelle sont blanchis par les banques à travers le monde, la moitié de ces fonds transitant par les banques états-uniennes ». Dans ce contexte, les autorités gouvernementales nous expliquent qu’HSBC ne sera pas démantelée car elle est trop importante dans l’architecture financière occidentale. Souvenez-vous qu’Antonio Maria Costa, le directeur de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC), avait rapporté qu’en 2008, «  les milliards de narcodollars ont empêché le système de sombrer au paroxysme de la crise [financière] globale. »

Ainsi, HSBC s’est entendue avec le département de la Justice pour payer une amende d’environ 1,92 milliards de dollars, ce qui évitera des poursuites pénales. Le gouvernement des États-Unis nous fait ainsi comprendre que personne ne sera condamné pour ces crimes car, comme je l’ai souligné précédemment, cette banque fait partie intégrante du système. C’est un aveu déterminant. En réalité, toutes les grandes banques ayant une importance systémique — pas seulement HSBC — ont admis avoir mis en place des filiales spécialement conçues pour blanchir l’argent sale (les private banks). Certaines ont payé de lourdes amendes, qui sont habituellement bien moins importantes que les profits générés par le blanchiment d’argent. Et aussi longtemps que cette impunité sera maintenue, le système fonctionnera de cette manière. C’est un véritable scandale. En effet, songez à un individu lambda se faisant arrêter avec quelques grammes de cocaïne en poche. Il sera très probablement incarcéré, mais la banque HSBC pourrait avoir blanchi environ 7 milliards de dollars de revenus narcotiques grâce à sa filiale mexicaine sans que personne n’aille en prison. En réalité, la drogue est l’un des principaux éléments soutenant le dollar, d’où l’emploi de l’expression « narconomie ». Les trois premiers produits échangés dans le commerce international sont d’abord le pétrole, puis les armes et enfin les drogues. Ces trois éléments sont interconnectés, et ils alimentent les banques de la même manière. C’est pourquoi la majorité de l’argent des drogues est absorbée par le système bancaire global. Ainsi, dans La Machine de guerre américaine, j’étudie comment une partie de ces revenus narcotiques finance certaines opérations clandestines états-uniennes, et j’en analyse les conséquences.

Maxime Chaix : Il y a 10 ans, l’administration Bush lançait la guerre d’Irak, sans l’aval du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Quel bilan tirez-vous de ce conflit, notamment au regard de ses coûts humains et financiers ?

Peter Dale Scott : Selon moi, il y a eu deux grands désastres dans la politique étrangère récente des États-Unis. Il s’agit de la guerre du Vietnam, qui n’était pas nécessaire, et de la guerre d’Irak, qui l’était encore moins. L’objectif affiché de cette guerre était d’instaurer la démocratie dans ce pays, ce qui était une véritable illusion. Il appartient au peuple irakien de déterminer s’il est dans une meilleure situation aujourd’hui qu’avant cette guerre, mais je doute qu’il réponde par l’affirmative s’il était consulté sur cette question.

Au regard des coûts humains et financiers de ce conflit, celui-ci fut un désastre, aussi bien pour l’Irak que pour les États-Unis. Toutefois, dans un documentaire qui lui est dédié, l’ancien vice-président Dick Cheney vient de déclarer qu’il referait la même chose « dans la minute ». Or, le Financial Times a récemment estimé que les contractants avaient signé pour plus de 138 milliards de dollars de contrats avec le gouvernement des États-Unis, dans le cadre de la reconstruction de l’Irak. À elle seule l’entreprise KBR, une filiale d’Halliburton — dirigée par Dick Cheney avant qu’il ne devienne vice-président —, a signé pour au moins 39,5 milliards de dollars de contrats fédéraux depuis 2003. Rappelons également qu’à la fin de l’année 2000, un an avant le 11-Septembre, Dick Cheney et Donald Rumsfeld ont cosigné une étude importante élaborée par le PNAC (le groupe de pression néoconservateur appelé le Projet pour le Nouveau Siècle Américain). Intitulée Reconstruire les Défenses de l’Amérique (Rebuilding America’s Defenses), cette étude réclamait notamment une forte augmentation du budget de la Défense, l’éviction d’Irak de Saddam Hussein, et le maintien de troupes états-uniennes dans la région du golfe Persique même après la chute du dictateur irakien. Ainsi, en dépit des coûts humains et financiers de cette guerre, certaines entreprises privées ont massivement profité de ce conflit, comme je l’ai analysé dans La Machine de guerre américaine. Enfin, au Proche-Orient, lorsque l’on observe les très fortes tensions entre les chiites, qui sont appuyés par l’Iran, et les sunnites soutenus par l’Arabie saoudite et le Qatar, il faut garder à l’esprit que la guerre d’Irak a eu un impact très déstabilisant dans cette région…

Maxime Chaix : Justement, quel est votre point de vue sur la situation en Syrie, et sur les potentielles solutions à ce conflit ?

Peter Dale Scott : Au vu de la complexité de cette situation, il n’existe pas de réponse simple sur ce qui devrait être fait en Syrie, du moins au niveau local. Toutefois, en tant qu’ancien diplomate, je suis convaincu que nous ayons besoin d’un consensus entre les grandes puissances. La Russie continue d’insister sur la nécessité de s’en tenir aux accords de Genève. Ce n’est pas le cas des États-Unis, qui ont agi bien au-delà du mandat du Conseil de sécurité en Libye, et qui sont en train de rompre un potentiel consensus en Syrie. Ce n’est pas la marche à suivre car, à mon sens, un consensus international est nécessaire. Sinon, il se pourrait que la guerre par procuration entre chiites et sunnites au Proche-Orient finisse par attirer directement l’Arabie saoudite et l’Iran dans le conflit syrien. Il y aurait alors un risque de guerre entre les États-Unis et la Russie. La Première Guerre mondiale a éclaté de cette manière, ayant été déclenchée par un événement local en Bosnie. Et la Seconde Guerre mondiale a débuté avec une guerre par procuration en Espagne, qui opposait à distance la Russie et l’Allemagne. Nous devons et nous pouvons éviter la répétition d’une telle tragédie.

Maxime Chaix : Mais ne pensez-vous pas qu’au contraire, les États-Unis cherchent aujourd’hui à s’entendre avec la Russie, essentiellement à travers la diplomatie de John Kerry ?

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Peter Dale Scott : Pour vous répondre, permettez-moi de faire une analogie avec ce qu’il s’est déroulé en Afghanistan et en Asie centrale dans les années 1990, après le retrait soviétique. Aux États-Unis, le problème récurrent est qu’il est difficile de parvenir à un consensus au sein du gouvernement, car il existe une multitude d’agences ayant parfois des objectifs antagonistes. Il en résulte l’impossibilité d’obtenir une politique unifiée et cohérente, et c’est précisément ce que nous avons pu observer en Afghanistan en 1990. Le département d’État voulait impérativement parvenir à un accord avec la Russie, mais la CIA continuait de travailler avec ses alliés narcotiques et/ou jihadistes en Afghanistan, n’ayant pas l’intention de mettre fin à cette collaboration. Par conséquent, dans une certaine mesure, il existait une concurrence entre l’Agence et le département d’État en Afghanistan. À cette époque, Strobe Talbott — un très proche ami du président Clinton, dont il était un influent représentant personnel au sein du département d’État —, déclara avec justesse que les États-Unis devaient parvenir à un arrangement avec la Russie en Asie centrale, et non considérer cette région comme un « grand échiquier » où manipuler les événements à notre avantage (pour reprendre le concept de Zbigniew Brzezinski). Mais dans le même temps, la CIA et le Pentagone étaient en train de nouer des accords secrets avec l’Ouzbékistan, qui neutralisèrent totalement ce que Strobe Talbott était en train d’accomplir. Je doute qu’aujourd’hui, de telles divisions internes au sein de l’appareil diplomatique et sécuritaire des États-Unis aient disparu.

Dans tous les cas, depuis 1992, la doctrine Wolfowitz mise en œuvre à partir de 2001 par les néoconservateurs de l’administration Bush appelle à la domination globale et unilatérale des États-Unis. Parallèlement, des éléments plus modérés du département d’État tentent de négocier des solutions pacifiques aux différents conflits dans le cadre des Nations Unies. Cependant, il est impossible de négocier la paix tout en appelant à dominer le monde par la force militaire. Malheureusement, les faucons intransigeants l’emportent le plus souvent, pour la simple et bonne raison qu’ils bénéficient des budgets les plus élevés – ceux qui alimentent La Machine de guerre américaine –. En effet, si vous parvenez à des compromis diplomatiques, ces faucons verront leurs budgets amoindris, ce qui explique pourquoi les pires solutions ont tendance à prévaloir dans la politique étrangère états-unienne. Et c’est précisément ce qui pourrait empêcher un consensus diplomatique entre les États-Unis et la Russie dans le conflit syrien.

Source
Diplomatie (France)

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Les images terrifiantes de l’incendie du Lac-Mégantic ont beaucoup circulé dans les médias. La grande majorité des commentaires du public traduisait l’horreur d’un centre-ville et de ses citoyens « atomisés » par un tragique accident de chemin de fer.

Mais était-ce vraiment un accident? De ma formation en santé et sécurité, j’ai retenu que ce qui s’appelle un « accident » est en réalité la goutte qui fait déborder un vase rempli d’une série de négligences ou d’omissions, indicatrices souvent d’une mauvaise culture d’entreprise. La catastrophe peut alors se produire dans une usine, un atelier, une plate- forme pétrolière ou quelque part… sur un réseau ferroviaire.

Je sais qu’il est facile de prédire l’avenir après la catastrophe mais essayons de dégager les diverses entorses qui ont été faites au principe de précaution, tels que rapportés par les médias; bien sûr, les enquêtes confirmeront (ou infirmeront) ces faits.

Tout d’abord, cette ligne de chemin de fer était considérée comme peu rentable par le Canadian Pacific (CP). Elle a été vendue pour une bouchée de pain à une petite compagnie, la Montreal, Maine and Atlantic(MMA). Mais si la ligne était déficitaire pour le CP, comment la MMA aurait-elle pu tirer son épingle du jeu? La réponse : en coupant brutalement les dépenses. J’ai entendu plusieurs commentateurs dans les médias qualifier la MMA de
« compagnie de broche à foin »; c’est une façon polie de dire les choses.

La première dépense à couper quand une entreprise est à court d’argent, c’est l’entretien des infrastructures : les médias nous disent, photos et témoignages à l’appui, que la voie ferrée était dans un tel état de décrépitude que les trains devaient y circuler à très basse vitesse, à peine plus vite que le pas d’un cheval de trait.

Les dirigeants de la MMA ont ensuite demandé s’il était possible de réduire la masse salariale en ayant seulement un opérateur/ingénieur dans les locomotives de ses convois. Deux personnes, c’est plus stimulant et plus sécuritaire qu’une seule mais les agences et leurs fonctionnaires, les ministères et leurs ministres sont très complaisants et ils tolèrent qu’il n’y ait qu’un seul opérateur à la tête d’un convoi.

Dans la série de raisons lointaines qui ont contribué grandement à la tragédie, il y a donc aussi les normes et la réglementation que les agences gouvernementales doivent faire respecter dans le monde du rail. La belle phrase que les gouvernants utilisent souvent à l’heure de la mondialisation des marchés pour eux-mêmes couper dans les dépenses, c’est
« l’industrie va s’auto-réglementer ». Ensuite, ils continuent à fermer les yeux lorsque la MMA se met à transporter du pétrole en grande quantité. Plutôt que d’exiger que la voie ferrée et le matériel roulant soient améliorés avant de transporter ces charges lourdes et dangereuses, les acteurs préfèrent le laisser-faire. Cette complaisance est-elle acceptable?

Sans sombrer dans la paranoïa, est-il responsable de laisser une locomotive couplée à une cargaison de produits explosifs rouler au ralenti dans une gare déserte pendant des heures, sans aucune surveillance? Est-ce un accident en devenir?

Enfin, arrive « la goutte qui fait déborder le vase », ce petit incident mineur qui déclenche toute une cascade d’événements qui produiront cette catastrophe. Un feu dans la locomotive a été éteint, les pompiers ont coupé le moteur, les freins pneumatiques ont relâché graduellement la pression et le convoi s’est mis en branle, d’abord très lentement, puis a accéléré inexorablement dans la pente pour aller exploser devant le Musi-café.

Est-ce que le conducteur du train est fautif comme l’affirme le Président de la MMA ou est-il plutôt le bouc-émissaire de la compagnie?

Au Québec, des pétrolières veulent forer en Gaspésie et à l’Ile d’Anticosti. Est-ce que le principe de précaution y sera appliqué, aussi bien par les compagnies que par les divers ministères? Ou est-ce que l’industrie va être invitée, encore une fois, à «s’auto-discipliner» avec le risque de catastrophe que cela implique? Le présent est inquiétant…

Par exemple, le projet de règlement pour la protection de l’eau potable du MDDEFP prévoit seulement 300 mètres de distance entre un forage pétrolier et un puits d’eau potable ou seulement 400 mètres sous un aquifère. Avec la fracturation hydraulique, lorsque qu’une fente ou une faille est créé dans la roche, c’est pour l’éternité. La fracturation hydraulique libère moins de 5% du pétrole présent dans la roche; donc, le pétrole non économiquement rentable va se libérer très lentement et polluer la nappe phréatique pour très, très longtemps. Alors, est-ce que ce règlement respecte le principe de précaution ou est-il trop complaisant pour l’industrie? Est-ce que ce projet de notre ministère de l’environnement est une préparation pour une tragédie à venir? Même avec une probabilité de une chance sur cent que ce genre d’incident se produise, est-ce qu’on peut prendre ce pari? Quelles étaient les probabilités que des personnes se prélassant dans un café près d’une voie ferrée par un beau vendredi soir soient tuées par un train sans conducteur?

Un accident comme celui de Lac-Mégantic, ça se préparait depuis longtemps. C’est arrivé à cet endroit mais les mêmes causes auraient pu le produire ailleurs. Pétrole hautement inflammable, négligence chronique dans l’entretien du réseau, mépris du principe de précaution pour des raisons économiques, complicité des agences gouvernementales qui ferment les yeux à cause de l’influence d’un lobby puissant : on retrouve tout ça dans cette tragédie.

Écoutons le cri du cœur d’une victime, M. Raymond Lafontaine, un citoyen de Lac-Mégantic qui a perdu un fils et deux belle-filles dans cette hécatombe: «… Si je sors un camion d’ici qui n’est pas conforme, je me fais arrêter par la SAAQ; si un camionneur d’ici fait un accident aux États-Unis, ils l’amènent au poste de police. Mais eux, ils sont où? C’est pas un accident, c’est un crime. Laisses-tu ton char sans mettre les freins? Eux autres, ils transportent 73 wagons de 100 000 litres d’essence, sacramant!…». «On va-tu les laisser brûler le Québec au complet pour faire plus d’argent? Pas moi!…Écris-le que c’est criminel. Non, écris-le pas. Crie-le!...» (1)

Amen!

Gérard Montpetit


La Présentation, Qc. le 19 juillet, 2013

1) Chronique de Yves Boisvert, La Presse du 10 juillet 2013, p A6

 

Lettre d’opinion envoyé par le Comité Réplique du Regroupement interrégional gaz de schiste de la Vallée du St-Laurent

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« Sécurité » garantie par Lockheed

juillet 23rd, 2013 by Manlio Dinucci

C’est le satellite le plus lourd (presque 7 tonnes) jamais lancé avec un missile Atlas : le Muos-2 a été mis en orbite il y a quelques jours depuis Cap Canaveral. La constellation de cinq satellites, dont deux déjà en orbite et fonctionnant, sera pleinement opérationnelle en 2015, annonce Lockheed Martin, le principal constructeur du Mobile User Objective System (MUOS), le système de communications de nouvelle génération, « élément critique de la sécurité nationale USA ». A travers les grandes antennes paraboliques de quatre stations terrestres, dont une à Niscemi (Sicile), il reliera les unités navales, aériennes et terrestres pendant qu’elles sont en mouvement, dans n’importe quelle partie du monde. Lockheed Martin communique aussi avoir mis au point le premier des nouveaux satellites Gps III pour la U.S. Air force, qui à partir de 2014 rendront les chasseurs bombardiers et les drones encore plus létaux.

Lockheed Martin, encore, donne deux informations importantes sur le chasseur F-35, dont elle est le principal constructeur. Elle vient de livrer le centième des 3mille systèmes de pointage électro-optique, qui garantissent « la sécurité des pilotes » en leur permettant de focaliser les objectifs à une grande distance et de lancer des missiles et des bombes à guidage Gps et laser en restant hors du rayon d’action de celui qui est attaqué. Et à la base aérienne Eglin en Floride, où 28 F-35 ont déjà effectué 2 300 heures de vol, le centième pilote est entré en phase d’entraînement. Selon le programme, seront formés ici chaque année, dans le centre d’entraînement de Lockheed, 100 pilotes et 2 200 techniciens de manutention. Italiens compris, entraînés à l’utilisation des chasseurs à décollage conventionnel et de ceux à décollage court et atterrissage vertical.

L’Italie –confirme Lockheed Martin sans aucun doute sur l’issue de la décision parlementaire- recevra 90 chasseurs F-35 dans ces deux versions, qui permettront à ses forces d’ « atterrir pratiquement n’importe où, y compris des bases, pistes endommagées, localités lointaines et navires avec capacités aériennes ». Ainsi se précise le scénario dans lequel seront employés les F-35 italiens. Les pilotes, formés (y compris mentalement) aux Etats-Unis, seront reliés par l’intermédiaire du MUOS à la chaîne de commandement du Pentagone, qui leur assignera les objectifs à frapper dans des localités lointaines (Moyen-Orient, Asie, Afrique). Grâce aux nouveaux satellites Gps III et aux systèmes de pointage électro-optique, ils largueront des bombes et des missiles à grande distance des objectifs, en rentrant sains et saufs à la base.  Après les premières vagues d’attaque, même les F-35 italiens à décollage court et atterrissage vertical pourront atterrir sur des bases et des pistes endommagées, en ouvrant la voie aux forces d’invasion. L’éventuelle riposte de missiles du pays attaqué pourra être neutralisée, assure le Pentagone, grâce au nouveau radar à haute résolution An-Tpy-2, construit par Raytheon, qui sera aussi fourni aux alliés européens. C’est un radar qui, étant « rapidement déployable en position avancée » sur le pays attaqué, renforcera le « bouclier anti-missile » que les Etats-Unis sont en train de réaliser pour la « sécurité de l’Europe ». L’Italie aussi en aura quand elle partira à l’attaque avec le F-35, défini par Lockheed Martin comme « le chasseur de cinquième génération qui garantira la sécurité de la prochaine génération italienne ». Cela vaut donc la peine de dépenser 14 milliards d’euros d’argent public pour les 90 F-35, qui pourraient même être plus nombreux, comme l’a annoncé le ministre (italien de l’attaque, Ndt) Mauro.

Les sacrifices d’aujourd’hui serviront à garantir la « sécurité » de demain. Dans l’avant-poste d’où partent les « guerres humanitaires » de l’empire.

 

 

Edition de mardi 23 juillet 2013 de il manifesto,

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130723/manip2pg/14/manip2pz/343513/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Des émeutes se sont produites à Trappes (Yvelines) dans la banlieue sud-ouest de Paris durant les nuits de vendredi et de samedi après que la police a brutalement arrêté une famille musulmane, dont une femme portant le voile intégral.

La loi réactionnaire de 2011 interdisant, dans l’espace public, le port du voile intégral, dont la burqa, le niqab ou les cagoules, a intensifié les préjugés raciaux et religieux en France, donnant lieu à de nombreux affrontements entre la police et des musulmans. Jeudi dernier, la police de Trappes avait demandé à une femme voilée de retirer son voile, en interpellant par la suite son mari pour avoir soi-disant tenté d’étrangler un policier durant son arrestation.

Plusieurs centaines de manifestants ont attaqué vendredi soir un commissariat de police à Trappes pour essayer de le libérer, incendiant des abribus et des voitures. Six personnes ont été placées en garde à vue et plusieurs ont été blessées, dont quatre policiers et un garçon de 14 ans qui a été atteint au visage par une balle en caoutchouc et qui risque de perdre l’œil touché.

L’homme placé en garde à vue a été relâché samedi par la police, car le témoignage de sa femme concernant l’arrestation a été rendu public et contredisait directement la version de la police. Le procès de l’homme est tout de même prévu pour septembre.

S’exprimant devant le Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF), elle a dit, « Ils ont voulu nous contrôler à cause de mon voile intégral. Comme d’habitude, j’ai coopéré. J’allais lever mon voile lorsque j’ai vu l’un des agents pousser violemment ma mère. »

La police a menacé son mari lorsqu’il a demandé aux agents d’arrêter. Alors, a-t-elle poursuivi, « Une fois que le policier en a fini avec ma mère, il vient vers moi et fait de grands gestes devant mon visage en me tenant un langage agressif. Apeurée, je lui ai demandé de se taire. Il m’a alors attrapée par le voile au niveau de la tête et traînée avec une force monstrueuse, avant de me plaquer sur le capot de la voiture en me criant : ‘C’est à moi que tu parles ? C’est à moi que tu parles, hein ?’ »

« Je me suis retournée, puis j’ai aperçu mon mari maintenu à terre par deux policiers qui le menottaient. Une fois dans la voiture, ils nous criaient dessus comme si on était des chiens. Ils menaçaient mon mari en disant ‘Qu’est-ce que tu vas faire maintenant p’tite tafiote, hein ?’ Tout cela avec les poings serrés et en donnant des coups dans la voiture. »

Les émeutes se sont poursuivies durant la nuit de samedi à dimanche, se propageant dans les villes voisines, dont Guyancourt, Maurepas et Elancourt où un véhicule de police a brûlé après avoir été touché par un cocktail Molotov. Plusieurs véhicules de police ont été stationnés devant le commissariat de police à Trappes où la police s’est de nouveau heurtée à plusieurs dizaines d’habitants de la ville qui auraient tiré des feux d’artifice en direction de la police.

Quatre jeunes ont été arrêtés hier et accusés d’avoir participé aux émeutes de vendredi alors que plus de 150 CRS étaient toujours postés à Trappes.

Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a dit, « Un dispositif de sécurité conséquent sera maintenu jusqu’à ce que le calme revienne de manière pérenne. » Il a aussi écarté le témoignage de la femme voilée de Trappes en disant être sûr que la police l’avait traitée avec respect.

Les émeutes de Trappes révèlent clairement le caractère réactionnaire et raciste de l’interdiction de 2011 du niqab ou de la burqa. Cette interdiction, qui avait été proposée par le président droitier, Nicolas Sarkozy, et André Gerin du Parti communiste français (PCF) stalinien, jouit de l’appui de l’ensemble de l’establishment politique français.

Cette loi qui avait été votée en violation flagrante du principe de laïcité de la Constitution française, qui stipule la neutralité de l’Etat en matière de religion, rendant donc impossible l’interdiction de pratiquer une religion particulière, est devenue un prétexte pour terroriser les communautés musulmanes de la classe ouvrière

A présent, alors que la colère monte face à la décision du président PS (Parti socialiste), François Hollande, de réduire les droits à la retraite et de perpétrer d’autres attaques contre les droits sociaux des travailleurs, la police est en train de lancer de nouvelles opérations musclées, attisant ainsi un climat sécuritaire. L’objectif plus large de telles opérations est de diviser la classe ouvrière selon des lignes ethniques et religieuses tout en créant les conditions pour imposer de nouvelles coupes sociales.

Ceci souligne le rôle réactionnaire joué par les groupes de pseudo-gauche tels Lutte Ouvrière (LO) ou le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) qui tous deux avaient accepté l’interdiction de la burqa. L’année dernière, lors de l’élection présidentielle, ces deux groupes avaient promu la candidature de Hollande comme une alternative plus à gauche, face à Sarkozy. Ces groupes ont créé un climat politique dans lequel l’unique source d’opposition apparente à Hollande émane de forces racistes d’extrême-droite. Ces forces profitent ensuite du climat raciste incité par le PS et ses mesures sécuritaires.

La principale bénéficiaire de la situation actuelle est Marine Le Pen, dirigeante du Front national néo-fasciste (FN). Son taux de popularité augmente et a atteint 31 pour cent. Elle a réagi aux émeutes de Trappes en qualifiant les habitant de « voyous déchaînés. » Elle a dit, « Il est plus que temps de taper du poing sur la table en organisant la reconquête par la loi et l’ordre de chaque mètre carré du territoire national ».

En début de semaine dernière, deux suspects avaient été arrêtés pour avoir, le 14 juillet, soi-disant en état d’ébriété, menacé d’un couteau une femme voilée. Certains articles de presse indiquaient qu’il s’agissait de membres de groupes d’extrême droite.

Les habitants de Trappes qui ont parlé aux médias ont clairement fait état de la profonde colère sociale qui s’est développée, tant sous Sarkozy que sous Hollande, provoquée par les conditions sociales et la brutalité policière et qui ne trouve aucune expression au sein de l’establishment politique. Une personne a dit, « Nous, on en a marre des policiers bandits qui jouent à ‘qui interpellera le mieux une femme voilée’ »

Une habitante de Trappes, dont la voiture a été endommagée durant les émeutes, a dit au journal Le Monde, « C’est sûr que ça va reprendre. Mais c’est cinquante-cinquante, la police cherche aussi. Quand on est contrôlé cent fois, la 101ème fois, ça pète ! »

Une autre personne a dit, « Toute la ville est énervée ! Vous pensez qu’on se révolte juste pour un contrôle qui tourne mal ? C’est toute l’atmosphère de Trappes qui nous donne des envies de révolution. »

Alex Lantier

 

Article original, WSWS, paru le 22 juillet 2013

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Le juge militaire américain qui préside le procès en cour martiale du soldat Bradley Manning a décidé jeudi de ne pas abandonner l’accusation la plus grave présentée par le procureur, celle d’”aide à l’ennemi”.

Le procès de Manning – il a aidé à divulguer des milliers de documents confidentiels par l’intermédiaire de WikiLeaks en 2010 – va maintenant continuer avec des accusations qui impliquent une possible peine de mort, même si le gouvernement a promis qu’il ne demanderait pas l’exécution de Manning. Les arguments finaux pourront commencer dès la semaine prochaine. Le même juge qui a pris la décision d’hier, la colonelle Denise Lind, prendra la décision finale sur le sort de Manning.

Pourquoi Manning est-il poursuivi ? En 2010, ce militaire a révélé au public des documents secrets qui révèlent la nature des guerres d’Afghanistan et d’Irak. Parmi celles-ci, il y avait une vidéo, postée par WikiLeaks sous le titre « Meurtre collatéral », documentant la prise pour cible et le meurtre de civils irakiens à Bagdad, y compris celui de deux journalistes.

En accusant Manning d’« aide à l’ennemi, » le gouvernement assimile la révélation de preuves de crimes de guerre qui étaient dissimulées à de l’espionnage et à de l’aide apportée aux terroristes. Comme le sait bien le gouvernement, et comme Manning l’a expliqué dans une déclaration lue devant la cour en février, il a révélé ces documents pour informer le peuple Américain et stimuler « la discussion, les débats et les réformes » à propos de la politique étrangère américaine.

Puisque Manning a passé ces documents à WikiLeaks afin d’alerter le peuple américain sur les actions illégales et immorales du gouvernement de ce dernier, il s’en suit que c’est lui, et non Al Qaïda, qui est le véritable « ennemi » qui inquiète le gouvernement et les agences militaires et de renseignement.

Dans l’affaire de la révélation des Pentagon Papers concernant la guerre du Vietnam qui avait fait jurisprudence, la Cour suprême américaine avait jugé qu’on ne pouvait pas censurer l’information en s’appuyant sur l’affirmation générale que les documents seraient dommageables aux intérêts de la sécurité nationale. Chaque élément de l’information devait faire l’objet d’une démonstration claire et concrète de ses effets dommageables sur un aspect précis de la sécurité nationale.

Le juge Hugo L. Black a écrit en 1971 que, « le mot ‘sécurité’ est une large et vague généralité dont les contours ne devraient pas être invoqués pour abroger le droit fondamental reconnu par le Premier amendement. » C’est précisément une généralité vague de ce genre qui constitue le fondement des accusations du gouvernement contre Manning.

Les accusations d’« aide à l’ennemi » s’appuient sur des raisonnements entièrement fallacieux, tout comme l’ensemble de la chasse aux sorcières menée contre Manning. Il n’y a absolument aucune preuve parmi celles présentées que Manning aurait délibérément décidé d’aider Al Qaïda. Le gouvernement se contente d’affirmer que puisque les informations que Manning a publiées pouvaient être consultées par Al Qaïda, ses actions sont assimilables à de la trahison.

Suivant la logique du gouvernement, non seulement Manning doit être coupable d’avoir aidé Al Qaïda, mais aussi WikiLeaks, puisqu’il a affiché les informations, et aussi tous les journaux qui les ont relayées. De plus, en suivant la définition d’« aide matérielle fournie à l’ennemi » qui figure dans lePatriot Act et d’autres lois anti-démocratique, tout groupe ou individu qui défend Manning pourrait être pris pour cible et persécuté.

Cette logique a déjà été appliquée dans les faits. Le gouvernement Obama a poursuivi sans relâche le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, qui est actuellement terré dans l’ambassade d’Équateur à Londres. Assange a fait l’objet d’une inculpation secrète dans l’éventualité d’une capture et d’une extradition vers les États-Unis.

En mai, il a été révélé que le gouvernement avait secrètement collecté les relevés de téléphone de journalistes de l’Associated Press, et par la suite, il est apparu que le journaliste de Fox News James Rosen avait eu ses courriels et ses connections Internet espionnés car il était en relations avec un responsable du ministère des Affaires étrangères qui divulgait des informations confidentielles.

Sui l’on suit les arguments du gouvernement et ses actions, il ne reste rien des garanties du Premier amendement sur la liberté d’expression et de la presse.

On a atteint un nouveau stade dans la vendetta anti-démocratique contre les lanceurs d’alerte avec la campagne menée contre l’ex-agent de la NSA Edward Snowden. Par ses actions, Snowden a contribué à révéler au cours du dernier mois et demi l’existence de l’infrastructure d’un Etat policier d’une ampleur sans précédent. En s’appuyant sur des décisions de tribunaux secrets et sur des interprétations de la loi elles-aussi maintenues secrètes, une base de données constituée des appels téléphoniques et de l’activité sur Internet a été construite pour l’ensemble de la population des États-Unis et d’une bonne partie du monde.

Pour ces actions, Snowden lui aussi est confronté à des accusations s’appuyant sur la loi Espionnage Act et il est actuellement la cible d’une campagne mondiale pour le contraindre à retourner aux États-Unis. L’affirmation du gouvernement selon laquelle il va bénéficier de la « procédure requise » [due process] s’il est capturé est ridicule quand on voit le traitement de Manning, qui, en plus d’être jugé par un tribunal militaire, a été soumis à des mois d’abus que le rapporteur spécial des Nations-unies sur la torture a qualifiés de « cruels, inhumains et dégradants. »

La bande des criminels qui osent se faire les juges de Manning est le véritable ennemi du peuple américain. Durant des décennies, sous la bannière frauduleuse de la « guerre contre le terrorisme, » ils ont agi avec « des intentions malveillantes » (comme Manning est accusé de l’avoir fait) pour saper les droits démocratiques. Ils ont mené des guerres illégales à l’étranger et, dans la foulée de l’effondrement financier de 2008, ils ont organisé un transfert massif de richesses vers l’aristocratie financière.

Le président et de hauts responsables de son gouvernement, les chefs de l’armée et des agences de renseignement, leurs larbins républicains et démocrates du Congrès qui savaient tout et ont tout approuvé, les juges qui ont validé chaque loi illégale et inconstitutionnelle – ce sont eux et non Manning, Assange et Snowden qui méritent d’être poursuivis, jugés, reconnus coupables et condamnés.

Matthew MacEgan

Joseph Kishore

Article original, WSWS, publié le 19 juillet 2013

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Le président du Conseil des chefs d’état-major interarmés américain, le général Martin Dempsey, a dit que le gouvernement Obama envisage activement le recours à la force militaire en Syrie.

Dempsey a dit jeudi qu’il avait présenté un choix d’options au président Barack Obama pour des frappes militaires contre la Syrie. En réponse à des questions hostiles posées par le sénateur républicain John McCarin, fervent défenseur d’une intervention militaire américaine, il a dit que le recours à des frappes « cinétiques » – c’est-à-dire des missiles et des bombes – était « débattu au sein de nos agences gouvernementales. »

Il a dit que si ce n’était pas le cas, le président Bachar al-Assad serait encore au pouvoir dans un an parce qu’« [A]ctuellement le vent semble avoir tourné en sa faveur. » Compte tenu de ce que Washington a investi dans la destitution d’Assad, c’est une forte indication que les Etats-Unis décideront d’une intervention militaire dans un avenir proche.

Le sénateur Carl Levin a même demandé à Dempsey de fournir une liste non classifiée d’options aux sénateurs d’ici la semaine prochaine. Le même jour, il a été annoncé que le commandement militaire de l’Armée syrienne libre (ASL), le général Salim Idriss, se rendrait aux Etats-Unis la semaine prochaine pour des rencontres aux Nations unies et probablement à la Maison Blanche.

S’adressant également au Sénat, Samantha Power, qui a été nommée par Obama au poste d’ambassadrice à l’ONU, a qualifié « l’échec du Conseil de sécurité de l’ONU à réagir au massacre en Syrie » de « honte que l’histoire jugera sévèrement. »

Elle a mis en garde contre le fait de trop insister sur la nécessité de briser l’alliance de la Russie et de la Chine avec Assad, en indiquant que Washington envisageait une action sans l’autorisation de l’ONU.

Dempsey s’est exprimé après que le chef d’état-major de l’armée britannique, qui part à la retraite, le général Sir David Richards, eut accordé un entretien au Daily Telegraph et au journal The Sun de Rupert Murdoch, indiquant qu’une intervention conjointe avec les Etats-Unis était vivement débattue. Richards a dit « il y a beaucoup de réticence à voir des soldats occidentaux sur le terrain dans un endroit comme la Syrie, » et qu’une zone d’exclusion aérienne « est insuffisante… Il faut être en mesure de toucher des cibles au sol, comme nous avions réussi à le faire en Libye. »

Il a déclaré au Sun que le Royaume-Uni « serait tenu d’agir » si le régime d’Assad tombait, afin d’arrêter la prolifération des armes chimiques aux insurgés islamistes. « Le risque de terrorisme est en train de devenir de plus en plus dominant dans notre vision stratégique de ce que nous pourrions faire en Syrie, » a-t-il dit. « Si ce risque persiste, il est à peu près certain que nous devrons agir pour l’atténuer et nous sommes prêts à le faire… Certains pourraient caractériser cela de guerre, même si ce n’est que pour une période limitée. »

Des partisans de la guerre de tous les milieux politiques, de Power à McCain, invoquent la catastrophe humanitaire en Syrie afin de fournir un soi-disant impératif moral.

Les médias regorgeaient cette semaine de descriptions à vous donner froid dans le dos de la situation en Syrie, émanant de l’ONU ou de groupes favorables à l’opposition. Le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Antonio Guterres, a dit au Conseil de sécurité que le conflit syrien avait causé la pire crise de réfugiés depuis 20 ans, avec 6.000 personnes fuyant chaque jour le pays. De plus, 5.000 personnes sont tuées tous les mois, ce qui porte le nombre de morts à plus de 93.000 et celui des réfugiés à plus de cinq millions.

Leila Zerrougui, représentante de l’ONU pour les enfants et les conflits armés, a visité des camps de réfugiés et a parlé de « violations graves des droits humains, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité » en Syrie comme « étant la règle ». Elle a dit que le conflit est en train de produire « une génération d’enfants qui ont perdu leur enfance, sont pétris de haine et sont analphabètes. »

Les médias ont scrupuleusement rendu compte de la visite du secrétaire d’Etat américain John Kerry dans un camp de réfugiés en Jordanie. Un appel minutieusement chorégraphié a été lancé par six réfugiés, des partisans de l’opposition, en faveur de l’établissement immédiat d’une zone d’exclusion aérienne et de zones tampon.

« Où est la communauté internationale? Qu’attendez-vous pour agir ? » a demandé une femme anonyme.

Il s’agit là de propagande abjecte. La dévastation de la Syrie, la crise des réfugiés, la liste croissante des victimes et la descente dans la guerre sectaire, relèvent totalement de la responsabilité des puissances impérialistes.

Après la chute de Zine el-Abedine Ben Ali en Tunisie et d’Hosni Moubarak en Egypte, les Etats-Unis ont décidé de dicter les événements, d’abord en Libye et maintenant en Syrie, par la seule force des armes et au moyen de diverses forces intermédiaires dociles.

Le régime baassiste d’al-Assad est fondamentalement réactionnaire, mais le mouvement d’opposition qui s’est développé contre lui est entièrement l’œuvre des Etats-Unis. Il est composé d’une alliance d’agents de la CIA, d’anciennes figures du régime et d’islamistes chargés de mettre en place un régime pro-occidental afin de garantir que les richesses pétrolières du Moyen-Orient continuent d’affluer dans les coffres des multinationales et des banques basées aux Etats-Unis.

Ce faisant, des crimes sectaires brutaux sont commis et qui menacent de plonger l’ensemble de la région dans une lutte communautariste sanglante. Rien que cette semaine, la BBC a rapporté comment la minorité chrétienne syrienne a été la cible de djihadistes. Des tirs d’obus sont aussi tombés près d’un important sanctuaire chiite de Sayyida Zeinab, petite-fille du prophète Muhammad, à l’extérieur de Damas ; maintenant que le conflit syrien s’est propagé au Liban, cet endroit est devenu un lieu de rassemblement des combattants du Hezbollah qui soutiennent Assad.

L’argument qui circule actuellement au sein des milieux dirigeants aux Etats-Unis et en Europe tourne autour de la question de savoir si la Syrie doit être saignée à blanc par une campagne de déstabilisation financée par les Etats du Golfe et la Turquie ou si la politique syrienne doit être modelée plus directement sur la guerre en Libye, qui avait abouti à l’éviction et à l’assassinat du colonel Mouammar Kadhafi.

Cette campagne jouit de la couverture politique de tendances de pseudo-gauche telles l’International Socialist Organisation (ISO) aux Etats-Unis, le Socialist Workers Party (SWP) en Grande-Bretagne et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France qui s’alignent pour acclamer les supposées « forces révolutionnaires » représentées par l’opposition syrienne.

S’exprimant le week-end dernier à Londres, le représentant politique du SWP en Syrie, Ghayath Naïssé, a soutenu l’armement de l’opposition par Washington en déclarant : « Nous voulons armer le peuple, » mais « sans imposer de conditions ».

Simon Assaf du SWP a été encore plus cynique en déclarant : « Nous soutenons le soulèvement du peuple. Il faut lui donner des armes, » tout en ajoutant : « Il n’existe pas de petite fée des armes. »

Le renversement d’Assad par les puissances impérialistes et leurs larbins serait une étape sanglante vers la consolidation de l’hégémonie américaine au Moyen-Orient et vers une guerre contre l’Iran. Cela intensifierait le conflit avec la Russie et la Chine, et entraînerait le danger d’une guerre à échelle mondiale encore bien plus sanglante.

La tâche pour venir à bout d’Assad et de tous les régimes corrompus de la région, en Egypte, en Arabie saoudite, en Turquie et en Israël aussi, est du ressort de la classe ouvrière. Cette tâche requiert une lutte unifiée contre l’impérialisme, contre tous les représentants régionaux du capitalisme et de leur régime, une lutte pour le socialisme. La responsabilité politique des travailleurs aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Europe et internationalement est de se mobiliser en une lutte commune contre le danger d’une guerre impérialiste en Syrie.

Chris Marsden

Article original, WSWS, paru le 20 juillet 2013

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Comme promis aux lecteurs de ce blog [du Fatto Quotidiano.it – NdT], je continue de les informer sur l’avancement des travaux du 9/11 Consensus Panel, dont je fais partie (je profite de l’occasion pour signaler que deux nouveaux membres nous ont rejoints : Jonathan Cole, ingénieur en génie civil, et Daniele Ganser, historien, directeur du SIPER (Swiss Institute for Peace and Energy Research), professeur à l’université de San Gallo et à l’université de Basel).

Cette fois, le Panel s’est intéressé à l’extraordinaire et ô combien singulière affaire des appels téléphoniques passés depuis trois des quatre avions détournés en cette tragique matinée. L’analyse méticuleuse de tous ces appels téléphoniques a permis au Panel d’identifier pas moins de 32 contradictions, certaines insurmontables, entre le récit fourni par les autorités (qui n’ont cessé de se contredire) et les preuves documentaires à disposition.
Rappelons que pendant trois ans, de 2001 à 2004, l’histoire des appels de téléphones portables en provenance des avions a dominé les récits faits par les médias américains et du monde entier. Cela a alimenté des milliers d’articles, de livres, de récits. Ces appels font partie intégrante de l’histoire du 11/9 et n’ont jamais réellement été remis en cause. Il y eut même un film, celui sur le Vol UA 93, entièrement basé sur certains de ces appels téléphoniques.  Disons tout de suite qu’aussi bien le FBI que le tristement célèbre Rapport de la Commission sur le 11/9 rendu en 2004, ont officiellement établi que des appels de téléphones portables ont été passés depuis trois des quatre avions détournés. Et étant donné que la crédibilité du Rapport de la Commission sur le 11/9 repose partiellement sur ces récits, il est bien évident que si ces appels téléphoniques étaient discrédités, le rapport le serait également. Et bien c’est exactement ce que le 9/11 Consensus Panel s’est attaché à faire.
Nous n’avons pas la place ici de reconstruire tous les détails des appels (Todd Beamer depuis le vol UA 93 ; Barbara Olson depuis AA 77 ; Peter Hanson depuis UA 175 ; Jeremy Glick et Mark Bingham depuis UA 93 ; Renee May, une hôtesse du Vol AA 77 ; Brian Sweeney depuis UA 175 ; Thomas E. Burnett et ses 4 appels depuis le vol UA 93 ; Sandra Bradshaw, hôtesse du vol UA 93 ; Elizabeth Wainio et Mario Britton depuis UA 93), en tout, 35 appels. Je ne veux m’attarder ici que sur deux protagonistes de ces appels téléphoniques. Ceux qui souhaiteraient vérifier les sources de nos conclusions peuvent aller consulter le site www.consensus911.org.
Le premier est Todd Beamer, qui dans l’histoire rapportée par les médias, est l’auteur de la fameuse phrase «Let’s Roll ! », le cri de guerre qui aurait signé la révolte des passagers du vol UA 93. D’après Lisa Jefferson, l’opératrice téléphonique qui a reçu l’appel, Beamer lui a semblé bizarrement calme, vu les circonstances. Au point que Mme Jefferson a déclaré au FBI avoir un instant pensé qu’il s’agissait d’un faux appel (crank call), étant donné le caractère « méthodique et rationnel » de son interlocuteur qui « était sur le point de mourir. » Le coup de téléphone a duré quelque 13 minutes. Une durée relativement singulière, car avec ces conditions particulières, et le nombre énorme d’appels reçus par les centraux [ce matin-là], les communications étaient bien souvent coupées. Mais encore plus étrange – toujours selon le témoignage de Lisa Jefferson au FBI -, la ligne téléphonique est restée connectée pendant 15 minutes après que l’avion s’est écrasé au sol. Il faut ajouter que Beamer est resté au téléphone pas moins de 13 minutes avec deux opératrices différentes, et lorsque Jefferson lui a proposé de lui passer sa femme, Lisa, enceinte de leur 3e enfant à naître en janvier, il aurait répondu : « Non, non, je ne veux pas l’inquiéter sans raison. » Beamer aurait ajouté : « Je veux juste parler avec quelqu’un pour que l’on sache ce qui se passe ici. » Comme s’il n’avait aucun ami ou parent avec qui parler.
L’autre opératrice, Phyllis Johnson, ne semble pas avoir été interrogée par le FBI, et finalement, il n’y a aucun élément permettant de confirmer avec certitude que la personne avec qui les deux opératrices ont parlé au téléphone était bien Todd Beamer. L’appel n’a en effet pas été enregistré, ni par les deux opératrices ni par l’AOSC (Airfone Operations Surveillance Center). Qu’en conclure ? Les points d’interrogation sont innombrables. Je vais pourtant en rajouter un, qui me semble encore plus décisif que ceux soulevés jusqu’ici. Le 29 septembre 2001, le FBI a reçu du Bureau de Verizon (l’opérateur téléphonique du portable de Beamer) la liste détaillée des appels, qui montre que ce portable a passé 18 appels après (j’ai bien dit, après) le crash du vol UA 93, c’est-à-dire après 10 h 03 ce matin-là. Que peut-on en conclure ? L’hypothèse la plus plausible est que ce téléphone portable n’était pas à bord du vol UA 93 avec Todd Beamer, ou alors, l’avion qui s’est écrasé dans ce champ en Pennsylvanie n’était pas le vol UA 93.
Face à cette série de problèmes insolubles, le FBI s’est fendu (sous serment cette foi) d’une nouvelle version. C’était pendant le procès de Zacarias Moussaoui, en 2006. Il a affirmé qu’aucun des appels, sauf deux, n’avaient été effectués par des téléphones portables ; les deux seuls appels de portables auraient été passés simultanément, à 9 h 58, depuis le vol UA 93, par deux membres d’équipage, E. Felt et Cee Cee Lyle. Tous deux auraient été passés depuis les toilettes de bord, alors que l’avion se trouvait à 5000 pieds (environ 1500 m), c’est-à-dire depuis une altitude relativement compatible avec les possibilités techniques des communications cellulaires en 2001.
Mais il y a un autre problème : même ces deux appels-là n’ont pas pu être faits avec des portables. Malgré un examen approfondi de la liste des appels de portables de tous les passagers et membres d’équipage de ce vol, on ne trouve nulle part trace d’un appel à 9 h 58, ni aucune spécification de la durée de ces appels, ni par conséquent la trace des numéros qui auraient été appelés.
Conclusion : toutes les histoires se référant à des appels de portables depuis les avions sont fausses, ces appels
n’ont jamais existé.
Mais venons-en aux appels téléphoniques les plus sensationnels (au sens qu’ils firent sensation dans le monde entier, soulevant une énorme émotion) : ceux de Barbara Olson, célèbre présentatrice de CNN, qui se trouvait à bord du vol AA 77. D’après le témoignage de son mari, Theodore Olson (n’oublions pas qu’il était Procureur général des États-Unis), Barbara l’aurait appelé par deux fois, presque une heure avant que l’avion ne percute le Pentagone. C’est CNN qui a fait cette annonce la première. Ted Olson fut très clair : sa femme l’avait appelé avec son portable…
Il faut noter que les appels de Barbara Olson sont les seuls qui parlent de l’armement des terroristes (des coupe-papier) et les révélations de Ted Olson furent donc cruciales pour la reconstitution des faits. On peut même dire que ce récit constitue un des piliers de la version officielle. Mais Ted Olson a par la suite changé plusieurs fois de version. La version du FBI établit néanmoins que le premier appel a duré « environ une minute. » Durant l’émission  Larry King Show, Olson a égamenet déclaré que le 2e appel avait duré « deux, trois, voire quatre minutes. »
Il existe au moins quatre problèmes qui remettent en cause les fondements mêmes du récit de Ted Olson. Le premier vient du FBI lui-même, qui en 2004, a déclaré sans équivoque : « Tous les appels depuis le Vol AA 77 ont été effectués au travers du système téléphonique de bord. » Mais alors, Olson aurait menti ?
Malheureusement, le FBI a lui aussi menti. En 2006, un agent d’American Airlines a déclaré (lors du procès Moussaoui) « qu’aucun Boeing 757 ne disposait de téléphones de siège, et ce, bien avant le 11 septembre 2001. Les passagers du Vol AA 77 ont utilisé leurs téléphones portables. » Un autre élément vient confirmer cette affirmation, il s’agit du manuel d’entrretien du Boeing 757, en date du 28 janvier 2001 : « Le système téléphonique pour passagers a été désactivé suite à la directive Eco F0878. » D’autres éléments viennent également confirmer l’absence de téléphones de bord à usage des passagers : voir sur le site www.consensus911.org.
Aussi sidérant que cela paraisse, le fait est qu’aucun élément objectif ne permet d’établir l’existence d’un appel de Barbara Olson ce matin-là : rien du côté de l’opérateur téléphonique ; rien non plus du côté du Département de la Justice (où se trouvait son mari) ; rien dans les données sur les mouvements de son portable. Et cet embrouillamini ne s’arrête pas là. Un rapport du FBI (rendu public lors du procès Moussaoui en 2006), anéantit totalement le récit de Ted Olson : selon ce rapport, il n’y a eu qu’un seul (et non deux) appel provenant de Barbara, et que cet appel a duré… « 0 seconde ». Autrement dit, la communication n’a pas été établie. Et il n’y a donc eu aucun récit par Barbara.
Tout cela sans oublier l’invraisemblance de tout ce scénario, qui aurait vu 60 passagers, dont l’un s’appelait Charles Burlingame, haltérophile et ex-boxeur, être repoussés à l’arrière de l’appareil par deux pirates de l’air aux physiques plutôt fluets (c’est ce qui ressortait du récit de Ted Olson, lequel rapportait les paroles de sa femme), alors que les deux autres pirates étaient enfermés dans le cockpit.
Conclusion : Ted Olson a-t-il menti ? On ne peut exclure que des appels provenant de sa femme lui soient parvenus. Mais il ressort des actes judiciaires que ces appels n’ont pas pu être effectués à bord du vol AA 77.
Et donc, toute la reconstruction est faussée. Quelqu’un l’a inventée. Si des coups de téléphone ont existé, ils n’ont pas été effectués depuis les avions. Si ce n’était pas depuis les avions, alors qui les a passés ? Et dans quel but ?
Quand nous demandons que soit conduite une véritable enquête, dans laquelle tous les protagonistes encore vivants soient appelés à témoigner sous serment, nous demandons simplement l’évidence. Mais l’évidence ne fait pas partie de cette affaire du 11-Septembre. C’est pour cela que nous continuerons nous-mêmes l’enquête.

Giulietto Chiesa (*)

Il Fatto Quotidiano, le 18 juillet 2013

 

Traduction : Christophe

http://www.ilfattoquotidiano.fr/

Note (*) : Giulietto Chiesa est un journaliste et homme politique italien. Il fut correspondant de presse d’El Manifesto et d’Avvenimenti, et collaborateur de nombreuses radios et télévisions en Italie, en Suisse, au Royaume-Uni, en Russie et au Vatican. Auteur du film “Zéro – Enquête sur le 11-Septembre” et de divers ouvrages, il a notamment écrit sur la dissolution de l’URSS et sur l’impérialisme états-unien. Ancien député au Parlement européen (Alliance des démocrates et libéraux, 2004-2008), il est membre du Bureau exécutif du World Political Forum. Il vient également d’écrire l’ouvrage “Barack Obush” et d’éditer une 2e version du livre Zero à l’occasion du 10e anniversaire des attentats du 11/9 (Zero 2 – Le Pistole Fumanti dell’11 settembre) et a fondé une organisation politique “Alternativa” qu’il promeut au travers notamment de la télévision Internet PandoraTV.

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La réplique de Trappes à Drancy ou la confusion des genres

juillet 22nd, 2013 by Hedy Belhassine

« La République Française est laïque. L’État est séparé des religions »

Sur quels frontons faudrait-il graver ces vérités?

Qu’est venu faire l’ambassadeur d’Israël à la mosquée de Drancy? Le plénipotentiaire de l’État sioniste en France n’est pas musulman et ce serait le comble du comble qu’il  prétende représenter aussi la communauté musulmane de son pays ségrégationniste?

De quoi s’est mêlé l’Imam autoproclamé de cette banlieue ? Sans doute était-il avide de parader dans les médias au prétexte très lucratif de prier pour la « réconciliation au Moyen Orient ».

Pendant le mois de ramadan, la mosquée est un lieu de communion réservé aux fidèles. Il ne saurait en France servir de rassemblement à des gesticulations diplomatiques.

Au pays de la fille aînée de l’église le saint mois d’abstinence du ramadan est devenu le prétexte à des agapes de politicards gastronomes. Imaginerait-on tenir un banquet dans la nef de Notre-Dame de Paris pour célébrer Pâques  en compagnie des ambassadeurs du Mali et de Mongolie?

La posture de certains imams français est grotesque. Dans le cas de Drancy elle est également dangereuse pour la paix de la République. Loin de condamner ces pratiques irresponsables le gouvernement encourage ces pantomimes d’inspirations israélo-tunisiennes.

Il faut reconnaître que la doctrine de l’État est confuse, elle se nourrit de débats en tenues confinées hors de la lumière de la réalité. Les musulmans sont les otages béats d’un mélange des genres. Ils paraissent exclus de la laïcité. Le gouvernement s’ingère dans les affaires de la mosquée. Il est complaisant envers les forts du moment et intransigeant vis-à-vis des faibles de toujours. C’est ainsi que les musulmans de France sont instrumentalisés par les représentants de leur pays d’origine que souvent ils ont fui. Le territoire français est maillé d’associations sous influences consulaires.

En quête d’interlocuteurs et de relais du commerce extérieur, le ministère y consent de bonne grâce et encourage Riyad, Doha, Alger, Rabat, Tunis ou Bamako à coloniser la foi de citoyens dont la plupart sont des « bons Français  laïcs » (ce qui ne veut pas dire athées) depuis plus de trois générations ! La Place Beauvau, ministère des cultes peine à effacer les réflexes de l’ancienne Outre-Mer.

Pour la République, la séparation ne concerne que l’Église exclusivement. La communauté juive est adulée au gouvernement  et la posture de Hollande démontre une volonté systématique de câliner les musulmans dans le sens du poil. Ainsi, ses visites des lieux de prière lorsqu’il voyage officiellement en terre musulmane. A-t-on jamais vu Obama à la Grande Mosquée d’Alger ou Merkel à celle de Rabat ?

En province, les élus et les collectivités locales emboîtent le pas. Les repas d’iftar du mois de ramadan prennent des allures de buffet de campagne électorale. Les Présidents des associations de musulmans se complaisent dans ce rôle de supplétif officiel et de fournisseurs sponsorisés des traiteurs hallal. Ces agapes sont  choquantes lorsque l’on sait que la rupture du jeûne est traditionnellement un moment de rassemblement et de recueillement dans l’intimité familiale. Imaginerait-on un gueuleton de Noël à la Sainte Chapelle en compagnie de deux  cents personnalités officielles?

C’est pourtant ce qui vient d’avoir lieu à la mosquée de Paris ! Le ministre de l’intérieur (et des cultes) est venu au nom du gouvernement saluer la communauté. Soit. Mais il ne s’est pas contenté de quelques dates et d’un verre de lait ! Repas complet s’il vous plait. Depuis l’harrira jusqu‘au thé à la menthe ! Plus un discours dithyrambique auquel ont répondu les autres « représentatifs » d’un clergé qui n’existe pas.

La Mosquée comme l’Église de France mérite une parfaite égalité de traitement : respect et indifférence de l’État.

Les violences de Trappes sonnent comme un avertissement en réponse à l’outrage de Drancy.

Trappes était une ville de cheminots résistants. Elle a été rasée pendant la guerre.

Reconstruite de briques et de broc, elle a été longtemps une banlieue ouvrière « rouge » de Paris avant de devenir une rose cité-dortoir du tiers-état musulman des Yvelines. Car dans ce département chic de l’Ouest parisien, les immigrés n’ont  jamais été « intégrés » dans les logements sociaux de Versailles, Marly-le-roi, Rambouillet ou Saint-Germain…Alors, ils ont trouvé une niche dans la friche de Trappes, le long de la gare de triage et de la nationale.

Aujourd’hui, les nouveaux quartiers « en voie de résidentialisation » sont pimpants et les équipements collectifs généreux ; pourtant, à parcourir l’immense marché des Merisiers le samedi, il y a comme un malaise. On se sent ici comme chez soi. Comme là-bas….On est transplanté au Maghreb. D’évidence, Trappes est un lieu de ségrégation. L’absence de mixité raciale y est choquante.

A treize kilomètres de Trappes, le marché de Versailles est tout aussi décalé. C’est aussi un lieu de ségrégation mais d’une autre couleur.

Incongrue Versaillaise observée des pieds à la tête rue de la Paroisse : mocassin, socquettes, jupe longue plissée, chemisier boutonné jusqu’au col, cheveux en foulard, missel à la main, sourire crispé, regard lointain brillant…

Incongrue habitante de Trappes (Trappiste ?) vue avenue Henri Barbusse : sandales, chaussettes, drap noir de la tête aux chevilles, yeux et phalanges masquées…

Deux bigotes françaises. Aux dernières élections elles ont voté de façon inversement symétrique.

Les Versaillais et les Trappistes ne se rencontrent jamais. Ils vivent dans des mondes qui ne commercent pas.

Triste constat d’une France d’en haut qui ne croise plus celle d’en bas hors des souks de Tunis et de Marrakech ! La ville est à contre-sens de l’histoire. Elle n’est plus un lieu de partage mais de parcage !

Les citées musulmanes de la banlieue parisienne sont pauvres et fragiles. Elles sont vulnérables à toutes formes d’ingérences et de provocations. L’affaire de Drancy et sa réplique de Trappes sont l’exemple même de la déflagration en chaîne qui risque de conduire la France vers la guerre des intégrismes religieux.

Hedy Belhassine

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Lac-Mégantic : D’autres catastrophes sont prévisibles

juillet 22nd, 2013 by Jean-Claude Leclerc

Photo : David Mercer Associated PressOn compte 310 000 wagons-citernes en Amérique du Nord. Au Canada et aux États-Unis, les autorités responsables du transport ont refusé d’appliquer la recommandation du Bureau américain visant à renforcer l’armature des vieux wagons à laquelle l’industrie s’opposait.

Outre les transporteurs et leurs assureurs interpellés par l’événement, le Bureau de la sécurité des transports (BST), la Sûreté du Québec (SQ), le Bureau du coroner du Québec et Transports Canada mènent des enquêtes à Lac-Mégantic. Ces recherches devraient révéler comment la tragédie s’est produite. Mais s’agit-il d’un accident ? Pourquoi une telle catastrophe a-t-elle pu survenir alors que l’industrie ferroviaire et les autorités tenaient pour sécuritaire le transport par rail de produits si dangereux ?

Il faudra des mois avant que les faits soient établis, les causes du déraillement et de la déflagration connues et des mesures préventives implantées. Déjà, il est vrai, le BST a transmis d’urgence à Ottawa quelques recommandations sur la surveillance des trains. De plus, le Canadien Pacifique (CP) a annoncé des « améliorations » à une pratique qu’il trouve pourtant satisfaisante. Or, plusieurs constats plaident plutôt en faveur d’une enquête publique d’envergure.

Les enquêtes en cours ne sont guère en mesure, en effet, de faire toute la lumière. La SQ ou le Bureau du coroner n’ont aucune expérience des problèmes du rail. Transports Canada et l’industrie des chemins de fer, qui en savent davantage, sont mal placés pour critiquer leurs propres politiques de sécurité. Quant au BST, qui n’a pas de pouvoir régulateur, la plupart de ses recommandations ont souvent été ignorées par l’industrie et le ministère.

Pourtant les menaces à la sécurité ne manquent pas. Des éléments déjà connus – vétusté des équipements, réduction de personnel, manque d’entretien, absence de surveillance, laxisme dans l’application des règles – sont minimisés par les porte-parole du rail. Il n’y a pas lieu, à leur avis, d’y voir la cause d’une catastrophe comme celle de Lac-Mégantic. Or, au contraire, le transport des matières dangereuses, en pleine expansion, pose de nouveaux et de plus sérieux risques pour la sécurité du public.

Une liste préliminaire peut en être dressée à partir de récents relevés journalistiques en provenance de sources généralement bien informées.

On compte 310 000 wagons-citernes en Amérique du Nord, dont 240 000 (77 %) semblables à ceux de Lac-Mégantic. Aux États-Unis, l’an passé, le Bureau de la sécurité du transport s’est inquiété après un déraillement du CN en Illinois en 2009. En 1992, à Cherry Valley, au Wisconsin, 13 des 15 wagons du CP chargés d’éthanol s’étaient percés en déraillant. L’incendie avait alors tué un automobiliste et blessé neuf autres personnes.

Au Canada et aux États-Unis, les autorités responsables du transport ont refusé d’appliquer la recommandation du Bureau américain visant à renforcer l’armature des vieux wagons. L’industrie s’y opposait. Une norme plus sécuritaire n’a été acceptée que pour les wagons neufs. Ottawa l’appliquera l’an prochain. Entre-temps, les vieux wagons, moins coûteux que les neufs, transportent toujours des produits dangereux.

Lac-Mégantic n’est pas le seul endroit au pays où un déraillement a répandu des produits dangereux. En 1994, à Lethbridge, en Alberta, un train du CP a déversé 230 000 litres de méthanol près d’un centre commercial. Le BST avait alors noté la vulnérabilité des wagons. D’autres déversements dangereux ont eu lieu, en Ontario, à Cornwall mais aussi à Maxville, paisible communauté de 600 personnes. Au Québec, ce fut le cas à La Tuque, en 1995. Sans alors entraîner d’hécatombe.

De pires tragédies pourraient néanmoins survenir alors qu’une Amérique en mal d’autosuffisance mise sur ses propres réserves, y compris de nouveaux gisements comme ceux de Bakken, au Dakota du Nord, qui alimentaient une raffinerie d’Irving au Nouveau-Brunswick. Plus que sur les freins du transporteur, on s’interroge sur ce pétrole « brut » qui n’explose pas, d’ordinaire, mais qui a étonnamment rasé tout un quartier de Lac-Mégantic.

Que les wagons de Lac-Mégantic aient explosé à cause d’impuretés dans leur contenu liquide ou pour une autre raison, le débat était déjà engagé depuis mai aux États-Unis sur la qualité du pétrole de Bakken. La compagnie Enbridge refusait de lui donner accès à son pipeline, invoquant la conduite sécuritaire de son propre système ainsi que la santé et la sécurité de ses employés. La régie fédérale lui a reconnu, en juin dernier, le droit d’imposer une limite au sulfure d’hydrogène.

Les cargaisons ferroviaires de pétrole brut sont passées de 500 en 2009 à près de 140 000 en 2013. Une telle croissance, surtout avec la reprise économique, va sans doute alourdir le coût des nouveaux équipements et la pression à la baisse sur les règles de sécurité. Vieux wagons et rails délabrés, convois rallongés sur des kilomètres, main-d’oeuvre dépassée ou peu expérimentée, tout sera mobilisé pour ce nouvel eldorado.

Les géants du rail restent présents dans l’acheminement des produits dangereux, comme l’attestent leurs déraillements. Ils ne vont pas laisser ce marché à de petites compagnies mal financées et peu influentes. L’un d’eux participait même au transport du pétrole qui a brûlé à Lac-Mégantic. Ce produit fatal avait voyagé jusqu’à Montréal sous l’oeil du CP, qui l’a remis à la Montreal, Maine Atlantic (MMA), laquelle l’aurait livré, au Nouveau-Brunswick, à un transporteur d’Irving.

Des compagnies cupides, des gouvernements complaisants, de futurs procès aux coûts faramineux, où donc prendra-t-on les fonds nécessaires à la modernisation de ce parc ferroviaire ? À même une taxe spéciale sur les profits des entreprises pétrolières ? Elles auront tôt fait de refiler la note aux automobilistes. Une taxe à la pompe, alors ? N’y comptez pas trop. Des émeutes pourraient, autant qu’une explosion de wagons-citernes, enflammer des villes.

Jean-Claude Leclerc pour Le Devoir

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La Syrie dans le chaudron des projets gaziers géants !

juillet 21st, 2013 by Fahd Andraos Saad

À la question «  Quelle est la vérité sur les ressources de nos eaux territoriales en pétrole et en gaz ? », le Président syrien Bachar Al-Assad a répondu : « C’est la vérité, que ce soit dans nos eaux territoriales ou dans notre sol. Les premières études ont fait état d’importants gisements de gaz dans nos eaux territoriales. Puis, nous avons su que d’autres gisements s’étendaient de l’Egypte, à la Palestine et sur tout le long de la côte ; ces ressources étant plus abondantes dans le nord. Certains disent que l’une des raisons de la crise syrienne est qu’il serait inacceptable qu’une telle fortune soit entre les mains d’un État opposant mais, évidemment, personne ne nous en a parlé de façon directe. C’est une analyse logique de la situation et nous ne pouvons ni la réfuter, ni la considérer comme une raison secondaire. C’est peut-être la raison principale de ce qui se passe en Syrie mais, pour le moment, elle reste du domaine de l’analyse » [1], [Ndt]. 

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Le fond de l’air de la bataille russo-américaine empeste le gaz

Désormais la force des grandes puissances ne repose pas tant sur leur armement de plus en plus sophistiqué que sur leur mainmise sur les sources d’énergie, le pétrole et puis le gaz censé devenir le combustible numéro un à partir de 2030, selon les prévisions des experts en la matière. Il se pourrait donc que le fond de l’air de la bataille russo-américaine empeste le gaz !

Ce qui nous amène à tenter de voir clair dans  l’imbroglio des conflits d’intérêts contradictoires concernant l’exploitation et le transport du gaz entre la coalition Russie-Chine-Iran-Syrie d’une part, et la coalition USA-Europe-Turquie-Arabie saoudite-Qatar d’autre part, avant de nous pencher sur leur rôle dans le traficotage et l’ébullition de la « crise syrienne ».

 



La dépendance européenne pour le gaz

La consommation de l’Europe en gaz liquéfié serait de 500 milliards de m3 par an provenant principalement de la Russie et du Qatar. Actuellement le Qatar assurerait environ le quart de ces besoins et il est attendu que sa dépendance au gaz russe aille crescendo d’ici 2020, renforçant ainsi les relations d’intérêts entre l’Europe et la Russie ; ce à quoi les USA et l’UE s’opposent vigoureusement.

Cinq projets gaziers cherchent à gagner le marché européen

1. Les deux premiers sont russes et reposent sur les considérables ressources de la Russie elle-même. À travers la mer Baltique, une première ligne « Nord stream » relie directement la Russie à l’Allemagne considérée stratégiquement comme un important point de départ vers le continent européen. Partant de la mer Noire, la deuxième ligne du projet « South stream » passe par la Bulgarie avant de se diriger vers la Grèce, la Hongrie, l’Autriche et le nord de l’Italie, avec une capacité d’acheminement de 60 milliards de m3 par an.

2. Le troisième est le projet américain « Nabucco » qui repose sur les ressources du Turkménistan et de l’Azerbaïdjan. Il prévoit d’acheminer le gaz de la Turquie vers l’Europe en passant via la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie, et l’Italie, avec  une capacité de transport de 31 milliards de m3 par an.Prévu pour 2014, repoussé à 2017 pour problèmes d’ordre technique, son coût est désormais estimé à 21 milliards de dollars, et la course semble gagnée d’avance par la Russie.

Ce troisième projet récupère les excédents du Turkménistan ; lequel est engagé dans un autre projet l’associant à la Chine, au Pakistan, à l’Azerbaïdjan et dont l’Iran s’est retiré au profit « du projet Iran-Iraq-Syrie ».

À savoir que la plupart des puits turkmènes sont contrôlés par des multinationales basées en Israël tel que le groupe Merhav dirigé par Yosef Maiman [3], l’un des hommes les plus influents en Israël ; et que la Turquie s’était précipitée pour réserver sa participation au projet, puisqu’elle devenait le carrefour du transit en plus de garantir la couverture de ses propres besoins. Elle a d’ores et déjà signé un contrat avec l’Azerbaïdjan pour l’achat de 6 milliards de m3 en 2017.

3. Le quatrième est donc « le projet Iran- Iraq- Syrie », les trois pays ayant signé en Juin 2011 un protocole d’accord pour l’acheminement du gaz iranien vers la Syrie en passant par l’Irak sur une ligne terrestre d’environ 1500 Kms [ 225 Kms en Iran, 500 Kms en Irak, 500 à 700 Kms en Syrie] qui traverserait ensuite la mer Méditerranée pour rejoindre la Grèce sans passer par la Turquie ! De plus, le projet faisait état de la possibilité pour l’Europe de s’approvisionner au niveau des ports syriens.

Le coût de construction de ce dernier projet est estimé à 10 milliards de dollars et doit être mis en route entre 2014 et 2016. Il est conçu pour transporter 110 millions de m3 par jour, soit environ 40 milliards de m3 par an. Les pays participant au projet ont même annoncé leurs propres besoins par jour et jusqu’en 2020 [25 à 30 millions de m3 pour l’Irak, 20 à 25 millions de m3 pour la Syrie, 7 à 5 millions de m3 pour le Liban, avec une extension de la ligne vers la Jordanie].

La part de l’Europe est estimée à 50 millions de m3 par jour, soit environ 20 milliards de m3 par an. Ce qui fait que ce projet est un concurrent sérieux du projet Nabucco, d’autant plus qu’il repose sur les énormes réserves iraniennes estimées à 16 000 milliards de m3, ce qui suffirait pour quelques siècles à venir.

4. Le cinquième est qualifié de « Projet qatari ». Selon le quotidien Al-Akhbar, il aurait reçu l’aval des USA et se propose de construire un gazoduc qui transporterait le gaz qatari jusqu’en Europe, avec la participation de la Turquie et d’Israël. Il partirait du Qatar pour justement arriver en Syrie dans la région de « Homs, Al-Qusayr » en traversant l’Arabie saoudite et la Jordanie, sans passer par l’Irak ! À partir de cette région du territoire syrien, il bifurquerait dans trois directions : le port de Lattaquié en Syrie, le port de Tripoli au Liban, et la Turquie.

La capacité de transport de ce cinquième gazoduc n’est pas clairement précisée, mais elle pourrait dépasser celle du projet Nabucco. Le projet en lui-même pourrait concurrencer la ligne « South stream » et repose là aussi sur des réserves considérables, celles du Qatar étant estimées à 13 800 milliards de m3.

Les gisements en Méditerranée et la bascule de l’équation géopolitique

 

Les dernières découvertes d’importants gisements de pétrole et de gaz en Méditerranée orientale [eaux territoriales concernées : Grèce, Turquie, Chypre, Syrie, Liban, Palestine, Israël, Égypte] ont radicalement changé la donne géopolitique et pourraient être à l’origine de rivalités [4] et de discordes épouvantables par leurs conséquences.

L’Institut des Études géologiques des États-Unis [USGC] parle de de 9700 milliards de m3 de réserves pour le gaz et de 3,4 milliards de barils pour le pétrole. Alors que ces chiffres sont loin d’être fiables, coups tordus et batailles juridiques pour la répartition des quotas battent leur plein entre les pays riverains.

Israël n’a pas attendu le verdict pour signer des contrats avec des sociétés américaines et européennes et commencer à exploiter les gisements Tamar et Léviathan à l’Ouest de Haïfa. Selon ses propres estimations, il devrait couvrir une grande part de ses besoins et, à son tour, exporter son excédent vers l’Occident. Des incertitudes demeurent vu le contexte actuel et les conflits d’intérêts régionaux et internationaux.

Quant au Qatar, il serait facile pour l’Iran d’empêcher le transit du gaz qatari par le Détroit d’Ormuz. C’est pourquoi, appuyé par l’Occident, le Qatar s’acharne à se libérer de cette éventualité en s’offrant « un couloir de passage terrestre » pour exporter son gaz vers l’Europe ; couloir qu’ils ont décidé de faire passer par la Syrie !

Tel est le projet béni et voulu par les dirigeants US, mais il se trouve que telle n’est pas la volonté de Damas, de Moscou et de Téhéran. Tant que les relations étroites entre ces trois capitales resteront telles qu’elles sont, ce projet n’aboutira pas.

Et le Qatar, qui jusqu’en 2011 avait investi environ 8 milliards de dollars en Syrie y compris dans le secteur du tourisme sans jamais faire pencher les dirigeants syriens en faveur de son projet gazier, a donc pris la décision de creuser le trajet de son gazoduc [5] par la force des pires violences terroristes, dévastatrices et destructrices. Là aussi… peine perdue !

Dr Fahd Andraos Saad

18/07/2013

 

Article original : ShamTimes

http://shamtimes.net/news_de.php?PartsID=1&NewsID=9663

Article traduit de l’Arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1] Le Président Bachar Al-Assad : « Ce qui se passe en Syrie n’est pas une révolution »

http://www.mondialisation.ca/president-bachar-al-assad-ce-qui-se-passe-en-syrie-nest-pas-une-revolution/5342188

[2] Approvisionnements énergétiques : gaz, la dépendance européenne

http://www.alternatives-economiques.fr/approvisionnements-energetiques—gaz–la-dependance-europeenne_fr_art_699_36360.html

[3] Yosef Maiman, President, Merhav Group

http://www.youtube.com/watch?v=rOACw5A2fAs

[4] Nouveaux gisements pétrogaziers en Méditerranée, sources de rivalité

http://fr.rian.ru/discussion/20130129/197369141.html

[5] Syrie : Le trajet des gazoducs qataris décide des zones de combat !

http://www.mondialisation.ca/syrie-le-trajet-des-gazoducs-qataris-decident-des-zones-de-combat/5311934

[6] La guerre pour le pétrole et le gaz en Syrie

http://www.youtube.com/watch?v=ECLwemRd8RU

Cette carte, tirée de Sham Times, mériterait quelques explications. Nous les devons au Docteur Imad Fawzi Shueibi, [philosophe, géopoliticien et Président du Centre de documentation et d'études stratégiques à Damas], qui s’est souvent exprimé sur la situation régionale et internationale [7]. Voici la traduction de ce court extrait d’une émission de la chaîne Al-Mayaddine :

«14 gisements… Le plus important [le 1-12] se trouve dans les eaux territoriales syriennes. Qu’on ne vienne pas me dire qu’il est situé dans les eaux chypriotes, ce qui n’exclue pas des participations avec Chypre… Les rendements des gisements [4-9-10-13] qui s’étendent de la frontière libanaise jusqu’à Banias seraient équivalents à ceux du Koweït. Plus nous montons vers le nord plus les potentialités en pétrole et en gaz augmentent. C’est pourquoi j’ai dit que ce qui se trouve en Israël correspond à une faible part de ce qui se trouve au Liban et en Syrie, où les réserves sont considérables… C’est pourquoi j’ai parlé de malédiction. Ce n’est naturellement pas une bénédiction… La situation pose de nombreuses questions d’ordre géopolitique. Parmi ces questions : Est-il permis à un État de posséder tout cela ? Un seul État !? ».

[7] Syrie : La guerre pour le gaz ! Un conflit international à manifestation régionale. Par Imad Fawzi Shueibi

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=30652

 

Le Docteur Fahd Andraos Saad est ingénieur et écrivain libanais

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«J’ai entendu hurler des hommes que l’on torturait, et leurs cris résonnent pour toujours»

 Henri Alleg, dans « La Question »

Henri Alleg est mort mercredi en France à l’âge de 92 ans. Sous la plume de Charles Silvestre, nous lisons ce bref rappel du parcours de ce révolutionnaire hors pair: «Connu sous le nom d’Henri Alleg, qu’il avait pris lors de son passage dans la clandestinité pendant la Guerre d’Algérie, Harry Salem est mort le 17 juillet à Paris. Dans son livre La Question qui reste un document majeur sur la torture, il avait témoigné sur les sévices qu’il avait subis, en 1957, entre les mains des parachutistes français. Il faut imaginer la scène: Alleg recroquevillé contre le mur, à moitié groggy. Le para a fait le «boulot»: gégène, étouffement par l’eau, brûlures…: «Vous pouvez revenir avec votre magnéto [générateur d'électricité], je vous attends: je n’ai pas peur de vous.» (1)

«Journaliste depuis 1950, Alleg connaît son Algérie où depuis longtemps, selon les moeurs coloniales, on torture dans les commissariats et les gendarmeries jusqu’à de petits délinquants qui ne veulent pas «avouer». A l’automne 1955, un an après le déclenchement de l’insurrection, le 1er novembre 1954, il plonge dans la clandestinité quand le quotidien Alger républicain, dont il est le directeur, est interdit et le Parti communiste algérien (PCA), dont il est membre, dissous». Le 12 juin 1957, les parachutistes l’attendent au domicile de Maurice Audin. Celui-ci, jeune assistant en mathématiques, lui aussi militant du PCA, a été arrêté. Il mourra le 21 juin, sous la torture. Le scandale de sa «disparition» aura vraisemblablement sauvé du pire son camarade.(…) Jérôme Lindon, qui dirige les Editions de Minuit, publie l’ouvrage en février 1958. La Question fait l’effet d’une bombe: soixante mille exemplaires vendus en quelques semaines. Le non-dit qui, en dépit des premières révélations, continuait de régner sur la torture, vole en éclats. La sortie a été précédée d’une plainte au procureur de la République dont l’Humanité publiera le texte – aussitôt censuré». (1)

«Son peuple, s’il en faut un, sera le peuple algérien, celui du cireur de chaussures qui l’appelait «rougi» pour ses taches de rousseur. Le moindre geste de fraternité humaine fait fondre ce petit bonhomme aux yeux rieurs, qui raconte des histoires à n’en plus finir: juives? arabes? anglaises? parisiennes? Ce croisement des origines et des cultures, hors de toute domination de classe et de «race», c’est très exactement l’idée qu’il se fait de l’Algérie et au nom de laquelle il honnit le colonialisme. (…) Il signera, en 2000, l’Appel des douze «pour la reconnaissance par l’Etat français de la torture», aux côtés de Germaine Tillion, d’une idéologie pourtant sensiblement différente, parce que le texte indique bien que «la torture est fille de la colonisation». Jusqu’au bout, il avait poursuivi sa recherche éperdue d’un monde d’hommes libres, égaux, et associés – qu’il identifiait au communisme. (…) Endurci par son combat, Henri Alleg avait mis les mains dans le cambouis de l’histoire. D’autres se flatteront d’avoir les mains pures. Mais, pour reprendre une formule de Péguy, on peut se demander s’ils ont jamais eu des mains…» (1)

La torture en Algérie a accompagné la colonisation

On pourrait croire que la torture fut une singularité dans la guerre. En fait, il n’en fut rien. Perfectionnée au fil de l’histoire coloniale de la France et dans ses compagnes vietnamiennes, malgaches et autres, elle devint graduellement une science exacte en Algérie. Depuis la conquête coloniale, lit-on sur l’Encyclopédie Wikipédia, la torture est un procédé courant des forces de l’ordre en Algérie qui l’utilisent pour terroriser les populations autochtones. Cette pratique qui a été utilisée tout au long de la présence coloniale en Algérie, d’abord pour obtenir des informations sur les emplacements de silos à grains lors de la conquête coloniale, puis pour briser les grèves, meurtrir des suspects, instruire les affaires pénales les plus ordinaires et terroriser les indigènes, s’inscrivait avant tout dans une démarche de haine et de déshumanisation.» (2)

«Dans un article de 1951, publié par L’Observateur, Claude Bourdet avait déjà dénoncé ces pratiques au moment des procès de 1951-52 de l’Organisation spéciale (OS), en s’interrogeant: «Y a-t-il une Gestapo en Algérie 16?». Près de 80 plaintes pour torture et arrestations arbitraires sont déposées lors de ces procès, tenus à huis clos, toutes classées sans suite15 (…) Dès 1949, le gouverneur général Naegelen rédige une circulaire interdisant l’usage de la torture et des sévices par les services de police, mais ne parvient pas à se faire obéir19. Jusqu’en 1955, l’armée est indemne de ces accusations. Utilisée en Indochine, la torture devient progressivement une arme de guerre à part entière, théorisée et légitimée dans le cadre d’une doctrine de la «guerre contre-révolutionnaire», en particulier par le colonel Trinquier, le capitaine Paul-Alain Léger, le colonel Marcel Bigeard et le général Jacques Massu en tant que moyen de poursuivre une guerre asymétrique. Selon l’historien J.-Ch. Jauffret: «Le dérapage commence à partir du moment où les Ponce Pilate de la IVe République, toujours parfaitement informés de tout ce qui se fait en Algérie, laissent aux militaires l’initiative, en vertu de la loi d’urgence de 1955 et de celle des pouvoirs spéciaux de 1956.»(2)

Parlant du choc à la lecture du livre, Johan Hufnagel écrit: «Le livre d’Henri Alleg, décédé mercredi, dans sa bibliothèque par hasard. (…) Je ne me souviens plus pourquoi mon père ou ma mère m’avaient glissé ce livre à lire. Il devait y avoir une raison. Sans doute une «actu». Il y avait alors plein d’occasions de lire La Question. On recommençait à parler de la torture en Algérie à propos de Jean-Marie Le Pen. Celui qui alors était patron du FN débutait son ascension politique. Ou peut-être était-ce de retour d’un voyage en Algérie, un peu plus tôt, où j’ai vu, dans un cinéma de la Casbah, La bataille d’Alger, de Gilles Pontecorvo. Dans ma mémoire, il y a une association logique entre les destins d’Ali la Pointe et ceux d’Henri Alleg et de Maurice Audin. Ces destins finissent toujours par remonter, même trente ans après, même au milieu de souvenirs un peu flous, à chaque fois que l’on parle de guerre insurrectionnelle, de torture… Comme si la bataille d’Alger était la mère de toutes les batailles du XXIe siècle. La Question est plus qu’un geste, c’est un passage de témoin, un message. Un serment. Mais je me souviens encore de ce coup de poing dans la gueule, de la violence des mots et des coups, et surtout de ce que certains sont prêts à endurer pour leurs idées, du prix qu’on est prêt à payer «pour le simple droit de rester un homme».(3)
Les regrets de Alleg: les tortionnaires ne seront pas jugés

Comme on le sait un solde de tout compte, une loi d’amnistie a été votée le 31 juillet 1968 en confirmation des deux décrets du 22 mars 1962 couvre l’ensemble des infractions commises en Algérie. Cette loi prévoit dans son article 1 que «Sont amnistiées de plein droit toutes infractions commises en relation avec les événements d’Algérie. Sont réputées commises en relation avec la guerre d’Algérie toutes infractions commises par des militaires servant en Algérie.». Cette loi empêche les victimes de poursuivre au pénal, mais théoriquement pas au civil, bien que cette interprétation de la loi ait été remise en cause par divers juristes, dont William Bourdon. Celui-ci estime que cette loi «s’oppose aux principes du droit international selon lesquels l’amnistie ne peut être accordée aux auteurs de violations des droits de l’homme les plus graves tant que les victimes n’ont pas obtenu justice par une voie de recours efficace»

Parlant de son désir de vengeance, Henri Alleg, dans un dernier édito en mars 2012 à l’Association Acca (Agir contre le colonialisme aujourd’hui, combattants de la cause anticoloniale). s’en défend: «Je ne dis pas que je n’ai jamais eu une volonté de vengeance qui seule les apaise. Il n’y a qu’une fois où j’ai ressenti une vraie volonté de vengeance: je me suis dit: «Si je peux, je les tuerai». C’est sous la torture. (…) j’ai regretté d’avoir eu une telle réaction, parce que je me considère comme un être civilisé».(4)

Henri Alleg demande justice pour les milliers de torturés pour certains morts de mort violente: «Je pense qu’il faut sanctionner le crime et durement. Mais, personnellement, la vengeance ne m’intéresse pas. (…) On a bien fait de rechercher les tortionnaires des camps de concentration, les fascistes et les nazis. Or, en France, parmi les tortionnaires connus de la Guerre d’Algérie, aucun n’a été sanctionné, aucun n’a été condamné et, bien plus encore, ils ont été promus, ils ont reçu des décorations. L’image de Bigeard, pour ne parler que de lui, c’est celle d’un «brav’ p’tit gars, bien de chez nous» devenu général. Il a pourtant associé son nom à ce qu’on appelle «les crevettes Bigeard». Pour Massu, c’est la même chose. Ce sont des gens honorés et officiellement, on considère qu’ils ont fait – comme on dit – leur «devoir». Mais j’ose dire que, au contraire, dans une histoire de France encore à écrire, on considérera ces gens comme faisant partie d’une catégorie de personnages – ils n’étaient pas seuls – qui ont sali le renom de la France. (…)» (4)

Pour sa part, Germaine Tillion, conseillère technique au cabinet de Soustelle, raconte son entrevue avec Parlanges, le général commandant les Aurès et chargé de la pacification et des SAS chères à Soustelle. Ecoutons-la: «Lorsque je lui ai raconté comment les officiers «maniaques» torturaient des «réputés suspects», j’ai compris la méthode qu’il pratiquait au regard profondément ironique qu’il m’a «accordé». Je me souviens encore de ses mains de garçonnet, sans cesse en mouvement, lorsqu’il parlait avec une évidente satisfaction de toutes les façons possibles d’égorger un homme.» (5) (6)

 

Où en sommes-nous actuellement cinquante ans après?

Comme on le sait, la première action de De Gaulle fut d’absoudre définitivement les militaires et la police qui ont fauté. Souvenons-nous: à côté du sinistre Aussaresses qui revendique haut et fort l’assassinat d’une vingtaine de personnes dont Larbi Ben M’hidi, il y eut tout de même des hommes qui ont dit non à la torture; le cas le plus connu est celui de Jacques Paris de Bollardière, compagnon de la Libération qui a été condamné à soixante jours de forteresse et relevé de son commandement. Je suis sûr que les milliers d’Algériens et d’Algériennes torturés à l’instar de Louisette Ighilahriz, demandent uniquement justice..

Peut-on alors continuer à ignorer ce passé qui ne passe pas des deux côtés? L’Acca cité plus haut résume la situation et plaide une relecture commune du passé commun: «Cinquante ans ont passé depuis la fin de la Guerre d’Algérie, Radios, télés, journaux, magazines, en ont fait très largement écho, mais on attend toujours et sans doute faudra-t-il attendre longtemps encore une publication officielle signée par les dirigeants de notre pays qui tire les conclusions de ce qu’a été une guerre si longue, si coûteuse et si cruelle à la fois pour l’Algérie et la France. En ce qui les concerne, un demi-siècle après la signature des Accords d’Evian, le silence reste la règle. Et pourtant, il y a tant de questions qui attendent des réponses! Cinq à six cent mille Algériens, parmi lesquels un nombre considérable de femmes et d’enfants sont morts, pas seulement au combat, mais massacrés de sang-froid dans leurs villages, assassinés par des légionnaires, parachutistes et autres forces «spécialisées» dans la répression, mais aussi par de simples soldats du contingent, souvent mobilisés contre leur gré. Du côté français, près de 30.000 hommes sont tombés.» (7)(8)

 «A ces chiffres terribles, il faudrait ajouter le nombre impressionnant de blessés, souvent handicapés pour la vie et celui, incalculable, des victimes marquées psychologiquement et pour toujours par ce qu’ils ont vécu et ne peuvent oublier. Et pourtant, il n’est que d’interroger nos compatriotes, femmes et hommes, jeunes et plus vieux, qu’ils aient vécu à l’époque de la guerre ou qu’ils aient été trop jeunes encore pour y avoir participé d’une façon ou d’une autre, pour se rendre compte de leur immense soif de connaître la vérité sur la guerre, sur les raisons de son déclenchement, de sa durée, de sa cruauté, entraînant malversations de toutes sortes, utilisation habituelle de la torture lors des interrogatoires, exécutions sommaires, viols et d’une façon générale, dans tous les cas, crimes toujours conclus juridiquement par des «ordonnances de non-lieu» et, pire encore, par l’attribution de décorations et de promotions aux assassins. Cette soif de savoir la vérité touche en particulier les plus jeunes, ceux des écoles, des lycées, des universités qui ont, avec raison, le sentiment que tant qu’elle continuera à être cachée, France et Algérie ne pourront pas réellement «tourner la page de la guerre», assurer la paix et la fraternité entre leurs peuples alors que leurs relations économiques, culturelles, politiques et humaines exigent, chaque jour davantage, un tel rapprochement.» (7)(8)

Pour avoir dénoncer la torture, pour s’être battu pour la condition humaine, Henri Alleg ira rejoindre le Panthéon des justes qui ont fait de la dignité humaine leur sacerdoce. On ne peut que se sentir proche d’un Henri Alleg plutôt que de ces révolutionnaires de la vingt-cinquième heure qui ont rendu exsangue le pays. Assurément, Henri Alleg mérite mille médailles et l’Algérie gagnerait en estime à honorer ces Algériens de coeur qui au plus fort du brasier ont défendu la condition humaine «La vie d’un homme, la mienne, compte peu. Ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir. Et l’Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l’amitié entre Français et Algériens se ressoudera», a déclaré Fernand Iveton, peu avant d’être guillotiné. Il faudrait rendre justice sans détour d’une façon franche à tous ceux qui – sans être des indigènes au sens de la colonisation – et dans l’ombre au péril de leur vie, ont cru à l’indépendance de l’Algérie.

La liste est longue. Les hommages sont tardifs, parcimonieux et non dénués d’arrière-pensée. Il y eut des «Justes» qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes qui furent considérés eux-mêmes comme des traîtres. Ces Français, dont certains revendiquent leur algérianité, toute leur algérianité, rien que leur algérianité à l’instar du couple Chaulet, de Daniel Timsit et de tant d’autres qui se sont battus et ont mis en jeu leur vie pour l´indépendance du pays L´Algérie d’aujourd´hui doit regarder son histoire en face, ceci sans renoncer à demander «la vérité et la justice» pour combattre le solde de tout compte qui laisse des plaies béantes qui attendent d’être guéries.» (9)

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. CharlesSilvestre : http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2013/07/18/henri -alleg-auteur-de-la-question-est mort_3449495_3382.html

2. La torture en Algérie. Encyclopédie Wikipédia

3. JohanHufnagel 18/07/2013  http://www.slate.fr:81/culture/75560/henri-alleg-la-question-une-histoire-de-transmission

4 .http://medias-etcontrepouvoir.com /2013/07/18/henri-alleg-la-france-lalgerie-et-la-colonisation/ 1998

5. Yves Courrières: La guerre d’Algérie: Le Temps des léopards. p.83 Edt Fayard 1969,

6.C. E. Chitour, Germaine Tillion: http://www.millebabords.org/spip.php?article8357

7. http://www.humanite.fr/medias/henri-alleg-le-reve-algerien-cheville-au

8. http://www.legrandsoir.info/pour-henri-alleg.html

9. http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/155719-les-justes-qui-ont-aide-l-algerie.html

 

 

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Un juge de la Cour fédérale de district de Washington DC a débouté trois détenus de Guantanamo en grève de la faim qui demandaient la fin de la douloureuse alimentation forcée imposée à des dizaines de détenus ces derniers mois.

La décision de 15 pages de la juge Rosemary Collyer, rendue le 16 juillet, suinte de mépris pour les nombreux détenus qui restent dans le camp de détention de Guantanamo, dont une bonne partie depuis plus de 10 ans. La grande majorité n’a jamais été mise en accusation et beaucoup ont passé des années dans ce camp alors qu’ils sont clairement innocents de toute prise d’armes contre les troupes américaines, ayant été simplement livrés à l’armée américaine en Afghanistan ou ailleurs contre des primes.

« Il n’y a rien de tellement choquant ni inhumain dans le traitement des requérants – qu’ils pourraient faire cesser d’eux-mêmes – qui mérite de soulever des questions sur le respect de la constitution pouvant justifier un examen, » a déclaré la juge. « Bien qu’elle soit rédigée comme une demande de faire cesser l’alimentation par tubes nasogastriques, la véritable plainte des requérants est que les États-Unis ne les laissent pas se suicider par le jeûne. »

Cette décision, qui confirme la ligne officielle des autorités militaires et du gouvernement Obama, déclare avec arrogance que les prisonniers n’ont aucun droit à l’usage de la grève de la faim comme moyen de protestation politique.

La décision de Collyer n’est pas différente, pour ses effets légaux, d’une autre publiée le 10 juillet par la juge Gladys Kessler, de la même cour fédérale, sur une autre demande de certains détenus de Guantanamo. Kessler avait déclaré que le Congrès avait fait passer une loi valide qui retirait les conditions de détention à Guantanamo du domaine de compétence des cours fédérales.

En même temps, cependant, la Juge Kessler avait admis que l’alimentation forcée des détenus est « douloureuse, humiliante et dégradante. » Exprimant les inquiétudes d’une section de l’appareil judiciaire et plus largement de l’élite politique, elle a dit que le président Barack Obama était « la seule personne ayant l’autorité pour régler cette question. »

Les prisonniers de Guantanamo ont subi des conditions qui sont quasiment sans précédent, que ce soit en termes de durée de l’emprisonnement ou de suppression de l’habeas corpus [garantie fondamentale contre la détention arbitraire, ndt] comme pratiquement de tous les autres droits. Ils ont commencé leur grève de la faim en février. Si elle avait commencé comme une protestation contre la manière dont des corans avaient été examinés et autres traitements dégradants, elle est devenue un moyen de protester contre leur détention illimitée dans des conditions déplorables, y compris le fait que, prisonniers de la « guerre contre le terrorisme » sans fin des États-Unis, ils ont pratiquement perdu tout espoir d’être libérés un jour.

Cent soixante-six détenus sont encore à Guantanamo, des centaines ont été rapatriés dans leur pays ou ailleurs après des années et des années d’emprisonnement sans procès et, bien sûr, sans un mot d’excuse ni un centime d’indemnité. Dans la période récente, cependant, les libérations de détenus ont pratiquement cessé. Sur les détenus restants, 86 ont reçu une autorisation de transfert, principalement vers le Yémen, mais ils restent prisonniers parce que le gouvernement Obama considère que ce pays est trop instable politiquement.

Jon Eisenberg, un avocat représentant les détenus dont la dernière requête a été sommairement rejetée, a réfuté l’accusation qu’ils chercheraient à se suicider. « La juge Collyer n’a pas compris ce que veulent les détenus en grève de la faim, » a-t-il dit, d’après le site Web politico. « Ils ne veulent pas se suicider. Ils veulent protester contre leur détention indéfinie, et la grève de la faim est l’unique moyen qu’ils ont à leur disposition. »

Les autorités militaires affirment que le nombre de grévistes de la faim a commencé à baisser, depuis le pic de 106 la semaine dernière, à 80 ce mardi. Mais Eisenberg a déclaré qu’il n’y avait aucun affaiblissement de la volonté des prisonniers. « Le gouvernement refuse aux détenus le droit de pratiquer les prière communes du ramadan tant qu’ils n’ont pas mangé, » a-t-il expliqué. « C’est pour cela que le nombre de grévistes de la faim baisse. Ils veulent prier. »

Le rôle de la Maison Blanche dans cette grève de la faim est particulièrement hypocrite et méprisant. Le 23 mai, Barack Obama avait fait un discours dans lequel il avait répété son serment de faire fermer Guantanamo, déclarant que c’était « un symbole dans le monde entier d’une Amérique qui ne respecte pas l’Etat de droit. » Deux mois plus tard, absolument rien n’a été fait pour fermer ces installations, ni même pour libérer ces détenus qui auraient reçu l’autorisation de partir. On peut difficilement croire que le président pense que sa rhétorique occasionnelle sur les « droits de l’Homme » puisse tromper qui que ce soit, aux États-Unis ou n’importe où ailleurs.

Dans une autre décision rendue par un juge de district fédéral, la semaine dernière, et qui montrait au moins en partie la brutalité des conditions de détention à Guantanamo, le juge Royce C. Lamberth a interdit aux gardes américains de continuer à mener des fouilles de l’entrejambe. D’après Walter Pincus dans le Washington Post, Lamberth expliquait que durant ces derniers mois, les gardes étaient tenus d’utiliser leur main posée à plat « pour presser l’entrejambe afin de détecter tout objet attaché au corps. »

Lamberth a déclaré que ceci, et quelques autres actes en rapport, constituaient un traitement « religieusement et culturellement répugnants » pour des prisonniers musulmans. Le juge a rejeté les arguments du gouvernement selon lesquels les fouilles au corps intrusives des détenus, quand ils quittaient leur cellule et y retournaient, seraient nécessaires pour détecter de la contrebande, déclarant que c’était une « réponse disproportionnée » à des questions de sécurité.

Fred Mazelis

Article original, WSWS, paru le 18 juillet 2013

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Cyberespace et espionage informatique : Le « Brother panoptique »

juillet 20th, 2013 by José Pablo Feinmann

La foi que beaucoup (des millions de personnes partout dans le monde) ont mis dans Internet m’a toujours surpris. Lors d’un colloque au Chili – il y a déjà environ huit ans, un spécialiste espagnol en communications m’a indiqué que la liberté et la transparence existaient encore dans le monde. Et il a mentionné l’exemple d’Internet. Seulement, je lui ai répondu que, quand ils le voudront, ils contrôleraient l’absolu cyberespace. Internet rassemblait la foi inépuisable des êtres humains dans leur liberté, leur capacité de faire face aux grands pouvoirs ou de les fuir ou de s’isoler ou de les mettre en échec. Entre la chute du Mur de Berlin et le début de la nuit néolibérale, nombre de théoriciens ont fait confiance comme des anges en l’innocence du pouvoir démocratisateur des moyens de communication. Parmi eux, un qui parfois vient dans notre pays et que l’on reçoit comme un astre de la pensée, quand, en vérité, personne ne saura mieux que lui qu’il est un philosophe de seconde ou de troisième catégorie, soumis aux dures chaînes de Heidegger et de Nietzsche. Mais Gianni Vattimo a admis depuis un moment– dans son utile « Introduzione ad Heidegger  » [Laterza, Rome-Bari, 1971], par exemple que si un problème n’a pas été résolu par son maitre, il sera encore moins celui lui qui va le résoudre, un philosophe qui était très en-dessous – trois ou quatre marches, au moins, que le génie de l’Université de Freiburg.

Vattimo a joué un rôle certes important dans les temps précoces du postmodernisme. Il s’agissait de détruire le marxisme – l’occasion était précise, la tâche nécessaire, et de remplacer sa critique de la modernité par une autre. L’autre était celle de Heidegger, basée dans la diabolisation de la technique. Mais il y avait certaines catégories qu’il était nécessaire de pulvériser de la pensée marxiste, dont le dernier grand représentant avait été Jean-Paul Sartre avec sa « Critique de la raison dialectique ». Surtout la catégorie de totalité. Vattimo recourt à une théorie basée sur les dialectes de sa belle Italie. L’histoire reviendrait à être comme les dialectes qu’on parle dans chaque paese, dans les villages. Tout dialecte exprime la liberté de ce qui est particulier, non soumis à l’univers totalisateur dialectique qui provient de façon nuisible de Hegel, de Marx et que Sartre a développé tellement magistralement que Deleuze l’a consacré comme « le génie de la totalisation ». Toutefois, la totalité doit mourir. Elle doit être annihilée par la théorie des dialectes, qui viendrait exprimer cette esthétique de la fragmentation que les postmodernes se sont acharnés à imposer. Mais Vattimo va plus loin. Il doit opposer à la société autoritaire communiste, une théorie de la démocratie. Si l’autoritaire est l’imposition du Un dictatorial sur une population qui a nié la démocratie, avec sa liberté d’expression et sa transparence, le démocratique sera ce qui est pluriel et transparent. Et il recourt à la cristallinité, à la transparence des moyens de communication pour établir que, grâce à eux, la société transparente existe.

Que vous le croyez ou non, Vattimo fait le postulat que la démocratie était basée sur la transparence que les médias accordaient. Les médias étaient tellement honnêtes, ils disaient tellement la vérité, on pouvait tellement les croire, que la société était devenue transparente. Il écrivait : « Conjointement avec la fin du colonialisme et de l’impérialisme il y a eu un autre facteur décisif pour dissoudre l’idée d’histoire et mettre un terme à la modernité : à savoir, la société des moyens de communication » (Vattimo et autres, Autour du postmodernisme, Anthropos, 1990, Barcelone, p 12). Il y a ici davantage d’erreurs que des mots. Qui a dit que sont morts le colonialisme et l’impérialisme ? Qui a dit que la modernité est morte ? On peut en finir avec l’idée hégélieno-marxiste d’un retro-cours nécessaire de l’histoire, mais de là, à donner pour mort l’histoire il y a un une trotte et cette trotte est longue. Mais, comment ne pas le dire et monter sur le char triomphal de la fukuyumanía qui détruisait le monde au début des années quatre-vingt-dix ?

On a voulu voir dans Internet une renaissance de l’utopie de la société transparente. On a cru qu’ils nous l’avaient donnée pour que nous soyons tous libres, pour que nous nous communiquions, pour jouer, jusqu’ à faire des révolutions. Le monstre a enlevé sa capuche. Cela fait un moment que c’était déjà fixé. La Chine a accusé Google de lui imposer des valeurs US et d’autres choses encore. Elle a clairement dit (déjà en 2011) que Google était un outil des Etats-Unis d’Amérique qui travaillait pour leurs services d’intelligence. Snowden n’a fait que confirmer ce que Assange disait depuis quelques années. Internet, manipulé par le pouvoir, a été transformé dans le plus grand ennemi de la civilisation humaine. C’est aussi ce qu’affirme le spécialiste en communication Enrique Dans, dans le Prologue qu’il a écrit pour le livre récemment publié d’Assange : Cypherpunks : « Le cyberespace, dans tous les sens, a été militarisé » (« Cypherpunks », Deusto, Barcelone, 2013, p 14). Nous vivons au milieu d’une loi martiale informatique. Il continue : « Comme Assange lui-même le dit dans son introduction, et autant que cela puisse coûter de le comprendre à ceux qui aiment le réseau comme outil de liberté, Internet dans son expression actuelle s’est transformé en une menace pour la civilisation humaine » (Ob. cit., p 14).

Nous ne vivons pas les temps de l’ hyper modernité, comme le dit Gilles Lipovetsky, qui n’a pas cessé d’être un divulgateur de certaines idées et habitudes du monde postmoderne avec des livres qui portent des titres aussi étranges que « L’ère du vide » ou « Le crépuscule du devoir ». N’apparait pas ce que pensent les mercenaires en Irak, ou les peuples qui en Amérique du Sud cherchent une unité régionale. Nous vivons les temps de la modernité informatique. Ils devront être ainsi qualifiés pour que nous puissions nous approcher de leur adéquate intellection. Le postmodernisme fut à peine la brève étape de la modernité venue consolider théoriquement l’univers néolibéral imposé avec la chute de l’Union Soviétique. Les néolibéraux eux-mêmes ont renié leurs postulats. La totalité elle n’était pas morte. On l’appelle maintenant globalisation. La modernité n’était pas un projet fini. Elle ne s’était pas identifiée non plus avec l’ère des révolutions. La modernité continue d’être encore le déploiement du capitalisme. Comme cela l’a toujours été, y compris pour les projets révolutionnaires qui ont essayé de s’opposer sous le nom de socialisme et qui ont échoué. La véritable révolution a été faite par le capitalisme, non par le prolétariat ni par le Tiers Monde. Cette révolution est l’informatique. De là qu’elle est l’ère de la modernité informatique, dont la globalisation inclut le projet de contrôler le monde complet à travers le pouvoir communicationnel et militaire. Le Complexe Militaro-industriel est l’allié du pouvoir informatique. Les deux sont engagés dans le même projet de domination mondiale. (Où s’arrêtent les petites histoires, les petits récits, la caléidoscopeisation du monde, la destruction du sujet, la mort de la totalité, de l’histoire, de la structure stratégique sans sujet ?)

Quant au sujet que les poststructuralistes sont venus détruire, émietter, décentrer, il est plus centré que jamais. Mon prochain livre – « Philosophie politique du pouvoir médiatique » – commence avec une phrase tranchante : «  Bill Gates a fait plus que Descartes pour la centralisation du sujet ». Le sujet panoptique est centré dans le pouvoir de l’empire. De là, il nous surveille. Le panoptique a été créé par l’utilitariste anglais Jeremy Bentham (1748-1832), par ordre de Jorge III. C’est une figure centrale pour comprendre ce qui arrive aujourd’hui. Le panoptique (que, avec quelques changements, reprendra et analysera Foucault dans « Surveiller et punir ») est un point depuis lequel on voit la totalité sans être vu. La dyade « voir-ne pas être vu » constitue autant le panoptique que l’espionnage informatique. Le sujet centralisé non seulement espionne les autres sujets, mais les colonise avec son appareil de propagande médiatique. Il lui a suffi de s’être approprié presque tous les groupes monopolistiques qui donnent forme à l’opinion publique. La véritable action politique de la droite (en Amérique du Sud, par exemple) s’est développée à travers le pouvoir informatique.

Du pouvoir des grands groupes de communication. Des monopoles de l’information. C’est fini la fragmentation du sujet. C’est fini ce monde stratégique sans sujet qu’ont établi les post-sructuralistes et qui partait de Heidegger de l’image du monde. Oui, il y a une image du monde. Le monde est constitué comme image du Big Brother panoptique qui voit tout et épie tout et que personne ne voit. Il existe des sujets. Dans le cas contraire, le Big Brother panoptique ne chercherait pas à les conquérir au moyen d’abrutissants divertissements, la vérité déformée et construite en accord avec ses intérêts ou le mensonge pur et simple. (Rappelons-nous du « cadavre » de Chavez à la une du quotidien espagnol El Pais.) Dans la recherche de la liberté dont ces sujets peuvent encore jouir résident nos espoirs. Entre-temps, ils nous épient. Ils lisent déjà cette note. Demain, ils la liront dans le journal. Ils sauront ensuite que Vous la lisez. Nous ne savons pas ce qu’ils feront. Mais quoi qu’ils fassent, ils le feront bien informés. Parce que, à la fin, ils devront évaluer quel risque sérieux implique pour eux ce petit processus : écriture de la note, publication dans un journal, lecture du sujet qui s’est intéressé à elle.

La modernité informatique est la plus redoutable des étapes qu’a parcourues le capitalisme. Enfin, il domine un monde qu’il a globalisé et que, maintenant, il espionne parce que ce monde n’est déjà plus le monde : c’est le cyberespace dans lequel se déroule la partie de chasse de l’espionnage informatique.

José Pablo Feinmann

Article original : Página 12. Buenos Aires, 14 juillet 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi. Paris, le 19 juillet de 2013.

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José Pablo Feinmann philosophe argentin, professeur, écrivain, essayiste, scenariste et auteur-animateur d’émissions culturelles sur la philosophie.
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L’Irak entre trafiquants de drogue et escadrons de la mort

juillet 18th, 2013 by Hussein Al-Alak

L’éducation, la stabilité et l’emploi ont été tragiquement remplacés par une soumission grandissante à l’alcool et aux drogues, avec la violence, le chômage et la pauvreté qui conduisent à une augmentation dramatique de l’abus d’alcool.

Après avoir nationalisé le pétrole, durant les années quatre-vingt, le gouvernement de Saddam Hussein avait mené des campagnes d’alphabétisation qui avaient fait descendre l’analphabétisme en dessous de 10 % de l’ensemble de la population d’Irak. L’UNESCO avait applaudi le fait que les Irakiens étaient en mesure d’accéder à un enseignement gratuit et d’en sortir avec des qualifications et un emploi.

Elle a déclaré en 1998 : « L’UNESCO dit que l’Irak est l’un des seuls pays au monde où, même si vous êtes né dans la pauvreté absolue, avec des parents illettrés, vous pouvez sortir du système éducatif comme chirurgien, archéologue, ou ce que vous avez voulu devenir  ».

Mais l’éducation, la stabilité et l’emploi ont été tragiquement remplacés par une soumission grandissante à l’alcool et aux drogues, avec « la violence, le chômage et la pauvreté » qui conduisent à une « augmentation dramatique de l’abus d’alcool  », selon Younis Obeidi, psychiatre à l’hôpital Ibn Rushd.

Kamel Ali, responsable du Programme de prévention contre la drogue et l’alcool du ministère de la Santé irakien, déclarait en 2007 « la consommation d’alcool en Irak a étonnamment augmenté », avec « chaque jour toujours plus de malades qui recherchent de l’aide, leur addiction commençant à affecter sérieusement leur vie personnelle. »

«  L’Irak a l’un des plus mauvais traitements et régimes de suivi des alcooliques au Moyen-Orient  », a déclaré Ali, avec une pénurie de personnels qui complique la situation et interdit l’accès des malades à un suivi médical régulier.

 

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L’Iraq est secoué en outre par une vagues d’attentats ces derniers jours.
photo : Reuters-Stringer-Iraq (Le Monde)

Cette même année, l’Association des psychologues irakiens illustrait comment une étude interne montrait que «  le nombre d’alcooliques pris en charge avait augmenté de 34 % par rapport à juin 2006  », mais qu’un manque de financement avait empêché l’étude d’être publiée.

Les drogues sont aussi devenues une alternative au caractère sordide de la pauvreté ; sous les trois premières années de l’occupation par les États-Unis et le Royaume uni, plus de deux millions de personnes « vivaient sous le seuil de pauvreté ». En mai 2005, les Nations-Unies annonçaient que l’Irak allait devenir une station de transit pour une héroïne « fabriquée en Afghanistan et dirigée ensuite vers l’Europe via l’Iran voisin  ».

Après avoir été un sans-abri pour cause de violence sectaire et de perte de son emploi, Abu Teif s’est tourné vers la vente de drogues pour « soutenir sa famille : trois enfants et une épouse handicapée  », une invalidité qui date du jour où des militants ont tiré sur elle parce qu’ « elle ne portait pas le voile ».

« Au début, cela a été comme un miracle. C’était un travail facile et j’avais beaucoup de clients, mais je ne connaissais pas les effets de la drogue. J’ai appris quels pouvaient être ces effets quand un toxicomane a essayé de me tuer pour avoir de l’héroïne ».

« La nourriture a recommencé à entrer dans ma maison. Mes petits-enfants aussi ont commencé à bien manger et mon épouse a pu obtenir un traitement approprié pour sa jambe. » Mais ces jours-là pour eux se sont vite terminés, quand les trafiquants de drogue ont commencé à lui extorquer plus d’argent et qu’ils ont alors menacé de tuer son épouse et sa famille s’il tentait de s’échapper du trafic de drogue.

« Je ne savais pas comment me sortir de cette vie » a dit Abu Teif, «  si j’essaie de m’enfuir avec ma famille, ils me retrouveront ». Ses propos font écho aux mêmes craintes qu’ont ceux qui fuient les escadrons de la mort, «  j’ai commencé à faire le mal en vendant de la drogue, et maintenant, j’en paie le prix ».

Dans un article de juillet de l’agence d’informations Al-Monitor, le journaliste Adnan Abu Zeed avertit : «  Les effets négatifs des drogues illégales en Irak deviennent de plus en plus manifestes  » alors que l’Irak «  est en train de se transformer en un pays qui exporte des drogues tout en en étant l’un des consommateurs ».

Zeed décrit une situation où partout dans les villes irakiennes, on voit un nombre grossissant de jeunes se défoncer à la drogue, où cette nouvelle génération d’enfants de la guerre trouve un réconfort dans les bras de ces substances.

Les drogues se sont aussi répandues comme une traînée de poudre là où on utilise le travail des enfants, comme dans les ateliers de réparation de voitures ou aux carrefours où l’on vend des produits bon marché. Asaad Yassin n’en est qu’un exemple, lui qui, à l’âge encore tendre de 14 ans, ne peut déjà plus se passer de drogue.

Abu Sami, dont le fils aîné est un accro de la drogue a déclaré : « Ce que je crains, ce n’est plus tant un explosif ou un attentat à la voiture piégée, c’est le terrorisme de l’addiction  ». Ahmad al-Jubouri, professeur au collège de Babel est incapable d’aider son frère héroïnomane, parce que la ville n’a aucun centre de désintoxication.

Fin 2012, une commission parlementaire irakienne a déclaré : « Les services de sécurité, de justice et de santé sont gênés par la propagation de la drogue », et des sources de la police indiquaient « enquêter (sur ces garçons) ne fait pas partie des tâches quotidiennes (de la police). »

Pendant ce temps, la réponse du ministère de l’Intérieur consistait à publier une déclaration stipulant simplement que la drogue « conduit une personne à commettre un crime  ».

Article original :  The Palestine Chronicle, 12 juillet 2013 -

Traduction : Info-Palestine/JPP
Hussein Al-Alak est membre de la Campagne Solidarité Irak. Il a écrit cet article pour PalestineChronicle.com

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La métamorphose de la mondialisation

juillet 18th, 2013 by Gilles Bonafi

Voici un extrait de mon intervention au Colloque (Maghreb et mondialisation) du vendredi 21 juin à la salle de conférence de l’Assemblée Nationale.

Il permettra de mieux comprendre la résilience (l’adaptation à un environnement changeant) des grandes structures régionales afin de résister à l’impact de la crise, une véritable métamorphose de la mondialisation.

Pour commencer, un état des lieux de l’économie mondiale s’avère indispensable. Il permettra en effet de mieux appréhender les difficultés actuelles ainsi que l’urgente nécessité de repenser nos modèles économiques (américains ou chinois).

Tout d’abord, il faut évaluer l’impact de la crise sur les échanges mondiaux. Pour cela, il existe un indicateur de premier ordre que j’ai déjà étudié sur ce blog (un rappel est nécessaire ici) : le Baltic Dry Index (BDI) qui sert à mesurer le niveau des prix du transport maritime de matières sèches, une moyenne des prix pratiqués sur 24 routes mondiales de transport. Cet indice est un excellent indicateur de la future production industrielle. En effet, les matières sèches de cet indice concernent les minerais, les céréales, le ciment par exemple, autant de produits de base qui seront dans un proche avenir transformés.

Comme nous pouvons le constater, la sortie de crise, n’est pas à l’ordre du jour et, de plus, nous assistons ces derniers mois à une chute constante de cet indice qui était le 24 mai 2013, à 828 points. Nous retournons lentement mais sûrement vers les abysses de la fin 2008 malgré les milliers de milliards de dollars injectés en pure perte. Pour rappel, avant la crise, en mai 2008, l’indice avait atteint son record de 11 793 points. Nous comprenons mieux ainsi la contraction de l’activité manufacturière en Chine qui s’inscrit dans un contexte mondial d’effondrement des échanges.

B. Impact de la crise en Chine et résilience

L’indice PMI (Purchasing Managers Index) des directeurs d’achat de la Chine publié il y a quelques jours par HSBC s’est établi à 49,6. Tombant sous la barre des 50, il indique clairement une contraction de l’économie chinoise. De plus, avec une croissance du PIB estimée à 7,5% en 2013 (plus proche des 7% pour ma part), la Chine va entrer dans une très forte zone de turbulence. En effet, la Chine doit intégrer 20 millions de travailleurs chaque année (démographie, immigration et exode rural) ce qui l’oblige à ne pas descendre en dessous des 7,5% de croissance. La pression sociale qui a engendré de très fortes hausses de salaires (17,1% en 2012) et l’impact des coûts environnementaux posent désormais de gros problèmes de compétitivité à la Chine qui voit se développer ses concurrents asiatiques.

Pour lutter contre cela, la Chine a mis en place un renforcement de ses échanges (+ 30,2% en mars 2013) au sein de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) et développé en mai 2013, la création d’un espace douanier commun.

 

C. Impact de la crise aux USA et résilience

Le modèle économique américain connaît lui aussi de gros problèmes. Voici quelques chiffres peu connus du public :

- la dette du gouvernement fédéral américain a franchi la barrière des 100% de dettes en mars 2012 (105% aujourd’hui). Les USA injectent 1200 milliards de dollars (plus de 100 milliards par mois) dans leur économie chaque année depuis la mise en place des Quantitative Easing (QE1, 2 et 3) et cela n’est pas prêt de s’arrêter.

Source : Mon blog

- 10,6% des crédits immobiliers résidentiels US (qui représentent environ 5000 milliards de dollars) ne sont pas remboursés aux USA selon le dernier rapport de l’OCC (Office of the Comptroller of The Currency, page 13/69) un organisme du trésor américain chargé de la tutelle des banques. L’immobilier commercial est lui aussi déprimé. Les dépenses de construction ont de plus chuté de 37 milliards de dollars par rapport à la fin 2012.

Source : OCC : crédits immobiliers résidentiels

- le taux de chômage ne reflète en rien la réalité car des millions d’américains ont dépassé la durée maximale de perception des allocations chômage. Ils ne perçoivent donc plus ces allocations et disparaissent des statistiques. La plupart des Etats américains versent une allocation chômage (State Unemployment Insurance Benefits) pour une durée maximale de 26 semaines alors que la durée moyenne de chômage est de 36,9 semaines en mai 2013.

Source : Fed of St Louis research 

Face aux difficultés, les USA ont en effet développé les échanges au sein de l’ALENA : +70% avec le Canada et +80% avec le Mexique depuis le début de la crise selon le centre de recherche de la Fed de St Louis. Parallèlement, les USA ont réduit considérablement leurs importations hors ALENA ce qui démontre l’importance d’une intégration régionale. Les importations de produits chinois ont ainsi diminué de 12,2 milliards de dollars sur les cinq derniers mois (39,5 MD$ en novembre 2012 à 27,3MD$ en mars 2013). La croissance des échanges au sein de l’ALENA permet ainsi de moins subir la concurrence des importations chinoises et cela traduit l’effort de croissance dans la zone nord-américaine.

 

D. Impact de la crise en Europe et résilience

L’Europe est elle aussi touchée de plein fouet par une crise sans précédent et, pour le démontrer, il suffit d’analyser l’explosion de la dette des pays européens depuis 2008.

La dette de la Grèce s’est littéralement envolée depuis 5 ans passant de 107% à 165% de son PIB (x 1,5). Pour l’Irlande la dette publique a été multipliée par cinq depuis 2007 et dépassera 120 % de son PIB en 2013. Le niveau d’endettement espagnol a doublé en cinq ans et atteint aujourd’hui 85% du PIB. La France s’approche désormais de la barrière fatidique des 100% de dette et atteindra le chiffre record de 93,4% de dette fin 2013 selon la Commission européenne.

La dette de l’Allemagne et du Royaume-Uni atteint désormais 83%.

L’Europe risque donc la dislocation et n’aura qu’une seule solution (ce que j’écris depuis le début de la crise), la création d’un Fonds Monétaire Européen (FME). Le FESF (Fonds européen de stabilité financière) créé en mai 2010, puis le MES (mécanisme européen de stabilité) chapeautés par le CERS (Comité européen du risque systémique) ne sont que les étapes vers ce qui semble inéluctable car, face aux montagnes de dettes, il faut un prêteur en dernier ressort. Ces dispositifs ne peuvent pas en effet émettre de dettes (euro-obligations/euro-bonds) et chaque état, déjà lourdement endetté (notes dégradées) doit alimenter ces fonds avec une divergence croissante des taux d’intérêt (spread) sur la dette souveraine. L’Europe sortira donc renforcée par cette crise car elle se dotera d’une BCE ayant le monopole de l’émission de l’euro, de fonds propres (création d’un impôt européen ?) et surtout d’un trésor européen.

Malgré tout, les volumes d’échanges mondiaux de marchandises ont considérablement chuté et le chômage augmentera encore et toujours.

Nous le voyons clairement, nous assistons avec la crise à une métamorphose de la mondialisation.

D’un côté, l’échange de marchandises intercontinentale s’effondre, de l’autre, les échanges régionaux se développent parallèlement au renforcement de la gouvernance de ces régions, une forme de protectionnisme régional.

Pour pousser plus en profondeur l’analyse, il convient de comprendre la quintessence de tout mouvement.

Un mouvement nécessite en effet l’union de deux forces antagonistes à l’exemple de la flexion du bras (ou de la jambe) qui met en jeu deux muscles opposés ou antagonistes : le biceps contracté et le triceps décontracté.

L’union des contraires encore et toujours…

Gilles Bonafi

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Témoignage: Ce qui se passe en Syrie…

juillet 18th, 2013 by Nabil Antaki

Témoignage écrit en juin 2011

Ce qui se passe en depuis maintenant trois mois n’a rien à voir avec une révolution et est loin d’aboutir à un « printemps ». Il s’agit d’un mouvement de sédition (selon le Larousse, la sédition est un soulèvement concerté et préparé contre l’autorité établie) préparé depuis longtemps avec une distribution des rôles et une logistique prêtes et qui attendait une occasion pour mettre à exécution le plan déjà établi. L’occasion s’est présentée à la mi-mars avec une très grosse bavure des forces de sécurité à Dara’a (petite ville du sud à la frontière avec la Jordanie).

Ce mouvement de sédition est armé. Il ne s’agit pas du tout, comme le disent les médias occidentaux, de manifestations pacifiques.

- Les manifestants tuent. Ils ont besoin qu’il y ait un maximum de tués des 2 bords pour aggraver la situation , créer un état de non-retour et émouvoir l’opinion publique locale et étrangère.

- Le nombre de membres des forces de l’ordre tués est impressionnant (et il ne s’agit pas de soldats tués par leurs supérieurs parce qu’ils n’ont pas tiré sur la foule comme le colportent les opposants et les médias… quelle blague !!! si c’était vrai, la plupart des soldats auraient su et déserté pour ne pas subir le même sort).

- Les manifestations commencent par des slogans appelant au renversement du régime et se terminent par des tirs sur les forces de l’ordre, le saccage et l’incendie des bâtiments publics (bureau de poste, Cie d’électricité…).

- Un exemple parmi d’autres : Jisr Al Shougour, la dernière ville citée par les médias. Un de mes malades qui vient de cette ville me raconte : « Heureusement, que l’armée est intervenue pour nous débarrasser de ces « protestataires ». Depuis un mois, des bandes armées circulaient à moto ou en voiture dans la ville et les environs et y semaient la terreur. Puis ils ont tué des policiers (Les TV ont montré 2 charniers découverts par l’armée après son entrée dans la ville), ont mis le feu aux bâtiments publics et ont détruit à l’explosif l’immeuble des forces de sécurité tuant 67 personnes ». Ce n’est que trois jours plus tard que l’armée est entrée dans la ville.

Ce mouvement de sédition est soutenu par des médias (qui manipulent l’information, truquent les vidéos, exagèrent les faits et tout simplement incitent à la rébellion et au soulèvement) qui pratiquent plus la désinformation que l’information ; des exemples :

Beaucoup de mensonges : Les titres de la une d’aujourd’hui samedi 18 juin : « Alep gagnée par la contestation, un tué… ». Ceci est complètement faux, il n y a pas eu de manifestations à Alep et une personne est décédée hier en sortant de la prière du vendredi succombant à une crise cardiaque (rapport du médecin légiste et témoignage du frère du défunt qui l’accompagnait).

Beaucoup d’exagération et d’incitation à la sédition : « l’horreur en Syrie » ; « on tire sans sommation sur les manifestants non armés » ; « comment peut-on se taire devant ces actes de barbarie ? » ; « comment l’OTAN n’est-elle pas encore intervenue en Syrie ? » ; etc.…

Beaucoup de parti-pris : le 5 juin, anniversaire de la triste guerre des 6 jours, des manifestants pacifiques non armés ont décidé de traverser la ligne de démarcation entre la Syrie et le Golan occupé (que tous les pays, même les plus pro-israéliens considèrent comme occupé et ne reconnaissent pas son annexion par Israël). L’armée Israélienne leur a tiré dessus et en a tué 15. Cette information a été presque occultée par les médias occidentaux et quand ils en ont parlé, ce fut pour répéter avec conviction ce que le 1er ministre Netanyahou avait dit : qu’Israël avait le droit de se défendre !!!

Beaucoup de vidéos diffusées se sont avérées être des vidéos d’archives des guerres au Liban et en Irak.

Beaucoup d’information erronées : Il y a 10 jours, les TV satellitaires ont annoncé, avec vidéo à l’appui, que des hélicoptères ont tiré sur les manifestants à Marrât ; 2 jours plus tard, ils confirment l’histoire des hélicoptères mais en ajoutant qu’il n’y a pas eu de tirs sur les manifestants. Mais le mal était déjà fait avec les protestations et les menaces de sanctions.

La fameuse femme lesbienne syro-américaine qui avait diffusé plein de fausses informations sur le Web relayées par les médias, et qui aurait été enlevée par les services syriens s’est avérée une mystification d’un américain qui a volé l’identité d’une personne et la photo d’une autre sur Facebook.

L’Ambassadeur de France en Syrie, Mr Eric Chevallier, un homme remarquable, s’est vu tirer dessus à boulets rouges par les médias français parce qu’il a osé leur dire qu’ils mentaient. Ils l’ont accusé d’être l’Ambassadeur de Assad en France.

Les TV françaises annoncent sans prendre la peine de vérifier la démission de Mme l’Ambassadeur de Syrie en France qui se serait ralliée aux protestataires. Démenti le lendemain.

Les réfugiés de Jisr en Turquie : Dix mille au total, la plupart sont des familles des personnes armées qui avaient semé la terreur ou des personnes ayant fui les zones de combat par peur. Or, cette nouvelle fait la une de tous les journaux télévisés depuis 6 jours. Quand on pense que lors de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine et ses alliés en 2003, il y a eu UN MILLION ET DEMI de réfugiés irakiens en Syrie et cette information n’avait jamais eu la faveur des médias alors que dix mille, il faut en parler tous les jours … En encore, les réfugiés irakiens sont restés en Syrie des années alors que les réfugiés syriens de Jisr ont été invités à rentrer chez eux maintenant que leur ville a retrouvé son calme.

Ce mouvement de sédition est composé :

de quelques opposants historiques au régime, de quelques centaines de militants des droits de l’homme qui ont passé par les prisons syriennes et, idéalistes, continuent leur combat, de beaucoup d’opportunistes ex-membres du régime qui en avaient beaucoup profité dans le passé, de nombreuses personnes qui sont armées d’un désir de vengeance à cause de la perte de personnes chères tuées ou emprisonnées dans le passé, de gens payés pour manifester et semer le désordre, et surtout d’islamistes et de frères musulmans (dont les fiefs depuis les années 1980 sont justement les villes citées beaucoup par les médias : Marrât Al Nooman, Hama, Idlib, Jisr Al Shougour…). Et puis les médias, à chaque fois qu’ils citent Hama, parlent de la répression sanglante qui a touché les islamistes de Hama en 1982 avec la mort, dit-on, de vingt mille personnes. Il serait plus objectif de dire qu’avant que le régime n’attaque Hama, haut lieu des frères musulmans, çad de 1979 à 1982, ceux-ci avaient tenté de le renverser par les armes, en assassinant des médecins, des avocats et des doyens d’université, en terrorisant la population par des explosions dans les gares et lieux publics et, pour couronner le tout, en tuant de sang froid 200 cadets alaouites de l’école d’artillerie de l’armée.

Ce mouvement de sédition est parrainé, sinon commandité par des gouvernements arabes (Arabie Saoudite, Qatar et Hariri) et occidentaux (France, Grande Bretagne et USA en tête) dans le cadre d’un plan préétabli ou, disons le franchement, d’un complot :

Des armes avaient été introduites en Syrie et cachées.

Des activistes avaient suivi, depuis 2 ans, en Jordanie, en Turquie et aux USA des séminaires sur les moyens de transmission et des appareils ultrasophistiqués avaient été introduits clandestinement (cf. le nouvel observateur du 19 mai).

Certains médias étaient préparés à propager les nouvelles vraies et surtout fausses dont la Arabia, BBC, France 24 et surtout Al Jazeera (connue pour la diffusion en exclusivité des déclarations de Ben Laden) qui appartient à l’Emir du Qatar. Celui-ci avait renversé son père avec l’aide des Américains qui avaient obtenu, en contrepartie, l’installation de la plus grande base navale de la région, le gaz et Al Jazeera (la CNN arabe !!!).

Enfin les dirigeants occidentaux, dès le début, font des déclarations tonitruantes et émettent des menaces non justifiées dans le but de discréditer et de déstabiliser le régime.

Restait la Turquie qui, depuis des années, avait des relations privilégiées avec la Syrie et ses dirigeants. Il fallait qu’elle retourne sa veste et elle l’a fait !!! Pourquoi ? Il y a 3 semaines, sort comme d’un chapeau d’un magicien une proposition de loi à la Knesset israélienne visant à reconnaître le génocide arménien perpétué par les Ottomans en 1915 ; Sujet hautement sensible pour les Turcs (le bâton). Quelques jours après la volte-face de la Turquie, la France arrête 3 membres du PKK (la carotte) et bien sûr, la proposition de loi a subitement disparu comme elle avait apparu.

Le mot de la fin à ce sujet revient au ministre adjoint des Affaires étrangères américain qui a déclaré que les troubles finiront en Syrie si elle coupe ses liens avec l’Iran et arrête de soutenir le Hezbollah !!!

La majorité des 23 millions de Syriens sont contre le mouvement de sédition qui vise à renverser le régime (aucune personne : amis, parents, connaissances, collègues, clients et malades qui viennent me voir de toutes les régions de la Syrie, m’a dit approuver la sédition). Ils aspirent à la sécurité et à la stabilité qui caractérisaient la vie en Syrie et que nous enviaient la plupart des pays. Ils aspirent à cette relative prospérité qui existe depuis une décennie (croissance du PNB de 4-5%/an, depuis des années) et à la libéralisation lente mais progressive du régime. La vie continue normalement à Damas et à Alep avec les embouteillages habituels, les cafés-trottoir bondés et les très nombreux piétons qui vaquent à leurs occupations. Les examens officiels (brevet et Bac.) se déroulent normalement etc… Les amis étrangers qui sont déjà venus à Alep ou Damas ne verraient rien d’anormal s’ils revenaient maintenant. Il n y a ni police ni armée dans les rues et en ville.

Avant le 15 mars, cette même majorité critiquait le régime pour avoir plus de liberté, plus de démocratie et moins de corruption ; Mais, d’une façon pacifique et sans mettre en péril le pays. La majorité des Syriens estiment que si le mouvement de sédition continue, la Syrie ne s’acheminera pas vers un scénario pacifique à la tunisienne ou à l’égyptienne (et encore… beaucoup d’égyptiens, qui avaient soutenu les manifestants, commencent se mordre les doigts par crainte d’un régime islamiste qui s’annonce et qu’ils ne veulent pas) mais aboutira à une des 3 hypothèses :

la moins mauvaise : Un régime islamiste alors que le régime actuel était laïque et traitait toutes les confessions à pied d’égalité.

la mauvaise : une guerre civile puisque l’armée, (contrairement à l’armée tunisienne ou égyptienne qui étaient neutres au début des événements et qui, en prenant le parti des insurgés, avaient donné la victoire aux « révolutionnaires ») en Syrie est loyale au régime.

la pire : un éclatement de la Syrie à l’irakienne avec un découpage confessionnel ou ethnique.

Ces scénarios, la majorité des Syriens les refusent et ils sont révoltés par ce plan diabolique qui vise à détruire leur pays et à y mettre le chaos. La majorité du peuple n’est ni assez pauvre ni assez opprimée pour faire une révolution. Alors, messieurs les dirigeants des pays étrangers, cessez de vous immiscer dans les affaires de la Syrie et occupez-vous plutôt des problèmes de vos pays qui sont au bord de la faillite, et dont vous augmentez la dette en dépensant des milliards d’euro dans la guerre en Irak et par vos frappes en Libye ; et vous, Messieurs les journalistes des médias malhonnêtes, occupez-vous plutôt des faits divers de vos pays avec le scandale Berlusconi, l’affaire DSK etc.…

Alep le 19/6/2011

Nabil Antaki, médecin

PS : En annexe, quelques réflexions sur la politique des pays occidentaux

1- Droit et devoir d’ingérence :

Cette comédie du « devoir d’ingérence humanitaire » a été inventée pour justifier l’ingérence de certains pays dans les affaires intérieures des autres, en d’autres termes, le devoir d’ingérence, c’est la loi du plus fort, c’est le colonialisme des temps modernes. Un exemple ? La France et ses alliés ont évoqué les raisons humanitaires pour intervenir en Libye et protéger les « civils désarmés attaqués par les forces de Kadhafi ». Quelle blague ! Ils ont pris le parti des insurgés contre le pouvoir en place et ont bombardé des villes dont Tripoli en tuant beaucoup de civils. Ils veulent traduire les dirigeants syriens et libyens en justice pour crime contre l’humanité ? C’est Sarkozy, Juppé et consorts qu’il faut accuser de crimes contre l’humanité. Le droit d’ingérence humanitaire les autorise t-il à renverser les pouvoirs en place ? Au nom de quel droit, Sarkozy peut décider que ce président, fût-il un dictateur, devrait être renversé ? Que les pays occidentaux commencent à balayer devant leurs portes et qu’ils renversent les dictateurs qu’ils ont soutenus depuis des années. Qu’auriez-vous fait si un président du tiers monde avait déclaré, lors des émeutes des banlieues en France ou des manifestations contre le nouveau régime des retraites, que la situation en France est intolérable et que le président français devrait quitter le pouvoir ?

2- Droits de l’Homme.

Une autre mascarade de la diplomatie occidentale. Elle l’utilise quand bon lui semble et toujours à sens unique. La diplomatie américaine répète depuis le début de la crise syrienne que les droits de l’Homme sont bafoués en Syrie par l’arrestation arbitraire des personnes et par leur détention sans jugement. Est-ce que Guantanamo vous dit quelque chose ? Les USA y ont détenus des centaines de personnes arbitrairement, sans jugement et sans le recours à des avocats et ce depuis DIX ANS. Alors, qu’on commence d’abord par traduire les dirigeants américains en justice… Après cela, on passera à la Syrie.

3- Démocratie.

Les dirigeants occidentaux nous veulent beaucoup de bien. Ils sont tellement amoureux de la démocratie qu’ils veulent l’imposer chez les autres de force au risque de détruire la Libye ou la Syrie. Bien sûr, ces 2 pays ne sont pas très démocratiques mais il y a pire ; L’Arabie Saoudite est le pays où il y a le moins de démocratie et pourtant on n’entend aucun dirigeant occidental réclamer plus de démocratie à leur fidèle allié ou appeler au renversement du régime en place. Le pétrole remplace-t-il la démocratie ?

4- Al Qu’aida.

Oui, c’est l’ennemi public No 1. Ce qu’il a fait le 11 septembre 2001 est horrible et inacceptable. Or, les 3 pays où Al Qu’aida n’existait pas et où il était même combattu, c’était l’Irak, la Libye et la Syrie. Et pourtant, les occidentaux ont envahi l’un et sont entrain de détruire les 2 autres. Alors !!!

5- La politique du mensonge.

La politique des pays occidentaux est basée sur le mensonge depuis des siècles et pourtant ils tiennent des discours moralisateurs aux autres pays ; Quelle hypocrisie.

Voulez-vous des exemples ? En voici quelques uns (liste qui est loin d’être exhaustive) :

Lors de la 1ère guerre mondiale, la France et la Grande Bretagne avait promis au Chérif Hussein l’indépendance d’un grand royaume arabe si les Arabes aidaient les alliés en se soulevant contre les Ottomans. Entretemps, les ministres français et anglais des affaires étrangères ont signé les accords Sykes-Picot pour se partager la région. Hypocrisie…

Après la 2ème guerre mondiale, les pays occidentaux ont fait circuler l’idée d’ « un pays sans peuple pour un peuple sans pays » pour justifier l’installation de millions de juifs européens en Palestine. Quel mensonge ! la Palestine était habitée… par les Palestiniens.

Vous-rappelez vous Timisoara ? En 1989, les médias occidentaux, surtout français, et les dirigeants européens annoncent la découverte d’un charnier (avec vidéos et photos à l’appui), dans cette ville de Roumanie, qui contiendrait des milliers de cadavres d’opposants et de manifestants et appellent donc, devant cette horreur à la chute de Ceausescu. Deux mois plus tard, le monde, stupéfait, découvre qu’il n y avait pas de charnier et que les cadavres montrés avaient été déterrés des cimetières !!

En 2002, GW Bush invoque la présence d’armes de destruction massive en Irak pour justifier l’invasion de l’Irak et le renversement de Saddam. Ce mensonge était le prétexte à l’invasion et tout le monde savait que ce n’était pas vrai. Mais de quel droit Bush et ses acolytes peuvent décider le renversement de Saddam, tout dictateur qu’il fut ? A voir le chaos qui existe en Irak maintenant, même les plus farouches opposants à Saddam regrettent son régime.

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Des factions rivales issues des groupes soutenus par les États-Unis et qui combattent le régime d’Assad en Syrie ont exécuté une série d’embuscades et d’assassinats qui démontrent le caractère réactionnaire et antidémocratique de toute la campagne qui menée par les États-Unis en vue d’un «changement de régime».

L’étincelle qui a déclenché les combats a été l’assassinat jeudi d’un haut commandant de l’Armée syrienne libre (ASL), Kamal Hamami, qui a été tué par balle dans la ville de Salma, dans la province de Lattaquié dans le nord-ouest de la Syrie. Le meurtre est l’œuvre d’un groupe affilié à al-Qaïda, l’ISIS (Islamic State of Iraq and al-Sham, Etat islamique d’Irak et d’al-Sham) et il a eu lieu suite à un différend entre Hamami et le dirigeant local d’État islamique, Abu Ayman.

Des articles de presse ont relaté qu’Abu Ayman et d’autres militants avaient dénoncé l’ASL comme étant des «infidèles», les critiquant pour avoir signé une déclaration de tolérance religieuse à l’égard des minorités chrétiennes et alaouites. Des groupes islamistes comme l’ISLI et le Front al-Nusra, qui ont bénéficié d’un financement considérable de la part d’alliés des États-Unis comme le Qatar, prennent régulièrement pour cible les non sunnites, ainsi que des sunnites pratiquant une forme moins rigide de l’Islam.

Il se peut aussi qu’il y ait eu un conflit d’argent vu que deux commandants auraient eu des avis différents au sujet de projets pour l’attaque d’un point de contrôle du gouvernement syrien situé à la frontière turco-syrienne. Mis à part leur importance stratégique, les passages aux frontières sont une source de revenus lucrative étant donné qu’à la fois les réfugiés fuyant la guerre civile et les livraisons de marchandises au-delà de la frontière peuvent être soumis à une «taxation» par les rebelles, c’est-à-dire de l’extorsion et du vol.

La chaîne canadienne CTV a rapporté, «Chaque groupe tente aussi de mettre en place des structures de gouvernement sur le territoire du Nord que l’opposition contrôle depuis un an et de prendre une part de l’argent des marchandises en provenance de Turquie qui sont introduites en contrebande en Syrie.»

Cet incident est la deuxième attaque de ce type dans la région de Lattaquié. Une semaine plus tôt, les combats entre l’ISIS et dix tireurs de l’ASL avaient fait 10 morts et des dizaines de blessés, mais les articles de presse se contredisaient quant à savoir quel groupe avait initié les combats et quelles en étaient les conséquences.

Le meurtre d’Hamami le 11 juillet est une affaire bien plus médiatisée, car il était l’un des 30 membres du Conseil militaire suprême, premier organe de coordination de l’ASL. Deux jours plus tard, une guerre ouverte a éclaté à Alep, de lourds combats se déroulant à Boustan al-Qasr dans le quartier sud-est de la plus grande ville syrienne.

Depuis un an, l’ASL contrôle la majeure partie du côté est d’Alep, mais, selon les articles de presse, les islamistes ont pris le contrôle d’un poste de contrôle pour le trafic allant vers le côté ouest de la ville où des forces fidèles au président Bachar al-Assad se sont imposées.

Selon un rapport de Reuters du 11 juillet, les forces «rebelles» qui contrôlent le poste frontalier à Boustan al-Qasr ont brutalement réprimé une manifestation de civils organisée contre le blocus qui empêchait que des vivres et des médicaments ne parviennent aux quartiers de la ville contrôlés par le gouvernement.

Une vidéo diffusée sur internet montrait une pancarte affichée par les rebelles au point de passage de Boustan al-Qasr disant : «Nourriture, médicaments, essence, produits pour bébés, lait, légumes, viande, pain : formellement interdits.»

Les habitants étaient ainsi dans l’impossibilité d’envoyer les produits de première nécessité aux membres de leur propre famille et à leurs amis dans la mesure où ils vivent de l’autre côté de la ligne de front floue qui partage la ville. Les «rebelles» ont tiré des coups de feu en l’air pour disperser la manifestation comprenant entre autres slogans celui de «La population veut la fin du blocus,» a dit Reuters.

Ce rapport est une exception dans la presse occidentale: une description honnête des rapports qui règnent entre les forces soutenues par les États-Unis et la population syrienne. Loin d’agir comme des «combattants de la liberté», les forces rebelles cherchent à affamer ceux qui vivent sous le régime d’Assad tout en recourant à la violence contre ceux qui se retrouvent à vivre dans les zones «libérées».

Samedi toujours, des tireurs de l’ISIS auraient attaqué le siège de l’ASL dans la province d’Idlid, au nord-ouest de la Syrie.

L’ASL se sert de ces incidents comme argument pour intensifier les livraisons d’armes en provenance des États-Unis et d’autres puissances impérialistes, en avançant la menace de groupes liés à al-Qaïda. Louay al-Mokdad, coordonnateur médias de l’ASL, aurait dit en parlant des islamistes, «Ils ont un plan pour tuer les dirigeants de l’ASL.» Il a ajouté, «Nous ne voulons pas une guerre dans la guerre. Nous ne voulons pas nous battre avec eux. Mais, s’ils répandent le sang de notre peuple, ce qu’ils sont en train de faire, alors on devra se battre.»

Le quotidien britannique Daily Telegraph a rapporté qu’en réaction au meurtre de Hamami, l’ASL allait lancer une attaque contre les islamistes. «L’Armée syrienne libre est en train de planifier une vaste attaque contre le groupe al-Qaïda dans la province de Lattéquié pour se venger de la mort du commandant,» a dit au journal un activiste local. «Il y a un grand nombre d’extrémistes étrangers. On ne peut pas traiter librement avec eux. L’ASL va leur donner un ultimatum ; partez ou alors nous vous combattrons.»

Un «haut commandant» anonyme de l’ASL a dit vendredi à Reuters, «Nous n’allons pas les laisser s’en tirer, non. Eux, ils veulent nous cibler. On va les réduire en bouillie.»

L’intervention de l’État d’Israël est un élément supplémentaire qui s’ajoute au carnage grandissant en Syrie. Des sources américaines et britanniques ont rapporté dimanche que des sous-marins israéliens avaient attaqué le 5 juillet un dépôt d’armes du gouvernement dans le port de Latakia en tirant des missiles de croisière.

L’attaque israélienne avait été réalisée «en étroite coordination avec les États-Unis,» selon le Jerusalem Post et ciblait un lot de 50 missiles anti-navires Yakhont P-800 de la production russe et qui sont une arme efficace contre les corvettes israéliennes. Il s’agit de la quatrième attaque du genre contre des capacités militaires syriennes depuis le début de l’année.

Les groupes syriens appuyés par les États-Unis ont étendu leur guerre au Liban avec, le 9 juillet, le bombardement d’un supermarché dans la banlieue sud de Beyrouth, région majoritairement sunnite et qui abrite de nombreux dirigeants du Hezbollah, le parti politique chiite et la milice alliée à Assad. Près d’une vingtaine de personnes ont été blessées lors du bombardement pour lequel un groupe syrien appelé Brigade 313 missions spéciales a revendiqué la responsabilité.

Patrick Martin

Article original, WSWS, paru le 15 juillet 2013

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L’Otan en stand-by prête à l’attaque

juillet 16th, 2013 by Manlio Dinucci

Photo : Base militaire de Lago Patria, Italie

Comme un dispositif électronique en mode d’attente, le Commandement de la force conjointe alliée à Naples (Jfc Naples) est tenu officiellement en « stand-by », c’est-à-dire prêt à tout moment à entrer en guerre. Il a reçu du Commandant suprême allié en Europe (qui est toujours un général étasunien nommé par le Président) la charge de garder en efficience maximale la Force de riposte Otan –composée des unités terrestres, aériennes et navales les plus avancées technologiquement- en  mesure d’effectuer en 48 heures « n’importe quelle mission en n’importe quel lieu ». Le nouveau quartier général du Jfc Naples à Lago Patria, construit pour un staff de plus de 2mille militaires et expansible pour la « future croissance de l’Otan », est en pleine activité. Des membres de tous les pays Otan sont en train d’arriver, venant s’ajouter au staff, pour une série de manœuvres qui permettent au Jfc de Naples d’être « prêt à des opérations militaires comme celle d’Unified Protector », la guerre de 2011 contre la Libye.

Aujourd’hui, dans le viseur du Jfc Naples il y a la Syrie. Contre qui l’Otan, sans apparaître officiellement, conduit par l’intermédiaire de forces infiltrées une opération militaire couverte, qui peut d’un moment à l’autre devenir découverte en imposant une « no-fly zone » comme pour la Libye. L’avant-poste de l’opération militaire contre la Syrie est la Turquie, où l’Otan a plus de vingt bases aériennes, navales et d’espionnage électronique. A celles-ci s’ajoute à présent un des plus importants commandements Otan : le Landcom, responsable de toutes les forces terrestres des 28 pays membres, activé à Izmir (Smyrne).

Le déplacement du commandement des forces terrestres de l’Europe à la Turquie –adossée au Moyen-Orient (en particulier Syrie et Iran) et à la Caspienne- indique que, dans les plans USA/Otan, on prévoit l’utilisation aussi de forces terrestres, surtout européennes, dans cette aire de première importance stratégique. Confirmé par le fait que le général étasunien Philip Breedlove, récemment nommé par le président Obama commandant suprême allié en Europe, s’est rendu en juillet à Izmir pour accélérer les délais dans lesquels le Landcom rejoindra sa « pleine capacité opérationnelle ». Immédiatement après, le général étasunien Frederick Hodges, responsable du commandement d’Izmir, est allé à Naples pour coordonner l’activité du Landcom avec celle du Jfc  Naples. Il y a été accueilli par l’amiral étasunien Bruce Clingan, qui est en même temps commandant de la Force conjointe alliée à Naples, des Forces navales USA en Europe et des Forces navales du Commandement Africa. Un jeu stratégique des trois cartes, qui permet au Pentagone de toujours garder le commandement : par exemple, en 2011 il a dirigé la guerre en Libye d’abord à travers le Commandement Africa, puis le Jfc Naples, appuyés par les forces navales USA en Europe. Et l’Europe ? Elle est importante pour les Etats-Unis géographiquement, a précisé le Commandant suprême allié à une commission du Congrès : les bases en Europe ne sont pas de résiduels « bastions de la guerre froide », mais « des bases opérationnelles avancées » qui permettent aux USA de soutenir à la fois le Commandement Africa et le Commandement central dans l’aire duquel se trouve le Moyen-Orient. Elles sont, ensuite, essentielles pour « la sécurité du 21ème siècle », garantie par une « alliance puissante et efficiente » dirigée par les USA, qui possède « 24 mille avions de combat, 800 navires militaires océaniques, 50 avions radars Awacs ».

Une alliance (cela on ne le dit pas) dont la dépense militaire se monte à plus de 1 000 milliards de dollars annuels. Pour garder toujours prêts à la guerre les commandements, comme celui de Naples, ville qui a un nombre record de chômeurs, gardés en « stand-by » dans l’attente vaine d’un poste de travail.

 

Edition de mardi 16 juillet 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130716/manip2pg/14/manip2pz/343206/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Le gouvernement luxembourgeois a démissionné le 10 juillet suite à un scandale dans lequel sont impliqués les services de renseignement.

Le premier ministre Jean-Claude Juncker a annoncé la démission de son gouvernement et de nouvelles élections après qu’une commission parlementaire soit parvenu à la conclusion que Juncker avait perdu le contrôle des services secrets du pays, le SREL (Service de Renseignement de l’État du Luxembourg). Pendant des années, le SREL a fonctionné hors de toute supervision et espionné des politiciens de haut rang, y compris Juncker lui-même.

La commission parlementaire a accusé Juncker de ne pas avoir informé correctement la commission de contrôle traitant des abus dont sont responsables les services secrets, ou de l’avoir fait incomplètement. Malgré le fait que le SREL ait été coupable de violations flagrantes du Droit, Juncker a manqué de prendre des mesures disciplinaires contre son personnel. Il a seulement informé le procureur une fois que les délits en question furent tombés sous la prescription.

Dans un débat parlementaire véhément jeudi 11 juillet, Juncker, un Chrétien-démocrate, a nié toute responsabilité personnelle. Son partenaire social-démocrate dans la coalition gouvernementale s’est retourné contre lui et a soutenu le rapport d’enquête de la commission. Suite à cela, Juncker a dissous le gouvernement. On s’attend à ce qu’il se présente aux prochaines élections et brigue à nouveau le poste de premier ministre.

Juncker à été à la tête du gouvernement du Grand-Duché et de son demi-million d’habitants depuis 1995. Il est, dans toute l’Union européenne (UE), le premier ministre le plus longtemps en poste et il y joue un rôle important. De 2005 à 2013, il a été président de l’Eurogroupe. Il n’avait pas réussi cependant à obtenir la charge de président de l’UE en 2009 parce qu’il était considéré par Berlin et Paris comme un esprit trop indépendant. On a donc confié ce poste nouvellement créé au Belge Herman Van Rompuy. Les activité douteuses des services de renseignement luxembourgeois remontent à l’affaire des soit-disant poseurs de bombes des années 1980. Entre 1984 et 1986, vingt bombes ont explosé au Grand-Duché sans qu’aucune information n’apparaissent sur les motivations ou sur ceux qui en étaient responsables.

Ce n’est qu’à présent, trois décennies plus tard, qu’on a fait un procès à deux membres d’une unité d’élite de la gendarmerie luxembourgeoise. Ils sont accusés d’avoir posé les bombes afin de créer un climat de peur et d’obtenir par là des finances supplémentaires pour les forces de l’ordre. Les avocats de la défense des deux hommes insistent cependant pour dire que derrière les attentats il y avait les opérations Gladio ou le réseau “Stay-Behind”de l’OTAN.

Le réseau secret “Stay Behind” avait pour mission de commettre des actes de sabotage derrière les lignes dans le cas d’une invasion de la part de l’Union soviétique. En fait, cette organisation était truffée d’éléments d’extrême-droite et organisa une suite d’attentats terroristes dans plusieurs pays dans le but de provoquer un tournant politique à droite. La soi-disant ‘stratégie de la tension’ poursuivie par cette organisation en Italie, bien documentée, a entraîné la mort de dizaines de personnes.

De nombreux indices pointent vers une participation des forces de sécurité luxembourgeoises au réseau “Stay Behind” et vers le fait qu’elles furent le principal acteur des attentats à la bombe. Cela n’a cependant joué qu’un rôle secondaire dans les délibérations de la commission parlementaire ayant conduit à démission du gouvernement.

L’événement principal retenu par la commission a été une conversation entre Juncker et un petit cercle d’intimes avec le chef du SREL Marco Mille en janvier 2007. De toute évidence, un des sujets de cette conversation avait été l’implication d’un certain nombre de membres de la famille du Grand-Duc dans l’affaire des poseurs de bombes. De plus amples détails ne pas connus.

Mille est venu à cette réunion avec une montre spécialement conçue et a secrètement enregistré l’ensemble de la conversation. Juncker aurait découvert cet espionnage deux années plus tard seulement sans pour autant prendre de mesures disciplinaires à l’égard du chef du service de renseignement. Selon ses propres dires, il a toléré cet abus massif de confiance afin de ne pas éprouver les rapports avec les autres services de renseignement. Mille est resté à son poste jusqu’en 2010 pour devenir ensuite chef de la sécurité chez Siemens.

L’importance du scandale des services secrets luxembourgeois va bien au-delà les frontières du Grand-Duché. Il permet de jeter un regard sur le fonctionnement interne des services secrets qui sont tout sauf des “agences de renseignement” politiquement neutres à qui il incomberait de protéger la population du danger.

Si bien des choses restent obscures il est clair que le service de renseignement luxembourgeois a joué pendant de nombreuses années, dans les coulisses, un rôle actif dans la politique du pays. Il l’a fait en entretenant des liens étroits avec les services secrets des autres pays occidentaux et avec des forces politiques droitières. Il a fini par avoir pour Jean-Claude Juncker, une personnalité respectée de l’establishmenteuropéen, des conséquences funestes.

La menace émanant du système de surveillance et d’interception révélé par l’ancien employé des services secrets américains Edward Snowden devient, à travers ces faits, plus nette encore. L’énorme quantité de données collectées n’a rien à voir avec une “lutte contre le terrorisme”, mais sert au contraire à la persécution des dissidents politiques, à des manœuvres politiques et à des provocations dirigées avant tout contre la classe ouvrière.

Peter Schwarz

Article original, WSWS, publié le 12 juillet 2013

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Le déraillement de train de la semaine dernière à Lac-Mégantic, au Québec, et l’explosion des wagons-citernes remplis de pétrole qui a détruit la majorité du centre-ville et tué plus de 50 personnes ont exposé des pratiques inquiétantes dans le transport de matières dangereuses sur le réseau ferroviaire canadien.

Le développement fulgurant du transport de pétrole brut par train au cours des dernières années, combiné à la dégradation continue de l’infrastructure ferroviaire, à la réduction des effectifs et à la déréglementation de l’industrie a amené plusieurs observateurs à soutenir que la tragédie de Lac-Mégantic pourrait très bien se répéter dans d’autres villes à travers le pays.

La production de pétrole en Amérique du Nord a constamment augmenté au cours de la dernière décennie en raison du développement massif des sables bitumineux du nord de l’Alberta et de l’exploitation croissante des schistes bitumineux des gisements de Bakken au Dakota du Nord, au Montana, au Manitoba et en Saskatchewan.

Aujourd’hui, environ 10 % de tout le pétrole d’Amérique du Nord est transporté par train, par rapport à 2 % seulement il y a cinq ans. La plupart de ce trafic ferroviaire passe par les principaux centres urbains dans des wagons-citernes réputés pour être susceptibles de perforer dans le cas d’un déraillement. Le train de Lac-Mégantic est passé par Toronto la veille de l’explosion au Québec.

Selon l’Association des chemins de fer du Canada, le transport de pétrole par wagons-citernes au Canada est passé de 500 wagons en 2009 à environ 140.000 en 2013, soit une hausse de 28.000 %. Même si les oléoducs Keystone XL allant de l’Ouest canadien à la côte du golfe américaine et Northern Gateway partant de l’Alberta jusqu’à la côte de la Colombie-Britannique sont éventuellement construits, il est projeté que la production de pétrole au Canada et aux États-Unis excède la capacité des oléoducs d’un million de barils par jour d’ici 2025. Si le gouvernement américain n’approuve pas le prolongement du projet d’oléoduc Keystone XL en Alberta, un projet présentement au point mort, il est estimé que le transport de pétrole par chemin de fer au Canada augmentera d’un autre 42 % d’ici 2017.

Les compagnies ferroviaires canadiennes ont augmenté leurs marges de profit grâce à cet essor du transport. Canadian Pacific a élevé son revenu moyen par wagons de 12 % cette année à la suite d’une hausse des contrats de transport de pétrole. Cette année, la Compagnie des chemins de fer canadiens nationaux a gagné 14 % à la Bourse de Toronto. Montreal Maine and Atlantic (MMA), la compagnie ferroviaire impliquée dans l’explosion à Lac-Mégantic, a maintenu ses profits en utilisant le transport de pétrole pour compenser le déclin des contrats dans le transport du bois d’œuvre.

Bien que les déversements d’oléoduc deviennent un phénomène plus fréquent en Amérique du Nord – en raison des installations vieillissantes, de la réduction de la maintenance et des analyses de risque douteuses basées non sur les préoccupations en matière de sécurité environnementale, mais plutôt sur les exigences de profit des actionnaires des industries pétrolières, financières et de la construction – le danger d’un déversement pétrolier provenant d’un wagon-citerne est toujours considéré de trois à six fois plus grand que provenant d’un oléoduc. Les accidents de train sont plus susceptibles de causer des blessures immédiates et la mort. Les accidents d’oléoducs, toutefois, sont souvent plus importants, impliquant des impacts sur la santé et l’environnement plus importants et à plus long terme.

Les partisans du développement rapide des oléoducs Keystone XL et Gateway – un groupe qui comprend le premier ministre canadien Stephen Harper et son gouvernement conservateur, des éléments importants au sein du Congrès américain et de l’administration Obama, les grandes compagnies pétrolières et la majorité de l’élite patronale des deux pays – ont cyniquement profité du désastre de Lac-Mégantic afin de prôner les oléoducs comme une alternative sécuritaire à l’expédition toujours croissante de pétrole brut par train.

En exploitant cruellement cette tragédie, cependant, aucun de ces partisans n’a fait mention du fait que le pétrole contenu dans le train à Lac-Mégantic était du pétrole provenant des schistes bitumineux du Dakota du Nord – du pétrole qui ne sera jamais desservi par un oléoduc en raison de la courte «durée de vie» d’environ douze ans du gisement de Bakken. En fait, avec ou sans le nouvel oléoduc, le transport de pétrole par train va continuer de croître.

En réalité, la croissance des risques associés au transport de pétrole par train ou oléoduc est le produit d’un système économique qui met les profits devant le bien-être de la population.

La sécurité ferroviaire au Canada a été déréglementée sous les gouvernements libéraux et conservateurs successifs depuis les années 1990. Aujourd’hui, les compagnies ferroviaires mènent largement leurs propres inspections d’équipements, de pratiques et d’infrastructures. Cette soi-disant autoréglementation est simplement une carte blanche pour que les compagnies continuent de couper les coins ronds en matière de sécurité pour améliorer leurs résultats financiers. Des pratiques similaires ont été instituées dans les normes de l’industrie agroalimentaire, ce qui a entraîné des épidémies et causé la mort au cours de la dernière décennie.

En dépit de la hausse dramatique du transport de matières dangereuses, le financement destiné à Transport Canada au niveau des inspections a été réduit. Le budget total alloué au département du transport par les conservateurs de Harper a été réduit de 30 % au cours de la dernière année seulement. En 2011, un rapport du vérificateur général concluait que «Transport Canada n’a pas conçu ni implanté les pratiques de gestion nécessaires pour contrôler la conformité réglementaire» du transport des produits dangereux.

Les recommandations du Bureau de la sécurité des transports du Canada aux compagnies ferroviaires au niveau de la mise à jour des technologies de sécurité ne sont pas mises en œuvre. Les avancées technologiques, par exemple, permettent l’installation de dispositifs de commutations automatiques qui permettraient de rediriger d’urgence des trains – comme celui de Lac-Mégantic – vers des embranchements sécuritaires.

Le remplacement des wagons-citernes DOT-111, qui ont tendance à se perforer – le type de véhicule le plus fréquemment utilisé dans l’industrie, et celui utilisé par MMA dans le train à Lac-Mégantic – se fait à pas de tortue. Sous les pressions des compagnies, qui se plaignent des dépenses liées à l’élimination des DOT-111, le gouvernement a stipulé qu’ils n’ont à être remplacés par des wagons-citernes plus sécuritaires, aux murs plus épais, que lorsqu’ils sont mis hors service.

Les pressions de rentabilité forcent les compagnies à mener des opérations «minceur», réduisant les effectifs et augmentant les horaires de travail tout en lésinant sur l’entretien des infrastructures. Le train de Lac-Mégantic, par exemple, était supervisé par un seul conducteur responsable de 72 wagons et de cinq locomotives. Il a arrêté le train pour la nuit sur des rails usés après un quart de travail éreintant de 12 heures et a, en conformité avec les règles, apparemment laissé le train sans surveillance avec un moteur de locomotive partiellement opérationnel afin de maintenir les freins pneumatiques. La perte des freins pneumatiques, possiblement due à un feu qui s’était déclenché dans une locomotive sans surveillance en marche, pourrait expliquer pourquoi le train s’est déplacé et a dévalé la pente vers Lac-Mégantic.

Ed Burkhardt, le président de la MMA, a fait campagne pour des «équipes» d’une seule personne, dans laquelle un conducteur est responsable de conduire le train (soit manuellement ou par télécommande) et de faire le travail au sol. Mercredi, Transport Canada révélait qu’en 2012 il permettait à MMA de devenir la deuxième compagnie seulement à pouvoir effectuer du transport ferroviaire avec des équipes d’un seul homme au Canada. Transport Canada a aussi dit que, bien que cela soit rare, il n’y a pas de réglementation empêchant une compagnie de laisser un train en marche sans surveillance.

Burkhardt a fait fortune en supervisant la privatisation et la rationalisation des opérations ferroviaires en Nouvelle-Zélande, en Grande-Bretagne et Europe.

Au cours de la dernière décennie, plusieurs petits déraillements à basse vitesse sur des voies ferrées de la MMA mal entretenues ont causé des déversements de produits chimiques. Selon un rapport du Wall Street Journal, depuis 2000, les trains de la MMA ont déversé des produits chimiques à sept reprises, incluant un déversement de 13.000 litres de carburant diesel à Frontenac, juste à l’est de Lac-Mégantic, le mois dernier. En tout, le Bureau de la sécurité des transports rapporte 129 accidents, tant majeurs que mineurs, et 77 déraillements de trains de la MMA depuis 2003.

La préoccupation principale des patrons des chemins de fer pour la rentabilité a possiblement été le mieux illustrée par la direction du Canadian Pacific au cours du récent effondrement du Bow River Bridge près de Calgary, en Alberta. Lorsque le pont centenaire mal entretenu s’est effondré dans la rivière suite à une forte crue, des wagons du CP remplis de distillat de pétrole toxique menaçaient de s’écraser au fond du ravin. Le président du CP, Hunter Harrison, avait rejeté l’idée que le pont soit inspecté lorsque la crue commençait à monter. Fermer le pont, a-t-il soutenu, aurait «compromis les affaires».

Au cours des derniers jours, les présentateurs des réseaux télévisés et leurs équipes de tournage sont descendus à Lac-Mégantic pour filmer d’un ton solennel les conséquences de l’événement. Les rapports de la police sont diffusés en entier, les experts ferroviaires et les témoins sont interviewés. On peut voir les parents et les enfants en deuil. Peu d’attention, toutefois, est donnée aux causes systémiques sous-jacentes à la tragédie de Lac-Mégantic et à la liste croissante de désastres de santé publique qui ont secoué le Canada au cours des 15 dernières années – y compris l’empoisonnement en 2000 du réseau d’eau potable de Walkerton, l’épidémie de SRAS en 2003 et l’épidémie de listériose en 2008.

Depuis l’explosion de samedi dernier, le président de MMA Ed Burkhardt a cherché à maintes reprises à rejeter le blâme en parlant d’actes de «sabotage», des erreurs du service d’incendies, et des méfaits du conducteur du train. C’est finalement une citoyenne sous le choc qui a dit ce que personne des réseaux télévisés n’a osé dire. Lorsqu’on lui a demandé d’expliquer la cause de la tragédie, elle s’est tournée vers les caméras et a crié : «L’argent! L’argent! L’argent!»

Carl Bronski

Article original, WSWS, paru le 11 juillet 2013

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«Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent».

 Jean Paul  Sartre (Philosophe)

 

L’histoire des civilisations humaines est aussi l’histoire de la fondation de communautés humaines qui sont appelées à augmenter leur espace vital et de ce fait, à provoquer des guerres pour fonder des Etats qui deviendront pour certains des empires. Il est dans la nature humaine de dominer son prochain. L’histoire est jalonnée de pays qui ont atteint des sommets en termes de puissance avant de disparaître.
Bref rappel des grands empires dans l’histoire

Qui ne se souvient de la civilisation pharaonique qui a vécu plus de trente siècles et qui a disparu donnant lieu à une Egypte en pleine déroute? Qui ne se souvient des civilisations perses? Les civilisations aztèques et mayas furent broyées par les conquistadors, en petit nombre, mais qui disposaient d’une technologie terrifiante: les canons et les armes à feu. Une place particulière est donnée par les historiens occidentaux à l’Empire romain qui dura plus de dix siècles après la fondation de Rome par Romus et Romulus. On sait que les empires déclinent de différentes façons. C’est le plus souvent une lente agonie et une perte de puissance de l’Etat central qui ne contrôle plus sa périphérie qui, de ce fait, a des tendances émancipatrices. C’est le cas des Empires espagnols et portugais – bâtis par le sabre et le goupillon- qui perdirent graduellement leurs colonies du fait de l’éloignement et d’une prise de conscience autochtone qui prône l’indépendance. L’histoire récente des empires montre que ces derniers sont mortels et que les causes de leur disparition peuvent être des longs délitements, l’empire s’effrite à partir des marches. Pour rappel, le coût humain de l’expansion est très lourd. La population amérindienne s’effondre, passant d’environ 80 millions d’habitants au début du XVIe siècle à environ 12 millions cent ans plus tard. Les massacres, le travail forcé, les déportations, la déstructuration des sociétés indigènes, et surtout les maladies amenées par les Européens sont responsables de ce désastre. Les exactions des conquistadors espagnols ont été dénoncées par le moine dominicain Bartolomé de Las Casas. En 1550, lors de la Controverse de Valladolid, il parvient à convaincre le roi et l’Eglise que les Amérindiens ont une âme…

L’Empire ottoman moins étudié par les historiens occidentaux, dura plus de six siècles mais s’effilocha sous les coups de boutoir de deux puissances de l’époque; l’Angleterre et la France qui ne cessèrent d’attiser les tensions religieuses dans la région qui correspond à l’actuelle Syrie, c’était il y a cent cinquante ans! A croire que l’histoire hoquette. Graduellement «l’homme malade de l’Europe» perdit les provinces orthodoxes, la Bulgarie, la Grèce, et l’Algérie. Pris à la gorge par ses créanciers, l’empire mena une fin sans gloire. On arrive au début du XXe siècle et avant même que la guerre ne se termine Sykes et Picot les biens nommés ministres anglais et français procédèrent au dépeçage de ce qui restait de l’empire. Le califat fut aboli. Mustapha Kémal proclame le 29 octobre 1923 la République turque sur les décombres de l’Empire ottoman

 

La tentation d’empire: toujours d’actualité en Angleterre

Une analyse magistrale de Mikhael Tyurkin de la situation actuelle du Royaume-Uni nous montre un semblant d’«empire» en déliquescence qui vit sur une rente qui disparaît peu a peu. Il écrit: «Au cours des dernières décennies, le Royaume-Uni s’est pensé comme le cerveau d’un empire global dont les États-Unis seraient les muscles. Mais le temps passe et «l’Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais» est en pleine déconfiture. Avec un total cynisme, la gentry britannique se prépare à brader les richesses nationales pour sauver son mode de vie au détriment de son peuple.» (1)

 «Le 10 mai dernier écrit l’auteur, le Premier ministre britannique David Cameron a rendu une visite inattendue à Sotchi pour chercher une entente avec Vladimir Poutine. (…) Cependant, quoi que Cameron fasse, il ne pourra probablement pas éviter le krach d’un empire qui est resté l’un des pays les plus puissants du marché mondial pendant des siècles, même après sa désagrégation officielle. Sans doute, aucun pays du monde n’a plus incarné les temps modernes que la Grande-Bretagne. La passion d’un joueur géopolitique expérimenté, une autodiscipline étonnante, le machiavélisme de la famille royale et de l’aristocratie, le tout multiplié par l’esprit anglais typique a transformé aux XVIIIe-XIXe siècles un petit royaume insulaire en «Empire, sur lequel le soleil ne se couche jamais». La Grande-Bretagne conduisait toujours une politique cruelle et cynique, mais le faisait avec une élégance de gentlemen Il faut y ajouter la situation insulaire qui permettait à l’Angleterre de s’abstenir de participer réellement aux conflits européens, et de dresser l’une contre l’autre les puissances continentales selon le principe romain classique «Diviser pour régner». Installé confortablement sur les îles britanniques, l’establishment anglais s’est rempli du sentiment de son caractère exceptionnel. (…) Remarquez que c’est justement la Grande-Bretagne qui a aidé les Empires russe, austro-hongrois, allemand et ottoman à s’effondrer pendant la Première Guerre mondiale».(1)

Mikhaël remarque le début du déclin: «Cependant, au XXe siècle, la puissance de la Grande-Bretagne a dépassé son zénith et a commencé à décliner. À ce moment, sa fille caractérielle, les États-Unis, est devenu grande; (…) Le principal symbole du déclin du Royaume-Uni est devenu sans doute la mort de Margaret Thatcher. La «Dame de fer» était connue comme l’une des créatrices du modèle économique néolibéral, qui s’est installé dans sa forme classique sur les côtes d’Albion.(…) Ainsi, l’ex-usine mondiale devint définitivement un casino global, les spéculations boursières et les services bancaires de la City devenant le seul moteur du pays. Au passage, la perfide Albion doit beaucoup de sa fête de la vie spéculative à l’effondrement de l’Urss: depuis le camp socialiste ruiné, des cascades d’actifs matériels se sont dirigées vers l’Occident. (…)» (1)

 «L’économie britannique poursuit l’auteur, n’est plus compétitive et est condamnée à terme: «Beaucoup d’experts affirment que ce modèle ne survivra pas longtemps à sa créatrice. Aujourd’hui déjà, la dette de la Grande-Bretagne (9800 milliards de $) est la deuxième du monde par son importance après celle des USA et le montant de ses intérêts est dix-huit fois plus important que celui des Grecs. C’est-à-dire que l’on fait entrer l’Angleterre dans la liste des géants économiques par inertie seulement; il serait bien plus honnête de lui octroyer une autre lettre dans l’acronyme Pigs (Portugal, Italie, Grèce, Espagne). (…)Le Guardian ironise à ce sujet: «Le gouvernement de Cameron est déjà très content que le pays échappe à la récession au premier trimestre 2013.» (1)

«(..) Dans ces conditions, le gouvernement cherche fiévreusement de nouvelles sources d’économie. On est arrivés au point que les parlementaires ont commencé à sérieusement discuter de la vente, pour un milliard et demi de livres, du palais de Westminster et de Big Ben. (…) Ces jours bénis où les Britanniques faisaient moissonner le profit par d’autres, tout en restant propres sur eux, sont passés. Maintenant, ils doivent aller de plus en plus souvent au combat ouvertement, subissant d’importantes pertes dans leur image durant les croisades occidentales modernes, et montrant au monde leurs talons d’Achille. Un exemple clair à cette évolution: l’opération en Lybie de 2011, lorsque le Premier Ministre anglais David Cameron (avec le coq gaulois Nicolas Sarkozy) a pris l’initiative d’aller au charbon pour éliminer Mouamar el-Kadhafi.» (1)

On comprend mieux maintenant que la Grande-Bretagne sera de plus en plus agressive à l’extérieur, surtout avec les faibles.
Gordon Brown: la nostalgie de l’Empire par la domination de la langue

Que reste-t-il à l’Empire britannique sinon la langue? Gordon Brown, ancien Premier ministre de sa Gracieuse Majesté, dans un de ses discours n’a pas caché l’ambition de perpétuer la domination. Il déclare: «L’anglais est bien plus qu’une langue: c’est un pont au-dessus des frontières et entre les cultures, une source d’unité dans un monde en changement rapide [.,.], c’est une force pour l’économie, les affaires et le commerce, mais aussi pour le respect et le progrès mutuels. [...]. Au total, 2 milliards de personnes dans le monde apprendront ou enseigneront l’anglais d’ici 2020. il y a plus d’enfants qui apprennent l’anglais dans les écoles chinoises que dans les écoles britanniques. Je veux que la Grande-Bretagne fasse un nouveau cadeau au monde par l’aide et le soutien à tous ceux qui veulent apprendre l’anglais, en donnant accès dans toutes circonstances aux outils pour son apprentissage ou son enseignement. [...] Nous ferons de notre langue le langage commun du monde. La langue qui aide le monde à parler, rire et communiquer» (2)

Pierre Bourdieu parlait de « vulgate planétaire » à propos de la langue anglaise, elle fait partie du package de la mondialisation qui consiste à ne « consommer » sous toutes les formes   que dans  cette langue. Nous l’avons vu avec le « monument » des Annales de l’Institut Pasteur qui ont décidé de publier en anglais donnant de ce fait le La  à la perdition inexorable de la langue française qui, curieusement est plus « défendue » de l’extérieur que  de l’intérieur.
La nostalgie «mélancolique» de l’Empire français

On dit que maintes fois, par orgueil Napoléon s’est posé en successeur de Charlemagne, dépositaire du Saint Empire romain germanique qui a été restauré trois ans après «l’effondrement» de l’Empire romain d’Occident au V° siècle Cette nostalgie de l’empire qui permet de comprendre l’aventure napoléonienne qui prit fin avec Waterloo et surtout après le désastre de la Bérésina en Russie. On comprend de ce fait que Vladimir Poutine le nouveau «Tsar» russe ait célébré en septembre 2012 à Borodino, les deux cents ans de la «guerre patriotique» contre Napoléon, prélude à la retraite de Russie et à la chute de Napoléon, il déclare: «C’est ici que du 26 au 28 novembre 1812 l’armée russe, sous le commandement du maréchal Koutouzov, a fini d’écraser les troupes napoléoniennes…»

Il n’est pas dans notre propos de rapporter les heurs et les malheurs de la France dans sa chevauchée du temps. La tentation d’empire et de domination a toujours été la ligne directrice de ce pays. Souvenons nous du roi soleil qui allait guerroyer et s’est bien impliqué dans la rapine de nouveaux territoire, confiant à Colbert le soin de mettre en place la « traite » et publiant le Code Noir qui est un concentré de tout ce qu’un peuple peut faire à un autre pour l’avilir, l’envahir, l’obliger à abjurer et à le maintenir dans la condition d’esclave… Ce ne fut pas une singularité, bien plus tard dans les années 1880, il s’est trouvé des hommes politiques pour codifier la vie des indigènes algériens ; Ce fut l’exécrable  Code de l’indigénat. Voilà comment se sont  construits les empires de l’AOF (Afrique Occidentale Française) et l’AEF (Afrique Equatoriale Française). Il y eut naturellement des frictions entre la France et l’Angleterre. Chacun commémorant ses victoires ( Iéna, Austerlitz, Wagram) pour le coq français et Waterloo, Trafalgar ..pour la perfide Albion. Il  y eut cependant des ententes pour dépecer les états vulnérables comme ce fut du sac du Palais d’Hiver à Pékin, …et plus tard du Moyen Orient

Pour Eric Zemmour, la France est l’héritière du Saint Empire romain. Rien que ça! Il est vrai qu’à l’école, on nous apprenait que Charlemagne était un empereur français sacré à Aix-la-Chapelle, nous avons mis du temps à comprendre que c’était Aachen! Pour lui, l’Europe actuelle qui ne fait pas la place qui convient à la France est une faillite. Eric Zemmour nous décrit «sa France» dans un essai «Une mélancolie française». Malakine en parle: «(…) la construction politique française avait vocation à embrasser toute la rive gauche du Rhin jusqu’aux Pays-Bas et tout le nord de l’Italie. Ce projet a pris fin à Waterloo avec le démantèlement de l’Empire napoléonien et le retour aux «frontières naturelles. C’est à partir de là que Zemmour date le début de la crise de l’identité nationale et le déclin français. (…) Le début des années 1990 avec l’effondrement du bloc de l’Est et la réunification allemande ont marqué un point de rupture définitif avec le modèle «gallo-romain» L’Europe a pris alors la forme impériale traditionnelle allemande, celle du Saint Empire romain germanique, un ensemble hétérogène et peu intégré, aux frontières floues et aux décisions lentes, ce que Zemmour appelle avec une ironie grinçante «le saint empire américain des nations germaniques» (3)

Après ces circonvolutions, Zemmour, un français de souche «algéro-berbéro-juive» en vient à désigner le coupable de la chute de l’Empire français. «Pour lui, l’immigration de peuplement qui va changer définitivement le visage ethnique de la France à partir des années 1970 et l’autorisation du regroupement familial. Il n’hésite pas à comparer cette vague migratoire avec la chute de Rome provoquée par les invasions barbares.» (3)
L’inéluctabilité du déclin de l’Occident et de l’avènement de l’Asie

Assiste-t-on à la chute de la civilisation occidentale? La civilisation occidentale est-elle supérieure aux autres civilisations? Le père de la sociologie universelle, Ibn Khaldoun, dans son oeuvre magistrale «La Muqqadima»,«Les Prolégomènes», avait pointé du doigt l’évolution des civilisations qui passent par trois stades, l’avènement, l’apogée et le déclin.

Ainsi analyse-t-il le déclin de la civilisation musulmane comme un lent et long délitement, le centre ayant de moins en moins de prise sur le périphérique. Comment s’est construite la suprématie occidentale? Au nom de la Règle des trois C – Christianisation, Commerce, Colonisation, l’Occident mit des peuples en esclavage. Lisons ce morceau d’anthologie attribué au roi des Belges: «Vous veillerez à désintéresser les sauvages de leur richesse dont regorgent leur sol et leur sous-sol. Votre connaissance de l’Evangile vous permettra de trouver facilement des textes recommandant aux fidèles d’aimer la pauvreté. Par exemple: «Heureux les pauvres car le royaume des cieux est à eux»; «Il est difficile aux riches d’entrer aux cieux». Vous ferez tout pour que les nègres aient peur de s’enrichir. Apprenez aux jeunes à croire et non à raisonner…» (4)

L’Occident procéda à un dépeçage des territoires au gré de ses humeurs sans tenir compte des équilibres sociologiques que les sociétés subjuguées ont mis des siècles à sédimenter. L’histoire du pays colonisé est niée et rasée au profit d’une nouvelle histoire, une nouvelle identité, voire une nouvelle religion. Pendant cinq siècles, au nom du devoir de civilisation, l’Occident dicte la norme, série, punit, récompense, met au ban des territoires qui ne rentrent pas dans la norme. Ainsi, par le fer et par le feu, les richesses des Sud épuisés furent spoliées par les pays du Nord. (5)

Cela ne fut pas suffisant! Il faut, aussi montrer que l’Occident est dépositaire de la race supérieure, Kishore Mahbubani l’éminent diplomate singapourien écrit: «(…)Cette tendance européenne à regarder de haut, à mépriser les cultures et les sociétés non européennes, a des racines profondes dans le psychisme européen. La plupart du temps, les colonialistes étaient des gens médiocres mais en raison de leur position et, surtout, de leur couleur de peau, ils étaient en mesure de se comporter comme les maîtres de la création. En fait, [l'attitude colonialiste] reste très vive en ce début de XXIe siècle.(…) Souvent, on est étonné et outré lors de rencontres internationales, quand un représentant européen entonne, plein de superbe, à peu près le refrain suivant: «Ce que les Chinois [ou les Indiens, les Indonésiens ou qui que ce soit] doivent comprendre est que…» Suit l’énonciation hypocrite de principes que les Européens eux-mêmes n’appliquent jamais.» (6)

L’avenir sera de plus en plus sombre. Entre les anciens empires qui vivent sur l’illusion de la grandeur et ne veulent rien lâcher- Ils peuvent très bien vivre en réduisant leur train de vie- et l’avènement inéluctable d’un leadership asiatique, les petits pays notamment ceux qui ont des ressources seront de plus en plus des variables d’ajustement et pourraient même disparaitre en tant qu’Etat Nations laissant la place à des peuplades en déshérence . La guerre de tous contre tous continuera et il n’est pas dit que les «nouveaux empires»    soient plus cléments…

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole  Polytechnique enp-edu.dz

1.MikhailTyurkin http://www.voltairenet.org/article179279.htmlLe crépuscule de la puissance britannique 6 juillet 2013

2. http://plurilinguisme.europe-avenir.com/index.php option=com_content&task=view&id=1374&Itemid=43

3 .http://horizons.typepad.fr/accueil/2010/03/la-mlancolie-franaise-deric-zemmour-ou-laspiration-franaise-lempire.html

4. Discours accablant du roi des Belges aux missionnaires. Léopold II en 1883

5.Chems Eddine Chitour: Déclin ou chute de l’Occident. Mondialisation.ca, 29.11.2012

6.Kishore Mahbubani: The Irresistible Shift of Global Power to the East. 2008

 

 

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Cinq jours après le déraillement et l’explosion à Lac-Mégantic au Québec d’un train transportant du pétrole brut, la petite municipalité rurale présente le visage de la désolation. Son centre-ville calciné ressemble à un lieu de sacrifice. Cinquante personnes y ont trouvé la mort, ce qui en fait l’une des pires catastrophes de l’histoire récente du Canada.

Dans la foulée de l’explosion, politiciens et éditorialistes ont souligné l’indécence qu’il y aurait à politiser l’événement et à en rechercher les causes profondes. Le deuil est permis, mais pas une analyse approfondie. En avril dernier, dans le cadre d’une tentative de perpétrer un attentat à la bombe, le premier ministre Harper avait même inventé une nouvelle expression maladroite, « se rendre coupable de sociologie » pour se moquer de la recherche de la racine des événements tragiques.

Mais de s’en tenir à qualifier l’explosion de Lac-Mégantic de tragédie revient à la réduire aux proportions d’un simple accident causé par une erreur humaine ou une défaillance technique, et à nous empêcher d’attribuer plus largement les responsabilités. Or on doit aux disparus de comprendre exactement pourquoi elle s’est produite, et comment on pourrait empêcher qu’une telle chose ne se reproduise dans l’avenir.

Alors voici ma modeste contribution sociologique. L’explosion de Lac-Mégantic n’est pas seulement une tragédie, C’est la scène d’un crime perpétré par une entreprise. On ne parviendra pas à trouver la preuve des causes profondes de cet événement dans la boîte noire du train, ou en interrogeant le conducteur qui a quitté son convoi avant que les wagons ne s’emballent et débouchent hors de contrôle au coeur de cette petite ville. Pour ce faire, il faudra examiner comment Lac-Mégantic s’est retrouvée au coeur d’une tempête parfaite de cupidité, de déréglementation et de course à l’énergie poussant les entreprises à prendre des risques de plus en plus grands avec l’environnement et la vie humaine.

Le pétrole brut transporté par la société américaine Montreal, Maine and Atlantic Railway – du pétrole de schiste en provenance du Dakota du Nord – serait jamais passé par Lac-Mégantic il y a cinq ans. Entre-temps, il s’est produit une explosion de la production d’énergie sale non conventionnelle alors que les entreprises exploitant les combustibles fossiles ont cherché à remplacer le pétrole et le gaz conventionnels par de nouvelles sources, plus difficiles à découvrir, plus sales à exploiter, et plus difficiles à transporter.

Qu’il s’agisse du pétrole extrait des sables bitumineux de l’Alberta ou des formations de schiste des États-Unis, ces sources sont si destructrices et dégagent tellement de gaz à effet de serre que d’éminents chercheurs en sont venus à la conclusion suivante : pour éviter un emballement des changements climatiques, il est préférable qu’ils restent sous terre.

Ce n’est pas la moindre des ironies que le Québec soit actuellement une des rares juridictions à avoir interdit le recours à la technique de la fracturation hydraulique utilisée pour extraire le pétrole en provenance du Dakota qui a dévasté Lac-Mégantic.

Mais les entreprises qui exploitent les énergies fossiles, stimulées par la taille de leurs profits, ont développé une stratégie tous azimuts pour exploiter ce pétrole et l’acheminer jusqu’aux marchés. C’est une des raisons qui expliquent l’augmentation aussi massive qu’imprudente des volumes de pétrole transportés par rail. En 2009, au Canada, les volumes transportés n’étaient que de 500 wagons. Cette année, ils atteindront les 140 000 wagons.

Le transport ferroviaire de leur produit a également constitué une assurance contre le pire cauchemar des pétrolières, l’émergence d’un mouvement à l’échelle du continent pour empêcher toute utilisation des pipelines pour assurer le transport du pétrole extrait des sables bitumineux.

Un groupe d’industriels canadiens cherche à construire un lien ferroviaire de 2 400 km pour acheminer 5 millions de barils de pétrole bitumineux depuis l’Alberta jusqu’en Alaska. Les entreprises le transportent également par camion et songent à utiliser des péniches pour le transport par les voies fluviales. Le nouveau credo de l’industrie se résume à ceci : par quelque moyen que ce soit.

L’imprudence téméraire de ces entreprises n’est pas le fruit du hasard. Le néolibéralisme des trente dernières années a amené le gouvernement canadien et plusieurs autres à éliminer toutes les normes qu’ils s’étaient données en matière de protection de l’environnement, de protection des travailleurs, de sécurité publique et de surveillance, tout en ouvrant aux entreprises de nouveaux champs très lucratifs en privatisant des activités ou des biens jusque là publics.

Le secteur ferroviaire au Canada n’a pas échappé à ce mouvement. Jusqu’au milieu des années 1980, le transport par train était largement aux mains du gouvernement et encadré par une réglementation très rigoureuse. Lorsque le gouvernement progressiste conservateur Mulroney, largement inspiré par les méthodes de Mme Thatcher, eut achevé son oeuvre de réforme, il était déréglementé et les entreprises avaient réécrit les règles de sécurité. Allait s’ensuivre un long épisode de réduction des coûts, de mises à pied massives, d’accélération des opérations, et éventuellement de privatisation complète des chemins de fer.

Le gouvernement libéral poursuivit sur cette lancée en remettant entre les mains des entreprises le soin d’administrer elles-mêmes la règlementation qui restait. Un rapport rendu public en 2007 annonçais la suite des choses : le système ferroviaire canadien courrait tout droit vers le désastre.

Il ne faut donc pas se surprendre que les magnats du pétrole et des chemins de fer soient parvenus à tourner les coins ronds en toute liberté. Ils utilisent des vieux wagons-citernes pour transporter le pétrole malgré que les agences concernées aient informé le gouvernement fédéral il y a une vingtaine d’années que leur utilisation posait des risques inacceptables. Un rapport plus récent de ces mêmes autorités fédérales rappelait au gouvernement fédéral que ces wagons étaient vulnérables et pouvait être à l’origine de déversements catastrophiques de produits dangereux, Le gouvernement fédéral ferma les yeux. Et, pour couronner le tout, le gouvernement fédéral accorda l’an dernier à la Montreal, Maine and Atlantic Railway, l’autorisation de faire rouler ses trains avec un seul conducteur à bord.

Tout cela pour dire qu’il ne suffira pas de découvrir si un frein a fait défaut le soir de la catastrophe ou s’il s’agit d’un cas de règlementation trop permissive. Le débat devrait porter sur un tout autre genre de frein, celui qu’il faut appliquer à la folle recherche de ressources infinies, à l’emballement d’entreprises devenues d’une imprudence téméraire, sur une planète fragile et aux ressources limitées.

La classe politique canadienne ne sera pas enchantée par les leçons à tirer de cette expérience. Le gouvernement doit recommencer à encadrer sévèrement les entreprises, en recourant à une combinaison d’incitatifs, de mesures fiscales et de sanctions. Et l’affaire ne s’arrêtera pas au seul transport des produits pétroliers qui demeurera périlleux par rail ou par pipeline. Il va falloir prendre rapidement nos distances avec une économie fondée sur dépendance trop lourde à l’énergie. Ce n’est pas par une enquête publique qu’on parviendra à ce résultat, mais par des mouvements sociaux bruyants qui imposeront aux gouvernements la mise à l’agenda de cette question.

C’est pourquoi la meilleur réponse à la catastrophe de Mégantic s’est produite à Fairfield dans le Maine, à 160 km de la frontière canadienne, lorsque des citoyens ont été arrêtés pour avoir tenter de bloquer le passage d’un train qui transportait lui aussi du pétrole extrait par fracturation hydraulique provenant du même champ pétrolifère du Dakota du Nord.

Leur message nous invitait à réduire notre dépendance au pétrole. Pas à moyen terme. Dès maintenant. Ce serait le plus bel hommage que ceux qui n’ont jamais connu les victimes de Lac-Mégantic pourraient leur rendre.

 Martin Lukacs

 

Version originale en anglais :

http://www.guardian.co.uk/environment/true-north/2013/jul/11/1?CMP=twt_gu

Traduction : Richard Le Hir, Vigile.net

 

 

 

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Traduction de la figure ci-bas: Un jour… on racontera  qu’au XXIème siècle, en plein Ramadan béni, Alep a vécu le siège monstrueux des corrompus de la politique qui ont fait de ses habitants une légende… une légende par le jeûne…  absolu, total, global, et non confessionnel.

Signé par une habitante d’Alep de patronyme arménien [volontairement supprimé], avec la mention : pour la Campagne « Aujourd’hui, je suis d’Alep », veuillez publier ce message pour lever le blocus d’Alep.

 

_____________________________________________________

« Il est 5 h du matin… Nous sommes le 13 juillet et j’ai réussi à lire ton message. Grâce à Dieu, jusqu’à présent nous allons misérablement bien. Le plus terrible est de se sentir oublié du monde entier, y compris de son pays… De simples entrefilets nous jettent quelques espoirs. Voilà plus d’une semaine que nous sommes astreints à un carême des plus sérieux. Fruits, légumes, viande, poulet, beurre, tout manque sauf le fromage et c’est de « la vache qui rit » ! Le peuple d’Alep est dans une souffrance extraordinaire. Ce qui ajoute à l’horreur, c’est cette « ville éteinte », mais rassure-toi, c’est faute de mazout… Nous avons toujours la prière et l’espoir de nous sortir de ce cauchemar qui semble sans fin… ». [Message d’une amie syrienne de la ville d’Alep].

Rassure-toi !? C’est plutôt les « ennemis de la Syrie » qui pourraient être rassurés. Ils ont gagné ! De leur propre aveu, il y a plus d’une semaine « les troupes de [Bachar] avaient gagné du terrain, il fallait absolument un rééquilibrage sinon ils s’arrangeraient en sous-main pour boycotter ad vitam æternam la Conférence de Genève 2, il fallait absolument arrêter leur progression avant Alep… [1] ».

Et voilà Alep assiégée, affamée, après avoir été trahie, violée, pillée, détruite [2]… Alep, si fière d’avoir mérité son titre de capitale industrielle et culturelle en plus d’avoir toujours été le grenier du pays… Alep, restée malgré tout loyale envers sa mère patrie avant toute autre considération… Alep, premier bastion de la résistance à la discorde tentée autant par les prétendus démocrates humanistes de l’étranger que par la clique d’une soi-disant opposition révolutionnaire aussi véreuse et corrompue que les premiers… Alep qui gardait confiance en attendant sa libération par l’armée de ses fils se battant sur tous les fronts ; une armée qui semble occupée ailleurs tout comme Dieu et le monde entier.

Depuis la victoire d’Al-Qusayr, ils n’ont cessé d’annoncer que la bataille d’Alep était imminente, quelque chose comme la prochaine « Tempête du Nord », comme si le haut commandement syrien avait la manie otanesque de qualifier ses opérations militaires du nom de toutes sortes d’intempéries ou d’annoncer ses décisions stratégiques ! Mais, annoncer une bataille décisive qui n’arrive pas a de quoi atteindre sérieusement ces gens d’Alep tellement récalcitrants à la haine. La guerre militaire non déclarée n’a pas tenu ses promesses. La guerre médiatique sans précédent souffre de fuites. Reste la guerre psychologique ! Celle qui fait que certains en arrivent à « se sentir oublié du monde entier, y compris de son pays… ».

Ils n’ont pas gagné leur « guerre clandestine » [3], ça non ! Ni les mensonges sur une révolution contre un soi-disant dictateur monstrueux tuant son peuple, ni le terrorisme soutenu à bout de bras et continuellement nourri par tous les damnés de la Terre, ni les engins prétendument non létaux gracieusement offerts aux lobotomisés sanguinaires par les plus nobles instances de pays civilisés vite remboursés à coup de milliards de pétrodollars, ni le temps qui passe sans apporter la délivrance, n’ont eu raison de la détermination et de l’appartenance des gens d’Alep à une Syrie restée « telle qu’elle est » malgré les hordes successives de barbares depuis la nuit des temps.

Ils ont gagné ou plutôt pensent avoir gagné parce que, la faim au ventre, le peuple d’Alep pourrait enfin céder aux néo-ottomans rendus fous par l’échec de leurs frérots musulmans en Égypte, autant que par la prise de conscience du peuple turc… Eux toujours aussi acharnés à faire de leur frontière avec la Syrie une passoire pour ceux qui croient se rendre à Jérusalem ou au paradis des houris … Eux si prompts à exécuter les ordres de l’OTAN ou à lui souffler des néo-stratégies d’empire… Eux à plat ventre devant une Europe qui les méprise tout autant que leurs alliés qataris désormais écartés au profit des Saoudiens wahhabites déterminés à rester les gardiens d’un temple vidé du message de l’Islam véritable, et à brouiller celui qui menacerait la pérennité de leur géronto-monarchie chancelante : le message syrien à la fois chrétien et musulman !

À propos des Saoudiens qui viennent de gagner la partie de bras de fer avec le Qatar selon RFI [4], une petite anecdote qui en dit long sur l’épuisement de leurs ressources en hommes de main d’origine syrienne susceptibles de sauver la fameuse Coalition Nationale Syrienne [CNS] tellement chérie par le Quai d’Orsay. Laquelle CNS, selon M. Fabius, « doit se développer, former une unité et garantir clairement le respect des droits de toutes les communautés s’il y avait un changement de régime » [3], comme s’il y avait eu des problèmes entre communautés en Syrie ! Bref… une anecdote que nous raconte M. Nasser Kandil sur la chaine libanaise OTV en mettant au défi quiconque oserait la contredire [5].

Il nous apprend que M. Ahmad Assi Jarba énième élu, grâce au bon vouloir des Saoudiens, président de la CNS et présenté comme dissident de la première heure, a en effet séjourné trois ans en prison, non pour son militantisme révolutionnaire mais pour trafic de drogues avec frères, cousins, et dealers du coin… « Et c’est en prison qu’il a rencontré des saoudiens, sous les verrous, qui lui ont confié être en relation avec feu M. Kaddhafi qui les aurait chargé d’une mission auprès de l’Arabie saoudite. Il en a profité pour faire savoir à l’Ambassade saoudienne qu’il était en mesure de leur rendre un service moyennant finance. L’Ambassadeur saoudien est intervenu auprès des autorités syriennes… Les informations se sont révélées utiles au point de l’élever au grade des « hommes du royaume » !

Des coalitions plus pourries les unes que les autres, un blocus à l’intérieur d’autres blocus, une guerre à l’intérieur d’autres guerres. Le 12 Juin, le quotidien libanais  Al-Akhbar  résumait la situation en ces quelques lignes : « Le blocus strangulatoire, imposé par l’opposition armée à deux millions de civils habitant Alep ouest, se poursuit. Ils sont interdits de ramener toute nourriture ou médicament vers les quartiers contrôlés par l’Armée nationale syrienne. Le New York Times voit dans ce blocus une nouvelle tactique née d’un sentiment d’épuisement des opposants, surtout depuis que leur progression sur le terrain a été stoppée » [6]. Autrement dit, surtout depuis que la conscience syrienne a réveillé celle de nombreux arabes savamment dupés, surtout depuis que l’armée syrienne va de victoire en victoire contre le terrorisme bel et bien international.

Ce n’est évidemment pas la version de nos médias mainstream qui, se mélangeant les pinceaux entre rebelles et insurgés, laissent à penser que les deux millions d’habitants d’Alep ouest sont tous  des opposants au régime. Ainsi, L’Express nous apprend « quelque chose d’inédit en Syrie : Des militants anti-régime ont protesté, pour la première fois, dans un quartier rebelle du centre d’Alep pour demander aux insurgés de lever leur siège, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Le blocage prive de nourriture les habitants de la zone contrôlée par l’armée syrienne… Selon le média britannique [la BBC], de nombreux résidents d’Alep sont hostiles au siège. En plus de ternir l’image des rebelles, il cause des pénuries de produits de base et fait augmenter le prix des denrées dans plusieurs quartiers de la ville » [7]. Ternir l’image des rebelles… ça c’est un souci !

Mais qui se soucie de ce qui se passe à Alep ? Qui accepte de réviser la notion de « dommage collatéral » ? Que racontera la légende des gens d’Alep ? Dira-t-elle qu’en ce Ramadan 2013 « jeûne » et « carême » se sont unis en Syrie ?

 Mouna Alno-Nakhal

14/07/2013

 

Notes : 

[1]  Syrie : Alep ou le « déséquilibre » fabiusien !

http://www.mondialisation.ca/syrie-alep-ou-le-desequilibre-fabiusien/5338848 

[2] Alep/Syrie : Silence ! Toute vérité n’est pas bonne à dire, surtout pas les crimes du Sultan et l’intensification du terrorisme…

http://www.mondialisation.ca/alepsyrie-silence-toute-verite-nest-pas-bonne-a-dire-surtout-pas-les-crimes-du-sultan-et-lintensification-du-terrorisme/5320451 

[3] Les États-Unis perdent la guerre clandestine en Syrie : Les rebelles d’Al-Nosra appuyés par les États-Unis, vaincus par les Forces armées syriennes. Par le Professeur Michel Chossudovsky.

http://www.mondialisation.ca/les-etats-unis-perdent-la-guerre-clandestine-en-syrie-les-rebelles-dal-nosra-appuyes-par-les-etats-unis-vaincus-par-les-forces-armees-syriennes/5335987 

[4] Qui est Ahmad Jarba, nouveau chef de la Coalition nationale syrienne?

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20130708-ahmad-jarba-nouveau-chef-coalition-nationale-syrienne 

[5] Vidéo You Tube / la chaine libanaise OTV [27ème minute]  حوار اليوم -  ناصر قنديل

http://www.youtube.com/watch?v=vEvpISe11mc&list=UU3Pqkvp-DA8Dw8–urOYChg

Nasser Kandil est libanais, ancien député et directeur de TopNews-nasser-kandil

[6] الحصار الغذائي: استراتيجية «الحر» في حلب

http://www.al-akhbar.com/node/186917 

[7] Syrie: à Alep, un siège des rebelles affame un quartier tenu par le régime http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/syrie-a-alep-un-siege-des-rebelles-affame-un-quartier-tenu-par-le-regime_1265671.html#x2xjr0j7GAySYSh5.99

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Trains ou pipelines ? Les deux, malheureusement…

juillet 12th, 2013 by Pierre Ross

En 2011, aux États-Unis, le nombre de wagons transportant des produits pétroliers a augmenté de 44 % par rapport à l’année précédente. De 2008 à 2012, il est passé de 9 500 à 97 000 wagons. Au Canada, entre 2009 et 2012, on est passé de 500 wagons de brut à 130 000. Pourquoi ce retour aussi fulgurant que soudain du transport pétrolier par trains, alors que tous les yeux sont tournés vers la construction de pipelines ?

La réponse se trouve dans le pétrole de schiste, principalement celui du bassin Bakken au Dakota du Nord. L’exploitation de ce pétrole léger a fait du Dakota du Nord le deuxième producteur du pays, devant l’Alaska. Ce pétrole est loin du réseau de pipelines, conçu pour relier les secteurs de production du Texas, de l’Oklahoma et autres, et les centres de consommation à l’ouest et au nord-est des États-Unis. Il y a très peu de pipelines au Dakota, mais comme c’est traditionnellement un important producteur de bœuf relié aux marchés de l’est par trains, le Dakota a beaucoup de voies ferrées. Au début du 20e siècle, cet état disposait de trois plus de voies ferrées par habitant que le reste du pays. Encore aujourd’hui, il en compte 3 700 km, et on remet en service d’anciennes lignes ferroviaires.

Plus de la moitié de la production du Dakota est transportée par rail. À la fin de 2012, 800 000 barils/jours de pétrole de Bakken prenaient le train, dix fois plus qu’en août 2011. Une entreprise, BNSF Railway, a vu en cinq ans la part des produits pétroliers augmenter de 7000 %. Deux acteurs majeurs, l’Union Pacific et le Canadien National, sont dans la course. Le transport de produits pétroliers occupe une place relativement petite dans tout le transport ferroviaire, probablement au tour de 5 %. Mais c’est celui qui grossit le plus rapidement et il est très rentable.

L’histoire de la production pétrolière américaine et celle du chemin de fer vont de paire. Le chemin de fer a permis à John D. Rockefeller de développer Standard Oil. Son monopole sera ébranlé à partir de 1879 avec le succès du premier pipeline en Pennsylvanie. Le transport par pipeline est moins dispendieux que le transport par train. Est-ce dire que le Dakota de Nord est voué à terme à se convertir aux pipelines ? Rien n’est moins sûr. Pour l’instant, les prix élevés du brut de schiste permettent de se payer le train. Mais il y a autre chose.

Les bassins de pétrole de schiste ne se comportent pas comme les réserves de pétrole traditionnel. Ils sont plus difficiles à évaluer à long terme. Ont-ils une rentabilité passagère ? Seront-ils là dans 30 ans ? Les conséquences écologiques auront-elles raison de ce type d’exploitation ? Cette relative précarité retient d’éventuels investisseurs d’aller de l’avant dans la construction de pipelines, des projets coûteux dont la rentabilité dépend de la pérennité des oléoducs.

Le chemin de fer est plus flexible que le pipeline. Les grandes raffineries côtières sont plus rapidement atteignables. Les producteurs du Dakota peuvent plus rapidement changer de clients, au gré des prix pour maximiser les revenus. Et, il faut le dire, pour plusieurs compagnies de chemin de fer, le pétrole est une bouée de sauvetage et elles n’ont pas l’intention de regarder passer le train. All abord !

Et les sables bitumineux ? Ont-ils un avenir plutôt pipeline ou plutôt wagon ? Comme la capacité des pipelines dépasse de beaucoup la capacité du transport par rails et que le Canada veut en arriver à extraire 5 millions de barils/jour, le pipeline est avantagé. Mais le transport par wagon ne nécessite pas de diluer le bitumen avec du condensat importé, contrairement au transport par pipelines. Cet avantage pourrait réduire le coût du transport par rails et pourrait devenir une alternative en cas de baisse des prix du brut.

On pourrait donc se diriger vers un débat de relations publiques opposant les entreprises de chemin de fer aux propriétaires d’oléoducs, chacun ventant les mérites de son système tout en décriant l’autre. Les tenants des oléoducs peuvent avancer que leur réseau est enfoui, loin des habitations et des dangers de collisions. Les autres pourront affirmer que comme le pétrole se retrouve dans des milliers de wagons au lieu d’être dans un seul pipeline, les rares déversements par wagons sont moins dommageables que les déversements de pipelines. Quoi qu’il en soit, c’est probablement un faux dilemme. Tant que le pétrole de schiste restera loin des pipelines, il continuera à être déplacé par trains. Nous n’assistons pas à un choix entre deux façons de transporter le pétrole, mais à une juxtaposition de deux systèmes. Nous ne sommes pas devant un choix entre un ou l’autre, nous sommes devant la réalité de devoir vivre avec l’un et l’autre. Et les deux sont dangereux.

Pierre Ross

Sources principales
LAGESSE, David, 2012. Oil Train Revival: Booming North Dakota Relies on Rail to Deliver Its Crude. National Geographic News, 30 novembre 2012. [En ligne]
http://news.nationalgeographic.com/news/energy/2012/11/121130-north-dakota-oil-trains/
LAVELLE, Marianne, 2013. Oil Train Tragedy in Canada Spotlights Rising Crude Transport by Rail. National Geographic News, 8 juillet 2013. [En ligne]
http://news.nationalgeographic.com/news/energy/2013/07/130708-oil-train-tragedy-in-canada/
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Les plus hauts responsables américains ont accentué leurs menaces au cours de ce week-end contre tout gouvernement qui accorderait l’asile à Edward Snowden, la source des fuites détaillant les programmes de surveillance du gouvernement, dirigés contre la population des États-Unis et du monde entier.

Vendredi, le président du Venezuela Nicolas Maduro a déclaré que son pays accorderait à Snowden « un asile humanitaire, » et les dirigeants du Nicaragua et de la Bolivie ont tous deux indiqué que Snowden pouvait recevoir l’asile dans ces pays également. Ces déclarations sont intervenues à la suite de l’atterrissage forcé de l’avion du président bolivien Evo Morales la semaine dernière, suspecté de transporter Snowden.

Un responsable du ministère des Affaires étrangères restant anonyme a déclaré ce week-end : « Il n’y a pas un seul pays dans l’hémisphère dont le gouvernement ne comprenne pas notre position à ce stade. » Ce responsable a affirmé qu’accorder l’asile à Snowden « mettrait les relations en très mauvais posture pour une longue période à venir. » Cet officiel a continué, « Si quelqu’un pense que les choses vont se calmer, ce ne sera pas le cas. »

Les élus des partis Démocrate comme Républicain sont venus à la charge. « Clairement, accueillir Snowden dans n’importe quel pays […] va mettre ce pays en opposition directe avec les États-Unis, et il faut qu’ils le sachent, » a déclaré dans l’émission Meet the Press sur NBC dimanche le sénateur démocrate du New Jersey, Robert Menendez.

Le député Mike Rogers, chef républicain de la commission parlementaire sur les services de renseignement, a déclaré sur CNN que les États-Unis devraient envisager de répondre par des sanctions économiques aux gouvernements qui accordent l’asile afin d’« envoyer un message très clair que nous n’accepterons pas ce type de comportement. »

Ces menaces sont conformes à la campagne internationale de violence et d’intimidations lancée par le gouvernement Obama en réaction aux révélations des programmes secrets impliquant la collecte des communications de centaines de millions de gens sur toute la planète.

Concernant l’atterrissage forcé de l’avion de Morales, de nouvelles informations ont fait surface indiquant clairement que les États-Unis étaient derrière cette démarche. Les médias d’Amérique latine ont fait savoir qu’un diplomate américain avait propagé des rumeurs selon lesquelles Snowden était à bord de ce vol, déclenchant les efforts pour le faire atterrir de force. Le journal autrichien Die Presse a indiqué que l’ambassadeur américain en Autriche, William Eacho, « avait affirmé avec une grande certitude qu’Edward Snowden était à bord. »

Maduro a fait savoir qu’il était personnellement informé par un ministre européen que « C’est la CIA qui a donné l’ordre aux autorités aériennes, qui ont donné l’alerte que Snowden était dans cet avion. » Si les détails entourant l’atterrissage forcé restent encore flous, c’est une violation évidente du droit international.

L’atterrissage forcé de l’avion de Morales indique clairement que Snowden sera confronté à d’énormes obstacles s’il tente de se rendre dans un pays qui lui accorderait l’asile, même si c’est avec l’approbation du gouvernement de ce pays.

S’il accepte l’asile au Venezuela, il faudra quand même que Snowden s’y rende depuis le lieu où il se trouve actuellement dans l’aéroport russe. Le vol commercial de Moscou au Venezuela s’arrête à Cuba et passe par l’espace aérien européen. Il serait ainsi en danger d’être forcé à atterrir par les gouvernements européens agissant pour le compte des États-Unis.

Quant à la Russie, elle insiste pour que Snowden parte rapidement. Un parlementaire russe en vue, Alexeï Pushkov, qui est très proche du Kremlin, a tweeté dimanche : « Le Venezuela attend une réponse de Snowden. C’est peut-être sa dernière chance d’obtenir l’asile politique. »

« Il faut qu’il choisisse un endroit où aller, » a dit le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergey Ryabakov.

Maduro a déclaré samedi soir dans la nuit que Snowden avait jusqu’à aujourd’hui pour contacter le gouvernement vénézuélien en réponse à sa proposition d’asile.

La Russie a clairement dit qu’elle ne veut pas détériorer ses relations avec Washington sur cette question, et que Snowden devrait accepter la censure, c’est à dire la fin de ses révélations sur l’espionnage massif , comme condition pour rester en Russie. Le président russe Vladimir Poutine a accordé l’asile au lanceur d’alerte, mais Snowden a décliné l’offre une fois que Poutine a demandé qu’il cesse « de causer du tort à nos partenaires américains. »

De plus, tout asile accordé depuis le Venezuela ou n’importe quel autre pays d’Amérique latine doit être vu comme très hypothétique. Les chefs d’Etat d’Amérique latine se servent de l’occasion pour renforcer leur image d’opposition à l’impérialisme américain. Cependant, tous ces pays sont très sensibles aux pressions américaines et dépendent de l’économie américaine.

En dépit de son discours agressif, Maduro a clairement dit qu’il veut améliorer ses relations avec les États-Unis. En même temps, le dirigeant du principal parti d’opposition au Venezuela, Henrique Capriles, a dénoncé la proposition d’asile.

Le président Nicaraguayen Daniel Ortega a lui aussi proposé l’asile, mais en ajoutant, « Si les circonstances le permettent. » L’analyste politique Carlos Fernando Chamoro a déclaré au Wall Street journal, « C’est une déclaration ambiguë, qui correspond tout à fait à sa rhétorique de provocations à l’égard des États-Unis et à sa pratique de faire tout son possible pour maintenir de bonnes relations. »

Un ex-responsable du Nicaragua proche d’Ortega a exprimé les mêmes idées en disant, « C’est sa manière de dire aux Américains, on m’a demandé de faire ça, mais je ne vais pas le faire. Je le connais ; c’est un moyen pour lui de se plastronner comme un révolutionnaire, mais il ne fera rien en fin de compte. »

L’Équateur aussi a indiqué qu’il réfléchirait à l’asile, mais le pays a fait une volte-face soudaine après des pressions américaines. Le gouvernement équatorien avait initialement accordé à Snowden un laissez-passer depuis Hong-Kong jusqu’à Moscou, mais cela avait été par la suite annulé et qualifié d’« erreur. » Il a depuis fait savoir que Snowden devrait d’abord se rendre en équateur avant que toute demande d’asile soit étudiée.

Quant aux gouvernements européens, ils ont tous refusé les demandes d’asile de Snowden. Ces mêmes régimes européens qui ont collaboré avec les États-Unis pour faire atterrir illégalement l’avion de Morales ont, à de nombreuses occasions, permis à la CIA d’utiliser leur espace aérien pour des « externalisations » de prisonniers vers des “sites noirs” afin qu’ils soient torturés. Ces gouvernements ont établi leurs propres programmes d’espionnage de masse et fonctionnent, au même titre que le gouvernement américain, comme des machines politiques à défendre les ultra-riches et les banques dominantes ainsi que les grandes entreprises.

Thomas Gaist

Article original, WSWS, paru le 8 juillet 2013

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Egypte : Le rêve fracassé du Califat.

juillet 12th, 2013 by René Naba

Paris – Un an de pouvoir a fracassé le rêve longtemps caressé d’un 4eme Califat, qui aurait eu pour siège l’Egypte, le berceau des «Frères Musulmans»,  devenue de par l’éviction brutale du premier président membre de la confrérie, la tombe de l’islamisme politique.

Le Califat est une supercherie lorsque l’on songe à toutes les bases occidentales disséminées dans les monarchies arabes, faisant du Monde arabe la plus importante concentration militaire atlantiste hors des Etats unis.

Dans un contexte de soumission à l’ordre hégémonique israélo-américain, le combat contre la présence militaire atlantiste paraît prioritaire à l’instauration d’un califat. Et le califat dans sa version moderne devrait prendre la forme d’une vaste confédération des pays de la ligue arabe avec en additif l’Iran et la Turquie soit 500 millions de personnes, des réserves énergétiques bon marché, une main d’oeuvre abondante. En un mot un seuil critique à l’effet de peser sur les relations internationales. Faute d’un tel projet, en présence des bases de l’Otan, le projet de restauration du califat relève d’une supercherie et d’un trafic de religions.

I. L’implosion de Morsi

L’Egypte, épicentre du Monde arabe, est diverse.  Le premier président néo islamiste démocratiquement élu aurait dû se pénétrer de cette réalité plutôt que de mener une politique sur une base sectaire. Les Frères Musulmans n’ont pas su mettre à profit leur holdup up sur le pouvoir en proposant un projet de dépassement des clivages antérieurs en ce que Morsi n’aurait jamais dû oublier le conflit de légitimité historique qui oppose l’armée aux Frères Musulmans depuis Nasser (1952). Morsi paie aujourd’hui le prix de sa tardive adaptation au principe de réalité et des rapports de force.

Le déclic populaire contestataire a été le fait des franges de la société informelle arabe, les Frères Musulmans l’ont subverti du fait de leur discipline et de leurs considérables moyens financiers. Ils devaient tenir compte de la diversité de la population égyptienne et non d’imposer à une population frondeuse une conception rigoriste de la religion. Ployant sous le fardeau de l’inflation et de la pénurie, sans perspective d’avenir, sans la moindre percée politique, à la remorque de la diplomatie islamo atlantiste, dans la crainte de la menace de strangulation que fait peser sur l’Egypte le projet de percement d’un canal rival israélien au Canal de Suez, le Canal Ben Gourion, le peuple égyptien, pour la deuxième fois en trois ans, déjouant tous les pronostics, particulièrement les universitaires cathodiques, a créé la surprise, dégommant des palais nationaux ce président néo islamiste.  Avec le consentement et le soutien actif de l’armée et surtout des plus hautes autorités religieuses musulmanes et chrétiennes du pays.

L’Egypte est diverse: Il y a deux siècles sous les Fatimides, elle était chiite. Les Coptes, des arabes chrétiens, est  une population consubstantielle à l’Histoire du pays. L’Histoire tout comme la population s’est constituée par sédimentation. Si de nos jours, la très grande majorité de la population est musulmane sunnite, cela ne suffit pas à faire une politique. Une politique sunnite n’existe pas en elle-même. Elle se fait en fonction du legs national. Il serait insultant au génie de ce peuple de le réduire à une expression basique d‘un islam rigoriste.

L’Egypte, c’est le pays de Nasser, d’Oum Kalsoum, mais aussi de Cheikh Imam et de Ahmad Fouad Najm, d’ Ala’a Al Aswani, des personnalités contestataires. Plutôt que de promouvoir une politique de concorde nationale, Mohamad Morsi a pratiqué une politique revancharde. N’est pas Mandela qui veut. Il n’était pas pourtant sorcier de comprendre que seule une politique de rassemblement et non de division avait une chance de réussir.

Au risque de déplaire, les tombeurs de Morsi sont d’abord l’Arabie saoudite et les Etats Unis, les deux éléments qui lui ont servi de béquille pendant un demi-siècle. Les manifestations ont servi de prétexte. Les parrains historiques des Frères Musulmans ont remercié Morsi car il ne répondait plus à leurs attentes. Sa chute est intervenue dix jours après la destitution de l’Emir du Qatar. L’Arabie ne pouvait tolérer deux théocraties sur son flanc nord l’Iran, un réformiste démocratiquement élu, mais chiite,  et sur son flanc sud en Egypte, un islamiste démocratiquement élu mais plus grave sunnite; la négation de tout le dispositif la dynastie wahhabite fondé sur l’hérédité et la loi de la primogéniture.

L’Arabie saoudite qui a financé la construction d ‘un barrage de retenue d’eau en Ethiopie, privant l’Egypte d’une substantielle quantité d’eau du Nil nécessaire à son irrigation. L’Arabie saoudite, un pays arabe, musulman et rigoriste tout comme les frères Musulmans. La déstabilisation de Mohamad Morsi par l’Arabie saoudite est la preuve éclatante qu’il ne saurait y avoir une politique sunnite en soi. Regarder la Turquie, l’allié stratégique d’Israël. Reccep Teyyeb Erdogan, le néo ottoman, devrait d’ailleurs avoir du souci à se faire en ce que son équation est similaire à celle de Mohamad Morsi, de même que  Rached Ghannouchi: On ne peut, en effet, réclamer la criminalisation de la normalisation avec Israël et se fourrer dans les jupons de l’AIPACC. La démagogie ne paie plus. Soixante ans d’opposition démagogique ont trouvé leur conclusion dans le pitoyable épilogue de la mandature Morsi. Luxe de raffinement ou de perfidie, sans doute pour bien marteler le message, les protestataires ont mobilisé près de vingt millions de manifestants, soit le nombre d’électeurs que Morsi avait recueilli lors de son élection présidentielle.

II- Le déni de réalité, danger mortel des Frères Musulmans

Plutôt de s’enfermer dans un déni de réalité, Mohamad Morsi et les Frères musulmans devraient se livrer à une sévère introspection de leur prestation politique et admettre, enfin, qu’un mouvement qui se veut un mouvement de libération ne saurait être un allié des occidentaux, les protecteurs d’Israël en ce qu’il s’agit d’un positionnement antinomique.

De la même manière, autre vérité d’évidence, que l’on ne saurait solliciter en permanence l’aide d‘une grande puissance sans en payer le prix un jour. Et que d’une manière générale Morsi retiendra sans doute la leçon de savoir que quand les Occidentaux accordent leur satisfecit à un individu, c’est que cette personne a certainement commis une certain de reniement de soi. Kadhafi a été couvert d’éloges lorsqu’il a révélé aux occidentaux tout un pan de la coopération clandestine nucléaire inter arabe, avant de le dégager sans ménagement.

Au pouvoir, les Frères Musulmans auraient dû prendre en compte des profondes aspirations d’un peuple frondeur et tombeur de la dictature, de même que les impératifs de puissance que commande la restauration de la position de l’Egypte dans le Monde arabe. Faire preuve d’innovation, par le dépassement du conflit idéologique qui divise le pays depuis la chute de la monarchie, en 1952, en une sorte de synthèse qui passe par la réconciliation de l’Islam avec le socialisme. Cesser d’apparaitre comme la roue dentée de la diplomatie atlantiste dans le Monde arabe, en assumant l’héritage nassérien avec la tradition millénaire égyptienne, débarrassant la confrérie de ses deux béquilles traditionnelles ayant entravé sa visibilité et sa crédibilité, la béquille financière des pétromonarchies rétrogrades et la béquille américaine de l’ultralibéralisme.

Sous la direction de la confrérie, l’Egypte aurait dû, enfin, prendre en outre l’initiative historique de la réconciliation avec l’Iran, le chef de file de la branche rivale chiite de l’Islam à l’effet de purger le non-dit d’un conflit de quinze siècle résultant de l’élimination physique des deux petits-fils du prophète, Al-Hassan et Al-Hussein, acte sacrilège absolu fruit sinon d’un dogmatisme, à tout le moins d’une rigidité formaliste.

L’Egypte fait face à de manœuvres d’asphyxie  (retenue d’eau du Nil en Ethiopie, Canal Ben Gourion, concurrentiel du canal de Suez), Morsi aurait dû jouer de l’effet de surprise, en  retournant la situation en sa faveur en levant le blocus de Gaza, un accord que l’Egypte n’a même pas ratifié et surtout normaliser avec l’Iran en vue de prendre en tenaille tant Israël  que l’Arabie saoudite, c’est-à-dire les deux des grandes théocraties du monde

Sur fond de concurrence avec la mouvance rivale salafiste, cette épreuve a été infiniment plus redoutable que près de soixante ans d’opposition déclamatoire souvent à connotation sinon démagogique à tout le moins populiste. Les Frères Musulmans seraient donc avisés de se livrer à une sérieuse étude critique de la mandature Morsi, avant de se lancer dans une nouvelle aventure dont toute l’Egypte sera perdante ? Pour le plus grand bénéfice d’Israël  et de l’Islam wahhabite saoudien

Malsain de tout rejeter sur les manigances occidentales. Si les occidentaux ont leur plan, il importe aux Arabes de ne pas se lancer tête baissée devant tout chiffon rouge agité devant eux. Songez à l’impasse du Hamas, qui a déserté la Syrie, par solidarité sectaire avec le djihadisme erratique, expulsé du Qatar où il avait trouvé refuge avant de perdre son fief égyptien, à la merci d’un coup de bambou israélien.

Prochaine parution «L’Islam, otage du wahhabisme, l’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres»  Golias septembre 2013

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La Sûreté du Québec (police provinciale) a annoncé mardi après-midi que les cadavres de quinze personnes ont été retrouvés dans la «zone rouge» à Lac-Mégantic au Québec, qui a été détruite samedi dernier par le déraillement et l’explosion d’un train, et un incendie. Cependant, le véritable bilan des victimes atteindra presque assurément près de cinquante personnes ou plus, car 35 personnes manquent toujours à l’appel.

Les victimes qui ont été retrouvées sont si sévèrement brûlées que les autorités demandent des échantillons d’ADN aux proches pour établir leur identité. Retrouver et identifier les cadavres devrait être un processus méticuleux qui durera plusieurs mois. L’intensité de l’incendie déclenché par le déraillement était telle que les autorités craignent ne jamais être en mesure d’identifier certains cadavres.

Mardi, la majorité des 2000 résidents de Lac-Mégantic qui avaient reçu un ordre d’évacuation samedi dernier ont pu retourner chez eux. Mais 800 personnes, soit près d’un sixième des 6000 personnes qui habitent cette ville de l’Estrie, doivent toujours habiter chez des amis ou des proches dans des logements improvisés.

Le déraillement de Lac-Mégantic est fort probablement la catastrophe ferroviaire la plus mortelle depuis plus d’un siècle. En 1942, 39 personnes avaient été tuées lorsque deux trains étaient entrés en collision à Alimonte en Ontario. Lors du pire désastre ferroviaire des États-Unis des dernières décennies, un train Amtrak qui se dirigeait vers Miami a déraillé au moment où il traversait un pont en Alabama en 1993. Cette tragédie a coûté la vie à 47 personnes.

Tandis que l’enquête pour trouver les causes de la tragédie de Lac-Mégantic est dans sa phase initiale, ce qui a été révélé suggère que les pratiques imprudentes et probablement criminelles de la Montreal, Maine, & Atlantic Railroad (MMA) sont au cœur de l’incident.

La compagnie n’a pas publié de communiqué de presse depuis dimanche, même si l’on apprend de nouveaux détails entourant l’accident chaque jour. Plutôt, Ed Burkhardt, directeur général de MMA et président de Rail World Inc., dont MMA est une filiale, a profité d’entrevues à la télévision afin de blâmer les pompiers de la région pour avoir déclenché une série d’évènements qui auraient mené au déraillement.

Il faut noter que le Bureau de la sécurité des transports du Canada a publiquement réfuté des affirmations clés de Burkhardt mardi matin. La Sûreté du Québec a pour sa part lancé une enquête criminelle sur le déraillement.

Le train qui a déraillé à Lac-Mégantic était composé de 72 wagons remplis de pétrole brut en provenance des champs pétrolifères de Bakken dans le Dakota du Nord. Le Canadian Pacific les a transportés jusqu’à Montréal, où ils ont été transférés à MMA pour qu’ils puissent continuer leur route vers la raffinerie de St-John au Nouveau-Brunswick. Dans le processus, MMA a attelé ses propres locomotives aux wagons.

À 23h vendredi dernier, le train a fait une halte à Nantes, au Québec, afin de changer d’équipe. L’équipe suivante n’était pas immédiatement disponible, alors le train devait être immobilisé de façon sécuritaire selon les procédures. Les trains ont trois systèmes de freinage: un système de freins à air faisant toute la longueur du train et géré à partir de la locomotive, des freins individuels sur chaque locomotive et des freins individuels «manuels» sur chaque wagon. Tous les trois doivent être appliqués lorsqu’un train est inoccupé.

Dans le cas du train de MMA, il fut laissé dans une pente importante de 11km vers Lac-Mégantic, ce qui exigeait donc une prudence accrue pour l’immobiliser. Le conducteur a laissé une des cinq locomotives en marche, ce qui est nécessaire pour maintenir le fonctionnement des freins à air du train. Après le départ du conducteur, un résidant a rapporté qu’un incendie s’était déclaré dans l’une des locomotives et les pompiers de Nantes se sont alors rendus sur place.

Avant d’éteindre le feu, les pompiers ont suivi la procédure régulière et ont arrêté la locomotive pour prévenir le carburant du réservoir d’alimenter le feu. Burkhardt a affirmé lundi que les pompiers «se sont rendus là-bas seuls, ont arrêté le moteur, éteint le feu» et n’ont pas averti le conducteur. Burkhardt a affirmé que la mise en arrêt du moteur a causé le relâchement des freins à air et la descente du train vers Lac-Mégantic.

Mais dans une entrevue avec le Globe and Mail, un membre du conseil d’administration de MMA, Yves Bourdon, a contredit l’affirmation selon laquelle les pompiers avaient agi sans avoir contacté MMA. Il a déclaré que les pompiers avaient appelé un régulateur de MMA pour l’alerter à propos de l’incendie. Le régulateur a alors envoyé un réparateur sur les lieux.

Le réparateur n’était pas qualifié pour conduire une locomotive, mais il a averti le régulateur et a quitté les lieux. Le chef des pompiers de Nantes, Patrick Lambert, a dit aux médias: «Les gens de MMA nous ont dit : “c’est beau, le train est sécurisé, il n’y a plus de feu, il n’y a plus rien, il n’y a plus de danger”» et les pompiers ont ensuite quitté les lieux.

Lors d’une conférence de presse mardi matin, un porte-parole du Bureau de la sécurité des transports du Canada a corroboré une bonne partie du compte-rendu du chef Lambert, affirmant que, contrairement aux affirmations de Burkhardt, un employé de la compagnie était présent lorsque les pompiers éteignaient l’incendie sur la locomotive.

Peu après que le feu fut éteint et que tous eurent quitté la scène, le train a commencé à avancer et, 20 minutes plus tard, il déraillait. Il se déplaçait à une vitesse de près de 100 km/h et a fini sa course dans un gigantesque carambolage au centre de Lac-Mégantic, causant des explosions qui ont laissé en place seulement des ruines sur un rayon de plusieurs pâtés de maisons.

Un train de pétrole brut en provenance du Dakota qui passe par Chicago

Seulement quatre ou cinq des 72 wagons de pétrole brut ont pris feu. Cela veut dire qu’une catastrophe encore pire et encore plus horrible aurait pu survenir.

Dans ses déclarations, MMA n’a pas indiqué clairement qu’elle utilisait une équipe d’une seule personne pour conduire un train rempli de pétrole, même si ses explications l’indiquent de manière implicite. Aux États-Unis et au Canada, la norme est une équipe de deux personnes, soit un conducteur dans la cabine de la locomotive et un chef de train qui s’occupe de l’équipement au sol.

En tant que chef de Rail World Inc., une entreprise de gestion de chemins de fer, de consultation et d’investissement qui se spécialise dans les privatisations et les restructurations», Burkhardt a été le pionnier des «équipes» d’une personne. Dans une telle organisation, le conducteur doit faire le travail au sol, comme déplacer des wagons, tout en utilisant un système télécommandé pour diriger la locomotive.

Les travailleurs des chemins de fer et d’autres personnes disent depuis longtemps que les équipes d’une seule personne permettent aux entreprises d’économiser d’énormes coûts aux dépens des travailleurs et de la sécurité de la population.

L’enquête montrera jusqu’à quel point le fait d’avoir recours à une seule personne, à la fin d’un long quart de travail, pour immobiliser un train rempli de pétrole sur une pente, tard dans la nuit, a mis en péril la sécurité de la population. Pour bien immobiliser le train, le conducteur aurait dû se rendre à plusieurs wagons, même des dizaines, et appliquer le frein à main sur chacun d’eux.

Le conducteur du train de la MMA est apparemment dévasté suite à la tragédie. Le Toronto Star écrit que «comme beaucoup d’autres, il accusait la Montreal, Maine and Atlantic Railway de ne pas garder ses infrastructures en bon état et de ne pas se soucier de ses employés».

«Ils ne nous ont même pas appelés depuis que l’accident est survenu», rapporte un collègue.

D’autres employés ont noté que les voies ferrées utilisées par MMA respectent de moins en moins les normes. Avant la tragédie de samedi, les autorités de Lac-Mégantic et les résidants ont aussi soulevé des inquiétudes quant à l’état des infrastructures de MMA.

Malgré tout cela, le transport par train du pétrole brut est une industrie en plein essor pour les compagnies ferroviaires américaines et canadiennes. La hausse vertigineuse de la production pétrolière dans les provinces de l’Ouest canadien et dans la région de Bakken au Dakota du Nord n’a pas été soutenue par la construction de pipelines pour le transport. C’est en partie en raison de soucis environnementaux, mais aussi parce que les producteurs peuvent augmenter leurs options de transport avec les chemins de fer et ne pas risquer des investissements à long terme d’un pipeline pour des sources exploitées par fracturation hydraulique. Ces sources ont une durée de vie beaucoup plus courte.

Les convois ferroviaires de pétrole brut ont grimpé exponentiellement aux États-Unis, passant de 9.500 wagons en 2008 à 233.811 en 2012. Chaque wagon transporte environ 740 barils. Au Canada, les deux principales compagnies de chemins de fer, Canadian National et Canadian Pacific, ont connu une croissance similaire: 16,6 millions de barils de pétrole brut ont été transportés par voie ferrée en 2012. Il est prévu que ce chiffre passe à 110 millions de barils en 2014.

Un wagon-réservoir DOT-111utilisé pour le transport du pétrole brut, de l’éthanol et d’autres matières dangereuses

Un wagon-réservoir reconnu pour ne pas être sécuritaire, le DOT-111, transporte une bonne partie de ces matières. Le train de la MMA qui a déraillé samedi dernier était composé de ces wagons. Le Bureau national américain de la sécurité des transports a décrit le DOT-111 comme étant «inadéquat pour résister au choc d’un déraillement» parce qu’il peut facilement être perforé aux extrémités et sur les côtés. Le DOT-111 est aussi utilisé pour transporter de l’éthanol et a été impliqué dans plusieurs explosions et incendies aux États-Unis durant la dernière décennie. Le gouvernement canadien exige que les nouveaux wagons-réservoirs achetés par les compagnies soient de meilleure qualité. Mais comme ils ont une espérance de vie de 40 à 50 ans, les compagnies de chemins de fer prévoient utiliser le DOT-111 pour transporter des matières inflammables pendant encore plusieurs décennies.

Comme les intérêts de profit des compagnies ferroviaires, énergétiques et financières, petites ou grandes, sont en jeu, il n’y a pas de doute que celles-ci s’opposeront férocement à tout effort pour réglementer et améliorer la sécurité de cette industrie en pleine expansion.

Jeff Lussane

Article original, WSWS, paru le 10 juillet 2013

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Sur injonction de Washington, plusieurs pays européens dont la France ont fermé leur espace aérien à l’avion du Président bolivien Evo Morales, déclenchant une grave crise diplomatique entre l’Europe et l’Amérique latine.

En interdisant à l’avion présidentiel d’Evo Morales de survoler son territoire dans la nuit du 2 au 3 juillet 2013, la France a déclenché une grave crise internationale avec la Bolivie. L’Espagne, l’Italie et le Portugal se sont rendus coupables du même acte d’hostilité à l’égard du pays d’Amérique du Sud. Tous, sans exception, ont suivi les ordres émanant de Washington, qui pensait à tort que son ancien agent Edward Snowden se trouvait à bord de l’avion.

Cet acte, inédit depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, a unanimement été condamné par l’ensemble de l’Amérique latine, du Chili à Cuba, toutes tendances politiques confondues. Paris s’est rendu coupable d’une gravissime violation du droit international en attentant contre l’immunité diplomatique absolue dont jouit tout chef d’Etat. La Bolivie a immédiatement dénoncé cette agression illégale auprès des instances internationales.

Agência Efe

Le président Evo Morales est accueilli par la population bolivienne à son arrivée à l’aéroport d’El Alto

 

Les explications fournies par le Ministère français des Affaires étrangères ne sont guère convaincantes. Le Quai d’Orsay a ainsi exprimé « les regrets de la France suite au contretemps occasionné pour le président Morales par les retards dans la confirmation de l’autorisation du survol du territoire par l’avion du président ». Or, la Bolivie a demandé et obtenu l’autorisation de traverser l’espace aérien français dès le 27 juin 2013, c’est-à-dire six jours avant l’incident. La France savait ainsi depuis plus d’une semaine que l’avion présidentiel bolivien traverserait le territoire national.

Interrogé à ce sujet, le président français François Hollande n’a pas fourni davantage d’éclaircissements. « Dès que j’ai su que c’était l’avion du président bolivien, j’ai donné immédiatement l’autorisation de survol ». Là encore, ces propos sont inexacts puisque l’autorisation de traverser l’espace aérien avait été fournie près d’une semaine avant le grave incident qui a obligé Evo Morales à atterrir en urgence en Autriche et à y faire une escale de 13 heures.

En réalité, la France a fait preuve d’une embarrassante soumission à l’égard des Etats-Unis et s’est comportée non pas comme une grande nation souveraine et indépendante, mais comme une république bananière docile et obéissante. Paris n’a pas hésité un seul instant pas à violer le droit international, à commettre un acte extrêmement hostile à l’égard d’un pays allié et à mettre en danger la vie d’un président démocratiquement élu, dans le but de répondre à une injonction de la part de Washington. Le gouvernement socialiste français a ainsi prêté main forte à l’administration Obama dans ses tentatives d’arrêter Edward Snowden, qui a révélé que les services de renseignements étasuniens espionnaient…l’Europe et la France.

Salim Lamrani

Texte publié initialement en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/29882/as+mentiras+da+fra…

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La Russie a la preuve que les rebelles syriens ont utilisé du gaz sarin le 19 mars à Khan al-Assal près d’Alep, a indiqué à la presse l’ambassadeur russe auprès de l’ONU Vitali Tchourkine.

« Je viens de remettre au secrétaire général [de l’ONU] les résultats de l’analyse des échantillons prélevés par des experts russes à l’endroit de la chute d’un obus chimique à Khan al-Assal » a déclaré M. Tchourkine.

Par ailleurs, les forces gouvernementales syriennes ont découvert 281 tonneaux contenant du polyéthylène glycol, du monoéthylène glycol ainsi que du monoéthanolamine, du diéthanolamine, et du triéthanolamine, dans un entrepôt appartenant aux groupes terroristes à Banias, sur la côte méditerranéenne.

« Cette quantité est suffisante pour faire sauter une ville entière, ou même un pays », a déclaré le 8 juillet l’ambassadeur de la Syrie à l’ONU, M. Bachar al-Jaafari. Le diplomate syrien a de nouveau demandé à l’ONU de dépêcher des experts en armes chimiques faire une inspection à Khan al-Assal, près d’Alep.

Alors que la France n’a cessé d’accuser Damas d’avoir utilisé des armes chimiques contre les « rebelles », la Russie s’appuie aujourd’hui sur les conclusions d’experts qui mettent en cause les prétendues « preuves » rapportées de Syrie par deux reporters du quotidien français Le Monde [http://www.silviacattori.net/article4609.html#nb1″>1], dont le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov avait déjà contesté la fiabilité en soulignant que l’acheminement des échantillons vers le laboratoire n’avait été soumis à aucun contrôle.

http://www.silviacattori.net/article4609.html#nb2″>2]

 

[1] Voir :
- « L’enquête sur les armes chimiques par deux reporters du Monde en Syrie : Une scandaleuse manipulation », par Silvia Cattori, 31 mai 2013.
http://www.silviacattori.net/article4498.html

- « L’offensive de Fabius pour une intervention militaire en Syrie », par Silvia Cattori, 6 juin 2013.
http://www.silviacattori.net/article4514.html

[2] Voir :
- « Gaz sarin en mains “rebelles” », par Silvia Cattori, 6 mai 2013.
http://www.silviacattori.net/article4403.html

Sur la question des armes chimiques, voir également :
- « L’Occident couvre le bombardement chimique des terroristes en Syrie », Médiarama – Al-Manar , 21 mars 2013.
http://www.silviacattori.net/article4310.html
- « Syrie : l’armée saisit un lot de gaz sarin dans la ville de Hama », Ria Novosti, 2 juin 2013.
http://www.silviacattori.net/article4511.html
- « Utilisation d’armes chimiques par les “rebelles” syriens – Un reportage de la journaliste russe Anastasia Popova », 8 juin 2013.
http://www.silviacattori.net/article4520.html

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Pour la Dignité humaine : Les justiciers du Net des utopistes ?

juillet 10th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«L’Amérique a des responsabilités et des intérêts globaux, mondiaux. Toute nouvelle tendance, tout mouvement imprévu sur la planète peuvent avoir un impact sur son bien-être et sa sécurité. Elle doit donc avoir la capacité d’être renseignée partout, non seulement sur ses ennemis, mais aussi sur ses amis.»

 Zbigniew Brzezinski. Interview 16 décembre 1998 Nouvel Obs.

 

Cette sentence de Zbigniew Brzezinsky explique plus que mille discours la stratégie américaine concernant sa tentation d’empire qui fait qu’elle doit toujours être la meilleure et gouverner d’une façon ou d’une autre le monde, en commençant naturellement par la nécessité d’avoir du renseignement sur tout le monde tout le temps, même sur ses propres alliés en théorie. De ce fait, il est pour le moins hypocrite que les vassaux de l’Empire fassent preuve d’étonnement, voire être scandalisés parce qu’ils savent depuis toujours, sans oublier que naturellement eux aussi espionnent les autres, notamment les plus faibles et même les citoyens de leur pays au mépris des lois.
Un scoop en forme de flop

Les Etats-Unis espionnent l’Europe! Les médias et les hommes politiques crient au scandale!

«Les Etats-Unis ont, en effet, installé des micros électroniques dans les bureaux de l’Union européenne à New York et à Washington, une révélation de plus sur l’opération de collecte de renseignements à grande échelle qui visait des ambassades et des missions à l’étranger, selon une nouvelle information publiée par The Guardian. Ces révélations publiées après celles du Spiegel, font partie des documents rendus publics par l’ancien agent de la NSA Edward Snowden. (…) Toutes ces techniques d’espionnage peuvent être utilisées à des fins d’intelligence économique.» (1)

Fin mai, Edward Snowden, un ancien collaborateur de la NSA, avait révélé à la presse un vaste programme de surveillance des citoyens, du nom de Prism, mis en place par cette agence. Bien que Washington ait annulé le passeport de Snowden et appelé les autres pays à l’empêcher de voyager, l’informaticien a réussi à quitter Hong Kong pour Moscou. Il a demandé l’asile politique à l’Equateur. Dans une tribune publiée par plusieurs journaux européens, Julian Assange le cofondateur de WikiLeaks et le directeur général de Reporters sans frontières plaident pour que, au nom de la liberté de la presse et du droit à l’information, les Etats européens accordent le droit d’asile au lanceur d’alerte qui a dévoilé les écoutes de la NSA. ´´L’Europe ne devrait pas rester indifférente au sort de Snowden´´ écrit Gazeta Wyborcza, insistant sur le fait que les Européens doivent empêcher que le lanceur d’alerte américain soit envoyé en prison à vie aux Etats-Unis simplement pour avoir révélé des activités qu’il considère comme illégales.»(2)

Aux dernières nouvelles, le Venezuela et le Nicaragua la Bolivie  sont prêts à lui donner l’asile politique. La France a rejeté jeudi 4 juillet la demande d’asile d’Edward Snowden.

Les nouvelles révélations sur l’espionnage dont les ambassades et les délégations des pays de l’UE aux Etats-Unis ont fait l’objet de la part de la NSA américaine ont créé un choc chez les alliés européens et la réaction – entre indignation et fatalisme – de la presse européenne. Le 30 juin, Der Spiegel a révélé que la représentation diplomatique de l’Union à Washington, ainsi que celle auprès de l’ONU de New York et certains bâtiments du Conseil à Bruxelles étaient sur écoute du programme de la NSA ´´Dropmire´´. Le même jour, The Guardian a raconté que la France, l’Italie et la Grèce figuraient parmi les cibles privilégiées de l’agence américaine. De quoi provoquer l’embarras des Européens, à une semaine de l’ouverture des négociations du traité transatlantique de libre-échange (Ttip). En Allemagne, Die Welt, qui titre ´´L’Allemagne et l’UE dans le viseur des agents américains´´, tente de dédramatiser la situation. Dans son commentaire, le journal écrit ainsi qu’ il n’est pas sympa d’espionner ses amis, [...] mais que cela arrive tant dans la vie privée que dans la politique».(3)

Enfin, La Commission européenne a répété qu’elle était ´´préoccupée´´ par Prism, le programme américain de surveillance électronique dirigé par l’Agence nationale de sécurité (NSA) qui lui permet d’accéder aux données d’étrangers, notamment européens. Inhabituellement discrète, Viviane Reding, la commissaire à la Justice, n’a pas pointé du doigt les Etats-Unis, avec lesquels, a expliqué sa porte-parole, elle évoque ´´systématiquement´´ les droits des citoyens européens».(4)
L’hypocrisie de l’Europe qui se savait espionnée, notamment depuis 2001

La levée de boucliers tout à fait hypocrite ne s’explique que par le fait que les autorités veulent donner le change à leurs opinions nationales. Ces rodomontades n’impressionnent personne et surtout pas les Etats-Unis qui ont réagi avec condescendance, voire avec une sorte de mépris. «Nous vous espionnons et alors?» semblent dire les Américains De nombreux pays collaborent depuis longtemps avec la NSA Il y a ´´une certaine ironie´´, commente Der Standard, dans la demande faite le 10 juin par plusieurs eurodéputés au Parlement européen de réagir aux révélations sur la surveillance des communications électroniques par la NSA américaine. Le quotidien viennois rappelle en effet que le phénomène ne date pas d’hier: en 2001 déjà, le Parlement avait mis en place une commission sur le système d’espionnage international Echelon: Six jours avant les attaques du 11 septembre, cette commission n’avait plus aucun doute sur l’existence d’un système d’écoutes global des communications, mis en place par les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada.

«Lorsque tout le monde feint la surprise, il est temps lit-on sur le site alternatif Le Grandsoir, de rafraîchir les mémoires… avec un article du Monde diplomatique daté de 1999. Avec un budget annuel de 26,7 milliards de dollars les services de renseignement américains sont les mieux dotés de la planète. Des alliances stratégiques et une technologie puissante leur permettent d’espionner de manière routinière téléphone, fax et courrier électronique dans le monde entier. Les Etats-Unis sont-ils désormais si puissants qu’ils ne craignent plus les réactions leurs alliés européens? Il avait fallu l’obstination d’un chercheur néo-zélandais, Nicky Hager, pour dévoiler l’existence d’un formidable réseau de surveillance planétaire, le système Echelon, en place depuis les années 1980… (5)

Mieux encore, on apprend que les gouvernements espionnent leurs propres concitoyens. Les méthodes utilisées sont variées: «Ce peut être un nom propre, un surnom, une formule chimique, de l’argot, un acronyme, dit un expert. On les saisit dans un fichier et on attend.» Dès que l’un de ces mots apparaît, l’ordinateur revient en arrière et enregistre la communication depuis le début. A la Dgse, on appelle cela la «veille» ou «la pêche au chalut». «Pour les e-mails, ces tris informatiques sont très efficaces», dit un autre spécialiste. Il ajoute: «Etant donné les capacités des ordinateurs, on peut, de la sorte, filtrer plusieurs millions de messages électroniques par minute. Un bon moteur de recherche suffit. Il faut simplement l’adapter à nos besoins.» Selon toute vraisemblance, la Dgse utilise l’outil de recherche développé par la société française Lexiquest.»(6)

 

Qui sont ces justiciers du Net?

Qui sont ces personnages responsables qui risquent leur carrière, voire leur vie, pour témoigner du dérèglement du monde et qui mettent au grand jour le double standard entre ce qui est dit par les puissants de ce monde, Droits de l’homme, générosité, empathie, solidarité..et ce qui est fait réellement? Les révélations faites permettent de mettre à nu la triste réalité du monde. Comme nous le lisons sur le journal Le Courrier International,: «D’Edward Snowden, l’ancien employé de la CIA qui a révélé les abus de la NSA, à Sean Parker, le fondateur de Napster, ou encore à Jason Trigg, richissime analyste qui redistribue l’essentiel de ses revenus, portraits de ces geeks qui tentent de changer le monde. Edward Snowden, Bradley Manning, Julian Assange, Aaron Swartz ou encore Sean Parker… Qu’ils soient lanceurs d’alerte, bidouilleurs informatiques de génie ou gourous de la Silicon Valley, ces jeunes – pour la plupart âgés de moins de 30 ans – font la pluie et le beau temps sur le Net et au-delà. Ils déstabilisent des gouvernements (lire cet article), édictent les règles à observer en ligne ou rêvent de sauver le monde à leur manière (lire cet article). Mais ils sont aussi de plus en plus critiqués pour leur arrogance, leur pouvoir et leur influence. Bienvenue dans l’ère des mégalogeeks.» (7)

Le point commun entre Edward Snowden, Bradley Manning ou Julian Assange? Un goût immodéré pour les nouvelles technologies, un refus de l’autorité et la défense d’un credo libertaire. A Wall Street, Jason Trigg analyste quantitatif gagne beaucoup d’argent pour mieux le redistribuer dans des pays en développement. Sean Parker, fondateur de Napster et premier président de Facebook, ce gourou du Net fait la pluie et le beau temps sur la Toile. Non sans s’attirer des inimitiés.».(7)
L’alignement sans état d’âme de l’Europe sur les Etats-Unis

La réalité est beaucoup plus simple, l’Europe est peut-être une puissance économique même sur la pente d’un déclin inexorable, mais elle a perdu son âme par un alignement sans discernement sur ce que dicte Washington. Philippe Grasset nous explique cela en opposant la politique gaullienne à ce qui se passe maintenant: «On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en criant ´´L’Europe! L’Europe! L’Europe!´´…», disait fameusement le général en 1965. Il doit bien rire. Ils ne sautent plus sur leurs chaises et ne crient plus «L’Europe! L’Europe! L’Europe!»; non, ils font leur coup en douce, comme des petits commissionnaires des dernières instructions impératives, montrant le complet alignement de l’Europe sur les consignes-Système des USA, après qu’on ait montré, deux jours auparavant, qu’on les espionnait comme dans des latrines à tous vents »(8).

Revenant sur l’arraisonnement scandaleux de l’avion de Evo Morales, il écrit: «Qu’un ministre bolivien, Ruben Saavedra de la Défense, qui était dans l’avion avec Morales puisse déclarer comme s’il parlait des gouvernements européens comme de services annexes du département d’État, pour lesquels il suffit d’appuyer sur un bouton pour qu’ils agissent comme on a décidé pour eux: «C’est un acte d’hostilité de la part des Etats-Unis qui ont utilisé différents gouvernements européens»(…) «L’avion d’Evo Morales, le président bolivien, a été forcé d’atterrir à Vienne, mercredi 3 juillet parce qu’il était soupçonné de transporter Edward Snowden, le lanceur d’alerte en fuite. Morales revenait d’un meeting sur l’énergie à Moscou qui s’était tenu mardi et au cours duquel il avait déclaré à la TV russe, que la Bolivie envisageait d’accorder l’asile politique à Snowden. Il a dit qu’il tenait beaucoup à protéger les lanceurs d’alerte.´´»(8)

Selon les médias, la France, l’Espagne, l’Italie et le Portugal ont fermé leur espace aérien à son avion. Morales, son ministre de la défense, Ruben Saavedrd, et l’équipage de l’avion ont été obligés d’attendre dans le salon VIP de l’aéroport autrichien. Le ministre des Affaires étrangères autrichien a depuis confirmé que Snowden n’était pas à bord de l’avion. Tous les pays, sauf l’Espagne – lui ont ensuite rouvert leur espace aérien «Les pays de l’UE, qui font partie de l’UE, sont donc confrontés à une véritable schizophrénie de leurs psychologies. D’un côté, ils sont victimes de l’agression de ce puissant élément constitutif du Système qu’est le complexe de surveillance avec la NSA au centre, et leur réaction reste malgré tout furieuse et d’une intense frustration, d’être l’objet de surveillance et espionnage illégaux, intrusifs, sans aucun respect de la souveraineté et dans des conditions frisant la trahison des liens d’alliance, – et essentiellement, sinon, exclusivement parce que tout cela est étalé publiquement. D’un autre côté, ils sont les complices, voire les serviteurs inconditionnels du Système et ses obligés bien sûr, et ils jugent leurs destins liés au sien. Par conséquent, il doit leur apparaître également impératif de tout faire pour assurer sa protection au niveau d’un de ses composants essentiels, y compris les actes les plus illégaux. Dans ce cas, la frustration d’être la victime des actes de surveillance du monstre est complétée d’une façon horriblement antagoniste par la panique communicative de la psychologie du monstre devant de prétendues ´´menaces´´ contre l’intégrité de sa puissance…» (8)
Quelles sont les conséquences : La guerre de tous contre tous ?

«Le scandale d’espionnage de données menace les négociations sur un accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l’UE´´, titre le Financial Times, A la veille de l’ouverture des négociations, les entreprises américaines de technologie ainsi que les compagnies de services financiers ont fait campagne pour assouplir les restrictions sur le partage de données entre l’Europe et les Etats-Unis, rappelle le FT.» (9)

Sans état d’âme, les Européens guidés par le président Barroso qui a tout fait pour amoindrir, voire annihiler cet incident-pensant vraisemblablement à se ménager les Etats-Unis, du fait qu’on lui prête l’ambition démesurée aidant, de briguer le poste de secrétaire général de l’Otan.

Après avoir laminé l’Europe et l’avoir rendue économiquement exsangue, ils s’apprêtent à faire avaler la dernière couleuvre; celle de négociations avec les Etats-Unis sur ce qui n’a pas été déjà obtenu, à savoir, les restrictions concernant le désarmement concernant les productions d’OGM, où globalement l’Europe avait des velléités de maintenir un principe de précaution qui aura vécu.

Dans ce combat démesuré, l’entêtement de la France pour son exception culturelle malgré la pression de la Commission, parait être un combat pathétique digne pour lutter contre la vulgate planétaire et la macdonalisation de la culture. Le combat est magnifique, mais la cause semble entendue, le laminoir de l’uniformisation est en marche.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

1. http://www.presseurop.eu/fr/content/ news-brief/3927781-de-nouvelles-fuites-revelent-comment-les-etats-unis-ecoutent-ses-allies-e

2. Pourquoi l’Europe doit protéger Edward Snowden Le Monde 5 juillet 2013

3. http://www.presseurop.eu/fr/content/ press-review/3929001-l-oncle-sam-se-comporte-tres-tres-mal

4. http://www.presseurop.eu/fr/content/article/3868671-les-espions-americains-comme-chez-eux-en-europe

5. Philippe Rivière, juillet 1999  http://www.monde-diplomatique.fr/ mav/46/RIVIERE/m1

6. http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/ 2013/07/04/comment-la-france-ecoute-le-monde.html#xtor=EPR-3-[Actu17h]-20130706

7. http://www.courrierinternational.com/article/2013/06/26/les-justiciers-du-net?page=2#page_2

8.Philippe Grasset; Dedefensa http://www. oulala.info/2013/07/qui-dit-quil-y-a-pas-deurope-et-celle-de-linfamie/#sthash. M2eUvXp3.dpuf

9. Le scandale PRISM menace l’accord de libre-échange Presseurop 10 juin 2013

 

 

Printemps arabe: l’échec de la démocratie en Orient?

juillet 10th, 2013 by Alexandre Latsa

L’armée égyptienne est finalement intervenue pour déposer le président Mohamed Morsi, pourtant premier président démocratiquement élu du pays. Le printemps arabe, né en Tunisie fin 2010, a atteint l’Egypte dès le début 2011 et a abouti au départ du président Moubarak qui dirigeait l’Egypte depuis trente ans.

Les revendications d’une grande partie de la jeunesse égyptienne qui a mené cette révolution dite du Nil ou du Papyrus sur la place centrale du Caire (la place Tahrir) ont abouti à des élections libres qui ont vu une déferlante islamique.

En effet, aux premières élections législatives de l’après Moubarak, qui a vu une participation de 55%, les frères musulmans ont obtenu 44.6 % des voix, concurrencés seulement par les plus radicaux qu’eux, les salafistes, qui ont obtenu 22,5% des voix, le premier parti pseudo libéral  obtenant seulement 7,8% des voix. A l’élection présidentielle de 2012, la scission du pays en deux (Islamo-conservateurs contre réformistes) était palpable et l’élection s’est résumée à un duel politique entre un homme de l’époque Moubarak et le candidat des frères musulmans, le scientifique Mohamed Morsi, qui a notamment étudié aux Etats-Unis. Celui-ci remportera l’élection avec 51,73 % des voix (la participation s’élevant à seulement 45%) et sera investi en juin 2012.

Un an plus tard, il sera donc déposé par l’armée après de nouvelles et immenses manifestations (plusieurs millions de personnes) place Tahrir et ailleurs en Egypte. Les opposants lui reprochent principalement sa piteuse gestion de la situation économique du pays. Ce Week-end, plusieurs centaines de milliers de partisans du président déchu sont eux aussi descendus dans la rue, invoquant eux à juste titre le respect des urnes et la démocratie. Les manifestations ont tourné à l’affrontement entre partisans de Mohamed Morsi et l’armée et en ce 10 juillet 2013 on parle déjà de dizaines de morts et de centaines de blessés.

Il y a là des dilemmes visiblement insolubles pour l’Egypte, pour les pays du printemps arabe et pour la communauté internationale.

La démocratie du printemps arabe a vu l’émergence et la prise de pouvoir de mouvements islamo-conservateurs (principalement les frères musulmans) qui étaient soit interdits, soit tenus à l’écart de la vie politique par les anciens pouvoirs laïcisants issus de la guerre froide. Ce retour au pouvoir des clergés et d’un Islam politique a accentué les batailles d’influences trans-territoriales entre confréries, menant à la situation que l’on connaît par exemple en Syrie. Ce pays fait en effet face à une guerre au niveau régional et confessionnel, ou le courant sunnite régional le plus radical tente de mettre à mal le croissant chiite en s’attaquant à sa composante la plus hérétique selon lui mais aussi la plus laïque selon les critères occidentaux. La Syrie est ainsi devenue lechamp de bataille par ricochet d’une coalition Russo-chiite qui est en conflit ouvert avec un axe Occidentalo-sunnite.

Le mythe d’un Islam compatible avec la démocratie semble remis en cause.

Les victoires électorales des Frères musulmans en Egypte, en Tunisie ou en Libye, qui auraient pu amener à des cohabitations entre charia et démocratie, ne semblent plus viables. Il y a une crise culturelle profonde qui traverse les sociétés arabo-musulmanes. Les nouveaux régimes issus des élections semblent avoir du mal à bien intégrer la pluralité, qu’elle soit ethnico-culturelle, religieuse ou comportementale. Hormis en Tunisie ou les islamistes composent, la situation économique de tous les pays concernés par ces nouveaux régimes est d’ailleurs plus que catastrophique et qui semble inévitablement génératrice de protestations dans un avenir proche, comme c’est le cas en Egypte aujourd’hui.

Les coups d’état militaires et les juntes au pouvoir ont toujours été fermement condamnés par les pays occidentaux, que ce soit en Birmanie, en Grèce ou en Argentine. La mollesse des réactions occidentales face au coup d’état militaire en Egypte démontre bien le dilemme, entre armée et islamisation. Le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu a lui tenté d’empêcher une intervention de l’armée contre le président égyptien, en avertissant les capitales européennes hébétées mais cela a échoué.

L’armée apparaît pourtant de plus en plus comme un nouveau pouvoir (ou contre pouvoir) seul à même de maintenir une forme d’équilibre national et de protéger l’équilibre communautaire (et les minorités) face à une islamisation à outrance des pays concernés. Cette tendance n’est pas nouvelle. En Algérie, la victoire des islamistes fut annulée en 1991, plongeant le pays dans une guerre civile de 10 ans durant laquelle l’Armée affronta, jusqu’à sa victoire en 2002, divers groupes islamistes. En Turquie, Recep Erdogan, depuis son élection en 2003, a lui mené d’intensives campagnes pour désactiver l’armée et faire mettre en prison les officier qui auraient pu s’opposer à l’islamisation lente que le pays connaît, entrainant l’inquiétude des minorités et des laïcs qui ont manifesté récemment. En Syrie, l’armée parait être aujourd’hui le seul garant du rétablissement de l’ordre constitutionnel mis à mal.

Parmi les nombreux manifestants Egyptiens place Tahrir, certains brandissaient aussi des drapeaux syriens et des portraits de Bashar-El-Assad, traduisant ainsi leur bonne compréhension des événements géopolitiques régionaux mais aussi peut être leur profonde intuition que Syrie et Egypte doivent être unis et non en guerre. Il faut se souvenir qu’historiquement, Egypte et Syrie ont déjà été un seul et même état, pour faire face a la menace communiste d’un coté (qui n’existe plus aujourd’hui) et américaine de l’autre. Est-ce la raison pour laquelle de nombreux manifestants place Tahrir brandissaient également des pancartes dénonçant le soutien américain au candidat Morsi?

Il est certain que des groupes radicaux ne vont pas tarder à menacer l’armée Egyptienne d’un conflit pour le rétablissement du pouvoir islamique arrivé au pouvoir par les urnes. On peut se poser la question de savoir si l’Egypte va désormais connaître une guerre civile larvée sur le modèle de l’Algérie quand les élections de 1991 ont été annulées par l’armée.

Alors que le monde arabo-musulman risque de traverser au cours de ce siècle sa grande guerre interne, politique, confessionnelle et générationnelle. Pour les américains, il semble que l’agenda de remodelage du grand moyen orient soit remis aux calendes grecques. Il faut maintenant essayer d’imaginer quelles seront les conséquences directes des ces bouleversements pour les états de la région, et les conséquences possibles et imaginables pour la France, l’Europe et la Russie.

Alexandre Latsa

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Le Caire : qui remplit le vide de pouvoir ?

juillet 10th, 2013 by Manlio Dinucci

Le mot commence par un « c » mais on ne peut pas le dire : ainsi décrit-on dans les couloirs washingtoniens la position de la Maison Blanche face au coup d’état en Egypte. Celle-ci condamne génériquement les violences en se disant préoccupée par le « vide de   pouvoir » et surprise par les événements. Des fonctionnaires du Pentagone assurent, cependant, que le secrétaire d’Etat à la défense Chuck Hagel a toujours été « en étroit contact » avec son collègue égyptien, le général Abdel Fattah al-Sisi. Homme de confiance du Pentagone, s’étant perfectionné au US Army War College de Carlisle (académie militaire de Pennsylvania), ancien chef des services secrets militaires, principal interlocuteur d’Israël, nommé il y a moins d’un an par le président Morsi chef d’état-major et ministre de la défense.

Il y a cinq mois, le 11 février, il avait été convoqué par le général James Mattis, chef du Commandement Central USA, dans l’aire duquel entre l’Egypte car elle a « une influence stabilisatrice au Moyen-Orient », surtout par rapport à Gaza. A l’ordre du jour (en présence de l’ambassadrice au Caire Anne Patterson), la « coopération militaire USA-Egypte » dans le cadre de l’ « instabilité politique » au Caire. Simultanément, Washington avait annoncé la fourniture de 20 autres chasseurs F-16 et 200 chars blindés lourds M1A1 (fabriqués sous licence en Egypte). Grâce à un financement militaire de 1,5 milliards de dollars fournis annuellement par les USA depuis 1979 (inférieur seulement à celui donné à Israël), les forces armées égyptiennes possèdent la quatrième flotte mondiale de F-16 (240) et la septième de chars d’assaut (4 000). C’est au fonctionnement de ces armes et d’autres encore (parmi lesquelles celles anti-émeutes) que les forces armées égyptiennes sont entraînées par le Pentagone, qui envoie tous les deux ans en Egypte 25mille militaires pour la manœuvre « Bright Star ». Ainsi a été créé le principal levier de l’influence étasunienne en Egypte : une caste militaire qui dans les hautes hiérarchies a aussi ses ramifications de pouvoir économique. Caste qui a soutenu pendant plus de trois décennies le régime de Moubarak au service des USA, qui a assuré la « transition pacifique et ordonnée » voulue par Obama quand le soulèvement populaire a renversé Moubarak ; qui a favorisé l’ascension à la présidence de Mohamed Morsi, représentant des Frères Musulmans, pour neutraliser les forces laïques protagonistes du soulèvement ; qui a déposé Mohamed Morsi quand sa gestion a provoqué le soulèvement des oppositions laïques et des jeunes rebelles du Tamarrod (mouvement Rébellion, Ndt).

L’autre levier de l’influence étasunienne en Egypte est économique. Depuis que Moubarak réalisa les mesures de privatisation et de déréglementation voulues par Washington et ouvrit largement les portes aux multinationales, l’Egypte, tout en étant un gros exportateur de pétrole, de gaz naturel et de produits finis, a accumulé une dette extérieure de plus de 35 milliards de dollars. Et, pour payer les intérêts d’un milliard de dollars annuels, elle dépend des « prêts » des USA, du FMI et des monarchies du Golfe. Une corde au cou de la majorité des 85 millions d’Egyptiens, dont la moitié environ vit dans des conditions de pauvreté. D’où les profondes poussées de rébellion et de lutte pour une réelle démocratie politique et économique.

Que les hiérarchies militaires sont arrivées jusqu’ici à brider en se présentant, à chaque fois, comme garantes de la volonté populaire. Elles restent ainsi les détentrices réelles de ce pouvoir qui sert les intérêts étasuniens et occidentaux. Le soulèvement ne deviendra une vraie révolution que quand les forces populaires, aussi bien laïques que religieuses, arriveront à trancher ce lien néo-colonial, en ouvrant à l’Egypte un avenir d’indépendance et de progrès social.

 Manlio Dinucci

Edition de mardi 9 juillet 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130709/manip2pg/14/manip2pz/342898/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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L’accident ferroviaire et l’explosion survenus à Lac-Mégantic au Québec s’avèrent l’un des plus mortels déraillements de train au Canada depuis des décennies. Treize personnes ont perdu la vie et les autorités ont averti que le nombre de personnes décédées va probablement augmenter beaucoup plus.

Selon les autorités, 40 personnes ne répondent pas à l’appel. Vu l’intensité du brasier provoqué par le déraillement et les explosions subséquentes, les cadavres des personnes décédées pourraient être très difficiles à identifier.

Les habitants sont sous le choc, attendant de savoir où se trouvent les membres de leur famille et leurs amis. Au plus fort de l’incendie, jusqu’à 2000 des 6000 résidants de Lac-Mégantic ont reçu l’ordre d’évacuation. Cette ville est située dans la région de l’Estrie et borde l’État du Maine.

Un train composé de 72 wagons de pétrole brut opéré par Montreal, Maine & Atlantic Railway (MMA) fut mis en arrêt dans la nuit de vendredi afin d’effectuer un changement d’équipe. Il était alors situé à 11 km de Lac-Mégantic, à Nantes, dans la province de Québec. Pour des raisons nécessitant une enquête, le train a commencé à se déplacer après le départ de l’équipe. Il a ensuite continué sa route dans une pente qui descendait jusqu’à Lac-Mégantic, où il a déraillé à très grande vitesse dans une courbe située au centre de la ville.

Certains des wagons, qui contenaient du pétrole brut, ont alors causé une série d’énormes explosions qui ont détruit trente édifices et maisons, incluant la bibliothèque de la ville, une épicerie et un restaurant, le Musi-Café. Des images révèlent des scènes rappelant une zone de guerre. Des arbres ont été déracinés et seulement des cheminées sont toujours en place là où il y avait avant des bâtiments.

Des centaines de personnes ont fui la chaleur intense et les flammes gigantesques, mais au moins 40 personnes manquent à l’appel. Parmi les disparus, il y a les patrons et employés du Musi-Café, qui était très proche du lieu du déraillement et qui était occupé lors de la première explosion. Celle-ci est survenue vers 1 h 15 dans la nuit de samedi.

Cent cinquante pompiers ont été appelés en renfort samedi. Certains venaient du Maine. Ils ont réussi à éteindre le feu seulement dimanche soir.

Le déraillement pourrait avoir un impact environnemental important. En plus des émanations causées par la combustion du pétrole, une quantité non déterminée de pétrole brut s’est déversée dans la rivière Chaudière et a commencé à suivre le courant de la rivière vers d’autres villes.

Une équipe d’enquêteurs et du personnel de MMA étaient sur place pendant le weekend afin d’expliquer les causes de l’événement. Selon un communiqué de presse émis par la direction de MMA samedi, l’ingénieur du train avait immobilisé le train à Nantes : ce qui consiste à appliquer les freins sur la locomotive ainsi que sur plusieurs wagons.

Avant que l’équipe ne quitte, une des cinq locomotives du train a pris feu. Les pompiers sont alors intervenus pour éteindre l’incendie. MMA maintient que les systèmes de freinage et de sécurité du train étaient fonctionnels et n’ont pas eu d’impact sur les développements subséquents.

Dimanche soir, MMA a fourni une mise à jour qui ne mentionnait pas le premier feu, mais déclarait que la locomotive du train pourrait avoir été mise en arrêt seulement après le départ du conducteur «ce qui pourrait avoir causé le relâchement des freins à air sur la locomotive qui maintenait le train en place».

Le premier ministre Stephen Harper a tenu un point de presse à Lac-Mégantic dimanche après-midi après une brève visite du site du désastre. Il a dit que c’est «dur d’expliquer ce qui est arrivé ici», mais a promis que des mesures seraient prises afin de «s’assurer que ceci n’arrive plus».

En fait, le gouvernement Harper a régulièrement défendu des coupes agressives de personnel, de l’entretien et du service dans l’industrie ferroviaire tout en appuyant le développement rapide du transport du pétrole par sur chemin de fer. Ces actions ne peuvent mener qu’à d’autres tragédies. En mai 2012, le gouvernement conservateur de Harper a passé une loi de retour au travail pour mettre fin à une grève de huit jours des travailleurs du Canadian Pacific (CP).

Les travailleurs de CP Rail ont fait grève pour s’opposer aux plans de la direction qui visaient à restructurer radicalement la compagnie ferroviaire afin de faire augmenter les profits des actionnaires. Après la défaite de la grève, CP a procédé à la mise à pied de 3000 de ses 19.500 employés et son directeur général, Hunter Harrison, a dit que les mises à pied pourraient ultimement grimper jusqu’à 6000 ou 30 % de sa main d’œuvre. Les travailleurs de CP ont maintenant de plus longs quarts de travail à des heures plus irrégulières et leurs retraites ont été réduites. CP a combiné des trains pour les faire fonctionner plus longtemps et économiser sur le personnel, a fermé des chantiers ferroviaires et a réduit de manière importante les investissements pour améliorer la voie ferrée.

Les compagnies ferroviaires au Canada sont largement autorégulées et font elles-mêmes l’inspection de leurs infrastructures. Au même moment, les pressions de rentabilité poussent ces compagnies à faire des opérations «minceur» en réduisant leur personnel et en lésinant sur l’entretien des infrastructures.

MMA est un exemple de cette situation. Ses activités s’effectuent sur plus de 800 km de voies ferrées dans le Maine, au Vermont, au Québec et au Nouveau-Brunswick qui ont été vendues par de plus grandes compagnies (comme CP) lorsque les industries du bois d’œuvre, des pâtes et papiers et d’autres industries locales ont commencé à décliner. MMA a vendu une partie de ses voies à l’État du Maine, menaçant de les abandonner si l’État n’investissait pas dans leur entretien, tout en conservant le droit de les utiliser. Le propriétaire de MMA, Ed Burkhardt, a fait campagne pour qu’il y ait des opérations de contrôle télécommandées par un seul homme afin de réduire les coûts. Cela fait en sorte que les conducteurs peuvent déplacer les trains tout en accomplissant un autre travail.

Lors de la dernière décennie, plusieurs déraillements de train à basse vitesse sur des voies mal entretenues ont causé des déversements de produits chimiques. Selon un rapport du Wall Street Journal, les trains de MMA ont renversé des produits chimiques dangereux sept fois depuis 2000.

Le transport du pétrole brut fait partie d’une nouvelle industrie en pleine expansion pour MMA et d’autres compagnies ferroviaires aux États-Unis et au Canada, car le rail est l’option la plus flexible et la moins coûteuse pour le transport du pétrole qui provient de la production par fracturation hydraulique – une activité en rapide développement. Même si les raisons exactes de l’accident à Lac-Mégantic demeurent floues, le transport accru de matières dangereuses et la pression du marché pour réduire les coûts de main-d’œuvre et d’infrastructures risquent de provoquer d’autres catastrophes semblables.

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L’expérience de la gouvernance des Frères Musulmans avait échoué avant même de commencer. Ce qui se passe en Égypte traduit la faillite du soi-disant Islam politique. L’extrémisme religieux tout autant que l’aliénation à l’Occident sont destructeurs de notre identité. Le terrorisme est un cancer qui doit-être extirpé.

1. Monsieur le Président, en période de crise, la patrie est censée rassembler tous ses enfants. Que s’est-il passé pour qu’en Syrie nous en soyons arrivés là où nous en sommes ?

Pour commencer, je vous souhaite la bienvenue. Croyez que je suis heureux de vous accueillir en ce jour du cinquantième anniversaire du quotidien « Al-Thawra », un  quotidien cher au cœur de tout syrien patriote quel que soit son engagement politique.

Il nous arrive de considérer la patrie comme un territoire géographiquement bien défini qui rassemble un groupe de personnes, alors que la patrie est appartenance… que l’appartenance signifie culture… et que l’appartenance et  la culture constituent l’identité. De ce point de vue, lorsque notre appartenance est une, notre patrie est pour tous !

Pour mieux me faire comprendre, je dirais que lorsque le colonialisme s’en est allé de Syrie, il n’est pas parti pour nous permettre de nous libérer. Il est parti pour nous coloniser par de nouveaux moyens, dont le plus remarquable fut de semer la discorde comme préalable à la division puis la partition.

Or la partition ne se traduit pas uniquement par une frontière terrestre dessinée par le colonisateur, ce n’est pas fondamental. La vraie partition, la partition la plus dangereuse est celle qui touche à l’identité, car lorsque nous vivons sur une même terre, mais avec des identités fragmentées, cela signifie qu’existent des patries fragmentées au sein de ce que nous pensons être une seule et même patrie, chacun des groupes culturels ayant tendance à s’isoler des autres groupes dans ce qui deviendrait sa patrie privée. C’est dans ce cas que vous pouvez parler d’une patrie qui ne rassemble plus tous ses enfants. C’est ce concept qui vous permet de dire que le colonialisme a réussi, jusqu’à un certain point, à créer des groupes isolés et exclusifs les uns des autres, considérant leur idéologie et leur appartenance comme seule vérité et, en quelque sorte, leur patrie ; toutes les autres n’étant pas autorisées.

Ce succès n’a pas été atteint du jour au lendemain, mais en plusieurs étapes. Je pense que la première de ces étapes remonte à la chute de l’État des Omeyyades. C’est dès cette époque qu’a commencé « le jeu sur les identités » pour créer des fissures au sein de nos sociétés et démolir ce qu’elles avaient en partage. C’est ainsi que l’Histoire ancienne a vu tomber l’État des Omeyyades puis celui des Abbassides. C’est ainsi que l’Histoire moderne a vu tomber la Palestine !

Quant aux fissures dont nous voyons les conséquences dans notre Histoire contemporaine, je crois qu’elles ont commencé avec l’émergence des Frères Musulmans et qu’elles sont allées en s’aggravant depuis l’indépendance en raison du rôle nocif qu’ils ont joué dans un certain nombre de pays arabes, dont la Syrie. Les Frères Musulmans sont à l’origine de la première fissure, la fissure fondamentale entre l’arabité et l’Islam. Ils ont essayé de créer deux patries : une patrie pour les Islamistes et une patrie pour les nationalistes.

Ainsi, « la pensée colonisatrice » n’a jamais cessé de se manifester au travers de guerres successives, dont la « Guerre du Liban » qui avait pour objectif la création d’une patrie pour les Musulmans et d’une autre patrie pour les Chrétiens. C’est là que les conséquences de l’activisme des Frères Musulmans sur le terrain sont devenues plus lisibles, la plus importante et la plus dangereuse d’entre toutes étant la présence d’ « Al-qaïda » à laquelle l’Occident n’a pas manqué de prodiguer son soutien sur fond de révolution islamique en Iran ; révolution venue soutenir la cause palestinienne et donc le cœur même de l’identité pour les Arabes. Cette nouvelle donne les a poussés à s’orienter vers la création d’une nouvelle discorde entre les Sunnites et les Chiites pour démolir la relation entre les Arabes et les Perses ; tandis que le 11 septembre, l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak consacraient les fissures entre les Takfiristes et toutes les branches de l’Islam.

En d’autres termes, plus la discorde s’intensifie au sein d’une patrie, même partiellement, plus cette patrie se rétrécit et ne peut plus rassembler tous ses enfants. Or, la Syrie est toujours une patrie ouverte à tous les siens car si tel n’était pas le cas nous n’aurions jamais pu résister aux « foyers de la discorde » qu’ils ont voulu allumer dans certaines de nos régions. Nous avons pu leur résister jusqu’ici, parce qu’en Syrie existe la conscience d’un peuple capable d’empêcher le plein succès de telles manœuvres.

Par conséquent, la Syrie est la patrie capable de rassembler tous ses enfants, ce qui ne veut pas dire que nous ne devrions pas nous inquiéter de l’existence de ces foyers qui, s’ils n’étaient circonscrits, risqueraient d’en faire une patrie qui ne serait plus pour tous les siens !

2. Monsieur le Président, dès le début vous avez déclaré que ce qui se passait en Syrie n’était pas une révolution… Permettez-moi de rappeler ce qu’a déclaré le ministre russe, M.Sergueï Lavrov, lors de sa première rencontre avec une délégation d’opposants syriens rendus à Moscou où ils se sont présentés comme des révolutionnaires. Je le cite : « Si vous êtes des révolutionnaires et les représentants d’une révolution, pourquoi auriez-vous besoin de l’Étranger ? Un dicton historique dit qu’aucun régime au monde ne peut résister face à la révolution d’un peuple ! ». Personnellement, je suis convaincu que c’est vrai mais vous, Monsieur le Président, sur quel concept vous êtes-vous fondé pour dire qu’il ne s’agissait pas d’une révolution ?

Premièrement et partant de l’Histoire universelle, toute véritable révolution est purement interne et n’a rien à voir avec l’étranger ni de près, ni de loin. Pour exemples : la révolution russe, la révolution française, et même la révolution iranienne ! Toutes les vraies révolutions sont des révolutions populaires dont les facteurs sont purement internes. Mis à part certains détails, toutes les révolutions comportent un versant spontané mais sont dirigées par les élites idéologiques et intellectuelles. Concernant la Syrie, le « facteur externe » était d’emblée évident. C’est justement ce qu’ils ont essayé de cacher et ce qui est désormais d’une clarté absolue, alors que l’étranger nous submerge de déclarations sur ce que nous devrions faire ou ne pas faire pour trouver des solutions à ceci ou cela.

Deuxièmement, le quotidien « Al-Thawra » [Révolution en arabe], dont vous commémorez aujourd’hui le cinquantième anniversaire, fait référence à la révolution de 1963. Une révolution syrienne venue fortifier la patrie, la société, et l’homme ; répandre la connaissance et la culture par la construction de milliers d’écoles ; éclairer le pays par des milliers de lignes et de réseaux électriques dans les campagnes avant les villes ; promouvoir la situation économique par la création d’emplois pour tous, chacun selon ses compétences ; soutenir le plus grand nombre de citoyens : paysans, ouvriers, artisans…

La Révolution de 1963 s’est levée pour bâtir une armée ayant pour seule doctrine les valeurs nationales, une armée qui s’est battue dans les pires des conditions et les plus féroces des combats, une armée qui a triomphé en 1973 et qui continue de triompher depuis 50 ans… Son combat actuel, probablement l’un des plus durs, témoigne de son ancrage sur des principes et des valeurs intellectuelle et révolutionnaire ; valeurs partagées par le peuple et qui l’ont blindée contre ce qui se passe aujourd’hui en Syrie… Cette Révolution s’est faite pour construire un citoyen et une patrie, non pour les détruire ! Comment pourrions-nous la comparer à une quelconque prétendue révolution et comment pourrions-nous parler de révolution dans les circonstances actuelles en Syrie !? Ce dernier concept dont ils ont espéré nous convaincre n’a pas tenu la route et ce, depuis le début !

3. Mais, Monsieur le Président, ne croyez-vous pas qu’à l’intérieur même de la Syrie, certains ont cru à cette idée de « révolution » et ont contribué à la soutenir et à la promouvoir ? Ne croyez-vous pas que des « foyers révolutionnaires » existaient dès le tout début des événements ?

Bien entendu ! Mais ceci nous ramène à la notion de l’identité. Ceux que vous évoquez sont de deux types : l’un qui s’est complètement coupé de son identité pour se laisser éblouir par le rêve occidental y compris tous ses inconvénients ; l’autre qui s’est aussi dépouillé de son identité mais s’est dirigé dans le sens contraire, celui de l’extrémisme religieux. Ce deuxième type est le plus dangereux mais dans les deux cas, il y a extrémisme !

Il est évident que nous devons profiter des apports et des progrès de la civilisation occidentale, mais que nous nous laissions éblouir au point de nous dépouiller de notre propre identité relève en effet d’un certain extrémisme ; d’autant plus que l’identité arabe originale est modérée socialement, culturellement, politiquement et religieusement, parce qu’elle est née de la rencontre de toutes les civilisations qui se sont succédées depuis des milliers d’années. Lorsque l’Étranger cherche à déchirer cette identité dans un sens ou dans un autre, il travaille à la création de ces foyers prétendument révolutionnaires dont vous parlez. C’est ce qui m’inquiète en permanence, car l’extrémisme religieux et le suivisme occidental sont tous deux destructeurs de notre identité. Destruction vérifiée par les perturbations que nous constatons en Syrie ainsi que dans d’autres pays. Le problème n’est pas exclusivement syrien, même si « le facteur externe » y est plus dévastateur. C’est toute la région qui est concernée avec une composante externe surajoutée pour la Syrie !

4. Néanmoins, Monsieur le Président, ne peut-on considérer que les concepts et les modalités des révolutions changent et qu’il n’est pas obligatoire de se référer aux données historiques déduites des révolutions russe ou française pour parler de révolution en Syrie ?

Tout change en ce monde, mais certains principes humains fondamentaux sont invariables. Ainsi, les religions ne changent pas mais s’adaptent aux changements. Ce sont donc les mécanismes ou des détails nécessaires à cette adaptation qui changent, non les principes essentiels ! Si j’abondais dans votre sens et que je tombais dans le piège qui consiste à dire que ce qui se passe en Syrie est une révolution et que même les principes fondamentaux varient, nous devrions accepter l’idée que les exactions d’Israël en Palestine correspondent à une révolution des israéliens contre l’injustice palestinienne, ou que les USA mènent leur révolution contre l’injustice en Afghanistan et en Irak !  Dans ces deux cas, nous devrions accepter l’idée qu’il ne s’agit ni d’invasion, ni d’occupation. N’est-ce pas là l’idée maitresse soutenue par leurs médias avant d’envahir l’Irak ?

Autrement dit, une certaine lecture contemporaine des événements, telle que vous l’évoquez et telle qu’ils la pratiquent, ne devrait pas nous amener à extirper nos concepts fondamentaux. L’Occident par la voix de ses médias cherche inlassablement à nous faire tomber dans le piège des réalités inversées. Oui, je dirais comme vous que le renversement opéré est radical, que le juste est devenu illégitime et que l’injuste est devenu légitime. Ceux qui ont contribué à légitimer cette réalité inversée ont usé de stratagèmes politiciens et d’une large couverture médiatique. Oui, tout cela est sans doute bel et bien arrivé, mais cela n’implique absolument pas que nous adoptions leur point de vue ou celui de leurs médias.

5. Il n’empêche, Monsieur le Président, que certains Syriens de l’extérieur et de l’intérieur continuent à parler de révolution. Il s’agit donc d’une véritable controverse qui mériterait clarification.

Une controverse qui mériterait plutôt une rectification, puisque même les « ennemis de la Syrie » et leurs médias hostiles n’arrivent plus à soutenir l’idée qu’il s’agit d’une révolution. Ils ne mentionnent même plus le mot « révolution » et ne parlent plus que de « terrorisme ». Désormais, ils se sont déplacés vers un nouveau registre, celui de la distinction entre le « bon terroriste » et le « mauvais terroriste » à la manière américaine ! Ceci n’a évidemment pas échappé à la majorité des Syriens de l’extérieur et de l’intérieur, et nous en constatons les effets en Syrie. Il n’en demeure pas moins que certains ne peuvent toujours pas admettre cette réalité, soit parce qu’ils partagent la pensée extrémiste takfiriste des terroristes, soit parce qu’ils souffrent d’une cécité cérébrale qui fait que ce que capte leur rétine  n’atteint pas leur cerveau. Ceux-là, il n’y a rien à en attendre ! Quoi qu’il en soit, ces deux groupes d’individus sont désormais relativement peu nombreux, et nous ne nous soucions pas trop de ce qui se passe à l’étranger. Ce qui se passe en Syrie concerne le peuple syrien et ceux qui vivent en Syrie, car ce sont eux qui se battent et qui résistent.

6. Monsieur le Président, concernant le « nouveau registre », il est désormais de notoriété publique que des éléments étrangers combattent en Syrie. À certaines périodes, leur nombre se chiffrait en dizaines de milliers selon les estimations occidentales, et non seulement les statistiques syriennes. Comment expliquez-vous que la Syrie se soit transformée en « Terre de jihad » ? Comment et pourquoi en si peu de temps ?

La Syrie ne s’est pas transformée en Terre de Jihad. Le Jihad est motivé par le bien. Le Jihad appelle à construire, à développer et à défendre la patrie et le message divin. Toutes les religions révélées appellent à la justice, au droit et à l’équité. Ce qui se passe en Syrie est l’exact contraire du Jihad. Si jamais vous aviez raison de dire que la Syrie s’est transformée, vous devriez plutôt parler des tentatives actuelles visant sa transformation en « Terre pour le terrorisme » et ceci pour diverses raisons.

Il est clair que le terrorisme se développe et se multiplie automatiquement en situation de chaos et que là où règne le chaos, sévit le terrorisme. Ainsi, lorsque l’État afghan s’est affaibli, le terrorisme s’y est développé ; et lorsque l’Irak a été envahi, le terrorisme s’y est propagé. Le chaos attire donc le terrorisme, mais n’en est pas l’unique facteur de propagation. Des États étrangers en arrivent à le soutenir pour atteindre certains de leurs objectifs. C’est ce qui s’est passé lorsqu’ils ont voulu affaiblir l’État syrien en espérant qu’ils réussiraient à faire fléchir l’immunité historique de ce pays, ses prises de positions, et sa résistance. C’est ainsi qu’ils ont cherché à briser son unité aussi bien culturelle qu’intellectuelle. C’est pourquoi ils ont travaillé à détruire son infrastructure, son économie, et ses institutions étatiques indispensables à ses citoyens. Ces États « ennemis de la Syrie » seraient très heureux de voir sa destruction se poursuivre même si cela devait les occuper longtemps encore !

Mais ce n’est pas la seule raison qui fait que certains pays occidentaux soutiennent le terrorisme en Syrie. Une deuxième raison consiste à croire que ces groupes terroristes takfiristes, qui leur posent un véritable problème de sécurité depuis des décennies, vont tous se diriger vers la Syrie et se faire tuer ! Ainsi, ils feraient d’une pierre deux coups ; d’une part, ils se débarrasseraient d’eux en transférant la bataille de leurs pays ou de pays sous leur influence vers la Syrie ; d’autre part, ils affaibliraient enfin l’État syrien.

7. Pourtant, Monsieur le Président, ceux qui combattent en Syrie sous la bannière de ces groupes armés ne sont pas tous des étrangers. Oui, les étrangers se compteraient par dizaines de milliers. Mais nous avons quand même vu un Syrien manger le cœur de son frère. Qu’est-ce qui a pu nous mener jusque là ?

Lors de nos nombreuses réunions, j’ai souvent commencé par dire que ce qui se passe en Syrie est une « crise des morales » avant d’évoquer extrémisme, takfirisme, facteurs externes, ou autres. Parce que tout cela n’aurait jamais pu pénétrer notre société si elle avait été moralement protégée. Lorsque vous collaborez à fomenter ce type de crises, vous permettez à l’étranger de se mêler des affaires de votre pays. Lorsque la haine et l’argent vous gouvernent, vous vous transformez en mercenaires et tous vos principes patriotiques disparaissent. Et lorsque vous perdez vos principes moraux, vous perdez votre humanité. Vous vous transformez en une autre créature. Je ne dirai pas un animal, parce que l’animal ne mange pas la chair de son frère à moins de crever de faim. L’animal ne mange pas la chair de son frère par rancune. Lorsque vous perdez et vos principes moraux et vos idéaux, vous perdez de vue le concept de la véritable foi. Toutes les religions sont venues renforcer l’humanité par la morale et il est absolument inconcevable que la religion puisse couvrir ces coupeurs de têtes et nécrophages. Lorsque vous prétendez appartenir à une religion en adoptant des pratiques contraires à tous ses principes et dénuées de toute morale, comme cela s’est produit avec certains courants prétendument religieux, la religion devient pelures. Une religion véritable ne peut en aucun cas couvrir de tels comportements !

8. Vous avez dit « L’animal ne mange pas la chair de son frère par rancune ». Sommes-nous face à l’instinct de haine ?

Contrairement aux véritables croyances religieuses ou sociales qui se fondent sur la raison, les croyances déviantes font que l’être humain peut en arriver à haïr son frère si ce dernier ne partage pas sa doctrine. Par conséquent, oui le haineux peut perdre la raison et se laisser guider par sa haine. Je n’ai pas dit que c’est l’instinct qui lui fait perdre la raison et le pousse à décapiter ou à manger le cœur de son semblable, car l’être humain a une disposition naturelle opposée à la haine. C’est plutôt la fragilité des principes moraux et les des doctrines déviantes qui l’éloignent de sa raison.

9. Monsieur le Président vous avez redéfini le vrai sens du Jihad, mais nous constatons malheureusement que son expression la plus courante consiste à se battre et à tuer. Que faire ?

Il faut faire en sorte de les renvoyer  au Saint Coran, là où la parole divine est on ne peut plus claire. L’islam est une religion de miséricorde et de pardon, le mot « miséricorde » y revient des dizaines de fois. L’Islam est venu pour promouvoir l’humanité en l’homme, l’inciter à croire en l’amour et la compassion et à mépriser le meurtre. Le Prophète Mohamad [PSL] ne dit-il pas, dans le Hadith al-Sharif, que  la disparition de l’univers est plus facile à Dieu que le crime injustifié d’un croyant ? Le Coran et le Hadith sont très clairs et invitent l’humanité à l’amour d’autrui, au pardon, à la justice, à l’équité… Ceux qui prétendent imiter le Prophète devraient se souvenir de son comportement en tant qu’être humain à toutes les étapes de sa vie. Ainsi, ils pourront apprendre que son message est principalement fondé sur des principes moraux et humanistes.

Est-ce que les actions de ces wahhabites takfiristes ressemblent un tant soit peu aux comportements du Prophète Mohamad [PSL] ? J’ai d’ailleurs beaucoup discuté de ce sujet avec des dignitaires religieux syriens ou issus des pays du Levant. Nous pensons que la vie du prophète devrait être étudiée plus en profondeur par le plus grand nombre et à tous les niveaux, car le Prophète n’a pas seulement transmis la parole de Dieu, il l’a aussi mise en pratique sa vie durant. Et le Coran, le Hadith, et la vie du Prophète prêchent le contraire de ce qu’ils font.

10. À qui incombe la responsabilité d’inviter à revenir vers le Coran et vers les comportements du Prophète?

Quand un voleur, un criminel ou un extrémiste surgissent du cœur de la société c’est la responsabilité sociale collective qui est concernée. Mais alors, le premier à devoir assumer ses responsabilités est le gouvernement chargé d’en superviser tous les secteurs, y compris le secteur religieux. Ceci dit, l’État partage cette dernière responsabilité avec l’ensemble des institutions religieuses, dont le ministère des cultes, les instituts, les facultés et écoles, avec une attention particulière pour les plus récemment autorisées à enseigner la charia. Il est désormais indispensable que nous veillions à ce que tous ces organismes se concentrent sur les  concepts fondamentaux de la religion plutôt que de laisser le champ libre aux idées extrémistes qui se sont malheureusement infiltrées dans l’esprit de certains de nos enfants.

11. Certains disent que l’Etat porte la plus grosse part de responsabilité dans la mesure où cet environnement religieux extrémiste s’est développé sous ses yeux. Par exemple, ils lui reprochent de ne pas avoir suffisamment  encadré et contrôlé les écoles religieuses, d’avoir autorisé la construction d’un trop grand nombre de mosquées et, plus grave encore, de ne pas avoir tenu compte du fait que certains en construisaient pour échapper aux impôts !

En effet, au cours de cette crise j’ai rencontré beaucoup de personnes qui m’ont dit quelque chose de semblable, notamment que l’État avait commis une erreur en autorisant les écoles religieuses et qu’aujourd’hui nous en subirions les conséquences. Ce raisonnement n’est pas vrai. Bien au contraire, tout au long de cette crise nous n’avons rencontré aucun problème qui ait été causé par l’une de ces institutions. C’est un sujet très important dont il faut que nous discutions, d’autant plus qu’elles sont les plus aptes à comprendre les racines du problème et les plus engagées dans le contrôle de la situation.

Lors d’un précédent entretien j’ai parlé du rôle des dignitaires religieux, mais ici je veux parler de toutes les institutions religieuses, lesquelles n’ont jamais soutenu aucune manifestation appelant au désordre et au sectarisme. Parallèlement, j’aimerais vous donner une idée exacte de ce que sont ces takfiristes. Sachez que la plupart ne connaissent rien à la religion ; et que si certains connaissent les mosquées, ils n’entendent rien aux vertus de la prière. Dès le début des événements ils se rendaient tous les Vendredi dans les mosquées, juste pour pouvoir hurler leur « Allahou Akbar » à la sortie. Tandis que les institutions religieuses existent depuis des décennies et ont été appelées à jouer un rôle important depuis les années quatre-vingt sur fond de crise déjà fomentée par les Frères Musulmans ; crise qui a alerté l’État sur la nécessité de porter une plus grande attention au secteur religieux pour l’encourager à renforcer la conscience religieuse chez ceux dont les connaissances étaient dangereusement lacunaires, car c’est dès les années soixante-dix que les Frères Musulmans avaient réussi à pénétrer divers milieux de notre société et de notre clergé faisant croire que leur organisation était là pour promouvoir la religion face à « l’État athée » ! Par conséquent, nous devons nous occuper encore plus de l’enseignement religieux comme facteur de rectitude des consciences, non l’inverse.

12. Monsieur le Président, un conflit confessionnel a frappé le Liban il ya quelques décades. La même chose est arrivée en Irak après son invasion … Ne pouvions-nous pas imaginer que ce qui s’est passé dans les pays voisins viendrait inévitablement frapper chez nous ? Qu’avons-nous fait pour y faire face ?

Évidemment que nous l’avons imaginé. Sinon, nous n’aurions pas pu nous opposer à une série de politiques étrangères occidentales qui nous paraissaient devoir mener au chaos. Ainsi nous avons catégoriquement refusé la guerre contre l’Irak en dépit de toutes les menaces américaines, et malgré toutes les offres alléchantes en retour…

Nous sommes, par principe, opposés à toute agression contre un pays frère ou ami. Mais si nous avons dit « non », ce n’était pas uniquement par souci fraternel pour l’Irak mais aussi parce que nous mesurions les conséquences désastreuses de cette guerre. Nous avions exprimé cette même inquiétude en ce qui concerne l’Afghanistan. Après le 11 Septembre, je n’ai cessé de mettre en garde les fonctionnaires américains. En ce temps là ils nous rendaient encore visite en Syrie et répétaient à l’envi qu’ils allaient s’attaquer aux terroristes et les frapper partout où ils se trouvaient. Ils supposaient que nous étions ravis de leur discours puisque dès 1985 la Syrie avait été la première à définir clairement le terrorisme et avait appelé à la formation d’une coalition internationale contre ce fléau. À l’époque, cet appel n’avait pas intéressé grand monde parce qu’ils n’avaient pas encore goûté au terrorisme dans leurs pays.  J’ai moi-même dit et répété aux Américains que leur guerre en Afghanistan allait le renforcer et le répandre.

Car le terrorisme est comme le cancer. Si vous lui donnez un coup de bistouri sans pratiquer une exérèse totale, il métastase. Il faut donc l’éradiquer, non se contenter de le frapper. Mais la guerre n’est pas un moyen suffisant pour réussir son éradication. Il faut y ajouter l’éducation, la culture, la communication et même l’économie. Ils n’ont pas voulu écouter et nous souffrons toujours des conséquences de la guerre en Afghanistan. Ou alors ils ont écouté mais ont choisi de refaire leur coup en Irak bien que nous les ayons prévenus que la situation allait se transformer en guerre sectaire et mener vers la partition, et c’est ce à quoi nous assistons. Quant à nous, dès 1976 nous sommes entrés au Liban en raison des répercussions immédiates de la guerre sur la Syrie. Oui nous sommes entrés pour protéger le Liban, mais pour protéger la Syrie aussi !

Donc, pour répondre à votre question, je dirai que nous observions ce qui se passait autour de nous quittes à intervenir quand nous le devions et que nous le pouvions. Mais vous ne pouvez pas vous soustraire à votre environnement et ce qui devait arriver est arrivé ! Pourtant, ces dernières années et notamment après la Guerre d’Irak, nous nous sommes employés à prévenir, autant que possible, les retombées néfastes de l’extérieur vers l’intérieur. Là aussi, vous pouvez prévenir partiellement, retarder quelque temps, mais vous ne pouvez interdire toutes les retombées tout le temps. Aussi, les foyers extrémistes ont commencé à apparaître en Syrie dès 2004. Au départ il s’agissait de foyers étrangers mais malheureusement, avec le temps, une proportion non négligeable de Syriens les ont rejoints.

13. Des tentatives visant à créer des divisions sectaires existeraient donc depuis le début et même avant cette crise. Que pensez-vous de la dernière tentative consistant à accuser le Hezbollah de dérive confessionnelle ?

Ils ont utilisé tous les moyens pour déstabiliser notre région : colonialisme direct ou indirect, menaces, déstabilisations sécuritaire et culturelle… Mais la Syrie est restée l’obstacle empêchant la réussite de ce qu’ils avaient planifié. Dernièrement et suite aux événements survenus dans certains pays arabes, ils se sont imaginés que le moment était propice pour frapper la Syrie et à travers elle atteindre « l’Axe de la Résistance » en inversant les réalités de la région. Pour cela, ils s’évertuent à redéfinir et l’ennemi et l’allié. Israël doit se transformer en « ennemi invisible » et pourquoi pas en « ami » ; alors que la Résistance doit apparaître comme l’ennemi dont le projet est à visée confessionnelle, non un mouvement de lutte contre l’occupation israélienne !

C’est là leur dernière trouvaille pour frapper le concept même de la Résistance contre Israël, et c’est dans ce but qu’ils ont cherché à modifier la perception du peuple syrien. Ils ont cru qu’ils réussiraient à aveugler nos consciences, modifier nos idéaux, nous faire reculer ou hésiter, nous faire peur étant données les retombées prévisibles de toutes ces déviances. Ils ont échoué aujourd’hui, comme ils avaient échoué par le passé.

Pour nous comme pour la Résistance et pour tous ceux qui nous soutiennent, la voie est claire. L’Étranger pourra continuer à manigancer autant qu’il le voudra. Nous atteindrons nos objectifs autant par notre résistance que par notre immunité intérieure. Nous y arriverons sans jamais hésiter et par nos propres moyens. Ils peuvent toujours continuer à discuter, nous ferons ce que nous jugerons bon dans l’intérêt de la Syrie.

14. Avions-nous besoin que les soldats du Hezbollah se battent à nos côtés ?

Ce n’est pas la première fois que l’on me pose cette question. Ma réponse sera très claire : l’armée syrienne se bat dans de nombreuses régions du pays, si nous avions eu besoin d’une aide étrangère nous aurions pu l’obtenir. S’agissant de la bataille d’Al-Qusayr, la question relève plus de la Résistance que de la situation interne en Syrie. De plus, cette ville n’a pas l’importance stratégique qu’ils ont cherché à lui accorder.

15. Mais l’Occident l’a présentée comme la bataille des batailles !

Exact ! Ceci parce qu’elle devait avoir une incidence aussi bien sur la situation interne syrienne que sur la Résistance ; d’autant plus que la ville d’Al-Qusayr, située en zone frontalière, est considérée comme l’arrière cours de la Résistance. Une Résistance forte a nécessairement besoin d’une réelle profondeur. La Syrie est la profondeur de la Résistance. D’où l’importance stratégique de cette ville par rapport aux relations entre la Syrie et le Liban, et plus spécialement entre la Syrie et la Résistance. C’est la raison fondamentale qui explique que la Résistance devait se joindre à la bataille qui la concernait autant que la Syrie. Oui, il était nécessaire qu’elle le fasse. Nous n’avons pas hésité, nous ne nous en sommes pas cachés, et nous n’avons pas à en rougir.

Mais je répète que si nous avions besoin de la Résistance, pourquoi en aurions eu besoin à Al-Qusayr et non à Damas, Alep ou dans d’autres régions ? Pourquoi exagérer cette participation ? Nous avons notre Armée et désormais les nombreux éléments de notre Défense nationale qui se battent à ses côtés. Aucun pays étranger ne pourrait nous garantir un tel nombre de défenseurs prêts à soutenir nos Forces armées.

16. Monsieur le Président, contrairement à tout ce que vous venez de nous dire certains opposants, en particulier ceux de l’extérieur, continuent à prétendre que ce qui se passe en Syrie est un conflit confessionnel et que c’est l’État qui a créé une structure sectaire dans son propre intérêt.

Dire que c’est l’État qui a créé une structure sectaire, c’est dire que l’État contribue à diviser la société syrienne. C’est dire que l’État cherche à diviser la patrie. Ces allégations sont-elles compatibles avec tous les combats que nous menons pour l’unité de la Syrie ? Ne sont-elles pas catégoriquement contredites par, à la fois, notre répartition démographique et la nature des batailles que nous menons ? Pour qu’un État reste fort, n’a-t-il pas intérêt à ce que le pays reste uni et que la situation sociale soit apaisée ? N’est-ce pas là un principe universel qui contredit toutes ces allégations ? En réalité, la structure sectaire pousse l’État vers la faillite et non vers la réussite, et aucun État au monde ne s’orienterait dans cette direction à moins qu’il ne soit un état ignorant. Ce qui n’est pas le cas de la Syrie !

17. Monsieur le Président, permettez encore plus de précision. Certains, dont particulièrement les occidentaux, vous accusent d’avoir été suffisamment malin pour faire croire « aux minorités » qu’elles étaient menacées dès le tout début des événements. Ainsi vous auriez réussi à les fidéliser. De leur point de vue, vous seriez donc responsable de la division de la société syrienne.

Si ce discours était vrai, nous serions tout de suite entrés en guerre civile et l’État serait tombé ! Si nous avions fonctionné selon cette logique, la Syrie toute entière l’aurait refusée ; car en Syrie on ne parle jamais de minorités et de majorités. Mais admettons que nous puissions adopter une telle terminologie, il est évident que les minorités ne peuvent pas protéger l’État. L’État tient sur des majorités, pas nécessairement sur des majorités confessionnelles ou religieuses, mais obligatoirement sur des majorités populaires. Par conséquent, l’État et le peuple syriens ayant tenu bon, cela implique qu’il ne s’agit pas de minorités mais de majorités qui ont soutenu leur État. Et, dans notre cas, les majorités ne peuvent qu’inclure toutes les communautés ; ce qui démolit toutes ces accusations.

Il est remarquable de constater que le projet hégémonique occidental a toujours essayé de se servir de cette notion de minorité, témoin en est le colonialisme français et la façon dont il a divisé la Syrie : un état alaouite, un état druze, Damas, Alep… En toutes choses, ils se sont fondés sur cette notion de minorité. Mais, quatre-vingt-dix ans plus tôt, nos grands parents avaient pris conscience de la gravité d’une telle partition. Est-il raisonnable que malgré nos expériences passées nous soyons moins conscients que nos ainés ? N’y voyez-vous pas une deuxième contradiction ? Ils ont déjà tenté cette même expérience et bien qu’ils aient battu monnaie et accumulé les documents de propriété, elle a échoué. L’expérience a échoué hier et il est impossible qu’elle réussisse aujourd’hui, sauf si la pensée  takfiriste ou l’idéologie des Frères Musulmans arrivaient à s’enraciner en Syrie. La discorde aidant, la partition deviendra possible comme cela s’est passé pour d’autres pays arabes. Mais cela ne se produira pas !

18. Mais les accusations, prétendant que c’est l’État qui a créé une structure sectaire, ne sont pas formulées que par des extrémistes. Elles sont aussi soutenues par certains intellectuels qui se présentent comme des laïcs.

C’est malheureusement vrai. Les discours sectaires que nous entendons ne sont pas uniquement tenus par des  extrémistes mais sont aussi tenus par de prétendus laïcs. Aujourd’hui, nous sommes face à deux groupes versant dans le sectarisme. Un groupe qui se prétend laïc, bien que nous ayons dit et répété que la laïcité n’est pas contre les religions, mais  signifie la liberté des cultes. Un autre groupe qui se prétend religieux mais qui ignore tout de la religion. Ce qui est essentiel est que la majorité de ceux qui sont instruits des religions et qui ont la foi ne sont absolument pas tentés par le sectarisme et pensent, comme nous tous, que le sectarisme est l’antithèse de la religion.

Le trait d’union, entre le premier groupe qui se prétend instruit et laïc et le deuxième qui prétend connaître l’essence de la religion, est l’ignorance. L’ignorance religieuse plus précisément, car c’est ce qui mène vers le sectarisme dans le sens péjoratif  de ce terme. Autrement dit, je ne parle pas ici de ceux qui partagent une même doctrine religieuse réfléchie. Entre les deux existe une nette différence, la doctrine étant fondée sur la pensée intellectuelle. Ainsi, nos anciens dignitaires religieux nous ont construit des écoles de pensées qui ont enrichi notre compréhension des religions. Ils ne nous ont jamais encouragés à adhérer à ce type de sectes et de sectarisme. C’est ceux qui ignorent la religion qui font que leur secte se substitue à la religion, ce qui est grave et destructeur. Par conséquent, nous ne sommes pas surpris par ces groupes qui se vantent d’être laïcs, alors qu’ils ne savent pas ce qu’est la religion, ni ce qu’est la laïcité. Tout ce qu’ils connaissent c’est le confessionnalisme !

19. Compte tenu de toutes ces idées fausses et de toutes ces pratiques perverses qui ont envahi notre société apportant leurs lots de meurtres, de décapitations, de fanatismes et de divisions, assistons-nous aux prémices de la faillite du projet d’unité panarabe au profit des intolérants et des takfiristes ?

L’identité arabe est menacée par trois facteurs : le premier est son aliénation à l’Occident, le deuxième est l’extrémisme, et le troisième est la triste performance de certains États arabes qui a conduit à s’éloigner du concept de l’arabité. Ces trois facteurs ont d’ores et déjà porté des coups sévères au projet d’unité panarabe. Ce projet bien que moribond est encore en vie. C’est ce qui ressort des attitudes du peuple qui n’a pas abandonné son identité. Certes, il a été affecté, ici ou là, par les foyers de la discorde ; mais la société arabe n’a pas changé. Au contraire, elle reste toujours enracinée dans son identité première : l’arabité !

20. Au début de la crise, la Turquie nous a appelés à négocier avec les Frères Musulmans en tant que mouvement politique. La Syrie a opposé un  refus catégorique et la voici qui accepte de se rendre à Genève « sans conditions préalables ». Monsieur le Président, allons-nous dialoguer avec les Frères Musulmans ?

Nous dialoguons avec toutes les parties. Nous dialoguons en partant du principe que nous pourrions amener l’autre partie sur la bonne voie, la voie de la patrie. Nous avons dialogué avec les Frères Musulmans même après qu’ils nous aient frappés en Syrie, en 1982. Nos dialogues ont été ininterrompus, mais franchement, à chaque fois nous avons eu à constater que les Frères Musulmans n’abandonneraient jamais leur logique hypocrite, et surtout pas leur unique objectif : le pouvoir. Ils n’ont jamais raisonné en termes de patrie.

D’autre part, nous dialoguons avec eux en tant qu’individus, non en tant que parti politique ; le principe même d’un parti religieux étant inacceptable pour nous. Notre nouvelle constitution ainsi que nos lois sur les partis sont très claires là-dessus. Une fois de plus, cela ne veut absolument pas dire que nous sommes contre la religion. C’est tout le contraire. Nous sommes pour la religion, mais nous pensons que la religion est un appel à toute l’humanité. Par conséquent, elle ne peut être reliée à une catégorie limitée de personnes, et elle est bien trop noble pour être mêlée aux détails partisans…Nous pensons aussi que la vraie religion ne peut que renforcer l’éthique et la morale, qui à leur tour contribuent à renforcer les partis politiques, l’économie, le commerce et, en fin de compte, la patrie elle-même.

C’est ce que nous pensons et c’est pourquoi nous ne les reconnaissons pas comme parti politique. Pour nous, ce sont des terroristes qui ont assassiné des milliers de Syriens. Nous ne l’avons pas oublié ! Leurs directions et leurs dirigeants qui ont ordonné les meurtres de Syriens sont maintenant à l’étranger, mais n’ont pas changé. Nous dialoguerons avec tout le monde tout en ayant à l’esprit quelles sont leurs véritables tendances. Nous dialoguerons en sachant qu’il est très peu probable qu’ils aient pu évoluer et qu’ils soient soudain devenus modérés ou patriotes après près d’un siècle d’immobilisme. Ici, il faut rappeler que certains de leurs dirigeants, avec lesquels nous avions justement dialogué en 1982, sont rentrés au pays à titre personnel. Ils n’ont pas abandonné leur croyance doctrinaire, ce qui ne nous empêche pas de les respecter dans la mesure où lis sont revenus pour contribuer à construire le pays et non à le détruire.

En tout cas, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, le plus important est que les données du dialogue avec telle ou telle partie seront soumises à un référendum populaire. Le peuple ne peut choisir que ce qui est bon pour la patrie !

21. S’agissant des Frères Musulmans que pense le Président Al-Assad de ce qui se passe en ce moment même en Égypte ?

Il s’agit, tout simplement, de la faillite du dit « Islam politique », faillite d’un type de gouvernance que les Frères Musulmans ont voulu vendre non seulement en Égypte… Quoi qu’il en soit, je dis et je répète que nous n’acceptons pas que l’Islam descende au niveau de la politique, car la religion est au-dessus de la politique. Pour nous, le message religieux doit suivre son propre chemin indépendamment et séparément de la gouvernance, de ses tours et ses détours.

C’est donc une expérience qui a très vite échoué, car  fondée sur des principes erronés. Le regard que nous portons sur les Frères Musulmans est maintenant compatible avec la situation en Égypte. Quiconque utilisera la religion au profit de la politique, ou d’un groupe exclusif, subira l’échec tôt ou tard et n’importe où en  ce monde.

22. Les Frères musulmans ont échoué parce qu’ils ont trompé le peuple égyptien, ou bien est ce le peuple qui s’est soudainement aperçu de ce qu’ils étaient en réalité ?

Lorsque vous parlez de l’Egypte, de l’Irak et de la Syrie, vous parlez de pays situés dans des zones stratégiques et enracinés dans l’Histoire et la Terre depuis des milliers d’années. Par conséquent, leurs peuples ont accumulé une sensibilité et des connaissances particulières qui font que vous ne pouvez plus les tromper. Certes vous pouvez tromper une partie du peuple, une partie du temps ; mais vous ne pouvez pas tromper tout le peuple, tout le temps. Ceci, sans oublier que le peuple égyptien porte en lui des milliers d’années de civilisation et une pensée arabe et nationaliste évidente. Ce qui s’est passé cette dernière année est peut-être une réaction en rapport avec le gouvernement précédent. Mais cette année aura permis à ce peuple de découvrir les mensonges du nouveau. Il semble qu’il ait été aidé en cela par les pratiques des Frères Musulmans eux-mêmes.

23. Un an ! C’est une vitesse record.

En effet. Le mérite en revient aux Frères Musulmans.

24. Est-il juste de dire que l’expérience des Frères Musulmans au pouvoir est un échec 

Pour nous, elle avait échoué avant même de commencer. Ce type de gouvernance ne peut qu’échouer car il est incompatible avec la nature humaine. Le projet des Frères Musulmans est un projet hypocrite destiné en réalité à créer des troubles dans le monde arabe. Ils ont été les premiers à fomenter les conflits sectaires en Syrie dès les années 1970, alors que nous ne savions même pas ce que signifiaient le sectarisme et le communautarisme. Nous n’en avions jamais entendu parler comme nous ne pouvions pas en comprendre les concepts. Leur projet est donc un projet de discorde qui n’est pas durable pour les sociétés conscientes. D’où notre verdict avant même qu’il ne soit mis en application.

25. Certains disent que la décision de rompre les relations avec la Syrie est  l’une des causes de ce que nous observons aujourd’hui dans la rue égyptienne. Reuters, citant une source militaire, avait rapporté que l’armée elle-même avait commencé à changer d’avis suite aux déclarations de Morsi lors de sa rencontre avec l’opposition syrienne.

Je ne veux pas parler au nom des Egyptiens, mais je peux vous dire que lorsqu’il y a quelques semaines Mohamad Morsi a annoncé la rupture des relations avec la Syrie, des contacts ont eu lieu entre les deux parties pour parvenir à un compromis. Cela a d’ailleurs été révélé par le ministre syrien des Affaires étrangères, M. Walid al-Mouallem, lors de sa dernière conférence de presse. Ce qui implique qu’au sein même du gouvernement égyptien certains désapprouvent cette décision, parce que c’est une mauvaise décision. Jugement partagé par de nombreux intellectuels et éminents journalistes égyptiens qui n’ont pas tardé à clairement exprimer leur indignation.

C’est une mauvaise décision parce que la relation stratégique entre les deux pays remonte très loin dans le temps. Il y a des milliers d’années, les pharaons en avaient pleinement conscience tant du point de vue politique que du point de vue militaire. D’où la bataille entre Égyptiens et Hittites à Kadesh [située non loin d’Al-Qusayr et de Homs] en 1280 av. J.-C. ; les Hittites d’Anatolie ayant déjà réalisé l’importance des relations avec la Syrie pour leurs propres intérêts, les pharaons considérant la Syrie comme la profondeur stratégique de l’Egypte. Il n’y a eu ni vainqueur ni vaincu, et la bataille s’est soldée par l’un des plus anciens accords connus. Voilà ce que les pharaons avaient compris dès 1280 av. J.-C. Comment se fait-il qu’une personne vivant au XXIe siècle ne l’ait pas compris ? C’est d’une ignorance éhontée !

26. Monsieur le Président, le processus que vous avez enclenché est en marche : les travaux préparatoires sont bien avancés, le dialogue se poursuit, Genève 2 est à l’horizon… Mais toutes ces questions sont d’ordre politique, alors que je voudrais vous interroger sur des questions d’ordre humain concernant la tolérance, la réconciliation, le pardon… Certains se demandent comment pourrions-nous pardonner aussi bien dans le domaine interne que dans le domaine externe ?

Pour moi, le domaine interne est le plus important. Nous avons parfois tendance à mettre tout le monde dans le même panier, alors qu’il y a celui qui a saboté mais n’a pas assassiné, celui qui a porté des armes mais n’a pas tué, celui qui a aidé mais n’a pas commis de crime… Autrement dit, nous avons à faire à toutes sortes de gens. Nous pensons que l’État peut pardonner à ceux qui n’en sont pas arrivés à assassiner à condition qu’ils reviennent dans le giron de la patrie. C’est alors une question de Droit public qui relève de la responsabilité de l’État.

En revanche, en cas d’assassinat nous sommes dans le domaine du Droit des personnes et l’État ne peut pousser à renoncer à un droit personnel. Ceci dit, un certain nombre de familles que j’ai rencontrées m’ont dit mot pour mot : «Si le sang de notre fils ou de notre frère peut résoudre le problème, nous pardonnerons ! ». Lorsque vous entendez de tels propos tenus par des familles qui ont perdu leurs enfants, vous ne pouvez qu’en retenir la leçon et en conclure que le pardon est indispensable pour résoudre les crises nationales à condition qu’il soit personnel et non réglementé.  Le pardon est en effet une force et une marque de patriotisme. Nous devrions tous adopter cette attitude. Comme tant d’autres familles, ma famille a été frappée et a perdu des proches ; mais nous devons faire passer notre patrie avant nos sentiments personnels et ceci aussi bien en interne qu’en externe.

Concernant le domaine externe il relève de la politique étrangère qui repose sur des principes et tient compte des intérêts du pays beaucoup plus que des émotions. Il y a donc à la fois des principes à respecter et des intérêts à défendre, l’idéal consistant  à trouver la liaison indispensable entre les deux. Liaison indispensable, car lorsque vos principes sont incompatibles avec vos intérêts, les premiers sont faux ou les seconds sont mauvais. S’agissant de pardon et de réconciliation en matière de relations étrangères, ils sont bénéfiques lorsqu’ils servent notre objectif premier qui est l’intérêt du citoyen syrien. Pourquoi exclurions-nous cette possibilité ? Nous ne l’avons pas fait. Nous avons déjà accueilli un certain nombre de personnalités politiques représentant des gouvernements qui ont démontré leur hostilité à notre égard, toujours dans le but de servir les intérêts du citoyen syrien.

27. Monsieur le Président, les citoyens syriens sont aujourd’hui face à deux préoccupations majeures. D’une part, le terrorisme avec son lot de sang et de destructions. D’autre part, la dégradation de la situation financière. Que pensez-vous de la rumeur qui court sur les conséquences désastreuses dues à de la hausse démentielle du taux de change du Dollar ? Que diriez-vous au citoyen syrien ?

Une évaluation objective de la situation doit se fonder sur des évidences. La première évidence implique que le bien-être du citoyen nécessite une bonne situation économique, laquelle exige une bonne situation sécuritaire. Par conséquent, le problème de l’insécurité influe directement ou indirectement sur la situation économique de chacun que nous le voulions ou pas, et malgré les meilleurs compétences que nous chargerions de ce secteur.

Une autre évidence est que nous payons notre refus d’obtempérer aux exigences de gouvernements étrangers. Les États qui ont cherché à nous frapper, en soutenant une prétendue révolution puis le terrorisme et qui ont été mis en échec par notre peuple et notre armée, n’avaient plus d’autre solution que de s’attaquer à notre économie. Telle est leur vengeance contre le citoyen syrien pour avoir soutenu sa patrie avant toute autre considération. Il faut qu’il paye le prix en endurant parallèlement les sanctions financières et les violences terroristes. Si vous tenez compte de ces deux éléments, vous mesurerez ce que nous coûte notre indépendance ; un prix exorbitant, mais que nous sommes obligés de payer !

Maintenant, nous pouvons toujours limiter les dégâts en luttant contre les inévitables profiteurs de guerre et les éventuelles erreurs des fonctionnaires. Nous devons identifier les politiques qui conviennent aux circonstances du moment, et ne pas tomber dans les erreurs de ceux qui évaluent les performances du gouvernement actuel selon les critères d’avant la crise. C’est là un comportement irréaliste car la situation est toute autre. De même, il est impossible que nous consommions de la même manière qu’avant la crise. Cela aboutirait à exercer une pression supplémentaire sur l’économie et sur la Livre syrienne. Nous sommes obligés de nous adapter et de modifier nos modes de vie et de consommation jusqu’à ce que nous parvenions à la solution politique qui va de paire avec le rétablissement de la pleine sécurité. Nous devons comprendre que nous ne pourrons mettre un terme à nos difficultés économiques tant que nous n’aurons pas restauré la sécurité.

Et c’est parce que ces difficultés économiques touchent toute la société abstraction faite de l’appartenance politique, nous devons tous nous unir pour battre le terrorisme, condition préalable pour le rétablissement de notre économie. Il faut savoir que même les citoyens qui ont rejoint les foyers de la discorde et qui ont adhéré à la prétendue révolution sont maintenant frappés par la pauvreté. Il est regrettable qu’ils en soient arrivés là pour se mettre à réfléchir. Comme il est regrettable de toujours compter sur les autres, problème courant dans nos sociétés.

Oui, nous devons absolument tous travailler ensemble que l’on soit responsable politique, fonctionnaire ou citoyen. Nous devons inventer de nouvelles idées et travailler ensemble à les concrétiser. Nous devons solliciter toute notre créativité pour trouver des solutions à la crise, sinon c’est la crise qui nous imposera ses solutions. Oui nous avons encore cette option, et je dis et je répète que si nous coopérons tous ensemble pour en finir avec le terrorisme dans le plus court délai possible, nous n’aurons plus à craindre pour notre économie qui sera encore plus prospère qu’avant, parce que notre peuple déborde d’énergie.

Nous sommes un pays de civilisations. Nous avons construit notre pays avec nos moyens et nos compétences. Pour cela, nous n’avons pas sollicité l’aide de l’étranger. Nous avons rencontré des difficultés… mais nous l’avons construit. Nous sommes donc capables de le reconstruire une fois cette crise vaincue, comme nous sommes capables de rétablir notre économie. Mais d’abord, il nous faut rétablir la sécurité.

28. Quelle est la vérité sur les ressources de nos eaux territoriales en pétrole et en gaz, ressources qui ont fait l’objet de rapports issus de divers centres de recherche 

C’est la vérité, que ce soit dans nos eaux territoriales ou dans notre sol. Les premières études ont fait état d’importants gisements de gaz dans nos eaux territoriales. Puis, nous avons su que d’autres gisements s’étendaient de l’Egypte, à la Palestine et sur tout le long de la côte ; ces ressources étant plus abondantes dans le nord.

Certains disent que l’une des raisons de la crise syrienne est qu’il serait inacceptable qu’une telle fortune soit entre les mains d’un État opposant mais, évidemment, personne ne nous en a parlé de façon directe. C’est une analyse logique de la situation et nous ne pouvons ni la réfuter, ni la considérer comme une raison secondaire. C’est peut-être la raison principale de ce qui se passe en Syrie mais, pour le moment, elle reste du domaine de l’analyse.

29. Monsieur le Président, j’aimerais revenir sur les conditions de vie mais sous un autre angle. Le gouvernement a procédé à deux augmentations de salaire depuis le début de cette crise. La première était attendue et certains pensaient qu’elle était nécessaire. En revanche, la deuxième était inattendue dans le sens où certains ont été surpris de voir l’État accorder cette augmentation dans ces circonstances difficiles. C’est certes un élément d’espoir pour les projets d’après la crise. Nous dirigeons-nous dans ce sens ? Avons-nous fait ce qu’il fallait pour notre avenir ?

Vu les destructions que nous avons subies, il est évident que l’économie syrienne devra essentiellement travailler à la reconstruction ; ce que nous avons d’ores et déjà commencé à faire. Nous avons planifié et validé nos projets, puis nous avons commencé leur mise à exécution. Le retard n’est dû qu’à la situation sécuritaire, la sécurité étant essentielle pour que les divers corps de métiers puissent se rendre à leur lieu de travail. Quant à l’augmentation des salaires, il est certain qu’il est surprenant qu’un État qui subit une telle agression guerrière puisse continuer à payer les salaires et à assurer les services, même de moindre qualité, là ou d’autres États beaucoup plus puissants auraient failli. C’est un succès non négligeable, mais je répète que nos ambitions sont plus grandes et que nous pouvons mieux faire si nous nous épaulons les uns les autres.

30. Reste une autre question en relation avec les conditions de vie des citoyens. Certains considèrent que c’est l’État qui est responsable de l’insécurité des frontières, du désordre du marché, et de la flambée des prix. L’État serait absent. Est-ce que nous en sommes là parce nous avons été surpris par la crise, ou bien est-ce nos institutions qui sont déficientes?

Il est certain que les lacunes et dysfonctionnements de certaines institutions étatiques existaient avant la crise. J’ai régulièrement abordé ces problèmes, y compris ceux relatifs à la corruption, à la négligence, à l’incompétence de certains responsables… La crise a évidemment mis à découvert tous ces déséquilibres et les a même multipliés, ce qui est normal. Mai dire que l’État est absent ou présent sur la seule base de la situation interne avant et après la crise, c’est considérer que cette crise est strictement d’origine interne, ce qui n’est pas le cas. Certes, la situation interne souffre de la corruption, de l’insécurité, du chaos, des exactions des bandes armées… comme c’est les cas pour d’autres pays. Mais notre situation est complètement différente. Nous sommes en situation de guerre, une guerre venue de l’extérieur mais qui utilise des outils de l’intérieur. L’État travaille à la défense de la patrie et, dans ces conditions, il est illogique d’évaluer son action globale sans tenir compte de l’ensemble de la situation.

La présence de l’État se juge avant tout sur le maintien ou l’abandon de ses principes. Est-ce que l’État syrien a renoncé à ses principes ? Non, il n’a renoncé ni aux principes fondamentaux de sa politique interne, ni aux principes fondamentaux de sa politique externe. Il est toujours pour la Résistance. Il est toujours aussi concerné par la question palestinienne. Il continue à payer les salaires et à assumer ses responsabilités vis-à-vis des ouvriers et des cultivateurs. Il continue à embaucher là où il le peut. Il continue à assurer les services dus aux citoyens, malgré la destruction des infrastructures. En plus des réformes, ils lancent autant de projets que la situation le permet. Par conséquent l’Etat syrien n’est pas absent, il est en situation de guerre !

31. Nos institutions et nos infrastructures sont vandalisées ou détruites, ce qui est perçu par certains comme le début de la faillite de l’Etat syrien. Est-ce le cas ?

S’ils frappent nos infrastructures, détruisent notre économie, cherchent à installer l’insécurité et le chaos dans notre société, c’est justement pour nous mener à une situation d’État en faillite. Mais nous n’en sommes  pas encore là, la preuve en est que l’économie fonctionne toujours malgré les graves difficultés que personne ne s’attendait à nous voir dépasser. Les ouvriers, les employés, les commerçants… continuent à se rendre à leur travail malgré les énormes problèmes de sécurité. La vérité est que le peuple syrien a prouvé qu’il était résistant et plein de vie. Après les explosions, une fois que les victimes ont été évacuées et les gravats retirés, chacun reprend son travail même si tous s’attendent à ce qu’un obus tombe, qu’une bombe explose, qu’une attaque terroriste survienne… Nous n’avions jamais connu cela en Syrie. Nous ne savions même pas que nous en étions capables. Nous savons aujourd’hui que nous sommes un peuple vivant qui croit en son destin, ce qui fait que nous ne prendrons pas le chemin de la faillite.

Maintenant, je pense qu’ils ont épuisé toutes les armes possibles et imaginables, pour nous atteindre moralement, physiquement, psychologiquement… Il ne leur reste plus que l’intervention militaire directe, mais je ne crois pas qu’ils en arriveront jusque là pour de multiples raisons. J’ai souvent dit que commencer une guerre est une chose, en finir c’est autre chose ! Nul ne peut prévoir la fin d’une guerre. D’où les hésitations ou les refus de la majorité des gouvernements. Quant à nous si nous continuons à en franchir les étapes avec autant de conscience, nous n’avons rien d’autre à craindre. Je ne suis pas inquiet.

32. Vous êtes donc optimiste, Monsieur le Président ?

Si je n’étais pas optimiste, je n’aurais pas pu résister aux côtés du peuple syrien ; et si le peuple syrien n’était pas optimiste, il n’aurait pas pu résister. Le désespoir est à la base et le début de la défaite. La défaite est avant tout psychologique. Si les gens que je rencontre n’étaient pas optimistes ils ne me répéteraient pas : « La crise touche à sa fin », « la Syrie est protégée par Dieu », « Nous n’avons pas peur ». Ils ne reviendraient pas sans cesse sur les paroles de feu le cheikh Mohamad Saïd Al-Boutî qui croyait que la Syrie s’en sortira … C’est animé d’une vraie foi, religieuse et patriotique, que le peuple syrien attend la fin de cette crise. Il faut donc croire que sans optimisme il n’y aurait pas foi, et que sans foi il n’y aurait pas optimisme.

24. À l’occasion de ce cinquantenaire, Monsieur le Président, puis-je me permettre de vous demander d’adresser un message personnel à tous mes collègues de la presse écrite ? En un mot, ils ont été exemplaires par leur dévouement, leur abnégation et leur travail acharné. Je pense en cet instant à l’un de nos collaborateurs, simple ouvrier à l’imprimerie, qui se met en danger toutes les nuits en risquant sa vie à chaque poste de contrôle routier. Il n’a aucune ambition politique et n’est motivé que par son patriotisme et son sentiment d’appartenance à notre institution. Je dois dire que cette remarque s’applique à tous les employés des médias nationaux qui ont témoigné de leur fidélité à notre patrie.

Ce que vous dites des employés de votre quotidien, et qui en effet s’applique à tous les employés des médias nationaux, confirme que le peuple syrien est bien vivant et résiste ! J’espère que vous transmettrez mes chaleureuses salutations à tous vos collègues, d’autant plus que vous commémorez le cinquantenaire de l’un des plus anciens quotidiens patriotes syriens et qui coïncide avec le cinquantième anniversaire de la Révolution du 8 Mars 1963 dont nous venons de rappeler tout ce qu’elle a apporté à la Syrie. Et puisque la vraie révolution que nous vivons est la « Révolution du peuple et de l’armée contre les terroristes » et certainement pas celle dont ils font la publicité mensongère, j’espère que désormais le nom du quotidien  « Al-Thawra » rappellera non pas une seule révolution mais deux à la fois : la Révolution de 1963 et la révolution de 2013 !

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

04/07/2013

Texte original : Al-Thawra [Rédacteur en chef : Ali Kassem]

http://thawra.alwehda.gov.sy/_archive.asp?FileName=63241515720130704021727

Texte traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 



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“Moi, Edward Snowden, citoyen des Etats-Unis, vous écris pour demander l’asile à la république du Nicaragua étant donné le risque que je cours d’être poursuivi par le gouvernement et ses agents” (...) “Etant donné les circonstances, il est improbable que j’aie un procès juste ou que je sois traité de façon convenable avant le procès, et je risque la prison à vie ou même la mort” (..) “Mon cas est très semblable à celui du soldat américain Bradley Manning, emprisonné et traité de manière inhumaine. 

Ce 5 juillet à Caracas, lors des cérémonies des 202 ans d’indépendance du Venezuela, le président Nicolas Maduro a annoncé publiquement, comme l’a fait de son côté le président Ortega pour le Nicaragua, que le Venezuela a décidé de répondre favorablement à la demande d’asile politique présentée par le citoyen états-unien Edward Snowden.

Il a précisé que d’autres pays latino-américains agiront de même pour protéger le jeune informaticien de la persécution du gouvernement Obama et a salué celui qui est devenu un héros universel des libertés citoyennes en dénonçant le système mondial d’espionnage des communications, téléphonie et internet par la CIA (notamment dirigé contre les gouvernements européens). “Les États-Unis craignent les prochaines révélations de Snowden” a ajouté Maduro. Le 7 juillet le président Evo Morales a lui aussi annoncé sa décision de lui accorder l’asile politique vu les menaces dont il est l’objet, au cas où il en faisait la demande à la Bolivie.

Thank you, Venezuela !

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Le cinéaste Michael Moore a remercié le Venezuela, la Bolivie et le Nicaragua depuis son site www.michaelmoore.com  : “En offrant l’asile à Edward Snowden, vous aidez quelqu’un qui nous a tous aidés ici aux États-Unis”.

Le président du Comité d’Intelligence de la Chambre des Représentants des États-Unis, Mike Rogers, a annoncé sur CNN des représailles et des sanctions contre les nations latino-américaines.

L’hedomadaire allemand Der Spiegel a publié ce dimanche une entrevue dans laquelle Snowden explique que les espions de la NSA “travaillent la main dans la main avec les services secrets allemands et ceux de la la majorité des autres pays occidentaux et que cette étroite collaboration vise notamment à protéger des dirigeants politiques de l’indignation publique.”

Le quotidien brésilien O’Globo Paulo note que les documents libérés indiquent que le Brésil est un des principaux pays visés par le programme de surveillance de la NSA, aux côtés de la Chine, La Russie, l’Iran et le Pakistan. 2,3 milliards d’appels téléphoniques et de mails brésiliens ont été interceptés en dix ans. Le gouvernement de Dilma Roussef a d’ores et déjà exigé des explications à l’administration Obama.

Snowden se trouve depuis le 23 juin en zone de transit à Moscou. Alors que les Etats-Unis veulent l’emprisonner pour… “espionnage” et ont annulé son passeport, celui-ci avait déposé des demandes d’asile politique auprès d’une vingtaine de pays.

Le gouvernement français a refusé jeudi, sur instruction de Washington, de donner une suite favorable à sa demande.

Le président du Venezuela a rappelé que tout en persécutant Snowden, le  gouvernement des États-Unis maintient sous sa protection le terroriste Posada Carriles et refuse son extradition au Venezuela (ex-agent de la CIA, né cubain et naturalisé vénézuélien, auteur de plusieurs attentats à la bombe qui ont fait de nombreuses victimes civiles).

Maduro a par ailleurs confirmé qu’”un ministre très important nous a confirmé que c’est la CIA qui a donné l’ordre à la France, l’Italie et le Portugal de fermer leur espace aérien au président Evo Morales” le mardi 2 juillet alors que celui-ci rentrait du sommet des producteurs de gaz à Moscou.

Le président vénézuélien a rappelé que l’Union des Nations Sud-Américaines (UNASUR) réunie en urgence le 4 juillet à Cochabamba (Bolivie) attend des “explications et des excuses publiques de ces pays violateurs du droit international” dont la décision de dernière minute avait forcé le président de la Bolivie à atterrir d’urgence à Vienne lors d’une manoeuvre non dépourvue de risques, et à rester bloqué pendant treize heures avant de pouvoir redécoller à destination de son pays. (1)

T.D., Caracas, 8 juillet 2013

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4 juillet 2013, Cochabamba, Bolivie. Les présidents Nicolas Maduro (Venezuela), Cristina Fernandez (Argentine), Evo Morales (Bolivie) et Rafael Correa (Équateur) réunis avec les mouvements sociaux peu avant le sommet de l’UNASUR consacrée à l’atteinte au droit international dont a été victime Evo Morales.

Note :

(1) Lire http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/05/face-a-une-amerique-du-sud-unie-et-souveraine-la-france-et-leurope-ridicules/

 

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La Révolution égyptienne, suite ou fin ?‏

juillet 8th, 2013 by Badia Benjelloun

Pour qu’il y ait contre-révolution, il faudrait qu’il y ait eu une révolution.

Le processus vers le changement qui a abouti au renversement de Moubarak il y a deux ans et à la chute de Morsi ces derniers jours a commencé depuis longtemps. Il a laissé des traces pour qui veut bien les relever sur les pages de l’histoire de la dernière décennie.

Le nombre de grèves et de protestations n’a cessé de s’amplifier depuis 2005. Il a culminé en 2008 lorsque le prix des denrées alimentaires, sous l’effet des opérations spéculatives d’un capital financier qui a fui les produits dérivés adossés aux crédits hypothécaires pour les matières premières et l’agro-alimentaire, ont flambé alors que les salaires minima étaient bloqués depuis 1984 à 25 $ mensuels. En avril 2008, les grèves dans le textile à Mahalla al Koubra avaient créé un précédent inouï, la rue demandait déjà la chute du régime (1). À cette occasion, les travailleurs s’étaient affranchis de la tutelle des syndicats officiels liés au parti de Moubarak.

 

La Révolution égyptienne, suite ou fin ?‏

La place Tahrir, au Caire (Egypte), le 2 juillet 2013. AHMED ASAD/APAIMAGES/SIPA

En résonance avec cet événement qui a servi de matrice au soulèvement de janvier 2011, 23.000 ouvriers se sont mis en grève dans ce même secteur du textile en juillet 2012. Ils exigeaient l’amélioration de leurs conditions de travail, la revalorisation de leurs salaires et le licenciement des cadres corrompus.

Du point de vue social, qu’a donc fait le gouvernement Morsi et surtout quel espoir a-t-il donné à une jeunesse affectée par un taux de chômage estimé à largement plus de 25% ?

La consultation référendaire de décembre 2012 pour l’adoption de la nouvelle Constitution a été précédée par de nombreuses manifestations qui ont donné lieu à des heurts avec la police. Peu d’électeurs se sont déplacées, environ 30% de participation, et moyennant quelques manipulations semble-t-il dans les urnes, elle a été adoptée avec 60% des voix exprimées.

Trente ans d’absolutisme, d’humiliations, d’un État fondé sur une police pléthorique avec 1,5 million de policiers très qualifiés en corruption et en torture, un an d’insurrections, d’émeutes, de rassemblements, de grèves, des milliers de blessés et de morts pour « ça ».

Le texte précise que la source principale de la législation serait la loi coranique sans que ne soit explicitée la liberté de culte pour les minorités religieuses.

Mais surtout il ne garantit pas la liberté d’expression, il confie à la police sans restrictions explicites la tâche de veiller à la moralité publique.
Il prévoit que sera fixé un salaire maximum, lequel pourra souffrir des exceptions que prévoira la loi (article 14), mais en aucun cas la Constitution n’établit le principe d’un salaire minimum. L’article 15 proclame le principe de la justice pour les travailleurs agricoles mais ne se prononce pas sur le plafonnement de l’étendue de la propriété agraire latifundiaire.

L’article 26 relatif à l’impôt est très évasif, il n’établit pas de connexion entre le niveau de revenus et les contributions fiscales.

Les libertés syndicales sont très restreintes, un seul syndicat par catégorie professionnelle est autorisé (article 53).

Nulle part n’apparaît la responsabilité du gouvernement devant la Chambre des Représentants.

Dans nombre d’articles, la Constitution laisse la part belle aux militaires. En particulier, le 197 réserve au Conseil de Défense nationale la discussion du budget militaire. Il est constitué de sept civils et de huit militaires.

Ce type de dispositif annonce clairement qu’il ne prend pas la peine pas de faire des promesses qui ne seront pas tenues, comme c’est le cas des démocraties représentatives à l’occidentale. Les prêches dans les mosquées assimilaient l’acquiescement au texte constituant à un devoir religieux. Pourtant le texte élaboré en trois mois par un conseil dominé numériquement par les Frères, et d’où se sont rapidement retirées les personnalités de gauche et les laïcs, n’a été validé que par 20% des électeurs. Ce piètre score annonçait la poursuite des protestations.

Morsi, son gouvernement et sa Constitution, n’ont de musulman que le nom et rien de démocrate. L’un des principes économiques et donc politiques les plus cités dans les versets coraniques concerne l’interdiction absolue du prêt avec intérêts. L’autre concerne les jeux de hasard et spéculatifs.

La Bourse du Caire n’a pas été menacée dans les activités spéculatives.

Quémander des rallonges de prêt au Qatar, au FMI, à l’UE et aux Usa ne peut que conduire à des réformes qui privatisent des pans résiduels dans le service public pour obéir aux injonctions des prêteurs.

Le gouvernement précédent oeuvrait de même : élargir et approfondir une dette impossible à rembourser vis-à-vis de puissances qui imposent leur politique économique (et dictent les alliances internationales), anémier jusqu’à leur disparition toutes les structures qui organisent une solidarité nationale.

Il avait fallu des semaines de protestation après la chute de Moubarak pour que soient tenues les élections législatives. Jusqu’au bout, le Conseil Suprême des Forces Armées menaçait implicitement de ne pas valider l’élection présidentielle.

On a cru un instant que le premier Président élu de l’Égypte s’était affranchi de la tutelle de l’armée quand il avait remercié le Maréchal Tantaoui, ministre de la Défense pendant 20 ans et chef du CSFA en août 2012. Mais les plaintes déposées auprès de la justice militaire contre l’armée pour ses exactions dans la très lourde répression des manifestations n’aboutissent pas. La Constitution lui assure un pouvoir législatif et une grande autonomie financière et politique.

On a également espéré une ouverture permanente du terminal de Rafah qui permettrait aux emprisonnés de Gaza de se sentir des humains comme les autres. Le passage par le poste frontière a été aléatoire et le gouvernement craignant des actes ‘terroristes’ a noyé de nombreux tunnels qui demeurent la seule voie à peu près assurée pour les marchandises et les humains.

Il était attendu que le traité de paix avec Israël soit dénoncé.

Il n’en a rien été. Dès le 1,3 milliard de dollars accordés par les USA à l’armée, véritable arbitre du pouvoir et détentrice d’une part considérable de l’économie nationale, on apprenait que le gouvernement Morsi rompait les relations diplomatiques de l’Égypte avec la Syrie.

6 millions d’Égyptiens, selon une estimation basse, sont sortis dans la rue le dimanche 30 juin, jour travaillé.

Après deux années de lutte, ils n’ont obtenu ni dignité, ni liberté, ni pain.

Les raisons de la colère se sont même amplifiées car la révolution tant espérée n’a pas abouti.

Le travail d’accouchement de l’histoire se poursuit.

Il est urgent de ne pas y voir la main invisible ou apparente d’un Deus ex machina qui manipulerait 22 millions de Tamarridoune (2) pleins de fureur et bouillonnant d’impatience pour une vie plus digne.

D’abord et avant tout, la solution à venir devra éviter de réemprunter le chemin du capitalisme libéral qui ne profite qu’à ceux qui captent pour leur compte la dette contractée à l’extérieur. Pour l’extrême majorité, elle signifie absence de services publics, pauvreté et chômage.

L’Égypte devrait développer une économie productive intégrée régionalement et renoncer à vivre exclusivement de la rente pétrolière indirecte. Les revenus du canal de Suez, par lequel transitent 40% du pétrole aux mains des Séoud et 20% de l’or noir iranien, restent très inférieurs aux flux financiers générés par les travailleurs égyptiens émigrés dans les pays arabes gros producteurs.

Quand ce qui est à parcourir est si difficile, un chef charismatique explique le projet qu’il formule pour son peuple, il le soulève d’enthousiasme et obtient son adhésion.

Les Frères n’ont pas élaboré une vision d’avenir pour l’Égypte, et Morsi n’a pas la compétence ni le talent d’un rassembleur.

Désormais, les peuples ne se contentent pas de ce TINA (3) qui leur a été servi ces dernières décennies, au Brésil comme en Turquie comme en Grèce et au Portugal.

La fin de ce Système englobant la moindre activité humaine et l’incorporant dans le circuit marchand mondial est sifflée.

Badia Benjelloun
5 juillet 2013

(1) http://www.tlaxcala.es/pp.asp?lg=fr&reference=4700
(2) Le substantif tamarroud veut dire rébellion, tamarridoune, les rebelles.
(3) There Is No Alternative, de Margaret Thatcher (Il n’y a pas d’alternative).

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Selon le site web de Radio-Canada, le train sans conducteur de la compagnie Montreal, Maine and Atlantic Railway filait à tout allure en plein centre-ville convoyant 73 wagons de pétrole brut dont quatre ont explosés suite au déraillement conséquence, vraisemblablement, d’un incendie dans une locomotive. Soixante personnes manquent à l’appel et mille personnes ont été évacuées et d’autres le seront. Oui, vous avez bien lu : sans conducteur, pétrole brut, toute allure, centre-ville, soixante personnes.

Pour agrandir la carte, cliquez ici.

Qui est cette compagnie criminelle ?

« Le Montreal, Maine & Atlantic a commencé à fonctionner en janvier 2003 et possède plus de 510 miles de voies ferrées, desservant des clients dans le Maine, le Vermont, le Québec et le Nouveau-Brunswick. » (site web de la compagnie, ma traduction). Elle est la propriété de la compagnie Rail World basée en Illinois, « [u]n gestionnaire de chemins de fer, de consultation et sociétés d’investissement spécialisé dans les privatisations et les restructurations. Son but est de promouvoir la privatisation de l’industrie ferroviaire en réunissant les organismes gouvernementaux qui souhaitent vendre leurs participations au capital d’investissement et leur expertise » (site web de la compagnie, ma trduction). Vous avez bien lu : privatisation, restructuration.

Rail World, qui semble être l’instrument d’un certain Edward A. Burkhardt, a commencé à acquérir des compagnies de chemin de fer aux États-Unis, surtout au Wisconsin. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, « M. Burkhardt est président du conseil de surveillance de l’AS Rail Baltic, basée à Tallinn, qui développe le corridor ferroviaire Finlande – États baltes – Pologne impliquant le changement automatique de l’écartement à la frontière Lituanie / Pologne. Il a mené la privatisation des chemins de fer estoniens en 2001 et a servi comme président de son conseil de surveillance jusqu’à ce qu’il ait été racheté par le gouvernement estonien au début de 2007. »

Finalement, ce monsieur aux dents longues « …est président du Conseil de Surveillance de Rail Polska, basé à Varsovie. Rail Polska a réalisé deux acquisitions ferroviaires coup sur coup au début de 2003 : Kolex (basé à Oswiecim) et ZecTrans (basé à Wrocław). Rail Polska s’est vue accorder une licence d’opérateur sans restriction sur le réseau ferroviaire polonais, et a commencé l’exploitation des trains à longue distance convoyant principalement du charbon pour des centrales électriques, en octobre 2003. Rail Polska est actuellement en pleine expansion sur le marché ferroviaire européen libéralisé. »

Ce tycoon des chemins de fer, « [e]n 1999, il a été nommé ‘cheminot de l’année’ par le magazine Railway Age, puis en décembre 1999 Railway Age l’a nommé l’un des 16 ‘cheminots du siècle.’ Car ses faits d’arme de privatisation incluent aussi la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande et l’Australie : « Alors avec le Wisconsin Central, M. Burkhardt a conduit la privatisation et a ensuite servi en tant que président de Tranz Rail Holdings Ltd, le système de rail et de traversier de la Nouvelle-Zélande […] de septembre 1993 à août 1999. […] M. Burkhardt a été président et chef de la direction de l’English Welsh & Scottish Railway Ltd au cours de la période allant de décembre 1995 à juillet 1999. Il a dirigé le groupe d’investisseurs qui a acheté cinq opérations ferroviaires de la British Railway Board, responsable de 93% du fret ferroviaire au Royaume-Uni. […] Il a également été président du Réseau de Transport australienne de 1997 à août 1999, qui a acheté Tasrail, un transporteur de fret opérant dans l’État insulaire de Tasmanie, en Australie. »

Cet aventurier néolibéral a surfé la vague de privatisation des compagnies de chemin de fer pour ensuite revendre certaines à prix fort une fois « rationalisées ». On sait maintenant ce que ce bandit de grand chemin entend par rationaliser. Qu’on exproprie sans compensation la partie québécoise de sa compagnie dans les plus brefs délais. C’est ce message sans fioritures ni mollesses qu’on attend de Québec solidaire et du NPD car il ne viendra sûrement pas du PQ.

Marc Bonhomme, 6 juillet 2013

www.marcbonhomme.com

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Intégrée par l’Argentine, la Bolivie, l’Equateur, l’Uruguay et le Venezuela, la nouvelle entité aspire à créer un fonds pour fomenter le développement économique de la région dans le but de renforcer sa souveraineté.

L’Amérique Latine continue à renforcer son processus d’intégration régionale tout en construisant une alternative au système économique à tendance néolibérale, en vigueur dans les pays du Nord. La banque du Sud, dont le premier Conseil des Ministres a eu lieu le 12 juin dernier à Caracas, constitue la dernière étape de cette construction.

Crée en 2007 à l’initiative des défunts Hugo Chavez et Nestor Kirchner, ex présidents de la République Venezuela et de la République d’Argentine, la Banque du Sud cherche à collecter 20.000 millions de dollars, bien que ses actionnaires n’aient réussi à débourser que 7.000 millions : les pays qui sont à son origine, sont pour le moment l’Equateur, Paraguay, Uruguay, Brésil, Bolivie, Argentine et le Vénézuela, c’est-à-dire, les pays intégrant le MERCOSUR plus l’Equateur.

Selon Susanne Gratius, professeure des relations internationales d’Amérique Latine, « Nicolas Maduro et Elias Jaua ont repris le projet pour réaffirmer le protagonisme du Venezuela en Amérique du Sud et plus particulièrement au sein du MERCOSUR, dont la présidence pro tempore sera assumée par le Venezuela le 1er juillet.

Si d’un côté le Venezuela prend du poids, le Paraguay ne cesse pas d’en perdre, car c’était le seul des six Etats qui n’a pas été représenté lors de la première réunion ministérielle, après avoir été écarté de diverses instituons continentales suite au coup d’Etat parlementaire contre le président Fernando Lugo en juin 2012.

Impulser le développement

« Le but est la création d’un fond pour financer les travaux structurels et impulser le développement économique de nos pays sans être obligés d’en dépendre des sources traditionnelles comme en sont les organismes multilatéraux (Banque Mondiale ou Banque Interaméricaine du développement) ainsi que les conditions avec lesquelles ces banques accompagnent leurs crédits. Cela permettra aussi une certaine autonomie dans la planification des lignes stratégiques du développement sans avoir à répondre dès le début aux intérêts des entreprises transnationales qui y participent » explique le professeur d’économie, Omar de León.

« Cette position répond plus à de politiques symboliques qu’à une transformation radicale des institutions ou des relations de pouvoir » dit le professeur d’économie politique de Málaga, Alberto Montero. Ce qui confirme aussi Pablo Iglesias, professeur de sciences politiques « la création de cette banque est un pas de plus de positionnement, d’attachement souverain, de la région face à l’Europe, où la Banque Centrale (BCE) est devenue un espace des lobbies allemands ce qui a empêché aux autres pays d’exercer leur autonomie économique et mis en relief leur carence ou incapacité en matière de politique monétaire ».

Un modèle en confrontation avec le FMI

Iglesias qui conclue ainsi : “Les politiques imposées, qu’en Europe se concrétisent en la troika, appauvrissent de plus en plus les citoyens. L’alternative c’est ce que montrent pays comme le Venezuela, Bolivie mais surtout l’Equateur, qui ont amélioré tous les indicateurs économiques et sont en train de récupérer leur souveraineté – tout le contraire de ce que nous voyons en Europe – L’Amérique Latine donne l’impression de renforcer les institutions collectives pour donner plus de pouvoir aux gouvernements, ce qui est le contraire de ce qu’on voit en Europe »

Tout comme l’expliqué le professeur Montero, en faisant référence aux rajustements structurels qui se sont concrétisés avec le Consensus de Washington au début des années 1990, « le FMI et la Banque Mondiale fonctionnent comme des agents des créanciers lors de l’épisode de la dette extérieur ». Il s’agit de « ce qui a lieu actuellement en Europe, avec les mêmes politiques, les mêmes acteurs et les mêmes actes prévisibles : l’on écrase les populations pour payer la dette aux créanciers en substituant le paiement de la dette financière par la dette sociale » conclut Montero.

« Surmonter les ajustements néolibéraux du FMI était une exigence pour réinventer le continent » affirme Monedero. « C’est pour cela que eux ils grandissent et l’Union Européen coule. Il serait une bonne chose que l’Espagne, la Grèce et le Portugal intègrent la Banque du Sud.

Les Etats Unis en position de guetteur

Tout n’est pas compliment par rapport à la Banque du Sud. « Il existe des intérêts multiples pour que le projet échoue » préviens Leon, « le [principal, ndlt ] c’est la réorientation des Etats unis vers la régions, depuis l’échec du projet de construction de l’ALCA en 2005. En conséquence, Washington a proposé une stratégie basée sur le « rapprochement aux pays dont les gouvernements sont néolibéraux, en renforçant une alliance alternative à MERCOSUR et l’UNASUR », explique le professeur d’Economie d’Amérique Latine : « ces dernières deux ans il a eu un grand avancement pour la constitution rapide de l’Alliance du Pacifique (le Mexique, la Colombie, le Pérou, le Chili et le Costa Rica) des pays qui ont déjà signé des traités de libre-échange avec les Etats Unis »

« Le continent se trouve dans une position géopolitique très intéressante : Brasilia aspire à occuper une position de puissance régionale tandis que les Etats-Unis recommencent à tourner leur regard vers l’Amérique Latine de façon évidente », selon Alberto Montero, qui considère que « l’articulation de l’axe du Pacifique reflète les tensions entre le Brésil et les Etats-Unis, lesquels tentent à partir de cet axe du Pacifique de nuire le Venezuela et d’occuper la région ».

L’Alliance du Pacifique va devenir un élément clé pour le futur des relations entre les Etats-Unis et le sous-continent, même si cette alliance pourrait supposer un préjudice pour ses membres latino-américains puisqu’elle « signifie la fossilisation de leurs structures économiques en tant qu’exportateurs de matières premières et, pour autant, importateurs massifs de produits manufacturés », signale Omar de Léon. En conséquence, « ce pari, presque sans retour, favorise les grands intérêts qui dominent leurs économies nationales, mais condamnent la majorité des populations au sous-développement ».

Un avenir incertain

Bien que le ministre des affaires étrangères [équatorien], Ricardo Patiño, a célébré le premier Conseil des Ministres en affirmant qu’il s’agissait d’un « acte historique dans la vie de l’Amérique du Sud et l’Amérique Latine », il reste qu’à ce jour « nous ne savons pas quand commence à fonctionner la Banque du Sud, nous explique Gratius. « Bien que trois sièges aient déjà été localisés (Caracas, La Paz et Buenos Aires), il n’a pas encore été déterminé comment se feraient les apports des associés ni l’opérativité de la banque », rajoute la professeur Omar de León.

[…]

Ce pessimisme n’a pas lieu d’être pour Pablo Iglesias, qui considère que « les mesures que sont en train de prendre les gouvernements populaires latino-américains, surtout ceux qui vont dans le sens de construire des instruments d’intégrations nationale, présentent des avancées, c’est pourquoi je pense que les choses vont bien se passer pour eux ». Alberto Montero reprends cet argument et affirme que « la géopolitique permets la conformation d’institutions qu’il était impossible d’envisager il y a quelques années et qui sont aujourd’hui viables parce qu’il y a des ressources, de al volonté et même une nécessité.

Même s’il considère que « la Banque du Sud n’atteindra jamais le niveau de ressources monétaires du FMI », le professeur Montero conclue qu’’il s’agit de commencer à articuler des institutions financières qui, depuis l’humilité et la modestie, soient une alternative face aux institutions conventionnelles. »

Daniel Fernandez

Madrid 29/06/2013

Article original en espagnol :

http://www.publico.es/internacional/458059/america-latina-lanza-el-ban…

Traduction : Victoria Valdez pour Le Grand Soir.

Les petits chiens de l’Oncle Sam

juillet 7th, 2013 by Maurice Lemoine

Courriers électroniques, conversations téléphoniques, rien n’échappe à l’œil et aux grandes oreilles de Big Brother. Pour avoir révélé la surveillance illicite dont sont l’objet tant les citoyens américains que les ressortissants des autres nations, dans le cadre du programme secret de l’Agence de sécurité nationale (NSA en anglais) appelé Prism, l’ex-consultant informatique de la NSA Edward Snowden, pourchassé par Washington, vit reclus dans la zone internationale de l’aéroport de Moscou depuis le 23 juin. Toutefois, c’est le 29 juin, à quelques jours de l’ouverture des négociations pour un accord de libre-échange entre l’Europe et les Etats-Unis, très contestable et peu contesté (ses inconvénients ne se résumant pas à la seule exception culturelle réclamée par Paris), qu’éclate une véritable bombe : après avoir eu accès à un document classé « strictement confidentiel » que lui a confié le fugitif, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel révèle que « nos amis américains » ont aussi visé des représentations de l’Union européenne (UE) à Washington et à l’ONU, ainsi qu’à Bruxelles. D’après ce document, le dispositif a permis d’infiltrer les réseaux informatiques de l’UE et de placer des systèmes d’écoute dans ses bureaux, y compris dans l’immeuble du Conseil européen où les chefs d’Etat disposent, théoriquement, de lignes téléphoniques sécurisées.

« Si elles se confirment », ces allégations « porteront un coup terrible » aux relations entre les deux continents, a estimé le 1er juillet le président du Parlement européen Martin Schulz. Ce genre d’argument n’a guère convaincu un certain nombre de ses « collègues », qui ont réagi en ordre aussi prudent que dispersé. Au sommet du branlant édifice, ni Herlan Van Rompuy, le président du Conseil, ni José Manuel Barroso, le chef de la Commission, ne se sont permis le moindre commentaire déplacé à l’égard des patrons du cirque. En ce sens, l’union demeure fidèle à l’attitude adoptée en 2010, lorsque fut dénoncé l’espionnage par la police politique colombienne – le Département administratif de sécurité (DAS) – de résidents colombiens exilés en Belgique (et dans les pays limitrophes), de plusieurs organisations non gouvernementales (ONG), de défenseurs des droits humains et… de parlementaires européens : un traité de libre-commerce avec Bogotá étant en gestation, mutisme total et impunité [1]

Fort heureusement, au milieu des silences et de quelques colères surjouées, une voix prophétique s’est élevée : tout comme, pendant sa campagne électorale, et défiant les forces du mal, il avait courageusement clamé « mon adversaire c’est le monde de la finance » (avec les résultats que l’on connaît), le président « socialiste » français François Hollande a crânement demandé aux Etats-Unis, le 1er juillet, qu’ils cessent « immédiatement » leur espionnage de l’Union européenne. « Nous ne pouvons pas accepter ce type de comportement entre partenaires et alliés », a-t-il souligné. Très actif sur le dossier, il s’est exprimé une nouvelle fois sur l’affaire deux jours plus tard et, provoquant le triomphe du rêve sur la mesquine réalité, a souhaité « une position coordonnée des Européens »face à ce programme d’espionnage « supposé » des Etats-Unis.

« Moi président », comme on l’appelle parfois (souvenir d’une campagne électorale placée sous le signe de « la gauche revient »), n’a pas plaidé dans le vide. Comme il le souhaitait, et lui-même se situant à la pointe du combat, la position des Européens a effectivement été « coordonnée ».

Dans la nuit du 2 juillet, alors que le président de l’Etat plurinational de Bolivie, Evo Morales, repartait dans son pays depuis le territoire russe où il avait participé au IIe Sommet des pays exportateurs de gaz, son Falcon 900 immatriculé FAB 001 a dû atterrir en urgence à Vienne (Autriche). Trente minutes avant qu’il ne se pose pour une escale technique à Lisbonne, les autorités portugaises avaient fait savoir à l’équipage que l’autorisation d’atterrissage lui était refusée « pour raisons techniques » – sans expliquer lesquelles, l’appareil ayant effectué sans problèmes une escale de ce type à l’aller, le 30 juin. Immédiatement après, était arrivée une notification des autorités françaises lui interdisant le survol du « pays des droits de l’homme », pourtant préalablement octroyée. L’Espagne et l’Italie suivirent. Explication : on suspectait la présence à bord du dangereux Snowden, celui-là même qui a dénoncé l’agression dont l’Europe est victime de la part de son formidable « allié ».

Depuis Moscou, le dissident américain a en effet adressé des demandes d’asile à vingt-et-un pays, dont la France – « qui ne l’a pas reçue » ! A l’instar du chef d’Etat équatorien Rafael Correa – lequel abrite déjà une autre bête noire du Département d’Etat, Julian Assange, dans son ambassade londonienne [2] –, le président vénézuélien Nicolas Maduro, tout comme Evo Morales, ne se sont pas montrés fermés à l’examen de la requête. Ce qui a déjà valu à Correa, en cas de passage à l’acte, des menaces de représailles économiques provenant de Washington – menaces rejetées avec autant de fermeté que de dignité [3].

En totale violation des règles du trafic aérien international et, plus scandaleux encore, de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, qui détaille les principes de l’immunité dont jouissent les ambassadeurs et les chefs d’Etat, le président bolivien, élu le 6 décembre 2009 avec plus de 64 % des voix, a été littéralement séquestré à Vienne par les complices des services de renseignement américains, pseudo « police du monde » quand ils en sont l’un des principaux délinquants. Sans guère émouvoir ces tartuffes européens et leur démocratie frelatée, le secrétaire d’Etat John Kerry ne rappelait-il pas, le 18 avril, devant le Comité des affaires extérieures de la Chambre des représentants, que l’Amérique latine demeurait, plus que jamais, « l’arrière-cour des Etats-Unis » ?

Qui, déshonorant la France, a prix une telle décision ? « Moi président », depuis l’Elysée ? Le locataire du ministère de l’Intérieur, Manuel « Sarko » Valls, le plus droitier des « socialistes » ? Le responsable des Affaires étrangères, FSG (dit aussi Fabius Saint-Germain, racheté par le Qatar, comme le PSG) ? En attendant les explications qu’exige la raison, nul ne le sait. Le matin du 3 juillet, l’effarement le plus total régnait au sein du Département « Amérique latine » du Quai d’Orsay. Les hypothèses étaient tellement variées qu’on peut en déduire que personne n’avait la moindre idée de ce qui se passait. Incrédule, un diplomate avançait un semblant d’explication : « Les services de renseignements américains et français sont tellement imbriqués que les injonctions de Washington ont pu être exécutées automatiquement, sans que ne nul, y compris au niveau politique, ne soit consulté. » Vous avez dit République bananière ?

Ce même 3 juillet néanmoins, et devant le début de scandale international, le gouvernement français a finalement autorisé l’avion présidentiel bolivien à survoler le territoire national. Le Portugal et plus difficilement l’Italie en ont fait autant. Se croyant encore au temps de la conquista, et Evo Morales étant Indien, le gouvernement de Mariano Rajoy a, dans un premier temps, exigé de pouvoir fouiller l’appareil, au mépris de toute norme légale, s’il se posait en Espagne. Après consultation de Washington, il a finalement autorisé une escale technique dans les îles Canaries, permettant à l’aéronef de refaire le plein de combustible avant de s’envoler, enfin, vers la Bolivie.

Plus qu’une humiliation infligée à Evo Morales, l’incident s’apparente à une agression de l’Amérique latine, et en particulier de ses Etats les plus progressistes. Tandis que dans les capitales voisines se multipliaient les déclarations incendiaires, à La Paz, au sens propre cette fois, des drapeaux français ont été brûlés par des centaines de manifestants.

L’Amérique latine attend maintenant des explications – et des excuses – du gouvernement français (et de ses homologues italien, espagnol et portugais). A Paris, s’agit-il d’un inquiétant dysfonctionnement qu’une sanction exemplaire devra châtier ou de l’attitude d’un pouvoir servile incapable de désobéir aux ordres de la Maison Blanche, au mépris de ses propres intérêts ? A moins que, en lien avec l’impérialisme dénoncé de l’autre côté de l’océan, on ait affaire à une opération d’intimidation destinée à ceux qui, demain, seraient tentés d’accueillir le dissident américain. Car, et quand bien même celui-ci aurait voyagé dans l’avion d’Evo Morales… « Ceux qui sont affectés par les pratiques qu’a révélé Snowden sont les pays européens, principalement la France, a observé le vénézuélien Alí Rodríguez, secrétaire général de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) : au lieu de réagir contre ceux qui les agressent, ils s’en prennent de manière absurde au président d’un pays souverain, en l’occurrence celui de la Bolivie. »

Pour l’instant, Paris s’est contenté d’un communiqué du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Philippe Lalliot : « Le ministre [Laurent Fabius] a téléphoné à son homologue bolivien pour lui faire part des regrets de la France suite au contretemps (sic !) occasionné pour le président Morales par les retards (re-sic) dans la confirmation de l’autorisation de survol du territoire par l’avion du président. »

Un peu court, en matière d’éclaircissements.

Maurice Lemoine

[1] Lire Hernando Calvo Ospina, « Espionnage en Belgique au profit du gouvernement colombien », Le Grand soir, 10 juin 2010, et « Quand l’Etat colombien espionne ses opposants »,Le Monde diplomatique (web),27 avril 2010.

[2] Lire « Julian Assange aime-t-il le heavy metal ? », Le Monde diplomatique, octobre 2012.

[3] Le 3 juillet, Quito a dénoncé que, pendant une inspection de sa mission diplomatique londonienne menée avant la visite du ministre des affaires étrangères Ricardo Patiño, le 16 juin, les services de renseignements équatoriens ont découvert un micro caché dans le bureau de l’ambassadrtice.

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Afrique – Israël : les liaisons dangereuses

juillet 7th, 2013 by Gilles Munier

Interview de Ronnie Kasrils, ancien ministre des Services secrets d’Afrique du Sud
Propos recueillis par Gilles Munier (Afrique Asie juillet/août 2013)

Ronnie Kasrils, ancien ministre de l’Eau et des Forêts (1999-2004) puis des Services secrets (2004-2008), est une des figures historiques du Parti communiste sud-africain et de l’ANC (African National Congress) dont il a dirigé – dans la région du Natal – le Umkhonto we Sizwe (MK – Fer de lance de la nation),la branche armée de son service de renseignement. Il a raconté son combat contre l’apartheid dans son autobiographie « Armed and dangerous » – armé et dangereux – mention portée par le régime de Pretoria sur son avis de recherche.

Petit-fils d’immigrants juifs originaires des pays baltes, sensibilisé très tôt à la tragédie du peuple palestinien, il s’est joint, au Cap, en 2002 – et en tant que ministre – à une manifestation contre la colonisation de la Palestine, déclarant qu’il ne supportait pas la prétention d’Israël de parler et d’agir comme s’il représentait les juifs du monde entier, et qu’en tout cas ce serait «  jamais en son nom, jamais ». En février 2004, toujours ministre, il a rencontré Yasser Arafat dans son quartier général à Ramallah, encerclé par l’armée israélienne, et n’a pas hésité à inviter Ismail Haniyeh – chef du Hamas à Gaza – à se rendre en Afrique du sud.

Ronnie Kasrils est, depuis son origine, un des principaux soutiens de la campagne de boycoot d’Israël BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) dont l’archevêque anglican Desmond Tutu a lancé l’idée en 2002. C’est un observateur privilégié du jeu israélien dans le monde et plus particulièrement en Afrique subsaharienne.

Gilles Munier : Israël a refait son apparition sur la scène diplomatique dans la région subsaharienne dans les années 1980, puis a consolidé sa position sans rencontrer de réelle opposition. Quelles sont les raisons de ce succès : le peu d’intérêt des pays arabes pour l’Afrique, la chute de l’Union soviétique ou des éléments intrinsèques aux Etats africains ?

Ronnie Kasrils  : Tout cela et plus encore. L’Afrique n’a pas été la priorité dans l’agenda des pays arabes. Ce sont plutôt les pays du Maghreb et l’Egypte qui ont marqué un vif intérêt dans la mesure où ils appartiennent et aux pays arabes et à l’Afrique. Cet intérêt a perdu de son intensité après la mort de Nasser, ce qui n’a pas manqué d’affecter les autres pays arabes.

Les Israéliens sont énergiques et très actifs. Ils cherchent obstinément opportunités et ouvertures, car, pour eux, il s’agit d’une question vitale de sécurité nationale et d’intérêt pour étendre leur réseau et leurs affaires. Avec la chute de l’Union soviétique et des autres pays socialistes, de nouvelles chances leur ont été offertes. Les Etats-Unis ne purent pas vaincre le peuple vietnamien en partie parce que l’Union soviétique était là et soutenait leur cause. Les Palestiniens ont perdu cette source de soutien tout comme les pays africains qui avaient, alors, le choix de commercer avec le bloc socialiste et étaient donc conduits à se sentir solidaires face à l’Etat sioniste. Les pays arabes, à l’exception de l’Algérie, de la Syrie, de l’Egypte et de Saddam Hussein n’ont jamais fourni une aide significative aux Palestiniens mais, plutôt, ont cherché à manipuler cette lutte pour satisfaire leurs petits intérêts. Dans cet environnement général, les pays africains ont manifesté beaucoup moins d’initiatives, se sont sentis moins concernés, même ceux qui, au cours de leur lutte de libération, – Angola, Afrique du sud, Mozambique, Namibie et Zimbabwe – considéraient les Palestiniens comme des frères d’armes. Sans leur concours actif, le soutien du reste de l’Afrique s’est évaporé.

Les élites africaines se sont laissées entraîner dans une corruption endémique, dans le népotisme et le clientélisme

Il est vrai que le contexte global de la lutte de libération et de la résistance est totalement différent de celui de la période intense qui a vu la chute du colonialisme dans les années 60. J’ai fait référence à l’existence, à l’époque d’un monde bipolaire où l’URSS et le bloc socialiste s’avéraient le soutien principal de ceux qui luttaient pour l’indépendance face au colonialisme et en faveur des nouveaux états indépendants.

Le monde aujourd’hui est dominé par l’économie de marché néo-libérale qui s’est appropriée les économies des Etats africains et de la plupart des autres pays en voie de développement. Il est triste que la maxime de N’Krumah, selon laquelle il fallait d’abord se rendre maître du royaume politique et ensuite, capturer l’économie ne s’est pas matérialisée. Les élites qui ont capté le pouvoir politique ont aussi capté cette relation néo-coloniale et ainsi, se sont laissé entraîner dans une corruption endémique, le népotisme et le clientélisme. Au lieu de servir les intérêts de leur propre peuple et la solidarité internationale, ils ont servi leurs propres intérêts.

Et, cependant, son gouvernement tout comme les administrations qui l’ont suivi ont failli dans l’application d’un boycott des produits israéliens en dépit des appels incessants des organisations non gouvernementales de solidarité sud-africaines. Il est certain aussi que l’OLP, pour des raisons qui lui sont propres, ne s’est pas prononcée sur ces appels pour une telle démarche, car, peut-être, s’il l’avait fait, l’Afrique du sud de Mandela se serait sentie plus engagée. Il faut aussi évaluer la manière dont l’OLP a été absorbée par le processus d’Oslo et s’est reposé presque exclusivement sur les négociations avec pour principal courtier les Etats-Unis, ce qui a éliminé les autres modes de pression. Je voudrais rappeler ici le boycott international réclamé par l’ANC qui a isolé le régime de l’apartheid, affaiblissant ainsi le soutien occidental qui en était la base. C’est la seule méthode pour isoler Israël et son régime sioniste.

La Commission spéciale sur la Palestine de l’ONU doit sortir de sa léthargie

G.M  : Les mesures racistes prises par Israël contre les immigrants illégaux africains, sur le modèle des celles prises contre les Palestiniens pendant des années, ne semblent pas troubler l’image que les pays africains se font d’Israël, aujourd’hui. Comment expliquez-vous l’attitude du « sans commentaire » de ces pays ainsi que de l’Union africaine ?

R.K  : J’ai déjà répondu mais je voudrais ajouter ceci. L’Union africaine n’a, elle non plus, manifesté que peu d’intérêt pour la cause palestinienne et a été détournée par les affaires et les conflits internes à l’Afrique. C’est seulement du bout des lèvres que la question palestinienne est abordée par l’Union africaine (et auparavant par l’OUA). Il en va de même aux Nations unies où, au moins, les pays africains soutiennent unanimement les résolutions condamnant Israël et en faveur du droit à l’indépendance nationale du peuple palestinien. Mais, l’enthousiasme des années 1970-1980 s’est dissipé. La commission spéciale sur la Palestine de l’ONU passe, par routine, des motions de sessions et procède rituellement à l’organisation d’un Jour de Solidarité avec la Palestine (le 29 novembre) tous les ans. Elle n’a pas réussi à peser avec énergie de manière créative, durable et avec une forte motivation, comme le fit la Commission de l’ONU sur l’Afrique du sud de l’apartheid. Par expérience, je sais que ce sont seulement les représentants de l’Amérique latine (Cuba, Mexico, Argentine, Chili, Venezuela) qui prennent ce travail au sérieux. Cependant, la commission ne pourra retrouver son dynamisme que si les gouvernements des pays représentés aux Nations unies tapent du poing sur la table et insistent pour que les représentants de la Commission sortent de leur léthargie.

G.M : L’Afrique du Sud est le seul pays où la campagne du BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) soit suivie d’actions significatives. Comment concevez-vous les initiatives qui pourraient entraîner un mouvement de prise de conscience dans les pays africains liés à Israël ?

R.K : Oui, la campagne du BDS depuis son lancement en 2005 a été adoptée par des associations non-gouvernementales en Afrique du sud et, après des débuts modestes, a gagné du terrain. Par le passé, le parti au gouvernement l’ANC a, en tant que parti, passé de fortes motions soutenant la cause palestinienne et condamnant l’agression israélienne. Ce fut le cas aussi de l’ANC et des partenaires de l’alliance, le Parti communiste sud-africain (SACP) et la Fédération syndicale COSATU. Pendant quelque temps, cependant, et jusqu’à tout récemment, peu d’actions pratiques ont suivi même si la COSATU est devenu plus active au cours des dernières années.

Le gouvernement démocratique a toujours éprouvé de la sympathie et a invité le Président Arafat, puis son successeur Mahmoud Abbas et d’autres dirigeants. Mais, il a aussi continué à faire du commerce avec Israël et a toujours été prêt à recevoir des ministres israéliens et d’autres officiels. Plusieurs hauts dirigeants du gouvernement et des membres de l’ANC ont, récemment, été plus enclins à se rendre en Israël et à y faire des affaires aussi discrètement que possible.

Oslo et la solution de deux Etats ont certainement aidé à conférer une certaine légitimité à une approche moins militante et il y eut aussi la tendance à se placer sur la défensive chaque fois qu’Israël et le lobby sioniste local s’insurgeaient contre l’attitude « partiale » de l’Afrique du Sud. Cela a fait surface quand le gouvernement sud-africain a condamné la violence de l’Etat israélien alors qu’il ne se faisait pas entendre quand il s’agissait du « terrorisme » palestinien. Les groupes de solidarité généralement à la gauche de l’ANC et de ses partenaires, ont été cohérents dans leurs manifestations, marches, protestations et piquets devant les bureaux israéliens et sionistes et dans leurs appels au boycott, même si tout cela était de peu d’envergure. La COSATU a pris la direction de cette campagne et le point marquant en a été lorsque les dockers de Durban, en 2009, organisés par la centrale syndicale, ont refusé de décharger les soutes d’un cargo israélien. Colère contre la politique israélienne, soutien au boycott ont été concrétisés lors de la visite d’un musicien israélien, en avril dernier, dont le récital de piano fut perturbé. L’an dernier, l’Université de Johannesburg a imposé un boycott académique en mettant fin à ses relations avec l’Université Ben Gourion.

En Afrique du Sud, chaque lieu d’enseignement supérieur dispose d’une commission de solidarité avec la Palestine

Chaque fois qu’Israël lance des agressions brutales contre la bande de Gaza, la Cisjordanie et le Liban (2006), des manifestations et des marches conséquentes ont lieu dans les principales villes du pays. Nous ne manquons pas de soutiens militants. Des tentatives ont été faites pour obliger le gouvernement sud-africain à poursuivre en justice pour crimes de guerre les dirigeants israéliens en visite dans le pays ainsi que les Sud-Africains qui ont servi dans les Forces de défense israéliennes. Rien n’a encore été matérialisé par manque de preuve suffisante, notamment dans le dernier cas. Cependant, de telles opérations ont alarmé Israël et ses soutiens. Une commission au niveau national existe pour coordonner les activités des nombreuses organisations civiles, religieuses, politiques, syndicales et étudiantes et son influence grossit. Chaque lieu d’enseignement supérieur dispose d’une commission de solidarité avec la Palestine pour mobiliser, éduquer, ouvrir des expositions et inviter des personnalités palestiniennes ou autres. Cette agitation a été si intense au Cap que le Centre du commerce israélien a fermé ses portes (il avait été la cible régulière de marches imposantes) et l’ambassade israélienne à Pretoria a déménagé dans une zone plus éloignée.

Les magasins vendant des produits israéliens ont aussi été l’objet de l’attention des militants. La pression populaire a conduit le gouvernement sud-africain à accepter que les exportations des colons israéliens portent un label identifiant leur source comme produits « des territoires occupés ». Mais, suite au tollé du lobby sioniste et aux plaintes du gouvernement israélien, le gouvernement a fait machine arrière et reconsidéré cette disposition pour ne laisser que des labels portant « produit d’Israël » de Gaza, de Cisjordanie et Jérusalem-Est. Les sionistes locaux ont crié victoire parce qu’un tel étiquetage, à mon avis, va légitimer le concept que la présence d’Israël dans les territoires occupés est légale. Cela en fait illustre la bataille en cours en Afrique du sud, et ailleurs, pour que la vérité soit faite sur la réalité des faits.

Il y a 80 000 juifs en Afrique du Sud et tous ne sont pas sionistes. Une bonne minorité participe au Mouvement de solidarité avec la Palestine et à la campagne du BDS. Ils ont adopté le slogan « Pas en mon nom » pour contrecarrer la prétention d’Israël à représenter les juifs du monde dans l’élaboration de sa politique.

Le but primordial a été d’encourager l’ANC au pouvoir à faire sienne la cause palestinienne. C’est ainsi qu’à la Conférence nationale de décembre 2012, l’ANC a réaffirmé dans une résolution son soutien à la campagne nationale et internationale du BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). La résolution demande « que tous les Sud-Africains soutiennent les programmes et les campagnes de la société civile palestinienne qui visent, par la pression, à obtenir d’Israël qu’il s’engage auprès des Palestiniens pour arriver à une juste solution ». La Conférence a déclaré : « Le soutien de l’ANC au peuple palestinien dans sa lutte pour son autodétermination est sans équivoque et (notre) opinion que les Palestiniens sont les victimes et les opprimés de ce conflit avec Israël ne souffre aucune explication ».

La question des d’immigrés illégaux africains en Israël doit être traitée par l’Union africaine

Mbuyiseni Ndlozi de la campagne du BDS en Afrique du Sud constate : « Cette réaffirmation par la Conférence nationale de l’ANC, l’institution la plus haute en matière de prises de décision, fait certainement autorité quant à son adhésion (à cette campagne)… Nous attendons donc de travailler avec l’ANC… pour accélérer son application ». Avant cette Conférence, le lobby israélien et le South African Board of Jewish Deputies (Conseil Sud-Africain des Députés Juifs) avaient demandé que l’ANC adopte une position « équilibrée et non-partisane  » dans le conflit israélo-palestinien.

Par ailleurs, l’ANC avait également pris une décision très dure à l’égard d’Israël déclarant que «  l’ANC abhorre les dernières attaques xénophobes et les déportations d’immigrés illégaux africains déclenchées par l’Etat israélien et demande que ce sujet soit traité par l’Union Africaine ».

Les militants sont déterminés à accroître leur pression sur leur propre gouvernement pour obtenir la rupture des relations diplomatiques avec Israël, respecter un vrai boycott et accélérer la campagne pour les droits et la liberté des Palestiniens. L’idée est qu’étant donné le soutien que l’Afrique du Sud a reçu de la solidarité internationale, elle doit être le garant des Palestiniens dans le monde d’autant plus que ceux des militants qui ont visité la Palestine ont été horrifiés de ce qu’ils ont découvert et déclaré que les souffrances du peuple palestinien étaient pires que celles infligées du temps de l’apartheid.

G.M : Les relations entre Israël et l’Afrique du Sud de l’apartheid ont, par le passé, connu des jours glorieux (ou honteux). Aujourd’hui en Afrique du Sud, il existe un puissant lobby pro-israélien, notamment pro-sioniste au Parlement au travers du Board of Jewish Deputies (Conseil des Députés Juifs). Comment les organisations pour les droits de l’homme pensent-elles contrecarrer ses activités ?

R.K : En élevant le degré de conscience de l’opinion publique, par l’éducation, la mobilisation, par la propagande pour réduire à néant leur propagande. L’opinion publique doit en être la cible et on doit expliquer que s’opposer à la politique brutale et discriminatoire à l’encontre des Palestiniens n’équivaut pas à de l’antisémitisme. Le gouvernement et les partis politiques, notamment ceux au Parlement, doivent sans cesse être démarchés. Il ne faut pas laisser l’arène politique au seul lobby sioniste et aux représentants du gouvernement israélien. La contestation doit aussi se faire entendre dans les sphères des affaires… les médias, le sport, la culture, les instituts de recherche, le secteur religieux, etc… Partout dans le monde, et pas seulement en Afrique du sud, l’opinion publique doit se souvenir des liens étroits entre l’Afrique du sud raciste et Israël et comment ce dernier a fourni au régime honteux de l’apartheid des armes de guerre, des avions aux navires de guerre, et l’a aidé à produire des bombes nucléaires.

Le monde doit savoir et s’alarmer des pratiques similaires à celles de l’apartheid que déploie Israël dans les territoires palestiniens occupés et à l’intérieur d’Israël lui-même où des Palestiniens vivent, depuis 1948, dépourvus des droits conférés à la population juive, ce qui a été considéré par les Nations unies comme un crime en vertu du droit international.

L’intervention de l’OTAN en Libye a été catastrophique

G.M : « La menace terroriste ou islamiste » selon la sémantique des médias occidentaux peut-elle être interprétée comme un alibi pour permettre la recolonisation de l’Afrique. Comment percevez-vous l’Africom au Sahel ?

R.K  : Je pense qu’à notre époque, la lutte pour les ressources naturelles primordiales, la reconfiguration du monde, les crises économiques et financières, les luttes contre les guerres et la résistance, comme le « Printemps arabe » sont incriminées en général à une menace islamiste/terroriste aussi réelle qu’elle puisse être. Nous devons cependant être très vigilants sur la manière dont cette menace peut être utilisée dans ce que vous désignez comme une « recolonisation » de l’Afrique.

Les puissances occidentales ont plongé dans un état épouvantable des situations d’autoritarisme, de despotisme, d’islamisme comme par exemple en Afghanistan, Irak, Somalie, Libye. Sauf dans des cas très explicites, l’intervention étrangère ne peut venir en aide à un peuple, même sous le joug d’un despote. Je n’ai pas l’espace ici pour examiner toutes les situations mais je dois dire que l’intervention de l’OTAN en Libye a été catastrophique et ses effets secondaires se font sentir au Mali et dans le Sahel.

Ce qui est nécessaire est que l’Union africaine aide l’Afrique à renforcer ses propres brigades régionales de façon à concrétiser le slogan selon lequel « les Africains doivent s’occuper et résoudre les problèmes de l’Afrique  ». L’intervention de forces étrangères à moins d’être clairement requise, par l’intermédiaire de l’ONU et de l’Unité africaine, pour venir assister un gouvernement légitime, en ayant fait la demande, pleinement soutenu par son peuple, sera considérée comme porteuse de buts de recolonisation, dans le sens où les ressources et l’économie de ce pays en seront les intérêts occultes.

Il y a des dangers inhérents et évidents dans le non-respect du principe de l’inviolabilité des frontières

G.M : Le prétexte sous-jacent à l’intervention militaire française au Mali est de prévenir la scission du pays. Cependant, le Soudan a été fractionné en Soudan et Soudan du sud, ce dernier vigoureusement soutenu par Israël. Le principe de l’inviolabilité des frontières mis en avant au moment des indépendances n’est-il pas enfreint et n’y a-t-il pas danger que cela se répète ailleurs en Afrique, dans des pays en conflit avec l’Occident comme en Somalie ?

R.K  : L’Unité africaine a reconnu le nouveau Soudan du sud sur la base de l’accord entre Khartoum et Juba et donc on peut considérer cette scission comme un accord interne entre les deux Soudans. Il y a effectivement des dangers inhérents et évidents dans le non-respect du principe de l’inviolabilité des frontières. La Somalie vient immédiatement à l’esprit étant donné le soutien accordé à tel ou tel groupe séparatiste par telle ou telle puissance extérieure.

G.M : Israël en tant qu’ « allié stratégique » des Etats-Unis ne leur sert-il pas de couverture pour des opérations clandestines sur le continent africain, notamment pour des activités d’espionnage ?

R.K  : Israël est un Etat voyou, terroriste qui a colonisé la Palestine et qui, comme l’admet la direction du Mossad (une fois à la retraite), pense avoir le droit d’assassiner ses opposants, et de s’adonner à des activités d’espionnage s’il pense que ses intérêts sont en jeu.

G.M : Des terres agricoles ont été achetées en Afrique par des multinationales. Pensez-vous que de tels achats puissent mettre les pays africains en danger ou alors est-ce une opportunité pour eux d’obtenir un savoir-faire à partir des nouvelles technologies ?

R.K : Les multinationales transnationales sont les vrais re-colonisateurs. C’est la bourgeoisie compradore, l’élite corrompue et les éléments parasites vivant de la rente qui couchent avec elles au détriment des intérêts du peuple. Il est triste que constater que le continent entier est concerné et cela explique pourquoi le peuple africain est plongé de plus en plus dans la misère et se retrouve privé de terres. Le processus d’une économie de marché libre, néo-libérale exacerbe les rivalités et les conflits qui s’ensuivent. La réponse réside dans un pouvoir politique et une économie nationale entièrement sous le contrôle étroit d’un gouvernement légitime, authentiquement patriote au service des intérêts du peuple.

*Dossier Afrique-Israël : les liaisons dangereuses

http://www.wobook.com/WBD84sk8NW9B-f

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La République unie du soja

juillet 7th, 2013 by Grain

En 2003, la société Syngenta a publié une annonce sur ses services dans les suppléments ruraux des quotidiens argentins Clarín et La Nación dans laquelle elle baptisait « République unie du soja » des territoires du Cône sud — situés au Brésil, en Argentine, en Uruguay, au Paraguay et en Bolivie — où l’on semait le soja. À partir de ce moment, cette déclaration explicite de néocolonialisme est devenue une « marque de fabrique » du projet que les sociétés mettaient en œuvre.

En 2012, les territoires et les institutions de ces pays ont subi les assauts des sociétés agro-industrielles, lesquelles ont imposé de nouvelles variétés transgéniques, augmenté les risques liés à l’application des produits agrotoxiques et apporté des modifications aux politiques dont l’ampleur n’avait pas été vue depuis la première vague d’imposition des transgéniques dans la deuxième moitié des années 1990. Cette nouvelle offensive se produit dans un contexte différent, car aujourd’hui des gouvernements « progressistes » qui critiquent le néolibéralisme sont au pouvoir dans toute la région (du moins jusqu’au mois de juin 2012). Ceux-ci ont commencé à modifier les politiques néolibérales imposées dans les années 1990 en assurant une présence plus forte de l’État dans la régulation de l’économie et en jouant un rôle plus actif dans les domaines social, éducatif et sanitaire.

Toutefois, durant cette période, le modèle d’agriculture et de production des aliments n’a pas changé et aucune autocritique n’a été faite à propos des problèmes causés par l’implantation massive de cultures de soja transgénique et les fortes applications de produits agrotoxiques. Au contraire, ce modèle s’est consolidé et tous les gouvernements de la région le défendent au pied de la lettre et l’acceptent invariablement comme politique d’État. Les graves problèmes qui sont apparus ou se sont amplifiés, comme les effets des produits agrotoxiques, les déplacements de paysans et de peuples autochtones, la concentration de la propriété des terres ou la perte de productions locales, sont considérés des « effets collatéraux ». Ces problèmes ne sont traités que de manière fragmentée et ponctuelle et ce, seulement lorsque la pression sociale est suffisamment forte. Nous n’incluons pas la Bolivie dans cette analyse, car si la région de la « medialuna » (demi-lune), dont le centre est la ville de Santa Cruz de la Sierra, fait partie de la « République unie du soja », les positions, les politiques et les débats que le gouvernement d’Evo Morales a avancés se démarquent amplement de ceux des autres gouvernements (ce qui explique l’opposition des secteurs au pouvoir dans la medialuna qui ont clairement exprimé leurs intentions séparatistes).

Dans d’autres articles de la série À contre-courant3, nous avons déjà dénoncé le fait que cette offensive des sociétés agro-industrielles avait consolidé l’imposition de son modèle productif, que le Cône sud était devenu la région où l’on sème le plus de transgéniques dans le monde avec le volume d’agrotoxiques répandus par habitant plus élevé sur la planète. Dans le présent À contre-courant, nous tenterons de partager certaines réflexions qui aident à comprendre le déroulement de cette offensive et ses conséquences pour les communautés paysannes et la société en général.

Les effets nocifs du « modèle » sont importants et se font sentir tant à la campagne qu’à la ville : populations fumigées à la campagne et dans les zones périphériques des villes, paysans et paysannes déplacés gonflant quotidiennement les ceintures de pauvreté des grandes cités, économies régionales détruites avec des prix de denrées élevés et des aliments contaminés rendant les uns et les autres malades. Bref, une catastrophe socio-environnementale qui prend l’eau de toutes parts et qui ne permet plus de « détourner le regard. »

Les responsables de cette chaîne destructrice ne sont qu’un groupe réduit et leurs noms sont bien connus : en tête, on trouve Monsanto et quelques autres sociétés biotechnologiques (Syngenta, Bayer); de grands propriétaires terriens et des groupes de plantation qui contrôlent des millions d’hectares (Los Grobo, CRESUD, El Tejar et Maggi figurent parmi les principaux); Cargill, ADM et Bunge qui transportent les grains aux confins de la planète. Et évidemment les gouvernements de chacun des pays qui appuient avec enthousiasme ce modèle. S’ajoutent à ceux-ci un grand nombre d’entreprises qui profitent de la « manne » et procurent des services, de la machinerie agricole, des fumigations, des intrants, etc.

Concrètement, cette région compte à l’heure actuelle plus de 46 millions d’hectares de soja transgénique en monoculture, sur lesquels plus de 600 millions de litres de glyphosate ont été aspergés. Pour faire place à cette culture, au moins 500 000 hectares de forêts sont déboisés chaque année.

 

Des arbres récemment abattus brûlent dans la région de Boqueron au Paraguay. (Photo: Glyn Thomas / FoE)Des arbres récemment abattus brûlent dans la région de Boqueron au Paraguay. (Photo: Glyn Thomas / FoE)

Bien que les conséquences régionales de ce modèle soient évidentes et interdépendantes, nous tenterons d’en disséquer les effets afin d’en faire une analyse plus détaillée. La toile de fond du coup d’État au Paraguay s’avère incontournable, car c’est dans ce pays que les pouvoirs de fait ont agi de la manière la plus brutale et explicite. Cependant, le Paraguay constitue un exemple valide pour toute la région, car il est évident que l’on a tenté d’y montrer aux gouvernements de la région la voie à suivre et les limites qu’ils ne doivent pas franchir.

Passons en revue un décalogue (avec compléments) des résultats concrets et indiscutables de ce nouvel assaut de l’agrobusiness.

L’agrobusiness tue

Ce fait s’est exprimé de manière constante au cours des dernières années et, comme nous l’avons déjà dit, c’est au Paraguay où ses effets se sont fait le plus sentir. La tuerie de Curuguaty, survenue le 15 juin 2012, au cours de laquelle onze paysans et six policiers sont morts à la suite de tensions et de la répression étatique et paraétatique, a probablement été le point culminant de la violence. Cette tuerie a servi de prétexte pour entamer un procès politique et faire un coup d’État institutionnel qui a mis fin au mandat du président Lugo.

Une vague répressive contre les dirigeants paysans avait été déclenchée avant le coup d’État. Elle s’est intensifiée après le coup alors que les 8 premiers mois du gouvernement de Federico Franco ont été ponctués de l’assassinat sélectif des dirigeants paysans Sixto Pérez, Vidal Vega et Benjamín Lezcano qui ont été criblés de balles.4 La CONAMURI (Coordinadora Nacional de Mujeres Rurales e Indígenas, Coordination nationale des femmes rurales et autochtones) a déclaré que dans le cas de l’assassinat de Benjamín Lezcano, on a observé « le même modus operandi que celui des assassinats de Sixto Pérez – le 1er septembre dernier, à Puentesiño (Dép. Concepción) – et de Vidal Vega – le 1er décembre dernier, à Curuguaty (Dép. Canindeyú). L’objectif semble également être le même : décapiter les organisations paysannes. »5

 

Les organisations paysannes de La Via Campesina du Paraguay à la marche du Sommet des peuples à Río + 20, juin 2012 - quelques jours après la tuerie de Curuguaty.Les organisations paysannes de La Via Campesina du Paraguay à la marche du Sommet des peuples à Río + 20, juin 2012 – quelques jours après la tuerie de Curuguaty.

En Argentine, au cours des trois dernières années, il y a eu trois assassinats de paysans à Santiago del Estero liés directement au développement du modèle de production de soja (Sandra Ely Juárez, Cristian Ferreyra et Miguel Galván) alors que les communautés des provinces de Formosa et de Salta sont soumises à un harcèlement permanent et soutenu.6

Au Brésil aussi, le mouvement paysan et tout particulièrement le MST (Mouvement des sans terre) a subi la violence de l’agrobusiness et la CPT (Commission pastorale de la Terre) a récemment diffusé un rapport préliminaire sur la violence en 2012 qui dénombre 36 morts violentes dans le cadre de conflits agraires.

7Depuis le début de 2013, trois dirigeants du MST ont déjà été assassinés (Cícero Guedes dos Santos, Regina dos Santos Pinho et Fabio dos Santos Silva).

Ces événements surviennent dans le cadre d’une offensive de criminalisation des luttes sociales qui s’exprime non seulement dans la persécution et la stigmatisation des mouvements, mais aussi de manière concrète dans l’adoption de lois répressives. La nouvelle loi antiterroriste adoptée en Argentine en décembre 2011 s’ajoute aux lois déjà existantes dans plusieurs des pays de la région.

L’agrobusiness pollue

Un des grands mensonges que les sociétés privées, les médias de masse et une partie du monde universitaire ont avancés pour justifier l’introduction de semences transgéniques a été que celles-ci permettaient d’utiliser moins de produits agrotoxiques en agriculture. Mais exactement comme beaucoup d’organisations l’avaient prédit au cours des dernières décennies, la réalité a été toute autre et aujourd’hui, l’augmentation incessante de l’utilisation des agrotoxiques est de plus en plus alarmante et ses effets dans toute la région sont de plus en plus difficiles à cacher.

Cela n’est guère surprenant si l’on tient compte du fait évident que ce sont les sociétés qui se consacrent à la vente d’agrotoxiques, Monsanto en tête, qui encouragent l’utilisation des semences transgéniques et que les semences les plus populaires sont résistantes aux herbicides.

Depuis 2008, le Brésil consomme 20 % de tous les agrotoxiques utilisés dans le monde et est maintenant le plus grand consommateur d’agrotoxiques par habitant au monde avec 5,2 litres par an par habitant. 9 Le volume stupéfiant de 853 millions de litres de produits agrotoxiques utilisés en 2011 et une croissance de 190 % au cours de la dernière décennie sont des données plus qu’éloquentes. Cinquante-cinq pour cent des agrotoxiques ont été appliqués dans les cultures de soja et de maïs alors que le soja représentait 40 % de la consommation totale.10 À lui seul, le glyphosate représente près de 40 % de l’ensemble de la consommation d’agrotoxiques au Brésil.

L’Argentine n’est pas restée à l’arrière du peloton. En 2011, 238 millions de litres de glyphosate y ont été appliqués, soit une augmentation de 1190 % comparativement à la consommation de 1996, l’année à laquelle le soja transgénique résistant au glyphosate a été introduit dans le pays.11

 

Le fils de Petrona Villasboa, Silvino Talavera, est mort à l'âge de 11 ans, après avoir été arrosé de pesticides alors qu'il faisait du vélo sur une route entre deux champs de soja. Il se trouvait à 80 mètres de chez lui, à Pirapey, dans le département d'Itapúa, au Paraguay. (Photo: Glyn Thomas / FoE)Le fils de Petrona Villasboa, Silvino Talavera, est mort à l’âge de 11 ans, après avoir été arrosé de pesticides alors qu’il faisait du vélo sur une route entre deux champs de soja. Il se trouvait à 80 mètres de chez lui, à Pirapey, dans le département d’Itapúa, au Paraguay. (Photo: Glyn Thomas / FoE)

Au Paraguay, le sixième producteur mondial de soja transgénique, plus de 13 millions de litres de ce produit agrotoxique ont été aspergés en 2007.12

En Uruguay, qui participe pleinement à la culture du soja transgénique, les statistiques indiquent que plus de 12 millions de litres ont été consommés en 2010.

13 Et c’est précisément en Uruguay où, à la suite de la contamination de l’eau dans la ville de Montevideo, la population urbaine commence maintenant à réagir fortement devant le manque d’eau potable pour la consommation.

Ce bilan régional nous permet de conclure qu’au moins 600 millions de litres de glyphosate sont appliqués chaque année, une statistique inquiétante qui est accompagnée d’innombrables dénonciations faites à tous les jours pour les dommages déjà décrits à la santé, aux écosystèmes, à l’agriculture et aux communautés que cause un tel bain d’agrotoxiques.

Présenté par Monsanto comme ayant une « faible toxicité, » le glyphosate est remis en question pour de nombreuses raisons, notamment :

— Il est devenu impossible de cacher l’impact de cet herbicide dans les communautés; des milliers d’habitants de « villages fumigés » dénoncent les problèmes de santé causés par cette pratique : augmentation des naissances avec malformations, intoxications aiguës mortelles, problèmes respiratoires, maladies neurologiques, augmentation des cas de cancer, des avortements spontanés, des maladies de la peau, etc.

— Les recherches scientifiques indépendantes confirment ce grave problème et des études établissant un lien entre le glyphosate et l’apparition de tumeurs et de malformations lors du développement des embryons ont été publiées au cours des dernières années dans les revues scientifiques les plus prestigieuses.

— Les effets sur la santé des « adjuvants » utilisés dans la préparation du Roundup, principalement le surfactant Poea (polyoxyéthylène amine), sont également démontrés et on associe ce produit aux dommages gastro-intestinaux et du système nerveux central, à des problèmes respiratoires et à la destruction de globules rouges chez les êtres humains.

— On a aussi largement confirmé les dommages environnementaux du glyphosate dans les champs du territoire ainsi que dans le cadre de recherches : son lien avec la destruction de la biodiversité est indéniable alors que ses effets toxiques sur les amphibiens ont été démontrés et publiés.

Mais un autre problème tout aussi sérieux est l’augmentation de l’utilisation d’autres agrotoxiques appliqués en association avec le glyphosate ou pour compenser l’efficacité réduite de celui-ci en raison de la montée inévitable de mauvaises herbes résistantes. C’est ainsi que l’utilisation du paraquat a augmenté pour atteindre 1,2 million de litres en Argentine et 3,32 millions de litres dans les cinq pays producteurs de soja. Il est important de rappeler que le paraquat a été interdit dans 13 pays de l’Union européenne en 2003 parce qu’il a été lié à des désordres neurologiques. 14

Il n’y a pas de doute que l’utilisation des agrotoxiques est une autre façon de tuer de l’agrobusiness.

L’agrobusiness impose les transgéniques

L’introduction de nouveaux transgéniques liés à l’utilisation de nouveaux composés agrotoxiques fait partie de la stratégie des sociétés et elle a été à l’ordre du jour au cours de l’année 2012.

L’annonce officielle de la présidente argentine Cristina Fernández au Council of the Americas le 15 juin 2012 sur les nouveaux investissements de Monsanto en Argentine a ouvert le bal à ce qui deviendrait durant le reste de l’année une avalanche de projets, d’annonces et d’intentions de modifier la législation qui a marqué l’agenda du gouvernement et des grandes sociétés privées au cours des mois qui ont suivi.

C’est ainsi qu’en août 2012, le ministre de l’Agriculture, Norberto Yahuar, a annoncé, en compagnie de dirigeants de Monsanto, l’approbation du nouveau soja rr2 « Intacta, », lequel comprend comme nouveauté la combinaison de la résistance au glyphosate et la production de la toxine Bt. En d’autres mots, la seule nouveauté de cette variété est la combinaison des deux seules caractéristiques que l’industrie biotechnologique est parvenue à mettre sur le marché au cours de ses 20 ans d’existence.

Mais en plus de cette annonce, il existe des approbations et des essais en champ d’autres transgéniques parmi lesquels ressortent ceux de variétés de soja et de maïs résistantes à d’autres herbicides, dont le glufosinate et le 2,4 D. Andrés Carrasco, chercheur au CONICET (Conseil national de recherches scientifiques et techniques) d’Argentine présentait clairement le problème il y a quelques mois : « un aspect intéressant à considérer en Argentine en ce moment est que 5 de ces 10 événements transgéniques approuvés, 3 de maïs et 2 de soja, combinent la résistance au glyphosate avec la résistance au glufosinate d’ammonium (un bloqueur de la synthèse de l’aminoacide glutamine) pour renforcer les effets du glyphosate. Le besoin d’associer dans les nouvelles semences le glyphosate avec le glufosinate témoigne des inconsistances de la technologie des transgéniques tant en ce qui concerne leur construction que leur comportement dans le temps. Cependant, on poursuit la fuite en avant en essayant de remédier aux faiblesses conceptuelles de la technologie des transgéniques avec des solutions qui tendent à être toujours plus dangereuses. »15

Au Paraguay, quelques mois à peine après le coup institutionnel, le ministère de l’Agriculture a approuvé le maïs transgénique auquel résistaient les autorités du gouvernement renversé et qui fait l’objet d’un rejet explicite et sans appel de la part des organisations paysannes, à cause de la menace qu’il représente pour les multiples variétés locales de maïs cultivées par les peuples autochtones et les paysans. C’est ainsi qu’en octobre 2012 on a approuvé quatre variétés de maïs transgénique de Monsanto, Dow, Agrotec et Syngenta.16 Déjà, au mois d’août, le président de fait Franco avait autorisé par décret l’importation de semences de coton Bt-rr, démontrant sans équivoque pour qui il gouvernait.

Au Brésil, l’escalade a commencé à la fin de 2011 lorsque la CTNBio (Commission technique nationale sur la biosécurité) a annoncé l’approbation du premier haricot transgénique commercial « développé intégralement au Brésil » et résistant à la mosaïque dorée du haricot. Étant donné que cette variété a été créée par l’Embrapa, une institution publique, et qu’elle possède des caractéristiques distinctes de celles des transgéniques plus répandus (Bt et rr), elle a été utilisée comme bannière pro transgénique en faisant ressortir son importance « sociale et alimentaire. »17 Des fonctionnaires publics, la communauté scientifique et la société civile ont toutefois fortement remis en question son approbation. C’est ainsi que Renato Maluf, président du Consea (Conseil national de sécurité alimentaire et nutritionnelle), met en doute sa libération rapide en invoquant le principe de la précaution. « Nous croyons qu’il est téméraire de s’empresser de libérer un produit que toute la population consommera et à propos duquel nous n’avons aucune certitude de sécurité alimentaire et nutritionnelle, » a-t-il regretté. Pendant ce temps, Ana Carolina Brolo, conseillère juridique de l’organisation humanitaire Tierra de Derechos, a abondé dans le même sens que Maluf en indiquant que « cette approbation commerciale n’est pas conforme à la législation nationale et internationale sur la biosécurité. »18

Le bilan général est que l’avalanche de transgéniques nouveaux s’est intensifiée et dans la plupart des cas, leur culture est liée à l’utilisation d’agrotoxiques, dans certains cas les mêmes que ceux qui sont déjà utilisés (le glyphosate principalement) et, dans les autres, de nouveaux herbicides encore plus toxiques et dangereux (dicamba, glufosinate, 2,4 D). Au Brésil, le MPA (mouvement des petits agriculteurs), un membre de La Via Campesina, a dénoncé en avril 2012 l’approbation rapide de semences transgéniques de soja et de maïs résistantes à l’herbicide 2,4 D19. Ces mêmes semences sont déjà à l’étape de l’expérimentation en champ en Argentine.

L’agrobusiness veut exercer un contrôle absolu sur les semences

L’imposition de nouvelles lois sur les semences a aussi été à l’ordre du jour partout en Amérique latine, mais en Argentine elle a été un des foyers d’actions plus visibles et actifs, alors que la nouvelle loi était directement liée à l’accord avec Monsanto mentionné plus haut. Le jour même de l’annonce de l’approbation du soja rr2 « intacta », le ministère de l’Agriculture a annoncé le dépôt d’un projet de loi sur les semences pour qu’il soit étudié par le Congrès avant la fin de 2012.

Le projet n’a jamais été rendu officiellement public, et n’a pas été soumis à un débat large. Il a plutôt été discuté à huis clos au ministère de l’Agriculture par une partie des secteurs de l’agrobusiness argentin. Cependant, son contenu a traversé les murs du ministère et son analyse a permis de confirmer ce que l’on pouvait déjà supposer après l’annonce officielle : la nouvelle loi cherche à subordonner la politique nationale en matière de semences aux exigences de l’UPOV (Union internationale pour la protection des obtentions végétales) et des transnationales.

Le Movimiento Nacional Campesino Indigena (MNCI, Mouvement national paysan indigène) a dénoncé que « le projet de loi ne protège pas les connaissances ni la biodiversité, n’encourage que la privatisation et protège la propriété privée de ce qui est un patrimoine collectif des peuples, notamment des communautés paysannes et des peuples autochtones; il ouvre la porte à l’approfondissement de l’expropriation et de la privatisation de la biodiversité agricole et forestière de l’Argentine; il rend illégales ou restreint sévèrement les pratiques qui ont été en vigueur depuis la naissance de l’agriculture, par exemple la sélection, l’amélioration, l’obtention, la conservation, la multiplication et l’échange libres de semences obtenues dans une récolte antérieure; il renforce les conditions pour que s’accélère l’introduction et l’expansion de nouvelles cultures transgéniques, en accordant des droits de propriété sur des variétés sans exiger de preuves d’amélioration effective et sur la base de la simple expression d’un caractère; et il donne aux entreprises semencières le pouvoir de s’assurer elles-mêmes que les dispositions de la loi soient observées adéquatement. »20

La mobilisation de divers secteurs a permis de retarder la présentation de ce projet de loi et le débat au Congrès national; mais la menace qu’elle soit imposée demeure latente.

Il est très clair que contrôler ce premier maillon du secteur agricole est un des principaux objectifs des sociétés privées lesquelles visent ainsi à pouvoir contrôler l’ensemble du système agroalimentaire et s’assurer un monopole sans failles. Il est également clair que ce contrôle a des effets directs sur les populations en empêchant l’exercice de la souveraineté alimentaire et en condamnant des millions de personnes à la faim.

L’agrobusiness détruit les forêts

La déforestation dans toute la région a atteint une ampleur sans précédent et malgré des mesures visant à l’arrêter (comme la Loi sur les forêts en Argentine ou les règlements adoptés au Brésil), loin de se détenir, elle s’est accélérée au cours des dernières années avec comme principal facteur l’avancée de la frontière agricole (ou le déplacement de la frontière des fermes d’élevage comme conséquence de celle-ci).

Ici encore, le Brésil est en tête avec 28 millions d’hectares de perte nette de forêts pour la période de 2000 à 2010 21 et les autorités nationales ont célébré comme un grand triomphe la disparition de « seulement » 641 800 hectares de forêts amazoniennes d’août 2010 à juillet 201122.

Les chiffres pour l’Argentine montrent qu’entre « 2004 et 2012, les bulldozers ont déboisé 2 501 912 hectares, ce qui revient à 124 fois la superficie de la ville de Buenos Aires. Autrement dit : en Argentine, 36 terrains de football de forêts sont détruits toutes les heures. Ces données ont été déduites en croisant des analyses officielles et d’ONG. Le plus récent rapport du Secretaría de Ambiente de la Nación (ministère de l’Environnement), lequel portait sur la période de 2006 à 2011, a comptabilisé la destruction de 1 779 360 hectares de forêt indigène. » 23

Au Paraguay, la situation est probablement une des pires en ce qui concerne le taux de déforestation : d’une part, il y a eu la déforestation historique dans la région orientale qui a causé la perte de 76,3 % de la couverture forestière originale de 1945 à 1997 à la suite de la conversion des terres pour la production agropastorale. 24 Et d’autre part, la déforestation en cours dans la région occidentale (forêt du Chaco) qui a culminé en 2011 avec une perte de plus de 286 742 hectares de forêts, une augmentation de 23 % sur les 232 000 hectares déboisés en 2010. 25

Un examen global de cette tragédie nous permet de mieux mesurer l’ampleur de ce qui se produit : une étude publiée par la FAO en 201126 indique que la moyenne annuelle de perte nette de forêts de 1990 à 2005 est de presque 5 millions d’hectares (dans le monde entier), dont 4 millions en Amérique du Sud.

Ici encore, l’agrobusiness tue à nouveau : les écosystèmes uniques de la région et tous les peuples qui durant des millénaires ont vécu, grandi et cohabité avec les forêts, en les protégeant et en les alimentant.

L’agrobusiness concentre la terre entre un nombre réduit de mains.

La concentration des terres est un autre des phénomènes qui ont marqué les années récentes d’implantation du soja transgénique dans l’ensemble du Cône Sud. Les pays dans lesquels la concentration de la terre était déjà forte ont vu au cours de ces années l’accroissement de cette concentration et la réduction du nombre de propriétaires qui la contrôlent.

C’est encore le Paraguay, un des pays ayant la pire distribution des terres en Amérique latine, où l’impact s’est fait sentir le plus et aujourd’hui, 2 % des producteurs contrôlent 85 % des terres agricoles. Cette situation s’aggrave encore plus alors qu’à partir des pays voisins — principalement le Brésil, mais aussi l’Argentine — il se produit une invasion des territoires pour augmenter la culture du soja transgénique.

Voyons quelques statistiques sur chacun des pays : 27

— Au Paraguay, en 2005, 4 % des producteurs de soja contrôlaient 60 % de toute la superficie plantée avec cette culture.

— Au Brésil, en 2006, 5 % des producteurs de soja contrôlaient 59 % de toute la superficie plantée avec cette culture.

— En Argentine, en 2010, plus de 50 % de la production de soja était contrôlée par 3 % de l’ensemble des producteurs, lesquels possédaient 5 000 hectares de terres ou plus chaque.

— En Uruguay, en 2010, 26 % des producteurs contrôlaient 85 % de l’ensemble des terres plantées avec du soja. Cette même année, 1 % de l’ensemble des producteurs étaient responsables de 35 % de la superficie plantée avec du soja.

Le modèle imposé a signifié une profonde transformation du processus de concentration de la propriété des terres : maintenant, dans la plupart des cas, les terres ne sont pas achetées, mais plutôt louées par les grands producteurs. D’autre part, les producteurs ne sont plus des personnes physiques identifiables, mais bien des pools de plantation alimentés pour la plupart par des groupes d’investisseurs spéculatifs.

Les conséquences pour les communautés locales, les paysans et les peuples autochtones sont toujours les mêmes : l’expulsion de leurs territoires, dans de très nombreux cas par l’usage direct de la violence, comme nous l’avons déjà dit lorsque nous avons analysé d’autres aspects de ce modèle.

Bien qu’il soit difficile d’estimer le nombre d’expulsés parce qu’il n’existe pas de statistiques précises pour chaque pays et encore moins au plan régional, certains chercheurs ont trouvé, par exemple, que la progression du soja au Paraguay aurait causé l’expulsion de 143 000 familles paysannes, soit la disparition de plus de la moitié des 280 000 fermes de moins de 20 hectares inscrites dans le recensement agropastoral de 1991,28 et ce, pour atteindre l’objectif de 4 millions d’hectares de soja que s’est fixé l’agrobusiness. Dans le cas de l’Argentine, ce modèle a causé un exode rural sans précédent qui en 2007 supposait déjà l’expulsion de plus de 200 000 agriculteurs et travailleurs ruraux et de leurs familles du secteur agricole argentin. Au Brésil, depuis les années 1960, la production de soja a déplacé 2,5 millions de personnes dans l’État du Parana et 300 000 dans celui du Rio Grande do Sul. 29

L’agrobusiness cherche à se consolider comme dictateur dans la République unie du soja

Le coup institutionnel au Paraguay démontre que les initiatives et les limites que certains gouvernements tentent encore timidement de mettre en place ne détiennent pas les sociétés privées agissant de concert avec les grands propriétaires terriens et leurs complices nationaux.

Au Paraguay, le gouvernement du président Lugo, même s’il était minoritaire au parlement, a tenté, à travers certaines institutions gouvernementales (ministère de la Santé, ministère de l’Environnement, Service national de qualité et d’hygiène végétale et des semences — Senave), de réglementer certaines pratiques graves comme les fumigations et l’approbation de nouveaux transgéniques, notamment le maïs rr et le coton Bt. Il a aussi entamé un dialogue avec les organisations paysannes pour chercher à freiner la violence historique dans le monde rural qui est le fruit de l’extraordinaire concentration des terres de ce pays.

Les puissants secteurs de l’agrobusiness, regroupés dans l’UGP (Union des corporations de production), lequel jouit de l’appui de sociétés privées comme Monsanto et Cargill, ont lancé une guerre contre les autorités responsables de ces secteurs, en demandant leur tête et en menaçant et exécutant des actions publiques dans ce sens.

La tuerie de Curuguaty a été le prétexte qu’ils ont trouvé pour renverser — grâce à leurs alliés parlementaires — le président Lugo en moins de deux heures de session et ainsi imposer leurs intérêts dans tous les domaines.

C’est ainsi que tous les fonctionnaires engagés dans ces processus de changement ont été remerciés avec le président Lugo et que les mesures réclamées par l’agrobusiness ont été rapidement imposées : fin aux limites de fumigation, approbation de nouveaux transgéniques, promesses de modification de la loi sur les semences, etc.

La récente élection qui a couronné l’entrepreneur Horacio Cartés comme nouveau président et porté à nouveau au pouvoir le parti Colorado a été la dernière étape pour établir l’impunité et le pouvoir illimité de l’agrobusiness.

Toutefois, dans les autres pays de la région — bien que la situation ne soit pas aussi difficile qu’au Paraguay — il est également évident que l’agrobusiness dicte les politiques publiques en matière d’agriculture et d’alimentation et fait obstacle à toute tentative de les modifier selon une perspective allant à l’encontre de ses intérêts corporatifs.

Tout cela confirme quelque chose qui devient évident et est dénoncé partout au monde : la démocratie est incompatible avec la domination des sociétés privées et il faut démanteler leurs structures pour pouvoir penser et avancer dans n’importe quelle démarche de démocratisation qui privilégie le bien commun.

L’agrobusiness soumet et colonise les institutions de recherche et de réglementation de la science et des technologies dans chaque pays

Les universités et instituts de recherche de toute la région, sauf quelques exceptions honorables, sont colonisés par le pouvoir et les fonds des sociétés de l’agrobusiness qui les utilisent comme engrenages pour imposer leurs transgéniques et leurs modèles de production industriels.

En 2012 en Uruguay, l’accord entre Monsanto et l’INIA (Institut national de recherche agropastorale), qui a intégré des transgènes appartenant à l’entreprise au germoplasme de soja national sous sa responsabilité, a été rendu public et a été dénoncé par la société civile.30 La signature de l’accord a été remise en question par la CNFR (commission nationale de développement rural), une association qui regroupe et représente les producteurs familiaux au conseil d’administration de l’INIA et par diverses organisations de la société civile dont REDES-Amis de la Terre. L’accord, qui n’est pas accessible au public, a suscité une demande de rapports de la part de législateurs du Frente Amplio (FA).

Aussi, après le coup au Paraguay, le nouveau ministre de l’Agriculture et de l’Élevage du pays guarani, Enzo Cardozo a annoncé que le « Paraguay va produire ses propres semences transgéniques qui seront à la disposition de tous les producteurs. » La production serait sous la responsabilité de l’IPTA (Institut paraguayen de technologie agropastorale) qui recevrait un « transfert technologique » de Monsanto, pour lequel le gouvernement dirigé par le président de fait Federico Franco paierait un montant qui reste à établir. 31

Mais Monsanto possède déjà des accords de « coopération » avec des institutions publiques en Argentine, au Paraguay, en Uruguay et au Brésil depuis bien avant la signature de la nouvelle entente et il les utilise comme source de main-d’œuvre à bon marché pour ses recherches et outil pour réaliser directement « l’extension rurale » de ses transgéniques. De la même manière, de nombreux fonctionnaires politiques agissent en tant que bras idéologiques des sociétés privées dans leurs tentatives de s’imposer. Un cas exemplaire est celui de Lino Barañao, ministre argentin des Sciences et de la Technologie, qui ne gêne pas pour profiter de toutes les occasions pour faire du lobbying en faveur des transgéniques.

L’agrobusiness est une forme de plus de l’extractivisme qui saccage nos territoires

L’agriculture industrielle est une activité extractiviste parce qu’elle considère que le sol est un substrat inerte duquel on extrait des nutriments (protéines et minéraux) en utilisant de la technologie et des produits chimiques sans les respecter en tant qu’organismes vivants et sans remplacer de manière naturelle les nutriments extraits.

Cet extractivisme s’exprime de manière brutale avec la culture du soja transgénique, car même le discours du « semis direct » ne peut cacher la réalité crue que le soja ne retourne pas du tout la quantité de nutriments qu’il extrait des sols, et que cette technique de semis direct ne peut soutenir la structure et la capacité de rétention de l’eau de ces sols.

Dans d’autres documents, nous avons fait part de la façon dont se dégradent les sols en Argentine et on extrait des millions de tonnes de nutriments et des milliards de litres d’eau. 32

Voyons quelques statistiques concrètes seulement pour l’Argentine (ces données ne sont pas disponibles pour les autres pays) :

Année après année, la monoculture du soja cause une dégradation intense des sols avec une perte variant de 19 à 30 tonnes de terre par hectare selon la gestion des sols, la pente du terrain et le climat.

Le soja a produit durant la saison 2006/2007 (avec une production de 47 380 222 tonnes) une extraction nette de :

— 1 148 970,39 tonnes d’azote,

— 255 853,20 tonnes de phosphore,

— 795 987,73 tonnes de potassium,

— 123 188,58 tonnes de calcium,

— 132 664,62 tonnes de soufre, et

— 331,66 tonnes de bore.

De plus, chaque récolte de soja exportée emporte 42 500 millions de mètres cubes d’eau par année (données de la saison 2004/2005).

L’agrobusiness agit en complicité avec les grands médias de masse

Tout ce processus d’imposition peut compter dans toute la région sur un puissant allié : les médias de communication privés et dominants qui agissent à titre de bras communicationnel inconditionnel de l’agrobusiness (à la seule condition d’obtenir la manne de publicité avec laquelle sont remplies les pages des journaux et les ondes de la radio et de la télévision).

Les mécanismes de fonctionnement de cette alliance se réduisent à quelques directives de base que nous pouvons résumer comme suit :

— L’éloge dithyrambique de l’agro-industrie en tant que panacée pour la production d’aliments en créant un lien absolu entre le « progrès, » le « développement » et le bien-être de la société.

— La cooptation du discours du développement durable, à l’aide de la propagande, pour rendre « durable » n’importe quelle initiative, en ne présentant qu’une vision partiale et fragmentaire.

— La négation absolue de tout débat ou information sur les luttes sociales de résistance, les débats scientifiques ou économiques et les impacts sur les communautés et l’environnement.

— La stigmatisation et la criminalisation des mouvements et des organisations sociales en les présentant comme « subversifs, » violents, antisociaux ou « passéistes. »

Le pays où cette alliance est la plus évidente est probablement le Paraguay, où l’UGP mentionnée ci-dessus est liée au Groupe Zuccolillo, propriétaire du puissant quotidien ABC Color qui a été l’un des médias à partir desquels la campagne pour renverser Lugo a été montée. Zuccolillo est aussi le président de la Société interaméricaine de presse SIP.33

Et pour couronner le tout : l’agrobusiness change le climat

Les liens entre la crise climatique que nous subissons à l’échelle de la planète et l’agriculture industrielle sont largement démontrés et présentent des statistiques alarmantes : au minimum, de 44 à 57 % des gaz à effet de serre (GES) sont produits par les différentes étapes de la chaîne de production agroindustrielle.

Il est évident qu’un territoire où l’agriculture industrielle s’est imposée de manière brutale doit être une des principales sources contribuant à cette crise mondiale. Mais il est également évident dans toute la région que le concours des problèmes mondiaux et régionaux comme la déforestation a des conséquences extrêmement graves à la campagne, avec de longues périodes de sécheresse suivies de cycles d’inondation, et en ville, avec des pluies, des phénomènes climatiques extrêmes et des inondations pour lesquelles il n’existe pas d’infrastructures en mesure de les contenir et dont les principales victimes sont justement les populations expulsées des campagnes.

Remarques finales

Une large mobilisation articulée s’oppose à cette dramatique réalité dans toute la région. Elle affronte la spoliation par la résistance locale, la mobilisation, les dénonciations publiques, la construction d’alternatives et la lutte sur tous les fronts possibles allant des voies légales à la désobéissance civile et à la récupération des territoires de la part des communautés dépouillées.

S’il est certain qu’il existe encore une grande fragmentation des luttes sociales, il est également certain qu’aucune d’entre celles-ci ne se limite à l’analyse ou à la simple lutte ponctuelle. Au contraire, on assiste à la construction d’une vision globale qui place la souveraineté alimentaire au centre des luttes avec comme horizons l’autonomie et le bien commun.

Nous espérons que le présent À contre-courant ajoute une semence de plus aux nouvelles cultures de résistance des champs et de la rue qui germent dans le Cône sud.


 

3 “Monsanto y las regalías semilleras en Argentina”, GRAIN, 8 octobre 2004

5 “Plan de exterminio”, Reportaje a Magui Balbuena de CONAMURI por Radio Mundo Real, 23 fevrier 2013

6 “El árbol y el bosque”, Biodiversidadla, 10 avril 2013

7 “Un militante del MST es asesinado”, MARCHA, 3 avril 2013

8 “A luta constante contra os agrotoxicos”, Brasil de Fato, 11 janvier 2013

9 “Especial sobre agrotoxicos”, Brasil de Fato, juin 2012

10 “Agrotóxicos, segurança alimentar e nutricional e saúde”, Associação Brasileira de Saúde Coletiva, 2012

11 “Producción de soya en el Cono Sur de las Américas”, GENOK, 31 juillet 2012

12 “Alimento sano, pueblo soberano”, CONAMURI, novembre 2011

13 Ibid. 11

15 Un nuevo veneno, el glufosinato, lettro de Andrés Carrasco, Biodiversidadla, 31 août 2013

18“Fríjol transgénico desata polémica alimentaria”, IPS, 30 septembre 2011

20 “¡NO a la privatización de las semillas en Argentina!”, MNCI – CLOC-VC Argentina – GRAIN – AT – ACBIO, 2 octobre 2012

21 “¿Tiene sentido declarar un Día Internacional de los Bosques?”, Boletín N° 188 del WRM, 3 avril 2013

23“El árbol y el bosque”, Mu 63, 15 mars 2013

24 “Paraguay: cómo se pierde el 90% de los bosques de un país, Vanessa Sánchez, Soitu.es, 11 août 2008

26 “Sudamérica, la peor en deforestación a nivel mundial”, BBC Mundo, 30 novembre 2011

28 “Los refugiados modelo agroexportador”, Javiera Rulli, Repúblicas Unidas de la Soja, GRR, 2007

29 “Una reflexión sobre la reciente expansión del cultivo de la soja en América Latina”, Segrelles Serrano, José Antonio, Grupo Interdisciplinario de Estudios Críticos y de América Latina, 25 juin 2007

30 “Alimentando las estrategias corporativas”, REDES-AT, 31 août 2012

31 “La espada de Monsanto sobre América Latina”, Marcha, 4 octobre 2012

32 “Extractivismo y agricultura industrial o como convertir suelos fértiles en territorios mineros”, GRAIN, Revista Biodiversidad, sustento y culturas N° 75, janvier 2012

33 Ibid. 28

Syrie : Mensonges à l’irakienne

juillet 7th, 2013 by Patrick Seale

Le modus operandi en Syrie ressemble à s’y méprendre au scénario irakien – mensonges, provocations, exagérations, invasion, propagande,  soutien des Occidentaux aux rebelles,- jusqu’aux  accusations d’usage d’armes chimiques par le régime de Bachar al-Assad.

Le 23 avril 2013, un officier supérieur israélien, Utai Brun, brigadier-général, chef du Centre de recherche du renseignement militaire, a, lors de la visite de trois jours du nouveau Secrétaire à la Défense US, Chuck Hagel, accusé la Syrie d’utiliser des « armes chimiques contre des tireurs, au cours d’une série d’incidents ces derniers mois… ». Il n’avait cependant fourni aucune preuve, ni témoignage à l’appui de ses dires mais précisé que les Forces armées israéliennes pensaient que le gaz sarin avait été employé, notamment lors d’une attaque le 19 mars.

… Chuck Hagel, dont la nomination à ce poste s’était fait de justesse en raison de l’hostilité du lobby pro-israélien, étaient même vu par certaines organisations juives comme un anti-sémite. Il espère maintenant pouvoir mettre un terme à cette animosité.

Soldats israéliens dans la zone occupée du Golan prennent part à un exercice militaire près de la frontière syrienne, le 6 mai 2013. (Uriel Sinai/Getty Images)

Lors de cette première visite en Israël, il avait annoncé que ce dernier recevrait des Etats-Unis une riche cargaison d’armes les plus sophistiquées- des avions approvisionneurs, des radars derniers cris et même le dernier prototype d’avions  le V-22 Osprey* que nul autre allié n’a obtenu. Mais, même si Israël s’est félicité de cet arsenal, cela ne l’a pas empêché d’accuser la Syrie de recourir à des armes chimiques- évidemment dans le but de provoquer une attaque US contre ce pays.

Désagréablement surpris par l’annonce du Général Brun, Hagel a déclaré, le 24 avril qu’il avait discuté de cette question avecBenyamin Netanyahou et le ministre de la Défense, Moshe Ya’alon et que ni l’un ni l’autre n’avait dit que la Syrie avait effectivement utilisé des armes chimiques… Les autorités israéliennes avaient pensé que Hagel, à peine convalescent de la raclée que les pro-israéliens lui avaient donnée à Washington pour sa nomination, ne mettrait  pas en doute l’annonce du général Brun.

Que cherchait Israël en incitant les Etats-Unis à attaquer la Syrie ? Certes, le remplacement de Bachar al-Assad par une personnalité plus malléable. Mais Israël craint que Jabbat al- Nusra, une aile violente d’al Qaeda, prenne le pouvoir en Syrie à la chute d’Assad. L’accusation donc devait entraîner une intervention armée des Etats-Unis sous peu qui le débarrasserait et d’Assad et de Jabbat al-Nusra.

Israël sait parfaitement que l’administration Obama est réticente à dépêcher des troupes pour une nouvelle guerre, que ce soit en Syrie ou en Iran. Cependant, par cette accusation, il pensait tendre un piège à Obama et l’engager dans une campagne contre la Syrie ce que d’ailleurs le président Obama avait laissé croire lorsqu’il avait dit que la « ligne rouge » serait franchie par le recours aux armes chimiques par les Syriens.

Moscou fut rapide dans sa réaction et le 28 avril, le directeur du journal russe Global Affairs écrivait : « Moscou ne croit pas que Assad puisse  utiliser des armes chimiques : il n’est pas si fou pour se mettre dans un tel pétrin ».

… Conscients que leurs efforts n’ont pas porté leurs fruits, les porte- paroles israéliens ont très rapidement fait marche arrière et le ministre des affaires stratégiques et de l’intelligence a assuré, le 29 avril, que « Nous n’avons jamais demandé ou encouragé les Etats-Unis à prendre des mesures militaires contre la Syrie ». Ces échanges apportent la preuve s’il en fallait de la détermination d’Israël à inciter les Etats-Unis contre les ennemis d’Israël. …Israël doit donc se  contenter d’exercer des pressions constantes sur les Etats-Unis à propos de l’Iran et de la Syrie. Mais il pense que son véritable ennemi est le Hezbollah au Liban… Il est intéressant de noter que les seules attaques d’Israël dans la guerre civile syrienne sont des attaques de convois d’armes soit disant en route pour le Liban, à partir duCentre de Recherche et d’Etudes scientifiques de Barzeh, près de Damas, en Syrie. Israël craint que toute nouvelle acquisition d’armes chimiques par le Hezbollah fournira à ce dernier une immunité considérable contre toute attaque israélienne.

… Israël ne conçoit pas de limiter l’extraordinaire liberté qu’il a eue jusqu’à présent d’attaquer ses voisins et de ne jamais être attaqué en retour. Pour Israël, si les Etats-Unis pouvaient faire le travail à sa place, tant mieux. Si ce n’est maintenant, peut-être une autre fois.

Patrick Seal

Article original : Revue de presse: Washington Report – extraits – Juillet 2013 :

How Israel Manipulates U.S. Policy in the Middle East, Washington Report, juin-juillet 2013

Traduction et synthèse : Xavière Jardez

http://www.france-irak-actualite.com/article-syrie-mensonges-a-l-irakienne-118897358.html 

 

*Le V-22 Osprey est un avion de transport à rotors basculants. Il décolle comme un hélicoptère.  Il se transforme ensuite en turbpropulseur à grande vitesse, capable de voler à haute altitude.

Le journaliste britannique Patrick Seale, ancien correspondant de The Observer à Beyrouth, est un des grands spécialistes de la Syrie et du Liban. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment de Asad of Syria: The Struggle for the Middle East (1988), de La lutte pour l’indépendance arabe : Riad el-Solh et la naissance du Proche-Orient moderne (Fayard, 2010), et d’une biographie du chef palestinien Abou Nidal. Ses articles sont diffusés par l’Agence Global (AG).

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L’acte II de la Révolution égyptienne : Le chaos constructeur?

juillet 6th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Les musulmans ne veulent pas aller au paradis le ventre vide»

Houari Boumediene  (Sommet de l’Organisation des pays islamiques à Lahore 1976)

«Il faut rendre à César ce qui appartient à Cesar et à Dieu ce qui appartient à Dieu»

Jésus de Nazareth

 

Comme attendu et espéré, l’armée a arrêté le processus démocratique. «Habilement lit-on sur le journal la Croix, le général Al-Sissi était accompagné, lors de sa prestation télévisée, des plus hautes autorités religieuses, le cheikh d’Al-Azahr, Ahmed Al Tayyib, et le pape de l’église copte orthodoxe, Tawadros II, qui n’ont cessé de dénoncer l’augmentation des violences sectaires en Égypte sous la présidence Morsi. Il s’était entouré aussi de Galal Morra, un islamiste ultraconservateur (salafiste), et de Mohamed El Baradei, représentant de l’opposition. Tous ont approuvé la «feuille de route» du chef d’état-major de l’armée, légitimant ainsi le coup d’État.» (1)

La chute de Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu, met un terme à un an de pouvoir islamiste marqué par des crises à répétition et une forte contestation populaire. Adly Mansour, président de la Haute Cour constitutionnelle désigné par l’armée pour remplacer Mohamed Morsi, a prêté, jeudi 4 juillet, serment comme président par intérim de l’Egypte. Il a promis de ´´protéger le système républicain´´ et d’être le ´´garant des intérêts du peuple´´ lors d’une brève allocution.. Cette situation ouvre la voie à une délicate transition dans un pays profondément divisé entre pro et anti-Morsi. Avant son arrestation, M.Morsi a appelé ses partisans à résister pacifiquement à ce qu’il considère comme un coup d’Etat militaire. Le chef de file de la confrérie a été arrêté par la police militaire égyptienne. L’opposition, par le biais du Front de salut national, s’est prononcée contre l’exclusion des partis politiques se réclamant de l’Islam. D’après le quotidien Al-Ahram, pas moins de 300 mandats d’arrêt ont été lancés contre des membres des Frères musulmans.

Les réactions à l’étranger:

Pour rappel, la présidence égyptienne a rejeté dans la nuit du lundi 1er au mardi 2 juillet l’ultimatum lancé plus tôt par l’armée au chef de l’Etat Mohamed Morsi, lui laissant 48 heures pour satisfaire les ´´demandes du peuple´´, faute de quoi, elle imposerait une feuille de route. (…) Khaled Dawoud, porte-parole du Front de salut national (FSN), a d’ores et déjà annoncé qu’aucun dialogue avec M.Morsi n’était possible ´´car nous considérons qu’il n’est plus légitime´´.

Barack Obama avait téléphoné à Mohamed Morsi pour l’inviter à répondre aux revendications des manifestants. Il a appelé ´´toutes les parties à la retenue´´ On ne peut pas ´´parler de manifestation pacifique quand il y a des agressions contre des femmes.. Ce qui est clair aujourd’hui, c’est que, même si M.Morsi a été élu démocratiquement, il faut faire plus pour créer les conditions dans lesquelles chacun a le sentiment que sa voix est entendue´´ en Egypte, a ajouté le président américain. (2)

Un coup d’Etat adoubé par l’Occident et les autres potentats arabes

On l’aura compris, Morsi a été lâché, d’ailleurs, le général Martin Dempsey, chef de l’état-major américain, était entré en contact avec son homologue égyptien. Curieusement, ce coup d’Etat militaire n’a pas suscité de réaction d’indignation auprès des pays occidentaux. Ils ne condamnent pas l’arrêt du processus comme ce fut le cas en Algérie en 1991. C’est tout juste si ces pays «s’interrogent». Le président américain Barack Obama a appelé à examiner l’implication de ces événements sur l’importante aide militaire à l’Egypte. Comme on le sait, selon la loi américaine, l’aide ne peut pas aller vers un pays où un coup d’Etat a eu lieu.

Pour sa part, la Russie parle de retenue et l’Union européenne prône une présidentielle rapide montrant par là qu’elle accepte le fait accompli.

Alors que l’heure est à la liesse populaire, amplifiée par des médias occidentaux qui sont tous au diapason, se réjouissant sans la moindre réserve, ni nuance, de la destitution de «l’Islam politique», nul doute que la mise au ban du président Morsi, sorti grand vainqueur des urnes, risque fort de radicaliser ses plus fervents partisans, On ne peut qu’être ulcéré d’avoir vu et entendu des Egyptiens de France- bien au chaud- applaudir le coup d’Etat militaire illégal et anti-Constitution.

Le traitement politico-médiatique de ce coup d’état militaire par les médias occidentaux et les spécialistes autoproclamés de l’islamisme, notamment en France, (Antoine Basbous, Antoine Sfeir, Gilles Keppel, Sifaoui, BHL) est là pour nous rappeler qu’il n’y a pas de morale encore moins d’éthique quand il s’agit des musulmans Ces habitués des plateaux sont là pour légitimer, sur instruction dans l’imaginaire des citoyens occidentaux que ce qui s’est passé est normal. Morsi n’a eu que ce qu’il mérite. Les Frères musulmans qui étaient choyés par l’Occident ne répondent plus à l’agenda. On s’en débarrasse en jouant sur les peurs, les détresses de ces millions d’Egyptiens qui ont manifesté et en oubliant les autres, ceux qui soutiennent l’ordre constitutionnel et qui défendent la nécessité pour élu démocratiquement d’aller jusqu’au bout de son mandat.

L’exemple le plus typique est celui des millions de personnes qui descendent dans la rue en Grèce, Espagne, Portugal. Ce n’est pas pour autant que l’on demande à refaire de nouvelles élections Dans n’importe quelle démocratie on se plie au choix souverain d’une majorité, sinon c’est la guerre civile. Il aurait été judicieux qu’il aille au terme de son mandat pour juger de son bilan. De plus, on ne redresse pas l’économie d’un pays en un an ou d’un coup de baguette magique. Il est vrai cependant que 48% des Egyptien(ne)s n’ont pas été voter et que Morsi n’a été élu qu’avec 51 et quelque pour cent des suffrages exprimés. En clair, il y a à peine 25% de personnes qui ont voté pour lui (Un sur quatre). C’est cela la démocratie et comme l’écrit Winston Churchill, la démocratie c’est le moins mauvais des systèmes à l’exception de tous les autres.

Ce qui se passe en Egypte nous rappelle un air de déjà-vu, celui qui a eu lieu en Algérie. La suite on la connaît, ce fut la décennie rouge avec à la clé des milliers de disparus et dit-on 200.000 morts pour arriver à une situation toujours larvée plus de vingt ans après.

 «Comment, lit on sur le site Oumma.com ne pas établir un parallèle historique avec le coup de force des généraux algériens qui poussèrent sans ménagement le président Chadli à la démission, refusant la politique de cohabitation avec le FIS prônée par ce dernier? Ils firent alors parler les armes et imposèrent le règne de la junte militaire, envoyant leurs chars dans les rue d’Alger pour mieux piétiner la démocratie et les urnes qui avaient parlé. Sur un échiquier mondial qui n’en espérait pas tant en si peu de temps, l’empressement de l’Arabie Saoudite à féliciter chaudement le président par intérim de l’Egypte en dit long sur les rapports de force en jeu, tout comme le silence du Qatar, seul pays du Golfe à avoir soutenu sans retenue les Frères musulmans égyptiens et l’économie du pays, est révélateur du sentiment cuisant d’échec qui doit habiter ses hauts dignitaires.» (3)

Les raisons de l’échec de Morsi

Jean-Marc Ferrié, directeur de recherches au Cnrs, spécialiste de l’Egypte, énumère trois raisons: «Il y a d’abord, dit-il, son incapacité à régler la situation économique et sociale de l’Egypte. Il était difficile de faire quelque chose de substantiel vu la situation de départ et le peu de temps qui lui a été donné, mais rien ne l’empêchait d’essayer. Or, la situation n’a fait que se dégrader. Les prix des denrées de la vie quotidienne ont fortement augmenté: les Egyptiens sont beaucoup plus mal aujourd’hui qu’à la période de Moubarak. La dégradation de la paix civile et de la sécurité, auxquelles les Egyptiens sont très attachés, ont eu des effets sur le tourisme, le poumon économique du pays. A quoi s’ajoute un très mauvais climat pour les affaires et les investissements. Les Egyptiens savent que les vraies réformes prennent du temps, ils auraient donc pu prendre leur mal en patience s’ils avaient vu des évolutions. Le président a d’ailleurs perdu de nombreux soutiens chez ses électeurs parce qu’il n’a pas tenu ses promesses.

«La deuxième erreur a été, pour les Frères musulmans, de croire qu’ils représentaient la totalité de l’Egypte, sans prendre en compte l’existence de l’opposition et des minorités. Dès leur arrivée au pouvoir, ils ont fait comme si les autres forces n’existaient pas en invoquant la légitimité des urnes. (…) Cela les a conduits à commettre une troisième erreur: faire passer la Constitution au forceps sans tenir compte de la magistrature. En situation de crise, il fallait un comportement de compromis. (…) C’est l’arrogance de Morsi qui l’a conduit à sa chute. On ne peut pas encore dire si ces événements auront un écho dans d’autres pays qui ont connu des révolutions. Mais une chose est sûre: c’est un coup de semonce pour les partis islamo-conservateurs dans la région. L’échec de Morsi, c’est l’échec de ce type de parti qui doit se rendre compte que vouloir le pouvoir, l’obtenir et gouverner sont trois choses différentes. (4)

Comment expliquer cette brusque ébullition au bout d’un an? Pour Gilles Kepel, outre la mauvaise gouvernance économique et la persistance des problèmes sociaux, ce qui a d’abord marqué les révolutions arabes, c’est la volonté des Arabes de s’emparer de la liberté d’expression. Cela après cinq décennies où elle avait été supprimée par des partis autoritaires. Morsi, en donnant le sentiment que l’Égypte était désormais tombée sous le contrôle des Frères musulmans a négligé cette dimension, qui a pourtant été une des raisons de sa victoire. Son score de 51%, ne signifie pas une adhésion au programme islamiste, mais est plus dû au soutien des révolutionnaires. Mais il s’est très vite dissipé à cause de leur dimension liberticide et autoritaire.» (5)

Est-ce la fin de l’influence des Etats-Unis?

Nous ne le croyons pas ! Nous devons toujours nous rappeler la fameuse boutade de Franklin Delanoë Roosevelt : « Si un évènement survient par hasard, vous pouvez être sûr qu’il a été programmé pour se dérouler ainsi »  Ce n’est pas l’avis de  Ahmed Halfaoui,  pour qui : « le pouvoir états-unien ne doit pas en mener large. Avec la Turquie c’était déjà assez coton, mais là! (…) il semble bien que cela soit la fin et du ´´printemps ´´ des Arabes et assimilés et des Frères et du wahabisme et de l’hégémonie atlantiste dans la région. Le retour de manivelle est impressionnant. Jamais le peuple égyptien n’a été aussi mobilisé, même comparativement à l’ère du nationalisme nassérien. Des marées humaines font la démonstration du refus de l’agenda dévastateur porté par Mohamed Morsi et sa Confrérie. La grande presse a beau faire croire à un clivage ´´ laïcs ´´ versus islamistes ´´, elle ne parvient pas à cacher la réalité que, bien au-delà d’un courant politique, c’est le peuple profond qui s’ébranle dans un extraordinaire mouvement contre la dictature de la ´´ démocratie de marché ´´, contre l’allégeance des Frères aux Etats-Unis, contre la mise à l’encan de la souveraineté du pays et contre l’engagement aux côtés de l’Otan vis-à-vis de la Syrie». (6)

Ahmed Halfaoui voit dans l’engagement une formidable communion de millions de femmes, d’hommes et d’enfants, animés de la certitude que rien ne doit plus et ne pourra plus se faire sans eux. Il «oublie » ceux que l’on ne prend pas en caméra qui eux défilent sur une autre place- Celle de la mosquée  de Rabi’ate El Addaouia la grande soufie de l’Islam- , ignorée  à dessein  par les médias occidentaux, pour ne faire apparaître et faire adouber dans l’imaginaire des téléspectateurs, que la seule la vraie et la légitime cause celle de la place Tahrir.. Ceux là  ne se laisseront pas faire aussi . De notre point de vue, rien de nouveau sous le soleil, l’Occident va «essayer d’autres chevaux» après la carte islamique. Il faut cependant que cela saigne un certain temps avant que la fin de la réécréation ne soit sifflée…..

Que va-t-il se passer maintenant?

Est-ce la fin de la gestion religieuse des Etats arabes? Les Frères musulmans ne se laisseront pas faire, bien qu’ils aient subi un revers important du fait que le temps béni où ils pouvaient recruter sur la double promesse d’un meilleur avenir temporel et spirituel est derrière eux.

 « Alors que le site Internet des Frères musulmans égyptiens écrit, Philippe Mischkowsky,  annonce la mobilisation sans faille des membres de la Confrérie pour défendre la légitimité électorale de Mohamed Morsi, le quotidien libéral Al-Masri Al-Youm fait part de divisions au sein même de l’organisation. L’enjeu, selon le journal, consisterait à éviter la dislocation de la structure internationale de la confrérie après l’effondrement de l’organisation mère en Egypte. Ce groupe de modérés est dirigé par Rached Ghannouchi, leader d’Ennahda. Il aurait demandé aux Frères d’organiser une élection présidentielle anticipée. (…) Dans les pays du Golfe, aux Emirats arabes unis, ´´les adeptes des Frères musulmans locaux sont sous le choc´´, rapporte le site saoudien Elaph. ´´La chute de l’organisation en Egypte anéantit définitivement le rêve des Frères d’arriver au pouvoir dans quelque pays du Golfe que ce soit´´, ´´L’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et la Jordanie se félicitent de l’intervention de l’armée´´, écrit Tareq Al-Moutairi, ex-membre des Frères koweïtiens et aujourd’hui militant politique en faveur d’une monarchie constitutionnelle. (…) Il note qu’´´un militaire destitue un président civil´´, et que la religion a été instrumentalisée par l’intermédiaire ´´du président de l’université Al-Azhar et du pape copte´´ qui ont assisté au discours d’Abdelfattah Al-Sissi, annonçant la destitution du président égyptien. Tout en admettant que ´´les torts sont partagés´´, il estime que l’actualité remet au premier plan un vieux débat arabe: sur quoi fonder la légitimité des régimes politiques dans cette région du monde?» (7)

Au-delà du fait que n’importe quel président ne pourra pas d’un coup de baguette magique redresser une situation économique désastreuse. Par dérision, dans les journaux occidentaux on lit que: «la «Char’ia ne nourrit pas son peuple»! Il faut s’avoir en effet, que l’Egypte est le premier importateur de blé au monde, l’Algérie étant deuxième…triste record! Les partis se revendiquant de l’Islam devraient prendre exemple sur des pays asiatiques, la religion n’est pas un critère d’accès au pouvoir qui demande des compétences indexées sur le XXIe siècle.

Bien que nous ayons plus que jamais besoin de moraliser la société pour éviter les dérives dangereuses et que de ce point de vue la société occidentale en ce début du XXIe siècle a fait sauté avec fracas  des équilibres sociologiques au nom du principe qu’il est interdit d’interdire, ce serait rendre un mauvais service  aux spiritualités que de les associer aux petites affaires du monde. Les croyants peuvent s’y référer et en faire leur boussole, les autres   étant tenus de respecter le vivre-ensemble .La parabole du Christ est d’une brûlante actualité. L’Islam  devrait être un référent moral il n’y a pas lieu de l’impliquer dans la gestion du temporel.

La citation du président Boumediene invitant les musulmans, à assurer un minimum de dignité social aux musulmans en leur procurant  des moyens dignes de vivre ( un travail, un toit, une éducation et une qualité de soin) est de notre point de vue le plus sûr d’éviter l’instrumentalisation du sacré. Aller au paradis c’est d’abord aussi être libre de choisir. Le  Coran est là nous rappelle que c’est péché de contraindre quelqu’un à croire, au contraire c’est une conquête des cœurs.

La grande Eva de Vitray Meyerovitch disciple de Djallal Eddine Rûmi interrogée sur sa conversion à l’Islam eut cette phrase magnifique : «  Je ne me suis pas convertie à l’Islam, je me suis glissée  dans l’Islam », pour bien signifier le pensons nous,  cette attirance irrésistible  pour une religion  qui, dans son essence est une religion de paix de piété  et de pardon. Ce qu’on en fait les hommes est une autre affaire.  Les citoyens du monde à l’heure du Web 2.0 rêvent de liberté de démocratie de libre arbitre, c’est en tout cas le message subliminal lancé par le président iranien Rouhani parlant de liberté de chacun et de non-immixtion dans les affaires privés.

Les prochains jours seront déterminants pour l’Egypte, si la raison ne n’emporte pas. C’est un fait, il y a eu un coup d’Etat générateur d’une anomie qui mettra du temps à se résorber à moins justement que les Frères Musulmans qui ont perdu beaucoup de leur aura trouvent en eux les moyens de contribuer à l’apaisement. Il est hors de doute que l’Occident qui a « essayé » la solution islamique dans les pays musulmans,  dans la plus pure théorie du chaos constructeur théorisé par une certaine Condolezza Rice, à propos justement du GMO, laissera faire et surveillera la suite, la finalité est que l’ordre moyen-oriental avec une atomisation des Arabes soit en définitive la solution permanente qui associera Israël  et enterrera  les espoirs d’une patrie pour les Palestiniens à qui il resterait moins de 10% de la Palestine originelle

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/L-armee-reprend-le-pouvoir-en-Egypte-2013-07-04-982463

2.. Egypte: la présidence rejette l’ultimatum de l’armée,  02.07.2013

3. http://oumma.com/17339/mohamed-morsi-victime-dun-coup-detat-militaire

4. http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/egypte-les-trois-echecs-de-mohamed-morsi_1263788.html

5. GillesKepel, http://www.ladepeche.fr/article/2013/07/02/1663445-le-parti-islamiste-une-desillusion.html Propos Recueillis par Emmanuel Delpix

6. Ahmed Halfaoui http://www.lesdebats.com/editions/020713/les%20debats.htm

7. Philippe Mischkowsky http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/2013/07/04/les-freres-musulmans-ebranles-dans-tout-le-monde-arabe

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Le banditisme international dans la traque de Snowden

juillet 6th, 2013 by Bill Van Auken

L’atterrissage forcé, mardi soir, de l’avion du président Evo Morales, suspecté d’avoir à son bord Edward Snowden en partance pour la Bolivie comme pays d’asile, fait partie d’une descente dans le non-droit impérialiste, sans précédent depuis les années 1930.

La France, le Portugal, l’Italie et l’Espagne ont tous refusé d’accorder à l’avion l’autorisation de survoler leur espace aérien, en annulant l’autorisation du plan de vol de l’avion au bout de trois heures de vol et en le contraignant faute de kérosène à se poser d’urgence à Vienne, en Autriche.

A La Paz, des centaines de manifestants se sont rassemblés devant l’ambassade de France en jetant des pierres, en brûlant le drapeau français et en criant, « France hypocrite ! » Comme pour leur donner raison, le président PS (Parti Socialiste) français, François Hollande, a affirmé mercredi qu’il s’était agi d’un malentendu et que s’il avait su que Morales était à bord, l’avion n’aurait pas eu de problème.

La vie de Morales et d’autres hauts responsables boliviens a été exposée à un danger imminent alors qu’ils rentraient d’un sommet des pays exportateurs de gaz organisé à Moscou où l’ancien employé de la NSA (National Security Agency) est piégé depuis 11 jours dans la zone de transit de l’aéroport sans qu’aucun pays soit à ce jour prêt à l’accueillir. Ensuite, le président bolivien a été littéralement retenu en otage à Vienne jusqu’au lendemain où les pays européens ont levé l’interdiction de vol.

Ces méthodes correspondent à du terrorisme d’Etat et à un acte de piraterie aérienne. Bien qu’elles aient été appliquées par des gouvernements européens, il n’y a pas l’ombre d’un doute que leur auteur véritable est le gouvernement Obama à Washington qui est en train de mener une chasse à l’homme impitoyable et extra-légale contre Snowden en représailles de sa divulgation du programme d’espionnage secret et inconstitutionnel de la NSA à l’encontre de millions de personnes aux Etats-Unis et de par le monde.

Morales a indiqué que l’ambassadeur d’Espagne en Autriche était venu à l’aéroport pour lui dire qu’il indiquerait aux Boliviens si leur avion serait autorisé à traverser l’espace aérien espagnol et à refaire le plein de kérosène aux îles Canaries après que Madrid eut consulté des « amis » le matin même. Il ne fait pas de doute que ces « amis » se trouvent au Département d’Etat américain et à Langley, le quartier général de la CIA en Virginie.

Les agissements des dirigeants européens sont extraordinaires. Des dossiers secrets rendus publics par Snowden à peine quelques jours plus tôt ont démasqué l’espionnage systématique par Washington de leurs gouvernements et missions diplomatiques ainsi que de l’Union européenne même. Le gouvernement français avait juré que les révélations rendraient impossible la signature d’un accord commercial UE-Etats-Unis ou pratiquement toute autre collaboration.

Et pourtant, ces gouvernements ont agi en complices serviles dans le plan de Washington d’enlever de fait le président de Bolivie sur des soupçons infondés qu’il serait en train d’exercer son droit souverain d’accorder l’asile à Snowden. L’apparent fondement pour ces soupçons avait été la déclaration de Morales à Moscou que la Bolivie « était disposée à accepter ceux qui divulguaient un espionnage » et qu’elle examinerait sérieusement la demande d’asile de Snowden.

Le fait que Snowden mérite l’asile est incontestable. S’il tombe entre les mains des autorités américaines, il a toutes les raisons de craindre d’être soumis à la torture, à l’incarcération sans procès ou à la mort, tout ceci ayant été infligé en toute impunité par Washington sous le prétexte de sa « guerre mondiale contre le terrorisme. »

Toutes les prétentions que l’impérialisme américain est le défenseur des « droits humains » et de la démocratie ont été anéanties par l’affaire Snowden tout en suscitant un mépris collectif et la colère de par le monde entier. Alors que Washington est parfois prêt à défendre des dissidents droitiers qui opèrent dans leurs propres pays comme des agents de la politique américaine, dès qu’il s’agit de quelqu’un qui décide de défier ses intérêts, Washington riposte par la violence.

L’atterrissage forcé de l’avion de Morales a une fois de plus démasqué Barack Obama comme un menteur. Il y a à peine une semaine, le président américain avait cyniquement dissipé les craintes qu’il n’avait pas « l’intention d’intercepter des avions » pour capturer Snowden. Et pourtant, c’est précisément ce qu’il aurait fait si les alliés de Washington avaient refusé d’obéir à son ordre illégal d’intercepter l’avion de Morales.

Pour ce qui est des médias, ils continuent de véhiculer fidèlement les mensonges du gouvernement. Mercredi, les experts de CNN avaient qualifié l’incident de l’avion de Morales d’« étrange », ce qui voulait dire qu’ils n’avaient pas encore reçu un prétexte officiel pour justifier un crime international flagrant. Si l’avion du président bolivien s’était écrasé en mer, ils l’auraient certainement rendu responsable de sa propre mort.

Dans l’affaire Snowden, le gouvernement américain apparaît de plus en plus ouvertement comme un régime de gangsters qui est prêt à tuer pour empêcher que l’ancien consultant de la NSA, ou tout autre personne, ne révèle au grand jour ses crimes. Obama n’est rien d’autre qu’un homme de paille du Pentagone et de l’énorme appareil de renseignement qui domine son gouvernement.

Sur la scène internationale, son gouvernement recourt de plus en plus au militarisme et à l’agression, traitant des nations comme la Bolivie de la même manière que Hitler avait traité les petits pays à la fin des années 1930 et 1940.

Dans le cas précis, le vieil adage selon lequel la politique étrangère est l’extension de la politique intérieure trouve tout son sens. Sur le plan intérieur, le gouvernement américain est en train d’ériger l’infrastructure d’une dictature d’Etat policier, comme le montre la divulgation par Snowden des activités d’espionnage de la NSA dans le pays.

C’est ce qui a été révélé à la fois dans le cas de Snowden et dans celui du soldat Bradley Manning jugé par une cour martiale pour avoir livré des documents secrets sur les guerres en Afghanistan et en Irak ainsi que des dépêches classées secret défense à l’organisation WikiLeaks.

Lundi, résumant l’affaire, les procureurs militaires ont soutenu que Bradley était coupable d’avoir « aidé l’ennemi » parce que le matériel qu’il est accusé d’avoir rendu public a été vu et republié par al Qaïda. Ceci inclut la vidéo des « Meurtres collatéraux » montrant le massacre de civils irakiens par un hélicoptère d’attaque américain.

Conformément à cette logique, n’importe qui, des journalistes, des manifestants et le World Socialist Web Site lui-même, osant dévoiler les crimes de guerres américains ou tout autre crime commis par le gouvernement américain contre la population américaine, pourrait être accusé de trahison et d’espionnage pour avoir « aidé l’ennemi » ou être qualifié « d’associé » d’al Qaïda et être placé sur une liste de personnes à exécuter.

Les actions courageuses d’Edward Snowden lui valent un énorme soutien populaire partout dans le monde, tout comme aux Etats-Unis où les paroles prononcées par Abraham Lincoln il y a près d’un siècle et demi, « du peuple, par le peuple et pour le peuple », se lisent actuellement comme une condamnation du régime existant, qui est de l’armée/appareil de renseignement, par l’armée/appareil de renseignement et pour les banques, les grands groupes et l’oligarchie financière.

Pour avoir révélé au grand jour le complot criminel qui est organisé par des régimes de gangsters contre les droits démocratiques de la population, Snowden est détesté par les couches dirigeantes fortunées non seulement aux Etats-Unis, mais également en Europe occidentale.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 4 juillet 2013

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I – La signification symbolique de la destitution de la statue de Nasser

Paris – La destruction de la statue de Nasser à Benghazi, acte fondateur du pouvoir néo islamiste en Libye, en 2012, a constitué la marque symptomatique du nanisme politique d’une équipe sans légitimité, ni charisme, parvenue au pouvoir à Tripoli sous les ailerons des Tomahawks américains. Indice d’une rare aberration mentale, la destitution symbolique du chef de file du nationalisme arabe a traduit dans le même temps la haine rance que les néo islamistes nourrissent à l’égard d’un homme qui a relevé la tête des Arabes et tenu en respect les puissances occidentales pendant près de deux décennies.

Nasser qui a scandé le redressement arabe avec son légendaire cri de ralliement « ارفع رأسك يا أخي» Irfah Ra’sak Ya Akhi- Relève ta tête mon frère», dont le charisme enflammait les foules de la planète bariolée au point de faire peser une menace d’implosion du Commonwealth britannique dans la foulée de l’expédition de Suez.

Nasser, l’homme de la fermeture du Canal de Suez, en 1956, qui défiera le droit maritime international pour couper le ravitaillement énergétique de l’Occident coupable d’alignement pro israélien. Nasser passé à la postérité pour avoir été l’homme du haut barrage d’Assouan, qu’il construira avec l’aide soviétique, bravant les foudres américaines pour nourrir son peuple. Nasser, le partenaire de la guerre d’indépendance de l’Algérie, qui assumera sans broncher les conséquences de son soutien à la révolution algérienne: une agression tripartite des puissances coloniales de l’époque (France, Grande Bretagne) et de leur poulain Israël lors de l’expédition punitive de Suez en novembre 1956. Nasser, enfin, dont les interlocuteurs étaient des figures de légende: Chou En lai (Chine), Ho Chi Minh (Vietnam), Nehru (Inde), Josep Broz Tito (Yougoslavie), Ahmad Soekarno (Indonésie), Charles De Gaulle, avec lequel il a procédé à la réconciliation franco-arabe à la suite de la rupture de Suez. Coutumiers du fait, les Frères Musulmans se tromperont ainsi constamment de cible et de trajectoire, sacrifiant l’essentiel à l’accessoire, au point d’apparaitre, sous une hostilité apparente, comme le cheval de Troie de l’Occident, la roue dentée de la stratégie atlantiste en terre arabe (1).

Nasser avait les yeux rivés sur Tel Aviv, les Frères Musulmans sur La Mecque, la City et Wall Street. L’officier nationaliste percevait Israël comme la principale menace sur le Monde arabe et privilégiait la solidarité pan arabe, alors que les Frères Musulmans prônaient la solidarité religieuse comme antidote à la laïcité, occultant le fait israélien. La confrérie, première formation à avoir mené le combat contre le colonialisme britannique en Egypte, s’est ainsi ralliée aux pires ennemis de son pays: l’Arabie saoudite, vassal des ennemis de son pays, les Etats Unis et la Grande Bretagne, en une  tragique déviation de trajectoire.

Photo : Morsi et Nasser

II- Gaza, le baromètre du régime néo islamiste égyptien et la Palestine le test de son indépendance

Au pouvoir, les Frères Musulmans se sont appliqués à imposer d’autorité leur crédo sans considération du nouvel environnement régional et de la réalité des forces internes. Sans prendre en compte les profondes aspirations d’un peuple frondeur et tombeur de la dictature et les impératifs de puissance que commande la restauration de la position de l’Egypte dans le Monde arabe.

Sur fond de concurrence avec la mouvance rivale salafiste et d’opposition frontale avec le camp laïc, l’épreuve de force s’est révélée infiniment plus redoutable que cinquante ans d’opposition déclamatoire souvent à connotation sinon démagogique à tout le moins populiste. Au terme d’un an de pouvoir ponctué de violents heurts avec la frange contestataire de la population, le verdict est tombé sans appel. Les Frères musulmans ont «renié leurs engagements», tranchera Amira Howeidy, le 3 avril, 2013, Rédactrice en chef adjointe du Al-Ahram Weekly, mettant en avant le comportement de l’Egypte néo islamiste face à Gaza.

Fait sans pareil dans les annales diplomatiques internationales, l’Egypte continue d’appliquer un accord périmé auquel elle n’a pas souscrit. Signé entre Israël, l’Union Européenne et l’autorité palestinienne en 2005-2006 pour la circulation des biens et des personnes cet accord a été piétiné par deux opérations militaires israéliennes de grande envergure, le premier «Plomb durci» en 2007-2008, le second en novembre 2011, après la visite de l’Emir de Qatar à Gaza et le ralliement du Hamas au groupe des pays anti syriens. Un accord d’autant plus périmé qu’il s’est accompagné de l’arrestation du tiers du parlement palestinien, particulièrement des députés de la branche palestinienne de la confrérie sans la moindre protestation du Caire ni des autres régimes néo-islamistes arabes (Tunisie, Libye), indice du surréalisme du nouveau pouvoir égyptien et de la perte de souveraineté de l’Egypte et de ses autres confrères.

Seul acteur transnational de l’aire musulmane depuis l’effondrement du bloc soviétique, la confrérie se pose en équivalent de la «démocratie chrétienne» en Europe occidentale, Un parti politique à soubassement religieux. Fer de lance de l’Arabie, elle a mène un combat sans relâche contre Gamal Abdel Nasser, chef charismatique des Arabes auréolé d’une authentique légitimité populaire, cible d’une offensive occidentale sans précédent dans le Monde arabe. A des moments charnière de la confrontation israélo-arabe, elle cherchera à déstabiliser la Syrie, l’autre pays du champ de bataille, la première fois en 1966, au moment du détournement des eaux du Jourdain, la deuxième fois, en 1982, avec la révolte de Hama, à quatre mois de l’invasion israélienne du Liban en vue d’y propulser le chef phalangiste Bachir Gemayel à la magistrature suprême libanaise. La levée de l’ostracisme qui la frappait jusqu’à présent serait destinée à s’assurer sa coopération dans la stratégie américaine et à compenser quelque peu l’impéritie des Etats-Unis dans la zone, du fait de son impuissance face à Israël en ce qui concerne le gel de la colonisation et la relance des négociations israélo-palestiniennes.

Le partenariat que cherche à promouvoir les Etats-Unis avec les Frères Musulmans ne résulte pas d’un amour immodéré pour les Musulmans, mais vise à livrer une compensation au rabais des turpitudes antérieures à leur égard, notamment en ce qui concerne la question palestinienne. A assurer la pérennité de l’économie du marché dans les pays arabes, qu’ils jugent plus assurée par les régimes islamiques que par un système nationaliste contestataire avec son cortège de syndicats et de revendications professionnelles et patriotiques. Un quitus en somme à son combat contre les chefs de file du nationalisme arabe anti américain.

L’accession de Mohamad Morsi à la magistrature suprême a considérablement modifié la donne plaçant la confrérie en situation paradoxale vis à vis de l’Arabie saoudite, son incubateur et propulseur en direction de l’Islam européen.  Premier dirigeant islamiste démocratiquement élu dans le plus grand pays arabe, Morsi est en mesure de contester le leadership de la dynastie wahhabite tant au niveau religieux via l’Université Al Azhar, qu’au niveau politique. En concurrence sur les deux champs de son intervention, religieux et politique. En phase de convalescence égyptienne et de douloureuses successions saoudiennes, la compétition est vive entre les divers prétendants. Tison américain planté sur le flanc de l’Arabie et nouveau soutien financier des Frères Musulmans en remplacement du Royaume, le Qatar du même rite wahhabite rêve de se substituer à la dynastie saoudienne au leadership spirituel et politique du Monde arabe sunnite.

Il en est de même de la Turquie, principale bénéficiaire de la destruction de l’Irak et de la Syrie, qui se positionne comme nouveau chef de file du Monde sunnite tout court. Dans un spectaculaire retournement d’alliance, les anciens alliés de la dynastie se posent désormais en postulants à la succession. Le contentieux entre l’Arabie saoudite et les Frères culmina à la fin des années 1990, lorsque la confrérie a damné le pion à l’Arabie au niveau de l’islam européen et que le Hamas, sa branche palestinienne, a rallié l’«axe chiite» constitué par l’Iran, la Syrie et le Hezbollah. Emboitant le pas à l’Arabie, les autres pétromonarchies, notamment les Emirats arabes Unis et le Koweït maintiennent sous pression les sympathisants de la confrérie sur leur territoire de crainte d’un débordement. Il en est de même de la Jordanie qui redoute de faire les frais d’une opération de déstabilisation résultant d’une effervescence islamiste à l’effet de faire du royaume hachémite la «patrie de substitution» aux Palestiniens.

III- Al Qaida, un double défi à l’Arabie saoudite et à l’Egypte

Sur fond de vaste recomposition du paysage politique régional, de vive compétition entre l’Arabie saoudite, l’Egypte et le Qatar pour le leadership arabe, en phase éruptive du Monde arabe, Al Qaida s’est replacé dans le jeu depuis la terre des ancêtres de son fondateur, Oussama Ben Laden, le Yémen, adressant un magistral pied de nez à ses anciens parrains.

S’implantant, une décennie après l’apocalyptique raid qu’il a commandité sur les symboles de l’hyper puissance américaine, sur le flanc sud du royaume saoudien dans un combat retourné contre la dynastie wahhabite visant au premier chef à rétablir la légitimité de son chef posthume et à redorer son blason au sein du Monde arabe sur les lieux mêmes de son immersion, la mer d’Oman, the Arabian Sea. Houspillé pour sa fugitive disparition à la suite de l’invasion américaine de l’Afghanistan, en novembre 2001, à bord d’une moto conduite par son borgne compère, le Mollah Omar, chef des Talibans, le sous-traitant émérite de la connivence saoudo américaine dans la guerre antisoviétique d’Afghanistan (1980-1989) s’est rappelé au bon souvenir de ses anciens bailleurs en faisant un retour signalé au Yémen, à tout le moins ses disciples, se replaçant en Arabie méridionale, à l’épicentre de la connexion arachnéenne du dispositif militaire et énergétique américain, en bordure de la veine jugulaire du système énergétique mondial, à l’intersection des voies des communications maritimes internationales.

La «guerre oubliée du Yémen» n’est pas si oubliée que cela, en tout cas pas par tout le monde à en juger par ses multiples protagonistes et l’imposant dispositif militaire déployé à sa périphérie. Ce pays qui fut le champ d’affrontement égypto saoudien dans la décennie 1960 pourrait redevenir, par tribus interposées, le terrain de confrontation des nouvelles puissances régionales, l’Iran, d’une part, l’Arabie saoudite soutenue par les Etats-Unis d’autre part. Le repositionnement d’Al Qaida a été opéré dans cette optique-là. Situé à la pointe sud-ouest de la péninsule arabique, frontalier de l’Arabie saoudite au Nord, et du Sultanat d’Oman, à l’Est, le Yémen possède une façade maritime d’une longueur de 1 906 km de côtes, faisant la jonction entre la Méditerranée et l’Océan indien via le canal de Suez et le Golfe arabo-persique.

Jamais colonisé, ce pays, placé selon son étymologie à droite sur le chemin du pèlerinage de la Mecque, couvre une surface de 527 970 km², soit presque autant que la France. Via ses trois îles, -Kamran, Perrin, et Socotra- il commande l’accès à la mer Rouge par le détroit de Bab el-Mandeb, et l’île de Socotra (la plus grande des îles) dans l’océan Indien.  Signe de l’importance stratégique de la zone, le Royaume Uni, du temps du protectorat britannique sur l’Arabie du sud, avait fait du port d’Aden, la grande ville du sud Yémen, la place forte de la présence britannique à l’Est de Suez pour la sécurisation de la route des Indes.

L’implication d’Al Qaida dans le conflit inter yéménite et son environnement somalien a retenti comme un camouflet à ses anciens partenaires, l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, en même temps qu’elle souligne la dérision de la stratégie américaine dans son objectif majeur, «la guerre mondiale contre le terrorisme», la mère de toutes les batailles.

Sur fond d‘épreuves de force américano-iranien à l’arrière-plan du contentieux nucléaire iranien, Oussama Ben Laden, yéménite d’origine, saoudien de nationalité déchue, avait choisi de livrer bataille sur la terre de ses ancêtres.  De porter, dans l’ordre symbolique, sa bataille décisive contre la monarchie saoudienne, qu’il considère comme un renégat de l’islam, l’usurpateur saoudien des provinces yéménites, dans un combat retourné dont le terme ultime devrait être le rétablissement de sa légitimité, à tout le moins la légitimité du label de son organisation en perte de vitesse au sein du Monde arabe. Avec paradoxalement en observateur passif, à dividendes possibles, l’Iran chiite, et, surtout, la Russie évincée de Socotra, qu’il combattit naguère en Afghanistan pour cause d’athéisme.

IV – La talibanisation du Sahel.

Un an après la chute de Kadhafi, la zone sahélienne a pris l’allure d’une zone de non droit de 4 millions de km2, fief de groupements salafistes, qui auront mis à profit les chaos libyen et malien pour sanctuariser durablement la zone depuis le Nord du Mali. La talibanisation de la Libye sur le modèle Afghan, tant redoutée lors de l’intervention atlantiste contre Tripoli s’est ainsi réalisée, en fait, dans le pays voisin, au Mali, un an plus tard. Un périmètre, sous surveillance électronique de l’aviation américaine depuis leur base du Burkina Faso, vers où convergent désormais les islamistes du Sud du Niger, du Tchad et du Nigeria (Boko Haram).

L’intervention de la France au Mali, en janvier 2013, a relevé d’une stratégie de défense du pré carré africain, face à la politique de grignotage menée tant par la Chine que par le wahhabisme via les finances islamiques (Qatar et Arabie Saoudite). Première opération militaire en solitaire sur un théâtre extérieur depuis la fin de la Guerre d’Algérie, en 1962, la France, via Serval, y joue son rang de puissance. Une  cible idéale en ce que Le Mali constitue le plus grand pays musulman d’Afrique occidentale, où la finance islamique y prospère, alors que les Maliens depuis une décennie se détournaient progressivement de la France vers les pétromonarchies et  que la Chine jouit d’un prestige certain du fait de sa restauration du centre de documentation islamique de Tombouctou. Si la France a réussi à freiner le grignotage wahhabite de ce secteur aux confins de u Mali, du Niger et de l’Algérie, elle n’a pas pour autant stabilisé ni sécurisé la zone, faisant refluer le problème vers la Libye, qui abrite désormais le QG d’AGMI, point de ralliement et d’encadrement des djihadistes de la zone sahélo saharienne. Quatorze pays arabes et africains auraient bénéficié du pillage des arsenaux libyens à la faveur de la chute du Colonel Mouammar Kadhafi, alimentant aussi bien les djihadistes de Libye, que de Syrie ou de Tunisie.

V- Le «surge» d’Al Qaida en Syrie  et  le percement du Canal Ben Gourion.

Si le déferlement djihadiste en Syrie a permis à Al Qaida d’opérer un rebond spectaculaire le plaçant en fer de lance du combat contre l’ultime pays laïc du Monde arabe, la Syrie, le ralliement du Jobhat Al-Nusra, la colonne vertébrale militaire de l’opposition syrienne, à Al-Qaïda, ainsi que son allégeance au successeur d’Oussama Ben Laden, Ayman Al Zawahiri, et sa fusion avec la branche irakienne en vue de fonder un «nouveau califat» à Damas,  ont constitué un revers stratégique majeur à ses anciens parrains, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, deux ans après l’assassinat de Ben Laden, le 2 mai 2011, au Pakistan.

S’il a provisoirement réduit la pression sur l’Arabie saoudite, l’engagement massif d’Al Qaida dans le pays qui fut le siège du premier empire arabe, l’Empire Omeyade, a augmenté les risques de dissémination de terrorisme de basse intensité dans les pays européens d’accueil à forte immigration arabo-musulmane, indice indiscutable de l’échec de la guerre décennale contre le terrorisme, symptomatique du fléchissement des Etats Unis dans la gestion des affaires du Monde. En témoignent les négociations de Doha entre  Américains et talibans, vainqueur a posteriori de la guerre d‘Afghanistan.

Al Qaida et la confrérie musulmane constituent les deux seules organisations transnationales de la sphère arabo musulmane, l’une à vocation politique, l’autre à vocation terroriste, c’est-à-dire vouée à exercer une nuisance destructrice, jamais constructive. Si Ben Laden a exonéré les Occidentaux de leur dette d’honneur à l’égard des arabo-musulmans et des africains, en substituant la thématique de la «guerre contre le terrorisme» au seul vrai débat qui vaille la contribution du monde arabo-musulman au triomphe du camp occidental dans la guerre froide soviéto-américaine et à la libération de la France du joug nazi, les Frères Musulmans au pouvoir dans trois pays arabes (Egypte, Libye Tunisie), équation incontournable en Syrie et à Gaza, paraissent tétanisés par le poids des contradictions que leur comportement ambigu a suscité le long de leur carrière entre connivence souterraine avec le camp atlantiste et dénonciation publique de leur politique de soutien à Israël.

Deux ans après le déclenchement du printemps arabe, alors qu’Al Qaida et sa motrice formatrice, les Frères Musulmans, multipliaient les communiqués de victoire sur tous les fronts arabes, au rythme des concessions arabes sur le problème palestinien, sur fond d’un paysage dévasté d’un champ de ruines généré par la guerre mercenaire menée par des Arabes contre des Arabes pour le plus grand profit de leurs ennemis communs, Israël  et les Etats Unis, le Sud Soudan et le Kurdistan irakien étaient promus au rang de plateformes opérationnelles israéliennes sur les deux versants du Monde arabe, en superposition à la tenaille turque, avec une Palestine à l’abandon, en état de décomposition avancée, l’Irak, le Yémen, le Soudan, la Libye et la Syrie étaient déchiquetés par des guerres sectaires.

Le dernier sommet arabe de Doha, en avril 2013, constitue à cet égard un chef d’œuvre de mystification. Brièvement tenu sous les auspices du Qatar, le demiurge moderne du Monde arabe, le sommet s’est borné à  proposer la création d’un fonds pour Jérusalem d’un milliard de dollars, auquel son émirat contribuerait à hauteur de 250 millions. Pour «défendre Al-Qods», le secteur arabe de Jérusalem, troisième lieu saint de l’islam après La Mecque et Médine, précisera Cheikh Hamad Al Thani critiquant au passage «Israël et ses agissement» son allié souterrain dans l’étranglement financier de l’autorité palestinienne via la rétention des recettes douanières des exportations de Cisjordanie.

Un milliard de dollars pour Al Qods et rien pour l’autorité palestinienne, alors que le Qatar finance le mouvement islamiste Hamas, grand rival de Mahmoud Abbas, qui contrôle la bande de Gaza. S’agit-il de marginaliser l’Autorité palestinienne, pourtant reconnue par la communauté internationale comme l’interlocuteur d’Israël pour faire la paix au profit de ses amis islamistes liés aux Frères Musulmans?

Véritable pavé dans la marre, la démission du premier ministre palestinien Salam Fayyad a mis à nu la réalité de l’Autorité palestinienne et de toutes les contradictions internationales et locales dont elle est à la fois victime et actrice en ce que Ramallah est reconnue comme Autorité légitime, alors que le président de l’Autorité Mahmoud Abbas est sans mandat électif, que le gouvernement quand bien même considéré comme le seul interlocuteur de la communauté internationale, est dans l’illégalité totale depuis 2007 et que Salam Fayyad a été installé au poste de premier ministre par les bailleurs de fonds internationaux, notamment les Etats-Unis. Une vacuité politique, juridique et financière, sans légitimité….prélude au délitement de la Palestine.

L’expérience de la colonisation de la Palestine a conduit Israël à coloniser des terres à travers le Monde représentant vingt fois sa superficie au détriment des populations et de l’environnement des pays pauvres. En République Démocratique du Congo pour la culture de la canne à sucre; au Gabon pour la culture du Jatropha, nécessaire à la production de biocarburants; en Sierra Leone où la colonisation israélienne représente 6,9 pour cent du territoire de ce pays de l’Afrique de l’Ouest.

Pareille passivité –connivence ?- a été observée à l’égard de la Syrie lors des raids israéliens dans la banlieue de Damas, en mai 2013, en soutien à des opérations de harcèlement djihadistes contre le pouvoir central. Pas un état arabe ou islamique n’a saisi le Conseil de Sécurité pour des sanctions contre Israël à la suite de cette opération qui a fait près d‘une quarantaine de tués dans les rangs de l’armée syrienne.

L’ultime pays du champ de bataille contre Israël, partenaire de l’Egypte dans trois confrontations majeures contre l’état hébreu, a été expulsé de la Ligue Arabe par une coalition monarchiques de huit pays abritant de bases militaires occidentales (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes Unis, Jordanie, Koweït, Maroc, Qatar, Oman) ainsi que de deux confettis de l’Empire Djibouti et les Comores), alors qu’israêl sans tirer le moindre coup de feu accentuait son emprise sur les ressources du Monde arabe et su son pouvoir décisionnaire.

VI-La bataille des eaux du Nil  et Le Canal Ben Gourion (8).

L’épisode de la répartition des eaux du Nil et de la sécession du Sud Soudan auront constitué la plus grosse pantalonnade de l’histoire égyptienne contemporaine. Pour atteindre cet objectif, Israël avait mené une stratégie à double détente qui révélera la cupidité des investisseurs égyptiens et coutera le pouvoir à Moubarak et sa place dans l’histoire. Israël avait négocié avec l’Egypte, tout en faisant des pressions indirectes sur lui, incitant les états africains à réclamer une majoration de leur quote-part dans la répartition hydraulique du cours d’eau, alléchant les Africains par des projets économiques et les investisseurs égyptiens par des promesses d’intéressement aux projets israéliens. En Ethiopie, Israël a financé la construction de dizaines de projets pour l’exploitation des eaux du Nil Bleu. L’accès d’Israël au périmètre du bassin du Nil, via le sud Soudan avec le concours français et américain, s’est doublé de la mise en route de la construction d’un Canal reliant la Mer Rouge à la Mer Méditerranée, depuis Eilat.

Disposant de deux voies de navigation, l’un pour l’aller, l’autre pour le retour, le canal israélien, contrairement à l’Egyptien concurrencera fortement le Canal de Suez et entrainera une perte de 50 pour cent des recettes égyptiennes de 8 milliards de dollars par an à 4 milliards. D’un cout de 14 milliards de dollars, il sera financé par un prêt de trois banques américaines, à faible taux d’intérêt (1%) sur trente ans. 150.000 ouvriers majoritairement d’Asie, principalement de Corée du Sud, participeront aux travaux de construction qui dureront trois ans. Plus long de 50 mètres que son rival égyptien, le canal israélien pourra absorber les plus grands bateaux du monde (longueur 300 mètres, largeur 110 mètres). Sur fond de guerre de religion de l’Islam wahhabite contre la dissidence musulmane, sous couvert de «Printemps arabe», (Syrie, Mord Mali), un tel projet pourrait constituer, à n’en pas douter, sinon un Casus Belli, à tout le moins un désastre économique majeur pour l’Egypte et entrainer sinon une rupture des relations diplomatiques, à tout le moins une glaciation durable des rapports entre les deux pays.

Israël proposerait à la Jordanie d’aménager des sites touristiques sur la voie d’eau afin de neutraliser une éventuelle réaction de la part du deuxième pays arabe signataire d’un traité de paix avec Israël. Sur les berges du canal israélien seront aménagées des sites touristiques avec hôtels de luxe, lieux de distraction en vue d’en faire un gigantesque complexe touristique dont le périmètre sera placé sous haute surveillance électronique avec détection Laser. Le Qatar avait auparavant proposé à l’Egypte de lui louer le Canal de Suez pour cinquante ans pour la somme de cinquante milliards de dollars afin de renflouer l’économie égyptienne, à charge pour le Qatar d’assurer la sécurité de la navigation, notamment la péninsule de Sinaï des attaques terroristes et de rassurer ainsi les israéliens.

La protection du Canal et de la Péninsule du Sinaï devait être assurée par des compagnies militaires privées. La principauté avait fait la même offre à la Russie de leur louer leur base de Syrie  et de les placer sous la protection de l’Armée Libre de Syrie, en échange de l’infléchissement de leur position  dans le conflit de Syrie. Le Qatar se proposait de déployer Black Water, les mercenaires américains qui se sont illustrés en Irak, pour cette tâche. En fait l’Egypte perdrait sa souveraineté. L’idée en a été soufflée par les israélo américains et viserait à empêcher l’Egypte de déployer des troupes supplémentaires, notamment une aviation dans le Sinaï.  Mais le projet battait de l’aile car depuis la 2 me attaque israélienne contre Gaza (Novembre 2012) et le rôle joué par l’Egypte, les Américains étaient satisfaits du rôle de prestataire de service du président égyptien Mohamad Morsi. Youssef Al-Qaradawi, le prédicateur médiatique, avait d’ailleurs menacé l’Egypte de lui couper une aide de 20 milliards de dollars promise en cas de mise en échec de Morsi par le protestataire anti constitution.

Nasser avait les yeux rivés sur Tel Aviv, le néo islamisme djihadiste pétrolier rêve d’un califat, alors qu’Israël doté du feu nucléaire, d’un dôme d’acier anti missiles, de cinq sous-marins fournis par l’Allemagne, de deux plateformes opérationnelles au cœur du Monde arabe, au sud Soudan, sur le parcours du bassin du Nil, au Kurdistan irakien, à la charnière du monde arabo-turco-iranien, a parachevé la phagocytose de la Palestine transformée en lambeaux, entreprenant une colonisation des terres d’une superficie vingt fois supérieures à son territoire originel, réussissant à détourner partiellement les quotas hydraulique du Nil au bénéfice de ses alliés, démarche ultime avant l’estocade finale la construction d’un canal rival au Canal de Suez et la reconnaissance d’Israël comme «Etat Juif», verrouillant toute revendication future des Palestiniens à un hypothétique «Droit au retour» sur la terre de leurs ancêtres.

Nasser avait les yeux rivés sur Tel Aviv, quand ses successeurs, les islamistes revanchards destituaient sa statue en Libye, que Youssef Al Qaradawi, le prédicateur de l’Otan, implorait les Américains de bombarder la Syrie, tournant le dos à leur histoire nationale à la quête d’un passé mythique, sans doute problématique, alors que les combattants palestiniens de Syrie prenaient en otage des Casques Bleus de l’Onu à la frontière syro israélienne, plutôt que de se lancer dans un combat visant la libération de leur terre natale que le Hamas, bénéficiaire de l’hospitalité active de la Syrie pendant seize ans, s’alliait avec Al Qaida pour s’emparer du contrôle de camp Yarmouk dans la banlieue de Damas pour en faire un vivier de combattants anti-régime baasiste, troquant une alliance stratégique pour une nouvelle alliance sur une base sectaire, le sunnisme wahhabite, et son alignement sur les pétromonarchies, les vassaux des Etats-Unis.

Indice d’une défragmentation mentale absolue, sans pareille dans les annales des relations internationales, dont les vassaux wahhabites de l’Amérique, l’Arabie saoudite et le Qatar,  en portent la très lourde responsabilité.

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Les combattants du Hezbollah ne sont pas les seuls militants chiites à soutenir le régime de Bachar al-Assad. Hoshyar Zebari, ministre des Affaires étrangères irakien - Kurde et sunnite, il faut le signaler -  a confirmé dans le quotidien Al Hayat (29/6/13) ce qui se murmurait en coulisse: « Je ne nie pas », a-t-il dit, » que des combattants chiites irakiens participent aux combats en Syrie, tout comme des sunnites (des monarchies) du Golfe le font dans ce pays. Mais cela ne relève pas d’une politique du gouvernement irakien ». Qui peut le croire ?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, qui se dit « préoccupé » par l’engagement du Hezbollah libanais en Syrie, ne dit mot de celui des milices chiites irakiennes pourtant connu depuis plusieurs mois, et pas seulement pour sécuriser les abords du mausolée deSayida Zeinab  - fille de l’Iman Ali - situé dans la banlieue de Damas *. Quoi que dit Hoshyar Zebari, elles sont toutes liées au régime de Nouri al-Maliki.

Interrogé sur le nombre de combattants chiites irakiens en Syrie, le ministre des Affaires étrangères irakien a affirmé qu’ils étaient « peut-être plusieurs centaines ». Il s’est bien gardé d’indiquer que dans l’autre camp l’ « Etat islamique d’Irak » aide le Front al-Nusra, et que Massoud Barzani, président de la Région autonome du Kurdistan, soutient l’opposition anti-Assad, notamment les autonomistes kurdes syriens qui rivalisent avec l’ASL et le régime de Damas pour contrôler l’ouest du « Grand Kurdistan ». Eux, c’est sûr, ne relèvent pas “d’une politique du gouvernement irakien” !

Pour Jassimal-Jazairi, membre du bureau politique des Brigades Hezbollah d’Irak,combattre au côté du régime de Damas, c’est défendre les chiites irakiens, car l’Irak est « la prochaine cible après la Syrie ».

Gilles Munier

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C’est en Bolivie que s’est tenue la réunion en urgence des membres de l’organisation régionale Unasur après le grave incident qui a marqué le voyage de retour du président Evo Morales depuis Moscou, dont les dommages sont encore mal mesurés par les pays européens concernés.

Les gouvernements de la région « exigent » des pays européens concernés –France , Espagne, Italie, Portugal « qu’ils expliquent les raisons de la décision d’empêcher le survol de leur territoire par l’avion du président bolivien Morales ». C’est ce qu’il ressort de la « Declaración de Cochabamba », à la suite de la réunion de mercredi 4 juillet, à laquelle participaient les présidents d’Argentine, Cristina Fernández de Kirchner, de Bolivie, Evo Morales, d’Equateur , Rafael Correa, du Surinam, Desiré Delano Bouterse, d’Uruguay, José Mujica, et du Venezuela, Nicolás Maduro. Le Brésil étant représenté par le ministre, Eduardo dos Santos, le Chili, Pérou, Colombie par leurs ambassadeurs en Bolivie.

La Déclaration dénonce « la flagrante violation de tous les traités internationaux qui régissent la cohabitation pacifique, solidarité et coopération » entre les Etats, ce qui « constitue un acte insolite, inamical et hostile ». Il s’agit d’un « fait illicite qui affecte la liberté de circulation et de déplacement d’un chef d’Etat et de sa délégation officielle », poursuit le texte qui affirme que « l’inacceptable restriction de liberté de Morales, le convertissant virtuellement en un otage, constitue une violation des droits non seulement vis-à-vis du peuple bolivien mais des peuples et de tous les pays d’Amérique Latine, et marque un précédent dangereux dans le domaine du droit international en vigueur ».

La Déclaration demande aussi que les quatre pays concernés « présentent des excuses publiques correspondant à la gravité des faits survenus ».

Elle fait suite à la lettre envoyée au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, par le gouvernement bolivien demandant d’ empêcher que cette affaire soit un « précédent néfaste qui pourrait affecter d’autres chef d’Etat et mettre en danger la cohabitation pacifique entre Etats ». La qualifiant de « violation flagrante au droit international » .

Avant le sommet, les présidents Kirchner, Morales, Correa et Maduro ont pris la parole lors d’une manifestation publique devant la foule, dénonçant l’attitude des gouvernements européens impliqués dans cette affaire, dénonçant des vieux relents de colonialisme, d’impérialisme, d’arrogance ….

Cette réaction est à l’aune de la colère soulevée dans plusieurs pays latinoaméricains, et plus que la colère les dommages engendrés par cette affaire. Tout ceci est sans doute mal mesuré par les pays européens qui en sont à l’origine, par mépris ou ignorance, comme le montrent les excuses embarrassées et finalement assez légères vue la situation, du ministre des affaires étrangères français Laurent Fabius à son homologue bolivien faisant « part des regrets de la France suite au contretemps occasionné pour le président Morales par les retards dans la confirmation de l’autorisation de survol du territoire par l’avion du Président ».

Alors même que Cristina Kirchner, a bien traduit le sentiment général de l’Amérique latine, « une humiliation à une nation sœur et au continent », et aussi un coup de butoir dans la diplomatie et le droit international, lourd de conséquences : « Cette violation des textes des Nations Unies, qui provoque un degré d’insécurité juridique très grave » a t-elle souligné. « Cela est d’autant plus significatif qu’il s’agit d’ un chef d’Etat, parce s’ils font ce genre de choses avec un chef d’Etat connu de tout le monde, qui a accès à la presse, que peut-il arriver à un citoyen lambda du monde, que personne ne connaît, il peut lui arriver des choses terribles ».

Estelle Leroy-Debiasi pour « El Correo de la diaspora latinoriginaire des Amériques ».

El Correo. Paris, 5 juillet 2013.

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L’aventure syrienne de l’ex-président Morsi

juillet 5th, 2013 by Ahmed Bensaada

Cet article a été écrit le 25 juin 2013, avant le coup d’état militaire en Égypte.

Les égyptologues nous racontent que le pharaon Aménophis II, fils du grand Thoutmôsis III, a été contraint de mater une rébellion aux confins de la Syrie actuelle. La révolte écrasée, il rentra triomphalement chez lui avec des milliers de prisonniers dont sept princes syriens qu’il avait personnellement exécutés avec sa propre massue. Il accrocha leurs corps sur la proue de son vaisseau et les ramena jusqu’à Thèbes (aujourd’hui Louxor) où six d’entre eux furent exposés sur les murs du temple de Karnak. Le corps du septième malheureux fut traîné jusqu’en Nubie et subit le même sort atroce que celui de ses compatriotes « pour servir d’exemple aux princes éthiopiens et pour leur apprendre à respecter l’autorité du maître » [1].

Bien des siècles plus tard, le président Morsi se retrouve dans une situation analogue. Il aurait bien aimé mener une campagne punitive contre le président Bachar, ramener sa dépouille ainsi que celles de quelques uns de ses proches pour les exhiber comme trophée de guerre sur la place Tahrir. Suivant les courbes de son fleuve mythique, il aurait ensuite sillonné le pays vers le sud, traînant avec lui les restes du président syrien, traversé les frontières et atteint les rives lointaines du lac Tana où nait le Nil bleu pour montrer aux Éthiopiens qui est le vrai maître des eaux du Nil.

Mais, n’est pas Aménophis qui veut. Le président Morsi excelle plus dans le chapitre de la gesticulation que dans celui de la témérité.

En effet, depuis son élection, il s’est évertué à appuyer sans réserve les insurgés syriens espérant avoir rapidement « la tête » du président Bachar qu’il aurait tant aimé « épingler » sur son piètre bilan présidentiel et, du coup, faire plaisir à ses bailleurs de fonds, à la confrérie des Frères musulmans dont il est issu et aux islamistes égyptiens de diverses sensibilités. D’un autre côté, il essaie de montrer ses « griffes » à la « méchante » Éthiopie qui veut sa part des eaux du Nil, faisant fi de vieux traités qu’elle juge obsolètes. À cet égard, le discours explicitement va-t-en-guerre du président égyptien et de ses partisans islamistes est non seulement étonnant de la part de responsables d’un pays de l’envergure de l’Égypte, mais ne sied guère aux règles élémentaires d’une diplomatie responsable et efficace.

Le président Mohamed Morsi et des figures politiques égyptiennes lors du débat sur l’Éthiopie qui a fait scandale au siège de la présidence égyptienne.

AFP PHOTO / HO / EGYPTIAN PRESIDENCY

Parodie de Bassem Youssef sur cette scandaleuse réunion


À vrai dire, Morsi n’a rien à voir avec Aménophis, si on en juge par le grand nombre de bourdes politiques qu’il a commises durant sa première année de magistrature, si bien que certains journalistes se sont questionnés sur « ses capacités d’homme d’État » [2]. Et cela sans compter ses agissements aux antipodes de la bienséance en visite officielle [3], ou d’autres aspects personnels, encore plus gênants pour l’étiquette et l’aura présidentielle, fussent-elles d’un pays comme l’Égypte [4].

Comportement très disgracieux du président Morsi en présence de Julia Gillard, premier ministre d’Australie

Il est important de noter, d’autre part, que parmi les pays de la région qui aident activement la rébellion syrienne et qui n’ont comme unique option politique que celle de l’anéantissement du président Bachar, la presse internationale a coutume de mentionner le Qatar, l’Arabie Saoudite ou la Turquie. Très rarement le nom de l’Égypte n’est cité, alors que les positions de ses dirigeants islamistes « post-printaniers » sont aussi intransigeantes que celle des pays évoqués, voire plus.

Tels les « Onze d’Athènes » qui faisaient en même temps office de policiers et de magistrats dans l’antique cité grecque, onze pays se sont rencontrés à Doha le 21 juin 2013 pour « coordonner l’aide aux rebelles syriens » [5]. À côté des cinq pays occidentaux membres du G8 (États-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie), étaient présents : le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie, la Jordanie, les Émirats arabes unis et, bien sûr, l’Égypte. Selon certaines sources, seules l’Allemagne et l’Italie n’ont pas été d’accord sur l’apport d’aide militaire aux insurgés syriens [6].

 

Réunion des “Onze” à Doha (21 juin 2013)

Quelques jours avant cette réunion des « vrais » amis de la Syrie (les amis « tout court » étaient bien plus nombreux lors des rencontres précédentes), le président Morsi avait annoncé la rupture « définitive » des relations diplomatiques de son pays avec la Syrie et a « exhorté la communauté internationale à instaurer une zone d’exclusion aérienne en Syrie afin de favoriser les rebelles contre les forces gouvernementales » [7]. Rappelons à ce titre que même l’administration Obama avait rejeté cette idée, la jugeant inadaptée à la situation syrienne [8].

Cette décision, prise le 15 juin 2013 par Morsi, dans un stade du Caire, devant un parterre d’islamistes acquis à sa cause, n’est en fait qu’un jalon de plus dans sa politique de soutien sans réserve aux opposants syriens.

Morsi rompt les relations diplomatiques de l’Égypte avec la Syrie

Le président égyptien n’a jamais changé de cap depuis son accession à la magistrature suprême. Et cela a commencé dès son discours d’investiture du 30 juin 2012 à l’université du Caire, tout juste après avoir prêté serment comme premier président égyptien élu. Il avait alors déclaré : « Nous soutenons le peuple syrien. Nous voulons que l’effusion de sang cesse » [9].

Par « peuple syrien », il entendait « rébellion syrienne » et l’histoire nous a montré que, depuis, le sang syrien n’a malheureusement jamais autant coulé.

Et les chiffres sont éloquents à ce sujet: d’août 2012 (soit quelques semaines après le discours d’investiture de Morsi) à aujourd’hui, le nombre de victimes syriennes est passé de 25 000 [10] à 93 000 et celui des réfugiés de 200 000 à plus de 1,6 million [11]. Comme dans ce genre de conflit ce sont les populations civiles qui sont les plus touchées, il va sans dire que la politique étrangère du président « frériste » est au moins aussi catastrophique que celle qu’il prône à l’intérieur de son pays. En une année, Morsi a réussi à créer un climat d’insatisfaction populaire généralisée comme en témoignent les millions de signatures recueillies par une pétition appelant à son départ [12].

Désirant prendre le leadership dans le contrôle de la rébellion syrienne, Morsi et son administration ont favorisé la création, au Caire, du Conseil pour la révolution syrienne (CRS), un nouveau groupe d’opposition constitué de dissidents syriens. Créé à peine un mois après l’investiture du président égyptien, le CRS était censé proposer une alternative au Conseil national syrien (CNS) qui faisait face, à l’époque, aux dissensions intestines de l’opposition syrienne [13] et former un gouvernement en exil basé au Caire [14]. Vivement critiquée par l’Armée syrienne libre (ASL), cette initiative n’a pas eu l’effet escompté et les desseins secrets de Morsi n’ont pas dépassé le stade embryonnaire.

Morsi a aussi utilisé des tribunes internationales pour exposer sa « politique syrienne ». Ainsi, au 16e Sommet des pays non alignés qui s’est déroulé à Téhéran fin août 2012, il a créé un incident diplomatique en dénonçant le « régime oppressif » syrien devant les  représentants des 110 délégations présentes à cet évènement. Mécontente de la teneur des propos de Morsi, la délégation syrienne avait quitté l’assemblée [15].

Morsi au 16e Sommet des pays non alignés

Juste quelques jours après cet incident, l’administration de l’opérateur de satellites de télécommunications égyptien semi-public Nilesat a décidé d’arrêter la diffusion des chaînes étatiques syriennes, officiellement à la suite d’une requête de la Ligue arabe [16]. Néanmoins, cette rapide et sévère sanction n’a pas dû se faire sans l’approbation et la jubilation du gouvernement égyptien.

À ce sujet, il faut reconnaître que les islamistes égyptiens en général et les Frères musulmans en particulier ont la mémoire courte. En 2008, sous le « règne » de Moubarak, la chaîne de télévision satellitaire Al-Hiwar (très) proche de la confrérie avait aussi été bannie par Nilesat [17]. Cette mesure avait été prise par les plus hautes instances du gouvernement de l’époque car la chaîne était jugée très critique à leur égard. Cette mesure avait d’ailleurs coïncidé avec la déclaration de Jamal Moubarak (fils de l’ex-président) dans laquelle il qualifiait certaines chaînes de « partisanes cherchant à porter atteinte à l’Égypte » [18].

Et quelle avait été la réaction des Frères musulmans? Sur leur site, on peut encore lire : « Le bannissement de la chaîne Al-Hiwar de Nilesat contredit toutes les valeurs et les critères professionnels » [19]. Ne pourrait-on pas reprendre la même phrase pour les chaînes syriennes? Surtout si l’on tient compte de l’omniprésence des dissidents syriens sur les plateaux de télévisions égyptiennes et du black-out total sur les informations provenant du gouvernement syrien.

Après sa démarche quelque peu hasardeuse avec la création du CRS, l’Égypte s’est reprise lors de la conférence de Doha de novembre 2012. Cette rencontre avait accouché sous forceps d’une « Coalition nationale de l’opposition syrienne » censée regrouper les différentes factions de l’opposition syrienne dans un organisme beaucoup plus fédérateur que le CNS. Bien que très réservée à l’égard de cette nouvelle entité [20], l’Égypte s’est engagée à lui offrir son hospitalité et abriter ses quartiers généraux au Caire [21]. De quoi toujours rester sur le devant de la scène dans le dossier syrien.

Interviewé par la chaîne américaine CNN en janvier 2013, Morsi a accusé Bachar de crimes de guerre contre sa population [22].  Faut-il rappeler que c’est ce même président égyptien qui, quelques mois auparavant, envoyait des lettres très chaleureuses au président israélien Shimon Peres, le qualifiant de « cher et grand ami » et d’« ami fidèle » [23] après tous les massacres perpétrés par l’état hébreu contre les Palestiniens? Et que c’est ce même Morsi qui disait que « les juifs sont des suceurs de sang, des descendants des porcs et des singes » en 2010, alors qu’il n’était pas encore aux commandes du pays [24]?

Morsi à CNN

 

Déclaration de Morsi sur les juifs en 2010

 

Malgré l’inexorable dégradation de la situation économique et financière de l’Égypte [25], Morsi et son gouvernement se sont engagés à aider financièrement la rébellion syrienne [26] lors de la récente rencontre des « Onze ».

Cette stratégie a été vivement critiquée en Égypte. Certains sont convaincus que Morsi utilise le drame syrien pour détourner l’attention des problèmes économiques complexes alors que d’autres pensent qu’il s’agit d’une vraie déclaration de guerre [27].

Dans une charge contre la politique syrienne de Morsi, le journaliste égyptien Moustafa Bakri a déclaré que « cette position, qui reflète la position de la présidence est un aveu explicite que les dirigeants égyptiens au pouvoir sont impliqués dans la guerre contre la Syrie et qu’ils soutiennent officiellement l’envoi et la prise en charge de combattants tout en leur fournissant les garanties de ne poursuivre aucun d’entre eux après leur retour au pays » [28].

De son côté, le Mouvement du 6 avril, fer de lance de la contestation anti-Moubarak, a jugé que la rupture des relations avec la Syrie est un signe du manque de vision politique du président « alors que la situation en Syrie est compliquée et requiert avant tout une décision qui mettrait un terme au bain de sang » [29].

Il faut reconnaître que la politique suivie par Morsi et son gouvernement n’est nullement guidée par l’intérêt de l’Égypte, mais plutôt par celui de la Confrérie des Frères musulmans. Leurs accointances idéologiques avec les rebelles syriens sunnites, leur soif de vengeance pour les exactions commises par Assad père contre les Frères musulmans syriens, leurs relations privilégiées avec le Qatar, grand « argentier » des mouvements islamistes, leur lien « fraternel » avec le Cheikh Youssef Al-Qardaoui, rédacteur en chef des fetwas pour le jihad en Syrie et prédicateur vedette de l’émirat du Qatar et, finalement, leur désir de plaire à tout prix à l’administration américaine afin de se maintenir au pouvoir sont les grandes lignes qui expliquent leur stratégie dans le dossier syrien.

Mais où est-elle donc alors cette volonté de travailler pour que cesse l’effusion de sang syrien? Et qui se rappelle que du temps du président Nasser, considéré par les Frères musulmans comme un de leurs pires ennemis, l’Égypte et la Syrie ne formaient qu’un seul pays?

Dans le domaine de la politique intérieure, c’est du pareil au même. Morsi et son gouvernement mettent au premier plan leur appartenance à la confrérie et leur désir de « frériser » la vie politique du pays les a amenés à procéder à des nominations controversées. Sur les 27 gouvernorats égyptiens, dix sont actuellement dirigés par des Frères musulmans [30].  À Louxor, la mythique Thèbes, joyau du tourisme égyptien, c’est Adel Mohamed Al-Khayat, un ancien chef du groupe islamiste radical Jamaa el-Islamiya, qui a été nommé gouverneur. En 1997, cette organisation terroriste avait revendiqué un attentat perpétré à Louxor. Bilan : 62 morts (58 touristes et 4 Égyptiens) dont certains ont été sauvagement achevés à l’arme blanche. L’immense tollé provoqué par cette nomination vient de contraindre le gouverneur fraîchement désigné (et ex-terroriste) à la démission [31].

Graffiti traitant le gouverneur de Louxor de “terroriste”

Actuellement, l’opposition égyptienne semble galvanisée autour de la gigantesque manifestation qu’elle veut organiser le 30 juin 2013 pour demander le départ du président Morsi et l’organisation d’élections anticipées. Initialement pris à la légère par la confrérie, cet évènement, prévu après exactement un an de présidence de Morsi, commence à sérieusement l’inquiéter. Pourra-t-elle résister à cet ultime coup de boutoir?

Campagne “Tamarrod” (Rébellion)

Transcription: “Tamarrod devance le temps pour empêcher Morsi de commencer sa seconde année présidentielle

Produit du légendaire sens de l’humour égyptien, une blague de l’opposition a circulé sur la toile après la décision controversée du président Morsi: « Félicitations au peuple syrien! Morsi a rompu ses relations diplomatiques avec vous. Nous espérons que le 30 juin, il les rompra aussi avec nous! »

Dans ce cas de figure, et à défaut de ressembler à Aménophis II, Morsi suivra les pas de Mentouhotep VII dont le règne ne dura qu’un an. Malgré cela, on peut lire sur sa stèle érigée au temple de Karnak : « Je suis le roi au sein de Thèbes » [32].

Ahmed Bensaada

Le 25 juin 2013

 Cet article a été publié par le quotidien algérien Reporters, le 27 juin 2013 (pp. 12-13)

Références

  1. Gaston Maspero, « Histoire ancienne des peuples de l’Orient », Hachette, Paris, (1876),http://remacle.org/bloodwolf/livres/maspero/invasions.htm#_ftnref250
  2. Aliaa Al-Korachi, « Crise politique: Les agissements problématiques de Morsi », Al-Ahram Hebdo, 12 décembre 2012,http://hebdo.ahram.org.eg/NewsContent/952/10/124/1045/Crise-politique-Les-agissements-probl%C3%A9matiques-de-.aspx
  3. Blottr, « Egyptian President filmed rearranging himself on live TV [VIDEO] »,27 septembre 2012,http://www.blottr.com/breaking-news/egyptian-president-filmed-rearranging-himself-live-tv-video
  4. Rania Massoud, « Morsi, la charia et le savon », L’Orient le jour, 24 avril 2013,http://www.lorientlejour.com/article/811556/morsi-la-charia-et-le-savon.html
  5. AFP, « Syrie: 11 pays samedi à Doha pour coordonner l’aide aux rebelles », Le Nouvel Observateur, 21 juin 2013,http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20130621.AFP7138/syrie-11-pays-samedi-a-doha-pour-coordonner-l-aide-aux-rebelles.html
  6. AFP, « Les «Amis de la Syrie » vont renforcer l’aide à l’opposition », Libération, 22 juin 2013,http://www.liberation.fr/monde/2013/06/22/les-amis-de-la-syrie-vont-renforcer-l-aide-a-l-opposition_912999
  7. Alexandre Buccianti, « Morsi rompt les liens diplomatiques entre l’Égypte et la Syrie », RFI, 16 juin 2013,http://www.rfi.fr/afrique/20130616-le-president-morsi-rompt-liens-diplomatiques-entre-egypte-syrie
  8. AFP et Reuters, « Washington rejette l’idée d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie », Le Monde, 15 juin 2013,http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/06/15/washington-rejette-l-idee-d-une-zone-d-exclusion-aerienne-en-syrie_3430667_3218.html
  9. AFP, « L’Égypte soutient le peuple syrien, veut que l’effusion de sang cesse (Morsi) », L’Orient le jour,  30 juin 2012,http://www.lorientlejour.com/category/Derni%C3%A8res+Infos/article/766269/LEgypte_soutient_le_peuple_syrien%2C_veut_que_leffusion_de_sang_cesse_%28Morsi%29.html
  10. AFP, « L’opposition syrienne crie au massacre à Daraya », La Presse, 26 août 2012,http://www.lapresse.ca/international/dossiers/crise-dans-le-monde-arabe/syrie/201208/26/01-4568225-lopposition-syrienne-crie-au-massacre-a-daraya.php
  11. AFP, « Angelina Jolie réclame de l’aide pour les réfugiés syriens », La Presse, 19 juin 2013,http://www.lapresse.ca/cinema/nouvelles/celebrites/201306/19/01-4662839-angelina-jolie-reclame-de-laide-pour-les-refugies-syriens.php
  12. AFP, « EGYPTE. Morsi appelle au dialogue », Le Nouvel Observateur, 22 juin 2013,http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130622.OBS4236/egypte-morsi-appelle-au-dialogue.html
  13. Reuters, « Égypte: Un nouveau groupe d’opposition syrien créé au Caire », 20 Minutes, 31 juillet 2012,http://www.20minutes.fr/ledirect/979735/egypte-nouveau-groupe-opposition-syrien-cree-caire
  14. RTBF, « Syrie: un gouvernement en exil au Caire va être formé », 31 juillet 2012, http://www.rtbf.be/info/monde/detail_syrie-combats-pres-du-siege-des-renseignements-aeriens-a-alep?id=7813539
  15. AFP, « Sommet des non-alignés : premier incident diplomatique entre l’Égypte et la Syrie », Le Monde, 30 août 2012,http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/08/30/ouverture-du-sommet-des-non-alignes-a-teheran_1753031_3218.html
  16. AFP, « Nilesat arrête la diffusion des chaînes satellitaires syriennes », Huffington Post Québec, 5 septembre 2012,http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/09/05/nilesat-arrte-la-diffusi_n_1858038.html
  17. The global Muslim Brotherhood, « U.K. Muslim Brotherhood TV Channel Suspended », 27 avril 2008,http://globalmbreport.org/?p=809
  18. Reporters sans frontières, « La diffusion de la chaîne de télévision Al-Hiwar interrompue sur le satellite Nilesat », 3 avril 2008,http://archives.rsf.org/imprimer.php3?id_article=26445
  19. Ikhwanweb, « The Egyptian government bans the Al Hiwar space channel on Nile Sat », 4 avril 2008,http://www.ikhwanmisr.com/~ikhwan/article.php?id=16556
  20. Dedefensa, « Les dessous coquins de l’accord de Doha », 14 novembre 2012, http://www.dedefensa.org/article-les_dessous_coquins_de_l_accord_de_doha_14_11_2012.html
  21. Reuters, « L’opposition syrienne basée au Caire », 19 novembre 2012, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/11/19/97001-20121119FILWWW00548-opposition-syrienne-basee-au-caire.php
  22. CNN, « Morsy backs Syrian calls for al-Assad to face war crimes trial », 7 janvier 2013,http://www.cnn.com/2013/01/06/world/meast/egypt-morsy-interview
  23. May Al-Maghrabi et Noha Ayman, « Morsi joue la realpolitik », Al Ahram Hebdo, 24 octobre 2012,http://hebdo.ahram.org.eg/NewsContent/0/1/130/532/Morsi-joue-la–realpolitik.aspx
  24. Roger Astier, « Vidéo: Morsi: “Les juifs sont des suceurs de sang, les descendants des porcs et des singes!” », JSSNews, 5 janvier 2013, http://jssnews.com/2013/01/05/video-morsi-les-juifs-sont-des-suceurs-de-sang-les-descendants-des-porcs-et-des-singes/
  25. Direction générale du Trésor français, « Situation économique et financière de l’Égypte », 4 juin 2013,http://www.tresor.economie.gouv.fr/7458_situation-economique-et-financiere-de-legypte-avril2013
  26. Manar Mohsen, « Egypt to aid Syrian rebels », Daily News Egypt, 15 juin 2013,http://www.dailynewsegypt.com/2013/06/15/egypt-to-aid-syrian-rebels/
  27. La voix de la Russie, « Égypte-Syrie : rupture des relations », 16 juin 2013, http://french.ruvr.ru/2013_06_16/L-Egypte-la-rupture-avec-la-Syrie-6373/
  28. Karim Chaabane, « Mostafa Bakri: Morsi appuie les opérations terroristes en Syrie », El Fagr,  14 juin 2013,http://new.elfagr.org/Detail.aspx?nwsId=361442&secid=1&vid=2#
  29. Sybille De Larocque, « La stratégie syrienne du président Morsi vivement critiquée en Égypte », JOL Press,  18 juin 2013,http://www.jolpress.com/egypte-diplomatie-syrie-strategie-syrienne-president-mohamed-morsi-vivement-critiquee-article-820206.html
  30. The Big Story, « Egypt appoints 17 governors, including 8 islamists », 16 juin 2013, http://bigstory.ap.org/article/egypt-appoints-17-governors-including-8-islamists
  31. AFP, « Égypte : le nouveau gouverneur controversé de Louxor démissionne », Le Monde, 23 juin 2013,http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/06/23/egypte-le-nouveau-gouverneur-controverse-de-louxor-demissionne_3435051_3212.html#xtor=RSS-3208
  32. Kim Ryholt, « The Political Situation in Egypt during the Second Intermediate Period c.1800-1550 B.C. », Museum Tusculanum Press, (1997), p.160.
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