J’ai beau m’y attendre, je suis toujours surpris à chaque fois que je découvre une nouvelle manifestation de la mise en coupe réglée de notre patrimoine collectif par l’Empire Desmarais.

Vous vous souvenez de la sortie récente de Daniel Breton, l’ex-ministre de l’Environnement du PQ qui a dû démissionner dans la foulée de la tempête médiatique savamment orchestrée autour de sa prétendue ingérence dans les affaires du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) peu de temps après sa nomination, et nommé au printemps dernier adjoint parlementaire à la première ministre (volet électrification des transports), à propos des investissements étrangers dans l’industrie éolienne ?

Sa déclaration, dont allaient encore se saisir certains médias et des adversaires politiques pour tenter de le discréditer, avait été la suivante :

« Ce matin, il y a une annonce d’éolien de 300 mégawatts dans la région de la Matapédia qui va avoir lieu et je voudrais que vous voyiez la différence entre “être maîtres chez nous” du PQ et “maîtres chez nous” du Parti libéral, a déclaré Daniel Breton mercredi matin, s’arrêtant sec devant les journalistes qui ne lui avaient même pas posé de questions.

Ce contrat-là appartient à 50 % à une compagnie pétrolière albertaine, Enbridge, et à 50 % à Électricité de France (EDF). Je comprends qu’il y a des emplois en jeu, c’est important, les emplois, pour cette région-là, mais moi, je veux beaucoup plus que ça, le PQ veut beaucoup plus que ça. Ce qu’on veut, c’est les profits ici et la propriété ici. C’est ça, être “maîtres chez nous”. »

Un seul journaliste, Michel Hébert du Journal de Québec, et il n’est pourtant pas d’habitude un sympathisant du PQ ou un « fan » de Daniel Breton, est venu à sa rescousse dans un article intitulé « M. Breton a raison » que je cite au complet tant il est éclairant :

Il a raison, Daniel Breton ! Il a beau mettre son gouvernement dans l’embarras, il a parfaitement raison : le développement de l’industrie éolienne est absurde et ne profitera pas aux Québécois.

Cette aventure fera la fortune de multinationales et donnera du boulot à une poignée de travailleurs de chez nous pour le confort desquels tout le monde paiera plus cher l’électricité.

Hydro-Québec l’admet devant la Régie de l’énergie : pour payer l’électricité des éoliennes plantées en Gaspésie, on paiera tous plus cher chaque mois. Et pour un sacré bout de temps. Quelle aubaine pour les Français et les Albertains, qui disent investir chez nous !

On leur garantit des profits juteux, plus juteux que ne le seront jamais vos REÉR…

C’est bien beau de subventionner des emplois, de voler au secours de la Gaspésie en plantant des moulins à vent un peu partout. C’est bien beau le pétage de bretelles régional, mais jusqu’où ira-t-on dans la déraison ?

POLI

Daniel Breton n’est peut-être pas d’une rectitude politique exemplaire, ça, on le sait. Même Pauline Marois le lui pardonne d’emblée. Mais il a été poli, le député Breton. Parce qu’il aurait pu taper plus fort que ça. Il aurait pu dire que se lancer dans l’industrie éolienne comme on le fait n’a pas de sens, point ! On peut bien se fâcher contre les investisseurs étrangers qui viennent tirer des profits de notre vent, mais faut-il les en blâmer si nous sommes assez caves pour le leur permettre…

EXPORTATIONS

Les exportations d’Hydro-Québec piétinent depuis des années et, en 2012, elles étaient inférieures de 500 millions au niveau de 2008. La demande américaine fléchit, les prix aussi. Quelle logique sous-tend ces pseudo investissements ?

Ça fait des années qu’au ministère des Ressources naturelles, on sait que le Québec n’a pas besoin de l’électricité produite par les éoliennes. C’est une « demande du milieu », dit-on. Le « milieu » qui profitera de redevances payables par l’ensemble des Québécois.

En vérité, l’industrie éolienne est une variante raffinée de l’aide sociale. On fait produire en région une énergie dont nous n’avons pas besoin afin de créer artificiellement des emplois insoutenables selon les règles économiques habituelles. Quand le barrage de La Romaine sera prêt et que l’électricité sera encore plus largement disponible, qu’arrivera-t-il aux prix sur les marchés de l’énergie ? Sous la pression du gaz naturel et du pétrole de schiste, le prix de l’électricité sera en baisse. Mais la facture refilée aux Québécois sera en hausse.

[Mes caractères gras. Article également publié dans le Journal de Montréal du 21 septembre 2013]

Le projet de Lac-Alfred dans Matapédia n’est pas le seul du genre dans lequel soient associés EDF (par l’entremise de sa filiale EDF Énergies Nouvelles EN Canada) et Enbridge. Les autres sont Massif du Sud, Le Granit, Rivière-du-Moulin et Clermont, tous situés dans le bas du fleuve, tant sur la rive nord que la rive sud.

EDF, c’est Électricité de France, l’ancienne société d’État privatisée en novembre 2004 sous la présidence de Jacques Chirac. Un an plus tard, elle introduisait 15 % de son capital à la Bourse de Paris. En 2007, Nicolas Sarkozy succède à Jacques Chirac.

Déjà présents dans le capital de GDF-Suez, produit d’une fusion entre une autre société d’État privatisée, Gaz de France, et Suez, une entreprise spécialisée dans les services aux collectivités, Paul Desmarais et son associé Albert Frère profitent de leurs excellentes relations avec Sarkozy, qui, en 2008, leur a d’ailleurs exceptionnellement décerné à tous deux la Grand Croix de la Légion d’Honneur, distinction généralement réservée à des chefs d’État, pour se faire introduire dans le capital d’EDF. Ils y sont représentés depuis cette même année par Bruno Lafont, le PDG des ciments Lafarge, sous le contrôle de Pargesa.

Pour leur donner un peu plus de poids au conseil d’administration d’EDF et pour représenter l’État qui en demeure le principal actionnaire, Sarkozy y nomme également Pierre Mariani, son ancien directeur de cabinet lorsqu’il était ministre du Budget au milieu des années 90. Celui-ci est entre temps passé dans les services financiers et notamment chez BNP Paribas, une entreprise alliée du tandem Desmarais/Frère. Michel Pébereau, son ancien PDG qui jouit toujours du titre de Président d’honneur, siège d’ailleurs au conseil de Pargesa.

On se surprend à trouver au conseil d’EDF la directrice générale de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Mireille Faugère. Il faut comprendre qu’elle a elle aussi été nommée par Sarkozy pour représenter l’État actionnaire, et le « hasard », qui fait si bien les choses quand il s’y met, veut aussi qu’elle entretienne des liens indirects avec l’Empire Desmarais par l’entremise de l’Institut Montaigne (l’équivalent en France de l’Institut économique de Montréal) au conseil d’administration duquel elle siège en compagnie, entre autres, de Lionel Zinsou, le président de PAI Partners (anciennement Paribas Affaires Industrielles).

L’ancien président de PAI Partners, qui siège d’ailleurs toujours à son comité de surveillance, est en effet nul autre qu’Amaury de Seze, vice-président du conseil d’administration de la Corporation financière Power, la filiale financière du groupe Power aux côtés de MM. Henri-Paul Rousseau et Michel Plessis-Bélair, ce dernier siégeant également au conseil d’administration d’Hydro-Québec depuis 2004.

Si tous ces liens croisés vous donnent le tournis, ne vous en faites pas, c’est voulu. Ils correspondent d’une part à la nécessité de combiner les leviers financiers et politiques du groupe pour obtenir l’effet de démultiplication le plus fort possible, et d’autre part à celle d’embrouiller les pistes le plus longtemps possible pour toujours bénéficier de la difficulté de remettre en question un fait accompli.

Ce dernier point nous permet d’ailleurs de comprendre toute l’importance stratégique que revêtait pour l’Empire Desmarais l’acquisition par Hydro-Québec d’Énergie NB fin 2009 et début 2010. Si ce projet s’était concrétisé, la combinaison des deux entreprises en aurait fait une entreprise interprovinciale, donc assujettie à la compétence fédérale en vertu de la Constitution canadienne, et le gouvernement Charest nous aurait ensuite annoncé, sur un ton hypocritement résigné, que la perte de contrôle du gouvernement du Québec sur Hydro-Québec en justifiait la privatisation. Au bénéfice de qui, croyez-vous ?

Car il faut bien comprendre que le tandem Desmarais-Frère est parvenu à un degré de contrôle assez remarquable dans le domaine de l’énergie à l’échelle mondiale avec ses participations directes dans ces entreprises françaises que sont la pétrolière Total, GDF Suez, EDF, et indirectes dans le fouillis québéco-canadien Nouveler-Noverco-Gaz Métro-Enbridge, sans parler de ses participations cachées dans Pétrolia et tout ce qui grouille et grenouille dans le domaine pétrolier, gazier, éolien et solaire au Québec.

Ce contrôle, ils l’ont obtenu par une combinaison assez extraordinaire de sens stratégique, de culot, d’influence et… d’autre chose dont la nature et la légalité restent à déterminer.

Ce qu’on sait toutefois, c’est qu’en France comme au Québec, ils ont bénéficié du soutien actif et de la collaboration de ces grandes institutions financières d’État que sont la Caisse des Dépôts et Consignation (CDC) et la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), dans des circonstances et à des conditions qui soulèvent des questions sur la transparence et l’intégrité des transactions.

En France, ces questions ont été soulevées par un investisseur, Jean-Marie Kuhn, qui prétend avoir été floué par ces manoeuvres, et a même porté plainte contre le dynamique duo Desmarais/Frère pour « abus de pouvoir, corruption active et passive, trafic d’influence » en juillet 2012.

Au Québec, je soulève régulièrement ces questions ici même sur Vigile depuis 2009, et j’ai également consacré un ouvrage à ce sujet intitulé « Desmarais : La Dépossession Tranquille », paru aux Éditions Michel Brûlé en avril 2012.

Je travaille actuellement à la rédaction d’un autre ouvrage consacré à l’appui actif de Henri-Paul Rousseau, passé directement vice- président du conseil à la Financière Power en 2009 après avoir assumé la direction de la CDPQ pendant six ans, aux intérêts Desmarais pendant qu’il présidait aux destinées de cette institution.

En raison de délais trop serrés et de sa candidature à la mairie de Montréal cet automne, l’éditeur a choisi de reporter la parution de cet ouvrage, initialement prévue pour le mois prochain, à avril 2014.

Les liens étroits entre les activités de Paul Desmarais et son comparse Frère en France et au Québec soulèvent une question de très haute politique extrêmement délicate.

En effet, les liens entre la France et le Québec ont repris une tournure active à la faveur de la Révolution tranquille dans les années 1960 et de la priorité que le Gal De Gaulle a bien voulu leur attribuer, notamment à l’occasion de sa visite de 1967 lorsqu’il s’est écrié du haut du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal « Vive le Québec libre ! ».

Au cours des quarante-cinq dernières années, Paul Desmarais a fait tout ce qui était en son pouvoir, et il est considérable, pour empêcher les Québécois d’accéder à l’indépendance à laquelle De Gaulle les avait encouragés.

Mais lorsque il a mesuré les obstacles que l’establishment canadien multipliait devant lui et qu’il a compris qu’il pouvait tirer les marrons du développement des rapports France-Québec à son avantage, il a profité de ces liens pour promouvoir ses propres intérêts. L’obtention en 2009 de la plus haute distinction civile française constitue une mesure très publique de son succès.

L’autre mesure, la vraie, en « bonnes espèces sonnantes et trébuchantes », vous pouvez la trouver dans le nombre surprenant d’entreprises françaises dans lesquelles il détient des participations, tant celles dont on peut trouver la trace parce que cette participation est suffisamment importante pour être à déclaration obligée, que toutes les autres dans lesquelles il est présent à moins de 5 % du capital mais sur lesquelles il est quand même en mesure d’exercer un contrôle par le jeu d’un pacte avec d’autres actionnaires qui sont ses alliés.

Cette situation crée pour le Québec un véritable dilemme. Comment remettre l’Empire Desmarais à sa place sans compromettre les relations du Québec avec la France et les entreprises françaises dans lesquelles cet empire détient des participations, et avec lesquelles le Québec a intérêt à entretenir des liens étroits ? Plus concrètement, comment faire comprendre à une entreprise comme EDF que certaines des positions qu’elle s’est acquise au Québec sont le résultat de jeux d’influence inacceptables de la part d’un de ses actionnaires importants et pourraient devenir sujettes à révision.

Ainsi, l’une des filiales d’EDF, Veolia, a elle-même une filiale, Dalkia, qui a obtenu en juin 2011 le contrat d’entretien du nouveau Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) pour une période de trente ans dans des conditions sur lesquelles le vérificateur général du Québec avait émis de sérieuses réserves.

« Comme par hasard », le CHUM, dans une démarche alors sans précédent pour un service public au Québec, avait engagé à l’automne 2009 un nouveau directeur général qui, autre hasard, se trouvait à avoir dirigé le CHU de Rouen et avoir entretenu des liens si étroits avec Dalkia qu’il avait été invité à rendre un témoignage louangeur envers cette dernière dans le cadre du rapport annuel de l’entreprise en 2005 (p.19).

Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que Christian Paire a joué un rôle clé dans l’évaluation des propositions qui ont conduit au choix de Dalkia pour assumer pendant trente ans à compter de sa mise en service l’entretien du nouveau CHUM, et dans une organisation aussi complexe, il ne s’agit pas du ménage.

Aujourd’hui, devant certains dérapages pourtant prévisibles, le conseil d’administration du CHUM présidé par un proche de l’ancien premier ministre Jean Charest et du Parti Libéral du Québec, maintenant dans l’opposition, tente par tous les moyens de se débarrasser de Christian Paire, le plus discrètement possible. Viendra ensuite le contrat d’entretien de 30 ans.

Notons en passant que le Groupe Industriel Marcel Dassault est représenté au CA de Veolia depuis le 7 mai 2010, et que Laurent Dassault siégeait encore jusqu’à récemment au conseil d’administration de Power Corporation (étrange ou opportune démission), et qu’il siège au comité de Sagard Private Equity Partners, un fond européen également administré par l’empire Desmarais, tout comme l’est le fonds Sagard Capital Partners Management, américain celui-là.

L’ancien président Nicolas Sarkozy et l’ancien premier ministre Jean Charest, du temps où ils étaient aux affaires, ont créé, au sein de leurs appareils gouvernementaux respectifs, les conditions propices à l’exploitation systématique du patrimoine public dont ils étaient les gardiens au bénéfice des financiers Paul Desmarais et Albert Frère. Reste maintenant à établir quelle a été la contrepartie, sous quelle forme elle a été ou continue d’être acquittée, et par quel canal elle est passée ou continue de le faire.

Richard Le Hir

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Les Etats-Unis d’Amérique réapprennent aux peuples du Moyen Orient la nouvelle géographie de leur région en publiant dans les colonnes de New York Times une “nouvelle carte de la région”!! Le Moyen Orient rêvé par les Etats Unis est composé de 14 pays issus de la dislocation de 5 pays le composant à l’origine!!

Suivant donc les stratèges américains , ” la Syrie se divisera au moins en trois entités, selon les divisions ethno-confessionnelles. les trois entités auront respectivement une identité alaouite, kurde et sunnite . les alaouites contrôleront , fidèles à la tradition en vigueur depuis des décennies les régions côtières de la Syrie. les kurdes syriens s’en sépareront pour rallier avec les kurdes irakiens . l’entité sunnite pourrait aussi faire sécession du reste de la Syrie et se fusionner avec les provinces sunnites irakiennes”  le journal s’intéresse ensuite à l’Irak à proprement parler : ” les kurdes du nord de l’Irak rejoindront les kurdes syriens . les sunnites du centre de l’Irak se rallieront aux sunnites syriens et le sud de l’Irak sera exclusivement chiite” mais le journal n’oublie pas non plus la Libye qu’il place au cœur du Moyen Orient à naitre(!!!) :

” En raison des rivalités régionales et tribales très intenses n la Libye peu se diviser en deux entités historiques , Tripolitaine et Cyrénaïque avec un troisième pays , Fezzan” le journal n’oublie évidemment pas l’Arabie saoudite où ” il y a depuis très longtemps des divergences internes (ndlr : depuis que les Etats Unis s’y sont intéressés ) et cette question pourrait en cas du transfert du pouvoir à la prochaine génération des princes des Saoud être résolue . En fait, les divergences tribales, les divergences sunnito chiites et les défis économiques menacent l’intégrité territoriale de ce pays”.

NY Times s’intéresse ensuite au Yémen et écrit : ” un référendum aura lieu dans le sud du Yémen et puis ce pays arabe le plus pauvre sera scindé en deux. une partie ou tout le sud du Yémen pourrait rejoindre l’Arabie Saoudite.” et le journal finit cette analyse en beauté en annonçant la raison de tous ces changements géographiques et géostratégiques : ” l’Arabie saoudite  commerce avec le monde extérieur via la mer et un accès direct à la mer d’Arabie réduira la dépendance de ce pays (gros producteur du pétrole) au Golfe persique et neutralisera en grande partie le pouvoir de nuisance de l’Iran qui menace de fermer le détroit d’Hormuz.”

Voir l’article du New York Times :

How 5 Countries Could Become 14

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Quarante ans après le coup d’Etat en Chili, ce pays reste toujours marqué par deux décennies de dictature militaire. La transition démocratique qui a suivi se montre lacunaire dans plusieurs aspects. La présente constitution date du régime du Général Pinochet, les victimes de la dictature ne peuvent que rarement faire valoir leur droit à des indemnités du fait de leur souffrance. Le processus de démocratisation au Chili doit se poursuivre pour permettre de sortir définitivement de cette période sombre de son histoire.

I. Contexte général

Le 11 septembre 2013, cela fera 40 ans que le coup d’Etat a eu lieu au Chili. Le Centre Europe-Tiers Monde (CETIM) souhaite rendre un hommage à la mémoire de toutes les victimes de la dictature chilienne par le biais de la présente déclaration [1].

Il sied de rappeler que le Chili a ratifié la plupart des instruments internationaux en matière de droits humains. En vertu du principe pacta sunt servanda, le Chili est tenu d’exécuter de bonne foi les traités et les obligations internationales qu’il a librement conclus et il ne peut pas invoquer son droit interne pour ne pas exécuter ses obligations.

Or, malgré une transition démocratique initiée depuis plus de 22 ans au Chili, des changements législatifs d’importance n’ont pas pu aboutir. Un cas emblématique est celui du décret loi n° 2191 du 19 avril 1978, accordant l’amnistie pour les crimes commis entre 1973 et 1978, dont l’abrogation formelle n’est toujours pas réalisée, bien qu’il ne soit plus appliqué par les tribunaux. Ce fait participe à la culture de l’impunité existante au Chili, qui consiste à nier le caractère atroce et répréhensible des crimes perpétrés durant la dictature.

Le 21 novembre 2011, une cérémonie d’hommage à Miguel Krassnoff s’est tenue dans la commune de Providencia, à Santiago. Cet homme est l’auteur de violations graves des droits humains, dont des actes de disparition forcées, qui lui ont valu une condamnation supérieure à 100 ans de prison. Cristian Labbé, maire de la commune de Providencia à l’époque, a participé activement à cette cérémonie, qui a reçu les vœux de meilleurs succès de la part du Président de la République, Sebastian Piñera. La 4ème édition du livre Miguel Krassnoff : Prisonnier pour avoir servi le Chili a été présenté lors de cette cérémonie.

Le 10 juin 2012, un hommage au Général Pinochet a eu lieu à Santiago. Le 6 juin 2012, le Secrétaire d’Etat, Andrés Chadwick, a déclaré à la presse qu’il n’arrivait pas à comprendre ceux qui réclamaient que le gouvernement empêche la tenue de ce genre de réunion qu’il a qualifiée de « légitime et garantie par notre Constitution comme un droit des personnes ». Il a ajouté que « la véritable forme de respecter les droit en démocratie, ce n’est pas seulement lorsqu’ils me favorisent ou me plaisent ».

Les autorités chiliennes ne peuvent en aucune manière se servir des droits humains, afin d’honorer des tortionnaires ou encore de justifier ou de banaliser des actes de barbaries. Il convient de rappeler que la négation, la justification ou la banalisation grossière des crimes contre l’humanité ne sont pas protégées par les droits humains.

Malgré des avancées législatives importantes, le pays reste régi par l’ordre juridique établi par la Constitution de 1980 et par certaines lois promulguées sous le régime militaire, qui posent des obstacles au fonctionnement démocratique de certaines institutions aussi fondamentales que le régime électoral.

Ainsi, le Chili connaît un système électoral de scrutin majoritaire binominal pour les élections parlementaires unique au monde, qui favorise la plus grande minorité et non la majorité réelle et qui empêche une représentation parlementaire réelle de ses citoyens.

II. Lutte contre l’impunité

En matière de lutte contre l’impunité, il convient de rappeler que les actes systématiques et généralisés d’exécutions extrajudiciaires ou sommaires, de disparitions forcées et de tortures, qui eurent lieu au Chili pendant la dictature, constituent des crimes contre l’humanité qui sont imprescriptibles. En tant que tels, les autorités chiliennes doivent enquêter sur ces faits, juger et punir les auteurs de ces crimes et s’abstenir d’appliquer toute mesure qui exempterait les auteurs desdits actes de poursuites ou de sanctions pénales effectives. Celles-ci doivent être proportionnées en regard de la gravité des crimes commis.

Bien que le Chili ait fait des efforts afin de lutter contre l’impunité, des milliers de personnes sont encore en attente de justice à ce jour et les peines infligées aux auteurs de crimes ne sont pas toujours en adéquation avec la gravité des infractions commises.

Il peut être choquant de constater que la prison Punta Peuco y Penal Cordillera qui accueille des anciens militaires auteurs de violations des droits humains, tels Miguel Krassnoff, est une prison tout confort disposant de cours de tennis et d’amples espaces de détente alors que les conditions de détention dans d’autres prisons sont déplorables. L’Etat chilien devrait suivre les recommandations, formulées en 2012, par sa propre Commission de Réduction des peines, présidée à l’époque par Mme Amanda Valdovinos, et fermer ladite prison après avoir transféré les prisonniers dans un autre lieu de détention.

III. Disparitions forcées et exécutions extrajudiciaires ou sommaires

Le nombre important de cas restant à élucider a conduit Agrupación de Familiares de Ejecutados Políticos (AFEP) et Agrupación de Familiares de Detenidos Desaparecidos (AFDD) à déposer dès 2011 de nombreuses plaintes pénales. A ce jour, elles concernent 1250 victimes et sont, à trois exceptions près, toujours examinées par la justice.

Par exemple :

M. Rodrigo Rojas De Negri, photographe, a été brûlé vif en compagnie de Mme Carmen Gloria Quintana, étudiante de psychologie à l’époque des faits, le 2 juillet 1986, par une patrouille de militaires. Face au manque d’effectivité de la justice chilienne, la mère de l’intéressé, Mme Verónica De Negri, a dû déposer une plainte pénale le 2 juillet 2013, soit 27 ans après les faits, afin que tous les auteurs de cet acte soient sanctionnés. En effet, le seul auteur condamné jusqu’à ce jour par la justice militaire est l’officier Fernández Dittus, qui s’est vu infliger une peine de 600 jours de privation de liberté.

IV. Torture et traitements cruels, inhumains et dégradants

En 1996, le Rapporteur spécial sur la torture indiquait que le gouvernement du Chili lui avait fait part de son intention de réformer l’art. 150 du Code pénal pour y introduire la mention expresse de l’interdiction de la torture et utiliser la définition figurant à l’art 1er de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, afin de remplacer les qualifications, trop imprécises, utilisées dans la législation chilienne de l’époque (E/CN.4/1996/35/Add 2 ; § 69).

Malheureusement, cette réforme législative, qui a notamment abouti à l’entrée en vigueur de l’art. 150A du Code pénal, n’a pas atteint son objectif. Il est à déplorer qu’en 2013, la définition des actes pouvant être qualifiés de torture, dans la législation chilienne, ne comprend toujours pas tous les éléments constitutifs figurant aux art. 1er et 4 de la Convention précitée.

En outre, l’Etat chilien devrait incorporer une approche de genre dans sa lutte contre la torture et l’impunité afin de tenir compte de la spécificité des plaintes déposées, depuis décembre 2010, par des femmes pour actes de violence sexuelle comme forme de torture, perpétrés durant la dictature.

En matière de violences policières, de nombreux témoignages attestent que la police en uniforme fait un usage disproportionné de la force lors des répressions des manifestations publiques. L’emploi de balles marquantes, armes non létales pouvant provoquer des lésions corporelles graves, est un sujet de préoccupation pour la société civile. Le Collège des Médecins Chiliens a fermement condamné l’emploi desdites armes. Le cas de M. Enrique Eichin Zambrano, blessé à l’instar de quatre autres personnes, lors d’une manifestation estudiantine en avril 2013, est paradigmatique.

Le 11 avril 2013, M. Enrique Eichin Zambrano – 58 ans, architecte – est blessé au visage par une balle marquante alors qu’il manifestait pacifiquement avec sa femme et sa fille. Ladite balle – tirée au hasard et à hauteur du visage par un carabinier au milieu d’un affrontement violent entre la police et des manifestants, qui se tenaient à proximité de l’intéressé – a eu pour conséquence directe la perte totale de la vision de l’œil droit et du globe oculaire de M. Eichin Zambrano. En plus de l’intense douleur subie, cet acte odieux a des conséquences particulièrement lourdes pour un architecte, générant une inaptitude au travail et entraînant un gain manqué important.

V. Les réparations envers les victimes de la dictature

Le droit chilien ne reconnaît la qualité de « victime de la dictature » que de manière restrictive. Dans un premier temps, seules les personnes disparues, exécutées ou mortes sous la torture étaient reconnues comme des victimes de violations graves des droits humains et pouvaient prétendre à des indemnisations. En 1993, la loi n° 19.234 a permis l’octroi d’indemnisations aux personnes licenciées de leurs emplois pour des motifs politiques. Ce n’est qu’en décembre 2004 qu’un droit à des indemnisations a été octroyé aux personnes détenues pour des motifs politiques ou ayant survécu à la torture, infligée durant la dictature (loi n° 19.992).

En dehors des catégories de personnes susmentionnées et de certains de leurs proches, il n’y pas d’autres bénéficiaires de réparations. Ainsi, les personnes détenues ou torturées pour des raisons autres que politiques, par exemple par abus de pouvoir, ne sont pas reconnues comme des victimes et ne peuvent pas bénéficier des mesures de réparation prévues par la loi, comme l’a indiqué la Comisión Nacional sobre Prisión Política y Tortura. Les personnes qui n’exerçaient aucune activité rémunérée à l’époque des faits, comme les étudiants, et qui ont été contraintes à l’exil ne peuvent pas non plus bénéficier d’une réparation.

En outre, les indemnités versées sont symboliques conformément à la volonté du législateur chilien. Elles ne tiennent compte ni dommage causé, ni de la situation personnelle et sociale des personnes concernées, ni d’un éventuel handicap imputable aux agents de l’Etat, ni du lieu de résidence des victimes ou du coût réel de la vie. L’octroi de telles indemnités est contraire à l’art. 14 de la Convention contre la torture, qui prévoit une indemnisation équitable et adéquate.

Enfin, seules les victimes de la dictature résidant au Chili peuvent bénéficier des réparations en matière médicale. En effet, à défaut de traités bilatéraux en la matière, aucune mesure n’est prévue pour les Chiliens vivant à l’étranger, laissant ceux-ci sans aide en matière de santé. La Cour interaméricaine des droits de l’homme a été saisie de la problématique relative à l’absence d’indemnisation complète, suite à la requête de M. Garcia Lucero, Chilien résidant à l’étranger, torturé durant la dictature.

Au vu de ce qui précède, la réparation devrait être octroyée à toutes les victimes de la dictature chilienne, sans distinction. Elle devrait également comprendre le rétablissement de leurs droits politiques, y compris les exilés politiques à l’étranger.

Les autorités devraient également mettre en place une assemblée constituante afin d’initier un processus de révision totale de la constitution et elles devraient permettre aux Chiliens vivants à l’étranger de voter, en se rendant dans un consulat voire par voie électronique.

Afin de pouvoir sortir définitivement de la période sombre de son histoire, le Chili devra faire preuve d’une volonté politique inébranlable afin de mettre un terme à la culture de l’impunité, de reconnaître toutes les victimes de la dictature et d’octroyer des indemnités justes et équitables tant aux individus qu’à la communauté politique chilienne dans son ensemble en lui permettant de s’unir autour d’un nouveau contrat social.

Nous appelons les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme, ainsi que les organes des traités, à continuer d’accompagner le processus de modernisation et de restauration des droits humains au Chili, l’abrogation définitive de la loi d’amnistie, le dépassement de l’impunité des crimes passé et le respect des droits fondamentaux des personnes appartenant à des populations autochtones.

CETIM. 30 Août 2013

Cette déclaration a été élaborée en collaboration avec les juristes suivantes : Mmes Giselle TOLEDO VERA, Lydie RUIZ et Nicole Allgöwer KIRBERG.

 

Notes

[1] Il convient de relever que la situation concernant le respect des droits humains des peuples autochtones au Chili mérite une intervention à elle seule et ne sera pas traitée dans le cadre restreint de ce document.

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«Celui qui m’a transformé en réfugié m’a transformé en bombe»

 Mahmoud Darwiche

Il y a vingt ans, le 13 septembre 1993, étaient signés les accords d’Oslo par Yasser Arafat et Yitzhak Rabin. Mais l’espoir soulevé par ce traité historique s’est évanoui, au désarroi des Palestiniens qui attendent toujours leur État. L’image historique est encore dans les mémoires: Yasser Arafat et Yitzhak Rabin se serrant la main sur la pelouse de la Maison-Blanche en présence de Bill Clinton. C’était le 13 septembre 1993. Les accords devaient poser les jalons pour régler le conflit israélo-palestinien et établir les bases d’une autonomie palestinienne à l’intérieur des frontières de 1967.

Les critiques et les soutiens de l’accord de la défaite

Il ne faut pas croire que cet accord a fait l’unanimité. Edward Saïd, l’Ecrivain américain d’origine palestinienne, démissionna du CNP et fut très critique Dans un essai d’une lucidité très actuelle, Edward Saïd écrivait à l’automne 1993 dans la London Review of Books: «A présent, écrit-il, que l’euphorie s’est un peu évaporée, nous pouvons réexaminer l’accord Israël-OLP avec tout le bon sens nécessaire. Il ressort de cet examen que l’accord est plus imparfait, et pour la plupart des Palestiniens, plus déséquilibré que ce que beaucoup supposaient au départ. Les vulgarités du défilé de mode de la cérémonie à la Maison-Blanche, le spectacle dégradant de Yasser Arafat remerciant tout le monde pour la privation de la plupart des droits de son peuple, et la stupide apparition de Bill Clinton en empereur romain du XXe siècle pilotant ses deux rois vassaux à travers les rituels de la réconciliation et de l’obéissance: tout cela n’a obnubilé que temporairement les proportions vraiment incroyables de la capitulation palestinienne. Alors, avant tout, appelons cet accord de son vrai nom: un outil de la capitulation palestinienne, un Versailles palestinien. Ce qui le rend pire encore, c’est qu’au cours des 15 dernières années, l’OLP aurait pu négocier un arrangement meilleur que ce Plan Allon modifié, et exigeant de faire moins de concessions unilatérales à Israël (…).» (1)

Il y a naturellement parmi les Palestiniens des laudateurs qui font dans la méthode Coué pour défendre l’indéfendable du fait de leur statut privilégié. Leila Shahid souligne comme principale raison de l’échec des accords d’Oslo, l’annexion de territoires par l’État hébreu et «notamment Jérusalem-Est qui doit devenir la capitale de la Palestine, et beaucoup de territoires en Cisjordanie». Dénonçant la poursuite de la colonisation israélienne, elle rappelle qu’aujourd’hui «520.000 colons habitent dans le territoire palestinien». Et de conclure: «Si on veut vraiment négocier sur la base de deux États, il faut être cohérent et arrêter de construire un mur, des colonies et d’importer des gens. A moins qu’Israël ne souhaite un État d’apartheid.»

Ce n’est pas l’avis d’un besogneux d’un Palestinien d’en bas: «A Hébron, Moussa Jaber, un ouvrier agricole palestinien, témoigne de ce sentiment de désespoir. «Ma maison est vieille et j’aimerais en construire une autre, mais on nous l’interdit», confie-t-il aux reporters de l’AFP. «Par contre, les Israéliens ne se gênent pas pour construire», observe-t-il, amer, en désignant du doigt un lotissement en face. Et d’ajouter: «Les maisons de Kiryat Arba [une colonie], en face, sont toutes neuves, mais si on construisait une maison, ils viendraient la démolir». (…) Après trois ans de gel, Israéliens et Palestiniens ont repris le 29 juillet 2013 des négociations directes sous parrainage américain. La colonisation continue plus que jamais. (2)

La triste réalité des accords d’Oslo: les conséquences du processus de paix

Quatre marqueurs permettent au-delà de tout discours de se rendre compte du bilan de vingt ans d’occupation: les forces israéliennes auraient tué 7000 palestiniens dont l’opération Plomb durci avec le meurtre de 1 500 personnes en 2007-2008 dont 450 enfants. Le Rapport Goldstone qui pointe du doigt les crimes d’Israël a été jeté aux orties avec la complicité de Mahmoud Abbas qui s’en tient toujours à l’utopie de recueillir des miettes de la partie israélienne malgré des discours ésotériques à mille lieues de la réalité; Oslo c’est aussi 12.000 maisons détruites par Israël avec interdiction aux Palestiniens de réparer ou de construire de nouvelles maisons. Oslo c’est ensuite la colonisation avec plus de 250 000 nouveaux colons sur les terres palestiniennes qui s’ajoutent aux 250 000 précédents; Oslo c’est aussi la judaïsation rampante d’El Qods avec la sape des fondations de la mosquée d’Omar pour cause de fouille concernant l’ancien Temple de Jérusalem. Oslo c’est aussi la destruction de l’aéroport de Ghaza construit par les fonds européens…

Ghaza c’est enfin et sans être exhaustif l’apartheid dans toute son horreur avec son cortège d’humiliations au quotidien, la pénurie des eaux d’un côté et l’abondance de l’autre, c’est les restrictions concernant les Palestiniens qui vivent en apnée. C’est les meurtres des humanitaires des flottilles venant apporter un peu d’espoir aux Ghazaouis. C’est le mur d’apartheid de 700 km qui a été condamné en vain par la Cour pénale internationale, mur qui a pris la relève de celui de Berlin tant honni par l’Occident dont l’indignation est plus que jamais sélective au point de laisser 40 résolutions sans effet; et l’invasion de l’Irak avec en prime la pendaison de Saddam Hussein s’est faite sans résolution de l’ONU; il a fallu aussi une résolution arrachée par le tandem Sarkozy-BHL pour dépecer la Libye et lyncher en direct et d’une façon inhumaine et abjecte le colonel El Gueddafi.

Dans un réquisitoire sans concession, le site de l’Assocaition  France Palestine déclare: «Vingt ans plus tard, les Palestiniens ont certes célébré l’adhésion de l’État de Palestine aux Nations unies, mais en tant que simple État observateur, non membre. Et la Palestine vit toujours sous occupation; la colonisation israélienne s’y intensifie en toute arrogance et en toute impunité; une ceinture de colonies sépare Jérusalem de son arrière-pays palestinien morcelé; un réseau de murs annexe de facto à Israël une partie substantielle de la Cisjordanie, de ses terres, de ses ressources en eau en dépit des condamnations, jamais contraignantes, des Nations unies; le contrôle israélien du territoire palestinien et des mouvements de population enclave les villes et villages, asphyxie toute vie économique et entrave toute vie sociale ou culturelle palestinienne; la bande de Ghaza survit sous blocus; »(3)

« Les bombardements et les morts parmi la population civile se succèdent; les réfugiés palestiniens le demeurent, génération après génération. La détention de plusieurs milliers de prisonniers politiques se poursuit dans les geôles israéliennes, otages d’une négociation à durée indéterminée. En Israël même, plusieurs dizaines de milliers de bédouins palestiniens, citoyens israéliens, sont victimes d’un transfert forcé. L’occupation militaire reste la première préoccupation de la population palestinienne (3).

La vision des intellectuels palestiniens vivant en Europe sur la tragédie palestinienne

Dans le cadre d’une initiative organisée par Médiapart  , plusieurs intellectuels ont donné leur perception de ces vingt ans d’Oslo.Dans ce débat, Julien Salingue a brillamment résumé pourquoi, selon lui, «il n’y a jamais eu de processus de paix»: car loin d’avoir confirmé une reconnaissance de l’OLP, encore moins du droit d’autodétermination du peuple palestinien, Israël a institué et intégré l’Autorité palestinienne (AP) dans le «redéploiement de son dispositif» de contrôle et de domination.(4)

« Face à ces arguments, Elias Sanbar, ayant participé à la négociation d’Oslo, a mis l’accent, quant à lui, avec force et émotion, sur ce jour de 1993 où «les Palestiniens sont redevenus visibles», c’est-à-dire reconnus internationalement comme acteurs et négociateurs directs de leur propre cause – la Palestine (sans peuple) ayant été jusqu’alors l’affaire des États arabes voisins. E.Sanbar, actuellement ambassadeur des Palestiniens à l’Unesco, n’a pas répondu à bien des questions: celle du journaliste de Médiapart, Pierre Puchot, sur le Hamas; celles de J.Salingue sur les territoires ingérables et le rôle de l’Autorité palestinienne (intégrée aux activités de «sécurité» policière exigées par Israël et tributaire de ses financements); il s’agirait plutôt – selon Sanbar – de quasi «allocations chômage». Le choix éventuel par ces derniers d’une solution de «deux États» – avec leurs frontières de 1967 donc sur 20% du territoire palestinien d’origine; un État palestinien bien «symbolique» quand la réalité est celle des Territoires occupés et des espaces non continus – n’implique pour «nous» (à l’extérieur) aucun renoncement à la dénonciation du contenu sioniste de l’État d’Israël dans les divers facettes de sa politique: colonisation par expulsion, par occupation et par statut discriminatoire d’une partie de ses citoyens. (4)

Peut-on tout dire pour défendre Israël? s’interrogent trois intellectuels Julien Salingue, Nicolas Dot-Pouillard et Catherine Samary. Rapportant les écrits d’Eric Marty, ils critiquent sévèrement le partis pris: «Eric Marty s’interroge, dans une tribune publiée le 21 avril sur Le Monde.fr: «Le boycott d’Israël, est-il de gauche?». Ce qui semble être une critique de

la campagne BDS (Boycott Désinvestissements- Sanctions) contre Israël excède en réalité largement son objet, et redéfinit les termes du conflit opposant Israël aux Palestiniens. L’argumentaire de M. Marty est aussi spécieux qu’original, et mérite un petit exercice de «sociologie littérale». M. Marty balaie allègrement les avis d’Amnesty International, de la Croix-Rouge ou de l’ONG israélienne B’tselem. Il fait en outre peu de cas de l’avis de la Cour internationale de justice (juillet 2004), qui qualifiait le mur de «violation du droit international» et demandait à Israël de le «démanteler immédiatement». Selon le dernier rapport de l’ONU, le mur serpentera sur 709 km, alors que la ligne verte n’en mesure que 320. Par endroit, il pénètre de 22 km en Cisjordanie (large de 50 km). 10% du territoire palestinien est annexé de facto à Israël, dont 17 000 ha de terres auxquelles les paysans ne peuvent quasiment plus accéder ».(5)

«  Pour la seule partie nord de la Cisjordanie, 220.000 villageois sont affectés.(…) Or, les témoignages et rapports d’ONG le confirment: Israël a enfreint le droit de la guerre en déversant des bombes au phosphore blanc (considérées, y compris par les Etats-Unis, comme des armes chimiques) sur des zones densément peuplées, en empêchant le personnel médical de secourir de nombreux blessés ou en utilisant des boucliers humains. Les témoignages de soldats recueillis par l’ONG israélienne Breaking the Silence sont, à ce titre, éloquents. De surcroît, Israël, avec la complicité de l’Egypte, a bouclé la minuscule bande de Ghaza (360 km2), empêchant les civils de fuir un déluge de fer et de feu. En violation totale du droit de la guerre, le blocus se poursuit, empêchant la reconstruction et aggravant les conditions sanitaires.(5)

Le mépris d’Israël contre la Palestine et sa croisade contre l’Iran

Avec un rare mépris, Benyamin Netanyahu n’a dit un mot du problème palestinien, tout son réquisitoire était à charge contre l’Iran et Hassan Rohani qu’il a traité de tous les noms. Il va jusqu’à donner la marche à suivre à la communauté internationale concernant le programme nucléaire oubliant au passage que son pays a bafoué toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU depuis 1947, en traitant avec mépris l’Aiea, en ne signant aucun protocole ni sur les armes chimiques ni sur le nucléaire allant jusqu’à avertir la Communauté internationale que si l’Iran n’arrête pas son programme nucléaire,Israël l’attaquera.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé solennellement mardi à l’ONU que son pays était prêt à «agir seul» militairement pour empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire, rompant ainsi avec le timide rapprochement de son allié américain avec l’Iran la semaine dernière.: «Israël ne laissera pas l’Iran obtenir des armes nucléaires. Si Israël est obligé d’agir seul, il agira seul», (…) Il a estimé qu’un Iran nucléaire serait aussi dangereux que «cinquante Corées du Nord». On ne doit «lever les sanctions que quand l’Iran aura totalement démantelé son programme de fabrication d’armes nucléaires». Le Premier ministre israélien prend ainsi et une nouvelle fois le contre-pied de Barack Obama. Un diplomate iranien a immédiatement réagi en séance au discours de M.Netanyahu en le qualifiant d’»extrêmement provocateur» et de «belliqueux». (6)

Les conséquences des accords

Pour Pascal Boniface: une bombe à retardement, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) La signature des Accords d’Oslo fut un formidable moment d’euphorie collective. Aujourd’hui, malgré la reprise des négociations, les perspectives d’un accord semblent très lointaines, voire irréalisables. On peut même se demander si la solution des deux États est encore possible matériellement du fait de l’émiettement des Territoires palestiniens et de la poursuite de la colonisation israélienne. Il y avait, en 1993, 250.000 colons israéliens sur les territoires palestiniens, ils sont aujourd’hui 500.000. D’ailleurs, aucun accord de paix acceptable par les Palestiniens ne le serait par l’extrême droite dont dépend le gouvernement Netanyahu. Il faudrait une recomposition complète du paysage politique israélien pour parvenir à une véritable paix. Or, les élections de janvier 2013 ont encore marqué une poussée à droite et la montée en puissance du poids des colons dans la vie politique israélienne. À l’époque, Arafat et Rabin ont fait preuve de réalisme et de leadership. Il en fallait pour qu’Arafat annonce que la charte de l’OLP était caduque et accepte de ne créer un État palestinien que sur 22% de la Palestine mandataire. Mais si Rabin s’est lancé dans cette direction ce n’est pas par mansuétude à l’égard des Palestiniens. C’est qu’il avait compris qu’il en allait de l’intérêt national d’Israël, notamment parce qu’il risquait en cas contraire d’avoir de grandes divergences avec les Américains. Aujourd’hui, il n’y a plus de pressions de la part des États-Unis sur le gouvernement israélien. Celui-ci a un sentiment d’impunité qui le conduit à ne faire aucune concession. (7)

On l’aura compris, les Palestiniens sont mal barrés pour trois raisons majeures: Mahmoud Abbas et son équipe sont passés de mode, ils ont goûté au luxe et ils n’ont plus le feu sacré. Ajouter à cela un gouvernement israélien plus que jamais de droite et enfin la colonisation qui laisse des confettis de territoires non viables. Seul un Etat israélo-palestinien de tous ces citoyens permettrait de ramener la sérénité et aboutirait enfin à cette paix entre deux peuples cananéens depuis la nuit des temps mais aussi dans cette région du Moyen Orient harassée depuis un siècle par des conflits qui la dépasse.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. Edward Saïd Oslo: le jour d’après http://www.ujfp.org/spip.php?article2892

2. http://www.france24.com/fr/20130913-vingt-ans-accords-oslo-israel-palestine-paix-rabin-arafat

3. http://www.france-palestine.org/20-ans-apres-Oslo-20-ANS-APRES

4. http://blogs.mediapart.fr/edition/accords-doslo-20-ans-apres/article/011013/vingt-ans-apres-oslo-8-catherine-samary-quelles demarches?&utm_source=newsletter&utm_ medium=email&utmcampaign=Catherine_Samary:_Vingt_ans_apr%C3%A8s_Oslo,_quelles_d%C3%A9marches_?_

5. http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/04/27/peut-on-tout-dire-pour-defendre-israel -par-julien-salingue-nicolas-dot-pouillard-et-catherinesamary_1343645_3232.html

6. http://www. humanite.fr/monde/onu-le-discours-va-t-en-guerre-de-netanyahu-contre-550165

7. http://blogs.mediapart.fr/edition/accords-doslo-20-ans-apres/article/190913/vingt-ans-apres-oslo-2-pascal-boniface-une-bombe-retardement

 

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Quand le patronat français collaborait avec les nazis

octobre 3rd, 2013 by Annie Lacroix-Riz

Photo : Goering, Hitler, Renault, Berlin, 17 février 1939

« Aucune voiture américaine en Europe », demandait à Hitler le très obéissant Louis Renault. Fournissant complaisamment la masse de camions nécessaires à ses guerres. Les 200 tonnes d’or de la Belgique détournés vers l’Allemagne par la Banque de France. La spoliation des petits actionnaires des Mines de Bor. Quelques exemples parmi d’autres de la collaboration économique honteuse de l’élite française. « Industriels et banquiers français sous l’occupation » d’Annie Lacroix-Riz est un ouvrage monumental ! Ecrit presque exclusivement à partir du dépouillement des archives originales françaises et allemandes, cet ouvrage remue un passé que certains voudraient laisser enterré…

Michel Collon

 

 

Notre sélection d’extraits :
[1.] « Le vieux rêve de Louis Renault : le “comité européen de l’automobile” »
[2.] « La banque de France et l’or belge »
[3.] « Calcul stratégique des Suisses et dénonciation de la trahison desMirabaud »
[4.] « La Banque de France contre Mme Benda »

[1.] Extrait - Le vieux rêve de Louis Renault : le “comité européen de l’automobile”  
Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, p. 231-234
Aucun cartel ne reçut autant de publicité que celui que Lehideux amorça un mois après sa nomination de « directeur responsable du COA », en porte-parole de la SAUR autant que de la branche. Début octobre 1940, le plan Carl Schippert de « réorganis[ation de] l’industrie automobile » avec Renault comme seul constructeur maintenu dans deux catégories sur trois, « camions de transport [… et] voitures de tourisme »[1], esquissa le cartel futur, l’heure n’étant qu’aux camions.
Le 1er novembre 1940 à Berlin, Lehideux et Adolf von Schell s’entendirent sur un cartel franco-allemand-italien en « cinq points », première étape d’un « comité européen » si notoire à la Libération que Lehideux dut le citer dans son « mémoire de défense »[2]. La fondation, finalisée entre décembre et mars, multiplia ses séjours à Berlin, avec des escortes à surreprésentation Renault. Mi-décembre 1940 àBerlin, il déclara se joindre à l’Allemagne (nul n’avait consulté l’Italie) pour proposer « M. Thoenissen [comme] président garant […du] comité automobile européen (EAC) » à créer[3]. « Retour d’Allemagne », lyrique, il « présent[a] » le 24 décembre à la presse « son rapport de collaboration, […] plan qui correspond[ait] aux exigences des temps présents »[4]. Il venait de « demande[r] à ses collaborateurs MM. [Maurice] Champomier [DG du COA] et [André] Reynaud » directeur du service matières premières du COA, issu de Renault], chef de cette délégation française à Berlin, « d’établir les bases du comité de collaboration internationale. »[5] Ce plan Lehideux, calqué sur l’allemand, respectait l’hégémonie du Reich, doté du marché de l’Europe centrale et nordique (Danemark, Finlande, Hongrie, Norvège, Pays-Bas,Pologne, Suède, Tchécoslovaquie). Il cantonnait la France à la Hollande, la Belgique, la Suisse et l’Espagne (consacrant son éviction de l’Europe orientale), et l’Italie à une partie de l’Europe balkanique (40% seulement en Grèce et Roumanie)[6]. « Il […] terminait en énonçant : “aucune voiture américaine” »[7] ‑ la formule de Louis Renault pour Hitler le 21 février 1935[8].
Aux « entretiens au GBK, à Berlin du 1er au 6 mars 1941 » fut signé « le protocole [créant…] la Commission provisoire pour la collaboration de l’industrie automobile européenne »[9], noyau du « comité européen de l’automobile » : au nom du Reich par von Schell et RudolfEgger, directeur général de Büssing-NAG, spécialiste du 4,5 t. – un des champions du travail esclave étranger (travailleurs forcés et déportés, notamment d’Auschwitz, représentant 49% des effectifs de juin 1944[10]) ‑ et chef du CO de l’automobile (Wirtschaftsgruppe Fahrzeugindustrie, Wigrufa) ; de la France par Lehideux ; de l’Italie parGiuseppe Acutis, président de l’association nationale de l’industrie automobile (Associazione fra gli industriali del Automobile, ANFIA) lié à Giovanni Agnelli (FIAT). Louis Renault avait chargé Adrien Mettas de rédiger sur la session, où la délégation française était à 50% Renault, Lehideux exclu[11], un rapport qu’il lui « demand[a] à [s]on retour »[12]. « Le comité européen de l’automobile [visait à] créer une organisation rationnelle du marché européen, […] assurer les relations de celui-ci avec les autres marchés mondiaux de l’automobile […et] la défense des industries européennes et travailler dans la plus large mesure à leur extension. » Il « comprendrait cinq commissions », visant à rationaliser, normaliser et concentrer la branche sur le modèle allemand : 1° celle des « types » établirait les programmes « en partant des enseignements déjà acquis [et de] l’expérience très étendue que l’Allemagne », et « normalis[erait l]es types suivant les besoins européens internationaux (sic) » ; 2° celle des « dispositions législatives concernant la circulation automobile » unifierait les « prescriptions de la circulation internationale routière, concernant le poids, la largeur, la longueur, voie, écartement des essieux, freins, vitesse, etc. [et] suggérer[ait] aux gouvernements les différentes dispositions susceptibles d’améliorer cette circulation. » ; 3° celle de la « normalisation […] étudier[ait] la diminution des prix de revient, grâce à la réduction du nombre des modèles et à l’établissement d’un programme général de normalisation concernant le matériel et les accessoires » ; 4° celle de l’« organisation du marché [serait…] chargée de la réglementation des ventes […,] des prix et conditions de vente, des reprises de voitures de deuxième main, etc. » ; 5° celle des « exportations […] de l’organisation de l’exportation, de la répartition des produits dans les pays importateurs, des conventions de prix, des participations aux courses et concours internationaux, aux expositions, etc. […] Les séances du comité se tiendr[aie]nt alternativement à Berlin, à Paris et à Rome, aussi souvent que l’exigera[it] la convention. » Le 8 juillet 1942 suivirent « les accords fixant à RM 8 000 [160 000 frs] la cotisation annuelle des trois » pays membres[13].
La propagande sur le cartel explosa début mai 1941, peu après que Lehideux eut tiqué, en privé seulement, devant l’exigence du GBK de tout savoir par questionnaire « remis directement aux constructeurs d’automobiles par leurs commissaires » allemands : effectifs, production, « moyenne mensuelle de production », « répartition du capital, participation bancaire, participation juive », part dans la production, dans l’exportation, etc. au 1er août 1939, au 1er mai 1940, et au 1er avril 1941[14]. Le « bref communiqué » de la Berliner Börsenzeitung du 6 mai 1941 présenta « la normalisation des types et des pièces, afin de simplifier la construction dans son ensemble et de baisser les prix [comme…] une des tâches les plus importantes de ce comité […,] une étape très importante pour l’industrie française de l’automobile car, jusqu’avant la guerre, elle dépendait de l’Amérique. Le Comité s’efforcera de ne plus permettre cet envahissement par les États-Unis. » Écho du délire printanier, le synarque Claude Popelin, compère de Croix de Feu puis de PPF[15] que Lehideux casa au service Presse de son haut-commissariat au chômage et du COA[16] puis comme « chargé de mission au cabinet [de son] ministère de la [PI] »[17], présenta le 4 mai au Matin l’accord comme « aussi gros de conséquences que l’entrevue de Montoire. C’est, sur le plan économique, industriel et social, politique aussi, l’équivalent, le pendant, de la poignée de main qu’échangea le Maréchal avec le Chancelier Hitler. Dites-le bien haut : M. Lehideux n’a trouvé, au cours de ses tractations avec les Allemands, que des hommes d’une absolue bonne foi, dégagés de toutes mesquineries, animés du seul désir de servir la cause européenne. Et nous ne sommes pas peu fiers, ici, au COA, que ce soit l’industrie automobile qui soit la première à s’engager sur la voie d’un ordre nouveau. »[18]
Lehideux avait considéré comme « une affaire sérieuse » ce cartel qui « mettait l’industrie automobile française en tutelle pour 50 ans au moins et […] supposait par avance l’Allemagne victorieuse », déclarèrent en 1944 deux dirigeants du COA, Maurice Champomier (son DG) et Georges Pessereau (directeur de ses services généraux)[19]. De la documentation très lacunaire du COA émergent des réunions et festivités de 1941 à 1943, surtout en Allemagne, à Berlin, siège de la présidence, en France et en Italie (à Turin) : en 1941, fin février-début mars, fin mars, fin avril, juin[20], fin septembre et du 6 au 9 octobre, « dans les locaux de la Wirtschaftsgruppe Fahrzeugindustrie, Berlin »[21], le 4 novembre à Turin, « dans les bureaux de l’ANFIA, 21, Via Teresa »[22], avec huit délégués prestigieux, dont Lehideux, René de Peyrecave(délégué Renault ès qualités) et Jean-Pierre Peugeot[23] ; en 1942, à Nuremberg (en avril-mai) et à Stuttgart (en novembre) ; des sessions parisiennes, notamment à l’été[24] et en décembre 1942 et en avril 1943. « Toutes [l]es dépenses concernant le compte européen [étaient] supportées par le COA »[25]. Le 4 novembre 1941 à Turin, Thoenissen acquit de Lehideux et Acutis « pleins pouvoirs du président pour l’établissement d’un régime provisoire »[26], qui fut définitif[27]. Il coûtait 360 000 frs annuels au COA, admit Lehideux le 13 octobre 1944[28].
Si important que fût le cartel pour l’avenir, il servit surtout de couverture « européenne » à la politique allemande : fabrication exclusive de poids lourds, concentration, normalisation, standardisation depuis 1942 avec l’actif soutien du COA[29], et depuis 1943, tentative du contrôle des entreprises françaises via les Patenfirmen. L’hypocrite « discours d’ouverture du général von Schell » prévu pour la session turinoise de novembre 1941, communiqué aux Français mi-octobre, laissa filtrer la réalité. Une longue tirade sur « l’armée allemande […] engagée dans un combat décisif contre le bolchevisme russe, contre l’adversaire qui doit être terrassé si l’Europe veut désormais vivre tranquille », sur le « sang européen » (allemand) versé au service du continent et sur « la volonté d’une action commune européenne » censurait mal l’objectif allemand : « Vous, Messieurs, comme représentants de l’industrie automobile allemande, italienne et française, vous êtes réunis sous la direction de l’organisme responsable pour l’Allemagne, représenté par moi, afin de vous attaquer à l’unification de la partie industrielle du domaine de la motorisation. »[30] Réunissant au COA les « constructeurs français », le 20 juillet 1942, von Schell les pressa de se « rallier à une normalisation qui ferait qu’il n’y aurait plus – tout au moins pour le temps de la guerre – qu’un type de camion dont la guerre a[vait] besoin et qui serait construit par l’ensemble des constructeurs français ». Ayant « discuté cette question la semaine dernière avec M. Lehideux [, qui…] partage[ait] cette façon de penser », il leur laissait « 4, 6 ou 8 semaines » de réflexion[31]. La suite, reflétée par la part respective des constructeurs dans la production, s’en inspira.
Ayant pavé, comme les mariages de capitaux, la voie de l’avenir, le cartel fut obéré par l’hégémonie du Reich, le poids de sa guerre et la certitude de sa défaite, constat d’une lettre de mai 1942 d’Acutis àThoenissen : « le Comité EAC réel […] n’a pas été constitué » ; les industries automobiles allemande et italienne « dépendent directement de l’organisation militaire [allemande, de même que] l’industrie française […] Durant cette période qui sera encore plus ou moins longue, nos travaux ne sauraient, en aucune façon, concerner les constructions en cours [… Le] travail de préparation » n’a pas commencé, « nous ignorons complètement […] la situation après-guerre », mais nous devons viser « dès à présent à réaliser une étroite collaboration entre […] nos industries […] en travaillant déjà aujourd’hui à la préparation d’un avenir plus ou moins proche. »[32] Le cartel n’en survécut pas moins. Lehideux a presque vidé le COA de sa correspondance[33] mais en mars 1944, Thoenissen invitait encore le « secrétaire permanent au comité européen de l’industrie automobile » Albert Arnaud à une séance du « comité principal » (Hauptschuss) II sur le caoutchouc, prévue à Luxembourg les 27 et 28 avril 1944 : il y rencontrerait le chef de « la délégation française » du secteur, Henri Balaÿ (ou Balay), de Bergougnan, directeur du CO des pneumatiques [34] et gendre de Joseph Gillet.


[1] « 3° voitures de luxe », DGSN, sn, 4 octobre 1940, F7, 15307, AN, et supra.
[2] « Mémoire », sd, 1945, W3, 217, AN, de l’énorme dossier HCJ de Lehideux, 217-234.
[3] Note signée « directeur du COA », Lehideux, 16 décembre 1940, W3, 217, AN, points 1-3 de 4.
[4] Interview à Aujourd’hui 24 décembre 1940, AN, W3, 217.
[5] Rapport Vilatte sur Lehideux, 19 juillet 1945, W3, 217, AN.
[6] « Suite au projet de conventions franco-allemandes et franco-italiennes », 15 janvier 1941, W3, 234, AN, tableaux précis marchés et nombres de véhicules, tracteurs compris.
[7] Rapport Vilatte sur Lehideux, 19 juillet 1945, W3, 217, AN.
[8] Fridenson P., « Première rencontre », p. 13, et supra.
[9] Dont Thoenissen remit à Lehideux, le 8 avril 1941, « un exemplaire », en français, italien et allemand, W3, 230, AN.
[10] Bibliographie, dont travaux de Karl Liedke, http://de.wikipedia.org/wiki/Rudolf_Egger-B%C3%BCssing.
[11] Composition précisée supra.
[12] Déposition d’Adrien Mettas, 42 ans, à JI Martin, 26 mai 1945, W3, 221, AN, souligné par moi : ce fut sa « note « note sur notre voyage à Berlin » (voir aussi PV allemand « entretiens au GBK et rapport J.Marcou « voyage à Berlin, 3/7 mars 41 »), W3, 218, AN.
[13] Note « Comité européen de l’automobile » [plus loin CEA], avril 1941, et mention des « originaux », « 1° chemise accords », W3, 234, AN. Souligné par moi.
[14] Lettre Lehideux à Thoenissen, GBK Berlin, Paris, 29 avril 1941, W3, 232, AN.
[15] Synarque liste SSS, 25 juin 1942, et des 364, 1943, F7, 15343, un des « principaux lieutenants » de La Rocque avant leur rupture, note IGPA, Vichy, 26 juillet 1941, F7, 15327, Le Flambeau, de la Rocque, AN ; Choix, index.
[16] « Ami personnel de Le Roy Ladurie, actuellement chargé de la presse au haut-commissariat au chômage. C’est lui qui passe les communiqués de presse aux journaux (influencé par Worms) », tract « les hommes de Worms au gouvernement », 22 août et 3 septembre 1941, W3, 222, AN.
[17] Son courrier à en-tête, à L’Épine, Paris, 12 et 14 mars 1942, W3, 228, AN.
[18] Cités, rapport Caujolle, 27 février 1945, W3, 220, AN.
[19] Auditions par JI Martin 14 et 20 novembre 1944, rapport Caujolle, 27 février 1945, W3, 220, et rapport Lemoine, 7e partie, 23 décembre 1948, W3, 218, AN. Tous les autres (Lehideux inclus) glosèrent sur le grand patriote Lehideux, ibid.
[20] Lettre de Thoenissen à en-tête « Commission provisoire pour la collaboration de l’industrie automobile européenne », à « M. Lehideux, actuellement à Berlin, Hôtel Eden », Berlin, 6 juin 1941, et lyrique « « Communication à la presse » AN, W3, 230.
[21] Invitation Thoenissen à « cher M. Lehideux », Berlin, 10 septembre 1941, W3, 231, AN.
[22] Lettre Thoenissen « aux directeurs des [3] groupements nationaux » (plus loin, GN), Berlin, 10 septembre 1941, W3, 231, AN.
[23] Liste membres délégation française pour Turin, 9 octobre 1941, W3, 231, AN.
[24] Acutis sur « prochaine réunion de Paris », lettre à Thoenissen, Turin, 21 mai 1942, W3, 234, AN.
[25] « Mémoire » Lehideux, sd, 1945 ; rapport Vilatte sur Lehideux, 19 juillet 1945 (liste billets de train pour l’Allemagne et autres paiements de frais pour le CEA), W3, 217, AN.
[26] 3e partie ODJ, PV 2e séance plénière 4 novembre Turin, 11 novembre 1941, W3, 231, AN.
[27] Lettre Thoenissen « au [GN] français aux bons soins de M. le ministre Lehideux, COA », via GBK Paris, Berlin, 19 décembre 1941, W3, 231, AN.
[28] Rapport Caujolle, 27 février 1945, W3, 220, AN.
[29] Qui « accueill[it] avec satisfaction » la volonté de Saurer-Vienne d’imposer à Saurer-Suresnes la fabrication « de camions type [allemand] Frankfurt », PV Ullerich entretien GBK-COA, Paris, 10 octobre 1942, W3, 229, AN.
[30] Traduction et allemand, 16 octobre 1941, W3, 231, AN.
[31] Version allemande discours au COA, plus précise, W3, 231, AN.
[32] Lettre Acutis à Thoenissen, Turin, 21 mai 1942, W3, 234, AN. Souligné dans le texte.
[33] Pessereau, à JI Martin : « Je tiens d’ailleurs à vous signaler qu’il ne se trouve que peu de documents au COA sur les missions et voyages relatifs au comité européen. J’en suis étonné, car il devrait y avoir des dossiers importants. », cité rapport Lemoine, 7e partie, 23 décembre 1948, W3, 218, AN.
[34] Lettre Thoenissen, président communauté du caoutchouc, à Arnaud, SG du, Mondorf, 12 mars 1944, pour W3, 229, AN.

[2.] Extrait – La Banque de France et l’or Belge
Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, p. 248-253

Sur l’inclination à la cession, la Banque de France donna l’exemple avec l’or belge, qui ne lui appartenait pas. Ce dossier a été parfois[1] traité sur une base insuffisante : la correspondance « officielle » sur le voyage d’août 1943 en Suisse du synarque Boisanger, grimé en victime d’une pure voie de fait allemande de 1940[2]. Étudié par des auteurs ni francophones ni traduits, il reste ignoré en France[3]. Il illustre, comme celui des Mines de Bor, le consensus entre haute banque et Laval, la fonction de chambre d’enregistrement de l’État et la conviction des grands synarques, en 1940-1941, que le Reich dominerait l’Europe.
La reprise de la tactique espagnole
La Banque nationale de Belgique avait confié ses 200 tonnes d’or à la Banque de France avec ordre de transfert éventuel « sous son dossier à la Federal Reserve Bank », donné oralement par son gouverneurGeorges Janssen au gouverneur Fournier et au sous-gouverneur Jacques Rueff, et par écrit le 18 juin 1940[4]. Les près de 5 000 « caisses clouées, cerclées et scellées »[5] furent évacuées en mai-juin 1940 vers l’Afrique Occidentale et déposées à Dakar au Sénégal puis à Kayes au Soudan. Les trois grands « affiliés » Boisanger, Bouthillier et Rueff n’en répondirent pas moins docilement le 27 juillet au « questionnaire présenté [à ce sujet] le 20 […] par la Délégation allemande de la Commission d’armistice » : « Pour mémoire : 4 944 caisses non reconnues par la Banque, remises en dépôt par la Banque nationale de Belgique et conservées à Dakar »[6]. Aussi zélés que Laval, Boisanger, Bouthillier, etc., l’accablèrent a posteriori[7], tout comme la Reichsbank accusa l’État nazi de l’avoir contrainte à « réunir l’or [belge] à son propre stock »[8].
Un décret Pétain-Bouthillier du 31 août remplaça à la tête de la Banque de France Fournier, désormais réticent, par Boisanger[9], aussi empressé auprès des Allemands que le ministre des Finances. Français et Allemands débattirent depuis août de la cession[10], à laquelle l’entourage du tandem Worms (Boisanger-Bouthillier) fut associé : le sous-gouverneur Rueff s’en occupa beaucoup, officiellement jusqu’en janvier 1941 inclus, avant sa démission forcée, comme juif, « en application de la loi du 3 octobre 1940 »[11] ; Couve de Murville fut chargé d’en organiser le transport. Boisanger se garda d’emblée d’aviser son conseil (des fuites de « presse [… sur] une instance engagée à New York contre la Banque de France au sujet de l’or confié à celui-ci par la Banque nationale de Belgique » ne l’obligèrent à s’expliquer, en mentant, que le 13 février 1941[12]). Schäfer adressa le 2 septembre la demande officielle allemande, maquillée en demande de « la Banque nationale de Belgique […de] restitution de cet or […et de] son rapatriement, en choisissant un moyen de transport [donnant] toutes garanties de sécurité »[13].
Mi-mai 1940, la fraction pro-alliée du « Comité de Direction de la Banque nationale de Belgique », représentée par son directeur Adolphe Baudewins et son inspecteur Hubert Ansiaux, avait « suspend[u…] les pouvoirs de tous ceux, qui, à un titre quelconque, [avaient] le droit de disposer des biens ou des droits de la Banque et […étaient] dans une partie du territoire occupé par une puissance ennemie »[14]. Ansiauxsollicita donc restitution de son or, le 30 juillet, de Fournier, puis le 12 septembre de Rueff, en vain. Le 16 septembre, il mit en garde le nouveau gouverneur, Boisanger, contre la détention illégale par la Banque de France « d’un bien qui [était] la propriété de la Banque nationale de Belgique » et contre « toute délivrance comme tout transfert total ou partiel du dépôt en question, effectué sur les ordres, contre décharge ou avec l’approbation de personnes exerçant leurs fonctions en territoire occupé par l’ennemi, [qui] ne dégagerait pas la Banque de France de ses obligations envers la Banque nationale de Belgique. »[15] Lecollaborationniste Janssen, rentré en Belgique à l’été, laissa espérer son ralliement à la cession de l’or belge à la Reichsbank puis, se ravisant, il s’absenta des tractations. L’équipe synarchique dut donc agirmotu proprio.
Le 20 septembre à Wiesbaden, retour de Vichy, Boisanger, porteur des casquettes de Vichy (chef de la délégation française) et de la Banque de France, fit part à Hemmen d’« une lettre du gouverneurJanssen » communiquée par Schäfer « demand[ant] le rapatriement de l’or belge qui sera[it] exclusivement employé par les soins de la Banque nationale de Belgique ». Il brocarda les « représentants du gouvernement belge en exil [qui avaient] protesté contre la livraison de l’or », et annonça capitulation tarifée (10%) : « Le gouvernement français serait prêt à le ramener à Paris et à Bruxelles, sous réserve de retenir un prélèvement de 800 à 1 000 millions de francs correspondant à des avances faites au gouvernement belge en exil. Ce prélèvement serait régulier, le dépôt ayant été fait par ce gouvernement, il resterait donc 9/10 de l’or déposé à restituer. […] La Banque de France en tout cas refuse énergiquement de prendre la responsabilité de ce rapatriement. » Hemmen rejeta aussitôt son offre[16].
Les discussions se poursuivirent avec lui depuis le 4 octobre[17] sur les conditions de retour de l’or vers la France, aux frais exclusifs de l’État[18], et Boisanger proposa le 8 à Bouthillier de traiter ce nouveau dossier espagnol comme le précédent : « la revendication […d’]Adolphe Baudewins, réfugié à Londres […] – et à laquelle aucune réponse n’a été faite – […] rappelle celle qui s’était produite au cours de la guerre civile espagnole, sur le dépôt d’or que nous avions reçu en 1931 de la Banque d’Espagne. Dans cette affaire aussi, un organisme dissident contestait au gouverneur en fonction le droit de retirer le dépôt confié à la Banque de France et revendiquait ce dépôt pour lui-même. » On attribuerait à nouveau la cession au « gouvernement français », qui consentirait à ce que « la Banque de France [fût…] garantie par l’État contre toute réclamation ultérieure qui se produirait par la voie judiciaire ou autrement » : on renouvellerait le « décret-loi […] du 1er juillet 1939 » non publié « au Journal Officiel », d’urgence, vu l’avancement des « pourparlers engagés sous [l]es auspices [de la Commission d’armistice de Wiesbaden] entre les représentants du Trésor français » (dirigé par le synarque Brunet) « et de la Banque de France, […] et les représentants de la Banque nationale de Belgique (qui [étaient], en fait, les commissaires allemands auprès de cet institut) »[19].
Boisanger et Bouthillier obtinrent du banquier-ministre (des Affaires étrangères) Baudouin l’impunité juridique de la Banque de France par un « décret du 18 octobre 1940 » (Pétain, Baudouin, Bouthillier) : il la garantissait, à l’espagnole, « contre tout préjudice qui pourrait résulter pour elle, directement ou indirectement, de toute décision qui serait rendue par quelque juridiction française étrangère ou internationale que ce [fût] et plus généralement de tout acte qui l’obligerait à une répétition de paiement, à des dommages-intérêts ou autres débours à raison de la restitution, par ladite Banque, de l’or qu’elle conserv[ait] présentement en dépôt au nom de la Banque nationale de Belgique et dont elle effectuera[it] la remise à cet Institut, tel qu’il [était…] actuellement représenté à Bruxelles » [par les Allemands] (article 1). « Exécuté comme loi de l’État », ce décret serait « publié au Journal Officiel » (article 2)[20]. « Une procédure du même ordre avait déjà été adoptée à l’occasion du dépôt d’or fait par la Banque d’Espagne, au cours de la guerre civile espagnole. Il va de soi que la présente loi ne sera pas publiée pour l’instant au Journal Officiel », précisa Moreau-Néret[21]. Elle ne le fut jamais.
Des accords franco-allemands d’octobre-décembre 1940 à l’exécution
Le 29 octobre, Boisanger put donc signer avec Hemmen, à Wiesbaden, un « Protocole de signature à l’accord sur la restitution de l’or et des autres valeurs que la Banque nationale de Belgique a[vait] confiées à la Banque de France et sur le règlement des questions qui en dépend[ai]ent ». En vertu de cette prétendue « Convention franco-belge sur l’or du 29 octobre 1940 […], le gouvernement français et la Banque de France prendr[aie]nt immédiatement toutes les mesures nécessaires pour le transport et la remise de l’or », avec remise « sans délai à la Commission allemande d’armistice pour l’économie [d’]un plan ayant trait aux transports de l’or prévus de Kayes (Afrique Occidentale) à Marseille. »[22] Le 31, devant un Bouthillier approbateur, Huntziger et Laval promirent à Abetz et Hemmen, 1°« en signe de prévenances particulières, de faire partir immédiatement deux avions militaires français de Kayes, près de Dakar, à Marseille avec chacun trois tonnes d’or belge » : l’or serait « transporté par camions à Casablanca, de là par train à Oran, et de là par avion [Air-France] à Marseille » (Huntziger) ; et 2° « qu’ensuite tout l’or français qui se trouv[ait] à Kayes sera[it] ramené par la même voie dans la métropole » (Laval)[23].
En signant cette convention franco-allemande, la Banque de France se met en danger, écrivit à Boisanger, le 1er novembre 1940 (comme la veille), Jean Bolgert, du service des études économiques : « M.Janssen […] ne désire nullement faire rentrer l’or en Belgique », les Belges, absents des tractations, le resteront, et « les Allemands ont donc fabriqué le soi-disant protocole de signature qui escamoterait d’un coup toutes nos garanties et mettrait la Banque de France dans une situation déshonorante ». Le risque pris le 29 octobre demeurait gérable comme les précédents : « notre situation sera délicate, car on pourra toujours soutenir ultérieurement que la signature de la Banque nationale aura été extorquée par la violence : du moins ne serons-nous pas en plus mauvaise posture que la BRI, lors de l’affaire tchécoslovaque. » L’étape suivante, non : « Si, par contre, nous acceptions de remettre l’or sous une signature allemande, nous manquerions de toute évidence aux obligations fondamentales du dépositaire, et – je crois devoir le répéter – nous ruinerions notre crédit de façon irrémédiable […]. Au surplus, nous risquerions des mesures de représailles sur notre or à l’étranger – Angleterre et même États-Unis – qui pourrait bien être non plus simplement bloqué, mais saisi. »[24]
Le 30 novembre 1940, Jean Bolgert renouvela dans plusieurs notes « pour le gouverneur » sa mise en garde contre l’« atteinte irrémédiable […] portée au renom et au crédit de l’Institut d’émission français » : « la loi du 18 octobre 1940, prise dans l’hypothèse où l’or était remis à la Banque nationale [de Belgique] elle-même », ne suffirait pas à en abolir les conséquences[25]. Boisanger chargea donc le directeur du contentieux Jacques Bouteron, rédacteur de la garantie « espagnole »[26], de bétonner la « garantie ». La mission fut accomplie le 4 décembre 1940 :
« Article 1.L’État français garantit la Banque de France contre tout préjudice qui pourrait résulter pour elle, directement ou indirectement, de toute revendication et en général de toute réclamation, quelles qu’en soient la cause et l’origine, qui l’obligeraient à une répétition de paiement, à des dommages intérêts ou autres débours, par suite de la remise par elle des caisses d’or qu’elle a reçues en garde de la Banque nationale de Belgique. Dans le cas particulier où, sur la demande du gouvernement français, la Banque de France devrait se dessaisir de ce dépôt sans le concours des représentants actuels à Bruxelles de la Banque nationale de Belgique, l’État s’engage en outre à mettre à la disposition de la Banque de France un poids d’or égal à celui qu’elle serait dans l’obligation de restituer aux représentants à Bruxelles de la Banque nationale de Belgique. Article 2. La loi du 18 octobre 1940 est abrogée. » Cette note Bouteron devint le « texte » secret dit « loi », soustrait au Journal Officiel, « adopté à Vichy le 20 décembre 1940 »[27]. Signe d’impunité synarchique absolue, l’État gaulliste y fit droit en août 1945, après un an de harcèlement du successeur de Boisanger, Emmanuel Monick, ce qui coûta dix milliards au contribuable français[28].
Le 11 décembre, Boisanger signa donc avec Hemmen le « protocole additionnel à l’accord franco-belge sur l’or du 29 octobre 1940 » : la Banque de France « remettra à Marseille, aux représentants accrédités de la Deutsche Reichsbank, les caisses scellées contenant l’or de la Banque nationale de Belgique, contre simple quittance de prise en charge, et en renonçant à toutes prétentions concernant cet or à l’égard de la Reichsbank » (article 1) ; « la Banque de France et la Deutsche Reichsbank se mettront d’accord au sujet des dates de remise et d’enlèvement de ces caisses [,…] choisies de manière à assurer dans les meilleures conditions [leur] remise, [leur] enlèvement et [leur] transport » La première « prêtera ses bons offices pour faciliter [leur] enlèvement […] et la préparation du transport. » (article 4)[29].
Les caisses furent transportées, aux frais exclusifs de l’État, dont les ministères de l’Air et des Colonies furent mobilisés sans répit[30], jusqu’à Marseille, où les délégués de la Reichsbank en prirent régulièrement livraison : 21 « transports d’or » (Kayes-Alger-Marseille) furent effectués, du 3 novembre 1940 au 4 mai 1942[31], entre route, train et air (« de Dakar à Alger » puis « d’Alger à Marseille » par « avions réguliers de la ligne civile »[32], à un tarif qu’Air-France doubla par rapport au trafic voyageurs, le portant de « 240 frs (au lieu de 120 frs) par kg »[33]). On renonça dès le second voyage aux « transports par mer […,] extrêmement imprudents », vu, confia Couve de Murville à Hemmen le 8 janvier 1941, l’information des « Anglais […sur le] premier transport » et le resserrement de leur « contrôle […] en Atlantique »[34].
Couve de Murville supervisa les convois, en contact permanent, à Wiesbaden, avec Heinrich Hartlieb, dans le civil directeur de la Reichsbank[35]. Ils furent acheminés par des « détachements armés », sous bonne garde, à chaque étape, de délégués de la Banque de France. Ils arrivèrent à bon port entre décembre 1940 et mai 1942[36], après des difficultés considérables, dont « un grave accident » d’avion, àTizi-Ouzou, fin janvier 1942, qui fit sept morts[37]. À cette occasion, le gouvernement de la Banque revendiqua via son sous-gouverneur sa proverbiale pingrerie envers le commun : « M. [René] Villard a décidé de n’accorder aucun secours aux familles des victimes de l’accident. Motifs de cette décision : – les transports BNB sont faits pour le compte du gouvernement et non pour celui de la Banque ; – les militaires en service commandé n’ont pas à recevoir de gratification ou de secours de la part de la Banque. »[38]
Boisanger et Bouthillier avaient mis, Laval parti (le 13 décembre 1940), autant d’allant à exécuter l’accord qu’à le signer. Hemmen loua en mars 1941 Boisanger, si bien disposé « pour l’enlèvement à venir des200t d’or belge […] encore à Kayes » au contraire des « militaires français » de Wiesbaden qui freinaient des quatre fers[39]. Bouthillier, que Schäfer, interrogé à la mi-novembre 1945 à la Direction générale de la Sûreté nationale, déclara (indûment) en pointe par rapport à Boisanger[40], harcela Barnaud, Huntziger, Darlan, etc. : en août 1941, pour « commencer sans délai les transports à la cadence de 5 ou 6 tonnes par semaine »[41] ; en novembre 1941, pour « accélérer les transports en cours qui n’ont porté, depuis leur reprise, que sur une quarantaine de tonnes » et les porter à « au moins à 8 ou 9 tonnes [hebdomadaires] en moyenne »[42]. Il fut entendu : depuis septembre 1941, la plupart des cargaisons remises à Marseille « aux délégués de la Reichsbank » frôlèrent ou dépassèrent les 10 tonnes[43]. Le message du 8 juin 1942 du directoire de la Reichsbank à la Banque de France dispense d’autres citations : « nous vous prions d’exprimer à vos agents de votre succursale de Marseille nos remerciements les plus sincères pour la peine qu’ils ont prise, tant pour préparer les transports d’or que pour régler la question des différences de poids, et nous ne voudrions pas manquer, par la même occasion, de vous remercier également de votre précieuse intervention en cette affaire »[44].
Le contribuable, par ailleurs requis de venir seul au secours des « militaires en service commandé » en mission de « transports BNB »[45], supporta même le coût fiscal français de ces opérations en lieu et place de leurs puissants bénéficiaires. « Les paiements effectués par la Banque de France pour le transport de l’or belge [avaient] été réglés à des entreprises privées (Air-France, Compagnie transsaharienne) sur lesquelles il sera[it] impossible de récupérer le montant d’aucune taxe d’enregistrement. Cette taxe devait donc, en définitive, être passée au débit du compte du Trésor public ». Boisanger exigea donc deCathala en juillet 1942 dispense des entreprises intéressées de « la taxe de 4°/°° […due à] l’Office des changes […] sur la contre-valeur en francs français des crédits reçus du Reichsminister des Finanzen[organisme payeur, pour…] les frais de transport de l’or de la Banque nationale de Belgique remis par nos soins à la Reichsbank. »[46] En novembre, Couve de Murville « donn[a… s]on accord » pour dispenser de ladite taxe les « Compagnie[s] Air-France et […]Transsaharienne » : les Finances leur consentaient à elles seules, pas aux « autres créanciers », statut fiscal des « entreprises dont les recettes [étaient] calculées d’après les tarifs homologués par l’autorité administrative, analogues à ceux de la SNCF ou de l’Administration des PTT. »[47]


[1] Rings W., Raubgold, non fiable sur la BF, posée en victime de Vichy.
[2] Remboursée en octobre 1944 par la BF de ses 200 t. volées, la BNB et ses historiens officiels ont tu le rôle réel de la BF (Boisanger en particulier), Van Der Wee H. et Verbreyt M., A small nation.
[3] Trepp G., Bankgeschäftepassim, Boisanger, mentant à Ernst Weber, président Banque nationale suisse (qui lui-même savait tout), « “je ne sais ce qui est arrivé à l’or belge depuis l’invasion (de la France)” », p. 132 ; Smith A. L., Jr, Hitler’s gold, index Bank of France.
[4]. Lettre Janssen à Fournier, Bordeaux, 18 juin 1940, séance 6 CGBF, 13 février 1941, ou 1080 199201/25 (fondamental sur opérations d’évacuation depuis novembre 1939) ; voir aussi 1397 199402/13 et 1080 199201/73, ABDF.
[5]. Déclaration Janssen sur « dépôt volontaire », Bruxelles, 22 février 1940, 1397 199402/13, ABDF.
[6]. « Réponse au questionnaire […] », 27 juillet, et lettre Rueff à Bouthillier, Châtel-Guyon, 28 août 1940, II, 1080 199 201/73, ABDF.
[7] Bouthillier chargea Laval de tout, son mémoire, 3 novembre 1947, ses auditions par Lansier, 25 octobre 1945, 1er avril 1947, etc., W3, 96, AN.
[8] Rapport Puhl, V-P Reichsbank, sd, juillet ou août 1945, gros mensonge, 1080 199201/26, ABDF.
[9] Texte décret, séance 11 CGBF, 6 septembre 1940, ABDF.
[10] Correspondance Hemmen depuis 20 août 40 sur or belge, W3, 348, 352, 354, AN.
[11] 1080 199201/73 ; Rueff démissionna, remplacé par Henri de Bletterie, mais ce grand synarque fut maintenu « dans les cadres de l’inspection générale des Finances », séances 3-4 CGBF, 23 et 30 janvier 1941 ; rétabli, il reprit officiellement le dossier en 1945, 1080 199201/26, ABDF (et autres fonds or belge).
[12] Boisanger, séance 6 CGBF, 13 février 1941, ABDF. Le CGBF reçut alors communication des courriers officiels, à fausse date, etc.
[13] Lettres Schäfer à Favre-Gilly, 2, et Boisanger à Bouthillier, 3 septembre 1940, 1080 199201/23, ABDF.
[14] Décision « publiée au Moniteur belge du 17 mai 1940 », dont ci-joint un exemplaire, réf. n. suiv.
[15] Lettre Ansiaux, Hôtel Albert Ier, Vichy, 16 septembre 1940, 1080 199201/23, ABDF.
[16] Tél. Hemmen 125, Wiesbaden, 20, suite à 112, 17 septembre 1940, W3, 352, AN.
[17] Résumé négociations Wiesbaden des 4-5, 10, 13, 14, 16 octobre 1940, extrait rapport Auguste Février expertise sur livraison or belge, sd, qui accabla le seul Laval, W3, 96, AN.
[18] Discussion avec Boisanger sur « le trajet […] : Kayes, Bamako, El Goléa, Alger, Marseille » et de Marseille « jusqu’à la destination finale […] par chemin de fer », etc., tél. 153 Hemmen, 11 (suite du 7) octobre 1940, W3, 348, AN.
[19] Lettre Boisanger, signée du sous-gouverneur René Villard, à Bouthillier, 8 octobre 1940, 1080 199201/23, ABDF. Souligné par moi.
[20] « Loi accordant une garantie de l’État à la [BF] », 18 octobre 1940, 1080 199201/23, ABDF. Souligné par moi.
[21] « Note » Moreau-Néret, 15 octobre 1940, 1397 199402/13, ABDF. Souligné dans le texte.
[22] Article 2 accord en 9 articles, 1397 199402/13, ABDF.
[23] Rapport Wiehl à Ribbentrop, Berlin, 31 octobre 1940, W3, 347, AN ; correspondance SÉ Colonies Charles Platon, Haut-commissaire à Dakar, Bouthillier, Boisanger, Rueff, Couve de Murville, etc., 31 octobre-3 décembre 1940, 1080 199201/23, ABDF.
[24] Lettre Bolgert à Boisanger, Paris, 1er novembre 1940 (même avis de Couve de Murville et de René Villard, qui cédèrent bientôt à la pression de Boisanger et Bouthillier), faisant suite à note J. B. (manuscrit) (Bolgert) sur « projet allemand de protocole », 31 octobre 1940, 1397 199402/13, ABDF. Souligné dans le texte.
[25] Notes B. (Bolgert) « 30-11-40 soir » et « pour le gouverneur », 30 novembre, dossier « Notes de M. Bolgert du 30 novembre 1940 », 1397 199402/13, ABDF.
[26] Choix, p. 350-351.
[27] Note J. Bouteron, 4, et « Projet de loi » daté du 20, strictement identique, joint lettre Boisanger à Bouthillier, Paris, 20 décembre 1940, 1397 199402/13, ABDF.
[28] Le 11 août 1945, Pleven, MF successeur de Mendès France que l’idée d’en imposer la charge au contribuable avait ulcéré, accepta remboursement de la BF par un bon du Trésor (pas en « poids d’or ») d’un montant de 10 milliards, séances CGBF 36, 7 septembre, 41, 12 octobre 1944 ; 24, 29 mai ; 36, 11 août 1945, et lettre Pleven à Monick, même date (sur Pleven, 1945, passim), ABDF. Le CGBF dégoisa surMendès France, PV, 29 mai 1945, 1080 199201/26, passages rayés du PV officiel, ABDF. Lacroix-Riz A., Histoire contemporaine, p. 131-134.
[29] 4 articles, in extenso, 1397 199402/13, ABDF.
[30] Bergeret et Platon.
[31] Dossier sur chaque « rapatriement Kayes-Marseille », du 1er au 21e, intervention permanente de Rueff, jusqu’en 1941, et Couve de Murville, 1080 199201/23, ABDF. « La Reichsbank communique que le24e et dernier transport d’or, comprenant 174 caisses, est arrivé aujourd’hui à Berlin », tél. 199 Schöne à Hemmen, 29 mai 1942, W3, 96, AN.
[32] Lettre Rousseau au DG Banque de l’Algérie, Alger, 21 novembre 1940, 1080 199201/23, ABDF.
[33] Lettre protestation du gouverneur [Boisanger], signée Villard, à Bouthillier, Chamalières, 19 mars 1941, 1080 199201/23, ABDF.
[34] PV entretien Hemmen-Couve de Murville 8 janvier 1941, 1397199402/13, ABDF.
[35] Correspondance sur leurs négociations octobre 1940-mars 1942, 1397 199402/13, ABDF.
[36] Dossiers « Retrait or BNB de Marseille par les Allemands », 17 décembre 1940-8 juin 1942, « Rapatriement de l’or belge. Convois Kayes Alger Marseille », et tout 1080 199201/23 (« transport en Afrique, rapatriement à Marseille, frais de transport ») ; dossier « Désignation des fonctionnaires allemands chargés de prendre livraison de l’or belge », 1397 199402/13, ABDF.
[37] « Un des avions chargés des transports d’or BNB avait eu un grave accident à son retour à Alger par suite d’une tempête – on compte 7 morts. » Note « communication téléphonique de Chamalières, 31 janvier [1942]- 13 heures », 1080 199201/23, ABDF.
[38] Note manuscrite, signature illisible, 3 février 1942, 1080 199201/23, ABDF.
[39] Tél. 124 Hemmen, Wiesbaden, 15 mars 1941, W3, 348, AN.
[40] « La Banque de France résista d’abord, mais sous la pression du [MF] Bouthillier, le gouverneur de la Banque de France, de Boisanger, céda finalement. » PV joint à lettre parquet CJ Seine, au procureur général (PG) près HCJ (Mornet), Paris, 16 novembre 1945, W3, 96, AN. Bouthillier et Boisanger formèrent bloc parfait.
[41] Copie lettre Bouthillier à Barnaud, 13 août 1941, signalant son courrier à Huntziger, W3, 96, AN.
[42] Lettre Bouthillier à Darlan, ministre DN, 22 novembre 1941, W3, 96, AN.
[43] Fiches, Clermont-Ferrand, 7,5 t., 20 novembre ; 5 t., 2 décembre 1941 ; et reste dossier « Retrait or BNB de Marseille par les Allemands », 17 décembre 1940-8 juin 1942
[44] Lettre Directoire Reichsbank n° II a 6990 à BF, Berlin, 8 juin 1942, « objet : 21ème transport d’or de Marseille », dernier document sous-dossier « Retrait or », 1397 199402/13, ABDF.
[45] Note manuscrite, signature illisible, 3 février 1942, 1080 199201/23, ABDF.
[46] Copie sn lettre Boisanger à Cathala, 28 juillet 1942, 1080 199201/23, ABDF.
[47] Lettre 30854 Couve de Murville à Boisanger, Paris, 5 novembre 1942, 1080 199201/24, ABDF.

[3.] Extrait – Calcul stratégique des Suisses et dénonciation de la trahison des Mirabaud
Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, p. 266-267

Les cessions forcées « juives » étant étudiées ci-dessous, arrêtons-nous sur les motivations des rares non-vendeurs, qui éclairent par contraste les calculs de 1940-1941 du grand capital français, « HSP » [haute société protestante, ALR] comprise[1].
Le 1/6 non vendu, réparti « par parts à peu près égales en mains suisses et […] de porteurs résidant en France qui n’ont pas accepté l’offre d’achat », ne dut rien à la « résistance » que l’équipe Mirabaudrevendiqua à l’automne 1944. Les détenteurs suisses d’actions Mines de Bor méprisèrent une offre dérisoire, vu le manque allemand de francs suisses et la base de 3 500 francs ou 175 Sperrmarks (à la parité officielle franc-mark). Ainsi échappèrent-ils au mirage de la victoire indéfinie du Reich et purent-ils commenter, un an et demi après l’emballement des Mirabaud, la conjoncture nouvelle. Un bulletin financier suisse du 8 juin 1942 administra une leçon de stratégie sur la défaite probable du Reich, contre-exemple de la précipitation française : « nous estimons que la meilleure solution est de garder simplement les actions Mines de Bor que l’on possède et cela quelle que soit l’opinion que l’on ait sur l’issue de la guerre. La société exploite un des riches gisements européens de cuivre. En tout état de cause, elle sera en mesure de rémunérer convenablement son capital une fois revenus des temps normaux. Si la victoire appartient à l’Axe, la majeure partie de la production ira en Allemagne, ce qui permettra à la société de répartir un dividende en Allemagne. Reste à savoir si et dans quelle mesure les actionnaires suisses pourront obtenir le transfert du dividende en Suisse [question clé des rapports financiers germano-suisses[2]]. Si la victoire revient aux Alliés, ceux-ci s’empareront naturellement du paquet majoritaire : une grande partie de la production des mines sera exportée dans les pays actuellement alliés […], ce qui permettra à la société de payer un dividende dans ces pays. Quant au transfert du dividende en Suisse, les perspectives ne sont pas trop mauvaises à en juger d’après le fait que les revenus des placements suisses dans une série de pays alliés, notamment dans presque tout l’empire britannique, continuent à nous être transférés. En cas de victoire des Alliés, le revenu transférable d’une action Mines de Bor sera certainement supérieur à celui des titres allemands que l’on peut actuellement acheter pour 175 Sperrmarks. » Mieux vaut donc « rester sur sa position, surtout [si les titres] ont été acquis au-dessus du cours actuel. Nous ne prétendons certes pas que l’action Mines de Bor soit un titre de tout repos, mais les risques ne nous paraissent pas tels qu’il faille délibérément consommer une perte pour sauver ce qui reste. »[3]
Contre « la politique de collaboration » des Mirabaud se dressa « un document particulièrement émouvant », la lettre du 6 mars 1941 « d’un [très petit] actionnaire de la Compagnie […] au ministre de la Justice » [Joseph-Barthélémy]. Indigné de la trahison des intérêts français qui motiverait, pour « atteinte à la sûreté extérieure de l’État », l’arrestation d’Eugène Mirabaud, en septembre 1944[4], cet « ingénieur à Toulouse » fustigea la circulaire du CA de la Compagnie française des mines de Bor incitant ses actionnaires « à vendre leurs actions à un groupe allemand pour le prix forfaitaire de 3 500 frs l’action » au nom du « haut intérêt national que représent[ait] pour la France le contrôle de cette mine si riche en cuivre et en métaux précieux ; je ne puis songer que le gouvernement présidé par un maréchal de France ait commis la trahison de se rendre complice de la livraison de cette mine à nos ennemis. Il me semble inutile de vous rappeler que cette compagnie est une société française ; qu’elle ne peut changer de nationalité que par le comportement de tous ses actionnaires. Moi-même, propriétaire de quatre actions nominatives […], acquises les 7 juin et 21 avril 1939, je déclare m’opposer formellement à tout changement de nationalité et vous prie d’ordonner à tout magistrat du Ministère public auprès de tout tribunal compétent de veiller à ce qu’aucun acte irrégulier ne soit fait, soit par le conseil d’administration, soit par une assemblée générale et de prendre toute mesure nécessaire pour éviter le transfert d’une fraction quelconque de biens de cette société en pays étranger. Veuillez également faire effectuer les publications nécessaires pour détromper les actionnaires induits en erreur par la manœuvre frauduleuse que je viens de vous dénoncer afin qu’ils n’effectuent pas une cession de leurs titres hautement préjudiciable aux intérêts de la nation. »[5]


[1] Remarques Rist C., Saison, p. 94, 173, passim et infra.
[2] Perrenoud M., Banquiers, passim.
[3] Lettre Raymond Vincent, citée rapport Caujolle, 3 novembre 1944, W3, 213, AN.
[4] Lettre manuscrite de Martin à Béteille, Paris, 11 avril 1945, W3, 96, AN.
[5] Lettre à Joseph-Barthélémy, citée rapport Caujolle, 3 novembre 1944, W3, 213, AN.

[4.] Extrait – La Banque de France contre Mme Benda 
Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, p. 291-293

La Banque de France, qui « ne fai[sai]t pas partie de [l’union syndicale des banquiers et [à laquelle] l’ordonnance relative à la surveillance des banques [n’était] pas applicable », fit du zèle. Elle avait dû, dans « le souci d’appliquer strictement les ordonnances allemandes », expliqua René Villard, « se montrer plus stricte » : sa « circulaire du 19 mai », prise « à la suite de » l’ordonnance du 26 avril promulguée le 20 mai, « prescrivait des mesures restrictives à l’égard de toutes les entreprises frappées d’interdiction ». Le 26 mai, elle s’enquit de la marche à suivre auprès du « commissaire allemand auprès de la Banque de France » (Jost, en l’absence de Schäfer), et adressa le 28 à ses agences « de nouvelles instructions, plus restrictives » : elle ordonna à « ses services et ses succursales [de] “considér[er] comme bloqués […] les avoirs inscrits sur [leurs] livres au nom de juifs ou d’entreprises juives.” […] Nous bloquons les fonds en compte et les valeurs en dépôt ; nous n’autorisons que les prélèvements destinés à faire face aux nécessités courantes d’exploitation des entreprises ou aux besoins alimentaires des particuliers. Nous procédons en somme de la même manière que les autres banques. »
Ce veto contre le bref sursis possible avant dépouillement complet, dont deux clients avaient bénéficié, visait une troisième audacieuse. « La question prend actuellement un aspect judiciaire. Certains clients des banques ou des agents de change se sont, en effet, pourvus en référé. Deux décisions sont déjà intervenues, déclarant qu’en l’absence de textes légaux, les banques n’avaient pas le droit de refuser les retraits de fonds, de valeurs. Ce soir, la Banque doit, à son tour, comparaître en référé devant le Président du Tribunal Civil de la Seine, à la requête de Mme Benda, née Wolff […] : hier matin un chèque de 505 f tiré par Mme Benda nous a été présenté ; nous l’avons payé. Un nouveau chèque de 15 000 f a été ensuite présenté ; ce chèque, qui avait été remis à un tiers, avait manifestement pour objet de vider le compte. En conséquence, nous avons rejeté le chèque. Mme Benda avait, en outre, demandé à retirer ses titres, et nous le lui avions refusé.
Ensuite de quoi, Mme Benda nous a assignés en référé d’heure en heure, pour obtenir le déblocage de son compte, en invoquant les motifs suivants : “qu’elle est titulaire à la Banque de France, […] Place Ventadour à Paris, d’un compte d’arrérages numéro 31 775, alimenté par un dépôt de titre comprenant notamment des titres français et de la rente française. Que la requérante entendant reprendre la disposition d’une partie de ses titres s’est entendu refuser par son dépositaire l’exercice de ce droit de propriété motif pris d’un blocage des titres à raison de la qualité d’israélite de l’exposante. Qu’aucune ordonnance, ou loi, des autorités occupantes lesquelles ont force de loi dans les territoires occupés de l’État français, ni aucune disposition législative n’ont ordonné semblable blocage, ni édicté semblable interdiction. Qu’il s’agit en l’occurrence d’une initiative privée d’un organisme syndical. Que l’exposante est fondée, vu l’urgence, à demander par voie de référé que son compte soit débloqué et qu’elle ait la libre disposition des titres alimentant son compte […] et qu’elle puisse retirer et disposer desdits titres comme bon lui semblera”. »
Le 5 juin, la Banque de France – dont Jean-Marc Dreyfus attribue l’initiative au seul Bouteron, « décidément pugnace »[1] ‑ jubila de sa victoire sur décision du vice-président du tribunal civil de la Seine, « tenant l’audience des référés » du 30 mai. Les attendus de l’ordonnance, lue in extenso devant le conseil, par laquelle le magistrat[2] déboutait « la Vve Benda », modèle de la justice antisémite de Vichy[3], méritent notoriété :
« Attendu que pour refuser de remettre à la Vve Benda le crédit de son compte et les titres déposés par elle, la Banque de France fait état d’une lettre en date du 21 mai 1941 adressée par le directeur de l’office de contrôle des banques à l’union syndicale des banquiers signalant que le commandant militaire en France lui apprend qu’on est sur le point “de prendre un décret qui réduira considérablement la faculté pour les juifs et les entreprises juives de disposer sur les comptes en banque et sur les dépôts de titres dans les banques ; que ce décret n’autoriserait dorénavant les prélèvement que dans la mesure nécessaire pour faire face aux besoins essentiels de l’existence”.
Attendu que cette lettre ajoute “Je vous prie d’en aviser immédiatement par circonstance les banques qui dépendent de vous et de leur faire savoir en même temps qu’elles doivent, dès réception de votre circulaire, procéder en conséquence même si le décret projeté n’est pas encore paru”.
Attendu que la circulaire de l’union syndicale des banquiers visant cette note a été envoyée le 25 mai 1941.
Attendu que les actes des autorités occupantes s’imposent à tous dans les territoires occupés.
Attendu que l’ordonnance des autorités occupantes du 22 juillet 1940 qui a créé un office de surveillance des banques dans le territoire français occupé précise que les banques sont obligées de suivre les instructions de cet office.
Attendu que les instructions du 21 mai 1941 du directeur de l’office de contrôle des Banques, données en vertu des pouvoirs que cet office tient de l’ordonnance du 22 juillet 1940, constituent un acte des autorités occupantes dont l’observation s’impose aux banques placées sous son contrôle.
Attendu, il est vrai, que l’article 7 de l’ordonnance du 22 juillet 1940 indique que les dispositions de cette ordonnance ne s’appliquent pas à la Banque de France, qui, par une autre ordonnance du même jour, est soumise à un contrôle particulier, mais que la lettre du directeur de l’office de contrôle des Banques du 21 mai 1941 est conçue en termes généraux, que la Banque de France en a eu connaissance et ne peut s’y soustraire.
Attendu en conséquence qu’il n’y a pas lieu de faire droit à la demande de la Vve Benda.
Attendu qu’il y a urgence.
Par ces motifs : Au principal renvoyons les parties à se pourvoir et cependant par provision et vu l’urgence. Disons n’y avoir lieu à référé. »[4]


[1] Sur ce point et le reste : son « service du contentieux […] travailla beaucoup » (qui le mandatait et le contrôlait ?) ; Mme Benda non nommée, Dreyfus J.-M., Pillages, p. 186-187.
[2] Ce Cannac est-il Henri Cannac, chef du secrétariat privé du chef du gouvernement Laval (1940 et 1942-1943) « Inventory of the René de Chambrun’s papers, 1914-1955 », Hoover Institution Archives, Stanford University, en ligne, et auteur de l’ouvrage Le Régime actuel de la justice politique en France, sd ni réf., recensé par une revue de droit en 1934.
[3] Bancaud A., Une exception et sa bibliographie.
[4] Séances 22-23 CGBF, 29 mai et 5 juin (y compris « Application des ordonnances relatives aux opérations avec les Israélites. Lecture de l’ordonnance du juge des référés repoussant la demande de Mme Vve Benda », en majuscule dans le texte) 1941, ABDF.
L’auteur : Annie Lacroix-Riz est une ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, agrégée d’Histoire, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Paris 7. Elle a notamment publié chez Armand Colin : Le Vatican, L’Europe et le Reich ; Le Choix de la défaite ; De Munich à Vichy et, au Temps des Cerises, L’intégration européenne de la France.
L’ouvrage : Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, 2ème édition, 2013.
L’éditeur : Armand Colin Editeur
          21, rue du Montparnasse
          75006 Paris
Site d’Annie Lacroix-Riz : historiographie.info
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« Mettre fin aux spéculations sur les mirages de la fin de l’occupation et les chimères quant à la création d’un État palestinien au moyen des négociations, alors que ces tentatives ont échoué de manière cinglante. … L’expérience de vingt années de négociations avec l’entité sioniste prouve que celle-ci, par sa composition, sa nature, son comportement raciste de colonisation et de haine et sa politique ne montre aucune disposition pour une paix véritable qui garantisse au minimum les droits nationaux de notre peuple. … La colonisation s’est poursuivie pendant ces vingt ans de négociations et s’est multipliée par trois, voire par quatre. Tandis que la judaïsation de Jérusalem se propage inexorablement. » – Marwan Barghouti, mars 2012

 

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Novembre 2012 – Au lendemain de nouveaux raids aériens, les Palestiniens s’organisent dans la bande de Gaza pour tenter de récupérer des vivres et des effets personnels dans les décombres – Photo : Reuters

À de rares exceptions près, les initiatives internationales visant à mettre fin au conflit entre Israéliens et Palestiniens considèrent que le dialogue de paix – négociations sans intervention extérieure – est le seul moyen d’atteindre cet objectif. Cette vision des choses est également largement répandue au niveau du sens commun.

Pourtant les ’conférences de paix’ entre Israéliens et Palestiniens – Madrid (1991), Oslo I (1993-1994), Oslo II (1995), Wye River (1998), Charm El-Cheikh (1999), Camp David (2000), Taba (2001), Charm El-Cheikh (2005), Jérusalem (2006), Annapolis (2007) – n’ont ni réalisé ni même contribué à la paix. Ces ’dialogues de paix’ n’ont ni interrompu, ni même ralenti la colonisation de peuplement et la confiscation des terres dans les territoires occupés en 1967. Ils n’ont pas empêché l’État d’Israël de poursuivre, voire d’accélérer l’installation d’Israéliens juifs dans les territoires occupés – aujourd’hui plus de 500000, soit un Israélien juif sur 10 -, l’implantation de colonies fortifiées, la confiscation et le nettoyage ethnique de terres palestiniennes.

Longtemps les appels à la négociation – au “dialogue de paix“ – entre Israéliens et Palestiniens se sont inscrits dans une rhétorique d’évacuation des territoires occupés en 1967 en échange de la paix. Dans le sillage des Accords d’Oslo, l’Autorité palestinienne s’est totalement engagée dans cette perspective. Il n’en a manifestement pas été de même pour les autorités israéliennes. Avant et après Oslo, tous les gouvernements israéliens ont inscrit leur politique – à l’instar de la politique officiellement prônée par Yitzhak Shamir en 1991 [1] – dans la perspective de la paix en échange de la paix, c’est-à-dire, de la fin des agressions israéliennes en échange de la fin de la résistance à l’occupation et à la colonisation. [2] Ce qui d’ailleurs est conforme à l’essence même de l’État d’Israël.

Intentionnellement ou non, toutes les ’conférences de paix’ ont été des promesses creuses qui ont entravé les Palestiniens, et un moyen d’amener les Israéliens et la communauté internationale à soutenir ou du moins à accepter la colonisation – confiscation des terres et nettoyage ethnique – des territoires occupés en 1967. Par exemple, “l’offre généreuse“ mise au point et utilisée de main de maître par E. Barak à la Conférence de Camp David (2000), a consisté à prétendre que pour arriver à un accord de paix, les autorités israéliennes avaient fait des offres extrêmement généreuses qui avaient été systématiquement rejetées par les Palestiniens. [3] Ce qui est censé prouver que les Palestiniens ne veulent pas la paix mais la destruction d’Israël et par conséquent que, confronté à l’absence d’un partenaire de paix, l’État d’Israël est obligé d’assurer sa sécurité, notamment par la construction d’un “Mur de sécurité“ et par l’implantation de colonies. [4]

L’effet sur l’opinion israélienne et internationale de ces prétendues “offres généreuses“ israéliennes, qui en fait n’ont jamais existé et qui auraient été confrontées à un rejet systématique de la part des Palestiniens, a été stupéfiant. [5] Pourtant les nombreuses et très graves infractions israéliennes aux Droits humains des Palestiniens – crimes de guerre et crimes contre l’humanité – ont été abondamment documentées par des organisations au-dessus de tout soupçon. Force est de constater que la crédulité devient incommensurable dès que l’on invoque de prétendues menaces à la sécurité d’Israël, pourtant de très loin la puissance militaire dominante de la région.

Depuis quelques années et de plus en plus souvent, les masques tombent du côté israélien. Des hautes autorités israéliennes ne font plus allusion à l’évacuation des territoires occupés, au démantèlement des colonies, ni même à la fin de la colonisation en échange de la paix. Par exemple, en réaction à l’attribution du statut d’État observateur à la Palestine par l’ONU le 29 novembre 2012, le Gouvernement israélien a publié le 2 décembre 2012 un communiqué officiel du Premier Ministre Benjamin Netanyahu où on peut lire : “Aujourd’hui nous construisons et nous continuerons à construire à Jérusalem et dans toutes les zones qui se trouvent sur la carte des intérêts stratégiques de l’État d’Israël“ “Il n’y aura pas d’État palestinien sans un dispositif qui garantisse la sécurité des citoyens israéliens. Il n’y aura pas d’État palestinien tant que l’État d’Israël ne sera pas reconnu comme l’État du Peuple juif. Il n’y aura pas d’État palestinien tant que les Palestiniens n’auront pas proclamé la fin du conflit“. [6] Donc le Gouvernement israélien proclame officiellement que les Palestiniens n’auront la paix qu’à condition de laisser les Israéliens coloniser en toute sécurité.

Bien qu’elle continue à évoquer l’échange de la paix contre l’évacuation des Territoires, il y a longtemps que l’Autorité palestinienne a été amenée à souscrire à la perspective de ’la paix en échange la paix’. [7] Du fait de sa totale dépendance à l’égard des États-Unis, de l’Union européenne et de la bonne volonté douanière d’Israël et sans doute surtout afin de préserver les privilèges liés à la gestion de l’occupation, l’Autorité palestinienne réprime ou du moins endigue fermement toute opposition militante à l’occupation, en échange du pouvoir d’administrer sous stricte tutelle israélienne la mosaïque de “réserves“ telle qu’elle existe aujourd’hui. Toutefois, bien que l’État d’Israël – Territoires occupés inclus – soit déjà, à l’image des États-Unis, un État moderne avec ses réserves d’indigènes, les autorités israéliennes ne sont pas encore rassasiées. Il reste des terres à confisquer et à “nettoyer“.

Le fait que l’Autorité palestinienne ne porte pas les graves violations du droit international et humanitaire commises par les autorités israéliennes devant la Cour internationale de Justice de La Haye est à mon sens une manifestation probante de l’acceptation de “la paix en échange de la paix“ par l’Autorité palestinienne.

Au moment de la création de l’État d’Israël, la quasi totalité des Palestiniens vivaient en Palestine mandataire. Ils y étaient propriétaires de 93% du territoire. Aujourd’hui près des 2/3 des Palestiniens vivent à l’extérieur de leur pays d’origine. [8] Ceux qui y vivent – en Israël proprement dit et dans les territoires occupés en juin 1967 – constituent quelque 50% de la population [9], mais ne sont propriétaires que d’environ 11% du sol [10] et d’un pourcentage bien inférieur encore – moins de 5% – des terres cultivables. En Israël proprement dit, la grande majorité des Palestiniens – bien que de nationalité israélienne – vivent dans des lieux restreints, étroitement surveillés et très défavorisés par rapport à ceux où vivent les Israéliens juifs. Dans les Territoires occupés, la situation est bien plus sévère encore. Les Palestiniens y sont progressivement amenés à se cantonner dans des enclaves largement dépouillées de ressources, si ce n’est la charité internationale. Tant en Israël proprement dit que dans les territoires occupés, leurs droits humains sont bafoués, leurs institutions sont soumises à une tutelle draconienne, le harcèlement est omniprésent et la confiscation des terres – notamment dans le Néguev – s’intensifie.

Bref, nous assistons depuis plus de 65 ans à la destruction officielle et délibérée de la société palestinienne par les autorités de l’État d’Israël : colonisation de peuplement, contrôle total des institutions, confiscation des terres et nettoyage ethnique des zones confisquées. Cette destruction – aujourd’hui largement réalisée – se poursuit et s’accélère derrière l’écran de l’actuelle Conférence de paix entre des autorités israéliennes bénéficiant d’une totale impunité et une Autorité palestinienne sous tutelle.

Hors l’application du droit international, s’en remettre à une négociation de paix entre une puissance militaire occupante et la communauté désarticulée qui est à sa merci, c’est s’en remettre à la raison du plus fort, celle de la puissance occupante ; c’est entériner l’occupation, les déplacements de population, les spoliations de terres et de maisons, les punitions collectives, les violences de l’armée, des polices et des milices des colonies, la destruction des infrastructures éducatives, économiques, sanitaires, … ; c’est être complice de la pacification de la communauté opprimée et de sa désarticulation ; c’est avaliser les violations du droit international et des droits humains des Palestiniens : droits à se défendre, à résister à l’occupation, à la sécurité alimentaire, à l’assistance sanitaire, à l’éducation, à la propriété, à la libre circulation, … ; c’est contribuer à assurer l’impunité aux autorités politiques et militaires de l’État d’Israël pour leur politique délibérée de destruction de la société palestinienne ; c’est, en quelque sorte par défaut, être complice de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Il ne s’agit évidemment pas de mettre en question l’existence de l’État d’Israël, d’ailleurs reconnu dans ses frontières de 1949 par la Communauté internationale, l’OLP [11] et, implicitement, le Hamas [12]. Cela s’apparenterait à une incitation au crime contre l’humanité. Il s’agit d’appeler la Communauté internationale : à contraindre un État et ses autorités à respecter le droit international [13] ; à se préoccuper non plus de la pacification d’une zone d’occupation militaire mais du respect des droits humains des victimes d’une occupation illégale et meurtrière, ce qui implique la fin de l’occupation.

Tant que l’État d’Israël ne respecte pas les droits humains des Palestiniens, y compris ceux de nationalité israélienne ; tant que cet État et ses autorités violent gravement le droit international et humanitaire, toute personne – particulièrement tout responsable politique – doit appeler les instances politiques et judiciaires nationales et internationales à remplir leurs obligations de respecter et de faire respecter le droit. Ces instances doivent signifier aux autorités politiques et militaires israéliennes qu’enfreindre au Droit des peuples à disposer d’eux mêmes est un crime contre l’humanité et que ceux qui en sont responsables seront inculpés. Ces instances doivent exiger, sous peine de sanctions et d’inculpations : la fin de l’occupation, du nettoyage ethnique et des confiscations – notamment des terres et de l’eau – et le dédommagement des Palestiniens, notamment en vertu de leur “droit au retour“, entériné par l’ONU, y compris par l’État d’Israël. [14]

Ce n’est que dans le respect du droit international et humanitaire que le rétablissement d’une société palestinienne autonome et viable sera possible et que les soi-disant “dialogues de paix“ entre Israéliens et Palestiniens ne serviront plus uniquement à occulter la destruction de la société palestinienne et à assurer l’impunité de ceux qui en sont responsables.

Notes :

[1] Devenu Premier Ministre, Yitzhak Shamir – ancien chef du Lehi, groupe terroriste, responsable de massacres, entre autres Deir Yassine en avril 1948, perpétrés pour faire fuir les Palestiniens – déclare dans son discours d’ouverture de la Conférence de Paix de Madrid (1991) : ’La nature du conflit n’est pas territoriale. … Nous prions pour que cette rencontre marque la fin de l’hostilité, de la violence, de la terreur et de la guerre ; qu’elle apporte le dialogue, la réconciliation, la coexistence et – par-dessus tout – la paix.’. Voir Le Monde diplomatique, Cahier spécial sur le Proche-Orient, janvier 2006.

[2] On accorde souvent le bénéfice du doute au gouvernement dont I. Rabin était Premier Ministre et Ministre de la Défense. Or, “Quelques mois après la signature de l’Accord d’Oslo, Rabin déclarait « Il n’y a pas de dates sacrées », autrement dit qu’il ne se sentait pas obligé de respecter le calendrier qu’il avait lui-même signé.“ A. Kapeliouk, Le gouvernement israélien prisonnier de ses contradictions, Le Monde Diplomatique, juin 1995. En fait, entre la signature des Accords d’Oslo en Septembre 1993 et l’assassinat de Rabin en février 1995, le nombre de colons a fortement augmenté et les infrastructures de l’occupation se sont considérablement développées. “En 1993, on comptait environ 120000 colons en Cisjordanie ; leur nombre augmente de 40000 sous les gouvernements travaillistes (celui de Rabin, puis celui de Pérès, juin 1993-mai 1996) ; de 30000 sous le gouvernement de droite de Benyamin Netanyahou (mai 1996-mai 1999).“ Alain Gresh, Pourquoi les accords d’Oslo ont-ils échoué ? Blogs du Monde Diplomatique, 22 octobre 2007. Après le massacre de 29 Palestiniens en prière dans une mosquée de Hébron en février 1994, I. Rabin a refusé, contre l’avis de ses ministres, de s’en prendre aux colons. Voir Dominique Vidal, I. Rabin. ’Faucon’, puis ’colombe’, Manières … , p.50.

[3] Pour une analyse de la mise au point, de l’utilisation et des effets de cette technique de légitimation de la politique israélienne, voir Tanya Reinhart, Détruire … p. 59-64.

[4] Cette technique d’occultation de la destruction de la société palestinienne, a été systématiquement utilisée depuis lors. Ainsi en janvier 2009, B. H. Lévy affirme tenir de la bouche même du Premier Ministre de l’époque Ehoud Olmert, la teneur d’une proposition que celui-ci venait de faire à Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité palestinienne. “Je lui ai fait une offre. 94,5% de la Cisjordanie. Plus 4,5% sous forme d’échange de territoires. Plus un tunnel, sous son contrôle, reliant la Cisjordanie à Gaza et équivalant au 1% manquant. Et, quant à Jérusalem, une solution logique et simple : les quartiers arabes pour lui ; les quartiers juifs pour nous ; et les Lieux Saints sous administration conjointe saoudienne, jordanienne, israélienne, palestinienne, américaine. … L’offre est là. J’attends.“, Extrait de ’Carnets de guerre’, Le Journal du Dimanche du 18 janvier 2009. On notera que cette offre est censée avoir été formulée alors que la dévastation Plomb durci – quelque 1400 tués, 5000 blessés, 10.000 logements détruits ou sévèrement endommagés – était en cours et que la marionnette médiatique de propagande israélienne B. H. Lévy parcourait Gaza à l’intérieur d’un blindé des forces d’invasion israéliennes. Quand on parle d’occulter des crimes de guerre par l’appel au dialogue de paix … .

[5] En Israël, ’Depuis 1993, les sondages avaient constamment montré une majorité autour de 60% en faveur de ’la terre pour la paix’. Après Camp David et les ’négociations’ qui ont suivi, le soutien aux concessions pour la paix est tombé dans les sondages à 30%.’ Tanya Reinhart, Détruire … p. 63-64.

[6] “Today we are building and we will continue to build in Jerusalem and in all areas that are on the map of the strategic interests of the State of Israel.“ “There will be no Palestinian state without an arrangement in which the security of Israeli citizens will be ensured. There will be no Palestinian state until the State of Israel is recognized as the state of the Jewish people. There will be no Palestinian state until the Palestinians declare an end to the conflict.“www.mfa.gov.il/MFA/Government/Commu…

[7] Le principe des Accords d’Oslo qui instaurent l’Autorité palestinienne, était l’évacuation des territoires occupés en juin 1967 en échange de la sécurité de l’État d’Israël. L’Autorité palestinienne s’est résolument engagée dans cette perspective en réprimant toute opposition militante à l’occupation – à l’époque, la première Intifada – afin d’assurer l’évacuation des territoires. Étant donné que les autorités israéliennes n’ont pas respecté leurs engagements, l’Autorité palestinienne s’est trouvée piégée. Paralysée par le mirage des “négociations de paix“, elle a été rapidement réduite à s’en tenir à gérer l’occupation.

[8] Fin 2008 – et la situation s’est encore considérablement dégradée depuis lors – on estimait à 10.600.000 le nombre de Palestiniens dans le monde. Au moins 7.100.000 d’entre eux – soit les 2/3 – étaient des personnes déplacées. 6.600.000 – soit 62% – s’étaient réfugiés à l’étranger et 427.000 étaient des déplacés de l’intérieur. Badil, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons, 2008-2009, p.56.

[9] Selon le Bureau central israélien de statistiques, il y avait en 2011 5.770.9OO Juifs et 1.559.100 Arabes en Israël. Selon le Recensement de la population 2007 de l’UNRWA, il y avait 3.767.126 Palestiniens dans les territoires occupés. Ce qui donne 52% de Juifs et 48% d’Arabes sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire. Le pourcentage de Juifs est probablement surestimé et celui des Arabes, sous-estimé. Apparemment, les statistiques israéliennes prennent en compte tous les Juifs de nationalité israélienne, y compris de double nationalité. Or, un grand nombre d’entre eux – sans doute des centaines de milliers – ne résident pas en Israël. D’autre part, étant donné que le recensement de l’UNRWA date de 2007, la croissance d’environ 3% par an de la population palestinienne des territoires occupés au cours des 5 dernières années, n’est pas prise en compte.

[10] En 1947, les membres de la Communauté juive étaient propriétaires d’environ 7% du territoire de la Palestine mandataire. Entre 1947 et 2009, les autorités israéliennes ont confisqué 82% de ce territoire. Ainsi, sur 89% du territoire de la Palestine mandataire, seuls des Juifs peuvent devenir propriétaires. Badil, Survey …, p.3.

[11] Implicitement en 1988, lorsque le Conseil national palestinien reconnaît les résolutions de l’ONU et explicitement, en 1996, lorsqu’il élimine de sa Charte tous les articles contestant le droit à l’existence de l’État d’Israël.

[12] En 2006, le Hamas signe le document d’’Entente nationale’ qui reconnaît implicitement Israël dans ses frontières de 1967.

[13] Pour une revue rigoureuse des violations du droit international commises par l’État d’Israël et les autorités israéliennes, ainsi que des manquements de l’Union Européenne et de ses États membres à leur obligation de réagir à ces violations, voir Conclusions de la première session internationale du Tribunal Russel sur la Palestine, Barcelone, 1-3 mars 2010. www.russelltribunalonpalestine.com

[14] La résolution 194, adoptée le 11 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations unies, “Décide qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu des principes du droit international ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les gouvernements ou autorités responsables“. Cette résolution a été votée par la délégation israélienne.

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Jacques Bude est Professeur émérite de psychologie sociale de l’Université libre de Bruxelles. Mère et père morts en déportation. “Enfant caché” sauvé par des gens merveilleux du pays de Liège.

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Algeriepatriotique : Comment évaluez-vous le développement de la situation en Syrie en ce moment ?

Michel Collon  : Je crois que l’on assiste à un tournant historique. On voit que les Etats-Unis, qui ont été, jusqu’à présent, très arrogants et se permettaient de déclencher des guerres assez facilement, sont maintenant face à une résistance très forte en Syrie, face aussi à un refus de la Russie et face à la résistance croissante des pays du Sud. Le sentiment qui se développe en Amérique latine, en Afrique, dans le monde arabe aussi et en Asie bien entendu, est que les Etats-Unis sont une puissance déclinante, qu’ils mènent une politique égoïste visant seulement à voler les richesses pendant que les peuples restent dans la pauvreté, et qu’il est donc temps de résister à ces guerres qui sont purement économiques, des guerres du fric, et qu’il faut construire un front par rapport aux Etats-Unis et à leurs alliés européens, puisque l’Europe suit les Etats-Unis de manière très docile et hypocrite et est impliquée dans ce système.

Nous avons réalisé une série d’entretiens avec des personnalités aussi divergentes les unes que les autres, notamment Paul Craig Roberts qui fut conseiller de Reagan. Un point revient souvent : dans le monde occidental, aujourd’hui, les anti-guerre par rapport à ceux qui dénonçaient la guerre du Vietnam, par exemple, sont à droite. Pourriez-vous nous faire un commentaire à ce sujet ?

Nous avions, en Europe, un mouvement anti-guerre extrêmement puissant qui s’était développé justement pendant la guerre du Vietnam. Ce mouvement a été très affaibli. On en a vu encore une pointe en 2003 au moment où Bush a attaqué l’Irak et où nous étions des millions dans la rue, mais il faut bien constater que quand les Etats-Unis ont attaqué la Libye, quand ils sont intervenus en Yougoslavie et en Afghanistan, il n’y a pas eu de forte résistance. Je pense qu’il faut analyser le problème en se demandant comment la Gauche européenne qui avait toujours été en principe anti-guerre, anti-coloniale, anti-injustices sociales, se retrouve maintenant, à de très rares exceptions, aux côtés des Etats-Unis et de l’Otan, dans une grande alliance qui englobe Israël, l’Arabie Saoudite, le Qatar et toutes ces dictatures épouvantables qui prétendent qu’elles vont apporter la démocratie en Syrie. Et la gauche européenne marche avec ça ? C’est une comédie et il est très important d’expliquer d’où cela provient. Je pense qu’on a perdu le réflexe de se méfier du colonialisme, de refuser la guerre et de rechercher des solutions politiques aux problèmes. On a perdu cette idée que les nations ont le droit de décider de leur système social, de leur avenir, de leurs dirigeants et que ce n’est pas à l’Occident colonial de dire qui doit diriger tel ou tel pays. Nous avons un grand examen de conscience et une analyse à faire : comment se fait-il que ceux qui devraient être à gauche se retrouvent avec ceux que je considère, moi, comme l’extrême droite, à savoir Israël, l’Arabie Saoudite et le Qatar ?

D’après les informations que nous avons récoltées à travers nos entretiens et qui se confirment, Barack Obama serait otage du lobby israélien, notamment via l’Aipac et ses partisans, comme Susan Rice, Lindsay Graham, etc., et les néo-conservateurs pro-israéliens. Qu’en pensez-vous ?

C’est une thèse très répandue que les Etats-Unis sont dirigés par Israël et je ne suis pas d’accord avec cette position. Je pense, en fait, que c’est le contraire. Ce n’est pas le chien qui commande à son maître, c’est le maître. Quand vous regardez l’économie israélienne et son budget, vous voyez bien que la force est aux Etats-Unis et qu’Israël est ce que j’appelle le « porte-avions » des Etats-Unis au Moyen-Orient. Bien sûr, le lobby est un phénomène qui joue, mais le jour où l’élite des Etats-Unis décidera qu’Israël ne nous est plus utile ou qu’il nous fait du tort parce que tout le monde arabe est en train de résister et nous allons perdre notre crédit et notre marge de manœuvre au Moyen-Orient, ce jour-là, les Etats-Unis lâcheront Israël. Il y a des fantasmes sur le lobby juif qui dirigerait le monde, mais je ne crois pas à cette théorie.

L’Aipac n’est pas une vue de l’esprit…

Nous sommes dans un monde dirigé par les multinationales. Quand vous voyez qui a le pouvoir de contrôler les richesses, de décider l’économie, de contrôler Wall Street, la City, Frankfurt, etc., ce sont des multinationales. Et le fait qu’il y ait quelques patrons juifs n’est pas le problème. Je pense vraiment que l’on doit s’en prendre au système des multinationales et ne pas prendre la conséquence pour la cause.

Vous avez dit dans l’émission de Taddéï : « Vous m’inviterez un jour car ce sera au tour de l’Algérie d’être ciblée par une frappe ou une guerre. » Le pensez-vous toujours ?

Oui, je pense que ce qu’il se passe en Tunisie et au Mali et l’attaque contre la Syrie annoncent qu’effectivement les Etats-Unis sont en train d’exécuter un plan de recolonisation de l’ensemble du monde arabe et des pays musulmans – puisqu’il y a l’Iran aussi – qui ont échappé au colonialisme classique. Clairement, l’Algérie fait partie des cibles, comme l’Iran, et donc il est très important de voir qu’en défendant l’autodétermination du peuple syrien, on empêche les Etats-Unis d’attaquer les cibles suivantes. Ce que je dis dans ce cas, c’est que, en fait, il s’agit toujours de la même guerre. Nous sommes dans les différents chapitres d’une même guerre de recolonisation.

Entretien réalisé par Mohsen Abdelmoumen

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Lors d’une réunion à la Maison blanche jeudi dernier, qui est largement passée inaperçue à cause de la menace de fermeture de nombreux services gouvernementaux, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a insisté auprès du président américain Barack Obama pour maintenir et même accentuer les menaces militaires et les sanctions économiques contre l’Iran.

Obama s’est exécuté en répétant le leitmotiv employé par son gouvernement et celui de son prédécesseur pour menacer l’Iran. «Nous n’écartons aucune option, y compris l’option militaire», a dit le président américain au cours d’une brève session avec les médias à la suite de son entretien d’une heure avec Netanyahu.

La visite de Netanyahu a eu lieu tout juste trois jours après qu’Obama a conversé par téléphone avec le nouveau président iranien Hassan Rohani durant 15 minutes. C’était le premier contact de ce genre entre les chefs d’État de ces deux pays depuis la révolution iranienne de 1979. D’après les deux parties, les présidents ont tous deux exprimé un désir d’avancer rapidement dans la négociation d’un accord qui pourrait mettre fin à la longue confrontation entre les deux pays au sujet du programme nucléaire iranien.

Les négociations officielles entre le groupe dit P5+1 (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine, Russie et Allemagne) et l’Iran doivent reprendre à Genève le 15 octobre. Washington espère soutirer des concessions importantes à Téhéran, et le gouvernement iranien est pressé d’obtenir un assouplissement des sanctions économiques qui ont fait chuter le niveau de vie des travailleurs iraniens, menaçant de provoquer des troubles sociaux.

Cet important changement de tactique dans la politique étrangère américaine vient de la crise créée dans le gouvernement Obama par la grande hostilité populaire à sa tentative du mois dernier d’entraîner le peuple américain dans une guerre contre la Syrie. Confronté d’abord à un rejet d’une résolution en faveur de la guerre par le Parlement en Grande-Bretagne, l’allié le plus proche de Washington, puis au risque d’une défaite inédite s’il tentait de faire passer au Congrès une résolution autorisant l’usage de la force militaire, le gouvernement a été contraint à faire marche arrière sur ses plans d’attaque. Il a saisi la porte de sortie proposée par la Russie consistant à obtenir un accord pour détruire les armes chimiques syriennes.

À partir de ce moment, le gouvernement Obama s’est tourné vers la négociation d’un accord sur le programme nucléaire iranien. Les États-Unis ont imposé des décennies de sanctions sévères et menacé à plusieurs reprises de partir en guerre en s’appuyant sur des allégations que l’Iran cherchait à obtenir des armes nucléaires. Téhéran a toujours nié ces accusations, affirmant que son programme nucléaire n’est orienté que vers des usages pacifiques.

La réaction du régime israélien dirigé par Netanyahu est quasi-hystérique dans son hostilité à tout mouvement de rapprochement entre Téhéran et Washington.

Avant de s’embarquer pour les États-Unis, Netanyahu a déclaré aux médias israéliens: «Je vais représenter les citoyens israéliens, notre intérêt national, nos droits en tant que peuple, notre détermination à nous défendre et notre espoir pour la paix».

Il a déclaré que sa mission à Washington et à l’Assemblée générale des Nations unies serait de «dire la vérité car des faits doivent être présentés face aux discours mielleux et à la pluie de sourires».

Après sa rencontre avec Obama, le premier ministre israélien a affirmé que «l’Iran est déterminé à détruire Israël» et il a insisté sur l’idée que «les sanctions devraient être renforcées» si l’Iran continue à développer son programme nucléaire pendant les négociations avec les États-Unis et les autres grandes puissances. Il a insisté sur l’idée qu’une «menace militaire crédible et des sanctions fortes» étaient la seule politique possible envers l’Iran.

Après ses négociations à la Maison blanche, Netanyahu a fait un arrêt sur la colline du Capitole pour une rencontre avec les législateurs américains lors d’une cérémonie pour l’ambassadeur sortant d’Israël aux États-Unis, Michael Oren, qui est né aux États-Unis. Israël compte sur l’influence disproportionnée du lobby israélien sur les républicains comme sur les démocrates pour créer des obstacles à toute tentative d’accord entre Washington et Téhéran.

L’affirmation la plus brutale de la position du gouvernement sioniste de droite en Israël est venue de son ex-ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, qui avait dû démissionner à la fin de l’année dernière après avoir été mis en examen dans un scandale relatif à de la corruption.

Écartant les offres iraniennes pour parvenir à un accord négocié comme un «assaut de réconciliation», il a écrit sur sa page Facebook que «les Iraniens ont depuis longtemps utilisé toutes sortes de tromperie: diverses tactiques de promesses, de pauses et de fausses informations à la communauté internationale, encore et encore, tout en poursuivant leur objectif d’obtenir une arme nucléaire pour menacer la paix mondiale».

Lieberman a choisi de faire référence à l’attaque unilatérale menée par Israël contre le réacteur irakien d’Osirak en 1981, déclarant: «Nous devrions également garder à l’esprit que dans le cas du réacteur irakien, Israël a été le seul pays à lancer un avertissement et avec le recul, nous avions raison, comme dans d’autres cas».

Ce commentaire ne peut être lu que comme une menace d’Israël qu’il se tient prêt à lancer une attaque unilatérale du même ordre contre l’Iran, avec pour objectif d’entraîner les États-Unis dans une guerre.

La menace qu’Israël organise une provocation pour faire échouer toute négociation entre Washington et l’Iran a été confirmée par le fait que le Shin Bet, le service de renseignement israélien, a attendu le début des négociations pour annoncer la capture d’un présumé espion iranien qui aurait pris des photos de l’ambassade américaine en Israël. D’après les agences de presse israéliennes, l’arrestation a eu lieu il y a trois semaines.

Un article publié ce week-end dans le quotidien israélien Ha’aretz indique quelles sont les craintes de Tel Aviv. Intitulé «La réconciliation avec les États-Unis pourrait renforcer le pouvoir de l’Iran dans la région et son prestige mondial», cet article note que si, au cours de la période passée, le programme nucléaire était un symbole national et un fondement inébranlable de la force de l’Iran, il semble maintenant que le dialogue visant à démanteler ce programme puisse être utilisé par l’Iran pour obtenir plus d’influence et de pouvoir dans la région.

L’élite politique israélienne est déterminée à empêcher l’émergence de toute puissance régionale capable de défier non seulement son monopole sur les armes nucléaires, mais aussi son rôle hégémonique au Moyen-Orient, en alliance avec l’impérialisme américain. Pour cela, et afin de justifier les 3,1 milliards de dollars d’aide principalement militaire apportés par Washington chaque année, elle a besoin d’un état de conflit permanent.

Au cours de leur brève apparition lundi, Obama et Netanyahu se sont également penchés sur le prétendu «processus de paix» entre Israël et les Palestiniens, que le gouvernement américain a récemment cherché à raviver.

Obama a loué Netanyahu pour ses «négociations de bonne foi avec l’Autorité palestinienne», et a reconnu son «courage d’être prêt à agir dans ce but».

Le seul «courage» dont Netanyahu a fait preuve est dans la confiscation brutale des terres palestiniennes par l’extension des colonies sionistes en Cisjordanie occupée et à Jérusalem, dont la population est passée de 160.000 à 650.000 depuis le début du prétendu processus de paix.

En cherchant à atténuer les inquiétudes de Tel Aviv au sujet du tournant vers des négociations avec l’Iran, Washington va probablement soutenir davantage la répression du peuple palestinien par Israël.

Bill Van Auken

Article original en anglais, WSWS

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La guerre des grands ensembles, de Kiev à Erevan

octobre 2nd, 2013 by Alexandre Latsa

Les dernières semaines ont laissé apparaître quelques grandes tendances concernant les choix politiques des élites de deux pays: l’Ukraine et l’Arménie.

Au début du mois dernier les élites arméniennes ont en effet annoncé que le président du pays avait accepté que son pays rejoigne l’Union douanière, actuellement composée de la Russie, de la Biélorussie et du Kazakhstan afin de contribuer, en tant qu’état, à la formation d’une union économique eurasiatique. Ce choix eurasiatique, annoncé par le président arménien à Moscou, est du reste conforme au choix des citoyens Arméniens qui seraient près de 67% à être favorables à l’adhésion de leur pays à l’Union eurasiatique. Aussitôt, l’UE a réagi avec beaucoup de fermeté par le biais du ministre lituanien des Affaires étrangères Linas Linkevicius qui a affirmé que: “Si l’Arménie décide de rejoindre l’Union douanière, cela veut dire qu’elle ne pourra pas signer d’accords de libre échange avec l’Union européenne” et qu’on ne pouvait “faire partie des deux organisations en même temps”.

L’Ukraine, quand à elle, semble être pour l’instant sur le chemin de poursuivre son intégration vers l’Ouest et l’Europe. Le gouvernement ukrainien a en effet approuvé mercredi 18 septembre et à l’unanimité un projet d’accord d’association avec l’Union Européenne. Le président Ukrainien, souvent vu comme le candidat russophile après sa victoire contre la candidate orange aux dernières élections présidentielles, ne s’avère pas si pro-russe que beaucoup l’ont pensé. Il est aussi visiblement sorti de la position équilibrée qui était la sienne, lui qui souhaitait transformer l’Ukraine en une sorte de pont entre l’Union Européenne et l’Union Douanière. Moscou a aussi réagi avec fermeté en affirmant par la voix de son premier ministre Dimitri Medvedev que: “La signature de l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine fermera à Kiev l’entrée dans l’Union douanière“.

Ces décisions surviennent alors que l’UE mène actuellement, dans le cadre de sonpartenariat oriental, des négociations lancées en mai 2009 lors du sommet européen de Prague. Elles sont destinées à opérer un fort rapprochement politique et économique avec six républiques ex-soviétiques (l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine) dans le but évident a terme de préparer leur intégration à l’UE. Mais ces négociations interviennent également dans le cadre plus large de la féroce lutte d’influence entre l’UE et la Russie au cœur du continent européen.

L’Ukraine fait face à une situation complexe puisque si 38 % de ses exportations vont vers l’Union douanière et 30 % vers l’Union européenne, près d’un ukrainien sur deux soutient l’entrée de son pays dans l’UE, contre seulement 30% souhaitant l’entrée dans l’Union douanière. J’avais démontré dans une précédente tribune comment les élites politiques peuvent mener des politiques stratégiquement contraires à leurs programmes ou aux souhaits de leurs électeurs. L’exemple du président Serbe Tomislav Nikolic qui se rapproche de l’UE a visiblement fait tache d’huile, et le président Ianoukovich apparaît de plus en plus comme une sorte de Nikolic Ukrainien, en autorisant la réalisation d’objectifs stratégiques qui semblaient plutôt être dans le programme de ses opposants politiques.

Dans ces deux pays, pouvoir et opposition semblent souvent, comme dans les pays occidentaux, d’accord sur le principal.

Le choix de l’élite Ukrainienne semble s’inscrire dans une logique simple: le bradage de sa souveraineté pour garder son indépendance. Mais de quelle indépendance parle-t-on? Il semble évident que les industries ukrainiennes ne devraient pas pouvoir concurrencer les industries allemandes, italiennes, tchèques ou polonaises. L’accord de libre échange avec l’UE devrait donc entrainer en Ukraine une hausse des importations en provenance de l’UE, une baisse des exportations vers la Russie (via la prise de mesures de protection par l’Union douanière) et aussi creuser la dette publique nationale qui est déjà extrêmement élevée. On envisage du reste assez mal comment une Union Européenne en crise pourrait aider l’Ukraine à compenser le manque à gagner que devrait créer cette adhésion.

Pour la Russie le dilemme ukrainien se fait de nouveau sentir. En 2006, décision avait été prise de neutraliser l’Ukraine sur le plan énergétique afin que les coupures d’approvisionnement de gaz vers l’Europe ne se reproduisent plus et que la Russie conserve son image de fournisseur fiable. Un ambitieux chantier avait été alors lancé, visant à contourner l’Ukraine via deux gigantesques gazoducs: North-Stream, inauguré en 2011, et South-Stream, en construction. Cette nouvelle architecture énergétique continentale a cependant eu ses effets pervers et sans doute poussé l’Ukraine à tenter de moins dépendre de la Russie notamment grâce à des projets de collaboration énergétique avec la Turquie ou l’Azerbaïdjan et en espérant le développement des gaz de schiste. Pour l’analyste Alan Riley, en privant l’Ukraine de ses précieuses recettes de transit, le Kremlin aurait peut être même involontairement incité Kiev à se rapprocher de l’Europe.

L’Ukraine est donc devenue l’enjeu principal de cet affrontement direct entre les deux pôles géostratégiques que sont le bloc Euro-occidental Américano-centré et le bloc Eurasiatique Russo-centré.

Pour l’UE il s’agit clairement de s’imposer dans l’ancien monde soviétique et jusqu’aux frontières de la Russie, afin de poursuivre l’extension du dispositif occidental sous tous ses aspects (économiques comme militaires) tout en repoussant ainsi symboliquement l’Union Douanière vers l’Asie et l’orient. La Russie sait, pour sa part,  que l’Ukraine est une pièce plus stratégique qu’économique, fondamentale dans le dispositif eurasiatique en élaboration. Une intégration de ce pays à l’Union Douanière permettrait clairement à la Russie de prendre pied à l’Ouest et d’afficher clairement la vocation également euro-continentale de l’Union Eurasiatique, montrant ainsi l’exemple à des pays  comme la Moldavie ou la Serbie.

A l’ouest comme a l’est, l’enjeu est de taille.

 Alexandre Latsa

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Mère Agnès Mariam de la Croix, auteure du rapport controversé d’ISTEAMS

Les attaques chimiques qui ont eu lieu dans la Ghouta orientale le 21 août, 2013 pourraient constituer l’opération sous fausse bannière la plus horrible de l’histoire.

Les données disponibles à ce jour, indiquent que de nombreux enfants ont été tués par des « rebelles de l’opposition », que leurs corps ont été manipulés et filmés en vue de blâmer le gouvernement syrien pour les attaques, provoquant ainsi l’indignation et galvanisant l’opinion publique mondiale en faveur d’une autre guerre impériale sanglante menée par les États-Unis.

Tout en confirmant l’utilisation d’armes chimiques contre des civils, le rapport de l’ONU n’a pas identifié les auteurs de ces attaques:

Au lieu de procéder à une enquête non politisée et à une analyse en laboratoire, l’ONU a confié l’enquête sur les allégations d’attaques au gaz neurotoxique en Syrie au professeur Ake Sellstrom, un homme mystérieux cultivant le secret entourant ses recherches et ses relations politico-militaires [...]

Ce vernis cosmétique de neutralité suédoise a été habilement exploité par Israël et l’OTAN, lesquels ont inventé des faussetés par le biais des travaux de Sellstrom à l’ONU, dont le déni des causes chimiques et biologiques du « syndrome de la guerre du Golfe » et les livraisons d’armes chimiques étasuniennes au régime de Saddam Hussein [...]

Il est connu que Sellstrom est le biochimiste à la tête du European CBRNE Center [Centre d'études avancées sur la sécurité et la vulnérabilité sociétale, particulièrement sur les incidents majeurs impliquant des substances (C)himiques, (B)iologiques, (R)adiologiques, (N)ucléaires et (E)xplosives], à l’Université d’ Umeå au nord de la Suède, financé par le ministère suédois de la Défense (FOI) […]

En recherche, l’Université d’ Umeå collabore étroitement avec Technion (l’Institut israélien de technologie), l’université de Haïfa fournissant la technologie de pointe à la Force de Défense d’Israël (FDI) et ses agences de renseignement. Plusieurs ministères, collaborant avec Israël dans la recherche, participent à des études multidisciplinaires au Centre CBRNE de Sellstrom [...]

L’ambassadrice étasunienne à l’ONU Samantha Power a dit très clairement que la « concentration du gaz neurotoxique utilisé en Syrie était plus élevée que celle de l’Irak ». Sa déclaration devrait être reformulée comme suit : « Saddam a peut-être transbordé en Syrie du gaz neurotoxique fourni par les États-Unis, mais le gaz neurotoxique utilisé contre les civils syriens n’était pas le nôtre. »

Il s’agit là du point essentiel du rapport Sellstrom : enlever toute responsabilité à Washington, le principal fournisseur des précurseurs, de la préparation, des technologies de lancement et des systèmes de stockage des gaz neurotoxiques au Moyen-Orient, y compris en Israël, en Égypte, en Libye, en Irak et fort probablement en Syrie (pendant l’ère de bonne volonté de Clinton).

Le rapport de l’ONU sur les armes chimiques utilisées en Syrie manque fondamentalement de crédibilité en raison du bilan trompeur de son inspecteur en chef, Ake Sellstrom, politiquement et financièrement compromis à tous les niveaux. (Yoichi Shimatsu, The Sellstrom Report: The United Nations’ Syria Inspector Shills for NATO and Israel)

A la veille de la publication du rapport de la Mission de l’ONU, un autre rapport soigneusement documenté par Mère Agnès Mariam de la Croix et l’Équipe internationale d’appui à Mussalaha en Syrie (International Support Team for Mussalaha in Syria, ISTEAMS) a été publié et très peu couvert par les médias. (Pour lire le rapport intégral en format PDF, cliquez ici, pdf lourd, téléchargement lent.)

Les conclusions de ce rapport sont sans équivoque : les vidéos que les États-Unis et leurs alliés ont utilisées comme preuve pour accuser le gouvernement syrien son des mises en scène.

L’étude indique :

« Nous avons décidé d’examiner minutieusement ces vidéos dès que certaines familles dont les enfants ont été enlevés nous ont contactés pour nous informer qu’ils y avaient reconnu les enfants parmi ceux présentés comme victimes des attaques chimiques de la Ghouta orientale [...]

Notre première préoccupation était le sort des enfants que nous voyons dans les images. Ces anges sont toujours seul entre les mains d’hommes qui semblent être des éléments de groupes armés. Les enfants décédés sont sans leur famille et ne sont pas identifiés, et ce jusqu’à ce qu’ils soient enveloppés dans des linceuls blancs pour l’enterrement. De plus, notre étude souligne sans aucun doute que les petits corps ont été manipulé et disposé de manière théâtrale afin de figurer dans la vidéo.

Si les images étudiées ont été éditées et publiées dans le but de présenter des éléments de preuve pour accuser l’État syrien d’avoir perpétré les attaques chimiques dans la Ghouta orientale, nos découvertes incriminent les éditeurs et les acteurs pour avoir falsifié les faits en tuant et en manipulant des enfants non identifiés . [...] (Mother Agnes Mariam de la Croix and the International Support Team for Mussalaha in Syria (ISTEAMS), The Chemical Attacks in East Ghouta Used to Justify a Military Intervention in Syria)

Mahdi Darius Nazemroaya a étudié le rapport. Il écrit :

En faisant de simples observations des images contenues dans les vidéos présentées comme preuve par les États-Unis, l’étude indépendante d’ISTEAMS contredit les affirmations de l’administration Obama et de l’ensemble de la communauté étasunienne du renseignement [...]

Le rapport d’ISTEAMS ne nie pas que des armes chimiques ont été utilisées ou que d’innocents Syriens ont été tués. L’étude fait remarquer logiquement par ses observations qu’il existe des preuves empiriques que les images de l’échantillon de vidéos analysées et qualifiées d’authentiques par la communauté étasunienne du renseignement ont été mises en scène.

Cette constatation est importante, car elle réfute les affirmations des représentants des agences de renseignement étasuniennes ayant déclaré que les vidéos qu’ils ont authentifiées prouvent que le gouvernement syrien a perpétré une attaque à l’arme chimique dans la Ghouta orientale. (Mahdi Darius Nazemroaya, Look With Your Own Eyes: The Videos of the Chemical Attacks in Syria Show Tampered Scenes)

Dans les images présentées par le gouvernement étasunien, de nombreux éléments n’ont aucun sens.

 Le même petit garçon en rouge se trouve dans deux endroits différents

 

Au moins neuf de ces enfants apparaissent dans deux séquences différentes, dans deux endroits différents

 

 Un petit garçon qui apparaît dans deux vidéos différentes avec deux scénarios différents

Parmi les importantes conclusions du rapport d’ISTEAMS, on note que malgré les affirmations voulant que les attentats aient tué jusqu’à 1400 personnes, se sont essentiellement des enfants qui apparaissent dans les vidéos et plusieurs cadavres sont présentés dans différentes vidéos, lesquelles auraient été tournées dans des lieux divers.

Bien qu’il remette sérieusement en question l’affirmation selon laquelle le gouvernement syrien était derrière les attaques, le rapport n’a pas été couvert par les médias occidentaux, qui se soumettent à l’empire en répétant les allégations de Washington, lesquelles demeurent sans preuves et n’ont aucune crédibilité.

En outre, une controverse a vu le jour concernant les allégations voulant que les rebelles soient responsables des attaques et qu’ils aient utilisé des armes chimiques fournies par les services secrets saoudiens. Dale Gavlak, co-auteure d’un article contenant ces allégations, veut maintenant se dissocier de l’article et fait face à des menaces. Sa carrière est en péril :

L’article de MintPress, publié le 29 août, contenant des entrevues avec les rebelles, des membres des familles des victimes et des villageois de la Ghouta orientale, allègue que des éléments au sein de l’opposition sont responsables de la présumée attaque aux armes chimiques du 21 août, et que ces munitions ont été fournies par le chef du renseignement saoudien, le prince Bandar bin Sultan [...]

Dale fait l’objet de pressions de plus en plus fortes de la part d’un tiers pour avoir écrit cet article. Le 30 et le 31 août, elle nous a informés, les rédacteurs de MintPress et moi-même, par courriel et par téléphone, que des tiers faisaient d’énormes pressions sur elle relativement à l’article et menaçaient de mettre fin à sa carrière. Elle a ajouté qu’elle croit que ce tiers était lui-même sous la pression du chef du renseignement saoudien, le prince Bandar lui-même, accusé dans l’article d’avoir fourni des armes chimiques aux rebelles.

Le 30 août, Dale a demandé à MintPress de retirer son nom complètement de l’article, affirmant que sa carrière et sa réputation étaient en danger. Elle a ajouté que ces tierces parties réclamaient qu’elle se dissocie de l’article ou ils mettraient fin à sa carrière. Le 31 août, j’ai informé Dale par courriel que je préciserais qu’elle était l’auteure et chercheure de l’article et que Yahya [Ababneh] était le journaliste sur le terrain, mais que nous n’enlèverions pas son nom puisque cela constituerait une violation de l’éthique journalistique. (Phil Greaves, Syria: Controversy surrounding MintPress Chemical Weapons Ghouta Report)

L’information selon laquelle le renseignement saoudien aurait été impliqué dans les attaques chimiques de la Ghouta a été mentionnée par un fonctionnaire de l’ONU ayant requis l’anonymat :

Un haut fonctionnaire des Nations Unies directement lié aux affaires syriennes a déclaré à Al-Akhbar que le gouvernement syrien n’était pas impliqué dans la prétendue attaque aux armes chimiques de la Ghouta : « Bien sûr que non, il (le président Bachar Al-Assad) commettrait un suicide. »

Lorsqu’on lui a demandé qui selon lui était responsable de l’utilisation de munitions chimiques dans la Ghouta, le responsable de l’ONU, qui n’a pas permis que l’on divulgue son identité, a déclaré : « Le renseignement saoudien était derrière les attaques et malheureusement personne n’osera le dire. » Le représentant officiel affirme que cette information lui a été fournie par des rebelles de la Ghouta [...]

Les accusations du représentant officiel de l’ONU reflètent les déclarations faites plus tôt cette année par un autre haut représentant de l’ONU, Carla del Ponte. Dans la foulée des attaques présumées à l’arme chimique à Khan al-Asal, Cheikh Maqsoud et Saraqeb, elle a déclaré à la télévision suisse à qu’il existait « des doutes sérieux et concrets, ne constituant toutefois pas encore des preuves irréfutables », que les rebelles avaient perpétré l’attentat. Mme Del Ponte avait également observé que les inspecteurs de l’ONU n’avaient vu aucune preuve indiquant que l’armée syrienne utilisait des armes chimiques, en ajoutant qu’une enquête plus approfondie était cependant nécessaire. (Sharmine Narwani and Radwan Mortada, Questions Plague UN Syria Report. Who was behind the East Ghouta Chemical Weapons Attack?)

Tout ce qui précède porte à croire cette attaque est l’un des crimes les plus horribles de l’histoire moderne, une mise en scène diabolique qui consistait à tuer de petits enfants, à produire de fausses séquences vidéo et des séances de photos de cadavres, le tout en vue de fabriquer un prétexte pour une intervention militaire en vertu d’un mandat humanitaire.

Les médias de masse ayant occulté ces crimes portent une lourde responsabilité. Le New York Times a calomnié les conclusions de Mère Agnès et son équipe, l’accusant de « défendre le régime » et de « jouer la carte chrétienne ». Le NYT rejette nonchalamment la preuve que les vidéos sont fausses. Lisez le rapport d’ISTEAMS, puis jugez par vous-même.

Les criminels de guerre qui ont conçu et utilisé cette mise en scène diabolique doivent faire face à la justice.

Les procédures du Conseil de sécurité des Nations Unies à l’encontre du gouvernement syrien doivent être suspendues.

Nous invitons nos lecteurs à consulter le rapport d’ISTEAMS, ainsi que les articles et vidéos du Centre de recherche sur la mondialisation ci-dessous. Partagez ces articles et le rapport d’ISTEAMS!

En français :

 

En anglais :

GRTV VIDEO: How the Syrian Chemical Weapons Videos Were Staged By James CorbettMother Agnes Mariam, and Prof Michel Chossudovsky, September 19, 2013

The Full ISTeam Report The Chemical Attacks in East Ghouta Used to Justify a Military Intervention in Syria, Mother Agnes Mariam and the International Support Team for Mussalaha in Syria (ISTEAMS), Geneva, 15 September 2013  [pdf slow download]

The Chemical Attacks in East Ghouta Used to Justify a Military Intervention in Syria By Mother Agnes Mariam, September 16, 2013

One Nun Puts the US Intel Community to Shame Over “Stage-Managed” Syria Footage By Mahdi Darius Nazemroaya, September 24, 2013

Syria: Fabricating Chemical Lies. Who is Behind the East Ghouta Attacks? By Prof Michel Chossudovsky, September 17, 2013

The Sellstrom Report: The United Nations’ Syria Inspector Shills for NATO and Israel By Yoichi Shimatsu, September 18, 2013

The Syria Chemical Weapons Attack: Human Rights Watch is Manipulating the Facts By Richard Lightbown, September 24, 2013

Saudi Arabia’s “Chemical Bandar” behind the Chemical Attacks in Syria? By Mahdi Darius Nazemroaya, September 06, 2013

Syria: Controversy surrounding MintPress Chemical Weapons Ghouta Report By Phil Greaves, September 22, 2013

Article original: The Ghouta Chemical Attacks: US-Backed False Flag? Killing Syrian Children to Justify a “Humanitarian” Military Intervention

 

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L’historien suisse Daniele Ganser (né à Lugano 1972) est le plus important spécialiste des armées secrètes de l’OTAN (Gladio/Stay behind), sujet dans lequel il est très facile de faire passer pour désaxé et conspirationniste tout observateur critique. Son livre, « Les Armées Secrètes de l’OTAN », publié en 2005 et traduit dans plus d’une douzaine de langues, est rigoureux et bien connu par les historiens.

Ganser, qui dirige l’Institut Suisse pour la Recherche de la Paix et l’Énergie de Bâle (SIPER), se déclare très intéressé par le « procès du siècle » qui a lieu à Luxembourg depuis le mois de février, au milieu d’un silence médiatique généralisé et significatif. La Vanguardia a écrit sur l’importance de ce procès dans son édition imprimée de du 15 avril 2013 (Consultable en esp), le 27 avril (dans l’édition numérique en accès libre Andreas Kramer : « He golpeado un nido de avispas » ) et le 5 mai (aussi dans l’édition imprimée« Temo que el juicio de Luxemburgo acabe varado »).

Entre 1984 et mars les 1986, le Luxembourg a été victime d’une mystérieuse vague d’attentats, contre des tours électriques, les sommets de l’Union Européenne, le Palais de Justice, les résidences privées de hauts fonctionnaires, dont le but était que le Grand Duché tranquille devienne plus belligérant dans des questions de sécurité. Presque tous les attentats ont démontré une connaissance méticuleuse des dispositifs de sécurité. Beaucoup de preuves et de documents ont disparu. Beaucoup d’autres pays européens ont souffert d’attentats, et très sanglants, attribués à ce même réseau secret lié fréquemment à des groupes d’extrême droite.

Un bras de fer entre justice et raison d’État

Trente ans après les faits, le cas du Luxembourg est un bras de fer entre la justice et la raison d’État sans précédent en Europe depuis les procès retentissants des grands attentats terroristes de l’Italie de la décennie des années 70-80 que le Sénat italien a fini par attribuer à des connexions avec Gladio/« stay behind », explique à La Vanguardia, l’avocat Gastón Vogel, défenseur des deux policiers accusés à Luxembourg.

Jugement, qui de nombreux mois auparavant, a connu des revirements et des rebondissements dignes du meilleur roman à suspense. En avril, un témoin allemand, Andreas Kramer, a déclaré que son père, présumé agent des services secrets allemands (BND) avait participé dans les attentats du Luxembourg et à celui de la Fête de la Bière de Munich de septembre 1980, le pire attentat terroriste de l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre, toujours à résoudre. Kramer n’a donné aucune preuve et a été présenté comme une personne déséquilibrée par sa sœur et son ex ami devant le même tribunal, tandis que quelques experts indiquent que la déclaration de Kramer ne fait que faire obstruction et troubler le dossier. Le gouvernement allemand a réfuté que le père de Kramer travaillait pour le service secret et admet seulement qu’il était un fonctionnaire de l’armée. Kramer soutient la vérité de sa déclaration et affirme que les membres de sa famille déclarent contre lui à cause d’un conflit d’héritage. Après une question parlementaire au Bundestag, le témoin a été finalement appelé vendredi à déclarer pendant plus de cinq heures, devant le ministère public allemand à Karlsruhe.

Est-ce que Kramer est un désaxé ? Dit-il la vérité ? , Este ce une manœuvre du BND lui-même pour troubler le dossier ? Pour l’instant aucune de ces questions suggestives n’a intéressé la presse allemande. Seulement le canal de télévision 3- 3-Sat a offert en mai un petit reportage de sept minutes sur l’affaire.

En tout cas, le procès du Luxembourg transcende beaucoup avec la véracité ou pas de la déclaration de certains de ses centaines de témoins, dont des membres la famille ducale, des chefs et d’ex chefs de la police et des services secrets et des ex premiers ministres. Au long du procès on a su que des politiciens de premier rang et des ex-agents du service secret du Luxembourg (SREL), ont menti dans leurs déclarations et ont détruit ou ont omis des documents et des preuves sur l’affaire. L’ex-premier ministre Jacques Santer qui connaissait l’existence du réseau de l’OTAN « stay behind » a déclaré au Parlement en 1990 ne rien savoir de l’affaire. Durant le procès, les agents peuvent se référer à la loi du secret et de la protection de sources pour ne pas témoigner ou garder le silence. La juge Sylvie Conter, du Tribunal Pénal du Luxembourg, a présenté un réquisitoire au Tribunal Constitutionnel pour lever la loi du secret et l’obstruction dans cette affaire. Une réponse positive sur le plan constitutionnel, pourrait donner une nouvelle dimension à l’affaire en obligeant les agents à déclarer sur les domaines réservés.

Le journaliste de la télévision du Luxembourg Marc Thoma, qui il y a 26 ans a fait des recherches sur cette vague d’attentats, a été victimes de divers incidents d’intimidation que le journaliste met en relation avec son travail sur cette affaire et attribue au SREL. Son logement a été objet de coups de feu le soir en huit occasions et sa voiture sabotée pour provoquer un accident, a expliqué Thoma lors d’une conversation avec ce journal. A l’été 2007, le journaliste a été suivi de façon menaçante par une voiture noire quand il circulait en bicyclette dans une zone boisée.

Un autre document du SREL divulgué récemment prouve qu’au moins deux membres des services secrets du Luxembourg ont participé en 1979 à des stages de sabotage avec utilisation d’explosifs, effectués en Angleterre pour le compte de « stay behind » dans un centre des services secrets britanniques MI-6.

Pourquoi le procès du Luxembourg est si important ?

Parce que pour la première fois on juge dans un tribunal si les armées secrètes de l’OTAN (Gladio- stay behind) étaient impliquées dans une série d’attentats. Ce n’est pas du tout clair, mais si est confirmé le soupçon qu’ils ont mis les bombes , à nouveau toute l’histoire ressortira à la surface.

Que sait on de cette histoire aujourd’hui ?

Depuis 1990 nous savons que l’OTAN a maintenu des armées secrètes dans tous les pays de l’Europe Occidentale. Nous savons aussi que la CIA et le MI-6, c’est-à-dire les services secrets des Etats-Unis et du Royaume-Uni, ont équipé et ont formé ces armées. La troisième chose connue depuis vingt années est que les services secrets des différents pays : en Allemagne le BND, en Suisse l’Untergruppe Nachrichtendienst und Abwehr, au Luxembourg le SREL (Service de Renseignements), en Italie leServizio d’Informazione Sicurezza Militarre(SISMI), tous ces services, contrôlaient les armées secrètes. Sur ce quoi nous nous cassons la tête depuis de nombreuses années, c’est si les armées secrètes ont commis des actes de terrorisme. Sur ce point le débat est très intense parce que l’OTAN, la plus grande alliance militaire du monde, et la CIA, un des services secrets les plus puissants, rejettent entièrement ce reproche. Ils reconnaissent avoir maintenu des armées secrètes mais disent qu’ils n’ont jamais commis d’actes de terrorisme. Là est la ligne de division.

Quels indices et témoignages soutiennent l’hypothèse de l’activisme terroriste ?

D’une part , il y a le rapport de l’enquête du Sénat italien de juin 2000 qui dit que tous ces « massacres par bombes et actions militaires » que le pays a subi entre 1969 et 1987 (avec 491 morts civils et 1.181 blessés et mutilés) « ont été organisés, promus ou soutenue par des hommes dans les institutions de l’État et par des hommes liés aux structures d’intelligence des Etats-Unis ». Nous avons aussi des déclarations d’extrémistes de droite italiens, retirés ou actifs, qui disent avoir commis eux-mêmes ces attentats pour lesquels ils ont été emprisonnés. Et ces gens déclarent qu’ils l’ont fait en coopération avec les armées secrètes de l’OTAN. Donc nous ayons une déclaration contre une autre. Ce qui se passe à Luxembourg est du plus grand intérêt parce que cela renforce la thèse qui depuis longtemps soutient, que les armées secrètes de l’OTAN en effet étaient impliquées dans des attentats.

« CE QUE DIT KRAMER DOIT ÊTRE VÉRIFIÉ »

Dans ce contexte, quelle importance ont les déclarations du témoin Andreas Kramer devant le tribunal ?

Elles sont très intéressantes mais il faut les vérifier. C’est un témoin parmi beaucoup. Quand on parle d’un sujet comme celui des armées secrètes il est important de savoir si les sources disent la vérité. Pour l’instant dans ce procès nous avons eu deux surprises. La première est que nous avons su que le premier ministre Jacques Santer a menti en 1990 quand il a dit devant le Parlement qu’il ne savait rien de l’existence d’une armée secrète à Luxembourg. Au cours du procès sont sortis des documents qui démontrent qu’en effet il savait et que durant les années quatre-vingt il a participé à des réunions qui traitaient sur ce sujet, donc il a menti quand il a dit au Parlement qu’il ne savait rien.

La seconde surprise a été la déclaration de Kramer…

Oui, et on avance un pas de plus. Kramer dit que son père, Johannes Kramer, fonctionnaire de l’armée allemande, était membre du service secret allemand (BND). Ceci il faut le vérifier. Le père est mort mais le fils dit que celui-là a participé à des actes terroristes et que comme membre de l’armée secrète allemande il a participé avec des luxembourgeois aux attentats avec bombe des années 1984 et 1985 en dynamitant des tours de haute tension à Luxembourg. C’est une hypothèse que d’autres, y compris moi, avions signalée en disant qu’il fallait faire des recherches dans cette direction. Il faut voir si les données de Kramer sont vérifiées. Mais Kramer dit plus ; il dit que son père a commis l’attentat de la Fête de la Bière de Munich de 1980, que Gundolf Kohler (qui est néonazi identifié comme auteur, mort dans l’explosion) était un agent mineur et que les véritables cerveaux étaient au sein du BND. Donc nous sommes devant une accusation selon laquelle le BND a commis des actes terroristes dans le pays, à Munich, et dehors, à Luxembourg. Si cela était confirmé avec d’autres sources, cela signifierait pour le BND la plus grande crise de son histoire.

« JE NE CROIS PAS QU’ON RÉOUVRE LE CAS DE MUNICH »

Ces déclarations sont, informativement parlant, une bombe, comment explique-t-on silence qu’il y a-t-il en Allemagne autour de Kramer ?

Il est vrai que presque personne n’a parlé du procès du Luxembourg. Seulement le petit quotidien Junge Welt et un portail Internet… Si ce qui Kramer a dit est vrai, c’est un véritable scandale politique et militaire en Allemagne…

Mais pour savoir si c’est vrai, la presse doit informer et les juges appeler à déclarer, faire des questions, non ?

… mais ce n’est pas fait. En Allemagne on couvre l’affaire, ils veulent la maintenir comme dans une marmite sous pression et ne pas parler de cela. Cela me rappelle en 1990 quand sont sorties à la lumière beaucoup de choses en Italie. La presse italienne et celle d’autres pays était très agitée, mais en Allemagne on ne voulait pas parler du sujet. En Allemagne il y a beaucoup de fidélité aux Etats-Unis. On sait que si on met en relation les armées secrètes avec le terrorisme et on apporte des preuves , ce serait un scandale international, parce que c’est le Pentagone qui gère le « stay behind ».

Croyez-vous que le Luxembourg pourrait amener à une révision, en Allemagne, du processus de l’attentat de la Fête de la Bière de Munich ?

Au moins on devrait créer une commission d’enquête au sein du Bundestag pour vérifier la déclaration de Kramer, mais je ne vois pas de volonté. Il y a eu une question parlementaire et le député vert Ströbele s’est intéressé au procès du Luxembourg, mais je ne crois pas qu’on ouvre à nouveau le dossier de Munich.

Que sait-on sur le financement de « stay behind » ?

Nous savons qu’en Italie Gladio recevait de l’argent de la CIA et était formé par le MI-6. Nous avons des preuves que, par exemple en Suisse, l’armée secrète P26 a reçu de l’argent des budgets de défense qui était déclaré devant le Parlement comme destiné à des investissements en infrastructure. En Suisse tous les frais de l’État doivent être dans le budget et il doit être approuvé par le Parlement, donc si dans le budget ils avaient mis « pour l’armée secrète », cela aurait suscité débat…

Il est légitime de se demander si actuellement il ya une armée secrète de l’OTAN ?

C’est un fait qu’il y a toujours eu des guerres cachées, c’est-à-dire des opérations d’unités spéciales et militaires dans le but de confondre la citoyenneté et de tromper l’adversaire. Cette forme de guerre cachée a toujours existé et existera toujours. Les armées secrètes de l’OTAN étaient dirigées contre le communisme, elles étaient anticommunistes et cela ne paraît pas être aujourd’hui actuel. Mais si nous considérions que les armées secrètes ont commis des attentats terroristes pour discréditer les communistes, nous devons aujourd’hui nous demander qui met en scène des attentats islamiques pour les discréditer et mener à bien ensuite des guerres pour le pétrole et le gaz dans des pays islamiques. Ce travail d’enquête est entrain d’être fait, mais on n’a pas encore des réponses.

Rafael Poch pour La Vanguardia

Article original en espagnol : La Vanguardia. Barcelone, le 10 juin 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par  : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 10 juin 2013.

Contrat Creative Commons
Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported.

Rafael Poch, Rafael Poch-de-Feliu (Barcelone, 1956) a été vingt ans correspondant de « La Vanguardia » à Moscou et à Pékin. Avant il a étudié l’Histoire contemporaine à Barcelone et à Berlin-Ouest, il a été correspondant en Espagne du « Die Tageszeitung », rédacteur de l’agence allemande de presse « DPA » à Hambourg et correspondant itinérant en Europe de l’Est (1983 à 1987). Actuelement correspondant de « La Vanguardia » à Berlin.

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Les États-Unis ne font plus peur

octobre 1st, 2013 by Thierry Meyssan

Alors que l’Assemblée générale des Nations Unies devait débattre de la mise en œuvre des objectifs du Millénaire, c’est un tout autre sujet qui préoccupait les diplomates : les États-Unis sont-ils toujours l’hyper-puissance qu’ils revendiquent être depuis la disparition de l’Union soviétique, ou le temps est-il venu de s’émanciper de leur tutelle ?

En 1991, les États-Unis avaient considéré que la fin de leur rival libérait leur budget militaire et leur permettrait de développer leur prospérité. Le président George H. Bush (le père) avait, après l’opération Tempête du désert, commencé à réduire le format de ses armées. Son successeur, Bill Clinton, renforça cette tendance. Cependant, le congrès républicain, élu en 1995, remit ce choix en question et imposa un réarmement sans ennemi à combattre. Les néo-conservateurs lançaient leur pays à l’assaut du monde pour créer le premier empire global.

Ce ne fut qu’à l’occasion des attentats du 11-Septembre 2001 que le président George W. Bush (le fils) décida d’envahir successivement l’Afghanistan et l’Irak, la Libye et la Syrie, puis la Somalie et le Soudan, et de terminer par l’Iran, avant de se tourner vers la Chine.

Le budget militaire des États-Unis a atteint plus de 40 % des dépenses militaires du monde. Cependant, cette extravagance a une fin : la crise économique a contraint Washington à faire des économies. En un an, le Pentagone a licencié un cinquième de son armée de terre et a arrêté plusieurs de ses programmes de recherche. Ce recul brutal ne fait que commencer et il a déjà désorganisé l’ensemble du système. Il est clair que les États-Unis, malgré leur puissance supérieure à celle des vingt plus gros États de la planète, Russie et Chine comprises, ne sont plus en mesure de livrer actuellement de vastes guerres classiques.

Washington a ainsi renoncé à attaquer la Syrie lorsque la flotte russe s’est déployée le long de la côte méditerranéenne. Pour lancer ses missiles Tomawak, le Pentagone devait alors les tirer depuis la Mer rouge en survolant l’Arabie saoudite et la Jordanie. La Syrie, et ses alliés non-étatiques, auraient répondu par une guerre régionale, plongeant les États-Unis dans un conflit trop grand pour eux.

Dans une tribune publiée par le New York Times, le président Poutine a ouvert le feu. Il y a souligné que « l’exceptionnalisme américain » est une insulte à l’égalité des humains et ne peut que déboucher sur des catastrophes. À la tribune des Nations Unies, le président Obama lui a répondu qu’aucune autre nation, pas même la Russie, ne souhaitait porter le fardeau des États-Unis. Et que s’ils faisaient la police du monde, c’était justement pour garantir l’égalité des humains.

Cette intervention n’a rien de rassurant : les États-Unis s’affirmant comme supérieurs au reste du monde et ne considérant l’égalité des humains que comme celle de leurs sujets.

Mais le charme est rompu. La président du Brésil, Dilma Rousseff, s’est faite applaudir en réclamant des excuses de Washington pour son espionnage universel, tandis que le président de la Confédération helvétique Ueli Maurer dénonçait la politique de la force US. Le président de la Bolivie, Evo Morales, évoquait la traduction de son homologue US devant la Justice internationale pour crimes contre l’humanité, tandis que le président serbe Tomislav Nikolic, dénonçait la mascarade des tribunaux internationaux ne condamnant que les adversaires de l’Empire, etc. On est ainsi passé d’une critique émanant de quelques États anti-impérialistes à une révolte généralisée incluant les alliés de Washington.

Jamais, l’autorité des maîtres du monde n’avait été ainsi publiquement contestée, signe qu’après leur reculade syrienne, ils ne font plus peur.

Thierry Meyssan
Thierry MeyssanThierry Meyssan : Intellectuel français, président-fondateur duRéseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Dernier ouvrage en français :L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).
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Le 30 septembre huit personnes qui travaillent pour les droits des prisonniers basques ont été arrêtés, accusés d’avoir fait “l’apologie du terrorisme” et d’avoir “intégré” et “financé une bande armée”. Il est de plus en plus clair que l’état espagnol ne veut pas la paix. D’ailleurs il continue à utiliser la “lutte contre le terrorisme” pour cacher sa longue liste de problèmes.


La défense des droits des prisonniers a motivé les manifestations les plus remarquées de ces 30 dernières années au Pays Basque. En 2012 et en 2013, à Bilbo, plus de 100 000 personnes étaient sorties dans la rue à l’appel de Herrira. Hier matin, ce même mouvement a fait l’objet d’une opération policière d’envergure qui s’est déroulée dans les quatre provinces du Pays Basque Sud. Elle a été ordonnée par le juge Eloy Velasco de l’Audience nationale espagnole.

En plus d’avoir fermé les locaux du mouvement à Hernani, Iruñea, Bilbo et Gasteiz, les agents de police ont Interpellé 18 personnes, dont “dix qui étaient réunies au siège du groupe à Hernani”, a précisé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué. Parmi les personnes ne participant pas à cette réunion, cinq se trouvaient en Gipuzkoa, une en Bizkaia, une en Nafarroa et une en Araba.

Comptes et sites bloqués

La justice espagnole les accuse d’avoir fait “l’apologie du terrorisme” et d’avoir “intégré” et “financé une bande armée”. Herrira assure qu’aucune d’entre elles n’a été placée au secret.

Dans le cadre de cette opération, l’Audience nationale a bloqué les comptes bancaires de Herrira et a ordonné la fermeture de “32 profils sur Twitter, 125 profils sur Facebook et 38 pages Web. Les comptes bancaires utilisés par Herrira sont bloqués”. Hier après-midi, le site herrira.org affichait encore son dernier article, publié le 26 septembre et intitulé “La doctrine 197/2006 peut engendrer un traitement dégradant et inhumain”. Les propos étaient attribués à Mauro Palma, ancien président du Comité européen pour la prévention de la torture et des traitements dégradants et inhumains.

Précisément, Herrira est dans l’attente de la réponse de la Cour européenne des droits de l’homme sur la doctrine 197/2006 (aussi dite “Parot”), qui prolonge les peines de détention des prisonniers basques. “L’État espagnol a d’une certaine façon donné sa réponse à ce procès [par le biais de cette opération]”, affirme Émilie Martin, porte-parole de Herrira.

Il a aussi voulu montrer, selon elle, “qu’il ne veut pas participer au processus de paix” engagé au Pays Basque et aurait voulu “frapper le mouvement populaire en faveur des droits des prisonniers”.

“Relève d’Askatasuna”

Créé il y a un an et demi, Herrira a centré son travail sur la reconnaissance des droits des prisonniers issus du conflit basque. Aujourd’hui, la justice espagnole l’accuse notamment d’avoir “pris la relève d’Askatasuna/Gestoras Pro-Amnistia dans la convocation et le soutien de manifestations faisant l’apologie des prisonniers de l’ETA et de leurs idéaux”. Les précédentes illégalisations débutaient ainsi…

 Les exilés maintiennent leur engagement sur la voie de la paix

L’opération menée hier par la police et la justice espagnole contre Herrira est d’autant plus surprenante qu’elle intervient dans un contexte d’apaisement au Pays Basque. Et ce d’autant plus qu’après ETA, samedi, c’est le Collectif des exilés politiques basques (EIPK) qui publiait hier un communiqué affirmant “vouloir manifester sa volonté de continuer sur la voie empruntée”, c’est-à-dire celle de la résolution du conflit par les voies pacifiques et démocratiques. Une voie que souhaite maintenir le collectif bien qu’il dénonce être de nouveau “dans le point de mire de la répression”, faisant allusion à l’acceptation par la justice française du mandat d’arrêt européen contre son porte-parole Jokin Aranalde, à l’arrestation d’Asier Guridi au Venezuela et à l’extradition par Paris de Patxi Segurola. Dans ce communiqué, EIPK affirme ne pas vouloir attendre que les États espagnol et français fassent montre de “volonté” de suivre cette voie car, selon EIPK, “ils n’ont aucun intérêt” à une solution et “veulent empêcher le déroulement de l’agenda pour la paix réelle”. Dans son communiqué, EIPK appelle “toutes les forces, agents et citoyens qui désirent la résolution et la paix”, à appuyer le processus de résolution et à faire pression sur les États espagnol et français.

Vague de Réactions au Pays Basque

Jesús Egiguren (président du Parti socialiste d’Euskadi)-“Provocation du gouvernement d’Espagne et passivité du gouvernement basque”, tel est le titre du communiqué du président du PSE rédigé hier. Il n’accepte pas que le “gouvernement national” commette ce type d’“absurdité juridique et politique, qui peut se comprendre uniquement par la volonté de rouvrir des problèmes qui n’existent pas”. D’après lui, “quelles que soient les raisons légales qui sont mises en avant, nous, les Basques, savons y déceler l’impulsion politique à laquelle elles obéissent”.

Jean-Jacques Lasserre (sénateur et conseiller général, MoDem)- L’opération de police d’hier est “beaucoup trop brutale, à un moment où les discussions semblent prendre forme”, notamment au regard des déclarations d’ETA qui iraient “dans ce sens”, selon le sénateur. Il considère que l’illégalisation de Herrira serait “une erreur brutale”.

Colette Capdevielle (députée, PS)- “En qualité de parlementaire, je ne commente pas les décisions judiciaires en vertu du principe de séparation des pouvoirs, ce d’autant plus que cela concerne l’Espagne.”

Basque Friendship- Le groupe de députés européens de soutien à la résolution du conflit basque considère que l’opération d’hier “constitue une violation absolue des libertés démocratiques et une grave violation des droits humains tels que la liberté de réunion et d’expression”. Il dénonce avec fermeté “cet inacceptable manque de responsabilité de Madrid” et sollicite le gouvernement espagnol pour “qu’il s’engage en faveur de la paix”.

Bake Bidea- “L’attitude intensément répressive que maintient le gouvernement espagnol constitue un véritable frein à la résolution que pourrait connaître le conflit basque”, d’après le mouvement civil en faveur du processus de paix basque. Il “s’inquiète de cette volonté persistante d’illégalisation de la liberté d’opinion et d’organisation”. Il estime que “la société civile a le pouvoir de faire évoluer la situation en réfléchissant et se mobilisant en faveur de la mise en place du processus et en n’acceptant plus les atteintes qui y seront portées”.

Udalbiltza- “L’opération est une attaque envers les droits fondamentaux de l’homme”, selon l’assemblée des élus du Pays Basque.

EH Bai- “Ces arrestations rappellent la sombre période où l’État espagnol s’est astreint à illégaliser chacune des composantes de l’indépendantisme basque”, relève la coalition abertzale. “L’État espagnol tente de saboter les opportunités pour dépasser le conflit et l’État français s’en fait le collaborateur zélé.” Et d’ajouter : “Devant la volonté des États de faire perdurer le conflit, seule la mobilisation populaire permettra de construire une paix.”

Anai Artea- D’après l’association de soutien des exilés, “les arrestations concernant les membres de Herrira prouvent que le gouvernement espagnol n’est pas disposé à respecter les droits des prisonniers politiques basques”. “Leur rapprochement serait en effet un pas vers la paix dont il ne veut pas et le dernier arrêt de la cour de Pau validant le mandat d’arrêt européen concernant Jokin Aranalde l’a conforté dans l’idée que la France approuve cet immobilisme.”

Goizeder Taberna

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Dans un précédent article paru le 16 Septembre 2013 [1], le Général Amin Hoteit constatait, ainsi que la plupart des observateurs de bonne foi ou condamnés à reconnaître une certaine part de vérité, que « suite à la résistance devenue légendaire de la Syrie face à une guerre planétaire et qui dure depuis plus de trente mois par l’intermédiaire d’une horde assassine de terroristes armés jusqu’aux dents , voilà que les équations attendues sur le terrain s’inversent et que les tendances générales observées sur la scène internationale se modifient. Ainsi, nous avons vu la crise passer du stade où l’agression incendiaire allait atteindre ses objectifs selon la logique de la solution militaire imaginée par le camp des États agresseurs dirigé par les USA, au stade où il n’est plus possible que d’envisager une  solution pacifique par le dialogue et la négociation ».

Il ajoutait : « L’agression incendiaire devra désormais se limiter à deux objectifs : servir de pression diplomatique dans la négociation, et purifier le territoire syrien de tous les déviants partis combattre un État laïc où coexistent des citoyens de toutes les religions et croyances… Nouveaux objectifs qui ont abouti à l’accord de Genève du 14 Septembre 2013 entre les ministres des Affaires étrangères de la Russie et des États-Unis… Nous étions arrivés au bord de l’explosion qui aurait détruit la région ; mais étant donné les intérêts et l’’équilibre des forces sur le terrain, il nous paraissait logique de prédire que les USA n’oseraient pas mettre leur menace à exécution, quoique nous n’avions pas exclu la probabilité d’une erreur de calcul de leur part ! ».

L’erreur de calcul étant momentanément écartée par ce que les médias se plaisent à qualifier de « manœuvre diplomatique astucieuse de Vladimir Poutine » [2] sans jamais admettre que la Syrie et les Syriens se battent, depuis deux longues années et demi, d’abord et avant tout pour leur « identité » contre des zombies de destructions massives toujours nourris par les USA et leur dernier allié occidental plus royaliste que le roi… Un allié, dit-on, sonné par « le revirement d’Obama » mais qui ose encore prétendre, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, que l’armée syrienne tue son peuple et qu’à la limite la résistance héroïque de ce peuple, face à la plus dégueulasse des guerres qu’ait connu l’Histoire, constitue « une atteinte à la paix et à la sécurité internationales » ! [3].

Comble du comble, l’Ambassadeur permanent de la Syrie auprès de l’ONU, M. Bachar al-Jaafari, aurait commis un crime de lèse-majesté en s’en prenant à la France ! [4]. Il aurait été plus honnête de dire qu’il s’en est pris à ses dirigeants et plus particulièrement à M. Fabius qui « semblait ne pas comprendre la signification de la résolution 2118 » [5] votée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies le vendredi 27 Septembre 2013 [6].

 Puisque, selon les dires de M. Fabius lui-même [3] « Tout ça bien évidemment doit être passé au filtre de la réalité », que devons-nous comprendre et redouter de cette résolution 2118, comme nous l’explique le Général Hoteit ? [NdT]. 

______________________________________

 

La résolution 2118, adoptée par le Conseil de sécurité pour le démantèlement et la destruction des armes chimiques en Syrie, restera une étape importante et décisive témoignant de la transition vers un nouvel ordre mondial ; les résolutions des trois décennies précédant ce 27 Septembre 2013 ayant été d’une toute autre nature.

Pour rappel, suite à l’effondrement de l’URSS, les USA avaient fait main basse sur les organisations et institutions internationales, notamment sur le Conseil de sécurité pratiquement rattaché au ministère US des Affaires étrangères et aux ordres de la Maison Blanche, sans que certains n’osent utiliser leur droit de veto et que d’autres ne songent ne serait-ce qu’à hésiter devant leur volonté. Le Liban en a fait l’amère expérience suite à l’adoption de la résolution 1559 le concernant [7]; laquelle, bien que soumise au chapitre VI de la Charte des Nations Unies, était en contradiction avec la Charte elle-même puisqu’elle revenait à violer sa souveraineté et son indépendance, interférait dans ses affaires intérieures, et se mêlait de ses relations avec un pays frère. Sa mise en œuvre a étrangement nécessité la nomination d’un « Envoyé spécial » du Secrétaire général de l’ONU, lequel n’a pas tardé à se transformer en une sorte de « Haut Commissaire US-international au Liban » !

En revanche et malgré la prétendue satisfaction victorieuse des USA, cette dernière résolution 2118 peut être considérée comme le signe annonciateur du retour à l’équilibre au sein du Conseil de sécurité et, par conséquent, du retour à un certain équilibre dans les relations internationales. Nous avons suffisamment dit et répété depuis deux ans que c’est de la matrice syrienne que naîtra un nouvel ordre du monde et c’est ce qui a déjà commencé.

Ceci étant dit, il est important que nous examinions les étapes clés qui ont mené à l’approbation de cette résolution par le Conseil de sécurité :

La référence au Chapitre VII

Cette référence est une volonté du bloc occidental sous direction US et avec incitation des pays du Golfe, pour que le Conseil de sécurité justifie le recours à la force militaire ou autorise n’importe quel État membre à en user contre la Syrie et son gouvernement. C’était le but des manœuvres US qui ont cherché à imposer leurs diktats à la Syrie. Mais les nouvelles équations ont gâché cette chance aussi bien pour les occidentaux que pour les USA. La résolution a été prise en vertu du chapitre VI, ce qui signifie que sa mise en œuvre ne nécessite pas le recours à la force mais reste conditionnée par le consentement de l’État concerné et, par conséquent, affirme sa souveraineté.

Ce fait n’est nullement modifié par ce qui est indiqué au paragraphe 21 quant à l’imposition de mesures en vertu du chapitre VII en cas de non respect de la résolution, car elle ne se limite pas au gouvernement syrien, comme le souhaitaient les USA, mais vise implicitement toute personne concernée par son application y compris les groupes armés sévissant sur le territoire syrien ainsi que les États voisins qui faciliteraient la possession ou le transfert d’armes chimiques en Syrie.

D’autre part, l’éventuel recours au chapitre VII n’est pas automatique, mais passe par la prise d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité et par le droit de veto de chacun de ses membres permanents, après identification du contrevenant et des conditions du recours à la force.

Finalement, le texte de cette résolution 2118 comporte des points positifs dans l’intérêt de la Syrie même si le bloc occidental tente de les négliger, l’impact du paragraphe 21 étant de nature politique, sans plus !

Les destinataires de la résolution

Depuis le début de l’agression contre la Syrie, les USA et tous leurs affidés ont cherché à convaincre de la non légitimité du régime et du gouvernement syriens, affirmant que les seuls représentants du peuple syrien étaient ce groupe de « résidents de palaces à l’étranger » pompeusement nommés Conseil national syrien [CNS] puis Coalition… et sont allés jusqu’à les asseoir sur le siège de la Syrie à la « Ligue hôtelière des États arabes » ; l’État syrien étant, selon eux, responsable de tout le sang versé !

La résolution 2118 est venue contredire ce cliché étant donné qu’elle appelle par la lettre et l’esprit à travailler avec la gouvernance légitime actuelle de la Syrie ; met en échec les tentatives US innocentant les crimes des gangs armés sévissant sur son territoire ; équilibre le discours des organisations et des États agresseurs, lesquels sont désormais comptables de toutes tentatives d’exploitation et de livraison d’armes chimiques aux prétendus rebelles. Le paragraphe 5 de la résolution est plus que clair : « … aucune des parties syriennes ne doit employer, mettre au point, fabriquer, acquérir, stocker, détenir ou transférer des armes chimiques ».

Les clauses qui méritent prudence

Il ne faudra pas oublier que les USA contrôlent toujours le Secrétariat général des Nations Unies et son Secrétaire général en particulier. Il n’est donc pas exclu qu’ils tentent de biaiser certaines clauses de la résolution pour faire dérailler le processus de désarmement à leur avantage. Cela n’a certainement pas échappé à M. Bachar al-Jaafari qui a déclaré que la résolution « couvre la plupart des préoccupations de la Syrie »… la plupart ! En effet, certains points de détails nous paraissent mériter prudence :

  • Le Secrétaire général étant habilité pour désigner les envoyés onusiens chargés de répertorier, inspecter, vérifier la destruction des armes chimiques, avec lesquels la République arabe syrienne devra coopérer ; il faudra veiller à ce que le personnel désigné ne soient pas d’emblée susceptible de s’écarter de l’esprit de la résolution [Paragraphe 7].
  • Les États membres étant engagés à « contrôler » et donc à rendre compte de leurs observations concernant l’application de la résolution, certains plus enclins aux calomnies que d’autres ; il serait plus prudent de constituer un « Comité international de surveillance des calomniateurs » [Paragraphe 10].
  • La résolution « insistant sur le fait que la seule solution à la crise syrienne est un processus politique sans exclusive, dirigé par les Syriens, fondé sur le Communiqué de Genève du 30 juin 2012… », lequel a convenu  des lignes directrices et de principes pour une transition politique par, entre autres, la mise en place d’un organe de gouvernement transitoire qui pourra comprendre des membres de l’actuel gouvernement et de l’opposition « ainsi que d’autres groupes »… [8] ; il faudra être particulièrement prudent sur deux autres points. Le premier est de faire en sorte que le bloc occidental ne puisse pas choisir les membres de cet organe à sa convenance, mais qu’il soit effectivement composé de véritables représentants du peuple syrien. Le deuxième, est de veiller à ce qu’il ne présente pas cet organe comme le remplaçant de l’autorité légitime actuellement au pouvoir en Syrie. Ceci, parce que certains États pourraient persister dans leurs tentatives visant à faire admettre, dans ses rangs, des représentants de l’un quelconque des groupes prétendument révolutionnaires syriens… sous prétexte qu’ils sont « militairement victorieux » dans certaines zones, dites libérées, du territoire syrien.

Ici, il faut souligner l’importance des déclarations du ministre syrien des Affaires étrangères et des expatriés, M. Walid al-Mouallem à propos de la Conférence de Genève 2 : « La Syrie appuie la tenue de la conférence de Genève 2 pour parvenir à un règlement politique de la crise… Nous n’y participerons pas pour livrer le pouvoir à quiconque… C’est au peuple syrien, seul, de décider de son avenir via un processus politique loin de toute ingérence étrangère… Elle peut parvenir à un programme et à un plan d’action politique qui sera soumis à référendum populaire pour que le peuple syrien soit le décideur de son avenir… Tout règlement inadmissible par le peuple syrien, est inapplicable » [9].

En conclusion, en dépit de ces quelques observations qui justifient la prudence, il nous faut dire que la résolution 2118 est le premier fruit de la victoire de la Syrie dans sa défense contre l’agression planétaire sans précédent, une victoire qui tend donc à rétablir l’équilibre au sein Conseil de sécurité et d’un nouvel ordre mondial multipolaire. Grâce à sa résistance, la Syrie demeure souveraine, une et indivisible ; ce que la résolution 2011 confirme absolument !

Dr Amin Hoteit

30/09/2013

 Article original : Al-Thawra  القرار 2118 أول قرار في ظل نظام عالمي جديد؟ ولكن..؟

http://thawra.alwehda.gov.sy/_Kuttab.asp?FileName=104835348620130930011023

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Notes :

[1] المعالم الأساسية لمشروع الاتفاق الدولي حول سورية و

http://thawra.alwehda.gov.sy/_kuttab_a.asp?FileName=72038658720130916005444

[2] EXCLUSIF. Comment Hollande avait prévu de frapper la Syrie

http://tempsreel.nouvelobs.com/guerre-en-syrie/20130927.OBS8824/exclusif-comment-hollande-avait-prevu-de-frapper-la-syrie.html

[3] Fabius à l’ONU

http://www.franceonu.org/la-france-a-l-onu/espace-presse/declarationspresse/points-de-presse/article/23-septembre-2013-ouverture-de-la

[4] L’ambassadeur syrien s’en prend à la France 

http://www.leparisien.fr/international/syrie-le-desarmement-vote-a-l-onu-mais-pas-de-sanctions-automatiques-28-09-2013-3177319.php

[5] Conférence de presse de M. Bachar al-Jaafari à l’ONU le 28 septembre 2013 

https://www.youtube.com/watch?v=TF0oErnWkPY&feature=player_embedded

Extrait vers la 6ème minute :

À la question [pas très audible] concernant le gouvernement français qui reconnait « Al-Jarba » comme le seul représentant légitime du peuple syrien et alors que M. Fabius avait participé le jeudi 26 Septembre à une réunion de la prétendue opposition syrienne, à New York, et en sa présence ; M. Al-Jaafari répond :

« Absolument pas ! Ceci n’est pas conforme à l’accord… J’ai adressé hier une lettre au Secrétaire général pour lui demander de renoncer à cet événement secondaire… C’est en toute franchise que je vous dis qu’il a eu lieu grâce à la délégation française dont la lecture des événements est plutôt surréaliste. La diplomatie française se comporte en« amateur » et non de façon professionnelle. Je conseille au ministre français des Affaires étrangères de lire la résolution avec attention. Ainsi il pourra en conclure qu’à partir de maintenant, ni lui ni son pays ne seront autorisés à en violer les décisions. Elle interdit au gouvernement français d’inciter au terrorisme et à la violence en territoire syrien. Elle interdit à Paris et au ministre français des Affaires étrangères de contribuer à l’escalade de la situation en Syrie à travers le soutien et la fourniture d’armes à ceux qui s’opposent à la tenue de la Conférence de Genève 2… Par conséquent, la diplomatie française a commis beaucoup d’erreurs. Il y a quelques minutes à peine, le ministre des Affaires étrangères lisait sa déclaration et paraissait ne pas avoir compris la signification de cette résolution… Mais il y a deux ou trois jours ils [la délégation française] ont organisé cet événement secondaire dans les locaux mêmes de l’ONU, ce qui constitue une violation flagrante de la Charte et de la volonté des États membres ».

[6] Security Council requires Scheduled Destruction of Syria’s Chemical Weapons, Unanimously Adopting Resolution 2118 (2013)

http://www.un.org/News/Press/docs/2013/sc11135.doc.htm

[7] Résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9solution_1559_du_Conseil_de_s%C3%A9curit%C3%A9_des_Nations_unies

La résolution 1559 a été adoptée le 2 septembre 2004 par le Conseil de sécurité de l’ONU, à l’initiative conjointe de la France et des États-Unis, par 9 voix sur 15 et 6 abstentions… « Ont déclaré que la résolution constituait une ingérence dans les affaires intérieures du Liban et se sont abstenus : Russie, Chine, Brésil, Algérie, Pakistan, Philippines ».

[8] Communiqué final (Genève, 30 juin 2012)

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/syrie/la-france-et-la-syrie/evenements-4439/article/reunion-du-groupe-d-action-pour-la

[9] Mouallem : La Syrie appuie la tenue de la conférence de Genève 2

http://213.178.225.235/fra/51/2013/09/28/504808.htm

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

 

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Nous sommes alors le vendredi 9 septembre 2011, le blog.mondediplo.net publie Cinquante ans après, l’« Agent Orange » empoisonne le Viêt Nam, par Marie-Hélène Lavallard.

Le 18 juin dernier, une cérémonie a marqué le coup d’envoi de la décontamination de l’aéroport de Da Nang, proche du grand port en eau profonde du Viêt Nam. Selon le programme publié un an auparavant, 300 millions de dollars seront nécessaires pour remédier en dix ans dans l’ensemble du pays[1] aux épandages de défoliants.

Pendant la guerre du Viêt Nam, d’août 1961 jusqu’en 1971, l’aviation américaine a arrosé le Sud afin de chasser de la jungle les combattants qui s’y abritaient et de stériliser les rizières, forçant les villageois à se regrouper dans les « hameaux stratégiques » et privant ainsi les maquisards de nourriture et d’aide[2]. Plus de 77 millions de litres de défoliants ont été déversés par avion (95 %), par hélicoptère, par bateau, par camion-citerne et par des pulvérisateurs portés à dos d’homme. Plus de 2,5 millions d’hectares ont été contaminés par ces défoliants, dont le plus connu est l’« Agent Orange ». Il contient de la dioxine, le poison le plus violent et le plus indestructible que l’on connaisse. C’est un désastre environnemental immense et une catastrophe humaine multiforme qui atteint aujourd’hui la quatrième génération de Vietnamiens, sur les plans sanitaire, économique et socioculturel.

Le gouvernement américain et les firmes impliquées éludent leurs responsabilités. Une conspiration du silence a caché pendant des années la toxicité des défoliants employés. Le Dialogue Group a été fondé en 2007 sous l’égide de l’Institut Aspen, grâce à un financement de la Fondation Ford. Il réunit des citoyens, des hommes politiques et des scientifiques des deux pays pour se pencher sur les conséquences des épandages d’« Agent Orange ». Son objectif explicite – démontrer qu’au-delà des clivages politiques une action humanitaire peut trouver place – indique la voie suivie et en marque les bornes. En fait, les trois premiers rapports portant respectivement sur l’existence des “points chauds[3]“, sur les dégâts causés à l’environnement et sur les atteintes sanitaires n’apportaient guère d’éléments nouveaux par rapport aux études antérieures. Il n’en va pas de même du rapport rendu public le 16 juin 2010, qui comprend une déclaration et un plan d’action[4]. Le ton de la première rompt avec les précautions de langage habituelles.

Les chiffres avancés par la Croix- Rouge vietnamienne pour le nombre des victimes sont repris comme étant « la meilleureestimation disponible », et les efforts déployés par le Viêt Nam depuis 1980 pour faire face par lui-même aux conséquences des épandages sont salués. Le plan d’action mobiliserait 300 millions de dollars, à raison de 30 millions par an.

Le Dialogue Group n’a ni argent ni pouvoir de décision ; il s’adresse directement au gouvernement américain pour financer la majeure partie du budget prévu – ce qui est nouveau. D’ailleurs, M. Walter Isaacson, son coprésident (il est également président d’Aspen), précise que l’effort serait modéré : « Lenettoyage de notre gâchis de la guerre du Vietnam sera beaucoup moins coûteux que la fuitede pétrole dans le Golfe que British Petroleum (BP) va devoir nettoyer[5]. »

Dès mai 2009, le Congrès américain a publié un rapport sur « les victimes vietnamiennes de l’“Agent Orange” et les relations États-Unis-Viêt Nam[6] ». L’auteur, M. Michael M. Martin, y soulignait la nécessité d’établir de bons rapports avec le Viêt Nam dans la situation géopolitique actuelle et combien la question de l’« Agent Orange », dernière survivance de la guerre, y faisait obstacle alors qu’il serait possible de la traiter de manière humanitaire sans reconnaître – le rapport y insiste – aucune responsabilité à cet égard. Des grands journaux américains ont relayé le débat, posant la même question : le Viêt Nam est-il assez important pour que les États-Unis s’attellent sérieusement au problème de l’« Agent Orange » ? La réponse va de soi, et les récents incidents en mer de Chine méridionale la justifient encore davantage. Dans ses conclusions, le rapport Martin suggérait l’adoption d’un plan pluriannuel d’aide au Viêt Nam comme l’une des mesures susceptibles de favoriser la « puissance douce » (soft power) des États-Unis en Asie. Le Dialogue Group s’est rallié à cette option. Alors que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) dévoilait le 28 juin 2010 un projet de 5 millions de dollars pour le traitement de l’aéroport de Bien Hoa, près de Ho Chi Minh-Ville, sous l’égide d’une organisation indépendante, la Global Environment Facility, les États-Unis ont décidé de consacrer 32 millions de dollars à la réhabilitation de la zone de Da Nang  Le 19 novembre, l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid) a fait part de son plan, sur deux ans, à partir de juillet 2011, au comité populaire de la ville, et un accord a été signé avec le ministère vietnamien des ressources naturelles et de l’environnement. Les couches contaminées du sol seraient enlevées et stockées dans une zone confinée étanche en attendant que soit découverte une méthode de destruction de la dioxine, à moins qu’elles ne soient brûlées à plus de 350 °C dans des tubes.

La « realpolitik » de l’administration Obama a donc un effet collatéral positif. L’exigence de justice demeure. Les États-Unis s’honoreraient en reconnaissant leur responsabilité à l’égard du Viêt Nam et des Vietnamiens. Il en va de même des compagnies (Monsanto, Dow Chemical, etc.) qui ont fabriqué les défoliants, en ont caché la toxicité en falsifiant des résultats de recherches, ont accumulé par leur vente des bénéfices gigantesques et financé leur reconversion dans l’agroalimentaire. Il est par ailleurs évident que 300 millions de dollars ne suffiront pas. Le Viêt Nam a besoin d’une aide massive. Les victimes ne peuvent pas attendre.

Il faut qu’elles reçoivent un soulagement immédiat. La déclaration du Dialogue Group s’adresse à tous les gouvernements. C’est au niveau des États que doivent s’organiser le soutien au Viêt Nam et l’exigence de justes réparations.

Marie-Hélène Lavallard, agrégée de philosophie

Note d’André Bouny

Après un long débat, le Congrès américain a adopté, et le Président Obama a signé, le projet de loi FY11 d’un montant de 18,5 millions de dollars pour la décontamination d’une aire de stockage de l’ancienne base américaine de Da Nang. En première estimation, entre 30 et 40 millions de dollars semblaient nécessaires mais, au final, celle somme atteindra très certainement plus du double. On l’estime aujourd’hui à 84 millions de dollars pour une surface à traiter de 3 hectares et demi seulement. Or, les USA prennent à leur compte moins de la moitié du coût initial, soit 15,5 millions, allouant par ailleurs les 3 autres millions à des programmes liés à la santé… vers les infirmes vietnamiens en général, et pas aux seules victimes de l’AO : une façon de ne pas les reconnaître comme telles. Cet argent parviendrait par l’intermédiaire d’organisations étasuniennes comme East Meets West, Save the Children et Assistance au Viêt Nam pour le Handicap, car le Président de l’Association Vietnamienne des Victimes de l’Agent Orange/Dioxine (VAVA) a déclaré dernièrement que pas un centime n’était arrivé à ce jour. Aujourd’hui les travaux préparant la décontamination rencontreraient des difficultés et seraient à l’arrêt… Et la radio La Voix du Vietnam (VOV) annonce désormais la fin des travaux pour 2016 ! C’est toute la différence entre la carte et le territoire : entre l’information des grands médias, s’arc-boutant à véhiculer une image positive des USA, et la réalité. « Le projet de décontamination proposé concerne l’ancienne base de Da Nang » signale enfin le document, « lieu d’opérations pour de nombreuses unités de l’US Forces durant la guerre au Vietnam », précise-t-il.

Dans cet avis de sollicitation (Appel d’offre) numéro 486-11-028, daté du 1er avril 2013, l’accent est mis sur l’enlèvement des dioxines du sol considéré et la remise en état par désorption thermique (DTPI, application de chauffage par conduction thermique sous vide pour traiter les sols contaminés sans excavation). « L’aéroport de Da Nang au Vietnam a été considéré comme un « point chaud » en raison de la concentration élevée de dioxine 50 ans après que de grandes quantités d’Agent Orange et autres produits chimiques y ont été stockés, transvasés, et utilisés sur ce site », ajoute le document. « Le gouvernement du Vietnam a sollicité l’assistance de celui des Etats-Unis pour remédier à la dioxine contaminant sols et sédiments à l’aéroport de Da Nang. L’USAID a lancé, en 2008, une initiative environnementale dans ce pays, et l’année suivante l’agence a mené une étape d’évaluation détaillée pour entreprendre le nettoyage. USAID prévoit que la phase de remise en état débutera en décembre 2013 et se poursuivra au moins jusqu’en octobre 2015, le contrat d’activité se clôturant après un suivi de six mois. L’entrepreneur principal retenu pour le projet, dont la part est estimée à 10 millions, doit être un fournisseur américain [ainsi les pollueurs auront fait de gigantesques bénéfices en contaminant et gagneront de nouveau en dépolluant. À l’instar de la somme allouée aux handicapés, l’argent étasunien restera étasunien], des entreprises privées vietnamiennes sont admissibles comme sous-traitants ». Cet appel d’offre résume le plan général de l’USAID qui publiera une demande plus détaillée de propositions dans une dizaine de jours, ajoute le document.

Les photos dans cet article illustrent les travaux de la construction du four pour l’élimination de la dioxine sur l’aéroport de Da Nang au Viêt Nam.

Source : Vietnamnet Bridge

 

  

 

Le 24 du même mois, vietnamnews.vnagency.com.vn, titre L’aéroport de Da Nang contaminé à la dioxine serait assaini d’ici à 2015, déclara Le Ke Son, co-président du Comité consultatif mixte sur l’Agent Orange (AO) lors de la conférence de presse d’hier qui a conclu la sixième réunion du comité. La réunion de deux jours a réuni des représentants des gouvernements américains et vietnamiens, mais aussi de la communauté internationale, soulignant que la question de l’Agent Orange / dioxine est devenue une affaire internationale. En 2006, les gouvernements américain et vietnamien ont créé un comité consultatif conjoint pour identifier les problèmes techniques et aider les décideurs. Kevin Teichman, co-président, a déclaré que la réunion de cette année a examiné les progrès récents réalisés pour nettoyer de façon durable le sol et les sédiments contaminés du lac à l’aéroport de Da Nang.

En Avril, le Congrès américain a alloué une somme 18.5 millions de dollars US afin de poursuivre les activités de l’AO au Viet Nam, dont 15,5 millions de dollars sont allés à la décontamination à l’aéroport de Da Nang. Teichman a déclaré que le comité a également discuté des efforts à envisager pour assainir l’aéroport de Bien Hoa dans la province de Dong Nai, et celui de Phu Cat dans la province de Binh Dinh. Le travail de décontamination à l’aéroport de Phu Cat serait probablement réalisé l’année prochaine [il n’en a rien été] tandis que l’évaluation technique globale des travaux de décontamination à l’aéroport de Bien Hoa n’avait pas été achevée. Meur Son note que le gouvernement américain avait promis d’augmenter [?!] ses engagements financiers pour faire face aux conséquences des dioxines / AO. L’année dernière, le Groupe de dialogue américano-vietnamien sur l’Agent Orange / dioxine a publié un rapport demandant au gouvernement américain et d’autres donateurs de lever 300 millions de dollars pour étendre les services aux personnes atteintes de handicaps liés à l’exposition à la dioxine, nettoyer les sols contaminés et restaurer les écosystèmes endommagés dans les «points chauds».

 

Le 12 octobre 2011, vabenefitblog.com publie Projet de loi pour indemniser les victimes de l’Agent Orange, par Levi Newman.

Agent Orange Relief Act a été présenté à la Chambre des Représentants le 25 Juillet 2011. Le projet de loi cible les problèmes et les préoccupations concernant l’exposition aux herbicides mortels, notamment l’AO, pendant la guerre du Viêt Nam. Le projet de loi vise à rémunérer individuellement les victimes vietnamiennes et les anciens combattants des États-Unis qui ont été exposés à l’AO, ainsi que les enfants des personnes touchées ayant développé des complications liées aux herbicides utilisés pendant la guerre du Viêt Nam.

Dans le cadre du projet de loi, ces personnes recevraient des soins médicaux à domicile dans la durée et des équipements pour les aider. Et des services de consultation seraient également proposés.

Actuellement, le projet de loi est dans les premières étapes du processus législatif. Le 1er août 2011, il était visé au sous-comité sur la santé, car lois et résolutions introduites vont d’abord aux comités qui délibèrent, enquêtent, et révisent avant de voter.

Le président américain Barack Obama a abordé la question, parlant à la 93e Conférence annuelle de l’American Legion [association de vétérans étasuniens]. Il a dit que trois nouvelles maladies sont désormais reconnues liées à l’exposition à l’AO et que les anciens combattants [étasuniens] commencent à recevoir des prestations relatives à ces pathologies.

Au cours de la dernière année, la liste de nouvelles maladies liées à l’AO a augmenté, mais en raison de nouvelles allégations, il se pourrait qu’une longue attente précède le versement des prestations espérées, bien que des progrès dans le partage des dossiers médicaux entre le ministère de la Défense et la Virginie aient été réalisés.

 

 

 

Deux jours après, agrilife.org, titre Des chercheurs de Texas A & M University recherchent un système d’assainissement pour l’Agent Orange, par Kay Ledbetter.

Ça fait presque 50 ans que l’AO a été épandu comme défoliant de la jungle dans certaines régions du Viêt Nam. Le conflit est terminé depuis des décennies. Mais la terre est toujours contaminée, selon la Texas A & M University et les responsables de recherche d’AgriLife, qui explorent des solutions. Le Collège d’agriculture et sciences de la vie (en particulier le Dr Scott Senseman, professeur au département des sciences du sol et des cultures, scientifique spécialisé dans le devenir et la gestion des pesticides) ont été invités à participer à un projet avec Vietnam National University – Hanoi. Le partenariat a été identifié comme un projet stratégique majeur par l’ambassade étasunienne au Viêt Nam. Senseman a récemment été invité à s’adresser à la Commission consultative paritaire, commission clé intergouvernementale pour la coopération entre les deux gouvernements.

Cette réunion a été tenue par des personnes issues de l’Environmental Protection Agency américaine, Center for Disease Control, l’UNICEF, des attachés de l’ambassade américaine au Viêt Nam, des scientifiques vietnamiens et les organismes de réglementation et autres consultants responsables pour le nettoyage de la dioxine dans les aéroports vietnamiens où l’AO a été stocké durant la guerre.

« L’objectif principal du projet initial est de trouver des solutions de bioremédiation pour environ 7 millions d’hectares de forêt [pas tant ?!] et 1,2 millions de terres agricoles qui ont été détruites par l’AO pendant la guerre, ainsi que, de ce fait, la surexploitation de la terre », déclara Senseman. Dr. Randy Kluver, directeur exécutif pour l’Asie et le Pacifique au Bureau des affaires internationales de la Texas A & M, a été contacté par le corps professoral de l’Université nationale du Viêt Nam en 2010 concernant une éventuelle implication de Texas A & M.

Dr Duong Van Hop, directeur de l’Institut de microbiologie et de biotechnologie de Hanoi, a contacté Kluver de Texas A & M en raison de l’expertise de l’université dans l’agriculture, et plus particulièrement des questions liées à la contamination par la dioxine.

En réponse à la demande, Kluver et Senseman ont visité Hanoi en mai et ont rencontré plusieurs représentants éminents et de scientifiques de l’Université nationale du Viêt Nam, ainsi que des représentants de l’ambassade des États-Unis pour discuter d’une collaboration.

Senseman a visité les régions touchées dans le sud du Viêt Nam avec les professeurs de l’université d’Hanoi. Il a également passé en revue le travail de Hop liés aux traces de dioxine détectées dans les régions au sud du Viêt Nam et déterminé qu’il restait dans le sol des concentrations par centaines de parties par million (ppm).

Le projet élargi comprendra la collaboration entre un certain nombre de collèges et les unités et partenaires vietnamiens comme l’Université nationale de Hanoi, Vietnam Académie des Sciences, Université de Hue, Vietnam Université de l’Agriculture et le Centre Tropical Vietnam -Russie.

Les activités de recherche potentielles qui ont été décrites sont: la génétique microbienne, la surveillance des eaux de surface, l’infiltration de celles-ci, l’écophysiologie, la rotation des cultures, des programmes d’analyse des résidus de la biomasse et de fertilité. « Le consortium envisage un projet pluriannuel comportant plusieurs étapes, notamment:

- Collecte des données et informations relatives à la dégradation des sols et la contamination par la dioxine dans le sud du Viêt Nam.
- Analyser des échantillons de sol et sa dégradation, établir des cartes de contamination par la dioxine.
- Développer des technologies pour lutter contre la dégradation des sols.
- Évaluer la fécondité pilote de produits à échelle expérimentale et sur la base de production à grande échelle. Le but ultime est d’améliorer la productivité tout en conservant un environnement de sol fertile, productif, et d’assurer une teneur minimale en dioxine des produits agricoles tels que le riz et le café », déclara Senseman. « Les dernières étapes viseront à former et à éduquer la communauté sur la gestion de la sécurité et du développement agricole durable, ainsi qu’évaluer l’efficacité socioéconomique de ces projets, déclara Kluver. Le financement du projet est recherché à travers différentes sources, y compris nationale, et des partenariats de la Fondation Sciences pour la recherche internationale et de subventions d’éducation », conclut-il.

Le 5 novembre 2011, fr.vietnamplus.vn, diffuse Séminaire vietnamo-étasunien sur l’Agent Orange

Environ 150 délégués ont participé, fin d’octobre, à un séminaire sur l’AO/dioxine, tenu à l’Université de Berkeley, à San Francisco, Californie (États-Unis).

Le séminaire était organisé par le Fonds Rotary, en coordination avec le consulat du Viêt Nam à San Francisco.

Le consul général du Viêt Nam de cette ville, Phan Ba Hung; le chef du Groupe de dialogue Viêt Nam-États-Unis sur l’AO/dioxine, Ngo Quang Xuan; la coordinatrice du groupe, Mme Susan Berresford, et le directeur du bureau de l’Institut Aspen, M. Charles Bailey, le groupe des Étasuniens d’origine vietnamienne “Viet Fellows”, entre autres, étaient présents à ce séminaire.

Les participants ont examiné les efforts et les contributions des parties concernées dans le règlement des séquelles de l’AO au Viêt Nam, a annoncé Ngo Quang Xuan, lors d’un entretien accordé à l’Agence vietnamienne d’Information (AVI).

« Ils ont qualifié de succès le projet de décontamination de l’AO à l’aéroport de Da Nang (Centre) et espèrent recevoir davantage d’aides en technologies, en ressources humaines et financières pour faire de même à l’aéroport de Bien Hoa, province de Dong Nai (Sud) », a-t-il indiqué.

« Le règlement des séquelles de l’AO au Viêt Nam nécessite davantage d’efforts et d’aides, car tout ce que la partie américaine a accordé est trop modeste en comparaison des nécessités que demande ce travail », estima madame le professeur en médecine, Nguyen Thi Ngoc Phuong, lors de ce séminaire.

Deux jours plus tard, mondialisation.ca et oulala.net, publient Une scandaleuse émission de Radio-Canada sur l’Agent Orange !  par André Bouny.

Lettre ouverte au médiateur (ombudsman) de Radio Canada

(Copie au médiateur de la CBC)

 Monsieur,

La radio nationale du Canada s’est déshonorée en diffusant, samedi 29 octobre, une conversation d’une rare inanité entre un journaliste incapable et un professeur de chimie français – qui peine à s’exprimer. Le sujet pourtant méritait mieux que ce pitoyable échange, que l’on pourrait résumer ainsi :

« En fin de compte, l’Agent Orange… si on peut dire, c’est pas prouvé.

- Ah ouais Ariel ?

- Ben non, Jacques, y’a pas de preuve. »

(Attention, vous voilà prévenus : l’émission… est affligeante, pour utiliser un euphémisme.)

En effet, au seul Canada, 2 600 demandes d’Anciens combattants ont été admises (sur un total de 3 900 déposées) en référence à une liste de maladies associées à l’AO établie par l’Institut de médecine de l’Académie nationale des Sciences étasunienne, à Washington) ; ce sont les victimes directes de ce produit chimique ; c’est certes moins que les 200 000 victimes actuelles chez les familles de vétérans étasuniens… et les millions de victimes vietnamiennes (pays où les victimes civiles sont bien plus nombreuses que les anciens combattants, dont la descendance est affectée jusqu’à la 3e génération à ce jour). En bref, ce n’est pas à proprement parler un sujet sur lequel il convient de dire n’importe quoi.

Rarement émission de radio aura aussi bien porté son nom… « La tête ailleurs »

Nous voulions répondre point par point aux nombreuses approximations et contrevérités énoncées par M. le professeur, mais en relisant ses propos, la faiblesse de l’argumentation ânonnée apparaît tellement évidente, que par souci de concision, nous nous en tiendrons seulement à 3 remarques :

Sur la dangerosité du produit :

« On ne savait pas », dit M. Fenster.

C’est faux. Un document interne du laboratoire de recherche biochimique de Dow Chemical, classé confidentiel, alerte sur l’exceptionnelle toxicité de la dioxine 2,3,7,8 -TCDD (tétrachlorodibenzo-para-dioxine) contenue dans l’AO et représentant un énorme potentiel en terme de maladies systémiques. Ce document date du 24 juin 1965 (année de l’apparition de l’AO sur le théâtre de la guerre). Il prouve que les chimistes fabricant ce produit à l’époque n’ignoraient rien de l’extrême toxicité de la dioxine TCDD. À la suite de quoi les principaux fabricants se réunirent et décidèrent de se taire craignant une «législation restrictive », qui aurait compromis leurs immenses profits. Mais le plus odieux, c’est que la dioxine aurait pu être quasi entièrement éliminée par un mode de production plus long (donc plus coûteux) qui n’a pas été mis en place, car « le produit devait être utilisé sur l’ennemi ».

Sur la corrélation :

Les Anciens combattants de pays alliés de l’armée US qui furent en contact avec l’AO, (ceux de Corée du Sud, de Nouvelle-Zélande, d’Australie), sont atteints, eux et leurs enfants, des mêmes pathologies, alors qu’ils ne résident pas dans les mêmes régions géographiques et connaissent des conditions et des modes de vie fort différents.

D’ailleurs, la Corée du Sud a intenté un procès aux compagnies chimiques étasuniennes et la Haute Cour de Séoul a condamné Dow Chemical et Monsanto. M. Fenster, qui ne dit rien de cela, ne semble pas le moins du monde surpris que des grands groupes industriels à but lucratif acceptent de payer 180 millions de dollars tout en clamant dans le même temps leur non responsabilité…

Sur la causalité :

M. Fenster : « pas de preuve absolue de causalité… »

C’est faux. L’Académie nationale des Sciences de Washington a établi les liens de cause à effet entre l’Agent Orange et des dizaines de pathologies (très graves, voire mortelles), et de malformations congénitales, parfois monstrueuses. Cette liste est remise à jour tous les 2 ans, et s’allonge au fil du temps. D’après le « Rapport Stellman », (du nom de la scientifique canadienne Jeanne Mager Stellman, autorité incontestée sur le sujet), jusqu’à 4,8 millions de Vietnamiens furent exposés directement à l’AO ; ce nombre ne tient pas compte des millions de personnes contaminés ultérieurement (passées, présentes, et à venir) par la chaîne alimentaire sans que l’on sache quand ni si cela s’arrêtera un jour.

Les gens ignorent tout des problèmes sanitaires, humains et environnementaux causés par les épandages d’AO lors de la guerre du Viêt Nam, qui fut la plus grande guerre chimique de l’Histoire de l’humanité. En cela, les médias dans leur ensemble portent une lourde part de responsabilité, car ils ont failli à leur mission d’information ; mais il est particulièrement insupportable d’entendre de telles inepties (« un herbicide qui n’est pas un herbicide, et qui fait que les plantes poussent, mais de trop » !) quand, par extraordinaire, 11 minutes d’antenne sont consacrées au plus grand écocide de tous les temps.

Nous tenons à vous signaler l’excellent travail réalisé par le magazine de la rédaction de la RTBF, radio nationale belge : les journalistes ne se sont pas contentés de lire rapidement un article quelques minutes avant l’émission : ils sont allés sur place, au Viêt Nam, et ont également interrogé des spécialistes. Vous pouvez l’écouter ici (émission « Transversales »).

Par ailleurs, il nous apparaît important de souligner que M. Ariel Fenster entretient des liens avec certains « mastodontes » industriels de la chimie, comme par exemple Dow AgroSciences Canada, filiale de Dow Chemical (l’un des principaux fabricants de l’AO). Par conséquent, est-il normal que la radio nationale du service public l’invite à venir discuter des méfaits de ce produit, sans jamais en avertir l’auditeur ? Doit-on considérer qu’il s’agit d’une grave faute professionnelle, en termes de déontologie et/ou méthodologie, de la part du journaliste Jacques Bertrand, ou à tout le moins de l’aveu d’une terrible et coupable incompétence ? La précédente médiatrice de Radio Canada,

Mme Julie Miville-Dechêne, attachait une grande importance à l’éthique journalistique et à la déontologie. Par ailleurs, « CBC/Radio-Canada s’engage sans réserve à faire preuve d’exactitude, d’intégrité et d’équité dans toutes ses activités journalistiques », peut-on lire sur la page Internet du site du médiateur. Nous espérons donc que vous prendrez cette demande de révision en considération, et y répondrez.

En définitive, nous aimerions connaître la réponse à la question suivante : pourrait-il y avoir un lien de causalité entre le « discours » de M. Ariel Fenster, toujours enclin dans les médias à minorer les risques des merveilleux produits dits « phytosanitaires » issus des recherches de la très puissante et influente industrie chimique (qui compte parmi les plus grandes multinationales au monde), et le fait que M. Fenster a reçu des prix et récompenses de ladite industrie, et participe à des colloques organisés et payés par elle ?

Le fâcheux précédent du professeur Richard Doll nous semble à cet égard intéressant à garder à l’esprit…

 

Le 13 novembre, aoag.org, fait paraître Problèmes fondamentaux, conséquences humaines et environnementales des agents chimiques/ dioxine au Viêt Nampar le docteur Le Ke Sondirecteur général adjoint de l’Administration de l’environnement au Viêt Nam.

1. Avec environ 80 millions de litres d’herbicides, contenant au moins 366 kg de dioxine pure [80 g peuvent tuer 8 millions d’humains, cf. étude de l’Université de Columbia, NY ] épandue durant la Guerre américaine dans le sud du Viêt Nam est la plus grande guerre chimique de l’Histoire de l’humanité.

2. La concentration très élevée de résidus de dioxine (des centaines de fois le niveau admis par l’Agence de Protection de l’Environnement des État Unis) dans l’environnement, les animaux et les humains, et dans certains points chauds est une preuve claire des impacts à long terme de la dioxine contenue dans les herbicides utilisés par les États-Unis.

3. Plus de deux millions d’hectares à l’intérieur des terres, forêts et mangroves, ont été dévastés par les substances toxiques et produits chimiques. Ils souffrent et endurent des difficultés de réhabilitation. Dans ces zones la biodiversité a été réduite, certaines espèces animales et variétés de flore ont disparu.

4. Les travaux [tardifs] de recherche ont été mis en œuvre par des scientifiques vietnamiens et étrangers. La recherche épidémiologique sur 47.000 anciens combattants révèle des pourcentages de maladies, notamment de cancers, des anomalies catastrophiques de la reproduction, difformités congénitale dans la descendance de ceux exposés aux agents chimiques / dioxine, comparativement à ceux non exposés.

5. Dans leurs recherches les scientifiques vietnamiens ont découvert l’altération des gènes, chromosomes, protéines, immunodéficience chez les personnes ayant une exposition historique à l’AO, ainsi qu’une forte concentration de dioxine dans le sang.

6. La dioxine est le composé le plus toxique produit par l’homme. Elle se trouve dans les produits chimiques toxiques utilisés par les États-Unis pendant la guerre du Viet Nam, une des principales causes du pourcentage très élevé de personnes handicapées au Viet Nam.

7. Le gouvernement et le peuple du Viet Nam ont fait des efforts de recherche, et pour surmonter les conséquences des produits chimiques toxiques / dioxine ; des centaines de travaux scientifique ont été menés en coordination avec des chercheurs étrangers. Près d’un million de victimes de la dioxine ayant contracté des maladies ont reçu le soutien du gouvernement et du peuple du Viet Nam à hauteur d’environ 50 millions de dollars / an.

8. Dans certaines régions fortement contaminées, l’AO / dioxine a continué d’affecter l’environnement et la santé humaine. Le gouvernement du Viêt Nam a pris des mesures de contrôle, mais ne peut répondre que partiellement aux exigences des impacts de la dioxine.

9. Depuis 2005, le gouvernement des États-Unis a participé à des recherches sur les dioxines résiduelles dans la base aérienne de Da Nang. À l’heure actuelle, le gouvernement des États-Unis déclare coopérer avec celui du Viêt Nam pour mettre en œuvre le projet de traitement de la dioxine sur l’ancienne base aérienne de Da Nang. Les deux parties doivent pousser davantage le projet pour le faire progresser, et coopérer dans le traitement de la dioxine à Bien Hoa et Phu Cat, autres anciennes bases aériennes étasuniennes fortement contaminées.

10. Le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), en coopération avec le Programme de développement des Nations Unies et le Bureau du Comité National de Pilotage 33 [vietnamien] financeraient la mise en œuvre du projet

« Assainissement des hotspots [points chauds] contaminés à la dioxine dans le Viêt Nam ». Le projet est de lier et de soutenir d’autres nettoyages vers l’élimination de la dioxine des zones névralgiques entre 2011 et 2015 [impossible de l’envisager d’ici là !]

11. Parallèlement à l’assainissement de la dioxine sur les hotspots est mis en place un soutien aux victimes des conséquences de l’AO. Les programmes sur le soutien des personnes handicapées seront mis en œuvre à une plus grande échelle. Des plans sur la santé génésique, avec consultations, afin de diminuer les enfants handicapés, sera développé sur les hotspots.

12. Le gouvernement du Viêt Nam continuera de développer le programme de la recherche scientifique sur la période de 2011-2015 vers des questions fondamentales sur les herbicides, les conséquences pour l’environnement et l’homme, ainsi que des plans de liaison et de soutien sur d’autres projets ayant trait aux conséquences des herbicides.

13. Le projet « Laboratoire de la dioxine » financé par Bill et Melinda Gates, de Atlantic Philanthropies, est mis en œuvre. De jeunes chercheurs expérimentés sur l’analyse de la dioxine au Japon, en Allemagne et aux États-Unis, y travailleront. Ce laboratoire va commencer à analyser les dioxines dans des échantillons de sol, de boue et autres échantillons biologiques et servir à des recherches afin de surmonter les conséquences des herbicides au Viêt Nam.

14. Le gouvernement du Viêt Nam rend les conditions favorables aux organisations et individus de la nation et de l’étranger pour qu’ils puissent participer aux recherches visant à surmonter les conséquences des herbicides, et il demande aux États-Unis d’Amérique de continuer à participer, à grande échelle cette fois et avec plus d’efficacité.


Notes

[1] Lire Francis Gendreau, “Au Vietnam l’“agent orange” tue encore”, Le Monde diplomatique, janvier 2006.

[2] W. A. Buckingham Jr, « Operation Ranch Hand : The Air Force and Herbicides in Southern Asia 1961- 1971», Office of United States Air Force History, Washington, DC, 1982.

[3]Anciens lieux de stockage où la concentration de dioxine dans le sol atteint jusqu’à trois cents fois le niveau toléré. Outre les bases de Da Nang, Bien Hoa et Phu Cat, on en dénombre vingt-cinq autres.

[4] « Agent orange in Vietnam program », The Aspen Institute, 26 juillet 2011.

[5] Faut-il rappeler la ferme déclaration du président Barack Obama à ce sujet ? « C’est eux qui ont causé le désastre, c’est eux qui doivent en assumer les conséquences. »

[6] Michael M. Martin, « Vietnamese victims of Agent Orange and U.S.-Vietnam relations » (PDF), Congressional Research Service, 28 mai 2009.

André Bouny, auteur du livre « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam » (collection Résistances, éditions Demi-Lune, Paris, 2010), et membre fondateur du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange (CIS), qui regroupe des experts et des personnalités comme Joan Baez, Angela Davis, Noam Chomsky, William Bourdon, Henri Alleg, Stéphane Hessel, (et bien d’autres encore).

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Métamorphose de la « doctrine Obama »

octobre 1st, 2013 by Manlio Dinucci

Au cours de son premier mandat, le président Obama prend formellement ses distances avec la politique étrangère et militaire de son prédécesseur, le président Bush, en donnant l’impression que les Etats-Unis ne veuillent plus être « le policier du monde » et entendent opérer un désengagement militaire, en Afghanistan et ailleurs, pour se concentrer sur les problèmes intérieurs. C’est ainsi que naît ce qui est défini comme la « doctrine Obama ». La guerre, toutefois, ne disparaît pas de l’agenda de l’administration Obama : comme le démontre celle contre la Libye, conduite en 2011 par l’OTAN sous commandement étasunien, avec une attaque aéronavale massive et des forces soutenues et infiltrées de l’extérieur.

Au début de son second mandat, le président Obama annonce que « les Etats-Unis sont en train de tourner la page ». Mais la suivante aussi est une page de guerre. La nouvelle stratégie prévoit l’utilisation de forces armées plus flexibles et prêtes à être déployées rapidement, dotées de systèmes d’armes à technologie de plus en plus haute. Elle prévoit en même temps une utilisation de plus en plus grande des services secrets et des forces spéciales. Dans la nouvelle façon de faire la guerre, l’attaque ouverte est préparée et accompagnée par l’action couverte pour miner le pays de l’intérieur. Comme cela a été fait en Libye et comme on est en train de le faire maintenant en Syrie, en armant et entraînant les « rebelles », pour la plupart non Syriens, nombre desquels appartiennent à des groupes islamistes officiellement considérés comme des terroristes. En même temps le président Obama énonce la nouvelle « stratégie contre-terrorisme » : de « guerre illimitée contre la terreur » elle se transforme en une série d’ « actions létales ciblées » dans le but de « démanteler des réseaux spécifiques d’extrémistes violents qui menacent l’Amérique » (les Etats-Unis, NdT). Dans ces actions on utilise de plus en plus les drones armés, dont l’usage est considéré comme « légal », puisque les Etats-Unis mènent une « guerre juste et d’autodéfense ».

Le démocrate Obama, qui s’est présenté en « colombe » (et paré du Prix Nobel de la Paix), poursuit ainsi substantiellement la stratégie du républicain Bush, le « faucon », soutien ouvert de l’intervention armée. Comment justifier une telle métamorphose ? C’est ici qu’entre en scène Samantha Power, ex-enseignante à Harvard, gagnante du Prix Pulitzer avec un livre dans lequel elle théorise « la responsabilité de protéger » qui incombe aux Etats-Unis à l’ « ère du génocide ». Power entre au Conseil pour la sécurité nationale (l’organe dont font partie les éminences des forces armées et des services secrets, avec la mission de conseiller le président en politique étrangère et militaire). Obama la place ensuite à la tête du nouveau « Comité pour la prévention des atrocités » puis la nomme représentante des Etats-Unis aux Nations Unies. Power a été le principal artisan de la campagne qui prépare la guerre contre la Libye, en la présentant comme nécessaire pour mettre fin à la violation des droits humains. C’est elle encore qui, avec la même motivation,  fait pression pour que les Etats-Unis attaquent la Syrie. Et il y a sûrement la main experte de Samantha Power dans le récent discours du président Obama aux Nations Unies. Surtout quand il affirme que, face aux conflits au Moyen-Orient  et en Afrique du nord, « le péril pour le monde n’est pas celui d’une Amérique (Etats-Unis, NdT) trop impatiente de s’immiscer dans les affaires d’autres pays », mais que « les Etats-Unis puissent se désengager, en créant un vide de leadership qu’aucun autre pays n’est prêt à combler ».

Les Etats-Unis revendiquent donc le droit d’intervenir militairement n’importe où. Non pas pour leurs propres intérêts, mais parce qu’ils ont la sacro-sainte « responsabilité de protéger ».

Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 1er octobre de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20131001/manip2pg/14/manip2pz/346552/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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11-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor (2e partie)

septembre 30th, 2013 by Massimo Mazzucco

Vous avez pu constater le silence assourdissant des médias sur ce sujet à l’occasion des récentes commémorations, et comment, alors que des bénévoles organisaient par leurs propres moyens une campagne d’information de grande ampleur, la parole était donnée aux rares partisans de la censure plutôt qu’à l’un des milliers d’experts de différents domaines qui remettent en cause le récit officiel.

Alors que la 1ère partie se focalisait sur l’aspect “aviation” (absence de défense aérienne, affaire Mineta, boîtes noires, appels téléphoniques..), nous avons le plaisir de vous présenter aujourd’hui la seconde partie, consacrée aux questions que pose la version officielle des événements survenus au Pentagone et en Pennsylvanie où le Vol 93 d’United Airlines se serait écrasé.

ReOpenNews


Ces questions sont illustrées par la 2e partie du film de M. Mazzucco, « 11-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor », que nous venons de mettre en ligne. Cette partie porte sur les questions relatives aux événements survenus au Pentagone et à Shanksville (en Pennsylvanie) le 11 septembre 2001.

LE PENTAGONE

1. Comment le fuselage, qui est la partie la plus fragile de l’avion, a-t-il pu pénétrer entièrement dans le Pentagone, tandis qu’une partie des ailes et de la queue, pourtant plus solides, sont restées dehors et ont été réduites en miettes ?

2. Pouvez-vous expliquer ce qui est arrivé aux parties centrales des deux réacteurs, constituées de matériaux pratiquement indestructibles ?

3. Étant donné que d’après le Pentagon Building Performance Report, « l’appareil a certainement été détruit avant d’avoir parcouru une distance équivalente à sa longueur, » et qu’« il est hautement improbable qu’une portion significative du fuselage ait conservé son intégrité structurelle » après cela, pouvez-vous expliquer  : ce qui a causé le trou de sortie presque parfaitement circulaire dans le mur extérieur de l’Anneau C ; une brèche au rez-de-chaussée dont la taille correspond à la moitié de l’envergure d’un 757 ; le bout de l’aile gauche et la majeure partie de l’aile droite qui ont disparu sans explication valable ; les stabilisateurs horizontaux et l’empennage vertical qui ont eux aussi disparu sans explication; un fuselage qui s’est comporté davantage comme une tête de missile que comme un cylindre vide en aluminium ; l’absence de trace du cœur des 2 réacteurs; et un trou de  sortie dans l’anneau C que rien ne peut rationnellement justifier ?

4. Étant donné que le décalage maximum de synchronisation entre les deux caméras de surveillance du parking se traduit tout au plus par une différence de  position de l’avion de 7,5 mètres, pouvez-vous nous expliquer les différences flagrantes constatées entre les deux images ?

LE VOL UNITED AIRLINES 93 (SHANKSVILLE – PENNSYLVANIE)

5. Pouvez-vous expliquer comment un avion de 100 tonnes peut avoir fini sa course presque entièrement au fond d’un cratère qui s’est refermé sur lui-même avant l’arrivée des premiers secours ?

6. Puisque l’avion transportait 30 à 40 000 litres de kérosène au moment du crash, pouvez-vous expliquer pourquoi on ne voit aucun épais nuage de fumée noire s’élever dans le ciel après l’explosion, comme cela est toujours le cas lorsqu’un avion s’écrase au sol ?

7. Puisque l’avion est supposé avoir heurté le sol d’un seul bloc, pouvez-vous expliquer comment des débris ont pu être retrouvés jusqu’à 13 kilomètres du cratère, alors qu’il n’y avait qu’une légère brise ce jour-là ?

8. Puisqu’ils ne se trouvaient qu’à 20 minutes de Washington, et que pendant presque 6 minutes, les passagers n’ont pas réussi à entrer dans le cockpit (selon les données extraites officiellement de l’enregistrement de la boite noire), pourquoi les pirates n’ont-ils pas poursuivi leur route vers le Capitole ?

9. Et même s’ils ont pressenti qu’ils n’arriveraient pas jusqu’à Washington, pourquoi n’ont-ils pas essayé de frapper  une petite ville des alentours au lieu de faire s’écraser l’avion dans un champ désert, puisqu’ils savaient qu’en faisant ainsi, ils ne feraient pas d’autres victimes qu’eux-mêmes et les passagers ?

Original en anglais : http://www.luogocomune.net/site/modules/sections/index.php?op=viewarticle&artid=167, publié le 7 septembre 2013.

Traduction GV pour ReOpenNews

Version française : http://www.reopen911.info/

 

Partie 1/3 :

Mazzucco11-Septembre, le nouveau Pearl Harbor: 50 questions aux défenseurs de la version officiellePar Massimo Mazzucco, 13 septembre 2013

Partie 3/3 :

11-septembre-le-nouveau-pearl-harbor-1_311-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor (3/3) Par Massimo Mazzucco, 21 octobre 2013

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Par une femme franco-syrienne, contrainte à l’anonymat.

Monsieur le Président, Je suis une Franco-Syrienne de quarante ans, installée en France depuis plus de quinze ans. Je suis mère de famille. Je travaille pour l’État français. Une grande partie de ma famille habite en Syrie.

Depuis le début de la crise syrienne, la France n’a cessé de jouer un rôle majeur. D’abord par son support aux pétromonarchies, en particulier le Qatar et l’Arabie saoudite, partenaires économiques de la France et principaux fournisseurs d’armes et de matériel aux « insurgés ». Ensuite par le modelage d’une opinion publique qui reçoit depuis bientôt trois ans une information soigneusement sélectionnée, servie par des médias qui ont fait le pari de présenter un pouvoir syrien assassin, et surtout de faire abstraction des crimes inqualifiables perpétrés par lesdits « insurgés » sur une population civile désespérée, terrorisée, abusée, violée, égorgée, brûlée vive, décapitée… Les documents illustrant ces actes barbares n’ont pas pu échapper à vos collaborateurs, comme les images publiées dans l’hebdomadaire Paris Match du 12 septembre 2013.

Après l’attaque à l’arme chimique du 21 août 2013, et dans le mépris total du résultat de l’enquête de l’ONU sur les preuves de l’implication du gouvernement Assad dans l’utilisation de ces armes, vous décidez de punir davantage le peuple syrien, considérant qu’il n’a pas suffisamment souffert, et vous brandissez la menace d’un bombardement qui tuerait davantage de Syriens et détruirait le peu de bâtiments ou d’infrastructures ayant pu échapper aux tirs des « insurgés ».

Mais, au fil des jours, l’horizon d’une intervention militaire s’éloigne. Vous décidez tout de même d’agir et vous envoyez une généreuse livraison d’armes par la Jordanie et la Turquie, destinées à l’opposition. Or vous savez très bien que ces armes seront utilisées contre le peuple syrien.

Monsieur Hollande, je ne souhaite pas m’attarder sur mon cas personnel de femme rongée par la peur de perdre des proches et inquiète pour ses parents âgés qui habitent Alep, cette ville qui est assiégée depuis des mois dont aucun véhicule ne rentre ni ne sort, avec une population terrorisée, à la merci de ces fous de Dieu que vous comptez approvisionner. Je ne veux pas plaider la cause de tous les Syriens qui se sentaient tellement proches de la France et fiers de connaître sa culture. Je ne vais pas non plus m’attarder sur la douleur et le désespoir d’une communauté franco-syrienne, active, fière de sa deuxième patrie (la France), qui assiste depuis deux ans, impuissante, au massacre des siens.

Car le sentiment qui l’emporte, c’est la colère de constater que la France puisse livrer des armes aux « insurgés » pour servir des intérêts économiques et géopolitiques dans le mépris total du peuple syrien. Vous ne pouvez pas ignorer que l’opposition est infiltrée à hauteur de plus de 90 % par des djihadistes, les mêmes que vous combattez au Mali, et vous ne pouvez pas nier que ces armes sont destinées à tuer nos familles, nos parents, nos grands-parents, nos cousins restés en Syrie. Au lieu d’être un intermédiaire pour la paix qui œuvre pour inciter aux négociations, écartant toute violence et exigeant l’arrêt du bain de sang, vous décidez d’abonder dans le sens de la terreur.

Monsieur le Président, en quoi mourir déchiqueté par les tirs des armes livrées par la France serait plus acceptable que mourir torturé, décapité, égorgé ou gazé ? Le peuple syrien aspire tout simplement à vivre en paix. Vous qui présidez la conférence des pays amis du peuple syrien, employez toute votre énergie pour imposer rapidement l’arrêt de ces violences. Cessez d’armer les Syriens, quel que soit leur camp, et privilégiez la paix et la voie des négociations. Soulagez la souffrance du peuple syrien et faites honneur à la grande nation que doit rester la France.

 

Cette lettre est paru dans le quotidien français L’Humanité

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Selon toute vraisemblance, le dossier du gaz est « l’arrière plan » essentiel de la guerre contre la Syrie et plus particulièrement de la guerre qui frappe la région de Homs. Le quotidien Al-Akhbar a obtenu des informations en provenance de sources sûres qui se résument à dire qu’il existe un plan qatari, approuvé par l’administration US, dont l’objectif est la mise en place d’un nouveau gazoduc destiné au transport du gaz qatari vers l’Europe ; la Turquie et Israël étant parties prenantes.

De plus en plus, tout porte à croire que le gaz est le vrai fond du problème de la guerre contre la Syrie. C’est à partir de fuites émanant d’un géant pétrolier occidental que le quotidien Al-Akhbar a obtenu des informations, fiables, donnant les détails d’un projet qatari, soutenu par les États-Unis, et concernant la construction d’un nouveau gazoduc qui transporterait le gaz du Qatar vers l’Europe via la région syrienne de Homs. Cette ville et sa région sont donc le « nœud » ou le « cœur géographique » de ce projet qui, du même coup, offrirait des avantages stratégiques à la Turquie et à Israël dans l’équation du commerce gazier mondial.

Ce nouveau gazoduc devrait emprunter une « voie terrestre » qui démarre du Qatar, traverse le territoire saoudien, puis le territoire jordanien évitant ainsi le territoire irakien, pour arriver en territoire syrien et plus précisément à Homs. À partir de Homs le gazoduc devrait bifurquer dans trois directions : Lattaquié sur la côte syrienne, Tripoli au nord du Liban, Turquie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le but principal de ce projet est d’acheminer le gaz qatari et israélien vers le continent européen pour le distribuer à toute l’Europe, avec un triple objectif. Le premier : casser le monopole gazier russe en Europe. Le second : libérer la Turquie de sa dépendance du gaz iranien. Le troisième : donner à Israël une chance d’exporter son gaz vers l’Europe par voie terrestre et au moindre coût.

Pourquoi Homs ? 

Globalement, les objectifs cités plus haut ne pourraient être atteints si l’itinéraire du gazoduc rêvé ne passait pas par la région de Homs destinée à être « le carrefour principal du projet », parce que le gaz qatari ne dispose pas d’alternative pour rejoindre l’Europe, sinon que de recourir à de gros porteurs par voie maritime ; ce qui serait plus long, d’un coût plus élevé, et non sans danger pour certaines zones du parcours.  

Selon les informations issues de cette même compagnie pétrolière occidentale, le Qatar envisage aussi d’acheter mille cargos pour développer sa flotte maritime de transport du gaz avec l’ambition de s’impliquer dans un projet américain beaucoup plus vaste destiné à revoir l’équation du commerce gazier mondial. À la clé, deux modifications significatives. La première est fonction des découvertes de gaz en mer Méditerranée par Israël. La seconde est fonction de l’éventuelle exploitation des événements en Syrie, après création d’une situation politique qui permettrait de faire de Homs le carrefour principal de l’exportation du gaz qatari et israélien vers l’Europe.

Toujours selon ces mêmes sources, les zones du territoire syrien où les bandes armées de la dite « opposition syrienne » bénéficient du soutien US, qatari et turc – c’est-à-dire, le nord, Homs, et les envions de Damas – se superposent à celles du trajet que devrait suivre le gazoduc dans sa route vers la Turquie et Tripoli, si jamais elles finissaient par tomber sous le contrôle des forces de l’opposition inféodée aux trois parties. En effet, la comparaison de la carte des zones de combat avec celle du tracé du gazoduc qatari démontre bien la relation entre l’activisme armé et l’objectif de contrôler, coûte que coûte, ces zones syriennes.

Une fois arrivé en Syrie, le gazoduc devrait suivre deux lignes. La première irait des environs de Damas pour arriver à une trentaine de Kms de deux carrefours qui seraient An-Nabk et Al-Kussayr, puis de Homs il se dirigerait vers Tripoli et Lattaquié via Talbisseh et Al-Rastan. La deuxième ligne devrait parcourir le nord de la Syrie en allant de Homs vers Maarat al-Nu’man puis Idlib, avant de rejoindre la Turquie. Autant de villes syriennes que l’opposition armée cherche effectivement  à contrôler.

Les mêmes sources affirment que de leur point de vue, Robert Ford [Ambassadeur des USA en congé de la Syrie, NdT] et Frederick Hoff [Le chargé du dossier gaz au Levant] sont tous deux membres de la « Cellule de crise syrienne aux USA » et se partagent les rôles. Le premier organise les activités de l’opposition armée anti-syrienne sur le terrain, de manière à ce qu’elles répondent aux exigences de la mise en place du gazoduc qatari, dont le tracé a été préalablement concocté par le second. De plus, Robert Ford a reçu une nouvelle charge consistant à mettre en place un mini-gouvernement syrien, à l’étranger, ayant des ramifications au sein des groupes et organisations armées sévissant dans le nord de la Syrie, à Damas et à Homs dans le but de réussir la partition de la Syrie selon une carte superposable à celle des deux lignes du gazoduc, celle allant vers la Turquie, et celle allant vers Tripoli au Liban ; tout en ménageant d’autres régions pour le « régime » [!?; NdT]

 Avantages pour la Turquie 

Ce projet de gazoduc procure à la Turquie de multiples avantages stratégiques et économiques. Un : elle deviendrait un passage vital pour l’Europe qui pourrait ainsi diversifier ses sources de gaz pour ne plus dépendre que du gaz russe ; ce que les USA encouragent vivement. Deux : elle pourrait réaliser son vœu d’entrer dans le club européen. Trois : elle serait soulagée de ne plus dépendre quasi-totalement du gaz iranien ; ce qui ajouterait à sa valeur géostratégique. Quatre : elle réduirait sa facture énergétique exorbitante et toucherait, en plus de tout le reste, les dividendes payés par le Qatar et Israël pour le droit de passage de leur gazoduc à destination de l’Europe.

Avantages pour Israël

Du même coup, Israël serait candidate à devenir à son tour un « Émirat gazier majeur » en l’espace de cinq ans environ, du fait  de son exploitation du gaz  des deux champs « Leviathan » et « Tamar » partagés avec le Liban. Selon des études françaises, les capacités de ces gisements dépassent celles de « North Dome-South Pars » commun au Qatar et à l’Iran, et considéré comme le plus grand champ gazier du monde… Israël et le Qatar ont donc besoin d’emprunter la route de Homs vers l’Europe, parce que les alternatives sont très coûteuses, d’autant plus que le « Canal de Suez » n’est pas adapté à recevoir les gros cargos de pétrole et de gaz prévus à cet effet.

Avantages pour le Liban ? 

Il n’est pas inintéressant de noter la remarquable transformation positive de l’attitude de Doha à l’égard du Premier ministre libanais Najib Mikati, lors de sa dernière visite au Qatar. Non seulement le boycott diplomatique et économique est levé, mais l’ouverture est totale. On ne menace plus d’expulser les libanais travaillant sur le territoire qatari. On propose la mise en place de projets de développement pour soutenir et renforcer la stabilité économique du pays. Encore mieux, on se propose d’offrir une assistance financière au port de Tripoli, lequel est destiné à suppléer au port syrien de Lattaquié en cas de nécessité. Il n’est pas inintéressant, non plus, de noter que la raffinerie de Tripoli ne fonctionne plus depuis des années, mais qu’existent toujours des réservoirs de stockage de pétrole, non de gaz. Mais il est parfaitement possible de réhabiliter le port et d’y amener les installations nécessaires à la liquéfaction et au stockage du gaz. En même temps, ce serait l’une des options d’expédition du gaz qatari vers l’Europe !

Et la Russie dans tout ça ? 

Toujours selon les mêmes sources, la Russie aurait informé le Liban qu’elle ne sera pas d’accord avec ce dernier projet d’exploitation du gaz méditerranéen avant d’obtenir des garanties de l’Occident lui attestant qu’il ne chercherait pas à changer le « régime » en Syrie ; exigence qui ne serait nullement incompatible avec la poursuite des travaux de prospection gazière par des sociétés russes dans le secteur. Ceci, parce que ces sociétés ne doivent pas s’absenter au moment du boom gazier méditerranéen ; sans oublier que l’Iran, l’Irak, et la Syrie ont un projet commun partant de leurs propres territoires. Il consiste tout simplement à ce qu’un gazoduc iranien, traverse l’Irak pour arriver à Homs, avant de bifurquer vers Lattaquié et Tripoli…

Nasser Charara

13/11/2012

Article original : Al-Akhbar [Liban]

سوريا | مساعٍ قطرية لتأمين خط أنابيب إلى حمص ليتفرّع إلى أوروبا

http://www.al-akhbar.com/node/171421

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca 

Lire aussi :

Syrie : La guerre pour le gaz !

Un conflit international à manifestation régionale

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=30652

Liban : La ligne bleue maritime au service de l’ambition israélienne !

La guerre pour le gaz ne concerne pas que la Syrie…

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=30841

 

Nasser Charara est un journaliste libanais.

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Mère Agnès : Les enfants de l’attaque chimique ont été anesthésiés !

septembre 30th, 2013 by Mère Agnès-Mariam de la Croix

La mère Agnès-Marie de la Croix a assuré que les enfants qui ont été filmés dans le massacre aux armes chimiques dans la région de Ghouta en Syrie sont toujours vivants mais qu’ils ont été anesthésiés.

« Les habitants de la province de Lattaquié m’ont informée avoir vu leurs enfants dans les vidéos sur la Ghouta, filmées par les miliciens armés », a-t-elle dit dans une interview avec la chaine de télévision al-Mayadeen.

Accompagnant l’équipe des inspecteurs des Nations Unies dans leur deuxième visite à Damas, Mère Agnès explique que « le premier motif de son action était au début humanitaire, et la veille de l’attaque chimique dans la Ghouta nous étions à Damas. Nous avons vu de nos propres yeux ce qui a eu lieu à Maadamiya.

 

Donc, s’il y avait eu des morts, des victimes et des blessés, on aurait remarqué ceci immédiatement. Mais cette nuit, aucun mouvement inhabituel n’a été enregistré. Les gens ici sont tous des voisins et se connaissent. Les habitants de la Ghouta qui se sont déplacés vers Damas n’ont pas été paniqués par un événement de cette ampleur, surtout que les informations de presse ont fait état de 1400 morts et de 10000 blessés dans une petite zone. Nous n’avons pas entendu non plus les ambulances. Tout était calme cette nuit ».

« Telles étaient mes premières remarques, et lors de mon voyage en Malaisie, j’ai été en contact permanent avec les habitants de Lattaquié. Le 4 aout, les groupes armés ont ravagé 11 villages dans la province de Lattaquié.

Les médias occidentaux ont parlé d’une avancée de l’opposition syrienne, alors qu’un véritable carnage avait eu lieu. Nous avions dressé des listes comprenant les martyrs de la province de Lattaquié et les disparus. Les groupes armés avaient kidnappé 115 personnes dont 65 enfants de moins de 15 ans. Au cours de mon voyage, j’ai appris que des parents de la province de Lattaquié ont reconnu des enfants enlevés de la même région qui sont apparus dans les images diffusées sur les victimes des armes chimiques présumées dans la Ghouta.

Les Américains ont choisi 13 films parmi les vidéos présentées par les groupes armés et les ont qualifiés de surs.

Et Mère Agnès d’ajouter : « J’étais en contact avec des journalistes allemands, je leur avais dit que je suis incapable de déterminer la date et le lieu de chaque film. Ils m’ont envoyée une liste de 43 films dont les premières vidéos. Ma surprise était grande à la vue des mêmes enfants repris dans au moins quatre ou cinq vidéos. Je me suis dit que ce qui se passe est anormal.

 

Quand je me suis approfondie dans l’étude de toutes les vidéos sur des attaques chimiques présumées, je me demandais à chaque fois : d’où cherchent-ils tous ces enfants ? Où sont leurs parents ? Est-ce possible qu’une mère abandonne ses enfants ? Il est normal qu’un ou deux enfants disparaissent, mais perdre ce grand nombre d’enfants ceci suscite des interrogations ».

 « Toutefois, j’ai une bonne nouvelle : les enfants étaient anesthésiés, la preuve en est que tous les enfants étaient calmes à l’exception d’un enfant qui pleurait. On aurait administré à ces enfants plusieurs types d’anesthésiants pour donner l’impression qu’ils sont morts. Quant aux jeunes tués, je pense qu’ils sont des éléments des groupes armés qui ont joué le rôle de comparse ».

« S’ils étaient morts, on aurait vu ce nombre élevé de victimes enterrés dans les tranchées énormes creusées pour contenir entre 300 à 400 dépouilles. Mais seules 8 corps y ont été enterrés. Nous n’avons pas vu ceux qui enterrent. S’il y avait vraiment 1500 corps, où seraient-ils alors ? ».

Mère Agnès révèle à la chaine al-Mayadeen qu’une équipe internationale baptisée « l’équipe du 21 aout », et regroupant des experts allemands, français, italiens, canadiens et américains a été formée pour dresser une liste chronologique des événements entre 1h55 et 4h00 du matin. Ce timing suscite plusieurs interrogations. Il est impossible que toutes les dépouilles aient été transportées aux morgues le même jour, surtout qu’on parlait de milliers de victimes.

Nous sommes de plus en plus convaincus que ces vidéos n’ont pas été filmées le 21 aout. Elles ont été postées sur internet en ce jour et ceci nécessite plus de preuves ».

A suivre

Mise en ligne CV : 27 septembre 2013

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Le comité Valmy recherche un député susceptible de briser l’omerta en posant cette question au 1er Ministre. Quand le gouvernement viole la loi en tentant d’obtenir un consensus du Parlement au moyen d’un faux document dans le seul but d’entraîner la France dans un conflit au bénéfice des auteurs du crime qu’on prétend combattre, les députés sont face à une responsabilité historique : doivent-ils se coucher et accepter honteusement cette manipulation, ou, au contraire, demander des comptes, laver l’honneur de la République, et mettre sous la tutelle des élus de la Nation ce gouvernement qui a fait la démonstration de son irresponsabilité ?

Monsieur le Premier Ministre,

Le 2 septembre dernier, avant le débat à l’Assemblée nationale visant à obtenir un consensus sur une intervention militaire en Syrie, vous rendiez public un document déclassifié des services DRM et DGSE, document censé établir la preuve que l’armée régulière syrienne serait l’utilisatrice des armes chimiques contre le peuple syrien, le 21 août 2013.

Les lecteurs de ce document ne pouvaient qu’être frappés par l’absence de fait précis et la médiocrité de son contenu : après une présentation scolaire laborieuse de l’histoire de l’armement syrien, l’auteur pense pouvoir deviner l’identité des criminels de la seule nature des armes… Comme si toutes les utilisateurs de six coups étaient américains et russes les utilisateurs de Kalachnikov !

De l’affirmation non étayée que seule l’armée régulière serait en capacité technique de manipuler de telles armes, la représentation nationale devait conclure comme un seul homme à la responsabilité du gouvernement syrien. Pourtant, seuls les “rebelles” avaient intérêt à fournir le prétexte requis par le président Obama pour intervenir militairement. Par ailleurs, ce document occultait la présence d’éléments non syriens parmi les “rebelles”, dont certains étaient armés, formés et épaulés par de nombreux services étrangers capables de leur fournir la capacité d’utiliser des armes chimiques, ce qui ruinait le raisonnement précité.

Depuis le renoncement des États-Unis à l’attaque contre la Syrie, aucun service occidental et anti-syrien n’a été capable d’apporter la moindre preuve tangible de la responsabilité du gouvernement syrien dans les drames du 21 août. A l’inverse, nombre de documents, de témoignages et de faits incontestables tendent à établir la culpabilité d’éléments de la rébellion.

Sans un salvateur vote à la Chambre des Communes britannique, suivi d’un accord russo-américain, la France aurait été entraînée dans une agression militaire aux risques incalculables, très certainement pour soutenir les utilisateurs des armes chimiques, sur la seule foi de ce document.

Nous découvrons maintenant que ce document [1] présenté comme émanant des services secrets français porte la signature électronique de M. Sacha MANDEL [2] (« smandel ») et semble bien, en réalité, avoir été concocté par ce conseiller en Communication du Ministre de la Défense.

L ’introduction précise que « Ce document est constitué de renseignements déclassifiés issus des sources propres françaises. Il repose également sur l’analyse technique approfondie des sources ouvertes réalisée par nos services. » Force est de constater qu’aucun avis de Commission Consultative du secret de la défense nationale n’a été publié au Journal Officiel, seule preuve de déclassification légale de renseignements. [3] La Commission n’a donc pas été saisie, la procédure [4] n’a donc pas été respectée.

“le ministre ne peut déclassifier sans avoir préalablement demandé cet avis, même s’il est favorable à la demande.” [5]) L’introduction du document étant mensongère, la question se pose : ces « renseignements déclassifiés » n’existent t-il que dans l’imagination d’un communicant du ministère de la Défense ?

De quel droit le gouvernement prétent-il présenter aux parlementaires des renseignements déclassifiés sans qu’aucune procédure de dé-classification n’ait existé ? Quelle est la véritable origine de ces pseudo « renseignements déclassifiés » sur la base desquels il fallait déclencher de toute urgence un conflit au conséquences planétaires ?

Pouvez-vous, monsieur le Premier Ministre, désigner le véritable auteur de ce document ?

S’agit-il de M. Sacha MANDEL, responsable en communication de M. le Drian ou des services de renseignement, dont la DGSE qui a vu la prise de fonction d’un nouveau directeur [6] la veille de la parution de ce document ?

S’il s’agit des services officiels, pourquoi M. Mandel n’a t-il pas démenti ? Et dans ce cas, des sanctions ont-elles été prises ? Les services ont-ils été appelé à fournir des renseignements de meilleure qualité, au minimum pour que la France ne se trouve pas entraînée dans un conflit en se trompant d’adversaire, sur la base de renseignements erronés ?

Enfin, en prétendant que ce document essentiel émanait des services DRM et DGSE, qu’il contenait des « renseignements déclassifiés », le gouvernement a t-il présenté un faux à la représentation nationale ?

Comité Valmy
28 septembre 2013

Notes

[1] -Document sur le site du Premier Ministre

[2] -Organisation du cabinet du ministre de la Défense

[3] -CODE DE LA DÉFENSE : Commission consultative du secret de la défense nationale

[4] -Rapport de la CCSDN, procédure page 73

[5] -”Secret Défense” sur le site du Secrétariat Général pour l’Administration

[6] -Décret du 22 août 2013 portant nomination d’un directeur à la direction générale de la sécurité extérieure – M. BIGOT (Christophe)

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Dans la nuit de jeudi, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ont approuvé une résolution négociée entre les Etats-unis et la Russie, posant les bases d’une destruction du programme d’armes chimiques de la Syrie.

L’accord, d’abord proposé par la Russie il y a deux semaines dans une tentative d’empêcher les Etats-unis et leurs alliés de partir en guerre contre la Syrie pour soutenir les milices de l’opposition liées à Al Qaïda, marque clairement une pause dans la menace américaine de guerre contre la Syrie. Il y a encore deux semaines, le gouvernement Obama menaçait de partir en guerre, comme l’avait fait le gouvernement Bush enIrak en 2003, sans l’approbation du conseil de sécurité de l’ONU et au mépris du droit international.

Pour le moment, Washington négocie dans le cadre de l’ONU. Cela impose des obstacles bien précis à une guerre américaine contre la Syrie. La résolution que Washington a acceptée n’autorise pas l’usage de la force contre la Syrie, même s’il devait apparaitre qu’elle ne respecte pas le plan de désarmement.

Si Washington ou ses alliés accusaient la Syrie de ne pas respecter ce plan, ils devraient revenir devant le Conseil de sécurité pour demander une nouvelle autorisation s’appuyant sur le Chapitre 7 et autorisant le recours à la force, laquelle verrait probablement la Russie comme la Chine y opposer leur veto.

Le gouvernement Obama indique son soutien aux négociations et aux procédures pour le désarmement, proposées par Moscou et Damas. Les responsables du ministère des Affaires étrangères américain ont dit que la déclaration de ses armes chimiques par la Syrie est “assez bonne,” après avoir initialement exprimé des inquiétudes sur la possibilité pour le régime d’Assad de chercher à dissimuler ses armes. La Syrie aurait 300 tonnes de gaz moutarde, et plusieurs centaines de tonnes de liquides chimiques précurseurs des agents neurotoxiques, qui sont décrits comme “non-armés” et relativement faciles à détruire.

Le Kremlin a proposé d’envoyer des troupes en Syrie pour surveiller les armes chimiques avant leur destruction. Les responsables de la Maison Blanche ont applaudi ce geste qu’ils ont qualifié de “sérieux et sincère,” et ont loué les négociateurs russes pour être “encore mieux préparés” que leurs homologues américains pour discuter des questions juridiques et techniques soulevées par le programme de désarmement de la Syrie.

Les responsables américains et leurs homologues internationaux ont tous essayé de présenter cette situation comme un triomphe de la paix pour leurs divers objectifs diplomatiques.

L’ambassadrice américaine aux Nations unies, Samantha Power, a déclaré “Il y a tout juste deux semaines, les résultats de cette nuit semblaient complètement inimaginables. Il y a deux semaines, le régime syrien n’avait même pas reconnu l’existence de ses stocks d’armes chimiques. Mais ce soir, nous avons un projet de résolution en commun qui est le résultat de la diplomatie et des négociations intenses de ces deux dernières semaines.”

Après des négociations avec le ministre américain des Affaires étrangères John Kerry, son homologue chinois Wang Yi a dit : “Les inquiétudes principales de toutes les parties, y compris les inquiétudes de la Chine, ont en fait été résolues.”

Si Washington est retourné à la table des négociations, c’est dû non au triomphe de la diplomatie, mais à l’opposition écrasante des classes ouvrières américaine et européenne contre une guerre d’agression des Etats-unis et de l’OTAN contre la Syrie. Surpris par la colère populaire massive contre leurs projets de guerre, et incapables d’orchestrer avec l’aide des médias un changement de l’opinion publique, le gouvernement Obama était également confronté au risque d’une guerre avec les soutiens de la Syrie, la Russie et la Chine. Il a par conséquent accepté la proposition russe de négociations comme le meilleur moyen de faire avancer ses intérêts stratégiques contre la Syrie, la Russie et l’Iran.

La résolution de l’ONU laisse un certain nombre de possibilités au gouvernement Obama et à ses alliés du Golfe persique et de l’OTAN pour faire pression sur le régime du président syrien Bashar el-Assad.

Une disposition inhabituelle et impérieuse de la résolution exige que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ait accès à tout site qu’elle soupçonne de pouvoir être utilisé pour les armes chimiques, même si celui-ci n’a pas été déclaré par le régime syrien.

Elle demande que la Syrie accorde à ses représentants “un accès immédiat et sans entraves, à n’importe quel site, ainsi que le droit de les inspecter.” Elle demande également “un accès immédiat et sans entraves aux personnes que l’OIAC considère importantes dans l’objectif de son mandat.”

Elle demande également que le régime d’Assad intègre des sections de l’opposition soutenue par les Etats-unis dans ses rangs. Elle demande “l’établissement d’un gouvernement de transition exercant les pleins pouvoirs exécutifs, qui pourrait inclure des membres du présent gouvernement et de l’opposition ainsi que d’autres groupes, et qui devra être formé sur la base du consentement mutuel”.

Loin de mettre fin à la menace de guerre, ces négociations sur les armes chimiques syriennes lient le conflit syrien à une confrontation régionale beaucoup plus large et plus tendue, mise en évidence par la menace de guerre en Syrie, confrontation entre d’une part les Etats-unis et leurs alliés, et de l’autre, l’Iran et la Russie. Ces pays pressent à présent la Syrie d’apaiser les Etats-unis, tandis qu’ils se préparent à des négociations avec Washington sur toute une série de questions concernant la région, et notamment le programme nucléaire iranien.

Le résultat de ce type de négociations est totalement incertain, Washington est prêt à exiger des concessions importantes non seulement sur le programme nucléaire iranien, mais aussi sur sa politique étrangère au sens large et sur l’appropriation par les occidentaux d’une partie de son industrie pétrolière. On ne sait pas si le régime iranien profondément divisé peut accepter de telles conditions. En premier lieu, Il sera confronté à une profonde hostilité de la classe ouvrière iranienne, pour laquelle cela impliquerait des coupes sociales importantes et le rétablissement de l’influence américaine sur l’Iran d’une manière qu’ils n’avaient plus connue depuis la révolution de 1979 qui avait fait tomber le Shah d’Iran.

Le gouvernement Obama a affirmé, de manière répétée et invariable, que toutes les options sont “sur la table” au cas où les négociations sur le programme nucléaire iranien échouaient, y compris l’usage de la force. En dépit des négociations sur les armes chimiques syriennes, la région reste au bord d’un conflit majeur, du type de celui qui a failli éclater ce mois-ci.

Dans un article pour le journal d’Etat iranien en langue anglaise Press TVZaher Mahruqi a déclaré, “Bashar el-Assad est un homme intelligent qui, à tout le moins, comprend que trahir la Russie et l’Iran, qui ont soutenu ses efforts durant ces deux dernières années, serait une erreur grave. Par conséquent, toute grande décision prise par la Syrie a dû être réfléchie avec ses principaux soutiens et a dû reçevoir une forme de garantie sur le fait qu’abandonner les armes chimiques ne serait pas aussi risqué que cela puisse paraître, et qu’un plan de secours crédible est prévu.”

Mahruqi a suggéré que la stratégie de l’Iran s’appuie sur l’espoir que la Russie interviendrait dans une future guerre des Etats-unis contre la Syrie, puisqu’elle a déjà envoyé des navires de guerre en Méditerrannée pour surveiller ceux de l’OTAN qui se tiennent prêts à lancer des frappes de missiles contre la Syrie.

“La Syrie va se soumettre mais à une vitesse calculée et elle ne donnera à l’Amérique et Israël aucun prétexte légitime pour l’attaquer, et ainsi la Russie n’aura pas d’autre choix que de rester ferme. Si une attaque a lieu, la réaction de la Russie sera probablement bien plus forte que la récente confrontation en Méditerrannée,” écrit-il.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 28 September 2013

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Jeudi, les milices de l’opposition alignées sur l’Armée syrienne libre (ASL) soutenue par les Etats-Unis se sont associées aux forces liées à Al Qaïda et à des groupes criminels pour publier une déclaration qui rejette le pouvoir politique de la Coalition nationale syrienne (CNS). Ils ont juré d’unir leurs forces pour faire tomber le régime du président syrien Bashar el-Assad et imposer un pouvoir islamiste.

Leur déclaration commune affirme, “Aucun des groupes formés à l’étranger sans être retournés au pays ne nous représente.”

Au sujet des forces militaires qui constituent leur coalition, ils ont expliqué, “Ces forces croient qu’elles sont représentées de la manière la plus légitime par ceux qui ont vécu les mêmes expériences et partagé le même sacrifice de leur honnête fils. Par conséquent, la Coalition nationale et son gouvernement de transition dirigé par Ahmed Tomeh ne les représentent pas et elle ne sera pas reconnue.”

Ils ont appelé “Toutes les forces militaires et civiles à s’unir dans un cadre islamique clair s’appuyant sur la Charia, qui devrait être l’unique source du droit.”

Treize milices ont signé ce document. Le premier signataire était le Front Al Nusra, l’une des deux principales milices alliées à Al Qaïda en Syrie, officiellement considérée comme une organisation terroriste par Washington. Plusieurs milices importantes qui étaient précédemment loyales envers le Conseil militaire suprême de l’ASL ont également signé, parmi lesquelles Liwa al-Tawhid (Brigade du monothéisme), Liwa al-Islam (Brigade de l’Islam), et la brigade des Faucons du Levant (Suqour al-Sham).

Les milices qui ont signé la déclaration de mardi sont actives sur une bonne partie de la Syrie, mais sont particulièrement puissantes au nord de la Syrie. Les forces d’Al Qaïda se sont emparées d’une grande partie de la frontière entre la Syrie et la Turquie. Les armes de l’OTAN et du Golfe persique passent par la Turquie pour arriver aux milices de l’opposition syrienne, où les forces d’Al Qaïda ont imposé un régime de terreur avec les escadrons de la mort financés en grande partie par des impôts extraordinaires qui ne sont qu’un pillage de la population.

Le chef de Liwa al-Tawhid, Abdulaziz Salameh a lu la déclaration dans une vidéo affichée sur Internet. Un porte-parole de cette organisation a déclaré au Wall Street journal que les signataires formeraient une nouvelle structure de commandement politique et publieraient une série de déclarations dans les jours à venir.

La Brigade de la Tempête du Nord, un groupe de contrebandiers et de kidnappeurs installés dans la ville d’Aazaz au Nord-Ouest de la Syrie, et qui avait rencontré le sénateur américain John McCain au cours de sa visite surprise en Syrie en mai dernier, a également adhéré à cette déclaration.

Cette déclaration commune des milices liées à l’ASL et de celles qui sont liées à Al Qaïda intervient au moment où toute l’opposition syrienne est de plus en plus en colère contre la décision du gouvernement Obama de retarder une guerre directe des Etats-unis contre Assad. Le chef du CNS, Ahmad Jarba a rencontré hier le ministre américain des Affaires étrangères, John Kerry, et insisté pour que les Etats-unis exigent un changement de régime en Syrie et lancent une action militaire.

Un responsable du ministère des Affaires étrangères américain a déclaré que les politiciens de l’opposition “ont clairement exprimé leur déception qu’il n’y ait pas eu de frappe militaire. [ils voulaient] également une réaffirmation de notre position sur la légitimité de Bashar el-Assad ou son manque de légitimité, et le ministre Kerry a tiré des deux canons.”

L’alignement des forces de l’ASL sur Al Qaïda souligne la criminalité et la fraude de la guerre indirecte que les Etats-unis mènent en Syrie. Les affirmations de Washington et de ses alliés sur le fait qu’en soutenant l’ASL ils soutiennent une opposition “modérée” ou laïque contre ceux qui sont alignés sur Al Qaïda étaient des mensonges. Ces mensonges ont servi à attirer le peuple Américain dans une guerre impopulaire dont l’objectif à court terme était d’installer une dictature pro-américaine en Syrie, avec l’objectif plus large d’isoler le principal allié de la Syrie dans la région, l’Iran, et de préparer une guerre contre lui.

Les diverses organisations créées par Washington pour servir de façade à cette politique, des coalitions d’islamistes syriens et de politiciens de l’opposition installés en Turquie et en France, comme le CNS et des coalitions informelles de déserteurs de l’armée syrienne comme la direction centrale de l’ASL, n’étaient que des coquilles vides. Elles n’avaient pratiquement aucun soutien populaire et aucune influence réelle sur les éléments islamistes d’extrême-droite que les Etats-unis et leurs alliés de l’OTAN et du Golfe persique ont armés en Syrie.

Ce genre de fiction politique est complétement démenti par les revers subis par les forces d’Al Qaïda sur le terrain et les hésitations du gouverneemnt Obama à partir en guerre contre la Syrie. Maintenant que le CNS a échoué à arranger une intervention militaire américaine pour sauver de la défaite les forces de l’opposition , ces forces font savoir qu’elles pourraient abandonner le CNS, faire éclater l’ASL, et former une alliance explicite avec Al Qaïda.

Le professeur Joshua Landis de l’Université d’Oklahoma a écrit sur son blogSyria Comment que leur déclaration “représente la rebellion d’une grande partie du “courant principal de l’ASL” contre sa prétendue direction politique, et aligne ouvertement ces forces sur des forces islamistes plus dures.”

Le journal britannique Independent écrit que cette déclaration pourrait être un “coup fatal” pour le CNS établi à Istanbul, citant Charles Lister de l’agence de consultants militaires IHS Janes’s : “Les principaux acteurs islamistes d’envergure moyenne, Liwa al-Tawihd, Liwa al Islam, et Suqour l-Sham, ont finalement dit clairement où ils placent leur loyauté, avec des implications énormes pour l’opposition modérée.”

Lister a ajouté que la déclaration “vide effectivement les rangs de l’aile armée de l’ASL, à savoir le conseil militaire suprême.Il est probable que la coalition islamiste modérée a cessé d’exister en tant que structure organisationnelle unique.”

L’aile dite “modérée” est, en fait, une coalition politique instable de diverses forces anti-ouvrières. Elle comprend des activistes des classes moyennes en faveur de la “démocratie” et des agents islamistes qui comptaient recruter des couches plus arriérées de la population rurale sunnite en Syrie pour mener une guerre sectaire soutenue par les impérialistes contre les minorités religieuses comme les chrétiens et les alaouites.

Un entretien avec des étudiants favorables à l’opposition en Syrie du Nord, conduit par le journaliste italien Gabriele Del Grande pour Al Monitor, donne une image de la manière dont les couches de la classe moyenne dans l’opposition ont réagi à l’intensification de la guerre. Del Grande décrit ceux qu’il a interviewés comme “des étudiants des classes moyennes.”

Ils ont dit “Avant on chantait, “Un, un, un, le peuple syrien ne fait qu’un.” Maintenant, le chant le plus populaire dit : “Alaouites, on arrive ! Nous venons vous massacrer ! Nous allons vous égorger.”

Ils ont ajouté : “Plus de la moitié des combattants de l’ASL croient qu’ils mènent une guerre contre les alaouites, et plus généralement contre les chiites, suite aux alliance de Bashar avec l’Iran et le Hezbollah. Ce sont simplement des jeunes gens des classes les plus pauvres. Ils n’ont aucune éducation, et les armes leur ont monté à la tête. Ils sont devenus cruels. Tuer est devenu une routine.”

Les milices islamistes au Nord de la Syrie ne se battent pas seulement contre le régime d’Assad, mais se battent de plus en plus entre elles pour le contrôle du butin pris à la population. Plusieurs milices qui ont soutenu la déclaration de mardi, dont la Bridage de la Tempête du Nord, seraient en train de se battre contre une autre milice liée à Al Qaïda, l’Etat islamique en Irak et au Levant.

Les responsables américains se servent de cette lutte au sein de l’opposition pour présenter les forces liées à Al Qaïda qu’ils soutiennent, comme des modérés qui seraient opposés à l’islamisme d’extrême-droite.

Un responsable du ministère des Affaires étrangères a déclaré sur la chaîneChannel News Asia, “En ce moment, il y a un vrai règlement de comptes qui se déroule le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie qui oppose des extrémistes d’Al Qaïda et des forces loyales à Selim Idriss [commandant de l'ASL]… Ce sont les combats les plus durs que nous ayons jamais vu entre les éléments de l’armée syrienne libre d’Idriss et l’Etat islamique en Irak et au Levant.”

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 26 September 2013

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Le ministre américain des Affaires étrangères John Kerry et son homologue iranien Javad Zarif se sont rencontrés jeudi, organisant ainsi les pourparlers au plus haut niveau entre les deux pays depuis la révolution iranienne de 1979.

Ce face-à-face a eu lieu dans le cadre d’une rencontre des ministres des Affaires étrangères du groupe dit P5+1 (qui rassemble les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, Etats-unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne et France, plus l’Allemagne), formé en 2006 pour mener des négociations diplomatiques avec l’Iran sur son programme nucléaire. Cette réunion était organisée par la représentante de l’Union européenne pour les questions de politique internationale, Catherine Ashton, en parallèle de la session de l’Assemblée générale des Nations unies dans la ville de New York.

En se rendant à la réunion, les représentants des Etats-unis comme de l’Iran ont exprimé leur optimisme sur le fait que des progrès pourraient être réalisés en vue d’un accord sur le programme nucléaire iranien.

“Je suis sûr que nous allons avoir une bonne réunion,” a dit Kerry jeudi matin. Quant à Zarif, il a qualifié cette réunion d’”opportunité historique pour résoudre la question nucléaire,” sur son compte Twitter, à condition que les puissances occidentales acceptent la “nouvelle approche iranienne”.

“Si nous ne nous attendons pas à la résolution de quelque question que ce soit au cours de la réunion du P5+1 d’aujourd’hui, nous avons l’espoir de pouvoir continuer à tracer une voie pour avancer,” a déclaré un porte-parole du guvernement américain.

Avant la réunion il y avait des expressions des tensions générées par des décennies de sanctions économiques américaines contre l’Iran et de provocations continuelles, dont les assassinats de scientifiques iraniens, menés au prétexte d’empêcher le pays de construire une arme atomique.

L’Iran a régulièrement nié développer un programme nucléaire pour autre chose que des objectifs pacifiques et insiste sur l’idée que ses activités respectent totalement le traité de non-prolifération. Les évaluations des services de renseignement américains ont établi que le pays n’a aucun programme d’arme nucléaire.

Le président iranien récemment élu, Hassan Rouhani, s’exprimant lors d’une réunion sur le désarmement nucléaire au titre de sa fonction à la tête du Mouvement des non-alignés, a attiré l’attention sur l’hypocrisie des Etats-unis et de l’occident qui accusent l’Iran pour un programme d’armes nucléaires non-existant tout en défendant Israël, qui a amassé des centaines de têtes nucléaires et, contrairement à l’Iran, a refusé de signer le Traité de non-prolifération (TNP) ou d’autoriser toute inspection de ses installations.

“Près de quatre décennies d’efforts internationaux pour établir une zone sans armes nucléaires au Moyen-Orient ont lamentablement échoué,” a déclaré Rouhani, ajoutant qu’Israël devrait immédiatement adhérer au TNP et démanteler son arsenal nucléaire. Plus tôt, Rouhani a déclaré qu’il croyait qu’un accord pourrait être obtenu sur le programme nucléaire iranien en seulement trois mois.”

Jeudi également, l’Iran a fait afficher une “note explicative” de 20 pages sur le site Web de l’agence de surveillance du nucléaire de l’ONU, dénonçant les accusations selon lesquelles l’Iran développerait des armes nucléaires comme étant “des accusations sans fondement,” qu’il décrit comme “indignes de professionnels, inéquitables, illégales, et politisées.”

Cette note était apparemment une réponse à un rapport trimestriel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui faisait état d’inquiétudes sur les applications militaires du programme nucléaire iranien. La note affirmait que ces déclarations s’appuyaient sur “des informations contrefaites, inventées et fausses fournies par les serivces de renseignements occidentaux et des sources connues pour être hostiles à l’Iran.”

Les représentants de l’Iran doivent rencontrer l’AIEA à Vienne vendredi: ce sera la première rencontre du genre depuis que Rouhani a été nommé président.

A Washington, pendant ce temps, des doutes ont été soulevés sur la capacité du président Barack Obama à obtenir un quelconque accord assouplissant les sanctions économiques imposées à l’Iran en échange de concessions sur le programme nucléaire, qui puisse présenter un intérêt pour les Etats-unis. Les sanctions les plus importantes ont été appliquées par des textes votés par le Congrès, où le lobby israélien et son hostilité implacable à tout accord avec l’Iran exerce une influence majeure.

Un groupe de 10 sénateurs républicains a rendu publique une lettre ouverte appelant Obama à “accroitre la pression sur l’Iran” et à “ne pas prendre de demi-mesures diplomatiques.” Cette lettre insiste sur l’idée que tant que le président américain ne sera pas en mesure d’obtenir un accord du Congrès pour une frappe militaire en Syrie, “nous sommes unis dans notre détermination à empêcher une arme nucélaire iranienne.”

La lettre suggère qu’aucun accord ne serait acceptable tant qu’il ne priverait pas l’Iran de ses “capacités d’enrichissement et de retraitement” de l’uranium et, en fin de compte, ne déboucherait pas sur un changement de régime.

L’orientation du gouvernement Obama vers des négociations avec l’Iran intervient un mois à peine après qu’il s’était préparé à lancer une attaque militaire contre la Syrie et avait été contraint de faire marche arrière face à une opposition populaire écrasante.

Cette opposition s’était exprimée en premier lieu dans le vote par la Chambre des communes britannique à la fin du mois d’août qui avait rejeté une motion en faveur de la guerre, puis dans l’hostilité largement répandue et fortement exprimée par la population aux Etats-unis contre une guerre de plus au Moyen-Orient. Obama risquait de voir le Congrès américain rejeter sa demande d’autorisation de l’usage de la force militaire.

C’est dans ce contexte que le gouvernement américain s’est emparé de la proposition russe pour le désarmement chimique de la Syrie.

Les négociations avec l’Iran ont à présent éclipsé les manoeuvres diplomatiques entourant la Syrie. Il se pourrait bien que ces deux actions fassent partie d’une même tentative du gouvernement américain de gagner du temps, en utilisant l’argument que la “voie diplomatique” a été essayée et a échoué afin de revenir à une agression militaire.

Il y a cependant une logique bien définie aux efforts américains pour réussir un rapprochement avec l’Iran, qui, avant la révolution de 1979, était un Etat-client clé des Etats-unis et un pillier de la réaction dans la région.

Il est clair que le gouvernement Iranien tient beaucoup à obtenir un allègement des sanctions, craignant qu’une hausse de l’inflation et du chômage, en particulier parmi les jeunes travailleurs, ne déclenche des luttes sociales qui menaceraient le régime islamiste ainsi que sa base sociale principale parmi les capitalistes et les commerçants d’Iran.

Les considérations tactiques des Etats-unis ont été décrites dans un article d’Anthony Cordesman intitulé “Négocier avec l’Iran : l’argument stratégique pour le pragmatisme et le vrai progès”. [http://csis.org/publication/negotiating-iran-strategic-case-pragmatism-and-real-progress]. Cordesman est l’analyste en charge du Moyen-Orient et de la sécurité nationale du Center for Strategic and International Studies (CSIS – un laboratoire d’idées réputé).

Tout en recommandant au gouvernement américain d’être “extraordinairement prudent quand il traite avec l’Iran” et en prévenant que les négociations pourraient servir de “tactique pour gagner du temps” afin de faciliter la mise au point présumée des armes nucléaires par l’Iran,Cordesman donne également une estimation lugubre des conséquences non-voules qui pourraient résulter d’une action militaire contre ce pays.

“L’Iran pourrait très bien subir une série de frappes préventives, déclenchées par Israël ou décidées par les Etats-unis, cela détruirait bien plus que ses installations nucléaires,” écrit-il.” Cela pourrait, ou peut-être pas, en fait mettre un terme aux efforts nucléaires iraniens.”

Il prévient que, comme on l’a vu en Syrie, “Personne ne peut prédire quel soutien les Etats-unis vont réellement obtenir de leurs alliés,” sans parler de la population américaine. L’Iran pourrait riposter contre les intérêts américains en Afghanistan, en Irak, Syrie et au Liban et menacer le flux des exportations de pétrole venant du Golfe persique, écrit Cordesman.

D’un autre côté, il affirme que les Etats-unis et l’Iran pourraient trouver “des intérêts stratégiques communs” sur un grand nombre de questions, allant de la stabilité en Afghanistan au contre-terrorisme et au développement de l’industrie pétrolière.

La presse iranienne est bien plus franche que la presse américaine dans l’évaluation des véritables “intérêts stratégiques” qui sous-tendent les négociations américano-iraniennes. Un quotidien de Téhéran, Arman, écrit : “la Chine et la Russie ne seront pas contentes de toute possibilité d’améliorer les relations entre l’Iran et l’occident… Il est probable que les pays arabes dans la région n’approuveront pas la diminution des problèmes entre l’Iran et les Etats-unis non plus… Nous devrions prêter attention à cette question importante, étant donné que de nombreux pays ne nous soutiendront pas et nous devrions donc être guidés par nos intérêts nationaux.”

Un autre quotidien, Hamshari, fait le lien entre l’orientation vers des négociations avec l’Iran et le rôle apparemment majeur joué par la Russie pour parvenir à un accord sur la Syrie et pour éviter une guerre américaine contre ce pays. “Peut-être qu’à ce stade, en mettant la Russie hors-jeu, les Etats-unis souhaitent montrer qu’ils peuvent entrer en interaction directe et en négociation avec l’Iran,” déclare le journal. “Cela leur permettrait de montrer que la place de la Russie au Moyen-Orient n’est pas aussi solide et puissante qu’on le pense …”

L’article continue en affirmant que l’Iran “n’a non seulement aucun besoin de médiateur régional ou d’Orient [c'est-à-dire, Russe ou Chinois] ; mais qu’il est lui-même en mesure d’être un médiateur régional dans les conflits actuels.”

Ce que ces analyses montrent clairement, c’est que l’entrée de Washington dans des négociations sur la Syrie et l’Iran ne représente pas un tournant vers la paix ou une renonciation aux objectifs stratégiques prédateurs de l’impérialisme américain. C’est plutôt un tournant tactique visant à développer l’hégémonie américaine sutr les régions stratégiques du Golfe persique et d’Asie centrale et à préparer une confrontation bien plus dangereuse avec la Russie et la Chine.

Il reste à voir si cette “voie de la diplomatique” produira les résultats escomptés par l’élite dirigeante américaine, ou bien si cette dernière s’en servira pour préparer un nouveau prétexte pour une guerre contre la Syrie et l’Iran.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 27 September 2013

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Le message de Rohani au Monde : Un espoir à portée de main

septembre 27th, 2013 by Chems Eddine Chitour

« Et Nous avons proclamé dans les Psaumes, après que Nous l’ayons proclamé dans le Rappel , que Mes vertueux serviteurs hériteront de la terre »  (Coran XXI, 105)

 

C’est par ces mots symboliques d’une parole désarmée que Rohani s’est adressé au monde judéo-chrétien. A bien des égards le discours de Rohani a perturbé les scénarios en cours et de fait, les pays occidentaux sont amenés malgré les réticences d’Israël à réévaluer leur relation avec l’Iran. Les  pays européens  se sont bousculés pour rencontrer le président iranien.

 

Le discours du président Rouhani à l’ONU

Pratiquement dans tout son discours le président Rouhani a mis en garde contre la violence inutile et qui ne règle pas les problèmes : « (…) Dans un tel contexte déclare –t-il , les violences gouvernementales et non-gouvernementales, interconfessionnelles et sectaires voire raciales se sont exacerbées ; il n’y a aucun garant que la période de paix entre les superpuissances ne se laisse attraper par le piège du discours et d’actes violents. Ceci dit, la stratégie de violence visant à supprimer les acteurs régionaux de leur champ de manœuvre naturel, les politiques du  contrôle, le changement des régimes politiques depuis de l’au-delà des frontières et des efforts qui se font pour bouleverser les frontières politiques, sont très dangereux et engendrent la tension. Le discours conventionnel politique international brosse un centre de civilisation avec des franges non-civilisées. Dans une telle image, la proportion de ce foyer de puissances mondiales avec les franges est une proportion autoritaire. La rhétorique centraliste du Nord et de marginaliste du Sud se trouve à l’origine de l’établissement d’une sorte de monologue au niveau des relations internationales. La démarcation des frontières identitaires erronées et la xénophobie brutale ne sont que le résultat d’un tel discours.(1)

 

 «  Rares sont les régions où la violence s’est avérée si destructrice qu’en Asie de l’ouest et en Afrique du nord. Ce qui arrive au peuple opprimé palestinien n’est que de violence structurale. La terre de Palestine est occupée. Les droits élémentaires des Palestiniens sont de manière catastrophique bafoués ; ils sont privés du droit de retour à leur maison et  à leur pays natal. Les crimes commis à l’encontre du peuple palestinien est une violence institutionnalisée. L’apartheid s’avère un terme très pâle ou trop faible pour la décrire. La tragédie humanitaire en Syrie est un exemple douloureux de la propagation de violence et d’extrémisme dans notre région. Depuis le déclenchement de la crise, depuis que des acteurs régionaux en acheminant des équipements et des armes vers la Syrie et en renforçant les groupes extrémistes, cherchent à militariser cette crise, nous n’avons eu de cesse d’insister sur le fait que la crise syrienne n’avait pas d’issue militaire.   L’objectif conjoint de la Communauté internationale consiste à mettre rapidement fin au massacre des civils innocents. La RII condamne dans les termes les plus vifs tout usage d’armes chimiques et se réjouit de ce que la Syrie ait adhéré à la convention sur l’interdiction de l’emploi d’armes chimiques ».(1) 

 

S’agissant du nucléaire le président Rouhani déclare sans ambigüité : « Accepter le droit naturel de l’Iran, le droit légal et inaliénable à avoir le nucléaire civil (…)   Le programme nucléaire iranien comme celui d’autres pays du monde devra avoir un aspect exclusivement civil. Je l’annonce ici et très clairement que l’objectif principal de l’Iran et ce mis à part les positions d’autres acteurs impliqués dans ce dossier, n’est qu’avoir accès au nucléaire civil. Les armes de destruction massive n’ont aucune place dans la doctrine défensive de l’Iran et elles s’opposent aux fondements de notre croyance religieuse et nos convictions éthiques ».(1)  

Le président Rouhani cite ensuite la violence des drones et fait allusion au peuple irakien endeuillé tous les jours : Le recours illégal et inefficace à la menace ou à l’emploi de la force, non plus ne saura apaiser les violences, au contraire ils contribuent à étendre la crise dans toute la région. (…) Une autre forme de la violence et de l’extrémisme est celle qui se déroule au nom de la lutte contre le terrorisme. C’est une lutte qui implique les drones  qui tuent les innocents. Il s’agit là aussi d’un acte répréhensible et condamnable.    Les sanctions injustes constituent elles-aussi  l’une des  manifestations de la violence et qui sont essentiellement contre la paix et inhumaines.  N’oublions  pas ces millions d’Irakiens qui ont pâti des sanctions couvertes sous le vernis des arguments légaux invoquées par les institutions internationales, ces irakiens qui sont morts, ou qui vivent toujours en souffrant mille martyrs du fait de ces mêmes sanctions.(1)

 

Pour le président Rouhani enfin  : «  Les sanctions violent les droits de l’homme, le droit à la paix, le droit au développement, le droit à  la santé, à l’éducation et tout bonnement le droit à la vie. Les sanctions  n’aboutissent à rien d’autre qu’à la guerre, à l’anéantissement des hommes, quelle que soit le jeu de mot, le verbiage qui visent à les justifier. Les flammes qu’allument les sanctions ne consument pas seulement les victimes mais aussi  ceux qui  les décident et les imposent. Nous apportons notre pleine appui à la paix basée sur la démocratie, et le recours aux élections libres  aussi bien en Syrie qu’à Bahreïn et ailleurs.   Ce n’est guère à l’appui du militarisme que la paix et la démocratie pourront être instaurés dans les pays du monde et au Moyen Orient. L’Iran cherche la solution aux problèmes,  il ne cherche pas à en générer. Il n’existe aucun problème ni crise qui ne soit solvable grâce au respect mutuel, au refus de la violence » . (1)

Soixante ans de relations tumultueuses avec les Etats Unis d’Amérique

Pour l’histoire récente, Les Etats Unis et l’Iran du Shah étaient les meilleurs amis du monde mais avant Souvenons nous de l’«Opération Ajax». On apprend Washington vient de confirmer, enfin  que la CIA avait orchestré le coup d’Etat qui a renversé le Premier ministre iranien Mohamed Mosssadegh le 18 août 1953, après qu’il eut nationalisé le pétrole du pays.

  

 « Pourtant avec ses quelque 80 millions d’habitants et ses ressources pétrolières, l’Iran reste pour les Etats-Unis  une grande puissance régionale incontournable. En 1951,  le parlement iranien vote la nationalisation de l’industrie pétrolière, dont l’intérêt économique et stratégique est de plus en plus important, et notamment l’Anglo-Iranian Oil Company, propriété des Britanniques. Dans la foulée, le nationaliste Mohamed Mossadegh est élu démocratiquement et devient Premier ministre.  En 1953, la CIA lance l’«Opération Ajax», en soutien au coup d’Etat militaire qui renverse le gouvernement de Mossadegh. La monarchie est rétablie ». (2) 

 

« Par la suite, en 1955, dans un contexte de guerre froide, l’Iran s’allie aux Etats-Unis. Téhéran rejoint ainsi le Pakistan et le Royaume-Uni au sein du «pacte de Bagdad». Le Traité d’Organisation du Moyen-Orient, plus communément appelé Pacte de Bagdad, a été signé le 24 février 1955 par l’Irak, la Turquie, le Pakistan, l’Iran et le Royaume-Uni. (…)   Le soutien américain au shah Reza Pahlavi n’a pas suffi. Le président Carter a bien tenté de faire évoluer le régime mais c’était trop tard.  Le 1er février 1979, l’ayatollah Khomeini arrive à Téhéran. Désormais pour Téhéran, les Etats-Unis représentent le mal absolu.(..) Le 4 novembre, des manifestants envahissent l’ambassade et prennent en otages quelque 50 personnes. Pour la majorité d’entre eux, la captivité va durer 444 jours. En avril 1980, Washington rompt les relations diplomatiques.. La Chambre des représentants américaine a voté début août 2013 de nouvelles sanctions contre l’Iran, à quelques jours de l’entrée en fonction du nouveau président, Hassan Rouhani.  (…)  Sur le nucléaire, les premières sanctions sont tombées en 2006 avec une résolution de l’ONU. Résultat, les Etats-Unis ont mis sous embargo les investissements dans les domaines énergétiques. Depuis les résolutions du Conseil de sécurité se sont multipliées. Le dossier du nucléaire iranien est mis en avant par Israël qui a menacé à plusieurs reprises d’intervenir militairement. Le président Obama s’est montré plus prudent sur la question, privilégiant les discussions. «Depuis l’élection de Rouhani le 14 juin, les signaux envoyés par l’Iran ont été très positifs. Parmi ces signaux, l’ancien ambassadeur de la République islamique d’Iran aux Nations-Unis, Javad Zarif, a été nommé au poste de ministre des Affaires Etrangères par le président Rouhani. Zarif a eu son Doctorat aux États- Unis » (2) 

 

Le désir de Rouhani de dénucléariser le Moyen Orient

 

 «Tant que les armes nucléaires existent, le risque de leur utilisation et la menace de leur prolifération persistent», a déclaré M. Rohani, lors d’une réunion des pays non alignés, en marge de l’assemblée générale des Nations Unies. «Israël, seul dans la région qui ne soit pas partie du traité de non prolifération nucléaire, devrait le faire sans délai supplémentaire», a-t-il poursuivi.«Une question de mois, pas d’années»

 Avant la réunion, le président Rohani avait appelé jeudi matin Israël à signer le traité de non prolifération nucléaire, affirmant qu’«aucune nation» ne devrait posséder d’armes atomiques.

«Tant que les armes nucléaires existent, le risque de leur utilisation et la menace de leur prolifération persistent», a déclaré M. Rohani, lors d’une réunion des pays non alignés, en marge de l’assemblée générale des Nations Unies. (3)

 M. Rohani a cependant affirmé sa volonté d’arriver à une solution rapide dans le dossier nucléaire. Dans une interview au Washington Post, il a évoqué un calendrier de «trois mois». Six mois seraient «encore bons», mais cela devrait être une question de «mois, pas d’années», a-t-il dit. «Mon gouvernement a tout pouvoir pour conclure les pourparlers sur le nucléaire», a-t-il insisté. L’Iran veut que ses «droits nucléaires» soient reconnus, notamment celui de l’enrichissement d’uranium sur son sol, et promet en échange une «totale transparence» sur ses activités, a-t-il ajouté.(3)

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a entamé jeudi 26 septembre 2013, une rencontre sans précédent à New York avec ses homologues des grandes puissances, dont les Etats-Unis, sur le dossier nucléaire iranien.C’était la première fois que le ministre iranien des Affaires étrangères et son homologue américain John Kerry se retrouvaient autour d’une même table pour aborder le programme nucléaire iranien que les Occidentaux soupçonnent de cacher un volet militaire.  La rencontre de jeudi visait à rappeler à l’Iran qu’il y a «une offre sur la table», issue de la dernière réunion d’Almaty, au Kazakhstan, en avril.(3) .

 

L’Empire perse et les Juifs  dans l’histoire

 

Le moins que l’on  puisse écrire est qu’Israël n’est pas reconnaissante envers l’Iran des Perses et de Darius. Nous lisons dans l’encyclopédie Wikipédia : « La communauté juive en Iran lit on dans l’Encyclopédie Wikipédia  est parmi les plus anciennes du monde ; ses membres descendent des Juifs qui sont restés dans la région après l’exil en Babylone, quand les souverains achéménides du premier empire perse ont permis aux Juifs de retourner à Jérusalem. Le Deuxième livre des Rois, dans les versets (17,6;18;9-12), situe en 622 av J.-C. l’exil de la minorité juive, de Babylone vers l’Empire Mède, par le roi Assurbanipal. Plus tard, Cyrus II, laissera les Juifs retourner à Jérusalem. Les Juifs d’Ispahan, de même que ceux de Médie, ont une tradition orale qui les rattache à l’exil de Babylone . L’empire iranien, créé par Cyrus II (dit Cyrus le Grand) dura plus de mille ans, puis succomba à la conquête arabe en 642 ap. JC. (…) Les Juifs accueillirent favorablement les Arabes qui prirent  Ispahan  en 642. Certains se convertirent à l’islam. Mais la majorité conserva son identité, l’islam tolérant à l’époque le judaïsme. De par le statut de (dhimmi), ils s’engagèrent à payer l’impôt de capitation Jizya, qui fut historiquement institué auparavant dans l’Empire byzantin, (4)

 Le désarroi israélien

  

Pour  la première fois les stratèges israéliens n’ont pas apparemment trouvé la parade à la parole désarmée de Rouhani qui a du même coup enlevé le fond de commerce et le brouillard mis ne place par Israël au nom de se sécurité pour diaboliser l’Iran, le casser éventuellement et donner un enterrement de première classe à la cause palestinienne malgré  le délire de Abbas qui annonce une fois de plus qu’il « exhorte »  la communauté internationale » à proclamer un Etat Palestinien dans les frontières de 1967 avec Jerusalem comme capitale

 

« Déterminé à marquer la transition avec son prédécesseur, Hassan Rohani a reconnu et condamné les crimes nazis commis envers les juifs durant la seconde Guerre Mondiale, melty.fr vous en dit plus…Le nouveau président iranien a pris le contre pied de son prédécesseur Mahmoud Ahmadinejad en reconnaissant et condamnant «les crimes que les nazis ont commis envers les juifs. »   « (…) le premier ministre israélien  Benyamin Nétanyahou qui s’en “fout des Palestiniens et du droit international” reste très prudent à l’égard de l’Iran, qualifiant l’intervention de Rohani comme étant « cynique » et « hypocrite » et traduisant « exactement la stratégie iranienne qui consiste à parler et à gagner du temps pour faire progresser ses capacités à se doter d’armes nucléaires.(5)

 

 Israël, en première ligne contre le programme nucléaire de Téhéran, risque de se retrouver isolé dans une communauté internationale réceptive au ton beaucoup plus conciliant adopté par le nouveau président iranien Hassan Rohani,  (…) «La diplomatie du sourire de Rohani a atteint son but et Israël est désormais menacé d’isolement», a estimé mercredi le commentateur politique de la radio publique Chico Menache.  Selon le quotidien Yédiot Aharonot, le premier ministre va tenter de «minimiser les différences entre Rohani et Ahmadinejad en soulignant que le président actuel aspire aux mêmes objectifs: détruire Israël et attaquer l’ensemble du monde occidental».  (6)

 

La géopolitique du Moyen Orient : L’Iran acteur majeur

 

Pour rappel  Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté six résolutions, dont quatre assorties de sanctions, pour contraindre Téhéran à suspendre certaines activités nucléaires. Elles ont été renforcées par un embargo financier et pétrolier des Etats-Unis et de l’Union européenne. “Au lieu de cette voie, ils (les Occidentaux) doivent en choisir une autre qui soit basée sur l’interaction, la négociation et l’entente”, a-t-il dit ».(5)  

 

De quel côté que l’on prenne le problème l’Iran est incontournable si l’on veut stabiliser le Moyen Orient et l’Extrême Orient L’Iran peut contribuer à stabliser l’Afghanistan, elle est essentielle en Irak pour garantir la paix entre sunnite et chiite ; Nous avons eu son rôle central en Syrie et au Liban avec le hezboallah  L’Iran ayant les moyens de se défendre n’est pas intéressé par la bombe, elle mise sur le futur les nouvelles technologies n’a telle pas envoyé plusieurs satellites dans l’espace et même une capsule de vie ? N’a-t-elle pas produit ses propres avions et missiles et surtout exploit majeur elle a pu prendre les commandes d’u drone américain espion, de dernière génération « reaper » en le faisant atterrir sans encombre. Selon ces chercheurs, les États-Unis pourraient avoir besoin d’un régime iranien plus coopératif pour des raisons qui ne sont pas toutes liées au programme nucléaire de ce pays. «Une percée diplomatique avec l’Iran pourrait permettre de mettre terme au désordre qui règne au Moyen-Orient», souligne Uzi Rabi, en ajoutant que l’Iran «profite de la saga syrienne».(6)

 

Le vrai danger : la capacité de nuisance de l’Arabie Saoudite

 

Dans son discours d’investiture le président Rohani avait parlé aussi de la nécessité d’un rapprochement avec les autres pays musulmans. Ce n’est apparemment pas l’avis des Saoudiens qui font tout ce qu’ils peuvent pour imposer avec leur pétro-dollar sous l’œil bienveillant un Ordre visant à amoindrir le poids de l’Iran

 

 « Riyad écrit Ali Anouzla a pesé de tout son poids, pour soutenir le coup d’Etat militaire en Egypte, commençant par y applaudir, avant de se co-fendre, avec d’autres états du Golfe, dont les Émirats, d’un chèque de douze   milliards de dollars, comme « aide au changement ». A l’indignation générale suscitée par la boucherie de la place « Rabiaa Al Adaouiya », Riyad a répliqué, en dépêchant à Paris son Ministre des affaires étrangères, Saoud Al Faysal, avec pour mission de mettre la pression sur les occidentaux et leur rappeler les ressources financières considérables que son pays a investies, dans sa ferme détermination à faire de l’Egypte, la référence universelle, en matière de régime sunnite. Fin de l’indignation occidentale ! Nul besoin d’effort intellectuel pour comprendre le positionnement de l’Arabie Saoudite, pour qui l’Iran chiite et les Frères musulmans constituent un péril mortel. Et tout comme elle s’en est pris aux Frères musulmans en Egypte, Riyad ne cache pas ses ambitions de formater la révolution syrienne, pour miner l’emprise iranienne dans la région ».(7)

 

 « Autant de prises de positions qui ont, comme par enchantement, coïncidé avec le putsch de palais de Doha, un « Putsh blanc » qui a déposé Khalifa ben Hamad al-Thani, en douceur, alors que son premier ministre Hamad ben Jassim ben Jabr al-Thani se prélassait à bord de son yacht, en raison de son soutien aux Frères musulmans qu’il s’est longtemps évertué à présenter aux Occidentaux comme leur allié pragmatique. Mais nonobstant le fait qu’il n’est apparu depuis le putsh ni lors de l’investiture du Prince Tamim Ben Ahmed, ni en public, l’ex numéro deux, demeure le patron d’ « Al Jazeera », la puissante chaîne qatarie, fidèle soutien à la « Confrérie » en Egypte, en contradiction totale avec les positions du nouveau Ministre des Affaires étrangères, Khaled Al-Attiya qui a applaudi au Coup d’Etat, contre le Président Mohamed Morsi ».(7)

 

Ali Anouzla explique ce qui se passe par la lutte pour le pouvoir en Arabie Saoudite avec un roi vieillissant et des « héritiers » aux dents longues : « Loin de cet inextricable embrouillamini, plusieurs événements ont secoué la légendaire léthargie diplomatique de Riyad et poussé l’Arabie à faire basculer la géopolitique régionale, en faveur de ses intérêts stratégiques : l’élection en Iran, de Hassan Rohani, un pragmatique qui ne cache pas le désir de normaliser les relations de son pays avec l’Occident, l’alignement du Hezbollah sur Téhéran, à propos de la question syrienne, avec le risque accru de renforcement du « Croissant chiite » et l’arrivée au pouvoir, par les urnes, des islamistes apparentés aux « Frères musulmans », en Tunisie et en Egypte, au détriment des courants Salafistes d’obédience saoudienne. Si ces trois événements inquiètent, à coup sûr, le pouvoir saoudien, c’est dans la guerre de succession qui fait rage dans les arcanes du Palais qu’il faut chercher l’essentiel de sa soudaine hyperactivité ».(7)

 

« En effet poursuit Ali Anouzla, le chapitre final de l’histoire des Al Saoud, s’écrit avec l’actuel prince héritier Salman Bin Abdelaziz, dernier des fils du fondateur du Royaume. Derrière, une armada de princes ne cachent pas leur ambition de lui succéder un jour. Bandar Bin Soltan est l’un d’entre eux. Le puissant patron des services de renseignements est le deuxième homme fort du pays après Khaled Touijri, Chef de cabinet du Roi Abdallah. Ce dernier est miné par la maladie et sa mort prochaine mettra fin au règne de Touijri, pour sa non appartenance à la lignée royale. Le Prince Bandar qui n’ignore rien de ce postulat est déterminé à user de toute son influence, pour entraîner les américains dans la guerre en Syrie, tout comme il l’avait fait pour l’Irak du temps de la maladie du roi Fahd Bin Abdelaziz, convainquant ce dernier de la prétendue existence d’armes de destructions massives, aux mains de Saddam Hussein ».(7)

 

L’intolérance déclare le président Rouhani   est le plus grand défi auquel fait face notre monde d’aujourd’hui. Il faut cultiver la tolérance à la lumière des pensées religieuses, des convictions culturelles et des solutions politiques. Il ne faut pas seulement tolérer les autres, il faut travailler avec les autres »

 

Au verset 105 de la sourate XXI , les Prophètes   et dans la droite ligne  de ce que  propose le président Rohani on peut adjoindre cet appel à la concorde , le verset  suivant de la Bible Esaie (2:4; Psaume 46:9)  “Et ils devront forger leurs épées en socs de charrue et leurs lances en cisailles à émonder. Une nation ne lèvera pas l’épée contre une nation, et ils n’apprendront plus la guerre.”  Plus de guerre ni de violence. Allons vers un monde sans bombe nucléaire et autre, «  Œuvrez  déclare Rohani, à ce que le bien gagne le monde, à ce que le froid de l’hiver cède la place à la douceur du printemps ». Ainsi soit il !

Professeur émérite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1.  http://french.irib.ir/info/iran-actualite/item/276222-le-discours-du-pr%C3%A9sident-rohani-%C3%A0-l%E2%80%99ag-de-l%E2%80%99onu-texte-int%C3%A9gral

 

2. http://geopolis.francetvinfo.fr/de-mossadegh-a-rohani-retour-en-quatre-actes-sur-60-ans-de-relations-iran-usa-21265

 

3. http://www.liberation.fr/monde/2013/09/26/l-iran-pret-a-des-rencontres-au-plus-haut-niveau-avec-les-etats-unis_934818

 

4. Histoire des Juifs en Iran Encyclopédie Wikipédia


5.http://www.melty.fr/iran-rohani-reconnait-et-condamne-l-holocauste-a213539.html

 

6. http://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/201309/24/01-4692817-le-discours-de-rohani-hypocrite-selon-netanyahou.php

 

7. Ali Anouzla http://www.legrandsoir.info/l-arabie-saoudite-ce-peril-en-embuscade.html

 

 

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Ruée vers l’or extractiviste en Amérique latine

septembre 27th, 2013 by André Maltais

La fuite en avant extractiviste de la presque totalité des pays d’Amérique latine ne cesse de s’amplifier. À tel point que le thème s’est invité au 9e sommet des chefs d’état de l’Alliance bolivarienne des Amériques (ALBA), tenu à Guayaquil, en Équateur, du 28 au 30 juillet dernier.

Dans leur déclaration finale, les présidents des neuf pays membres (les plus à gauche de l’Amérique latine : Cuba, Venezuela, Bolivie, Équateur, Nicaragua, etc.) prennent la peine de rejeter « la position extrémiste de groupes déterminés qui, sous le mot d’ordre d’anti-extractivisme, s’opposent systématiquement à l’exploitation de nos ressources naturelles ».

Deux semaines plus tard, le 15 août, le président équatorien, Rafael Correa, mettait fin au moratoire pétrolier dans le parc national Yasuni, moratoire en échange duquel Quito demandait à la communauté internationale une compensation de 3.6 milliards de dollars, soit la moitié des revenus que l’exploitation pétrolière aurait rapporté au gouvernement.

>Le président a accusé d’hypocrisie les pays riches qui profitent de la biodiversité du parc Yasuni, mais refusent de payer pour sa sauvegarde. Il a certainement raison, mais l’hypocrisie tombe bien car, six mois auparavant, le gouvernement équatorien avait conclu des accords d’investissements pétroliers records d’une valeur de 1,7 milliard de dollars!

Le 12 juillet, le président bolivien, Evo Morales, annonçait un projet de loi soustrayant les activités de prospection et d’exploration minières à l’obligation de consultation préalable auprès des populations indigènes prévue dans la Constitution du pays.

De plus, le projet limite à quatre mois le processus de consultation préalable pour le volet exploitation et stipule que, si, au bout de ce délai, une communauté n’est pas parvenue à un accord (et on sait combien les compagnies minières peuvent diviser une communauté!), la décision d’implanter un projet minier revient au ministère des Mines.

En Argentine, la présidente Cristina Fernandez annonçait, le 16 juillet, un important accord avec nulle autre que la transnationale états-unienne Chevron, la même qui, aujourd’hui, dépense 400 millions de dollars et emploie 900 avocats pour renverser une sentence des juges équatoriens la condamnant à verser des milliards de dollars à l’Équateur pour avoir affecté la santé de 30 000 personnes en déversant 63 milliards de litres d’eau toxique en Amazonie.

Le gisement pétrolier de Vaca Muerta, dans la province de Neuquen, est concédé à Chevron pour 35 ans alors que la Constitution argentine limite la durée des concessions minières à 25 ans. À la fin de ces 35 ans, explique le journaliste argentin Facundo Gutierrez Galeno, Chevron aura investi 8,25 milliards de dollars, mais aura récupéré 61,3 milliards pour une rentabilité minimale de 742%!

La présidente a aussi récemment conclu un accord avec Monsanto pour la création d’une «semence transgénique nationale de soja» et mis son véto à une loi de protection des glaciers jugée trop radicale.

En 2002, au début de l’ère des Kirchner, il y avait 18 projets miniers dans le pays contre 614 en 2011!

Depuis le 7 juillet, les paysans et petits producteurs agraires de presque toutes les provinces colombiennes ont mené sans interruption une « grève agraire nationale » contre l’ensemble de l’œuvre du gouvernement Santos, incluant son projet principal de «locomotive minière» de l’économie colombienne.

Au cours des vingt dernières années, plus d’un million de paysans ont été déplacés par la violence étatique et paramilitaire en Colombie, pour faire place à des projets extractivistes.

Au Mexique, le président du PRI Enrique Pena Nieto envoyait au Sénat, le 12 août, un projet réformant les articles 27 et 28 de la Constitution mexicaine pour «ouvrir le secteur énergétique (pétrole et électricité) au capital privé national et étranger».

L’ouverture concerne au premier chef la pétrolière PEMEX, nationalisée en 1938 par le président Lazaro Cardenas, et qui, selon l’anthropologue mexicain Arsinoé Orihuela, finance le tiers des dépenses publiques actuelles du gouvernement mexicain.

Cette réforme a une seule fin, écrit Orihuela: « Le transfert à des firmes privées étrangères de la puissance, de la propriété et de la rente qui, constitutionnellement, appartiennent à la nation. Cela poursuit le processus historique monumental de dépouillement des ressources naturelles, territoriales (Californie, Texas, etc.) et humaines du Mexique ».

Partout ailleurs, l’extractivisme prend les airs de ruée vers l’or.

Au Pérou, le président Humala doit concrétiser un pacte d’investissements miniers d’une valeur de 60 milliards de dollars conclu avec la puissante oligarchie de ce secteur.

Au Guatemala, nous dit le Projet Accompagnement Québec-Guatemala, les concessions minières sont passées, entre 2005 et 2013, de 111 à 379, alors que 656 autres demandes sont en attente de traitement par le gouvernement. Même le gouvernement haïtien de Michel Martelly prépare une «loi attrayante» pour attirer les investisseurs du secteur minier.

Selon la CEPAL (Commission économique pour l’Amérique latine), 71.2% des exportations de toute l’Amérique latine provient aujourd’hui des secteurs énergétique (44,5%) et minier (26,7%).

Les initiatives d’extraction ou de monocultures ont de forts impacts sur la vie des populations là où elles s’implantent, générant de nombreux conflits sociaux. Le 31 mai 2013, l’Observatoire des conflits miniers en Amérique latine (OCMAL) en dénombrait 172, répartis dans dix-huit pays de la région et, cela, pour le seul secteur minier.

Dans les pays progressistes, dit le sociologue vénézuélien, Emiliano Teran Mantovani, les politiques assistancialistes de redistribution de la richesse sont financées par l’extractivisme. Elles amènent la modernité capitaliste (autoroutes, centres d’achat, mode de vie et valeurs consuméristes) dans de nouveaux territoires, dissolvent communautés, savoirs, cultures, économies ancestrales, etc., et découragent fortement les économies productives.

L’augmentation de la consommation et de l’individualisme qu’apporte l’extractivisme est une bombe à retardement qui a commencé d’exploser dans des pays comme le Venezuela et l’Argentine, où une importante partie de la population est prête à voter pour l’opposition de droite à la moindre difficulté économique réelle ou inventée que traverse le pays.

Malgré une décennie de soi-disant rupture avec le néolibéralisme, continue Mantovani, tous les gouvernements de la région sont plus que jamais en position de grande dépendance envers les exportations de ressources naturelles non transformées.

Non seulement les pays d’Amérique latine se font-ils déposséder de richesses, dont leur population aura grand besoin plus tard, mais en confiant une importante partie de leur économie à des transnationales étrangères et en s’insérant toujours davantage dans la globalisation capitaliste, ils deviennent vulnérables à toutes sortes de chantages.

Mantovani donne l’exemple des pénuries alimentaires qui touchent le Venezuela. Celles-ci sont d’autant plus facilement orchestrées par la droite, soutient-il, que le pays ne produit pas la plupart des aliments qu’il consomme et importe ceux-ci de l’étranger.

De plus, l’embellie causée par les prix élevés des ressources naturelles a déjà commencé à décliner, tirant vers le bas les taux de croissance des pays de la région. Or, ces pays n’ont prévu aucune alternative aux importantes baisses de revenus provenant de l’extractivisme!

On s’attend certes à cela de régimes néolibéraux qui pensent à court terme (Colombie, Mexique, Pérou, Chili, etc.) mais, dans le cas des gouvernements populaires, on ne peut manquer d’être complètement abasourdi par un manque de planification aussi suicidaire.

André Maltais

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Syrie / ONU : Qu’est-ce qui a changé ?

septembre 27th, 2013 by Nasser Kandil

Cette nuit, nous avons assisté à une avancée soudaine et rapide des négociations sur le dossier nucléaire iranien doublée de la validation, par les USA, de la « version originale » du projet de résolution russe  concernant les armes chimiques de la Syrie.

Alors… qu’est-ce qui a changé ?

 

·         Washington attendait de la Russie, de l’Iran, et de la Chine, une réponse tournant autour des facilités du retrait US d’Afghanistan. Washington a reçu une réponse positive, à condition qu’il mette fin au conflit tournant autour de la Syrie !

 

·         S’agissant de l’Afghanistan, Washington avait parié sur le temps ; un temps dont il ne disposait plus… Il lui restait quelques mois qu’il a mis à profit, jusqu’au dernier instant, pour obtenir le maximum possible en maintenant une ambiance d’escalade des hostilités.

 

·         Entretemps, les différentes formations des prétendues oppositions syriennes s’effondrent l’une après l’autre ; Al-Qaïda se maintient militairement sur le terrain ; la Coalition des prétendus révolutionnaires syriens censée servir d’atout à la Conférence de Genève II n’est travaillée que par les ambitions électorales ; l’exécution du projet de résolution russe concernant l’élimination de l’arsenal  chimique syrien demande du temps et exige le maintien des institutions militaire et sécuritaire syriennes sous la direction du Président Bachar al-Assad… Il n’est donc plus question de tergiverser et de continuer à négocier le départ du Président syrien par le dialogue ou les pressions.

 

·         Les pressions turques et saoudiennes et l’inutile arrogance française ne sont plus de mise, et il est indispensable de faire comprendre à Israël qu’il sera confronté aux mêmes exigences pressantes de signature des traités internationaux sur les armes chimiques et nucléaires.

 

·         Washington s’empresse de conclure les accords qui servent ses intérêts et laisse à chacun le soin d’extraire l’écharde plantée dans sa main !

 

Nasser kandil

27/09/2013

 

Texte traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

 

Texte original : Top News Syria

http://www.topnews-nasserkandil.com/topnews/share.php?art_id=2216

 

Monsieur Nasser Kandil est libanais, ancien député et directeur de Top News-nasser-kandil

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Lorsqu’Israa Abdel Fattah sortit de la prison d’El Kanater, cette soirée du 23 avril 2008, elle n’en croyait pas ses yeux. Elle était finalement libre après 18 jours d’emprisonnement. Vêtue de la version féminine de l’uniforme des prisonniers égyptiens, une sorte de drap blanc couvrant le corps et les cheveux, la mine défaite et les yeux hagards derrière ses lunettes métalliques, elle chercha avidement un visage familier. Elle traversa la grille de métal et, apercevant sa mère, se mit à courir en sa direction. Elle se jeta à son cou et la serra si fort dans ses bras qu’on eût dit que les deux corps n’en formaient plus qu’un. La ferme accolade déclencha une longue crise de sanglots chez la fille que la  mère chercha, non sans peine, à endiguer avec de pathétiques consolations.

Retransmise à la télévision nationale, cette scène a ému toute l’Égypte et le mythe de la « Facebook Girl » était né.

 

Israa Abdel Fattah sort de prison (23 avril 2008)

Il faut dire que la mère avait remué ciel et terre pour la libération de sa fille. En effet, deux jours plus tôt, elle avait payé une annonce publiée par le quotidien Al-Masry Al-Youm implorant « le cœur de monsieur le Président de la république, monsieur Hosni Moubarak, le cœur de madame Suzanne Moubarak et le cœur de monsieur le Ministre de l’intérieur, M. Habib El Adli » de libérer sa fille [1]. Elle déclara elle-même à la caméra, entre deux hoquètements, que si elle avait su que son action la mènerait dans une geôle, elle n’aurait rien entrepris.

Mais qu’avait-elle fait de si répréhensible pour avoir mérité l’emprisonnement, attiré l’attention des médias et provoqué une levée de boucliers de la part d’organisations de défense des libertés?

Les activistes égyptiens et le financement américain

Israa Abdel Fattah est une cyberactiviste qui a milité dans plusieurs organismes pro-démocratie. Deux ans avant son arrestation, elle rencontra Ahmed Maher alors qu’ils étaient tous deux militants dans le parti El-Ghad d’Ayman Nour. Le 23 mars 2008, ils fondèrent ensemble le « Mouvement du 6 avril » afin de soutenir les travailleurs de la ville industrielle d’El-Mahalla el-Kobra (à 150 km au nord du Caire) qui avaient planifié de déclencher une grève le 6 avril 2008 pour protester contre leurs mauvaises conditions de travail et la flambée des prix alimentaires [2]. Ahmed et Israa utilisèrent Facebook pour créer leur groupe et rallier le plus grand nombre de personnes à la protestation. Le succès fut inespéré : des milliers de personnes se joignirent à eux. Les réseaux sociaux et les nouvelles technologies ont été fortement sollicités; les appels de soutien à la grève émis par le groupe furent entendus et suivis par de nombreuses formations politiques telles que le mouvement Kifaya [3]. Bien qu’officiellement interdite, la manifestation du 6 avril 2008 vit la participation de milliers de personnes. L’événement a été suivi par des centaines d’arrestations et il y eut des dizaines de blessés et au moins trois morts [4].

Le grand succès de l’utilisation des médias sociaux par le « Mouvement du 6 avril » a attiré l’attention des forces de sécurité qui ont repéré les leaders de l’organisation. Et c’est ainsi qu’Israa Abdel Fattah, la « Facebook Girl », s’est retrouvée en prison.

Comme en témoigne plusieurs câbles Wikileaks, Israa Abdel Fattah ainsi que de nombreux cyberactivistes égyptiens étaient bien connus de l’ambassade américaine du Caire. On peut s’en rendre compte en consultant, par exemple, les câbles 10CAIRO99 et 10CAIRO215 où, respectivement, Israa Abdel Fattah et Ahmed Maher y sont nommément cités.

Le document 10CAIRO99 traite de l’arrestation (le 15 janvier 2010) d’une trentaine d’activistes politiques qui voyageaient ensemble pour aller présenter leurs condoléances aux familles de six chrétiens coptes, victimes d’une fusillade meurtrière qui a eu lieu le 6 janvier 2010. Parmi les 17 cyberactivistes qui faisaient partie du groupe, on peut citer Israa Abdel Fattah, Bassem Fathy, Ahmed Badawi et Bassem Samir. Tous les quatre sont membres de l’« Egyptian Democratic Academy » (EDA), une ONG subventionnée par la National Endowment for Democracy (NED) [5].

Avant d’aller plus loin, mentionnons que la NED fait partie d’un ensemble d’organismes américains dédiés à l’« exportation de la démocratie » financés par le gouvernement américain comme, entre autres, l’USAID (United States Agency for International Development) et Freedom House [6]. Ces organismes, qui ont aussi financé les activistes des « Révolutions colorées » [7], ont subventionné et subventionnent encore les cyberactivistes arabes pour mener à bien ce qui est communément appelé le « printemps» arabe.

En juin 2010, Israa Abdel Fattah reçut le prix « New Generation » décerné par Freedom House [8], ce qui confirme une fois de plus la relation entre le « Mouvement du 6 avril » et cet organisme. En effet, Sherif Mansour, responsable des programmes de Freedom House de la région MENA (Middle East and North Africa) avait déjà cité Ahmed Maher dans un article publié en 2008 dans les colonnes du Los Angeles Times [9] et, en 2011, David Wolman mentionna leur relation en écrivant que Sherif Mansour « avait été en contact étroit avec Maher et son groupe depuis des années » [10]. Ajoutons à cela que Mohamed Adel, un membre influent du  « Mouvement du 6 avril », a suivi, en 2009, une formation à la résistance individuelle non violente théorisée par le philosophe américain Gene Sharp. Cette formation a été dispensée par le « Center for Applied Non Violent Action and Strategies » (CANVAS) [11], un centre financé par, entre autres, Freedom  House [12]. Mohamed Adel et d’autres activistes égyptiens et arabes ont été encadrés, en Serbie, par les activistes d’Otpor, ceux-là même qui ont réussi la première révolution colorée en 2000 en renversant le président Slobodan Miloševic.

Israa Abdel Fattah posant avec le prix qui lui a été décerné par Freedom House

 

1- Sherif Mansour (Freedom House); 2- Mohamed Adel (Mouvement du 6 avril)

Hillary Clinton et Sherif Mansour

En ce qui concerne le party El-Ghad (« Demain », en arabe), auquel étaient affiliés Israa Abdel Fattah et Ahmed Maher, et dont Ahmed Badawi est un membre fondateur, il est largement financé par la NED, l’International Republican Institute (IRI — Parti républicain), le National Democratic Institute for International Affairs (NDI — Parti démocrate), ainsi que d’autres organisations américaines, comme l’a ouvertement avoué Wael Nawara, secrétaire général de ce parti [13]. Précisons que le NDI et l’IRI sont deux des quatre organismes par le biais desquels la NED octroie des subventions.

De son côté, le mouvement Kifaya (« C’est assez! », en arabe) est un groupe d’opposition  soutenu par une organisation américaine nommée « International Center on Nonviolent Conflict », centre qui travaille en étroite collaboration avec Freedom House et CANVAS [14].

Bien que le tableau qui vient d’être dressé pour les activistes égyptiens soit loin d’être exhaustif, tous les cyberactivistes cités précédemment ainsi que les organismes auxquels ils sont affiliés ont joué un rôle important dans l’organisation des révoltes du « printemps » égyptien qui ont mis fin au « règne » du président Moubarak, le 11 février 2011.

D’autre part, il est possible d’établir une liste analogue pour chacun des pays arabes, tout spécialement pour ceux qui ont été « printanisés » [15]. Cette collusion entre le cyberactivisme arabe et les « intérêts » américains a été longuement disserté par le blogueur tunisien Sami Ben Gharbia dans un article très intéressant intitulé « Les cyberactivistes arabes face à la liberté sur Internet made in USA » [16] et ce, avant même le départ du président Zine el-Abidine Ben Ali.

Fikra : une idée du lobby américain pro-israélien

La formation et le financement des cyberactivistes arabes par les mêmes organismes d’« exportation de la démocratie » a permis la création d’une véritable « ligue arabe du Net » [17] dont les membres se côtoient et s’entraident tel que relaté par David D. Kirkpatrick et David E. Sanger dans un article du New York Times [18] et aussi reconnu par le célèbre cyberactiviste tunisien Slim Amamou lors d’une entrevue en juin 2011 [19].

La connivence entre l’activisme politique arabe et les officines étasuniennes peut cependant aller plus loin que ce que l’on pourrait penser, plaçant souvent les cyberactivistes en contradiction avec les principes idéologiques officiellement prônés par les organisations politiques auxquelles ils appartiennent. En ce sens, la création du « Forum Fikra » (Fikra : idée, en arabe) et la participation des activistes arabes à cette plateforme représente un cas d’école.

Selon les renseignements publiés sur son site, le « Forum Fikra est une communauté en ligne qui vise à générer des idées pour soutenir les démocrates arabes dans leur lutte contre l’autoritarisme et les extrémistes ». Et d’ajouter, un peu plus loin : « Nous croyons que la promotion du dialogue de cette façon accordera en temps opportun, un accès direct et mutuel à un échange d’idées entre les personnes sur le terrain et ceux de Washington car ils considèrent ensemble l’avenir de leurs pays respectifs et les relations américaines avec le monde arabe » [20].

Ces formules dont suinte un excès de philanthropie mielleuse ne sont accompagnées d’aucune information sur le financement ou l’appartenance de ce forum. Seule la phrase suivante est ajoutée : « Le Forum Fikra est reconnaissant à la fondation de la famille Nathan et Esther K. Wagner pour leur contribution au lancement du Forum Fikra à la mémoire de Steven Croft, qui au cours de sa vie, croyait passionnément en la puissance des idées pour transformer des vies ».

Dans un article consacré au Forum Fikra, Maidhc Ó Cathail nous donne un peu plus d’information sur les « croyances passionnées » de feu Steven Croft en citant un extrait de son avis de décès publié dans le Chicago Tribune en février 2009: « Il [Steven Croft] a également été philanthropiquement impliqué dans des organisations locales, nationales et internationales, y compris la « Arthritis Foundation », l’AIPAC, les Obligations d’Israël (Israel Bonds) et le « Washington Institute for Near East Policy » (Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient) » [21].

Ainsi, il ressort de ce texte que Steven Croft était très lié aux causes humanitaires mais aussi (et surtout) à bon nombre d’institutions gravitant autour d’Israël. Est-il nécessaire de rappeler que l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) est le lobby américain pro-israélien le plus influent des États-Unis? Son influence disproportionnée sur la politique étrangère américaine (en particulier celle concernant le Moyen-Orient) a été exhaustivement documentée par les professeurs américains Stephen Walt (Université Harvard) et John Mearsheimer (Université de Chicago) dans leur article intitulé « The Israel Lobby» [22]. On peut y lire l’anecdote selon laquelle Ariel Sharon aurait dit à un auditoire américain: « Quand les gens me demandent comment ils peuvent aider Israël, je leur dis: “Aidez l’AIPAC” ».

John Mearsheimer (Université de Chicago) et Stephen Walt (Université Harvard)

Comme le site du Forum Fikra mentionne qu’il est très reconnaissant à la Fondation de la famille Nathan et Esther K. Wagner, il serait donc intéressant d’avoir une idée sur les  organismes financés par cette fondation. À ce sujet, sa déclaration d’impôts de 2011 s’avère très instructive. Parmi les organismes qu’elle subventionne, on trouve la « Jewish Child Care Association », le « Chicagoland Jewish High School », « The Israel Project », la « Jewish Student Union » et le « Washington Institute for Near East Policy » (WINEP) [23]. Mais le plus intéressant dans ce document se trouve dans la colonne « Objet de la subvention » où on apprend que la fondation finance le projet Fikra par l’intermédiaire de WINEP. Tout cela semble étrange dans la mesure où ce think tank n’est mentionné nulle part dans le site du Forum Fikra. La raison de cet « oubli » volontaire est compréhensible si on connait la nature des activités de cet organisme et l’origine de sa création. Voici ce qu’en disent Walt et Mearsheimer dans leur article cité précédemment: « Le Lobby [pro-israélien] a créé son propre think tank en 1985, quand Martin Indyk a aidé à fonder WINEP. Bien que WINEP minimise ses liens avec Israël, affirmant plutôt fournir une perspective “équilibrée et réaliste” sur les questions du Moyen-Orient, il est financé et dirigé par des individus profondément engagés à faire progresser l’agenda d’Israël ». Si on y ajoute que Martin Indyk, est un ancien directeur adjoint de la recherche à l’AIPAC, le lien entre WINEP et l’AIPAC est solidement établi. Et ce, sans oublier que M. Indyk a été à deux reprises ambassadeur des États-Unis en Israël (de 1995 à 1997 puis de 2000 à 2001).

Selon l’historien américain Juan Cole, WINEP « a été mis en place par l’AIPAC comme think tank afin de promouvoir les intérêts israéliens à Washington » [24]. En fait, l’AIPAC et WINEP ont des rôles complémentaires : « quand l’influence de l’AIPAC s’exerce principalement sur le Congrès, à travers d’énormes contributions de campagne, celle de WINEP se concentre sur les médias et sur le pouvoir exécutif » [25].

Contrairement au site de Fikra, celui de WINEP indique l’existence du forum dans sa rubrique « Projets de recherche » avec la mention « Projet Fikra est un effort audacieux pour contrer la propagation de l’extrémisme radical au Moyen-Orient ».

Le Forum Fikra est dirigé par David Pollock dont le nom figure dans la liste des experts de WINEP et qui a œuvré comme conseiller principal pour le Grand Moyen-Orient au Département d’État américain. Son nom est aussi apparu dans la liste des faucons néoconservateurs qui ont récemment envoyé une lettre au président Obama, l’exhortant à attaquer la Syrie [26].

Parmi les « contributeurs » au Forum Fikra provenant de WINEP, signalons la présence de Joshua Muravchik, un néoconservateur qui avait recommandé, en 2006, de « bombarder l’Iran » [27]. Peut-être trouvera-t-il le temps d’expliciter sa pensée aux activistes arabes qui le côtoient dans le forum?

En plus des membres de WINEP, un nom attire l’attention dans la liste des contributeurs: celui du Dr. Josef Olmert. Ce dernier n’est autre que le frère de l’ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert, information « volontairement » oubliée sur le site de Fikra. Josef Olmert a été directeur du Bureau de presse du gouvernement israélien et conseiller du Premier ministre Yitzhak Shamir ainsi que de l’ancien ministre de la défense, Moshe Arens [27].

Ainsi, Fikra, forum qui est censé « soutenir les démocrates arabes dans leur lutte contre l’autoritarisme et les extrémistes » est une création du lobby américain pro-israélien, géré et financé par ses soins.

David Pollock, Joshua Muravchik et Josef Olmert

Fikra et les activistes arabes

Plusieurs dizaines d’activistes arabes font partie du Forum Fikra. Certains d’entre eux sont des « vedettes » du « printemps » arabe. L’Égypte est bien représentée dans ce forum avec approximativement le quart du nombre total. À côté de la « Facebook Girl », Israa Abdel Fattah, on trouve Bassem Fathy, Ahmed Badawi et Bassem Samir. On peut y ajouter les noms de Dalia Ziada, célèbre cyberactiviste, membre de l’« Ibn Khaldoun Center for Development Studies », ONG très généreusement subventionnée par la NED [28]. Dalia poursuit actuellement une maîtrise en relations internationales dans une université américaine. L’histoire ne dit pas qui finance ses études.

Dalia Ziada et Bill Clinton

Hillary Clinton et Bassem Samir

Saad Eddin Ibrahim, fondateur de centre Ibn Khaldoun, fait partie du forum. Honoré par Freedom House [29], cet ancien professeur de l’université américaine du Caire a déjà été membre du conseil consultatif du « Project on Middle East Democracy » (POMED), un organisme qui travaille de concert avec Freedom House et qui est financièrement soutenu par la NED [30].

1- Bassem Samir; 2- Sherif Mansour; 3- Saad Eddin Ibrahim; 4- Dalia Ziada; 5- Israa Abdel Fattah

Ajoutons à cette liste le nom d’Ahmed Samih, directeur du « Andalous Institute for Tolerance and Anti-violence Studies » et celui de Mozn Hassan, fondatrice de « Nazra for Feminist Studies ». Ces deux ONG ont reçu des subventions de la NED [31].

Il serait trop fastidieux de citer tous les activistes égyptiens faisant partie du forum, mais soulignons la présence du secrétaire général du parti El-Ghad, Wael Nawara.

Il est quand même étonnant de voir tous ces activistes égyptiens frayer avec des faucons pro-israéliens alors qu’ils ont été (ou le sont encore) militants d’organisations telles que le « Mouvement du 6 avril », Kifaya ou El-Ghad qui sympathisent avec la cause palestinienne et qui, dans leurs déclarations officielles, traitent Israël d’« état sioniste raciste » ou d’« ennemi sioniste ».

Le Forum Fikra compte dans ses rangs des activistes syriens pro-américains tels qu’Ammar Abdulhamid ou les illustres membres du Conseil national syrien (CNS) Radwan Ziadeh et Ausama Monajed. Les relations entre les deux premiers et l’administration américaine ont été discutées dans un précédent article [32]. Ausama, quant à lui, est un très grand admirateur de Gene Sharp qu’il a rencontré à quelques reprises, et ce bien avant le « printemps » arabe [33].  Dans un article fouillé sur l’opposition syrienne, Charlie Skelton nous explique les liens qui existent entre Ausama Monajed et le Département d’État américain [34].

Les autres pays arabes représentés dans le Forum Fikra sont: l’Arabie Saoudite, le Yémen, la Jordanie, le Liban, l’Irak, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, le Koweit et le Bahreïn.

Deux hauts fonctionnaires de la NED sont des contributeurs du forum : Abdulwahab Alkebsi(Yémen) est l’ancien directeur de la région MENA alors que Rahman Aljebouri (Irak) en est agent de programme principal.

 Israa Abdel Fattah (cofondatrice du Mouvement du 6 avril) “attaquée” en direct à la télé par une téléspectatrice 

Ahmed Maher (cofondateur du Mouvement du 6 avril) se fait copieusement insulter lors d’une émission télévisée

En conclusion, force est d’admettre qu’un grand nombre d’activistes arabes, après avoir été formés et financés par des organismes étasuniens d’« exportation de la démocratie », s’acoquinent avec le lobby américain pro-israélien. Si on tient compte de la politique belliqueuse et arrogante de l’état hébreu dans le monde arabe et du sentiment anti-israélien dans la population arabe en général, il est permis de se poser de sérieuses questions sur le but recherché par les activistes arabes en participant à un tel forum.

En Égypte, la situation des cyberactivistes est très précaire. Le mois dernier, des plaintes ont été déposées contre Ahmed Maher et Israa Abdel Fattah « pour avoir perçu de l’argent de l’étranger pour provoquer des troubles en Égypte » [35].  Bien que ces plaintes n’aient pas abouti, les réseaux sociaux et les émissions télévisées s’en donnent à cœur joie contre ces « héros » du début du « printemps » arabe.

Mais si ses accointances avec le lobby pro-israélien venaient à prendre une mauvaise tournure, la « Facebook Girl » pourra-t-elle encore dire que si elle avait su, elle n’aurait rien entrepris ?

Ahmed Bensaada 

Cet article a été publié par le quotidien algérien Reporters, le 26 septembre 2013 (pp. 12-13)

Lire l’article en format “Journal” sur Calaméo


Références

  1. Gilles Klein, « Esraa, première protestataire d’Égypte en 2008? », Arrêt sur images, le 5 février 2011, http://www.arretsurimages.net/breves/2011-02-05/Esraa-premiere-protestataire-d-Egypte-en-2008-Liberation-id10280
  2. David Wolman, « Cairo Activists use Facebook to rattle regime », Wired, 20 octobre 2008,http://www.wired.com/techbiz/startups/magazine/16-11/ff_facebookegypt?currentPage=all
  3. Joel Beinin, « L’Égypte des ventres vides », Le Monde Diplomatique, mai 2008,http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&id_article=20043
  4. Amnesty International, « Égypte : pas de justice en vue pour 49 personnes devant être jugées par un tribunal d’exception », 5 septembre 2008, http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/news/egypt-no-justice-49-facing-trial-emergency-court-20080905
  5. NED, « 2010 Annual report : Egypt », http://www.ned.org/publications/annual-reports/2010-annual-report/middle-east-and-north-africa/egypt;À cause de la grande polémique entourant les subventions américaines des ONG égyptiennes, la NED ne publie plus les rapports relatifs à l’Égypte depuis 2010. On peut cependant retrouver celui de 2011 à l’adresse suivante : http://www.documentcloud.org/documents/725319-excerpt-from-list-of-ned-grants-2011.html
  6. Ahmed Bensaada, « Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe », Éditions Michel Brûlé, Montréal (2011), Éditions Synergie, Alger (2012), chap.2.
  7. G. Sussman et S. Krader, « Template Revolutions : Marketing U.S. Regime Change in Eastern Europe », Westminster Papers in Communication and Culture, University of Westminster, London, vol. 5, n° 3, 2008, p. 91-112,https://www.westminster.ac.uk/__data/assets/pdf_file/0011/20009/006WPCC-Vol5-No3-Gerald_Sussman_Sascha_Krader.pdf
  8. Freedom House, « Freedom House honors Human Rights Activists from Middle East »,http://www.freedomhouse.org/article/freedom-house-honors-human-rights-activists-middle-east
  9. Sherif Mansour, « Egypt’s Facebook showdown », Los Angeles Times, 2 juin 2008,http://articles.latimes.com/print/2008/jun/02/opinion/oe-mansour2
  10. David Wolman, « Did Egypt Detain a Top Facebook Activist? », Wired, 2 février 2011,http://www.wired.com/dangerroom/2011/02/leading-egyptian-facebook-activist-arrested-friends-say/
  11. Ahmed Bensaada, « Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe », op.cit;  p.72.
  12. Maidhc Ó. Cathail, « The Junk Bond “Teflon Guy” Behind Egypt’s Nonviolent Revolution », Dissident Voice, 16 février 2011, http://dissidentvoice.org/2011/02/the-junk-bond-%E2%80%9Cteflon-guy%E2%80%9D-behind-egypt%E2%80%99s-nonviolent-revolution/
  13. RT America,, « Taxpayer billions promote democracy hoax abroad », 19 novembre 2010,http://www.youtube.com/watch?v=-MCgHDoZHJg
  14. Ahmed Bensaada, « Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe », op.cit; p.55.
  15. Ahmed Bensaada,  « Printemps arabe : le rôle des États-Unis », in « La face cachée des révolutions arabes », Éditions Ellipses, Paris (2012), pp.378-383.
  16. Sami Ben Gharbia« Les cyberactivistes arabes face à la liberté sur Internet made in USA », Nawaat, 3 janvier 2011, http://nawaat.org/portail/2011/01/03/les-cyber-activistes-arabes-face-a-la-liberte-sur-internet-made-in-usa/
  17. Pierre Boisselet, « La “ligue arabe” du Net », Jeune Afrique, 15 mars 2011,http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2617p052-056.xml0/internetfacebook-hosni-moubarak-zine-el-abidine-ben-alila-ligue-arabe-du-net.html
  18. David D. Kirkpatrick et David E. Sanger, « A Tunisian-Egyptian Link That Shook Arab History», New York Times, 13 février 2011,http://www.nytimes.com/2011/02/14/world/middleeast/14egypt-tunisia-protests.html?pagewanted=all&_r=0
  19. Algérie-Focus, « Interview de Slim404 : le blogueur tunisien devenu ministre (vidéo) », 29 juin 2011, http://www.algerie-focus.com/blog/2011/06/interview-de-slim404-le-blogueur-tunisien-devenu-ministre/
  20. Fikra Forum, « About us », http://fikraforum.org/?page_id=2&lang=en
  21. Maidhc Ó Cathail, « Fikra: An Israeli Forum for Arab Democrats », 21 février 2012,http://maidhcocathail.wordpress.com/2012/02/21/fikra-an-israeli-forum-for-arab-democrats/
  22. John Mearsheimer et Stephen Walt, « The Israel Lobby », London Review of Books, Vol. 28, No. 6, 23 mars 2006, pages 3-12, http://www.lrb.co.uk/v28/n06/john-mearsheimer/the-israel-lobby
  23. Public.Resource.Org, « Nathan and Esther K. Wagner Family Foundation », Form 990-PF, 2011, https://bulk.resource.org/irs.gov/eo/2013_05_PF/36-4145039_990PF_201209.pdf
  24. Juan Cole, « Fear Stalks Iraq As Truce Ends Us », Juancole.com, 18 août 2005,http://www.juancole.com/2005/08/fear-stalks-iraq-as-truce-ends-us.html
  25. Joel Beinin, « Un think tank au service du Likoud », Juillet 2003, Le Monde Diplomatique,http://www.monde-diplomatique.fr/2003/07/BEININ/10250
  26. Ahmed Bensaada, « Syrie : le dandy et les faucons », Reporters, 15 septembre 2013,http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=234:syrie-le-dandy-et-les-faucons&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119
  27. The Huffington Post, « Dr. Josef Olmert », http://www.huffingtonpost.com/dr-josef-olmert/
  28. Voir, par exemple, référence 5
  29. Freedom House, « Freedom House Honors Jailed Egyptian Human Rights Activist », 21 octobre 2002, http://www.freedomhouse.org/article/freedom-house-honors-jailed-egyptian-human-rights-activist?page=70&release=118
  30. Ahmed Bensaada, « Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe », op.cit;  p.59.
  31. Voir, par exemple, référence 5
  32. Voir référence 26
  33. Media Education Foundation, « How to start a revolution (transcripts) »,http://www.mediaed.org/assets/products/155/transcript_155.pdf
  34. Charlie Skelton, « The Syrian opposition: who’s doing the talking? », The Guardian, 12 juillet 2012, http://www.theguardian.com/commentisfree/2012/jul/12/syrian-opposition-doing-the-talking
  35. Nina Hubinet, « Au Caire, entre soulagement et inquiétudes ». La Croix, 29 août 2013,http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Au-Caire-entre-soulagement-et-inquietudes-2013-08-29-1004023
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La Via Campesina, GRAIN et ETC saluent un nouveau rapport de la CNUCED qui déclare que l’agriculture, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, devrait effectuer une transition des monocultures vers une plus grande diversité de cultures, une diminution de l’usage des engrais et autres intrants, un soutien renforcé aux petites structures agricoles, et une production et une consommation alimentaires plus axées sur le local. Plus de 60 experts internationaux ont contribué à ce rapport, publié la semaine dernière.

Le rapport sur le commerce et l’environnement 2013 de la CNUCED (“Wake up before it is too late: make agriculture truly sustainable now for food security in a changing climate”) affirme que les monocultures et les méthodes agricoles industrielles ne fournissent pas assez de nourriture abordable là où elle est nécessaire, tout en causant des dommages environnementaux croissants et non viables.

Soit rien d’autre que la ligne d’argumentation que Via Campesina, GRAIN et le groupe ETC défendent depuis plus de vingt ans. Ces organismes ont contribué à la rédaction de certains des chapitres du rapport CNUCED et ils ont désormais formé un partenariat visant à faire progresser l’agroécologie et l’agriculture paysanne en tant qu’alternatives.

Ces dernières années, nous avons vu paraître un flux régulier de rapports de haut niveau émanant du système des Nations Unies et d’agences de développement qui plaident en faveur des petits agriculteurs et de l’agroécologie. De toute évidence, la reconnaissance internationale du fait qu’il s’agisse là du seul moyen pour résoudre la crise alimentaire et climatique avance, mais cela ne s’est pas encore traduit par des mesures réelles sur le terrain, où les paysans sont confrontés à toujours plus de marginalisation et d’oppression.

« Bien avant la parution de ce rapport, les petits agriculteurs du monde entier étaient déjà convaincus qu’il nous faut absolument une agriculture diversifiée pour garantir une production alimentaire locale équilibrée, défendre les moyens de subsistances des gens et respecter la nature. Pour atteindre cet objectif, il est primordial de protéger l’immense diversité des semences locales, ainsi que les droits qu’ont les paysans sur leur utilisation. En tant que petits agriculteurs, nous nous battons pour préserver nos semences autochtones et notre connaissance des systèmes agricoles, » dit Elizabeth Mpofu, coordinatrice générale de La Via Campesina.

De plus en plus d’indices prouvent que le système alimentaire industriel est non seulement incapable de nourrir la planète, mais également que certaines des crises sociales et environnementales mondiales les plus urgentes lui incombent. « Le système alimentaire industriel est directement responsable d’à peu près la moitié des émissions globales de gaz à effet de serre, comme le démontre notre contribution au rapport CNUCED, » explique Henk Hobbelink, de GRAIN. « Nous ne résoudrons pas la crise climatique sans nous confronter au système alimentaire industriel et aux grands groupes qui l’étayent. Nous devons plutôt nous tourner vers une agroécologie paysanne. »

Et Pat Mooney, du groupe ETC, d’ajouter : « La chaîne alimentaire industrielle utilise entre 70 et 80 % des terres arables mondiales pour ne produire que 30 à 40 % des aliments que nous mangeons. Pendant ce temps, les paysans, les vrais producteurs alimentaires, sont dessaisis de leurs terres, et de considérables préjudices écologiques en résultent. Il est clair que ce n’est pas comme cela que nous nourrirons la planète.»

Il est temps de traduire les documents politiques en actions véritables et les gouvernements, à tous les niveaux (des pouvoirs publics locaux aux organes internationaux) sont responsables de la prise des bonnes décisions à cet égard. Nous invitons la communauté internationale à nous rejoindre dans la lutte pour la souveraineté, à résister à la mainmise des grandes entreprises sur notre système alimentaire, et à soutenir l’alimentation mondiale par les paysans et autres petits producteurs alimentaires.

Pour davantage d’informations :

Elizabeth Mpofu, Via Campesina, téléphone +263772443716, [email protected]

Henk Hobbelink, GRAIN, +34933011381, [email protected]

Pat Mooney, Groupe ETC, +16132412267, [email protected]

 


Notes :

Via Campesina est le mouvement mondial des paysannes et des paysans qui luttent pour la souveraineté alimentaire. GRAIN et ETC Group sont des organisations internationales qui se battent contre le système alimentaire industriel et qui apportent leur soutien aux alternatives paysannes. Leurs forces sont désormais jointes en un partenariat visant à faire progresser l’agroécologie paysanne.

* La CNUCED est la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement. Son rapport 2013 sur le commerce et l’environnement (en anglais) est téléchargeable à partir de l’adresse suivante : unctad.org/en/PublicationsLibrary/ditcted2012d3_en.pdf

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La marée de terreur de l’OTAN en Afrique du Nord balaie de manière prévisible le Kenya

D’emblée et de la façon dont les médias occidentaux tentent de le décrire, le siège de la galerie marchande Westgate dans la capitale kenyane de Nairobi, semble être une nouvelle attaque insensée de “fanatiques religieux” de la franchise somalienne d’Al Qaïda, Al Shabab. Déjà, les politiciens kenyans et occidentaux, ainsi que les éditoriaux de presse à travers les médias occidentaux, essaient d’utiliser cette attaque comme un prétexte pour lancer une nouvelle campagne militaire contre le voisin somalien, tout en alimentant le sentiment anti-musulman à travers les audiences essentielleemnt ignorantes de l’occident.

Un édito de circonstance du quotidien USA Today titrait: “Nairobi mall attack strikes against all of us: Column” et dans son sous-titre que: comme pour le 11 Septembre, des terroristes ont déclaré la guerre à notre style de vie moderne et démocratique, aujourd’hui, nous sommes tous Kenyans.

L’édito continue en disant: tout aussi important, le combat n’est pas juste kenyan, ou africain. La Somalie pourrait bien être le nouvel Afghanistan. Une Somalie hors-la loi et fondamentaliste pourrait bien incuber un Ben Laden somalien et de nouvelles attaques sur les Etats-Unis, tout comme l’Afghanistan avait protégé Ben Laden et Al Qaïda.

Et:

Après l’attaque de Nairobi, le message devrait être: “Nous sommes tous Kenyans”. Pas seulement notre sympathie, mais aussi y aller plein pot pour prévenir une autre attaque terroriste. Laisser la Somalie à Al Shabab n’est pas une option.

Le Kenya: Une procuration pour l’agression américaine en Afrique

Ce que cet édito de USA Today oublie de mentionner, alors même qu’il fait allusion a une intervention militaire en Somalie, c’est que le Kenya a déjà participé à des opérations militaires contre son voisin du nord, et ce incluant une invasion militaire complète avec le soutien franco-américain en 2011. Dans le quotidien britannique The Independant cet article d’Octobre 2011: “Somali invasion backed by West, says Kenya,” nous dit que:

Le Kenya a confirmé que des alliés occidentaux l’ont rejoint dans sa guerre contre les militants islamistes d’Al Shabab, malgré que la France et les Etats-Unis aient nié être impliqués dans des combats en Somalie. Des forces militaires étrangères ont effectué des raids aériens et un bombardement naval près du camp retranché des militants de Kismayo, a dit un porte-parole de l’armée kenyane hier.

“Il y a certainement d’autres acteurs dans ce théâtre d’opérations perpétrant d’autres attaques”, a dit le commandant kenyan Emmanuel Chirchir. L’invasion kényane a déjà causé une dispute majeure avec le premier ministre somalien par intérim et président, qui a condamné hier la présence de troupes étrangères dans son pays. Bien que les Etats-Unis essayaient de nier leur rôle dans l’invasion, ils ont admis avoir effectué des frappes aériennes sporadiques et des attaques de drones en Somalie comme cela le fut aussi rapporté en 2012 par la BBC dans son article: “Somalia air strike ‘kills foreign al-Shabab militants’:

L’armée américaine, qui a une base dans le pays voisin de Djibouti, a effectué des frappes par drone auparavant en Somalie. Ils ont également lancé des raids aériens contre les militants d’Al Qaïda dans le pays.”

Avant d’utiliser le Kenya comme proxy pour ses agressions en Afrique et au gré de deux décennies d’opérations unilatérales secrètes, les USA ont soutenu deux invasions éthiopienne de la Somalie. La première fut sous le prédident Bush en 2006. Comme le rapportait USA Today dans un article de 2007: “U.S. support key to Ethiopia’s invasion,” :

Les Etats-Unis ont livré des armes et des conseillers militaires en catimini en Ethiopie, dont l’invasion récente de la Somalie a ouvert un nouveau front pour le gouvernement Bush dans sa guerre contre le terrorisme.

La seconde invasion éthiopienne soutenue par les Etats-Unis fut sous le président Obama en 2011, coordonnée avec l’attaque combinée du Kenya et de la France/Etats-Unis. Dans un article de décembre 2011: “UN-backed invasion of Somalia spirals into chaos,” le quotidien britannique The Independant rapportait que:

“L’invasion kenyane de la Somalie, approuvée et encouragée par l’occident et le CS de l’ONU a été programmé pour délivrer un KO aux militants d’Al Shabab. Au lieu de cela, le rival régional de la Somalie, l’Ethiopie, est revenu dans le pays, a remonté les seigneurs de la guerre et renforcé le soutien populaire aux fondamentalistes islamistes qui pourtant manifestent plus de volonté à laisser mourir de faim la population que d’accepter une aide extérieure, ce qui les a laissé haïs du peuple.

Ce fut en fait cette dernière invasion soutenue par les Etats-Unis qui a servie de motivation pour l’attaque de la galerie marchande de Nairobi cette semaine.

Les mêmes terroristes que les Etats-Unis arment en Syrie tuent des civils au Kenya

Dès 2011, des analystes en géopolitiqe avaient prévenus que l’intervention des Etats-Unis, de la GB et de la France en Libye créerait un émirat de la terreur qui lâcherait une lame de fond de militants pour la déstabilisation de l’Afrique du Nord et au-delà. Du Mali au Kenya, et aussi loin à l’Est que la Syrie, la violence directement liée aux militants islamistes et à l’aide qu’ils reçoivent en armement de l’occident en Libye, se font maintenant sentir.

Peu de temps après l’intervention militaire en Libye, ce fut AQMI, listé comme groupe terroriste par le ministère des AE US, qui joua un rôle central dans l’invasion du nord-Mali, ce qui donna un prétexte pour une intervention militaire et occupation française. AQMI fut bien sûr fusionné avec le groupe combattant islamique armé lybien (GCIAL)lié à Al Qaïda, le groupe qui fut utilisé par l’OTAN pour opérer un changement de régime en Libye en 2011, dans des rapports de défense, AQMI et le GCIAL sont mentionnés comme travaillant la main dans la main. Un des rapports admettant même:

Il y a des Libyens qui ont voyagés vers l’Algérie pour s’entrainer avec AQMI, bien que ces rapports ne soient pas confirmés. AQMI a cherché à capitaliser sur la situation en Libye.

Le géopoloticien Pepe Escobar élaborait dans un article publié sur Asia Times: “How al-Qaeda got to rule in Tripoli” que: “Crucialement,en 2007, le #2 d’alors d’AQ Al-Zawahiri annonçait officiellement la fusion entre le groupe islamiste libyen et AQ en AQMI. Donc, pour des raisons pratiques, depuis lors AQMI et le GCIAL ont été un et un seul et Belhaj était son ‘émir’ “.

“Belhaj” se référant à Hakim Abdul Belhaj, leaders du groupe libyen, qui mena au renversement de Kadhafi avec l’aide, le soutien financier, militaire, logistique et le soutien par la reconnaissance diplomatique de L’OTAN et qui a maintenant plongé cette nation dans une guerre civile raciste génocidaire. Cette intervention a aussi vu l’épicentre de la rebellion, la ville de Benghazi, se détacher de Tripoli pour devenir un “émirat de la terreur” semi-autonome. La dernière campagne de Belhaj l’a mené en Syrie où il fut vu sur la frontière turco-syrienne, abreuvant la soi-disant “Armée Syrienne Libre” (ASL) d’argent, d’armes, de munitions et de combattants, toujours sous les auspices bienfaiteurs de l’OTAN.

Le torrent de militants et d’armes en provenance de Libye vers la Syrie pour soutenir un changement de régime voulu par l’occident et ses alliés régionaux a été très bien documenté ces deux dernières années.

En Novembre 2011, le Telegraph dans leur article “Leading Libyan Islamist met Free Syrian Army opposition group,” rapportait:

Hakim Belhaj, chef du conseil militaire de Tripoli et ancien leader du groupe islamique combattant libyen “a rencontré des leaders de l’ASL à Istanboul et à la frontière de la turco-syrienne”, a dit un officiel militaire qui travaille avec Mr Belhaj. “Moustapha Abdoul Jalil (le président libyen par intérim) l’a envoyé là-bas.”

Un autre article du Telegraph, “Libya’s new rulers offer weapons to Syrian rebels,” admettait:

Les rebelles syriens ont tenu des pourparlers secrets avec les nouvelles autorités libyennes ce vendredi, visant à sécuriser des armes et de l’argent pour leur insurrection contre le régime du président Bachar Al-Assad”, a appris le Daily Telegraph.

A la réunion qui se tint à Istanboul et à laquelle participaient des officiels turcs, les Syriens ont requis une “assistance” des représentants libyens qui leur offrirent des armes et potentiellement des volontaires pour le combat. “Il y a un plan pour envoyer des armes et des combattants en Syrie”, a dit une source libyenne parlant sous conditions d’anonymat. “Il y a une intervention en cours de préparation dans un intervalle de quelques semaines vous verrez.”

Plus tard ce mois là, quelques 600 terroristes libyens furent rapportés avoir pénétré en Syrie pour commencer des opérations de combat et aussi récemment que le mois dernier, CNN, dont Ivan Watson accompagna les terroristes au delà de la frontière turco-syrienne jusquà Alep, révéla que des combattants étrangers se trouvaient bien parmi les militants, particulièrement des Libyens. De plus des résidents du village où les faucons syriens avaient établi leur QG ont dit que des combattants de plusieurs pays nord-africains se trouvaient parmi la brigade.

Un volontaire combattant libyen a aussi expliqué à CNN qu’il avait l’intention de voyager de la turquie vers la Syrie dans les jours à venir afin d’ajouter une section de combattants libyens au mouvement armé. CNN a aussi ajouté:

Nous avons rencontré un combattant libyen qui avait franchi la frontière pour se rendre en Syrie avec 4 autres Libyens. Il portait un treillis camouflé et portait une Kalashnikov. Il a dit que plus de combattants libyens étaient en route.

Certains combattants étrangers sont vraiment attirés car ils voient cela comme un djihad. Ce conflit est un aimant pour djihadistes qui voient cela comme un combat pour l’islam sunnite.

Les rapports de CNN donnent des admissions sans fin en 2011 de grand nombre de terroristes libyens pompés d’argent et d’armes de l’OTAN, se rendant en Syrie avec les chefs du GICAL s’occupant de la logistique.

Al Shabab, la franchise somalienne d’AQ est aussi directement lié avec AQMI et la myriade d’autres subsides extrémistes d’AQ, incluant le groupe libyen et plus récemment le groupe Al Nosra de Syrie. Dans son rapport de 2012 titré “Africa’s Islamist militants ‘co-ordinate efforts’, la BBC disait:

Trois des plus gros groupes militants d’AQ en Afrique essaient de coordonner leurs efforts, a prévenu le chef de l’US AFRICOM. Le général Carter Ham a dit en particulier qu’AQMI partagerait probablement des explosifs et de l’argent avec le groupe nigérian Boko Haram. Parlant depuis Washington, il a dit que le mouvement séparatiste du nord-Mali a donné un havre de paix à AQMI. Le groupe somalien Al Shabab est l’autre “groupe le plus dangereux” a t’il dit.

Cette coopération entre AQMI, Boko Haram et Al Shabab a été manifestement favorisée par le flot accru d’argent et d’armes en provenance de l’OTAN et des armes d’abord entrant en Libye pour renverser Kadhafi, puis envoyées en Syrie pour renverser le gouvernement local. L’assistance systématique de l’OTAN à développer la capacité opérationnelle d’AQ en Afrique du Nord (AQMI) ne peut qu’aider les terroristes comme ceux qui sont derrière l’attaque de la galerie marchande kenyane. Ceci permet des opérations par delà les frontières.

Malgré les tentatives occidentales d’expliquer autrement comment AQ reçoit son financement, sa force humaine et son arsenal pour parfaire et perpétrer ses campagnes de terrorisme mondial,il est très clair que ceci est le résultat d’un soutien étatique, d’états comme les Etats-Unis, la GB, la France, l’Arabie Saoudite, Israël, le Qatar, la Turquie, la Jordanie et d’autres.

L’attaque d’Al Shabab au Kenya est une horreur et du terrorisme injustifiable, mais ce que les Kenyans et le monde en général doivent se rappeler est qui les a armé, qui les soutient continuellement, leur donne des nations entières (Libye) comme havre de paix et augmente leurs rangs et leurs arsenaux avec des milliards de dollars en cash et des milliers de tonnes d’armes et de munition dans des zones de guerre comme la Syrie.

L’existence continuelle d’un groupe comme Al Shabab, ainsi que ses contre-parties d’AQMI en Afrique du Nord, le groupe de combat islamiste armé libyen, Boko Haram au Nigéria et Al Nosra en syrie, n’est dûe entièrement qu’au financement et au soutien militaire ouvert et secret de l’occident. Le sang de personnes innocentes est sur les mains de ceux au sein du gouvernement kenyan qui servent de manière volontaire les intérêts par procuration de l’agression américaine à travers toute l’Afrique et ceux en occident qui utilisent AQ comme un outil géopolitique pour parvenir à leurs objectifs globaux.

Al Qaeda: Le prétexte parfait pour envahir, l’armée mercenaire secrète parfaite pour les guerres

Pour l’occident, AQ est l’outil géopolitique ultime. Il peut être utilisé comme prétexte pour envahir et est aussi une source quasi inépuisable de mercenaires capables de perpétrer les campagnes terroristes les plus odieuses et sans pitié et même maintenant des guerres ouvertes comme en Libye et maintenant en Syrie, afin d’atteindre les objectifs de l’occident. De plus l’omni-présence de la nébuleuse AQ sert de justification pour toujours plus de politique liberticide dans les pays occidentaux, perpétuant ainsi un climat de peur au sein duquel les graines des guerres très profitables pour certains peuvent être semées et continuellement moissonnées.

Quel profit ? Un article de recherche de la Harvard Kennedy School titré: “The Financial Legacy of Iraq and Afghanistan,” place les dépenses pour les seules guerres d’Afghanistan et d’Irak entre 4 et 6000 milliards de dollars. Ceci ne sont pas 4-6000 milliards de dollars disparus dans un trou noir. Ce fric est allé directement dans les poches des entreprises du Fortune 500qui fabriquent et vendent ces conflits au public américain en premier lieu.

Le Washington Post dans un article récent intitulé: “Americans are tweeting about ‘Syria’ almost as much as ‘twerking’ – sometimes more,” a célébré l’ignorance générale du public en ce qui concerne la géopolitique.

C’est ce “manque d’éducation” que le comité éditorial du Washington Post et les intérêts spéciaux qu’il sert, pensent être ok, cela permet à ces intérêts spéciaux de continuer à utiliser Al Qaïda a la fois comme le super méchant et aussi pour gonfler sans fin les rangs de ses “combattants de la liberté”

L’édito sus-mentionné de USA Today cherchant à exploiter cette dernière tragédie au Kenya a aussi averti:

L’attaque de la galerie marchande de Nairobi brise le cœur. Cette histoire pourrait si bien être une histoire américaine.

Pour les véritables intérêts pilotant et bénéficiant exclusivement de la campagne d’AQ de terreur globale, s’ils devaient décider que ces histoires devaient également devenir américaines, alors elles le seront, à moins que nous ne rectifions ce “manque d’éducation” que ces intérêts très spéciaux ont particulièrement peaufiné tout en nous disant que cela était “OK”…

Tony Cartalucci

Article original en anglais :

kenyamapKenyan Bloodbath: Reaping the “Benefits” of US AFRICOM Collaboration, 23 septembre 2013.

Traduction : Résistance 71

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Et si on parlait des stocks d’armes chimiques en Israël ?

septembre 25th, 2013 by Jonathan Cook

Photo : Attaque aux armes chimiques (phosphore blanc) sur une école des Nations Unies à Gaza, hiver 2008-2009. La barbarie sioniste a tous les droits, ne connait pas de freins, et bénéficie d’une complicité internationale coupable.

Le plan d’inspection et de destruction des armes chimiques de la Syrie attire l’attention sur les armes de destruction massive (ADM) non déclarées d’Israël.

Les responsables israéliens semblent de plus en plus nerveux, craignant que les efforts internationaux pour détruire les armes chimiques syriennes ne servent de prélude à des exigences pour qu’Israël élimine ses propres ADM non déclarées.

Israël maintient ce qu’il appelle « une posture de l’ambiguïté » sur la question de savoir s’il dispose d’armes nucléaire ou chimiques. Mais ce État est très fortement soupçonné de disposer d’un grand arsenal de bombes nucléaires, soustrait à toute surveillance internationale, et il existe de forts soupçons qu’il ait secrètement développé un programme d’armes chimiques.

Ces préoccupations se sont renforcées après la divulgation ce mois-ci d’un rapport confidentiel de la CIA suggérant qu’Israël avait constitué un stock important d’armes chimiques dans les années 1980. Israël a refusé à la fois de signer le Traité de non-prolifération de 1968, portant sur la réglementation des armes nucléaires, et de ratifier la Convention sur les armes chimiques de 1993, laquelle oblige les États à soumettre à une surveillance internationale et à détruire les agents chimiques en leur possession.

Au cours des derniers jours, d’autres pays du Moyen-Orient ont pris une série d’initiatives pour attirer l’attention internationale sur les ADM d’Israël.

Ces efforts ont suivi la ratification de la Convention sur les armes chimiques par Damas la semaine dernière, et l’annonce ce week-end d’un calendrier convenu entre la Russie et les États-Unis pour débarrasser la Syrie de ses stocks de substances chimiques d’ici le milieu de l’année prochaine.

Israël est aujourd’hui l’un des seuls six États qui refusent d’appliquer la Convention, avec dans la liste l’Égypte, le Myanmar, l’Angola, la Corée du Nord et le Sud Soudan. Cela a suscité des inquiétudes qu’Israël ne devienne rapidement un État paria sur la question.

Le journal quotidien Haaretz a rapporté cette semaine que la perspective que des pressions internationales ne s’exercent sur Israël pour connaître la vérité sur ses stocks d’ADM « tenait éveillés toute la nuit pas mal de hauts responsables de la défense israélienne ».

Shlomo Brom , un ancien général israélien et maintenant chercheur à l’Institut d’études de sécurité nationale à l’Université de Tel Aviv, a qualifié « d’imprudente » la politique actuelle d’Israël sur les armes chimiques.

« La réalité au Moyen-Orient a changé depuis qu’Israël a refusé de ratifier la convention. Il n’y a plus aucune bonne raison pour Israël de rester avec la poignée de régimes qui s’opposent à lui. »

Cette semaine, les États arabes ont présenté une résolution devant l’organisme de surveillance nucléaire des Nations Unies, l’Agence internationale de l’énergie atomique, demandant à Israël de placer ses installations nucléaires sous le régime d’inspection de l’AIEA dans le cadre du projet d’instaurer une zone sans armes nucléaires dans la région.

Le Traité de non- prolifération des armes nucléaires, qu’Israël a refusé de signer, a été élaboré en 1968, un an après Israël ait très certainement produit sa première ogive nucléaire.

« Mesures graves »

Un rapport publié ce dimanche par deux experts en prolifération a évalué qu’Israël avait construit un total de 80 bombes nucléaires jusqu’à 2004, année où il a semble-t-il avoir interrompu la production. Le même rapport conclut qu’Israël avait des stocks de matières fissiles suffisamment importants pour doubler le nombre de bombes à court terme.

Les responsables américains se sont cependant opposés aux États arabes à l’AIEA. Joseph Macmanus, le représentant américain à l’agence, a déclaré que la résolution « ne fait pas avancer notre objectif partagé de progrès vers une zone exempte d’ADM au Moyen-Orient. Au lieu de cela, elle sape les efforts d’un dialogue constructif vers cet objectif commun. »

Un plan égyptien préparant le terrain pour l’établissement d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient avait été parrainée par les États-Unis en 2010, malgré l’opposition d’Israël. Cependant, Washington a annoncé l’an dernier qu’il reportait toute action à un date ultérieure. Dans le même temps, dimanche dernier, le ministère iranien des Affaires étrangères a exhorté la communauté internationale à « prendre des mesures sérieuses » pour forcer Israël à ratifier la Convention sur les armes chimiques.

Suite à la ratification de la convention par la Syrie, son ambassadeur à l’ONU, Bachar Jaafari, a déclaré : « le principal danger des armes de destruction massive, c’est l’ arsenal nucléaire israélien », ajoutant qu’Israël possédait des armes chimiques, mais que la plupart des autres États ne sont pas prêts à en parler.

Cela peut encore changer. Les représentants du gouvernement israélien se sont dits inquiets que le secrétaire d’État américain, John Kerry, puisse exiger d’Israël la ratification du traité de non prolifération dans le cadre des efforts américains pour effacer les armes chimiques du Moyen-Orient. « Maintenant, Kerry peut expliquer que les USA ont besoin de l’aide d’Israël avec une ratification du traité interdisant l’utilisation d’armes chimiques », a rapporté le journal Haaretz .

Selon des informations parues dans les médias israéliens, les ambassades israéliennes à l’étranger ont reçu des instructions pour éluder les questions posées par les journalistes et les diplomates et liées aux armes chimiques israéliennes.

Le ministère israélien de la Défense a refusé de faire des commentaires pour Al-Jazeera, renvoyant les questions au bureau du Premier ministre. David Baker, un porte-parole de Netanyahu, a également refusé de répondre, traitant de « spéculations » toutes les interrogations. Il n’a pas voulu dire si le gouvernement israélien avait donné des directives aux responsables politiques.

Dans une déclaration publique inhabituelle, Amir Peretz, ancien ministre de la Défense, a déclaré à Radio Israël cette semaine : « J’espère beaucoup, et je suis certain, que la communauté internationale ne va pas en faire une question centrale et que nous allons maintenir le statu quo ». Contrairement à la Syrie, a-t-il prétendu, Israël était un « régime démocratique et responsable ».

Uri Avnery , un journaliste israélien et ancien homme politique, a déclaré que les Israéliens sont persuadés que leur pays possède secrètement de telles armes. « Le gouvernement israélien a toujours maintenu que Israël était une exception, qu’il s’agissait d’un gouvernement responsable et qu’il n’avait donc pas besoin de se soumettre aux conventions internationales, qu’elles soient nucléaires, biologiques ou chimiques. Les Israéliens croient qu’en raison de l’Holocauste, ils ont droit à une protection supplémentaire, ce qui signifie en pratique l’accès à tout type d’arme. »

Le secret d’Israël est, en partie, motivée par la promesse d’éviter d’embarrasser les États-Unis en déclarant posséder des armes de destruction massive. Washington en effet viole la législation américaine en continuant à verser à Israël des milliards de dollars chaque année, alors qu’Israël possède des armes nucléaires hors de tout traité de non- prolifération.

Une position à courte vue

Le refus d’Israël de ratifier la Convention sur les armes chimiques aux côtés de la Syrie « est une position à courte vue et d’utilité douteuse » , dit un éditorial du Haaretz, ajoutant qu’un changement de politique montrerait qu’Israël était prêt « à faire sa part dans l’effort général pour débarrasser la région des armes de destruction massive ».

Les soupçons qu’Israël puisse dissimuler un programme d’armes chimiques se sont renforcés à la suite d’un récent rapport du magazine américain Foreign Policy, révélant que des satellites espions américains avaient découvert une zone de stockage d’armes chimiques dans le désert du Néguev en Israël pour la première fois en 1982.

Un rapport confidentiel de la CIA de 1983 et divulgué par le même magazine, avait identifié « une probable installation de production et stockage d’agent innervant », près de la ville israélienne de Dimona, elle-même proche du réacteur nucléaire israélien. Le magazine ajoute que les industries chimiques d’Israël sont également soupçonnées d’être impliquées dans la production d’armes.

Selon des communications militaires israéliennes captées et divulguées par l’Agence de sécurité nationale américaine à cette époque, les bombardiers israéliens ont mené des missions simulant des bombardements par armes chimiques dans le Néguev .

Le rapport suggère que « plusieurs indicateurs nous amènent à croire [que les Israéliens] ont à leur disposition au moins des agents neurotoxiques persistants et non persistants, du gaz moutarde et plusieurs agents toxiques de lutte antiémeute, insérés dans des systèmes appropriés de diffusion ».

Bien qu’il ne soit pas possible de savoir si fonctionne encore le site de stockage d’armes chimiques identifié par la CIA au début des années 1980, il y a des indications sérieuses qu’Israël a continué à travailler sur des agents neurotoxiques dans les années qui ont suivi.

Israël est connu pour avoir un institut de recherche biologique à Ness Ziona, à environ 20km au sud de Tel Aviv, qui se présente comme un centre de recherche du gouvernement. Officiellement, l’institut effectue de la recherche pour la médecine et pour la défense, notamment en aidant Israël à se prémunir contre les effets d’une attaque au moyen d’ armes chimiques ou biologiques.

L’institut est cependant soupçonné d’avoir également et secrètement développé des capacités offensives, le plus célèbre de ses agents toxiques ayant été utilisé dans une tentative d’assassinat du dirigeant du Hamas, Khaled Mechaal, en Jordanie en 1997.

Mechaal, à qui des agents du Mossad avait injecté un produit toxique dans une oreille, ne fut sauvé que parce que les deux agents impliqués ont été capturés alors qu’ils étaient encore en Jordanie. Binyamin Netanyahu, le premier ministre israélien de l’époque, avait décidé de remettre un antidote en échange de la libération des deux espions.

Des armes expérimentales

Israël est fortement soupçonné d’avoir utilisé une toxine très difficile à détecter dans la mort encore inexpliquée du dirigeant palestinien Yasser Arafat en 2004.

La connexion entre Israël et les armes chimiques a également fait surface suite à un crash d’un avion israélien près d’Amsterdam en 1992.

Les médias néerlandais avaient rapporté que l’avion d’El Al transportait des quantités importantes d’un composant chimique majeur du gaz sarin, le gaz neurotoxique utilisé près de Damas le dernier mois, le gouvernement syrien ayant été largement accusé d’être responsable de l’attaque. La société américaine qui avait fourni [en 1992] le produit chimique en question, avait déclaré que la livraison devait se faire à l’Institut de recherche biologique à Ness Ziona.

Une série de rapports, dont un de la BBC au début de la deuxième Intifada palestinienne il y a dix ans, a également accusé Israël d’utiliser ce qui semblait être une forme expérimentale de gaz lacrymogène produisant des convulsions graves pour beaucoup de ceux qui l’ont inhalé.

Plus récemment, les attaques répétées d’Israël sur Gaza ont été l’occasion d’utiliser des munitions Dense Inert Metal Explosive ( DIME), un type d’arme expérimentale qui n’est pas encore couvert par les traités internationaux. Son explosion provoque de graves dommages internes aux victimes et laisse des traces de métaux cancérigènes, tels que le tungstène, dans les corps de ceux qui survivent.

En hiver 2008-09 , Israël a été largement condamné pour avoir utilisé du phosphore blanc sur des zones habitées de Gaza. Même si ce gaz est autorisé à être utilisé sur un champ de bataille pour créer un écran de fumée, le phosphore blanc est considéré comme une arme chimique lorsqu’il est utilisé dans des zones où des civils sont présents. Les éléments de cette substance chimique brûlent à travers la chair et les poumons et ils sont particulièrement difficiles à éteindre.

Sous la pression internationale, l’armée israélienne s’est engagée plus tôt cette année à mettre fin à l’utilisation de ce type de produit toxique.

Jonathan Cook

Article original en anglais :
http://www.aljazeera.com/indepth/fe… 20 septembre 2013
Traduction : Info-Palestine.eu - Claude Zurbach

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Jonathan Cook a remporté le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East(Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

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« Quand on s’engage à servir son pays et qu’on prête serment, on s’y tient. Ce n’est pas une option. » Steven Bussi de la Fondation Néoconservatrice Heritage, à propos de Chelsea Manning, (anciennement connu sous le nom de Bradley). Vraiment ? Peu importe ce que l’on demande à un individu qui s’est engagé ? Peu importe ce qu’il voit ou ce qu’il sait, il doit ignorer sa conscience et obéir aux ordres ? Mais Steven, mon ami, vous n’êtes pas sans savoir qu’après la Seconde Guerre Mondiale de nombreux Allemands utilisèrent, bien évidemment, l’excuse d’avoir obéi aux ordres. Les alliés victorieux exécutèrent pourtant beaucoup d’entre eux.

Les condamnations à mort furent prononcées par le Tribunal Militaire International de Nuremberg, en Allemagne, qui déclara que les individus ont des devoirs internationaux qui surpassent les obligations nationales d’obéissance. C’est pour cela que les citoyens, en tant qu’individus, ont le devoir d’enfreindre les lois nationales pour empêcher que des crimes contre la paix et contre l’humanité n’aient lieu.

En outre, le Principe IV de Nuremberg stipule : le fait qu’une personne agisse selon les ordres de son Gouvernement ou d’un supérieur ne l’exonère pas de sa responsabilité au regard des lois internationales, pour peu qu’on parvienne à démontrer qu’il avait la possibilité d’agir autrement.

Manning, mais aussi Edward Snowden, avaient des alternatives d’ordre moral et ils les ont saisies.

Il convient de dire que Barack Obama a refusé de présenter à la justice ceux qui, sous l’ère Bush, étaient impliqués dans les actes de torture car, affirme-t-il, ils ne faisaient qu’obéir aux ordres. Cet homme instruit, n’a-t-il jamais entendu parler du Tribunal de Nuremberg ? Pourquoi n’est-il pas gêné de répéter encore et toujours le même argument ?

Durant les trois dernières années d’incarcération, de torture et d’humiliation que Manning a vécues et qui ont augmenté considérablement ses difficultés personnelles déjà existantes, j’imagine que l’idée du suicide lui a traversé l’esprit à bien des reprises. Cela aurait été le cas si j’avais été à sa place. Au cours des milliers de jours et de longues nuits d’incarcération à venir, ces pensées habiteront peut-être Manning. Si les pensées se transforment en désir et si le désir devient insupportable, j’espère que cette jeune femme courageuse trouvera le moyen de le réaliser. Toute personne possède ce droit, même les héros.

Les Etats-Unis et leurs petits caniches européens sont peut-être allés trop loin, pour leur propre bien, dans leurs tentatives de contrôler toute communication dissidente en exigeant toutes les données de la part des sociétés impliquées dans la messagerie codée, en mettant la pression pour fermer plusieurs d’entre elles, en obligeant l’avion du président bolivien à atterrir, en détruisant les ordinateurs d’un journal important, en arrêtant la conjoint d’un journaliste pendant plus de neuf heures dans un aéroport, en s’appropriant les conversations téléphoniques de journalistes de l’Associated Press, en menaçant d’emprisonnement un journaliste du New York Times s’il ne révélait pas sa source lors d’une opération d’infiltration, en mentant de manière éhontée au plus haut niveau, en dissimulant des micros au sein du Parlement Européen et des Nations Unies, en organisant des surveillances sans limites. Où tout cela s’arrêtera-t-il ? A quel moment cela sera-t-il contreproductif et permettra aux Etats-Unis de revenir à un niveau de surveillance normal ? Le 24 Juillet, une loi limitant le pouvoir de la NSA a été retoquée par seulement 217 votes contre 205 à la Chambre des Représentants.

Et combien de temps encore Amnistie Internationale continuera-t-elle à salir son image en niant l’évidence ? A savoir que Manning rentre dans la catégorie des Prisonniers d’Opinion. Quiconque visite le site d’Amnistie Internationale à la recherche de Prisonniers d’Opinion en trouvera un grand nombre, dont plusieurs cubains. Existe-il un lien entre l’oubli de Manning et le fait que la Directrice Exécutive d’Amnistie Internationale, Suzanne Nossel, ait pris ses fonctions actuelles tout de suite après son départ du Département d’Etat Américain, où elle occupait le poste de Vice-Secrétaire Adjointe en charge des Organisations Internationales ?

Un coup de fil au siège d’Amnistie Internationale à New York ne m’a pas permis d’obtenir une quelconque explication sur l’oubli de Manning. Je suggère que les lecteurs essaient de l’obtenir en contactant le bureau d’Amnistie Internationale de leur pays.

En attendant, l’autre grande organisation internationale de défense des droits de l’homme, HRW, a vu le Directeur du bureau de Washington, Tom Malinowski, être nommé par Obama, Secrétaire d’Etat Adjoint en charge de la Démocratie, des Droits de l’Homme et du Droit du Travail. Est-il vraiment exagéré d’attendre d’un haut fonctionnaire à la tête d’une organisation de défense des Droits de l’Homme qu’il refuse de travailler pour un gouvernement qui a le plus enfreint les Droits de l’Homme au cours des cinquante dernières années ? Et si cette nomination vous semble écœurante, il vous faut considérer la torture comme le meilleur exemple de la cruauté humaine. Qui d’autre que les Etats-Unis a été le plus impliqué dans cette horreur ? Allant même jusqu’à l’enseigner, fournissant manuels et équipements, créant des centres de torture un peu partout dans le monde, séquestrant des personnes pour les conduire vers ces lieux, incarcération, alimentation forcée, Guantanamo, Abu Ghraib, Bagram, Chili, brésil, Argentine, Chicago…

Que Dieu nous pardonne !

 William Blum

 

Source originale : Counterpunch

Auteur de Killing Hope : U.S. Military and CIA Interventions Since World War II, Rogue State : a guide to the World s Only Super Power.

Son dernier ouvrage s’intitule America s Deadliest Export : Democracy.

Contact : [email protected] <mailto:[email protected]>

Traduit pour Investig’Action

 

 

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Valdaï et la question de l’identité de la Russie

septembre 25th, 2013 by Alexandre Latsa

La semaine dernière j’ai eu le plaisir de participer à un débat télévisé, c’était une table ronde sur la question de l’image de la Russie à l’étranger. La question était de savoir si les russes méritaient leur mauvaise image à l’étranger ou s’ils étaient victimes d’une image négative fabriquée et véhiculée par les médias notamment.

Le débat à très rapidement dévié sur le fait de savoir s’il fallait ou non se préoccuper de l’image de la Russie et des russes à l’étranger et surtout sur ce que sont les russes et la Russie. La question de l’identité nationale reste, dans la Russie de 2013, une question essentielle et les nombreuses discussions du club Valdaï à ce sujet viennent de le prouver.

La Russie est un pays dans lequel se côtoient énormément de peuples et de religions et des cultures totalement différentes. La Russie est européenne, slave et orthodoxe mais également asiatique, touranienne et musulmane. Elle est un pays tout à la fois nordique et méridional, et de l’Ouest comme de l’Est de l’Eurasie.

A cette immense variété culturelle et géographique, il faut ajouter qu’en Russie se côtoient tant le 19ième, que le 20ième ou le 21ième siècle. Il est donc bien difficile de définir ce qu’est aujourd’hui un russe moyen et le regard que l’étranger porte sur un russe ou un russien, ou peut être sur les russes et les russiens.

La Russie sort de trois épreuves historiques fort différentes n’ayant en commun que leur violence et la destruction de la morale et de l’identité qu’elles ont généré: la période monarchiste autoritaire (le tsarisme qui toléra l’esclavage jusqu’au début du siècle dernier), la période soviétique qui contribua a la création d’un homme nouveau (l’homo soviéticus) au prix de la destruction de l’identité religieuse et nationale et enfin la période postsoviétique et libérale, qui en une grosse décennie seulement, est arrivée à  détruire la Russie sur le plan moral, sanitaire et démographique.

Le réveil russe auquel nous assistons depuis 2000 sur le plan économique et politique pose deux questions essentielles : qu’est ce qu’être russe aujourd’hui, et comment fonder une identité russe saine pour le siècle. La Russie Tsariste ne différenciait les citoyens que selon leurs rangs, pendant que l’Union Soviétique jouait la carte transnationale et citoyenne. Dans les années 90, la Russie faisait face à une situation complexe: assurer une pacifique transition du modèle politique (de l’URSS à la fédération de Russie) tout en évitant que l’éclatement territorial ne crée des conflits sur des bases territoriales, ethniques, religieuses ou simplement identitaires.

Les stratèges de l’époque ont alors conçu un terme lexical pour définir les habitants de la Russie: le terme Rossianin, que l’on pourrait traduire par Russien en français. Utilisé par Boris Eltsine lorsqu’il s’adressait au peuple, ce terme était censé regrouper et mettre sur un pied d’égalité tous sous ensembles de la fédération de Russie. Mais en réalité, il contribua à créer une différence fondamentale entre les Russes ethniques, les Russkie, et les autres. Une décennie plus tard, le retour en force de l’identité religieuse au sein de tous les peuples de la fédération se retrouve sans doute troublé par cette distinction de fait et qui dans l’inconscient collectif est la suivante: le russe est orthodoxe pendant que le rossianin serait autre et plutôt musulman ou bouddhiste.

Cette distinction s’accentue dans un climat ou la tendance profonde en Russie est une tendance au renforcement des identités, puisque le très sérieux Kommersant constatait il y a quelques jours que “La Russie connaît une montée de sentiments nationalistes, tandis que certaines républiques du pays peuvent déjà être qualifiées d’islamiques (…) Pour certains experts la Russie se trouve au seuil d’une grave crise nationale“. Cette crise potentielle pourrait menacer la stabilité voire l’intégrité territoriale du pays et le président russe s’est montré très offensif à ce sujet lors du discours de clôture du forum Valdaï qui s’est tenu comme chaque année. Le chef de l’Etat russe a en effet appelé à ouvrir un débat sur la question de l’identité nationale et à la définition d’une identité culturelle et spirituelle. Pour lui, les frontières à ne pas franchir pendant ce débat sonttout ce qui pourrait porter atteinte à la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité du pays.

Le président russe a rappelé que “l’idée nationale ne pouvait apparaître par des règles mondiales et communes et qu’était révolu le temps ou l’on pouvait copier et appliquer une identité dans un pays comme on installe un logiciel dans un ordinateur“. Il a martelé que la Russie était un: “Etat-civilisation fondé sur la langue russe, la culture russe, l’Eglise orthodoxe russe et les autres religions traditionnelles de la Russie” ou encore que: “ce modèle avait toujours fait preuve d’une certaine flexibilité face aux spécificités locales, permettant l’unité dans la diversité“.

En 2007 à Munich, lors d’un discours qui a fait date (en version française ici), Vladimir Poutine avait clairement prévenu que la Russie ne tolérerait plus le modèle mondial unipolaire qui était en fin de cycle et que la Russie allait affirmer sa condition d’état souverain et de puissance avec laquelle il allait falloir compter. Les cinq années qui suivirent lui donnèrent raison. L’épisode de la guerre en Géorgie en 2008 puis celui de la situation actuelle en Syrie prouvent que la Russie est inexorablement passée du statut de puissance régionale à celui de puissance mondiale.

A la différence du discours de Munich en 2007, ou le président russe avait fait clairement apparaître la volonté russe d’activement participer à l’élaboration d’un monde multipolaire, le discours de Valdaï 2013 est apparu comme une critique beaucoup plus précise et affirmée des modèles de développements “euro-occidentaux” au sens large. Le président russe a par exemple vanté le traditionalisme comme étant le cœur de l’identité de la Russie, tout en déplorant les menaces telles que la “mondialisation, le multiculturalisme et l’érosion des valeurs chrétiennes – via notamment une focalisation exagérée sur les droits des minorités sexuelles“.

Ce faisant il a clairement opposé le modèle russe en gestation fondé sur la tradition au modèle euro-atlantique incapable d’influer sur la Russie et en perdition selon lui notamment car, par exemple, “il rejette les identités et met sur un pied d’égalité les familles traditionnelles avec beaucoup d’enfants et les familles de même sexe (homoparentales), soit la foi en dieu ou en Satan“. Vladimir Poutine a énormément insisté sur le point démographique et la disparition en cours des peuples européens du continent.

La Russie semble avoir clairement décidé de ne pas sacrifier son modèle civilisationnel pour rejoindre la communauté-atlantique, affirmant au contraire désormais que c’est “l’Europe qui n’avait pas d’avenir sans la Russie” mais rappelant qu’elle était bien évidemment prête à collaborer avec tout pays européen ne souhaitant pas imposer ses valeurs a la Russie. Comme les lecteurs de RIA-Novosti le savent, le dialogue entre Russie et Occident bute en effet sur un malentendu profond qui est celui de la morale et des valeurs et il semble que sur ce point on s’approche d’un nouveau rideau de fer.

Le président russe a aussi réaffirmé que l’objectif prioritaire de la Russie était l’intégration avec ses voisins proches et le développement de l’Union Eurasiatique pour permettre à la Russie d’occuper une place stratégique centrale et ne pas se retrouver en périphérie de blocs européens ou asiatiques.

Cette nette réorientation stratégique et eurasiatique de la Russie ne concerne pas que la politique extérieure mais visiblement aussi et bien plus largement l’esprit des réformes en cours et du devenir de la Russie. Vladimir Poutine a dans cet esprit redéfini l’Union Eurasiatique non comme une simple coopération entre pays mais comme le seul “projet viable de préservation de l’identité et la diversité des peuples de l’espace eurasiatique dans le nouveau siècle et le nouveau monde“. Parlant de la nature de l’Etat civilisation russe, Vladimir Poutine l’a qualifié de “complexité florissante” (цветущая сложность), une expression particulière créée par l’un des pères de l’Eurasisme politique et philosophique, Constantin Leontiev.

Constantin Leontiev avait en effet déjà développé ces conceptions eurasiatiques qui définissaient l’Eurasisme comme la “multiplicité florissante du monde”, et comme l’essence du monde multiple et multipolaire face à l’unilatéralisme occidental et ce… Au milieu du 19ième siècle.

Alexandre Latsa

 

 Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Syrie : De la guerre à la paix ?

septembre 25th, 2013 by Nasser Kandil

Extrait de l’entretien de M. Nasser kandil, Directeur de Top News Syria, avec la chaîne syrienne Al-Fadaiya à la veille de l’ouverture de la 68ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 23 Septembre 2013.

TV Syria : Vous avez dit qu’en matière de relations internationales, lorsque les choses en sont arrivées aux limites de la guerre et qu’on a reculé pour rechercher des compromis au sein du Conseil de sécurité, seuls les imbéciles peuvent croire que le regain de tension traduit la réalité de ce qui se passe en coulisses. Sommes-nous sur le chemin d’une « solution politique », ou bien s’agit-il d’une manœuvre supplémentaire des USA et des Occidentaux ?

N. Kandil : En effet, je l’ai dit. Et je crois qu’au bout de plus de trente mois de guerre, nous entrons dans une nouvelle étape de l’agression menée contre et autour de la Syrie. J’ai toujours essayé d’être aussi précis que possible, dans les limites permises par l’analyse politique, et je pense avoir été l’un des premiers à dire que jusqu’en 2014, autrement dit jusqu’au début du retrait US d’Afghanistan, il ne sera pas possible que la bataille autour de la Syrie cesse, du moins sous tous ses aspects.

La guerre contre la Syrie, comprise dans son sens le plus large, c’est-à-dire sa destruction et sa partition… est finie depuis la rencontre Kerry-Lavrov. Mais la fin de la guerre ne signifie pas l’arrêt des coups. Bien au contraire, ils pourraient même s’intensifier.

Ceci étant dit, depuis l’accord conclu entre M. Kerry et M. Lavrov, trois choses sont désormais acquises en ce qui concerne la Syrie :

  • plus question de briser ses constantes nationales symbolisées par le Président Bachar al-Assad,
  • plus question de la disloquer,
  • plus question de la phagocyter en partie ou en totalité.

En d’autres termes, l’unité nationale syrienne ne prête plus à discussion, mais tous les problèmes sont loin d’être réglés. Reste la bataille sur le contenu de l’accord politique qui fera que le monde reconnaîtra sa légitime victoire. En effet, depuis la rencontre Kerry-Lavrov, nous sommes entrés dans ce que j’ai qualifié de « négociations sur marbre chaud » en disant que nous allions assister à des confrontations de plus en plus dures et de plus en plus sanglantes, avec recours à tous les moyens disponibles pour tenter de réunir les « cartes maîtresses » susceptibles de servir jusqu’à la fin de la partie dans trois mois environ. D’ici la fin de cette année 2013, nous sommes donc au cœur même de cette nouvelle étape. Ni les cris, ni les menaces, ni les coups bas ne cesseront; mais ils devront commencer à reculer…

Nous en étions arrivés à l’instant où une seule frappe aurait mené à une  guerre totale que personne ne souhaite et qui aurait été terriblement coûteuse pour toutes les parties, pas seulement pour la Syrie. Il fallait donc préparer le terrain pour trouver un accord qui mènerait à une paix globale. D’où la rencontre Kerry-Lavrov, quoique « l’Américain » a tenté d’y échapper et se dit toujours : « Voyons voir de quelles cartes nous disposons ! ».

TV Syria : Nous pouvons donc dire que le conflit est passé d’une mobilisation en Méditerranée vers une mobilisation sur les tribunes de la politique ?

N. Kandil : Disons que la guerre qui se profilait à l’horizon était, à mon avis, l’une des plus dangereuses de ce XXIème siècle à cause de l’importante situation géostratégique de la Syrie… Elle est à la fois un point d’ancrage en Eurasie, une tête de pont en Méditerranée vers la Chine, le point de rencontre entre le monde musulman et le monde arabe, et en plein milieu d’un trigone : « Islam, pétrole, Israël ».

Par conséquent, plusieurs questions méritent réponses. Quel concept de l’Islam voulez-vous… celui de la Syrie, ou bien celui des wahhabites dont le bras droit n’est autre qu’Al-Qaïda ? Quelle attitude face à Israël adopteriez-vous… vous coucher et servir ses intérêts à la mode des gens du Golfe, ou bien résister face à leurs projets et convoitises ? Qu’en est-il de nos ressources énergétiques… des ressources qui nous appartiennent, ou bien sommes-nous condamnés à un gardiennage au service d’un possédant obscur caché derrière les compagnies internationales occidentales ?

Concernant le « trigone », il se trouve que lors de la guerre d’Irak, j’ai participé à une émission TV d’Al-jazeera à laquelle était invité Thomas Friedman. Il rentrait du Japon où se déroulaient des négociations autour de la Corée du Nord. Je l’avais interpellé, disant : « En Corée, vous préconisez une solution politique alors qu’elle refuse la venue d’observateurs et déclare posséder un réacteur nucléaire. En Irak, vous voulez la solution militaire alors qu’il est prêt à recevoir les observateurs et ne possède pas d’armes de destruction massive. Quelle différence voyez-vous entre l’Irak et la Corée ? ». C’est sans nul embarras qu’il m’a répondu : « L’Irak se situe dans une région liée à l’Islam, au pétrole, et à Israël ! »…

Tels sont donc les facteurs qui contribuent à la conception des stratégies occidentales pour notre région et je crois que, concernant ces stratégies, nous avons assisté au télescopage et à la conjugaison de quatre guerres distinctes :

  • La première guerre est celle du « Nouvel Ordre Mondial ». L’unilatéralisme US qui a dicté la politique internationale de 1990 à 2010 a perdu de sa puissance. Un vieux système se bat pour ne pas s’effondrer, un nouveau se bat pour naître. Le centre de cette guerre est l’Asie, pour la bonne raison que les forces montantes sont représentées par le « trio asiatique » : la Russie, la Chine, et l’Inde ; avec au cœur de ce trio, deux alliés naturels suivant les concepts mêmes de ces trois puissances [souveraineté des États essentiellement] et qui sont l’Iran et la Syrie. La Syrie a donc été, et reste, le pivot de cette guerre qui décidera de l’avenir du nouvel ordre mondial…
  • La deuxième guerre est celle de l’ « Énergie » sur deux axes à la fois, le Golfe persique et les rivages de la Méditerranée. Autrement dit, la richesse attendue et convoitée en gaz et pétrole de la Méditerranée, et les vingt millions de barils qui franchissent tous les jours le détroit d’Ormuz. Là aussi l’Iran et la Syrie sont le « duo décisif » autant en matière des ressources propres qu’en oléoducs, gazoducs, etc.
  • La troisième guerre est celle de la « sécurité d’Israël », une fois que les USA se seront retirés d’Afghanistan. Israël qui a perdu la guerre en 2006 du fait d’une alliance où la Syrie et le Hezbollah étaient les fers de lance et l’Iran en arrière plan. Israël qui a perdu la guerre une deuxième, puis une troisième fois à Gaza…
  • La quatrième est la « guerre contre le terrorisme », à propos de laquelle, l’Occident et particulièrement les USA ne peuvent prétendre qu’ils ne sont pas concernés ; même s’ils ont exploité le terrorisme pour gagner les trois guerres précédentes en espérant le contenir d’ici là.

 TV Syria : Tout à fait comme ils se sont comportés en Afghanistan ?

Exactement… En sachant que ces quatre guerres ont été menées parallèlement dès le début. Mais aujourd’hui, deux guerres sont finies. Les USA sont forcés d’admettre que l’unilatéralisme est révolu et que la Russie est un partenaire qui pourrait les surpasser dans l’organisation et la direction du nouvel ordre à venir. La Syrie a donc été le théâtre principal de cette guerre pour un nouvel ordre mondial et en est sortie l’identité plus renforcée.

À mon avis la guerre de l’énergie est finie aussi, la Syrie étant souveraine sur ses ressources énergétiques en Méditerranée, l’Iran étant chargé de la sécurité des ressources du Golfe persique et du détroit d’Ormuz. Quelles que soient les déclarations que nous entendrons, lors de l’Assemblée générale des Nations Unies… je dis qu’il s’agit d’une  « Réunion au sommet sur l’Énergie » ; avec à sa marge la réunion de l’Assemblée, non l’inverse.

Deux guerres ne sont toujours pas finies, celle concernant la sécurité d’Israël et celle concernant le terrorisme. La guerre du terrorisme a été inversée par la Syrie, au sens où elle ne pourra plus servir de carte maîtresse comme prévu par les USA et l’Occident pour gagner leurs trois autres guerres. Désormais la prochaine guerre en Asie sera la guerre contre le terrorisme !

 

Nasser kandil

23 / 09 / 2013

 Extrait transcrit et traduit par Mouna Alno-Nakhal

Source : Vidéo /Top News Nasser-kandil

http://www.youtube.com/watch?v=c6GfuUS0rhQ

 

Monsieur Nasser Kandil est libanais, ancien député et directeur de Top News-nasser-kandil

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Les États-Unis et l’Iran vont se rencontrer à l’ONU

septembre 25th, 2013 by Bill Van Auken

Le gouvernement Obama a confirmé lundi que le secrétaire d’État américain, John Kerry, va rencontrer cette semaine son homologue iranien, le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. Cette rencontre sera la première de haut niveau entre ces gouvernements depuis la Révolution iranienne de 1979 qui a renversé la dictature du Shah appuyée par les États-Unis.

La rencontre, qui coïncide avec l’ouverture de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, comprendra les autres membres du groupe de pays P5+1(Grande-Bretagne, Chine, France, Russie et Allemagne) qui a conduit des négociations diplomatiques avec l’Iran sur son programme nucléaire.

La Maison blanche a minimisé l’importance des spéculations selon lesquelles Barack Obama organisera une sorte de rencontre symbolique avec Hasan Rouhani, le président iranien nouvellement élu. Les deux devaient prendre la parole lors de la séance d’ouverture de l’Assemblée générale mardi.

Le porte-parole de la Maison blanche, Jay Carney, a dit à des journalistes lundi que les États-Unis étaient intéressés à tenir des pourparlers avec l’Iran «dans la mesure où l’Iran démontre du sérieux pour s’occuper de son programme d’arme nucléaire». Le gouvernement iranien a constamment nié qu’il y a un tel programme et a insisté pour dire que ses activités nucléaires ont des objectifs pacifiques. Le renseignement américain a corroboré que l’Iran n’a pas de programme de développement d’armes nucléaires.

Le vice-conseiller à la sécurité nationale, Ben Rhodes, a adopté une tactique similaire, insistant que les sanctions imposées par Washington et ses alliés étaient nécessaires afin d’ «empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire», mais que le gouvernement Obama laissait aussi la «porte ouverte pour une solution diplomatique afin de résoudre cette question de façon à empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire tout en lui permettant l’accès à l’énergie nucléaire conformément aux obligations de non-prolifération».

L’absence de toute preuve que l’Iran développe autre chose qu’une technologie nucléaire pacifique conformément aux traités internationaux n’a pas empêché Washington et les grands médias américains de présenter l’accès de l’Iran à l’arme nucléaire comme une menace imminente, qui justifie non seulement les sanctions économiques frappant plus de 76 millions de personnes, mais aussi des attaques militaires directes.

Plus tôt, Rhodes a mis en garde: «Nous avons toujours dit clairement que la fenêtre ouverte pour la diplomatie n’est pas sans fin». C’est une menace implicite que si Téhéran ne se plie pas aux demandes impérialistes des États-Unis, il peut s’attendre à une agression militaire.

L’élection de Rouhani, qui est entré en fonction le mois passé, s’explique en large mesure par le désir des Iraniens d’échapper au régime de sanctions. Les sanctions ont fait grimper le chômage, causé un taux d’inflation de 40 pour cent et coupé les revenus pétroliers de moitié. Anciennement le deuxième plus grand producteur de pétrole de l’Organisation des pays producteurs de pétrole, l’Iran a glissé au sixième rang. De plus, même si les produits médicaux font supposément partie des exemptions au régime de sanctions, les menaces aux banques et aux exportateurs voulant faire affaire avec l’Iran ont réduit leur importation, menant à de grandes pénuries et à un nombre croissant de décès.

Avant de quitter pour la réunion à l’ONU, Rouhani a dit à des journalistes à Téhéran: «Dans ce voyage, je vais tenter de faire entendre la voix du peuple opprimé de l’Iran au monde entier, et nous devons dire que le régime de sanctions est illégal et inacceptable».

Dans un geste montrant le désir de la bourgeoisie iranienne de changer ses rapports avec l’impérialisme américain et ses alliés, Mohammad Khatami, qui fut le président iranien de 1997 à 2005 et demeure une figure clé de la faction «réformiste» du régime iranien, a écrit lundi une chronique dans le quotidien britannique Guardian pour faire savoir que Rouhani venait à New York avec un «objectif de changement» qui représentait «une occasion sans égale et peut-être impossible à répéter pour l’Iran, l’Occident et toutes les puissances régionales».

Il a ajouté que Rouhani jouissait du «soutien public explicite» du leader suprême de l’Iran, l’Ayatollah Ali Hosseini Khamenei, en vue d’une «solution diplomatique à plusieurs questions de la politique étrangère avec l’Occident, pas seulement sur la question nucléaire».

Cependant, il y a clairement des signes de division au sein du régime iranien. Juste avant le départ de Rouhani pour New York, les Gardiens de la révolution islamique, un appareil politique puissant de l’Iran, a prévenu que «l’expérience historique enseigne à l’appareil diplomatique de notre pays de surveiller avec soin et scepticisme le comportement des dirigeants de la Maison blanche afin que les demandes justes de notre nation soient reconnues et respectées par ceux qui favorisent l’interaction».

Les pourparlers nucléaires entre les grandes puissances nucléaires et l’Iran ont stagné lors des huit dernières années et la dernière ronde de négociations a pris place au Kazakhstan en avril. Comme lors des précédentes séances, elles ont échoué après que les États-Unis et leurs alliés aient présenté un ultimatum à l’Iran pour qu’il arrête les activités liées à l’enrichissement de l’uranium qui sont conformes au Traité de non-prolifération dont il est signataire, tout en offrant des changements mineurs à ce qui est en pratique un blocus économique du pays.

Un groupe bipartite de sénateurs américains ont envoyé des lettres à Obama lundi, demandant clairement de ne pas effectuer de changement significatif dans cette politique.

«L’Iran doit montrer qu’il est sérieux quant à l’atteinte d’une solution diplomatique légitime accompagnée d’une conformité complète et vérifiable. Des pourparlers ne peuvent être simplement un moyen de faire traîner les choses, tandis que l’Iran continue son enrichissement agressif de l’uranium», ont écrit à Obama les sénateurs Charles Schumer (Démocrate de New York) et John McCain (Républicain de l’Arizona).

Ils ont conseillé vivement de ne pas diminuer les sanctions. «Le temps n’est pas venu de diminuer la pression», ont écrit Schumer et McCain. «Toute sanction ne doit être retirée que si l’Iran arrête son programme nucléaire. Inversement, s’il continue et élargit ses activités nucléaires, les États-Unis et leurs amis et alliés doivent augmenter les sanctions.»

De manière similaire, le sénateur démocrate Robert Menendez, président de la commission des affaires étrangères du sénat, et le républicain Lindsey Graham ont envoyé une lettre ouverte au président américain pour le mettre en garde. «Peu importe les belles paroles qu’on peut entendre de M. Rouhani», ont-ils écrit, «ce sont les gestes iraniens qui comptent».

Plus tôt cette semaine, Menendez et Graham ont présenté une résolution au Sénat incitant Washington à donner le feu vert à des frappes militaires d’Israël contre l’Iran et à fournir un «soutien diplomatique, militaire et économique» au régime israélien dans l’éventualité d’une telle attaque.

Leur réponse aux ouvertures de Rouhani correspond à celle d’Israël. La semaine dernière, le bureau du premier ministre israélien, Binyamin Netanyahu, a émis un communiqué rejetant l’offre de Rouhani de négocier. «Le vrai test n’est pas les mots de Rouhani mais les gestes du régime iranien, et celui-ci continue d’avancer agressivement son programme nucléaire pendant que Rouhani donne des entrevues», peut-on y lire.

Tout comme les accusations non fondées que la Syrie a utilisé des armes de destruction massive contre sa population, les allégations sur le programme nucléaire iranien n’ont jamais été rien de plus qu’un prétexte pour une agression contre l’Iran. Ce pays est vu comme un obstacle à l’imposition de l’hégémonie impérialiste américaine sur le Golfe persique et l’Asie centrale, des régions riches en pétrole et stratégiquement critiques.

Peu importe les négociations dans lesquelles Washington s’engage, elles auront pour but d’arracher des concessions qui vont davantage affaiblir l’Iran et le rendre plus vulnérable à de futures interventions militaires américaines.

Bill Van Auken

Article original en anglais, WSWS

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Dans une période caractérisée par le pouvoir économique et politique croissant du système financier au niveau mondial, l’utilisation de ressources publiques pour sauver des entités bancaires est devenue un lieu commun. Que ce soit à Chypre, en Grèce, au Royaume-Uni ou aux États-Unis, les sauvetages bancaires d’institutions impliquées dans des affaires de corruption, de fraude et de spéculation sont, les uns après les autres, justifiés par le fait qu’elles sont trop grandes pour faire faillite (Too Big to Fail). Selon ce raisonnement, la banqueroute de grandes banques menace la stabilité financière et économique de leur pays de résidence, d’où l’utilisation nécessaire de l’argent public afin d’éviter une mise en faillite.

Rabâché inlassablement par tous les médias possibles, cet argument est malheureusement devenu un élément rebattu du discours politique dans une bonne partie du monde. Il n’est dès lors plus surprenant d’entendre un fonctionnaire public en Espagne, au Portugal ou en Irlande signaler qu’il n’y a pas d’alternative à l’application de coupes drastiques dans les dépenses publiques, ceci afin d’assurer la solvabilité et la stabilité des banques. Le comble, c’est que transférer de l’argent public aux banques ne suffit plus, il faut en outre protéger les banques et leurs dirigeants des conséquences légales et juridiques des activités illégales et criminelles menées par nombre d’entre eux. Aujourd’hui, les banques sont non seulement trop grandes pour faire faillite, mais aussi trop grandes pour être condamnées.

Le point clef de la nouvelle doctrine visant à offrir un blanc-seing aux banques, indépendamment des activités illégales dans lesquelles elles sont impliquées et des conséquences sociales de celles-ci, a été résumé par Eric Holder, procureur général des États-Unis. Interrogé au sein du Sénat étasunien sur la position de la Cour des Comptes quant à la condamnation des banques étasuniennes et de leurs dirigeants pour des actes de corruption et de fraude, Holder souligna que « ces institutions sont si grandes qu’il est difficile de les poursuivre en justice, et le faire montre qu’effectivement, si on les inculpe pour activités criminelles, cela peut avoir des répercussions négatives pour l’économie nationale, voire mondiale » |1|.

Les retombées de cette position sont claires. Le fait que les excès et la spéculation financière aient causé la pire crise économique du siècle dernier n’a aucune importance. Que de tels excès soient associés a une épidémie de fraudes |2|, à tous les niveaux d’opérations des entités financières, est insignifiant. Et ce n’est qu’un détail si, suite aux pratiques frauduleuses des banques, 495 000 personnes au moins aux États-Unis ont été expulsées illégalement de leurs logements |3| et les fonds de pensions des pays développés ont perdu près de 5400 milliards de dollars |4|. Le rôle des banques est apparemment si important et indispensable que leur fonctionnement transcende les requêtes légales et constitutionnelles des sociétés modernes. Dès lors, la justice détourne le regard des banques et des dirigeants responsables d’actes de corruption et de fraude pour leur éviter de passer ne serait-ce qu’un jour en prison. En fin de compte, on ne peut tout de même pas poursuivre en justice un dirigeant d’une institution bancaire qui « ne fait que le travail de Dieu » |5|, des mots de Lloyd Blankfein (CEO de Goldman Sachs).

Les arguments ci-dessus pourraient prêter à sourire si les conséquences de la doctrine « trop grandes pour être condamnées » n’étaient pas régulièrement visibles par le biais de plusieurs affaires judiciaires très médiatisées, ces derniers mois, des deux côtés de l’océan. Les affaires se suivent et la justice se borne à des amendes qui représentent bien souvent une maigre fraction des bénéfices issus d’activités illégales, sans qu’aucun dirigeant ne soit inquiété. Trois exemples suffisent pour témoigner de l’absurdité de la situation actuelle : le jugement sur les expulsions illégales de logement (« foreclosures ») aux États-Unis, HSBC épinglée pour blanchiment d’argent des cartels de la drogue également aux États-Unis, et l’affaire sur la manipulation du taux LIBOR au Royaume-Uni.

Premier exemple. En janvier 2013, Bank of America, aux côtés de neuf autres banques (parmi lesquelles Citigroup, J.P. Morgan Chase, Goldman Sachs), a convenu avec des régulateurs fédéraux étasuniens de payer une amende de 9,3 milliards de dollars (9 300 000 000 dollars) pour clore l’enquête sur la responsabilité des banques dans les expulsions illégales de maisons |6|. L’affaire contre ces institutions financières se basait sur leur incapacité à fournir les documents justifiant l’expulsion de propriétaires en retard de paiement d’un crédit hypothécaire. La régulation inexistante et le volume élevé de crédits de ce type, accordés dans la période précédant la crise, ont mené les banques à embaucher du personnel chargé de signer quotidiennement des centaines de documents approuvant les expulsions sans suivre la procédure légale. Les banques se sont saisi de logements sans justification économique ou légale dans au moins 450 000 cas. En dépit des dommages massifs causés par les pratiques frauduleuses des banques, l’amende ne s’élève qu’au paiement de moins de 300 dollars par foyer affecté |7|. Malgré les preuves, aucune arrestation ni charges criminelles n’ont été retenues à leur encontre, et l’accord exempte les banques de leur responsabilité à répondre financièrement ou légalement à des accusations similaires survenues au cours de la période antérieure.

Le cas de la banque HSBC illustre le deuxième exemple de la doctrine « trop grandes pour être incarcérées ». Au cours de la dernière décennie, HSBC a collaboré avec les cartels de la drogue du Mexique, de Colombie et avec d’autres organisations terroristes dans le blanchiment d’argent pour un montant de près de 880 milliards de dollars |8|. Les relations commerciales de la banque britannique avec les cartels de la drogue ont perduré malgré les centaines de notifications et avertissements du Département de la Justice des États-Unis. Les bénéfices obtenus ont non seulement conduit HSBC à ignorer les avertissements mais, qui plus est, à ouvrir des guichets spéciaux dans ses locaux à Mexico, où les narcotrafiquants pouvaient déposer des caisses emplies d’argent liquide, pour faciliter le processus de blanchiment |9|. Malgré l’attitude ouvertement provocante de HSBC envers la loi, les conséquences de sa collaboration directe avec des organisations criminelles furent pratiquement nulles. HSBC dut payer une amende de 1,2 milliards de dollars – soit l’équivalent d’une semaine de recettes de la banque – pour clore l’affaire de blanchiment. Pas un seul dirigeant ou employé n’eut à essuyer de poursuites criminelles, bien que la collaboration avec des organisations terroristes ou la participation à des activités liées au narcotrafic requièrent des peines d’au moins cinq ans de prison. Être employé de n’importe quelle grande banque à travers le monde semble être un blanc-seing pour participer au trafic de drogue sans crainte d’être poursuivi en justice.

Le 3ème et dernier exemple est lié à la manipulation du taux LIBOR (London Interbank Offered Rate) par un groupe de dix-huit banques. Le LIBOR est le taux d’intérêt de référence sur base duquel se calculent les taux de retour de 700 000 milliards (700 millions de millions) de dollars d’actifs et de dérivés financiers, ce qui en fait le taux de référence sans doute le plus important au monde. Ce taux est calculé sur base de l’information fournie par dix-huit banques quant à leurs coûts individuels de financement sur les marchés interbancaires. En 2012, des preuves ont révélé la collusion entre de grandes banques, comme UBS et Barclays, afin de manipuler le LIBOR conformément à leurs intérêts. Comme dans les cas précédents, le résultat fut prévisible. Aucune poursuite criminelle à l’encontre des responsables et des amendes d’un montant ridicule en comparaison de l’ampleur de la manipulation : un total de 450 millions de dollars pour Barclays, 1500 millions pour UBS et 615 millions pour RBS |10|.

Bien que les banques en question ont accepté les accusations de manipulation et par conséquent les sanctions imposées par la justice britannique, la justice étasunienne a statué différemment. Le 29 mars, Naomi Buchwald, juge du District de New York, a exempté les banques impliquées dans le scandale de toute responsabilité légale face à des personnes ou institutions affectées par la manipulation du LIBOR |11|. Pour protéger les banques de possibles plaintes pour collusion et pratiques monopolistiques, elle basa son argumentation sur le fait que la fixation du taux LIBOR ne relève pas des lois sur la concurrence. Les banques peuvent dès lors s’accorder sur le taux sans que cela ne constitue une violation des lois antitrust aux États-Unis. La fixation des taux sur les marchés des Swaps et des CDS étant similaire – via l’envoi des taux par les participants, dont on fait la moyenne pour obtenir le résultat final -, ce verdict crée un dangereux précédent, ouvrant la porte à la manipulation manifeste par de grandes institutions financières des prix et taux clefs qui régissent le fonctionnement des marchés financiers globaux.

Il apparaît clairement que les banques et autres grandes institutions financières de portée mondiale tendent vers un niveau totalement méconnu de cynisme et d’abus de pouvoir. Aujourd’hui, mettre l’argent public à disposition des entités financières dès que leurs paris spéculatifs tournent mal ne suffit plus. Désormais, la loi s’adapte afin de protéger les responsables et de justifier a posteriori toute conduite illégale ou criminelle dont ils se seraient rendus coupables. Un tel contexte, où règne l’impunité, encourage les dirigeants des firmes financières à davantage d’abus et de prises de risque. Ils sont confrontés à une situation dans laquelle, au meilleur des cas, le montant de leurs bonus augmente suite à l’augmentation des revenus de la banque, indépendamment de l’origine illégale des ressources ou du fait qu’elles soient issues d’activités financières spéculatives extrêmement risquées. Dans le pire des cas, s’ils sont découverts, ils n’ont qu’à quitter l’institution, ils ne seront pas poursuivis par la justice et conserveront sur leurs comptes bancaires l’entièreté des bénéfices obtenus. Tant que ce genre d’incitants pervers est maintenu, les abus et le pillage des ressources publiques de la part du système financier ne peuvent qu’aller croissant au fil du temps.

 

Traduit par Cécile Lamarque, cadtm.org

Notes

|1| Voir “Holder admits some Banks too big to jail”, disponible sur :http://www.huffingtonpost.com/2013/…

|2| Une étude récente sur les pratiques de crédits des banques aux Etats-Unis signale qu’en dépit de leur hétérogénéité, les irrégularités et les faux sont présents à divers degrés dans toutes les institutions financières analysées. Voir “Asset Quality Misrepresentation by Financial Intermediaries : Evidence from RMBS Market”, disponible sur : http://papers.ssrn.com/sol3/papers….

|3| Voir “Banks to pay $8,5 billion to speed up housing relief”, disponible sur :http://dealbook.nytimes.com/2013/01…

|4| Voir OECD (2010) “The Impact of the Financial Crisis on Defined Benefit Plans and the Need for Counter-Cyclical Funding Regulations”, disponible sur : http://www.oecd.org/insurance/priva…

|5| Voir “Goldman Sachs Blankfein : Doing Gods work”, disponible sur :http://blogs.wsj.com/marketbeat/200…

|6| Voir “The Top 12 Reasons Why You Should Hate The Mortgage Settlement”, disponible sur :http://www.huffingtonpost.com/yves-…

|7| Voir “The Banks penalty to put robbosining behind them : 300 dollars per person”, disponible sur : http://www.zerohedge.com/news/2013-…

|8| Voir “Elizabeth Warren Savaged A Treasury Official During A Hearing On HSBC’s International Money Laundering Scandal” disponible sur : http://www.businessinsider.com/eliz…

|9| Voir “Gangster Bankers : Too Big to Jail”, disponible sur : http://www.rollingstone.com/politic…

|10| Voir “Everything is rigged : The biggest price fixing scandal ever”, disponible sur :http://www.rollingstone.com/politic…

|11| Voir “Judge dismisses antitrust claims in LIBOR suits” disponible sur :http://online.wsj.com/article/SB100…

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La fin du colonialisme français

septembre 24th, 2013 by Thierry Meyssan

Le président Poutine vient d’écrire dans le New York Times que la guerre de Syrie opposait l’État au jihadisme international. Dans le même temps, le président Hollande a affirmé à TF1 qu’il s’agissait d’une guerre pour la démocratie. Le second se trompe, comme le montre la continuation de son raisonnement avec un champ de bataille à trois camps. Derrière ces contradictions rhétoriques, c’est la fin du colonialisme qui se joue.


Les États-Unis et la Russie sont convenus, lors de la conférence de Genève 1, en juin 2012, de se partager le Proche-Orient sur les décombres des accords Sykes-Picot de 1916. Ce que l’on présentait comme une volonté de trouver une paix juste et durable signifiait en réalité à la fois revenir à un monde bipolaire comme à l’époque de l’Union soviétique, et exclure les Britanniques et les Français de la région.

Ce projet pouvait sembler illusoire. Pourtant, quatorze mois plus tard, il trouve un début de réalisation.

Jusqu’à présent, les Européens avaient bien joué. En novembre 2010, Nicolas Sarkozy et David Cameron signaient le Traité de Lancaster House par lequel leurs deux pays mettaient en commun leurs forces de projection, c’est-à-dire leurs forces coloniales. Comme convenu avec Washington, les deux États attendaient le début du « printemps arabe » pour fomenter des troubles en Libye et en Syrie. À leurs agents libyens, ils donnaient le drapeau de l’ancien roi Idriss, collaborateur des Britanniques. Tandis qu’à l’Armée syrienne libre, ils donnaient le drapeau du mandat français. Il suffisait de voir leurs symboles pour comprendre que ces mouvements prétendument révolutionnaires étaient des fabrications des anciens occupants.

Avec l’aide du Qatar et de l’Arabie saoudite, ils arrivaient à semer la confusion dans les deux pays. Une partie des oppositions à Moammar el-Kadhafi et à Bachar el-Assad se ralliaient un temps avec les jihadistes de l’Otan. Cependant, si la Jamahiriya libyenne succomba sous les bombardements, faute d’alliances internationales, la Syrie ne fut pas bombardée et résista. La question n’était plus de renverser les institutions, mais de choisir son avenir. Progressivement les malentendus se dissipèrent. Aujourd’hui, comme dans toutes les guerres, il ne reste que deux camps : l’État laïque d’un côté, contre le jihadisme international de l’autre.

De la même manière, durant la Seconde Guerre mondiale, Charles de Gaulle fut isolé lors de son appel du 18 juin 1940. Très peu de Français lui répondirent, soit qu’ils pensaient la guerre perdue avant d’être commencée, soit qu’ils ne supportaient pas son caractère autocratique. Pourtant, quatre ans plus tard, il rassembla derrière lui 95 % des Français, d’une part parce qu’il les conduisait à la victoire et d’autre part parce qu’il avait su fédérer autour de lui les différentes sensibilités politiques.

Alors qu’aujourd’hui le président el-Assad rassemble derrière lui l’immense majorité des Syriens, la France ne sait plus que faire. Dans un entretien à TF1, le président François Hollande a prétendu que cette guerre avait pour but la démocratie. Selon lui, les Occidentaux devraient donc porter au pouvoir à Damas les démocrates syriens, c’est-à-dire précisa-t-il ni Bachar el-Assad, ni les jihadistes. Cette analyse absurde revient à dire que sur le champ de bataille, il y aurait trois camps. La vérité est qu’il n’y en a que deux et que les démocrates se sont rangés du côté de l’État syrien, c’est-à-dire avec le président el-Assad.

C’est au fond là que réside l’enjeu international de cette guerre : la colonisation n’a plus de sens au XXIe siècle. Si les États-Unis et la Russie veulent se partager la région en zones d’influence, comme le leur permet leur statut, ils doivent le faire sur une autre base que les Britanniques et les Français, il y a un siècle. Ils doivent raisonner en termes d’alliance et non plus de domination.

Thierry Meyssan

Source
Al-Watan (Syrie)

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Les armes secrètes NBC d’Israël

septembre 24th, 2013 by Manlio Dinucci

Les inspecteurs de l’ONU, qui contrôlent les armes chimiques de la Syrie, auraient beaucoup plus à faire s’ils étaient envoyés contrôler des armes nucléaires, biologiques et chimiques (NBC) d’Israël. Mais selon les règles du « droit international », ils ne peuvent pas le faire. Israël n’a pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire, ni la Convention qui interdit les armes biologiques, et a signé mais non ratifié celle qui interdit les armes chimiques.

Selon Jane’s Defense Weekly, Israël –seule puissance nucléaire au Moyen-Orient- possède de 100 à 300 têtes nucléaires et leurs vecteurs appropriés (missiles balistiques et de croisière et chasseurs-bombardiers). Selon des estimations du Sipri, Israël a produit 690-950 kgs de plutonium, et continue à en produire autant que nécessaire pour fabriquer chaque année 10-15 bombes du type de celle de Nagasaki. Il produit aussi du tritium, un gaz radioactif avec lequel on fabrique des têtes neutroniques, qui provoquent une contamination radioactive mineure mais de plus haute létalité.

Selon différents rapports internationaux, cités aussi par le journal israélien Ha’aretz, des armes biologiques et chimiques sont développées à l’Institut pour la recherche biologique, situé à Ness-Ziona, à côté de Tel Aviv. Officiellement, 160 scientifiques et 170 techniciens font partie du staff, qui depuis cinq décennies accomplit des recherches en biologie, chimie, biochimie, biotechnologie, pharmacologie, physique et d’autres disciplines scientifiques. L’Institut, avec le Centre nucléaire de Dimona, est « une des institutions les plus secrètes d’Israël » sous juridiction directe du premier ministre. Le plus grand secret entoure la recherche sur les armes biologiques : bactéries et virus qui, disséminés chez l’ennemi, peuvent déclancher des épidémies. Parmi eux, la bactérie de la peste bubonique (la « mort noire » du Moyen-âge) et le virus Ebola, contagieux et létal, pour lequel n’est disponible aucune thérapie. On peut avec la biotechnologie produire de nouveaux types d’agents pathogènes auxquels la population cible n’est pas en mesure de résister, ne disposant pas du vaccin spécifique. On dispose aussi de sérieux indices sur des recherches pour développer des armes biologiques pouvant anéantir chez l’homme son système immunitaire.

Officiellement l’Institut israélien effectue des recherches sur des vaccins contre des bactéries et virus, comme celles sur l’anthrax financées par le Pentagone, mais il est évident qu’elles permettent de développer de nouveaux agents pathogènes à usage guerrier. Le même expédient est utilisé aux Etats-Unis et dans d’autres pays pour contourner les Conventions qui interdisent les armes biologiques et chimiques. En Israël la chape de secret a été en partie déchirée par l’enquête qu’a faite, avec l’aide de scientifiques, le journaliste hollandais Karel Knip. Il ressort en outre que des substances toxiques développées par l’Institut ont été utilisées par le Mossad pour assassiner des dirigeants palestiniens.

Des témoignages médicaux indiquent qu’à Gaza et au Liban, les forces israéliennes ont utilisé des armes de conception nouvelle : elles laissent le corps intact à l’extérieur mais, en y pénétrant, dévitalisent les tissus, carbonisent le foie et les os, et coagulent le sang. Ceci est possible avec la nanotechnologie, cette science qui projette des structures microscopiques en les construisant atome par atome. Au développement de ces armes participe aussi l’Italie, liée à Israël par un accord de coopération militaire et son premier partenaire européen dans la recherche & développement. Dans la dernière loi de finances est prévue une attribution annuelle de 3 millions d’euros pour des projets de recherche conjoints italo-israéliens. Comme celui, indiqué dans le dernier avis de la Farnesina (ministère italien des affaires étrangères), de « nouvelles approches pour combattre des agents pathogènes résistants aux traitements ».

Ainsi l’Institut israélien pour la recherche biologique pourra-t-il rendre les agents pathogènes plus résistants encore.

 Manlio Dinucci

Edition de mardi 24 septembre de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130924/manip2pg/14/manip2pz/346238/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

 

 Photo : Le bombardement avec une bombe au phosphore blanc par Israël, Gaza, janvier 2009. Voir d’autres photos en cliquant ici.


Apostille pour la version francophone (et française), NdT.

En l’absence de données disponibles sur les sites officiels de nos ministères (recherche et développement, industrie, santé, défense) quant à des accords de recherche conjointe avec l’Institut de Ness-Ziona, on se reportera à la déclaration du ministre français de l’industrie, le 23 avril 2013, publiée (un mois après) par Israel Valley, le « site officiel de la chambre de commerce France-Israël » (CCFI) :

« L’ambition de Pierre Moscovici pour la coopération France-Israël

Exclusif. Discours Pierre Moscovici – Dîner de gala CCFI, 23 avril 2013. »

Extraits :

« Il s’agit d’un partenariat économique exemplaire à haute valeur ajouté[e] ou[ù] 2 pays peuvent ensemble se tourner vers des technologies vers l’innovation qui constitue la clé de l’avenir, un des piliers du parc national pour la compétitivité, la croissance et l’emploi, Israël constitue un objectif de développement prioritaire dans ce domaine.

Israël se caractérise par la Recherche et le Développement, la France, elle, compte parmi les meilleurs ingénieurs, les meilleures institutions de recherche au monde, de nombreux grands groupes mais aussi de start-up en plein essor. Tout cela est fait pour se rencontrer.

[…] Fort de cette complémentarité, je me félicite des contacts pris entre nos administrations en vue du rapprochement des écosystèmes français et israélien de l’innovation.

J’ai une pensée pour Goldnadel qui avait déclaré avoir reproché à Moïse d’avoir conduit les hébreux dans le désert pendant 40 ans pour les mener au seul endroit du Moyen-Orient ou il n’y a pas de pétrole. Grâce aux entreprises françaises, je l’espère, finalement Moïse sera vengé. (Surlignage NdT)

[…] Un travail pédagogique est mené dans cette optique par les acteurs français pour enrayer ce que je qualifierais d’une certaine tendance des entreprises à l’autocensure dans la prospection du marché israélien et détruire des idées préconçues car je les qualifie comme telles quant à l’incompatibilité absolue d’une activité avec les autres pays de la région, c’est un mythe, c’est une erreur et ça peut être une grande faute.

Il n’y a pas d’incompatibilité à faire des affaires en Israël.

C’est encore une fois une destination que je souhaite voir privilégiée. Certes, les obstacles existent mais ils peuvent être dépassés et c’est la volonté de rapprochement qui le permettra et que je voulais l’exprimer ce soir grâce à l’invitation que vous m’avez lancé[e] ».

http://www.israelvalley.com/news/2013/05/23/40126/l-ambition-de-pierre-moscovici-pour-la-cooperation-france-israel

On aura aussi une idée de la coopération dans le domaine de la recherche scientifique en se reportant aux communiqués (discours des soirées de gala etc.) de Muriel Touaty, directrice d’ATF  (Association Technion France) :

http://www.israelvalley.com/news/2013/02/27/39253/muriel-touaty-le-technion-participe-a-la-revolution-dans-la-sante-l-energie-l-eau-l-informatique

http://www.technionfrance.org/ , en particulier :

http://www.youtube.com/watch?v=MTR36rG_1ac .

Et cætera, de lien en lien…

« Bachar » pas encore puni, mais Moïse « finalement [bientôt ?] vengé».

« Dieu bénisse ».

 

 

 

 

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Le bloc des BRICS est sur le point de créer un nouveau système qui garantit l’accès à Internet simple et bon marché à des millions de personnes. De cette façon, pourrait être mis fin à l’hégémonie des Etats Unis d’Amérique (EUA) sur le Réseau.

Il s’appelle BRICS Cable et se présente comme une infrastructure alternative dans un monde qui se trouve au milieu d’importants défis économiques. Car actuellement, les pays du BRICS sont connectés entre eux à travers des centres de télécommunications situés en Europe et aux Etats-Unis, ce qui implique des coûts élevés pour eux.

Il s’agit d’un système formé par des câbles de fibre optique de 34 000 kilomètres de long, avec une capacité de 12,8 terabits par seconde, qui unira la Russie, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil (c’est-à-dire, les BRICS), avec les Etats-Unis par Miami. Sa finalité sera de garantir à des millions de personnes un accès à Internet facile et bon marché.

De la même manière, il offrira un accès immédiat aux pays du bloc aux 21 pays africains et permettra que ces nations aient accès aux économies des BRICS.

Les étapes de planification et de faisabilité ont commencé en mars 2011, peu de mois après l’acceptation de l’Afrique du Sud dans le bloc économique, et on estime que le système entrera en fonctionnement à partir du deuxième semestre 2014.

« Le public en général ne connaît pas la majeure partie du plan des BRICS. Cependant, il est très réel et extrêmement efficace », affirme le site Web Planet Infowars.

En fait, signale le site Web, des investisseurs du monde entier ont déjà montré leur intérêt dans ce projet sans précédents.

Depuis qu’on sait que la NSA a intercepté les communications de Latinoaméricaines, et qu’elle a espionné le groupe pétrolier brésilien Petrobras et les citoyens qui ont confié données personnelles à des compagnies comme Facebook et Google, la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, a ordonné une série de mesures pour combattre l’espionnage des Etats-Unis d’Amérique. Initiatives qui s’ajouteraient à celle de cette nouvelle infrastructure.

Cliquar sur l’image

|Une vidéo publiée sur le site Web de Cable BRICS expose en détail ce nouveau système.|« Dans le sable international ne domine déjà plus l’ordre traditionnel que dirigeait le dénommé Nord et Occident », affirme t-on au commencement de l’enregistrement.

RTMoscou, le 23 septembre 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. París, le 23 septembre 2013.

Contrat Creative Commons
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Le long chemin d’Haïti

septembre 23rd, 2013 by Estelle Leroy-Debiasi

Haïti a besoin de plus de 20 milliards de dollars pour se relever de la terrible catastrophe vécue il y a trois ans, qui a fait plus de 250 000 morts et de l’épidémie de Choléra. Tel est l’appel lancé par ses dirigeants. L’ile a aussi besoin de solutions originales de financement à l’image de l’accord Petrocaribe avec le Venezuela.

« Selon nos calculs, le pays a besoin de 20 milliards de dollars d’investissements directs pendant cinq à dix ans », a estimé Grégory Mevs, l’un des plus principaux chef d’entreprise d’Haïti, à la tête du Conseil consultatif présidentiel sur le développement économique et l’investissement (CCPDEI), qu’il codirige avec l’ancien président étatsunien Bill Clinton.

Haïti demeure le pays le plus pauvre du continent américain, avec un taux de chômage qui dépasserait les deux-tiers de la population active, et où la majorité des habitants vit avec moins de 1 dollar par jour. Mais Haïti hélas suscite davantage de méfiance que de compassion ou d’intérêt, ce qui est bien injuste pour ce pays au destin chaotique depuis le jour où il a eu le courage de demander son indépendance, indépendance qu’il a payé –et paye- encore fort cher.

Double peine puisque Haïti a été marquée depuis fin 2010 par cette épidémie de choléra pour laquelle la responsabilité des forces de la Minustah est toujours niée par les Nations Unies, alors que comme l’a rappelé le premier Laurent Lamothe lors d’une visite mi-septembre en Europe « cela semblait une évidence scientifique ». Fait corroboré par la publication d’un nouveau rapport scientifique sur le sujet, Haïti n’ayant pas connu de choléra depuis 100 ans, et les troupes népalaises de la Minustah étant en cause ; Plus de 8000 morts et 650 000 personnes infectées sur les trois dernières années. Sans oublier que le plan d’éradication de la maladie, prévu par les Nations unies n’a pas été capable de recueillir les fonds nécessaires, malgré les appels répétés de son Secrétaire général Ban Ki-moon.

Les ministres de la défenses de l’Unasur avaient déjà en juin 2012 émis l’avis qu’il fallait réduire la présence de la Minustah, celle-ci étant de plus en plus mal supportée par les habitants de l’ile, pour la remplacer par d’autres types d’aides. Une journée de soutien du continent latinoaméricain a été organisée en juin dernier en ce sens, craignant que le soutien militaire et diplomatique du Canada, des Etats-Unis d’ Amerique et de la France, ne finisse par favoriser les entreprises multinationales de ces pays, que les entreprises minières canadiennes et étasuniennes.

L’annulation de la dette a aussi fermé l’accès aux marchés financiers. Le pays a besoin de prêts pour se développer, à condition de déterminer les priorités stratégiques de l’utilisation de ces crédits comme c’est le cas avec le Venezuela, à travers le fonds Petrocaribe. Le 6 septembre dernier s’est tenu justement dans la capitale haïtienne le Conseil des ministres de la zone Petrocaribe (18 pays concernés, 83 millions d’habitant concernés). Comme l’a expliqué le premier ministre haïtien Laurent Lamothe ce mode de financement est très intéressant pour un pays qui ne peut emprunter , d’autant que le remboursement de dette pétrolière étalé sur 25 ans se fera en denrées alimentaires, café, riz , ce qui assure aussi aux agriculteurs haïtiens des débouchés réguliers, sans quotas et donc permet de développer et d’améliorer l’agriculture .

Un exemple à prendre en compte alors que le CCPDEI- Conseil consultatif présidentiel sur le développement économique et l’investissement- prône le développement du potentiel minier et du tourisme pour lequel il faut trouver des investisseurs, bref vendre l’idée d’un Haïti, ouvert aux affaires ; le CCPDEI va tenir sa réunion annuelle prochainement en marge de l’AG de l’ONU ; mais comment avancer dans ce sens sans pour autant brader ses richesses en les confiant à des mains extérieures, et être sûr d’en percevoir les éléments positifs. Toute la question est là.

Estelle Leroy-Debiasi pour El Correo

El Correo, Paris, 23 septembre 2013

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Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité

septembre 23rd, 2013 by Salim Lamrani

Salim Lamrani, Maître de conférences à l’Université de la Réunion et journaliste spécialiste de Cuba, vient de sortir un nouvel ouvrage aux Editions Estrella avec un titre éloquent : Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité. Ce livre de 230 pages se divise en neuf chapitres. Il est introduit par une préface du grand écrivain uruguayen Eduardo Galeano, auteur du célèbre livre Les veines ouvertes de l’Amérique latine. Lamrani, comme pour tout bon historien et chercheur, enrichit toujours son travail par des sources abondantes, avec pas moins de 350 notes dans cet ouvrage. Entretien avec Salim Lamrani par André Garand, France-Cuba Marseille.

 

André Garand : Salim Lamrani, parlez-nous de votre dernier ouvrage.

Salim Lamrani : Ce livre part du postulat suivant : le phénomène de concentration de la presse entre les mains du pouvoir économique et financier est devenu, partout en Occident, une réalité indéniable. Or, ces médias, qui sont liés aux puissances d’argent et qui défendent l’ordre établi, sont souvent confrontés au défi de l’impartialité, surtout lorsqu’il s’agit de Cuba. Il leur est difficile de présenter de manière objective une nation dont le projet de société défie l’idéologie dominante. De plus, Cuba est, par définition, un sujet médiatique qui suscite critiques et controverses et attise régulièrement les passions.

André Garand : Quels thèmes abordez-vous dans ce livre ?

Salim Lamrani : Mon livre tente d’apporter une réponse aux questions suivantes : Comment les médias présentent-ils la réalité cubaine ? De quelle manière abordent-ils des problématiques aussi complexes que les droits de l’homme, le débat critique, l’émigration, le niveau de développement humain et les relations avec les États- Unis ? Remplissent-ils réellement leur rôle de quatrième pouvoir ? Sont-ils capables de s’émanciper du pouvoir politique, des puissances d’argent et d’apporter une vision plurielle sur la société cubaine ? Car une presse libre et indépendante est essentielle dans toute démocratie et elle s’accompagne, à l’évidence, d’un devoir de vérité informationnelle vis-à-vis des citoyens.

André Garand : Pourquoi les médias sont-ils si critiques à l’égard de Cuba ?

Salim Lamrani : Cuba, depuis le triomphe de la Révolution et l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro, est un sujet de débat vif et animé. Il est une raison essentielle à cela : le processus de transformation sociale initié en 1959 a bouleversé l’ordre et les structures établis, a remis en cause le pouvoir des dominants et propose une alternative sociétale où – malgré tous ses défauts, ses imperfections et ses contradictions qu’il convient de ne pas minimiser – les puissances d’argent ne règnent plus en maître, et où les ressources sont destinées à la majorité des citoyens et non à une minorité.

André Garand : Eduardo Galeano, célèbre écrivain latino-américain, a rédigé la préface de votre livre.

Salim Lamrani : Eduardo Galeano a effectivement rédigé un texte incisif non dépourvu de l’humour sarcastique, si caractéristique de son style, sur Cuba et les médias. J’en profite pour le remercier chaleureusement d’avoir bien voulu associer son nom et son prestige à mon travail. J’en profite également pour remercier publiquement Estela, journaliste espagnole, qui m’a aidé dans cette tâche.

André Garand : La quatrième de couverture comporte une citation de Jean-Pierre Bel, notre Président du Sénat, qui vous remercie pour votre travail. Elle dit la chose suivante : « Merci pour ce regard sur Cuba, tellement utile ». C’est une belle reconnaissance, non ?

Salim Lamrani : Le Président Jean-Pierre Bel est un grand ami de Cuba. C’est un grand connaisseur de l’Amérique latine. Il est très attaché à la liberté d’expression et à la pluralité d’opinions. Il est issu d’une famille de résistants communistes et est un grand admirateur de la Révolution cubaine. Il a lu certains de mes ouvrages et m’a fait parvenir ce petit mot. Je l’en remercie grandement.

André Garand : Une citation de Robespierre, à qui vous dédiez votre ouvrage, introduit le livre. Pourquoi ce choix ?

Salim Lamrani : Robespierre parlait de passer la « vérité en contrebande » car il avait la conviction profonde qu’elle finirait par triompher. Je partage cette foi.

Maximilien Robespierre est le plus pur patriote de l’Histoire de France. C’est la figure emblématique de la Révolution, le défenseur de la souveraineté populaire. Il avait compris dès le départ que les puissances d’argent étaient le principal ennemi du peuple, de la République, de la Patrie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’idéologie dominante vilipende tant son héritage. Ses aspirations à la liberté et à la justice sociale sont toujours d’actualité.

Nous vivons une époque assez curieuse. On glorifie les ennemis du peuple et on méprise ses défenseurs. Prenez la ville de Paris : Pas une rue ne porte le nom de notre Libérateur, pas une statue à l’effigie de Robespierre, alors que le traitre Mirabeau a un pont et Adolphe Thiers, le boucher de la Commune qui a fait fusiller 20.000 patriotes en une semaine, dispose d’un square et d’une statue. Rendez-vous compte, le 22 septembre, jour de la Fondation de notre République, n’est même pas célébré en France.

André Garand : Avez-vous un message à transmettre aux adhérents de France-Cuba ?

Salim Lamrani : France-Cuba est une association pour qui j’ai beaucoup de respect et d’admiration en raison sa solidarité inébranlable avec le peuple cubain. Il s’agit de la première association française de solidarité avec Cuba et on ne peut que rendre hommage au Professeur Paul Estrade, son fondateur, et féliciter tous ceux qui poursuivent son œuvre.

J’en profite pour transmettre aux adhérents de France-Cuba mes meilleurs vœux. Pour les avoir fréquentés à de nombreuses reprises lors de conférences-débats, je connais leurs qualités humaines, leur hospitalité et leur esprit combatif. J’aurai sûrement l’occasion de les rencontrer à nouveau autour de ce nouveau livre.

 

Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité

Préface d’Eduardo Galeano

Paris, Editions Estrella, 2013

230 pages

18€

Disponible auprès de l’auteur : [email protected]

Egalement en librairie : http://www.librairie-renaissance.fr/9782953128437-cuba-les-medias-face-au-defi-de-l-impartialite-salim-lamrani/

Et chez Amazon

http://www.amazon.fr/Cuba-Medias-Face-Defi-lImpartialite/dp/2953128433/ref=sr_1_5?ie=UTF8&qid=1375693527&sr=8-5&keywords=salim+lamrani

 

 

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L’Occident détrôné : Washington est “L’axe du mal”

septembre 23rd, 2013 by Dr. Paul Craig Roberts

“Le cours évolutif du progrès européen pendant ces trois cents dernières années pourrait se résumer à seulement quatre mots: égoïsme, massacres, impudeur et corruption.” 
Yan Fu

Il n’a fallu que 300 ans au reste du monde pour saisir tout le mal qui se cache derrière la «civilisation occidentale», ou peut-être l’émergence de nouvelles puissances dignes de confiance pour voir l’évidence. Quiconque doute de la responsabilité de l’Amérique dans le chaos actuel devrait lire The Untold History of the United States par Oliver Stone et Peter Kuznick.

Le «nouveau siècle américain» proclamé par les néo-conservateurs a pris fin brutalement le 6 Septembre à la réunion du G20 en Russie. Les dirigeants de la plupart des peuples du monde ont dit à Obama qu’ils ne le croyaient pas et que ce serait une violation du droit international si le gouvernement américain attaquait la Syrie sans l’autorisation de l’ONU.

Poutine a dit aux dirigeants du monde réunis que l’attaque aux armes chimiques était «une provocation de la part des insurgés armés dans l’espoir d’une aide de l’extérieur, par les pays qui les ont soutenus dès le premier jour.” En d’autres termes, Israël, l’Arabie Saoudite, et Washington, l’axe du mal.

La Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Indonésie et l’Argentine ont rejoint Poutine en affirmant qu’un dirigeant qui commet une agression militaire sans l’approbation du Conseil de sécurité de l’ONU se met “en dehors de la loi.”

En d’autres termes, si vous défiez le monde, Obama, vous êtes un criminel de guerre.

Le monde entier attend de voir si le lobby pro-israélien peut pousser Obama dans le rôle du criminel de guerre. Beaucoup parient qu’Israël l’emportera sur le faible président américain, un individu dénué de tout principe. Il y a quelques dizaines d’années avant que les américains ne deviennent un troupeau de moutons, l’un des derniers résistants américains, l’amiral Tom Moorer, chef des opérations navales et de l’Etat-Major des Armées, a déclaré publiquement « qu’aucun président américain ne peut résister à Israël ». Le plus haut gradé de l’Amérique ne pouvait pas obtenir une enquête honnête sur l’attaque israélienne contre l’USS Liberty.

Nous attendrons encore longtemps avant de voir un président américain résister à Israël. Ou le congrès. Ou un média.

Le régime Obama a tenté de contrer sa défaite fracassante au sommet du G20 en forçant ses Etats fantoches à signer une déclaration commune condamnant la Syrie. Toutefois, les États fantoches ont nuancé leur position en déclarant qu’ils s’opposaient à une action militaire et attendaient le rapport de l’ONU.

La plupart des supporters achetés-et-payés d’Obama sont impuissants, sans envergure. Par exemple Obama compte le Royaume-Uni comme un des pays le soutenant, en raison de l’appui personnel du discrédité Premier ministre britannique, David Cameron, malgré le fait que celui-ci ait été désavoué par le Parlement britannique lors d’un vote qui interdit la participation britannique à un autre des crimes de guerre de Washington. Ainsi, bien que Cameron ne puisse pas amener le peuple et le gouvernement britannique avec lui, Obama compte le Royaume-Uni parmi ses partisans. De toute évidence, il s’agit d’un comptage désespéré du nombre de “pays qui le soutiennent”.

Le gouvernement fantoche turc, qui a tiré sur ses citoyens qui manifestaient pacifiquement dans les rues, sans protestation d’Obama ou du lobby pro-israélien, soutient “la responsabilité de la Syrie”, mais pas la sienne, bien sûr, ni celle de Washington.

Les États fantoches du Canada et de l’Australie, des pays impuissants, n’ayant pas une once d’influence dans le monde, se sont précipités pour offrir leurs services à leur maître Washington. Le souci majeur des gouvernements Canadien et Australien est d’avoir une récompense de Washington.

Le décompte d’Obama inclut également le soutien du Japon et de la République de Corée, deux autres pays dépourvus de toute influence diplomatique et sans aucun pouvoir. Le Japon, impuissant, est sur le point d’être détruit par la catastrophe nucléaire de Fukushima, pour laquelle il n’a pas de solution. Comme les fuites radioactives se propagent dans l’aquifère sur lequel Tokyo et ses environs comptent, le Japon est confronté à la possibilité d’avoir à déménager 40 millions de personnes.

L’Arabie saoudite, impliquée dans le transfert aux rebelles d’Al-Nusra des armes chimiques utilisées dans l’attaque, soutient Washington, sachant que par ailleurs sa tyrannie est grillée. Même les néo-conservateurs menés par l’hystérique conseillère à la sécurité nationale d’Obama, Susan Rice, veulent renverser les Saoudiens.

Obama prétend également avoir le soutien de la France et de l’Allemagne. Toutefois, tant Hollande que Merkel ont indiqué clairement qu’une solution diplomatique, et non la guerre, était leur premier choix et que le résultat repose sur l’ONU.

En ce qui concerne le soutien de l’Italie et de l’Espagne, ils espèrent être récompensés avec la Réserve Fédérale qui imprimerait  assez d’argent pour renflouer leurs économies endettées afin que les deux gouvernements ne soient pas renversés par la rue pour leur acceptation du pillage de leur pays par les banksters internationaux. Comme tant d’autres gouvernements occidentaux, ceux de l’Italie et de l’Espagne, et, bien sûr, de la Grèce, soutiennent les banksters internationaux, et non leurs propres citoyens.

Le président de la Commission européenne a déclaré que l’Union européenne, en tant que pouvoir central au-dessus de la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Italie, et l’Espagne, ne soutient pas de solution militaire à la crise syrienne. “L’Union européenne est certaine que les efforts devraient viser à un règlement politique”, a déclaré José Manuel Barroso aux journalistes lors de la réunion du G20. L’UE a le pouvoir de délivrer des mandats d’arrêt contre les chefs de gouvernements de l’UE qui participent à des crimes de guerre.

Ce que cela révèle, c’est que le soutien derrière le menteur Obama est faible et limité. La capacité des pays occidentaux à dominer la politique internationale a pris fin lors de la réunion du G20. L’autorité morale de l’Occident a complètement disparu, brisée et érodée par les innombrables mensonges et des actes éhontés d’agression basés uniquement sur des mensonges et des intérêts personnels. Il ne reste rien de «l’autorité morale» de l’Occident qui n’a jamais été autre chose qu’une couverture pour l’intérêt personnel, l’assassinat, et le génocide.

L’Occident a été détruit par ses propres gouvernements, qui ont raconté trop de mensonges égoïstes, et par ses sociétés capitalistes, qui ont délocalisé les emplois et la technologie de l’Occident vers la Chine, l’Inde, l’Indonésie et le Brésil, privant les gouvernements occidentaux de recettes fiscales et de soutien à leurs citoyens.

Il est difficile de savoir si les citoyens de l’Ouest détestent moins leurs gouvernements corrompus que les musulmans, dont la vie et les pays ont été dévastés par l’agression occidentale, ou les citoyens des pays du Tiers Monde qui ont été appauvris et pillés par les organismes financiers prédateurs appartenant au Premier Monde.

Les gouvernements occidentaux idiots ont surestimé leur influence. Il n’y a aucune chance pour que l’hégémonie américaine, rêve fantaisiste des néo-conservateurs, s’exerce sur la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Amérique du Sud, et l’Iran. Ces pays peuvent mettre en place leur propre système de paiements et de finances international et abandonner le standard du dollar quand ils le voudront. On se demande pourquoi ils attendent. Le dollar américain est imprimé en quantités incroyables et n’est plus qualifié pour être la monnaie de réserve mondiale. Le dollar américain est au bord de la dévalorisation totale.

Le sommet du G20 a clairement indiqué que le monde ne veut plus accompagner les mensonges de l’Occident et ses méthodes meurtrières. Le monde a saisi ce qu’est l’Occident. Chaque pays comprend maintenant que les plans de sauvetage proposés par l’Occident ne sont que des mécanismes de pillage des pays sauvés et pour appauvrir le peuple.

Au 21e siècle, Washington a traité ses propres citoyens avec la même façon dont elle traite les citoyens des pays du tiers monde. Des trillions de dollars ont été distribués à une poignée de banques, alors même qu’elles jetaient des millions d’Américains hors de leurs maisons et saisissaient tous les actifs restants des familles brisées.

Les entreprises américaines ont vu leurs impôts réduits à presque rien, quelques-unes ne payant pas d’impôts du tout, alors qu’elles offraient les emplois et les carrières de millions d’Américains à des chinois et à des Indiens. Avec ces emplois sont partis le PIB américain, l’assiette fiscale, et le pouvoir économique, laissant les Américains avec d’énormes déficits budgétaires, une monnaie avilie, et des villes en faillite, comme Detroit, qui était autrefois la puissance manufacturière du monde.

Dans combien de temps Washington abattra-t-il ses propres sans-abri, ses affamés, et ses citoyens manifestant dans les rues?

Washington représente Israël et une poignée de puissants intérêts privés organisés. Il ne représente personne d’autre. Washington est un fléau pour le peuple américain et une peste pour le monde.

Paul Craig Roberts

http://www.paulcraigroberts.org/

http://rt.com/news/g20-against-syria-strike-527/

Article original en anglais : The West Dethroned: Washington is “The Axis of Evil”, publié le 8 septembre 2013

Traduction : Avic

 

 

Craig Roberts withkitties_150_120 Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livreThe Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

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Choses vues en Palestine: un témoignage accablant

septembre 23rd, 2013 by George Meek

Je suis revenu de Palestine avec un certain nombre d’impressions indélébiles à l’esprit, après un voyage effectué récemment pour le Ecumenical Accompaniment Program in Palestine and Israel  (Programme d’Accompagnement Œcuménique en Palestine et Israël)du Conseil Mondial des Eglises.

Scénario: Mettez-vous à la place d’une famille palestinienne: les autorités israéliennes ne vous donneront jamais de permis de construire pour agrandir votre maison pour y loger votre famille qui s’accroit. Et, si vous l’agrandissez parce que vous n’avez pas d’autre alternative et même si vous dépensez beaucoup d’argent en avocats pour vous protéger des procès, un jour, quand vos enfants seront en classe, des policiers et des soldats viendront avec un énorme bulldozer pour détruire votre habitation.

Nous avons été témoins de la démolition de la maison de la famille Kastero à Beit Hanina, au nord de Jérusalem qui a laissé, à la rue, 45 personnes. Les enfants sont revenus de l’école, pleurant et hurlant, traumatisés de constater la progression de la démolition. La famille avait investi les économies d’une vie dans l’habitation et ne disposait pas de moyens financiers pour se reloger. Un mois plus tard, nous avons rendu visite à cette famille qui vivait maintenant  sous des tentes et dans un container près des ruines de leur maison. Ne croyez pas que ce soit un cas isolé… Les Nations unies estiment qu’un logement sur trois à Jérusalem-Est a été construit sans permis, ce qui veut dire que 93.000 personnes sont susceptibles d’être expulsés de leur domicile.

Autre scénario : imaginez que votre mari souffre de problèmes cardiaques et qu’il est chauffeur de taxi. Un jour, en revenant d’une course, il se trouvera au milieu d’affrontements entre des soldats israéliens et des jeunes qui leur jettent des pierres. Les soldats tireront une grenade lacrymogène sur son taxi. Il s’effondrera et son cœur s’arrêtera de battre pendant quelques minutes. On l’emmènera à l’hôpital dans le coma et mourra quelques semaines plus tard. C’est ce qui est arrivé à Moyad Ghazawneh, de Ar Ram.

Il avait deux filles, dont une qu’il ne connaîtra jamais puisqu’elle est née dix jours après sa mort. Sa famille va essayer de déposer plainte auprès du gouvernement israélien pour mort fautive, mais les associations de droit de l’homme pensent qu’il y a peu de chances que cela aboutisse.B’Tselem (Centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés) rapporte que, de janvier 2009 à octobre 2012, 326 palestiniens ont été tués par les forces de sécurité juives, tandis que 5 membres de ces mêmes services et 15 civils ont été tués par les Palestiniens.

Maintenant, imaginez que votre mari, un ouvrier du bâtiment, réponde à un appel pour protéger des gens des violences des colons israéliens qui les agressent dans une maison isolée. Il ne jette ni pierres, ni ne fait de gestes hostiles, mais un colon lui tire une balle dum-dum dans l’abdomen. Opéré, il subira une ablation partielle du foie. J’ai rencontré Hilme Abdul Azziz Hassan des semaines après la fusillade chez lui, à Qusra. Il se remettait, mais n’était pas encore assez solide pour retourner travailler.

Comme j’étais basé à Jérusalem-Est, je n’ai pas été témoin du degré de violences des colons  israéliens dans les zones rurales comme l’ont été les autres participants du Programme Œcuménique: coups, vols, empoisonnements des moutons et destruction des oliviers…

Dans un autre quartier de Jérusalem, Cheikh Jarrah, plusieurs familles de réfugiés ont perdu leurs maisons face aux colons et d’autres sont en voie d’expulsion. La partie antérieure de la  maison de Nabeel al-Kurd est occupée depuis quatre ans par des colons alors qu’il l’avait agrandie pour sa famille. Il n’a jamais pu y vivre parce que les tribunaux ont pris le dessus. …

Selon le Bureau des Nations unies pour la Coordination des Affaires humanitaires, il y a 532 lieux inaccessibles pour cause de checkpoints, barricades, grilles, talus et fossés. Sans oublier les checkpoints de la Ligne verte.

Ces barrières et fermetures empêchent la circulation des ouvriers, fermiers et étudiants palestiniens. Au checkpoint de At Tayba, près de Tulkeram, en trois heures, j’ai  vu plus de 3500 ouvriers palestiniens, parqués comme du bétail dans des cages attendant d’aller travailler en Israël. Beaucoup étaient furieux et frustrés. Certains boudaient car à mesure que la queue diminuait, ils se rendaient compte que, vu la lenteur du processus, il leur serait impossible d’arriver au travail. L’un d’entre eux me dit que l’attente était trop longue pour qu’il attrape le bus de son employeur à 6h15 et que le bus ne l’attendrait pas. Il a laissé tomber…

Dans la région de Tulkarem, les fermiers n’ont qu’un accès limité à leurs champs, une demi-douzaine de grilles agricoles leur barrant le chemin. Ils doivent demander aux autorités palestiniennes et israéliennes des autorisations et attendre parfois entre une semaine et un mois pour les obtenir. Je me suis rendu devant une de ces grilles qui ne s’ouvre que 45 minutes, trois fois par jour : le matin, le midi et l’après-midi. Si les fermiers sont en retard, ils ne peuvent pas passer. L’un d’eux m’a dit que cette barrière ne laisse plus passer son tracteur pour aller, comme il en avait l’habitude, dans son oliveraie et ses champs d’amandes. Il doit maintenant  s’y rendre à dos d’âne.

Dans la même région, les habitants du village de Kafr Qaddum ne peuvent utiliser la route principale car elle a été déclarée « hors périmètre » afin de protéger les colons. Depuis 2004, le blocage de cette route est total. Il oblige les Palestiniens à faire plus de 10 kms au lieu d’un seul, pour arriver à une route principale. Tous les vendredis depuis 2011, il y a des manifestations pour protester contre cette mesure Elles sont brutalement réprimées.

Les enfants de communautés bédouines ont leur propre problème de circulation. Près de Jaba, encerclé par des colonies, les enfants doivent ramper le long d’un caniveau, sous une autoroute très fréquentée, puis grimper des rochers et se glisser dans un tunnel étroit qui peut être l’abri de serpents ou d’une carcasse de mouton. Quand il pleut, ils sont couverts de boue et le maître les renvoie. L’Autorité palestinienne dit qu’elle n’a pas les fonds pour acheter un bus.

 

George Meek est un journaliste américain retraité. Cette années, il a passé trois mois en Palestine/Israël avec 31 volontaires internationaux qui a passé trois mois avec le Programme Œcuménique.

Palestine Journal (avec photos du reportage)

http://seekpeaceinpalestine.blogspot.com

Traduction et synthèse : Xavière Jardez, franceirakactualite.com

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En direct de Damas : interview téléphonique de T. Meyssan par comaguer (comité comprendre et agir contre la guerre, Marseille).

 

Cette interview est la dernière partie de l’émission sur la Syrie que comaguer a réalisée le 11 septembre 2013 à Radio Galère (88.4 Marseille, http://www.radiogalere.org/ , où les points suivants venaient d’être abordés :

1. Le passé lointain, évocation rapide : le syriaque – empire romain – omeyyade – empire byzantin – la Syrie disputée.

2. L’empire ottoman, son mode de fonctionnement : la « grande Syrie ».

3. Le dépeçage de l’empire ottoman par le colonialisme européen et les nœuds du contexte actuel : Sykes–Picot, Balfour.

4. L’entre deux guerres, le mandat français, la montée du nationalisme, sa répression, le traité de 1936, deux personnages : Al Atassi, Faris al-Khoury.

5. L’indépendance et la création d’Israël contre la position ferme de la Syrie.

6. La difficile affirmation de l’indépendance face aux  multiples manœuvres anglo-saxonnes directes ou indirectes et finalement la mise à l’index par Alen Dulles et Eisenhower comme « état pro soviétique ».

7. L’isolement régional progressif après le retournement de Sadate (guerre de 1973), la soumission de la Jordanie  et le jeu dangereux de Saddam Hussein (guerre Irak-Iran profitant finalement à l’Occident) ; front du refus.

8. La gestion de l’isolement après la chute de l’URSS et la confirmation de l’acharnement anti-syrien d’Israël et des Etats-Unis (guerre du Liban/Hariri – Syria Accontability Act).

Nous avons conservé dans la transcription le style oral de la communication téléphonique et du direct.

 

Comaguer : Dans la longue histoire de la Syrie,  1991  est une année tournant. Son seul appui diplomatique et politique : l’URSS,  a disparu. Pour les Etats-Unis, désormais seule puissance mondiale et pour leur allié israélien renverser le régime syrien, soutien  ferme et déterminé à la cause palestinienne  et unique état  frontalier d’Israël  n’ayant pas conclu d’accord de paix avec son voisin devient un objectif à atteindre sans délai. Comment vont  se dérouler les deux décennies qui séparent cette année-là de la guerre actuelle ? 

C’est la question que nous posons à Thierry Meyssan en ligne depuis Damas.

 

T. Meyssan : George Bush Père convoque la Conférence de Madrid (30 oct. 1991) avec son secrétaire d’Etat James Baker, et il oblige Israël à participer à cette conférence pour une paix régionale qui inclurait à la fois la Palestine et la Syrie. Le début de la conférence se passe assez bien mais en réalité le Premier ministre israélien de l’époque, Yitzhak Shamir, ne veut pas négocier et la conférence va finir par échouer.

Après ça, c’est Bill Clinton qui va progressivement reprendre contact avec la Syrie et essayer d’organiser lui aussi une paix régionale. Ce qui est intéressant, c’est que B. Clinton, à la fin de son second mandat, était presque parvenu à organiser la paix et là encore, c’est le Premier ministre israélien de l’époque, Ehud Barak, qui au dernier moment, alors qu’il avait négocié et donné son accord pour un traité de paix, va se retirer. Il n’y aura donc pas de paix ; Barak va se retirer du dossier et, à ce moment là aussi, Hafez el Assad meurt. Ceci est très bien raconté dans les mémoires de B. Clinton ; il n’y a pas de doute là-dessus : la Syrie recherchait vraiment la paix et ce sont les Israéliens qui s’y sont opposés. Commence ensuite le mandat de G. Bush fils, et c’est là que les choses se gâtent.

Juste après les attentats du 11 septembre 2011, en fait 3 jours après, il y a une réunion de l’administration Bush jr. à Camp David où il est décidé qu’on attaquerait la Syrie. En fait les Etats-Unis font un plan : ils disent on va commencer par l’Afghanistan, on continuera avec l’Irak, ensuite la Libye et la Syrie, puis le Soudan et la Somalie ; et on terminera avec l’Iran.

Ce qu’on voit aujourd’hui est l’actualisation de ce plan ; mais Bush jr. pensait attaquer la Syrie en même temps que le Liban et que la Libye, assez rapidement. Sauf qu’il y a eu toutes sortes de grains de sable dans la machine.

D’abord du côté libyen, où M. Kadhafi a négocié avec les Etats-Unis ; il leur a abandonné ses armes chimiques et son programme nucléaire, et a ouvert son économie aux grandes industries.

Mais du côté syrien la réaction a été très différente. La Syrie s’attendait à être attaquée, et a commencé à se préparer pour la guerre, donc à renforcer ses alliances. Bachar al Assad, le nouveau président depuis 2000, a décidé de rembourser la totalité des dettes que la Syrie avait vis-à-vis de l’Union Soviétique puis, par conséquent, de la Russie.

Ça c’est très important ; c’est passé complètement inaperçu en-dehors du pays pourtant ça a été un effort terrible pour la Syrie de payer cette dette-là ; mais c’est aussi ce qui lui permet aujourd’hui d’être en bons termes avec la Russie.

Les USA ont lancé toutes sortes de pièges successifs. Dans la semaine qui suit la chute de Bagdad (avril 2003), le Congrès étasunien a étudié et voté le Syria Accontability Act, qui est une loi demandant au président des Etats-Unis d’entrer en guerre contre la Syrie sans avoir besoin de le demander au Congrès ; Obama pourrait actuellement lancer la guerre sans avoir besoin de s’en référer au Congrès.

En fait depuis 2003 le président des Etats-Unis peut attaquer la Syrie sans conditions intérieures ; il y a eu ensuite toute une succession de sanctions prises pour essayer d’étouffer l’économie syrienne.

En 2005 est survenu l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri : on a immédiatement prétendu que cet assassinat avait été organisé par la Syrie alors qu’on sait, par la façon dont cet assassinat a été réalisé, qu’il ne peut avoir été opéré que par quelques très grandes puissances disposant de moyens particuliers.

Le résultat de tout ça est qu’une nouvelle fois la Syrie a été mise au ban des nations, puisqu’elle a été suspectée d’avoir assassiné Rafic Hariri, qu’un Tribunal Spécial a été créé par l’ONU : de fait, pour juger Bachar al Assad.

Mais au bout de deux ans d’enquête on s’est rendu compte que tout le dossier était faux, que les témoignages étaient complètement truqués et il fallu abandonner les accusations contre la Syrie.

 

Comaguer : au fait où il en est le Tribunal Spécial pour le Liban aujourd’hui : il est en sommeil ?

T. Meyssan : Le tribunal existe toujours, d’ailleurs il doit bientôt reprendre ses audiences, mais maintenant il n’accuse plus la Syrie, il accuse le Hezbollah et quand il aura fini avec le Hezbollah parce que les preuves seront fausses, il accusera l’Iran et ça peut durer autant de temps que nécessaire.

Mais le plus important c’est que, comme la Syrie a déjoué cette accusation, il a fallu lancer une nouvelle opération, créée par la France et la Grande-Bretagne : celle du printemps arabe.

Ce serait compliqué d’expliquer là toute cette histoire mais il y a des phénomènes très différents entre ce qui s’est passé en Egypte et en Tunisie d’une part et ce qui s’est passé en Libye et en Syrie d’autre part.

Pour ce qui concerne la Syrie, s’est tenue au Caire en Egypte au tout début de février 2011 une réunion à laquelle ont participé le sénateur John Mac Cain (USA) mais aussi des personnalités internationales ; pour la France il y avait BHL qui était là [réactions amusées dans le studio], oui oui, en France ça n’a jamais été publié ce que je vous raconte là. Il y avait, pour la Libye, Mahmoud Jibril qui à l’époque était le n° 2 du gouvernement de la Jamahiriya, et qui va devenir subitement le chef de l’opposition contre Kadhafi : Jibril étant lui-même un Frère Musulman.

Et il y avait quelques responsables syriens en exil qui disposaient de bons moyens de télévision soit à Londres, soit aux Emirats. Et lors de cette réunion on donne le feu vert parce que tout semble prêt pour faire la révolution en Libye et en Syrie ; donc des appels sont lancés pour faire des manifestations dans Damas mais personne ne bouge, ça n’intéresse absolument personne.

Pendant plusieurs mois il va donc y avoir des appels fréquents à la révolution en Syrie mais sans que cela ne suscite la participation populaire. La seule chose qu’on voit c’est qu’il y a un compte Facebook qui s’appelle Syrian revolution 2011 qui a été créé début février, et, en 2-3 jours, on se retrouve avec 70 000 personnes sur ce compte. Or c’est complètement impossible dans la mesure où il n’y avait aucune manifestation à ce moment-là.

C’est tout simplement un trucage d’ordinateur et les vrais événements vont commencer au moment où la question libyenne est « réglée » ; à ce moment-là on va faire venir en Syrie les combattants qu’on avait en Libye. Et tout d’un coup il y a des djihadistes qui font leur apparition et qui commencent à semer la terreur dans les campagnes surtout : ils arrivent dans un village, ils prennent des gens, ils les coupent en morceaux et les jette sur la place du village.

Dans la presse occidentale à ce moment-là on dit qu’il y a d’énormes manifestations en Syrie mais c’est faux, ça n’a vraiment jamais existé. Lorsque m-a p qui parlait tout à l’heure se trouvait en Syrie en novembre 2011, on racontait en Europe qu’il y avait de grandes manifestations ; nous étions avec des journalistes français, belges, étasuniens ; il y en a qui ont voulu aller voir et filmer les manifestations, ils ne les ont jamais trouvées, parce que ça n’a pas existé ; et pourtant on envoyait des rapports[1], et des images qu’on voyait sur Al Jazeera, et d’autres chaînes en Europe : ces images étaient tournées en studio comme on peut le voir quand on regarde très en détail[2].  Donc il y a eu une période en Syrie où les gens étaient comme hébétés par ce qui se passait ; en fait ils ne comprenaient pas. La presse syrienne était muette, elle n’adressait pas d’informations alors qu’Al Jazeera et d’autres disaient qu’il y avait une révolution, des manifestations et une répression.

Il y a eu une sorte d’affolement et comme les occidentaux passaient leur temps à dire « Bachar doit partir », « d’ailleurs il est déjà parti » ( !) etc., il s’est produit le phénomène qu’on voit dans toutes sortes de pays : quand ils sont attaqués, beaucoup de gens se mettent en attente pour se déclarer ensuite du côté du gagnant.

Et à ce moment-là il semblait que l’OTAN allait attaquer la Syrie comme elle avait attaqué la Libye, et que le gouvernement allait être renversé et qu’un gouvernement fantoche allait être installé par les puissances occidentales. Donc il y a eu un moment où le soutien a manqué au gouvernement syrien. Et il y a eu des gens qui ont soutenu les djihadistes qui arrivaient. Il y a toujours des collaborateurs, partout, mais là, ceux qui ont été recrutés venaient d’une classe particulière qui avait beaucoup souffert auparavant, depuis 2005 : souffert à la fois des réformes économiques qui avaient été mal faites et de problèmes climatiques, de sécheresse, entraînant de graves problèmes agricoles. Des gens assez pauvres ont été obligés de quitter le Nord de la Syrie, c’est essentiellement dans le Nord que ça s’est passé ; et ces gens sont venus grossir les banlieues de Damas et d’Alep les deux grandes villes du pays.

Parmi ces gens-là –qui étaient généralement très peu instruits- certains ont adhéré à des sortes de sectes religieuses, notamment les takfiristes : une secte qui a juste un siècle d’existence, très récente dans l’islam, prétendant que ceux qui ne suivent pas exactement cette voie, doivent être tués. Il y a donc des gens qui ont rejoint cette secte, et qui se sont mis à soutenir les djihadistes. Mais ça, c’est quelques milliers de personnes, guère plus que ça : sauf qu’ils étaient armés. Et dans n’importe quel pays si vous avez des milliers de personnes armées ça peut faire des dégâts énormes.

 

Comaguer : surtout quand ces armes sont faciles à trouver.

T. Meyssan : Oui, et à l’époque c’était le Qatar qui amenait des armes en Syrie ; et c’était préparé depuis longtemps, ils avaient des stocks d’armes déjà installés en Syrie grâce à la complicité de responsables des services secrets qui avaient été corrompus.

Vous savez qu’en Syrie du fait de la guerre permanente avec Israël les services secrets avaient des pouvoirs particuliers, importants ; et certains en usaient et en abusaient. Quand on dit que la Syrie était une dictature c’est partiellement vrai et partiellement faux ; ce qui est exact c’est que certains services secrets se mêlaient de ce qui ne les regardait pas et venaient dans l’administration décider de ceux qu’il fallait garder et ceux qu’il fallait exclure.

Ces services se sont avérés être tout à fait corrompus, extrêmement incompétents, et ils n’ont pas été capables de défendre la Syrie. Aujourd’hui ils ont perdu les pouvoirs extraordinaires qu’ils avaient pris. Le pays est tout à fait démocratisé.

 

Comaguer : Alors ça veut dire que ces services ont été remplacés par des gens compétents ?

T. Meyssan : En fait ces services secrets s’étaient développés de manière extravagante et aujourd’hui beaucoup de leurs responsables ont été renvoyés ou se sont enfuis à l’étranger ; du coup, il y a beaucoup moins de gens dans ces services et il ne reste que ceux qui faisaient bien leur travail.

Le Qatar a donc amené des armes en grande quantité mais il y avait déjà des stocks d’armes qui étaient là ; prévus à l’avance, et les Israéliens étaient chargés de la distribution des armes. C’est quelque chose qu’on n’explique pas, ça, en Europe ; en fait oui… ce sont toujours les Israéliens qui distribuent les armes, sur place, parce que les qataris avaient l’argent mais n’avaient pas la main d’œuvre

 

Comaguer : la division du travail !

T. Meyssan  Ces groupes ont commencé à circuler et à disposer d’un commandement centralisé qui était sur une base en Turquie. Mais ils avaient à l’époque un armement assez rudimentaire, avec des moyens de communication cryptés via satellite, et leurs systèmes centralisés en Turquie ; ils recevaient les instructions de l’OTAN depuis la Turquie.

Au début on pouvait avoir l’impression qu’il y avait des troubles simultanément dans tout le pays ; mais ce n’est pas vrai et si on reporte les différents incidents sur une carte on se rend compte qu’un jour ils sont dans une ville, le lendemain ils sont 20kms plus loin. C’est quelque chose d’itinérant.

Mais il y a eu des troubles à quelques endroits particuliers beaucoup plus importants qu’à d’autres.

D’abord dans le Sud, à Deraa, qui était jusque là le fief absolu du parti Baas, le parti historique de la Syrie. Là bas des baasistes sont passés du côté des Israéliens, je dis israéliens parce que la première manifestation a eu lieu à Deraa où on a prétendu que la police avait arrêté des enfants, torturés etc., tout cela est complètement faux ; en fait à la première manifestation les gens ont commencé le cortège, puis brusquement ils ont reçu un ordre et sont sortis de la ville pour aller attaquer un bâtiment à l’extérieur de l’agglomération : ce bâtiment était celui où les services syriens surveillaient ce qui se passait dans leur territoire du Golan occupé par Israël.

Après il y a eu un événement très important, fin 2011 début 2012 : l’institution de l’Etat islamique installé à Bab Amr à Homs : des takfiristes syriens se sont réunis, environ 3-4000 combattants, et ont pris possession d’un quartier, ils se sont retranchés là-dedans et ils ont décrété qu’ils constituaient un état islamique indépendant. Avec notamment leur propre tribunal, où tous les gens qui ne leur plaisaient pas étaient condamnés à mort, égorgés en public ; ça a été une boucherie.

Sur place la population avait quitté le quartier à l’exception d’une quarantaine de familles qui soutenaient ce mouvement takfiriste.

Finalement cet émirat est tombé et au moment où il est tombé les gens qui étaient à l’intérieur se sont rendus et depuis il n’y a plus, plus du tout, de soutien syrien à ce mouvement. Maintenant tous les combattants sont étrangers.

 

Comaguer : c’est important mais on va malheureusement devoir conclure l’émission. Vous récusez donc le terme de guerre civile ?

T. Meyssan : Oui parce que dans une guerre civile les familles sont divisées, s’entre-déchirent, les gens s’entretuent.

Ici le pays est attaqué de l’extérieur, comme le Nicaragua l’a été dans les années 80. Ce qui surprend c’est qu’il y a une quantité énorme de combattants qui arrivent sans cesse. Lakhdar Brahimi, qui n’est certes pas favorable à Bachar al Assad, a déclaré en juin dernier qu’il y avait 40 000 combattants étrangers en Syrie. Et 40 000 c’est ce qu’il était obligé de reconnaître ; et il parlait de combattants vivants car il en meurt en grande quantité tous les jours mais il y en a d’autres qui arrivent.

 

Comaguer : pour les remplacer. On dit qu’il n’y aura peut-être pas de bombardements, finalement, mais si les combattants continuent à arriver…

T. Meyssan : Tant que des combattants arrivent la guerre dure, mais si on arrête le flux de ces combattants c’est la paix en deux mois ici.

Ce qui est important c’est que les Etats-Unis au début, en 2001, quand ils ont décidé cette guerre, avaient une raison pour ça. A l’époque on pensait au « pic pétrolier » et on pensait qu’il y aurait une pénurie de ressources des énergies fossiles dans les années suivantes. Ce qui impliquait donc que les Etats-Unis avaient besoin de faire main basse sur le gaz encore inexploité de la Syrie. Mais maintenant le marché de l’énergie est complètement changé puisqu’on utilise d’autres formes de pétrole que le crude oil, il y a le gaz de schiste etc.

Il n’y a donc plus de raisons stratégiques pour les Etats-Unis d’être en guerre ici.  C’est pour ça qu’en fait ils devraient se sortir de cette affaire déjà depuis un bon moment.

Pour les Etats-Unis, la question maintenant est celle de leur statut ; ils n’ont plus aucun intérêt à cette guerre mais s’ils se retirent la tête basse, ils ne seront plus la grande puissance qu’ils ont été. Et tout tourne autour de ça ; et c’est pour ça que l’appel sur les armes chimiques a été un moyen élégant de les sortir de là, quand la Syrie a dit on va détruire le stock d’armes chimiques dont on est bien encombré parce qu’on les a pour des raisons historiques mais elles sont totalement inutilisables.

Quand on dit on va les détruire, tout le monde est content, et les Etats-Unis peuvent partir la tête haute : c’est absolument parfait.

 



[1] Lors de ce séjour (nov. 2011), une journaliste belge qui s’est présentée comme free-lance et envoyée, nous a-t-elle dit, par une non mieux spécifiée « presse chrétienne belge », est partie un jour toute seule à Homs, et nous a dit le soir qu’elle avait circulé pendant plusieurs heures dans la ville, en changeant plusieurs fois de taxis – « pour déjouer la surveillance du régime »- en allant un peu à l’aveuglette, à la recherche de ces manifestations démocratiques plus trop massives mais en tout cas fréquentes dont parlaient ses collègues journalistes en Europe de l’ouest. Elle a reconnu n’en avoir croisé aucune et, dans une logique imparable, nous en a conclu qu’elle n’avait « pas été aux bons endroits »… Aux dernières nouvelles, cette journaliste travaillerait maintenant pour La Vie (ex-catholique). (m-a p.).

[2] J’ai assisté en juillet 2013 à la librairie Transit à Marseille à une réunion où, sous prétexte de « présenter l’association Cham collectif Syrie » (http://www.lejsd.com/index.php?s=21&r=15817 et http://www.millebabords.org/spip.php?article23985) les deux invitées ont parlé de la révolution démocratique en Syrie et de sa terrible répression par le « régime ». Elles ont illustré leur propos par des extraits de vidéos des manifestations des « révolutionnaires démocrates ». Or, tous les drapeaux brandis par les manifestants dans ces vidéos étaient les drapeaux de la République arabe syrienne, à 2 étoiles. Comme j’ai fait remarquer que ça ne pouvait être, de ce fait, que des manifestations loyalistes et de soutien au régime, on m’a rétorqué sans aucune gêne « c’est parce qu’il y avait du vent à ces moments-là alors on ne voit que 2 étoiles » ; comme prévu par l’invitée, ça a fait rire toute l’assistance (en fait 5 personnes en plus du libraire et des deux démocrates), jusque là horrifiée par les nombreux détails donnés sur les atrocités commises par le régime. Je précise qu’il y avait parmi les 5 participants un professeur de droit (émérite) qui a fait une partie de sa carrière en Egypte et est intervenu, pour soutenir les deux intervenantes, en disant que « Bachar est un dictateur » ce qui semblait clore toute discussion avec moi ; comme je lui demandais sur quoi il se fondait précisément pour dire ça, il m’a répondu, « il y a longtemps qu’on le sait ». Apparemment, dans l’argumentation de la séance, ça a eu l’autorité de l’apport scientifique et universitaire ; et celle, indépassable, du vécu du senti, puisque venant « de quelqu’un qui a travaillé sur le terrain ». Enfin pas loin. (m-a p.).

 

 

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Après que le président iranien Hassan Rouhani eut déclaré qu’il était prêt à négocier avec les États-Unis sur le programme nucléaire de son pays, la presse américaine discute d’un accord diplomatique général impliquant toute la région qui mettrait un terme aux préparatifs de guerre de Washington et ses alliés contre la Syrie, le principal allié de l’Iran au sein des pays arabes.

Accueillant le «changement rapide de la situation, de nouvelles options diplomatiques avec la Syrie et l’Iran se développant» le New York Times a cité un «diplomate américain de haut rang» affirmant cette évolution comme étant «étourdissante».

Les responsables américains préparent une rencontre probable entre Rouhani et le président Barack Obama à l’assemblée générale des Nations unies la semaine prochaine, après que Rouhani ait promis la semaine dernière que l’Iran ne chercherait jamais à construire des armes nucléaires. Les mêmes responsables supervisent également les premières étapes du démantèlement des armes chimiques en Syrie.

Jeudi, les responsables syriens ont soumis une liste de leurs armes chimiques à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques à La Haye, entamant leur opération de 1 milliard de dollars pour livrer et détruire le stock d’armes chimiques de la Syrie. Ils se préparent également à raviver les négociations entre la Syrie, les forces de l’opposition syrienne et les puissances occidentales à Genève.

Les enjeux énormes des négociations des États-Unis avec l’Iran et la Syrie montrent très clairement que les préparatifs de guerre américains contre la Syrie portaient sur beaucoup plus que l’attaque à l’arme chimique du 21 août à Ghouta. Les accusations sans fondement de Washington contre Damas étaient en fait un prétexte pour jeter les peuples américain et européens non seulement dans une guerre impérialiste contre la Syrie, mais en fin de compte aussi contre l’Iran et peut-être même la Russie, tout en cachant ces objectifs à long terme.

L’Iran a indiqué qu’il est prêt à offrir des garanties sur le fait qu’il ne construira pas d’armes nucléaires en échange d’un relâchement des sanctions américaines sur les exportations de pétrole iranien qui ont dévasté son économie. L’inflation est à 40 pour cent dans de nombreux endroits et le chômage s’est envolé avec les fermetures d’usines en Iran, ce pays se retrouvant coupé des marchés mondiaux après que Washington ait bloqué leur lien avec le système financier global SWIFT. La production d’automobiles en Iran a chuté de 30 pour cent.

Le régime bourgeois iranien montre clairement son désir de parvenir à un accord avec les États-Unis, en grande partie parce qu’il craint l’éclatement d’une opposition ouverte à ses politiques dans la classe ouvrière iranienne. En échange, Washington se prépare à exiger des concessions écrasantes visant le coeur de l’économie iranienne, son industrie pétrolière, qui transformeront la politique étrangère de l’État iranien et pousseront ses politiques économiques très à droite.

Les Iraniens ont désespérément besoin de reprendre leur souffle après les sanctions qui ont réduit leurs revenus pétroliers de plus de la moitié, fait s’effondrer leur monnaie et rendu les opérations bancaires internationales impossibles. Mais il se peut qu’ils ne comprennent pas quel sera le prix à payer. «Je suppose qu’ils vont avoir un sacré choc», a déclaré un responsable américain profondément impliqué dans l’établissement de la stratégie de négociation américaine au Times.

Les responsables des États-Unis et d’Europe ainsi que leurs compagnies pétrolières surveillent de près la nomination par Rouhani de Bijan Zanganeh au poste de ministre du Pétrole. Ce dernier est considéré comme une personnalité pro-occidentale. Zanganeh a signé des contrats importants avec les compagnies pétrolières européennes durant son précédent mandat de ministre du Pétrole de 1997 à 2005, et il a été démis de ses fonctions pour corruption par le président Mahmoud Ahmadinedjad quand ce dernier a pris ses fonctions en 2005.

Les analystes pétroliers iraniens cités dans The Economist ont déclaré que sous Zanganeh, la compagnie nationale pétrolière iranienne (NIOC) serait plus disposée à s’entendre sur le partage de la production avec les compagnies occidentales qui mettraient ainsi la main sur une part beaucoup plus importante des profits provenant du pétrole iranien. En plus de priver l’Iran d’une source importante de revenus qui allait aux dépenses sociales, le financement des Gardes révolutionnaires iraniens (IRGC) s’en trouverait également touché. Zanganeh serait engagé dans une lutte de factions acerbe avec l’IRGC au sein de l’industrie pétrolière iranienne.

L’IRGC, qui gère plusieurs compagnies d’ingénierie actives dans l’industrie pétrolière iranienne, supervise également l’aide militaire apportée par l’Iran à ses forces alliées au Moyen-Orient, comme la milice chiite du Hezbollah au Liban et les régimes pro-iraniens à tendance chiite en Syrie et en Irak.

Le chef des milices Al-Qods de l’IRGC, le major général Gassem Soleimani serait responsable de l’effort militaire iranien en Syrie en soutien au président Bashar el-Assad contre les forces d’opposition liées à al-Qaïda et soutenues par Washington. Il a publiquement affirmé que les forces Al-Qods soutiendront la Syrie «jusqu’à la fin».

Washington et ses alliés ont pour objectif de piller le pétrole iranien et, en faisant la guerre à la Syrie, ils veulent empêcher le développement d’un axe Iran-Irak-Syrie-Liban actuellement en formation. Ils considèrent cet axe comme un obstacle majeur à une domination impérialiste américaine incontestée sur le Moyen-Orient et comme une menace à l’État d’Israël.

Ces faits viennent établir qu’Obama mentait lorsqu’il a décrit ses plans de guerre comme simplement quelques petites frappes en réponse aux prétendues attaques chimiques syriennes. Les frappes contre la Syrie ne devaient être que les premiers coups d’une guerre régionale de grande ampleur, laquelle aurait pu impliquer la Russie, cette dernière maintenant actuellement des forces navales importantes au large de la Syrie.

Cette guerre n’a pas été annulée, mais seulement repoussée à une date indéterminée. Pendant qu’Obama et ses alliés font temporairement marche arrière face à l’opposition populaire massive et aux menaces de l’Iran et de la Russie, leurs négociations sont un moyen de poursuivre les mêmes objectifs militaires, mais par d’autres moyens.

Les responsables du gouvernement Obama affirment ouvertement qu’ils considèrent que de continuer à menacer une guerre est essentielle pour imposer leurs exigences. «On n’accomplit aucun progrès diplomatique au Moyen-Orient sans une pression importante. En Syrie, ce fut la menace sérieuse d’une action militaire, en Iran, ce fut un régime de sanctions qui est devenu de plus en plus important sur une période de cinq ans» a déclaré l’adjoint au conseiller à la sécurité nationale américaine, Benjamin Rhodes.

Les analystes américains les plus informés, dont Patrick Clawson duWashington Institute for Near-East Policy (WINEP), affirment que de nouvelles négociations avec l’Iran, menées sous la menace de la guerre, sont la dernière chance d’obtenir un accord négocié.

«Le moment de vérité arrive. Toutes les informations en provenance d’Iran, y compris celles concernant le guide suprême Al Khamenei, indiquent que l’Iran se prépare à passer un nouvel accord sur le nucléaire. Si l’on ne peut arriver à un accord dans les quelques mois qui viennent, il est difficile d’imaginer une autre occasion où les chances seraient aussi bonnes» a écrit Clawson dans Foreign Policy.

Le gouvernement Obama a à maintes reprises indiqué que s’il ne pouvait parvenir à un accord pacifique avec l’Iran, c’est-à-dire un accord entièrement dicté par les États-Unis, il partirait en guerre pour empêcher l’Iran de construire une bombe atomique.

Les responsables américains et français mènent en même temps des politiques en Syrie qui vont saper toute tentative sérieuse de négocier un accord sur la guerre en Syrie à Genève. Les milices de l’opposition soutenues par les États-Unis ont déclaré qu’elles boycotteraient les négociations de Genève. Néanmoins, les responsables occidentaux continuent à accentuer le soutien militaire et financier à l’opposition liée à al-Qaïda.

Après que les responsables américains ont déclaré qu’ils armeraient directement les forces de l’opposition la semaine dernière, le président français, François Hollande, a promis jeudi dernier d’armer les forces de l’opposition syrienne au cours d’une visite au Mali, pays d’Afrique occidentale occupé par la France. Il a également annoncé que la France se préparait à renforcer la collaboration des services de renseignements français avec les forces de l’opposition syrienne, offrant de les entraîner dans des bases en Jordanie.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 21 septembre 2013

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Une décision du Juge Peter Murphy qui a imposé à une femme musulmane d’enlever un voile couvrant tout le visage quand elle témoigne est devenue l’occasion d’une campagne exigeant des mesures supplémentaires pour réduire les droits démocratiques et cherchant plus généralement à renforcer l’hostilité envers les musulmans.

La décision de Murphy a été prise en prévision du procès d’une musulmane, dont le nom ne peut être dévoilé, au tribunal pénal de première instance de Blackfriar. Elle est accusée de subornation de témoin.

La décision du juge était plus nuancée qu’une précédente du même tribunal en mars qui décidait qu’une femme portant un voile intégral (niqab) ne pouvait pas faire partie d’un jury. Murphy a décidé que la femme pourra garder le voile pour toutes les parties de son procès, sauf quand elle est appelée à la barre. Il a affirmé qu’il est essentiel pour le jury de voir le visage de la femme pour qu’ils puissent juger de son comportement et de ses expressions.

L’accusée de 22 ans, connue uniquement sous la lettre D, n’aura pas à témoigner devant un tribunal ouvert au public avec son visage à découvert, et elle pourra témoigner par vidéo ou derrière un écran protecteur pour n’être vue que par le juge, les jurés et son avocat. Aucun dessin d’artiste de l’accusée ne sera autorisé avec son visage à découvert.

Dans sa décision, Murphy affirme qu’il a recherché «l’approche la moins restrictive». D’après la Loi sur les droits de l’Homme de 1998, un accusé a le droit de manifester son appartenance religieuse, a affirmé le juge, tout en ajoutant que «certaines restrictions sur le droit d’un accusé à porter un niqab durant la procédure contre lui devant un tribunal pénal sont nécessaires dans une société démocratique». Il a appelé le Parlement ou une «juridiction plus élevée» à prendre une décision sur la question.

Des représentants des deux partis au gouvernement – Conservateurs et Libéraux-démocrates – se sont emparés de cette décision et de l’appel du juge pour demander des interdictions plus larges contre le voile. Aucun d’entre eux n’a demandé une interdiction totale comme celles qui sont imposées en France ou en Belgique, mais ils sont allés aussi loin qu’ils sentaient possible de le faire dans cette direction.

Le député conservateur Philip Hollobone a accusé le juge de «se plier aux desiderata de quelqu’un qui ne veut clairement pas respecter les règles comme tout le monde».

Le ministre de l’intérieur libéral-démocrate Jeremy Browne a appelé à un débat pour savoir si l’État devait empêcher que les jeunes femmes se voient imposer le port du voile par les hommes de leur famille et s’il faudrait envisager d’interdire aux filles musulmanes de porter le voile dans les lieux publics comme les écoles. Brown a déclaré au Daily Telegraph qu’il devrait y avoir un «débat national» parce que «les gens qui ont des idées libérales auront des idées différentes sur la manière de protéger et de promouvoir la liberté de choix».

Toujours dans le Daily Telegraph, la député conservatrice Sarah Wollaston a déclaré qu’il est temps «d’arrêter de déléguer cela aux institutions individuelles comme si c’était une question mineure de norme vestimentaire et d’établir à la place une ligne de conduite nationale claire» pour éliminer le niqab qui serait «une cape d’invisibilité» et la burqa qui a été qualifiée de «symbole non de libération mas de répression et de ségrégation».

Le porte-parole de David Cameron a déclaré que le Premier ministre n’est pas partisan d’une interdiction du niqab «dans la rue», mais que les employeurs et les diverses institutions ont le droit d’établir leur propre «norme vestimentaire» sous le couvert de la disposition de la Loi sur les droits de l’Homme qui impose de respecter «la protection et la liberté des autres». Downing Street a fait savoir que Cameron soutiendrait les écoles qui voudraient imposer des normes vestimentaires interdisant le voile, en réaction à l’abandon, suite à des protestations, par le Birmingham Metropolitan College de sa propre interdiction du voile couvrant le visage, décidée il y a huit ans.

Un certain nombre de musulmans en vue, et opposés au voile, ont été cités par les politiciens et les médias. L’imam T. Harguey, directeur du Centre d’éducation musulmane d’Oxford, a qualifié le voile couvrant le visage de «pratique préislamique [qui] est non-coranique et non-musulmane», il a dit que sa diffusion était liée à «des musulmans mal informés […] conditionnés à assimiler la culture à la religion et à faire croire à la Grande-Bretagne libérale que c’est là un principe de liberté religieuse et de droits de l’Homme quand ce n’est ni l’un ni l’autre».

Dans l’Independent, Yasmin Alibhai Brown a insisté sur l’idée que les femmes complètement voilées «bloquent l’Islam progressiste» et que ce voile est porté par «des femmes, les mères en particulier, [qui] ont subi un lavage de cerveau par des prosélytes qui veulent diffuser un culte islamique conservateur en Europe et en Amérique. Ils sont bien financés par des sources basées en Arabie saoudite et dans les États du Golfe.»

De tels arguments, qu’ils soient malintentionnés ou pas, passent à côté de l’essentiel. La question en jeu ne porte pas sur la doctrine religieuse, mais sur les libertés démocratiques. Que le Coran exige ou pas de porter le voile, une partie des musulmans croient qu’ils y sont tenus.

De plus, même s’il y avait un véritable problème d’imposition forcée du port du voile, par un conjoint ou un autre membre de la famille, les interdictions de port en public ne seraient pas un moyen de libération. Cela ne ferait que confiner ces femmes encore plus dans la sphère privée.

Et le plus fondamental, le port du voile n’est pas qu’un phénomène culturel, mais politique. Comme pour toutes les manifestations de la montée du fondamentalisme islamiste, c’est en partie une réaction hostile d’une petite partie des musulmans aux crimes commis partout dans le monde par la Grande-Bretagne et les autres puissances impérialistes – en Afghanistan, en Irak et partout dans le monde.

De tels sentiments sont alimentés par les mesures qui sont imposées ici au nom de la «guerre contre le terrorisme». Et, quelle que soit l’intention affichée de ceux qui veulent une interdiction du voile, son usage est encouragé par l’islamophobie ouverte ou à peine dissimulée qui a encore une fois accompagné les dernières «discussions» sur la question déclenchées par des médias vénaux et l’élite politique.

La France a imposé son interdiction du port d’un voile couvrant le visage dans les lieux publics en avril 2011 et la Belgique en juillet de la même année. L’Allemagne a découvert sa propre horreur du voile en 2003, l’année de la guerre d’Irak, en permettant aux gouvernements des landers d’imposer une interdiction pour les enseignants et les autres fonctionnaires. Une dizaine de villes espagnoles ont imposé des interdictions depuis 2010. Parmi ceux qui affirment que le juge n’est pas allé assez loin dans cette affaire, on compte Jack Straw, le ministre des affaires étrangères sous Tony Blair en 2003, un homme directement impliqué dans cette invasion et dans tous les autres actes criminels associés à la «guerre contre le terrorisme».

Personne en dehors des charlatans intellectuels ou politiques n’attribuerait à cette volée de mesures un rôle progressiste de défense des droits des femmes et des valeurs laïques ou d’intégration progressive des minorités. De telles affirmations sont tout aussi clairement fausses que la rhétorique «humanitaire» utilisée pour justifier une intervention militaire aux Balkans, en Afghanistan, en Irak, en Libye, et en Syrie pour mettre la main sur les richesses pétrolières et d’autres objectifs géostratégiques. La campagne contre le voile est une chasse-aux-sorcières à laquelle il faut s’opposer.

Chris Marsden

Article original, WSWS, paru le 20 septembre 2013

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Les armes chimiques : Pédagogie de l’horreur et humanisme tardif

septembre 22nd, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Je ne comprends pas ces réticences à l’emploi du gaz. Je suis fortement en faveur de l’utilisation du gaz toxique contre les tribus barbares… L’effet moral sera bon. On diffusera une terreur vivace»…

Sir Winston Churchill à propos des rebelles kurdes



Le mérite de Winston Churchill c’est d’avoir été franc. Il n’a aucun état d’âme à gazer des populations, et il s’insurge contre ceux qui sont contre. Il leur explique qu’il n’y a pas de quoi puisque ce sont des tribus barbares que l’on doit démoraliser par la terreur. Au passage Winston Churchill sans état d’âme sait de qu’il parle la terreur mais malgré cela il persiste et il signe Dans cette contribution pour décrire les faits, nous allons parler des justiciers actuels imposant une doxa occidentale qui repose comme au bon vieux temps sur le fait du prince –des princes pourrait on dire- et la lettre de cachet pour les manants version actuelle de l’expédition punitive qu’affectionne particulièrement les socialistes au point d’en user et d’en abuser. Ceci , depuis une certaine France de Guy Mollet partie guerroyer avec son complice de toujours, la perfide Albion et avec l’incontournable Israël, quand il s’agit de mettre au pas les Arabes, jusqu’à la « punition » promise à la Syrie par Hollande le chevalier sans peur et sans reproche, frustré de ne pas en découdre sans la protection du parapluie américain.

L’histoire de l’utilisation des armes chimiques

Nous avons dans une contribution précédente décrit l’histoire de l’utilisation des armes chimiques en consommant par les feux grégeois qu’un certain Calllinicus avait mis au point Le feu grégeois était sur l’association d’un comburant, le salpêtre, avec les substances combustibles, comme le goudron. Bien plus tard, c’est l’Allemagne qui utilisa la première les armes chimiques en 1915-17 : chlore liquide et phosgène, puis gaz vésicatoire et asphyxiant moutarde (ou ypérite). En riposte, la Grande-Bretagne et la France produisirent elles aussi ce gaz létal. Le gaz nervin Tabun, qui provoque la mort par asphyxie, fut découvert en 1936 par des chercheurs de la société allemande I.G. Farben En 1930, l’Italie utilisa des armes chimiques en Libye et en Éthiopie en 1936

Les pays occidentaux qui poussent des cris d’orfraie, doivent se souvenir que ce sont eux les inventeurs et les vendeurs de ces armes de la mort tragique. Camus écrit à ce propos dans Agoravox :

« (…) Pour ce qui est de la tragédie du gazage du village Kurdes d’Halabja en 1988 sans doute conviendrait-il de faire remonter à la surface de l’oubli ce qu’écrivait Barry Lando, ancien de la chaine américaine CBS, dans Le Monde du 17 octobre 2005 à savoir qu’il eut fallu se souvenir « que les armes chimiques irakiennes étaient fournies principalement par des sociétés françaises, belges et allemandes, dont les ingénieurs et chimistes savaient exactement ce que Saddam préparait. Ni que les États-Unis avaient précédemment fourni à Saddam des images satellite lui permettant d’attaquer les troupes iraniennes avec des armes chimiques » (1) 

Quand Winston Churchill approuvait les gaz de combat

Avant de devenir l’icône de la résistance au nazisme, lit on sur une contribution parue dans le Guardian, Winston Churchill a d’abord été un fervent défenseur de l’Empire britannique et un antibolchevique convaincu. Au point de préconiser le recours aux gaz qui avaient été la terreur des tranchées.(…) Winston Churchill, alors secrétaire d’Etat à la Guerre, balaie leurs scrupules d’un revers de main. Depuis longtemps partisan de la guerre chimique, il est décidé à s’en servir contre les bolcheviques en Russie. Durant l’été 1919, quatre-vingt-quatorze ans avant l’attaque dévastatrice en Syrie, Churchill prépare et fait lancer une attaque chimique d’envergure. Ce n’est pas la première fois que les Britanniques ont recours aux gaz de combat. Au cours de la troisième bataille de Gaza [contre les Ottomans] en 1917, le général Edmund Allenby a fait tirer 10 000 obus à gaz asphyxiants sur les positions ennemies. Cependant la mise au point de l’”engin M”, un gaz extrêmement toxique, le diphénylaminechloroarsine décrit comme “l’arme chimique la plus efficace jamais conçue.(2)

En 1919 Winston Churchill alors Secrétaire d’État à la Guerre décide d’utiliser les grands moyens Nous lisons sous la plume de Camus :

« Un programme exécuté à la lettre par le lieutenant-colonel Arthur Harris qui lui s’en vantait en ces termes : « Les Arabes et les Kurdes savent maintenant ce que signifie un véritable bombardement… En 45 minutes nous sommes capables de raser un village et de tuer ou blesser un tiers de sa population ». Vingt-cinq ans plus tard Winston Churchill, fidèle à lui-même, professait des idées à peu près identiques à propos du Reich national-socialiste (…) Ajoutons par honnêteté que l’usage britannique des attaques aériennes au gaz moutarde – Ypérite – notamment au Kurdistan à Souleimaniyé sur la frontière irano-irakienne en 1925 – un an après la signature du Protocole de Genève prohibant “l’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques” – n’a pas été une pratique totalement isolée, les Espagnols dans le Rif marocain [1921-1927], les Japonais en Chine ne s’étant pas privés d’y recourir ». (1)

La France et « son savoir faire » dans les armes chimiques

La France comme toutes les nations occidentales a développé d’une façon intensive les gaz de combat notamment dès la première guerre mondiale. Son savoir faire a été exporté dans plusieurs pays. Malgré toutes les conventions signées, elle a gardé en Algérie une base d’expérimentation. Fabrice Nicolino écrit à ce sujet :

« La France gaulliste a oublié les armes chimiques de B2 Namous. La France socialo a oublié les 5 000 morts d’Halabja. Le 16 mars 1988, des Mirage made in France larguent sur la ville kurde – irakienne – d’Halabja des roquettes pleines d’un cocktail de gaz sarin tabun et moutarde. 5 000 morts. (…) L’urgence est de soutenir Saddam Hussein, raïs d’Irak, contre les mollahs de Téhéran. Et que l’on sache, pas un mot de Hollande, en ce temps l’un des experts du Parti Socialiste. Il est vrai que ce n’est pas demain la veille qu’ils devront s’expliquer sur la base secrète B2 Namous. ancienne base d’expérimentation d’armes chimiques & bactériologiques (…) De Gaulle a l’obsession qu’on sait : la grandeur, par la puissance. La première bombe atomique de chez nous explose le 13 février 1960 dans la région de Reggane, au cœur d’un Sahara alors français. Ce qu’on sait moins, c’est que le pouvoir gaulliste deale ensuite avec l’Algérie d’Ahmed Ben Bella pour conserver au Sahara des bases militaires secrètes. Les essais nucléaires français, devenus souterrains, continuèrent dans le Hoggar, près d’In Ecker, jusqu’en 1966. La France a signé en 1925 une convention internationale interdisant l’utilisation d’armes chimiques, mais que valent les chiffons de papier ? Entre 1921 et 1927, l’armée espagnole mène une guerre d’épouvante chimique contre les insurgés marocains du Rif. Et l’on sait maintenant que la France vertueuse avait formé les « techniciens » et vendu phosgène et ypérite à Madrid ».(3)

Fabrice Nicolino nous parle ensuite des accords d’Evian qui permettent à la France de garder des bases militaires qu’ils ont restitués dans leur état naturel :

« Outre Reggane et In Ecker, B2 Namous, un polygone de 60 kilomètres par 10 au sud de Béni Ounif, non loin de la frontière marocaine. Dans une note de l’état-major français, on peut lire : « Les installations de B2-Namous ont été réalisées dans le but d’effectuer des tirs réels d’obus d’artillerie ou d’armes de saturation avec toxiques chimiques persistants ; des essais de bombes d’aviation et d’épandages d’agressifs chimiques et des essais biologiques ». En 1997, le ministre de la Défense Alain Richard déclare : « L’installation de B2 Namous a été détruite en 1978 et rendue à l’état naturel ». En février 2013, le journaliste de Marianne Jean-Dominique Merchet révèle qu’un accord secret a été conclu entre la France et l’Algérie Il porte sur la dépollution de B2 Namous, « rendue à l’état naturel » trente ans plus tôt ».(3)

L’utilisation des armes chimiques par les Etats Unis 

Il est impossible dé décrire les nombreuses circonstances dans lesquelles les armes chimiques ont été utilisées. Qu’il nous suffise de rapporter la philosophie du plus grand chantre de l’utilisation de ces armes de l’horreur :

« Décidément lit-on sur Agoravox sous la plume de Camus, comme s’il fallait établir des distinguos abscons entre morts déchiquetés sous des bombes conventionnelles ou asphyxiés au gaz innervant. Et puis les Anglo-américains devraient commencer par balayer devant leurs malpropres portes au lieu de jouer aux offusqués et aux saints innocents. (…) N’est-ce pas en effet Washington qui a livré une impitoyable guerre chimique au Vietnam entre 1961 et 971 avec des épandages massifs – 80 millions de litres – d’Agent Orange, un défoliant comportant de la dioxine ? Ce sont de 2,1 à 4,8 millions de Vietnamiens qui ont été touchés par ce composé hautement mutagène dont les effets se font sentir encore aujourd’hui » (1)

Massimo Fini s’interroge à son tour ,sur l’autorité morale des Etats Unis :

« (…) Mais ce que j’aimerais comprendre, c’est d’où vient exactement cette autorité morale des États-Unis qui se permettent de tracer des « lignes rouges » sur l’utilisation d’armes chimiques. Ce sont pourtant eux qui, en 1985, en fournirent à Saddam alors au pouvoir dans sa lutte contre les Iraniens, et par la suite contre les Kurdes. (…) Lors de la guerre contre la Serbie, les USA utilisèrent des bombes à l’uranium appauvri. (…) On imagine facilement l’effet de cet « uranium appauvri » sur les civils serbes et surtout sur les enfants qui évoluent à 1 m du sol et sont habitués à toucher à tout En 2001, pour capturer Ben Laden, les Américains noyèrent les montagnes d’Afghanistan sous les bombes à l’uranium et le ministre de la Défense Donald Rumsfeld avait déclaré que « pour chasser les terroristes, nous utiliserons aussi des gaz toxiques et des armes chimiques. » On en voit les résultats aujourd’hui. Un paysan afghan, dénommé Sadizay, raconte : « Un raid de l’OTAN a détruit ma maison, tué ma femme et trois de mes fils. Mais quand j’ai vu naitre mon neveu sans bras et sans jambes, alors j’ai compris que les Américains nous avaient volé jusqu’à notre futur. » (4)

Le secret entourant les gaz chimiques israéliens

« Ce sont écrit Thierry Meyssan, les recherches israéliennes sur les armes chimiques et biologiques qui ont poussé historiquement la Syrie à rejeter la Convention interdisant les armes chimiques. C’est pourquoi la signature par Damas de ce document risque de mettre en lumière l’existence, et éventuellement la poursuite, de recherches sur des armes sélectives destinées à tuer les seules populations arabes. (…) Un document de la CIA récemment découvert révèle qu’Israël a mis aussi en place son propre arsenal d’armes chimiques. Des responsables du renseignement à Washington estiment que l’Etat hébreu a secrètement fabriqué et stocké des armes chimiques et biologiques depuis des décennies pour compléter son arsenal nucléaire présumé. dans un rapport secret de la CIA en 1983. Des satellites espions américains ont repéré en 1982 «une usine de production de gaz chimique et une unité de stockage dans le désert du Néguev». (5)

Pour Jean Shaoul , La condamnation par les États-Unis de l’usage des armes chimiques ne s’applique pas à Israël . Il écrit : « (…) Aucune obligation morale de cette sorte n’est cependant invoquée à l’égard d’Israël, pays qui détient le plus important stock d’armes chimiques biologiques et nucléaires au Moyen-Orient, et qui est le seul Etat à ne pas avoir signé le traité de non-prolifération nucléaire. Comme l’a relevé le site Web Foreign Policy le lundi 9 septembre, non seulement les États-Unis connaissent depuis des dizaines d’années l’existence des armes chimiques israéliennes, mais ils ont maintenu le silence à leur propos. Ce n’est pas simplement qu’Israël possède un important arsenal d’armes chimiques. Il s’en est servi contre les Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, contre le Liban et Gaza durant les assauts militaires de 2006, et durant l’opération Plomb durci à Gaza en 2008-2009.(…) Un protocole de la convention de 1980 sur les armes conventionnelles interdit l’usage du phosphore blanc en tant qu’arme incendiaire (…) Le rapport d’enquête de l’ONU, le rapport Goldstone, a réaffirmé les conclusions de nombreuses enquêtes internationales respectées, confirmant l’usage disproportionné par Israël de la force contre les Palestiniens, et les accusations de crime de guerre contre Israël et le Hamas ainsi que de « probables crimes contre l’humanité, » comprenant l’usage du phosphore blanc par Israël. Il y est dit que les forces israéliennes se sont comportées de façon « systématiquement irresponsable » dans leur usage de phosphore blanc dans les zones construites, citant l’attaque israélienne contre le bâtiment de l’Agence de soins et de travaux de l’ONU dans la ville de Gaza, l’attaque de l’hôpital Al Quds et celle de l’hôpital Al Wafa. (6)

On parle souvent de la « Pax Americana » pour dénommer l’ordre résultant de l’hégémonie des Etats-Unis. Cette position de force n’est pas un gage d’équilibre et de paix à l’échelle mondiale. C’est ainsi que les États-Unis interviennent de façon chronique pour leurs intérêts stratégiques Pour l’histoire cela a commencé en 1846 : Guerre américano-mexicaine, les États-Unis d’Amérique annexent La Californie. Ce fut aussi, sans être exhaustif, la Guerre de Corée (1950-1953), du Viêt Nam (1968-1975). Cela a continué pour la période récente avec la guerre du Vietnam ou des centaines de tonnes d’agents chimiques orange ont été déversées créant la mort et la désolation pour des dizaines d’années, ce sera ensuite le ou la Guerre en Irak (2003) , le feuilleton irakien de la démocratie aéroportées à raison de dizaines de morts tous les jours ne s’est pas clôturé avec la pendaison inhumaine de Saddam Hussein En 2011 ce fut la mise à sac de la Libye et le lynchage abjecte de Kadhafi. au total soixante six interventions extérieures pour la plupart sanglante. »

Que sont devenus les révélations de Carla del Ponte ?

Faut il rappeler qu’en mars 2013 les Syriens avaient appelé l’ONU à venir enquêter sur l’utilisation par les terroristes d’armes chimiques « J’ai décidé que l’ONU mènerait une enquête sur l’utilisation possible d’armes chimiques en Syrie », a déclaré le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon à la presse. Il a précisé que cette enquête, répondant à une demande officielle de Damas, sera lancée « dès que possible en pratique » et portera sur « l’incident spécifique que m’a signalé le gouvernement syrien » Celui-ci accuse l’opposition d’avoir eu recours aux armes chimiques mardi à Khan al-Assal, près d’Alep (nord)(7).

Selon la magistrate suisse Carla del Ponte, membre de la commission d’enquête de l’ONU, les rebelles syriens auraient utilisé du gaz sarin, fortement toxique et interdit par le droit international. « Selon les témoignages que nous avons recueillis, les rebelles ont utilisé des armes chimiques, faisant usage de gaz sarin », Cette déclaration de Carla del Ponte, s’est faite dans une interview à la radio suisse italienne dans la nuit de dimanche à lundi.« (extrait du site ZINFO 974) Ces »gentils” rebelles, ces braves révolutionnaires, ne parviennent plus à masquer leur vrai visage, celui de mercenaires criminels . (8)

Les va –t-en guerre invétérés 

Dans cette atmosphère de bruits de bottes et de menace en tout genre, avec une accusation d’utilisation de gaz sarin par l’armée syrienne, les boute feux toujours les mêmes, ne veulent pas être frustrées il leur faut leur guerre pour qu’Israël soit en paix Ahmed Bensaada écrit à ce sujet :

« Bernard-Henri Lévy (BHL), le dandy guerrier, est de retour. Le cercle des danseurs autour du feu est bien achalandé et on y trouve de tout : d’illustres néoconservateurs (néocons), des défenseurs d’Israël farouchement pro-sionistes, d’anciens membres de l’administration Bush, des islamophobes notoires, des américains possédant la double nationalité étasunienne/israélienne, des va-t-en-guerre responsables de l’invasion de l’Irak, de féroces détracteurs de l’Iran et, pour parfaire le décorum, quelques opposants syriens pro-américains. C’est cet aréopage constitué de 74 personnes pompeusement qualifiées d’« experts en politique étrangère » qui vient de signer une lettre adressée à Obama, en l’exhortant de « répondre de manière décisive en imposant des mesures ayant des conséquences significatives sur le régime d’Assad ». Au minimum, disent-ils « les États-Unis, avec leurs alliés et partenaires qui le souhaitent, devraient utiliser des armes à longue distance et la puissance aérienne pour frapper les unités militaires de la dictature syrienne qui ont été impliquées dans la récente utilisation à grande échelle d’armes chimiques. » (9)

Charles de Gaulle écrivait en son temps, que « les armes ont torturé mais aussi façonné le monde. Elles ont accompli le meilleur et le pire, enfanté l’infâme aussi bien que le plus grand, tour à tour rampé dans l’horreur ou rayonné dans la gloire. Honteuse et magnifique, leur histoire est celle des hommes ». La guerre de tous conte tous n’est jamais propre , c’est de fait l’échec de la parole désarmée est l’empathie envers la détresse des faibles. Assurément l’humanité court à sa perte.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Notes

1.Camus mardi 17 septembre 2013 http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/guerres-chimiques-pages-d-histoire-140994

2. Quand Winston Churchill approuvait les gaz de combat, Courrier International, 13 septembre 2013

3. Fabrice Nicolino http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article2399019  septembre 2013

4.Massimo Fini, http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/veto-sur-les-armes-chimiques-sauf-135436  4 mai 2013

5. Thierry Meyssan http://www.voltairenet.org/article180223.html  15 09 2013

6. Jean Shaoul http://www.mondialisation.ca/la-condamnation-par-les-etats-unis-de-lusage-des-armes-chimiques-ne-sapplique-pas-a-israel/5350557

7. http://www.lexpress.fr/actualites/1

8b.http://fr.rian.ru/world/20130427/19…armes chimiques : l’opposition hostile à l’enquête russe

9. http://www.mondialisation.ca/syrie-le-dandy-et-les-faucons/5349958

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La Bolivie va poursuivre Obama pour crimes contre l’humanité

septembre 22nd, 2013 by Mondialisation.ca à la Une

En 2002, MacDonald était contraint de fermer tous ses restaurants en Bolivie.  En avril 2013, le président bolivien Evo Morales annonçait l’expulsion de Bolivie de l’USAID, l’agence américaine pour le développement international, en l’accusant de conspiration et d’ingérence dans la politique intérieure bolivienne.

Plus jamais l’USAID, qui manipule, qui utilise nos frères dirigeants, qui utilise des camarades de la base en leur donnant des aumônes !

Sûrement, (les Etats-Unis) croiront toujours qu’ici on peut manipuler politiquement, économiquement“, a dit le président bolivien. “Mais cela, c’était dans les temps anciens.

Evo Morales dans un discours à la foule pendant un rassemblement pour la Fête du Travail sur la place d’Armes de La Paz, le 1er mai 2013.

Désormais le président Morales s’apprête à poursuive les États-Unis pour crime contre l’humanité.


Le président bolivien Evo Morales va déposer une plainte contre le gouvernement américain pour crimes contre l’humanité. Il a dénoncé les Etats-Unis pour ses tactiques d’intimidation et d’alarmistes après que le jet présidentiel vénézuélien fût interdit de pénétrer dans l’espace aérien américain.

Je tiens à annoncer que nous préparons un procès contre Barack Obama afin de le condamner pour crimes contre l’humanité”, a déclaré le président Morales lors d’une conférence de presse dans la ville bolivienne de Santa Cruz. Il a stigmatisé le président américain comme un «criminel» qui viole le droit international.

En solidarité avec le Venezuela, la Bolivie va commencer la préparation d’un procès contre le chef d’Etat américain qui se tiendra au tribunal international. En outre, Morales a convoqué une réunion d’urgence de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) pour discuter de ce qui a été condamné par le Venezuela comme étant “un acte d’intimidation par l’impérialisme nord-américain.”

Le président bolivien a suggéré que les membres de la CELAC retirent leurs ambassadeurs des États-Unis afin d’envoyer un message clair à l’administration Obama. Comme mesure supplémentaire, il fera appel aux pays membres de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques à boycotter la prochaine réunion de l’ONU. Les membres de l’Alliance comprennent Antigua-et-Barbuda, Cuba, la Dominique, l’Équateur, le Nicaragua, le Venezuela et Sainte-Lucie.

Les États-Unis ne peuvent plus être autorisé à poursuivre leur politique d’intimidation et de bloquer les vols présidentiels “, a souligné Morales.

Le gouvernement vénézuélien a annoncé jeudi que l’avion du Président Nicolas Maduro avait été refusée d’entrée dans l’espace (US) aérien portoricain.

«Nous avons reçu l’information de responsables américains de notre interdiction de voyager dans l’espace aérien”, a déclaré le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Elias Jaua, parlant aux journalistes lors d’une rencontre officielle avec son homologue sud-africain.

Jaua a dénoncé le mouvement comme étant “encore un autre acte d’agression de la part de l’impérialisme nord-américain contre le gouvernement de la République bolivarienne».

Le président Maduro devait arriver à Pékin ce week-end pour des entretiens bilatéraux avec le gouvernement chinois. Jaua a insisté pour que le leader vénézuélien se rendre à destination, indépendamment de toute interférence perçue.

Le gouvernement américain n’a pas encore fait de déclaration concernant la fermeture de son espace aérien à l’avion présidentiel vénézuélien. Puerto Rico étant un territoire non incorporé des États-Unis.

Détérioration des relations entre les États-Unis et la Bolivie

Les relations de Washington avec l’Amérique latine se sont détériorées depuis le début de l’année suite au blocus aérien qui a forcé l’avion du président bolivien Evo Morales à atterrir en Autriche en juillet dernier.

Plusieurs pays de l’UE avaient fermés leur espace aérien à l’avion présidentiel en raison de soupçons que l’ancien employé de la CIA Edward Snowden – voulu aux États-Unis sur des accusations d’espionnage – était à bord. La Bolivie a allégué que les États-Unis était derrière le blocus aérien.

En réponse à l’incident, les dirigeants latino-américains réunis dans la condamnation de ce qu’ils ont décrit comme étant «l’intimidation néocoloniale».

Plus tard dans l’année, les révélations sur le réseau d’espionnage mondial des États-Unis publié par Edward Snowden n’ont pas aidé à améliorer les relations. Les fuites ont révélé que la National Security Agency (NSA) a surveillé les communications privées des deux présidents du Brésil et du Mexique.

Le gouvernement brésilien a dénoncé la surveillance de la NSA comme étant “inadmissible et inacceptable”, et constituait une violation de la souveraineté brésilienne. À la suite de l’espionnage US, le président brésilien Dilma Rousseff a reporté une visite d’Etat à Washington en Octobre.

 

Article original en anglais :

http://rt.com/news/morales-obama-humanity-crimes-109/

 

Note du traducteur

À la lumière de ces faits et gestes, notre devoir de citoyens nord américain est d’appuyer la poursuite en justice de la Bolivie contre la Corporatocratie impérialiste américaine. Nous devons mettre une terme au crime organisé de l’administration Obama. Il est grand temps que ce gouvernement « voyou et criminel » soit poursuivi en justice pour crimes contre l’humanité.

Armand Pouliot

 

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Tambour de guerre en Syrie

septembre 21st, 2013 by Chérif Abdedaïm

Pendant qu’Obama «tente» (j’ai le sourire) de convaincre le «Congrès» (américain ou sioniste ?) d’une frappe militaire contre la Syrie, son nouveau guignol nommé au secrétariat d’Etat, poursuit sa tournée mobilisatrice des forces occultes (bien sûr, il faut être à plusieurs pour mordre, c’est la devise de la horde).

Récemment, à Paris (capitale du pays des «droits de l’homme»), John Kerry a déclaré que les Etats-Unis se réservent le droit de frapper la Syrie sans attendre le rapport des inspecteurs de l’Onu chargés d’enquêter sur le cas d’utilisation présumée d’armes chimiques le 21 août dernier près de Damas. Et voilà, l’éternelle rhétorique des «options» sur la table (alors que les desseins sournoisement ourdis ont bel et bien été cuisinés à Tel Aviv). Bref, faisons semblant de le «croire». Donc, selon le secrétaire d’Etat américain, «Le président Obama n’a pas pris de décision et garde toutes les options sur la table ». Cela étant, aux frontières, on s’affaire déjà à la préparation de la morsure du serpent. Les Turcs, plus royalistes que le roi, ont déjà dépêché leurs F-16 dimanche vers la frontière syrienne en mission de «reconnaissance », rapporte le journal turc Sabah. Selon le quotidien, les pilotes des avions sont autorisés à ouvrir le feu en cas de nécessité.

Dans l’attente d’une éventuelle intervention militaire en Syrie voisine, Ankara renforce les mesures de sécurité à la frontière turco-syrienne. A l’heure actuelle, 15.000 soldats de l’armée de terre turque, environ 450 chars et véhicules blindés, ainsi que plus de 150 mitrailleuses lourdes ont été transférés vers la région. Et pourtant, si Erdogan louchait un peu vers l’intérieur de sa maison, il s’occuperait mieux de son ménage au lieu de jouer au chien de chasse. Par la «Voix de la Russie», on apprend que des étudiants de l’une des universités d’Ankara se sont opposés à l’abattage d’arbres sur leur campus, où les autorités veulent construire un boulevard. Vendredi dernier, la police les a violemment réprimés à coups de bâton, de gaz lacrymogène et de canons à eau. Comme elle avait réprimé au printemps dernier, à Istanbul, les manifestations pour empêcher la destruction du parc Gezi, faisant 5 morts et 8 000 blessés. Mais la jeunesse ne se laisse pas arrêter par les méthodes brutales du Premier ministre Erdogan, surnommé «le Sultan».Une contestation qui vise plus généralement le manque de libertés et l’injustice sociale. Dans la même perspective, les médias israéliens annoncent que le régime sioniste a déployé dimanche son système Dôme de fer près de Jérusalem. Auparavant, des batteries du bouclier antimissile ont été déployées près de Tel-Aviv. Des observateurs estiment qu’elles sont destinées à faire face à une frappe éventuelle syrienne qui n’est pas exclue si les Etats-Unis attaquent la Syrie. Le Premier sinistre sioniste, Benjamin Netanyahu, avait déclaré précédemment qu’Israël ne participerait pas à la guerre contre la Syrie, mais répondrait avec force s’il est attaqué. Quelle blague ! Cela nous rappelle «l’arroseur arrosé ».

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Le 19 Septembre 2013, le Président Bachar al-Assad a accordé un entretien à deux journalistes de Fox News [USA] rendus à Damas. Voici la traduction de la deuxième partie.

Fox News : Monsieur le Président, permettez-moi de vous poser des questions d’ordre diplomatique. Quelles sont les initiatives que vous seriez prêt à mener pour rétablir la confiance et avancer vers la paix dans votre pays ?

Président Al-Assad : Toute initiative diplomatique menée sans avoir ramené la stabilité et débarrassé le pays des terroristes ne sera qu’illusion ! C’est pourquoi, toute initiative diplomatique doit commencer par stopper l’afflux des terroristes, leur soutien logistique ainsi que leur soutien en armes et en argent. Pour la suite, nous disposons d’un plan global qui permettra aux Syriens de s’asseoir autour d’une même table pour discuter ensemble de l’avenir de la Syrie, de son régime politique, de sa constitution, et de tout le reste.

Fox News: Est-ce que cet avenir inclut des négociations avec l’opposition syrienne ?

Président Al-Assad : Parfaitement… mais ceci ne signifie pas négocier avec les terroristes.

Fox News: Je comprends. Mais est-ce que cela signifie que vous êtes prêt pour, disons, un programme de réconciliation avec vos opposants ? Êtes-vous prêt à cela ?

Président Al-Assad : Certainement. Nous l’avons même annoncé tout au début de cette année. Nous avons dit que nous étions prêts à discuter avec n’importe quel parti politique en Syrie ou à l’extérieur de la Syrie.

Fox News : Parlons de l’avenir et de l’année qui vient… Seriez-vous prêt à offrir l’amnistie à tous les Syriens qui se sont opposés à votre gouvernement ?

Président Al-Assad : Ils n’ont pas enfreint la loi. Par conséquent, si ce sont des opposants au gouvernement, ils n’ont pas besoin d’amnistie pour venir en Syrie. L’amnistie n’est envisageable que pour des personnes qui ont violé ou enfreint la loi syrienne. S’opposer au gouvernement n’est pas un crime.

Fox News : Considérez-vous l’amnistie comme une voie pouvant mener vers la paix ?

Président Al-Assad : Cela dépend… S’il s’agit de personnes qui ont fait couler le sang syrien, il est possible de l’envisager dans le cadre d’une réconciliation nationale.

Fox News: Y compris des réparations aux familles de ceux qui ont été tués ?

Président Al-Assad : Ce n’est pas au président de définir tous ces détails. Je pense que c’est l’ensemble de toutes les factions ou parties qui le feront.

Fox News : Puisque vous allez vers un processus de paix, que diriez-vous, Monsieur le Président, à ces millions de Syriens devenus des réfugiés ? Que pourriez-vous faire pour les inviter à revenir chez eux ?

Président Al-Assad : Bien sûr que nous voulons qu’ils reviennent dans leurs villages, leurs villes et leurs foyers. Nous le voulons. Mais nous devons les aider à se débarrasser des terroristes, parce que la majorité de ces réfugiés ont quitté à cause d’eux et non à cause du gouvernement. En réalité, nous avons des réfugiés à l’intérieur même de la Syrie et ils sont aidés par le gouvernement.

Fox News : Permettez-moi de vous demander si vous avez parlé avec le président Obama?

Président Al-Assad : Jamais.

Fox News : Lui avez-vous parlé à un moment ou à un autre ?

Président Al-Assad : Non… jamais.

Fox News : Cela vous intéressait-il de parler avec notre président?

Président Al-Assad : Cela dépend du contenu… il ne s’agit pas de bavarder !

Fox News : Si, en ce moment précis, vous aviez l’intention de lui adresser un message, que lui diriez-vous ?

Président Al-Assad : Écoutez votre peuple. Suivez le « sens commun » [1] de votre peuple. Ça suffira.

Fox News : Le Pape François a invité la communauté internationale à abandonner la  vaine poursuite d’une solution militaire. Croyez-vous que ses conseils s’appliquent à vous et à votre gouvernement autant qu’à d’autres pays ?

Président Al-Assad : Certainement ! Nous avons invité chaque milicien en Syrie à déposer ses armes, en conséquence de quoi nous lui avons offert l’amnistie et la possibilité de reprendre le cours normal de sa vie de citoyen. Bien sûr que nous le croyons !

Fox News : Je vous remercie. Avant de passer la parole à mon collègue, j’aimerai vous poser une question qui me tracasse autant qu’elle tracasse d’autres Américains. Tous ceux qui, regardent cette interview, à travers le monde, ne savent pas que vous êtes Docteur en Médecine et que vous avez pratiqué ce métier avant de devenir Président. Comme vous le savez, les médecins font le serment d’Hippocrate par lequel il s’engage à ne jamais nuire à personne. Est-ce qu’un médecin abandonne cet engagement à partir du moment où il accède à des fonctions politiques ?

Président Al-Assad : Tout d’abord, Tous les médecins prennent la bonne décision pour protéger la vie du patient mais vous ne pouvez pas dire qu’ils ne font jamais souffrir physiquement, puisqu’il leur faut parfois extirper le membre malade qui risque de le tuer. Il peut devoir extraire un œil… amputer une jambe… vous ne diriez pas que c’est un mauvais médecin et il n’en demeurerait pas moins que, quoi qu’il fasse, cela reste un travail humanitaire. Il en est de même pour les politiciens, mais à plus grande échelle. Un médecin traite un seul patient à la fois, alors que le politicien doit traiter avec le peuple et donc des millions, voire des dizaines de millions de personnes…

Dès lors, la question est de savoir si votre décision devrait, ou non, aider la vie des Syriens dans la situation où ils se trouvent. Personne n’aime la violence. Nous sommes contre la violence. Mais que feriez-vous si les terroristes attaquaient votre pays et tuaient votre peuple ? Diriez-vous que vous êtes contre la violence ou bien vous défendriez-vous ? Vous disposez d’une armée et d’une police qui doivent faire leur travail. C’est la constitution et c’est le rôle de tout gouvernement. Dans les années 90, qu’avez-vous fait à Los Angeles lorsque vous avez été confrontés à des rebelles ? N’avez-vous pas envoyé votre armée ? Vous l’avez fait !  C’est donc la mission du gouvernement.

Le plus important lorsque vous prenez une décision, est qu’elle doit aider la majorité de la population, qu’elle nuise ou pas. Il est préférable que vous preniez la décision qui aiderait toute la population, mais parfois…dans certaines circonstances… des circonstances difficiles… vous ne le pouvez pas. Alors, vous devez prendre la décision la moins nuisible.

Fox News : Merci Monsieur le Président. Greg !

Fox News : Monsieur le Président, notre temps est limité, mais je voudrais brièvement revenir en arrière. J’étais ici en 2000 pour les funérailles de votre père, avant que vous n’accédiez à la présidence. À l’époque, vous aviez suscité un réel espoir chez certains, qui voyaient en vous un « réformateur » capable de changer les choses et d’apporter plus de démocratie dans ce pays. Mais aujourd’hui, les critiques et les analystes disent que vous avez reculé au point d’être qualifié de « dictateur » et pire encore… Que ressentez-vous quand vous entendez dire que vous avez perdu du terrain, ou perdu la trace que vous auriez dû suivre ; et qui aurait pu vous épargner ce qui est arrivé ?

Président Al-Assad : Tout d’abord, si vous parlez d’espoir, je voudrais dire que je suis l’espoir des Syriens. Peu importe que je sois l’espoir de n’importe quelle personnalité étrangère, officielle ou non. Par conséquent, tous les termes utilisés dans votre question doivent être soumis aux Syriens pour savoir s’ils sont ou non d’accord là-dessus. Au final, ce qui compte c’est le contenu, non les mots. Peu importe qu’ils parlent de dictateur ou de réformateur. Aujourd’hui, vous avez la propagande ! Ont-ils usé de ces mêmes mots envers leurs alliés des pays du Golfe ? Parlent-ils de dictature lorsqu’il s’agit des États du Golfe ?

Fox News : Nous parlons de la Syrie.

Président Al-Assad : Oui, je sais, mais j’ai le droit de parler d’autres États qui sont très loin d’être démocrates par rapport à l’État syrien. Pour en revenir à votre question, la réforme d’un pays ne relève pas de la responsabilité d’une personne en particulier ; qu’il s’agisse du président, du gouvernement, ou du peuple. Le Président et le gouvernement peuvent conduire la réforme, mais la réforme est un processus social influencé par de nombreuses questions de nature différente, dont des facteurs externes. Y’a-t-il guerre ? Y’a-t-il stabilité ? Y’a-t-il de bonnes conditions économiques ? Y’a-t-il de très mauvaises idéologies venues de l’étranger ?

Donc, pour revenir à la réforme que j’ai annoncée à mes tous débuts : je crois toujours au même concept, aux mêmes valeurs et principes. Notre démocratie devrait être le reflet de nos propres traditions. Le but est d’arriver à la prospérité et d’atteindre une démocratie basée sur l’acceptation de l’autre. Quand vous avez une idéologie hermétique et de nombreux tabous qui vous empêchent d’accepter l’autre, vous retournez en arrière. Peu importe ce qu’entreprend le Président contre cela. Ni la constitution, ni la loi, ni aucun autre processus ne peuvent aboutir à une vraie et réelle démocratie dans un tel environnement. Vous pouvez parler de démocratie dans le seul cas où elle est l’œuvre de la société. C’est donc une culture.

Je suis toujours un réformateur. Je crois toujours aux mêmes valeurs. Mais si vous vous remémoriez l’Histoire des dernières décennies, vous constateriez que notre région a vécu les situations les plus complexes… C’est l’une des raisons qui font que partout, sauf en Syrie, la démocratie y est allée à reculons et que nous nous en éloignons plutôt que de nous en rapprocher.

Fox News : Encore une fois, parlons de votre pays, et revenons aux événements récents d’il y a deux ans et demi, date de la première manifestation… Certains ont dit que c’était un signe de mécontentement de la population… Là je parle des Syriens mécontents de votre transition vers la démocratie, et qui disent que c’était la seule chose qu’ils réclamaient. Plus de démocratie et plus de réformes ! À l’époque ils ne vous demandaient pas de quitter le pouvoir. Ceux qui vous critiquent disent que vous avez réagi vite et avec brutalité, avec les chars qui ont ciblé les manifestants, les tortures, etc. Alors, une fois de plus vous avez raté votre chance. Que ressentez-vous deux ans et demi plus tard ?

Président Al-Assad : Posons-nous une simple question. Si nous avions voulu opprimer ces gens, parce que nous refusions d’accéder à leurs demandes, pourquoi aurais-je déclaré lors d’un discours officiel, et donc en tant que Président, qu’ils avaient des revendications légitimes ? Ensuite, si nous voulions procéder par la force, pourquoi avons-nous modifié la Constitution ? Pourquoi avons-nous modifié la loi ? Pourquoi sommes-nous rendus à plus de 15 nouveaux partis politiques en Syrie ? Pourquoi avons-nous changé tant de lois qu’ils n’avaient même pas réclamées ?

Pourquoi ? Parce que la situation n’avait rien à voir avec la démocratie. Si tel était le cas, comment se fait-il qu’ils aient tué des manifestants ? Ici, je ne généralise pas. Certains ont manifesté pour les raisons que vous venez de mentionner, mais d’autres ont assassiné des soldats et des policiers ; ceci dès la première semaine du conflit. Quelle relation y a-t-il entre la demande de démocratie, les meurtres, et les assassinats ? Nous devons donc distinguer entre des demandeurs de démocratie et des terroristes. Une partie de ces demandeurs de démocratie qui, hier, s’opposaient au gouvernement le soutiennent aujourd’hui contre les terroristes ; parce qu’ils ont demandé une réforme, non des terroristes ! Ainsi, vous parlez de deux situations complètement différentes ; celle correspondant au tout début du conflit et celle d’aujourd’hui.

Nous sommes toujours déterminés à suivre la voie de la démocratie. Il y a quelques minutes je vous ai donné une partie de la solution. Lorsque nous nous mettrons autour de la table… le peuple syrien décidera de ce qu’il considérera comme la meilleure constitution et le meilleur régime. Sera t-il parlementaire, présidentiel, ou quasi présidentiel ? Quelles lois veut-il ? Ainsi de suite, pour tout le reste. Ce n’est donc pas le président qui impose son régime politique, et c’est cela la démocratie !

Fox News : Vous m’apportez un élément qui mène à ma prochaine question. Certains diront que vous menez une « guerre d’usure », parce que vous avez attendu et que vous avez commencé par opprimer ceux qui voulaient une transition pacifique vers la démocratie. Au bout de deux ans et demi de combats, ils sont prêts à céder un peu. De plus, vous auriez commencé par parler de terroristes venus de l’étranger. Ainsi en jouant sur le temps et les terroristes, vous auriez créé cette situation sur le terrain, qui a permis l’afflux des terroristes. De ce point de vue, vous n’auriez pas vraiment changé l’esprit des gens, vous les auriez simplement coincés dans un « box ». Après deux ans et demi, 110 000 morts, des villes en ruines… vous espérez encore que ces gens adoptent votre conception. Est-ce vraiment ce que vous en escomptiez ?

Président Al-Assad : Ainsi, le fin fond de votre idée serait que j’ai créé l’ambiance favorable à la venue des terroristes en Syrie ?

Fox News : Vous avez refusé, assez longtemps, les revendications de manifestants pacifiques.

Président Al-Assad : Dès le début, nous avons accepté les revendications.

Fox News : Vous avez accepté les revendications ?

Président Al-Assad : Dès le tout début, avant même que les terroristes n’arrivent de l’étranger. Dès le tout début. Six jours après le début du conflit en 2011, nous avons dit que nous procéderions à des changements, et nous avons démarré le processus de révision de la constitution deux ou trois mois après. Je n’ai pas changé la constitution. Il y a eu référendum, et le peuple a voté pour une nouvelle constitution début 2012, en Février, avant même la fin d’une année du conflit. Donc, ce que vous dites est très loin de la réalité. L’histoire est complètement différente, rien de ce que vous avez évoqué ne s’est passé en Syrie. Il s’agit peut-être d’un autre pays… Ce qui s’est passé est que le tout début des manifestations, nous avons dit que s’il y avait des revendications, nous étions prêts à procéder à des modifications sur n’importe quel sujet. Que ferait un Président, ou comment pourrait-il réussir si le peuple est contre lui ? Comment peut-il réussir ? Vous voulez qu’il soit Président juste pour le plaisir d’être Président ? Ce n’est pas réaliste. C’est impossible !

Fox News : Que diriez-vous de vos tactiques dans cette guerre ? Il ya un an, nous étions à Homs, l’une de vos grandes villes. Nous avons vu votre artillerie, alignée tout autour, bombarder sans relâche le centre ville. Vous dites que vous poursuivez l’ennemi. Vous dites que vous poursuivez des terroristes. Certains diraient qu’il s’agit de bombardements aveugles qui ont causé la mort de beaucoup, beaucoup de civils, et que vous avez laissé cette ville et beaucoup d’autres villes comme Alep, en ruines. Je veux dire, que si vous pensez qu’il y a des terroristes ennemis de votre État [dans ces zones], est-ce une façon de les poursuivre ?

Président Al-Assad : C’est donc comme si vous disiez que les civils restent sur place lorsque les terroristes s’infiltrent ou attaquent certaines zones de n’importe quelle ville ? Ce n’est pas vrai. Chaque fois que les terroristes arrivent quelque part, les civils fuient, sauf s’ils les utilisent comme boucliers humains. C’est ce qui s’est souvent passé, et c’est pourquoi il y a tant de déplacés. Ainsi, dans la plupart des cas, l’armée syrienne a attaqué des zones vidées de leurs habitants, et il est difficile d’en trouver où coexistent des civils et des terroristes.

Fox News : Mais des estimations existent, Monsieur le Président. À ce jour et sur un total de 110 000 morts, 50 000 au moins seraient des civils. Voulez-vous dire qu’il y aurait 50 000 boucliers humains?

Président Al-Assad : Tout d’abord, de quelle source tenez-vous vos informations ?

Fox News : C’est une estimation faite par les analystes qui se penchent sur ces chiffres. Vous pensez qu’ils seraient inférieurs ?

Président Al-Assad : Des Analystes des USA et demeurant aux Etats-Unis ou ailleurs…. Vous pouvez parler des faits. Vous ne pouvez pas parler des estimations et allégations.

Fox News : Tout le monde est d’accord sur ce chiffre de 111 000.

Président Al-Assad : Bien sûr ! J’ai dit il y avait des dizaines de milliers de morts, mais je n’ai pas donné de chiffres précis pour la seule raison qu’il y a des milliers de portés disparus que nous ne pouvons compter parmi les morts avant de savoir qu’ils sont morts. Maintenant, c’est une guerre ! Donc, parler des chiffres vous oblige à être très précis. Vous citez des chiffres comme s’il s’agissait d’une feuille de calcul électronique, sans compter qu’ils ont des familles et que c’est une tragédie. Nous, nous vivons avec ce peuple !

Il s’agit d’une tragédie humaine. Il ne s’agit pas de chiffres. Il s’agit de chaque famille qui a perdu des êtres chers en Syrie, y compris ma famille ! Nous avons perdu des proches. Nous avons perdu des amis. Et c’est pour cela que nous sommes en train de combattre le terrorisme. Si nous les laissions faire sans les combattre, ce chiffre, s’il était proche de la réalité, serait plusieurs fois multiplié et se compterait en millions, non seulement en centaines de milliers.

Fox News : Nous ne voulons pas nous perdre dans les chiffres parce que, comme vous le dites, il s’agit d’un problème humain. Mais encore une fois, vous avez dit que 90% de l’opposition, donc des rebelles, sont d’Al-Qaïda. Vous maintenez ce pourcentage ? 90% ?

Président Al-Assad : 80 à 90%. Personne n’a le nombre exact. Vous n’avez pas le nombre exact, car ils vont et viennent par flots irréguliers.

Fox News : Vous ne pensez pas que c’est là un pourcentage trop élevé ? Je veux dire que certaines personnes l’estiment inférieur, à 50/50. On pourrait dire que c’est au minimum du fifty/fifty ?

Président Al-Assad : Quelles personnes ? Je suis sûr que ce ne sont pas des personnes syriennes. Personne, en Syrie, n’a parlé de 50/50. Ou alors, c’est depuis l’étranger… ils ont leurs propres estimations. Mais en fin de compte, c’est notre conflit. Nous vivons ici, dans notre propre pays, nous pouvons donner des chiffres. Mais fity/fifty… comment les ont-ils comptés ?

Fox News : Alors encore une fois, juste pour résumer ce que vous venez de dire, je rappellerais l’une de vos citations qui est “l’opposition a été fabriquée à partir de l’étranger.” C’est vraiment ce que ressentez ?

Président Al-Assad : Ce n’est pas un sentiment, et il ne s’agit pas de comment je ressens. Il s’agit de comment les faits se présentent à nous. S’ils n’ont pas de base populaire en Syrie -parce que nous avons une opposition [intérieure] en Syrie et qui a une base populaire- pourquoi s’opposent-ils à partir de l’étranger ? Comment vivent-ils? Qui les finance ? Comment sont-ils financés ? Nous savons tous que certains d’entre eux font partie des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, du Qatar, de l’Arabie saoudite… Une véritable opposition n’appartient qu’au peuple syrien. Tant qu’ils n’appartiennent pas à ce peuple, ils sont fabriqués par d’autres pays. C’est l’évidence même.

Fox News : Je voudrais m’assurer d’une seule chose. Êtes-vous entrain de minimiser les décès pour dire qu’ils ne sont pas 50 000, mais plutôt 40 000 ou 30 000 ?

Président Al-Assad : Vous ne pouvez pas minimiser, parce qu’aujourd’hui la douleur est dans chaque maison. La tristesse est dans chaque maison, que ce chiffre soit supérieur ou inférieur. C’est une tragédie. C’est nous qui vivons en Syrie. Mais nous devons parler des causes. Qui a tué ces gens ? Ce n’est pas le gouvernement, mais les terroristes ! Nous défendons notre pays. Si nous ne nous défendions pas, ce chiffre serait plusieurs fois multiplié… c’est ce que je voulais dire.

Fox News : J’ai juste voulu clarifier cela. Maintenant, considérant la situation d’ici d’une manière plus globale -ce qui semble correspondre à un moment critique pour le monde- d’ici même, de cette Syrie déchirée par la guerre, pourrait se développer une nouvelle feuille de route vers la paix mondiale, qui commencerait par l’abandon de vos armes chimiques pour ensuite avancer selon un plan concret menant à la paix en Syrie. Pensez-vous que nous assistons à un tel de moment ?

Président Al-Assad : Parlez-vous de la situation en Syrie ? Il n’y a pas de relation directe entre la question des produits chimiques et la question du conflit à l’intérieur de la Syrie. Elles sont complètement différentes. Donc, si nous voulons avancer vers une solution politique, nous le pouvons, mais ce n’est pas lié à l’accord chimique.

Fox News : Je comprends, mais le fait est que c’est la question des armes chimiques qui a interpellé le monde pour finalement retenir son attention. Est-ce le moment à partir duquel vous pensez pouvoir construire quelque chose ?

Président Al-Assad : Cela dépend en grande partie des pays qui soutiennent les terroristes en Syrie.

Fox News : Avant de revenir à Greg, beaucoup de pays sont désormais impliqués dans ce processus, pas seulement les États-Unis et la Russie, mais aussi l’Iran, Israël, la Turquie et même la Chine. Donc, tout dépend de la coopération de la Syrie avec le processus de Genève. Êtes-vous prêt à faire en sorte que cette opportunité ne se délite ?

Président Al-Assad : Dès le début, nous avons soutenu le processus de Genève. Nous avons coopéré avec les émissaires de l’ONU qui sont venus en Syrie [2]. En fait, celui qui a fait obstacle, ce n’était ni la Syrie, ni la Russie, ni la Chine. Ce sont les États-Unis, et pour de nombreuses raisons. La raison principale est qu’ils n’ont pas une vraie « opposition de l’extérieur ». Ils savent que c’est là l’un de leurs principaux problèmes, parce que la conférence de Genève doit essentiellement se fonder sur la volonté du peuple syrien. Par conséquent, quel que soit l’accord sur lequel nous conviendrons à Genève, il sera soumis au peuple syrien. Si vous ne disposez pas d’une base populaire, vous ne pourrez pas le convaincre d’aller dans votre sens. Pour être très clair et très franc avec vous, c’est le problème des USA avec leurs marionnettes !

Fox News : Merci Monsieur le Président. Greg !

Fox News : Pour rebondir sur ce même sujet, Monsieur le Président, certains pensent qu’il y a en effet une piste à suivre  et que pour la première fois, depuis deux ans et demi, vous vous tournez sérieusement vers la communauté internationale pour parler d’une piste de négociation -une piste étroite, nous sommes d’accord- mais qui porte seulement sur les armes chimiques ; alors qu’il pourrait y avoir une possibilité pour de plus larges négociations. Pourrez-vous être de la partie si vos puissants alliés qui sont en réalité le véritable parrain de cette nouvelle vague de discussions et de négociations, [pourrez-vous être de la partie si] la Russie estime qu’il serait peut-être plus utile que vous ne restiez pas à votre poste ? Quelle serait votre position ? Resterez-vous jusqu’à la fin, ou bien seriez-vous prêt à démissionner si cela pouvait faciliter les choses, pour le bien de votre pays ? Le feriez-vous ?

Président Al-Assad : Rester ou ne pas rester à mon poste, en tant que Président, devrait être défini et décidé par le peuple syrien et par les urnes. Personne d’autre, qu’il soit ami ou ennemi ou autre, ne peut se prononcer sur cette question. Si le peuple syrien veut que vous soyez Président, vous devez rester. S’il ne veut pas de vous, vous devez quitter sur le champ, avec ou sans Conférence. C’est une évidence indiscutable. Comme je l’ai dit maintes fois, personne d’autre ne peut en décider, et la Russie n’a jamais tenté de s’immiscer dans les affaires syriennes. Il y a un « respect mutuel » entre la Syrie et la Russie, qui n’a jamais essayé de se mêler de ces détails syriens. Seuls l’administration américaine, ses alliés en Europe, et certains de leurs marionnettes ne cessent de répéter ces propos… le Président doit quitter… ce que le peuple syrien devrait faire… quel genre de gouvernement… Il n’y a que ce bloc qui interfère dans les affaires d’un pays souverain !

Fox News: Je sais que vous avez déclaré que des élections sont prévues pour 2014, et que vous accepterez le verdict du peuple, pour ou contre vous. Vous mèneriez cela dans le climat actuel ?

Président Al-Assad : Vous devez sonder l’humeur, la volonté et le désir du peuple à ce moment là, pour voir s’il veut que vous soyez candidat ou pas. S’il considère négativement votre candidature, vous ne vous présentez pas. Il est donc encore trop tôt pour en parler, parce que quelque chose de nouveau arrive chaque jour. Je peux prendre ma décision avant les élections.

Fox News : Monsieur le Président, d’après le New York Times, le Président Obama, parlant de la Syrie, a déclaré que le plus important des objectifs est de réduire l’usage et la prolifération des armes chimiques dans le monde. Croyez-vous que cela pourrait être l’occasion de rétablir les relations entre la Syrie et les États-Unis?

Président Al-Assad : Cela dépend de la crédibilité de l’administration, quelle qu’elle soit. Cela dépend de l’administration américaine.

Fox News: Mais vous ne dites pas que notre président manque de crédibilité… Je vous demande si c’est une occasion pour vous de rétablir les relations avec les États-Unis?

Président Al-Assad : Comme je le disais, la relation dépend de la crédibilité de l’administration. Nous n’avons jamais considéré les États-Unis comme un ennemi. Nous n’avons jamais considéré le peuple américain comme un ennemi. Nous préférons toujours avoir de bonnes relations avec tous les pays du monde, à commencer par les États-Unis parce que c’est le plus grand pays du monde. C’est normal et c’est évident. Mais cela ne veut pas dire que nous devons nous diriger là où les États-Unis voudraient nous diriger. Nous avons nos intérêts, nous avons une Civilisation et nous avons notre volonté. Ils doivent les accepter et les respecter. Nous n’avons pas de problème avec le « respect mutuel ». Nous voulons avoir de bonnes relations, bien sûr !

Fox News : Permettez-moi de vous demander quelques précisions sur l’avenir. Allez-vous vers une sorte de Constitution qui garantirait une plus grande liberté au peuple syrien ? Voulez-vous vraiment travailler dans ce sens ?

Président Al-Assad : Notre Constitution actuelle garantit plus de liberté, mais tout dépend du contenu de la liberté. C’est ce dont les parties syriennes pourraient discuter autour de la table. Ce n’est pas la constitution du Président. Ce n’est pas ma vision ou mon propre projet. Le projet devrait être national. Les Syriens devraient définir exactement ce qu’ils veulent et je dois accepter leur volonté.

Fox News : Par exemple, que pensez-vous des élections libres ?

Président Al-Assad : Selon notre constitution actuelle, nous avons déjà des élections libres. Nous aurons des élections libres l’année prochaine, en mai 2014.

Fox News : Un autre que vous pourrait-il être Président de la Syrie ?

Président Al-Assad : Certainement, n’importe qui le voudrait le pourrait.

Fox News : Vous n’êtes donc pas la seule personne qui pourrait l’être ?

Président Al-Assad : Non, je ne serais pas la seule personne.

Fox News : Donc, vous croyez qu’une transition pacifique, sans vous au pouvoir, est possible en Syrie ? Est-ce possible ?

Président Al-Assad : Qu’entendez-vous par transition ? Transition vers quoi ?

Fox News : Une transition vers une résolution du conflit et de la guerre. Est-ce possible sans vous au pouvoir ?

Président Al-Assad : Si le peuple syrien ne veut pas que je sois en situation transitoire, permanente, normale ou naturelle, cela signifie que tout devrait se passer de manière pacifique. Tout ce que le peuple refuse est nécessairement non pacifique.

Fox News : À quoi ressemblera la Syrie dans cinq ans ?

Président Al-Assad : Le jour ou nous en aurons fini avec ce combat, nous devrons faire face à de nombreux défis. Le plus urgent est, bien sûr, que nous nous débarrassions des terroristes comme je l’ai dit. Mais le défi le plus important est leur idéologie. Il est indubitable que la présence de terroristes extrémistes, venus de partout dans le monde, a eu des effets secondaires dans le cœur et l’esprit des plus jeunes en particulier. Que pouvez-vous attendre d’un enfant qui a tenté de décapiter quelqu’un de sa main ? Que devez-vous attendre des enfants qui ont vu à la télévision et sur Internet, les décapitations, les têtes sur barbecue, les cannibales… Je suis persuadé que cela aura laissé des dommages psychologiques et de mauvais effets secondaires sur la société. Nous devrons réhabiliter cette génération et lui ouvrir l’esprit, comme la société syrienne a toujours été. Je parle évidemment de foyers locaux ; lesquels, si nous ne nous en occupions pas, se propageraient comme l’onde d’une eau dans laquelle on aurait balancé un caillou. Nous devrons aussi reconstruire notre infrastructure qui a été détruite, ainsi que notre économie. Et comme je l’ai déjà dit, nous devrons construire un nouveau système politique qui convienne au peuple syrien, un nouveau système économique… et toutes les ramifications issues de ces titres principaux.

Fox News : Monsieur le Président, en tant que journaliste, je veux juste vous dire ce que je vois lorsque je voyage à travers le pays. J’ai vu cette crise évoluer. À l’heure actuelle j’observe, comme vous le faites, votre pays où peut-être 60% à 70% de votre territoire et 40% de votre population sont hors de votre contrôle. Six millions de personnes, presque le tiers de votre population, ont été déplacées par cette guerre. Nous avons parlé du nombre de décès et de blessés. Voyez-vous un quelconque chemin pour revenir en arrière ? Voyez-vous une quelconque manière qui fasse que le peuple, dans sa totalité, soit de nouveau derrière vous ? Voyez-vous n’importe quoi que vous pourriez faire en ce moment pour rattraper ces deux ans et demi d’horreur, de guerre sanglante et écrasante dans laquelle s’est enfoncé ce pays ?

Président Al-Assad : Maintenant que la majorité du peuple a subi, et a compris ce qu’est le terrorisme… je parle d’un pays qui était l’un des plus sûrs au monde et qui était classé au 4ème rang mondial du point de vue de la sécurité intérieure… [maintenant que les gens] ont vécu l’extrémisme et le terrorisme, en direct, ils soutiennent le gouvernement. Ils sont derrière le gouvernement. Peu importe qu’ils soient derrière moi ou pas. Le plus important est que la majorité est derrière les institutions.

Quant à vos pourcentages, ils sont inexacts. Quels qu’ils soient, c’est vrai que l’armée et la police ne sont pas partout présentes sur le territoire syrien. Le problème ne consiste pas en une guerre entre deux pays et deux armées, comme vous semblez le suggérer lorsque vous dites que je contrôle certaines régions ou en libère d’autres… Il s’agit d’une infiltration par des terroristes. Quand nous en débarrassons certaines zones, ils vont vers d’autres, pour détruire, tuer et commettre leurs crimes habituels. Et le problème le plus dangereux auquel nous sommes confrontés est leur idéologie, ce qui est autrement plus important que le pourcentage de régions que nous contrôlons ou qu’ils contrôlent.

Pour finir, un grand nombre d’entre eux sont des étrangers non Syriens. Un jour ils partiront ou mourront ici, en Syrie, mais leur idéologie restera le principal souci de la Syrie et des pays voisins. Et cela devrait être le souci de tous les pays du monde, y compris des États-Unis !

Fox News : Monsieur le Président, merci beaucoup pour cet entretien.

Président Al-Assad : Je vous remercie d’être venus en Syrie.

 

Entrevue intégrale en anglais : (possibilité de mettre les sous-titres en français en cliquant sur sous-titres en anglais automatiques, puis cliquez traduire et choisir comme langue le français)

Docteur Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

19/09/2013

 

Texte transcrit et traduit par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Source : Vidéo, 2ème partie / Site de la Présidence de la République arabe syrienne [sous-titrée en arabe – Sana]

http://www.youtube.com/watch?v=L2J6xHRMFuU

Voir la transcription de l’entrevue en anglais par Sana :

http://sana.sy/eng/21/2013/09/19/503275.htm

Voir également l’article sur l’entrevue de Foxnews par Sana :

http://www.mondialisation.ca/convention-sur-linterdiction-des-armes-chimiques-le-president-syrien-repond-aux-questions-de-fox-news/5350473?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=convention-sur-linterdiction-des-armes-chimiques-le-president-syrien-repond-aux-questions-de-fox-news

 

Notes :

[1] Le concept de « sens commun » :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sens_commun

Dans la philosophie des Lumières il devient une sorte de bon sens, de bonne morale et de logique universelle… « une connaissance minime, inscrite dans les choses mêmes, et que toute société détient de façon quasi génétique ».

La philosophie pragmatique américaine a une appréciation plus positive du sens commun que la philosophie continentale française…

[2] Syrie : L’initiative russe ? Oui… mais pas à sens unique !

http://www.mondialisation.ca/syrie-si-linitiative-netait-venue-de-la-russie-nous-naurions-pas-travaille-en-vue-de-la-signature-de-la-convention-sur-linterdiction-des-armes-chimiques/5349746

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Le dernier sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dirigée par la Russie et la Chine, qui s’est tenue à Bichkek, la capitale du Kirghizstan, le 13 septembre, a été dominée par les tensions mondiales de plus en plus fortes produites par les préparatifs américains pour une guerre contre la Syrie.

Le président russe Vladimir Poutine a insisté sur l’idée que « les interférences militaires depuis l’extérieur du pays sans une sanction du Conseil de sécurité de l’ONU sont inadmissibles. » La déclaration conjointe de ce sommet s’est opposée à « l’intervention occidentale en Syrie, ainsi qu’à l’atteinte portée à la stabilité interne et régionale au Moyen-Orient. » L’OCS a appelé à une conférence internationale de « réconciliation » pour permettre des négociations entre le gouvernement Syrien et les forces de l’opposition.

Comme il l’avait fait au récent sommet du G20 à St-Petersbourg, le président chinois Xi Jinping s’est aligné avec la Russie pour s’opposer à toute attaque militaire contre Damas, craignant que ce puisse être le prélude à une attaque contre l’Iran, l’un des principaux fournisseurs de pétrole de la Chine.

Il est significatif de voir que le nouveau président de l’Iran Hassan Rouhani s’est rendu à la réunion. Certains avaient suggéré que son gouvernement marquerait un changement par rapport au précédent président Mahmoud Ahmadinedjad et sa rhétorique anti-américaine lors des précédents sommets de l’OCS. Rouhani a bien accueilli la proposition russe de mettre les armes chimiques syriennes sous contrôle international, affirmant qu’elle « nous [a] donné l’espoir que nous serons en mesure d’éviter une nouvelle guerre dans la région. »

L’OCS a explicitement soutenu le droit de l’Iran à développer son programme nucléaire. Poutine a insisté dans un discours sur l’idée que « l’Iran, comme n’importe quel autre Etat, a le droit à un usage pacifique de l’énergie atomique, y compris les opérations d’enrichissement [de l'uranium]. » La déclaration de l’OCS a prévenu, sans nommer directement les États-Unis et leurs alliés, que « la menace de la force militaire et de sanctions unilatérales contre l’Etat indépendant d’[Iran] est inacceptable. » Une confrontation avec l’Iran entraînerait des « dégâts incommensurables » dans la région et sur toute la planète.

La déclaration de l’OCS a également critiqué la construction par Washington de systèmes de défense contre les missiles balistiques en Europe de l’Est et en Asie, qui visent à saper la capacité de frappe nucléaire de la Chine et de la Russie. « Vous ne pouvez pas garantir votre propre sécurité au détriment de celle des autres, » affirme la déclaration.

Malgré cette rhétorique critique, ni Poutine ni Xi ne veulent ouvertement s’opposer à Washington et à leurs alliés européens. Avant le sommet de l’OCS, il y a eu des spéculations sur la possibilité pour Poutine de livrer des missiles sol-air de dernière génération S-300 à l’Iran et de construire un deuxième réacteur nucléaire pour le pays. Les responsables russes ont finalement démenti ces rapports.

La Russie et la Chine sont confrontées à une pression croissante de l’impérialisme américain, y compris la menace d’utiliser la puissance militaire pour dominer les réserves d’énergie essentielles du Moyen-Orient et d’Asie centrale. L’OCS a été établie en 2001, peu avant que les États-Unis n’utilisent la « guerre contre le terrorisme » pour envahir l’Afghanistan. Même si l’objectif officiel de l’OCS est de contrer les « trois maux », le séparatisme, l’extrémisme et le terrorisme dans la région, cette organisation est surtout une tentative de s’assurer que l’Eurasie ne tombe pas complètement dans l’orbite de Washington.

Outre les quatre ex-Républiques soviétiques d’Asie centrale – Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan et Tadjikistan – ce groupe comprend également, avec statut d’observateurs, la Mongolie, l’Iran, l’Inde, le Pakistan, et l’Afghanistan. Ses « partenaires de discussion » sont la Biélorussie, le Sri Lanka et, ce qui est à noter, la Turquie qui est également membre de l’OTAN et qui a été ajoutée l’an dernier.

Cependant, l’influence américaine se fait clairement sentir sur ce groupe. Avant le sommet, il y a eu des articles dans la presse pakistanaise selon lesquels ce pays pourrait être admis comme membre à part entière de l’OCS. La Russie a invité le nouveau Premier ministre Nawaz Sharif à y participer. Cependant, Sharif n’a envoyé que son conseiller à la sécurité nationale, Sartaj Aziz, et aucune adhésion pakistanaise n’a été accordée.

Alors que l’OCS cherche à développer son rôle en Afghanistan, pays voisin du Pakistan, après le retrait prévu des forces de l’OTAN, Aziz a déclaré que la politique du Pakistan est « Aucune interférence et aucun favori. » Il a insisté sur l’idée que le régime de Kaboul soutenu par les Américains pourrait réussir une « réconciliation à l’initiative des Afghans » si tous les pays de la région résistaient à la tentation de « combler le vide au pouvoir. »

La Chine et la Russie sont aussi profondément préoccupées par le « pivot vers l’Asie » des États-Unis qui menace militairement la Chine et, dans une moindre mesure, l’Extrême-Orient russe, en renforçant les capacités militaires de Washington et ses alliances avec des pays comme le Japon et la Corée du Sud. En juin, la Chine et la Russie avaient organisé un exercice naval commun très important en Mer du Japon et en août, ils ont mené des entraînements terrestres et aériens communs en Russie qui incluaient des chars, de l’artillerie lourde et des avions de combat.

Face aux menaces américaines sur ses intérêts au Moyen-Orient et dans la région Asie-Pacifique, la Chine augmente ses efforts pour acquérir des sources d’énergie en Asie centrale. Pour le président Xi, le sommet de l’OCS a été la dernière étape d’une tournée de 10 jours passant par le Turkménistan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Kirghizstan, où il a signé ou inauguré des accords à plusieurs milliards de dollars pour des projets sur le pétrole et le gaz.

Lors de sa première escale, au Turkménistan, Xi a inauguré une installation de traitement du gaz sur un important champ nouvellement exploité à la frontière avec l’Afghanistan. Pékin a prêté 8 milliards de dollars au Turkménistan pour ce projet, qui va tripler la fourniture de gaz à la Chine à la fin de la décennie. Le pays est déjà le principal fournisseur de gaz à la Chine, grâce au gazoduc de 1800 kilomètres qui traverse l’Ouzbékistan et le Kazakhstan vers la Chine.

Au Kazakhstan, où Xi a signé un accord de 5 milliards de dollars pour l’achat d’une participation minoritaire dans un champ pétrolifère en mer, il a appelé au développement d’une nouvelle « ceinture économique le long de la route de la soie. » Le commerce entre la Chine et les cinq Républiques d’Asie centrale a été multiplié par près de 100 depuis 1992, et le Kazakhstan est maintenant la troisième principale destination des investissements de la Chine à l’étranger.

Xi a prononcé un discours déclarant que Pékin n’interférerait jamais dans les affaires intérieures des pays d’Asie centrale, ne chercherait jamais à avoir un rôle dominant dans la région et n’essayerait jamais d’« entretenir une sphère d’influence. » Ce message cherchait clairement à calmer les inquiétudes en Russie sur l’implication grandissante de la Chine dans les ex-Républiques soviétiques.

Durant le sommet du G20, la China National Petroleum Corporation a signé un accord sur des « conditions de base » avec le russe Gazprom pour préparer un marché, qui devrait être conclu l’an prochain, pour que Gazprom fournisse par gazoduc au moins 38 milliards de mètres cubes de gaz par an à la Chine à partir de 2018.

Avec des enjeux aussi élevés, Wang Haiyun de l’Université de Shanghai a déclaré dans le Global Times que « maintenir la sécurité du régime est devenue la principale préoccupation des membres de l’OCS d’Asie centrale, et même de la Russie. » Il a accusé les États-Unis et d’autres puissances occidentales de pousser à des « troubles démocratiques » et des « révolutions de couleurs » et a prévenu que si un membre de l’OCS « devenait un Etat pro-occidental, cela aurait un effet sur l’existence même de l’OCS. » Toujours selon lui, si nécessaire, la Chine aura à faire preuve d’« esprit de décision et de responsabilité » avec la Russie et d’autres membres pour contenir ces troubles, c’est-à-dire pour écraser militairement toute « révolution de couleur » dans la région.

Les discussions lors de la réunion de l’OCS sont une indication claire que la Russie et la Chine considèrent les plans de guerre des États-Unis contre la Syrie et l’Iran comme faisant partie d’un plan bien plus large visant à saper leur sécurité. Cela souligne le danger que cette course agressive des États-Unis à l’intervention contre la Syrie risque de provoquer une conflagration bien plus vaste.

John Chan

Article original, WSWS, paru le 19 septembre 2013

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Des responsables du renseignement à Washington estiment que l’Etat hébreu a secrètement fabriqué et stocké des armes chimiques et biologiques depuis des décennies pour compléter son arsenal nucléaire présumé.

Peu d’informations ou de preuves tangibles circulent toutefois sur un éventuel programme chimique israélien. Les informations les plus fiables sur un tel programme apparaissent dans un rapport secret de la CIA en 1983. Des satellites espions américains ont repéré en 1982 «une usine de production de gaz chimique et une unité de stockage dans le désert du Néguev», selon le document de la CIA. «D’autres unités de production d’armes chimiques auraient aussi été mises en place dans le cadre d’une industrie chimique bien développée». Il n’est pas sûr si Israël dispose encore à ce jour d’armes chimiques. En 1992, le gouvernement israélien a signé mais n’a jamais ratifié la Convention sur les armes chimiques, qui interdit de telles armes.

Le rapport de la CIA, déclassé en 2009, traite d’informations sur l’utilisation par l’Union soviétique d’armes chimiques et biologiques en Afghanistan et dans le sud-est asiatique. Des sections entières sur le Moyen-Orient ont été censurées par des responsables gouvernementaux.

 

 

Article original en anglais : Does Israel Have Chemical Weapons Too? One secret CIA file may have the answer, 9 septembre 2013

Traduction : Médiarama :

http://gallery.mailchimp.com/fdeacba4fa4c5ec4d8ce5787c/files/Mediarama_419.pdf

http://www.foreignpolicy.com/articles/2013/09/09/does_israel_have_chemical_weapons_too

Rapport de la CIA :

http://www.foreignpolicy.com/articles/2013/09/09/does_israel_have_chemical_weapons_too?page=0,3

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À la suite de la publication du rapport de la Mission des Nations Unies sur les attaques à l’arme chimique du 21 août dans la Ghouta orientale, le Secrétaire général Ban Ki-moon, a insinué que le gouvernement syrien était coupable, sans l’accuser ouvertement :

« C’est l’utilisation prouvée d’armes chimiques contre des civils la plus significative depuis celle de Saddam Hussein à Halabja en 1988. La communauté internationale s’est engagée à empêcher qu’une telle horreur ne se reproduise et pourtant, elle s’est reproduite …  »

(Ban Ki-moon ne mentionne toutefois pas que l’attaque d’Halabja 1988 a été soutenue par la CIA, ce que confirme la publication de documents récemment déclassifiés.)

La note introductive du rapport de la Mission de l’ONU affirme :

 « Le Secrétaire général condamne fermement l’utilisation d’armes chimiques et estime que cet acte est un crime de guerre et une violation grave du Protocole de 1925 concernant la prohibition d’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de méthodes de guerre employant des moyens bactériologiques, et autres règles pertinentes du droit international coutumier.

La communauté internationale a une responsabilité morale de demander des comptes aux responsables et de veiller à ce que les armes chimiques ne puissent jamais réapparaître comme instrument de guerre. » (Rapport d’enquête du Secrétaire général de l’ONU sur les armes chimiques. New York, 16 Septembre, 2013)

Dans le rapport de la Mission des Nations Unies, on ne mentionne nulle part qui sont les auteurs des attaques chimiques. La Mission avait pour consigne de ne pas faire de déclarations à ce sujet.

La Mission de l’ONU était cependant tout à fait consciente que des crimes contre l’humanité avaient été commis et que les rebelles d’Al-Qaïda soutenus par les États-Unis étaient en possession d’armes chimiques.

Selon CNN, les rebelles ont été formés pour l’utilisation d’armes chimiques par des conseillers militaires occidentaux. Une mission précédente de l’ONU a confirmé que les rebelles étaient en possession du gaz sarin.

Visiblement, la mission a reçu l’ordre de « la fermer ». Selon le Secrétaire général Ban Ki-moon, « [c]‘est aux autres de poursuivre cette affaire afin de déterminer qui est responsable. Nous aurons tous nos propres opinions sur cela. »

Alors que le Secrétaire général Ban Ki-moon n’a pas confirmé qui était responsable des attaques chimiques, les médias occidentaux se sont activés, accusant le gouvernement de Bachar Al-Assad.

Selon l’ambassadrice étasunienne à l’ONU Samantha Powers, « les détails techniques indiquent clairement que seul le régime aurait pu perpétrer cette attaque aux armes chimiques ».

Le ministre des Affaires étrangères de la Russie a répondu :

« Nous voulons une évaluation professionnelle objective des événements du 21 août. Nous avons de sérieuses raisons de croire qu’il s’agissait d’une provocation […] Toutefois, la vérité doit être établie et ce sera un test pour les futurs travaux du Conseil de sécurité. »

L’autre rapport : « Les attaques chimiques dans la Ghouta orientale utilisées pour justifier une intervention militaire en Syrie »

A la veille de la publication du rapport de la Mission de l’ONU, l’Équipe de soutien international pour Mussalaha en Syrie (ISTEAMS) publiait son rapport préliminaire intitulé Les attaques chimiques dans l’est de la Ghouta utilisées pour justifier une intervention militaire en Syrie.

Sous la direction de Mère Agnès Mariam, l’équipe d’ISTEAMS, établie à Genève, a travaillé sous les auspices de l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’homme. ISTEAMS a également collaboré avec le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, auquel bon nombre de ses conclusions ont été soumises.

Ironie amère du sort, ce rapport détaillé, documentant la mort d’enfants innocents dans la Ghouta orientale, n’a été reconnu ni par les médias occidentaux, ni par les gouvernements des pays membres du Conseil de sécurité des Nations Unies. (Rapport préliminaire d’ISTEAMS)

Le rapport d’ISTEAMS révèle comment les vies d’enfants innocents ont été utilisées dans le cadre d’un événement visiblement mis en scène :

« Nous avons décidé d’examiner minutieusement ces vidéos dès que certaines familles dont les enfants ont été enlevés nous ont contactés pour nous informer qu’ils y avaient reconnu les enfants parmi ceux présentés comme victimes des attaques chimiques de la Ghouta orientale [...]

Notre première préoccupation était le sort des enfants que nous voyons dans les images. Ces anges sont toujours seul entre les mains d’hommes qui semblent être des éléments de groupes armés. Les enfants décédés sont sans leur famille et ne sont pas identifiés, et ce jusqu’à ce qu’ils soient enveloppés dans des linceuls blancs pour l’enterrement. De plus, notre étude souligne sans aucun doute que les petits corps ont été manipulé et disposé de manière théâtrale afin de figurer dans la vidéo.

Si les images étudiées ont été éditées et publiées dans le but de présenter des éléments de preuve pour accuser l’État syrien d’avoir perpétré les attaques chimiques dans la Ghouta orientale, nos découvertes incriminent les éditeurs et les acteurs pour avoir falsifié les faits en tuant et en manipulant des enfants non identifiés . [...]

Nous voulons ainsi faire connaître cette utilisation criminelle d’enfants dans la propagande politique sur les attaques aux armes chimiques dans la Ghouta orientale.

Nous présentons ce travail à d’éminents chefs spirituels, chefs d’État, députés, acteurs humanitaires et à toute personne ayant à cœur la vérité et la justice et souhaitant que ceux qui sont responsables de mauvaises actions rendent des comptes comme il se doit. »

Pour lire le rapport complet en PDF cliquez ici   (PDF lourd, long téléchargement, en anglais)

Bien que le rapport d’ISTEAMS ne précise pas qui était derrière les massacres d’enfants innocents, il confirme que les vidéos publiées le 21 août, y compris ceux présentés le 5 Septembre à la Commission des relations étrangères du Sénat étasunien, ont été délibérément manipulées, et que les cadavres d’enfants ont été déplacés d’un endroit à un autre dans le cadre d’un événement mis en scène.

Des photographies d’enfants morts en Égypte lors du massacre de Rabia al-Adawiyya au Caire ont également été utilisées et présentées dans la vidéo comme des photos d’enfants syriens.

Les corps de ces mêmes enfants apparaissent dans différentes images associées à différents endroits : que les mêmes enfants se trouvent dans des villes différentes suggère que les photos faisaient partie d’une mise en scène : « les mêmes enfants ont été placés dans une autre pièce dans une autre ville. »

L’étude d‘ISTEAMS démontre ceci : la tragédie de la Ghouta orientale a été mise en scène, soigneusement planifiée, et « les forces rebelles de l’opposition » appuyées par les États-Unis étaient impliquées.

Ces vidéos ont été utilisées comme preuves par le Comité du Sénat étasunien sur les relations étrangères dans l’élaboration de sa résolution en faveur de frappes punitives à l’encontre de la Syrie. (Comité sénatorial des Relations étrangères, résolution 2021 sur la Syrie , le 5 septembre 2013). Le sénateur John McCain est un membre clé de ce comité et il est connu pour avoir eu des contacts avec les dirigeants des rebelles affiliés à Al-Qaïda.

La résolution 2021 du Comité sénatorial (se référant aux vidéos) parle de « preuves claires et convaincantes ». Pour reprendre John Kerry dans sa déclaration devant le Comité sénatorial : « Les images [dans les vidéos] de ce jour-là sont répugnantes. Et à mon avis, le monde ne peut pas ignorer l’inhumanité et l’horreur de cet acte. »

Cependant, ces images faisaient partie d’une opération diabolique consistant à déclencher des atrocités, y compris le meurtre d’enfants innocents, puis à utiliser les images de ces atrocités à des fins de propagande.

Qui était derrière ce projet criminel?

Michel Chossudovsky

 

Lisez et faites circuler le rapport d’ISTEAMS . Faites suivre cet article. Révélez la vérité. Brisez le consensus politique en faveur de la guerre.

 

Article original: 

bankimoon1Syria: Fabricating Chemical Lies. Who is Behind the East Ghouta Attacks? 17 septembre 2013

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Pour aller plus loin, voir la vidéo et l’article en anglais :

Vidéo : Staging the Chemical Weapons Attack in Syria

 

Agnès-Mariam de la CroixThe Chemical Attacks in East Ghouta Used to Justify a Military Intervention in Syria By Mother Agnes Mariam, 16 septembre 2013

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Cette prise de parole des évêques de Cuba est d’autant plus significative que le Continent latino-américain est en pleine mutation politique et économique. Il en va de même avec les regroupements régionaux, tels UNASUR, MERCOSUR, ALBA et le regroupement continental de CELAC, dont Cuba assume présentement la présidence protemporelle.

Toute cette conjoncture n’est pas sans modifier les rapports de force du continent latino-américain et des Caraïbes avec les États-Unis. Dans ce contexte, Cuba est loin d’être isolé de la communauté internationale, comme semble le suggérer le document des évêques.

J’ai lu  un résumé qu’en a fait le site espagnol, Religion Digital. Je dois dire que sa lecture a laissé en moi un grand vide. Par leurs silences, les évêques nous en disent plus sur leurs véritables pensées et leurs alliances politiques que par ce qu’ils proclament.

DES SILENCES INJUSTIFIABLES

1— L’embargo

Les évêques ont relevés les conditions d’existence  des cubains qui vivent avec un faible salaire. Ils ne disent toutefois rien sur le système gratuit d’éducation du primaire à l’universitaire, des soins de santé universels accessibles à tous ainsi que de bien d’autres services que rend l’État sans que le citoyen n’ait à débourser quoi que ce soit.  Mais plus important que tout est leur silence sur l’Embargo économique et politique dont les effets sont dévastateurs pour Cuba.

Comment peuvent-ils parler de la situation économique du pays sans parler de cet embargo économique et politique  qui dure depuis plus de 53 ans.

Depuis des années, la Communauté internationale, à travers sa représentation à l’Assemblée générale des Nations Unies vote à très grande majorité contre cet embargo qui défie le droit international et va à l’encontre des droits humains.

Une occasion unique pour ces évêques de condamner , haute et forte et d’une seule voix,  cette injustice des gouvernements successifs des États-Unis qui défient, les uns après les autres, toute loi internationale et qui pénalisent tout un peuple. Ce sont des milliards de dollars que le gouvernement aurait pu utiliser pour le mieux-être de toute la population.

Sans parler explicitement de cet embargo, les évêques rappellent tout de même les paroles de Jean-Paul II qui signala lors de sa visite à Cuba que « l’isolement provoqué se répercute de manière indiscriminée dans la population, augmentant les difficultés des plus faibles sur des nécessités de base comme l’alimentation, la salubrité ou l’éducation. »

Voilà tout ce que les Évêques ont à dire sur cet isolement dont ils semblent ignorer ceux qui en sont les auteurs. Les seuls effets négatifs qu’ils relèvent sont en lien direct avec l’alimentation, la salubrité ou l’éducation. Tous les autres effets négatifs dont ceux du développement technologique, des échanges commerciaux, etc. ne sont pas mentionnés. En ce 8 septembre 2013, ils n’ont rien de plus à dire sur le sujet, même pas pour dénoncer le président Obama qui vient tout juste de prolonger d’une autre année cet embargo. Ils invitent plutôt le gouvernement Cubain à faire plus d’efforts pour se rapprocher du gouvernement des États-Unis.

 2— L’emprisonnement des cinq antiterroristes

Dans leur intervention, les évêques relèvent le problème des prisonniers politiques qui est toujours présent à Cuba. Par contre ils n’ont aucun mot pour les cinq Cubains antiterroristes condamnés injustement à de longues peines  de prison aux États-Unis.

Tout le monde sait que le mois de septembre est le mois où les organisations de solidarité à travers le monde se mobilisent en solidarité avec le peuple cubain pour dénoncer ces condamnations injustes et demander  leur libération immédiate.

Le crime que ces cinq cubains ont commis est d’avoir dénoncé aux autorités compétentes des États-Unis par l’intermédiaire du prix Nobel de littérature, Garcia Marquez, les actions terroristes qui se préparaient Miami contre le peuple cubain. Loin de poursuivre les terroristes, les États-Unis ont arrêté ceux qui les avaient dénoncés. Un simulacre de jugement les envoya en prison pour des peines, à vie pour certains et limitées pour d’autres. Un de ces prisonniers vient d’être libéré après 14 ans de pénitencier. Les quatre autres poursuivent, depuis tout ce temps, leur détention dans des conditions humaines très difficiles.

Depuis plusieurs années, de nombreuses organisations à travers le monde et aux États-Unis dénoncent cette injustice et réclament leur libération. À Cuba, le 10 septembre est justement le jour où s’unissent toutes les voix pour dénoncer ce crime et demander la libération de ces quatre prisonniers toujours sous le joug d’une fausse justice étasunienne.

Or tous ces évêques cubains, réunis pour exprimer leur solidarité avec le peuple et leur espoir pour un monde meilleur, n’ont eu aucune parole à l’endroit de ces prisonniers politiques détenus injustement par l’oncle Sam.

3— La démocratie

Ils ont, évidemment, parlé de démocratie, non pas pour en préciser les diverses formes d’expression et les limites qu’elle peut comporter selon l’usage qu’en font les états. Si l’Amérique du Nord parle beaucoup de démocratie représentative, ses critiques en dénoncent à la fois les limites et la corruption qui parvient, dans bien des cas, à la subordonner à des intérêts oligarchiques.

En Amérique latine, se vit également de nouvelles formes de démocratie. Les expériences de Bolivie, de l’Équateur et du Venezuela deviennent des exemples de démocratie participative, impliquant directement le peuple à participer à son propre destin.

Les évêques cubains savent que le gouvernement de Cuba est très sensible à ces nouvelles expériences de démocratie et qu’il s’achemine à son rythme dans cette direction. L’occasion était tout indiquée pour apporter un éclairage élargi sur la démocratie tout en exprimant une parole d’encouragement et de solidarité à l’endroit de tous ceux et celles qui placent les intérêts du bien commun du peuple au-dessus de tous les autres. Ils auraient pu reprendre l’expression utilisée par Jean XXIII dans son encyclique PAIX SUR TERRE : « L’ÉTAT AUTANT QUE NÉCESSAIRE ET LE PRIVÉ AUTANT QUE POSSIBLE ».  Il faut croire que les références à Jean-Paul II et à Benoît XVI leur conviennent mieux. Elles leur sont plus familières et plus conformes à leur propre formatage.

4— L’intégration de Cuba à la communauté latino-américaine

À les entendre, Cuba serait isolé, seul dans son coin. D’où leur invitation qu’il s’ouvre à la communauté internationale, particulièrement aux EÉats-Unis.

Ç’eut été intéressant d’entendre parler les Évêques cubains du rôle important que joue Cuba dans l’ensemble de l’Amérique latine ainsi de sa solidarité légendaire  à l’endroit des  populations les plus défavorisées du Continent. J’aurais aimé les entendre mettre en relief la contribution du peuple cubain dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’intégration des pays de la région de l’Amérique latine et des Caraïbes. Également, un moment tout désigné pour féliciter le gouvernement cubain du rôle important qu’il exerce en tant que président pro temporel de la Communauté d’États latino-américains et des Caraïbes (CELAC), regroupant 33 états de l’Amérique latine et des Caraïbes. Une occasion en or pour parler de cette solidarité nouvelle entre tous ces pays regroupés dans cette communauté internationale qu’est la CELAC.

CONCLUSION

Il n’y a pas de doute, qu’en parlant de toutes ces réalités, passées sous silence, le message des évêques eut revêtu la crédibilité nécessaire pour parler de tous les autres problèmes dont la société cubaine se doit de résoudre.

En l’absence de ces propos, leur intervention se présente  comme une intervention commanditée de Washington et de l’aile conservatrice et servile de l’épiscopat latino-américain.

Lorsqu’il s’agit de pays que Washington considère comme ses ennemis, les évêques ne se font aucun scrupule pour s’impliquer directement dans la gouvernance de ces États et leur dicter les voies à suivre. C’est évidemment le cas de Cuba, mais également du Venezuela, de la Bolivie, de l’Équateur, entre autres. Le problème n’est toutefois pas qu’ils s’impliquent dans les affaires de l’État, mais qu’ils le fassent sous influence de Washington, de l’aile conservatrice des épiscopats latino-américains et des mandarins du Vatican qui lui sont assujettis. Ce n’est plus une Église au service des Évangiles et des pauvres, mais une Église au service des puissances de ce monde.

Cette sortie des évêques cubains est d’autant plus inquiétante qu’elle survient à peine deux semaines après la nomination de  Pietro Parolin, comme Secrétaire d’État.

Si le pape François n’y voit pas de plus près, les épiscopats latino-américains vont discréditer par leurs déclarations et leurs prises de position tout ce qu’il fait présentement de bon pour sortir l’Église de ses dépendances et de ses complicités avec les puissances de ce monde. Pendant qu’il reçoit en audience les représentants des pays émergents, les épiscopats de ces mêmes régions se mobilisent pour les neutraliser en appui à Washington.

Dans l’état actuel des choses, ce ne sera pas le nouveau Secrétaire d’État, Pietro Parolin, qui va rectifier le tire, à moins qu’il y ait une conversion du genre de celle de Saul sur le chemin de Damas.

Heureusement que l’Esprit évangélique déborde de beaucoup tout cet encadrement  idéologique et institutionnel d’une Église restée accrochée à ses privilèges et idéologies. Le temps de passer de la doctrine au vécu évangélique, comme le fait présentement le pape François, ne semble pas les rejoindre. Ils en sont même très éloignés.

 

Oscar Fortin

15 septembre 2013

 

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Plan russe pour la Syrie : la fin du monde unipolaire ?

septembre 19th, 2013 by Alexandre Latsa

La lettre de Vladimir Poutine adressée à l’opinion américaine (la version française est disponible ) restera dans l’histoire comme un coup de maître tant sur le plan diplomatique que géostratégique ou encore humanitaire.

Le président russe vient en effet de faire échouer l’agenda géopolitique de l’Occident américano-centré visant à détruire la Syrie d’Assad.

Alors que l’assaut intérieur a visiblement échoué à renverser le pouvoir (ne permettant que la destruction du pays depuis près de trois ans), la coalition des puissances hostiles au régime syrien (que l’on peut qualifier d’axe Washington/Londres/Paris/Ankara/Doha/Riyad) se préparait à un assaut extérieur via des bombardements. Officiellement, il s’agissait de « punir » Bachar al-Assad mais officieusement, de procéder à des frappes afin d’affaiblir les capacités militaires du pays et d’accélérer la défaite du régime syrien.

Dans de nombreux pays occidentaux en effet, les lobbies anti-Assad ont visiblement pris en otage les élites politiques, comme c’est par exemple le cas en France d’après l’analyste Elie martin. Si la proposition russe a donc contribué à sauver la paix et la stabilité dans la région, elle l’a fait au prix de mettre devant ses contradictions un Occident qui s’est finalement piégé tout seul en mettant volontairement en péril le droit international et donc sa légitimité.

Pourquoi?

Parce qu’une victoire militaire de l’Etat syrien, puis sans doute politique aux prochaines élections de Bachar al-Assad, signifierait une victoire au final de « l’Iran » sur Washington et Riyad et une perte de crédibilité de l’Occident américano-centré en tant que puissance dominante. Quant à une défaite militaire de l’Etat syrien face aux rebelles, elle verrait inévitablement le pays s’enfoncer dans une anarchie sur le modèle irakien et la prise de pouvoir de fondamentalistes, ce qui représenterait un danger tant pour la région que le monde.

Pire, peut-être que des frappes militaires occidentales pourraient mettre en péril la légitimité et l’existence de l’Onu, ce contre quoi la Russie s’oppose plus que tout. N’est-ce pas un étonnant renversement de l’histoire que ce soit la fille de l’Union Soviétique qui soit contrainte de défendre pacifiquement le droit international face à des occidentaux alliés aux pires dictatures islamistes ?

En quelques semaines, il est intéressant de voir comment l’image de la Russie à évolué. De dictature froide cautionnant les massacres du Tyran syrien et refusant d’aider le bienfaiteur Snowden, la Russie apparaît désormais de nouveau comme le pays aidant les faibles et les pays agressés, son président mediatiquement détesté devenant même un potentiel candidat pour recevoir le prix Nobel de la paix, comme Gorbatchev en son temps (paradoxalement au moment ou le monde unipolaire se mettait en place) ou encore plus récemment le président américain Obama.

La guerre en Syrie aura été un révélateur supplémentaire que l’Occident politique n’existe pas ou plus, tant les hésitations et l’absence d’unité politique sont apparues évidentes. En face, les deux autres axes participant au conflit ont fait eux preuve d’une détermination et d’une unité politique sans faille, que ce soit l’axe chiite ou l’axe des émergents, opposés à la guerre et rassemblés autour du binôme russo-chinois, les seconds soutenant assez clairement les premiers.

Lorsqu’à la chute de l’Union Soviétique, Francis Fukuyama préconisait la fin des idées et la victoire définitive de l’Occident, il s’était trompé et le rêve unilatéral totalitaire n’aura historiquement duré qu’une grosse décennie. Même si la suprématie de l’Occident, bien que déclinante, reste provisoirement quasi-totale sur le plan économique et militaire, la guerre en Syrie devrait sans doute signifier que l’Occident vient de perdre la guerre morale et de subir une défaite politique définitive.

Cela pourrait sans doute signifier que l’humanité vient de rentrer dans une nouvelle période de son histoire: le début de la fin du monde unipolaire. /N

 

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Les responsables russes et français se sont affrontés lors de réunions hier à Moscou tandis que le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, poursuivait la campagne menée par les Etats-Unis pour fabriquer un prétexte en vue d’une guerre contre la Syrie.

Précédant le débat sur une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU pour superviser la destruction des armes chimique de la Syrie, Fabius s’est rendu hier à Moscou pour rencontrer hier son homologue russe, Sergeï Lavrov.

Le gouvernement français, l’un des partisans les plus fanatiques d’une guerre d’agression contre la Syrie, son ancienne colonie, a exhorté le Kremlin d’accepter une résolution des Nations unies permettant à Washington et à ses alliés de créer un quelconque prétexte pour partir en guerre contre la Syrie, un allié clé de la Russie. Paris a toutefois essuyé un refus net.

Après la réunion, Fabius a reconnu qu’il y avait des « différences d’approche sur les méthodes » entre Moscou et Paris tout en s’en tenant à la demande de son gouvernement en faveur d’une résolution « forte et contraignante » ayant des « conséquences » pour le régime syrien s’il ne se conforme pas à chaque exigence. Il a aussi réitéré les affirmations selon lesquelles le récent rapport de l’ONU avait montré que le régime syrien avait perpétré l’attaque chimique du 21 août à Ghouta – et ce bien que l’enquête de l’ONU ait été délibérément conçue de manière à ne pas parvenir à une conclusion concernant les responsables de l’attaque.

« Quand on regarde précisément les données, les quantités de gaz toxique utilisées, la complexité des mélanges, la nature et la trajectoire des vecteurs, cela ne laisse aucun doute sur l’origine de l’attaque [le régime syrien du président Bachar al-Assad], » a dit Fabius. Il n’a cependant présenté aucune preuve ni détail précis pour étayer cette affirmation.

En fait, plusieurs rapports et observateurs indépendants ont clairement montré que c’était l’opposition appuyée par les Etats-Unis en Syrie qui avait utilisé le gaz neurotoxique à Ghouta et dont la responsabilité a été imputée à Assad afin de permettre à Washington d’affirmer qu’Assad avait franchi une « ligne rouge » justifiant une attaque. Les services de renseignement saoudiens avaient fourni, peu de temps avant l’attaque, des armes chimiques aux combattants de l’opposition qui se trouvaient près de Ghouta.

Les journalistes Domenico Quirico et Pierre Piccinin, qui étaient détenus en Syrie par des forces d’opposition liées à al Qaïda, ont rapporté que des combattants islamistes parlant entre eux avaient dit que l’opposition avait perpétré l’attaque dans le but de provoquer une intervention américaine à leurs côtés.

Lavrov a dit qu’aucune décision sur une intervention militaire ne pourrait être prise tant que les preuves relevées sur l’attaque à Ghouta n’étaient pas minutieusement examinée. « Nous voulons une évaluation objective et professionnelle des événements du 21 août. Nous avons des raisons sérieuses de croire qu’il s’agissait là d’une provocation… Mais il faudra établir la vérité et ce sera un test pour le futur travail du Conseil de sécurité, » a dit Lavrov.

Il a ajouté que la Russie avait « de sérieuses raisons » de croire que l’attaque était une provocation des forces d’opposition en Syrie qui sont soutenues par les Etats-Unis.

Les responsables russes ont aussi demandé pourquoi aucun combattant de l’opposition syrienne n’était mort à Ghouta, s’ils avaient en effet été ciblés par une attaque chimique commise par le régime.

Relevant les « nombreuses provocations » émanant des forces d’opposition à l’intérieur de la Syrie, Lavrov a dit : « Au cours de ces deux dernières années, elles ont toutes visé à provoquer une intervention étrangère. »

Les responsables russes ne précisent pas les implications de telles déclarations. Cependant, cela indique clairement que Washington et Paris sont impliqués dans un crime aux proportions comparables à celui commis par Hitler : la collaboration avec des groupes terroristes de l’opposition en vue de fabriquer un prétexte pour une guerre d’agression.

Tout en adoptant un ton professionnel en public, les officiels russes ont clairement fait comprendre à huis clos qu’ils considéraient que Paris agissait en tant que partenaire subalterne dans une guerre lancée sous de faux prétextes par les Etats-Unis. Lorsque l’ambassadeur français aux Nations unies, Gérard Araud a dit qu’il rendrait publiques les preuves des services de renseignement français montrant qu’Assad avait perpétré des attaques chimiques au printemps dernier, un diplomate russe aurait ri en disant : « Gérard, ne mettez pas les Américains dans l’embarras. »

Sidérés par la profonde opposition populaire en Amérique et en Europe à une telle guerre en Syrie et face au risque de déclencher une guerre plus vaste avec l’Iran et la Russie, le gouvernement Obama et ses alliés ont différé leurs projets d’attaque immédiate. Des récriminations massives se font actuellement jour au fur et à mesure que des divergences apparaissent dans les capitales de l’OTAN quant à la manière de renforcer la pression sur le régime d’Assad et de démarrer au plus vite une guerre avec la Syrie.

En France, des figures du parti d’opposition l’Union pour un mouvement populaire (UMP) sont en train d’exhorter le président François Hollande du Parti socialiste (PS) à accélérer la course à la guerre tout en critiquant aussi Obama. Ces figures incluent principalement Nicolas Sarkozy, le président sortant qui a été vaincu lors des élections de l’année dernière et qui marque son retour à la vie politique en pleine crise au sein de la direction de l’UMP quant à la manière de gérer la multiplication des liens de l’UMP avec le Front national néofasciste.

En août de l’année dernière et quelques mois après sa défaite, Sarkozy avait publié un communiqué public inhabituel appelant à une intervention internationale en Syrie. Il avait eu aussi un long entretien téléphonique avec le dirigeant du Conseil national syrien, Abdelbasset Sieda, de l’opposition, afin de faire pression sur Hollande pour une action militaire contre la Syrie.

« Je constate malheureusement que j’avais raison, on a perdu du temps, » a dit Sarkozy en faisant référence à son communiqué d’août 2012. Il a fustigé Hollande pour n’avoir pas rallié une coalition pro-guerre plus vaste : « Il n’y a pas de mandat de l’ONU ni de l’OTAN, les Anglais sont aux abonnés absents, les Européens aussi. Il fallait parler davantage aux Russes, tenter de les convaincre. On peut toujours discuter avec Poutine. On y est arrivé par le passé, sur [les guerres en] Géorgie ou [en] Libye. »

Sarkozy a aussi critiqué les « hésitations constantes » du président américain en disant : « Il n’y a pas de leadership dans cette affaire. »

L’ancienne candidate présidentielle PS, Ségolène Royal, une critique et ancienne partenaire de Hollande a mis en garde que la course à la guerre contre la Syrie pourrait déclencher une guerre mondiale et a réclamé une solution diplomatique. Néanmoins, elle a souligné vouloir une diplomatie qui fonctionne comme une « dissuasion », c’est à dire précisément le type de menaces militaires qui ont poussé le monde au bord d’une guerre majeure.

« Oui, on peut déclencher une guerre mondiale, il y a un risque [en cas] d’intervention, mais il y a aussi un risque dans la non-intervention. C’est pour cela que la solution diplomatique est la meilleure. La dissuasion doit donc être suffisamment forte pour que les tyrannies renoncent aux armes chimiques et nucléaires, » a-t-elle dit.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 18 septembre 2013

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Le gouvernement Obama prépare une action militaire contre la Syrie au prétexte – absolument pas prouvé – que le régime du président Bashar el-Assad aurait ordonné l’usage d’armes chimiques dans une attaque contre une banlieue de Damas le 21 août. Il a décrit l’usage des armes chimiques comme « une obscénité morale, » au point que les États-Unis auraient une « obligation morale » de punir le pays qui s’en sert.

Aucune obligation morale de cette sorte n’est cependant invoquée à l’égard d’Israël, pays qui détient le plus important stock d’armes chimiques biologiques et nucléaires au Moyen-Orient, et qui est le seul Etat à ne pas avoir signé le traité de non-prolifération nucléaire. Comme l’a relevé le site Web Foreign Policy le lundi 9 septembre, non seulement les États-Unis connaissent depuis des dizaines d’années l’existence des armes chimiques israéliennes, mais ils ont maintenu le silence à leur propos.

Ce n’est pas simplement qu’Israël possède un important arsenal d’armes chimiques. Il s’en est servi contre les Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, contre le Liban et Gaza durant les assauts militaires de 2006, et durant l’opération Plomb durci à Gaza en 2008-2009. Les preuves contre Israël étaient si claires que Tel-Aviv, après avoir initialement nié les accusations du gouvernement libanais, a dû admettre qu’il avait utilisé des munitions au phosphore, qui causent des brûlures chimiques, dans sa guerre contre le Liban en 2006.

Un protocole de la convention de 1980 sur les armes conventionnelles interdit l’usage du phosphore blanc en tant qu’arme incendiaire contre des populations civiles ou dans les attaques aériennes contre des forces ennemies situées dans des zones où il y a des civils.

Rien de tout cela n’a jamais incité une seule parole de condamnation de la part de Washington ou des alliés européens d’Israël, encore moins un appel à ce qu’Israël se débarrasse de ses armes chimiques, fasse l’objet de sanctions, ou d’une menace d’attaque militaire pour défendre les victimes de la puissance militaire d’Israël. En fait, les États-Unis ont financé les forces armées israéliennes à hauteur de 3 milliards de dollars par an durant des années, et un vote a augmenté ce soutien l’année dernière.

En d’autres termes, il est parfaitement légitime pour un allié des États-Unis de développer, construire et utiliser des armes chimiques et pour Washington de continuer à financer la criminalité d’Israël. Il n’en va pas de même pour ses ennemis.

La Convention de 1993 sur les armes chimiques interdit la production, l’usage et le transfert de ces armes de mort, mais ne crée aucun mécanisme pour faire respecter ces obligations. C’est maintenant une tâche que les États-Unis, depuis la Guerre de Corée de 1950-1953 l’un des principaux inventeurs, fournisseurs et utilisateurs d’armes chimiques, se sont arrogée en tant que gendarme du monde.

Alors que 189 Etats ont signé et ratifié la convention, Israël l’a signée mais non ratifiée. Israël se trouve parmi sept pays seulement qui n’ont pas signé ou signé et pas ratifié ce traité. Les autres étant la Birmanie, l’Angola, la Corée du Nord, l’Égypte, le Sud Soudan, et la Syrie.

Israël n’a également jamais signé la Convention de 1972 sur les armes biologiques. Son attitude envers ces deux traités est celle de l’ambiguïté.

En 1993, le Bureau du Congrès américain sur l’évaluation technologique de la prolifération des Armes de Destruction Massive avait mis Israël sur sa liste des pays ayant des capacités de guerre chimique offensive non déclarées. Cinq ans plus tard, Bill Richardson, qui fut adjoint du ministre de la Défense, a déclaré, « Je n’ai aucun doute sur le fait qu’Israël travaille sur des objets offensifs tant chimiques que biologiques depuis longtemps. Il ne fait aucun doute qu’ils en ont depuis des années. »

Israël a un centre de recherche médicale chimique et biologique, l’Institut israélien de recherche biologique (IIBR) dont le travail est classé top secret, sur le site sécurisé de Ness Ziona à 20 kilomètres au Sud de Tel-Aviv, ainsi qu’un autre centre à Dimona dans le Néguev. Employant des centaines de scientifiques et de techniciens, l’IIBR est généralement considéré comme ayant développé des armes chimiques et biologiques, mais la censure officielle empêche toute discussion sur ses activités.

Après la chute sur un quartier résidentiel d’Amsterdam en 1992 d’un avion de la compagnie El Al qui emportait des ingrédients de gaz neurotoxique depuis Israël jusqu’aux États-Unis, le quotidien hollandais NRC Handelsblad avait établi qu’il existait « des liens forts » entre l’IIBR et des centres de recherche du même genre aux États-Unis, « une coopération étroite entre l’IIBR et le programme de guerre biologique américano-britannique, » ainsi qu’« une coopération étendue pour les recherches sur la guerre biologique avec l’Allemagne et la Hollande. »

Depuis 2001, après l’éclatement de la deuxième Intifada, il y a eu plusieurs incidents rapportés de soldats israéliens utilisant un « gaz inconnu » contre les Palestiniens, en particulier durant une campagne de six semaines par les forces militaires israéliennes à Gaza.

Il se trouve que le célèbre cinéaste américain James Longley tournait à Gaza, à Khan Yunis et Rafah, durant la première incursion importante d’Israël au printemps 2001. Il a immédiatement filmé les victimes. Gaza Strip, son film primé, montre d’une manière très frappante la réalité de la guerre chimique – les cartouches de gaz, les docteurs, les témoins, et la souffrance atroce des victimes, dont beaucoup avaient été hospitalisées pour des jours ou des semaines.

Ces attaques ont continué sur plusieurs années. En juin 2004, Gush Shalom, un groupe pacifiste israélien, a fait connaître un incident dans le village d’al-Zawiya en Cisjordanie où 130 patients furent traités pour avoir inhalé du gaz après que l’armée israélienne ait dispersé des manifestations non-violentes contre le mur de sécurité israélien. Ce groupe a indiqué qu’il ne s’agissait pas de gaz lacrymogène classique et a demandé, « Alors, est-ce une méthode pour disperser une manifestation, ou une guerre chimique ? »

La nouvelle de ces nouveaux gaz se répandant, des journalistes internationaux ont enquêté, il y a eu une émission spéciale de la BBC en 2003 sur l’usage par Israël de « nouvelles armes non identifiées ». Celle-ci indiquait qu’Israël refusait « de dire ce qu’était ce nouveau gaz. »

Durant l’assaut d’Israël contre Gaza à l’été 2006, les docteurs ont fait savoir que des dizaines de victimes avaient des corps complètement brûlés et des blessures ressemblant à celles qui sont causées par les shrapnels que les machines à rayons X n’arrivaient pas à détecter.

De longues recherches, des analyses des métaux trouvés dans les corps des victimes et des examens des étranges blessures, ont mené à la conclusion que la cause la plus probable était des missiles du même genre que lesDense Inert Metal Explosive (DIME) américains. D’autres victimes ont été trouvées avec des traces de tungstène, une substance fortement cancérigène.

Israël a également utilisé des munitions au phosphore, dont les effets sont extrêmement nocifs, dans le bombardement aérien de plusieurs semaines contre une population civile largement désarmée et sans défenses durant l’opération Plomb durci en 2008-09 – cette attaque meurtrière contre Gaza a fait entre 1166 et 1417 morts chez les Palestiniens, avec seulement 13 morts chez les Israéliens, dont 4 par des erreurs de tir de leur propre camp.

Le rapport d’enquête de l’ONU, le rapport Goldstone, a réaffirmé les conclusions de nombreuses enquêtes internationales respectées, confirmant l’usage disproportionné par Israël de la force contre les Palestiniens, et les accusations de crime de guerre contre Israël et le Hamas ainsi que de « probables crimes contre l’humanité, » comprenant l’usage du phosphore blanc par Israël. Il y est dit que les forces israéliennes se sont comportées de façon « systématiquement irresponsable » dans leur usage de phosphore blanc dans les zones construites, citant l’attaque israélienne contre le bâtiment de l’Agence de soins et de travaux de l’ONU dans la ville de Gaza, l’attaque de l’hôpital Al Quds et celle de l’hôpital Al Wafa.

Malgré tout cela, Israël n’a pas été traduit devant un tribunal international, Goldstone et ses collaborateurs ont été soumis par Israël à une campagne internationale d’intimidation et de diffamation contre leur enquête, ce qui a poussé Goldstone à faire une rétractation arrangeante de ses propres conclusions. Mais ses trois collaborateurs ont refusé les appels à revenir sur leur rapport ou à en parler d’une manière qui le dénaturerait, ils ont dit que cela « ignorerait le droit des victimes palestiniennes et israéliennes à la vérité et à la justice. »

C’est le développement par Israël des armes chimiques, biologiques et nucléaires, couplé avec sa force militaire largement supérieure, qui a poussé Damas à créer son propre programme d’armes chimiques après la prise en 1967 du plateau du Golan, puis son occupation, son annexion, et l’établissement de colonies israéliennes habitées par 20 000 israéliens.

Jean Shaoul

Article original, WSWS, paru le 14 septembre 2013

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Russie : Il y a vingt ans, l’Octobre sanglant

septembre 19th, 2013 by Jean-Marie Chauvier

Moscou 21 septembre-5 octobre 1993

Il y a des anniversaires d’exploits historiques que leurs acteurs eux-mêmes préfèrent taire, et que leurs sympathisants n’évoquent qu’avec discrétion et « nuance », les bilans à terme s’avérant moins éloquents que prévu.

Ainsi, il y a vingt ans, ce début de guerre civile à Moscou ! C’était, pour la Russie, « le grand tournant décisif », politiquement plus décisif même, pour la Russie, que la dissolution de l’URSS fin 1991, vu que ce tournant de septembre-octobre 1993 mettait un terme au « pouvoir soviétique », sous toutes formes qu’il ait pris depuis 1917, la dernière étant démocratisée et parlementaire depuis 1989, le nouveau président Boris Eltsine substituant à cette nouvelle démocratie post-soviétique un régime présidentiel autoritaire, en vigueur depuis vingt ans. Il naquit dans un bain de sang, au nom de la « véritable Démocratie » telle qu’on la conçut alors, tant au Kremlin qu’en Occident. Sans prévoir pour autant l’usage qu’en ferait le successeur, Vladimir Poutine.

Ce tournant eut lieu sur fond de « thérapie de choc » néolibérale qui plongeait des dizaines de millions de gens dans la misère et le désarroi – mais, certes, quel festin du côté des « oligarques » montants, de la jeunesse dorée de Moscou, de tous leurs admirateurs en Occident, n’était-ce pas « le Marché en plein épanouissement » ?! Il n’y a pas à dire : il s’est épanoui. Les pénuries de l’ère soviétique ont bien fait place à l’abondance de l’offre. Et si l’épargne populaire de plusieurs décennies s’envola en quelques jours grâce à la libération des prix, des fortunes fabuleuses ont pu s’édifier grâce à la même « libération » et à l’exportation également « libérée » des matières premières vers les zones à devises fortes. Les compressions des dépenses publiques ont permis de rembourser, partiellement, les prêts que le Fonds Monétaire International concédait à la Russie à la condition qu’elle « libère » les prix, comprime les subventions aux industries, aux écoles, à la santé, engage un grand programme de privatisation des biens collectivisés depuis 1917-1927.

L’auteur de la thérapie de choc, Egor Gaïdar, a remarquablement bien défendu sa cause dans un ouvrage paru peu avant sa mort. Libéralisation des prix, privatisations, stabilisation monétaire : sur ces trois fronts, la stratégie mise en œuvre a atteint ses objectifs, du moins le « point de non retour » qui a rendu irréversible le processus de « sortie du communisme ».  L’Occident peut lui en être infiniment reconnaissant.  La société russe n’en éprouve pas la même gratitude. Qu’a-t-elle donc à reprocher à ce tournant décisif sans lequel, qui sait, les « rouges et bruns » auraient pris leur revanche, restauré l’URSS ?!

Le très nouveau Parlement russe (né en 1989) mensongèrement présenté chez nous comme « communiste et conservateur », avait élu Boris ELtsine à sa présidence puis l’avait promu à celle de la Russie,  non sans ardemment soutenir ses réformes « de Marché » contre le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev jugé « indécis », de même qu’il a  voté la dissolution de l’URSS. On ne saurait donc présenter le conflit ultime de 1993 comme un affrontement entre un parlement de « nostalgiques de l’URSS » et  les antisoviétiques du pouvoir exécutif.

Ce parlement originellement « eltsinien » était entré en conflit avec le président au vu des conséquences sociales catastrophiques des « réformes », et des méthodes autoritaires de l’exécutif « démocrate ». Il y avait  au sein de ce nouveau « front du refus », des démocrates déçus, des communistes qui s’étaient « ravisés », des nationalistes effarés par l’effondrement du pays – une majorité désormais acquise, non à un « retour en arrière », mais à une politique économique de régulation du marché et de protection des masses paupérisées, voire de réaction antilibérale et antioccidentale, vu le rôle joué dans la catastrophe par le FMI et les conseillers américains des « Chicago boys » de Moscou. La contestation était menée par deux fidèles lieutenants de Boris Eltsine, du moins jusqu’en 1992, le vice-président Alexandre Routskoï, et le président du Soviet Suprême de Russie, le Tchétchène Rouslan Khasboulatov. (Un Tchétchène à la tête du Parlement russe, voilà qui peut paraître, avec le recul, assez paradoxal !)

Dans le climat néolibéral de l’époque, il suffisait de dire que « le marché devait être réglementé » pour se faire traiter de « communiste conservateur » dans une presse russe aux mains de nouveaux groupes financiers en train de faire main basse sur les biens publics – 1993 était l’année du début des « grandes privatisations ». Beaucoup de Russes faisaient encore confiance au président Eltsine et il ne manquait pas de travailleurs pour croire que les privatisations allaient donner la propriété aux « collectifs de travail » et non aux directeurs et aux groupes financiers. Le parlement (Soviet Suprême) pouvait s’appuyer, lui, sur des sondages d’opinion qui montraient l’opposition d’une majorité de la population aux grandes privatisations et au démantèlement des services publics. Il y avait sans doute une grande confusion : hostiles au néolibéralisme (une « inconnue » totale en URSS !) qui n’avait pas encore montré l’entièreté de son visage, beaucoup de Russes croyaient encore aux promesses « de Justice sociale » dont ne cessait de les abreuver Eltsine. Mais dès le 1er mai, de violents affrontements entre manifestants et forces anti-émeutes installèrent un climat de pré-guerre civile dans les rues de Moscou. Les conseillers occidentaux du Kremlin, et certains de nos « kremlinologues » encourageaient le président russe à trancher dans le vif, à en finir avec ce parlementarisme soudainement perçu comme entrave à la « démocratie de Marché ».

Le Parlement fut dissous le 21 septembre par le président Boris Elstine. En réplique à la dissolution, le parlement destitua Eltsine et accorda la présidence au vice-président Routskoi. En réplique à la réplique, Eltsine organisa le blocus militaire du parlement. Ses partisans affluèrent au secours des assiégés, certains étaient armés.

En réponse, des troupes d’élite mitraillèrent les manifestants et le bâtiment abritant le parlement, la « Maison Blanche » sur les quais de la Moscova (où siège désormais le gouvernement) fut bombardée le 5 octobre par les tanks de la Division Taman.

L’épreuve se conclut donc par un massacre – plus de 150 morts selon une estimation officieuse prudente et invérifiable- suivi, à Moscou, du premier « nettoyage ethnique » anticaucasien de l’histoire de la Nouvelle Russie.  Et l’année suivante, de la première guerre en Tchétchénie.  Une Constitution présidentielle fut adoptée en décembre, toujours en vigueur. Voilà ce que nos médias unanimes, il y a vingt ans, nos gouvernements, nos grands partis démocratiques, suivant en cela les Etats-Unis (Bill Clinton) et le FMI, ont présenté comme un affrontement entre « démocrates » eltsiniens et  « conservateurs-communistes-rouges-bruns-fascistes etc… » se soldant par une grande « Victoire de la Démocratie ». Les écoles de journalisme devraient passer en revue les infos et commentaires des journaux et télés de l’époque, comme exercice sur le thème « objectivité et impartialité des médias ».

Les libéraux russes les plus radicaux, qui en appelaient depuis des années à un « Pinochet russe pour faire gagner les réformes », assument sans gêne aucune ce coup de force de même qu’ils présentent Pinochet comme « ayant sauvé le Chili du communisme ». Les libéraux assagis, qu’ils soient au pouvoir avec Poutine ou contre lui dans l’opposition, de même que nos milieux académiques liés aux opposants libéraux professent aujourd’hui des visions plus nuancées : le bain de sang d’octobre 1993 ne fut pas glorieux, et il n’a pas vraiment, totalement assuré « la victoire de la Démocratie ».

Mon sentiment, ma conviction dès cette époque et à fortiori vingt ans plus tard est qu’au contraire, les cent fleurs de la démocratisation écloses lors de la Glasnost des années 80 furent anéanties en quelques jours par un coup de force foncièrement antidémocratique.

Qu’on me permette ici une parenthèse personnelle. Journaliste à la RTBF[1], j’étais de longue date publié, dans divers pays, comme « spécialiste de l’URSS » mais ignoré en tant que tel par mon principal employeur jusqu’au printemps 1987, date de mon premier reportage à Moscou pour le Journal Télévisé[2]. C’est que je proposais l’image d’une « société en mouvement », bouillonnante de débats internes alors qu’il  était convenu de la décrire comme un totalitarisme pris dans les glaces éternelles. « Mon heure » vint lorsque les médias quasi-unanimes prirent le tournant suite à la reconnaissance, par la CIA, en 1986, qu’il y avait  vraiment « des changements en URSS ». Je fis alors un bref passage « dans l’air du temps », puisque favorable aux réformes de Gorbatchev comme tout le monde, quoique pour des raisons propres à ceux (dont j’étais) qui en espéraient l’avènement d’une « véritable démocratie » fondée sur plus de justice sociale. L’écart se fit dès que le cours réformateur effectua, en 1989, son tournant néolibéral et à fortiori lorsque le leader « séparatiste » (Eltsine) de la Nouvelle Russie adopta la politique dite de « thérapie de choc » inspirée par le FMI et les « Chicago boys » et autres « experts de Harvard » dont la « science » avait déjà servi au Chili  sous Pinochet, en Grande-Bretagne sous Margaret Tatcher et avec Ronald Reagan aux Etats-Unis.

Le bain de sang de 1993 fut l’aboutissement de cette « Démocratie de choc »…et dès ce moment, ce que je pouvais en dire sur antenne devint inaudible, car trop décalé par rapport à la « norme », soit à la propagande pro-eltsinienne que subissait quotidiennement nos opinions publiques, y compris dans les milieux de gauche qu’effrayait plus que tout un éventuel « retour des communistes » au pouvoir à Moscou. Que pouvait-on expliquer dans les « deux minutes » imparties au JT, à contre-courant du flot d’éloges des « réformes russes » qui déferlait dans l’ensemble des médias depuis deux ans ! Conscient d’être en porte-à-faux avec le discours dominant j’ai renoncé à encore intervenir sur les questions russes au  Journal télévisé  et, en général, j’ai vu se fermer bien des portes qui m’avaient été ouvertes à la fin des années 1980. Ce fut une expérience – une de plus – du mensonge persistant de « l’objectivité » et de « l’indépendance » des grands médias de masse. Je n’avais déjà plus la naïveté d’en être surpris. Fin de parenthèse personnelle.

A l’époque,  notre association « Maison Commune »[3] à Bruxelles publia une brochure sur les événements et les commentaires de presse que l’on pourrait exhiber sans fausse honte vingt ans plus tard ! La comparaison serait éloquente !

La fin de la première république parlementaire de l’histoire russe

Le Parlement de la Fédération de Russie étranglé par le pouvoir exécutif était l’un des produits de la Perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev. Elu dans des conditions semi-démocratiques sans précédent, il s’appelait encore « Soviet Suprême » et comptait une majorité de députés issus du Parti Communiste d’Union Soviétique – un « argument » dont on se servit contre eux, alors que d’évidence, la plupart des responsables russes, y compris les plus radicalement libéraux, étaient issus de la même et unique « cuisse de Jupiter » et qu’en l’occurrence bon nombre d’entre eux avaient choisi la lutte contre le « communisme » établi et en faveur d’idées aux antipodes du socialisme. Le dit Parlement, et les nombreux soviets locaux renouvelés en 1989-90, s’étaient détachés de Gorbatchev, lequel hésitait encore entre réformes libérales et « choix socialiste », au profit d’un Boris Eltsine batailleur, qui leur promettait des réformes radicales « de Marché » mais également « de Justice » et « de Progrès ». On promettait même aux ouvriers qu’ils allaient devenir « propriétaires collectifs » des usines privatisées. Eltsine avait le soutien de nouveaux syndicats « libres » impatients de se débarrasser des « bureaucrates » soviétiques et d’instaurer « l’autogestion » rendue possible, à leurs yeux, par la désétatisation de l’économie. Libéraux, « gauchistes » et libéral-libertaires se rejoignaient dans la célébration des « libertés », l’anticommunisme, les séductions du consumérisme, de l’individualisme, de la « société civile » affranchie de la tutelle de l’état.

Dans un contexte de dislocation de l’URSS, l’heure était du reste à la défense des intérêts de la Russie et non plus au raccommodage de l’URSS. Bien des  nationaux-démocrates ralliés à Eltsine étaient alors soucieux de se débarrasser du « poids des républiques », objectif également prioritaire pour ceux qui, aux commandes des secteurs d’exportation des hydrocarbures, entendaient monopoliser à leur profit ces activités juteuses entre toutes.

Ce consensus s’est progressivement effrité à mesure que la dislocation de l’URSS, précipitée fin 1991, et la « thérapie de choc » amorcée en janvier 1992 montrèrent leurs effets désastreux sur le niveau de vie, la santé, les relations inter-ethniques, alors que les guerres civiles ravageaient déjà la Géorgie et le Tadjikistan et que le conflit armé menaçait entre Arménie et Azerbaïdjan.

Malgré tout, le Président obtint le vote de confiance d’une majorité de votants (mais non d’électeurs inscrits ) lors d’un référendum en avril 1993. La grande masse de la population était plus abasourdie et plongée dans des stratégies de survie qu’intéressée au débat politique, et le régime soviétique ne l’avait certes pas éduquée à la protestation collective. Nombre d’ex-Soviétiques croyaient encore qu’il ne s’agirait que d’une « mauvaise passe » de quelques années. Les sondages montraient cependant qu’en même temps qu’une cote favorable à Eltsine se maintenait, une majorité s’opposait aux privatisations de la grande industrie et au démantèlement des protections sociales, aux coupes sombres dans la santé publique. D’aucuns attendaient du président qu’il « corrige le tir ». N’avait-il pas souligné le besoin d’une approche plus « sociale » des réformes ? Mais la paupérisation et la désespérance gagnaient du terrain. Ils ne trouvaient pas d’expression politique (méfiance envers les communistes) ni syndicale (absence ou « libéralisation » des syndicats), seul le Parlement faisait entendre une voix rebelle, mais ce parlement était aussi sans réelle base sociale, trop compromis dans les jeux politiciens qui, depuis 1991, éveillaient suspicion ou indifférence au sein d’une population complètement aotomisée.

Aux démocrates libéraux et pro-occidentaux au pouvoir s’opposait désormais un front du refus parlementaire éclectique, composé de démocrates eltsiniens déçus, de sociaux-démocrates en quête de « troisième voie », de communistes et de nationalistes pris de colère en voyant le pays s’effondrer. Des groupes de combat armés, communistes et néofascistes (dont la milice de l’Unité Nationale Russe arborant la swastika) vinrent au secours des députés soumis au blocus militaire dans le parlement (la Maison Blanche) où ils s’étaient retranchés, privés d’eau, d’électricité et de téléphone. Refusant toute négociation, Eltsine décida d’en finir au moyen des armes, faisant appel aux blindés de la Division d’élite Taman et postant ses snipers  sur les toîts des immeubles d’où ils canardèrent les manifestants.

Le choix de l’Occident et de l’oligarchie naissante

Le président avait obtenu l’aval de ses pourvoyeurs de fonds du FMI et de ses « mentors » étatsuniens.  Son choix était logique et rationnel.  L’appui enthousiaste de l’Occident et de ses « chiens de garde » médiatiques n’était pas moins motivé de leur point de vue. Il faut se souvenir qu’à cette époque, la diplomatie russe que dirigeait Andrei Kozyrev s’était alignée sur les Etats-Unis, pour qui la Russie était la locomotive espérée de leur pénétration dans le continent eurasiatique.

La thérapie de choc – libéralisation des prix, compression drastique des dépenses publiques, privatisations prévues pour 80% de l’économie – n’aurait pu se poursuivre sans briser cette résistance. L’oligarchie financière et médiatique n’aurait pu s’emparer des secteurs-clé, notamment pétrolier, sans un changement radical du rapport des forces. Il n’y avait d’autre issue, pour les « démocrates », que la canonnade. Une négociation, que tentait l’Eglise Orthodoxe, aurait nécessairement remis en cause les plans radicaux d’Egor Gaïdar, Anatoli Tchoubaïs, et de l’élite oligarchique alors personnalisée par feu Boris Berezovski et Vladimir Goussinski. Et qui sait, les « collectifs de travailleurs » et les mouvements sociaux qui avaient le vent en poupe à la fin des années 80 auraient peu redonner de la voix, intervenir dans le débat sur le grand repartage de la propriété ? Impensable pour les élites du pouvoir, qu’il s’agisse de la nouvelle oligarchie financière ou de la nomenklatura bureaucratique recyclée dans les affaires ou dans l’appareil présidentiel.

Le régime présidentiel instauré en décembre 1993 – entériné par un référendum aux résultats très controversés – consacra l’avènement d’un régime autoritaire qui allait engager, l’année suivante, la première guerre en Tchétchénie.  On évita cependant une dictature « à la Pinochet » comme le proposaient certains idéologues démocrates des plus radicaux. A la répression d’Octobre répondit une victoire inquiétante, aux élections législatives de décembre, des forces nationalistes pseudo-oppositionelles [4] et communistes. Une opposition restait donc tolérée, mais le nouveau parlement (la Douma) n’avait plus qu’un rôle réduit.

Les nombreuses initiatives sociales autonomes qui avaient jailli à la fin des années 1980 et donné lieu à des mouvements ouvriers, intellectuels, écologistes réellement indépendants du pouvoir ont été littéralement anéanties. L’objectif même des « réformes » n’était-il pas de faire naître « une classe de propriétaires » garante de la « nouvelle Démocratie » mais dans la servitude du grand nombre et l’éradication des idées socialistes toujours vivaces ?

L’expérience ultralibérale aboutira au krach financier de 1998, qui fut aussi, en Russie, la défaite des idées libérales et des formations politiques eltsiniennes.

A ce moment-là, la même presse qui chez nous avait encensé Eltsine se mit à décrire la Russie sous des traits apocalyptiques. Or, la crise de 1998 fut aussi l’occasion, pour le nouveau gouvernement (éphémère) d’Evgueny Primakov, une sorte de social-démocrate, de réorienter la politique dans un sens plus régulateur. Il tenta en vain d’écarter des centres du pouvoir les oligarques dominants, ce qui lui valut d’en être lui-même évincé. Lui succéda un Vladimir Poutine, premier ministre puis président, très lié aux dits oligarques qu’il écartera plus tard, « sauveur du régime » mais initiateur d’une restauration de l’état et de la souveraineté nationale qui lui voudra les hostilités des plus radicalement libéraux et de l’Occident.

C’est alors que prit son essor une « société civile » oppositionnelle d’un autre genre, composée pour l’essentiel d’ONG (en Russie, on fit « organisations non commerciales » NKO) financées par des fondations étatsuniennes très militantes…et nullement intéressées par une démocratisation sociale telle qu’il s’en ébaucha avant 1993. Mais c’est déjà une « autre histoire ».

Cette histoire « d’après le choc » est aussi celle des bilans. La réussite de Gaïdar évoquée plus haut est indéniable. La Russie, et les autres pays de l’espace ex-soviétique, se sont bien engagés, de façon irréversible, dans la voie du capitalisme. Après une décennie d’ effondrement, l’économie et la puissance russes ont retrouvé le chemin du redressement, fût-il limité à la croissance d’une puissance exportatrice d’énergie et à son redéploiement militaire. Ce qu’il en a coûté socialement, culturellement est une façon de voir que les réformateurs « économicistes » ont souvent balayé d’un revers de la main. D’autres penseurs libéraux, peu suspects de nostalgies socialistes, n’en estiment pas moins que la « stratégie du choc » destructrice du potentiel hérité de l’URSS a été fatale pour la « modernisation de la Russie » telle qu’eux, libéraux éclairés, l’envisagent.  Loin de ce que leur mentor Georges Soros, après le krach de 1998 qui lui coûta deux milliards de dollars, a qualifié lui-même de « capitalisme de prédation ».

Jean-Marie Chauvier

Septembre 2013

 



[1] Radio-Télévision belge d’expressionb française.

[2] Précédemment, en 1983, j’avais obtenu, de haute lutte contre l’autorité du Journal Parlé où j’étais affecté, l’autorisation d’accomplir un reportage télévisé en URSS pour l’émission « A suivre » d’Enquêtes et Reportages, où je fus affecté par la suite. A l’époque,  les autorités soviétiques (avant Gorbatchev) n’étaient pas moins réticentes à me voir enquêter sur ce que j’avais nommé, comme titre de l’émission de 1983, « Le Jour d’Avant » – … me sirtuanbt donc « avant « les changements que je me permettais de supputer alors qu’ils paraissaient à la plupart invraisemblables. Nul ne savait (et moi non plus) à quel point ils étaient imminents et formidables, nul n’imaginait que les dirigeants soviétiques eux-mêmes allaient conduire l’URSS à sa perte en l’espace de quelques années ! De 1993 à 1991 : huit années !

[3] Association bruxelloise, animatrice de débats sur les changements à l’Est et dans le Nouvel Ordre Mondial. (1991-1993)

[4] Parmi celles-ci, le Parti Libéral-Démocratique de Vladimir Jirinovski servait en fait à drainer des voix nationalistes au profit d’une politique de complaisance envers le Kremlin.

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Le président Bachar al-Assad a affirmé l’engagement de la Syrie à tous les impératifs de l’adhésion à la Convention sur l’Interdiction des Armes chimiques et à l’exécution de son contenu, en réponse à l’initiative russe, et loin des menaces américaines “auxquelles la Syrie ne s’était pas soumise un jour”.

Abordant l’accord de la Syrie sur la destruction de ses armes chimiques, le président al-Assad a indiqué, dans une interview avec la chaîne américaine Fox News, que la Syrie, qui est depuis 10 ans, membre non-permanent du Conseil de sécurité, avait proposé aux Nations Unies et au Conseil de sécurité de se débarrasser des armes de destruction massive et de faire du Moyen-Orient, une zone vide d’ADM mais les États-Unis se sont opposés à cette proposition.

“Nous voulons voire notre région vide de toutes sortes d’armes de destruction massive parce qu’elle est très volatile, et toujours sur le point de l’anarchie et des guerres”, a-t-il ajouté.

A une question si le président Obama pourrait avoir confiance en Syrie pour aller en avant dans ladite convention, le président al-Assad a répondu : “Je ne pense pas que le président Obama devrait avoir confiance en moi, d’abord c’est le peuple syrien qui doit avoir confiance en moi et non pas le président Obama.

Deuxièmement, quand vous parlez de contrats et de relations internationales, il faut avoir des mécanismes fondées sur des critères objectifs, donc si vous voulez faire confiance ou pas confiance, regarder ce pays, voir s’ils obéissent à ces mécanismes et à ces règles ou pas”. Le président al-Assad a indiqué que la Direction syrienne cherche seulement la confiance du peuple syrien.

Le président al-Assad a jugé toute offensive politique sur le règlement de la crise syrienne sans la réalisation de la stabilité commme “illusions”. “Toute offensive politique doit commencer par l’arrêt de l’afflux des terroristes et du soutien logistique à ces derniers”, a-t-il indiqué.

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Le président syrien a reconnu qu’il disposait d’armes chimiques, et a fait part de sa volonté de les détruire. “Une opération qui prendra un an, et qui coûtera un milliard de dollars. Si l’Administration américaine est prête à payer cette somme d’argent et d’assumer la responsabilité du transport de ces produits toxiques aux Etats-Unis qu’ils le fassent, mais en coopération avec l’Organisation onusienne concernée”, a-t-il indiqué.

Le président al-Assad a précisé que la Syrie n’impose aucune condition sur l’envoi des armes chimiques à n’importe où si elles seront détruites, vu qu’elles sont nocives pour l’environnement.

Le président al-Assad a remercié la Russie qui bloque depuis le début du conflit toute résolution contraignante au Conseil de sécurité et pour son soutien à la SYrie face à l’attaque féroce dont elle fait l’objet.

A la question si la Syrie est d’accord avec le dernier rapport des Nations Unies concernant l’usage des armes chimiques aux alentours de Damas le 21 août dernier, le président al-Assad a nié toute responsabilité de cette attaque, rappelant que les enquêteurs n’ont pas encore terminé leur mission.

“Ils vont revenir et nous devons en discuter avec eux, nous devons voir les détails, mais nous ne pouvons pas être en désaccord sans avoir les preuves. Donc, personne n’a dit que le gaz toxique n’a pas été utilisé, car en mars nous avons invité la délégation en Syrie parce que le gaz Sarin a été utilisé. Nous avons la preuve qu’il a été utilisé en mars à Alep. Le gaz sarin est nommé “Gaz de cuisine” parce que chaque personne pourrait le fabriquer chez lui. “Chaque rebelle pourrait fabriquer ce gaz surtout si il était soutenu par des gouvernements possédant des substances chimiques pourraient les délivrer aux rebelles”, a-t-il ajouté.

Le président al-Assad a, en outre, précisé que des dizaines de milliers de djihadistes, soutenus par des personnes qui ont la même idéologie, sont entrés en Syrie de différents pays, on n’a pas d’informations si des Etats les soutiendraient directement, mais pour être précis ils recevaient  des dons octroyés par des individus.

Le président al-Assad a ajouté que des dizaines de milliers de Syriens sont morts dans le conflit du fait des attaques terroristes, des assassinats et des attentats-suicide,a insi que des soldats gouvernementaux qui ont trouvé la mort dans ce conflit. “La plupart des innocents sont tués par les terroristes et non pas par le gouvernement. Aucun gouvernement dans le monde ne procède à tuer son peuple. Comment pourrions-nous résister pour deux ans et demi si nous tuons notre peuple, au moment où l’Occident est contre nous et tous les pays de la région et notre peuple sont contre nous. Est-t-il réaliste ?”.

A une question sur son attachement à sa position face aux exigences pacifiques des citoyens de réaliser la démocratie, le président al-Assad a indiqué que “dès le début et avant l’arrivée des terroristes et des étrangers en Syrie, en 2011, six jours après le conflit, nous avons dit que nous allons faire des changements et nous avons commencé le processus de la modification de la constitution, deux ou trois mois après le conflit. Ce n’est pas moi qui ai changé la constitution, ce sont les Syriens qui avaient voté pour la nouvelle constitution via un référendum au début de 2012, en février, soit avant la fin de l’année qui suit le conflit. Donc, ce que vous dites est bien loin de la réalité, c’est un récit complètement différent, aucune de ces choses ne s’est passée en Syrie. Il s’agit peut-être d’un autre pays. Ce qui s’est passé en Syrie est que nous avions dit qu’il y a des exigences et que nous sommes prêts à changer quoi que ce soit.

A propos de la coopération de la Syrie pour la tenue de la conférence de Genève, le président al-Assad a indiqué que la Syrie avait soutenu le processus de Genève dés le début et les émissaires de l’ONU qui venaient en Syrie mais les Etats-Unis avaient dressé des obstacles pour de différentes raisons, la première était que les Etats-Unis savent qu’il n’y pas d’opposition réelle à l’extérieur. ” L’essence de la conférence de Genève doit s’appuyer sur la volonté du peuple Syrien et tout ce qui sera obtenu de Genève sera présenté au peuple syrien. Si vous n’aurez pas des bases populaires vous n’aurez pas la capacité de convaincre le peuple syrien d’agir avec vous”, a-t-il indiqué.

Questionné sur la possibilité de présenter sa candidature pour les prochaines élections 2014, le président al-Assad a indiqué qu’il est prématuré de parler de cette question, précisant q’une telle décision sera prise avant les élections.

Le président al-Assad a indiqué que la Syrie ne voit pas les Etats-Unis et le peuple américain comme ennemis.” Nous aimons toujours avoir de bonnes relations avec tous les pays du monde et en particulier avec les Etats-Unis parce qu’ils sont un grand Etat mais ces relations dépend de leur crédibilité. C’est normal et évident. Mais cela ne veut pas dire aller dans la direction que déterminent les Etats-Unis. Nous avons notre intérêt et notre civilisation et nous avons notre volonté. Ils doivent accepter et respecter cela. Nous n’avons pas de problème au cas du respect mutuel. Bien sûr, nous voulons avoir de bonnes relations”, a-t-il précisé.

A propos de l’élaboration d’une nouvelle constitution en Syrie qui garantira la liberté du peuple, le président al-Assad a répondu que la Syrie a une constitution qui garantit davantage de libertés, mais cela dépend de la nature de cette liberté. Les Syriens doivent fixer ce qu’ils voudraient et moi je dois accepter.

Répondant à la question de savoir s’il y a quelque chose dans ces deux ans d’horreur et de guerre sanglante à rattraper à ce moment, le président al-Assad a répondu que la majorité du peuple syrien avait expérimenté la signification du terrorisme , surtout que la Syrie était autrefois l’un des pays les plus sécurisés au monde et qu’elle était le numéro quatre sur l’échelle internationale de la sécurité. “Ces gens soutiennent le gouvernement, ainsi, ils sont derrières le gouvernement. Pas ou peu importe s’ils sont derrières moi ou pas. La chose la plus importante est que la majorité est derrière les institutions.

S’interrogeant sur l’existence de 60 à 70% du territoire syrien en dehors du contrôle du gouvernement, le président al-Assad a indiqué que quoi qu’il en soit, l’armée et la police n’existent pas partout en Syrie, et le problème reste que la guerre n’est pas entre deux pays ou deux armées. Il s’agit de l’infiltration de terroristes qui se déplacent d’une région à une autre pour la destruction et le meurtre. “Le problème maintenant est l’infiltration de ces terroristes en Syrie et le problème le plus dangereux est que nous confrontons leur idéologie, ce qui est plus important que ce pourcentage.

“Un grand nombre d’entre eux sont des étrangers non Syriens et ils partiront un jour ou ils trouveront la mort en Syrie, mais leur idéologie demeurera le principal souci de la Syrie et des pays voisins, et cela devrait être le souci de tous les pays du monde, y compris les Etats-Unis”, a-t-il souligné.

Questionné sur la possibilité de tenir des négociations avec l’opposition syrienne, le président al-Assad a affirmé que le gouvernement syrien est disposé à mener des discussions avec n’import quel Parti politique à l’intérieur et à l’extérieur mais “non pas avec les terroristes”.

“L’opposition ne signifie ni porter l’arme ni tuer les innocents ni détruire les écoles et les infrastructures”, a-t-il insisté.

Il a affirmé que la plupart des Syriens déplacés ont quitté leurs villages, leurs villes et leurs maisons à cause des terroristes et non pas du gouvernement, les appelant à retourner à leurs foyers.

Questionné sur la possibilité de la tenue des élections présidentielles, le président al-Assad a souligné que conformément à la constitution, des élections libres seront organisées en mai 2014, affirmant que le plus grand défi à présent est de débarrasser des terroristes.

R.B. / L.A.

Voir le reportage en français :

http://lci.tf1.fr/monde/moyen-orient/video-syrie-pour-assad-le-desarmement-chimique-coutera-un-milliard-8268615.html

Entrevue intégrale en anglais : (possibilité de mettre les sous-titres en français en cliquant sur sous-titres en anglais automatiques, puis cliquez traduire et choisir comme langue le français)

Voir également le reportage de RT :

 

 

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Les États-Unis et leurs deux alliés principaux, la Grande-Bretagne, et la France, ont insisté lundi sur l’idée qu’il faut une menace d’attaque militaire contre la Syrie au cas où le gouvernement du président Bashar el-Assad ne respecterait pas strictement les exigences de l’accord sur les armes chimiques, passé samedi entre le ministre américain des Affaires étrangères John Kerry et son homologue russe Sergei Lavrov.

La rhétorique belliqueuse de la réunion de Paris entre Kerry, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, et l’Anglais William Hague a souligné les divergences aiguës qu’ils ont avec la Russie. Cette dernière a prévenu que les menaces de l’Occident pourraient nuire à toute chance de mettre fin aux deux années et demie de guerre civile en Syrie.

« Si Assad ne respecte pas les termes de ce cadre à temps, ne vous y trompez pas, nous sommes tous d’avis, et cela inclut la Russie, qu’il y aura des conséquences, » a déclaré Kerry. Il a affirmé que la Russie avait exprimé son soutien pour une résolution du Conseil de sécurité qui s’appuierait sur le chapitre VII de la Charte des Nations unies, laquelle peut autoriser l’usage de la force militaire, si la Syrie n’obtempère pas.

Le message envoyé par la réunion de Paris reprend les menaces faites au cours du week-end à la fois par le président américain Barack Obama et le président français François Hollande, dont le gouvernement a été le seul au monde à promettre de se joindre aux États-Unis dans leur agression prévue contre la Syrie.

« Si la diplomatie échoue, les États-Unis restent prêts à agir, » a averti Obama dans un entretien télévisé dimanche.

Dans un discours prononcé le même jour, le président français Hollande a déclaré, « l’option militaire doit demeurer, sinon il n’y aura pas de contrainte. »

Une flotte de guerre américaine reste déployée en Méditerranée, prête à frapper la Syrie. Le Pentagone a annoncé qu’elle resterait en place indéfiniment.

Après une rapide course à la guerre le mois dernier, sous le prétexte des accusations sans preuve désignant le gouvernement d’Assad comme responsable d’une attaque à l’arme chimique le 21 août près de Damas, les plans de Washington pour une attaque unilatérale contre la Syrie ont été suspendus sous l’effet de l’opposition à la guerre largement répandue parmi les masses américaines et des autres pays. Sous le coup du vote historique du parlement britannique le 29 août qui rejetait une résolution de soutien à une action militaire, Obama s’est tourné vers le Congrès américain pour obtenir une résolution d’Autorisation de l’usage de la force militaire (AUFM).

Mais là aussi, l’opposition du peuple américain à une nouvelle guerre au Moyen-Orient, lancée sur des mensonges, a déjoué les plans du président américain. Les membres du Congrès face à des électeurs qui dans leur grande majorité demandaient qu’il n’y ait pas de guerre contre la Syrie, ont trouvé trop dangereux de soutenir l’AUFM, et Obama se trouvait confronté à la possibilité humiliante et inédite de se voir refuser l’approbation d’une guerre par le Congrès.

C’est dans ces conditions que le gouvernement en est arrivé par accident à négocier avec la Russie sur une proposition de désarmement de l’arsenal chimique du régime Syrien. Si l’accord obtenu à Genève samedi a apparemment suspendu une attaque imminente contre la Syrie, les menaces qui viennent de Washington et de ses alliés suggèrent que ce processus de désarmement, la prétendue voie diplomatique, pourrait rapidement mener à une guerre de grande ampleur.

Les experts en armement ont prévenu que la feuille de route imposée par l’accord américano-russe qui fixe des délais extrêmement courts, demandant la destruction de toutes les armes chimiques de la Syrie pour le milieu de l’année prochaine, est pratiquement impossible à respecter quelle que soit la situation, et encore moins dans le contexte d’une guerre civile comme celle qui se déroule en Syrie.

Les trois puissances occidentales se sont également emparées du rapport des inspecteurs des Nations unies sur l’incident du 21 août, publié lundi par le secrétaire général Ban ki-Moon, comme d’une raison supplémentaire pour la guerre.

Ce rapport, a affirmé le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, « ne laisse aucun doute sur l’origine de l’attaque du 21 août, » et l’ambassadeur américain aux Nations unies, Samantha Powers a dit que les détails du rapport « montrent clairement que seul le régime aurait pu [la] mener. »

En fait, ce rapport ne fait rien de tout cela. Il ne porte aucune accusation, et conclut que « des armes chimiques ont été utilisées dans le conflit en cours entre les parties dans la République arabe syrienne, » en s’appuyant sur des preuves médicales, des entretiens avec les survivants et la récupération d’une roquette contenant des traces de sarin.

Un autre organisme, la Commission d’enquête sur la Syrie de l’ONU, se prépare à enquêter sur 14 accusations d’attaques chimiques pour déterminer qui était responsable. Le régime syrien affirme que ses propres soldats ainsi que des civils ont été tués par des munitions chimiques utilisées par les milices soutenues par la CIA qui luttent pour faire tomber le régime d’Assad.

L’un des membres dirigeants de la Commission de l’ONU, Carla Del Ponte, ex-procureur en chef dans deux tribunaux de l’ONU pour crimes de guerre, a révélé en mai dernier que les preuves vont dans le sens de l’usage des armes chimiques, dont le sarin, par les soi-disant rebelles.

Et la semaine dernière, des procureurs turcs ont présenté une mise en examen contre un membre syrien du Front Al Nusra (affilié à Al Qaïda) et ses complices turcs, qu’ils accusent d’avoir tenté de se procurer des produits chimiques en Turquie pour la production de gaz sarin.

La menace d’agression américaine contre la Syrie n’a jamais été motivée par des inquiétudes sur les armes chimiques, ce n’était qu’un prétexte. Le véritable objectif de Washington est un changement de régime en Syrie pour développer l’hégémonie américaine sur le Moyen-Orient et préparer une guerre encore plus large contre l’Iran, qu’ils considèrent comme leur principal rival dans la région.

Dans ce dessein, les États-Unis et leurs alliés à la réunion de Paris ont juré d’accentuer leur soutien aux « rebelles, » terme qui désigne un assortiment d’un millier de milices différentes et d’escadrons de la mort dominé par Al Qaïda et d’autres éléments islamistes. Avec l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont déversé des milliards de dollars en armes et en financement en Syrie, alimentant une guerre civile sanglante qui a fait plus de 100 000 victimes. D’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, les troupes syriennes et les milices pro-Assad représentent plus de 40 pour cent de ces pertes.

Le même jour où le rapport des inspecteurs sur les armes chimiques était publié, la Commission des Nations unies sur les sanctions contre la Libye publiait également un rapport à l’attention du Conseil de sécurité qui établit « un nombre croissant de cas de trafic d’armes et de munitions depuis la Libye vers la République arabe syrienne par mer et par air, » suite à la guerre menée par les États-Unis et l’OTAN pour un changement de régime qui s’est terminée par le meurtre du Colonel Mouammar Kadhafi.

Ce réseau d’armes, financé par le Qatar et coordonné par la CIA, qui a établi une grande station secrète dans la ville Libyenne de Benghazi, laquelle fut attaquée par des militants islamistes l’an dernier, a été une source de grandes quantités d’armes sophistiquées pour les milices anti-Assad.

La semaine dernière, il a été rapporté que la CIA, qui avait organisé la fourniture d’armes achetées par l’Arabie saoudite et le Qatar, arme maintenant les « rebelles » directement.

Le ministre des Affaires étrangères russe, Lavrov, a écarté les affirmations de Kerry selon lesquelles la Russie avait la même position que l’Occident sur l’usage de la force contre la Syrie. « Oui, nos collègues américains aimeraient beaucoup qu’il y ait une résolution fondée sur le chapitre VII, » a-t-il dit. « Mais la déclaration finale, le document final que nous avons approuvé et qui contient les principes directeurs sur la manière de procéder et nos obligations mutuelles, n’en fait pas mention. »

« S’il y a quelqu’un pour qui il est plus important de faire des menaces en permanence […] eh bien c’est une autre voie pour compromettre complètement les chances d’organiser une deuxième conférence de Genève, “ a ajouté Lavrov, en faisant référence à la conférence proposée pour négocier un accord politique sur la guerre civile en Syrie.

La réalité c’est que Washington n’a aucun intérêt à organiser une telle conférence dans une situation où les « rebelles » subissent de plus en plus de défaites et sont, d’après de multiples sources, en voie de désintégration. Ils préfèrent au contraire changer la réalité sur le terrain, par un afflux renforcé d’armes et, en dépit du retard actuel, une action militaire directe.

En plus de prolonger le bain de sang syrien, cette politique prédatrice créé le risque de déclencher une guerre dans toute la région qui pourrait y entraîner les pays voisins, tout comme l’Iran et la Russie.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 17 septembre 2013

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