Syrie: La solution chinoise

novembre 6th, 2012 by Thierry Meyssan

Photo: L’envoyé spécial de l’ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, et le ministre chinois des Affaires étrangères, Yang Jiechi.

La trêve qui devait marquer les célébrations de la fête musulmane de l’Aïd a été largement violée en Syrie. Le gouvernement avait pris soin de couper les principaux axes routiers pour s’assurer que d’éventuels incidents restent isolés et ne puissent pas faire tâche d’huile. Peine perdue : de nombreuses brigades de l’Armée syrienne libre (ASL) ont reçu des ordres de leurs sponsors pour lancer de nouvelles attaques, auxquelles l’Armée arabe syrienne n’a pas manqué de répondre. En définitive, si certaines régions ont pu bénéficier de quatre jours d’accalmie, le bilan au niveau national est particulièrement décevant.

Selon l’endroit où l’on habite, on considère donc cette trêve comme une réussite ou un échec. Au plan diplomatique, elle permet cependant d’évaluer les difficultés que rencontreront des forces de paix, lorsque le Conseil de sécurité décidera d’en déployer. La première, c’est l’absence d’interlocuteur représentatif de l’ASL ; la seconde, c’est la mauvaise foi de la France.

L’ASL est composé de très nombreux groupes armés qui ont chacun leur logique propre. L’ensemble est censé obéir à un commandement implanté sur une base de l’OTAN en Turquie. Mais ce n’est plus cas depuis qu’une vive concurrence oppose les sponsors français, qatari, saoudien et turc. Chacun consacre plus d’efforts à étendre son influence au détriment de celle de ses alliés qu’à renverser le régime. Les brigades de base obéissent à celui qui les finance directement et ne tiennent plus compte de la coordination OTAN. En outre, malgré les déclarations, il n’y a jamais eu de lien de subordination entre les conseils politiques qui se réunissent dans les salons à Paris, à Istanbul et au Caire, et les combattants en Syrie.

Les leaders occidentaux ne cessent de réclamer l’unification du commandement de l’ASL, mais en réalité, ils la redoutent. Car si elle permettrait de disposer d’un interlocuteur pour faire la paix, elle discréditerait les conseils politiques à l’étranger et s’imposerait à leur place. On ne pourrait plus cacher alors la véritable nature de cette pseudo « révolution » : aucun groupe armé ne s’est battu pour la démocratie, et la grande majorité d’entre eux entend imposer une dictature religieuse sunnite.

Un « Commandement central des Conseils révolutionnaires syrien » vient d’être créé à Idlib. Environ 80 % des forces de l’ASL l’ont rejoint. Il reconnaît comme chef spirituel le cheikh Adnan al-Arour qui a prononcé un discours pour l’occasion. Lisant un texte modéré, dont le style est très éloigné de ses prédications habituelles, il a félicité son auditoire de la création du Commandement militaire central, il a appelé les trois conseils politiques rivaux à l’étranger à s’unir, et il a appelé à la constitution d’un Conseil législatif. Il s’agit bien entendu du transfert du pouvoir législatif à des religieux, dont il accepterait humblement d’être le chef, pour imposer la charia. Au passage, il a rappelé que l’objectif premier de la « révolution » est de renverser non pas les institutions, mais les principes du régime, c’est-à-dire la laïcité et le nationalisme arabe.

JPEG - 37.2 ko
Le chef spirituel de l’ASL, le cheikh Adnan al-Arour

A ce stade, il faut observer que si l’ASL comprend très peu de combattants syriens, elle est soutenue par plusieurs millions de civils, notamment dans le Nord du pays. Or, dans les manifestations organisées ici et là, jamais les foules n’ont brandi de portraits de leaders politiques en exil (Burhan Ghalioum, Abdulbaset Sieda, etc.), mais souvent elles ont scandé le nom du cheik Al-Arour. Surtout elles ont repris ses slogans, comme « Les chrétiens à Beyrouth ! les alaouites au tombeau ! ». Les Syriens qui soutiennent l’ASL ne veulent pas d’une démocratie, mais réclament une dictature à la saoudienne, épurant le sunnisme de ses soufis et réprimant toutes les minorités religieuses.

Pour réussir, la trêve aurait due être négociée par l’envoyé spécial des secrétaires généraux de l’ONU et de la Ligue arabe, Lakdhar Brahimi, avec le cheik Adnan Al-Arour. Mais une telle rencontre aurait marqué la fin du rêve de « printemps arabe » et mis en évidence que l’Occident finance et arme le sectarisme religieux le plus extrémiste.

Le second obstacle que rencontrera le Conseil de sécurité pour déployer une force de paix, c’est le jusqu’au-boutisme français. Paris bloque la mise en œuvre de l’accord signé le 30 juin à Genève. Le texte rédigé par Kofi Annan est volontairement vague sur certains points, de sorte que les grandes puissances ont pu le signer et remettre à plus tard la résolution des contradictions restantes. Depuis, Washington, Moscou et Pékin se sont accordés. Paris persiste à faire bande à part.

La question est de savoir quelle opposition syrienne est légitime pour participer à une transition politique, et en quoi consiste cette transition. Pour la France, c’est évidemment le Conseil national syrien dont les membres sont hébergés à Paris et abondamment subventionnés qui doivent former le noyau dur du prochain gouvernement. Tandis que pour Moscou et Pékin, les politiciens qui ont soutenu l’action armée et appelé à l’intervention étrangère sont indignes de leur patrie. Seuls les opposants qui ont défendu l’indépendance de leur pays et la souveraineté de leur peuple sont légitimes. Pour la France, il s’agit d’organiser une transition entre une Syrie gouvernée par Bachar el-Assad (sans Total) et une Syrie sans el-Assad (mais avec Total). Tandis que pour Moscou et Pékin, la transition, c’est passer de l’actuelle situation de division et de guerre civile à l’unité nationale et à la paix. De son côté, Washington est prêt à des concessions pourvu qu’on en finisse vite et que l’on évite l’embrasement régional.

Tirant les leçons du cessez-le-feu de l’Aïd, la Chine vient de proposer une solution originale. Au lieu de présenter un plan par étape politique, elle imagine de régler le problème région par région. Ce procédé permettrait d’inverser le processus actuel d’extension du conflit et, au contraire, de réduire les zones de guerre. Il est dans l’intérêt de tous, mais heurte frontalement la stratégie française : à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, le président François Hollande a réclamé un mandat du Conseil de sécurité sur les « zones libérées ». Paris rêve avec nostalgie du mandat que la SDN [1] lui octroya pour légaliser sa conquête de la Syrie (1920-1946). D’ores et déjà, n’est-il pas parvenu à faire adopter le drapeau de la colonisation par les « révolutionnaires » ?

Prononçant un discours à l’université nationale de Singapour, Kofi Annan a souligné que la responsabilité des événements actuels incombe à certains Etats occidentaux : ils ont détourné le mandat du Conseil de sécurité pour protéger la population libyenne en une opération pour changer le régime d’el-Kadhafi. Aujourd’hui, ils refusent de condamner le terrorisme et poussent au martyre de la population syrienne en espérant trouver ainsi une occasion de renverser le régime des el-Assad.

Thierry Meyssan, intellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).
  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

L’art de la guerre: Le partenaire afghan de Monti

novembre 6th, 2012 by Manlio Dinucci

Le 4 novembre, le premier ministre Monti a célébré la journée des forces armées par une visite « surprise » en Afghanistan. Aux militaires italiens de Herat il a affirmé «vous n’êtes pas l’expression d’une nation en guerre : nous sommes ici pour assurer à ce pays sécurité, stabilité et prospérité ». Il a ensuite rencontré le président Karzai, en l’assurant que l’Italie, comme les autres pays, «va transformer son soutien, ce qui ne signifie pas laisser le pays seul ». C’est ce que garantit l’Accord de partenariat signé à Rome le 26 janvier par Monti et Karzai. Pour la réalisation d’ « infrastructures stratégiques » dans la province de Herat, l’Italie accorde au gouvernement afghan un crédit de 150 millions d’euros (alors que L’Aquila et d’autres zones sinistrées n’ont pas d’argent pour reconstruire). On prévoit aussi des investissements italiens dans le secteur minier afghan (alors qu’on ferme les mines en Sardaigne) et dans le soutien aux petites et moyennes entreprises afghanes (alors que les italiennes font faillite). Outre les engagements prévus par l’accord, il y a ceux que l’Italie assume dans le cadre Otan.  Après avoir dépensé dans la guerre en Afghanistan 650 milliards de dollars, les Usa ont engagé les alliés à contribuer à la formation des « forces de sécurité afghanes »,  qui a déjà coûté environ 60 milliards de dollars, et au « fond pour la reconstruction », qui a déjà coûté environ 20 milliards. Où va ce fleuve d’argent ? 

  En grande partie dans les poches de la grande famille de Hamid Karzai, le partenaire reçu au Quirinal (siège de la présidence de la république italienne, NdT), avec tous les honneurs, par le président Napolitano. Les affaires de famille, en partie déjà connues, ont été dévoilées par une enquête du New York Times. Les frères du président et d’autres proches, dont beaucoup ont la citoyenneté étasunienne, se sont enrichis avec les milliards de l’Otan (sortis aussi de nos poches), les affaires en sous-main avec des compagnies étrangères, les appels d’offre truqués, et le trafic de drogue. Pour se les accaparer, une lutte à couteaux tirés est déclenchée dans la fratrie. Tandis que Qayum Karzaï se prépare à prendre la place de son frère Hamid comme président, un autre frère, Ahmed Wali Karzai, boss de l’Afghanistan méridional, a été assassiné. Grâce à la corruption et au trafic de drogue, il avait accumulé des centaines de millions de dollars transférés à Dubaï. Le président Karzai a nommé à sa place un autre frère, Shah Wali Karzai, manager de la société Afco, propriété d’un autre membre de la fratrie Karzai, Mahmoud, qui s’est enrichi par la spéculation immobilière : après avoir mis la main sur 40Km2 de terrains domaniaux, il est en train de construire à Kandahar des milliers de maisons pour les Afghans aisés. Mahmoud est aussi un habile banquier : en 2010 il a réussi à soustraire 900 millions de dollars à la plus grande banque du pays, en les transférant sur un compte personnel à Dubaï. Une fois au pouvoir, Shah Wali a rompu avec son frère Mahmoud (contre qui a été ourdi un complot pour l’assassiner) : il a créé sa propre société, à laquelle il a transféré en sous-main 55 millions de dollars provenant de la Banque pour le développement immobilier.

   C’est avec cette contrepartie que le gouvernement Monti a stipulé l’Accord de partenariat, approuvé le 6 septembre par la Chambre à une écrasante majorité (396 contre 8) et le 30 octobre par le Sénat, à l’unanimité. Sur la base de la déclaration solennelle que les deux parties ont « des intérêts partagés et des objectifs communs ».

 

Edition de mardi 6 novembre 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20121106/manip2pg/14/manip2pz/331268/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Intelsat et Eutelsat

novembre 5th, 2012 by Marina Forti

Depuis quelques semaines les réseaux satellitaires de la Radio-Tv d’état iranienne ne sont pas visibles depuis le territoire européen et depuis celui des Etats-Unis. Il s’agit de plusieurs chaînes : Press TV en anglais, Al-Alam en arabe et diverses chaînes en langue farsi : des chaînes entièrement d’information jusqu’à celles de sport, dessins animés, programmes didactiques, films, entretien sportif, radios etc. : toutes les transmissions satellitaires de Irib,  la société radiotélévisée d’état iranienne, sont off air.  Ou, plus exactement, elles transmettent de Téhéran, et continuent à aller sur la chaîne satellitaire iranienne Sahar : mais depuis le 15 octobre celle-ci n’est plus relayée par les satellites de télécommunications gérés par Intelsat et Eutelsat.

  Il s’agit d’une décision politique, c’est évident, mais le motif n’est pas très clair.

Les deux sociétés de télécommunications évoquent les sanctions contre l’Iran décrétées par le gouvernement des Etats-Unis et par l’Union européenne : et pourtant jamais des sanctions spécifiques contre les transmissions radio et télé n’ont été approuvées. Ont-elles reçu des requêtes précises de la part des gouvernements respectifs ? A notre demande de précisions, le bureau de presse d’Intelsat nous a répondu que non, « nous n’avons reçu aucun ordre du gouvernement des Usa (Intelsat opère sous licence étasunienne et répond à la normative étasunienne sur les télécommunications). « Notre fonctionnons dans un business dynamique dans lequel les requêtes des clients et la capacité disponible changent sans cesse : de ce fait lancer ou arrêter des services sur nos satellites est une routine », nous dit le bureau de presse d’Intelsat (par email). Puis ajoute : « Intelsat adhère étroitement aux demandes des sanctions Usa dans les services qu’il fournit à l’Iran ».

   Décision de « routine » ou dictée par les sanctions ? Le bureau de presse d’Intelsat ne répond pas.  Eutelsat, elle, est une société française et gère les satellites de télécommunications Hot Bird en consortium avec Arqiva (britannique) : dans un communiqué du 15 octobre elle annonce avoir arrêté de transmettre les chaînes iraniennes « sur la base des sanctions réitérées de l’Union européenne » et après que « l’autorité française pour l’audiovisuel a confirmé sa décision, prise en 2005,  d’éteindre de façon permanente la chaîne Sahar 1, qui transmet les services radiotélévisés d’Irib, par les satellites Hot Bird ». Il y a donc eu ici un ordre précis de la part du gouvernement de Paris, qu’Eutelsat, en tant que société française, « est tenue de suivre ». Peut-être dans un souci d’approfondissement de sa motivation, le communiqué note que le président d’Irib, Ezzatollah Zarghami, a été placé le 23 mars dernier dans la liste des personnes que l’Union européenne sanctionne individuellement à la suite de violations des droits humains accomplis par la télévision d’état iranienne dans ses programmes. La sanction individuelle à l’encontre du président de la société radiotélévisée de Téhéran peut-elle justifier la coupure de toutes les transmissions venant d’Iran, des informations jusqu’aux émissions d’entretien sportif ? Inutile de demander de plus amples précisions : le bureau de presse d’Eutelsat répond en renvoyant à ce communiqué officiel.

 Il est difficile de comprendre la logique d’Intelsat et d’Eutelsat, ou des gouvernements qui l’ont sollicitée. Le résultat est que les radios et télévisions iraniennes en Europe et en Amérique du Nord sont coupées (« obscurcies »), comme sont coupées en territoire iranien les transmissions de BBC Persian ou de Voice of America[2]. Une mesure de rétorsion ? Qui empêche cependant l’information et le pluralisme des points de vue, c’est-à-dire tout ce qu’on reproche à l’Iran de ne pas respecter. En effet, quand l’Iran brouille les télés occidentales, ça s’appelle censure. Quand ce sont les Européens ou les Américains qui coupent les transmissions iraniennes, comme cela s’appelle-t-il ?

 

Edition de samedi 3 novembre 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20121103/manip2pg/06/manip2pz/331146/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Notes

[1] Titre original italien “Europe e Usa oscuranno la tv iraniana. Censura ?” : le terme oscuranno utilisé par l’auteur devrait être traduit parobscurcissentassombrissent ou brouillent; la traductrice choisit d’employer ici le terme couper, qui recouvre plus clairement la réalité technique et politique de l’opération contre la société Irib. Le lecteur jugera par lui-même de l’opportunité du point d’interrogation posé par l’auteur (ou la rédaction du journal) à propos de la catégorie censure.

 __________________________________________________________________________

Apostille de la traductrice :

A propos de la censure exercée par les réseaux satellitaires européens et étasuniens, voir :

Le Royaume-Uni suspend la liberté d’expression de Press TV au nom de la liberté d’expression

Réseau Voltaire, 20 janvier 2012. Extrait :

« Prompts à qualifier d’ « atteinte à la liberté d’expression » la révocation de la licence d’une chaîne de télévision pour avoir ouvertement appelé et participé à l’organisation d’un coup d’État, les pays européens n’hésitent pourtant pas à bloquer pour des raisons manifestement fallacieuses la diffusion de chaînes satellitaires qui critiquent leur politique. »

http://www.voltairenet.org/article172430.html

Et

Post-démocratie : Press TV censuré en Allemagne

Réseau Voltaire, 5 avril 2012Extrait :

«[…] Ces interdictions administratives de télévisions du Proche-Orient visent à l’évidence à empêcher les citoyens européens de prendre connaissance d’un point de vue particulier sur les conflits de cette région, alors même qu’un débat est ouvert sur de possibles guerres auxquelles les Européens participeraient. En ce sens, elles contreviennent aux résolutions 381 [3] et 819 [4] de l’Assemblée générale des Nations Unies, lesquelles font obligations aux États membres de « supprimer les obstacles qui empêchent les peuples de procéder au libre-échange des informations et des idées, condition essentielle de la compréhension et de la paix internationales. »

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

En Hommage à Larbi Ben Mhidi, Ali La Pointe et Franz Fanon (1).

الـفـتـن الـتـي تـتخـفى وراء قـنـاع الـدين تـجـارة رائـجة جـداً فـي عـصـور التـراجـع الـفـكـري لـلمـجـتـمـعـات »
اإبـن خـلـدون
Le complot qui vise la dissension et qui se cache derrière le masque de la religion est un commerce qui s’épanouit en période de régression de la pensée dans les sociétés. (Ibn Khaldoun 27 Mai 1332-19 Mars 1406, père de la sociologie moderne).

  • Image : 6 chefs historiques, fondateurs du F.L.N. Photo prise juste avant le déclenchement de la révolution du 1er novembre 1954.(Debout, de gauche à droite: Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaid, Mourad Didouche et Mohamad Boudiaf. Assis: Krim Belkacem, à gauche, et Larbi Ben M’Hidi, à droite.)

L’Algérie ou la tentation d’un splendide isolement ;
Les œillères de la facilité

Paris – Dernier survivant de l’ancien Front du refus arabe, qui regroupait les pays du champ de bataille face à Israël et leur hinterland stratégique, l’Algérie parait happée par la tentation d’un splendide isolement, l’ombre d’elle-même, aux antipodes de la prodigieuse décennie de la diplomatie multilatérale qu’elle avait initiée dans la période 1970-1980 à en juger par le profil bas qu’elle adopte depuis la fin de la «noire décennie» de la guerre intestine (1990-2000).

Mais pour légitime qu’elle puisse être, cette tentation ne saurait tenir lieu de ligne de conduite viable, et, en ce qui concerne l’Algérie, crédible, par sa contradiction avec la tradition historique de ce pays militant, depuis son indépendance il y a cinquante ans.

Aucun être n’est réductible à un seul aspect de sa personnalité, à une seule instance de référence. L’être est pluriel. Algérien, certes, Maghrébin, Méditerranéen, ou, si l’on veut, selon la définition chère au sénégalais Léopold Sedar Senghor, «arabo berbère ou négro africain», selon le hasard de la naissance et de la généalogie.

Et, dans le cas d’espèce de l’Algérie, francophone, francophile ou francophobe, selon le degré des souvenirs et la vivacité des ressentiments accumulés par 132 ans de présence coloniale. Mais en tout état de cause relevant de la sphère culturelle et religieuse arabo musulmane.

L’interactivité entre les éléments constitutifs de l’histoire nationale est un fait prégnant. La guerre d’indépendance de l’Algérie en témoigne avec l’interaction entre Machreq et Maghreb, matérialisée par le soutien multiforme de l’égyptien Gamal Abdel Nasser aux maquisards algériens, la prestation réplique de l’algérien Houari Boumediene à Anouar el Sadate lors de la destruction de la Ligne Bar Lev, en 1973.

Ou encore avec la dynamique de changement impulsée par l’immolation de Mohamad Bouazizi en Tunisie, en décembre 2011, dupliquée, dans la foulée, Place Tahrir, au Caire, avec l’assassinat du jeune activiste égyptien Khaled Saïd, un enchevêtrement de faits qui a abouti à la destitution de deux dictateurs, Zine El Abidine Ben Ali (Tunisie) et Hosni Moubarak (Egypte), en moins d’un mois sur les deux versants du monde arabe.

Dans l’histoire contemporaine, les exemples abondent de l’interactivité et de la conjonction des faits et des hommes.

Un être qui se vit exclusivement Algérien, sans une vision panoptique de la conjoncture, sans une approche systémique des faits, est un être hémiplégique qui ne saurait appréhender véritablement le réel. Il ne saurait participer lucidement au combat des valeurs et des idées. Au combat universel pour l’indépendance des peuples colonisés, longtemps la marque de fabrique de l’Algérie, aux côtés de ses compagnons de route du calibre de Frantz Fanon, originaire des Antilles françaises, désigné pour représenter l’Algérie… au Ghana en tant qu’ambassadeur plénipotentiaire.

Le Monde viendra à elle quand bien même l’Algérie ne va pas à sa rencontre. Pour s’en convaincre, il suffit de revenir à l’année charnière de l’histoire contemporaine, 1989. Cette année-là voit l’implosion de l’empire soviétique avec la fin de la guerre anti soviétique d’Afghanistan et la fin de la guerre irako iranienne, c’est à dire la fin des deux guerres de fixation des pays de contestation de l’hégémonie occidentale, l’URSS et l’Iran et le début de la déstabilisation de l’Algérie, leur allié sur le ponant du Monde arabe.

La défaite de l’URSS, sur le plan régional, a intronisé les Talibans pro wahhabites, galvanisés par leur victoire sur l’athéisme, en maîtres d’œuvre d’un Afghanistan sunnite frontalier d’un Iran chiite, dans le prolongement d’un Irak sunnite sous la houlette baasiste de Saddam Hussein contenant le flanc sud de l’Iran sur le golfe arabo persique.

L’Irak Khomeyniste tentera d’en desserrer l’étau par une sorte de dépassement par le haut, en contournant le sunnisme non sur le plan théologique mais sur le plan de l’idéologie révolutionnaire.

La Fatwa anti Salmane Rushdie, condamnant à mort l’écrivain indo britannique pour apostasie pour avoir ironisé sur l’une des épouses du prophète, s’est inscrite dans cette perspective. Elle a eu valeur symbolique en ce qu’elle démontrait le souci des Chiites, la branche minoritaire de l’Islam, de faire respecter les dogmes religieux avec la même vigueur que leurs rivaux sunnites.

Au besoin en les suppléant. Comme ce fut le cas lors de la vague de colère suscitée dans le Monde musulman après la projection d’e l’extrait d’un film «L’Innocence de l’Islam» dénigrant le prophète, en septembre 2012.
D’une manière sous-jacente, de démontrer que le zèle de l’Imam Ruhollah Khomeiny, le guide de la Révolution Islamique, l’habilitait, sur le plan spirituel, à être l’alter ego du Roi d’Arabie saoudite, le gardien sunnite des Lieux saints de l’Islam.

Talibans / Al Qaida ;
L’idéologisation de la guerre sur une base religieuse

La Fatwa anti Salmane Rushdie a constitué, sur le plan théologique, la réplique stratégique iranienne à une idéologisation de la guerre sur une base religieuse, telle qu’elle s’est déroulée en Afghanistan.

Ce faisant, le clergé iranien se plaçait ainsi à l’avant-garde de la défense des valeurs de l’authenticité et de la lutte contre l’occidentalisation de la société musulmane, au moment où les Talibans, fer de lance anti soviétique, étaient conduits à se concentrer sur leur base territoriale nationale, l’Afghanistan, cédant ainsi la place à «Al Qaida» pour le leadership du combat à l’échelle planétaire.

Symbole de la coopération saoudo américaine dans la sphère arabo musulmane à l’apogée de la guerre froide soviéto-américaine, le mouvement d’Oussama Ben Laden avait vocation à une dimension planétaire, à l’échelle de l’Islam, à la mesure des capacités financières du Royaume d’Arabie.

Le Djihad a pris une dimension planétaire conforme à la dimension d‘une économie mondialisée par substitution des pétromonarchies aux caïds de la drogue dans le financement de la contre révolution mondiale. Dans la décennie 1990 -2000, comme dans la décennie 2010 pour contrer le printemps arabe.
Si la Guerre du Vietnam (1955-1975), la contre-révolution en Amérique latine, notamment la répression anti castriste, de même que la guerre anti soviétique d’Afghanistan (1980-1989) ont pu être largement financés par le trafic de drogue, l’irruption des islamistes sur la scène politique algérienne signera la première concrétisation du financement pétro monarchique de la contestation populaire de grande ampleur dans les pays arabes.

Dommage collatéral de ce rapports de puissance, l’Algérie en paiera le prix en ce que ce pays révolutionnaire, allié de l’Iran et de la Syrie, le noyau central du front de refus arabe, évoluait en électron libre de la diplomatie arabe du fait de la neutralisation de l’Egypte par son traité de paix avec Israël et la fixation de la Syrie dans la guerre du Liban.

Les Islamistes algériens joueront toutefois de la malchance en ce que le déploiement de troupes occidentales, -dont soixante mille soldats juifs américains-, à proximité des Lieux Saints de l’Islam, dans la région occidentale du royaume, à l’occasion de la première guerre anti irakienne du Golfe, en 1990, les placera en porte à faux avec leurs bailleurs de fonds, contraignant leur chef Abassi Madani à prendre ses distances avec les Saoudiens. Au titre de dommage collatéral, le débarquement des «forces impies» sur la terre de la prophétie constituera le motif de rupture entre Oussama Ben Laden et la dynastie wahhabite.

L’instrumentalisation de l’Islam comme arme de combat politique, en tant qu’anti dote au nationalisme arabe anti américain, dans la foulée de l’incendie de la Mosquée d’Al Asa (1969), a entrainé un basculement du centre de gravité du Monde arabe de la rive méditerranéenne vers le golfe, c’est-à-dire des pays du champ de bataille vers la zone pétrolifère sous protectorat anglo-américaine.

Avec pour conséquence, la substitution du mot d’ordre de solidarité islamique à celui mobilisateur d’unité arabe ainsi que le dévoiement de la cause arabe, particulièrement la question palestinienne, vers des combats périphériques (guerre d’Afghanistan, guerre des contras du Nicaragua contre les sandinistes), à des milliers de km de la Palestine, et dans l’époque contemporaine à des guerres contre les pays arabes eux-mêmes (Libye, Syrie) ou des pays africains (Nord Mali).

La déstabilisation de l’Algérie a figuré, à nouveau, à l’ordre du jour du «printemps arabe des pays occidentaux» en ce qu’elle était prévue dans la foulée de la mainmise occidentale sur la Libye, à en juger par les prédictions de Nicolas Sarkozy, avant son trépassement politique, s’exclamant par répétition ponctuée de sauts de cabri «dans un an l’Algérie, et dans trois ans l‘Iran».

L’Algérie, tout comme l’Iran et la Syrie, figurent dans le nouvel axe du mal profilé par les stratèges occidentaux pour maintenir sous pression les pays émergents, situés hors de l’orbite occidentale.

Le voyage en Israël des dirigeants du fantomatique gouvernement kabyle en exil, Ferhat Mehenni (président) et Lyazid Abid (ministre des affaires étrangères), dans la foulée du voyage d’intellectuels du Maghreb, Boualem Sansal (Algérie), Hassan Chalghoumi (Tunisie) et Nadia El Fanni (Tunisie), ne relève pas du hasard.

Sous couvert de «dialogue des religions», il participe d’une opération de débauchage de personnalités médiatiques en vue d’en faire des relais potentiels dans la guerre psychologique que mène clandestinement Israël dans la déstabilisation de cette zone, en pleine turbulence politique.

Le démantèlement d’un important réseau israélien en Tunisie, en 2012, relève de cette stratégie, dont L’objectif à terme est d’aménager la principale base opérationnelle du Mossad au Maghreb, dans ce pays en pleine transition politique, à la charnière de l’Afrique et de l’Europe, jadis chasse gardée occidentale.

Collecte des informations à travers les voyageurs tunisiens en Algérie et Algériens en Tunisie. Action de déstabilisation et guerre psychologique. Action de sabotage et de terrorisme, imputable à AQMI ou à toute autre organisation fantoche figurent parmi les objectifs de la plateforme disposant de deux autres antennes, dont l’une à l’Ile de Djerba, à proximité de la Libye.

Dans cette optique, la formule de formule de Nicolas Sarkozy, le plus philo sioniste et anti arabe président de France - »Dans un an l’Algérie, dans trois ans l’Iran »-, loin de relever du vœu pieux ou du hasard, prend rétrospectivement toute sa signification.

Pour le lecteur arabophone, Cf.; La Tunisie, plateforme du Mossad au Maghreb du journal libanais « Al Akhbar».

http://www.al-akhbar.com/node/166000

Vers la propulsion de l’Algérie en partenaire majeure du BRICS

La réconciliation entre la France et l’Algérie, présentée comme nécessaire pour la pondération du tropisme pro-israélien de la classe politique française, devrait servir de référence au comportement des binationaux franco-arabes, d’une manière générale aux détenteurs d’une double nationalité (arabe et occidentale), en ce que le partenariat binational se doit de se faire, dans l’intérêt bien compris des deux parties, sur un pied d’égalité et non sur un rapport de subordination de l’ancien colonisé, le faisant apparaître comme le supplétif de son ancien colonisateur.

Purger le passif colonial sans en occulter les aspects les plus nauséabonds dans le respect mutuel et non dans une flexibilité du naturalisé conspirant avec son pays d’accueil contre son pays d’origine.

Soutien inconditionnel de l’irakien Saddam Hussein, du zaïrois Mobutu Sessé Seko, du gabonais Omar Bongo, du togolais Gnassingbé Eyadema, du tunisien Zine el Abidine Ben Ali , de l’égyptien Hosni Moubarak, ostracisant ses fidèles serviteurs Harkis, avant de voler au secours des islamistes syriens, la France en paie le prix en terme de magistère moral: «L’influence de la France au niveau international est assez faible par rapport à celle des États-Unis ou de la Chine en ce que «le pays des Droits de l’homme». (…) a perdu au fil du temps la mission de transmission de ses valeurs», constate l’énarque Claude Revel dans son ouvrage « La France un pays sous influence» (Editions Vuibert-2012).

La période de cicatrisation consécutive à la «noire décennie» s’est achevée en Algérie qui doit secouer sa léthargie diplomatique et reprendre un rôle pilote dans un monde arabe déboussolé, fracturé, brisé et humilié. Pour la survie du Monde arabe, l’hégémon de la diplomatie arabe ne saurait être, sous aucun prétexte, laissé aux bédouins du Golfe, inciviles.

L’Algérie ne saurait se contenter de son statut de «pays émergent», qui n’est rien d’autres qu’un strapontin, autrement dit « un piège à cons », mais monter au créneau par une meilleure répartition de ses richesses, la relance de son agriculture, le développement de son énergie solaire en même temps que son tourisme, pour rejoindre les BRICS (Brésil, Russie, Afrique du sud, Inde).
Au BRICS en tant que représentante des pays arabes et musulmans, pour y développer une coopération Sud-Sud, en substitution à une coopération verticale de subordination et de prédation des économies nationales des pays arabes. En un mot, établir un rapport de qualité entre les deux sphères de la Méditerranée et entre les deux hémisphères de la planète.

Demander des comptes à tous ceux qui ont dévoyé l’Islam, les wahhabites, bailleurs de fonds des Taliban destructeurs des Bouddhas de Bamyan, qui ont aliéné gratuitement 1,5 milliards d’hindous, et les salafistes atlantistes du Qatar, parrains des Touaregs destructeurs des sanctuaires de Tombouctou, qui ont aliéné de leur côté près d’un milliards de croyants d’Afrique noire, développant une incroyable islamophobie à travers le Monde.

Le Qatar, l’apprenti sorcier

L’Afrique est partiellement redevable de son indépendance à l’Algérie, de la même manière que la défaite française de Dien Bien Phu (1955) a pesée lourd dans la décision française de renoncer à son ancienne colonie chérie.

Par effet de boule, il en a été de même de l‘Afrique. Le coût humain et matériel de la guerre d’Algérie a précipité l’indépendance des pays africains de l’espace francophone, dont l’indépendance, curieusement, a précédé de deux ans celle de l’Algérie, de crainte que l’effet de contagion n’embrase le continent noir et que la chaudière africaine n’embrase à son tour les intérêts africains de la France et de l’armée française, exsangue par huit ans de combat français anti-fellaghas.

La coopération algéro malienne a été mise à mal par le roitelet du Qatar, mercenaire par excellence des menées anti-arabes du pacte atlantique.
Les pilleurs du patrimoine de l’humanité, nouveaux barbares ivres de pétrodollars, doivent rendre des comptes.

L’empire musulman auquel ils rêvent tant doit préalablement à son avènement se purger de tous les mystificateurs, les faux prophètes qui sont en fait les prophètes de notre malheur.

N’en déplaise aux esprits chagrins, le nationalisme arabe a libéré le Monde arabe des bases occidentales de Bizerte à Aden en passant par Mers El Kébir et Suez, Wheelus Airfield et Al Adem en Libye, impulsant même dans la décennie 1970 une dynamique vers l’indépendance des émirats mirage de l’ancienne Côte des pirates, alors qu’en contre champ le wahhabisme salafiste s’est appliqué méthodiquement à réimplanter les bases militaires atlantistes sur les débris du nationalisme arabe, dans les pétromonarchies, la réserve énergétique stratégique du Monde arabe, de Bahreïn au Qatar, au Sultanat d’Oman, à Abou Dhabi (Emirats arabes Unis). Et, dans des guerres mercenaires, rétablir les trusts pétroliers occidentaux en Irak et en Libye.

Hypocrites wahhabites qui excluent la Syrie de l’Organisation de la Conférence Islamique mais laissent fermer, faute de fonds, l’Hôpital Al Maqassed, le plus grand hôpital palestinien de Jérusalem.

Hypocrisie occidentale dès lors qu’il s’agit de pétrole et de terrorisme, dont la fermeté avec la Syrie tranche avec le laxisme avec le golfe pétro monarchique quand bien même «des fonds privés d’Arabie saoudite, du Koweït et du Qatar constituent la source de financement la plus importante des groupes terroristes sunnites du monde entier», selon la mise en garde de Hillary Clinton, secrétaire d’état américain, aux diplomates américains dans la zone et révélée par Wikileaks (2).

Affaiblir la Russie, la Chine et la Syrie dans une guerre d’usure contre le régime de Damas de même que l’Algérie dans un rôle de gendarme aux confins du Mali, paraissent être les objectifs prioritaires du bloc atlantiste en ce que la déstabilisation de la zone sahélo saharienne favoriserait le maillage de l’Afrique par les armées occidentales, sans réplique russo-chinoise, sous couvert de lutte contre le terrorisme.

Cela vaut particulièrement le Maghreb, l’ultime barrage face à la percée chinoise en Afrique, l’ultime récif face au contournement de l’Europe, par son flanc sud, via le continent africain.

L’axe Chine-Europe qui représente les deux extrémités de la vaste étendue continentale euro-asiatique, constitue le centre de gravité pérenne de la géostratégie de l’histoire de la planète, matérialisée par la route de la soie, la route des parfums et de l’encens, et, dans la période contemporaine, par la route de la drogue.

Le Monde arabe en constitue le maillon intermédiaire, à la jonction de trois voies de navigation maritime internationale (Atlantique-Méditerranée, via Gibraltar, Méditerranée-Océan indien, via le Canal de Suez, Golfe persique-Mer rouge Océan indien via le détroit d’Ormuz), de surcroît à l’intersection de deux continents (Asie-Afrique). Du fait de ses divisions, ce maillon intermédiaire en est son ventre mou, qui se devra d’être son articulation centrale, par musculation des abdominaux.

Tel devrait être la tâche majeure de l’Algérie au seuil du XXI me siècle, aux côtés de tous ceux qui, au sein du Monde arabe, rejettent la logique de vassalité et se proposent de le doter d’un «seul critique» à l’effet de le propulser au rang d’interlocuteur majeur de la scène internationale.

L’Algérie ne saurait concevoir son destin hors de la sphère arabo musulmane. Elle ne saurait s’en détacher. Elle ne saurait échapper à son destin. A moins de se contenter du rôle de coq glorieux picorant les sables de son Sahara, dans la splendeur de son isolement.

  • Références
    1 –Mohamed Larbi Ben M’Hidi (1923-1957) est un combattant et responsable du FLN durant la Guerre d’Algérie (1954-1962). Il est arrêté, torturé, puis exécuté sans jugement par l’armée française durant la bataille d’Alger, en février 1957. Considéré comme un héros national en Algérie, plusieurs lieux et édifices institutionnels se sont vus attribuer son nom. En avril 1954, Ben M’Hidi fut l’un des neuf fondateurs du Comité révolutionnaire d’unité et d’action, qui le 10 octobre 1954 transformèrent le CRUA en FLN et décidèrent de la date du 1er Novembre 1954 comme date du déclenchement de la lutte armée pour l’indépendance algérienne. Responsable de la Wilaya 5 (Oranie), il en laissera le commandement à son lieutenant Abdelhafid Boussouf pour devenir membre du Conseil national de la révolution algérienne, participant à l’organisation des premiers attentats de la bataille d’Alger.Arrêté le 23 février 1957 par les parachutistes, il refusa de parler sous la torture avant d’être pendu sans procès, ni jugement, ni condamnation, par le général Aussaresses dans la nuit du 3 au 4 mars 1957. Le général Bigeard, qui avait rendu hommage auparavant à Ben M’Hidi avant de le confier aux Services Spéciaux, regretta trente ans plus tard, cette exécution. Ses derniers mots avant son exécution auraient été les suivantes: « Vous parlez de la France de Dunkerque à Tamanrasset, je vous prédis l’Algérie de Tamanrasset à Dunkerque. Vous voulez l’Algérie française et moi je vous prédis la France algérienne».

    Ali la Pointe, (1930 – 1957), de son vrai nom Ammar Ali, combattant du FLN, il se distinguera dans la bataille d‘Alger, constituant avec Yacef Saadi, le chef de la Zone autonome d’Alger, le tandem le plus terrible de l’histoire de la guerre d’Algérie. Dans la foulée de l’arrestation de son chef Yacef Saadi, sur dénonciation d’un indic, Ali La Pointe se fera exploser, le 8 octobre 1957, dans sa cache de la Casbah plutôt que de se rendre aux forces françaises.

    Frantz Omar Fanon, né le 20 juillet 1925 à Fort de France (Martinique), mort le 6 Décembre 1961 à Bethesda (Washington DC, États-Unis). Psychiatre Français, Martiniquais et Algérie, il est l’un des fondateurs du courant de pensée tiers-mondiste et compagnon de route de la révolution algérienne. Durant toute sa vie, il cherchera à analyser les conséquences psychologiques de la colonisation à la fois sur le colon et sur le colonisé. De son expérience de noir minoritaire au sein de la société française, il rédige «Peau noire, masques blancs», dénonciation du racisme et de la «colonisation linguistique» dont la Martinique est victime. Pour Fanon, la colonisation entraîne une dépersonnalisation, qui fait de l’homme colonisé un être «infantilisé, opprimé, rejeté, déshumanisé, acculturé, aliéné», propre à être pris en charge par l’autorité colonisatrice.

    En mars 1960, il est nommé ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne Gouvernement provisoire de la République algérienne au Ghana. Il échappe durant cette période à plusieurs attentats au Maroc et en Italie. Se sachant atteint d’une leucémie, il se retire à Washington pour écrire son dernier ouvrage «Les Damnés de la Terre». Il meurt le 6 décembre 1961 à l’âge de 36 ans, quelques mois avant l’indépendance algérienne; sa dépouille est inhumée au cimetière des Chouhadas» (cimetière des martyrs de la guerre) près de la frontière algéro-tunisienne, dans la Wilaya d’El Tarf.

    2- «Jeux de rôle et polémiques face à Bachar» – Claude Angeli- Le Canard Enchainé page 3 14 aout 2012

  • www.renenaba.com est un média indépendant qui ne perçoit ni de rémunérations ni de la publicité, et ne relève ni d’un éditeur, ni d’un groupe de presse. La vraie valeur ajoutée du blog réside précisément dans son indépendance tant intellectuelle que financière. Les sites relais qui rediffusent nos papiers ne répercutent pas leurs recettes sur notre production, le prix de son indépendance, la marque de notre indépendance. La progression constante de notre lectorat, sa configuration, ses exigences, constituent pour www.renenaba.com une marque de confiance renouvelée à l’effet de nous inciter à aller de l’avant, animés d’une volonté inébranlable de poursuivre sans concession le combat pour la dignité des hommes et la souveraineté des peuples.
  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Les élections présidentielles et le jeu d’une possible alternance entre démocrates et républicains ne peuvent dissimuler une tendance lourde dans la mutation de la forme de l’Etat étasunien, quelle que soit la couleur du ticket présidentiel. Il apparaît même que c’est sous la présidence Obama que s’est produit le renversement le plus marqué de l’Etat de droit.

Barak Obama avait été élu en invoquant un avenir fondé sur le respect des droits fondamentaux des individus et des peuples. Le bilan de son mandat est en totale rupture avec ces promesses. Les aspects les visibles, telle la non fermeture de Guantanamo, le maintient des tribunaux militaires d’exception ou bien la pratique de la torture en Afghanistan, ne sont que la partie immergée de l’iceberg. Ces éléments nous permettent seulement d’entrevoir la continuité entre les politiques des administrations Bush et Obama. Cependant, il s’est opéré un approfondissement tel de la politique antérieure qu’il a produit un changement dans la forme de l’Etat, une modification inédite de la relation entre les autorités constituées et le citoyen américain..

La possibilité de traiter les ressortissants étasuniens comme des étrangers nommés comme terroristes est un objectif constant du pouvoir exécutif des USA depuis les attentats du 11 septembre 2001.Par la nouvelle prérogative qui lui est donné, grâce au National Defense Authorization Act, de pouvoir supprimer l’Habeas Corpus des citoyens étasuniens et plus seulement celui des ressortissants étrangers, l’administration Obama a réalisé ce que l’exécutif précédent avait mis en chantier, sans pouvoir le concrétiser.

Fin de l’Habeas Corpus des étrangers.

Le Patriot Act entré en vigueur le 26 octobre 2001, autorisait déjà l’administration de détenir, sans inculpation et pour une période indéterminée, les étrangers soupçonnés d’être en relation avec des groupes nommés comme terroristes.

Afin de pouvoir éventuellement juger ces prisonniers, des tribunaux spéciaux, les commissions militaires, furent créés par un décret présidentiel, le Military Order du 13 novembre 2001[1]. Cet acte du pouvoir exécutif permet le jugement, par ces tribunaux militaires, des étrangers soupçonnés d’être en rapport avec Al Qaïda ou d’avoir « commis, préparé ou aidé à concevoir des actes de terrorisme international envers les USA ».

L’état de guerre fût invoqué pour justifier la mise en place de ces juridictions si liberticides qu’elles violent le code militaire lui-même. Ces juridictions ont été installées pour juger des étrangers, soupçonnés de terrorisme et contre lesquels il n’y a pas de preuves recevables par une tribunal civil ou militaire.

En votant le Military Commissions Act[2], en septembre 2006, les chambres ont légalisé les commissions militaires. La loi étend considérablement la notion « d’ennemi combattant illégal » qui ne porte plus seulement sur les étrangers capturés sur le champ de bataille, mais concerne tout américain ou étranger n’ayant jamais quitté son pays d’origine. Si les Américains, inculpés sur base de la notion d’ennemi combattant illégal, doivent être déférés devant des juridictions civiles, ce n’est pas le cas des étrangers qui peuvent être jugés devant des commissions militaires.

Dans ces tribunaux d’exception, le prévenu n’a pas le choix son avocat. Ce dernier est un militaire désigné par le Président. Celui-ci nomme également les juges militaires et détermine le degré de torture (de « coercition physique ») pouvant être appliqué au prisonnier. L’avocat n’a pas non plus accès aux éléments de preuve, si ceux-ci sont classés « secret défense ».

Inscription de l’ennemi dans le droit pénal.

Le Military Commissions Act introduit la notion d’ennemi dans le code pénal. Il donne au président des États-Unis le pouvoir de désigner, comme tel, ses propres citoyens ou tout ressortissant d’un pays avec lequel les États-Unis ne sont pas en guerre. On est poursuivi comme « ennemi combattant illégal », non pas sur base d’éléments de preuves, mais simplement parce qu’on est nommé comme tel par le pouvoir exécutif américain. Intégrée dans la loi, cette incrimination ne fait donc plus référence à une situation d’urgence, comme dans le Military Order de 2001, mais devient permanente. L’inscription de l’anomie dans la loi installe l’exception dans la durée. Elle procède à une mutation de l’ordre juridique et politique en créant un droit purement subjectif qu’elle place aux mains du pouvoir exécutif.

Le 28 octobre 2009, le président Obama a signé le Military Commissions Act of 2009 [3]  qui amende le Military Commissions Act of 2006. Cette réforme était formellement nécessaire pour la nouvelle administration, car Barak Obama était, en 2006, l’un des 34 sénateurs qui s’étaient opposés à l’ancienne législation.

La nouvelle loi ne parle plus d’ennemis combattants illégaux, mais bien d’ « ennemi belligérant non protégé ». L’essentiel demeure : l’inscription de la notion d’ennemi dans le code pénal et ainsi la fusion entre le droit pénal et le droit de la guerre. Cependant, l’attribut « belligérant » caractérisant la notion d’ennemi élargit le champ de l’incrimination. Celle-ci ne porte plus uniquement sur des combattants, mais sur « des personnes qui sont engagées dans un conflit contre les USA ». La nouvelle définition permet ainsi de s’attaquer directement, non seulement à des personnes capturées, sur ou à proximité d’un champ de bataille, mais à des individus qui posent des actes ou émettent des paroles de solidarité vis à vis de ceux qui s’opposent à l’armée étasunienne ou simplement à la politique guerrière du gouvernement.

Fin de l’Habeas Corpus des citoyens US.

Le National Defense Authorization Act[4], signé par le président Obama le 31 décembre 2011, autorise la détention infinie, sans procès et sans inculpation, de citoyens étasuniens désignés comme ennemis par le pouvoir exécutif. Les américains concernés ne sont pas seulement ceux qui seraient capturés sur un champ de bataille, mais aussi ceux qui n’ont jamais quitté le sol des Etats-Unis, ni participé à une quelconque action militaire. La loi vise les personnes que l’administration a désignées comme membres « d’Al-Qaïda, des Talibans et qui prennent part à des hostilités contre les Etats-Unis », mais aussi quiconque qui « a appuyé de manière substantielle ces organisations ». Cette formulation permet une utilisation flexible et extensive de la loi. Elle permettrait, par exemple, de s’en prendre à des organisations de défense des libertés civiles qui voudraient faire respecter les droits constitutionnels d’américains désignés, par le pouvoir exécutif, comme ennemis des USA.

Primauté des valeurs sur la loi.

En apposant sa signature, Obama a déclaré que son administration n’autorisera pas la détention militaire, illimitée et sans jugement, de citoyens américains. Cette possibilité ne serait pas contraire à l’ordre de droit étasunien, mais seulement aux « valeurs » de l’Amérique. C’est au nom de celles-ci qu’il n’utilisera pas cette opportunité offerte par la loi et non pas parce que ce type d’enfermement s’opposerait à la Constitution. Il affirme même que, dans les faits, le National Defense Authorization Act ne lui donne pas de nouvelles prérogatives. Ces pouvoirs extraordinaires, le Président en disposerait depuis que le Congrès a adopté, le 14 septembre 2001, une résolution stipulant : « que le Président est autorisé à utiliser toutes les forces nécessaires et appropriées contre les nations, organisations ou personnes qui ont planifiés, autorisés, commis ou aidés les attaques terroristes survenues le 11 septembre 2001…. » Il rejoint ainsi la certitude exprimée par G. Bush, en opposition avec le cadre du texte, que l’accord donné au Président d’engager la force lui offre une autorité sans limite dans l’espace et dans le temps, pour agir contre tout agresseur potentiel et non uniquement contre ceux impliqués dans les attentats du 11 septembre.

Comme l’autorisation elle-même est précédée d’un préambule énonçant : « attendu que le Président a autorité sous la Constitution de dissuader et de prévenir les actes de terrorisme international contre les Etats-Unis », G. Bush a régulièrement fait part de celui-ci afin de justifier les violations des libertés constitutionnelles des citoyens américains. Le Président Obama adopte la même lecture pour dénier le caractère novateur d’une loi lui permettant de supprimer l’habeas Corpus de tout ressortissant étasunien.

Un président se plaçant au-dessus de la loi.

Ici, la primauté ne réside plus dans le texte législatif, mais dans l’initiative présidentielle.  C’est de son propre fait qu’Obama n’usera pas de l’autorisation donnée par la loi d’incarcérer, indéfiniment et sans inculpation, des citoyens américains. De même, il s’oppose à l’obligation de détenir militairement les terroristes étrangers. A ce propos, il affirme que son administration « interprétera et appliquera les dispositions décrites ci-dessous de manière à préserver la flexibilité dont dépend notre sécurité et de maintenir les valeurs sur lesquelles est fondé ce pays ». Il s’écarte ainsi résolument de la règle qui veut que, une fois qu’il a signé un texte de loi, le Président l’applique loyalement. Obama renverse le caractère contraignant du texte législatif au profit de la liberté présidentielle. De même, les « valeurs » étasuniennes deviennent prééminentes par rapport à la loi.

Si le National Defense Authorization Act ne fait qu’entériner des prérogatives que le pouvoir exécutif possède déjà, le problème porte seulement sur les modalités d’exécution. Le Président ne doit pas être limité dans sa lutte contre le terrorisme. Pour Obama, les articles incriminés sont inconstitutionnels, non pas parce qu’ils concentrent les pouvoirs entre ses mains, mais parce qu’ils restreignent sa liberté d’action. Les clauses contestées instituent une détention militaire qui limite la nécessaire « flexibilité » de l’action de l’administration, par exemple, la possibilité de détenir un prisonnier étranger dans un camp de la CIA. Les articles incriminés « s’opposeraient au principe de la séparation des pouvoirs. »

Un renversement du principe de la séparation des pouvoirs.

Obama renverse ce mode d’organisation issu des Lumières. Pour Montesquieu, l’objectif poursuivi est d’empêcher la concentration de la puissance politique en une seule autorité. Pour ce faire, les pouvoirs s’équilibrent et se limitent mutuellement. Obama, au contraire, opère un clivage dans l’exercice de la puissance étatique, de manière à ce que le législatif ne puisse pas exercer un contrôle sur l’exécutif. La séparation des pouvoirs devient absence de limite posée à l’action présidentielle. Il s’agit là d’un mode d’organisation d’un pays en guerre ouverte et dont l’existence est menacée par une puissance extérieure. Les administrations Bush ou Obama estiment que l’autorisation donnée en 2001 par le Congrès, d’engager la force contre les auteurs des attentats du 11 septembre, est équivalente à une Déclaration de Guerre, comme celles votées durant la seconde guerre mondiale. Le champ d’application devient cependant beaucoup plus large, puisque l’autorisation de 2001 permet d’engager la force non seulement contre d’autres nations, mais aussi contre des organisations ou de simples individus.

Le National Defense Authorization Act inscrit dans la loi une mutation de la notion d’hostilité. Elle a pour but énoncé de faire face à un conflit contre des adversaires non clairement définis qui ne menacent pas l’intégrité du territoire national. La lutte antiterroriste produit une image constamment renouvelée de l’ennemi. Elle s’exhibe comme une guerre permanente et sans frontière qui, en ne distinguant pas le citoyen américain du soldat d’une puissance étrangère, ne sépare pas intérieur et extérieur. La structure politique et juridique, construite à partir de cette nouvelle guerre asymétrique, renverse la forme de l’Etat de droit. La loi n’est plus réduction de l’exception, mais sa continuelle extension.

Jean-Claude Paye

 

Jean-Claude Paye, sociologue, auteur de De Guantanamo à Tarnac : L’emprise de l’image, Editions Yves Michel 2011.

 

http://www.yvesmichel.org/webmaster/espace-societe/lemprise-de-limage

Notes

[3]    Formellement il s’agit du  Titre XVIII du  « National Defense Authorization Act for Fiscal Year 2010 », http://www.defense.gov/news/commissionsacts.html

[4]    H.R. 1540. National Defense Authorization Act (NDAA) for Fiscal Year 2012, http://thomas.loc.gov/cgi-bin/query/z?c112:H.R.1540

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

« Ne touchez pas à la Syriana » ou “Hands off Syriana” [1], une campagne internationale déclenchée et dirigée par le compositeur de la chanson politique libanaise, William Nassar, unCanadien d’origine arabe.

« Ne touchez pas à la Syriana », le nom adopté par le comité international de coordination vise à donner un aspect personnel à la campagne, compte tenu les ingérences arabes et étrangères qui frappent la Syrie.

 « Ne touchez pas à la Syriana », un amalgame de deux mots, plutôt du mot anglais « Syria » – comme la campagne fut déclenchée initialement dans un milieu anglophone nord-américain – et du suffixe arabe « -na », qui est en effet l’adjectif possessif de la première personne du pluriel. Ainsi, le message que l’on veut envoyer par  cet amalgame se révèle : « Ne touchez pas à la Syriana » ou «  Ne touchez pas à notre Syrie » !

Pourtant, une question se pose ici : pourquoi « Notre Syrie » et non pas « La Syrie », tout simplement ? Pourquoi l’adjectif possessif, ou plutôt pourquoi cette insistance à employer un suffixe arabe avec un mot anglais ?

Selon les organisateurs de la campagne, la Syrie est la nôtre, elle est à nous seuls ; mais qui « nous » ? Nous des artistes, musiciens, écrivains et intellectuels nord-américains d’origine arabe, précisément syrienne et libanaise. Berceau de la civilisation et de l’histoire, la Syrie refuse de renoncer à ce titre. Terre ou Peuple, elle embrasse l’humanité avec le parfum de ses jasmins. Elle demeure le phare de la science, de la pensée, de l’art, de la créativité et de la civilisation.

Le message que les organisateurs de la campagne voulaient envoyer se précise comme tel : la guerre atroce qui frappe la Syrie nous exige à se tenir fermement et sérieusement, et à élever la voix pour mettre fin aux ingérences étatsunienne, européenne, turque, israélienne, arabique et surtout canadienne, dont l’objectif se précise à son tour par une insistance à mettre de l’huile sur le feu des différences ethniques et religieuses en Syrie, à détruire l’infrastructure de l’État syrien, à déchirer l’unité du peuple syrien, et cela en appuyant le terrorisme et les terroristes qui se sont rassemblés sous la bannière des « jihadistes », qui assouvissent, en effet, leur soif au sang en détruisant l’unité de la Syrie et en commettant des crimes contre l’humanité, qui mènent enfin une guerre féroce contre la Syrie, peuple et territoire.

Comme ils refusent que l’on fasse des guerres à leur compte en tant qu’individus, groupes et peuples, et comme ils refusent que l’on dépense les richesses dans le but de détruire des pays, dont les cultures montent loin dans l’histoire, au lieu de les dépenser dans des domaines éducatifs, humanitaires et créatifs, les organisateurs et les participants à cette campagne, des musiciens, des artistes, des écrivains, des poètes et des journalistes de l’Amérique du Nord et de l’Europe, ainsi que leurs collègues en Syrie et dans les pays arabes, ils élèvent la voix et précisent leurs objectifs :

premièrement, nous appelons l’administration américaine, l’Union européenne et le gouvernement canadien à mettre terme à toute sorte d’agression diplomatique, politique, économique et militaire contre la Syrie et les Syriens ;

deuxièmement, nous appelons à l’arrêt de toute forme de soutien aux terroristes étrangers, y compris le soutien politique et médiatique, l’entrainement, la protection et le financement ;

troisièmement, nous appelons à la désignation et à la condamnation des gouvernements et des organisations qui contribuent à la destruction de la Syrie, et qui soutiennent les groupes terroristes et criminels en leur fournissant d’armes, de financement et d’appui médiatique ;

quatrièmement, nous appelons les musiciens, les artistes, les écrivains, les poètes, les académiques, les journalistes et toute personne concernée par la paix à exprimer leur refus à la guerre contre la Syrie, et à élever ainsi la voix pour mettre fin à toute sorte d’agression politique, économique, médiatique, diplomatique et militaire contre la Syrie.

Élever la voix ! Non à la guerre contre la Syrie ! Non aux sanctions économiques imposées contre la Syrie ! Non à la destruction de la Syrie !

Fida Dakroub, Ph.D

Page officielle de l’auteur : www.fidadakroub.net

 

Notes

[1] http://handsoffsyriana.wordpress.com/

Docteur en Études françaises (The University of Western Ontario, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur en théorie bakhtinienne. Elle est  aussi militante pour la paix et les droits civiques.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

« Si les mesures énumérées ne sont pas suffisantes, la Russie déploiera dans l’ouest et le sud du pays des systèmes offensifs modernes, qui garantiront la destruction des installations européennes du bouclier anti-missiles. » (6)

Dmitri Medvedev

Président de la Fédération de Russie

23 novembre 2011

Entre les « incertitudes arabes », héritées des turbulences politiques récentes, et les « certitudes occidentales » sur la nécessité stratégique du bouclier anti-missiles américain, l’évolution géopolitique actuelle semble a priori défavorable pour la Russie, dans la mesure où elle va à l’encontre de ses intérêts nationaux.

La Russie post-communiste redoute, aujourd’hui, une intensification de ce que ses dirigeants nomment la « menace islamiste » (7) dans son espace politique intérieur (principalement nord-caucasien) et périphérique (principalement centre-asiatique). Elle redoute, aussi, l’instrumentalisation de cette menace – à l’instar du scénario afghan de 1979 – par des puissances étrangères avides de la déstabiliser, pour accélérer son déclin dans son espace de domination historique et, cela, conformément aux vieilles « recommandations » du stratège américain, Zbigniew Brzezinski. Toutefois, Moscou a des cartes en mains et, en tant que puissance stratégique et joueuse sur l’Echiquier mondial, elle est loin d’avoir dit son dernier mot – et, surtout, elle est prête à se replacer. Au cœur du « printemps arabe », la partie d’échecs se poursuit, donc.

Face à la montée des incertitudes et en vue d’assurer un rééquilibrage des rapports de force internationaux, la première réponse de Moscou a été, d’une part, de réactiver (contre la coalition arabo-occidentale) un axe géopolitique eurasien, principalement avec la Chine et l’Inde, et, d’autre part, de brandir (contre le projet anti-missiles américain) la menace d’un renforcement de son potentiel nucléaire offensif – option officialisée, le 23 novembre 2011, par le président D. Medvedev et rappelée, un peu plus tôt, dans le cadre du Conseil Russie-Otan : « Si nous n’arrivons pas à nous entendre sur la défense anti-missiles (…), nous serons dans l’obligation de nous renforcer » (8). Cette double réaction russe s’inscrit dans la logique de « l’équilibre des puissances » qui a verrouillé la stabilité mondiale sous la Guerre froide et qui, en définitive, a permis de reconnaître le statut international de la Russie. En brisant cet équilibre, le bouclier ABM américain remettrait, de facto, ce statut en cause.

Globalement, on observe donc un durcissement de la politique russe face à l’unilatéralisme (parfois armé) de la gouvernance occidentale, suspectée de partialité dans sa gestion des « crises arabes » et, au final, à l’instar de la crise libyenne et du projet ABM, d’imposer ses propres règles du jeu – contre les intérêts politiques russes. Bien avant le début du « printemps » de la démocratie arabe, et en parfait visionnaire, V. Poutine exprimait le 9 juin 2010 de troublantes certitudes préfigurant les ingérences occidentales dans les « révolutions arabes » : cette « vieille tradition des pays européens d’imposer ses normes et ses règles (…) s’applique désormais à la démocratie » (9). Le premier ministre russe voit dans cette « tradition » occidentale une menace latente, virtuellement porteuse de désordres sur les Echiquiers arabe et eurasien. En définitive, cette politique occidentale ouvre la porte à des régimes radicaux guidés par des idéologies religieuses extrémistes.

Cette analyse est reprise par le représentant russe à l’Otan, D. Rogozine, qui redoute le pire pour la Libye : « Les modèles occidentaux de démocratie risquent de servir de base à la transformation de la Libye en un Etat islamiste radical régi par la Charia » (10). La tendance de l’Occident à soutenir systématiquement les manifestations violentes et l’opposition aux régimes en place, sur la base de modèles pré-établis, a été qualifiée par le chef de la diplomatie russe, S. Lavrov, de véritable « provocation politique » (11) à l’échelle internationale. Dans le prisme russe et selon une connotation très négative, ce soutien occidental ne ferait qu’aggraver les « désordres arabes », pour reprendre l’expression titrée de J.M. Chauvier (12). Ainsi, en dépit de l’euphorie ambiante, une hirondelle (arabe) ne fera pas le printemps (russe). Surtout si, portés par le vent d’hiver de la révolte des peuples, de puissants intérêts géostratégiques sont en jeu.

La Russie dénonce l’ingérence et le rôle démesuré de l’Otan, sous l’impulsion américaine, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et, plus globalement, sur le continent eurasien, au détriment d’une ONU impuissante et manipulée. Ce faisant, elle y voit la répétition d’un scénario déjà bien rôdé, dans le prolongement de la stratégie conduite contre la Serbie de Milosevic à la fin des années 1990 et qui s’est achevée, en 2008, par l’indépendance du Kosovo musulman. En ce sens, la gestion occidentale des « révolutions arabes » peut être considérée, en partie, comme un sous-produit de la lutte d’influence entre leaderships concurrents, initiée sous la Guerre froide et poursuivie, depuis, sous des formes certes rénovées – mais préservant, sur un plan structurel, la fonction politique de l’Otan.

Cette hypothèse a été parfaitement validée dans le cas de la « révolution libyenne » et pourrait, sous la double pression de la coalition occidentale et de la Ligue arabe soudainement éprise de liberté, bientôt s’appliquer à une « révolution syrienne » encline à passer la vitesse supérieure, avec le blanc seing occidental. Dans la vision russe, le « scénario libyen » deviendrait une sorte de norme internationale informelle faisant de l’Otan un instrument incontournable de gestion des crises (géo-)politiques. Or, parfaitement consciente du danger d’une telle option, Moscou s’oppose à toute généralisation du « modèle libyen » sur l’Echiquier arabe : « Nous jugeons inacceptable l’utilisation du “modèle” libyen afin de résoudre d’autres crises » (13). Désormais, légitimée par une forme apparente de consensus international née du « printemps arabe », l’Otan est perçue par Moscou comme le levier d’extension de la zone d’influence idéologique américaine dans le monde, au nom de la démocratie comme valeur suprême et universelle. Trop longtemps restée sur le reculoir et menacée dans sa propre zone de domination, la Russie conteste cette avancée.

Etrangement qualifié par Z. Brzezinski de « réaction profondément émotionnelle » (14), le « printemps arabe » s’inscrirait dans une forme de contagion démocratique planétaire considérée comme irréversible et, surtout, idéologiquement souhaitable. Or, à l’instar de l’évolution libyenne, Moscou redoute une dérive incontrôlable de cette « démocratisation » arabe vers un « hiver islamiste », récemment illustré par la percée électorale des partis islamistes en Tunisie, au Maroc et en Egypte. Elle redoute, aussi, une manipulation américaine de cette vague démocratique pour perturber les processus électoraux en Russie – via le rôle d’ONG sous contrôle étranger  (15) – et déstabiliser son système politique, dans le but ultime d’empêcher le retour présidentiel de V. Poutine en 2012, tant redouté par Washington. Parce que ce dernier incarne le symbole d’une Russie comme centre de force mondial, concurrent de l’hyper-puissance américaine et épine dorsale de l’axe eurasien. En réaction, et pour se protéger des ingérences extérieures, visant à précipiter un étrange « printemps russe » aux couleurs néo-libérales, Poutine prône une réforme du modèle politique russe, en vue de l’adapter aux attentes de son peuple et prévenir toute aspiration « révolutionnaire » : « Le système politique doit être protégé des chocs extérieurs et des escrocs qui tentent d’influencer de l’extérieur notre politique » (16). Langage de confrontation.

Avec une certitude désarmante et une bienveillance infantilisante à l’égard d’un élève russe indiscipliné, Mark Toner, porte-parole du département d’Etat américain, a justifié l’ingérence politique de Washington par l’application de « programmes » d’apparence noble et visant à démocratiser la société russe : « Nos programmes, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton en a parlé, visent à soutenir un processus électoral plus transparent, libre et juste. (…) Une aide de ce genre, en Russie ou ailleurs, vise à soutenir le processus politique démocratique » (17). Or, de manière très officielle, Washington a prévu de renforcer son soutien à ces vertueux « programmes » lors des échéances présidentielles russes du 4 mars 2012, promettant ainsi à V. Poutine un printemps chaud. Moscou est parfaitement consciente de la dimension idéologique de tels « programmes », déjà appliqués dans les Etats post-soviétiques visés par la stratégie américaine de contrôle de l’Eurasie et victimes, au milieu des années 2000, de surprenantes « révolutions de couleur » à orientation libérale. Dans un proche avenir, cette « vague colorée » pourrait s’étendre au Kazakhstan, république traditionnellement très proche de Moscou, en prise à de brutales manifestations anti-gouvernementales, le 16 décembre 2011, et dont les richesses pétrolières pourraient justifier certaines manipulations étrangères (18). En tant que vecteur d’une nouvelle forme de domination plus « soft », la démocratie devient l’idéologie implicite et motrice de l’expansion américaine, convaincue de sa « destinée manifeste » et, en définitive, de la nécessité de contrôler les principales sources d’approvisionnement énergétique sur l’espace eurasien. Inaugurant, en quelque sorte, une forme politiquement correcte de néo-impérialisme.

Aujourd’hui, Moscou regrette d’être marginalisée sur les questions de sécurité dans le monde, comme si elle restait une menace virtuelle aux yeux d’un Occident donneur de leçons et prisonnier de ses vieux clichés hérités de la lutte anti-communiste. En dépit d’un discours apaisant des leaders occidentaux, soucieux de ménager un acteur militaire et énergétique majeur, la Russie n’est toujours pas écoutée et traitée, de manière égalitaire, comme un véritable partenaire stratégique. En d’autres termes, Moscou n’a pas le sentiment d’être reconnue comme grande puissance, crédible et respectée sur la scène internationale. Plus inquiétant, elle continue de percevoir une forme de méfiance et d’hostilité détournée de la part des puissances occidentales, désireuses de garder leur leadership politique face aux initiatives russes en faveur de la paix et de la stabilité dans le monde. Persuadées d’être les puissances élues par l’histoire, ces dernières considèrent, en effet, les initiatives de Moscou – de plus en plus appuyées par la Chine – comme une intrusion dans leur « chasse gardée ». Au-delà, il s’agit pour la coalition occidentale sous leadership américain d’évincer définitivement la Russie d’un espace post-soviétique âprement convoité et, par ce biais, réaliser un vieil objectif brzezinskiien de la Guerre froide – que pourrait, d’ailleurs, précipiter l’éclosion précoce d’un « printemps russe » sous soleil américain. Dans cette optique, le bouclier anti-missiles ABM deviendrait l’élément clé de cette stratégie en verrouillant la défense occidentale face à une puissance russe nucléarisée et potentiellement revancharde, donc menaçante.

Structurellement, et indépendamment des évolutions erratiques de la conjoncture internationale, la stratégie américaine est centrée sur la compression de la force nucléaire russe. Cette idée a été reprise, le 15 décembre 2011, par V. Poutine, dénonçant au passage la tendance des Etats-Unis à traiter leurs alliés comme de simples « vassaux » soumis à leurs injonctions – ce que la Russie post-Eltsine ne sera jamais. Ainsi, selon Poutine, les Etats-Unis « commettent (…) une lourde erreur en présumant qu’il faut d’abord nous priver de notre potentiel nucléaire avant de nous considérer comme un éventuel allié ». Cette configuration géopolitique a conduit la Russie à dénoncer la survie d’une « mentalité digne de la Guerre froide » (19) qui l’obligera, d’une part, à accélérer sa reprise en mains de son Etranger proche – l’actuelle CEI – pour asseoir son pouvoir régional et consolider sa ceinture sécuritaire et, d’autre part, à développer son système de dissuasion nucléaire pour renforcer son autonomie stratégique et neutraliser la menace du bouclier américain. Pour Moscou, cette dernière option est d’autant plus justifiée que, dans le cadre de l’ABM américain, l’implantation d’un radar en Turquie permettra au bouclier « de contrôler une partie conséquente de la Russie » (20) et, en particulier, une partie de ses bases stratégiques. Depuis peu, il est à nouveau question d’une possible extension de l’ABM aux portes de la Russie, dans l’ex-république soviétique de Géorgie – redoutable défi à la sécurité russe. Au pied du mur, les dirigeants russes ne pouvaient pas ne pas réagir : ils sont, aussi, de redoutables joueurs d’échecs.

Dans son brutal avertissement du 23 novembre, le président Medvedev a clairement montré la détermination russe à ne plus reculer, désormais, devant l’unilatéralisme provocant de la puissance américaine : « J’ai ordonné aux forces armées d’élaborer des mesures pour détruire, si besoin, les moyens d’information et de commande du système de défense anti-missiles » (21). Terrible, mais révélateur aveu.

Au cœur de l’Eurasie, grevée par une guerre « tiède », la Russie avance ses pions.

 

Jean Géronimo, 26/01/2012

Jean.Geronimo@upmf-grenoble.fr

 

 

Pour commander le livre :

http://www.amazon.fr/pens%C3%A9e-strat%C3%A9gique-russe-l%C3%A9chiquier-eurasien/dp/2917329378/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1350313124&sr=1-1

 

 

 

 

 

 

(1) Les crises arabes et leurs implications géostratégiques pour la Russie, sont traitées dans le post-scriptum (pp. 113-162), centré sur le concept de Guerre tiède, et inséré dans la nouvelle édition enrichie (+ 60 pages) de mon livre : « La Pensée stratégique russeGuerre tiède sur l’Échiquier eurasien : les révolutions arabes, et après ? ». Préface de Jacques SAPIR, mars 2012, éd. SIGEST, code ISBN  2917329378 – en vente : Amazon, Fnac, Décitre (15 euros).

(2) Voir sur le site du président, en russe [http://news.kremlin.ru/transcripts/10408].

(3) http://www.fr.rian.ru/world/20120126/193160923.html : « Les sanctions occidentales visent à détruire la souveraineté de la Syrie », S. Riabkov, 26/01/2012 – RIA Novosti.

(4) http://toutsurlachine.blogspot.com/2011/03/zbigniew-brzezinski-un-monde-tres.html : « Un monde très asymétrique », Z. Brzezinski, 1/04/2011 – Le Monde – Dialogues. Cette affirmation de Brzezinski concerne les « révolutions arabes ».

(5) http://fr.rian.ru/world/20111209/192356806.html : « Russie : l’aide US aux ONG vise à développer la démocratie », 9/12/2011 – RIA Novosti.

(6)  http://fr.rian.ru/world/20111123/192100618.html : « Bouclier américain : Medvedev menace de déployer des systèmes offensifs », 23/12/2011 – RIA Novosti.

(7)  Dans la terminologie russe, il s’agit de la menace de « l’Islam radical ».

(8) http://fr.rian.ru/world/20111208/192347894.html : « Moscou renforcera son potentiel de dissuasion, en cas d’impasse sur le bouclier », D. Rogozine, 8/12/2012 – RIA Novosti.

(9) http://fr.rian.ru/world/20100609/186866922.html : « Le système politique russe est encore loin d’être parfait », V. Poutine, 9/06/2010 – RIA Novosti.

(10) http://fr.rian.ru/world/20111108/191876104.html : « Libye : la démocratie à l’occidentale, tremplin de l’islamisme », D. Rogozine, 8/11/2011 – RIA Novosti.

(11) http://fr.rian.ru/world/20111121/192063188.html : « Syrie : Moscou dénonce des “provocations” occidentales », S. Lavrov, 21/11/2011 – RIA Novosti.

(12) http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-03-08-Russie : « Les “désordres arabes” : alerte en Russie », J.M. Chauvier, La valise diplomatique, 8/03/2011 – Le Monde diplomatique.

(13) http://fr.rian.ru/world/20111205/192278934.html : « Conseil Russie-Otan : Moscou évoquera la Libye et le bouclier européen », Communiqué du MID, 5/12/2011 – RIA Novosti.

(14) http://www.lemonde.fr/11-septembre/article/2011/09/11/zbigniew-brzezinski-nous-avons-sur-generalise-et-theologise-la-nature-de-cet-acte-terroriste_1570688_1569588.html : « Nous avons sur-généralisé et théologisé la nature de cet acte terroriste », Z. Brzezinski, 11/09/2011 – Le Monde.fr.

(15) Une institution clé dans le contrôle et la contestation des résultats des législatives russes du 4 décembre 2011 est une ONG nationale, Golos (« Voix »), sous influence américaine. Ainsi, cette ONG est, d’une part, alimentée par des fonds américains (via l’agence gouvernementale USAID) et, d’autre part, liée à la National Endowment for Democracy (NED), fondation créée en 1983 par le président R. Reagan pour combattre le communisme et qui, depuis 1991, cherche à étendre l’influence américaine (et ses valeurs) dans l’espace post-soviétique. Personnellement, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec les modèles des « révolutions colorées » ayant placé en Géorgie (2003), en Ukraine (2004) et au Kirghizstan (2005) des dirigeants libéraux pro-américains, après des procédures électorales douteuses supervisées, voire soutenues et financées par des ONG sous contrôle américain. Le scénario des révolutions colorées en zone post-communiste est le suivant : développement – sous la pression d’institutions (de type ONG) de défense des libertés et des droits de l’homme – de manifestations massives dans les rues, succédant à des élections contestées (à l’origine, par les ONG) et finissant, à terme, par provoquer le départ d’un leader considéré comme autoritaire et non démocratique. La politique (américaine) a, parfois, ses raisons, que la démocratie (post-Guerre froide) ignore…

(16) http://fr.rian.ru/politique/20111215/192725240.html : « Poutine : le système politique doit être résistant à l’influence extérieure », V. Poutine, 15/12/2011 – RIA Novosti.

(17) http://fr.rian.ru/world/20111209/192356806.html : « Russie : l’aide aux ONG vise à développer la démocratie », M. Toner, 9/11/2011 – RIA Novosti.

(18) Iouri Solozobov, directeur des projets internationaux de l’Institut de la stratégie nationale, a ainsi déclaré : « J’estime que les émeutes ont été provoquées de l’étranger par des opposants radicaux du président Nazarbaïev. Le fait que cela s’est produit le jour du 20ème anniversaire de l’indépendance du Kazakhstan est éloquent. Le but de cette provocation indiscutable est de mettre en cause la stabilité intérieure du Kazakhstan ». http://fr.rian.ru/gros_titres/20111219/192776139.html : « Le scénario libyen pour le Kazakhstan? », Lu dans la presse russe, Nezavissimaïa Gazeta, 13/10/2011 – RIA Novosti.

(19) http://fr.rian.ru/world/20111215/192734482.html : « Russie-UE : l’esprit de la Guerre froide entrave notre coopération », V. Poutine, 15/12/2011 – RIA Novosti.

(20) http://fr.rian.ru/world/20111208/192346281.html : « Un radar US basé en Turquie couvrira une partie de la Russie », S. Lavrov, 8/12/2011 – RIA Novosti.

(21) http://fr.rian.ru/world/20111123/192100867.html : « Bouclier anti-missiles : Medvedev annonce des mesures de riposte », 23/11/2011 – RIA Novosti.

 

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Syrie : De la noblesse des comportements !

novembre 2nd, 2012 by Bassam Abou Gazalé

Quel bonheur que de compter des amis réunissant patriotisme et culture, telle Madame le Docteur Ghada al-Yafi qui ne cesse de nous surprendre par ses textes témoignant de ces deux qualités à la fois ! Elle nous a adressé, et nous l’en remercions, ces quelques lignes rappelant le comportement  du Patriarcat orthodoxe arabe de Damas face à la famine qui a frappé le Levant [Bilad el-Cham] lors de la Première Guerre mondiale. Nous ne pouvons que nous incliner et rendre hommage à ces grands  hommes de notre Histoire, nobles en leur âme et inébranlables dans leur foi. Ne peut-on définir cette foi par ce qu’en a dit le Prophète Muhammad : « Je n’ai été envoyé que pour parfaire la noblesse des comportements » [makarim’l akhlaq] ? Restriction qui ne signifie rien d’autre sinon que son message, tout autant que ceux des prophètes qui l’ont précédé, fait que la religion relève de « la noblesse des comportements » ! Ce texte de Madame Ghada al-Yafi, le voici :

___________________________________________________

Lors de la « famine de Safar Barlik » survenue pendant la guerre de 1914-1918, le Patriarcat orthodoxe de Damas a ouvert ses portes à tous les affamés, même ceux venant de Beyrouth et quelle que soit leur confession.  Le Patriarche Grégorius Haddad ne s’est pas contenté d’hypothéquer les biens du patriarcat et tous ses monastères pour pouvoir emprunter les sommes nécessaires, mais il a aussi vendu les vases sacrés en or ou argent, témoins à la fois du patrimoine spirituel et historique de son Église profondément enracinée en terre syrienne; tout comme il a vendu la croix en diamant qui ornait sa poitrine et qui lui avait été offerte par le tsar de Russie en 1913.

Le prix du blé était tellement exorbitant, que son successeur Alexandros Tahan a fini par se séparer de tous les avoirs du Patriarcat pour rembourser les dettes cumulées et les intérêts excessifs. Ainsi, ce Patriarcat a fini par perdre toutes ses propriétés, mais a offert le plus bel exemple de fraternité, de patriotisme et d’humanité.

Le patriarche Grégorius mourut en 1928. Cinquante mille damascains musulmans étaient présents à ses funérailles, priant pour l’âme de celui qu’ils appelaient désormais « Muhammad Gregorius ».

Ce même patriarche avait dirigé, entre 1916 et 1918, les chrétiens engagés au côté du Sharif Hussein et de son fils, le prince Fayçal, dans leur lutte pour la libération  du joug ottoman et avait fait acte d’allégeance à Fayçal devenu roi de Syrie en 1920.

Puis, lorsque le héros national Youssef al-Azmeh est tombé à la bataille de Mayssaloun [24 juillet 1920, NdT] et que le Général français Gouraud est entré dans Damas, le Patriarche Grégorius était le seul à accompagner le Roi Fayçal sur le quai de la Gare. Le jeune roi a pleuré lorsque le Patriarche lui a dit : « Cette main qui t’a reconnu te restera loyale à jamais ! ». Fayçal a voulu baiser la main tendue, mais Grégorius l’a retirée et a déposé un baiser sur son front.

_______________________________________________________

Bel exemple de patriotisme, en effet.  Le roi de Syrie, fils du roi des Arabes et du Sherif de la Mecque qui tente de baiser la main du Patriarche grec orthodoxe ! C’est ce que nous racontent nos grands parents… C’est ce qui est inscrit dans l’Histoire… Mais certains arabes ne lisent plus…

Dr Bassam Abou Gazalé

Article original : Sirajuna

ما قصه لنا الاجداد …

http://www.sirajuna.com/EachArticle.aspx?aId=411

 

Article traduit de l’Arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Au-delà du double standard et de l’hypocrisie

novembre 2nd, 2012 by Edward S. Herman

Les doubles standards* ne datent pas d’hier, mais je me demande si, à l’instar de l’hypocrisie ambiante, ils n’ont pas atteint de nouveaux sommets en ces temps de « guerre contre le terrorisme », « d’interventions humanitaires » et de prétendue « responsabilité de protéger » (R2P), apanage absolu des interventionnistes planétaires – ceux-là mêmes qui ont fini par institutionnaliser la torture (érigée de facto en option politique légitime), les « extraordinary renditions » (arrestations et déportations arbitraires vers des régimes tortionnaires), le recours intensif au bombardement par drone (« double tap » inclus), et qui ont décrété que la planète entière était une « free fire zone » (zone de feu à volonté). Ces mêmes planificateurs de frappes, qui ne jurent plus que par leurs drones, nous rebattent constamment les oreilles avec « nos valeurs », tandis qu’ils massacrent et terrorisent à merci, et se posent en défenseurs des droits de l’Homme et de la démocratie agissant en état de « légitime défense ». George W. Bush n’avait prétendument agressé l’Irak que par peur des armes de destruction massive de Saddam Hussein – une prétendue menace, montée de toutes pièces. Mais sitôt qu’il ne fut plus possible de cacher qu’il s’agissait d’une fraude et que déjà des centaines de milliers de personnes avaient été tuées à cause de ce mensonge, on lui reconnut le mérite d’imposer par les armes la liberté et la démocratie en Irak – sans se demander pourquoi il n’allait pas les imposer aussi en Arabie Saoudite ou au Bahreïn, ou pourquoi il les réduisait au contraire dans son propre pays !

Mais cette sanglante entrée en matière en poker-menteur belliciste trouvait malgré tout preneur chez le New York Times et consorts, les stars de l’intelligentsia et d’autres potentats notoires. Le 9 octobre 2002, le sacrosaint Elie Wiesel déclarait par exemple au Oprah Winfrey Show : « N’importe quoi vaut mieux que la guerre ! Je ne suis pas pour la guerre. Mais nous devons désarmer cet assassin ! » – à savoir Saddam Hussein qui, d’après Bush, Cheney et Judith Miller, et de fait, Wiesel et Winfrey, détenait des armes de destruction massive. Ainsi, « La guerre est la seule option » titrait le prochain commentaire de Wiesel dans The Observer (22 décembre 2002). La sainteté a pour avantage de garantir qu’une telle contradiction, fut-elle pétrie de mensonge, passera comme une lettre à la poste.

Sitôt le coup de poker des armes de destruction massive éventé, la même clique adhéra instantanément à l’objectif de « promotion de la démocratie » en Irak, parce que « c’est Bush qui l’avait dit » et qu’il « tentait le tout pour le tout » en misant sur cet objectif, comme l’affirmait Michaël Ignatieff dans son fameux article du New York Times : « Qui sont les Américains pour estimer que c’est à eux de propager la liberté » (7 octobre 2005). En 2004, dans les colonnes du New Yorker, George Packer abondait déjà dans le sens d’Ignatieff en déclarant : « Il est clair que, si maladroite et sélective que puisse être l’exécution, Bush veut laisser la démocratisation en héritage. Alors quand ceux qui le critiquent, ici comme à l’étranger, prétendent que sa rhétorique n’est qu’une cynique façade pour grimer l’avidité de l’Amérique, ils se méprennent sur sa sincérité et semblent finalement se poser en défenseurs du statu quo » (“Invasion versus Persuasion”, The New Yorker, 20 décembre 2004). Ainsi, Packer (à l’instar d’Ignatieff) savait que Bush était sincère, mais il ne défendait pas le statu quo, lui, et ne suggérait nullement qu’on doive s’en tenir à le croire sur parole.

Le double standard sur le terrorisme est lui aussi institutionnalisé de longue date. Ici, les porte-parole de l’establishment se calent au diapason d’une ligne de propagande où Occidentaux et Israéliens ne font jamais que « répondre » au terrorisme de leurs ennemis et de ceux qu’ils prennent pour cibles. Les pontes de l’establishment, eux, peuvent avaler les pires couleuvres et leur autisme atteint des proportions ahurissantes dès qu’il s’agit de s’accrocher à cette pratique. Ainsi, Luis Posada Carriles, membre très estimé du réseau terroriste des réfugiés cubains, reconnu coupable d’actes terroristes sanglants comme la destruction en vol d’un avion de ligne cubain, en 1976, qui fit 73 morts, peut se promener tranquillement dans les rues de Miami, pas question de l’extrader. Inversement, les États-Unis font des pieds et des mains pour que soit extradé chez eux Julian Assange, poursuivi pour avoir dénoncé la diplomatie américaine et ses crimes de guerres terroristes – dont les fameuses images d’un hélicoptère américain en Irak ouvrant le feu sans aucun état d’âme sur des civils et des journalistes au sol, révélation qui menaçait clairement la sécurité nationale américaine.

Rappelons aussi que, tandis qu’un assassin comme Posada circule en toute liberté, les Cinq Cubains qui avaient infiltré des groupes terroristes anticastristes de Floride, et qui furent arrêtés aux États-Unis en 1998, tentant de réunir des informations sur des complots terroristes contre Cuba en échangeant certaines information avec le FBI, sont toujours incarcérés depuis 1998, leur action antiterroriste transmuée en espionnage.

Cet étalage de double standard manifeste, d’hypocrisie et d’injustice flagrante, dédaigneusement ignoré par les médias de masse, n’interfère jamais avec la doctrine selon laquelle les États-Unis mènent effectivement une « guerre contre le terrorisme ».

L’une des plus récentes manifestations de double standard sur le terrorisme aura été la  décision du Département d’État, en 2012, de retirer de sa liste des organisations terroristes désignées, le réseau Mujahedin e-Khalq (MEK), de l’opposition iranienne. Le MEK opérait jadis au service de Saddam Hussein et tua même occasionnellement des Américains. On a aussi dénoncé sa collaboration avec Israël dans l’assassinat de scientifiques Iraniens mais, vu l’évolution du conflit de basse intensité américano-israélien contre l’Iran, on peut désormais légitimement déplacer le réseau MEK vers la catégorie nettement plus valorisante des « combattants de la liberté » [freedom fighters]. Ça entraîne aussi d’autres aspects amusants. Le réseau MEK dispose par exemple de moyens considérables, qu’on lui a vu dépenser notamment pour faire du lobbying et organiser des manifestations en Europe et aux États-Unis. Les fonds lui parvenaient semble-t-il de pays notoirement très attachés aux libertés, tels que l’Arabie Saoudite, entre autres pays hostiles à l’Iran. Même lorsque il était encore sur la liste des organisations terroristes condamnées par les USA, ce réseau n’avait aucun problème pour organiser des actions et de faire de la propagande et du lobbying aux États-Unis même et dans d’autres pays occidentaux. De même, le réseau MEK a notoirement versé des sommes considérables à des pontes de l’administration américaine tels que Howard Dean (1), Tom Ridge (2), Rudy Giuliani (3), Newt Gingrich (4) ou Ed Rendell (5), pour qu’ils soutiennent franchement le réseau dans leurs articles ou leurs discours. Dans ce cas précis, aucune poursuite n’a été envisagée pour « aide matérielle » à une organisation terroriste.

L’un des aspects les plus extraordinaires de la guerre contre le terrorisme est le recours massif à l’aviation et de plus en plus systématiquement aux drones armés, et la remarquable capacité des États-Unis à faire en sorte que les Occidentaux en général y voient une réponse légitime au terrorisme plutôt qu’une forme de terrorisme en soi. Cette forme de guerre s’est vue bien sûr accompagnée d’une dose de louanges complémentaires : affirmant par exemple que les cibles, militaires, étaient soigneusement sélectionnées de façon que les victimes civiles « innocentes » [Ndt : terme qui sous-entend que toutes ne le sont pas, ou que les personnes visées sont aussi des civils] sont des « dommages collatéraux » involontaires et non délibérés. Soit, mais dès lors qu’on peut effectivement prévoir qu’il y aura des victimes civiles, même si on ne peut savoir d’avance qui ou combien, il s’agit bien d’assassinats délibérés et donc de crimes de guerre. En outre, il est parfaitement faux de prétendre que toutes les précautions sont prises pour éviter les victimes civiles et que dans certains cas, celles-ci ne sont finalement pas si graves. Et cependant, intellectuels et politiciens patriotes n’en prennent pas moins ce genre d’arguments pour argent comptant (comme je l’expliquais déjà dans “Tragic Errors In U.S. Military Policy: Targeting the civilian population,” [Tragiques erreurs de la politique militaire américaine : la population civile prise pour cible], Z Magazine, septembre 2002). Des décennies d’utilisation de bombes à fragmentation et de munitions à l’uranium appauvri attestent du parti pris anti-civils des opérations militaires américaines, de même qu’une bien longue tradition de « nous ne tuons pas le plus d’ennemis possible » (6). L’invasion de l’Irak de 2003 débuta sur un programme de bombardement dit “shock and awe” [choc et stupeur], ouvertement conçu pour terroriser les dirigeants et la population et les amener à abdiquer. Et c’était déjà la même chose en 1999, lors du bombardement de la Serbie par l’OTAN, qui tendait de plus en plus ouvertement à détruire des infrastructures civiles. Mais qu’importe ! Les États-Unis, par définition (patriotique et hégémonique), ne terrorisent pas…

De même, on peut trouver extraordinaire que les documents qui étudient de très près le terrorisme aérien puissent être scrupuleusement passés à la trappe ou minorés par les médias de masse. L’excellent ouvrage de Beau Grosscup : « Strategic Terror : The Politics and Ethnics of Aerial Bombardment » [Terreur stratégique : Politiques et culture du bombardement aérien] (Zed Books, 2006) n’a pas eu droit à un seul compte rendu dans aucun média d’importance aux États-Unis. Les grands médias se préoccupent énormément de terrorisme, mais pour qu’on en parle, les ouvrages portant sur le terrorisme ne doivent pas quitter l’orbite de la ligne officielle du parti.

Ainsi, le rapport Living Under Drones [La vie sous les drones] (Cf. http://livingunderdrones.org/), produit en 2012 par un groupe de chercheurs de la Stanford Law School [l'école de droit de Stanford] et de la New York University School of Law [la section de droit de l'Université de New York], et qui s’appuyait sur plus de 130 interviews menées sur le terrain, au Pakistan, était une véritable épine dans le pied pour les médias. Les auteurs de cette étude y montrent que la grande majorité des victimes de frappes aériennes effectuées par drones, sont des civils, non des « militants » – à peine 2% des tués ont pu être identifiés comme des militants avérés. Ces chercheurs invalident très explicitement les affirmations officielles qui parlent encore de frappes par drone d’une précision chirurgicale. « C’est absolument faux ! » écrivent-ils textuellement. Ils expliquent aussi que l’un des aspects les plus importants de la guerre par drone est la pratique appelée par euphémisme « double tap » [Ndt : tap signifie tapoter (comme on dirait double clic), mais aussi capter, pomper ou tirer la sève ou le contenu d'un arbre ou d'un tonneau par exemple], laquelle consiste à tirer un second missile quelques instants après la première frappe. On élimine ainsi une bonne partie des badauds locaux et de ceux qui sont venus porter secours aux victimes. Cette pratique a pour effet de « décourager les civils ordinaires de venir se porter mutuellement secours, et tend même à inhiber la capacité d’intervention de l’assistance médicale d’urgence des travailleurs humanitaires ».

Le rapport cite notamment le directeur de l’organisation caritative Reprieve [qui signifie grâce ou sursis], qui déclare : « C’est une région entière qui vit terrorisée par menace permanente de cette mort qui vous tombe du ciel […] C’est tout leur mode de vie qui s’effondre […] les enfants sont terrifiés de se rendre à l’école, les adultes ont la hantise de devoir se joindre à un mariage, à des funérailles, à un simple rendez-vous d’affaires, ou à quoi que ce soit qui implique de se réunir en groupe ».

Manifestement voilà qui a tout d’une véritable guerre sale PAR (et non pas contre) le terrorisme. Mais si l’on peut effectivement suggérer ce genre de chose dans le London Independent (Jerome Taylor, “Outrage at CIA’s deadly ‘double tap’ drone strikes” [Les frappes « double tap » par drone de la CIA soulèvent l'indignation], 25 septembre 2012), le NewYork Times [l'équivalent du Monde aux USA], n’a toujours fait aucune mention du dossier « living under the drones » au moment où nous écrivons cet article (30 septembre 2012). Ce n’est pas vraiment le genre d’information qu’on s’empresse de publier ou de claironner bruyamment. Ce n’est pas comme lorsque la Secrétaire d’État Hilary Clinton déclare que le gouvernement de Bashir Al-Assad aurait « du sang sur les mains » s’il s’avisait de « d’interdire aux secours vitaux [qu'elle a promis], d’atteindre les civils » (Steven Lee Myers, “Nations Rebuke Leader of Syria as Assault Rages” [Les Nations réprimandent le dirigeant syrien tandis que les assauts font rage], New York Times, 25 février 2012. p 1; Voir aussi le long article New York Times du 3 mars 2012 : “Syria Blocks Red Cross From Taking Aid to Devastated Rebel Enclave in Homs” [La Syrie empêche la Croix Rouge d'apporter de l'aide à l'enclave rebelle dévastée de Homs]).

Et cela nous amène à un autre prodige de double standard : L’Iran vit en état permanent d’agression et de menace, du fait de son prétendu refus de coopérer avec les Occidentaux et leur instrument aux Nations Unies, l’AIEA (Agence Internationale à l’Énergie Atomique), qui s’efforcent de mettre un terme à son programme nucléaire ; Mais dans le même temps, les États-Unis peuvent refuser de tenir leurs engagements à respecter les termes du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP) qui leur impose d’œuvrer à l’élimination des armes nucléaires. Et Israël peut continuer d’accumuler un arsenal considérable d’armement nucléaire (fort de sa collusion avec les nations occidentales), hors de la juridiction du TNP [dont il refuse d'être signataire]. Et ces deux pays peuvent sans aucune crainte menacer quotidiennement l’Iran de frappes nucléaires… En matière de double standard, difficile de faire mieux ! De même, Israël peut aussi continuer à mener depuis des décennies son nettoyage ethnique systématique de la Palestine, sans redouter aucune sanction de la « communauté internationale », qui offre au contraire à la poursuite de cette entreprise immorale et illégale tout le soutien possible. C’est seulement lorsque un pays cible des Occidentaux et des USA est accusé de nettoyage ethnique, comme la Serbie des années 1990, que les moralistes et responsables occidentaux et leurs agents s’insurgent et passent à l’action.

L’hégémonie du double standard et l’hypocrisie qui va de pair découlent d’une forte concentration du pouvoir et de leurs propres succès conjoints, en nos actuels temps modernes – que Steven Pinker tient pour une ère de « Longue Paix » et de « ré-civilisation » que nos meilleurs côtés [« Better Angels »] dominent, après la période désastreuse des années 1960. Voilà une magnifique illustration de la triste capacité des hommes à se mentir à eux-même.

Edward S. Herman

* double standard : norme duplice ou discriminatoire, autrement dit « deux poids, deux mesures »

Article original en anglais : Z Magazine, « Beyond Double Standards–and Hypocrisy », novembre 2012

Traduit de l’anglais par Dominique Arias

 

Edward S. Herman est Professeur Emérite de Finance à la Wharton School, Université de Pennsylvanie. Economiste et analyste des médias de renommée internationale, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont : Corporate Control, Corporate Power (1981), Demonstration Elections (1984, avec Frank Brodhead), The Real Terror Network (1982), Triumph of the Market (1995), The Global Media (1997, avec Robert McChesney), The Myth of The Liberal Media: an Edward Herman Reader (1999) et Degraded Capability: The Media and the Kosovo Crisis (2000). Son ouvrage le plus connu, Manufacturing Consent (avec Noam Chomsky), paru en 1988, a été réédité 2002.

 

(1) Howard Brush Dean III (1948) : homme politique américain, chef du comité national du parti démocrate de 2005 à 2009, gouverneur du Vermont de 1991 à 2003.

(2) Thomas Joseph « Tom » Ridge (1946) : homme politique américain, membre du Parti républicain, ancien gouverneur de Pennsylvanie et premier secrétaire à la Sécurité intérieure de 2003 à 2005.

(3) Rudolph William Louis Giuliani III, dit « Rudy Giuliani » (1944) : personnalité politique américaine, membre du Parti républicain, maire de New York de 1994 à 2001.

(4) Newton Leroy McPherson, dit Newt Gingrich (1943) : homme politique américain, écrivain et conseiller politique à la Maison Blanche.

(5) Edward Gene “Ed” Rendell (1944) : homme politique américain, membre du Parti démocrate, maire de Philadelphie de 1992 à 2000, gouverneur de l’État de Pennsylvanie de 2003 à 2011.

(6) “We don’t make body counts” Dans la dernière phase de la guerre du Vietnam (1969-1975), le nombre d’ennemis tués (le fameux body count ardemment encouragé par Nixon et Kissinger) était devenu le principal facteur d’avancement dans l’armée américaine. Tout le monde savait pourtant que la plupart de ces victimes étaient civiles et sans armes, ce que le décompte des armes (nettement inférieur) attestait constamment.

Elections USA et alentours

novembre 2nd, 2012 by Lucio Manisco

Du moins pire au toujours pire

Du pire c’est au mieux ça vaut

Mais de la Sicile à la Californie l’abstentionnisme gagne ou frôle la majorité

 

« Cher Lucio –dit l’email- nous connaissons tes attaques critiques sur l’action de notre gouvernement pendant les quatre dernières années et nous en tiendrons compte dans notre second mandat. Ton soutien est en tous cas essentiel pour transformer en réalité ces programmes que l’urgence de la crise économique héritée de la précédente administration et l’opposition républicaine acharnée àla Chambredes représentants nous ont en partie empêchés d’effectuer. Nous avons cependant confiance dans ton vote le 6 novembre et, auparavant, sur ta contribution économique à la phase finale de la campagne électorale. Signé : Barack Obama ».

Nous n’avons jamais songé demander la citoyenneté étasunienne pendant les trente huit années passées dans la république étoilée et en tant qu’étrangers nous n’avons pas le droit de vote dans le grand empire d’occident et le voulussions-nous nous ne pourrions contribuer d’un seul dollar à la campagne d’Obama ou de son adversaire. Nous suspectons que, plus que d’un malentendu, il ne s’agisse d’une plaisanterie faite par un cher ami new-yorkais résidant depuis des années en Italie, D. S., obamiste de retour, qui, après nous avoir fait parvenir d’autres invitations dela Maison Blanche(avec 19 dollars seulement notre nom aurait été tiré au sort pour une invitation à dîner avec le Président) nous aurait signalé à quelque fonctionnaire démocrate de Washington comme citoyen américain « critique », résidant à l’étranger. Car la thèse de D.S. est la plus simple et la plus en vogue depuis deux mois au moins : définir Romney-Obama comme « un monstre à deux têtes » est affaire de sophistes intellectuellement malhonnêtes, parce que Barack est mieux que Mitt et aussi parce que pour les désabusés c’est le moins pire des deux.

Nous y revoilà : voter pour le moins pire, même si l’expérience des quarante dernières années aux Etats-Unis et en Europe a démontré que le moins pire a toujours amené le pire.

Revenons à l’email d’Obama : l’attribution de la responsabilité de la crise au seul George W. Bush est largement inconsidérée. Les véritables prémices de la crise ont été sciemment créées par le superdémocrate par excellence, le président Bill Clinton qui a annulé le Glass-Steagall Act[1], la loi de Franklin D. Roosevelt contre la spéculation bancaire, qui a fait approuver le Commodity Futures Modernization Act[2] en ouvrant la porte au marché frauduleux des dérivés, qui a dérégulé corporations et instituts financiers, mergers et acquisitions[3], en concentrant les pouvoirs réels de la finance en des mains pas propres du tout. G.W.B. s’y est vautré, mais B.O. n’a pas fait grand-chose pour corriger cet héritage catastrophique et ce n’est certainement pas un hasard si son plus vif soutien aujourd’hui est Bill Clinton.

Le message à l’adresse erronée  (qui sait combien de dizaines de milliers de copies sont arrivées aux démocrates désabusés résidants à l’étranger) sous-entend un avertissement : laissez tomber pour le moment les critiques plus ou moins justifiées au «dear leader » car la horde des barbares d’extrême-droite est à nos portes et elle est assoiffée de sang. Un choix net donc entre équité, justice sociale, démocratie et liberté d’un côté, et barbaries, persécutions des pauvres au profit des riches et super-riches de l’autre ? Pourquoi alors Pennsylvania Avenue est-elle devenue en moins de  quatre ans « Le boulevard des Rêves Brisés » ? C’est ce qu’a expliqué il y a deux ans Roger Hodge, l’ex-directeur du mensuel Harper’s, dans son essai au titre significatif «La fausseté de l’espoir »[4] : « Droite et gauche sont aujourd’hui aux Etats-Unis –écrivait-il- des termes totalement inutiles dans le contexte de notre économie, ils sont même délétères car relevant de la désinformation la plus totale. En réalité, sous le prétexte fictif d’une opposition bipolaire, les deux partis sont un parti unique au service du pouvoir corporatif et ne se distinguent que par l’hypocrisie avec laquelle ils prétendent servir des intérêts différents de ceux du régime du profit qui investit à peu près le même nombre de millions de dollars dans leurs campagnes électorales ». Comme amplement démontré ensuite par l’ultime débat de Romney et Obama sur la politique étrangère des Etats-Unis, Roger Hodge avait souligné, il y a deux ans déjà, l’identité de vues sur ce thème : « Les deux partis et leurs représentants au sommet sont caractérisés par un total consensus en matière de sécurité nationale à savoir sur un expansionnisme illimité du “warfare state” à la place du “welfare state“, par la croissance de la dépense militaire à des finalités de guerre et de l’impérialisme le plus agressif dans le monde entier ».

Et le moins pire serait donc Obama, défini par Jeffrey Saint Clair dans son essai « Sans espoir : B.O. et la politique de l’illusion » comme un Bush aux stéroïdes, un président qui a étendu beaucoup plus que ses prédécesseurs les pouvoirs de l’exécutif, qui a continué à violer les conventions internationales, à perpétuer la torture et la détention préventive et sans échéances des suspects de terrorisme, qui n’a pas fermé le lager de Guantanamo et qui s’est arrogé le droit de sélectionner chaque semaine le nombre et l’identité de ceux qu’il faut assassiner à l’étranger grâce aux drones ou aux forces spéciales.

Un record qui pourra difficilement être battu par Mitt Romney, s’il devait sortir gagnant des urnes.

L’auteur de ces lignes ne croit pas à cette issue du scrutin électoral d’autant plus que Sandy, la « tempête parfaite » qui a dévasté les états les plus peuplés sur la côte atlantique, a permis à Obama de continuer la campagne électorale depuis le podium présidentiel dela Maison Blanche.

Mais les fauteurs du « pire c’est, mieux ça vaut » ne manquent pas, ceux qui souhaitent la victoire de Romney comme devant porter au réveil de l’opinion publique, à une catharsis salvatrice qui en des temps plus ou moins proches devrait chasser les marchands du temple et rendre le pouvoir aux vrais représentants du peuple. Une vraie révolution donc. Mais comme on le sait les Etats-Unis n’ont jamais eu de révolution parce qu’un phénomène de ce genre est sévèrement prohibé par la police.

L’alternative existe et viendra sûrement à l’évidence le 6 novembre : le parti de l’abstentionnisme vaincra. Tutto il mondo è paese (le monde entier est un village, NdT): ce qui s’est passé en Sicile[5] pourrait se répéter dans le Midwest, dans le Sud, en Californie et dans les autres états sur le Pacifique. Il ne suffira pas à délégitimer le monstre à deux têtes, mais ce serait quand même déjà un signal si ce n’est de la lumière, au moins du début du tunnel.

.http://www.luciomanisco.com/

Reçu de l’auteur et traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Glass-Steagall_Act , toutes les notes sont de la traductrice.

[3] Transactions de fusions/acquisitions.

[4] The Mendacity of Hope: Barack Obama and the Betrayal of American Liberalism.

[5] Plus de 47% d’abstention aux élections régionales en Sicile, dimanche 28 octobre 2012.

 

 

Apostille de la traductrice.

«  En Sicile 47% des inscrits ont voté, une personne sur deux n’a pas voté.

- Le nouveau Président du Conseil Régional de Sicile a été élu  avec 30,8% des votes exprimés, ce qui signifie qu’il a 15% de consensus dans la population sicilienne : le modèle amérikain est déjà en Italie.

- La totalité de la gauche politique (Rifondazione-Pdci-Sel-Verts, avec le soutien explicite dela Fiom) obtient 3,1% des votes, ce qui signifie qu’elle représente 1,5% du peuple sicilien. En ajoutant l’Idv (Italia dei valori) on arrive à 3% du peuple sicilien (99% de la population réduite politiquement à 3%).

- le candidat du mouvement Grillo (humoriste italien fondateur du « mouvement anti-parti », puis Parti des 5 étoiles, NdT) a 18% des bulletins exprimés : il y a quelques années il n’existait pas en Sicile, comme en aucune autre partie de l’Italie. N’importe quel sondage le crédite d’un 20% national […]. »

Extrait de : « Vote en Sicile : que dit-il aux communistes ? » de Stefano Franchi

www.resistenze.org – segnalazioni resistenti – lettere – 31-10-12 – n. 427

http://www.resistenze.org/sito/se/le/selecl31-011801.htm

 

La réforme de la politique migratoire à Cuba

novembre 1st, 2012 by Salim Lamrani

Suite à la réforme de la politique migratoire à Cuba, les habitants de l’île n’auront plus besoin d’autorisation des autorités pour voyager à l’étranger. De la même manière, les Cubains pourront rester 24 mois consécutifs hors du territoire national et même prolonger leur séjour.

A partir du 14 janvier 2013, une nouvelle politique migratoire entrera en vigueur à Cuba. Longtemps attendue, cette réforme, qui répond à une aspiration de la population, facilitera les voyages à l’étranger pour les Cubains. Ces derniers n’auront plus besoin de la fameuse « Carte blanche », autorisation de sortie du territoire délivrée par les autorités, d’un montant de 150 dollars. De la même manière, il ne sera plus nécessaire d’obtenir une « lettre d’invitation » (200 dollars) de la part d’un ressortissant étranger pour quitter le pays[1].

Désormais, pour voyager à l’étranger, les Cubains nécessiteront simplement un passeport (valable 6 ans) au prix de 100 pesos cubains (4€), un visa du pays d’accueil et les ressources financières pour découvrir le monde pendant deux ans, sans autre formalité, contre 11 mois auparavant. Au-delà de ce délai de 24 mois, les personnes souhaitant prolonger leur séjour hors du territoire national, pourront le faire auprès du consulat local. Elles pourront également rentrer à Cuba et repartir pour un autre séjour d’une durée similaire, renouvelable indéfiniment[2]

Une politique migratoire historiquement liée à la politique étrangère des Etats-Unis

Contrairement à une idée reçue, l’autorisation de sortie du territoire n’a pas été instaurée par le gouvernement révolutionnaire en 1959. En effet, comme le rappelle Max Lesnik, directeur de Radio Miami, elle date de 1954 et avait été mise en place par le régime militaire de Fulgencio Batista. Cette disposition avait été maintenue lors de l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro pour limiter, entre autres, la fuite des cerveaux à destination des Etats-Unis[3].

En effet, dès le triomphe de la Révolution, les Etats-Unis ont utilisé le phénomène migratoire comme outil pour déstabiliser Cuba, en accueillant dans un premier temps les criminels de guerre et les dignitaires corrompus de l’ancien régime, mais également en favorisant la fuite des cerveaux. Ainsi, en 1959, Cuba comptait 6 286 médecins. Parmi ces derniers, 3 000 avaient choisi de quitter le pays pour se rendre aux Etats-Unis, attirés par les opportunités professionnelles que leur offrait Washington. Au nom de la guerre politique et idéologique qui l’opposait au nouveau gouvernement de Fidel Castro, l’administration Eisenhower avait décidé de vider la nation de son capital humain, au point de créer une grave crise sanitaire[4].

A ce sujet, le personnel hautement qualifié candidat à l’émigration devra en revanche obtenir une autorisation des autorités migratoires. Le Décret-loi 302 prévoit ce type de restrictions pour « préserver la force de travail qualifiée pour le développement économique, social et scientifico-technique du pays, ainsi que pour la sécurité et la protection de l’information officielle[5] ».

Les médecins sont particulièrement concernés. En effet, depuis 2006, le Programme médical cubain (CMPP) établi par l’administration Bush et maintenu par Barack Obama, est destiné à amener les médecins cubains en mission à l’étranger à abandonner leur poste, en leur offrant la perspective d’exercer leur profession aux Etats-Unis, privant la nation cubaine d’un précieux capital humain[6]. A ce jour, plusieurs centaines de médecins cubains, notamment en poste au Venezuela, se sont laissé tenter par l’offre[7].

Cette politique s’inscrit dans la guerre économique que les Etats-Unis mènent contre Cuba depuis 1960, avec l’imposition de sanctions extrêmement sévères – à la fois rétroactives et extraterritoriales, donc contraires au droit international – qui affectent toutes les catégories de la société cubaine, en particulier les plus vulnérables. En effet, les services médicaux dispensés par les médecins cubains hors des frontières nationales constituent la première source de revenus de la nation, bien avant le tourisme, les transferts d’argents de la communauté cubaine de l’étranger ou le nickel[8].

Du côté des Etats-Unis, le Département d’Etat n’a pas manqué de critiquer les restrictions imposées, entre autres, aux professionnels de la santé, pour contrer la politique étasunienne destinée à priver Cuba de ses meilleurs éléments, au nom du conflit qui oppose les deux nations depuis plus d’un demi-siècle. Victoria Nuland, porte-parole de la diplomatie étasunienne, a réagi à ce propos : « Nous devons signaler que le gouvernement cubain n’a pas levé les mesures actuellement en vigueur pour préserver ce qu’il qualifie de ‘capital humain’ créé par la Révolution », a-t-elle rappelé[9].

De la même manière, Nuland a déclaré que la politique migratoire des Etats-Unis vis-à-vis de Cuba ne serait pas modifiée et que la loi d’Ajustement cubain serait maintenue, tout en demandant aux Cubains « de ne pas risquer leur vie[10] », en traversant illégalement le détroit de Floride. Néanmoins, Nuland n’échappe pas à la contradiction. En effet, selon cette législation, unique au monde, adoptée par le Congrès étasunien le 2 novembre 1966, tout Cubain entrant légalement ou illégalement aux Etats-Unis, pacifiquement ou par la violence, le 1er janvier 1959 ou après, obtient automatiquement au bout d’un an le statut de résident permanent et diverses aides sociales[11].

Cette loi, dénoncée par Havane, constitue un formidable outil d’incitation à l’émigration pour les Cubains et prive la nation d’une partie de sa population active et qualifiée. En même temps, elle oblige les Cubains à risquer leur vie en traversant illégalement et dans des conditions précaires le Détroit de Floride. En effet, au lieu d’accorder un visa à tout candidat à l’émigration, ce qui répondrait pleinement à la philosophie de la loi d’Ajustement cubain, les Etats-Unis limitent leur nombre à 20 000 par an, conformément aux accords signés avec La Havane en 1994[12]. Dans le même temps, Washington refuse d’abroger la loi d’Ajustement cubain qui permet aux Cubains de s’installer définitivement aux Etats-Unis sans nécessiter de visa.

Une nouvelle ère pour les Cubains

La réforme de la politique migratoire offre aux Cubains une plus grande liberté pour voyager à l’étranger, même si, contrairement à une idée reçue, entre 2000 et le 31 août 2012, sur un total de 941 953 demandes d’autorisation de sortie du territoire, 99,4% ont été satisfaites. Seules 0,6% des personnes se sont vu refuser un voyage. De la même manière, il n’existe pas de propension particulière des Cubains à émigrer. En effet, l’immense majorité des Cubains qui voyagent à l’étranger choisissent de rentrer au pays. Ainsi, sur les 941 953 personnes ayant quitté le territoire national entre 2000 et 2012, seules 12,8% ont choisi de s’établir à l’étranger, contre 87,2% qui sont revenues à Cuba[13].

Par ailleurs, il sera également plus facile pour les Cubains de revenir dans leur pays d’origine. En effet, le permis d’entrée, adopté en 1961 pour des raisons de sécurité nationale, à une époque où les exilés cubains sous contrôle de la CIA multipliaient les actes de terrorisme et de sabotage dans l’île, et où l’immense majorité des candidats au départ étaient motivés par des raisons politiques, sera supprimé[14].

Désormais, la plupart des cubains vivant à l’étranger ne sont pas des exilés hostiles mais des émigrés dits économiques, qui aspirent à des relations normales et apaisées avec leur pays d’origine. Ces derniers pourront également rentrer dans l’île autant de fois qu’ils le souhaitent, comme c’était le cas auparavant, mais désormais sans devoir passer par des démarches administratives obsolètes.

Par ailleurs, la seule catégorie de Cubains qui n’est pas encore autorisée à rentrer dans son pays d’origine –  les dénommés « balseros », qui ont quitté le territoire national au début des années 1990 en pleine « Période spéciale », étape qui suivit la disparition de l’Union soviétique et marquée par de graves difficultés économiques à Cuba, dans un contexte de recrudescence de l’hostilité des Etats-Unis – pourront désormais rentrer dans l’île. Il en sera de même pour les médecins et sportifs de haut niveau ayant choisi de quitter le pays lors d’un séjour à l’étranger. Les derniers obstacles administratifs empêchant le retour de ces émigrés seront levés en janvier 2013[15].

La réforme migratoire qui entrera en vigueur le 14 janvier 2013 répond à une aspiration nationale des Cubains, lesquels souhaitent édifier une société plus ouverte, avec moins de restrictions, et disposer d’une plus grande liberté de voyager. Elle s’inscrit dans le processus de profonds changements économiques initiés en 2010, qui donnent la possibilité aux Cubains de posséder leur propre commerce. En effet, de nombreux Cubains souhaitent émigrer temporairement à l’étranger, réunir les fonds nécessaires et retourner à Cuba pour y établir un petit commerce. Depuis 2010, chaque année, près de 1 000 Cubains installés à l’étranger choisissent de rentrer au pays et de s’établir de façon définitive dans l’île. La nouvelle politique migratoire met fin des obstacles bureaucratiques inutiles et permet de normaliser peu à peu les relations entre la nation cubaine et son émigration.[16].

Salim Lamrani

 

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/25185/a+reforma+da+politica+migratoria+em+cuba.shtml

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 



[1] Decreto-Ley n°302, 16 octobre 2012. http://www.prensa-latina.cu/Dossiers/ley-migratoria_cuba_2012.pdf (site consulté le 21 octobre 2012).

[2] Ibid. ; Dirección de Inmigración y Extranjería, , « Información útil sobre trámites migratorios », Ministerio de Interior de la República de Cuba, octobre 2012.

[3] Max Lesnik, « Adiós la ‘Tarjeta Blanca’ », Radio Miami, 16 octobre 2012.

[4] Elizabeth Newhouse, « Disaster Medicine : U.S. Doctors Examine Cuba’s Approach », Center for International Policy, 9 juillet 2012. http://www.ciponline.org/research/html/disaster-medicine-us-doctors-examine-cubas-approach (site consulté le 18 juillet 2012).

[5] Decreto-Ley n°302, op. cit.

[6] United States Department of State, « Cuban Medical Professional Parole Program », 26 janvier 2009. http://www.state.gov/p/wha/rls/fs/2009/115414.htm (site consulté le 21 octobre 2012).

[7] Andrés Martínez Casares, « Cuba Tales Lead Role in Haiti’s Cholera Fight », The New York Times, 7 novembre 2011.

[8] Salim Lamrani, Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Editions Estrella, 2011.

[9] Agence France Presse, « EEUU saluda flexibilización de la política migratoria en Cuba », 16 octobre 2012.

[10] Juan O. Tamayo, « Cuba cambia las reglas migratorias y elimina el permiso de salida », El Nuevo Herald, 16 octobre 2012.

[11] United States Department of State, « Cuban Adjustment Act », 2 novembre 1966. http://www.state.gov/www/regions/wha/cuba/publiclaw_89-732.html (site consulté le 21 octobre 2012).

[12] Ruth Ellen Wasen, « Cuban Migration to the United States : Policy and Trends », United States Congress, 2 juin 2009. http://www.fas.org/sgp/crs/row/R40566.pdf (site consulté le 21 octobre 2012).

[13] Cuba Debate, « Cuba seguirá apostando por una emigración legal, ordenada y segura », 25 octobre 2012.

[14] Decreto-Ley n°302, op. cit.

[15] Max Lesnik, « ¿Y los ‘Balseros’ qué? », Radio Miami, 16 octobre 2012. Cuba Debate, « Cuba seguirá apostando por una emigración legal, ordenada y segura », op.cit.

[16] Fernando Ravsberg, « Finalmente llega la reforma migratoria », BBC Mundo, 18 octobre 2012.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le 8 juillet 2010, une délégation d’élus du Congrès US, conduite par le sénateur démocrate de l’Iowa, Thomas Harkin (ayant servi dans la Navy de 1962 à 1970), est reçue à Hanoi par le Premier ministre vietnamien, Nguyen Tan Dung. Ce dernier se félicite de la visite de travail de cette délégation qui s’est rendue dans les zones contaminées par l’Agent Orange au Centre du pays. Dung dit avoir particulièrement apprécié  la contribution du sénateur Harkin au processus de normalisation des relations entre les deux pays, tout comme son appui afin que le gouvernement étasunien décide d’une assistance pour le règlement des conséquences laissées par l’«herbicide ». Le Premier ministre vietnamien rappelle que les suites de la guerre américaine sont lourdes (5 millions de morts, dont 4 millions de civils soit 80%, plusieurs millions d’invalides, et 3 millions de personnes encore intoxiquées à ce jour par la dioxine contenue dans l’Agent Orange, 300 000 disparus, et autres victimes des engins non explosés, etc.) « N’oubliant jamais le passé, les Vietnamiens sont également tournés vers l’avenir et souhaitent engager avec les États-Unis une coopération équilibrée », a-t-il exprimé. S’agissant de l’Agent Orange, Harkin déclara qu’il s’agit là pour lui comme pour son pays d’une « obligation morale ». Ensuite, la délégation étasunienne a été reçue par le Vice-président de l’Assemblée nationale vietnamienne, Nguyen Duc Kien. Il a réaffirmé la volonté du Viêt Nam de renforcer ses relations de coopération multiforme avec les États-Unis, y compris sur le plan international, et plus particulièrement dans les domaines économique, du commerce, de l’éducation et de l’investissement. Il a ajouté que les deux pays devraient également faire de même pour le règlement des effets de l’Agent Orange/Dioxine.

Puissent paroles devenir actes.

Le 9 juillet, l’Association Orange Fleurs d’espoir (fondée par la regrettée Phuong), relaie la lettre du Général Nguyen Van Ring, président de Vietnam Association for Victims of Agent Orange (VAVA), faisant suite à l’annonce de la recommandation du Groupe de Dialogue Vietnamo-Étasunien (préconisant 300 millions de dollars sur 10 ans pour lisser les conséquences de l’Agent Orange). Ring insiste (à juste titre) sur « l’importance de la coordination entre tous les acteurs qui luttent contre les conséquences du produit chimique, des gouvernements aux ONG. Et souligne la nécessité de répondre prioritairement aux personnes les plus en difficulté : celles âgées, celles ayant des traitements quotidiens lourds ou qui sont dans l’incapacité de travailler, subissant ainsi, en plus de leurs souffrances, une grande pauvreté. Ce plan d’action n’est que le premier pas. Maintenant c’est à tous les acteurs impliqués dans cette cause à faire connaître leurs programmes et leurs actions. La coordination de tous, dans le cadre d’un nouveau partenariat Viêt Nam-USA, ne sera pas une mince affaire mais offre un réel espoir pour de nombreux Vietnamiens qui attendent soutien et reconnaissance. »

Vite, tous sur le pont semble dire ce troublant message, aussi pathétique que la cause. Le Général nous fait survoler le pays au-dessus des ravages de l’Agent Orange : un « Radeau de la Méduse ». Mais il s’agit plutôt d’un « Bateau ivre » de joie, d’incompréhension face à l’argent tombant soudainement du ciel… alors que la somme est dérisoire, et surtout qu’elle n’existe pas. Incongruité des médias qui disséminent l’équivoque entre recommandation et décision au bénéfice d’une certaine image des États-Unis, mais aussi la faute à l’espoir à fleur de peau qui en fait une interprétation favorable. Enfin, le discernement fait son chemin, et les naufragés réalisent leur méprise. Jeu dilatoire du chat et de la souris, tandis que le grand « Exodus » continue à dériver.

Le 10, visite de la Secrétaire d’État, Hillary Clinton, au Viêt Nam dans le cadre d’une tournée en Asie du Sud-est. Avant d’assister au forum de l’ASEAN se tenant au Cambodge, ce « sera une bonne opportunité de faire avancer la position du gouvernement américain au regard du règlement des effets causés par l’Agent Orange », déclare David Devlin-Foltz, expert de haut rang de l’Institut de recherche Aspen, lors d’un point de presse tenu à Washington. Il a précisé qu’avant de partir pour le Viet Nam, Mme Hillary Clinton a été informée du Programme d’action (non, de la recommandation d’un programme d’action !) pour la période 2010-2019 qui a été élaborée par le groupe de dialogue États-Unis-Viet Nam sur l’Agent Orange afin de restituer la fertilité aux terrains contaminés, reconstituer l’écosystème détruit, et développer les services de soutien des victimes vietnamiennes de l’Agent Orange et de leur famille. Dans la réalité, la chef de la diplomatie étasunienne émit de vagues gages à propos de l’Agent Orange, et critiqua le non respect des droits de l’homme au Viêt Nam « des arrestations et condamnations de personnes exprimant pacifiquement leur désaccord, des attaques contre les groupes religieux et des atteintes à la liberté d’Internet », comme si l’Agent Orange respectait ceux-ci. Une façon de taper en touche.

Le 15, à l’initiative d’Eni F. H. Faleomavaega (une personne remarquable, vétéran du Viêt Nam 1967/1968, alors capitaine de l’US Army), élu du Congrès (Chambre des représentants, Samoa), président du Sous-comité de l’Asie-Pacifique et de l’Environnement global et du Comité sur les Affaires étrangères à la Chambre des représentants, ouvre une troisième audience sur l’Agent Orange au Viêt Nam afin d’examiner les méthodes susceptibles de répondre à ses conséquences désastreuses. Précédemment, Faleomavaega avait également convoqué et présidé une première audience du Congrès américain sur l’Agent Orange au Viet Nam en mai 2008, et une seconde en juin 2009. Lors de cette 3ème audience, participeront Matthew Palmer, sous-secrétaire-adjoint par intérim chargé des affaires de l’Asie de l’Est et du Pacifique au Département d’État américain, le docteur John Wilson, directeur du Bureau de l’appui technique chargé de l’Asie et du Moyen-Orient relevant de l’Agence américaine pour le développement international, l’obstétricienne Nguyen Thi Ngoc Phuong (une des meilleures expertes des effets de l’Agent Orange sur la santé, ancienne directrice de l’Hôpital-maternité de Tu Du de HCM-Ville, dans l’enceinte duquel se trouve le « Village de la paix » accueillant des victimes de l’AO), membre du groupe de dialogue États-Unis-Vietnam sur l’agent orange/dioxine, et Tran Thi Hoan, victime vietnamienne de la deuxième génération (née dans le district de Duc Linh, province de Binh Tuan, Centre, étudiante à l’Université des langues étrangères et d’informatique de Hô Chi Minh-Ville). La venue de ces deux dernières participantes était parrainée par Vietnam Agent Orange Relief & Responsibility Campaign, basée à New York. Elles rencontreront d’autres membres de la Chambre des représentants et du Sénat afin de sensibiliser l’administration étasunienne au sort des victimes vietnamiennes.

Il ressort de cette audience une prise de conscience de la part de certains membres du Congrès qui pourront ainsi demander et/ou soutenir le financement d’éventuels plans et programmes aux bénéfices des victimes vietnamiennes.

Un travail de fond certainement plus efficace que la visite officielle de la Secrétaire d’État aux déclarations imprécises sur le sujet.

Le 29 Juillet 2010, le magazine Bioaddict publie un article sous le titre « Les bébés étasuniens ingèreraient 77 fois la dose limite de dioxine.» United States Environmental Protection Agency (EPA) se concentre sur une forme particulière appelée tétrachlorodibenzo-para-dioxine (TCDD), la plus toxique et la mieux étudiée de cette famille de produits chimiques (qui est la variété de dioxine contenue dans l’Agent Orange). L’analyse de Environmental Working Group (EWG) qui analyse l’eau, l’air, les aliments, note que la TCDD « a été associée à une panoplie d’effets néfastes sur la santé » incluant les maladies cardiaques, le diabète, le cancer, l’endométriose, la ménopause précoce, la réduction des taux de testostérone et de la thyroïde, des troubles du système immunitaire et des anomalies de la peau, des dents et des ongles (cette liste est très incomplète) « Il y a un grand corps de recherche datant des années 1950 montrant que la dioxine affecte le développement du fœtus, endommage les systèmes reproductifs (effets tératogènes : enfants-monstres), immunitaires, et augmente le risque de cancer », déclare une scientifique d’EWG, Olga Naidenko. Un rapport de recherches menées par des laboratoires indépendants et l’Agence fédérale de Protection de l’Environnement (EPA) montre que la dioxine, un polluant dangereux que l’on trouve notamment dans les sols et les sédiments, entre dans le corps des nourrissons à des niveaux beaucoup plus élevés que ce que l’EPA estime comme acceptable, selon l’association de défense de l’environnement américaine EWG. (Il faut savoir qu’il n’y a pas de dose acceptable, mais que ce sont des seuils empiriques, par défaut) Selon l’Union Européenne, les dioxines sont “essentiellement des « sous-produits non Intentionnels » de réactions chimiques et procédures de combustion. Les dioxines sont plus toxiques que les PCB, mais les quantités de PCB libérées dans l’environnement sont plus importantes. La consommation d’aliments est la principale voie d’exposition de l’homme à ces substances. Le cancer n’est pas le seul effet des dioxines et il n’est donc pas nécessairement l’effet principal à considérer: les dioxines peuvent aussi entraîner des troubles cognitifs, l’immunosuppression…

La dioxine est donc un cancérigène connu et un perturbateur du système endocrinien, produit principalement lors des procédés de combustion comme l’incinération des déchets, la combustion des déchets ménagers, la métallurgie et des procédés industriels y compris la fusion, le blanchiment du papier sans chlore et la fabrication des pesticides. Ce polluant, qui possède une action toxique rémanente et un grand pouvoir de bioaccumulation dans la chaîne alimentaire, se trouve partout dans l’environnement et chez les individus. « Une fois que les dioxines ont pénétré dans l’organisme, elles s’y maintiennent longtemps à cause de leur stabilité chimique et de leur capacité à être absorbée par les tissus adipeux, dans lesquels elles sont stockées. On estime que leur demi-vie, le temps nécessaire pour perdre la moitié de son activité dans l’organisme, va de sept à onze ans (il faut 20 ans pour perdre 80% de la bioaccumulation dans l’organisme – à condition de cesser d’y être exposé-, tandis que dans la nature, selon l’exposition des zones contaminées, on avance possiblement 100 ans et plus…) Dans l’environnement, elles tendent à s’accumuler dans la chaîne alimentaire. Plus on monte dans cette chaîne, plus les concentrations en dioxines augmentent », note l’OMS qui a évalué la dose journalière admissible (DJA) entre 10 à 12 pg/kilo de poids/jour (selon une étude de l’Université Columbia de New York,80 g ont le pouvoir théorique de tuer 8 000 000 de personnes). Selon l’association de défense de l’environnement américaine EWG, l’exposition débuterait dans l’utérus lorsque les dioxines traversent le placenta et lorsque les nouveau-nés commencent à les ingérer des les premiers jours de leur vie dans le lait maternel (c’est ce qui se passe au Viêt Nam). Les recherches de l’EWG ont révélé que la quantité de dioxines qu’un nourrisson ingère quotidiennement est jusqu’à 77 fois plus élevé que le niveau que l’EPA a proposé pour protéger les systèmes endocriniens et immunitaires.

« Le fait que le lait maternel soit contaminé par la dioxine souligne le besoin urgent pour l’EPA de finir son évaluation. Pour le risque de cancer, la situation est également alarmante: le public en général est exposé aux dioxines 1 200 fois plus que les taux considérés sûrs par les organisations de réglementation », informe EWG dans le contexte de la révision par l’EPA de la valeur maximale quotidienne d’absorption humaine.

L’agence devait rendre son rapport le 20 septembre suivant.

« Chaque jour qui passe sans prendre de mesures sur la dioxine est un jour de plus où des millions d’Américains, y compris les bébés nourris au sein, ingèrent ce contaminant à un niveau que l’EPA juge dangereux », informe une scientifique d’EWG, Olga Naidenko.

Le ton alarmiste de l’article est à l’urgence. Que dire alors de ce qui se passe au Viêt Nam depuis un demi-siècle, sans répit, et dans des proportions tellement incomparables?

André Bouny

(à suivre)

Lire la première chronique :

agentorange

Agent Orange: les dessous des projets de décontamination, publié le 1er octobre 2012

 

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris : http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Avec un peu plus d’une semaine avant l’élection présidentielle du 6 novembre, tout le spectre politique de la pseudo-gauche américaine exerce un maximum de pression afin de faire sortir le vote pour Obama en prétendant que la réélection du démocrate sortant représenterait « la moins pire option ».

Dans la mesure où il est nécessaire de réfuter davantage cet argument politique usé, une occasion a été fournie sous la forme d’un article publié par le Washington Post cette semaine sur l’institutionnalisation d’assassinats par l’administration Obama à la Maison-Blanche.

« Disposition Matrix », qui sonne comme le titre d’un film de science-fiction, est le terme concocté par les conseillers militaires et du renseignement d’Obama pour décrire un nouveau système qui « codifie et rationalise » les meurtres extrajudiciaires qui sont réalisés sur les ordres du président sur une base pratiquement quotidienne.

Les reportages « sans violence » du journal qui mentionnent les avions de guerre et leurs frappes contre des « installations » qui tuent des « militants » anonymes servent à masquer la réalité de la guerre des drones que mènent États-Unis. Au Pakistan seulement, les drones ont massacré et incinéré des milliers de civils, hommes, femmes et enfants, tout en laissant des communautés entières dans un état de terreur permanent. Un nombre inconnu de personnes ont été tuées au Yémen et en Somalie et sans doute aussi ailleurs.

La série d’articles du Post révèle que l’individu qui joue le rôle de premier plan dans ce programme d’assassinat étatique est John Brennan, un ancien haut responsable de la Central Intelligence Agency (CIA) approché par Obama pour être son conseiller du contre-terrorisme.

Dans la période qui a précédé son investiture, Obama avait tenté de nommer Brennan en tant que nouveau directeur de la CIA. Cependant, il a été forcé de reculer devant la colère populaire qui voyait le candidat de l’ « espoir » et du « changement » offrir un poste à un vestige des années de Bush qui était profondément impliqué dans les politiques de torture, de détention indéfinie, de déportation extraordinaire et de dissimulation.

Ce qui émerge du reportage du Post est que Brennan a, dans le cadre de son rôle de conseiller à la Maison-Blanche, amassé plus de pouvoirs que le directeur de la CIA lui-même. Non élu et non assujetti à la ratification par le Congrès, Brennan exerce « un énorme pouvoir dans la prise de décision liée aux listes d’assassinats et au déploiement des drones, l’arme par excellence de la guerre », rapporte le Post.

Ceux qui mettent en oeuvre ces décisions sont des paramilitaires de la CIA et des commandos militaires de la Joint Special Operations Command (JSOC). Les activités de ce groupe sont ultra- secrètes et s’effectuent en dehors du commandement du Pentagone. JSOC a été décrit par un responsable militaire comme une « machine à tuer à échelle industrielle » et par d’autres comme « l’armée du président ».

Parmi les victimes de cette machine se trouvent des citoyens américains, incluant l’imam né au Nouveau-Mexique, Anwar al-Awlaki, qui a été tué par un missile de drone au Yémen en septembre 2011. Son fils de 16 ans, Abdulrahman al-Awlaki, ainsi que son cousin de 17 ans, ont été tués lors d’une autre attaque par drone deux semaines plus tard. Aucune accusation ni preuve n’a été apportée contre Anwar al-Awlaki pour un quelconque crime, excepté ses croyances et son discours. Aucun prétexte sérieux n’a été présenté pour le meurtre de son fils de 16 ans.

Dans une récente entrevue accordée à CNN, Obama a fait la remarque incroyable que les citoyens américains qui étaient pris pour cible dans ses opérations d’assassinat pouvaient profiter « de la protection de la Constitution et de l’application régulière de la loi ». Il n’est pas venu à l’esprit du journaliste de demander quelle section de la Constitution donne au président américain le pouvoir d’ordonner des exécutions sans porter d’accusation et sans prouver quoi que ce soit dans un tribunal.

Ce qu’Obama entend par « application régulière de la loi » est son approbation des décisions prises par Brennan, les agents de la CIA et l’état-major lors des rencontres hebdomadaires à la Maison-Blanche pour établir des « listes d’assassinats ». Ces rencontres sont appelées cyniquement les « mardis du terrorisme » (terror Tuesdays).

Tout ce processus criminel est le rejet en pratique de la Constitution américaine et des droits démocratiques les plus élémentaires qui datent de la Magna Carta anglaise, vieille de 900 ans. Celle-ci affirmait que nul ne pouvait être exécuté emprisonné « sans un jugement légal de ses pairs, conforme aux lois du pays ».

Le ministre de la Justice, Eric Holder, a cependant déclaré que le président avait le droit d’ordonner des assassinats d’État sans accusation portée et sans procès. Et Obama, à la fin de l’année dernière a promulgué le National Defense Authorization Act, une loi permettant au président de jeter n’importe qui, y compris un citoyen des États-Unis, dans une prison militaire, indéfiniment et sans que cette personne n’ait été accusée de quoi que ce soit.

En fait, la structure d’une dictature de la police et de l’armée a été érigée aux États-Unis, et à une échelle bien plus grande que ce qui avait été fait sous l’administration Bush.

Un des éléments les plus troublants à avoir été révélés dans la série d’articles du Post est que le travail de coordination entourant les « listes d’assassinats » a été confié au National Counterterrorism Center (NCTC) qui, d’après ce qui a été rendu public récemment, parcourt aussi les bases de données gouvernementales pour recueillir une vaste quantité d’informations sur les citoyens américains ordinaires.

L’érosion des droits démocratiques aux États-Unis est beaucoup plus avancée que la majorité de la population ne le réalise. Les « listes d’assassinats » et la détention militaire sans accusation ni procès vont être utilisées contre les opposants de l’impérialisme américain à travers le monde et, de plus en plus, contre ceux perçus comme des ennemis de l’État et des obstacles à la quête du profit aux États-Unis mêmes.

Ces politiques ne sont pas fondamentalement motivées par l’idéologie politique des partis démocrates ou républicains, qui donnent tous deux un appui à celles-ci. Cela a été rendu évident lors du débat lundi soir dernier, lorsqu’Obama s’est vanté d’amener les supposés coupables « devant la justice » et que Romney a juré « de les tuer, de les faire disparaître ».

Plutôt, elles sont le résultat, d’un côté, des inégalités sociales sans précédent aux États-Unis. Le gouffre entre l’aristocratie financière et patronale, qui monopolise la richesse économique et le pouvoir politique, et la vaste masse de la population travailleuse est devenu tellement grand qu’il est incompatible avec des formes de gouvernance démocratiques. D’un autre côté, elles sont le résultat d’une croissance sans borne du militarisme, car l’impérialisme américain tente de contrer sa crise économique et son déclin en utilisant la force armée pour assurer son hégémonie sur les régions et les ressources stratégiques vitales de la planète.

Le fait qu’un rapport détaillé de l’existence de Murder, inc. dans l’aile ouest de la Maison-Blanche ne provoque aucun cri d’alarme ni de demande pour qu’Obama soit destitué témoigne de l’effondrement de la conscience démocratique dans l’establishment politique dirigeant aux États-Unis. Tout comme les pratiques économiques de Wall Street et des entreprises américaines ont assumé un caractère de plus en plus criminel, le fonctionnement de base de l’État recourt toujours plus au meurtre, à la brutalité et à la répression extraconstitutionnelle.

Les révélations troublantes sur l’institutionnalisation des assassinats d’État sous l’administration Obama doivent inciter les travailleurs et les jeunes à considérer très sérieusement ce qui se passe aujourd’hui aux États-Unis et à tirer les conclusions politiques qui s’imposent.

Peu importe lequel des deux partis capitalistes remportera la victoire le 6 novembre, les immenses dangers qui guettent les droits démocratiques élémentaires ne vont que croître après l’élection. Ni ces droits, ni les emplois et les conditions des travailleurs ne peuvent être défendus sans une rupture avec le Parti démocrate et la préparation d’une nouvelle direction et perspective révolutionnaire dans la classe ouvrière pour les grandes luttes sociales à venir.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 26 octobre 2012

Alors que la campagne présidentielle approche de sa conclusion, les préparatifs s’accélèrent pour de nouvelles guerres d’agression, qui sont soutenues par le président Barack Obama et son challenger républicain Mitt Romney.

Le plus important exercice militaire commun américano-israélien jamais organisé a commencé dimanche 21 octobre, conçu pour tester les systèmes antimissiles intégrés de l’Etat sioniste. Des jeux de guerre de trois semaines impliquent plus de 3.500 personnels militaires américains en Israël et en Europe, 1 000 membres des Forces de défense israéliennes et le déploiement de batteries antimissiles Patriot et d’un navire de guerre américain équipé du système de missiles antibalistiques Aegis.

Selon les généraux américains et israéliens, les exercices sont conçus pour simuler une guerre multi-fronts avec un rythme élevé de salves visant des cibles israéliennes, dont des tirs de missiles balistiques de courte et de longue portée ainsi que de mortiers et de roquettes.

Le Lieutenant général Craig Franklin a minimisé l’importance de ces exercices, déclarant : « Il n’y a pas de message particulier. C’est pour prouver les capacités de défense d’Israël. » En fait, les jeux de guerre ne sont ni purement défensifs ni dépourvus d’une cible. Comme le scénario le met en évidence, l’objectif consiste plutôt à se préparer aux conséquences immédiates susceptibles de résulter d’une attaque américano-israélienne sur l’Iran et de tester la capacité de Washington et de Tel-Aviv à neutraliser les représailles de Téhéran et de ses alliés.

Aussi bien l’administration Obama que le gouvernement israélien ont maintenu un battement de tambour constant de menaces belliqueuses contre l’Iran à propos de son programme nucléaire. Prenant la parole à l’Assemblée générale des Nations Unies le mois dernier, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a insisté pour dire qu’une « ligne rouge » devait être définie, prétendant faussement que l’Iran était à quelques mois de construire une bombe atomique. Une ligne rouge n’a qu’un seul sens : elle établit le prétexte pour la guerre.

L’exagération américaine et israélienne à propos de la menace que poserait Téhéran est totalement hypocrite. Contrairement à l’Iran, Israël a refusé de signer le traité de non-prolifération nucléaire, ou de permettre des inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Elle dispose déjà d’un arsenal important d’armes nucléaires et des moyens pour les envoyer n’importe où au Moyen-Orient. En outre, les États-Unis et Israël ont une longue expérience pour mener des guerres illégales d’agression dans la région, et sont en train d’en planifier une nouvelle contre l’Iran.

Les tests des systèmes antimissiles d’Israël renforcent seulement la capacité d’Israël et des États-Unis de lancer une attaque injustifiée contre l’Iran en toute impunité. Les jeux de guerre se tiennent en tandem avec un exercice majeur de la défense civile d’Israël qui a commencé le week-end dernier. Sous prétexte de faire face à un tremblement de terre, le Commandement du front intérieur des Forces de défense israéliennes, ainsi que tous les services d’urgence et les ministères du gouvernement, ont mené un exercice « pour se préparer aux situations d’urgence qui pourraient nous prendre par surprise. »

Ces activités en Israël ne sont qu’une partie de plus vastes préparatifs de guerre. Les États-Unis ont également renforcé les systèmes de défense antimissile protégeant leurs alliés dans les États du Golfe. Le mois dernier, la marine américaine a tenu son exercice le plus important jamais mené dans le golfe Persique, impliquant des navires de guerre provenant de 30 pays. Le but était de neutraliser toute tentative iranienne de miner le détroit d’Ormuz en représailles à des attaques américaines.

En outre, depuis le début de l’année, le Pentagone a doublé le nombre de ses groupes aéronavals de combat et a stationné un escadron d’avions de combat F-22 sophistiqués dans la région, renforçant considérablement sa capacité à mener une guerre contre l’Iran. Toute attaque américaine viserait non seulement les installations nucléaires iraniennes, mais une grande partie de l’infrastructure militaire et industrielle du pays, avec des conséquences dévastatrices pour l’économie et le peuple iranien.

Dans leur troisième débat présidentiel, lundi, Obama et Romney se disputaient pour montrer leur détermination à soutenir Israël, à augmenter les sanctions économiques paralysantes contre l’Iran et à se préparer à la guerre.

Alors qu’il y avait un accord bipartisan sur cet agenda militariste, c’est Obama qui sur chaque point a été son avocat le plus belliqueux. Obama s’est référé spécifiquement aux jeux de guerre en cours comme la preuve que son administration avait mis en place « la plus forte coopération militaire et de renseignement » avec Israël. Avec une complète indifférence quant aux conséquences pour le peuple iranien, il s’est vanté d’imposer « les plus fortes sanctions de l’histoire contre l’Iran… Leur devise a chuté de 80 %. Leur production de pétrole a plongé au niveau plus le bas [depuis la guerre avec l'Irak]… Leur économie est en ruine. »

Quand Romney a demandé des sanctions plus sévères et a appelé à une intervention militaire en dernier ressort, Obama a répondu que le temps pour des négociations tirait rapidement à sa fin. « L’horloge tourne » a-t-il dit. « Nous n’allons pas permettre à l’Iran de s’engager indéfiniment dans des négociations qui ne mènent nulle part… Si elles ne satisfont pas aux exigences de la communauté internationale, nous allons prendre toutes les mesures nécessaires pour s’assurer qu’ils n’aient pas d’arme nucléaire. »

Dans le dos de la classe ouvrière en Amérique, au Moyen Orient et à l’échelle internationale, les préparatifs avancés d’une nouvelle guerre criminelle sont en cours. Comme les interventions militaires en Afghanistan, en Irak et en Libye, c’est une guerre fondée sur des mensonges et des tromperies. L’impérialisme américain n’a pas l’intention d’attaquer l’Iran pour l’empêcher de construire une arme nucléaire, mais pour mettre en place un régime à Téhéran qui soit conforme à ses ambitions pour la domination des régions riches en énergie du Moyen-Orient et de l’Asie centrale.

La politique irresponsable de Washington menace de déclencher un conflit à l’échelle régionale qui a le potentiel de mobiliser de grands rivaux des USA tels que la Chine et la Russie, qui ont tous deux en jeu des intérêts économiques et stratégiques très importants. La seule force sociale capable de mettre un terme à une telle catastrophe est la classe ouvrière internationale. La lutte contre le militarisme et la guerre exige la construction d’un mouvement de masse basé sur l’internationalisme socialiste pour mettre fin au capitalisme et à son système périmé d’État-nations qui est la cause fondamentale de la guerre.

 

Article original, WSWS, publié le 25 octobre 2012

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Homo debitor, chronique de l’Homme endetté

octobre 31st, 2012 by Eric Toussaint

Eric Toussaint pour l’Université populaire de Bruxelles

Durée de la Vidéo : 2h14 minutes dont 1h30 d’exposé

 

Au cours de son exposé réalisé le 23 octobre 2012 à Bruxelles, Eric Toussaint passe en revue un peu plus de 4500 années d’histoire de l’humanité sous l’angle de la dette et des luttes pour l’annulation des dettes illégitimes, illégales et / ou odieuses. Il aborde dans un ordre chronologique la Mésopotamie de l’âge du bronze, les temps bibliques, la Grèce et la Rome antiques, la révolution française, l’histoire des Etats-Unis d’Amérique, l’élaboration des doctrines Drago, Calvo et Sack, les annulations de dettes odieuses au 19 et au 20 e siècles, la dette imposée à Haïti en 1826, le Traité de Versailles, les suspensions de remboursement de la dette dans les années 1930 (ce que cela a donné en Amérique latine), l’après seconde guerre mondiale, le plan Marshall, l’accord de Londres sur la dette allemande en 1953, la crise de la dette des années 1980, la crise actuelle qui a commencé en 2007-2008, les développements récents en Grèce et les défis pour le mouvement social en Europe aujourd’hui.

Cet exposé d’Eric Toussaint constitue la conférence inaugurale d’un cycle intitulé “Homo debitor, chronique de l’Homme endetté” au cours duquel interviendront notamment Olivier Bonfond,  Désiré Prunier, le Théâtre des Rues. Plus d’infos sur : http://www.universitepopulaire.be/

Il est fondamental de replacer la mobilisation exemplaire du 25, 26 et 29 septembre en Espagne (25S Rodea el Congreso) |1| dans son contexte international pour évaluer les tensions sociales en cours dans un nombre croissant de pays pour les mêmes raisons : un déficit flagrant de démocratie permettant l’application d’une violente politique d’austérité, celle-ci conduisant à l’appauvrissement du plus grand nombre au nom d’une dette largement illégitime qui profite aux quelques autres.

Contexte international d’une lutte contre l’austérité qui tend à être commune

Peu de temps auparavant, le 15 septembre au Portugal, un million de personnes (10% de la population), dont au moins 500 000 dans la capitale, manifestaient dans tout le pays, soutenues par des représentants des forces de l’ordre et de l’armée, contre la troïka et ses funestes plans d’austérité. Face à la plus grande manifestation depuis le 1er mai 1974 après la chute de la dictature de Salazar, le gouvernement a dû revenir sur ses positions et revoir sa copie, en l’occurrence une hausse de 7% des contributions sociales des travailleurs (de 11% à 18%) – revenant à une baisse de salaire effective – accompagnée d’une baisse de 5,75% des charges patronales (de 23,75% à 18%) |2|. C’est une victoire, bien qu’insuffisante, du mouvement social qui donne une idée de son potentiel émancipateur. Le 29 septembre, des centaines de milliers de personnes manifestaient à l’appel de la CGTP (Confédération Générale des Travailleurs du Portugal), principal syndicat du pays. Le 1er ministre Passos Coelho, surnommé ’Robin des Bois des Riches’ pour vouloir donner aux riches ce qu’il prend aux pauvres, devait trouver où puiser l’argent afin de respecter les objectifs de réduction du déficit public (à 4,5% du PIB l’an prochain) imposés par les créanciers. Après avoir informé la troïka, le ministre des finances, Victor Gaspar, annonçait une hausse brutale et généralisée des impôts sur le revenu en 2013 qui frappe de plein fouet les pauvres et la classe moyenne déjà durement malmenée. « Le même vol avec une autre main » résumait-on au sein de la gauche de la gauche et des mouvements sociaux. En réponse, un nouvel appel à la grève générale est annoncé pour le 14 novembre |3|.

En Italie, le secteur public se met en grève le 28 septembre contre les coupes budgétaires du gouvernement du premier ministre Mario Monti arrivé au pouvoir sans élection en novembre 2011 pour appliquer l’austérité. Austérité qui, selon les marchés, n’était pas mise en place assez rapidement par son prédécesseur Berlusconi, empêtré dans ses fameux scandales de corruption… Arrivé au pouvoir fin 2011, l’ex consultant pour Goldman Sachs Mario Monti |4| a imposé des coupes claires de 30 milliards (décret Salva Italia), la récession de l’économie italienne s’est accentuée alors que les salaires dans la fonction publique sont déjà gelés depuis plus de deux ans, le taux de chômage a atteint 10,7% de la population active en juillet et Monti a pour la première fois déclaré le 27 septembre qu’il serait prêt à rester à la tête du gouvernement après les élections législatives prévues au printemps 2013 si le scrutin ne débouchait pas sur une majorité claire. Une normalisation d’un exercice du pouvoir sans élection qui reviendrait à l’achèvement d’une démocratie mourante, autrement dit, une déviance dictatoriale.

En Grèce, le 26 septembre, le nouveau gouvernement de coalition d’Antonis Samaras soumis à la troïka (Union européenne, BCE, FMI) a vécu sa première grève générale de 24 heures, la troisième depuis le début de l’année. Le nouveau paquet d’austérité draconien que la coalition gouvernementale devait présenter à la troïka est finalement en passe d’être accepté après plus de deux mois de tractations. Il vient s’ajouter aux trois autres plans déjà adoptés par le parlement grec depuis le début de la crise. Les négociations butaient entre autres sur un nouveau relèvement de l’âge du départ en retraite, à 67 ans au lieu de 65 |5|. La Grèce est sommée d’économiser 11,5 milliards d’euros supplémentaires pour 2013-2014 afin de débloquer la prochaine tranche de 31,5 milliards d’euros du prêt UE-BCE-FMI de 130 milliards d’euros promis à la Grèce en mars. Ces mesures iniques imposées par les créanciers ont plongé la Grèce dans sa cinquième année consécutive de récession avec un taux de chômage à 25% qui a plus que doublé en deux ans (54,2% des jeunes entre 15 et 24 ans sont sans emploi et le taux de chômage de la population active atteint 25,1% en juillet 2012). Complètement soumise au diktat des créanciers, la coalition au pouvoir espère obtenir un délai supplémentaire de deux ans (à 2016) pour parvenir aux objectifs imposés initialement pour 2014. La nouvelle grève générale (la 4ème de l’année et la 2ème contre pour le gouvernement actuel) du 18 octobre, coïncidait avec la fin d’une mission de la troïka sans parvenir à un accord sur les mesures d’austérité pour débloquer le prochaine tranche de prêt.

Pendant ce temps, le ministre du Développement, Konstantinos Hatjidakis, vient d’annoncer début octobre que l’État venait d’allouer 28,9 millions d’euros à la construction d’un circuit de Formule 1 dans le sud-ouest du pays (à Fares). Un tel chantier, dont le coût total est estimé pour le moment à 94,6 millions d’euros et devrait durer trois ans, a de quoi exaspérer une population qui continue à se saigner pour rembourser une dette en partie causée par le déficit abyssal (9 milliards d’euros de déficit) généré par l’investissement astronomique pour les Jeux olympiques de 2004 |6|.

Le 9 octobre, 7 000 policiers et tireurs d’élite transformaient Athènes en ville interdite lors de la venue d’Angela Merkel. Ce même jour on célébrait la commémoration des morts tombés sous le bombardement de la ville par l’Allemagne nazi en 1944, 3 jours seulement avant la libération. L’occupation nazi a ruiné le pays et affamé son peuple (300 000 morts lors de l’Occupation) et l’Allemagne n’a toujours pas remboursé sa dette de guerre envers la Grèce. Pour le peuple grec qui vit aujourd’hui une occupation économique, c’est un lourd symbole de recevoir la visite de la chancelière allemande un 9 octobre. Dans un tel contexte, souvent omis dans les médias dominants, on comprend qu’une partie de la population grecque n’hésite pas à assimiler la politique d’austérité allemande à la naissance d’un ’quatrième Reich’. Ce même jour, le quotidien britannique The Guardian publiait les témoignages de plusieurs dizaines de manifestants antifascistes affirmant avoir été victimes de tortures infligées par la police après leur arrestation lors d’une manifestation contre le parti néo-nazi grec, l’Aube dorée |7|. Quelques jours plus tard, un officier de police affirmait que la police était infiltrée par ce parti fasciste |8|.

En France, François Hollande qui dégringole dans les sondages impose, sans référendum ni consultation, le Pacte budgétaire européen, véritable traité de l’austérité à perpétuité, qu’il avait promis de renégocier. Le 30 septembre, près de 80 000 personnes défilent dans les rues de Paris contre cet acte de trahison notoire |9|.

Le même jour en Belgique, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Bruxelles contre les politiques antisociales d’austérité prévoyant près de 14 milliards d’euros d’économies afin de réduire le déficit budgétaire à moins de 3% du PIB contre 3,8% en 2011. Le royaume de Belgique s’enfonce lui aussi dans l’austérité alors que les banques privées sont sauvées quel qu’en soit le coût : en Belgique, les sauvetages bancaires ont provoqué une augmentation de la dette publique de 32,5 milliards d’euros. En guise d’exemple, le groupe bancaire Dexia accusant des pertes astronomiques est sauvé par les contribuables pour la 2ème fois en octobre 2011 alors que des bonus indécents sont distribués aux dirigeants.

Plus loin, les étudiants chiliens, en lutte depuis mai 2011, descendent à nouveau dans la rue le 27 septembre à la veille du débat parlementaire sur le budget prévisionnel de 2013 pour réclamer une hausse du budget de l’éducation. Les étudiant-e-s réclament un changement constitutionnel dans le cadre d’un système éducatif héritier de la dictature de Pinochet (1973-1990) qui a introduit le secteur privé et réduit les ressources publiques destinées à l’enseignement. Après un nombre infini de manifestations réclamant une éducation gratuite et de qualité pour toutes et tous, le gouvernement conservateur de Sebastián Piñera semble fléchir. Il a finalement promu une loi visant à ramener de 6 à 2% les intérêts sur les prêts que les étudiants devaient s’engager à payer au système bancaire pour financer leur carrière |10|. Il a par ailleurs envoyé un projet de loi au Parlement afin d’augmenter le budget de l’éducation de 1200 millions de dollars (soit 9,4% d’augmentation pour atteindre 12,8 milliards). Cette victoire, dont il faudra vérifier la portée, fait écho à celle du mouvement étudiant au Québec qui, après 7 mois de lutte, a réussi à faire annuler l’augmentation disproportionnée de 75% des frais de scolarité et la loi répressive, dite loi 78, durement contestée.

Le 12 octobre, après Barack Obama en 2009, l’Union européenne recevait le prix Nobel de la paix. Cette Union dont la construction repose sur des politiques ultra libérales appliquant l’austérité pour les peuples et creusant toujours plus l’inégalité, fragilise grandement la paix sociale. Ironie de l’histoire, l’organisation militaire de l’OTAN applaudissait la remise du prix. L’Union européenne, dont la Commission – accompagnée de la BCE et du FMI – forme la tristement célèbre troïka, ne fait qu’approfondir les problèmes après 20 sommets dédiés à la résolution de la crise tout en appliquant l’austérité. Cette Union s’apprête à ratifier le traité européen MES (Mécanisme Européen de Stabilité) qui dérobe toute souveraineté à chaque État membre et porte un coup fatal à notre démocratie chancelante. Hasard du calendrier, le lendemain 13 octobre, des milliers de personnes manifestaient dans toute l’Europe |11| et au delà contre la dette et les plans d’austérité dont l’UE supervise l’application.

En Europe, un front uni et coordonné des luttes contre l’austérité est nécessaire et urgent. Partout les peuples se rebellent contre cette attaque sans précédent contre la démocratie. Cette atteinte à la souveraineté portée à son paroxysme par le MES, le Pacte budgétaire ou le changement constitutionnel prévoyant la priorité au remboursement de la dette, soulève l’indignation et la révolte. Seule l’union des mouvements populaires contre la troïka des créanciers et les banques privées pourra faire fléchir cette politique qui ne fait qu’accentuer le transfert de richesse du travail vers le capital. Cette lutte devient urgente si l’on ne veut pas voir le fascisme ramper à nos portes et s’autoproclamer unique alternative.

 Jérôme Duval

Notes

|1| 25S. Le peuple debout face à la démocratie séquestrée, http://cadtm.org/25S-Le-peuple-debout-face-a-la

|2| Un des mots d’ordre était « Que se lixe a troika » (Que la Troïka dégage). Lire Rui Viana Pereira, Portugal : un million de révoltés dans la rue le 15 septembre 2012 contre la Troïka et le gouvernement, http://cadtm.org/Portugal-un-million-de-revoltes

|3| Cet appel à la grève générale devient international et est aussi suivi en Espagne, de grosses manifestations sont prévues un peu partout en Europe.

|4| Goldman Sachs, sans doute averti du risque sur la dette souveraine par son ancien Conseiller pour les affaires internationales Mario Monti, a « réduit son exposition sur les titres de la dette italienne de 92% (de 2,5 milliards de dollars en mars 2011 à 191 millions au 30 juin 2012) ». Chiara Filoni, Italie. L’imposture de Mario Monti, http://cadtm.org/Italie-L-imposture-de-Mario-Monti.

|5| L’accord Grèce-troika tient à 2 ou 3 milliards, L’Echo, 19 septembre 2012 : www.lecho.be/actualite/economie_politique_europe/L_accord_Grece_troika_tient_a_2_ou_3_milliards.9244527-3500.art ?ckc=1

|6| Bloomberg, 01/10/2012, Greece Unblocks Subsidy for Formula 1 Track Construction, http://www.bloomberg.com/news/2012-10-01/greece-unblocks-subsidy-for-formula-1-track-construction.html ; Athènes débloque 30 millions d’euros pour un circuit de F1, L’Expansion, 3.10.2012, http://lexpansion.lexpress.fr/economie/athenes-debloque-30-millions-d-euros-pour-un-circuit-de-f1_343216.html ; www.huffingtonpost.fr/2012/10/01/grece-formule-1-circuit-patras-crise_n_1929675.html

|7| ’Greek anti-fascist protesters ’tortured by police’ after Golden Dawn clash’, The Guardian, 9 octobre 2012, http://www.guardian.co.uk/world/2012/oct/09/greek-antifascist-protesters-torture-police

|8| Golden Dawn has infiltrated Greek police, claims officer’, The Guardian, 26 octobre 2012, http://www.guardian.co.uk/world/2012/oct/26/golden-dawn-infiltrated-greek-police-claims

|9| Le traité budgétaire européen est finalement adopté par l’Assemblée nationale le 9 octobre.

|10| www.diario-octubre.com/2012/09/27/los-estudiantes-chilenos-vuelven-a-la-calle/

|11| Journée mondiale de mobilisation dans le cadre de la Semaine de lutte global contre la dette et les Institutions Financières Internationales à l’appel de Global Noise. Vidéo de la manifestation à Madrid : http://www.europapress.es/videos/video-cacerolada-multitudinaria-contra-deuda-ilegitima-20121014112544.html

Lance Armstrong, sept fois vainqueur du Tour de France, s’est vu retiré ses titres et banni de toute future participation à une épreuve cycliste en raison des accusations de dopages portées contre lui par l’Agence antidopage américaine (USADA) et maintenues par l’Union cycliste internationale (UCI).

Les accusations contre Armstrong ne sont pas liés seulement à son propre dopage, mais aussi pour le fait d’avoir organisé systématiquement le dopage de ses coéquipiers de l’équipe de vélo de la United States Postal Service (USPS).

Toute l’affaire jette de la lumière sur le monde du sport professionnel, où les drogues sont largement utilisées pour pousser les athlètes à des sommets apparemment surhumains et où ces mêmes athlètes sont glorifiés ou diabolisés par les médias lorsqu’ils gagnent ou perdent l’appui de leurs commanditaires privés.

La carrière d’Armstrong en tant que cycliste professionnel a commencé en 1992 avec l’équipe Motorola. Lors des quatre années suivantes, il a connu certaines réussites dans le cadre du Championnat cycliste du monde, la Clásica de San Sebastián, le Tour DuPont et le Tour de France.

Sa carrière fut interrompue en 1996 lorsqu’on lui a diagnostiqué un cancer des testicules qui s’était propagé au cerveau et aux poumons. Pendant cinq mois, il a combattu le cancer en subissant des chirurgies aux testicules et au cerveau et de la chimiothérapie intensive, jusqu’à ce qu’il vainque totalement le cancer. Il a recommencé à s’entraîner sérieusement en janvier 1998, relançant sa carrière lors du Tour de France.

Les accusations de dopage contre Armstrong remontent au moins à l’an 2000, lorsqu’il a été accusé d’utiliser de l’Actovegin, un produit chimique qui augmente l’oxygénation du sang.

Les preuves fournies par l’USADA sont suffisamment accablantes, mais cela ne règle pas les questions importantes soulevées par l’affaire Armstrong. Essentiellement, les autorités espèrent faire du cycliste un exemple et passer à autre chose. Les médias de masse, toujours à la recherche de scandales aux dépens de la vérité, vont, avec enthousiasme, se contenter de cela. Ils ne pousseront pas plus loin et ne vont instruire personne.

Voici les questions qui doivent être soulevées : Pourquoi le dopage est-il si omniprésent dans le cyclisme et dans d’autres sports professionnels ? Quels sont les intérêts financiers qui, en dernière analyse, en profitent ? Qu’est-ce que le phénomène nous enseigne sur les sports pour le profit et sur la société contemporaine dans son ensemble ? On peut affirmer sans crainte de se tromper qu’aucune des parties intéressées dans l’affaire Armstrong ne va daigner aborder l’une ou l’autre de ces questions.

La campagne contre Armstrong est menée avec le cynisme et l’hypocrisie habituels des différentes autorités sportives et médiatiques, qui changent totalement d’attitude lorsqu’un athlète tombe en disgrâce.

Les médias les plus en vue, qui ont déjà présenté Armstrong comme étant « l’un des plus grands athlètes américains de tous les temps » et qui pour plaisanter avait appelé le Tour de France le « Tour de Lance », sont maintenant dans une frénésie antidopage et anti-Armstrong. Le président de l’UCI, Pat McQuaid, a qualifié sa pratique de dopage d’ « extraordinaire ». Le champion déchu du Tour de France est traité de tricheur et de « plus grand imposteur de l’histoire du sport américain » (Yahoo! Sports).

La réaction à l’égard d’Armstrong a été rapide et impitoyable. Dans les deux dernières semaines, il s’est non seulement vu retirer la totalité de son palmarès au Tour de France, mais il a aussi perdu des commanditaires comme Nike, le fabriquant de vélos Trek et Oakley. Il a été obligé de quitter la présidence de Livestrong, une fondation de lutte contre le cancer qu’il avait lui-même mise sur pied. Amauray Sport Organization, le groupe qui organise le Tour de France, va retirer le nom d’Armstrong de son livre des records. Le Comité international olympique considère retirer à Armstrong la médaille de bronze qu’il avait remportée en cyclisme en 2000. McQuaid a déclaré : « Lance Armstrong n’a pas sa place en cyclisme ; il mérite qu’on l’oublie. »

Ces paroles sont absurdes. Même si Armstrong, qui est clairement un athlète hors pair, était la seule mauvaise influence dans tout le groupe, il ne pourrait être oublié. Mais comme cela est loin d’être la réalité, ces remarques ne servent qu’à masquer les questions gênantes.

Ce qui est encore plus révélateur, cependant, est qu’aucun vainqueur ne sera déclaré pour les années où Armstrong avait remporté le Tour de France. Cette décision n’a rien à voir avec l’esprit sportif, mais est due plutôt à la difficulté de trouver un remplaçant « net ». Depuis 1998, plus du tiers des cyclistes dans le top 10 aurait consommé des drogues pour améliorer sa performance ou a admis en avoir consommé. En 2003 et en 2005, seuls trois coureurs du top 10 n’avaient apparemment pas pris de drogue.

Et malgré tout, il n’y a jamais eu d’enquête sérieuse pour établir comment Armstrong et tant d’autres cyclistes, et leurs coéquipiers, ont pu se doper durant tout ce temps. Cela en dit bien plus long sur le caractère social du cyclisme professionnel, et des autres sports professionnels en général, que sur les faiblesses personnelles de Lance Armstrong.

La société Amaury Sport Organization est évaluée à 1 milliard de dollars et génère 200 millions $ en revenus chaque année. Des intérêts financiers importants sont en jeu dans le Tour de France : le budget de commandites annuel pour l’ensemble des équipes s’élève à 400 millions $. Environ un milliard de personnes suivent la course à la télé et 14,6 millions sont sur place pour voir les coureurs en action. Armstrong avait des revenus de 15 millions $ par année, surtout en commandites.

Les importants intérêts financiers en jeu signifient que les transnationales qui commanditent les cyclistes et l’événement lui-même, comme Nike, poussent sans pitié les athlètes à gagner à tout prix. Une pression constante est exercée pour que les records de vitesse et d’endurance soient battus. Cela mène presque inévitablement les cyclistes à utiliser des produits dopants afin d’obtenir le meilleur avantage.

C’est un problème que l’on retrouve à travers le sport professionnel. On n’a qu’à se rappeler l’hystérie autour du rapport Mitchell en 2007, qui détaillait l’utilisation de produits dopants dans le baseball.

Il y a un élément de tragédie dans le cas d’Armstrong, et dans le cas de tous ceux qui ont utilisé des produits dopants pour améliorer leurs performances athlétiques. Ces athlètes professionnels, qui s’entraînent intensivement afin de maximiser leur performance sportive et qui doivent minutieusement comprendre les stratégies et techniques impliquées pour remporter divers événements, sont forcés de se doper pour avoir un avantage sur leurs compétiteurs – dans l’intérêt, finalement, de créer plus de revenus pour ces sociétés. Leur santé immédiate ou les conséquences physiques à long terme ne sont l’objet d’aucune préoccupation.

En outre, aucune attention n’est portée à l’utilisation de produits dopants à l’extérieur du sport professionnel. Les athlètes collégiens sont de plus en plus poussés vers le dopage comme moyen de gagner des bourses d’études sportives ou d’entrer dans les ligues professionnelles. Cela peut s’accompagner de sévères conséquences physiques et psychologiques. Selon le rapport Mitchell, les utilisateurs de stéroïdes sont à risque de développer « des problèmes psychiatriques, des dommages cardiovasculaires et du foie, des changements radicaux à leur système reproducteur, des blessures musculo-squelettiques, et d’autres problèmes ». Les utilisateurs d’hormones de croissance humaines sont à risque de développer « le cancer, des dommages à leur système reproducteur, des problèmes cardiaques et thyroïdiens et une hyper-croissance des tissues conjonctifs et osseux ».

Armstrong a peut-être bien triché, mais ce devrait uniquement être le point de départ d’une enquête sociale beaucoup plus vaste. Il faut une enquête approfondie des pressions subies par les cyclistes et tous les athlètes professionnels – autrement dit, déterminer pourquoi l’utilisation de produits dopants est si répandue. Les vrais coupables, ceux dans les conseils d’administration qui poussent directement ou indirectement les athlètes à utiliser des drogues, doivent être tenus responsables.

 

Article original, WSWS, paru le 27 octobre 2012

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le parlement australien pue la cire de parquet. Les sols de bois luisent tellement qu’ils réfléchissent les portraits de genre dessins animés des premiers ministres, des juges à perruques et des vices-rois. Le long des couloirs feutrés et brillants, les murs sont décorés d’art aborigène: une peinture après l’autre comme dans une galerie monolithique, totalement coupés de leur origine, dans une brutale ironie. Le peuple le plus pauvre, le plus malade, le plus incarcérés de la planète donne une façade à ceux qui supervisent le vol de leur terre et son pillage.

L’Australie possède 40% de l’uranium mondial, la totalité en territoire indigène. La première ministre Julia Gillard revient juste d’Inde où elle a vendu de l’uraniun à un gouvernement qui refuse de signer le traité de non prolifération nucléaire (TNP) et dont l’ennemi, le Pakistan est aussi non-signataire du traité. La menace de guerre nucléaire entre ces deux pays est constante. L’uranium est un ingrédient essentiel des armes nucléaires. Le contrat de Gillard à Delhi termine de manière formelle la longue politique du parti travailliste australien de refuser la vente d’uranium aux pays qui refusent de signer le TNP et l’obligation “de poursuivre des négociations de bonne foi sur les mesures effectives en rapport avec la cessation de la course à l’armement nucléaire le plus tôt possible et le désarmement nucléaire.”

Comme les Japonais, les Aborigènes d’Australie ont fait l’expérience de l’horreur des armes nucléaires. Durant les années 1950, le gouvernement britannique a testé des bombes atomiques à Maralinga dans le sud de l’Australie. La population aborigène ne fut pas consultée et ne reçût que de maigres mises en garde voire aucune et continue de souffrir des effets. Yami Lester était un petit garçon quand il vit le flash nucléaire et en devint aveugle. La lutte permanente du peuple aborigène pour être reconnu comme étant des êtres humains a été une lutte non seulement pour leur terre, mais aussi pour ce qu’il y a en dessous, dans ses sous-sols. Comme leur statut était à peine plus élevé que celui des moutons jusqu’en 1971, et qu’à l’encontre des moutons ils n’étaient pas comptés, bon nombre de leurs modestes droits fonciers ont été corrompus ou diminués par les gouvernements successifs de Canberra.

En 2007, le premier ministre d’alors, John Howard, utilisa l’armée pour lancer une “intervention d’urgence” dans les communautés aborigènes des Territoires du Nord, riches en ressources naturelles minérales. Des histoires sordides et mensongères de cercles pédophiles furent la couverture pour l’opération, les indigènes furent avertis qu’ils ne recevraient pas les services de base s’ils n’abandonnaient pas le bail de leurs terres. Le ministre des affaires indigènes de Gillard a depuis donné à ce projet le nom orwellien de “Grands futurs”.

La tactique demande de faire en sorte que les gens se rendent dans des “villes high tech” et de refuser aux gens des logements décents ainsi les forçant à vivre à douze ou plus dans une chambre. La relocalisation des enfants aborigènes a atteint le niveau de la triste époque de la “Génération perdue” du siècle dernier. Beaucoup ne reverront sans doute jamais leur famille.

Dès que “l’intervention” fut commencée, des centaines de titres d’exploitation des terres furent données à des industries pour l’exploration minière et l’exploitation de l’uranium.

La politique contemporaine en Australie est souvent définie par le pouvoir des compagnies minières. Quand l’ancien premier ministre travailliste (NdT: équivalent du PS foie jaune de chez nous…) Kevin Rudd, proposa un impôt sur les profits records des compagnies minières, il fut déposé par une cabale d’arrière-boutique, incluant Gillard, qui réduisit l’impôt. Des câbles diplomatiques fuités par Wikileaks révèlent que deux des comploteurs contre Rudd étaient des informateurs de l’ambassade de Etats-Unis, que Rudd avait mis en colère en ne suivant pas à la lettre les plans des Etats-Unis faits pour encercler la Chine et de rendre disponible l’uranium à la vente pour des clients des Etats-Unis comme l’Inde.

Gillard a depuis retourné la relation australo-américaine à son niveau historique, de la même manière que l’était un pays satellite européen de l’URSS. La veille de l’arrivée d’Obama à Canberra l’an dernier pour déclarer que la Chine était le nouvel ennemi du “monde libre”, Gillard annonça la fin de l’interdiction par son parti sur les ventes d’uranium.

Les obsessions de l’après guerre-froide de Washington demandent aussi les services de l’Australie. Ceci inclut l’intimidation de l’Iran et la destruction de l’indépendance de cette nation, le torpillage du TNP et la prévention de l’établissement de zones non-nucléaires, qui menaceraient la dominance nucléaire dans la région des Etats-Unis et d’Israël. A l’encontre de l’Iran, signataire du TNP et grand supporter d’une zone non-nucléaire au Moyen-Orient, les Etats-Unis et Israël ne veulent pas entendre parler d’inspections. De plus ces deux pays menacent l’Iran d’une guerre, qui d’après les agences de renseignement américaines combinées, ne possède pas d’armement nucléaire.

L’inversion nécessaire de la réalité et la doctrine du double-standard demandent “un processus minutieusement orchestré”, assure un officiel australien à l’ambassade des Etats-Unis, cité par Wikileaks. D’après les câbles américains il y a des “idées australiennes” enthousiastes pour forger une information qui aidera à discréditer Mohamed El Baradei, qui en tant que directeur de l’AIEA de 1997 à 2009, a réfuté répétitivement les accusations américaines disant que l’Iran construit des armes nucléaires. Le directeur du bureau australien du contrôle de l’armement est mis en évidence comme étant un chien de garde américain, mettant en garde contre “la pente savonneuse” où s’engagent les gouvernements qui “exercent un jugement indépendant” sur les affaires nucléaires. Patrick Suckling, un autre officiel australien, a été rapporté dire aux Américains que “l’Australie désirent les sanctions les plus fortes et les plus incapacitantes contre l’Iran”. Les victimes de Sickling sont aujourd’hui des hommes, femmes et enfants ordinaires. Le 5 Octobre, l’alliance australienne contre le nucléaire, qui incorpore des groupes aborigènes à travers tout le pays, s’est rassemblée à Alice Springs. Elle a appelé à un moratoire sur toutes les exploitations et ventes d’uranium. Les femmes aborigènes ont fait une demande très spéciale à Gillard, qui a été élue par les médias blancs récemment comme une héroïne féministe. Aucune réponse n’était attendue.

Le 17 Octobre, tous les ronds de jambes et promesses de servilité à leurs puissant patrons ont fini par payer puisque l’Australie a été intronisée comme membre non-permanent du conseil de sécurité de l’ONU, connu à Canberra comme “la grande table”. Le timing est parfait. Une attaque par l’OTAN sur la Syrie ou l’Iran, ou les deux, n’a jamais été aussi proche. Une guerre mondiale pointe à l’horizon depuis la marque de 50 ans lorsque “le monde s’arrêta”, écrivit l’historien Sheldon Stern. C’était la crise des missiles de Cuba en 1962, lorsque les Etats-Unis et l’URSS furent si proches d’une guerre nucléaire. Des documents maintenant déclassifiés montrent que le président John F. Kennedy avait autorisé “à des avions de l’OTAN, pilotes turcs aux commandes, de décoller à destination de Moscou et de lâcher une bombe”.

L’écho aujourd’hui résonne on ne peut plus clairement.

John Pilger

Article original en anglais :

gillard

Australia’s Uranium Bonanza: Making the World a More Dangerous Place, le 24 octobre 2012

Traduction : Résistance 71

 

L’art de la guerre : L’arme du silence médiatique

octobre 30th, 2012 by Manlio Dinucci

On dit que le silence est d’or. Il l’est, sans aucun doute, mais pas seulement dans le sens du proverbe. Il est surtout précieux comme instrument de manipulation de l’opinion publique : si dans les journaux, dans les télé-journaux et dans les talk show on ne parle pas d’un acte de guerre, il n’existe pas dans l’esprit de ceux qui sont convaincus que n’existe que ce dont parlent les media. Par exemple, combien de gens savent qu’il y a une semaine la capitale du Soudan, Khartoum, a été bombardée ? L’attaque a été  effectuée par des chasseurs bombardiers, qui ont frappé de nuit une usine de munitions. Celle qui, d’après Tel Aviv, fournirait les Palestiniens de Gaza. Israël est le seul à posséder dans la région des avions capables de frapper à 1900Kms de distance, d’échapper aux radars et de provoquer le blackout des télécommunications, capables de lancer des missiles et des bombes à guidage de précision depuis des dizaines de Kms de l’objectif. Des photos satellitaires montrent, dans un rayon de 700 mètres de l’épicentre, six énormes cratères ouverts par de très puissantes têtes explosives, qui ont provoqué des morts et des blessés.  Le gouvernement israélien garde le silence officiel, en se bornant à affirmer que le Soudan est « un dangereux état terroriste, soutenu par l’Iran ». Par contre les analystes stratèges parlent, donnant pour sûre la matrice de l’attaque, soulignant que ce pourrait être un essai de celle des sites nucléaires iraniens. La requête soudanaise que l’Onu condamne l’attaque israélienne et la déclaration du Parlement arabe, qui accuse Israël de violation de la souveraineté soudanaise et du droit international, ont été ignorées par les grands media.

Le bombardement israélien de Khartoum a ainsi disparu sous la chape du silence médiatique. Comme le massacre de Bani Walid, la ville libyenne attaquée par les milices « gouvernementales » de Misrata. Des vidéos et photos, diffusées via Internet, montrent d’impressionnantes images du massacre de civils, enfant compris. Dans un témoignage vidéo dramatique depuis l’hôpital de Bani Walid assiégé, le Dr. Meleshe Shandoly parle des symptômes que présentent les blessés, typiques des effets du phosphore blanc et des gaz asphyxiants. On a appris immédiatement après que le médecin a été égorgé. Il y a cependant d’autres témoignages, comme celui de l’avocat Afaf Yusef, que de nombreuses personnes sont mortes sans être touchées par des projectiles ou des explosions. Corps intacts, comme momifiés, semblables à ceux de Fallujah, la ville irakienne attaquée en 2004 par les forces étasuniennes avec des projectiles au phosphore blanc et des armes nouvelles à l’uranium. D’autres témoins parlent d’un bateau transportant des armes et des munitions, arrivé à Misrata peu avant l’attaque contre Bani Walid. D’autres encore parlent de bombardements aériens, d’assassinats et de viols, de maisons démolies au bulldozer. Mais leurs voix aussi ont été étouffées sous la chape du silence médiatique. Tout comme l’information que les Etats-Unis, pendant l’assaut contre Bani Walid, ont bloqué au Conseil de sécurité de l’Onu la proposition russe de résoudre le conflit par des moyens pacifiques.

Informations qui n’arrivent pas, et arriveront de moins en moins, dans nos maisons. Le réseau satellitaire mondial Intelsat, dont le quartier général est à Washington, vient de bloquer les transmissions iraniennes en Europe, et le réseau satellitaire européen Eutelsat a fait de même. A l’époque de l’ « information globale », on ne doit écouter que la Voix de son Maître.[1]

Manlio Dinucci 

Edition de mardi 30 octobre 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20121030/manip2pg/14/manip2pz/330915/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

 


[1] Référence ironique à la maison de disques britannique His master’s Voice, fameuse en Italie surtout dans les années Trente. NdA.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Affaire Merah : Le changement en se taisant.

octobre 29th, 2012 by Jean-Claude Paye

Première partie:

De Ben Laden à Merah : de l’icône à l’image. Publié le 8 juillet 2012

Deuxième partie :

Un effet de sidération : de la donation de sens au non sens. Publié le 9 juillet 2012

Troisième partie :

Affaire Merah : Donner du sens au non sens. Publié le 1er septembre 2012.

 

Alors qu’il était en campagne électorale, François Hollande ne s’était aucunement démarqué du gouvernement précédent en ce qui concerne la gestion de l’affaire Merah. Au contraire, il avait remercié les forces de police pour leur efficacité et déclaré que le père de Mohammed Merah, dénonçant le meurtre de son fils, devait se taire, nous indiquant par là l’attitude que nous devons aussi adopter. Ce faisant, le nouveau président s’est engagé pleinement dans le processus de pétrification induit par la violence de cette affaire. A l’opposé, seule une prise de parole peut nous sortir du surcroît de puissance manifesté par le pouvoir et entamer une action de dé-sidération.

Jusqu’à présent les médias ont monopolisé le discours sur l’affaire Merah. Le discours développé n’a été confronté à aucune parole et a pu se construire en dehors de tout principe de réalité. Il s’est révélé comme jouissance libérée de tout objet de perception et à laquelle aucune limite n’a été posée. En l’absence d’opposition, seule l’organisation d’un procès peut offrir un espace de parole et permettre que le discours soit quelque peu confronté au principe de réalité. Étant donné que cette affaire se déroule sous deux gouvernements de sensibilité politique différente, sa gestion se pose directement comme évaluation de la nature du changement que l’on peut attendre de la nouvelle équipe gouvernementale. 

Se taire pour que le changement puisse advenir?

En opposition avec la version officielle des évènements et rompant le silence étourdissant qui a suivi l’hyper-médiatisation de l’affaire, l’avocate algérienne, Me Zahia Mokhtari, mandatée par le père de Mohamed Merah pour porter plainte contre le Raid, a affirmé,  début avril, détenir des preuves de «la liquidation» de l’assiégé de Toulouse. Elle a déclaré lors d’une conférence de presse : «Nous détenons deux vidéos identiques de 20 minutes chacune dans lesquelles Mohamed Merah dit aux policiers “pourquoi vous me tuez?” (…) “je suis innocent”».[1].

Face à cette intervention, le « candidat du changement »François Hollande avait estimé que le père de Mohamed Merah n’avait aucun droit à la parole. Faisant part, devant des journalistes, de son « indignation », le responsable socialiste a déclaré que ce père, qui « n’avait pas été très attentif » vis-à-vis de son fils, « n’avait qu’une chose à faire, c’était de se taire. »[2]

« Les forces de police ont fait leur travail, je salue leur courage et leur dévouement », a ajouté le candidat PS interrogé par Europe 1 à propos de critiques émises par  François Rebsamen, un de ses proches qui avait qualifié de « fiasco » la fin de l’opération du Raid contre le tueur proclamé de Toulouse et Montauban[3]. Pour le nouveau président de la République, « L’objectif, une fois que le drame hélas était devant nous, c’était de trouver, localiser et mettre hors d’état de nuire le tueur. Ce qui a été fait ». Tout en insistant sur sa solidarité inconditionnelle avec le RAID, François Hollande affirme une certitude absolue en ce qui concerne la culpabilité de Merah. Il effectue une opération de déplacement en portant le questionnement, non sur le fond de l’affaire, mais sur l’efficacité des différents services de police et de renseignements,

Il reconnaît que « Bien sûr qu’il eût été préférable de le trouver vivant, de le prendre, de le traduire devant la justice et d’avoir un certain nombre d’informations.». « Ça n’a pas été obtenu, c’était sans doute très difficile. Je ne veux pas juger ceux qui ont mené l’opération. Nous verrons, au terme de l’enquête, qui a dirigé les choses et comment interpréter leur action. ». Rétablir la parole afin de sortir de la sidération ne fait pas partie des priorités du nouveau président. En ce qui concerne l’enquête : « Ça viendra, je ne suis pas pressé. Je pense que sur ces questions-là, il convient de prendre le temps, de façon à ce que nous puissions tirer toutes les conclusions de manière à être plus efficace dans les services de renseignements. »

L’affaire Merah nous montre à quel changement, en l’absence de réaction populaire, se prépare la France avec l’élection de François Hollande. Rien ne l’exprime mieux que le slogan électoral de Giscard D’Estaing dans une élection précédente : « le changement dans la continuité. » 

Le changement dans la continuité?

Cette affaire nous indique que la continuité de l’action du nouveau président ne s’inscrit pas seulement dans la structure d’un Etat et celle d’un régime politique, mais aussi par rapport à l’action de l’équipe gouvernementale précédente. Le candidat socialiste ne s’était opposé, à aucun moment, à l’instrumentalisation faite par l’ancien pouvoir exécutif lorsque, selon le Syndicat de la Magistrature, le ministre de l’intérieur “Claude Guéant était manifestement le directeur des opérations judiciaires »[4]  et que « l’Intérieur a communiqué en lieu et place du procureur et au risque de mettre en péril l’enquête ». Pour ce faire, il aurait fallu poser quelques questions sur l’action des forces de police, au lieu de manifester une solidarité sans faille avec la politique suivie.

Les réactions du nouveau ministre de l’Intérieur Manuel Valls, appelé à gérer le dossier, sont aussi particulièrement intéressantes. Elles s’inscrivent également dans la procédure de déplacement de l’invraisemblable de ce qui est dit vers une mise en cause du fonctionnement des forces de police et surtout des services de sécurité. Pour lui, l’affaire Merah a montré les limites du renseignement français qui aurait dû repérer  le tueur. Dès lors qu’un homme, peut-être seul, a pu commettre de tels crimes, nous sommes face à un échec : l’Etat n’a pas su ou pas pu protéger des Français, a-t-il déclaré[5]

Le ministre a chargé la Direction générale de la police nationale et la Direction centrale du renseignement intérieur de lui fournir une étude très complète sur ce qui a « dysfonctionné dans cette affaire ». Faire de l’affaire Merah un échec de la sécurité intérieure nous indique déjà quelles actions le nouveau gouvernement compte mettre en place : renforcer les dispositifs de surveillance de la population et restreindre encore les libertés, afin de « mieux protéger » les français.

Un des éléments permettant d’évaluer l’action du nouveau gouvernement, dans la gestion des conséquences de l’évènement, est la place qui va être accordée au Parlement. En pleine campagne électorale, des sénateurs socialistes avaient voulu lancer une enquête sur l’action des forces de police. La commission sénatoriale, pour le contrôle de l’application des lois, souhaitait notamment entendre Erard Corbin de Mangoux, directeur général de la sécurité extérieure (DGSE), et Bernard Squarcini, directeur central du renseignement intérieur (DCRI).[6]

Face à cette demande, les ministres de l’Intérieur et de la Défense de l’ancien gouvernement avaient refusé l’audition au Sénat des chefs des services de sécurité. Finalement, ces responsables ont été entendus le 4 avril par la délégation parlementaire au renseignement, dont les membres, 4 députés et 4 sénateurs, sont tenus au secret.[7] Rien qui puisse éclairer cette affaire n’a pu, jusqu’à présent être diffusé et le débat parlementaire n’a pas été relancé. La nouvelle équipe gouvernementale s’est fidèlement inscrite dans le sillage de la précédente.

Un projet de loi pour perpétuer le non-sens. 

Six mois après les tueries de Toulouse et Montauban, le conseil des ministres a examiné un projet de loi antiterroriste visant les Français « partant à l’étranger s’entraîner au djihad ». Ce texte permettra de les juger à leur retour dans l’Hexagone. Il nous est affirmé que “A travers Internet, à travers des déplacements dans des pays comme l’Afghanistan ou le Pakistan, il y a des jeunes dans nos propres quartiers qui peuvent être touchés par cette idéologie de la haine”, a mis en garde le ministre de l’intérieur Manuel Valls.[8]  Il entend “améliorer le renseignement sur les groupes radicaux proches des djihadistes“. Cela serait une nécessité car Merah se serait rendu en Afghanistan et au Pakistan, où il aurait suivi des entraînements au djihad.

Ce qui étonne dans cette annonce est le fait qu’aller s’entraîner dans un camp paramilitaire à l’étranger, puis revenir en France avec « de possibles mauvaises intentions » est déjà poursuivi dans le code pénal. Les lois antiterroristes, dans l’Union européenne et en France, ont déjà créé un tel délit, c’est ce qui les spécifie par rapport au droit pénal antérieur. Depuis 1996, l’article 421-2-1 du code pénal, la qualification « d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » permet l’arrestation de présumés terroristes avant que des faits soient commis[9]. Ce n’est plus l’acte matériel, mais l’intention attribuée qui est déterminante[10] pour qualifier le délit. Les infractions concrètes ne constituent plus que le support dans lequel peut s’exercer cette spécification.

Un projet de loi faisant double emploi avec des mesures existantes.

Le président de la République a émis le souhait que le projet de loi antiterroriste, soumis à la Chambre en procédure accélérée, soit adopté très rapidement, « si possible avant la fin de l’année ». Ce texte est annoncé comme devant faire face aux “dysfonctionnements” dans l’affaire Merah. Le dernier « coup de filet » réalisé à Cannes[11] n’est qu’un plus devant conforter le gouvernement dans son projet. Il s’agirait notamment de permettre le jugement de Français « qui se livrent à des actes de terrorisme à l’étranger ou qui vont à l’étranger [...] pour se former au terrorisme“. Cependant, il est déjà possible grâce à la loi du 23 janvier 2006 de sanctionner les actes nommés comme terroristes et commis par des Français à l’extérieur de l’Hexagone.

Le ministre de l’Intérieur veut créer un nouveau délit : celui de se rendre dans un camp d’entraînement, notamment en zone afghano-pakistanaise. Non seulement, la loi de 1986 sur la « notion d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » permet déjà de criminaliser de tels comportements, mais plusieurs procès ont permis de condamner les prévenus de telles accusations. Par exemple, cinq des six détenus français de Guantanamo, libérés  par les autorités étasuniennes, ont été condamnés à leur retour en France. Il leur était reproché d’avoir participé à des camps militaires d’entraînement attribués à Al Quaeda et, pour un d’entre eux, à « un enseignement religieux ayant prôné la violence ».

Dans un conflit dans lequel la France n’est pas partie prenante, son appareil judiciaire a condamné toute forme de résistance armée à des forces d’occupation du territoire irakien, dont l’exécutif français avait publiquement condamné l’invasion. Il incrimine aussi une intention attribuée : le fait d’avoir reçu « une formation incitant à la violence ». Ce projet opère ainsi un déni des possibilités légales existantes, ainsi que des condamnations qu’elles ont déjà autorisées.

Plusieurs procès ont également été organisés concernant des filières de recrutement en France de djihadistes en Afghanistan ou en Irak, comme celui en mai 2008 de la dite « filière irakienne du XIXième arrondissement »[12]. Alors qu’il a été simplement établi que ces personnes se sont rendues ou avaient l’intention de se rendre en Irak pour combattre, l’accusation, sans apporter de preuve ou d’élément matériel, prétend qu’elles auraient rejoint des groupes relevant d’Al-Quaïda, terme générique construit par les USA pour qualifier la résistance en Irak. C’est cette identification, reprise par le tribunal, entre tout acte de résistance armée à l’occupation américaine et appartenance à une organisation terroriste permet de traiter ces derniers comme des criminels. Le nouveau projet de loi veut inscrire dans le code pénal ce qui existait déjà au niveau de la jurisprudence.

La volonté affichée par Manuel Valls apparaît d’abord comme un démenti d’un appareillage législatif déjà existant qui contient déjà tout ce que le nouveau ministre de l’Intérieur veut y introduire. Sa démarche fait immédiatement penser aux déclarations de son prédécesseur. Claude Géant qui avait expliqué à la presse que l’on n’avait pas préventivement arrêté Merah, alors qu’il était sous surveillance, parce que « rien de délictuel ne pouvait a priori lui être reproché avant ses crimes ». « En France, on ne défère pas à la justice des gens pour des intentions, pour des idées salafistes. On ne peut arrêter les gens que pour des faits [13]», avait-il ajouté.

La démarche des deux ministres de l’Intérieur est identique. Il s’agit d’abord de démentir l’évolution du droit pénal de ces dix dernières années, c’est à dire l’existence d’incriminations et de procédures pénales qui accordent des pouvoirs étendus à la police et aux services de renseignement . Ils affirment ensuite que, suite à cette lacune, notre sécurité serait menacée et qu’il conviendrait d’introduire dans le code pénal des dispositions qui y sont déjà ou qui sont utilisées dans un cadre administratif.

Un déni de l’existant.

L’autre grand aspect du texte concerne la surveillance des données de connexion : internet, géolocalisation, factures détaillées de téléphone…Depuis 2006, cette surveillance peut s’exercer dans un but préventif, c’est à dire en l’absence de tout délit. Mais cette disposition relevant du pouvoir exécutif, régulièrement renouvelée tous les deux ans, est temporaire et expire le 31 décembre prochain[14]. Le projet de loi adopté, ces mesures entreraient dans la loi et l’état d’exception deviendrait permanent. De plus, la LOPPSI 2, Loi d’Orientation et de Programmation pour la Sécurité Intérieure, adoptée le 8 février 2011, autorise déjà ce type de surveillance. Le texte va même plus loin. Il prévoit la possibilité, avec l’autorisation  d’un juge d’instruction, d’installer, à l’insu de l’utilisateur,  un dispositif technique enregistrant les frappes au clavier ou des captures d’écran. Afin de mettre en place ce « mouchard », les enquêteurs ont ainsi le droit de s’introduire dans le domicile ou le véhicule de la personne mise en cause, à son insu et, si nécessaire, de nuit. Après l’affaire Merah, Nicolas Sarkozy avait envisagé une loi prévoyant une surveillance des connexions Internet. La gauche avait alors critiqué cette initiative Aujourd’hui, elle reprend les mêmes procédures et les mêmes justifications.

Une répétition du non-sens.

Quelle est la fonction d’une nouvelle loi permettant de criminaliser des comportements déjà poursuivis par la législation en place et installant des dispositions de surveillance déjà utilisées, sinon d’installer un « pas-de-sens » et de prolonger la sidération produite par l’affaire Merah. La stupeur provoquée par cette affaire réside moins dans son caractère violent que dans une manifestation de toute puissance de la police. Les images n’ont rien donné à observer ou à analyser et les « informations » s’annulent réciproquement : un scooter et un casque  peuvent être à la fois blanc ou noir ; il serait possible d’entrer en Israël tout en étant inscrit sur les listes « no-fly » étasuniennes.  Au non-sens de ce qui a été affirmé durant le spectacle de l’assaut, il s’agit, par ce nouveau projet de loi, d’ajouter un automatisme de répétition perpétuant l’effet de pétrification, ainsi que de maintenir l’interdit portant sur tout questionnement relatif à l’affaire. Enfermé dans le pas-de-sens, le sujet ne peut éviter l’éclatement que par une fusion de plus en plus étroite avec « le dit » du pouvoir. Il ne peut ainsi que consentir, que donner un surcroît de sens à l’annulation de ses libertés.

Supprimant, comme toute loi antiterroriste, toute distinction entre l’intérieur et l’extérieur, le projet de loi nous place dans la psychose. La fusion opérée par ce texte entre droit pénal et droit de la guerre en est une manifestation. Tout acte de solidarité ou d’empathie vis à vis de populations étrangères, agressées militairement par la France, même si aucune déclaration de guerre n’a été prononcée, devient progressivement un crime. Ce projet de loi s’inscrit ainsi dans l’oxymore de la « guerre humanitaire », celle du « Bien contre le Mal ». Le nouveau gouvernement s’inscrit ici dans la droite ligne du précédent, nous confirmant qu’il s’agit  bien d’un « changement dans la continuité ».

Discréditer préventivement tout élément de preuve

L’affaire Merah a fait de nouveau la une des médias suite à la diffusion par TF1, le dimanche 8 juin dans l’émission « Sept à Huit », d’extraits de « l’enregistrement des dialogues entre le tueur présumé et les policiers » durant le siège de l’appartement. Ce qui a été montré vient à point nommé pour tenter de  délégitimer toute question. Il en ressortirait que, contrairement à ce que laisse supposer l’existence de nombreux indices, l’assiégé n’aurait pas été manipulé par les services français, mais que, au contraire, individu surpuissant, il se serait constamment joué d’eux. Dans la vidéo, il affirme être prêt à poursuivre sa folie meurtrière, assure être en liens avec Al-Qaïda et le grand banditisme. Il explique aussi comment il a trompé la vigilance de la DCRI qui le surveillait. Bref il énonce systématiquement ce qui est nécessaire à la répétition du scénario établi. Il confirme également que le RAID n’aurait eu d’autre choix que de le tuer ; «Je sais que vous risquez de m’abattre, c’est un risque que je prends. Donc voilà, sachez qu’en face de vous, vous avez un homme qui n’a pas peur de la mort. Moi la mort, je l’aime comme vous vous aimez la vie», ajoute-t-il.[15] Au fil des trente-deux heures de discussions, Merah ne manifeste pas de volonté de se rendre et avoue à la fin : «Je ne vais pas me livrer comme ça, […] je me défendrai jusqu’à la mort.[16]»

La présentation au grand public de cette sélection d’enregistrements a lieu juste au moment ou l’avocate du père devait déposer des pièces à conviction, devant fonder une plainte pour « homicide volontaire » contre le RAID. Il s’agirait de vidéos filmées par Merah lors de son retranchement qui feraient entendre la voix de l’assiégé en conversation téléphonique avec son contact au sein des renseignements. Celui-ci l’aurait envoyé en Irak, au Pakistan et en Syrie. Dans ces enregistrements, on pourrait aussi entendre la voix de Merah répétant en pleurant « je suis innocent, pourquoi vous me tuez ». Ces éléments contrastent fortement avec l’image d’un individu pouvant à sa guise manipuler l’ensemble des services français. La justice française a contesté l’authenticité de ces vidéos. ”Aucun iPhone, aucun téléphone d’aucune sorte, n’a été découvert lors de la perquisition menée dans l’appartement, pas plus que sur Mohamed Merah“, a  déclaré François Molins, le procureur de la République de Paris.[17]

L’authentification par le cri des victimes.

La véracité de ce qui est présenté par TF1 fut automatiquement avalisée grâce à l’indignation proclamée des familles des victimes, ainsi que par les protestations des ministres de l’Intérieur et de la Justice. D’ailleurs, une enquête aurait été lancée par la police des polices qui va tenter, bien que « cela paraisse très difficile » d’authentifier l’auteur de la fuite[18].

Immédiatement le débat est déplacé du caractère vraisemblable de ce qui est diffusé à la question « faut-il légiférer afin de punir d’avantage la diffusion de documents protégés par le secret de l’instruction ». Immédiatement, les interventions se multiplient pour condamner la diffusion. Même le Conseil supérieur de l’audiovisuel a  envoyé une mise en garde à l’encontre de TF1. L’authenticité des documents sonores produits n’est pas en cause. Si le CSA avalise la véracité du contenu, elle émet des réserves sur la forme et « considère qu’au nom d’une certaine morale, la douleur des familles n’a pas été respectée ».[19] S’appropriant de la voix des victimes, le CSA authentifie immédiatement des documents qui pourtant nécessiteraient une analyse. Il fait également d’une télévision spécialisée dans la télé-réalité et ainsi dans la fusion du réel et du virtuel, une chaîne d’information stigmatisée dans son travail d’investigation. L’intervention du CSA résume les deux moments de la structure perverse omniprésente dans cette affaire : d’abord celui du déplacement de la nécessaire observation de ce qui est montré à l’invocation répétée de la douleur des victimes, puis le moment du renversement, l’authentification automatique d’éléments d’information douteux. 

Un « livre-enquête »

Un livre de deux journalistes de l’Express Jean-Marie Pontaut et Eric Pelletier : « Affaire Mérah : l’enquête »[20] est l’élément le plus aboutit d’un discours qui opère une mise en parenthèse des faits, pour faire de cette affaire une simple question de dysfonctionnement des services de police et de renseignements. Cette procédure permet de renverser toute tentative de questionnement et d’instituer, en dépit de l’invraisemblable du dit, la certitude subjective de la culpabilité de Merah.

Ce livre a été largement médiatisé et présenté comme apportant « révélations et éclairages sur le fait divers le plus marquant de ces dernières années ». Cette étiquette est déjà en soi paradoxale puisqu’il nomme l’évènement comme particulièrement important tout en faisant l’impasse sur ce qui fait sa spécificité.

Le livre relève quelques incohérences dans le récit de l’affaire afin de mieux les dénier. Il s’agit à chaque fois de la double opération de déplacement et de renversement qui caractérise la structure perverse. Un bon exemple réside dans le constat que Merah, afin de pouvoir se confesser à la journaliste de la chaîne 24 à partir d’une cabine téléphonique située à plusieurs kilomètres de son domicile, serait sorti et rentré de son appartement encerclé par les forces du RAID, sans être intercepté, ni vu par les les policiers. ( rappelons que la certitude qu’il s’agirait bien de Merah repose sur l’affirmation que « des sources proches de l’enquête » sont « sûres à 98% » qu’il s’agissait bien de lui).

On a retrouvé les cabines téléphoniques.

Dans le déroulement imagé du double déplacement du tueur, c’est l’existence de deux cabines jumelles, marquées du sceau de l’authentique par des détails tels que « couvertes d’affiches électorales » qui atteste de la véracité du récit et du travail d’enquête réalisé par les deux journalistes.[21]  Comme visibilité, les cabines téléphoniques incarnent l’invisibilité de la culpabilité de Merah. Comme tout fétiche, l’élément partiel représente le tout et en est jouissance en tant que réalité absente.

Le discours se présente comme critique puisqu’il dénonce des dysfonctionnements dans l’organisation du RAID : « Il est ahurissant que Merah ait pu quitter son appartement pour appeler les médias, quelques minutes avant l’assaut – s’il avait fui, cela aurait d’ailleurs été une affaire d’Etat ». Cependant ce qui est énoncé comme un manquement relève de l’absurde à moins de considérer que l’ensemble des policiers embusqués et encerclant l’appartement soient tous aveugles, sourds et muets[22].

De même, malgré les images des multiples impacts et la quasi destruction de l’appartement, la mort de Merah résulterait d’un raté des forces de police et non d’une volonté de le tuer. «  Il est stupéfiant que l’ultime attaque ait été aussi laborieuse et n’ait pas permis d’attraper Merah vivant », écrivent-ils.

L’indignation comme procédure perverse d’authentification.

Les deux journalistes font ainsi ressortir les éléments les plus clairement contestables de la version officielle : le fait qu’il ait pu sortir et rentrer dans son appartement, sans être repéré bien que complètement encerclé par des forces de police prêtes à commencer l’assaut et le fait qu’il ait été tué bien que l’objectif aurait été de le prendre vivant et que les tirs aient été effectués avec des armes non létales. Cependant, il ne s’agit pas de remettre en cause ce qui est dit à partir d’une confrontation des faits, mais au contraire d’avaliser le discours en s’indignant de ses manquements Le moi fort, de l’individu porteur de la structure perverse, se présente ici comme la capacité de faire face à l’invraisemblable par un surcroît de croyance.

L’existence d’erreurs résultant de la fatalité, dans l’action du RAID et des services de sécurité, devient l’élément systématiquement mis en avant mis en avant par ceux qui posent un regard « critique » sur le déroulement de l’assaut. Commentant le livre « Affaire Merah, l’enquête » de leurs propres collaborateurs, les journalistes de l’Express font bien ressortir ce déplacement pervers de l’invraisemblable vers le raté inexplicable. En effet, au fil des pages, « on a l’impression que tous les agents de tous les services font leur travail, mais que cela mène le renseignement français à être toujours en retard sur le tueur, à le sous-estimer, à trop écouter la voix de la paperasse et pas assez les murmures de l’intuition »[23].  Il nous est ainsi indiqué que seule la voix intérieure, la certitude posée en dehors de tout objet, c’est à dire l’intentionnalité attribuée au suspect, est le moyen le plus sûr et surtout le plus rapide pour faire aboutir une enquête. Le dysfonctionnement serait le résultat de la faiblesse de cet indispensable apriori qui lance l’investigation. Il s’agit d’un manquement dans la croyance que doit posséder tout enquêteur. La procédure nihiliste est ici à son point le plus développé. 

Un procès pour rétablir la parole.

En réaction à l’émission de TF1, Me Zahia Mokhtari, l’avocate du père de Merah a donné, le 12 juillet, une conférence de presse dans laquelle elle dénonce la chaîne française pour avoir diffusé une vidéo falsifiée, destinée à tromper l’opinion publique. «TF1 a diffusé cette vidéo truquée au moment où je quittais la France pour rentrer en Algérie. La manipulation est destinée à m’obliger à rendre public le contenu des deux enregistrements dont je dispose et qui prouvent que Mohamed Merah a été volontairement assassiné»,[24] a t-elle indiqué. L’avocate est catégorique : «Il s’agit de vidéos truquées diffusées par TF1, dont nous avons identifié beaucoup d’images fausses qui montrent, soi-disant, Mohamed Merah en train de sauter un mur. Ces images ne sont pas celles de Merah ; d’ailleurs, l’homme montré sur ces images ne lui ressemble pas. Il a des yeux bleus, alors que Mohamed, lui, à des yeux noirs et un gabarit plus corpulent».[25]

La volonté de l’avocate et de son client est de porter l’affaire devant la justice et de faire éclater la vérité lors d’un procès. Elle ajoute :  «J’ai assez de preuves et de témoignages sur la mort de Mohamed Merah et sur sa personnalité. Je vais les utiliser lors du procès qui s’ouvrira au parquet de Paris. Toutefois, il est hors de question que j’utilise les deux vidéos ; ces pièces à conviction, je vais les laisser comme un ultime recours, contrairement à la volonté de cercles français qui veulent que j’utilise les deux enregistrements maintenant pour que je perde à coup sûr et que la vérité ne soit ainsi jamais connue de l’opinion publique ». Elle indique également qu’elle réclame une autopsie du corps afin de montrer que   «Merah a été tué d’une manière haineuse. 87 balles ont été tirées sur lui, ce qui montre, une fois de plus, l’acharnement des équipes d’intervention »[26]

Rappelons que la plainte du père de Merah contre le RAID n’est pas le seul procès que pourrait subir l’Etat français dans cette affaire. Il y a aussi celle déposée, pour non-assistance à une personne en danger, par Albert Chennouf,  le père d’un des militaires assassinés. Il tient Nicolas Sarkozy et le responsable du renseignement intérieur Bernard Squarcini pour responsables de la mort de son fils, expliquant « lorsque Mohamed Merah va au Pakistan en faisant un crochet par Israël, ce ne peut être qu’avec la bénédiction des services français.[27]»

Des indices matériels de la dangerosité de Merah.

Au lieu d’intercepter le prévenu à la sortie de son appartement, le RAID avait choisi de faire le siège de son domicile. La mise en oeuvre du spectacle de la mort de Merah ne s’est pas faite sans dommages pour les habitants de l’immeuble. L’importance des dégâts est telle qu’il est inapproprié de les nommer comme « collatéraux ». Ils constituent au contraire un élément matériel du spectacle. Essentielles à la mise en scène, les destructions systématiques opérées par les forces de police témoignent de la dangerosité du tueur présumé. Murs lézardés, plafond en miettes, portes explosées, impacts de balles dans les murs ou dans les voitures garées dans la rue, trous dans le parquet, canalisations explosées, tuyaux de radiateur arrachés, porte transpercée, fissures multiples : la liste des destructions est longue.

L’assaut des policiers du RAID a profondément marqué l’immeuble toulousain du 17, rue du Sergent-Vigné, où vivait Merah. ( « retranché » écrit le Monde pour caractériser quelqu’un surpris dans l’appartement dans lequel il vit). Ainsi, un appartement, réquisitionné par les policiers, n’en finit plus de compter les fissures causées par les déflagrations « d’armes non létales », telles ont été caractérisées par les déclarations mêmes de la police, faites par ailleurs afin de montrer que l’objectif était de capturer l’assiégé vivant.

Ici aussi l’opération de clivage du réel est déterminante. Le discours des médias fait coexister des « informations » qui s’annulent, mais qui ne sont pas mises en rapport. L’assertion que les forces de police ont utilisé des armes non létales témoigne de leur intention proclamée de prendre Merah vivant. Cependant cette déclaration n’est pas confrontée à la vision des dégradations massives opérées par des armes seulement incapacitantes et non destructrices.

Ces données contradictoires acquièrent ainsi une « vie propre », découpant le réel en des réalités totalement séparées, dont la double existence en parallèle aboutit à un résultat paradoxal : le RAID voulait prendre l’assiégé vivant et cela n’a pas été possible suite à la résistance acharnée de ce dernier, ce dont témoignent les importantes destructions dans l’immeuble. Ici aussi la procédure du clivage qui relève de la structure perverse est installation d’une psychose sociale, celle de l’invisibilité de la guerre des civilisations, dont les dégâts dans l’immeuble seraient une manifestation, une apparition dans le visible. 

Guerre contre les populations.

Un peu plus de six mois après les évènements, nombre de voisins attendent toujours d’obtenir réparation pour les dégâts causés. (une victime qui parle n’est pas une bonne victime !!!!) Exaspérés par le parcours du combattant qu’ils doivent accomplir entre administrations, assurances et syndic, les voisins de Merah se sont constitués en collectif afin de faire aboutir leurs revendications. Une quinzaine de voisins eux, regroupés au sein du “Comité 17″, ont témoigné le 1er août, dans plusieurs médias,[28] de l’ampleur des dommages, ainsi que des difficultés rencontrées pour être indemnisés.”Notre colère vient aussi du fait qu’on doive se battre pour chaque détail”, renchérit l’un d’eux qui a vu le plancher de son appartement situé juste en-dessous de celui de Merah détruit .[29]

Locataire du troisième étage de l’immeuble, un voisin assure payer de sa poche les 60 euros déboursés chaque semaine depuis mi-avril pour les séances chez le psychologue pour sa fille de 4 ans et demi; “Ça devait être pris en charge, mais finalement j’ai dû faire avec mes moyens, et maintenant je veux juste partir de Toulouse“, témoigne-t-il.

Il n’est pas le seul, quatre familles ont déjà quitté l’immeuble, selon le concierge. D’autres cherchent à vendre. Pourtant, quand ils voient que c’est l’immeuble de Merah, certains acheteurs ne prennent même pas la peine de monter”, témoigne une habitante.

La plus grande partie des sinistres doit être remboursée par l’Etat, via un fonds spécial du ministère de la justice, puisque les dommages sont la conséquence de l’intervention du RAID. Cette indemnisation peut prendre du temps car il faut disposer des procès-verbaux  des enquêteurs pour l’établir, or ces PV sont couverts par le secret d’une instruction qui peut durer de nombreux mois.[30]

L’excès de puissance manifesté par les forces de police ne porte pas seulement sur l’assiégé, mais également sur les populations environnantes. L’importance des destructions dans l’immeuble, ainsi que la légèreté exhibée par le pouvoir dans la gestion du dossier, mettent les populations concernées dans une place similaire à celle donnée à Merah, celle d’objet du surcroît de jouissance du pouvoir. Ces pratiques sont caractéristiques du rapport entre les citoyens et l’Etat dans la post-modernité. Elles relèvent d’une société qui ne distingue plus intérieur et extérieur, guerre et paix ou bien hostilité et crime. Dans cet ordre social, les populations y sont désignées et traitées comme ennemies du gouvernement. Cette place est déjà inscrite dans le droit., principalement le droit étasunien, grâce notamment au Military Commissions Act. Du fait de la puissance de fait des USA, mais aussi des accords d’extraditions signés avec les Etats-Unis, celle loi a une portée mondiale et restructure l’ensemble de l’ordre juridique planétaire.[31] Le déroulement de l’affaire Merah fait partie de cette mutation sociétale. Elle en est un révélateur inscrit dans ce qui devient la quotidienneté de notre réel.

Jean-Claude Paye, sociologue, auteur de De Guantanamo à Tarnac : L’emprise de l’image, Editions Yves Michel 2011.

Tülay Umay, sociologue.

http://www.yvesmichel.org/webmaster/espace-societe/lemprise-de-limage

 


[1]     « Mohamed Merah a-t-il été “liquidé” par le Raid ? », Metro, le 3/4/2012, http://www.metrofrance.com/info/mohamed-merah-a-t-il-ete-liquide-par-le-raid/mldb!OfZdk0BJHo6E/

[2]     « Indignations politiques après les propos du père de Mohamed Merah », Le Monde.fr avec AFP et Reuters,le 27.03.2012, http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/03/27/le-pere-de-merah-veut-porter-plainte-alain-juppe-s-indigne_1676101_3224.html

[3]     « Merah: Hollande veut “toute la clarté”, mais n’est “pas pressé” »,Le Point.fr, le 28 mars 2012, http://www.lepoint.fr/politique/merah-hollande-veut-toute-la-clarte-mais-n-est-pas-presse-28-03-2012-1445815_20.php

[4]     « Essonne : le Syndicat de la magistrature “accuse” l’intérieur de violer le secret de l’instruction », Le Monde.fr avec AFP | 15.04.2012, http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/04/15/essonne-le-syndicat-de-la-magistrature-accuse-l-interieur-de-violer-le-secret-de-l-instruction_1685772_3224.html

[5]     « Affaire Merah : Valls a demandé une étude sur les dysfontionnements », LeParisien.fr, le 4 mai 2012, http://www.leparisien.fr/politique/manuel-valls-je-ne-veux-pas-diviser-la-societe-04-06-2012-2031677.php

[6]     « Affaire Merah: le député Assouline (PS) déplore le refus d’auditionner les chefs du renseignement », Lepoint.fr avec AFP, le 2 avril 2012, http://www.lepoint.fr/politique/affaire-merah-le-depute-assouline-ps-deplore-le-refus-d-auditionner-les-chefs-du-renseignement-02-04-2012-1447455_20.php

[7]     « Affaire Merah : auditionner ou pas ? », TF1 news, le 1ier avril 2012, http://lci.tf1.fr/politique/elections-presidentielles/affaire-merah-auditionner-ou-pas-7104524.html

[8]     « Le gouvernement prépare un projet de loi antiterroriste contre les apprentis djihadistes », Le Monde.fr avec AFP | le 17 septembre 2012, http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/09/17/le-gouvernement-prepare-un-n-projet-de-loi-antiterroriste-contre-les-apprentis-djihadistes-francais_1761084_3224.html

[9]              Comme dans la décision-cadre européenne de 2002 et l’ensemble des lois européennes, dont celle de la France, l’infraction terroriste est spécifiée par l’intention, attribuée à l’auteur de ces délits. Ainsi, « constituent des actes de terrorisme, lorsqu’elles sont intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». Article 421-1 du code pénal, http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do

[10]            Traditionnellement, le droit pénal ne punissait, en amont de l’infraction, que la seule tentative. Cette dernière notion implique l’existence d’un élément matériel, des faits déterminés considérés comme délictueux. La poursuite est réactive, elle a lieu après que les faits se soient produits, même s’ils n’ont pas aboutis. La démarche entreprise, au niveau de cette Décision-cadre européenne et de la loi française, est au contraire préventive. Elle permet de poursuivre, avant que des faits délictueux aient eu lieu, sur la simple présomption qu’ils pourraient avoir lieu, cette intention étant attribuée aux personnes poursuivies.

[11]    « Qui sont les personnes arrêtées lors du coup de filet antiterroriste? », Francetvinfo, le 8 octobre 2012, http://www.francetvinfo.fr/qui-sont-les-personnes-arretees-lors-du-coup-de-filet-antiterroriste_151871.html

[12]    « Filière irakienne: le ”cerveau” condamné à 6 ans ferme », Le Figaro.avec AP et AFP , le 14 mai 2008. http://www.lefigaro.fr/actualites/2008/05/14/01001-20080514ARTFIG00441-filiere-irakienne-le-cerveau-condamne-a-ans-ferme.php

[13]    Le Monde, le 17 septembre 2012, Op. Cit.

[14]    « Un nouveau projet de loi antiterroriste : un texte inutile ? »,  France 24, le 17 septembre 2012, http://www.france24.com/fr/20120917-projet-loi-antiterroriste-france-manuel-valls-manifestation-islamistes-djihadistes

[15]    « Valls «regrette» la diffusion des enregistrements de Merah par TF1 », Libération.fr,le 8 juillet 2012, http://www.liberation.fr/medias/2012/07/08/valls-regrette-la-diffusion-des-enregistrements-de-merah-par-tf1_831951

[16]    Patricia Tourancheau, « Mohamed Merah, la voix de la haine, Libération.fr, le 10 juin 2012. http://www.liberation.fr/societe/2012/07/09/mohamed-merah-la-voix-de-la-haine_832245

[17]    « Affaire Merah : la famille d’une victime tance l’avocate du père », Le Nouvel Observateur.com, le 13 juillet 2012, http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120713.OBS7265/affaire-merah-la-famille-d-une-victime-tance-l-avocate-du-pere.html,

[18]    « Affaire Merah : la police tente en vain de récupérer les enregistrements », Le Monde.fr, le 10 juillet 2012, http://actualite.portail.free.fr/societe/10-07-2012/affaire-merah-la-police-tente-en-vain-de-recuperer-les-enregistrements/

[19]    Emmanuel Berretta, « Affaire Merah-TF1 : le CSA mélange tout, Le Point.fr, le 10 juillet 2012, http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/emmanuel-berretta/affaire-merah-tf1-le-csa-melange-tout-10-07-2012-1483835_52.php

[20]    Jean-Marie Pontaut, Eric Pelletier, Affaire Merah : l’enquête, Edition Michel Lafon 2012.

[21]         “Le jeune djihadiste affirme avoir passé un coup de téléphone depuis une cabine de l’avenue de la Gloire, à Toulouse. Les vérifications lancées immédiatement prouvent que Merah dit vrai. Deux cabines jumelles, couvertes d’affiches électorales fanées, se dressent bien au niveau du 79 de cette grande artère, au pied de la résidence Pelleport. (…) Il a donc réalisé un périple de plus de huit kilomètres dans une ville quadrillée par les forces de l’ordre avant de rentrer chez lui.(…) Les enquêteurs restent en tout cas conscients d’une chose : cette nuit-là, ils sont passés à côté d’une catastrophe. Merah aurait pu ne pas revenir chez lui et commettre d’autres meurtres. “Nous avons eu beaucoup, beaucoup de chance”, reconnaît l’un d’eux  . 

[22]            « C’est donc l’organisation policière qui est en cause dans le suivi raté du cas Merah, tout comme elle l’est pour l’interminable assaut de la rue du Sergent-Vigné.. Il est surprenant, au vu des moyens déployés, que le Raid se soit fait cueillir à sa première tentative d’ouverture de porte ».

[23]    Christophe Barbier, « Affaire Mohamed Merah: les ombres d’une traque », L’express.fr, http://www.lexpress.fr/actualite/societe/affaire-mohamed-merah-les-ombres-d-une-traque_1122655.html

[24]    « L’avocate du père de Mohamed Merah accuse TF1 de «trucage» », Le Temps d’Algérie, le 13 juillet 2012, http://www.letempsdz.com/content/view/77329/1/

[25]    Ibidem.

[26]    Ibidem.

[27]    « France: le père d’une des victimes de Merah porte plainte contre Sarkozy et Squarcini », rfi.fr, le 8 mai 2012, http://www.rfi.fr/france/20120508-france-pere-soldats-abattus-merah-sarkozy-squarcini-plainte-gilbert-collard

[28]    « Les voisins de Mohamed Merah réclament réparation », Le Monde.fr, le 2 août 2012, http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/08/02/les-voisins-de-mohamed-merah-reclament-reparation_1741777_3224.html

[29]    Gaétan Supertino avec AFP, «  Merah: les voisins demandent réparation », europe1.fr, le 1er oaût 2012, http://www.europe1.fr/France/Merah-les-voisins-demandent-reparation-1190553/

[30]    « Un accord pourrait permettre d’indemniser les voisins de Merah », Le Monde.fr | 06.08.2012, http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/08/06/un-accord-pourrait-permettre-d-indemniser-les-voisins-de-merah_1743072_3224.html

[31]    En introduisant la notion de guerre au sein du droit national, la dernière loi antiterroriste américaine, le Military Commissions Act of 2006, opère un tournant dans l’organisation juridique et politique du monde occidental. Elle est l’acte constituant d’une nouvelle forme d’État qui inscrit la guerre comme rapport politique entre des autorités constituées et leurs populations. Lire : Jean-Claude Paye, Global War on Liberty,Telos Press Publishing, New York 2007, pp.61-73.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Quatre mineurs qui ont témoigné mardi devant la Commission Farlam sur le massacre de Marikana ont été immédiatement arrêtés par la police. Ils vont être mis en examen pour meurtre.

Les avocats représentants les familles de 21 des 36 mineurs tués à Marikana le 16 août ont demandé leur libération immédiate.

Les quatre, tous des meneurs de la grève, rentraient chez eux après avoir témoigné devant la commission d’enquête officielle, qui se tient à Rustenberg, sur le massacre de mineurs en grève à la mine de Lonmin. Ils étaient dans un taxi qui transportait 14 personnes.

L’institut des droits socio-économiques d’Afrique du Sud (le SERI – une organisation d’intérêt public qui prend la défense juridique des mouvements sociaux, ndt), a demandé leur libération immédiate. D’après son représentant, Teboho Mosikili, les quatre – Zamikhaya Ndude, Sithembele Sohadi, Loyiso Mtsheketshe et Anele Kola – ont été arrêtés après avoir été désignés « apparemment par, ou suivant les informations, d’un officier de police qui s’était rendu aux audiences de la commission. Des capuches ont été placées sur leurs têtes et on leur a dit de ne pas parler, sinon ils seraient abattus. »

« Il semble, à première vue, que les personnes arrêtées ont été visées parce qu’elles nous assistaient à la commission, » a déclaré Mosikili dans un communiqué.

Menaçant de se retirer de la procédure s’ils ne sont pas libérés le 29 octobre, date de la prochaine réunion de la commission, le représentant du SERI a ajouté, « le SERI ne peut plus, en toute bonne foi, donner à la commission, ou à certaines parties de celle-ci, des informations sur les identités de témoins potentiels qui risqueraient d’apporter des informations ou des témoignages allant contre la police. »

Mosikili fait partie d’une équipe menée par l’avocat Dali Mopfu, représentant les familles des victimes et les 275 mineurs arrêtés ainsi que les blessés. Mopfu a déclaré à la commission mardi que cinq de ses témoins, dont deux témoins de première importance, ont été arrêtés.

L’avocat anglais James Nichol – du cabinet TV Edwards LLP – a déclaré au Mail & Guardian qu’une lettre avait été expédiée au barreau d’Angleterre pour demander l’envoi d’observateurs pour s’assurer que les procédures légales seront bien suivies. [Ce cabinet travaille également avec les familles des victimes, la compagnie Lonmin, qu'ils veulent attaquer, étant anglaise, ndt]

Cette lettre précise qu’au cours des arrestations « il y a eu de nombreuses occasions au cours desquelles la police a fait usage de la force de façon très largement excessive contre les résidents de Marikana […] Au cours de ces derniers jours, des témoins importants, des mineurs qui sont pauvres, vivent dans des baraques en tôle ondulée et ne savent bien souvent ni lire ni écrire, ont été arrêtés et intimidés par le SAPS, » Service de police d’Afrique du Sud.

L’arrestation des quatre de mardi a été le point culminant de cette campagne d’intimidation. Elle a mobilisé « environs 30 à 40 policiers dans des véhicules blindés, des fourgons, et des véhicules banalisés. »

« Le groupe a reçu l’ordre de sortir du véhicule, par des policiers qui brandissaient des pistolets et des fusils, ils ont été forcés à s’allonger à même le sol, et maintenus ainsi par les policiers qui appuyaient leurs bottes sur leur nuque. La police en a frappé certains, menaçant de tirer s’ils relevaient la tête. L’un des membres du groupe a été prévenu , “je vais t’éclater la tête !” » a indiqué Nichols.

Les quatre meneurs de la grève ont été identifiés par la police comme « ceux que nous cherchons. »

La réaction de la police était belliqueuse et ils n’ont présenté aucune excuse. Le porte-parole de la police du Nord-Ouest, le brigadier Thulani Ngubane a affirmé que les quatre avaient été arrêtés pour une série de quatre « meurtres mystérieux » commis sur des mineurs de Marikana après le massacre du 16 août. Il a dit que l’interpellation avait eu lieu au cours d’une fouille de routine des véhicules à cet endroit.

Il est allé jusqu’à déclarer que « ces criminels sont la propriété de l’Etat. »

Écartant toute inquiétude quant aux implications sur l’enquête Farlam, il a déclaré, «Les avocats comprendront qu’un criminel est un criminel, mais ils auront accès à ces criminels. La loi du pays le permet, la commission le permet, la commission a le pouvoir de convoquer des témoins et la police s’assurera que ces témoins se présenteront devant elle. »

 

Article original, WSWS, paru le 26 octobre 2012

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le syndicat national des mineurs cherche à imposer un accord au rabais aux mineurs d’or, qui laisserait des dizaines de milliers de travailleurs licenciés dans les secteurs du platine de l’or et du charbon.

AngloGold Ashanti, le plus gros producteur d’Afrique du Sud, a licencié vendredi la moitié de ses effectifs du pays qui se montaient à 24 000 personnes, et Anglo American Platinum (Amplats) en a déjà licencié 12 000.

Un accord a été annoncé hier après des négociations entre le NUM [syndicat national des mineurs, ndt] AngloGold Ashanti, Harmony, Gold Fields et la Chambre des mines, celui-ci semble quasiment identique aux demandes qui avaient déjà été présentées par les compagnies aurifères et déjà refusé par les grévistes.

Il est trop tôt pour dire si la trahison de la grève va réussir. Au moins 12 000 mineurs d’or et 20 000 mineurs de platine étaient toujours en grève hier. Mais quoi qu’il arrive, le NUM et le Congrès des syndicats d’Afrique du Sud (COSATU) sont définitivement démasqués comme briseurs de grèves et complices des licenciements massifs, de l’intimidation policière, des brutalités et des meurtres.

Le COSATU a publié cette semaine une déclaration démagogique, menaçant de mobiliser ses 2,2 millions de membres pour manifester contre les licenciements massifs des mineurs, prévenant que « la totalité de la classe capitaliste sera confrontée à toute la puissance des travailleurs organisés et aura également affaire à une forte résistance dans tous les secteurs de l’économie. »

Cette pose est de l’hypocrisie à grande échelle – une ruse pour dissimuler la collusion de la bureaucratie syndicale et des directions dans la suppression des grèves sauvages organisées par plus de 100 000 travailleurs. Le NUM a travaillé contre les grévistes dès le début. Il a du sang sur les mains.

Des preuves ont fait surface montrant la collusion du NUM et du COSATU dans l’ouverture de la voie qui a permis à la police de massacrer 36 mineurs et d’en blesser 72 autres qui faisaient grève contre Lonmin à la mine de platine de Marikana le 16 août.

Un reportage du 12 octobre du journaliste Jared Sacks pour le Daily Maverick affirme que les violences à Marikana ont commencé par le meurtre de deux grévistes par des représentants haut-placés du NUM local. Il raconte d’après de nombreux entretiens que « la haine quasi-absolue que tous les habitants, quel que soit leur rapport à la grève, ressentent envers le Syndicat national des mineurs » et que « chaque personne à qui j’ai parlé, sans exception, a imputé le début des violences au NUM… »

Le 8 août, des foreurs ont tenu un grand rassemblement pour demander une augmentation de salaire significative, demande que le NUM a refusé de soutenir.

Le 9 août, une assemblée générale des membres du NUM a accepté de contourner le syndicat et de présenter les demandes directement à Lonmin. Le lendemain, ils se sont rendus jusqu’aux bureaux de la compagnie. La compagnie a envoyé les dirigeants du NUM réprimander leurs membres. C’est alors qu’a commencé la grève sauvage de 3000 foreurs.

Le 11 août, les mineurs se sont rendus au quartier général du NUM demander qu’il soutienne la grève. C’est alors que les « cinq principaux » dirigeants du NUM « et d’autres délégués du personnel, entre 15 et 20 en tout, sont sortis des bureaux et ont commencé à tirer sur les grévistes qui manifestaient […] sans avertissement et sans avoir été provoqués. »

Deux foreurs ont été tués, identifiés par une personne comme étant S. Gwadidi du puit Roeland et Tobias Tshivilika du puits New Mine. Tous deux étaient adhérents du NUM.

« La police n’a rien fait en réaction aux deux morts du 11 août. Personne n’a été arrêté ou interrogé, » écrit Sacks. C’est ce qui a déclenché les meurtres de représailles par des grévistes contre des représentants du NUM, ainsi que contre des officiers de police et des agents de sécurité.

Les preuves soumises à la Commission d’enquête officielle sur le massacre de Marikana dirigée par le juge Farlam et réunissant les avocats représentant les victimes des violences policières montrent que la réaction du NUM, soutenue par le COSATU et le Congrès national africain (ANC), a été d’appeler à une répression aveugle contre la grève.

Une déclaration publiée par le secrétaire général du NUM Frans Baleni le 13 août affirmait, « le NUM est alarmé par la situation dans les mines de platine et l’escalade de la violence qu’on a laissé se poursuivre malgré la présence des forces de l’ordre dans cette zone de la province du Nord-Est […] Nous appelons au déploiement d’une force d’intervention spéciale ou de la SANDF [Forces armées nationales d'Afrique du Sud] pour qu’ils s’occupent de manière décisive des éléments criminels à Rustenburg et dans les mines environnantes. »

Le rôle le plus méprisable a été joué par un ex-dirigeant du NUM, maintenant un homme d’affaires millionnaire, Cyril Ramaphosa. Mardi, ceux qui enquêtent sur le massacre de Marikana ont pu consulter de nombreux e-mails qu’il avait rédigés.

Ramaphosa, membre de la direction de l’ANC et considéré comme le candidat favori du COSATU pour la présidentielle, a envoyé un e-mail au chef du service commercial de Lonmin Albert Jamieson, disant, « Les événements terribles qui se sont déroulés ne peuvent pas être décrits comme un conflit social. Ils sont entièrement et honteusement criminels et doivent être considérés comme tels. Il faut qu’il y ait une action concertée pour répondre à la situation. »

Dans un e-mail intitulé « situation de sécurité », Ramaphosa déclare, « Vous avez entièrement raison d’insister pour que le ministre [Susane Shabangu] et en fait tous les représentants du gouvernement comprennent que nous avons essentiellement affaire à une action criminelle. C’est ce que j’ai dit au ministre de la sécurité. »

Ramaphosa aurait contacté le ministre de la police Nathi Mthethwa pour l’inciter à s’en prendre violemment aux mineurs en grève suite au lobbying de Lonmin qui lui a également demandé d’”influencer” la ministre ANC des ressources minières, Susan Shabangu. Il lui a dit que la grève de Marikana n’était « pas un conflit du travail mais un acte criminel » et que « le silence et l’inaction » seraient « mauvais pour elle et le gouvernement. » Il aurait également eu des conversations avec le secrétaire général de l’ANC Gwede Mantashe et le président du NUM, Senzeni Zokawa.

L’avocat Dali Mpofu, représentant les mineurs blessés et plus de 200 autres arrêtés, a déclaré que l’e-mail de Ramaphosa à Jamieson, adressé à « Cher Albert de Lonmin, » est exemplaire de cette « collusion toxique ». Il a été envoyé « exactement 24 heures avant que les gens ne soient abattus sur cette montagne […] Il est évident que Ramaphosa a été directement impliqué, en conseillant la marche à suivre pour répondre à ces “actions honteusement criminelles”, qui, pour lui, doivent être considérées comme telles et traitées efficacement. »

Son intervention a culminé dans le « meurtre prémédité de gens sans défense. »

Ramaphosa n’est qu’un des membres qui ont le mieux réussi parmi la couche avide de la nouvelle bourgeoisie qui est sortie des rangs du COSATU et de l’ANC et a fait fortune grâce à la politique du « Black Economic Empowerment » [BEE - Autonomisation économique des noirs, ndt]. Sa compagnie d’investissement, le groupe Shanduka, possède 9 pour cent de Lonmin qui est son partenaire favori pour les programmes du BEE, et il siège au comité de direction.

Dans un entretien accordé à une radio en septembre, Ramaphosa, avait prononcé une excuse de pure forme au sujet de Marikana, déclarant « Je pense qu’une grande partie d’entre nous, les actionnaires, sommes responsables. » Il a enchaîné dans un éclat d’apitoiement sur lui-même, se plaignant que ses 300 millions de rands (27 millions d’euros) d’investissements dans Lonim étaient « complètement hors du cours […] pratiquement perdus. »

Article original, WSWS, paru le 26 octobre 2012

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Il y a une semaine, la presse européenne chantait les louanges de l’Union européenne (UE) en tant que lauréat du Prix Nobel de la Paix de cette année. Dans le même temps, des diplomates de haut rang étaient en train de planifier une nouvelle intervention militaire impérialiste en Afrique. La chef de la diplomatie européenne, Catherin Ashton, a été chargée de présenter d’ici 30 jours un plan pour une « mission au Mali ».

Selon des déclarations de diplomates européens, une telle mission implique le déploiement de 150 experts militaires européens pour former sur une période de quatre à six mois les troupes maliennes et africaines. L’EUTM (European Union Training Mission) qui forme depuis mai 2010 les soldats somaliens en Ouganda sert de modèle pour une telle opération. Une décision finale sur le genre d’engagement militaire sera prise le 19 novembre.

Le 12 octobre, le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé une mission militaire internationale au Mali. Il a demandé au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, d’élaborer avec la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et l’Union africaine un projet détaillé pour une mission militaire contenant des informations sur le personnel, les coûts et le type d’activité. Ce projet doit être achevé d’ici novembre.

Ce ne sont ni l’ONU ni l’UE qui représentent la véritable direction d’une intervention au Mali mais la France, l’ancienne puissance coloniale. C’est Paris qui a rédigé la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU donnant le feu vert à une action militaire et qui a entrepris d’intenses activités diplomatiques pour persuader les gouvernements africains de fournir des troupes à cette opération. Des généraux français ont également élaboré des projets pour un déploiement militaire. Ils insistent sur l’urgence de l’opération et sur le fait qu’elle doit débuter avant le commencement, fin mars 2013, de la saison des pluies au Mali.

La France jouit du plein appui des Etats-Unis qui selon certaines informations veulent fournir des drones pour une telle intervention. Le gouvernement allemand a aussi accepté d’y participer. La chancelière allemande, Angela Merkel, a dit lundi à des soldats allemands que Berlin était en principe prêt à participer à une « mission d’entraînement et de soutien au Mali. »

Des militaires et des diplomates français et américains de haut rang se sont rencontrés cette semaine à Paris pour discuter de « questions sécuritaires dans la zone sahélienne ». Après les entretiens, un porte-parole du ministère français de la Défense a annoncé que la France recherchait une participation active de l’UE dans la logistique et la conception d’une intervention militaire selon le format de l’opération Atlanta menée par l’UE contre la piraterie au large des côtes somaliennes.

Bien que ce soient la France, les Etats-Unis et l’UE qui définissent les buts et les objectifs de l’opération militaire, leurs projets prévoient le recours à des troupes issues de divers pays africains. Selon les projets actuels, la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) ne fournirait qu’environ 3.000 troupes pour un tel déploiement. L’UE et les Etats-Unis seront responsables de la formation, du financement et de l’approvisionnement en armes ainsi que de la planification militaire. En d’autres termes, selon les dires de diplomates de l’UE la semaine dernière, cette solution donnera à l’opération « un visage africain ». L’avantage pour les puissances européennes est que la perte en vies humaines et en blessés sera limitée aux soldats africains.

Le prétexte officiel des préparatifs de guerre est la prise de pouvoir des Islamistes dans le Nord Mali. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a déclaré à l’issue d’une réunion avec son homologue français, Laurent Fabius : « Si le Nord Mali s’effondrait totalement, si une deuxième Somalie s’y constituait, une région hors la loi et sans Etat, alors les terroristes disposeront d’un havre de paix. »

Le fait que les forces islamistes ont pu prendre le contrôle du Nord Mali – une région égale à la superficie de la France – est une conséquence directe de la guerre en Libye. Sous le règne de Kadhafi, la Libye était l’un des plus importants investisseurs du Mali extrêmement appauvri. Kadhafi avait aussi joué un rôle de médiateur dans le conflit entre le gouvernement central et les Touaregs qui luttent pour leur indépendance dans la région aride au Nord du pays. Beaucoup d’entre eux avaient réussi à trouver du travail en Libye.

Après le renversement du régime libyen, les Touaregs sont retournés en masse dans le pays. Nombre d’entre eux étaient lourdement armés. Ils étaient accompagnés par des Islamistes qui avaient soutenu la campagne menée par l’OTAN contre Kadhafi en Libye. C’est alors que le président malien de longue date, Amadou Toumani Touré, a perdu le contrôle et fut renversé par un coup d’Etat militaire, en mars. Le dirigeant du coup d’Etat était le capitaine Amadou Sanogo qui a reçu une formation militaire aux Etats-Unis et entretient d’étroites relations avec les agences de renseignement américaines.

Le coup d’Etat a eu lieu dans un contexte marqué par des problèmes sociaux en série et un mécontentement général. Des soldats gouvernementaux avaient été envoyés mal équipés et manquant d’armes adéquates combattre les Touaregs. Parallèlement, le pays a souffert des années durant d’une mauvaise gestion et de corruption de la part de la bourgeoisie du pays qui a vendu des pans entiers de terres arables et des entreprises de coton à des capitalistes étrangers. Ceci a suscité une opposition considérable parmi les paysans et les étudiants.

Dans le chaos politique qui a suivi le coup d’Etat, les rebelles Touaregs revenus de Libye ont rejoint les Islamistes du pays dans le but de prendre le contrôle de vastes territoires dans le nord du Mali. Ensuite, les Islamistes d’Ansar Dine et des groupes plus petits liés à la branche d’Afrique du Nord d’Al Qaïda (Aqmi) et bénéficiant du soutien financier du Koweït ont chassé les rebelles Touaregs hors des principales villes, exerçant un contrôle sans partage de la région.

Selon des informations parues dans les médias, des centaines de djihadistes se sont rassemblés dans les villes de Tombouctou et de Gao dans le Nord Mali après la prise de décision du Conseil de sécurité de l’ONU ratifiant la guerre. Ces guerriers islamistes radicaux sont issus du Soudan et du Sahara occidental, un territoire revendiqué par le Maroc, et ils comptent défendre le Nord Mali contre une offensive à venir de forces maliennes et internationales. Les forces islamistes venues d’Algérie, d’Egypte, du Pakistan et du Yémen sont aussi en train de converger vers le Nord Mali et des manifestations ont eu lieu dernièrement dans la capitale malienne à Bamako contre une intervention étrangère.

Certains experts militaires ont déjà averti qu’une intervention au Mali évoluerait vers une guerre de longue durée comme celle que les puissances impérialistes mènent depuis plus d’une décennie en Afghanistan. L’ancien chef d’Etat-major des forces armées allemandes, Harald Kujat, a dit au journal Leipziger Volkszeitung, qu’il était illusoire de penser qu’on pouvait former des soldats non armés au Mali. « Il y a un risque considérable de développement en un conflit armé. »

Indifférentes à l’énorme souffrance endurée par la population civile – 300.000 personnes ont fui leurs maisons, les vies d’un demi-million de personnes sont en danger du fait de la sécheresse et de la famine, et plus d’un demi-million d’enfants sont sous-alimentés – les puissances impérialistes sont en train de préparer une intervention militaire au Mali qui aura des conséquences qui dépasseront de loin les frontières du pays.

L’attitude de l’ONU et de l’UE est déterminée par une multitude d’intérêts disparates. Tous les Etats occidentaux craignent que la prise de contrôle par les Islamistes radicaux au Nord Mali pourrait envoyer un signal fort en faveur de soulèvements dans d’autres régions. Pour empêcher ceci, les puissances impérialistes redoublent d’efforts pour installer un régime fantoche pro-occidental.

Après son intervention militaire en Côte d’Ivoire, la France est déterminée à étendre son influence en Afrique occidentale. Les Etats-Unis, dont on pense qu’ils ont tiré en coulisse les ficelles du coup d’Etat, tentent d’établir en Afrique occidentale leur propre base géostratégique afin de contrecarrer l’influence de la Chine dans la région. Quant à l’Allemagne, elle s’efforce de faire jouer son influence en tant qu’acteur de premier plan dans les questions militaires et n’est pas prête à accepter que la France et les Etats-Unis dictent leur ordre du jour dans la région.

 

Article original, WSWS, paru le 26 octobre 2012

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Les mauvais perdants de la crise syrienne

octobre 28th, 2012 by Thierry Meyssan

En 2010, la France a fait le choix de relancer sa politique coloniale. Cela l’a conduit à changer le régime en Côte d’Ivoire et en Libye, puis à essayer de la faire en Syrie. Mais face à l’échec de cette troisième opération, Paris se trouve emporté par les événements qu’il a provoqués. Après avoir armé et encadré des groupes terroristes en Syrie, la DGSE a frappé au cœur de la capitale libanaise.

Lors d’une table ronde à Ankara, l’amiral James Winnefeld, chef d’état-major adjoint des USA, a confirmé que Washington révélerait ses intentions à l’égard de la Syrie, dès l’élection présidentielle du 6 novembre terminée. Il a clairement fait comprendre à ses interlocuteurs turcs qu’un plan de paix avait déjà été négocié avec Moscou, que Bachar el-Assad resterait en place et que le  Conseil de sécurité n’autoriserait pas la création de zones tampons. De son côté, le secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, a confirmé qu’il était en train d’étudier les possibilités de déploiement de casques bleus en Syrie.

Tous les acteurs de la région se préparent donc à un cessez-le-feu imposé par une force onusienne principalement composée de troupes de l’Organisation du Traité de sécurité collective (Arménie, Biélorussie, Karazkhstan, Kirghizistan, Russie, Tadjikistan). De facto, cela signifie que les Etats-Unis poursuivent leur retrait de la région, débuté en Irak, et acceptent d’y partager leur influence avec la Russie.

 

Scène de désolation à Beyrouth après l’attentat survenu dans le quartier chrétien d’Achrafieh. Au vu de ses effets personnels, les autorités ont conclu à la mort du général Wissam el-Hassan. Cependant aucune analyse médico-légale n’a pu établir que la victime se trouvait dans sa voiture. Le général serait rentré le jour même de Paris où il faisait son rapport à son agent traitant, le général Benoît Puga, cependant la police de l’air et des frontières n’a aucune trace de son arrivée au Liban.

 

Simultanément, le New York Times a révélé que des pourparlers directs vont reprendre entre Washington et Téhéran, alors même que les États-Unis s’appliquent à couler la monnaie iranienne. En clair, après 33 ans de containement, Washington admet que Téhéran est une puissance régionale incontournable, tout en continuant à saboter son économie.

Cette nouvelle donne se fait au détriment de l’Arabie saoudite, de la France, d’Israël, du Qatar et de la Turquie qui avaient tous misé sur un changement de régime à Damas. Cette coalition hétéroclite se divise désormais entre ceux qui réclament un lot de consolation et ceux qui tentent de saboter le processus en cours.

D’ores et déjà, Ankara a changé son fusil d’épaule. Recep Tayyip Erdogan, qui se disait prêt au pire, tente de se réconcilier avec Téhéran et Moscou. Quelques jours après avoir insulté les Iraniens et fait molester des diplomates russes, il est devenu tout sourire. Il a profité du sommet de l’Organisation de Coopération Economique à Bakou pour rencontrer le président Mahmoud Ahmadinejad. Il lui a proposé de mettre en place un dispositif complexe de discussion sur la crise syrienne qui permette à la fois à la Turquie et à l’Arabie saoudite de ne pas rester au bord du chemin. Soucieux de ne pas humilier les perdants, le président iranien s’est montré ouvert à cette initiative.

Le Qatar, de son côté, est déjà en quête de nouveaux espaces pour ses ambitions. L’émir Hamad s’est offert un voyage à Gaza et s’est posé en protecteur du Hamas. Il verrait d’un bon œil le renversement du roi de Jordanie, la transformation du royaume hachémite en une république palestinienne et l’installation au pouvoir de ses protégés de la Confrérie des Frères musulmans.

Restent Israël et la France qui ont constitué un front du refus. La nouvelle donne serait une garantie de protection pour l’État d’Israël, mais mettrait fin à son statut particulier sur la scène internationale et ruinerait ses rêves expansionnistes. Tel-Aviv serait ravalé au rang de puissance secondaire. Quand à la France, elle y perdrait son influence dans la région, y compris au Liban. C’est dans ce contexte que les services secrets des deux États ont conçu une opération pour faire échouer l’accord USA-Russie-Iran. Dans l’hypothèse où cette opération échouerait, elle devrait quand même permettre d’effacer les preuves de l’ingérence dans la crise syrienne.

La France a d’abord fait circuler une rumeur selon laquelle le président Bachar el-Assad aurait commandité au Hezbollah l’assassinat de cinq personnalités libanaises : le chef des Forces de sécurité intérieure, le directeur des forces du ministère de l’Intérieur, le grand mufti, le patriarche maronite et l’ancien Premier ministre Fouad Siniora. Puis, Paris a sacrifié Michel Samaha —qui lui servait d’agent de liaison avec les services syriens, mais venait de tomber en disgrâce à Damas et était donc devenu inutile—. Le brillant et versatile politicien est tombé dans un piège tendu par le général Wissam el-Hassan —chef des FSI et lui même agent de liaison avec les salafistes—. Puis, Paris a sacrifié le général Wissam el-Hassan, qui non seulement était devenu inutile en cas de paix en Syrie, mais dangereux tant il savait de choses. Ainsi la rumeur française s’est réalisée : le premier sur la liste des cibles est mort, et une personnalité pro-syrienne a été arrêtée en préparant un attentat contre une autre cible de la liste.

Au cœur de cette machination, on trouve le général Benoît Puga. Cet ancien commandant des Opérations spéciales et directeur du Renseignement militaire français a été chef de l’état-major particulier du président Nicolas Sarkozy et a été maintenu à son poste par le président François Hollande. Affichant un soutien inconditionnel à la colonie juive de Palestine [1] et des relations privilégiées avec les néo-conservateurs US, il a relancé la politique coloniale de la France en Côte d’Ivoire, en Libye et en Syrie. Il était l’agent traitant à la fois de Michel Samaha et de Wissam el-Hassan. Il est aujourd’hui l’homme fort à Paris. En violation des institutions démocratiques, il gouverne seul la politique proche-orientale de la France, bien que cette attribution ne corresponde pas à ses fonctions officielles.

Thierry Meyssan

[1] « Gaza : la France supervise le prolongement du Mur de séparation », Réseau Voltaire, 26 décembre 2009.

Thierry Meyssan : Intellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

La “Romnographie”: Où se trouve le golfe Persique M. Romney?

octobre 27th, 2012 by Prof Michel Chossudovsky

« La Syrie est le seul allié de l’Iran dans le monde arabe. C’est leur voie d’accès à la mer. C’est la route qu’ils empruntent pour armer le Hezbollah et le Liban, ce qui menace bien sûr notre allié, Israël. Et donc de voir la Syrie chasser Assad fait partie de nos priorités » (Mitt Romney, débat présidentiel 23 octobre 2012.)

La République islamique d’Iran a une longue côte maritime sur le golfe Persique, le golfe d’Oman et la mer d’Arabie. L’Iran est un allié de la Syrie mais ils n’ont pas de frontière commune. Afin d’atteindre la mer Méditerranée par voie terrestre en passant par la Syrie, le commerce iranien devrait passer par l’Irak (sous occupation militaire étasunienne) et/ou la Turquie, un allié des États-Unis et bastion de l’OTAN.

Échec épique de  Romney D+, diplômé d’Harvard.

Mais analysons une question plus sérieuse:

Quelles sont les conséquences géopolitiques de l’ignorance de Mitt Romney s’il devient président et commandant en chef des États-Unis d’Amérique?

On se rappelle que George W. Bush, au plus fort de sa campagne électorale en 2000, croyait que les talibans étaient un « groupe rock » :

Lorsqu’un correspondant de Glamor a demandé au gouverneur Bush ce qu’il pensait des talibans, il a haussé les épaules, perplexe. Le journaliste a dû jouer un peu les souffleurs (« la discrimination envers les femmes en Afghanistan ») pour que Bush se réveille : « Les talibans en Afghanistan! Absolument. Des représailles. Je croyais que vous parliez d’un groupe rock. »

Le candidate éventuel à la présidence des États-Unis est à ce point bien informé à propos du monde extérieur, même en ce qui concerne les développements actuels très importants qui sont sur toutes les lèvres — c’est-à-dire celles de ceux prétendant le moindrement à la culture — des développements auxquels il devra faire face s’il est élu. (Moscow News, July 2000)

Le prochain président des États-Unis devra prendre des décisions fondamentales de nature diplomatique, stratégique et militaire concernant l’Iran, lesquelles requièrent une compréhension à la fois de la géographie et de la géopolitique.

Les décisions clés seront-elles plutôt prises par Big Oil et Wall Street, acheminées à la Maison-Blanche par de hauts représentants et conseillers présidentiels triés sur le volet et répondant avant tout aux demandes d’intérêts privés dominants?

Les présidents étasuniens disposent d’une armée de conseillers leur indiquant où se situent géographiquement les ennemis de l’Amérique. Mais qu’arrive-t-il si le président et commandant en chef ne comprend pas le fondement de ces séances d’information?

Sans connaissances de la géopolitique et plus spécifiquement de la géographie maritime, des « erreurs de caractère militaire » pourrainet être commises par le  chef d`État.

Le golfe Persique est une voie navigable stratégique liée au commandement et contrôle des États-Unis (CC).

La golfe d’Oman et le golfe Persique sont fortement militarisés. La Cinquième Flotte étasunienne opère à partir de Manama au Bahreïn et le Commandement central étasunien (USCENTCOM) à partir du Qatar.

Les États-Unis et leurs alliés possèdent plusieurs bases navales adjacentes aux eaux territoriales iraniennes. (Voir la carte ci-dessous)

Il est certain qu’un aspirant au poste de chef d’État étasunien devrait connaître cette réalité, lui qui en plus de la présidence doit assumer le rôle de commandant en chef, comprennant la prise de décisions relatives aux forces navales étasuniennes.

Le golfe Persique constitue la voie d’accès au pétrole du Moyen-Orient. Près de 17 millions de barils transitent quotidiennement par le détroit d’Ormuz à bord de pétroliers, passant du golfe Persique à la mer d’Oman vers l’océan Indien.

Il n’y a pas seulement que l’ignorance en géographie de Mitt Romney qui soit en jeu. Le président et commandant en chef sera appelé à prendre des décisions concernant le déploiement de la puissance navale étasunienne.

Nous devons aussi nous assurer que l’ignorance et l’incompétence du président dans les questions de politique étrangère ne soient pas utilisées pour déclencher une guerre régionale menée par les États-Unis et de l’OTAN qui s’étendrait de la Méditerrané orientale au golfe Persique.

Pour comprendre la géopolitique, il faut connaître la géographie.

Si l’Iran est un État enclavé comme le croit Mitt Romney, l’Iran n’a pas de marine.

Si l’Iran n’a pas de marine, il ne représente pas une « menace » pour la force navale étasunienne sur les voies navigables du Moyen-Orient et de l’Asie.

Sous-marin iranien fabriqué en Russie

Allo Romney.

L’Iran a non seulement une grande côte maritime longeant le golfe Persique et la golfe d’Oman, il a également une flotte de destroyers, de frégates et de sous-marins.

Au cours des dernières années, en réaction aux menaces des États-Unis, l’Iran a développé sa force navale avec l’aide de la Russie. Toute sa côte maritime est militarisée (Voir la carte ci-dessous.)

Article original: “Romnography”: Where’s the Persian Gulf? Epic Fail

Traduction Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Il n’y a pas de démocratie aux États-Unis.

La vie politique étasunienne est dominée par un parti à deux têtes, que l’on appelle souvent les « républicrates ».

Les républicains et les démocrates s’entendent sur les questions de fond et ne débattent que sur des détails. Obama, que l’on présentait comme un sauveur pacifique aux dernières présidentielles a démontré durant ses quatre années en poste qu’il n’est pas très différent de son prédécesseur.

Le « bilan guerrier » du lauréat du prix Nobel de la « paix » Barack Obama est pire que celui de George W. Bush; les droits civils des Étasuniens ont encore diminué pendant les quatre dernières années et le président Obama a démontré qu’il est plus près des gens de Wall Street que des gens ordinaires.

Mitt Romney et Barack Obama, c’est du pareil au même en ce qui concerne des questions clés, explique Glen Ford :

Lors des deux « débats », tout observateur impartial a très clairement vu le consensus qui existe entre Barack Obama et Mitt Romney sur les questions fondamentales de la guerre et de la paix, de la domination de la vie étasunienne par Wall Street et de l’austérité budgétaire. En l’absence d’une résistance populaire efficace contre le duopole de l’argent, la crise économique et sociale ne parvient pas à créer une crise politique correspondante chez les dirigeants. Par conséquent, il n’y a rien d’important à débattre. (Glen Ford, Obama-Romney: The Duopoly Debates Itself)

Mais comment les débats présidentiels sont-ils réglementés? L’histoire de la Commission des débats présidentiels démontre comment et pourquoi les autres partis sont exclus du débat politique et tenus loin de l’ouïe et du regard du public :

La Commission des débats présidentiels (CDP) est une entreprise privée dirigée par les anciens présidents des partis républicain et démocrate. La CDP est un duopole permettant aux candidats des deux principaux partis de rédiger des ententes secrètes à propos des dispositions des débats incluant les modérateurs, le format du débat et même les participants. Il en résulte une parodie criblée d’arguments stériles et non controversés excluant systématiquement les voix dissidentes que les Étasuniens veulent entendre. (VIDÉO : Spartacus Moriarty,The Truth About the Commission on Presidential Debates)

En 2008, alors que les Républicrates s’entendaient sur le plan de sauvetage de Wall Street, TOUS les autres candidats étaient contre cette fraude institutionnalisée massive. Grâce à la CDP on a fait croire aux Étasuniens que non seulement le plan de sauvetage était inévitable, mais qu’il était dans l’intérêt de la population. Les Étasuniens n’ont pas pu entendre les voix dissidentes opposées à cette dette odieuse. Il en va de même pour le dessein impérial des Républicrates, alimenté par une « guerre au terrorisme » et des changements de régimes, défendus à la fois par Romney et Obama comme étant des initiatives « humanitaires » légitimes.

Cet extrait du dernier débat montre à quel point les deux principaux partis banalisent la tyrannie étasunienne dans le monde. Les deux seuls candidats présidentiels autorisés à « débattre » peuvent déclarer nonchalamment à la télévision nationale que leur pays est supérieur à tous les autres et qu’ils désirent armer des étrangers afin de renverser un chef d’État étranger et le remplacer par un leader « amical », tout cela, curieusement, au profit des valeurs que l’Amérique défend de toutes ses forces : « les droits humains […], la liberté d’expression et les élections […] »

Romney : Bien je… je suis absolument convaincu que l’Amérique a… a une responsabilité et le privilège d’aider à défendre la liberté et promouvoir les principes qui… qui rendent le monde plus pacifique. Et ces principes comprennent les droits humains, la dignité humaine, la libre entreprise, la liberté d’expression, les élections. Parce que lorsqu’il y a des élections, les gens ont tendance à voter pour la paix. Ils ne votent pas pour la guerre. Donc nous voulons promouvoir ces principes partout dans le monde.

[...]

Obama : L’Amérique demeure le seul pays indispensable. Et le monde a besoin d’une Amérique forte et elle est plus forte aujourd’hui que lorsque je suis entré en fonction.

[…]

Romney : Comme je le mentionnais, nos objectifs sont de remplacer Assad et d’avoir en place un nouveau gouvernement qui nous est sympathique, un gouvernement responsable, si possible. Et je veux m’assurer qu’ils soient armés et qu’ils aient les armes nécessaires pour se défendre, mais aussi pour renverser… pour renverser Assad.

Comme on l’entend des sources du renseignement même aujourd’hui, les… les insurgés sont très disparates. Ils ne se sont pas unis. Ils n’ont pas formé de groupe uni, de genre de conseil. Cela doit se produire. L’Amérique peut aider à produire cela. Et nous devons nous assurer qu’ils ont les armes nécessaires pour jouer le rôle très important qui consiste à se débarrasser d’Assad.

[...]

Obama : Ce que vous venez d’entendre de la part du gouverneur Romney c’est qu’il n’a pas d’autres idées. Et c’est parce que nous faisons exactement ce que nous devrions faire afin de promouvoir un leadership modéré en Syrie et une… une transition efficace pour que nous puissions écarter Assad. C’est le genre de leadership dont nous avons fait preuve. Nous allons continuer à faire preuve de ce genre de leadership. (FoxNews, Transcript: October 22 Presidential Debate, 22 octobre 2012.)

Il est extraordinaire de voir comment les deux candidats font en chœur la « promotion de la démocratie » tout en appelant à renverser un chef d’État en armant des gangs terroristes pour faire le travail. Et peu importe qui sera en fonction dans la foulée des élections de novembre, il « continuera à faire preuve de ce genre de leadership ».

Bill van Auken, a qualifié le débat de « spectacle politique répugnant » :

Dans ce que l’on ne peut qualifier que de spectacle politique répugnant, à la fois les questions posées par le modérateur et les réponses fournies par les candidats des deux principaux partis capitalistes ont commencé avec la prémisse voulant que l’impérialisme étasunien a le droit irréfutable de défendre ses intérêts en tuant n’importe qui et en détruisant n’importe quel pays jugé comme étant un obstacle.

Aucune tentative n’a été faite pour examiner les intérêts plus vastes du capitalisme étasunien sous-jacents aux guerres, aux occupations et aux campagnes d’assassinat qui ont dominé les affaires internationales au cours de la dernière décennie. Cela a donné l’impression que la contestation de ces politiques est à la fois interdite, futile et va au-delà des limites acceptables de la politique étasunienne. (Bill Van Auken, Obama and Romney concur on War, Assassination and Reaction)

Même si les deux partis représentent deux côtés de la même médaille, le comportement frauduleux n’est pas exclu de l’équation présidentielle. Rappelant la fraude électorale de 2004, une nouvelle controverse a surgi concernant les postes de vote : les Romney « possèdent-ils votre vote »?

Par le biais du fonds à capital fermé nommé Solamere, Mitt Romney, sa femme, son fils et son frère sont d’importants investisseurs de la firme H.I.G. Capital. Celle-ci est actionnaire majoritaire de Hart Intercivic et y détient trois des cinq sièges du conseil d’administration. Hart Intercivic est une société propriétaire des postes de vote notoirement défectueux qui compteront les bulletins de vote dans l’État clé de l’Ohio le 7 novembre. Les postes Hart seront également utilisés ailleurs aux États-Unis. (Gerry Bello, Bob Fitrakis, et Harvey Wasserman, United StatesDoes the Romney Family now Own your E-Vote?)

[La] famille Romney, à savoir Mitt, Ann, G Scott, Tagg Romney, ainsi que le 6e fils de Mitt et président de la campagne de financement détiennent une société de financement par capitaux propres nommée Solamere Capital Partners. Les liens de cette société avec la campagne de M. Romney et ses organisateurs sont déjà bien documentés tout comme ses rapports avec la fabrication et la distribution de postes de vote. Toutefois la filiale de cette société de financement par capitaux propres n’est pas aussi bien documentée. Celle-ci engage d’anciens employés d’une société ratée liée au scandale Iran-Contra et à une combine à la Ponzi ayant une longue histoire de blanchiment d’argent pour les cartels de la drogue latino-américains. (Gerry Bello et Bob Fitrakis, Employees of Romney family’s secret bank tied to fraud, money laundering, drug cartels and the CIA)

Mondialisation.ca offre à ses lecteurs une série d’articles sur cet important sujet d’actualité

Nous fonctionnons avec un budget restreint et ne sommes pas financés par les Républicrates. Si vous trouvez nos articles utiles, faites un don à Mondialisation.ca ou devenez membre! Nous avons besoin de votre appui!

(En raison d’un problème dû à la migration vers le nouveau site, les hyperliens des dons et de l’adhésion ne s’affichent qu’en anglais. Nous nous excusons des inconvénients et nous tentons de remédier à la situation. Merci de votre compréhension.)

Article original: Who Will Win the Elections? “The Republicrats”

__________________________________________________________________________________________

Sélection d’articles

En français:

Etats-Unis état policier: En Amérike, il n’y aura jamais de véritable débat, Dr. Paul Craig Roberts, 25 octobre 2012

Show électoral aux USA, Thierry Meyssan, 24 octobre 2012

Élections aux États-Unis: Ne votez pas pour le mal en personne, Dr. Paul Craig Roberts, 17 octobre 2012

Le plus grand mythe de la politique américaine?, Jonathan Cook, 17 septembre 2012

Le message des deux partis politiques; les citoyens américains sont jetables, Dr. Paul Craig Roberts, 15 septembre 2012

Obama applique Syriana, Pepe Escobar, 05 août 2012

Barack Obama, sa mère et la CIA, William Blum, 06 juillet 2012

Le monde peut-il survivre à l’arrogance de Washington ?, Dr. Paul Craig Roberts, 06 juillet 2012

Un ex-président américain accuse Obama d’être un assassin, Bill Van Auken, 29 juin 2012

En anglais: 

Employees of Romney family’s secret bank tied to fraud, money laundering, drug cartels and the CIA, Gerry Bello and Bob Fitrakis

United StatesDoes the Romney Family now Own your E-Vote?, Gerry Bello, Bob Fitrakis, and Harvey Wasserman

Obama and Romney concur on War, Assassination and Reaction, Bill Van Auken

VIDEO: The Truth About the Commission on Presidential Debates, SpartacusMoriarty

The Presidential Debates Are Nothing But Scripted Beauty Contests, Washington’s Blog

Obama-Romney: The Duopoly Debates Itself, Glen Ford

US Election Concern: What Is There To Vote For?, Danny Schechter

Obama-Romney: Two Defenders of American Imperialism, Patrick Martin

Vote with your Heart: Cast a Ballot for Socialism, Burkely Hermann

VIDEO : Obama & Romney Should Realize Americans Sick of War

US Presidential Elections: Forecasting the Vote, Simulating the “Fraud Factor”, Richard Charnin

Two Versions of the Same Thing: “Obamneycare” Converts Health Care Into Profits Dr. Paul Craig Roberts

Wall Street Issues its Orders to Obama, Romney, Patrick Martin

Copyright © 2012 Global Research

 

 

Dans tous les pays d’Amérique latine où il y a un gouvernement de la « nouvelle gauche », remarque-t-il, les mouvements environnementaux et indigénistes provoquent de sérieuses protestations sociales contre de plus en plus de projets d’extraction de ressources naturelles (minerais, pétrole, gaz) ou de construction d’infrastructures y donnant accès.

En Argentine, la présidente Cristina Fernandez fait face à des conflits miniers dans au moins douze provinces; en Équateur, après de violents affrontements, une importante section de la gauche verte a coupé les ponts avec le gouvernement Correa; au Pérou, beaucoup de militants de gauche ont quitté le cabinet du président Ollanta Humala après la crise provoquée autour du projet minier de Conga, dans l’État du Cajamarca.

En Uruguay, le président José Mujica menace de démanteler le ministère de l’Environnement qui paralyse le projet gouvernemental de changer la structure productive du pays pour y inclure l’exploitation minière.

La gauche environnementale reproche aux gouvernements de gauche leur extractivisme, c’est-à-dire d’exploiter les ressources naturelles au lieu de les préserver, maintenant les pays qu’ils gouvernent dans la dépendance envers l’exportation des matières premières.

Pourtant, nous rappelle Linera, depuis Marx, on sait que, pour survivre, toute société humaine doit nécessairement transformer la nature et que, par conséquent, toutes les sociétés du monde, qu’elles soient pré-capitalistes, capitalistes ou socialistes sont plus ou moins extractivistes.

Dans le système mondial actuel que domine le capitalisme, certains pays comme les États-Unis et les pays européens, se concentrent sur la production scientifique et technique et sur celle des services.

D’autres, comme la Chine, le Brésil, le Mexique et les Philippines, sont à la fois extractivistes et industrialisés.

Quant à la plupart des pays latino-américains et africains, ils restent dans le modèle primaire-exportateur de matières premières.

Mais l’extractivisme, l’industrialisation ou les services ne sont pas des modes de production, explique Linera. Ce sont des systèmes techniques de traitement de la nature par le travail qui existent dans tous les types de sociétés.

La gauche verte confond systèmes techniques et modes de production et, à partir de cette confusion, associe extractivisme et capitalisme. Mais, insiste Linera, l’extractivisme ne condamne pas au capitalisme pas plus que le non extractivisme ne mène au socialisme. Tout dépend du pouvoir politique qui utilise ce moyen technique.

En Bolivie, la gauche environnementale et indigéniste reproche au président Morales de soumettre ses peuples à la division du travail planétaire qui domine en ce moment.

Cela est absurde, dit Linera, car aucune révolution contemporaine n’a pu rompre avec cette division, que se soit l’URSS, la Chine de Mao, Cuba ou toute autre révolution.

Et aucune ne pourra le faire tant qu’il n’y aura pas une masse sociale politiquement mobilisée qui soit suffisamment étendue en territoires et technologiquement avancée pour modifier l’actuel rapport de forces.

Pour un pays comme la Bolivie, dans le contexte de ce rapport de forces, l’extractivisme est même l’unique moyen technique pour arriver, un jour, à sortir de ce même extractivisme.

La transformation révolutionnaire, dit encore Linera, ne consiste pas à cesser d’être extractiviste, mais plutôt à dépasser le mode de production capitaliste qu’il soit dans sa version extractiviste ou pas.

Cesser d’exploiter les mines et d’extraire le pétrole ou le gaz n’aide en rien à combattre l’injustice, l’exploitation humaine et les inégalités.

Qu’ils en soient conscients ou non, ces critiques de gauche privent les forces et gouvernements révolutionnaires d’Amérique latine des moyens matériels de satisfaire les besoins de la population, de créer de la richesse et de la distribuer avec justice.

Linera se demande que cherche cette gauche. Que l’État bolivien cesse de produire? Qu’il enfonce encore davantage la population dans la misère pour que, plus tard, la droite revienne au pouvoir?

Son livre traite abondamment de l’opposition presque surréaliste à la construction de l’autoroute Villa Tunari-San Ignacio de Moxos qui passe par le parc national TIPNIS (Territoire indigène et parc national Isiboro-Secure) et doit relier l’altiplano bolivien à l’Amazonie bolivienne.

Cette route permettra enfin d’unir deux régions du pays séparées depuis des centaines d’années, dit Linera. Elle est un mécanisme gouvernemental légitime de territorialisation et d’établissement de la souveraineté de l’État.

En Amazonie bolivienne, l’isolement et l’absence de l’État ont livré les peuples indigènes non seulement à la domination de pouvoirs fonciers locaux despotiques et illégaux, mais aussi à l’influence de pouvoirs étrangers qui, au nom de la protection de l’Amazonie, du « poumon du monde », exercent un contrôle extraterritorial sur cette région considérée comme la plus grande réserve d’eau douce et de biodiversité de la terre.

C’est le cas de toute l’Amazonie, où pullulent les entreprises biotechnologiques, les instituts de recherche universitaires et les ONG financés par les pays industrialisés du Nord, tandis que les États nationaux sont quasi absents.

Pour Linera, les ONG sont devenues le moyen, pour les pays riches, d’atteindre des territoires et des ressources qui, autrement, devraient être négociés voire disputés à d’autres pays souverains.

Négocier directement avec un peuple indigène par l’entremise d’une ONG locale financée par un pays étranger, est beaucoup plus facile que d’établir un rapport d’État à État.

Surtout, dit-il, quand l’État, comme c’est le cas en Bolivie, s’oppose à cette appropriation étrangère et que, du même coup, on peut acheter la loyauté de peuples indigènes isolés et les transformer en ennemis du gouvernement révolutionnaire d’Evo Morales!

Quant à la gauche verte, financièrement très dépendante de cette présence étrangère, elle en défend farouchement les thèses comme celles de l’extractivisme et de l’appartenance de l’Amazonie à toute l’humanité.

L’ancien ministre des hydrocarbures du président Morales, Andres Soliz Rada, croit qu’il est temps que l’État bolivien se réveille. D’autant plus, dit-il, que l’Assemblée constituante de 2008 a accordé une autonomie constitutionnelle à 36 nations indigènes du pays, qui représentent une incroyable aubaine pour les ONG étrangères.

Il donne l’exemple d’un fond d’investissement de 14,8 millions de dollars souscrit, en mars 2011, par l’Assemblée du peuple Guarani d’Itika Guazu, auprès des pétrolières Repsol, British petroleum et Panamerican Energy.

L’ONG, Nizkor liée à l’Exxon-Mobil, a servi d’intermédiaire entre les pétrolières et les Guarani sans la moindre consultation du gouvernement!

On voit par là, affirme Soliz Rada, que l’approbation, en 2007, par l’ONU, de la Déclaration des droits des peuples indigènes, obéit aux pires intérêts des banques, paradis fiscaux et pétrolières.

André Maltais

 

Le jour même où se tient à Montréal la conférence annuelle de l’Association pétrolière et gazière du Québec, André Pratte de La Presse signe un éditorial (« D’un pétrole à l’autre ») dans lequel il donne son appui au projet de la société pétrolière Enbridge d’inverser le flot de son oléoduc entre North Westover en Ontario et Montréal. Il appuie également le projet de la pétrolière TransCanada de modifier une partie de son gazoduc principal pour acheminer, lui aussi, du pétrole de l’Ouest vers Montréal.

Le même jour, l’Institut économique de Montréal publie les résultats d’un sondage Léger Marketing selon lesquels « Les Québécois sont favorables à l’exploitation du pétrole canadien ».

Selon le sondage, « 73% des Québécois souhaitent que, tant qu’à consommer du pétrole, celui-ci provienne du Canada » et « 60% des Québécois sont favorables au projet d’inversement du flot d’un pipeline entre l’Alberta et l’Est du Canada ».

À noter que, dans la formulation de la dernière question, on ne parle plus, comme destination du pétrole, de « Montréal », comme dans l’article d’André Pratte, mais de « l’Est du Canada ». Ce n’est pas anodin.

Même si Pratte affirme qu’il « n’existe pas de projet d’inversion de l’oléoduc Portland-Montréal », de nombreux articles parus dans le Globe and Mail font référence aux projets d’exportation de pétrole vers l’Asie par Portland ou le Nouveau-Brunswick, comme alternative au projet d’oléoduc Northern Gateway devant transporter le pétrole de l’Alberta vers Kitimat en Colombie-britannique.

Crise majeure entre l’Alberta et la Colombie-britannique

Il n’est pas inintéressant de constater que, toujours le même jour, soit le 22 octobre, le Globe and Mail, citant la première ministre de la Colombie-britannique Christy Clark, titre en manchette « Clark Warns of National Crisis over Pipeline ».

Le parti libéral de Mme Clark s’oppose avec véhémence au projet Northern Gateway, reflétant ainsi, à 18 mois d’une élection, l’humeur de l’électorat de sa province, alors que son parti est devancé dans les sondages par le NPD, encore plus farouchement opposé au projet d’oléoduc.

Mme Clark affirme s’opposer à Northern Gateway pour des raisons environnementales et économiques, en plus de se faire la porte-parole de l’opposition des Premières Nations.

Mais, lorsqu’on décode le discours de Mme Clark, il apparaît qu’elle pourrait se montrer plus malléable si sa province était « compenser » économiquement pour les risques encourus par le pétrole en transit sur son territoire.

Dans l’entrevue qu’elle a accordé au Globe and Mail, elle renonce à demander une partie des « royautés » que touche l’Alberta pour son pétrole, mais invite la province voisine et le gouvernement fédéral à faire preuve d’imagination pour que la Colombie-britannique touche sa « juste part ».

Il faut préciser que les tensions sont extrêmement tendues entre les deux provinces, au point où l’ancien ministre de l’Énergie de l’Alberta, Ted Morton, – autrefois, un proche de Stephen Harper – a évoqué la possibilité de demander au gouvernement fédéral d’avoir recours à son droit de désaveu des lois provinciales pour autoriser la construction de l’oléoduc.

Le droit de désaveu, inscrit dans le BNA Act de 1867, a été utilisé de façon rarissime, la dernière fois remontant à 1943.
Par la suite, M. Morton a révisé sa position, après qu’on lui eût signalé que cela créerait un dangereux précédent pour les intérêts de sa province, dans la perspective d’un gouvernement à Ottawa moins sympathique aux intérêts albertains que celui de Stephen Harper.

Bientôt, l’autosuffisance des États-Unis en hydrocarbures

L’ardeur que met l’industrie pétrolière albertaine à vouloir construire des oléoducs vers le Pacifique s’explique par l’importance des nouveaux marchés asiatiques, mais également par les développements récents dans l’exploitation pétrolière et gazière aux États-Unis.

Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie, l’Amérique du Nord constitue aujourd’hui la source de production d’hydrocarbures qui connaît l’expansion la plus rapide hors de l’OPEC, alors que l’augmentation de la demande est en Asie. De même, les raffineries des pays développés sont vieillottes et inefficientes et doivent se mesurer aux nouvelles méga-raffineries de la Chine, des Indes et du Moyen-Orient.

Toujours selon l’agence, le changement le plus important sur la scène mondiale est le boom pétrolier aux États-Unis. Elle prévoit que la production américaine augmentera de 3,3 millions de barils/jour actuellement pour atteindre 11,4 millions de barils/jour dans cinq ans, soit plus que la production actuelle de l’Arabie saoudite. À cela s’ajoute la production en pleine explosion du gaz de schiste.

D’autres rapports prévoient que, dans une dizaine d’années, les États-Unis seront autosuffisants en pétrole et gaz naturel.

La production canadienne va également connaître une forte croissance, surtout à partir des sables bitumineux, mais encore faut-il être mesure de vendre et livrer ce pétrole. D’où la multiplication des voyages des délégations ministérielles canadiennes aux Indes et en Chine.

Le projet Northern Gateway est mort 

Dans une récente chronique parue dans le Globe and Mail, le réputé journaliste Jeffrey Simpson écrivait que le projet Northern Gateway était à toutes fins pratiques « mort », étant donné l’importance de l’opposition à ce projet en Colombie-britannique.

Cela explique l’intérêt soudain des pétrolières pour l’exportation de leurs produits vers l’Est du pays. Dans un premier temps, on veut alimenter les raffineries de l’Est avec du pétrole synthétique de haute qualité, mais la dynamique en cours va les amener rapidement à considérer l’option d’utiliser les mêmes oléoducs pour faire transiter le pétrole des sables bitumineux vers Portland et les provinces maritimes pour l’exporter en Asie.

Déjà, l’oléoduc qui relie Portland à Montréal – propriété de l’Imperial Oil, de la Royal Dutch Shell et Suncor Energy Corp. – est grandement sous-utilisé, particulièrement depuis la fermeture de la raffinerie de Shell à Montréal.

Il le sera encore davantage si Enbridge et TransCanada obtiennent l’autorisation d’inverser les oléoducs entre l’Ontario et Montréal pour acheminer du pétrole aux raffineries du Québec.

Il deviendra alors avantageux économiquement d’inverser l’oléoduc Montréal-Portland pour acheminer du pétrole des sables bitumineux vers la côte Est américaine, pour l’exporter vers l’Asie.

De nombreux reportages publiés dans le Globe and Mail, au cours des dernières semaines, montrent que les pétrolières envisagent fébrilement cette option.

Selon Laurie Smith, de Bennett Jones LLP, une firme associée aux compagnies pétrolières, ces dernières croient « qu’elles peuvent acheminer du pétrole en Chine via l’Est à des prix compétitifs à ceux de leur transport par la côte Ouest. La distance est plus courte pour exporter du pétrole aux Indes via la côte Est que via la côte Ouest. » (Globe and Mail, 3 octobre 2012)

Selon TransCanada Pipeline, il en coûterait entre 5,20$ et 8,20$ pour exporter un baril de pétrole de l’Alberta jusqu’à Shangai via l’oléoduc Northern Gateway, comparativement à 8,50$ le baril via la côte Est, ce qui rend ce dernier projet rentable.

Déjà, selon le Globe and Mail, une délégation de Calgary a rencontré récemment les autorités du Port de Montréal pour examiner la possibilité d’exporter du pétrole à partir du port.

D’autre part, Harvest Operations Corp., une filiale canadienne de la Korea National Oil Corporation, étudie présentement la possibilité d’acheminer du pétrole par train de l’Alberta jusqu’à la cote Est, puis par barges jusqu’à la raffinerie Comme By Chance à Terre-Neuve.

Pas question pour les pétrolières d’acheminer du pétrole jusqu’au Nouveau-Brunswick sans pouvoir l’exporter vers l’Asie. Sinon, d’expliquer Laurie Smith, cela obligerait à se plier aux conditions de la famille Irving qui possède une des plus importantes raffineries au Canada à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Quelle position prendra le gouvernement Marois? 

Spontanément, plusieurs trouveront « pleine de bon sens! la position d’André Pratte de remplacer le pétrole importée de la Mer du Nord ou de l’Afrique par du pétrole de l’Alberta, comme le révèle le sondage Léger Marketing.

Mais il est évident que les projets de Enbridge et TransCanada de livrer du pétrole de l’Alberta vers Montréal ne sont que le prélude à un projet beaucoup plus vaste d’exportation de pétrole vers l’Asie.

La question qui se pose est simple : quelle sera la position du gouvernement Marois face au transit du pétrole des sables bitumineux sur le territoire québécois?

Mme Marois adoptera-t-elle la même attitude que Mme Clark de Colombie-britannique? Une ferme opposition, à moins de moins de garanties environnementales et des compensations financières.

Le NPD est favorable

Pour sa part, le NPD de Thomas Mulcair a fait connaître sa position. Il s’oppose fermement à l’oléoduc Northern Gateway. Mais, dans un discours prononcé récemment devant le Canadian Club de Toronto, il a apporté son soutien à un oléoduc ouest-est, joignant sa voix à celle des Conservateurs et de Libéraux, également favorables au projet.

M. Mulcair a déclaré qu’exporter le pétrole de l’ouest vers l’est était « une solution pleine de bon sens, une solution pro-business », qui va créer de l’emploi et assurer la sécurité énergétique du pays.

Une position qui ne pourra que réjouir André Pratte et ses patrons, les membres de la famille Desmarais de Power Corporation, qui détiennent d’importants intérêts dans l’exploitation des sables bitumineux par le biais de la pétrolière française Total, dont ils sont parmi les principaux actionnaires.

Rappelons, au passage, qu’un autre membre de la famille, Hélène Desmarais, préside aux destinées de l’Institut économique de Montréal qui commandite le sondage Léger Marketing.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

La CIA dotée d’une prison secrète au Maroc

octobre 26th, 2012 by Le Temps d'Algérie

La CIA est bien ancrée au Maroc. L’agence centrale de renseignement des USA se charge même de la gestion de prisons secrètes au pays de Mohammed VI. Un    rapport établi par le ministère des Affaires étrangères russe traitant de la situation des droits de l’homme aux États-Unis confirme cet état de fait, en précisant que les prisons    secrètes de la CIA constituent une problématique qui n’est pas réglée.

En plus du Maroc, ces centres pénitenciers tenus en secret par la CIA se trouvent également dans différents pays, tels que l’Irak, l’Afghanistan, la Thaïlande, la    Pologne pour ne citer que ces pays évoqués dans ledit rapport. Ce document, qui vient d’être présenté à la Douma (Parlement russe), accable de    manière virulente les USA pour son non-respect et ses violations multiformes des droits de l’homme.

« Les mauvais traitements infligés aux enfants, les ingérences dans la vie privée, les violences policières, les    prisons secrètes et les restrictions des libertés d’expression constituent les principaux problèmes en matière de respect des droits de l’homme », écrit-on dans le rapport confectionné    pendant une année par la diplomatie russe et qui se veut une réponse aux critiques adressées à Moscou par les gouvernements des pays occidentaux et les organisations internationales de protection    des droits de l’homme.

A 25 km au sud de Rabat

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour revenir au centre de détention détenu par la CIA au Maroc, à en croire d’autres sources concordantes, a été bâti à l’intérieur d’une colline boisée, non loin    du village d’Aïn Aouda sis à 25 kilomètres au sud de Rabat. Il s’agit, précisent les mêmes sources, d’un long bâtiment de trois étages ceint d’une quinzaine de maisons cubiques dont la    construction a été réalisée avec le concours de la DST marocaine. Un autre centre de détention que les USA réservent essentiellement aux terroristes d’Al-Qaïda a également été construit au    sein même de la base militaire de Beni Guerir, au Nord de Marrakech, indique-t-on encore.

Le rapport de la diplomatie russe révèle par ailleurs que « les États-Unis demeurent le pays qui compte le plus    grand nombre de détenus au monde, soit 2,2 millions d’individus ». Aussi, la diplomatie russe pointe d’un doigt accusateur les USA pour les sévices et autres punitions    corporelles infligées aux enfants. En ce sens, des sources relevant de la Douma indiquent que « des centaines de milliers d’enfants font l’objet    de mauvais traitements aux États-Unis, ce qui entraîne la mort d’un grand nombre d’entre eux, évaluées à 1 600 victimes pour la seule année 2010 ».

D’autre part, en termes d’ingérence dans la vie privée des citoyens, le rapport russe précise qu’entre 2004 et 2007, « le nombre de messages électroniques interceptés par les services spéciaux américains a augmenté de 3 000 % ». Et ce n’est pas tout, la    diplomatie russe vilipende également le pays de l’oncle Sam pour son non-respect de la liberté de la presse. « Les mesures rigoureuses adoptées par    la police à l’encontre des journalistes couvrant des actions de protestation dans les villes américaines » ont été, en effet, dénoncées dans le même rapport.

K. A.

Le Temps d’Algérie, le 21 octobre 2012

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Les élections du 17 juin en Grèce ont été suivies par une phase d’attente, un temps d’arrêt pendant lequel  les divers acteurs des mouvements ont en quelque sorte suspendu leur mobilisation, le temps d’intégrer les nouveaux donnés. Cette période qui vient de finir a été  marquée par une relative déception à la hauteur de l’espoir qu’a représenté la montée de Syriza, une déception qui relèverait plutôt du sentiment d’une occasion manquée. Les grandes mobilisations de deux années précédentes avec 17 jours de grève générale et plusieurs grandes manifestations, malgré une répression de plus en plus féroce, se sont mis en sourdine depuis le 12 février, ce qui pourrait en partie s’expliquer par une longue période électorale, les élections anticipées ayant été arrachées de haute lutte à un pouvoir complètement délégitimé.

Actuellement on constate une relative reprise du mouvement syndicale avec la grève générale du 26 septembre, assez suivie dans la fonction publique et les transports, et une nouvelle journée de mobilisation prévue pour le 18 octobre. Notons que la Confédération Générale de Travailleurs Grecs (privé) et l’ADEDY (la Confédération Nationale du secteur public) ont été obligées de lancer un appel à la grève sous la pression des centaines de syndicalistes de base. Le mouvement de désobéissance civile « Je ne paie pas », très actif il y a encore un an, est pratiquement sur le point de disparaître, laminé par ses divisions internes et les ambitions électoralistes d’une partie de ses leaders.

Un mouvement antifasciste commence à émerger dans des quartiers et les écoles où des comités et des assemblées se mettent en place mais, dans l’ensemble, il s’agit plutôt d’organiser des actions défensives en réaction à telle ou telle attaque criminelle de néonazis. Pour l’instant, il n’existe que très peu de réseaux qui prennent le devant en occupant l’espace public afin que l’Aube Dorée ne puisse pas se l’approprier. D’ailleurs la stratégie de ce  mouvement reste dans le flou d’une certaine indétermination, oscillant entre le choix de comités d’autodéfense et de ripostes coup sur coup d’une part, et les mobilisations massives qui éviteraient – à tout prix ?- la violence d’autre part |1|.

Le seul parti qui gagne vraiment du terrain est l’Aube Dorée  avec plus que 12% dans les intentions de vote. Plusieurs facteurs y contribuent. Tout d’abord le sentiment d’impuissance face à l’offensive néolibérale menée par de centres de pouvoir qui -à l’exception des institutions européens- restent sans nom et sans visages (les marchés, la finance, les banquiers etc.). Le fait que les mobilisations massives n’ont pas aboutit à un recul sensible de l’offensive néolibérale joue un rôle important ; car, même  si celles-ci ont réussi à détrôner Papandréou et imposé un recours aux urnes, ceci n’a pas été reçu comme une victoire.  Qui plus est, si les élections sont confisquées par la campagne d’intimidation du peuple grec et de diabolisation de Syriza, alors, aux yeux de certains précaires et exclus, il ne reste que le recours à la force brute de l’Aube Dorée qui se présente comme une force punitive anti-systémique. La rupture du contrat tacite entre les représentants et les citoyens, même si celui-ci se trouvait réduit à une relation clientéliste d’une part et la séquestration systématique de la souveraineté populaire par des élus qui s’appliquent à mettre en place des mesures au contrepied du mandat qu’ils ont reçu d’autre part jette un discrédit sur l’ensemble du système politique traditionnel et délégitime même la procédure électorale. Pour les catégories de la population les plus déroutées et les plus atteintes par les mesures d’austérité draconienne, il ne reste qu’à trouver un visage aux forces obscures qui détruisent leur vie  en la figure de l’ « ennemi intérieur » que sont censés incarnés les étrangers. Bref, l’Aube Dorée est sur le point de devenir un vrai mouvement nazi à fort ancrage populaire et,pour arriver à ses fins, elle organise des distributions de produits alimentaires, par des Grecs et pour des Grecs, et  met en place de réseaux de « protection » et de services dans de quartiers dégradés  d’Athènes. D’ailleurs elle dispose d’importantes ressources financières – 20% des entrepreneurs ont voté Aube Dorée tandis que le score dans l’ensemble de la population était de 7%- et paie en biens ou en espèces les services de gros bras qui se chargent de ses expéditions criminelles. Un rôle crucial à sa montée a été joué par l’imbrication très profonde avec les mécanismes étatiques de la justice et de la police qui ne se limitent pas à offrir une impunité sans faille aux activités criminelles de l’Aube Dorée mais agissent de concert avec elle.  Les rafles effectuées par la police grecque dans le cadre de l’opération « Xenios Zeus » (Zeus l’hospitalier !) pendant lesquelles toute personne coupable du « délit de faciès » est interpellé et renvoyé à des camps de rétention si il n’a pas des papier,  légitiment les faits et gestes de l’Aube Dorée, dont le discours raciste est d’ailleurs systématiquement repris dans une version à peine plus modérée par les partis au pouvoir.

En face, il y a un foisonnement d’initiatives de solidarité sociale : diverses formes d’économies alternatives, des réseaux d’échanges non-marchandes, de banques du temps, des réseaux de distribution directe de produis agricoles sans intermédiaires, des centres de consultations autogérés où sont accueillis des malades n’ayant pas de couverture sociale, qu’ils soient grecs ou immigrés, des banques alimentaires etc. Syriza met au cœur de ses priorités le renforcement de ces diverses initiatives de solidarité sociale et la mise en place  d’une plateforme qui permettrait l’échange d’expériences et la coordination entre elles. Le but serait de créer, sous le mot d’ordre Personne seul dans la crise, un ‘bouclier social’ qui  mettrait à l’abri les plus vulnérables. Ces initiatives ne font pas que protéger seulement les  plus exposés mais elles reconstituent aussi le  tissu social en train de se dissoudre sous l’effet de la politique néolibérale. Réinventer le collectif et l’être-ensemble, voilà le véritable enjeu. Dans le triplet de Syriza auto-organisation, résistance, solidarité, le mot clef est celui de l’auto-organisation.  Car les bénéficiaires de ces réseaux ne seront pas juste des ‘usagers’ d’un service qui viendrait tant bien que mal remplacer l’Etat défaillant, mais des vrais acteurs qui se mobilisent et s’organisent pour prendre en main leur propre destin. Le mode opératoire pourrait être le suivant : une fois le contact établi et la personne sortie de la situation d’urgence,  elle est invitée de s’activer avec ses compétences et ses savoirs au sein du réseau. On pourrait donc parler d’une prise en charge collective de soi où ceux qui sont dans l’œil du cyclone de la crise inversent la tendance et, des victimes qui subissent, deviennent les promoteurs en acte d’une autre société.   Il s’agit d’un enjeu qui dépasse la simple défense des plus fragiles car ces pratiques solidaires et autogérées sont les ébauches d’une autre société plus juste ; elles instaurent au cœur du présent des foyers, certes circonscrites et fragiles, de l’émancipation que nous appelons de nos vœux. Ainsi la pratique active du partage et la redéfinition du commun permet d’installer des îlots d’utopie au cœur de la société. Syriza se doit de devenir le vecteur d’un pragmatisme utopique au contrepied du pragmatisme ‘réaliste’ et terre à terre qui érige l’état de choses existant en loi universelle et incontournable. Cependant il faudrait reconnaître que cette conception ne fait pas l’unanimité au sein de la gauche grecque : on y rencontre assez souvent un certain mépris de ces initiatives, considérées comme une version ‘gauche’ de la philanthropie. Pour les tenants de la logique du pire, elles ne seraient qu’une forme de charité qui pourrait rendre la situation actuelle un peu plus supportable et donc retarder la révolution ! Ce qui est complètement occulté par ce point de vue est le constat que la misère et la paupérisation extrême d’une grande partie de la population fait le lit de  l’Aube Dorée laquelle est le seul parti à tirer profit du sentiment de ne plus avoir d’avenir et du désespoir qui en résulte.

Je ne saurais finir ce papier sans mentionner que les dernières semaines on constate une telle escalade de la répression  qu’on ne saurait plus parler en Grèce d’un régime parlementaire. La torture commence à être  ouvertement pratiquée au QG de la police grecque à Athènes où des militants antifascistes ont été mal traités dans de  conditions dignes d’ Abu Ghraib |2|,  l’Aube Dorée fait la loi dans des quartiers dégradées d’Athènes et elle empêche, en étroite collaboration avec la police et les intégristes chrétiens, la représentation d’une pièce de théâtre considérée ‘blasphématoire’ |3|,  la criminalisation des mobilisations va bon train avec des syndicalistes violement interpellés par la police et poursuivis par la justice pour leur actions syndicales, alors que la police conseille aux riverains qui se plaignent pour de troubles du voisinage, si il  s’agit d’étrangers,. de s’adresser à l’Aube dorée qui saurait les faire taire. En même temps les persécutions, les agressions et même  les meurtres d’étrangers par l’Aube dorée de concert avec la police grecque n’arrêtent pas de défrayer la chronique sans que la moindre poursuite contre les auteurs ne soit engagée. L’inventaire des horreurs qui ne saurait être complet sans s’étaler sur des pages et de pages, je me contenterais donc juste d’ajouter qu’il est grand temps de reconnaître qu’en Grèce, sous l’incitation de la Troïka et de choix politique de l’UE,  est déjà installé un état d’exception permanent. A la confiscation de la souveraineté budgétaire et à la séquestration de la souveraineté populaire s’ajoute aujourd’hui la suspension systématique des droits et les libertés démocratiques. Car on ne saurait infliger à un peuple des mesures qui le mène tout droit à un suicide collectif sans un corset sécuritaire et répressif qui abolit tout simplement la démocratie. Une question s’impose alors : la marge de libertés et de droits que comporte cette forme si appauvrie de la démocratie qu’est la démocratie parlementaire, reste-t-elle compatible avec le capitalisme néolibéral ?  La réponse saute aux yeux.

Aujourd’hui plus que jamais se fait ressentir la nécessité impérieuse  de construire un mouvement social européen qui ne se limiterait pas à des manifestations de solidarité mais lancerait des actions et de mobilisations coordonnés et synchronisées partout en Europe regroupant les luttes des peuples contre l’offensive néolibérale. Un premier pas dans cette direction est la grève générale à la fois au Portugal et en Espagne le 14 novembre à laquelle pourrait se joindre la Grèce et qui sait, la France aussi malgré les réticences de grandes confédérations syndicales. Vivement donc la grève générale européenne, ne serait-ce que celle de pays du Sud plus la France ! Il y a va de la défense d’une vie digne de ce nom, il y  va de l’avenir même de la démocratie. A mon avis, la meilleure réponse à la montée du fascisme et du néonazisme ainsi qu’aux dangers pour la démocratie que représente le projet néolibéral serait la construction d’une perspective européenne de luttes.

Vicky Scoumbi

Le 24 octobre 2012

Notes

|1| En ce qui me concerne ,  il me semble qu’il faudrait opter pour la deuxième stratégie tout en faisant recours à la violence auto-défensive là où cela s’avère nécessaire et  sans pour autant appeler à la confrontation ce qui reviendrait à alimenter le climat de guerre civile  cultivé déjà les médias.

|2| Cf.  la traduction française d’un article du Guardian  http://initiativegrecqueaparis.word…

|3| Cf.  http://initiativegrecqueaparis.word…

Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue grecque αληthεια, co-initiatrice de l’appel Sauvons le peuple grec de ses sauveurs

La Syrie se renforce… le Liban s’affaiblit !

octobre 25th, 2012 by Sami Kleib

Une fois de plus, le Liban s’est laissé prendre au piège du conflit régional et international. L’assassinat du Général Wissam Al-Hassan préfigure une nouvelle période chaotique pendant laquelle les turbulences ne cesseront de succéder aux accalmies. Un conflit entre plusieurs « axes » qui a atteint des sommets ; et qu’Al-Hassan a payé de sa vie. Rien ne laisse présager un retour au calme tant que la « crise syrienne » ne sera pas réglée, autrement dit, tant que les USA et la Russie n’auront pas trouvé un terrain d’entente ; ce qui risque de demander un certain temps !

Au bout de 19 mois de crise, l’« axe des partisans de la Syrie » semble considérer qu’il est en situation de reprendre l’initiative. Alors que l’Iran multiplie les signaux d’avertissement, le président russe Vladimir Poutine a formulé en à peine quelques jours des dizaines de déclarations mettant l’accent sur des « évidences » : non au départ de Bachar al-Assad ; non au recours à la force ; oui à une solution politique impliquant un consensus entre les autorités légitimes et l’opposition ! Encore mieux, Poutine défie désormais le bloc occidental en déclarant que « nul n’a le droit de dicter à la Russie à qui elle peut vendre des armes », et l’accuse, ainsi que certains pays arabes, en particulier l’Arabie saoudite et le Qatar, de « semer le chaos » en Syrie !

De son côté, la diplomatie russe s’active ouvertement et surtout en coulisses auprès de nombreux pays dont des pays du Golfe, notamment l’Iran et les Émirats Arabes Unis, et d’autres pays ayant un impact direct sur la crise syrienne ; tout comme elle persiste dans sa contribution à l’émergence  de l’opposition syrienne disposée au dialogue avec les autorités  et capable d’affronter le CNS qui le refuse.

Face à la crise syrienne, l’« axe occidental » frôle la crise à son tour. Il se raconte que lors d’une récente rencontre à Paris, l’un des diplomates a demandé à ses homologues : « Croyez-vous que Bachar al-Assad restera au pouvoir jusqu’à fin 2013 ? » ; ils auraient tous acquiescé ! Les dirigeants occidentaux sont très mécontents de la désintégration de ladite « opposition syrienne ». Les dirigeants US sont encore plus mécontents de l’expansion des salafistes. L’angoisse est à son comble, car « le plan du  printemps arabe » évolue d’une façon inquiétante ! La Libye est en quasi-guerre civile. L’atmosphère de la Maison Blanche a bien changé depuis l’assassinat de l’ambassadeur américain à Benghazi dans le contexte du film insultant le Prophète. Mais Moscou coordonnerait des réunions concernant la « sécurité » entre officiers américains et officiers syriens. Damas nie. Pourrait-il s’agir d’un déni pour raison diplomatique ?

En Tunisie, le  mouvement « Ennahda » rencontre une opposition qui monte en puissance, avec le pressentiment que les Émirats Arabes Unis, l’Arabie saoudite et le Koweït s’éloignent pour favoriser un troisième choix ; celui du parti « Appel de la Tunisie » dirigé par le diplomate Béji Caïd Essebsi. Quant au ministre des Affaires étrangères, il s’est vu récemment confirmer en toute franchise par son homologue turc, Ahmed Daoud Oglou, qu’Ankara était quasi incapable de mener une opération sérieuse en Syrie. Ceci dit, il a suffi d’une rencontre des cadres dirigeants du « Congrès national arabe », avec le président Moncef Marzouki et le chef d’« Ennahda » Rached Ghannouchi, pour que l’image de la situation en Syrie devienne un peu plus claire aux yeux des Tunisiens. Leur président en a appris des choses… notamment qu’il existe de nombreux Alaouites en Turquie !

Quant à la Syrie, la situation soulève toujours autant de questions. Ceux qui ont rencontré dernièrement le Président syrien rapportent qu’il est plus confiant que jamais et que ses propos  laissent à penser que la Syrie, qui a survécu à la crise, se dirige vers une nouvelle étape qui en éradiquerait les séquelles. Par ailleurs, en dépit de l’élargissement de la zone de combat contre l’opposition armée, la situation militaire s’améliore et n’inquiète pas outre mesure les autorités qui soulignent que, malgré toutes leurs troupes armées, les USA n’ont pas pu mettre fin à de telles opérations ni en Irak, ni en Afghanistan et que c’est donc une question de temps ! Finalement, Bachar al-Assad se retrouve en situation d’imposer ses conditions à tout règlement futur, à commencer par celle qu’il a dictée à Lakhdar Brahimi : «  l’Arabie saoudite et le Qatar doivent déclarer publiquement qu’ils cessent de soutenir l’opposition armée ! ».

En revanche, l’inquiétude est manifeste du côté des opposants syriens prétendument libéraux. L’un de leurs principaux piliers a déclaré : «Ils nous ont dit qu’al-Assad ne tirerait pas sur les manifestants, il l’a fait, mais nul en Occident n’a bougé ! Ils nous ont dit qu’il n’utiliserait pas des armes lourdes, il l’a fait, ils n’ont pas bougé non plus ! Ils nous ont dit la même chose au sujet des chars et des avions… Nous constatons que l’Occident ne veut pas permettre à l’opposition de résoudre la question et suspectons une  certaine « collusion » !

Ce qui nous ramène aux questions centrales. Qu’adviendra-t-il si le « régime » syrien survit ? Que se passera-t-il pour l’Iran qu’il leur faut assiéger ? Qu’en sera-t-il du rôle du Hezbollah qu’il leur faut détruire et d’Israël qu’il leur faut protéger ? Il faudra nécessairement attendre la période post-élection présidentielle aux USA pour y voir un peu plus clair sans, pour autant, que les événements restent figés !

En effet,  le drone de reconnaissance du Hezbollah, surnommé « Ayoub », a survolé le territoire israélien et a transmis les photographies de ses centres stratégiques dans le but de freiner toute velléité d’aventure guerrière. Certains affirment que les Iraniens disposeraient de nouvelles cartes au Yémen, celle des rebelles houtistes au Nord et celle d’une partie de l’opposition au Sud. La situation est de plus en plus tendue en Arabie Saoudite. La température monte au Bahreïn. Le ton monte aux Émirats Arabes Unis où le chef de la police à Dubaï, Dahi Khalfan, s’en est pris aux Frères Musulmans. De même en Égypte où s’affrontent les Frères musulmans et les libéraux…

D’où une autre question : Que fera l’Occident ? Il a parié sur les Frères musulmans, mais les voilà qui titubent devant les salafistes, lesquels se rapprochent dangereusement d’Israël avec, selon les termes d’un haut responsable libanais   « leur volonté d’établir un Etat qui s’étendrait de Tripoli vers Homs et Alep… un rêve historique ! ». Alors que l’Occident escomptait utiliser les salafistes contre le Hezbollah libanais et alimenter le sectarisme régional contre l’Iran, les voilà devenus une menace pour Israël et les Etats-Unis à la fois !

C’est dans ce contexte général que l’assassinat du général Wissam al-Hassan est venu déstabiliser le Liban, et qu’il a été suivi des appels des « 14 marsistes » à faire tomber le gouvernement libanais dont le siège n’a pas tardé à être attaqué. Mais ceux-là, qui sont derrière les attaquants, ne semblent pas avoir remarqué que le « climat international » a changé, que le Premier ministre libanais Najib Mikati dispose d’une couverture de plus en plus solide, que tout changement au Liban passe par une entente « irano-saoudi-américano-russe », et que l’Arabie saoudite ne donne en Syrie que ce qu’elle prend au Liban ! Certes, l’image n’est pas encore complète, mais elle pourrait le devenir, alors que la Syrie et l’Iran travaillent à améliorer leurs conditions et à se renforcer.

Chaque partie cherche à faire monter la pression, mais toutes craignent de voir les armes tomber aux mains des salafistes et d’Al-Qaïda. Chaque partie cherche à améliorer ses positions, tandis que le Liban est en train de s’affaiblir du fait de la courte vue de certains qui en ont fait une arène pour des règlements de comptes qui ne le concernent en rien. Par conséquent, un désordre incontrôlable risque d’y aller grandissant et les explosions et assassinats risquent de s’y multiplier. Heureusement, que certains partis libanais refusent de se laisser entrainer vers la discorde. Mais pour combien de temps ? Peut-être jusqu’à ce que les conditions d’un « Taëf  syrien » soient devenues favorables à la résurrection d’un « Taëf libanais » !

Sami Kleib

23/10/2012

 

Article original : As-Safir

لبنان الضعيف وسوريا القوية!

http://www.assafir.com/Windows/ArticlePrintFriendly.aspx?EditionId=2290&ChannelId=54981&ArticleId=2447&reftype=menu&ref=rm

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Note :

Accord de Taëf

http://fr.wikisource.org/wiki/Accord_de_Taef

Extrait :

IV – LES RELATIONS LIBANO-SYRIENNES

Le Liban, Arabe d’appartenance et d’identité, est lié par des relations fraternelles sincères avec tous les Etats arabes, et entretient avec la Syrie des relations particulières qui tirent leur force du voisinage, de l’histoire et des intérêts fraternels communs. Sur cette base se fondent la coordination et la collaboration entre les deux Etats, et des accords entre eux dans les différents domaines les consacreront de manière à assurer l’intérêt des deux pays frères dans le cadre de la souveraineté et de l’indépendance de chacun. Sur cette base, et compte tenu du fait que l’affermissement de la sécurité favorise le cadre nécessaire au développement de ces liens particuliers, il faut éviter à tout prix que le Liban devienne une source de menace à la sécurité de la Syrie, ou la Syrie une source de menace à la sécurité du Liban. En vertu de quoi, le Liban ne permettra pas qu’il soit un passage ou un foyer pour toute formation, Etat ou organisation qui aurait pour but de remettre en question sa sécurité ou celle de la Syrie. De même que la Syrie, soucieuse de la sécurité du Liban, de son indépendance et de son unité ainsi que l’entente de ses fils, ne permettra aucune action susceptible de menacer la sécurité du Liban, son indépendance et sa souveraineté.

 

Sami Kleib, journaliste libanais de nationalité française, est diplômé en Communication, Philosophie du Langage et du Discours Politique. Il a été Directeur du Bureau du journal As-safir libanais, à Paris, et Rédacteur en chef du Journal de RMC-Moyen Orient. Responsable de l’émission « Visite spéciale » sur Al-Jazeera, il a démissionné en protestation contre l’orientation politique de cette chaîne.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Il faudrait une aide divine à Obama et Romney s’ils devaient jamais participer à un véritable débat sur un véritable problème à l’Oxford Union. Ils se feraient massacrer.

Les “débats” pré-présidentielles ont révélé que non seulement les candidats, mais aussi le pays entier, sont complètement déconnectés de tout véritable problème et de la tournure dangereuse que tout cela prend. Par exemple, vous ne sauriez jamais que maintenant tout citoyen américain peut-être emprisonné et exécuté sans procédure judiciaire légale. Il suffit que la décision soit prise quelque part en haut de la pyramide de l’exécutif pour que la liberté voire la vie d’un citoyen américain soit terminée.

Aucun ne doute de ce que les Américains pensent, s’ils pensent que cela existe déjà, que cela ne pourra arriver qu’à des terroristes qui méritent leur sort. Mais comme absolument aucune preuve ou procédure légale n’est requise, comment saurons-nous jamais que cela n’arrive qu’à des terroristes ? Peut-on vraiment faire confiance à un gouvernement qui a déclenché des guerres dans 7 pays différents sur la seule base de mensonges et de fabrications ? Si le gouvernement américain a menti à propos des armes de destruction massives irakiennes afin d’envahir ce pays, pourquoi ne mentirait-il pas à propos des terroristes ?

L’Amérique a besoin d’un débat public sur le comment peut-on être plus en sécurité après avoir éliminé la protection constitutionnelle de la procédure judiciaire ? Si le pouvoir du gouvernement n’est pas limité par la constitution, alors sommes-nous gouvernés par des Césars ? Les pères fondateurs ne pensaient pas que nous devrions faire confiance à un César en ce qui concerne notre sécurité. Pourquoi le devrions-nous maintenant, qu’est-ce qui a changé ?

Si nous sommes placés devant tant de menaces terroristes que la constitution se doit d’être suspendue pour être remplacée par des actions issues de décrets venant d’un exécutif incontrôlable, comment se fait-il alors que toutes les actions terroristes sont des arnaques organisées par le FBI ? En 11 ans, il n’y a pas eu un seul cas dans lequel le “terroriste” a eu l’initiative !

En onze ans après le 11 Septembre, les actes de terrorisme domestique ont été insignifiants pour tant qu’ils aient existés. Qu’est-ce qui justifie les dépenses de l’énorme Département de la Sécurité de la Patrie ? (NdT: Department of Homeland Security ou DHS, la Stasi, securitate de l’empire du goulag levant…) Pourquoi ce département possède-t-il des équipes spéciales ultrasophistiquées avec des véhicules blindés ? Qui sont les cibles de ces unités militarisées ? Si 11 années de meurtres, assassinats, estropiages et déplacement de millions de musulmans de par le monde par le gouvernement américain n’ont pas provoqué d’énormes actes de terrorisme aux Etats-Unis, pourquoi le département de la sécurité de la patrie crée-t-il une force armée pour lui-même ? Pourquoi n’y a t’il pas de débat parlementaire à ce sujet ? Pourquoi n’y a t’il pas de débat public ? Comment un gouvernement qui est déjà largement dans le rouge concernant son budget, peut-il se permettre une seconde force militaire intramuros n’ayant aucun but défini légalement et constitutionnellement ?

Quelle est la motivation de la Sécurité de la Patrie pour créer une “Jeunesse de la Patrie” (NdT: un équivalent américain de la Hitler Jugend) Le corps constitué de la FEMA (Federal Emergency Management Administration) est-il un déguisement pour de plus sinistres actions à venir, une jeunesse hitlérienne comme certains sites internet le suggèrent ? Est-ce que l’achat massif de munitions par le département de la sécurité de la patrie est lié à la montée nationale du corps des 18-24 ans ? Comment tant de choses incroyables peuvent-elles se dérouler sous nos yeux et ne pas être questionnées ?

Pourquoi Romney n’a t’il pas demandé à Obama pourquoi il travaille à renverser le délibéré d’une cour fédérale de justice ayant établi que les citoyens américains ne peuvent pas être sujets à la détention indéfinie en violation totale de la constitution des Etats-Unis ? Est-ce que parce que Romney et ses conseillers néoconservateurs sont d’accord avec Obama et ses conseillers ? Si cela est le cas, alors pourquoi un tyran serait-il meilleur qu’un autre ?

Pourquoi les Etats-Unis ont-ils construit tout un réseau de camps de détention pour lesquels ils sont en train de recruter des “spécialistes en internement” ? Pourquoi l’armée américaine a maintenant comme politique “d’établir un programme de travail pour les prisonniers civils ainsi que des prisons civiles sur des camps militaires” ?

Voici le rapport de Rachel Maddow sur le comment Obama critique le régime néoconservateur Bush/Cheney pour ses violations de la constitution des Etats-Unis et la loi statutaire américaine et ensuite propose de faire la même chose lui-même: http://www.youtube.com/watch?v=L8J_lcHwkvc

Comment le débat présidentiel a-t-il pu ignorer le fait que des drones nous survolent ici-même aux Etats-Unis ? Quel est le but de tout ceci ? Pourquoi les plus petites forces de police au fin fond de la nation sont-elles équipées avec des véhicules blindés ? Je les ai vus de mes propres yeux. Dans de toutes petites communautés pâquerettes au nord d’Atlanta en Géorgie, des communautés sous les standards des MacMansion de multi-millions de dollars, ont une police complètement militarisée avec des véhicules blindés et des équipes d’intervention style GIPN (NdT: SWAT team en anglais) avec un équipement militaire complet. Qu’en est-il ? Ces petites communautés rurales ne verront jamais l’ombre d’un terroriste ou même ne feront jamais l’expérience d’une prise d’otages. Et pourtant ils sont maintenant armés jusqu’aux dents. Ils sont si lourdement armés qu’ils pourraient être envoyés au combat contre le 3ème Reich ou l’armée rouge !

Toutes ces questions suggèrent que la perfection morale des Etats-Unis n’est qu’une moquerie. Aucun débat ne se produira. Ah mais, c’est à cause de l’économie bande d’idiots, ah bon, pourquoi n’y a-t-il pas non plus de débat économique ? Le mois dernier la réserve fédérale a annoncé le QE3. Si QE1 et 2 n’ont pas marché, pourquoi quiconque, y compris le président de la réserve fédérale, pense qu’un QE3 marchera ?

Et pourtant, les marchés financiers hautement irrationnels, qui n’ont absolument aucune idée de quoi que ce soit, furent remplis de joie par ce QE3. Ceci ne peut être que parce que ce qui régule le marché de l’équité est de la propagande, du pirouettage, de la désinformation, sûrement pas des faits. La bourse est incapable de prendre une décision correcte. Les décisions sont prises par les idiots du marché n’opérant que sur du court terme. La seule voie sûre est de se sauver de tout cela. Cette stratégie assure que les gérants de portefeuilles soient toujours avec leurs pairs et ainsi ne perdent pas de clients.

Cela aurait été superbe de voir Obama et Romney se confronter dans un vrai débat sur le comment le QE3, créé pour aider les banques “trop grosses pour échouer” insolvables, peut aider le fonctionnement des ménages, avec deux gagne-pain, sur une base de revenus réelle comme il y a 45 ans, ce qui représente le véritable revenu moyen des ménages.

En quoi sauver des banques désignées comme étant “trop grosses pour se planter”, va aider la famille dont les boulots ou le boulot majeur a été exporté en Chine, en Inde et ce pour maximiser les profits entrepreneuriaux, les bonus de performance des exécutifs et les gains de capitaux des actionnaires ?

De manière évidente la population laborieuse des Etats-Unis a été sacrifiée au profit des mégariches.

Une question appropriée serait: Pourquoi les standards de vie des travailleurs américains ont-ils été sacrifiés au profit des mégariches ? Jamais une telle question ne sera posée dans un “débat présidentiel”.

Au XXIème siècle, les citoyens américains sont devenus des fantômes, des non-entités. Ils sont brutalisés par la police dont les salaires viennent du contribuable. Les citoyens, pour avoir protesté contre des injustices ou sans aucune raison, sont battus, arrêtés, passés au taser et même assassinés. La police, payée par le public, a battu des gens paralysés dans des fauteuils roulants, piégé ceux qui les appellent à l’aide contre des criminels, passé au taser des grands-mères et des enfants et abattu de sang-froid des citoyens désarmés qui n’avaient rien fait d’autre que de perdre le contrôle d’eux-mêmes sous l’emprise de l’alcool, de la drogue ou de la rage pure et simple.

Les Américains lobotomisés paient de plus en plus d’impôts à chaque niveau du gouvernement pour être protégés contre la violence gratuite, mais ce que leurs impôts soutiennent en fait est la violence gratuite contre eux-mêmes. Chaque Américain, sauf le petit nombre de mégariches qui contrôlent Washington, peut être arrêté et dépossédé à la fois de sa liberté et de sa propriété sur la seule base d’une allégation d’un membre du pouvoir exécutif qui pourrait désirer son épouse, sa copine, sa propriété ou par simple vengeance ou pour exterminer un rival ou pour marquer des points contre un lycée, une université ou un concurrent en affaire.

En Amérique aujourd’hui, la loi ne sert que les puissants, pas la justice. De fait, il n’y a pas de loi et il n’y a pas de justice. Seulement un pouvoir échappant à tout contrôle et irresponsable.

Quel est le but de voter lorsque le résultat est le même ? Les deux candidats représentent les intérêts d’Israël, pas les intérêts des Etats-Unis. Les deux candidats représentent les intérêts du complexe militaro-industriel, de l’agro-business, des industries offshore, la suppression des syndicats et des travailleurs, l’annulation totale des libertés civiles et de la constitution des Etats-Unis, qui se trouvent sur le chemin d’un pouvoir exécutif sans partage.

Aux Etats-Unis aujourd’hui, le pouvoir de l’argent est roi. Il n’y a rien d’autre dans l’équation. Pourquoi aller voter pour soutenir la continuation de votre propre exploitation ? Chaque fois que les Américains votent, ils votent pour leur propre oblitération.

Paul Craig Roberts

 

Note

Dans ses écrits Paul Craig Roberts parle de l’ « AMERIKA » avec un K majuscule pour faire référence au sinistre KKK, le KU KLUX KLAN. Nous avons maintenu cette orthographe dans le titre.

Article original en anglais :

Traduction : Résistance 71

L’Afrique nourrit les autres: «Le grabbing des terres»

octobre 25th, 2012 by Chems Eddine Chitour

« Le grand succès des ennemis de l’Afrique, c’est d’avoir corrompu les Africains eux-mêmes. »  Frantz Fanon

L’un des grands malheurs de l’Afrique outre la famine endémique due notamment à une histoire coloniale mais pas seulement mais aussi à des dirigeants qui perpétuent l’ordre colonial à leur profit, tout en prenant la précaution d’être adoubés par leurs anciens maitres, est une nouvelle forme d’asservissement à distance où l’Africain travaille pour d’autres mais est incapable de subvenir à ses besoins. Serait- ce que parce qu’il n’est pas encore « entré dans l’histoire » où est-ce un atavisme, voire une malédiction?

On connait déjà le pillage des matières premières du sol et du sous sol de l’Afrique notamment  l’énergie et  les métaux rares comme le coltran que l’on utilise dans les technologie de la communication ( ordinateur,  téléphones mobiles…). Ce coltran est revendu cent  fois son prix par des intermédiaires sans loi ni foi  à des multinationales occidentales  très discrètes sur cette nouvelle traite autrement plus abjecte que la traite historique de ces mêmes civilisateurs en terre de conquête et d’évangélisation de ces peuplades barbares qui devaient obligatoirement touchés par l’Evangile au nom de la « règle des trois C ». Christianisation, Commerce , Colonisation.

Nous allons dans cette contribution  parler d’une nouvelle colonisation , véritable post-colonialisme qui perpétue l’exploitation  « consentante » de l’indigène par des allogènes venus tirer le meilleur profit de la terre africaine pour nourrir les nouveaux colons à distance ..

L’accaparement des terres agricoles en Afrique par des Etats étrangers et des multinationales a été plusieurs fois dénoncé, notamment en février 2011 à Dakar, à l’occasion du Forum social mondial, par l’ONG Actionaid.

L’accaparement des terres, un phénomène ancien qui s’accélère

L’acquisition de terres n’est pas un phénomène nouveau, mais il a pris de l’ampleur avec l’arrivée de la crise alimentaire de 2008. Il a précisé que les investisseurs, qui se ruent sur ces terres arables, ont en ligne de mire des plus-values sur la vente de produits et denrées alimentaires. A titre d’exemples, on cite le cas d’un Américain qui, à lui tout seul, a acquis un million d’ha au Soudan, ou des entreprises productrices de biocarburants qui ont acheté de grandes superficies de terres pour y cultiver du jatropha. De même, dix millions d’hectares de terres agricoles ont été offertes à des agriculteurs sud-africains pour y cultiver du maïs et du soja et y élever de la volaille et des vaches laitières, a annoncé en avril 2009.

Si on se réfère à la définition, l’expression «accaparement des terres» vient de l’anglais land grabbing (to grab, «saisir», «empoigner»). Elle désigne la vente, la location ou la cession de terres arables à grande échelle, en général plusieurs milliers d’hectares, entre un État et un investisseur local ou étranger, public ou privé. (…) La société américaine United Fruit Company possédait autrefois près du quart des terres cultivables du Honduras (d’où l’expression «république bananière»). Les pays concernés sont en général des pays en développement ou émergents, disposant de grandes superficies de terres cultivables considérées comme «disponibles» et peu chères et offrant des avantages comparatifs en matière de production agricole: climat favorable, main-d’oeuvre peu coûteuse. D’après le projet Land Matrix qui rassemble cinq partenaires, dont le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), 83,2 millions d’hectares font ou ont fait l’objet de transactions internationales à des fins agricoles entre 2000 et 2010. Cela représente 1,7% de la surface agricole utilisable dans le monde. Le nombre de contrats signés et recensés s’élève à 403, pour une superficie totale de 26,2 millions d’hectares. (1)

La situation actuelle

Le Fonds des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) livrait, le 8 octobre, un bilan en demi-teinte de la faim dans le monde. S’élevant actuellement à 870 millions, le nombre de personnes affamées continue de reculer, certes, mais très faiblement par rapport au début des années 2000. Si l’on en croit le sondage annuel CSA-CCFD-Terre solidaire publié à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation le 16 octobre. 56% des Français (et 73% des 65 ans et plus) estiment que la situation de la faim dans le monde se dégrade Ces cinq dernières années sont marquées par des émeutes de la faim (2008), deux crises alimentaires au Sahel (2010 et 2012) et une famine en Somalie. Les Français interrogés pointent du doigt plusieurs causes de la faim. S’ils insistent sur les aléas climatiques (35%) et la spéculation des marchés financiers sur les matières premières agricoles (34%), ils mettent d’abord en avant la corruption des gouvernements locaux (39%). Les Français citent aussi l’accaparement des terres parmi les causes de la faim (22%).

Des mesures urgentes sont donc nécessaires pour désamorcer la menace d’une nouvelle vague d’accaparements de terres, explique l’ONG, qui fait appel à la Banque mondiale, déjà sollicitée ces dernières années par plusieurs coalitions pour son rôle dans le processus d’acquisition des terres. L’institution financière a en effet «le pouvoir d’appliquer, au moins temporairement, un gel de ses investissements dans des terres agricoles», estime Oxfam, «le temps de revoir ses politiques en la matière dans les pays en développement, d’oeuvrer à la définition de normes pour les investisseurs et de mettre en place des mesures plus rigoureuses pour prévenir l’accaparement des terres».

Par son rôle d’investisseur foncier et, en même temps, de conseiller auprès des pays en développement, la Banque mondiale occupe une position stratégique. Or, «il ressort d’une de ses propres études que les pays enregistrant le plus de transactions foncières à grande échelle sont ceux où la protection des droits fonciers est la plus faible», souligne le rapport. Depuis 2008, 21 plaintes ont été officiellement déposées par des communautés estimant que des projets de la Banque mondiale violaient leurs droits fonciers. Oxfam espère voir des avancées à la prochaine assemblée annuelle de la Banque mondiale, qui se déroulera à Tokyo du 12 au 14 octobre, et l’enjoint à «envoyer aux investisseurs du monde entier un signal fort» pour «mettre fin à l’accaparement des terres et améliorer les normes» notamment en matière de transparence.(2)

L’influence des grandes sociétés de négoce sur le système alimentaire mondial

Avant la crise alimentaire de 2008, l’expansion annuelle des terres agricoles dans le monde était de 4 millions d’hectares par an. En 2009, ce ne sont pas moins de 50 millions d’hectares de terres arables qui ont été cédés dans le monde Cette surface équivaut quasiment à l’intégralité du territoire français L’extraordinaire ruée vers les terres africaines a été accélérée par la crise alimentaire de 2008, le développement des agro-carburants, la pression de certaines institutions internationales sur les Etats, la compétition des pays en développement pour attirer les investisseurs. Mais aussi par l’étendue des terres «non utilisées» dans le Sud et la disponibilité de la main- d’oeuvre. «Deux objectifs motivent les acteurs. Il y a la sécurité alimentaire, préoccupation de la Chine, de l’Inde, du Japon, de la Malaisie, de la Corée du Sud et du Japon. (…) L’autre objectif, partagé par les acteurs de la finance, consiste à voir ces terres comme des placements rentables. C’est le cas des sociétés d’investissements, des fonds de pension qui gèrent les retraites des salariés ainsi que des fonds de capital investissement à la recherche de rotation rapide de leurs capitaux. Bien évidemment, les hedge fund ont pris position sur le filon. 70% des achats sont en Afrique. (3)

Les « majors » qui affament le monde

Justement, parmi les acteurs influents mais peu connus du système alimentaire mondial, les quatre leaders du négoce. Ils font l’objet d’un rapport détaillé commandé par Oxfam. Selon l’ONG, des multinationales comme Cargill ou Louis Dreyfus participent pleinement à la volatilité des prix agricoles et à l’accaparement des terres. De «Occuper le système alimentaire!» pour l’Observatoire du droit à l’alimentation à «Cultivons» pour «réparer le système alimentaire mondial» pour Oxfam, les mobilisations internationales pour dénoncer la mainmise de l’agro-industrie et de la finance sur l’agriculture se multiplient. Mais si Monsanto, Nestlé ou Walmart sont largement épinglés, les principales sociétés de négoce en matières premières agricoles restent méconnues. (…) » (4)

« Les quatre plus grosses sociétés, Archer Daniels Midland (ADM), Bunge, Cargill et Louis Dreyfus, se partagent à elles seules 90% du marché des céréales. Les ABCD, dénommées ainsi selon l’acronyme de leurs initiales, dominent donc largement le marché mondial des matières premières agricoles. Elles interviennent également à toutes les étapes de la chaîne agricole industrielle, à la fois comme fournisseurs de semences, d’engrais et de produits phytosanitaires, mais aussi comme propriétaires terriens, financeurs, transporteurs… (…) Cargill a par exemple acquis des grandes plantations de palme en Indonésie. (…) Les auteurs du rapport ont cependant eu du mal à quantifier les volumes de terres concernées, face à la diversité des stratégies foncières: propriétés, concessions, acquisitions de compagnies locales… Avec la raréfaction de l’eau et du sol, le contrôle foncier devient aussi une stratégie d’investissement financier. L’augmentation concomitante des profits des ABCD avec la dérégulation financière entamée dans les années 2000 aux États-Unis montre en tout cas qu’elles ont largement profité de la financiarisation des marchés. (5)

Il ne faut pas croire que le phénlomène  de « grapping » ne touche que l’Afrique. Il en est de même des autres continents, les gouvernements bradent à tour de bras. C’est le cas de la Colombie où dit-on l’Orénoque est à vendre. «Le président colombien Juan Manuel Santos l’avait dit lors de son discours d’investiture en 2010: la Colombie a suffisamment d’eau et de terres pour devenir le nouveau grenier de l’Amérique. Il a bien l’intention de le prouver.» Pour la politologue colombienne Paula Alvarez, Bogota ne veut rien de moins que mettre en vente son «Far East», une énorme portion de terre qui commence aux portes de la capitale, pour descendre en pente douce vers l’est et le sud jusqu’aux bassins de l’Amazone et du légendaire Orénoque. Cet eldorado de près de 7 millions d’hectares est convoité par des banquiers locaux et des investisseurs chinois, brésiliens, argentins, indiens et israéliens qui comptent y planter maïs, soja, pins et palme africaine. (…) En Colombie, 500.000 hectares de terres agricoles appartiendraient à des étrangers. Une part des terrains cultivables qui reste raisonnable, au regard de celle qu’ont cédée ses voisins: 4,5 millions d’hectares au Brésil, 13 millions au Paraguay » (5).

Enfin, il faut signaler que le marché noir du bois lié à l’exploitation ou au blanchiment du bois illégal explose selon un rapport publié par le Pnue et Interpol. L’Amazonie, l’Indonésie et le bassin du Congo sont devenus les plaques tournantes de ce qui ressemble de plus en plus à du crime organisé autour du carbone vert, avec des méthodes élaborées Un marché noir en constante hausse dont la valeur actuelle serait comprise entre 30 et 100 milliards de dollars par an. Le rapport dresse un tableau extrêmement préoccupant de la situation.

Quelle alimentation en 2050?

La Journée mondiale de l’alimentation est l’occasion de se poser des questions. Jean-Louis Rastoin, directeur de la chaire Unesco en alimentations dans le monde de Montpellier SupAgro, a d’abord dressé un bilan désastreux de la situation actuelle, avant de se montrer plus optimiste sur notre avenir… si d’importants changements sont opérés par les acteurs des filières agroalimentaires, les politiques et bien sûr, les consommateurs. Pendant que les Africains luttent pour survivre dans les labos de recherche européens on pense à la nourriture de 2050 et là, l’imagination est débordante.

«D’ici 2050, lit-on, la Terre devrait abriter plus de 9 milliards d’habitants… qu’il faudra nourrir. Les arguments avancés sont alors variés et divers, mais il y a en a un qui revient régulièrement: l’agriculture ne suivra pas! (…) Certains voudraient s’affranchir des élevages en produisant de la viande in vitro. D’autres envisagent plutôt de construire des fermes verticales à la périphérie des villes car les surfaces agricoles pourraient manquer. Enfin, un grand nombre de spécialistes sont plus pragmatiques et estiment simplement qu’il suffirait d’améliorer nos modes de production agricole, tout en développant de nouveaux modèles agro-économiques. De nombreuses pratiques agroalimentaires devront changer si l’on souhaite nourrir sainement toute la population mondiale d’ici 2050. (6)

Dans le même ordre, la financiarisation de la biodiversité risque de tomber dans les rets des groupes et hyènes de toutes sortes. Le 17 octobre une réunion eut lieu à Hyderabad en Inde pour la 11ème Conférence des Parties de la convention de l’ONU sur la biodiversité (…) Selon les documents préparatoires, lit-on dans une contribution du site Attac, la protection de la biodiversité nécessiterait des «instruments financiers innovants».(…) La biodiversité est ainsi livrée à la finance privée au mépris de la complexité, de l’unicité et de l’incommensurabilité des écosystèmes, au détriment des droits des populations locales et au seul profit de quelques entreprises qui pourront continuer à polluer, détruire et spolier la biodiversité.(7)

Et en Algérie où en sommes-nous?

Chacun a en tête l’âge d’or du Service national- outre le fait que c’était un formidable et irremplaçable creuset du vivre- ensemble pour constituer une nation- qui donnait aussi un sens à la construction du pays. C’était la construction des mille villages, c’était la Transsaharienne, c’était le Barrage vert, c’était l’indépendance énergétique par la prise en charge de l’industrie pétrolière et gazière après la tentative d’asphyxie des compagnies étrangères. Que reste-t-il de tout cela?

En 2012 l’Algérie importe pour sa nourriture pour 8 milliards de dollars ( les trois quarts de notre nourriture proviennent de l’étranger) grâce aux dollars de la rente. Une autre donnée, l’Algérie perd chaque année des milliers d’hectares du fait de l’avancée du désert. Le Sahara est capable de nourrir 100 millions d’Algériens pour peu que le peuple se mette au travail. Chacun a en tête l’exemple de la ferme de 1000 hectares de Gassi Touil qui donnait du blé avec de bons rendements. Elle fut abandonnée. On parle de 28.000 ha à développer? On pense que 100 000 hectares sont irrigables et peuvent produire.

C’est dire que nous ne sommes pas persévérants et rétifs à tout effort! Imaginons un service national new-look qui s’occupe des grands travaux qui donnera du grain à moudre aux milliers d’ingénieurs, de techniciens, de jeunes qui ne demandent qu’à donner la pleine mesure de leur talent. Ces grands travaux, outre le fait qu’ils vont contribuer au vivre ensemble des Algériens des quatre coins du pays, permettront à l’Algérie de sortir de l’ornière du sous-développement. Les perspectives ne doivent pas s’arrêter au social qui est un tonneau des Danaïdes. Nous donnons de mauvaises habitudes aux jeunes car ils ont la conviction que tout leur est dû sans effort. Pour que cela réussisse, il faut un engagement sur une génération, par sur deux ans.. On l’aura compris, les concepteurs et les chefs d’orchestre doivent donner l’exemple pour qu’ils soient suivis.

 

Chems Eddine Chitour

Professeur émérite

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

 
1. http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/L-accaparement-des-terres-un-phenomene-ancien-qui-s-accelere-_NG_-2012-10-15-864791

2. Daniel Herard:

http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Les-terres-tres-convoitees-des-pays-du-Sud-_NG_-2012-10-16-864790

3. Amadou C Kanouté

http://www.lesafriques.com/politique-economie/accaparement-des-terres-en-afrique-une-bombe-a-fragmentation-mul.html?Itemid=308?articleid=31790

4. MagaliReinert: http://www.novethic.fr/novethic/ecologie,mondialisation,matieres_premieres,l_influence_grandes_societes_negoce_systeme_alimentaire_mondial,138412.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=okPlanète\Mondialisation\Matièrespremières,

5. http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Des-organisations-paysannes-se-mobilisent-pour-sauver-leurs-exploitations-_NG_-2012-10-15-864781

6. www.futura-sciences.com/fr/news/t/homme/d/quel-avenir-pour-lalimentation-mondiale-un-expert-nous-repond_41483/#xtor=EPR-17-[QUOTIDIENNE]-20121017-[ACTU-quelle_alimentation_en_2050___un_expert_nous_repond">http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/homme/d/quel-avenir-pour-lalimentation-mondiale-un-expert-nous-repond_41483/#xtor=EPR-17-[QUOTIDIENNE]-20121017-[ACTU-quelle_alimentation_en_2050___un_expert_nous_repond]

7. Attac France, Ne pas laisser la biodiversité aux mains de la finance! le 16 octobre 2012

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Grandes manifestations et violences policières en Grèce

octobre 25th, 2012 by Christoph Dreier

Pendant que les dirigeants de l’Union européenne réunis à Bruxelles pour discuter de la manière de procéder avec la crise de l’euro, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés à Athènes et dans d’autres villes grecques pour protester contre les mesures d’austérité de l’UE et leurs conséquences désastreuses pour la grande majorité de la population.

Rien qu’à Athènes, quelque 80 000 travailleurs se sont rassemblés dans divers lieux pour se rendre vers la place centrale Syntagma. La grande majorité des chemins de fer, des ferries et des bus ont été touchés par les actions de grève, ainsi que le trafic aérien. « Trop c’est trop, » déclarait à Reuters un employé de la compagnie des eaux. « Ils ont creusé nos tombes, nous ont poussés dedans et maintenant on attend que le prêtre lise les derniers sacrements. » D’autres manifestants scandaient « Assez, assez de l’UE et du FMI ! »

Les manifestations de jeudi 18 octobre étaient les troisièmes manifestations de masse contre les mesures d’austérité en un mois. Les précédentes avaient eu lieu durant la récente visite d’Etat de la chancelière allemande Angela Merkel, où plus d’une centaine de milliers de gens s’étaient rassemblés à Athènes. Les travailleurs grecs sont de toute évidence opposés à des coupes supplémentaires après deux ans d’attaques sociales brutales.

Les syndicats, qui avaient officiellement appelé à manifester, voulaient au départ les limiter à de petites actions décentralisées. Ils étaient déterminés à isoler les grèves en limitant la durée des arrêts de travail des ouvriers dans les secteurs-clefs de l’économie ou de l’administration. Les grèves dans les aéroports ont été limitées à une prolongation de trois heures de la pause déjeuner. La direction de la principale fédération syndicale, la GSEE, s’est réunie mardi avec le président du pays Karolos Papoulias pour discuter de la manifestation en détail.

Les syndicats ont essayé de rendre les grèves et les manifestations aussi peu efficaces que possible. Idéologiquement, ils ont été soutenus par divers groupes de pseudo-gauche comme la Coalition de la gauche alternative (SYRIZA), qui a cherché à détourner toutes les résistances contre les mesures d’austérité vers des voies iniffensives, favorables à l’UE. Une fois de plus lundi, le dirigeant de SYRIZA, Alexis Tsipras, a demandé à la radio que la Grèce reste dans l’UE et négocie correctement dans ce cadre.

Tandis que ces organisations perdent de plus en plus le contrôle sur ces manifestations, avec des masses de travailleurs se rassemblant en dépit des stratégies syndicales, le gouvernement réagit par une violence ouvertement assumée contre les manifestants. Le Guardian rapporte que de nombreux manifestants n’étaient même pas autorisés à se rendre sur la place Syntagma. Mais comme plusieurs milliers sont quand même venus se rassembler, 4000 policiers ont utilisé des gaz lacrymogènes, des grenades incapacitantes et des matraques pour déloger les manifestants de la place.

Le prétexte utilisé pour cette offensive étatique ont été les actions d’un groupe d’individus masqués qui lançaient des bombes incendiaires et des pierres sur les policiers lourdement armés. Ce jeu du chat et de la souris est bien connu des observateurs des précédentes organisations et sert invariablement à donner une raison à la police pour intervenir et vider la place.

Mais cette fois, la police a interrompu la manifestation avant qu’elle n’ait réellement débuté. Le Guardian a cité un manifestant disant que moins de la moitié des manifestants avait atteint la place avant que la police ne commence à utiliser des lacrymogènes pour évacuer les manifestants. Un manifestant de 67 ans est mort. Les médias grecs ont rapporté qu’il avait eu une crise cardiaque après avoir été aspergé de lacrymogènes.

Ces derniers mois, la police est intervenue agressivement contre de multiples grèves et manifestations de travailleurs. En même temps, des indices de plus en plus clairs montrent qu’elle collabore étroitement avec le parti néo-fasciste Chrysi Avgi (Aube dorée) dans ses attaques et intimidations contre les travailleurs et les immigrés. Les attaques sociales brutales dictées par l’UE mènent inexorablement à l’imposition de formes de gouvernement ouvertement autoritaires en Grèce.

Pendant que la police attaquait les manifestants avec des gaz lacrymogènes à Athènes, les dirigeants de l’UE entamaient leurs délibérations à Bruxelles sur l’avenir de l’UE et de la Grèce. Durant les préparatifs du sommet, des divisions aigües ont émergé entre les principaux membres de l’UE, mais en même temps, tous les dirigeants réunis s’accordent sur la nécessité d’accentuer les attaques contre les travailleurs.

Avant ce sommet, les pays de l’euro avaient signalé qu’ils étaient prêts à verser à la Grèce les crédits d’aide déjà promis de 31,5 milliards d’euros, sans lesquels le pays serait insolvable courant novembre. En retour, cependant, les dirigeants européens insistent sur la nécessité pour le gouvernement grec d’imposer davantage de coupes budgétaires et d’attaques sociales.

Pas un centime sur les milliards d’aide promis ne finira chez les millions de travailleurs grecs et leurs familles qui luttent pour joindre les deux bouts. Beaucoup n’ont pas perçu leur salaire ou leur retraite depuis des mois. Mais “l’aide” n’ira que dans les coffres et les comptes des banques et des spéculateurs, dont les avoirs et les profits sont garantis. D’après des comptes-rendus de la presse, le gouvernement allemand a proposé vendredi de transférer les prêts d’urgence directement vers un compte spécifique auquel le gouvernement grec n’aura pas accès. Cela vise à empêcher que cet argent ne serve à tout autre chose que le paiement de la dette et le remboursement des intérêts.

Bien que les salaires et les retraites aient été réduits de 60 pour cent ces deux dernières années, pendant que les taxes affectant les masses ont été augmentées et que le chômage a augmenté jusqu’à plus de 24 pour cent, le gouvernement grec a largement accepté les exigences de la troïka. Il resserre une fois de plus l’écrou de l’austérité avec des coupes budgétaires supplémentaires entre 13,5 et 14,5 milliards d’euros. Ces mesures impliqueront des réductions supplémentaires de salaires et de retraites allant jusqu’à 20 pour cent et des licenciements dans le secteur public.

Le gouvernement a pendant un certain temps cherché à éviter ce dernier pas, non seulement parce cela viole la constitution grecque, mais également parce que l’appareil d’Etat en sera déstabilisé. Un certain nombre de lois et d’édits n’ont pas été appliqués par les chefs de services ou leurs équipes qui ne sont pas d’accord avec leur contenu. D’après les derniers plans publiés, deux à trois mille fonctionnaires devraient être licenciés avant la fin de l’année, et 11 000 l’an prochain.

La troïka avait organisé ces dernières mesures d’austérité au dernier moment et mis la pression sur le gouvernement en retenant les paiements d’une tranche de crédit qui devait, à l’origine, être payée en juin. Une fois que le gouvernement grec s’est plié à ses diktats, la troïka est venue avec une nouvelle liste de demandes qui ont moins à voir avec les coupes budgétaires qu’avec les besoins des compagnies internationales et des investisseurs.

Ces nouvelles propositions comprennent l’extension des heures de travail, l’intensification des trois-huit, et une réduction des garanties d’emplois. Bien que certains représentants du gouvernement aient annoncé qu’ils ne sont pas prêts à soutenir entièrement de telles mesures, on peut s’appuyer sur les expériences précédentes pour prédire qu’elles seront toutes appliquées à la lettre.

Voilà la politique de l’UE imposée actuellement à la population grecque par la police à l’aide de lacrymogènes et de matraques. Pour lutter efficacement contre cet assaut, la priorité des travailleurs est de rompre politiquement avec les groupes de la pseudo-gauche et les syndicats qui tentent de subordonner leurs manifestations à ces institutions mêmes de l’UE qui mènent ces attaques.

Les travailleurs doivent adopter un programme socialiste international s’appuyant sur l’unité des travailleurs de toute l’Europe, pour renverser le capitalisme et établir les États socialistes unis d’Europe.

Christoph Dreier

 

Article original, WSWS, paru le 19 octobre 2012

Le massacre de 1937, 75 ans déjà !

octobre 25th, 2012 by Joël Léon

Terre déliée au cœur d’étoile chaude  Fille bâtarde de Colomb et de la mer
nous sommes du Nouveau Monde
et nous vivons dans le présent
Nous ne saurons marcher à reculons  n’ayant point d’yeux derrière la tête
et le moulin du vent broie les paroles sur nos lèvres
car sur les socles de la mémoire
dans la farine de nos mots ô mon Pays
nous pétrissons pour toi des visages nouveaux
Il te faut des héros vivants et non des morts

(Anthony Phelps, mon pays que voici)

L’occupation américaine et les tueries perpétrées pendant 19 ans en Haïti inspirèrent le dictateur Rafael Leonidas Trujillo à massacrer plus de 35.000 haïtiens en 1937, soit 3 ans après le départ des marines du territoire Haïtien. En vérité, les Américains nous firent beaucoup de torts. Depuis les dernières tentatives del’empereur Faustin Soulouque de réunifier l’Ile, au milieu du 19e siècle, les Dominicains vivaient dans la peur d’une éventuelle reconquête de la part d’Haïti. L’histoire nous enseigne qu’à chaque fois que la situation socio-politique connait un calme apparent en Haïti, l’autre partie de l’ile se trouve dans le point de mire des dirigeants haïtiens. Comme si naturellement ce bout de terre leur appartient.

Avec  l’invasion, suivie d’occupation d’Haïti par les États-Unis, le mythe de l’invincibilité haïtienne fut volé en éclat. C’est vrai que Charlemagne Peralte, ce héros haïtien, résista les armes à la main jusqu’à sa trahison suivie de son assassinat le 31 octobre 1919, mais cela n’a pas empêché une perte énorme de plus de 15.000 haïtiens, d’après l’historien Roger Gaillard. Et, surtout l’image d’Haïti fut irréversiblement affectée. Ce fut le début de la vraie descente aux enfers d’Haïti.

Les marines américains pavaient la voie à ce qui allait se produire en Dominicanie quelques années plus tard, le grand massacre de 1937. Les  tortionnaires de l’empire pendirent des hommes à partir de leurs parties génitales, Ils pratiquèrent le « bumping of gooks » (le tir contre des civils comme s’il s’agissait d’un sport ou d’un exercice de tirs), pour répéter Mr Belleau. L’essentiel pour eux, il fallait punir « ces nègres qui prétendent parler français ». Ils firent tout essayer pour agenouiller les hommes et femmes d’Haïti qui osèrent ébranler l’ordre mondial de l’occident, dit chrétien.

Toutes ces tortures et  tueries de l’occupant blanc, comme celles de la corvée (faisant 6000 victimes paysannes), démystifièrent l’invincibilité haïtienne aux yeux du dictateur raciste Trujillo, mais admiré des États-Unis.

Le poète qualifierait le mois d’octobre de lugubre au peuple haïtien. Ce mois enregistre l’assassinat du plus grand des haïtiens, Jean Jacques Dessalines, et le massacre de plus de 35.000 haïtiens en territoire haïssable de la république Dominicaine. Il a fallu un mois pour voir diminuer la fureur de l’armée de Trujillo contre de pauvres paysans haïtiens. Après le mois d’octobre, le massacre fut poursuivi, parfois même au-delà de la frontière, en territoire national. D’après des héros, ceux ayant la vie sauve, si ce n’était pas le génie hérité de nos ancêtres, c’est-à-dire le marronnage, le bilan serait quatre (4) fois de ce qu’il fut.

Cette haine implacable aveugla tout un peuple. Le prélat de l’église catholique n’avait pas dit mot. Les plus érudits de l’intelligentsia tournaient dos. Le slogan « solution finale » fut sur toutes les lèvres. En quelque sorte,  bien avant les juifs, les haïtiens expérimentèrent en silence leur holocauste. Aujourd’hui encore, le massacre est réduit au silence, particulièrement à l’heure de la manne du tourisme.

Le massacre des Haïtiens par la République Dominicaine continue sous d’autres formes. Il est métamorphosé  dans la politique haïtienne, avec la rébellion armée de 2004, conduite par un résident haïtien à Santo Domingo, Guy Philippe. On en a encore fait l’expérience au cours des élections de 2011, lorsque des officiels dominicains financèrent  tous les candidats majeurs aspirant à devenir présidents de la république. Durant les 25 dernières  années, le massacre se traduit surtout sur le plan économique.  « L’invasion silencieuse de l’économie haïtienne » par les produits du marché dominicain est de plus en plus fulgurante.  La montée éclatante de la langue de Cervantès dans le pays, pour ne citer que ceux-là, en est une autre.  La stabilité d’Haïti dépend totalement du pays voisin ! La politique haïtienne dans l’économie, le social résulte des besoins fondamentaux des élites dominicaines.

Le 5 octobre dernier, le journal « EL DIARIO » à New York, a publié un article dans lequel  le ministre de la planification et du développement Dominicain, Mr Temistocles Montas, a fait état d’une immédiate réforme fiscale afin de pallier à un déficit budgétaire de plus de 6%. L’administration de Danilo Medina décida d’augmenter les taxes sur les produits alimentaires dans le pays. D’après le journal, la République Dominicaine connait un manque à gagner de l’ordre de 3 milliards huit cent neuf millions (3.809.000.000) de dollars américains. Cette augmentation vise à résoudre ce déficit allant d’une période de 4 ans, et atteindra jusqu’à 16%  au cours de l’année 2016.

Vue la dépendance alimentaire d’Haïti par rapport à la Dominicanie, cette décision de réforme fiscale va créer une situation économique explosive dans le pays. Qui, probablement débouchera sur une autre émeute de la faim similaire à celle de 2008 qui avait conduit le premier ministre Jacques Edouard Alexis à la démission et qui avait fait plusieurs morts. La paix des rues en Haïti dépend de l’humeur des dirigeants voisins ! N’est-ce pas une autre forme de massacre, cette fois à l’arme invisible de la dépendance.

Le massacre de 1937 reste encore vif dans la mémoire du peuple haïtien. Malheureusement, les dirigeants politiques et animateurs de la société civile d’aujourd’hui ne peuvent même pas  jouer «  le rôle de mémoire » que l’histoire leur confère. Les hommes d’État de l’exécutif ou du législatif ne le mentionnent même pas dans leurs discours officiels, ils font de la lâcheté. Pourtant, après 75 ans de négligence et d’oubli, l’état haïtien aurait dû être à l’offensive réclamant dommage et intérêt en faveur des 35.000 âmes haïtiennes injustement massacrées en Dominicanie. Les partis politiques, eux non plus n’agitent pas cette question, car leurs sources de financement viennent de la République Dominicaine.

On n’a qu’à  suivre  le nouveau schéma politique  mis en place par l’international après le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010, qui consista  à utiliser les offices du gouvernement dominicain pour représenter Haïti dans des assises internationales, en lieu et place des dirigeants haïtiens. Cette réalité choquante inspire certains analystes stratégiques haïtiens à interpréter ce revirement impérial  à un vaste complot dont l’essence est la banalisation d’Haïti. Cette banalisation est l’extension d’une politique brutale de vassalisation dont l’ancien président américain, Bill Clinton, a endossé l’entière responsabilité par la destruction de la capacité productive d’Haïti.

Le massacre de 1937 est un acte majeur qui allait définir les relations inégales entre les deux états qui habitent l’ile d’Haïti. Le lendemain du massacre, la balance stratégique qui cimenta l’équilibre géopolitique de l’ile s’est déplacée en faveur de la République Dominicaine. En fait, cet acte sanglant consacre l’un des objectifs de l’occupation simultanée des deux républiques, que fut la diminution de l’influence haïtienne dans le bassin des caraïbes. Les Etats-Unis, quoique tout-puissants, redoutaient toujours les velléités révolutionnaires des dirigeants haïtiens à aller à contre-courant du fameux « manifest destiny ».

Depuis le coup de force du 30 mai 1961, quand Trujillo fut sommairement exécuté, les investissements des compagnies américaines dans la production sucrière  eurent augmenté de façon exponentielle. D’après de persistantes rumeurs, Clinton et Gore (ancien vice-président américain) seraient  partie de potentiels investisseurs dans le secteur sucrier très rentable en République Dominicaine. Donc, l’affaiblissement économique et militaire d’Haïti, marque aussi la fin de la potentielle menace régionale, particulièrement dominicaine. A noter que Pamphile Delacroix, dans «  Mémoires pour servir à l’histoire de la révolution de Saint-Domingue », a déclaré que l’empereur Jean Jacques 1er rêvait de faire d’Haïti un empire.

Pour conclure, le massacre de 1937, dont  nous commémorons les 75 ans aujourd’hui, révèle la brutalité des élites dominicaines à l’ endroit des pauvres paysans haïtiens. Il consacre aussi la vision géopolitique impériale américaine dans sa croisade à exercer un contrôle total sur le continent américain. Pour cela, il faut éliminer toute prise de conscience et intentions révolutionnaires  chez tous les peuples de l’hémisphère américain.  Donc, Haïti, la grande référence en la matière doit être sacrifiée au profit du voisin Dominicain. Le massacre des 35.000 Haïtiens en 1937 s’insère dans cette logique d’affaiblissement continu d’Haïti, choix stratégique d’un certain courant raciste de domination. Dans ce contexte, un autre massacre reste encore, malheureusement, une possibilité.

Joël Léon

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Paris – Laurent Fabius, ministre socialiste des Affaires étrangères, a proposé Lundi 22 octobre à Paris, la réforme du recours au Droit de véto au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, préconisant que son usage soit réduit au seul cas où un état détenteur de ce droit était menacé d’une action hostile des instances internationales.

La France a une «proposition à faire est que le droit de veto soit utilisable quand il concerne uniquement le propre pays» dans le débat objet de la résolution, a déclaré M. Fabius sur le plateau du grand journal, commentant les vetos russe et chinois en faveur de la Syrie.

http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid3349-c-le-grand-journal.html?progid=745248

A Ecouter à partir de la 6eme minute

Le droit de véto est conféré exclusivement aux cinq états membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, France, Royaume Uni, Chine et Russie) et permet à son détenteur de faire opposition à l‘adoption d‘une résolution qui lui est hostile, quelle que soit l’opinion majoritaire au Conseil. Les cinq membres permanents exercent ce droit quand ils votent négativement, mais une abstention ou une absence n’est pas considérée comme un veto.

Pour les votes concernant les questions de procédure, le droit de veto ne peut pas être exercé, ce qui permet ainsi au Conseil de pouvoir débattre d’un projet de résolution même s’il est fort probable qu’un des cinq y mette son veto.

La France «in due course»

Le système du veto a été établi pour protéger les intérêts des membres fondateurs de l’ONU sortis victorieux de la II me Guerre mondiale. À la Conférence de Dumbarton Oaks en 1944 qui a prévalu à la création de l’ONU, il avait été décidé que les représentants de la République de Chine, des Etats Unis, du Royaume Uni, de l’Union soviétique, et, «in due course», de la France seraient des membres permanents.

Afin de maintenir la suprématie occidentale dans la gestion des affaires du monde, il avait été décidé à l’époque que la France, même battue et occupée par l’Allemagne nazie, avait joué un rôle primordial en tant que membre permanent de la défunte Société des Nations, et, que sa place se justifiait parmi les cinq grands en tant que puissance coloniale disposant d’un vaste empire.

Depuis la création de l’ONU, la majorité des veto au Conseil de sécurité ont été exercés par l’Union soviétique. Toutefois depuis la chute du Mur de Berlin, en 1989, les Etats-Unis se sont substitués à la défunte Union soviétique dans l’usage du droit de Veto.

En 15 ans (entre 1989 et 2004), soit de la chute du Mur de Berlin à l’invasion américaine de l’Irak, correspondant à quinze ans d’unilatéralisme américain, 19 veto ont été mis dont:

Etats-Unis: 13 fois (11 fois par rapport à Israël, 1 fois par rapport à la Bosnie-Herzégovine, 1 fois par rapport au Panama)

Union Soviétique puis Russie: 3 fois (2 fois par rapport à Chypre, 1 fois par rapport à la Bosnie-Herzégovine)

A Fin février 2011, le veto a été utilisé 264 fois avec, par ordre d’importance:

-124 fois par l’Union soviétique/ Russie

-82 fois par les Etats-Unis

-32 fois par le Royaume-Uni

-18 fois par la France, particulièrement lords de la guerre d’Algérie où la France a pratiqué la politique de la chaise vide, s’abstenant de prendre part à faux débats sur la question.

-6 fois par la Chine

Il en découle que les pays occidentaux ont fait usage du droit de veto 132 fois contre 124 fois et qu’ils sont donc bénéficiaires de ce passe-droit, qui leur a permis de bloquer l’admission de la Palestine en tant que membre de plein droit de l’organisation internationale, sans le prédécesseur de Laurent Fabius à l’époque ni probablement son successeur demain juge opportun de soulever le bien-fondé de l’usage du Droit de véto, particulièrement lorsqu’ll est le fait des Etats-Unis bloquant, par exemple, une résolution ordonnant la destruction les colonies israéliennes édifiées illégalement sur le territoire palestinien.

Qu’un pays repêché in extremis dans ses droits souverains, de surcroît ayant perdu la justification de ce droit, l’empire colonial, ait l’outrecuidance de suggérer la modification de l’usage du droit de veto dont il a été largement et abusivement bénéficiaire, sans s’interroger sur son propre comportement, sans que la presse nationale ne pose la question de la pertinence de cette proposition et le bien-fondé de l’opportunisme de son auteur dénote une grave altération de la fonction critique de la classe politico-médiatique.

A l’analyse, la proposition de Laurent Fabius de reformer l’usage du droit de véto au Conseil de sécurité s’est révélée être ce que son auteur a voulu qu’elle soit: un bobard diplomatique pour enfumage médiatique.

Alors Laurent Fabius, cherchez-vous par ce biais à priver la Russie de son droit de véto en faveur de la Syrie, et, par ricochet, priver Israël de son bouclier diplomatique américain? Chiche, Monsieur le super-capé de la méritocratie française.

Pour aller plus loin, ci-joint un des derniers avatars de la France du fait d’un gouvernement socialiste

http://www.renenaba.com/lexpedition-de-suez-ou-le-glas-de-l-ere-coloniale/

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

VIDÉO: Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde

octobre 24th, 2012 by Jérôme Fritel

Plus qu’une banque, Goldman Sachs est un empire invisible riche de 700 milliards d’euros d’actifs, soit deux fois le budget de la France. On l’appelle “la Firme”, comme dans les romans d’espionnage des années 1980. Après s’être enrichie pendant la crise des subprimes en pariant sur la faillite des ménages américains, elle a été l’un des instigateurs de la crise de l’euro en maquillant les comptes de la Grèce puis en misant contre la monnaie unique. Un empire de l’argent sur lequel le soleil ne se couche jamais, qui a transformé la planète en un vaste casino. Grâce à son réseau d’influence unique au monde, et son armée de 30 000 moines-banquiers, Goldman Sachs a su profiter de la crise pour accroître sa puissance financière, augmenter son emprise sur les gouvernements et bénéficier de l’impunité des justices américaine et européennes.

(France, 2012, 75mn)
ARTE F

 

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

L’excellent Nigel Farage interviewé sur BBC World News le 15 Octobre 2012 pour réagir à la nomination du Prix Nobel de la paix décerné à l’Union Européenne.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le Ministre de la Défense des Etats-Unis, Léon Panetta, se trouvait récemment en Uruguay, où il a parlé du besoin de renforcer les forces de police de l’hémisphère sud. Cette politique envisagée connaît un précédent, pratiquement inconnu dans ce pays, mais qui donne une indication potentielle de ce qui attend les gouvernements d’Amérique Latine désireux de coopérer avec les institutions de défense de leur voisin du Nord.

Dans les années 1960, Washington a initié un programme d’entraînement sur dix ans pour la police de l’Uruguay, aidant à la faire passer d’une force faible et sous-financée à un instrument de répression efficace. Cette métamorphose a coïncidé avec la descente de l’Uruguay, pays auparavant démocratique, dans la dictature. Ainsi, dès que les Etats-Unis eurent terminé leur travail, « la Suisse de l’Amérique Latine » devint le premier pays au monde en nombre de détenus politiques par tête d’habitant.

Panetta a livré ses remarques à Punta del Este, où l’Alliance pour le Progrès a été lancée en 1961. Destiné à augmenter le niveau des revenus et à promouvoir la réforme foncière en Amérique Latine, le programme du Président Kennedy reflétait très précisément son agenda – à peu près autant que la poignée de main d’Obama à Chavez annonçait un « tournant amical » dans les relations entre les Etats-Unis et l’Amérique Latine. Ici bas, sur Terre, Obama s’est assuré que le régime hondurien actuel vole avec succès la dernière élection. Dans le sillage de cette fraude, des escadrons de la mort parcourent le pays, assassinant avocats et militants des droits de l’homme.

L’administration Kennedy, pour sa part, a supervisé, au sein de la structure de l’Alliance, la critique d’un plan de développement pour l’Uruguay, qui a été effectivement abandonné avant son achèvement. Aucune de ses recommandations n’a jamais été mise en œuvre, puisque d’autres questions ont eu la priorité. En 1962, Kennedy a créé l’Office of Public Safety (OPS) [le bureau de la sûreté publique], supervisé de loin par USAID (l’Agence des Etats-Unis pour le Développement International), et qui était responsable du Programme du Sûreté Publique (PSP) de l’Uruguay, entre 1964 et 1974.

Le PSP était un programme d’entraînement pour la police uruguayenne, qui recevait son instruction à la fois aux Etats-Unis et en Uruguay, et faisait partie d’une initiative générale pour combattre le terrorisme et le crime urbains en augmentation. Du moins, c’était l’explication officielle. Cependant, des documents du gouvernement des Etats-Unis racontent une histoire différente. Un exemple : six mois après le début de ce programme, les responsables de USAID à Montevideo expliquèrent que « l’Uruguay avait bénéficié d’un état de sécurité relativement pacifique pendant de nombreuses années », et que « aucune menace active d’insurrection n’existe ». Dans la version 2012 de cette histoire, Panetta présente les trafiquants de drogue et les insurgés comme les deux dangers jumeaux qui nécessitent la réorganisation des escadrons de la police. Mais si le passé peut servir de guide, ces affirmations devraient rencontrer le plus grand scepticisme.

Les Tuparamos, un groupe politique d’extrême gauche, sont souvent considérés comme la principale cible du PSP. Ils ont passé leurs premières années à s’organiser et à attaquer des banques et des caches d’armes pour obtenir des fonds et des armes. Ensuite, ils ont commencé à kidnapper des fonctionnaires de premier plan, à commencer par le chef de la compagnie téléphonique d’Etat – qui était aussi un ami proche et un conseiller du Président Jorge Pacheco Areco – en août 1968. Mais les guérilleros n’ont capturé leur otage qu’après que Pacheco eut sévi contre les périodiques et les partis de gauche, déclarant un état d’urgence qui autorisait le gouvernement à utiliser à volonté de « pouvoirs spéciaux ». Plusieurs années auparavant, un certain nombre d’observateurs avaient fait remarquer que la démocratie en Uruguay se défaisait. L’un deux observait en 1965 que, tandis qu’un couple de « partis politiques ont dominé la scène uruguayenne pendant plus de 100 ans », partis effectivement identiques, que « peu de différence politique » caractérisait, leur objectif commun n’incluaient pas d’agir pour remédier à « la récession industrielle continuelle, au chômage en augmentation constante [.] et à un coût de la vie qui monte en flèche » – la réalité à l’époque. Les implications radicales de cette analyse – qui était celle de la CIA – sont évidentes : pour améliorer la vie des Uruguayens, des actions devaient être entreprises à l’extérieur des canaux politiques établis, étant donné que les deux partis politiques essentiels ne faisaient rien et qu’ils encourageaient en fait l’aggravation de l’austérité. Les Tupamaros, bien sûr, étaient d’accord avec la CIA sur ce point, mais ces groupes avaient une vision divergente quant à l’avenir. Tandis que les rebelles souhaitaient voir les conditions s’améliorer dans le contexte d’un meilleur ordre social, Washington voulait empêcher les Uruguayens ne serait-ce que de protester contre « la récession industrielle continuelle » dont ils souffraient.

Un réexamen de ces fameux documents gouvernementaux rend évident que le PSP a visé les Uruguayens en général, et pas seulement les Tupamaros. Une fois encore, les premiers rapports de USAID en provenance de Montevideo décrivaient le climat « relativement pacifique » qui y prévalait, et les mémos suivants prenaient note avant tout de « grèves, de réunions publiques et de manifestations », comprises par les responsables comme provenant des « problèmes financiers » croissants. Le but de Washington était de suivre la capacité de la police entraînée par le PSP à contrôler ces manifestants – « des terroristes urbains » en argot de l’establishment politique washingtonien – au moyen du « strict contrôle des foules, d’une forte représentation de policiers dans toutes les manifestations et de l’usage immédiat de la force pour empêcher l’escalade au stade d’émeute ». « Les techniques préventives sont utilisées efficacement », concluait l’un des mémos de USAID. Les étudiants [policiers] apprenaient très bien leurs leçons.

Peu de choses avaient changé en Uruguay en 1969, lorsque l’officiel nord-américain Dan Mitrione arriva pour superviser l’entraînement de la police. Ecrivant à Washington à la fin de cette année-là, il expliqua : « Aujourd’hui, la vie semble normale dans les rues de Montevideo, et le vrai problème auquel la police est confrontée est le nombre d’attaques contre des policiers [.] » Le « vrai problème », répétait-il lourdement, n’était pas que le gouvernement uruguayen, quasiment un système à parti unique, forçait ses citoyens à supporter les choix sévères qu’impose une économie ruinée. Le problème était que les Uruguayens manifestaient contre ces conditions. Le gouvernement des Etats-Unis entraînait la police uruguayenne à les punir pour ce crime – une punition qui ne ferait qu’aller en s’intensifiant alors que peu de personnes n’osaient riposter contre leurs agresseurs. Mitrione lui-même comprenait bien les affaires de discipline. Sa réputation, dans certains cercles, était celle d’un maître de la torture.

Il avait une devise simple : « La douleur précise, à l’endroit précis, à dose précise, pour l’effet désiré ». Selon un agent double cubain qui travaillait à la fois pour la CIA et l’Uruguay, il était fier de ses capacités. Cet homme a participé à l’un des séminaires de Mitrione. Quatre sans-abri furent ramassés dans la rue pour l’occasion. Ils furent d’abord utilisés pour montrer les effets « de différents voltages sur différentes parties du corps humain ». Ensuite, vint une démonstration sur les fonctions émétiques. Une fois qu’ils avaient fini de vomir, on les forçait à ingérer un autre produit chimique. A la fin, tous les sujets sont morts. En conséquence, les Tupamaros kidnappèrent Mitrione en juillet 1970 et le tuèrent dans les premiers jours d’août. Deux mois plus tard, le Sénat uruguayen publia un rapport indiquant que la police de Montevideo avait torturé ses prisonniers sur une base régulière. A partir de juin 1973, le Président Bordaberry – que Washington avait aidé, lors de l’élection de 1971, en supprimant ses opposants de gauche – acheva la transformation. L’Uruguay était devenu une dictature.

Ceux qui souhaiteraient en découvrir plus sur cette période devraient lire Killing Hope de William Blum, qui contient un chapitre puissant caractéristique sur le déclin uruguayen qui fut facilité par les Etats-Unis. Alors qu’il est trop tôt pour dire exactement comment marchera le plan de Panetta, discuté dans la Déclaration de politique de défense pour l’hémisphère occidental[1], il y a un résultat qui semble garanti. Si le gouvernement [des Etats-Unis] réussit à mettre en œuvre sa nouvelle politique « de sécurité » dans l’hémisphère sud, alors la vague rose en Amérique Latine – en référence à ses dirigeants politiques qui penchent à gauche – tournera rouge, avec le sang des campesinos [paysans], des féministes, des activistes et des guérilleros assassinés, et celui de tous ceux que l’on peut sacrifier selon le cruel calcul pour le pouvoir.

Nick Alexandrov

Article original en anglais:  “The Pentagon’s New Plan to Confront Latin America’s Pink Tide”, le 21 octobre 2012

Traduction : JFG  Questions Critiques

[1] Cette déclaration a été publiée le 5 octobre 2012 par le Department of Defense (DoD) [ministère de la défense] des Etats-Unis. « Le ministère de la défense des Etats-Unis a publié [.] le DoD Western Hemisphere Defense Policy Statement [déclaration de politique de défense pour l'hémisphère occidental]. Cette déclaration explique comment le Guide Stratégique de Défense de janvier 2012 façonnera l’engagement du DoD dans l’hémisphère occidental. « Dans l’hémisphère occidental, une transformation remarquable a eu lieu. Des pays font plus qu’auparavant pour promouvoir la paix et la stabilité, tant à l’intérieur de leurs frontières qu’au-delà d’elles », a déclaré le ministre de la défense Panetta. « Leurs efforts et leur vision fournissent aux Etats-Unis une occasion historique de renouveler et de renforcer nos partenariats de défense dans cette région ». Cette déclaration décrit également les objectifs de la politique de défense du DoD, visant à encourager des institutions de défense nationale, achevées et professionnelles ; à encourager l’intégration et l’interopérabilité entre les partenaires ; et à promouvoir les institutions de défense de l’hémisphère » (Source : DoD]

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le Venezuela et les merveilles de l’égalité

octobre 24th, 2012 by Robert Hunziker

Le président du Venezuela, Hugo Chávez, est l’un des présidents le plus diabolisé dans le monde. Pourtant, il est aussi le président latino-américain qui a le mieux réussi à faire émerger une part toujours plus grande de son pays. Figurez-vous !

Il y a un peu plus d’une semaine, Chávez a remporté son troisième mandat. NBC News : « Le vénézuélien Hugo Chávez remporte un troisième mandat et fait le serment de renforcer la révolution socialiste ». La participation électorale a été de 80% et Chávez a remporté 5[5]% des voix, contre 45% pour son opposant Henrique Capriles Radonski, qui gouverne l’Etat [de Miranda].

Selon la presse occidentale, le Venezuela est contrôlé de façon autocratique, la bureaucratie y est bouffie et le pays est rongé par les crimes violents. Mais Chávez est le premier dirigeant dont le peuple ressent vraiment qu’il se préoccupe au mieux de leurs intérêts. Voilà pourquoi ils sont sortis en masse pour soutenir sa réélection.
S’exprimant du balcon du Palais présidentiel néoclassique Miraflores, à Caracas, Chávez, brandissant l’épée de Simón Bolívar, a promis : « Le Venezuela poursuivra dans la voie du socialisme démocratique et bolivarien du XXIe siècle ». Le socialisme bolivarien tire son nom de Simón Bolívar, un chef militaire vénézuélien du XIXe siècle qui a triomphé du colonialisme de la monarchie espagnole. Le socialisme bolivarien du XIXe siècle se fonde sur les principes suivants : la démocratie et l’indépendance pour l’Amérique Latine, l’affranchissement des esclaves et la libération des peuples autochtones, la réforme foncière et l’éducation pour tous.
Que cela ait été publié ou non, c’est un quasi-fait que la presse occidentale pense que Chávez a frauduleusement truqué l’élection en sa faveur, mais un rédacteur américain de The Economist, Dan Rosenheck, entre en désaccord avec cette ligne de pensée. Selon lui, « Ce système aurait été plutôt difficile à manipuler. Il y avait une foule d’observateurs [...] L’opposition avait des gens dans tous les bureaux de vote [...] ». Rosenheck dit qu’il y a eu un très gros effort de l’opposition pour garantir une élection honnête, et il aurait été quasi-impossible de truquer le décompte réel de ce scrutin populaire. Aussi, le fait même que Chávez ait gagné de dix points a été décisif en lui-même.

Selon les observations de l’ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter, sur ces élections, « Je pense que les élections au Venezuela – bien que certaines personnes en aient critiqué les résultats qui disent que Hugo Chávez a gagné – il n’y a aucun doute dans notre esprit, ayant surveillé de très près le processus électoral, qu’il a gagné honnêtement. En fait, sur les 92 élections que nous avons surveillées, je dirais que le processus électoral au Venezuela est le meilleur au monde. Ils ont un système de vote vraiment merveilleux, où vous entrez [dans le bureau de vote], touchez un écran et votez comme vous voulez, et, instantanément, le résultat de cet écran tactile est enregistré et transmis par voie électronique au centre du comptage électoral. »
Chávez, qui a prouvé par le passé qu’il tient ses promesses électorales, a suivi les principes exposés au XIXe siècle par Simón Bolívar. Gabriel Furshong (responsable de « Justice pour la Colombie », basé à Londres) a visité les Missions vénézuéliennes de la classe ouvrière, c’est-à-dire les noyaux sociaux de développement autour des quartiers, dans des zones où le gouvernement a établi d’ambitieux programmes sociaux centrés sur l’éducation, la formation professionnelle, la nutrition et la santé. Selon Furshong, « Ces exemples visibles de progrès, dans un pays rempli de contradictions, sont des plus impressionnants ». Il s’est rendu dans une usine de chaussures et une usine textile, toutes deux des coopératives qui fonctionnent avec une efficacité remarquable. Il a passé du temps dans un projet agricole biologique qui est utilisé dans des buts à la fois pratiques et éducatifs, ainsi que dans une clinique libre pourvue en personnel par des médecins cubains, qui procurent des soins médicaux gratuits à des milliers de personnes, « dont beaucoup n’avaient jamais vu de médecin auparavant », dixit le Pr Wilfredo Roche, le directeur de ce projet.
Selon Arturo Contreras, un militant qui travaille avec les Cercles Bolivariens, « Le fossé entre les riches et les pauvres s’est résorbé ; nous sommes désormais le pays le plus égalitaire d’Amérique Latine » ; en outre, si l’on se fonde sur les rapports de la Banque Mondiale et de l’ONU, la pauvreté et l’inégalité ont baissé radicalement durant le régime de Chávez. Contreras soutient que « Chávez a montré aux gens que les riches bénéficiaient de tous les avantages aux dépens des pauvres ».

Selon la presse occidentale, Chávez et ceux de son genre, comme le Président bolivien Evo Morales, sont des socialistes chimériques qui ne voient que le rouge (qui se trouve être la couleur préférée de Chávez) et qui exploitent la réussite passée des classes supérieures. Newsweek (dont la publication semble être sous l’influence des révélations étasuniennes anti-Chávez) a été particulièrement efficace pour lancer des piques à Chávez. Par exemple, Newsweek a récemment (en octobre 2012) lancé une rumeur selon laquelle Chávez avait simulé son cancer pour gagner la sympathie des électeurs. Par contre, le Center for Economic and Policy Research [centre de recherche économique et politique], à Washington, soutient que Newsweek ne fait que des reportages négatifs sur le Venezuela : « Newsweek n’a jamais rapporté que le gouvernement vénézuélien avait divisé la pauvreté par deux, réduisant l’extrême pauvreté de 70%, ou même que le Venezuela a connu une forte croissance économique après que son gouvernement eut pris le contrôle du secteur pétrolier ».

Les économistes occidentaux prédisent continuellement la mort de l’économie du Venezuela, mais : « Les prédictions d’effondrement économique, sur les balances des paiements ou les crises de la dette, et autres pronostics sinistres, sans parler des nombreuses prévisions économiques, se sont régulièrement avérés faux ». Le redressement économique du Venezuela : est-il durable ? En septembre 2012, pour Mark Weisbrot et Jake Johnston, du centre de recherche économique et politique : « Nous considérons que la croissance économique actuelle du Venezuela est durable et qu’elle peut se poursuivre au rythme actuel, voire à un rythme encore plus soutenu, pendant de nombreuses années ».

Selon Global Finance et le World Factbook de la CIA, la photo de l’économie du Venezuela ressemble à ceci : Taux de chômage = 8% ; dette du gouvernement (dette publique/PIB) = 45,5% (par contre, la dette publique de l’Union Européenne est de 82,5%) ; l’inflation de base est de 21,7% ; en 2011, la croissance réelle du Venezuela a été de 4,2% et elle est montée à 5,6% pour le premier semestre 2012 ; le PIB par tête d’habitant est de 13.070 dollars. La situation fiscale et d’endettement favorable du Venezuela, avec un taux d’endettement très largement en dessous de celui des Etats-Unis et du Royaume-Uni, est meilleure que celle des pays européens, mais la notation S&P (Standard & Poor’s) du Venezuela pour ses obligations d’Etat est BB-, une note spéculative. Cela pourrait être le résultat du choix qu’a fait le Venezuela du socialisme et de son système socio-économique, de même que le penchant de Chávez pour la nationalisation des ressources naturelles. Par ailleurs, le taux d’inflation du pays est un problème qui doit être maîtrisé, sinon Chávez finira par perdre le soutien de sa base électorale. A cet égard, le taux d’inflation au Venezuela a baissé au cours du dernier trimestre pour atteindre un plus bas de quatre ans, à 13,7%.

Si l’on se fonde sur le fait que les bourses reflètent, et anticipent également, la performance économique, le Venezuela semble en forme, sous réserve que les actions vénézuéliennes ne soient pas poussées à la hausse par les pressions inflationnistes plus que par les revenus « réels ». Selon le Wall Street Journal, la bourse de Caracas est de loin celle qui a les meilleurs résultats au monde, atteignant un plus haut absolu en octobre 2012, et les obligations vénézuéliennes sont parmi les plus performantes des marchés émergents. Selon le site internet Emerging Markets : « En contraste aigu avec l’Europe, les taux d’endettement dans toute l’Amérique Latine sont faibles et en baisse, réduisant ainsi les besoins financiers des emprunteurs ». Le capitalisme vénézuélien prospère au milieu d’un gouvernement socialiste, et selon Russell Dallen, de Caracas Capital Markets, « Le Venezuela est la patrie de quelques sociétés vraiment superbes, même si celles-si se trouvent être dans un mauvais environnement ».

La représentation que fait la presse nord-américaine du Venezuela est celle d’un de ces vieux scénarios, façon Far West, d’échange de coups de feux dans les rues de Caracas, mais cette caractérisation est hypocrite. Les Etats-Unis ont 5% de la population mondiale et 25% de la population incarcérée dans le monde (Source: MSNBC). Selon Nationmaster, une source de données qui réunit l’information institutionnelle en provenance de diverses sources comme le CIA World Factbook, l’ONU et l’OCDE, le Venezuela est classé de façon significative derrière les Etats-Unis dans pratiquement toutes les catégories des principaux crimes. Par exemple, sur la base d’une classification mondiale : (1) les Etats-Unis sont numéro un pour la plupart des poursuites judiciaires, alors que le Venezuela est classé 23ème ; (2) en nombre de détenus, les Etats-Unis sont numéro 1 et le Venezuela 22ème ; (3) pour l’ensemble des crimes, les Etats-Unis sont numéro 1 et le Venezuela est 30ème ; (4) en nombre de détenus par tête d’habitant, les Etats-Unis sont numéro 1 et le Venezuela est 107ème ; (5) en matière de fraudes, les Etats-Unis sont numéro 2 et le Venezuela est 23ème. Toutefois, le taux d’homicides au Venezuela est 10 fois plus élevé qu’aux Etats-Unis, 48 contre 4,8 pour 100.000 habitants en 2010, et celui-ci continue d’augmenter. L’une des promesses de campagne de Chávez est de le réduire.

Selon Seumas Milne, rédacteur associé au Guardian, la victoire de Chávez est ressentie ainsi dans le monde : La victoire de Chávez sera ressentie bien au-delà de l’Amérique Latine (9 octobre 2012), « La transformation de l’Amérique Latine est l’un des changements les plus concluants pour refaçonner l’ordre mondial. La marée de changement progressiste qui a balayé la région au cours de la dernière décennie a vu l’arrivée au pouvoir d’une kyrielle de gouvernements socialistes et socio-démocrates élus qui ont redistribué la richesse et le pouvoir, rejeté l’orthodoxie néolibérale occidentale et défier la domination impériale. Dans ce processus, ils ont commencé à construire la première Amérique du Sud véritablement indépendante depuis 500 ans et ont démontré au reste du monde qu’il y a, après tout, des alternatives économiques et sociales au XXIe siècle ».

Hugo Chávez, en conduisant le changement radical, a été central dans le processus d’innovation sociale dans toute l’Amérique Latine. Si Henrique Capriles, le challenger oligarque de Chávez, avait remporté l’élection, la révolution de l’Amérique Latine aurait connu un sérieux revers, programmes de privatisations et coupes sombres dans les programmes sociaux, similaires aux objectifs du Parti Républicain aux Etats-Unis qui est infesté par la droite. Selon Seumas Milne, « A Caracas, même les diplomates occidentaux chevronnés ont les yeux qui sortent des orbites face à l’absurdité de la propagande anti-Chávez dans les médias occidentaux ». Il est diabolisé parce qu’il est anti-néolibéral et opposé aux tendances capitalistes de remettre entre les mains de quelques aristocrates les richesses naturelles, comme le pétrole ou le bois de construction. Sa théorie est que ces richesses appartiennent au peuple de son pays, non aux riches individus ou aux grandes entreprises internationales. En détournant du contrôle de quelques privilégiés les revenus des ressources naturelles directement vers le gouvernement, Chávez a a) considérablement réduit la pauvreté, b) étendu massivement les soins de santé gratuits et l’éducation, c) poussé considérablement le salaire minimum et les pensions, d) tout en réduisant par deux le taux de chômage et e) en donnant aux communautés déshéritées le contrôle direct sur les programmes sociaux. En même temps, et en contraste flagrant, les démocraties occidentales vont dans la direction opposée !

Si l’on se base sur la supposition politique que les résultats électoraux correspondent aux promesses de campagne, il est clair que Chávez remporterait les élections présidentielles dans plusieurs pays capitalistes et démocratiques occidentaux où les mêmes programmes qu’il soutient sont soumis à des coupes et à des mesures d’austérité, voire qui n’existent tout simplement pas. Chose intéressante, Chávez a mené sa première tentative de renversement du gouvernement du Président Carlos Andres Perez, en 1992, au beau milieu d’une colère croissante contre des mesures économiques d’austérité similaires à celles qui hantent l’Europe aujourd’hui, mais il a finalement remporté le scrutin présidentiel en 1998.

La plupart des pronostiqueurs occidentaux ont eu tout faux sur l’élection vénézuélienne, en prétendant que l’aile progressiste était épuisée et assurée de perdre. Cependant, les gouvernements de gauche et de centre-gauche continuent d’être réélus, de l’Equateur au Brésil et à l’Argentine, parce qu’ils réduisent la pauvreté et l’inégalité en prenant le contrôle des ressources naturelles au bénéfice du peuple. L’Amérique Latine est en train de vivre le rêve, vieux de 200 ans, de Simón Bolívar.
Chávez a prouvé qu’il était le dirigeant de la gauche radicale le mieux élu de l’histoire, à un moment où le modèle socio-économique du capitalisme est en faillite, notamment dans plusieurs pays européens, tandis que le Venezuela et ses alliés latino-américains, qui s’enorgueillissent d’avoir des finances saines, ont institué des programmes sociaux innovants, des expériences de démocratie directe, et prouvé qu’il est possible d’être à la fois véritablement progressiste et démocratiquement populaire.

Robert Hunziker

Article original : “Venezuela and the Wonders of Equality”, le 22 octobre 2012

Traduction: JFG Questions Critiques

Robert Hunziker, ancien directeur de fonds spéculatif, est un négociateur indépendant sur le marché physique des matières premières. Il écrit pour des publications progressistes et des revues d’entreprises. Il a publié plusieurs articles dans CounterPunch, The Firebrand Magazine et Engineering & Mining Journal.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Russell Means (1939-2012) activiste Sioux n’est plus

octobre 24th, 2012 by Résistance 71

“L’univers qui contrôle toute vie a un équilibre mâle, femelle qui est prévalent sur notre grand-mère sacrée: la Terre.

Cet équilibre doit être reconnu et doit devenir le facteur déterminant dans toutes les décisions que chacun prend, qu’elles soient spirituelles, sociales, sanitaires, éducationnelles ou économiques.

Une fois que l’équilibre est devenu une partie intégrante de la vie de chacun, toute plannification, recherche, action directe, et suivi devient une suite logique. Les buts ciblés deviennent des réalités de manière consistante. De bonnes choses arrivent aux bonne personnes, rappelez-vous toujours que le temps est de votre côté.

Mitakuye Oyasin (Nous sommes tous inter-reliés)”

(Russell Means, repose en paix – 10 Novembre 1939~22 Octobre 2012)

 

Les Etats-Unis ne sont qu’une grande réserve indienne et nous sommes tous dedans. Ainsi pensait Russell Means (Oglala, Lakota Sioux), activiste politique légendaire, leader du American Indian Movement (AIM) dans les années 1970, dont il fut un des fondateurs avec son compère Dennis Banks et accessoirement acteur de cinéma (rôle de Chingakook dans “Le Dernier des Mohicans” aux côtés de Daniel Day Lewis). Means mena le blocage du QG du Bureau of Indian Affairs (BIA) à Washington D.C en 1972 et fut un des activistes qui tint tête au gouvernement américain et ses forces de l’ordre à Wounded Knee en 1973 dans la Dakota du Sud, sur le territoire de la réserve de Pine Ridge, au même endroit qui vit le massacre en 1890 de plus de 200 Sioux Lakota, hommes, femmes, enfants et vieillards par le 7ème de cavalerie de l’armée des Etats-Unis.

L’Amérindien Russell Means a donné une interview édifiante de 90 minutes expliquant comment les nations natives de l’Amérique du nord et les Américains eux-mêmes de manière générale, sont tous emprisonnés dans une énorme réserve. Means fut le leader de la République des Lakotas, un mouvement politique qui a déclaré son indépendance des Etats-Unis et a refusé de reconnaître l’autorité de ses présidents ou de ses gouvernements, se retirant de manière unilatérale de tous les traités signés avec le gouvernement fédéral et redéfinisant ses frontières, qui couvrent  des milliers de kilomètres carrés entre les états du Dakota du nord, Dakota du sud, le Nebraska, le Wyoming et le Montana.

Means a expliqué comment les Amérindiens ont été mis en esclavage dans des camps de prisonniers de facto ceci étant le résultat de la restriction de leur ressource de nourriture par le gouvernement fédéral et l’application de tactiques colonialistes, un processus qui a maintenant aussi été infligé sur les Etats-Unis dans leur ensemble, ceux-ci sont maintenant devenus une “énorme réserve indienne”, d’après Means.

Means a prévenu que les Américains avaient complètement perdu la capacité de toute pensée critique et que chaque génération devient moins responsable que la précédente et en conséquence moins libre en ignorant un document presque parfait: la constitution, qui est en fait un dérivé des lois natives (n’oublions pas que Benjamin Franklin s’inspira beaucoup de la constitution des nations Haudonosaunee ou iroquoises pour écrire la constitution des Etats-Unis. La constitution iroquoise ou « La grande loi de la paix » existe depuis environ l’an 1000 et est la plus vieille  constitution de l’histoire de l’humanité.). Dans son interview, Means fait la chronique des pertes de libertés depuis les années 1840, année qui marque la naissance des corporations, la déclaration de la loi martiale par Lincoln, jusque vers la fin du XIXème siècle et dans le XXème siècle lorsque le congrès américain “commença à donner le droit aux banques à régner sans partage” et que les intérêts privés commencèrent à imprimer la monnaie et à mettre tout le monde sous la coupe tyrannique de la dette.

Vidéo interview de Russel Means (96 min): “Bienvenue dans la réserve” (Welcome to the reservation)

La vidéo est en anglais. Il est possible d’activer les sous-titres en français en cliquant sour l’icône “captions”, en sélectionnant d’abord de mettre les sous-titres en anglais, puis de cliquer sur “translate” puis choisir “French, français” dans le menu.

Avertissement: le sous-titrage français est très approximatif…

Russel Means a publié (avec le journaliste Marvin J. Wolf) en 1995 son autobiographie “Where White Men Fear to Tread” que l’on pourrait traduire par “Là où les hommes blancs ont peur de s’aventurer”, qui raconte de manière franche et sans détours sa vie, son activisme, ses forces et ses faiblesses (qui furent nombreuses de son propre aveu).

Son style franc et direct ne lui a pas fait que des amis, mais il n’en était que plus respectable pour cela.

Là où Gandhi répondait à un journaliste anglais qui lui avait demandé ce qu’il pensait de la civilisation occidentale en lui disant que “c’était une bonne idée”, Russel Means dans son livre disait ceci:

“La meilleure mesure de la civilisation occidentale n’est pas les mathématiques, ou quoi que ce soit dans cette ligne de pensée, ou l’agriculture ou les systèmes politiques ou la théologie ou la philosophie. La ‘civilisation’ dans l’esprit occidental est fait de police et de prison. Elles représentent loi et ordre.”

Autre extrait du livre sur l’arrogance et le racisme blanc envers les afro-américains et les natifs.

“… Nous sommes des attractions touristiques. Jusqu’à ce jour, des femmes, jamais des hommes, viennent vers moi quand je porte mes cheveux en tresses et viennent les tirer. Jusqu’au moment des années 1960 et le Black Power Movement, certaines femmes blanches avaient pour habitude d’attrapper les petits enfants noirs américains et leur caressaient la tête. Elles ne font plus cela maintenant, mais quand elles voient un indien portant ses cheveux en tresses, elles vont aller droit vers lui et vont lui tirer les tresses. Ceci représente une violation de ma personne, et j’ai appris une façon de l’arrêter. Quand une femme s’approche, me prend les tresses et dit: “que c’est mignon”, je lui met la main sur la poitrine et dis: “que c’est mignon !”. Elle ne me touchera plus jamais.”

Hoka Hey Russell tu fus et demeures une inspiration pour beaucoup !

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Show électoral aux USA

octobre 24th, 2012 by Thierry Meyssan

Au cours des 30 dernières années, aucune élection présidentielle US n’a marqué de changement dans la politique extérieure de Washington. Les décisions importantes ont toujours été prises en dehors de cette échéance. Il est tout à fait évident que le président est le maître d’œuvre d’une politique dont il n’est pas le décideur. L’impérialisme yankee seous les quatre ans, l’élection du président des États-Unis donne lieu à un show planétaire. La presse dominante parvient à convaincre l’opinion publique internationale que le peuple états-unien désigne démocratiquement l’homme qui dirigera les affaires du monde.

Dans certains pays, notamment en Europe, la couverture médiatique de cet événement est aussi, sinon plus, importante que celle de l’élection du chef d’État local. Implicitement, la presse insinue que si ces États sont des démocraties, leurs citoyens ne décident pas de leur avenir, lequel dépend du bon vouloir de l’hôte de la Maison-Blanche. Mais alors, en quoi ces États sont-ils des démocraties ?

C’est que l’on confond scrutin électoral et démocratie. Cette remarque s’applique aussi aux États-Unis. Leur grand show électoral serait la preuve qu’ils sont une démocratie vivante. Ce n’est évidemment que poudre aux yeux. Contrairement à une idée répandue, le président des États-Unis n’est pas élu par son peuple, ni directement, ni au second degré. Le peuple US n’est pas souverain et les citoyens ne sont pas électeurs. Le président est choisi par un collège de 538 personnes, les seuls électeurs, désignés par les États fédérés, les seuls souverains. Au fur et à mesure du temps, l’habitude a été prise par les États fédérés de consulter leurs citoyens avant de désigner le collège d’électeurs. L’affaire Gore contre Bush (2000) aura rappelé que l’avis des citoyens n’est que consultatif. La Cour suprême a considéré qu’elle n’avait pas à attendre le recomptage des voix en Floride pour proclamer le vainqueur. Pour elle, seul importait que l’État de Floride désigne ses électeurs, et pas du tout de savoir ce qu’en pensaient ses habitants.

L’illusion ne s’arrête pas là. Lorsque George W. Bush logeait à la Maison-Blanche, personne n’imaginait qu’un homme aussi inculte et incompétent puisse exercer la réalité du pouvoir. Chacun pensait qu’une discrète équipe l’exerçait pour lui. Pourtant, lorsque Barack Obama lui a succédé, beaucoup ont déduit que puisqu’il était plus intelligent, il était le pouvoir. Mais comment croire que l’équipe qui exerçait le pouvoir sous Bush y aurait spontanément renoncé sous Obama ?

Regardons un instant l’agenda du président US : audiences, discours et inaugurations se succèdent sans interruption. A quel moment cet homme aurait t-il le temps de s’informer sur les sujets à propos desquels il lit des discours ? Il n’est pas plus président que les présentateurs des journaux télévisés ne sont journalistes. Ils font en fait le même métier : lecteurs de prompteurs.

Pourtant, nous sentons confusément que le show Obama-Romney n’est pas uniquement un spectacle ; que quelque chose se décide. En effet, dans le système constitutionnel US, la première fonction du président, c’est de nommer les titulaires de plus de 6 000 postes. L’alternance politique s’apparente ainsi à une vaste migration des élites. Des milliers de hauts fonctionnaires et des dizaines de milliers d’assistants et de conseillers pourraient être renvoyés au profit de nouveaux, qui seraient majoritairement des anciens de l’ère Bush. L’élection présidentielle US détermine les carrières personnelles de tous ces gens. Et avec elles, son cortège de corruption en faveur de telles ou telles multinationales. Il y a donc des raisons d’investir de l’argent, beaucoup d’argent dans ce duel.

Et la politique internationale dans tout cela ? Au cours des dernières années, les changements ne sont pas survenus lors des élections présidentielles, mais durant les mandats. Bill Clinton (1993-2000) devait poursuivre la réduction des budgets militaires après la disparition de l’URSS et apporter la prospérité économique, mais en 1995 il procéda au réarmement des États-Unis. George W. Bush (2001-2008) devait rationaliser le Pentagone et mener une « guerre sans fin », mais fin 2006, il stoppa le processus de privatisation du Pentagone et commença à préparer les retraits d’Afghanistan et d’Irak. Barack Obama (2009-2012) devait poursuivre le retrait et redémarrer à zéro les relations avec la Russie et le monde musulman. Finalement, il a construit le bouclier antimissile et soutenu une révolution colorée en Égypte et des guerres en Libye et en Syrie. Chaque fois, les lecteurs de prompteurs ont opéré sans états d’âme des virages à 180 degrés, trahissant toutes les promesses faites à leur peuple.

Le problème de la classe dirigeante US est de trouver le lecteur de prompteur le plus adapté pour justifier les prochains virages politiques. En ce sens Romney représente une nouvelle rhétorique. Il ne cesse de réaffirmer que l’Amérique a vocation à diriger le monde, tandis qu’Obama admet que le monde puisse être ordonné par le droit international. L’actuel président essaye de résoudre les problèmes économiques en réduisant significativement les dépenses militaires et en transférant le fardeau de la guerre sur ses alliés. Par exemple, il a sous-traité la destruction de la Libye aux Français et aux Britanniques. Au contraire, Romney affirme que, pour fonctionner, l’économie US a besoin que ses forces armées patrouillent dans les airs et dans toutes les eaux internationales. Par conséquent, il entend maintenir le niveau des dépenses militaires, à la fois malgré la crise et pour la résoudre.

Quelle que soit l’option choisie, le fond ne changera pas. Les États-Unis veulent se dégager du Proche-Orient dont ils sont devenus moins dépendants au plan énergétique. Ils ne pourront le faire qu’en partageant cette région avec la Russie. S’il reste à la Maison-Blanche, Obama présentera cette évolution comme un progrès du multilatéralisme. Si Romney le remplace, il prétendra mener une stratégie reaganienne et attacher un fil à la patte de l’Ours russe pour l’empêtrer dans des conflits interminables. En définitive, sur ce sujet et sur les autres, la seule conséquence de l’élection présidentielle US sera le choix des arguments utilisés pour nous convaincre que l’Amérique est une démocratie agissant avec puissance et bienveillance. De quoi nous plaignons-nous ?

Thierry Meyssan

Source originale : Tichreen (Syrie)

 

 

Des milliers de manifestant ont défilé à Lisbonne devant l’Assemblée nationale et la résidence du premier ministre, pendant que le gouvernement annonçait, lundi, les propositions budgétaires les plus sévères depuis des décennies. Le projet de budget pour la période 2013 va enlever l’équivalent d’un mois de salaire aux travailleurs les plus faiblement rémunérés et jusqu’à trois mois aux professions libérales.

Les nouvelles mesures annoncées par le ministre des Finances du Portugal, Vitor Gaspar, comprennent :

• Une majoration exceptionnelle de l’impôt sur le revenu de 4 pour cent.

• Une réduction des tranches d’imposition de l’impôt sur le revenu du Portugal qui passent de huit à cinq, ce qui signifie que ceux qui gagnent jusqu’à 7 000 € par an seront taxés à 14,5 pour cent et ceux entre 7 000 € et 20 000 € à 28,5 pour cent.

• Des allocation de chômage réduites de 6 pour cent et des prestations de maladie de 5 pour cent.

• Les pensions supérieures à 1 350 € par mois seront réduites de 3,5 pour cent et celles de plus de 1 800 € de 16 pour cent.

• L’âge de la retraite pour les employés du secteur public est repoussé à 65 ans, contre une moyenne de 63 ans précédemment, pour l’aligner sur celui du secteur privé.

• Les dépenses publiques seront réduites de 2,7 milliards € l’année prochaine, et le budget de la santé sera réduit de près de 20 pour cent par rapport à 2012.

• Le secteur public va licencier 3 pour cent de ses travailleurs et dans le cas des chemins de fer publics nationaux, du métro et des compagnies de transport de bus, le chiffre “devrait être de 20 pour cent” suivant la “capacité des entités financières à pourvoir à leur compensation. ”

• La subvention aux entreprises de médias publics dont RTP et Lusa sera réduite de près de moitié à 65 millions €.

• Les contrats de travail temporaire dans le secteur public seront réduits de moitié d’ici à décembre 2013.

• La rémunération des heures supplémentaires et du travail les jours fériés passera de 150 pour cent du taux normal à 125 pour cent.

• Le nombre d’heures supplémentaires travaillées dans la fonction publique sera divisé par deux.

• Les entreprises publiques devront économiser au moins 50 pour cent de leurs dépenses pour frais de voyage, de subsistance et d’hébergement.

• L’interdiction des bonus aux gestionnaires du secteur public va se poursuivre.

• L’augmentation des taxes sur les carburants diesel et essence.

• La taxe sur les véhicules routiers va augmenter jusqu’à 10 pour cent.

• Les allocations de décès sont plafonnées à un maximum de 1 258 €.

• La renégociation des partenariats public-privé afin de réduire les coûts d’au moins 250 millions € (environ 30 pour cent).

• L’augmentation des taxes foncières.

Gaspar a déclaré que le nouveau budget était le “seul possible” et que “la marge de manœuvre pour des décisions unilatérales est inexistante ; un rejet du budget 2013 signifierait un rejet du plan de sauvetage.”

Le Portugal a reçu environ 80 pour cent des 78 milliards € (102 milliards $) du plan de sauvetage approuvé avec la troïka (Union européenne, Fonds monétaire International, Banque centrale européenne), le reste devant être payé avant juillet 2014. En contrepartie, le pays a reçu l’ordre de réduire son déficit budgétaire à 4,5 pour cent du PIB en 2013, puis à l’objectif européen de 3 pour cent, en imposant des mesures d’austérité brutales. Le mois dernier, la troïka a accepté de ramener l’objectif de réduction pour 2012 de 4,5 pour cent à 5 pour cent après que les chiffres ont montré que le déficit pour la première moitié de 2012 s’établissait à 6,8 pour cent.

Ces nouvelles propositions vont entraîner le Portugal plus profondément dans l’austérité et aggraveront la récession. Elle augmentera le risque d’un autre programme de renflouement, d’un défaut de paiement de la dette ou d’un départ de la zone euro. L’économie du pays est en récession depuis sept trimestres consécutifs et l’économie devrait se contracter de 3 pour cent cette année et de 1 pour cent l’an prochain. Le chômage officiel a grimpé à près de 16 pour cent et il est beaucoup plus élevé encore chez les jeunes.

La hausse du chômage et le ralentissement de la consommation intérieure ont fait que les recettes fiscales ont baissé beaucoup plus que prévu. L’épargne bancaire portugaise a chuté de près de 10 pour cent cette année et le coût auquel le pays emprunte est resté à des taux astronomiquement élevés.

Selon la porte-parole de Capital Economics, Jennifer McKeown, “Nous pensons toujours que le Portugal est susceptible d’avoir besoin d’un autre plan de sauvetage si l’on veut éviter un défaut dans le désordre et la sortie de la zone euro ; et si la troïka insiste pour encore plus d’austérité, en premier lieu, cela sera extrêmement difficile à mettre en œuvre. Si la Grèce quitte la zone euro, le Portugal demeure le candidat suivant le plus probable.”

Les nouvelles propositions budgétaires sont en train de rompre l’accord sur les mesures d’austérité entre la coalition au pouvoir du Parti social-démocrate – Parti populaire (PSD – CDS) et le Parti socialiste (PS), dans l’opposition, qui a accepté les termes du plan de sauvetage avant de perdre le pouvoir, l’an dernier.

Le dirigeant CDS de droite, Paulo Portas, a exigé des modifications du budget, moins de hausses d’impôt et plus de coupes dans les dépenses, avant que le budget ne soit approuvé, soit avant le 31 octobre. Les articles parus dans la presse suggèrent que les dirigeants du PSD et du CSD se sont réunis lundi soir pour discuter de l’avenir de la coalition, qui ne dispose de la majorité absolue que du fait de la participation du CDS.

Le président portugais issu du PSD, Aníbal Cavaco Silva, a critiqué le projet de budget en disant, “Dans les circonstances actuelles, il n’est pas correct d’exiger d’un pays soumis à un processus d’ajustement budgétaire qu’il respecte les objectifs à tout prix. ”

Le dirigeant du PS, António José Seguro, a qualifié le projet de budget de “ bombe atomique fiscale” et a déclaré que son parti pourrait voter contre. L’ancien président PS Jorge Sampaio a déclaré “à ce stade, tout le monde a réalisé que l’austérité détruisait le pays, les Portugais et leurs espoirs, leurs droits et pourrait même détruire la démocratie elle-même.”

La menace pour la démocratie, qu’ils évoquent, bien qu’indirectement, est la perspective d’une révolution sociale. L’opposition monte face aux mesures d’austérité brutales exigées par les banquiers, les grandes entreprises et l’Union européenne. Avant même les propositions actuelles, le niveau de vie du travailleur moyen a été réduit d’environ 24 pour cent.

Les plus grandes manifestations depuis la révolution portugaise de 1974, le 15 septembre, ont contraint Gaspar à retirer son budget précédent, qui comprenait des propositions visant à augmenter les cotisations des travailleurs à la sécurité sociale de 11 pour cent à 18 pour cent de leur rémunération. Des manifestations ont eu lieu dans 40 villes, organisées par l’intermédiaire des réseaux sociaux, sous le slogan “Non à l’enfer de la troïka, nous voulons retrouver nos vies. ” Il a y a eu des grèves continuelles dans le système de transport, dans les ports, dans les raffineries de pétrole et les hôpitaux et chez les agriculteurs et les petits entrepreneurs.

Les manifestations ont été organisées en dehors des syndicats. L’Union générale des travailleurs (UGT), alignée sur le PS a accepté les mesures d’austérité et signé avec le gouvernement des réformes du travail qui permettent la réduction des congés fériés, des indemnités de licenciement, des taux des heures supplémentaires et des indemnités de chômage, qui ont augmenté la flexibilité du travail et ont rendu plus facile pour les employeurs de licencier des travailleurs et de saper les négociations collectives. Le Secrétaire général de l’UGT, João Proença, a clairement fait comprendre qu’il était en désaccord avec le slogan “Dehors la troïka” parce qu’ “une aide extérieure” est toujours nécessaire.

La Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP) dirigée par le parti communiste se présente comme l’adversaire du budget, proclamant que c’est “une attaque contre la dignité du peuple.” Cependant, elle détourne les travailleurs vers des protestations inutiles et sans portée comme la “Marche contre le chômage, pour un Portugal avec un avenir” qui a pris fin le 13 octobre à Lisbonne. Les dirigeants du syndicat CGTP ont tenu des discours démagogiques lors du rassemblement, avec le Secrétaire général CGTP, Arménio Carlos, qui a prétendu que la marche était “un cri exigeant que le gouvernement prenne des mesures concrètes pour lutter contre le chômage et assurer un soutien social à tous les chômeurs. ”

Le budget a, bien sûr, adopté les “mesures concrètes”» exactement opposées. La CGTP a appelé à une grève générale pour le 14 novembre, deux semaines après le vote du budget.

 

Article original, WSWS, publié le 18 octobre 2012

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Deux attentats à la bombe survenus à Beyrouth, capitale libanaise, ont jeté le pays dans une crise, révélant encore davantage le danger que la guerre civile en Syrie ne déclenche un embrasement plus vaste à travers toute la région.

Vendredi 19 octobre, une explosion massive a tué huit personnes à Beyrouth dont un très haut gradé des Forces de sécurité interne, le brigadier général Wissam al-Hassan. Le bilan fait état de 78 personnes blessées lors de l’explosion qui a touché une patrouille motorisée qui passait dans le quartier historique chrétien de la ville.

Un responsable de la sécurité libanaise a dit aux journalistes qu’immédiatement avant son meurtre, Hassan était rentré d’une visite en France et en Allemagne. Au moment de l’attaque, il se serait déplacé dans un véhicule non blindé malgré les risques évidents associés à sa position et à la volatilité de la politique libanaise.

Le général al-Hassan a mené cette année une enquête impliquant un ancien ministre du gouvernement conduit par le Hezbollah au Liban dans un présumé complot avec des responsables syriens visant à perpétrer des attaques dans le pays. Le ministre faisant l’objet de l’enquête diligentée par Hassan, Michel Samaha, entretiendrait des relations de longue date avec les services secrets américains, français et syriens. Un ancien membre du mouvement des Phalanges fascistes durant la guerre civile libanaise, Samaha avait ces dernières années formé une alliance avec le Hezbollah.

Plusieurs politiciens influents libanais se sont empressés de rejeter la responsabilité de l’assassinat sur le gouvernement de la Syrie voisine. Saad al-Hariri, dirigeant du principal bloc d’opposition au Liban, a accusé le gouvernement de Damas d’être derrière le meurtre d’al-Hassan.

Hariri est le fils de Rafic al-Hariri, l’ancien premier ministre libanais qui avait été assassiné en 2005. Washington et ses alliés locaux avaient imputé ce meurtre à la Syrie, ce qui avait entraîné le retrait forcé des troupes syriennes du pays et la guerre israélienne contre le Liban en 2006. Le général Hassan était considéré être très proche de la famille Hariri et de son mouvement d’opposition du 14 Mars. Le corps d’Hassan a été enterré ce week-end aux côtés de celui de Rafic Hariri.

Le ministre de l’Information, Omran al-Zouebi, a condamné l’attentat en le qualifiant d’« acte terroriste lâche ».

Tout en montrant du doigt Damas, les politiciens pro-américains au Liban ont eu tôt fait de se servir de l’assassinat pour réclamer des protestations de masse contre le gouvernement mené par le Hezbollah. Exigeant la démission du premier ministre Najib Mikati, les figures de l’opposition libanaise ont essayé de profiter de l’attentat à la bombe de vendredi pour réclamer un nouveau gouvernement à Beyrouth qui adopterait une ligne plus dure à l’égard du régime du président syrien Bachar al-Assad.

En réaction aux pressions exercées par l’opposition, Mikati a fait semblant samedi de donner sa démission. Toutefois, le président libanais, Michel Sleimane, lui a demandé de rester à son poste « dans l’intérêt national. »

Une déclaration publiée par le mouvement chiite libanais Hezbollah qui représente le plus important parti de la coalition gouvernementale libanaise a fait état d’un « grand désarroi suite à ce crime horrible » et a exigé que les responsables politique et du renseignement attrapent les coupables.

A Washington, la porte-parole du Département d’Etat, Victoria Nuland, a condamné l’attentat de vendredi à Beyrouth tout en affirmant que les Etats-Unis ne disposaient d’aucune information quant aux agresseurs. Cependant, dans une critique à peine voilée à l’égard de la Syrie, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a précisé que l’assassinat d’Hassan était « un dangereux signe que certains cherchent encore à saper la sécurité du Liban. »

Face à la pression diplomatique émanant de Washington et de ses alliés, le gouvernement à Beyrouth a refusé de se joindre à la campagne menée par les Etats-Unis pour renverser le régime d’Assad. Depuis des décennies, le Hezbollah bénéficie du soutien de la Syrie et du gouvernement iranien.

La guerre par procuration soutenue par les Etats-Unis en Syrie a de nouveau mis à rude épreuve la paix précaire qui existe entre les factions politico-religieuses rivales au Liban. Le gouvernement mené par le Hezbollah et les partis d’opposition entrent de plus en plus souvent en conflit au sujet de la réaction à avoir face à la guerre civile en Syrie. Les combattants « rebelles », principalement les Islamistes, ont pu accéder à certaines parties du Liban pour lancer des attaques à l’intérieur de la Syrie et y approvisionner les forces de l’opposition.

Au cours du weekend, des manifestants se sont rassemblés à Beyrouth et dans d’autres villes et villages, bloquant les routes en brûlant des pneus et en s’affrontant à la police. Il y a eu des articles qui ont fait état de combats intenses dans la ville de Tripoli, dans le Nord du Liban, un centre d’opposition contre le gouvernement mené par le Hezbollah et un bastion pour le soutien à l’opposition syrienne.

Alors que les protestations anti-syriennes et anti-Hezbollah se déroulaient dimanche, un nouvel attentat s’est produit à Beyrouth. Une voiture piégée a explosé devant un poste de police dans le même quartier chrétien animé de la ville en faisant au moins 13 morts et un bien plus grande nombre de blessés.

Aucun groupe n’a revendiqué la responsabilité des deux attentats.

 

Article original, WSWS, publié le 22 Octobre 2012

  • Posted in English
  • Commentaires fermés

Les États baltes ont découvert un nouveau moyen pour réduire le chômage ainsi que les budgets des services sociaux : l’émigration. Si suffisamment de personnes en âge de travailler sont forcées de partir pour trouver du travail à l’étranger, à la fois les chiffres du chômage et les budgets des services sociaux vont chuter.

Cette mathématique simple explique toute l’algèbre que les apologistes des plans d’austérité applaudissent aujourd’hui sous le nom de « nouveau miracle balte » en tant que modèle à appliquer à la Grèce, l’Espagne et l’Italie. La réalité toutefois est un modèle consistant en une dépression économique causée par des baisses de salaires. Dans le cas de la Lettonie, les salaires des fonctionnaires ont baissé d’environ 30% (sous l’euphémisme de « dévaluation interne »). Avec un ensemble d’impôts uniques sur le travail atteignant jusqu’à 59% en Lettonie (tandis que les taxes sur la propriété atteignent seulement 1%), présenter cette évolution comme une success story semble bien difficile.

Cependant on entend uniquement des appréciations dithyrambiques de la part des lobbyistes néolibéraux, dont les politiques ont désindustrialisé et mises à nu les économies de la Lituanie et de la Lettonie, les laissant surchargées de dette et non compétitives. Tout se passe comme si l’effondrement de l’immobilier et la multiplication de leur dette au niveau d’une bulle financière qui a laissé leur infrastructure de base dans les mains de kleptocrates constituait en réalité une success story du libre marché.

Que signifie donc en réalité un « libre marché » néolibéral ?

Après une résistance d’un demi-siècle, les Baltes ont émergé en tant qu’États indépendants dans un monde où les politiques néolibérales étaient partout à la mode, où le code d’habillement et le contrôle au faciès étaient au départ mis en œuvre par les autorités financières mondiales – puis plus tard de manière encore plus agressive par les décideurs baltes eux-mêmes. Une vingtaine d’années de politiques néolibérales après la libération du joug soviétique ont laissé ces pays dans un chaos économique. Alors que se faisait jour la crise mondiale de 2008 et que l’on assistait dans le monde entier aux effondrements les plus gigantesques, la presse financière célébrait les tigres baltes pour leur application consciencieuse de la loi des banquiers.

Aujourd’hui, la tempête s’étant calmée dans les pays baltes, Anders Aslund et d’autres apologistes se remettent à promouvoir le modèle baltique. Aslund a publié récemment un livre sur le rebondissement « remarquable » de la Lettonie, publié par l’Institut Petersen qui est financé par le secteur bancaire. Le seul détail qu’il n’a pas mentionné est que les Lettons ont voté avec leurs pieds dans des proportions record. Les Lettons ont émigré à un taux d’environ 1% de la population par mois, dans un exode de proportions bibliques. Les experts du recensement letton ont en effet été horrifiés lorsqu’ils ont découvert que la population du pays avait diminué de 2,3 à 1,9 millions de 2001 à 2011.

La situation est équivalente, ou même pire, dans la Lituanie voisine où une émigration massive déclenchée par un début de récession économique et l’effondrement de la bulle de l’immobilier en 2008 menace à présent la viabilité à long terme de cet État-Nation. Au fur et à mesure que la crise économique s’intensifiait, le chômage est passé du niveau relativement bas de 4,1 % en 2007 à 18,7 % au second trimestre 2010, avec une augmentation concomitante de l’émigration de 26 000 personnes en 2007 à 83 200 en 2010. Ce taux d’émigration n’avait pas été vu depuis 1945, et il n’est comparable qu’avec la dépopulation intensive due à la Seconde guerre mondiale. Depuis la restauration de l’indépendance en 1990, 615 000 personnes sur une population de 3,7 millions ont quitté le pays, dont les trois quarts étaient des jeunes (jusqu’à 35 ans), beaucoup d’entre eux éduqués et disposant d’un travail en Lituanie. En 2008, le taux d’émigration de la Lituanie est devenu le plus élevé des pays de l’UE (2,3 sur 1 000), et le double du second pays le plus touché, la Lettonie (1,1 sur 1 000).

Les prévisions pour la période 2008-35 suggèrent un déclin démographique de 10,9 % supplémentaires, l’un des taux les plus élevés de l’UE (après la Bulgarie et la Lettonie). Le recensement de 2011 n’a fait que confirmer ce sombre pronostic. Les démographes s’étaient auparavant montrés trop optimistes dans leurs prévisions (la dernière publiée en 2010) en surestimant la population lituanienne de 200 000 personnes. Au lieu des 3,24 millions prévus, le recensement a démontré qu’en 2011 la population du pays était d’à peine plus de 3 millions (3,054 millions).

Ces chiffres alarmants suggèrent qu’une sorte d’euthanasie est en cours dans les petites nations baltes. Et cela, ironiquement, après avoir survécu à deux guerres mondiales, deux occupations, et plusieurs effondrements économiques au cours du vingtième siècle. À la fin de l’occupation soviétique, les Lettons et Lituaniens se remplaçaient par la reproduction naturelle. Par contraste aujourd’hui, les forces conjointes de l’émigration et de la faible natalité sont en train de provoquer un désastre démographique.

C’est ce moment que choisit Anders Aslund pour revenir sur la scène, cherchant désespérément à restaurer sa réputation après les échecs désastreux qui ont fait suite à son influence dans les politiques menées en ex-URSS dans les années 1990. Lundi dernier, Aslund s’enchantait dans l’EU Observer des succès du régime d’austérité radicale de la Lituanie. Son article rappelait le ton moderniste du célèbre discours de Joseph Staline sur « le vertige du succès », tout en récitant de façon comique les statistiques d’une sorte de « plan quinquennal accompli en quatre ans » prouvant que l’économie et le pays étaient en meilleure forme que jamais.

Examinons ce qui selon ses propres mots constitue son argument le plus important : celui du rebondissement économique « impressionnant » de la Lituanie et sa grande docilité aux critères d’évaluation économique de la Banque mondiale. Aslund estime que les tigres baltes sont de retour grâce à un traitement radical et au libre marché. Que ce soit par ignorance ou intentionnellement – nous présumerons la première cause – les faits présentés par Aslund sont faux. Il explique avec raison que l’économie de ce tigre balte s’est effondrée d’un énorme 14,7 % en 2009 (tout en omettant les contractions de 2008 et 2010 qui s’y sont ajoutées). Toutefois, il affirme que le taux de croissance annualisé de cette année est d’environ 6,6 %, suggérant ainsi que ce pays néolibéral n’est pas en voie de perdition économique. Pour certains cela pourra sembler impressionnant, mais Aslund néglige le fait que pas plus tard que la semaine dernière la banque lituanienne majeure Snoras a gratifié la Lituanie (et la Lettonie) d’un cigare explosif qui effacera la plus grande part de la croissance économique de cette année. De plus, même si la croissance économique reprenait, le FMI estime que son taux restaurait au mieux modeste, indiquant que probablement une décennie serait nécessaire pour revenir aux niveaux d’activité économique de l’avant-récession. Ainsi, selon les prévisions du FMI, le PIB lituanien en $US demeurerait de 12 % inférieur (mesuré en prix courants) à celui de 2008, avec un chômage à 8,5 %.

Enfin, il faut observer le contraste entre les prévisions d’une croissance économique anémique pour les prochaines 6-8 années selon le FMI avec les conséquences sociales désastreuses des politiques de dévaluation interne. Rappelons que la Lituanie a quasiment triplé son taux de chômage, de 5,8 % en 2008 à 17,8 % en 2010. Bien qu’en 2011 le chômage ait commencé à baisser à 15,6 %, cela n’a pas été possible tant par la création la création de nouveaux emplois que par une émigration de masse. Les salaires du secteur public ont été réduits de 20-30 % et les retraites de 11 %, ce qui combiné au chômage croissant a provoqué une aggravation spectaculaire de la pauvreté. Alors qu’en 2008 on comptait 420 000 personnes ou 12,7 % de la population vivant dans la pauvreté, en 2009 la pauvreté est montée à 20,6 %. Bien qu’en 2010 on ait observé une diminution de 0,4 % du nombre de pauvres à 670 000 personnes, les causes de cette diminution se retracent principalement à une modification vers le bas des critères des mesures de la pauvreté. Différentes mesures de la qualité de vie et du bien-être montrent une détérioration supplémentaire, indiquant la prévalence d’un profond pessimisme, d’une perte de la solidarité sociale et de la confiance, et d’une atomisation de la société.

Les coûts sociaux et démographiques extrêmement élevés de ces politiques remettent en question jusqu’à l’avenir d’une croissance économique soutenable dans la région. Les investissements dans l’éducation, les infrastructures et les services publics qui constituent des conditions préalables à un développement économique « avancé » basé sur la connaissance et une haute productivité ont été sacrifiés, tandis que la fuite des cerveaux s’est intensifiée. Bien que le premier ministre Kubilius ait célébré la stratégie de développement économique de son gouvernement, développement basé sur la connaissance et les innovations, les mesures d’austérité mises en œuvre par ce gouvernement lui-même ont relégué la Lituanie sur la « route secondaire » d’un développement économique basé sur des bas salaires et de piètres conditions de travail.

L’humeur sur le terrain est sombre également. Les Lituaniens ont émigré en masse et, comme leurs cousins baltes de Lettonie, ce furent principalement des gens de talents, éduqués, en âge de procréer. Effectivement le dernier recensement lituanien a montré, comme en Lettonie, une hémorragie de la population. Pour ceux restés, une sorte d’humour noir prédomine. Un couple lituanien a récemment rapporté la blague suivante aux auteurs : le mari à la femme « Nous devrions retourner en Norvège pour travailler dans les conserveries. Là-bas tu peux enterrer mille euros dans un coin, tu reviens un an plus tard et ils sont toujours là. » ; La femme au mari « Non, pas possible, il y a trop de Lituaniens là-bas ».

Ces gens méritent mieux que l’imposition d’une nouvelle idéologie dont l’échec est réel. Espérons qu’ils sauront, avec d’autres, se libérer des expériences des idéologues et cesseront d’être des pions dans leur jeu. Pour le reste de l’Europe, nous conseillons la prudence. La maxime de Joseph Staline, « pas de population, pas de problème », ne saurait constituer une solution à la crise économique. L’euthanasie de grandes nations en Europe du Sud par une émigration massive serait autant indésirable qu’impossible à réaliser. Où iraient-ils ?

Article original: No People No Problem: “The Baltic Tigers” False Prophets of Economic Austerity, publié le 7 décembre 2011.

 Traduction: Arnaud Hervé pour Mondialisation.ca

Jeffrey Sommers est professeur associé d’économie politique en Africologie à la University of Wisconsin-Milwaukee et visiteur à la Stockholm School of Economics de Riga.  Il publie régulièrement dans des magazines tels que Counterpunch et le Guardian, et apparaît fréquemment en tant qu’expert invité dans des émissions d’actualités mondiales, le plus récemment dans le Crosstalk de Peter Lavelle. Il est joignable à : Jeffrey.sommers@fulbrightmail.org.

Dr. Arunas Juska est professeur associé de sociologie à la East Carolina University, USA. Il est spécialiste de la région balte avec de nombreuses publications, se concentrant particulièrement sur le développement rural et les politiques lituaniennes. Il est joignable à: JUSKAA@ecu.edu

Michael Hudson est ex-économiste de Wall Street. Professeur-chercheur émérite à la University of Missouri, Kansas City (UMKC), il a publié de nombreux livres, dont « Super Imperialism: The Economic Strategy of American Empire » (new ed., Pluto Press, 2002) et « Trade, Development and Foreign Debt: A History of Theories of Polarization v. Convergence in the World Economy ». Sera prochainement publié « Hopeless: Barack Obama and the Politics of Illusion », AK Press. Il est joignable par son site web, mh@michael-hudson.com

Comment mettre fin à l’exil fiscal

octobre 23rd, 2012 by Salim Lamrani

Le souhait de magnat français Bernard Arnaud d’acquérir la nationalité belge a relancé le débat sur l’exil fiscal et le refus des gros patrimoines de s’acquitter de leur devoir tributaire. Pourtant, il existe une solution simple et efficace pour mettre fin à l’évasion fiscale légale.

Bernard Arnaud, première fortune européenne et quatrième fortune mondiale avec 40 milliards d’euros, dont le salaire annuel s’élève à 10 millions d’euros et dont les placements lui rapportent chaque année 200 millions d’euros, a effectué une demande de naturalisation afin d’obtenir la nationalité belge[1]. D’aucuns soupçonnent l’homme le plus riche de France de vouloir échapper ainsi à son devoir de citoyen, comme plusieurs dizaines de milliers d’exilés fiscaux qui ont choisi de s’installer dans des pays étrangers tels que la Suisse, la Belgique, le Royaume-Uni ou autre, qui offrent des avantages non négligeables pour les plus aisés[2].

Entre 1988 et 2006, 0,01% des Français les plus riches, environ 3 500 foyers fiscaux, ont vu leur revenu réel augmenter de 42%. En guise de comparaison, sur la même période, les 90% les moins aisés ont bénéficié seulement d’une hausse de 4,6%[3]. Ainsi, l’évasion fiscale légale et illégale coûte chaque année 50 milliards d’euros à l’Etat français. Avec une telle somme, 500 000 logements sociaux à 100 000 euros pourraient être construits chaque année, ou bien on pourrait créer plus de 1,5 millions de postes dans l’éducation, la santé, le social ou la culture.

En Suisse, dans certains cantons, les résidents étrangers ne sont pas imposés sur leurs revenus et leur patrimoine, mais uniquement sur leur train de vie, ce qui rend ses territoires très attractifs pour les plus fortunés. Dans ce pays, où résident près de 2000 exilés fiscaux français, les 43 familles les plus aisées cumulent à elles seules une fortune de 36,5 milliards d’euros[4].

Pour répondre à la problématique de l’exil fiscal, l’argument dominant en France, défendu par les milieux économiques, la droite et une certaine partie du centre-gauche, consiste à préconiser une baisse du taux d’imposition pour les catégories les plus aisées. D’ailleurs, dès son élection en 2007, l’ancien président Nicolas Sarkozy avait fait adopter le bouclier fiscal – dispositif tributaire selon lequel les revenus d’un contribuable ne peuvent pas être taxés à plus de 50%[5].

Pourtant, il existe un mécanisme applicable et efficace pour mettre un terme à l’évasion fiscale légale. Actuellement, l’imposition est liée au lieu de résidence. Ainsi, un exilé fiscal français qui choisit de vivre plus de six mois par an en Suisse devient automatiquement un contribuable suisse et bénéficie ainsi de sa législation avantageuse. Il en est de même pour le ressortissant français qui s’installerait au Luxembourg, au Royaume-Uni ou en Belgique.

Pour mettre un terme à cette dérive qui prive l’Etat français, et donc les citoyens, de ressources conséquentes, il suffirait simplement de lier l’imposition à la nationalité et non pas au lieu de résidence, et d’appliquer une taxation différentielle. Ce dispositif mettrait automatiquement un terme à ce fléau. Ainsi, un contribuable français réfugié en Suisse qui ne serait imposé qu’à hauteur de 35% dans son nouveau lieu de résidence, au lieu de 41% en France par exemple, serait légalement contraint de payer la différence à l’Etat français, c’est-à-dire 6%, rendant ainsi inutile toute expatriation pour des raisons d’ordre fiscal.

Cette pratique existe déjà dans des pays tels que les Etats-Unis. Les citoyens étasuniens installés à l’étranger payent exactement le même montant d’impôts que leurs compatriotes restés sur le territoire national, et sont taxés à raison de leurs revenus mondiaux. D’un point de vue technique, tous les pays du monde remettent chaque année au Département du Trésor une liste des ressortissants étasuniens établis chez eux. Ainsi, l’exil fiscal n’est plus possible, la seule alternative pour échapper à l’impôt étant l’évasion fiscale illégale.

Pour contrer ce type de délit, le Congrès étasunien a adopté une loi qui permet à toute personne – en particulier les employés des grandes banques – qui fournirait des informations sur des cas de fraude fiscale d’obtenir jusqu’à 30% des sommes récupérées par l’Etat. Ainsi, Bradley Birkenfeld, ancien employé de la banque suisse UBS, s’est vu remettre la somme de 104 millions de dollars pour avoir livré des informations « exceptionnelles à la fois par leur ampleur et leur étendue », sur les délits d’évasion fiscale commis par les clients étasuniens de la Banque. Cette information a permis au fisc étasunien de récupérer une somme de cinq milliards de dollars et d’obtenir la liste de tous les fraudeurs ayant un compte bancaire chez UBS[6].

La France et l’ensemble des nations européennes et du monde seraient bien avisées d’adopter un modèle tributaire qui permettrait d’appliquer une taxation différentielle, en liant l’imposition à la nationalité et non au simple lieu de résidence. De la même manière, pour lutter contre l’évasion fiscale illégale, qui constitue une  spoliation caractérisée de la richesse nationale et citoyenne, les délinquants en col blanc doivent être plus sévèrement sanctionnés, à la hauteur du préjudice causé. Les plus fortunés devront alors faire un choix : leur nationalité et leur argent.

Salim Lamrani

 

Article original publié en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/25018/como+por+fim+ao+exilio+fiscal.shtml

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel



[1] Ivan Letessier, « Bernard Arnault, première fortune de France », Le Figaro, 9 septembre 2012.

[2] France Info », Exilés fiscaux : de quoi parle-t-on ? », 13 mars 2012.

[3] L’Humanité, « C’est la loi qui autorise l’évasion fiscale, elle peut donc aussi l’empêcher », 9 mars 2012.

[4] Bilan, « Les Français, réfugiés politiques en Suisse ? », 14 décembre 2011.

[5] Le Figaro, « Bouclier fiscal : 750 millions d’euros en 2012 », 4 juillet 2012.

[6] 20 minutes, « Récompense record de 104 millions de dollars pour le dénonciateur d’UBS », 11 septembre 2012.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

L’art de la guerre. Les troupes coloniales renaissent.

octobre 23rd, 2012 by Manlio Dinucci

Il y a un an, après avoir démoli l’état libyen avec 10mille attaques aériennes et des forces spéciales infiltrées, l’Otan concluait l’opération « Protecteur Unifié » en éliminant Kadhafi lui-même par la main des services secrets. Mais la guerre ne se terminait pas avec cela. Les fractures, dans lequel on avait fiché depuis l’étranger le coin pour dégonder l’état libyen, se sont élargies et ramifiées. A Bani Walid, encerclée et bombardée par les milices de Misrata, c’est aujourd’hui une population entière qui résiste. Tripoli ne contrôle qu’une partie mineure de la « nouvelle Libye », en proie à des confrontations armées entre milices, à des homicides et des disparitions. Selon le président Mohamed Magarief, ceci est dû à des « retards et négligences » dans la formation d’une armée nationale. Mais qu’il ne s’inquiète pas : le problème est sur le point d’être résolu. Pas à Tripoli, mais à Washington.

Les Etats-Unis, après avoir dirigé l’opération « Protecteur Unifié », se chargent à présent de protéger la « nouvelle Libye » en la dotant d’une armée. Le Pentagone et le Département d’état sont déjà à l’œuvre pour former une « force d’élite » libyenne de 500 hommes, comme noyau autour duquel construire la future armée. Le financement initial est de 8 millions de dollars, récupérés de la réduction de l’aide au Pakistan pour les « opérations anti-terrorisme ». La mission officielle de la « force d’élite », dont la formation a déjà été approuvée par le Congrès, sera d’ « affronter et vaincre les organisations terroristes et extrémistes violentes ». La sélection des hommes est en cours, sélectionnés par des fonctionnaires du Pentagone, du Département d’état et de la Cia, à travers un screening qui en évalue la capacité physique, la façon de penser et surtout l’attitude envers les Etats-Unis. Titre préférentiel : la connaissance de l’anglais (ou mieux de l’américain) (anglais d’Amérique du nord, NdT), langue dans laquelle les ordres leur seront donnés. Ils seront en fait entraînés et de fait commandés par des forces spéciales étasuniennes, transférées en Libye du Pakistan et du Yémen. Un coup de haute stratégie de la part de Washington.

En premier lieu, les troupes sélectionnées, entraînées et commandées par le Pentagone, ne seront que nominalement libyennes : en réalité elles auront le rôle qu’avaient autrefois les troupes indigènes coloniales.  En second lieu, étant donné qu’il faudra des années pour former une armée libyenne, le déploiement de forces spéciales étasuniennes en Libye aura un caractère non pas transitoire mais permanent. Les USA disposeront ainsi en Libye de leurs propres bases militaires, reliées à celles qui sont en Sicile : aujourd’hui déjà Benghazi et d’autres villes sont survolées par des drones qui ont décollé de Sigonella (Sicile) et sont téléguidés depuis les USA. Les bases serviront à des opérations non seulement en territoire libyen, mais dans d’autres parties du continent (où le Commandement Africa est en train d’effectuer cette année 14 « manœuvres militaires » majeures) et au Moyen-Orient (où des milices libyennes sont déjà infiltrées en Syrie). En troisième lieu, les USA disposeront d’un instrument de pouvoir non seulement militaire, mais politique et économique, qui leur garantira l’accès privilégié au pétrole libyen.

Et les alliés européens ? On les appellera peut-être pour donner un coup de main, toujours cependant sous commandement étasunien. Une grosse contribution peut être apportée par l’Italie, forte de l’expérience trentenaire de domination coloniale en Libye et de l’emploi des Askaris. En Ethiopie, sous les ordres d’officiers italiens, ils effectuèrent les massacres qui aplanirent la voie à l’Empire.

Edition de mardi 23 octobre 2012 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Les mineurs sud-africains bravent la répression

octobre 22nd, 2012 by Chris Marsden

Vendredi, 19 octobre, le groupe Gold Fields s’est vanté de ce que la menace de licenciements de masse avait réussi à contraindre les 9.000 travailleurs de son site Beatrix et 90 pour cent des 14.300 travailleurs du site KDC Est à reprendre le travail. Mais, une nouvelle grève des mineurs de platine à la mine de Marikana de Lonmin a porté un coup aux efforts déployés pour venir à bout du soulèvement de la classe ouvrière tandis que des dizaines de milliers de travailleurs continuent la lutte.

Les travailleurs de Marikana ont cessé le travail jeudi pour défendre leurs collègues victimes d’interpellation et de persécution de la police. Les mineurs de Marikana avaient commencé la vague actuelle de grève en août et avaient refusé de reprendre le travail après que 34 mineurs avaient été abattus et 78 autres blessés par la police. Les grèves s’étaient répandues après que Lonmin avait accepté une augmentation de salaire de 22 pour cent dans le but de régler le conflit à Marikana, ce qui avait suscité des revendications pour des augmentations de salaires identiques dans l’ensemble de l’industrie minière. Les rapports sont imprécis mais l’on estime qu’entre 80.000 et 100.000 mineurs ont fait grève à divers moments.

Dans le compte rendu le plus détaillé des récents événements, le Daily Maverick, remarque qu’à peine une semaine avant l’ouverture d’une enquête officielle sur le massacre de Marikana, la police a mené une vague d’arrestations de militants et de dirigeants de la grève.

Le 15 octobre, les travailleurs de la mine de Marikana ont réussi à empêcher l’arrestation par des gardes de la sécurité du dirigeant de la grève « Rasta » Thembele Sohadi au moment où il arrivait pour pointer à son travail à Three Shaft. La police l’attendait devant l’entrée principale. Le 17 octobre, Xolani Nzuza, un dirigeant du comité de grève ad hoc, et un gréviste nommé Mzet ont été arrêtés et détenus au secret. Ils devraient être inculpés de deux meurtres dont celui d’un responsable du syndicat des mineurs National Union of Mineworkers (NUM).

Plusieurs autres mineurs, tous des témoins de ce qui s’était passé lors du massacre du 16 août, se trouvent parmi les personnes arrêtées. Le Daily Maverick s’est concentré sur le cas de Bangile Mpotyie, qui a été arrêté le 14 octobre pour fraude bien qu’aucune accusation officielle n’ait été déposée par Lonmin.

Mptoye avait été arête une première fois le 20 août et accusé d’avoir tiré et tué un policier. Il ne fut libéré qu’au bout de quatre jours de bastonnade et de torture.

« Ce qui est surprenant, c’est que Mptotye affirme que la police l’a emmené tous les jours sur le carreau de la mine de Lonmin et que les bastonnades qu’il a subies avaient eu lieu à Lonmin, » a rapporté le Daily Maverick. « Un avocat travaillant sur différentes affaires de Marikana a dit qu’il était clair qu’il s’agissait là d’une vague de terreur visant à intimider des témoins qui sans cela témoigneraient devant la Commission Farlan. »

L’intimidation à Marikana est l’exemple le plus flagrant d’une vaste campagne impliquant des dizaines de milliers de personnes licenciées ou menacées de licenciement ainsi que des arrestations de masse et de brutalité policière.

Gold Fields, le quatrième plus grand producteur d’or mondial, a aussi menacé de licencier 8.500 grévistes de son site KDC East. Un porte-parole de la société a déclaré, « Les descentes de la police dans les foyers et le désarmement des grévistes ont redonné confiance aux travailleurs pour reprendre le travail. »

Le groupe minier Anglo Americain Platinum Ltd. (Amplalts) a dit qu’il envisageait d’aller de l’avant avec le licenciement de 12.000 mineurs sur son site de Rustenberg mais qu’il discuterait de leur statut avec les syndicats reconnus. Il a fait état d’une présence de seulement 20 pour cent sur le site.

Atlatsa Resources a licencié 3.000 employés à sa mine de platine Bokoni.

Le Mail & Guardian a décrit le 18 octobre comment les grévistes de la mine Kumba Iron Ore de Sishen se sont rassemblés près du tribunal de Kathu en solidarité avec 47 travailleurs arrêtés deux jours auparavant. Les demandes de libérations sous caution des travailleurs ont été rejetées par le tribunal et une deuxième audition a été reportée au 26 octobre en violation d’une loi affirmant que nul ne peut être détenu au-delà de 48 heures sans inculpation.

Les grèves ont affecté Lonmin, Aquarius, Impala, Anglo Americain Platinum, Royal Bafokeng Platinum, Xstrata, AngloGold Ashanti, Gold Fields, Gold One, Harmony Gold, Kumba Iron Ore, Petra Diaminds, Forbes, Manhattan Coal et Samancor. En plus des mineurs, 180.000 employés municipaux et conducteurs d’autobus ont débrayé cette semaine. Toyota a interrompu mercredi la production à son usine de Durban à cause d’une grève chez un fournisseur de pièces détachées.

L’atmosphère dans les régions minières a un caractère insurrectionnel alors que les bâtiments de la mine, les briseurs de grève, la police et les postes de police sont attaqués. Des minibus et des taxis transportant des briseurs de grève ont été incendiés.

Les troubles visent tout particulièrement le syndicat National Union of Mineworkers (NUM) qui est considéré comme étant la force de police des entreprises au sein des travailleurs. Le secrétaire général du NUM, Frans Baleni, s’est récemment vanté de ce que son organisation a dépensé un million de rands pour une campagne menée pour mettre un terme aux grèves sauvages. Il a dit que c’était « de l’argent bien dépensé » pour « faire comprendre aux gens le danger auquel ils s’exposent, eux et le pays, » en dénonçant « les gens qui sèment l’anarchie et organisent le sabordage économique. »

« Il suffit tout juste d’une mine pour briser cette grève, » a-t-il ajouté.

Le Mail & Guardian a parlé d’une organisation qui subit « une implosion lente, sûre et violente. » Il souligne que le NUM affirme qu’en tout et pour tout cette année 13 responsables locaux du NUM ont été tués par des grévistes et des centaines de travailleurs d’Amplats se sont rendus ce mois-ci devant les sièges régionaux du NUM à Rustenberg en manifestant et revendiquant la résiliation immédiate de leur adhésion au syndicat.

Chez Lonmin et chez Implats, le NUM a perdu au moins 20.000 membres. Le nombre d’adhérents du NUM chez Implats a actuellement chuté de 70 à 13 pour cent et le nombre réel pourrait même être inférieur parce que les travailleurs ne prennent pas la peine de quitter officiellement le syndicat. Le syndicat est rapidement en train d’arriver à extinction.

Des journalistes du Daily Maverick se sont rendus à la mine de Gold Fields KDC West à Carletonville avant que la grève n’y prenne fin. Les grévistes ont expliqué que quelque 1.500 d’entre eux n’avaient pas repris le travail jeudi parce qu’ils attendaient que le président du NUM, Senzeni Zokwana, soutienne officiellement la proposition faite par la Chambre des Mines, comme il l’avait promis lors de sa visite à la mine mercredi. C’est alors qu’ils ont alors découvert qu’ils avaient été licenciés.

Jeffrey Mphahlele, secrétaire général du syndicat dissident l’Association of Mineworkers and Construction Union (AMCU), est intervenu pour convaincre les travailleurs de reprendre le travail vendredi tout en déchirant leurs cartes du syndicat NUM et rejoignant le nouveau syndicat. Les travailleurs revendiquent actuellement, en plus d’une égalisation des salaires et de l’annulation de tous les licenciements, que les dirigeants du NUM chez KDC West démissionnent. Ils menacent de reprendre leur grève si ces revendications ne sont pas satisfaites.

L’AMCU aurait également joué un rôle déterminant en empêchant que la grève à Marikana ne se transforme en une grève sauvage indéfinie. Selon un autre article paru dans le Daily Maverick, un « représentant de l’AMCU et l’avocat du syndicat ont réussi à convaincre les gens qu’une nouvelle grève n’était pas le moyen le plus judicieux pour atteindre leurs objectifs. »

Le nombre d’adhérents de l’AMCU avoisine un peu plus de 50 pour cent à la fois chez Implats et chez Lonmin, niveau requis pour que l’AMCU soit reconnu comme organe officiel de négociation. Il profite de la haine largement répandue à l’égard du NUM et recourt à la confiance qui lui est témoignée pour rétablir l’ordre. De nombreuses grèves sont toutefois menées par des comités de grève ad-hoc.

Article original, WSWS, paru le 20 octobre 2012

  • Posted in English
  • Commentaires fermés

Discours d’Eric Toussaint au festival de la jeunesse de Syriza à Athènes, le 6 octobre 2012

Plus de 3000 personnes étaient présentes pour écouter 4 conférenciers dans l’ordre suivant : Marisa Matias, eurodéputée du Bloc de Gauche (Portugal) ; Lisaro Fernandez, dirigeant syndical des mineurs (Asturies, Espagne) ; Alexis Tsipras, président de Syriza (Grèce) ; Eric Toussaint, président du CADTM (Belgique, www.cadtm.org ).

L’intervention d’Eric Toussaint :

« Nous vivons et traversons une des pires crises du système capitaliste mondial. Mais le capitalisme ne va pas mourir de mort naturelle dans son lit. Les crises font partie du métabolisme du capitalisme. Seule l’action consciente des peuples peut détruire et dépasser le capitalisme pour ouvrir la voie au socialisme démocratique.

Le peuple grec se trouve aujourd’hui à l’épicentre de la crise du capitalisme. La façon dont le peuple grec, avec ses mobilisations, pourra affronter et donner une réponse à cette crise capitaliste est déterminante pour offrir une solution au niveau international. Vous vous trouvez dans l’épicentre de la crise et de la solution à cette crise.

Il y a 6 ou 7 ans, l’épicentre de l’alternative au capitalisme se trouvait en Amérique du Sud : au Venezuela, en Équateur, en Bolivie, quand Hugo Chavez disait en 2004 qu’il ne croyait plus à la troisième voie, qu’il pensait qu’il fallait au niveau mondial un socialisme du 21e siècle. Aujourd’hui, l’épicentre des alternatives – qui n’ont toujours pas vu le jour, comme l’indiquent bien le titre de cette conférence – s’est déplacé vers l’Europe.

Ce que les peuples du Venezuela, d’Équateur et de Bolivie ont montré au niveau mondial, c’est qu’il est parfaitement possible de résister à l’offensive capitaliste, qu’il est parfaitement possible d’appliquer une politique de redistribution de la richesse, de socialiser les grandes entreprises stratégiques, qu’il est absolument possible et nécessaire de récupérer le contrôle sur les biens communs comme les ressources naturelles. Ils l’ont fait, ils sont toujours au gouvernement et espérons que demain, le 7 octobre à l’occasion des élections présidentielles, Hugo Chavez sera de nouveau réélu comme président du Venezuela.

Nous vivons aujourd’hui en Europe un moment historique. Jamais au cours des 70 dernières années, dans les pays européens, nous n’avons vécu une offensive aussi brutale qu’aujourd’hui. Partout en Europe, on utilise le prétexte de la dette, pas seulement en Grèce, mais dans tous les pays européens, pour appliquer des politiques d’austérité budgétaire. En Grèce, nous voyons clairement les résultats dans la version la plus brutale, mais la Grèce est seulement le début d’une offensive qui affecte déjà les peuples du Portugal, d’Irlande, d’Espagne et d’autres pays européens.

C’est pour cela que nous devons la combattre et unifier nos efforts pour suspendre le paiement et répudier la dette illégitime. C’est un objectif fondamental pour nous au niveau du continent.

Le peuple grec a donné une grande leçon à l’Europe ces trois dernières années. D’abord, il résiste, s’est organisé et a pris part à au moins 14 grèves générales. Mais, tout aussi fondamental, et malgré la défaite électorale, c’est que le peuple grec a voté tout de même massivement pour l’initiative radicale proposée par Syriza. C’est une leçon fondamentale pour le reste de l’Europe où trop souvent la gauche est trop timide. L’exemple grec montre la force d’une gauche unie, d’une gauche qui rassemble, qui crée une coalition entre 12 organisations politiques différentes et cherche à les unifier dans Syriza. L’exemple grec montre que quand un parti ou une coalition dit ’Non’, dit : ’Si nous arrivons au gouvernement, nous allons désobéir à la Troïka’, une telle attitude courageuse et combative peut obtenir le soutien populaire. C’est une leçon pour tous et pour toutes.

La réduction de la dette grecque en mars 2012 est une arnaque et un piège. Il est très important de montrer à l’opinion publique internationale que la dette réclamée par la Troïka, qui représente aujourd’hui 150 milliards d’euros – c’est la dette de la Grèce avec la Troïka -, que toute cette dette est une dette illégitime qui doit être annulée par l’action du peuple, grâce à la désobéissance d’un gouvernement populaire.

Ils essayent de vous convaincre que suspendre le remboursement amènera le chaos dans le pays. Mais dans les 10 dernières années, trois exemples contredisent totalement l’affirmation selon laquelle il n’y a pas de salut possible en dehors du remboursement de la dette. L’Argentine a suspendu le paiement de sa dette en décembre 2001 pour une somme de 90 milliards de dollars et l’Argentine connaît une croissance économique de 4 à 7% chaque année depuis 2003. L’Équateur a suspendu le paiement de sa dette commerciale de novembre 2008 jusqu’à juin 2009 et a pu imposer à ses créanciers une réduction de la dette de 65%. Et l’Équateur va économiquement très bien.

L’Islande, ce modèle néolibéral, a connu de graves difficultés en septembre 2008 avec la banqueroute de tout son système bancaire. L’Islande a alors refusé de rembourser la dette de ses banques au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. L’Islande va très bien avec une croissance économique de 3% chaque année.

Il est clair que la Grèce n’est pas l’Islande, ni l’Argentine ou l’Équateur. Il y a de réelles différences, mais la leçon est la suivante : ici ou ailleurs, si des gouvernements ayant obtenu un soutien populaire décident de suspendre le payement d’une dette illégitime, ils peuvent obtenir une amélioration des conditions de vie de leur peuple. C’est un exemple à suivre.

Il est clair qu’une annulation de la dette est nécessaire mais pas suffisante. Annuler la dette de la Grèce sans changer le reste de l’économie et du modèle social et économique injuste ne permettra pas à la Grèce de construire une alternative en faveur du peuple. L’annulation, la suspension de payement de la dette est nécessaire, mais la socialisation du système bancaire, un autre système fiscal pour que les riches payent davantage d’impôts et pour la réduction d’impôts sur les services et les biens de première nécessité, font partie d’un modèle alternatif absolument nécessaire.

Chers amis, chères amies, l’histoire n’est pas pré-écrite. Plusieurs scénarios restent ouverts devant nous. On peut continuer dans la situation chaotique actuelle où il y a de plus en plus d’autoritarisme avec des gouvernements qui sont au service des banques. Ça peut encore durer des années. Un autre scénario est possible et pire : un scénario autoritaire néofasciste. C’est un grave danger qui menace réellement. Mais il y existe deux autres scénarios : sous pression populaire, il peut y avoir un capitalisme régulé, un capitalisme comme dans les années 1950-1960, un capitalisme de type keynésien. C’est une issue possible. Mais si nous sommes autant à s’être réunis ici ce soir, c’est parce que nous pensons que cela ne vaut pas la peine de limiter notre lutte à essayer de discipliner le capitalisme. Nous voulons dépasser le capitalisme. Nous voulons un socialisme démocratique, autogestionnaire du 21ème siècle. Vive le socialisme international. Vive le socialisme autogestionnaire. Vive Syriza. Vive le peuple grec. Vive la résistance des peuples. Vive la révolution, camarades ! »

Traduit de l’espagnol par Chris Den Hond

Le droit de désobéir aux créanciers

octobre 22nd, 2012 by Renaud Vivien

Texte issu de l’intervention de Renaud Vivien (CADTM) au 2ème Forum sur la désobéissance, le 29 septembre à Grigny (Rhône)

Selon l’idéologie dominante, les gouvernements n’ont pas le choix : ils doivent rembourser toutes les dettes publiques et appliquer des mesures d’austérité anti-sociales afin de dégager les ressources nécessaires à leur remboursement. Pour l’affirmer, les défenseurs de cette idéologie se réfèrent notamment au droit international en invoquant le principe ’pacta sunt servanda’ qui signifie que les conventions doivent être respectées. Or, ce principe n’est pas absolu et ne vaut que pour « des dettes contractées dans l’intérêt général de la collectivité |1| ».C’est aussi le sens de la doctrine de la dette odieuse selon laquelle ’ les dettes d’États doivent être contractées et les fonds qui en proviennent utilisés pour les besoins et les intérêts de l’État » |2|. Il n’existe donc pas d’obligation inconditionnelle de rembourser les dettes publiques comme l’a justement rappelé la CNUCED |3| dans un rapport de 2010 consacré à la dette odieuse |4|. Plusieurs États ont d’ailleurs refusé d’assumer le paiement de certaines dettes publiques |5|. Ce rapport souligne aussi que le principe ’pacta sunt servanda’ est limité par des considérations d’équité comme l’illégalité, la fraude, la mauvaise foi, l’incompétence du signataire, l’abus de droit, etc. Autrement dit, le respect des accords conclus avec les créanciers dépend de ces différents éléments. Pour vérifier la validité de ces accords, l’audit de la dette s’avère nécessaire.

Désobéir aux créanciers est donc tout à fait possible et légal. Nous donnons ici quelques arguments juridiques permettant à un gouvernement de suspendre unilatéralement le remboursement des dettes publiques, de répudier certaines d’entre elles et de rejeter les politiques d’austérité |6|.

Quelques arguments juridiques pour suspendre le paiement de la dette et l’application des plans d’austérité

La situation d’urgence sociale et environnementale impose aux États de faire des choix radicaux afin d’améliorer les conditions de vie des populations et de préserver l’environnement. Ces choix en faveur des populations sont facilités par le droit international en vertu duquel le respect et la protection des droits humains, tels qu’ils sont reconnus universellement par les différentes conventions internationales |7|, priment sur les autres engagements comme le remboursement des dettes et l’application des programmes d’austérité. L’article 103 de la Charte de l’ONU, à laquelle les États membres des Nations unies doivent impérativement adhérer, est sans ambiguïté : « En cas de conflit entre les obligations des Membres des Nations Unies en vertu de la présente Charte et leurs obligations en vertu de tout autre accord international, les premières prévaudront ». Parmi les obligations contenues dans cette Charte, on trouve notamment, aux articles 55 et 56, « le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et des conditions de progrès et de développement dans l’ordre économique et social (…), le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion ». Cette Charte consacre également le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (article 1-2) et la coopération internationale pour le développement des peuples (article 1-3). Un gouvernement qui en a la volonté politique peut donc légalement suspendre le paiement de sa dette et refuser l’application des mesures d’austérité qui portent atteinte aux droits économiques, sociaux et culturels de sa population et hypothèquent sa souveraineté.

Les gouvernements peuvent également invoquer l’état de nécessité et le changement fondamental de circonstances pour stopper unilatéralement le paiement de leurs dettes. Ces dispositions juridiques sont inscrites dans la Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités et dans de nombreuses législations nationales, principalement en matière de contrat. Ces normes font également partie du droit coutumier international et, en tant que telles, elles s’imposent à tous les débiteurs et créanciers, sans qu’il soit nécessaire de prouver leur consentement à y être liés et l’illégalité de la dette.

L’état de nécessité correspond à une situation de danger pour l’existence de l’État, pour sa survie politique ou sa survie économique, comme une instabilité sociale grave ou l’impossibilité de satisfaire les besoins de la population (santé, éducation, etc). Nombreux sont les pays du Sud et d’Europe – on pense aux pays passés sous la tutelle la Troïka et notamment à la Grèce qui subit une crise économique, sociale et sanitaire – qui pourraient invoquer cet argument pour désobéir aux créanciers. Comme le souligne la Commission du droit international de l’ONU : « On ne peut attendre d’un État qu’il ferme ses écoles et ses universités et ses tribunaux, qu’il abandonne les services publics de telle sorte qu’il livre sa communauté au chaos et à l’anarchie simplement pour ainsi disposer de l’argent pour rembourser ses créanciers étrangers ou nationaux. Il y a des limites à ce qu’on peut raisonnablement attendre d’un État, de la même façon que pour un individu.. |8| ».

Le changement fondamental de circonstances se matérialise dans la clause rebus sic stantibus (les choses doivent demeurer en l’état – le même état qu’au moment de la signature du contrat). Son application a pour conséquence de délier les parties de toute obligation contenue dans le contrat en cas de changement profond des circonstances, comme c’est le cas avec la crise des dettes souveraines en Europe. Soulignons que le dernier rapport de l’Expert indépendant des Nations-unies sur la dette extérieure |9| affirme qu’un ’changement de circonstances échappant au contrôle de l’État emprunteur’ est de nature à justifier un moratoire sur la dette. Ainsi les soulèvements populaires de 2011 en Afrique du Nord peuvent pleinement justifier une suspension du remboursement de la dette de ces États et de l’application des programmes conclus avec les bailleurs de fonds étrangers (Banque mondiale, FMI, Union européenne, etc). On peut également considérer qu’en Europe, les pays actuellement confrontés à des hausses des taux d’intérêt exigés par les investisseurs institutionnels (les zinzins) sont face à un changement fondamental de circonstances justifiant un moratoire sur leur dette. Notons que si les zinzins demandent des intérêts majorés, c’est qu’ils anticipent des défauts de paiement et/ou des annulations de dettes. Une suspension du remboursement de la dette (avec gel des intérêts) décidée unilatéralement par ces pays fait donc partie des risques pris en toute conscience par les créanciers.

Quelques arguments juridiques pour déclarer la nullité des dettes

Pour juger de la nullité d’une dette, il faut prêter attention aux clauses du contrat de prêt, aux conditionnalités imposées par les créanciers (notamment dans les lettres d’intention et les mémorandum), aux circonstances entourant la conclusion de ces accords, aux causes de l’endettement, à la destination réelle des fonds empruntés, à l’impact des projets financés par la dette sur les conditions de vie des populations et sur l’environnement, vérifier que les personnes ayant endetté le pays avaient bien la compétence juridique pour le faire, etc. Pour ce faire, l’audit intégral et participatif de la dette comme l’a réalisé l’Équateur en 2007-2008 paraît l’outil le plus adapté.

La démarche participative de l’audit permettra à la population de comprendre le ’système dette’ dans ses multiples dimensions (économique, sociale, politique, environnementale) en répondant notamment à ces questions : Pourquoi l’État a-t-il été amené à contracter une dette qui ne cesse d’enfler ? Au service de quels choix politiques et de quels intérêts sociaux la dette a-t-elle été contractée ? Qui en a profité ? Etait-il possible ou nécessaire de faire d’autres choix ? Qui sont les créanciers ? Quelles sont les conditions à l’octroi des prêts ? Comment l’État s’est-il trouvé engagé, par quelle décision, prise à quel titre ? Quel montant d’intérêts a été payé, à quel taux, quelle part du principal a déjà été remboursée ? Comment l’État finance-t-il le remboursement de la dette ? etc. Ainsi, l’audit apportera les preuves que la dette sert de levier aux créanciers pour imposer des politiques antisociales. Il permettra ce faisant d’instaurer un rapport de force politique favorable à l’Etat qui décide d’auditer sa dette dans l’objectif d’annuler les dettes illicites et illégitimes (celles qui ne servent pas l’intérêt général de la communauté). Soulignons ici qu’en droit international, l’évaluation de l’intérêt général et la détermination du caractère licite ou illicite de la dette relèvent de la compétence des pouvoirs publics |10|.

Nous listons ci-dessous quelques arguments juridiques fondant la nullité de certaines dettes publiques.

Les vices du consentement

La Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités et la Convention de Vienne sur le droit des traités entre États et organisations internationales de 1986 indiquent différents vices du consentement pouvant entraîner la nullité du contrat de prêt. Parmi eux, on trouve l’incompétence du contractant |11|, la corruption du contractant par des moyens directs ou indirects lors de la négociation, la contrainte exercée sur le contractant au moyen d’actes ou de menaces dirigés contre lui ou encore le dol. Les États, les collectivités locales et les établissements publics peuvent également se reporter à leur droit national, qui contient des dispositions en matière de contrats comme l’article 1109 du Code civil français selon lequel « il n’y a point de consentement valable si le consentement n’a été donné que par erreur ou s’il a été extorqué par violence ou surpris par dol ». Si les pouvoirs publics parviennent à prouver que ces dispositions issues du droit international et national ont été violées au moment de la conclusion de l’accord, ils seront alors fondés légalement à répudier les dettes entachées d’illégalité.

A titre d’exemple, la contrainte pourrait être invoquée par les gouvernements portugais, irlandais et grec pour rejeter les mesures imposées par la Troïka. En effet, ces créanciers, à l’instar du FMI et de la Banque mondiale qui ont orchestré dans le Sud les fameux Plans d’ajustement structurels (PAS) suite à la crise de la dette du tiers-monde de 1982, tirent aujourd’hui profit de la crise en Europe pour soumettre les États à des mesures d’austérité portant directement atteinte aux droits économiques et sociaux des citoyens de ces pays et violant la souveraineté de ces derniers. Le dernier rapport de l’Expert de l’ONU sur la dette dénonce d’ailleurs l’ingérence des créanciers dans la définition des politiques de développement des États en affirmant que ’Les États créanciers et les institutions financières internationales ne doivent pas tirer parti d’une crise économique, financière ou liée à la dette extérieure pour promouvoir des réformes structurelles dans les États débiteurs, aussi utiles ces réformes puissent-elles être considérées sur le long terme. De telles réformes devraient être engagées, formulées et mises en œuvre par les États débiteurs eux-mêmes, s’ils le jugent approprié, dans le cadre d’un processus indépendant de développement national |12| ».

Le dol pourrait aussi dans certains cas être invoqué par les États mais aussi les collectivités locales et les établissements publics. Il y a effectivement un enjeu important à s’attaquer à ces dettes locales. Soulignons qu’en France l’encours de la dette des collectivités territoriales au sens large s’élevait à 163 milliards d’euros, soit environ 10 % du total de la dette publique française |13| et que plusieurs acteurs publics locaux ont été victimes de prêts toxiques contractés auprès de banques comme Dexia. Cette dernière proposait en 2008 223 prêts différents reposant sur des indices « exotiques » plus spéculatifs les uns que les autres : la parité entre l’euro et le franc suisse, mais aussi le yen, le dollar, l’inflation, les indices de la courbe des swaps, jusqu’au cours du pétrole ! Avec de tels prêts dits « toxiques », la banque peut multiplier ses marges par 2 ou 3, voire davantage. Les acteurs publics locaux se trouvent quant à eux piégés par des taux d’intérêt de plus de 20 %. Cette situation intenable a d’ailleurs poussé plusieurs collectivités locales à attaquer Dexia en justice, notamment pour défaut de conseil, voire tromperie. Pour les plaignants, la banque a violé son obligation d’information en se gardant de détailler les risques liés à des prêts. Pire, dans certains cas, Dexia aurait volontairement donné des informations exagérément optimistes, voire erronées, en garantissant une quasi-absence de risque. Dexia comme d’autres banques n’a donc pas répondu à son obligation d’information alors que les collectivités n’étaient pas équipées pour apprécier les risques encourus. En l’absence d’information claire et détaillée sur le contenu des contrats portant sur des emprunts toxiques, on peut considérer que le consentement des collectivités n’a pas été valablement donné et invoquer l’action dolosive de ces banques, cause de nullité selon l’article 1116 du Code civile français |14|.

Ces affaires en justice ne sont pas encore tranchées définitivement par la justice française. Mais la Chambre régionale des comptes d’Auvergne Rhône-Alpes a rendu une décision unique permettant à Sassenage, une petite ville de 11000 habitants de l’Isère, de continuer à refuser de payer les intérêts demandés par Dexia en attendant que la justice se prononce sur son cas |15|.

La cause illicite ou immorale du contrat

Ce fondement juridique, inscrit dans de nombreuses législations nationales civiles et commerciales, peut remettre en cause la validité de contrats. Comme mentionné plus haut, il faut que les dettes aient été contractées pour l’intérêt général de la collectivité. Cette notion se retrouve aussi en droit français, dans la circulaire du 15 septembre 1992 relative aux contrats de couverture de taux d’intérêt offerts aux collectivités et aux établissements publics locaux, qui stipule que « les collectivités locales ne peuvent légalement agir que pour des motifs d’intérêt général présentant un caractère local ». Cette obligation exclut bien évidemment les prêts dits ’toxiques’ reposant sur la spéculation que nous avons abordés plus haut. Ces prêts toxiques ont été estimés à 13,6 milliards pour les seules collectivités françaises par la Commission d’enquête parlementaire sur les produits à risque souscrits par les acteurs publics locaux |16|. Leur annulation devrait logiquement être supportée par les banques responsables d’avoir conçu des prêts complexes, dangereux et non conformes à la réglementation qui interdit aux acteurs publics de spéculer sur les marchés.

On peut également ranger dans les causes illicites ou immorales du contrat l’achat de matériel militaire. La course à l’armement constitue par ailleurs une violation de l’article 26 de la Charte des Nations-unies qui impose aux États de réglementer le commerce des armements et de n’affecter que le minimum de leurs ressources au domaine militaire.

L’’aide liée’ ne sert pas non plus l’intérêt général de l’Etat emprunteur. En effet, cette pratique qui consiste en des prêts d’État à État, souvent sous forme de crédits d’exportations, c’est à dire en contrepartie de l’achat de marchandises produites par l’Etat « prêteur », ne correspond pas aux besoins réels du pays mais aux intérêts du « prêteur ». C’est ce qui a conduit la Norvège en 2006 à annuler unilatéralement et sans conditions des dettes de cinq pays (Équateur, Égypte, Jamaïque, Pérou et Sierra Leone) dans le cadre d’une campagne d’exportation de navires à la fin des années 1970 |17|. Dans le cas grec, en pleine crise au début 2010, mis sous pression par les autorités françaises et allemandes qui voulaient garantir leurs exportations d’armes, le gouvernement du PASOK a recouru à de nombreux emprunts pour financer l’achat de matériel militaire à la France et à l’Allemagne. On est ici clairement en présence de prêts liés de la part des deux puissances européennes.

Il faut aussi vérifier au moyen d’un audit dans quelle mesure les grands projets d’infrastructures financés par la dette, comme les barrages dont certains sont de véritables éléphants blancs (comme le barrage d’Inga en République démocratique du Congo) ou encore l’organisation de jeux olympiques, contribuent à l’intérêt général. A cet égard, on peut citer le scandale des Jeux olympiques de 2004 en Grèce. Alors que les autorités helléniques prévoyaient une dépense de 1,3 milliard de dollars, le coût de ces jeux a dépassé en réalité les 20 milliards de dollars.

Le remboursement des dettes qui sont le résultat des sauvetages bancaires doit également être remis en cause. En effet, il est (au minimum) immoral de faire supporter aux populations le poids de ces sauvetages. Soulignons à cet égard que la socialisation des dettes privées (comme c’est le cas en Europe depuis le début de la crise en 2007) est explicitement interdite par la Constitution équatorienne. Il est urgent de s’attaquer à ces dettes d’autant que la facture laissée aux contribuables pourrait même encore s’alourdir en cas d’activation des garanties accordées par les États sur certaines banques. C’est le cas du groupe Dexia sauvé deux fois en trois ans par les pouvoirs publics belge, français et luxembourgeois. En octobre 2011 ces trois Etats se sont engagés à garantir les emprunts de la ’bad bank |18|’ composée de Dexia SA et DCL à hauteur de 90 milliards d’euros. Par conséquent, si la bad bank ne rembourse pas ses créanciers, les pouvoirs publics (donc les contribuables) devront régler une fois de plus les dettes de Dexia. Ce qui plombera lourdement les finances publiques des trois Etats garants. Notons ici que la part prise par l’État belge représente pas moins de 15% de son Produit Intérieur Brut (PIB) ! A cet égard, trois associations belges (CADTM Belgique, ATTAC Liège et ATTAC Bruxelles 2) rejointes par deux députées fédérales écologistes (Zoé Genot et Meyrem Almaci) ont introduit le 23 décembre 2011 une requête devant le Conseil d’Etat pour annuler l’arrêté royal octroyant la garantie de l’État belge sur certains emprunts de la ’bad bank’ de Dexia |19|.

Enfin, le fait de contracter des dettes pour rembourser d’anciennes dettes illicites, odieuses ou illégitimes constitue une cause immorale et illicite. Selon l’argument juridique de la continuité du délit, une dette illicite ne perd pas, suite à un processus de renégociation ou de restructuration, son caractère illégal. En ce sens, elle conserve son vice d’origine et le délit perdure dans le temps. Par conséquent, tous les emprunts publics visant à rembourser d’anciennes dettes illégales sont eux-mêmes illicites |20|. Parmi elles, on trouve bien évidemment les dettes odieuses contractées par les dictatures au Sud et au Nord (la dictature des colonels en Grèce, de Salazar au Portugal, de Franco en Espagne, etc). Selon la doctrine de la dette odieuse |21| : « Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’État, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’État entier (…).Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation ; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir. »

A côté des dettes odieuses, il faut prendre en comptes toutes les dettes illégitimes dont le montant est bien plus important. Rappelons qu’en Europe l’augmentation de la dette publique est principalement le résultat d’une politique fiscalement et socialement injuste, caractérisée par 30 années de cadeaux fiscaux pour les revenus élevés et les transnationales. L’audit de la dette permettra de mettre en lumière cette dette originelle qui ne doit pas être remboursée.

En refusant de rembourser la dette et en donnant la priorité aux besoins humains de sa population, un Etat pose un acte unilatéral de désobéissance fondé en droit et créateur de droit. En effet, le 4e rapport de la Commission de droit international de l’ONU sur les actes unilatéraux stipule que ceux-ci « produisent des effets juridiques directs sur leur destinataire. Mais ils peuvent également produire des effets indirects comme ceux qui contribuent à la formation ou au renforcement de normes d’origine coutumière ou à la formation des principes généraux du droit |22| ».

Dans l’hypothèse où le créancier déciderait de ne pas reconnaître la validité d’un tel acte unilatéral en intentant une action en justice contre le débiteur, ce dernier a les moyens juridiques de contre-attaquer. Prenons le cas du Paraguay. En plus de déclarer le caractère frauduleux de la dette produisant tous ses effets y compris devant l’État suisse, le gouvernement paraguayen a confirmé son droit reconnu par le droit international d’exiger de la Suisse – devant la Cour Internationale de Justice de La Haye (CIJ) – le paiement de réparations en tant qu’obligation internationale. Il en est ainsi parce qu’un tribunal suisse a, de façon arbitraire et ignorant les preuves présentées pendant le procès, émis un jugement favorable aux créanciers privés. Le tribunal suisse est un organe de l’État et de ce fait, lorsqu’il se prononce, il s’agit d’un acte de l’État suisse. Il s’agit d’un acte internationalement illicite qui entraîne la responsabilité de l’État.

Pour se prémunir de toutes représailles juridiques et mener une politique de développement souveraine respectueuse des droits humains, les gouvernements ont intérêt à se retirer de certaines instances d’arbitrage, en premier lieu du CIRDI (le tribunal de la Banque mondiale en matière de litiges sur les investissements). De même, pour éviter la formation d’un nouveau cycle d’endettement illégitime, les pouvoirs publics devraient encadrer strictement le recours à l’emprunt, à l’instar de ce que prévoit la Constitution équatorienne.

Renaud Vivien

Notes

|1| Ruzié David, Droit international public, 17e édition, Dalloz, 2004, p. 93.

|2| Alexander Nahum Sack, Les Effets des Transformations des États sur leurs dettes publiques et autres obligations financières, Recueil Sirey, 1927.

|3| Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement

|4| Voir le document de la CNUCED par Robert Howse “The concept of odious debt in public international law”

|5| Lire la position du réseau CADTM sur la dette odieuse et illégitime sur www.cadtm.org/Dette-illegitime-l-actualite-de-la

|6| Pour aller plus loin, lire Renaud Vivien, Cécile Lamarque, « Plaidoyer juridique pour la suspension et la répudiation des dettes publiques au Nord et au Sud », www.cadtm.org/Plaidoyer-juridique-pour-la

|7| La Charte de l’ONU de 1945, la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, les deux Pactes de 1966 sur les droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) et sur les droits civils et politiques (PIDCP), la Convention de Vienne sur le droit des traités de 1969 ou encore la Déclaration sur le droit au développement de 1986.

|8| ACDI, 1980, p. 164-167.

|9| www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/Pages/HRC/Index.aspx under ’Documents to be considered during HRC 20th session’. The document number is : A/HRC/20/23.

|10| Toussaint Éric, Ruiz Diaz Hugo, « L’audit de la dette : un instrument dont les mouvement sociaux devraient se saisir », www.cadtm.org/L-audit-de-la-dette-un-instrument

|11| À titre d’exemple, ce vice du consentement a constitué un motif juridique de la répudiation par le Paraguay en 2005 d’une dette de 85 millions de dollars.

|12| Mohamed Dabo, ’Les nouveaux principes directeurs relatifs à la dette extérieure et aux droits de l’homme. Résumé du rapport final de l’Expert des Nations-unies sur la dette extérieure’, http://cadtm.org/Les-nouveaux-principes-directeurs

|13| Plusieurs collectivités en France ont intenté des actions en justice. Lire « France : les dettes publiques locales, un enjeu citoyen essentiel » par Patrick Saurin, www.cadtm.org/France-les-dettes-publiques

|14| Selon l’article 1116, « le dol est une cause de nullité de la convention lorsque les manoeuvres pratiquées par l’une des parties sont telles, qu’il est évident que, sans ces manoeuvres, l’autre partie n’aurait pas contracté ».

|15| www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0202109119600-emprunts-toxiques-une-ville-peut-suspendre-ses-paiements-332734.php

|16| Lire le rapport de cette Commission sur www.assembleenationale.fr/13/rap-enq/r4030.asp

|17| Le Ministre norvègien de la coopération au développement Heikki Holmås a par ailleurs annoncé en août 2012 que son pays allait auditer toutes ses créances sur les pays en développement.

|18| Une ’bad bank’ est une structure dans laquelle sont transférés les actifs douteux d’un établissement financier en difficulté

|19| Ce recours est publié au Moniteur belge sous le numéro G/A 203.004/XV-1811. Il est soutenu par de nombreuses personnalités et associations en Belgique. Voir sur : www.sauvetage-dexia.be

|20| L’argument de la continuité du délit a par exemple été utilisé par la Commission d’audit en Equateur (CAIC) pour dénoncer les nombreuses irrégularités (lors de la socialisation des dettes privées, du Plan Brady et de restructurations de dettes…) ayant abouti à l’émission de bons de la dette commerciale.

|21| Alexander Sack, 1927, « Les Effets des Transformations des États sur leurs dettes publiques et autres obligations financières ».

|22| ONU- CDI, Cuarto informe, op. cit., § 77.

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

17- 20 octobre 1961 : Les “Nuits de cristal” oubliées

octobre 22nd, 2012 by Chems Eddine Chitour

« La République reconnaît avec lucidité ces faits à propos de la sanglante répression de la manifestation d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes » – Communiqué de la présidence française le 17 octobre 2012

C’est par ce communiqué laconique – présenté comme un geste majeur – que l’Elysée croit pouvoir solder sa dette pour les massacres de masse prémédités des nuits de cristal un certain 17 octobre 1961. Le chef de l’Etat se différencie ainsi de ses prédécesseurs, particulièrement Nicolas Sarkozy, qui ont toujours refusé de faire acte de repentance. L’année dernière, pour les commémorations des cinquante ans de cette tragédie, la pression politique s’était intensifiée sur l’Elysée, mais Nicolas Sarkozy n’avait présenté aucune excuse.

Cette déclaration a suscité des réactions diverses, notamment de la Droite – à l’instar du représentant de l’UMP- qui persiste et signe dans le déni d’un crime d’Etat. Il y eut cependant d’autres réactions plus équilibrées, où le parallèle avec un autre drame- celui de la déportation de juifs -fut fait. Nous lisons :

« Est-ce à la République d’assumer la responsabilité d’actes commis par ses représentants et responsables de l’époque, en premier lieu le préfet de Police Papon, qui se montrèrent indignes d’elle. (…) Il s’agit d’un crime d’État, certes, mais commis par des personnes bien précises. On cherche donc aujourd’hui bel et bien à escamoter des responsabilités réelles et incarnées en les noyant dans les brumes du temps qui a passé. Le 16 juillet de cette année, le Président F. Hollande commémorait officiellement la rafle du Vel’d’Hiv en prononçant un discours officiel dans lequel il établissait scandaleusement une continuité entre la moitié de la France occupée à l’époque par les nazis avec la France qu’il représente aujourd’hui. Ce matin même, à l’issue du Conseil des ministres, la porte-parole, Mme N.V-B, répondait à un journaliste que la question du massacre du 17 octobre 1961 n’avait pas été abordée. Il a fallu attendre la fin de soirée pour que, sous la pression de la rue un communiqué de quatre lignes sorte de l’Élysée. (1)

 

 

Que s’est-il passé ces nuits funestes d’octobre 1961 ?

Nous allons donner la parole à l’écrivain Jean-Luc Einaudi qui fut l’un des premiers avec Pierre Vidal-Nacquet a donner une visibilité à cette tragédie sur laquelle régna une omerta d’une trentaine d’années. Omerta qui, paradoxalement, fut aussi observée par le pouvoir algérien. « Le 5 octobre écrit-il, le préfet de police, Maurice Papon, décide d’imposer un couvre-feu sélectif qui ne s’applique qu’à une partie de la population française : les Français musulmans d’Algérie. Cette décision discriminatoire, qui s’appuie sur l’apparence physique des personnes, est la réponse aux attentats commis par le FLN quelques jours avant et qui ont causé la mort de onze policiers. Face à cette institutionnalisation du racisme, le FLN appelle à un grand rassemblement pacifique le 17 octobre. (..) Le jour même, des dispositifs de sécurité sont mis en place. Et là, lorsque les deux camps se rencontrent, et je dis bien rencontrent et pas s’affrontent, c’est le massacre ». (2)

Se basant sur une documentation et sur les faits malgré l’impossibilité d’accès à certaines archives toujours pas déclassifiées, Jean-Luc Einaudi décrit la cure de ces nuits de cristal en tout point semblables à celles que vécurent les juifs du IIIe Reich, il écrit : « Des milliers de personnes sont raflées, tabassées, violentées. Des centaines sont tuées dont plusieurs dizaines par noyade. Pour ma part, j’estime les noyés à une soixantaine de personnes et je pense qu’il y a eu en quelques jours environ 400 personnes tuées. Les morts et les violences policières s’étalent du mardi 17 octobre jusqu’au dimanche qui suit. » (2)

L’auteur poursuit en impliquant le préfet Papon :

 « Les dispositifs de sécurité ont été mis en place sous les ordres de Maurice Papon. Lorsque les rafles ont été commises, c’est lui qui a décidé de réquisitionner des autobus avec leurs chauffeurs pour pouvoir ramasser plus de monde. C’est aussi lui qui a permis de parquer les personnes raflées dans le Palais des sports de la porte de Versailles ainsi qu’au stade Coubertin. Il faut bien noter que les rafles étaient une pratique habituelle à l’époque et, surtout, que tous les policiers et gendarmes qui ont tapé et tué l’ont fait avec la conviction de l’impunité. Et cette impunité, c’est leur préfet qui le leur a donnée. Énormément d’actes de violences ont eu lieu à l’intérieur même des cours des commissariats, ce qui engage la responsabilité du préfet. » (2)

Les précédents en France des méthodes de la police française

Enfin, l’auteur explique l’omerta :

« De plus, Maurice Papon a aussi participé à l’entreprise de dissimulation de la vérité. Dès le départ il y a eu un véritable travail de mise en oeuvre de mensonge d’Etat. Comme le nombre de cadavres était important, il a bien fallu trouver une explication. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Roger Frey et Maurice Papon ont donc expliqué que ces morts étaient dues à des règlements de compte, entre Algériens. Évidemment, l’amnistie décrétée en mars 1962 a facilité le travail de mensonge puisqu’elle couvre tous les faits de cette époque concernant le maintien de l’ordre. Tout ce qui cherchait à faire éclater la vérité était interdit et saisi comme le livre « Ratonnades à Paris » de Pierre Vidal-Nacquet » (2).

Il ne faut pas croire que le 17 octobre fut une singularité, une bavure. Ce fut au contraire mûrement réfléchi, le maitre d’oeuvre Maurice Papon un tortionnaire qui avait déjà sévi en Algérie à Constantine, de retour à Paris promu par De Gaulle, il se retrouve en pays de connaissance avec des éléments de la préfecture de police qui sont d’anciennes connaissances qui avaient cassé du juif et qui ont des dispositions particulières pour casser de l’Arabe. Le préfet de police de l’époque est Jean Baylot, qui a réintégré de nombreux policiers révoqués en 1945.

Maurice Rajsfus met en lumière et dénonce, les crimes policiers, il décrit un épisode encore méconnu, la répression de manifestants nord-africains le 14 juillet 1953 à Paris, s’inscrivant pleinement dans la politique coloniale de l’Etat français. « Ce jour-là comme tous les ans depuis 1936, le PCF et la CGT organisent une manifestation à Paris pour célébrer les idéaux de la République et depuis 1945 ceux de la Résistance. Près de 10.000 personnes y participent et parmi elles 2 000 manifestant(e)s défilent derrière les banderoles du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), le principal mouvement nationaliste algérien dirigé par Messali Hadj. (…) Les militant(e)s nord-africains y brandissent des drapeaux algériens et scandent des slogans hostiles au colonialisme et en faveur de la libération de Messali Hadj et de l’indépendance. Autant de symboles qui vont entraîner une répression sanglante de la police française à l’encontre des Nord-Africains lors de l’arrivée du cortège sur la place de la Nation. La police ouvre le feu : bilan 7 morts (6 ouvriers algériens et un ouvrier français, militant de la CGT) et une centaine de blessés. Le gouvernement de Joseph Laniel, président du Conseil, couvre la répression et soutient les policiers assassins. (3)

Maurice Rajsfus a écrit aussi avec Jean-luc Einaudi un livre remarquable qui tranche avec les mensonges de beaucoup d’historiens..Il s’intitule : Les silences de la police 16 juillet 1942-17 octobre 1961 On lit : « La direction « scientifique « de la préfecture de police de Paris a osé publier une histoire de cette noble Institution omettant deux dates récentes le 16 juillet 1942 et le 17 octobre 1961. Si vous voulez savoir ce s’est passé à Paris en 1942 et en 1961, Si vous voulez savoir comment les fonctionnaires de la préfecture de police de Paris ont méthodiquement et massivement raflé les juifs pour les livrer aux nazis. Si vous voulez apprendre comment, de 1958 à 1962, Maurice Papon a importé les méthodes de la Guerre d’Algérie à Paris, ne manquez surtout pas le dernier chapitre de ce petit livre, qui expose comment de nombreux centres de torture ont alors été ouverts en pleine ville. Et comment la Seine a continûment charrié des cadavres, de 58 à 62, sous la responsabilité du même Maurice Papon. » JL Einaudi raconte aussi bien comment depuis des mois et des mois à Paris, non seulement, et dans d’autres villes, des Algériens étaient tués ; l’apogée sera le 17 octobre, sans oublier le 8 février 1962 avec la répression et les morts de Charonne. Pendant très longtemps, même les enfants d’immigrés n’ont pas connu cet épisode. Dans le livre écrit par la Préfecture de police, il n’y a évidemment pas un mot sur le 17octobre 1961, mais par contre on parle de tragédie nationale à propos des morts de Charonne, tout en parlant d’actes d’individus incontrôlés, de dérapages, et en ne mettant jamais en accusation la police comme corps répressif (4).

L’amnésie algérienne

On peut se demander pourquoi avoir décidé de cette marche connaissant les risques pour des personnes sans défense ? Une première explication nous est donnée par Omar Boudaoud qui a dirigé pendant cinq ans la Fédération de France : « Le couvre-feu touchait particulièrement les militants nationalistes algériens car, selon Omar Boudaoud, « le travail du FLN s’effectuait généralement le soir : les réunions de militants se tenaient dans les cafés ou dans d’autres endroits, la collecte des cotisations s’effectuait après la sortie du travail et le repas du soir, de même que la diffusion de la « littérature » FLN ». Devant les difficultés que le couvre-feu entraînerait pour l’organisation nationaliste, le Comité fédéral expliquait que « l’application de ce couvre-feu deviendra un handicap insurmontable et paralysera toute activité. Essayez donc d’organiser quelque chose pour riposter. Nous nous attendions certes à une vague de répression ; mais nous étions tellement sûrs du caractère pacifique de la manifestation, que la sauvagerie et l’atrocité de la répression qui s’en suivit nous prit au dépourvu. » (5)

On l’aura compris, ces morts ont été le « prix à payer » pour la Révolution mais aussi le prix des luttes intestines au sein du FLN. Pourtant, après l’indépendance, du côté algérien ce fut aussi la chape de plomb. Les morts sans sépulture de la Seine nous interpellent. Leur combat pour une Algérie libre n’a pas eu la reconnaissance du pays dont les dirigeants ont minimisé longtemps leur rôle dans l’accélération du mouvement pour l’indépendance. Ainsi, parce que la Fédération de France « faisait partie des vaincus », explique au Monde l’historien Jean-Luc Einaudi, il était hors de question, pour les nouveaux maîtres d’Alger, de laisser paraître un ouvrage qui « lui aurait fait de la pub ».(6) L’hommage viendra plus tard, au début des années 1990, quand Ali Haroun, l’un des anciens responsables de la Fédération de France, sera revenu en grâce. Depuis 1991, rappelle Jean-Luc Einaudi, la journée du 17 octobre fait l’objet d’une commémoration nationale en Algérie. (7)

Que dire en définitive ? Les massacres du 17 octobre n’ont pas provoqué en France de grandes réactions de protestation. Ils ont été très largement dissimulés par le mensonge de l’État et recouverts par l’indifférence dominante. Autrefois, Pierre Vidal-Naquet avait appelé le 17 octobre 1961 « ce jour qui n’ébranla pas Paris ». Pourquoi l’oubli ? Maurice Papon, préfet de police en 1961, a été ministre jusqu’en 1981 et que Roger Frey, ministre de l’Intérieur en 1961, a présidé le Conseil constitutionnel jusqu’en 1983. François Mitterrand, qui en 1961 était dans l’opposition, une fois devenu président de la République, ne tenait pas à ce qu’on revienne sur les années de la Guerre d’Algérie, compte tenu des graves responsabilités qui furent les siennes en tant que ministre de l’Intérieur d’abord, puis comme ministre de la Justice. Il y avait là une convergence d’intérêts pour entretenir l’ignorance et l’oubli.

Hervé Gattegno, rédacteur en chef au « Point » parle de reconnaissance sans repentance ajoute que : « Pour la première fois, c’est la France qui admet l’existence d’une « répression sanglante » contre ces manifestants innocents, pacifiques. François Hollande l’avait déjà fait, l’an dernier, mais il n’était que candidat, pas encore élu.(…) C’est bien la police parisienne qui s’est déshonorée dans le massacre de 1961 et pas seulement le préfet Maurice Papon. C’est donc bien un crime qui engageait l’État. Et un crime contre des Français puisque, ne l’oublions pas, l’Algérie était française à ce moment-là. La repentance, c’est pourtant la seule voie possible pour la paix véritable, celle qui ne passe pas par la guerre et donc l’écrasement de l’adversaire. Cette reconnaissance reste très en-deçà de ce qu’il reste à faire mais disons qu’après la reconnaissance du Vel d’Hiv, c’était bien le moins qu’il pouvait faire pour donner un semblant d’équité mémorielle entre les différentes communautés de victimes et éviter le deux poids, deux mesures.

Cependant, à cette cadence de la reconnaissance légitime et lucide il faut au moins un siècle pour venir à bout de la reconnaissance d’une faute imprescriptible. Souvenons-nous il a fallu 45 ans pour que les événements d’Algérie soient reconnus enfin comme une guerre. Avec de justes mots, Pierre Bourdieu rend à sa façon, justice aux martyrs, nous l’écoutons : « J’ai maintes fois souhaité que la honte d’avoir été le témoin impuissant d’une violence d’État haineuse et organisée, puisse se transformer en honte collective. Je voudrais aujourd’hui que le souvenir des crimes monstrueux du 17 octobre 1961, sorte de concentré de toutes les horreurs de la Guerre d’Algérie, soit inscrit sur une stèle en un haut lieu de toutes les villes de France, à titre de mise en garde solennelle contre toute rechute dans la barbarie raciste. » (8)

L’immense écrivain Kateb Yacine s’adressant au peuple français seul juge en définitive, écrivit ce poème tout en douceur et fermeté en appelant à la conscience du peuple français :

« Peuple français,
Tu as tout vu
Oui, tout vu de tes propres yeux
Tu as vu notre sang couler.
Tu as vu ta police assommer les manifestants.
Et les jeter dans la Seine.
La Seine rougissante
N’a pas cessé les jours suivants
De vomir à la face
Du peuple de la commune
Ces corps martyrisés
Qui rappelaient aux Parisiens
Leurs propres révolutions
Leur propre résistance
Peuple français, tu as tout vu
Oui tout vu de tes propres yeux,
Et maintenant vas-tu parler ?
Et maintenant vas-tu te taire ? » (9)

 

Comme Kateb Yacine nous attendons des regrets francs massifs sans circonvolution littéraire. Le peuple algérien n’a pas la mentalité pour faire de ses malheurs une pompe à finance ad vitam aeternam . Il veut seulement que la faute soit assumée.

Prof. Chems Eddine Chitour

 

Notes

1. http://www.legrandsoir.info/ah-le-lache.html

2. L’Etat continue de cacher des preuves : Entretien avec Jean-Luc Einaudi. Le Nouvel Observateur 17 octobre 2002.

3. M.Rajsfus:1953, un 14 juillet sanglant. Ed Agnès Alternative libertaire n° 118 30 05 2003

4. http://nopasaran.samizdat.net/article.php3?id_article=341

5 Omar Boudaoud : Du PPA au MTLD, mémoire d’un combattant. p.187, Ed.Casbah 2007

6. Chems Eddine Chitour http://www.legrandsoir.info/17-octobre-1961-50-ans-d-amnesie…

7. http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4664 Catherine Simon, Le Monde des Livres, 13 octobre 2011

8. Pierre Bourdieu : Le 17 octobre 1961, un crime d’État à Paris, Edits La Dispute, mai 2001.

9. Chérif Boudelal http://www.jijel-echo.com/Le-17-octobre-1961-Le-massacre-des…

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Turquie : La vérité vous libèrera

octobre 22nd, 2012 by Roger Akl

Signalé par l’un des correspondants de l’Institut Tchobanian : hier dans l’édition électronique du Monde un reportage éclairant de Lewis Roth intitulé “Dans le djebel turkmène les barils venus du ciel sèment la mort“  des propos macabres sur les Arméniens ont été tenus par des combattants syriens appartenant a l’ethnie turcomane.

Voici la lettre ouverte de l’Institut Tchobanian à deux ministres de la République Française

Messieurs les ministres des Affaires Étrangères et de la Défense.

Commentaires sur l’article du journal Le Monde « Dans le djebel turkmène, les barils venus du ciel sèment la mort ».

La vérité vous libèrera

L’alliée turque de la France veut en terminer avec les restes des Arméniens sauvés du génocide de 1915, par les Syriens. Les Turcs les avaient emmenés, en 1915, dans des marches de la mort dans le désert de ce pays. Là, un reste d’entre eux fut sauvé par la population syrienne qui les a accueillis, protégés, nourris et même a élevé leurs bébés sans mères, car massacrées par les soldats ottomans après qu’ils les eussent violées.

Ces bébés ont eu de la chance, car les soldats ottomans prenaient plaisir à égorger les enfants devant leurs mamans et même à tuer les mères enceintes en leur ouvrant le ventre pour détruire le fœtus. Certains, en France, attribuent cette cruauté à l’islam, mais c’est complètement faux ; cela n’a rien avoir avec la religion mais avec la culture et les dirigeants.

Car, si ces Turcs étaient musulmans, les Syriens qui avaient accueillis les fuyards arméniens l’étaient aussi. Même que les familles qui avaient sauvé, nourri et élevé les bébés orphelins, leur faisaient savoir quand ils atteignaient l’âge de raison qu’ils étaient Arméniens et chrétiens pour leur permettre de retrouver leur communauté et leur religion. Ce qui est le contraire en Turquie encore aujourd’hui, ou beaucoup de restes des Arméniens n’osent pas avouer leurs origines, tandis que les Dönmeh sont des israélites qui sont musulmans de jour et juifs la nuit, car la ‘démocratie’ à la turque ne leur permet pas la liberté de croyance.

Pourquoi rappelons-nous tout cela aujourd’hui ? Parce que le journal Le Monde nous propose un conte de fées sur les « bons » révoltés turkmènes, qui menacent les « mauvais frères » arméniens et alaouites du village de Burj Al Kassab qu’ils seraient « forcés » de les massacrer s’ils résistaient…

Je ne sais pas quelle politique et quelle stratégie appliquent la France, l’OTAN et leurs media. Mais, de grâce, arrêtez l’hypocrisie de prétendre que vous appuyez les « bons » Turcs, djihadistes, Frères Musulmans, salafistes, Al Qaeda contre le « méchant » gouvernement syrien, lequel, malgré tous ses défauts, est beaucoup moins dictatorial que vos alliés wahhabites, Frères Musulmans, AKP, Al Qaeda et j’en passe. Il traite au moins ses citoyens de la même manière et leur accorde la principale liberté, celle de la croyance.

Si ce chef turkmène croit vraiment que les Arméniens, après leur génocide, vont se livrer entre ses mains, votre journaliste est-il assez ignorant pour le croire ?

Et vous, le croyez-vous, messieurs les ministres ?

Je pense que non. Mais vous pensez peut-être que c’est l’intérêt de la France de poursuivre une politique d’appui à la Turquie et aux principautés wahhabites du Golfe pour des raisons économiques et pétrolières.

Pourquoi donc ne dites-vous pas la vérité à vos électeurs et lecteurs, à moins que vous n’ayez quelque chose à leur cacher ?

Roger Akl

Secrétaire général de l’Institut Tchobanian

www.tchobanian.org

19.10.2012

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Paris- Réplique sismique de la décapitation de la hiérarchie militaire syrienne, le 18 juillet dernier à Damas (1), l’assassinat du Général Wissam Al-Hassam, l’homme lige du clan Hariri sur le plan sécuritaire au Liban, a retenti comme un revers stratégique majeur du camp atlantiste, à forte charge symbolique, à forte portée psychologique.

Se superposant à la destruction des sanctuaires de Tombouctou (Nord Mali) par les affidés du Qatar, Ansar Eddine, et à l’assassinat de l’ambassadeur des Etats-Unis en Libye, Christopher Evens, à la date hautement symbolique du 11 septembre à Benghazi par les obligés néo islamistes de l’Amérique, le dégagement sanglant de Wissam al Hassan, va sans nul doute opérer un profond bouleversement du paysage politique tant au Liban, qu’au-delà, sur l’ensemble du Moyen orient.

Survenant trois mois jour pour jour après l’attentat de Damas, la déflagration de Beyrouth, le 19 octobre, en plein fief chrétien de la capitale libanaise, constitue une parfaite illustration des dérives incontrôlées du conflit syrien et de ses retombées sur le Liban, dont les conséquences pourraient s’avérer gravement dommageables tant pour le clan Hariri au Liban, que pour son parrain saoudien, que pour leur parrain commun, les Etats-Unis, par ricochet pour la Syrie elle-même et le clan Assad et ses alliés, alors que la zone frontalière syro libanaise paraît complétement gangrénée par des trafics en tous genres, d’infiltrations de djihadistes de tous poils et d’apprentis sorciers sulfureux surgis de nulle part à la recherche d’odeurs de poudre, prélude à la constitution d’un «Sunnitoland».

A cinq mois de l’ouverture du procès Hariri à la Haye, la disparition de ce témoin faisandé, embourbé dans la gestion d’un nouveau mystérieux faux témoin de l’affaire Michel Samaha, Milad Kfouri, pour cruel que soit ce constat, arrangerait bon nombre de protagonistes de cette épreuve de force interminable entre le camp atlantiste et ses contestataires régionaux en vue de la maîtrise du jeu régional. Quelle soit ou non impliquée dans cet attentat, quelle que soit son degré d’implication, la Syrie va immanquablement être pointée du doigt et criminalisée selon un processus identique à celui qui a prévalu lors de l’attentat contre l’ancien premier ministre Rafic Hariri, le 15 Février 2005.

Au-delà des accusations fondées ou pas, force est toutefois d’admettre que le fait que l’attentat se soit produit en plein fief chrétien de la capitale libanaise, à proximité d’une permanence du parti Phalangiste, une des principales formations chrétiennes libanaises, témoigne, sept ans après le retrait syrien du Liban, sinon de la dextérité des services syriens, si les charges anti syriennes étaient fondées, à tout le moins de la négligence coupable de la victime et de ses services qui n’auront su, en dépit des considérables moyens mis à leur disposition, déjouer les menées hostiles.

L’homme bénéficiait d’une sorte de passe-droit et ses services d’un quasi de statut d’extra-territorialité du fait de ses protections pétro monarchiques, dont il a usé et abusé pour impulser, malgré ses déboires, sa promotion aux plus hauts échelons de la hiérarchie militaire et doté ses services d’un important budget et d’équipements sophistiqués fournis abondamment par les pays occidentaux.

L’élimination du chef d’un service de renseignements à la dévotion de la famille Hariri, ancien garde de corps rescapé lui-même de l’attentat contre ancien premier ministre Rafic Hariri, au rôle primordial dans la mise en circulation de «faux témoins» du procès Hariri et de l’enquête à charge du Tribunal Spécial sur le Liban, paraît devoir fragiliser considérablement le leadership politique du Clan Hariri au Liban, rendant même problématique le retour dans l’immédiat à Beyrouth du chef du clan Hariri son chef, l’ancien premier ministre Saad Hariri, en exil depuis le début du «printemps arabe», il y a deux ans. Personnage clé des opérations de déstabilisation anti-syriennes, interlocuteur privilégié des services français et américains, artisan de l’arrestation de l’ancien ministre libanais pro syrien Michel Samaha, maître d’œuvre du rapprochement franco syrien sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Wissam Al Hassan était surtout et avant tout la dague sécuritaire du dispositif régional saoudien.

Son assassinat revêt dans cette perspective un magistral camouflet au maître d’œuvre de la contre-révolution arabe, le Prince Bandar Ben Sultan, le chef des services de renseignements saoudiens en ce qu’elle le prive d‘un de ses plus fidèles lieutenants, alors que le Royaume se trouve en phase de turbulence avec les révoltes populaires de la région d’Al Assir, fragilisé par l’absence des principaux dirigeants du pays, Le Roi Abdallah, en hospitalisation prolongée hors du pays depuis trois mois, de même que le ministre des Affaires étrangères, Saoud Al Faysal. Dans la tradition des chefs du renseignement du Moyen-Orient, le général Hassan est un personnage énigmatique, redouté dans son propre pays, comme l’était son modèle maronite Johnny Abdo. Et si le masque énigmatique masquait en fait une réputation non justifiée?

Johnny Abdo, le mentor maronite

Les légendes ont la vie dure, quand bien même l’état de service ne le justifie pas. Bachir Gemayel, président du Liban en 1982, et Rafic Hariri, chef du gouvernement en 1992, auront eu le même mentor: Johnny Abdo, ancien chef du service des renseignements de l’armée libanaise, dont son parrainage leur sera fatal en même temps qu’il le discréditait. Mais cet homme énigmatique, au rôle occulte, interface des services occidentaux pendant trente ans, continue de bénéficier d’un halo de mystère.

Conseiller militaire du chef phalangiste durant la guerre civile en infraction à ses fonctions officielles au sein de l’armée régulière libanaise, son agent de liaison auprès des services occidentaux et de leurs alliés régionaux, cheville ouvrière de la campagne visant à son élection à la tête de l’état libanais en remplacement du président Elias Sarkis, dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban, en 1982, puis de la campagne visant après son assassinat à propulser son frère aîné Amine à sa succession, Johnny Abdo est un homme de l’ombre par excellence. Le flou entretenu sur ses origines, il serait de souche palestinienne, la rapidité avec laquelle il aurait été naturalisé, sa facile incorporation dans l’armée qui plus est dans un service aussi sensible que le renseignement, la consonance anglo-saxonne de son prénom dans un environnement arabe, la singularité pour ce colonel de décliner son identité selon son statut civil et non par son grade dans l’armée, contrairement à l’usage observé par tous les officiers libanais passés à la notoriété, ont accentué le mystère qui l’entoure.

Ancien bras droit du Colonel Gaby Lahoud, véritable patron du renseignement moderne libanais et artisan de son intrusion dans la vie politique locale après la première guerre civile libanaise, en 1958, homme de sang-froid sans état d’âme apparent, d’origine étrangère cultivant le secret de surcroît, Johnny Abdo focalise une large part de la vive suspicion que les Libanais nourrissent à l’égard d’une institution qui pendant près de deux décennies est apparue comme le gouvernement occulte du Liban aux procédés jugés sans rapport avec l’éthique démocratique et républicaine.

S’il peut se targuer d’avoir propulsé ses deux poulains au pouvoir, son bilan est sujet à caution. Bachir Gemayel, éphémère président du Liban, a été tué dans un attentat quelques jours avant sa prise fonction, alors que Rafic Hariri, s’il a battu un record de longévité gouvernementale dans l’histoire du Liban avec un double mandat de dix ans, a implosé en pleine trajectoire après avoir mis en coupe réglée l’économie du pays et grevé le trésor d’une dette publique de 42 milliards de dollars. Mais le reproche le plus grave que cet homme de l’ombre encourt est d’avoir fourvoyé le camp chrétien dans une alliance exclusive avec les Israéliens au mépris du voisinage arabe du Liban, accentuant son isolement; d’avoir instrumentalisé son propre camp pour satisfaire des ambitions présidentielles, et, au niveau de l’armée, d’avoir rompu la traditionnelle fraternité d’armes lors de l’élection présidentielle libanaise de 1998.

La ténébreuse affaire du faux témoin syrien Mohamad Zuheir Siddick, témoin à charge contre la Syrie dans le procès en instance de l’assassinat de Rafic Hariri, qui lui aurait été partiellement imputée, aura été fatale à sa réputation, le signe patent de l’échec d’un homme qui aura sinistré son pays plus qu’aucun autre et voué au bûcher deux de ses poulains pour la satisfaction de ses ambitions présidentielles contre les intérêts à long terme de son pays. Johnny Abdo fait l’objet d’une citation à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris, sur requête du Général Jamil As Sayyed, ancien directeur général de la sûreté libanaise, un des quatre officiers arbitrairement détenus pendant trois sur la base des dépositions du faux témoin en question. Un épisode qui a couvert de ridicule le Tribunal spécial sur le Liban et les auteurs de la manipulation. L’échec est patent. Mais la légende perdure.

Le disciple: Wissam Hassan, la version sunnite de l’homme de l’ombre

Son zèle scolaire lui a sauvé la vie, mais gâché sa vie. Lors du plus fort séisme politique de l’histoire moderne du Liban, le plus important attentat meurtrier de l’histoire de ce pays, qui a emporté 23 personnes et blessés plus d’une centaine blessés, dont l’assassinat de l’espoir de l’Occident en terre arabe, Rafic Hariri, l’homme en charge de sa protection était tranquillement assis sur les bancs d’un amphithéâtre de l’Université libanaise, entrain de noircir sa copie. Un hasard qui lui a certes sauvé la vie, mais gâché sa vie, l’empoisonnant même au-delà de toute attente, tant est lourde la suspicion qui pèse sur cet homme animé d’un pressant besoin de respectabilité universitaire.

Son nom sera ainsi irrémédiablement associé au grand ratage de sa vie, l’assassinat de Rafic Hariri, dont il était chargé de sa protection rapprochée, qu’il n’a ni prévu, ni anticipé, ni entravé, ni déjoué, davantage préoccupé par sa promotion universitaire que par la sauvegarde de son bienfaiteur.

En pleine épreuve de force entre la Syrie et son patron, au paroxysme d’un conflit régional, dont des personnalités libanaises, notamment Marwane Hamadé, ministre des télécommunications (octobre 2004), en étaient déjà les victimes, au titre de dommage collatéral, signe annonciateur de plus grands malheurs, sur fond d’un traumatisme psychologique majeur provoqué par l’éviction du pouvoir des sunnites d’Irak et la propulsion, pour la première fois depuis Saladin (Salah Eddine Al Ayoubi), d’un Kurde à la tête de l’ancien siège de l’Empire, Bagdad, ancienne capitale des abbassides, (Janvier 2005), à l’arrière-plan d’un bain de sang quotidien et d’une fermentation intégriste au Liban, Wissam Al-Hassan, avait demandé d’anticiper la soutenance de sa thèse, couronnement d’un enseignement en informatique à l’Université libanaise sous la conduite du professeur Yahya Rabih.

Une thèse qui portait, non sur la stratégie de contre guérilla, ou, les règles d’engagement des actions armées en milieu insurrectionnel urbain, voire même le décryptage des réseaux de télécommunications, alors noyautées par les services occidentaux et Israéliens, mais en Sciences Humaines sur le “Management et relations humaines” sans qu’il ait été possible de savoir si cet intitulé anodin couvait l’art de la manipulation de l’opinion ou la gestion de faux témoin comme cela se révélera par la suite.

Un étrange alibi

Responsable de la sécurité de Rafic Hariri au moment de son assassinat, il était devenu le principal point de contact entre l’enquête et les Forces de sécurité intérieure. Sauf que le chef des gardes de corps, grassement payé, n’était pas dans le convoi le jour de l’explosion. Et son alibi manque de conviction.

Selon les révélations de la télévision publique canadienne CBC, en date du 22 novembre 2010, le Colonel Wissam Hassan dira aux enquêteurs de l’ONU, le 9 juillet 2005, que la veille de l’assassinat, le 13 février, son professeur, Yahya Rabih, lui avait téléphoné pour l’informer qu’il devait passer un examen le lendemain.

Vingt minutes plus tard, a-t-il dit aux enquêteurs, Hariri l’a appelé pour lui demander de venir le voir. Le colonel Hassan s’est présenté à la résidence de Hariri à 21 h 30 ce soir-là, et a obtenu la permission de son patron d’aller passer son examen le lendemain. Il a passé toute la matinée du lendemain à étudier pour cet examen, a-t-il expliqué aux enquêteurs de l’ONU, et a débranché son téléphone à son arrivée à l’université, soit à peu près au moment où Hariri est mort. “Si je n’avais pas passé cet examen, a dit Hassan aux enquêteurs, j’aurai été avec Hariri au moment de sa mort.

Mais le relevé des appels téléphoniques de Hassan donnait une toute autre version des faits. En réalité, c’est en fait tait le colonel Hassan qui avait pris l‘initiative d’appeler son professeur, et non l’inverse.

Les stations cellulaires autour de la maison du colonel Hassan montraient également que, le lendemain, il avait passé les heures précédant l’assassinat de Hariri au téléphone, soit le temps qu’il avait soi-disant passé à étudier. Il a fait 24 appels, soit en moyenne un appel toutes les neuf minutes. Ce que les enquêteurs de l’ONU trouvaient également bizarre, c’était que, normalement, les hauts responsables des services de sécurité du Liban ne passent pas d’examens. “Son alibi est faible et incohérent, dit un rapport confidentiel de l’ONU, qui qualifie Hassan de “possible suspect dans le meurtre de Hariri”.

Le rapport, dont CBC News a obtenu une copie, a été rédigé fin 2008 pour Garry Loeppky, un ancien haut gradé de la GRC qui avait repris le poste d’enquêteur en chef de l’ONU cet été là. L’alibi de Hassan, pouvait-on lire dans le document, «ne semble pas avoir fait l’objet d’une vérification indépendante”. Ce n’était pas par manque de volonté de la part des enquêteurs de l’ONU. Ceux-ci auraient voulu vérifier l’alibi de Hassan. Mais M. Serge Brammertz, le deuxième commissaire de l’ONU, avait catégoriquement rejeté l’idée. Il considérait Hassan comme un contact trop important et que toute enquête de ce genre serait trop dérangeante.

Une enquête sous tension

Le rapport confidentiel concède qu’une enquête sur Hassan pourrait avoir des inconvénients: “Les relations de la commission avec les FSI pourraient en souffrir et si, d’une manière ou d’une autre, il a été impliqué dans le meurtre de Hariri, le réseau pourrait décider de l’éliminer”.

Néanmoins, le rapport affirme que le colonel Hassan “est un interlocuteur clé pour la commission – il est particulièrement bien placé pour influencer notre enquête. C’est pourquoi il importe de résoudre certaines questions concernant sa loyauté et ses intentions. Il est donc recommandé de mener une enquête discrète sur WAH ” Mais même cela n’a pas été fait.

La direction de la commission de l’ONU a ignoré la recommandation. Aujourd’hui encore, d’anciens enquêteurs de l’ONU ont des soupçons sur Hassan qui, font-ils remarquer, a finalement été éliminé du cercle de l’enquête. “C’était un personnage louche, a dit de lui un ancien haut responsable de l’ONU. Je ne crois pas qu’il ait participé au meurtre, mais il est impossible de dire ce qu’il savait”.

Bien qu’il leur ait été intimé l’ordre d’abandonner cette piste, les enquêteurs de l’ONU ont réussi à récupérer les registres des appels téléphoniques de Hassan pour la fin de 2004 et pour 2005 au complet. Durant cette période, il avait eu 279 discussions avec Hussein Khalil, l’adjoint principal du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Khalil, de son côté, avait parlé 602 fois avec Wafik Safa, connu dans le milieu du renseignement comme étant l’homme fort du service de sécurité interne du Hezbollah.

Mais personne n’a interrogé Hassan non plus au sujet de ces appels.

Toutefois, Hassan avait également ses défenseurs. Il est resté un proche allié du fils de Hariri, Saad, l’ancien premier ministre du Liban, qui lui a renouvelé sa confiance après ses révélations.

L’homme pouvait rendre service et le prouvera dans sa gestion du faux témoin Zuhayr Muhammad Siddiq remonte à septembre 2005. Le 26 septembre 2005, la commission d’enquête internationale entend la déposition de Siddiq en présence du Colonel Hassan. Le lendemain, Siddiq établit une reconnaissance de sa participation directe à l’assassinat de Hariri, un document contresigné par l’officier libanais.

Depuis, Hassan était accusé d’avoir participé à la falsification de la déposition. Le colonel rejettera cette accusation assurant que sa présence était uniquement justifiée pour les besoins de la traduction des propos tenus en arabe par Siddiq. Des accusations persistantes de l’opposition libanaise désignent le Colonel Hassan comme l’homme qui, sous l’autorité du clan Hariri, a assuré la gestion du dossier du faux témoin Zouheir Siddiq.

Dans un zèle compensatoire, Wissam Hassan veillera à maintenir l’enquête sur les rails menant à la Syrie, dégageant de son passage, pour s’y substituer, les quatre officiers supérieurs en charge de la sécurité du pays, qu’il expédiera en prison, tant pour mettre la main sur les dossiers sensibles de l’affairisme syro-Haririen au Liban, que pour pourvoir au ravitaillement du Tribunal Spécial sur le Liban de son contingent de faux témoins.

L’homme que l’héritier vouait à prendre la tête d’un appareil sécuritaire ultramoderne, à l’effet de faire contrepoids à l’armée et au Hezbollah, la milice chiite armée, l’homme destiné à être le commandant en chef de l’armée sunnite, représentée par les Forces de Sécurité Intérieures (FSI), est, en fait, le talon d’Achille de Saad Hariri dans sa confrontation avec son opposition. Dans le feu de la bataille, alors que le tribunal international menaçait de faire des révélations sur l’implication des plus hautes autorités iraniennes et syriennes, l’Ayatollah Ali Khaménéi, via les troupes d’élite des Pasdarans -la brigade Al Qods »- une fuite opportune révélait au grand jour la nature duplique de cet homme de l’ombre.

La chaîne de télévision libanaise « New TV » diffusait, le 15 janvier 2011, à l’avant-veille de la remise des conclusions de l’enquête internationale, un documentaire montrant Saad Hariri, Wissam Al Hassan, Gerhard Lehman, l’assistant du procureur international, et le faux témoin Zouhair Siddiq, dans des conciliabules s’apparentant à une conjuration de cloportes. Sous réserve de son authenticité, ce document a démasqué, au grand jour, la connivence entre les divers protagonistes du clan pro occidental dans la fabrication des « faux témoins ».

L’origine de la fuite est sujette à controverse. Une hypothèse privilégie la piste de Gerhard Lehman, se fondant sur les précédentes accusations d‘Hassan Nasrallah selon lesquelles l’enquêteur allemand avait cherché à vendre la déposition des témoins de l’enquête internationale. Une autre hypothèse pencherait plutôt vers la piste Wissam Al-Hassan qui, selon cette thèse, aurait fait fuiter la vidéo vers les services syriens pour se prémunir contre un éventuel retour de bâton. Dans la tradition des chefs du renseignement du Moyen-Orient, le général Hassan est un personnage énigmatique, redouté dans son propre pays, comme l’était son modèle maronite. Et si le masque énigmatique masquait en fait une réputation non justifiée? Et si ces fameux hommes de l’ombre n’étaient que l’ombre de leur réputation? Une meilleure exposition aurait-elle bridé les corrosives nuisances de leurs sombres manigances? Rendue la démocratie au Liban moins ténébreuse?

Le mentor maronite a assisté impuissant à l’implosion de ses deux poulains, le disciple, lui, s’est débattu de l’accusation de désertion, consécutive à son soupçon d’abandon de poste, en pleine bataille politique qui a coûté la vie au sens de sa mission. Wissam Al Hassan a échoué dans les trois missions majeures à lui assignées durant sa carrière: la protection de Rafic Hariri, la gestion du dossier des faux témoins et le maintien sous verrou des quatre officiers libanais, qui seront libérés après quatre ans de détention avec leur concert de révélations.

Dans la grande épreuve de leur vie, tous les deux ont glané, non le prix d’excellence, mais le zéro pointé. Wissam Hassan, étymologiquement “la distinction honorifique au meilleur”, a assurément démérité son nom. De sa vie, il en a payé le prix. Pour solde de tout compte sans pour autant que cette mort ne mette un terme à la guerre de l‘ombre que se livrent les deux grands fauves de la guerre clandestine interarabe, Bandar Ben Sultan, l’ancien Great Gatsby de l’establishment américain et son rival syrien, et son rival syrien, le colonel Hafez Makhlouf, l’home secret du régime baasiste.

Références

1 – Un attentat-suicide a visé mercredi 18 juillet 2012 à Damas le centre du pouvoir syrien, emportant l’une des figures le plus emblématiques du clan Assad, le général Assef Chawkat, le propre beau-frère de Bachar Al-Assad. L’attentat, qui aurait été mené par un membre de la garde rapprochée d’un des participants à une réunion du Conseil national de sécurité, a emporté plusieurs hauts responsables de l’appareil militaro sécuritaire syrien, notamment le ministre de la défense, Daoud Rajha et le responsable de la cellule de crise chargée de la rébellion, le général Hassan Turkmani.

L’attaque est survenue deux semaines après la défection d’un membre du premier cercle du pouvoir baasiste, le général Manaf Tlass, officier supérieur de la garde présidentielle et fils de l’ancien ministre de la défense, le général Moustapha Tlass.. Cauda

La polémologie du Moyen orient recense de nombreux attentats infiniment plus spectaculaires et meurtriers que l’attentat de Damas du 18 juillet 2012, dont voici les plus importants

• 1980 : Attentat des Moudjahidine Khalq contre le centre du pouvoir à Téhéran, entraînant l’élimination des certains des principaux dirigeants la hiérarchie politico religieuse de la République islamique iranienne. • 6 octobre 1981 : Assassinat du président égyptien Anouar El Sadate • 15 septembre 1982 : Assassinat du président élu libanais Bachir Gemayel, la veille de son entrée en fonction • 1983 : Attentat de Beyrouth contre l’ambassade américaine provoquant la décapitation de l’Etat-major de la CIA au Moyen orient. • 1984 : Attentat contre le QG israélien à Tyr, faisant deux cent vingt victimes, dont le commandant des forces israéliennes au Sud Liban. • 1984 : Double attentat de Beyrouth contre le Quartier général des forces américaines et le Drakkar, le PC français, provoquant une hécatombe, fauchant près de quatre cents soldats et civils. • 1986 : Attentat d’Aden ourdi par le propre premier ministre Ali Nasser Mohamad contre ses rivaux entrainant la décapitation de toute la hiérarchie marxiste du Yémen sud, provoquant par ricochet une guerre civile et la fuite de M. Ali Nasser vers Damas.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Ces jours-ci, il est de bon temps de parler d’un vent de renouveau dans les relations France-Afrique.  L’« honneur » des Africains est lavé, semble dire à l’unisson certains milieux politiciens des deux côtés de la méditerranée. Le nouveau président de la gauche française, François Hollande est venu soigner les « bobos » que son prédécesseur de la droite française, Nicolas Sarkozy, a commis envers les « élites » africaines.

Contrairement à Nicolas Sarkozy qui avait dans la même ville, Dakar, commis l’impair en pensant avoir identifié le « drame de l’Afrique » en disant que « l’homme africain n’est pas assez rentré dans l’histoire », François Hollande préfère « encenser » le continent « berceau de l’humanité », en valorisant ses atouts et en axant sur son avenir, sans s’attarder sur le lourd passé des relations franco-africaines, dont il veut apparemment se distancer. Désormais, déclare-t-il dans son premier discours en terre d’Afrique: « Le temps de la Françafrique est révolu : il y a la France, il y a l’Afrique, il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité. »[1] En fait, l’exposé est truffé de belles phrases, des promesses d’amitié, de sincérité, bref, un beau discours avec des énoncés tout à fait judicieux pour susciter l’adhésion des Africains en ces temps d’incertitudes et de crise globalisée, dont ils sont encore une fois les otages.

Mais pour beaucoup d’Africains, le seul fait nouveau dans ce discours, c’est son orateur, le président François Hollande, le nouveau visage des intérêts de la France en Afrique. Le reste n’est que rengaine. Les mémoires sont pleines des promesses et autres engagements des gouvernements successifs de la France, qu’on s’empresse d’enterrer sitôt éteints les projecteurs. Qui ne se souvient du fameux discours prononcé à La Baule le 20 juin 1990 par un autre président français, également de gauche, François Mitterrand. Son contenu a marqué les esprits par le vent de changement qu’il prônait, autant en terme de relations entre la France et l’Afrique, qu’en terme de liberté, de développement et d’ouverture démocratique. D’autant que le contexte politique international de l’époque s’y prêtait particulièrement dans la foulée de l’effondrement de l’union soviétique et la chute du mur de Berlin. N’est-ce pas qu’il faut avoir la mémoire courte pour croire encore aux discours des présidents français sur l’Afrique? Aucun d’eux n’a jamais mis en péril le système néocolonialiste mis en place par le général de Gaule et son homme de main Jacques Foccart pour garder ses ex. colonies sous domination française. La machine monstrueuse qu’est la Françafrique est toujours active, même si les discours et les filières sont renouvelés à chaque changement de gouvernement français.

Alors, morte la Françafrique comme le proclame le président Hollande? Pas sûr. Chacun de ses prédécesseurs avait, dans des termes plus ou moins similaires, proclamé publiquement l’acte de décès de cette association de malfaiteurs, dont l’ampleur des crimes contre l’humanité occuperait la cour pénale internationale pour des années, à tout le moins. Mais aucun des présidents, de droite comme de gauche, n’a vraiment dévié de la ligne tracée par Jacques Foccart, laquelle comme chacun sait, ne fait aucune place aux droits des peuples des ex. colonies.

Gauche et droite, nourries au sein de la Françafrique

Si les Africains ne s’attendaient pas à des gestes révolutionnaires de la droite française, supposément pas très regardante sur la question des droits de l’homme dans la conduite de ses affaires en Afrique, l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 avait soulevé de grands espoirs. D’autant que François Mitterrand avait nommé au poste de ministre délégué à la « coopération » Jean-Pierre Cot, un homme tout acquis au changement dans les relations France-Afrique, comme l’écrivait Christian Fauvet dans l’Express : « La tête pleine d’idées généreuses (…), il s’emploie à faire souffler le vent du changement. Après tout, il est là pour ça. Dans son esprit, le changement consiste à abandonner la politique du secret, que symbolisait Foccart, (…) À promouvoir une autre politique du développement, fondée sur une certaine morale. »[2] Jean-Pierre Cot, explique pour sa part au réalisateur du remarquable documentaire Francafrique[3], Patrick Benquet : « qu’il représentait “l’image” à laquelle tenait le président Mitterrand”, l’ouverture sur le tiers-monde, le discours généreux du développement, les nations unies, les droits de l’homme… » Tout cela ne fut qu’une brève parenthèse.

Les Africains découvrent rapidement que ce n’est qu’une image derrière laquelle le président Mitterrand est devenu lui-même la nouvelle matrice de la Françafrique et encaisse dans les pures traditions de celle-ci, les dividendes engendrés par le pillage, les détournements, et autres crimes infligés aux peuples du continent. Ils ne sont pas les seuls à être déçus par la gauche française. Le ministre de la coopération l’est tout autant de voir son président reproduire dans les coulisses ce qu’il condamnait publiquement. Jean-Pierre Cot démissionne et devient ainsi une victime de l’argent sale, qui alimente les caisses noires de l’Élysée et les comptes bancaires des dictateurs alliés. Sauté l’obstacle Jean-Pierre Cot, la Françafrique repart sous la houlette de François Mitterrand, qui du même coup enterre le discours d’ouverture de la Baule qui faisait la part belle à la démocratie, au développement et les droits de l’homme dans les ex. colonies. Pendant un court instant de l’histoire, les peuples africains s’étaient mis à rêver si fort qu’ils en oubliaient que l’orateur et son assistance, un parterre de dictateurs sanguinaires et corrompus, étaient les pourvoyeurs exclusifs de leurs souffrances. Mitterrand a tout bonnement enterré le projet de rupture avec la Françafrique et mis celle-ci au service de ses propres ambitions.

On efface et on recommence

Plus de 15 ans plus tard, après d’autres guerres[4], d’autres massacres, et d’autres coups d’état qui ont confiné le continent dans la misère et la violence, le candidat président de la droite, Nicolas Sarkozy se présente aux Africains avec le même projet de rupture avec la Francafrique. Il parle d’instaurer une : « relation transparente. Il nous la faut, déclare-t-il, débarrassée des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autre mandat que celui qu’ils s’inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés »[5] Son secrétaire d’état chargé de la coopération et de la Francophonie, Jean-Marie Bockel va connaître le même sort que celui de Mitterrand, Jean-Pierre Cot. Dans un discours fort critique des relations France-Afrique, il déclare devant la presse : « Je veux signer l’acte de décès de la “Françafrique”[6]. Je veux tourner la page de pratiques d’un autre temps, d’un mode de relations ambigu et complaisant, dont certains, ici comme là-bas, tirent avantage, au détriment de l’intérêt général et du développement. » Il n’en fallait pas plus pour réveiller les monstres de la Françafrique. Et au lieu de rupture, c’est plutôt le secrétaire d’état qui est démis de ses fonctions dans la « patrie » des droits de l’homme. Cependant, contrairement à Jean-Pierre Cot qui a refusé de monnayer ses principes en déclinant l’offre de son gouvernement, cet ancien colonel accepta d’occuper le poste de ministre aux anciens combattants. 

50 ans après les indépendances, la mort de la Françafrique devrait être une affaire exclusivement africaine 

Tous ces épisodes de la Françafrique, qui renait à chaque fois de ses cendres, prouvent aux Africains que la balle de leur émancipation est désormais dans leur camp. Il leur faudra regarder bien en face, et surtout évaluer les incidences des instruments de leur dépendance vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale, la Françafrique, bien sûr, mais aussi la Francophonie et la Franc-maçonnerie[7], qui sont autant de ghettos qui neutralisent le développement des ex. colonies. Si la mondialisation n’est pas l’idéal pour l’humanité, il n’empêche qu’elle a permis l’ouverture du continent africain à d’autres possibilités de développement. Quand les Africains entendent les politiques et médias français s’indigner que la Chine fasse des affaires avec des régimes qui violent les droits humains, ça prête à sourire, tant le sarcasme est énorme. Il faut être bien arrogant et surtout méprisant pour reprocher aux Chinois, un crime qu’eux-mêmes commettent systématiquement et sans état d’âme depuis 50 ans sur le continent noir, au vu et au su de toute l’Europe, dont ils sont le fer de lance dans cette partie du monde. Tout comme les Britanniques et les États-Unis le sont dans d’autres endroits de la planète.

C’est parfait de vouloir tourner la page, mais alors, que la France cesse séance tenante son soutien aux dictateurs, qu’elle publie tous leurs biens et leurs avoirs[8] sur son territoire et qu’elle les restitue aux peuples pillés[9], qu’elle libère les archives de ses ex. colonies, qu’elle mette fin aux accords militaires secrets, et qu’elle procède au démantèlement de ses bases militaires. Peut-on y croire? Après 50 ans de pratiques inégales et de mensonges, les préjugés instillés par les réseaux de la Françafrique finissent comme une seconde nature qu’on peine à éliminer. Et on aurait tendance à penser que rien de cela ne sera fait. Force est de constater, encore une fois dans le cas du Mali, ce va-t-en guerre, dont la France use si facilement sur le continent et qui trahit la nature des relations néocolonialistes encore diffuses dans les esprits de l’Élysée. Ce n’est sûrement pas les peules du Congo, de la Côte d’ivoire, du Rwanda, du Tchad et beaucoup d’autres, comme aujourd’hui, les Maliens qui diraient merci à la France d’avoir intervenu militairement dans leur pays. Finalement, ce qui est présenté comme une rupture dans les relations avec l’Afrique peut se révéler n’être qu’une mutation et tous les atermoiements ne justifieraient ultimement qu’une chose : les intérêts économiques de l’Occident en Afrique, menacés par les économies émergentes, en particulier la Chine, de plus en plus présente sur le continent. Et sûrement à moindre coût (humain et matériel) pour des Africains en quête de liberté, de dignité et de développement.

Zehira Houfani, écrivaine

 

Notes

[1]Le discours de François Hollande, le Point.fr, 12 octobre 2012,

[2] L’écart de Jean-Pierre Cot, Christian Fauvet , l’Express, 10 décembre 1982

[3] Françafrique, Patrick Benquet, Infrarouge, France 2, 13 octobre 2010

[5] Discours prononcé au Bénin le 19 mai 2006

[6] Les voeux à la hussarde de Jean-Marie Bockel, Vincent Hugeux, L’EXPRESS, 15 janvier 2008

[7]Franc-maçons : les maîtres de l’Afrique, Théophile Kouamoua, Jeune Afrique, 11 avril 2011

Voir aussi l’excellent documentaire « Françafrique » de Patrick Benquet cité plus haut, qui montre une scène surréaliste et surtout affligeante de ces maîtres de l’Afrique dans leur accoutrementde franc-maçon

[8] Voir le site de l’ONG française Survie et l’important travail de son président, François-Xavier Verschave , une véritable bibliothèque sur les crimes de la Françafrique : www.survie.org

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Selon un rapport publié par le Sunday Times (14/10/12), le drone Ayoub« a transmis des images des préparatifs des larges manœuvres militaires conjointes israélo-américaines entamées la semaine dernière, des sites de    missiles balistiques, d’aéroports militaires et probablement de réacteur nucléaire de Dimona”.

Le drone n’a été abattu par un avion F-16I « Sufa » israélien que 3 heures après son décollage, sous    prétexte « qu’il était dangereux de le descendre n’importe où », ou qu’il était « incapable    de transmettre des informations en temps réel » à ses commanditaires !

Alors qu’au Liban, des avions de guerre et de surveillance électronique israéliens survolent le Liban tous les jours, sans que personne ne proteste, l’ancien    Premier ministre pro-occidental Fouad Siniora a déclaré que le survol du territoire israélien par Ayoub constitue « une violation de la résolution    1701 et une provocation », que « cela ressemble pratiquement à une déclaration de guerre » (1)…

Le drone Ayoub a prouvé que le territoire israélien n’était plus un sanctuaire inviolable et fait voler en éclats le    mythe israélien du « Dôme d’acier ». Humiliée par son échec, l’aviation israélienne s’est vengée en envoyant des F-16 passer le mur du son    au-dessus de Beyrouth, et Israel Aerospace Industries a annoncé précipitamment la sortie d’une nouvelle version du système de surveillance des côtes    appelé Shoval (Héron). Ses radars, d’une portée de 300 km, seraient capables d’intercepter « n’importe    quel objet en quelques minutes » (1). En 2010, Reuven Pedatzur, analyste du quotidien Ha’aretz, affirmait déjà que les informations    concernant le système de défense antimissile israélien étaient un mélange de « faussetés et de demi-vérités ». Il notait « que le temps de vol, de quelques secondes, des roquettes pour arriver sur les communautés israéliennes proches de Gaza, comme Sderot, était plus court que le    temps nécessaire à Dôme d’acier pour calculer la façon de les intercepter » (2).

Gilles Munier

Le 16 octobre 2012

(1) L’exploit du Hezbollah reconnu par Israël, dénigré par    le 14-Mars (Médiarama – 15/10/12)

http://gallery.mailchimp.com/fdeacba4fa4c5ec4d8ce5787c/files/Mediarama_197.pdf

(2) Israël sort une nouvelle version du Shoval (Héron) dont l’électronique repousse toutes les limites

http://nanojv.wordpress.com/2012/10/15/shoval/

(3) « Dôme    d’acier », par Jonathan Cook (15/1/10)

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=7978

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Depuis le 7 octobre dernier, des évêques du monde entier sont réunis à Rome pour débattre de la question de la nouvelle évangélisation. La question que plusieurs se posent est de savoir si l’Église cherche à se sauver elle-même plutôt que de sauver une Humanité abandonnée aux prédateurs des pires espèces. Veut-elle sauver sa doctrine, ses sacrements, ses cultes ou veut-elle devenir une force au service d’une Humanité en quête de justice, de vérité, de bonté, de solidarité et de compassion?

L’appel de Benoît XVI à réfléchir sur la foi devrait nous en donner quelques indications. Dans le Motu Proprio « Porta Fidei », du 17 octobre 2011, le pape Benoît XVI a annoncé une « Année de la foi » qui débutera le 11 octobre 2012, pour le cinquantième anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II, et se conclura en la solennité du Christ Roi, le 24 novembre 2013. Le thème en sera « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ».

Il s’agit donc d’un temps fort, permettant à l’Église de revenir aux sources de sa foi, d’en comprendre les véritables implications, non seulement pour la conscience humaine, mais aussi et surtout pour l’institution ecclésiale elle-même et l’humanité entière. Cet exercice de réflexion et d’analyse sera d’autant plus percutant que le diagnostic des problèmes qu’elle vit, se fera à la lumière tout autant des impératifs évangéliques que de ceux du monde dans lequel nous vivons.

LES IMPÉRATIFS D’ÉVANGILE

Jésus, personnage central des Évangiles, a posé des gestes symboliques redonnant valeur et importance à toute personne de bonne volonté, particulièrement les délaissées et les exclues de « la bonne société », celle des puissants, des grands prêtres et des docteurs de la loi.

« Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe. Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles. Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides. » (texte prophétique de Marie à sa cousine Élisabeth. (Luc. 1.51-53)

Il a également fait entendre une voix dont l’essentiel du message peut se résumer à ceci : « Aime ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes pensées et aime ton prochain comme toi-même. »(Mc 12,29-30)  « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. » (Jn 15,17) « Ce que vous faites au plus petits des miens c’est à moi que vous le faites et “si vous ne croyez pas ma parole, croyez dans mes œuvres.” (Jn 14, 11)

En d’autres mots, aimer Dieu de tout son cœur, c’est d’abord et avant tout aimer son prochain comme soi-même et ne pas faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’on nous fasse. Genre de message que nos vieux parents nous répètent pour exprimer  ce qui peut les rendre les plus heureux.

Ce message va à l’essentiel de toute vie humaine. Loin de détourner nos regards du monde dans lequel nous vivons pour les fixer sur un dieu qui lui serait étranger, il les tourne vers les hommes et les femmes de ce monde en nous disant de les aimer comme nous voudrions qu’ils nous aiment et d’agir à leur endroit comme il l’a fait lui-même. En cela, nous dit-il est la volonté de son Père et en cela est également sa volonté. La rencontre du Dieu de Jésus, ne peut se faire qu’à travers la rencontre des hommes et des femmes qui côtoient nos vies et tout particulièrement à travers les exclus, les pauvres et les sans défense.

Croire en Jésus, c’est faire en sorte que la justice soit toujours plus justice, que la vérité soit toujours plus incisive pour mette à nu les mensonges et les hypocrisies, que la solidarité devienne fraternité et que la compassion et la miséricorde nous élèvent au-dessus des guerres et fassent taire les armes de la haine.

Ces impératifs d’Évangile ont été progressivement substitués par des impératifs d’Église.

LES IMPÉRATIFS DE L’ÉGLISE-INSTITUTION

Tout au long de ses 2000 ans d’histoire, l’Église est progressivement devenue une institution avec toutes les caractéristiques d’un véritable gouvernement. Le Concile de Nicée (325) en a consacré l’existence publique laquelle n’a cessé, par la suite, de se préciser et de s’amplifier. C’est dans le cadre de cette nouvelle institution que la doctrine s’est développée et que les dogmes sont devenus des vérités de foi.

Cette foi est condensée dans le « Je crois en Dieu » et dans le catéchisme qui rappelle les grandes vérités de la foi chrétienne, telles que manifestées tout au long des siècles et dont témoignent les dogmes.  Elle est un “enseignement” qui se communique et s’apprend. Sa manifestation principale est celle qui s’articule dans les divers cultes et tout particulièrement dans la célébration des sacrements. Elle encadre la vie des croyants dans des préceptes qui orientent leur vie morale, précisant ce qui est bon et ce qui est mauvais.

Cette foi est portée par une Église qui s’est également transformée tout au long des siècles pour devenir l’institution ecclésiale que nous connaissons avec sa doctrine, ses liturgies, ses sacrements, ses prêtres, ses évêques, ses nonces apostoliques, ses cardinaux, son État. Tout cela sous l’autorité vaticane dont le pape est le représentant par excellence. Si elle a connu ses heures de gloire, elle se voit maintenant désertée par bon nombre de ses membres. Un questionnement s’impose tout autant pour diagnostiquer cet abandon que pour dégager les mesures à prendre pour y remédier.

Les multiples composantes de l’Église ont été mises à contribution pour réfléchir à ce thème. Les principales conclusions de chacune d’elles ont été transmises au Vatican qui en a fait une synthèse à l’intention du prochain synode des évêques du monde entier qui se tiendra à Rome, du 7 au 24 octobre prochain. Son contenu, sous le titre « Instrumentum laboris », a été rendu public le 19 juin 2012.

Dans l’introduction de ce document, on peut lire :

“En se laissant vivifier par l’Esprit Saint, les chrétiens seront aussi sensibles à de nombreux frères et sœurs qui, bien qu’étant baptisés, se sont éloignés de l’Église et de la pratique chrétienne. C’est plus particulièrement à eux qu’ils veulent s’adresser avec la nouvelle évangélisation pour leur faire découvrir une nouvelle fois la beauté de la foi chrétienne et la joie de la rencontre personnelle avec le Seigneur Jésus, au sein de l’Église, communauté des fidèles.”(3)

Zeinab Abdelaziz, Prof. émérite de civilisation française, s’intéressant particulièrement au diagnostic fait par les divers intervenants, relève les points qui ont été identifiés comme causes de l’abandon de l’Église :

“l’éloignement des baptisés de la pratique chrétienne; l’indifférence religieuse; la sécularisation; l’athéisme; la diffusion de sectes; une confusion grandissante qui induit les chrétiens à ne pas écouter les prêtres; la peur, la honte ou le fait de ‘rougir de l’évangile’ comme disait Saint Paul; les migrations; la mondialisation; les communications; l’affaiblissement de la foi des chrétiens; le manque de participation; la diminution du dynamisme des communautés ecclésiales; la perte de l’enthousiasme et l’affaiblissement de l’élan missionnaire; une véritable apostasie silencieuse”. C’est pourquoi l’Église trouve nécessaire de ré-évangéliser les communautés chrétiennes marquées par les importantes mutations sociales et culturelles », y compris le reste de l’humanité.

Dans ce document, aucun point ne remet en question l’Institution ecclésiale elle-même pas plus que sa doctrine qui se substitue dans bien des cas à l’Évangile. Aucun point ne relève les défis que posent aujourd’hui les conditions de vie de plus des 2/3 de l’humanité pas plus que les impératifs évangéliques d’être avec les exclus et les plus délaissés de nos sociétés. On parle plutôt de trouver de nouvelles méthodes pour ramener les ‘brebis perdues’.

UNE ÉGLISE  À LA CROISÉE DES CHEMINS

Nous n’en sommes plus à une revitalisation des structures déjà existantes de l’Église, mais à une transformation radicale de celle-ci et de sa présence dans le monde. Elle doit sortir du Vatican et revenir là où elle aurait toujours dû être au milieu des pauvres, des malades, des artisans de justice, des témoins de vérité, des exclus. Elle doit redevenir un témoin crédible de justice, de vérité, de service, d’humilité, de solidarité et de bonté.

Il n’y a pas de demi-mesure lorsqu’il est question de ceux et celles qui portent le message évangélique et qui témoignent de Jésus de Nazareth. Elle doit assumer ce que le jeune homme riche de l’Évangile (Mc 10,17-22) n’a pu faire pour suivre Jésus, à savoir de tout laisser, vendre ses biens et en donner les profits aux pauvres. Là commence le premier acte de foi de ceux qui ont pour mission de témoigner du message évangélique pour les temps que nous vivons.

De plus, elle doit prendre ses distances des puissances et des empires qui font la pluie et le beau temps dans le monde. Il faut reconnaître et dire que les deux dernières papautés se sont particulièrement caractérisées par une collaboration très étroite entre les forces de l’Empire et celles du Vatican. Il est donc urgent qu’elle retrouve sa liberté, celle-là même du Nazaréen qui a dénoncé les hypocrites, les menteurs, les docteurs de la loi qui mettaient sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne pouvaient eux-mêmes portés.

Le message du Nazaréen est d’une grande simplicité. Il va dans le sens d’une humanité, transformée par des lois qui transcendent la cupidité, l’égoïsme, le mensonge, la tromperie, du tout pour soi. Il s’inscrit dans la conscience des hommes et des femmes comme une ‘foi’ et non comme une « religion ». Il est un message qui apporte réconfort aux témoins de justice, de vérité et de solidarité et qui répond aux attentes des hommes et des femmes d’aujourd’hui.

Le message de l’Église institutionnelle, par contre, est d’une plus grande complexité. Sa doctrine et son enseignement sont souvent peu compréhensibles et souvent de caractère moral. L’image qu’elle projette d’elle-même est souvent en contradiction avec les préceptes évangéliques et les consignes données par Jésus à ses disciples. En elle se côtoient les doctrines et les interdits, la  et les cultes, le ciel et l’enfer. La morale se ramène souvent au contrôle des naissances, à l’avortement et au mariage des personnes de même sexe. Sur ces questions elle déploie tous les moyens à sa disposition pour influencer les décideurs.

L’HUMANITÉ AU CŒUR DE LA FOI

J’ai la conviction profonde que le niveau de conscience auquel l’humanité est arrivée met à l’épreuve tout autant les croyants que les non-croyants. Cette conscience interpelle tous les dieux qui alimentent les religions du  monde, mais aussi toutes les idéologies qui s’appuient sur diverses rationalités. Les questions que cette conscience pose à ces dieux et à ces idéologies est la suivante : que font-ils et que font-elles, à travers leurs adeptes, pour répondre prioritairement aux grandes aspirations de justice, de vérité, de bonté, de compassion, de solidarité des hommes et des femmes d’aujourd’hui ? Jusqu’à quels points transforment-elles leurs disciples en de véritables artisans au service d’une humanité retrouvée dans ses valeurs les plus profondes?

Les conflits qui se manifestent un peu partout dans le monde ne doivent-ils pas nous interpeller? Les millions de morts, de blessés, victimes de nos guerres, les centaines de millions d’affamés vivant des miettes qui tombent de la table des nantis, prédateurs de leurs richesses, ne peuvent nous laisser indifférents. Ne devons-nous pas détecter les fauteurs de troubles, ceux qui utilisent à profusion le mensonge pour mieux tromper et manipuler l’opinion mondiale afin d’imposer leur volonté à l’humanité entière? Ils sont bien souvent de ceux et de celles qui se disent chrétiens et croyants en Jésus de Nazareth. Dans de nombreux cas, l’institution ecclésiale les y accompagne. Comment est-ce possible?

Selon les écritures, Jésus de Nazareth est le premier né de cette humanité retrouvée, il en est la semence vivante qui se développe dans le cœur et la conscience de centaines de millions de personnes qui disent oui à la justice, à la vérité, à la solidarité, à la compassion, à l’amour et  qui disent non au mensonge, à l’hypocrisie, aux injustices, à la manipulation, à la corruption, aux guerres.

Paul de Tarse, au milieu de l’aréopage, s’adressa, un jour, aux Athéniens en ces termes :

« Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, lui, le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans des temples faits de main d’homme. Il n’est pas non plus servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses (…) Que si nous sommes de la race de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l’or, de l’argent ou de la pierre, travaillés par l’art et le génie de l’homme. Or voici que, fermant les yeux sur les temps de l’ignorance, Dieu fait maintenant savoir aux hommes d’avoir tous et partout à se repentir, parce qu’il a fixé un jour pour juger l’univers avec justice, par un homme qu’il y a destiné, offrant à tous une garantie en le ressuscitant des morts. » Act. 17, 22-31

Selon cette foi, un homme a été établi par Dieu pour juger l’univers avec justice pour y faire régner une ère de paix, de bonheur, de justice et de plénitude. Cet homme qui doit se manifester n’est, pour les chrétiens, les musulmans et certains juifs, nul autre que Jésus de Nazareth, le fils de Marie. Son jugement départagera les gens de bonne foi des prédateurs, hypocrites, manipulateurs, menteurs. Pour en savoir plus sur ce jugement je vous réfère à ce récit de Mathieu 25, 31-46 : http://www.lexilogos.com/bible_multilingue.htm

Que deviendrait l’institution ecclésiale si l’humanité était elle-même église et que ses sacrements en étaient la justice, la vérité, la solidarité, le service et la compassion?

Oscar Fortin

Québec, le 20 octobre 2012

http://humanisme.blogspot.com

 

 

 

 

 


		
  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Ayoub ! Drone de guerre ou drone de paix ?

octobre 21st, 2012 by Amin Hoteit

« Ayoub » ou « Job », du nom de l’archétype du Juste dont la foi est mise à l’épreuve par Satan avec la permission de Dieu, []n’a pas fini de secouer le Moyen-Orient. À l’heure où le Dr Hoteit publiait ces lignes en arabe, l’attentat terroriste de Beyrouth, place Sassine, n’avait pas encore eu lieu. Il s’est produit quelques heures après. Depuis, les accusations sans preuves contre la Syrie, voire le Hezbollah, fusent de toute part, tandis que BFM.TV nous raconte l’épopée de notre imperturbable ministre des Affaires étrangères « parrainant » les zones dites rebelles de ce beau pays [1] ! Pourtant, les natifs de cette région du monde, habitués à décoder le cours des événements tragiques qui se succèdent et souvent se ressemblent… savent trop bien « à qui profite le crime » ! [NdT].

___________________________________________________

À peine le gouvernement israélien avait-il exprimé son dépit et son désarroi suite à l’affaire du drone de reconnaissance « Ayoub », lancé à partir du Liban et par des libanais, pour survoler sans problèmes la mer Méditerranée puis les territoires palestiniens occupés pendant que sept systèmes de surveillance radar étaient frappés de cécité, que le « camp du 14 Mars » s’est fendu de communiqués larmoyants parlant de violation de la souveraineté libanaise et du risque « horrible » que prenait le Hezbollah en impliquant le pays dans une nouvelle guerre avec Israël ! Que valent ces arguments et quelle en est la logique ?

I. Pour répondre il nous faudrait commencer par discuter de « la souveraineté » qui implique ce qui suit :

1. La souveraineté du Liban, en particulier dans le sud du pays, n’a pu être restaurée après l’occupation israélienne que par la volonté nationale et la force de la Résistance qui a travaillé dur depuis ce fameux jour de 1978 où a été adoptée la résolution 425 [2] jamais mise en pratique, et durant les 22 années où les « défenseurs larmoyants » n’ont cessé de frapper aux portes des centres de pouvoir occidentaux ou de leurs ambassades, ici et ailleurs, appelant à la légitimité internationale sans jamais réussir à récupérer ne serait-ce qu’une once de terre, ou même une goutte d’eau, des territoires libanais usurpés. Au lieu de cela, ils ont signé un accord compromettant cette souveraineté !

2. La souveraineté du Liban ne peut être garantie que par le pouvoir national, pouvoir normalement fondé sur l’État et les Forces armées. Mais vu la politique du « camp des  prétendants à la fausse souveraineté », l’armée libanaise souffre toujours d’un sous équipement scandaleux qui la maintient dans l’incapacité de défendre le pays contre les dangers que représente Israël. Où sont les systèmes de défense aérienne qui empêcheraient les violations incessantes d’Israël de l’espace aérien libanais ?  Où sont les organismes de surveillance et les systèmes de défense maritime qui interdiraient à Israël de violer les eaux territoriales libanaises [3] ? Où sont les armes qui nous permettraient de nous défendre contre un  agresseur qui  occupe le village de Ghajar et les fermes de Chebaa ?

3. La souveraineté du Liban  ne peut consister à héberger des troupes de terroristes armés venus de tous les horizons, parrainées par ce même « camp de  prétendants à la fausse souveraineté », et destinées à semer mort et destruction en Syrie ! Exercer notre vraie souveraineté voudrait plutôt que nous verrouillions nos frontières    au nez de cette horde sauvage qui, par retour, menace et la sécurité et la souveraineté de notre pays !

4. La souveraineté du Liban suppose de ne pas s’immiscer dans les affaires d’autres pays pour qu’à leur tour ils ne s’immiscent pas dans nos affaires. Sur ce point précis, nous demandons aux « partisans de la fausse souveraineté » de nous justifier l’envoi de députés libanais, issus de leurs rangs, pour soutenir les opérations du terrorisme armé déchaîné contre la Syrie à partir du territoire turc ; comme si le territoire libanais ne leur suffisait pas et qu’il leur fallait aller plus loin encore !

5. La souveraineté du Liban impose prudence et sagesse pour ne pas permettre de brader un pouce de la terre libanaise et de ses zones économiques, comme cela s’est produit en 2000 lorsque le Liban s’est dressé face au monde et au Conseil de sécurité, le contraignant malgré les pressions américaines à répondre à ses demandes le 16 Juin de cette même année [4][5]. C’est ainsi qu’il a pu sauvegarder les  17.765.500 m2 qu’Israël, soutenu par les Nations Unies, voulait s’approprier ! Et ceci, à l’inverse des tractations de « représentants de la fausse souveraineté » au pouvoir en 2007 qui, en l’absence de ministres issus d’une importante communauté du pays, ont  passé un accord avec Chypre amputant le Liban de 862.000 m2 de sa zone économique maritime [6]. N’était-ce pas déjà une atteinte au droit et à la souveraineté du Liban, de la part de Mr Fouad Siniora ?

6. La souveraineté du Liban exige l’application de « sa » loi sur son sol, « tout son sol »… non d’y renoncer volontairement et de mettre le Liban sous mandat judiciaire étranger à la merci d’un TSL [7] ou Tribunal spécial des Nations Unies prétendument international et soumis au diktat des USA et d’Israël… non de livrer des informations concernant les citoyens libanais à des destinataires éventuellement impatients de les offrir à l’ennemi.

7. La souveraineté du Liban interdit que ses Forces de sécurité intérieure soient sous tutelle étrangère, quelle que soit cette tutelle ; ce qui évidemment exclut le fait qu’un ambassadeur des États-Unis occupe le haut du podium lors d’une célébration officielle ou délivre des certificats de bonne conduite aux éléments des Forces libanaises, même s’il y a deux ans elles ont conclu avec les USA un accord outrepassant de beaucoup la souveraineté libanaise. D’ailleurs, cet accord bipartite concernant la sécurité internationale, nul ne sait où il en est aujourd’hui !

8. La souveraineté du Liban est incompatible avec  tel ou tel ambassadeur occidental se baladant entre ministères et centres officiels fouinant et dirigeant, sans que les « défenseurs de la fausse souveraineté » n’osent coup férir, mais s’inclinent obséquieux et fiers des louanges pour obéissance !

9. Et bien sûr,  la souveraineté du Liban s’oppose aux violations quasi quotidiennes  de l’espace aérien libanais par Israël, à son occupation de dizaines de Km2 dans le Sud, aux effractions de ses patrouilles tout le long de la frontière avec enlèvement de citoyens libanais, à ses menaces de fermeture de tel ou tel lieu touristique… sans réaction notable de la part de nos  « prétendants à la fausse souveraineté nationale » !

La liste des violations de la souveraineté du Liban, consenties par ceux-là, est longue et ne cesse de s’allonger.  Nous leur disons que la souveraineté n’est pas un vain mot, mais un travail assidu et des actes ayant pour seul but la défense de l’intégrité de notre territoire.

II. Quant à la déclaration qui dit que l’envoi du drone “Ayoub” en Israël est  une violation de la Résolution 1701 [8][9], doublée d’un appel à la guerre, elle est plutôt surprenante et témoigne d’une absence totale de logique et surtout de vision stratégique ! À ceux qui seraient en situation de comprendre, nous disons :

1. La règle d’or  qui dit « si tu veux la paix prépare la guerre » s’applique aussi bien aux États qu’aux individus. Ne dit-on pas « le tueur et la victime sont partenaires dans le crime, le premier parce qu’il a agressé ; le second parce que, par sa faiblesse, il a tenté l’agresseur » ?

2. A chaque fois qu’Israël a décidé d’une agression contre le Liban, il n’a pas attendu une excuse ou un prétexte, « mais les a créés et manipulés au gré de ses intérêts du moment », après s’être assuré les moyens d’en encaisser le contre coup et de transformer ses opérations militaires sur le terrain en gains politiques. Quoique… la réalité a prouvé le contraire, car les capacités de la Résistance, honnie par les « prétendants à la fausse souveraineté », sont telles qu’elles empêchent Israël d’atteindre ses objectifs et déstabilisent son front intérieur, front dont les lacunes sont nettement apparues en 2006… Aujourd’hui, le drone « Ayoub » vient confirmer ce « déficit » et prouve qu’Israël, de l’aveu même de ses dirigeants, n’est pas prêt à se lancer seul dans une nouvelle guerre.

3. Israël et ses alliés occidentaux sont ravis de l’agression que subit la Syrie par des bras armés musulmans et arabes, dont l’« Équipe des  prétendants à la fausse souveraineté » au complet ! Ils sont ravis de pouvoir assister à la destruction d’un État souverain et résistant, qu’ils voudraient rayer de l’équation régionale et, par conséquent, de l’équation du conflit israélo-arabe. Israël n’a donc pas besoin de mener une guerre pour le moment et tant que les prétendants à la fausse souveraineté, soutenus par tous les soi-disant défenseurs des droits de l’Homme, de la Démocratie et de la Liberté se chargent  de faire le sale boulot à sa place… tant qu’ils exécutent cette guerre par procuration voulue par l’alliance occidento-sioniste !

Ceci nous amène à dire et à répéter que la souveraineté ne se garantit que par la force et que la prévention d’une guerre ne se réalise que par la dissuasion… C’est exactement le souci et l’œuvre de la Résistance et de ses militants, le drone « Ayoub » ne représentant qu’un nouvel élément de cette force destinée à empêcher une nouvelle guerre. Finalement, les attaques verbales du « camp des Hariristes et de leurs suivistes 14 Marsistes » contre la Résistance libanaise ne s’expliquent que par la logique inverse, celle de leur absence de considération pour notre souveraineté nationale qu’ils subordonnent à l’étranger. Mais là… rien de surprenant ! N’ont-ils pas soutenu les conclusions défaitistes inverses lorsqu’en 2006 le monde entier a reconnu la défaite d’Israël ?

Dr Amin Hoteit

19/10/2012

 

Article original : Al-binaa

الطائرة «أيوب» تمنع الحرب أم تستدعيها؟


 Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Références :

[1] Syrie-France: Laurent Fabius parraine des zones rebelles

http://www.bfmtv.com/international/syrie-france-laurent-fabius-parraine-zones-rebelles-361598.html

[2] SECURITY COUNCIL RESOLUTIONS – 1978- R 425 / PDF

http://www.un.org/documents/sc/res/1978/scres78.htm

http://fr.wikisource.org/wiki/R%C3%A9solution_425_du_Conseil_de_s%C3%A9curit%C3%A9_de_l%27ONU

[3] Liban : La ligne bleue maritime au service de l’ambition israélienne !

http://www.mondialisation.ca/liban-la-ligne-bleue-maritime-au-service-de-l-ambition-isra-lienne/30841

[4 ] Déclaration présidentielle – la situation au Moyen Orient- juin 2000

http://www.un.int/france/sc2000/resolution/000618F.htm

[5]Ligne bleue (Liban) juin 2000

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_bleue_(Liban)

[6] Les dessous du nouveau litige frontalier entre le Liban et Israël

http://www.lecommercedulevant.com/node/19336

[7] TSL : un tribunal sans précédent

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?fromval=1&cid=33&frid=33&eid=7943

[8] SECURITY COUNCIL RESOLUTIONS – 2006- R 1701 / PDF

http://www.un.org/docs/sc/unsc_resolutions06.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9solution_1701_du_Conseil_de_s%C3%A9curit%C3%A9_des_Nations_unies

[9] Politique – Siniora : L’envoi du drone “Ayoub” en Israël, une violation de la 1701

http://www.nna-leb.gov.lb/newsDetailF.aspx?Id=445573

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

A la dernière minute, deux hauts représentants chinois – le gouverneur de la Banque centrale, Zhou Xiaochuan, et le ministre des Finances, Xie Xuren – n’ont pas participé à la réunion annuelle du Fonds monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale qui a eu lieu vendredi dernier, 12 octobre, à Tokyo. La rebuffade diplomatique est un nouveau signe que la querelle entre la Chine et le Japon au sujet des îles Diaoyu/Senkaku est en train d’exacerber la tourmente économique.

En exprimant les craintes éprouvées par les milieux financiers internationaux, la directrice du FMI, Christine Lagarde a dit sur le ton de la mise en garde qu’elle “espérait” que les différends, bien qu’existant de longue date pourront être résolus harmonieusement et rapidement de façon à ce que la coopération puisse se poursuivre du point de vue économique.

Les implications mondiales de la querelle entre la Chine et le Japon sont illustrées par le fait que ces pays représentent respectivement les deuxième et troisième plus grandes économies du monde. Les deux pays comptent pour près d’un cinquième du produit intérieur brut mondial (PIB) et le volume de leurs échanges commerciaux bilatéraux s’élèvent à plus de 340 milliards de dollars US par an.

Les deux plus hauts responsables financiers chinois restés absents, apparemment, pour des « problèmes d’emploi du temps » avaient envoyé leurs adjoints en remplacement. Les « Quatre grandes » banques d’Etat de la Chine ont également boycotté les réunions. Ces décisions visaient manifestement à humilier le gouvernement japonais qui était l’organisateur du sommet.

Les relations s’étaient dégradées après que le premier ministre japonais, Yoshihiko Noda, avait officiellement racheté en septembre de leurs propriétaires privés japonais les îles Senkaku qui se trouvaient déjà sous le contrôle des gardes côtes. La décision visait à attiser le nationalisme japonais en tant que moyen de détourner l’attention du mécontentement grandissant sur le plan national à l’égard de la politique impopulaire de Noda, notamment au sujet du doublement de la taxe sur la consommation et du redémarrage des centrales nucléaires fermées après la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011.

Noda a dit à l’hebdomadaire américain Businessweek après que la Chine eût réduit le calibre de sa délégation : « Il s’agit des deuxième et troisième plus grandes économies du monde et notre interdépendance ne cesse d’augmenter. Si nos relations se refroidissent, notamment les relations commerciales, la question n’est alors pas de savoir quel pays souffrira car les deux seront perdants. » Il a instamment réclamé des pourparlers au sujet des îles Senkaku afin « de garantir qu’il n’y aura aucune incidence sur l’ensemble des relations. »

Beijing, cependant, estime que c’est Tokyo qui a le plus à perdre. Selon un article paru le mois dernier dans le People’s Daily, le conflit économique est certes un « couteau à double tranchant » qui blessera également la Chine, mais « si le Japon continue ses provocations, la Chine engagera inévitablement la lutte. » Dans la mesure où le marché chinois en pleine croissance a été un élément décisif pour surmonter le marasme japonais dans les années 1990 et 2000, a averti ce journal, « le Japon préfère-t-il plutôt perdre 10 ans de plus et serait-il même prêt à retomber 20 ans en arrière ? »

Tout comme Noda, le régime du Parti communiste chinois (PCC) est en train d’attiser le nationalisme au sujet du conflit sur les îles dans le but de détourner l’attention des tensions sociales engendrées par la croissance économique chancelante de la Chine. Beijing a donné le mois dernier le feu vert à des protestations antijaponaises qui ont donné lieu à des agressions physiques largement répandues contre des commerces et des citoyens japonais. Sous le slogan réactionnaire d’un « boycott des marchandises japonaises », des millions de consommateurs issus en grande partie de la classe moyenne ont participé à des campagnes organisées contre l’achat de véhicules de marques japonaises ou de vacances passées au Japon. Les douaniers chinois retardent délibérément les importations japonaises.

En conséquence, un article publié la semaine passée par JPMorgan Chase a estimé que le conflit avec la Chine risquait de réduire le PIB du Japon de 0,8 pour cent au quatrième trimestre – en baisse par rapport aux prévisions antérieures de croissance nulle. L’article a prédit que le Japon ne connaîtrait pas de reprise avant au moins le deuxième trimestre de 2013.

La Chine compte pour 19,7 pour cent des exportations japonaises, contre 13,5 pour cent pour les Etats-Unis. JPMorgan Chase prévoit que les exportations japonaises de véhicules vers la Chine s’écrouleraient de 70 pour cent au dernier trimestre de 2012 et les pièces automobiles et autres marchandises, comme l’électronique, enregistrerait une baisse de 40 pour cent. Le nombre de touristes chinois visitant le Japon pourrait chuter de 70 pour cent tandis que le nombre de touristes japonais allant en Chine pourrait baisser de 30 pour cent. L’auteur de l’article, Masaaki Kanno, en a comparé l’impact au tsunami de 2011. « C’est tout à fait comme la catastrophe de l’année dernière, » a-t-il dit.

Les inquiétudes de l’élite patronale japonaise ont été révélées par Junko Nishioka, l’économiste en chef chez RBS Securities Japan Ltd., un ancien responsable de la banque centrale japonaise. Il a dit à Businessweek : « C’est la dernière chose dont le Japon a besoin en ce moment, compte tenu du ralentissement outre-mer et de la morosité de l’économie. Le conflit [avec la Chine] est devenu bien plus grave que nous ne l’avions initialement anticipé. »

Alors que Noda lance des appels pour la tenue de pourparlers au sujet des îles Senkaku, certaines factions du Parti démocrate du Japon (PDJ) au pouvoir exigent une réaction dure. Le ministre de l’Economie, Seiji Maehara, qui, en tant que ministre des Affaires étrangères, avait adopté une position très ferme envers la Chine durant la dernière querelle diplomatique à propos des îles en 2010, a dit jeudi dernier au Financial Times : « Je ne peux pas approuver les commentaires qui accordent la priorité aux questions économiques parce que notre souveraineté est la base de la nation dont dépendent nos activités économiques. »

Maehara a suggéré que l’économie chinoise serait elle aussi durement touchée. « Notre interdépendance économique est très forte [et] si les produits japonais fabriqués en Chine ne se vendent pas en Chine, cela aura un énorme impact là-bas sur le chômage. »

Maehara et d’autres personnalités va-t-en-guerre sont encouragés par le gouvernement Obama qui considère qu’un Japon plus agressif stimulerait partout en Asie ses efforts pour saper l’influence de la Chine. Tout en affirmant officiellement être neutres dans le conflit sur les îles, les responsables de l’administration Obama ont à maintes reprises dit que les Etats-Unis seraient contraints de soutenir militairement leur allié, le Japon, en cas de conflit au sujet des îles Senkaku.

A la fin de 2010, les Etats-Unis avaient encouragé le Japon à modifier ses « directives en matière de défense » et à réorienter sa position militaire, c’est-à-dire à quitter la traditionnelle concentration sur la Russie au nord, issue de la Guerre froide, vers un nouvel objet, « la chaîne des îles au Sud-Ouest, » y compris les îles Senkaku, désignant aussi la Chine comme la principale menace.

Le gouvernement Obama porte la principale responsabilité pour les conséquences économiques et sociales potentiellement explosives produites par le conflit territorial entre le Japon et la Chine en Mer de Chine orientale. Sa politique irresponsable qui a pour but de surmonter le déclin économique américain et réaffirmer l’hégémonie mondiale des Etats-Unis en utilisant leur puissance militaire est en train d’accélérer le glissement vers une dépression mondiale et vers la guerre.

John Chan

Article original, WSWS, paru le 17 octobre 2012

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Des responsables des services secrets américains admettent que le gros des armes qui vont en Syrie dans le cadre de la guerre soutenue par les Etats Unis pour renverser le régime de Bashar al-Assad vont dans les mains d’Al Qaïda ou d’autres milices ayant le même programme.

Un article paru en première page dans le New York Times lundi 15 octobre confirme les informations de plus en plus nombreuses en provenance de la région et montrant que les éléments djihadistes jouent un rôle de plus en plus important dans ce qui est devenu en Syrie une guerre civile sectaire.

« La plupart des armes transportées à l’initiative de l’Arabie Saoudite et du Qatar pour approvisionner les groupes rebelles syriens luttant contre le gouvernement de Bashar al-Assad, aboutissent dans les mains de djihadistes islamistes durs et pas dans celles des groupes d’opposition plus laïcs que l’Occident veut promouvoir, selon des responsables américains et des diplomates en poste au Moyen Orient », écrit le New York Times.

L’article exprime l’inquiétude grandissante ressentie dans les milieux dirigeants américains vis-à-vis de la stratégie de l’administration Obama en Syrie et plus généralement au Moyen-Orient. Il renforce encore la crise de la politique extérieure de plus en plus sérieuse à laquelle est confronté le président démocrate à trois semaines de l’élection présidentielle.

Dans le débat déformé entre les Démocrates et les Républicains, cette crise s’est fixée sur l’attaque menée le 11 septembre dernier contre le consulat américain et une base secrète de la CIA dans la ville libyenne de Benghazi, et qui coûta la vie à l’ambassadeur J. Christopher Stevens et à trois autres américains.

Les Républicains ont mené une campagne publique de plus en plus agressive, accusant le gouvernement Obama de ne pas avoir su protéger le personnel américain. Ils ont aussi accusé la Maison-Blanche d’avoir voulu camoufler la nature de l’incident, que celle-ci a d’abord présenté comme une manifestation spontanée contre une vidéo anti-islamique, avant de la classer comme attaque terroriste.

C’est la ligne d’attaque adoptée par les Républicains dans les interviews télévisées dominicales, tandis que les Démocrates contraient en disant qu’il s’agissait d’une « chasse aux sorcières » et que la description initiale de l’attaque se fondait sur les informations disponibles à ce moment.

Le sénateur républicain Lindsey Graham qui parlait dans l’émission d’information de NBC « Face the Nation », avança qu’une description de l’attaque mortelle de Benghazi comme d’un événement spontané était motivée par des considérations politiques. La campagne de réélection d’Obama, accusa-t-il, était en train « de vendre un discours qui dit que… Al Qaïda a été démantelé – et le fait d’admettre que notre ambassade a été attaquée par Al Qaïda ne colle pas avec ce discours. »

Il ne s’agit cependant pas seulement du fait que le « discours » de la campagne électorale a été court-circuité. Les événements de Benghazi ont fait éclater toute la politique américaine tant en Libye qu’en Syrie, ouvrant une énorme crise pour la politique extérieure américaine dans toute cette région.

Les forces qui ont attaqué le consulat américain et le poste de la CIA à Benghazi n’étaient pas seulement affiliées à Al Qaida. Il s’agissait des mêmes forces que Washington et ses alliés avait armées, entraînées et soutenues à l’aide d’une guerre aérienne intense dans la campagne de changement de régime qui aboutit au meurtre brutal du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi l’année dernière.

L’ambassadeur Stevens qui fut envoyé à Benghazi à la fin de cette guerre de sept mois était le principal artisan de la mise en place de cette alliance cynique entre l’impérialisme américain et les forces et individus que Washington avait précédemment vilipendés comme « terroristes », soumis à la torture et emprisonnés à Guantanamo.

La relation entre Washington et ces forces rappelle une alliance similaire forgée dans les années 1980 avec les Moudjahiddins et précisément Al Qaïda dans la guerre favorisée par la CIA en Afghanistan dans le but de renverser un gouvernement aligné sur Moscou et d’infliger une défaite à l’armée soviétique.

Comme en Afghanistan, l’arrangement libyen a conduit à un retour de bâton pour l’impérialisme américain. Ayant utilisé les milices islamistes pour finir le travail commencé par les frappes aériennes de l’OTAN et, une fois ce but atteint, pour traquer Kadhafi, Washington a cherché à les évincer et à installer les hommes de confiance de la CIA et des grands monopoles pétroliers à la direction du pays. Se vengeant du fait qu’ils ont été écartés du butin de la guerre, et toujours fortement armés, les forces islamistes ont contre-attaqué, organisant l’assassinat de Stevens.

L’administration Obama ne peut pas expliquer cette évolution en public sans montrer aux yeux de tous la fraude que constitue la soi-disant « guerre contre la terreur », la pierre d’angle de la politique extérieure américaine pour plus d’une décennie, et avec elle, les prétendues motivations « humanitaires » et « démocratiques » de l’intervention américaine en Libye.

De plus, elle utilise les mêmes forces dans la poursuite de son objectif de changement de régime en Syrie, destiné à son tour à affaiblir l’Iran et à préparer, avec Israël, une guerre contre ce pays. Et, comme l’indique l’article du New York Times, on prépare un « retour de flamme » plus spectaculaire encore.

Le Times cite anonymement un responsable américain familier avec les informations obtenues par les renseignements américains ainsi : « Les groupes d’opposition qui reçoivent le gros de l’aide armée sont précisément ceux dont nous ne voulons pas qu’ils l’obtiennent ».

L’article attire l’attention sur le rôle joué par les monarchies sunnites du Qatar et de l’Arabie saoudite dans l’acheminement d’armes vers les groupes islamistes durs. Celles-ci s’appuient sur leur propre ordre du jour religieux et sectaire dans la région, destiné à contrer l’influence de l’Iran dominé par les chiites.

Il attribue l’échec du personnel de la CIA déployé sur la frontière turco syrienne à contrôler les groupes recevant des armes à un « manque d’informations fiables sur de nombreuses figures et factions rebelles. »

Ce que l’article manque à dire clairement cependant, c’est précisément quels « groupes d’opposition laïcs » existent en Syrie et que les Etats-Unis veulent armer. Les directions, basées en Turquie, du Conseil national syrien et de l’Armée syrienne libre ont peu d’influence et sont largement discréditées en Syrie même.

Un rapport publié par l’ICG (International crisis group) le 12 octobre et intitulé « La tentative de Djihad, l’opposition intégriste en Syrie » suggère que la soi-disant opposition « laïque » n’existe pas. Il fait remarquer que « la présence d’une puissante tendance salafiste parmi les rebelles syriens est devenue irréfutable. » Cela s’accompagne d‘un « glissement vers un discours religieux de plus en plus radical et… des tactiques de plus en plus brutales. »

Il cite le rôle de plus en plus important joué par les groupes comme Jabhat al-Nusra [Front de soutien] et Kata’ib Ahrar al-Sham [Hommes libres des bataillons syriens] qui ont tous deux adopté sans aucune ambiguïté le langage du djihad et ont appelé à remplacer le régime par un Etat islamique basé sur les principes du salafisme »

Finalement il attribue l’influence grandissante de ces éléments à « l’absence d’une direction cléricale et politique effective » dans des conditions où les éléments sunnites plus modérés sont opposés aux soi-disant « rebelles ».

Dans l’ensemble, l’absence d’une direction déterminée et pragmatique s’accompagnant d’une spirale de violence, profondément sectaire parfois, a inévitablement favorisé les factions les plus dures », dit en conclusion le rapport de l’ICG.

Certains éléments dans l’establishment dirigeant américain citent de plus en plus l’influence grandissante des milices islamistes en Syrie pour justifier une intervention directe des Etats-Unis. Un des représentant de ce point de vue est Jackson Diehl, le rédacteur en chef de la rubrique Affaires étrangère du Washington Post et un défenseur en vue de l’invasion de l’Irak en 2003. Dans un commentaire paru le 14 octobre, Diehl décrit la situation en Syrie comme représentant « l’apparition d’un désastre stratégique » attribuable à « la trop grande et nuisible prudence d’Obama dans l’affirmation de la puissance américaine. »

Diehl écrit : « Les yeux rivés sur son mot d’ordre de ‘recul de la guerre’ au Moyen Orient, Obama affirme que l’intervention ne pourrait que faire empirer le conflit – puis il regarde comment elle s’élargit à la Turquie, cet allié de l’OTAN, et comment elle attire des centaines de combattant d’Al Qaïda. »

Chapitrant Romney et les Républicains parce qu’ils sont fixés sur l’attaque terroriste de Benghazi, Diehl fait remarquer que cela est plus facile que de demander à des « Américains fatigués de la guerre » d’envisager une guerre d’agression de plus. Néanmoins, suggère-t-il, une fois que l’élection sera passée, une telle guerre sera à l’ordre du jour, peu importe qui occupera la Maison-Blanche.

Bill Van Auken

Article original, WSWS,  publié le 16 octobre 2012

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Guatemala : 60 ans d’ingérence US

octobre 18th, 2012 by Grégory Lassalle

Depuis le coup d’Etat de 1954 jusqu à la lutte contre le narcotraffic en passant par la mainmise des multinationales, Luis Solano brosse pour nous près de soixante ans d’ingérence US au Guatemala.

L’économie du Guatemala est actuellement et historiquement entièrement orientée vers la satisfaction du marché extérieur (mines, barrages, call center, agro exportation, tourisme, pétrole, maquilas…). Comment expliques tu cela ?..

Depuis le gouvernement d’Álvaro Arzú, (1996-1999), on a assisté à un tournant dans les investissements privés nationaux et étrangers au profit des secteurs économiques liés aux industries extractives, à la production d’électricité, à l’agro-export et aux services. Ce tournant a eu lieu après la signature des Accords de Paix de 1996, accords qui ouvrent une porte à la stabilité politique pour les investisseurs. C’est une des principales explications à la question de savoir pourquoi il était si important d’en finir avec la guerre de contre-insurrection.

Le tournant pris par l’économie en direction de ces secteurs s’explique par les prix élevés, sur les marchés internationaux, des minerais stratégiques qui intéressent l’économie de certains pays devenus aujourd’hui des puissances économiques au plan international, comme la Chine et l’Inde. D’autre part, en ce qui concerne la grande majorité de ces projets, même si les investissements nécessaires au départ sont très importants, leur amortissement est rapidement atteint, entre le court et le moyen terme. Les coûts de production sont relativement bas puisque les ressources naturelles sont gratuites ou bien faiblement taxées ; la main d’œuvre est bon marché, principalement lors des premières phases de l’investissement. Cela offre aux investisseurs des cycles d’accumulation intensifs et rapides.

C’était important pour une économie comme celle du Guatemala qui sortait d’une économie de guerre avec baisse du taux de croissance et des investissements privés et en même temps cela ouvrait les portes aux élites patronales détentrices de la puissance économique pour réaliser de gros investissements, car elles étaient désormais débarrassées de la menace de la guerre et avaient le soutien des gouvernements en place, tout acquis aux intérêts de la classe possédante, comme l’ont été les gouvernements d’Arzú, de Berger (2004-2007) et de Pérez Molina (2012-2015), sans oublier le gouvernement d’Álvaro Colom (2008-2011) lequel, même s’il n’a pas bénéficié aussi largement que les autres de l’appui patronal, a soutenu ouvertement ce genre d’investissements.

Même si on le sait peu, le coup d’état de 1954 de la CIA contre le gouvernement progressiste de Jacobo Arbenz est la première intervention directe des Etats Unis contre un gouvernement en Amérique latine. Comment et pourquoi cela s’est il déroulé ?

C’était après la Seconde Guerre Mondiale ; les États-Unis n’étaient pas prêts d’accepter des gouvernements de type nationaliste et encore moins si ceux-ci avaient une orientation communiste ou entretenaient des relations avec les pays communistes. En même temps, les grands propriétaires, ultra réactionnaires, producteurs de café, et les industriels conservateurs poussaient dans la même direction ; ils voulaient le renversement d’un gouvernement assimilé à l’ennemi et qui s’identifiait à la réforme agraire de 1952. Leurs intérêts et ceux de la multinationale United Fruit Co les poussèrent, de concert, à orienter la structure du gouvernement en fonction des intérêts de la bourgeoisie industrielle et commerçante en alliance avec l’oligarchie des grands propriétaires fonciers.

Après 1954, nous assistons à l’instauration d’une structure de pouvoir parallèle créée sur le modèle de gouvernement existant aux États-Unis qui, en plus de mettre en place des institutions au service des intérêts des patrons, ouvre aussi la porte aux multinationales nord-américaines associées ou alliées de la bourgeoisie du Guatemala. Dès lors, on voit surgir un intérêt nouveau pour l’industrie extractive basée sur des investissements pétroliers et miniers sous contrôle des États-Unis. Au fond, un des objectifs de l’intervention des États-Unis était l’exploitation des richesses naturelles du pays : pétrole, minerais et ressources forestières, à quoi il faut ajouter l’exportation de viande de boucherie, le tout répondant à la demande de l’économie nord-américaine d’après-guerre.

Pourquoi l’Amérique centrale et particulièrement le Guatemala sont des zones géographiques stratégiques pour les Etats Unis ?

Je crois que les raisons évoluent en fonction des conjonctures régionales et aussi dans le temps ; alors on peut parler de zone géographique stratégique. Aujourd’hui, la hausse du trafic de drogue et d’êtres humains fait que l’Amérique Centrale est une région d’une grande importance sur le plan politique pour les États-Unis. Compte tenu de la grande dépendance des économies d’Amérique Centrale vis-à-vis des États-Unis, ces derniers sont essentiels pour la survie de ces économies-là et cela est vrai même si pour les États-Unis, les économies d’Amérique Centrale ne représentent qu’un infime pourcentage de leur commerce et de leurs investissements internationaux.

L’Amérique Centrale, comme le Guatemala, continue de jouer un rôle majeur dans ce commerce illicite qui pèse du plus grand poids dans le monde : le commerce de la drogue, surtout par rapport aux États-Unis. La faible distance qui sépare cette région du plus gros marché consommateur de drogues au monde fait du Guatemala un pays très important dans les stratégies de guerre contre la drogue voulues par les États-Unis. La corruption de la police et de l’armée du Guatemala et les liens étroits de celles-ci avec les narcotrafiquants mettent le Guatemala dans la ligne de mire des États-Unis.

Mais les États-Unis sont également intéressés par cette région d’Amérique Centrale parce que c’est le lieu de passage de milliers de migrants sud-américains et internationaux et c’est un trafic dont le chiffre d’affaires se compte en millions de dollars et qui a entrainé la création de chainons du crime organisé dirigés par des groupes de pouvoir liés au narcotrafic, au trafic des armes, aux séquestrations, aux extorsions, au trafic d’êtres humains, au vol de véhicules et à la prostitution. Tout cela fait partie d’un cercle vicieux qui génère une migration vers les États-Unis dans une spirale incontrôlable que les États-Unis sont incapables de stopper. Par conséquent, les États-Unis ont cherché, au moyen d’un Accord de Libre Commerce et en usant de leurs influences dans le Projet Meso-Amérique (Plan Puebla Panamá) de contrecarrer toute cette violence et ce crime organisé avec des investissements et en misant sur le commerce ce qui aurait dû, en retour, développer encore plus les investissements et les emplois, mais rien de tout cela n’est arrivé jamais. Les causes structurelles qui génèrent toute la pauvreté et le crime organisé sont toujours là, intactes, seize ans après la signature des Accords de Paix.

Comment cet intérêt pour le Guatemala a été particulièrement visible pendant les années 60 dans le contexte de la Doctrine de Sécurité Nationale des Etats Unis et de la montée des mouvements populaires et des guérillas ?

C’est précisément la domination exercée par les États-Unis dans l’économie et la politique du Guatemala qui pousse les secteurs les plus progressistes et nationalistes, liés aux mouvements de gauche du Guatemala, à lutter contre la présence et la mainmise des États-Unis en menant une guerre de guérilla et en organisant des mouvements de masse. Les gouvernements démocratiques de 1944-1954 avaient ouvert de larges espaces d’expression politique pour tous ces secteurs bâillonnés par les dictatures antérieures ; ils ont été la pépinière des mouvements contestataires qui ont suivi la contre-révolution de 1954 et qui se sont développés au cours des décennies suivantes.

Ces mouvements ont également cherché à transformer les structures économiques mises en place par l’oligarchie des grands propriétaires fonciers et la bourgeoisie du Guatemala qui comptaient sur le large soutien des États-Unis. L’influence des États-Unis est devenue patente surtout à travers leur soutien officiel, sous forme d’aide militaire, aux Forces Armées du Guatemala, spécialement en ce qui concerne la formation et l’entraînement au combat de contre-insurrection. En même temps, les États-Unis ont voulu faire du Guatemala une « vitrine anticommuniste » aux yeux du monde, avec l’idée d’en faire l’exemple mondial à suivre. Des millions de dollars US ont été investis et ont transité par les plus grosses banques nord-américaines, les institutions financières interaméricaines ou internationales, mais la « vitrine », jamais, n’est apparue en tant que telle. Toutes les tentatives ont été un échec.

Le Guatemala a été marqué par des gouvernements militaires particulièrement répressifs (1954 – 1985). Quelle a été la relation entre les Etats Unis et l’institution militaire pendant cette période ?

Depuis 1954 et jusqu’en 1977, les États-Unis ont ouvertement soutenu le gouvernement du Guatemala en participant à la mise en marche de la guerre contre-insurrectionnelle et à la formation des officiers supérieurs de l’Armée. Depuis 1977, l’aide militaire a été suspendue et cela jusqu’à aujourd’hui pour cause de violations des Droits de l’Homme et de guerre contre-insurrectionnelle. Depuis 1977, les États-Unis et les forces réactionnaires nord-américaines ont cherché d’autres canaux pour apporter leur soutien à la guerre contre-insurrectionnelle. La présence et l’influence d’Israël, de l’Argentine, de Taïwan, et de l’Afrique du Sud ont eu une importance vitale, sans oublier d’autres mécanismes secrets de « guerre sale », entre autres des mercenaires étatsuniens. Par la suite, ce que nous avons vu ce sont les plans militaires d’« action civique » que l’armée des États-Unis met en place dans les zones de forêt tropicale et les régions pauvres du Guatemala.

Si les militaires sont des alliés historiques des Etats Unis, les véritables alliés sont l’oligarchie économique. Pourquoi cette alliance et comment se traduit elle, particulièrement depuis les Accords de paix de 1996 ?

Parce que les États-Unis ne peuvent pas se permettre de perdre la Guatemala à cause de l’importance de ce pays pour toute l’Amérique Centrale, non seulement à cause de ce qu’il a représenté historiquement dans la politique et l’économie de la région, mais parce que le Guatemala est toujours un bastion du commerce intrarégional qui génère une relative stabilité dans le reste de l’Amérique Centrale. En outre, dans les processus d’intégration, d’investissements et de décisions politiques, le Guatemala joue un rôle central. Après les Accords de Paix, ils ont essayé de priver l’Armée du Guatemala du contrôle qu’elle exerçait sur le pouvoir politique pendant la guerre. Et même si l’Armée reste un acteur important, en période de paix, ils cherchent à lui faire jouer un rôle qui la prive de ce contrôle pour éviter que ce soit elle qui dirige l’État du Guatemala. Ce contrôle, normalement, aurait dû revenir aux partis politiques dirigés par la bourgeoisie et les élites économiques, mais cela ne s’est pas fait. Avec l’actuel gouvernement de Pérez Molina, il semblerait qu’on soit en train de mettre en place une structure militaire qui se prépare à contrôler le pouvoir politique. D’où l’importance des dissensions qui apparaissent entre l’oligarchie économique et le gouvernement militaire et qui s’ajoutent aux pressions exercées par les États-Unis pour que le gouvernement militaire agisse plus efficacement à l’encontre des narcotrafiquants. Car il est de notoriété publique que le narcotrafic est entre les mains des membres du haut commandement militaire. Pour le moment, il y a un appui au gouvernement militaire de la part d’un secteur économique, mais cela ne permet pas de dire qu’il y a une alliance tacite entre le gouvernement militaire, l’armée et la bourgeoisie y compris, et que cette alliance jouit de soutien total des États-Unis.

On parle des Etats Unis, mais les autres pays impérialistes continuent de fragiliser l’état de droit en favorisant l’impunité de leurs multinationales (Canada, Espagne, France) … alors que d’un autre côté, elles financent des institutions comme la Commission contre le Crime organisé au Guatemala (CICIG). Comment analyses tu cette situation ? Comment se traduit ce soutien diplomatique aux intérêts privés ?

S’impliquer dans la CICIG signifie aussi faire en sorte que les investissements et les intérêts de ces pays ne soient pas victimes du crime organisé qui est l’objet des investigations et des poursuites de la CICIG. La CICIG n’a pas pour finalité d’enquêter sur l’impunité et les dommages causés par les investissements en provenance de ces pays parce qu’ils ne sont pas considérés comme relevant du crime organisé en tant que tel. Les ambassades de ces pays qui servent les intérêts de leurs gouvernements de plus en plus à droite soutiennent pleinement leurs investisseurs au Guatemala et protègent leurs investissements. Le Canada et la France en sont un bon exemple. Au moins en ce qui concerne le Canada, son ambassade a rendu public son soutien à ces investissements réalisés au Guatemala.

 

Propos recueillis par Gregory Lassalle pour Investig’Action

Traduit de l’espagnol par Manuel Colinas pour Investig’Action

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés