La grandeur d’un génie : Hommage à Oscar Niemeyer

décembre 10th, 2012 by Giovanni Semeraro

Niterói, 7 décembre 2012,

Cher Domenico,

Tu as dû certainement apprendre le départ de ton ami Niemeyer. Hier précisément, alors que la nouvelle de sa mort parcourait le Brésil et le monde, j’ai rappelé avec émotion et une pointe de fierté à mes étudiants, stupéfaits et incrédules, ce jour où Oscar te reçut pour la première fois dans sa résidence-atelier de Copacabana, avec moi et l’architecte Alfonso Accorsi, Waldeck Carneiro (alors président de notre faculté) et Cecilia Goulart (coordinatrice des cours de master et de doctorat).

Parmi les nombreuses inoubliables impressions, je restai particulièrement touché par l’accueil qu’il te fit, comme s’il était un ami de longue date, et par l’intérêt juvénile qu’il manifestait pour tes recherches, tes livres, pour ce que tu pensais de la Chineet des Usa, de l’Italie et de l’Europe et surtout de la philosophie. Te souviens-tu comment il réagît quand tu lui dis que Schopenhauer avait quelque chose de réactionnaire ?  Le jour suivant il vînt écouter tes cours dans notre Université Fédérale Fluminense de Niterói : luxe réservé à peu de gens ! Comme tu le sais la grandeur d’un génie se mesure aussi à son humilité. A son sens de ses limites, à sa « conception réaliste de la vie » -comme il aimait dire- « qui nous porte à avoir conscience de la fragilité des choses et nous fait devenir plus simples et humains, en nous empêchant de nous attacher de façon morbide à elles ».

Paradoxalement, c’est justement de cette conscience qu’est issue une œuvre prodigieuse ; une œuvre qui fera parler d’elle « même au 30ème siècle », comme a dit l’anthropologue brésilien Darcy Ribeiro. Sur l’immense et surprenante production de Niemeyer on peut dire tout ce qu’on veut mais le fait est qu’elle a bouleversé les canons de l’art et de l’architecture et qu’elle a inspiré une multitude d’artistes contemporains. A juste titre, Niemeyer est appelé le « poète des courbes », selon une définition qu’il a lui-même brillamment esquissée :

 “Ce qui m’attire c’est la courbe libre et sensuelle. La courbe que je rencontre dans le parcours sinueux de nos rivières, dans les nuages du ciel, dans le corps de la femme préférée. L’univers entier est fait de courbes. L’univers courbe d’Einstein ».

Mais au-delà de l’usage merveilleux qu’il a fait des courbes, des formes légères et transparentes, s’élevant vers le ciel comme si elles volaient, au-delà de l’imagination, de la surprise et de l’inédit qui se trouvent dans ses centaines d’œuvres de par le monde, je crois qu’un des aspects les plus significatifs de ses créations a été sa capacité de penser les monuments, les édifices et les villes comme espace public.  Comme œuvres intégrées dans l’environnement, ouvertes aux expressions culturelles et politiques du peuple : presque comme une invitation à chacun à faire s’exprimer son esprit créatif et convivial. Lieux dans lesquels, comme il disait lui-même, « l’homme ordinaire et sans pouvoir », toute la population, pût se reconnaître et se sentir à son aise et pût avoir la sensation d’appartenir à une création commune, à un monde libre et d’égaux. Sans interdictions, sans hiérarchies, sans secrets, sans armes, dépassant toute distance et sans se sentir écrasés par l’importance et l’arrogance des constructions des « messieurs » et des centres de pouvoir. Pour cela l’architecture de Niemeyer ne peut pas être séparée du grand homme politique qu’il a été. Après la construction de Brasilia, en effet, il n’avait de cesse de dire qu’ « il ne suffit pas de faire une ville moderne : le plus important est de changer la société ».

Dans une interview faite par Brasil de fato en septembre 2005, et sans pour autant aller rejoindre le choeur des détracteurs, il n’a pas épargné ses critiques à Lula, en regrettant combien celui-ci se limitait à « améliorer le capitalisme » et n’était pas déterminé comme Chavez. « Si j’étais jeune » disait-il, « au lieu de faire de l’architecture je descendrai dans la rue protester contre ce monde de merde dans lequel nous vivons ». Pour ces raisons, je crois, un peu comme toi, que la génialité de Niemeyer a tiré nombre de ses inspirations de ses convictions politiques, du fait d’avoir été un communiste authentique, d’une pièce, sans hésitations ni éraflures.

A ce propos je me souviens d’un épisode amusant et significatif, et je te le fais raconter par lui-même :

« Je me souviens de la nuit où Fidel vint dans mon atelier. J’avais invité des amis et, à minuit, quand il partît, l’ascenseur ne fonctionnait pas. Pour prendre l’autre ascenseur il dût passer par l’appartement du voisin, qui aujourd’hui encore raconte l’épisode avec une certaine fierté. Je vous laisse imaginer la stupéfaction du couple quand ils ouvrirent la porte et se virent face à face avec Fidel… Le seul communiste qui habite dans l’immeuble c’est moi, mais quand Fidel sortît, tout l’immeuble était illuminé et les gens applaudissaient ».

Hier, dans un geste symbolique, on l’a amené en avion à Brasilia, comme pour lui faire faire un dernier salut à sa créature la plus visible, aujourd’hui patrimoine universel de l’Unesco. Et puis retour à Rio, sa terre natale, confié aux bras des amis, de la bossa nova, de la samba, aux effusions des gens mêlés, des artistes, des hommes politiques, des jeunes, des femmes qu’il a toujours aimées.

Les grands media, naturellement, ont fait de beaux discours sur sa génialité, sur la résonance mondiale de ses œuvres, sur son activité et sa longévité, sur sa générosité et sa solidarité. Mais peu de gens ont parlé de ses convictions politiques, de son communisme, de son programme de vie résumé dans la phrase « tant qu’il y aura dans le monde de l’injustice et de l’inégalité, moi je serai un communiste ».

Niemeyer l’a fait lucidement jusqu’à 104 ans. Maintenant c’est à nous qu’il revient d’atteindre cet objectif et d’aller au-delà. L’année prochaine, quand tu viendras au Brésil, j’essaierai de te convaincre de faire une conférence à l’Université du Mato Grosso, aux portes de l’Amazonie. De là nous pourrions faire escale à Brasilia, la ville de ma femme et de Niemeyer.

Je te salue avec une belle vignette de Amarildo sur le journal O Globo d’aujourd’hui (7 décembre 2012) :

http://amarildocharge.files.wordpress.com/2012/12/blog4.jpg

 

Giovanni Semeraro,

Professeur de philosophie à l’Universidad Federal Fluminense, Niterói, Rio de Janeiro (Brésil)

 

 

Publié sur le blog de D. Losurdo

http://domenicolosurdo.blogspot.fr/

Titre original : « Hommage à Niemeyer, architecte et communiste »

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Syrie : Les coulisses parisiennes du conclave de Doha !

décembre 10th, 2012 by Nasser Charara

La Conférence de Doha sur la Syrie, courant Novembre 2012, a comporté un versant obscur qui a consisté en l’élaboration d’un plan destiné à modifier la réalité militaire et politique sur le terrain, Paris poussant à l’escalade et incitant à « bruler les étapes ». Il en est sorti un « protocole confidentiel » définissant la fonction opérationnelle de la toute nouvelle « Coalition de l’opposition syrienne », une fois les rebelles réorganisés et concentrés sur cinq fronts, face aux principales villes syriennes.

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D’après une source haut placée dans la hiérarchie des autorités syriennes, nombre de détails des plans secrets concoctés en marge de la Conférence de Doha auraient pris le chemin de Damas, révélant que le but poursuivi par les congressistes ne consistait pas uniquement à trouver des solutions à la crise manifeste d’une opposition fragmentée et d’essence fondamentaliste islamiste, mais aussi et surtout à élaborer un plan qui pourrait changer la réalité militaire et politique de la donne syrienne ; la récente « Bataille de Damas » faisant partie des décisions secrètes prises lors de cette même conférence.

Plus précisément, la France aurait tenté de manœuvrer en coulisses pour plusieurs raisons. Parmi celles-ci, le couronnement de ses efforts pour convaincre l’Union européenne de lever son interdiction de fournir des armes à l’opposition syrienne qui, selon Paris, serait en passe de remporter une victoire décisive. Dès lors, la communauté internationale n’aurait plus eu qu’à suivre son exemple en  reconnaissant la Coalition [1] comme la seule représentante du peuple syrien et, du même coup, comme l’unique interlocuteur de l’ensemble des oppositions.

Ainsi, les débats rapportés par certains participants à cette fameuse conférence témoigneraient de l’insistance de la  France à renverser le gouvernement syrien, au plus vite, en incitant à « bruler les étapes », à promouvoir l’escalade militaire et politique, et à travailler à résoudre le problème de la crainte engendrée en Occident par une opposition armée manifestement dominée par des cellules d’Al-qaïda et d’éléments soumis à des agendas salafistes extrémistes.

Le plan des cinq fronts 

Partant de ce qui a filtré de cette conférence de Doha, de sa relation avec la situation militaire générale en Syrie, de l’organigramme de l’opposition syrienne soi-disant enfin coalisée, et de la  bataille de Damas qui lui a succédé, des sources bien informées ont révélé à  Al-Akhbar  que les prises de position des prétendus « Amis du peuple syrien » n’ont pas baigné dans une totale harmonie. Alors que Paris se serait distinguée par son désir d’escalade et par son insistance à bruler les étapes dans la confrontation avec les autorités syriennes, Washington et, dans une moindre mesure, Londres auraient estimé qu’à ce stade il valait mieux se contenter de durcir les sanctions économiques et s’atteler à réorganiser l’opposition sous l’égide de la nouvelle coalition débarrassée « partiellement » de ses extrémistes ; partiellement, parce qu’ils pourraient « encore servir » pour affaiblir l’État syrien ! En conséquence, un document de travail frappé du sceau de la confidentialité aurait circulé dans les coulisses, pour préparer aux discussions sur le thème de la nécessaire prudence en matière d’armement de l’opposition.

Les points essentiels de ce document confidentiel porteraient sur deux axes principaux concernant la fonction opérationnelle et les obligations de la Coalition prétendument nationale, qui devra « faire ses preuves en relevant plusieurs défis », notamment :

1. Unifier l’aide humanitaire destinée aussi bien aux personnes déplacées qu’à l’intérieur des frontières syriennes, de sorte qu’elle puisse parvenir à tous les Syriens à travers les  « canaux exclusifs des Frères Musulmans ».

2. Revoir l’organisation des rebelles armés inféodés aux opposants coalisés – lesquels représenteraient les deux tiers d’après les statistiques des services de renseignements étrangers – selon un plan qui les rassemblerait sur cinq fronts disposés face aux principales villes syriennes. Ceci, dans le but de se débarrasser du dernier tiers composé de combattants salafistes qui ne seraient loyaux qu’à eux-mêmes.

Un troisième axe de discussion aurait porté sur l’armement de l’opposition syrienne ainsi coalisée. Des membres éminents de la Coalition auraient soumis l’idée lumineuse de la levée de l’interdiction et de la codification de l’armement destiné aux soi-disant rebelles, pendant que les représentants du gouvernement français auraient fait savoir qu’en ce qui les concerne, toute implication dans ce sens devait passer par une décision de l’Union européenne nécessitant un consensus entre les 27 pays partenaires, avec lesquels ils étaient d’ailleurs en cours de pourparlers. Ils auraient ajouté que le problème pour le gouvernement français était inextricablement lié à « éloigner le danger des djihadistes  infiltrés au sein de l’opposition syrienne », l’Occident étant par ailleurs, et  dans sa grande majorité, disposé à armer l’opposition ainsi réorganisée. Ce à quoi les éminents opposants auraient rétorqué que c’est justement cette abstention occidentale qui a conduit à ce que les forces salafistes soient les plus lourdement armées, puisqu’elles avaient la chance de ne dépendre que des réseaux de financement privés, quoique parrainés par les pays du Golfe. Paris aurait alors promis d’en débattre au cours des délibérations du Conseil européen des Affaires étrangères, qui ont eu lieu dans la seconde moitié du mois dernier. Mais les réponses apportées à cette dernière question sont restées secrètes !

Quoi qu’il en soit, les observateurs de la Conférence de Doha ont noté que Paris, dépassant  la prudence américaine, a paru très pressée de se mobiliser pour la prise de décision relative à l’armement de ceux qu’elle qualifie d’ « opposants démocratiques syriens », ne serait-ce que par son engagement à obtenir  l’approbation de ses partenaires dans l’Union européenne. Il n’empêche que depuis, le cours des événements  a montré que Paris a échoué dans sa quête de se poser en chef de file de la « communauté internationale » à la faveur de crise syrienne, et qu’il lui faudra bien se ranger derrière le camp présidé par Washington. Mais entretemps, les événements de Gaza sont venus accaparer les efforts diplomatiques internationaux consacrés à la situation syrienne…

Échec de l’option française 

Suite à la Conférence de Doha, il y a eu des critiques, et même au sein de l’Elysée, sur l’opportunité de l’initiative prématurée du président français, François Hollande, qui a déclaré reconnaitre la Coalition « comme la seule représentante du peuple syrien et donc comme le futur gouvernement provisoire de la Syrie démocratique permettant d’en terminer avec le régime de Bachar al-Assad  » ! [2]. De sources diplomatiques, M. Hollande aurait donné trois raisons qui l’ont poussé à ainsi se distinguer, alors que Londres et Washington s’étaient abstenus de reconnaitre la Coalition en ces termes. La première en conséquence d’un engagement personnel qu’il s’était promis de respecter, sitôt l’annonce faite. La deuxième du fait de sa conviction personnelle qu’il fallait accélérer le mouvement militaire et diplomatique pour ne pas couper l’élan d’un accord d’unification réussi à Doha, au prix de maintes difficultés. La troisième en rapport avec son désir de voir Paris, à l’avant-garde sur la scène internationale, répétant en Syrie le rôle joué en Libye.

Tout comme M. Sarkozy s’était distingué à recevoir officiellement le Conseil National de Transition [CNT] libyen, accélérant ainsi l’intervention occidentale qui a fait pencher la situation en faveur des rebelles en Libye, M. Hollande a jugé bon de se précipiter à nommer  un ambassadeur de cette Coalition à Paris en la personne du Syrien dissident et en exil depuis des années, Mounzer Makhous, juste après avoir reçu le cheikh Ahmad Moaz al-Khatib promu président de la toute nouvelle Coalition des opposants unifiés.

Mais Paris a été bien obligée de constater que sa démarche n’a en rien modifié les réserves de Londres et de Washington, ni n’a pratiquement fait évoluer la position internationale sur le dossier syrien, comme il en a été du dossier libyen. Même la Ligue arabe, sur laquelle Paris compte beaucoup en tant que levier de l’opposition syrienne, ne s’est pas exprimée aussi clairement qu’attendu puisqu’elle a reconnu la coalition comme interlocuteur, non comme seul représentant du peuple syrien.

Paris n’a pu que se rendre compte que sa hâte à renverser le gouvernement syrien par mimétisme du cas libyen posait problème, d’autant plus qu’elle s’était autorisée à nommer un Ambassadeur issu d’une coalition d’opposants ; ce qui a soulevé des questions d’ordre juridique étant donné qu’aucun gouvernement d’opposition n’a été constitué ni en Syrie, ni à l’étranger ! Paris a en effet procédé à cette nomination pendant que la Grande-Bretagne et les États-Unis prétendaient devoir encore discuter des modalités de cette reconnaissance… [3]. Du coup, Paris a tenté de déployer ses arguments pour convaincre ses partenaires et surtout Washington du bien fondé de sa politique. Toujours de sources diplomatiques, l’argument choc dans ce cas se résume à dire que Paris aurait reconnu la Coalition « parce qu’elle chercherait  à faire pencher la balance du côté des Musulmans modérés aux dépens des salafistes infiltrés parmi les combattants armés et les différents groupes politiques ! ».

Mais il semble que Londres et Washington en seraient restées à leurs exigences premières : unifier l’aide humanitaire et rassembler, sur cinq fronts, des combattants qui leur seraient dévoués et non inféodés aux groupes extrémistes [4]. Si bien que ceux qui ont suivi ces discussions à Doha s’attendent au déclenchement d’une guerre entre salafistes et musulmans qualifiés de modérés. Autrement dit, ils s’attendent à une deuxième guerre superposée à celle qui est en cours, et qui se déroulerait sur le sol syrien !

Échec du scénario adopté pour assassiner Al- Assad

Toujours dans l’objectif de « bruler les étapes » poursuivi par Paris avec la sympathie « sous conditions » de la Grande-Bretagne, a émergé une information qui reste à prouver. Elle met l’accent sur le fait que la « Bataille de Damas » a couvert une tentative avortée d’assassinat du Président syrien par un escadron jordanien censé foncer sur l’Aéroport international de Damas, avant de poursuivre son raid contre un lieu supposé être son lieu de résidence. Ceci, pour faire croire que l’attentat a été commis par des opposants de l’intérieur et éviter l’implication  des États-Unis devant la Russie. À ce propos, il n’est pas inutile de rappeler l’ouverture d’un bureau de renseignement britannique dans la capitale jordanienne, chargé d’exercer un rôle logistique direct à l’intérieur du territoire syrien.

Nasser Charara

07/12/2012

Article original : Al-Akhbar [Liban]

http://www.al-akhbar.com/node/173177 

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1] Syrie-Opposition : « Protocole de Doha »

Une «opposition» hétéroclite, divisée, sans programme et sans perspective mise en place par le Qatar et adoubée par François Hollande !

http://www.afrique-asie.fr/menu/actualite/4388-syrie-opposition-protocole-de-doha-fin-de-l-etat-syrien.html

[2] François Hollande reconnaît la coalition nationale syrienne

http://www.france24.com/fr/20121113-paris-syrie-hollande-nouvelle-coalition-opposition-bachar-al-assad-livraisons-armes-asl

[3] Le droit international permet-il de soutenir ouvertement l’opposition armée en Syrie ?

http://www.mondialisation.ca/le-droit-international-permet-il-de-soutenir-ouvertement-lopposition-armee-en-syrie/5314447

[4] The US Finally Admits To Sending Heavy Weapons From Libya To Syrian Rebels

http://www.businessinsider.com/obama-admin-admits-to-covertly-sending-heavy-weapons-to-syrian-rebels-2012-12

“Both of these stipulations, recognition of a unified opposition and creation of distance from extremist groups, are required in order for the Obama administration to openly acknowledge supporting Syrian rebels with weapons and supplies”.

 

Nasser Charara est un journaliste libanais

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La guerre sainte d’Israël et l’exode palestinien

décembre 9th, 2012 by Julie Lévesque

La dernière attaque d’Israël contre Gaza, l’opération « Colonne de nuée [1] » s’inspire d’un passage de la Torah :

« Et l’Éternel allait devant eux, le jour dans une colonne de nuée, pour les conduire par le chemin, et la nuit dans une colonne de feu, pour les éclairer, afin qu’ils marchassent jour et nuit. La colonne de nuée ne se retirait point de devant le peuple pendant le jour, ni la colonne de feu pendant la nuit. » Exode 13:21-22

Loin de l’inspiration divine, les intentions sous-jacentes aux colonnes de nuée et de feu lancées violemment sur le petit territoire densément peuplé avaient un objectif totalement infâme. L’exode et l’expulsion des Palestiniens de la « Terre sainte ». Afin d’y arriver, certaines personnalités israéliennes éminentes ont même songé à des colonnes de nuées en forme de champignon :

Nous devons raser des quartiers entiers de Gaza. Raser Gaza en entier. Les Étasuniens ne se sont pas arrêtés à Hiroshima. Les Japonais ne se sont pas rendus assez vite, donc ils ont frappé Nagasaki aussi. (Gilad Sharon A decisive conclusion is necessary, Jerusalem Post, 18 novembre 2012.)

Nile Bowie croit que les récentes attaques font partie de l’expansion des colonies illégales d’Israël.

Le bombardement israélien de Gaza perpétué dans le cadre de l’opération « Pilier de défense » arrive à un moment intéressant. Sous la gouverne de Benjamin Netanyahou et d’Ehoud Barak, l’expansion des colonies juives illégales sur le territoire palestinien s’est accrue à un rythme sans précédent. L’administration Netanyahou a approuvé la construction de 850 logements pour les colons en Cisjordanie occupée en juin 2012, même après que le Parlement israélien ait rejeté un projet de loi visant à légaliser rétroactivement certaines des maisons existantes dans cette zone [2]. Le nombre des colons juifs en Cisjordanie a presque doublé dans les 12 dernières années, avec plus de 350 000 résidents illégaux en vertu du droit international [3]. Alors que le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, affirme que Tel-Aviv refuse d’accorder aux Palestiniens le droit de retourner sur leur territoire, en soulignant « pas un seul réfugié », l’apartheid fondé sur des motifs ethniques et religieux est devenu un élément ratifié de la politique gouvernementale israélienne [4]. Le discours politique d’extrême droite autrefois considéré comme extrémiste représente aujourd’hui le statu quo en Israël. (Nile Bowie, Gaza and the Politics of “Greater Israel”, 17 novembre 2012.)

Alors que l’État hébreu est blâmé pour ses attaques brutales répétées contre Gaza, les crimes commis contre les Gazaouis ne seraient pas possible sans le vaste appui international dont jouit Israël, surtout celui des États-Unis, mais également celui d’autres pays de l’Occident et du Moyen-Orient.

Le dernier assaut nommé Colonne de nuée (ou Plier de défense) aurait été impossible sans l’appui politique et militaire inébranlable des États-Unis.

Comme le note Michel Chossudovsky, les États-Unis n’ont pas seulement appuyé Israël. L’attaque contre Gaza, au point de vue du commandement et du contrôle, était une opération militaire conjointe des États-Unis et d’Israël :

Même si les reportages reconnaissent que dans la foulée des élections du 6 novembre le président Obama a donné le « feu vert » à Tel-Aviv, la question principale ne concerne pas l’appui de Washington, mais plutôt l’implication directe de l’armée et du gouvernement étasuniens dans la planification et l’implantation de l’attaque contre Gaza.

Des preuves démontrent que l’opération « Colonne de nuée » (ou Pilier de défense) a été implantée en étroite collaboration avec Washington dans le contexte d’un processus plus vaste de planification militaire alliée. Des représentants officiels de haut rang travaillaient sur les lieux en Israël avec leurs homologues de la FDI, quelques jours avant les attaques. (Prof Michel Chossudovsky, L’attaque des États-Unis et d’Israël contre Gaza, 20 novembre 2012.)

Par ailleurs, même si Israël achète la plupart de ses armes aux États-Unis, les marchands d’armes européens contribuent également à la machine de guerre israélienne et profitent des tueries de civils palestiniens. David Cronin explique:

Haneen avait 10 mois, Omar 11 mois et Ibrahim un an. Ces enfants ont été tués par des missiles à « guidage de précision » pour avoir commis l’infraction de grandir à Gaza.

Quelque jours avant qu’ils meurent, la Commission Européenne a commandité la « seconde conférence internationale de la sécurité intérieure à Tel-Aviv. Se voulant plus un bazar qu’un forum de discussion, l’événement présentait des expositions des plus grandes compagnies d’armements israéliennes.

D’après ce que je peux voir, l’implication de l’Union européenne dans cette exposition est passée inaperçue dans les médias. C’est profondément troublant. Cela suggère que la Commission peut cautionner des firmes profitant des bombes lancées sur des bébés palestiniens sans que personne ne cligne des yeux.

Les responsables qui ont approuvé la participation de l’UE à la foire de Tel-Aviv ne peuvent pas affirmer qu’elle n’était pas liée à la dernière offensive contre Gaza [...]

En juin de nombreuses sociétés israéliennes, tout comme des délégations de l’UE et de l’OTAN, ont participé à Eurosatory, une foire de l’armement à Paris. (David Cronin, How Europe Courted Israel’s Arms Industry on Eve of Gaza Attack, 28 novembre 2012.)

Si cette guerre interminable repose sur l’appui politique et militaire, ainsi que sur celui des marchands d’armes, elle ne serait pas possible sans la propagande massive en Israël et ailleurs.

La vision raciste et déshumanisante des Arabes, largement admise, perpétue la guerre contre la Palestine. Benzion Netanyahu, le père du premier ministre israélien l’a exprimée clairement en faisant appel à l’autorité de la Bible pour confirmer sa vision raciste du monde :

La Bible n’a pas d’image pire que celle de l’homme du désert. Pourquoi ? Parce qu’il n’a de respect pour aucune loi. Parce que dans le désert, il peut faire ce qui lui plaît. Le penchant pour le conflit est l’essence de l’Arabe. Il est un ennemi de nature. Sa personnalité ne lui permet aucun accord ou compromis. La résistance à laquelle il fait face, le prix qu’il a à payer n’ont pas d’importance. Son existence relève de la guerre perpétuelle. Celle d’Israël doit être pareille. La solution des deux États n’existe pas, il n’y a pas deux peuples ici. Il y a un peuple juif et une population arabe […] il n’y a pas de peuple palestinien, alors on ne crée pas d’État pour une nation imaginaire […] ils disent être un peuple uniquement pour se battre contre les juifs. (Benzion Netanyahu, cité dans Nile Bowie, Gaza and the Politics of “Greater Israel”, 17 novembre 2012.)

Les Palestiniens sont qualifiés de terroristes sauvages par Israël et divers lobbies ayant des objectifs similaires et ce portrait raciste d’un peuple sous occupation n’est jamais remis en question par les médias dominants. Dans cet état d’esprit, les crimes de guerre peuvent facilement être présentés comme des dommages collatéraux.

Le professeur James F. Tracy montre quelles techniques de propagande sont utilisées dans le but de « blanchir » Israël de ses crimes de guerre :

Lancé le 14 novembre par Israël, l’assaut d’une semaine contre les Palestiniens de Gaza, la plupart sans défense, offre une base pour évaluer la façon dont les grands médias occidentaux camouflent les crimes de guerre du principal allié des États-Unis au Moyen-Orient. Il existe trois techniques souvent imbriquées et appliquées consciemment à ce type de couverture médiatique : le contexte historique, les sources et l’objectivisation de l’ennemi à cibler. De telles pratiques peuvent rapidement transformer le journalisme en propagande servant à encourager de tels crimes tout en permettant aux institutions journalistiques de se réclamer de l’« objectivité ». Prof. James F. Tracy, When Propaganda Masquarades as News, 24 novembre 2012.)

Toutefois les leaders palestiniens sont également à blâmer pour leur inaction et leur soumission aux exigences d’Israël. Stephen Lendman note ce qui suit :

Abbas cherche à obtenir le statut d’’État observateur non membre avec lequel viennent des droits significatifs. Le fait de les obtenir implique que l’on ne demande pas leur exclusion ou qu’on ne les omette pas dans la formulation de la demande.

Ces pleins droits permettent de joindre des agences spécialisées de l’ONU [et l’application de certains traités] dont l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), la Convention sur le droit de la mer (CNUDM), le Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TPN), la Cour internationale de justice (CIJ) et la Cour pénale internationale (CPI).

L’adhésion donne à la Palestine le contrôle de ses eaux territoriales et de son espace aérien. D’autres droits lui sont accordés.

Il est permis de poursuivre Israël (à la CIJ) et des représentants israéliens (à la CPI) pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. En 2017 ou plus tard, Israël pourra être poursuivi pour agression criminelle.

Le 29 novembre est le Jour J (le jour de la décision) [2]. Les États membres de l’ONU voteront. La Palestine obtiendra facilement le statut supérieur d’État observateur non membre. L’enjeu constitue ce qui vient avec et dépend de ce qui est exclu.

Abbas soumettra une version de 316 mots appelant à la reprise des pourparlers de paix avec Israël, un geste insignifiant et insultant. Abbas le sait. Ces formalités sont un simulacre.

La paix est impossible sans partenaire légitime. La Palestine n’en a jamais eu et elle n’en a toujours pas.

Les pourparlers ont été tués dans l’œuf. Un observateur les a appelés « la tromperie la plus spectaculaire de l’histoire moderne de la diplomatie » […]

La formulation d’Abbas ne disait rien à propos de l’arrêt de l’établissement de colonies. Elle ne demande pas l’adhésion aux agences et traités de l’ONU. Il s’agit d’un élément clé.

Sans cela, le statut supérieur est dénué de sens. Des droits vitaux sont refusés. Abbas semble se diriger dans cette direction. Cela ne devrait pas être une surprise. (Stephen Lendman, Abbas Submits Weak UN Status Bid, 28 novembre 2012.)

Julie Lévesque

Journaliste

Article publié initialement en anglais : Israel’s Holy War: Triggering the Palestinian Exodus?

Mondialisation.ca offre à ces lecteurs une liste d’articles sur la dernière attaque contre Gaza et des analyses connexes.

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Notes

1. L’opération a d’abord été nommée « Pillar of Cloud » par l’armée et les médias israéliens, en français Colonne de nuée, une traduction littérale de l’hébreu, עַמּוּד עָנָן, ‘Amúd ‘Anán. Le jour où l’opération était lancée, l’armée israélienne l’a aussi appelée Pilier de défense. Alors que les deux noms étaient utilisés fréquemment au début par les médias dominants anglophones qui ont graduellement cessé d’utiliser le nom « Pillar of Cloud ».

2. L’Assemblée générale de l’ONU a accordé le statut d’observateur non membre à la Palestine à 138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions.

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SELECTION D’ARTICLES

En français :

 L’attaque des États-Unis et d’Israël contre Gaza, Prof Michel Chossudovsky, 30 novembre 2012

Stop au massacre à Gaza !, Bill Van Auken, 21 novembre 2012

Gaza brûle : voici l’incendiaire, Manlio Dinucci, 21 novembre 2012

CJPMO applaudit la motion du Québec sur le statut de la Palestine, CJPMO, 06 décembre 2012

Gaza : Observations après l’Opération « Pilier de Défense », Joshua Brollier, 04 décembre 2012

La Palestine est déjà un EtatDe Maître Gilles Devers, 03 décembre 2012

Le nouveau statut de la Palestine à l’ONU : Un non évènement pour les Palestiniens toujours occupés, Chems Eddine Chitour, 03 décembre 2012

Le grand chemin vers Jérusalem : le Hamas trahit l’Iran et la Syrie, Fida Dakroub, 28 novembre 2012

Gaza… ironie de l’histoire, Djamel Labidi, 25 novembre 2012

Gaza : Le « Gott mit uns » d’Israël, Gilles Munier, 22 novembre 2012

L’apocalypse à Gaza : Complicité de l’Occident, impuissance des ArabesDe Chems Eddine Chitour, 20 novembre 2012

Représailles israéliennes, vraiment?, Michel Collon, 20 novembre 2012

En anglais :

The US-Israeli Attack on Gaza, Prof Michel Chossudovsky, Tue 2012 November 20

Origins of Israel’s Anti-Arab RacismProf. Lawrence Davidson, November 28, 2012

Abbas Submits Weak UN Status Bid, Stephen Lendman, November 28, 2012

How Europe Courted Israel’s Arms Industry on Eve of Gaza Attack, David Cronin, November 28, 2012

Israeli Crimes against Humanity: Targeting Palestinian Children with “Pinpoint Accuracy”, Felicity Arbuthnot, November 28, 2012

Does Israel’s Zionist Project require the Destruction of Palestine?, Kourosh Ziabari, November 28, 2012

Israeli Terror: The “Final Solution” to the Palestine Question, Prof. James Petras, November 28, 2012

Why Israel Did Not Win its Latest War on Gaza, Adam Shatz, November 26, 2012

VIDEO: Tears of Gaza: The Brutal Truth of Modern War, Vibeke Løkkeberg, November 26, 2012

Cast Lead 2.0: Gaza is World’s Largest Open Prison, Patrick Henningsen, November 26, 2012

Netanyahu Plans More War, Stephen Lendman, November 26, 2012

The War in the West Bank, Allison Deger, November 26, 2012

Abbas: Collaborating with the Enemy, Stephen Lendman, November 25, 2012

Israeli War Crimes against Palestine: Witness Testimonies, Kuala Lumpur War Crimes Commission (KLWCC), November 25, 2012

When Propaganda Masquarades as News, Prof. James F. Tracy, November 24, 2012

 

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Le Canada et l’Union européenne s’apprêtent à signer l’Accord économique et commercial global (AÉCG). Cet accord de libre-échange pourrait avoir des conséquences économiques, politiques, environnementales et culturelles importantes pour le Québec. C’est dans cette perspective que le SPQ Libre a organisé, le 12 novembre dernier, une assemblée publique avec l’ex-député bloquiste Pierre Paquette, Claude Vaillancourt d’Attac-Québec, Michèle Boisclair de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) et Pierre Curzi.

Quoique tous les deux soient très critiques à l’égard de cet accord, Pierre Paquette et Claude Vaillancourt ont développé devant la cinquantaine de personnes présentes deux approches globales opposées qui déterminent des stratégies différentes.

Quant à Michèle Boisclair et Pierre Curzi, ils ont traité respectivement de deux aspects sectoriels extrêmement importants, soit l’impact de l’AÉCG sur la santé et la culture.

Des avantages pour le Québec

Pierre Paquette est favorable à un accord avec l’Europe parce qu’il y voit des avantages pour le Québec. « L’AÉCG nous ouvre un marché de 500 millions d’habitants et pourrait faire contrepoids à l’ALÉNA », explique-t-il en soulignant que le Québec est la porte d’entrée normale de l’Amérique du Nord pour l’Europe.

« 77% des emplois des entreprises françaises au Canada sont établis en territoire québécois. C’est 37% et 33% pour les entreprises britanniques et allemandes, contre 16% pour les entreprises américaines», selon l’ancien député bloquiste. « Au point de vue structurel, poursuit-il, notre économie est complémentaire avec celle de l’Europe, avec, entre autres, Airbus, Bombardier et Pratt & Whitney. »

Au plan fiscal, Pierre Paquette n’est pas trop craintif. « C’est certain qu’Ottawa vise une concurrence vers le bas, mais le Québec n’a pas encore versé dans cette dérive-là, ni l’Europe. »

Au plan culturel, il croit qu’il peut y avoir des avantages pour le Québec avec une plus grande diversité culturelle. « Au Canada, la culture, ça se limite au divertissement américain. »

Selon lui, le principal problème vient du fait que l’accord est négocié par le Canada. « C’est l’approche anglo-saxonne où le libre-échange est une panacée, alors qu’il ne peut servir de politique industrielle. »

« De plus, enchaîne-t-il, l’accord est plus large que le libre-échange. C’est là que le bât blesse. Au chapitre de la protection des investissements, le fameux Chapitre 11 de l’ALÉNA qui permet à une entreprise de poursuivre un gouvernement, c’est le Canada qui demande son inscription dans l’AÉCG. L’Europe n’a jamais négocié une telle protection des investissements. »

Posent problème également, selon Pierre Paquette, l’ouverture des marchés publics aux entreprises européennes, la gestion de l’offre en agriculture et la propriété intellectuelle.

« Sur ce dernier volet, on fait surtout référence aux brevets de l’industrie pharmaceutique. Au Québec, faudrait savoir ce qu’on veut, s’interroge-t-il. On a privilégié les médicaments originaux plutôt que les génériques, en échange d’emplois dans la recherche et le développement des entreprises pharmaceutiques au Québec. Mais est-ce toujours valable? »

Pierre Paquette s’en prend aussi à la façon de négocier. « Nous n’avons pas accès aux textes de l’Accord avant qu’ils soient définitifs. Il faut savoir qu’ils ne seront pas amendables, ni même soumis à un vote au Parlement. Je rappelle que l’ALÉNA n’a pas été soumis au vote du Parlement. Les parlementaires ont eu à se prononcer seulement sur une loi de mise en œuvre. C’est ainsi qu’on a adopté une motion visant à interdire l’exportation de l’eau en vrac. Mais ce n’est pas inclus dans l’ALÉNA. Cela n’a pas le même poids. Nous sommes devant un déficit démocratique. »

« Lors des négociations de la ZLEA, la Zone de libre-échange des Amériques, les positions de tous les pays, tous les documents étaient publics », rappelle-t-il.

Pour visionner l’intervention de Pierre Paquette : http://www.tagtele.com/videos/voir/92267


L’AÉCG n’est pas nécessaire

Pour Claude Vaillancourt, il n’y a pas nécessité d’un accord de libre-échange avec l’Europe, bien que cela soit présenté comme tel par suite du déclin du commerce avec les Etats-Unis.

« Il n’y a pas de véritables obstacles au développement du commerce avec l’Europe. Les tarifs douaniers sont inférieurs à 3%. J’en veux pour preuve qu’entre 2005 et 2010, le commerce entre le Canada et l’Europe a augmenté de 6,7% en moyenne annuellement, alors qu’il a diminué avec le reste du monde. »

Concernant la diversité culturelle, Vaillancourt souligne que ce n’est pas chose faite, malgré un accord en ce sens entre la France et le Québec.

« Un des points majeurs, selon lui, c’est l’ouverture des marchés publics aux entreprises européennes. Celles-ci pourront soumissionner sur les appels d’offres supérieurs à 315 000 $ des gouvernements, des municipalités, des sociétés d’État. Et elles sont très bien équipées pour le faire. »

« Selon ce qui a filtré jusqu’ici, relate le président d’ATTAC-Québec, une municipalité qui privatiserait son service d’aqueduc ne pourrait pas le re-municipaliser. De même, la nationalisation de l’éolien serait considérée comme une expropriation et pourrait faire l’objet de poursuites. »

Déjà, en vertu du Chapitre 11 de l’ALÉNA, le gouvernement fédéral a dû payer des millions à des compagnies américaines. Par exemple, il dû verser 130 millions $ à Abitibi-Bowater pour la nationalisation de ses installations par le gouvernement de Terre-Neuve. De même, une compagnie impliquée dans l’exploitation du gaz de schiste vient de déposer une poursuite contestant le moratoire imposé par le gouvernement du Québec.

« De plus, ajoute-t-il, les gouvernements s’autocensurent, s’empêchent d’agir, de crainte d’être poursuivis. »

« Il faut aussi tenir compte du fait que ce qu’on cède à l’Europe devra être accordé aux Etats-Unis en fonction de la clause de la nation la plus favorisée.  Et, une fois l’accord signé, on ne peut pas en sortir.»

Pour le gouvernement Harper, cet accord s’inscrit dans une série d’ententes semblables avec d’autres pays. « Il vient de signer un accord sur les investissements avec la Chine. D’autres sont en préparation avec l’Inde et le Japon. Partout, ce sont les mêmes principes. À noter que l’Inde s’est montrée réfractaire au Chapitre 11.

« Mais le plus important, c’est le Traité Trans-Pacifique où une des conditions d’entrée est la suppression de la gestion de l’offre en agriculture, qui constitue le pilier de l’agriculture québécoise. Ça se discute dans le cadre de l’AÉCG et l’UPA est très inquiète ».

Quel est l’objectif poursuivi par le gouvernement Harper dans ces négociations? Selon Claude Vaillancourt, c’est d’ouvrir l’exploitation des richesses naturelles canadiennes aux entreprises étrangères. C’est vrai pour l’exploitation des sables bitumineux, mais également pour les richesses minières du Nord du Québec.

Pour visionner l’intervention de Claude Vaillancourt : http://www.tagtele.com/videos/voir/92265

 

L’AÉCG et la santé

La Fédération interprofessionnelle de la santé suit attentivement depuis plusieurs années le dossier de la libéralisation des échanges. L’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AÉCG) la rend particulièrement inquiète.

Elle craint pour la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), qui, contrairement à d’autres monopoles d’État, n’est pas nommément exclue de l’AÉCG. Michèle Boisclair, première vice-président de la FIQ, souligne que « la RAMQ agit comme assureur public pour les soins de santé (assurance maladie, assurance hospitalisation et assurance médicaments) ainsi qu’à titre de tiers payeur pour plusieurs programmes ».

Michèle Boisclair rappelle que déjà « d’importantes brèches sont apparues dans le régime public suite à l’arrêt Chaouli de la Cour suprême. Le gouvernement du Québec a adopté la Loi 33 qui autorisait l’assurance privée pour trois chirurgies (hanche, genoux, cataracte). Mais cette liste a été élargie, par la suite, à une cinquantaine de chirurgies. »

« De plus, il faut également savoir que les services de santé non couverts par l’assureur public sont considérés comme des ‘‘services complémentaires’’ et sont soumis au marché. C’est le cas de la plupart des soins dentaires et des soins d’optométrie. »

Dans le cas de services professionnels, comme les groupes de médecine de famille (GMF), les centres médicaux spécialisés (CMS) et les laboratoires d’imagerie médicale, formées en vertu de la législation fédérale, seulement 25% des membres de leur conseil d’administration doivent être des résidents canadiens.

Que des médecins investisseurs étrangers puisse les posséder ou les gérer a été également rendue possible par une importante réforme du Code des professions par le gouvernement du Québec au début des années 2000.

Selon Michèle Boisclair, « cela ouvre grande la porte à des empires comme ceux des cliniques CAPIO et de la Générale de santé qui possèdent 150 cliniques en France et en Italie ».

Au Québec, dans le seul secteur de la santé, les marchés publics représentent cinq milliards de dollars par année, soit 40 000 produits dans 300 établissements autonomes. « Pour 40% de ces achats, ils sont regroupés pour des achats en commun effectués par 11 groupes d’achats. Ces achats sont supérieurs à 315 000 $ et les entreprises européennes pourraient soumissionner dans le cadre de l’AÉCG », d’expliquer la vice-présidente de la FIQ.

Enfin, Michèle Boisclair note que la facture supplémentaire annuelle de la prolongation des brevets des médicaments pourrait s’élever à 684 millions $ pour le Québec.

Pour visionner l’intervention de Michèle Boisclair : http://www.tagtele.com/videos/voir/92264

L’AÉCG et la convention sur la diversité culturelle

Pierre Curzi a participé, à titre de député, aux rencontres avec Pierre-Marc Johnson, le représentant du Québec aux négociations de l’AÉCG à Bruxelles. Il en retient une « grande opacité ».

Concernant la culture, il a cette réflexion : « Pour qu’on veuille exclure la culture, c’est que la menace doit être importante. Car il n’y a pas besoin d’accord pour préserver la culture. »

Pour contrer ces menaces, il y a bien la convention sur la diversité culturelle de l’UNESCO, dont il a été un des artisans. « Mais, reconnaît-il, la convention n’a pas de pogne. »

« Si on affirmait dans le préambule de l’AÉCG que la convention sur la diversité culturelle serait protégée, ce serait une première mondiale. Ce serait fabuleux », s’exclame-t-il.

Cependant, il s’empresse d’ajouter : « Même si on disait cela, il y aurait encore des inquiétudes. La culture, ce n’est pas seulement les biens et les services. C’est beaucoup plus vaste. Il y a tout le patrimoine culturel ».

« Dans le patrimoine, enchaîne-t-il, il y a les biens mobiliers – les objets –, les biens immobiliers, le Vieux-Québec, par exemple. Ils sont relativement bien protégés par la convention. Mais il y a aussi tout le patrimoine immatériel, la manière de vivre, les coutumes. »

« Je pense en particulier aux Inuits. Ils sont menacés par la libéralisation des investissements dans le Plan Nord. Il faut donc protéger le patrimoine matériel et immatériel », de conclure Pierre Curzi.

Pour visionner l’intervention de Pierre Curzi : http://www.tagtele.com/videos/voir/92262

Deux stratégies

Bien qu’ils partagent plusieurs des mêmes critiques à l’égard de l’AÉCG, Paquette et Vaillancourt diffèrent sur la stratégie à employer.

Pierre Paquette rappelle que le mouvement syndical et les organisations progressistes avaient fait campagne contre l’adoption de l’ALE, le traité de libre-échange avec les Etats-Unis, il y a 25 ans.

« Ce fut un cuisant échec. Nous avons changé d’approche lorsque l’accord s’est élargi au Mexique avec l’ALÉNA. Plutôt que de nous opposer de façon frontale, nous avons proposé des alternatives. Nous avons obtenu des accords parallèles sur l’environnement et la main-d’oeuvre.

« L’Europe, ce ne sont pas les Etats-Unis. Il y a des protections sociales. Les Européens ont déjà exclus des secteurs des marchés publics », souligne-t-il en rappelant que le Bloc Québécois était contre le Chapitre 11.

« On préfère aller devant l’OCDE pour régler les différends commerciaux comme ce fut le cas dans le conflit entre Bombardier et la compagnie brésilienne Embraer. Nous sommes pour la reconnaissance des grandes conventions internationales. »

Claude Vaillancourt réplique qu’il ne faut pas idéaliser l’Europe. « On assiste actuellement à la destruction du filet de protection sociale, en Grèce et dans d’autres pays, mais également en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France. »

Le président d’ATTAC-Québec soupçonne le gouvernement Harper de vouloir troquer le pétrole des sables bitumineux contre les marchés publics. « Les Européens ne veulent pas du pétrole sale. Il y a d’intenses activités de lobbying de la part du Canada pour leur faire changer d’avis. Donner accès aux marchés publics pourrait être la monnaie d’échange », de conclure un Claude Vaillancourt dont la position est tranchée : « C’est un mauvais accord. Il faut agir sur le gouvernement du Québec pour le faire échouer. »

Pour visionner la période de questions et débats : http://www.tagtele.com/videos/voir/92260

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Du bon usage des principes universels

Le golfe arabo persique, possible point d’impact dérivé de la confrontation entre l’Iran et Israël, constitue, de l’avis unanime des experts, la veine jugulaire du système énergétique mondial et l’intervention occidentale projetée en cas de fermeture de la navigation dans la voie d’eau est justifiée par le principe universel de la liberté de navigation.

Force est d’admettre toutefois que les grands principes universalistes découlent rarement de considérations altruistes et répondent davantage à des impératifs matériels.

Il a en a été ainsi du principe de la liberté de la navigation brandie par l’Angleterre au XVII me et XVIIIe siècles pour assurer sa suprématie maritime et partant son hégémonie commerciale à l’ensemble de la planète (1). Il en a été de même du mot d’ordre du principe de la Liberté du commerce et du libre-échange décrété par les pays occidentaux au XIXe et XXe siècles pour contraindre la Chine à écouler les marchandises occidentales sur son marché intérieur au nom de la «politique de la porte ouverte». Il en sera de même du «principe de la liberté d’information» fermement défendu par les États-Unis, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale pour asseoir leur suprématie idéologique dans les quatre domaines qui conditionnent la puissance: politique, militaire, économique et culturel.

Le principe de la Liberté de navigation où les océans nouveau monde du XXIème siècle

Les démonstrations de force autour du détroit d’Ormuz entre Américains et Iraniens, en 2012, -dont les grandes manœuvres navales du pacte atlantique du 16 au 27 septembre 2012, les manœuvres ICNMEX,avec la participation de vingt pays et une quarantaine bâtiments pour le déminage de la voie d’eau- révèlent rétrospectivement l’utilité du rôle prescripteur des Occidentaux pour leurs propres intérêts.

L’intervention de Suez, en 1956, contre l’Egypte pour châtier Nasser d’avoir nationalisé le Canal de Suez, voie de passage entre la Mer Méditerranée et la Mer rouge, en est un exemple. Le président égyptien qui se préoccupait de financer le développement de son économie nationale par l’unique ressource de son pays, les droits du passage sur la voie d’eau, s’est heurté à la violente opposition de la Compagnie franco-britannique de Suez, entrainant une intervention armée conjuguée d’Israël et des deux anciennes puissances coloniales de l’époque, la France et la Grande Bretagne, parrains de la compagnie.

La compagnie de Suez était constituée en effet d’un groupement d’une vingtaine d’actionnaires prélevant à l’époque 90 pour cent des recettes du trafic et le peuple égyptien fort de 30 millions d‘habitants se contentant de 10 pour cent. Nasser a juste cherché à inverser le rapport de perception, déclenchant l’ire des deux parrains de la compagnie…..au nom du principe de la liberté de navigation.

Un principe en apparence anodin, mais qui masque de redoutables enjeux géostratégique, résumé il y a deux siècles par le contre amiral Alfred Thayus Mahan (1840-1914): «Quiconque atteindra la suprématie maritime dans l’océan Indien serait un joueur important sur la scène internationale”, soutenait-il déjà au siècle dernier ce géo stratège de la Marine des Etats-Unis.

Depuis la fin de la II me Guerre mondiale (1939-1945), les Etats Unis ont procédé à leur déploiement géostratégique selon la configuration de la carte de l’Amiral Harrison conçue en 1942 en vue de prendre en tenaille la totalité du monde eurasiatique. En application de la «théorie des anneaux maritimes», ils ont ainsi articulé leur présence sur un axe reposant sur trois positions charnières, le détroit de Behring, le Golfe arabo persique et le détroit de Gibraltar, en vue de provoquer une marginalisation totale de l’Afrique, une marginalisation relative de l’Europe, et, à confiner dans un cordon de sécurité un «périmètre insalubre» constitué par Moscou-Pékin- Islamabad, contenant la moitié de l’humanité,-3, 5 milliards de personnes-, mais aussi la plus forte densité de misère humaine et la plus forte concentration de drogue de la planète. Le surpeuplement prévisible de la terre, dont la population va pratiquement doubler en un siècle passant de six milliards de dollars, en l’an 2000, à onze milliards en l’an 2.100 c’est-à-dire davantage qu’au cours de toute l’histoire de l’humanité, va faire de la quête de nouveaux espaces, un nouvel enjeu de la compétition mondial, l’enjeu de survie de l’espèce humaine.

La conquête de l’espace en est une illustration spectaculaire. La mer est plus familière à l’Homme que l’espace, plus intimement liée à l’histoire de l’humanité. La conquête des espaces maritimes, moins spectaculaire, n’en est pas moins méthodique. Omniprésents à la surface du globe, les Océans représentent 71 pour cent de la surface de la planète, avec une mention spéciale pour le Pacifique qui occupe, à lui seul, 50 pour cent de la superficie océanique mondiale.

Si, depuis la haute antiquité, la mer a constitué un espace de jonction et de rapprochement entre les peuples, elle a aussi servi de théâtre à de retentissants combats navals (Trafalgar, Sawari), surtout appréciée par les stratèges en tant que lieu idéal de projection des forces à distance.

Le développement de prospection pétrolière off shore, du câblage sous marin et de la surexploitation de la pêche ont fait des océans un gigantesque gisement de ressources naturelles et animales. Cinquante pou cent de la population mondiale vit sur une mince bande côtière de 50 kms le long des rivages et 75 pour cent du commerce mondial en poids, et 66 pour cent en valeur est assuré par le transit maritime, près de dix milliards de tonnes par an. L’exploitation des ressources maritimes à, elle, quadruplé en 40 ans, passant de 20 millions de tonnes en 1950 à 80 millions de tonnes en 1990. La FAO estime, quant à elle, à quarante millions le nombre de personnes dans le monde vivant de l’économie du poisson, la filière pêche remployant, à elle seule, douze millions de personnes réparties entre pêcheurs, techniciens, artisans et commerçants.

Le détroit d’Ormuz

Le Golfe arabo persique, un des principaux ravitailleurs du système énergétique mondial, sert en même temps de gigantesque base militaire flottante de l’armée américaine, qui s’y ravitaille à profusion, à domicile, à des prix défiants toute concurrence, auprès de ses protégés pétromonarchies. Tous, à des degrés divers, y paient leur tribut, accordant sans états d’âme, des facilités à leur protecteur. La zone est, en effet, couverte d’un réseau de bases aéronavales anglo-saxonnes et françaises, le plus dense du monde

Voie d’eau d’un millier de km de long et dont la largeur avoisine 50 km dans sa partie la plus resserrée, le Golfe est une zone de jonction entre le Monde arabe et le Monde perse, entre le sunnisme et le chiisme, les deux grands rameaux de l’Islam. Elle borde l’Iran, qui se veut le fer de lance de la Révolution islamique, l’Irak, qui s’est longtemps présenté comme la sentinelle avancée du flanc oriental du Monde arabe, ainsi que six monarchies pétrolières de constitution récente, faiblement peuplées et vulnérables, mais dont la production de brut vient au premier rang du monde. C’est aussi une zone intermédiaire entre l’Europe, dont elle est le premier fournisseur de pétrole, et, l’Asie, qui seraient les premières touchées par une éventuelle interruption du trafic maritime. Le Golfe soutient, enfin, selon les stratèges occidentaux, le fameux «arc de l’islam» de la confrontation dans le tiers-monde, qui va de l’Afghanistan à l’Angola en passant par la Corne de l’Afrique. La plus forte armada de l’après Vietnam y était concentrée durant la guerre irako iranienne (1979-1989). Pas moins de 70 navires, avec au total 30.000 hommes, appartenant aux flottes de guerre américaine, soviétique, française et britannique croisaient dans les eaux du Golfe, le détroit d’Ormuz, la Mer d’Arabie et le nord de l’Océan indien. A cette armada s’ajoutaient les flottes consacrées à la défense côtière des pays de la région. Lors de l’extension du conflit irako-iranien, à la suite de la décision de l’Irak de décréter une «zone d’exclusion maritime», 540 bâtiments (pétroliers, cargos) ont été coulés ou endommagés -soit près double du tonnage coulé pendant la 2me Guerre mondiale (1939-1945), transformant cette voie d’eau en un gigantesque cimetière marin.

Une fermeture totale du Détroit d’Ormuz, par où transitent 90 pour cent du pétrole produit par le Golfe, priverait l’Occident du quart de sa consommation quotidienne d’énergie. Vingt mille navires empruntent cette autoroute maritime chaque année, transportant le tiers du ravitaillement énergétique de l’Europe. La flotte américaine a installé à Manama (Bahreïn) le quartier général de la Vème flotte, en charge de l’Océan Indien. Elle dispose en outre de facilités à l’île de Massirah (Sultanat d’Oman), ainsi que sur la rive africaine de l’Océan indien, à Berbera (Somalie), à Mombasa (Kenya) et dans l’île britannique de Diégo Garcia.

Signe de l’importance stratégique de la zone, le Royaume Uni, du temps du protectorat britannique sur l’Arabie du sud avait fait du port d’Aden, la grande ville du sud Yémen, la place forte de la présence britannique à l’Est de Suez pour la sécurisation de la route des Indes. La militarisation des voies maritimes figure d’ailleurs parmi les objectifs de Washington dans cette zone de non droit absolu qui relie la Méditerranée à l’Asie du Sud-est et à l’Extrême-Orient par le canal de Suez, la mer Rouge et le golfe d’Aden. Dans ce périmètre hautement stratégique, les Etats Unis ont procédé au plus important déploiement militaire hors du territoire national, en temps de paix.

Le Monde arabe regroupe trois des principales voies de navigation transocéaniques, mais n’en contrôle aucune. Le détroit de Gibraltar, qui assure la jonction entre l’Océan Atlantique et la Mer Méditerranée, est sous observation de la base anglaise située sur le promontoire de Gibraltar, une enclave située sur le territoire de l’Espagne. La jonction Méditerranée-Mer Rouge est sous le contrôle des bases anglaises situées aux deux extrémités du Canal de Suez (les bases de Dekhélia et d’Akrotiri (Chypre) et la base de Massirah (Sultanat d’Oman).

Enfin, le passage golfe arabo persique Océan indien est sous l’étroit contrôle du chapelet de bases de l’Otan: le camp franco-américain de Djibouti, la base aéronavale française d’Abou Dhabi, le QG du Centcom du Qatar, et la base aéronavale américaine de Diego Garcia.

En vertu du principe de la liberté de navigation, la totalité des voies de passage transocéaniques, à l’exception du Détroit de Behring, sont sous contrôle de l’Occident. Du Détroit de Gibraltar au Détroit du Bosphore, au Détroit des Dardanelles, au Détroit de Malacca, au détroit d’Ormuz.

Si la Chine a réussi à contourner ce goulot d’étranglement en développant sa «stratégie du collier de perles» par l’aménagement d’un chapelet de ports amis le long des ses voies de ravitaillement, du Sri Lanka à l’Afrique orientale, à l’Europe avec la zone franche du Pirée, de même que la Russie avec Tartous et Banias, sur la côte syrienne de la Méditerranée, cela n’a pas été le cas pour le monde arabe.

Au-delà de la mise au pas de ces deux pays récalcitrants à l’hégémonie occidentale, la double épreuve de force contre la Syrie et l’Iran sous-tend en complément une opération de contournement du détroit d’Ormuz par substitution de la voie terrestre à la voie maritime du transport des hydrocarbures du Golfe vers l’Europe, via les ports méditerranéens de la Turquie, à travers le projet TAP, l’oléoduc trans-anatolien chargé d’acheminer vers l’Europe la production de brut des pétromonarchies et de l’Irak.

Le développement de la capacité de l’oléoduc de l‘ancienne IPC (Irak Petroleum Cy) des champs pétroliers du nord de l’Irak vers le terminal syrien de Banias figure également dans les projets des pétroliers, en cas de chute du régime syrien, réduisant ainsi la trop grande dépendance de l’Europe occidentale vis-à-vis des hydrocarbures de l’Algérie et de la Russie, deux pays hors de la sphère de l’Alliance Atlantique. Un impératif au regard de l’évolution du trafic maritime mondial: sur les vingt plus grands ports porte-conteneurs du Monde, treize se trouvent en Asie, un continent qui assurera, en l’an 2020, plus de la moitié des productions mondiales. Dans la perspective d’une épreuve de force, les Etats-Unis ont parachevé un nouveau système radar au Qatar en complément de ceux déjà installés en Israël et en Turquie pour former un vaste arc régional de défense antimissile.

Soixante-dix ans après leur indépendance, les pays arabes demeurent sous contrôle. Sous couvert du principe de la liberté de navigation couve une mise sous tutelle drastique du monde arabe et de ses gisements pétroliers. Il en va de la navigation comme du Droit l’autodétermination, qui confère bizarrement l’indépendance au Kosovo et au Sud Soudan, mais pas à la Palestine ou au Sahara occidental, réduisant ce principe à une variable d’ajustement conjoncturel.

Arabian Sea (Bahr al Arab) et Amiral (Amir Al Bahr)

Pourtant l’océan arabe est une réalité reconnue par les géo stratèges occidentaux mais, paradoxalement, sinon ignorée par les Arabes, à tout le moins enfouie dans leur subconscient. Tous les pays arabes sans exception ont une façade maritime, même l’Irak sur le Golfe arabo persique, parfois même deux: le Maroc ouvre sur l’Atlantique et la Méditerranée; l’Egypte sur la Mer Méditerranée et la Mer Rouge, l’Arabie sur la Mer Rouge et le Golfe Persique. Et aussi la Palestine avec Gaza entre Méditerranée et Mer morte. Bahreïn signifie «deux mers», l’Algérie «les îles», la Péninsule arabique (Al Jazira Al Arabya), littéralement l’île Arabe et Gibraltar (Jabal Tareq) tire son nom de son conquérant Tareq Ben Zyad, alors qu’en parallèle, la boussole et le gouvernail, à défaut d’en avoir été ses inventeurs, les Phéniciens, les ancêtres des Libanais, en auront été les propagateurs.

Dans l’inconscient occidental, l’arabe est synonyme de bédouin, jamais marin, une réalité intériorisée par les Arabes eux-mêmes, indice indéniable de leur aliénation mentale. Sans doute pour faire oublier l’ancienne dénomination coloniale de la zone pétro monarchique, la «Côte des pirates», pacifiée par les Anglais sous le nom de «Trucial Coast», la «Côte de la trêve». Stratagème anglais consistant à fixer au sol en les légitimant les corsaires arabes en contrepartie de l’accès occidental à leurs gisements pétroliers.

Les faits d’armes des marins arabes, qui ont fait la notoriété de ces précurseurs incontestés de la cartographie sont ignorés de l’opinion arabe elle-même. Oublié Sindbad le marin, oubliée l’escadre des 100 navires de Saladin contre les pirates génois. Oublié Ahmed Ibn Majid, le guide de Vasco de Gama. Et sans nullement justifier leurs activités, mais, en guise d’illustration, les pirates de la Corne de l’Afrique face à une armada internationale de près de quarante navires de guerre, font la preuve quotidienne qu’ils sont les véritables «Prince des mers» (Amir al Bahr), dont le terme français Amiral tire son nom.

Domaine stratégique par où transite l’essentiel du commerce mondial, de Gibraltar (Jabal Tarek), à Suez, à Bab El Mandeb et Ormuz, dont la fermeture plongerait l’économie occidentale dans une crise systémique, l’Océan arabe a été complètement colonisé à l’ère du pétrole, de même que ses repères mémoriels. Bab El Bahr en Tunisie a été rebaptisée par les Français «Porte de France» et la Mer des Arabes francisée en «Mer d’Oman», alors que les Français empruntaient à la terminologie arabe leur ordonnancement militaire: Amiral (Amir al Bahr), Capitaine (Kobtane).

Seul Gamal Abdel Nasser a fait usage de cette arme de dissuasion (1956), de même que le Roi Fayçal d’Arabie, l’arme du pétrole (1973). Mais aucune manœuvre commune des forces navales arabes n’a jamais eu lieu hors contrôle d’une puissance étrangère. Et les marines nationales sont principalement affectées à des missions de garde côtière.

Le Liban a démontré lors de la guerre de 2006 une redoutable capacité navale défensive en neutralisant la frégate Hanit, navire amiral de la flotte israélienne. Dans le camp de la résistance arabe, cet événement est célébré comme une victoire navale équivalente à celle de Sawari des Egyptiens sur la flotte Byzantine en 655. Partout ailleurs il est méprisé en ce que cet exploit naval a été le fait d’une formation paramilitaire chiite, alors que Sawari n’évoque plus qu’un contrat d’armement franco saoudien impliquant de fortes rétro commissions. Le tiers de la production d’armement des Etats-Unis, du Royaume uni et de la France, trois membres du Conseil de sécurité, protège les cours du pétrole arabe et l’impunité de l’Etat hébreu, alors que, paradoxalement, Israël s’obstine à vouloir lancer ses deux cents bombes nucléaires pour prévenir la fabrication d’une seule, la bombe iranienne, au stade virtuel.

Les Israéliens préparent ainsi méthodiquement le bombardement de l’Iran distante de mille sept cents kilomètres sous prétexte d’une improbable attaque nucléaire dont ils sont pourtant protégés par un bouclier humain de quatre millions d’otages palestiniens.

Au vu de ce déferlement, le Golfe devrait être le théâtre d’une guerre médiatique et psychologique. En complément de la chaine qatariote, d’Al Jazira, la mise sur orbite trois nouveaux vecteurs aux ambitions redoutables ont été programmées pour 2012: «Sky Arabia», à Abou Dhabi, avec la collaboration de la chaine britannique Sky GB du magnat australien Ruppert Murdoch, «Al Arab» du prince Walid Ben Talal, depuis Manama en collaboration avec la firme Bloomberg, ainsi que la chaîne «Al Mayadine» de Ghassane Ben Jeddo, l’ancien d’Al Jazira.

Toutes les chaînes pétro monarchiques, toutes, sans exception sont adossées à des bases occidentales: Al Jazira du Qatar au Centon, le commandement central américain, Sky Arabia d’Abou Dhabi, à la base aéronavale française, «Al Arab» du prince saoudien Walid à la base navale de Manama, quartier général de la V me flotte américaine de l’Océan indien…….Une singularité des pétromonarchies, sans doute la marque de leur indépendance.

René Naba

 

René Naba : Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse, ancien conseiller du Directeur Général de RMC/Moyen orient, chargé de l’information, est l’auteur notamment des ouvrages suivants: “Média et Démocraitie, La captation de l’imaginaire un enjeu du XXI me siècle“, Golias Novembre 2012 -”Erhal (dégage), La France face aux rebelles arabes” Golias Novembre 2011- “Les révolutions arabes ou la malédiction de Camp David” Editions Bachari Mai 2011- “Hariri de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres” – Harmattan Janvier 2011 -«Liban: Chroniques d’un pays en sursis » (Éditions du Cygne) – «Aux origines de la tragédie arabe”, Editions Bachari 2006 – ”Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français”- Harmattan 2002. «Guerre des ondes, guerre de religion, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen» (Harmattan 1998)- “De notre envoyé spécial, un correspondant sur le théâtre du monde”, Editions l’Harmattan Mai 2009.

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On observe depuis trois décennies la montée en puissance des sociétés transnationales (STN). Quelques centaines de STN contrôlent l’essentiel de la production et de la commercialisation des biens et des services au niveau mondial. Cette position leur confère un pouvoir sans précédent dans l’histoire. De plus, la transformation des activités bancaires et la concentration du capital financier dans les mains de quelques entités transnationales menacent désormais non seulement l’économie réelle mais également la démocratie.

Partout et nulle part (juridiquement parlant), les STN ont recours à des montages complexes et bien souvent artificiels pour éluder leurs responsabilités dans des violations des droits humains, mais aussi pour échapper aux législations sur le travail, l’environnement et la fiscalité.

C’est dans ce contexte que se tiendra le 1er Forum sur les entreprises et les droits de l’homme au Palais de Nations à Genève (4 et 5 décembre 2012). Issu d’une résolution du Conseil des droits de l’homme, ce Forum réunira, aux côtés des Etats, ONG et institutions nationales des droits humains, les représentant-e-s des STN telles que ABB, Chevron, Shell, BP, Repsol, PepsiCo, UBS… comme si toutes ces entités étaient sur un pied d’égalité !

Le mandat de ce Forum se limite essentiellement au recensement « des bonnes pratiques » des STN et à la promotion des « Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme », élaborés par John Ruggie en 2011, ancien Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et consultant entre autres de Barrick Gold Corporation. Il présidera d’ailleurs le Forum de l’ONU ! Le problème est que ce Forum n’a pas été habilité non plus à traiter des plaintes concernant les violations des droits humains commises par des STN.

Menant des recherches sur ce thème et les limites des codes de bonne conduite depuis des décennies, le CETIM estime que seule l’adoption par les Etats de normes contraignantes pour encadrer les activités des STN qui violent les droits humains pourra contrecarrer la puissance de ces dernières (voir ci-dessous). Il est à regretter que l’ONU semble avoir jeté l’éponge pour l’adoption de telles normes, le dossier étant bloqué mais il ne doit pas pour autant être abandonné. Il est temps de replacer la politique au-dessus de l’économie.

Pour toutes ces raisons, le CETIM ne participera pas et ne servira pas de caution à ce méga show.

Pour de plus amples informations à ce sujet, voir :

Bulletin n° 43 du CETIM(disponible en français, anglais et espagnol), août 2012,.

Sociétés transnationales : acteurs majeurs dans les violations des droits humains (disponible également en français, anglais et espagnol), décembre 2011

CETIM. Genève, le 3 décembre 2012

CETIM Centre Europe-Tiers Monde 6, rue Amat. 1202 Genève. Suisse Tél. : +41 22 731 59 63 – Fax : +41 22 731 91 52 www.cetim.chcontact@cetim.ch
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L’Union Européenne, les États-Unis et le Japon ont répondu hier par une contre-attaque coordonnée contre l’Argentine dans le différend commercial. En réponse à la plainte présentée  mercredi [le 5 décembre 2012] devant l’OMC par le Gouvernement argentin pour les limites que le pays du Nord applique aux citrons frais et à la viande bovine, et la limite de l’Espagne au biodiésel, les pays concernés demandent désormais à l’organisme de s’exprimer  sur la plainte qu’ils maintiennent concernant toute la politique commerciale argentine. Le Ministère des Relations Extérieures a repoussé les critiques.

« C’est dernière occasion pour voir les pratiques commerciales argentines éliminées », a dit le porte-parole des questions commerciales de l’UE,  John Clancy. Le bloc a demandé une mesure exemplaire et a critiqué les stratégies de substitution d’importations. Malgré les éléments détaillés qu’il a présentés sur les outils restrictifs de l’Argentine, les chiffres – qu’il ne cite pas –disent  autre chose. De janvier à  octobre, les achats à l’UE ont progressé de 8 %. Les plaintes ne font pas référence à aucun moment aux limites sur  les citrons frais et la viande bovine que l’Argentine  a formellement dénoncés devant l’OMC cette semaine.

Les pays concernés, à côté du Mexique, qui l’a fait il y a plusieurs semaines, ont sollicité de l’OMC qu’une commission  pour résoudre les conflits soit  défini sur la politique commerciale de l’Argentine, qui « a causé des dommages sur le commerce et l’investissement de l’Europe durant ces derniers 18 mois », a indiqué l’UE. « Les restrictions pour substituer des importations et pour éliminer des déficits commerciaux n’ont pas lieu d’être avec les règles de l’OMC » et « elles font partie d’une politique de réindustrialisassions » rappelle t-on, en affirmant que « les politiques de substitution des importations ont historiquement été inefficaces ».

Le document décrit qu’en février  sont rentrées en vigueur les « Déclarations Sous Serment Anticipées d’Importation » et indique que les autorisations non automatiques qui comprennent plus de 600 positions douanières « sont systématiquement retardées ou repoussées sur une base non transparente ». Il critique aussi la requête officielle pour que les entreprises équilibrent leur balance commerciale, que ce soit déjà à travers « l’augmentation du contenu local de produits qui sont fabriqués en Argentine » ou la restriction pour verser à l’extérieur les bénéfices.

L’Union Européenne affirme que les restrictions en 2011 ont affecté les échanges à hauteur de 500 millions d’euros. Cependant, le résultat n’a été pas tout à fait mauvais pour les entrepreneurs européens, puisque le total des achats à cet espace économique a atteint  11, 617 milliards de dollars [8 ,985 milliards d’euros], une croissance interannuelle de 19 %, très au-dessus de la moyenne enregistrée par les pays du G-20. Le calcul du dommage pour 2012 est risqué. Le rapport indique que, comme les mesures argentines se sont étendues à tous les produits, sont affectés les 8, 985,84 milliards d’euros qui ont été importés l’année dernière. Cependant, dans les dix premiers mois de l’année les achats à l’extérieur totalisent à 8,050 milliards d’euros, donc une hausse interannuelle de 8 %, qui contraste avec la chute générale de 7 % dans les importations. Le prochain pas sera le 17 décembre, quand commencera la discussion pour la formation d’un tribunal arbitral.

Le Ministère des Relations Extérieures argentin a répondu aux accusations en indiquant que « c’est la meilleure évidence de ce que face aux demandes spécifiques réalisées par notre pays, ils répondent par une action généraliste qui cherche à distraire l’opinion publique au lieu de résoudre les barrières commerciales dont souffrent des produits argentins ». Par rapport à la plainte argentine de mercredi dernier, l’UE a seulement fait référence au biodiésel. Clancy a assuré que la norme espagnole qui punissait les producteurs en dehors du bloc européen a été abrogée en octobre, bien que le Ministère répondît que la réglementation précitée continue d’ être en vigueur. En réalité, l’Espagne a laissé sans effet une convocation pour que des producteurs européens remplacent les argentins, bien qu’elle n’ ait pas éliminé la norme de fond.

Titre original : « OTAN commerciale vs. L’Argentine » (« OTAN comercial vs. Argentina »)

Página 12. Buenos Aires, le 7 décembre 2012.

Traduction de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo. Paris, le 7 décembre de 2012.

Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported.

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Le fichage de huit millions d’enfants britanniques

décembre 6th, 2012 by Bernard Gensane

Le Sunday Times et la presse britannique ont relayé cette nouvelle plus que préoccupante : outre-Manche, le gouvernement a suscité la création d’une base de données pour ficher huit millions d’enfants.

On ne dira jamais assez à quel point Orwell fut visionnaire dans sa dénonciation du totalitarisme latent dans un pays qui avait en horreur les cartes nationales d’identité et où les bobbies déambulaient dans les rues sans arme. Il y a près de soixante-cinq ans, il instruisit le procès du stalinisme et du nazisme avec 1984, mais il prit bien soin de situer l’action en Angleterre, pays appartenant à un continent – incluant les États-Unis, soumis à une implacable dictature.

Le capitalisme financier, c’est l’écrasement définitif des pauvres (et des moins pauvres) par les riches, dans le cadre d’un État fort, très régalien, archi-fliqué. Les caméras de vidéo, omniprésentes dans Londres (et ailleurs), n’ont pas empêché les cinquante-six morts et les sept cent blessés, victimes des poseurs de bombes islamistes en 2005. Elles n’étaient pas là pour cela. Le monde de Big Brother est un monde de conditionnement, où l’on doit prouver à tout instant que l’on est innocent, et s’interroger sur sa propre culpabilité. Un enfant fiché comprendra très vite qu’il n’est pas censé être libre.

Selon le Sunday Times (par ailleurs plutôt acquis au chien de garde du capitalisme anglais Cameron), la compagnie privée Capita (http://www.schoolsimprovement.net/warning-over-secret-capita…) vient de créer une base géante pour fliquer les enfants. Capita intervient dans 22 000 écoles au Royaume-Uni (pas en Écosse qui a un système d’éducation autonome) à qui elle fournit de l’information et classe celle que les établissements possèdent déjà. Grâce aux logiciels de Capita, les écoles ont, en temps réel, une vue très précise et très diversifiée sur les emplois du temps des élèves et des professeurs, sur l’état de leurs finances, des feuilles de paie, des carrières, de l’évaluation pédagogique, de l’avancement des projets. Et aussi sur leur adresse, leurs photos, les absences ou l’absentéisme. Ces données peuvent être conservées sans limites de temps. Apparemment, les parents n’ont pas été informés de ce progrès dans le fichage.

Et pendant ce temps-là (tout se tient), le gouvernement de Sa Majesté vient de nommer un ancien de Goldman Sachs à la tête de la Banque d’Angleterre (http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/11/26/un-ancien-…). Il parait qu’il connaît très bien le français. C’est donc un homme de grande qualité. On respire.

Bernard Gensane

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Le Moyen-Orient de tous les dangers et de l’espérance

décembre 6th, 2012 by Tariq Ramadan

Il y a deux ans, à la surprise de beaucoup d’analystes, je m’étais fait l’avocat d’un “optimisme mesuré et prudent” quand les masses arabes descendaient dans les rues, de Tunis au Caire, de Benghazi à Damas ou à Sanaa. La lecture prioritairement “politique” des événements, perçus comme essentiellement endogènes, était une erreur majeure. Chaque jour qui passe confirme, bien malheureusement, ma thèse initiale. Les “révolutions arabes” sont inachevées et le printemps régional est un leurre à la lumière des tensions nationales généralisées. Il faut du temps, certes, et rien n’est encore acquis ou définitif mais force est de constater que la région de ANMO (Afrique du Nord et Moyen-Orient) n’a jamais été aussi affaiblie, vulnérable et déstabilisée au cours de ces trente dernières années. L’instabilité politique n’a d’égal que la crise des économies nationales gangrénées par la corruption, les dettes, le chômage et la paupérisation. Quel sera l’avenir du Moyen-Orient ? Quel futur pour les peuples et quel destin pour les Palestiniens ?

L’Egypte traverse une crise grave et la situation est critique. Afin de neutraliser les pouvoirs militaires et/ou juridiques qui l’empêcheraient d’appliquer sa politique, voire remettraient en cause son propre statut en appelant à de nouvelles élections, le président Muhammad Morsi a anticipé et s’est octroyé des droits “temporaires” qui rappellent curieusement les prérogatives singulières de Mubarak. Il est vrai que les oppositions et les interférences institutionnelles multiples rendaient impossible la gestion politique du gouvernement égyptien. On saura très vite s’il s’agit de mesures réellement  temporaires permettant de faciliter la transition ou d’une dérive qui ramènerait le pays à l’ère de la dictature. Quel que soit le scénario, il apparait que l’Égypte est fragile, que les marges de manœuvre sont restreintes. En termes hospitaliers, l’Égypte est aux soins intensifs, en état de survie politique et en totale asphyxie économique : impossible en l’état de produire une vision d’avenir. Il en est de même en Tunisie. Après les espérances de liberté et l’alliance intelligente des laïcs ouverts et des islamistes réformistes, les coups portés par les tendances plus fermées, voire extrêmes, portent leurs fruits. Le gouvernement n’a pas réussi son pari dans cette course contre la montre et tout porte à croire qu’il serait sanctionné en cas d’élections immédiates. L’impatience des peuples est compréhensible mais elle ouvre la voie aux populistes de tous bords. Les laïques intégristes comme les salafi littéralistes, voire jihadistes, usent de tous les moyens pour déstabiliser le gouvernement et ce faisant le pays. Ce dernier se contorsionne au gré des tensions idéologiques  qui le traversent sans qu’aucune force politique ne soit à même de penser et de proposer une politique économique et sociale qui puisse sortir le pays de la crise. La Tunisie est désormais un pays assisté aux dépendances multiples. La Lybie est traversée par les conflits claniques et tribaux alors que seul son secteur pétrolier est sécurisé pour les intérêts conséquents des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne. La Syrie vit une tragédie inqualifiable, la Jordanie est parcourue par des manifestations qui fragilisent la monarchie. Le Yémen est dans une impasse alors que le Liban est divisé de façon dangereuse et que l’Iran subit les conséquences d’un boycott international qui l’affaiblit considérablement.

Il faut ajouter, de plus, la division chiite et sunnite qui est devenue l’une des grilles de lecture des alliances politiques régionales et internationales. Le printemps arabe est déroutant puisqu’il est en train de devenir la saison de toutes les faiblesses accumulées : instabilité politique, absence de vision économique, faiblesse des dynamiques régionales concertées, divisions sectaires. Le chemin vers la démocratie est jonché d’obstacles, de pièges, de nouvelles dépendances. Au cœur du Moyen-Orient, Israël peut poursuivre sa rhétorique, gérer sa propre crise politique interne en attaquant Gaza, donner le change en acceptant une trêve sous les auspices de l’Égypte alors que sur le terrain, la fragilité de tous permet de gagner du temps et n’empêche point – bien au contraire – la lente colonisation de Jérusalem et d’une partie des territoires occupés. Le cynisme de la reconnaissance d’un curieux statut de la Palestine au sein des Nations Unies (Etat “non membre” et “observateur”… – de sa propre disparition  dans les faits ?-) ajoute l’hypocrisie et l’humiliation à cette tragédie de l’époque moderne. Le faux printemps arabe est un hiver palestinien, et Israël survit manifestement aux saisons. Pour l’instant tout au moins.

Cette période de transition est bien celle de tous les dangers et de toutes les contradictions. Il faudrait du temps et le temps manque pourtant ; il faudrait une dynamique régionale concertée alors que les politiques sont nationales et nationalistes. Les pays s’enlisent dans des crises multiples et porteuses de divisions internes alors que seul un apaisement et davantage d’union entre les partis, les acteurs politiques et les agents économiques sur les urgences et les priorités seraient de nature à sortir les pays du chaos et de l’instabilité. Les peuples ont besoin d’acquérir une plus grande conscience analytique et démocratique alors que les populismes se répandent et amplifient les réactions émotionnelles, pressées, binaires et souvent aveugles. Les leaders politiques et religieux, les intellectuels et les étudiants, les femmes (au cœur de leurs luttes légitimes) autant que les citoyens ordinaires ont une responsabilité majeure quant à la maîtrise de leur destin. Si la démocratisation a un sens, c’est d’abord en terme de liberté et de responsabilisation : il s’agit de commencer par cesser de blâmer l’Occident, “autrui”, “les puissants de la terre” pour les maux et les crises qui les minent. Les grandes puissances ont évidemment joué un rôle avant les soulèvements, elles continuent certes à être influentes et elles ne cesseront bien sûr pas de protéger leurs intérêts, dictatures ou pas, démocraties ou pas. Au cœur de cette douloureuse transition, les pays de l’ANMO rencontrent aujourd’hui leur destin, et au-delà des plans et des stratégies desdites grandes puissances – de l’Occident comme des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) – ces pays ont l’opportunité historique de prendre en main leur destinée. Penser de nouveaux rapports au pouvoir, à la référence religieuse, à la liberté ; tirer profit du nouvel ordre économique multipolaire, célébrer la créativité culturelle et artistique et prendre au sérieux le bien être et les intérêts supérieurs des peuples. Cela commence par vivre une libération, une vraie révolution intellectuelle et psychologique, qui consiste à sortir de l’obsession de la reconnaissance par l’Occident (et par les puissants en général) : comme si, même libérés, il fallait encore, sur la scène internationale, être adoubés, légitimés, tolérés. Dans l’ordre du monde, les pays du Moyen-Orient comme de l’Afrique doivent se penser en terme d’alternatives,  de forces de contributions et d’explorations de nouvelles voies. Si la démocratisation des pays de l’ANMO doit se faire par imitation et nous mener à reproduire les crises actuelles des démocraties occidentales, alors l’avenir est sombre. L’espérance tient au fait de voir les Africains et les Arabes se réconcilier avec le génie de leur histoire, de leurs mémoires, de leurs références religieuses et culturelles, de leur langue, de leur singularité. Il ne s’agit pas d’être reconnus et acceptés, contre vents et marées ; il est question désormais d’être et de bien être.

Tariq Ramadan

Le 3 décembre 2012

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La dangereuse ère de la télécommande

décembre 6th, 2012 by Louis Dalmas

On peut jalonner l’histoire de notre Occident de quelques étapes décisives, correspondant à de grandes découvertes. Quatre d’entre elles ont profondément modifié nos conditions de vie : l’écriture, l’imprimerie, l’électricité, l’informatique. Aujourd’hui, une cinquième est en passe de provoquer le même bouleversement : le contrôle à distance, la télécommande. Lorsqu’on change l’image de la télévision de son fauteuil, lorsqu’on ferme ou on ouvre la portière de la voiture à partir du trottoir ou lorsqu’un ordre est donné sans fil à l’ordinateur – actes entrés dans la routine de notre vie quotidienne – on pénètre, sans même s’en rendre compte, dans le nouvel univers du pouvoir à distance. Celui des jouets aériens dont le vol est dirigé par un tableau de bord ou celui de la surveillance des porteurs de téléphones portables. Le domaine de l’effet produit sans objet intermédiaire, le domaine du geste volontaire victorieux de tout éloignement. Déclencher au loin sans bouger, par la pression d’un doigt (ou demain par la simple pensée) : un rêve de maîtrise absolue. Il est désormais réalisé. L’ère de la télécommande est une nouvelle étape de l’aventure humaine. La dernière peut-être avant le triomphe ultime qui fera de l’être humain l’égal d’un dieu : la fabrication de la vie.

De toute évidence, la télécommande a généré une grande facilité de comportement. Agir au loin sans se déplacer, déclencher sans lien matériel, économise des efforts, du temps et l’outillage. On peut s’en passer, mais on a plutôt tendance à s’en féliciter. Tant qu’on a l’initiative. Tant qu’on reste celui qui appuie sur le bouton. Mais le tableau change quand on passe de l’actif au passif. Quand on devient l’objet de la télécommande. Le surveillé, le contrôlé. Pire encore, la victime. Nous avons décrit dans notre journal B. I. comment la surveillance s’intensifiait. Aux Etats-Unis, elle s’insinue dans notre intimité au point de permettre l’enregistrement des moindres détails de notre vie : notre origine, nos déplacements, nos faits et gestes, nos goûts, nos désirs, nos préférences sexuelles, nos qualités et nos défauts. Rien n’échappe plus à l’œil des investigateurs qui consignent dans leurs dossiers la somme méticuleuse de notre identité. Wikipedia décrit par exemple une firme américaine de database marketing (données de marketing) comme “une des plus grandes compagnies dont vous n’avez jamais entendu parler”. La société Acxiom – dont peu de gens connaissent même l’existence – emploie 23.000 informaticiens qui engrangent des millions d’informations personnelles et s’enorgueillit d’un chiffre d’affaires de millions de dollars. Elle n’est pas la seule. L’industrie du renseignement privé est en plein développement. La robotisation de nos activités est un autre aspect du contrôle à distance. Les machines se perfectionnent non seulement dans le remplacement d’un nombre croissant de nos gestes, mais au point de penser à notre place. Là aussi, les avantages ne sont pas exempts de dangers. Un article de Libération évoquait récemment “la menace des algorithmes”. Il s’agit des programmes utilisés par la haute finance pour mécaniser, à des vitesses inimaginables, les transactions de la Bourse. Les instructions données aux robots, dont la logique serrée est sensée faire face à toutes les éventualités, achoppe parfois sur les surprises de la réalité. C’est ainsi que lors d’une séance historique, des millions de dollars sont partis en fumée à la Bourse de New York à la suite d’une déviation informatique, et qu’il a fallu annuler en catastrophe toutes les opérations de la séance. Plus périlleux encore : les robots sont équipés de facultés de création empruntées à l’intelligence artificielle, c’est-à-dire peuvent étendre leurs capacités. Acquérir de nouvelles propriétés. Christopher Steiner, qui a consacré un livre à ces programmations sophistiquées, n’hésite pas à écrire : “Le problème des algorithmes dits évolutionnistes est que les humains finissent par ne plus comprendre comment ils fonctionnent. Et on les trouve en pagaille à Wall Street.”

Surveillance généralisée, débordements de la robotique, effets incontrôlés, sont des travers inquiétants de l’ère de la télécommande. Mais le pire n’est pas là. Le plus effrayant est la possibilité, non pas de faciliter notre existence au prix de désagréables erreurs, mais de tuer à distance. Les drones – ces bombardiers sans pilote – sont un terrible exemple de ce pouvoir. La guerre n’est plus un affrontement de combattants, même éloignés les uns des autres par l’artillerie ou l’aviation, qui se battent en risquant leurs vies, mais un jeu informatique mortel où des opérateurs confortablement installés à des milliers de kilomètres, assassinent des adversaires en manipulant un clavier. Sous prétexte d’abattre un terroriste, les drones télécommandés envoient à un écran lointain les images de la vie d’une famille qu’ils observent pendant des jours avant de recevoir l’ordre de l’éliminer. Des militaires au chaud dans leur bureau, qui ne connaissent rien d’un champ de bataille, regardent des enfants jouer dans la cour, des femmes faire leur lessive, des vieux jouir du soleil. Jour après jour, la routine d’une existence ordinaire. Puis d’un coup, l’exécution est décidée. L’ordre arrive. Ils appuient sur un bouton. Si la cible est bien ajustée, le terroriste est tué. Mais la bombe frappe aussi, souvent, les êtres vivants qui leur sont devenus familiers. L’explosion fait le vide. Mission accomplie. Les enfants, femmes, vieillards qu’ils reconnaissaient chaque matin ne sont plus que des cadavres. Difficile à supporter. Pas étonnant que le nombre de suicides augmente dans l’armée américaine, celle qui s’est engagée dans la production et l’utilisation massive de ces meurtriers télécommandés.

Le robot qui cuit votre dîner sans que vous vous brûliez en manipulant la casserole, ou celui qui ferme la porte de votre garage sans que vous vous fatiguiez à tirer sur le rideau de fer, passe encore. On peut les apprécier. Mais celui qui tue votre ennemi sans que vous couriez le moindre risque change la face de la guerre. Zéro mort chez l’agresseur, c’est devenu le slogan des nouveaux traîneurs de sabres. Ils disposent désormais d’un moyen de réaliser leur rêve. C’est un encouragement à déclencher des combats qui font impunément des masses de victimes. A nous de les empêcher d’en profiter.

Louis Dalmas

Directeur de B.I.

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De grandes manifestations ont éclaté au Caire et dans d’autres villes d’Égypte contre la tentative du président égyptien Mohamed Mursi d’imposer une nouvelle constitution antidémocratique.

Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés sur la place Tahrir, où les manifestations qui avaient éclaté en janvier 2011 avaient entraîné la chute du dictateur égyptien Hosni Moubarak. Des manifestations ont également eu lieu à Alexandrie, dans la ville industrielle de Mahalla et ailleurs.

Des contre-manifestations ont été organisées pour aujourd’hui par le gouvernement et les Frères musulmans. Un conflit direct est possible, même si les manifestations pro-gouvernement ont été déplacées depuis la place Tahrir jusqu’à l’Université du Caire.

La série la plus récente de manifestations de masse a commencé après la publication par Mursi le 22 novembre d’un décret qui accordait au Président des pouvoirs très larges « de prendre toutes mesures qu’il considère nécessaire afin de préserver et sauvegarder la révolution, l’unité nationale et la sécurité nationale. » Le décret déclarait également que le pouvoir judiciaire, dominé par des anciens de l’ère Moubarak, n’aurait aucun contrôle sur les décisions présidentielles.

Le décret a donné à l’assemblée constituante – dominée par les Frères musulmans de Mursi – deux mois supplémentaires pour finir de rédiger une constitution. Cependant, dans le contexte de nombreuses manifestations populaires et de divisions très nettes au sein de l’élite dirigeante Égyptienne, l’assemblée a décidé la semaine dernière de faire passer une nouvelle constitution aussi vite que possible. Mursi devrait signer la constitution dès aujourd’hui, avec un référendum populaire qui devait suivre dans les 15 jours.

Un reportage de l’Associated Press décrivait l’insistance frénétique au sein de l’assemblée constituante pour terminer et approuver la constitution. L’AP écrit : « Durant la session de jeudi [qui a duré 15 heures], le chef de l’assemblée Hossam al-Ghiryani a insisté avec acharnement pour que les membres en finissent. Lorsqu’un article a reçu 16 objections, il a fait remarquer que cela imposerait de reporter le vote de 48 heures d’après les règles de l’assemblée. “Maintenant je demande un nouveau vote,” a-t-il dit, et tous les membres sauf quatre ont abandonné leurs objections. »

La course pour qu’une constitution soit rédigée était en partie alimentée par des inquiétudes sur la possibilité que la Cour suprême déclare illégale l’assemblée constituante ce week-end. Une décision contre l’assemblée est toujours possible. Les juges suprêmes ont annoncé vendredi que le pouvoir judiciaire pourrait refuser de superviser le référendum sur la constitution, ce qui remettrait en question sa légalité.

L’objectif principal de la nouvelle constitution est de consolider l’alliance des Frères musulmans avec l’armée et les États-Unis. C’est essentiel non seulement pour maintenir la position des Frères dans la lutte entre factions au sein de la bourgeoisie égyptienne, mais, plus important encore, pour écraser l’opposition montante parmi les travailleurs et les jeunes.

Le gouvernement cherche à appliquer des mesures d’austérité drastiques en échange de prêts promis par le Fonds monétaire international et d’un afflux de capital international. Jeudi, des représentants du gouvernement ont juré que les manifestations n’auraient aucun effet sur sa détermination à imposer les mesures exigées par les banques.

Mursi est encouragé par le soutien continu que lui accorde Obama. Son décret du 22 novembre est intervenu un jour après que la ministre des Affaires étrangères Hillary Clinton a chanté ses louanges pour son rôle dans la négociation d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. Les États-Unis considèrent le gouvernement des Frères musulmans comme un élément essentiel d’un réseau d’états gouvernés par des partis musulmans sunnites (dont la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar). Cette alliance soutient la guerre civile pour le compte des États-Unis en Syrie et sera nécessaire à toute action militaire des États-Unis ou d’Israël contre l’Iran.

Vendredi, le gouvernement d’Obama a refusé très clairement de critiquer la nouvelle constitution du régime Mursi. L’Associated Press a fait savoir que si « La porte-parole du ministère des affaires étrangères Victoria Nuland se lamentait du manque de consensus, » le « gouvernement Obama refuse de critiquer le projet de constitution égyptien malgré le débat international intense sur la question d’une protection adéquate des femmes, des minorités religieuses et des voix dissidentes. »

Parmi la liste des inquiétudes citées par l’AP, il n’est pas fait mention du rôle que la constitution donne à l’armée, laquelle reste l’institution dominante de la politique égyptienne.

La constitution impose que le ministre de la Défense soit un officier militaire et que les affaires militaires et le budget de la défense soient supervisés par un conseil spécial de généraux de haut rang, aux côtés du président. L’armée continuerait à opérer sans contraintes ni contrôle sérieux.

Les tribunaux militaires haïs de tous sont également maintenus. Une version antérieure de la constitution contenait une réserve qui aurait empêché les tribunaux militaires de juger des civils, mais elle a été supprimée sur demande de l’armée. Elle a été remplacée par l’article 198 qui autorise ces tribunaux à juger « les crimes qui touchent aux forces armées. » Plus de 12 000 civils sont passés devant les tribunaux militaires depuis le soulèvement de janvier 2011.

La constitution consacre également l’Islam comme religion d’Etat et pose au moins les bases nécessaires pour faire de la Sharia le fondement du droit. Ces fondements sont définis comme « incluant des preuves et des fondements généraux, des règles et de la jurisprudence ainsi que des sources acceptées par la doctrine de l’Islam sunnite et la majorité des universitaires musulmans. » Un rôle particulier est accordé à ceux de l’université Al-Azhar, un institut islamique situé au Caire, dans la supervision de la rédaction des lois.

Parmi les autres dispositions antidémocratiques, la constitution interdit « d’insulter ou de montrer du mépris envers toute personne. » Sous Moubarak, de nombreux manifestants avaient été arrêtés pour avoir insulté le président ou fait des déclarations qui étaient considérées comme allant contre la religion.

Les manifestations de masse, dont celles qui ont eu lieu vendredi, ont été menées par des factions du monde politique égyptien qui ne sont pas moins hostiles à la classe ouvrière que Mursi. Parmi celles-ci, on compte l’ex-candidat à la présidentielle et ex-directeur de l’Agence de l’énergie atomique Mohammed El-Baradei et son Parti de la constitution, le Nassériste Hamdeen Sabahi, l’ex-ministre de Moubarak et secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, et l’homme d’affaires milliardaire Naguib Sawiris, fondateur du Parti des Égyptiens libres.

Les principaux partis libéraux bourgeois ont formé une alliance avec le Mouvement des jeunes du 6 avril et une série de partis “de gauche”, dont les Socialistes révolutionnaires, avec pour objectif de contenir l’opposition de masse et de stabiliser la position de la classe dirigeante.

El-Baradei a prévenu qu’« une guerre civile menace d’éclater en Égypte, » notant que cela pourrait entraîner l’intervention directe de l’armée.

Dans un entretien la semaine dernière avec le magazine d’information allemand Der Spiegel, Moussa a déclaré que « L’opinion publique n’a jamais été aussi polarisée qu’elle l’est aujourd’hui. » Il a ajouté, « Certains égyptiens croient que la guerre civile a déjà commencé, mais nous aimerions éviter un tel scénario à tout prix. »

Les actions de Mursi soulignent le fait que les droits démocratiques et tous les intérêts économiques et sociaux de la classe ouvrière égyptienne et des jeunes ne peuvent être réalisés dans le cadre du monde politique bourgeois et du régime capitaliste.

À lire également :

La voie pour aller de l’avant en Egypte

[28 novembre 2012]

Article original, WSWS, paru le 1er décembre 2012

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«Un ´´racisme anti-Blanc´´ se développe dans les quartiers de nos villes où des individus – dont certains ont la nationalité française – méprisent des Français qualifiés de ´´Gaulois´´, au prétexte qu’ils n’ont pas la même religion, la même couleur de peau ou les mêmes origines qu’eux.»  

Jean-François Copé (Manifeste pour une France décomplexée)

Depuis près de trois mois, le landerneau français vit au rythme de la compétition au sein de l’UMP entre deux visions de société débâcle de l’UMP. Pour un observateur externe et neutre, ce combat ne manque pas d’enseignements. On pensait que seules les républiques bananières étaient coutumières à ce type de comportement. Il n’est que de se souvenir du feuilleton Laurent Gbagbo qui a été réglé comme on le sait. En fait, il n’en est rien, le pouvoir quelle que soit la latitude, rend son prétendant enragé et alors tous les coups sont permis même celui de désigner l’allogène comme étant responsable de tous les maux de la France. C’est en tout cas le logiciel gagnant de Jean-François Copé qui a donné une troisième mi-temps à la présidentielle en puisant dans une rhétorique de l’extrême droite dont l’idéologue le plus connu, Patrick Buisson, qui a fait les beaux jours de la présidence Sarkozy, a apparemment repris du service, en conseillant et en donnant lieu à de nouveaux clones en la personne de deux jeunes députés: G.Peltier et G.Didier avec la «France forte».

Qui est Jean-François Copé?

Nous lisons dans l’Encyclopédie Wikipédia. «Aîné d’une famille de trois enfants, Jean-François Copé né en 1964 à Paris est le fils de Monique Ghanassia, originaire d’Algérie, et du professeur Roland Copé, chirurgien d’origine juive roumaine. Du côté paternel, son grand-père Marcu Hirs Copelovici, est un médecin né à Lasi dans l’est de la Roumanie; il émigre à Paris en1926. Devenu Marcel Copé, il se marie peu après avec Gisèle Lazerovici. En octobre 1943, le couple échappe avec ses deux enfants à la rafle d’Aubusson. Jean-François Copé fait de cet évènement familial un des motifs profonds de son engagement politique. Du côté maternel, son grand-père Ismaël André Ghanassia, fils de Moïse Ghanassia et Djaouhar Soussi, originaires de Miliana, est avocat à Alger. Son épouse, est la petite-fille d’un rabbin originaire de Tunisie, et d’une mère originaire de Tétouan au Maroc. André Ghanassia, son épouse et leurs trois enfants, dont Monique, quittent Alger pour la métropole dans les années 1950, peu après les débuts de la Guerre d’Algérie.

Au même titre que beaucoup d’hommes politiques, Jean-François Copé a des origines maghrébines et pourtant, nous verrons que tout son discours est tourné vers l’ostracisme de la communauté maghrébine, notamment avec le triste et honteux épisode du pain au chocolat, ce que ses adversaires politiques appellent Le Pen au chocolat prouvant, ce faisant, l’étroite proximité avec le Front national dont il veut siphonner les voix pour s’emparer de l’UMP.

Qui est François Fillon?

La même lecture sur l’Encyclopédie nous informe:

«François Fillon est né en 1954. C’est le fils de l’historienne basque Anne Soulet et de Michel Fillon, notaire originaire de Vendée. Aîné de quatre enfants, François Fillon fréquente l’école communale. Il étudie ensuite au collège privé de Saint-Michel des Perrais. Il obtient, en 1972, un baccalauréat de philosophie. Il poursuit des études supérieures à l’Université du Maine, au Mans. Il y obtient une maîtrise de droit public en 1976. L’année suivante il obtient un Diplôme d’études approfondies (DEA) en droit public de l’Université Paris Descartes. En 1974, admirateur du général de Gaulle, qui représente pour lui le symbole d’une France forte et indépendante, il commence à affirmer ses convictions politiques. En 1977, il adhère au Rassemblement pour la République (RPR) fondé par Jacques Chirac. Il se rapproche de Philippe Seguin, autre jeune député de droite. Ils font alors partie du «Cercle», une association de jeunes députés libéraux ou partisans d’un «gaullisme social» prônant la rénovation de la vie politique. Philippe Seguin devient son nouveau mentor en politique, (…).

Avec une riche carrière politique sous Jacques Chirac, il devint Premier ministre de Nicolas Sarkozy sans discontinuer pendant cinq ans. Il est souvent qualifié de «gaulliste social». Le 30 juin 2012, François Fillon annonce sa candidature officielle à la présidence de l’UMP. Donné largement favori, il revendique sa victoire, tout comme Jean-François Copé, son adversaire, au soir de l’élection le 19 novembre qui laisse apparaître des résultats extrêmement serrés et des anomalies lors du vote. Après une médiation de Nicolas Sarkozy, François Fillon passe à l’acte en prenant la tête de soixante-neuf parlementaires réunis au sein du groupe parlementaire autonome baptisé Rassemblement-UMP dont les statuts sont déposés le 27 novembre, conservant cependant son rattachement financier à l’UMP.

Gaullisme contre droite décomplexée qui cible l’Islam et les étrangers

La position idéologique des deux hommes n’est pas la même: de Fillon à Copé, on est passé de la ligne Chirac, républicaine, à la ligne Buisson (ancien de Minute) d’ultra-droite. La ligne de démarcation est nette entre la droite de MM.Chirac-Fillon digne et traditionnelle, droite du terroir, conservatrice, libérale, chrétienne-démocrate, gaulliste, sociale, centriste, ouverte, humaniste, rassembleuse (conception gaullienne de la nation rassemblée) – et l’ultra-droite indigne des Copé-Peltier, radicale, forte, musclée, ultralibérale, antisociale, ultra-sécuritaire, clivante, prête aux coups de force, violente et agitatrice (capable de s’opposer au pouvoir légitimement élu dans la rue), totalement décomplexée et traître aux valeurs fondatrices de notre pays, républicaines. (…) Il n’y a pas seulement opposition profonde entre les deux lignes UMP, mais aussi entre les deux hommes. François Fillon est un homme de raison, un catholique attaché aux principes ainsi qu’aux valeurs républicaines de notre pays, soucieux d’éthique. Avec lui, c’est la démocratie chrétienne. Copé est un sioniste affirmé, cupide, arrogant, immoral, impulsif, se croyant tout permis, transgressif. Voyou comme ses maîtres en Israël, Etat voyou par excellence, au-dessus des Lois, violant toutes les règles internationales, piétinant sans vergogne le Droit.(2)

Dans une émission de Bfmtv, Olivier Mazerolles apprécie la campagne:

«Le clan Copé a gagné la campagne électorale, il a perdu devant l’opinion publique la bataille de la morale». (…) Même le néoconservateur Christophe Barbier a reconnu sur C dans l’Air du 26.11.12: «La Commission a manqué à assurer sa mission, la transparence». Et il ajoute: «L’appareil UMP a l’argent, la force, mais il a perdu son image». Mieux encore, il dit carrément: «Monsieur Copé est un voyou, tout le monde le sait!» Vous voyez un voyou à la tête de l’Opposition? Un voyou à la tête de la France? Irons-nous jusque-là? (…)» (2)

« J-F. Copé tire son influence de son poids dans le Parti, notamment de son appareil. François Fillon, lui, tire son influence des électeurs de l’UMP et donc des élus de l’UMP, députés, sénateurs, élus locaux, où il semble majoritaire. Il faut faire le distinguo entre l’électorat UMP (très favorable à Fillon) et les adhérents UMP beaucoup plus déterminés, revanchards, proches en fait de l’extrême droite. C’est le clivage entre une droite républicaine gaulliste et une extrême droite qui s’est développée ces dernières années au sein même de l’UMP. Le divorce a déjà été engagé par Nicolas Sarkozy à travers l’évolution de sa campagne présidentielle, dont la campagne électorale de J-F. Copé n’a été que le prolongement. F.Fillon fort de son bon droit, celui de ne pas brader l’héritage de De Gaulle, semble bien plus déterminé que J-F. Copé, ce qui lui donne un avantage certain sur celui-ci. Il y a en fait deux France: d’un côté un Guillaume Peltier et sa France forte, et de l’autre Wauquiez et sa France solidaire ». (2)

«Il ne faut pas accepter, lit-on sur le site Eva-Resistons, en France une seule droite, tyrannique, affairiste, haineuse, raciste, sans scrupules, arrogante, exclusivement aux ordres du Crif. Tragique. La France n’est pas seulement ridiculisée, mais défigurée. Une des tragédies de la France, aujourd’hui, est qu’elle n’est plus un Etat souverain, car non seulement lié à Bruxelles, mais surtout soumis pour son malheur à Israël via son représentant dans notre pays, le Crif.(…) Copé, c’est la France des parvenus, la France des affairistes, la France musclée impitoyable, la France sans état d’âme, la France autoritaire, la France communautariste (ultrasioniste), la France raciste (islamophobe), la France du discours outrageusement identitaire, la France de Patrick Buisson. A l’UMP, la fracture est totale. Il y a désormais deux lignes totalement antagonistes, la bonapartiste autoritaire, antirépublicaine, antisociale de Copé, et la gaulliste républicaine, sociale, humaniste de Fillon.»(2)

L’idéologue Patrick Buisson

Qui est cet idéologue qui brouille les repères et les frontières entre les partis? « Rien que l’évocation de son nom provoque une sensation désagréable. Mais Patrick Buisson, décoré de la Légion d’honneur en 2007 et fait commandeur de l’Ordre de St-Grégoire le Grand par Benoît XVI, n’est pas n’importe qui. (…) Patrick Buisson était l’un des conseillers de Nicolas Sarkozy (…) on peut dire qu’il est un spécialiste de l’extrême droite, (…) En attendant, Buisson s’occupe maintenant de Jean-François Copé. En tout cas, il faut bien l’admettre, Jean-François Copé distancé dans les sondages a remonté son handicap. (…) Parlons-en de ces fameuses motions! C’est la motion «la droite forte» qui est arrivée en tête. Ses promoteurs, G.Peltier et G.Didier veulent tirer l’UMP vers l’extrême droite dont ils sont issus, et trouvent que Marine Le Pen est trop à gauche. Curieusement, ils ont le triomphe bien modeste, observent un silence radio intégral depuis le résultat du vote. Attendent-ils le moment propice pour sortir du bois et ramasser les débris?» (3)

«Conseiller privilégié, membre de sa garde (très) rapprochée, Nicolas Sarkozy disait de lui en 2007 qu’ «il est l’hémisphère droit de mon cerveau» (Libération 15/03/2012). En l’espace de cinq ans, le sinistre homme de l’ombre de Sarko a acquis une place prédominante dans la stratégie du candidat de l’UMP. Les parasites au chômage, les mangeurs de viande halal, la France forte, c’était lui. Ce charmant conseiller, transfuge des branches les plus dures de l’extrême droite hexagonale traîne derrière lui une carrière édifiante: directeur du journal Minute dans les années 80 puis conseiller de Philippe de Villiers, il a inspiré à Nicolas Sarkozy toutes les idées réactionnaires du quinquennat: ministère de l’Immigration, débat sur l’identité nationale… Celui qui avait publié les fameux livres OAS, Histoire de la résistance française en Algérie ou L’Album Le Pen a bel et bien pris une place prédominante dans la campagne. Il déclarait en 1986 déjà que «Le Pen et le RPR, c’est la droite. Souvent, c’est une feuille de papier à cigarettes qui sépare les électeurs des uns ou des autres». (Nouvel Observateur 20/11/2008).(4)

L’avenir de l’UMP

«Ils se battent lit-on dans une contribution parue sur le site «mleray» sans réaliser qu’ils ont déjà perdu: François Fillon et Jean-François Copé. Ils sont aveuglés, ils ne voient pas qu’à l’UMP, ce ne sont plus eux les chefs, mais deux trentenaires: Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, aussi arrivistes que décomplexés, qui ont exécuté à la lettre ce que leur a enseigné leur maître, Patrick Buisson. Leur motion la Droite forte a battu au poteau les cinq autres en recueillant près de 28% des suffrages sur une ligne identitaire. Que revendique le texte? Trois choses essentielles: une fidélité absolue à l’héritage de Nicolas Sarkozy, avec mission de bloquer tout droit d’inventaire. Pour Peltier et Didier, l’histoire de l’UMP commence avec Nicolas Sarkozy. La reconquête par le peuple. C’est le pari de la droite forte: transformer l’UMP en un grand parti populaire. S’ensuit un projet très nationaliste avec ode à la patrie, défense de la souveraineté, vision protectrice de l’Europe, dénonciation de l’assistanat, valorisation du travail, exaltation des valeurs familiales. – La fusion de la «question sociale» et de la «question identitaire». Elle était en germe dès 2007 dans la campagne de Nicolas Sarkozy, avec le ministère de l’Identité nationale. Elle s’est trouvée exacerbée durant la campagne de 2012, avec comme grand instigateur Patrick Buisson. Peltier et Didier reprennent totalement cette thèse à leur compte. Leur motion mélange patriotisme et référence aux racines chrétiennes de la France, défense de la laïcité et méfiance à l’égard de l’Islam. Elle joue sur les peurs et flirte ouvertement avec les thématiques du Front national.(5)(6).

Jean-François Copé est un homme assuré et pressé, qui assume son ambition. À l’automne 2010, Nicolas Sarkozy avait consenti à lui confier les clés du parti en le faisant nommer secrétaire général. Bien qu’ils aient beaucoup de points communs, à commencer par leurs origines familiales en Europe centrale: hongroises pour Nicolas Sarkozy, roumaines pour Jean-François Copé. Ils partagent aussi un même aplomb, une certaine façon de mettre le pied dans l’embrasure de la porte. Adepte de formules et de petites phrases, sur le «racisme anti-blanc» ou le «pain au chocolat». (7)

Le seul vainqueur est apparemment Patrick Buisson, pour qui tout n’est pas perdu, l’utilité des primaires de l’UMP ont permis un réarmement moral et identitaire. Et si l’ancien président Sarkozy «appelé» à mettre de l’ordre, viendrait mettre son «ordre»? En misant sur Copé le moins populaire, il veut reparaître comme le sauveur. Copé a buté sur son ambition et l’ambition de Copé a elle-même buté sur la détermination inattendue de F.Fillon. Ce dernier se laissera-t-il dessaisir de sa légitimité pour avoir tenté de veiller jalousement sur le gaullisme? Vu de l’extérieur, «on n’a pas à choisir entre la peste et le choléra» pour paraphraser Jacques Duclos, mais si on devait le faire, de nos deux adversaires idéologiques celui qui nous effraie le moins est le gaullisme qui, en son temps, avait une politique arabe équilibrée.

Professeur Chems Eddien Chitour

Ecole Polytechnique  Alger enp-edu.dz

 

1. http://www.terrafemina.com/societe/ france/articles/19971-cope-vs-fillon-la-bataille-de-lump-sujet-nd1-des-parodies-sur-internet.html

2. http://sos-crise.over-blog.com/article-ump-droite-digne-contre-droite-indigne-quelques-clefs-les-pions-du-crif-112973332.html

3. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-arbre-et-le-buisson-126684

4. http://www.poisson-rouge.info/20112/-03/Pourquoi-Sarkozy-gouvernera-avec-l’extrême-droite

5. http://www.mleray.info/article-ump-plus-important-que-le-score-de-cope-la-motion-de-la-droite-forte-arrive-en-tete-112629134.html

6. http://fressoz.blog.lemonde.fr/2012/11/21/derriere-la-guerre-fillon-cope-le-triomphe-de-patrick-buisson/

7. Corrine Laurent: http://www.la-croix.com/Actualite/novembre2012

 

 

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Pour un juriste reconnu expert en droit international, la réponse est claire…

« Le droit international ne permet pas aux Etats de reconnaître des rebelles qui luttent contre le gouvernement reconnu ». Curtis Doebbler, – juriste reconnu enseignant à l’université Webster de Genève, avocat expert en droit international pendant la guerre de l’OTAN contre la Libye pour appuyer les rebelles du CNT – a souligné plusieurs fois la totale illégitimité de l’utilisation de la force contre le pays nord-africain (http://www.counterpunch.org/2011/03…).

Et la Syrie ? La « coalition nationale syrienne pour les forces révolutionnaires et d’opposition », née il y a quelques jours à Doha sous les auspices des monarques du Golfe (Arabie Saoudite, Qatar, Emirats, Koweït, Oman et Bahreïn) et des puissances occidentales, a demandé à l’UE et aux USA la reconnaissance officielle et la fourniture directe d’armes et d’argent, pour pouvoir renverser par la guerre le régime de Damas. La Coalition en effet refuse tout dialogue. Les monarchies du Golfe, la France et l’Angleterre l’ont déjà reconnue comme « unique représentant légitime du peuple syrien » (et la Ligue Arabe l’a reconnue comme interlocuteur, avec l’abstention de l’Algérie et de l’Irak ; l’Italie aussi a reconnu la Coalition comme légitime représentant du peuple syrien, bien que pas le seul à présent).
La France – qui avait été le premier pays à reconnaître le CNT libyen en mars 2011 – discutera de la fourniture d’armes avec les partenaires européens dans les prochaines semaines. Même le premier ministre britannique David Cameron, de même que Barak Obama, sont en train de prendre en considération l’idée d’armer officiellement leurs alliés syriens.

De la même façon que le CNT libyen, l’opposition armée syrienne (et les groupes politiques qui la soutiennent) refuse une présence militaire au sol mais demande depuis toujours des appuis militaires. La Russie et la Chine continueront peut-être à empêcher une intervention directe.

Mais la fourniture d’armes et de ressources serait-elle légale, puisqu’on entend toujours le même refrain : le prétexte de la « protection des civils », autrement dit, que les groupes armés sont là uniquement pour sauver la vie des civils).
Doebbler répond :

« Reconnaître une force d’opposition n’est pas illégal parce que c’est une décision qui relève de la compétence nationale, toutefois toute action entreprise pour soutenir l’usage de la force de la part de groupes armés contre le gouvernement légitime est illégale et une grave violation du droit international. Un État qui soutient l’usage de la violence contre un autre État est responsable en droit international des dommages causés. De plus il est interdit à tout autre État de la communauté internationale de reconnaître une situation créée par cette violation du droit. Le soutien aux groupes armés en Syrie est illégal parce que ceux-ci utilisent la force contre un gouvernement reconnu ».

La seule exception, poursuit Doebbler, « consiste dans le fait que les opposants armés se reconnaissent comme mouvement de libération nationale. Ils devraient démontrer alors qu’ils sont opprimés à un point tel que l’exercice de leur droit à l’autodétermination a rendu nécessaire l’usage de la force, unique instrument pour atteindre ce droit. Mais l’opposition soutenue par l’étranger a eu beaucoup d’occasions de participer au gouvernement en Syrie et le régime affirme être prêt à accorder d’autres droits de participation. Non seulement les rebelles soutenus par l’étranger ne représentent pas un groupe clairement défini de la population syrienne, pas plus qu’une majorité. Ils peuvent donc être définis au mieux comme acteurs par procuration des puissances étrangères qui essayent d’intervenir en Syrie pour un changement de régime. Ceci viole différentes obligations : la non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres Etats sur base de l’art. 2, al. 7 de la Charte de l’ONU et l’abstention de l’emploi de la force dans l’art. 2 al. 41, l’un des principes les plus importants du droit international. Le 27 juin 1986, les États-Unis ont été condamnés par la Cour internationale de justice de La Haye pour avoir violé ces principes au Nicaragua ».

Dans cet arrêt, la Cour présidée par un juge indien a repoussé par 12 voix contre 3 la justification de l’autodéfense et a décidé que les USA avaient violé : l’obligation de non-ingérence en armant et en finançant les contras nicaraguayens ; l’obligation de ne pas exercer l’usage de la force en attaquant le territoire nicaraguayen en 1983-84 ; l’obligation de respecter la souveraineté et le commerce pacifique, en minant les eaux territoriales.

Marinella Correggia

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A l’évidence, l’affaire du gaz sarin que le gouvernement de Damas s’apprêterait à utiliser « contre son peuple » sent l’enfumage propagandesque à plein nez.

Les rumeurs lancées par les « sources anonymes fiables » tombent toujours à pic pour désengourdir nos chasseurs bombardiers et notre artillerie en mal d’action.

En attendant que ces rumeurs (ne) se précisent (pas), voici une vidéo non authentifiée mais non moins inquiétante où un rebelle teste des gaz mortels sur deux lapins avant de promettre d’utiliser ces gaz pour exterminer les alaouites (noussayrites) :

http://www.youtube.com/watch?v=ByrabSxooCs

Les produits chimiques qui apparaissent dans la vidéo portent des inscriptions turques ce qui laisse penser que ce laboratoire pourrait se trouver en territoire turc comme la plupart des camps djihadistes anti-syriens.

A l’instar des précédents massacres de civils syriens, les nombreux groupes djihadistes mercenaires à l’œuvre en Syrie pourraient recourir à une opération sous faux pavillon (false flag operation), c’est-à-dire commettre un massacre à grande échelle et accuser l’armée syrienne d’en être responsable.

Il y a deux jours, la télévision syrienne évoquait l’arrivée à la frontière syro-jordanienne de 1400 ambulances équipées de systèmes de protection contre toute intoxication au gaz chimique pour protéger l’Armée syrienne libre de sa propre attaque contre les forces militaires et la population loyaliste.

http://www.youtube.com/watch?v=SxKIyk5dgqk

Info ou intox ? La ruse et la manipulation étant le nerf de toutes les guerres de conquête, mieux vaut être avertis de cette terrifiante éventualité.

Bahar Kimyongür

Le 6 décembre 2012

 

Bahar Kimyongür est l’auteur de Syriana, la conquête continue, Ed. Investig’Action et Couleur Livres, Bruxelles/Charleroi, 2011, et porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie – CIS

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Présentée conjointement par le ministre des Affaires étrangères Jean-François Lizée et le député de Québec Solidaire Amir Khadir (ci-dessus), la motion de l’Assemblée nationale est fort significative puisqu’elle est le résultat de négociations fructueuses entre les partis, lesquelles se sont conclues par un accord unanime sur la question.

 

Montréal, le 5 décembre 2012  – Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient (CJPMO) salue la motion adoptée sans opposition hier mardi par l’Assemblée nationale du Québec qui reconnait le droit des Palestiniens à l’autodétermination et à la création d’un État.  Présentée conjointement par le ministre des Affaires étrangères Jean-François Lizée et le député de Québec Solidaire Amir Khadir, la motion de l’Assemblée nationale est fort significative puisqu’elle est le résultat de négociations fructueuses entre les partis, lesquelles se sont conclues par un accord unanime sur la question.

Une telle prise de position ne s’était pas vue depuis 25 ans à l’Assemblée nationale.  Cette dernière souhaite envoyer un message clair à Ottawa en exhortant celui-ci à « prendre acte de la décision de l’Organisation des nations unies reconnaissant le statut d’État observateur pour la Palestine et à maintenir l’aide canadienne précieuse prodiguée à la construction de l’état de droit en territoire palestinien. »  La motion réaffirme également « le soutien indéfectible du Québec à une solution négociée qui incarne à la fois la nécessité pour Israël de vivre en paix à l’intérieur de frontières sûres et reconnues ainsi que le droit des Palestiniens à l’autodétermination et à la création d’un État. »

« La motion de l’Assemblée nationale confirme certes l’appui de plus en plus important au droit fondamental des Palestiniens à vivre comme citoyens à part entière au sein de leur propre État, à l’instar des Israéliens », explique le président de CJPMO, Thomas Woodley.  « Elle exprime également la volonté de l’ensemble des représentants élus à Québec de préserver le versement de l’aide prodiguée par le Canada aux Palestiniens, ce qui est une bonne chose ».  CJPMO fait remarquer que des centaines de milliers de Palestiniens dépendent de l’aide étrangère pour subvenir à leurs besoins, notamment via les services de l’agence onusienne UNRWA. Le gouvernement Harper devrait confirmer qu’il compte maintenir au moins le niveau actuel d’aide versée aux Palestiniens.

CJPMO dénonce depuis plusieurs jours le vote d’opposition à la reconnaissance de la Palestine par le Canada aux Nations Unies.   CJPMO dénonce également le mutisme du gouvernement Harper relativement aux mesures hostiles et unilatérales prises par Israël ces derniers jours. CJPMO encourage les partis d’opposition à reconsidérer les positions contre-productives du gouvernement Harper. Ils devraient démontrer plus d’empressement à dénoncer les violations du droit international commises par Israël, notamment la confiscation illégale de terres dans les territoires palestiniens occupés aux fins de l’expansion des colonies.

Pour plus d’informations, veuillez communiquer avec:

Patricia Jean

Canadiens pour la justice et paix au Moyen-Orient

Téléphone: 438 380-5410

Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient (CJPMO) est une organisation séculière, sans but lucratif, regroupant des hommes et des femmes d’horizons divers qui œuvrent pour que la paix et la justice renaissent au Moyen-Orient. Elle a pour vocation de responsabiliser les personnes d’influence à traiter les protagonistes avec équité et à favoriser l’essor durable et équilibré de la région.

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Réponse à la gauche anti-anti-guerre

décembre 6th, 2012 by Jean Bricmont

Celle-ci ne se déclare pas ouvertement en faveur des interventions militaires occidentales et est parfois critique de celles-ci (en général, uniquement par rapport aux tactiques suivies et aux intentions, pétrolières ou géo-stratégiques, attribuées aux puissances occidentales), mais elle dépense le plus gros de son énergie à « mettre en garde » contre les dérives supposées de la partie de la gauche qui reste fermement opposée à ces interventions. Elle nous appelle à soutenir les « victimes » contre les « bourreaux », à être « solidaires  des peuples contre les tyrans », à ne pas céder à un « anti-impérialisme », un « anti-américanisme », ou un « anti-sionisme » simplistes, et, surtout, à ne pas s’allier à l’extrême-droite. Après les Albano-Kosovars en 1999 on a eu droit aux femmes afghanes, aux Kurdes irakiens, et plus récemment aux peuples libyen et syrien, que « nous » devons protéger.

On ne peut pas nier que la gauche anti-anti-guerre ait été extrêmement efficace. La guerre en Irak, qui était présentée sous forme d’une lutte contre une menace imaginaire, a bien suscité une opposition passagère, mais il n’y a eu qu’une très faible opposition à gauche aux interventions présentées comme « humanitaires », telles que celle du Kosovo, le bombardement de la Libye, ou l’ingérence en Syrie aujourd’hui.  Toute réflexion sur la paix ou l’impérialisme a simplement été balayée devant l’invocation du « droit d’ingérence », de la « responsabilité de protéger », ou du « devoir d’assistance à peuple en danger ».

Une extrême-gauche nostalgique des révolutions et des luttes de libération nationale tend à analyser tout conflit à l’intérieur d’un pays donné comme une agression d’un dictateur contre son peuple opprimé aspirant à la démocratie. L’interprétation, commune à la gauche et à la droite, de la victoire de l’Occident dans la lutte contre le communisme, a eu un effet semblable.

L’ambiguité fondamentale du discours de la gauche anti-anti-guerre porte sur la question de savoir qui est le « nous » qui doit protéger, intervenir etc. S’il s’agit de la gauche occidentale, des mouvements sociaux ou des organisations de défense des droits de l’homme, on doit leur poser la question que posait Staline à propos du Vatican : « combien de divisions avez-vous ? » En effet, tous les conflits dans lesquels « nous » sommes supposés intervenir sont des conflits armés. Intervenir signifie intervenir militairement et pour cela, il faut avoir les moyens militaires de le faire. Manifestement, la gauche européenne n’a pas ces moyens. Elle pourrait faire appel aux armées européennes pour qu’elles interviennent, au lieu de celles des États-Unis ; mais celles-ci ne l’ont jamais fait sans un appui massif des États-Unis, ce qui fait que le message réel de la gauche anti-anti-guerre est : « Messieurs les Américains, faites la guerre, pas l’amour ! ». Mieux : comme, après leur débâcle en Afghanistan et en Irak, les Américains ne vont plus se risquer à envoyer des troupes au sol, on demande à l’US Air Force, et à elle seule, d’aller bombarder les pays violateurs des droits de l’homme.

On peut évidemment soutenir que l’avenir des droits de l’homme doit être confié aux bons soins et à la bonne volonté du gouvernement américain, de ses bombardiers et de ses drones. Mais il est important de comprendre que c’est cela que signifient concrètement tous les appels à la « solidarité » et au « soutien » aux mouvements sécessionnistes ou rebelles engagés dans des luttes armées. En effet, ces mouvements n’ont nul besoin de slogans criés dans des « manifestations de solidarité » à Bruxelles ou Paris, et ce n’est pas cela qu’ils demandent. Ils veulent des armes lourdes et le bombardement de leurs ennemis et, cela, seuls les États-Unis peuvent le leur fournir.

La gauche anti-anti-guerre devrait, si elle était honnête, assumer ce choix, et appeler ouvertement les États-Unis à bombarder là où les droits de l’homme sont violés ; mais elle devrait alors assumer ce choix jusqu’au bout. En effet, c’est la même classe politique et militaire qui est supposée sauver les populations « victimes de leur tyrans » et qui a fait la guerre du Vietnam, l’embargo et les guerres contre l’Irak, qui impose  des sanctions arbitraires contre Cuba, l’Iran et tous les pays qui leur déplaisent, qui soutient à bout de bras Israël, qui s’oppose par tous les moyens, y compris les coups d’état, à tous les réformateurs en Amérique Latine, d’Arbenz à Chavez en passant par Allende, Goulart et d’autres, et qui exploite de façon éhontée les ressources et les travailleurs un peu partout dans le monde. Il faut beaucoup de bonne volonté pour voir dans cette classe politique et militaire l’instrument du salut des « victimes », mais c’est, en pratique, ce que la gauche anti-anti-guerre prône, parce que, étant donné les rapports de force dans le monde, il n’existe aucune autre instance capable d’imposer sa volonté par des moyens militaires.

Evidemment, le gouvernement américain sait à peine que la gauche anti-anti-guerre européenne existe ; les  États-Unis décident de faire ou non la guerre en fonction de ses chances de succès, de leurs intérêts, de l’opposition interne et externe à celle-ci etc. Et, une fois la guerre déclenchée, ils veulent la gagner par tous les moyens. Cela n’a aucun sens de leur demander de ne faire que de bonnes interventions, seulement contre les vrais méchants, et avec des gentils moyens qui épargnent les civils et les innocents.

Ceux qui ont appelé l’OTAN à « maintenir les progrès pour les femmes afghanes », comme Amnesty International (USA) l’a fait lors du meeting de l’OTAN à Chicago , appellent de fait les EU à intervenir militairement et, entre autres, à bombarder des civils afghans et à envoyer des drones sur le Pakistan. Cela n’a aucun sens de leur demander de protéger et pas de bombarder, parce que c’est ainsi que les armées fonctionnent.

Un des thèmes favoris de la gauche anti-anti-guerre est d’appeler les opposants aux guerres à ne pas « soutenir le tyran », en tout cas pas celui dont le pays est attaqué. Le problème est que toute guerre nécessite un effort massif de propagande ; et que celle-ci repose sur la diabolisation de l’ennemi et, surtout, de son dirigeant. Pour s’opposer efficacement à cette propagande, il faut nécessairement dénoncer les mensonges de la propagande, contextualiser les crimes de l’ennemi, et les comparer à ceux de notre propre camp. Cette tâche est nécessaire mais ingrate et risquée : on vous reprochera éternellement la moindre erreur, alors que tous les mensonges de la propagande de guerre sont oubliés une fois les opérations terminées.

Bertrand Russell et les pacifistes britanniques étaient déjà, lors de la première Guerre mondiale, accusés de « soutenir l’ennemi » ; mais, s’ils démontaient la propagande des alliés, ce n’était pas par amour du Kaiser, mais par attachement à la paix. La gauche anti-anti-guerre adore dénoncer « les deux poids deux mesures » des pacifistes cohérents qui critiquent les crimes de leur propre camp mais contextualisent ou réfutent ceux qui sont attribués à l’ennemi du moment (Milosevic, Kadhafi, Assad etc.), mais ces « deux poids deux mesures » ne sont jamais que la conséquence d’un choix délibéré et légitime : contrer la propagande de guerre là où l’on se trouve (c’est-à-dire en Occident), propagande qui elle-même repose sur une diabolisation constante de l’ennemi attaqué ainsi que sur une idéalisation de ceux qui l’attaquent.

La gauche anti-anti-guerre n’a aucune influence sur la politique américaine, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas d’effets. D’une part, sa rhétorique insidieuse a permis de neutraliser tout mouvement pacifiste ou anti-guerre, mais elle a aussi rendu impossible toute position indépendante d’un pays européen, comme ce fut le cas pour la France sous De Gaulle, et même, dans une moindre mesure, sous Chirac, ou pour la Suède d’Olof Palme. Aujourd’hui, une telle position serait immédiatement attaquée par la gauche anti-anti-guerre, qui possède une caisse de résonance médiatique considérable, comme un « soutien au tyran », une politique « munichoise », coupable du « crime d’indifférence ».

Ce que la gauche anti-anti-guerre a accompli, c’est de détruire la souveraineté des Européens face aux États-Unis et d’éliminer toute position de gauche indépendante face aux guerres et à l’impérialisme. Elle a aussi mené la majorité de la gauche européenne à adopter des positions en totale contradiction avec celles de la gauche latino-américaine et à s’ériger en adversaires de pays comme la Chine ou la Russie qui cherchent à défendre le droit international (et ont parfaitement raison de le faire).

Un aspect bizarre de la  gauche anti-anti-guerre c’est qu’elle est la première à dénoncer les révolutions du passé comme ayant mené au totalitarisme (Staline, Mao, Pol Pot etc.) et qu’elle nous met sans cesse en garde contre la répétition des « erreurs » du soutien aux dictateurs faite par la gauche de l’époque. Mais maintenant que la révolution est menée par des islamistes nous sommes supposés croire que tout va aller bien et applaudir. Et si la « leçon à tirer du passé » était que les révolutions violentes, la militarisation et les ingérences étrangères n’étaient pas la seule ou la meilleure façon de réaliser des changements sociaux ?

On nous répond parfois qu’il faut agir « dans l’urgence » (pour sauver les victimes). Même si on admettait ce point de vue, le fait est qu’après chaque crise, aucune réflexion n’est menée à gauche sur ce que pourrait être une politique autre que l’appui aux interventions militaires. Une telle politique devrait opérer un virage à 180° par rapport à celle qui est prônée actuellement par  la gauche anti-anti-guerre. Au lieu de demander plus d’interventions, nous devrions exiger de nos gouvernements le strict respect du droit international, la non ingérence dans les affaires intérieures des autres états et le remplacement des confrontations par la coopération.  La non ingérence n’est pas seulement la non intervention sur le plan militaire, mais aussi sur les plans diplomatique et économique : pas de sanctions unilatérales, pas de menaces lors de négociations et le traitement de tous les états sur un pied d’égalité. Au lieu de « dénoncer » sans arrêt les méchants dirigeants de pays comme la Russie, la Chine, l’Iran, Cuba, au nom des droits de l’homme, ce que la gauche anti-anti-guerre adore faire, nous devrions les écouter, dialoguer avec eux, et faire comprendre leurs points de vue politiques à nos concitoyens.

Evidemment, une telle politique ne résoudrait pas les problèmes des droits de l’homme, en Syrie, ou Libye ou ailleurs. Mais qu’est-ce qui les résout ? La politique d’ingérence augmente les tensions et la militarisation dans le monde. Les pays qui se sentent visés par cette politique, et ils sont nombreux, se défendent comme ils peuvent ; les campagnes de diabolisation empêchent les relations pacifiques entre états, les échanges culturels entre leurs citoyens et, indirectement, le développement des idées libérales que les partisans de l’ingérence prétendent promouvoir. À partir du moment où la gauche anti-anti-guerre a abandonné tout programme alternatif face à cette politique, elle a de fait renoncé à avoir la moindre influence sur les affaires du monde. Il n’est pas vrai qu’elle « aide les victimes » comme elle le prétend. A part détruire toute résistance ici à l’impérialisme et à la guerre, elle ne fait rien, les seuls qui agissent réellement étant, en fin de compte, les gouvernements américains. Leur confier le bien-être des peuples est une attitude de désespoir absolu.

Cette attitude est un aspect de la façon dont la majorité de la gauche a réagi à la « chute du communisme », en soutenant l’exact contrepied des politiques suivies par les communistes, en particulier dans les affaires internationales, où toute opposition à l’impérialisme et toute défense de la souveraineté nationale est vue à gauche comme une forme d’archéo-stalinisme.

La politique d’ingérence, comme d’ailleurs la construction européenne, autre attaque majeure contre la souveraineté nationale, sont deux politiques de droite, l’une appuyant les tentatives américaines d’hégémonie, l’autre le néo-libéralisme et la destruction des droits sociaux, qui ont été justifiées en grande partie par des discours « de gauche » : les droits de l’homme, l’internationalisme, l’antiracisme et l’anti-nationalisme. Dans les deux cas, une gauche désorientée par la fin du communisme a cherché une bouée de secours dans un discours « humanitaire » et « généreux », auquel manquait totalement une analyse réaliste des rapports de force dans le monde. Avec une gauche pareille, la droite n’a presque plus besoin d’idéologie, celle des droits de l’homme lui suffit.

Néanmoins, ces deux politiques, l’ingérence et la construction européenne, se trouvent aujourd’hui dans une impasse : l’impérialisme américain fait face à des difficultés énormes, à la fois sur le plan économique et diplomatique ; la politique d’ingérence a réussi à unir une bonne partie du monde contre elle. Presque plus personne ne croit à une autre Europe, à une Europe sociale, et l’Europe réellement existante, néo-libérale (la seule possible) ne suscite pas beaucoup d’enthousiasme parmi les travailleurs. Bien sûr, ces échecs profitent à la droite et à l’extrême-droite, mais cela uniquement parce que le plus gros de la gauche a abandonné la défense de la paix, du droit international et de la souveraineté nationale, comme condition de possibilité de la démocratie.

Jean Bricmont 5 novembre 2012

Jean Bricmont est Docteur en Sciences et a travaillé comme chercheur à l’Université Rutgers puis a enseigné à l’Université de Princeton, situées toutes deux dans l’Etat du New Jersey (États-Unis). Il enseigne aujourd’hui la physique théorique en Belgique et est l’auteur de « Impérialisme humanitaire : Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ? »

 

Article publié initialement en anglais : http://www.counterpunch.org/2012/12/04/beware-the-anti-anti-war-left/

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Après quatre jours de répression policière des manifestations contre l’abandon des programmes contre la pauvreté et le chômage à Siliana, le président tunisien Moncel Marzouki est sorti vendredi de son silence. Alors même qu’il a demandé au premier ministre Hamadi Jebali du parti islamiste Ennahda de former un nouveau gouvernement, son gouvernement est en train de travailler en étroite collaboration avec les syndicats et les partis de « gauche » petits bourgeois et menace d’envoyer l’armée contre les manifestants.

Dans sa déclaration télévisée, Marzouki a exigé la constitution d’un nouveau gouvernement restreint de « compétences », reconnaissant que les « attentes sont très grandes face à un rendement insuffisant du gouvernement en dépit des efforts fournis. » Il a ajouté, « Nous n’avons pas une seule Siliana. J’ai peur que cela se reproduise dans plusieurs régions, et que cela menace l’avenir de la révolution. »

Ces événements ont eu lieu quelques jours à peine après le second anniversaire de l’immolation par le feu, le 18 décembre 2010, de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid. Ce suicide avait déclenché une révolte de masse des travailleurs et des jeunes et avait conduit au renversement du président Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier 2011. Ces protestations s’étaient répandues à l’Egypte en forçant moins d’un mois plus tard, le 11 février, le président Hosni Moubarak, autre allié fidèle de l’impérialisme occidental, à démissionner.

Marzouki craint visiblement que les manifestations actuelles deviennent incontrôlables et se transforment en une nouvelle lutte révolutionnaire contre son gouvernement. Durant la nuit de vendredi à samedi, des manifestants qui protestaient en solidarité avec Siliana et les villes avoisinantes de Kef et de Sbeïta ont affronté la police. Samedi, d’autres manifestations de solidarité se sont déroulées à Tunis, Bazerte et Gabès.

Les manifestations se sont poursuivies à Siliana durant le week-end bien que le bilan ait fait état d’environ 300 blessés aux mains de la police, nombre d’entre eux par des tirs de chevrotine causant de graves blessures aux yeux et pour plusieurs victimes une perte de la vue. En représailles, les travailleurs et les jeunes ont attaqué des postes de police et des bâtiments gouvernementaux. Les manifestants ont aussi exigé la libération des prisonniers détenus depuis avril 2011.

L’intérieur du pays souffre d’un sous-développement chronique et connaît un mécontentement croissant face l’incapacité du gouvernement à rehausser le niveau de vie. L’économie se trouve en récession depuis plus d’un an et l’aggravation de la crise économique en Europe, qui achète 75 pour cent des exportations de la Tunisie, devrait aggraver le problème. Le taux de chômage dépasse les 18 pour cent.

Vendredi soir, le gouvernement a envoyé l’armée à Siliana, qui est située à 120 kilomètres au Sud-Ouest de la capitale Tunis, pour remplacer la police. Cette politique est élaborée en étroite collaboration avec la bureaucratie de l’UGTT (Union générale tunisienne du travail). Le secrétaire général régional de l’UGTT, Nejib Sebti, a dit à la presse, « Un accord est intervenu entre les syndicats et des responsables de l’armée pour le retrait de la police et la prise en charge (de la sécurité) par les militaires. »

Lors de cette collaboration avec Ennahda pour envoyer l’armée contre Siliana, l’UGTT a été assisté par le Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT, rebaptisé maintenant PT ou Parti des Travailleurs), maoïste, d’Hamma Hammami, qui présente l’armée comme étant une armée du peuple.

En fait, l’armée tunisienne travaille étroitement avec Washington, comme le fait l’armée égyptienne. La totalité de l’aide militaire américaine octroyée à la Tunisie depuis la révolution est évaluée à environ 32 millions de dollars, soit près du double du montant accordé juste avant la révolution. L’équipement provenant des Etats-Unis représente environ 70 pour cent de l’inventaire miliaire tunisien ; la police reçoit en grande partie son équipement de la France.

L’UGTT est un outil de longue date du régime capitaliste en Tunisie. Le syndicat a joué un rôle clé pour maintenir Ben Ali au pouvoir pendant plus de 20 ans en soutenant ses campagnes électorales et en bloquant l’opposition de la classe ouvrière à son régime. L’année dernière, il avait canalisé les luttes de masse dans une impasse en instaurant une nouvelle constitution bourgeoise qui avait abouti à l’élection d’Ennahda. En tant qu’élément de l’appareil d’Etat tunisien, il est entièrement hostile à la construction d’un Etat fondé sur la classe ouvrière et visant à renverser la bourgeoisie tunisienne et à poursuivre une politique socialiste.

Le gouvernement Ennahda, tout comme le gouvernement des Frères musulmans du président Mohamed Morsi en Egypte, collabore étroitement avec les puissances américaine et européenne pour étouffer et écraser les soulèvements révolutionnaires de la classe ouvrière. Il a soutenu l’OTAN dans la guerre en Libye et assisté de ce fait la mainmise impérialiste sur les ressources énergétiques et minérales stratégiques de l’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de l’Asie centrale.

Les responsables de l’UGTT travaillent maintenant de concert avec Ennahda pour contrôler la classe ouvrière. Vendredi, lors de sa conférence de presse, le premier ministre Hammadi Jebali, a dit avoir rencontré la veille le secrétaire général de l’UGTT, Hassine Abbassi. Il a souligné que, « les deux parties ont exprimé clairement leur volonté d’aller vers le dialogue et l’apaisement. Les véritables solutions consistent à imaginer, ensemble, des projets de développement qui répondent aux attentes des citoyens du gouvernorat de Siliana. »

A Siliana, l’UGTT a exigé la démission du gouverneur régional, Ahmed Ezzine Mahjoubi, et que le gouvernement « invite les syndicats à dialoguer. »

Dimanche, Mahjoubi a en effet démissionné et l’UGTT a cherché à réduire progressivement les protestations en réclamant une « suspension provisoire » de la grève.

Tandis que sa police brutalisait la population de Siliana, le gouvernement Ennahda organisait une foire commerciale du 28 au 30 novembre, promettant au capital étranger des possibilités d’investissement profitables et mettant en avant la compétitivité des entreprises industrielles tunisiennes.

Une réunion qui s’est tenue le 19 novembre à Bruxelles entre des responsables tunisiens et de l’UE a établi un partenariat économique ayant pour « obligation de respecter les principes de l’économie de marché, et le libre échange » ainsi que « la mondialisation de l’économie. » De tels accords consistent tout simplement à accepter le dictat du capital financier, notamment l’imposition de salaires de misère aux travailleurs tunisiens pour concurrencer même les travailleurs les plus mal payés des pays plus pauvres du Tiers monde.

Cette politique jouit d’un vaste soutien au sein de la bourgeoisie tunisienne. Le 29 novembre le journal économique tunisien, L’Economiste, a commenté, « Nous ne pouvons nourrir une plus grande ambition en matière d’insertion dans l’économie mondiale et maintenir… cette digue protectrice qui atrophie le développement de ces secteurs, lourdement handicapés par un déficit de compétitivité du fait d’une protection excessive. »

Sur cette base, la Banque mondiale a approuvé le 27 novembre un prêt de 500 millions de dollars à la Tunisie pour le financement de réformes économiques.

 

Article original, WSWS, paru le 4 décembre 2012

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Propagande : Promouvoir la « guerre juste »

décembre 5th, 2012 by Serge Charbonneau

Une équipe de  Radio-Canada s’est rendue en Syrie. C’est une bonne nouvelle. Cependant, cette équipe s’est  limitée au côté “rebelle” de la crise.

On dit que le gouvernement syrien  n’accorde pas de visa aux journalistes. Il serait intéressant qu’on nous  fasse un reportage avec enregistrement des conversations téléphoniques et caméra  cachée lors de tentative de rencontre aux diverses ambassades syriennes pour  l’obtention de ce visa.

On peut mettre en doute le  sérieux des démarches de Radio-Canada ainsi que de tous les  médias pro-guerre pour obtenir de tels visas.

Plusieurs journalistes ont été en  Syrie. Entre autres:

- Lyse Doucet, de la BBC à  Damas:

http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-15057230

Lyse  Doucet se fait rabrouer par un citoyen syrien à Damas

(à  voir)

http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-15057236

Traduction ici :

http://www.dailymotion.com/video/xmmwkd_1-8-syrie-erreur-ou-manipulation-d-arte-sofia-amara_news

À 2  minutes du début.

- Georges Malbrunot, du Figaro

qui participait au voyage de  presse le 22 août 2011.

http://www.lefigaro.fr/international/2011/08/23/01003-20110823ARTFIG00642-les-opposants-syriens-saluent-la-chute-de-kadhafi.php

- Gilles Jacquier était aussi en  Syrie

Ce  journaliste a été tué à Homs lors d’une attaque des rebelles en janvier  2012.  Il était en compagnie de  plusieurs journalistes, suisses, belges et libanais. Leur séjour avait été  organisé par Sœur Marie-Agnès, une religieuse libanaise installée près de  Homs.

http://www.lefigaro.fr/international/2012/01/20/01003-20120120ARTFIG00667-jacquier-aurait-ete-victime-d-une-bavure-des-insurges.php

- Marc George,  directeur de Médialibre.eu

Son long témoignage, en 5 parties:

http://www.youtube.com/watch?v=B0BhxRpcqqo&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=aBoM_cyNX_U&feature=relmfu

- Robert Fisk du journal britannique The  Independent 

« Les officiels syriens sont méfiants de voir  leur parole déformée par nos médias pour servir la cause de notre diplomatie  belliqueuse. Et nos journalistes se plaignent de ne pouvoir aller en Syrie.  Pourtant Robert Fisk parvient lui, à interviewer à Damas, le chef de la  diplomatie syrienne qui ne s’était pas exprimé depuis le début de la crise. Et  il le fait sans concessions à la langue de bois syrienne. Chapeau bas M.  Fisk.  »

http://www.centpapiers.com/syrie-interview-exclusive-de-walid-muallem-ministre-des-affaires-etrangeres-par-robert-fisk/104908 

« Après avoir passé une bonne période de temps  sur la scène de la bataille en Syrie, le journaliste anglais chevronné Robert  Fisk, correspondant au Moyen-Orient du quotidien britannique The Independent  reconnaît la présence intensive d’éléments étrangers dans les rangs de la  soi-disant « Armée syrienne libre » (ASL). Au lieu de qualifier cette rébellion  armée de « révolution populaire » à la manière de ses collègues occidentaux, et  après avoir analysé et témoigné des «faits » réels sur le terrain, le journaliste  anglais utilise désormais le terme de « combattants étrangers », pour qualifier  ceux qui combattent le régime en Syrie. »

http://fr.sott.net/article/9191-Robert-Fisk-sur-la-Syrie-Armee-de-rebelles-C-est-une-bande-d-etrangers

Autres articles de Robert  Fisk:

‘They snipe at us then run and  hide in sewers’

http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/robert-fisk-they-snipe-at-us-then-run-and-hide-in-sewers-8063515.html

Traduction ici:

« Ils nous tirent dessus puis  courent se cacher dans les égouts »

http://lavoixdelasyrie.com/data/?p=4798

The bloody truth about Syria’s  uncivil war

http://www.independent.co.uk/voices/commentators/fisk/robert-fisk-the-bloody-truth-about-syrias-uncivil-war-8081386.html

Traduction ici:

La réalité sanglante d’une guerre  peu civile en Syrie

http://www.pcfbassin.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=5628:robert-fisk–la-realite-sanglante-dune-guerre-peu-civile-en-syrie&catid=62&Itemid=8

Robert Fisk, journaliste  indépendant, s’est rendu à Deraya

http://www.europalestine.com/spip.php?article7587

- Webster Tarplay

En novembre 2011,

De Damas, en entrevue avec la  télévision russe

http://www.voltairenet.org/article171932.html

s’adressant à la foule

http://www.youtube.com/watch?v=Is_DYXolAeM

- Thierry Meyssan celui considéré comme  un pestiféré depuis sa remise en question des événements du 11 septembre  2001.

Le voici en Syrie suite à  l’attaque du studio de télé Al-Ikhbariy:

http://www.dailymotion.com/video/xrw640_syrie-2012-06-30-th-meyssan-destruction-de-la-television-al-ikhbariy_news

- Alain Soral qui n’a guère plus de  crédibilité aux yeux de certains

http://www.dtom.fr/archives/alain-soral-en-syrie/

Le témoignage de sa visite:

http://www.youtube.com/watch?v=3nek77xqJVA

On pourrait allonger la  liste.

Plusieurs journalistes russes,  iraniens, latinos américains sont sur place.

Cependant, il semble que ce soit  tous des menteurs aux yeux de nos braves journalistes de Radio-Canada.  Les  « faits »  qu’ils rapportent semblent être, selon  nos journalistes radio-canadiens, “douteux”, comme l’insinue Michel Viens lors  de la présentation du reportage de Jean-François Bélanger sur la “vision” russe  du conflit syrien:

http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/6501401

Et pourtant, les reportages de la  télé russe (RT) ou iranienne (PressTV) sont de qualité :

A Day In Homs

http://www.presstv.ir/doc/detail.html?name=A%20Day%20In%20Homs

Missiles for Syrian rebels:  Smuggled Manpads may end up in extremist hands

http://rt.com/news/syria-rebels-aircraft-manpad-732/

En voyant tous ces gens qui se  sont rendus en Syrie pour différents reportages, on constate que la supposée  non-autorisation des autorités syriennes pour le journalisme est un fabuleux  prétexte pour certains voulant faire la promotion du côté rebelle.

Pour éviter de nous montrer trop  clairement la réalité par les  « faits »  on utilise le prétexte des visas et on  nous offre des visites guidées chez les très accueillants rebelles.  Les stratèges rebelles connaissent très  bien l’importance de l’arme médiatique, cette arme de manipulation massive.  De plus, les stratèges rebelles  excellent dans le discours. Nos  bataillons médiatiques occidentaux nous rapportent alors leurs «mots» “émouvants”.

Ce prétexte du visa impossible à  obtenir a été utilisé en Libye et maintenant en Syrie.  On a pu ainsi nous cacher la réalité du  conflit libyen et on nous cache, de la même façon, la réalité du conflit  syrien.

Une seule réalité  existe. Et nous avons deux visions de celle-ci qui  s’opposent. Qui fait du journalisme ?   Et qui fait de la propagande  ? Il faut bien s’attarder aux « faits » et mettre de côté les nombreux «mots». Surtout les «mots» des  belligérants.

La première victime des guerres c’est  la  Vérité. Voilà pourquoi il faut rechercher  les  « faits »   et se méfier grandement des   «mots». Comment peut-on prendre les  discours des rebelles comme étant pure et angélique Vérité ? C’est pourtant ce que font les  journalistes de Radio-Canada ! On nous relaie les  «mots» de ces tueurs comme étant pure  Vérité.   Ces gens nous sont  présentés comme n’ayant aucun tort.  Et pire, ils nous sont présentés comme des défenseurs de la  démocratie.  Ces gens qui refusent  toutes négociations et tout règlement pacifique et démocratique du conflit.  Ces gens qui ne jurent que par les armes  et par « allah ô akbar ».

Tout gouvernement agirait  exactement comme agit le gouvernement syrien dans une pareille situation: il  combattrait de façon musclée ces terroristes qui tuent, pillent, sèment le chaos  et terrorisent la population.

Radio-Canada nous dresse un  portrait angélique de ces “bons” et vaillants tueurs. Et Radio-Canada met de côté  plusieurs éléments importants. Comment peut-on faire fi de  ceci :

Des centaines de milliers de  Syriens défilent…

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/06/17/2525622_des-centaines-de-milliers-de-syriens-defilent-contre-l-ingerence-et-les-mensonges.html

Manifestation monstre à Damas

http://www.dailymotion.com/video/xlmp87_syrie-rassemblement-de-pro-regime-a-damas_news

Autre grande manifestation  pro-Assad à Damas

http://www.youtube.com/watch?v=IblvBR8yEUw

De telles manifestations se sont  déroulées dans plusieurs villes de Syrie à maintes reprises.

Ce ne sont pas des «mots», ce sont des « faits ».

M. Chartrand s’est rendu parmi  les rebelles à Alep. Ces tueurs sont en grande partie  les principaux responsables de la destruction de cette magnifique ville  historique.

Voici  Alep l’an dernier:

http://www.youtube.com/watch?v=WvaQ5ZUvDR8

Comment peut-on faire fi de ceci  ?

Et aussi comment peut-on faire fi  de ceci:

55 morts dans des attentats à  Damas

http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20120510.OBS5263/syrie-deux-attentats-font-des-dizaines-de-morts-a-damas.html

Double attentat meurtrier à  Damas

http://www.wat.tv/video/syrie-double-attentat-meurtier-4n9pv_2i6xp_.html

Au moins 15 morts dans un  attentat à Homs

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/12/02/au-moins-15-morts-dans-un-attentat-a-homs-en-syrie_1798895_3218.html

Trois attentats à la voiture  piégée à Alep

http://www.zinfos974.com/Syrie-Trois-attentats-a-la-voiture-piegee-a-Alep_a47934.html

Un attentat frappe le pouvoir en  Syrie

http://www.france24.com/fr/20120718-liveblogging-beau-frere-president-assad-ministre-defense-tues-attentat-damas-syrie

Le terrorisme est clairement  présent.  Les « faits » crèvent les yeux.

Ces rebelles qui selon  Radio-Canada sont des anges luttant pour la liberté et la “démocratie” sont des  terroristes.  La Syrie est aux prises avec le  terrorisme.  Tout gouvernement  agirait comme le fait le gouvernement syrien.  Radio-Canada nie que la Syrie est aux prises avec des  terroristes.   Radio-Canada  boit les «mots» de ces “anges” (sic) de la “liberté” (sic) et ferme les yeux sur  leurs actes crapuleux.

Et le pire… Comment peut-on faire fi de ceci  : Les actes barbares ! Ces fanatiques se livrent à des  actes d’une barbarie incroyable. Et comble de leur fanatisme, ils  vont même jusqu’à tourner leurs actes barbares tellement ils se sentent investis  d’une mission divine ou sont atteints d’une démence d’une extrême  dangerosité.  Leurs actes sont d’un degré de  bestialité que même les bêtes n’atteignent pas.

- On traine des gens vivants  derrière des autos.

http://www.youtube.com/watch?v=aoO4fgvtIJg&feature=player_embedded

- On jette du haut d’un toit des  gens vivants.

http://www.youtube.com/watch?v=fN4r9Hl6xdc&feature=plcp&bpctr=1354614057

- On torture

http://www.youtube.com/watch?v=YwAe5iop_c8&feature=player_embedded

- On exécute sommairement

http://rt.com/news/syria-rebel-massacre-aleppo-627/

- On égorge.

- On décapite  au couteau de cuisine.

Des atrocités «incroyables» !

Un seul exemple vidéo suffit (et  il y en a beaucoup):

Commis à Alep: un citoyen  pro-Bachar se fait décapiter

(Des images insoutenables):

http://www.youtube.com/watch?v=E0z8CQXMNBQ&feature=g-all-u

Radio-Canada, à l’instar de leurs  acolytes des médias de masse occidentaux, ferme les yeux sur ces atrocités  commises par ces gens qu’ils nous décrivent comme étant des “anges” de la  démocratie. Pour Radio-Canada, le  gouvernement syrien ne combat pas des terroristes fanatiques sanguinaires, mais  de “bons” citoyens se défendant légitimement ! Si on observe les « faits », qui donc nous offre des  reportages conformes à la réalité ?

Les Russes ou Radio-Canada (voir  le reportage de JF Bélanger

http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/6501401 ).

Qui donc se livre à de la  propagande ?

Il y a près d’un an, le 30  janvier 2012

sous l’article

« Syrie : violents affrontements  en banlieue de Damas  »

( Par la date et le titre, on  constate que la situation et la propagande n’évoluent guère ! )

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2012/01/30/004-violences-syrie-oci-onu-protection-civils.shtml

À 10h06, un commentaire:

Il ne  s’agit pas de manifestation, mais bien d’affrontements  armés. 

On nous  présente la guerre peu à peu, avec évidemment une nette prise de position en  faveur de ces groupes organisés et financés probablement par les fanatiques  religieux d’Al-Qaïda associés aux prédateurs de  l’Occident. 

La tuerie  prend maintenant de l’ampleur. 

On  emploie exactement la même technique qu’en Libye.

La guerre  tant souhaitée est engagée. 

Nous  aurons probablement des journalistes sur le front, évidemment sur le côté des  bons (sic) rebelles.

Et effectivement, nous avons eu  des journalistes sur le front aux côtés des “bons” rebelles !

En voici quelques exemples :

Reportage en Syrie interdite  (France 24)

http://www.youtube.com/watch?v=49LHMOgpIks

La Presse en Syrie: la guerre  rue par rue

Michèle Ouimet

http://www.lapresse.ca/international/dossiers/crise-dans-le-monde-arabe/syrie/201209/29/01-4578772-la-presse-en-syrie-la-guerre-rue-par-rue.php

Le 7 avril 2012, M . Chartrand nous  faisait un reportage sensiblement identique à ceux de la semaine dernière:

Un envoyé spécial de Radio-Canada  pénètre clandestinement en Syrie

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2012/04/05/006-syrie-chartrand-clandestin.shtml

Finalement, le reportage  clôturant la semaine intense de Radio-Canada “sur le terrain rebelle” en  Syrie.

À l’émission « Une heure sur  terre  » du 30 novembre 2012 :

http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/6505410

Que nous apprennent tous ces  reportages ?

1 -  Que les rebelles sont de bonnes  gens.

On décrit leur occupation de  bonnes gens avant qu’ils soient “obligés” (sic) de prendre les armes.

2 -  On nous décrit la guerre.  C’est horrible la guerre.  On nous la décrit lorsque c’est  utile.  On ne nous a jamais décrit  les atrocités de la guerre d’Irak, ou d’Afghanistan, ou celles que peut faire  Israël au Liban ou à Gaza, ou celle qu’a faite l’OTAN en Libye [1]

3 -  On nous dit que les “vaillants” rebelles  ont besoin d’armes !

(Et on sous-entend de «renfort».)

Nous n’apprenons strictement rien  d’autres.

La propagande vise  l’émotion.

On ne nous apprend strictement  rien, mais on nous émeut intensément.

L’utilisation des enfants est  presque indécente.  Quoi de mieux  que des enfants irrésistibles pour venir nous émouvoir !

Le scénario de ces  reportages-propagande est toujours identique.

1 – On nous présente ces  valeureux rebelles en nous mentionnant leur noble occupation avant leur  “obligation” (sic) de prendre les armes:

Extraits des reportages:

- «Il étudiait  l’architecture… »

-  «Il était policier… »

-  «Kamel a déserté l’armée… »

-  «Avant d’être soldat, il a étudié la  littérature anglaise à l’université… »

-  «Bradek était instituteur… »

-  «La plupart étaient des citoyens  ordinaires, ils sont devenus des “soldats” (sic) par la force des choses… »

2  -  On nous montre leurs armes “vétustes” «comme ce mortier artisanal» !

3 – On  nous émeut sur leur “manque” (sic) d’armes et leur “besoin” de renfort pour  affronter ces soldats “féroces” de Assad.

Finalement, ce sont tous de bonnes personnes qui tuent des  “méchants”.

On  nous présente les  « plus que bons »  rebelles ! On dit  que les gens ont laissé leur demeure “à cause des bombardements”  ! Mais on  oublie de dire que l’on bombarde parce que les rebelles «occupent» la place et  que bien souvent les gens ont été chassés de leur lieu de vie ou enrôlé de force  par les rebelles.

Il y a  de fortes chances que la population fuit les terroristes bien avant les  bombardements.  Mais nos braves  reporters ne s’intéressent pas vraiment à cette question.  On évite de trop rencontrer la  population.  On préfère passer le  micro aux “valeureux” et angéliques rebelles.

Pour  Radio-Canada, les rebelles ne sont pas des terroristes.  Pour preuve (sic), les rebelles le  disent eux-mêmes ! (Et ce, dans tous les  reportages-propagande.)  De  braves gens, pas des terroristes,  foi de « allah wakbar » ! Mais  la population, elle, qu’en dit-elle ?

L’équipe propagandiste de RC se garde bien de trop la  questionner afin de répondre clairement à cette question. Cette  population qui s’est fait littéralement déloger par ces rebelles est totalement  terrifiée par ces malades qui ont envahi leur ville  paisible.  Et on  se garde bien de demander à ces angéliques rebelles d’où vient leur financement,  leurs armes, leurs équipements et leurs vivres.

Ces  reportages-propagande se résument à

- dorer l’image du “bon” rebelle,

- salir les autorités qui luttent contre ces terroristes

- nous  faire accepter et même désirer que nos impôts servent à envoyer des armes à ces  terroristes luttant pour “le bien”.

- nous  faire accepter cette autre guerre d’invasion déguisée en guerre  “humanitaire”.

Rien  d’autre ne se dégage de ces reportages puant la propagande la plus  infecte.

La  semaine de propagande de Radio-Canada semble avoir été faite en guise de  préparation psychologique au déclenchement du massacre  massif.

- On  déploie des missiles en Turquie.

- Les  ÉU menacent en utilisant le prétexte désormais classique des armes de  destruction massive chimique.

- On  tente toujours d’obtenir le feu vert du cirque de l’ONU.

La  fermeté de la  Russie et de la  Chine va-t-elle suffire à empêcher ce nouveau massacre  d’envergure ?

Croisons-nous les doigts.

 

Serge  Charbonneau

Québec

 

[1] Libye

Huit mois d’intenses  bombardements quotidiens.  Près de 2  000 sorties officielles de bombardements. 30 000 bombes larguées dont 696 par  notre (sic) Pays le Canada.

«Le Canada, avec ses deux  escadrilles, a effectué 1539 sorties aériennes entre le 21 mars et le 31  octobre. Au total, presque 700 bombes (696, pour être précis) furent larguées  par le Canada sur le territoire libyen.»

http://rancourtjf.wordpress.com/2012/06/08/la-position-canadienne-face-a-la-crise-libyenne-de-2011-2/

Les CF-18 canadiens bombardent  Tripoli

http://www.lapresse.ca/international/dossiers/crise-dans-le-monde-arabe/le-canada-face-a-la-crise/201106/16/01-4409910-les-cf-18-canadiens-bombardent-tripoli.php

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Pour la première fois est mentionné dans la presse turque que ceux qui se chargent de la préparation militaire de ladite « Armée Syrienne Libre », ou ASL, dans des camps prévus à cet effet, en territoire turc, sont des éléments de l’entreprise de sécurité SADAT [1], spécialisée dans le secteur de la Défense et de la formation paramilitaire.

Cette société turque serait à la recherche d’officiers susceptibles d’être engagés pour un salaire mensuel de cinq mille dollars et se déclare prête à offrir ses services aux pays du « printemps arabe », tels l’Egypte, la Libye, le Yémen et la Tunisie.

Ainsi, la société SADAT [immatriculée au Registre turc du Commerce le 28 Février 2012 sous le numéro 8015] annonce sur son site Internet qu’elle est apte à former à la guerre régulière ou irrégulière, ainsi qu’à des opérations militaires spéciales. Ces activités étant illégales, ses administrateurs auraient affirmé que le gouvernement turc s’occupe de leur dossier en vue d’accorder une légitimité juridique à leur exercice.

Il se dit que la fondation de cette société s’est inspirée de l’entreprise de sécurité américaine « Blackwater » qui s’est illustrée par la noirceur de ses activités criminelles en Irak et en Afghanistan, ainsi que de l’entreprise de sécurité « MPRI » qui s’est tout autant illustrée dans l’ex-Yougoslavie [2]. Son fondateur annoncé, le Général à la retraite Adnan Tanriverdi, aurait rencontré le Premier ministre Erdogan le 20 Février 2011 afin de discuter des modalités de son recrutement dans les rangs de l’AKP [Parti pour la justice et le développement], pour ensuite le nommer au ministère turc de la Sécurité intérieure où son pouvoir et son influence pourraient lui  permettre de se hisser au poste de ministre de la Défense.

C’est dans ce contexte, que le journal turc Yurt a présenté un documentaire sur la « machinerie lourde turque » en train de  préparer les lieux et d’ouvrir les passages pour des camps supplémentaires destinés aux combattants et/ou aux prétendus réfugiés syriens, pendant que d’autres Services de sécurité étrangers s’occupent aussi d’entraîner la soi-disant ASL [3], et que des organes officiels turcs se soucient de leur équipement et de l’ensemble de leurs besoins.

Al-Jaml

4/12/2012

http://shamtimes.net/news_de.php?PartsID=1&NewsID=5370

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Notes :

[1] SADAT Inc. International Defense Consulting

http://www.sadat.com.tr/en/

SADAT Inc. Is the first and only company in Turkey, providing consultancy services at the international defense sector and that provides military training.

SADAT Inc. had been found under the presidency of retired General Adnan TANRIVERDI, by 23 officers and noncommissioned officers who are all retired from various troops of Turkish Armed forces, and it had initiated its activities after its Corporation Charter is published at the February 28th 2012 dated and 8015 numbered issue of the Turkish Trade Registry Journal

[2] MPRI est à Blackwater ce qu’un général est à un sergent

http://www.michelcollon.info/MPRI-est-a-Blackwater-ce-qu-un.html

[3] Voyez et écoutez ceux qui tuent le peuple et les soldats en Syrie

شاهد من يقتل الشعب والجيش السوري في سوريا.

http://www.youtube.com/watch?v=MmzqHIRcWQg&feature=share

 

NB : Ici, l’accent est incontestablement nord-africain et plus particulièrement libyen : « On arrive Bachar… Takbir : allahou Akbar… »

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Dans quelques jours, il y aura 25 ans que la plus grande catastrophe industrielle de l’Histoire a eu lieu en Ukraine, entraînant une contamination radioactive irréversible d’une large partie de l’hémisphère Nord. L’accident du 11 mars 2011 qui a mis hors de contrôle 4 réacteurs nucléaires à Fukushima (Japon) risque bien de s’avérer par l’ampleur de ses conséquences humaines et écologiques, plus catastrophique encore que celui de Tchernobyl.

Ces catastrophes étaient prévisibles ; un sérieux avertissement avait été l’accident de Three Miles Island en 1979, aux Etats-Unis, le pays qui a vu naître l’industrie nucléaire dite pacifique. Le fait que les conséquences humaines de Three Miles Island aient été limitées, du moins en apparence, a pu entretenir l’illusion que les ingénieurs du nucléaire et les scientifiques concernés pouvaient garantir une maîtrise suffisante de la technologie pour que nous puissions vivre avec le nucléaire.

La catastrophe de Tchernobyl a ouvert les yeux de nombreux responsables politiques qui ont bien dû admettre qu’une catastrophe hautement improbable était possible. Le déclin de l’industrie nucléaire dans le monde s’est concrétisé, faisant suite au coup d’arrêt donné aux Etats-Unis par la perte de confiance générée en 1979 par les événements de Three Miles Island.

Mais le lobby nucléaire n’a pas désarmé. Utilisant la pratique particulièrement efficace de la désinformation, jouant sur l’argument de la supériorité de la technologie occidentale et sur les prétendus atouts du nucléaire face au réchauffement climatique, ce lobby, cautionné par des institutions scientifiques apparemment indépendantes ont progressivement réussi à réhabiliter le nucléaire comme solution acceptable des problèmes énergétiques.

Le désastre de Fukushima est le troisième avertissement donné à une humanité déboussolée. Il n’est pas sûr qu’il soit suffisant pour convaincre les « responsables politiques » de l’absolue nécessité de se passer d’une énergie potentiellement aussi dévastatrice.

En Europe, et c’est notamment le cas de la Belgique, plusieurs Etats nucléarisés ont remis en cause l’option de sortie du nucléaire adoptée il y a quelques années.

Nous espérons que les faits mis en évidence ci-après seront suffisamment éclairants pour conscientiser les citoyens et ébranler définitivement les décideurs.

2. La désinformation se porte toujours bien.

Qu’il s’agisse de Three Miles Island, de Tchernobyl et aujourd’hui de Fukushima, le souci de protéger l’image de l’industrie nucléaire l’a systématiquement emporté au point de travestir ou de cacher les faits, au détriment des populations concernées. 2.1. A Three Miles Island, la version officielle des événements veut que les rejets radioactifs aient été très limités et n’aient pas eu d’incidence sur les populations riveraines. En réalité, le bilan est loin d’avoir été négligeable :

- il y a eu, dans les premières heures qui ont suivi l’accident, rejet massif (plusieurs millions de curies) de gaz rares radioactifs (Xénon et Krypton), lesquels n’ont pas été mesurés, vu le désarroi ambiant ;

- des relâchements périodiques de gaz radioactifs ont eu lieu au cours des mois qui ont suivi (grandes quantités de krypton 85) ;

- les grands volumes d’eau contaminée présente dans l’enceinte et le système de refroidissement (respectivement 2 millions et 350 000 litres avec un taux moyen de contamination de 4 milliards de Bq par litre) ont fait l’objet de rejets fractionnés étalés dans le temps.

Il est donc incorrect de classer l’accident au niveau 5 de l’échelle INES comme le font les instances de contrôle internationales.

De plus, une étude portant sur la période 1979-1998, publiée en 2003 (1) met en évidence une augmentation du taux de cancers du sein et d’affections des tissus lymphatiques et hématopoïétiques en relation avec le niveau évalué d’exposition aux rayonnements chez les résidents proches de TMI.

En 1979, les responsables US de la sécurité nucléaire ont rejeté l’éventualité d’une fusion du cœur du réacteur, laquelle avait pourtant bien eu lieu.

Citons à ce sujet, Philippe Jamet, commissaire de l’Agence de sécurité nationale française (ASN) qui s’exprime ainsi en 2006 dans la Recherche : « Si l’injection de sécurité ne fonctionne pas, le niveau d’eau dans la cuve va encore baisser, le cœur va se découvrir, le combustible chauffe, les gaines qui le protègent vont se fissurer largement et des gaz et des produits de fission vont être émis. Cela peut aller jusqu’à la fusion du cœur du réacteur. C’est ce qui s’est passé en 1979 à Three Miles Island, aux Etats-Unis. A l’époque, personne n’y avait cru. Ce n’est que six ans plus tard, grâce à une sonde envoyée dans la cuve du réacteur, que l’on a eu la preuve que le cœur avait bel et bien fondu : il faut se figurer un magma, de la lave à 3000 degrés. Le corium, résultat de la fusion des métaux du cœur et de l’uranium combustible, avait coulé sur le côté et atteint le fond de la cuve. Il ne l’a pas traversée, mais on n’en a sans doute pas été très loin. Les opérateurs de la centrale ont réussi in extremis à sauver le cœur en injectant tardivement de l’eau. » (2). En clair, après 6 ans de désinformation, il a bien fallu reconnaître, très discrètement d’ailleurs, des faits dérangeants révélant le désarroi des experts face à des événements imprévus et leur ignorance de scénarios catastrophiques potentiels.

2.2. A Tchernobyl, en 1986, les autorités soviétiques ont tout fait pour camoufler l’ampleur du désastre et empêcher une information correcte de se diffuser. Des ordres ont été donnés par les responsables politiques à destination du milieu médical pour refuser tout lien entre certaines pathologies et l’exposition aux rayonnements, notamment chez les 600 000 liquidateurs. (3) Certains gouvernements occidentaux n’ont pas été en reste ; le gouvernement français et les responsables de la sécurité nucléaire du pays ont fait passer le message d’une protection totale du territoire national contre tout risque d’irradiation. La cacophonie européenne s’est manifestée en Belgique par des décisions incohérentes en matière de confinement du bétail : la Région wallonne considérant le risque de contamination des herbages comme négligeable, au contraire du gouvernement fédéral qui recommandait le maintien des bovins à l’étable pendant quelques jours pour éviter l’ingestion d’iode radioactif.

Au fil des années, les agences internationales ont volontairement minimisé les conséquences sanitaires de la catastrophe. Les estimations fournies conjointement par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) publiées en 2005 font état d’une cinquantaine de morts parmi les liquidateurs et de 4000 décès par cancer dans les trois pays les plus touchés par les retombées radioactives, soit le Belarus, l’Ukraine et la Russie (4).

Plus récemment, les mêmes instances ont fini par concéder que quelques milliers de cas de cancers de la thyroïde ont affecté les enfants dans les régions les plus contaminées (tout en insistant sur le fait que le cancer de la thyroïde est le plus souvent curable !).

L’accident aurait selon l’OMS provoqué au total moins de 10 000 morts, le nombre de malades ne dépassant pas 200 000. Ces estimations sont essentiellement basées sur la modèle de risque internationalement accepté émanant de la Commission internationale pour la protection contre les rayonnements ionisants, modèle contredit par de nombreux faits et remis en question par les études effectuées sur le terrain par les scientifiques russes, ukrainiens et biélorusses, études totalement ignorées par les différentes instances internationales.

L’analyse des données relatives à la Biélorussie, à l’Ukraine et à la région de Russie la plus proche de Tchernobyl montre notamment que depuis la catastrophe :

- la morbidité générale des enfants s’est sensiblement accrue en Biélorussie ;

- le phénomène de vieillissement précoce se manifeste clairement : L’âge biologique des personnes vivant de manière permanente dans les territoires contaminés d’Ukraine surpasse l’âge réel de 7 à 9 ans ;

- le syndrome de vieillissement précoce est caractéristique chez les 600 000 liquidateurs qui ont construit le sarcophage de Tchernobyl ; de nombreuses maladies apparaissent chez eux 10 à 15 ans plus tôt que dans la population générale ;

- les atteintes génétiques sont clairement mesurables par la détection très répandue d’aberrations chromosomiques. Les conséquences génétiques de la catastrophe atteindront des centaines de millions de personnes ;

- selon les experts, près de 1 500 000 personnes sont menacées par une affection thyroïdienne, le cancer étant la forme la plus grave de ce type d’affection.

- En Biélorussie, l’incidence de toutes les affections cancéreuses a augmenté de 40% entre 1990 et 2000.

Signalons qu’en Europe de l’Ouest, certaines régions sont à ce jour encore contaminées par la radioactivité notamment au nord de la Scandinavie, en Allemagne, en Ecosse et en Pologne, au point que certains produits qui en sont originaires restent impropres à la consommation (gibier, poisson, champignons), de l’aveu même de la Commission européenne. Au plan sanitaire, les travaux de Martin Tondel et al. (5) sur le cancer dans le Nord de la Suède ont montré un accroissement significatif de 11% du taux de cancer pour une contamination au Césium 137 de 100kBq/m².

Les travaux du CERI (Comité européen pour le risque de l’irradiation) publiés en 2003 (6) et mis à jour en 2010 (7) se basent largement sur les conséquences de Tchernobyl pour remettre en question le modèle de risque de la CIPR et plus particulièrement l’approche des risques dus à la contamination interne, sous-estimés selon eux d’un facteur allant de 200 à 1000 selon le type de contamination. Le modèle CERI a le mérite de rendre compte des faits observés depuis l’avènement de l’énergie nucléaire et montre la sous-évaluation systématique des risques dus aux faibles doses de rayonnement et à la contamination par les radio-isotopes issus de l’industrie nucléaire.

2.3 Depuis le 11 mars, jour où ont eu lieu le tremblement de terre et, en conséquence, le tsunami qui ont provoqué la perte de contrôle des réacteurs nucléaires de Fukushima, les informations en provenance de Tepco, propriétaire de la centrale, de l’Agence de sécurité japonaise et du gouvernement ont toutes laissé entendre que si la situation était grave, la catastrophe pouvait encore être évitée. Evalué initialement au niveau 4 sur l’échelle INES de gravité des accidents nucléaires, ensuite au niveau 5 (comme à TMI), l’accident vient depuis quelques jours d’être réévalué au niveau 7 (comme à Tchernobyl).

Manifestement les responsables japonais visent avant tout à faire croire qu’ils maîtrisent ou sont en voie de maîtriser la situation. Les dissimulations et mensonges de TEPCO au cours de ces dernières années donnent peu de crédit à leurs propos et à leurs prévisions. Mais il y a tout lieu d’être tout aussi méfiants et critiques à l’égard des messages émanant de l’AIEA qui a pour mission de continuer à promouvoir l’énergie nucléaire dans le monde comme le prévoient ses statuts. On ne manquera pas de remarquer à nouveau le silence de l’OMS qui, comme attendu, se contente de répéter les propos et analyses de l’AIEA. Quant aux retombées dans l’hémisphère nord et, en particulier, en Europe et en Belgique, on ne peut pas dire qu’elles font l’objet d’informations précises depuis le 11 mars dernier.

3. Fukushima : un désastre pire qu’à Tchernobyl ?

Il est trop tôt pour faire un état des lieux pertinent des conséquences de la dissémination radioactive dans le monde, d’autant plus que la situation est loin d’être stabilisée. Cependant, il semble bien que les quantités totales d’Iode131 et de césium 137 émises par les réacteurs endommagés à ce jour sont du même ordre de grandeur qu’à Tchernobyl. Les retombées de ces rejets affecteront l’hémisphère Nord avec apparition de zones de concentration dues à la pluie.

Les rapports techniques de l’exploitant (TEPCO) et la NISA (autorité de sûreté japonaise) laissent craindre des rejets pendant des semaines voire des mois. Il est possible que de nouveaux relâchements de vapeur aient lieu afin d’éviter de nouvelles explosions d’hydrogène ; ainsi des phases de rejets massifs peuvent encore avoir lieu.

En outre, il semble légitime de suspecter la survenue d’épisodes de criticité dans les piscines de désactivation ; c’est ce que semble confirmer la mesure de hauts niveaux d’iode 131 dans l’eau de la piscine du réacteur n° 4. Ceci signifie que de nouveaux rejets d’iode 131 sont possibles dans un avenir proche.

Ce qui est maintenant certain, c’est qu’un vaste territoire centré sur Fukushima est rendu inhabitable pour des décennies. Au-delà de la zone d’évacuation, élargie à 30 Km depuis peu, des zones de forte contamination justifient elles aussi une évacuation définitive. Selon NIRS (Nuclear Information and Resource Service- USA), la ville de Namie, située à l’extérieur de la zone d’évacuation, a été exposée à une irradiation globale de l’ordre de 1,7 rems soit 17 fois la dose annuelle considérée comme acceptable pour le public par la CIPR et les institutions internationales. En ce qui concerne le milieu marin, riverain du site de Fukushima-Daiichi, les mesures effectuées à plus ou moins grande distance du site montrent une pollution radioactive importante. Les teneurs en césium 137 et en iode 131 ont atteint respectivement 47 000Bq/litre et 74 000 Bq/l à comparer aux valeurs mesurées dans l’eau du littoral japonais avant l’accident (quelques milliBq/litre de césium 137 et aucune détection d’iode 131). Cette pollution se propagera dans tout le Pacifique et contaminera les espèces vivantes pour longtemps sachant que le césium 137 a une période de 30 ans. Par ailleurs, le phénomène de reconcentration par les espèces vivantes conduit à des teneurs nettement plus élevées que dans l’eau (x 50 pour les mollusques et x 400 pour les poissons, en ce qui concerne le césium 137).

4. Plus vieux, plus dangereux.

L’évolution du risque d’incident grave ou d’accident au long de la vie d’un réacteur nucléaire peut être schématisée par une courbe en baignoire. Le risque est élevé pendant les premiers temps après couplage au réseau (rodage), pour diminuer nettement dans la suite et remonter au niveau de départ en fin de vie (vieillissement). A Three Miles Island, on se trouvait clairement dans la période de rodage. Les réacteurs de Fukushima sont par contre à classer dans la période de fin de vie puisque tous ont été mis en exploitation commerciale respectivement en 1971, 1974,1976 et 1978 pour les unités Fukushima 1, 2, 3 et 4. Lorsqu’on évoque le vieillissement, on pense logiquement au vieillissement lié au fonctionnement, lequel provoque une fragilisation généralisée des matériaux du fait de l’accumulation des sollicitations thermiques et mécaniques et du bombardement neutronique. Cette fragilisation peut conduire à des défaillances graves ou des ruptures de pièces importantes ; elle peut aussi contribuer à une aggravation imprévue d’incidents a priori mineurs. Mais le vieillissement ne touche pas seulement la structure et la machinerie des réacteurs, il touche aussi à leur conception et à leur design.

L’accident de Three Miles Island en 1979 a suscité un important travail de réévaluation visant à tirer les leçons de l’accident pour la filière PWR. On comprend donc que les réacteurs plus anciens, qui ont démarré avant 1979 ont été conçus sans prise en compte de ce retour d’expérience. Ils sont donc doublement vieux, comme Tihange 1, Doel 1 et Doel 2. Les réacteurs de Fukushima-Daïchi sont du type BWR, filière sœur des PWR, qui est née aux Etats-Unis dans les années 60. La filière BWR (à eau bouillante), lancée par General Electric, n’a pas eu le succès commercial escompté, du fait d’un phénomène gênant de fissuration des boucles de recirculation entraînant des pertes de disponibilité importantes des réacteurs. Malgré le succès de la filière au Japon, General Electric a donc révisé dans les années 80 la conception de son réacteur ; elle a développé, en coopération avec les Japonais le modèle dit « avancé » ou ABWR (advanced boiling water reactor) présentant un niveau de risque de fusion du cœur plus faible (8). Les réacteurs de Fukushima 1, 2,3 et 4 étaient donc eux aussi doublement vieux.

5. Ne pas confondre très improbable et impossible.

La spécificité de la catastrophe de Fukushima réside avant tout dans son origine externe (tremblement de terre) et dans la conjonction de deux types d’évènements (tremblement de terre et tsunami) le second étant provoqué par le premier.

En ce qui concerne les tremblements de terre, il est bien connu de longue date que le Japon est très vulnérable face au risque sismique. En 2006, les normes de sécurité anti-sismiques japonaises ont été renforcées. Le sismologue Ishibashi Katsuhiko, professeur à l’Université de Kobe avait averti les autorités de ce que les mesures prises seraient insuffisantes en cas de séisme de grande ampleur. Les faits lui ont malheureusement donné raison. Le 16 juillet 2007, un tremblement de terre a entraîné un incendie et une fuite de radioactivité à la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa. Cette centrale a été mise à l’arrêt pendant plus de 2 ans.

Avant cela, un autre séisme s’était produit en août 2005, affectant la centrale d’Onagawa au Nord de Fukushima ; un autre en mars 2007, dont l’épicentre était à 16 km de Shrika.

En 2008, une secousse de magnitude 6.8 a ébranlé l’Est de Honshu, près d’Onagawa et de Fukushima.

Les avertissements se sont donc multipliés depuis 2005 justifiant la mise en garde du professeur Katsuhiko.

L’attitude de l’opérateur TEPCO et celle du gouvernement japonais et des instances de contrôle peuvent donc être qualifiées d’irresponsables. Au cours des années 70, le risque sismique n’était guère pris au sérieux en ce qui concerne l’implantation et la capacité de résistance des installations nucléaires. Ce fut le cas avec Tihange et plus particulièrement avec Tihange 1 ; les études effectuées sur le graben du Rhin indiqueraient que celui-ci se rapprocherait beaucoup plus de Tihange qu’on ne le croyait. Même si les experts consultés après le tremblement de terre du 8 novembre 1983 dans la région liégeoise sont arrivés à la conclusion que les unités de Tihange possédaient une marge suffisante pour faire face à un tel tremblement de terre, il n’y a aucune raison de croire qu’un tremblement de terre plus important ne puisse avoir lieu. En tout état de cause, la conjonction de plusieurs évènements graves doit être prise en considération pour évaluer le risque, en ce compris la possibilité d’un accident dans une usine classée à haut risque (Seveso), ce qui pourrait empêcher une gestion correcte d’un incident dans une centrale nucléaire.

Faut-il rappeler que la région anversoise où se situe Doel abrite 63 sites Seveso à haut risque et que la région liégeoise en comprend 12 dont plusieurs à proximité de Tihange.

6. Le système de refroidissement de secours de Tihange 1 est-il efficace ?

L’autorité de Sûreté Nucléaire française (ASN) a récemment averti de ce qu’en cas de fuite importante du circuit primaire, le circuit d’injection d’eau de sécurité pourrait s’avérer incapable d’empêcher la fusion du cœur dans les réacteurs de 900MW du parc nucléaire français.(9) « Le système d’injection d’eau de sécurité est le seul dispositif qui permette de retarder une fusion du cœur nucléaire lors d’une fuite importante d’eau du circuit primaire. Son rôle est d’injecter massivement de l’eau borée dans ce circuit pour étouffer la réaction nucléaire et refroidir le cœur. Or EDF découvre, alors que les premiers réacteurs 900 MW tournent depuis plus de 30 ans, qu’elle est incapable de mesurer si l’eau injectée par ce système se répartit uniformément dans les trois boucles du circuit primaire de ces réacteurs ; de l’aveu de l’ASN, cela « pourrait » ne pas permettre de refroidir suffisamment le cœur du réacteur. »

On remarquera que sont concernées 34 unités nucléaires en France, parmi lesquelles les 6 réacteurs de Gravelines, à proximité du territoire belge. Il est clair que le réacteur de Tihange 1, qui appartient à la même génération, est de la même époque et de la même conception et engage en partie le même exploitant, est susceptible de présenter la même anomalie.

Conclusions.

1. Un certain nombre de leçons sont à tirer des évènements graves qui ont affecté l’industrie nucléaire dans un passé récent, la catastrophe de Fukushima malheureusement toujours en cours n’ayant pas été à ce jour complètement élucidée.

2. Il n’est plus acceptable d’évaluer le risque nucléaire sur base de calculs de probabilité manifestement non pertinents en la matière.

3. L’accident de niveau 7 (Tchernobyl et Fukushima) est socialement, humainement et écologiquement inacceptable. Il ne peut pas avoir lieu une troisième fois.

4. Les stress tests proposés au plan européen ne peuvent avoir pour seule fonction de sécuriser l’opinion publique en condamnant l’un ou l’autre réacteur jugé inapte tout en maintenant l’option nucléaire ou en prolongeant la durée de vie des autres. Ils doivent conduire à la fermeture à bref délai des réacteurs les plus dangereux et à la définition (ou la confirmation) d’un calendrier de sortie du nucléaire accélérée.

5. Le gouvernement belge doit entamer un dialogue avec le gouvernement français à propos de la sûreté des réacteurs frontaliers dans une optique de fermeture programmée.

6.Le gouvernement belge doit impulser un processus européen de sortie du nucléaire et d’abrogation du traité Euratom.

 

Paul Lannoye, Docteur en Sciences, Député européen honoraire, Administrateur du GRAPPE

Illustration : Le Chat de Geluck

 

Paul Lannoye participera à la conférence-débat avec projection du film Into Eternity organisée par CINE-DOMO

Bruxelles, 05/12/12 CINEDOMO : Into Eternity avec comme intervenant Paul Lannoye 19h30 au pianofabriek Rue du Fort 35 1060 Saint-Gilles Organisé par CINEDOMO en collaboration avec pianofabriek postmaster@cinedomo.be www.cinedomo.be

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Comme au temps de la guerre froide, les Etats-Unis financent des médias et des journalistes un peu partout dans le monde. L’ennemi n’est plus le communisme, mais    l’islam sous couvert de guerre contre le terrorisme d’al-Qaïda. A la différence de Radio Free Europe, créé en 1949 et qui émet toujours, de    Radio Tamadoun en Afghanistan et des chaînes de télévision comme al-Hurra en Irak ou TV Marty contre Cuba, l’ouverture sur Internet de sites d’information « africains » – lire l’article qui suit (1) - permet maintenant à la communauté du renseignement américaine – 17 services secrets – de savoir nommément qui les visite. La CIA – ou une autre agence – peut ensuite    s’introduire dans la mémoire des ordinateurs, dresser facilement un profil de leur propriétaire, prendre connaissance des données qui s’y trouvent : correspondances, centres d’intérêt,    carnet d’adresses, photos… etc… Aucun mot de passe ne résiste aux décodeurs de dernière génération. On    n’arrête pas le progrès !

Le Defense Clandestine Service    (DCS)

Les services américains vont ainsi se constituer des réseaux de soutien potentiels, dresser des listes d’opposants à leur politique, recruter plus facilement des    espions. On imagine l’intérêt qu’auront ces informations lors d’une opération de déstabilisation, d’un coup d’Etat ou d’une invasion. Un article paru récemment dans le Washington Post (1/12/12) révèle que la DIA (Defense Intelligence Agency) forme 1 600 agents liés au    Commandement américain des opérations spéciales (U.S. Joint Special Operations Command), qui rivaliseront dans le monde avec ceux de la CIA. Une de    leurs priorités sera la surveillance et l’infiltration des groupes islamistes en Afrique. Dans cette perspective, le Pentagone étudie la création d’un nouveau service de renseignement, le    Defense Clandestine Service (DCS).

(1) US Military Behind Africa News Websites, par    Jason Straziuso* (revue de presse – AP – 14/11/12) - Traduction et synthèse : Xavière Jardez:

Un nouveau site, sabahionline.com (2), centré sur la situation en Somalie, et destiné à contrer les messages du    mouvement islamiste, al Shabab, a été lancé en février dernier par le Pentagone et le Département d’Etat. Neuf rédacteurs du Kenya, Tanzanie,    Djibouti, Somalie, y contribuent. Il fait partie, avec un autre site, magharebia.com, (Libye, Algérie,    Maroc, Mauritanie) de l’effort de propagande de l’Africom basé à Stuttgart, pour rivaliser avec les extrémistes des deux régions les plus    dangereuses en Afrique, la Somalie et l’Afrique du nord.

3 millions de dollars

Grâce aux publicités émises sur d’autres sites web, sabahionline.com attire de nombreux visiteurs uniques. Les    militaires US les estiment à 4000. De plus, 10 000 articles sont lus par jour, sans qu’on sache qui est derrière l’opération. Le secrétaire général de l’Union nationale des Journalistes somaliens qualifie de professionnels les articles qui sont chargés, mais craint que cela ne mette en péril la vie de ceux qui    y contribuent.

Africom finance ces deux  sites à hauteur de 3 millions de dollars pour les reportages, la traduction, la    publication, etc. et pense que les dividendes sont à la clé.

Cependant, pour Seth Jones, directeur associé de International Security and  Defense Policy Center à la    Rand Corporation, à Washington, la question est de savoir si « les Etats-Unis sont capables de jauger    si les locaux les considèrent comme des sources d’informations légitimes et les lisent. Si non, on peut se demander ce que les Etats-Unis reçoivent pour leur fric ? »

Titre et intertitre : AFI-Flash

* http://www.informationsclearinghouse.info/article33026.htm

(2) http://www.democraticunderground.com/11791392

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Gaza City. Ces derniers jours ont été tourmentés à Gaza, et ont pourtant toujours été exaltants alors que les habitants doivent continuer à vivre après l’opération meurtrière de huit jours « Pilier de Défense », lancée par l’armée israélienne, qui a fait plus de 160 morts et plus de 1000 blessés, dont beaucoup dans un état grave, parmi les Palestiniens. « Continuer à vivre » à Gaza ne signifie pas reprendre une routine prévisible ou retourner à un ensemble raisonnable d’aspirations à la tranquillité, qui représentent la vie quotidienne dans la plupart des endroits du monde. Cela est exceptionnellement vrai pour les pêcheurs palestiniens qui reprennent lutte quotidienne contre la marine israélienne, afin de pécher dans des eaux qui sont légalement les leurs.

Il n’y a pas eu de cessez-le-feu pour ces hommes qui ont courageusement essayé non seulement d’exercer leurs droits légitimes mais peut-être, de façon plus urgente, de répondre à leurs besoins les plus fondamentaux, comme nourrir leurs familles et payer leurs loyers. Depuis le 26 novembre dernier, 15 pêcheurs ont été arrêtés et six bateaux ont été détruits. En tant que participants d’une délégation d’urgence à Gaza, nous avons eu l’occasion de parler à plusieurs des pécheurs arrêtés, aux membres de leurs familles et à un militant palestinien, Maher Alaa, qui faisait un documentaire sur la situation alors qu’il se trouvait dans l’un des bateaux voisins, qui ont également essuyé des tirs nourris. Nous avons parlé aux membres des familles concernées, dans l’après-midi, mais nous n’avons pu connaître le fin mot de l’histoire que lorsque Maher est rentré dans la soirée.
La scène que Maher a décrite était chaotique, mais pas exceptionnelle. Un seul bateau a navigué sur toute la distance des six milles marins, distance supposée avoir été concédée par Israël comme condition du cessez-le-feu, avant d’être attaqué. La Marine et les hélicoptères israéliens ont attaqué d’autres bateaux, la plupart loin à l’intérieur de cette distance de six milles, par des tirs nourris réguliers du matin au soir. (Il est également essentiel de garder à l’esprit que les Gazaouis s’étaient vu garantir une distance de 20 milles nautiques dans les Accords d’Oslo.) Le bateau de Djamel Baker (20 ans) a été complètement détruit. D’autres ont eu leur moteur détruit par les balles. Cinq hommes de la famille al-Hessi ont reçu l’ordre de se déshabiller et de sauter dans l’eau, une tactique habituelle d’humiliation déployée par la Marine israélienne. Ils ont ensuite été arrêtés sous la menace des armes et leur bateau confisqué pour la deuxième fois en un an. Le bateau des al-Hessi, à lui seul, représentait la source principale de revenus pour l’équipage de 25 personnes et leurs familles qui en dépendent.
Un autre pêcheur gazaoui courageux, Mohammed Mourad Baker (40 ans), a essuyé des tirs et reçu l’ordre de se déshabiller et de quitter son bateau. Selon Maher, ce dernier a regardé droit dans les yeux le capitaine de la canonnière israélienne et a répondu bien fort « Vous pouvez me tirer une balle dans la tête avant que je ne saute dans l’eau ». Il a ensuite enroulé son corps autour du moteur pour le protéger. Cet acte courageux a visiblement pris les soldats israéliens au dépourvu puisqu’il a pu reprendre sa navigation et échapper à la détention.
Dans le sillage d’une guerre de huit jours, que le Dr Khalil Abou-Foul du Croissant-Rouge palestinien décrit comme un « état d’urgence chronique, aigu et prolongé » à Gaza, les actes héroïques de pêcheurs comme Mohammed Baker sont souvent laissés de côté dans les discussions des médias dominants sur les victoires ou les défaites militaires ou diplomatiques.
Il a souvent été dit que « l’existence est la résistance » en Palestine. De ce que j’ai vu ici, les Gazaouis font bien plus que juste exister. Ils se dressent avec dignité et ingéniosité contre un lent processus inhumain de déstabilisation et de colonisation que beaucoup ressentent comme étant destiné à rendre Gaza progressivement inhabitable pour les Palestiniens. Le refus de Mohamed Baker et des autres pêcheurs d’accepter la destruction de leurs moyens de subsistance est une victoire sur la lâche conscience des soldats israéliens pour lesquels tirer sur des hommes non armés est un sport, alors que la plupart d’entre eux sont très pauvres et soutiennent des familles de plus de dix enfants.
Cela réchauffe également le cœur de voir qu’après huit jours aussi traumatisants où beaucoup de personnes ne sont pas sorties de chez elles de peur de mourir, les rues de Gaza sont vivantes. Juste en face de notre appartement de la Tour Al-Bakri, des familles remplissent une salle de mariage. Des douzaines de jeunes s’empilent à l’arrière de camions, tapant avec enthousiasme sur des tambours. Adultes comme enfants rient et se tiennent les mains alors qu’ils dansent le Debke, une danse traditionnelle de mariage. Bien que Khalil Shahin, directeur du Centre Palestinien aux Droits de l’Homme, ait passé de longues nuits sans dormir beaucoup plus que deux heures tandis qu’il décrivait et vérifiait les données sur les victimes et les blessés de ce conflit pour éviter qu’il ne se répète, il sourit toujours joyeusement lorsqu’il parle des plans revigorants pour le mariage à venir de sa fille, qui avait été reporté à cause des combats.
Les après-midi, les enfants sortent des écoles, qui ont souvent servi d’abris pour des milliers de personnes au cours des récents bombardements. Ils shootent dans des canettes et des ballons alors qu’ils s’approchent de notre délégation avec ouverture d’esprit, curiosité et de façon enjouée. Le choc qu’ils viennent juste d’endurer restera probablement avec eux d’une manière ou d’une autre pour le restant de leurs vies, mais le sens très fort de la communauté et de la famille est évident. Je ne peux m’empêcher de me demander comment les enfants et les familles des Etats-Unis s’en tireraient dans de telles conditions, en particulier avec l’effondrement des structures collectives et la focalisation obsessive sur l’individualisme qui caractérise notre culture.
Peut-être que l’une des plus belles choses que j’ai vues au cours de notre courte visite ici est que, malgré la colère tout à fait légitime, les deuils et l’échec du processus politique qui n’a apporté pratiquement aucune justice aux Palestiniens, les Gazaouis que j’ai rencontrés ont mieux à faire que de gâcher leurs vies avec la haine. La souffrance qu’il ont vue tout autour d’eux est trop grande pour la souhaiter aux autres. Juste aujourd’hui, j’étais assis avec le Dr Anton Shihaibar, un médecin palestinien et aussi l’un des 3000 chrétiens de Gaza, qui a décrit en détail son espoir pour une solution qui inclut le soulagement psychologue de toutes les parties impliquées, en particulier les jeunes, afin que les enfants d’Israël comme ceux de Palestine puissent vivre en voisins. Son sentiment n’omettait pas les critiques sur les changement politiques nécessaires qui auraient été dû être depuis longtemps appliqués pour que sa vision devienne réalité. Toutefois, ce que j’ai ressenti en l’écoutant m’a rappelé les mots prononcés si profondément par Mamie Till en réponse au lynchage brutal et raciste de son fils dans le Mississipi en Automne 1955 : « Je n’ai pas une minute pour haïr. Je demanderai justice pendant le reste de mes jours ».
Les paysans gazaouis continuent de demander justice sur la question des droits à la terre. Hier, le 29 novembre vers 9h30, des membres de notre délégation accompagnaient d’autres militants de la solidarité internationale et des Palestiniens, depuis le ministère de l’agriculture jusqu’à la ferme d’Ahmed Hassan Badawi, qui vit et exploite une ferme le long de la frontière avec Israël dans une zone appelée Johr Al-Deek. M. Badawi est resté sur ses terres malgré de multiples incursions et des attaques directes des Forces d’Occupation israéliennes, y compris des attaques durant la récente offensive israélienne qui a tué un grand nombre de ses moutons et de ses poulets.
Un grande partie des terres agricoles d’Ahmed ont été rendues inutilisables par la déclaration arbitraire d’Israël disant qu’elles se trouvent sur une zone tampon, déclaration qui a confisqué plus de 20% de la terre arable de Gaza. Après le cessez-le-feu du 21 novembre 2012, des négociations ont soi-disant été menées afin que Hassan puisse désormais exploiter sa ferme dans les 300 mètres de la clôture frontalière. La distance autorisée a souvent changé et n’a rien à voir avec la loi internationale ou un modèle compréhensible. Après avoir écouté Hassan et d’autres paysans sur leur situation, nous nous sommes approchés de la clôture de barbelés, qui sépare aussi les habitants de Johr al-Deek de leur ancienne source d’eau. En quelques minutes, de nombreux coups de feu ont été tirés dans notre direction par les soldats israéliens. Quelques instants plus tard, des bombes lacrymogènes ont été tirées à quelques pas de là où nous nous tenions. Ce traitement était doux par rapport aux nombreux autres exemples, dont le meurtre du jeune Palestinien, Anouar Abdul Hadi Mousallam Qudaih (20 ans) à Khan Younis, le 23 novembre, ainsi que 14 autres qui ont été blessés.
On n’a pas besoin de voyager loin dans toutes les directions pour assister aux destructions infligées par l’offensive israélienne. Hier, à Tal al-Hawa, nous avons rencontré Ahmed Suleman Ateya. Toute sa maison et une petite oliveraie ont été détruites lorsque Israël a visé une maison vide de l’autre côté de la rue, visiblement utilisée par des militants. Sa maison ne fut la seule a être rasée dans les environs par les frappes de missiles israéliens « guidés avec précision ». Ancien agriculteur, Ahmed a 66 ans et n’a pas d’argent pour reconstruire et aucun endroit permanent pour loger sa famille qui vit chez des parents à Al-Tufah, tandis qu’il cherche des débris métalliques dans les ruines de sa maison pour les vendre pour quelques shekels. Alors que nous parlions avec Ahmed, une agence de secours islamique est arrivée pour lui fournir une couverture épaisse pour l’hiver et quelques autres objets. M. Ateya les a accueillis avec reconnaissance et avec une dignité qui échappe à ceux qui n’ont pas subi de telles pertes.
Les plaies de l’Opération « Pilier de Défense » sont évidentes et les histoires que nous avons entendues sont tragiques, mais un esprit de détermination est également visible dans les yeux des familles que nous avons visitées. La nuit dernière, les Gazaouis étaient dans la rue pour célébrer la décision de l’Assemblée Générale des Nations Unies de rehausser le statut de la Palestine à celui d’Etat observateur non-membre. Les Etats-Unis furent l’un des neufs seuls pays membres de l’ONU, avec Israël et le Canada, à voter contre cette résolution. Malgré tout, les Palestiniens continuent d’étendre l’hospitalité aux membres de notre délégation, aussi inexorablement que les pêcheurs refusent d’être repoussés hors de leurs eaux. Je formule l’espoir que les habitants des Etats-Unis tirent une leçon d’une telle force basée sur l’amitié et la résistance contre les politiques inhumaines, en exigeant que notre gouvernement reconnaisse les aspirations et les droits politiques des Palestiniens qui ont été ignorés jusque-là pendant des décennies.

Joshua Brollier

Article original : “Refusing to Acquiesce in Gaza”

Traduction de l’anglais : Questions Critiques

Joshua Brollier coordonne Voices for Creative Nonviolence.

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L’art de la guerre : Obama la préfère cachée

décembre 4th, 2012 by Manlio Dinucci

Le président Obama n‘aime pas la guerre. Non pas parce qu’il est prix Nobel de la paix, mais parce que l’action belliqueuse ouverte découvre les cartes de la stratégie étasunienne et des intérêts qui en sont à la base. Il a ainsi lancé un grand plan qui, écrit le Washington Post, « reflète la préférence de son administration pour l’espionnage et l’action cachée plutôt que pour l’usage de la force conventionnelle ». Ce plan prévoit de restructurer et potentialiser la Dia (Agence d’intelligence de la défense), jusqu’ici concentrée sur les guerres en Afghanistan et Irak, de façon qu’elle puisse opérer à l’échelle globale en tant qu’ « agence d’espionnage focalisée sur les menaces émergentes, plus étroitement reliée avec la Cia et les unités militaires d’élite ». Le premier pas sera d’augmenter ultérieurement l’organigramme de la Dia qui, doublé pendant la dernière décennie, comprend environ 16.500 membres. Sera formée « une nouvelle génération d’agents secrets » à envoyer à l’étranger. La Cia s’occupera de leur entraînement dans son centre de Virginie, connu comme « la Ferme », où on élève des agents secrets : pour ceux de la Dia, qui constituent aujourd’hui 20% des élèves, seront créés de nouveaux postes.

La collaboration de plus en plus étroite entre les deux agences est témoignée par le fait que la Dia a adopté quelques unes des structures internes de la Cia, parmi lesquelles une unité appelée « Persia House », qui coordonne les opérations secrètes à l’intérieur de l’Iran. Les nouveaux agents Dia fréquenteront ainsi un cours de spécialisation auprès du Commandement des opérations spéciales. Celui-ci est spécialisé, outre dans l’élimination d’ennemis, en « guerre non conventionnelle » conduite par des forces extérieures entraînées à dessein ; en « contre-insurrection » pour aider des gouvernements alliés à réprimer une rébellion ; en « opérations psychologiques » pour influencer l’opinion publique afin qu’elle soutienne les actions militaires étasuniennes. La formation terminée, les nouveaux agents Dia, au départ 1.600 environ, seront assignés par le Pentagone à des missions dans le monde entier. Le Département d’état s’occupera de leur fournir de fausses identités, en en introduisant une partie dans les ambassades. Mais, comme celles-ci sont remplies d’agents de la Cia, on fournira aux agents de la Dia d’autres fausses identités, comme celle d’universitaire ou d’homme d’affaires. Les agents Dia, grâce à leur expérience militaire, sont réputés être plus idoines pour recruter des informateurs en mesure de fournir des données de caractère militaire, par exemple sur le nouvel avion de chasse chinois. Et le développement de leur organigramme permettra à la Dia d’élargir la gamme des objectifs à frapper avec les drones et avec les forces spéciales. Ceci est la nouvelle façon de faire la guerre, qui prépare et accompagne l’attaque ouverte par l’action cachée pour miner le pays à l’intérieur, comme on l’a fait en Libye, ou pour le faire s’écrouler de l’intérieur, comme on tente de le faire en Syrie. C’est dans cette direction que va la restructuration de la Dia, lancée par le président Obama.

On ne sait pas si le néo-candidat premier ministre Pier Luigi Bersani[1], qui a une grande estime pour Obama, l’a déjà félicité. En attendant il est allé en Libye pour « reprendre le fil d’une présence forte de l’Italie en Méditerranée ». Le fil de la guerre contre la Libye, à laquelle l’Italie a participé sous commandement étasunien.  Tandis que Bersani jouissait, en s’exclamant « à la bonne heure ».

 

Manlio Dinucci

Géographe et journaliste

Edition de mardi 4 décembre 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20121204/manip2pg/14/manip2pz/332665/

Traduit de l‘italien par Marie-Ange Patrizio



[1] Secrétaire du Partito democratico, élu dimanche 2 décembre aux élections primaires pour conduire les « listes progressistes » aux prochaines élections politiques dont sera issu le nouveau gouvernement, que Bersani se prépare à présider. NdT.

Site de campagne :

http://www.bersani2013.it/documenti/10idee/indice.htm

 

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(Le sous-titre de l’article, « It’s not about sex, stupid ! » reprend la fameuse petite phrase de la campagne présidentielle américaine 2012 : « It’ not the economy, stupid ! » Difficile de le traduire autrement sans avoir l’air falot). 

Introduction 

Ce qui a fait la une des médias, c’est que le directeur de la CIA, le général David Petraeus a donné sa démission à cause d’une relation adultère avec sa jeune biographe [Paula Broadwell], et que le général John Allen, Commandant en chef des forces américaines en Afghanistan est actuellement mis en examen – et sa promotion comme Commandant en chef des forces américaines en Europe suspendue – à cause, nous dit-on, de commentaires “inappropriés” dans un échange de mails avec une amie dans le civil. Un agent local du FBI « particulièrement téméraire », Frederick Humphries Jr., aurait parait-il découvert en enquêtant sur une affaire d’espionnage informatique, des échanges de mails amoureux du Gal. Petraeus à sa petite amie biographe. Estimant que le « comportement adultère » du général mettait en danger la sécurité nationale des États-Unis, l’agent Humphries, du bureau du FBI de Floride, aurait alors remis les pièces à charge à un membre du Congrès, Eric Cantor, l’un des plus puissants Républicains de Washington DC, qui à son tour les aurait transmises au Directeur du FBI… ce qui aurait finalement conduit à la démission de Petraeus.

En d’autres termes, nous sommes priés de croire qu’un simple petit agent un peu zélé du FBI aurait en fait ruiné la carrière de deux des plus importants généraux des États-Unis – dont l’un dirigeait la plus puissante agence de renseignements du monde, la CIA, et l’autre toutes les forces américaines et alliées engagées dans le plus important conflit armé actuellement en cours, en Afghanistan – pour une bête histoire de drague et d’infidélités !

A voir comme ça, de prime abord, on peut difficilement imaginer plus cocasse !

Dans un univers d’organisations aussi drastiquement hiérarchisées que l’armée américaine ou la CIA, où l’activité et les prérogatives de chaque subordonné, fonctionnaire avant tout, dépend d’une direction centralisée où toute initiative en matière d’enquête doit recevoir l’aval de supérieurs hiérarchiques (a fortiori lorsqu’il s’agit de fouiner dans les correspondances privées des principaux responsables de la CIA ou d’engagements militaires stratégiques majeurs), l’idée qu’un petit agent puisse en solo jouer les free-lance est parfaitement absurde. Jamais un agent « cowboy » ne pourrait même orienter son enquête vers des cibles aussi « sensibles » que le patron de la CIA ou un général en plein conflit, sans le feu vert des plus hautes sphères ou de tout un réseau de responsables politiques aux objectifs éminemment prioritaires. Les implications politiques vont ici nécessairement bien au-delà de la banale « affaire de mœurs » entre deux individus adultes, consentants et non dangereux, même si l’agent en question estime pour sa part que la fornication constitue en soi une grave menace pour les États-Unis.

On est clairement en eaux profondes : on baigne ici dans une intrigue politique au plus haut niveau avec de très sérieuses implications en matière de sécurité nationale, et qui touche directement à la direction même de la CIA, aux opérations clandestines, aux rapports des services secrets et à des milliards de dollars de dépenses et d’efforts des États-Unis pour stabiliser leurs régimes clients et déstabiliser leurs régimes cibles. Les informations et rapports de la CIA identifiant alliés et ennemis déterminent de manière cruciale toute la politique extérieure des États-Unis. Tout changement de direction à la tête du commandement opérationnel de l’Empire américain a donc potentiellement et nécessairement une importance stratégique.

L’éviction du Gal. Allen, Commandant en chef des forces engagées en Afghanistan – la principale zone d’opérations militaires actuelle des États-Unis – arrive à un moment crucial. Avec un calendrier de retrait drastique des forces d’occupation militaire américaines d’ores et déjà entériné et des « cipayes » – soldats et officiers du régime fantoche de Karzai – qui commencent à montrer de sérieux signes de désaffection, il s’agit très clairement d’un changement politique de premier ordre.

Quels éléments clés trouve-t-on derrière la destitution de ces deux généraux ?

Sur le plan international, tous deux étaient fervents partisans de l’impérialisme américain, et tout particulièrement du contrôle militaire de pans entiers de cette hégémonie. Tous deux continuent d’ailleurs de conduire et de soutenir les conflits en série initiés par les Présidents Bush et Obama : Afghanistan, Irak et une kyrielle de « proxy wars » [guerres indirectes dites « par procuration »] en Libye, Syrie, Yémen, Somalie, etc. Mais ces deux Généraux étaient aussi connus pour avoir pris publiquement des positions assez impopulaires parmi certaines factions clé des élites dominantes américaines.

Le Gal. Petraeus, qui dirige la CIA, a toujours été un partisan fervent des « proxy wars » engagées en Libye et en Syrie. Dans ces conflits, il a toujours défendu une politique de collaboration avec les régimes islamistes de droite [les monarchies du Golfe en particulier] et avec les mouvements d’opposants islamistes – quitte à former, armer et soutenir des intégristes islamistes, en vue de renverser les régimes cibles des États-Unis au Proche-Orient (généralement des États laïcs). Pour poursuivre cette politique, Petraeus disposait du soutien quasi unanime de toute la classe politique américaine. Il était néanmoins parfaitement conscient que cette « grande alliance » entre les États-Unis et les mouvements et régimes islamistes intégristes pour asseoir l’hégémonie américaine, impliquerait tôt ou tard un re-calibrage des relations israélo-américaines. Pour Petraeus, le projet de guerre contre l’Iran, cher à Netanyahu, les sanglantes annexions de nouveaux territoires dans les zones occupées de Palestine et les bombardements, spoliations et autres assassinats de quantité de Palestiniens chaque mois sont un véritable boulet dans les relations diplomatiques que Washington tente d’entretenir avec les régimes islamistes d’Égypte, de Tunisie, de Turquie, d’Afghanistan, du Pakistan, d’Irak, du Yémen ou des monarchies du Golfe.

Petraeus s’est plusieurs fois étendu sur cette implication au cours de déclarations publiques, et en huis clos il défendait clairement une suspension du soutien à l’expansion sanglante des colonies israéliennes à travers la Palestine, au point d’exhorter même le régime d’Obama à faire pression sur Netanyahu pour qu’il accepte d’entériner un compromis avec Abbas, dirigeant malléable et client des États-Unis. Et par-dessus le marché, Petraeus, qui soutenait pleinement les sanguinaires jihadistes de Libye et de Syrie, restait en même temps opposé à la guerre contre l’Iran promue par Israël et qui, selon lui, risque fort de polariser l’intégralité du monde arabe contre l’alliance Washington-Tel Aviv et de pousser les intégristes islamistes des « proxy forces » que les États-Unis entretiennent au Proche-Orient, à retourner leurs armes contre leurs commanditaires de la CIA. Dans la vision globale de Petraeus, la politique impériale américaine est désormais en contradiction avec la stratégie israélienne qui attise l’hostilité des régimes et mouvements islamistes contre les États-Unis, et en particulier avec l’attitude d’Israël qui consiste à stimuler les conflits au Proche-Orient pour dissimuler et légitimer l’intensification de son nettoyage ethnique de la Palestine. Parmi les éléments centraux de la stratégie israélienne les plus radicalement opposés à la mise en pratique de la doctrine de Petraeus, on retrouve l’influence de la ZPC (Zionist Power Configuration), tant à l’extérieur qu’à l’intérieur même du gouvernement américain.

Aussitôt que le rapport du Gal. Petraeus – où il qualifie Israël de « handicap stratégique » – a été rendu public, la ZPC a bondi en action pour contraindre Petraeus à se rétracter, au moins publiquement. Mais une fois nommé directeur de la CIA, Petraeus a continué sa politique de collaboration avec les régimes islamistes de droite, et à fournir armes et renseignements aux jihadistes fondamentalistes pour renverser les régimes laïcs indépendants, en Libye puis en Syrie. Cette politique s’est trouvée violemment mise en lumière à Benghazi, lorsque l’ambassadeur des États-Unis et plusieurs responsables de la CIA et des Forces Spéciales ont été assassinés par des terroristes pourtant soutenus par la CIA. Cela a entraîné aux États-Unis une véritable crise politique, où les républicains du Congrès ont exploité de leur mieux l’échec diplomatique de l’administration Obama. Ils s’en sont pris particulièrement à l’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies, Susan Rice, dont les maladroits efforts pour dissimuler la véritable nature des attaques de Benghazi ont fini par ruiner toutes ses chances de remplacer un jour Hilary Clinton au poste de Secrétaire d’État.

Autour du Gal. Petraeus, la pression est subitement montée de tous côtés : le ZPC s’en est pris à lui pour ses critiques à l’encontre d’Israël et son excessive ouverture en faveur des régimes islamistes, les Républicains pour la débâcle de Benghazi, et le FBI pour sa relation extraconjugale avec sa biographe, véritable booster du scandale médiatique qui lui a porté le coup de grâce. Il a reconnu officiellement l’adultère, salué militairement et remis sa démission. Ce faisant, il se « sacrifiait » lui-même pour « sauver la CIA » et sa stratégie d’alliance à long terme avec les régimes islamistes « modérés », et d’alliances tactiques à plus court terme avec les jihadistes pour renverser un à un les régimes laïcs du monde arabe.

L’homme politique clé derrière l’offensive au sommet du FBI contre Petraeus n’est autre qu’Eric Cantor, leader de la majorité à la Chambre des représentants, qui claironne cyniquement que les idylles romantiques du général sont une menace pour la sécurité nationale. On nous affirme que M. Cantor a solennellement transmis à M. Mueller, directeur du FBI, les correspondances et les rapports qu’il avait reçu de l’agent Humphries, « justicier solitaire » du FBI, non sans ordonner à M. Mueller de prendre les mesures requises concernant cette enquête, sous peine de s’exposer à une enquête du Congrès que M. Cantor lancerait lui-même. Basé à Washington et de longue date supporter zélé de la toute puissance d’Israël, M. Cantor n’a jamais caché son hostilité au rapport du Gal. Petraeus et aux positions de ce dernier sur le Proche Orient. Basé pour sa part en Floride, l’agent Humphries n’était pas non plus n’importe quel vieux détective consciencieux : islamophobe notoire, il est plutôt du genre à traquer l’islamiste sous chaque lit, et se fait une grande gloire d’avoir fait arrêter deux musulmans dont un s’apprêtait à faire sauter l’aéroport de Los Angeles, tandis que le second préparait ailleurs quelque autre attentat. Une pirouette judiciaire plus loin – plutôt inhabituel dans ce genre d’opérations du FBI – les deux individus étaient acquittés faute de preuves de leurs complots respectifs. On trouva tout de même moyen d’en inculper un des deux pour avoir publié un système permettant de déclencher une bombe avec un jouet d’enfant ! L’agent Humphries fut alors transféré de Washington à Tampa, en Floride – siège du CENTCOM, le Centre de commandement général des armées.

Nonobstant leurs différences manifestes – région d’affectation, position sociale, etc. – il y a des affinités idéologiques entre M. Cantor, leader de la majorité à la Chambre des représentants et l’agent Humphries – et peut-être même une commune exécration du Gal. Petraeus. Ses penchants islamophobes et idéologiquement zélotes pourraient bien expliquer pourquoi le FBI s’est empressé de démettre l’agent Humphries de sa mission d’épluchage obsessionnel des correspondances personnelles du directeur de la CIA et du Gal. Allen. Mais sans se soucier le moins du monde des ordres de ses supérieurs du FBI, l’agent Humphries s’en est alors remis directement à son co-zélote Cantor.

Qui pouvait bénéficier de l’éviction du Gal. Petraeus ? Parmi les trois premiers candidats au remplacement du Gal Petraeus à la tête de la CIA, on trouve Mme Jane Harmon, ex-membre du Congrès en Californie et sioniste hyper-zélote. En 2005, Mme Harmon avait été enregistrée par l’Agence de la Sécurité Nationale, alors qu’elle expliquait à des membres de l’ambassade israélienne qu’elle userait de toute son influence pour venir en aide à deux responsables de l’AIPAC [le principal lobby d’Israël aux États-Unis] qui avaient reconnu avoir communiqué des documents secrets américains au Mossad [les services secrets israéliens], si l’AIPAC parvenait à réunir assez de votes au Congrès pour la faire élire à la présidence du Comité aux renseignements de la Chambre des représentants – un acte qui frise la haute trahison mais pour lequel, à la faveur d’une autre pirouette judiciaire, elle ne fut jamais tenue de rendre des comptes. Si  Jane Harmon devait succéder à Petraeus, l’éviction de ce dernier à la tête de la CIA pourrait représenter le plus sensationnel « coup constitutionnel » de l’histoire des États-Unis : l’élection d’un agent étranger notoire aux commandes de l’agence d’espionnage la plus énorme, de la plus létale et de la plus pharaoniquement financée du monde. Qui bénéficierait de la chute de Petraeus ? Plus que quiconque, l’État d’Israël.

Les insinuations, calomnies et fuites d’investigation dans la correspondance électronique privée du Gal. Allen tournent pour leur part autour de questions qu’il aurait soulevées concernant la politique américaine de présence militaire prolongée en Afghanistan. Sur la base de sa propre expérience pratique, le Gal. Allen a lui-même reconnu que l’armée fantoche d’Afghanistan n’était pas fiable : des centaines de soldats américains et d’autres pays de l’OTAN ont déjà été tués ou blessés par leurs alliés afghans, du simple première classe au plus hauts responsables de la sécurité – des troupes « indigènes » que les États-Unis avaient pourtant, en principe, formées en vue d’un très solennel transfert de commandement en 2014. Le changement de dispositions du Gal. Allen à l’égard de l’occupation de l’Afghanistan répondrait donc à l’influence croissante des Talibans et d’autres partisans de la résistance au sein même de l’armée afghane, qui contrôlent désormais presque toutes les zones rurales et certains districts urbains, jusqu’aux portes même des bases américaines et de l’OTAN. Pour Allen, une « force résiduelle » d’instructeurs militaires américains n’aurait littéralement aucune chance de survie après le retrait du gros des troupes américaines. En un mot, après plus d’une décennie de défaites militaires, Allen serait plutôt partisan d’une politique consistant à couper totalement les ponts en déclarant « victoire », et à plier bagage vite fait pour se replier en terrain plus favorable.

Mais les militaristes civils et les néoconservateurs de l’Exécutif et du Congrès refusent de sceller leur piteuse défaite avec un retrait américain complet en forme d’abdication pure et simple devant un nouveau régime taliban. D’un autre côté, ils peuvent difficilement rejeter ouvertement les conclusions désagréablement réalistes du Gal. Allen, et moins encore tenir pour rien l’expérience de terrain du Commandant en chef des forces américaines en Afghanistan.

Dans un contexte politique aussi chargé, lorsque le même agent férocement islamophobe du FBI, Humphries, a déniché les correspondances affectueuses et personnelles du Gal. Allen à la mondaine femme fatale, Jill Kelly, les néoconservateurs et militaristes civils se sont empressés – par le biais des plus veules journalistes du Washington Post, du New York Times et du Wall Street Journal [les plus grands journaux de référence aux États-Unis] – de faire mousser la campagne de diffamation en insinuant l’existence d’un second scandale sexuel, impliquant cette fois le Gal. Allen. L’ire des néoconservateurs, des militaristes et des médias prit bientôt de telles proportions que l’invertébré Président Obama et le haut commandement militaire se sont sentis contraints d’annoncer la mise en examen du Gal. Allen et de suspendre les délibérations du Congrès concernant sa nomination à la tête des forces américaines en Europe. Tandis que le Gal. Allen conserve discrètement le haut commandement des forces américaines en Afghanistan, sa réputation est à présent celle d’un officier vaincu et déchu, dont l’expertise professionnelle et l’opinion sur l’avenir des opérations militaires américaines en Afghanistan n’ont plus désormais aucun poids.

Questions clés sans réponse sur les intrigues des élites et les purges militaires

Vu que la version officielle du justicier solitaire du FBI, sans grade, incompétent, islamophobe et zélé, qui met le doigt par miracle sur un scandale sexuel entraînant le discrédit voire la démission des deux plus hauts responsables de l’armée et des services secrets de la première puissance mondiale est manifestement absurde, plusieurs questions politiques clés se posent (ayant de profondes implications sur la politique américaine dans son ensemble), au nombre desquelles :

1)      Quels responsables politiques ont autorisé le FBI, agence de sécurité intérieure, à conduire une enquête sur le directeur de la CIA, et à le contraindre à démissionner ?

2)      Nos structures actuelles d’État policier – dont les procédures conduisent à un espionnage arbitraire généralisé – auraient-elles conduit nos principales agences de renseignement à s’espionner mutuellement de façon que chacune purge le sommet de la hiérarchie de l’autre ? Est-ce vraiment l’histoire de la truie qui dévore ses petits ?

3)      Quels sont les objectifs réels des responsables politiques qui ont couvert l’agent Humphries après son refus d’obtempérer aux ordres de ses supérieurs du FBI – qui lui enjoignaient de cesser immédiatement d’enquêter sur le directeur de la CIA ?

4)      L’agent Humphries a-t-il des liens particuliers (et de quel ordre) avec les politiciens néoconservateurs, sionistes et islamophobes, ou avec d’autres services de renseignements (Mossad inclus) ?

5)      Pourquoi la démission du directeur de la CIA a-t-elle été immédiatement avalisée (voire imposée) par Obama – lui qui précédemment ne tarissait pas d’éloges pour son brillant « guerrier érudit » de Petraeus – après la mise au jour de quelque chose d’aussi banal, dans la vie civile, qu’une bête histoire d’adultère ? Quels sont les véritables enjeux politiques à l’origine de cette éviction préemptive ?

6)      Pourquoi les questions politiques de fond et les dissensions sur les politiques à suivre ne peuvent-elles se résoudre chez nous que sous couvert de chantage, de diffamation ou d’élimination, plutôt que par des débats et discutions ouverts, a fortiori dès qu’il s’agit de choisir nos alliés stratégiques et tactiques, ou de la conduite de nos guerres à l’étranger ?

7)      L’élimination et l’humiliation publique de deux des plus hauts gradés de l’armée est-elle devenue une forme acceptable de « sanction exemplaire », une façon pour les militaristes civils d’avertir que lorsqu’il s’agit des politiques à mener au Proche-Orient, le rôle des militaires n’est pas de questionner mais d’obéir aux ordres ? (et à Israël !)

8)      Comment une zélatrice sioniste collaboratrice avérée du Mossad comme Jane Harmon peut-elle émerger comme la principale candidate au remplacement du Gal. Petraeus à la tête de la CIA, à peine quelques jours après la démission de ce dernier ? Quels sont les liens politiques, passés et présents, qui unissent M. Eric Cantor – leader fanatique du lobby pro-israélien au Congrès américain, auquel l’agent Humphries a remis les dossiers secrets concernant Petraeus, avant même de les communiquer aux responsables du FBI – à la très influente personnalité sioniste Jane Harmon, principale candidate au remplacement du Gal. Petraeus ?

9)      Jusqu’à quel point l’éviction de Petraeus et l’éventuelle nomination de Jane Harmon à la tête de la CIA, vont-elles aggraver l’influence et le contrôle d’Israël sur la politique des États-Unis au Proche-Orient et peser sur les relations diplomatiques entre Washington et les régimes islamistes ?

10)  Enfin, quelles seront les conséquences de l’humiliation du Gal. Allen sur le « retrait » américain du désastreux bourbier afghan ?

Conclusion

Le déboulonnage des plus hauts responsables aux postes clés de la politique étrangère et de l’armée des États-Unis, indique clairement une aggravation du déclin de nos droits constitutionnels et de ce qui reste de nos procédures démocratiques : c’est une preuve patente de l’incapacité de notre leadership au plus haut niveau à résoudre les luttes intestines sans sortir les « longs couteaux ». La progression de l’État policier, dans lequel les agences de renseignement ont très largement étendu leur pouvoir politique sur les citoyens, tourne à la surveillance drastique et à la purge au sommet des unes par les autres : le FBI, la CIA, la Homeland Security, la NSA [National Security Agency] et l’Armée développent et scellent toutes des alliances avec les médias, avec des responsables civils de l’Exécutif et du Congrès, mais aussi avec les groupes de pression de puissants intérêts étrangers, pour gagner davantage de poids et de moyens de pression pour jeter les bases de leur propre vision de l’avenir de l’Empire.

L’éviction du Gal. Petraeus et l’humiliation du Gal. Allen sont autant de victoires pour les militaristes civils, supporters inconditionnels d’Israël et de fait opposés à tout rapprochement avec les régimes islamistes, même « modérés ». Ce qu’ils demandent, c’est [non pas un retrait mais] une omniprésence militaire américaine pérenne, en Afghanistan et ailleurs.

Le véritable facteur accélérateur de cette petite « guerre sale » au sommet, c’est en fait l’effondrement de l’Empire et la lutte pour la gestion des défis à venir. Les symptômes de déclin sont partout : l’armée est gangrenée par l’immoralité, des généraux couverts de médailles sodomisent leurs subordonnés et amassent des fortunes en pillant les caisses de l’État avec leurs contrats d’armement. Les milliardaires achètent et vendent les politiciens qu’ils financent aussi bien que les agents de puissances étrangères, et la politique étrangère la plus sensible finit sous la coupe d’intérêts étrangers.

Le discrédit du Congrès américain est littéralement planétaire – près de 80% des Américains estiment que la Chambre des représentants et le Sénat sont des prédateurs du système social, serviteurs de leur seul enrichissement personnel et esclaves de la corruption. Les élites économiques baignent régulièrement dans des affaires d’escroquerie colossales, plumant tour à tour leurs petits porteurs, leurs créanciers ou se plumant les uns les autres. Les grandes multinationales et les plus grosses fortunes plongent dans la fuite des capitaux pour engraisser leurs comptes à l’étranger. L’exécutif lui-même (le « tout sourire » Président Obama) envoie clandestinement des escadrons de la mort et des terroristes-mercenaires assassiner ses adversaires pour pallier son incapacité à défendre l’Empire par la diplomatie ou les armées traditionnelles, ou pour soutenir des États clients. C’est le copinage à tout va : entre Wall Street, le Trésor et le Pentagone, c’est un va et vient permanent, on change de poste à qui mieux mieux. Dans la population, c’est l’apathie et le cynisme qui se généralisent : près de 50% des électeurs ne votent même plus aux présidentielles, et 80% de ceux qui votent sont convaincus que ceux sur qui ils misent ne tiendront aucune de leurs promesses électorales. Des civils agressivement militaristes ont obtenu le contrôle de postes clés et se libèrent progressivement de toute contrainte institutionnelle. Dans le même temps, le coût des défaites militaires, de l’espionnage à tout va, des politiques sécuritaires et des budgets militaires ne cesse d’enfler alors que le déficit fiscal et commercial augmente. Les guerres de factions entre cliques rivales s’intensifient. Purges, chantages, scandales sexuels et immoralité sont devenus la norme parmi les plus hautes sphères. Les discours démocratiques sonnent de plus en plus creux : l’idéologie de l’État démocratique a perdu toute crédibilité. Plus aucun Américain sensé n’y croit.

Y a-t-il un balai assez large pour nettoyer de sa fange cette écurie infecte ? Un « Hercule collectif » émergera-t-il de ce nid de vipères et de corruption avec assez de force de caractère et de détermination pour y mener un changement révolutionnaire ? Nul doute, en tout cas, que la trahison et la cuisante humiliation des plus hauts responsables de l’armée américaine par les militaristes civils « mi poule (mouillée) mi faucon » servant des intérêts étrangers, risque fort d’amener plus d’un officier à revoir sévèrement ses notions de carrière, de loyauté et de dévouement à la constitution.

James Petras

Article original en anglais :

petreus

Elite Intrigues and Military Purges:  It’s Not About Sex, Stupid! Publié le 22 novembre 2012.

Traduit de l’anglais par Dominique Arias

 

James Petras est professeur émérite de sociologie à l’Université Binghamton de New York. Défenseur de la justice sociale, il a rejoint le Mouvement des Sans-Terre du Brésil et celui des chômeurs d’Argentine. Membre du Tribunal Bertrand Russell sur la Répression en Amérique Latine en 1973-76 et de la conférence « anti-impérialiste » Axis for Peace organisée par le Réseau Voltaire, il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont un seul a été traduit en français : La Face cachée de la mondialisation : L’impérialisme au XXIe siècle, Lyon, Parangon, 2002.

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Une autre ligne de preuves qui montre la démolition des bâtiments du World Trade Centre

André Rousseau a un doctorat de géophysique et de géologie, ancien chercheur au CNRS, qui a publié 50 articles sur les relations entre les caractéristiques des ondes mécaniques progressives en géologie.

Le Dr. Rousseau est un expert en mesure d’ondes acoustiques.

Rousseau dit que les ondes sismiques mesurées le 11 Septembre 2001 prouvent que les trois bâtiments du World Trade Center furent descendus par démolition contrôlée. Plus spécifiquement, il écrit dans un nouvel article scientifique paru dans le Journal of 9/11 Studies :

Les signaux sismiques se propageant depuis New York le 11 Septembre 2001, enregistrés à Palissades, distante de 34 km et qui ont été publiés par le the Lamont-Doherty Earth Observatory of Columbia University (LDEO), ont été soumis à une nouvelle étude critique concernant leurs sources. Le but de cet article est de démontrer que la nature de ces ondes, leurs vélocités, leurs fréquences et leurs magnitudes, invalident les explications officielles qui impliquent comme sources la percussion des tours jumelles par les avions et les effondrements des trois bâtiments du WTC1, WTC2 et WTC7.

***

En premier lieu, nous montrons les contradictions de l’explication officielle entre les données sismiques et l’heure à laquelle les évènements se sont déroulés. Ensuite nous montrons qu’il est étrange que des évènements identiques (la percussion de tours identiques d’un côté et l’effondrement de deux tours identiques d’un autre), au même endroit auraient généré des sources sismiques de différentes magnitudes. Nous démontrons que seulement des explosifs très puissants ont pu être la cause de telles ondes sismiques en accord avec les basses fréquences observées. D’après la nature des ondes enregistrées (corps et surfaces des ondes), nous pouvons proposer une localisation pour chaque source explosive. D’après la présence d’ondes cisaillantes ou la présence d’ondes de Rayleigh seulement, nous émettons l’hypothèse d’une explosion sous-terraine.

***

Proche des temps des impacts des avions dans les tours jumelles et pendant leur effondrement, ainsi que durant l’effondrement de la tour du WTC7, des ondes sismiques ont été générées au degré où 1) les ondes sismiques sont seulement créées par des impulsions brèves et 2) des basses fréquences sont associées avec une énergie de la magnitude qui est comparable à un évènement sismique, les ondes enregistrées à Palissades et analysées par LDEO sont indéniablement d’origine explosive. Même si les impacts des avions et la chute de débris depuis les tours sur le sol auraient pu générer des ondes sismiques, leur magnitude aurait été insuffisante pour pouvoir être enregistrée à 34km de distance et auraient dû être dans les deux cas similaires l’une par rapport à l’autre. Comme nous l’avons démontré, elles ne l’étaient pas.

***

Nous ne pouvons qu’en conclure que les sources d’onde étaient des explosifs mis à feu indépendamment.

***

La démolition contrôlée des trois tours, suggérée par le visuel et les témoignages audio tout comme par les vidéos d’enregistrement des effondrements, est donc confirmée et démontrée par l’analyse des ondes sismiques émises proche du temps des impacts des avions et aux moments des effondrements.

L’analyse sismique est juste une des lignes de preuves scientifiques impliquant que les trois bâtiments furent mis à bas par démolition contrôlée:

Suit une vidéo de 20 minutes en anglais sur les experts architectes et ingénieurs analysant les évidences des démolitions contrôlées du WTC 1, 2 et 7 (la vidéo est un extrait et focalise sur la tour 7, la troisième tour effondrée).

Watch 9/11: Explosive Evidence – Experts Speak Out on PBS. See more from CPT12 Presents.

 

Article original en anglais :

9/11  Theologian Says Controlled Demolition of World Trade Center Is Now a Fact, Not a Theory

Seismic Evidence Implies Controlled Demolition on 9/11, Publié le 1er décembre 2012

Traduction : Résistance 71

Pour aller plus loin :

http://www.reopen911.info/11-septembre/des-signaux-sismiques-revelent-l-utilisation-d-explosifs-au-wtc-le-11-9-selon-le-geophysicien-andre-rousseau/

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Thierry Meyssan répond aux questions du news magazine serbe Geopolitika. Il revient sur son interprétation du 11-Septembre, sur les événements en Syrie, et sur la situation actuelle de la Serbie.

Geopolitika : Monsieur Meyssan, vous avez acquis la célébrité mondiale quand vous aviez publié le livre L’Effroyable imposture qui met en cause la version officielle des autorités états-uniennes concernant l’attaque terroriste du 11 septembre 2001. Votre livre a encouragé d’autres intellectuels à émettre leurs doutes sur ce tragique évènement. Pourriez vous brièvement dire à nos lecteurs ce qui s’est réellement passé ce 11 septembre, qu’est-ce qui a touché ou explosé dans le bâtiment du Pentagone : c’était un avion qui s’est écrasé ou bien autre chose ? Que s’est-il passé avec les avions qui se sont écrasé sur les tours jumelles, surtout avec le troisième immeuble à coté de ces tours ? Quel est le contexte plus profond de cette attaque, qui a eu des répercussions mondiales et a beaucoup changé le monde ?

Thierry Meyssan : Il est étonnant que la presse mondiale ait relayé la version officielle d’une part parce que celle-ci est absurde, d’autre part parce qu’elle ne parvient pas à expliquer une partie des événements.

L’idée selon laquelle un fanatique, basé dans une grotte en Afghanistan, et une vingtaine d’individus, munis de cutters, auraient pu détruire le World Trade Center et frapper le Pentagone avant que l’armée la plus puissante du monde ait eu le temps de réagir, n’est pas même digne d’un Comics. Mais, plus l’histoire est grotesque, moins les journalistes occidentaux posent de questions.

Par ailleurs, la version officielle ne rend pas compte des spéculations boursières sur les compagnies victimes des attentats, de l’incendie de l’annexe de la Maison-Blanche, ni de l’effondrement d’une troisième tour du World Trade Center dans l’après-midi. Autant d’événements qui ne sont pas même mentionnés dans le rapport final de la Commission d’enquête présidentielle.

Sur le fond, on ne parle jamais de la seule chose importante ce jour là : après l’attaque du World Trade Center, le plan de continuité du gouvernement a été illégalement activé. Il existe une procédure en cas de guerre nucléaire. Si l’on constate l’annihilation des autorités civiles, un gouvernement militaire alternatif prend le relai. Vers 10h30, ce plan a été activé bien que les autorités civiles soient toujours en capacité d’exercer leurs responsabilités. Le pouvoir a échu aux militaires qui ne l’ont restitué que vers 16h30 aux civils. Durant cette période, des commandos sont allés chercher la presque totalité des membres du Congrès et des membres du gouvernement pour les mettre en sécurité dans des abris anti-atomiques. Il y a donc eu un coup d’État militaire de quelques heures, juste le temps nécessaire pour que les putschistes imposent leur ligne politique : état d’urgence permanent à l’intérieur, et impérialisme global à l’extérieur.

Le 13 septembre, le Patriot Act a été déposé au Sénat. Il s’agit non pas d’une loi, mais d’un épais Code anti-terroriste dont la rédaction avait été conduite en secret durant les deux à trois années précédentes. Le 15 septembre, le président Bush a avalisé le plan de la « matrice mondiale », instituant un vaste système d’enlèvements, de prisons secrètes, de tortures et d’assassinats. Lors de la même réunion, il a avalisé un plan prévoyant les attaques successives de l’Afghanistan de l’Irak, du Liban, de la Libye, de la Syrie, de la Somalie, du Soudan et de l’Iran. Vous pouvez constater que la moitié du programme a déjà été réalisée.

Ces attentats, ce coup d’État, et les crimes qui ont suivi ont été organisés par ce qu’il convient d’appeler l’État profond (au sens où on emploie cette expression pour décrire le pouvoir militaire secret en Turquie ou en Algérie). Ces événements ont été conçus par un groupe très fermé : les straussiens, c’est-à-dire les disciples du philosophe Leo Strauss.

Ce sont les mêmes individus qui avaient poussé le Congrès US à réarmer, en 1995, et qui ont organisé le démembrement de la Yougoslavie. Nous devons nous rappeler à titre d’exemple qu’Alija Itzetbegovic avait comme conseiller politique Richard Perle, comme conseiller militaire Oussama Ben Laden, et comme conseiller médiatique Bernard-Henri Lévy.

Geopolitika : Votre livre et votre attitude antiaméricaine, que vous avez librement exprimée sur votre réseau indépendant Voltaire, ont été la source de problèmes que vous avez eus personnellement avec l’administration de l’ancien président français, Nicolas Sarkozy. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ? En effet, dans l’article que vous aviez écrit sur M. Sarkozy, intitulé « Opération Sarkozy : comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française » vous avez publié des informations délicates qui nous rappellent des thrilleurs politico-criminels.

Thierry Meyssan : Je ne suis pas anti-américain. Je suis anti-impérialiste et je pense que le peuple des États-Unis est lui aussi victime de la politique de ses dirigeants.

Concernant Nicolas Sarkozy, j’ai révélé qu’il avait été élevé durant son adolescence, à New York, par l’ambassadeur Frank Wisner Jr. Ce personnage est un des plus importants cadres de la CIA, laquelle a été fondée par son père Frank Wisner Sr. Il s’ensuit que la carrière de Nicolas Sarkozy a entièrement été façonnée par la CIA. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, devenu président de la République française, il ait défendu les intérêts de Washington et non pas ceux des Français.

Les Serbes connaissent bien Frank Wisner Jr. : c’est lui qui a organisé l’indépendance unilatérale du Kosovo en qualité de représentant spécial du président des États-Unis.

J’ai expliqué tout cela en détail lors d’une intervention à l’Eurasian Media Forum (Kazakhstan) et on m’a demandé de le développer dans un article pour Odnako (Russie). Il se trouve que, par un hasard de calendrier, il a été publié pendant le guerre de Géorgie, au moment où Sarkozy venait à Moscou. Le Premier ministre Vladimir Poutine a posé le magazine sur la table avant de commencer à discuter avec lui. Cela n’a évidemment pas amélioré mes relations avec Sarkozy.

Geopolitika : Monsieur Meyssan, quelle est la situation actuelle en Syrie, la situation sur le front et la situation dans la société syrienne ? Est-ce que l’Arabie Saoudite et le Qatar, ainsi que les pays occidentaux qui veulent faire tomber le système politique du président Bachar El Assad de force, sont proches de l’accomplissement de leur objectif ?

Thierry Meyssan : Sur 23 millions de Syriens environ 2 à 2,5 millions soutiennent des groupes armés qui tentent de déstabiliser le pays et d’affaiblir son armée. Ils ont pris le contrôle de quelques agglomérations et de vastes zones rurales. En aucun cas ces groupes armés ne seront en mesure de renverser le régime.

Le plan occidental initial prévoyait que des actions terroristes engendreraient un cycle de provocation/répression justifiant une intervention internationale, sur le modèle du terrorisme de l’UCK et de la répression par Slobodan Milosevic, suivis de l’intervention de l’OTAN. Signalons au passage qu’il est attesté que des groupes combattants en Syrie ont été formés au terrorisme par des membres de l’UCK sur le territoire du Kosovo.

Ce plan a échoué parce que la Russie de Vladimir Poutine n’est pas celle de Boris Eltsine. Moscou et Pékin ont interdit à l’OTAN d’intervenir et depuis, la situation pourrit.

Geopolitika : Que veulent obtenir les États Unis, la France, la Grande Bretagne, l’Arabie Saoudite et le Qatar en faisant tomber le président el-Assad ?

Thierry Meyssan : Chaque État membre de la coalition a son propre intérêt dans cette guerre et croit pouvoir le satisfaire, alors même que ces intérêts sont parfois contradictoires entre eux.

Au plan politique, il y a la volonté de briser « l’Axe de la Résistance au sionisme » (Iran-Irak-Syrie-Hezbollah-Palestine). Il y a aussi la volonté de poursuivre le « remodelage du Moyen-Orient élargi ».

Mais le plus important est au plan économique : on a découvert d’immenses réserves de gaz naturel au sud-est de la Méditerranée. Le centre de ce gisement est prés de Homs en Syrie (plus précisément, à Qârâ).

Geopolitika : Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur la rébellion d’Al Qu’aida en Syrie, dont les relations avec les États Unis sont pour le moins contradictoires, si on regarde leurs actions sur le terrain ? Vous avez dit dans une interview que les relations entre Abdelhakim Belhadj et l’OTAN étaient quasiment institutionnalisées. Pour qui Al-Qu’aida fait la guerre en réalité ?

Thierry Meyssan : Al-Qaida n’était au départ que le nom de la base de données, du fichier informatique, des moujahidines arabes envoyés se battre en Afghanistan contre les Soviétiques. Par extension, on a nommé Al-Qaida le milieu jihadiste dans lequel ces mercenaires étaient recrutés. Puis, Al-Qaida a désigné les combattants autour de Ben Laden et par extension, tous les groupes dans le monde qui se réclament de l’idéologie de Ban Laden.

Selon les périodes et les besoins, cette mouvance a été plus ou moins nombreuse. Durant la première guerre d’Afghanistan, la guerre de Bosnie et les guerres de Tchétchénie, ces mercenaires étaient des « combattants de la liberté », car ils luttaient contre des Slaves. Puis, lors de la seconde guerre d’Afghanistan et de l’invasion de l’Irak, ils étaient des « terroristes », parce qu’ils s’en prenaient aux GI’s. Après la mort officielle de Ben Laden, ils sont redevenus des « combattants de la liberté » durant les guerres de Libye et de Syrie parce qu’ils se battent aux côtés de l’OTAN.

En réalité, ces mercenaires ont toujours été contrôlés par le clan des Sudeiris, la faction pro-US et archi-réactionnaire de la famille royale saoudienne, et plus précisément par le prince Bandar Ben Sultan. Celui-ci, que George Bush Père a toujours présenté comme son « fils adoptif » (c’est-à-dire comme le garçon intelligent dont il aurait aimé être le père), n’a cessé d’agir pour le compte de la CIA. Même lorsque Al-Qaida a combattu les GI’s, en Afghanistan et en Irak, c’était encore dans l’intérêt bien compris des États-Unis parce que cela permettait de justifier leur présence militaire.

Il se trouve que dans les dernières années, les Libyens sont devenus majoritaires au sein d’Al-Qaida. L’OTAN les a donc naturellement utilisés pour renverser le régime de Mouammar el-Kadhafi. Dès que cela a été fait, ils ont nommé le numéro 2 de l’organisation, Abdelhakim Belhaj, gouverneur militaire de Tripoli, bien qu’il soit recherché par la justice espagnole pour sa responsabilité présumée dans les attentats de Madrid. Par la suite, ils l’ont transféré avec ses hommes pour se battre en Syrie. Pour leur transport, la CIA a utilisé les moyens du Haut-Commissariat aux Réfugiés grâce à Ian Martin, le représentant spécial de Ban ki-Moon en Libye. Les prétendus réfugiés ont été emmenés en Turquie dans des camps qui leur ont servi de base arrière pour attaquer la Syrie et dont l’accès a été interdit aux parlementaires turcs et à la presse.

Ian Martin aussi est connu de vos lecteurs : il fut secrétaire général d’Amnesty International, puis représentant du Haut Commissaire pour les Droits de l’homme en Bosnie-Herzégovine.

Geopolitika : La Syrie est le lieu, non seulement d’une guerre civile, mais aussi d’une guerre médiatique et de manipulations. Nous vous demandons en tant que témoin direct, quelqu’un qui est sur le terrain, que s’est-il vraiment passé à Homs et à Houla ?

Thierry Meyssan : Je ne suis pas témoin direct de ce qui s’est passé à Houla. Par contre, j’ai été tiers de confiance lors des négociations entre les autorités syriennes et françaises durant le siège de l’Émirat islamique de Baba Amr. Les jihadistes s’étaient retranchés dans ce quartier de Homs dont ils avaient chassé les infidèles (chrétiens) et les hérétiques (chiites). En fait seules une quarantaine de familles sunnites étaient restées sur place, au milieu d’environ 3 000 combattants. Ces gens avaient instauré la charia, et un « tribunal révolutionnaire » a condamné plus de 150 personnes a être égorgées en public.

Cet Émirat auto-proclamé était secrètement encadré par des officiers français. Les autorités syriennes voulaient éviter de donner l’assaut et ont négocié avec les autorités françaises pour que les insurgés se rendent. En définitive, les Français ont pu quitter nuitamment la ville et s’enfuir au Liban, tandis que les forces loyalistes sont entrées dans l’Émirat et que les combattants ont capitulé. Le bain de sang a ainsi été évité, il y a eu en définitive moins de 50 morts durant l’opération.

Geopolitika : À part les Alaouites, les chrétiens sont aussi des cibles en Syrie. Pourriez-vous nous dire un peu plus sur la persécution des chrétiens dans ce pays et pourquoi la soi-disant civilisation occidentale, dont les racines sont chrétiennes, ne montre aucune solidarité avec ses coreligionnaires ?

Thierry Meyssan : Les jihadistes s’en prennent en priorité à ceux qui leur sont les plus proches : d’abord les sunnites progressistes, puis les chiites (incluant les alaouites), et seulement ensuite les chrétiens. D’une manière générale, ils torturent et tuent assez peu de chrétiens. Par contre, ils les expulsent systématiquement et volent tous leurs biens. Dans la région proche de la frontière nord du Liban, l’Armée syrienne libre a donné une semaine aux chrétiens pour fuir. On a assisté à l’exode brutal de 80 000 personnes. Ceux qui n’ont pas fui à temps ont été massacrés.

Le christianisme a été fondé à Damas par Saint Paul. Les communautés syriennes sont antérieures à celles d’Occident. Elles ont conservé les rites anciens et une foi extrêmement forte. La plupart sont orthodoxes. Celles qui se sont rattachées à Rome ont conservé leurs rites ancestraux. Lors des croisades, les chrétiens d’Orient se sont battus avec les autres arabes contre les soudards envoyés par le Pape. Aujourd’hui, ils se battent avec leurs concitoyens contre les jihadistes envoyés par l’OTAN.

Geopolitika : Est-ce qu’on peut s’attendre à une attaque de l’Iran l’année prochaine, et dans l’hypothèse d’une intervention militaire, quel serait le rôle d’Israël ? Est-ce que l’attaque des installations nucléaires est le vrai objectif de Tel-Aviv, ou est-ce qu’Israël est poussé dans cette aventure par une structure mondialiste, intéressée par une large déstabilisation des relations internationales ?

Thierry Meyssan : Il se trouve que l’Iran est porteur d’une Révolution. C’est aujourd’hui le seul grand pays qui propose un modèle d’organisation sociale alternatif à l’American Way of Life. Les Iraniens sont un peuple mystique et persévérant. Ils ont enseigné l’art de la Résistance aux arabes et s’opposent aux projets du sionisme, non seulement dans la région, mais dans le monde.

Ceci dit, malgré ses rodomontades, Israël est bien incapable d’attaquer l’Iran. Et les États-Unis eux-mêmes ont renoncé à l’attaquer. C’est un pays de 75 millions d’habitants où chacun ambitionne de mourir pour sa patrie. Tandis que l’armée israélienne est composée de jeunes gens dont l’expérience militaire se borne à ratonner des Palestiniens, et que l’armée US est composée de chômeurs qui n’ont pas l’intention de mourir pour une solde de misère.

Geopolitika : Comment voyez-vous le rôle de la Russie dans le conflit syrien et comment voyez-vous le rôle du président de Russie, Vladimir Putin, qui est largement diabolisé par la presse occidentale ?

Thierry Meyssan : La diabolisation du président Poutine par la presse occidentale est l’hommage du vice à la vertu. Après avoir redressé son pays, Vladimir Poutine entend lui rendre sa place dans les relations internationales. Il a basé sa stratégie sur le contrôle de ce qui devrait être la principale source d’énergie au XXIe siècle : le gaz. D’ores et déjà Gazprom est devenue la première compagnie mondiale de gaz et Rosneft la premère pour le pétrole. Il n’a évidemment pas l’intention de laisser les États-Unis faire main basse sur le gaz syrien, ni d’ailleurs de laisser l’Iran exploiter son propre gaz sans contrôle. Par conséquent, il se devait d’intervenir en Syrie et de faire alliance avec l’Iran.

En outre, la Russie est en train de devenir le principal garant du Droit international, alors que les Occidentaux revendiquent au nom d’une morale de pacotille de violer la souveraineté des nations. Il ne faut donc pas craindre la puissance russe, car elle sert le Droit et la Paix.

En juin dernier, Sergey Lavrov a négocié un plan de paix à Genève. Il a été ajourné unilatéralement par les États-Unis, mais devrait en définitive être mis en œuvre par Barack Obama durant son second mandat. Il prévoit le déploiement d’une Force de maintien de la paix de l’ONU, composée principalement de troupes de l’OTSC. De plus, il admet le maintien au pouvoir de Bachar el-Assad si le peuple syrien le décide par la voie des urnes.

Geopolitika : Que pensez-vous de la situation en Serbie et du chemin difficile parcouru par la Serbie ces deux dernières décennies ?

Thierry Meyssan : La Serbie a été épuisée par la série de guerres à laquelle elle a dû faire face, particulièrement la conquête du Kosovo par l’OTAN. Il s’agit en effet d’une guerre de conquête puisqu’elle se conclut par l’amputation du pays et la reconnaissance par les membres de l’OTAN de l’indépendance unilatérale de camp Bondsteel, c’est-à-dire d’une base de l’OTAN.

Une majorité de Serbes a cru devoir se rapprocher de l’Union européenne. C’est ignorer que l’Union européenne est la face civile d’une pièce unique dont l’OTAN est la face militaire. Historiquement l’Union européenne a été créée en application des clauses secrètes du Plan Marshall, elle a donc précédé l’OTAN, mais elle n’en est pas moins un élément du même projet de domination anglo-saxon.

Il se peut que la crise de l’euro conduise à une dislocation de l’Union européenne. Dans ce cas des États comme la Grèce et la Serbie se tourneront spontanément vers la Russie avec laquelle ils partagent de nombreux éléments culturels et une même exigence de justice.

Geopolitika : On suggère à la Serbie de façon plus ou moins directe de renoncer au Kosovo pour pouvoir rentrer dans l’Union Européenne. Vous avez une grande expérience dans les relations internationales, et nous vous demandons sincèrement si vous pouvez nous donner un conseil sur ce que les Serbes devraient faire en politique intérieure et extérieure ?

Thierry Meyssan : Je n’ai de conseils à donner à personne. Pour ma part je déplore que certains États aient reconnu la conquête du Kosovo par l’OTAN. Depuis, le Kosovo est surtout devenu la plaque tournante pour la diffusion en Europe des drogues cultivées en Afghanistan sous la protection vigilante des troupes US. Aucun peuple n’a gagné quoi que ce soit à cette indépendance et certainement pas les Kosovars désormais asservis par une mafia.

Geopolitika : Il existait entre la France et la Serbie une alliance forte qui a perdu son sens quand la France a participé dans les bombardements de la Serbie en 1999 dans le cadre de l’OTAN. Cependant, en France et en Serbie, il existe toujours des personnes qui n’oublient pas « l’amitié par les armes » de la Première Guerre mondiale, et qui pensent qu’il faudrait redonner de la vie ces relations culturelles brisées. Est-ce que vous partagez cette vue ?

Thierry Meyssan : Vous savez que l’un de mes amis, avec lequel j’ai écris Le Pentagate relatif à l’attaque du Pentagone le 11-Septembre avec un missile et non pas un avion fantôme, est le commandant Pierre-Henri Bunel. Il a été arrêté durant la guerre par l’OTAN pour espionnage au profit de la Serbie. Par la suite, il a été restitué à la France qui l’a jugé et condamné à deux ans de prison ferme au lieu de la perpétuité. Ce verdict montre qu’il avait agi en réalité sur ordre de ses supérieurs.

La France, membre de l’OTAN, a été obligée de participer à l’attaque de la Serbie. Mais elle l’a fait en traînant les pieds et en aidant secrètement plus souvent la Serbie qu’elle ne l’a bombardée.

Aujourd’hui la France est dans une situation pire encore. Elle est gouvernée par une élite qui, pour protéger ses acquis économiques, s’est mise au service de Washington et de Tel-Aviv. J’espère que mes compatriotes, qui partagent une longue histoire révolutionnaire, finiront par chasser du pouvoir ces élites corrompues. Et que dans le même temps la Serbie aura retrouvé son indépendance effective. Alors nos deux peuples se retrouveront spontanément.

Geopolitika : Merci beaucoup pour votre temps.

 

Publié en français par le Réseau Voltaire

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La guerre en Syrie, décrite par une large couche de gens soi-disant politiquement libéraux et « de gauche » comme une crise qui exigerait une intervention « humanitaire », a émergé de manière de plus en plus claire comme un exercice de conquête sans merci et brutale. Washington et toutes les grandes puissances se sont liguées pour fomenter une guerre civile sectaire et sanglante, et pour préparer une intervention militaire toujours plus directe visant à faire tomber le régime de Bashar el-Assad et à préparer une guerre bien plus importante contre l’Iran.

Le gouvernement d’Obama prépare une « intervention plus profonde » en Syrie pour « contribuer à retirer le président Bashar el-Assad du pouvoir », a rapporté jeudi dernier le New York Times.

La une du Times s’appuyait sur les déclarations d’un « stratège » et de « hauts responsables de l’administration » anonymes. Invariablement, ce genre de fuites adressées aux médias visent à préparer l’opinion publique à ce qui est à venir, ou, plus probablement, à ce que Washington a déjà commencé à faire en secret.

L’article note que le gouvernement Obama et l’OTAN devraient approuver la demande turque de déployer des batteries de missiles Patriot à la frontière de ce pays et de la Syrie la semaine prochaine. Si le prétexte pour un tel déploiement est de protéger la Turquie d’une menace inexistante d’attaques de missiles syriens, son objectif réel, suggère le Times, est « d’intimider » les forces aériennes syriennes et de les empêcher de bombarder la zone de la frontière Nord de la Syrie dont les “rebelles” soutenus par l’occident se sont emparés.

Cela ouvrirait en retour la voie à la déclaration d’une zone d’interdiction aérienne et à l’imposition d’un régime fantoche sur le territoire dit « libéré », une étape cruciale dans la préparation d’une intervention plus directe des États-Unis et de l’OTAN.

De plus, toujours d’après le Times, les éventualités envisagées par le gouvernement d’Obama comprennent celle « de fournir directement des armes aux combattants de l’opposition plutôt que de continuer à ne passer que par d’autres pays, notamment le Qatar, pour le faire, » et d’agir pour « insérer des officiers de la CIA ou de services de renseignements alliés sur le terrain en Syrie, pour œuvrer plus étroitement avec les combattants de l’opposition dans les zones qu’ils contrôlent maintenant largement. »

L’article affirme que toutes ces options ont été discutées « avant les élections présidentielles, » mais que la réélection d’Obama « a rendu la Maison Blanche plus encline à prendre des risques. »

Les implications politiques sont claires. Pendant qu’Obama et ses aides discutaient d’une agression militaire américaine plus directe en Syrie avant le 6 novembre, ils voulaient reporter l’application de ces plans jusqu’après la fin de l’élection, s’assurant ainsi que l’intensification du militarisme ne serait pas une question évoquée lors des débats politiques plus larges. Tout comme son prédécesseur à la Maison Blanche, l’objectif d’Obama est d’entraîner le peuple américain dans une guerre sans les avoir prévenus, et encore moins avoir demandé leur consentement.

Le soutien bipartisan à ces plans de guerre au sein de l’élite dirigeante américaine a été énoncé clairement dans une chronique de Condoleeza Rice, ministre des affaires étrangères et conseillère à la sécurité nationale de George W. Bush, publiée dans le Washington Post la semaine dernière.

Rice termine son article par une admission que la course à la présidence exigeait une courte pause dans l’escalade de l’intervention militaire en Syrie. « La guerre ne se calme pas au Moyen-Orient, » écrivait-elle. « Elle se lance dans un crescendo. Nos élections sont finies. Maintenant, l’Amérique doit agir. »

Rice défend à peu près les mêmes propositions que celles qui sont citées par le Times, y compris l’imposition d’une zone d’interdiction de vol et l’envoi direct d’armes américaines aux prétendus rebelles.

Elle affirme que « la grande erreur de l’année passée a été de définir le conflit avec le régime de Bashar el-Assad comme un conflit humanitaire. » Oui, admet-elle, « de nombreux innocents ont été massacrés, » mais « il y a bien plus en jeu. »

Ce qui est en jeu en Syrie, suggère Rice, ce n’est pas simplement l’imposition d’un régime fantoche soutenu par les États-Unis dans ce pays en particulier. Mais plutôt la réorganisation néo-coloniale de toute la région. « Elle affirme qu’à l’exception de l’Égypte, de la Turquie et de l’Iran, « tous les autres pays importants sont des créations modernes, créées par les Britanniques et les Français qui ont tracé des frontières sur un coin de table. » L’implication évidente est que l’on peut se passer de ces « Etats artificiels », redessiner les frontières et refaire la région stratégiquement vitale et riche en pétrole suivant les intérêts de l’impérialisme américain.

C’est un projet dans lequel Rice elle-même a été intimement impliquée, avec le lancement des guerres américaines en Afghanistan et en Irak. Il a été poursuivi l’an dernier dans la foulée des soulèvements de masses en Tunisie et en Égypte par les guerres en Libye et en Syrie.

Les instruments utilisés pour atteindre des objectifs aussi démesurés sont à la fois l’intervention américaine directe et l’agitation de conflits sectaires dans toute la région, avec l’alignement de Washington sur les régimes sunnites de Turquie, d’Arabie saoudite, du Qatar et des autres monarchies du Golfe – sans parler de la faction de l’islamisme sunnite qui a produit les attaques terroristes du 11 septembre et qui est maintenant la colonne vertébrale de la « révolution » syrienne – contre l’Iran et ses alliés. C’est le sanglant « crescendo » dont elle parle, un crescendo qui pourrait très bien entraîner d’autres puissances extérieures, dont la Russie et la Chine, et potentiellement coûter la vie à des millions de gens.

Ce qui se prépare est une redivision impérialiste de la région, tout à fait dans l’esprit du partage de l’Afrique, de l’Asie et du Moyen-Orient auquel se sont livrées les grandes puissances avant la Première guerre mondiale.

Les régimes établis par les bourgeoisies nationales de ces pays sont organiquement incapables de s’opposer à cette reconquête. De plus, dans les pays qui sont visés, de la Libye à L’Iran, une base sociale substantielle a émergé parmi les classes les plus privilégiées et qui est prête à être re-colonisée et a bien plus d’affinités avec l’impérialisme qu’elle n’en a avec les travailleurs de son propre pays.

On peut en dire autant de toute une série d’organisations de pseudo-gauche aux États-Unis et en Europe, dont les positions politiques reflètent les intérêts des couches les plus privilégiées de la classe moyenne. Leur rôle dans ces développements est maintenant tout à fait clair pour tous. Elles ont toutes fait le sale boulot politique consistant à légitimer une campagne de conquêtes impérialistes comme étant une intervention « humanitaire », tout en décrivant la guerre sectaire sanglante qui est menée par les milices islamistes et les attentats suicides de terroristes comme une « révolution sociale. »

Cela va du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et du parti allemand La gauche, jusqu’aux capitalistes d’Etat du Socialist Workers Party britannique et de l’International Socialist Organisation américaine [une tendance anti-marxiste qui définissait l'Union soviétique comme un Etat capitaliste et refusait de la défendre contre l'impérialisme.]

Ces organisations, en dépit de leur nom, n’ont rien à voir avec le socialisme ou l’opposition au capitalisme. Dans leur alignement sur la guerre pour un changement de régime en Syrie, elles ont toutes fonctionné comme des auxiliaires de la CIA et sont profondément impliquées dans le crime aux proportions monstrueuses et historiques qui est en train de se déployer.

Bill Van Auken

Article original en anglais, WSWS, paru le 30 novembre 2012

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La Palestine est déjà un Etat

décembre 3rd, 2012 by Maître Gilles Devers

Quel Etat ? Quelles frontières ? Comment assurer le droit au retour des réfugiés ? Quel statut pour Jérusalem ? C’est aux Palestiniens, et à eux seuls de décider.

Je peux, comme vous, avoir une opinion. Mais au regard de ce que souffre le peuple palestinien depuis un siècle, au regard des enjeux pour la vie quotidienne des Palestiniens, non, vraiment, je dois m’abstenir de tout ce qui peut conduire à penser à la place des autres. Le colonialisme commence par le celui de de la pensée. Ce n’est pas le genre de la maison.

En revanche, tout n’est pas en débat. Il  existe des points de droit certains, et l’importance du moment, comme la confusion entretenue, appellent à mettre les points sur quelques i.

Existence et reconnaissance

La clé est de distinguer existence et reconnaissance. Qui oserait dire qu’une personne vivante, bien vivante devant vous, n’existerait pas parce qu’elle n’est pas inscrite à l’état civil ? .

L’existence est l’affaire du peuple palestinien ; la reconnaissance est celle de la communauté internationale. Ne pas confondre. Au milieu des plus extrêmes difficultés, depuis cent ans bientôt, malgré les guerres, le colonialisme, le sang versé, l’occupation et le morcellement de son territoire, malgré la cupidité des US et la traitrise des soi-disants soutiens, le peuple palestinien est debout, uni, gérant même les divisions de ses dirigeants. C’est un peuple, souverain, et la souveraineté est inaliénable.

La communauté internationale est celle des beaux discours et des sales politiques. Depuis un siècle, elle n’a jamais rien fait de sérieux pour le peuple palestinien, à part des trahisons en série, et de versements de subventions pour se faire pardonner. Qui peut soutenir que cette communauté internationale-là est qualifiée pour prendre de grandes options pour la Palestine ?

Alors, chères amies et chers amis, ne vous trompez pas. La Palestine existe, par son peuple souverain, par ses luttes, par sa dignité, par sa force de résistance. L’admission comme membre observateur sera un petit plus, mais cela n’a rien à voir avec l’existence d’un peuple souverain.

La Palestine a toujours existé

« Nous peuples du monde… » Ce n’est pas moi qui m’enflamme, ce sont les premiers mots de la Charte de l’ONU. Or, les Palestiniens forment un peuple. Peut-on soutenir le contraire ?

C’est l’un des peuples les plus anciens de notre planète, et il est assez curieux de voir les Etats-Unis s’opposer à la reconnaissance de la Palestine alors que les Etats-Unis étaient de l’herbe quand la Palestine était déjà un peuple.

Pour nous, peuples de la Méditerranée, la Palestine est une mère, comme l’a été la Grèce. De toute l’histoire, on a su placer la Palestine sur une carte de géographie. Alors, depuis quand les peuples souverains disparaitraient-ils ?

D’ailleurs, et on pourrait en rester à ce constat, ceux qui font le plus de tort à la Palestine en reconnaissent l’existence. Israël gère les territoires palestiniens par le ministère des affaires étrangères, pas par le ministère de l’intérieur. De même, ce bouillon de culture impérialiste qu’est le Conseil de Sécurité reconnaît à tous les territoires palestiniens le statut de territoires occupés, au sens de la IV° Convention de Genève. Le Conseil de sécurité a toujours dénié la moindre valeur aux déclarations d’Israël affirmant faire de Jérusalem sa capitale.

La Palestine est reconnue comme Etat depuis 1922

A la dissolution de l’Empire Ottoman, la Palestine était reconnue comme Etat, avec un peuple souverain et un territoire, et la carte figurait dans les traités de Sèvre et de Lausanne. Personne n’aurait envisagé de dessiner une Palestine qui n’aurait pas correspondu à la Palestine, terre façonnée par l’histoire.

Le régime des mandats est apparu, à la fin de la Première Guerre Mondiale, comme une manière de gérer le droit des peuples à l’autodétermination. Le droit à l’autodétermination du peuple palestinien se retrouve à l’article 22 du Pacte de la SDN.

L’article premier du mandat sur la Palestine donné par la SDN à la Grande-Bretagne prend acte de la souveraineté, inaliénable, du peuple palestinien, le mandataire n’ayant de pouvoir que pour la législation et l’administration : « Art. 1. – The Mandatory shall have full powers of legislation and of administration, save as they may be limited by the terms of this mandate”.

Le mandat n’était que d’administration, et ne pouvait modifier la substance de la souveraineté,  en respectant les limites territoriales fixées par un mémorandum britannique du 16 septembre 1922,  qui correspondaient aux limites de l’ancienne province de l’Empire Ottoman.

L’ordre juridique palestinien était déjà pleinement structuré à l’époque, et respecté par le mandataire.

De plus, et ce point est essentiel, la question de la souveraineté s’est posée à l’occasion du partage de la dette publique ottomane entre la Turquie et les « territoires détachés de l’Empire Ottoman ». Dans cet arbitrage rendu en 1925 par la SDN, la Turquie, la Bulgarie, la Grèce, l’Italie, l’Irak, la Transjordanie et la Palestine était placées sur un pied d’égalité. La Palestine était un Etat sous mandat, mais un Etat.

En 1947, l’ONU n’a rien donné… car elle n’avait rien à donner

Combien de fois faudra-t-il le rappeler…  En 1947, l’ONU n’a rien donné à Israël. L’ONU n’était alors qu’un club de grandes puissances voulant se partager le monde, mais elle n’a rien pu faire devant l’évidence de la souveraineté palestinienne. Le document voté était une recommandation pour un plan de partage, tentant de donner un contenu à la déclaration du ministre des affaires étrangères Lord Balfour de 1917, sur la création d’un « foyer national juif », destiné à devenir la place forte des intérêts occidentaux dans la région.

Cette recommandation a été un acte irresponsable, permettant aux groupes armés sionistes de se déclarer comme Etat au départ du mandataire, en mai 1948, et d’engager la première grande opération militaire, la Nakba, chassant les Palestiniens de leurs terres et de leurs maisons. C’est le début de l’histoire des réfugiés, dont le droit au retour est inaliénable, face à un Etat qui a conquis un territoire par la force des armes.

Et depuis ?

Aujourd’hui, 127 Etats ont reconnus la Palestine comme Etat : à peu près toute l’Afrique, tout le monde musulman, toute l’Amérique du Sud, tout l’ancien bloc de l’Est, toute l’Asie.

La Palestine. Etat sous mandat hier, Etat sous occupation militaire aujourd’hui, mais toujours Etat… La Palestine n’a jamais renoncé. Le fait d’être sous occupation ne remet pas en cause la qualité d’Etat, lorsqu’il existe un peuple, un territoire et une organisation des pouvoirs. La RFA, ancienne Allemagne de l’Ouest, a été créée et reconnue alors qu’elle était sous occupation des puissances alliées.

Malgré les mille difficultés qu’elle rencontre, la Palestine est d’ailleurs un Etat très organisé. Il existe un peuple palestinien, qui vit en fonction d’un ordre juridique interne. Elle a été le premier Etat arabe à procéder à des élections démocratiques… mais comme le résultat – victoire du Hamas – n’était pas celle prévue, les puissances occidentales ont puni le peuple palestinien.

Alors, ce vote à l’ONU ?

Ce soir ce vote sera acquis.

Juridiquement, il sera le signe d’une amélioration de l’état civil tenu par l’ONU, mais ne touchera rien d’essentiel.

Un Etat reconnu par 127 autres Etats, et dont les dirigeants sont reçus comme représentants légitimes par les opposants, à commencer par les US, devrait bien évidemment  être membre à part entière de l’ONU. Les Etats-Unis bloquent tout, au motif qu’il faut d’abord négocier une paix globale. Ils n’avaient pas été aussi exigeants pour accueillir Israël en 1949.

Juridiquement, ce poste d’Etat observateur apportera quelques petits avantages fonctionnels marginaux au sein de l’ONU.

Mais Abbas passera toujours par le chek-point pour rentrer chez lui à Jérusalem, et il devra toujours demander l’autorisation s’il veut se rendre à Gaza. Le scandaleux accord de Paris, qui place toute l’économie palestinienne sous le contrôle israélien, ne sera pas changé d’une virgule, et la population de Gaza vivra toujours le blocus. Les services israéliens viendront toujours sur le territoire palestinien de Cisjordanie, pour procéder aux arrestations de Palestiniens. Et de nouveaux permis de construire seront donnés par les autorités israéliennes à Jérusalem-Est.

Dans les difficultés que rencontre les Palestiniens, ce plus n’est sans doute pas à négliger, s’il peut aider à l’unité. Encore une fois, c’est aux Palestiniens de choisir. Mais attention à ne pas donner à ce vote plus d’importance qu’il n’en a, car les désillusions seraient cruelles.

Et la Cour Pénale Internationale ?

On dit cette question centrale. En droit, elle est marginale.

Le 21 janvier 2009, l’Autorité Palestinienne a fait enregistrer par le greffe de la Cour Pénale Internationale une déclaration de compétence (Art. 12.3 du statut) pour tous les crimes de droit international relevant du statut de la Cour, depuis juillet 2002, date d’entrée en vigueur du traité.

Des actes ont été déposés, rappelant que:

- ce n’est pas au procureur mais à la chambre préliminaire de se prononcer sur le compétence de la cour et l’autorisation d’ouvrir une enquête ;

- la CPI n’a pas à dire si la Palestine est un Etat, mais seulement si elle est suffisamment un Etat au sens du statut.

Les plus respectés professeurs de droit public (Dugard, Quigley, Pellet) ont expliqué que le procureur devait transmettre l’affaire  la chambre préliminaire, pour avoir une décision sur l’ouverture ou non d’une procédure.

Après deux ans d’attente, le procureur a estimé que pour savoir si la CPI, juridiction indépendante, était compétente, il fallait l’avis de l’ONU… Une bonne grosse manip’ pour enterrer le dossier,…  qui peut juste le retarder.

Déjà, on voit apparaître un nouveau contre-feu, comme si la question était désormais la ratification du traité… Cette ratification interviendra peut-être un jour, mais pour le moment, la déclaration de compétence existe, et l’ANP n’a jamais envisagé de la retirer.

Or, cette déclaration est juridiquement très forte. La procédure a souffert d’un contexte politique défavorable, mais les arguments sont nombreux pour reconnaître la capacité du peuple palestinien a présenter sa cause devant la CPI. Comment pourrait-on priver un peuple de tout accès au juge ?

1/ Lisons la jurisprudence de la CPI : « Les mouvements de libération luttant notamment contre la domination coloniale et les mouvements de résistance représentant un sujet de droit international préexistant peuvent être des « Parties au conflit » au sens des Conventions. Mais l’autorité qui les représente doit avoir certaines caractéristiques d’un gouvernement, au moins à l’égard de ses forces armées » (CPI, Chambre Préliminaire, 29 janvier 2007, Thomas Lubanga Dyilo, par. 272). Ce critère d’application du droit international humanitaire montre que face à la demande de victimes de crimes de guerre, il faut une approche pragmatique, concrète, et non pas formelle.

2/ A partir du moment où la Palestine agit contre Israël, on ne peut pas lui opposer de ne pas être pleinement un Etat… alors que c’est Israël qui usurpe les attributs de souveraineté. Refuser la recevabilité au motif que la Palestine ne peut exercer toutes les fonctions de l’Etat revient à donner les clés à Israël.

3/ Après l’adoption du rapport Goldstone en novembre 2009, l’AG ONU a expliqué que la CPI était un système subsidiaire, et elle a demandé aux autorités locales d’essayer de juger l’affaire. Par cette résolution, l’AG ONU a reconnu la capacité des autorités de Gaza à exercer la fonction judiciaire. Gaza peut donc choisir entre juger lui-même les faits, ou demander à la CPI.

4/ Les Iles Cook, Etat non-membre de l’ONU, ont ratifié le traité de la CPI. Les Iles Cook sont un Etat, mais un Etat qui s’en remet pour sa politique étrangère et de défense à la Nouvelle Zélande. Alors, depuis quand faudrait-il être membre de l’ONU pour avoir droit de cité à la CPI ?

*   *   *

La politique a son rythme, qui n’est pas forcément celui du droit, et sur un tel sujet, tant d’opinions peuvent être admises. Mais, sauf à ne rien comprendre, ne confondez pas l’existence et la reconnaissance, ne confondez pas l’ONU et la CPI.

Maître Gilles Devers

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Le 16 juin 1979, un commando proche des Frères musulmans syriens fait irruption dans une caserne de l’armée de l’air à Alep où soldats sunnites, alaouites et chrétiens partagent les mêmes chambrées. 83 cadets alaouites identifiés comme tels sont séparés de leurs autres camarades par leurs bourreaux puis froidement exécutés. Dans cet épisode tragique de l’histoire syrienne, la seule appartenance confessionnelle a motivé l’application de la peine de mort. Trois décennies plus tard, des provocateurs inspirés par les mêmes thèses sectaires détournent la légitime contestation populaire antibaassiste vers l’alaouite, un bouc émissaire tout désigné qui, depuis un millénaire, alimente suspicion et fantasmes. Mais cette fois, les alaouites sont victimes d’une campagne d’exterminationsystématique et à grande échelle. A un point tel que les hommes faits prisonniers par les rebelles jurent ne pas être alaouites pour échapper à leur sort. Un « détail » qui a échappé à l’agence de presse britannique Reuters à Ras Al Ain.

Dans les pays régis par des Etats traditionnellement hostiles au gouvernement de Damas, la nature sectaire de l’insurrection qui a éclaté à Deraa il y a vingt mois a été ignorée et remplacée par une lecture rassurante voire mystique du conflit assimilant le régime de Damas au mal absolu et la rébellion à son exact contraire. Il y a quelques jours, l’agence de presse britannique Reuters a contribué à maintenir le flou autour des réelles motivations de la rébellion armée en commettant une grossière erreur de traduction.

Dans l’une de ses dépêches reprises sur le site Internet du journal 20 Minutes du 30 novembre 2012, Reuters écrit ceci :

Unrebelle syrien s’est semble-t-il filmé en train d’exécuter des prisonniers désarmés. La vidéo, mise en ligne sur le site YouTube, a été tournée au moyen d’une caméra apparemment fixée sur son arme. On y voit dix hommes en tee-shirt blanc et treillis, couchés face contre terre. L’un d’eux dit d’une voix suppliante qu’ils sont pacifiques, se lève et se dirige vers la caméra. Sur la bande son, on entend alors une détonation puis on voit cet homme retourner à sa place, un bras ensanglanté. La suite de la vidéo montre l’exécution des dix prisonniers.

A première vue, ce passage ne semble guère polémique. Mais après consultation de la vidéo qui se rapporte aux faits décrits par Reuters ( http://www.youtube.com/watch?v=sWCTshHVCmI ), on remarque immédiatement que les soldats qui supplient leurs bourreaux disent non pas être « selmiye » (pacifiques) mais « sinniye »(sunnites).

Chaque jour, des Syriens sont assassinés par les rebelles parce qu’ils n’ont pas la « bonne » confession, en particulier les alaouites.

Partisans ou opposants au régime de Damas, tous les Syriens le savent. En revanche, les observateurs occidentaux préfèrent taire ou minorer cette réalité pour « ne pas faire le jeu du régime ». Et justement, « ne pas faire le jeu du régime »est devenu la devise et l’étendard de la guerre psychologique menée contre Damas.

Loin de toute considération stratégico-idéologique, le jour de la publication de la dépêche Reuters controversée, un opposant syrien de la ville de Hassaké interviewé par l’agence de presse catholique Fides ayant requis l’anonymat a lui aussi constaté le caractère confessionnel et sectaire de la rébellion armée :

« Les alaouites ont subi le sort le plus dramatique : tués parce qu’alaouites. » reconnaît-il.

Et d’ajouter : « L’une des victimes étaient un instituteur qui a beaucoup aimé la ville et a instruit pendant de nombreuses années les enfants de toutes les familles. Des miliciens l’ont cherché, pris et tué devant son épouse et ses enfants qui ont été pris en otage. »

Les témoignages de ce genre qui attestent qu’un génocide anti-alaouite est en cours nous parviennent tous les jours de Syrie. Ils sont totalement accessibles à ceux qui veulent bien les voir et les entendre. Pour peu que les agences de presse comme Reuters veuillent bien les reproduire avec l’honnêteté et la rigueur requises.

Bahar Kimyongür
Le 3 décembre 2012
Bahar Kimyongür est l’auteur de Syriana, la conquête continue, Ed. Investig’Action et Couleur Livres, Bruxelles/Charleroi, 2011, et porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie – CIS
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L’Organisation[i] mondiale du commerce (OMC) est née le 15 avril 1994 à Marrakech (Maroc) par l’Accord ou Déclaration éponyme. Elle est entrée en exercice en 1996. Elle est le parachèvement de longues négociations. Les plus célèbres sont celles dites de l’Uruguay Round (1986-1994) qui ont été précédées de celles de Tokyo et Kennedy. Les tout premières ont eu lieu en 1947 à Genève. L’Accord est entré en vigueur le 1er janvier 1995. Elle est une institution de gouvernance mondiale, décrite et pensée par Emmanuel Kant[ii],  qui produit du droit mondialisé. Les États-membre sont des sujets de droit.

L’OMC est dotée de la personnalité juridique internationale. Son Organe de Règlements des Différends (ORD) ou tribunal et la Conférence des ministres sont centraux. L’OMC peut assigner des États devant sa propre juridiction.

Après la création de l’OMC, le continuum de la globalisation par la libéralisation de l’agriculture et des services a été pris en charge par le Cycle de Doha (2001, 2004) même s’il s’est soldé par un échec.

Avant cette naissance, le commerce mondial était régi par le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) ou Accord général sur les tarifs douaniers et commerce.

L’OMC est la gardienne du régime du commerce international au sens des principes et normes qui régissent les échanges qui vont de la vente d’une seringue pour piqure à un service comme l’envoi d’une demande d’accession d’un pays à cette Organisation par voie postale. Ses règles et procédures sont codifiées dans différents droits internationaux et décrites dans les manuels d’institutions intergouvernementales telles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international ou l’Institut international pour l’uniformisation du droit privé (UNIDROIT).

L’OMC vise la libéralisation de l’économie mondiale proclamée par les USA par la voie de son président Wilson (Woodrow) et son célèbre discours à 14 points prononcé devant le Congrès en 1918.

Les USA ayant la suite dans les idées et veillant au respect de la continuité de son action politique quel que soit le parti qui occupe la Maison Blanche, c’est le Programme de reconstruction de l’Europe (European recovery program) ou Plan Marshall (général George C.) de 1947 qui a continué ce processus pour s’offrir un autre marché, celui de l’Europe.

Pour résumer et en paraphrasant le dramaturge algérien Abdelatif Bounab[1], l’OMC vise à mettre des feux verts sur tout le trajet, partout dans le monde, de la boite de conserve du corned-beef argentin et des opérations financières qui lui sont consubstantielles; les feux rouges étant réservés à la circulation des personnes.

Les principes de l’OMC et qui sont issus du GATT

L’occasion d’assister à une série de « discours » prononcés par un professeur en droit qui a « psalmodié » les aspects, et rien que les aspects, liés au droit du commerce international est un avantage comparatif quand certains d’entre eux sont mis, sans prétention, à la disposition d’un lectorat. Et c’est cette théorie des avantages comparatifs de David Ricardo qui sert de moteur à cette globalisation que plusieurs éminentes personnalités dénoncent et Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, en est même « désillusionné[iii] », ATTAC[iv] s’étant mise carrément dans l’opposition frontale .

En relançant son processus d’accès à l’OMC, l’Algérie doit respecter des principes.

Le principe fondamental de cette organisation est connu sous la dénomination de non-discrimination. Trivialement dit, dans le monde des affaires, il ne doit pas y avoir de la « différenciation » ou de « racisme » entre États ou firmes lesquels sont à des niveaux de développement économiques, sociaux et culturels différents. C’est un principe qui infirme les mathématiques en rendant égaux des termes qui ne le sont pas par opposition à ce que préconise l’Organisation des Nations Unies. Pour réussir une telle prouesse, les chantres de la libéralisation globalisée démontrent qu’ils sont extrêmement puissants. Pour les identifier, les lecteurs sont libres de choisir entre les États et les firmes transnationales ou globales.

Dans la littérature, les deux principes suivants, sont considérés parfois comme immanents et parfois indépendants (au) du précédent.

Le deuxième (principe) est celui de la « nation la plus favorisée » (NPF) qui ne signifie pas ce qu’il dit. En adhérant à l’OMC, l’Algérie ne sera pas dorlotée et c’est certainement le contraire qui va se produire. En accordant des privilèges à un État; par transitivité, ils seront accordés à tous les États-membres de l’OMC. Exemple : l’Algérie accorde une « faveur » aux USA, celle-ci en bénéficiera automatiquement à Israël, membre de l’OMC depuis 1995. Le cas inverse maintenant: pour bénéficier du privilège de la NPF de la part des USA, ce dernier pourra fixer une condition sans aucun rapport avec le commerce ou l’économie et qui serait la reconnaissance de l’État d’Israël pendant que le Canada exigera de notre pays le respect strict des droits de l’Homme.

Dans ses principes et uniquement dans ses principes, l’OMC réussit ce que la politique rate en rendant possible des échanges commerciaux entre adversaires ou ennemis. En remontant au premier principe; il est permis d’affirmer par déduction que les États sont les agents d’exécution des firmes mondiales. Ces dernières, donc, sont plus puissantes qu’eux (les États). CQFD.

Le troisième principe est celui du « traitement national » : qui « tente » de prohiber toutes les subventions accordées par l’État à un ou plusieurs secteurs de la production nationale ou le soutien des prix de certains produits. C’est la source de procès interminables entre les États-membres ou leurs compagnies qui se déroulent au sein de l’Organe de règlements des différends (ORD) de l’OMC. Dans ces procès, c’est la puissance de l’État souverain qui est appelée à la rescousse par les firmes transnationales (FTN) en le forçant à payer des amendes pour maintenir un avantage compétitif ou une mesure protectionniste. Dans cette situation, l’avantage compétitif devient un levier pour un dumping prédateur.

Ces procès introduisent le dernier principe qui est celui de la  libéralisation des échanges qui interdit formellement le dumping, les restrictions quantitatives, les barrières tarifaires et les subventions.

Le respect de ces principes est garanti par la règle de droit et de la transparence qui oblige les États à communiquer par des rapports à  l’OMC et États-membres pour prouver leur loyauté envers le commerce international !

L’accession à l’OMC ou le chemin de croix de l’Algérie

 Mohammed Abdelwahab Bekhechi[v], ancien professeur de droit, conseiller senior auprès de la Banque Mondiale a écrit : « en plus de son caractère stratégique, l’accession de l’Algérie à l’OMC revêt un caractère critique et particulier du fait de la dépendance de l’économie algérienne des exportations d’hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) vers les USA et l’Europe occidentale, et de la dépendance de tout son commerce extérieur vis-à-vis d’une petite poignée de pays européens et des États-Unis».

Pour faire partie de l’OMC, l’Algérie doit satisfaire un cahier des charges qui ne laisse rien et absolument rien au hasard : ouverture total du marché, mise à niveau effective et non politicienne de toute la réglementation juridique et administrative. En quelques mots : c’est soumettre l’économie à la loi des marchés et non à celle des droits humains.

Avant de passer en revue sommaire ces aspects, une rétrospective sur le chemin parcouru par l’Algérie en utilisant l’Aide-mémoire, le journal tenu par l’OMC dans lequel le drapeau d’un pays en tant que symbole imagé de sa souveraineté est découpé en lambeaux. Cet Aide-mémoire est le révélateur de la disparition du mot souveraineté et des vocables liés à l’indépendance dans les discours des hommes politiques et pas uniquement algériens.

L’Algérie a fait sa demande d’adhésion au GATT le 3 juin 1987, bientôt 26 ans qu’il faut adoucir par une longue coupure qui a duré jusqu’au 11 juillet 1996, date de la confection de son premier Aide-mémoire. Cette coupure a empêché l’Algérie d’adhérer au GATT pour deux causes essentielles : la situation de cessation de paiement de notre pays et la guerre civile qui a pris feu. Si l’Algérie avait adhéré au GATT, elle aurait profité de sa transition vers l’OMC (1994-1995) pour éviter son actuel chemin de croix.

Concernant l’examen de notre pays du 17 janvier 2008, les membres (du Groupe de travail) «ont appelé de leurs vœux la conclusion des négociations en vue de l’accession car, selon eux, celles-ci traînaient trop en longueur. L’Ambassadeur Valles Galmés…a souligné qu’il restait beaucoup à faire avant que l’Algérie puisse devenir membre de l’Organisation.»[vi]

Plus loin, dans le style d’observations « doit persévérer dans ses efforts » portées sur le carnet scolaire d’un écolier, le reste-à-faire est explicité à notre pays: « il restait encore beaucoup à faire dans les domaines suivants: entreprises d’État, prix des hydrocarbures, droits de commercialisation et présence commerciale, régime fiscal (TVA et autres taxes à la consommation), subventions à l’exportation, mesures SPS, OTC et ADPIC.»[vii]

En cette fin 2012, les pouvoirs publics algériens n’ont cesse d’étaler des actions et de préfigurer d’autres: 1) lutte contre l’économie informelle, 2) signature d’accords bilatéraux avec un défilé continu de représentants de très haut niveau (Italie, France, Qatar), 3) installation de la société Renault à Oran prévue à Jijel (un transfert non commenté par les pouvoirs publics ni dans la presse nationale alors qu’il montre la position de faiblesse de notre pays, la réduction des coûts visée par le gourou qui dirige cette firme en la rapprochant de son usine de Rabat et du port d’Oran), 4) exploitation des gaz de schiste, 5) annonce d’une réforme du code des marchés, etc.

Dans les recommandations du Groupe : la première porte sur les « entreprises d’État » qui sous-entend leur problème démantèlement ou, à tout le moins, réduire leur volume. La seconde est celle qui touche au prix des hydrocarbures, et ce sont ces prix qui ont fait trainer l’accession à l’OMC de la Russie, ses républiques satellites et l’Arabie Saoudite, qui pose encore problème. La première déduction est son inévitable augmentation déjà réclamée à cor et à cri par certaines voix, la seconde est le risque que prend l’Algérie à voir les Sept Sœurs[viii] installer leur réseau de distribution sur notre territoire et le dumping financier qui en résultera en plus du frein qui sera fait à tout investissement algérien dans la production des carburants et autres produits issus du raffinage.

Processus de négociation pour l’accession à l’OMC

Dans les déplacements politiques, les délégations officielles – l’officieuse est une autre paire de manches – se résument à une ou deux personnes. Dans le cas des négociations techniques comme celles liées à l’OMC, il y a d’abord l’annonce au moyen d’un communiqué du cabinet ministériel, d’un média national comme l’APS en tant qu’agence officielle du déplacement  au siège de l’OMC à Genève d’une « délégation d’experts de « haut niveau » conduite par un « ministre », de préférence celui du commerce.

Les précautions que les délégués prennent touchent le nombre conséquent  de chemises de rechange et autres accessoires qu’ils mettront dans leur valise parce qu’ils vont transpirer, des pilules anti-maux de tête et antistress.

Dans la salle des négociations de l’OMC, chaque « expert national » se retrouvera en face d’un négociateur du Groupe de travail désigné par l’OMC pour s’occuper du « cas » Algérie.

Dans un face-à-face, le délégué de l’OMC posera des questions très simples comme: combien dure une procédure de dédouanement d’une marchandise en Algérie ? L’expert algérien en s’interdisant « ca dépend, à peu près, etc.» doit répondre d’une manière concise, exemple : 4 heures. Celui de l’OMC, sans être obligé, dira dans ce cas : excellent.  Si la réponse indique une durée invraisemblable, aux yeux du délégué de l’OMC, en enlevant les usages diplomatiques, sa recommandation sera dans le style : « Retournez dans votre pays, dérouillez-vous pour améliorer les délais de dédouanement, mettez à niveau vos procédures et règlements, informez l’OMC et les autres pays-membres». Quand les exigences nécessitent beaucoup de temps à satisfaire, il sera entendu ca et là que « le rythme des négociations est défini par l’Algérie».

Quelques chaises plus loin dans la même salle, un autre expert algérien négocie avec un autre délégué de l’OMC sur le prix des carburants.

Le plus chanceux serait celui qui parlerait de l’industrie des textiles, peaux et cuirs devenue presque inexistante chez nous. Dans ce cas, ce secteur devient un terrain conquis pour les puissants. Celui qui risque de vivre un supplice sera le chargé de négocier les ADPICS[ix], AGCS[x], le Traité de sur la biodiversité.

Durant les pauses-cafés et autres, tous ces interlocuteurs vont se raconter les détails, anecdotes et vont user de qualificatifs amers ou drôles sur les uns et les autres. Paroles de certains consultants proches de ces milieux. Non sourcé, sans références, le lecteur peut ignorer ce passage.

Au final, des bilans et synthèses sont faits. Si pour le Groupe de travail, c’est une routine bien huilée parce qu’ils ont été formés, qu’il y a des manuels, qu’ils subissent des recyclages obligatoires, qu’ils ont des assistants dédiés pour ce genre de travail; pour la délégation algérienne « d’experts » conduite par un « ministre », ce sera difficile, très difficile et même extrêmement difficile de le (bilan) produire en pensant à l’absence de documentations mises-à-jour et de coordination, à toute la réglementation qu’il faut revoir. Et c’est là qu’interviennent dans l’ombre des experts étrangers loin d’être de bons samaritains amoureux de l’Algérie.

Impacts sur la souveraineté nationale par l’Assemblée nationale populaire interposée

Les bilans de l’OMC et de l’Algérie donneront, comme dit supra, à une révision des textes, procédures et lois. Avec la bureaucratie et la culture nationale dans la gestion documentaire; il se trouvera un haut responsable qui criera à la « nécessité de la refonte des lois ». Pour gagner du temps, le « copier/coller » à partir des législations des autres pays déjà membres de l’OMC fonctionnera au régime turbo. Certaines lois seront mises en œuvre par ordonnance présidentielle. Les autres seront transportées dans un bus-navette entre le pouvoir exécutif  et législatif sous forme de projets; l’APN n’ayant vu que du feu dans les négociations avec l’OMC, les transformera en lois qui seront promulguées à partir de leur parution dans le Journal officiel.

Les votes des députés seront motivés par la conviction que l’accession à l’OMC est indispensable à l’Algérie, le « je-m’en-foutisme » dans l’acte de s’exprimer et le syndrome du lever de la main.  Les « coulisses » sont mises de coté parce qu’elles sont opaques.

Dans le journal télévisé (le 20 Heures), dans un décorum solennel, les bras levés des députés seront montrés, sans savoir pour certains qu’ils viennent de marcher sur la Souveraineté nationale parce qu’ils n’ont lu qu’en diagonale la Constitution et ne connaissent que le premier vers de l’hymne national  « Qassaman ».   

Aperçu synthétique sur l’économie nationale 

Les effets pervers de la globalisation[xi] sont déjà visibles dans notre pays en combinant scandales financiers et secteurs économiques, exemples : banques privées et télécom, sanctions de Sonatrach, infrastructures publiques et sociétés offshore.

 

 

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L’OMC, la démocratie et le reste en 6 points

  1. La démocratie au sein de l’OMC: elle n’est pas le souci premier de cette Organisation. Mary E. Footer dit[xii] : “In accordance with the wording of Article IX:1 WTO Agreement : “Except as otherwise provided, where a decision cannot be arrived at by consensus, the matter shall be decided by voting”. The notion that consensus is the preferred means for adopting a decision while voting is residual”.
  2. L’OMC vis-à-vis des pays du Sud: Le représentant[xiii] de l’Inde auprès de l’OMC affirme que les intérêts des pays du Sud sont la 5ème roue du carrosse en écrivant : « From the angle of developing countries, the decision-making process is very much non-transparent and non-participative, as an overwhelming number of them are associated only in the beginning, when the proposals are initially made formally, and at the end, when the conclusions have already been worked out”.
  3. Si l’OMC s’occupe du régime du commerce de tout (marchandises, services, propriété intellectuelle, biomasse), elle élude complètement ce qui le matérialise : l’argent. Pour cet aspect crucial, elle renvoie les plaignants au FMI et c’est la « division internationale du travail » appliquée autrement et qui montre comment se constitue l’étau.
  4. Dans le texte, il est dit que l’OMC s’occupe du moindre détail qui touche au commerce des marchandises. Pour la preuve, il suffit de parcourir un document concernant le Maroc[xiv] dans lequel même la tomate (timitoche en kabyle ou tmatem en arabe), l’ail (thicherth ou Ttoum) sont passés à la loupe.
  5. Dans cette contribution, n’ont pas été mentionnées les Annexes de l’Accord et les contraintes qu’elles imposent.
  6. L’Accord de l’OMC est déposé à l’ONU. Les Organisations telles que la CNUCED, ECOSOC n’ont pas été citées dans cette contribution. Ceci ne doit pas cacher le forcing et l’isolement exercés sur l’ONU pour la mettre au service de l’ultralibéralisme.

Les conditions de l’OMC pour l’accession d’un pays

Aspects économico-commerciaux et droits applicables

L’auteur de cette contribution est incapable de répondre à la question sur le type ou nature du modèle de développement économique national sauf par un poncif. Nos exportations se résument aux hydrocarbures, un peu de jus, huile d’olive et pates alimentaires; nos importations vont de l’aiguille ou trombone chère à Adam Smith[xv] jusqu’à l’engin de travaux public en passant par la friperie.

Rapporté par l’APS et à propos du processus d’accession à l’OMC et de ses objectifs, Mr Cherif Rahmani a déclaré : «Cela va pousser les entreprises algériennes à se mettre aux normes, et d’être compétitives pour qu’elles puissent être au diapason des entreprises étrangères. Et c’est notre objectif’’.

Pour se mettre aux normes (et à quelles normes ?), des dépenses énormes et stériles (au sens productif) sont indispensables. Pour être compétitive, l’économie nationale doit être portée par une série de plans stratégiques à long terme avec un choix concerté et défini sur le modèle de développement qui répondrait aux besoins des générations futures. Cette « compétitivité », terme vaseux des ultralibéralistes est mesurable. Les indicateurs nationaux fournis par les institutions internationales sont tous au rouge. L’indicateur circulant le plus  actuellement est la productivité[xvi] qui est impossible à calculer pour notre pays.

En termes d’avantages comparatifs, notre pays en a quelques uns : disponibilité de la main d’œuvre et dans quelques années ce
paramètre tournera à l’avantage des Occidentaux  par l’inversion de la tendance démographique, des bas salaires, une protection sociale défaillante et c’est parce qu’elle est défaillante qu’elle devient un avantage comparatif, un peuple consommateur qui signifie marché, une production faible. Au lieu d’en faire des objectifs stratégiques nationaux  à améliorer, c’est l’ouverture à la globalisation qui va les exploiter et c’est ce qui les transforme  en désavantages incompétitifs révélés par analogie opposée à l’avantage comparatif révélé.

Les avantages financiers tirés de la manne pétrolière et gazière qui alimentent le « développement » national commencent à être attaqués, justement dans le cadre de ce processus d’accession. Pour un alignement des prix nationaux  sur les mondiaux, le prix du gaz algérien est soumis à une pression insoutenable et Sonatrach paie des remises à certaines compagnies dans la discrétion la plus totale.

Les assignations en justice et procès que subit l’Algérie ou ses compagnies[xvii] amirales sont révélateurs du fossé entre les législations nationales et internationales, la soumission des contrats internationaux à l’enfer des codes définis et imposés par l’empire britannique, l’Angleterre surtout avec son common law, droit commercial international et autres. Un enfer où même la volonté de Dieu (Act of God) est codifiée.

Si le ministre algérien de la PME/PMI est optimiste, Mr Mohamed Said Saadi, ancien ministre marocain est d’un avis plus mitigé en écrivant[xviii] : « en conclusion, il s’avère que l’adhésion du Maroc à l’OMC présente certains avantages, les maigres résultats enregistrés jusqu’à présent en matière de commerce extérieur et d’attraction des investissements étrangers par contre n’incitent pas à l’optimisme. »

Une parenthèse est nécessaire : dans la définition de la puissance supposée, seuls certains États sont cités, rarement le Royaume Uni (Angleterre) est mentionné alors que sa pression et force discrètes font peur à énormément de pays. Pour preuves, même si ce pays ne fait pas partie de la Zone Euro, le poids qu’il exerce dans l’Union européenne est sans limite. Son action en faveur de coalitions internationales belliqueuses est de notoriété publique.

Dans l’enfer du droit international et pour l’avenir, il faut que l’Algérie forme énormément de Lézard(s) pour  pouvoir s’en sortir sans morsures venimeuses. Actuellement, c’est l’argent du peuple qui sert d’amortisseur ou de rideau, c’est selon.

Le vote des États-membres pour l’accession de l’Algérie à l’OMC

L’OMC compte 157 membres. En plus de toutes les conditions liées au commerce imposées, un vote favorable des 2/3 est nécessaire pour qu’un pays devienne un nouveau membre. Soit 104,66 arrondi à 105 pays. Ce n’est pas avec des déclarations d’amitié ou louanges sur le bon voisinage et similitude religieuse que les 105 pays vont voter pour l’Algérie. C’est à coups de concessions (ouverture à des investissements) et d’avantages sonnants dollars et euros que ces voies s’achètent en plus du lobbying et cadeaux qui seront faits aux votants. Les voix pour soutenir l’Algérie sont aux enchères. Et c’est ce qui explique les silences des officiels sur les événements les plus fascistes du moment alors que « l’opinion » publique algérienne bouillonne. Cet ensemble constituant le coût de renonciation. 

Le coût des négociations algériennes pour l’accession à l’OMC

Dans cette contribution, l’objectif étant la vulgarisation de la relation de notre pays à l’OMC et aux autres États, l’aspect numérique des « choses » a été volontairement éclipsé. Dans ce paragraphe et à la volée, un estimé des couts des négociations est tenté.

Lu[xix] dans les médias, de 1996 à 2012 soit 16 ans, environ 1600 questions ont été posées aux négociateurs Algériens, ce qui donne une moyenne de 100 questions par année. Comme dit dans le texte, les questions peuvent porter sur un détail (durée, nombre de documents, procédures) ou sur une législation (modifications, amendements ou confections de lois). Ces précisions sont utiles pour justifier les paramètres utilisés dans ce calcul des couts parce que répondre à une question sur la durée ne coute presque rien, par contre confectionner une loi, le cout peut être salé. Considérons que 100 DA valent 1$ ou 1Euro en coût constant.

Considérons que dans la moyenne de 100 questions/année, 10 exigent des missions à l’étranger, 10 autres nécessitent une loi (refonte, réécriture) par l’APN, nous aurons :

a)    Pour une délégation de 5 personnes pour 5 jours à l’étranger, les dépenses s’élèveront à :

ü  500.000 Dinars pour les voyages aller-retour (100.000 DA par personne et par voyage),

ü  1.250.000 Dinars pour les frais de missions (50.000 DA par personne et par jour)

ü  5.000.000 dinars pour les experts étrangers (200.000 DA  par jour et par expert). Le cout total des réponses aux 10 questions sur 16 ans sera de : (500.000+1.250.000+5.000.000) * 16 = 108.000.000 DA. Ce qui donne 10 milliards huit cents millions de centimes)

b)    Pour les 10 questions par an qui nécessitent le vote d’une loi par l’Assemblée (APN)

ü  2.000.000 DA pour les salaires de députés (400.000 DA de salaire mensuel pour une commission de 5 députés pour un travail d’un mois)

ü  450.000 DA de frais de restauration (3000 DA par jour par député).

ü  500.000 DA pour les consultants nationaux. Le cout total pour les 10 questions nécessitant une loi sera de : 25.000.000 DA

c)    Pour les séminaires organisés pour vulgariser ces réformes et loi :

ü  30.000.000 DA (pour des séminaires à 30.000 DA/jour par participant avec 100 participants par unité et pour 10 questions. Le buffet froid étant compris.

d)    Autres frais (ordinateurs, papiers, télécopies)

ü  1.000.000 DA.

Le total général sera de 1.640.000.000 DA (par bloc de 20 questions par année avec 10 avec des missions à l’étranger et 10 réglées au niveau national).  Pour les 16 années, les négociations auront coûté : 2.624.000.000 DA.

En conclusion, en rappelant que l’avenir de l’Algérie est à l’intérieur du pays d’abord et en Afrique ensuite,  il serait judicieux pour l’Algérie de laisser pour les générations futures, c’est-à-dire dans 15 ou 20 ans : un grand cadeau, celui des écoles et universités qui formeront des philosophes, ethnologues et chercheurs; une richesse naturelle formée des gaz de schiste et terres rares et un problème : l’accession de l’Algérie à l’OMC si entre temps cette organisation n’aura pas explosé. Si la séquence non coulée dans le marbre est inversée, les Algériens feront de l’apnée sans bouteilles d’oxygène dans l’océan des requins du commerce mondial sans le « In God we trust ». Et à quelque chose malheur est bon, des poètes engagés comme Debza et Benmesbah nous produiront des œuvres pour la postérité.

Cherif AISSAT



[1]Pour une biographie sommaire de ce dramaturge, voir  http://fr.wikipedia.org/wiki/Abdelatif_Bounab


[i] Emmanuel S., DARANKOUM, Droit des transactions commerciales internationales. Aspects juridiques des relations internationales. Université de Montréal, 2011. (Tout l’aspect normatif est puisé de ce document destiné aux étudiants). Document protégé par les lois sur le droit d’auteur.

[ii] Conférences de philosophie organisées par l’Université populaire de Montréal en 2011 et animées par Dominique Legris et Alexandre Comeau.  www.upop.montreal

[iii] JOSEPH, Stiglitz, La grande désillusion.

[iv] Association pour la Taxation des Transactions financières et l’Aide aux Citoyens. www.attac.org.

[v] Mohammed Abdelwahab Bekhechi. L’accession de l’Algérie à l’Organisation Mondiale du Commerce : Problèmes et perspectives. http://www.cedroma.usj.edu.lb/pdf/omc/Bekhechi.pdf

[vi] OMC. Le Groupe de travail examine le projet de rapport sur le régime commercial de l’Algérie : http://www.wto.org/french/news_f/news08_f/acc_algeria_17jan08_f.htm

[vii] Id.

[viii] Les plus grandes compagnies pétrolières du monde.

[ix] ADPICS =  aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce. http://www.wto.org/french/tratop_f/trips_f/trips_f.htm

[x] AGCS : Accord général sur le commerce des services. http://www.wto.org/french/tratop_f/serv_f/gatsqa_f.htm

[xi] Dans l’esprit de cette contribution, une différenciation  entre globalisation qui concerne la marchandisation et financiarisation sur la planète et la mondialisation qui touche aux aspects humanistes est faite.

[xii] Marye E. Footer. An Institutional and Normative Analysis of the World Trade Organization, Martinus Nijhoff Publishers. Boston. 2006.  P 149.

[xiii]Bhagirath Lal Das. Why the WTO decision-making system of ‘consensus’ works against the South http://www.twnside.org.sg/title/bgl3-cn.htm

[xiv]Accord de libre échange entre les Etats-Unis et le Maroc.  http://www.wipo.int/edocs/trtdocs/fr/ma-us/trt_ma_us.pdf

[xv] Adam Smith, philosophe, père de la science économique.

[xvi] Explication de la productivité, un indicateur de compétitivité,  donnée par l’IRIS (Montréal) : http://www.iris-recherche.qc.ca/blogue/qu%E2%80%99est-ce-que-la-productivite

[xvii] El Moudjahid. Accord Sontrach-Anadarko sur la TPE. http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/25191

[xviii] Mohamed Said, SAADI. Le Maroc à l’OMC : une adhésion à risques. http://www.cedroma.usj.edu.lb/pdf/omc/Saadi.pdf

[xix] L‘absence de références dans une contribution réduit considérablement le crédit de son auteur.  Ce nombre de 1600 n’ayant aucune incidence sur sa substance peut être augmenté ou réduit tout comme les couts unitaires fournis.

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«Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.»  

Martin Luther King

Ça y est, le jour de gloire est arrivé! La Palestine est reconnue comme Etat observateur non membre permanent de l’ONU. Pour Mahmoud Abbas, l’ONU doit délivrer «le certificat de naissance de la Palestine». Il a demandé à la communauté internationale d’appeler Israël à stopper les agressions et à en finir avec l’occupation. De son côté, l’ambassadeur israélien à l’ONU, Ron Prosor a estimé que la paix ne pourrait se négocier qu’entre les deux parties, pas à l’ONU. Le vote de cette résolution, qui fait de l’Autorité palestinienne un «Etat observateur non membre», a été acquis à une majorité de 138 voix pour 9 contre et 41 abstentions. Cela n’a pas été facile. Il y eut une pression énorme sur Abou Mazen.

Pour Abdel Bari Atwan Directeur du quotidien nationaliste Al-Quds al-Arabi de Londres « l’opposition de la Grande-Bretagne, de l’Amérique et de l’Allemagne [ Berlin va s'abstenir de voter] à la demande des Palestiniens d’accéder au statut d’Etat observateur aux Nations unies révèle l’immoralité et l’inhumanité de leur politique, voire l’hostilité qu’ils vouent aux Arabes et aux musulmans. Ces pays ont toujours promis aux Palestiniens qu’à travers le dialogue, la non-violence et le respect des traités internationaux, ils obtiendraient un vrai Etat indépendant. Et voilà qu’aujourd’hui, ils refusent de reconnaître un Etat qui sera tout juste symbolique. (…) Pire est la position du gouvernement britannique, dont le ministre des Affaires étrangères William Hague a déclaré devant le Parlement qu’il pourrait soutenir la demande à condition que les Palestiniens retourneront à la table des négociations sans conditions préalables et garantissent de ne pas saisir la Cour pénale internationale pour poursuivre les criminels de guerre israéliens. Hague, qui a adhéré au lobby pro-israélien (l’Association des amis d’Israël) à l’âge de seize ans, offre ainsi le pire exemple de l’hypocrisie et du deux poids, deux mesures. La Grande-Bretagne, qui a puissamment contribué à offrir la Palestine aux juifs, devrait avoir mauvaise conscience pour sa faute historique, présenter des excuses aux Palestiniens et leur offrir des compensations financières et morales, à l’instar d’autres pays qui ont reconnu leurs crimes coloniaux».(1)

Reconnaître la Palestine comme Etat non membre de l’ONU sur les territoires occupés en 1967 (re)déterminera le statut de ces terres par la légitimité internationale. Dans toutes les négociations futures, les Palestiniens parleront d’Etat sous occupation et non de territoires contestés, comme veut le faire croire Israël. L’identité de ces territoires sera définitivement désignée.

Israël son admission  à l’ONU le 11 mai 1949  et son mépris des résolutions 

Les conditions de l’admission nous sont rappelées:

«Ayant reçu le rapport du Conseil de sécurité relatif à la demande d’admission d’Israël à l’Organisation des Nations unies. Notant que, de l’avis du Conseil de sécurité, Israël est un Etat pacifique, capable de remplir les obligations de la Charte et disposé à le faire, Prenant acte, en outre, de la déclaration par laquelle l’Etat d’Israël «accepte sans réserve aucune les obligations découlant de la Charte des Nations unies et s’engage à les observer du jour où il deviendra Membre des Nations unies», Décide qu’Israël est un Etat pacifique qui accepte les obligations de la Charte, qui est capable de remplir lesdites obligations et disposé à le faire; Décide d’admettre Israël à l’Organisation des Nations unies.»(2)

Voilà pour l’Etat «pacifique» qui ignore une quarantaine de résolutions des Nations unies soutenues par les pays occidentaux. Citons sans être exhaustif toutes les résolutions votées par le Conseil de sécurité et l’Assemblée des Nations unies. Aucune de ces résolutions n’a été appliquée. Il a fallu d’une seule résolution arrachée par la France, la 1703, pour que quelques mois après, El Gueddafi soit lynché et que le chaos s’installe durablement en Libye loin des puits de pétrole qui eux se portent bien… 29 novembre 1947: l’Assemblée générale de l’ONU adopte la résolution 181 qui partage la Palestine en un État juif et un État arabe et place Jérusalem et les Lieux Saints «sous régime international». Exil des Arabes de Palestine. Printemps 1948: Résolution 181 de l’Assemblée générale de l’ONU (29 novembre 1947): plan de partage de la Palestine. Résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU (11 décembre 1948): droit inaliénable au retour des Palestiniens. Résolution 237 du Conseil de sécurité de l’ONU (14 juin 1967): retour des réfugiés palestiniens. Résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU (22 novembre 1967): illégalité de l’occupation des territoires envahis lors de la guerre de 1967. Résolution 2649 de l’Assemblée générale de l’ONU (30 novembre 1970): légitimité de la lutte des peuples assujettis pour recouvrer leurs droits par tous les moyens. Résolution 3236 de l’Assemblée générale de l’ONU (22 novembre 1974): droits inaliénables du peuple palestinien. Résolution 3240/B de l’Assemblée générale de l’ONU (2 décembre 1977): journée de solidarité avec le peuple palestinien. Résolution 446 du Conseil de sécurité de l’ONU (22 mars 1979): illégalité des colonies de peuplement dans les Territoires occupés. Résolution 478 du Conseil de sécurité de l’ONU (20 août 1980): illégalité de l’annexion de Jérusalem. Résolution 46/86 de l’Assemblée générale de l’ONU (16 décembre 1991): retrait de la qualification du sionisme. Résolution 1397 du Conseil de sécurité (13 mars 2002): appel à la création d’un État palestinien. Résolution ES-10/15 de l’Assemblée générale de l’ONU (20 juillet 2004): illégalité du Mur construit dans les Territoires occupés. La création de l’État palestinien, aux termes des Accords d’Oslo, aurait dû intervenir en décembre 1998 selon l’accord de septembre 1993 de Washington.»(3)

Jean-Claude Lefort, président de l’association France-Palestine Solidarité s’inscrit en faux contre la propagande occidentale. Il remet en quelques dates les choses au point: le 29 novembre 1947, écrit-il, il y a 65 ans jour pour jour, l’Assemblée générale de l’ONU adoptait la résolution 181, recommandant le plan de partage de la Palestine historique en deux États, l’un qui allait devenir Israël (55% de la terre lui étant donnés), l’autre attribué aux «arabes», ainsi qu’on désignait alors les Palestiniens. Mais celle-ci, notons-le, fut prise sans la moindre consultation de la population «autochtone» car, contrairement à la formule de propagande indéfiniment répétée: «La Palestine [n'était] pas une terre sans peuple pour un peuple sans terre.» Le 14 mai 1948, l’État d’Israël était proclamé par Ben Gourion. Depuis plusieurs mois s’était déjà enclenchés des combats provoquant des massacres qui allaient déboucher sur la «Nakba», la «catastrophe», entraînant le «départ» forcé de quelque 800.000 Palestiniens».(4)

«(…) Pourtant, dès 1988, la partie palestinienne décidait de proposer, de manière unilatérale, un compromis véritablement historique. Elle renonçait en effet aux frontières de 1947 et déclarait sa volonté de construire son État palestinien, avec Jérusalem-Est comme capitale, sur seulement 22% de la Palestine historique au lieu des 44% initiaux. (…) Jamais l’occupation israélienne n’a atteint une telle ampleur. Les Territoires palestiniens sont aujourd’hui une somme de petits îlots, de Gaza à Djénine, sans liens entre eux ni souveraineté terrestre, maritime ou aérienne. Le vote du 29 novembre met les dirigeants israéliens absolument hors d’eux, car ils sont devant ce qu’ils refusent depuis toujours: l’application du droit international. Sur le terrain cela ne changera pas la vie des Palestiniens: la création d’un État palestinien souverain dans les frontières d’avant 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, n’est pas le problème. C’est la solution. Pour tous!» (4)

Les conséquences de cette reconnaissance  

Deux types de conséquences sont à prévoir l’une pour les Palestiniens, l’autre pour Israël. On sait qu’Israël et les États-Unis ont brandi la menace de sanctions en cas de vote positif. Le Congrès pourrait ainsi refuser de verser 200 millions de dollars d’aide promis aux Palestiniens. Israël pourrait bloquer les taxes qu’il perçoit pour le compte de l’Autorité palestinienne, réduire le nombre de permis de travail pour les Palestiniens, voire abroger les accords de paix d’Oslo de 1993.En compensation, la Ligue arabe a promis aux Palestiniens un «filet de sécurité» de 100 millions de dollars par mois. Est-ce que cette reconnaissance mettrait fin aussi à l’impunité lors des expéditions punitives comme Gaza 2008 et Gaza 2012? Le statut d’Etat observateur non membre pourrait aussi ouvrir la voie à des accusations de crimes de guerre contre l’Etat hébreu, devant la Cour pénale internationale (CPI). Le Royaume-Uni historiquement responsable de tous les malheurs palestiniens depuis 1917 s’est défaussé sur les Nations unies ouvrant la porte à la partition de la Palestine en 1947 et refuse de voter pour. Il estimait en effet que le statut d’Etat non membre permanent allait ouvrir une véritable guérilla pénale entre Israël et les Palestiniens en dotant ces derniers de la capacité de saisir la Cour pénale internationale (CPI), compliquant encore plus toute perspective de négociations. Cette éventualité avait été examinée dans le rapport de l’International Crisis Group consacré à la première initiative onusienne du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, en septembre 2011. L’ICG avait estimé qu’une reconnaissance par la simple Assemblée générale ouvrirait cette option. Le 3 avril de cette année, un avis du procureur de la Cour pénale internationale est allé dans ce sens. Saisi par l’Autorité palestinienne en janvier 2009, après l’opération «Plomb durci» à Gaza pour «identifier, poursuivre et juger les auteurs et leurs complices d’actes commis sur le territoire de la Palestine à partir du 1er juillet 2002» (date de la création de la Cour), il avait en effet estimé que la question préalable qui se posait à lui était de savoir si la Palestine pouvait ou non être considérée comme un Etat. Il ajoutait: «le Bureau n’exclut pas la possibilité d’examiner à l’avenir les allégations de crimes commis en Palestine si les organes compétents de l’ONU, voire l’Assemblée des États parties, élucident le point de droit en cause.»(5)

Un exemple de mépris des lois internationales ; Le Mur de l’apartheid

S’agissant de la clôture (mur de la honte), la Cour pénale internationale saisie par l’Assemblée des Nations unies avait rendu un arrêt en forme de voeu pieux. Nous lisons: La Cour relève à cet égard les affirmations de la Palestine et d’autres participants selon lesquelles la construction du mur est «une tentative d’annexion du territoire qui constitue une transgression du droit international» (…) Elle relève aussi que, pour sa part, Israël expose que le mur a pour seul objet de permettre de lutter efficacement contre le terrorisme en provenance de Cisjordanie et qu’il a déclaré à plusieurs reprises que l’édification de la barrière a un caractère temporaire. S’agissant du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la Cour observe que l’existence d’un «peuple palestinien» ne saurait plus faire débat et qu’elle a été reconnue par Israël, au même titre que les «droits légitimes» de ce peuple. De l’avis de la Cour, parmi ces droits figure le droit à l’autodétermination, comme l’Assemblée générale l’a d’ailleurs reconnu à plusieurs occasions.»(6)

«La Cour observe que le tracé du mur tel qu’il a été fixé par le Gouvernement israélien incorpore dans la «zone fermée» (la partie de la Cisjordanie comprise entre la Ligne verte et le mur) environ 80% des colons installés dans le territoire palestinien occupé et qu’il a été fixé de manière à inclure dans la zone la plus grande partie des colonies de peuplement installées par Israël dans le territoire palestinien occupé (y compris Jérusalem-Est). La Cour conclut que les colonies de peuplement l’ont été en méconnaissance du droit international. Tout en prenant acte de l’assurance donnée par Israël que la construction du mur n’équivaut pas à une annexion et que le mur est de nature temporaire, la Cour estime que la construction du mur et le régime qui lui est associé créent sur le terrain un «fait accompli» qui pourrait fort bien devenir permanent, auquel cas, et nonobstant la description officielle qu’Israël donne du mur, la construction de celui-ci équivaudrait à une annexion de facto. L’édification du mur et le régime qui lui est associé, sont contraires au droit international. Israël est dans l’obligation de mettre un terme aux violations du droit international dont il est l’auteur; il est tenu de cesser immédiatement les travaux d’édification du mur qu’il est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est.» Nous sommes en 2008, le mur est pratiquement terminé»(6)

Mahmoud Abbas promet de ne pas saisir la CPI ,mais alors quelle est sa marge de manœuvre en face du bulldozer israélien ?

La réalité a évolué: naissance prochaine de deux Etats palestiniens? 

Il nous faut dabord souligner que fidèle à sa politique du fait accompli, et ayant une idée d’avance sur le reste du monde, Israël annonce la construction de 3000 logements qui s’ajoutent aux 1150 logements annoncés le jour de la trève avec le Hamas il y a dix jours. C’est donc au total un politique murement réfléchie, il n’ya pas de coup de tête. Les plans de construction sont toujours prêts, ils sont mis en œuvre à chaque fois  que la conjoncture s’y prête ; En clair la colonisation est un processus dynamique et même les moratoires sont mis à profit pour préparer d’autres plans qui sont annoncés à la fin des moratoires…

Cette éclaircie serait-elle de courte durée?  A en croire la volte face du  Hamas qui veut faire cavalier seul. Hamas est en train de jouer une partition composée par le Qatar, la dimension pécuniaire l’emportant sur les principes. Fida Dakroub nous en parle: «Plusieurs indices nous entraînent à conclure ici que le Hamas se dirige vers un nouvel «Oslo», qui mènerait à une reconnaissance d’Israël. Au niveau des relations avec Israël, une telle fatwa faciliterait, dans un futur proche, la déclaration de Gaza comme un territoire «indépendant», non pas d’Israël, mais plutôt indépendant de la Cisjordanie. (…) En plus, cette fatwa confirmerait, avant toute chose, la frontière de la «Palestine» et l’officialiserait! Non pas de la Palestine de 1948, ni celle de 1967, ni même celle de 1992, mais bien plutôt, une sorte de miniature d’une certaine Palestine quelconque et microscopique, qui s’étendrait tout au long de la côte méditerranéenne, du nord jusqu’au sud de la bande de Gaza! Secundo, au niveau intra-palestinien, une telle fatwa prohibe toute action militaire contre Israël, ce qui imposerait, par conséquent, le Hamas comme la seule autorité militaire, politique, civile et religieuse à Ghaza, qui tiendrait seule la résolution de faire la guerre ou d’établir la paix avec Israël. Pourtant, cette «ascension» du Hamas au rang des dieux, officialiserait et institutionnaliserait, non seulement son pouvoir à Ghaza, mais aussi la division palestinienne et accélérerait la création de deux «entités» isolées et séparées l’une de l’autre par le territoire israélien: l’émirat du Hamas à Gaza et le comté de l’OLP en Cisjordanie.»(7)

Dans tous les cas, plus rien ne sera comme avant.  Même si l’initiative de Mahmoud Abbas qui est dos au mur, est à non point douter un coup de pied dans l’eau voire un non évènement, on peut « rêver » que la paix revienne enfin sur cette terre meurtrie et que la solution à deux Etats sur 22% de la Palestine originelle puisse voir le jour…un jour peut être dans cinq ans, cela fera alors un siècle qu’un certain Balfour ministre du Foreign  Office de sa gracieuse majesté  redonna  la Terre de Palestine aux Juifs pour la seconde fois après Dieu, sans se soucier des indigènes enracinés là, depuis la nuit des temps.

Prof. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

1. Abdel Bari Atwan: honte à Obama, Cameron et Merkel: Al-Quds Al-Arabi 29 11 2012

2. www.mleray.info/article-quand-israel-etait-admis-a-l-onu-le-11-mai-1949-112950129.html

3. http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/164296-la-tragedie-palestinienne-continue.html

4.  Jean-Claude Lefort Président de l’AFPS http://leplus.nouvelobs.com/contribution/722565-la-palestine-reconnue-a-l-onu-ce-n-est-pas-un-probleme-mais-la-solution.html

5. http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/2012/11/29/la-palestine-a-lonu-et-larme-de-la-justice-internationale/

6. http://www.icj-cij.org/docket/files/131/1676.pdf

7. Fida Dakroub Global Research, novembre 28, 2012

http://www.mondialisation.ca/le-grand-chemin-vers-jerusalem-le-hamas-trahit-liran-et-la-syrie/5313286

 

 

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Le grand silence des médias

décembre 1st, 2012 by Lucio Manisco

Le grand silence des médias : Gaza

Que se passe-t-il dans la Bande de Gaza depuis huit jours ? Rien, à en juger par le silence de la presse et des télévisions occidentales sur les conséquences tragiques des bombardements aéronavals déchaînés il y a une semaine par Israël sur un million et six cent mille Palestiniens. Aucune mention des décès dans les hôpitaux qui ont fait  monter à 178 le nombre des morts, quasiment tous civils dont un tiers d’enfants, aucun écho des appels et dénonciations des ONG et des autorités du Hamas sur la carence de médicaments, anesthésiques, pénicilline et antibiotiques, instruments chirurgicaux essentiels pour soigner plus de mille mutilés et blessés.

Du renvoi de la négociation qui aurait dû rendre opérationnels les termes de la trêve on ne trouve nulle trace dans les media européens (deux exceptions : le britannique Guardian et l’allemand Frankfurter Rundschau). Auraient dû s’en charger le président égyptien Morsi, occupé à la répression de l‘insurrection populaire contre son coup d’état, et Abu Mazen qui, bien que ne valant désormais guère plus que des nèfles, s’est envolé pour New York pour l’assemblée générale de l’ONU. Evidemment Netanyahu, Hillary Clinton et Barak Obama, sans parler du « quartette », ne peuvent pas traiter directement avec la seule contrepartie, le Hamas, parce qu’étiquetée « organisation terroriste ». Ouverture des passages ? Suspension partielle de l’embargo qui depuis des années affame un million et six cent mille êtres humains ? On n’en parle pas car cela pourrait embarrasser le gouvernement likoud, le distraire de ses préparatifs de guerre (annoncée depuis des années, Ndt) contre l’Iran et compromettre son triomphe dans les urnes aux élections de fin janvier. Et puis, malgré quelque assassinat à travers les barbelés du plus grand lager à ciel ouvert et quelque barque éperonnée et envoyée par le fond par les Israéliens à trois kilomètres de la côte de Gaza, la trêve pour le moment tient, au moins jusqu’au prochain massacre motivé par un présumé droit d’Israël à se défendre. Et la prochaine tournée, dans le contexte d’une grande guerre moyen-orientale pourrait être plus sanglante et dévastatrice que celles qui l’ont précédée.

Le grand silence des médias : le vote de l’Italie sur la Palestine.

A vingt-quatre heures (28 novembre, NdT) du vote de l’assemblée générale de l’ONU sur l’admission de la Palestine comme observateur dans l’organisme international, on ne sait pas encore quelle sera la prise de position de l’Italie[1] ; la question n’a pas été  discutée dans la commission affaires étrangères du Parlement, ni, à ce qu’il s’avère, n’a été approfondie voire simplement traitée par les mass media nationaux. N’en ont parlé ni le Président du Conseil Mario Monti ni le ministre des affaires étrangères Giuliomaria Terzi di Sant’Agata qui dans son précédent rôle d’ambassadeur des Etats-Unis en Italie, pardon, d’ambassadeur d’Italie aux Etats-Unis, n’aurait pas eu besoin de recevoir d’instructions de l’administration Obama (Obama 1, NdT) car informé depuis longtemps du non tranché des Etats-Unis (et d’Israël) à ce qui devrait être le premier, petit et incertain pas de la nation vers la pleine reconnaissance d’état souverain dans la communauté internationale.

L’Espagne, la France et tous les autres pays européens de l’aire méditerranéenne ont annoncé officiellement leur décision de voter favorablement, le Royaume-Uni a indiqué sans le déclarer explicitement la même intention, et probablement l’Allemagne s’abstiendra-t-elle à cause de sa responsabilité dans un passé infâme.

Voilà les termes du dilemme aussi mélancolique que silencieux qui angoisse l’ex ambassadeur des Etats-Unis en Italie, pardon, de l’ex ambassadeur d’Italie aux Etats-Unis. Il serait malséant autant qu’erroné de le qualifier de serviteur de deux patrons – le patron est unique ; mais se ranger contre une grande partie de l’Union européenne alors que son gouvernement exalte à tout bout de champ une fidélité éternelle à celle-ci, surtout en ce qui concerne l’austérité imposé à notre pays, crée un gros problème à Giuliomaria Terzi di Sant’Agata.

L’assemblée générale du Palais de Verre votera à grande majorité en faveur de la reconnaissance de la Palestine comme observateur, étant donné que de nombreux pays l’ont déjà reconnue bilatéralement comme état indépendant et souverain. Et le non étasunien et israélien n’a valeur de veto qu’au conseil de sécurité et pas à l’assemblée générale. Abou Mazen espère ainsi récupérer un peu du prestige ignominieusement perdu, mais le prix à payer pourrait se révéler trop élevé : on a appris que les Etats-Unis lui ont demandé de s’engager par un « écrit privé » à ne pas faire suivre à la Cour pénale internationale la dénonciation de l’état hébreu pour ses colonies illégales dans les territoires occupés, et pour les crimes de guerre commis contre les Palestiniens déjà mis en évidence par les Nations Unies.

Le grand silence des médias : le soldat de deuxième classe Manning torturé pendant 915 jours aux USA.

Le soldat de deuxième classe Bradley Manning aura pour la première fois un contact avec le monde extérieur après 915 jours de quartiers de haute sécurité dans un pénitentiaire des Etats-Unis. Un tribunal militaire, différent de la Cour Martiale qui le jugera le 4 février 2013, écoutera en effet en session « semi-publique » sa dénonciation des souffrances physiques et psychiques qui lui ont été infligées pendant sa longue incarcération. Pendant neuf mois en isolement total dans une cellule de deux mètres cinquante sur un mètre quatre-vingt où on lui interdisait de s’allonger sur le pavement et de s’appuyer au mur après les heures de sommeil : et ces heures de sommeil interrompues toutes les cinq minutes par ses gardiens. Deux fouilles au corps invasives par jour et nudité intégrale pendant 800 des 915 jours passés en prison dans des conditions de privations sensorielles.

Sa convocation par le tribunal militaire fait suite au rapport-dénonciation de l’avocat responsable pour les Nations Unies des délits de torture, qui a constaté dans les conditions infligées au soldat les éléments caractérisants de traitements cruels, inhumains, dégradants, analogues à de possibles tortures.

Le jeune Bradley Manning, âgé de 23 ans, n’a été formellement incriminé d’aucun délit pendant trois années, mais les pressions physiques et psychologiques auxquelles il a été soumis, avec des interrogatoires quotidiens percutants, visaient à le contraindre à impliquer Wikileaks et son responsable Julien Assange dans un présumé complot d’espionnage et attentat à la sécurité des Etats-Unis d’Amérique. Ce qui rendrait plus que probable, sans la connivence opérationnelle de l‘état suédois, l’extradition directe d’Assange aux Etats-Unis et sa condamnation à la prison à perpétuité ou à la peine de mort.

Manning a admis avoir reçu d’un co-militaire –qui l’a ensuite dénoncé- certains documents secrets du Pentagone, dont le film d’un mitraillage de civils perpétré par un hélicoptère étasunien ; mais il a revendiqué son droit en tant que citoyen étasunien à rendre publiques les violations du droit international et de la Constitution commises par le gouvernement de Washington.

Les mass media étasuniennes, au premier rang desquelles le New York Times qui dans un premier temps avait publié les révélations de Wikileaks, ont à l’improviste fait marche arrière, faisant peu de cas des tortures infligées à Manning et critiquant vivement Julian Assange qui, s’étant réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres,  se serait soustrait à la justice suédoise. Celle-ci avait demandé son extradition pour l’interroger sous l’inculpation d’avoir imposé des rapports sexuels sans contraception à deux de ses concitoyennes.

Le silence l’a emporté aussi sur les sectarismes des versions étasuniennes dans quasiment tous les journaux et chaînes de télévision d’Europe.

Lucio Manisco

Reçu de l’auteur et traduit par Marie-Ange Patrizio


[1] L’Italie a finalement voté en faveur de l’admission de la Palestine comme état observateur : http://www.ilmessaggero.it/primopiano/esteri/palestina_onu_stato_osservatore/notizie/234738.shtml

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Jeudi 29 novembre, l’Assemblée constituante égyptienne a commencé à voter sur la nouvelle constitution dans une initiative agressive des Frères musulmans et du président Mohamed Morsi.

Alors qu’elle a pour dessein de contrer un éventuel défi juridique, son objectif plus important est de rassembler la base sociale des Frères contre les protestations de masse qui sont survenues après que Morsi s’est lui-même octroyé, jeudi dernier, des pouvoirs dictatoriaux. Elle vise aussi à préparer une contre-offensive de l’armée.

La décision cherche à anticiper un arrêt pris dimanche par la Cour constitutionnelle suprême qui aurait pu dissoudre l’assemblée et statuer sur la légitimité de la chambre haute du parlement égyptien, le Conseil de la Shura dominé par les Islamistes. La cour avait dissout en juin la chambre basse du parlement, l’Assemblée du peuple.

Les Frères demandent un vote sur la constitution qui conférerait une façade pseudo-démocratique aux efforts entrepris pour consolider leur pouvoir et celui de l’armée égyptienne – représentant collectivement les forces dominantes au sein de la bourgeoisie. Une fois adoptée, Morsi est obligé de soumettre la constitution à un référendum dans les quinze jours qui suivent. Des élections auraient lieu début 2013.

Dans une interview accordée jeudi soir à la télévision publique égyptienne, Morsi a dit que si une nouvelle constitution était adoptée, le décret de la semaine passée « ne serait plus valide. » L’implication est que si la constitution n’est pas approuvée, Morsi continuera d’exercer des pouvoirs exécutifs illimités.

Alors que peu d’attention a été accordée jusqu’ici à la nouvelle constitution, l’élément de loin le plus important en est l’effort qui est poursuivi pour sauvegarder les privilèges et le pouvoir de l’armée. Ceci a pour but un réaménagement de l’alliance entre les Frères musulmans et l’armée de laquelle dépend le sort de la bourgeoisie si elle veut affronter l’opposition populaire grandissante.

L’Assemblée constituante a approuvé des articles stipulant que le budget de l’armée ne sera toujours pas soumis au contrôle du parlement. Ceci est crucial pour, en premier lieu, dissimuler l’implication massive de l’armée dans l’économie qui contrôle environ 40 pour cent du PIB. Il s’agit aussi de cacher à la classe ouvrière l’ampleur de l’appareil répressif militaire.

La constitution comporte aussi un article autorisant le procureur militaire à juger des civils pour des délits « causant un préjudice aux forces armées, » comme l’a proposé le dirigeant du parti des Frères, le Parti de la justice et de la liberté, Mohamed al-Beltagy.

Elle met en place un Conseil de défense national dirigé par Morsi et qui comprend le premier ministre; les ministres de la Défense, des Affaires étrangères, des Finances et de l’Intérieur ; le chef du renseignement ; le chef d’état-major des forces armées ; les commandants de la marine, des forces aériennes et de la défense aérienne ; le commandant des opérations de l’armée et le chef du renseignement militaire. Selon un article s’y rapportant, le ministre de la Défense, doit être un officier de l’armée et assurer la fonction de commandant en chef des forces armées.

Ce conseil décidera des questions de sécurité nationale, du budget militaire et il sera consulté sur toutes les lois futures liées à l’armée. L’article permet que d’autres pouvoirs non définis soient octroyés au conseil.

On ne pourrait trouver avant-projet plus évident en vue d’une dictature militaire à venir.

Morsi a, de plus, tenté de lier les efforts entrepris pour recourir aux préjugés religieux dans le but de rassembler les couches les plus arriérées des travailleurs et des paysans, au rejet des exigences les plus extrêmes formulées par ses alliés au sein des groupes salafistes. L’objectif est de faire qu’il soit plus facile aux Etats-Unis et aux puissances européennes de soutenir son coup de force. L’assemblée a donc voté de maintenir la charia, ou loi islamique, en tant que « principale source de la législation » – comme c’était le cas sous le régime déchu d’Hosni Moubarak.

Cependant, la constitution n’inclut pas les appels du Parti al-Nour pour que l’on remplace la référence aux « principes » de la loi de la charia par le terme de « règles. » Elle stipule aussi que la chrétienté et le judaïsme seront la « principale source de la législation » pour les chrétiens et les juifs égyptiens. L’article 219 donne la définition de la loi islamique en termes de jurisprudence musulmane sunnite et qui est ancrée dans l’autorité de la mosquée Al-Azhar et de l’université.

La déclaration de Morsi de la semaine passée a établi qu’il n’y aurait pas de recours contre les décrets constitutionnels lancés depuis son arrivée au pouvoir et qu’il pourrait prendre toute mesure nécessaire pour « protéger la révolution » ou pour sauvegarder la sécurité nationale. Face à l’opposition croissante de centaines de milliers, Morsi a promis d’abandonner ses pouvoirs dès qu’une nouvelle constitution serait instaurée. Il a rassuré les magistrats de haut rang, dont la plupart ont des liens avec l’ancien régime, que les décrets ne s’appliqueraient qu’aux « questions de souveraineté » visant à protéger les institutions en leur permettant ainsi de dormir sur leurs deux oreilles dans leur lit fort confortable. Les magistrats ont toutefois appelé, fait sans précédent, à une grève.

La nouvelle constitution montre très clairement que les Frères n’ont nullement l’intention de céder les pouvoirs qu’ils revendiquent. L’assemblée constituante a voté un article accordant au Conseil de la Shura le pouvoir de promulguer des lois jusqu’à ce qu’une nouvelle chambre basse du parlement soit élue. Ainsi, les pouvoirs accumulés par Morsi ont tout simplement été transférés à une organisation dominée par les Islamistes.

Les Frères méprisent ouvertement leurs adversaires bourgeois. Onze des membres libéraux de l’Assemblée constituante qui se sont retirés pour protester contre le précédent décret de Morsi, en même temps que des représentants des trois principales églises d’Egypte, ont tout simplement été remplacés. Un tel mépris est attisé par la compréhension que le souci majeur des partis d’opposition est de garantir que l’hostilité à l’égard de Morsi et des Frères soit contenue dans des limites qui ne menacent pas les intérêts fondamentaux de la bourgeoisie égyptienne et de ses partisans impérialistes.

L’une des onze personnes exclues du panel, en l’occurrence l’ancien ministre des Affaires étrangères de Moubarak et candidat présidentiel malheureux, Amr Mousa, s’est discrètement plaint à Reuters en disant, « C’est aberrant et c’est une démarche qui ne devrait pas être faite compte tenu du contexte de colère et de ressentiment existant au sein de l’actuelle assemblée constitutionnelle. »

Mohammad Abdel-Alim Dawoud du Parti Wafd qui s’est également retiré, a lancé le même avertissement, « Si les Frères continuent dans cette voie, cela aggravera davantage les choses parce qu’il n’y aucune intention de parvenir à un consensus. »

Morsi fonde ses calculs sur le feu vert qu’il a reçu des puissances occidentales. Washington et ses alliés considèrent les Frères comme étant avant tout une force importante pour maintenir l’ordre au Moyen-Orient, comme l’a prouvé le rôle qu’ils ont joué dans l’établissement de régimes pro-occidentaux en Tunisie et en Libye, au sein du mouvement d’opposition en Syrie et dans les récents efforts de Morsi pour garantir un cessez-le-feu après le bombardement de Gaza par Israël. Ils cherchent également à faire collaborer les Frères avec l’armée pour réprimer l’opposition grandissante aux mesures d’austérité exigées par le Fonds monétaire international et qui ont déjà été à l’origine d’une vague de grèves.

Mercredi, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Mohammad Kamel Amr, a dit aux journalistes lors de sa participation à une réunion à Berlin avec le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, que les troubles politiques n’affecteraient pas les négociations égyptiennes avec le FMI sur un accord de prêt de 4,8 milliards de dollars. Le même jour, le cabinet ministériel a dévoilé son plan de réformes économiques promettant de faire passer, par voie de coupes brutales, le déficit budgétaire de 11 pour cent pour l’exercice financier 2011/2012 à moins de 5 pour cent d’ici 2016/17.

Une manifestation de masse contre Morsi a lieu aujourd’hui, et qui a été appelée par ses adversaires officiels. Mais, avec la menace grandissante d’une répression militaire, tout dépend à présent de l’éventualité d’une rupture de la masse des travailleurs et des fermiers pauvres d’avec ces forces bourgeoises dans le but d’engager une lutte pour l’établissement d’organisations indépendantes pour la prise du pouvoir et la mise en place d’un gouvernement ouvrier.

 

Article original, WSWS, paru le 30 novembre 2012

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Le onzième anniversaire du 11-Septembre

décembre 1st, 2012 by Dr. Paul Craig Roberts

Retour sur l’analyse de Paul Craig Roberts à l’occasion des commémorations des 11 ans des attentats du 11-Septembre. Il explique comment il a eu des doutes dès le premier jour, et consacre depuis, comme bien d’autres, une bonne partie de son énergie à inverser le cours des évènements.

L’article ci-dessous a été rédigé pour le Journal of 9/11 Studies à l’occasion du onzième anniversaire du 11 Septembre 2001, jour qui mit fin à un gouvernement responsable et aux libertés aux Etats-Unis. Cet article est posté ici avec l’accord des éditeurs.

 

Afin de comprendre l’invraisemblance des explications données par le gouvernement à propos du 11/9, il n’est pas nécessaire d’avoir des connaissances sur l’énergie ou les puissances qui ont fait tomber les trois tours du WTC, sur ce qui a frappé le Pentagone ou sur ce qui a provoqué l’explosion, sur les compétences de pilotage ou le manque de compétences des supposés pirates, ni de savoir si l’avion de ligne s’est écrasé en Pennsylvanie ou a été abattu, si les appels téléphoniques en altitude ont pu aboutir, ou tout autre question qui fait l’objet de débats contradictoires.

Il suffit de savoir deux choses :

La première, selon le récit officiel, une poignée d’arabes, essentiellement des saoudiens, opérant indépendamment de tout gouvernement ou de services secrets qualifiés, des hommes n’ayant pas les aptitudes d’un James Bond, ni d’un « V » comme Vendetta, ont non seulement déjoué la surveillance de la CIA, du FBI et de l’Agence de Sécurité Nationale, mais aussi celle de l’ensemble des 16 agences du Renseignement U.S. et de toutes les agences de sécurité des alliés des E.U. au sein de l’OTAN ainsi que celle du Mossad israélien. Non seulement toutes les forces du Renseignement des pays de l’Ouest ont échoué, mais le matin des attentats, la totalité du dispositif de sûreté nationale de l’Etat a simultanément échoué. La sûreté aéroportuaire a échoué quatre fois en l’espace d’une heure. Le NORAD a échoué. Le contrôle aérien a échoué. L’US Air Force a échoué. Le Conseil National de sécurité a échoué. Dick Cheney a échoué. Absolument rien n’a fonctionné. L’unique superpuissance au monde s’est trouvée sans défense, à la merci humiliante de quelques arabes lambdas.

Il est difficile d’imaginer histoire plus farfelue, sauf pour la deuxième chose à savoir : l’échec humiliant de la sécurité nationale US n’a pas suscité immédiatement une demande d’enquête de la part du Président des USA, du Congrès, de l’état-major interarmées, ni des médias, afin de savoir comment un échec total aussi improbable avait pu se produire. Personne n’a été tenu responsable du plus grand échec historique de la sécurité nationale. En revanche, la Maison Blanche, opposée à toute enquête, a traîné des pieds pendant un an, jusqu’à ce que les familles du 11/9, demandant avec insistance de trouver les responsables, aient obligé le Président George W. Bush à nommer une commission politique, sans expert, pour mener une prétendue enquête.

Les doutes ont surgi dès le 11/9

Le 11 Septembre 2001, un voisin m’a téléphoné pour me dire : « Regardez la télé. » Croyant qu’un ouragan, sans doute sérieux au ton de la voix de mon voisin, allait s’abattre sur nous, j’ai allumé la télé pour savoir s’il fallait calfeutrer la maison et partir.

Ce que j’ai vu, c’est une fumée noire dans les étages supérieurs de l’une des tours du WTC. Ça ne ressemblait pas vraiment à un incendie, et les rapports affirmaient que c’était sous contrôle. Je me suis demandé pourquoi tous les principaux présentateurs TV se focalisaient sur un incendie de bureau lorsque les cameras ont montré un avion percutant l’autre tour. C’est alors que j’ai appris que les deux tours avaient été frappées par des avions de ligne.

Les caméras montraient des gens dans le trou sur le coté de la tour et regardant dehors. Ça ne m’a pas étonné. L’avion de ligne était minuscule comparé à l’imposant édifice. Mais que se passait-il ? Deux accidents, coup sur coup ?

Les tours – les trois quarts ou quatre cinquième des bâtiments sous l’impact des avions – apparemment largement intactes, résistaient. Il n’y avait des signes d’incendie qu’à proximité des impacts des avions. Soudain, l’une des tours explosa, se désintégra pour disparaître en fine poussière. Avant que quiconque comprenne quelque chose à ce qui se passait, la seconde tour disparut de même, en fine poussière.

Les présentateurs des journaux télévisés ont comparé la désintégration des tours à une démolition contrôlée. Il y a eu de nombreux témoignages à propos d’explosions partout dans les tours, de la base ou des sous-sols jusqu’au sommet. (Dès que le gouvernement a lancé l’histoire des attaques terroristes, toute référence à une démolition contrôlée ou à des explosions a disparu des journaux et de la TV.) C‘était clair pour moi. Quelqu’un avait fait exploser les bâtiments. Il était totalement évident que les tours n’étaient pas tombées à cause de dommages structurels asymétriques. Elles avaient explosé.

Les images des avions de ligne percutant les tours, et les tours en train d’exploser ont été rediffusées maintes et maintes fois. Les avions ont percuté les parties hautes des tours et, peu après, les tours ont explosé. J’ai éteint la télé en me demandant comment il était possible que des cameras soient prêtes à filmer un phénomène aussi inhabituel qu’un avion s’écrasant contre un gratte-ciel.

Je ne me souviens pas de la chronologie, mais c’était peu avant qu’émerge l’histoire d’Oussama ben Laden et de son gang al-Qaïda qui avaient attaqué les USA. Un passeport avait été trouvé dans les décombres [Ndlr : avant l'effondrement des Tours]. Un autre avion de ligne avait volé dans le Pentagone, et un quatrième avion s’était écrasé ou avait été abattu. Quatre avions avaient été détournés, ce qui signifiait que la sécurité aéroportuaire avait échoué quatre fois le même matin. Les terroristes avaient assailli les USA avec succès.

Quand j’ai entendu ces informations, je me suis posé des questions. Comment un tout petit passeport avait pu être récupéré intact dans les décombres de deux gratte-ciel, chacun haut de plus de 100 étages, alors que les corps, le mobilier de bureau et les ordinateurs n’ont pu être retrouvés ? Comment la sécurité aéroportuaire a pu échouer au point que quatre avions de ligne aient pu être détournés dans la même heure ? Comment les autorités ont pu connaître de façon concluante et presque immédiatement les noms des coupables qui avaient réussi une attaque contre l’unique superpuissance au monde alors que les autorités ne savaient pas qu’une telle attaque avait été planifiée ou qu’elle était même possible ?

Ces questions m’ont dérangé, car en tant qu’ancien membre du Congrès et nommé par le Président à de hautes fonctions, j’avais des habilitations de sécurité à un haut niveau. En plus de mes fonctions de secrétaire adjoint au Trésor US, j’avais des responsabilités à la FEMA en cas d’attaque nucléaire. Il y avait un refuge de montagne auquel je devais me rendre dans le cas d’une attaque nucléaire et à partir duquel j’étais censé prendre le relais du gouvernement américain dans le cas où aucun haut fonctionnaire n’aurait survécu à l’attaque.

Plus l’histoire du 11-Septembre a été présentée dans les médias, plus elle est devenue miraculeuse. Il n’est pas crédible que non seulement la CIA et le FBI n’ait pas pu détecter le complot, mais aussi l’ensemble des 16 agences de renseignement américaines, y compris de l’Agence de Sécurité Nationale qui espionne tout le monde sur la planète, l’agence de renseignements de la Défense, le Mossad israélien et les agences de renseignement des pays de l’OTAN alliés de Washington. Il y a tout simplement trop de veilleurs et trop d’infiltration au sein des groupes terroristes pour qu’une attaque aussi complexe puisse être préparée dans l’ombre et réalisée sans être contrée.

Les explications de Washington sur l’attaque impliquaient une faille de sécurité trop massive pour être crédible. Une telle défaillance catastrophique de la sécurité nationale signifierait que les Etats-Unis et l’Europe n’ont jamais été à l’abri pendant la guerre froide, l’Union soviétique aurait pu détruire l’Occident tout entier d’un seul coup non détecté.

En tant que personne dont les collègues au Centre d’études stratégiques et internationales à Washington étaient d’anciens secrétaires d’Etat, des anciens conseillers nationaux de sécurité, d’anciens directeurs de la CIA, anciens présidents des chefs d’états-majors, j’ai été troublé par l’histoire qu’un petit groupe d’individus, non pris en charge par un service de renseignement compétent, ait pu commettre les événements du 11/9.

Ayant servi le gouvernement à un haut niveau, je savais que toute cette opération réussie du 11-Septembre aurait donné lieu à des demandes immédiates de la Maison Blanche, du Congrès et des médias pour établir les responsabilités. Il y aurait eu une enquête sur la façon dont tous les aspects de la sécurité américaine pouvaient totalement tomber en panne simultanément en une seule matinée. Un échec si catastrophique et embarrassant de la sécurité nationale ne serait pas laissé sans examen.

Le NORAD a échoué. Armée de l’air US n’a pas pu faire voler des avions de chasse. Le contrôle aérien a perdu de vue les avions de ligne détournés. Pourtant, au lieu de lancer une enquête, la Maison Blanche s’est opposée pendant un an aux demandes d’enquête des familles des victimes du 11/9. Ni le public, les médias, ni le Congrès ne semblaient penser qu’une enquête était nécessaire. L’accent était mis sur la vengeance, ce que le régime « néocon » de Bush signifiait être l’invasion de l’Afghanistan qui était accusé d’abriter l’instigateur des attentats, Oussama ben Laden.

Normalement, les terroristes sont fiers de leur succès et annoncent leur responsabilité. C’est une façon de construire un mouvement. Souvent, un certain nombre de groupes terroristes sont en compétition pour l’attribution du mérite d’une opération réussie. Mais Oussama ben Laden dans la dernière vidéo qui est certifié par des experts indépendants dit qu’il n’avait aucune responsabilité dans les attentats du 11/9, qu’il n’avait rien contre le peuple américain, que son opposition était limitée à la politique coloniale du gouvernement américain et le contrôle des gouvernements musulmans.

Cela n’a aucun sens que le « cerveau » du coup le plus humiliant de l’histoire du monde à avoir jamais été fomenté à l’encontre d’une superpuissance ne s’attribue pas le mérite de son accomplissement. En Septembre 2001, Oussama Ben Laden savait que son état de santé était critique. Selon la presse, il a subi une dialyse rénale le mois suivant. Les rapports les plus fiables dont nous disposons disent qu’il est mort en Décembre 2001. Il n’est tout simplement pas crédible que Ben Laden ait nié toute responsabilité par crainte de Washington.

Mais Oussama Ben Laden était trop utile comme épouvantail et Washington et les médias « presstitués »[Ndt. Jeu de mot avec prostituée] l’ont gardé en vie pendant encore une décennie jusqu’à ce que Obama ait besoin de tuer le mort pour remonter dans les sondages et empêcher les Démocrates de choisir un autre candidat pour la présidentielle.

De nombreuses vidéos de Ben Laden, chacune déclarée fausse par les experts, ont été livrées chaque fois que cela était utile à Washington. Personne dans les médias occidentaux, au Congrès américain ou européen, ou des parlements du Royaume-Uni, n’était suffisamment intelligent pour reconnaître qu’une vidéo de Ben Laden émergeait systématiquement lorsque Washington en avait besoin. “Pourquoi le ‘cerveau’ serait-il si accommodant pour Washington ?” C’est la question qui m’est venue à l’esprit chaque fois que l’une de ces fausses vidéos a été publiée.

L’ “enquête” qui a finalement eu lieu était une manœuvre politique de la Maison Blanche. Un membre de la commission a démissionné, déclarant que l’enquête était une farce et aussi bien le co-président que le conseiller juridique de la Commission ont pris leurs distances avec le rapport en déclarant que la Commission d’enquête avait été « mise en place pour échouer », que ses ressources ont été restreintes, que les représentants de l’armée américaine ont menti à la commission et que la commission a envisagé de les attaquer au pénal pour faux témoignage.

On pouvait penser que ces révélations provoqueraient un certain émoi, mais les médias, le Congrès, la Maison Blanche et le public restèrent silencieux.

Tout cela me gênait beaucoup. Les États-Unis avaient envahi deux pays musulmans sur la base d’allégations sans fondement liant ces deux pays aux attentats du 11-Septembre sur lesquels ils n’avaient pas mené d’enquête. Les néo conservateurs qui composaient l’administration de George W. Bush prônaient l’invasion de plus de pays musulmans. Paul O’Neill, premier secrétaire au Trésor de Bush, a déclaré publiquement que le régime Bush avait l’intention d’envahir l’Irak avant le 11-Septembre. O’Neill a dit que personne, lors d’une réunion du Conseil de sécurité nationale, n’a même posé la question, pourquoi envahir l’Irak ? “Il s’agissait juste de trouver un moyen de le faire.”

La fuite du mémo top secret « Downing Street Memo » écrite par le chef des services secrets britanniques (MI6) confirme le témoignage de Paul O’Neill. La note de service, connue sous le nom “memo Smoking Gun” dont l’authenticité a été confirmée, stipule que «le président George W. Bush veut renverser Saddam Hussein, par une action militaire, justifiée par la conjonction du terrorisme et des ADM. Mais les renseignements et les faits étaient établis en fonction de la politique.” En d’autres termes, l’invasion américaine de l’Irak ne reposait sur rien d’autre qu’un mensonge monté de toutes pièces.

Etudiant en ingénierie, j’avais assisté à une démolition contrôlée. Quand les films de l’effondrement du WTC 7 ont émergé, il fut évident que le bâtiment 7 avait été abattu par démolition contrôlée. Quand le professeur de physique David Chandler a mesuré la chute de l’immeuble et a établi qu’elle s’était produite à la vitesse de la chute libre, l’affaire était close. Les bâtiments ne peuvent pas tomber en chute libre à moins que la démolition contrôlée ait supprimé toute résistance aux étages qui s’effondrent.

Si les avions de ligne ont fait tomber deux gratte-ciel, pourquoi avoir utilisé une démolition contrôlée pour abattre un troisième bâtiment ?

J’ai supposé que les architectes, les ingénieurs de structure et les physiciens auraient tiré la sonnette d’alarme face à cette histoire évidemment fausse. Si je pouvais voir que quelque chose n’allait pas, des gens plus hautement qualifiés le verraient certainement aussi.

Le premier physicien à faire une argumentation efficace et convaincante fut Steven Jones qui était à BYU (Brigham Young University, NDT). Jones a déclaré que des explosifs ont fait tomber les Tours Jumelles. Il a fait une excellente affaire. Pour ses efforts, il a été contraint de démissionner du poste dont il était titulaire. Je me demandais si le gouvernement fédéral avait menacé d’arrêter les subventions de recherche du BYU ou si des administrateurs patriotiques et les anciens élèves étaient la force agissante dans l’expulsion de Jones. Peu importe, le message était clair pour les autres experts travaillant à l’université : “Tais-toi ou on te fera taire.”

L’avis de Steven Jones a été confirmé lorsque le chimiste Niels Harrit de l’Université de Copenhague au Danemark a déclaré sans équivoque que l’équipe scientifique, avec laquelle il travaillait, a trouvé de la nano-thermite dans les résidus de poussières des Tours Jumelles. A ma connaissance, ce résultat sensationnel n’a pas été mentionné ni dans la presse écrite ni dans les médias TV US.

Plusieurs années après le 11-Septembre, l’architecte Richard Gage a formé « Architectes et ingénieurs pour la vérité sur le 11/9 », une organisation qui s’est développée pour compter aujourd’hui 1 700 experts. Les plans des tours ont été étudiés. C’était de formidables structures. Elles ont été construites pour résister aux impacts d’avions de ligne et aux incendies. Il n’y a aucune explication crédible de leur chute à l’exception de la démolition intentionnelle.

J’ai aussi trouvé inquiétante la crédulité du public, des médias, et du Congrès dans l’acceptation inconditionnelle des histoires officielles de terroristes à la chaussure piégée, shampooing et bouteille d’eau piégés, ou encore sous-vêtements piégés pour faire exploser des avions de ligne pendant le vol. Ces scénarios sont grotesques. Comment pouvons-nous croire qu’Al-Qaïda, capable d’organiser l’attaque terroriste la plus fantastique de l’histoire et capable de concevoir des engins explosifs improvisés (IED) qui tuent et mutilent des troupes américaines et détruisent les véhicules militaires, utiliseraient des engins qui doivent être mis à feu avec une allumette ? Les terroristes à la chaussure ou au sous-vêtement piégés auraient tout simplement appuyé sur une touche de leur téléphone ou ordinateur portables et la bombe liquide n’aurait pas nécessité un temps prolongé pour être préparée dans les toilettes (et tout ceci en vain).

Rien de tout cela n’a de sens. En outre, les experts ont contesté de nombreuses allégations du gouvernement, qui n’ont jamais été soutenues par autre chose que par l’histoire officielle du gouvernement. Il n’existe aucune preuve indépendante qu’autre chose soit impliqué que de la poudre à pétard.

L’affaire de l’attentat aux sous-vêtements piégés est particulièrement difficile à accepter. Selon des témoins, le kamikaze n’avait pas le droit de monter à bord de l’avion, parce qu’il n’avait pas de passeport. Ainsi, un fonctionnaire apparaît et le fait embarquer dans l’avion à destination de Detroit, le jour de Noël. Quel genre de fonctionnaire a le pouvoir de passer outre les règles établies, et qu’est-ce que le fonctionnaire pensait qu’il allait se passer pour le passager quand il se serait présenté à la douane américaine sans passeport ? Tout agent ayant le pouvoir d’annuler une telle procédure standard devrait savoir qu’il était inutile d’envoyer un passager dans un pays où son entrée sans passeport serait automatiquement rejetée.

C’est la preuve circonstanciée qu’il s’agissait d événements orchestrés pour maintenir la peur, créer de nouveaux pouvoirs pour une nouvelle agence qui dépasse le cadre politique fédéral, pour habituer les citoyens américains à des fouilles intrusives et à une force de police pour les tenir, et de vendre cher les « scanners pornographiques » et les appareils les plus technologiquement avancés à l’Administration de la sécurité des transports. Apparemment, cette collection coûteuse de gadgets high-tech ne suffit pas à nous protéger des terroristes et, en août 2012, le Ministère de la sécurité intérieure a passé une commande de 750 millions de cartouches… assez pour tuer deux fois et demi chaque personne aux USA.

Les américains naïfs et crédules prétendent que si une partie du gouvernement américain avait été impliqué dans le 11/9, “quelqu’un aurait parlé à ce jour.” Une pensée réconfortante, peut-être, mais rien de plus. Considérons, par exemple, la dissimulation par le gouvernement américain de l’attaque israélienne de 1967 contre l’USS Liberty qui a tué ou blessé la plupart de l’équipage, mais qui n’a pas réussi à couler le navire. Lorsque les survivants ont témoigné, on leur a ordonné de manière menaçante de ne pas parler de l’évènement. C’est seulement douze ans plus tard que l’un des officiers de l’USS Liberty, James Ennes, a raconté l’histoire de l’attaque dans son livre, « Assaut sur le Liberty ». Je continue à me demander comment les professionnels du NIST ressentent d’avoir été manipulés par le gouvernement fédéral afin qu’ils prennent une position non scientifique sur la destruction des tours du WTC.

Quel sera le résultat des doutes sur la version officielle soulevés par les experts ? Je crains que la plupart des Américains soient mentalement et émotionnellement trop faibles pour être en mesure d’accepter la vérité. Ils sont beaucoup plus à l’aise avec l’histoire des ennemis qui ont attaqué l’Amérique avec succès malgré les importantes mesures de sécurité nationale mises en place. Le public américain a fait la preuve de lâcheté en sacrifiant, sans se plaindre, sa liberté et la protection du droit garantis par la Constitution pour être « en sécurité ».

Le Congrès n’a rien à craindre pour le gaspillage de milliards de dollars dans des guerres inutiles basées sur l’orchestration d’un « nouveau Pearl Harbor ». Lorsque les néo-conservateurs disaient qu’un « nouveau Pearl Harbor » était une exigence de leurs guerres pour l’hégémonie américano-israélienne, ils préparaient le terrain pour les guerres du 21e siècle que Washington a lancé. Si la Syrie tombe, il restera seulement l’Iran, puis Washington sera en confrontation directe avec la Russie et la Chine.

À moins que la Russie et la Chine puissent être renversées par des « révolutions colorées », ces deux puissances nucléaires ne vont probablement pas se soumettre à l’hégémonie de Washington. Le monde tel que nous le connaissons pourrait connaître sa fin.

Si assez d’Américains ou même d’autres peuples dans le monde avaient l’intelligence de comprendre que des structures massives en acier ne se désintègrent pas en poussière fine à cause de l’impact d’un avion et d’incendies limités à quelques étages, Washington aurait à faire face à la suspicion qu’elle mérite.

Si le 11-Septembre était en fait le résultat de l’échec de la Sécurité Nationale pour empêcher une attaque, le refus du gouvernement de procéder à une véritable enquête serait une défaillance encore plus considérable. Il incombe aux individus concernés et qualifiés de jouer le rôle d’investigateur abandonné par le gouvernement. Les présentations lors des audiences de Toronto, ainsi que les évaluations des groupes d’experts, sont maintenant disponibles, comme l’est le film documentaire, « Preuves d’explosifs : des experts se prononcent », réalisé par l’association « Architectes et ingénieurs pour la vérité sur le 11/9 ».

Les agents du gouvernement et leurs défenseurs essaient de détourner l’attention des faits troublants en redéfinissant les preuves factuelles révélées par les experts comme le produit d’une « culture du complot ». Si malgré le lavage de cerveau et le manque d’éducation scientifique, les gens sont capables de prendre en compte les informations mises à leur disposition, peut-être que la Constitution américaine et la paix pourraient toutes les deux être rétablies. Seules les personnes informées peuvent arrêter Washington et empêcher que la folie du gouvernement hégémonique américain ne détruise notre monde par la guerre.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais :

9111

The 11th Anniversary of 9/11, publié le 11 septembre 2012.

Traduction Zapliste et CCJ147 publié sur reopen911.info/

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Chronique 1 :

 

Chronique 2 :

 

Le 01 août 2010, la Fondation de Yann Arthus-Bertrand, GoodPlanet, m’offre une tribune libre. J’y publie « Agent Orange, une aumône pour les victimes du plus grand écocide de l’histoire de l’humanité » : Le 10 août 2010, il y aura 50 ans que le premier agent chimique contenant de la dioxine fut épandu par les États-Unis sur la forêt et les récoltes vietnamiennes. Commençait dès lors l’utilisation des défoliants dits « arc-en-ciel » (Agents Orange, Blanc, Bleu, Rose, Vert et Pourpre…). L’objectif des militaires : détruire le couvert végétal qui abritait les combattants vietnamiens mais aussi affamer la résistance et la population. 

Un plan d’action ayant pour objectif d’éliminer les séquelles de l’Agent Orange au Viêt Nam vient d’être publié. Proposé par le groupe de discussions vietnamo-états-unien (composé de 10 personnalités, à parité pour chaque pays : citoyens, scientifiques, et élus) sous le parrainage de la Fondation Ford, ce plan préconise que les USA versent au Viêt Nam 30 millions de dollars par an durant 10 ans. Si je ne peux que me réjouir de cette initiative qui vient souligner, 35 ans après la fin de la guerre, la nécessité de tourner la page, il faut le rapporter à l’engagement pris par les États-Unis en janvier 1973. En effet, l’article 21 des Accords de Paix de Paris signés par les deux nations belligérantes prévoyait un dédommagement de guerre au profit du Viêt Nam d’un montant de 5 milliards de dollars (sans parler du Laos et du Cambodge)… Mais les Vietnamiens ne reçurent rien du dédommagement promis : au contraire, ils se virent imposer un embargo économique pendant près de 20 ans !

Fascinés par ce montant de 300 millions de dollars, les médias, (voir l’article du journal Le Monde daté du 16 juin) n’ont fait preuve d’aucun discernement. D’abord, ils ont donné l’impression que la décision d’octroyer cette somme avait été entérinée par le gouvernement états-unien. Or il n’en est rien. Car si le document de vingt pages précise qu’un tiers des fonds seraient attribués à la décontamination de la dioxine dans les sols et les deux autres tiers à la construction de structures et d’aides médicales aux victimes vietnamiennes, il ne s’agit que d’une déclaration de bonnes intentions, qui ne précise pas quels seraient les débiteurs, ni quel pourrait être le rôle des ONG.

Ensuite, cette recommandation, émise par une organisation qui n’a aucun pouvoir décisionnel ni financier, doit être mise en relation avec la déclaration de la vice-présidente de l’Assemblée nationale du Viêt Nam : Mme Tong Thi Phong avait annoncé une semaine plus tôt que son pays comptait actuellement 4 millions de victimes contaminées par l’Agent Orange. Un rapide calcul permet de constater que cette offre attribue à chaque victime seulement 5 dollars par an ! Comment une telle somme leur permettra-t-elle d’accéder aux soins lourds, à une aide psychologique ou matérielle ?

Le vœu formulé par le groupe de dialogue est positif, puisqu’il multiplie par 100 les engagements de la précédente administration. Cependant, le ministère des Anciens combattants états-unien annonce pour la seule année 2010, un budget supplémentaire de plus de 13 milliards de dollars pour les centaines de milliers de vétérans états-uniens, insuffisamment pris en charge. Les 300 millions de dollars sur 10 ans, paraissent alors d’une obscénité insondable en regard des millions de Vietnamiens contaminés.

Fin juin, j’apprends que l’ONU consacre, dans le cadre du Plan des Nations Unies au

Développement (PNUD), 5 millions de dollars pour participer à la décontamination de l’ancienne base américaine de Bien Hoa -l’un des 28 principaux « points chauds » nécessitant une action urgente- alors que la Fondation Ford avait estimé à 60 millions de dollars la décontamination de trois bases. Lors de mon intervention à l’ONU visant à obtenir de cette institution « une aide urgente, conséquente et adaptée » pour les victimes vietnamiennes de l’Agent Orange et la décontamination de leurs sols, j’avais rappelé que le Viêt Nam comptait 11 « Villages de la paix » accueillant les victimes de l’Agent Orange quand 1 000 (voire le double selon leur capacité) étaient nécessaires pour les seuls enfants ! Si l’annonce de cette aide de la part de la principale institution internationale constitue une première forme de reconnaissance mondiale de cette catastrophe écologique et humaine, je dénonce la modicité de cette attribution. Je dénonce également l’indignité que ni Dow Chemical ni Monsanto (ni aucune autre compagnie chimique US ayant fabriqué le poison) n’ont la moindre intention de payer quoi que ce soit aux victimes vietnamiennes – alors qu’elles ont signé, en 1984, un accord à l’amiable avec les associations d’anciens combattants américains pour 180 millions de dollars (ce qui leur permit à très bon compte d’éviter un procès). La volonté de détruire durablement les forêts tropicales de l’intérieur, celles semi-inondées du delta du Mékong, les mangroves du littoral, ainsi que les cultures, a abouti à un crime qui n’avait pas de nom jusqu’ici : l’écocide. Cette guerre chimique, la plus grande de toute l’histoire de l’humanité, reste quasiment inconnue malgré sa portée immense. Les effets en cascade dus à l’anéantissement de toute végétation sont dantesques, en premier lieu pour le règne végétal lui-même bien sûr, mais aussi pour le règne animal auquel appartient l’homme, comme pour les sols. Les agents chimiques déversés sur le Viêt Nam représenteraient en effet au minimum 72 millions de litres sur presque 3 millions d’hectares… Cela représente environ 300 kilos de la forme la plus toxique de dioxine. Cependant, la logique des épandages renouvelés sur les mêmes surfaces, parfois jusqu’à 10 reprises, me permet de révéler que les volumes réels approchent vraisemblablement les 350 millions de litres ! Celle-ci pénètre dans les organismes par simple contact, par inhalation, et surtout par ingestion (elle remonte ainsi la chaîne alimentaire). Liposoluble, elle se fixe dans les tissus adipeux par bioaccumulation, et n’a pratiquement pas de voie de déstockage, excepté le sperme chez l’homme (aboutissant aux effets tératogènes chez le nouveau-né) et le lait maternel chez la femme (ayant pour conséquences l’empoisonnement du nourrisson). Avant même son utilisation, les effets secondaires de ce poison étaient parfaitement identifiés par les scientifiques travaillant pour les fabricants. Pourtant à ce jour, la justice n’a toujours pas tenu compte du principe de l’intentionnalité qui lui est habituellement cher. À l’heure où vous lisez ces lignes, des victimes de l’Agent Orange continuent de mourir au Viêt Nam, mais aussi aux États-Unis et dans tous les pays dont des citoyens ont combattu dans cette guerre coloniale, ou dans les territoires où les essais ont eu lieu, où le produit a été stocké… D’autres viennent juste de naître. Ces victimes, et plus particulièrement au Viêt Nam, ont besoin du soutien de tous. Maintenant !

Le 08 août, Helium.com (racine du mot Soleil, mais aussi gaz monoatomique évoquant « légèreté »), publie un article signé, D. Vogt, diplômé d’Histoire internationale à Ottawa. Il est intéressant et encourageant de constater que ce journal citoyen en ligne (qui n’a rien d’un repaire de gauchistes agités) traite la question de l’Agent Orange, ouvrant la curiosité et peut-être une soif d’information sur ce sujet anxiogène par excellence à un lectorat pas toujours conscient des réalités du monde. De plus, son auteur est jeune. Il rappelle que les chercheurs en médecine ont compris depuis longtemps les graves effets sanitaires à long terme causés à la population civile comme aux vétérans américains par l’utilisation du « défoliant » chimique Agent Orange durant la Guerre du Viêt Nam. Il insère qu’en 2010, une nouvelle maladie de la thyroïde vient grossir la longue liste existante: la maladie de Basedow. Il apprend certainement à de nombreux utilisateurs du site en question que « Agent Orange » est le nom de code d’un des nombreux agents chimiques utilisés massivement comme « herbicides » dans le but d’anéantir la jungle où se cachaient les indépendantistes vietnamiens, comme de détruire des centaines de milliers d’hectares de cultures durant les années60’. Et ajoute que la Croix rouge et le gouvernement vietnamien déclarent plusieurs millions de citoyens souffrant d’une exposition à cet agent chimique, que des centaines de milliers de cas de malformations congénitales graves résultent d’une exposition des parents. Que des études ont également indiqué le risque accru d’un large éventail de cancers, de troubles nerveux, pulmonaires et dermiques. Il n’oublie pas de signaler les victimes canadiennes contaminées lors de tests réalisés à la base de Gagetown, ainsi que les procédures intentées par les victimes vietnamiennes contre les fabricants étasuniens de ce poison. Rien de très nouveau, diront les initiés. Et bien si, un site grand public diffuse un sujet pouvant éveiller les consciences d’une frange de population où le besoin en la matière est considérable.

Le 10 août, Le Courrier du Viêt Nam (seul journal francophone du pays), dans le cadre de la Journée des victimes de l’Agent Orange, informe sur le Programme de prévention des maladies liées à la dioxine en faveur des populations vivant dans les régions fortement contaminées, surtout aux alentours des aéroports de Bien Hoa (province de Dong Nai, Sud) ; Da Nang (province éponyme), et Phu Cat (province de Binh Dinh, Centre). Selon de récentes statistiques établies par des scientifiques du pays et de l’étranger, la teneur en dioxine des sols, de la boue et de quelques produits alimentaires de ces localités explosent la quote-part « acceptable ». Un petit nombre d’habitants seulement comprend aujourd’hui les conséquences du poison et les moyens qu’ils ont de s’en prémunir.

C’est ce qui ressort d’enquêtes menées entre 2007 et 2009 par l’Association de la santé publique du Viêt Nam dans deux quartiers situés près de l’aéroport de Bien Hoa, et quatre de Da Nang. À la fin du mois de juin dernier, deux cours de formation sur ce thème ont été organisés à Da Nang à l’intention des agents informateurs.

En 2008, l’Association de la santé publique de Da Nang, en coopération avec sa filiale de Dong Nai, a commencé à informer largement les organismes et habitants concernés des quartiers deTrung Dung et Tan Phong (Bien Hoa), du risque de pathologies liées à la dioxine, des produits alimentaires à hauts risques, des conséquences et mesures préventives à une contamination. Un an après la mise en œuvre de ce programme (une première au Viêt Nam… précise le journal), 70% des populations concernées seraient désormais informées, contre 37% auparavant. Les résultats obtenus seront énoncés lors d’un colloque international sur la dioxine et les matières organiques en septembre prochain aux États-Unis.

Ce même mardi, Tuoi Tre (La Jeunesse), quotidien du Sud, relate la contamination des lacs par les infiltrations de dioxine dans le sol et les eaux souterraine à proximité de Da Nang. Elles causent de plus en plus de malformations congénitales. Dans une zone de quatre hectares, de hautes teneurs de dioxine ont été trouvées, en cet endroit où les habitants tirent leur nourriture des poissons et lotus depuis des décennies. « Ici, le taux de malformation congénitale est cinq fois supérieur à la moyenne nationale », dit un responsable du district de Thanh Khe, sous couvert d’anonymat. Avant d’ajouter : « Aucune enquête exhaustive n’a jamais été faite. Or, en 2007, dans Chinh Gian (un des dix quartiers du district), 139 personnes ont rapportées de graves malformations congénitales », a-t-il ajouté. La plupart habitent dans les zones où les herbicides à base de dioxine ont été stockés ou se sont infiltrés. Tu, qui a vécu dans le quartier pendant 20 ans, dit qu’il a récemment appris le danger des lacs, mais leurs poissons sont la seule source de nourriture pour sa famille. « Je n’ai pas seulement ramassé des graines de lotus dans les lacs pour notre nourriture, mais aussi pour les vendre aux marchés locaux », concède-t-il. Le poison continue son chemin tortueux. Tran Van Duoc, qui vit dans le quartier depuis 45 ans, déclare : «  Les habitants utilisent l’eau des puits locaux et les poissons des lacs car ils n’ont pas d’autre choix. » L’eau et la boue des puits et des lacs ont une odeur de produits chimiques. En 2007, le cabinet canadien, Hatfield Consultants, a révélé des teneurs de dioxine dans les sols et les sédiments allant de 185 000 ppt (part par trillon) à Bien Hoa, 236 000 ppt à Phu Cat, 365 000 ppt à Da Nang. Soit 185, 236, et 365 fois supérieures à la teneur communément admise par défaut pour les sols ; et 1850, 2360, et 3650 fois supérieures aux normes tolérées pour les sédiments. Même si les valeurs retrouvées dans les sols et les sédiments ne sont pas directement comparables à celles présentes dans les aliments, on peut tout de même signaler que ces doses représentent 182 500 fois la teneur moyenne empirique acceptée pour les aliments à destination des humains dans les pays industrialisés. Ou 32,5 millions de fois la teneur admise par les USA, qui eux ne tolèrent que 0,0064 pg/g dans les aliments.

Pour rappel, cette norme empirique considérée comme « acceptable » dans les autres pays industrialisés va de1 à 3 pg/g. Quant à l’Agence de Protection de l’Environnement US (EPA), elle recommande de diviser encore cette norme moyenne par 1000, soit 0,0000064 pg/g.

Ce mardi 10 août, Journée des victimes de l’Agent Orange, des victimes reçurent exceptionnellement une aide en dongs équivalente à 7 dollars, ainsi que des fauteuils roulants et des ordinateurs. À cette occasion, le secrétaire général de l’Association vietnamienne des victimes de l’Agent Orange/Dioxine (VAVA) annonça pouvoir poursuivre les compagnies chimiques américaines, non plus au travers des lois fédérales comme les fois précédentes (suite au refus de la Cour suprême d’examiner l’appel des victimes vietnamiennes, décision du 27 février 2009, rendue publique le 2 mars), mais à partir de celles d’un État étasunien.

Le 22 août, un site internet philippin, globalnation.inquirer.net, fait part d’une mise en garde d’un de ses toxicologues, Dr Romeo F. Quijano, de l’université des Philippines (Manille), sur le fait que le riz* vietnamien « pourrait être contaminé par l’Agent Orange ». Quijano a ajouté que le riz stocké par la National Food Authority (NFA) philippine recevait un traitement contre les parasites sous la forme d’une pulvérisation mensuelle d’insecticide et de pesticide dont l’innocuité est remise en question, ajoutant que la plupart des pesticides sont cancérigènes et nuisent au système immunitaire et endocrinien. Il pense qu’une loi devrait obliger producteurs et importateurs à fournir des résultats de tests. Toutefois, le toxicologue a suggéré une solution au problème : « Si nous avions un approvisionnement local suffisant, nous n’aurions pas à importer du riz ni besoin de tester ce produit », ajoutant que « les agriculteurs locaux devraient être encouragés à planter du riz grâce à des incitations gouvernementales ».

*Le riz quasiment dépourvu de matière grasse ne peut pas être un important vecteur de dioxine

Le 30 août, l’U.S. Department of Veterans Affairs (VA), (ministère des Anciens combattants US), procède à une déclaration à faire « pâlir » les victimes vietnamiennes de l’Agent Orange. Demain, 31 août 2010, il publiera dans le Federal Register (Code des règlements fédéraux permanents) la législation finale d’aide à ses vétérans exposés à l’Agent Orange, facilitant l’accès à des soins de santé de qualité et à l’indemnité d’invalidité accordée. Cette nouvelle règle élargit la liste des maladies liées à l’Agent Orange et autres « herbicides ».

« Au mois d’octobre dernier, sur exigence de la loi Agent Orange de 1991, l’Institut de Médecine, après son étude indépendante et sa mise à jour de 2008, a déterminé que les preuves fournies étaient suffisantes pour ajouter 3 maladies supplémentaires à la liste des pathologies liées à l’Agent Orange », a déclaré le secrétaire de VA, Eric K. Shinseki. « C’est une bonne décision, le président et moi-même sommes fiers de pouvoir offrir à ce groupe d’anciens combattants les soins et avantages qu’ils méritent depuis longtemps. » Les maladies ajoutées à la longue liste sont : maladie de Parkinson, maladie cardiaque ischémique, leucémie lymphoïde chronique (incluant toutes les leucémies chroniques à cellules B, telle que la leucémie à tricholeucocytes). Maladies longtemps niées aux Vietnamiens sous prétexte que leurs études n’étaient pas aux normes internationales, c’est-à-dire étasuniennes. Désormais, en termes pratiques, les vétérans US qui ont servi au Viêt Nam et ayant une maladie provoquée par l’Agent Orange n’ont plus besoin d’apporter les preuves entre leurs problèmes de santé et leur service militaire. Ainsi, l’abolition des anciennes exigences présentant des défis insurmontables, ouvre droits et avantages simplifiés et accélérés. Et voici que les périodes de contamination considérées pour cette prise en charge sont élargies, elles vont du 9 janvier 1962 au 7mai 1975. Ceci constitue un aveu d’importance en ce qui concerne la rémanence et/ou la durée des épandages. Au cours des 18 mois suivants, plus de 150 000 vétérans soumettront des demandes, dont 90 000 refusés précédemment bénéficieront de prestations rétroactives.

André Bouny

(à suivre)

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris : http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

Abu Dhabi : Une provocation française

novembre 30th, 2012 by Jean-Pierre Dubois

Le 26 mai 2009, à Abu Dhabi (Emirats arabes unis), Sarkozy inaugurait un nouveau complexe militaire français composé d’une base navale, d’une base aérienne et d’un camp pour l’armée de terre.

« C’est la première fois depuis cinquante ans, depuis les indépendances africaines exactement, que la France ouvre une base militaire permanente hors de son territoire national. » [1]

Pourquoi ce déploiement guerrier loin des frontières françaises ?

Ce serait un « virage géostratégique de la France, dont les intérêts se déplacent chaque année un peu plus à l’est, le long d’un arc de crise allant de l’Atlantique à l’océan Indien ». Cette région est aussi celle par laquelle transitent 40 % du pétrole mondial et où Total investit…

Face à l’Iran, dont les rives ne sont qu’à 225 km, l’implantation d’une base à Abu Dhabi représente aussi un acte provocateur qui entend montrer que la France participe aux préparatifs de guerre contre ce pays.

Elle vise à complèter la ceinture de bases que les Etats-Unis ont implantée au Qatar, en Irak, en Afghanistan, au Koweït, etc.

Au moment de sa mise en service, il a été question d’un accord secret avec les Emirats par lequel  la France se serait engagée à utiliser « tous les moyens dont elle dispose » pour les défendre en cas de conflit. Avec  l’arme nucléaire, s’il le faut.

« Cela veut dire qu’on met notre dissuasion nucléaire à la disposition des Émirats », aurait déclaré un officier proche du dossier.

Curieusement, durant la campagne électorale des présidentielles, le sort de la base d’Abu Dhabi n’a été évoqué par aucun des candidats, seul le programme des écologistes se prononçait clairement pour sa fermeture [2].

Dans son discours du 11 mars, spécialement consacré à la Défense, Hollande n’en a pas fait mention.

Plus curieusement encore, lors du récent examen du budget de la Défense 2013, les documents produits par le ministère citent Abu Dhabi comme une des bases militaires existant hors de métropole mais ne donnent aucune précision quant à son avenir.

Cette dissimulation témoigne du choix de Hollande de maintenir en place ce dispositif voulu par Sarkozy et d’associer la France à une aventure militaire contre l’Iran – au cas où les Etats-Unis en décideraient ainsi.

armement nucléaire,iran

Abu Dhabi, avril 2012 : le ministre de la Défense de l’émirat avec l’amiral Guillaud

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[1] Le Figaro, 25 mai 2009, article de Isabelle Lasserre, envoyée spéciale à Abu Dhabi : http://www.lefigaro.fr/international/2009/05/26/01003-200…

[2] Proposition du programme EELV : “Nous fermerons la base d’Abou Dhabi qui s’inscrit dans un objectif de ventes d’armes au pays du Golfe, politique belliciste et mercantile.” (http://eelv.fr/wp-content/uploads/2011/12/Projet_EELV_dec…)

JPD

Jean-Pierre Dubois

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La Syrie, victime d’un complot : une preuve de plus

novembre 30th, 2012 by Bahar Kimyongür

Il y a des vérités que l’on n’aime pas entendre. Surtout quand il s’agit de donner raison au gouvernement syrien. L’idée de « complot contre la Syrie » conspuée par les fans de la fausse révolution syrienne vient pourtant d’être confirmée par les révélations du quotidien libanais Al Akhbar. Des enregistrements audio fournis par une source anonyme exposent le rôle sinistre joué par le député du Courantdu futur libanais Okab Sakr, un proche de Saad Hariri, dans la conspiration anti-syrienne. Le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie ne sont pas en reste.

Dans le monde arabe, au Liban et en Syrie en particulier, c’est le sujet du jour : le quotidien libanais Al-Akhbar a obtenu des enregistrements du député du Courant du futur Okab Sakr concernant des transferts d’armes à l’opposition armée syrienne à la demande du chef du Courant du futur Saad Hariri.

Ces enregistrements audio constituent la première preuve solide du rôle de Sakr dans l’armement des terroristes syriens.

Il y a quelques semaines, le bureau d’Al-Akhbar à Beyrouth recevait unappel téléphonique anonyme. L’inconnu a affirmé qu’il était en possessiond’enregistrements audio « qui accablent le député Okab Sakr et démontrent son rôle dans la destruction de la révolution (syrienne). »

Loin d’être une surprise, cette information ne faisait que confirmer ce que l’on savait depuis le début de l’insurrection syrienne à propos des relations entre le Courant du futur et la rébellion syrienne sur base d’aveux et d’instructions judiciaires concernant un trafic d’armes vers la Syrie organisé par ce parti notamment par le biais de la société Solidere, une possession de la famille Hariri (cf. Syriana, la conquête continue, Ed. Investig’Action et Couleur Livres, Charleroi 2011.)

Al-Akhbar a d’abord douté de l’authenticité de la bande sonore mais la chaîne a rapidement établi la ressemblance entre la voix audio et celle d’Okab Sakr sur base d’une expertise.

La source anonyme n’a pas révélé le nombre d’enregistrements en sa possession, mais a précisé qu’il y en avait des dizaines. Pour convaincre les journalistes libanais, la source a envoyé un extrait d’un second enregistrementet a révélé qu’elle travaillait depuis plus d’un an avec Sakr dans un QG mis en place pour soutenir la révolte syrienne.

Selon la source, il existerait plusieurs centres d’opérations en Turquie: l’un à Antakya (Antioche), l’autre à Adana, et un troisième à Istanbul. Il mentionne que Sakr possède son propre QG dans le quartier de Florya à Istanbul, où des réunions sont parfois organisées.

La source anonyme a également indiqué que vingt jeunes hommes issus de différentes régions syriennes sont chargés de mener des opérations militaires depuis ces centres de commande. Ils coordonneraient avec les commandants desgroupes armés la fourniture de fonds et de matériels militaires nécessaires aux combattants se trouvant dans les zones attaquées ou de siège, le tout sous lasupervision d’officiers du renseignement turcs et qataris.

Toujours selon la source, les opérations sont coordonnées via un satellite de communication, en particulier Thuraya et via des téléphones satellitaires comme Iridium. Elle a ajouté que des hommes se rendent régulièrement en Syrie pour distribuer de l’argent aux chefs de l’opposition.

La source a également déclaré que Sakr est très proche d’Abou Ibrahim, le chef des ravisseurs des neuf pèlerins libanais. Ce dernier aurait reçu un salaire mensuel de 50.000 dollars, remis en main propre par les jeunes hommes du bureau de Sakr.

Quant à sa motivation à fournir les enregistrements, la source anonyme a indiqué que « Sakr a ruiné la révolution avec ses manœuvres folles (…) Au cours de ces réunions, nous nous opposions, par exemple, à sa décision d’envoyer des armes dans un zone que nous voulions garder comme refuge pour ceux qui fuient les combats. Mais il insistait de manière hystérique, montrant son indifférence à l’égard de la vie des gens ».

La source accuse ensuite le député libanais de « verser de l’argent aux commandants de groupes armés, sans faire de distinction entre les tueurs mercenaires et l’opposition patriotique».

« Si l’argent et les armes avaient été utilisées de meilleure manière par Okab, Bachar al-Assad aurait pu être renversé quatre fois plus», se plaint-il.

Les détails de ses révélations sont accessibles sur le site d’Al Akhbar via le lien suivant :

http://english.al-akhbar.com/content/exclusive-inside-future-movements-syria-arms-trade

Voici à présent le premier enregistrement fourni par la source anonyme:

Abu al-Noman (chef d’un groupe armé): Salamaleikoum.

Okab Sakr: Wa aleikum Assalam. Allez-y.

AN: M. Okab, notre groupe est encerclé. Dans un jour ou deux jours, la région va tomber. Nous sommes bombardés par des avions et l’artillerie. Ils attaquent sur tous les fronts. Aidez-nous s’il vous plaît, nous avons besoin d’armes.

OS: S’il vous plaît dites-moi, les armes que vous voulez et dans quelles quantités.

AN: Nous avons besoin d’environ 300 roquettes et vingt lanceurs. Et si il est possible de fournir 250.000 balles russes [AK47] pour 300 mitrailleuses et quelques armes spéciales.

OS: Pour quelle région avez-vous besoin de tout ce matériel.

AN: Azaz, Tal Refaat, Andan, et l’ensemble du Rif Halab [la campagne d'Alep]. Vous savez ce qui se passe ici. Depuis hier, ils ont réussi à entrer par environ trois fronts à partir d’Idlib … et à l’intérieur d’Alep, nous faisons face aux chebbiha [voyous du gouvernement].

OS: Alors, qui va recevoir la livraison où doit-elle être s’effectuer. Comment l’opération aura-t-elle lieu?

AN: La livraison sera, comme d’habitude, séparée … Abu al-Baraa sera là avec les gars. Ils feront ensuite route jusqu’à Alep en voiture. Mais nous devons agir aussi vite que possible, parce qu’il y a un grand besoin et les bombardements continuent. Les hommes sont dispersés et il n’y a pas de munitions. Ils ont à peine une ou deux munitions en réserve et elles s’amenuisent rapidement. Par la grâce de Dieu, essayez de les obtenir de quelque manière que ce soit. Je ne sais pas quoi dire, après Dieu, il n’y a que vous.

OS: Serez-vous présent lors de la livraison?

AN: Non frère, c’est Abou al-Nour qui sera là avec les gars et les voitures. Ils s’occuperont de la réception du matériel comme d’habitude.

Bahar Kimyongür

 

Bahar Kimyongür est l’auteur de Syriana, la conquête continue, Ed. Investig’Action & Couleur Livres, 2011 et porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie – CIS

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Les échos de la voix d’Howard Zinn

novembre 30th, 2012 by David Swanson

Cela va faire trois ans qu’Howard Zinn nous a quitté et mes oreilles résonnent toujours plus fort de sa voix. Je m’attends à ce que cet effet continue pour les décennies, les siècles à venir, parce que Zinn parlait de besoins et de sujets qui perdurent. Il enseignait des choses qui doivent être réapprises encore et toujours, alors que les tentations qui pèsent sur elles sont si fortes. Il enseignait ces choses comme personne d’autre.

Nous aimons employer le mot “nous” et nous aimons y inclure tout ce que la constitution prétend qu’il doit y être inclus, particulièrement le gouvernement. Mais le gouvernement a une sérieuse tendance à agir contre nos intérêts. Les milliardaires par définition, agissent contre nos intérêts. Zinn nous a mis en garde sans relâche du danger à autoriser ces pouvoirs à utiliser le mot “nous” pour nous inclure dans des actions auxquelles nous nous opposerions en temps normal. C’est une habitude que nous avons que ce soit en parlant de sports, de guerres, de politiques économiques, mais le danger d’un spectateur criant “nous avons marqué” n’est pas le même que celui de millions de spectareurs clâmant: “Nous avons libéré l’Afghanistan !”

Nous aimons penser que les élections sont une part centrale et importante de la vie civique et comme un moyen d’avoir un impact signifiant sur le futur. Non seulement Zinn nous a averti contre cette mauvaise perception avec des exemples historiques incisifs et édifiants et avec la conscience de la valeur de la lutte pour le droit de vote des afro-américains dans le sud des Etats-Unis, mais il fut également partie prenante de cette lutte et nous mit en garde à cette époque contre des attentes déplacées.

Nous voulons penser que l’histoire est forgée par les actions d’individus importants, de leaders. Nous voulons penser que la guerre est un outil de dernier recours, comme démontré dans notre liste “des bonnes guerres”, qui généralement incluent la guerre d’indépendance des Etats-Unis, la guerre civile (NdT: connue chez nous sous le vocable de “guerre de sécession”, mot que les Américains veulent faire disparaître du narratif…) et la seconde guerre mondiale (villipendées par Zinn comme les “Trois guerres saintes”). Nous imaginons que les partis politiques sont centraux dans nos efforts de façonner le monde, mais que la désobéissance civile ne l’est pas. Nous pensons souvent que nous n’avons aucun pouvoir pour forger ce monde, que les forces poussant dans l’autre direction sont bien trop puissantes pour être renversées. Si vous écoutez suffisamment Howard Zinn, chacune de ces croyances finit par paraître ridicule, même si cela est dans certains cas, tragique.

Si vous n’avez pas encore assez eu d’Howard Zinn ces derniers temps (qui en a assez ?), un nouveau livre vient de sortir qui fait une compilation de ses meilleurs discours: “Howard Zinn Speaks”. Ceci ne représente qu’une petite parcelle de ses discours et interventions, qui furent inombrables au cours des années et de sa carrière. A l’exception d’un seul, ces discours ont été retranscrits depuis des discours qu’il avait fait sans notes pré-écrites. Zinn n’avait pas de notes dans les mains quand il parlait. Il paraphrasait les gens plutôt que de les citer verbatim; mais il disait aussi ce qu’il croyait être le besoin du moment, ce à quoi il avait pensé profondément et qui lui faisait dire les choses en une variation toujours changeante de son seul thème: “Nous pouvons changer et façonner le futur si, et seulement si, nous savons utiliser le passé.”

Les discours compilés dans ce livre sont eux-mêmes une partie du passé. Il y en a un des années 1960, deux des années 1970, deux des années 1980, quatre des années 1990 et plus de la moitié du bouquin des années Bush-Obama. Mais Zinn utilise aussi des exemples précis, des histoires qu’il raconte pour illustrer son point de vue, provenant de siècles en arrière, d’un passé que la plupart des Américains ne reconnaît que faiblement.

Zinn traque les racines du racisme et des guerres sur le continent jusqu’à la découverte du nouveau monde par Colomb, jusqu’à l’esclavage, le colonialisme et les guerres américaines actuelles. “L’abolition de la guerre”, dit-il, “est bien sûr un énorme projet. Mais gardez présent à l’esprit que nous, dans le mouvement anti-guerre, avons un puissant allié. Notre allié est une vérité que même les gouvernements accrocs à la guerre, bénéficiant des guerres, devront reconnaître un de ces jours: que les guerres ne sont pas des moyens pratiques pour parvenir à leurs buts. De plus en plus dans l’histoire récente, nous constatons que les nations les plus puissantes ne parviennent pas à conquérir des nations bien plus faibles.”

Il y a quatre ans, Zinn mettait en garde: “Il est dangereux de ne regarder qu’Obama. Ceci fait partie de notre culture, regarder, admirer les sauveurs. Les sauveurs ne sauveront rien. Nous ne pouvons pas dépendre des personnes du haut de la pyramide pour nous sauver. J’espère que les gens qui soutiennent Obama ne vont pas simplement s’assoir sous leurs lauriers et attendre qu’il nous sauve, mais qu’ils vont comprendre qu’ils doivent faire bien plus. Tout ceci n’est que victoire limitée.”

En Avril 1963, Zinn parlait en des termes similaires, même plus durs, à propos du président Kennedy. “Ceci est au-delà du Sud”, avait-il dit. “Notre problème n’est pas que l’Est est méchant, mais que Kennedy est timide.” Zinn critiqua Kennedy pour ses actions et ses inactions en 1961, encore en 1963, lorsque le sénat avait eu l’opportunité, comme il l’a toujours au début de chaque nouvelle session, de changer ses propres règles et d’éliminer les flibustiers. Zinn avait conclu que Kennedy voulait que les racistes deviennent les flibustiers contre le mouvement des droits civiques. Des échos des dires de Zinn devraient être amplifiés entre maintenant et Janvier suffisamment fort pour que les sénateurs et le président actuels, puissent entendre.

En Mai 1971. Zinn avait dit: “Cela fait longtemps que nous n’avons pas destitué un président. Le temps est venu, le temps de destituer un président et un vice-président et tous les autres assis au gouvernement qui perpétuent cette guerre.” (NdT: du Vietnam bien sûr..) En 2003, Zinn disait: “Il y a des gens dans le pays qui appellent à la destitution de Bush. Certains pensent que ceci est une chose osée à dire. Non ! C’est dans la constitution. Elle permet la destitution… Le congrès avait eu la volonté de destituer Nixon pour avoir fait pénétrer dans un bâtiment par effraction, mais il ne veut pas destituer Bush pour être entrer dans un pays par effraction.”

Zinn disait de notre complexe sans fin et peut-être permanent au sujet des élections: “Il est vrai que les Américains ont voté chaque quelques années pour leurs congrès et leurs présidents, mais il est également très vrai que les changement sociaux les plus importants de l’histoire des Etats-Unis, de l’indépendance de l’Angleterre à l’évacuation des Etats-Unis du Vietnam en passant par l’émancipation des noirs, l’organisation du travail, l’égalité des sexes, la mise hors-la-loi de la ségrégation raciale, ne sont pas venus des urnes mais de l’action directe de la lutte sociale, par l’organisation des mouvements populaires utilisant une variété de tactiques extralégales et illégales. L’enseignement standard  en science politique ne décrit pas cette réalité.”

Plus tard, des années plus tard, Zinn dira: “Et bien si nous n’avons pas de presse pour nous informer, pas de parti d’opposition pour nous aider, nous sommes seuls, ce qui est en fait une bonne chose. C’est très bien de savoir que nous sommes seuls. C’est une bonne chose que de savoir que vous ne pouvez pas dépendre de gens dont on ne peut pas dépendre. Mais si vous êtes seul, cela veut dire que vous devez apprendre de l’histoire, parce que sans l’histoire, vous êtes perdu. Sans l’histoire, n’importe qui au sein de l’autorité peut se tenir devant un micro et dire: ‘Nous devons envahir ce pays pour telle et telle raison, pour la liberté, pour la démocratie, la menace.’ N’importe qui peut se mettre devant un micro et vous dire ce qu’il veut et si vous n’avez pas l’histoire, vous n’avez aucun moyen de vérifier cela.”

Mais si vous avez l’histoire dit Zinn, alors vous gagnez cet avantage additionnel de reconnaître que “ces concentrations de pouvoir, à un certain moment, se brisent. De manière soudaine et surprenante et vous vous rendez compte qu’en fait elles étaient très fragiles. Vous vous rendez compte aussi que des gouvernements qui ont dits: “nous ne ferons jamais cela”, finissent par le faire. “Nous ne biaiserons et ne nous enfuirons pas” avaient-ils dit au Vietnam. Ils ont biaisé et se sont enfuis. Dans le sud, George Wallace, le gouverneur raciste d’Alabama avait dit: “ségrégation aujourd’hui, ségrégation demain, ségrégation pour toujours”. Foule d’applaudissements. Deux ans plus tard, les noirs avaient entre temps obtenus le droit de vote en Alabama et Wallace se baladait afin de gagner des voix noires pour son élection. Le Sud a dit JAMAIS et les choses ont changé.”

Plus les choses changent et plus… nous avons besoin d’entendre Howard Zinn.

David Swanson

Article original en anglais : Howard Zinn’s Echoes, publié le 27 novembre 2012 et publié initialement par War is a Crime, le 25 novembre 2012

Traduit de l’anglais par Résistance 71

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Selon CNN, «trois navires amphibies transportant plus de 2.000 Marines, des jets, des avions Harrier V-22 à rotors    basculants et une variété d’hélicoptères » (1) croisent actuellement en Méditerranée, prêts à toutes éventualités. Ils avaient l’ordre d’évacuer les Américains vivant en Israël au cas où l’opération israélienne pilier de Défense contre la bande de Gaza tournerait mal. Signe que le cessez-le-feu n’a rien réglé, leur mission a été    prolongée d’au moins 10 jours.

Quatre autres navires sont positionnés au large d’Israël pour intervenir en cas d’attaque de missiles balistiques iraniens. Ils seront rejoints, si nécessaire, par l’USS Ross, l’USS Donald Cook, l’USS Carney et    l’USS Porter, basés désormais à Rota, dans la baie de Cadix, en Espagne.

En octobre 2011, Luis Rodriguez Zapatero, président du gouvernement espagnol (socialiste), avait révélé que la base de    Rota servirait « d’appui décisif, à partir de 2013, à une part importante de l’élément naval du système » de bouclier anti-missile    américain. Il avait ajouté que Rota allait « se convertir en point d’appui du déploiement de navires pouvant s’intégrer dans des forces    multinationales ou qui mènent des missions de l’OTAN dans des eaux internationales, particulièrement en Méditerranée, pour des missions de vigilance, de sécurité, etc » (2).

En raison de « l’instabilité qui prévaut en Libye, en Egypte, en Syrie, en Israël et dans la bande de    Gaza », le Pentagone envisage maintenant de déployer encore plus de navires dans la zone. Ils auront pour mission d’intervenir rapidement en cas d’attaque d’une ambassade américaine et    devront surveiller les cargos partant de Libye, qui pourraient approvisionner le Hamas en armes provenant des arsenaux du colonel Kadhafi. Il n’est    bien sûr question ni de débarquement de Marines au Liban ou ailleurs, ni de bombardements au Sahel, seulement d’ « assistance humanitaire » et de « formation militaire » dans les « pays amis ».

Gilles Munier

Le 28 novembre 2012

(1) U.S. Considers Increasing    Military Presence in Mediterranean

http://www.kiiitv.com/story/20160265/us-considers-increasing-military-presence-in-mediterranean

(2) L’Espagne, chaînon clé du bouclier antimissile de    l’OTAN

http://www.latinreporters.com/espagnepol07102011ek

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L’attaque des États-Unis et d’Israël contre Gaza

novembre 30th, 2012 by Prof Michel Chossudovsky

D’une même voix, les médias occidentaux ont décrit l’attaque militaire contre Gaza comme une opération de contreterrorisme ad hoc menée par les Forces de défense d’Israël (FDI) et lancée en invoquant la « légitime défense » en réaction à des attaques de roquettes palestiniennes contre Israël.

Même si les reportages reconnaissent que dans la foulée des élections du 6 novembre le président Obama a donné le « feu vert » à Tel-Aviv, la question principale ne concerne pas l’appui de Washington, mais plutôt l’implication directe de l’armée et du gouvernement étasuniens dans la planification et l’implantation de l’attaque contre Gaza.

Des preuves démontrent que l’opération « Colonne de nuée » (ou Pilier de défense) a été implantée en étroite collaboration avec Washington dans le contexte d’un processus plus vaste de planification militaire alliée. Des représentants officiels de haut rang travaillaient sur les lieux en Israël avec leurs homologues de la FDI, quelques jours avant les attaques.

L’opération « Colonne de nuée » a été lancée le 14 novembre, exactement une semaine après les élections présidentielles étasuniennes. Elle était prévue peu importait l’issue des élections. La première action fut l’assassinat ciblé du bras armée du Hamas Ahmed Jabari. L’opération a depuis évolué vers une campagne de bombardements et une invasion terrestre impliquant le déploiement annoncé d’environ 75 000 troupes israéliennes.

Jeux de guerre israélo-étasuniens

Un mois avant les attaques, les États-Unis et Israël ont participé au plus important exercice militaire conjoint de l’histoire d’Israël. Il s’agit d’un fait significatif permettant d’évaluer l’implication étasunienne dans l’opération « Colonne de nuée ». Le but de ces exercices était d’essayer le système de défense antiaérienne en contrant des attaques de près ou de loin, à savoir de l’Iran, du Hezbollah et du Hamas.

Le secrétaire à la défense des États-Unis Leon Panetta et le ministre israélien de la Défense Ehoud Barack avaient établi un processus de consultation étroite. Panetta était en Israël au début août. Il est retourné à Tel-Aviv deux mois plus tard le 3 octobre, deux semaines avant le début des exercices militaires israélo-étasuniens « Austere Challenge 12 ».

Le 18 octobre, les États-Unis et Israël ont lancé la première phase des jeux de guerre conjoints en Israël. Ceux-ci ont été menés durant quatre semaines, chevauchant les élections étasuniennes du 6 novembre et culminant avec le commencement des bombardements de Gaza (14 novembre).

Dans un sens, les jeux de guerre conjoints se sont concrétisés le 14 novembre avec le lancement de l’opération Colonne de nuée.

Il faut comprendre que les exercices militaires israélo-étasuniens avaient pour but de mener à une réelle opération militaire. Colonne de nuée a été planifié il y a longtemps et « intégrée » à la structure des jeux de guerre conjoints.

Ces exercices surnommés « Austere Challenge 12 » impliquaient la participation active de quelque 3500 troupes étasuniennes et 1000 troupes israéliennes. Le contingent étasunien était formé de 1000 troupes étasuniennes en garnison en Israël dont des conseillers militaires et des forces spéciales, ainsi que 2500 personnels étasuniens sous la juridiction de la 6e flotte des États-Unis en Méditerranée orientale et du Commandement des forces des États-Unis en Europe (USEUCOM). UPI

Des soldats israéliens se tiennent près du Dôme de fer, un nouveau système antiroquettes stationné près de la ville de Beersheba au sud d’Israël, le 27 mars 2011. Les FDI ont déployé le système Dôme de fer de 200 millions de dollars en réaction aux dizaines de roquettes lancées par des militants Palestiniens de Gaza ces dernières semaines. Le Dôme de fer vise à protéger les villes israéliennes des roquettes en provenance de Gaza. (UPI  23 octobre 2012.)

______________________________________________________________________________________________

Les jeux de guerres conjoints d’Israël et des États-Unis ont été coordonnés par le lieutenant-général de l’US Air Force Craig Franklin et le brigadier-général des FDI Shachar Shohat. Le but affiché de ces manœuvres militaires était de « créer des situations tendues » dans l’espace aérien israélien et au large de sa côte méditerranéenne mettant à l’épreuve la capacité des deux pays d’agir contre des attaques « de près [Hamas, Hezbollah] et de loin [Iran] ».

Les exercices étaient supervisés par l’amiral James G. Stavridis, commandant de l’USEUCOM. Des reportages indiquent l’établissement de postes de commandement étasuniens en Israël et opérant sous la juridiction d‘USEUCOM.

À cet égard, l’amiral Stavridis a admis :

« les deux côtés [les structures de commandement des États-Unis et d’Israël] ont travaillé fort à la création de véritable renseignements durant l’exercice, lequel vise à simuler une guerre élargie au Moyen-Orient qui pousserait les États-Unis à intervenir et à aider Israël à se défendre en interceptant des missiles. (Haaretz, October 24, 2012)

Les exercices comprenaient le déploiement de batteries pour le système de missiles Patriot Pac-3 « installé partout en Israël ». Le croiseur lance-missiles Aegis des États-Unis était « ancré au large de la côte israélienne pour faire partie de l’exercice ».

L’essai d’interception de missile est vu comme une partie intégrante de l’exercice général. Les forces étasuniennes et israéliennes se pratiqueront à identifier des cibles se dirigeant vers Israël afin de décider quels moyens devraient être employés pour les intercepter et activer le système de défense aussi vite que possible, avant qu’elles puissent atterrir sur le territoire israélien.

Le ministère de la Défense israélien Ehoud Barak a souligné le fait que « l’exercice conjoint reflétait l’étroite coopération avec les Étasuniens » comme moyen de confronter la menace permanente du Hamas. Cette déclaration a été faite le 12 novembre, deux jours avant l’assaut contre Gaza :

« Cette période est très importante pour améliorer la coordination de notre défense antimissile, laquelle fait face à de futures épreuves, et pour nos activités continue contre les actions du Hamas et les organisations terroristes de Gaza qui se détérioreront et s’intensifieront probablement […] La bande de Gaza représente un défi significatif, au cœur duquel repose une puissance de feu ainsi que la menace de roquettes pouvant atteindre la région de Dan. » Haaretz, November 12, 2012, emphasis added)

Dans le contexte des jeux de guerre, le Hamas et le Hezbollah sont identifiés comme des « ennemis à proximité » et des alliés de l’Iran :

L’exercice conjoint simule des tirs de roquettes de grande envergure sur Israël, provenant à la fois d’ennemis à proximité et d’autres plus éloignés et une guerre avec l’Iran et le Hezbollah.

Le ministre de la Défense Ehoud Barack a par ailleurs confirmé :

« Après l’exercice de tirs, la défense effectuera une autre ronde de tests, simulant la confrontation de barrages de roquettes à laquelle seraient intégrés des systèmes de défense plus sophistiqués, incluant les systèmes Arrow 3 et Magic Wand, qui n’ont pas encore été utilisé au combat. » (Ibid.)

Le rôle insidieux du Qatar

18 octobre : commencement des exercices militaires conjoints États-Unis-Israël

23 octobre : l’émir du Qatar, le cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani Emir visite la bande de Gaza pour rencontrer le gouvernement du Hamas et promet de l’aide financière.

24 octobre : le président israélien Shimon Peres insinue que non seulement le Qatar, un fidèle allié des États-Unis, fournit de l’aide militaire au Hamas, mais qu’il encourage aussi les attaques de roquettes contre Israël :

Il [l’émir du Qatar] venait à peine de partir que le groupe islamiste dirigeant Gaza a lancé des salves de roquettes contre Israël […]

M. Peres a dit mercredi [le 24 octobre] qu’il est intolérable que les dirigeants de Gaza reçoivent des millions de dollars de l’émir du Qatar et qu’ils lancent des roquettes. Nulle part dans le monde, ni à Londres ni à New York, serait-il acceptable que de l’argent soit octroyé pour des matériaux de construction utilisés à la fabrication de roquettes. Israël ne peut plus supporter cela, a affirmé le président. « C’est à Gaza de choisir entre le développement ou la terreur et le meurtre. »

24 octobre, Israël entame des bombardements sur Gaza tuant quatre civils en réaction à des attaques de roquettes en provenance de Gaza ayant blessé quatre travailleurs étrangers. Les reportages admettent que les raids aériens d’Israël coïncident avec l’assaut des exercices de guerre conjoints des États-Unis et d’Israël :

Les simulations de manœuvres militaires et de guerre informatisée […] coïncidaient avec les raids aériens réels à 70 kilomètres (44 miles) au sud sur la bande de Gaza en réaction à des attaques de roquettes. « Quatre résidents de Gaza ont été tués par les frappes israéliennes lorsque les milices palestiniennes ont lancé au moins 75 missiles sur Israël, blessant trois travailleurs étrangers, dont deux gravement, et endommageant une propriété selon la police. (Bloomberg, October 25, 2012, c’est l’auteur qui souligne.)

Ce qui précède suggère que les raids aériens du 24 octobre sur Gaza avaient déjà lieu dans le cadre des jeux de guerre conjoints des États-Unis et d’Israël. Tout indique que l’attaque contre Gaza lancée officiellement le 14 novembre était une suite de ces exercices conjoints, déjà « passés en mode opérationnel » à la fin octobre.

Opération clandestine?

La visite de l’émir du Qatar à Gaza au tout début des exercices militaires israélo-étasuniens a toutes les apparences d’une opération clandestine menée par les États-Unis. Le Qatar est un régime fantoche parrainé par les États-Unis. Il entretient des liens étroits et avec les États-Unis et avec l’OTAN sur les plans militaire et du renseignement, tout en acheminant de l’aide financière au Hamas.

Selon un reportage : « L’émir du Qatar a fourni des renseignement aux Israéliens, qui les ont utilisés dans des bombardements ciblés d’édifices gouvernementaux clés du Hamas. » (Fars New, 17 novembre 2012.)

Les vaste implications de la guerre contre Gaza en lien avec les opérations militaires et du renseignement des États-Unis et de l’OTAN au Moyen-Orient dépassent le cadre de cet article.

Complicité dans des crimes de guerre : la question du commandement et du contrôle 

Des postes de commandement étasuniens ont été établis en Israël.

Le commandement et le contrôle militaire contre le peuple palestinien sont sous la juridiction du Commandement des forces des États-Unis en Europe (USEUCOM), lequel travaille en partenariat avec les FDI d’Israël.

Alors que les troupes étasuniennes ne sont pas directement impliquées dans l’invasion de Gaza, l’armée des États-Unis exerce des fonctions de commandement militaire en liaison avec Israël.

En ce qui a trait aux jeux de guerre israélo-étasuniens qui ont culminés avec les attaques contre Gaza, Israël est visiblement le partenaire junior.

Les États-Unis n’« appuient » pas un effort militaire d’Israël, ils jouent un rôle majeur dans l’attaque contre Gaza. Les États-Unis et Israël sont donc tous deux responsables de crimes de guerre.

Michel Chossudovsky

Article original en anglais :

israelus

The US-Israeli Attack on Gaza, publié le 20 novembre 2012

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

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Nous publions ici l’interview intégrale d’Oussama Ben Laden faite le 28 septembre 2001,  soit au lendemain des attentats du 11/9. Ce texte, dont l’authenticité n’a jamais été remise en question, provient d’une interview faite par le journal Ummat de Karachi le 28 septembre 2001, puis traduite en anglais par la BBC. Bien que peu connu du public occidental, il apporte la preuve que Ben Laden a nié depuis le début toute implication dans les attentats du 11 septembre 2001, et ce, à plusieurs reprises et malgré certaines vidéos ou enregistrements douteux apparus ensuite.

ReOpenNews

INTERVIEW D’OUSSAMA BEN LADEN du 28 septembre 2001 Oussama Ben Laden nie toute participation dans les événements du 11/9

paru sur GlobalResearch.ca, le 9 mai 2011

Traduction Paul Vetran pour ReOpenNews

***

Note de la rédaction de Global Research/Mondialisation.ca

Nous apportons à l’attention des lecteurs le texte d’une interview d’Oussama Ben Laden publié dans le quotidien pakistanais Ummat de Karachi le 28 septembre 2001. Il a été traduit en anglais par la BBC World Monitoring Service et communiqué le 29 septembre 2001.

L’authenticité de cette interview, qui est disponible dans les archives électroniques, est confirmée.

Oussama Ben Laden nie catégoriquement un quelconque rôle dans les attentats du 11-Septembre.

Dans cette interview, les déclarations de Ben Laden se distinguent nettement de celles des différentes vidéos qui lui sont attribuées.

Oussama Ben Laden s’exprime sur les pertes humaines lors du 11-Septembre. Il fait aussi des déclarations sur l’identité du (des) auteur(s) probable(s) des attaques du 11-Septembre, selon lui.

C’est un texte important qui n’a jamais été porté à l’attention de l’opinion publique occidentale.

Les passages clés de cette interview ont été mis en gras.

Espérons que le texte de cette interview, publié à peine une semaine avant le début de la guerre en l’Afghanistan, contribuera à une meilleure compréhension de l’histoire d’Al-Qaida, du rôle d’Oussama Ben Laden et des événements tragiques du 11 septembre 2001.

Michel Chossudovsky, le 9 mai 2011

L’ex-ennemi public numéro un, Oussama Ben Laden

***

Texte intégral de l’interview “exclusive” d’Oussama ben Laden au journal pakistanais de langue urdue Ummat de Karachi, le 28 septembre 2001, pages 1 et 7.

Introduction d’Ummat

KABOUL: Le fameux combattant moudjahidine arabe de la guerre sainte, Oussama ben Laden, affirme que lui ou son groupe Al-Qaida n’ont rien à voir avec les attaques suicides du 11-Septembre à Washington et à New York. Il dit que le gouvernement étatsunien devrait rechercher les responsables des attentats à l’intérieur des Etats-Unis. Dans son entretien exclusif avec “Ummat”, il avance que ces attaques pourraient être l’acte de ceux qui font partie du système étatsunien et qui se rebellent contre celui-ci en travaillant pour un autre. Ou bien que cela pourrait être le fait de ceux qui veulent faire du siècle présent, celui du conflit entre l’Islam et le Christianisme. Ou bien encore, que les juifs étatsuniens, opposés au Président Bush depuis les élections de Floride, pourraient être les cerveaux de cette opération. Il y a aussi une forte possibilité de l’implication des agences de renseignements étatsuniennes, dont les budgets se montent à plusieurs milliards de dollars chaque année. Il déclare qu’il y a un gouvernement à l’intérieur du gouvernement aux États-Unis.

On devrait demander aux services secrets, qui sont derrière ces attaques, dit-il. Oussama indique que le soutien d’une attaque contre l’Afghanistan était nécessaire pour certains pays musulmans et contraint pour d’autres. Cependant, il dit être reconnaissant envers les courageux Pakistanais d’avoir érigé un rempart contre les forces infidèles. Il a ajouté que le monde islamique attendait beaucoup du Pakistan et qu’en temps de besoin, “nous défendrons ce rempart en sacrifiant des vies”.

Interview intégrale

Ummat : On vous accuse d’être impliqué dans les attaques à New York et à Washington. Qu’avez-vous à dire ? Si ce n’est pas vous, qui pourrait l’être ?

OBL [Oussama Ben Laden] : Au nom d’Allah, le bienveillant, le plus charitable. Loué soit Allah, créateur de l’univers qui a fait de la terre une demeure de paix pour l’humanité entière. Allah l’Eternel, qui a envoyé le Prophète Mahomet pour nous guider.

Je remercie les publications Ummat de me donner l’opportunité d’exprimer mon point de vue aux peuples et particulièrement aux valeureux Momins (les purs et vertueux fidèles musulmans – ndt) du Pakistan qui refusent de croire au mensonge du démon.

J’ai déjà dit que je ne suis pas impliqué dans les attaques du 11-Septembre aux États-Unis. Comme tout musulman, je fais de mon mieux pour ne pas dire de mensonges. Je n’avais aucune connaissance de ces attaques, et je ne considère pas le meurtre de femmes, d’enfants et de personnes innocentes comme un acte appréciable. L’islam interdit strictement de faire du mal aux femmes, enfants et aux personnes en général.

Une telle pratique est de surcroît prohibée lors d’une bataille. Ce sont les États-Unis qui maltraitent femmes, enfants et les personnes d’autres croyances, en particulier les disciples de l’islam. Tout ce qui se passe en Palestine depuis les 11 derniers mois suffit à appeler la colère de Dieu sur les États-Unis et Israël.

C’est un avertissement aux pays musulmans qui ont été témoins de tout cela comme des spectateurs silencieuxs. Qu’est-ce qui a récemment été fait aux peuples innocents d’Irak, de Tchétchénie et de Bosnie ?

Une seule conclusion qui peut être tirée de l’indifférence des États-Unis et de l’Occident envers ces actes de terrorisme et le soutien des tyrans qui les commettent : l’Amérique est une puissance anti-islamique et traite les forces anti-islamiques avec condescendance. Son amitié avec les pays musulmans est juste un spectacle, une supercherie. En dévoyant ou en intimidant ces pays, les États-Unis les forcent à suivre leurs propres intérêts. Jetez un coup d’œil autour de vous et vous verrez que les esclaves des États-Unis sont soit les autocrates, soit les ennemis des musulmans.

Les États-Unis n’ont aucun ami, pas plus qu’ils ne veulent traiter d’égal à égal, car le préalable de l’amitié est de se mettre à son niveau et de le considérer son égal. L’Amérique ne désire pas l’égalité. Elle demande la soumission des autres. Donc, les autres pays sont ses esclaves ou bien ses vassaux.

Cependant, notre cas est différent. Nous avons juré de servir seulement notre Dieu l’Omnipotent et après fait ce voeu, il est impossible de devenir l’esclave de quelqu’un d’autre. Si nous le faisions, cela serait irrespectueux envers notre Dieu Éternel et les autres êtres célestes. La plupart des pays qui préservent leur liberté sont des pays religieux et ennemis des États-Unis, ou bien ces derniers les considèrent comme leurs ennemis. Or les pays qui n’acceptent pas de devenir esclaves, comme la Chine, l’Iran, la Libye, Cuba, la Syrie et l’ancienne Russie sont tournés sur eux-mêmes.

Ceux qui ont commis les actes du 11-Septembre ne sont pas les amis du peuple étatsunien. J’ai déjà dit que nous sommes contre le système étatsunien, pas contre son peuple, alors que dans ces attaques c’est le peuple des Etats-Unis qui a été tué.

Selon mes informations, le bilan des victimes est bien plus lourd que ce qu’a déclaré le gouvernement. Mais l’administration Bush ne veut pas créer la panique. Les États-Unis devraient essayer de localiser les auteurs de ces attaques chez eux ; parmi ceux qui font partie du système étatsunien, mais qui le contestent. Ou parmi ceux qui œuvrent pour un autre système ; parmi les individus qui veulent faire de ce siècle celui du conflit entre l’islam et le christianisme, afin que leur propre civilisation, nation, pays, ou idéologie puissent survivre. Cela peut être n’importe qui, de la Russie à Israël, de l’Inde à la Serbie. Aux États-Unis même, il y a des douzaines de groupes bien organisés et bien équipés, capables de provoquer des destructions sur une grande échelle. Et puis il ne faut pas oublier les juifs étatsuniens, exaspérés par le président Bush depuis le résultat des élections en Floride et qui veulent le punir.

Ensuite il y a les agences de renseignements des États-Unis, dont les budgets dépendent des milliards de dollars décidés  chaque année par le Congrès et le gouvernement. La question du financement n’était pas un problème majeur lors de l’existence de l’ex-Union soviétique, mais après cela le budget de ces agences a été mis en péril.

Ils avaient besoin d’un ennemi. Ainsi, ils ont d’abord commencé la propagande contre Oussama et les Taliban, et puis cet incident est arrivé. Résultat, l’administration Bush a approuvé un budget de 40 milliards de dollars. Où ira cette énorme manne  ? Elle sera fournie à ces mêmes agences qui ont besoin d’énormément d’argent pour exercer leur influence.

Elles vont maintenant dépenser l’argent pour leur expansion et augmenter leur influence. Je vous donne un exemple. Les trafiquants de drogue à travers le monde sont en contact avec les services secrets étatsuniens. Ces agences ne veulent pas éradiquer la culture de la drogue et son trafic parce que leur importance en serait diminuée. Le personnel du DEA (les stups étatsuniens – Ndt) encourage le commerce des stupéfiants afin de faire valoir ses performances et [continuer de] recevoir des millions de dollars de budget. La CIA a fait du général Noriega un baron de la drogue, puis dans le besoin en a fait un bouc émissaire. De la même façon, que ce soit le Président Bush ou les autres présidents, ils ne peuvent traduire Israël en justice pour ses atteintes aux Droits de l’homme ou le tenir responsable de tels crimes. Pourquoi cela ? N’y a-t-il pas un gouvernement dans le gouvernement aux États-Unis ? On devrait demander à ce gouvernement secret qui a commis ces attaques.

Ummat : Un certain nombre de pays ont répondu à l’appel des États-Unis pour lancer une attaque contre l’Afghanistan. Ceux-ci incluent aussi un certain nombre de pays musulmans. Est-ce qu’al-Qaïda va déclarer le jihad contre ces pays aussi ?

OBL : Je dois dire que mon devoir est juste de réveiller les musulmans ; leur dire ce qui est bon pour eux et ce qui ne l’est pas. Que dit l’islam et que veulent les ennemis de l’islam ?

Al-Qaida a été créée pour mener le jihad contre l’infidélité (sic), particulièrement pour contrer l’assaut des pays infidèles envers les états islamiques. Le jihad est le sixième pilier non déclaré de l’islam. Les cinq premiers étant les fondements sacrés de l’islam : les prières, le jeûne, le pèlerinage à La Mecque et l’aumône. Tous les opposants de l’islam en ont peur. Al-Qaida veut maintenir cet élément vivant et actif et en faire une partie de la vie quotidienne des musulmans. Il veut lui donner le statut de vénération. Nous ne sommes contre aucun pays islamique ni ne considérons une guerre contre un pays islamique comme jihad.

Nous sommes en faveur du jihad armé seulement contre ces pays infidèles, qui tuent des innocents, des femmes et des enfants, juste parce qu’ils sont musulmans. Supporter les États-Unis est une nécessité pour certains pays musulmans et une contrainte pour d’autres.

Cependant, ils devraient songer à ce qui reste de leur réputation religieuse et morale s’ils soutiennent l’attaque des chrétiens et des juifs sur un pays musulman comme l’Afghanistan. Les ordres de jurisprudence de la Shari’a islamique pour de tels individus, organisations et pays sont clairs et tous les érudits de la communauté musulmane sont unanimes à leur propos. Nous ferons de même ce qu’ordonnera le Vertueux Émir commandant des fidèles le mullah Omar et les érudits islamiques. Les cœurs des peuples des pays musulmans battent à l’appel du jihad. Nous leur sommes reconnaissants.

Ummat : Les pertes occasionnées par les attaques à New York et à Washington ont prouvé que de frapper les intérêts économiques des États-Unis n’est pas trop difficile. Les experts étatsuniens reconnaissent que de telles attaques supplémentaires peuvent faire effondrer l’économie américaine. Pourquoi al-Qaïda ne cible-t-elle pas ses fondements économiques ?

OBL : J’ai déjà dit que nous ne sommes pas hostiles aux États-Unis. Nous sommes contre le système, qui fait des nations les esclaves des États-Unis, ou les force à hypothéquer leur liberté politique et économique. Ce système est complètement sous contrôle des juifs étatsuniens, dont la première priorité est Israël, pas les États-Unis. Les étatsuniens sont carrément les esclaves des juifs et sont forcés de vivre selon leurs lois et leurs principes. En conséquence, Israël devrait être puni. En fait, c’est Israël qui ensanglante les innocents musulmans alors que les États-Unis ne disent rien.

Ummat : À part la lutte armée, n’y a-t-il pas d’autres moyens de nuire aux ennemis de l’islam ? Par exemple, en incitant les musulmans à boycotter les produits occidentaux, banques, lignes de transport maritime, chaines de télévision…

OBL : Primo, les produits occidentaux pourront seulement être boycottés quand la fraternité musulmane sera complètement réveillée et organisée. Secondo, les firmes musulmanes doivent devenir indépendantes en produisant des marchandises égales aux produits occidentaux. Le boycott économique de l’Occident n’est pas possible à moins que l’indépendance économique ne soit atteinte et que des produits de substitution voient le jour. La richesse est clairsemée à travers le monde islamique et il n’existe aucune chaîne de télévision pour prêcher les commandements islamiques selon les exigences de la vie moderne et atteindre une influence internationale. Les marchands musulmans et mécènes devraient juger de l’importance de l’utilisation de l’arme de l’opinion publique et de son contrôle. Le monde d’aujourd’hui est fait par l’opinion publique et le destin des nations est déterminé par la pression de celle-ci. Dès que vous obtenez les moyens de façonner l’opinion publique, tout ce que vous désirez devient possible.

Ummat : Toute la propagande de votre lutte a pour l’instant été véhiculée par les médias occidentaux. Mais aucune information n’est reçue de sources de votre réseau al-Qaïda ainsi que ses succès du jihad. Quelles sont vos remarques ?

OBL : En fait, les médias occidentaux n’ont plus grand-chose d’autre. Depuis longtemps, ils n’ont plus aucun autre thème pour survivre. Alors que nous, avons beaucoup d’autres choses à faire. La lutte du jihad et ses succès est pour  la gloire d’Allah, pas pour agacer ses serviteurs. Notre silence est notre vraie propagande. Les refus, explications ou erratas sont des pertes de temps, et à travers cela l’ennemi veut vous conduire dans des choses qui vous sont inutiles. Cela vous éloigne de votre cause.

Les médias occidentaux assènent une propagande injustifiée, surprenante, mais révélatrice de leur état d’esprit et progressivement ils deviennent prisonniers de cette propagande. Ils en prennent peur puis s’infligent des préjudices. La terreur est l’arme la plus redoutable des temps modernes et les médias occidentaux l’utilisent impitoyablement contre leur propre population. Cela augmente la peur et l’impuissance dans les esprits des Européens et des Étatsuniens. Cela indique que ce que les ennemis des États-Unis ne peuvent pas faire, ses médias le font. On peut comprendre ce que serait l’efficacité d’une nation en guerre, en proie à la peur et l’impuissance.

Ummat : Quel sera l’impact du gel des avoirs d’al-Qaïda par les États-Unis ?

OBL : Dieu ouvre des voies pour ceux qui travaillent pour Lui. Geler des avoirs ne changera rien pour al-Qaïda ou les autres groupes jihadistes. Par la grâce d’Allah, al-Qaïda a plus de trois systèmes financiers alternatifs, qui sont tous séparés et complètement indépendants les uns des autres. Ce système fonctionne par le soutien de ceux consacrés au jihad. Pas plus que les États-Unis, le monde même unifié ne peut infléchir ces personnes de leur voie.

Ces individus ne se comptent pas par centaines, mais par milliers et millions. Al-Qaida a dans ses rangs des jeunes gens éduqués et modernes aussi bien conscients des failles du système financier occidental que des lignes de leurs mains. Celles-ci sont les imperfections du système fiscal occidental, tel un nœud coulant autour de ce système qui ne pourra pas se ressaisir malgré le passage de nombreux jours.

Ummat : A part l’Afghanistan, y a-t-il d’autres zones sûres d’où vous pouvez continuer le jihad ?

OBL : Il y a des endroits partout dans le monde où de solides forces jihadistes sont présentes, de l’Indonésie à l’Algérie, de Kaboul à la Tchétchénie, de la Bosnie au Soudan et de la Birmanie au Cachemire. Ce n’est donc pas le problème de ma personne. Je ne suis qu’un misérable serviteur de Dieu, constamment dans la peur de rendre des comptes à Dieu. Ce n’est pas la question d’Oussama, mais de l’islam et du jihad. Grâce à Dieu, ceux qui poursuivent le jihad peuvent aujourd’hui marcher la tête haute. Le jihad existait déjà lorsqu’il n’y avait pas d’Oussama et il subsistera encore lorsqu’Oussama ne sera plus là. Allah ouvre des voies et remplit les cœurs d’affection de ceux qui marchent sur le sentier d’Allah avec leurs vies, possessions et enfants. Croyez bien qu’à travers le jihad, un homme reçoit tout ce qu’il désire. Et la plus grande aspiration pour un musulman est l’après vie. Le martyre est la façon la plus courte pour atteindre la vie éternelle.

Ummat : Que pouvez-vous dire de la position du gouvernement pakistanais concernant l’attaque de l’Afghanistan ?

OBL : Nous sommes reconnaissants aux Momins et au valeureux peuple du Pakistan qui a érigé un rempart contre les forces mauvaises en se tenant fermement en première ligne de la bataille. Le Pakistan est une grande inspiration pour la fraternité islamique. Son peuple est réveillé, organisé et riche en foi spirituelle.

Ils ont soutenu l’Afghanistan dans sa guerre contre l’Union soviétique et ont offert toute l’aide nécessaire aux moudjahidines et au peuple afghan. Ceux-là mêmes qui épaulent les taliban. Si ces individus apparaissent seulement dans deux pays, la domination occidentale diminuera en quelques jours. Nos cœurs battent pour le Pakistan, et grâce à Dieu, en cas de période difficile nous le protégerons avec notre sang. Le Pakistan est pour nous comme un lieu de culte sacré. Nous sommes le peuple du jihad et la lutte pour la défense du Pakistan est pour nous le suprême des jihad. Il nous importe peu qui gouverne le Pakistan. Le plus important est que l’esprit du jihad soit vivant et résolument fort dans les cœurs des Pakistanais.

Copyright Ummat, traduction de l’urdu en anglais par la BBC, 2001

Traduction en français par Paul Vetran pour ReOpenNews


Note de la traduction :  Le texte ci-dessus est la traduction de l’interview d’Oussama ben Laden, mis en ligne par le site Global Research* le  9 mai dernier. Je ne peux confirmer l’authenticité de cette interview, n’ayant pas reçu de réponse de la source pakistanaise au moment de sa publication en français, ni ayant pu accéder aux archives de BBC Monitoring (service d’abonnement). * Cette interview d’Oussama ben Laden est disponible sur de nombreux sites et blogs. Cette traduction est basée sur le texte présenté par Global Research. Les erreurs sont les miennes (et éventuellement aussi celles de la rédaction)

Note de la Rédaction : La publication de cette interview ne signifie pas que ReOpen911 s’associe aux propos tenus par Oussama Ben Laden, notre seul but est de remettre ce texte méconnu à la disposition du public français.

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Obama II : la purge et le pacte

novembre 29th, 2012 by Thierry Meyssan

Disposant d’une légitimité renforcée par sa réélection, le président Barack Obama se prépare à lancer une nouvelle politique étrangère : tirant les conclusions de l’affaiblissement économique relatif des États-Unis, il renonce à gouverner seul le monde. Ses forces poursuivent leur départ d’Europe et leur désengagement partiel du Moyen-Orient pour se positionner autour de la Chine. Dans cette perspective, il veut à la fois distendre l’alliance russo-chinoise en formation et partager le fardeau du Moyen-Orient avec la Russie. Il est par conséquent prêt à appliquer l’accord sur la Syrie, conclu le 30 juin à Genève (déploiement d’une Force de paix de l’ONU principalement composée de troupes de l’OTSC, maintien au pouvoir de Bachar el-Assad s’il est plébiscité par son peuple).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

M. et Mme Kerry, M. et Mme Assad, lors d’un déjeuner privé, dans un restaurant damascène, en 2009.

 

Cette nouvelle politique étrangère se heurte à de fortes résistances à Washington. En juillet, des fuites organisées dans la presse avaient fait capoter l’accord de Genève et avaient contraint Kofi Annan à la démission. Le sabotage semble avoir été ourdi par un groupe d’officiers supérieurs qui n’admettent pas la fin de leur rêve d’empire global.

À aucun moment cette problématique n’a été évoquée lors de la campagne électorale présidentielle, les deux principaux candidats s’accordant sur le même virage politique et ne s’opposant que sur la manière de le présenter.

Aussi Barack Obama a t-il attendu le soir de sa victoire pour donner le signal d’une purge discrètement préparée depuis des mois. La démission du général David Petraeus de ses fonctions de directeur général de la CIA a été largement médiatisée, mais elle n’était que le hors d’œuvre. Les têtes de bien d’autres officiers supérieurs vont rouler dans la poussière.

La purge touche d’abord le Commandeur suprême de l’OTAN et commandant de l’EuCom (amiral James G. Stravidis), qui termine son tour, et son successeur prévu (le général John R. Allen). Elle se poursuit avec l’ex-commandant de l’AfriCom (général William E. Ward) et son successeur depuis un an (général Carter Ham). Elle devrait emporter également le patron du Bouclier antimissile (général Patrick J. O’Reilly) et d’autres encore de moindre importance.

Chaque fois, les officiers supérieurs sont soit accusés d’affaires de mœurs, soit de détournements de fonds. La presse US s’est rassasiée de détails sordides sur le triangle amoureux impliquant Petraeus, Allen et la biographe du premier, Paula Broadwell, en passant sous silence que celle-ci est lieutenant colonel du Renseignement militaire. Selon toute vraisemblance, elle a été infiltrée dans l’entourage des deux généraux pour les faire tomber.

La purge à Washington a été précédée, en juillet, de l’élimination de responsables étrangers qui s’opposaient à la nouvelle politique et étaient impliqués dans la Bataille de Damas. Tout s’est passé comme si Obama avait laissé faire le ménage. On pense par exemple à la mort prématurée du général Omar Suleiman (Égypte) venu effectuer des examens dans un hôpital états-unien, ou à l’attentat contre le prince Bandar ben Sultan (Arabie saoudite), sept jours plus tard.

Il reste à Barack Obama à composer son nouveau cabinet en trouvant des hommes et des femmes capables de faire accepter sa nouvelle politique. Il compte surtout sur l’ancien candidat démocrate à l’élection présidentielle et actuel président de la Commission des affaires étrangères du Sénat, John Kerry. D’ores et déjà Moscou a fait savoir que sa nomination serait bienvenue. Surtout, Kerry est connu pour être « un admirateur de Bachar el-Assad » (The Washington Post) qu’il a souvent rencontré dans les années précédentes [1].

Reste à savoir si les démocrates peuvent accepter de perdre un siège au Sénat, et si Kerry prendra le secrétariat d’État ou celui de la Défense.

Dans le cas, où il prendrait le département d’État, la Défense échoirait à Michèle Flournoy ou à Ashton Carter qui poursuivraient les restrictions budgétaires en cours.

Dans le cas ou Kerry prendrait la Défense, le département d’État reviendrait à Susan Rice, ce qui ne manquerait pas de poser quelques problèmes : elle s’était montrée fort discourtoise lors des derniers veto russe et chinois, et ne paraît pas avoir le sang froid pour ce poste. Au demeurant, les Républicains tentent de lui faire barrage.

John Brennan, connu pour ses méthodes particulièrement sales et brutales, pourrait devenir le prochain directeur de la CIA. Il serait chargé de tourner la page des années Bush en liquidant les jihadistes qui travaillèrent pour l’Agence et en démantelant l’Arabie saoudite qui n’est plus d’aucune utilité. À défaut, la mission serait confiée à Michael Vickers, voire à Michael Morell, l’homme de l’ombre qui se tenait aux côtés de George W. Bush un certain 11-Septembre et lui dicta son comportement.

Le sioniste et néanmoins réaliste Antony Blinken pourrait devenir conseiller national de sécurité. Il pourrait réveiller le plan qu’il avait élaboré, en 99 à Shepherdstown, pour Bill Clinton : faire la paix au Proche-Orient en s’appuyant sur… les Assad.

Avant même la nomination du nouveau cabinet, le virage politique s’est déjà concrétisé avec la reprise des négociations secrètes avec Téhéran. En effet, la nouvelle donne exige d’abandonner la politique d’isolement de l’Iran et de reconnaître enfin la République islamique comme une puissance régionale. Première conséquence : les travaux de construction du gazoduc qui reliera South Pars, le plus grand champ gazier du monde, à Damas, puis à la Méditerranée et à l’Europe ont repris ; un investissement de 10 milliards de dollars qui ne pourra être rentabilisé qu’avec une paix durable dans la région.

La nouvelle politique étrangère d’Obama II va bouleverser le Moyen-Orient en 2013 dans le sens inverse de celui annoncé par les médias occidentaux et du Golfe.

Thierry Meyssan

[1] « For besieged Syrian dictator Assad, only exit may be body bag », par Joby Warrick et Anne Gearan, The Washington Post, 1er août 2012. Et lire la piètre mise au point de Jodi B. Seth, porte-parole du sénateur Kerry : « Why John Kerry tested engagement with Syria », The Washington Post, 5 août 2012.

Thierry Meyssan : Intellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

 

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La crise sociale aux États-Unis

novembre 29th, 2012 by Andre Damon

Tandis que le président Obama et le Congrès s’apprêtent à retrancher des billions de dollars des programmes sociaux qui empêchent qu’un vaste nombre de personnes ne sombre dans le dénuement le plus complet, la faim et la pauvreté aux États-Unis atteignent des sommets jamais vus depuis des décennies.

Les chiffres sont renversants.

Le nombre d’Américains qui reçoit des coupons alimentaires, soit 47,1 millions, a atteint un nouveau record en août de cette année, selon les plus récentes statistiques du département de l’Agriculture. Ce nombre a augmenté d’un million par rapport à l’année dernière et de plus de 50 % depuis octobre 2008, lorsque la statistique s’établissait à 30 millions. À Washington D.C., la capitale du pays, et dans l’État du Mississippi, plus du cinquième des résidents reçoivent maintenant des coupons alimentaires.

Une personne qui bénéficie des coupons alimentaires reçoit en moyenne l’équivalent de 130 $ par mois, ou environ 4,33 $ par jour, soit moins que le prix d’un café dispendieux dans le bas Manhattan. Néanmoins, un projet de loi qui est maintenant débattu au Sénat américain priverait ce programme de milliards de dollars sur 10 ans, ce qui précipiterait un nombre incalculable d’enfants, de personnes âgées et de malades dans la pauvreté. Quelque 50 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aux États-Unis, par rapport à 36 millions en 2007 ; 17 millions de ceux qui ont faim sont des enfants.

Le taux de pauvreté officiel, qui sous-estime grandement le vrai niveau de dénuement social, a également atteint un nouveau record. Quelque 49,7 millions de gens vivent sous le seuil de la pauvreté aux États-Unis, ou 16,1 % de la population totale, selon les chiffres du bureau de recensement américain rendus publics en novembre. En 2006, 37,3 millions de personnes étaient pauvres et le taux de pauvreté officiel s’élevait à 12,5 %.

Le nouveau rapport a révisé ses statistiques de pauvreté en prenant en considération les effets des programmes gouvernementaux et du coût de la vie de chaque région. En particulier, le rapport a trouvé des taux extraordinaires de pauvreté dans les États où la vie coûte cher.

Avec la nouvelle mesure, la Californie a un taux de pauvreté de 23,5 pour cent, ce qui veut dire que près d’un habitant sur quatre de l’État le plus riche et le plus populeux du pays est pauvre. La Californie, où l’on trouve Hollywood et la Silicon Valley, ainsi que des ateliers de misère de textile et des camps d’ouvriers agricoles migrants, a un des plus hauts taux d’inégalité de revenu des États-Unis.

De plus, les données du bureau de recensement indiquent que le revenu médian des ménages aux États-Unis, ajusté après inflation, a chuté de 1,5 % comparé à l’année précédente. Ce revenu était de 8,1 % plus bas qu’en 2007 et 8,9 % plus bas qu’à son sommet de 1999. Le revenu de la famille typique américaine en 2011 a chuté pour la quatrième année consécutive et a atteint des niveaux jamais vus depuis 1995.

Les hauts niveaux de pauvreté et de misère sociale causés par la crise économique ont été exacerbés par les coupes constantes dans les programmes sociaux.

Les programmes anti-pauvreté du gouvernement ont maintenu 50 millions de personnes hors de la pauvreté. Sans ces programmes, le taux de pauvreté serait deux fois plus élevé, selon le Center on Budget and Policy Priorities. En 2011, selon le National Employment Law Project (NELP), l’assurance-chômage a aidé 26 millions de travailleurs et a porté 2,3 millions de personnes, incluant 600 000 enfants, au-dessus du seuil de pauvreté.

En 2010, environ deux tiers des gens comptés dans les statistiques de chômage du gouvernement recevaient des prestations de chômage. En 2011, cependant, ce chiffre a chuté à 54 %. Cette année, il a glissé à 45 %, selon George Wentworth, un haut responsable du NELP.

Maintenant, les prestations d’assurance-chômage prolongées, offertes en raison de la crise économique et de la croissance du chômage à long terme, devraient prendre fin le 31 décembre. À moins que le programme ne soit renouvelé, deux millions de personnes en seront exclues et les chômeurs de partout au pays ne recevront pas plus de 26 semaines de prestations de chômage après avoir été mis à pied.

Si le programme est laissé à l’abandon, selon Wentworth, cela voudrait dire que seulement un quart de ceux qui sont officiellement au chômage recevrait une quelconque forme d’allocation.

Pour les masses, les élections de 2012 se sont déroulées sans que leurs vrais inquiétudes et besoins soient mentionnés. L’establishment politique et médiatique aux États-Unis est indifférent à la dévastation sociale que leur système a produit et hostile à toutes mesures qui tenteraient d’y remédier.

Le mot « pauvreté » n’apparaît pratiquement jamais dans les discours et les commentaires du président Barack Obama, élu au plus haut poste, dans un pays où la moitié de la population est soit pauvre ou presque pauvre. L’administration Obama est le parfait exemple de l’inhumanité de l’aristocratie financière et de ses serviteurs politiques.

L’élection de novembre derrière eux, les démocrates et les républicains s’affairent maintenant à attaquer les programmes gouvernementaux et ce qui reste du « filet de sécurité » social. Pour de tels programmes, « il n’y a pas d’argent ». Au même moment, les partisans multimillionnaires des politiciens amassent les profits records et profitent des fortunes de la bourse de Wall Street.

Que la pauvreté abjecte et la misère doivent cohabiter avec la richesse la plus extravagante et la plus absurde est une réalité inévitable, tout à fait naturelle, pour les deux partenaires de la grande entreprise et tous les pourvoyeurs de sagesse politique aux États-Unis. La population, qui elle n’a jamais été consultée sur ces questions, bouillonne de colère, malgré la confusion qui peut subsister. La société américaine, sclérosée, injuste et inégale, se dirige tout droit vers des soulèvements sociaux.

Andre Damon

Article original, WSWS, paru le 24 novembre 2012

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La BCE et la Fed au service des grandes banques privées

novembre 29th, 2012 by Eric Toussaint

La première partie de la série est intitulée « 2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques » a été publiée le 19 novembre 2012, voir 2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques

 

L’action de la Banque centrale européenne et de la Fed |1|

A partir de juin 2011, les banques européennes sont entrées dans une phase tout à fait critique. Leur situation était presque aussi grave qu’après la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008. Beaucoup d’entre elles ont été menacées d’asphyxie parce que leurs besoins massifs de financement à court terme (quelques centaines de milliards de dollars) n’ont plus été satisfaits par les money market funds américains qui ont considéré que la situation des banques européennes était décidément de plus en plus risquée |2|. Les banques ont été confrontées à la menace de ne pas pouvoir faire face à leurs dettes. C’est alors que la BCE, suite à un sommet européen réuni d’urgence le 21 juillet 2011 pour faire face à une possible série de faillites bancaires, a recommencé à leur acheter massivement des titres de la dette publique grecque, portugaise, irlandaise, italienne et espagnole afin de leur apporter des liquidités et de les délester d’une partie des titres qu’elles avaient goulûment achetés dans la période précédente. Cela n’a pas suffi, les cours en bourse des actions des banques ont poursuivi leur dégringolade. Les patrons de banque ont passé un mois d’août de tous les dangers. Ce qui a été décisif pour maintenir à flot les banques européennes, c’est l’ouverture à partir de septembre 2011 d’une ligne de crédit illimité par la BCE en concertation avec la Fed, la banque d’Angleterre et la Banque de Suisse : les banques en manque de dollars et d’euros ont été mises sous perfusion. Elles ont commencé à respirer de nouveau mais c’était insuffisant. Le cours de leur action continuait la descente aux enfers. Entre le 1er janvier et le 21 octobre 2011, l’action de la Société générale a chuté de 52,8 %, celle de BNP Paribas de 33,3 %, celle de la Deutsche Bank de 28,8 %, celle de Barclays de 30,5 %, celle du Crédit suisse de 36,7 %. Il a alors fallu que la BCE sorte son bazooka, appelé LTRO (Long Term Refinancing Operation) : entre décembre 2011 et février 2012, elle a prêté plus de 1000 milliards d’euros pour une durée de 3 ans au taux d’intérêt de 1% à un peu plus de 800 banques.

La Fed faisait grosso modo de même depuis 2008 à un taux officiel encore plus bas : 0,25%. En réalité, comme l’a révélé en juillet 2011 un rapport du GAO, équivalent de la Cour des Comptes aux États-Unis, la Fed a prêté 16 000 milliards de dollars à un taux d’intérêt inférieur à 0,25% |3|. Le rapport démontre qu’en pratiquant de la sorte, la Fed n’a pas respecté ses propres règles prudentielles et qu’elle n’en n’a pas averti le Congrès. Selon les travaux d’une commission d’enquête du Congrès des États-Unis, la collusion entre la Fed et les grandes banques privées a été évidente : « Le PDG de JP Morgan Chase était membre de la Réserve fédérale de New York au moment où « sa » banque recevait une aide financière de la Fed s’élevant à 390 milliards de dollars. De plus, JP Morgan Chase a également servi d’intermédiaire pour les crédits d’urgence octroyés par la Fed. » |4| Selon Michel Rocard, ex-premier ministre français, et Pierre Larrouturou, économiste, qui se basent sur une recherche réalisée par l’agence financière new-yorkaise Bloomberg, la Fed aurait prêté une partie de la somme mentionnée plus haut à un taux infiniment plus bas : 0,01%. Michel Rocard et Pierre Larrouturou affirment dans les colonnes du quotidien Le Monde : « Après avoir épluché 20 000 pages de documents divers, Bloomberg montre que la Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %. » |5|

. Ils posent la question : « Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? ».

Les grandes banques européennes ont d’ailleurs également eu accès à ces prêts de la Fed jusqu’au début 2011 (Dexia a ainsi reçu en prêt 159 milliards de dollars |6|, Barclays a reçu 868 milliards $, Royal Bank of Scotland a reçu 541 milliards $, Deutsche Bank 354 milliards $, UBS 287 milliards $, Credit Suisse 260 milliards $, BNP-Paribas 175 milliards $, Dresdner Bank 135 milliards $, Société Générale 124 milliards $). Le fait que ce financement des banques européennes via la Fed se soit tari (notamment sous la pression du Congrès américain) a constitué une des raisons pour lesquelles les money market funds états-uniens ont commencé eux-mêmes à fermer le robinet de leurs prêts aux banques européennes à partir de mai-juin 2011.

Quels ont été les effets de l’octroi aux banques de 1 000 milliards d’euros à 1% par la BCE ?

En 2012, les banques abreuvées de liquidités ont acheté massivement des titres de la dette publique de leur pays. Prenons l’exemple de l’Espagne. Les banques espagnoles ont emprunté à la BCE pour 300 milliards d’euros à 3 ans au taux de 1% dans le cadre du LTRO |7|. Avec une partie de cette somme, elles ont augmenté fortement leurs achats de titres de la dette émis par les autorités espagnoles. L’évolution est tout à fait frappante : fin 2006, les banques espagnoles détiennent des titres publics de leur pays pour seulement 16 milliards d’euros. En 2010, elles augmentent leurs achats de titres publics espagnols, elles en détiennent pour 63 milliards. En 2011, elles accroissent encore leurs achats, les titres espagnols en leur possession représentent 94 milliards. Et grâce au LTRO, leurs acquisitions explosent littéralement, le volume qu’elles détiennent double en quelques mois pour atteindre 184,5 milliards d’euros en juillet 2012. |8| Il faut dire qu’il s’agit d’une opération très rentable pour elles. Alors qu’elles ont emprunté à 1%, elles peuvent acheter des titres espagnols à 10 ans avec un intérêt qui varie entre 5,5 et 7,6 % au second semestre 2012.

Prenons ensuite l’exemple de l’Italie. Entre fin décembre 2011 et mars 2012, les banques italiennes empruntent à la BCE pour 255 milliards d’euros dans le cadre du LTRO |9|. Alors que fin 2010, les banques italiennes détenaient des titres publics de leur pays pour 208,3 milliards d’euros, ce montant passe à 224,1 milliards fin 2011, quelques jours après le début du LTRO. Ensuite, elles utilisent massivement les crédits qu’elles reçoivent de la BCE pour acheter des titres italiens. En septembre 2012, elles en détiennent pour la somme de 341,4 milliards d’euros |10|. Comme dans le cas espagnol, il s’agit d’une opération très rentable pour elles : elles ont emprunté à 1% et en achetant des titres italiens à 10 ans, elles obtiennent un intérêt qui varie entre 5 et 6,6% au second semestre 2012.

Le même phénomène s’est produit dans la plupart des pays de la zone euro. Il y a eu relocalisation d’une partie des actifs des banques européennes vers leur pays d’origine. Concrètement, on constate qu’a augmenté très sensiblement au cours de l’année 2012 la part des dettes publiques d’un pays donné qui est en possession des institutions financières du même pays. Cette évolution a donc rassuré les gouvernements de la zone euro, en particulier ceux d’Espagne et d’Italie, car ils ont constaté qu’ils éprouvaient moins de difficultés à vendre aux banques les titres publics qu’ils émettaient. La BCE semblait avoir trouvé la solution. En prêtant massivement aux banques privées, elle les a sauvées d’une situation critique et elle a épargné à certains États de se lancer dans de nouveaux plans de sauvetage bancaire. L’argent prêté aux banques était en partie utilisé par celles-ci pour acheter des titres de la dette publique des États de la zone euro, ce qui a enrayé la hausse des taux d’intérêt des pays les plus fragiles et même produit une baisse des taux pour un certain nombre de pays.

On comprend très bien que, du point de vue des intérêts de la population des pays concernés, il aurait fallu adopter une approche tout à fait différente : la BCE aurait dû prêter directement aux États à moins de 1% (comme elle le fait à l’égard des banques privées depuis mai 2012) ou encore sans intérêt. Il aurait également fallu socialiser les banques sous contrôle citoyen.

Au lieu de cela, la BCE a mis sous perfusion les banques privées en leur ouvrant une ligne de crédit illimité à très bas taux d’intérêt (entre 0,75 et 1%). Celles-ci ont fait différents usages de la manne de financement public. Comme on vient de le voir, d’une part, elles ont acheté des titres souverains de pays qui, sous leur pression comme l’Espagne et l’Italie, ont dû leur concéder une rémunération élevée (entre 5 et 7,6% à 10 ans). D’autre part, elles ont placé une partie du crédit qui leur était octroyé par la BCE à la… BCE ! Entre 300 et 400 milliards sont déposés par les banques au jour le jour auprès de la BCE à un taux de 0,25 % au début 2012 et à 0 % depuis mai 2012. Pourquoi font-elles cela ? Parce qu’elles doivent montrer aux autres banquiers et aux autres fournisseurs privés de crédit (money market funds, fonds de pension, compagnies d’assurance) qu’elles disposent de cash en permanence afin de faire face à l’explosion des bombes à retardement qui se trouvent dans leurs comptes. Si elles n’avaient pas ce cash disponible, les prêteurs potentiels se détourneraient d’elles ou leur imposeraient des taux très élevés. Poursuivant le même objectif de rassurer les prêteurs privés, elles achètent également des titres souverains d’États qui ne présentent aucun risque à court ou moyen terme : l’Allemagne, les Pays-Bas, la France… Elles en sont tellement friandes que ces États peuvent se permettre de leur vendre des titres à 2 ans à un taux de 0% ou même avec un rendement légèrement négatif (sans prendre en compte l’inflation). Les taux payés par l’Allemagne et les autres pays considérés comme solides financièrement ont baissé considérablement grâce à la politique de la BCE et à l’aggravation de la crise qui touche les pays de la Périphérie. On a assisté à une fuite de capitaux de la Périphérie européenne vers le Centre. Les titres allemands sont tellement fiables qu’en cas de nécessité de cash, ils peuvent être revendus du jour au lendemain sans perte. Les banques les acquièrent non pas dans la perspective de gagner de l’argent, mais pour avoir, à la BCE ou sous forme de titres tout à fait liquides, une quantité d’argent disponible en permanence de manière à offrir une impression (souvent fausse) de solvabilité et à faire face à d’éventuels imprévus. Elles font des profits en prêtant à l’Espagne et à l’Italie, cela contrebalance certaines pertes qu’elles peuvent enregistrer avec des titres allemands. Il est très important de souligner que les banques n’ont pas augmenté leurs prêts aux ménages et aux entreprises alors qu’un des objectifs officiels des prêts de la BCE consiste à accroître de tels crédits afin de relancer l’économie.

Quel est le bilan de la BCE du point de vue des élites ?

Mettons-nous un instant à la place du 1% le plus riche afin d’apprécier l’action de la BCE. Le discours officiel martèle que la BCE a réussi la transition entre son ancien président le français Jean-Claude Trichet et le nouveau, Mario Draghi |11|, ancien gouverneur de la Banque d’Italie et ancien vice-président de Goldman Sachs Europe. La BCE et les dirigeants des principaux pays européens sont parvenus à négocier une opération de réduction de la dette grecque en convainquant les banques privées d’accepter une décote de leurs créances d’environ 50% et en obtenant du gouvernement grec qu’il s’engage dans un nouveau plan d’austérité radicale comprenant des privatisations massives et qu’il accepte de renoncer à une partie très importante de la souveraineté du pays. A partir de mars 2012, des envoyés de la Troïka se sont installés de manière permanente dans les ministères à Athènes afin de contrôler de près les comptes de l’État. Les nouveaux prêts à la Grèce passent dorénavant par un compte directement contrôlé par les autorités européennes, qui peuvent donc le bloquer. Cerise sur le gâteau, les nouveaux titres de la dette grecque ne sont plus de la compétence des tribunaux grecs, les nouvelles obligations émises dans le cadre de ce programme sont de droit anglais et les litiges entre l’État Grec et les créanciers privés seront arbitrés au Luxembourg |12|.

Ce n’est pas tout : sous la pression de la BCE et des dirigeants européens, le gouvernement Pasok de Georges Papandréou, très soumis mais de plus en plus impopulaire, a été remplacé sans élection par un gouvernement d’unité nationale Nouvelle Démocratie – Pasok, avec une place clé attribuée à des ministres provenant directement des milieux bancaires.

On peut compléter le tableau de la situation par trois autres bonnes nouvelles pour la BCE et les dirigeants européens : 1. Silvio Bersluconi a été contraint à la démission et a été remplacé par un gouvernement de techniciens, à la tête duquel figure Mario Monti, ancien commissaire européen très proche des milieux bancaires et capable d’imposer aux Italiens un approfondissement des politiques néolibérales |13|. 2. En Espagne, le chef du gouvernement en place depuis quelques mois, Mariano Rajoy, du Parti populaire, est prêt à radicaliser lui aussi la politique néolibérale de son prédécesseur, le socialiste José Luis Zapatero. 3. Les dirigeants européens |14| sont arrivés à se mettre d’accord sur un pacte de stabilité qui va couler dans le marbre l’austérité budgétaire, l’abandon par les États membres d’un peu plus de leur souveraineté nationale et une dose supplémentaire de soumission à la logique du capital privé. Enfin, le Mécanisme européen de stabilité (MES) va bientôt entrer en action et permettra de mieux venir en aide aux Etats et aux banques |15| dans les prochaines crises bancaires qui ne manqueront pas de se produire ainsi qu’aux États membres peinant à se financer.

Ces différents exemples montrent que les dirigeants européens au service du grand capital réussissent à marginaliser un peu plus le pouvoir législatif en passant outre les choix des électrices et des électeurs. Par ailleurs, où est la démocratie si les électrices et les électeurs qui souhaitent refuser massivement l’austérité n’ont plus la possibilité de l’exprimer par leur vote, ou lorsque le sens politique du vote exprimé est annulé au motif que le choix n’est pas celui des gouvernants, comme en 2005 en France et aux Pays-Bas après le non au Traité pour une constitution européenne, comme en Irlande et aux Portugal après les élections de 2011, comme en France et aux Pays-Bas, de nouveau, après les élections de 2012. Tout est mis en place pour que la marge de manœuvre des gouvernements nationaux et des pouvoirs publics soit limitée par un cadre contractuel européen de plus en plus contraignant. Il s’agit là d’une évolution très dangereuse, à moins bien sûr que des gouvernements appuyés par leur population décident de désobéir.

Si on se met ainsi un instant à la place de Mario Draghi, des principaux dirigeants européens et des banques, on peut dire qu’en mars-avril 2012, ils ont de quoi être heureux. Tout semble réussir.

Les limites des succès de la BCE et des gouvernants européens

Les nuages noirs arrivent ensuite. Cela se complique à partir de mai 2012 quand Bankia, la 4e banque espagnole dirigée par l’ancien directeur général du FMI Rodrigo de Rato, se retrouve en faillite virtuelle. Selon les sources, les besoins des banques espagnoles en termes de recapitalisation varient entre 40 et 100 milliards d’euros, et Mariano Rajoy qui ne veut pas faire appel à l’aide de la Troïka est dans une posture très difficile. S’ajoute à cela le fait que sur le plan international se succèdent plusieurs scandales bancaires. Celui concernant la manipulation du Libor, le taux interbancaire à Londres, est le plus retentissant et implique une douzaine de grandes banques. Il vient s’ajouter aux agissements coupables de HSBC en matière de blanchiment d’argent de la drogue et d’autres négoces criminels.

En France, une majorité des électeurs ne veut plus de Nicolas Sarkozy. François Hollande est élu le 6 mai 2012, mais ce n’est pas vraiment inquiétant pour la finance internationale car on peut compter sur le pragmatisme des socialistes français comme des autres partis socialistes d’Europe pour poursuivre l’austérité. Même s’il faut toujours se méfier du peuple français, très enclin à divers débordements et susceptible de croire qu’il faut un véritable changement.

En Grèce, la situation est plus contrariante pour la BCE car Syriza, la coalition de gauche radicale qui promet d’abroger les mesures d’austérité, de suspendre le remboursement de la dette et de braver les autorités européennes, risque de remporter une victoire électorale. Pour les tenants de l’austérité européenne, il faut empêcher cela à tout prix. Le soir du 17 juin 2012, c’est le soulagement à la BCE, au siège des gouvernements européens et dans les conseils d’administration des grandes entreprises : le parti de droite Nouvelle Démocratie devance Syriza. Même le nouveau président socialiste français se réjouit du résultat du scrutin. Et le lendemain, les marchés respirent. On peut continuer la route de l’austérité, de la stabilisation de la zone euro et de l’assainissement des comptes des banques privées.

Eric Toussaint

La partie 3 de cette série portera sur les deux objectifs principaux poursuivis par les dirigeants européens : Mener à bien la plus grande offensive contre les droits sociaux depuis la seconde guerre mondiale et éviter un nouveau krach financier / bancaire qui pourrait se révéler pire que celui de septembre 2008

Eric Toussaint

2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques, 20 novembre 2012 (première partie)

Europe banque centraleLa plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne, 24 décembre 2012 (troisième partie)

Money Market Funds

Descente dans le milieu vicieux des banques, 16 janvier 2013 (quatrième partie)

arton banques

Les banques, ces colosses aux pieds d’argile, 08 février 2013 (cinquième partie)

 

Notes

|1| La Banque d’Angleterre et d’autres banques centrales suivent grosso modo la même politique.

|2| Dès août 2011, j’ai décrit cette situation à un moment où très peu de commentateurs financiers en parlaient. Voir la série intitulée « Dans l’œil du cyclone : la crise de la dette dans l’Union européenne » : « Elles (= les banques européennes) ont financé et elles financent encore leurs prêts aux Etats et aux entreprises en Europe via des emprunts qu’elles effectuent auprès des money market funds des Etats-Unis. Or ceux-ci ont pris peur de ce qui se passait en Europe (…). A partir de juin 2011, cette source de financement à bas taux d’intérêt s’est presque tarie, en particulier aux dépens des grandes banques françaises, ce qui a précipité leur dégringolade en Bourse et augmenté la pression qu’elles exerçaient sur la BCE pour qu’elle leur rachète des titres et donc leur fournisse de l’argent frais. En résumé, nous avons là aussi la démonstration de l’ampleur des vases communiquant entre l’économie des Etats-Unis et celle des pays de l’UE. D’où les contacts incessants entre Barack Obama, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, la BCE, le FMI… et les grands banquiers de Goldman Sachs à BNP Paribas en passant par la Deutsche Bank… Une rupture des crédits en dollars dont bénéficient les banques européennes peut provoquer une très grave crise sur le vieux continent, de même qu’une difficulté des banques européennes à rembourser les prêteurs états-uniens peut précipiter une nouvelle crise à Wall Street. » (Dans l’œil du cyclone : la crise de la dette dans l’Union européenne, 26 août 2011). Une étude récente de la banque Natixis confirme la détresse qu’ont connue les banques françaises pendant l’été 2011 : Flash Economie, « Les banques françaises dans la tourmente des marchés monétaires », 29 octobre 2012. On y lit : « De juin à novembre 2011, les fonds monétaires américains ont subitement retiré la plus grande part de leurs financements aux banques françaises. (…) C’est jusqu’à 140 Mds USD de financements à court terme qui ont fait défaut aux banques françaises à fin novembre 2011, sans qu’aucune ne soit épargnée. » (http://cib.natixis.com/flushdoc.asp…). Cette fermeture de robinet a touché également la plupart des autres banques européennes, comme le montre également cette étude publiée par Natixis.

|3| GAO, “Federal Reserve System, Opportunities Exist to Strengthen Policies and Processes for Managing Emergency Assistance”, juillet 2011, http://www.gao.gov/assets/330/321506.pdf. Ce rapport de la Cour des Comptes (GAO = United States Government Accountability Office) a été réalisé grâce à un amendement à la loi Dodd-Frank (voir plus loin) introduit par les sénateurs Ron Paul, Alan Grayson et Bernie Sanders en 2010. Bernie Sanders, sénateur indépendant, l’a rendu public (http://www.sanders.senate.gov/imo/m… ). Par ailleurs, selon une étude indépendante de l’Institut Levy auquel collaborent des économistes comme Joseph Stiglitz, Paul Krugman et James K Galbraith, les crédits de la Fed auraient atteint un montant plus élevé que celui révélé par le GAO. Ce ne serait pas 16 000 milliards de dollars, mais 29 000 milliards de dollars. Voir James Felkerson, “$29,000,000,000,000 : A Detailed Look at the Fed’s Bailout by Funding Facility and Recipient », www.levyinstitute.org/pubs/w…

|4| “The CEO of JP Morgan Chase served on the New York Fed’s board of directors at the same time that his bank received more than $390 billion in financial assistance from the Fed. Moreover, JP Morgan Chase served as one of the clearing banks for the Fed’s emergency lending programs.”, http://www.sanders.senate.gov/newsr…

|5|  Michel Rocard et Pierre Larrouturou, : « Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ? », Le Monde, 3 janvier 2012 http://www.larrouturou.net/2012/01/…

|6| Voir notamment le rapport du GAO mentionné plus haut à la page 196 qui atteste de prêts à Dexia pour un montant de 53 milliards de dollars, ce qui représente seulement une partie des prêts dont a bénéficié Dexia de la part de la Fed. http://www.gao.gov/assets/330/321506.pdf

|7| Financial Times, “Banks plot early repayment of ECB crisis loans », 15 novembre 2012, p. 25.

|8| D’après le quotidien financier espagnol El Economista, http://www.eleconomista.es/espana/n…

|9| Financial Times, ibid.

|10| Voir http://www.bancaditalia.it/statisti…, tableau 2.1a.

|11| Mario Draghi est devenu président de la BCE le 1er novembre 2011.

|12| Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_…. Voir aussi Alain Salles et Benoït Vitkine, « Fatalisme face à un sauvetage échangé contre une perte de souveraineté », Le Monde, 22 février 2012, http://www.forumfr.com/sujet448690-….

|13| Mario Monti, premier ministre depuis le 13 novembre 2011, a été nommé sénateur à vie par le Président de la République Giorgio Napolitano. À l’occasion de sa nomination, il a quitté différents postes de responsabilité : la présidence de la plus prestigieuse université privée italienne, la Bocconi, et celle du département Europe de la Trilatérale, un des plus importants cénacles de l’élite oligarchique internationale, sa participation au comité de direction du puissant club Bilderberg et la présidence du think tank néolibéral Bruegel. Monti était conseiller international de Goldman Sachs de 2005 au 2011 (en qualité de membre du Research Advisory Council du Goldman Sachs Global Market Institute), il a été nommé commissaire européen au Marché intérieur (1995-1999) puis commissaire européen à la Concurrence à Bruxelles (1999-2004). Il a été membre du Senior European Advisory Council de Moody’s, conseiller de Coca Cola, il est encore un des présidents du Bussiness and Economics Advisory Group de l’Atlantic Council (un think tank américain qui promeut le leadership US) et fait partie du præsidium de Friends of Europe, think tank influent basé à Bruxelles.

|14| A l’exception du Royaume-Uni et de la République tchèque.

|15| Lors d’un sommet européen réuni le 21 juin 2012, il a été décidé que le MES serait également utilisé pour sauver des banques. A l’époque, cela a été présenté par Mariano Rajoy comme une victoire permettant à l’Espagne d’échapper à de nouvelles conditionnalités imposées par la Commission européenne ou par la Troïka. Rajoy a expliqué que l’aide qui serait octroyée par le MES aux banques espagnoles ne serait pas comptabilisée dans la dette publique espagnole, ce que les dirigeants de plusieurs pays de la zone euro (Allemagne, Pays-Bas, Finlande…) ont contesté, tout comme le FMI. A la fin novembre 2012, il n’y avait toujours pas de consensus sur cette question.

Eric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde) et membre du conseil scientifique d’ATTAC

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Ce 26 novembre, le sommet annuel des Nations Unies sur les changements climatiques s’est ouvert à Doha, au Qatar. Formellement, le sommet se compose de deux rencontres distinctes : la 18e session de la conférence des parties signataires de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) conclue à Rio en 1992, d’une part, et la 8e session de la réunion des parties au Protocole de Kyoto, d’autre part. Les principaux objectifs de la rencontre sont les suivants : primo, l’adoption par les pays développés d’une deuxième période d’engagement au titre du Protocole (la première période s’achève à la fin de cette année) ; secundo, la négociation d’un accord global engageant toutes les nations dans la lutte contre le réchauffement, à partir de 2020.

Les deux volets sont intimement liés car les pays dits « en développement » exigent des pays dits « développés » qu’ils montrent l’exemple – étant donné qu’ils sont les principaux responsables historiques des changements climatiques, tandis que les seconds exigent des grands pays émergents que ceux-ci prennent leurs responsabilités – étant donné qu’ils figurent aujourd’hui parmi les principaux émetteurs de gaz à effet de serre.

De Bali à Doha

Le sommet de Doha s’inscrit dans le sillage des réunions précédentes, en particulier celles de Bali, Copenhague, Cancun et Durban. Pour comprendre les enjeux, il faut donc revenir un peu en arrière.

• Le sommet de Bali (2008) adopta une « feuille de route » stipulant que des « coupes profondes dans les émissions globales seront nécessaires » pour stabiliser le climat et soulignant « l’urgence de faire face au changement climatique comme indiqué dans le quatrième rapport d’évaluation du GIEC ». Au terme de débats acharnés contre les représentants de l’administration US, une note infrapaginale fut ajoutée qui renvoyait à la page 776 de la contribution du groupe de travail III au rapport 2007 du GIEC ainsi qu’aux pages 39 et 90 du Résumé technique de cette contribution.

Ce détail est important car ces documents fournissent différents scénarios de stabilisation du système climatique, en tenant compte des « responsabilités communes mais différenciées » des pays riches et des pays pauvres. Selon ces scénarios, pour ne pas trop dépasser 2°C de hausse de la température par rapport au 18e siècle, 1°) les émissions des pays développés doivent diminuer de 25 à 40% d’ici 2020, et de 80 à 95% d’ici 2050, par rapport au niveau de 1990 ; 2°) les émissions mondiales doivent diminuer de 50 à 85% d’ici 2050 ; 3°) la diminution doit commencer au plus tard en 2015 ; 4°) les pays en développement peuvent continuer à augmenter leurs émissions nettes pendant un certain temps, mais leurs émissions relatives doivent baisser de 15 à 30% par rapport aux projections.

• A Copenhague (2009), la feuille de route de Bali aurait donc dû déboucher sur un accord global fixant aux pays riches des contraintes de réduction absolue de leurs émissions et aux autres pays des contraintes de réduction relative, en fonction d’un objectif de limitation du réchauffement, et moyennant un transfert des technologies propres du Nord vers le Sud (afin de garantir le droit de celui-ci au développement). Mais la crise des subprimes était passée par là. Dans un contexte de récession et de concurrence capitaliste exacerbée,  les grands pollueurs, Etats-Unis en tête, voulaient moins qu’un jamais d’un accord qui menacerait la compétitivité de leurs entreprises. C’est pourquoi Barack Obama organisa une négociation non officielle avec la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Union Européenne. Elle accoucha d’un accord invitant chaque Etat à élaborer à sa guise son propre plan climat et à le communiquer au secrétariat de la CCNUCC.

De la sorte, pays développés et grandes nations « émergentes » écartèrent la menace d’un traité multilatéral contraignant avec des objectifs de réduction drastiques, déterminés sur base de l’expertise scientifique du GIEC.  La Conférence « prit note » de cet accord dans une ambiance houleuse, marquée par l’opposition courageuse de quelques Etats du Sud (Bolivie, Venezuela, Cuba, notamment) qui dénoncèrent le diktat des grandes puissances. Le représentant du Tuvalu, pour sa part, s’en prit aux nations « en développement » qui acceptaient « les deniers de Judas » pour prix de leur soumission ;

• Le sommet de Cancun, un an plus tard, fut dominé par le thème de l’adaptation au réchauffement : faute de prendre des mesures énergiques pour réduire leurs émissions, les pays riches promirent que 30 milliards de dollars seraient mis à disposition des pays pauvres en 2010-2012, pour les aider à s’adapter au réchauffement, et que cette enveloppe serait portée à cent milliards par an à partir de 2020. Décision fut prise de confier la gestion de ces sommes à un Fonds vert pour le climat, dans lequel la Banque Mondiale joue un rôle prééminent. La conférence affirma par ailleurs la nécessité de limiter la hausse de température à 2°C en moyenne, de maintenir cet objectif sous examen régulier et même d’envisager son renforcement à 1,5°C maximum, en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques sur l’impact du réchauffement. Jusque-là, seule l’Union Européenne s’était prononcée sur cet objectif d’une hausse maximum de 2°C.

Logiquement, la décision du sommet aurait dû conduire les congressistes de Cancun à reprendre la feuille de route de Bali et sa fameuse note infrapaginale, afin d’adopter rapidement un plan d’urgence incluant les réductions d’émission jugées nécessaires par les spécialistes. Au lieu de cela, ils se contentèrent de « prendre note » des objectifs de réduction des émissions que 80 pays avaient communiqués volontairement au Secrétariat de la CCNUCC, selon la démarche actée à Copenhague. Les climatologues firent remarquer que, sur base de ces plans climat nationaux, la température de surface de la Terre augmenterait probablement de 3 à 5°C d’ici la fin du siècle – à peu près deux fois plus, mais rien n’y fit. Les 2°C maximum, c’était pour la galerie.

• A Durban, l’an dernier, deux accords furent très péniblement arrachés, concernant respectivement les pays riches et tous les pays. Le premier stipule qu’il y aura bien une deuxième période d’engagement dans le cadre du Protocole de Kyoto (rappelons que la première période d’engagement -2008-2012- enjoignait aux pays riches de réduire leurs émissions de 5,2% en moyenne, par rapport à 1990). Le second reconnaît la nécessité d’élaborer « un protocole, une autre instrument juridique ou une conclusion concertée ayant force de loi au titre de la Convention (CCNUCC), applicable à toutes les parties ». Un processus de négociation de cet accord climatique global a commencé. Il devrait s’achever en 2015 sur un  texte à soumettre ensuite aux parlements nationaux de toutes les nations. A supposer qu’il voie le jour, cet accord entrerait en vigueur au plus tôt en 2020.

Glissements progressifs

Au fil de ces rencontres (entrecoupées d’autres réunions annuelles, à Bonn notamment), plusieurs glissements s’opérèrent.

Primo, le principe des « responsabilités communes mais différenciées » des pays du Nord et du Sud fut mis sous une pression croissante ; sous prétexte que les grands pays émergents émettent aujourd’hui une proportion très importante des gaz à effet de serre envoyés annuellement dans l’atmosphère, la responsabilité historique majeure des pays impérialistes (responsables à plus de 70% du réchauffement ) fut systématiquement relativisée, voire effacée.

Secundo, la réponse des gouvernements et des institutions internationales prit un tour de plus en plus ouvertement néolibéral, au point d’être aujourd’hui quasi-exclusivement basée sur des mécanismes de marché (incitants aux énergies renouvelables, marché des droits d’émission et achat de crédits d’émission). Il est vrai que ces mécanismes étaient prévus par le Protocole de Kyoto, mais, nonobstant son insuffisance notoire,  celui-ci gardait néanmoins un caractère hybride, car il attribuait aux Etats des quotas obligatoires de réduction des émissions (avec sanctions en cas de non-respect). D’une part, il ne reste plus grand-chose aujourd’hui de cette approche « régulationniste » – les grands pollueurs (pays impérialistes et « sub-impérialismes » émergents, Chine et Brésil notamment) l’ont évacuée à Copenhague ; d’autre part, l’éventail des possibilités de remplacer les réductions d’émissions par des mesures de compensation s’est considérablement élargi.

C’est ainsi que non seulement la plantation d’arbres mais aussi la protection des forêts existantes, la valorisation énergétique du méthane des houillères, ou la destruction de certains gaz industriels à haut effet de serre sont désormais considérées comme équivalant à des réductions nettes d’émissions. En réalité, cette équivalence n’existe que dans la tête de ceux qui l’ont imaginée et dont la préoccupation majeure est de permettre à l’industrie de remplacer des mesures coûteuses de réduction des émissions par l’achat de crédits de carbone au prix le plus bas possible, ce qui a en réalité pour effet de retarder l’indispensable transition énergétique.

Les pétrosheiks qataris à la manœuvre

Il va sans dire que la conférence de Doha n’apportera aucun changement de cap à cette politique désastreuse. Le lieu même de son déroulement est emblématique. Assis sur ses réserves d’hydrocarbures et de pétrodollars, le Qatar a le triste privilège d’être le pays du monde qui émet le plus de gaz à effet de serre par habitant. Le régime est un des plus rétrogrades de la région : aux dernières élections municipales, en 2011, une seule femme a pu conquérir un siège de conseillère municipale. Les droits humains sont piétinés et le pays, bien qu’ayant aboli l’esclavage en 1952, applique une loi scélérate dite de « parrainage » qui stipule que les travailleurs étrangers peuvent entrer, séjourner et travailler dans l’émirat, mais ne peuvent pas le quitter sans autorisation de leur « parrain ».

Considéré comme le 51e état des USA, le Qatar soutient  toutes les dictatures de la région : c’est par son entremise que Washington et Tel Aviv tentent de saboter les révolutions arabes, il appuie sans compter les nouveaux régimes obscurantistes islamistes (il vient de livrer un important matériel de répression au Ministère tunisien de l’Intérieur) et est soupçonné d’avoir trempé dans le financement de projets de colonisation israéliens à Jérusalem-Est. Ajoutons que les émirs ne sont pas plus respectueux de la nature que des êtres humains : braconniers sans scrupules et de père en fils, ils se rendent régulièrement en Afrique du Nord pour chasser l’outarde et la gazelle de Thomson, deux espèces protégées qu’ils massacrent impunément, malgré les cris de rage des associations tunisiennes et algériennes de défense de l’environnement.

Voilà les personnages qui président les débats de la 18e conférence des Nations Unies sur le climat… Croire que celle-ci pourrait tracer un chemin permettant à l’humanité d’éviter la catastrophe relève plus que jamais de l’illusion.

La catastrophe est en marche

Vingt ans après l’adoption de la CCNUCC, l’incurie capitaliste déroule ses effets sous nos yeux : le réchauffement de la planète continue de s’accélérer, au point qu’on risque vraiment un emballement irréversible. Depuis le début du 21e siècle, les émissions de gaz à effet de serre augmentent de 3 à 4% par an, contre 2% environ dans les années ’90. Cet accroissement s’explique notamment par l’explosion des transports et l’usage accru du charbon dans l’atelier chinois du monde, mais aussi en Inde, aux Etats-Unis et en Australie. Il est donc directement lié à la mondialisation néolibérale.

Du coup, les phénomènes météorologiques extrêmes (pluies violentes, sécheresses anormales, canicules ou vagues de froid sévères, tempêtes, cyclones,…) se multiplient et gagnent en intensité. La fonte estivale de la glace de mer arctique a atteint un record absolu en 2012, au point que la banquise pourrait disparaître totalement dans un avenir rapproché. Surtout, on note une accélération inquiétante de la dislocation des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique Ouest – un phénomène qui fait courir à l’humanité le risque majeur d’une hausse du niveau des mers de deux mètres ou plus d’ici la fin du siècle.

Ces menaces terribles, dont les pauvres seront les principales victimes, ont été rappelées récemment dans un rapport de la Banque Mondiale. Intitulé « Baissons la chaleur : pourquoi il faut absolument éviter une élévation de 4°C de la température de la planète » et corédigé par Climate Analytics et le Potsdam Institute for Climate Impact Resarch, ce document n’apprend rien de fondamentalement neuf sur les impacts des changements climatiques. En fait, sa diffusion tapageuse juste avant la Conférence de Doha semble avoir surtout pour but de préparer les esprits au dépassement des 2°C… Il pourrait aussi servir à légitimer, au nom de l’urgence, les soi-disant « solutions » portées par la Banque dans le cadre de son offensive pour une « économie verte » :  les agrocarburants, le nucléaire, le charbon « propre » et l’appropriation massive des ressources naturelles, notamment des forêts et des terres arables.

Selon Oxfam, les investisseurs internationaux achètent tous les six jours dans les pays du Sud une surface de terre de la taille de Londres. Au cours des dix dernières années, les terres achetées de la sorte représentent huit fois la superficie de la Grande Bretagne. Au Cambodge, on estime que près de 60% des terres arables ont été acquises par des multinationales. Cette vague d’appropriation est largement due au fait que la finance internationale spécule sur le prix des matières premières agricoles et à la production d’agrocarburants… au détriment du droit des peuples à l’alimentation . Voilà un exemple de la barbarie dont les « solutions » de la Banque sont porteuse.

Chaque fois que s’ouvre une conférence onusienne sur le climat, les médias nous répètent le même refrain : les gouvernements cherchent un accord pour que la hausse de température ne dépasse pas 2°C par rapport à la période préindustrielle. En vérité, il est plus que probable que ce but soit désormais hors d’atteinte. Si l’Union Européenne a fait mieux que l’objectif rikiki assigné par Kyoto, c’est en grande partie grâce à la récession économique, à l’importation d’agrocarburants, à l’achat massif de crédits de carbone (souvent bidon) et à la délocalisation de la production en Chine.  Les Etats-Unis, on le sait, n’ont jamais ratifié Kyoto et leurs émissions actuelles dépassent de plus de 30% le niveau de 1990. Le Canada s’est retiré du Protocole et le Japon, ainsi que la Russie, n’en veulent plus.

Pourtant, le texte adopté dans l’ex-capitale impériale n’imposait que des objectifs dérisoires, insignifiants au regard de ce qui est nécessaire pour sauver le climat. Par conséquent, il est tout simplement impensable que l’économie capitaliste mondiale, basée sur la croissance, la concurrence et le profit parvienne à mettre en œuvre les réductions drastiques qu’évoquait la notre infrapaginale de la feuille de route de Bali. Il suffit de jeter un œil sur les tendances de la politique capitaliste pour s’en convaincre : les sources renouvelables restent globalement marginales, leur développement ne couvre qu’une partie de l’accroissement de la demande ; le gros des besoins reste assuré par les fossiles, avec un recours croissant au charbon, une ruée sur les ressources pétrolières de l’Arctique, l’exploitation délirante des sables bitumineux de l’Alberta, sans compter celle des gaz de schiste, nouveau joker des multinationales de l’énergie…

L’impasse capitaliste est totale

L’impossibilité de relever le défi climatique/énergétique dans le cadre productiviste du capitalisme est si évidente qu’elle perce même entre les lignes de certains rapports d’institutions internationales au-dessus de tout soupçon de subversion communiste. A cet égard, le World Economic and Social Survey 2011 des Nations Unies constitue une lecture édifiante. Selon ce document, la part des renouvelables modernes dans la production primaire d’énergie est passée de 0,45% en 1990 à 0,75% en 2008, soit une croissance annuelle moyenne de 2,9%. Dans le même temps, l’usage du charbon, du pétrole et du gaz naturel a augmenté de 1,6%, 1,5% et 1,2%, respectivement. Les gouvernements sont intervenus massivement pour promouvoir les renouvelables, et le secteur privé a embrayé, « mais le changement de technologie énergétique s’est ralenti considérablement au niveau du mix énergétique global depuis les années ’70, et il n’y a pas de preuve à l’appui de l’idée populaire que ce changement de technologie énergétique s’accélère. (…) En dépit des taux de croissance impressionnants de la diffusion des technologies énergétiques renouvelables depuis 2000, il est clair que la trajectoire actuelle ne s’approche nulle part d’un chemin réaliste vers une décarbonisation totale du système énergétique global en 2050 », affirme le rapport (pp 49-50).

Une des raisons du paradoxe est que l’utilisation pleinement rationnelle et économe des renouvelables nécessiterait la construction en dix ans d’un système énergétique complètement neuf. Explication dans le cas de la production électrique : dans le cadre actuel, 1GW de capacité éolienne intermittente nécessite le backup de 0,9 GW fossile. Pour l’éviter, il faut un réseau « intelligent » Or, construire un tel réseau représente une entreprise « gigantesque, nécessitant un progrès technologique,  une coopération internationale et des transferts sans précédents » (p.52). D’une manière générale, note le rapport, « la magnitude physique du système énergétique actuel  basé sur le combustibles fossiles est vraiment énorme. Il y a des milliers de grandes mines de charbon et de grandes centrales électriques au charbon, à peu près 50.000 champs pétrolifères, un réseau mondial d’au moins 300.000 km d’oléoducs et 500.000 km de gazoducs, et 300.000 km de lignes électriques. Globalement, le coût du remplacement de l’infrastructure fossile et nucléaire existante est d’au moins 15 à 20.000 milliards de dollars (un quart à un tiers du PIB mondial –DT). La Chine à elle seule a accru sa capacité électrique au charbon de plus de 300 GW entre 2000 et 2008, un investissement de plus de 300 milliards de dollars, qui commencera à s’amortir à partir de 2030-2040 et fonctionnera peut-être jusqu’en 2050-2060. En fait, la plupart des infrastructures énergétiques ont été déployées récemment dans les économies émergentes et sont complètement neuves, avec des durées de vie d’au moins 40 à 60 ans. Clairement, il est improbable que le monde (sic) décide du jour au lendemain d’effacer 15 à 20.000 milliards de dollars d’infrastructures et de les remplacer par un système énergétique renouvelable  dont le prix est plus élevé ». (p.53)

Ce n’est évidemment pas « le monde » qui décide- il n’a rien à dire. Ce sont les gouvernements, sous la tutelle des grands groupes énergétiques… et du capital financier qui avance les crédits pour les investissements. Les réserves prouvées de combustibles fossiles – qui font partie des actifs des lobbies du charbon, du gaz, du pétrole ainsi que des fonds de pension – sont cinq fois supérieures au budget carbone que l’humanité peut encore se permettre de brûler. Selon les calculs du Potsdam Institute et de l’ONG Carbon Tracker, sauver le climat nécessiterait que 80% de ces réserves restent à tout jamais dans les profondeurs géologiques du globe. « Le monde » s’en porterait mieux, mais pas les propriétaires des gisements, cela va de soi !

Ce « détail » mis à part, le World Economic and Social Survey 2011 campe bien le problème.  Plus de 50% des émissions mondiales sont le fait de 7% à peine de la population, les 3,1 milliards de pauvres ne sont « responsables » que de 5 à 10% des gaz à effet de serre (p. 29). Par conséquent, le succès de la transition n’est possible que si « l’Européen moyen diminue sa consommation d’énergie de moitié environ et le résident des Etats-Unis des trois quarts environ » (p. XIV). Le rapport a l’honnêteté de reconnaître que de tels objectifs ne peuvent être atteints pas des « solutions simplistes » telles que « l’internalisation des externalités environnementales » ou les politiques volontariste de « big push » technologique.  « Aucune de ces approches n’a le potentiel d’accélérer suffisamment  le changement technologique aux échelles globales qui sont requises », lit-on (p. 29).

Pour un plan d’urgence sociale et écologique

Les auteurs du World Economic and Social Survey 2011 ne tirent évidemment  pas la conclusion qui s’impose de leur analyse. Au contraire, ils s’inspirent du scénario Blue map de l’Agence Internationale de l’Energie. Or, outre qu’il estime raisonnable de poursuivre le développement des agrocarburants et de construire une centrale nucléaire de 1GW par semaine pendant quarante ans, notamment, le scénario de l’AIE permettrait tout au plus de de limiter la concentration en CO2eq à 550 ppm, ce qui correspond à une hausse de température comprise entre 2,8 et 3,2°C… Mettre en œuvre Blue map : voilà sans doute ce que la Banque Mondiale a en tête quand elle affirme qu’il faut « absolument éviter une élévation de 4°C de la température de la planète »

La conclusion incontournable mais tabou est tout simplement la suivante : le sauvetage du système climatique n’est possible que moyennant une planification démocratique à l’échelle mondiale, la suppression des productions inutiles ou nuisibles, une ample relocalisation de la production (agricole notamment) et une redistribution radicale des richesses. Celle-ci devrait inclure notamment : la nationalisation sans indemnités des groupes énergétiques et du crédit, une réduction forte du temps de travail sans perte de salaire, l’abolition des dettes publiques, la suppression des droits de propriété intellectuelle sur les technologies propres,  et une extension considérable du secteur public, sous le contrôle des populations. Seule une orientation anticapitaliste en direction d’une société qui produit pour la satisfaction des besoins humains réels, démocratiquement déterminés, peut permettre de diminuer radicalement la consommation énergétique et la production matérielle tout en satisfaisant les besoins sociaux du plus grand nombre.

Le sauvetage du climat – qui conditionne nos conditions d’existence sur Terre – est à ce prix. C’est dire que le combat doit impérativement être pris en charge par les mouvements sociaux, en particulier le mouvement syndical. Au lieu de se laisser pousser dans les cordes en mendiant une « relance » du capitalisme, comme elles font actuellement, les organisations de travailleurs et de travailleuses devraient oser élaborer et populariser un vaste plan public d’urgence sociale et écologique. Un plan visant à la fois à donner un emploi à tous et toutes et à casser l’engrenage mortel de la croissance capitaliste aurait une énorme légitimité sociale, face à ce système qui, comme le disait Marx, « détruit les deux seules sources de toute richesse : la terre et le travailleur ».

Daniel Tanuro

(merci à Rafik Khalfaoui pour ses suggestions)

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Dans son édition du Lundi 25/11/2012, le quotidien turc Yeniçag [2] reprend certains passages d’un article de Mme Condoleezza Rice, ancienne Secrétaire d’État des États-Unis de 2005 à 2009, publié la veille par le Washington Post et tournant autour du « Projet du Grand Moyen-Orient et de la question kurde ». Le quotidien turc souligne les points suivants :

1. Mme Rice, instigatrice des plus acharnées de l’invasion de l’Irak sous l’administration de George W. Bush, parle des étapes, passée, actuelle et future du projet du Grand Moyen-Orient, initié il y a 90 ans, mais revisité et élargi par une nouvelle planification en 2003, étant elle-même l’un des principaux acteurs de ce projet revu et corrigé.

2. Selon Mme Rice, la partition du Moyen-Orient, programmée étape par étape, est sur le point d’être achevée sauf pour la Turquie, en raison du problème kurde. La « guerre interne » en Syrie pourrait bien être le dernier acte de son Histoire telle que nous la connaissons, s’il n’y avait ce problème à Ankara.

3. Lors du lancement de ce projet qualifié de « stupide » par l’ex président égyptien, Mme Rice avait déclaré en 2003 que  la carte du Moyen-Orient devra changer du Maghreb jusqu’au golfe Persique  et concernera 22 pays, dont la Turquie.

Et les analystes turcs de conclure que ce projet étatsunien se fonde sur plusieurs scénarios, dont :

1. La mise sous contrôle US de 73%  du pétrole mondial.

2. L’imposition d’un nouvel ordre géographique islamique compatible avec les intérêts occidentaux, allant de l’Afrique du Nord jusqu’au golfe de Bassora.

3. La partition de la Turquie.

4. La création d’un nouvel État kurde pour protéger les intérêts américains et israéliens dans la région.

JP News

27/11/2012

 

Au risque de propager les mensonges de Mme Rice, voici ce qu’elle a écrit [3] en soulignant, quant à nous, qu’elle ose suggérer que les Syriens sont en manque d’identité nationale et qu’ils font face à une guerre civile, non à une guerre étrangère maquillée en ingérence humanitaire : 

La « guerre civile en Syrie » [4] pourrait bien être le dernier acte de l’histoire de la désintégration du Moyen-Orient tel que nous le connaissons. La possibilité de maintenir ensemble toute cette région et de la reconstruire sur des bases plus solides de tolérance, de liberté, et par la suite, de stabilité démocratique nous file entre les doigts !!!

L’Egypte et l’Iran ont depuis toujours de fortes identités nationales, ainsi que la Turquie, mis à part le problème des Kurdes dont Ankara se méfie et qui restent en  grande partie non assimilés et tentés par l’espoir d’une indépendance nationale. Chacun des autres États importants de la région est de construction récente, créé par les Britanniques et les Français qui ont dessiné des frontières linéaires, souvent sans tenir compte des différences ethniques et confessionnelles [sic !]. Le résultat en est : [suivent les statistiques exhaustives des chiites et sunnites de chaque État…].

Et puis, il ya la Syrie: un « conglomérat » de sunnites, chiites, kurdes et d’autres, gouverné par la minorité alaouite [Leitmotiv de circonstances, en remarquant que les chrétiens ne sont reconnus par Mme Rice qu’au Liban, les druzes ne sont même pas cités... Le Projet des néoconservateurs sans frontières a dû subir de nouvelles modifications depuis la dernière visite de Monseigneur Raï à M. Sarkozy] [5].

Mais, comme le désir de liberté s’est propagé de Tunis au Caire puis à Damas, les gouvernements autoritaires ont perdu de leur emprise et, maintenant, le danger est que « les États artificiels » pourraient voler en éclats…Le conflit en Syrie pousse l’Irak et d’autres pays jusqu’au point de rupture [Ah !?]. Le « désengagement américain » fait que les politiciens irakiens sont tentés, pour leur survie, de se rapprocher d’alliés sectaires. Si le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki ne peut pas compter sur les Américains, il ne prendra pas de risques avec Téhéran !

La grande erreur de cette dernière année a été de définir le conflit avec le régime de Bachar al-Assad comme un problème humanitaire [Adieu les bons sentiments !]. Le régime de Damas a été brutal, et de nombreuses personnes innocentes ont été massacrées. Mais ce n’était pas un « replay » de la Libye. Il y a beaucoup plus en jeu [Nous y voilà !]. Comme la Syrie s’effondre, les sunnites, les chiites et les Kurdes sont entraînés dans un réseau régional d’allégeances sectaires. Karl Marx [ !?] a appelé les travailleurs du monde entier à s’unir au-delà des frontières nationales. Il leur a dit qu’ils avaient plus en commun, entre eux, qu’avec les classes dirigeantes qui les opprimaient au nom du nationalisme. Marx a exhorté les travailleurs à se débarrasser de la « fausse conscience » de l’identité nationale.

Aujourd’hui Karl Marx est  l’Iran ! [Le Bouquet ! Des communistes !]. Il envisage d’étendre son influence parmi les chiites en les unissant sous la bannière théocratique de Téhéran, détruisant ainsi l’intégrité du Bahreïn, de l’Arabie Saoudite, de l’Irak et du Liban. L’Iran utilise en sous mains des groupes terroristes, le Hezbollah et les milices chiites dans le sud de l’Irak. La Syrie en est donc le pivot et le pont dans le Moyen-Orient arabe. Téhéran ne cache plus que ses forces de sécurité travaillent en Syrie pour soutenir Assad. Dans ce contexte, la course de Téhéran vers l’arme nucléaire est un problème non seulement pour Israël, mais pour la région dans son ensemble [Souplesse remarquable du raisonnement et de la rhétorique ! Et ce n’est pas fini !]

En réponse, l’Arabie Saoudite, le Qatar et d’autres pouvoirs voisins arment et soutiennent des factions sunnites [Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?]. Les Turcs sont entraînés dans le conflit, désespérément apeurés que les Kurdes, qui sont en train de rompre avec la Syrie, ne poussent leurs frères en Turquie à faire de même [Mme Rice doit vivre dans un monde parallèle totalement inversé par rapport au nôtre !] Les frappes de missiles et de mortiers sont de plus en plus fréquentes sur les frontières d’Israël et de la Turquie. Ankara a crié à l’aide et en a appelé à l’OTAN le mois dernier ; ce qui aurait dû retenir notre attention [Pourtant, nous l’avons tous entendue !]

Mais où sont les États-Unis ? L’Amérique a passé des mois à essayer d’obtenir l’accord des Russes et des Chinois sur des résolutions dans le cadre d’une ONU impuissante à « mettre fin à l’effusion de sang », pour que Moscou abandonne Assad et que et Pékin s’inquiète du chaos au Moyen-Orient. [Mais que deviendrait le noble mensonge du chaos constructeur si la Syrie résiste ?] [6]. Vladimir Poutine n’est pas un homme sentimental. Mais s’il croit qu’Assad peut survivre, il ne fera rien pour lui nuire.

Ces derniers jours, la France, la Grande-Bretagne et la Turquie ont comblé « le vide diplomatique » [Plutôt le vide médiatique, non ?] en reconnaissant une opposition nouvellement formée et largement représentative de tous les Syriens [Mascarade éhontée et traitrise criminelle]. Les Etats-Unis devraient suivre leur exemple, passer au crible et armer le groupe unifié avec des armes défensives, à la condition que ce dernier poursuive une approche inclusive post-Assad. Les Etats-Unis et leurs alliés devraient également envisager d’établir une zone d’exclusion aérienne pour protéger les innocents [Comme en Lybie ?]. Le poids et l’influence de l’Amérique sont nécessaires. Laisser cela à des puissances régionales, dont les intérêts ne sont pas identiques aux nôtres [À bon entendeur, salut !], ne fera qu’exacerber le sectarisme grandissant.

Certes, il ya des risques. Après plus d’une année d’un conflit brutal, les éléments les plus extrémistes de l’opposition – y compris al-Qaïda – ont été renforcés. Les guerres civiles ont cette tendance à renforcer les pires éléments. Le renversement d’Assad pourrait, en effet, amener ces groupes dangereux au pouvoir.

Mais l’effondrement du système étatique au Moyen-Orient est un risque encore plus grave. L’Iran gagnerait, nos alliés perdraient, et pendant des décennies la misère et la violence dans cette région feront que le chaos d’aujourd’hui serait regardé comme banal ! [La Syrie n’a jamais été un État de misère et la violence des invasions étrangères, depuis la nuit des temps, n’est un secret pour personne, sauf pour les ignares et les mal intentionnés].

La guerre au  Moyen-Orient n’est pas en recul. Elle va crescendo. Nos élections sont terminées. Maintenant, l’Amérique doit agir !

The Washington post

24/11/2012

 

Article originaux : 

[1] Article de JP news

هذه خارطة الشرق الأوسط الجديد التي رسمتها كونداليزا رايس

http://www.jpnews-sy.com/ar/news.php?id=48792

[2] Article  du quotidien turc « Yeniçag »

http://www.yg.yenicaggazetesi.com.tr/habergoster.php?haber=76044

[3] Article du « Washington Post » par Condoleezza Rice

Syria is central to holding together the Mideast

http://www.washingtonpost.com/opinions/condoleezza-rice-syria-is-central-to-holding-together-the-middle-east/2012/11/23/200e583e-2ebf-11e2-89d4-040c9330702a_story.html

[4] Les grandes puissances veulent la guerre civile en Syrie mais ne parviennent pas à l’imposer

http://www.mondialisation.ca/les-grandes-puissances-veulent-la-guerre-civile-en-syrie-mais-ne-parviennent-pas-l-imposer/28132

[5] Le Président Sarkozy au Patriarche maronite : « Que les chrétiens de Syrie et du Liban émigrent pour l’Europe, ils n’ont plus leur place au Proche Orient »

http://www.silviacattori.net/article2394.html

[6] Syrie : Dernier rempart face au chaos ?

http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=28555

Articles traduits par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

 

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Déclin ou chute de l’Occident. Pourquoi ?

novembre 29th, 2012 by Chems Eddine Chitour

«Le but de la civilisation, c’est la culture et le luxe. Une fois ce but atteint, la civilisation se gâte et décline, suivant en cela l’exemple des êtres vivants.»

Ibn Khaldun

 

Assiste-t-on à la chute de la civilisation occidentale? La civilisation occidentale est-elle supérieure aux autres civilisations? Telles étaient les questions que le journaliste Franz-Olivier Giesbert a posé à ses invités le 23 novembre sur France 5. Il était entouré d’intellectuels défendant des courants de pensée différents avec notamment Alain Finkielkraut, Abdennour Bidar. On sait que le thème du déclin de l’Occident est un thème récurrent même Kissinger, dit-on, était préoccupé par les causes de la chute de l’Empire romain.

Bien avant le père de la sociologie Ibn Khaldoun, philosophe maghrébin du Moyen Âge- superbement ignoré en Occident par une doxa de l’exclusivité du magister dixit- dans son oeuvre magistrale «La Muqqadima»,«Les Prolégomènes», avait pointé du doigt l’évolution des civilisations qui passent par trois stades, l’avènement, l’apogée et le déclin. Ainsi analyse-t-il le déclin de la civilisation musulmane comme un lent et long délitement, le centre ayant de moins en moins de prise sur le périphérique. Ce qui a dû se passer pour l’Empire perse, l’Empire romain et plus tard l’Empire ottoman.

«Le Déclin de l’Occident est un essai d’Oswald Spengler. Il y développe une synthèse historique qui rassemble tout à la fois, l’économie politique et la politique, les sciences et les mathématiques, les arts plastiques et la musique. Il fut traduit en français par son ami le philosophe algérien Mohand Tazerout en 1948. Cette oeuvre analyse l’histoire en distinguant des grandes cultures historiques qui, semblables à des êtres biologiques, naissent, croissent, déclinent et meurent. Il développe une vision cyclique ou «sphérique» de l’Histoire. Chaque culture est déterminée par son héritage, ses valeurs et son sentiment du destin.(1)

Pourquoi l’Occident décline?

Il nous faut parler d’abord de la construction de la suprématie occidentale. Tout est parti magister dixit des anciens ou de l’actuelle doxa occidentale réputée infaillible D’ailleurs son avatar: le pouvoir colonial l’a bien compris, pour asséner des vérités qui ont force de parole d’Evangile. A titre d’exemple, l’histoire du pays colonisé est niée et rasée au profit d’une nouvelle histoire, une nouvelle identité, voire une nouvelle religion… Cela va même plus loin, la religion chrétienne est convoquée et mise au service de l’entreprise coloniale. Lisons ce morceau d’anthologie attribué au roi des Belges qui recommande aux missionnaires d’inculquer aux Noirs du Congo: «Vous veillerez à désintéresser les sauvages de leur richesse dont regorgent leur sol et leur sous-sol. Votre connaissance de l’Evangile vous permettra de trouver facilement des textes recommandant aux fidèles d’aimer la pauvreté. Par exemple: «Heureux les pauvres car le royaume des cieux est à eux»; «Il est difficile aux riches d’entrer aux cieux» Vous ferez tout pour que les nègres aient peur de s’enrichir. Apprenez aux jeunes à croire et non à raisonner…» (2)

Ce discours résume à lui tout seul  les vérités sur la suprématie de l’homme blanc et le mythe de la race supérieure. On l’aura compris, des clichés, des préjugés et des dogmes. D’où vient cette hégémonie qui fait que l’Occident est le seul dépositaire de sens? Il est courant d’admettre que l’Occident est parti à la conquête du Monde après la première révolution industrielle. En fait, il serait plus indiqué de remonter dans le temps pour s’apercevoir que l’hégémonie occidentale a débuté après ce qu’on appelle dans la doxa occidentale «Les Grandes découvertes». Prenant la relève d’un Orient et d’une civilisation islamique sur le déclin, et au nom de la Règle des trois C – Christianisation, Commerce, Colonisation, il mit des peuples en esclavage. Il procéda à un dépeçage des territoires au gré de ses humeurs sans tenir compte des équilibres sociologiques que les sociétés subjuguées ont mis des siècles à sédimenter. Pendant cinq siècles, au nom de ses «Droits de l’Homme» qui «ne sont pas valables dans les colonies» si l’on en croit Jules Ferry, l’Occident dicte la norme, série, punit, récompense, met au ban des territoires qui ne rentrent pas dans la norme. Ainsi, par le fer et par le feu, les richesses des Sud épuisés furent spoliées par les pays du Nord. (3)

Bien plus tard et après l’implosion de l’empire soviétique, ce fut la fin de l’histoire selon le mot de Fukuyama avec une pax americana qui paraissait durer mille ans. Une étude du Pnac (Programme for New American Century) recommandait de chercher un motif pour relancer l’hégémonie américaine d’une façon définitive, L’arrivée du 11 septembre fut du pain bénit. Le Satan de rechange tombait du ciel, l’Islam. Ainsi, furent organisées les expéditions punitives que l’on sait un peu partout semant le chaos, la destruction et la mort. (4)

Cependant, les signes d’un craquement de l’hégémonie occidentale commencèrent à poindre à l’horizon. Des voix inquiètes commençaient à douter de la pérennité du magister occidental. Ce n’est pas l’avis de la CIA qui a publié un rapport intitulé: Le monde en 2025. On constate une prise de conscience d’une nouvelle donne à la fois démographique, économique, financière et même dans une certaine mesure, pour la première fois, les Américains reconnaissent qu’ils ne seront plus les maîtres du monde! (5)

Pourtant et malgré cela, «l’Empire» ne se laisse pas faire. Les tenants de la «théorie de l’empire global» considèrent les événements politico-économiques internationaux survenus depuis 1989 comme témoins de la transition de l’humanité vers un «empire global», un ordre mondial polarisé autour d’une seule puissance: les États-Unis. Brzezinski estime que les États-Unis devront s’allier avec l’Europe pour dominer l’Eurasie.

A l’autre bout du curseur concernant l’avenir du Monde, le besoin d’équilibre et la multiplicité des visions, nous trouvons l’analyse lumineuse de l’ambassadeur singapourien Kishore Mahbubani qui décrit le déclin occidental: recul démographique, récession économique, et perte de ses propres valeurs. Il observe les signes d’un basculement du centre du monde de l’Occident vers l’Orient. (Citant l’ouvrage de l’historien britannique Victor Kiernan «The Lords of Humankind, European Attitudes to the Outside World in the Imperial Age» qui avait été publié en 1969, lorsque la décolonisation européenne touchait à sa fin. Victor Kiernan qui écrivait: «La plupart du temps, cependant, les colonialistes étaient des gens médiocres mais en raison de leur position et, surtout, de leur couleur de peau, ils étaient en mesure de se comporter comme les maîtres de la création. Même si la politique coloniale européenne touchait à sa fin, l’attitude colonialiste des Européens subsisterait probablement encore longtemps.» (6)

«En fait, poursuit Kishore Mahbubani, celle-ci reste très vive en ce début de XXIe siècle. Souvent, on est étonné et outré lors de rencontres internationales, quand un représentant européen entonne, plein de superbe, à peu près le refrain suivant: «Ce que les Chinois [ou les Indiens, les Indonésiens ou qui que ce soit] doivent comprendre est que…», suivent les platitudes habituelles et l’énonciation hypocrite de principes que les Européens eux-mêmes n’appliquent jamais. Le complexe de supériorité subsiste. Le fonctionnaire européen contesterait certainement être un colonialiste atavique. Comme l’écrit Mahbubani: «Cette tendance européenne à regarder de haut, à mépriser les cultures et les sociétés non européennes a des racines profondes dans le psychisme européen.» (6)

Ce que Mahbubani attaque, c’est l’anomalie absurde d’un pouvoir mondial occidental envahissant et persistant dans un monde sujet à des changements fondamentaux à la marche vers la modernité, devant le repli dans des forteresses et le triomphalisme occidental. Mahbubani reproche à l’Europe sa myopie, son autosatisfaction et son égocentrisme. Pour lui «le moment est venu de restructurer l’ordre mondial», que «nous devrions le faire maintenant». L’Occident est dans l’incapacité à maintenir, à respecter et encore plus à renforcer les institutions qu’il a créées. Et l’amoralité avec laquelle il se comporte sape davantage les structures et l’esprit de la gouvernance mondiale. (7)

Décadence? Le mot évoque le destin de l’Empire romain avec sa chute, ou son déclin, tout dépend du sens que l’on accorde à ce moment de l’Histoire. Pour Margerite Yourcenar qui évoque la décadence: «Les maux dont on meurt sont plus spécifiques, plus complexes, plus lents, parfois plus difficiles à découvrir ou à définir. Mais nous avons appris a découvrir ce gigantisme qui n’est que la contrefaçon malsaine d’une croissance, ce gaspillage qui fait croire à l’existence de richesses qu’on n’a déjà plus, cette pléthore si vite remplacée par la disette à la moindre crise, ces divertissements ménagés d’en haut, cette atmosphère d’inertie et de panique, d’autoritarisme et d’anarchie, ces réaffirmations pompeuses d’un grand passé au milieu de l’actuelle médiocrité et du présent désordre, ces réformes qui ne sont que des palliatifs et ces accès de vertu qui ne se manifestent que par des purges, ce goût du sensationnel qui finit par faire triompher la politique du pire, ces quelques hommes de génie mal secondés, perdus dans la foule des grossiers habiles, des fous violents, des honnêtes gens maladroits et des faibles sages.» (8)

Le retour du religieux responsable du chaos?

On dit que le déclin occidental est du à la sortie de la religion. «Cet imposant retour du religieux au sein de notre société pourtant théoriquement sécularisée depuis la loi de 1905 sur ladite laïcité, André Malraux l’avait anticipé: «Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connue l’humanité, va être d’y réintégrer les dieux», déclara-t-il le 21 mai 1955. Une manière de répondre, implicitement, à Friedrich Nietzsche lorsque celui-ci proclama, dans le préambule d’«Ainsi parlait Zarathoustra» (1885), la mort de Dieu. La mort de Dieu, vraiment? (…) Cette métaphore nietzschéenne, destinée à illustrer à quel point le véritable sens du divin était en train de s’éclipser à l’horizon de notre bien rétrograde monde, énonce une vérité qui, pour provocante et peut-être même excessive qu’elle soit, n’en demeure pas moins interpellante, sinon pertinente: oui, Dieu est mort! (…) L’explication ultime, en même temps que sa véritable portée théologique, s’en trouve formulée dans le non moins fameux paragraphe 125 de son «Gai Savoir» (1882): «Dieu est mort! Dieu reste mort!», s’y écrie en effet, Nietzsche. Mais il y ajoute aussitôt, d’une sentence définitive: «Et c’est nous qui l’avons tué! Comment nous consolerons-nous, nous, meurtriers entre les meurtriers! Ce que le monde a possédé de plus sacré et de plus puissant jusqu’à ce jour a saigné sous notre couteau;… qui nous nettoiera de ce sang?» (…) le même Nietzsche écrit: «On rapporte encore que ce fou entra le même jour en diverses églises et y entonna son Requiem aeternam Deo. Expulsé et interrogé, il n’aurait cessé de répondre toujours la même chose: «Que sont donc encore les églises sinon les tombeaux et les monuments funèbres de Dieu?» (9)

On le voit partout, la foi s’est refroidie en rites et elle est instrumentalisée. «C’est dire si la très sévère critique que Jean Soler, historien des religions, adresse au fil de son oeuvre, à l’encontre des trois grands monothéismes, notamment dans son tout récent «Qui est

Dieu?» s’avère fondée. Il y explique pourquoi cette croyance en un Dieu unique induit aussi souvent, lorsqu’elle exclut toute tolérance à l’égard des autres façons de penser Dieu, l’extrémisme et la violence. Il n’est pas jusqu’à l’un des plus prestigieux théologiens de l’Islam moderne, Mohammed Iqbal (1873-1938), que d’aucuns considèrent comme le «Luther de l’Islam», qui ne la posât explicitement, dès 1905..».(9)

Et en Algérie?

Nous sommes aussi par mimétisme ravageur en décadence sans avoir rien produit sinon copié outrageusement les travers d’un Occident ravageur du sens qui nous lisse dans le sens du dépenser sans penser. La décadence en Algérie, ce sont les dépenses inutiles. Ce sont ces joueurs payés à prix d’or et qui sont là pour anesthésier les jeunes pendant que le système gagne du temps et perdure ces «stars» qui roulent aussi sur deux neurones. La décadence, ce sont les fabuleux profits mal acquis pendant que les besogneux sont en apnée.

Finkelkraut –Bedar : Deux visions du monde lors du débat 

Dans le débat sur la 5, deux interventions étaient contradictoires; celle d’Alain Finkielkraut dont on connaît l’affection pour le multiculturalisme. On sait que depuis plus d´une quinzaine d´années il pense sauver la civilisation occidentale en combattant la communauté musulmane, déniant de ce fait, à la République d´être une société multiculturelle exception faite, de la culture fondement de son identité originelle. Il explique le mal-être français par le brunissement des Français. On l’aura compris, tout son argumentaire dans l’émission tourne autour de l’identité européenne qu’il dit menacée par ces hordes barbares (les Arabes,les immigrés, les Noirs). Citant à tour de bras Montaigne et Levy Strauss, chantre lui aussi, de la supériorité de l’Occident, il déclare: «On échange à partir de ce qu’on est. Si on n’a plus rien à échanger on devient un carrefour, une salle des pas perdus…Gardons notre identité.»

Laquelle identité Monsieur Finkielkraut celle des Français de souche depuis Vercingétorix, celle de ces épaves maghrébines entre deux mondes qui sont en France depuis plus d’un siècle, à la fois tirailleurs sur les champs de bataille pour sauver la France puis ces tirailleurs bétons pour la reconstruire, ou celle de ces Français de «profession» depuis quelques décades qui sont plus royalistes que le roi?

Pour Abdennour Bedar, l’Occident s’arroge le droit de construire l’universel tout seul. Nous sommes deux civilisations en face de la liberté. Il prône un universel commun en citant Paul Ricoeur. Là encore il cite le philosophe Ibn Arabi – ignoré en Occident au nom de la suprématie du sens- qui parlait de l’égalité des religions et des cultures. Il ajoute qu’il ne croit pas que les civilisations soient autosuffisantes, mais se complètent. Il parle de confluence des religions. .

On le voit, les positions sont diamétralement opposées, A Finkielkraut arc-bouté sur «son» pré carré de l’Europe qu’il veut, aseptisée de ces scories allogènes, pour garder le monopole du sens, Abdennour Bedar, lui, parle de convivialité des religions pour un apaisement de la condition humaine qui doit s’inventer une nouvelle manière de vivre. «La plus grande caractéristique de la civilisation orientale est de connaître le contentement, alors que celle de l’Occident est de ne pas le connaître.» Cette maxime de Hu-Shih résume à elle seule la boulimie sans retenue de la civilisation du toujours plus» qui amènera la planète au chaos. Ce n’est pas simplement l’Occident qui va décliner, ce sont tous les peuples qui vont le suivre dans une descente aux abimes pour n’avoir pas à temps été économes en tout…

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

Notes

1. Le Déclin de l’Occident: Encyclopédie Wikipédia

2. Discours accablant du roi des Belges aux missionnaires Léopold II en 1883

3. C.E Chitour http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=18575

4. Etude du PNAC Programm for new Amercan Century

5. Rapport de la CIA «Le monde en 2025» le 26/2/2010

6. K.Mahbubani: The Irresistible Shift of Global Power to the East, septembre 2008

7. C.E.Chitour: L’Occident à la conquête du Monde.ed. Enag. Alger. 2009

8. Marguerite Yourcenar, Mount Desert Island, 1958 dans Bernard Dugué Décadence ou déclin de nos sociétés Agoravox mercredi 18 mars 2009

9. http://laveritedesmasques.blogs.nouvelobs.com/tag/abdennour+bidar  03/10/2012

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Bienvenue dans la « zone libérée » d’Alep

novembre 29th, 2012 by Thierry Meyssan

Grâce au soutien logistique de la France, les nouvelles autorités de la « zone libérée » d’Alep sont en train d’installer une dictature religieuse inspirée du modèle saoudien. La réalité est bien éloignée des discours lénifiants des présidents Sarkozy et Hollande sur la défense de la liberté et la promotion de la démocratie.

e gouvernement français assure être en contact permanent avec les représentants des « zones libérées» en Syrie et leur fournir une aide logistique. Il déclare également œuvrer à ce que la révolution ne soit pas détournée par des islamistes.

Cependant, la Coalition nationale, qui avait été saluée comme représentant à la fois l’opposition de l’extérieur et celle de l’intérieur, a été récusée par le Comité révolutionnaire d’Alep qui a instauré un gouvernement islamique dans la « zone libérée » [1].

Le gouvernement français n’a pas clarifié sa position. Il n’a pas indiqué avoir suspendu son aide logistique (à la fois humanitaire et militaire « non létale ») à la « zone libérée » d’Alep, bien que celle-ci soit clairement aux mains des islamistes et qu’ils aient dénoncé la démocratie comme « un complot de l’Occident ». On se souvient que la France avait soutenu l’Émirat islamique de Baba Amr et que François Hollande a reçu en grande pompe plusieurs de ses dirigeants en fuite, le 6 juillet 2012 à Paris.

Il est difficile de se faire une idée précise de ce qui se passe à Alep, où trois quartiers de la banlieue (pas de la ville elle-même) sont désormais sous contrôle de groupes armés. Contrairement à Baba Amr (Homs), dont la population s’était enfuie lorsque un Émirat islamique y avait été proclamé, une partie des habitants serait restée sur place et soutiendrait les nouvelles autorités. Le tri semble d’abord s’être opéré selon des critères ethniques, la population choisissant de rester étant principalement turkmène. Puis, les hérétiques (sunnites soufis, chiites, y compris les druzes, alaouites et ismaélites) et les infidèles (chrétiens) ont été expulsés et leurs biens confisqués.

Les troupes gouvernementales n’osent pas donner l’assaut de peur de provoquer un bain de sang et de nouvelles destructions. En une semaine, une nouvelle vie a commencé à s’organiser.

Quoi qu’il en soit, les autorités « révolutionnaires » viennent de créer un Comité pour ordonner le Bien et prohiber les actes impies et, le 22 novembre, de publier leur premier acte législatif, dont nous donnons ici la traduction exhaustive :

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux, Les troubles qui secouent notre nation islamique ne doivent pas surprendre. Elle fait face aux dilemmes et aux épreuves qui l’entourent. Chaque nuit est plus sombre que la précédente. Les temps sont critiques. Le moment est difficile. Nous voyons certains de nos frères se dirigeant aveuglément dans les ténèbres. On dirait qu’ils se pressent vers leur malheur, tombant aux genoux de l’Occident sans réfléchir, courant vers le vide, pensant que le mode de vie des infidèles est le sommet de la culture, leurs mœurs la base du développement, et leurs idées la source de lumière, sans la moindre étude, ni quête. La charia et les faits montrent que ce point de vue est illégitime et impur. Des Fatwas ont été délivrées en ce sens par les plus grands cheikhs de notre nation : leurs saintetés Abd al-Aziz ibn Abd Allah ibn Baaz [2], Abdul-Azeez ibn Abdullaah Aal ash-Shaikh [3], Muhammad ibn al Uthaymeen [4], Abdullah Ibn Jibreen [5], Saleh al Fawzan [6], Bakr abu Zayd [7], Abdullah bin Ghailan et bien d’autres. Par exemple, combien de femmes vertueuses ont été déshonnorées ? Et combien de jeunes filles libérées [par l’islam] ont été offensées dans leur dignité lors d’accidents de la route ? L’un marchandant pour son honneur, l’autre prenant avantage de sa faiblesse, le troisième jouant avec ses émotions… surtout lorsqu’il sait que la pauvre fille est embarrassée par la situation et ne veut pas que son mari ou son tuteur en soit informé. C’est pourquoi le Conseil militaire et le Conseil civil provisoire d’Alep ont donné ces explications aux habitants d’Alep et ont décidé qu’il est interdit aux femmes de conduire. Toute personne contrevenant sera punie jusqu’à ce qu’elle renonce, au besoin par l’usage de la force. Le Comité pour ordonner le Bien et prohiber les actes impies est chargé de l’application de la présente. »

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

On constate que la décision est exclusivement motivée par des références aux interprètes saoudiens du Coran.

Bien que le 24 novembre soit en France la journée de lutte contre les violences faites aux femmes, la ministre française des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, n’a pas commenté cette grande avancée « révolutionnaire ».

Par ailleurs, le Comité pour ordonner le Bien et prohiber les actes impies a mis en place une police chargée d’appeler les habitants d’Alep à la prière et de punir ceux qui ne s’y rendent pas.

Dans la vidéo ci-dessous, on voit un de ces policiers rappelant aux habitants leurs devoirs de bons musulmans.

Thierry Meyssan

 

 

[1] « Les groupes armés d’Alep s’engagent pour un État islamique », Réseau Voltaire, 20 novembre 2012.

[2] Abd al-Aziz ibn Abd Allah ibn Baaz (1910-1999), ancien grand mufti d’Arabie saoudite. C’est lui qui édicta la fatwa interdisant aux femmes de conduire en Arabie saoudite. C’est également lui qui autorisa le déploiement de troupes infidèles dans la péninsule arabique lors de Tempête du désert. Il est par ailleurs célèbre pour avoir professé que le soleil tourne autour de la terre et non l’inverse. Cependant, il changea d’avis lorsque le prince Sultan ben Salman acheta une place dans le vol de la navette spatiale Discovery (au passage, je ne résiste pas au plaisir de vous rappeler que le prince Sultan s’est plaint qu’il n’était pas possible en vol de se positionner durablement en direction de La Mecque).

[3] Abdul-Azeez ibn Abdullaah Aal ash-Shaikh est l’actuel grand mufti d’Arabie saoudite. C’est lui qui ordonna la destruction du Dôme vert (la sépulture du prophète Mahommet) ainsi que de toutes les anciennes églises d’Arabie, au motif que ces monuments sont l’objet de cultes idolâtriques.

[4] Muhammad ibn al Uthaymeen (1925-2001) fut l’un des principaux maîtres salafistes d’Arabie saoudite.

[5] Abdullah Ibn Jibreen (1933-2009), maître saoudien. Il considérait les chiites comme des hérétiques et appelait à leur expulsion hors de la terre d’islam.

[6] Saleh al Fawzan est l’ancien président de la Cour suprême de Justice d’Arabie saoudite.

[7] Bakr abu Zayd est l’ancien Procureur général d’Arabie saoudite. Il est mort en 2008.

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La Palestine accèdera-t-elle (enfin) à l’ONU ?

novembre 29th, 2012 by Daniel Vanhove

Aux dernières informations, la Belgique représentée par son ministre des Affaires Etrangères Didier Reynders (MR – parti libéral de droite), serait tentée de s’abstenir lors de l’imminente demande du Président palestinien Mahmoud Abbas de reconnaître l’Etat palestinien comme simple Etat observateur de la prestigieuse organisation internationale. Faut-il s’en étonner ?

Evidemment non ! Et pour tout observateur des arcanes de la particratie belge, c’était même à prévoir… L’on connaît les orientations du MR sur la question israélo-palestinienne où déjà, croyant avoir une position éclairée, Louis Michel alors responsable de la diplomatie belge, n’avait jamais eu d’autre discours que sa niaise et déplorable « équidistance » ! Comme si une équidistance était de mise entre un occupant tout puissant soutenu par l’empire et un occupé spolié chaque jour du peu qui lui reste, voire parqué dans un ghetto comme à Gaza ! Comme si une équidistance était de mise entre un violeur (du Droit international) et un violé ! N’importe quel enfant d’école primaire dirait : ce n’est pas juste ! Seulement voilà : la couardise des uns et le lobbying exercé par d’autres ont tôt fait du sentiment de justice ou d’injustice d’une telle situation. Et le parti de droite MR nous démontre ainsi sa conception de la justice.

L’argumentaire pour justifier son hésitation à l’ONU relèverait presque de la plaisanterie si l’enjeu n’était pas si dramatique : “La question centrale est la suivante, explique le ministère des Affaires étrangères: l’initiative palestinienne à l’ONU est-elle de nature à ramener Israéliens et Palestiniens à la table des négociations? Elle constitue certainement un fait accompli qui n’est pas le résultat d’une négociation. Elle peut avoir de sérieuses conséquences sur les positions israélienne et américaine, ainsi que pour les finances publiques de l’Autorité Palestinienne”. Une si soudaine préoccupation des finances de l’Autorité palestinienne arriverait presque à nous émouvoir… et comment donc l’imprudent Président Abbas n’y a-t-il songé !? Heureusement que notre ministre est là pour lui rappeler ! Par ailleurs, en cas de viol avéré, la question « centrale » est-elle de savoir si les deux protagonistes seront ramenés autour de la table pour « négocier », ou s’il faut intervenir pour que cesse l’agression?… Quelle hypocrisie ! Quelle (mauvaise) blague Mr le ministre, et surtout, quelle mauvaise foi !

Et enfin, votre « équidistance » répétée jusqu’à plus soif, a-t-elle eu pour effet de ramener les deux parties autour de la table ? Bien sûr que non ! Puisque l’occupant n’a aucune volonté de céder quoi que ce soit des prérogatives que la Communauté internationale lui a laissées depuis des décennies. Et qu’il viole régulièrement le Droit international  sans que vous ne lui objectiez quoi que ce soit. Vous rendant de facto complice de la situation, par votre silence et votre inaction. Et cela ne vous a jamais ému ni amené à repenser cette formule absurde et inique dans le cas présent. Vous n’avez tout simplement rien fait qu’attendre passivement, parce que vous n’avez tout simplement jamais eu le courage nécessaire à écrire l’Histoire. Il en est ainsi des gens : certains écrivent l’Histoire par leur clarté de vue et leur courage, d’autres restent définitivement sur le bord de la route, telles les vaches qui regardent passer le train dans lequel elles ne monteront jamais !

Aujourd’hui, face à une décision qui aurait d’ailleurs dû être prise il y a bien longtemps, je vous invite à réfléchir à la chose suivante : le chantage ne s’arrête que lorsqu’on ne s’y soumet plus, qu’on n’y prête plus attention et que l’on trace sa voie en son âme et conscience. Laissez donc l’empire et son Etat croupion vociférer et gesticuler…

Et dans la foulée,  je me permets de vous inviter aussi à réfléchir à cette énième incapacité à faire une Europe unie, quand dans le cas présent la France a déclaré qu’elle voterait POUR la demande du Président palestinien… Un gâchis de plus, à votre crédit ?

 

Daniel Vanhove –

Observateur civil

Auteur

28.11.2012

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Généralités

Lorsque l’émir du Qatar, Hamad, fut arrivé à Gaza, à la tête d’une importante délégation comprenant son épouse, Moza, et son premier ministre, Hamad – celui-ci un cheikh non pas un émir –, il fut accueilli par le chef du gouvernement du Hamas, Ismaïl Haniyeh, qui eut organisé une cérémonie officielle grandiose pour l’occasion. Les deux hommes se tinrent côte à côte pendant que les hymnes nationaux palestinien et qatari furent joués. Certainement, un tapis rouge eut été déployé en son honneur ; et l’émir fut ensuite accueilli par un parterre de responsables du Hamas, dont les ministres du gouvernement de Gaza et un dirigeant en exil du mouvement, Saleh Arouri, venu dans le territoire palestinien pour cette occasion très glorieuse [1].

En plus, monsieur Taher al-Nounou, le porte-parole du chef du gouvernement du Hamas à Gaza, qui eût avalé sa langue en récitant les allégeances à son nouvel émir, déclara que cette visite avait une grande signification politique parce que c’était le premier dirigeant arabe – plutôt « arabique » selon notre nomenclature [2] – à briser le blocus politique [3].

Des fusées d’allégresse furent tirées, évidemment, dans le ciel de la bande de Gaza, assiégée, depuis un millénaire et quelque, par la soldatesque israélienne et la trahison arabe.

Dans les rues, des milliers de drapeaux palestiniens et qataris furent accrochés, ainsi que des photos géantes du cheikh Hamad : « Merci au Qatar qui tient ses promesses » (sic.) ; ou « Bienvenue » pouvait-on lire sur des panneaux le long de la route Salaheddine, qui parcourait le territoire palestinien du nord au sud.

L’émir a accepté d’augmenter l’investissement du Qatar de 254 à 400 millions de dollars, déclara monsieur Haniyeh, lors d’une cérémonie à Khan Younès, en présence de cheikh Hamad, pour poser la première pierre d’un projet de logements destinés à des familles palestiniennes défavorisées, qui porterait aussi le nom de son Allégresse : Hamad ou l’émir du Qatar.

Cette omniprésence de son Allégresse qui précéda l’opération militaire israélienne baptisée « pilier de défense », cette précipitation subite de l’influence qatarie à Gaza, cette extase des chefs du Hamas au point de passage de Rafah, touchés par le Saint-Esprit du despotisme obscurantiste arabique, cette montée de l’émir pendant qu’il descendait, cette apparition pendant qu’il se cachait, ce silence pendant qu’il parlait, ce bruit pendant qu’il se taisait n’étaient pas un privilège de sa nature, comme le proclamaient l’émir et ses adulateurs, ni une hallucination collective, comme l’affirmaient ses détracteurs, non, simplement un faux calcul de la part des chefs du Hamas au lendemain de leur trahison ignoble envers la Syrie et l’Iran.

La trahison du Hamas envers la Syrie et l’Iran

Avant toute chose, ce qui manquait aux médias « résistants » pendant le dernier cycle de violences à Gaza, c’était le courage ! Non celui d’insulter leur « ennemi », ici Israël, mais bien plutôt le courage de décortiquer le soi-disant « allié » quand il se fut transformé en Dalila, et « l’alliance » avec lui en la chevelure convoitée de Samson [4]. C’est ce que les médias libellés « résistants » n’osèrent pas faire en réaction de la trahison du Hamas envers la Syrie et l’Iran.

D’ailleurs, loin des fracas des obus et des missiles tirés des deux côtés, une question très simple s’imposa dès le premier jour des opérations militaires à Gaza, sur laquelle ni les médias arabes « résistants » ni ceux d’Israël n’eurent pas la « générosité » d’y répondre : Quelle mouche piqua le premier ministre israélien, monsieur Netanyahou, pour qu’il donne le feu vert à une opération militaire ? La simplicité d’une telle question, au point de départ, n’exclut pas une certaine difficulté à répondre, au point d’arrivée ; et par « répondre », nous n’attendons pas, évidemment, un tel ou tel brouhaha médiatique qui ne sert ni à présenter les faits objectifs d’une telle opération ni à « répondre » à la question ci-devant. Autrement dit, tout ce que l’on eut dit, tout ce que l’on eut publié, que ça fût par les médias israéliens ou par leurs « ennemis », les médias « résistants », ne constitua, du point de vue de l’analyse de discours, aucune matière analytique des faits objectifs menant à l’opération « pilier de défense » ; et la seule synthèse à tirer des deux discours, israélien et « résistant », c’est que les deux groupes eurent bien maîtrisé, pendant le déroulement des opérations militaires, l’art de la propagande !     

En effet, dès le début de la campagne impérialiste contre la Syrie, en mars 2011, le Hamas prit le camp de la soi-disant « révolution syrienne », voire de la guerre impérialiste contre la Syrie ; justifiant le « déplacement du fusil d’une épaule à l’autre », selon une expression libanaise, comme « soumission à la volonté des peuples arabes » en plein printemps des Arabes [5]. 

Il suffit de faire le parallèle avec la visite du premier ministre du mouvement islamiste palestinien Hamas, Ismaïl Haniyeh, au Caire, le 24 février 2012, lorsqu’il eut salué ce qu’il appela « la quête du peuple syrien pour la liberté et la démocratie [6] » (sic.).   

« Je salue le peuple héroïque de Syrie qui aspire à la liberté, la démocratie et la réforme », déclara monsieur Haniyeh devant une foule de partisans réunis dans la mosquée d’Al-Azhar, pour un rassemblement consacré à « soutenir » (sic.) la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem, et le peuple syrien [7].

Il est intéressant de savoir aussi que la première visite officielle du premier ministre Haniyeh, hors du Gaza, fut pour les Frères Musulmans, dans leur quartier général de Moqattam au Caire, où il commenta que le Hamas était « un mouvement jihadiste des Frères musulmans avec un visage palestinien ».

Monsieur Haniyeh parlait devant une foule de partisans des Frères musulmans qui scandaient « Ni Iran ni Hezbollha » ; « Syrie islamique » ; « Dégage, Bachar, dégage espèce de boucher », tandis que sa Sainteté, monsieur Haniyeh, restait de marbre [8].

D’ailleurs, il faut noter que le Hamas n’est pas seulement un mouvement islamiste palestinien, mais il est aussi issu d’une idéologie précise, celle des Frères musulmans, pires ennemis du pouvoir politique en Syrie. Ses trois fondateurs, Ahmed Yassin, Abdel-Aziz al-Rantissi et Mohammed Taha, étaient aussi issus des Frères musulmans ; ce qui explique la raison pour laquelle les chefs du Hamas se sont tournés contre le président syrien Bachar al-Assad, supporteur historique de la cause palestinienne, après qu’ils avaient reçu pendant de nombreuses années le soutien du pouvoir en Syrie face à Israël, pour se tourner brusquement 180°, pour se positionner dans le camp opposé à Damas, pour la trahir en prenant partie du camp de la Turquie, de l’Égypte et des émirats et sultanats arabiques du golfe Persique, pour se mettre en contradiction avec « l’axe-de-résistance », ou l’Arc chiite, selon la nomenclature de la réaction arabique et de l’impérialisme mondial.

Le Hamas sur le chemin d’un accord Oslo 2

Avant toute chose et selon Amos Harel, un analyste du quotidien israélien Haaretz, dès le début de l’opération militaire israélienne à Gaza, ni le Hamas ni Israël n’avaient intérêt à vagabonder dans une confrontation militaire prolongée, ni à s’engager dans une nouvelle « farce » comme celle de la guerre de Gaza en 2008 – 2009. En plus, Harel ajouta que l’évaluation des services de renseignements israéliens, rapportée au bureau du premier ministre Netanyahou, indiquait que le Hamas se considérait hors de la confrontation militaire, et n’avait pas intérêt à s’y mêler. Il précisa aussi que chaque fois que le Hamas devait choisir entre la valeur réelle de la résistance et le pouvoir politique, il choisissait toujours le deuxième [9].

Plusieurs indices nous entrainent à conclure ici que le Hamas se dirige vers un nouvel « Oslo », qui mènerait à une reconnaissance d’Israël.

Premièrement, en abandonnant « l’axe-de-résistance », en trahissant la Syrie et l’Iran, en recevant la bénédiction du Saint-Esprit de la réaction arabique, en se positionnant dans le camp des soi-disant « Arabes modérés », c’est-à-dire au sein de la guerre impérialiste contre la Syrie, le Hamas ouvre, en effet, une porte vers un nouvel « Oslo » qui mènerait à la reconnaissance d’Israël, parrainée, cette fois-ci, par l’émirat du Qatar. La visite « grandiose » de son Allégresse l’émir du Qatar à Gaza confirme cette hypothèse, surtout après que l’émir eut annoncé une aide de 400 millions de dollars US à Gaza [10] et 2 milliards de dollars à l’Égypte [11].

Deuxièmement, le parrainage de l’Égypte du dernier accord de cessez-le-feu entre Gaza et Israël, et sa conclusion subite, visait premièrement à couper le chemin aux autres organisations palestiniennes qui adoptent toujours le choix de la résistance, et qui ne se sont pas encore impliquées dans la Sainte-Alliance contre la Syrie, telles que le Jihad islamique, et le Front populaire pour la libération de la Palestine. À cela s’ajoute que l’intervention de l’Égypte et sa précipitation à déclarer un cessez-le-feu visaient aussi à maintenir l’autorité du Hamas à Gaza face au Jihad et au FPLP. Il faut noter ici que le Hamas ne prit part aux escarmouches qui précédèrent l’assassinat d’al-Jaabari entre Israël, d’un côté, et les organisations palestiniennes, de l’autre côté ; et que les combattants du Hamas ne tirèrent aucune balle contre Israël pendant les accrochages précédents ; leurs chefs ne voulaient pas se laisser entrainer dans une confrontation avec Israël, qui eût pu nuire à leur plan de se mettre sous la cape de l’émir du Qatar, Hamad. Plus tard, le Hamas fut obligé de prendre part des opérations militaires seulement après l’assassinat d’un de ses chefs militaires, al-Jaabari, sinon la « farce » eût été scandaleuse !

Troisièmement, lors de la déclaration au Caire du cessez-le-feu, le chef du Hamas, Khaled Machaal, ne fit la moindre allusion au rôle de la Syrie ni à celui de la République islamique de l’Iran, qui soutenaient, pendant de nombreuses années, la cause palestinienne, surtout le Hamas ; ce qui poussa le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, à faire allusion à l’ingratitude et au manque de reconnaissance des chefs du Hamas envers l’Iran et la Syrie [12].

Quatrièmement, la « surprise des surprises » que nous firent les chefs du Hamas, c’était la dernière fatwa [13] prohibant, sous peine d’excommunication, les attaques contre Israël [14] !  Une telle fatwa sert à établir un fondement et une légitimité religieux pour un prochain accord de paix entre Israël et le Hamas, et cela à trois niveaux : celui des relations avec Israël, celui des relations intra-palestiniennes, et celui des relations interarabes.

De la fatwa du Hamas prohibant les opérations militaires contre Israël

Primo, au niveau des relations avec Israël, une telle fatwa faciliterait, dans un futur proche, la déclaration de Gaza comme un territoire « indépendant », non pas d’Israël, mais plutôt indépendant de la Cisjordanie ; là où le chef de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, passe à Ramallah le restant de sa vie à lutter, pour ainsi dire, avec Simón Bolívar, contre la vacuité et l’ennui ; à chasser, dans son labyrinthe, les mouches vertes de son désœuvrement pénible [15].  En plus, cette fatwa confirmerait, avant toute chose, la frontière de la « Palestine » et l’officialiserait ! Non pas de la Palestine de 1948, ni celle de 1967, ni même celle de 1992, mais bien plutôt, une sorte de miniature d’une certaine Palestine quelconque et microscopique, qui s’étendrait tout au long de la côte méditerranéenne, du nord jusqu’au sud de la bande de Gaza !

Bravo Hamas ! Madre de Deus, nostro Sennor ! [16]

Secundo, au niveau intra-palestinien, une telle fatwa prohibe toute action militaire contre Israël, ce qui imposerait, par conséquent, le Hamas comme la seule autorité militaire, politique, civile et religieuse à Gaza, qui tiendrait seule la résolution de faire la guerre ou d’établir la paix avec Israël. Pourtant, cette « ascension » du Hamas au rang des dieux, officialiserait et institutionnaliserait non seulement son pouvoir à Gaza, mais aussi la division palestinienne et accélérerait la création de deux « entités » isolées et séparées l’une de l’autre par le territoire israélien : l’émirat du Hamas à Gaza et le comté de l’OLP en Cisjordanie.

Quelle comédie ! Quelle tragédie ! Et l’Éternel fut avec Josué, dont la renommée se répandit dans tout le pays [17].

Tertio, au niveau interarabe, la fatwa constitue une déclaration de la part du Hamas, aussi claire que le ciel bleu de Beyrouth au mois de juillet, indiquant la rupture complète avec le restant des pays arabes encore résistants à la normalisation avec Israël, et confirme aussi que la résistance n’est plus un choix ; et cela au grand dam du discours triomphaliste des fanfarons et des hâbleurs des médias palestiniens et de ceux libellés « résistants », au lendemain de la déclaration de la trêve entre Gaza et Israël.

Ce qui advint de Djeha-Hodja Nasreddin lorsqu’il coupa la branche sur laquelle il était assis

Djeha-Hodja Nasreddin était assis à califourchon sur une grosse branche de cerisier, ses culottes amples et son long burnous blanc enserrant sa taille et ses jambes se balançant d’un côté à l’autre, chaque fois qu’il maniait sa hache.

- Le salut sur toi, Djeha-Hodja Nasreddin Effendi ! Appela une voix en dessous.

- Sur toi le salut,  Khalid Effendi ! Dit Djeha-Hodja Nasreddin assis en équilibre sur la branche. Posant sa hache, il arrangea son turban qui avait glissé sur le côté.

- Tu vas tomber de cet arbre ! l’avertit Khalid, regardes comme tu es assis !

- Tu ferais mieux de regarder où tu marches, rétorqua Djeha-Hodja Nasreddin. Les gens qui regardent les cimes des arbres et les nuages sont sûrs de se cogner les orteils.

Soudain, la branche s’est retrouvée au sol, suivie par la hache, puis par Djeha-Hodja Nasreddin. Il était trop occupé pour remarquer qu’il était assis du mauvais côté de la branche qu’il était en train de couper.

En guise de conclusion, il nous paraît que le sort du Hamas, après la rupture avec la Syrie et l’Iran, et après la précipitation de ses chefs pour se soumettre sous la cape de l’émir du Qatar, ne serait, en aucun point, moins tragique que le sort du mullah Djeha-Hodja Nasreddin lorsqu’il eut coupé la branche sur laquelle il était assis. Coupé de son arrière-front – l’Iran et la Syrie –, la bande de Gaza se trouve désormais victime des humeurs des rois d’Israël.   

Fida Dakroub, Ph.D

Site officiel de l’auteur : www.fidadakroub.net

Note

[1] L’Orient-Le Jour. (23 octobre 2012). « L’émir du Qatar, “premier dirigeant arabe à briser le blocus politique” à Gaza ». Récupéré le 15 novembre 2012 de

http://www.lorientlejour.com/category/%C3%80+La+Une/article/784187/Lemir_du_Qatar,_%22premier_dirigeant_arabe_a_briser_le_blocus_politique%22_a_Gaza.html

[2] Nous distinguons dans nos écrits entre l’Arabe et l’Arabique ou l’habitant de la péninsule Arabique qui, vue son substrat culturel, se tient en opposition avec le premier, l’Arabe. Ce dernier eut créé en Syrie, précisément à Damas, et par l’entremise de la civilisation grecque et syriaque, ou chrétienne syrienne, l’une des plus grandes civilisations dans l’histoire humaine, la civilisation arabe.

[3] loc.cit.

[4] Parmi les textes de la Bible ayant inspiré les artistes, on trouve l’épopée de Samson et sa mésaventure avec Dalila. Cette histoire figure au Livre des Juges (13 : 1 – 16 : 22).

[5] L’auteur utilise l’expression ironique « le printemps des Arabes » au lieu du « printemps arabe ».

[6] France 24. (24 février 2012). « Le Hamas officialise son divorce avec le régime de Damas ». Récupéré le 26 novembre 2012 de

http://www.france24.com/fr/20120224-leader-hamas-salue-resistance-peuple-syrien-contestation-ismail-haniyeh

[7] loc.cit.

[8] loc.cit.

[9] Harel, Amos (15 novembre 2012). “Gaza escalation doesn’t necessarily mean Israel is headed for war”. Publié dans Haaretz. Récupéré le 26 novembre 2012 de

http://www.haaretz.com/blogs/east-side-story/gaza-escalation-doesn-t-necessarily-means-israel-is-headed-for-war.premium-1.478169#

[10] Rudoren, Jodi. (23 octobre 2012). “Qatar’s Emir Visits Gaza, Pledging $400 Million to Hamas”. Publié dans le The New York Times. Récupéré le 26 novembre 2012 de http://www.nytimes.com/2012/10/24/world/middleeast/pledging-400-million-qatari-emir-makes-historic-visit-to-gaza-strip.html?_r=1&

[11] Henderson, Simon. (22 octobre 2012). « Qatar’s emir visits Gaza ». Publié dans le Washington Institute. Récupéré le 26 novembre 2012 de

http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/qatars-emir-visits-gaza

[12] Une annonce en public du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Récupéré le 26 novembre 2012 de

http://audio.moqawama.org/details.php?cid=1&linkid=3674

[13] Une fatwa est, dans l’islam, un avis juridique donné par un spécialiste de loi islamique sur une question particulière.

[14] Kamal, Sana. (27 novembre 2012). حماس تُحرّم خرق التهدئة وتسيّر دوريات حدوديّة Publié dans al-Akhbar. Récupéré le 26 novembre 2012 (vue le décalage de l’heure entre le Liban et le Canada) de

http://www.al-akhbar.com/node/172380

[15] Allusion au roman de Gabriel García Márquez «  Le Général dans son labyrinthe ». Il s’agit d’un conte romancé des derniers jours de Simón Bolívar, le libérateur et le leader de la Colombie ; il retrace aussi le voyage final de Bolívar de Bogotá à la côte nord de la Colombie dans sa tentative de quitter l’Amérique du Sud pour un exil en Europe.

[16] Mère de Dieu, notre Seigneur. Le manuscrit des Cantigas de Santa María est un des plus importants recueils de chansons monophoniques de la littérature médiévale en Occident, rédigé pendant le règne du roi de Castille Alphonse X dit El Sabio ou Le Sage (1221-1284).

[17] Le Livre de Josué, 6 : 27.

Docteur en Études françaises (The University of Western Ontario, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur en théorie bakhtinienne. Elle est  aussi militante pour la paix et les droits civiques.
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La dernière guerre au Congo a pris fin en 2003 et a fait 5,4 millions de morts: le pire désastre humanitaire depuis la deuxième guerre mondiale. C’est le silence international qui a permis ce massacre; la guerre a été ignorée et ses causes dissimulées parce que des gouvernements soutenaient les groupes impliqués dans les combats. Maintenant une nouvelle guerre a commencé au Congo et le silence est, une fois de plus, assourdissant.

Le président Obama ne semble pas avoir remarqué qu’une nouvelle guerre avait éclaté dans le Congo encore marqué par la dernière guerre; il semble ne pas voir le problème des réfugiés ni les crimes de guerre commis par la milice M23 qui envahit le pays et attaque le gouvernement démocratiquement élu de la République Démocratique du Congo (RDC).

Mais les apparences sont trompeuses. Les mains du gouvernement étasunien sont rouges de sang dans ce conflit tout comme elles l’étaient dans le conflit précédent au Congo sous la présidence de Bill Clinton. L’inaction du président Obama est un encouragement volontaire aux envahisseurs exactement comme celle de Clinton l’était. Au lieu de dénoncer l’invasion et la tentative de renversement d’une gouvernement démocratiquement élu, Obama se rend volontairement complice des envahisseurs en gardant le silence, un silence qui pèse très lourd.

Pourquoi Obama fait-il cela?  Les envahisseurs sont armés et financés par le Rwanda, un “grand allié”, une marionnette des Etats-Unis. L’ONU a publié un rapport qui démontre que le gouvernement Rwandais soutient les rebelles mais le gouvernement et les médias étasuniens font semblant de croire que cette information est sujette à caution.

La dernière guerre au Congo a fait 5,4 millions de morts et était aussi la conséquence de l’invasion de soldats rwandais et ougandais comme le journaliste français, Gérard Prunier, l’explique dans son excellent ouvrage “La guerre mondiale de l’Afrique”.

En fait, de nombreux criminels de guerre rwandais impliqués dans la dernière guerre du Congo et recherchés par le Cour Criminelle Internationale de l’ONU, comme Bosco Ntaganda, dirigent la milice M23. Le président actuel du Rwanda, Paul Kagamé est un “grand ami” des Etats-Unis et un des criminels de guerre les plus notoires de la planète à cause du rôle capital qu’il a joué dans le génocide au Rwandais et la guerre du Congo qui lui a fait suite.

Un groupe de militants congolais et rwandais ne cesse de réclamer que Kagamé soit jugé pour son rôle clé dans le génocide rwandais.

Comme Prunier l’explique dans son livre, le génocide rwandais a été déclenché par l’invasion du Rwanda par Kagamé – à partir de l’Ouganda, un allié des Etats-Unis. Après que Kagamé ait pris le pouvoir au Rwanda après le génocide, il a informé les Etats-Unis – au cours d’un voyage à Washington – qu’il allait envahir le Congo. Dans “La guerre mondiale de l’Afrique” Prunier cite Kagamé:

“J’ai fait allusion [aux Etats-Unis] au fait que si la communauté internationale ne faisait rien [contre le Congo] le Rwanda agirait… Mais ils [l'administration Clinton] n’ont pas fait de réponse” (p 68).

Dans la langue de la diplomatie internationale, le fait de ne pas répondre à la menace d’une invasion militaire constitue un feu vert diplomatique incontestable.

Obama donne à nouveau le même feu vert aveuglant aux mêmes criminels de guerre alors qu’ils envahissent à nouveau le Congo.

Mais pourquoi recommencer une guerre ? Le président actuel de la RDC, Joseph Kabila, a aidé à mener l’invasion militaire pendant la dernière guerre congolaise. Comme un bon toutou, il avait donné l’immense richesse minérale et pétrolière du Congo à des multinationales. Mais ensuite il a commencé à tirer sur sa laisse.

Il s’est distancé des marionnettes étasuniennes du Rwanda et de l’Ouganda sans parler du Fond Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale qui sont sous la coupe des Etats-Unis. Le FMI par exemple a déconseillé à Kabila de conclure un accord stratégique de développement et d’infrastructures avec la Chine mais Kabila ne l’a pas écouté. Selon l’Economist :

“… Il semble que [le Congo] ait gagné le combat qui l’opposait à des donateurs étrangers à propos d’un accord d’exploitation minière et de développement des infrastructures d’une valeur de 9 milliards de dollars qu’il avait conclu l’année précédente avec la Chine. Le FMI qui s’y était opposé en objectant que l’accord imposerait au Congo une nouvelle dette massive, a du coup repoussé l’annulation de la dette de plus de 10 milliards de dollars que le Congo a déjà.”

Ces événements ont instantanément transformé l’ami peu sûr qu’était Kabila en ennemi. Les Etats-Unis et la Chine se sont tous les deux précipités comme des fous sur l’immense richesse en matières premières de l’Afrique et les Etats-Unis n’ont pas supporté la nouvelle alliance de Kabila avec la Chine.

Kabila a contrarié encore davantage ses anciens alliés en exigeant de renégocier les contrats  qui garantissaient des super-profits aux multinationales qui exploitaient les métaux précieux du Congo afin que le pays bénéficie un peu de ses propres richesses.

Le RDC possède 80% du cobalt mondial, un minéral extrêmement précieux qui est utilisé dans la fabrication d’appareils technologiques modernes comme les armes, les téléphone cellulaires et les ordinateurs. La RDC est peut-être le pays le plus riche du monde en ressources minérales – il a de tout à profusion, des diamants au pétrole – mais son peuple est un des plus pauvres au monde parce que cela fait des générations que ses richesses sont pillées.

Et voilà qu’une nouvelle guerre se profile et l’ONU ne bouge pas. Il y a 17 500 casques bleus en RDC sans parler des Forces Spéciales étasuniennes. La milice M23 des envahisseurs compte 3000 combattants. Quelle a été la réaction de l’ONU à l’invasion ? Selon le New York Times:

“Les officiels de l’ONU ont dit qu’ils n’avaient pas assez de personnel pour repousser les rebelles et qu’ils craignaient des dommages collatéraux, mais beaucoup de Congolais ont rendu leur propre verdict. Mercredi, des émeutiers de Bunia, au nord de Goma, ont mis à sac les quartiers du personnel des Nations Unies.”

Si Obama et/ou  l’ONU avaient déclaré officiellement qu’ils défendraient militairement le gouvernement congolais élu contre l’invasion, la milice M23 n’aurait pas bougé.

Human Rights Watch et d’autres groupes ont accusé à juste titre les commandants de M23 d’être responsables “de massacres ethniques, de recrutement d’enfants, de viols massifs, d’assassinats, d’enlèvements et de torture.”

Mais à l’ONU l’administration d’Obama a activement défendu la milice. Le New York Times ajoute:

“Certains groupes de défense des droits humains reprochent à Susan E. Rice, l’ambassadrice étasunienne aux Nations Unies et la principale postulante au poste de Secrétaire d’Etat du président Obama, d’avoir été beaucoup trop tendre jusqu’ici avec le Rwanda qui est une allié fidèle des Etats-Unis et avec son président, Paul Kagamé, qu’elle connait depuis des années. Les militants l’ont accusée d’avoir édulcoré une résolution du Conseil de Sécurité qui devait mentionner les liens du M23 avec le Rwanda et d’avoir essayé de bloquer la publication d’une partie d’un rapport de l’ONU qui détaillait la manière dont le Rwanda soutenait clandestinement le M23.”

Il est probable que l’administration Obama sortira de son inaction aussitôt que ses alliés du M23 auront réussi a renverser le régime et rouvert l’accès des richesses congolaises aux multinationales étasuniennes. Il y a en ce moment des pourparlers en Ouganda, un pays aux ordres des Etats-Unis, entre le M23 et le gouvernement congolais. Il est peu probable qu’ils donnent beaucoup de résultats à moins que Kabila ne démissionne et ne permette au M23 et à ses parrains rwandais de prendre le pouvoir dans le pays. Le M23 sait qu’il est dans une position favorable pour négocier étant donné le silence de l’ONU et du gouvernement étasunien.

Si la guerre s’éternise, il faut s’attendre à davantage de silence international. Il faut s’attendre à davantage de massacres et de nettoyage ethnique et il faut s’attendre à ce que le peuple congolais qui n’est pas encore remis du dernier conflit soit à nouveau jeté dans des camps de réfugiés où il sera à nouveau massacré par la milice, violé, affamé et soumis à toute la barbarie qui a accompagné cette guerre particulièrement brutale, une barbarie qui se déchaîne sans limites sous la protection du silence.

Shamus Cooke

 

Références

http://news.nationalpost.com/2012/08/17/opposition-
groups-want-rwandan-president-paul-kagame-investigated-for-war-crimes/

http://www.economist.com/node/13496903?zid=
309ah=80dcf288b8561b012f603b9fd9577f0e

http://www.nytimes.com/2012/11/22/world/africa/
congo-rebels-in-goma-vow-to-take-kinshasha.html

Texte original en anglais :

congo

Humanitarian Coverup: Why is Obama Silent Over the New Congo War? Publié le 26 novembre 2012.

Traduction: Dominique Muselet, Alter-Info.net

 

Shamus Cooke est assistant social et syndicaliste. Il écrit pour Workers Action (shamuscooke@gmail.com)

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Des protestations de masse ont éclaté vendredi partout en Egypte contre le président, Mohamed Morsi et les Frères musulmans (FM) au pouvoir. La veille, Morsi avait promulgué une nouvelle Déclaration constitutionnelle étendant ses pouvoirs dictatoriaux et qu’il avait initialement revendiqués en prenant la relève en août dernier de la junte du Conseil suprême des forces armées (CSFA).

Dans des scènes rappelant les premiers jours de la révolution égyptienne, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés sur la Place Tahrir au Caire. Des jeunes en colère ont scandé des slogans contre Morsi et les FM et pour la poursuite de la révolution. Les chants communs étaient : « A bas l’autorité du Guide suprême des Frère musulmans ! » et « Le peuple veut l’éviction des Frères » et « Le peuple veut la chute du régime. »

Dans les rues avoisinant la Place Tahrir, les manifestants ont été attaqués par la police à l’aide de gaz lacrymogène, de balles de caoutchouc et de véhicules blindés. Les Forces de sécurité centrales et les unités de l’armée ont bouclé avec des fils de fer barbelé le bâtiment du Conseil des ministres et le siège du parlement. Des fourgons de police anti-émeute ont été déployés dans le centre du Caire.

Des affrontements massifs ont eu lieu dans la rue Mohammad Mahmoud au Caire où les affrontements entre les manifestants et les force de police se poursuivent depuis lundi. Des jeunes en colère ont scandé des slogans contre le ministre de l’Intérieur tout en combattant les forces de sécurité. Depuis lundi, des centaines de manifestants ont été blessés et plus d’une centaine ont été interpellés.

Des manifestations contre les Frères musulmans se sont déroulées dans diverses villes égyptiennes. A la fin de la prière du vendredi à la mosquée Al-Qaid Ibrahim, dans la ville côtière d’Alexandrie, des milliers de personnes ont réclamé la « Chute du Guide suprême ». Une foule pro Morsi aurait aussi été présente à la mosquée et des affrontements ont éclaté de part et d’autre.

Plus tard dans la journée, les manifestants ont envahi trois quartiers généraux locaux du Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), le bras politique des FM. Ils ont scandé « A bas le régime du Guide suprême. » Le chef de la sécurité d’Alexandrie, Abdel Meguid Lofty, a ordonné aux forces de sécurité de sécuriser le principal quartier général du PLJ en ville.

D’autres quartiers généraux du PLJ ont été assaillis à Port Saïd. Après des affrontements avec des membres des Frères musulmans, les manifestants ont escaladé le bâtiment et arraché l’enseigne du PLJ. Dans la ville industrielle de Mahalla al-Kubra, des combats de rue auraient eu lieu entre manifestants et partisans des Frères. Des manifestations anti-Frères se sont déroulées à Ismailia, Assiut, Suez, Minya, Damietta et Aswan.

Morsi a qualifié les manifestants de « voyous payés ». S’exprimant devant une foule de partisans devant le palais présidentiel à Héliopolis, il a affirmé que les protestataires « étaient payés pour jeter des pierres dans la rue Mohamed Mahmoud » et a juré de ne tolérer aucune attaque contre les institutions de l’Etat.

Morsi en a appelé aux forces libérales et pseudo-gauches de l’establishment politique qui participaient activement aux protestations. « La Déclaration constitutionnelle ne cherche pas à venger qui que ce soit, » a-t-il déclaré en ajoutant : « Je suis de votre côté qui que vous soyez et où que vous soyez… ceux qui me soutiennent et ceux qui m’opposent. Je ne privilégierai jamais un camp contre un autre. »

Durant les protestations révolutionnaires de masse de l’année dernière contre le président Hosni Moubarak, l’impérialisme américain s’était fermement positionné derrière le régime égyptien. Alors que Morsi élaborait sa déclaration, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, déclarait mercredi lors d’une conférence de presse au Caire : « Le nouveau gouvernement égyptien assume la responsabilité et la direction qui font depuis longtemps de ce pays une pierre angulaire de la paix et de la stabilité dans la région. »

Washington a réagi à la prise de pouvoir de Morsi en appelant au calme et en demandant à la population égyptienne d’engager un « dialogue démocratique » avec le dernier dictateur en date qui opère comme sa marionnette au Caire.

« Les décisions et les déclarations annoncées le 22 novembre soulèvent des inquiétudes chez de nombreux Egyptiens et au sein de la communauté internationale, » a dit la porte-parole du Département d’Etat, Victoria Nuland. « Nous appelons au calme et nous encourageons toutes les parties à travailler ensemble, et nous appelons tous les Egyptiens à résoudre pacifiquement et par le dialogue démocratique leurs différends sur ces questions importantes. »

Ces protestations reflètent l’hostilité populaire grandissante contre Morsi et les FM au pouvoir – qui poursuivent la politique anti-classe ouvrière et pro-impérialiste de Moubarak – ainsi que les tensions grandissantes au sein de l’élite dirigeante égyptienne.

Les manifestations de vendredi avaient initialement été appelées par une coalition de divers partis libéraux et pseudo-gauches – y compris le Parti de l’Alliance populaire socialiste, les Socialistes révolutionnaires (SR) et le Parti des Egyptiens libres du magnat milliardaire Nagib Sawiris – pour protester contre la mainmise islamiste sur l’élaboration de la nouvelle constitution égyptienne.

Cependant depuis lundi, qui a marqué l’anniversaire de la rébellion l’année dernière de la rue Mohammed Mahmoud contre la junte militaire, les jeunes mènent une lutte contre les forces de sécurité de Morsi dans le centre du Caire.

Durant le massacre brutal perpétré par Israël à Gaza, Morsi s’est révélé être une marionnette de l’impérialisme occidental. Alors que des centaines de roquettes s’abattaient sur population sans défense à Gaza, Morsi a collaboré étroitement avec Israël et les Etats-Unis pour isoler les Palestiniens en se présentant comme la nouvelle figure de proue de l’impérialisme américain dans la région.

De plus, en Egypte même, Morsi est en train de planifier d’importantes attaques contre la classe ouvrière. Mardi 20 novembre, il a obtenu un prêt de 4,8 milliards de dollars du Fonds monétaire International (FMI) basé sur des projets de réduction du déficit budgétaire de l’Egypte et de libéraliser davantage son économie. Mercredi, son gouvernement a approuvé la réduction des subventions du carburant.

Le dernier élément déclencheur des protestations a été la déclaration présidentielle de Morsi. Dans l’article VI de sa déclaration, Morsi revendique des pouvoirs extraordinaires en disant que « le président est autorisé à prendre toutes les mesures qu’il juge nécessaires pour préserver et sauvegarder la révolution, l’unité nationale ou la sécurité nationale. »

L’annonce a clairement montré à de vastes sections de la population égyptienne que Morsi était un ennemi de la classe ouvrière. Il est prêt à recourir à des mesures impitoyables et dictatoriales pour essayer d’écraser la population et poursuivre fondamentalement la même politique que celle de Moubarak.

« Morsi a dit qu’il réserverait un traitement ferme aux manifestants, c’est exactement ce que Moubarak avait dit avant lui, » a expliqué Mahmoud El-Banna, qui était venu de Beni Suef, une ville en haute Egypte, pour manifester sur la Place Tahrir contre Morsi.

S’attendant à une opposition face à sa prise de pouvoir, Morsi en a appelé aux membres des Frères musulmans pour sortir et manifester leur soutien. Bien que les FM aient amené de la campagne leurs partisans en cars, et que les partis salafistes Al-Nour et Al-Assala ainsi que l’ultra-islamiste Al-Gama’a Al-Islamiyya aient rejoint les protestations, la foule sur la Place Tahrir a éclipsé les manifestants islamistes.

Johannes Stern

 

Article original, WSWS, paru le 24 novembre 2012

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Le cessez-le-feu qui a mis fin à la guerre éclair de huit jours menée par Israél contre Gaza est déjà menacé, après que des forces israéliennes ont tué un Palestinien à la frontière.

Anwar Qdeih, 23, a été abattu d’une balle en pleine tête lorsqu’il tentait de placer un drapeau sur le mur de séparation près de Khan Younis, au Sud de Gaza. Environ 20 autres Palestiniens ont été blessés. Israël a affirmé avoir réagi à « l’activité violente » de 300 manifestants.

L’accord de fin des hostilités a été imposé à Israël par Washington qui s’inquiétait que l’invasion terrestre qu’Israël menaçait de lancer, risquait de mettre en danger ses intérêts plus larges dans la région, notamment sa campagne contre la Syrie et ses plans de guerre contre l’Iran. Néanmoins, le Premier ministre Benyamin Netanyahu a menacé, « Nous sommes également préparés pour le cas où le cessez-le-feu ne serait pas maintenu, et nous saurons comment réagir si besoin est. »


Les conséquences du bombardement israélien sur Gaza [Photo : Norwegian People's Aid]

 

 

 

 

 

 

 

Netanyahu a été critiqué par des forces de droite pour n’avoir pas envoyé des milliers de soldats à Gaza. Il a dû en conséquence expliquer les calculs politiques qui sous-tendent «L’Opération pilier de défense » et son arrêt.

D’un point de vue militaire, Netanyahu a avancé l’idée qu’Israël a réussi à dégrader les infrastructures de Gaza et à détruire 90 pour cent des fusées à longue portée Fajr-5 que l’Iran avait livré au Hamas, ainsi que les M-75 produites sur place et pouvant atteindre Tel-Aviv ou Jérusalem, et leurs lanceurs situés dans des silos enterrés. L’opération a testé le système anti-missile “Dôme de Fer” d’Israël, qui d’après le gouvernement a intercepté avec succès au moins 85 pour cent des missiles ayant la plus longue portée.

Le Hamas a également été testé quant à sa détermination à accepter un accord avec Israël à pratiquement n’importe quel prix. Il a déjà déclaré un soutien de facto à la campagne de l’opposition islamiste qui veut faire tomber le régime syrien de Bashar el-Assad lorsqu’il a délocalisé son quartier général extérieur, depuis Damas à Doha au Qatar, et il était en pleines négociations secrètes avec Israël lorsque Netanyahu a lancé sa dernière offensive.

Ni Tel-Aviv ni Washington ne voulaient faire tomber le Hamas, ce qui laisserait un vide au pouvoir et éliminerait un allié potentiel contre la Syrie et l’Iran – c’est particulièrement clair en regard du rôle joué par son organisation-sœur, les Frères musulmans d’Egypte. Comme l’a dit Netanyahu, « Nous avons aussi d’autres fronts. Nous devons prendre en compte la situation dans son ensemble. »

Netanyahu a particulièrement insisté sur le soutien qu’il a reçu du gouvernement d’Obama, lequel, en dépit du soutien à peine voilé que Netanyahu accordait à son rival républicain Mitt Romney lors des élections présidentielles américaines, a été « encourageant, efficace, et conciliant » – et aussi de la part de l’Égypte.

Le président Égyptien Mohammed Morsi et son régime des Frères musulmans ont négocié le cessez-le-feu et se sont engagés à le maintenir. Netanyahu a également demandé et reçu l’engagement de l’Égypte à augmenter la sécurité à sa frontière et s’assurer qu’aucune arme ne sera livrée à Gaza.

L’Égypte devra également augmenter sa collaboration avec Israël dans la péninsule du Sinaï, arrêter les personnes désignées comme militantes et clore les tunnels qui mènent à la bande de Gaza. Elle aurait déjà commencé à faire appliquer le cessez-le-feu. Mercredi, trois roquettes ont été saisies par les forces de sécurité égyptiennes à Sheikh Zewayed, près de Gaza.

Nonobstant les déclarations de solidarité cyniques des Frères avec les Palestiniens, ils travaillent en lien avec les États-Unis et Israël – d’abord en Syrie et maintenant à Gaza. À peine Israël avait-il commencé son attaque contre Gaza que Morsi entamait une offensive diplomatique au Caire pour parvenir à un armistice, recevant les ministres des affaires étrangères de Turquie, d’Allemagne et du Qatar, ainsi que l’Américaine Hillary Clinton. Son but était de bloquer le développement potentiel d’une opposition populaire plus large à la guerre en Égypte, en Israël, et dans toute la région.

Morsi et les Frères dépendent tout autant des États-Unis que le régime déposé d’Hosni Moubarak, et leurs liens internationaux présentent un avantage supplémentaire pour Washington et Tel-Aviv. Le mouvement Ennahda, signifiant Parti de la Renaissance, est un autre de ses partis-frères, et il est maintenant au pouvoir dans la Tunisie post-Ben Ali. Le Parti de la Justice et du développement, formé par les Frères, est maintenant le deuxième parti le plus important du régime libyen mis en place par les États-Unis. En Syrie également, les Frères sont considérés comme un intermédiaire généralement fiable pour les États-Unis au sein du mouvement d’opposition à Assad. Il n’est donc pas très surprenant que Netanyahu ait décrit sa relation de travail avec Washington et Le Caire comme « une grande réussite pour la politique israélienne et la stabilité de la région. »

L’Égypte n’est que l’exemple le plus marquant de tous les régimes arabes. Pas un seul d’entre eux n’a levé le petit doigt pour soutenir les Palestiniens, même sous la forme d’un embargo commercial et sur le pétrole appliqué aux soutiens d’Israël, ou de demandes d’une « zone d’interdiction aérienne » et de « couloirs humanitaires » qui constituent leur fonds de commerce quand ils parlent de la Syrie. Encore une fois, les Palestiniens ont été des pions sacrifiés sur l’échiquier régional.

Les factions bourgeoises rivales parmi les Palestiniens ont toutes deux été démasquées comme étant en faillite politique.

Mahmoud Abbas, le “Président” de l’Autorité Palestinienne, et son parti le Fatah, ont été compromis par leur refus de s’opposer à Israël, se révélant encore une fois comme les pantins de Washington, les gendarmes d’Israël.

Ce n’est qu’après deux jours de bombardement ininterrompus de Gaza par Israël qu’Abbas a fait une déclaration tardive et tiède sur ces attaques.

Lorsque des Palestiniens en colère ont envahi les rues de Cisjordanie en soutien à Gaza et chanté des slogans appelant à la fin des Accords d’Oslo et contre la fraude que constituent les négociations avec Israël, le Fatah a ordonné aux Forces de sécurité palestiniennes d’arrêter les manifestants qui forçaient les barrages pour pénétrer en Israël. Ensuite, les soldats Israéliens sont entrés, ont tiré à balles réelles, à balles d’acier recouvertes de caoutchouc, et aux lacrymogènes, tuant au moins deux Palestiniens.

Peut-être encore plus emblématique, il y a le degré auquel le Hamas a montré qu’il était prêt à passer à une nouvelle étape de sa relation avec Tel-Aviv après des années à se présenter comme une opposition combative contre la collusion du Fatah.

Le Hezbollah, parti islamiste Chiite du Liban qui, avec le Hamas, était décrit par le passé comme faisant partie d’un « arc de résistance » à Israël passant par l’Iran et la Syrie, a également été complice de la guerre d’Israël contre les Palestiniens. Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, a publié une déclaration pour la forme condamnant Israël, mais a refusé d’ouvrir un deuxième front contre lui. Il n’a même pas appelé à une grande manifestation en soutien aux Palestiniens. Le Cheikh Hasan Ezzedine, un représentant important du parti, quand il lui a été demandé si le Hezbollah s’impliquerait, a répondu au Daily Star, « c’est une question prématurée. Le peuple Palestinien a pour le moment montré sa capacité à s’opposer à l’agression d’Israël. »

Les calculs politiques de Netanyahu s’appuient sur la capacité de telles forces bourgeoises arabes à contrôler l’opposition contre les desseins impérialistes d’Israël et de Washington qui visent les ressources énergétiques du Moyen-Orient. En politique intérieure, il s’appuie sur le caractère purement théorique de l’opposition officielle « de gauche » au militarisme. L’hypocrisie des critiques faites par celle-ci a trouvé une expression grotesque dans un éditorial du 23 novembre de Haaretz, intitulé « à la gloire de Netanyahu », qui exprimait « notre appréciation de ce gouvernement et de son dirigeant pour la relative retenue dont ils ont fait preuve. »

Reuters écrit que Netanyahu peut « se sentir rassuré après son offensive contre Gaza alors qu’il porte son regard à nouveau sur son principal défi stratégique – l’Iran. » Mais il insiste sur le fait que l’Iran est « dans une tout autre catégorie que les problèmes posés par le groupe islamiste Hamas. » et que « les divisions concernant une attaque bien plus difficile sur le lointain Iran restent aussi profonde qu’elles l’ont toujours été. »

En fin de compte, toutes les machinations et les manœuvres de Netanyahu négligent le fait qu’Israël, comme ses voisins arabes, est consumé par des tensions sociales grandissantes générées par l’aggravation de la crise économique mondiale.

Alors que des centaines de milliers de gens ont participé aux manifestations de l’an dernier contre l’inégalité sociale et la pauvreté, ces sentiments très répandus ainsi que l’opposition populaire au militarisme ne trouvent aucune expression politique dans le système politique israélien. Ces conditions créent cependant la possibilité de construire un mouvement unifié des travailleurs arabes et juifs sur une base socialiste et internationaliste.

Article original, WSWS, paru le 24 novembre 2012

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Femmes du Mali : Disons non à la guerre par procuration

novembre 27th, 2012 by Collectif d'auteurs

” Le poisson se trompe s’il croit que le pêcheur est venu pour le nourrir ”
                                                                                              Karamoko Bamba (Mouvement Nko)
 
 
“Nous ne voulons plus qu’on ignore que,
sous nos foulards colorés, nous ne dissimulons pas seulement, d’un  geste rapide,
les serpents indomptés de nos noires ou blanches chevelures tressées, serrées, mais des idées.”
 
” L’Afrique mutilée “
Aminata TRAORÉ et Nathalie M’DELA-MOUNIER
Editions Taama 2012
 

De la situation dramatique du Mali, il ressort une réalité terrible qui se vérifie dans d’autres pays en conflit : l’instrumentalisation des violences faites aux femmes pour justifier l’ingérence et les guerres de convoitise des richesses de leurs pays. Les femmes africaines doivent le savoir et le faire savoir.

Autant l’amputation du Mali des deux tiers de son territoire et l’imposition de la charia aux populations des régions occupées sont humainement inacceptables, autant l’instrumentalisation de cette situation, dont le sort réservé aux femmes, est moralement indéfendable et politiquement intolérable.

Nous avons, de ce fait, nous femmes du Mali, un rôle historique à jouer, ici et maintenant, dans la défense de nos droits humains contre trois formes de fondamentalisme : le religieux à travers l’islam radical; l’économique à travers le tout marché; le politique à travers la démocratie formelle, corrompue et corruptrice.

Nous invitons toutes celles et tous ceux qui, dans notre pays, en Afrique et ailleurs, se sentent concernés par notre libération de ces fondamentalismes à joindre leurs voix aux nôtres pour dire “Non” à la guerre par procuration qui se profile à l’horizon. Les arguments suivants justifient ce refus.

Le déni de démocratie

La demande de déploiement de troupes africaines au nord du Mali, transmise par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union Africaine (UA) aux Nations Unies, repose sur un diagnostic délibérément biaisé et illégitime. Il n’est fondé sur aucune concertation nationale digne de ce nom, ni au sommet, ni à la base. Ce diagnostic exclu par ailleurs la lourde responsabilité morale et politique des nations, celles qui ont violé la résolution 1973 du Conseil de Sécurité en transformant la protection de la ville libyenne de Ben Ghazi en mandat de renverser le régime de Mouammar Kadhafi et de le tuer. La coalition des séparatistes du mouvement national de libération de l’Azawad (MLNA), de Al Kaeda au Maghreb Islamique (AQMI) et de ses alliés qui a vaincu une armée malienne démotivée et désorganisée doit également cette victoire militaire aux arsenaux issus du conflit libyen.

Le même Conseil de Sécurité va-t-il approuver, dans les jours à venir le plan d’intervention militaire  que les Chefs d’Etat africains ont approuvé en prétendant corriger ainsi les conséquences d’une guerre injuste par une guerre tout aussi injuste ?

Marginalisée et humiliée dans la gestion de la crise “libyenne”, l’Union Africaine peut-elle, doit-elle se lancer dans cette aventure au Mali sans méditer les enseignements de la chute du régime de Mouammar Kadhafi ?

Où est la cohérence dans la conduite des affaires du continent par les dirigeants africains, dont la plupart s’était opposé en vain à l’intervention de l’OTAN en Libye, lorsqu’ils s’accordent sur la nécessité d’un déploiement de forces militaires au Mali, aux conséquences incalculables.

L’extrême vulnérabilité des femmes dans les zones en conflit

L’international Crisis Group prévient, à juste titre, que « Dans le contexte actuel, une offensive de l’armée malienne appuyée par des forces de la CEDAEO et/ou d’autres forces a toutes les chances de provoquer davantage de victimes civiles au Nord, d’aggraver l’insécurité et les conditions économiques et sociales dans l’ensemble du pays, de radicaliser les communautés ethniques, de favoriser l’expression violente de tous les groupes extrémistes et, enfin, d’entraîner l’ensemble de la région dans un conflit multiforme sans ligne de front dans le Sahara ». (« Le Mali : Éviter l’escalade » International Crisis Group – http://www.crisisgroup.org/fr- 18 juillet 2012).

Ces conséquences revêtent une gravité particulière pour les femmes. Leur vulnérabilité qui est sur toutes les lèvres, devrait être présente dans tous les esprits lors des prises de décisions, et dissuasive quand la guerre peut être évitée. Elle peut l’être. Elle doit l’être, au Mali.

Rappelons que les cas de viols que nous déplorons dans les zones occupées du Nord de notre pays risquent de se multiplier avec le déploiement de plusieurs milliers de soldats. A ce risque, il faut ajouter celui d’une prostitution plus ou moins déguisée qui se développe généralement dans les zones de grande précarité et par conséquent les risques de propagation du VIH/SIDA. Le  plan d’intervention militaire sur lequel le Conseil de Sécurité va se pencher prévoit-il des moyens de mettre réellement les femmes et les fillettes du Mali à l’abri de ce type de situation désastreuse ?

Rappelons également que sur l’ensemble du territoire les sanctions économiques imposées par la communauté internationale au peuple malien au nom du retour à un ordre constitutionnel discrédité affectent considérablement les groupes vulnérables. Les femmes du fait de la division sexuelle des tâches sont confrontées au niveau domestique à l’énorme difficulté d’approvisionnement des familles en eau, nourriture, énergie domestique, médicaments. Cette lutte quotidienne et interminable pour la survie est déjà en soi une guerre. Dans ces circonstances de précarité et de vulnérabilité des populations, et des femmes en particulier, l’option militaire en préparation est un remède qui à toutes les chances d’être pire que le mal alors qu’une alternative pacifique, émanant de la société malienne, civile, politique et militaire, sera constructive.

Des incohérences de la communauté internationale

Chacun des puissants représentants  de la « communauté internationale »  ainsi que  la CEDEAO et l’Union Africaine ont prononcé des mots à propos de nos maudits maux de femmes en situation de conflit.

A tout seigneur tout honneur,  le Président français, François Hollande, qui joue le rôle de chef de file dans la défense de l’option militaire, a souligné la souffrance des femmes « premières victimes des violences des guerres » (Kinshasa – Quatorzième sommet de l’Organisation Internationale de la Francophonie).                                                                                                                                                   Et pourtant, il a déclaré le 26 septembre 2012, à New York, lors de la réunion spéciale sur le Sahel, en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies “Je sais qu’il peut y avoir une tentation de mener des négociations. Négocier avec des groupes terroristes ? Il ne peut en être question. Toute perte de temps, tout processus qui s’éterniserait ne pourrait faire que le jeu des terroristes”.               

 ”Il faut savoir terminer une guerre”, semblent dire les Présidents américains et français. « La guerre d’Afghanistan s’est prolongée au-delà de la mission initiale. Elle attise la rébellion autant qu’elle permet de la combattre. Il est temps de mettre fin en bon ordre à cette intervention et j’en prends ici l’engagement. » déclara le candidat François Hollande, dans son discours d’investiture à l’élection présidentielle.

La Secrétaire d’Etat américaine aux affaires étrangères, Hillary Clinton dont l’escale du 29 octobre 2012, à Alger, avait en partie pour objet de convaincre le Président Abdelaziz Bouteflika de rejoindre le camp de la guerre, s’était adressée aux Chefs d’Etat africains réunis à Addis-Abeba en ces termes : « En République Démocratique du Congo, la poursuite des actes de violences contre les femmes et les filles et les activités des groupes armés dans la région orientale du pays, sont pour nous une source constante de préoccupation. L’Union Africaine et les Nations Unies ne doivent épargner aucun effort en vue d’aider la RDC à réagir à ces crises sécuritaires incessantes ».

L’initiative du secrétaire des Nations Unies, Ban Kid Moon, intitulée « Unis pour mettre fin à la violence contre les femmes », lancée le 25 janvier 2008, accorde une attention particulière aux femmes de l’Afrique de l’Ouest. C’était avant les guerres en Côte d’Ivoire et en Libye qui ont largement compromis la réalisation des objectifs assignés à cette initiative. Nous comprenons sa réserve quant au déploiement militaire et espérons qu’il ne soutiendra pas le plan d’intervention des Chefs d’États de la CEDEAO. La guerre, rappelons-le, est une violence extrême contre les populations civiles, dont les femmes. Elle ne peut que nous éloigner des objectifs visés par cette initiative.

Pourquoi les puissants de ce monde qui se préoccupent tant du sort des femmes africaines ne nous disent pas la vérité sur les enjeux miniers, pétroliers et géostratégiques des guerres.

La présidente de la commission de l’UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, pour sa part, souligne que “Il est crucial que les femmes contribuent à, et s’impliquent activement dans, la recherche d’une solution au conflit. Leurs voix doivent être entendues dans les efforts visant à promouvoir et à consolider la démocratie dans leur pays. A cette fin, vous pouvez, sans aucun doute, compter sur le soutien de l`Union Africaine, ainsi que sur mon engagement personnel. » (Réunion du groupe de soutien et de suivi de la situation au Mali – 19 novembre 2012)

La nomination pour la première fois d’une femme à ce poste pourrait être un facteur véritable d’émancipation politique pour les femmes et donc de libération du Continent, si Nkosazana Dlamini-Zuma accepte d’élargir la base du débat sur les femmes africaines en y intégrant les enjeux globaux qui nous sont dissimulées.

Notre triste statut d’otages

Le Mali est un pays à la fois agressé, humilié et pris en otage par des acteurs politiques et institutionnels qui n’ont aucun compte à nous rendre, à commencé par la CEDEAO. L’une des traductions de cette réalité est l’énorme pression exercée sur ce qui reste de l’État malien. Le Président par intérim, Dioncounda Traoré, est le premier des otages maliens. S’il a cru devoir rappeler, le 19 octobre 2012, lors de la réunion du groupe de soutien et de suivi de la situation de notre pays, qu’il n’est pas un Président pris en otage, c’est précisément parce qu’il l’est. Sinon il n’aurait pas répété à trois reprises, le 21 septembre 2012, la veille de l’anniversaire de l’indépendance de notre pays qu’il a privilégie le dialogue et la concertation, et demandé aux Nations Unies, trois jours plus tard, une intervention militaire internationale immédiate. « J’ai conscience d’être le président d’un pays en guerre mais le premier choix est le dialogue et la négociation. Le deuxième choix est le dialogue et la négociation et », insiste-t-il « le troisième choix demeure le dialogue et la négociation.  Nous ferons la guerre si nous n’avons pas d’autre choix… », a-t-il déclaré dans son discours à la nation avant de changer d’avis.

Au-delà du président intérimaire, nous sommes tous des otages prisonniers d’un système économique et politique inégalitaire et injuste qui excelle dans l’art de briser les résistances à coup de chantage au financement. La suppression de l’aide extérieur se traduit cette année 2012 par un manque à gagner de 429 Milliards de francs CFA. La quasi totalité des investissements publics sont suspendus. La fermeture de nombreuses entreprises a occasionnée licenciements et chômage technique pour des dizaines de milliers de travailleurs alors que les prix des denrées alimentaires continuent de flamber. Les pertes les plus importantes sont enregistrées dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics. Le tourisme, l’artisanat, l’hôtellerie et la restauration, qui subissaient depuis 2008 les conséquences de l’inscription du Mali sur la liste des pays à risques, sont gravement affectés alors qu’ils constituaient des sources de revenus substantiels pour les régions aujourd’hui occupées, notamment celle de Tombouctou.

Référence est faite au statut d’otage non point pour dédramatiser l’épreuve insupportable des otages européens et de leurs familles mais pour rappeler l’égale gravité de la situation de tous les êtres humains piégés dans des systèmes dont ils ne sont pas personnellement responsables. La question est toutefois de savoir comment agir de telle sorte que notre pays retrouve son intégrité territoriale et la paix, et que les six Français détenus par AQMI retrouvent leurs familles sains et saufs, sans que ces libérations n’ouvrent la voie à une intervention militaire qui mettrait en péril la vie des centaines de milliers d’habitants du Nord Mali qui sont autant d’otages.

La guerre par procuration

Le choix de la guerre se nourrit d’une connaissance insuffisante des véritables enjeux. Jacques Attali donne à ceux qui veulent s’en saisir, une clef de lecture qui prouve s’il en était besoin que l’intervention militaire envisagée est une guerre par procuration. Selon lui, la France doit agir « … parce que cette région (le Sahel) peut devenir une base arrière de formation de terroristes et de kamikazes qui viendront s’attaquer aux intérêts occidentaux un peu partout dans la région ; et même, par de multiples moyens de passage, en Europe. Ils ne sont encore que quelques centaines ; si rien n’est fait, ils seront bientôt plusieurs milliers, venus du Pakistan, d’Indonésie et d’Amérique Latine. Et les gisements d’uranium du Niger, essentiels à la France, ne sont pas loin. » (Blog Attali. 28 mai 2012.)

La distribution des rôles entre la France, la CEDEAO, l’Union Africaine, l’Europe et l’ONU est clarifiée. La CEDEAO, dont de nombreux Maliens et Africains ne comprenaient pas jusqu’ici le jeu trouble est en mission au Mali. Selon Jacques Attali, l’organisation sous régionale devait agir « pour redonner aux autorités civiles les moyens de décider, sans peur, de rétablir la sécurité, de restructurer l’appareil militaire et de faire redémarrer l’activité économique ; au Nord, pour mettre fin à cette sécession, il faudra une action militaire sur le terrain, avec un appui logistique à distance, des moyens d’observation, des drones et une capacité d’encadrement stratégique.

Qui peut faire tout cela ? Evidemment pas le gouvernement malien tout seul, qui n’a ni armes, ni autorité. Pas non plus la CEDEAO qui n’a pas les moyens militaires suffisants pour assurer l’ensemble de l’action nécessaire et qui ne peut même pas espérer en recevoir la demande du gouvernement malien, sous influence de forces incertaines. Pas non plus l’Union Africaine, en tout cas pas seule. Alors qui ? l’ONU ? l’OTAN ? La question va se poser très vite. Elle est, à présent, posée. Là encore, l’Europe devrait évidemment être unie et se mettre en situation de décider et d’agir. Elle ne l’est pas. Or, si les médiations actuelles échouent, il sera bientôt nécessaire de réfléchir à mettre en place une coalition du type de celle qui a fonctionné en Afghanistan. Avant qu’un équivalent du 11 septembre 2001 ne vienne l’imposer »(Le Blog de Jacques Attali : le 28 mai 2012)

Tout est donc clair. La guerre envisagée au Mali s’inscrirait dans le prolongement de celle de l’Afghanistan, d’où la France et les États Unis se retirent progressivement après onze années de combats et de lourdes pertes en hommes, en matériel et finance. Le Sahel étant la zone d’influence de la France, celle-ci prend la direction des affaires concernant le Mali et sous-traite la violence militaire à la CEDEAO. Ce transfert fait politiquement correct pour ne pas être accusé de colonialisme et d’impérialisme, mais aussi pour réduire le coût de la guerre et ne pas enregistrer d’autres pertes en vies humaines. Les opinions publiques occidentales tolèrent de moins en moins que leurs ressortissants meurent dans la défense de « nos » causes. Ainsi, au même titre que les tirailleurs sénégalais, les troupes africaines sont appelées à prêter main forte à la France.

La mondialisation des maux et des réseaux

Le radicalisme religieux n’a pas besoin, dans un tel contexte, du nord du Mali pour se répandre en Afrique de l’Ouest et dans le monde. L’économie mondialisée sur la base de l’injustice et des inégalités est une machine à broyer les économies locales, les sociétés et les cultures qui lui offrent le terreau nécessaire.

De la mer rouge à l’Atlantique, de l’Afghanistan au Nigeria, de Toulouse, où Mohamed Merah a agi et a été abattu, à Tombouctou, les enjeux sont à la fois idéologiques, civilisationnels, identitaires, mais aussi économiques, politiques et géostratégiques. Les acteurs et les forces en présence sont à peu près les mêmes, avec des variantes locales à manipuler telle que la rébellion touareg au Mali.

Par ailleurs, Afghans, Pakistanais, Algériens et autres prêcheurs ne sont pas de nouveaux venus au Mali. Ils ont fait leur apparition dans les mosquées, à partir de la décennie 90, au moment où les conséquences sociales et humaines dramatiques des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) sur l’emploi, le revenu et le lien social commençaient à se faire sentir.

La perspective « badenya » comme alternative à la guerre  

Des femmes maliennes et africaines bien imprégnées des enjeux et des rouages mortifères de la mondialisation néolibérale n’en cautionnent pas les guerres. Aux valeurs guerrières et prédatrices de l’ordre économique dominant, nous opposons des valeurs pacifistes, qui nous réconcilient les uns avec les autres, ainsi qu’avec le reste du monde. Badenya, (enfants de la mère) est l’une de ces valeurs que nous nous devons, femmes du Mali, de cultiver d’avantage et d’opposer à la valeur masculinefadenya (les enfants du père) qui dans sa version ultralibérale autorise la course effrénée et fratricide au profit, au point de brader des entreprises publiques rentables, de céder des terres agricoles aux dominants et d’accepter la partition du territoire national.

Profondément ancré dans la perspective badenya, notre refus de la guerre plonge ses racines dans une conception de la procréation selon laquelle mettre un enfant au monde est déjà une manière de monter au front (musokele)Et trop nombreuses sont celles qui parmi nous périssent en enfantant. Nous bataillons jour après jour contre la faim, la pauvreté, la maladie, pour que chaque enfant grandisse, travaille, s’assume et assume sa part de responsabilité.

Aussi, en chaque soldat, comme en chaque rebelle et en chaque nouveau converti au djihadisme qui vont s’affronter en cas de guerre, chacune de nous reconnaît un frère, un fils, un neveu, un cousin. Hier, ils étaient en quête d’un statut social à travers l’emploi, le revenu ou alors un visa. Ce fut souvent en vain… A présent, ils ont entre leurs mains tremblantes des armes de guerre.

La lucidité et la maturité politique devront être nos armes dans ce monde sans foi ni loi. Il n’y a aucune raison que le Mali s’engage sur un terrain où la France et les États Unis d’Amérique reculent, en dépit de la puissance de feu de l’OTAN.

A l’économie de la guerre, nous femmes du Mali, opposons l’économie de la vie en faisant de la transition en cours une occasion historique de relever le triple défi du savoir, de la citoyenneté et du dialogue. Les évolutions en cours sur le terrain, dont la volonté de négociation d’Ansar Dine et du MNLA, la modification constante des rapports de force ainsi que des stratégies et des interactions entre les différents groupes présents, doivent être examinées avec l’attention nécessaire de manière, non seulement à éviter une guerre potentiellement tragique mais aussi à écarter les écueils des accords passés.

Les concertations nationales envisagées depuis des mois doivent se tenir enfin, permettant à la société malienne dans son ensemble de se retrouver et de définir elle-même les bases et les conditions d’une solution concertée (et non imposée) au conflit présent. Nous, femmes du Mali, y contribuerons pleinement, comme demain nous contribuerons à la refondation de la démocratie dans notre pays selon des valeurs de société et de culture qui nous sont familières.

Il s’agit, en somme, de crédibiliser, de renforcer la  capacité d’analyse, d’anticipation et de proposition de la société malienne, civile, politique et militaire.

Nous demandons à toutes celles et à tous ceux qui partagent notre approche d’interpeller immédiatement les principaux acteurs de la communauté internationale, par écrit ou sous toutes autres formes d’expression, en plaidant pour que le Conseil de Sécurité n’adopte pas une résolution autorisant le déploiement de milliers de soldats au Mali.

Signataires :          Aminata D. TRAORE ; SISSOKO Safi  SY ; SANOGO Sylvie KONE ; IMBO Mama SY ;  Kadiatou TOURE ;  TRAORE Sélikèné SIDIBE(Vieux) ;  DICKO Rokia SACKO ; Ténin  DIAKITE ;  DOUMBIA Fanta DIALLO ;  KONE Mamou TOURE ;  TRAORE Sarata SANOGO ;  TRAORE Penda DIALLO ; DIABATE Kadiatou KOUYATE ; Aminata BOCOUM ; Oumou KODIO ;  Assatou KAREMBE ; Awa KOÏTA ; Aminata DOUMBIA ; Fatoumata COULIBALY ; Badji BOIRE ; Awa TOURE ; Bintou KONE ; Fatoumata MARIKO ; Mariam KONE ; Minata DIARRA ; Oumou KEITA ; Kadiatou DIALLO ; Kankou KONE ; Rokia NIARE ; Kadia DJIRE ; Ada NANTOUMA ; Awa COULIBALY ; Soungoura DOUMBIA ; Fanta KANTE ; Safiatou COULIBALY ; Djaba TANGARA ; KONE Mama DIARRA ; Ismael DIABATE ; Karamoko BAMBA; Doumbi FAKOLY; Coumba SOUKO ;  Clariste SOH-MOUBE ; Nathalie M’DELA-MOUNIER ;

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ACTUALISATION – Malgré toutes les raisons invoquées pour justifier la démission de Daniel Breton, l’analyse qui suit est toujours pertinente. D’ailleurs, le journal La Presse, dans son édition du 30 novembre, nous apprend que la société Enbridge a déposé une demande officielle pour obtenir la permission d’inverser le flux de son oléoduc entre l’Ontario et Montréal, ce qui lui permettra d’acheminer du pétrole de l’Alberta jusqu’aux raffineries québécoises. « Enbridge confirme par ailleurs, écrit La Presse, son intérêt pour un nouveau pipeline vers le Nouveau-Brunswick afin d’alimenter la raffinerie de Saint-Jean, la plus grande au Canada. Le projet permettrait d’exporter du pétrole canadien, a indiqué au National Post le grand patron de la société, Al Monaco. Ce nouvel oéloduc devrait logiquement traverser le Québec. » La demande d’Enbridge a été déposée le jour même de la démission de Daniel Breton. « Totale coïncidence », a déclaré le porte-parole d’Enbridge.

 

En des temps normaux, dans un pays normal, les accusations portées contre le ministre de l’Environnement Daniel Breton par l’inénarrable Jean-Marc Fournier aurait fait crouler le Québec sous les rires.

Qui, en effet, peut prendre au sérieux la défense de l’indépendance du BAPE, au nom du respect de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le judiciaire, par le chef temporaire d’un parti politique qui s’immisçait dans la nomination des juges à coups de post-it?!

Mais, en ces temps déraisonnables, dans ce pays qui n’en est pas un, tout ce que le Québec compte d’éditorialistes et de chroniqueurs de la droite fédéraliste s’est empressé de faire écho au chef de l’opposition et d’ameuter l’opinion publique contre le ministre Daniel Breton parce qu’il aurait soi-disant « menacé de faire de gros yeux » aux responsables qu’il vient de nommer à la tête du BAPE en cas de différends.


Accusations non fondées

Ces faiseurs d’opinion se sont empressés d’accréditer le message de Fournier qualifiant le BAPE de « tribunal quasi-judiciaire », ses membres de « juges », sans vérifier l’article de la Loi sur la qualité de l’environnement créant le BAPE.

L’article 6.3 le décrit comme un organisme consultatif – et non judiciaire – dont les fonctions sont d’ « enquêter sur toute question relative à la qualité de l’environnement que lui soumet le ministre et (…) faire rapport à ce dernier de ses constatations ainsi que de l’analyse qu’il en a faite. Il doit tenir des audiences publiques dans les cas où le ministre le requiert ».

Donc, plutôt que de s’inquiéter de « la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le judiciaire », ces aboyeurs publics devraient plutôt se préoccuper de leur propre indépendance à l’égard du Parti libéral!


Le véritable enjeu

Pour comprendre les motifs de cette fronde contre le ministre Breton, il faut remonter à sa cause véritable. Le ministre a mis le feu aux poudres lorsqu’il a déclaré, à propos du projet de la pétrolière Enbridge d’inverser le flux de l’oléoduc Sarnia-Montréal : « Ce que les Albertains veulent faire avec leur pétrole, l’amener sur notre territoire sans notre consentement… il va falloir qu’on regarde ça ».

Au départ, le projet d’Enbridge a été présenté comme l’approvisionnement des raffineries de Suncor à Montréal et Ultramar à Québec en pétrole léger. Mais, le ministre Breton savait qu’Enbridge avait également demandé l’autorisation d’utiliser l’oléoduc pour le transport du pétrole des sables bitumineux.

Les pétrolières veulent faire transiter le pétrole des sables bitumineux par le territoire québécois vers Portland, en inversant, là aussi, le flux de l’oléoduc Montréal-Portland, et vers les raffineries de la compagnie Irving au Nouveau-Brunswick.


Le goulot d’étranglement

Les pétrolières de l’Alberta font face à un problème de taille. Elles n’ont pas les moyens physiques d’acheminer leur pétrole vers les lucratifs marchés asiatiques.

Elles se voient obliger de vendre leur pétrole aux États-Unis à un prix de 20 $ à 30$ inférieur au prix mondial.

De plus, elles sont devant un véritable goulot d’étranglement. Les oléoducs fonctionnent à pleine capacité et le transport par train atteint aussi ses limites.

Au cours des prochaines années, le potentiel d’augmentation de la production est énorme, mais les capacités d’exportation sont réduites.

Le président Obama a déclaré un moratoire sur le projet d’oléoduc Keystone qui devait acheminer le pétrole albertain vers les raffineries du Golfe du Mexique et la probabilité qu’il soit levé est faible.

Le projet Northern Gateway de construction d’un oléoduc vers le port de Kitimat en Colombie-Britannique fait face à l’opposition des nations autochtones, des environnementalistes et de la majorité de la population, ce qui se traduit au plan politique par le refus net du Parti libéral au pouvoir et du NPD, qui constitue la principale opposition, d’appuyer le projet. Les observateurs de la scène politique considèrent le projet mort et enterré.

Reste donc, comme seule alternative, de rejoindre l’Asie par la côte est. L’entreprise serait rentable. La distance entre l’Alberta et la côte ouest de l’Inde est plus courte par l’est que par l’ouest et le coût supplémentaire pour atteindre la Chine serait d’environ 0,30 $ le baril.

L’oléoduc de l’unité canadienne

Plusieurs commentateurs politiques au Canada anglais voient dans cet oléoduc de l’Alberta vers l’est du pays un facteur d’unité canadienne au même titre que l’a été jadis le chemin de fer.

Au récent Conseil de la fédération, Pauline Marois et la première ministre Alison Redford ont convenu de la formation d’un comité formé de fonctionnaires des ministères des Finances, des Ressources naturelles et de l’Environnement du Québec et de l’Alberta.

Mme Marois a déclaré : « Il y a un certain avantage économique sûrement de part et d’autre au niveau de l’emploi qui peut être créé au Québec. Nous avons une importante industrie pétrochimique. Le comité déterminera s’il y a un avantage de part et d’autre à ce qu’il y ait du raffinage de pétrole albertain qui se fasse au Québec ».

Remplacer les importations de pétrole de l’Algérie, de la Mer du Nord et du Nigéria par du pétrole albertain pour les besoins domestiques du Québec est une chose. Mais là n’est pas le cœur de la question.

Ce que visent les pétrolières albertaines, c’est d’acheminer des quantités astronomiques de pétrole vers l’Asie en passant par le territoire québécois.

Les premiers ministres des autres provinces voient, au-delà des aspects économiques, des avantages pour l’unité canadienne.

À Halifax, au Conseil de la fédération, le premier ministre du Manitoba, Greg Selinger, a déclaré que ce n’était pas « une question concernant uniquement l’Alberta et le Québec. Cela fait partie d’une stratégie nationale », rapporte le Globe and Mail du 24 novembre.

David Alward, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, a reconnu être en discussion depuis plusieurs mois avec Mme Redford pour amener du pétrole des sables bitumineux vers les raffineries de la compagnie Irving dans le port de Saint-Jean. « J’y vois, a-t-il déclaré, une autre composante d’un plan de développement à long terme qui pourrait facilement inclure toutes les provinces ».

De toute évidence, la Colombie-Britannique n’en fait pas partie pour l’instant. Au Conseil de la fédération, sa première ministre a été reléguée à l’arrière-plan, selon les journalistes présents.

La Saskatchewan ne s’opposera pas au passage de l’oléoduc sur son territoire. Son premier ministre est tellement inféodé aux pétrolières et acoquiné avec le premier ministre Harper qu’il s’est contenté d’assister au Conseil de la fédération par vidéo-conférence , sous le fallacieux prétexte d’économies à réaliser.

Quant à l’Ontario, son accord reflétera l’alliance du cœur financier du pays avec les pétrolières de l’Alberta, l’axe Toronto-Calgary ayant désormais remplacé l’axe Montréal-Toronto comme colonne vertébrale du pays.

Maitres chez nous !

Quelle sera la position du Parti Québécois face aux projets d’oléoducs des pétrolières de l’Alberta? Rien ne semble arrêté pour l’instant. Mais, chose certaine, le lobby du pétrole sale a identifié le ministre Daniel Breton comme un « obstacle » à ses projets.

Pas étonnant de voir le Parti Libéral et les médias de Gesca, deux succursales de Power Corporation, mener la charge contre le ministre Breton. Power Corp. est un des principaux actionnaires de la pétrolière française Total qui a des investissements de plusieurs milliards de dollars dans les sables bitumineux.

La faute du ministre n’est donc pas d’avoir laissé entendre qu’il interviendrait auprès du BAPE. C’est d’avoir déclaré : «Aujourd’hui, c’est le 50e anniversaire de la nationalisation de l’électricité. C’est important de tenir compte de ça parce que je vois ce que les Albertains veulent faire de leur pétrole, de l’amener sur notre territoire, sans notre consentement. Est-ce qu’on est maîtres chez nous ou pas maîtres chez nous?»

Aux environnementalistes, aux progressistes et aux indépendantistes de ne pas se laisser intimider et paralyser par la droite fédéraliste, comme lors de leur offensive contre la taxe santé, et de se porter résolument à la défense du ministre Daniel Breton, avant sa comparution en commission parlementaire.

Une façon de le faire serait de faire parvenir un message d’appui à l’adresse courriel suivante : ministre@mddefp.gouv.qc.ca

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Comme le Chili et la Colombie, le Pérou est un pays que les États-Unis ne peuvent pas se permettre de perdre. C’est à Lima qu’est née l’Alliance du Pacifique qui unit les pays sud-américains obligés d’être amis avec Washington et qui forme un mur géographique ininterrompu entre les membres du Mercosur et la Chine.

Pourtant, le 5 juin 2011, la population péruvienne élisait un président nationaliste et progressiste, Ollanta Humala, qui devenait le premier chef d’État pro-intégration latino-américaine d’un pays du Pacifique partageant une frontière avec le Brésil.

«Le Brésil a besoin d’un partenaire stratégique de notre côté du Pacifique et le Pérou est idéal pour remplir ce rôle», déclarait alors le candidat Humala à la revue brésilienne Isto E, le 20 avril 2011.

À peine un an plus tard, la situation du président Humala ressemble à s’y méprendre à celle de son ex-homologue, le paraguayen Fernando Lugo, au moment du coup institutionnel du 22 juin dernier.

L’économiste péruvien, Oscar Ugarteche, dénonce une alliance, commandée par les États-Unis et les forces armées péruviennes, entre l’ex-président Alan Garcia et les secteurs de l’extrême-droite liés à un autre ex-président, Alberto Fujimori, qui purge une peine de 25 ans d’emprisonnement pour crimes contre l’humanité et le trafic de la drogue. Cette alliance vise à isoler le président en éloignant toutes les personnalités de gauche de son entourage politique.

Après l’élection, nous dit Ugarteche, la droite profite du conflit social autour du projet minier Conga, dans l’état du Cajamarca, conflit que Garcia avait soigneusement «chauffé» avant de céder le pouvoir à son successeur.

Après avoir pris des mesures jugées insuffisantes pour assurer l’accès à l’eau potable de la population affectée par la mine, Humala tombe dans le piège de la répression.

Il déclare l’état d’urgence dans le Cajamarca, emprisonne les responsables politiques régionaux venus négocier à Lima, bloque les fonds fédéraux aux États en conflit et somme publiquement son premier ministre de gauche, Salomon Lerner Ghitis, de cesser toute négociation.

S’ensuit un véritable carnage politique quand onze ministres de gauche sur les dix-sept du cabinet démissionnent ou sont remplacés par le président. Cela, écrit Ugarteche, privait Humala de ceux-là même qui l’ont appuyé comme candidat, ont écrit ses discours et amassé l’argent de sa campagne électorale.

Lerner Ghitis est remplacé par Oscar Valdez, ex-lieutenant de l’armée et partisan de Fujimori. Comme il fallait s’y attendre, écrit David Urra, du portail internet Contrainjerencia, les partisans de la main de fer dans le nouveau cabinet aggravent le conflit et permettent aux médias de générer une matrice d’opinion qui rend seul responsable le président Humala.

Comme en Bolivie et en Équateur, l’une des stratégies de la droite consiste à pousser les groupes indigènes, qui ont un poids important dans la population péruvienne, à affronter le gouvernement. Des ONG, analyse Urra, s’emparent de certaines revendications des groupes indigènes et les magnifient vers de tels extrêmes que le conflit devient ingérable.

D’un côté, la droite accuse le président de faiblesse et exige de lui une guerre totale contre la résistance et la subversion mais, de l’autre, sûre de sa propre force, elle lui reproche hypocritement le non respect de son agenda de gauche.

Depuis septembre, suite à une nébuleuse affaire de violence contre des policiers, la droite exige maintenant la révocation de la mairesse de Lima, une femme de gauche honnête et énergique, qui s’est attaquée à la corruption et que plusieurs voient comme candidate aux présidentielles de 2016.

Enfin, le 3 novembre, tombait l’ambassadeur péruvien en Argentine, Nicolas Lynch Gamero, au seul motif qu’il avait accepté une lettre des mains de représentants du MOVADEF (Mouvement pour l’amnistie et les droits fondamentaux), un groupe allié à la guérilla du Sentier lumineux.

Tout comme Lugo, au Paraguay, déplore Urra, Humala est ainsi isolé parce qu’il n’a réalisé aucun changement structurel dans le pays. Il a simplement laissé courir les choses, gardant intacts les pouvoirs de l’oligarchie et sa structure de gouvernement.

De plus, après avoir pris en considération une douteuse demande de pardon pour raisons humanitaires concernant Alberto Fujimori, Humala assiste impuissant à une série de jugements qui rejettent les unes après les autres les accusations pourtant amplement documentées de crime contre l’humanité et de trafic de drogue contre l’ex-directeur de la police secrète de Fujimori, Vladimiro Montesinos.

Le pouvoir judiciaire, dit Ugarteche, cherche à restituer le prestige des forces armées péruviennes, très liées aux États-Unis, et à réintroduire Montesinos en politique..

Humala gouverne maintenant avec ceux qui ont perdu les élections. Le colonel Estuardo Loyola est le chef du Bureau de prévention et de sécurité du Congrès, le colonel Adrian Villafuerte est conseiller du président en matière de sécurité et de défense tandis que le général Benigno Cabrera est en voie de devenir le chef du commandement conjoint des forces armées péruviennes. Les trois militaires ont signé, le 13 mars 1999, un acte de sujétion et de loyauté à Montesinos.

Du projet de « Grande transformation » mis de l’avant par Humala au cours des présidentielles, il ne reste que les programmes sociaux, constate pour sa part le sociologue péruvien, Omar Coronel. Le président a abdiqué. Il a laissé tomber l’instauration d’une loi générale du travail, d’un impôt sur les profits des compagnies minières, d’un zonage écologique du pays et d’une loi de consultation des communautés affectées par les projets miniers.

Il a maintenu le décret d’Alan Garcia permettant aux militaires accusés de violation des droits humains d’être jugés par leurs pairs, a laissé pourrir des conflits de travail comme ceux des enseignants et des professionnels de la santé, mais annonce fièrement qu’en 2015, le Pérou sera le siège de l’Assemblée générale du FMI et de la Banque mondiale.

Lors de la dixième Conférence des ministres de la Défense des Amériques, à Punta del Este, en Uruguay, tenue du 7 au 10 octobre dernier, le ministre de la Défense péruvien, Pedro Cateriano, défendait l’incroyable demande états-unienne d’instaurer le principe d’accords entre les forces armées des pays latino-américains sans passer par les instances politiques.

Cateriano défend aussi le document que le Secrétaire d’État à la Défense états-unien, Léon Panetta, est venu présenter à Lima, le jour même de la réélection du président Chavez, au Venezuela. Ce document fait appel aux alliés latino-américains des États-Unis pour que leurs forces armées coopèrent dans le but de soutenir le leadership mondial de ce pays et de garantir sa sécurité et ses intérêts.

En septembre dernier, le ministre péruvien de l’Économie, Miguel Castilla, décidait que le Pérou ne dirigera pas le Groupe d’intégration financière de l’UNASUR, ce que son pays doit pourtant faire à titre de président pro-tempore de l’organisme d’intégration sud-américain. La décision a eu préséance sur l’intérêt maintes fois déclaré du président Humala pour l’UNASUR!

Clairement, conclut Ugarteche, celui qui décide n’est pas Humala. Il ne décide ni des questions de politique extérieure (intégration et rapports avec les États-Unis) ni des questions de politique intérieure (pardon à Fujimori, jugements de Montesinos, épuration des éléments de gauche).

Tout indique que les États-Unis sont loin d’avoir perdu le Pérou.

André Maltais

 

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Grandes manœuvres autour de Gaza

novembre 27th, 2012 by Manlio Dinucci

Après le « cessez le feu » annoncé au Caire par Hillary Clinton, un jeune homme d’une vingtaine d’années, de Gaza, Anwar Qudaidh, était allé faire la fête dans la « zone tampon », la bande large de 300 mètres en territoire palestinien, où autrefois sa famille cultivait la terre. Mais quand il s’est approché de la barrière de barbelés, un soldat israélien lui a tiré dessus en le visant à la bouche. Première victime du « cessez le feu », qui s’ajoute aux 170 tués, dont un tiers de femmes et enfants, et aux plus de mille blessés par les bombardements, qui ont provoqué 300 millions de dollars de dommages. Pour que le « cessez le feu » puisse durer « les attaques de roquettes contre Israël doivent cesser », souligne la Clinton, attribuant aux Palestiniens la responsabilité de la crise.

Le plan de Washington était clair dès le départ : permettre qu’Israël donnât « une leçon » aux Palestiniens et se servît de l’opération guerrière comme test pour une guerre régionale, en évitant cependant que l’opération ne s’élargît et ne se prolongeât. Ceci aurait interféré avec la stratégie Usa/Otan qui concentre ses forces sur deux objectifs : Syrie et Iran. C’est dans ce cadre qu’entre le nouveau partenariat avec l’Egypte, qui selon la Clinton est en train de réassumer « le rôle de pierre angulaire de stabilité et de paix régionale qu’elle a longtemps joué », donc même pendant les trente années du régime de Moubarak. Le président Morsi, loué par Clinton pour son « leadership personnel » dans l’établissement de l’accord, en a tiré avantage pour concentrer le pouvoir dans ses propres mains. En compensation Washington lui demande un contrôle plus serré de la frontière avec Gaza, de manière à renforcer l’embargo. Mais l’objectif du partenariat va bien au-delà : il vise à intégrer l’Egypte, dépendante des aides militaires étasuniennes et des prêts du FMI et des monarchies du Golfe, dans l’arc d’alliances construit par Washington en fonction de sa stratégie au Moyen-Orient et Afrique du Nord. Significatif, dans ce cadre, est le rôle du Qatar : après une visite secrète en Israël (documentée cependant par une vidéo), l’émir Cheick Hamad bin Khalifa Al-Thani est allé à Gaza promettre de l’aide puis a rencontré le président Morsi au Caire, en lui remettant 10 millions de dollars pour soigner les Palestiniens blessés par les bombes israéliennes. Il se présente ainsi comme soutien de la cause palestinienne et arabe, alors que ce qu’il soutient est en réalité la stratégie USA/Otan, comme il l’a fait en envoyant des forces spéciales et des armes en Libye en 2011 et aujourd’hui en Syrie.

Une autre politique à deux faces est celle du premier ministre turc Erdogan qui, tandis qu’il condamne Israël et annonce une prochaine visite de solidarité à Gaza, collabore de fait avec Israël dans l’encerclement et la désagrégation de la Syrie et, en demandant l’installation de missiles Patriot dans la zone de frontière, permet à l’Otan d’imposer une no-fly zone sur la Syrie. Même teneur pour la politique du gouvernement italien qui, tout en renforçant les liens militaires avec Israël en permettant à ses chasseurs bombardiers de s’entraîner en Sardaigne, promet des aides aux entreprises palestiniennes d’artisanat.

Ainsi, tandis que les navires de guerre israéliens, appuyés par ceux de l’OTAN (italiens compris), bloquent les riches gisements palestiniens de gaz naturel dans les eaux territoriales de Gaza, les Palestiniens pourront vivre en taillant des objets en bois. Comme, aux Etats-Unis, les habitants des « réserves indiennes ».

Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 27 novembre 2012 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Pour ceux qui peuvent regarder (photo très dure)

http://twitter.com/IsmaeilFadel/status/271946830353420289/photo/1,

Anwar Qudaih, 20 ans, assassiné à la frontière de la Bande de Gaza le 23 novembre 2012, par un soldat israélien qui appliquait le « cessez le feu » du 21 novembre à 19h. Grande discrétion de nos media sur cet assassinat de sang froid. NdT.

 

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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Gaza: La “Communauté Internationale” et ses mensonges

novembre 26th, 2012 by Felicity Arbuthnot

Allume le feu que je puisse voir mes larmes En cette nuit de massacre… Samih al-Qasim, 1939

On a entendu les mêmes mots: “précision extrême”, “frappe chirurgicale”. Il y a eu les mêmes “inévitables erreurs tragiques”, “bévues”, “efforts scrupuleux pour éviter”, etc… Bla, bla, bla…
Mais comme a dit le colonel anglais Richard Kemp, en parlant de la 1400ième victime du massacre de Noël et Nouvelle année 2008-09 à Gaza: “Les erreurs ne sont pas des crimes de guerre”.

Le colonel Kemp qui a des liens impeccables avec les services secrets anglais, a, depuis Jérusalem, prononcé à la BBC des paroles tout aussi sanguinaires, le 21 novembre, à propos des dernières 24 heures de bombardement de la minuscule bande Gaza emmurée où la moitié des habitants sont des enfants. Mais le Colonel Kemp a assisté à de nombreux carnages au cours de sa vie, depuis Belfast jusqu’aux Balkans, en passant par l’Iraq, l’Afghanistan et ailleurs. Il semble qu’à force, les morts et les estropiés fassent partie de la routine.

En huit jours, l’assaut — à coup d’attaques impitoyables contre des familles qui n’avaient nul part où se cacher — a fait 163 morts palestiniens. Il y a eu 993 blessés. 865 maisons ont été détruites ou endommagées.

6 centres de santé ont été endommagés ainsi que 30 écoles, 2 universités, 15 bureaux d’ONG, 27 mosquées, 14 bureaux des médias, 11 usines, 81 magasins et un centre de distribution de nourriture de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency).

Et aussi, 7 bureaux de Ministères, 14 postes de police ou des forces de sécurité, 5 banques et deux maisons de la jeunesse. Le complexe sportif où les athlètes palestiniens des jeux olympiques et paraolympiques s’étaient entraînés pour les jeux olympiques de Londres en 2012 est en ruines de même que le beau et combien nécessaire ministère de l’Intérieur.

Le 20 novembre, Journée Universelle des Enfants, une frappe aérienne a détruit le jardin d’enfants Al Bajan, financé et géré par Oxfam, et endommagé le jardin d’enfants Al Housna. Sara Almer de Oxfam a déclaré que plus de 150 enfants fréquentent ces écoles. “Les enfants sont indemnes mais les bâtiments et les cours de récréation sont en ruines.” Ici, “Les enfants sont déjà profondément traumatisés…”

C’est à cause de la dévastation provoquée par “Operation Cast Lead” ( 27 décembre 2008-17 janvier 2009) qu’Oxfam a construit cette école et a aussi remis en état l’arrivée d’eau et les installations sanitaires qui viennent d’être à nouveau détruites.

Il manque 250 écoles à Gaza, selon cette organisation –et comme il est interdit d’y importer du matériel de construction, les 32 écoles supplémentaires et les 2 universités qui viennent d’être endommagées ne seront pas reconstruites ni d’ailleurs rien d’autre.

Ironiquement, le jour où les jardins d’enfants ont été détruits, le Secrétaire Général de l’ONU avait annoncé que l’ONU lançait un nouveau projet, “L’éducation d’abord” en l’honneur de la Journée Universelle des Enfants. Cette journée commémore l’adoption de la Déclaration de l’ONU sur les Droits des Enfants de 1959 et de la Convention de l’ONU des Droits des Enfants de 1989. La Convention de 1989 est entrée en application le 2 septembre 1990, moins d’un mois après le début de l’embargo de l’ONU contre l’Irak qui interdisait de vendre à ce pays même le lait pour les bébés.

“Les enfants… ont besoin de soins attentifs et d’une protection toute particulière et ils doivent même pouvoir bénéficier de protection légale avant comme après leur naissance”, lit-on dans le préambule de ce beau document.

Les jumeaux de 4 ans, Suhaib et Muhammed Hijazi, ne sauront jamais que, selon l’ONU, ils avaient le droit “d’être protégés.” Ils ont été tués quand leur maison a été bombardée juste avant l’aurore du Jour Universel des Enfants. Leurs parents, Fouad et Amna sont morts à l’hôpital.

Saraya, 18 mois, ne pourra pas non plus lire ces belles paroles. Elle est morte d’une crise cardiaque, de terreur littéralement, sous les bombardements.
Au moment où les lumières s’éteignaient dans les hôpitaux de Gaza parce qu’on avait plus de carburant pour les générateurs, Gilad Sharon — le plus jeune fils de l’ancien premier ministre Ariel Sharon, 84 ans, qui bénéficie des excellents services de santé israéliens et est médicalement assisté depuis 2006 — a déclaré:
“Il faut raser des quartiers entiers de Gaza. Raser Gaza tout entier. Les Américains ne se sont pas arrêtés après Hiroshima –les Japonais ne se rendaient pas assez vite, alors ils ont aussi bombardé Nagasaki.”

Le ministre l’Intérieur israélien, Eli Yishai, a dit que le but de l’attaque était de “… renvoyer Gaza au Moyen Age.”

La Palestine n’a pas d’armée, ni de Marine, ni d’armement lourd. Israël est une puissance nucléaire non déclarée qui est considérée comme la 4ième puissance militaire mondiale.

Gaza était, bien sûr, bombardée par des F-16 et autres armes fournis par les Etasuniens. Mais le 22 novembre, pendant que les Gazaouis, endeuillés, pleuraient, les Etasuniens se réjouissaient, mangeaient de la dinde, et priaient pour leurs repas de fête de Thanksgiving (journée d’action de grâce).
Ce qu’ils devraient plutôt faire; dans toutes les villes, c’est brûler la Déclaration et la Convention de l’ONU sur les Droits des Enfants, la Déclaration de l’ONU sur les Droits Humains, la Convention de Genève, les Principes de Nuremberg, et faire un grand feu de tout ces mots qui ne servent à rien puisqu’ils ne peuvent ni empêcher ni dissimuler la barbarie et l’inhumanité internationales, oui, faire un énorme feu de joie pour éclairer le mensonge et l’hypocrisie meurtrière des “états démocratiques” autoproclamés.

Felicity Arbuthnot

Article original en anglais :

palestineflag

Israeli War Crimes: “Surgical Strikes” against Palestinian ChildrenBy Felicity Arbuthnot, publié le 24 anovembre 2012

Traduction : Traduction : Dominique Muselet, Le Grand Soir

Photo par Ziad Medoukh

Pour aller plus loin voir le photos Un nouveau massacre israélien contre les enfants de Gaza par Ziad Medoukh

Felicity Arbuthnot est une journaliste spécialiste de l’Irak. Elle a écrit avec Nikki van der Gaag, “Baghdad” dans la série des Grande Villes de World Almanac books. Elle a aussi été responsable de la recherche pour deux documentaires sur l’Irak qui ont obtenu des prix, Paying the Price: Killing the Children of Iraq de John Pilger et Returns que Denis Halliday a réalisé RTE (Irlande).

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Le 19 novembre, l’agence de notation Moody’s a dégradé d’un cran la note de la dette souveraine de la France, la faisant passer de la note maximale AAA à AA1. Elle a prévenu qu’elle assignait une perspective négative à la solvabilité de la France.

La dégradation de Moody’s vise à exercer une pression sur le président français, François Hollande, pour qu’il intensifie sa politique d’austérité réactionnaire et impopulaire. Dans le but de stimuler la compétitivité de l’industrie française, le gouvernement de Hollande, Parti socialiste (PS), a annoncé des projets de réductions de plus 80 milliards d’euros (103 milliards de dollars) dans les dépenses et de l’impôt sur les sociétés ainsi que des atteintes draconiennes aux protections du droit du travail pour les travailleurs. Le PS est actuellement confronté à une crise politique alors que la cote de popularité de Hollande s’effondre à 36 pour cent.

Moody’s a mis en garde contre « une perte continue de compétitivité » de la France dans le contexte d’une « demande externe et intérieure faible » – c’est-à-dire l’aggravation de la récession économique en Europe, alors que les coupes sociales minent le pouvoir d’achat des travailleurs et, donc de l’économie. (Voir en anglais : « Growth forecasts slashed as Europe sinks deeper into crisis »)

Moody’s a attribué une perspective négative à la France en faisant référence au marasme économique mondial et aux craintes que les « risques concernant l’application des réformes prévues par le gouvernement restent substantiels. »

Etant donné que la politique d’austérité du PS jouit d’un soutien général dans les milieux patronaux et de l’establishment politique, de tels commentaires ne peuvent être interprétés que comme une référence circonspecte à la crainte d’une opposition de la classe ouvrière de l’Europe entière à l’austérité. Moody’s intensifie la pression en vue de l’application d’une politique sociale réactionnaire et impopulaire par la dégradation de l’indice de solvabilité, en encourageant ainsi les investisseurs à faire monter les taux d’intérêt et à spéculer contre la dette française.

Par une telle manipulation du marché obligataire, la classe capitaliste poursuit impitoyablement son programme social. Elle améliore ses marges bénéficiaires grâce aux montagnes de capital fictif octroyé aux gros investisseurs par des renflouements bancaires, en augmentant les taux d’intérêts payés par les gouvernements à leurs créanciers. En menaçant de couper le flux de crédit allant aux gouvernements, elle les encourage aussi à réduire drastiquement les coûts du travail – afin que les entreprises locales retrouvent une compétitivité sur les marchés mondiaux aux dépens des travailleurs.

Cette politique met en exergue l’impasse dans laquelle se trouve le capitalisme en Europe. Appliquée à la Grèce depuis 2009, cette politique a réussi à couper l’accès au crédit pour Athènes. Athènes a riposté par des coupes sociales qui ont diminué de 30 à 60 pour cent les salaires, fait grimper le chômage à plus de 25 pour cent, détruit le système de santé public et fait se contracter l’économie grecque de plus de 20 pour cent. Une politique similaire est poursuivie en Espagne, au Portugal, en Irlande et en Italie.

Bien que ces pays soient en train de devenir mondialement de plus en plus compétitifs, leur économie continue de s’effondrer dans un contexte de réduction de salaire et de coupes sociales. Les exportations espagnoles et portugaises ont augmenté depuis 2009 de 22 pour cent en termes réels, mais les économies des deux pays continuent de se contracter ; elles devraient, selon les prévisions, se contracter de plus de 1 pour cent cette année.

Certaines sections de la bourgeoisie examinent s’il y a lieu d’imposer une politique similaire à l’encontre de l’opposition populaire en France. Le journal économique et financier La Tribune a écrit : « Ce qui menace la France, c’est d’entrer dans la spirale des dégradations qu’ont connu ses voisins méridionaux, Espagne et Italie. Dès lors, Paris pourrait n’avoir d’autres choix que d’accélérer le pas de la rigueur, ce qui ne manquera pas de réduire à néant le dernier bastion de la croissance française, la consommation. La deuxième économie de la zone euro pourrait donc bien entrer rapidement dans une spirale récessionniste…, ce qui, du reste, la conduirait sans doute à être à nouveau dégradée. »

L’effondrement qui a déjà été provoqué par l’application d’une telle politique en Europe méridionale menace actuellement de miner l’économie en général. Moody’s a souligné le risque d’une subite crise en Europe méridionale qui frapperait la France : « L’exposition de la France aux pays périphériques à travers les échanges commerciaux et le système bancaire est disproportionné.

L’agence a ajouté, « Des chocs sur les marchés souverains et les marchés de crédits bancaires mineraient encore davantage la stabilité financière et économique de la France… Alors que les coûts de service de la dette du gouvernement français ont en grande partie à ce jour été maîtrisés, Moody’s ne s’attend pas à ce que ceci soit le cas dans l’éventualité d’un nouveau choc. »

Moody’s a ajouté avoir une perspective négative pour l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche. Cela est dû au fait que tout comme la France, ces pays ont promis de contribuer à différents fonds – le Fonds européen de stabilité financière ou le Mécanisme européen de stabilité – pour garantir les dettes des pays de l’Europe méridionale.

La Tribune ajoute qu’un sauvetage de la zone euro dépasse les capacités de l’Allemagne : « Le risque est donc, si la France entre dans une spirale de dégradation, que l’Allemagne doive seule assumer les risques liés au sauvetage de l’euro… Mais évidemment, la république fédérale ne le peut pas. Quelle que soit sa puissance, son PIB n’est que de 2.800 milliards d’euros et sa dette brute atteint déjà 80 pour cent de ce montant. Sa capacité de faire plus pour sauvegarder l’euro est, il faut bien le reconnaître, extrêmement limitée ou, pour le dire plus simplement, quasiment nulle. »

De tels commentaires indiquent une profonde crise économique et politique du capitalisme. Des milliers de milliards d’euros ont été octroyés aux banques, mais ces sommes ont servi à rembourser de riches investisseurs alors que le chômage a grimpé en flèche et que l’investissement productif continue de stagner. La conséquence est une société toujours plus inégalitaire et secouée par la crise. En France, qui est connue pour son économie relativement dominée par l’Etat, les 1 et 10 pour cent situés au haut de l’échelle de la société française possédaient néanmoins en 2010, 24 pour cent et 62 pour cent de la richesse nationale

Toutefois, ce que l’on entend parmi les commentateurs bourgeois c’est qu’il n’y a pas d’argent, et ils exigent des réductions supplémentaires. Bloomberg News a critiqué la France de « rater une occasion » d’accélérer les coupes sociales après la dégradation de Moody’s.

Au cours de ces derniers jours, les taux d’intérêt à 10 ans n’ont augmenté que de 0,1 pour cent, se situant à un niveau encore bas à 2,18 pour cent. Les acheteurs d’obligations préfèreraient apparemment encore la note de crédit de la France à celle de l’Italie ou de l’Espagne car elle offre un meilleur rapport que la dette allemande à 10 ans qui ne rapporte que 1,5 pour cent.

C’est dû surtout au fait que le PS français est déjà en train d’appliquer le programme du capital financier, et ce sans les contraintes d’un marché obligataire en panique. Le ministre français des Finances, Pierre Moscovici, a dit vouloir se servir de la dégradation de Moody’s pour pousser en avant les coupes sociales, en la qualifiant d’être un « encouragement à mettre en oeuvre rapidement et fortement les réformes que nous avons décidées et qui vont dans la bonne direction. »

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a aussi cherché à minimiser la dégradation de Moody’s. Il a dit devant le Parlement allemand (Bundestag): « Notre partenaire le plus important a reçu un léger avertissement d’une agence de notation… Il ne faut pas dramatiser ceci de manière excessive. »

Néanmoins, PIMCO LLC – le plus gros gestionnaire de portefeuille obligataire au monde – a indiqué qu’il projetait d’éviter d’acheter de la dette française et allemande. PIMCO préfère acheter des obligations italiennes et espagnoles qui offrent un rendement plus élevé et PIMCO pense qu’elles sont soutenues par la BCE.

Le directeur de PIMCO, Andrew Bosomworth, a dit que le rendement des obligations allemandes et françaises sont trop faibles en ajoutant que l’économie française « ressemble plus à celle des pays d’Europe du Sud. »

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 23 novembre 2012

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Wesley Clark, le commandant en chef allié de l’OTAN, témoigne dans cette vidéo de deux minutes (à voir sur le lien original en anglais), que les Etats-Unis avaient planifié de renverser sept pays après les attentats du 11 Septembre 2001: l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et l’Iran.

 

Le pentagone a admis une stratégie pour ce faire (ici, ici, ici):

  1. Les Etats-Unis commettent des actes de terrorisme dans les nations qu’ils veulent contrôler,
  2. Les Etats-Unis continuent les actes terroristes pour provoquer un acte de représaille
  3. Les Etats-Unis étiquettent les représailles “terrorisme” pour justifier d’opérations militaires ouvertes et clandestines pour renverser les gouvernements ciblés.

Ainsi les Etats-Unis ont causé la “guerre contre le terrorisme” et imposé comme un choix politique, les attentats du 11 Septembre furent un prétexte et non pas la cause.

De fait, la loi de la guerre et deux résolutions du conseil de sécurité de l’ONU donnèrent une coopération internationale pour la découverte factuelle des terroristes du 11 Septembre, leurs arrestations, leur procès pour une justice que toutes les nations soutenaient.

Les Etats-Unis rejettent la forme de la loi, violent les obligations des traités signés, ont tué plus d’un million de personnes au moyen d’attaques armées depuis le 11 Septembre et jusqu’ici ont imposé des coûts de 4 à 6000 milliards de dollars aux contribuables américains, (ce qui correspond à environ 40 à 60 000 dollars par foyer américain)

L’état voyou américain s’arrêtera lorsque suffisamment de citoyens au sein de l’armée, des forces de police, du gouvernement, des médias, de l’éducation et du public, auront acquis une intégrité intellectuelle et un courage moral suffisants pour accepter de voir que l’empereur est manifestement nu.

Ce choix politique illégal d’agression de la part des Etats-Unis a tué 20 à 30 millions de personnes dans des guerres ouvertes ou clandestines depuis 1945. Ceci fait suite à une longue série de mensonges, de traités violés et de guerres pour voler des terres et des ressources, comme je l’ai rappelé au public auparavant:

1. Les Etats-Unis ont régulièrement violé tous les traités avec les natifs d’Amérique, ils ont tout autant manipulé et masqué leurs intentions afin de voler leurs terres.

2. Le président américain Polk a menti au congrès pour déclencher la guerre d’agression du Mexique. Ceci a eu pour résultat les Etats-Unis s’emparant de 40% du territoire mexicain en 1848. Ceci se produisit malgré l’explication cristalline d’Abraham Lincoln alors membre du congrès, disant que le traité Adams-Onis plaçait la dispute au sujet de la frontière 600km à l’intérieur de terres promises au Mexique et promises à tout jamais comme étant en dehors des revendications territoriales américaines.

3. Les Etats-Unis ont violé notre traité avec Hawaii et ont volé leur pays en 1898.

4. Les Etats-Unis sont revenus sur des promesses de liberté faites après la guerre contre l’Espagne et ont imposé notre façon de faire aux Philippines et ont installés des dictateurs amis des Etats-Unis à Cuba (avant Castro).

5. Les Etats-Unis sont entrés dans la 1ère guerre mondiale sans qu’il n’y ait eu aucune menace sur eux et ont mis le candidat à l’élection présidentielle d’un troisième parti politique en prison pour avoir tenu des propos questionnant l’entrée en guerre lors de ses discours publics.

6. La CIA a eu plusieurs guerres secrètes, peut-être la plus importante en vu du contexte actuel contre l’Iran: l’Opération Ajax, qui renversa le gouvernement démocratiquement élu iranien (de Mossadeq) et installa à sa place un dictateur brutal à la solde des Etats-Unis (le Shah). Lorsque ce dictateur fut à son tour renversé et que l’Iran en refusa un autre, les Etats-Unis ont aidé l’Irak à agresser et à envahir en toute illégalité l’Iran entre 1980 et 1988, tuant dans le processus plus d’un million d’Iraniens. Si les Etats-Unis ont récemment menti et agi illégalement deux fois pour renverser le régime iranien, ne devrions-nous pas assumer qu’un autre mensonge commencerait une guerre aujourd’hui ? Après avoir eu la confirmation des mensonges faits (voir la liste ci-dessous), ne devrions-nous pas mettre en état d’arrestation les criminels de guerre américains, plutôt que de les autoriser à tuer toujours plus ?

7. La guerre du Vietnam s’est déroulée après que les Etats-Unis aient autorisé l’annulation d’une élection unificatrice dans ce pays, puis a surenchéri le processus guerrier avec l’incident du Golfe du Tonkin: faux renseignement au mieux, mais ensuite manipulé en évènement “fausse-bannière” afin de déclencher une “guerre défensive”.

8. Le plus perturbant demeure sans doute le procès intenté par la famille de (Martin Luther) King, procès qui trouva le gouvernement responsable de l’assassinat du Dr. King. Les médias des grossses entreprises, incluant ceux qui publient ce texte, omettent cette histoire. La conclusion de la famille King est que Martin fut assassiné afin de prévenir son plan d’“occupation de DC (NdT: District of Colombia = Washington) de l’été 1968 pour en finir avec sa version des guerres d’aujourd’hui.

9. Nous savons maintenant d’après les rapports du congrès que toutes les “raisons” de la guerre contre l’Irak étaient connues pour être fausses au moment où elles furent dites et rendues publiques.

10. Les deux “raisons” pour faire la guerre à l’Iran sont tout aussi fausses que les raisons de faire la guerre à l’Irak. Faisons attention à une attaque “fausse-bannière” par les Etats-Unis ou Israël pour blâmer l’Iran et avoir un prétexte pour une autre “guerre défensive”:

1. Le président de l’Iran n’a jamais menacé physiquement Israël.

2. Tout le matériel nucléaire de l’Iran est dûment répertorié pour un usage pacifique et légal dans les domaines de l’énergie et de la médecine.

 

Article original en anglais :

http://www.globalresearch.ca/us-regime-change-we-initiate-terrorism-to-create-terrorists-to-overthrow-governments/5312682

Traduction : Résistance 71

 

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