Le nouveau gouvernement ukrainien dirigé par l’oligarque milliardaire Petro Poroshenko a rapidement révélé sa vraie nature une fois passée l’élection présidentielle du week-end dernier : il organise depuis une répression violente de l’opposition au régime, en particulier à l’Est, qui s’accompagne de mesures d’austérité brutales dirigées contre toute la classe ouvrière.

Lundi, des avions de combat ont lancé des frappes aériennes contre les forces séparatistes pro-russes qui avaient pris le contrôle de l’aéroport international de Donetsk lundi matin. Un responsable du gouvernement de Kiev a également confirmé que des parachutistes avaient atterri près de l’aéroport, disant qu’ils étaient en train de « nettoyer la zone. »

L’aéroport avait été fermé lundi après que les séparatistes aient envahi le terminal et exigé que la Garde nationale ukrainienne s’en aille. Des pilotes venant de Kiev à bord d’un hélicoptère d’assaut Mi-24 et de deux chasseurs MiG-29 et Sukhoi Su-25 ont ensuite tiré des rafales contre des batteries anti-aériennes qui ont brûlé, produisant d’épais panaches de fumée.

À la tombée de la nuit, il n’était toujours pas clair qui contrôlait l’aéroport de Donetsk. Des centaines de militants séparatistes auraient pris position dans les zones boisées à proximité.

Des informations provenant de sources à Donetsk faisaient état d’échanges de tirs dans la gare de la ville ayant tué une personne et fait deux blessés lundi. L’Associated Press a indiqué que les tirs de mortiers du gouvernement ont fait deux morts à Slovyansk.

Lundi, Poroshenko a promis une exécution rapide des actions menées par l’armée à l’Est, disant, « il y aura une forte augmentation de l’efficacité des opérations anti-terroristes. » Il a ajouté, « Les sections et les unités doivent être mieux équipées. Elles doivent avoir un armement moderne, les meilleures munitions. »

Ces opérations militaires à l’Est font suite à des élections frauduleuses qui visaient à donner une légitimité à un putsch soutenu par les États-Unis et les Etats européens contre le précédent gouvernement de Victor Yanukovitch. La chute de Yanukovitch, qui était proche de la Russie, a été déclenchée par des forces de droite nationalistes et fascistes ukrainiennes qui sont profondément impopulaires dans tout le pays, et en particulier dans l’Est majoritairement russophone.

L’élection du 25 mai a été boycottée par de larges portions de la population et les bureaux de vote ont été fermés à l’Est. Même ainsi, Poroshenko, dont les principaux concurrents étaient d’autres oligarques pro-occidentaux, a tout juste obtenu la majorité. Certains reportages indiquent que le score final de Poroshenko serait juste au-dessus des 50 pour cent requis pour éviter un second tour.

La tâche principale de Poroshenko au pouvoir sera de faire appliquer la seconde partie d’un accord d’association avec l’Union européenne, qui comprend des « réformes structurelles » conditionnant un prêt de 17 milliards d’euros du Fonds monétaire international (FMI). La décision de Yanukovitch en novembre 2013 de ne pas signer cet accord d’association avec l’UE fut le principal facteur derrière la campagne de déstabilisation des États-Unis et de l’UE.

Le prêt du FMI est conditionné à l’application de coupes profondes dans les subventions vitales au prix du gaz, dont dépendent des millions d’Ukrainiens. Ces coupes vont augmenter les prix de l’énergie de 425 pour cent au cours des quelques prochaines années.

Les autres mesures anti-ouvrières incluses dans ce prêt comprennent une dévaluation monétaire et un renflouement des principales banques du pays. Ces mesures profondément impopulaires ont été délibérément retardées jusqu’après les élections.

Les fonds prêtés iront directement dans la poche des principaux créanciers du secteur privé ukrainien, principalement des banques européennes, et aux sections du capital ukrainien ayant de bonnes relations avec le pouvoir, pendant que les travailleurs ukrainiens payeront le prix sous la forme de coupes dans les salaires, de privatisation des services, de licenciements massifs et de coupes dans les dépenses budgétaires.

Poroshenko a clairement dit que les opérations militaires en cours à l’Est, qui incluent l’usage d’armes lourdes dans des zones densément peuplées, visent à écraser l’opposition à ces mesures économiques.

« Je vous assure que dès que nous auront stabilisé l’Est et que ces problèmes seront résolus en Ukraine, le boom des investissements va démarrer immédiatement, » avait déclaré Poroshenko lors d’une conférence de presse le 18 mai alors qu’il n’était encore que candidat.

Poroshenko a indiqué qu’il compléterait les opérations contre les séparatistes par des efforts diplomatiques en vue d’un rapprochement avec le président russe Vladimir Poutine. Des négociations intenses avec Poutine sont prévues pour le début du mois de juillet, a-t-il révélé lors d’une conférence de presse lundi 26 mai.

« Parce que M. Poutine et moi nous connaissons tous les deux assez bien, je pense que cela va entraîner des résultats très importants. » a déclaré Poroshenko, qui a fait des affaires en Russie.

Pour sa part, Poutine, en dépit des conflits géopolitiques qui perdurent avec les États-Unis et l’Europe, a signalé qu’il souhaitait parvenir à un accord avec le nouveau gouvernement ukrainien. Cet accord se fera sur la base d’un assaut intensifié contre la classe ouvrière de toute l’Ukraine. La Russie a déjà déclaré qu’elle reconnaissait tant l’élection que le nouveau gouvernement.

Thomas Gaist

Article original, WSWS, paru le 27 mai 2014

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Le New York Times a publié un article de une écrit par Eric Schmitt lundi 26 mai, qui détaille un programme du gouvernement Obama visant à établir de nouvelles unités d’élite dans quatre nations africaines.

D’après le Times, « le programme secret, financé en partie avec des millions de dollars venant des fonds secrets du Pentagone et appliqué par des formateurs parmi lesquels se trouvent des membres des Bérets verts et de la Force delta de l’armée, ont commencé l’an dernier à entraîner et équiper des centaines de commandos sélectionnés avec soin en Libye, au Niger, en Mauritanie et au Mali. »

Bien que l’objectif affiché de ce programme soit de combattre le terrorisme, les nouveaux détachements sont créés pour aider l’impérialisme américain dans sa campagne pour gagner le contrôle des ressources naturelles et établir des positions d’une importance géopolitique stratégique sur le continent.

Le Times fait savoir qu’un total de 70 millions de dollars est en train d’être dépensé pour l’entraînement et l’achat d’armes et d’équipements d’espionnage pour des « bataillons antiterroristes » au Niger et en Mauritanie, où, d’après de hauts responsables du gouvernement Obama, les nouvelles unités en sont à leur « phase de formation. » Bien que les fonds pour ce programme n’aient pas encore été transférés au Mali, 16 millions de dollars supplémentaires ont été dépensés pour créer deux compagnies de soldats d’élite en Libye, où le gouvernement Obama a, d’après le Times, « utilisé un compte de dépense classé secret appelé la Section 1208, afin d’aider les troupes étrangères assistant les forces américaines qui mènent des missions anti-terroristes. »

Cette manœuvre intervient alors que les États-Unis et leurs rivaux impérialistes – la France, le Royaume-uni et l’Allemagne – intensifient leur campagne néocoloniale pour se partager le continent africain. Après la campagne de bombardement de 2011 contre la Libye, les principales puissances impérialistes ont entrepris une série de nouvelles aventures militaires.

Le gouvernement français du président François Hollande a mené une guerre au Mali et en Centrafrique pendant que les États-Unis étendaient leur présence militaire sur le continent. A compter du 21 mai, des soldats américains sont officiellement engagés dans des opérations militaires au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Nigeria, au Tchad, en République d’Afrique centrale, en République démocratique du Congo, au Sud Soudan, en Ouganda, au Kenya, en Ethiopie, en Somalie et à Djibouti (ils ont une base militaire permanente à Djibouti). Avant 2011, les États-Unis n’avait officiellement des troupes sur le terrain que dans quatre de ces pays.

Selon le Commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM), des exercices militaires et des partenariats pour l’entraînement ont également eu lieu au cours des deux dernières années en Afrique du Sud, au Maroc, au Ghana, en Tunisie, au Botswana, au Sénégal, au Liberia, au Cameroun et au Gabon.

Les détails concernant ce nouveau programme soulignent comment les efforts américains pour battre leurs rivaux, dont la Chine, dans la course pour le contrôle du continent ont placé l’impérialisme américain dans la même catégorie que les forces qu’il prétend précisément combattre.

La Libye, l’un des quatre pays où l’armée américaine tente d’établir des unités militaires loyales, est le premier exemple de l’alignement des États-Unis sur les forces fondamentalistes islamistes. Un rapport de décembre 2013 dans leTimes détaillait comment les forces qui ont attaqué le consulat américain et un poste avancé de la CIA à Benghazi le 11 septembre 2012 avaient été employées par la CIA auparavant. Ces exemples de « contre-coup » sont la preuves des liens entre les États-Unis et les groupes terroristes comme Al Qaïda, qui émanaient des forces islamistes anti-soviétiques financées et armées par les États-Unis avant et pendant la guerre de l’Union soviétique en Afghanistan dans les années 1980.

Dans l’article de lundi, le Times a fait des références indirectes aux liens des États-Unis avec les forces terroristes islamistes en Afrique. Il a cité le commandant de l’AFRICOM, le major-général Patrick Donahue, disant, « Il faut s’assurer de qui vous entraînez. Cela ne peut pas être la question standard : « est-ce que ce type était un terroriste ou une sorte de criminel ? » mais encore « quelles sont ses allégeances . Est-ce qu’il est fidèle au pays, ou est-il toujours lié à sa milice ? »

Ce genre de déclaration de la part de responsables militaires américains mettent en lumière les événements qui ont eu lieu dans un ancien camp d’entraînement américain près de Tripoli, où le gouvernement dit que des forces libyennes qui recevaient un entraînement américain ont été battues par des milices islamistes à l’été 2013. Un reportage du Daily Beast publié à la fin du mois d’avril révélait que cette ex-base américaine est maintenant un centre d’opération d’Al Qaïda et fait fonction, d’après un responsable anonyme du ministère de la Défense américain, d’« autoroute majeure, c’est la voie royale pour les combattants étrangers qui vont en Syrie depuis l’Afrique. »

L’article du Times fait référence à « l’effondrement de la mission américaine d’entraînement au contre-terrorisme en août dernier à la base 27, » et cite cela comme un « rappel à la dure réalité » des risques associés à l’établissement d’unités d’élite soutenues par les États-Unis. Le Times cite des responsables de l’armée américaine qui suspectent que le raid sur la base 27 était « un travail de l’intérieur dans lequel un officier ou un soldat libyen a donné des informations à ces membres d’une milice locale de tripoli sur le matériel stocké dans la base. »

Le Times et ses sources militaires ont intérêt à ne pas dévoiler l’étroitesse des liens entre la CIA et les forces liées à Al Qaïda ainsi que la connaissance de ces liens par le gouvernement. Quels que soient les détails exacts de la relation entre les États-Unis et les terroristes, ce commentaire de Donahue et les appels lancés par un ex-officier des opérations spéciales américaines cité par le Times à « un encadrement plus sérieux » des unités d’élite soutenues par les États-Unis constituent une admission que l’impérialisme américain choisit de travailler avec des forces qui créent un risque de « contre-coup » et contre lesquelles est soi-disant menée la « guerre contre le terrorisme ».

Eric London

Article original, WSWS, paru le 28 mai 2014

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Au cours de cette série, l’histoire tumultueuse du FMI en Ukraine est décryptée depuis le déclenchement de la crise de 2007/2008 jusqu’à aujourd’hui, avec une attention particulière sur la période post-insurrectionnelle de 2014. Le plan d’endettement approuvé au forceps par le gouvernement non élu à l’issue du mouvement révolutionnaire est une aubaine pour l’institution et lui permet de renforcer ses recettes capitalistes dans l’ancienne Union soviétique.

La réforme du FMI est rejetée et le versement pour l’Ukraine approuvé

Depuis sa création, la structure du pouvoir au sein du FMI bénéficie aux États-Unis et à ses alliés victorieux au sortir de la seconde guerre mondiale. Profondément inégale, cette répartition du pouvoir qui repose sur la règle « 1 dollar = 1 vote », est de plus en plus contesté par les pays émergents qui veulent leur part du gâteau. Cette querelle exclue de fait les pays pauvres et appauvris, comme l’Ukraine, qui n’ont jamais eu et n’auront pas voix au chapitre au sein de cette institution tant que celle-ci existera. En effet, les États-Unis possèdent une minorité de blocage puisque les décisions importantes nécessitent 85% des voix alors qu’ils détiennent à eux seuls 16,75% des droits de vote. Ils conservent ainsi leur droit de veto depuis la création du Fonds en 1945. L’Ukraine qui fait partie d’un groupe de 16 pays ayant droit à un seul siège sur 24 au Conseil des gouverneurs, n’en détient actuellement que 0,57% |1|.


Les États-Unis bloquent à nouveau la réforme des quotes-parts du FMI

Pour tenter d’établir un semblant de démocratie, et satisfaire la demande des pays émergents, une réforme sur l’augmentation des quotes-parts |2| et le transfert des droits de vote est finalement approuvée par les États membres à la réunion de printemps du FMI en avril 2008 |3|. Le G20 à Pittsburgh en 2009, confirme son accord pour transférer 5% des droits de vote – 3% pour la Banque mondiale qui fonctionne aussi selon la règle « 1 dollar = 1 vote » – des pays riches sur-représentés (notamment la Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la France) vers les pays émergents. La Chine, deuxième puissance économique mondiale, a à nouveau interpellé les pays membres du Fonds en janvier 2014 pour une meilleure répartition donnant plus de pouvoir aux pays émergents. Alors qu’elle détient à peine plus de droits de vote que l’Italie (3,81 % contre 3,16 % respectivement) et moins que la France (4,29 %), l’enjeu permettrait à la Chine de devenir le 3ème membre le plus important de l’institution.

La réforme poursuit son cours interminable et est approuvée cette fois par le Conseil d’administration du FMI fin 2010. Elle renforcerait par ailleurs les moyens d’intervention du Fonds en doublant les ressources permanentes des quotes-parts, pour les porter à environ 755 milliards de dollars |4| sans que les États-Unis aient a contribuer plus. En apportant plus de capitaux cela permet aussi aux pays émergents, comme la Chine, la Turquie, l’Inde, le Brésil, le Mexique ou la Corée du Sud de relever leur quotes-parts, et leurs droits de votes en conséquence. Les pays émergents et en développement passeraient de 39,4% à 44,7%, au dépend des pays les plus riches qui ne perdraient que 5,3 points de pourcentage et conserveraient plus de 55 % des voix. Cette « mini-réforme » ne remettrait donc pas en cause le rapport de force en faveur des États-Unis et des pays riches qui règne au sein de l’institution basée à Washington depuis sa création. Les grands perdants seraient sans surprise les pays appauvris – aussi appelés pays en développement – et notamment les pays africains qui perdraient 0,4 points de pourcentage alors qu’il ne détiennent que 6,8 % de droits de vote.


L’Ukraine révèle le refus catégorique des républicains à tout changement au sein du FMI

La crise ukrainienne a été le prétexte pour les États-Unis de relancer le débat sur cette réforme de la gouvernance du Fonds. L’administration Obama (démocrate) a voulu l’inclure dans un projet de loi dans le cadre de l’aide d’un milliards de dollars promise en toute hâte à l’Ukraine. En effet, en augmentant les quotes-parts et donc en stimulant les ressources disponibles du Fonds grâce à l’apport supplémentaire de pays émergents, celui-ci serait en mesure d’accroître les disponibilités pour l’Ukraine et d’autres futurs candidats qui ne manqueront pas de se présenter. L’Ukraine serait ainsi éligible à 18,6 milliards de dollars sur trois ans, sans obtenir de financement exceptionnel, contre 12,6 milliards actuellement. De plus, la Maison blanche presse depuis un an le Congrès d’approuver un transfert de 63 milliards de dollars des fonds de crise du FMI vers les ressources générales de l’organisation. Cependant les républicains y sont défavorables et ne souhaitent plus envoyer autant de capitaux dans un contexte de crise. Ils jugent disproportionnée l’augmentation du poids des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine..) et craignent pour la suprématie étasunienne au sein du FMI. « Je trouve inexcusable qu’une telle mesure, voulue par Poutine, soit incluse dans une proposition de loi destinée à aider notre allié assiégé » souligne le sénateur républicain Ted Cruz |5|. Devant l’opposition des républicains, le texte a finalement été retiré et abandonné par ses promoteurs démocrates le 25 mars afin de voter au plus vite le prêt d’un milliard de dollars à Kiev, une aide de 150 millions pour l’Ukraine et les pays voisins ainsi que des sanctions aux russes et ukrainiens responsables de corruption.

En définitive, les États-Unis nous apportent la preuve une fois de plus, qu’ils contrôlent le Fonds en faisant l’impasse sur l’entrée en vigueur d’un changement structurel minime de l’institution, pourtant approuvée par les Parlements des 187 autres pays membres. Celle-ci est toujours en attente de ratification par le Congrès étasunien depuis décembre 2010.

Jérôme Duval

Partie 1

FMI UkraineLe FMI activement présent en Ukraine depuis 1994 ne veut pas entendre parler de hausse de salaire
Partie 2

FMI UkraineUKRAINE : Le FMI revient à la charge et impulse la réforme des retraitesLe FMI poursuit sa route en Ukraine(partie 2)
Partie 3

FMI UkraineLe FMI ou l’asphyxie du choix unique?, 27 avril 2014

Partie 5

FMI UkraineUkraine : le FMI passe en force au Parlement

 

Notes

|1| Le groupe des 16 pays auquel appartient l’Ukraine détient 6,57% de droit de vote. Voir la répartition des droits de vote des pays membres du FMI : http://www.imf.org/external/np/sec/…

|2| La quote-part d’un pays membre détermine son engagement financier maximum envers le FMI ainsi que son pouvoir de vote. Fin mars 2008, le total des quotes-parts s’établissait à 217,4 milliards de droit de tirage spécial (DTS) (soit environ 354,3 milliards de dollars).

|3http://www.ladocumentationfrancaise… Communiqué de presse du FMI, 29 avril 2008 : Le Conseil des Gouverneurs du FMI adopte à une large majorité les réformes des quotes-parts et de la représentation. http://www.imf.org/external/french/…

|4| Ce montant est valable au taux de change de l’époque vis à vis des Droits de Tirage spéciaux, le panier de devises du FMI. http://www.imf.org/external/french/…

|5| Le Monde, Le congrès américain abandonne la réforme du FMI, AFP, 25 mars 2014.

L’arrivée en tête dimanche du Front national (FN) néo-fasciste à l’élection européenne en France révèle de façon éclatante la faillite de l’establishmentpolitique français. Il existe dans le pays une colère grandissante face aux guerres et à la politique d’austérité mise en œuvre par le gouvernement PS (Parti socialiste) et l’Union européenne (UE). En raison de la complicité de la « gauche » tout entière dans ces mesures, c’est toutefois l’extrême droite qui en a tiré profit.

Le désarroi causé par le FN dans les partis traditionnels de la classe dirigeante française a été le plus frappant de toutes les élections ayant eu lieu en Europe et qui ont entraîné la victoire de plusieurs partis d’extrême-droite, dont le United Kingdom Independence Party (UKIP) et le Parti du peuple danois.

Selon les résultats officiels d’hier, le FN a obtenu 24,85 pour cent des voix, reléguant l’Union pour un mouvement populaire (UMP) à la seconde place (20,80 pour cent) et le PS du président François Hollande à une humiliante troisième place (13,98 pour cent). Le soi-disant de gauche Front de Gauche n’a recueilli que 6,33 pour cent des voix, une baisse par rapport aux 11 pour cent des élections présidentielles de 2012, tandis que les Verts ont réuni 8,95 pour cent et l’Union des Démocrates indépendants (UDI) 9,92 pour cent. Le FN est arrivé en tête dans 71 départements de la métropole sur 96.

Le FN a obtenu une part importante de voix de travailleurs et de jeunes, dont 30 pour cent des moins de 35 ans (par rapport à seulement 15 pour cent pour le PS), 38 pour cent des employés (16 pour cent pour le PS) et 43 pour cent des travailleurs manuels (8 pour cent pour le PS.)

Alors que l’abstention a atteint un taux massif de 57,57 pour cent, elle n’a pas fait grimper artificiellement le score du FN. Des sondages effectués auprès d’électeurs qui se sont abstenus ont montré que le FN aurait obtenu le plus de voix parmi eux aussi.

Le FN a fait imprimer des affiches se proclamant « premier parti de France. » Dimanche soir, la dirigeante du FN Marine Le Pen a demandé à Hollande de dissoudre l’Assemblée nationale et de tenir de nouvelles élections législatives anticipées pour former un nouveau gouvernement.

« Le président de la République doit maintenant prendre les dispositions qui s’imposent pour que l’Assemblée devienne nationale, représentative du peuple et à même de mener la politique d’indépendance que le peuple a choisi ce soir, » a dit Le Pen. « La France doit arrêter d’urgence de donner des leçons de démocratie à la terre entière » et l’exécutif doit s’apprêter « à avoir des élections qui seront un désaveu encore plus lourd. »

Bien que, d’après des sondages d’opinion publiés par avance, la victoire du FN avait été largement prévue dans les milieux dirigeants, elle a néanmoins envoyé une onde de choc dans l’establishment politique. Au sein de l’UMP, la préoccupation d’être arrivé à la deuxième place a accentué la pression exercée sur le président du parti, Jean-François Copé, pour qu’il démissionne de ses fonctions. Elle a aussi attisé les spéculations sur un retour éventuel de l’ancien président Nicolas Sarkozy dans la vie politique dans le but de conduire l’UMP.

Hollande est actuellement, avec seulement 11 pour cent de soutien pour un renouvellement de son mandat, le président le plus impopulaire de France depuis la création de cette fonction gouvernementale en 1958. Il s’est exprimé le lundi 26 mai dans une allocution pour la forme, préenregistrée et diffusée aux actualités télévisées de 20 h.

Reconnaissant que les élections indiquaient une vaste « défiance à l’égard des partis de gouvernement, » Hollande a clairement fait comprendre qu’il avait décidé d’ignorer la colère populaire et d’imposer le programme des marchés financiers. « Mon devoir est de réformer la France et de réorienter l’Europe, » a dit Hollande en ajoutant : « La ligne de conduite ne peut pas dévier en fonction des circonstances. » Il a réclamé l’application du « pacte de responsabilité » qui prévoit des coupes de 50 milliards d’euros et inclut une « réforme » territoriale impliquant des dizaines de milliards d’euros de coupes sociales.

Le premier ministre PS, Manuel Valls, a qualifié les résultats de « séisme » tout en indiquant vouloir poursuivre l’agenda réactionnaire du PS de réduction d’impôts et de coupes sociales. Il a aussi dit que le PS n’organiserait pas de nouvelles élections législatives comme l’avait demandé Le Pen.

Hollande devrait « descendre de la voiture, arrêter, provoquer une dissolution et faire en sorte que l’extrême droite s’empare des rênes du pays, » a dit Valls. « Nous n’allons pas rajouter à la crise d’identité, la crise morale que la France traverse, en plus, le désordre par des élections, par un pays qui serait ingouvernable. »

Le vote en faveur du FN est une indication de la faillite historique de la bourgeoisie française et présage l’éruption de luttes de classe à venir. Que l’impopulaire gouvernement PS poursuive son agenda d’austérité et de guerre sur la base de l’actuelle majorité à l’Assemblée nationale ou organise éventuellement des élections en cherchant à gouverner en coalition avec des partis droitiers, il aura à faire face à une opposition croissante.

Le vote ne fait pas ressortir un vaste soutien pour le programme viscéralement anti-immigration et protectionniste du FN, et encore moins pour les crimes commis par ses ancêtres politiques, le régime de Vichy de la période fasciste de la deuxième Guerre mondiale et les partisans du règne colonial français durant la guerre d’Algérie entre 1954 et 1962. La tentative d’un gouvernement mené par le FN d’imposer des coupes sociales et une politique raciste provoquerait rapidement une colère explosive parmi les travailleurs et les jeunes immigrés des banlieues appauvries des villes françaises.

Le FN ne recueille des voix que par défaut en raison de la décrépitude des partis de « gauche ». Durant les décennies qui ont suivi l’arrivée au pouvoir en 1981 du premier président PS François Mitterrand, le PS, avec le soutien de ses alliés de la pseudo-gauche, a systématiquement imposé une politique droitière. Débutant par le « tournant de la rigueur » de Mitterrand en 1983, le PS a systématiquement imposé les attaques de la politique de libre marché contre la classe ouvrière, des guerres et des attaques contre les droits démocratiques, comme en 2009 l’interdiction de la burqa.

Le PS s’est appuyé sur les partis de la pseudo-gauche pour réprimer chaque vague de grève, ou de protestation des étudiants contre cette politique; ils ont maintenu des alliances politiques avec le PS et ont semé la démoralisation quant aux perspectives du socialisme. Alors que de vastes couches de la population étaient de plus en plus aliénées par l’establishment politique, on a permis au FN de présenter sa propre politique droitière comme étant « normale » voire même oppositionnelle.

Un avertissement clair et net s’impose : la montée du FN n’est que l’expression la plus frappante du stade avancé de l’évolution de toute la classe dirigeante vers une politique d’extrême droite et vers des formes de règne antidémocratiques. Ceci ne peut être stoppé en s’appuyant sur l’une ou l’autre des factions bourgeoises. La question cruciale qui se pose en France, comme dans toute l’Europe, est la construction de partis socialistes révolutionnaires, de sections du Comité International de la Quatrième Internationale afin de mener une lutte indépendante de la classe ouvrière contre la menace du fascisme.

Les élections du week-end dernier sont un écho, à une température politique plus élevée, des événements qui ont eu lieu il y a douze ans, au premier tour des élections présidentielles du 21 avril 2002. Le candidat PS, Lionel Jospin, avait été éliminé par Jacques Chirac du RPR et par le candidat du FN, Jean-Marie Le Pen, en raison de l’impopularité de la politique d’austérité appliquée par le gouvernement de la Gauche plurielle (PS-PCF-Verts-Radicaux de gauche). Des protestations de masse avaient éclaté au second tour contre le faux « choix » entre Chirac et Le Pen.

La soi-disant de gauche Ligue communiste révolutionnaire (LCR, le prédécesseur du NPA), Lutte Ouvrière (LO) et le Parti des Travailleurs (actuellement le Parti ouvrier indépendant, POI) avaient rejeté l’appel du CIQI à un boycott actif des élections comme base pour le développement d’un mouvement indépendant de la classe ouvrière contre les guerres et les attaques sociales que Chirac allait imposer sitôt réélu.

Au contraire, ils ont promu, aux côtés du PS, l’illusion qu’un vote pour Chirac pourrait endiguer la montée du FN et modérer la politique de Chirac.

Plus d’une décennie plus tard, les illusions pro-capitalistes entretenues par les partis de la pseudo-gauche ont été implacablement démenties par les événements. Loin de stopper la montée du FN, ils ont eux-mêmes servi d’instruments dans le virage radical vers la droite opéré par l’ensemble de l’establishment politique. Ils ont appelé à voter pour le gouvernement réactionnaire de Hollande en 2012 et ils ont soutenu le PS au moment où il s’est lancé dans des guerres et des interventions impérialistes – dont celle de l’Ukraine, où Paris, Washington et Berlin collaborent avec les fascistes de la milice de Secteur droit.

Pour de plus amples informations sur la campagne électorale européenne, consulter le site SEP (UK) election web site (en anglais) et le PSG election web site (en allemand).

 Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 27 mai 2014

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L’oligarque Petro Poroshenko a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle qui s’est tenue en Ukraine dimanche 25 mai. D’après les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote, ce milliardaire pro-Union européenne, surnommé « roi du chocolat », aurait obtenu près de 56 pour cent des voix, loin devant l’autre oligarque et ex-Premier ministre Yulia Timoshenko.

L’objectif de ces élections était de fournir un semblant de légitimité politique au régime de droite installé il y a trois mois avec le soutien des États-Unis et de l’UE, et soutenu par des forces fascistes. De larges portions de la population ont boycotté ces élections, en particulier dans l’Est et le Sud du pays, où beaucoup de bureaux de vote étaient fermés. Elles ont été menées dans des conditions de violence et d’intimidation grandissantes à l’égard des opposants au gouvernement de Kiev.

Si le régime ukrainien et ses partisans ont déclaré que les élections étaient un grand succès, la participation au scrutin a été faible, seulement 55 pour cent pour l’ensemble du pays.

Le gouvernement Obama a envoyé des observateurs sous la houlette de l’ex-ministre des Affaires étrangères Madeleine Albright dans un effort pour influer sur l’ élection. Vendredi, un croiseur lance-missiles de la marine américaine est arrivé en Mer noire, soulignant ainsi l’implication active de l’armée américaine et des agences de renseignements dans le pays.

Le président américain Barack Obama a rapidement déclaré que cette élection était un succès, la qualifiant de « pas important en avant dans les efforts du gouvernement ukrainien pour unifier le pays. » – une référence à l’hostilité du nouveau gouvernement aux mouvements séparatistes pro-russes à l’Est, où la population est majoritairement russophone.

Dans les semaines qui ont précédé l’élection, Poroshenko est apparu comme le candidat du consensus parmi les éléments de la classe dirigeante ukrainienne favorables à des relations plus étroites avec l’UE et à l’imposition de mesures d’austérité sévères contre la classe ouvrière. Il a reçu le soutien de l’ex-champion de boxe Vitali Klitschko qui a lui, été élu maire de Kiev.

Poroshenko est un politicien expérimenté qui a servi pendant cinq ans à la tête du conseil d’administration de la Banque nationale ukrainienne. Il est propriétaire de la Roshen Confectionnary Corporation qui a un capital net de 1,3 milliard de dollars, et il fut également le principal soutien financier de la « révolution orange » soutenue par l’Occident en 2004.

La tâche de Poroshenko sera de poursuivre l’intégration de l’Ukraine dans l’UE, la question qui avait fait que le précédent président, Victor Yanukovitch, était devenu la cible des impérialismes américain et allemand. Poroshenko a juré de compléter un accord d’association économique et politique avec l’UE initié en mars et engageant le pays dans des mesures d’austérité sévères déguisées en « réformes. » La signature de la deuxième partie de cet accord a été délibérément reportée au lendemain de l’élection pour que les mesures impopulaires qu’il rend obligatoires ne soient pas discutées dans le cadre de l’élection.

Avant de voter, Poroshenko a insisté sur l’importance de développer « un très bon climat d’investissement » en Ukraine, et d’adopter « toutes les mesures nécessaires pour attirer les affaires. »

Tout en indiquant que la stabilité en Ukraine exigeait une sorte ou une autre de dialogue avec la Russie, Poroshenko a également insisté sur le fait qu’il ne reconnaissait pas l’annexion de la Crimée par la Russie, ni l’indépendance des provinces orientales de Donetsk et Lugansk, qui se sont déclarées elles-mêmes autonomes.

La deuxième place est revenue à Yulia Timoshenko, la milliardaire qui a fait fortune dans le gaz naturel. Elle avait reçu près de 13 pour cent des voix selon une première estimation. Timoshenko, dont la peine de prison de 7 ans a été commuée après le putsch de février dernier, a réagi à la victoire de Poroshenko en appelant à l’unité nationale et à un référendum sur l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN.

Durant les semaines qui ont précédé ces élections, les forces du Secteur droit ont roué de coups, intimidé et assassiné des membres du groupe Borotba (« lutte ») et du parti communiste d’Ukraine (KPU). Oleg Tsarnev, du Parti des régions de Yanukovitch, a également été frappé par des forces de droite. Tsarnev et le candidat du KPU ont tous deux retiré leur candidature et appelé au boycott de l’élection.

Le nouveau régime s’est appuyé sur des forces fascistes comme sections d’assaut de sa « révolution » et pour terroriser l’opposition politique, mais le soutien populaire à ces groupes est très faible, à l’est comme à l’ouest du pays. Le dirigeant de Svoboda Oleg Tyahnybok n’a reçu que 1,3 pour cent des voix, et le chef de Secteur droit, Dmitry Yarosh, n’a reçu que 1,1 pour cent.

L’élection a eu lieu dans des conditions d’intensification de la guerre civile, en particulier à l’Est. Son caractère frauduleux a été révélé par le boycott suivi par des millions d’électeurs dans les parties industrielles et majoritairement russophones du pays. Il y a également eu des informations faisant mention de la prise de contrôle des urnes ou la fermeture des bureaux de vote par les forces séparatistes.

La Commission centrale des élections a établi que la participation dans le Donetsk était d’à peine plus de 12 pour cent. D’après des sources citées parRia Novosti, les élections n’ont pas eu lieu du tout dans 23 des villes du Donetsk.

Pendant même le déroulement de ces élections, ces zones étaient soumises à l’occupation et au bombardement par les forces du régime. Des vidéos qui montrent des forces ultranationalistes ukrainiennes attaquer des troupes régulières ukrainiennes qui refusaient de tirer sur des civils et des groupes séparatistes ont fait surface vendredi. Des heurts ont eu lieu la veille de l’élection près de Slavyansk où un journaliste italien et son collègue russe furent tués dans des échanges de tirs.

Le Premier ministre Arseniy Yatsenyuk a clairement indiqué que la répression contre la population à l’Est, où l’hostilité au régime quasi-fasciste de Kiev est particulièrement forte, allait continuer dans les jours à venir. « J’aimerais assurer à nos compatriotes des régions du Donetsk et de Luhansk, qui ne pourront pas venir voter à cause de la guerre menée en Ukraine : les criminels n’ont plus beaucoup de temps pour terroriser votre pays. »

Craignant que la situation de plus en plus explosive en Ukraine ne déclenche une montée de l’opposition contre son propre gouvernement, le président russe Vladimir Poutine a réagi à ces élections par plusieurs déclarations conciliantes.

Poutine a déclaré qu’il était prêt à travailler avec quiconque gagnerait l’élection, en dépit de ce qu’il a décrit comme « un chaos et une véritable guerre civile. »

Poutine a indiqué son désir de forger un compromis avec l’impérialisme américain et de désescalader la crise. « En dépit de nos approches divergentes, peut-être diamétralement inconciliables, dans l’évaluation des situations critiques, nous continuons néanmoins à coopérer, » a-t-il dit. « Ils [les États-Unis] n’ont pas suspendu le transit des cargaisons à destination et en provenance de l’Afghanistan et passant par notre territoire parce que c’est bien pratique pour eux. En fait, nous ne l’avons pas interdit non plus, » a-t-il ajouté.

Article original, WSWS, paru le 26 mai 2014

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Tous ont parié sur la chute de la Syrie en quelques mois, mais elle a résisté et résiste toujours. Quand tous les masques seront tombés, les peuples comprendront à quel point ils ont été dupés. Et, il n’est pas impossible que ceux qui l’ont trahie, calomniée, défigurée, maltraitée, en arrivent à le regretter et, même, à la remercier pour s’être battue contre l’ignominie des prétendus défenseurs de l’Humanité [NdT].


Monsieur le Président Al-Assad,

Je vous écris pour remercier l’Armée arabe syrienne de s’être héroïquement portée au secours des Chrétiens de la région montagneuse du Qalamoun. Je suis particulièrement reconnaissant pour sa victoire spectaculaire à Yabroud où, avec les Forces aériennes, elle a réussi à les libérer, ainsi que d’autres Syriens, alors qu’ils étaient détenus en captivité par des terroristes depuis plusieurs années. Et, nous sommes profondément reconnaissants pour la compétence et la bravoure dont les troupes syriennes ont fait montre en sauvant 13 religieuses enlevées puis utilisées comme boucliers humains par de lâches jihadistes à Yabroud.

Il est clair que la guerre en Syrie est en grande partie menée par de vicieux criminels liés à Al-Qaïda. Des groupes, tels al-Nosra et l’Etat Islamique d’Irak et du Levant, commettent systématiquement des crimes de guerre et les pratiquent comme politique officielle. Ils postent fièrement sur YouTube des vidéos montrant les exécutions massives de prisonniers de guerre, les décapitations de prêtres et de civils, et même leur cannibalisme. À Alep, en Juin dernier, al-Nosra s’est vanté d’avoir forcé une mère à les regarder assassiner son fils de 14 ans en lui tirant une balle dans la bouche et le cou. Il est difficile de comprendre comment une nation civilisée en arrive à tolérer les actions de tels criminels assoiffés de sang.

De toute évidence, le peuple syrien est fatigué de voir des mercenaires étrangers pénétrer son territoire pour lui faire la guerre. Votre peuple continue à endurer les crimes de ces jihadistes venus violer et assassiner des Syriens innocents. Et ceci, même si certains médias occidentaux rapportent que les rebelles ont perdu la guerre et que leur cause est désormais sans espoir.

Pourtant, jusqu’ici, peu d’Américains se rendent compte qu’en Syrie les rebelles sont dominés par notre pire ennemi : Al-Qaïda. Ils ne savent pas que vos ennemis ont juré allégeance à la même organisation qui, le 11 Septembre 2001, a envoyé des avions de ligne s’écraser sur le Pentagone et les Tours jumelles, tuant plus de 3000 Américains innocents. Aujourd’hui, les combattants affiliés à Al-Qaïda commettent des attentats-suicides pour assassiner des femmes et des enfants sans défense dans votre pays, tout comme ils ont massacré des civils sans défense ici [aux États-Unis].

Je ne peux pas expliquer comment des Américains, qui ont si cruellement souffert des agissements d’Al-Qaïda, se sont laissé duper au point de soutenir les jihadistes. En revanche, je sais que nombre d’officiels ne sont pas d’accord pour équiper et entraîner les terroristes qui traversent vos frontières à partir du Royaume de Jordanie et de la Turquie.

Le pire des dénouements serait que les rebelles s’emparent de la capitale et hissent le terrifiant drapeau noir d’Al-Qaïda sur Damas. C’est pour cette raison qu’ils se sont vu refuser des armes plus sophistiquées. Les planificateurs militaires savent que les terroristes sont fourbes et indignes de confiance. Rien ne les empêchera d’utiliser les missiles antiaériens contre des avions civils. S’ils avaient réussi à prendre le contrôle de l’arsenal syrien, qui serait de 4000 MANPADS, ils auraient transformé les avions de ligne en boules de feu sur l’aéroport de Dulles, de Heathrow, et de LaGuardia, paralysant l’aviation commerciale dans le monde entier. Les aider à cela est un acte de pure folie.

Comme votre père, vous avez traité avec respect tous les Chrétiens ainsi que la petite communauté des Juifs à Damas. Vous avez défendu les églises des uns et les synagogues des autres, et vous leur avez permis de pratiquer librement leur foi. Pour cela, je vous suis reconnaissant.

En revanche, là où les rebelles ont pris le contrôle, ils ont agi comme des voleurs, des criminels et des vandales. Ils ont violé, torturé, kidnappé et décapité des citoyens innocents. Ils ont profané les églises. Des terroristes ont imposé la “dhimmitude”, une taxe odieuse, aux Chrétiens et aux Juifs, et les ont traités comme des sous-hommes. Je prie pour que votre Armée chasse les jihadistes en dehors de Syrie, afin que les Syriens de toutes les confessions puissent vivre ensemble en paix.

D’ici là, je continuerai à prier pour que les Forces armées syriennes continuent à témoigner de cette même courtoisie extraordinaire dans leur guerre contre les terroristes. Et je vous prie de transmettre mes remerciements personnels à l’Armée arabe syrienne, et aux Forces aériennes, pour avoir protégé tous les Syriens patriotes, notamment les minorités religieuses qui affrontent la mort aux mains de jihadistes étrangers.

 

Sincèrement

Sénateur de Virginie, 13ème District

01/04/2014

 

 

Source : Facebook Présidence syrienne, lettre postée le 26/05/2014

https://www.facebook.com/SyrianPresidency

 

Traduction : Mouna Alno-Nakhal pour mondialisation.ca

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Sur fond de BAPE-2 sur les gaz de schiste, lancé par le PQ, et de nouvelle évaluation environnementale stratégique sur l’ensemble de la filière des hydrocarbures, annoncée par le nouveau gouvernement libéral, voilà que l’industrie veut convaincre le gouvernement de reprendre l’exploration s’il tient à en savoir davantage sur le gaz de schiste.

C’est ce que nous apprend un reportage diffusé à la télé de Radio-Canada ce 24 mai 2014[1]. Selon M. Michael Binnion, « c’est pas possible d’avoir la production si c’est pas sécuritaire, mais c’est pas possible de prouver que c’est sécuritaire sans production. » C’est pourquoi l’industrie, qui veut mettre sur pied un projet-pilote, est à la recherche d’une généreuse communauté qui acceptera d’accueillir un tel « projet d’avenir ».

L’affirmation du président de l’Association pétrolière et gazière du Québec est pour le moins contestable. On exploite quand même du gaz et du pétrole de schiste ailleurs qu’au Québec, non? Et on ne serait pas capable de trouver au moins quelques données, quelques preuves des bienfaits et des dangers de l’opération? Bien sûr, la situation n’est pas tout à fait la même au Québec qu’aux États-Unis, par exemple. Le schiste ne se trouve pas dans le même sol; la géologie n’est pas la même, etc. Mais bon. Aucune situation n’est identique à une autre. Et il ne serait plus possible d’avancer si l’on ne pouvait jamais tirer de conclusions générales valables pour plusieurs cas différents, mais disons… similaires.

Nous sommes tous conscients qu’il est impossible d’exploiter une ressource sans que cela ait sur l’environnement des répercussions, positives ET négatives. Nous ne sommes pas naïfs! Mais ces effets ne sont pas toujours répartis équitablement dans la société. Il arrive qu’ils soient plus positifs pour une minorité, et plus négatifs pour la majorité. Mais cette minorité, souvent déjà favorisée, a parfois tendance à confondre sa prospérité avec celle de la majorité (la théorie économique du « trickle-down », vous connaissez, qui affirme en gros que plus les riches seront riches, plus leur richesse rejaillira sur l’ensemble de la société). Et cette minorité ne comprend sincèrement pas pourquoi elle devrait se priver de retombées pour elle si avantageuses.

Alors, bien sûr, il faut convaincre la majorité qu’elle ne peut que profiter elle aussi d’une telle occasion de s’enrichir. En fait, il suffit de présenter la situation en termes économiques, en termes de gros sous. « Nous allons…, VOUS allez faire beaucoup d’argent. Toute la société va s’enrichir! Votre gouvernement, c’est‑à‑dire vous-mêmes (nous sommes en démocratie), va profiter de ce boom économique et pouvoir sauvegarder notre précieux système de santé et de services sociaux. » Ce système dont nous, Québécois, sommes si fiers et dont on ne cesse de prédire qu’il va s’effondrer! Comme si son avenir ne dépendait pas de décisions politiques…

Et pour convaincre encore plus, on peut ajouter un volet technique, « scientifique », à l’argumentation. Pour aller de l’avant, il faut en savoir davantage, recueillir d’autres données. Les données scientifiques recueillies ailleurs ne seraient pas suffisantes, ne conviendraient pas. Elles ne permettraient pas de bien comprendre la situation ici, au Québec. Et c’est pourquoi il est essentiel de monter un projet-pilote qui nous permette d’en avoir le cœur net.

On cherche donc une collectivité qui va se laisser convaincre (à coup d’enveloppes brunes, diraient les cyniques?) d’accueillir ce projet qui démontrera enfin que les hydrocarbures sont la solution à tous nos problèmes.

Mais va-t-on accumuler ainsi études et « projets-pilotes » jusqu’à nous aveugler sur les pseudo-avantages de l’exploitation du gaz de schiste et des autres hydrocarbures? Jusqu’à nous faire croire qu’il est déraisonnable de s’y opposer à cause de quelques effets négatifs, certes réels et qu’il faudra bien sûr tenter d’atténuer, mais qui restent finalement insignifiants comparativement aux avantages « incontestables » d’une saine pétroéconomie. C’est le principe de précaution à l’envers!

Les citoyens ne sont pas si bêtes. Ils ne vont pas se laisser berner par les sirènes d’hypothétiques retombées économiques à court terme dont on leur dit qu’elles leur assureront richesse et prospérité. Ils se mobiliseront encore une fois pour barrer la route à ces projets de développement à courte vue qui ne font que précipiter la planète vers un désastre environnemental.

Et pourquoi le gouvernement, donc la population, ne jugerait-il pas qu’il possède en fait déjà suffisamment d’informations pour prendre une décision éclairée? Pourquoi faudrait-il en savoir davantage, faire d’autres études avant de prendre une décision? Pourquoi ne tiendrait-on pas également compte des avertissements lancés par un nombre croissant de scientifiques, notamment ceux du Groupe d’experts gouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)? Pourquoi ne ferait-on pas preuve d’un peu de vision et ne déciderait-on pas de renoncer à exploiter de nouveaux hydrocarbures? Bien sûr, il peut sembler difficile de refuser une promesse d’enrichissement à court terme (même si l’avenir des hydrocarbures n’est peut-être plus aussi prometteur qu’on le disait…). Mais peut-on vraiment se permettre de perpétuer un modèle de développement dont on sait aujourd’hui qu’il risque à plus ou moins brève échéance de mener la planète et ses habitants à leur perte?

François Prévost

Regroupement interrégional sur le gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent (RIGSVSL)

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La Belgique et les Etats-Unis viennent de conclure un accord en vue d’appliquer en Belgique, une loi américaine luttant contre la fraude fiscale, le Foreing Account Tax Compliance Act (FACTA). La signature de l’accord a eu lieu ce 23 avril. Plusieurs pays, tel le Royaume-Unis, la France, l’Allemagne et le Japon ont déjà signé avec les USA un accord, appliquant cette loi sur leur sol. A partir du premier janvier 2015, les établissements financiers devront déclarer aux autorités américaines les mouvements d’un compte détenu par un citoyen américain. Dès lors que le montant dépasse les 50.000 dollars ou qu’un certain nombre de mouvements ont lieu avec le territoire américain, la banque doit établir un rapport précis des entrées et sorties de fonds. Si une banque ne se soumet pas à cette procédure, toutes ses activités aux USA seront sur-taxées à hauteur de 30%.  La sanction  peut aller jusqu’au retrait de la licence bancaire aux Etats-Unis.

Ces accords signés par les pays membres de l’UE avec l’administration américaine violent les lois nationales de protection des données personnelles, ainsi que Directive 95/46/CE du Parlement européen et du Conseil, du 24 octobre 1995, « relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données », directive intégrée dans le droit de tous les Etats membres. L’application de FACTA sur le sol de l’ancien continent  viole le droit national des pays européens, ainsi que le droit de l’UE Ces législations ne sont pas supprimées, mais suspendues. Il convient de ne pas en tenir compte dans les relations avec les Etats-Unis.

De précédents accords légalisant la capture par les autorités américaines des données des ressortissants européens procédaient de même. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, Swift, société américaine de droit belge avait transmis clandestinement, au Département du Trésor US, des dizaines de millions de données confidentielles concernant les opérations financières de ses clients. Malgré la violation flagrante des droits, européen et belge, cette capture n’a jamais été remis en cause. Au contraire, l’UE et les USA ont signé plusieurs accords destinés à la légitimer[1].

Swift était soumise au droit belge et à celui de la communauté européenne, du fait de la localisation de son siège social à La Hulpe. Cette société était soumise également au droit américain du fait de la localisation de son second serveur sur le sol des Etats-Unis, permettant ainsi à l’administration US de se saisir directement des données. Ainsi, la société a ainsi choisi de violer le droit européen, afin de se soumettre aux injonctions de l’exécutif américain. Or, depuis fin 2009, les données Swift inter-européennes ne sont plus transférées aux Etats-Unis, mais sur un second serveur européen. Mais, si les américains n’ont plus accès directement aux données, celles-ci leur sont transmises,  à leur demande, en « paquets » et eux seuls maîtrisent techniquement le processus de traitement des informations. De plus, à peine, les accords signés, les américains ont posés de nouvelles exigences. L’administration US avait déjà déclaré en 2009  « que les transactions entre les banques européennes et américaines devraient être captées, sans qu’il y ait une nécessité avérée. »

De même, l’UE ne s’est jamais opposée à la remise des  données PNR par les compagnies aériennes situées son le sol.  Les informations communiquées comprennent les noms, prénom, adresse, numéro de téléphone, date de naissance, nationalité, numéro de passeport, sexe, mais aussi les adresses durant le séjour aux USA, l’itinéraire des déplacements, les contacts à terre, ainsi que des données médicales. Y sont reprises des informations bancaires, tels les modes de paiement, le numéro de la carte de crédit et aussi le comportement alimentaire permettant de révéler les pratiques religieuses. L’initiative unilatérale américaine, de se saisir de ces données, a automatiquement été acceptée par la partie européenne qui a du suspendre ses législations afin de répondre aux exigences d’outre-atlantique[2].

Dans les deux cas, passagers aériens et affaire Swift, la technique est identique. En fait, il ne s’agit pas d’accords juridiques entre deux parties, entre deux puissances formellement souveraines. Il n’existe qu’une seule partie, l’administration US qui, dans les faits, s’adresse directement aux ressortissants européens. Dans les deux textes, le pouvoir exécutif américain réaffirme son droit de disposer de leurs données personnelles et exerce ainsi directement sa souveraineté sur les ressortissants de l’UE.

La primauté du droit étasunien sur le sol européen est aussi un des enjeux des négociations  de la mise en place d’un grand marché transatlantique, le Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement.(Transatlantic Trade and Investment Partnership).

Grâce au TTIP, les entreprises US pourront, au nom de la libre concurrence, porter plainte contre un Etat qui leur refuse des permis d’exploitation de gaz de schiste ou qui impose des normes alimentaires et des standards sociaux. Ce système de règlement des différends pourrait permettre aux américains de faire tomber des pans entiers de la régulation européenne en créant des précédents juridiques devant cette justice américaine privée. Le principe d’introduire un tel mécanisme a en effet été accepté par les Européens dans le mandat de négociation, délivré à la Commission, en juin 2013, par les ministres du commerce européens.   L’instance privilégiée pour de tels arbitrages est Centre international de règlement des différends liés à l’investissement (Cirdi), un organe dépendant de la Banque Mondiale basé à Washington, dont les juges, des avocats d’affaire ou des professeurs de droit, sont nommés au cas par cas : un arbitre désigné par l’entreprise plaignante, un par l’Etat de Washington, et le troisième par la secrétaire générale du Cirdi[3].

Si cette procédure, partiellement acceptée, entre en jeu dans le cadre du futur grand marché transatlantique, le droit européen s’effacera une fois de plus, ici devant une juridiction privée placée sur le sol américain, dans laquelle la partie étasunienne jouera un rôle déterminant.

Jean-Claude Paye
Jean-Claude Paye, sociologue, auteur de L’emprise de l’image. De Guantanamo à Tarnac, éditions Yves Michel novembre 2011.

[1] Jean-Claude Paye, « Les transactions financières internationales sous contrôle américain, Mondialisation.ca, le 2 mai 2008, http://www.mondialisation.ca/les-transactions-financi-res-internationales-sous-contr-le-am-ricain/8879

[2] Jean-Claude Paye, « L’espace aérien sous contrôle impérial », Mondialisation.ca, le 15 octobre 2007,http://www.mondialisation.ca/l-espace-a-rien-sous-contr-le-imp-rial/7080

[3] Convention pour le réglement des différents relatifs aux investissements entre Etats et ressortissants d’autres Etats, International Centre for Settlement of Investissement Disputes ( ICSID), chapitre de l’arbitrage article 37, https://icsid.worldbank.org/ICSID/StaticFiles/basicdoc-fra/partA-chap04.htm#s02

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Trois anciens employés de la compagnie ferroviaire Montreal, Maine & Atlantic accusés de négligence criminelle ont comparu devant un tribunal municipal du Québec le 13 mai. Les accusations découlent du déraillement et de l’explosion d’un convoi ferroviaire transportant du pétrole brut au centre-ville de Lac-Mégantic, ce qui avait causé la mort de 47 personnes en juillet dernier.

Thomas Harding, le conducteur de la locomotive qui a déraillé, Jean Demaître, directeur de l’exploitation de la MMA et Richard Labrie, contrôleur ferroviaire de la MMA, font face à 47 chefs d’accusations chacun – un pour chacune des victimes.

Les autorités canadiennes ont créé une atmosphère de chasse-aux-sorcières envers les employés dans le but de détourner l’attention des actions de l’entreprise et du gouvernement qui sont à l’origine de la tragédie. Ni Ed Burkhardt, le président et principal actionnaire de la MMA Railroad, ni Irving Oil n’ont été accusés.

Pendant des mois, Thomas Walsh, l’avocat de Harding, a affirmé à la police que si Harding était accusé, un résident de longue date de la région, se rendrait immédiatement de plein gré. À la place, le 12 mai, un groupe d’intervention de la Sûreté du Québec a pris d’assaut sa maison alors que son fils, un ami et lui-même peinturaient un bateau. Les trois hommes ont été forcés de se coucher au sol pendant qu’Harding était arrêté par des policiers lourdement armés.

Le jour suivant, les trois anciens employés de la MMA ont défilé, menottés, vers la cour de Lac-Mégantic devant la foule et les caméras. Il s’agit d’un geste hors du commun de la part du système judiciaire canadien et crée une impression négative des accusés avant même le début du procès. Toutefois, le seul accès de colère dans la foule est venu de Ghislain Champagne, qui a perdu sa fille Karine, âgée de 36 ans, dans le désastre. Alors que les trois accusés passaient, Ghislain a crié: «Ce n’est pas eux que nous voulons!»

La femme de Ghislain, Danielle Lachance Champagne, a déclaré au Montreal Gazette que, «le grand patron, c’est lui qui devrait être le premier. Il était le grand patron de la MMA et il est venu ici avec cette attitude comme s’il n’était pas affecté par ce qui s’était passé, par toutes ces vies qui ont été perdues.» D’autres résidents de la ville ont exprimé des idées similaires à la presse.

La cause réelle du déraillement ferroviaire reste à établir. Mais il est évident que le désastre est le résultat de décisions venant de la direction de la MMA et des pratiques de réglementation gouvernementales, non pas uniquement des actions des employés sur le terrain.

MMA a acquis le chemin de fer passant par Lac-Mégantic de la Canadian Pacific Railroad, l’une des deux grandes compagnies ferroviaires du Canada. Canadian Pacific la jugeait non rentable et l’a laissée dans un piètre état. Dès le départ, les profits de la MMA dépendait de vigoureuses coupes dans les dépenses et non de l’investissement dans les infrastructures. À cette fin, le président de la MMA, Ed Burkhardt a fait campagne pour des équipes d’une seule personne au lieu de deux personnes.

Tom Harding était ce conducteur unique d’un train de 72 wagons-citernes transportant du pétrole brut à partir du Dakota du Nord. Il a arrêté le train à environ 10 km à l’ouest de Lac-Mégantic, à la fin de son quart de travail durant la nuit du 5 juillet. La direction de la MMA a décidé que le train devait être stationné dans une pente considérable, une manoeuvre qui augmente l’effort nécessaire pour sécuriser le train, mais qui économise du carburant lorsque vient le temps de le remettre en marche. En plus d’appliquer les freins à air, Harding devait débarquer du train et aller de wagon en wagon pour appliquer les freins à mains sur plusieurs wagons – une tâche que le chef de train d’une équipe de deux hommes aurait effectuée.

Harding est ensuite parti se reposer à son hôtel tandis qu’une autre équipe s’apprêtait à prendre la relève. C’est MMA qui a pris la décision de laisser un train transportant une importante cargaison de pétrole sans surveillance. Peu après le départ du conducteur, un incendie s’est déclaré sur l’une des vieilles locomotives du train et a été rapporté au contrôleur ferroviaire de MMA, Richard Labrie. Le service d’incendie de la municipalité de Nantes s’est rendu sur place et a arrêté le moteur de la locomotive. Le geste était nécessaire pour éteindre le feu, mais cela a possiblement entraîné le relâchement des freins à air, étant donné que la locomotive ne pouvait plus les faire fonctionner.

Après que l’équipe de pompiers et qu’un autre employé de MMA ont quitté les lieux, le train a commencé à bouger, a atteint une vitesse considérable et a déraillé dans le centre-ville de Lac-Mégantic, causant une explosion qui a détruit une bonne partie de celui-ci. Le PDG de MMA, Ed Burkhardt, continue d’affirmer que le conducteur Harding est l’unique responsable. Burkhardt prétend qu’il n’a pas appliqué suffisamment de freins manuels pour immobiliser le train de façon sécuritaire.

Avant l’accident, on ne pensait pas le transport de pétrole brut, qui est en pleine expansion sur les voies ferrées américaines et canadiennes, fût particulièrement volatil. Plusieurs accidents qui ont eu lieu dans la dernière année prouvent le contraire. Une raffinerie de Irving Oil, située au Nouveau-Brunswick, devait recevoir le pétrole qui a explosé et s’est déversé à Lac-Mégantic. Le Globe and Mail a divulgué un exposé sur l’industrie présenté en juin 2013 qui montrait que la raffinerie recevait des wagons-citernes contenant des «polluants», de la «boue» et d’autres «substances inconnues».

L’exposé conclut que la composition du pétrole n’était pas correctement identifiée et testée avant que le pétrole soit expédié, incluant ce qui était acheminé sur les voies ferrées de MMA par Lac-Mégantic. Malgré cela, Irving Oil a continué de recevoir la marchandise. De plus, les wagons-citernes transportant le pétrole étaient souvent les wagons «DOT-111», construits avant que des mesures de sécurité plus strictes n’entrent en vigueur et qui se perforent plus facilement en cas de déraillement.

Les causes de l’accident sont complexes: du pétrole dont la volatilité avait été mal identifiée; des questions liées à l’entretien d’une vieille locomotive; l’absence de signal sur la voie qui aurait pu alerter MMA que le train se déplaçait; la politique d’MMA de laisser les trains sans surveillance sur une pente; une politique d’équipe d’un seul homme afin de réduire les coûts; et les erreurs que les employés de MMA ont pu commettre personnellement.

En utilisant une équipe spéciale pour arrêter Harding et en faisant défiler les accusés menottés devant le tribunal, les autorités tentent de faire porter le blâme aux employés de MMA, tout en camouflant le rôle de la direction de MMA, de l’industrie pétrolière, du gouvernement et de ses déréglementations.

Près d’un an après les événements tragiques, les familles des victimes n’ont pas encore été indemnisées. MMA a déclaré faillite et le PDG Ed Burkhardt a dit en décembre dernier que «Je suis aussi une victime dans toute cette affaire.» Lors d’une entrevue à CBC, il a ajouté que «Je suis passé de quelqu’un qui était assez riche à quelqu’un qui s’en tire tout juste. Mais bon, je dois l’accepter.»

Burkhardt détient toujours d’autres compagnies de trains à travers le monde. Les actifs de MMA ont été vendus à Central Maine and Quebec Railway, une compagnie nouvellement formée qui est une filiale de Fortress Investment Group, un gros gestionnaire de petites et moyennes compagnies ferroviaires américaines. La compagnie prévoit améliorer le réseau de MMA au Québec et dans le Maine dans le but de transporter à nouveau du pétrole à compter de 2016.

Jeff Lusanne

Article original, WSWS, paru le 20 mai 2014

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L’occupation militaire «humanitaire» de l’Afrique voulue par les États-Unis a été un succès, à ce jour. “Comme la campagne de Joseph Kony en Afrique centrale, les enlèvements des lycéennes de Chibok ont servi aux mêmes fins la politique étrangère des États-Unis”. Imaginez : la superpuissance qui a financé le génocide de six millions de personnes au Congo, affirme être le défenseur des adolescentes et des droits de l’homme sur le continent. Si vous croyez cela, alors vous êtes probablement un membre du Congressional Black Caucus (Le Caucus noir du Congrès est l’un des caucus du Congrès des États-Unis, représentant les élus Afro-étatsuniens du Congrès).
Le groupe “Boko Haram, comme d’autres djihadistes, est devenu plus dangereux dans l’ère de l’Afrique post-Kadhafi permettant aux Etats-Unis de justifier une présence militaire plus importante.”
Le chœur de l’opinion publique outragée exige de la «communauté internationale» et de l’armée nigériane de “faire quelque chose !” concernant l’enlèvement par Boko Haram de 280 adolescentes. Il est difficile de critiquer le consommateur étatsunien moyen, victime d’une “information” en kit, de ne pas savoir grand chose de ce que l’armée nigériane a effectivement “fait” pour éliminer les rebelles fondamentalistes musulmans puisque, comme l’éditorialiste Margaret Kimberley l’a souligné dans ces pages, la semaine dernière, les trois réseaux de télédiffusion étatsuniens n’ont pas diffusé “un seul documentaire d’informations sur Boko Haram à la télévision” pour l’ensemble de l’année 2013. (Pas plus que les sociétés de désinformation n’ont couvert l’effusion de sang se déroulant actuellement en République centrafricaine, où des milliers de personnes sont mortes et un millions de personnes se retrouvent sans abris suite à des luttes intercommunautaires durant cette année). Mais, cela ne signifie pas que l’armée nigériane n’a pas bombardé, mitraillé, et massacré sans discernement des milliers, principalement, de jeunes hommes dans le nord à majorité musulmane du pays.

Le public étatsunien nouvellement conscientisé peut appeler ou ne pas appeler au bain de sang, mais des fleuves de sang ont déjà coulé dans la région. Ces Etatsuniens qui lisent – qui, sans doute, soutiennent la Première Dame Michelle Obama, qui a pris la place de son mari à la radio la semaine dernière pour demander l’aide étatsunienne pour récupérer les filles- ont sans doute appris dans le New York Times l’offensive sauvage réalisée par l’armée près de la frontière avec le Niger, en mai et juin de l’année dernière. Dans la ville de Bosso, l’armée nigériane a tué des centaines de jeunes hommes en tenue traditionnelle musulmane “sans demander qui ils sont”, selon les titres du New York Times. “Ils ne posent pas de questions”, a déclaré un témoin qui a fui plus tard, comme des milliers d’autres, pour sauver sa vie. “Quand ils voient des jeunes hommes en robes traditionnelles, ils les tuent sur place”, a déclaré un étudiant. “Ils attrapent la plupart des autres et les emmènent, puis on n’entend plus parler d’eux.”

“Quand ils voient les jeunes hommes en robes traditionnelles, ils les tuent sur place.”

Adam Nossiter du Times a interrogé de nombreux réfugiés qui ont fuit les exactions de l’armée ayant contribué “aux campagnes militaires terrestres et aériennes pour écraser l’insurrection de Boko Haram”. Il a déclaré : “Tous ont évoqué un climat de terreur qui les a poussé, par milliers, à fuir à travers des paysages semi-désertiques rudes et étouffants,sur des dizaines de kilomètres, parfois à pied, jusqu’au au Niger. Certains accusent Boko Haram – une ombre, rarement entrevue par la plupart des habitants – d’être responsable de la violence. Mais l’écrasante majorité a blâmé l’armée, disant qu’ils avaient fui leur pays à cause de cela”.

Dans un seul village, 200 personnes ont été tuées par l’armée.

En mars de cette année, les combattants présumés de Boko Haram ont attaqué une caserne et la prison dans la ville septentrionale de Maiduguri. Des centaines de prisonniers se sont enfuis, mais 200 jeunes ont été arrêtés et contraints de s’allonger sur le sol. Un témoin a déclaré au Times : “Les soldats ont fait quelques appels et quelques minutes plus tard, ils ont commencé à tirer sur les gens. J’ai compté 198 personnes tuées à ce point de contrôle”. Tout compte fait, selon Amnesty International, plus de 600 personnes ont été sommairement assassinées, “la plupart d’entre elles n’avait pas d’armes, étaient des détenus en fuite, autour de Maiduguri.” 950 prisonniers supplémentaires ont été tués dans la première moitié de l’année 2013 dans les établissements de détention gérés par l’armée nigértianne, beaucoup l’ont été dans la caserne de Maiduguri. Amnesty International cite un officier supérieur de l’armée nigériane, s’exprimant anonymement : «Des centaines de personnes ont été tuées en détention soit par balle soit par suffocation”. “Il y a eu des périodes où les gens ont été amenés quotidiennement pour être tués. Environ cinq personnes, en moyenne, ont été tués chaque jour.”

Chibok, où les adolescentes ont été enlevées, se situe à plus de 100 kilomètres de Maiduguri, capitale de l’Etat de Borno.

En 2009, lorsque la secte de Boko Haram n’avait pas encore été transformée en une opposition bien armée, les militaires ont exécuté sommairement leur chef menotté et ont tué au moins 1.000 membres accusés dans les Etats de Borno, Yobe, Kano et Bauchi. Beaucoup d’entre eux étaient apparemment simplement des jeunes des quartiers suspects. Une vidéo terrible montre les militaires au travail. “Dans la vidéo, un certain nombre d’hommes non armés sont obligés de s’allonger sur la route à l’extérieur d’un bâtiment avant d’être abattus”, rapporte Al Jazeera dans le texte qui accompagne la vidéo. “Au moment où un homme est sorti pour être exécuté, l’un des agents dit à son collègue de “tirer dans la poitrine mais pas à la tête – Je veux son chapeau.”

“950 prisonniers ont été tués dans la première moitié de l’année 2013 dans les établissements de détention gérés par l’armée du Nigeria.”

Ce ne sont que des exemples de la réponse de l’armée nigérianne face à Boko Haram – il s’agit d’atrocités qui sont liées au comportement horrible de Boko Haram. L’armée a refusé l’offre du groupe d’échanger les filles enlevées contre des membres de Boko Haram actuellement emprisonnés. (Nous ne devrions pas présumer que toutes les personnes détenues sous l’appelation Boko Haram soient en fait membre de cette secte – mais seulement que tous ces détenus font face à une exécution arbitraire et imminente.)

Aucun élément de ce qui précède n’est censé cautionner la secte Boko Haram dans cette histoire macabre (les djihadistes religieux fondamentalistes ne trouvent pas grâce aux yeux de BAR ), mais il s’agit plutôt de mettre l’accent sur la culpabilité et la part de responsabilité de l’armée nigériane dans la trajectoire folle du groupe – les mêmes militaires que beaucoup des activistes ayant signé la pétition “Sauvez nos filles” exhortent à prendre des mesures plus décisives dans la région Borno.

L’endroit où la secte Boko Haram s’est retirée avec ses captives était déjà une zone sous surveillance, où tout ce qui bouge est soumis aux interventions par avion du gouvernement. Les forces aériennes nigérianes ont maintenant été rejointes par des avions de surveillance étatsuniens opérant à partir de la nouvelle base de drone US au Niger voisin, consolidant davantage l’AFRICOM et la CIA dans le paysage continental. La semaine dernière, il a été annoncé que, pour la première fois, les troupes de l’AFRICOM formeront un bataillon de rangers nigérian dans la guerre de contre-insurrection.

Les enlèvements de Chibok ont servi aux mêmes fins la politique étrangère des États-Unis que la campagne Joseph Kony en Afrique centrale, qui avait été mise en avant pour justifier le stationnement permanent de forces spéciales étatsuniennes en République démocratique du Congo, en Ouganda, au Rwanda, en République centrafricaine et au Sud Soudan, en 2011, pour des raisons humanitaires à visée interventionniste. (Durant le dernier mois de mars, les États-Unis ont envoyé 150 commandos supplémentaires dans la région, affirmant avoir de nouveau repéré Kony, que l’on dit gravement malade, isolé avec un petit groupe de disciples, quelque part en République centrafricaine). Les Etats-Unis (et la France et la Grande-Bretagne, ainsi que le reste de l’OTAN, le cas échéant) doivent maintenir une présence permanente en Afrique pour défendre le continent des… Africains.

Quand la foule hurle aux Etats-Unis “Faites quelque chose !”. Quelque part en Afrique, l’armée étatsunienne est probablement déjà là.

“Les troupes de l’AFRICOM formeront un bataillon nigérian dans la guerre de contre-insurrection.”

Barack Obama n’a certainement pas besoin d’encouragement pour intervenir ; sa présidence est étroitement liée à la fondation de l’AFRICOM et à son expansion. Obama a étendu la guerre contre la Somalie qui a été lancée par George Bush en partenariat avec le régime génocidaire éthiopien, en 2006 (une invasion qui a conduit directement à ce que l’ONU déclare qu’il s’agissait de “la pire crise humanitaire de l’Afrique”). Il a construit sa politique étrangère sur l’héritage de Bill Clinton et de George Bush en République Démocratique du Congo, où les états partenaires des Etats-Unis comme l’Ouganda et le Rwanda ont provoqué depuis 1996 un massacre de 6 millions de personnes – le plus grand génocide de l’ère post Seconde Guerre mondiale. Il s’est félicité de la création du Soudan du Sud comme la plus jeune nation du monde – l’aboutissement d’un projet de plusieurs décennies des États-Unis, de la Grande-Bretagne et d’Israël qui ont contribué à démembrer le plus grand pays de l’Afrique, mais qui est maintenant tombé dans un chaos sanglant, comme tout ce que touchent les États-Unis, ces jours-ci.

Face à la situation des jeunes femmes de Chibok, le plus remarquable est qu’Obama a soutenu le changement de régime organisé par l’OTAN en Libye, en supprimant le rempart anti-jihadiste qu’était Mouammar Kadhafi («Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort”, a déclaré Hillary Clinton) et a contribué à déstabiliser la région sahélienne du continent, tout en bas au nord du Nigéria. En tant que rédacteur de BAR et chroniqueur Ajamu Baraka a écrit dans le numéro actuel , “Boko Haram a bénéficié de la déstabilisation de divers pays à travers le Sahel suite au conflit en Libye”. Le groupe qui était “occulte” auparavant, arbore à présent de nouvelles armes et des véhicules. Il est clairement mieux formé et discipliné.

En bref, Boko Haram, comme d’autres djihadistes, est devenu plus dangereux dans l’Afrique post-Kadhafi – justifiant ainsi une présence militaire plus grande pour les mêmes étatsuniens et (surtout français) des Européens qui ont été à l’origine des convulsions qui frappent la région.

Si Obama a son plan, ce sera une très longue guerre – pour mieux développer AFRICOM – avec quelques alliés très peu recommandables (tant d’un point de vue nigérian qu’étatsunien).Quuoi que fasse Obama pour renforcer la présence étatsunienne au Nigeria et dans le reste du continent, il peut compter sur le Congressional Black Caucus, y compris ses membres les plus «progressiste», Barbara Lee (D-CA), le seul membre du Congrès des États-Unis à avoir voté contre l’invasion de l’Afghanistan, en 2001. Lee, avec Reps Marcia Fudge (D-Ohio), Sheila Jackson Lee (D-Texas) et son compatriote californien Karen Bass, qui est un membre de rang du comité pour l’Afrique, ont donné carte blanche à Obama pour “Faire quelque chose !” au Nigeria. Ils ont déclaré : “Et donc notre première demande est d’utiliser toutes les ressources pour mettre ces voyous terroristes en justice”.

Il y a un an et demi, quand les efforts de l’ambassadeur de l’ONU, Susan Rice, pour la promotion de la diplomatie étatsunienne, ont été torpillés par la controverse de Benghazi, une douzaine de membres du Congrès noirs couraient à sa défense. “Nous ne permettrons pas qu’une fonctionnaire brillante soit attaquée afin de la déconsidérer pour le poste de secrétaire d’Etat”, a déclaré à Washington, la déléguée Eleanor Holmes Norton.

Comme toutes les personnes qui savent lire, les membres du Caucus noir étaient certainement au courant du scandale diplomatique concernant le rôle de Rice dans la suppression des rapports des Nations Unies sur le Rwanda, alliés des États-Unis, et des actes de génocide de l’Ouganda contre le peuple congolais. De toutes les personnalités politiques, Rice – interventionniste enragée – est la plus intimement impliquée dans l’holocauste qui a eu lieu au Congo, datant de la politique menée par Clinton. Apparemment, ce n’est pas cette partie du dossier de Rice qui intéresse les Délégués Norton et le reste du Black Caucus. Un génocide contre les Africains les laisse insensible.

Alors, pourquoi devrions nous croire qu’ils sont vraiment préoccupés par le sort des filles de Chibok ?

Glen Ford

BAR executive editor Glen Ford can be contacted at [email protected].

Article original :

KidnappedGirlsKidnapped Girls Become Tools of U.S. Imperial Policy in Africa, Black Agenda Report, 16 mai 2014

Traduction : SLT, Le blog de Sam La Touch

 

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Libye : le « coup d’Etat » du général Hifter

mai 27th, 2014 by Gilles Munier

Le général Khalifa « Hifter » ou « Haftar », 71 ans - appelons-le Hifter, car c’est le nom inscrit sur sa carte d’identité aux Etats-Unis (1) - cherche à s’emparer du pouvoir en Libye. Pour l’heure, il tente d’unifier des forces plus ou moins pro-occidentales opposées au chaos provoqué par la chute du colonel Kadhafi. Il a derrière lui des militaires voulant imposer un nouvel ordre dans le pays et, ce n’est pas rien : l’Egypte du maréchal Sissi, l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis… et bien évidement : les Etats-Unis et des pétroliers occidentaux. La France serait dans l’expectative. En janvier dernier, l’amiral Edouard Guillaud, alors chef d’état-major des armées, préconisait le déclenchement d’une intervention militaire internationale dans le « trou noir » libyen, mais il ajouté qu’il fallait d’abord « qu’il y ait un État dans le Nord » (2). Ce serait le cas si le général Hifter l’emportait. Pour l’instant, Laurent Fabius semble jouer la carte Abdelhakim Belhadj, ancien émir du Groupe islamique combattant en Libye (GICL) – soutenu par le Qatar, dit-on - qui demeure « l’homme fort » de Tripoli. C’est du moins l’impression donnée, début mai, par ses rencontres discrètes avec la sous-direction Afrique du Nord du Quai d’Orsay (3).

Les pays arabes appuyant l’« Opération Dignité » lancée par le général Hifter sont ceux engagés dans l’éradication des Frères Musulmans égyptiens dont on dit qu’ils auraient constitué une « Armée égyptienne libre » en Libye. L’homme d’affaire Ahmed Miitig, 30 ans, élu chef du gouvernement libyen le 4 mai ne fait pas le poids, sauf dans son fief à Misrata et parmi les représentants du Parti de la justice et de la reconstruction, émanation locale de la confrérie. Une intervention militaire ordonnée par Abdelfattah Sissi devenu président n’est pas à exclure. Quand le bruit a couru que le maréchal avait déclaré que l’armée égyptienne pouvait « envahir l’Algérie en trois jours », les islamistes libyens ont compris qu’ils étaient visés.

Jeune militaire, Hifter a participé au renversement du roi Idriss 1er par les Officiers libres du colonel Mouammar Kadhafi. Frais émoulu d’une académie militaire soviétique, il commanda plus tard une des équipées libyennes au Tchad où, battu en 1987 à Ouadi-Doum par les troupes d’Hissène Habré - soutenues par des parachutistes français et des forces spéciales étasuniennes - il est fait prisonnier. Sachant le sort qui lui serait réservé s’il retournait à Tripoli – Kadhafi ne reconnaissant pas sa part de responsabilité dans la défaite militaire – il se mit, avec 2000 de ses hommes, au service de la CIA pour renverser le régime libyen. C’était l’époque où les Etats-Unis envisageaient une opération du genre Contras contre Kadhafi. Elle n’eut jamais lieu. Hifter s’installa alors en Virginie, à deux pas du siège de la CIA, à la tête d’un groupe d’opposants baptisé « Front national pour le salut de la Libye (FNSL)». Selon le Washington Post, il aurait acquis la nationalité américaine et voté à des élections en Virginie en 2008 et 2009 (4). En dépit d’une arrivée triomphale en mars 2011 à Benghazi (5), on ne peut pas dire que sa participation au renversement de Kadhafi ait été déterminante. Hifter n’a pas tenu longtemps comme chef d’état-major de l’armée et son fils, chargé des relations avec l’Otan, a échappé de justesse au mitraillage d’un commando berbère (6).

Khalifa Hifter aura patienté vingt-quatre ans pour accéder aux portes du pouvoir en Libye. Il n’est pas dit qu’il les franchisse ou qu’il parvienne à neutraliser les organisations islamiques prêtes à lui livrer une guerre sans fin. Pour l’instant, son « Armée nationale libyenne (ANL) » n’est qu’une milice de plus. Au cas où son « coup d’Etat » tournerait mal, 250 Marines et 7 avions hybrides Osprey positionnés sur la base de Sigonella, en Sicile, interviendraient pour évacuer les ressortissants américains !

Gilles Munier

Photo : Le général Khalifa Hifter

(1) Khalifa Hifter, the ex-general leading a revolt in Libya, spent years in exile in Northern Virginia, par Abigail Hauslohner (Washington Post – 19/5/14)

(2) L’amiral Guillaud évoque une opération militaire internationale dans le sud de la Libye

(Opex360.com – 27/1/14)

(3) Le Libyen Abdelhakim Belhadj renoue avec la France

(4) Khalifa Hifter, the ex-general leading a revolt in Libya, spent years in exile in Northern Virginia, par Abigail Hauslohner (Washington Post – 19/5/14)

(5) https://www.youtube.com/watch?v=5bF60y0isXo (You tube – 2’17)

(6) Libye : Le « général » pro-CIA Hifter mitraillé par un commando berbère

et : Libye : Qui veut la peau du « général » Hifter ?

Sur le même sujet, lire aussi :

Benghazi : Qui a assassiné le général Younès, chef de l’armée rebelle ?

La CIA aux commandes de l’armée libyenne

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Paris – Conséquence des revers de Syrie, une révolution de palais vient de s’opérer en Arabie saoudite, entrainant l’éviction des postes de responsabilité de toute une fratrie, le clan Sultan, responsable au premier chef du désastre saoudien, avec la promotion concomitante des propres fils du roi Abdallah, fait sans précédent dans les annales du royaume.

L’éviction du clan Sultan, le plus proaméricain de la configuration saoudienne.

Trois membres éminents du clan Sultan, du nom de l’inamovible patron du ministère de la défense pendant trente ans, ont été évincés par une série de décrets parus le 14 mai 2014. Bandar Ben Sultan, l’ancien chef des services de renseignement, dégagé en février, a ainsi entrainé dans sa disgrâce ses deux frères, Salman Ben Sultan, son adjoint opérationnel en Jordanie au sein du PC intégré de l’alliance islamo atlantiste, ainsi que leur frère ainé, Khaled Ben sultan, vice-ministre de la défense, tous les deux déchargés de leurs fonctions.

Khaled Ben Sultan, l’ancien interface du général Norman Schwarzkoff lors de la première guerre contre l’Iran, en 1990-1991, est propriétaire du journal Al Hayat. Son fils avait fait l’objet d’une interception spectaculaire de la police new yorkaise, l’été 2013, verbalisé, menotté et plaqué à terre, pour «stationnement abusif et rébellion à agent de la force publique ayant autorité». Salman, lui, a longtemps été le plus proche collaborateur de son frère Bandar du temps où son ainé occupait le poste d’ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington. Dans la guerre de Syrie, il dirigeait depuis Amman (Jordanie), le PC opérationnel du bloc islamo-atlantiste groupant l’Arabie saoudite, les Emirats arabes Unis, la Jordanie, les Etats Unis, la France, le Royaume Uni et la Turquie, coordonnant le ravitaillement en armes et munitions des djihadistes, leur financement, leur rétribution de même que leur transport sur le champ de bataille.

La succession de revers qui s’abat sur cette fratrie apparaît parait comme la sanction d’un échec de ce clan ; longtemps détenteur du secteur névralgique de la défense, de surcroît pour le plus pro américain de la configuration saoudienne.

Les fils du Roi aux commandes.

Le roi, octogénaire, de santé déclinante, a ainsi verrouillé sa succession en confiant à ses propres fils, les postes clés du royaume, au prétexte de sanctionner les responsables au premier chef du désastre de Syrie.

Acteur-clé au Moyen-Orient et premier exportateur mondial de pétrole brut, le Roi Abdallah, prudent et prévoyant, a ainsi placé son fils aîné, Mout’eb au poste stratégique de deuxième vice-président du conseil, scellant l’ordre de succession au bénéfice de son fils, sans possibilité d’en modifier l‘ordre de succession. Son deuxième fils, Mecha’al, a été nommé gouverneur de la région de la Mecque, la capitale religieuse du royaume et son 3eme fils, Turki, gouverneur de Ryad, sa capitale politique et financière. La fratrie Abdallah conserve dans son giron la «Garde Nationale», traditionnelle contrepoids aux forces régulières.

Un tsunami sans compensation: Un camouflet majeur pour le Clan Soudeiry

Ce tsunami dans l’ordre successoral du royaume et son ordre de préséance ne s’est accompagné de la moindre compensation pour les autres composantes de la famille royale, particulièrement en faveur de l’autre grande branche de la famille royale, le clan Soudeiry, rivale historique du clan Shammar, dont est issu le Roi Abdallah.

Le clan Soudeiry, du nom patronymique de l’une des épouses du fondateur du Royaume Abdel Aziz, groupait autour du roi Faysal, ses six frères, le roi Fahd, Le prince Sultan, ministre de la défense, le prince Mohamad, ministre de l’intérieur, le prince Salman, gouverneur de Ryad, le prince Ahmad, gouverneur de La Mecque ainsi que le prince Abdel Rahman, ancien vice-ministre de la défense.

  • Les héritiers du Roi Fahd, décédé en 2005, ont été écartés de la scène publique, en l’espace d‘un an, sans susciter la moindre protestation, tant leur inaptitude au pouvoir était manifeste: Abdel Aziz Ben Fahd, ministre d’état sans portefeuille, et ancien partenaire en affaires de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, a été démissionné du gouvernement, sans autre forme de procès, déconsidéré par les gazouillis d’un mystérieux délateurs au nom de «Moujtahed». Son frère Mohamad, lui, a été relevé de ses fonctions de gouverneur de la région orientale du Royaume, la zone pétrolifère de Zahrane. Tous deux sont désormais mal placés dans la course à la succession.
  • Le prince Turki Ben Salman, président d’un important groupe de presse saoudien, le groupe «As Chark Al Awsat», et propre fils du prince héritier Salman, a été dégagé de ses responsabilités le 6 avril 2014.

Le démantèlement d’un réseau djihadiste un revers pour le nouveau patron du renseignement.

Ce train de mesures a coïncide avec l’annonce du démantèlement d’un réseau djihadiste visant à installer un bureau de recrutement dans le royaume pour le compte de Dahech, l‘organisation djihadiste présente en Syrie et qui se propose de fonder un «Etat islamique en Irak et au Levant». Ce réseau de 65 hommes était composé d’anciens islamistes, dont 50 pour cent de nationalité saoudienne, auparavant incarcérés en Arabie saoudite, pour des actes portant atteintes à la sécurité nationale, puis libérés après avoir bénéficié d’une session de réhabilitation dans le royaume. La sécurité saoudienne a en outre mis la main sur une unité de production de composants électroniques, visant à la mise à feu à distance d’explosion, ainsi que des équipements de brouillage et d’interception de communication à distance. Dans la saisie figure la somme de 250.000 dollars, collectée par des contributions volontaires de sympathisants, mécontents de la décision d’Ayman Al Zawahiri, le chef d’Al Qaida, de privilégier Jobhat An Nosra au détriment de Dahech dans les combats de Syrie.

Le site «Ar Rai Al Yom» a estimé que «la découverte de ce réseau constitue le premier revers majeur au nouveau patron du renseignement saoudien, le prince Mohamad Ben Nayef, artisan du programme de réhabilitation en sa qualité de ministre de l’intérieur et successeur de Bandar Ben Sultan dans la gestion du djihadisme».

«Le fait que le porte-parole saoudien ait fait état d’un réseau et non d’une cellule souligne l’ampleur du phénomène. Son démantèlement apporte un cinglant démenti aux allégations saoudiennes selon lesquelles le royaume a définitivement éradiqué le djihadisme sur son sol, conclut le propriétaire du site, l’influent journaliste Abdel Bari Atwane, ancien propriétaire du journal transarabe Al Qods Al Arabi». http://www.raialyoum.com/?cat=249

Ce fait pourrait expliquer l’absence de compensation non plus au clan Nayef ben Mohamad, le nouveau patron du renseignement pour les nominations royales.

La propulsion des fils du Roi aux commandes de l’état s’est accompagnée d’une importante promotion d’officiers supérieurs à la tête des états-majors des trois armes (air terre mer). Question sans doute de s’assurer l’allégeance du commandement interarmes saoudien longtemps aux mains du Clan Sultan : http://www.al-akhbar.com/node/206527

Fait accompli ou caution américaine ?

Le réaménagement de la structure du pouvoir en Arabie saoudite, au cours des deux derniers mois, s’est produit à la veille de la visite d’importantes personnalités américaines. En mars, la promotion du fils du Roi au poste d’héritier du prince héritier est intervenue à la veille de la visite du président Barack Obama, à Ryad, pour y sceller la réconciliation saoudo américaine. En mai, la promotion des deux autres fils du Roi est intervenue à la veille de la visite du secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, venu participer à la conférence des ministres de la défense du Conseil de coopération du Golfe. Sans qu’il ait été possible, dans les deux cas, de savoir si ce chamboulement répondait au souci du roi de placer ses alliés américains devant le fait accompli et s’il bénéficiait de leur caution.

Face à de tels bouleversements, le prince Saoud Al Faysal, ministre des affaires étrangères, a infléchi sa position maximaliste envers l’Iran, lançant une invitation à son collègue iranien Mohamad Zarif, à venir en Arabie saoudite «à la date de sa convenance pour des entretiens visant à régler les différends dans un esprit de fraternité en vue de faire de la zone du golfe, une zone de prospérité».

Le prince Saoud, un des faucons saoudiens et beau-frère par alliance du prince Bandar Ben Sultan, a-t-il voulu prendre acte de la défaite de son clan? De la dangerosité de l’instrumentalisation de la religion comme arme de combat comme en ont témoigné les dérives du djihadisme erratique en Syrie et dans sa projection sur l’«espace européen? Anticiper l’évolution régionale dans la perspective d’un possible accord nucléaire irano saoudien et l’accession de Téhéran au rang de puissance régionale? A-t-il enfin pris la mesure du désastre infligé à la revendication palestinienne à un état indépendant du fait des guerres fratricides interarabes? Pris conscience, et son royaume avec, que ces modernes guerres de religion sont des guerres d’outre temps?

René Naba

Le nouveau rapport de force au sein du pouvoir saoudien : http://www.al-akhbar.com/node/206634

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Lettre aux Français colonisés.

mai 27th, 2014 by Jean-Louis Grosmaire

Si vous avez eu l’occasion de feuilleter certains grands quotidiens parisiens, vous aurez pu constater que, depuis des années, la langue française n’a cessé de s’américaniser. Nous sommes passés du franglais à un jargon qui n’a plus grand-chose à voir avec le français. Bien sûr, une langue qui n’évolue pas est une langue morte ; toutes les langues empruntent aux autres des mots, des tournures, et chacune s’enrichit, mais, cette fois-ci, nous sommes devant une véritable invasion, une colonisation orchestrée par une pseudo élite.

Je note une différence entre les journaux parisiens qui poussent chez nombre de journalistes cette manie au plus haut degré et les journaux régionaux qui, en général, sont plus réticents à employer des mots d’origine américaine. Lire certaines revues et journaux parisiens devient, pour tout amoureux de la langue française, une véritable épreuve. Nous ne sommes pas obligés de les lire, ces articles, mais rares sont les journaux qui échappent à cette manie et les autres, malheureusement, donnent le ton et cela se répercute partout. Lorsque l’on a commencé à parler du franglais, plusieurs personnes ont minimisé le problème. Actuellement nous sommes dans un dérapage grotesque et vertigineux. Au Québec, tout le monde est sensible à cette caricature de français que nous entendons sur les ondes de France et voyons dans les journaux. Faut-il encore expliquer aux Français qu’au Québec nous avons sans cesse lutté, par l’histoire et par notre environnement géographique, pour protéger la langue française. Les mots américains se sont introduits avec les produits américains, de l’évier à l’enjoliveur, de l’essuie-glace à la voie ferrée. Par un effort considérable et grâce à des éducateurs chevronnés, des grammairiens passionnés, des linguistes influents et une population attachée à la langue française, le Québec est devenu le défenseur farouche de cette langue de plus en plus bafouée en France. Il y a en France beaucoup de gens qui sont mobilisés contre cette manie d’introduire des mots américains dans le langage courant, ces défenseurs sont beaucoup plus nombreux qu’on le pense, mais il reste que les grands journaux font l’inverse. Le Québec a montré que la plupart des mots américains pouvaient être traduits, et d’une belle façon, et qu’il n’était pas nécessaire de truffer chaque phrase d’une bouillie importée et sans saveur. Certaines personnes en France qui exercent à de hauts niveaux n’ont pas toujours la dignité de parler français ! Pour nous ici, au Québec, il s’agit d’une trahison. Si la France s’obstine dans cette voie, elle se perd, aussi bien culturellement qu’économiquement ; elle s’éloigne des autres francophonies ; déjà, elle s’efface et s’abaisse. Pourquoi accélérer cette invasion ? Pour vendre ? Pour se montrer à la mode ? La France est colonisée, dominée, par une pseudo élite qui dégurgite à longueur de journée un français incompréhensible. Apprendre l’anglais, nous ne sommes pas contre, mais ne nous infligez pas ce mélange à nous qui quotidiennement nous battons pour parler français. Voyez les efforts d’un Jean-Robert Gauthier dans la défense des droits des francophones au Canada et sa lutte pour une dualité linguistique. Après la francophonie, sommes-nous entrés dans la cacophonie, comme se le demande avec justesse Impératif français, qui se bat pour défendre notre langue. Je connais des Canadiens français qui se sont fait reprocher en France de mal parler ou d’avoir un accent et qui ont décidé, là-bas, de s’adresser en anglais aux Français, fatigués qu’ils étaient de se faire humilier. Je connais des Français qui recherchent toutes les expressions québécoises et qui admirent notre parler et notre ténacité à vouloir continuer à nous exprimer en français. Je connais aussi des Français, parfois éminents, qui, dès que possible, s’adressent en anglais à leur auditoire en Europe ou en Amérique. À ces derniers, je recommanderais un petit séjour dans la ville d’Ottawa, la capitale non bilingue d’un pays soi-disant bilingue. Ils constateraient parfois que leur anglais souvent appris en Europe n’est pas toujours compréhensible ici. Quant au français, il finirait par le défendre aussi bien dans les transports en commun, les compagnies aériennes, les restaurants, les magasins et le reste. Vue de la région de la capitale nationale du Canada, je me permets de dire à tous les journalistes français qui emploient sans cesse des mots américains : « Voyez le combat ici, au Québec et en Ontario, en Acadie, au Manitoba et ailleurs au Canada, et vous comprendrez que vous nous insultez pour mieux nous tuer ! Comme vous n’avez peut-être aucun intérêt pour la langue française ou les autres francophonies, alors, malgré les coups que vous portez, sachez que nous ne nous laisserons pas mourir et qu’avec la France que nous aimons, celle qui parle le français, nous resterons unis.»

Pour ceux qui douteraient des raisons de ma colère, voici quelques mots recueillis dans les journaux français récemment. Parcourez les grands quotidiens et vous serez, tout comme moi, profondément déçus : les journaux prétendus de gauche ou de droite agissent de la même façon. Beaucoup de leurs écrits révèlent une volonté d’être colonisés.

Voici quelques exemples.

Goal, play list, My FNAC, low cost, remake, class action (recours collectif, vous ne connaissez pas ?) flash, fans, zoom, newsletters, shopping, match, seventies, crash, blog high teck, penalty score, starting-blocks, rush, spot, top, on live, on air, et, pour terminer en beauté, l’horrible standing ovation !

On aurait pu penser que le e-mail allait devenir un mèl (où est passée la malle-poste ?) ou au moins un courriel, que les news (niouzes !) resteraient des nouvelles… Mais non,  nous sommes dans le monde des delete, back space, playlists, on book une chambre, et allons-y pour le jogging et autres zapping, ice-cream et flash, jingle et timing, planning et autres incongruités qu’on veut nous imposer d’outre-mer. Amis français, vous qui aimez tant la langue française et qui voyez les attaques qu’elle subit, sachez que nous sommes avec vous pour la défense de la langue française (Nom d’une association française) et que le français a toutes les capacités pour créer des mots en remplacement des mots américains, que nous possédons des trésors dans la langue française. Que ces voleurs de langue, d’identité, cessent leur démolition. Bannissons (Boycottage !) ces journaux, réagissons auprès des éditeurs et, finalement, privons-les de notre argent. S’ils n’ont pas mal à la langue, au moins auront-ils mal au portefeuille. Sans lecteur, ils péroreront dans le désert à moins que vienne une prise de conscience.

Saluons les efforts d’associations comme L’avenir de la langue française ou Défense de la langue française, et toutes ces personnes et organismes qui, comme l’Office québécois de la langue française, nous montrent que la bataille n’est pas perdue, loin de là. Bravo à Impératif français, qui lutte sans relâche et depuis des années pour notre dignité.

Il appartient aux Français de décider, de le dire haut et fort, de réagir : le Québec a depuis longtemps choisi.

En toute amitié avec nos citoyens anglophones ou allophones francophiles, c’est en français que nous vivons et voulons vivre.

Jean-Louis Grosmaire

Écrivain-géographe

Gatineau, Québec, Canada


Jean-Louis Grosmaire est géographe et écrivain. Il a reçu le prix Louis Pergaud (Besançon, France) pour son roman historique «Tu n’aurais pas dû partir» (Édition Vermillon, 2006).

La Syrie compte de 100.000 à 120.000 djihadistes, repartis en un millier de formations combattantes, selon une déclinaison religieuse-ethnico tribale, reflet des clivages politico sociales du pays et de leurs parrains respectifs, opérant au sein de PC conjoint, sur fond de violentes rivalités et d‘une opposition instable.

Autant dire que la Syrie n’est pas un long fleuve tranquille et la guerre qui s’y déroule ne reflète pas l’image d’Epinal que les médias occidentaux, particulièrement français, s’évertue à véhiculer d’un combat de démocrates contre un odieux tyran.

Le verdict est sans nuance. Il porte la signature, non d’un complotiste, ni d’un révisionniste, mais d’une prestigieuse institution «The  Brookings Institution», dont le centre régional à Doha (Qatar), «Brookings Doha Center Report» vient de publier à la mi-mai, son rapport périodique: «Syria Military Landscape Mai 2014», sous la plume de Charles Lester.

«De 100.000 à 120.00 djihadistes dont 7.000 à 10.000 étrangers, repartis en un millier de formations combattantes, selon une déclinaison reflétant les segments de la société (Politique, religieux, confessionnel, ethnique et tribal) opèrent au sein de PC commun, indique le rapport dont ci-joint des extraits de ce document de 50 pages.

Les Etats Unis et les Occidentaux

«La préoccupation majeure des Etats Unis est de mettre un terme à l’extension régionale  du conflit et faire face à la menace croissante que représente le djihadisme. L’idée de départ des Occidentaux de mettre sur pied une opposition unifiée et disciplinée a été contrariée par les interférences grandissantes et les intérêts contradictoires des protagonistes aboutissant à un accroissement des actes de sauvagerie et à l’avènement d’un djihadisme sans pareil. Les Occidentaux doivent surmonter leurs erreurs antérieures et œuvrer en vue de favoriser l’adoption d’une résolution à l’effet de contribuer à la stabilité régionale et la sécurité internationale.

«Les Etats Unis qui envisageaient au départ un soutien à l’opposition jusqu’à la chute du régime, ont modulé leur stratégie et vise désormais un règlement politique. Ils se soucient désormais de fournir aux forces modérées un soutien qui les mette en mesure de mener des négociations avec le régime syrien.

Une opposition instable

«La concurrence pour les subsides notamment auprès des associations caritatives pétro monarchiques a favorisé la division et la dispersion. Le style de vie des opposants en exil a suscité des moqueries en ce qu’il leur était reproché leur gout pour les hôtels cinq étoiles, occultant la dure réalité syrienne. Le chef de l’Armée Syrienne Libre, pendant cette période a assumé un rôle de «Public Relations» chargé de la répartition des armes et de l’assistance matérielle. L’échec de l’opposition pro occidentale a favorisé la montée en puissance de l’extrémisme, dont les Frères Musulmans, constituaient la force la plus modérée.

Par «Le Manifeste d’Alep», le 24 septembre 2013, onze organisations parmi les plus puissantes ont refusé la tutelle de la coalition de l’opposition syrienne, soutenue par les pays occidentaux et les pétro monarchies arabes. Cinquante groupements, réunis sous l’autorité de Mohamad Allouche, fonderont alors «Jaych Al Islam», assumant un rôle  axial en Syrie.

Le Front Islamique

Sept groupements fédérés au sein de ce front disposent de 60.000 combattants en Syrie et constituent la plus importante formation militaire du pays. Trois de ces formations -Ahrar As Cham (les hommes libres du levant), Soukour As Cham (Les Aigles du Levant) et Jaych al Islam (l’Armée de l’Islam)- opèrent en coordination étroite avec Al Qaida, via Jobhat an Nosra. «Le Front Islamique est un acteur décisif dans la dynamique de l’opposition en raison de sa capacité d’impulser l’orientation idéologique du soulèvement. Il constitue la relève radicale d’Al Qaida sur le plan idéologique et son but ultime est la création d’un Etat islamique en Syrie, point de départ de la guerre de libération d’Al Qods (Jérusalem) et la Palestine.

Dahech

Acronyme de «l’Etat Islamique d’Irak et de Syrie» s’est distingué par davantage  de sauvagerie dans les combats, entrainant son expulsion par Al Qaida en Février 2014. Dahech a été expulsé d’Alep, Lattaquieh et Idlib, mais contrôle encore l’axe routier Alep Raqqa. L’isolement de Dahech en Syrie l’incite à se doter une dimension internationale. Son ambition est de se constituer en un mouvement transfrontière avec des objectifs qui vont au-delà de ses deux points focaux actuels l’Irak et la Syrie.

Les parrains de l’opposition

L’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ont contribué à l’évolution de l’opposition vers l’extrémisme, de même que le régime syrien en libérant des prisonniers salafistes.

Souheil Idriss, le chef de l’ASL, le partenaire préféré des Occidentaux, a été évincé de son poste en raison de sa relation avec le Qatar et remplacé par Abdallah Bachir, un pro saoudien. Le dégagement de Souheil Idriss a conduit les Occidentaux à une prise de distance vis-à-vis de cette institution, (…) alors que, parallèlement, la réélection d’Ahmad Jarba, appartenant à la confédération tribale que le Roi Abdallah (la tribu Al Shammar) a contribué à propager un sentiment d’abattement au sein de l’opposition. Abdallah Bachir, le nouveau chef de l’ASL, son adjoint Haytham Al Oujeiry, de même que  le ministre de la défense, Assaad Moustapha relèvent de la mouvance saoudienne.

L’Arabie a décidé de favoriser la montée en puissance des milices de l’Islam modéré pour se conformer à la nouvelle relation saoudo américaine, mais maintient sa pression sur l’Iran. En contrechamps, le Qatar et la Turquie continuent leur soutien aux formations radicales, tout en ménageant l’Iran dans l’attente des résultats du conflit syrien.

Le plateau du Golan, nouvelle place forte de l’opposition armée.

Le Front Sud, dans la région de Quneitra, chef-lieu du plateau du Golan, adossé à Israël qui en occupe encore une large partie, constitue désormais «la place forte de l’opposition armée (…), laquelle a bénéficié de livraisons d’armes notamment des missiles anti chars AGTMS et des Missiles TOW BGM 71.  «La formation de combattants syriens par l’armée américaine augurent de batailles décisives dans ce secteur dans les prochains mois.  La livraison de missiles anti chars de fabrication américaine à Hazm (un segment proche de l’ancien chef de l’ASL Souheil Idriss) constitue en outre un indice du rétablissement des relations entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis.

Russie: L’usage du veto en faveur d’un allié indéfectible a paru plus important à la Russie que de vaines joutes oratoires d’accusations et de contre accusations avec ses rivaux occidentaux. Par son soutien résolu et son aide multiforme, la Russie a assuré une maitrise du comportement syrien, comme en témoigne l’accord sur la destruction de l‘arsenal chimique syrien.

Iran-Le Hezbollah: des drones en surveillance du champ de bataille syrien

L’Iran a accordé un soutien matériel et financier constant à la Syrie en ce que la défaite de son allié aurait neutralisé sa capacité de riposte face à Israël en cas d’attaque contre ses installations nucléaires. Via «Faylaq al Qods» (Jerusalem brigade) des gardiens de la révolution iranienne, elle a assumé un rôle fondamental dans la formation des milices chiites, notamment des chiites d’Irak sans compter la contribution de la formation chiite libanaise.

«Le Hezbollah a réussi à assumer un rôle distinctif croissant dans la direction des opérations de l’armée syrienne lors d’offensives majeurs des forces gouvernementales. A Qoussayr (Juin 2013), le Hezbollah a pris directement en main le commandement des opérations, assumant, parallèlement, la surveillance aérienne permanente du champ de bataille, via des drones.

«Toutefois la prolongation du conflit rend une solution politique difficile. Avec 1000 unités  combattantes rebelles à travers le pays, la transition politique parait quasiment impossible. En cas de paix, la reconstruction syrienne prendra entre 15 et 20 ans. Le cout de reconstruction est estimé à 165 milliards de dollars, soit «18 fois le budget annuel de la Syrie».

Epilogue

Deux des journaux d’accompagnement de la diplomatie hollando-fabiusienne dans la guerre de Syrie –Le Monde et Libération- ont implosé par perte de sens et de finance, évinçant dans l’urgence leur directeur: Nicolas Demorand (Libération) par suite d’une motion de défiance et Nathalie Nougayrède (Le Monde) dans la foulée de la démission collective de sept rédacteurs en chef.

Amplificateur multiplex des thèses atlantistes du pouvoir socialiste, le journal Le Monde actera la défaite française, dans son édition du 1 er octobre 2013. «Loin d’être à la remorque des Américains, la France a cherché à les tirer vers une politique plus décisive sur une politique qui a fait 110.000 morts et menace tout le Moyen orient», soutiendra la directrice du quotidien Nathalie Nougayrède. Dans un éditorial intitulé «les limites de l’influence française», elle vantera la fonction de «diplomatie de repère» de la France. Non Nathalie Nougayrède, la France n’assume pas une fonction de «diplomatie de repère», ni de balises, mais une diplomatie de repaires et de tanières. Point n’était besoin d’abriter au sein de votre journal un agent d’influence de la diplomatie française, la grande oreille Ignace Leverrier Wladimir Glassman Al Kazzaz. Un choix fatal à votre magistère.

«Le Monde et Libération, deux bateaux ivres, bientôt fantômes?, s’interroge, au vu de ce bilan, Jacques LeBohec, spécialiste de la sociologie des Médias à l’Université Lyon III qui soutient que ce qui les menace est une «déchéance et une implosion progressives…

«Deux quotidiens qui furent prestigieux, que l’on consomma avidement et qui ne servent plus que de moyens de pression dans le secteur de la téléphonie mobile». (Golias hebdo N° 337- semaine du 22 au 28 mai 2014)

Sauf erreur de la part de l’auteur de ce texte, le rapport fait une omission de taille: Il ne mentionne la moindre exaction du Hezbollah, pas plus son narcotrafic, comme le propage Yves Mamou, un ancien du Monde, que ses viols intensifs, comme le colporte Annick Cojean, journaliste au Monde. Venant d’une institution américaine nullement suspectée de sympathies pro Hezbollah, ce constat vaut brevet.

Le rapport constitue, en creux, un désaveu de la cohorte des islamophilistes français qui ont saturé les ondes de leur fausse science, notamment le chef de meute, François Burgat, et ses acolytes Thomas Pierret, Romain  Caillet, Nabil Ennsari, dont les approximations et la véhémence leur ont conféré le titre nullement envieux de «branquignoles de la pensée stratégique française».

Une poignée de dollars a sabordé la géostratégie du Monde arabe.

Merci pour Bourhane Ghalioune. Merci aussi pour les Kodmanis’ sisters, Basma Kodmani et Hala Kodmani. Merci pour la Syrie, leur patrie d’origine. Merci pour la Palestine, la patrie de leurs enfants.

René Naba

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La première audience du TPP, sur l’Amérique latine, aura lieu du 29 mai au 1er juin 2014 à Montréal.

Consulter la requête adressée au Tribunal permanent des peuples par le comité organisateur de la session Canada du TPP, ainsi que l’accusation aux entreprises minières canadiennes et à l’État canadien pour l’audience Amérique latine.

Voir le programme court et le programme détaillé de l’audience Amérique latine – 29 mai – 1er juin 2014 !

S’inscrire en ligne  / Événement facebook

 

Jeudi 29 mai 2014: Soirée d’ouverture du Tribunal, 18h-20h30, Auditorium Adams, Université McGill

Présentation des membres du jury:
Maude Barlow (Conseil des Canadiens)
Mireille Fanon-Mendès-France (Fondation Frantz Fanon, France)
Nicole Kirouac (Comité de vigilance de Malartic, Québec)
Gérald Larose (Université du Québec à Montréal)
Viviane Michel (Femmes autochtones du Québec)
Javier Mujica Petit (Centro de Políticas Públicas y Derechos Humanos, Pérou)
Antoni Pigrau Solé (Universitat Rovira i Virgili, Espagne)
Gianni Tognoni (Tribunal permanent des peuples, Italie)

 

Présentations d’ouverture:

- « The Permanent Peoples’ Tribunal », Gianni Tognoni, PPT, Italia
- « Les enjeux politiques de la reprimarisation des économies latino-américaines », Nancy Thède, Chaire Nycole-Turmel, UQÀM
- « Le modèle d’expansion minière questionné : impacts, conflits et enjeux », Isabel Orellana, Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté, UQÀM
- « El impacto de la minería canadiense en América latina y la responsabilidad de Canadá », Pedro Landa, Centro Hondureño de Promoción para el Desarrollo Comunitario (CEHPRODEC), Honduras

 

Vendredi 30 mai 2014 : Journée d’audiences sur les violations des droits et les impacts socio-environnementaux des activités minières canadiennes en Amérique latine, 9h-17h, CEDA, 2515 Delisle (métro Lionel-Groulx), Montréal

- Volet droit à la vie et à un environnement sain:  cas de Pascua Lama (Chili-Argentine), cas de Valle de Siria (Honduras), impacts des activités minières industrielles sur l’environnement, droit humain à l’eau

- Volet droit à l’autodétermination: cas de Escobal (Guatemala), cas de Pascua Lama (Chili), droits des peuples autochtones et industrie minière

- Volet droit à une citoyenneté pleine: droits des femmes et industrie minière, criminalisation de la résistance aux projets miniers, cas de La Platosa (Mexique), Escobal (Guatemala), Payback (Mexique)

 

Samedi 31 mai 2014 – 9h-17h: Journée d’audiences sur le rôle du Canada dans le déploiement de l’industrie minière mondiale, CEDA, 2515 Delisle (métro Lionel-Groulx), Montréal

- Efforts de la société civile et responsabilité de l’État d’origine

- Soutien politique et ingérence dans les processus législatifs des États hôtes: pratiques et rôle des ambassades, cas de Payback (Mexique), cas de la réforme de la législation minière en Colombie et au Honduras

- Aide internationale: commercialisation de l’aide internationale du Canada et promotion de l’industrie minière

- Soutien économique et financier: reddition de comptes et Exportation et Développement, encadrement des marchés financiers, fonds d’investissement publics

- Accès à la justice: obstacles dans l’accès à la justice pour les individus et communautés affectées, mécanismes non-judiciaires en vigueur, expérience avec le Bureau du conseiller en RSE et Point de contact national, cas du Mexique

- Libre-échange et droits des peuples: protection des investissements et droits des peuples à décider de leur modèle économique et social, cas de la poursuite contre le Salvador de Pacific Rim et Oceana Gold

 

Samedi 31 mai 2014 – 20h30Soirée culturelle et festive du Tribunal!! Au Cabaret du Mile End, 5240 Avenue du Parc. Avec plusieurs artistes invitéEs: Juan Sebastian Larobina, Tomas Jensen, Yves Desrosiers, Darundaï, Kinokewin, les Bottes gauches et d’autres !

 

Dimanche 1er juin 2014: Journée d’échanges et lecture du verdict

10h-13h: Groupes de discussion et ateliers avec nos invitéEs d’Amérique latine

10h30-12h30 : « Trous de mémoire », Forum-théâtre sur l’extractivisme avec le Projet Accompagnement Solidarité Colombie (PASC)

14h15-16h15   Assemblée publique

16h30: Lecture du verdict

Groupes de discussions et ateliers (à confirmer sous peu):

Migrations et industrie minière (Centre des travailleurs et travailleuses immigrantes – CTI; Asociación de Guatemaltecos Unidos por Nuestros Derechos -AGUND)

El proceso de obtención de una audición sobre las compañías mineras canadienses a la Comision interamericana de los derechos humanos (CIDH): discussion avec Pedro Landa (Grupo de trabajo sobre la mineria y los derechos humanos en América latina, CEHPRODEC)

Résistance des femmes face à l’agression des minières, avec Lina Solano du Frente de Mujeres Defensoras de la Pachamama (Alliance internationale des femmes, Femmes de diverses origines, CDHAL)

Challenges and opportunities of divestment as a solidarity strategy (Breaking the Silence and the United Church Maritimes Mining the Connections Network – Projet Accompagnement Québec Guatemala – Council of Canadians)

The Role of International Coalitions in Supporting Communities Affected by Canadian Mining in Guatemala (CAMIGUA, the International Coalition Against Unjust Mining in Guatemala)

Note: veuillez noter que nous aurons de l’interprétation simultanée français-espagnol-anglais pour l’événement.

* Service de garde disponible sur demande

* Repas et café servis sur place pour les journées du 30-31 mai et 1er juin.

Un rendez-vous de la solidarité et de la justice socioenvironnementale à ne pas manquer !

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La proposition de Laurent Fabius de saisir la Cour pénale internationale des crimes commis en Syrie a été rejetée par l’Onu. En effet, derrière les apparence de la Justice, la CPI est un instrument de l’impérialisme occidental. Sa procédure est ubuesque, elle n’hésite pas à inventer des crimes imaginaires pour condamner ses prévenus et participe aux opérations d’intoxication de l’Otan. Oui, nous voulons la Justice, et celle-ci doit commencer par juger M. Fabius pour ses crimes en Syrie.

Photo : L’ambassadeur de Chine observe, interloqué, son homologue français plaider pour que Bachar el-Assad soit jugé par la CPI. La France et le Royaume-Uni livrent une guerre secrète contre la Syrie depuis 2011. Celle-ci a fait plus de 160 000 morts.


À l’initiative du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, la France a déposé, jeudi soir au Conseil de sécurité, une proposition de résolution saisissant la Cour pénale internationale (CPI) des crimes commis en Syrie. M. Fabius a expliqué son geste, soutenu par 64 pays alliés, dans une tribune libre publiée par Le Monde [1]. Il y souligne que son projet de résolution n’est pas tourné contre le gouvernement, mais « vise tous les crimes commis en Syrie, quels qu’en soient les auteurs ».

Nous devrions donc tous le soutenir. Pourtant la Russie et la Chine s’y sont opposé avec force, allant même jusqu’à user pour la quatrième fois dans ce dossier de leur droit de veto. C’est que ces deux États, qui ne sont pas membres de la CPI, savent que les garanties de Laurent Fabius sont de la pure propagande. La CPI rend une justice de vainqueurs et sert les intérêts de l’impérialisme.

Une justice à sens unique

Depuis sa création en 2002, la Cour —dont la compétence est universelle— a ouvert une vingtaine de dossiers, mais elle n’a prononcé de condamnations que contre des ressortissants de huit États africains (l’Ouganda, la République démocratique du Congo, la République de Centrafrique, le Soudan, la République du Kenya, la Libye, la Côte d’Ivoire). Et dans ces huit cas, la Cour n’a condamné que des opposants aux grandes puissances occidentales. Dès lors, il est évident que cet organe ne rend pas la justice, mais l’instrumente.

C’est pourquoi en octobre 2013, le sommet de l’Union africaine a décidé de ne plus honorer ses engagements vis-à-vis de la CPI lorsqu’elle poursuit des chefs d’État en exercice.

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En août 2011, le procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo, assurait qu’on lui avait remis Saif el-Islam Kadhafi et qu’il en organisait le transfert à La Haye. En réalité, celui-ci commandait la résistance à l’attaque de l’Otan. Il ne sera arrêté qu’une fois la Jamahiriya tombée, trois mois plus tard.

L’expérience libyenne

Pour ma part, mon expérience de la Cour se limite au cas libyen. Sur requête du Conseil de sécurité, le Procureur avait décidé de poursuivre Mouammar el-Kadhafi, son fils Saif el-Islam et son beau-frère Abdullah Senussi en les accusant d’avoir fait massacrer par dizaines de milliers leurs opposants à Benghazi et ailleurs. Disposant de moyens considérables, le procureur déclarait détenir des preuves. En réalité, il ne fondait ses accusations que… sur une revue de la presse occidentale. Cependant, toute personne de bonne foi présente en Libye pouvait constater que les crimes dont ils étaient accusés n’avaient jamais existé. Ainsi, ai-je fouillé longuement un quartier de Tripoli à la recherche des ruines qui y auraient été causées par les bombardements de « l’aviation du régime », sans trouver la moindre trace de destruction ; des bombardements imaginaires qui avaient été condamnés avec force par le Conseil des Droits de l’homme de l’Onu et avaient justifié le mandat donné par le Conseil de sécurité à l’Otan.

Puis, le procureur lança l’accusation selon laquelle Mouammar el-Kadhafi aurait fait distribuer à ses soldats des comprimés de viagra afin qu’ils violent les femmes de ses opposants. Le procureur donnait des chiffres sur le volume de ces comprimés sans prendre garde au fait qu’ils étaient supérieurs à la production mondiale de viagra. Par la suite, en l’absence de victimes identifiées, l’accusation de viols de masse fut simplement annulée [2].

Le plus ridicule vint lors de la prise de Tripoli par l’Otan. Le procureur confirma à la presse internationale, le 21 août, que Saif el-Islam Kadhafi avait été arrêté et qu’il organisait son transfert à La Haye. Or, pendant que j’écoutais sa déclaration à la télévision, Saif el-Islam se tenait à l’hôtel Rixos dans une pièce voisine de la mienne. Le procureur avait inventé cette histoire dans le but de démoraliser le peuple libyen et d’aider l’Otan à conquérir le pays. En définitive, Saif el-Islam ne fut arrêté que trois mois plus tard, le 19 novembre.

Comment peut-on prendre au sérieux un tribunal dont le procureur se prononce sur la seule base d’une revue de la presse occidentale, n’hésite pas à inventer des accusations pour frapper l’opinion publique, ni à mentir pour peser sur le sort d’une invasion ?

La genèse de la CPI

La Cour pénale internationale trouve sa genèse dans l’article 227 du Traité de Versailles (1919), qui prévoyait de créer un tribunal international pour juger l’empereur allemand défait, Guillaume II, et dans l’Accord de Londres (1945), qui institua le tribunal de Nuremberg pour juger les dirigeants nazis.

À l’époque, le chancelier allemand, Ludwig Erhard, avait été l’une des rares personnalités politiques à critiquer le tribunal de Nuremberg. Il faisait valoir qu’un jugement rendu par des vainqueurs contre des prévenus, tous allemands, n’avait pas de crédibilité. Il plaidait pour que les nazis soient jugés par des magistrats de pays neutres (la Suisse ou la Suède), ce qui aurait certainement profondément modifié le verdict, et avec quelques juges allemands.

Le juriste français Casamayor, dénonça une justice de vainqueurs : les crimes des nazis pouvaient être sanctionnés, mais pas ceux des Alliés. « À dater de maintenant, il y a deux genres de droit international, un pour les Allemands, l’autre pour le reste du monde », écrivit-il. « Si les bombardements indiscriminés de Londres et l’utilisation des armes de représailles, telles les fusées V1 et V2, ne sont pas au nombre des chefs d’accusation, c’est sans doute pour ne pas y inclure les bombardements indiscriminés par la R.A.F. des populations civiles, dont le bombardement au phosphore de Dresde, constitue le paroxysme ».

Dans le cas des crimes commis dans la région des Grands lacs, ils l’ont certes été par des leaders africains, mais la plupart de ces crimes ont été commandités par de grandes puissances occidentales : le Royaume-Uni, Israël, les États-Unis ou la France.

Dans le cas de la Libye, Mouammar Kadhafi a certes utilisé l’assassinat politique durant ses 42 ans de pouvoir —dont celui de l’imam Moussa Sadr—, mais il n’a jamais commis les crimes pour lesquels la Cour souhaitait le juger. Ceux-ci étaient de pures inventions de la propagande occidentale pour justifier de la conquête de la Libye. Chacun peut d’ailleurs constater que, deux ans après son lynchage par les « Occidentaux », plus personne n’évoque ces crimes imaginaires.

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Laurent Fabius devrait être poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité en Syrie.

Le cas Laurent Fabius

En 1999, Laurent Fabius fut jugé par la Cour de Justice de la République française pour homicide involontaire. Il lui était reproché, alors qu’il était Premier ministre, d’avoir favorisé les intérêts industriels d’un laboratoire pharmaceutique en retardant la mise hors du marché de lots de sang contaminés au VIH. La procédure de la Cour ayant été imaginée pour son cas, le doute subsiste sur le non-lieu dont il bénéficia [3]. M. Fabius reconnut être responsable de l’erreur politique, mais pas coupable de la faute pénale. C’est-à-dire qu’il admit ne pas avoir fait son travail de Premier ministre et avoir laissé ses conseillers prendre seuls de mauvaises décisions. Par le passé, cet aveu aurait marqué son retrait définitif de la vie politique, mais il en fut autrement. Considérant qu’il n’était pas coupable, mais irresponsable, il avait été élu président de l’Assemblée nationale et le resta durant et après son procès (1988-92), bien que ses juges soient des parlementaires [4]. Il le fut à nouveau sous Jacques Chirac (1997-2000), puis ministre de l’Économie (2000-2002) et ministre des Affaires étrangères (depuis 2012).

En sa qualité de ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius relança la guerre en Syrie pour le compte d’Israël et d’un groupe états-unien comprenant Hillary Clinton (secrétaire d’État), les généraux David Petreaus (CIA) et Patrick O’Reilly (Bouclier anti-missiles), et l’amiral James Stavridis (Otan). Il organisa la conférence de Paris des Amis de la Syrie et plaça le criminel de guerre Abou Saleh sur la tribune au côté du président François Hollande pendant son discours. Puis, M. Fabius approuva l’organisation de l’attentat du 18 juillet 2012 qui décapita le Conseil syrien de sécurité nationale et qu’il refusa de condamner ; un attentat qui coûta la vie notamment aux généraux Daoud Rajha (ministre de la Défense, chrétien orthodoxe), Assef Chawkat (ministre adjoint, alaouite) et Hassan Turkmani (conseiller de sécurité nationale, sunnite). Le 17 août 2012, en Turquie, il déclara : « Je suis conscient de la force de ce que je suis en train de dire : M. Bachar al-Assad ne mériterait pas d’être sur la Terre », encourageant ouvertement à son assassinat. Tous ces faits et bien d’autres sont théoriquement passibles de la CPI, qui ne manquerait pas de le condamner si elle rendait la Justice.

La guerre en Syrie a fait au moins 160 000 morts.

Nous voulons la Justice !

Oui, il faut juger les auteurs des crimes en Syrie, mais ce ne peut-être fait par une Cour au service de ceux qui attaquent ce pays et martyrisent son peuple. Les financiers de la guerre doivent être jugés en priorité, et ils se trouvent à Washington, Londres et Paris, Ankara, Doha et Riyad. Certains d’entre eux sont même des financiers de la CPI.

Thierry Meyssan

 

 

 

[1] « Qui est contre la justice en Syrie ? », par Laurent Fabius, Le Monde, 22 mai 2014.

[2] « Propagande de guerre : viols de masse en Libye », Réseau Voltaire, 12 juin 2011.

[3] Loi organique n° 93-1252 du 23 novembre 1993.

[4] La Cour de justice de la République comprend quinze juges : douze parlementaires élus, en leur sein et en nombre égal, par l’Assemblée nationale et par le Sénat après chaque renouvellement général ou partiel de ces assemblées et trois magistrats du siège à la Cour de cassation. Elle est présidée par l’un des trois juges professionnels.

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Que n’a-t-il encore fallu entendre comme inepties lors de la soirée électorale d’hier, de la part des ténors politico-médiatiques, sur les plateaux télévisés !? Chacun y est allé de sa petite phrase, de son mot voire de sa mise en scène pour qualifier la victoire du FN. En tentant de trouver LA formule qui allait être plus forte et se démarquer de celle de son voisin, pour indiquer combien l’évènement tenait de l’impossible. De l’irréparable. Du cataclysme planétaire…

Depuis la gauche de Jean-Luc Mélenchon dont on se demandait s’il répétait une tragédie de Shakespeare, en passant par les éléphants des partis traditionnels marmonnant toujours les mêmes creuses rengaines râpées, et jusqu’à celle qui se prend pour la diva sur le retour Ségolène Royal déclarant que le choc était « à l’échelle du  monde »… rien que ça ! Comment peut-on encore espérer être crédible aux yeux des citoyens quand on surabonde dans l’excès d’attitude et de langage, alors que tous les indices indiquaient depuis des mois, voire des années que l’heure du FN arrivait à grand pas, favorisé précisément par ces (ir)responsables politiques qui ne voient jamais rien venir et jouent les vierges effarouchées dès que survient ce que tout observateur savait !? (voir : http://www.legrandsoir.info/la-france-devrait-se-mefier-de-ses-ministres-de-l-interieur.html)

Personne ne demandait à Mr Mélenchon de nous la jouer sur le ton de la tragédie au point d’en devenir grotesque. Ni à Mme Royal de déclarer que le « monde » n’a d’yeux que pour l’hexagone… ce qui atteste de sa méconnaissance de ce qui se passe en-dehors de son pré carré. Il leur est demandé d’écouter et d’entendre ce que la population exprime depuis des années, sans résultat.

Dans la vie, il y a ceux qui entendent mais n’écoutent pas. Ils ont bien entendu une vague clameur, comme un bruissement dans le lointain, mais si vous leur demandez de quoi il s’agit, ils seront incapables de vous le dire. Tout occupés qu’ils sont à leurs petites affaires. Puis il y a ceux qui écoutent, mais n’entendent pas. Ils vous regardent d’un œil attentif, opine même parfois de la tête, mais une fois que vous avez terminé, s’en retournent de même s’occuper de leurs petites affaires. Ce constat, chacun a déjà pu l’établir dans son quotidien. C’est navrant, mais c’est comme ça et la conclusion s’impose : bien peu ont la capacité et d’écouter et d’entendre ce que vous tentez de leur exprimer.

Eh bien, le petit monde politico-médiatique fonctionne de la sorte. Certains écoutent, d’autres entendent, mais aucun n’a cette capacité d’effectuer les deux… et le résultat est ce que l’on voit aujourd’hui. Ils sont tellement préoccupés par ce qu’ils ont en tête, les uns pressés par leur question, les autres pressés par leur réponse, ou tellement convaincus que c’est en flattant l’électeur qu’ils vont gagner sa voix, qu’ils persistent à raconter n’importe quoi quand les réalités que vivent les citoyens ne correspondent plus depuis longtemps à ce qu’ils ânonnent. Ils ont opté pour la méthode Coué et répètent jusqu’à l’absurde que la France est un graaand pays… Tellement grand aux yeux de certains que la percée du FN devait être un choc « mondial ». Non Mme Royal, rassurez-vous, en ce lundi matin, le monde n’a pas vacillé, même pas tremblé, et l’euro se paie même le luxe d’être en hausse sur les marchés. Et si vous alliez à New-York comme j’ai eu l’occasion de le faire, et dans l’Empire State Building où sont regroupés quantités de sociétés pour y rencontrer leurs patrons, vous verriez que la plupart ne savent ni situer où se trouve la France et beaucoup ne connaissent même pas le pays. Je ne vous parle pas des Américains au fond du désert de l’Arizona, mais de ceux qui sont au cœur de New-York ! Alors, écarquillez-vous un tant soit peu les yeux, revenez sur terre, et comprenez que la France n’est pas le graaand pays que tout ce petit monde politico-médiatique se plaît à imaginer, tentant peut-être par-là de se donner plus d’importance qu’il n’en a vraiment…

Et même si je ne bois pas à la même coupe que le FN et suis opposé à nombre de ses idées, je suis bien obligé d’admettre que certaines de ses analyses sont beaucoup plus pertinentes et judicieuses que celles de la plupart des partis traditionnels qui n’ont décidément rien compris à ce qui se passe sous leurs fenêtres. Les responsables du FN semblent avoir cette capacité d’écouter et d’entendre. Le problème, c’est que leurs solutions sont catastrophiques voire abjectes dans de nombreux cas.

Dès lors, et pour éviter que le pire n’advienne, oui il y a urgence à ce que la France se réforme. De fond en comble. Et pour commencer, qu’elle revienne à sa juste mesure et ne se prenne plus pour la grenouille tentant de se faire aussi grosse que le bœuf… dont on connaît le résultat. Un peu de modestie n’a jamais fait de tort à personne… Et plutôt que de s’aliéner la Russie dont elle est voisine, elle ferait mieux de garder quelque distance avec les USA en revenant au projet de la construction de l’Eurasie comme l’a peut-être compris l’Allemagne. De même, on ne peut pas dire que c’est la faute à l’UE si les nouvelles rames de train ne rentrent pas dans des quais trop étroits ! L’Allemagne à laquelle les ténors français n’ont de cesse de se comparer ne passe pas son temps à répéter à longueur d’ondes qu’elle est un graaand pays. Elle s’est retroussé les manches et elle travaille. Elle a pris les mesures qui s’imposaient pour se hisser au niveau qui lui permet aujourd’hui de tirer presque seule le restant de l’Europe !

Ensuite, pour (re)devenir le pays qu’elle fut, à savoir, un pays prêt à montrer la voie à suivre plutôt que la voie sans issue où elle se fourvoie actuellement… Tout en se rappelant que le chantier sera d’autant plus long que les décideurs mettront du temps à le mettre en œuvre… en commençant, comme toujours par se remettre en question eux-mêmes, ce qui au vu de ce que l’on a entendu hier soir, est loin, très loin d’être gagné. Et c’est bien le drame français !

Daniel Vanhove26.05.2014

Daniel Vanhove : Observateur civil, auteur

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L’annonce par le président Obama du déploiement de 80 soldats au Tchad a été une surprise pour beaucoup. Mais comme mon collègue Craig Whitlock le souligne, les États- Unis ont déjà déployé bon nombre de troupes sur le terrain dans un nombre surprenant de pays africains.

Cette carte montre les pays d’Afrique subsaharienne ayant actuellement sur leur sol une présence militaire étatsunienne engagée dans des opérations militaires réelles.

Il convient de noter que dans la plupart de ces pays, il y a un petit nombre significatif de troupes. C’est un signe clair de l’accroissement des positions de l’ US Africa Command sur le continent africain dans ce qui pourrait être décrit comme une guerre de l’ombre contre les affiliés d’Al-Qaïda et d’autres groupes militants. Il montre également que la frontière est de plus en plus poreuse entre les opérations militaires étatsuniennes et la CIA en Afrique.

Ci-dessous, on trouvera plus de détails sur les troupes déployées sur le continent africain.

Carte par Adam Taylor et Laris Karklis

Burkina Faso

Depuis 2007, les États-Unis disposent d’une base à Ouagadougou, au Burkina Faso. La base constitueun réseau d’espionnage étatsunien dans la région, avec des avions espions survolant le Mali, la Mauritanie et le Sahara, pour traquer les combattants d’Al-Qaïda au Maghreb islamique.

Congo
Les États-Unis ont des troupes au Congo pour aider le pays à rechercher le chef de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), Joseph Kony.

République centrafricaine
En avril 2013, les Etats-Unis comptaient près de 40 militaires en République centrafricaine pour aider à la traquer la LRA.

Tchad
Mercredi, Washington a annoncé que 80 soldats seraient envoyés au Tchad pour aider à la recherche des écolières nigérianes enlevées par le groupe islamiste Boko Haram.

Djibouti
L’armée étatsunienne a une base importante à Djibouti, le Camp Lemonnier. Il ya environ 4000 soldats là-bas, avec de nombreux avions et drones.

Ethiopie
Les États- Unis ont une base de drone militaire à Arba Minch depuis 2011. La base est utilisée pour faire voler des drones Reaper en Afrique de l’Est.

Kenya
Le Camp Simba, près de la frontière avec la Somalie, voit stationner plus de 60 militaires depuis novembre 2013.

Mali
En avril 2013, une dizaine de soldats étatsuniens ont été déployés dans un Mali déchiré par la guerre, pour apporter un «soutien» aux troupes françaises et africaines. Le Pentagone a insisté pour préciser que les troupes US ne seraient pas engagées dans les combats.

Niger
L’US Air Force a mis en place une base de drone à Niamey, au Niger, en 2013. La Maison Blanche affirme qu’elle a environ plus de 100 militaires dans le pays pour des missions de “collection de renseignements”.

Nigeria
Au début du mois de mai 2014, une petite équipe de soldats étatsuniens et de conseillers civils a été déployée au Nigeria pour participer aux recherches des écolières qui ont été enlevées. Selon l’Associated Press, ces troupes ont rejoint près de 70 militaires au Nigeria, avec plus de 50 soldats régulièrement affectés à l’ambassade des États-Unis, et 20 Marines intervenant dans le cadre de formation militaire.

Somalie
Au début de l’année 2014, les États-Unis ont déployé près de deux douzaines de troupes régulières en Somalie à des fins de formation et de conseil.

Sud-Soudan
En Décembre 2013, les Etats-Unis ont déployé 45 militaires au Sud-Soudan pour protéger les citoyens et les biens des États-Unis dans le pays.

Ouganda
Les États-Unis disposent d’une base à Entebbe qu’ils utilisent pour envoyer des avions de surveillance PC-12 à la recherche de la LRA de Joseph Kony. Le nombre total de soldats étatsuniens en Ouganda est d’environ 300, et ils sont officiellement dans le pays pour “fournir des informations, des conseils et de l’assistance ” à la force de l’Union africaine pour la quête de Kony.

Adam Taylor and Laris Karklis/The Washington Post

Article original : MAP: The U.S. Military Has Troops in These African Countries, The Washington Post

Version française : Le blog Sam La Touch

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Un nouveau rapport a révélé que l’Arabie saoudite a utilisé des bombes à sous-munitions contre les Houthis dans le nord du Yémen en 2009.

Un documentaire diffusé par le réseau de télévision étatsunien HBO révèle que les forces saoudiennes ont largué des bombes sur des zones de la province nord du Yémen de Saada, ajoutant que les bombes sont encore responsables de la mort de civils.

Le rapport révèle que les obus d’un modèle spécifique, CBU- 52B / B, avec des étiquettes sur lequel il est noté “US AIR FORCE” ont été trouvés à Saada.
IHS Jane’s, une entreprise de défense et d’analyse de la sécurité, a déclaré que les Saoudiens ont utilisé des avions européens Tornado IDS et des avions F-15 de fabrication étatsunienne dans les combats, a ajouté le rapport.

Selon Hamoud Gabish : “La plupart des avions qu’ils ont utilisés pour larguer les bombes à sous-munitions étaient des Tornados”. Gabish est le directeur adjoint d’al-Hayyat, une organisation humanitaire, il a déclaré que cette série d’attaques, d’après son estimation, a entraîné le larguage de nombreuses bombes sur 164 emplacements sur Sa’ada.

En plus de l’Arabie saoudite, Gabish tient les États-Unis et le Royaume-Uni pour responsables des attentats et de leurs conséquences.

Les militaires étatsuniens et britanniques offrent une formation et un soutien logistique à l’armée saoudienne et le Royaume-Uni et les entreprises étatsuniennes, dont BAE Systems et Boeing ont des contrats de service et d’approvisionnement rentables avec l’Armée de l’Air saoudienne. BAE est responsable de la fabrication des Tornados, et a fusionné avec Boeing en 1997 avec le fabricant de F-15 McDonnell Douglas.

En Novembre 2009, les forces saoudiennes ont commencé à lutter contre les Houthis et ont bombardé leurs positions après avoir accusé les combattants de tuer des gardes-frontières saoudiens.

Les Houthis se battent contre le gouvernement central à Sana’a depuis des années. Ils se plaignent d’avoir été économiquement et politiquement marginalisés par le gouvernement yéménite.

Les bombes à fragmentation sont des armes larguées par avion ou tirées depuis le sol et elles se dispersent en sous-munitions sur une grande surface. Les activistes estiment que bon nombre de ces sous-munitions ou sous-munitions ne parviennent pas à exploser au cours des guerres, une menace durable pour les civils, en particulier les agriculteurs et les enfants.

En août 2013, le Département de la Défense des États-Unis a signé un contrat d’une valeur de 641 millions de dollars pour la fabrication de 1 300 bombes à fragmentation pour l’Arabie Saoudite par l’entreprise Textron Defense Systems, une division de Textron Inc. aux Etats-Unis.

MR/AB/SL

Selon un rapport, les Saoudiens ont utilisé des bombes à fragmentation étatsuniennes au Yemen (Press TV)
Article original en anglais :

Saudis used US cluster bombs in Yemen, report says, Press TV
 Version française: Le blog de Sam La Touch 

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Les gaz et autres éléments de la biomasse, produits entropiques, constituent la banque centrale terrestre mise en œuvre par Dieu. Aucun humain n’a contribué à la constitution de son capital puisque l’apport initial y a été déposé il y a plusieurs millions d’années.[i]

Soumis à un hold-up permanent au sens que nous ne payons pas les services que nous rend la nature, sa consommation a engendré une série de boucles de rétroaction menaçant toute la planète et l’Algérie est dessus. En plus de la maladie hollandaise (dutch disease), notre pays cumule les paradoxes  économiques comme celui de Leontief (Wassili) en exportant du gaz et pétrole et important les produits dérivés ou issus du raffinage, en exportant des produits alimentaires et jus en important du blé et sucre.

Croire ou faire croire que l’exploitation des gaz et pétrole de schiste assurera la survie des Algériens est une effronterie. Affirmer que cette aventure est porteuse de menaces et dangers est une certitude.

Localisation des gaz de schiste en Algérie

Source : http://www.aig.dz/documents/compile-PDF/Repsol%20Presentation.pdf

D’après l’Energy Information Administration étatsunienne[ii], les gisements des gaz de schiste sont situés dans les zones nord-est, centre-sud du pays et à l’ouest du pays en attendant d’autres révélations. Ci-dessous, des montages réalisés à partir du rapport américain utilisé pour cette contribution.

Map of 48 major shale gas basins in 32 countries (carte des 48 plus importants bassins des gaz de schiste dans 32 pays).

Estimated shale gas technically recoverable resources for select basins in 32 countries,

compared to existing reported reserves, production and consumption during 2009.

Risked Gas In-Place and Technically Recoverable Shale Gas Resources: 32 Countries 2009.[iii]  (A titre indicatif, 1 trillion cubic feet =  28 316 846 592 mètres-cube).

La localisation de ces gisements donne une indication sur la potentielle cible des pouvoirs publics  pour l’exploration et/ou d’exploitation: le Centre-sud parce que les gisements à l’Est sont problématiques pour plusieurs raisons : régions habitées, réactions des populations, impossibilité ou difficulté de les déplacer et risque de zizanie avec les pays voisins. Les causes liées à l’eau, produits chimiques utilisés seront abordées brièvement plus loin dans le texte en signalant que d’immenses réserves d’eau ont été découvertes en Afrique récemment. Elles sont estimées à ¼ de la mer méditerranéenne. Une spéculation est permise sur l’annonce de ces « hasards »: exploration des gaz de schiste, découverte de l’eau, projet d’alimentation en eau potable de la région sud du pays et tous les projets en milliards de dollars et euros qu’ils vont engloutir.

Les considérations géostratégiques et mesure de la puissance de l’Algérie ne seront pas abordées pour trois motifs : ce n’est pas le sujet de la présente contribution, absence d’informations pertinentes, solidement référencées et la tension qui règne dans la région du Sahel, le poids et le rôle de la Chine et de la Russie et les conséquences de l’action du Qatar dans la région. Quant à la puissance, les approches théoriques la définissant et traitant sont si nombreuses qu’il est préférable de la dissocier de ce présent écrit.

Le tableau estimatif des réserves indique qu’en termes relatifs, l’Algérie a le plus grand potentiel.

La carte des réserves de gaz tel qu’elle est présentée est grossière. Il est recommandé d’utiliser un atlas du pays ou de l’Afrique du Nord pour caractériser convenablement ces régions.

L’aventure de l’exploitation de cette nouvelle richesse et ses préalables (*)

Afin de baliser objectivement l’argumentaire sur le futur proche qui sera réservé à l’ensemble des énergies en Algérie, brosser un cadre principiel et normatif est indispensable. Le Texte fondamental du pays par sa supériorité, même si son amendement serait en projet, en est la première source.

L’article 17 de la Constitution dit : « La propriété publique est un bien de la collectivité nationale. Elle comprend le sous-sol, les mines et les carrières, les sources naturelles d’énergie, les richesses minérales, naturelles et vivantes des différentes zones du domaine maritime national, les eaux et les forêts…». A cet article, il faut ajouter ceux qui fixent les conditions de sa protection.

Même si le mot collectivité est juridiquement ambigu, il est permis de comprendre à travers cet article que les richesses nationales sont un bien PUBLIC, non commun, appartenant au peuple algérien. Dans ce cas, Il devient impératif de l’associer à la décision d’exploitation ou du maintien du processus naturel de capitalisation, c’est-à-dire laisser ces  richesses en capital-réserve sous terre pour les générations futures.

Le consentement éclairé (go or no go) des Algériens devient ainsi une condition sine-qua-non et c’est aux pouvoirs publics de garantir son effectivité. Toute action initiée à cet effet a besoin de sérénité et de paix car le débat qui l’induira sera certainement féroce entre les lobbyistes en faveur de son exploitation et les opposants.

Fondamentalement, il s’agit du respect des libertés en Algérie et la presse nationale y subira un énième examen sur son indépendance et défense de son rôle de 4ème pouvoir.

Les garanties des pouvoirs publics sont indispensables car la violence et l’anarchie couteront très cher au pays en termes de points dans les classements internationaux, PIB, PNB et inflation.  Le plus grand perdant sera la paix nationale et régionale et la conjoncture trouble du Sahel sera son combustible additionnel.

En plus des populations, ce sont toutes les institutions de l’État à l’instar de l’Assemblée nationale d’autant plus que la House of Commons britannique (chambre basse du Royaume Uni) a pris en considération nos réserves dans sa stratégie d’approvisionnement[iv], du Conseil supérieur de la magistrature, du Conseil d’État et du discret Conseil national économique et social qui doivent s’associer au vu des bouleversements juridiques et législatifs que le pays doit opérer quelle que soit la décision qui en découlera.  Le rôle des milieux scientifiques nationaux et l’ensemble de la communauté épistémique est central puisqu’ils seront les arbitres même si les décisions politiques sont souvent déroutantes dans notre pays et non automatiquement reliées.

Dans un état de connaissances national modeste dans le domaine des énergies fossiles surtout à de telles profondeurs, l’invitation des sommités internationales, leaders des grandes ONG et contraindre les médias publics à une diffusion dense dans le sens d’éclairer au mieux l’opinion publique nationale sera une action des plus pertinente.

Les humanistes,  sages et patriotes expliqueront que l’exploitation des gaz et pétrole de schiste ne relève pas de l’économie et des économissstes[v] , encore moins des politiciens mais du modèle social que les algériens veulent adopter et du caractère de durabilité de leur développement avec une justice environnementale des plus respectées.

Normes et mécanismes internationaux utiles pour une prise de décision sereine

Avant d’aller dans le mur, l’Algérie doit s’appuyer sur les mécanismes nationaux et internationaux déjà en vigueur pour la protection de l’environnement et assurer le caractère soutenable (sustainable[vi]) de son développement. À raison, il a été dit et répété à maintes reprises que l’Algérie est dotée d’un corpus juridique et législatif des plus riches. Confrontée à la puissance des individus supérieure à la force de la loi, c’est l’application de ce corpus qui est problématique.

Le plus vieux mécanisme national est l’enquête commodo et incommodo exigée avant la mise en œuvre de certains projets. Actuellement, et en toute vraisemblance, c’est la loi de l’étude d’impact sur l’environnement qui la remplace.  Dans le cas des énergies conventionnelles ou non, l’effet de cette loi est oblitérée par : 1) le manque de la ressource humaine dotée d’expérience pour faire des études d’impact qui feront autorité, 2) l’absence de données (statistiques) étalées sur la durée pour des études quantitatives et comparatives, 3) l’absence d’équipements de mesure de certaines caractéristiques de la biomasse. Ce dernier élément n’étant pas documenté, l’auteur admet sa non solidité mais si leur disponibilité et utilisation  en Algérie était avérée, elles auraient eu une grande publicité.

En termes de normes internationales et de cadres de référence, il y a un immense gisement sans jeu de mots. Passons en revue les plus célèbres textes internationaux exploitables par l’Algérie.

  1. 1.    Sans qu’il ne soit signé, le Protocole de Kyoto est entré en vigueur en Algérie le 17 mai 2005. Dans une interview accordée à Maghreb Emergent, Mr Cherif Rahmani a déclaré que l’Algérie n’a pas bénéficié du Mécanisme de développement propre (MDP) institué  dans le cadre de ce protocole. Dans ce point[vii], seront montrées analytiquement les causes surmontables qui ont fait perdre à l’Algérie des gains financiers et économiques : 1) manque de formation[viii] sur ces mécanismes complexes, 2) le caractère d’additionnalité  exigé par le MDP est mathématiquement difficilement démontrable dans le cadre d’un contrat international, 3) la qualité rédactionnelle (clauses, termes, mots utilisés et formulation)  des contrats émis par les agents économiques nationaux pourrait être une source de préjudices majeurs, 4) le manque d’intérêt sonnant et trébuchant pour les partenaires étrangers et dans leur incompétence aussi, 5) la lourdeur de la comptabilisation des économies d’émissions des gaz à effet de serre (GES). Si les objections précédentes sont compréhensibles, elles ne sont pas recevables parce que la cause fondamentale est le rejet de la transparence. Étant des humains et pour expliquer ces pertes, d’autres raisons peuvent être invoquées[ix]. Les autres mécanismes de ce Protocole que sont la Mise en œuvre conjointe (MOC) et le marché du carbone (crédits d’émission) combinés à des traités de coopération multilatérale et plurilatérale (Algérie, Libye et Tunisie pour le bassin de l’Est; Algérie, Maroc et Sahara Occidental pour le bassin de l’Ouest; Algérie, Mauritanie, Mali et Niger pour les bassins du Sud) et  quelques artifices dans le montage des contrats internationaux sont à la portée de l’Algérie et de ses partenaires. Dans le sillage du Protocole de Kyoto, sont nés les marchés volontaires du carbone dans lesquels n’importe quel agent économique peut opérer s’il a quelques tonnes de GES à vendre et s’il sait les vendre. Il est utile de préciser que la tonne- équivalent- carbone est l’unité de mesure de base. Pour calculer l’effet de serre, il faut multiplier le gaz concerné par son potentiel de réchauffement global (PRG). Celui du méthane est de 32, celui de l’hexafluorure de soufre est de 22800! Le lecteur doit faire la différence entre les émissions de GES et la mesure de l’effet de serre.
  2. L’un des plus ignorés au motif qu’il relève plus de la littérature politique, le Rapport «Notre avenir à tous» (Our common future) avec ses chapitres 7 dédié aux énergies fossiles et 12 pour un investissement dans l’avenir, constitue une source technique pour appréhender l’opportunité d’exploitation des gaz de schiste  en Algérie et un cadre (et pas le seul)  normatif pour une législation plus à jour. Ce rapport élaboré par le groupe dirigé par Mme Gro Harlem Brundtland, ancien ministre de l’Environnement et Premier ministre de Norvège compte dans sa composition des compétences africaines et d’Arabie Saoudite. S’ils sont invités par les pouvoirs publics ou ONG algériens, le vice-président, le soudanais Mansour Khalid et l’algérien Mohamed Sahnoun[x], en dirigeant et animant des conférences en compagnie de leurs anciens collègues  éclaireront les populations sur les dangers avérés des gaz de schiste et les voies pour un futur moins stressant.
  3. Les travaux et recherches qui ont déclenché des tensions à ne pas en finir: Le Rapport du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) et pour rappel récipiendaire du prix Nobel de la paix  avec Al Gore en 2007. Comme il est très technique, long et en permanence actualisé, une synthèse sous forme Frequently Asked Questions (Faq) donne une idée claire et accessible pour tous sur les causes de la détérioration du climat. Son emballement est visible à travers les phénomènes extrêmes que la planète vit. À elle seule, cette synthèse fournit un aperçu  sur l’aggravation des conséquences sur la qualité de l’air dans le cas de la propagation, déjà prouvée, des émanations gazières.
  4. Le moins médiatisé de tous, probablement par défiance de l’action internationale en faveur des pauvres, le Rapport sur Les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Ce document constitue l’abécédaire pour les nuls de la coopération internationale en faveur des pauvres. Imprimé dans les trois langues du pays et sous format de poche, il doit constituer  le livre de chevet de tous les élus de la nation et être le guide pour l’évaluation de l’action des exécutifs. Soit dit en passant, appris par cœur, il justifiera partiellement leurs salaires (pas les revenus) et donnera plus de valeur à l’hymne national.  Il contient des indicateurs à même de justifier le non recours aux énergies fossiles du type gaz de schiste.
  5. Le travail qui a secoué le monde de la finance parce qu’il est fait par un économiste est « Making our future sustainable » (Rapport sur l’économie du changement climatique)  plus connu sous le nom de Rapport Stern (Nicholas). D’après des professeurs d’universités et conférenciers internationaux, c’est un rapport de premier plan pour « ouvrir les yeux »  aux citoyens et décideurs sur l’insoutenable légèreté dans la gestion des ressources naturelles et ses dangereux impacts sur l’avenir de l’humanité. Sans être un hasard, ce rapport est devenu la « pompe à fric » des banques et des assureurs mais pas des politiques qui les ont laissé refiler la facture aux contribuables.
  6. La Convention sur la diversité biologique (CDB) ratifiée par l’Algérie le 14 aout 1994. Ses articles 3, 7 et tous les articles en rapport avec la recherche, formation et coopération technique appelle à une protection de la nature. Concernant le Rapport Stern et la CDB, le commentaire n’est fait que sur la base d’informations glanées lors de présentations et conférences d’universitaires à lesquelles nous avons assisté.
  7. Même le processus de la mondialisation ultralibérale fait dans la compassion pour le développement durable. La Déclaration de Vienne  sur l’interdépendance du développement économique et les droits de l’homme. L’argument de l’opposabilité de la durabilité à un contrat international est devenu recevable au sein de son Organe de Règlement des Différends. La durabilité est devenue un argument irrécusable utilisé par la Chine, les USA et le Canada même si les finalités sont d’ordre géostratégique, un terme fourre-tout utilisé pour expliquer et caractériser la puissance des États.
  8. La Déclaration d’Alger sur les changements climatiques (mentionnée à titre d’information, aucun travail de fond n’a été trouvé sur le Web).
  9. La Déclaration Universelle de Droits de l’Homme et sa pendante africaine, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples à travers les articles 20, 21 et 24.

10. Dans les mécanismes mis en œuvre par la Banque mondiale dans ses subventions et prêts pour les projets risqués, il y a l’exigence  d’une étude sur les impacts environnementaux pour ceux classés dans la catégorie A et B  ou un examen préalable (Principes de l’Équateur). A ce mécanisme, solliciter l’Organisation Carbon Disclosure Project basée à Londres dans le choix des compagnies qui agiront sur le territoire national sera un élément de concurrence entre les soumissionnaires.

Après ce lourd aperçu à rédiger; c’est une série de sources de droits à codifier, de normes à mettre en œuvre et d’institutions à créer qui doivent être les priorités nationales avant de trouer encore plus la terre. Le lecteur déduira que certains documents et rapports peuvent (ou doivent) faire l’objet de thèses doctorales pendant que d’autres doivent être intégrés dans des formations courtes plus courtes.

Les préalables à la mise en œuvre de ces mécanismes

Il est dit que l’Algérie mettra du temps avant l’éventuelle exploitation de cette nouvelle ressource. Que ce temps soit rentabilisé par la mise en œuvre de projets qui soutiendront tout le développement national futur.

Le premier est la mise en œuvre d’un Agenda 21 (Action 21), l’un des aboutissements du Sommet de la Terre de Rio 1992 auquel l’Algérie a participé. En signant la Déclaration de Rio, notre pays s’est engagé à respecter ses recommandations.  A partir de cet Agenda 21, pourront être réalisés ceux des niveaux régionaux et locaux pour tous les coins du pays.

Il est évident que l’Agenda 21 national aura des retombées régionales, une concertation des pays de l’Afrique du Nord allégera la facture financière, permettra une coopération scientifique, donnera de la puissance aux modèles de développement économiques, recevra l’appui des populations et pèsera dans les négociations internationales.

Le deuxième est l’élaboration d’une évaluation stratégique des effets économiques, sociaux, environnementaux et bilan des accidents de tous les champs d’exploitation pétrolière et gazière en Algérie loin de toute chasse aux sorcières ni procès d’intention.

Le troisième : création d’une école internationale pour les énergies non conventionnelles et formation de « commandos » dans le domaine en plus des finance et économie internationales qui vivront les expérentiels[xi] de simulation d’événements aussi invraisemblables les uns que les autres qui vont de l’explosion d’une plateforme jusqu’au versement d’un café sur son clavier en passant par la coupure de courant. Ce sont des simulations d’événements sur 24 heures que les étudiants vivent en 60 minutes dans une salle. Juste à coté de cette école, ériger une autre pour la paix et les droits de l’homme en Afrique.

La quatrième : exploiter une partie des brevets déposés par des nationaux et orientés vers les énergies propres en leur proposant des contreparties équivalentes à la masse salariale de tout le gouvernement pendant une législature.

Le cinquième : création d’un cartel africain pour toutes les énergies et richesses naturelles.

Le sixième : mettre les ressources naturelles algériennes sous un régime juridique exceptionnel qui imposera des débats parlementaires et populaires avant toute action, signer des contrats de vente sur de courtes durées : une année renouvelable par exemple.

Les risques environnementaux, économiques et sociaux

La volonté politique algérienne pour l’exploitation de notre potentiel énergétique n’est pas un secret. Monsieur Youcef Yousfi cité par Worldforlio a déclaré: “We have considerable unconventional resources of hydrocarbons, and we are working on evaluating them. If the project is technically and economically workable, we will start producing conventional and unconventional hydrocarbons. I am calling for the rational use of all available energy sources.[xii]

Les risques environnementaux induits par l’exploitation des gaz de schiste en utilisant la fracturation hydraulique (fracking) touchent à la pollution des nappes phréatiques, l’empoisonnement des terres et l’augmentation des pollutions atmosphériques. Dans le cas de notre pays classé dans les pays vivant un stress hydrique et à supposer que les chantiers toucheraient d’abord les régions désertiques,  des voix s’élèveraient pour dire que ces risques n’existent pas ou réduits. Dans ce cas, c’est la négation même de la nature et de la vie qui s’y déroule qu’elles soutiendraient.

Les risques géologiques comme les séismes induits (induced earthquakes) révélés par un document de Wikileaks[xiii] dans lequel il est écrit : « The most notable example in the United States occurred in the early 1960s when scientists recognized a relationship between earthquakes and the deep injection of hazardous waste fluids near the Rocky Mountain Arsenal northeast of Denver, CO” et confirmés par le professeur Marck Zoback[xiv] de l’université de Stanford. Rien que ces deux documents sont suffisants pour répondre à ceux qui agitent le deuxième principe de la thermodynamique.

Les risques économiques sont à chercher dans le modèle qui sera exécuté par les compagnies occidentales qui s’en occuperont de tout le processus et de la place de l’État algérien torpillée par les tenants de son éloignement de la sphère économique et ils portent un double nom : ultralibéralistes-mercantilistes. Le premier est dans la construction dans la conduite d’eau potable nécessaire pour cette industrie qui ferait un flop. Les adeptes des terminologies sophistiquées diraient le rapport coût/bénéfice dans un monde de la finance où la théorie des cygnes noirs et des mathématiques relèvent d’un monde irréel. Pour une appréciation chiffrée de ce rapport cout/bénéfice ou calcul du risque, il suffit de travailler sur les primes d’assurances payées par l’Algérie auprès des plus grandes compagnies mondiales dans le domaine, la British Lloyds par exemple.

Les risques sociaux sont à ajouter aux précédents. C’est un travail que nous présenteraient probablement des spécialistes du domaine. De notre point de vue, les anthropologues sont les mieux placés au vu des bouleversements dans les traditions, les itinéraires de la transhumance (azawad) et le mode de vie des habitants de ces régions. L’exploitation de cette ressource et d’autres sera une opportunité pour tous les réfugiés économiques (pauvreté), climatiques et des conflits armés dans des conditions inhumaines pour insuffisance et incapacité nationales. A ces mouvements, il faut ajouter tous les phénomènes « ancillaires » liés à tous les trafics et criminalité.

L’autre risque que les économissstes et financiarissstes ne prononcent presque jamais est la rétrogradation des sites nationaux classés patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO comme le Tassili N’jjer et la Vallée du M’zab en considérant toujours que les premiers gisements gaz de schiste à exploiter sont ceux du Sud.

En reprenant la déclaration de Mr Yousfi, ce sont les mots qu’il faut comprendre. Quand il dit technically (techniquement), il admet que nous ne disposons pas de moyens pour le faire et l’Algérie n’est pas dans la position d’exiger l’utilisation des meilleures techniques et technologies occidentales parce qu’elles n’existent pas encore d’abord et les américains ou européens ne nous les fourniraient pas parce qu’ils sont des protectionnistes ensuite.

Quand au mot economically (économiquement), il sous entend que c’est le rapport coût/bénéfice de cette aventure qui sera calculé. L’Algérie a toutes  les misères du monde à élaborer une loi des finances avec des chiffres vraisemblables et notre ministre de l’énergie veut le calculer pour une énergie qui est encore dans les profondeurs de la terre. Si les humains que nous sommes pouvons voir jusqu’à la lune et soleil, nos cerveaux risquent de faire des ratés en tentant d’imaginer des profondeurs à 2000 ou 3000 mètres sauf si nous sommes des Jules Verne. Ce calcul coût/bénéfice est d’autant plus hallucinant qu’il n’internalise pas tous les éléments constitutifs d’un produit. Le plus grand risque est identique  à celui qui touche le pétrole et le gaz naturel, c’est celui de la déplétion soulevé par le  Professeur Paul Stevens of Chatham House observed “although unconventional gas resources were estimated to be five times those of conventional gas, there was concern that [due to the nature of unconventional reservoirs] their depletion rates are much faster[xv].

Les motifs avancés pour une exploitation des gaz et pétrole de schiste

Certains sont relativement simples à identifier. Le premier est dans ce qui est appelé le peak oil ou la décroissance de la production (fin) du pétrole. Le deuxième  est dans l’effondrement des prix qui constitue le cauchemar de tous les ministres des finances algériens avec une prévision d’un prix du baril à 37$ pendant qu’il frôle les 100$. Cette phobie est engendrée par les bulletins de santé et les ordonnances qui vont avec publiés par  des experts[xvi] du FMI comme Reinout De Bock et José Gijón.

Le troisième est strictement interne : un blocage politique qui ne permet pas d’aller vers l’agriculture et les économies vertes. Une révolution agricole est nécessaire dans les esprits des algériens pour qu’ils deviennent des physiocrates. Un certain mode de vie importé, la dévalorisation de l’esprit et sagesse du fellah sont culturellement génocidaires.  Le quatrième est le règne du profit à court terme et l’effacement de tous les espoirs à long terme. Pour les autres éléments liés aux idéologies et croyances, c’est du …

Normalement, les trois parties ci-dessous ne doivent pas figurer dans cette contribution parce que la question fondamentale demeure la souveraineté des Algériens dans la détermination de leurs modèles de développement économique et du régime politique de sa gestion.

Faute de savoir-faire, que l’Algérie imite les autres

Des États comme la France et le Québec ont mis sous le coude tous les projets d’exploitation des gaz et pétrole de schiste pendant que la Suède importe des déchets, les iles Baléares souhaitent le faire et les tunisiens font grève[xvii] contre les déchets toxiques.

Le cas des USA dont le nombre de forages est utilisé comme épouvantail : il faut le remettre dans son contexte. Ce nombre est élevé pour deux raisons fondamentales : les libertés individuelles qui sont sacralisées dans la Constitution de ce pays et le Droit sur la propriété privée qui accorde au citoyen américain la propriété et le pouvoir d’exploiter le sous-sol de ses terres. En ajoutant, l’idéologie qui entoure la richesse, la volonté de devenir puissant et la crise qui frappe les citoyens; ces derniers, au lieu de ruer sur l’or, ils l’ont fait sur les énergies fossiles non conventionnelles.

Malgré cette situation, des scientifiques[xviii] américains ont pris position et appelé à une politique de l’énergie plus soutenable. Une documentation à foison pour le contournement de ces lois par d’autres lois. Ci-après, un lien vers un papier scientifique qu’il est interdit de citer sans autorisation. Il traite de l’exploitation des énergies et des impacts sur l’environnement et la santé aux USA.

Nouvelle richesse, nouvelle unité de compte et nouvelle monnaie !

Sans revenir sur les monnaies de réserve internationales, ce qu’elles ont subi et ont fait subir aux dépendants, sans aller dans les débats théoriques; ce 21ème siècle est celui des révolutions dans les paradigmes et en particulier ceux  liés à l’économie. Les richesses telles que ces énergies fossiles et des terres rares combinées à la durabilité du développement ne doivent pas être quantifiées avec des unités qui objectivement n’ont plus de sens comme la tonne-pétrole. Pour l’avenir de l’Afrique qui doit conduire une nouvelle révolution pour son indépendance, sa paix et prospérité avec le reste de l’humanité, elle doit se détacher des autres monnaies qui se font une guerre sanglante. Elle doit frapper la sienne même ad-hoc ancrée sur ces énergies et richesses.

Il faut mettre l’espoir de l’Algérie et de l’Afrique dans l’éducation, la paix et une nouvelle monnaie. Un espoir que pourront diriger Nelson Mandela et Hocine Ait Ahmed. Un projet d’espoir qu’ils appelleront probablement Thomas Sankara. En attendant, il faut opposer aux technocrates les poètes, artistes. La folie de ces derniers est meilleure que celle des premiers.

Cherif Aissat

Cherif Aissat est étudiant en 1ère année économie à l’Université de Montréal.

 

Références bibliographiques recommandées:

Jared Diamond, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Gallimard, Paris, 2006.

Ervin Laszlo, Le virage global, Editions de l’Homme, 2002.

Site Internet du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste.

http://collectif-scientifique-gaz-de-schiste.com/

Remerciements

Thierno Gueye, diplômé en philosophie et doctorant en physique spécialité nanotechnologies pour avoir mis à ma disposition son travail de recherche sur la rationalité et sa présentation de la rationalité et les nanotechnologies.

Pierre Batellier, professeur aux HEC Montréal pour les documents qu’il m’a envoyé.

Le Collectif scientifique sur la question des gaz de schiste pour leur aide.

Sources d’informations



[i] Le creusement des puits a déjà commencé en Algérie.  Selon l’Aspo/USA des partenariats ont été signés par Mr Abdelhamid Zerguine avec Royal Shell PLC, Exxon Mobil Corp, Talisman Energy Inc (Canada) qui vient de se retirer du Québec.

[ii] U.S. Energy Information Administration.  Analysis and projections.  World Shale Gas Resources: An Initial Assessment of 14 Regions Outside the United States. Version du 5 avril 2011.

[iii] D’autres différents chiffres sont disponibles dans d’autres publications.

[v] Volontairement écrit avec plusieurs « s »

[vi] La traduction de l’anglais vers le français est elle-même un enjeu stratégique. Quand la signification d’un mot prête à confusion, nous les donnons dans les deux langues. Certaines citations sont volontairement données in-extenso.

[vii] Ce constat est valable pour l’ensemble des traités, conventions et accords internationaux paraphés, signés, ratifiés et promulgués par notre pays.

[viii] Par formations, il faut comprendre celles de fond, de moyenne ou longue durée auxquelles il faut ajouter les perfectionnements et recyclages,  loin des courts séjours de complaisance pour le farniente et les emplettes à l’étranger.

[ix] Lire le livre de l’ancien chef du gouvernement Ahmed Benbitour : radioscopie de la gouvernance algérienne. EDIF 2000. 2006.

[x] L’auteur  admet un certain chauvinisme africaniste en les citant.

[xi] Un système intégré (ERP) utilisé dans les grandes écoles pour former des élites extrêmement pointues

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Le 22 mai 2014,à l’initiative de la France, un projet de résolution visant à renvoyer « le dossier syrien » au procureur de la Cour Pénale Internationale [CPI] a été soumis au Conseil de sécurité des Nations Unies [1][2].

Pour mémoire, voici la réponse du Docteur Bachar al-Jaafari, délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies.


Au nom du gouvernement de la République arabe syrienne, j’exprime nos sincères condoléances au gouvernement et au peuple du Nigéria pour le malheur qui a frappé ses deux villes, Kano et Jos, suite aux attentats terroristes qui ont emporté la vie de centaines de civils innocents, ainsi que toute notre sympathie aux familles des victimes. Et si c’est par ces mots que je prends la parole, c’est bien parce que nul, autour de cette table ronde, ne peut ressentir l’atrocité du terrorisme autant que le peuple syrien.

Monsieur le Président, les modalités d’approche de la situation syrienne, par certains États présentateurs de ce projet de résolution, me rappellent « L’Étrange cas du Dr Jekyll & M. Hyde » de l’écrivain écossais Robert Stevenson. Car, ils ont beau chercher à jouer le rôle du bon docteur Jekyll en clamant leurs principes philanthropes, c’est en réalité le monstrueux M. Hyde qui les anime lorsqu’ils s’associent pour soutenir le terrorisme qui frappe mon pays et collaborent pour saigner davantage de Syriens, tout en se lamentant face à l’hémorragie !

Monsieur le Président, les mains de M. Hyde ruissellent du sang des Syriens, alors même qu’il se prétend « Ami du peuple syrien ». J’en veux pour preuve les propos tenus récemment, au Caire, par l’ancien chef de la dite « Coalition de l’opposition syrienne » [3], lequel vient d’être évoqué par mon collègue représentant la Fédération de Russie. Je cite : «  La moitié de ceux qui se présentent comme étant les amis de la Syrie ne sont que des imposteurs, des menteurs et des hypocrites. Ce sont eux qui nous ont précipités dans la situation où nous sommes… L’Occident cherche la partition de la Syrie ! ». Voilà ce qu’a déclaré l’ancien chef de la « coalition de Doha», notoirement fabriquée, conditionnée et emballée dans certaines capitales bien connues de tous.

Les hasards du calendrier font qu’aujourd’hui coïncide avec ce jour de 1945 où la délégation syrienne, participant à la Conférence de San Francisco pour la mise en place de la Charte de l’Organisation des Nations Unies, a réussi à forger l’article 78 garantissant que la Syrie ne saurait être soumise à la tutelle française [4]. Le résultat de l’adoption de cet article, Mesdames et Messieurs, fut que les forces d’occupation françaises bombardèrent le Parlement syrien, le 29 mai 1945, et massacrèrent toute sa garnison [5] !

Aujourd’hui, vu les circonstances, et étant donné l’imprescriptibilité des crimes de guerre [6], contrairement à ceux que nous venons d’entendre, nous appelons le Conseil de sécurité à demander des comptes au gouvernement français pour ses crimes contre les Syriens et les peuples des nombreux pays que la France a occupés et dont elle a pillé les ressources.

Et, de notre côté, nous demandons au gouvernement français de présenter des excuses publiques pour l’ensemble des exactions de son « ère colonisatrice » ainsi que le versement d’indemnités au peuple syrien. De plus, nous lui affirmons que le peuple syrien n’est pas prêt d’oublier l’accord de Sikes-Picot qui a abouti à ce que la France arrache le Sandjak d’Alexandrette à la Syrie, pour le céder à la Turquie, dans l’espoir qu’elle renonce à entrer en guerre aux côtés de l’Allemagne ainsi qu’ils l’ont prétendu ; comme il n’oubliera pas que c’est la France qui a introduit le terrorisme nucléaire israélien dans notre région au cours des années cinquante du siècle dernier.

Monsieur le Président, la première donnée qui est au fondement juridique du droit international est qu’il régit des rapports entre États souverains, lesquels États assument la responsabilité exclusive du droit interne reposant sur une autorité publique, garantie par leur système juridique qui en en assure le respect sur leurs territoires respectifs. Par conséquent, et suite aux événements malheureux vécus par mon pays, le gouvernement syrien a pris une série de mesures visant à poursuivre les responsables, à les juger, et à les condamner s’il y a lieu. Un Comité national, chargé d’enquêter sur ces événements, travaille conjointement avec la justice syrienne depuis le début de la crise sur des milliers de cas. Plus précisément, 30 000 enquêtes, procès, et jugements ont eu lieu ou sont en cours.

Ce qui confirme la volonté et la capacité du gouvernement syrien à assurer la justice sur son sol, et contredit n’importe lequel des prétextes évoqués pour justifier l’ingérence de n’importe quel organe judiciaire international, dans le but de s’accaparer des compétences qui relèvent de la justice nationale. D’autant plus que la crise syrienne a démasqué l’étendue des « deux poids deux mesures » dominant l’ONU, devenue un outil entre les mains de certains États pour en agresser d’autres, au nom de la Justice et de la loi !

C’est dans l’esprit même de cette dernière dérive qu’un groupe de pays membres a pris l’initiative de présenter le projet de résolution qui vient de nous être soumis. C’est un texte politique et discriminatoire, un texte d’ingérence par excellence ! Il a pour but de parasiter les prochaines élections présidentielles, de rebattre les cartes, d’attiser la crise, et de répondre à certains objectifs médiatiques pour la façade, en plus de chercher à entrainer le Conseil de sécurité dans le cortège de l’hystérie haineuse dont ce groupe témoigne à l’égard de l’État et du peuple syrien, sans oublier les tentatives désespérées de certains pour leur imposer une tutelle révolue.

Nous disons qu’en plus de mépriser la volonté des citoyens Syriens, ce texte est en flagrante contradiction avec les déclarations répétées du Conseil de sécurité qui s’est fortement engagé à respecter la souveraineté de la République arabe syrienne, son indépendance, l’unité et l’intégrité de son territoire, tout en insistant sur une solution politique à la crise sous direction syrienne.

Nous disons aussi que tous les arguments présentés par les États qui appellent le Conseil de sécurité des Nations Unies à renvoyer le dossier syrien au procureur de la CPI, ne sont que des allégations fallacieuses et politiciennes, totalement contraires à la vérité. Et si elles sont appuyées par diverses organisations onusiennes, il faut savoir que ces organisations ont sciemment ignoré les informations, les plaintes, les preuves et comptes-rendus documentés, avancés par le gouvernement syrien ; ce qui témoigne de leur participation effective aux agendas des États engagés dans la campagne d’agression contre mon pays.

Monsieur le Président, la Syrie croit en la justice pénale internationale et a été l’un des acteurs convaincus de la « Conférence de Rome » qui a travaillé à définir les règles de fonctionnement de la CPI. Elle a été l’un des premiers signataires du « Statut de Rome ». Mais si elle ne l’a pas ratifié, c’est bien parce que sa vision de cette justice était qu’elle devait être nécessairement générale, éloignée des doubles standards, de toute politisation et de toute discrimination. Partant de ces convictions, elle avait demandé à inclure le « crime d’agression » puisqu’il est la source de tous les autres crimes. Mais cela lui avait été refusé, d’où son abstention.

Et aujourd’hui, concernant la Syrie, le gouvernement de la République arabe syrienne vient affirmer que le respect de cette justice internationale exige :

Premièrement : De juger la responsabilité des gouvernements de la Turquie, de l’Arabie Saoudite, du Qatar, de la France, d’Israël, et d’autres pays qui ont incité à la violence publique et au terrorisme en Syrie, de n’importe quelle manière que ce soit, y compris, l’accueil, le financement, l’armement, ou l’entrainement des mercenaires terroristes venus par milliers de tous les coins de la planète, et sur les crimes desquels ils ont fermé les yeux allant jusqu’à les présenter comme des « opposants modérés » !

À ce propos, je porte à votre attention une information donnée par le chef d’état-major des forces aériennes libyennes. Il a déclaré, hier [21 mai], que l’organisation Al-Qaïda de Libye, et la faction des Frères Musulmans en Libye, avaient organisé 224 voyages aériens à partir de l’aéroport de Tripoli, pour transporter ce type de mercenaires vers la Syrie via la Turquie !

Monsieur le Président, aucune justice internationale n’est possible, tant que certains États continueront à violer les lois internationales et les résolutions du Conseil de sécurité en rapport avec la lutte contre le terrorisme, sans aucune limite ! Le terrorisme est un crime, qui que soit le criminel, et quel que soit son objectif. Et tout comme le terrorisme pratiqué par Boko Haram au Nigéria est condamnable et doit être combattu, il est impératif de combattre ses homologues couvés et entraînés par Israël dans la zone de séparation entre Israël et la Syrie, sur le Golan occupé, avec l’assistance d’un pays arabe voisin, ce que nous regrettons.

Quant à la Turquie, est-il besoin de rappeler qu’elle se charge de la même besogne dans le Nord, tandis que nombre de gouvernements arabes et occidentaux arment ces mercenaires terroristes au vu et au su des Nations Unies ?

Ils ont commis les pires crimes qui pèseront lourd sur la conscience de l’humanité, leur dernier ayant consisté à priver Alep, une ville de trois millions d’habitants, d’eau potable et de toute possibilité d’assainissement ! Nous aurions aimé que les États qui cherchent à envoyer l’État syrien devant la CPI avancent le moindre projet pour lutter contre le terrorisme dont souffrent les Syriens.

Deuxièmement : De juger les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les actes d’agression et d’annexion largement documentés, commis par les autorités d’occupation israéliennes dans les territoires arabes occupés, y compris le Golan, depuis bientôt sept décennies, avec le soutien de membres permanents du Conseil de sécurité ; soutien qui a permis aux criminels de guerre israéliens d’échapper à une juste condamnation et de continuer à bloquer toute initiative visant à les mettre en question.

Troisièmement : De mettre un terme à toutes les tentatives de contournement des lois internationales par toutes sortes d’immunités que se sont octroyées certaines grandes puissances dans le but d’échapper à tout questionnement, malgré leurs violations des Droits humains et malgré tous les crimes perpétrés, alors qu’ils sont membres de l’ONU, pour exécution de leur agenda colonial et de leurs ambitions hégémoniques. D’ailleurs, Abu Ghraib, Guantanamo, le bombardement de l’ambassade chinoise à Belgrade, les fleuves de sang en Libye, les prisons secrètes volantes, l’assassinat de civils innocents par des drones, les entreprises de mercenaires telles que Blackwater en Irak, etc,etc, ne sont-ils pas autant d’exemples frappants des doubles standards pratiqués pour échapper à une juste condamnation ?

Le comble de l’ironie est atteint lorsque ces mêmes États, qui se posent en législateurs en dehors de leurs frontières, imposent des sanctions à la Présidente du comité national de secours, en Syrie. Imaginez les préoccupations humanitaires de ces gens là ! Je renvoie cette sanction devant la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordinatrice des secours d’urgence de l’ONU, Mme Valérie Amos, qui connait fort bien notre compatriote dont le travail nous honore. Peut-être pourra-t-elle faire quelque chose.

Ce dernier procédé, est en lui-même suffisant pour miner la crédibilité des auteurs de ce projet de résolution, et témoigne de leurs intentions malfaisantes et de leurs motivations belliqueuses.

Et puisque nous parlons de la sanction dirigée contre la Présidente du comité national de secours, rappelons qu’ils avaient usé du même procédé scandaleux, il y a un an, contre le ministre en charge de l’électricité du pays, sauf qu’en ce qui le concerne nous ne pouvions recourir qu’au tribunal de Thomas Edison !

Monsieur le président, une fois de plus, la délégation de mon pays réaffirme à tous ceux qui prétendent se soucier de la Syrie et des Syriens, que la meilleure façon de les aider est claire et limpide. Elle consiste à déployer des efforts sérieux et sincères pour la lutte contre le terrorisme qui vise son État et son peuple, et à soutenir les efforts de ceux qui cherchent une solution politique conformément au processus de Genève. Lequel processus repose sur le dialogue entre les Syriens, eux-mêmes, pour aboutir au rejet de la violence et à la formation d’un gouvernement d’unité nationale, loin de toutes les tentatives d’ingérence étrangère de la part de ceux qui veulent imposer leur propre agenda ou leur tutelle. Ceux-là ne cherchent aucun bien, ni pour la Syrie, ni pour son peuple.

Alors que les Syriens qui ont décidé de se diriger vers les urnes pour élire un président, le font pour protéger leur pays du terrorisme, du chaos prétendument constructeur, et des  tentatives visant le concept même de l’État souverain.

Pour finir, Monsieur le Président, l’actuel gouvernement de la France a sans doute mal compris la célèbre phrase de Jean-Paul Sartre disant « L’enfer c’est les autres », puisqu’il semble croire que l’enfer est toujours chez les autres, alors que le philosophe français a voulu aussi dire que l’enfer c’est peut-être toi ! C’est peut-être le regard que tu portes sur les autres ou la manière dont tu te comportes avec autrui…

Le gouvernement français devrait donc se regarder, il pourrait voir l’enfer en lui-même, non chez les autres !

Je vous remercie, monsieur le président.

Dr Bachar al-Jaafari

22/05/2014

Source : Vidéo You Tube / TV Syria

http://www.youtube.com/watch?v=DrDPq6bzctE

Transcription et traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1] Qui est contre la justice en Syrie ? Par Laurent Fabius

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/05/22/qui-est-contre-la-justice-en-syrie-par-laurent-fabius_4423609_3232.html

[2] Un Texte plus explicite que l’article de Laurent Fabius dans « Le Monde… des idées » !

http://www.iccnow.org/documents/PGA_Press_Release_Syria_Referral_UNSC_FR.pdf

COMMUNIQUE DE PRESSE : Les membres de PGA appellent le Conseil de sécurité des Nations Unies à renvoyer la situation en Syrie au procureur de la Cour pénale internationale. [19 mai 2014]

[3] معاذ الخطيب: “أصدقاء سورية” كذابون ومنافقون وهم من أوصلونا إلى ما نحن عليه!!

http://www.jpnews-sy.com/ar/news.php?id=73654

[4] Article 78 de la Charte de San Francisco du 26 Juin 1945

http://mjp.univ-perp.fr/traites/onu1945.htm#12

« Le régime de tutelle ne s’appliquera pas aux pays devenus membres des Nations unies, les relations entre celles-ci devant être fondées sur le respect du principe de l’égalité souveraine. »

[5] Syrie mandataire

http://fr.wikipedia.org/wiki/Syrie_mandataire

La France et la Syrie ont signé en 1936 un traité franco-syrien d’indépendance, mais dans les faits le mandat a continué d’exister car la France n’a pas ratifié le document. La Syrie a déclaré son indépendance en 1944… Le 3 janvier 1944, la France reconnaît officiellement la souveraineté de la Syrie et du Liban. Néanmoins, l’affrontement entre Français et Syriens est proche. Le Baath a créé des équipes de “Jihad nationale” dont le rôle est de mobiliser les bases populaires contre l’autorité française. Le 29 mai 1945, après dix jours de manifestations ininterrompues, les Français, sous l’ordre du général Fernand Olive, dit Oliva-Roget19bombardent Damas pendant 36 heures d’affilée. Les morts et les blessés se comptent par centaines20. Une partie de la ville est détruite par ce bombardement dont le parlement syrien, et le quartier environnant qui est maintenant surnommé Hariqa, l’Incendie21.

 

[6] Convention sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité

http://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/WarCrimes.aspx

 

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Silence politico-médiatique sur la réunion des chefs d’état-major des États membres de l’Otan, qui s’est déroulée à Bruxelles les 21-22 mai. Pourtant il ne s’est pas agi d’une rencontre de routine, mais d’un sommet qui a énoncé une nouvelle stratégie qui conditionnera l’avenir de l’Europe. Il suffit de penser que 23 des 28 pays de l’UE sont en même temps membres de l’Otan : en conséquence les décisions prises par l’Alliance, sous leadership étasunien indiscuté, déterminent inévitablement les orientations de l’Union européenne.

C’est le général US Philip Breedlove —c’est-à-dire le Suprême commandeur allié en Europe, nommé comme toujours par le président des États-Unis— qui a énoncé à Bruxelles le point de virage : « Nous sommes à la décision cruciale de comment affronter, sur le long terme, un voisin agressif ». À savoir la Russie, accusée de violer le principe du respect des frontières nationales en Europe, en déstabilisant l’Ukraine en tant qu’État souverain et en menaçant les pays de la région orientale de l’Otan. Le prêche vient du pupitre d’une alliance militaire qui a démoli par la guerre la Yougoslavie, jusqu’à séparer même le Kosovo de la Serbie ; qui s’est étendue à l’est, en englobant tous les États de l’ex-Pacte de Varsovie, deux de l’ex-Yougoslavie et trois de l’ex-URSS ; qui a pénétré en Ukraine, en prenant le contrôle de positions clés dans les forces armées et en entraînant les groupes néo-nazis utilisés dans le putsch de Kiev. Il est significatif qu’à la réunion des chefs d’état-major des pays de l’Otan, le 21 mai à Bruxelles, ait aussi participé le général Mykhallo Kutsyn, nouveau chef d’état-major ukrainien. En même temps le secrétaire général de l’Otan Anders Fogh Rasmussen, en visite à Skopje, a assuré que « la porte de l’Alliance reste ouverte à de nouveaux membres », comme la Macédoine, la Géorgie et naturellement l’Ukraine. L’expansion à l’est continue donc.

L’Otan, prévient le Suprême commandeur en Europe, doit entreprendre une « adaptation stratégique pour affronter l’utilisation du côté russe de manœuvres improvisées, cyber-activités et opérations secrètes ». Ceci « coûtera de l’argent, du temps et des efforts ». Le premier pas consistera en l’augmentation ultérieure de la dépense militaire de l’Otan, déjà supérieure aujourd’hui aux 1 000 milliards de dollars annuels : à cette fin le secrétaire étasunien à la Défense Chuck Hagel a pré-annoncé une réunion, à laquelle participeront non seulement les ministres de la Défense mais aussi ceux des Finances, réunion dont le but est de pousser les alliés à augmenter leur dépense militaire.

Le scénario de l’ « adaptation stratégique » de l’Otan va bien au-delà de l’Union européenne, en s’étendant à la région Asie-Pacifique. Là —sur la vague des accords russo-chinois, qui rendent vaines les sanctions occidentales contre la Russie en lui ouvrant de nouveaux débouchés commerciaux à l’est— se préfigure la possibilité d’une union économique eurasiatique en mesure de contrebalancer celle des USA et de l’UE, que Washington veut renforcer avec le Partenariat transatlantique pour le commerce et les investissements (TTIP). Les accords signés à Pékin ne se limitent pas aux fournitures énergétiques russes à la Chine, mais concernent aussi des secteurs à haute-technologie. Par exemple, est à l’étude le projet d’un gros avion de ligne qui, produit par une joint-venture russo-chinoise, ferait concurrence à ceux de l’Étasunien Boeing et de l’Européen Airbus. Un autre projet concerne la construction d’un super-hélicoptère pouvant transporter une charge de 15 tonnes.

La question de fond, substantiellement ignorée dans la campagne des élections européennes, est : l’Union européenne doit-elle suivre les États-Unis dans l’ « adaptation stratégique » de l’Otan qui porte à une nouvelle confrontation Ouest-Est non moins dangereuse et coûteuse que celle de la Guerre froide ? Ou bien doit-elle se désaliéner pour entreprendre son chemin constructif en repoussant l’idée de jeter l’épée sur le plateau de la balance, en augmentant la dépense militaire, afin de conserver un avantage que l’« Occident » voit de plus en plus diminuer ?

L’unique signal qui vient de l’UE est une insulte à l’intelligence : la Commission européenne a décidé que, à partir de 2014, dans le calcul du Produit national brut (PNB) la dépense pour des systèmes d’arme soit considérée non pas comme une dépense mais comme un investissement pour la sécurité du pays.

Pour augmenter le PNB de l’Italie, nous investissons donc dans les F-35 [1].

Manlio Dinucci

Article original : Il Manifesto (Italie)

Traduction : Marie-Ange Patrizio

[1] « Le F-35, l’escroquerie du siècle », Réseau Voltaire, 30 avril 2014.

 

Branle-bas hier dans les médias (français) : les chefs d’état-major (français) se mobilisent et menacent de démissionner…

Exemple :

“Budget des armées : la mise en garde de Jean-Yves Le Drian à Manuel Valls”
http://www.lefigaro.fr/politique/2014/05/22/01002-20140522ARTFIG00332-…

Extraits :
“Dans une lettre que Le Figaro a consulté[e], le ministre de la Défense signifie au premier ministre sa grande préoccupation face aux graves conséquences militaires, industrielles et sociales d’un coup de rabot supplémentaire. François Hollande prendra sa décision « dans les prochaines semaines ». [...]

Pour 2014, afin d’éviter une « impasse politique », le ministre souhaite la mobilisation des 500 millions de recettes exceptionnelles prévues par la LPM (dans son article 3). Il propose le lancement d’une nouvelle tranche de programme d’investissement d’avenir (PIA), « adossée à des cessions d’actifs de participations publiques », en clair la vente par l’État de parts qu’il détient dans des grandes entreprises du secteur de la défense”.

Autrement dit, vendre ce qui nous appartient : à qui ?
m-a

 

Bâle III : autopsie d’un échec

mai 25th, 2014 by Gilles Bonafi

Après le 15 septembre 2008, date de la faillite de la banque Lehman Brothers − marquant le début de la crise systémique – de nombreux économistes ont souligné la fin du consensus de Washington mais sont totalement passés à côté du problème financier. Je rappelle que c’est l’hypothèse de l’efficience du marché selon laquelle les actifs financiers sont voués à être valorisés à leur valeur intrinsèque[i] qui a conduit à la suppression des contrôles réglementaires. Que l’on soit clair dès le début, la régulation financière est une urgente nécessité et je suis un ardent défenseur de Bâle III, mais force est de constater aujourd’hui son échec bien que cet accord ait résolu le problème le plus urgent en supprimant le risque d’effet domino d’une faillite d’une grande institution en organisant le principe des chambres de compensation. Cependant, le point qui n’a pas été résolu concerne le fonctionnement de la finance actuelle, je pense en particulier aux contrats sur produits dérivés et surtout aux Credit Default Swaps (CDS) qui permettent aux banques de ne plus assumer le risque de crédit en privatisant les profits et socialisant les pertes. Le Comité aurait dû mette en place un processus dissuasif pour les comportements dangereux car, sur ce point précis, rien n’a changé et, plus grave encore, le danger que représentent les produits dérivés ne cesse de croître.

L’impossible régulation des produits dérivés

Comme l’illustre le graphique ci-dessous, et contrairement aux idées reçues, les volumes de ces contrats ont été très peu impactés par la crise et repartent même à la hausse depuis 2012.

 

Les contrats de CDS sont comptabilisés hors-bilan et non financés ce qui permet aux assureurs de pénétrer le marché du crédit traditionnellement réservé aux banques. On comprend mieux ainsi le montant exorbitant de 123 milliards de dollars[ii] d’aide de la FED accordé à l’assureur American International Group (AIG) après la crise de 2008, lui permettant de rembourser les banques qui avaient transféré aux assureurs leurs risques de crédits immobiliers US[iii].

D’après la BRI[iv], la valeur notionnelle des contrats de produits dérivés sur les marchés financiers internationaux est passée de 10 000 milliards de dollars en 1986 à 693 000 milliards de dollars fin juin 2013[v], plus de neuf fois le PIB de la planète ! Plus inquiétant encore, ces contrats sont concentrés au sein de 16 organismes financiers et quatre banques aux USA totalisent 219 798 milliards de $ de contrats sur produits dérivés sur un total de 237 000 milliards de $. La Banque des règlements internationaux reconnait que 7% à 8% de ces montants seulement sont utiles à l’économie réelle en permettant au marché de s’assurer contre des fluctuations de prix, le reste étant de la pure spéculation financière !

Par exemple, JP Morgan[vi] totalise environ 70 088 milliards de $ de produits dérivés avec une exposition totale sur crédit de 303 milliards de $, soit 183 % de son capital[vii] selon le dernier rapport de l’OCC, l’Office of the Comptroller of the Currency, l’organisme gouvernemental de tutelle des banques US[viii]. Je signale qu’une partie des CDS est adossée aux crédits immobiliers qui connaissent aujourd’hui encore des taux de défaillance records avec un taux officiel de 8,2 % sur un montant global de 4200 milliards de $[ix]. A la fin du dernier trimestre 2013 aux USA, 1352 procédures de saisies immobilières étaient mises en place chaque jour. La crise est donc loin d’être terminée et le chômage continuera d’augmenter.

Le dilemme de Bâle III a donc été le suivant : comment réguler de tels montants sans détruire le système ? Une véritable régulation aurait en effet provoqué l’effondrement du système.

Une régulation vidée de sa substance

Bâle III a donc revu ses prétentions à la baisse avec un accord à minima :

  • Suppression sur la version 2010 de la clause initiale de Bâle III (version 2009) prévoyant d’inclure une majoration spécifique du notionnel pour les dérivés de crédit[x] ;
  • Alignement des normes bancaires européennes IFRS plus strictes et prudentielles − qui obligeaient les banques européennes à comptabiliser leurs positions en brut − sur les normes comptables des banques américaines comptabilisant en net ;
  • Assouplissement des critères de liquidité auxquelles elles seront soumises à partir du 1er janvier 2015 qui répond aux demandes pressantes des acteurs du secteur mais se révèle de facto très insuffisant. La base des actifs comptabilisés comprenant les liquidités inclut désormais des obligations, des actions et certains types d’emprunts hypothécaires ce qui ne correspond plus aux règles prudentielles élémentaires. Cependant les banques devront provisionner à hauteur de 60% cette même année, puis 70% en 2016 et ainsi de suite pour atteindre 100% en 2019.

Bâle III : un énorme impact !

Nous pouvons ainsi relever les raisons de l’échec de Bâle III :

  • Les facteurs de conversion en équivalent crédit (CCF) de 10 % qui permettent de faire figurer au bilan une part de l’exposition hors bilan posent d’énormes problèmes face aux montants colossaux engagés. L’ISDA, une association de professionnels regroupant les principaux intervenants sur les marchés financiers des produits dérivés indique que « les effets des règles proposées vont probablement pousser à une disparition de liquidité significative sur le marché, évaluée entre 15 700 milliards de $ à 29 900 milliards de $. »[xi] Le Comité de Bâle ayant lissé dans le temps l’application des accords (à minima), nous aurions donc une perte de liquidité mondiale d’un peu plus 3000 milliards de $ par an (sur 5 ans).
  • Une part significative du marché d’IRD (Dérivés de taux d’intérêt) reste actuellement non-compensable.  83 000 milliards de $ échappent ainsi à tout contrôle !
  • Les produits dérivés étant négociés de gré à gré (Other The Counter, OTC) et hors bilan, la tentation de ne pas déclarer ceux-ci est forte. L’intermédiation financière non-bancaire, le shadow banking représentait 71 000 milliards USD fin 2012 selon le Financial Stability Board du 14 novembre 2013, en nette augmentation depuis 2011, avec + 5000 milliards soit 7% d’augmentation depuis que le G-20 s’est engagé à adopter Bâle III.[xii] Il faut ajouter à cela, le problème des marchés d’IRD (Dérivés de taux d’intérêt) soit 154 000 milliards de $ non régulés !
  • Plus instructif encore, pour échapper à la régulation et à la faillite certaines banques augmentent leurs fonds propres au détriment des dettes souveraines ce qui démontre l’impuissance des régulateurs. La Banque d’Espagne étudiait ainsi en juillet 2013 le problème des actifs d’impôt différé[xiii] représentant 50 milliards d’euros afin d’éviter leur déduction des fonds propres des banques[xiv]. Elle suivrait donc l’exemple de l’Italie qui avait « transformé » dès 2011, les DTA en créances sur l’Etat. On comprend mieux ainsi comment les banques Italiennes ont échappé au choc violent subi par les autres pays européens du sud de la méditerranée[xv] augmentant au passage la dette nationale italienne !
  • Autre problème, celui de la régulation des CDS et de son impact. Le 19 mai 2010, l’Allemagne prenait la décision unilatérale d’interdire la vente à découvert sur les 10 plus importantes institutions financières du pays, les emprunts d’état de la zone euro et les produits dérivés (CDS) qui leur sont adossés. L’ISDA a examiné l’impact sur la liquidité de la régulation, un an après son implémentation (1er novembre 2012) et conclut à la chute de 85 % des SCDS (Sovereign CDS) d’Europe de l’ouest[xvi]. Selon le FMI, propos rapportés par l’ISDA, «  l’interdiction de la vente à découvert de la dette souveraine réduit la liquidité des SCDS et une perte d’intérêt dans l’Union européenne (l’UE) et le marché d’obligation d’État dans l’ensemble, qui pourrait potentiellement augmenter le coût des emprunts d’Etats, particulièrement pour les membres les plus petits du bloc[xvii]. »
  • Dans la revue de la stabilité financière de la Banque de France, Avinash D. Persaud[xviii] expert en finance désignait celui qui régulera in fine :

« Les responsables politiques appellent à la négociation, au grand jour, de tous les instruments sur des marchés organisés. D’aucuns estiment que, si des opérateurs ne veulent pas négocier des instruments complexes sur des marchés organisés (où tout le monde peut vérifier les prix, les quantités et les modalités) ou faire appel à une contrepartie centrale pour leur compensation et leur règlement, il faut exclure ces instruments de la négociation. Il convient de noter que cette proposition bénéficierait aux marchés organisés, dont bon nombre ne sont plus des entités mutualistes mais des entités à but lucratif. Il n’est pas étonnant que certains d’entre eux prônent ou souscrivent à l’idée que tout devrait se dérouler sur un marché organisé, ou du moins que toutes les transactions devraient passer par des chambres de compensation dont, en général, les marchés organisés sont aussi les propriétaires. »

Nous aurons donc au mieux une autorégulation car la régulation de la finance nécessite que l’on finance la régulation et la boucle est bouclée…

L’étude du 27 janvier 2014 de l’OCDE[xix] recensait les insuffisances de fonds propres des banques européennes (au 15 novembre 2015) avec le Crédit Agricole en première place (31,5 milliards d’€). Au total, les besoins en capitalisation des dix banques européennes les plus en difficulté totaliseront 83,4 milliards d’€. En France, le besoin de fonds propres est d’ailleurs estimé à près de 50 milliards d’€[xx].

En effet, les banques européennes sont très exposées aux contrats sur produits dérivés. L’étude d’AlphaValue publiée le 17 décembre 2013 établissait la liste suivante : Deutsche Bank (55 600 mds €), BNP Paribas (48 300 mds €), Barclays (47 900 mds €), Société générale (19 200 mds €) et le Crédit agricole (16 800 mds €)[xxi].

Les répercussions sur le financement de l’économie en Europe seront donc colossales malgré l’assouplissement des critères de liquidité et le chômage continuera d’augmenter. Le projet de taxation du secteur financier, la fameuse taxe Tobin sera elle aussi un coup d’épée dans l’eau et exclura toute taxe sur les produits dérivés[xxii] car celle-ci représenterait un coût de plus de 37,7 milliards d’euros (EU27)[xxiii] pour les seuls produits dérivés impactant une poignée de banques avec une taxe de 0,01 % !

La finance ne peut donc plus être régulée ou taxée, un véritable Deus ex machina !

Gilles Bonafi

 


[i] Shiller, 2005.

[ii] En deux fois : 85 + 38 milliards de dollars US (mds $).

[iii] The New York Times, Mary Williams Walsh, A.I.G. Lists Banks It Paid With U.S. Bailout Funds, 15 mars 2009,

[iv] La banque des banques, BIS en anglais – Bank for International Settlements.

[v] Bank for International Settlements, Statistical release OTC derivatives statistics at end-June 2013, Monetary and Economic Department, November 2013.

[vi] Ibid, pdf page 33/41.

[vii] Office of the Comptroller of the Currency, Quarterly Report on Bank Trading and Derivatives Activities Fourth Quarter 2013, pdf page 33/41.

[viii] Ibid, pdf page 30/41.

[ix] OCC Reports on Mortgage Performance for Fourth Quarter of 2013, 27 mars 2014,

[x] ISDA, Re: Comments in Response to the Consultative Document on the Revised Basel III Leverage Ratio Framework and Disclosure Requirements, 20 septembre 2014, pdf page22/82.

[xi] ISDA, Re: Consultative Document: Margin Requirements For Non-Centrally-Cleared Derivatives, 28 septembre 2012.

[xii] FSB (Financial Stability Board) Global Shadow Banking Monitoring Report 2013, page 2.

[xiii] DTA, deferred tax assets.

[xiv] Bâle 3 prévoit leur déduction du ratio core equity tier one (CET1) selon un calendrier étalé.

[xv] Agefi, L’Espagne veut alléger la facture de Bâle 3 pour ses banques, 10 juillet 2013,

[xvi] iTraxx SovX Western Europe index.

[xvii] ISDA, Adverse Liquidity Effects of the EU Uncovered Sovereign CDS Ban, janvier 2014.

[xviii] Avinash D. Persaud, La nouvelle réglementation des marchés de gré à gré va-t-elle entraver l’innovation financière ? Avril 2013.

[xix] OCDE, Schoenmaker, D. and T. Peek (2014), “The State of the Banking Sector in Europe”, OECD Economics Department Working Papers, No. 1102, OECD Publishing, 27 janvier 2014.

[xx] Les Échos, L’europe de l’assurance se mobilise contre les conséquences de Solvabilité II, jeudi 11 mars 2010, page 29.

[xxi] La Tribune, Produits dérivés : un remake du cauchemar de 2008 reste possible, 17 décembre 2013.

[xxii] Commission staff working document impact assessment accompanying the document Proposal for a council directive, 14 février 2013, Page 32/70.

[xxiii] Commission staff working document impact assessment p 24/70.

Gilles Bonafi:  économiste, expert en analyses économique et financières, est le vice-président de l’Institut Euro-Maghrébin d’Etudes et de Prospectives (IEMEP).

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 «Ici-bas règnent les passe-droits; dans l’au-delà, place au droit.»

Proverbe libyen; La Libye en proverbes – 1905

Encore une fois, et malgré ce calme trompeur, l’Algérie vit à bas bruit une étape déterminante de son histoire. Il s’agit de sa sécurité. Sécurité intérieure encore et toujours fragile, notamment avec les conflits récurrents concernant la mal-vie de régions qui peuvent à tout moment déraper et devenir incontrôlables car dérivant sur un autre terrain qui fragilisera encore plus l’unité du pays. L’Algérie est aussi vulnérable sur le plan externe. Elle a plusieurs milliers de kilomètres de frontières avec des pays devenus instables. C’est le cas de la Tunisie en prise avec les “démons de la division” au nom du divin, c’est le cas de la Mauritanie, du Sahara occidental ainsi que des menaces et provocations marocaines, notamment à propos de l’emblème national. Il est hors de doute que le peuple algérien, tenu soigneusement à l’écart des enjeux réels sera difficilement mobilisable, à Dieu ne plaise, en cas de problème.

Qu’on en juge! Tous les pays frontaliers de l’Algérie sont à des degrés divers hostiles à l’Algérie et il est faux de dire que l’Algérie exporte la stabilité. Personne ne veut de la stabilité en Afrique, à commencer par la nôtre. Qu’on le veuille ou non, il est pratiquement certain que quelque part dans le logiciel en cours, la déstabilisation définitive est à l’étude. Too big to fall que l’on essaie de nous faire croire est en fait un soporifique. Il n’y a pas d’entité aussi grosse soit-elle qui ne doit pas tomber; s’il est indispensable elle tombe. Les pays frontaliers: plus de quatre mille kilomètres avec l’Algérie sont en pleine déconfiture.

La Mauritanie: un sursis précaire

Un pays où la révolte gronde est la Mauritanie tenue d’une main de fer par le général président. Nicolas Beau nous en parle. Main basse sur la Mauritanie:

” Véritable angle mort sur le plan international, le régime mauritanien illustre la collusion qui existe entre les potentats locaux et les puissances occidentales, qui couvrent ces régimes sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme, alors que le chef d’Etat, un général inconnu et médiocre du nom d’Aziz, et son clan s’approprient les richesses de Mauritanie. (…) Depuis 1978, un militaire en chasse un autre au sommet de l’État. Le pouvoir ne tient que par la peur qu’inspire le Basep, la super-police présidentielle. Une économie qui devrait prospérer grâce à des matières premières abondantes est entièrement vampirisée par le clan de la présidence. (…) Ce qu’il faut retenir, c’est que le président et le régime actuels ont beau être ce qu’ils sont (corruption, népotisme, etc, etc), tant qu’ils ne dérangent pas, la “Communauté internationale “, on les laissera tranquilles. Mais le jour où l’opposition sera suffisamment forte et risque de gagner les élections ils seront balayés pour être remplacés et tout recommencera comme avant “. Il est hors de doute: les choses changeront brutalement si rien n’est fait pour l’alternance. ” (1)

Le Mali où rien n’est réglé malgré l’opération soporifique Serval

D’abord le Mali: après l’attaque survenue à Kidal, dans le nord-est du Mali, le 17 mai, le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop demande à l’ONU un renforcement du mandat de la Minusma, la mission de l’ONU au Mali, et le désarmement de la rébellion touarègue qui sévit dans la région. Selon Bamako, 36 personnes dont des responsables locaux et huit militaires ont été tués lors des combats qui se sont déroulés alors que le Premier ministre Moussa Mara était en visite dans la ville. Deux Casques bleus et 20 policiers de l’ONU ont aussi été blessés. ” L’agression survenue à Kidal ne peut demeurer impunie “, a déclaré Abdoulaye Diop lors d’une vidéoconférence avec des représentants de l’ONU, mardi 20 mai ».(2)

 « Il y a regretté que, selon lui, le gouvernement malien attaqué à Kidal ” n’a pas bénéficié du soutien et de la protection qu’il est en droit d’attendre en cette circonstance (…) [contre] des hordes de narcoterroristes lourdement armés “. Il a demandé:” Qu’une commission internationale soit constituée pour vérifier les faits afin que les responsables soient traduits devant les juridictions nationales et internationales. “” La priorité doit être maintenant d’éviter une escalade et de revenir au dialogue et au cantonnement des groupes armés “, a renchéri l’ambassadeur français Gérard Araud. Le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diope a, en retour, assuré que le gouvernement malien tiendra ses engagements de mener ” un dialogue sincère devant déboucher sur un accord de paix global et définitif ” avec la rébellion touarègue (2)

Pour Nathalie Guibert: ” Paris voit ses plans de redéploiement militaire au Sahel contrariés, après les accrochages meurtriers entre l’armée malienne et des combattants touareg, samedi 17 mai, à Kidal. Dans Kidal, la ville symbole de l’extrême nord du Mali, la réconciliation nationale semble impossible, et la situation sécuritaire reste problématique, malgré le retour de l’administration centrale et la présence de la Minusma, la force de l’ONU déployée dans le pays. Au cours de l’accrochage du week-end, qui s’est produit pendant la visite du Premier ministre, Moussa Mara, l’armée malienne a annoncé avoir perdu 8 soldats et compté 25 blessés, tandis que 28 combattants touareg auraient été tués. Très médiatisé, le déplacement de M. Le Drian devait sceller la fin officielle de l’opération ” Serval “, déployée au Mali depuis janvier 2013. Il est impossible d’annoncer la clôture de ” Serval ” sans risquer d’affaiblir le président malien Ibrahim Boubacar Keita et son nouveau gouvernement, quand la situation de Kidal démontre que l’intégrité territoriale du pays n’est pas acquise, reconnaît-on dans l’entourage du ministre français. “(3)

La situation s’avère aussi dangereuse qu’au début de l’ingérence française avec l’opération française. Les Maliens s’étripent entre eux et l’armée française ne bouge pas. Des opportunités de solution avaient été proposées en leur temps  par l’Algérie, mais elles ont été ignorés par le nouveau pouvoir à  Bamako qui pensait s’appuyer sur la France et même le Maroc. La réalité est là le bourbier est plus visqueux que jamais. La haine se sédimente et la France qui pensait rentrer chez elle est par la force des choses dans une mauvaise passe. Son mandat c’était de chasser les islamistes du Mujajo d’Aqmi.. Elle appelle à la retenue. Nous vivons toute proportion gardée, le même scénario qu’a vécu la Libye avec l’intervention humanitaire d’un certain  Nicolas Sarkozy et de son super ministre des affaires étranges, BHL le tintin des démocrates..

La somatisation de la Libye

En Libye près de trois ans après le lynchage de Kadhafi , la libye n’arrête pas de saigner. On peut reprocher beaucoup  de choses à Kadhafi , mais les les Libyens vivaient bien – deuxième niveau d’Afrique après l’Afrique du Sud- Kadhafi était même généreux avec les Etats voisins et d’une certaine façon il aspirait d’une certaine façon les damnés de la Tere candidats à l’émigration. Que reste –til de la Libye avec la boite de pandore  ouverte et qui a libéré tous les démons de la division du régionalisme des haines  …Le dernier épisode qui sort de l’ordinaire est l’apparition d’un général qui était en villégiature depuis vingt ans du côté de Langley en Virginie.. et qui a des velléités de mettre de l’ordre… La situation restait confuse à Tripoli au lendemain de l’attaque du Parlement par un groupe armé qui a réclamé sa suspension. La crainte du chaos en Libye est sérieuse, après la grave détérioration de la situation ces dernières 72 heures.

De quoi s’agit-il?  On lit sur la contribution suivante :

« Khalifa Haftar un général à la retraite qui a vécu vingt ans aux Etats-Unis, a lancé samedi des offensives soutenues contre les bases et repaires islamistes et l’attaque, le lendemain, menée par une milice armée dont l’identité n’a pas été précisée contre le siège du Congrès général national (CGN), le Parlement libyen. Un bâtiment annexe du CGN a été incendié et les députés ont été évacués. Certains n’hésitent pas à y voir les prémices d’une guerre civile, voire une somalisation inéluctable de la Lybie. Les milices, qui se sont formées dans le sillage de la guerre livrée alors au despote déchu, ont pignon sur la vie politique, économique et sécuritaire du pays. L’attaque samedi dernier du siège du Parlement a induit, comme première mesure, la suspension du CGN, dont le mandat de 18 mois avait expiré depuis fort longtemps.Le général est à la tête d’une force paramilitaire visiblement puissante. Selon le ministère de la Santé libyen, les affrontements de Benghazi ont fait 79 morts et 141 blessés. La situation était demeurée tendue lundi dernier à Benghazi. Le général Khalifa Haftar a indiqué maintenir ses troupes en alerte et qu’il n’avait nullement l’intention d’abandonner ses positions. Ce qui voudra dire que la violence peut ressurgir à tout instant. (4)

«  Le chaos, écrit Merzak Tigrine, se généralise en Libye Après le général à la retraite qui s’est attaqué aux milices à Benghazi, les violences se sont propagées à Tripoli où le Congrès général national et une base militaire ont été les cibles d’hommes armés. L’anarchie semble totale en Libye. (…). En effet, le moins que l’on puisse dire est que la Libye est en proie à l’anarchie, et les autorités de transition ne parviennent pas à contrôler les innombrables milices armées qui font la loi dans le pays. (…) Le colonel Mokhtar Fernana, commandant de la police militaire, a déclaré sur deux chaînes privées de télévision: “Nous, membres de l’armée et les révolutionnaires (ex-rebelles), nous annonçons la suspension du CGN”, précisant qu’il a donné les prérogatives législatives à une Assemblée constituante élue en février et maintenu le gouvernement intérimaire de Abdallah Al-Theni. Tripoli considère cette offensive comme une tentative de coup d’Etat. ” (5)

Quel est le rôle de l’Algérie?

On peut dire que jusqu’à présent, l’Algérie s’en sort pour le moment honorablement, mais peut-elle continuer ainsi? Pour Jean-Yves Le Drian venu à Alger consulter: “L’Algérie et la France ont des défis communs à relever pour leur sécurité.” Pour lui: ” A la demande des pays africains, la France joue un rôle actif dans la lutte contre les groupes armés terroristes qui menacent autant la sécurité de la région que celle de mon pays et de l’Europe. (…) Le Mali a recouvré son intégrité territoriale et politique. (…) Pour autant, les derniers événements de Kidal démontrent la fragilité de cet équilibre précaire obtenu dans le Nord. (…) Je suis convaincu que l’Algérie et la France ont beaucoup à faire, ensemble, dans ce domaine en Méditerranée, au Sahara et au Sahel.. (6)

L’analyse de Abdelaziz Medjahed général-major, ancien directeur de l’Académie militaire interarmes de Cherchell, retraité est pertinente. Pour lui, le ballet des visites d’officiels français et américains en Algérie a pour objectif de “couper l’herbe sous le pied de la Russie”. Nous l’écoutons:

” C’est tout le continent africain qui est en pleine crise, pas uniquement le Mali et la Libye. Il y a la Centrafrique, le Kenya, le Nigeria, le Soudan, etc., poussant les Etats-Unis, par exemple, à déployer quelque 5000 soldats déclarés sans compter les bases non déclarées installées au Niger, au Mali et probablement au sud de la Tunisie. Il faut lier les visites à tout l’environnement et non pas à une région seulement. N’oubliez pas qu’il y a trois jours, la France a organisé un mini-sommet à Paris, auquel ont pris part cinq chefs d’Etat africains pour, officiellement, coordonner la riposte contre le groupe Boko Haram au Nigeria ».(7)

«  Boko Haram et Al Qaîda, poursuit-il, sont les deux faces d’une même pièce. Pour moi, ils sont utilisés comme des chevaux de Troie par l’impérialisme occidental. Nous assistons à une convergence des intérêts des pays occidentaux, à leur tête la France et les Etats-Unis, qui sont les alliés incontournables d’Israël. Ils ont échoué contre l’Iran et la Syrie, d’une part, et d’autre part, ils ont vu que la Russie, leur ennemi historique, qu’ils pensaient endormie, s’est réveillée bien plus forte qu’avant à travers l’Ukraine. Ils ont donc réadapté leurs stratégies en lui coupant l’herbe sous le pied. Ils essayent, par tous les moyens, de dissocier la Russie de ses alliés. Rappelez-vous la visite de John Kerry; le même jour, il y a eu celle de l’émir du Qatar. Les deux se sont donné le mot pour faire pression sur l’Algérie, afin qu’elle vende à l’Europe du gaz en remplacement du gaz russe qui passe par l’Ukraine. Nous sommes sollicités par tous. Ce qui nous met dans une position de force et donc nous pouvons exiger ce qui va dans l’intérêt de l’Etat (…) Je pense que les Français et les Américains essayeront de nous attirer vers des appâts pour nous éloigner au maximum des Russes. » (7)

Nous voudrions partager l’optimisme du général-major, mais ce n’est pas possible. Pour notre part, nous pensons que la situation de l’Algérie va être des plus intenables. Même satisfecit lu sur El Watan: ” L’Algérie exporte les valeurs de paix et de stabilité”, a déclaré Mohamed Larbi Ould Khelifa, président de l’APN. L’Algérie, plus grand pays d’Afrique, est presque chargée de la mission de “gendarme en chef” dans la région sahélo-saharienne et maghrébine. L’Algérie défend une “approche africaine” dans la prévention des crises sur le continent, peut-il compter sur l’Union africaine? Ou faut-il que la diplomatie algérienne engage une offensive politique continue pour “récupérer” l’initiative au Sahel et, par extension, en Afrique? L’armée algérienne s’est-elle adaptée à l’évolution rapide des menaces extérieures pour les prévenir et les contrer? Ou reste-t-elle figée dans le modèle dépassé de “l’armée populaire” abandonné par presque tous les pays ex-socialistes! Moscou, qui suit de près la situation en Libye et au Mali, pourrait être un partenaire “idéal” pour Alger au cas où… Engageant un bras de fer avec Washington et Bruxelles à cause de la crise ukrainienne, la Russie va se tourner vers ses partenaires traditionnels en Méditerranée. Et comme l’Algérie est le troisième fournisseur de gaz de l’Europe, la Russie, plus grand vendeur de matériel militaire à l’Algérie, serait tentée par un rapprochement stratégique avec l’Algérie. L’Algérie, qui doit donc assurer un certain jeu d’équilibre entre Moscou et Bruxelles, paraît en position de force. » (8)

En définitive, la France au nom de ses intérêts a semé le chaos en Libye et n’a pas amené la paix au Mali où tout est à faire.: «  Chef de file de la coalition internationale, la France est en grande partie responsable de la situation chaotique qui sévit en Libye. Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont totalement désengagés de ce pays dès la chute de Mouamar Kadhafi.  »

« J’ai approuvé l’intervention en Libye, mais j’ai regretté que l’accompagnement n’ait pas suivi.” Cette sentence est du président français. François (…) C’est une reconnaissance explicite que l’intervention de la France est la cause du chaos en Libye. (…) A l’instar de son prédécesseur, François Hollande tient à marquer son mandat par une intervention militaire en Afrique. Il débute son quinquennat par l’opération Serval, dont l’objectif étant d’éliminer les terroristes d’Aqmi et du Mujao installés au nord du Mali. Encore une fois, la victoire française ne sera que temporaire.   » (9)

Jean-Yves Le Drian ne s’est pas trompé. A tort ou à raison, on amplifie le rôle de l’Algérie. En fait, l’affaire malienne est une patate chaude que la France veut refiler à l’Algérie après y avoir porté le chaos comme en Libye. Un autre théâtre d’opération attend la France au Nigéria où elle compte exporter son savoir-faire qui va terminer, on peut le parier, par un autre chaos pour les peuples. La seule certitude c’est que le pétrole continuera à couler à flots. La vie des Africains n’est pas essentielle, nous l’avons vu avec le feuilleton Boko Haram dont on sa demande finalement si la finalité n’est pas une autre ingérence sous couvert de libérer les jeunes filles. L’empathie sélective a encore de beaux jours devant elle

Que reste -t-il de la Libye avec les seigneurs de la guerre? Même si le général Khalifa Haftar semble avoir les moyens et l’autorisation pour ramener un ordre? Les évènements futurs nous montreront que nous nous acheminons à un scénario à l’Egyptienne avec le maréchal Al Sissi avec l’adoubement de l’Occident pour casser les Frères musulmans en attendant son tour quand il ne sera plus en odeur de sainteté. L’Empire lui trouvera un remplaçant…

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/main-basse-sur-la-mauritanie-152107

2. Le Mali souhaite un ” mandat plus robuste ” de l’ONU Le Monde.fr avec AFP 21.05.2014

3.   http://www.lemonde.fr/afrique/article/ 2014/05/20/mali-des-affrontements-a-kidal-obligent-paris-a-differer-l-annonce-de-la-fin-de-serval_4421995_3212.html

4. http://www.lesoirdalgerie.com/articles/ 2014/05/20/article.php?sid=163695&cid=26

5. http://www.liberte-algerie.com/international/ le-chaos-se-generalise-en-libye-attaques-armees-contre-le-parlement-et-une-base-militaire-221594

6. http://www.elwatan.com/actualite/jean-yves-le-drian-l-algerie-et-la-france-ont-des-defis-communs-a-relever-pour-leur-securite-20-05-2014-257841_109.php

7. http://www.elwatan.com//actualite/nous-sommes-sollicites-par-tous-20-05-2014-257844_109.php

8. http://www.elwatan.com/actualite/terrorisme-au-sahel-instabilite-en-libye-quel-role-pour-l-algerie-20-05-2014-25 842_109.php

9. Paris-Washington-Rome-Doha Libye: qui est responsable du chaos? http://www.lesoirdalgerie. com/articles/2014/05/21/article.php?sid=163772&cid=2

 

 

Il y a eu, comme il y aura, des temps de Renaissances et de Lumières. Le drame est que tant de gens lisent Voltaire et Diderot pour n’en tirer que distraction, tandis que presque tous les autres ne lisent rien, et surtout pas d’Alembert ou Condorcet. Peut-on dire un peu le côté où doit aller l’effort, si l’esprit doit servir à quelque chose ? Peut-on tâcher de situer le plus fort du grand courant humaniste et progressiste ?

1. Même si on accepte d’abréger beaucoup dans l’espace et le temps, il faut éviter de laisser parler effrontément le formatage centré sur “l’Occident” — par exemple, le titre seul de la fameuse Histoire de la philosophie occidentale de Russell est un bon exemple de cette arrogance : car ce dont il parle, de la Grèce antique aux temps plus actuels, n’existerait pas sans les échanges anciens avec l’Egypte et le Croissant fertile, encore moins sans les “Arabes” (les savants du monde mahométanisé) ; or même lui, doué d’assez d’audace pour reconnaître en Aristote un fléau de l’humanité, se garde d’étudier ces relations…

Ceci posé, on peut pour aborder l’affaire s’en tenir à ce qui est venu du moment égypto-grec et s’est propagé, malgré la chrétienté, à travers

– les savants comme Al Khawarizmi, Ibn Qurra, Al Haytham etc.

– le flambeau andalou

– les humanistes de la Renaissance

– la révolution galiléenne (le reflux religieux actuel, et son inqualifiable trahison de l’histoire, intitulent à présent “révolution copernicienne” une lâche régression et sa récupération d’Eglise)

– les Lumières et la grande Révolution française

– les élans révolutionnaires notamment russes, anarchistes puis marxistes, jusqu’à “la Sociale” et aux révoltes anticoloniales dont la Chine.

De tels basculements — de l’espoir continuel de mieux vivre à l’action progressiste massive — sont aussi soudains d’apparence qu’étendus et impossibles à dater de préparation : c’est dire qu’en dégager des traits communs suppose quelques simplifications. Voici un essai, un repérage par quelques moments.

Les grands philosophes grecs — spécialement Archimède et Eratosthène bien entendu — étaient déjà extraordinairement sensibles au contact intime de l’expérience dans la tentative rationnelle : c’est clair en sciences naturellement mathématisables comme physique et mécanique dans le discours de la méthode d’Archimède, c’est pareil en géographie générale et en linguistique chez Eratosthène. Mais dans les élaborations scientifiques des “Arabes”, si présent qu’y soit Archimède, les développements se sont faits dans la terreur religieuse : il était déjà fort audacieux de faire appel à la raison, et il était interdit de reconnaître que la confrontation à la réalité est la source perpétuelle et toujours renouvelée de rigueur véritable, au contraire de l’enfermement pathologique en textes “sacrés”. Si Averroès-Ibn Rushd l’Andalou a bel et bien pu fonder la laïcité parmi des érudits très divers, et ainsi mettre le dogme à l’écart de tout acte de progrès et pensée libre, il n’a risqué que de rares indications aux observations-”leçons des choses” : il se savait pourtant héritier de leurs résultats, de la médecine aux sciences physiques, mais ses allusions astronomiques par exemple sont prudentes. Demeurent, de ces temps anciens, l’accord pour le débat et l’échange aussi larges que possible, et l’enthousiasme pour inclure dans l’éducation tout ce qui aide réellement à “alléger la peine”, à commencer par l’universalité humaine de toute vérité.

Ensuite, dans la période autour de 1500 avec Erasme et Thomas More entre autres, les choses seraient plus faciles à lire si la chape de plomb Inquisitoriale n’avait fait régner la terreur religieuse aussi férocement que dans les pays mahométans. Certes, il était devenu impossible de s’opposer à la diffusion des traductions d’Archimède, de retour du monde islamisé ; et bientôt un Guillaume de Baillou se ferait un devoir de mentionner des “observations cliniques” largement héritées des manuels arabes et juifs des écoles cordouane et salernitaine. Mais enfin tout cela était, de par la contrainte criminelle de la papauté, bien lent et enrobé de respect vague “des Anciens” : on laissait croire que beaucoup était grec, platonicien et aristotélicien, même si l’insolence rafraîchissante de Rabelais réclamait hardiment un universalisme de langues où l’Orient prenait sa juste place. Les choses restaient donc floues, mais ce n’est pas forcer l’histoire que d’y lire encore l’élargissement du sentiment de civilisation à bien autre chose que des ancêtres gaulois et des textes de “la Parole” et de “l’Ecriture”, avec de nouveau des échanges sur de très grandes étendues, depuis les Flandres et même les îles britanniques à la Méditerranée totale.

Vers 1600 explose la méthode expérimentale, et vers 1750 la philosophie pareillement qualifiée par Diderot. Certes des régressions universitaires ont eu lieu ensuite : dans leurs expressions et par leurs mysticismes Descartes, Pascal et Spinoza, puis Kant et Hegel, redéviaient très fort en direction des obscurités métaphysiques ordinaires. Mais l’élan était donné, et rien n’arrêterait plus le principe de réalité explicité par Galilée comme nul autre, avec l’écho — quel ! — de l’Encyclopédie. Même Marx, appuyé sur cette déroute de l’intelligence qu’a représentée Hegel, n’a pas pu empêcher que la science poursuive son chemin à travers les dialectico-bureaucraties, clergés de sa nouvelle religion : il a tout juste réussi à faire que ses héritiers les plus évidents, empêtrés dans sa caricature de science et histoire, accumulent assez de retard pour être finalement vaincus et par là désespérer de nombreux progressistes.

Ainsi, à travers les ironies coutumières de la suprême indifférence des choses, l’affaire est devenue considérable. Une vue commune était de longue date, on vient de le rappeler, une occasion d’échanges et d’éclairements sans fin : or voici que, même laissée floue ou méchamment déviée, cette base devient une possibilité de rassembler des gens, rassembler des forces politiques. Les révolutions s’accumulent, les régimes passent, l’esprit — le seul : l’humain — prend les dimensions de la Terre et de toutes les disciplines de pensée véritable. Aujourd’hui, tout autour de la planète et de la science, on écrit les équations avec les mêmes signes à Pékin et à Caracas, et (au moins assez largement) au Caire et à Paris ; ce n’est certes pas à Tokyo que les opposants à la théorie de l’évolution sont les plus bruyants et les plus stupides ; les éléments d’économie scientifique, si souvent inutilisés dans Marx à travers ses flots et fleuves de descriptions du capital sauvage, sont reconnus partout — fût-ce pour les étouffer — ; les principes des médicaments et la reconnaissance des refoulements vivent de même dans toutes les médecines physiologiques ou mentales pratiques. Bref : jamais la vue commune n’a été aussi large, aussi facile d’accès, aussi offerte aux échanges dans ses indéniables principes scientifiques et on sait, mieux que tous les gens du passé, y saisir la base des unions progressistes. N’est-ce pas déjà beaucoup ?

Il y a mieux. Enorme et pour le moment délaissé, le pont entre science et morale ou politique, affaires les plus intimement humaines, est tout de même désormais jeté : on sait, comme on n’a jamais su, que l’humain est avant tout un animal, et le plus “agressif” de tous. Cependant beaucoup, beaucoup d’esprits, même parfois généreux et intéressants, s’en tiennent ridiculement à la fameuse “spécificité humaine” : on entend encore d’invraisemblables sottises comme:

– “la science s’occupe de dominer les choses alors que la religion aide à se conduire parmi les gens” — voyez les résultats historiques : guerres, génocides, esclavages, sectes et scissions à perpétuité au lieu d’alliances et progrès

– “la différence entre l’homme et l’animal est que l’animal s’adapte à son environnement, alors que l’homme s’adapte l’environnement” — comme si les guerres et les esclavages, fond de l’histoire politique, avaient jamais été diminués par l’extension des techniques pour construire ou détruire !

En tout :

– d’un côté, jamais l’humanité n’a pu ressentir aussi nettement les fondements et les moyens de son unité véritable, son identité d’espèce ; jamais l’union n’a été aussi réalisable à partir de données vérifiables et contrôlables par tous, base indispensable de démocratie

– et de l’autre côté, à l’opposé du proprement humain, du rationnel, jamais les religieux (dont les dialecticiens) et autres gens de pouvoir, tous ennemis du savoir, ne se sont aussi fanatiquement acharnés à diviser les humains par sectes et frontières — comme à guerroyer et scissionner entre eux-mêmes !

Est-il alors si difficile de lire la solution, et de la mettre en œuvre ?

2. C’est plus que difficile. Pourquoi? Certes l’explication n’est pas nouvelle. Mais en voici deux formulations tout à fait remarquables.

Il avait l’âme simple et croyait à la puissance de la vérité

 alors que seul le mensonge est fort

et s’impose à l’esprit de l’homme

par ses charmes, sa diversité

et son art de distraire, de flatter et de consoler.

Though he had both esteem and admiration for the sensibility of the human race,

he had little respect for their intelligence :

man has always found it easier to sacrifice his life

than to learn the multiplication table.

Le premier (Anatole France, “La vie en fleur”) a toujours été d’intention (et souvent d’action) progressiste. L’autre (W. Somerset Maugham, “Short Stories, Mr. Harrington’s Washing”) a été un espion au service de l’IS (Intelligence Service, en particulier lors de la révolution bolchévique) et férocement réactionnaire. Leur accord, lisible ci-dessus, sur la primauté des affects contre tout effort de rationalité, est aussi profond que juste. En outre aujourd’hui, toute la démonstration de l’éthologie humaine avère encore comme constante de l’histoire cette évidence, la plus présente et la plus refoulée. Tous les “meneurs d’hommes”, tous les démagogues, tous les conquérants, prêcheurs de Croisades ou de djihad, tous les saints et prophètes, clercs et bureaucrates, tous les papes ou ayatollahs et tous les généraux ou maréchaux (Pétain particulièrement, au dire de de Gaulle même) ont su séduire et entraîner vers la mort, la torture, le martyre, le crime et l’abjection, en choisissant toujours plutôt de satisfaire à des passions que de laisser penser. En 2014 encore, le réflexe de pure foi-agrégation-aux-vrais-fidèles agit partout en priorité : y compris bien sûr chez les marxistes, de façon si grosse souvent que c’en est stupéfiant.

Voilà ce qui empêche de lire, dans l’histoire des cinq dernières générations, la faute et le crime de préférer la tentative d’organisation partisane prématurée à la patiente explication, éducation, instruction humaniste générale. Voilà toute l’histoire des échecs progressistes, complète et actualisée.

Il n’est pas négligeable de comprendre cela, si on veut agir propre. Mais l’action propre n’est pas l’affaire des gens de pouvoir, qu’ils jouissent de parader ou de faire souffrir. Leur préoccupation, c’est le succès le plus immédiat possible compte tenu de leurs moyens et, comme le dit Konrad Lorenz, les auteurs et les gens à succès sont à la rigueur un peu en avance sur leur temps, mais jamais beaucoup : car tout ce qui exige un effort mental tarde à se manifester et à pénétrer dans les foules ; si quelqu’un se fait vite entendre, ce ne peut être qu’en résonance avec des parts de sottise déjà largement répandues — sans le bouillon de culture létale hégélien, Marx comme Proudhon n’avaient pas une chance de trouver écho à leurs verbiages après les Lumières.

Ainsi la base scientifique (la leçon de méthode réaliste, expérimentale, bien davantage encore que ses résultats et ce n’est pas peu dire) a été délaissée au profit du Verbe de pouvoir, religieux en particulier dialectique, tandis que les orientations techniques étaient récupérées massivement dans le cadre des privilèges et pouvoirs. C’est notamment une véritable scission mentale, une schizophrénie, qui permet d’enterrer Darwin comme Newton à Westminster d’un côté, et de l’autre côté de perpétuer un régime politique ultra-réactionnaire aussi bien dans la tête des gens que dans les hiérarchies de pouvoir brut, en usant et abusant des plus systématiques récupérations technologiques qu’ait vues cette malheureuse planète : cette maladie n’a jamais atteint un sommet aussi efficace ailleurs que dans “l’hypocrisie anglo-saxonne” (Orwell). La rage à imposer dieu aux Etats-Unis n’a d’égale que celle à imposer la royauté et son Eglise au Royaume-Uni : et ce sont les lieux des technicismes les plus fous. On ne peut comprendre suffisamment l’En-pire en 2014 sans cette clef initiale.

Seulement, il devient alors inévitable de comprendre aussi ce que représente le verrou marxiste : c’est la pénétration au cœur des essais progressistes du refus, du refoulement de la rationalité dans ses expressions les plus admirables et scientifiques. Sans la catastrophe du “Matérialisme et empiriocriticisme” de Lénine et la pesanteur de la bureaucratie dialectique surtout en URSS, jamais la pauvre tentative socialiste n’aurait aussi vite et aussi complètement capoté. Jamais des savants n’auraient accepté de s’asservir à l’ignorance, s’ils n’avaient éprouvé l’appel grégaire à se trouver aux côtés de ceux qui prétendaient représenter les pauvres. Grégarité, erreur, horreur. Il faut au contraire maintenir : vérité d’abord, universalité parmi les hommes et les faits, référence à l’expérience, vérifiable, contrôlable et rendue accessible par et pour tous, idée commune de science et démocratie.

Cela a suffi à faire hausser les épaules à Einstein contre les racoleurs en dialectique : mais Einstein, même s’il fut incomparablement plus philosophe et politique qu’on ne le laisse dire, voyait trop vite le lien entre foule et dévoiement grégaire. Au contraire le grand Langevin, entre tant et tant d’autres, a cru devoir se faire membre du Parti Communiste : qu’un esprit de cette taille ait pu s’imposer la nécessité de s’asservir à un Thorez est au fond des questions qu’il faut aujourd’hui traiter et résoudre.  Ça n’attirera pas beaucoup de monde tout de suite. Mais c’est une part de l’indispensable, si on croit à des choses comme humanité et progrès.

On y reviendra.

André Avramesco

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Avec la crise ukrainienne, on constate, une fois de plus, que les médias classiques n’informent plus et ne sont là que pour nous faire accepter ce qui est acté. Il faut alors connaître différents avis et donc multiplier les moyens d’observation via internet pour exercer son sens critique en politique internationale, et pouvoir se faire sa propre opinion.

En effet, sur la crise ukrainienne, les médias grands publics, qui ne font que prendre leur contenu rédactionnel auprès du Quai d’Orsay, quand ce n’est pas directement auprès de Washington, par AFP interposée. Dans le traitement médiatique de cette crise, comme souvent en cas de guerre, on retrouve des constantes:
- bafouage du droit international avec le refus de reconnaître le droit à l’autodétermination des peuples pourtant inscrit dans la charte des Nations Unies
- usage du double standard, avec le refus d’accorder aux régions de l’Est de l’Ukraine ce qui l’a été pour le Kosovo, sans même un référendum
- traitement inégal de 2 populations, avec l’idéalisation des pro-OTAN et pro-UE et diabolisation des russophones et russophiles
- justification de la violence: “guerre juste” pour l’instauration de la démocratie
- camouflage des raisons véritables: économiques, stratégiques et militaires.Les représentants français et de l’UE ont depuis longue date l’habitude de donner des leçons de démocratie, de liberté et de valeurs universelles à l’étranger. Le politiquement correct, les schémas simplistes, le conformisme et les slogans, associés à la presse idéologique médiatique dominante et malveillante, ont désormais réduit la liberté et l’esprit critique des européens de manière objective. Le Président Hollande dont la cote d’impopularité bat tous les records (82%) nous en fait la démonstration lorsqu’il qualifie les référendums démocratiques des régions de l’Est de l’Ukraine (Donetsk et Lougansk) de « vraie-fausse consultation » et le scrutin de « nul et non avenu ».En refusant de prendre en considération les réalités culturelles, géopolitiques, économiques et stratégiques en Ukraine, l’UE a fait preuve, ou bien de son ignorance historique, ou bien elle a montré son vrai visage: inféodation à l’OTAN expansionniste et aux USA. Ceci n’est d’ailleurs pas si étonnant si on se souvient que l’un des pères fondateurs de l’EU est Jean Monet et qu’il est avéré aujourd’hui qu’il était un instrument de la politique extérieure des USA, et qu’à travers l’ACUE (American Committe for United Europe) c’était la CIA qui finançait la construction européenne!!!! Cette inféodation se réalise dans une perspective, au mieux de priver l’Europe d’une alliance avec la Russie et au delà, vers l’Est; au pire, une dissémination du chaos en Europe comme cela s’est réalisé en Irak, Afghanistan, Libye, Syrie.Dimanche 25 mai, il nous est encore possible de sortir de l’Europe, ou tout du moins d’offrir la possibilité au nouveau parlement européen élu de faire démissionner la commission européenne, pour que la France et l’UE cessent de soutenir le nazisme en Ukraine et de se comporter en vassaux des USA. Ce n’est pas parce que le Président Hollande dit: “La fin de l’euro, c’est une austérité implacable. La fin de l’euro, c’est la disparition de la solidarité financière, c’est une monnaie livrée à la merci des spéculateurs. Croit-on que la force se construit dans l’isolement ? C’est plus qu’une illusion, c’est un piège. Celui du déclin national. D’autres veulent tout simplement déconstruire l’Europe. Rompre tout ou partie des engagements, déchirer les traités, rétablir les droits de douane et les guérites de la police des frontières. Se couper non pas de l’Europe, mais du monde. Ceux-là, qui se prétendent patriotes, ne croient plus en la France. Sortir de l’Europe, c’est sortir de l’Histoire », que c’est vrai, c’est même exactement le contraire. En effet notre déclin est lié à la stagnation économique induite par l’euro, qui à son tour met en péril notre armée et notre indépendance, dans un monde de plus en plus instable et où toutes les puissances étrangères hors UE font un réel effort de réarmement! La défaite des pro-européistes sera une première victoire sur l’occupation de la France par les financiers apatrides et les lobby au service de Washington.Souvenez vous que le monde n’est plus dominé par le clivage gauche/droite. Il est, depuis longtemps déjà, dominé par les USA, et la question qui se pose désormais est de savoir si l’on veut servir l’impérialisme américain, ou si on veut lui résister.

Ci-dessous quelques exemples de la désinformation propagée par les médias grand public sur la crise ukrainienne:

 

1. VERSION DES MEDIAS GRAND PUBLIC

2. VERSION DES MEDIAS NON ALLIGNES

1. L’EuroMaidan est un mouvement populaire et pacifique

2. - Début mai, le parti communiste ukrainien est expulsé de la Rada (parlement ukrainien), et son leader est victime d’une grave agression. Depuis peu, le ministère de la justice étudie une disposition permettant de l’interdire dans le pays.
- Mi-avril, deux candidats à la présidentielle ukrainienne, Oleg Tsarev (député de Dniepopetrovsk du parti des régions) et Piotr Simonenko (premier secrétaire du parti communiste) ont été lynchés par les milices de Kiev. Depuis ils ont retiré leur candidature. Malgré tout, depuis mi-mai, la tête de Oleg Tsarev a été mise à prix (1 million de $) par le nouveau gouverneur de Dniepopetrovsk: l’oligarque israélo-ukrainien Igor Kolomoïsky.
- Mi-mai, deux journalistes russes ont été arrêtes par l’armée ukrainienne et continuent d’être détenus par les Services de sécurité, accusés de terrorisme. Le 20/05 un journaliste britannique a subi le même sort, sa tête ayant été mise à prix auparavant. Libéré le 23/05.
- Mi-mars le directeur de la télévision nationale, après avoir été molesté par le nouveau député en charge de la liberté d’information, a dû remettre sa démission, car il avait osé passer les images du discours du Président Poutine lors de la cérémonie d’accueil de la Crimée au sein de la Fédération de Russie.
- Depuis la mi-mars, les chaînes de télévision russes sont interdites d’émettre en Ukraine, ce qui constitue une violation des normes internationales sur la liberté d’expression.
- Le 22/05 le plus grand quotidien ukrainien Vesti a été investi par des forces spéciales du ministère de l’intérieur et a été accusé d’activité anti-gouvernementale.

 

1. Face à l’autoritarisme de l’ancien gouvernement, l’EuroMaidan c’est l’avènement d’une nouvelle démocratie en Ukraine

2. - Début mai, le parti communiste ukrainien est expulsé de la Rada (parlement ukrainien), et son leader est victime d’une grave agression. Depuis peu, le ministère de la justice étudie une disposition permettant de l’interdire dans le pays.
- Mi-avril, deux candidats à la présidentielle ukrainienne, Oleg Tsarev (député de Dniepopetrovsk du parti des régions) et Piotr Simonenko (premier secrétaire du parti communiste) ont été lynchés par les milices de Kiev. Depuis ils ont retiré leur candidature. Malgré tout, depuis mi-mai, la tête de Oleg Tsarev a été mise à prix (1 million de $) par le nouveau gouverneur de Dniepopetrovsk: l’oligarque israélo-ukrainien Igor Kolomoïsky.
- Mi-mai, deux journalistes russes ont été arrêtes par l’armée ukrainienne et continuent d’être détenus par les Services de sécurité, accusés de terrorisme. Le 20/05 un journaliste britannique a subi le même sort, sa tête ayant été mise à prix auparavant. Libéré le 23/05.
- Mi-mars le directeur de la télévision nationale, après avoir été molesté par le nouveau député en charge de la liberté d’information, a dû remettre sa démission, car il avait osé passer les images du discours du Président Poutine lors de la cérémonie d’accueil de la Crimée au sein de la Fédération de Russie.
- Depuis la mi-mars, les chaînes de télévision russes sont interdites d’émettre en Ukraine, ce qui constitue une violation des normes internationales sur la liberté d’expression.
- Le 22/05 le plus grand quotidien ukrainien Vesti a été investi par des forces spéciales du ministère de l’intérieur et a été accusé d’activité anti-gouvernementale.

 

1. Le gouvernement provisoire d’Ukraine est conforme au droit international et est légitime

2. - Il y a eu rupture constitutionnelle, et la destitution de l’ancien président Ianoukovytch n’a pas été prononcée par la Cour Constitutionnelle ukrainienne, seule habilitée à le faire.
- Le nouveau gouvernement ukrainien autoproclamé est donc le résultat d’un coup d’état armé. Il met au pouvoir des néonazis
- Volonté d’intégrer l’Ukraine dans l’UE et dans l’OTAN, ce qui constitue une grave menace pour la Russie.
- Processus de balkanisation de l’Ukraine.
- Refus du droit des peuples à l’autodétermination.
- Recours au mercenariat contre son propre peuple, et épuration ethnique.

 

1. Les habitants des régions de Donetsk, Lugansk et Karkov sont des séparatistes et des sécessionnistes.

2.  - Les habitants de ces régions ont été traités comme des citoyens de seconde zone. Comme russophones, ils ont subi la négation de leur langue maternelle comme langue officielle.
- Initialement, les habitants souhaitaient un référendum sur la fédéralisation de l’Ukraine. C’est la répression violente de la junte de Kiev qui l’a ensuite transformé en référendum séparatiste.

 

1. Les actions militaires menées par Kiev sont dirigées vers des terroristes

2. - L’armée empêche les simples citoyens d’aller voter en envoyant les tanks.
- L’armée tir, blesse et tue des citoyens qui manifestent sans être armés.
- Les combats s’intensifient entre l’armée et les forces des républiques autonomes de Donetsk et Lugansk. Les bombardements touchent les habitations civiles. Des moyens de lourds sont employés: chars, canons, hélicoptères
- Les russophones et russophiles sont à éliminer. L’armée n’est pas utilisée pour cette salle besogne, mais la garde nationale et les bataillons du Pravy Sector (voir ci-dessous). Le combattants du Pravy Sector n’hésitant pas à fusiller les militaires qui refusent d’attaquer les populations civiles ou qui déposent les armes.

 

1. Ioulia Timochenko, candidate à la présidence est la garante de la démocratie et des droits de l’homme en Ukraine.Sa condamnation en 2011 a été faite sous des motifs fallacieux.

2. - Elle est nommée Premier ministre en 2005 par le Président Viktoy Iouchtchenko, lui-même élu suite à la Révolution Orange qui a bénéficié du soutien des USA et d’ONG américaines à la hauteur de 14 millions $. Le pouvoir perd vite ça popularité sur fond de corruption.
- En 2011 elle est condamnée à 7 ans de prison pour abus de pouvoir dans le cadre de contrats gaziers, accusation tout à fait crédible au vu de ses relations avec Pavlo Lazarenko, Premier Ministre ukrainien de 1996 à 1997, arrêté en 1998 par la police suisse, puis en 1999 par la police américaine, il écope d’une peine de 9 ans d’emprisonnement. Sa complicité est également envisagée dans 2 assassinats.
- En fin 2012, le parti “Patrie” de Timochenko passe une alliance avec le parti Svoboda (voir ci-dessous). L’actuel Premier Ministre, Arseni Yatseniouk, et l’actuel Président par intérim Oleksandr Tourtchynov, tous deux membre du parti de Timochenko signent cet accord.
- En 2005, le magazine Forbes la présentait comme la 3ème femme la plus puissante de la planète….
- Elle dispose d’une armée privée forte de 10 000 hommes (National Salvation Front) et détient, avec ses proches, 85 comptes bancaires dans les banques britanniques.
- Elle a dit “Il est temps de prendre nos armes et d’aller tuer ces maudits russes ainsi que leur leader” et “j’utiliserai tous mes moyens pour faire se soulever le monde entier afin qu’il n’y ait même plus un champ brulé en Russie”

 

1. Le parti Svoboda qui à plusieurs ministres dans l’actuel gouvernement n’est pas un parti néonazis

2. - Svoboda est le nom du parti depuis 2004. Auparavant, il s’appelait Parti National Socialiste d’Ukraine (SNPU). Sa filiation avec le Parti National socialiste Allemand (NSDP) d’Hitler est évidente. En même temps qu’il change de ton, il change d’emblème, passant de la WolfsAngel  (Rune du Loup)  – qui était l’emblème de la 2ème division SS Das Reich, tristement célèbre pour ses massacres d’Oradour sur Glane et Tulle -  à une main évoquant le Trident. C’est un parti néonazi qui ne cache pas son antisémitisme et son admiration pour ceux qui collaboraient avec Hitler, dont Stephan Bandera.
- Svoboda se réclame de l’idéologie de l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) qui a collaboré avec l’Allemagne nazie. Sa branche armée était l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), tristement célèbre pour son massacre des polonais en Volhynie en 1943.
- Svoboda a initié l’anniversaire de la fondation de la division Waffen SS “Galicie” en 1943
- Le leader de Svoboda, Oleh Tiahnibog a été classé dans le top 10 des antisémites par le centre Simon-Wiesenthal
-  Depuis la constitution du nouveau gouvernement Oleh Tianhibog s’est illustré à plusieurs reprises en pleine séance de la Rada (parlement ukrainien) par ses violences physiques vis à vis des autres parlementaires qui ne partageaient pas ses vues.

 

1. Le mouvement Pravy Sector, c’est encore plus simple, on en parle pas du tout.

2. - Très engagés dans la lutte, les militants du Pravy Sector revendiquent l’usage de la violence et  trouvent ceux de Svoboda trop mous!
- Le chef du Pravy Sector, Dmitri Iaroch, nommé secrétaire adjoint du Conseil de défense et de sécurité nationale par le nouveau pouvoir, tente, comme Tianhibog du parti Svoboda, de redorer son image et est candidat à la présidentielle.
- Moscou a émis un avis de recherche international contre Dmitri Iaroch, les autorités russes l’accusant d’incitation publique au terrorisme.
- Pravy Sector contient dans ses rangs quelques personnes acquises au crime organisé, dont Alexander Mouzitchko, pour lequel la Russie avait lancé un mandat de recherche international. Il a été abattu par la police ukrainnienne, probablement devenait-il trop gênant!

 

1. L’incendie criminel  – certains ont même parlé d’un incendie accidentel! – d’Odessa du 2 mai à fait 38 morts chez les militants pro-russes qui ont été pris au piège. Les incidents dans la rue prouvent qu’ils étaient bien armés et organisés.Le drame d’Odessa fait parti d’un plan russe pour détruire l’Ukraine

2. - Les victimes qui occupaient la place de la maison des syndicats (place Koulikovo), étaient pacifiques et non armés. L’action qu’elles menaient depuis plusieurs semaines risquait de faire basculer Odessa dans le camp des anti-kiev, Odessa étant d’une importance stratégique pour l’accès à la Mer Noire, depuis la perte de la Crimée. Avant le 2 mai les revendications n’étaient pas séparatistes, mais fédéralistes.
- Comme avec les snippers de la place Maidan, des hommes de main de la junte de Kiev, les combattants du parti Pravy-Sector, ont organisé des provocations dans les 2 camps lors d’affrontements dans la rue. Ils ont également bloqué les véhicules de pompiers.
- Le nombre de victimes dépasse largement la centaine, certains annonçant plus de 300.
- Non seulement les forces de police ne sont pas intervenues, prétextant avoir été dépassées, mais le responsable des forces de polices est clairement identifié comme un des responsables des opérations. Les hommes de main de la junte de kiev et certaines forces de police portaient un brassard rouges pour se reconnaître entre eux.
- Les victimes ont été torturées, exécutées (certaines ont reçu des balles dans la tête), puis brûlées pour masquer les fait. Ceux qui sautaient du bâtiment étaient achevés au sol par les combattants du Pravy-Sector. L’incendie est un simulacre pour couvrir des massacres planifiés. Certains corps calcinés se trouvaient dans des étages où il n’y avait pas feu.
- Leurs brûlures sont très localisées et ne sont pas le fait d’un incendie. Certains ont les poignets calcinés jusqu’à l’os mais leurs vêtements intacts et leur téléphone portable en parfait état de fonctionnement. Une femme a été étranglée avec un cordon de téléphone, etc, etc j’arrête là ma description macabre.
- Les autorités actuelles sont certainement impliquées dans le massacre tout comme l’oligarque Igor Kolomoïsk, qui aurait attribué une prime de 5000 $ pour chaque personne assassinée. Il fallait terroriser la population pour leur faire passer l’envie de fédéralisation. Le procureur général d’Ukraine lui-même a annoncé : « Cette action criminelle n’a pas été préparée par des échelons intermédiaires. Elle a été soigneusement préparée, coordonnée, et des représentants de diverses autorités y ont pris part. »

 

1. L’OTAN est une alliance de défense

2. - Depuis la guerre de Yougoslavie, l’OTAN ne cesse d’entendre sa zone, sans quoi elle serait sous employée
- L’objectif de l’OTAN est l’encerclement de la Russie car c’est une puissance qui résiste à l’impérialisme américain.
- L’OTAN exécute la politique coloniale des USA.Si cette version des faits vous parait peu crédible, je vous invite à vérifier par vous-même en tapant quelques mot clés sur un moteur de recherche. De vrais journalistes, des blogueurs, mais aussi les populations locales, via leur téléphone portable, permettent à chacun d’accéder à des récits, des images, des vidéos que nos grands médias veulent ignorer.

 

Si cette version des faits vous parait peu crédible, je vous invite à vérifier par vous-même en tapant quelques mot clés sur un moteur de recherche. De vrais journalistes, des blogueurs, mais aussi les populations locales, via leur téléphone portable, permettent à chacun d’accéder à des récits, des images, des vidéos que nos grands médias veulent ignorer.

Christophe Varnier

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1 : Comme définiriez-vous en quelques mots ce qui se passe en Ukraine ?

Il s’agit de la crise internationale la plus dangereuse de ces 50 dernières années, comparable à la crise des missiles de Cuba en 1962. Le séisme qui secoue le système politique ukrainien se produit sur la ligne de faille de l’affrontement stratégique planétaire, à un moment où les États-Unis – qui n’acceptent pas que le monde soit multipolaire – voudraient mettre sous l’éteignoir la puissance russe qui est en train d’émerger à nouveau, après les humiliations postsoviétiques.

2 : Sommes-nous face à l’un des derniers actes de la Guerre froide, où existe-t-il vraiment un risque de nouveau conflit mondial ?

La Guerre froide a duré plusieurs décennies et a formaté le mode de penser et d’agir des classes dirigeantes de nombreux pays, et en Occident, cette vision du monde reste imprégnée dans l’esprit des plus influents académiciens, généraux, éditeurs, ou journalistes, même si l’Union soviétique a disparu depuis 1991. On peut dire que plusieurs piliers de la Guere froide sont encore debout dans un paysage qui s’est modifié, d’ailleurs l’OTAN n’a pas été dissoute, au contraire, elle s’est étendue. Par rapport aux temps de la Première Guerre froide et de la première décennie postsoviétique, l’Occident est en train de faire une grosse erreur d’évaluation qui, si elle n’est pas corrigée, pourrait mener le monde à la catastrophe. Le monde atlantiste ne pourra plus prendre des décisions impliquant des aspects militaires vis-à-vis de Moscou en persévérant dans son illusion qu’il n’y aura pas immédiatement une addition salée à payer en retour. Cette gaffe monumentale nous a déjà fait perdre un temps précieux, mais nous devons le comprendre rapidement si nous ne voulons pas précipiter la plus grande catastrophe de ce siècle. La Russie, après l’élargissement de l’OTAN vers l’Est, ne peut plus céder de terrain. Pour défendre ses positions, elle mettra tout son potentiel, avec la plus grande détermination. Nous devons savoir que nous sommes désormais accoudés à une fenêtre d’où l’on peut déjà voir les bombardiers nucléaires décoller.[Voir la vidéo ci-dessous] Le drame – en Italie également – c’est que nous avons des ministres qui ne comprennent rien aux enjeux actuels. Les ministres des Affaires étrangères de la Défense agissent comme les figurants d’un pays qui a perdu toute souveraineté.

3 : Les sanctions contre la Russie, quels effets auront-elles en réalité ?

Ces sanctions pourraient marquer le début d’une série de coups réciproques. Cela ne serait indolore pour aucun des deux camps, car le monde est aujourd’hui plus interdépendant et il existe une forte complémentarité entre les économies russes et européennes, en particulier au travers de la fourniture d’énergie. La Russie est le seul pays capable de fournir pendant plusieurs décennies le gaz dont l’Europe a besoin pour organiser sa transition aussi graduelle que souhaitable vers un nouveau système énergétique. Par ailleurs, la Russie a intérêt à diversifier son économie en interagissant avec les autres puissances industrialisées. Le schéma des sanctions, autrefois appliqué à d’autres pays plus petits, ne pourra pas fonctionner de la même manière avec la Russie, laquelle s’étend sur un immense territoire et possède les plus grandes réserves d’énergie fossile, sous toutes ses formes, sans compter la plupart des matières premières de la table périodique de Mendeleev qui existent sur cette planète.

Mais la Russie est aussi riche de ce qu’en Occident on appelle le « capital humain », et son « intelligentsia » technologique est très performante. Même si le système soviétique s’est effondré, la culture moyenne dans le pays, héritée du précédent système, est restée à un niveau extrêmement élevé. Le niveau dans les universités russes, dans les instituts polytechniques, les centres de recherche, celui de l’Académie des Sciences, lesquels se sont confrontés pendant des dizaines d’années pour rester au niveau des USA, a généré une classe scientifique et technologique d’une valeur extraordinaire. J’ajoute également qu’alors que dans les années 1990, la Russie était noyée sous les dettes et se laissait imposer l’austérité par le FMI, elle est redevenue aujourd’hui largement créditrice, autrement dit, c’est maintenant un partenaire financier peu enclin à se soumettre. C’est tout le contraire de l’Italie, pour ne citer qu’elle.

4 : Quelles sont aujourd’hui les interventions effectives des États-Unis à l’intérieur du territoire ukrainien ?

Nous enregistrons aussi bien une présence qui dure depuis longtemps (bâtie sur d’énormes ressources économiques, des milliards de dollars dépensés [par les USA] ces dernières 20 années), qu’une présence plus récente liée à la contingence de la crise actuelle. La première présence est le fruit d’un long travail hégémonique de la part des États-Unis sur les éléments les plus influents des classes dirigeantes (politiques, médias, militaires, professeurs d’université) : même la plus insignifiante des bourses d’étude financée par les Américains représente l’engrenage d’un système bien rodé destiné à fidéliser, à « atlantiser », et à « dollariser » les différents niveaux des classes dirigeantes ukrainiennes. Tout le monde a entendu les paroles de Victoria Nuland, la secrétaire du ministre des Affaires étrangères américain pour les affaires européennes et asiatiques (et aussi femme de Robert Kagan, l’un des plus éminents néoconservateurs de Washington) : « Nous avons investi 5 milliards de dollars pour donner à l’Ukraine l’avenir qu’elle mérite. » La deuxième présence des USA en Ukraine, celle d’actualité aujourd’hui, est formée de trois composants qui s’entrecroisent : une participation massive de la CIA (allant jusqu’à de fréquentes visites de son directeur, John Brennan) ; un intense travail d’entrainement militaire qui vise à réorganiser les appareils répressifs avec un encadrement au sein des forces de sécurité officielles des groupes paramilitaires appartenant aux partis d’inspiration nazie, et enfin, des groupes de mercenaires travaillant pour des sociétés privées (contractors), comme Greystone (une ancienne filiale de Xe, plus connue sous le nom de Blackwater).

5 : Les rebelles sont-ils financés ou soutenus par des partis, des factions ou des États extérieurs à la réalité locale ?

La partie de l’oligarchie qui a perdu dans cette histoire – et qui composait le bloc de soutien de Yanukovich, l’ancien président, déposé lors du coup d’État – ne lésine pas sur les moyens pour essayer de rassembler les régions qui s’opposent au nouveau pouvoir en place à Kiev. Mais il faut noter que le New York Times, au terme d’une enquête qui en a irrité plus d’un parmi les défenseurs d’une « nouvelle Guerre froide », a démenti l’idée que les milices rebelles soient composées de soldats ou de mercenaires provenant de la Fédération de Russie. La forte motivation avec laquelle des franges importantes de la population russophone de l’Est ukrainien se sont auto-organisés est confirmée également par d’autres enquêtes récentes.

6 : À ce propos, une critique souvent adressée aux analyses géopolitiques de ces crises est qu’elles ignorent l’aspect spontané et authentique des mouvements populaires qui déterminent ensuite les changements de gouvernements, les sécessions, les révoltes, etc. Que répondez-vous aux démocrates ukrainiens sincères qui ont lutté pendant des mois à l’intérieur du Mouvement Evro-Maidan, et qui ne veulent pas qu’on les assimile à des nazis ?

Dans tous les pays où un gouvernement s’appuie sur un bloc social déterminé, il existe toujours la possibilité d’abus de pouvoir, de compétitions, d’exigences sociales, de cahiers de doléances, de lutte de classes, de comportements collectifs se battant contre la corruption, qui peuvent soit parvenir à un point d’équilibre et de compromis, soit exploser. L’Ukraine ne faisait pas exception, et il est certain que ses oligarques se sont montrés incapables de relancer l’économie du pays. Les problèmes financiers, économiques, territoriaux, du travail, sont tous devenus des problèmes politiques. Mais cela pourrait s’appliquer également à des dizaines d’autres pays, y compris à l’Italie. La majeure partie du journalisme s’arrête à cette lisière, à cette « spontanéité », et liquide sous le terme « conspirationnisme » l’analyse des jeux de pouvoir. Il est au contraire essentiel d’englober l’ensemble du scénario dans une photo panoramique, en n’oubliant pas d’y inclure ceux qui détiennent le pouvoir au niveau mondial. Trop nombreux sont ceux qui oublient que dans le centre du commandement impérial, il est relativement aisé de dépenser des milliards de dollars dans un pays donné, dans le but d’exacerber une crise, de s’introduire au coeur du pouvoir étatique, de le briser et d’encaisser les dividendes. Les cas de la Libye et de la Syrie sont encore dans toutes les mémoires. Ces pays connaissaient une crise qui avait de bonnes raisons d’être, tout comme en Ukraine. Mais la résolution de ces crises n’a jamais été entre les mains des « porteurs sains » de la révolte, même si ceux-ci ont eu l’illusion de pouvoir dicter leurs objectifs à ceux qui leur imposaient la révolte armée et révolutionnaire. Ils ont fermé les yeux sur leurs alliances avec les criminels djihadistes en Libye et en Syrie, et avec les criminels nazis en Ukraine. Une erreur politique aux effets désastreux, à la plus grande joie des extrémistes et des mercenaires qui gambadaient joyeusement au milieu des ruines et du chaos. Pensaient-ils vraiment [ces démocrates,] que les miliciens américains et européens qui les rameutaient dans la rue avaient à coeur la démocratie ?

7 : En somme, les protestations peuvent être le reflet de bonnes aspirations, mais le pouvoir finit toujours par les récupérer pour ses propres fins ? Est-il donc inévitable de se ranger soit du côté d’Obama, soit de celui de poutine ?

Cette question me fait penser à un poème de Fabrizio de André, où il raconte qu’il faut en faire du chemin « avant de devenir assez con pour ne même plus voir qu’il n’existe pas de pouvoir bon. » Fondamentalement, le centre de la bulle médiatique occidentale dans laquelle nous vivons se base sur l’idée que le président américain est le représentant d’un « pouvoir bon. » Une fois ce principe acquis, ce pouvoir pourra se permettre de se transformer en un système d’espionnage totalitaire (comme il l’est effectivement devenu), stocker depuis des années 100% des emails de tout le monde, s’arroger ainsi un pouvoir de pression énorme sur les classes dirigeantes de la moitié des pays du monde (puisqu’il peut exhiber à tout moment un message embarrassant), infiltrer des agents et des drones à de dizaines de pays au mépris de leur souveraineté, déclencher des guerres, provoquer des chocs financiers extrêmes, etc., cela ne changera rien ; pour les rédactions et les médias, le gouvernement espion et va-t-en-guerre restera toujours ce grand méchant de Vladimir Poutine. En réalité, il existe bien quelques règles de base qui permettent de juger les faits et de proposer des solutions. Je trouve par exemple qu’il est de pur bon sens de ne pas diaboliser la personne de Poutine. Nous devons au contraire considérer attentivement ce qu’il propose, sans voir seulement des mensonges dans la façon qu’a Moscou de « raconter le monde. » Cela a constitué une erreur idéologique gravissime de la part de l’Europe, qui a amputé sa capacité à interpréter de façon rationnelle les grands enjeux : la paix, la guerre, l’économie, l’énergie, leurs intérêts, leurs valeurs relatives, et les évaluations qui en découlent. Le monde tel que modelé par les USA par les guerres post-11-Septembre cherche en permanence à détruire un système international qui auparavant, acceptait d’autres normes que le seul droit du plus fort. Nous devons savoir que les réponses qui sortiront de cette destruction de l’ancien système international seront de plus en plus dures.

Pour en revenir aux bonnes et aux mauvaises causes, les guerres que l’Occident a récemment déclenchées ont fonctionné de cette façon : dans un pays donné existent des bonnes causes « amies » que l’on va financer et couvrir d’armes, et considérer comme « non négociables. » Les bonnes causes « ennemies » sont en revanche diabolisées, et les mauvaises causes ennemies sont considérées comme irrécupérables, et les conflits internes que l’on considère comme normaux partout ailleurs, sont ici considérés comme insolubles et sont exacerbés artificiellement, toute proposition de compromis est rejetée jusqu’à faire passer pour normale une véritable guerre civile sous une «No-Fly zone. » Ensuite, les bombardiers arrivent, ainsi qu’un certain équilibre avec les seigneurs de la guerre du pays mis en faillite. Appliquer ce modèle d’intervention à l’intérieur du monde russe mènera à l’Apocalypse, et c’est pour cela que je m’y oppose catégoriquement. Est-ce que cela signifie pour autant être du côté de Poutine ? Non. Je ne m’étonne même plus de toute une série de paradoxes, comme le fait qu’Edward Snowden soit libre en Russie, alors qu’il serait arrêté en Occident. Personne ne se pose donc de questions là-dessus ?

8 : Pourquoi la presse italienne essaie-t-elle de créer de la confusion autour de cette situation plutôt critique et de « cacher » la vérité ?

Les raisons sont diverses. il y a cette espèce de « pilote automatique » que je décris plus haut, qui fait que les journalistes enclenchent la vitesse « guerre froide » et toute information est vue sous cet angle, même au prix de déformer la vérité et l’évidence des faits, si cela s’avère nécessaire. Les patrons de l’information en Italie sont totalement alignés sur les médias mainstream anglo-saxons, et ils n’osent pas risquer une fausse note, qui compromettrait sans aucun doute leur carrière. À cela s’ajoute l’incapacité croissante des organes d’information italiens à traiter de politique internationale, et cela vient de certains vices historiques propres à notre journalisme. On a même vu des correspondants à Moscou qui, après cinq, voire huit ans passés à Moscou, n’avaient toujours pas entrepris d’apprendre le russe, étant donné que leur « travail » (si on peut l’appeler ainsi) consistait simplement a mastiquer et reformuler les informations des agences en langue anglaise. Ces jours-ci, une bonne partie des médias italiens, du fait qu’ils avaient commencé par sous-évaluer le poids de l’extrême droite dans la nouvelle vie politique à Kiev, se sont révélés parfaitement incapables de raconter le pogrom anti-séparatiste et anti-russe qui s’est conclu par l’horrible massacre d’Odessa : ils ne pouvaient pas raconter les faits d’un régime qui protège et utilise des gangs nazis, sans contredire toute leur rhétorique et révéler leurs omissions. C’est la raison pour laquelle je suis fier du travail d’information que nous avons fait jusque-là avec la toute nouvelle télévision Pandora TV(http://www.pandoratv.it/).

9 : Y a-t-il une issue possible à la crise ukrainienne ?

Jusqu’ici, cette crise a servi d’expérimentation de la russophobie, que l’on a bien mise en évidence, accompagnée d’une alliance avec un nouveau nazisme réhabilité, que l’on a beaucoup moins montré. Il faudrait au contraire transformer l’Ukraine en laboratoire de l’interdépendance, en garantissant son statut de pays neutre, fédéral, avec un multilinguisme garanti et un partenariat de sécurité réciproque entre la Russie et l’Europe. Tout le reste ne mène qu’à la guerre.

 

Article original : Cosa sta succedendo in Ucraina? La verità raccontata in un’intervista esclusiva a Pino Cabras, le 12 mai 2014

Traduction : http://ilfattoquotidiano.fr/

Note : (*) Pino cabras, né en 1968, est diplômé en Sciences politiques et travaille dans une société d’investissements financiers, pour laquelle il a mené différents projets aux États-Unis et en Asie. Il a publié les ouvrages « “Balducci e Berlinguer, il principio della speranza” (La Zisa, 1995), “Strategie per una guerra mondiale” (Aìsara, 2008); et avec Giulietto Chiesa, le livre “Barack Obush (2011), sorti en 2012 en Russie sous le titre «Глобальная матрица» (Global’naja Matrica). Il est également cofondateur du site Megachip (megachip.globalist.it).

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Des contre-manifestants israéliens distribuent des tracts censés prouver que l’expulsion de la moitié des habitants arabes de la Palestine en 1948, était une fiction.

La réplique israélienne aux évènements de la Journée de la Nakba de cette année, comprenait la répression des manifestants en Cisjordanie, avec un caractère plus meurtrier dans Betunia où deux adolescents palestiniens – Muhammad Abu Daher et Nadim Siam – ont été froidement abattus. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est fendu d’un commentaire un peu vexé sur la façon dont l’Autorité Palestinienne a fait retentir les sirènes « pour pleurer la création de l’État d’Israël », et l’ancien ministre Lieberman a lancé un appel pour que soit retiré le financement de l’Université de Tel-Aviv dans le cadre de « la loi de la Nakba ».

Cette loi permet à l’État de refuser le financement des institutions publiques qui marquent la création de l’État d’Israël comme une occasion de deuil, et l’ex-ministre a fait valoir que l’université violait cette loi en envoyant des employés d’une société privée de sécurité protéger une cérémonie de commémoration de la Nakba d’une contre-manifestation d’extrême-droite. Mais son appel est resté lettre morte, et la contre-manifestation elle-même était relativement calme.

Nakba est le mot arabe pour « catastrophe ». En 1947-8, les milices sionistes ont expulsé 750 000 Palestiniens de leur patrie et construit l’État d’Israël sur des ruines. Chaque année, le 15 mai, les Palestiniens commémorent cet événement, le lendemain du jour de « l’indépendance » d’Israël.

Les contre-manifestants israéliens brandissaient des pancartes sur lesquelles on lisait : « Nakba = connerie », et ils ont distribué des tracts tendant à démontrer que l’expulsion de la moitié des résidents arabes de la Palestine en 1948 était une fiction. Quelques jours plus tôt, une « Marche du retour » au village vidé de ses habitants de Lubya était accompagnée par une autre contre-manifestation, cette fois-ci avec des bagarres occasionnelles entre les deux camps. Mais dans l’ensemble, les Israéliens semblent avoir pris l’habitude de la présence de ce mot autrefois tabou dans le discours public.

Même le quotidien pro-Netanyahu, Yisrael Hayom – qui il y a encore trois ans faisait des titres scandalisés sur les étudiants palestiniens qui osaient tenir des cérémonies de commémoration pour les événements de 1948 – s’est contenté cette année de reportages impartiaux, allant jusqu’à utiliser le mot de « déracinés » pour parler des réfugiés, un terme évocateur traditionnellement utilisé par la droite pour qualifier les Israéliens expulsés des colonies de Gaza en 2005. Les guillemets qui autrefois encadraient le mot « Nakba » comme une paire de gants isolants n’étaient plus visibles plus nulle part.

« Comme chaque année, la semaine entre le Jour de l’Indépendance d’Israël et la Journée de la Nakba palestinienne a été une semaine très intense », dit Liat Rosenberg, la directrice de l’organisation israélienne Zochrot qui vise à instruire les Israéliens sur la Nakba et encourage à penser de façon pratique au retour des réfugiés palestiniens en Israël même. « Je pense que chaque année, nous voyons une intensification du discours public sur la Nakba, et plus d’intérêt de la part des médias. Mais je peux dire que cette année 2014, le débat a été plus précis et moins polémique ; il y avait moins de volonté de nous faire passer pour des extrémistes, moins de volonté de nous utiliser comme contrepoids aux organisations d’extrême-droite. C’était moins antagoniste, même si c’était loin d’être amical. »

La semaine dernière, Rosenberg était l’invitée de l’une des principales émissions de télévision de la chaine 10 israélienne pour mettre la lumière sur cette tendance. Sur le plateau de London & Kirschenbaum, elle a parlé de iNakba, la nouvelle application lancée par Zochrot. L’application, actuellement disponible pour iOS [Apple] seulement, permet aux utilisateurs de visualiser sur une carte guidée par GPS, les villages Palestiniens dépeuplés depuis 1948, tout en permettant aux utilisateurs d’effectuer une promenade en temps réel à travers un paysage dévasté et transformé.

Les villages, dont la plupart ont été remplacés par des communautés juives, après avoir été rayés de la carte ou transformés en forêts par le Fonds National Juif, sont représentés par des épingles sur la carte. En pointant sur l’une des épingles, l’histoire d’un endroit ou d’un site s’affiche, ainsi que le jour et les circonstances qui ont conduit à l’expulsion, des témoignages des survivants et des photos archives du village tel qu’il était avant la guerre. Les utilisateurs peuvent également s’abonner à un village donné pour recevoir des notifications lorsque de nouvelles photos ou images sont ajoutées, ce qui permettra aux communautés dispersées de rétablir le contact et de renouer avec ces endroits, espère Zochrot.

Si Rosenberg avait fait cette apparition à la télévision il y a deux ou trois ans, son passage aura été « pondéré » par une voix de la droite, ses arguments auraient été contestés ou ridiculisés et son travail présenté comme une folie extrémiste. Cette année, le présentateur vétéran Yaron London a interrogé Rosenberg avec une curiosité de grand-père en faisant tout son possible pour présenter l’application comme apolitique et ne soulevant pas de controverses. Toutefois, la reconnaissance de la large véracité historique de la Nakba semble presque s’accompagner du rejet de la nécessité de faire quelque chose ou de changer quoi que ce soit pour pouvoir aujourd’hui procéder à des réparations et des dédommagements.

London évoque le passage dans l’émission d’un ancien secrétaire du cabinet qui a réveillé le spectre des « Arabes » qui effectuent le pèlerinage auprès des anciens tombeaux. « Je me suis dit : et alors ? Les Juifs vont en Espagne, » poursuit-il, ignorant apparemment que l’Espagne a récemment offert la citoyenneté aux descendants des Juifs expulsés au lendemain de la conquête chrétienne de la péninsule. « C’est toujours bon de savoir, non ? La question ne m’effraie pas, vous savez ? Vous venez, mais cela ne veut pas dire que vous retournez chez moi à Tel Aviv, mais je veux juste savoir ce qui était là avant. »

Rosenberg réagit en amenant la conversation sur la mise en œuvre du droit au retour des réfugiés Palestiniens. Et là, le ton du présentateur devient visiblement moins amical. C’est une « illusion », a-t-il protesté. « Je veux connaitre l’ histoire, tout comme l’histoire mamelouke et l’histoire ottomane du pays. L’histoire de mes ancêtres. Ça ne me dérange pas. Mais votre organisation soutient le retour réel. »

L’échange, moitié approbateur, moitié incrédule, est emblématique à la fois du début de la reconnaissance israélienne de la Nakba en tant que fait historique (avec réserves), et le revers de la médaille : la relégation de l’expulsion de 1948, dont la plupart de ses survivants sont toujours de ce monde, dans un livre d’histoire aussi lointain et irréparable que la conquête Mamelouke (de 1260 à 1517) ; ou, plus effroyablement encore, sa justification.

L’an dernier, le commentateur de centre-droite israélien Ari Shavit a été honoré dans les médias américains pour avoir abordé la question de l’expulsion de la population palestinienne de la ville de Lydda. Toutefois, il a poursuivi en exprimant sa gratitude envers les auteurs de l’expulsion (y compris le massacre qui s’en est suivi), pour avoir perpétré le sale travail du sionisme qui a permis la création de l’État juif. Ce type d’acceptation est exactement le défi que relève Zochrot, en élargissant davantage son objectif, allant de l’éducation sur le passé à la discussion projetée sur l’avenir, et particulièrement l’application du droit au retour.

La conférence annuelle de Zochrot tenue le mois d’octobre dernier a été consacrée presque exclusivement au Droit au Retour ; non pas à ses aspects moraux ou même humanitaires, mais plutôt aux défis majeurs et pratiques de sa mise en œuvre sur le terrain. Ces défis sont ardus. Dans un sondage réalisé récemment par l’Institut Israélien de Démocratie, seulement 16% des personnes interrogées ont soutenu l’idée de permettre à un nombre de réfugiés Palestiniens, aussi réduit soit-il, d’entrer en Israël, tandis que 80.5% ont immédiatement rejeté l’idée, le retour illimité tel que préconisé par Zochrot leur étant inimaginable et c’est à peine si la question est posée dans des sondages, sans oublier que toutes les institutions d’Israël, à commencer par sa loi sur l’immigration, sont préparées pour qu’un tel scénario n’ait jamais lieu.

A présent, Zochrot tente d’aller au-delà de savoir comment rendre la notion de retour populaire chez les Israéliens, une tâche presque impossible, et se concentre plus sur la démystification du concept. La conférence d’octobre a présenté des plans cadres en architecture pour la reconstruction des villages spécifiques dépeuplés, sans le déplacement catégorique des communautés juives installées sur les terres de ces villages. Zochrot a présenté également des documents sur les aspects juridiques du droit au retour en mettant un accent tout particulier sur le droit des biens et d’héritage, ainsi que les aspects éducatifs, culturels et de justice de transition pour la mise en œuvre de ce droit.

L’appel est lancé pour la réalisation de films, long métrage et documentaires, traitant du sujet du retour. L’applicationiNakba qui superpose les villages détruits sur la carte moderne d’Israël et des évènements rétrospectifs des auditions informelles de la « Commission de la Vérité » devant commencer ses travaux cet été, semblent transformer le discours sur la Nakba en un fait quotidien, contrairement au passé. Rosenberg conclue : « Dans un sens, il servira au gouvernement qui limite les activités liées à la Nakba à seulement dix jours dans l’année. Notre objectif est que le récit sur Nakba soit évoqué pendant les autres jours. »

Dimi Reider

Article original :
http://www.middleeasteye.net/news/i…, 20 mai 2014

Traduction : Claude & Niha pour Info-Palestine.eu

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La plupart des Allemands se refusent à suivre la campagne de dénigrement dirigée contre la Russie. Néanmoins, les responsables des médias allemands ne semblent pas en tenir compte. Bien au contraire, la Russie et la politique de son gouvernement continuent d’être la cible d’attaques haineuses, le phénomène se renforçant de jour en jour.

Où veut-on en venir? Apparemment les dirigeants des médias s’imaginent encore qu’il suffit de répéter des mensonges sans arrêt pour qu’ils apparaissent finalement comme des vérités. Voilà près d’un siècle que ces «experts» destinés à tenir les «masses» sous leur influence tiennent ce langage, montrant par là le mépris qu’ils ont de leurs concitoyens. Et nous devrions les suivre?

Il existe incontestablement des forces qui cherchent une nouvelle escalade dans la situation en Ukraine et dans l’Europe de l’Est, et elles ont enrôlé les médias. Pas besoin de se creuser la cervelle pour comprendre d’où viennent ces forces: à coup sûr, de Washington D.C.
Les Etats membres de l’OTAN, et particulièrement les Etats-Unis, se trouvent sur la pente descendante, selon l’ancien ambassadeur de Singapour auprès des Nations Unies, Kishore Mahbubani.1 Tout semble indiquer que l’«Occident» n’est pas encore disposé à accepter un règlement pacifique des changements dans le monde, mais a choisi bien au contraire la voie de l’agression.

La guerre n’aurait de sens – en fait il s’agit plutôt de «non-sens» – que pour les Etats-Unis. Les Américains y croient: nous avons pu, par deux fois, «nous rétablir» grâce aux deux guerres mondiales, ce serait donc là une bonne idée. Mais là aussi, il faut mettre ce terme entre guillemets, le recours à la force étant terriblement pervers, et la question intéressante, de définir exactement qui est ce «nous».
Les Etats-Unis, qui n’étaient avant la Première Guerre mondiale qu’un pays au pouvoir insignifiant, sinon leurs ambitions impériales en Amérique latine et dans le Pacifique, sont devenus après cette guerre une puissance mondiale, dont les intérêts financiers et économiques s’étendaient sur toute la planète. La Seconde Guerre mondiale n’a fait que renforcer cette puissance.

Et maintenant? Les Etats-Unis se trouvent devant un gouffre économique. Leur seule force, tout ce qui leur reste, ce sont les services secrets et leur pouvoir militaire. Leurs dépenses militaires sont environ équivalentes à celles du reste du monde. Le potentiel militaire américain continue d’être dévastateur et n’attend que d’être mis en œuvre.

Il est donc d’autant plus avantageux pour eux, et ceci montre bien leur cynisme et leur mépris de l’humanité, que les champs de bataille se situent très loin. Et tant pis si l’Europe se retrouve dévastée. Cela a été le cas en 1918 et en 1945, et les Etats-Unis y ont fait leur beurre. Aujourd’hui encore, les stratèges américains exigent de leur gouvernement qu’il fasse en sorte que les Etats de l’Eurasie soient tellement préoccupés par eux-mêmes et leurs conflits qu’ils ne puissent remettre en question la puissance mondiale américaine.2

Qu’en est-il de la Russie? Elle se trouve dans une situation de politique intérieure difficile. Le gouvernement Poutine s’efforce depuis 15 ans de remettre en selle un pays affaibli, d’abord par les évènements de 1991, mais aussi par les Etats-Unis qui l’ont affaibli, pillé et déstabilisé. Une tâche ardue, mais c’est précisément dans cette direction que la politique russe concentre ses efforts. La guerre pourrait détruire les résultats obtenus. La Russie a déjà traversé cette épreuve au cours de son histoire.

Le gouvernement russe a décidé de ne pas retomber dans les erreurs de l’Union soviétique et de ne pas reprendre la course aux armements avec les Etats-Unis. Les efforts militaires de la Russie visent à la dissuasion, c’est-à-dire de mettre le prix à payer pour un agresseur à un niveau si élevé qu’il préférera renoncer. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: selon l’institut SIPRI les Etats-Unis ont officiellement dépensé en 2013 640 milliards de dollars pour l’armement, la Russie se contentant de 87,8 dollars.3 La Russie n’a aucun intérêt à mener une guerre contre les Etats-Unis.

Mais celui qui veut la guerre doit aussi réfléchir à qui paiera les frais. Depuis la Première Guerre mondiale, la question de la responsabilité dans la guerre a pris une importance décisive. Toutes les parties impliquées dans la guerre ont tenté de reporter la responsabilité sur l’ennemi.

Aujourd’hui, nous savons, du fait de recherches scientifiques à partir des documents accessibles, qu’on en est arrivé à des conclusions biendifférentes de celles des parties en guerre et de leurs médias. Et c’est toujours le cas. Pourtant, l’Occident reprend la discussion sur la responsabilité dans la guerre, et même de façon énergique: on se précipite pour mettre en place des faits inventés. On évite de s’interroger sur les faits réels, comme par exemple ce qui s’est réellement passé à Kiev entre le 20 et le 22 février.4 Cela pourrait faire s’effondrer le château de cartes, à l’instar de la violation du droit international qu’a représenté l’agression de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999, dont l’illégitimité a été niée pendant 15 ans. Gerhard Schröder, à l’époque chancelier allemand, a récemment fait le premier pas en avouant cette violation du droit international.5

Il est indéniable que les Européens ne veulent pas d’une guerre, pas plus aujourd’hui qu’hier. Ils savent trop bien qu’ils devront en faire les frais et qu’ils en seront les victimes.

Le déferlement de haine des médias au cours des dernières semaines, voire des derniers mois, n’a en rien fait changer d’avis les peuples d’Europe, ce qui a véritablement énervé ces mêmes médias. Ils se moquent de leurs lecteurs, les traitent du haut de leur arrogance de «partisans de la Russie». Et maintenant on aborde ouvertement la question de la responsabilité dans la guerre. La «Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 26 avril a titré en première page «La Russie veut fomenter la troisième guerre mondiale». Le journal cite le politicien ukrainien Yatseniouk qui s’arroge le droit de se présenter comme futur Premier ministre. Pourquoi ce journal s’abaisse-t-il ainsi? Pourquoi n’écrit-il pas que Yatseniouk a perdu toute mesure? Préfère t’il suivre Victoria Nuland, chargée des affaires européennes du gouvernement américain, qui a pour favori précisément ce Yatseniouk – contre les projets de l’UE? Pourquoi ce journal publie-t-il, le même jour et à la même page, un commentaire reprochant à l’«Occident» de somnoler – allant dans ce sens: «Vous commettez les mêmes erreurs que les pays occidentaux à la veille de la Seconde Guerre mondiale.» Le message est le suivant: Pas de retenue dans l’affrontement avec la Russie! Montrez-leur ce qu’il en est! De véritables tambours de guerre médiatiques! Tous ceux qui connaissent le monde des médias savent que ce journal allemand accepte volontiers les directives venant de Washington D.C.

Il est encore temps de réagir et d’arracher au monstre son masque. Il y a suffisamment de preuves que les Etats-Unis n’ont pas intérêt à trouver une solution diplomatique au conflit à l’Est de l’Europe. L’«accord de Genève» qui offrait sa chance à une résolution pacifique du litige a été torpillé d’emblée. Le vice-président américain Biden s’est rendu à Kiev quelques jours après la signature de l’accord et n’y a rien entrepris pour calmer les va-t-en-guerre locaux, bien au contraire. Pour preuve: l’engagement de troupes armées par les dirigeants de Kiev dans l’est de l’Ukraine et à Odessa.

L’Europe doit se débarrasser de cette politique américaine. Vassal des Etats-Unis et voué à l’échec – est-ce là une perspective attrayante? Les sanctions sont le premier pas vers la guerre. On viole ainsi le droit international car elles n’ont pas été édictées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Personne ne sait comment une guerre se déroulera et se terminera, dès lors que le canon a commencé à tonner. C’est ce qu’on a appris au cours de deux guerres mondiales en Europe. A l’été 1914 les soldats pensaient être de retour chez eux à Noël. Finalement la guerre dura plus de quatre ans, coûtant la vie à 16 millions de personnes.

Comment peut-on freiner les fauteurs de guerre? Certainement pas en étant fataliste. Tout le monde est concerné. Laisser l’initiative à ceux «d’en haut» ou espérer un arrêt «par la force» ne portera pas de fruits. Il n’y a pas de limites à la créativité de la raison, à la moralité et à l’humanisme.

Karl Müller

1 cf. Kishore Mahbubani: Un coup d’œil sur la Chine nous apprend le bon sens dans les rapports avec la Russie. Horizons et débats no 9 du 28/4/14
2  Ainsi p.ex. actuellement George Friedman de STRATFOR dans son article du 8/4/14: «U.S. Defense Policy in the Wake of the Ukrainian Affair» (www.stratfor.com/weekly/us-defense-policy-wake-ukrainian-affair)
3 Sam Perlo-Freeman, Carina Solmirano: Trends in World Military Expenditure 2013, SIPRI Fact Sheet, avril 2014
4 Le 10 avril 2014, la revue Monitor de l’ARD a remis en question l’assertion du gouvernement de Kiev selon laquelle les tireurs d’élite qui avaient visé des manifestants et des policiers auraient agi sur ordre du président Janukowitsch.
(www.wdr.de/tv/monitor/sendungen/2014/0410/maidan.php5
5 selon le St. Galler Tagblatt du 1/5/14

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La France, l’Europe et l’Histoire

mai 23rd, 2014 by Jacques Sapir

Deux évènements importants ont lieu en cette fin de semaine de mai, la conférence de Paris sur la situation au Nigéria[1] et la tentative de conférence de réconciliation qui se tient en Ukraine. A priori, il n’y a aucun lien entre ces deux initiatives. Et pourtant, elles éclairent d’un jour crû les faux-semblants dans lesquels la France s’enfonce. Elles éclairent la vision de notre Président, M. François Hollande, et pourquoi il commet un contresens terrible et nous fait sortir de l’Histoire.

Commençons par la tentative de rassembler une conférence de réconciliation nationale en Ukraine. C’est une initiative que j’avais appelée de mes vœux, à défaut d’élections à une assemblée constituante, pour décider du futur du pays[2]. Le moins que l’on puisse en dire est qu’elle semble très mal engagée. Les militants indépendantistes de Donetsk et Slaviansk n’y ont pas été conviés. Seuls des hommes du « Parti des Régions », le parti de l’ex-Président Yanoukovitch ont accepté de s’y rendre, mais à titre personnel. Ce parti, il y a trois ans le parti majoritaire, est aujourd’hui en crise et a perdu une large part de sa légitimité. De l’autre côté, le gouvernement provisoire de Kiev maintient son opération anti-insurrectionnelle en dépit de son échec patent et d’un nombre de victimes qui ne cesse de monter. Le fait que des milices d’extrême droite[3] ainsi que des mercenaires américains[4] soient utilisés ne peut que faire craindre une montée rapide du nombre des victimes. Dans ces conditions, les propositions de décentralisation formulées par le gouvernement de Kiev ont très peu de chance de convaincre les insurgés de l’Est de l’Ukraine. Or, le gouvernement français, avec les institutions européennes, apporte son soutien à un dialogue qui n’en est pas un et veut maintenir la fiction de possibles élections présidentielles pour le 25 mai. Il est aujourd’hui évident, et même des journaux proches du gouvernement le reconnaissent[5], que ces élections ne pourront pas avoir lieu dans l’est de l’Ukraine. Avant de savoir qui dirigera le pays, il importe de savoir s’il existera u pays à diriger. Cette évidence pour toute personne ayant fait un peu de droit constitutionnel, ou simplement doué de facultés de réflexion, semble avoir complètement échappé tant à M. Laurent Fabius, notre Ministre des Affaires Etrangères, qu’à Monsieur François Hollande, notre Président. Si la France dispose d’un certain crédit auprès du gouvernement provisoire de Kiev, elle devrait l’utiliser pour le mettre en garde par rapport à la tenue d’élections qui seront incomplètes, à la légitimité douteuse et qui vont aggraver encore plus la division de l’Ukraine en deux. Mais, le gouvernement français a abdiqué ses responsabilités devant les pressions faites par le gouvernement américain. De fait, nous sommes sortis de l’Histoire sur la question ukrainienne et nous sommes devenus de simples supplétifs.

La conférence sur la situation au Nigéria semble à première vue bien différente. Elle a été appelée pour réagir contre l’acte criminel de la secte Boko Haram qui a enlevé plus de deux cents jeunes filles il y a un mois. Notons cependant que cette réaction a été pour le moins lente, et qu’elle apparaît très téléguidée ici encore par les Etats-Unis, qui ne peuvent pas s’engager sur le terrain et qui cherchent des alliés pour le faire. On va, alors, souligner la proximité entre les combattants islamistes du nord-Mali et ceux de Boko Haram. François Hollande a déjà proposé des moyens militaires français[6]. Nous allons être impliqués dans une logique de guerre généralisée contre les groupes islamistes dans l’ensemble de la zone, alors que ce qui faisait la force de l’intervention française au Mali était son inscription dans un cadre politique particulier. Ici encore, en réalité, la France sort de l’Histoire pour devenir le valet d’une puissance, les Etats-Unis, sur le déclin.

On commence mieux à percevoir ce qu’il y a de commun entre ces deux événements. A chaque fois, ils sont l’occasion de vérifier que la France ne pèse plus dans l’Histoire. Non qu’elle ne puisse peser, bien au contraire. Nos moyens sont et restent importants. Si nous nous étions dissociés du « consensus » occidental pour appeler le gouvernement de Kiev à suspendre les élections présidentielles et l’opération anti-insurrectionnelle et à procéder, d’abord à l’élection d’une assemblée constituante, nous aurions été entendus, et peut-être écoutés. De même, en Afrique, les capacités tant politiques que militaires de la France permettent de traiter les problèmes, mais à la condition de s’entendre avec les pays africains, d’avancer notre rôle comme celui d’un ami et d’un partenaire et non d’un allié d’une puissance étrangère. La France est en train de sortir de l’Histoire non pas parce qu’elle manquerait de moyens, mais parce que ces hommes (et femmes) politiques n’ont plus de volonté. Ils sont incapables de penser un projet, et se retrouvent de ce fait à la remorque de qui en a un. Et là, il faut relire la prose de notre Président, M. François Hollande.

« La fin de l’euro, c’est une austérité implacable. La fin de l’euro, c’est la disparition de la solidarité financière, c’est une monnaie livrée à la merci des spéculateurs. Croit-on que la force se construit dans l’isolement ? C’est plus qu’une illusion, c’est un piège. Celui du déclin national. D’autres veulent tout simplement déconstruire l’Europe. Rompre tout ou partie des engagements, déchirer les traités, rétablir les droits de douane et les guérites de la police des frontières. Se couper non pas de l’Europe, mais du monde. Ceux-là, qui se prétendent patriotes, ne croient plus en la France. Sortir de l’Europe, c’est sortir de l’Histoire »[7].

Ce texte pourrait faire rire si la question n’était pas très sérieuse. Pour autant que l’on sache, la Corée du Sud, le Brésil, ou la Grande-Bretagne n’ont pas adopté l’Euro ; ils ont des droits de douanes et une police des frontières. Pour autant, qui pourrait se permettre de dire que ces pays sont sortis de l’Histoire ? En fait, François Hollande décrit à l’inverse ce qui est en train de se passer. Ce ne sont pas les adversaires de l’Euro et les eurosceptiques (ou euroréalistes) qui sont en train de faire sortir la France de l’Histoire, mais bien les europhiles et les eurobéats. Notre déclin national, il est acté dans la stagnation économique induite par l’Euro. Pour rester à tout prix dans la zone euro, pour satisfaire aux conditions qu’y met l’Allemagne de Mme Merkel, nous allons d’ailleurs procéder dans les mois qui viennent à des « ajustements », autrement dit des coupes sombres, dans le domaine de la défense. Face à un monde qui devient de plus en plus dangereux, on peut considérer qu’il s’agit là de l’équivalent d’un acte de haute trahison.

Il faut s’interroger sur cette politique de destruction de la France, sur cette germanophilie aux relents bien sombre, sur ce discours qui nous renvoie à la période de l’occupation. Une partie de l’élite française a pris son parti du désastre militaire de juin 1940… Mais il faut tout d’abord s’y opposer. Il faudra donc, lors du scrutin européen du 25 mai, faire en sorte que pas une voix ne se porte sur le PS, sur l’UMP ou sur les partis qui sont leurs alliés dans la mise en place de ce funeste projet, l’UDI et EELV. La défaite du « bloc des 4 » européistes sera le début du renouveau, de la France et des européens.

Jacques Sapir
17 mai 2014

[1] « Boko Haram : Paris accueille un sommet africain pour contrer le groupe terroriste nigérian », Le Huffington Post, 17 mai 2014,http://www.huffingtonpost.fr/2014/05/17/boko-haram-paris-sommet-africain-groupe-terroriste-nigerian_n_5341947.html?utm_hp_ref=france

[2] Sapir J., Ukraine, vers la guerre civile ?, note publiée le 2 mai 2014 sur Russeurope,http://russeurope.hypotheses.org/2234

[3] Ces groupes sont les responsables des tueries d’Odessa et de Krasnoarmeïsk. Paris-Match, « Ukraine : révélations sur la tuerie de Krasnoarmeïsk », 14 mai 2014,http://www.parismatch.com/Actu/International/Ukraine-Revelations-sur-la-tuerie-de-Kransnoarmeisk-564090

[4] Ces mercenaires appartiennent à la société AKADEMI, qui est le nouveau nom de Blackwater, de sinistre réputation en Irak.http://russeurope.hypotheses.org/2234

[5] « Ukraine : Moscou doute de la légitimité de l’élection présidentielle », Le Nouvel Observateur, 17 mai 2014, http://tempsreel.nouvelobs.com/ukraine-la-revolte/20140517.OBS7526/ukraine-moscou-doute-de-la-legitimite-de-l-election-presidentielle.html

[6]http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/francois-hollande-appelle-a-un-plan-global-contre-boko-haram_1544207.html

[7] Hollande F., « L’Europe que je veux », in Le Monde, le 8 mai 2014,http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/05/08/francois-hollande-l-europe-que-je-veux_4413580_3214.html

 

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Après le voyage cette semaine de Vladimir Poutine à Shanghaï et les 40 accords commerciaux signés entre la Russie et la Chine à cette occasion, Giulietto Chiesa analyse la nature et les impacts stratégiques potentiels de ces tractations qui s’inscrivent dans le contexte de la crise ukrainienne entre l’Europe et les États-Unis d’une part, et la Russie d’autre part, laquelle vient de demander en urgence la réunion du Conseil OTAN-Russie.

 


Giulietto Chiesa : Impact des accords… par IlFattoQuotidiano

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Les historiens d’aujourd’hui et de demain font face à un énorme défi : relater les événements du 11 septembre 2001. Ce qu’ils écriront sera enseigné dans les livres d’histoire. Mais que raconteront-ils ? Est-ce Ben Laden qui a envoyé 19 musulmans attaquer par surprise les USA ? Ou bien écriront-ils que l’administration du Président George W. Bush est responsable de l’attaque, soit en la concevant elle-même, soit en la laissant délibérément se produire de façon à générer un choc au sein de la population américaine et à créer un prétexte pour augmenter drastiquement les dépenses militaires et pour attaquer l’Afghanistan et l’Irak ?

J’ai étudié la plupart des données relatives aux événements du 11-Septembre, et je suis convaincu qu’une nouvelle enquête est nécessaire. Mais lorsque j’ai remis en cause la narrative officielle du 11/9 dans mon pays natal, la Suisse, j’ai dû faire face à de vigoureux reproches de la part de nombreuses personnes. On m’a par exemple demandé pourquoi un gouvernement, quel qu’il soit, devrait attaquer sa propre population ou, chose un peu moins criminelle, laisser délibérément un groupe étranger mener une telle attaque ? Tandis que les dictatures brutales comme le régime de Pol Pot au Cambodge, sont connus pour le peu de considération qu’ils portent à la vie et à la dignité de leurs concitoyens, on est amené à penser qu’une démocratie occidentale ne se permettrait jamais un tel abus de pouvoir. Et si des éléments criminels au sein d’une démocratie occidentale, en Amérique du Nord ou en Europe, avaient perpétré un tel crime, les élus ou les médias ne s’en rendraient-ils pas compte et ne le dénonceraient-ils pas ? Est-il concevable que des criminels à l’intérieur d’un gouvernement puissent mener des opérations terroristes contre des citoyens innocents, lesquels soutiennent ce même gouvernement au travers des impôts qu’ils paient tous les ans ?

Est-il possible que personne ne le remarque ? Voilà des questions difficiles, même pour des chercheurs spécialisés dans l’histoire des guerres secrètes. En fait, il existe des exemples historiques de telles opérations menées par des démocraties occidentales. Dans cet article, je ne traiterai pas directement du 11-Septembre, mais plutôt de ce que l’Histoire peut nous apprendre. Je vous propose d’examiner certaines des informations les plus récentes concernant les guerres secrètes durant la Guerre froide. Il existe bel et bien une stratégie militaire secrète qui utilise le terrorisme contre les populations civiles. Cela s’appelle la « stratégie de la tension. » Et une telle stratégie a effectivement été mise en oeuvre par des démocraties occidentales.

La stratégie de la tension

Il est sans doute correct de dire que parmi les presque 7 milliards d’êtres humains vivant sur Terre, moins de 1 % a un jour entendu parler de « stratégie de la tension ». Et parmi eux, peu nombreux sont ceux capables d’en citer quelques exemples historiques.

Il s’agit d’une stratégie de l’ombre, connue seulement de quelques militaires et d’officiers des services secrets (et de quelques criminels) qui l’ont mise en place, de quelques officiers de police et de juges qui l’ont combattue, et de certains journalistes et chercheurs qui ont écrit à son sujet.

Fondamentalement, la stratégie de la tension vise à toucher le côté émotionnel des gens et a pour but de répandre au maximum la peur parmi le groupe visé.

La « tension » se réfère à la détresse émotionnelle et à la peur psychologique, alors que « stratégie » correspond à la technique permettant d’amener à cette détresse et à cette peur. Un attentat terroriste dans un lieu public comme une gare, un marché, un car de ramassage scolaire, est un exemple typique de procédé auquel la stratégie de la tension fait appel. Après l’attaque – et c’est là un élément essentiel – les agents secrets qui l’ont commis imputent le crime à leurs opposants politiques en effaçant les preuves ou en en créant de fausses.

Notez bien que l’objectif ultime de la stratégie de la tension n’est pas de tuer ou de blesser des personnes lors d’un attentat terroriste, comme le pensent la plupart des gens. Les cibles sont à la fois l’opposant politique, qu’il faut discréditer par cet attentat, et ceux qui ne sont pas touchés physiquement, mais qui ont connaissance de l’attentat et qui sont amenés à avoir peur pour leur vie et celles de leurs proches.

Étant donné que l’objectif de la stratégie de la tension est de discréditer l’opposant et de créer la peur, les véritables cibles ne sont pas les personnes qui sont tuées, que leur nombre soit de quelques dizaines ou de plusieurs milliers, mais les millions de gens qui ne sont pas atteints physiquement, mais sont plongés dans la détresse émotionnelle.

La stratégie de la tension forme une partie de ce que l’on appelle communément « la guerre psychologique » (Psychological warfare, ou PSYWAR en anglais – NdT). Comme l’indique l’expression, cette forme de guerre ne s’attaque pas aux corps des êtres humains, aux tanks, navires, satellites ou maisons dans le but de les détruire, mais vise les esprits, le psychisme. Laissons de côté le fait que les philosophes, psychologues, neurologues ou théologiens ne sont jamais parvenus à définir complètement ce qu’est l’ « esprit », et partons du principe, dans le cadre de cet article, qu’il s’agit simplement de la capacité humaine à penser et à ressentir. Si des personnes peuvent accéder à nos pensées et à notre ressenti sans que nous le remarquions, elles peuvent exercer un énorme pouvoir sur nous.

Mais si nous nous apercevons que notre psychisme est manipulé au travers d’une guerre psychologique, cette technique perd alors une partie de ses effets.

La guerre psychologique a joué un rôle central dans la Seconde Guerre mondiale et toutes celles qui lui ont succédé. Elle a été utilisée par les commandements américains en Europe, aux Amériques, en Asie, en Australie et en Afrique. On la désigne parfois sous le vocable populaire de « propagande », mais la propagande est seulement une des formes de guerre psychologique. La stratégie de la tension en est une autre, bien moins connue. Le Département américain de la Défense définit la guerre psychologique comme «  l’utilisation planifiée de la propagande et d’autres actions psychologiques dans le but premier d’influencer les opinions, les émotions, les attitudes et les comportements de groupes étrangers hostiles, de manière à contribuer à l’accomplissement d’objectifs nationaux. »[1]

La guerre psychologique peut prendre des formes très différentes et apparemment sans liens – tracts, affiches ou reportages à la télévision, tous conçus pour formater la pensée et les sentiments du groupe visé. Ou bien, elle peut se manifester sous la forme d’une attaque terroriste menée par des agents secrets et dont on fait porter la responsabilité à un opposant politique.

Inutile de préciser que la stratégie de la tension, version terrorisme, celle qui tue des personnes innocentes, est une forme de guerre psychologique bien plus brutale et radicale que le largage de tracts depuis un avion survolant un territoire ennemi. Mais ces deux formes de guerre psychologique ont en commun le fait de viser l’esprit, les émotions et les pensées des gens.

Je vais maintenant donner quelques exemples historiques de stratégie de la tension ayant utilisé le terrorisme.

À ce jour, les informations les plus pertinentes sur la stratégie de la tension sont sans aucun doute celles provenant d’Italie, où des juges, des parlementaires et des universitaires continuent de mettre en commun leurs efforts pour essayer de comprendre et de détailler cette stratégie secrète.

Le juge Casson et l’attentat terroriste de Peteano

Le juge italien Felice Casson a redécouvert cette stratégie lors de son enquête sur plusieurs attaques terroristes survenues en Italie dans les années 1960, 1970 et 1980. D’après Casson, l’affaire la mieux documentée dans laquelle la stratégie de la tension a été utilisée s’est produite dans le village italien de Peteano. C’est là que le 31 mai 1972, trois membres de la police paramilitaire italienne, les Carabinieri, ont été attirés vers une Fiat 500 abandonnée par un appel anonyme et ont été tués lorsqu’ils ont ouvert le coffre du véhicule en déclenchant la bombe qui s’y trouvait.

Pendant des années, cet attentat terroriste a été mis sur le compte des Brigades rouges, une organisation terroriste d’extrême gauche en Italie. Mais lorsque le juge Casson a rouvert cette affaire, il a découvert que c’était en réalité le néofasciste catholique Vincenzo Vinciguerra, un militant anticommuniste, qui avait commis ce crime.

Casson a également découvert, à sa grande surprise, que Vinciguerra n’avait pas opéré seul, mais qu’il avait été protégé par des membres des services secrets militaires italiens, appelés aujourd’hui SISMI (Servizio per le Informazioni e la Sicurezza Militare).[2]

Le juge Casson a procédé à l’arrestation de Vinciguerra, lequel a confirmé lors de son procès en 1984 qu’il avait été relativement aisé pour lui d’échapper à la justice et de se cacher, étant donné qu’une large portion de l’appareil sécuritaire italien, y compris le SISMI, partageait ses convictions anticommunistes, et avait par conséquent soutenu en silence ces crimes afin de discréditer la gauche italienne et tout particulièrement le Parti communiste (PCI), lequel était relativement fort à l’époque. Après l’attentat à la bombe, Vinciguerra se souvient que « c’est tout un mécanisme qui s’est mis en route… Les carabiniers, le ministre de l’Intérieur, les services de douane, et les services secrets civils et militaires ont accepté de fait les raisons idéologiques derrière cette attaque. »

Casson a mis en évidence le fait qu’au travers de ce crime et d’autres pour lesquels on avait accusé les Brigades rouges – l’ennemi politique par excellence – c’était en fait le Parti communiste italien qui avait été discrédité. Les chefs des services secrets militaires et les politiques ont avancé qu’après ce crime, le “danger communiste” justifiait l’augmentation des dépenses militaires et la réduction des libertés civiles dans l’intérêt de la sécurité de l’État. De cette façon, la stratégie de la tension, comme celle mise en oeuvre par l’acte terroriste de Pataneo, a permis de propager la peur dans toute l’Italie, de discréditer un opposant politique, et de mettre en place des mesures de sécurité conservatrices. Ce fut très efficace, puisque personne ne savait à l’époque que les services secrets étaient derrière cette attaque.[3]

« En ce qui concerne les services de renseignement, l’attentat de Peteano fait partie de ce qui a été surnommé la stratégie de la tension, » a expliqué le Juge Casson à la BBC lors d’une interview en 1991.

La tension créée à l’intérieur du pays a servi à promouvoir des tendances sociales et politiques extrêmement réactionnaires et conservatrices. Alors que cette stratégie était mise en oeuvre, il était nécessaire de protéger ceux qui étaient effectivement derrière, puisque des preuves les impliquant étaient peu à peu découvertes.

Des témoins ont dissimulé des informations pour couvrir les extrémistes de droite.[4]

Vinciguerra faisait partie de l’organisation fasciste italienne, Ordine Nuovo (Nouvel Ordre) qui cultivait d’étroites relations avec le SISMI. Un haut membre d’Ordine Nuovo, Clemente Graziani, a affirmé dans un livre paru en 1963, qu’en tant que catholique, il était de son devoir de combattre par tous les moyens les communistes impies, y compris par des opérations de “tension” qui, à première vue peuvent paraitre brutales et immorales. Il expliqua que les communistes s’étaient eux aussi engagés dans des méthodes sales, et que si Ordine Nuovo n’utilisait pas le terrorisme pour les combattre, ils ne seraient jamais vaincus : « le terrorisme a évidemment l’inconvénient de tuer aussi des personnes âgées, des femmes, des enfants, » a fait remarquer Graziani. Il a ajouté que « des opérations de cette nature sont encore considérées comme des crimes méprisables et abjects, et surtout inutiles pour vaincre un conflit. Mais les standards de la guerre révolutionnaire renversent ces principes moraux et humanitaires. Ces formes d’intimidation terroriste sont aujourd’hui considérées non seulement comme acceptables, mais absolument nécessaires. »[5]

Autres attentats terroristes

Peteano n’est pas un cas isolé en Italie, mais fait partie d’une longue série d’attentats terroristes qui a débuté en 1969. Le 12 décembre de cette année-là, quatre bombes explosaient sur les places publiques à Rome et Milan, tuant 16 civils innocents et en blessant 80 autres ; la plupart des victimes sont tombées à Milan, Piazza Fontana. Après le massacre, comme le veulent les règles de la stratégie de la tension, les services secrets militaires italiens, le SID, a posé des bombes dans la villa de l’éditeur gauchiste bien connu, Giangiacomo Feltrinelli, de façon à pouvoir accuser de terrorisme les communistes et d’autres membres de l’extrême gauche.[6] Ce n’est que des années plus tard qu’on a appris que Feltrinelli n’avait absolument rien à voir avec ce crime et qu’en réalité, l’extrême droite italienne, dont Ordine Nuovo, avait perpétré ces atrocités dans le but de promouvoir la stratégie de la tension.

Les attentats les plus meurtriers eurent lieu en 1974, environ deux ans après celui de Peteano.

Le 28 mai, une bombe explosait lors d’une manifestation anti-fasciste à Brescia, où s’étaient rassemblées plus de 3000 personnes, tuant 8 personnes et en blessant 102 autres. Pour couvrir les traces des poseurs de bombe d’extrême droite, la place avait été nettoyée au jet d’eau plusieurs heures avant que les magistrats enquêteurs ne puissent se rendre sur la scène de crime pour protéger les preuves. Une commission du Sénat italien a plus tard fait observer que « les enquêtes menées immédiatement après le massacre étaient caractérisées par un tel nombre d’erreurs incroyables que cela laissait sans voix. »[7] Puis, le 4 août, une bombe explosait dans le train express Italicus reliant Rome à Berlin, tuant 12 civils innocents et en blessant 48 autres.

Mais l’attaque la plus meurtrière eut lieu en 1980, un samedi après-midi chaud et ensoleillé qui se trouvait aussi être le premier jour des grandes vacances d’été en Italie. Une explosion massive ravagea la salle d’attente de seconde classe à la gare de Bologne, tuant 85 personnes lors de la déflagration et faisant 200 blessés.

La raison de ces attaques

Cette série d’attentats terroristes jeta le discrédit sur les communistes italiens et propagea la terreur parmi la population italienne, étant donné que personne ne savait qui allait être le prochain sur la liste. Il était impossible de protéger l’ensemble des infrastructures de transport, sans parler des places publiques, et il était donc clair pour tous les spécialistes en sécurité de l’époque que les sociétés démocratiques seraient toujours vulnérables à ce genre d’attentats terroristes. « Il fallait s’en prendre aux civils, au peuple, aux femmes, aux enfants, aux anonymes sans lien avec un quelconque jeu politique, » a déclaré le néofasciste Vincenzo Vinciguerra après son arrestation, lorsqu’il détailla la stratégie de la tension à laquelle il avait lui-même participé.

« La raison en est très simple» a-t-il ajouté : « [ces actions] étaient censées forcer les gens, le peuple italien, à se tourner vers l’État pour demander plus de sécurité. C’était la logique politique derrière tous ces massacres et les attentats à la bombe qui restèrent impunis, du fait que l’État ne peut pas s’accuser lui-même, ou se déclarer lui-même responsable pour ce qui s’est passé. »[8]

Les révélations sur Gladio

Le juge italien Felice Casson, qui avait redécouvert la stratégie de la tension, voulait savoir pourquoi des individus au sein même du gouvernement et des services secrets italiens avaient soutenu cette stratégie criminelle.

Après l’arrestation de Vinciguerra, le poseur de bombe de Peteano, il décida d’en savoir plus. « Je voulais  faire la lumière sur ces années de mensonges et de mystères, c’est tout.  [Je voulais] que l’Italie, pour une fois, connaisse la vérité. »[9] À l’été 1990, le juge Casson a demandé l’autorisation au premier ministre italien Giulio Andreotti de pouvoir fouiller dans les archives des services secrets militaires (SISMI) à Rome.

Permission lui fut accordée, et Casson fit une découverte sensationnelle : il découvrit que sous le nom de code « Gladio » (glaive), se cachait une armée secrète qui avait été mise en place par les services de renseignement militaires italiens en étroite collaboration avec la CIA dans les années qui avaient suivi la Seconde Guerre mondiale. Cette armée secrète devait fonctionne comme une unité de guérilla en cas d’invasion et d’occupation de l’Italie par l’armée soviétique. Les données mises à jour par Casson indiquaient que cette mystérieuse armée Gladio était liée à l’OTAN et qu’en l’absence d’invasion de la part des Soviétiques, elle semblait avoir manipulé la politique italienne au travers d’un certain nombre d’actions secrètes pendant la guerre froide dans le but d’affaiblir les communistes italiens.

Casson informa par voie confidentielle une commission parlementaire de ses recherches qui allaient bien au-delà de son enquête initiale. Ce fut une surprise totale pour les Sénateurs, et le 2 août 1990, le premier ministre et chef de l’exécutif italien, Giulio Andreotti, ordonna « d’informer le parlement dans les 60 jours à venir au sujet de l’existence, des caractéristiques et des raisons d’être d’une structure parallèle occulte dont on dit qu’elle a opéré au sein de nos services de renseignements militaires, avec l’objectif de conditionner la vie politique du pays. »[10]

Le 24 octobre 1990, Andreotti remit un rapport de 10 pages intitulé « Ce qu’on appelle le ‘SID parallèle’ –  ou Affaire Gladio » à la Commission d’enquête du Sénat dirigée par le sénateur Gualtieri. Le rapport d’Andreotti confirmait l’existence d’une armée secrète à l’intérieur des services secrets militaires, connue sous le nom de code de “Gladio”. Andreotti ajouta que cette structure existait toujours et était opérationnelle. Ne voulant pas endosser seul toutes les conséquences de ces accusations de conspiration, Andreotti insista le jour même devant le parlement sur le fait que « chacun des chefs de gouvernements avait été mis au courant de l’existence de Gladio. »[11] Cette affirmation mettait notamment en cause l’ex-premier ministre Bettino Craxi (1983-1987) et surtout Francesco Cossiga, un ancien premier ministre (1978 – 1979) qui occupait le poste de président en 1990.

Les hauts magistrats furent obligés de prendre position. Craxi affirma qu’il n’avait pas été informé, jusqu’au moment où il fut confronté à un document sur Gladio portant sa propre signature en tant que premier ministre. Cossiga expliqua qu’il était « fier d’avoir pu garder le secret pendant 45 ans. »[12]

Dans son rapport, Andreotti confirmait les découvertes de Casson, et expliquait que Gladio était la branche italienne d’une armée secrète “Stay-Behind” mise en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par la CIA et le SIFAR, dans le cadre d’un réseau international de groupes clandestins de résistance dans les pays de l’OTAN, pour combattre une éventuelle invasion soviétique. En cas d’invasion, les armées Stay-Behind devraient organiser un mouvement de résistance et opérer derrière les lignes ennemies. Ces armées étaient supervisées et coordonnées par deux centres top-secret de guerre non conventionnelle de l’OTAN nommés Allied Clandestine Committee (ACC) et Clandestine Planning Committee (CPC).

Andreotti raconta qu’ « une fois constituée cette organisation de résistance secrète, l’Italie était appelée à participer… aux tâches du CCP (Clandestine Planning Committee) fondé en 1959, opérant au sein du SHAPE [Supreme Headquarters Allied Powers Europe,  de l'OTAN]… ; en 1964, les services secrets italiens intégrèrent également l’ACC (Allied Clandestine Committee).[13]

Ayant à faire face à des protestations acerbes de la presse italienne, Andreotti affirma que les services secrets italiens en général, et les membres de Gladio en particulier, n’avaient rien à voir avec le terrorisme que l’Italie avait subi durant la Guerre froide

Il expliqua que « les individus présélectionnés n’ont pas de casier judiciaire, ne font partie d’aucun mouvement politique et ne participent en aucune manière à un quelconque mouvement extrémiste. »[14]

Vinciguerra, le poseur de bombe de Peteano, qui s’était trouvé au coeur de la stratégie de la tension, dément ces affirmations. Dès la tenue de son procès en 1984, il avait déclaré : « Avec l’attentat de Peteano et tous ceux qui ont suivi, plus personne ne devrait douter de l’existence d’une structure active et clandestine, capable d’élaborer dans l’ombre une telle stratégie de tueries. Cette structure, » poursuivait-il, « est imbriquée dans les organes mêmes du pouvoir. Il existe en Italie une organisation parallèle aux forces armées, composée de civils et de militaires, et à vocation antisoviétique, c’est-à-dire destinée à organiser la résistance contre une éventuelle occupation du sol italien par l’Armée rouge. » Sans citer le nom de Gladio, Vinciguerra était clairement en train de parler de l’armée secrète, plusieurs années avant que le premier ministre Andreotti confirme son existence. Vinciguerra la décrivit en 1984 comme « une organisation secrète, une super organisation disposant de son propre réseau de communications, d’armes d’explosifs et d’hommes formés pour s’en servir. » Il insista sur le fait que cette « super-organisation, en l’absence d’invasion soviétique, avait reçu de l’OTAN l’ordre de lutter contre un glissement à gauche du pouvoir dans le pays. Et c’est ce qu’ils ont fait, avec le soutien des services secrets de l’État, du pouvoir politique et de l’armée. »[15]

Les précédents chefs des services de renseignements italiens furent choqués par les révélations du premier ministre Andreotti, qui avait révélé ce que beaucoup considéraient comme l’un des plus grands secrets. Le Général Vito Miceli, chef du Renseignement italien de 1970 à 1974, protesta dans la presse italienne : « J’ai été emprisonné parce que je refusais de révéler l’existence de cette super-organisation secrète, et voilà qu’Andreotti s’amène devant le Parlement et raconte tout ! »[16]

La presse italienne se montra très critique à propos des révélations sur Gladio et sur le fait que la CIA avait joué un rôle central dans cette opération secrète. Le quotidien La Stampa commenta : « Aucune raison d’État ne peut justifier que l’on entretienne, couvre ou défende une structure militaire secrète composée d’éléments recrutés sur des critères idéologiques – dépendant ou, au minimum, sous l’influence d’une puissance étrangère -, et servent d’instrument pour un combat politique. Il n’y a pas de mot pour qualifier cela, si ce n’est ‘haute trahison’ ou ‘crime contre la Constitution.’ »[17]

Le parti communiste italien (PCI), convaincu que c’était lui et non des troupes étrangères, qui était la vraie cible des armées Gladio durant toute la période de la Guerre froide, fut particulièrement scandalisé : « Avec ce mystérieux SID parallèle, fomenté pour faire obstacle à un impossible coup d’État de la gauche, nous avons surtout risqué de nous exposer à un coup d’État de la droite… Nous ne pouvons pas croire à cela…, que ce super-SID ait été accepté comme un outil militaire destiné à opérer ‘dans le cas d’une occupation ennemie’. Le seul véritable ennemi est et a toujours été le parti communiste italien, c’est-à-dire un ennemi de l’intérieur. » [18]

Le rôle de la CIA

Aux États-Unis, cette affaire a été parfaitement ignorée par les médias. Dans l’un des rares articles traitant du sujet, le Washington Post, titrant « “CIA Organized Secret Army in Western Europe; Paramilitary Force Created to Resist Soviet Occupation” (La CIA organise une armée secrète en Europe de l’Ouest ; des forces paramilitaires créées pour résister à une occupation soviétique), expliquait qu’un officier du renseignement avait, sous couvert d’anonymat, déclaré : « Cette opération concerne uniquement  l’Italie. Nous n’avons aucun contrôle sur elle. S’il y a des allégations selon lesquelles la CIA est impliquée dans des activités terroristes en Italie, elles sont totalement dépourvues de sens. »[19]

Il est extrêmement difficile de faire des recherches et de clarifier les détails des opérations de stratégie de la tension, car personne n’est prêt à confirmer publiquement qu’un tel a ordonné ceci, ou qu’un autre a participé à une opération terroriste qui a fait des victimes parmi les civils innocents et a jeté l’effroi parmi la population visée avant d’accuser un ennemi politique de l’avoir perpétrée. Si, comme dans le cas de l’Italie, différents services de renseignement sont impliqués, en l’occurrence le SISMI italien et la CIA américaine, alors la tâche devient encore plus ardue, car les services commencent à s’accuser et à se contredire mutuellement.

À la différence de l’officier anonyme du renseignement US cité par le Washington Post qui accusait implicitement les Italiens pour la campagne de terreur subie par leur pays, le chercheur Philip Willan a affirmé que le gouvernement US et sa communauté du renseignement en étaient responsables : « Il est loin d’être aisé de déterminer qui était responsable des décisions au jour le jour quant à la stratégie de la tension. Mais il ne fait pratiquement aucun doute que la responsabilité globale pour cette stratégie repose sur les épaules du gouvernement et des services secrets des États-Unis… Des questions restent à propos de l’adoption de méthode ayant amené à la mort de centaines de victimes innocentes. »[20]

Lors d’une émission télévisée italienne en 1990, l’amiral Stansfiels Turner, directeur de la CIA entre 1977 et 1981, ne voulut pas confirmer les déclarations de Willan et refusa obstinément de répondre aux questions sur Gladio. Par respect pour les victimes des nombreux massacres, le journaliste italien qui menait l’interview insista pour que Turner clarifie ce qu’était la stratégie de la tension. Turner arracha alors son micro et cria : « j’ai dit, pas de questions sur Gladio ! » et l’interview prit fin.[21]

Certains officiers de la CIA se sont montrés plus bavards sur les stratégies secrètes durant la Guerre froide et sur les opérations illicites de la CIA. L’un d’eux s’appelle Thomas Polgar, retraité en 1981 après une carrière de 30 ans à la CIA. Questionné sur les armées secrètes de Gladio en Europe, Polgar confirma que les armées secrètes Stay-Behind étaient coordonnées « par une sorte de groupe de planification de guerre non conventionnelle lié à l’OTAN. » Polgar insista sur le fait que « tous les services secrets nationaux avaient été impliqués à un degré ou à un autre, » ajoutant qu’« en Italie dans les années 1970, certaines personnes étaient allées un peu plus loin que la charte définie par l’OTAN. »[22]

Des membres du Parlement italien décidèrent de creuser davantage. Huit sénateurs, la plupart appartenant au parti démocratique de gauche (PDS pour Partito Democratico della Sinistra), qui avait remplacé l’ancien PCI après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, poursuivirent leur enquête sur Gladio et la stratégie de la tension.

Sous la présidence du sénateur Giovanni Pellegrini, ils entendirent des témoins, prirent connaissance des documents et présentèrent un rapport de 326 pages en 2000.[23] Les anciens communistes conclurent que pendant la Guerre froide, l’armée secrète Gladio avait, avec la CIA, les services secrets militaires et certains néofascistes italiens, combattu les communistes et les socialistes italiens de peur de trahir l’OTAN « de l’intérieur. » Le rapport expliquait que « ces massacres, ces bombes, ces opérations militaires avaient été organisés, promus, ou soutenus par des hommes à l’intérieur des institutions italiennes, et comme cela a été découvert plus récemment, par des gens liés aux structures de renseignement des États-Unis. »[24]

D’après les importantes découvertes du Sénat italien, la stratégie de la tension avait donc été mise en oeuvre par des membres appartenant aussi bien aux communautés de sécurité nationale italiennes qu’américaines, dont la CIA et le SISMI, qui avaient établi des liens avec des extrémistes pour poser les bombes. Le Général Giandelio Maletti, ancien chef des services de contre-espionnage italiens, l’a confirmé en mars 2001, quelques mois seulement avant les attentats terroristes du 11 septembre 2001.

Lors d’un procès contre des membres d’extrême droite accusés d’être impliqués dans le massacre en 1969 de Piazza FOntana à Milan, le Général Maletti a déclaré : « La CIA, appliquant les directives de son gouvernement, voulait créer un nationalisme italien capable de stopper ce qu’elle voyait comme un glissement à gauche, et pour cette raison, elle peut avoir utilisé le terrorisme d’extrême droite… L’impression générale était que les Américains étaient prêts à tout pour arrêter le glissement de l’Italie à gauche. » Et il a ajouté : « N’oubliez pas que Nixon était au pouvoir et que c’était un homme étrange, un politicien très intelligent, mais aussi quelqu’un qui prenait des initiatives peu orthodoxes. »[25]

Enquêtes aux États-Unis

Aux États-Unis, mis à part le travail souvent ignoré et pourtant important de Jeffrey Mackenzie Bale[26], il n’y a eu pratiquement aucunes recherches au sujet des opérations de stratégie de la tension en Italie sponsorisées par les USA. Arthur Rowse, un ancien employé du Washington Post, est l’un des autres rares Américains à avoir parlé de ce phénomène. Dans la conclusion d’un de ses précieux articles, il dressait les “leçons de Gladio” dans ces termes : « Aussi longtemps que le public américain restera dans l’ignorance de ce chapitre noir des relations étrangères américaines, les agences qui en sont responsables ne subiront que peu de pression pour modifier leurs méthodes. » Il ajoutait : « La fin de la Guerre froide… a changé peu de choses à Washington. Les USA… attendent toujours un véritable débat national sur la fin, les moyens et les coûts de notre politique nationale de sécurité. »[27]

La découverte en Italie des armées Stay-Behind de l’OTAN en 1990 et le débat qui s’en est suivi sur la stratégie de la tension eut des implications internationales importantes. Alors que le détail de cette opération émergeait, le Timesde Londres conclut que « cette histoire semble sortie tout droit d’un roman policier. »[28] Pendant un bref instant, le public a pu entrevoir le monde secret du terrorisme, les mensonges, les opérations secrètes [cover-ups]. La presse britannique conclut que « Gladio, avec sa stratégie de la tension, était l’un des secrets politico-militaires les mieux gardés et les plus néfastes depuis la Seconde Guerre mondiale. »[29]

La réponse de l’OTAN

En révélant que l’OTAN coordonnait le réseau international secret dont Gladio était seulement l’une des branches, Andreotti avait mis une grosse pression sur le quartier général de l’OTAN en Belgique. Mes recherches ultérieures ont confirmé que des armées secrètes Stay-Behind ont existé dans tous les pays d’Europe de l’Ouest, opérant sous différents noms de code : au Danemark “Absalon“, en Allemagne “TD BDJ“, en Grèce “LOK“, au Luxembourg “Stay-Behind“, aux Pays-Bas “I&O“, en Norvège “ROC,” au Portugal “Aginter,” en Suisse “P26,” en Turquie “Counter-Guerrilla,” et en Autriche “OWSGV.”[30]

L’OTAN, la plus grande alliance militaire au monde, réagit de manière confuse aux révélations sur ce réseau secret, en diffusant deux commentaires contradictoires. Le 5 novembre 1990, après presque un mois de silence, l’OTAN nia catégoriquement les allégations d’Andreotti au sujet de l’implication de l’OTAN dans l’opération Gladio et ses armées secrètes. Jean Marcotta, porte-parole sénior de l’OTAN, déclara depuis le quartier général de l’OTAN à Mons en Belgique, que « l’OTAN n’a jamais considéré la guérilla ou les opérations clandestines ; elle s’est toujours occupée d’affaires militaires et de la défense des frontières alliées. »[31]  Pourtant, le 6 novembre 1990, un autre porte-parole de l’OTAN expliqua que le démenti de l’OTAN formulé les jours précédents était faux. Par la suite, l’OTAN se contenta d’un court communiqué à l’adresse des journalistes, expliquant que l’OTAN ne faisait pas de commentaires sur des affaires relevant du secret militaire et que Marcotta n’aurait rien dû dire du tout.[32] La presse internationale protesta contre les politiques malsaines de relations publiques de l’alliance militaire, et un journal britannique écrivit : « Alors que le continent subit choc après choc, un porte-parole de l’OTAN formule un démenti : ‘’aucune connaissance de Gladio ou de Stay-Behind’’. Puis, un communiqué de sept mots annonça que ce démenti était “incorrect”, sans en dire plus. »[33]

Afin de clarifier la position de l’OTAN, j’ai appelé leur Bureau de la Sécurité où Isabelle Jacob m’a informé qu’il était peu probable que quiconque réponde à des questions sensibles sur Gladio, et m’a conseillé de coucher par écrit ces questions et de les leur faire parvenir par mon ambassade. La mission suisse de l’OTAN à Bruxelles fit alors suivre mes questions sur Gladio à l’OTAN, l’une d’elles étant : « Pourquoi le porte-parole sénior de l’OTAN, Marcotta, a-t-il démenti catégoriquement le 5 novembre 1990 toute connexion entre l’OTAN et Gladio, tandis que le 7 novembre, un autre porte-parole de l’OTAN affirmait que la déclaration formulée par Marcotta deux jours auparavant était fausse ?»

En mai 2001, le chef du service de presse et des services médias de l’OTAN, Lee McClenny, se fendit d’un simple démenti : « Je ne suis pas au courant qu’un lien quelconque entre l’OTAN et l’Opération Gladio’. De plus, je ne trouve aucun document indiquant que quelqu’un du nom de Jean Marcotta ait été un porte-parole de l’OTAN. »[34]

Mais en coulisses, l’OTAN fut forcée de communiquer plus ouvertement sur cette affaire sensible de Gladio, comme le révèlent d’autres sources. Après la débâcle des communiqués publics, le secrétaire général de l’OTAN, Manfred Wörner, briefa à huis clos les différents ambassadeurs de l’OTAN sur Stay-Behind, le 7 novembre 1990. Un article paru dans la presse espagnole, commentait ce briefing : « Le SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe) qui est l’organe dirigeant de l’appareil militaire de l’OTAN, a coordonné les actions de Gladio, d’après les révélations du Secrétaire général Manfred Wörner lors d’une réunion avec les ambassadeurs de l’OTAN des 16 nations alliées. »

L’article ajoutait que « Wörner avait, semble-t-il, demandé plus de temps, de façon à pouvoir mener une enquête sur la fameuse déclaration “aucune connaissance” » formulée par l’OTAN la veille. « Ces précisions ont été présentées à l’occasion de la réunion du Conseil Atlantique au niveau des ambassadeurs, qui, selon certaines sources, se tint le 7 novembre. »[35]

Selon ce même article, Manfred Wörner, le secrétaire général de l’OTAN, avait lui-même été briefé par un officier de haut rang de l’OTAN en Europe, le général américain John Galvin, suppléant du Commandant suprême des forces alliées en Europe (Supreme Allied Commander Europe, ou SACEUR).

Au cours de cette réunion à huis clos, le secrétaire général de l’OTAN expliqua que le militaire en question – autrement dit le général John Galvin, Commandant suprême des forces alliées en Europe -, avait indiqué que le SHAPE coordonnait les opérations de Gladio.

À partir de ce moment-là, la position officielle de l’OTAN fut de ne plus commenter des secrets officiels.[36]

L’OTAN n’a jamais fait de commentaires publics sur la stratégie de la tension, ou sur le fait que des plans ou du personnel de l’OTAN aient été impliqués, et n’a divulgué aucun autre détail sur les armées secrètes. « Étant donné qu’il s’agit d’une organisation secrète, je ne m’attends pas à ce qu’il soit répondu à beaucoup de questions, même si la Guerre froide est terminée, » a déclaré à la presse un diplomate de l’OTAN, qui a insisté pour rester anonyme. «S’il existait le moindre lien avec des organisations terroristes, ce genre d’information serait enterrée très profondément. Sinon, qu’y a-t-il de mal à prendre des précautions pour organiser la résistance si vous pensez que les Soviétiques pourraient attaquer ? »[37]

Ce refus de commenter de la part de l’OTAN ne fut pas du goût du parlement européen, lequel dans une résolution spéciale sur les armées secrètes et la stratégie de la tension, déclara sèchement que « ces organisations opèrent et continuent d’opérer en dehors de tout cadre légal, et ne sont soumises à aucun contrôle parlementaire. »

Le parlement écrivit ensuite qu’il « appell[ait] à une enquête complète sur la nature, la structure, les objectifs et tous les autres aspects de ces organisations clandestines. » Une telle enquête ne vit cependant jamais le jour, du fait qu’aussi bien l’OTAN que ses États membres étaient préoccupés par les problèmes qu’une telle enquête pourrait créer. Pourtant le parlement européen déclara clairement qu’il « protestait vigoureusement contre les déclarations de certains officiers américains de SHAPE et de l’OTAN à propos de leur droit d’encourager l’établissement en Europe d’un service secret clandestin et d’un réseau opérationnel. » Et les choses en restèrent là.[38]

En France

Comme nous l’avons mentionné, l’Italie ne fut pas le seul pays où des réseaux Stay-Behind furent impliqués dans des opérations de stratégie de la tension. Des opérations terroristes contre la population civile eurent lieu également en Belgique, en Turquie et en Grèce. Comme en Italie, les armées secrètes ont été formées et équipées par la CIA et son homologue britannique, le MI6, et ont opéré comme une branche secrète des services secrets militaires du pays. Les opérations dans ces trois pays sont détaillées dans mon livre « Les armées secrètes de l’OTAN »[39] Dans le présent article, je n’ai la place que pour une brève discussion sur les opérations en France. Les révélations du premier ministre italien Giulio Andreotti prirent par surprise François Mittérrand, le président socialiste français de 1981 à 1995.  Alors qu’il était interrogé par la presse française en 1990, Mitterrand tenta de se distancier de l’affaire des armées secrètes en France, affirmant qu’elles avaient été dissoutes depuis longtemps. Il a notamment déclaré : « Lorsque je suis arrivé, il n’y avait plus grand-chose à dissoudre. Juste quelques vestiges, dont j’ai appris l’existence avec étonnement, car tout le monde avait oublié de m’en parler. »[40]

Mais le premier ministre italien Andreotti ne parut pas apprécier particulièrement la manière dont la Grande Nation [en français dans le texte – NdT] essayait de minimiser son rôle dans le complot Stay-Behind. Il déclara sans ambages à la presse que l’armée secrète en France, loin d’avoir été dissoute depuis longtemps, avait récemment – le 24 octobre 1990 – envoyé des représentants à une réunion secrète au comité d’Allied Clandestine Committee(ACC) de l’OTAN sur Stay-Behind à Bruxelles. Lorsque ces allégations furent confirmées, cela créa un embarras certain à Paris. Mitterrand se refusa alors à tout commentaire.

Un officier de la CIA à la retraite, Edward Barnes, qui avait travaillé en France durant la 4e république avant de quitter le pays en 1956, voulut apporter plus de précisions. Barnes expliqua qu’alors que la menace d’un parti communiste fort persistait en France, les services secrets militaires (SDECE, pour Service de Documentation extérieure et de Contre-Espionnage), sous la direction d’Henri Alexis Ribière, mit sur pied une armée secrète anticommuniste. « Il y avait probablement beaucoup de Français qui voulaient être prêts si quelque chose se produisait, » indiqua Barnes. Se rappelant son propre travail en France, il expliqua que l’invasion soviétique était la première raison d’être de l’armée secrète française, mais que la promotion d’activités politiques anticommunistes dans le pays « pourrait avoir constitué une deuxième motivation. »[41]

Actions terroristes en Algérie

Au début des années 1960, une grande partie de l’armée française et des services secrets commencèrent à désapprouver fortement l’intention du président Charles de Gaulle de permettre à l’Algérie, une ancienne colonie, de devenir indépendante. L’armée secrète, percevant De Gaulle comme un ennemi, s’engagea d’évidence dans des opérations de stratégie de la tension contre ce projet. Certaines “actions terroristes” contre De Gaulle et son plan de paix pour l’Algérie furent menées par des groupes qui incluaient “un nombre limité d’individus” du réseau Stay-Behind français, comme l’admit en 1990 l’amiral Pierre Lacoste, ex-directeur des services de renseignements français (DGSE, ancien SDECE). Lacoste, qui a démissionné en 1985 après que la DGSE eut fait exploser le Rainbow Warrior, le navire de Greenpeace alors que celui-ci protestait contre les essais nucléaires dans le Pacifique, a déclaré que malgré ses liens avec le terrorisme, le programme Stay-Behind en France était justifié par les éventuels plans d’invasion soviétique.[42]

Un des promoteurs des techniques de terreur de la stratégie de la tension était Yves Guerin-Serac, un militant catholique anticommuniste. C’était un spécialiste de la guerre de l’ombre, il avait servi en Corée, au Vietnam et (en tant que membre de la 11e demi-brigade parachutiste de choc), pendant la guerre d’Algérie. L’écrivain et spécialiste des services secrets français, Roger Faligot, appelait cette unité « le fer de lance de la guerre clandestine en Algérie entre 1954 et 1962. »[43] En 1954, environ 300 hommes appartenant à cette unité spéciale avaient débarqué en Algérie. La plupart avaient une grande expérience des opérations secrètes et de la guérilla, puisqu’ils arrivaient directement du Vietnam après que la défaite de la France lors de la bataille de Diên Biên Phu ait mis fin aux velléités de la France de recoloniser ce pays. La mission de Serac et de ses collègues était parfaitement claire : abattre le Front le Libération algérien (FLN) en Afrique du Nord par tous les moyens, après les humiliantes défaites de la Seconde Guerre mondiale et du Vietnam. Ces efforts incluaient l’appel à des opérations de stratégie de la tension visant à discréditer le mouvement de libération algérien.

Après la défaite de la France et la déclaration d’indépendance de l’Algérie en 1962, la guerre secrète ne prit pas fin pour Guerin-Serac, qui tout comme un certain nombre d’autres officiers, se sentaient trahis par le gouvernement français et décidèrent de continuer leur guerre secrète.

Serac savait exactement comment mener des opérations de stratégie de la tension pour discréditer les communistes et les membres des mouvements de libération tout autour du globe. Dans un texte de novembre 1969, « Notre activité politique », Serac et d’autres officiers soulignèrent le fait qu’ils avaient dû infiltrer l’ennemi, et perpétrer des atrocités en son nom. Ils écrivaient : « La première phase de notre activité politique consiste à créer le chaos dans toutes les structures du régime… La destruction de l’État démocratique doit s’opérer autant que possible sous couvert d’activités communistes et prochinoises… De plus, nous avons des gens infiltrés dans ces groupes et évidemment, nous devons adapter nos actions à l’esprit de ce milieu – par la propagande et des actions d’un genre qui semble émaner de nos adversaires communistes… Cela créera un sentiment d’hostilité envers ceux qui menacent la sécurité dans chacun de ces pays, et nous devons en même temps nous dresser comme les défenseurs des citoyens contre la désintégration qu’apportent le terrorisme et la subversion. »[44]

Le juge italien Guido Salvini, qui a enquêté sur la stratégie de la tension, a montré que Serac avait effectivement mené à bien ses plans de stratégie de la tension. Il écrivit : « En 1975, le groupe Guerin-Serac, avec l’Américain Salby et des militants d’extrême droite français, italiens et espagnols, organisèrent une série d’attentats à la bombe… Les bombes visaient les ambassades algériennes dans différents pays, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Grande-Bretagne… En réalité, ces attentats étaient l’oeuvre du groupe de Guerin-Serac, qui montrait par là ses grandes facultés de camouflage et d’infiltration… La bombe posée devant l’ambassade algérienne à Frankfort n’explosa pas, et fut méticuleusement analysée par la police allemande… Il faut noter la particulière complexité de fabrication de cette bombe. Elle contenait du C4, un explosif utilisé exclusivement par les forces US qui n’a jamais été utilisé dans aucun attentat par des anarchistes. »[45]

Ces révélations sur Guerin-Serac ainsi que leurs propres affirmations fournissent des preuves évidentes que les armées secrètes en Europe de l’Ouest ont utilisé le terrorisme et tué des civils innocents pour mener à bien leurs objectifs politiques. Ces armées secrètes, comme nous l’avons vu, opéraient sous la supervision de la CIA et de l’OTAN, c’est-à-dire sous le contrôle d’agents militaire et de renseignement américain.

Mais revenons à la question des opérations de stratégie de la tension aux USA.

Aux États-Unis

Aux États-Unis, la stratégie de la tension fut largement prônée au début des années 1960 par les plus hauts gradés du Pentagone – le général Lyman Lemnitzer, Chef d’état-major interarmes -, comme moyen de convaincre l’opinion publique américaine de la nécessité d’envahir Cuba et de renverser Fidel Castro. Lemnitzer, qui mourut en 1988, était l’un des officiers de haut rang envoyés par les USA pour négocier la reddition de l’Italie en 1943 et celle de l’Allemagne en 1945. Après avoir combattu en Corée, il devint en 1960 chef d’état-major interarmes. Après le fiasco de la CIA lors de la tentative d’invasion de la Baie des Cochons en 1961, les plus hauts dirigeants du Pentagone, dont Lemnitzer, avancèrent que les techniques de stratégie de la tension devaient être utilisées contre la population américaine afin de créer un prétexte pour entrer en guerre. Sous le nom d’ « Opération Northwood », ils mirent au point un ensemble d’opérations combinées de stratégie de la tension visant à choquer l’opinion publique US et à discréditer Fidel Castro.

À cette époque, le président John F. Kennedy et son ministre de la Défense, Robert McNamara, s’opposèrent à de telles actions, qui impliquaient la mort de citoyens américains et la manipulation sur une vaste échelle de la population américaine. Le plan de Lemnitzer fut ainsi rangé dans les tiroirs.[46]

Comme pour la plupart des opérations de stratégie de la tension, il se passa de nombreuses années avant que l’opinion publique n’ait connaissance de l’Opération Northwood. C’est grâce au remarquable chercheur américain James Bamford que les documents sur l’opération top secrète Northwood furent portés à la connaissance du public en avril 2001, quelques mois seulement avant les attentats terroristes du 11-Septembre, lorsque Bamford publia son livre : Body of Secrets: An Anatomy of the Ultra Secret National Security Agency. Cela se produisit donc 40 ans après que les plans de Northwoods aient été classés « top-secret » par le Pentagone. Les documents originaux sont désormais accessibles en ligne.[47]

Les documents sur l’opération Northwoods détaillent comment le Pentagone avait planifié ses opérations de stratégie de la tension. Parmi ces actions, les officiers US suggéraient, de développer une fausse « campagne de terrorisme cubain dans la zone de Miami et dans d’autres villes de Floride, et même à Washington », de simuler une attaque par l’aviation cubaine contre un avion de ligne, de « couler un bateau de réfugiés cubains (réel ou simulé) », de concocter un incident « Remember the Maine » en faisant exploser un navire américain dans les eaux territoriales cubaines et d’accuser Cuba de sabotage.

Depuis que Bamford a publié ces documents sur l’Opération Northwoods, ceux qui s’intéressent à la stratégie de la tension se demandent jusqu’où certains groupes radicaux au sein du Pentagone étaient prêts à aller et quelles étaient les chances pour que le peuple américain ou ceux des autres pays découvrent ou parviennent à stopper de tels plans. Bamford pose notamment la question de savoir si l’Opération Northwoods était le plan le plus démoniaque jamais conçu par le gouvernement US, ou si l’incident du golfe de Tonkin en 1964 – qui précipita l’entrée en guerre des USA au Vietnam, laquelle se solda par la mort de 56 000 soldats américains et de 3 millions de Vietnamiens – avait constitué un exemple typique d’opération de stratégie de la tension élaborée et mise en oeuvre par le Pentagone.

« À la lumière des documents sur l’Opération Northwoods, » conclut Bamford, « il est clair que le fait de tromper la population et de fabriquer des guerres pour y envoyer des Américains se faire tuer constituait une politique standard et approuvée par les plus hauts niveaux de dirigeants au Pentagone. »[48]

Conclusion

Les deux principaux arguments contre l’idée que les attentats du 11-Septembre ont été menés par le gouvernement US et son armée ne sont que des a priori. L’un est que les gouvernements de pays occidentaux civilisés en général, et le gouvernement US en particulier ne feraient jamais une chose aussi horrible. L’autre est que si les attentats du 11/9 avaient été perpétrés par des forces internes au gouvernement des États-Unis, cela n’aura pas pu rester secret aussi longtemps.

Les informations contenues dans cet article montrent que ces deux a priori sont tout à fait discutables.

Daniele Ganser
Journal of 9/11 Studies Volume 39, mai 2014
(Titre original : La « stratégie de la tension » dans l’après Guerre froide)
http://www.journalof911studies.com/resources/2014GanserVol39May.pdf

 

Traduction GV pour IlFattoQuotidiano.fr

* * *

Note de l’éditeur :

L’objectif du Journal of 9/11 Studies est de publier les travaux de recherche et les analyses permettant de faire la lumière sur les événements du 11-Septembre. Par principe, nous publions seulement des articles inédits, mais il arrive que nous trouvions justifié de republier un article déjà paru. C’est le cas ici. Cet article est en effet extrait, avec certaines modifications autorisées par l’auteur, et l’éditeur, du livre de David Ray Griffin et Peter Dale Scott, “9/11 and American Empire: Intellectuals Speak Out”, Vol. 1 (Olive Branch Press, 2006).

Daniele Ganser est un chercheur spécialiste de l’Opération Gladio, laquelle est selon nous cruciale pour bien comprendre le 11-Septembre et la Guerre globale contre la Terreur. (Voir son livre « Les armées secrètes de l’OTAN : Réseaux Stay-Behind, Gladio et terrorisme en Europe de l’Ouest, Editions Demi-Lune, 2007). En plus de faire la lumière sur les méthodes de terreur et de manipulation qui ont eu cours en Occident, cet article du Dr. Ganser, republié ici, offre des réponses intéressantes à deux des principales objections souvent opposées à ceux qui contestent la version officielle du 11-Septembre, à savoir : « Il est certain qu’aucun gouvernement occidental ne perpètrerait un tel crime contre sa propre population, » et « Quelqu’un aurait parlé. »
Le Dr. Ganser dirige l’institut suisse pour la Paix et la recherche sur l’énergie, à Bale, et est membre du 9/11 Consensus Panel : http://www.consensus911.org/

Notes de l’auteur :

  1. Wikipedia, “Guerre psychologique”, http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_psychologique.
  2. En Italie durant la Guerre froide, les services secrets militaires ont été impliqués dans nombre d’opérations secrètes qui, lorsqu’elles ont été découvertes par la population, ont déclenché des protestations publiques, lesquelles ont forcé les services de renseignement à changer de nom. Créés le 30 mars 1949, soit 4 ans après la défaite de l’Italie dans la Seconde Guerre mondiale, et quelques jours seulement avant que l’Italie ne devienne un membre fondateur de l’OTAN, les services secrets militaires prirent le nom de SIFAR (Servizio Informazioni delle Forze Armate), puis SID (Servizio Informazione Difesa) de 1965 à 1977, avant d’adopter son appellation actuelle,  SISMI (Servizio per le Informazioni e la Sicurezza Militare).
  3. Hugh O’Shaughnessy, “Gladio: Europe’s Best Kept Secret,” The Observer, 7 juin 1992. Shaughnesssy écrit : «C’étaient des agents qui devaient “rester derrière” (‘stay behind’) au cas où l’Armée rouge envahissait l’Europe de l’Ouest. Mais dans certains pays, ce réseau qui avait été mis en place avec les meilleures intentions a dégénéré en groupes terroristes prônant l’agitation politique d’extrême droite. »
  4. Newsnight, BBC1, 4 avril 1991
  5. Cité dans « Sénat de la République italienne : Commission d’enquête parlementaire sur le terrorisme en Italie et sur les causes de l’échec dans l’arrestation des responsables des tragédies : le terrorisme, les tragédies et le contexte politico-historique. » (Rome : rédigé par le président de la Commission, le sénateur Giovanni Pellegrin, 1995), p 261.
  6. Sénat de la république, p 157.
  7. Sénat de la république, p 220.
  8. Newsnight, BBC1, 4 avril 1991
  9. Observer, 18 novembre 1990.
  10. Mario Coglitore, ed., La Notte dei Gladiatori. Omissioni e silenzi della Repubblica (Padoue, 1992) p 131.
  11. Leo Müller, Gladio: Das Erbe des Kalten Krieges: Der NATO- Geheimbund und sein deutscher Vorläufer(Hamburg: Rowohlt, 1991) p. 27.
  12. Reuters, 12 novembre 1990.
  13. Franco Ferraresi, “A Secret Structure Codenamed Gladio,” Italian Politics: A Review, 1992: p. 30. Ferraresi cite directement le document qu’Andreotti a remis à la Commission parlementaire. Le quotidien italien L’Unità l’a publié dans une édition spéciale du 14 novembre 1990. Il figure également dans le livre de Jean Francois Brozzu-Gentile, L’affaire Gladio (Paris: Editions Albin Michel, 1994).
  14. Ferraresi p. 31, citant directement le document d’Andreotti.
  15. Ed Vulliamy, “Secret Agents, Freemasons, Fascists… and a Top-level Campaign of Political ‘Destabilisation’: ‘Strategy of Tension’ That Brought Carnage and Cover-up,” Guardian, 5 décembre 1990.
  16. Dans le magazine politique italien, Europeo, 16 novembre 1990. Miceli a effectivement été condamné à une peine de prison dans les années 1970 et a passé 6 mois dans un hôpital militaire. En 1974, le magistrat enquêteur, Giovanni Tamburino, au cours de ses investigations sur le terrorisme d’extrême droite en Italie, avait pris l’initiative inédite d’arrêter le général Miceli en l’accusant d’avoir « promu, mis en oeuvre et organisé, avec d’autres, une association secrète mêlant militaires et civiles et visant à provoquer une insurrection armée afin d’amener des modifications illégales de la Constitution de l’État et à la forme de gouvernement. » (Voir aussi le magazine politique britannique Statewatch, janvier 1991). Lors de son procès en novembre 1974, Miceli, auparavant responsable du Bureau de sécurité de l’OTAN, confirma avec nervosité qu’une unité spéciale avait bien existé au sein des services secrets militaires, le SID, mais que ce n’était pas lui qu’il fallait blâmer : ‘’Un super-SID sous mes ordres ? Bien sûr ! Mais je ne l’ai pas moi-même organisé pour faire un coup d’État. C’étaient les États-Unis et l’OTAN qui m’ont demandé de le faire ! » (Voir aussi Brozzu-Gentile, p. 105.) C’était vers la fin de sa carrière dans les services secrets militaires italiens. Après avoir purgé sa peine de prison, il devint parlementaire en 1976 et bénéficia pour le restant de sa vie de l’immunité parlementaire en tant que député fasciste du Movimento Sociale Italiano (MSI). Réélu par deux fois, il démissionna en 1987 à cause d’une maladie et mourut trois ans plus tard.
  17. Cité dans Ferraresi, p. 31.
  18. Norberto Bobbio, cité dans Ferraresi, p. 32.
  19. Washington Post, 14 novembre 1990. Le seul autre article du Post qui comporte le mot-clef “Gladio” fut publié le 8 août 1993. La comparaison avec les 39 articles sur Gladio parus dans le journal britannique Guardianmontre bien la pauvreté de la couverture médiatique de Gladio aux États-Unis.
  20. Philip P. Willan, Puppetmasters: The Political Use of Terrorism in Italy (Londres: Constable, 1991) p. 28.
  21. Independent, 1er décembre 1990.
  22. Jonathan Kwitny, “The CIA’s Secret Armies in Europe,” Nation, 6 avril 1992: p. 445.
  23. Sénat de la République italienne : Commission d’enquête parlementaire sur le terrorisme en Italie et sur les causes de l’échec dans l’arrestation des responsables des tragédies : tragédies et terrorisme dans l’Italie de l’après-guerre à 1974. Rapport du Groupe démocratique de gauche, l’Ulivo (Rome, juin 2000). Cité dans « Le rapport de l’an 2000 du Sénat italien sur Gladio et les massacres.”
  24. Cité dans Philip Willan: “US ‘Supported Anti-left Terror in Italy.’ Le rapport affirme que Washington a utilisé la stratégie de la tension durant la Guerre froide pour stabiliser le Centre-Droit, Guardian, 24 juin 2000.
  25. Philip Willan, “Terrorists ‘Helped by CIA’ to Stop Rise of Left in Italy,” Guardian, 26 mars 2001. Willan, un expert des actions secrètes américaines en Italie, a publié le remarquable ouvrage Puppetmasters (Voir note 24).
  26. Jeffrey Mackenzie Bale, “The ‘Black’ Terrorist International: Neo-Fascist Paramilitary Networks and the ‘Strategy of Tension’ in Italy, 1968–1974” (Ann Arbor, Mich.: UMI Dissertation Services, 1996).
  27. Arthur Rowse, “Gladio: The Secret US War to Subvert Italian Democracy,” Covert Action Quarterly p. 49 (été 1994).
  28. Times (Londres) 19 novembre 1990.
  29. Observer, 18 novembre 1990.
  30. Voir Daniele Ganser, “Les armées secrètes de l’OTAN”, Demi-Lune, 2007.
  31. European, 9 novembre 1990.
  32. European, 9 novembre 1990. Il semble que le représentant de l’OTAN qui a émis ce correctif soit Robert Stratford. Cf. Regine Igel, Andreotti: Politik zwischen Geheimdienst und Mafia (Munich: Herbig Verlag, 1997) p. 343.
  33. Observer, 18 novembre 1990.
  34. Lettre de Lee McClenny, resp. des relations presse de l’OTAN, à l’auteur, datée du 2 mai 2001.
  35. Gladio. Un misterio de la guerra fria. La trama secreta coordinada por mandos de la Alianza Atlantica comienza a salir a la luz tras cuatro decadas de actividad,” El País, 26 novembre 1990.
  36. El País.
  37. Reuters News Service, 15 novembre 1990.
  38. Débats au Parlement européen (transcriptions officielles), 22 novembre 1990.
  39. Voir note 31.
  40. Cité dans Brozzu-Gentile, p. 141. Egalement par Associated Press, p. 13, novembre 1990.
  41. Kwitny, “The CIA’s Secret Armies in Europe”, pp. 446, 447.
  42. Kwitny.
  43. Roger Faligot et Pascal Krop, La Piscine: Les Services Secrets Français 1944–1984 (Paris: Editions du Seuil, 1985), p. 165.
  44. Cité dans Stuart Christie, Stefano Delle Chiaie (Londres: Anarchy Publications, 1984) p. 32. Également dansLobster (octobre 1989), p.18. Ce document aurait été trouvé dans l’ancien bureau de Guerin-Serac après la révolution portugaise de 1974.
  45. Commission d’enquête parlementaire sur le terrorisme en Italie et sur les causes de l’échec dans l’arrestation des responsables des tragédies. 9e session, 12 février 1997 (www.senato.it/parlam/bicam/terror/stenografici/steno9.htm).
  46. Après avoir refusé le plan de Lemnitzer, Kennedy l’envoya en Europe au poste de Commandant suprême des forces alliées de l’OTAN de janvier 1963 à juillet 1969. Il fut remplacé par le général Andrew Goodpaster, qui occupa le poste de SACEUR de 1969 à 1974, c’est-à-dire pendant les années au cours desquelles les opérations terroristes eurent lieu en Italie.
  47. Sur la homepage de la National Security Archive à www.gwu.edu/~nsarchiv/news/20010430.
  48. James Bamford, Body of Secrets: Anatomy of the Ultra-Secret National Security Agency (New York: Anchor Books, 2002), p. 91.
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Photo : Une Irakienne avec son enfant mort. Source: A Real Cost Of The Iraq War

La guerre c’est la paix. La célèbre citation de l’œuvre fictive de George Orwell, 1984, est devenue réalité. Mais peut-être s’agit-il toujours de fiction, si l’on considère que les médias dominants créent la réalité sur une base quotidienne.

Le 28 avril dernier, on nous montrait sur la page d’accueil du site web du Washington Post une explosion nucléaire avec le titre suivant : « La guerre est brutale. L’alternative est pire. »

La paix est pire que la guerre? La diplomatie est pire qu’une explosion nucléaire? Je me demande si les citoyens des dévastés par la guerre, comme l’Irak, l’Afghanistan, la Palestine et autres, sont du même avis.

Le sous-titre de l’article représente probablement le summum du non-sens : « La guerre est peut-être la pire façon imaginable de créer des sociétés pacifiques, mais ce professeur soutien qu’il s’agit de la seule façon d’y parvenir. » Professeur? Comment peut-on être professeur et affirmer quelque chose d’aussi illogique? Et comment peut-on prendre au sérieux un journal qui publie de telles absurdités?

Il y a pire encore, même si cela semble incroyable : en cliquant sur l’article, on tombe sur ce qui suit :

« À long terme, les guerres accroissent notre sécurité et nous enrichissent. » Wow. Vraiment?

Qui est ce « nous »? Certainement pas le peuple étasunien :

Les guerres décennales en Afghanistan et en Irak finiraient par coûter jusqu’à 6 mille milliards de dollars, l’équivalent de 75 000 dollars pour chaque ménage étasunien, selon le calcul de la prestigieuse Kennedy School of Government de l’Université Harvard […]

Il est également impératif de rappeler que l’administration Bush avait affirmé au tout début que la guerre en Irak s’autofinancerait à partir des revenus du pétrole. Washington DC avait toutefois fini par emprunter quelque 2 mille milliards de dollars pour financer les deux guerres, la majeure partie de la somme à des prêteurs étrangers.

Selon le rapport de 2013 de la Kennedy School of Government de l’Université Harvard, cela comptait pour environ 20 pour cent du montant total ajouté à la dette nationale des États-Unis entre 2001 et 2012.

Le rapport indique que les États-Unis « ont déjà payé 260 milliards de dollars en intérêts sur la dette de guerre [et que] les prochains paiements d’intérêts atteindraient les mille milliards de dollars». (Sabir Shah, US Wars in Afghanistan, Iraq to Cost $6 trillion)

Qui est donc ce « nous » qui s’enrichit? Les banquiers peut-être? Parce que si la guerre en enrichit certains, ce sont les banquiers :

Les banquiers sont souvent le moteur des guerres.

Après tout, le système bancaire est basé sur le fait contre-intuitif mais incontestable que les banques créent d’abord des prêts, ensuite des dépôts.

Autrement dit, presque toute la monnaie est créée en tant que dette [...]

Ce que l’emprunteur voit comme une dette due à la banque, la banque, elle, le voit comme un profit et un revenu. En d’autres termes, le travail des banques consiste à créer plus de dettes […], par exemple, trouver plus de gens qui veulent emprunter de plus grosses sommes.

Quel est le rapport avec la guerre?

La guerre est la meilleure machine à dettes […]

La guerre est également bonne pour les banques car elle détruit une grande quantité de matériel, d’équipement et d’édifices. Les pays s’endettent donc massivement pour financer des guerres, et empruntent ensuite pour reconstruire. (Washington’s Blog, War Creates Massive Debt and Makes the Banks Rich)

« Nous », fait probablement aussi référence au complexe militaro-industriel, pour lequel la paix représente l’ennemi numéro un :

On réalise que la paix représente le principal ennemi complexe militaro-industriel lorsque l’on comprend que les activités militaires peuvent devenir une entreprise lucrative. Une simple comparaison permet d’illustrer ce problème. Les viticulteurs, l’industrie du vin et les marchands de vin devraient cesser leurs activités si les gens arrêtaient de boire leur produit. Le complexe militaro-industriel serait lui aussi mis en faillite par des conditions de paix durable, puisque le développement, la production, la mise en marché et l’utilisation d’équipement militaire ne serait pas nécessaire.

Afin de continuer à faire des affaires, ce complexe avait besoin des guerres au Vietnam, en Irak, en Afghanistan, de la « guerre froide » avec l’Union soviétique, de la guerre au terrorisme et de diverses autres guerres. Il a également besoin d’être impliqué dans de nouveaux conflits, comme en Ukraine à l’heure actuelle. (Vashek Cervinka, Peace is the Enemy of the US Military Industrial Complex)

NOUS, les citoyens du monde, ne voulons pas de guerre. NOUS ne nous enrichissons pas, et ne sommes pas plus en sécurité grâce aux guerres.  C’est plutôt le contraire. Les guerres ruinent l’économie et vous savez quoi? Les guerres tuent! Comment les massacres et les dettes monumentales peuvent-elles « nous enrichir » et nous « protéger davantage »?

Bien qu’il ait reçu le prix du doyen de l’Université Stanford, lequel « récompense les efforts des professeurs remarquables à l’École des sciences et sciences humaines, l’excellence de l’enseignement supérieur et les réussites en enseignement », le professeur Morris semble ignorer l’existence du verdict probablement le plus important de l’histoire de l’humanité, à savoir celui du Procès de Nuremberg, stipulant :

« Initier une guerre d’agression est le crime international suprême qui diffère des autres crimes de guerre parce qu’il renferme en lui-même le mal de tous les autres accumulé. »

Nous vivons dans un monde où des professeurs primés de sciences humaines promeuvent la guerre, le crime international suprême. Il n’y pas plus orwellien que ça.

Depuis 2001, le Centre de recherche sur la mondialisation se bat contre cette vision orwellienne du monde promue par les médias dominants comme le Washington Post. Nous faisons de notre mieux pour dévoiler les mensonges de la machine de guerre des États-Unis et de l’OTAN et des « sténographes du pouvoir ». Toutefois, pour combattre cette puissance guerrière destructrice, nous avons besoins de votre aide.

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Texte original: “War is Peace, it Makes Us Rich and Safe”… or So Says the Mainstream Media

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Ce n’est pas très drôle d’être à Kiev ces jours-ci. L’excitation révolutionnaire est retombée, et l’espoir de voir arriver de nouveaux visages, la fin de la corruption et une amélioration économique, tout cela s’est flétri. La révolte de la place Maidan et le coup d’État qui s’en est suivi n’ont fait que rebattre le même jeu de cartes biseautées de ceux qui reviennent sans cesse au pouvoir.

Le nouveau président en exercice a été premier ministre et un grand chef du KGB (appelé SBU en ukrainien). Le nouveau premier ministre en exercice a été ministre des Affaires étrangères. L’oligarque le plus susceptible d’être élu dans quelques jours a été ministre des Affaires étrangères, directeur de la banque d’État et trésorier personnel de deux coups d’état : en 2004 (pour installer Iouchtchenko) et en 2014 (pour s’installer lui-même). Sa concurrente principale, Mme Tymochenko, a été premier ministre pendant des années, jusqu’à sa défaite électorale de 2010.

Ce sont ces gens qui ont amené l’Ukraine à son état présent d’abjection. En 1991, l’Ukraine était plus riche que la Russie. Aujourd ’hui, elle est trois fois plus pauvre, à cause des vols et de la mauvaise gestion de ces gens-là. Ils se préparent aujourd’hui à jouer un très vieux tour : emprunter au nom de l’Ukraine, empocher l’oseille et laisser le pays se débrouiller avec la dette. Ils vendent tous les actifs de l’État à des compagnies privées occidentales et font appel à l’OTAN pour qu’ elle vienne protéger leurs investissements.

Ils jouent à un jeu très dur, avec coups de poings américains et tout. La Garde Noire, la nouvelle force armée de type SS du Secteur Droi t , rôde dans tout le pays. Ils arrêtent ou tuent dissidents, militants et journalistes. Des centaines de soudards américains de la compagnie militaire « privée » Academi (précédemment Blackwater) sont déployés dans toute la Novorussie, c’est-à-dire les provinces de l’Est et du Sud-Est. Des réformes exigées par le FMI ont réduit les retraites de moitié et fait doubler le prix des loyers. Sur le marché, les rations de l’armée US ont remplacé les produits alimentaires locaux.

Le nouveau régime de Kiev ne peut plus prétendre à la démocratie après avoir expulsé les communistes du Parlement. Ceci devrait les rendre encore plus chers au cœur des États-Uniens. Expulsez des communistes, faites appel à l’OTAN, condamnez la Russie puis organisez une gay-pride et vous pourrez vous permettre n’importe quoi, même faire griller vifs des douzaines de citoyens. Ce qu’ils ont fait.

Les formes les plus brutales de répression se sont abattues sur la Novorussie industrielle, et sa classe laborieuse déteste la clique des oligarques et des ultra-nationalistes. Après le brasier infernal d’Odessa et les fusillades pour le plaisir dans les rues de Melitopol, les deux provinces de Donetsk et de Lugansk ont pris les armes et déclaré leur indépendance vis-à-vis du régime de Kiev. Elles ont été prises sous le feu mais ne se sont pas rendues. Les six autres provinces russophones de Novorossie ont été rapidement intimidées. Dniepropetrovsk et Odessa ont été plongées dans la terreur par l’armée personnelle de M. Kolomoïsky ; Kharkov a été roulée par son fourbe gouverneur. La Russie n’est pas intervenue et n’a pas soutenu la révolte, à la grande détresse des nationalistes russes d’Ukraine et de Russie, qui parlent de « trahison ». Autant pour la rhétorique va-t-en-guerre de McCain et de Brzezinski.

Le respect de Poutine pour la souveraineté des autres est exaspérant. Je sais que ceci a l’air d’une blague – on en entend tellement sur Poutine « nouvel Hitler »… En réalité, Polutine a eu une formation juridique avant d’entrer dans les Services secrets. C’est un adepte pointilleux de la loi internationale. Sa Russie s’est mêlée des autres États bien moins que la France ou l’Angleterre, ne parlons même pas des États-Unis. J’ai demandé à son conseiller principal, M. Alexei Pushkov, pourquoi la Russie n’a pas essayé d’influencer les esprits des Ukrainiens, pendant que Kiev bourdonnait d’Américains et d’Européens. « Nous pensons qu’on n’a pas le droit d’intervenir » m’a-t-il répondu comme un bon petit écolier. Il est plus probable que les conseillers de Poutine ont mal évalué le sentiment public. « La majorité de la population de Novorossie n’aime pas le nouveau régime de Kiev, mais elle est politiquement passive et conservatrice ; elle se soumlettra à son pouvoir. » ont-ils estimé. « Les rebelles ne sont qu’un petit groupe d’exaltés, sans aucun soutien populaire, sur qui on ne peut pas compter » était leur façon de voir. En conséquence, Poutine a demandé aux rebelles de postposer indéfiniment leur réferendum, façon polie de leur dire ” laissez tomber”.

Ils ont ignoré sa demande avec un sang-froid* considérable et sont allés voter en masse* pour la sécession d’avec l’Ukraine. Le taux de participation a été plus élevé qu’on ne s’y attendait. L’adhésion à la mutation a été pratiquement totale. Comme me l’a dit une personne bien informée du Kremlin, ce développement n’avait pas été prévu par les conseillers de Poutine.

Les conseillers ne s’étaient peut-être pas trompés, mais trois événements ont changé la mentalité des électeurs et envoyé ce peuple placide sur les barricades et aux urnes.

1. Le premier a été l’holocauste d’Odessa, où des ouvriers qui manifestaient paisiblement et sans armes ont été sauvagement attaqués par des tueurs du régime (l’équivalent des shabab de Moubarak), qui les ont rabattus sur le Quartier Général des Syndicats. Le bâtiment a été incendié et la Garde Noire a mis en place des snipers, chargés de ne pas rater quiconque aurait tenté de s’échapper de cet enfer. Une cinquantaine d’ouvriers russophones, généralement d’un certain âge, ont été brûlés vivants et abattus dès qu’ils tentaient d’atteindre une porte ou une fenêtre. Cet événement effrayant a été une occasion de joie et de rigolade pour les Ukrainiens « nationalistes » qui se sont moqués de leurs compatriotes suppliciés en les traitant de scarabées grillés ». (On dit que cet autodafé a été organisé par les troupes de choc de l’oligarque juif Kolomoïsky, qui convoitait le port d’Odessa. En dépit de son air de nounours en peluche, c’est quelqu’un de pugnace et de violent, qui a offert dix mille dollars par Russe capturé mort ou vif, et mis froidement un contrat d’un million de dollars sur la tête de M. Tsarev, membre du parlement du Donetsk.)

2. Le deuxième a été l’attaque de Mariupol, le 9 mai 2014. C’est le jour où les Russes commémorent la victoire sur l’Allemagne nazie. En Occident, c’est le 8. Le régime de Kiev a interdit toutes les commémorations de la Victoire. À Mariupol, la Garde Noire a attaqué la ville paisible et sans armes, a mis le feu au quartier général de la police et a assassiné les policiers qui avaient refusé d’interdire le cortège festif. Après quoi, ils ont lâché des chars dans les rues, tué des citoyens à l’aveuglette et détruit des immeubles.

L’Ouest n’a pas émis une seule protestation. Nuland et Merkel n’ont pas été horrifiées par ces meurtres en masse comme elles l’avaient été par les timides essais de maintien de l’ordre de Ianoukovitch. Les habitants de ces deux provinces se sont sentis abandonnés. Ils ont compris que personne n’allait venir les sauver ni même les protéger ; qu’ils ne pourraient compter que sur eux-mêmes, et ils sont allés voter.

3. Le troisième événement a été bizarrement l’Eurovision, c’est-à-dire le choix, par le jury, du travesti autrichien Conchita Wurst, comme gagnant de son concours de chant. Les Novorossiens, sains d’esprit, ont décidé qu’ils n’avaient pas envie de faire partie de cette Europe-là.

À vrai dire, les peuples d’Europe n’en ont pas envie non plus : il paraît que la majorité des téléspectateurs anglais préféraient le duo polonais, Donatan et Cleo, et leur chanson « Nous sommes slaves ». Donatan est à moitié russe et il a provoqué naguère quelque controverse en exaltant les vertus du pan-slavisme et les exploits de l’Armée Rouge, rapporte The Independent. Les membres politiquement corrects du jury ont préféré « célébrer la tolérance », le paradigme dominant imposé à l’Europe. C’est le deuxième travesti à remporter ce très politique concours de chant, le premier ayant été l’Israélien Dana International. Une telle obsession du « genre » a été jugée indigeste par les Russes et/ou les Ukrainiens.

Les Russes ont réajusté leur point de vue, mais ils n’ont pas l’intention de faire entrer leurs troupes dans les deux républiques insurgées, à moins que des événements très dramatiques ne les y obligent.

Plans russes

Imaginez que vous vous êtes mis sur votre trente-et-un pour une soirée à Broadway, mais que vos voisins se sont embarqués dans une violente dispute et que vous soyez obligé d’intervenir et de vous occuper de l’embrouille au lieu d’aller voir la pièce à laquelle vous vous réjouissiez d’assister, avant de dîner et peut-être de finir la nuit en galante compagnie. C’est la situation dans laquelle s’est trouvé Poutine par rapport aux bouleversements ukrainiens.

Il y a quelques mois d’ici, la Russie avait fait un énorme effort pour devenir – et pour être considérée comme – un état européen très civilisé d’amplitude majeure. C’est le message que devaient donner les Jeux Olympiques de Sotchi : corriger l’image de marque de la Russie et même la réinventer, comme Pierre le Grand l’avait fait en son temps pour lui donner sa place dans le monde d’alors ; un pays étonnant, de forte tradition européenne, celui de Léon Tolstoi, de Malevitch, de Tchaïkovski et de Diaghilev, un pays d’arts, d’audacieuses réformes sociales, de prouesses techniques, de modernité et même au-delà… la Russie de Natasha Rostova pilotant un hélicoptère Sikorski. Poutine a dépensé 60 milliards de dollars pour diffuser cette image.

Le vieux renard d’Henry Kissinger a dit très pertinemment :

« Poutine a dépensé 60 milliards de dollars pour les jeux de Sotchi. Ils se sont payé une grande cérémonie d’ouverture et une autre de clôture pour montrer la Russie comme un pays progressiste normal. Il n’est donc pas possible que, trois jours plus tard, il ait voulu lancer un assaut sur l’Ukraine. Il ne fait aucun doute qu’il a toujours souhaité l’Ukraine en position subordonnée. Il ne fait aucun doute non plus que tous les Russes de première importance que j’ai rencontrés, y compris les dissidents tels que Soljenitzine et Brodsky, ont toujours considéré l’Ukraine comme faisant partie de leur patrimoine. Mais je ne pense pas que Poutine ait jamais eu l’intention de se précipiter dans une crise en ce moment. »

Cependant, les faucons de Washington ont décidé de faire absolument n’importe quoi pour ostraciser la Russie. En fait, ils ont très peur de cette image d’un « état progressiste normal », parce qu’une telle Russie rendrait l’OTAN sans objet ni justification et aurait pour résultat de saper la dépendance de l’Europe vis-à-vis des États-Unis. Or, ils ont la volonté inflexible de conserver leur hégémonie, toute anéantie qu’elle soit par la confrontation syrienne. C’est pourquoi ils ont attaqué les positions russes en Ukraine, organisé un coup d’état violent et installé un régime férocement anti-russe en y employant des supporters de football et des milices neo-nazies financés par des oligarques juifs et les contribuables américains. Les vainqueurs ont déclaré hors-la-loi l’usage de la langue russe et se préparaient à rendre nuls les traités signés avec la Russie sur la base navale de Crimée, Sébastopol. Cette base serait devenue, grâce à eux, une nouvelle grande base de l’OTAN, qui aurait ainsi pu contrôler la Mer Noire et menacer la Russie.

Poutine a dû réagir vite, et c’est ce qu’il a fait en accédant à la demande du peuple de Crimée de faire partie de la Fédération de Russie. Cela a réglé le problème immédiat de la base, mais il restait le problème de l’Ukraine.

L’Ukraine n’est pas une entité étrangère pour les Russes, c’est la moitié occidentale de la Russie. Les populations des deux moitiés sont unies par des liens familiaux, de culture et de sang ; leurs économies sont étroitement liées. Un état ukrainien séparé est viable, c’est une possibilité, mais un État « indépendant » hostile à la Russie n’est pas viable et ne sera toléré par aucun chef d’état russe. Et cela, pour des raisons militaires aussi bien que culturelles : si Hitler avait commencé à envahir la Russie à partir de ses frontières actuelles, il aurait pris Stalingrad en deux jours et détruit la Russie en une semaine.

Un chef de l’État russe plus pro-actif que Poutine aurait envoyé des troupes à Kiev depuis longtemps. C’est ce qu’avait fait le tsar Alexis, quand les Polonais, les Cosaques et les Tatars la lui ont disputée. C’est aussi ce qu’avait fait Pierre le Grand, quand les Suédois l’ont occupée au XVIIIe siècle. Et c’est ce qu’a fait Lénine, quand les Allemands ont configuré leur Protectorat d’Ukraine : il l’appelait « la paix obscène » ; c’est enfin ce qu’a fait Staline, quand les Allemands ont réoccupé l’Ukraine en 1941.

Poutine espère toujours régler le problème par des moyens pacifiques. En fait, avant le rattachement de la Crimée , la majorité des Ukrainiens et pratiquement tous les Novorossiens préconisaient en masse une union de quelque espèce avec la Russie. Sans cela, le coup d’état de Kiev n’eût pas été nécessaire. Le rattachement de la Crimée a écorné l’attrait qu’exerçait jusque là la Russie. Les Ukrainiens n’ont pas apprécié l’amputation. Les responsables du Kremlin s’y attendaient, mais il leur a fallu accepter la Crimée pour plusieurs raisons. Premièrement, une perte de la base navale de Sébastopol au profit de l’OTAN était une alternative trop horrible à envisager. Deuxièmement, les Russes n’auraient pas compris que Poutine refuse la demande des Criméens.

Les faucons de Washington espèrent toujours contraindre Poutine à intervenir militairement, ce qui leur fournirait l’occasion d’isoler la Russie , d’en faire un « monstrueux » état-paria, de regonfler leurs budgets militaires et de dresser l’Europe et la Russie l’une contre l’autre. Ils se fichent éperdument de l’Ukraine et des Ukrainiens ; ils s’en servent pour atteindre leurs buts géopolitiques.

Les Européens aimeraient bien tondre l’Ukraine, importer ses hommes comme travailleurs illégaux pas chers et ses femmes comme prostituées, ils aimeraient la dépouiller de ses actifs et la coloniser. Ils l’ont fait avec la Moldavie, une petite sœur de l’Ukraine, la plus misérable des ex-républiques soviétiques. L’U.E. n’aurait rien contre une petite claque à la Russie, histoire de lui en faire un peu rabattre. Mais l’U.E. n’y met pas de ferveur particulière. D’où les différences d’attitude.

Poutine préférerait pouvoir continuer à moderniser la Russie. Le pays en a réellement besoin. Les infrastructures se traînent vingt ou trente ans derrière celles des pays occidentaux. Fatigués de cette arriération, des jeunes Russes préfèrent souvent émigrer à l’Ouest, et cette fuite des cerveaux cause beaucoup de dommages à la Russie, enrichissant l’Occident à ses dépens. Même Google est le résultat de ce pompage, puisque Sergei Brin est, lui aussi, un immigré russe. Comme le sont des centaines de milliers de scientifiques et d’artistes russes qu’on retrouve dans les laboratoires, les théâtres et les orchestres d’Occident. La libéralisation politique n’est pas suffisante. Les jeunes Russes veulent de bonnes routes, de bonnes écoles et une qualité de vie comparable à celle des pays occidentaux. C’est ce que Poutine est occupé à leur apporter.

Il y réussit plutôt bien. Moscou a maintenant des bicyclettes en libre-accès et la Wi-fi dans les parcs, comme n’importe quelle grande ville d’Europe. Les chemins de fer ont été améliorés. On est en train de construire des centaines de milliers d’appartements, davantage même que pendant l’ère soviétique. Les salaires et les retraites ont augmenté dans la proportion de 7 à 10 fois ce qu’ils étaient, au cours de la dernière décennie. La Russie est toujours un peu dépenaillée, mais elle est en bonne voie. Poutine veut poursuivre cette modernisation.

Pour ce qui est de l’Ukraine et des autres États ex-soviétiques, Poutine préférerait qu’ils gardent leur indépendance, qu’ils soient amicaux et qu’ils oeuvrent à leur aise vers une intégration à la manière de l’Union Européenne. Il ne rêve pas d’un nouvel empire. Il rejetterait même cette possibilité qui ne pourrait que retarder ses plans de modernisation.

Si les sinistres néo-cons ne lui avaient pas forcé la main en expulsant le président légitimement élu de l’Ukraine et en y installant leurs fantoches, le monde aurait pu jouir d’une longue période de paix. Mais dans ce cas, l’alliance militaire occidentale sous la houlette des États-Unis serait tombée en désuétude, l’industrie des armes US se serait mise à péricliter et l’hégémonie US à s’évaporer. La paix ne vaut rien pour le complexe militaro-industriel des États-Unis ni pour la machine médiatique à fabriquer de l’hégémonie. C’est pourquoi rêver à la paix de notre vivant a toutes les chances de rester un rêve.

Que va faire Poutine ?

Poutine va éviter aussi longtemps que possible d’envoyer des troupes en Ukraine. Il devra protéger les deux provinces éclatées, mais c’est une chose qui peut se faire à distance, à la manière dont les USA soutiennent les rebelles en Syrie par exemple. Sauf si un bain de sang à large échelle se produit, les troupes russes se contenteront de rester, vigilantes, aux frontières et d’y tenir en respect la Garde Noire et autres forces offensives du régime.

Poutine essayera d’arriver à un accord avec l’Ouest sur un partage d’autorité, d’influence et d’engagement économiques vis-à-vis de l’état failli. Cela peut se faire par la fédéralisation ou au moyen d’un gouvernement de coalition, voire même par la partition. Les provinces russophones de Novorossie sont celles de Kharkov (industrie), de Nikolaev (chantiers navals), d’Odessa (port), de Donetsk et de Lugansk (mines et industrie), de Dniepropetrovsk (missiles et haute technologie), de Zaporozhe (acier), de Kherson (eau pour la Crimée et chantiers navals) toutes établies, construites et peuplées par des Russes. Elles pourraient se détacher de l’Ukraine et former une Novorossie indépendante, un état de taille moyenne, mais quand même plus grand que certains États voisins. Cet État pourrait rejoindre l’union formée par la Russie et le Bélarus, et/ou s’associer à l’union douanière conduite par la Russie. Ce qui resterait de l’Ukraine – une sorte d’état croupion – pourrait se débrouiller comme bon lui semblerait, jusqu’à ce qu’elle décide de se joindre ou non à ses sœurs slaves de l’Est. Un tel arrangement pourrait produire deux États cohérents et homogènes.

Une autre possibilité (beaucoup moins susceptible de se concrétiser en ce moment) serait une division en trois parties de l’Ukraine en faillite : la Novorossie , l’Ukraine proprement dite et la Galicie-& -Volyn. Dans ce cas de figure, la Novorossie serait fortement pro-russe, l’Ukraine serait neutre et la Galicie fortement pro-occidentale.

L’Union Européenne pourrait accepter cette solution, mais les États-Unis ne seraient sûrement pas d’accord sur un partage des pouvoirs en Ukraine. Dans le bras-de-fer qui se profile, quelqu’un vaincra. Si l’U.E. et les USA tirent dans des directions différentes, ce sera la Russie. Si la Russie accepte un positionnement pro-occidental d’à peu près toute l’Ukraine, les USA gagneront. Le bras-de-fer pourrait aussi déraper et provoquer une guerre totale, avec beaucoup de participants et un usage probable d’armes nucléaires. C’est un « jeu de la poule mouillée » où celui qui a les nerfs les plus solides et le moins d’imagination restera sur ses positions jusqu’à l’ultime seconde.

Le pour et le contre

Il est trop tôt pour prédire qui gagnera dans la confrontation qui vient. Pour le président de Russie, il est extrêmement tentant de s’emparer de toute l’Ukraine ou au moins la Novorossie, mais ce n’est pas chose facile, et cela provoquerait beaucoup d’hostilité de la part des puissances occidentales.

Si elle récupérait l’Ukraine, la Russie serait enfin totalement remise de sa déchéance de 1991, sa force serait doublée, sa sécurité assurée et un grave danger serait écarté. La Russie redeviendrait grande. Les populations vénèreraient Poutine comme le restaurateur de la Patrie.

Toutefois, les efforts russes pour donner l’image d’un pays moderne, pacifique et progressiste seraient réduits à néant ; la Russie serait perçue comme un agresseur et mise au ban des organismes internationaux. Les sanctions vont mordre ; les importations de hautes technologies peuvent être mises sous embargo comme au temps de l’Union soviétique. Les élites russes répugnent à compromettre leur bonne vie. L’armée russe n’a commencé que tout récemment sa modernisation et n’est pas enthousiaste à l’idée de combattre pour l’instant – ne pourra pas l’être avant une bonne dizaine d’années sans doute – mais si elle se sent acculée, si l’OTAN pénètre en Ukraine de l’Est, elle se battra.

Certains politiciens russes et observateurs étrangers pensent que l’Ukraine est un cas désespéré. D’après eux, ses problèmes seraient trop importants pour pouvoir être résolus. Cette estimation a un arrière-goût de raisins trop verts, mais elle est très répandue. Une nouvelle voix intéressante sur le web, le Saker, est de cet avis. « Que l’Union Européenne et les USA s’y collent pour soutenir l’Ukraine, puisqu’ils la veulent. Les Ukrainiens reviendront vers Mère Russie quand ils auront assez faim » dit-il. Le problème, c’est qu’on ne leur permettra pas de changer d’avis. La junte ne s’est pas violemment emparée du pouvoir pour se le laisser reprendre par les urnes.
http://vineyardsaker.blogspot.be/

Par ailleurs, l’Ukraine n’est pas en aussi mauvais état que certains le disent. L’Ukraine peut atteindre le niveau de développement de la Russie très rapidement… en s’unissant à la Russie. Livrée au Conseil de l’Europe, au FMI et à l’OTAN, elle deviendra un cas désespéré, si elle ne l’est pas déjà. Il en va de même pour tous les États d’Europe de l’Est ex-soviétiques : ils peuvent prospérer modestement avec la Russie, comme le font le Belarus et la Finlande, ou se dépeupler et souffrir du chômage et de la pauvreté avec le reste de l’Europe et l’OTAN, contre la Russie, voir la Lettonie, la Hongrie, la Moldavie, la Géorgie. C’est de l’intérêt de l’Ukraine de rejoindre la Russie dans un cadre adéquat. Les Ukrainiens l’ont compris, c’est pourquoi on ne leur permettra pas d’avoir des élections démocratiques.

La Novorossie en ébullition a la possibilité de changer la donne. Si les troupes russes n’entrent pas dans le pays, les insurgés novorossiens peuvent repousser l’offensive de Kiev et entamer une contre-offensive pour reconquérir le reste du pays, en dépit des conseils de modération de Poutine. Alors, dans une guerre civile à part entière, l’Ukraine forgera son destin.

Sur un plan personnel, Poutine est confronté à un choix difficile. Les nationalistes russes ne le lui pardonneront jamais, s’il abandonne l’Ukraine sans combattre. Les États-Unis et l’Europe menacent la vie même du président russe : leurs sanctions, en frappant de plus en plus ses proches et ses associés, les encouragent à se débarrasser de lui ou même à l’assassiner, pour et améliorer ensuite leurs propres relations avec l’Occident. La guerre peut éclater à tout instant comme cela s’est produit par deux fois au cours du siècle passé, bien que la Russie ait tout fait pour l’éviter les deux fois. Poutine essaie d’au moins la différer le plus longtemps possible, mais pas à n’importe quel prix.

Le choix qu’il doit faire n’est pas facile. Tandis que la Russie se tâte et que les USA multiplient les risques, le monde se rapproche de l’abîme nucléaire. Qui se dégonflera ?

Israël Shamir

 

Article original en anglais :

novorussiya-v1Ukraine in Turmoil. War May Come at any Time, 17 mai 2014

Traduction : CL et MP pour Les Grosses Orchades

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Propagande anti-islamique de choc à Washington

mai 22nd, 2014 by Gilles Munier

A Washington, des bus urbains circulent avec sur leur flanc la photo d’Adolphe Hitler en compagnie de Hadj Amin al-Husseini -grand mufti de Jérusalem - et le texte suivant : « La haine islamique des juifs: c’est dans le Coran », « Deux tiers de toute l’aide américaine vont à des pays islamiques. Arrêtez le racisme. Stoppez l’aide aux pays islamiques. » (1)…

Cette campagne de propagande, d’une durée de deux mois, est organisée par Pamela Geller, une activiste pro-israélienne qui s’est fait connaître comme « blogueuse islamophobe » en s’opposant à la construction contre la « Mosquée Ground Zero », c’est-à-dire de la « Maison de Cordoue », un centre culturel musulman érigé - avec le soutien de Barack Obama - près des tours du World Trade Center.

Ce qu’oublie de dire Pamela Geller, c’est que Hadj Amin Al-Husseini n’était pas le seul au Proche-Orient à appeler Adolphe Hitler à l’aide contre les Britanniques, le groupe terroriste Stern aussi, et parmi ses dirigeants Yitzhak Shamir, futur Premier ministre d’Israël, interné en 1941 pour « collaboration avec les nazis » (2).

A la tête de l’American Freedom Initiative, Pamela Geller mène une campagne forcenée contre « l’islamisation de l’Amérique » (moins de 1% de la population des Etats-Unis !) et le prophète Muhammad, en relation avec les milieux pro-israéliens les plus extrémistes. En mai 2008, dans une tribune publiée parArutz Sheva - site proche des colons des territoires occupés- elle incitait le gouvernement israélien à répliquer avec une bombe MOAB – bombe à effet de souffle de 9,5 tonnes, affublée d’un nom d’inspiration biblique - pour chaque roquette tirée en direction d’Israël (3).

Gilles Munier

(1) http://pamelageller.com/wp-content/uploads/2014/03/Pro-Israel-AFDI-DC-revise-copy.jpg

(2) Les espions de l’or noir, par Gilles Munier (Ed. Encre d’Orient, Paris, 2011)

(3) Indomitable Israel

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Crime à Odessa

mai 22nd, 2014 by Thierry Meyssan

Que s’est-il vraiment passé dans la Maison des syndicats d’Odessa, le 2 mai 2014 ? Pour les nouvelles autorités de Kiev, un affrontement entre anti et pro-Russes a dégénéré et 38 personnes sont mortes dans un incendie. Mais les images disponibles (photos et vidéos) laissent entendre une toute autre histoire.


Selon les agences de presse des États membres de l’Otan, des supporters du Metalist (pro-Kiev) et d’autres du Tchornomorets (pro-Russes) se sont affrontés en marge d’un match du championnat national de football, le vendredi 2 mai 2014, à Odessa. Les partisans du Tchornomorets se sont repliés dans la Maison des syndicats d’où certains d’entre eux auraient tiré sur ceux du Metalist. En définitive, un incendie, probablement déclenché par l’usage par les deux camps de cocktails Molotov a ravagé l’immeuble, faisant une quarantaine de morts [1].

Immédiatement, Moscou a déconnecté le match de football de l’incendie de la Maison des syndicats. Le ministère des Affaires étrangères a vivement dénoncé la responsabilité des autorités de Kiev et de Pravy Sektor, sans pour autant contester le bilan humain officiel [2].

Il n’y a aucune image d’affrontement entre supporters de Metalist et de Tchornomorets, ni de la fuite de ces derniers dans la Maison des syndicats. Dans le reportage précédent d’Euronews, on ne voit que les pro-Kiev caillassant la police.

Cependant, la version occidentale est contestée depuis. Selon certains sites ukrainiens, si des hooligans favorables aux putschistes de Kiev ont bien affronté les forces de l’ordre en marge du match et ont bien tabassé des fédéralistes, il n’y a pas eu de bataille rangée entre les deux groupes.

La Maison des syndicats était le quartier général des fédéralistes depuis plusieurs semaines. En fin de journée, les partisans des putschistes de Kiev l’ont attaquée. Après avoir brûlé des tentes sur la place, ils ont assiégé la Maison et ont, durant une vingtaine de minutes, lancé des cocktails Molotov sur la façade.

En définitive un incendie s’est déclaré à deux endroits différents du bâtiment, au rez-de-chaussée et au second étage. La fumée ne s’est propagée aux étages supérieurs que dans les cages d’escalier.

La foule était partagée entre ceux qui voulaient porter secours aux gens prisonniers à l’intérieur et la majorité qui jubilait. Certains filmaient leur mort comme un triomphe. Des gens sont tombés des étages supérieurs qui n’étaient pas en feu. Les pompiers ont fini par intervenir.

Lorsque les hooligans sont entrés dans le bâtiment, après l’intervention des pompiers, ils se sont heurtés à toutes sortes de portes closes qu’ils ont dû forcer. Ils ont alors découvert des cadavres. Ils ont eux-mêmes filmé leur découverte.

Les photos prises par les hooligans montrent des corps de personnes intoxiquées par les fumées, donc sans traces de brûlures. Mais la plupart des corps sont brûlés uniquement au visage et aux mains. Souvent d’autres parties des corps et des vêtements sont intactes, et il n’y a pas de trace d’incendie dans la pièce. Certains corps avaient été traînés sur le sol.

Tout laisse à penser qu’une équipe de tueurs les a exécutés à l’intérieur du bâtiment pendant que d’autres parties de la Maison brûlaient. Puis le crime semble avoir été maquillé en brûlant à l’essence les parties blessées.

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Cette version semble corroborée par le fait qu’à l’entrée des hooligans, plusieurs pièces avaient déjà été mises à sac.

Thierry Meyssan

Le 6 mai 2014

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L’armée thaïlandaise a organisé hier ce qui avait toutes les caractéristiques d’un coup d’Etat, sauf le nom. Aux premières heures de la matinée, alors que les soldats se déployaient dans Bangkok, le chef de l’armée, le général Prayuth Chan-ocha a décrété la loi martiale dans tout le pays et pris le contrôle de l’ensemble de l’appareil sécuritaire de l’Etat, y compris la police.

L’armée a stupidement déclaré que ses mesures n’étaient « pas un coup d’Etat » et n’avaient été prises que pour « préserver l’ordre public » au bout de six mois de crise politique aiguë à Bangkok. Les chefs militaires n’ont pas consulté le gouvernement, ils en ont dissout le comité de sécurité, se sont emparés des chaînes de télévision et se sont attribués de vastes pouvoirs pour censurer, arrêter, fouiller et interdire des rassemblements publics.

Interrogé sur le statut du gouvernement, le général Prayuth a plaisanté avec les journalistes : « Et où est-il ce gouvernement ? » Des sections clé des gros bonnets, tels les tribunaux, la bureaucratie d’Etat et la monarchie, se sont montrés sensibles aux protestations anti-gouvernementales organisées par le Comité thaïlandais de la réforme démocratique (PDRC) et le Parti démocrate de l’opposition, tout comme à leur demande de faire tomber le gouvernement élu de Pheu Thai.

Suite à une décision judiciaire qui a annulé les résultats de l’élection qui s’était tenue en février et que Pheu Thai avait remportée haut la main, le gouvernement pour sa part expédie les affaires courantes avec des pouvoirs limités. Le 7 mai, la Cour constitutionnelle a organisé ce qui correspondait à un coup d’Etat judiciaire, en destituant la première ministre Yingluck Shinawatra et neuf de ses ministres au motif de fausses accusations d’abus de pouvoir. Le gouvernement est confronté à d’autres défis émanant du Sénat et des tribunaux qui pourraient le faire chuter si l’armée ne prend pas d’abord directement le pouvoir.

Le gouvernement Obama soutient le coup d’Etat, tout comme il avait tacitement soutenu l’éviction de Yingluck. La porte-parole du Département d’Etat américain, Jen Psaki, a insisté pour dire que les actions de l’armée n’étaient pas un coup d’Etat et que la loi martiale « est prévue dans la constitution thaïe. » En fait, le général Prayuth a justifié ses actions non pas sur la base de la constitution de 2007 élaborée par l’armée, mais en faisant référence à une loi opaque centenaire datant de l’époque de la monarchie absolue en Thaïlande.

L’armée a de toute évidence défini ses projets en concertation avec Washington. L’assistant au secrétaire d’Etat américain pour l’Asie, Daniel Russel, avait séjourné le mois dernier à Bangkok pour rencontrer un « certain nombre de dirigeants et d’acteurs concernés » à propos de la crise politique dans le pays. Le gouvernement Obama considère la Thaïlande, et particulièrement son armée, comme un élément important de son « pivot vers l’Asie » qui vise à subordonner et à encercler militairement la Chine. Le Pentagone est en train de renforcer sa collaboration avec l’armée thaïe et cherche à accéder aux bases aériennes thaïes qui furent utilisées dans les années 1960 durant la guerre du Vietnam pour effectuer des bombardements de saturation.

Le coup d’Etat d’hier fait suite à huit années d’instabilité politique qui avait commencé avec le coup d’Etat militaire qui avait renversé le frère de Yingluck, Thaksin Shinawatra, premier ministre depuis 2006. Ces violentes querelles intestines au sein des élites dirigeantes ont leurs racines dans la crise financière asiatique de 1997-98 qui avait durement touché l’économie thaïe. Après avoir initialement soutenu le milliardaire des télécommunications Thaksin afin de contrer les exigences de mesures brutales de restructuration du Fonds monétaire international, les élites traditionnelles du pays, qui sont axées sur la monarchie, se sont retournées contre lui lorsque ses mesures économiques se sont mis à contrecarrer leurs intérêts commerciaux et leurs réseaux clientélistes. Elles furent tout particulièrement hostiles à son aumône populiste accordée aux pauvres du monde urbain et rural.

La principale cible du décret imposant la loi martiale n’est pas tant le gouvernement intérimaire pro Thaksin que la classe ouvrière et les masses rurales. Dans le contexte d’un ralentissement économique accru partout en Asie et d’une croissance négative en Thaïlande, le gouvernement, tout comme l’opposition, sont déterminés à imposer des mesures d’austérité, dont la réduction des concessions sociales limitées faites par Thaksin. Dans le même temps, toutes les sections de l’élite dirigeante craignent que les luttes politiques intestines au sommet de la hiérarchie ne mènent à un soulèvement social d’en bas.

Les deux factions de la bourgeoisie pro et anti-Thaksin avaient reculé sous le choc au moment où en 2010 les protestations combatives des « Chemises rouges » contre le gouvernement démocrate soutenu par l’armée avaient failli échapper à tout contrôle. Bien que théoriquement sous la direction du Front uni de la démocratie contre la dictature (UDD), les pauvres urbains et ruraux, qui constituaient l’épine dorsale des protestations, avaient commencé à avancer leurs propres revendications de classe. L’armée avait réagi par une répression brutale qui avait tué au moins 90 manifestants non armés en en blessant 1.500 autres.

L’ensemble de la classe dirigeante cherche désespérément à éviter une explosion sociale. Au cours de ces six derniers mois, le gouvernement et les dirigeants de l’UDD ont délibérément démobilisé leurs partisans des Chemises rouges. Ils étaient vivement préoccupés que la classe ouvrière industrielle, qui est rassemblée dans de vastes usines du centre et de la périphérie de Bangkok, ne se jette dans la mêlée.

Loin de condamner le décret de la loi martiale d’hier, le ministre de la Justice par intérim, Chaikasem Nitisiri, a dit aux médias : « Il est bon que l’armée s’occupe de la sécurité du pays. » Le dirigeant de l’UDD, Jatuporn Prompan, a déclaré que la loi martiale était « une bonne chose » et exhorté ses partisans à coopérer avec les soldats.

Cette capitulation veule ne fera qu’encourager les forces anti-gouvernementales à achever le processus de l’établissement d’une dictature soutenue par l’armée, en lançant un assaut de grande envergure contre le niveau de vie des masses et une répression impitoyable de toute résistance venant de la classe ouvrière.

Le soutien de Washington au démantèlement de la démocratie parlementaire par l’armée thaïe est un avertissement sévère pour les travailleurs et les jeunes dans la région entière. Dans leur renforcement militaire et leur préparation à la guerre contre la Chine, les Etats-Unis n’hésiteront pas à appuyer ou à mettre en place des gouvernements droitiers et autocratiques alignés sur Washington et prêts à recourir à des mesures d’Etat policier pour imposer un programme de militarisme et d’austérité.

Comme le spécifie la théorie de la Révolution permanente de Léon Trotsky, la bourgeoisie des pays connaissant un développement capitaliste arriéré est totalement incapable de satisfaire les besoins sociaux et les aspirations démocratiques des travailleurs. Dans toute la région, la démocratie de façade, usée jusqu’à la corde, de pays comme la Thaïlande, la Corée du Sud et l’Indonésie est en train de rapidement montrer son vrai visage.

 Peter Symonds

 

Article original, WSWS, paru le 21 mai 2014

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Alors que les violences meurtrières qui frappent le pays depuis février 2014 sont le fait de l’opposition, les médias occidentaux persistent à accuser le gouvernement démocratique de Nicolás Maduro.

Depuis 1998, l’opposition vénézuélienne a toujours rejeté les résultats des élections démocratiques, à une exception près : elle a reconnu la légitimité de sa victoire lors du référendum constitutionnel du 2 décembre 2007, remporté par un écart inférieur à 1%. Ainsi, la droite s’est résolument opposée aux gouvernements légitimes d’Hugo Chávez de 1999 à 2013 et de Nicolás Maduro depuis avril 2013. Tous les moyens ont été utilisés pour les renverser : coup d’Etat, assassinats politiques, sabotage pétrolier, guerre économique (depuis 1999), appels à la révolte et campagnes médiatiques de discrédit.

Depuis février 2014, le Venezuela est frappé par des violences meurtrières qui ont coûté la vie à plus de 40 personnes, dont cinq gendarmes et un procureur de la République. Plus de 600 personnes ont été blessées dont 150 policiers et les dégâts matériels dépassent les 10 milliards de dollars : bus brûlés, stations de métro saccagées, une université – la UNEFA – complètement ravagée par les flammes, des dizaines de tonnes de produits alimentaires à destination des supermarchés publics réduites en cendres, bâtiments publics et sièges ministériels pillés, installations électriques sabotées, centres médicaux dévastés, institutions électorales détruites, etc.[1].

Face à cette tentative de déstabilisation destinée à provoquer une rupture de l’ordre constitutionnel, les autorités vénézuéliennes ont apporté une réponse énergique en procédant à l’arrestation de plusieurs leaders de l’opposition ayant lancé des appels au soulèvement ou promu les actes de vandalisme, et de près d’un millier de personnes impliquées dans les violences[2]. Comme tout Etat de droit et dans le strict respect des garanties constitutionnelles, la justice vénézuélienne a mis les accusés en examen et a appliqué les sanctions prévues par le code pénal pour de tels actes[3].

Les médias occidentaux, qui ont pris fait et cause pour l’opposition putschiste et antidémocratique, ont dénoncé une atteinte aux droits humains. En même temps, ils omettent soigneusement de signaler les assassinats commis par les manifestants, les saisies d’armes et d’explosifs opérées par la police au sein de ces groupes présentés comme pacifiques[4], et les destructions de propriétés publiques et privées.

De fait, l’indignation médiatique est à géométrie variable et ne s’applique pas de manière universelle. En effet, la presse observe un silence surprenant lorsque les pays occidentaux prennent des mesures bien plus draconiennes pour des troubles bien moins graves que ceux qui frappent le Venezuela.

Le cas de la France est révélateur. Le 27 octobre 2005, des émeutes urbaines ont éclaté dans les quartiers populaires de Paris et des grandes villes du pays, suite à la mort accidentelle de deux adolescents poursuivis par la police. L’ampleur de ces violences – qui n’avait pas fait un seul mort – était moindre que celles qui ont frappé le Venezuela lors de ces dernières semaines.

Pourtant, dès le 8 novembre 2005, le Président Jacques Chirac a décidé de déclarer l’état d’urgence dans tout le pays et d’instaurer un couvre-feu par le décret 2005-1386, pendant plusieurs mois, appliquant ainsi la loi du 3 avril 1955 adoptée pendant…la guerre d’Algérie. Cette législation, qui n’avait pas été utilisée depuis 1961, suspend les garanties constitutionnelles et porte gravement atteinte aux libertés publiques car elle permet « d’interdire la circulation des personnes », « d’instituer des zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est réglementé » et de prononcer une « assignation à résidence dans une circonscription territoriale ou une localité déterminée de toute personne résidant dans la zone fixée par le décret[5] ».

De la même manière, « le ministre de l’intérieur, pour l’ensemble du territoire où est institué l’état d’urgence, et le préfet, dans le département, peuvent ordonner la fermeture provisoire des salles de spectacles, débits de boissons et lieux de réunion de toute nature dans les zones déterminées par le décret prévu à l’article 2. Peuvent être également interdites, à titre général ou particulier, les réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre[6] ».

La loi du 3 avril 1955 confère « aux autorités administratives visées à l’article 8 le pouvoir d’ordonner des perquisitions à domicile de jour et de nuit » et habilite « les mêmes autorités à prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ainsi que celui des émissions radiophoniques, des projections cinématographiques et des représentations théâtrales[7] ».

Cette législation donne le pouvoir à la justice militaire de se substituer à la justice civile. Ainsi, elle « peut autoriser la juridiction militaire à se saisir de crimes, ainsi que des délits qui leur sont connexes, relevant de la cour d’assises de ce département », au détriment de la juridiction de droit commun[8].

Pour justifier de telles mesures qui contreviennent à la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), Paris avait évoqué l’article 15 de la CEDH qui autorise « en cas de guerre ou de danger public menaçant la vie de la nation » de déroger aux obligations auxquelles la France avait souscrites[9].

A aucun moment, le Venezuela – pourtant frappé par des violences bien plus graves que celles de 2005 en France – n’a instauré l’état d’urgence, n’a suspendu les garanties constitutionnelles, n’a porté atteinte aux libertés publiques ou n’a imposé la justice militaire au détriment de la justice civile.

Un exemple plus récent est également illustratif. Suite aux émeutes survenues dans la ville d’Amiens le 14 août 2012, qui avaient causé des dégâts d’ordre matériel (une école et plusieurs bâtiments publics incendiés) et blessé 17 policiers, la justice française a lourdement sanctionné les auteurs de ces forfaits. Six personnes ont été condamnées à des peines allant de un an à cinq ans de prison ferme[10]. Le tribunal pour enfants d’Amiens a même condamné cinq jeunes adolescents alors âgés de 14 ans à 17 ans à des peines allant jusqu’à 30 mois d’emprisonnement[11].

Il serait aisé de multiplier les exemples. Lorsque la police de New York a arbitrairement détenu plus de 700 manifestants pacifiques qui ont été victimes de brutalités de la part des forces de l’ordre, les médias occidentaux se sont bien gardés d’accuser le gouvernement de Barack Obama de violer les droits de l’homme[12].

De la même manière, lorsque la police brésilienne a violemment réprimé des manifestants pacifiques à Sao Paulo, procédant à l’arrestation de 262 personnes en une journée, agressant plusieurs journalistes par la même occasion, les médias n’ont pas remis en cause, à juste titre, la légitimité démocratique de la présidente Dilma Roussef[13].

Les médias occidentaux sont incapables de faire preuve d’impartialité dès lors qu’il s’agit de retranscrire la complexe réalité vénézuélienne. La charte de déontologie journalistique est systématiquement bafouée par une presse qui refuse de remplir son devoir de vérité informationnelle et préfère défendre un agenda politique bien précis, lequel va à l’encontre des principes élémentaires de la démocratie et de la volonté du peuple vénézuélien exprimée à maintes reprises dans les urnes.

Salim Lamrani

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité (Paris, Editions Estrella, 2013) et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

Contact : [email protected]

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 



[1] Agencia Venezolana de Noticias, « Violencia derechista en Venezuela destruye 12 centros de atención médica y electoral”, 27 mars 2014.

[2] Salim Lamrani, « Se a oposiçao venezuelana fosse francesa… », Opera Mundi, 11 avril 2014. http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/34786/se+a+oposicao+venezuelana+fosse+francesa%85.shtml (site consulté le 20 mai 2014).

[3] EFE, « Lilian Tintori expone el caso de Leopoldo López ante autoridades españolas”, 18 mai 2014.

[4] Paulo A. Paranagua, « Leopoldo Lopez, prisonnier politique numéro un du président vénézuélien Maduro », Le Monde, 22 avril 2014. http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/04/22/leopoldo-lopez-prisonnier-politique-numero-un-du-president-venezuelien-maduro_4405213_3222.html?xtmc=venezuela&xtcr=5 (site consulté le 20 mai 2014).

[5] Loi n°55-385 du 3 avril 1955 relatif à l’état d’urgence. http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000695350 (site consulté le 20 mai 2014).

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Convention européenne des droits de l’homme, article 15. http://www.echr.coe.int/Documents/Convention_FRA.pdf (site consulté le 20 mai 2014).

[10] Le Monde, « Emeutes d’Amiens : jusqu’à cinq ans de prison ferme pour les violences », 16 mai 2014. http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/05/16/emeutes-d-amiens-jusqu-a-cinq-ans-de-prison-ferme-pour-les-violences_4420337_3224.html (site consulté le 17 mai 2014).

[11] Le Monde, « Emeutes d’Amiens : jusqu’à 2 ans de prison ferme des mineurs », 13 mai 2014. http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/05/13/emeutes-d-amiens-jusqu-a-deux-ans-de-prison-ferme-pour-des-mineurs_4416169_3224.html (site consulté le 17 mai 2014).

[12] Sandro Pozzi, « La policía detiene a 700 indignados por ocupar el puente de Brooklyn”, El País, 2 octobre 2011.

[13] María Martin, « Ativistas denunciam brutalidade policial durante o ato contra a Copa de São Paulo”, El País, 14 février 2014. http://brasil.elpais.com/brasil/2014/02/23/politica/1393194512_885141.html (site consulté le 17 mai 2014).

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L’Ukraine : Le jeu de l’attente

mai 21st, 2014 by Pepe Escobar

Tout ce que l’on a besoin de savoir sur des élites politiques médiocres supposées représenter les « valeurs » de la civilisation occidentale a été mis à nu par leur réaction aux referendums de Donetsk et de Lugansk.

Les référendums ont peut être été un sujet de dernière minute ; organisés hâtivement ; au milieu d’une guerre civile de facto ; et par-dessus le marché, sous la menace de fusils – fournis par la junte néofasciste-néolibérale de Kiev -Otan, même qui est même parvenue à tuer quelques électeurs à Mariupol. Un processus imparfait ? Oui. Mais absolument parfait dans les termes de montrer graphiquement un mouvement de masses en faveur de l’autodétermination et l’indépendance politique face à Kiev.

Cela était la démocratie directe en action ; ce n’est pas surprenant que le Département d’État US l’ait détesté avec autant de démesure. [1]]

La participation a été forte. La victoire écrasante par l’autodétermination a été indiscutable. La même chose vaut pour la transparence : un vote public, dans des urnes en verre, sous la surveillance des journalistes occidentaux – surtout de grands médias allemands, mais aussi par l’Agence Kyodo et le Washington Post.

Ce qui devait avoir lieu une fois que la République Populaire Donetsk se soit proclamée État souverain, et ait demandé à Moscou de considérer son accession, n’est pas une sécession, ni une guerre civile immédiate, mais une négociation.

Ceci est évident par la réaction officielle pondérée du Kremlin : « Moscou respecte la volonté du peuple à Donetsk et Lugansk et espère que la réalisation concrète du résultat des referendums aura lieu de façon civilisée ».

Le ton prudent transparait aussi quand le Kremlin prie instamment l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) de servir d’intermédiaire dans la négociation.

Une fois encore, il y a des preuves concrètes que la junte néofasciste-néolibérale de l’OTAN ne veut rien négocier. Le ridicule Président « intérimaire » Oleksandr Turchynov a qualifié l’exercice de démocratie directe de « farce que les terroristes nomment référendum » ; et Washington et Bruxelles l’ont déclaré « illégal ».

Et tout cela après le massacre de l’Odessa ; après le déploiement de paramilitaires néonazis déguisés en « Garde nationale » (les tueurs que les grands médias de l’EU appellent « nationalistes ukrainiens ») ; des douzaines d’agents de la CIA et du FBI sur le terrain ; plus 300 mercenaires de l’inévitable Academi – ex-Blackwater-. Quelle autre chose pouvait on attendre quand l’actuel Secrétaire ukrainien de la Sécurité nationale est le néonazi Andriy Parubiy, ex-commandant des « forces d’auto-défense de Maidan » et animateur [du mouvement] du collabo-nazi de la Deuxième Guerre mondiale, de Stepan Bandera.

Banderastán – avec son remix d’escadrons de la mort dans le style de l’Amérique centrale des années quatre-vingt – ne fait pas de referendums ; ils préfèrent brûler jusqu’à la mort ces « insectes » civils ethniquement russes qui osent occuper des édifices.

Par conséquent ceci est le message clef des référendums : Nous repoussons la junte néofasciste-néolibérale de Kiev. C’est un « gouvernement » illégal de putschistes. Nous ne sommes pas des séparatistes « prorusses ». Nous ne voulons pas nous émanciper. Ce que nous voulons, c’est une Ukraine unie, fédérale et civilisée, avec de fortes provinces autonomes.

Quelqu’un veut-il R2P ?

L’Empire du Chaos veut : quoi d’ autre ? – que du chaos. Précisément l’Empire du Chaos appuie maintenant ouvertement « le déploiement d’une armée contre sa propre population » ; cela était strictement interdit – puni par des bombes de l’OTAN ou par un jihad facilité par l’OTAN – en Libye et en Syrie, mais maintenant c’est la nouvelle situation normale en Ukraine.

En Libye et en Syrie – ils ont essayé trois fois à l’ONU – c’était le prétexte phare pour R2P (« responsibility to protect » = « responsabilité de protéger »). Mais en Ukraine les « terroristes » – selon la terminologie de Bush fils – c’est la population, et les bons sont les milices néonazies de Kiev. L’ambassadrice à l’ONU et principale animatrice de R2P, Samantha Power, a dépassé tous ses précédents niveaux de délires verbaux quand elle a présenté l’attaque de la junte contre des civils, comme « raisonnable » et « proportionnelle », en ajoutant que « n’importe lequel de nos pays » aurait fait de même devant une menace semblable.

Pour sa part Berlin veut, manifestement, suivre le chemin diplomatique, bien qu’il existe une division claire entre les atlantistes durs et les capitaines allemands de l’industrie – ceux qui ont clairement identifié que Washington veut détruire sans aucun type de restrictions la synergie économique russo-allemande. Le jeu de l’Empire du Chaos est d’ériger un mur entre eux, qui se traduit dans la pratique par une « invasion » russe. Il est vrai que Moscou pourrait essayer un mauvais tour à la manière de Samantha et invoquer R2P pour protéger les russes et les russophones en Ukraine. Mais le champion d’échecs Poutine sait mieux qu’inventer qu’un nouvel Afghanistan sur ses terres frontalières occidentales.

Pour Berlin tout ce que lui importe c’est l’économie. L’Allemagne va progresser de 1,9 % dans le meilleur des cas en 2014. Avec 6 200 entreprises allemandes en Russie et plus de 300 000 postes de travail allemands qui dépendent du flux commercial bilatéral, les sanctions dans le style US sont pires que contre-indiqués, bien que la russophobie et l’hystérie de la Guerre Froide 2.0 demeurent effrénées

Paris, par exemple, voit bien ce se trame. Le contrat pour 1 660 million de dollars de la vente de 2 porte hélicoptères de la classe Mistral avec la Russie continuera, puisque les diplomates à Paris ont admis que son annulation – en termes de pénalités et d’emplois perdus – affecterait beaucoup plus la France que la Russie.

Il y a plus d’un mois, le 10 avril, Poutine a envoyé une lettre décisive aux 18 chefs d’État (cinq d’entre eux en dehors de l’UE) dont les pays importent du gaz russe à travers l’Ukraine. Il a été plus qu’explicite ; Moscou ne peut pas seule continuer à financer l’économie ukrainienne sur le point d’entrer en défaut de paiement. Entre une ristourne derrière l’autre et l’échec d’une pénalité après l’autre, depuis 2009 Moscou a subventionné Kiev par un étonnant 35,4 milliards de dollars. Les Européens, a écrit Poutine, auront eux aussi à prendre en charger la situation.

Cette nullité spectaculaire, le président sortant de la Commission Européenne (CE), Jose Manuel Barroso, bien qu’il soit d’accord qu’un dialogue est nécessaire, a répondu que la nouvelle règle de Gazprom qui permet que le gaz coule en Ukraine seulement s’il est payé d’avance était « inquiétante ». Comme si un géant européen de l’énergie acceptait avec plaisir des ardoises.

Une Ukraine neutre, finlandisée, mettrait fin d’un coup à la crise actuelle. Il faut seulement attendre que la junte neofascisté-néolibérale fasse faillite, et gèle à mourir.

Pepe Escobar

Article original en anglais : Ukraine: The waiting game, Asia Times, 15 mai 2014.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par  : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 18 mai 2014.

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.

Notes

[1] [Ver «  On the Illegal Referenda in Eastern Ukraine  ». U.S. Departement of State (Diplomacy in action), 10 de mayo de 2014.

 

Pepe Escobar est un journaliste.

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Des responsables du Département américain de la Justice ont annoncé lundi matin lors d’une conférence de presse qu’un grand jury fédéral avait inculpé cinq officiers de l’Armée populaire de Libération chinoise pour piratage informatique, espionnage économique et d’autres chefs d’accusation.

L’inculpation est sans précédent dans le droit international étant donné qu’il vise à criminaliser des actions qui auraient été commises non pas par des pirates isolés ou des individus « voyous » (« rogue ») mais par des officiers servant dans les forces armées d’un grand pays. Le but calculé est de provoquer une confrontation entre les gouvernements américain et chinois.

« Ces accusations sont les toutes premières jamais portées contre des acteurs étatiques connus pour avoir infiltré des objectifs commerciaux par des moyens cybernétiques, » a dit lors d’un point de presse le procureur général Eric Holder en soulignant que le gouvernement Obama entreprenait une massive escalade de sa politique anti-chinoise. « La diversité des secrets commerciaux et autres renseignements commerciaux sensibles volés dans le cas précis est considérable et exige une réaction agressive. »

Les cinq hommes, cités comme étant Wang Dong, Sun Kailiang, Wen Xinyu, Huang Zhenyu, et Gu Chunhui, seraient des officiers de l’unité 61398 du Troisième département de l’Armée populaire de Libération chinoise, basée à Shanghai. Chacun d’entre eux est confronté à 31 chefs d’accusation de crimes informatiques et économiques. Même si aucun d’entre eux ne se trouve en garde à vue aux Etats-Unis, les accusations entraîneraient de lourdes peines de prison.

Les cibles présumées de cet espionnage informatique comprennent Westinghouse Electric Co., United States Steel, Alcoa Inc., Allegheny Technologies Inc. (ATI), des filiales américaines de SolarWorld AG, et le syndicat des métallos United Steel Workers (USW). Ce syndicat représente un certain nombre de travailleurs de ces entreprises.

Westinghouse est le principal constructeur américain de centrales nucléaires et a construit quatre installations du genre en Chine entre 2010 et 2011. Les autres entreprises ont soit conclu durant cette période des accords de fabrication avec des entreprises chinoises, soit étaient impliquées dans un litige commercial, comme l’USW. Les officiers chinois auraient recouru à des techniques de la cyberguerre dans le but d’accéder à des courriels internes et d’autres documents confidentiels dans chacune des six organisations.

L’inculpation fait preuve d’un cynisme monumental. Les révélations publiées par l’ancien agent de la National Security Agency (NSA), Edward Snowden, qui ont débuté il y a presque exactement un an, ont montré que le gouvernement américain est de loin le plus grand pirate informatique du monde avec des dizaines de milliers d’employés et des dizaines de milliards de dollars alloués à l’accès aux systèmes informatiques dans le monde entier, dérobant des courriels, des SMS, les métadonnées, des carnets d’adresses et autres formes de données électroniques.

Le gouvernement américain récupère le contenu de la voix, des textes et des courriels électroniques de quasi tout le monde sur la planète. Il a organisé l’accès, par un moyen détourné, aux activités commerciales des fournisseurs de services sur Internet et de fournisseurs de services de messagerie comme Google, Microsoft et Yahoo en contournant leurs dispositifs de sécurité et de cryptage et en effectuant une surveillance illégale de leurs clients. Il a pénétré par effraction dans les serveurs web des entreprises soit électroniquement soit physiquement pour y installer des dispositifs de surveillance.

La NSA place tout particulièrement sous surveillance des entreprises stratégiques comme Huawei, le fabricant de serveurs et de routeurs, en vue d’utiliser les appareils d’Huawei comme moyen d’espionner les clients de la société, les entreprises et les gouvernements de par l’Asie, l’Afrique, l’Amérique latine et l’Europe.

Les réseaux de télévision américains ont accordé une importance considérable aux inculpations lors de leurs émissions de lundi soir, sans faire la moindre allusion aux contradictions grotesques dans l’action du gouvernement américain. L’on peut facilement s’imaginer quelle serait la réaction de Washington et des médias américains, si la Chine avait inculpé pour espionnage, piratage ou vol d’information, le directeur de la NSA, Keith Alexander, qui a récemment pris sa retraite ou son successeur, le vice-amiral Michael Rogers.

Le président Obama a reconnu l’échelle quasi universelle de la surveillance électronique américaine et a refusé de discuter d’accords de « non espionnage » même avec des alliés proches des Etats-Unis comme la chancelière allemande Angela Merkel dont la NSA avait mis sur écoute le téléphone portable pendant plus d’une décennie.

Lors de la conférence de presse d’hier, Holder a tenté de justifier l’inculpation de la Chine pour des actions qui font pâle figure comparées à celles commises par l’immense appareil de renseignement américain. L’espionnage des entreprises américaines « est une tactique que le gouvernement américain dénonce catégoriquement, » a dit Holder. « Comme le président Obama l’a dit à plusieurs reprises, nous ne recueillons pas de renseignement pour donner un avantage compétitif aux entreprises américaines ou aux secteurs commerciaux américains. »

Même si c’était vrai, et il n’y a aucune raison de le croire, la suggestion de Holder que l’espionnage en vue d’un avantage compétitif pour les entreprises est pire que l’espionnage pour des raisons de « sécurité nationale » est totalement absurde. Du reste, dans la phrase suivante, il a admis que les deux étaient inextricablement liés en déclarant, « Notre sécurité économique et notre capacité de jouir d’une concurrence équitable sur le marché mondial sont directement liées à notre sécurité nationale. »

En effet, l’inculpation est une déclaration de Washington que tous les autres pays vont être jugés selon un critère (et jugés par les Etats-Unis) tandis que le gouvernement américain se trouve au-dessus des lois.

Holder est déjà tristement célèbre pour sa déclaration de l’année dernière selon laquelle le président des Etats-Unis a le droit d’ordonner, au moyen de missiles tirés par des drones, l’assassinat de n’importe qui sur la planète, sans voie de recours judiciaire et indépendamment du droit international.

Même la presse américaine complaisante a admis que l’inculpation de cinq officiers de l’APL était truffée de contradictions.

Le New York Times a fait remarquer que « Les Etats-Unis espionnent régulièrement en vue d’un avantage économique lorsqu’il s’agit de soutenir des négociations commerciales ; lorsque les Etats-Unis tentaient de parvenir à un accord avec le Japon dans les années 1990, ils avaient mis sur écoute la voiture du négociateur japonais. L’on estime généralement aussi qu’ils ont recours aux services secrets pour appuyer les grandes négociations commerciales qui se déroulent actuellement avec des partenaires européens et asiatiques. »

Le Washington Post a écrit que les révélations de Snowden sapaient la campagne américaine menée contre l’allégation d’espionnage informatique chinois : « Beijing a fait état des révélations de Snowden concernant les vastes activités de surveillance de la NSA, dont l’espionnage des entreprises chinoises, pour affirmer que les Etats-Unis sont le plus grand agresseur de la région. »

Le battage médiatique autour des inculpations d’espionnage fait partie d’une campagne grandissante de provocations politiques, diplomatiques et militaires américaines contre la Chine qui a été commencé par Obama en 2011 lors de sa déclaration concernant le « pivot » vers l’Asie. Il avait annoncé que les Etats-Unis commenceraient à faire venir le gros de leurs forces militaires dans cette région, modifiant ainsi leur orientation après plus d’une décennie de guerre au Moyen-Orient.

Au cours de ces six derniers mois, la campagne anti-chinoise s’est intensifiée. Washington a encouragé les voisins de la Chine, dont le Japon, les Philippines et le Vietnam, à faire valoir plus agressivement leurs revendications au sujet de petites îles inhabitées situées en Mer de Chine orientale et en Mer de Chine méridionale.

Le mois dernier, le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a effectué son quatrième voyage dans la région depuis son entrée en fonction il y a un an, harcelant la Chine de menaces selon lesquelles les Etats-Unis soutiendraient le Japon militairement en cas de conflit à propos des îles contestées de Senkaku/Diaoyu.

Peu de temps après, le président Obama a effectué un voyage similaire avec une escale au Japon, en Corée du Sud, en Malaisie et aux Philippines où il a signé un accord accordant aux Etats-Unis un accès militaire quasi illimité aux installations existant dans le pays.

Des responsables américains ont fait fuiter un récit détaillé des options militaires renforcées contre la Chine en vue de publication dans le Wall Street Journal. Les mesures prévoient des vols de bombardiers B-52 le long de la côte chinoise, des manœuvres navales juste au large des eaux territoriales avec un groupe opérationnel aéronaval et des opérations de surveillance accrue.

Tandis que le gouvernement Obama et les médias américains représentent la Chine comme une puissance agressive et menaçante, le budget militaire américain reste près de cinq fois plus important, les bases américaines encerclent la côte pacifique chinoise tandis que l’arsenal américain d’ogives nucléaires et de missiles balistiques intercontinentaux éclipse les capacités nucléaires de la Chine.

Patrick Martin

Article original, WSWS, paru le 20 mai 2014

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L’horrible explosion d’une mine en Turquie, qui a coûté la vie à plus de 300 personnes, est le pire désastre minier de toute l’histoire du pays. La tragédie qui s’est abattue sur les proches des victimes aurait pu être entièrement évitée. Elle n’est pas le résultat d’un «accident inexplicable, mais la conséquence inévitable de la privatisation, de la négligence gouvernementale et du système capitaliste de profit, qui sacrifie la vie et la santé de millions de travailleurs industriels partout dans le monde à chaque année.

Les affirmations des propriétaires de la mine et des responsables gouvernementaux, incluant le ministre de l’Énergie, selon lesquelles la mine de Soma avait passé des tests d’inspections sur la sécurité ont été démenties par les mineurs qui ont survécu et leurs proches. Le frère d’un mineur a dit aux médias locaux que les inspections pour la sécurité étaient de simples formalités, «sur papier» seulement. Un autre mineur, Oktay Berrin, a dit à l’AFP: «Il n’y a pas de sécurité dans cette mine. Les syndicats ne sont que des marionnettes et nos gestionnaires ne pensent qu’à l’argent.»

Les problèmes de sécurité étaient bien connus. Il y a quelques semaines, des membres de l’opposition, inondés des plaintes de mineurs concernant les conditions de travail dangereuses, ont demandé une enquête qui a été rejetée par le Parti pour la justice et le développement (AKP) du premier ministre Erdogan. Le 29 avril, un député local de l’AKP a déclaré que les mines de la région de Soma étaient les plus sécuritaires du pays et a dit que les accidents étaient seulement dus à la «nature de la profession».

Erdogan a répété ce mensonge répugnant dans le cadre d’une déclaration publique prononcée sur le site du désastre plus tôt la semaine dernière. «C’est ce qui arrive dans les mines de charbon. Ce n’est pas possible de travailler sans qu’il y ait d’accident», a-t-il déclaré. Le premier ministre a poursuivi son discours en indiquant que des désastres similaires avaient eu lieu en Angleterre et aux États-Unis dans les années 1860, 1890 et au début des années 1900. «Ce genre de choses arrivent. Ce sont des accidents de travail.»

Les commentaires insensibles d’Erdogan en disent plus longs que ce que le premier ministre souhaitait. La «nouvelle norme» de l’industrie minière internationale au 21e siècle est un retour à des conditions de l’Angleterre victorienne et de celles qui existaient aux États-Unis à l’époque des barons de l’industrie comme Rockefeller lorsque le taux de mortalité des mineurs de charbon était plus élevé que celui des soldats américains lors de la Première Guerre mondiale.

Depuis les «réformes» d’Erdogan, appuyées par le FMI, en 2005 et 2010, qui ont permis aux compagnies privées d’obtenir des droits sur les ressources de charbon du pays, plus du tiers de l’extraction de charbon qui était auparavant fait par des compagnies d’État est maintenant faite par des sous-traitants privés. À la demande des marchés mondiaux des produits de base et des marchés boursiers, les nouveaux propriétaires ont coupé dans les dépenses, incluant celles liées à la sécurité, dans le but de faire augmenter les profits des investisseurs.

Il y a deux ans, dans le cadre d’une entrevue avec Hurriyet Daily, Alp Gurkan, le directeur exécutif de Soma Komur Isletmeleri, qui est propriétaire de la mine de Soma, s’est vanté que sa compagnie avait fait passer les coûts de l’extraction de charbon de 130$ la tonne à seulement 23,80$ la tonne depuis qu’elle loue la mine à Turkish Coal Enterprises, une compagnie d’État, à partir de 2005.

Les mineurs de Soma, qui gagnent 19$ par jour, ont dit à des médias que les conditions de sécurité avaient empiré depuis la privatisation et qu’ils pouvaient être immédiatement congédiés s’ils se plaignaient des conditions de travail ou qu’ils étaient blessés dans le cadre de leur travail. De plus, la présence d’un garçon de 15 ans parmi les victimes de la catastrophe est une autre indication du genre de conditions qui règnent. On ne sait pas combien d’enfants travaillaient dans la mine.

Les politiques de libre marché de l’AKP ont été mis en branle dans le cadre de la tentative de la Turquie de répondre aux demandes du FMI et d’entrer dans l’Union européenne. Ces mesures ont reçu les éloges du président américain Barack Obama. Parlant au nom du capital financier américain, son administration a présenté la Turquie comme un modèle pour le Moyen-Orient et d’autres pays en développement.

Dans son commentaire envoyé au site web de l’industrie, Engineering & Mining Journal, Kerim Sener, le directeur général de la londonienne Ariana Resources, qui détient des intérêts dans des mines d’or à l’ouest de la Turquie, s’est emballé: «Le potentiel minéral de la Turquie est incroyable. Ce pays a un avantage par rapport aux pays qui l’entourent et il est beaucoup plus stable et a un cadre beaucoup plus orienté vers l’Occident et le capitalisme. Cela a amené le secteur minier mondial à s’y intéresser encore plus et le pays s’est ouvert et les choses sont devenues généralement beaucoup plus faciles là-bas.»

Ces conditions ont produit les pires statistiques de sécurité du monde. Sans compter le désastre de Soma, il y aurait eu 1308 accidents mortels dans les mines depuis 2000. En moyenne, selon un rapport de la Fondation pour la recherche économique de Turquie (TEPAV), plus de sept mineurs meurent par million de tonnes de charbon extraite.

Les transformations en Turquie font partie d’un processus mondial et elles affectent autant les pays «en développement» que les pays capitalistes avancés. Le même jour que survenait l’explosion à Soma, deux mineurs dans l’État américain de la Virginie-Occidentale étaient tués après l’effondrement du plafond et des murs dans une mine. Cette mine avait un long passé de violations des règles de sécurité et était censée être étroitement surveillée par les inspecteurs fédéraux pour la sécurité des mines. La tragédie a eu lieu près de la mine Upper Big Branch, où 29 mineurs avaient perdu la vie lors d’une explosion due à la poussière de charbon en avril 2010.

Globalement, environ 12.000 mineurs sont tués chaque année en raison de l’effondrement de plafonds, d’explosions, de feux, d’inondations ou tout autre accident de surface. D’innombrables autres mineurs succombent à une mort lente en attrapant la pneumoconiose ou l’«asthme des mineurs». En Chine, selon les statistiques du gouvernement, 1049 personnes sont mortes l’année dernière lors d’accidents survenus dans des mines.

La compétition brutale pour atteindre des coûts de main-d’œuvre toujours plus bas est aussi à la base du massacre de Marikana en Afrique du Sud, survenu le 16 août 2012. Le gouvernement du Congrès national africain, appuyé et encouragé par le syndicat national des miniers, a tué 34 mineurs de platine afin de maintenir la réputation de l’Afrique du Sud en tant que réservoir de main-d’œuvre bon marché pour les compagnies minières mondiales.

Le désastre de Soma est un réquisitoire contre le système de profit. Dans leur quête insatiable de profit et de fortune personnelle, intensifiée après la crise économique mondiale de 2008, les classes dirigeantes partout dans le monde sont déterminées à retourner en arrière vers les conditions brutales d’exploitations, de travail des enfants et de carnage industriel qui prévalait dans les pays industrialisés il y a plus d’un siècle.

La seule alternative progressiste est la mobilisation industrielle et politique de la classe ouvrière pour mettre fin à la subordination de la vie des travailleurs au système de profit. Pour que la sécurité et le bien-être des mineurs et des autres travailleurs industriels passent avant le profit des entreprises mondiales, les secteurs miniers, bancaires et les autres industries majeures doivent être retirés des mains de leurs propriétaires capitalistes et mis sous le contrôle des producteurs du monde, la classe ouvrière.

 Jerry White

Article original, WSWS, paru le 16 mai 2014

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Le résultat aujourd’hui en Ukraine est bien différent de celui qui a été obtenu en Libye. Il n’empêche qu’il démontre toute la faiblesse de l’Europe qui ne peut plus s’opposer aux instructions du sionisme même lorsqu’il s’agit de déstabiliser son propre continent…

Trois années depuis que la Libye n’est plus un pays normalement administré. C’est le 17 mars 2011 que le Conseil de sécurité avait adopté sa fameuse résolution 1973 qui autorisa la coalition internationale, composée de la France, la Grande-Bretagne aidés par les Etats-Unis et l’Italie, à bombarder la Libye. Des bombes pour, disait cette coalition, «protéger» les populations civiles en créant «une zone d’exclusion aérienne». Deux semaines plus tard, c’est carrément les forces de l’Otan qui prenaient le relais pour continuer à «protéger» les Libyens en déversant des tonnes de bombes du ciel. Le déluge de feu dura ainsi 8 mois et ne s’interrompit qu’après l’assassinat de son leader Maâmar El Gueddafi en octobre 2013. L’aviation de l’Otan put déclarer sa «mission accomplie» et retourna dans ses bases. Le monde occidental passa aussitôt à autre chose. A d’autres combats. Laissant les Libyens enterrer leurs morts, soigner leurs blessures et tenter de survivre dans un pays en ruine et complètement déstructuré. Une longue indifférence rompue mardi dernier, au cours, tenez-vous bien, d’une réunion du Conseil de sécurité qui avait validé le massacre trois années auparavant. Et c’est la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Mme Fatou Bensouda, qui présentait son rapport en y mentionnant que «la Libye continuait à faire face à des problèmes de sécurité graves et à une crise politique profonde». Un rappel que les membres du Conseil ont dû prendre avec la banalité de ceux qui avaient été les donneurs d’ordre pour créer le chaos dans ce pays.

La veille, lundi, c’est une autre personnalité occidentale, Mme Ashton, la ministre des Affaires étrangères de l’Union européenne qui «a exhorté la Libye et l’Afrique à oeuvrer à tarir les flux migratoires irréguliers». On a l’impression que la dame se lève d’un grand sommeil qui dure depuis trois années. A qui s’adresse-t-elle en Libye? Et pourquoi l’Afrique? Pourquoi pas l’Otan? Pourquoi pas l’Occident? Ces deux personnalités, par leurs interventions et leurs «inquiétudes» sur la situation en Libye présentent la forme la plus abjecte du cynisme dont est capable la communauté internationale qui ordonne de tuer puis «s’inquiète». Les Libyens qui fuient leur pays pour l’Europe et qui indisposent Mme Ashton, n’auraient jamais pensé en arriver là avant les bombardements de l’Occident. Ils avaient un niveau de vie que n’ont pas beaucoup de peuples aujourd’hui en Europe mise à genou par la crise.

Et s’ils se ruent vers Lampedusa en risquant leur vie en mer c’est précisément parce qu’ils ont tout perdu. Leur argent et leur sécurité. Trois années d’indifférence mortelle de grands pays démocratiques, des droits de l’homme, de la liberté d’expression, qui ont semé la mort dans un pays et rejettent les survivants qui viennent frapper à leurs portes. Elle est belle la morale occidentale. En réalité, l’Occident et l’Europe en particulier ont vendu leur âme au diable il y a bien longtemps. Au point d’agir contre leurs propres intérêts. Il faut juste rappeler qu’il n’était pas dans l’intention de l’Europe de créer le chaos en Libye avant qu’un homme, un seul homme, ne l’y pousse. Cet homme qui se présente comme un philosophe et qui a pour nom Bernard-Henri Lévy, n’est rien d’autre que l’agitateur en chef du sionisme. C’est lui qui avait, sur un simple coup de téléphone, intimé l’ordre au président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, d’envoyer les forces militaires de son pays faire le sale boulot. Même Alain Juppé, son ministre des Affaires étrangères est tombé de haut lorsqu’il apprit la nouvelle par la presse.

La suite tout le monde la connaît. C’est le même sinistre individu qui a voulu rééditer le même coup en Ukraine. En territoire européen. Le résultat aujourd’hui en Ukraine est bien différent de celui qui a été obtenu en Libye. Il n’empêche qu’il démontre toute la faiblesse de l’Europe qui ne peut plus s’opposer aux instructions du sionisme même lorsqu’il s’agit de la paix sur son continent. Aujourd’hui, le sinistre Bernard Henri-Lévy a disparu du devant de la scène. Il se délecte néanmoins de la situation qu’il a su créer en Europe par l’Europe. (NB, il est en Ukraine !)

La seule voie de salut qui reste aux pays du Vieux Continent est de suivre l’exemple des Etats-Unis qui ont fini par comprendre en se retirant de tous les théâtres d’opérations militaires où ils étaient présents dans le monde, comme en Irak ou en Afghanistan. Comme ils se sont refusés, par la suite, l’aventure militaire contre l’Iran et contre la Syrie comme le voulaient les dirigeants sionistes. Et c’est pour avoir vendu son âme au diable que l’Europe risque de voir son union éclater. Les électeurs européens ne sont pas dupes et il est attendu qu’ils en feront la démonstration lors des prochaines législatives européennes du 22 au 25 mai prochain. Ce n’est certainement pas les Libyens qui en seront les derniers désolés!

Zouhir Mebarki

 

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Pepe Mujica : Le président « normal »

mai 21st, 2014 by Chems Eddine Chitour

“Le pauvre, c’est celui qui a besoin de beaucoup”, José Mujica

C’est par ces mots que le président uruguayen  José Mujica  a harangué ses pairs à la tribune Lors du Sommet de Rio + 20 en juin 2012. Cette simple phrase nous donne l’opportunité d’expliquer le sacerdoce de cet homme « normal » qui ne se contente pas de donner les ordre, il donne l’exemple e ce que doit être au service du peuple

Qui est Jose Mujica ?

José Mujica Cordano, surnommé « Pepe Mujica », est un homme d’État uruguayen.   Ex-guérillero des Tupamaros dans les années 1960-1970, il a été détenu en tant qu’otage par la dictature (1973-1985).  Amnistié au retour de la démocratie, en 1985, il abandonne la lutte armée pour s’engager dans la voie électorale, en cofondant le Mouvement de participation populaire (MPP). (…) Élu sénateur puis nommé ministre de l’Agriculture du gouvernement Vázquez, en 2005.  Mujica démissionne en mai 2009 du MPP pour devenir le représentant de l’ensemble du Frente Amplio Il l’emporta aux primaires de juin 2009, au sein de la coalition de gauche du Front large (Frente Amplio) Le 25 octobre 2009, il arrive en tête du premier tour de l’élection présidentielle avec 48 % des voix. Mujica est élu avec 52,9 % des voix lors du second tour, le29 novembre 2009, contre 42,9 % des voix pour Lacalle 11; il sera investi le 1er mars 2010   officiellement président de l’Uruguay » (1)

Mujica se distingue par son mode de vie, très éloigné du faste habituel de la fonction présidentielle. Il a d’ores et déjà annoncé qu’il avait l’intention de reverser 87 % des 250 000 pesos mensuels (9 400 euros) de son salaire de chef d’État à des organismes d’aide au logement social.  Délaissant le palais présidentiel, il habite la petite ferme de son épouse, « au bout d’un chemin de terre » en dehors de Montevideo. Il continue à y cultiver des fleurs avec son épouse, Lucía Topolansky, à des fins commerciales, et donne environ 90 % de son salaire présidentiel à des organisations caritatives ou pour aider des « petits entrepreneurs », conservant pour lui-même l’équivalent du salaire moyen en Uruguay (environ 900 € par mois). Le couple présidentiel bénéficie de la protection de deux policiers à la ferme »(1).

Jose Mujica : un président vraiment différent

Le président de la république d’Uruguay, José Mujica Gordano, n’est pas un personnage comme les autres.  Il se singularise par une indépendance vis à vis de l’addiction à l’argent contrairement à l’immense majorité de tous les autres potentats notamment arabes .  Yann Arthus-Bertrand l’a rencontré  Il lui donne la parole  : «  Mon nom est José Mujica Gordano, je suis le descendant d’immigrants.   Je suis un genre de paysan, qui adore la nature… et j’ai dédié une part importante de ma vie à essayer d’améliorer la condition sociale du monde dans lequel je suis né. En ce moment, je suis président, je fais quelques trucs, j’en supporte d’autres et je dis merci à la vie. En ce moment, je suis président, je fais quelques trucs, j’en supporte d’autres et je dis merci à la vie. J’ai eu quelques déconvenues, de nombreuses blessures, quelques années en prison… Enfin, la routine pour quelqu’un qui veut changer le monde. C’est un miracle que je sois encore vivant. Et par dessus tout, j’aime la vie. J’aimerais arriver au dernier voyage comme quelqu’un qui arrive au comptoir et qui demanderait au tenancier une autre tournée ». (2)

Une philosophie de la vie contre le consumérisme

 « J’ai passé poursuit le président Mujica,  plus de 10 ans de solitude dans un cachot, dont 7 ans sans lire un livre. J’ai eu le temps de penser et voilà ce que j’ai découvert : soit tu parviens à être heureux avec peu, sans bagages, parce que ce bonheur est en toi, soit tu n’accompliras rien.  Ce n’est pas l’apologie de la pauvreté mais celle de la sobriété. Mais comme nous avons inventé une société consumériste, l’économie doit croître. Nous avons inventé une montagne de besoins superficiels ; nous vivons en achetant et en jetant. Mais ce que l’on dépense vraiment, c’est notre temps de vie. Parce que lorsque j’achète quelque chose ou que toi tu achètes quelque chose, tu ne l’achètes pas avec de l’argent, tu l’achètes avec le temps de vie que tu as dépensé pour gagner cet argent. A cette différence que la seule chose qui ne peut pas être achetée, c’est la vie. La vie ne fait que s’écouler et quel malheur de l’employer à perdre notre liberté. Car quand est-ce que je suis libre ? Je suis libre quand j’ai du temps pour faire ce qui me plaît et je ne suis pas libre quand je dois dépenser de mon temps pour acquérir des choses matérielles censées me permettre de vivre. De fait, lutter pour la liberté c’est lutter pour disposer de temps libre ».(2)

«  Je sais que j’appartiens à une civilisation dans laquelle beaucoup de gens diront : « comme il a raison, ce monsieur » mais qui ne me suivront pas. Parce que nous sommes comme pris dans une toile d’araignée, prisonniers. Mais, au moins, il faut commencer à y réfléchir.  J’ai appris, pendant mes années de prison, à regarder la vie où elle se voit à peine. Les fourmis… les fourmis crient, elles ont un langage… Les rats prennent des habitudes, ils s’habituent à un horaire… Les grenouilles remercient un verre d’eau dans lequel elles pourront se baigner. J’ai appris la valeur des choses vivantes. J’ai aussi appris à converser avec celui que j’ai en moi.(…)    C’est un personnage que tu oublies souvent face à la frivolité de la vie. Et je recommande de regarder vers l’intérieur de soi-même. Et de moins regarder la télévision, vers l’extérieur, et de parler avec celui qui est en nous, avec ses interrogations, ses défis, ses reproches, ses blessures, … Je crois que les gens parlent très peu avec eux-mêmes ». (2)

«  Lutter,  ajoute le philosophe président, rêver et aller contre le sol en se confrontant à la réalité, c’est tout ça qui donne sens à l’existence, à la vie. Notre nature est telle que nous apprenons beaucoup plus de la douleur que de l’abondance. Cela ne veut pas dire que je recommande le chemin de la douleur ou quelque chose de ce genre. Cela veut dire que je veux transmettre aux gens qu’il est possible de tomber et de se relever. Et ça vaut toujours le coup de se relever. Une fois ou mille fois – tant que tu es vivant. C’est le message le plus grand de la vie » Sont défaits ceux qui arrêtent de lutter, et arrêter de lutter, c’est arrêter de rêver ». Lutter, rêver et aller contre le sol en se confrontant à la réalité, c’est tout ça qui donne sens à l’existence, à la vie. Pour les nouvelles générations, c’est une sorte de formule   pour affronter l’existence. Des défaites,   il y en a quand tu as une maladie et que tu as du mal à la vaincre; des défaites il y en a quand tu perds ton travail et que tu as des problèmes économiques. Mais on peut toujours recommencer. Et c’est là, dans le fond, une expression psychologique d’amour à la vie. Il faut être reconnaissant parce qu’être vivant est un miracle ».(2)

Le révolutionnaire désabusé  mais heureux de la vie

En réalité, conclut il d’une façon réaliste : « humblement, je suis un Don Quichotte, toujours défait. Nos succès sont très éloignés des rêves que nous avions… et des idées que nous faisions. Il y a 40 ans, c’était assez simple : on croyait qu’il était possible d’arriver au pouvoir et de construire une société meilleure en changeant le système de production, blablabla, etc. Cela nous a couté beaucoup de défaites et puis nous avons compris qu’il était plus facile de changer une réalité économique qu’une culture. Et le problème est que si toi tu ne changes pas, rien ne change. La chose la plus transcendante pour nous tous sur Terre, c’est celle à laquelle nous pensons le moins ! Et c’est d’être vivant ! C’est un miracle ! Il y a des millions de probabilités contre ce fait miraculeux qu’être vivant pour un humain. Comment ne pas aimer ça ? Comment ne pas y faire attention ? Comment ne pas lutter pour donner du sens à ce miracle ?(…) En ce moment, je suis dans une étape de président et demain, comme n’importe qui, je serai un tas de vers qui s’en va ».(2)

Le sacerdoce de Pepe Mujica : Humilité et  Sobriété en tout

Chloé de Geyer d’orth,  nous résume en quelques phrases le bréviaire d’une vie simple   : « Malgré son élection à la Présidence, Pepe Mujica n’en a pas pour autant changé son style de vie. Il a refusé de s’installer dans le palais présidentiel, préférant rester dans sa ferme située en banlieue de Montevideo, dans laquelle il travaille et vit depuis vingt ans avec sa femme Lucía Topolansky, qui partage son passé de guérillero.   Pepe Mujica a fait le choix de vivre avec le salaire mensuel moyen de son pays, l’équivalent de 680 euros par mois. Il fait don de 90% du salaire qu’il reçoit pour sa fonction de Président et Commandant en chef de l’armée, soit 9 300 euros, à des organisations caritatives, notamment d’aide au logement et d’éducation. En parallèle de sa charge présidentielle, Mujica continue avec sa femme la culture et la vente de fleurs, un petit commerce qu’ils ont ouvert il y a déjà longtemps.  Peu porté sur les limousines et autres bolides, ce Président se déplace toujours dans sa coccinelle Volkswagen achetée en 1987, sauf pour les déplacements officiels au cours desquels il utilise une simple Chevrolet Corsa. « J’ai vécu comme ça la plupart de ma vie. Je peux vivre avec ce que j’ai » explique-t-il. Sur la déclaration de patrimoine, un devoir pour chaque élu uruguayen, ses seules possessions sont sa Coccinelle bleue, la ferme dans laquelle il vit et qui appartient à sa femme, deux tracteurs et du matériel agricole. Ce président ne possède ni dettes, ni compte bancaire ».  (3)

« Cet ascétisme peu commun poursuit- elle,  lui a valu le titre de « Président le plus pauvre du monde » par de nombreux médias. Interviewé par les journalistes sur le sujet, la réponse de Pepe Mujica est surprenante : « on m’appelle le président le plus pauvre, mais je ne me sens pas pauvre. Les pauvres sont ceux qui travaillent uniquement pour avoir un style de vie dépensier, et qui en veulent toujours plus… ». De cette philosophie de vie qu’il a développée pendant ses années d’emprisonnement,   Pepe Mujica se soucie peu des protocoles liés à la fonction présidentielle. Député, il choquait déjà son entourage quand il sortait de sa ferme pour se rendre au Parlement en Vespa, ou au Congrès chaussé de ses bottes en caoutchouc pleines de terre.  (…) Son style vestimentaire ? Pepe Mujica est toujours habillé très simplement, même lors des sommets mondiaux. Il aborde un style décontracté, sans cravate et toujours avec ses vieilles bottines en cuir usées. (..) » (3)

Durant l’hiver 2011, cinq Uruguayens sont décédés d’hypothermie car ils n’avaient pu être accueillis dans les refuges mis à disposition pour les sans-abris à Montevideo. Pour éviter que ce type de situation ne se reproduise, le président de l’Uruguay, Jose Mujica a décidé que le Palais présidentiel figurerait dorénavant dans la liste des édifices publics servant au logement des personnes sans domicile fixe  Actuellement, le président Mujica n’occupe pas la résidence présidentielle « Suárez y Reyes » ne servant que pour les réunions.  Le 24 mai 2012, une mère sans-abris et son fils avaient demandé à être réfugiés dans le palais présidentiel mais ils avaient pu finalement être logés ailleurs. En 2011, lors de la pénurie de refuges, la ministre du Développement social, Ana Vignoli, avait été démise de ses fonctions ».(4)

Dans un discours poétique  à l’Assemblée Générale de l’ONU en septembre 2013 citant le  poète Enrique Santos Discépolo qui peint un monde de  décadence, Mujica a livré  aux leaders mondiaux réunis à New York une vision obscure des temps à  venir : « Nous avons sacrifié dit-il  les vieux dieux immatériels et occupons le temple avec le dieu argent. Si l’humanité aspirait à “à vivre comme un Nord-Américain moyen” “trois planètes” seraient nécessaires.  Nous avons besoin de nous gouverner  nous- mêmes ou nous succomberons;   Parce que nous ne sommes pas capables d’être à la hauteur de la civilisation que dans les faits nous avons développée. C’est notre dilemme ».(5)

Le développement durable de la planète ; Le combat des justes

Pepe Mujica dénonce la société de consommation, qui selon lui incite l’homme à « vivre pour travailler »  et non « travailler pour vivre ». C’est ce qu’il qualifie  « d’esclavagisme »  moderne. « C’est une question de liberté » Si Pepe Mujica critique la société de consommation, c’est avec la même ferveur qu’il dénonce « l’hypocrisie des sociétés modernes et de leurs dirigeants » sur des questions telles que l’avortement ou encore la toxicomanie.  (..)    « Il y a toujours eu de la drogue, les drogues sont bibliques »déclare-t-il.  Âgé de 78 ans et bientôt en fin de mandature, Pepe Mujica s’apprête, sauf grosse surprise, à retrouver sa vie vraiment « normale », dans sa ferme, et se consacrer à la culture des fleurs avec sa femme.

En juin 2012, lors de la conférence sur le développement durable des Nations unies Rio + 20, le président de l’Uruguay a fait un discours qui a été repris des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux. Extraits.

“Nous ne pouvons pas  déclare- t-il, continuer, indéfiniment, à être gouverné par les marchés ; nous devons gouverner les marchés. […] Les anciens penseurs Epicure, Sénèque ou même les Aymaras disaient : ‘Celui qui est pauvre n’est pas celui qui possède peu, mais celui qui a besoin de beaucoup et qui désire toujours en avoir plus.’ (…) Mes compatriotes se sont battus pour obtenir la journée de travail de huit heures. Aujourd’hui, ils travaillent six heures. Mais celui qui travaille six heures doit cumuler deux boulots ; donc il travaille encore plus qu’avant. Pourquoi ? Parce qu’il accumule les crédits à rembourser : la moto, la voiture… toujours plus de crédits. Et, quand il a fini de payer, c’est un vieillard perclus de rhumatismes, comme moi, et la vie est passée. Je vous pose la question. Est-ce que c’est cela la vie ? Le développement ne doit pas être opposé au bonheur, il doit favoriser le bonheur des hommes, il doit favoriser l’amour, les relations humaines, permettre de s’occuper de ses enfants, d’avoir des amis, d’avoir le nécessaire. Parce que c’est précisément la chose la plus précieuse. Et, dans notre combat pour l’environnement, n’oublions pas que l’élément essentiel, c’est le bonheur des hommes »(6).  

Pepe Mujica nous incite à ne  pas perdre de vue les besoins fondamentaux de la vie. Nous sommes sur Terre pour servir, et non pas se servir et encoure moins asservir  Déjà Alexandre Le Grand sur son lit de mort, mettait en garde contre les tentations qui nous font oublier la finalité première de la vie.   Cette leçon de vie est à méditer par les princes qui  gouvernent.  Cela ne veut pas dire que des  présidents « style Pepe Mujica » constituent des exceptions. Nous aussi, nous avons eu en Algérie un certain Boudiaf ascète concernant la culture de l’éphémère. On rapporte entre autres qu’il a refusé de se vêtir de costumes du couturier italien Smalto en insistant pour donner l’exemple avec des vêtements de la Sonitex.  Ce fut le cas  aussi, d’après Paul Balta d’un certain  Boumediene qui mourut son héritage ; un compte en banque   où il y avait à peine 6000 Da  et une voiture sur cales….

Professeur Chems Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 

1. Jose Mujica : Encyclopédie Wikipédia

2. http://www.goodplanet.info/debat/2014/05/15/jose-mujica-president-different/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+Goodplanetinfo+%28Les+D%C3%A9p%C3%AAches+GoodPlanet.info+%29

 3. Chloé de geyer d’orth, Http://www.lejournalinternational.fr/uruguay%c2%a0-jose-mujica-le-%c2%a0president-le-plus-pauvre-du-monde%c2%a0_a1076.html  18/07/2013

4. ArnaudLefebvre http://www.express.be/joker/fr/platdujour/mujica-le-president-de-luruguay -transforme-le-palais-presidentiel-en-refuge-pour-sans-abris/169697.htm· 07 06 2012

5.http://www.semana.com/mundo/articulo/el-discurso-poetico-de-mujica-contra-el-orden-economico-mundial/358894-3

6.http://www.courrierinternational.com/article/2012/11/29/le-pauvre-c-est-celui-qui-a-besoin-de-beaucoup-jose-mujica

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La CIA coordonne nazis et jihadistes

mai 20th, 2014 by Thierry Meyssan

Photo: Le 8 mai 2007, à Ternopol (ouest de l’Ukraine), des groupuscules nazis et islamistes créent un prétendu Front anti-impérialiste afin de lutter contre la Russie. Des organisations de Lituanie, de Pologne, d’Ukraine et de Russie y participent, dont les séparatistes islamistes de Crimée, d’Adyguée, du Dagestan, d’Ingouchie, du Kabardino-Balkarie, du Karatchaïévo-Tcherkessie, d’Ossétie, de Tchétchénie. Ne pouvant s’y rendre du fait des sanctions internationales, Dokka Umarov, y fait lire sa contribution. Le Front est présidé par Dmytro Yarosh, qui deviendra lors du coup d’État de Kiev, en février 2014, secrétaire adjoint du Conseil de sécurité nationale d’Ukraine.

Le monde change. Jadis, il y avait une droite capitaliste et une gauche socialiste. Aujourd’hui, le monde est dominé par les États-Unis et la première question qui se pose est de les servir ou de leur résister. Comme lors de la Seconde Guerre mondiale, on trouve toutes les idéologies dans chaque camp. Pour l’heure Washington coordonne l’alliance en Europe entre nazis et jihadistes avec la bénédiction des Russes anti-Poutine.


L’affrontement entre les putschistes de Kiev, soutenus par l’Otan, et les fédéralistes ukrainiens, soutenus par la Russie, est arrivé à un point de non-retour. Le 2 mai, le président Olexander Turchinov et l’oligarque israélien Ihor Kolomoïsky ont organisé un massacre à la Maison des syndicats d’Odessa que la presse occidentale a d’abord minimisé, puis qu’elle a tu lorsque les témoignages et les preuves se sont accumulés [1]. Après ces horreurs, il n’est plus possible aux deux populations de continuer à vivre ensemble.

Trois scénarios sont envisageables : soit les États-Unis vont faire de l’Ukraine une nouvelle Yougoslavie et y provoquer une guerre dans l’espoir d’y impliquer la Russie et l’Union européenne et de les y embourber ; soit ils vont multiplier les théâtres d’affrontement autour de la Russie, en commençant par la Géorgie ; soit encore, ils vont pousser des combattants non-étatiques à déstabiliser la Russie elle-même, en Crimée ou au Daguestan.

Quelle que soit l’option choisie, Washington met d’ores et déjà en place une armée de mercenaires.
Le Conseil de Défense de Kiev a dépêché des émissaires en Europe occidentale pour engager des militants d’extrême droite à venir se battre contre les fédéralistes (qualifiés de « pro-Russes »). Ainsi, a déjà été créée une cellule Pravy Sektor France dont les membres seront prochainement intégrés à la Garde nationale ukrainienne.
Par ailleurs, le Conseil de Défense de Kiev entend « faire nombre » en ajoutant à ces néo-nazis ouest-européens des jihadistes ayant déjà une véritable expérience militaire.

En réalité, si l’on veut bien faire abstraction du bric-à-brac symbolique des uns des autres, nazis et jihadistes d’aujourd’hui ont en commun à la fois le culte de la violence et le rêve sioniste de domination mondiale. Ils sont donc compatibles avec toutes les autres organisations soutenues par Washington, y compris avec le Front de gauche russe de Serguei Oudaltsov et avec son ami le leader anti-Poutine Alexeï Navalny. Il existe d’ailleurs déjà de nombreux contacts entre eux.

Plutôt que d’appliquer la division droite/gauche de la Guerre froide, la seule ligne de clivage pertinente aujourd’hui est impérialisme/résistance. En Ukraine, les gens de Kiev se référent au combat de la Wehrmacht contre les juifs, les communistes et les Russes, tandis que ceux du Donetsk célèbrent la victoire de la patrie contre le fascisme lors de la « Grande guerre patriotique » (Deuxième Guerre mondiale). Les gens de Kiev définissent leur identité par leur Histoire, réelle ou mythique, tandis que ceux du Donetsk s’affirment comme des personnes issues de communautés historiques différentes mais unies par leur lutte contre l’oppression.

La preuve que cette ligne de partage est la seule pertinente, c’est l’oligarque juif Ihor Kolomoïsky qui finance ceux qui scandent « Mort aux juifs ! ». C’est un mafieux qui a accaparé l’une des plus grosses fortunes d’Europe en s’emparant pistolet au poing de grandes entreprises de la métallurgie, de la finance et de l’énergie. Il est soutenu par les États-Unis et a placé diverses personnalités US —dont le fils du vice-président Biden— dans le conseil d’administration de sa holding gazière [2]. Non seulement, il n’a aucun problème à financer des groupes nazis, mais il jubilait lorsque ceux-ci ont assassiné sur son ordre des juifs anti-sionistes à Odessa.

La collaboration entre nazis et jihadistes n’est pas nouvelle. Elle trouve son origine dans les trois divisions musulmanes de la Waffen SS. La 13ème division « Handschar » était formée de Bosniaques, la 21ème « Skanderbeg » de Kosovars et la 23ème « Kama » de Croates. Tous étaient donc des musulmans pratiquant un islam influencé par la Turquie. À vrai dire, la majorité de ces combattants firent défection au cours de la guerre contre l’Armée rouge.

Plus récemment, nazis et takfiristes se battirent à nouveau ensemble contre les Russes, lors de la création de l’Émirat islamique d’Itchkérie (Seconde guerre de Tchétchénie, 1999-2000).

Le 8 mai 2007, à Ternopol (ouest de l’Ukraine), nazis baltes, polonais, ukrainiens et russes et jihadistes ukrainiens et russes créèrent un prétendu « Front anti-impérialiste » avec l’appui de la CIA. Cette organisation est présidée par Dmytro Yarosh, devenu lors du coup d’État de Kiev, en février 2014, secrétaire adjoint du Conseil de sécurité nationale d’Ukraine, puis candidat de Pravy Sektor à l’élection présidentielle du 25 mai.

En juillet 2013, l’émir du Caucase et responsable local d’Al-Qaïda, Dokou Oumarov, appella les membres du « Front anti-impérialiste » à aller se battre en Syrie. Cependant, il n’existe pas de documentation claire de la participation de nazis aux opérations actuelles de déstabilisation du Levant.

Enfin quelques dizaines de jihadistes tatars de Crimée sont venus se battre en Syrie, puis ont été transportés par le MIT turc à Kiev pour participer aux événements d’EuroMaidan et au coup d’État du 22 février aux côtés de Dmytro Yarosh [3].

Les mesures prises en Europe, à la demande du secrétaire US à la Sécurité de la Patrie Jeh Johnson, pour empêcher le retour des jihadistes chez eux montre que la CIA entend les utiliser sur un nouveau front [4]. La démission forcée du prince Bandar bin Sultan, le 15 avril à la demande du secrétaire d’État John Kerry [5], puis celle de son frère, le prince Salman bin Sultan, le 14 mai sur pression du secrétaire à la Défense Chuck Hagel [6], attestent de la volonté états-unienne de refondre le dispositif jihadiste.

Les Résistants européens et arabes sauront-ils s’allier eux aussi ?

Thierry Meyssan

 

[1] « Crime à Odessa », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 mai 2014. « Les massacres d’Odessa sonnent le glas de l’unité ukrainienne », Traduction Gérard Jeannesson, Oriental Review/Réseau Voltaire, 12 mai 2014 ; « Le massacre d’Odessa organisé au sommet de l’État ukrainien », Traduction Gérard Jeannesson, антифашист/Réseau Voltaire, 16 mai 2014.

[2] « En Ukraine, le fils de Joe Biden joint l’utile à l’agréable », Réseau Voltaire, 14 mai 2014.

[3] « Des jihadistes assurent le service d’ordre des manifestations à Kiev », Réseau Voltaire, 4 décembre 2013.

[4] « La Syrie devient “question de sécurité intérieure” aux USA et dans l’UE », Réseau Voltaire, 8 février 2014.

[5] « Le prince Bandar démissionne », Réseau Voltaire, 17 avril 2014.

[6] « Remaniement en Arabie saoudite », Réseau Voltaire, 15 mai 2014.

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La population de la Guadeloupe et la Martinique était celle des Amérindiens – Arawaks et Caraïbes – très ancienne, sans doute de plusieurs millénaires avant JC. C’était une vie tranquille,… mais des hommes de culture et de civilisation sont venus leur apprendre les bonnes manières en les exterminant,… avec pour finir, ce gougnafier de Louis XIV qui récupère la mise pour pas un rond. Une poignée d’Indiens Caraïbes a trouvé refuge à la Dominique. Quand je serai président de la République, je leur refilerai le château de Versailles.

1/ La Compagnie des Îles d’Amérique

C’est avec les premières expéditions de 1492 que s’est ouverte la période de conquête. Christophe Colomb s’est peu implanté. Il disposait de pouvoirs politiques et judiciaires, qui sont de nature coloniale, mais son action n’a pas conduit à des actes majeurs sur la propriété.

A suivi une période d’attente de plus d’un siècle, marquée par une activité soutenue d’aventuriers et de commerçants sur l’ensemble du secteur. C’est en 1625 que l’on voit l’engagement d’une entreprise de colonisation de la Guadeloupe et de la Martinique depuis la France, par l’initiative privée, mais avec la bienveillance du pouvoir royal, dans le cadre d’une compétition entre les pays européens. L’outil juridique est celui des « compagnies », des sociétés de droit privé, dédiées à la navigation et au commerce, avec le système des « comptoirs », qui étaient des territoires colonisés.

Pour les zones des Caraïbes, le fait déclencheur a été, en 1625, la prise de possession de Saint-Christophe par Pierre Belain d’Esnambuc, dans un contact assez bien négocié avec les populations. De retour en France en 1626, Belain d’Esnambuc a obtenu le soutien de Richelieu pour coloniser les îles qui « n’étaient pas occupées par les Chrétiens », avec la Compagnie des îles de Saint-Christophe, qu’il avait fondée avec un autre marin, de Roissy, et qui en 1635, a pris le nom de Compagnie des Îles d’Amérique.

L’expédition, partie de Dieppe le 15 mai 1635, conduite au nom de la compagnie, avec Belain d’Esnambuc, Charles Liènard de l’Olive et Jean Du Plessis d’Ossonville, se conclut rapidementpar la prise de possession de la Martinique, puis de la Guadeloupe.

Passée la toute première période, apparaissent rapidement des actions violentes et résolues d’accaparement des terres et d’élimination des populations caraïbes, dénommées officiellement « les sauvages ». Ces violences sont mentionnées dès le début de 1636. Il n’y avait pas de griefs particuliers contre les personnes. Les Amérindiens étaient massacrés parce qu’ils étaient là, le but étant leur élimination pour récupérer le territoire. Ainsi, la question de la propriété est indissociablement liée la purification ethnique.

La question de l’attribution des terres est centrale, mais on trouve aussi, dès l’origine et étroitement liée, la question de l’esclavage, qui est la condition de l’exploitation des terres. C’est un deuxième vice fondamental de cette acquisition de la propriété.

Par édit de mars 1642, les associés de la Compagnie des îles de l’Amérique sont déclarés propriétaires à perpétuité de Saint Christophe, la Guadeloupe et la Martinique. C’est aussi l’année de la légalisation de la traite négrière par Louis XIII, et la pratique de l’esclavagisme, qui était déjà bien implantée, va connaitre un net essor. On retrouve ainsi l’ensemble constitué par la colonisation et l’esclavage.

Le 3 mars 1645, les directeurs de la Compagnie imposent la coutume de Paris, ce qui est le plus net des actes de colonisation.

 

2/ Les ventes de 1649 et 1650

En fait, les affaires de la Compagnie n’étaient pas bonnes, et elle devra être liquidée en 1650. Elle a dû vendre ses biens, ce qui a été fait par deux ventes privées, devant notaire à Paris :

- le 4 septembre 1649, vente de la Guadeloupe, Marie-Galante, Désirade et les Saintes à la famille Houël-Boisseret ;

- le 22 septembre 1650, vente de la Martinique, Sainte-Lucie, Grenade à la famille Dyel du Parquet.

Ces ventes privées sont un point décisif, car elles marquent le vice qui condamne toute la suite. En effet, la propriété conférée par l’Edit de mars 1642, et qui était indissociable de la violence militaire, de la purification ethnique et de l’esclavage, ne pouvait en toute hypothèse opérer le transfert de propriété car les biens appartenaient de manière certaine aux Amérindiens. N’étant pas propriétaire, la Compagnie ne pouvait pas vendre. Donc, tout est nul.

Au final, la présence millénaire des Amérindiens sera éradiquée en une période de 25 ans, qui prendra fin pour la Martinique par la guerre de 1658, pour la Guadeloupe, au traité de paix de Basse-Terre de mars 1660, qui organise la relégation sur l’île de la Dominique.

La Martinique

La Martinique a été meurtrie par sept ans de heurts, de violences et d’instabilité, et a suivi un premier « traité de paix »  établi le 21 décembre 1657, reléguant les Caraïbes sur une petite moitié de l’ile. La paix instaurée est restée précaire, des faits graves marquant toute la période, toujours pour le même motif.

Après le décès du propriétaire et gouverneur, du Parquet, sa veuve a cherché à gérer la succession, mais elle ne contrôlait pas les exploitants agricoles, qui étaient dans la surenchère raciste, esclavagiste et intéressée. Les hostilités ont repris contre les Caraïbes, au double motif que les exploitants devaient disposer de surfaces suffisantes et que les esclaves allaient trouver refuge chez les Caraïbes… Ce fut la guerre de 1658, qui est une guerre d’épuration ethnique, conduite avec l’accord des prêtres. Le nouveau gouverneur, Médéric Rolle, a ensuite alloué les terres aux miliciens.

La Guadeloupe

Depuis 1635, la Guadeloupe a connu des troubles et des exactions graves, liés à la politique d’appropriation, et spécialement à partir des années 1650. Cette phase a pris fin par le « traité de paix » de Basse-Terre du 31 mars 1660, conclu entre le gouverneur Houël et les Amérindiens, dénommés « les sauvages », en présence de religieux, dont il n’apparait pas clairement s’ils sont facilitateurs ou mandataires.

Le principe de l’accord est de conclure la paix, à condition que les Caraïbes dégagent sur l’ile de la Dominique. Mais malgré le titre de « traité de paix », il s’agit d’un contrat de droit privé, car Houël était propriétaire privé, et non agent de l’Etat. Or, une personne privée n’a pas la moindre compétence pour signer un traité de paix !

Ajoutons que le grand pacificateur venait d’exterminer la population caraïbe,… et cette paix sanglante n’était qu’un refuge pour échapper à la mort. De même, la question se pose de savoir comment Houël pouvait disposer de la Dominique qui n’entrait pas dans le périmètre de la vente du 4 septembre 1649. On peut de plus se demander, à première lecture, si les Amérindiens étaient correctement représentés à ce traité, compte tenu de leur extrême affaiblissement après cette guerre de purification ethnique, et du rôle de leurs conseillers, les prêtres, qui étaient des colonisateurs, très en cheville avec les propriétaires. Enfin, comment notre droit interne pourrait-il reconnaître la moindre valeur à un texte rédigé par des esclavagistes et qui qualifie les Indiens Caraïbes de « sauvages » ?

A la suite du « traité », les derniers Caraïbes ont pris possession de la parcelle qui leur était destinée sur l’île de la Dominique. On imagine que l’arrivée en dehors du territoire et sans opportunité économique a été des plus rudes. Actuellement un territoire leur est toujours dédié, regroupant environ 3000 Indiens Caraïbes.

A noter qu’en Guadeloupe, quelques Indiens Caraïbes avaient trouvé refuge au Nord et à l’Est de la Grande-Terre, vers les pointes de la Grande-Vigie et des Châteaux, et vers Anse-Bertrand, une présence qui n’est pas concernée par le « traité ».

3/ Les suites : esclavagisme et rattachement au joli roi

A partir de cette époque, s’enclenche la phase d’amplification de l’esclavage, et ses ravages.

En 1664, sous l’influence de Colbert, la propriété des iles est transférée à la Compagnie des Indes occidentales, à charge de développer ses affaires au profit de la France. Cette compagnie sera dissoute en 1674, avec un rattachement direct au pouvoir royal. La Guadeloupe et la Martinique deviennent colonies du royaume. Suivra la publication du Code Noir, par un édit de mars 1685. L’outil du crime rédigé par nos merveilleux juristes.

La compagnie, ses ventes illusoires, sa culpabilité pour nettoyage ethnique et ce « traité de paix » imposé aux « sauvages » ont eu le grand mérite d’éradiquer la présence des Indiens Caraïbes, pour permettre au grand Louis XIV, lumière des civilisations, de récupérer ces terres. Une zone de non-droit… Le mec aurait dû se prendre une bonne plainte pour recel de vol en bande organisée, génocide et crime d’esclavage.

 Gilles Devers

 

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De l’aveuglement…

Depuis plus de 30 ans, le Fonds monétaire international (FMI) impose des politiques d’ajustement structurel (coupes drastiques dans les dépenses sociales, privatisations, « flexibilisation » du marché du travail, etc.) à la grande majorité des pays dits en développement (PED). L’objectif principal affiché est d’assainir les finances publiques afin de repartir sur de « bonnes bases ». Les résultats ont été dramatiques. La pauvreté, l’exclusion sociale et les inégalités ont explosé, tandis que le problème de la dette s’est aggravé. La dette des PED a été multipliée par quatre entre 1982 et 2012 et le service de la dette, siphonnant parfois jusqu’à 50% des recettes budgétaires, a empêché la plupart des PED de réaliser des investissements socialement utiles et écologiquement responsables.

Lorsqu’on regarde le contenu des politiques d’austérité prônées par la Commission européenne et le FMI et appliquées de manière plus ou moins intense en Europe depuis 2008, celles-ci ressemblent à s’y méprendre aux plans d’ajustement structurels qui ont ravagé les pays du Sud. Assez logiquement, les résultats sont identiques : ralentissement économique, augmentation du chômage, explosion des inégalités, et aggravation des déficits et de la dette.

En réalité, il n’existe aucun exemple qui montre qu’une telle politique peut donner des résultats positifs. A ce stade, on peut clairement parler d’aveuglement de la part des élites politiques, ce qui constitue déjà un sérieux problème. Albert Einstein ne disait-il pas que la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ?

… à la schizophrénie

Mais il semblerait que la cécité n’est pas la seule maladie dont souffrent nos dirigeants politiques. En effet, depuis plus d’un an, on assiste à une multiplication de rapports de la Commission européenne et du FMI où ceux-ci reconnaissent que les politiques qu’ils prônent constituent une grave erreur.

Janvier 2013. Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, dévoile que le FMI a très largement sous-estimé l’impact négatif de l’austérité sur la croissance économique. L’erreur dans les calculs est tout sauf anecdotique, puisqu’elle est estimée à environ 300% ! |1|

Mars 2013. La Commission européenne publie un rapport dans lequel elle admet que l’austérité n’a pas donné les effets escomptés et a aggravé la crise sociale. « Les effets négatifs des restrictions budgétaires sur l’emploi et le niveau de vie sont de plus en plus visibles dans certains États membres » |2|.

Avril 2013. Deux étudiants démolissent une étude utilisée comme référence par la Commission européenne (notamment par Olli Rehn, Commissaire européen aux Affaires économiques) pour « encourager » les États de l’UE à renforcer leurs mesures d’austérité. Cette étude, réalisée par Carmen Reinhart et Kennet Rogoff, ancien économiste en chef du FMI, affirmait qu’une dette publique supérieure à 90% du PIB entraînait automatiquement un ralentissement de la croissance économique |3|. Ces éminents économistes ayant oublié d’inclure dans leurs calculs certaines données essentielles et certains pays, cette affirmation s’est révélée au final totalement fausse. Mme Reinhart et M. Rogoff reconnaissent leurs erreurs, mais maintiennent que leur constat reste valable… |4|

Avril 2013. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, déclare au cours d’une conférence de presse : « tout en pensant que cette politique (d’austérité) est fondamentalement juste, je pense qu’elle a atteint ses limites. » |5|

Octobre 2013. Jan In’t Veld, économiste en chef de la Commission européenne, isole et mesure les effets de l’austérité sur la croissance dans les pays de la zone euro. « Selon ses calculs, l’austérité budgétaire aurait fait perdre, en cumulé, 4,78 % de croissance du produit intérieur brut (PIB) à la France de 2011 à 2013.  » |6|

Octobre 2013. Des documents internes montrent que le FMI savait parfaitement que la Grèce allait sombrer malgré le plan de sauvetage de 2010. Le directeur exécutif brésilien Paulo Nogueira Batista dira : « Les risques du programme sont immenses (…) En d’autres termes, ce programme peut être considéré non pas comme une opération de sauvetage de la Grèce, qui devra subir un ajustement déchirant, mais comme un plan de sauvetage des créanciers privés de la Grèce, principalement des établissements financiers européens. » |7|

Février 2014. Des experts du FMI confirment qu’il n’existe pas de seuil critique de la dette publique. « Nous n’avons trouvé aucune preuve d’un seuil particulier d’endettement au-dessus duquel les perspectives de croissance à moyen terme seraient significativement compromises ».

Mars 2014. Après avoir admis qu’ils avaient sous-estimé l’impact de l’austérité sur la croissance, le FMI reconnaît que l’austérité contribue à creuser les inégalités sociales. |8|

Ce n’est ni le bon sens ni l’intérêt général qui dirigent ce monde

Aussi incroyable que cela puisse paraître, malgré tous ces mea culpa et révélations, les dirigeants européens persistent et signent. Aucun changement d’orientation n’est en vue. L’austérité doit se maintenir, voire se renforcer, y compris si celle-ci viole le droit primaire de l’Union européenne (TFUE), notamment ses articles 8 et 9, qui disposent que « Pour toutes ses actions, l’Union cherche à éliminer les inégalités, et à promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes » et que ces actions doivent viser à « la promotion d’un niveau d’emploi élevé, à la garantie d’une protection sociale adéquate, à la lutte contre l’exclusion sociale. »

Quelles conclusions faut-il en tirer ? Les peuples européens sont-ils dirigés par des institutions de bonne foi, mais totalement aveugles et schizophréniques ? Ou bien faut-il admettre que ce n’est ni le bon sens, ni l’intérêt général qui dirigent ce monde, et qu’aujourd’hui, le FMI et la Commission européenne n’ont pas l’objectif d’assainir les finances publiques mais bien d’accélérer le démantèlement des acquis sociaux et de servir les intérêts des puissances économiques et financières, dont l’appétit semble sans limite ?

Olivier Bonfond

Notes

|1| Hubert Huertas, « Extraordinaire : l’austérité est une erreur mathématique ! », France culture, 9 janvier 2013

|2| AFP, « La Commission l’admet : l’austérité a aggravé la crise sociale », RTBF, 26 mars 2013

|3| « Ce doctorant qui a fait trembler les défenseurs de l’austérité », Le Soir, 22 avril 2013

|4| Marie Charrel, « Le FMI admet qu’il n’existe pas de seuil critique de la dette publique », Le Monde, 18 février 2014

|5| « L’austérité aurait atteint ses limites, selon Barroso », L’Humanité, 23 avril 2013

|6| Sébastien Crépel, « La Commission européenne confesse son échec », L’Humanité, 20 novembre, 2013

|7| Audrey Duperron, « Le mea culpa du FMI à propos du sauvetage grec », L’Express, 6 juin 2013

|8| « L’austérité creuse les inégalités sociales, selon des experts du FMI », Le Soir, 13 mars 2014

 

Olivier Bonfond, économiste, conseiller au CEPAG, membre du CADTM et auteur du Livre « Et si on arrêtait de payer ? 10 questions /réponses sur la dette publique belge et les alternatives à l’austérité », Aden, juin 2012.

Pendant que l’OTAN convoque demain à Bruxelles les 28 ministres de la défense pour potentialiser ses forces dans une fonction anti-russe, en intensifiant aussi l’entraînement de militaires et paramilitaires de Kiev (y compris les bandes armées qui ont tenté d’assassiner le secrétaire du PC ukrainien), et que l’Ue prend de nouvelles sanctions contre la Russie, la réponse vient non pas de Moscou mais de la lointaine Pékin.

Le président Poutine commence aujourd’hui sa visite officielle en Chine, durant laquelle sera signée une trentaine d’accords bilatéraux, dont le premier effet sera celui de rendre vain le plan de Washington visant à « isoler la Russie de Poutine en coupant ses liens économiques et politiques avec le monde extérieur ».

Source : Riskenergy, 11.04.2012

La portée des accords est stratégique. Un contrat d’une valeur de 270 milliards de dollars entre la compagnie publique russe Rosneft et la China’s National Petroleum Company prévoit que la Russie fournira à la Chine dans les 25 prochaines années plus de 700 millions de tonnes de pétrole. Un autre contrat prévoit que la compagnie publique russe Gazprom fournira à la Chine, d’ici 2018, 38 milliards de m3 de gaz par an, c’est-à-dire environ un quart de celui qu’elle fournit aujourd’hui à l’Europe. Se servant aussi d’investissements chinois prévus pour 20 milliards de dollars, Moscou projette de potentialiser l’oléoduc entre la Sibérie orientale et le Pacifique, en le flanquant d’un gazoduc de 4000Kms pour approvisionner la Chine. Pékin est intéressé pour effectuer des investissements en Crimée aussi, en particulier pour la production et exportation de gaz naturel liquéfié, pour la modernisation de l’agriculture et la construction d’un terminal céréalier. En même temps Moscou et Pékin sont en train de penser à abandonner le dollar comme monnaie pour les échanges dans la région asiatique. Et la Russie est en train de projeter son propre système de paiements, sur le modèle du chinois Union Pay, dont les cartes de crédit peuvent être utilisées dans plus de 140 pays, se plaçant au second rang mondial après les Visa.

La coopération russo-chinoise ne se limite pas au domaine économique. Les présidents Xi Jinping et Vladimir Poutine, d’après des sources diplomatiques, feront une « substantielle déclaration » sur la situation internationale. La convergence d’intérêts stratégiques sera exemplifiée par la manœuvre conjointe que les marines des deux pays effectueront en Mer de Chine Méridionale, justement après que s’est déroulée aux Philippines une grosse manœuvre aéronavale étasunienne. Et un accord militaire est pratiquement conclu : dans le cadre de cet accord, Moscou fournira à Pékin des chasseurs multi-rôles Soukhoï Su-35, des sous-marins de classe Lada et les systèmes de défense missilistique les plus avancés, S-400.

Pour souligner la convergence d’intérêts entre Moscou et Pékin, Poutine intervient à la Conférence sur les mesures d’interaction et de renforcement de la confiance en Asie (Cica) qui, présidée par Xi Jinping, se tient à Shanghai les 21-22 mai prochains, avec la participation notamment du premier ministre irakien Nouri al-Maliki, du président afghan Hamid Karzai et de l’iranien Hassan Rouhani. Une claque aux Etats-Unis qui, après avoir dépensé  dans les guerres en Irak et Afghanistan 6mille milliards de dollars, voient maintenant la Chine de plus en plus présente économiquement dans ces pays. En Irak, elle achète environ la moitié du brut produit et effectue de gros investissements dans l’industrie pétrolifère ; en Afghanistan, elle investit surtout dans le secteur minier, après que des géologues du Pentagone ont découvert de riches gisements de lithium, cobalt, or et autres métaux.  Et, ouvrant à l’Iran des débouchés à l’est, Russie et Chine rendent de fait vain l’embargo effectué par les USA et l’Ue.

Les choses ne vont pas mieux pour Washington sur le front occidental. La possibilité, exposée par l’administration Obama, de réduire de plus de 25% en une décennie les fournitures de gaz russe à l’Europe pour les remplacer par du gaz naturel liquéfié fourni par les Etats-Unis, est en train de se révéler être du bluff. Ce que confirme le fait que, malgré les sanctions annoncées par Berlin, des sociétés allemandes
continuent à investir dans l’industrie énergétique russe : la Rma Pipeline Equipment, productrice de valves d’oléoducs et gazoducs, est en train d’ouvrir son plus gros site dans la région de la Volga. Et Gazprom a déjà signé tous les contrats, dont un de deux milliards d’euros avec la firme italienne Saipem (Eni), pour la réalisation du gazoduc South Stream qui, contournant l’Ukraine, apportera le gaz russe à travers la Mer Noire jusqu’en Bulgarie et de là dans l’Ue. Même si les Etats-Unis arrivaient à bloquer le South Stream, la Russie pourrait dérouter le gaz jusqu’à la Chine.

Le « East Stream » est désormais ouvert.

Manlio Dinucci 

Edition de mardi 20 mai de il manifesto

http://ilmanifesto.it/controffensiva-sul-fronte-orientale/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Les 3 millions d’habitants civils d’Alep, quel que soient leurs confessions ou leurs opinions politiques, sont pris en otage depuis 2 ans et sont les victimes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

1-   Blocus total de la ville concernant les personnes et les marchandises, plusieurs fois, le plus long ayant duré 6 semaines ; ce qui a entrainé à chaque fois une pénurie grave des denrées essentielles comme les légumes, les fruits, l’essence, le fioul, les médicaments, la viande etc.

2-   Coupures totales  de l’électricité de quelques jours à 11 jours.

3-   Arrêt complet de l’approvisionnement en eau de 2 à 11 jours

4-   Coupures à répétition des communications téléphoniques locales et internationales et d’internet de quelques jours à 20 jours consécutifs.

5-   Bombardements quotidiens des zones habitées, par des bombes ou des obus faisant de nombreux tués et blessés.

6-   Tirs de snipers sur les piétons innocents.

7-   Destruction systématique du patrimoine archéologique et culturel.

Le Droit International Humanitaire (DIH) basé sur les 4 conventions de Genève de 1949 et les 2 protocoles additionnels de 1977 et le Statut de Rome de 2002 portant sur la création de la Cour Pénale Internationale (CPI) définissent les crimes de Guerre et les Crimes contre l’humanité. L’article 8 de la CPI, alinéa 3 qualifie de crime de guerre « le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter gravement atteinte à l’intégrité physique ou à la santé »; et « le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des bâtiments consacrés à la religion, à l’enseignement, à l’art, à la science ou à l’action caritative, des monuments historiques ou des hôpitaux » ; et l’article 7 du statut de Rome qualifie de crime contre l’humanité «les actes inhumains causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale ».

Que les habitants d’Alep soient empêchés de quitter la ville, qu’ils y soient enfermés, qu’ils aient faim, qu’ils aient soif, qu’ils tombent malades  par manque d’hygiène, qu’ils soient empêchés de communiquer avec le monde, qu’ils soient la cible de tirs d’obus ou de snipers, tout ceci ne constitue-t-il pas de grandes souffrances et des atteintes graves à la santé ? Ne constitue-t-il pas des crimes de guerre et contre l’humanité tels que définis par les conventions citées plus haut ?

J’ACCUSE les médias,  les gouvernements des pays occidentaux et arabes, les organisations internationales telles que l’ONU, l’UNICEF, le Haut-Commissariat des Nations-Unis pour les Droits de l’Homme de complicité de crime de guerre et de crime contre l’humanité.

Je DEMANDE à tous les hommes et femmes du monde, épris de liberté et de justice, devant de tels actes :

1-   De les qualifier

2-   De les dénoncer

3-   De les condamner

4-   D’exiger de leurs gouvernements de faire pression sur les commanditaires et les exécuteurs.

5-   De poursuivre les auteurs devant la CPI.

Il faut arrêter de prendre la population civile d’Alep en otage.

Ecrivez aux medias, à vos députés et sénateurs, aux ministres, aux présidents et aux organisations internationales. Dites-leur que les habitants civils d’Alep sont la cible d’actes terroristes pouvant être qualifiés de crimes. Dites-leur la souffrance des gens ; Racontez-leur la destruction du pays et de notre chère ville ; Rappelez-leur que le « printemps arabe » en Syrie n’est qu’un hiver glacial et un chaos stérile.

La crise de « la coupure d’eau » est pour le moment terminée. Elle a suivi d’autres crises et il y’en aura probablement d’autres si vous ne bougez pas.

AIDEZ-NOUS

Alep le 17 mai 2014

Nabil Antaki

 

 

 

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Inutile de nous torturer l’esprit à analyser les raisons qui se cachent derrière les prises de position des États-Unis, ou de leurs inféodés en France ainsi que dans d’autres pays européens, contre la tenue des élections présidentielles en Syrie et, plus globalement, contre les réformes et mesures décidées par le gouvernement syrien pour promouvoir la démocratie.

Si certains ont été surpris par leur décision d’empêcher les citoyens syriens d’exercer le droit fondamental d’élire le président de leur choix pour diriger leur pays ; nous, nous disons qu’elle ne fait que confirmer à la communauté internationale, ainsi qu’à nous-mêmes, l’hypocrisie, la falsification et le relativisme qui caractérisent certains pays occidentaux lorsqu’ils traitent des concepts de démocratie !

Il en est ainsi, et depuis toujours, de ces gouvernements occidentaux, de leurs valeurs « colonialistes », de leurs politiques des « deux poids deux mesures», et de la « corruption de leurs dirigeants » qui préfèrent collaborer avec des gouvernements étrangers pour leurs intérêts personnels et celui d’Israël, au détriment des valeurs et idéaux universels répandus dans le monde par la Civilisation européenne.

Quant aux « normes universelles » dont on a convaincu la plupart des pays en voie de développement qu’elles seraient idoines pour gérer leurs affaires, ils trouvent mille prétextes pour les violer ou les imposer sans tenir compte de leur validité ou non sur le terrain. Et, dans tous les cas, ce sont ces mêmes dirigeants qui clament que la liberté, la démocratie, les élections libres, les droits humains, la justice… sont des « valeurs universelles » qui doivent être appliquées dans tous les pays du monde, abstraction faite de leurs us et coutumes, de leur Histoire, et de leur système sociopolitique.

Permettez-moi de dire, et je prie le lecteur de pardonner ma franchise, que les États-Unis et leurs inféodés occidentaux ont transformé ces « valeurs universelles », qu’ils prétendent défendre, en une lamentable farce dont ils sont devenus les bouffons !

Observez, et vous m’accorderez que les gouvernements mentionnés ci-dessus se fichent de toutes les « valeurs humaines » et sont en étroite liaison avec tout ce qui contredit leurs déclarations, aussi bien sur le plan politique que sur le plan médiatique ; leurs organes de presse ayant sacrifié crédibilité, objectivité, et exactitude de l’Information contre de simples bavardages !

Ainsi, et par exemple, peut-on dire que leur relation avec certains dirigeants des pays du Golfe témoignent de leur attachement à la démocratie, aux droits humains, à la justice, et à la bonne gouvernance ?

Ceci dit, si jamais la famille saoudienne avait mené au cours du siècle dernier, et au début de ce XXIème siècle, quelques élections législatives en vue de la constitution d’un parlement, puis d’un gouvernement, voire de conseils d’élus locaux, sans que nous le sachions, veuillez excuser notre ignorance.

En revanche, les informations précises dont nous disposons en disent long sur les accords nauséabonds passés entre le président socialiste François Hollande et son ministre des Affaires étrangères, le «Mollah» Laurent Fabius – puisse Dieu lui accorder une longue vie – et un État qui n’a jamais fleuré bon la démocratie depuis qu’il existe. Qu’est-ce que cela a à voir avec leurs impératifs démocratiques et humanitaires ? Et ne sont-ils pas en totale contradiction avec les principes mêmes de la Révolution française ?

Voir le « distingué » Laurent Fabius se désoler, quasi larmoyant, parce que les Etats-Unis n’ont pas lancé leur frappe militaire pour détruire la Syrie, n’est-ce pas un exemple frappant de l’ineptie et de la folie de certains de ces hauts responsables occidentaux et de leur système en faillite, contrairement à ce qu’exigerait la position de leur pays en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, et donc garant du respect de la Charte des Nations Unies qui met l’accent sur la résolution des conflits par des moyens diplomatiques et pacifiques ?

Ajoutez à cela que, s’agissant d’élections présidentielles, les citoyens des pays occidentaux savent très bien qui contribue au financement de la campagne de tel ou tel candidat, et sont parfaitement au courant des millions qu’ils reçoivent de certains dirigeants arabes… Tout le monde sait ce que je veux dire, et de qui je parle, notamment en France.

La grande question est de savoir pourquoi la France, la Grande-Bretagne, et parfois d’autres pays complètement écrasés au sein de l’Union européenne, se précipitent en Afrique, en Asie, et même en Europe, sous divers prétextes incompatibles avec les valeurs de leurs peuples ? L’exacte réponse est que leurs dirigeants persistent à regarder le monde à travers le prisme de l’ère coloniale pour le soumettre à leur hégémonie et en contrôler les ressources. Ceci, sans oublier que les faits nous rappellent, en permanence, l’absence de démocratie au sein même de l’Union européenne prétendument démocratique, vu que les représentants d’un maximum de trois ou quatre pays monopolisent ses processus décisionnels, tant du point de vue administratif que du point de vue politique.

Est-ce par amour indéfectible du Liban, du Mali, et de la Centrafrique que la France intervient systématiquement dans les affaires de ces pays indépendants et souverains, débarrassés de sa tutelle de naguère ? Comment se fait-il qu’à chaque fois que l’un de ces pays évolue dans un sens ou un autre, la France, et seulement la France, est toujours présente pour s’ingérer et remettre les choses « telles qu’elles doivent être » ?

Pourquoi en est-il ainsi ? La réponse n’est certes pas dans sa nostalgie de l’époque coloniale, mais plus exactement dans sa volonté de faire revivre cette époque, de pérenniser sa domination sur ces pays, et bien plus encore !

Et que dire de cette dernière farce du gouvernement français « signifiant à la Syrie l’interdiction d’organiser sur le territoire français des opérations de vote à l’occasion des élections présidentielles syriennes » [1] ?

Si j’ai pris ma plume pour traiter de cette question, c’est parce que d’autres pays pourraient être contaminés par l’hystérie des dirigeants français, alors que ce type de décision tendant à empêcher des citoyens syriens, résidant à l’étranger, d’exercer leur droit constitutionnel sont contraires aux trois versants des principes sur lesquels se fondent les Droits humains ; à savoir, la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Droits humains théoriques que le gouvernement français prétend respecter, alors que dans la pratique il les bafoue en plein cœur de Paris ! Droits humains tout autant bafoués par le gouvernement britannique et d’autres gouvernements occidentaux en plein jour !

Ils ont commencé par prétexter que la situation sécuritaire ne permettait pas la tenue d’élections présidentielles… Pourtant, ces derniers temps des élections ont bien eu lieu en Afghanistan avec la bénédiction de la France, de la Grande Bretagne, et des États-Unis, alors qu’Al-Qaïda sévissait et sévit toujours contre le peuple afghan. Et, plus récemment, des élections ont aussi eu lieu en Irak, pendant que DAECH [EIIL : État Islamique de l’Irak et du Levant] massacrait et massacre toujours nos frères irakiens comme c’est le cas en Syrie. Pourquoi ne sont-ils pas intervenus en usant du même prétexte ? Nous ne voulons évidemment pas qu’ils interviennent, mais la question reste posée.

Ensuite, ils ont décrété que ces élections étaient incompatibles avec le Communiqué de Genève I du 30 Juin 2012, tout en sachant que ce deuxième prétexte ne tient pas la route pour la bonne raison que le dit communiqué n’aborde même pas cette question mais, au contraire, insiste sur le maintien et la pérennité des institutions étatiques syriennes !

Et les voilà qui se réunissent le 15 Mai à Londres, capitale de l’Empire colonial, les uns consentants, les autres contraints et forcés, pour nous offrir un nouveau communiqué [2] qui ne vaut même pas l’encre dépensé pour sa rédaction. Copie de documents jaunis sans cesse échangés entre toutes les capitales des prétendus « Amis de la Syrie » pour nier qu’ils ont raté leurs objectifs !

D’ici une quinzaine de jours, ils continueront à mettre l’accent sur le soi-disant caractère illégitime des élections présidentielles syriennes, qui auront lieu le 3 juin prochain ! Nous n’avons pas été surpris par une telle débauche d’ingérences flagrantes de la part de pays qui se prétendent démocratiques et d’autres qui ne connaissent rien à la démocratie, dans le seul but d’empêcher la tenue d’élections pluralistes initiées par le gouvernement syrien véritablement engagé dans une dans démarche globale pour répondre aux aspirations et « aux besoins » du peuple syrien.

En d’autres termes, le gouvernement français a osé user d’un tel procédé inique dans le seul but d’empêcher la Syrie de sortir de la tragédie qu’elle endure !

Ceux qui ont pris cette décision ne sont ni démocrates, ni civilisés, et auront à rendre des comptes à leur peuple pour avoir truqué ses principes. Prétendre servir la démocratie en empêchant le peuple syrien d’élire le Président de son choix, ne fait que confirmer leur soutien aux terroristes assassins de « DAECH », de « Jabhat al-Nosra », et du « Front islamiste » [3] qui ont versé et versent toujours le sang de ce peuple, sans aucune pitié ; confirme leur soutien à la clique des « Frères Musulmans » à commencer par Erdogan et ses services de renseignement ; confirme  leur soutien aux Saoudiens qui ont enfanté cet extrémisme criminel de leur matrice wahhabite ; et confirme leur soutien à bien d’autres dont nous épargnerons la liste à nos estimés lecteurs…

Petit à petit, l’image devient de plus en plus nette… L’ineptie des dirigeants occidentaux conjuguée à celle de leurs inféodés arabes et les véritables  responsables de la mort de dizaines de milliers de Syriens, de leur faim et de leur soif comme ce fut les cas à Alep privée d’eau potable pendant 10 jours, finiront par éclater au grand jour.

Alors, ceux qui s’en sont pris à l’État syrien, dernier bastion de l’arabité, de l’indépendance, de la résistance nationale face à l’injustice – notamment celle infligée au peuple palestinien – en déchainant leur haine féroce sur la Syrie pour servir leurs intérêts inavoués et la « sécurité » d’Israël… pourraient bien être sanctionnés par l’électeur européen. C’est déjà arrivé… Chirac, Blair, Georges W. Bush, Sarkozy…

D’ici là, il faut savoir que ceux qui complotent contre la tenue des élections présidentielles en Syrie ne cherchent qu’à y installer le « vide gouvernemental », pour l’offrir en pâture au terrorisme international, détruire son passé, son présent et son avenir, en plus de comploter contre la démocratie, le pluralisme politique, et la liberté d’expression !

Dr Fayçal al-Miqdad

17/05/2014

Article original : Al-Binaa : http://al-binaa.com/albinaa/?article=4659

Traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Fayçal al-Miqdad : Vice-ministre syrien des Affaires étrangères

Notes :

[1] Syrie/élection : interdiction de voter en France

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/05/13/97001-20140513FILWWW00236-syrie-interdiction-de-voter-en-france.php

[2] Ministère des Affaires Étrangères : Communiqué final du Core Group des Amis du peuple syrien (Londres, 15 mai 2014)

http://www.noodls.com/view/82CB5D2DC1958C9B9BAD3DAA57DB30C90A878246?6507xxx1400241215#sthash.kKGmnb6e.dpuf

1. Nous, les onze États membres du « Core Group » des Amis de la Syrie à Londres, dénonçons le projet d’organiser le 3 juin une élection présidentielle illégitime annoncé unilatéralement par le régime d’Assad. Ce projet est une injure à la mémoire des victimes innocentes du conflit, est totalement contraire au communiqué de Genève et constitue une parodie de démocratie. Soumis à des règles définies par le régime, un tel scrutin aurait lieu sans la participation politique de millions de Syriens. Nous appelons l’ensemble de la communauté internationale à rejeter cette élection illégitime comme l’ont déjà fait la Ligue arabe, les Nations Unies, les États-Unis d’Amérique, la Turquie et l’Union européenne.

2. Nous sommes convenus à l’unanimité d’adopter ensemble, dans le cadre d’une stratégie coordonnée, de nouvelles mesures afin d’accroître notre soutien à l’opposition modérée représentée par la Coalition nationale, son Conseil militaire suprême et les groupes armés modérés qui leur sont associés, de tenir le régime d’Assad pour responsable de la terreur qu’il impose à son propre peuple et qu’il étend dans la région, notamment en saisissant la Cour pénale internationale par le truchement du Conseil de sécurité, de lutter contre la montée des forces extrémistes, de mener à bien le retrait des armes chimiques syriennes et d’intensifier les efforts de fourniture d’une aide humanitaire au-delà des frontières et des lignes, avec ou sans le consentement du régime. Nous avons chargé nos représentants de mettre en œuvre un plan d’action du « Core Group ».

NB : Core Group des pays « prétendument Amis du peuple syrien » :

Allemagne, Arabie Saoudite, Égypte, Émirats arabes Unis, États-Unis, France, Italie, Jordanie, Qatar, Royaume-Uni, Turquie.

[3] Syrie : Lexique de la terreur en prévision de Genève II !

http://www.mondialisation.ca/syrie-lexique-de-la-terreur-en-prevision-de-geneve-ii/5364080

 

 

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Quand Boko Haram mobilise l’Occident…

mai 18th, 2014 by Mohamed Larbi Bouguerra

Ah ! Les braves gens !

MM. Obama, Cameron et Hollande volent, toute affaire cessante, au secours des dirigeants du Nigéria pour libérer ces 276 pauvres filles des griffes du dangereux Abubakar Shekau, chef de la secte « islamique » (comme disent tous les médias de la terre) Boko Haram ! Même Michelle Obama – the first lady – a emboîté le pas aux politiques et apporté son onction à cette croisade contre la secte « islamique.» Immense buzz donc !

Et dire que, jusque-là, les effroyables bidonvilles de Lagos, la corruption sans borne qui sévit à tous les niveaux au Nigéria, la monumentale pollution du delta du Niger par Shell, la violence inouïe qui règne à Lagos et dans tout le pays, la drogue, les médicaments contrefaits, les expérimentations cliniques et médicales  faites sur la population, à son insu… ne leur ont pas été rapportés par leurs ambassadeurs et leurs innombrables services secrets. Ni le fait que le Nigéria est le seul pays producteur de pétrole au monde à présenter un déficit budgétaire. Pour Mme Eva Joly, ce pays « a été pillé de probablement 20 milliards de dollars en 30 ans » partis en Suisse, en France,  en Grande Bretagne et ailleurs probablement. Pour le Prix Nobel d’économie M. Joseph Stiglitz, l’inefficacité économique a aussi causé la fuite de cent milliards de dollars, investis à l’étranger plutôt que dans le pays (Wikipédia).

Il faut croire qu’il y a plus urgent pour MM. Obama, Cameron et Hollande : la lutte contre le  terrorisme et… la promotion  de l’islamophobie. Le Rideau de Fer et le Mur de Berlin sont tombés. Mais il faut au « monde libre » un ennemi – pour qu’éternellement tourne à plein régime  le « complexe militaro-industriel » décrié par le Président Eisenhower et cher au vice-président Cheney- le massacreur de l’Irak-,  faire oublier les problèmes internes de chômage, de sécurité sociale, d’insécurité… et essayé d’affirmer la prépondérance de l’Occident face aux pays émergents – et cet ennemi, c’est l’Islam. Boko Haram rejoint ainsi al Qaïda.

Ce faisant, l’Occident  est dans son rôle, fidèle à son histoire. Soyons réalistes !

Ce qui est par contre  incompréhensible, c’est le silence assourdissant  des pays musulmans, des autorités et des organisations religieuses musulmanes. Comment se taire face aux folies criminelles de Boko Haram qui instrumentalise l’Islam ? Quel texte autorise ces aliénés à assassiner, violer et vendre des êtres humains ? Quelle sourate interdit à ces filles d’aller à l’école quand le Coran intime un ordre aussi clair que le  « LIS » de la sourate 96? Quel commandement autorise  la vente de ces jeunes filles comme « esclaves » pour 10 euros ?

Nos enturbannés, nos muftis, nos ayatollahs… gardent un assourdissant silence… comme lorsque l’on a attenté à la vie de Najib Mahfoud, qualifié de mauvais musulman. Sus à la culture et au débat d’idées ! Haro sur Salman Rushdie, l’auteur des «  Versets sataniques ».

Pourquoi l’Occident se gênerait-il de traîner dans la boue la religion musulmane,  son immense civilisation et sa profonde culture quand le Gardien des Lieux Saints et ses émules sont aux abonnés absents ? On instrumentalise l’Islam en fonction des circonstances et en fonction d’intérêts immédiats. Dernier exemple en date fourni par  Le Monde (09 mai 2014, p. 18) : au Brunéi, le sultan Hassanal Bolkiah, dont la fortune est estimée à 20 milliards de dollars, a décidé d’appliquer la charia – par étapes – ainsi, les voleurs vont être soit amputés (comme en Arabie Saoudite) soit flagellés, à partir de la fin de l’année. Fin 2015, on lapidera pour crimes de sodomie ou d’adultère comme, par exemple, dans l’Afghanistan des Talibans, grandis dans le giron de la CIA  enrôlés par les  Etats Unis dans le combat contre « le communisme athée »… Mais le frère du sultan, Jefri Bolkiah, peut, lui,   détourner 15 milliards de dollars sans que la charia ait un mot à dire ! De même, Mariam Aziz, l’ex-épouse du sultan, peut s’adonner aux jeux de hasard dans les casinos londoniens et y perdre d’un seul coup -et d’un seul -610 000 euros (plus de 1200 000 DT) sans que l’Islam à la sauce Brunéi ne trouve à y redire !  En somme, comme dit le proverbe arabe : « Autorisé une  année, interdit  l’année suivante. » Islam à géométrie variable donc.

Ailleurs, les choses se passent différemment. A Jérusalem – que le pape François visitera fin mai 2014 – des fanatiques ont tagué le 5 mai 2014, en hébreu, sur les colonnes du Bureau de l’Assemblée des Evêques au Centre Notre Dame : « Mort aux Arabes et aux Chrétiens et à tous ceux qui haïssent Israël. » Aussitôt, le Patriarche latin de Jérusalem est monté au créneau ainsi que les évêques pour exprimer officiellement leur inquiétude face au fanatisme et au manque de volonté politique de la part du gouvernement israélien de mettre un terme aux menées des fanatiques juifs et de veiller à la sécurité des chrétiens et de leurs propriétés – et notamment à celles du Saint Siège, l’Etat du Vatican. (Haaretz, 8 mai 2014)

Combien de fois la mosquée Al Aqsa a-t-elle été menacée par ces mêmes fanatiques et par la police israélienne sans que la Ligue arabe, la Conférence Islamique, nos rois, nos reines et nos présidents, al Qaradawi, al Azhar, la Zitouna, Ennahdha ou Hizb Ettahrir  ne se saisissent sérieusement de cette profanation ?

Le pire est que cette inertie – pour le moins – a des répercussions ailleurs et amplifie l’islamophobie ambiante du Danemark- où le Parti du Peuple danois cible prioritairement les immigrés musulmans- à la Grande Bretagne et de la France aux Etats Unis.

Alphonse de Lamartine écrivait en 1854 : « Etre musulman est une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toute langue et de toute race. » Aujourd’hui, pour le plus grand bien d’un  libéralisme échevelé et d’un marché sans éthique, tous les musulmans sont suspects… -en fait les immigrés, les travailleurs et les « métèques » haïs par les Le Pen et leurs acolytes-…par la grâce notamment   des salafistes, d’al Qaïda, de Boko Haram, et aussi par la grâce de ceux qui imposent le voile à des fillettes de quatre ans, par ceux qui voient des avantages dans l’excision et dans le jihad en Syrie… Il est vrai que les islamophobes oublient que l’Eglise catholique, apostolique et romaine n’admet pas les femmes dans le clergé et se débat dans d’innombrables et sordides affaires  de  pédophilie – en Irlande, aux Etats Unis et ailleurs- comme ils oublient que la prière du matin de certains « hommes en noir » consiste à  dire : « Merci mon Dieu de ne m’avoir pas fait femme.  » Les islamophobes  passent aussi sous silence les « exploits » de monstres tel « le très  extrémiste rabbin Yitzhak Ginsburg »- émule du Dr Baruch Goldstein qui a tué,  en 1994,  vingt-neuf Palestiniens lors de la prière du sobh dans le caveau des Patriarches à Hébron- « qui a fait beaucoup parler de lui par ses écrits justifiant de facto le meurtre de non-juifs. » (Laurent Zecchini, « Les fanatiques de la colonie d’Yitzhar, adeptes du vandalisme anti palestinien », Le Monde, 10 mai 2014, p. 8).

Ainsi, à Béziers, le maire nouvellement élu avec l’aide décisive du FN a pour chef de cabinet « un islamophobe assumé ». A Villers-Cotterêts, les autorités municipales expriment publiquement leur racisme et, à Villejuif, près de Paris, Palestine Solidarité et l’association des musulmans du Val de Bièvre n’ont plus le droit de participer au vide-grenier annuel par « respect des autres communautés ». Et le quotidien l’Humanité (9 mai 2014, p. 32) de commenter avec malice : « Attention : la vue des musulmans – ou « présumés » comme disait Sarkozy – peut choquer les Français de souche. » Comme en Suisse où 22 cantons sur 26 ont voté,  fin 2009,  contre la construction des minarets, le maire FN de Mantes-la-Ville, dans les Yvelines,  a interdit la construction d’une salle de prière – pourtant approuvée par l’équipe municipale précédente- car « ce n’est pas une priorité pour les habitants » affirme ce monsieur élu avec à peine 30% des voix. Ce qui donnera encore à sa patronne,  Marine Le Pen l’occasion de fustiger « les prières de rue » ! Paroxysme d’un cartésianisme  français à la mode FN…qui doit faire tourner dans sa tombe le pauvre René Descartes!

Il est clair que nos dirigeants vérifient parfaitement cet énoncé d’Adonis : « Comment prendre le pouvoir et l’accaparer : telle est la règle de la vie des Arabes et de leur culture. Quant aux questions : comment vivre ? Comment apprendre ? Comment travailler ? Comment réfléchir ? Comment combattre pauvreté et chômage ? Comment construire l’Etat et la société ? et comment progresser ?, elles sont secondaires et servent souvent au pouvoir de prétexte pour exterminer ses ennemis et ses opposants. »

Tout le reste est… basse politique pour ces dirigeants qui ne devraient pas perdre de vue  ce que dit Jean-Paul Sartre : « L’impuissance du peuple, c’est toujours sa division intérieure, sa séparation d’avec lui-même. » Cette impuissance n’est pourtant pas  éternelle,  ajoute le philosophe,  car « le peuple peut advenir une unité active », un évènement qu’il qualifie, après  André Malraux,  d’ « apocalypse ».

Le Président Moncef Marzouki a remis,  le 9 mai 2014,  les prix de psalmodie et de mémorisation du Coran à un Turc et à un Koweitien. Il aurait pu profiter de cette cérémonie, sous les lambris et les ors de la République,  pour condamner  les crimes de Boko Haram et les tenants de l’islamophobie.  Il est vrai  qu’en Tunisie, à l’heure actuelle, les élections préoccupent beaucoup de monde. C’est en somme leur qibla !

 Mohamed Larbi Bouguerra

 

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Nouvel exemple de « Too Big to Jail »:L’évasion et la fraude fiscales internationales organisées par la principale banque suisse UBS.

UBS (Union des Banques Suisses) qui a dû être sauvée de la faillite en octobre 2008 par une injection massive d’argent public en Suisse est impliquée dans le scandale du Libor, dans celui de la manipulation du marché des changes (UBS fait l’objet d’une enquête approfondie de la part des autorités tant aux États-Unis, qu’au R-U, à Hong Kong et en Suisse) et dans les ventes abusives de produits hypothécaires structurés aux États-Unis. UBS, tout comme HSBC et le Crédit Suisse |1| notamment, s’est aussi spécialisée dans l’organisation à une échelle systémique de l’évasion fiscale des grandes fortunes des États-Unis, d’Europe et d’ailleurs |2|.

« Environ 120 chargés d’affaires suisses seraient présents clandestinement en France pour démarcher les grosses fortunes hexagonales, ce qui est rigoureusement interdit par la loi mais réalisé, d’après Antoine Peillon, en toute connaissance de cause par la maison mère en Suisse. Chaque commercial est muni d’un document, le manuel du Private Banking’ véritable guide en évasion fiscale ’ » |3|. Le témoignage d’un ancien employé d’UBS, publié en janvier 2014, vient renforcer les accusations lancées par Antoine Peillon. « Le témoignage d’un ancien employé suisse de la banque, déposé auprès de la justice et recueilli par Le Parisien-Aujourd’hui en France (édition du mardi 21 janvier), montre que la plus grande des banques helvètes, qui fait depuis 2012 l’objet d’une enquête judiciaire en France, aurait institué un système bien rodé pour inciter les Français à frauder le fisc. Guillaume Daïeff et Serge Tournaire, les juges financiers parisiens en charge du dossier, soupçonnent l’Union des banques suisses (UBS) d’avoir mis en place un vaste système de démarchage illicite de clients français, les incitant à ouvrir des comptes non déclarés en Suisse dans les années 2000. » |4|.

Quelques semaines plus tard, en février 2014, paraissait sous forme de livre un autre témoignage à charge d’UBS, il est le fait d’une ancienne employée d’UBS en France chargée d’organiser des activités mondaines pour rabattre des clients. ’Il s’agissait de mettre en relation des chargés d’affaires d’UBS avec leurs futurs clients, de préférence les plus riches, ceux à 50 millions €. Comme vous ne séduisez pas un millionnaire avec un simple café, les événements devaient être prestigieux. Tournoi de golf, régate en voilier, soirée à l’opéra suivie d’un dîner chez un grand chef… rien n’était trop beau pour attirer ces fortunes.(…) À chaque événement, les chargés d’affaires suisses étaient présents en très grand nombre. Venus de Lausanne, Bâle, Genève, Zurich, ils avaient pour mission de convaincre les cibles, présélectionnées par nos soins, de déposer leur fortune chez eux. Chaque année, à la demande du siège de Zurich, nous faisions le bilan : combien de nouveaux clients ? Combien d’argent frais ? La règle d’or, c’était qu’un événement devait être rentable.’ |5| Vu le scandale produit par de multiples révélations et la procédure judiciaire engagée en France, UBS a interdit, à partir d’avril 2014, à une partie de ses gestionnaires de fortune de se rendre en France |6|.

Alors que la justice française est lente et timide, que rien ne se passe en Belgique (pourtant UBS y a réalisé le même type d’opérations frauduleuses qu’en France et ailleurs), UBS est sur le point d’arriver à un accord avec les autorités allemandes. En fait, UBS négocie avec la justice allemande le montant de l’amende qui lui sera infligée pour avoir aidé des contribuables à échapper au fisc. Il est question d’une amende de 200 millions d’euros qui lui permettra d’échapper à une condamnation |7|. UBS est accusée d’avoir aidé ses clients allemands à dissimuler leurs fortunes via des fondations et des trusts au Liechtenstein. Selon le parquet de Bochum qui a mené l’enquête et dirigé plusieurs descentes contre des filiales d’UBS en Allemagne, les fonds en question atteignent environ 20 milliards €. Si l’amende s’élève effectivement à 200 millions €, cela signifiera qu’UBS s’en tire en payant l’équivalent de 1 % des montants fraudés. UBS est la troisième banque suisse mise à l’amende par les autorités allemandes. La banque Julius Bär et le Crédit Suisse ont payé respectivement 50 millions € et 149 millions €. Comme pour les autres exemples, UBS évite jusqu’ici toute véritable condamnation. Elle doit juste faire face à des scandales qui ternissent son image et à des amendes, somme toute, tout à fait mineures. Elle doit également modifier sa stratégie financière mais elle poursuit sa route sans que ses principaux dirigeants aient été inquiétés et sans être menacée dans sa liberté d’exercer son activité bancaire.

Ce qui s’est passé aux États-Unis avec UBS confirme la doctrine « Too Big to Jail ». L’affaire remonte à 2008 quand les autorités des États-Unis entament une instruction contre UBS accusée d’organiser un réseau d’évasion fiscale. UBS gérait la fortune d’environ 5 000 citoyens nord-américains en leur évitant de payer des impôts aux États-Unis. Leur fortune était placée en Suisse (après avoir transité dans certains cas par d’autres paradis fiscaux pour brouiller les traces). Pour mener leur investigation, les autorités étatsuniennes ont bénéficié des informations que leur a communiquées, en 2007, Bradley Birkenfeld un ancien responsable d’UBS spécialisé dans l’évasion fiscale.

Bradley Birkenfeld, lanceur d’alerte ou simple délateur ?

Bradley Birkenfeld est de nationalité étatsunienne, il a commencé à travailler dans le secteur bancaire en 1991 dans une banque de Boston, la State Street (13e banque aux États-Unis) |8|. Il a pris contact avec le FBI en 1994 pour dénoncer les pratiques illégales de la banque qu’il quitte ensuite sans que celle-ci ait fait l’objet de poursuites judiciaires. En 1996, il est engagé aux États-Unis comme gestionnaire de fortune par le Crédit Suisse (2e banque suisse), puis en 1998, il passe chez Barclays (2e banque britannique). En 2001, il rejoint UBS en y amenant de riches clients. Il s’établit à Genève d’où il participe à l’organisation du réseau d’évasion fiscale qui concerne les États-Unis. Il fait cela sous la responsabilité de Raoul Weil, un des patrons d’UBS. Il quitte la banque en 2005 après avoir, dit-il, pris conscience de la gravité des activités auxquelles il était activement mêlé. À noter que ce qu’il faisait pour UBS n’avait rien d’illégal au regard des lois de la Suisse. En 2007, il décide de contacter le Ministère de la Justice des États-Unis afin de dénoncer les activités illégales d’UBS et de profiter d’une loi qui, depuis 2006, protège et récompense ceux et celles qui dénoncent au fisc une fraude |9|. Un bureau des lanceurs d’alerte (IRS Whistleblower Office) a en effet été créé au sein de l’administration chargée de la collecte des impôts (l’Internal Revenue Service, IRS). La page d’accueil du site officiel commence par ces deux phrases : « Le bureau des lanceurs d’alerte de l’IRS rémunère ceux qui lancent l’alerte à l’encontre des personnes qui ne paient les impôts tels qu’ils sont dus |10|. Si le bureau des lanceurs d’alerte fait usage de l’information fournie par le lanceur d’alerte, il peut octroyer à celui-ci jusqu’à 30 % des taxes additionnelles, des amendes ou d’autres montants qu’il collecte » |11|. Les informations qu’il communique à l’IRS et au ministère de la justice permettent à ces deux organismes de monter un dossier en béton contre UBS. La gravité des activités d’UBS au regard de la loi des États-Unis est telle qu’il était nécessaire de retirer la licence bancaire à cette banque mais, comme cela se passera un peu plus tard avec HSBC et d’autres grandes banques, les autorités de Washington se contenteront d’exiger le paiement d’une amende (780 millions $ en février 2009 auxquels s’ajoutent 200 millions $ un peu plus tard). Les États-Unis obtiennent également que la banque leur communique une liste de 4 450 noms de citoyens des États-Unis qui ont planqué leur fortune en Suisse par l’entremise d’UBS. Pour y arriver, Washington a, à certains moments, employé d’importants moyens de pression : la menace de retirer la licence de la banque et l’arrestation momentanée de certains dirigeants de la banque, tel Raoul Weil qui comparaît en procès en 2014 |12|.

Entretemps, Bradley Birkenfeld, lanceur d’alerte, a d’abord payé cher sa collaboration avec les autorités des États-Unis : il est arrêté en mai 2008 puis traduit en justice. En août 2009, il est condamné à 40 mois de prison ferme pour sa participation aux activités illégales d’UBS. À noter qu’au cours de son réquisitoire contre B. Birkenfeld, le procureur a reconnu que sans la collaboration de Bradley Birkenfeld le ministère de la justice et l’IRS n’auraient pas été en mesure de réunir toutes les informations qui ont permis de coincer UBS. B. Birkenfeld commence à purger sa peine en janvier 2010. De sa prison, Bradley Birkenfeld a fait appel au président Barack Obama, il a également introduit une requête en révision de son procès auprès du procureur général Eric Holding et a fini par pouvoir sortir de prison après 31 mois, début août 2012. Ce que la presse internationale a surtout retenu, c’est ce qui est arrivé à Bradley Birkenfeld après sa sortie de prison à savoir que l’IRS lui a finalement versé une somme de 104 millions $ comme récompense pour la dénonciation des activités illégales d’UBS. L’IRS, en effet, a finalement considéré que Bradley Birkenfeld avait droit à un certain pourcentage des taxes et amendes qui ont pu être collectées auprès des personnes fortunées identifiées grâce à la dénonciation |13|.

Il n’est pas possible ici d’entrer dans l’analyse des motivations exactes de Bradley Birkenfeld, est-ce un chevalier blanc, un lanceur d’alerte ou un simple délateur et chasseur de prime ? Ce qui est important, c’est de faire le constat suivant : la banque qui réalise de graves activités illégales ainsi que ceux qui la dirigent et planifient ses méfaits, bénéficient de l’impunité. La banque doit tout au plus payer des indulgences (pardon, une amende).

Ceux qui dénoncent les activités illégales de la banque le font à leurs risques et périls. Dans le cas d’UBS, du Crédit Suisse, de HSBC Suisse… ils sont condamnables (voir le cas d’Hervé Falciani dans l’affaire UBS Suisse) aux yeux de la loi suisse et les autorités suisses ne se sont pas privées d’avoir recours à la sévérité de la loi contre eux. Dans le cas des États-Unis, leur situation est plus complexe. Dans certains cas, ils peuvent obtenir une récompense mais risquent néanmoins la prison. Depuis l’affaire UBS/ Bradley Birkenfeld, il semble bien que les banquiers ont obtenu du gouvernement des États-Unis qu’il évite d’encourager financièrement des candidats lanceurs d’alerte. À suivre.

Conclusion

Il faut mettre fin au secret bancaire. Les banques doivent avoir l’obligation de communiquer toutes les informations sur leurs responsables, leurs différentes entités, leurs clients, les activités qu’elles exercent et les transactions qu’elles réalisent pour le compte de leurs clients et pour elles-mêmes. De même, les comptes des banques doivent également être lisibles et compréhensibles. La levée du secret bancaire doit devenir un impératif démocratique minimal pour tous les pays. Concrètement cela signifie que les banques doivent tenir à la disposition de l’administration fiscale :

  • une liste nominative des bénéficiaires d’intérêts, de dividendes, de plus-values et autres revenus financiers ;
  • les informations sur les ouvertures, les modifications et les fermetures de comptes bancaires en vue d’établir un répertoire national des comptes bancaires ;
  • toutes les entrées et sorties de capitaux avec l’identification du donneur d’ordre.

Il faut interdire aux banques de réaliser toute transaction avec un paradis fiscal. Le non respect de l’interdiction doit être assorti de sanctions très lourdes jusqu’au retrait de la licence bancaire et le paiement de lourdes amendes (une amende équivalente au montant de la transaction réalisée). Les autorités judiciaires et le ministère public doivent être incités à poursuivre de manière systématique les dirigeants de banque qui sont responsables de délits et de crimes financiers. Il faut retirer la licence bancaire aux institutions qui ne respectent pas les interdictions et se rendent coupables de malversations.

Parce que les capitalistes ont démontré à quel point ils étaient capables de commettre des délits et de prendre des risques (dont ils refusent d’assumer les conséquences) dans le seul but d’augmenter leurs profits, parce que leurs activités entraînent périodiquement un lourd coût pour la société, parce que la société que nous voulons construire doit être guidée par la recherche du bien commun, de la justice sociale et de la reconstitution d’une relation équilibrée entre les humains et les autres composantes de la nature, il faut socialiser le secteur bancaire. Comme le propose Frédéric Lordon, il s’agit de réaliser « une déprivatisation intégrale du secteur bancaire » |14|.

Eric Toussaint

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Partie 5

Partie 6

Partie 8

Dernière partie

Notes

|1Financial Times, “Crédit Suisse tax probe deepens », 16 avril 2014. Voir aussi : « Crédit Suisse may pay US$1.6b in tax probe », 6 mai 2014, http://www.stuff.co.nz/business/world/10014963/Credit-Suisse-may-pay-US-1-6b-in-tax-probe

|2| Voir notamment le précieux livre d’Antoine Peillon, Ces 600 milliards qui manquent à la France, Le Seuil, 2012, 187 pages. Voir la recension parue dans Alternatives économiques : « Ces 600 milliards qui manquent à la France. Enquête au cœur de l’évasion fiscale », http://www.alternatives-economiques.fr/ces-600-milliards-qui-manquent-a-la-france—enquete-au-coeur-de-l-evasion-fiscale_fr_art_1143_58595.html Voir aussi : ’La grande évasion fiscale : un doc de Patrick Benquet (Nilaya Productions, 2013)’, consulté le 9 mai 2014,http://www.publicsenat.fr/La_grande_evasion_fiscale_documentaire_public_senat

|3Alternatives économiques, « Ces 600 milliards qui manquent à la France. Enquête au cœur de l’évasion fiscale », avril 2012, http://www.alternatives-economiques.fr/ces-600-milliards-qui-manquent-a-la-france—enquete-au-coeur-de-l-evasion-fiscale_fr_art_1143_58595.html

|4Le Monde, ’Des conseillers d’UBS faisaient la mule entre la France et la Suisse’, 21 janvier 2014,http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/01/21/des-conseillers-d-ubs-faisaient-la-mule-en-transportant-eux-memes-ces-sommes-de-l-autre-cote-des-alpes_4351540_3234.html

|5| Extrait de l’interview publiée par Le Parisien, le 6 février 2014, http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/le-livre-qui-derange-les-banquiers-suisses-06-02-2014-3563661.php Voir le livre : Stéphanie Gibaud, La femme qui en savait vraiment trop, le Cherche-Midi, 221 pages, 17 €. Dans l’interview déjà citée, elle déclare : ’Dans le petit univers de la banque privée, je suis désormais blacklistée, les CV que j’envoie finissent systématiquement à la poubelle. Vis-à-vis d’UBS, j’ai lancé une procédure pour harcèlement devant les prud’hommes et j’attends de la justice pénale qu’elle établisse la vérité. Mon livre, je l’espère, permettra d’éclairer les juges sur certaines pratiques et m’aidera à me reconstruire.’

|6Le Parisien, ’Évasion fiscale : la banque UBS interdit à ses employés d’aller en France’, 1 mai 2014,
http://www.leparisien.fr/economie/evasion-fiscale-la-banque-ubs-interdit-a-ses-employes-d-aller-en-france-01-05-2014-3808011.php

|7Tribune de Genève, « UBS négocie son amende avec le fisc allemand », 25 février 2014,http://www.tdg.ch/economie/ubs-negocie-amende-allemagne/story/26256689 Le titre de l’article est très significatif.

|8| Deux sources biographiques assez complètes : la biographie de Bradley Birkenfeld sur wikipedia (en anglais, celle en français est par contre lapidaire) : http://en.wikipedia.org/wiki/Bradley_Birkenfeld(consultée le 3 mars 2004) et David Voreacos, ’Banker Who Blew Whistle Over Tax Cheats Seeks Pardon’, Bloomberg, 24 juin 2010, http://www.bloomberg.com/news/2010-06-24/ubs-banker-who-blew-whistle-on-swiss-secrecy-over-tax-cheats-seeks-pardon.html

|9| Il prend également contact avec la sous-commission du Sénat qui s’occupe des délits des banques sous la présidence du sénateur Carl Levin et il y présente son témoignage en 2007. C’est la même sous-commission qui s’est occupée plus tard de l’affaire HSBC. Voir le site officiel de la sous-commission : http://www.hsgac.senate.gov/subcommittees/investigations

|10| Dans le cas présent, on devrait plutôt parler d’un bureau de délation.

|11| ’ IRS Whistleblower Office.’ Voir le site officiel de l’IRS : http://www.irs.gov/uac/Whistleblower-Informant-Award , site consulté le 3 mars 2014. “The IRS Whistleblower Office pays money to people who blow the whistle on persons who fail to pay the tax that they owe. If the IRS uses information provided by the whistleblower, it can award the whistleblower up to 30 percent of the additional tax, penalty and other amounts it collects.’

|12| Zachary Fagenson et Reuters, ’Ex-UBS bank executive pleads not guilty in tax fraud case’, 7 janvier 2014,
http://articles.chicagotribune.com/2014-01-07/business/sns-rt-us-ubs-tax-banker-20140106_1_bradley-birkenfeld-tax-fraud-conspiracy-u-s-clients

|13| Voir sur le site du quotidien genevois Le Temps, la copie de la décision du IRS Whistleblower Office : http://www.letemps.ch/rw/Le_Temps/Quotidien/2012/09/11/Economie/ImagesWeb/birkenfeld-determination-letter.pdf

|14| Frédéric Lordon, « L’effarante passivité de la « re-régulation financière » », in Changer d’économie, les économistes atterrés, Les liens qui libèrent, 2011, p. 242.

Éric Toussaint, docteur en sciences politiques, est porte-parole du réseau international CADTM et est membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Prochain livre : Bancocratie, Aden, 1er semestre 2014

I- La médiation de Rached Ghannouchi (Tunisie) et d’Hassan Al-Touraby (Soudan)

Paris – Le Qatar a souscrit, le 19 Avril 2014, à Ryad un arrangement qui s’apparente par ces termes et conditions à une capitulation en rase campagne, équivalant, en cas de sa complète mise en œuvre, au placement sous tutelle de cet émirat turbulent dont la mesure la plus fortement symbolique devrait être le dégagement du prédicateur octogénaire Youssef Al Qaradawi de sa plateforme médiatique.

Deux dirigeants néo islamistes Rached Ghannouchi, chef du parti An Nahda (Tunisie) et le soudanais Hassan Al-Touraby ont offert leurs bons offices, proposant le transfèrement -la déportation ?- des dirigeants des Frères musulmans basés à Doha vers l’Afrique du sud et la Suisse, ainsi qu’une sourdine à la guerre médiatique menée par le Qatar, via Al Jazira, contre le tombeur de Morsi, le Maréchal Abdel Fattah Sissi, candidat à l’élection présidentielle égyptienne et bénéficiaire du soutien des pétromonarchies.

Un premier geste de bonne volonté avait été amorcé en ce sens par le Qatar: L’ancien chef des Frères Musulmans, Youssef Al Nida, est intervenu à la mi-avril sur la chaine Al Jazira préconisant une prise de distance de la confrérie des affaires politiques, lui recommandant de se consacrer exclusivement aux affaires spirituelles et religieuses, ainsi qu’à la bienfaisance sociale. Cela n’a pas été jugé suffisant de la part des voisins du Qatar.

II – L’Algérie, possible point de chute de Youssef al Qaradawi ?

Le détonateur de la déflagration, le téléprédicateur Youssef Al Qaradawi devrait prendre le chemin du Soudan, première étape de son transfèrement ultérieur à Tunis vers son confrère néo islamiste Rached Ghannouchi. Mais l’installation à demeure en Tunisie du très controversé prédicateur égypto-qatariote fait grincer les dents du président tunisien Moncef Marzouki.

Voulant conjurer le mauvais sort, le cheikh octogénaire s’est livré à une mélopée sirupeuse, au rythme d’un contorsionnement d’une danse de ventre, professant son amour pour l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, qu’il a constamment brocardé au point de ranger sa hache de guerre, formulant son vœu secret d’être enterré au Qatar en signe de reconnaissance à l’hospitalité de ses commanditaires.

L’Algérie, qui     a reçu en avril l’émir du Qatar, le prince Tamim, avec lequel elle entretient de bonnes relations, a été sollicitée par le Koweït pour un rôle de médiation dans le conflit Arabie saoudite Qatar. Selon des informations de presse, sondée quant à la possibilité qu’elle accorde l’asile au Cheikh Qaradawi, l’Algérie pourrait faire droit à la requête des pétromonarchies en dernier ressort. Aucune confirmation ode cette information n’a été donnée de source officielle algérienne

III – L’arrangement de Ryad.

Scellé sur une base militaire, en présence des ministres des Affaires étrangères des six pays membres du Conseil de Coopération du Golfe, à titre de témoins et de caution, l’accord concède un délai de deux mois au Qatar pour remplir ses engagements, notamment le reprofilage de sa diplomatie dans un sens conforme au consensus régnant au sein du syndicat pétro-monarchique.

Près d’un an après la destitution déguisée de l’ancien «Deux es Machina de la révolution arabe», Hamad Ben Khalifa Al Thani, deux mois après le dégagement de son compère saoudien Bandar Ben Sultan, cette clause augure mal de l’indépendance stratégique future de la principauté en ce qu’elle constituerait un soft protectorat imposé au petit wahhabite, dans une conjoncture calamiteuse pour le camp islamo atlantiste, matérialisée par le double camouflet, le revers militaire de Yabroud en Syrie, la place forte des néo islamistes, et le camouflet diplomatique en Crimée.

Un double revers accentué de surcroît par le rétablissement spectaculaire des relations russo-égyptiennes et la consolidation de la position de la Russie en Syrie, propulsant l’ancien Empire des tsars au rang d’interlocuteur fiable au niveau du Monde arabe, après avoir été longtemps diabolisé du fait de l’athéisme marxiste soviétique.

Aux termes de cet accord, le Qatar doit cesser son soutien à la confrérie des Frères Musulmans, ce qui implique de réduire de facto son partenariat stratégique avec la Turquie, son allié du printemps arabe en Libye et en Syrie, et de se focaliser sur la Syrie plutôt que sur les critiques à l’égard du régime post Morsi.

De Renoncer en outre à soutenir les Think Tank américains, accusés d’attiser les critiques envers les dynasties monarchiques du Golfe, notamment ceux qui ont choisi Doha comme base régionale- «The Brookings Institution» et  «The Rand Corporation». La Rand est l’auteur du fameux rapport «From confrontation to Containement», préconisant de confier le pouvoir aux Frères Musulmans pour mieux contenir la vague néo islamiste dans le Monde arabe.

http://www.renenaba.com/libye-an-iii-post-kadhafi-le-projet-c-c-de-la-rand-corporation/

Enfin dernière et non la moindre des conditions: Interrompre le processus de naturalisation des opposants islamistes arabes refugiés au Qatar, à l’instar du prédicateur d’origine égyptienne Youssef Al Qaradawi, et retirer son soutien financier au réseau néo-islamiste en Europe, particulièrement les islamophilistes qatarologues.

Le Qatar a financé dernièrement une campagne photo sur les tortures des prisonniers en Syrie, comprenant, par extension, aussi bien le pouvoir baasiste que ses opposants djihadistes. Intervenue le jour de la tenue de la conférence de Genève sur l’Ukraine, le 17 avril, sa diffusion est apparue comme une opération de diversion visant à masquer l’échec occidental dans son bras de fer avec la Russie, dans l’affaire de Crimée, rattachée depuis lors à Moscou.

Le Qatar devra remplir ses conditions sans garantie de rétablissement des relations diplomatiques avec les trois pays avec lesquels il est en contentieux. A défaut, le Qatar est menacé d’un blocus de ses liaisons aériennes et terrestres avec l’ensemble de la péninsule arabique, et, selon des indiscrétions de la presse arabe, d’une grande opération de déstabilisation du clan Al Thani, qui sera matérialisée par le soutien des pétromonarchies voisines à la branche rivale de la dynastie et à l‘importante tribu «Bani Mari», le socle du pouvoir monarchique au Qatar.

IV -Le Qatar, casse-tête des pétromonarchies, l’annexion du Qatar, une épée de Damoclès.

La décision du Conseil de coopération du Golfe de mettre au pas le Qatar a été prise d’un commun accord entre l’Arabie saoudite, le Bahreïn, et les Emirats arabes unis, fortement incommodés par ce qu’ils considèrent être les dérives du gnome de Doha et qui valurent au précédent Emir une destitution déguisée, sur injonction américaine.

http://www.renenaba.com/la-fin-sans-gloire-du-deus-ex-machina-de-la-revolution-arabe/

Outre le manque de confiance dans les dirigeants qatariotes, la raison sous-jacente à l’intransigeance saoudienne réside dans le fait que la dynastie Al Thani du Qatar peut servir de dynastie de substitution aux wahhabites en cas de démembrement du royaume saoudien, comme la menace en est régulièrement brandie par les Américains.

Le Qatar est devenu le casse-tête des pétromonarchies, certains jours un véritable «bâton merdeux» que chacun cherche à refiler à son voisin pour résoudre les problèmes qu’il pose.

Certes le Koweït avait été officiellement chargé de mener une médiation entre l’Arabie saoudite et le Qatar pour mettre un terme à la guerre fratricide entre les deux frères ennemis wahhabites. Mais cela ne parait pas suffisant pour calmer le courroux de ses pairs. Au point qu’Abou Dhabi qui avait accusé les Frères Musulmans d’avoir ourdi un complot contre la dynastie, a avancé une bien curieuse proposition pour réduire la tumeur. Dans ce qui parait comme une manœuvre d’intimidation à l’égard du récalcitrant, le directeur adjoint de la police de l’Emirat, Dhafi Al Khalfane, a en effet proposé l’annexion pure et simple du Qatar à la Fédération des sept Emirats Arabes Unis (Abou Dhabi, Doubaï, Ajman, Sharjah, Oum el Gowein, Ras El Kheyma) et son placement sous l’autorité d’Abou Dhabi avec octroi de passeports émiratis aux anciens ressortissants du Qatar.

Dhafi Al Khalfane s’est défendu toute visée annexionniste. Il a justifié sa requête par le fait que le Qatar était placé sous l’autorité de l’Emir d’Abou Dhabi avant son détachement en zone autonome par le colonialisme britannique du temps où la zone se dénommait la Côte des pirates. «L’accessoire doit suivre le principal» a-t-il déclaré selon les propos rapportés mardi 1 er avril par le site en ligne «Ar rai al Yom».

Connu pour son franc-parler, le responsable émirati est la bête noire des Frères Musulmans depuis qu’il a ordonné l’incarcération de 75 membres de la confrérie sous l’accusation de tentative de coup d’état. Il a d’ailleurs estimé que le succès électoral du premier ministre néo islamiste turc Teyyeb Reccep Erdogan «est la pire catastrophe politique pour l’avenir de la Turquie en ce que le mandat d’Erdogan pour la Turquie sera comparable à celui du néo islamiste Morsi en Egypte».

Le Qatar ne veut, visiblement pas, s’en laisser compter. Les Frères Musulmans, unique organisation arabe transnationale avec ses ramifications tant au Machreq qu’au Maghreb, constitue un véritable bouclier défensif de l’Emirat face au géant saoudien. Après avoir mobilisé le ban et l’arrière ban de ses alliés pour destituer le pouvoir baasiste syrien, obtenant même l’expulsion de la Syrie de la Ligue arabe, dont elle était pourtant un membre fondateur, le voilà qu’il cherche à se faire pardonner de ses anciens ennemis.

Dans son épreuve de force avec l’Arabie saoudite, Tamim a cherché à s’adosser sur ses ennemis d’hier, notamment l’Iran, la Syrie et le Hezbollah libanais. Il a ainsi dépêché à Téhéran un diplomate de haut rang, le jour même où Barack Obama atterrissait à Ryad, doublant cette démarche par l’envoi d’un émissaire à Beyrouth pour y rencontrer des responsables du Hezbollah……. Et, fait singulier, donner un coup de fil à Damas depuis Beyrouth, par application de la théorie du voisinage immédiat selon laquelle «l’ennemi de mon ennemi est mon ami».

Le Qatar a lancé, en outre, un nouveau quotidien arabe «Al Arab Al Joudod (Les néo arabes), piloté par Azmi Béchara, l’ancien député communiste arabe du parlement israélien, et désormais homme lige du Prince Tamim, pour pallier la chute d’audience «Al Qods al Arabi», consécutif à l’éviction par la principauté de son fondateur, l’influent éditorialiste Abdel Bari Atwane. M. Atwane a fondé un journal en ligne « Ar Rai Al Yom» (L’opinion aujourd’hui), qui revendique, six mois après son lancement le chiffre record de 20 millions de visiteurs par jour.

Une véritable course à l’échalote s’est engagée entre les pétro-monarques: Pour neutraliser l’Iran, l ’Arabie saoudite, a, elle, sorti le grand jeu. Elle a doublé le nombre de visas accordé aux Iraniens désireux d’effectuer le pèlerinage de la Mecque… La preuve que La Mecque n’est pas un sanctuaire bénéficiant de l’extraterritorialité, mais la propriété privée de la maison des Saoud, qui délivre à son gré le précieux visa d’entrée au paradis.

Le Qatar se voit donc condamné à boire la coupe jusqu’à la lie, lui qui avait puissamment œuvré avec la Turquie à la propulsion des Frères Musulmans au pouvoir dans «les pays du printemps arabes» (Tunisie, Libye, Egypte) avec le ciblage de la Syrie et de la Palestine (Hamas), une triplette dont les premières mesures auront été d’ériger les interdits en tant que principe de gouvernement. Erreur fatale à leur rayonnement.

Trop d’interdit tue l’interdit. Pour avoir négligé cette règle élémentaire de gouvernement, les néo islamistes en paient le prix; aussi bien les wahhabites, que les salafistes, les djihadistes comme les takfiristes. Le jour où la confrérie produira en son sein un clown, un acrobate, voire même un humoriste, un grand pas vers la détente sociale arabe aura été accompli et les Frères Musulmans cesseront d’être alors perçus comme des croquemitaines….Des barbus barbants. Des barbants barbus.

René Naba

Pour le lecteur arabophone

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Les prêts toxiques des banques en France constituent un exemple supplémentaire de la doctrine « trop grandes pour être condamnées ». Pour financer leurs investissements, les communes, les départements, les régions, les hôpitaux et les organismes de logement social ont recours à l’emprunt. Or, il y a une quinzaine d’années, au lieu de les financer comme par le passé avec des emprunts sans risques (les prêts à taux fixe et à taux révisable classiques), les banques ont proposé à ces acteurs des produits plus rémunérateurs pour elles (les fameux « produits structurés »), mais beaucoup plus risqués pour leurs emprunteurs |1|. En effet, le taux de ces prêts évolue à partir d’index risqués, comme le taux de change des monnaies. La crise financière de 2007-2008 a vu ces prêts structurés se transformer en prêts toxiques, les collectivités prises au piège n’ayant d’autre choix que de continuer à payer des intérêts exorbitants ou rembourser leurs emprunts par anticipation moyennant le règlement d’une indemnité considérable (appelée soulte), parfois supérieure au montant du prêt.

Fin 2011, en France, une commission d’enquête parlementaire recensait pour l’ensemble des acteurs publics locaux un encours de 18,8 milliards d’euros de prêts présentant un risque, dont 15,7 milliards un fort risque. On estimait à l’époque à environ 5 000 le nombre de collectivités impactées. Pourtant, malgré ce constat à charge sur les responsabilités des banques dans ce dossier, le gouvernement n’a pris aucune mesure.

Cette passivité coupable de l’État à l’égard des banques, pour ne pas dire sa connivence, a amené des collectifs d’audit citoyen à se constituer dans une centaine de villes de France pour faire connaître cette situation scandaleuse et pousser leurs collectivités à agir en justice contre les banques. En juin 2013, on comptait plus de 300 assignations concernant 200 collectivités publiques. La justice ne s’est pas encore prononcée définitivement sur le fond mais, dans plusieurs affaires, les juges ont sanctionné les banques sur différents motifs : défaut de mention du taux effectif global (TEG) sur les contrats, manquement à l’obligation d’information et de conseil, caractère spéculatif du contrat (alors que ce type de contrat est interdit pour les collectivités).
Dans ce dossier, tant sous la présidence Sarkozy que sous la présidence Hollande, l’attitude du gouvernement français a été particulièrement scandaleuse et ce à différents niveaux.

Tout d’abord, lorsque DEXIA a connu des difficultés, du fait d’une politique aventureuse et de pratiques spéculatives, au lieu de laisser les créanciers de Dexia prendre leurs pertes, la Belgique, la France et le Luxembourg ont mis en place trois plans de sauvetage successif qui se sont révélés vains puisque fin 2012 Dexia a dû être démantelée. Dans la foulée de cette opération, le gouvernement français a décidé de créer en janvier 2013 la Société de Financement local (SFIL), une société anonyme à conseil d’administration agréée en qualité d’établissement de crédit par l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP). La SFIL, une structure à 100 % publique puisque son capital est détenu à 75 % par l’État, à 20 % par la CDC et à 5 % par la Banque Postale. Elle a hérité d’un portefeuille de 90 milliards d’euros de prêts déjà consentis à des collectivités dont 8,5 milliards d’euros d’encours toxiques. Il s’agit du portefeuille de prêts de DEXMA (Dexia Municipal Agency) racheté pour l’euro symbolique.

Ensuite, à la fin de l’année 2013, lorsqu’il s’est aperçu qu’un certain nombre de décisions de justice condamnaient les banques dans les litiges relatifs aux prêts toxiques, le gouvernement socialiste a décidé d’inscrire dans le Projet de Loi de Finance pour 2014 un article destiné à valider rétroactivement les contrats de prêts toxiques illégaux car dépourvus de TEG. L’État, désormais porteur du risque des 8,5 milliards d’euros d’encours toxiques de DEXIA, essayait ainsi de se prémunir de façon déloyale et malhonnête contre la jurisprudence des tribunaux civils défavorable aux banques. Saisi par des députés et des sénateurs, le Conseil constitutionnel a infligé un camouflet au gouvernement socialiste le 29 décembre 2013 en déclarant cette mesure inconstitutionnelle.

Enfin, s’il sanctionnait la disposition relative à la validation rétroactive des contrats illégaux, le Conseil constitutionnel validait toutefois une autre disposition tout aussi pernicieuse contenue dans le projet de loi : la mise en place d’un fonds de soutien pour les collectivités victimes d’emprunts toxiques. En effet, ce fonds de soutien est porteur de multiples tares. Son montant de 100 millions d’euros pendant 15 ans maximum est notoirement insuffisant pour couvrir le risque. Dans son nouveau projet de loi relatif à la sécurisation des emprunts structurés, le gouvernement estime à 17 milliards d’euros le risque représenté par les seuls 8,5 milliards d’euros d’encours toxiques détenu par la SFIL. A ce montant, il faut ajouter le risque représenté par les encours toxiques des autres banques françaises et étrangères. Au final, le risque total représenté par les emprunts toxiques dépasse probablement les 25 milliards d’euros |2|, une somme à côté de laquelle le milliard et demi du fonds semble bien dérisoire. Par ailleurs, les banques ne contribueront que pour moitié au financement du fonds, soit au maximum 750 millions d’euros sur 15 ans, une somme représentant seulement 3 % du coût total estimé du risque qu’elles ont généré. Une autre déficience de ce fonds tient à ce que l’aide qu’il est susceptible d’accorder est limitée à 45 % maximum du montant des indemnités de remboursement anticipé dues. De plus, pour pouvoir bénéficier de ce fonds, la collectivité a l’obligation de passer une transaction avec la banque et renonce ainsi à toute action en justice.

Sanctionné par les pouvoirs publics le 29 décembre 2013, le gouvernement n’a pas renoncé à son projet de priver les collectivités publiques de faire valoir leurs droits devant les tribunaux puisqu’il a déposé le 23 avril 2014 un nouveau projet de loi visant à valider rétroactivement, par tout écrit, les emprunts toxiques dont le taux effectif global, le taux de période ou la durée de période n’est pas mentionné ou est erroné |3|. L’étude d’impact qui accompagne ce nouveau projet est proprement révoltante. En effet, le document propose un exemple chiffrant le manque à gagner pour la banque si un emprunt de 10 millions d’euros sur 20 ans voyait son taux d’intérêt fixe de 3 % remplacé par le taux légal actuellement de 0,04 % |4|. Les rédacteurs évaluent le préjudice pour la banque à 3,441 millions d’euros. Dans leur exemple, ils présentent un différentiel d’intérêts entre deux taux fixes – or nous savons que la période risquée des emprunts toxiques est à taux révisable – mais surtout, ils se gardent bien de calculer le surcoût que devrait payer une collectivité pour un emprunt dont le taux est indexé sur la parité de l’euro et du franc suisse, un taux qui varie aujourd’hui entre 9 % et 12 %. Dans l’hypothèse d’un taux de 12 %, le surcoût total pour la collectivité est de 13,332 millions d’euros par rapport à un taux fixe de 3 % et de 16,733 millions d’euros par rapport au taux légal de 0,04 %. Le fait que l’étude d’impact n’ait pas évoqué ce cas de figure montre la partialité et la malhonnêteté du gouvernement entièrement acquis à la cause des banques.

L’entêtement des pouvoirs publics à exonérer les banques de leurs responsabilités et à faire supporter la charge des emprunts toxiques par les collectivités et les contribuables ne donne que plus de raison d’être et de légitimité à l’action citoyenne pour obliger les banques à supporter l’intégralité des surcoûts liés aux emprunts toxiques. Après avoir mené un premier travail d’audit de la dette locale et d’information auprès de la population, des citoyens réunis en collectifs se préparent à passer à une nouvelle étape en attaquant les banques en justice dans le cadre d’une action rarement utilisée, connue sous le nom d’ « autorisation de plaider », qui permet à des citoyens d’agir en justice à la place d’élus défaillants |5|. La question de l’annulation de la dette illégale et illégitime est donc plus que jamais d’actualité aujourd’hui en France.

Eric Toussaint

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Partie 5

Partie 7

Partie 8

Dernière partie

Notes

|1| C’est au milieu des années 90 que Dexia a commencé à proposer les produits structurés mais c’est dans les années 2000 que leur commercialisation a véritablement décollé, avec une accélération en 2007-2008 quand les banques ont proposé aux collectivités de renégocier en prêts structurés la totalité ou une part importante de leur encours de dette.

|2| Selon le Rapport n° 4030 Emprunts toxiques du secteur local : d’une responsabilité partagée à une solution mutualisée, Dexia possédait 67,61 % des 43,96 milliards d’encours d’emprunts structurés au secteur local au troisième trimestre 2008 (p. 37 du rapport). Si l’on considère que le coût du risque détenu par la SFIL représente ce même pourcentage du risque total, on peut chiffrer ce dernier à un montant légèrement supérieur à 25 milliards d’euros.

|3| Projet de loi accessible par le lien : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000028886334&dateTexte=&categorieLien=id

|4| Ibid., p. 7.

|5| La marche à suivre pour exercer cette procédure est disponible grâce au lien :http://cadtm.org/IMG/pdf/Note_sur_les_prets_toxiques.pdf

Patrick Saurin est porte-parole de Sud BPCE, membre du CADTM et du Collectif pour un audit citoyen de la dette publique. Il est l’auteur du livre Les prêts toxiques une affaire d’État. Comment les banques financent les collectivités locales, Demopolis & CADTM, Paris, 2013. 

Éric Toussaint préside le CADTM Belgique et est membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Prochain livre : Bancocratie, Aden, 1er semestre 2014.

L’émotion soulevée par l’enlèvement et la séquestration de 200 jeunes filles nigérianes est compréhensible et  légitime.

Mais, quand cette émotion est en quelques heures  instrumentalisée mondialement, elle devient un objet politique de grande magnitude qui mérite d’être analysé rationnellement.

L’émotion planétaire est orchestrée au plus haut niveau : Michelle OBAMA lance elle-même la campagne aussitôt suivie par ses clones parisiennes : Carla Sarkozy et Valérie Trierweiler. La propagande se décide dans les lieux de pouvoir et le casting se fait directement dans les alcôves présidentielles.

Cette mise en scène intervient au moment même où le premier ministre chinois Li Kexiang est reçu par l’Union Africaine à Addis Abeba et confirme l’intensification des relations économiques  politiques et sociales sino-africaines.

Pendant que Michelle Obama effectue sa prestation, son mari s’occupe lui de la gestion de l’après-émotion. Pas de grand show à la George Bush, le personnage est plus roublard ou plus fourbe, mais la décision quasi immédiate d’envoyer dans le ciel nigérian des drones pour lancer la chasse aux ravisseurs.

Le parallèle avec Septembre 2001 est instructif, la dimension de l’évènement est moindre la réaction l’est aussi mais elle était préconçue comme l’était l’assaut stérile et meurtrier sur l’Afghanistan.

Explication :

La néo-domination de l’Afrique par les puissances impérialistes néocoloniales, Etats-Unis en tête suivis avec un entêtement persistant par le clone américano-sioniste « Hollando-Fabiusien » qui gouverne à Paris, est à l’ordre du jour depuis la percée économique chinoise sur le continent et l’adhésion de l’Afrique du Sud aux BRICS.

Elle s’est concrétisée, comme toutes les options stratégiques des Etats-Unis qui prennent systématiquement et prioritairement la forme d’un projet de domination militaire par la création en 2008 d’AFRICOM commandement militaire US intégré pour l’Afrique (Egypte exclue).

Depuis cette date, sans faire beaucoup de bruit, l’armée US a déployé une activité  régulière et diversifiée sur le continent et le refus de façade des dirigeants africains d’accueillir sur leur territoire le commandement d’AFRICOM qui reste en Allemagne n’a en rien entravé son action.

1-    Création d’une « base lourde ». Par « base lourde il faut entendre une installation permanente en dur où peuvent stationner des milliers de personnes : militaires, « mercenaires » au sens de personnels contractuels participant à des opérations militaires et personnels civils de service. Telle est la base de Djibouti où progressivement la présence US sous l’appellation de « EAST AFRICA RESONSE FORCE »  éclipse l’ancienne présence française en recul. De Djibouti peuvent partir des avions de transport (par exemple pour acheminer des soldats français en Centrafrique) des drones (par exemple pour bombarder au Yémen ou en Somalie) des forces spéciales (qui vont partout) et des instructeurs chargés de former ou d’encadrer des forces armées africaines (voir plus loin).

2-    Création de « bases légères » : il s’agit d’installations légères, démontables, discrètes à l’occasion  pouvant accueillir quelques dizaines de soldats mais  bien équipées en matériel , bien ravitaillées, bien connectées aux réseaux de transmission et dotées d’une piste d’atterrissage.  D’après l’enquête conduite par l’essayiste étasunien NICK TURSE  de telles bases existent aujourd’hui

NICK TURSE  prend en compte les forces spéciales qui sont hors statistiques militaires officielles  (lesquelles minimisent les chiffres en ne comptant que les militaires stricto sensu, sans les « mercenaires » et sans les forces spéciales)  et aboutit à un effectif global d’AFRICOM en Afrique plus proche de 10000 hommes que des 1500 affichés par le Pentagone. « Base » ne signifie pas vaste installation mais au moins lieu fixe de casernement, de ravitaillement et de raccordement au réseau de transmission utilisable par des dizaines voire des centaines d’hommes.

-       une base aérienne à Ouagadougou

-       deux bases en République centrafricaine  à Obo et Djeme

-       une base au Congo à Dungu

NICK TURSE   s’intéresse également aux bases de drones qui se trouvent au Niger, en Ethiopie et aux Seychelles et aux postes où sont stationnées les forces spéciales de la Marine installées au Kenya et en Ethiopie qui peuvent être dotés de pistes d’atterrissage pour les gros transporteurs Hercules

3 – Accords de coopération permettant à l’armée US d’utiliser des aéroports civils dans des dizaines de pays africains.

Pour cette activité des accords ont été passés avec les gouvernements du Sénégal, du Maroc, du Nigeria, du mali du Botswana du Ghana de la Tunisie d’Egypte pour utiliser les aéroports internationaux de ces pays : au total la logistique militaire US a porte ouverte dans 29 pays d’Afrique.

4 – Actions de formation d’armées africaines : la création d’Africom a permis de passer d’une période où la formation d’officiers africains se déroulait  dans les écoles militaires aux Etats-Unis même  et gardait donc un caractère élitaire et onéreux à une formation de masse,  de base et à coût allégé directement dans le pays concerné. Ces formations sont organisées et encadrées par des contractuels privés et les militaires sont réservés aux cours et à la mise en pratique. Les formations sont diversifiées. Il peut s’agir de formations au combat  classique, à la recherche de renseignements (espionnage), au maintien de l’ordre, ou aux opérations humanitaires. De cette façon et avec l’aimable complicité des dirigeants africains concernés les militaires US fabriquent des supplétifs pas chers, formés à leurs standards, utilisant des matériels étasuniens, anglophones a minima et dépendants à la fois pour la logistique et les télécommunications des réseaux militaires US.

Sous le label ACOTA Les actions de formation aux opérations de maintien de la paix et aux opérations qualifiées  d’humanitaires ont lieu dans de nombreux pays :

Benin, Botswana, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Djibouti, Ethiopie, Gabon, Ghana, Kenya, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Namibie, Niger, Nigeria, Rwanda, Sénégal, Sierra Leone, Afrique du Sud, Tanzanie, Togo, Ouganda et Zambie.

Les limites entre  la formation à froid et la formation « sur le tas » dans des opérations en cours sont difficiles à tracer. Il semble que la seconde formule soit à l’œuvre au Sénégal, au Tchad, au Congo, et en Ouganda.

Ces actions de formation ont lieu dans des locaux et casernes financés et équipés par les Etats-Unis.

La formation au renseignement militaire  a lieu en Guinée au Niger et au Tchad

Une opération géopolitique de grande envergure

Cette politique de contrôle militaire indirect des pays africains s’était,  dans ses débuts, concentrée sur la bande sahélienne. La destruction de la Lybie, l’alignement ancien du Maroc et le changement de gouvernement en Tunisie lui ont permis d’étendre son influence sur  tout le Maghreb. Cependant les généraux algériens, sans repousser l’aide militaire US  et disposant à la différence de la plupart des généraux africains de budgets confortables, s’efforcent de la maintenir dans les limites d’une coopération pas trop inégalitaire.

Le sud du continent africain où n’existe pas, jusqu’à présent, le prétexte de lutte contre le terrorisme est resté assez à l’abri des ambitions et des missions d’AFRICOM mais NICK TURSE sur son site en ligne TOM DIPSATCH considère qu’AFRICOM intervient dans 49 Etats africains sur 55.

La crise des jeunes filles nigérianes vient à point nommé pour permettre à AFRICOM de venir encadrer de plus près ce pays et son armée, une armée nombreuse mais ravagée comme le pays tout entier par une corruption extrême et qui a été incapable de venir à bout depuis 10 ans de BOKO HARAM et probablement pour en faire la place forte anglophone d’AFRICOM et le cœur du dispositif néocolonial US  remarquablement placé au centre du continent.   L’enjeu est de taille puisqu’il s’agit du pays le plus peuplé d’Afrique – 175 millions d’habitants -, de la première économie  africaine, le PIB nigérian  - environ 500 milliards  $ – venant juste de dépasser le PIB sud-africain. (Un chiffre sur le niveau de développement du Nigeria pourtant gros producteur de pétrole et de gaz : la consommation d’électricité par  tête d’habitant au Nigeria est de 1/100°  de celle des Etats-Unis –  dans sa grande commisération, Michelle Obama aurait aussi pu le dire)   et d’un gros vendeur de pétrole aux Etats-Unis.

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Terreur fasciste en Ukraine

mai 16th, 2014 by Ganna Goncharova

Dans notre première entrevue publiée le 16 avril dernier dans Marquetalia  nous signalions que de la manière dont évoluaient les choses,  «le scénario le plus probable n’est pas une guerre civile [en Ukraine] mais bien un génocide perpétué contre les minorités ethniques, par les puissances étrangères (la Russie inclue) se déroulant pendant que l’on regarde d’un autre côté ». Malheureusement, cette prévision se voit confirmée par les faits qui se sont déroulés le 2 mai. Notre objectif dans ces lignes est de donner l’information le plus précise possible sur ce qui s’est réellement produit dans les régions en contre-insurrection en Ukraine (entendu au sens où elles s’opposent à l’insurrection de Maidán et son gouvernement putschiste) et de le dénoncer face à l’opinion publique, en particulier les lecteurs conscients de la désinformation qui, comme c’est le cas depuis le début de la crise Ukrainienne, s’est diffusée en Occident.

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Nous commencerons par répliquer à l’intervention des représentants de plusieurs pays européens face à l’assemblée de l’ONU lors de sa session de ce même 2 mai, qui ont accusé les activistes du Donbass de « terroriser la population civile » et d’être des troupes russes infiltrées appuyées par « de rares manifestants ». Il serait difficile d’être moins informé ou moins trompeur, parce que la résistance du Donbass, dont les membres, là-bas s’appellent « volontaires » (opolchentsy) est composée justement de cette même population civile et quiconque détient de l’information de première main sait que la seule terreur qu’on les habitants de Donbass est celle de voir débarquer les troupes des milices néonazies de Praviy Sektor, ou selon leur version officialisée, de la Garde Nationale. Quand à la présence de l’armée russe, rappelons simplement que jusqu’à l’amiral finlandais Georgij Alafuzoff, ex chef de l’intelligence militaire de Finlande et Directeur du Renseignement de l’Etat Major de l’Union Européenne a reconnu le 15 avril dernier qu’il la considérait comme « improbable », et selon nos informations, sauf peut-être à Slaviansk, elle est inexistante.

 “Terrorisme” et double standard

Les furieuses protestations de l’Occident, qui pour le moins donnent dans la caricature, n’apportent rien d’autre que la mise en évidence du double standard qui, selon ce qui est habituel en politique, et particulièrement en politique internationale, s’applique dans ce cas. Et l’on se demande en quoi se différencie la prise d’édifices publics, l’installation de barricades ou l’appropriation des armes de la police pendant Maidán, où ces actions furent applaudies, et dans les régions sud-occidentales (que nous nous refusons à qualifier tendancieusement de « pro-russes ») où ces mêmes actions sont condamnées sans recours. Les premiers, malgré qu’ils aient utilisé des cocktails Molotov depuis janvier de l’année en cours – ce que n’ont pas encore fait les contre-insurgés – et plus tard des armes à feu, ont été encouragés et applaudis à chaque moment depuis l’Occident. Les seconds qui n’ont réagi qu’après le coup d’état à Kiev et qui n’ont pas utilisé jusqu’à présent la mortelle combinaison, sont qualifiés de « terroristes » et toutes les forces armées ukrainiennes et l’opinion publique occidentale s’excitent contre eux. En résumé, les moyens et les circonstances qui conditionnent l’utilisation de ce terme s’avèrent en soi non pertinents et ont pour fins celles qui conviennent à la partie intéressée, dans le cas présent l’axe Berlin-Washington.

Concernant la qualification de terrorisme, il faut également mettre en évidence les déclarations de l’actuel Ministre de l’Intérieur ukrainien, Arsén Avákov, qui sur les réseaux sociaux, a signalé que « Ils ont donné l’ordre aux groupes terroristes de se vêtir de noir et de tirer contre des civile, imitant les actions de la milice ukrainienne. Je demande aux citoyens de Kramatorsk et Slaviansk de ne pas sortir dans les rues et j’ai donné l’ordre aux commandos du Ministère de l’Intérieur d’en finir avec la provocation ». Selon les informations que nous détenons, l’unique groupe qui pourrait agir de cette façon (et selon tous les indices et d’après ce dont ils se sont montrés capables à Maidán), c’est le Pravyi Séktor, les milices néonazies émanant des partis ultra nationalistes de l’extrême-droite Trizub de Iarosh et Svoboda de Tiahnybok. Ils sont aussi les seuls qui ont les moyens de se procurer le genre de fusils qu’utilisent les francs-tireurs, sauf que du matériel de ce genre a été découvert et saisi dans un véhicule intercepté dans un contrôle routier à proximité de Slaviansk la nuit du 19 au 20 avril, au début de la période pascale, un événement qui s’est conclu par un solde de cinq morts. L’accusation lancée par Avákov, délibérément floue, vise bien les prétendus infiltrés russes (dont la présence, nous l’avons dit n’a pu être démontrée par personne), elle vise aussi les prétendus « terroristes » et « séparatistes » du Donbass, mais il serait préférable de la lire comme un prétexte et non des moindres dont le but est de couvrir ses arrières si, finalement les véritables terroristes, autrement dit, les miliciens de Pravyi Séktor ou leurs collaborateurs étrangers (une possibilité que nous aborderons plus loin), arrivent à prendre position, et commencent à assassiner des gens.

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La réaction en Transcarpathie

Avant de nous préoccuper des régions qui font l’objet de l’offensive de la Junte, comme les mouvements de résistances ont baptisé l’auto-proclamé gouvernement de Kiev (en comparaison avec les gouvernements putschistes d’Amérique Latine des 70), il faut préciser que la menace fascistoïde est ressentie non seulement dans les régions sud-orientales à majorité russophone, mais également dans les autres régions. C’est ce qui se passe dans la région extrême orientale du pays, la Transcarpathie (Zakarpastka Óblast’), dans laquelle il y a une notable présence « ethnique » de Ruthènes, Hongrois et Roumains, entre autres. Là, comme dans d’autres régions, les ultra nationalistes ukrainiens ont pris le contrôle de la situation, occupant les édifices publics, et, dans un putsch localisé, le gouvernement régional, contre la volonté de la majorité de la population. D’après une enquête récente, 80,8% des personnes interrogées soutiennent l’initiative qui vise à exiger du gouvernement de Turchynov, la libération des immeubles occupés : 80% pensent qu’il faut mener une enquête contre les assaillants et les participants au putsch régional, et le même nombre exige que le Service de Sécurité d’Ukraine (SBU, successeur ukrainien du KGB) suspendent les poursuites concernant ceux que les dites autorités de fait qualifient de « séparatistes ruthènes ».

La résistance régionale, ancrée dans le Congrès de la Ruthénie Carpatique, qui avait déjà proclamé en 2008 la République de Ruthénie Subcarpatique (Podkarpatska Rus’), a rendu public un manifeste, divulgué également sur les réseaux sociaux, dans lequel elle exige du gouvernement de Kiev et ses alliés l’application de l’accord conclu à Genève le 17 avril passé, celui qui inclus la remise des armes par les formations paramilitaires illégales, la libération de tous les édifices administratifs illégalement occupés , ainsi que des voies publiques bloquées, et l’amnistie de tous les prisonniers politiques sans délit de sang. On se souviendra des exigences de la part de “la Junte” demandant que les activistes sud-orientaux exécutent l’accord unilatéralement, étant donné qu’eux ne se sentaient pas concernés, niant la principale raison par laquelle traité pour un moment, pouvait désactiver la spirale de violence. A ce sujet, la résistance ruthène considère que le dialogue pan-ukrainien sans participation de la République Populaire de Donetsk (Donetskaia Naródnaia Respúblika) ou la République de la Ruthénie Subcarpatique manque politiquement de sens.

En plus d’exposer ces exigences générales, le manifeste inclue les exigences suivantes concernant le cas de la Transcarpatie spécifiquement : la libération immédiate des édifices occupés de la région, l’ouverture d’enquêtes judiciaires contre les assaillants de ceux-ci, et que soient abandonnées les poursuites à l’encontre des « séparatistes ruthènes », le désarmement en application del’article 17 de la constitution d’Ukraine, de tous les groupe illégaux, à commencer par Pravyi Séktor, les reconnaissances des ruthènes comme « ethnie subcarpatique avec les droits politiques et culturels annexés à  la condition d’ethnie officiellement reconnue, l’interdiction du SBU et d’autres organes de persécutions ethnique des Ruthènes ainsi que de représailles contre eux, et finalement la présence d’observateurs internationaux pour contrôler ce processus.


Óblast de Zakarpatia (La Transcarpatia)

Óblast de Zakarpatia (La Transcarpatia)

La cuenca minera de Donets (Región de Donbass)

 

Bassin minier de Donetz (Région du Donbass)

La región considerada el Donbass es la zona de color rosa, pero las fronteras oficiales de las regiones (óblast) son las lineas de color negro.

La région considérée comme Donbass est la zone de couleur rose, mais les frontières officielles de la région (óblast) sont les lignes de couleur noire.

Les événements d’Odessa

Le 24 avril, lors de la session de l’assemblée du Gouvernement Régional d’Odessa, le chef de la Direction Régionale du Ministère de l’Intérieur, Piotr Lutssiuk, signale aux députés la nécessité de faire quitter la région aux groupes paramilitaires qui, s’étaient maintenus à Kiev sans aucun contrôle, et furent envoyés par les nouvelles autorités à Odessa pour se débarrasser d’elles provisoirement. Selon ce que rapporte Lutssiuk, ces groupes (qui d’après certaines sources, atteindraient les 3OOO membres) ont établi dans la région 12 postes de contrôle routier illégaux. Dans lesquels, montent la garde, par tournante, environ 1 500 personnes. En plus, la semaine précédente à la session à laquelle il est fait référence, la police locale a découvert à Odessa un dépôt d’arme appartenant à Pravyi Séktor, lequel contenait des balles, armes blanches, matraques, bouteilles de cocktails Molotov et des paquets d’explosif.

*Les médias locaux ont pour leur part rendu compte de multiples conflits qui ont eu lieu aux postes de contrôles illégaux entre des miliciens néonazis et des voyageurs d’Odessa ou des visiteurs de la ville. D’après ce qui a été dénoncé, les premiers rompaient les vitres des automobiles, maltraitaient les voyageurs et exigeaient de l’argent pour accorder le passage. Du coup, le gouverneur nommé par les illégales autorités de Kiev, Vladimir Nemirovsky, a tenu un discours en défense des dits contrôles qui, selon son opinion, sont nécessaires pour contrôler les activités de la police. (sic !!!)

C’est dans ce climat qu’ont eu lieu les tragiques événements du 2 mai, dont les antécédents sont (en plus de la pré-mentionnée arrivée massive de membres de Pravyi Séktor), d’une part, l’existence préalable d’un camp d’activistes anti-Maidán à Kulivovo Pole (un parc au centre de la ville),qui avait déjà souffert de nombreux assauts de la part tant de la police que d’éléments nationalistes radicaux, et d’autre part la convocation d’une manifestation nationaliste des supporters des factions ultra-nationalistes radicales des deux équipes qui jouaient ce jour là à Odessa, le Chernomórets local et le Metallist de Járkov. Au début, on supposait que ces manifestations allaient rester pacifiques. Dans une vidéo qui montre les débuts de la marche on peut voir un bien connu « centurion » de Pravyi Sektor (à Maidán ces groupes s’organisaient dans des groupes de cent néonazis. – NdT) revêtu d’un gilet pare-balles, parler avec quelqu’un, d’après le contenu de la conversation, on a supposé que son interlocuteur aurait pu être le ministre Avakov lui-même, qu’il trompe sans vergogne en disant que ses « gars » étaient désarmés et que lui-même avait été blessé par une pierre envoyée par les « séparatistes » encore que ces deux derniers faits soient démentis par cette vidéo (antérieure au début des affrontements) et celles qui furent enregistrées pendant l’assaut de l’édifice des syndicats. Là déjà, parmi des individus revêtus de tenues de camouflages et armées de bâton et de barres métalliques, un des gardes du corps du « centurion », en uniforme paramilitaire, dit à un policier : « Faites nous faire un bout de chemin et nous ferons notre travail ». Il est donc hors de doute que la manifestation ait été planifiée comme une attaque organisée.

Pendant de temps des activistes de la dite Odésskaia Druzhina ou Masnada Odesita, (mouvements de contre-insurgés) campaient à Kulikovo Pole, en recevant des nouvelles de cette manifestation, ils se divisèrent entre ceux qui pensaient qu’il valait mieux rester pacifiquement dans le campement et ceux qui se décidèrent de partir à la rencontre (de la manifestation) car ils pensaient, et avait bien raison, que l’objectif réel de la marche était un nouvel et définitif assaut du campement. Ainsi alors que 100 à 150 personnes sont restées au camp, un autre groupe de 150, est parti rejoindre la manifestation, identifiés par des rubans de l’Ordre de Saint-Georges qui sont utilisés comme signes distinctifs de la contre-insurrection (car ils sont associés à la victoire sur les troupes nazies de la Seconde Guerre Mondiale). Ce groupe, portant des objets contondants et dans certains cas protégés par des casques et des boucliers comme en utilisent les anti-émeutes, s’est dirigés vers les manifestants qui s’étaient regroupés sur la place Sabórneia, lesquels étaient occupés à crier des slogans ultra-nationalistes de types fasciste Slava Ukraiiny ! et lançant des slogans contre les moskaly (littéralement « moscovites », appellation exprimant le profond mépris dans lequel les ukrainiens tiennent les russes). Ceux qui arrivèrent de Kulikovo Pole se trouvèrent là, face à quelques 1 500 personnes, c’est pourquoi, lors des affrontements qui ont suivi, ils ont eu la pire part.

C’est alors que se déroule la partie la plus confuse des événements, pour laquelle les témoignages sont, c’est logique, contradictoires. Les manifestants nationalistes accusent la police d’avoir agit en faveur des « activistes pro-russes », les défendant en constituant un bouclier humain. Même comme cela, les deux parties commencèrent à se lancer mutuellement des pierres et n’importe quel objet lançable qui leur tombait sous la main. Ceci suggère que la police tenta sans succès d’établir un cordon de sécurité entre les deux groupes, mais que finissant par être débordée, elle décida de se tenir à l’écart. Cependant dans une autre vidéo on constate que le comportement de la police (dont quelques membres portaient des brassards rouge, comme certains des nationalistes) est extrêmement déconcertant, parce qu’on les y voit ouvrir une brèche dans le dit cordon, permettant le passage à l’un et l’autre des groupes qui s’affrontaient.

De là, nous avons déduit que leur intention était de chauffer l’ambiance de manière à ce que les hostilités dérivent d’elles-mêmes sur un assaut du campement cité, mais ce qu’ils n’ont pas bien calculé c’est que le point d’ébullition serait atteint aussi rapidement avec des résultats tellement dramatiques. Confirment ce point de vue les images de cette même vidéo dans laquelle on voit le chef de la police d’Odessa mêlés aux manifestants et la disparition des participants au ruban rouge (ceux-ci réapparaîtrons parmi les assiégeants de la maison des syndicats) quand les manifestants nationalistes s’achemineront enfin vers Kulikovo Pole. Quoiqu’il en soit, ce qui n’admet aucun doute, c’est la passivité ultérieure des forces de sécurité ; ce qui constitue un des catalyseurs de la tragédie.*

Dans le feu de l’action, les nationalistes ont poursuivi leurs adversaires dans ce parc et une partie de ceux qui étaient là à camper, plus quelques passants non prévenus, finirent par se réfugier dans le bâtiment des syndicats, où ils se retrouvèrent encerclés par les manifestants de signe contraire. Selon le témoignage d’un de ces derniers, en conséquence des mouvements spontanées des affrontements, une partie des « agresseurs pro-russes » s’est réfugié dans le dit édifice entre les feux croisés des cocktails Molotov. Dans l’une des vidéos diffusées sur internet il y a quelques images, à première vue confuses, dans lesquelles on voit comment un cocktail Molotov, soi-disant lancé par un des réfugiés dans le bâtiment, tombe sur un appareil d’air conditionné, ce qui aurait provoqué l’incendie, donnant aux nationalistes la possibilité de parler d’auto-immolation. Selon cette même version, la police est restée sur place et les pompiers ont accompli leur mission, pendant que les membres de « l’autodéfense de Maidán » (autrement dit ceux de Pravyi Sektor) auraient aidé les gens à sortir des flammes, les défendant des coups des supporters furieux.

Cependant, les multiples vidéos enregistrées, plus ou moins en caméra cachée, pendant l’assaut, révèlent une situation très différente. Commençons par la vidéo mentionnée comme preuve par les manifestants nationalistes, là, il est évident que le rez-de-chaussée et la porte principale de l’édifice sont déjà en train de brûler quand le cocktail Molotov est lancé. En plus, même en ne prêtant pas grande attention, on constate parfaitement que la trajectoire de la bouteille n’est pas verticale mais décrit une parabole, dans laquelle elle tourne plusieurs fois sur elle-même, jusqu’à aller s’écraser contre l’appareil d’air conditionné, ce qui prouve factuellement qu’elle a été lancée depuis l’extérieur. En plus, sur l’omniprésent et quasi omniscient internet nous pouvons trouver des photos de joyeuses jeunes filles qui posent pendant qu’elles préparent des cocktails Molotov pour Pravyi Séktor, photos qu’elles diffusent elles-mêmes sur les réseaux sociaux, fières de leur travail au service de la patrie ukrainienne. En ce sens il n’y a pas le moindre doute que l’immeuble fut incendié par ses attaquants et le fait qu’ils ont commencé par incendier les portes révèle l’intention d’empêcher la sortie des occupants. De fait il y a une autre vidéo dans laquelle on entend un des assaillants crier : « Ecoutez, nous allons brûler ces putains de pédés dans le bâtiment ».

Dans ce même enregistrement, on entend clairement les coups de feu répétés et on voit les manifestants nationalistes, plusieurs d’entre eux en uniforme paramilitaire incluant des casques de l’armée, armés de bâtons et pour la plupart, portant un masque. On remarque aussi le dit « centurion » de Pravyi Séktor (sans blessure aucune, pour sûr) qui tire plusieurs coups de son pistolet en direction de la corniche du second étage où un des assiégés tente de fuir les flammes. sans qu’aucun des assiégeants lui vienne en aide, alors que de nouveaux cocktails Molotov frappent continuellement contre les portes et la façade de l’édifice et que l’on entend l’un des assiégeant dire à quelqu’un qui tentent de fuir par les fenêtres. “Tiens ! Prends pour te rafraîchir !”, cri qui s’accompagne clairement du lancement d’un autre cocktail Molotov. Ce type d’action explique pourquoi dans le bâtiment certains des corps, ont seulement la tête et les mains brûlées, et pas le reste du corps. Dans une autre vidéo ont entend une femme qui appelle à l’aide depuis une fenêtre de dernier étage, peut après, on voit trois manifestants nationalistes s’accouder à cette fenêtre, arborant un drapeau ukrainien. Grâce à la position de la fenêtre, la femme qui criait a été identifiée, dans les photographies prises postérieurement du cadavre d’une femme enceinte, étranglée avec un fil électrique, il s’agit d’une travailleuse des syndicats qui étaient sur place pour réaliser des travaux d’entretien. Pendant tout ce temps, la police brille par son absence, soulignée par la voix off de l’auteur de la prise de vue, qui se réfère régulièrement aux assiégés comme « les 300 Spartiates », en claire allusion à ceux qui sont tombés face aux Perses en défendant le défilé des Thermopiles. La police anti-émeutes arrivera seulement lorsque que certains des assiégés ont commencé à sauter depuis l’immeuble en flammes, ce qui indique qu’elle était dans les environs, mais n’osait pas intervenir (ou avait l’ordre de ne pas le faire jusqu’à ce que la situation devienne tout à fait insoutenable. Pour rendre justice à tous, il faut reconnaître qu’alors la police et une partie de ceux qui entouraient l’édifice (parmi lesquelles il y avait des gens en attente en plus des manifestants) tentèrent de créer un couloir pour évacuer avec sécurité les assiégés qui arrivaient à sortir du bâtiment (une sécurité telle que la plupart on été arrêtés sous inculpation de terrorisme, 69 d’entre eux ont été libérés le lendemain par la foule en colère. NdT), pendant qu’une partie des assiégeants continuaient à lancer des pierres contre les rescapés, en criant Slava Ukraiiny !. L’opérateur de la vidéo demandent alors qu’ils aident ceux qui tentent de sortir et quelques-uns de manifestants lui répondent « Ces chiens !à Kiev, on leur coupe la tête aux activistes et à leur pute de mère ! » ; ce qui se référant aux habitants d’Odessa est une accusation qui n’a pas de sens , en plus de fait, on a pas constater qu’à Maidán quiconque ait été décapité, ce qui révèle la haine absolue et irrationnelle qui a rendu possible la tragédie.

Toutes les circonstances, d’un autre côté sont loin d’avoir été mises en lumière. D’après les témoignages de plusieurs survivants, a l’intérieur du bâtiment il pourrait y avoir eu, non par une cinquantaine de victime, chiffre reconnu jusqu’à présent, mais au moins 200, vu qu’au début de son occupation, les membres de Pravyi Séktor ont poursuivit « les activistes pro-russes » et ont abattu à coups de feu plusieurs d’entre eux, ce qui explique également les photos des cadavres, plusieurs présentent à la tête des blessures par armes à feu. Selon les dire des témoins, plusieurs réfugiés auraient été conduit dans les caves où ils ont été exécutés ».

Par conséquence, l’incendie n’aurait pas eu pour but unique d’en finir avec ceux qui étaient encerclés dans le bâtiment, mais bien aussi de faire disparaître les traces des assassinats qui ont été perpétrés là-bas.  Il est évident que pour faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, il faudrait l’intervention d’une instance compétente et neutre, mais les actuelles autorités putschistes ukrainiennes qui ont célébré de manière réitérée l’action de leurs « patriotes » dans cette « action antiterroriste », jamais ne vont autoriser une enquête approfondie examinant les détails de la tragédie. Pour le moment, qui se sentirait capable de le faire peut voir les terribles images captées à l’intérieur de l’édifice, ainsi que les doutes, questions suscités par les mêmes concernant le déroulement des faits, au sujet desquels nous n’avons pas la compétence nécessaire pour nous prononcer, mais qu’il serait très éclairant de voir contestés par quelqu’un de qualifié.

A tout cela on peut ajouter les enregistrements faits par les assiégeants à l’entrée de l’édifice, après que l’incendie soit éteint, on les voit qui pillent les cadavres et qui se moque des missels et icônes miniatures que certains portent dans leurs poches. Pour compléter le tableau, dans les pages web pro-nationalistes il a été diffusé pour se référer aux morts la dénigrante désignation de la « centurie enfumées » en claire et ironique contre-désignation de la « centurie céleste » c’est-à-dire les victimes (martyrs dans leur terminologie) des actions de Maidán. Les déclarations faites au sujets de ces événements par des politiciens opportunistes comme Yulia Timoshenko, où d’authentiques fanatiques ultra-nationalistes comme la députée de Svoboda Irina Farión, ne font rien d’autre que d’augmenter le climat de haine ethnique le poussant à l’exaspération de même que le communiqué du SBU sur la présence complètent fausse de « provocateurs russes’ qui seraient en train de « déstabiliser » Odessa, Donetsk et d’autres villes ukrainienne offrant ainsi aux illégitimes autorités surgies du coup d’état du 22 février et à ses bases armées, les milices ultra-nationalistes d’extrême-droite, l’excuse pour déchaîner la présente vague de terreur, dont la victime potentielle est l’ensemble de la population qui ne partage pas l’idéal fascistoïde. En définitive, c’est une excuse pour assassiner leurs propres citoyens.

Tout en reconnaissant l’imprudence de la contre-insurrection d’Odessa (encore qu’il soit possible qu’à la fin la mesure n’aurait pas été une meilleure parade), il est clair que ce qui s’est produit dans l’immeuble des Syndicats d’Odessa constitue un lynchage en bonne et due forme, qui est totalement inadmissible même s’il avait concerné un authentique groupe terroriste, puisque la présomption d’innocence et le droit à une justice équitable font partie des plus élémentaires des droits humains. Mais il est évident que dans la situation actuelle de l’Ukraine, nous sommes confrontés au plus absolu mépris de ceux-ci, a fortiori de l’état de droit. C’est seulement de cette manière que l’on peut comprendre que le gouverneur Nemirovsky ait « promulgué » depuis sa page facebook ( !!!) une « édit » prenant date ce jour même du 2 mai, dans lequel il déclare à l’encontre de toute loi et de tout principe éthique, que « Toute action des habitants d’Odessa qui sera dirigée vers la neutralisations et la détention des terroristes armés sera considérée comme légale ». Comme il fallait le rédouter la chasse est ouverte.

 

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La réaction dans les régions sud-orientales

Le 7 avril, la contre-insurrection de la région de Donetsk proclame la souveraineté nationale de la République Populaire de Donetsk (Donétskaia Naródnaia Respublika), ce qui immédiatement a permis au gouvernement de fait ukrainien de taxer de « séparatiste » quiconque dans cette région s’oppose à ces actes ou qui exprime l’idée de la fédéralisation du pays, même quand cela n’a rien à voir avec l’auto-proclamée république souveraine, sinon tout le contraire. Avec le prétexte de la proclamation de la RPD, a commencé l’occupation par certains des contre-insurgés des bâtiments de l’Administration et toute la population dans la rhétorique officielle des autorités de Kiev est devenue immédiatement “terroriste” oubliant les actions similaires dans la capitale avant le coup d’état. L’expédient est facile et commode ; amalgamer dans le même schéma presque onze millions de personnes sans faires de nuances, ni, par dessus tout, s’embêter à comprendre le pourquoi ou, encore mieux, à l’assumer parce qu’il paraît impossible qu’ils ne se rendent pas compte, malgré l’aveuglement congénital du nationalisme de tout ce qui, de leur côté de la barrière identitaire, permettrait d’expliquer cette situation aberrante.

Le gouvernement de Kiev, euphorique grâce à l’approbation consentie par l’Union Européenne et les États-Unis, au moment même auquel il procédait à la destitution de Ianoukovitch, a complétement oublié qu’il n’était qu’un gouvernement provisoire ce qui, – même s’il avait été légitime – l’oblige à limiter ses fonctions aux tâches courantes de maintenance du pays et à la préparation des élections présidentielles prévues pour le 25 mai. Les nouvelles autorités n’ont pas entendu que le sud-est du pays, qui s’est tu pendant qu’elles manifestaient à Maidán, agissait ainsi, non pour un  plein soutien à ses exigences, buts, motivations et actions, mais parce qu’il ne considérait pas comme possible qu’un gouvernement démocratiquement élu puisse être destitué de cette manière, ni ne pensaient que le soutien de l’Occident en viendrait à être aussi éhonté ni qu’une fois que ce serait produit le coup d’état, ils oseraient s’immiscer dans les régions dont les activités industrielles constituent la base économique du pays, celles qui lui apportent la moitié de son PIB.

La première vague d’indignation parmi la population russophone (qui n’est pas ethniquement russe et encore moins par définition « pro-russe ») a eu lieu quand, au lieu de se préoccuper de résoudre les graves problèmes économiques dont souffre le pays, la Rada ou Parlement, dirigé par des éléments putschistes et sous la menace des armes de Pravyi Séktor, a supprimé la loi des langues, qui garantissait un statut spécial au russe, parlé par l’immense majorité des populations de ces régions, ainsi qu’à d’autres langues minoritaires comme le hongrois, le transcarpatien (mais pas le ruthène considéré comme un dialecte de l’ukrainien) ou au roumano-moldave à Chernivtsi et Odessa. Cette décision, prise le 23 février, fut répudiée y compris par le commissaire de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération Européenne) pour les affaires des minorités ethniques, qui averti qu’une telle initiative parlementaire pourrait aggraver la situation du pays, par-dessus tout dans les régions dans lesquelles la question de la langue est considérée comme importante. Pour sa part, la porte-parole du Conseil de la Fédération de Russie, Valentine Matviienko, prévint alors que cette décision allait constituer le début du séparatisme en Ukraine. Ce sujet, aux yeux de beaucoup d’habitants d’Europe, ne constitue pas une raison suffisante pour un affrontement comme celui qui s’est produit. Cependant, les citoyens ukrainiens russophones dès le début de Maidán recevaient des signaux verbaux et graphiques du parti-pris idéologique de l’opposition qui ensuite deviendra le gouvernement provisoire. La symbolique fasciste qui apparaît sur les drapeaux, les peintures, les vêtements et les pancartes de beaucoup d’activistes de Maidán démentent les déclarations de cette opposition qui prétend agir au nom de toute l’Ukraine – et ce malgré la participation du parti ultra nationaliste Svoboda – et que son objectif serait d’unir toute l’Ukraine indépendamment de l’ethnie, dans une avancée vers des valeurs démocratiques. Malgré tout, les gens se sont armés de patience et ont attribué l’usage des slogans et emblèmes de type fasciste d’avantage à la ferveur patriotique de l’opposition qu’à ses véritables intentions d’exécuter le programme politique de Svoboda, dont le contenu pour quiconque connaît un peu l’histoire remonte au Munich de 1933 et au Lvov de 1942.

De toute façon, cela a été démenti, dès leur accès au pouvoir, par la dite abolition de la loi des langues et parce que le gouvernement provisoire au lieu de désarmer les unités paramilitaires néonazies de Pravyi Séktor, leur a permis pratiquement de contrôler les régions occidentales d’Ukraine, sans exiger qu’ils abandonnent les bâtiments occupés et, pour abonder dans ce sens, tente de les légaliser comme partie de la Garde Nationale, en une sorte d’éruption schizoïde qui prétend unir les unités militaires du Ministère de l’Intérieur du dissous Bérkut avec ses adversaires antérieurs dans les rues de Kiev. Conjointement à cette offensive, de manière tout à fait évidente pour qui connaît la situation de l’Ukraine, se produit la signature précipitée, sans autorité légale ou morale pour cela des sections politiques (Titre I et II) de l’accord contesté d’association de l’Ukraine et de l’Union Européenne, qui pour les mineurs et les ouvriers de l’industrie du Donbass signifierait (en cas d’application de sa partie économique) la fermeture des entreprises correspondantes et la perte de leur poste de travail, comme cela s’est produit en Espagne, dans des circonstances similaires lors de ce qui est appelé par euphémisme la « reconversion industrielle ».

Ainsi allèrent les choses, le 28 février, le leader de la contre-insurrection Pavel Gubarev comparaissait devant l’assemblée régional de Donetsk, appelant les députés a réagir face aux autorités putschistes de Kiev et à défendre la région de “la Junte” sans aucun résultat. Le premier mars, pendant une manifestation, la multitude à élu Gúbarev comme « gouverneur populaire », contre le gouverneur imposé par Kiev, l’oligarque Serguéi Taruta, mais le 6 mars il fut arrêté, accusé de « actions dirigées vers le changement forcé, et la vulnération de l’Ordre Constitutionnel ou assaut au pouvoir de l’état », ainsi que d’attentat contre l’unité et l’inaliénabilité de l’Ukraine », ce qui ne laisse pas d’être ironique venant d’un gouvernement coupable précisément de ces mêmes charges. Cette inculpation fut sans doute une des premières démonstrations du double standard employé depuis systématiquement par le nouveau gouvernement et un catalyseur pour le développement du mouvement de résistance à “la Junte”. D’un autre côté, Gubarev appelait à la fédéralisation de l’Ukraine et pas à la Sécession du Donbass, une opinion qui était encore majoritaire fin mars, selon une enquête réalisée entre le 16 et le31 de ce mois par Ukrainian Sociology Service, qui révèle que seulement 18% de la population des régions orientales est partisane d’une sécession. Cette proposition de fédéralisation, que propose pour la première fois le 30janvier de 2013 le député pour le parti des régions Vadim Kolesnichenko, fut la première tentative de la part de la population des régions sud-orientales d’offrir une sortie rationnelle et pacifique à la situation de la part de quelques citoyens qui pour des raisons expliquées lors de l’entrevuecitée au début de ces lignes, ne veulent pas en venir à faire partie de la Russie, ni être citoyens de seconde Zone dans leur propre pays.

Cependant, à cause du rejet par l’assemblée régionale des propositions de Gubarev et ensuite de sa détention, les manifestations à Donetsk ont commencé et elles ont grandi. Alors la Rada, alors que la sécession de la Crimée s’était déjà produite, adopta immédiatement une posture d’extrême agressivité et le 13mars, elle changea la loi électorale pour l’élection présidentielle, à laquelle fut ajoutée une clause : « La Commission Électorale centrale est obligée d’établir les résultats des élections présidentielles indépendamment de la quantité de districts électoraux dans lesquels les élections ont été menées à leur terme », autrement dit, elle élimine la nullité des élections faute de quorum, à manœuvre grossière au sujet de laquelle tout commentaire serait superflu. De surcroît, l’amendement suivant a été adopté “Si les élections ne sont pas menées à leur terme dans certains districts électoraux, les résultats des votes au jour des élections pour le Président de l’Ukraine s’établiront à partir des résultats des autres districts électoraux”. Il a également été établi que « le jour même des élections ne pourront être célébré aucun référendum ni de l’état, ni locaux ». Le fondement de ces modifications légales est constitué par la sécession non reconnue de la Crimée, où il y a près d’un million d’électeur, et aussi la possibilité d’un boycott électoral dans les régions du sud-est, en plus d’offrir la possibilité de manipuler les résultats électoraux, cherchant des excuses pour invalider les votes « inconvenants » de districts déterminés, sans avoir à recommencer les élections. Ces dispositions furent suivie d’action de protestation qui dans certains cas se sont terminées par l’occupation de bâtiments officiels, en prenant précisément comme modèle celles qui furent menées lors du Maidán, mais à la différence de ces dernières, celle-ci furent taxées de « séparatistes », en application de la morale de double standard. D’autre part, ces accusations semblent pouvoir s’enraciner dans la profusion de symbolique pro-russe parmi la contre-insurrection sud-orientale. Pour comprendre ce phénomène il faut comprendre que malgré que les autorités de Kiev et leurs médias affins, le nient constamment, le schéma de leurs actions révèle l’application du programme de l’extrême-droite nationaliste ukrainienne, c’est pourquoi dans les dites région on l’appelle « la Junte » et ses actions sont considérés quasi unanimement comme fascistes. Dans la mémoire collective de ces régions, fortement affectées par l’occupation nazie, la libération elle-même est associée de manière indélébile à l’armée soviétique (de là l’emploi mentionné du ruban de Saint-Georges, l’unique décoration tsariste reconnue par le régime soviétique). A son tour, l’armée russe est considérée de manière plus ou moins consciente, comme son héritière. De là l’adoption d’une symbolique qui, quoique dans certains cas elle corresponde réellement à une volonté séparatiste, pour la majorité des gens, elle exprime seulement un principe, son profond sentiment antifasciste.

L’“opération antiterroriste” du Donbass

Le 13 avril, les autorités de Kiev ont annoncé le lancement de l’opération antiterroriste contre les régions du Sud-est, après la prise le 12 avril, de la mairie de Slaviansk par la contre-insurrection. Avant de poursuivre, il est indispensable de se demander : de quel terrorisme sommes-nous en train de parler ? Jusqu’à ce moment, dans les dits territoire, il n’y avait pas eu de prises d’otages, aucune explosion n’avait été provoquée, ou séquestration, il n’y avait pas eu de morts, sauf celle du porte-parole de Svoboda dans le Donbass, causée par un coup de poing au cours d’un affrontement entre des activistes pro et contre Maidán. Il est clair donc, que parler dans ce cas de terrorisme c’est simplement avoir recours au mot magique qui au moins depuis le 11 septembre, justifie en occident n’importe quelle classe de violation de droits.

De fait, le premier affrontement de la population civile avec les unités de l’armée s’est produit le 17 avril, quand les gens, surpris face à la grande affluence de véhicules militaires sur les routes se placèrent face à une colonne de tanks. Avec les débuts de cette opération, la population civile, qui fondamentalement était restée tranquille, par pure inertie, même si son opinion coïncidait avec celle de activistes commença à s’alarmer, d’autant plus que tout le monde savait que les troupes ne peuvent être mobilisées sans la déclaration préalable de l’état d’urgence. En plus, les troupes qui tenaient mobilisées avaient leurs quartiers à Dnepropetrovsk, elles étaient basiquement composées par les recrues originaires de la région de Donetsk, Lugansk et Jarkov. Les gens se rendaient compte que le gouvernement, au lieu d’agir ponctuellement contre les occupants de certains bâtiments généraux, envoyait directement l’armée, dont on ne savait pas comment elle allait agir.

Ainsi, malgré ce qu’affirmait le gouvernement de Kiev, les gens qui sont sortis pour arrêter les chars n’étaient ni armés, ni achetés par personne, il ne s’agissait pas non plus de Russes infiltrés ou d’agents à la solde de Moscou. Quelle serait la réaction de n’importe quelle population du monde que son gouvernement déclarerait « terroriste » dans son ensemble et le lendemain lui enverrait l’armée ? Faut-il supposer que quelqu’un les a achetés pour qu’ils tentent de faire quelque chose ? Les gens qui ne voulaient pas que cela dégénère en conflit sanglant sont sortis, hommes, femmes, enfants, désarmés et le visage à découvert, pour demander aux militaires qu’ils partent de là. Dans certains cas, comme à Kramatorsk, le 16 avril, les soldats, qui n’avaient aucune idée d’où on les envoyait ni de qui les envoyaient, se sont indignés et sont passés à la contre-insurrection. Dans d’autres cas, les soldats, sans présenter de résistance et pour démontrer qu’ils n’allaient pas entreprendre d’action militaire, ont démonté leurs armes, confiant à leur commandant les verrous. Dans certains cas, les gens s’en sont allés avec des caisses de munitions qu’ils ont remises à la police. Nous ne pouvons pas non plus garantir qu’il n’y ait pas eu des cas dans lesquels les contre-insurgés ont conservé les armes réquisitionnées, mais nous ne l’avons pas constaté, parmi des centaines d’enregistrements et commentaires qu’il y a sur internet au sujet des événements. Les uniques affrontements ont eu lieu durant cette première phase de l’ « opération anti-terroristes », ce sont produits aux barrages routiers (presque tous sans armes et à visage découvert) pour éviter la venue des commandos paramilitaires de Pravyi Séktor. Quand leurs troupes étaient détectées, le feu était mis au pneumatiques de la barricade pour aviser les groupes d’autodéfense, qui, eux oui, étaient armés. C’est ce qui s’est produit dans l’escarmouche de la nuit du 19 au 20 avril près de Slaviansk, qui fut le plus grave des événements jusque là.

Face à l’échec de cette première offensive, le gouvernement de Kiev, déclarant qu’il ne lancerait pas les troupes contre la population, a renforcé la Garde Nationale avec l’équipement de l’armée et a commencé à organiser des groupes irréguliers qui normalement s’identifient comme Pravyi Sektor, quoique en réalité on ait aucune certitude quand à leur composition réelle. De fait, de nombreux témoins signalent que parmi eux on a détecté des participants étrangers qui parlent en anglais et en polonais, et des rumeurs circulent concernant le recrutement des mercenaires de l’entreprise internationale Greystone, mais il n’y a pas de preuves avérées de cela. Ce qui est confirmé, oui, c’est que le gouverneur de Dnepropetrovosk, Igor Kolomoiskyi, forme à ses frais une unité de volontaires pour combattre les « séparatistes ».

Une fois ses effectifs réorganisés, le gouvernement de Kiev a décidé de lancer une seconde et puissante offensive le 2 mai passé. Alors que les gens du village de Adréievka, situé entre Kramatorsk et Slaviansk, conscients de ce que le même jour à Slaviansk les contre-insurgés livraient de durs combats contre la Garde Nationale et « compagnie », décidèrent d’arrêter une colonne de véhicules blindés qui se dirigeait vers une colline où se trouve la tour de la télévision, qui n’était pas en soi l’objectif, mais la position même, vu qu’elle est un des rares lieu en hauteur ou pouvait être ’installé l’artillerie, tant visant Slaviansk que visant les quartiers ruraux de Kramatorsk. De fait, ce fut déjà une position importante et disputée pour cette raison, lors des batailles de la Seconde Guerre Mondiale. Depuis les premières heures de la matinée jusqu’au crépuscule, la majorité de la population de Andréievka, complétement désarmée, a tenté de convaincre les effectifs de la Garde nationale de se retirer, alors qu’eux répondaient qu’ils venaient uniquement pour les terroristes, à quoi les habitants répondaient que les uniques terroristes qu’eux connaissaient sont ceux de Pravyi Séktor et le gouvernement putschiste ukrainien, et que les gardes feraient mieux de retourner à Kiev pour la nettoyer des nazis armés qui se baladent dans les rues, alors qu’ici, c’est-à-dire dans le Donbass, il y a seulement des gens normaux, qui veulent qu’on respecte leur droits. Pendant ce temps, les gens amenaient de l’eau pour donner à boire aux gardes, vu que, il faut le faire remarquer, les autorités de Kiev ne se sont pas préoccupées d’assurer le ravitaillement de leurs propres troupes. Cela c’était déjà produit lors de la première d’offensive, pendant laquelle les « séparatistes » et les « terroristes » ont du alimenter (par charité pour le dire ainsi) les troupes envoyées de Dnepropetrovsk.

Quand au crépuscule, les gardes décidèrent de faire demi tour, les habitants leurs demandèrent de remettre leurs armes, pour garantir contre le risque d’une attaque dans le dos. Et ils proposèrent en échange, pour ne pas qu’ils soient accusés d’avoir déposé les armes de vider les chargeurs en tirant en l’air. A ce moment, alors qu’il faisait déjà sombre, quelqu’un lança un feu de Bengale faisant du bruit et de la lumière (de ceux qui faisaient partie de l’équipement de la Garde, et on n’a pas constaté qu’il y en avait entre les main de la contre-insurrection), ce à quoi dans la multitude quelqu’un répondit en lançant un cocktail Molotov, en plus, à ce moment, on voit apparaître un garde avec une blessure au cou, ce qui a provoqué la réaction des autres gardes qui ont ouvert le feu. A partir d’ici les versions divergent. Selon le commandant de la garde nationale, les terroristes étaient cachés dans la multitude d’où ils tiraient à la kalachnikov (ce dont nous constatons que c’est faux), avec pour résultat deux gardes morts et aucun civil. sD’après les habitants, ceux qui ont provoqué l’affrontement, ce furent les « commissaires politiques » incorporés à cette colonne. Selon Viacheslav Ponomariov, le leader de la résistance de Slaviansk, il y a eu 15 morts, parmi lesquels 4 militaires et 11 civils, plus des dizaines de blessés. D’après son communiqué ceux qui ont commencé à tirer, ce furent plusieurs radicaux d’un groupe de Pravyi Sektor qui faisaient partie de la colonne, qui ont tiré quand ils ont vu qu’elle allait se replier.

Cet affrontement peut être considéré comme déterminant, parce que jusqu’à ce moment la contre-insurrection appliquait la politique de ne pas tirer contre les membres des forces de sécurité de l’état, en partant du principe qu’elles étaient en service commandé, et de ne le faire que contre des unités paramilitaires. Cependant, en conséquence de cet affrontement, les soldats et les membres de la garde nationale ont été avertis que cette immunité a été suspendue. Cet affrontement a aussi initié les attaques des troupes régulières contre la population, celle-là même qu’ils étaient supposés venir défendre contre les « terroristes ». En parallèle, les habitants de Slaviansk et Kramatorsk ont dénoncé les actions indiscriminées des francs-tireurs, parmi les victimes desquels on trouve par exemple Iuliia Izotova, une aide sanitaire abattue d’un tir dans le dos pendant qu’elle tentait de s’aligner d’une escarmouche à un poste de contrôle de la route dans lequel elle travaillait comme infirmière volontaire.

Réflexion finale

Nous ne prétendons pas que notre version soit absolument indiscutable ni que nous disposons de suffisamment d’information pour détenir la vérité, d’autant plus que dans tout conflit chaque partie à sa propre vérité qui n’est pas toujours dénuée de fondement. Cependant, il est clair qu’en mettant l’information dans la balance la partie qui coule dans ce cas, c’est la version des autorités de Kiev, et de ses partisans qui, avec l’intervention et l’aide pour le moins complaisante de l’Occident, diffuse une vision pour le moins partiale, quand elle n’est pas totalement fallacieuse, de la plus grande partie des événements d’Ukraine, afin de justifier ses actes, qui sont eux terroristes, contre ceux de ses propres concitoyens qui ne sont pas disposés à se soumettre à un gouvernement putschiste d’inspiration néonazie, soutenu par la « dialectique des poings et des pistolets » 

Ganna Goncharova et Alberto Montaner 

Sources en espagnol :

http://marquetalia.org/2014/05/07/terror-fascista-en-ucrania-por-ganna-goncharova-y-alberto-montaner-frutos/

Terror fascista en Ucrania

Traduction Anne Wolff

Ganna Goncharova est ukrainienne, socialiste, elle est née à Kramatorsk dans la région du Donbass en 1972 dans une famille de membres du parti communiste de l’Union Soviétique (PCUS). Son grand-père maternel et son père dirigeaient des organisations du parti dans les universités où ils étaient professeurs. Elle fut membre du Komsomol dès 1986 jusqu’en 1991. Elle obtint la double licence en ingénierie et économie à l’Académie de l’État du Donbass et obtint ensuite un master en Direction d’Entreprises. Pendant un temps elle travailla comme gestionnaire économique à divers postes de l’administration publique ukrainienne et comme auditeur des comptes de l’état. Ensuite elle s’est incorporée à l’entreprise privée et a travaillé comme directrice financière. Après avoir épousé en 2009 Alberto Montaner Frutos, professeur à l’Université de Zaragoza elle est venue vivre en Espagne. Grande connaisseuse de la réalité politique de son pays, détenant de l’information de première main, elle s’exprime à ce sujet dans deux entrevues avec Marquetalia.org | Artículos para la reflexión política  ce texte-ci est chronologiquement le deuxième, s’il traite des derniers événements (avec le décalage de traduction), il nous donne aussi une vision qui associe une bonne connaissance du terrain et nous aide à mieux comprendre qui sont les gens en contre-insurrection en Ukraine, pourquoi et contre quoi – le fascisme – ils se sont levés, pour l’immense majorité, à visage découvert et sans armes,  à cette connaissance profonde de la réalité ukrainienne et aux onformation de première main dont dispose l’auteure est associé un travail d’analyse, une compilation de centaines de documents, de enregistrements vidéo, blogs, commentaires de la récente et tragique actualité de l’Ukraine…

 

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Plongée au cœur de la crise politique ukrainienne.

mai 15th, 2014 by Ganna Goncharova

Ganna Goncharova est ukrainienne, socialiste, elle est née à Kramatorsk dans la région du Donbass en 1972 dans une famille de membres du parti communiste de l’Union Soviétique (PCUS). Son grand-père maternel et son père dirigeaient des organisations du parti dans les universités où ils étaient professeurs. Elle fut membre du Komsomol dès 1986 jusqu’en 1991. Elle obtint la double licence en ingénierie et économie à l’Académie de l’État du Donbass et obtint ensuite un master en Direction d’Entreprises. Pendant un temps elle travailla comme gestionnaire économique à divers postes de l’administration publique ukrainienne et comme auditeur des comptes de l’état. Ensuite elle s’est incorporée à l’entreprise privée et a travaillé comme directrice financière. Après avoir épousé en 2009 Alberto Montaner Frutos, professeur à l’Université de Zaragoza elle est venue vivre en Espagne. Grande connaisseuse de la réalité politique de son pays, détenant de l’information de première main, elle s’exprime à ce sujet dans deux entrevues avec Marquetalia.org | Artículos para la réflexion política     Celle-ci se déroule avant le massacre d’Odessa.


Le monde a été témoin des spectaculaires images diffusées autour de tout ce qui s’est produit au cours des derniers mois en Ukraine. Les nouvelles se sont d’abord focalisées sur Maidán – la place de l’indépendance à Kiev – ensuite vers la Crimée et à présent sur Donetsk, Jarkov, Odessa et les autres régions du Sud-est ukrainien.

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On peut observer une multitude d’images de groupes fascistes lors des troubles de Maidán et de partis d’extrême-droite comme Svoboda et Pravyi Séktor qui se révéleront être des acteurs clé des protestations. Quel a été leur rôle exact ? Étaient-ils là dès le début ? Raconte-nous comment tout à commencer ?

GG Les concentrations ont commencé sans les nationalistes d’extrême-droite même si il y avait des nationalistes dès le départ. Elles ont commencé spontanément à travers les réseaux sociaux quand les gens sont venus à Maidán pour exprimer leur désaccord avec la décision du gouvernement de suspendre les négociations sur l’association de l’Ukraine avec l’Union Européenne. Ces négociations se déroulaient depuis longtemps déjà. Cependant, tant qu’a duré le gouvernement de Yushenko, en permanence pourrissait les relations avec la Russie, le résultat de ces négociations n’importait pas beaucoup à l’UE, elle n’avait pas grand intérêt à ce qu’elles avancent et encore moins d’exiger de sa marionnette, Yushenko, la signature d’un quelconque document à ce sujet, étant donné qu’ils étaient conscients de ce que l’accomplissement des conditions que proposait et continue de proposer l’Europe conduiraient l’état ukrainien à la ruine définitive et le convertirait en une colonie allemande, prenant en compte le fait, que jusqu’aujourd’hui, l’Allemagne est le plus grand investisseur de l’économie ukrainienne après les oligarques ukrainiens eux-mêmes. Cependant quand Ianoukovitch a gagné les élections de 2012 et que sous sa direction insensée, le pays s’est retrouvé au bord de la rupture, l’’Occident s’est senti menacé par un possible rapprochement entre l’Ukraine et la Russie, sur base d’un possible accord financier, d’une diminution du prix du gaz et d’autres avantages que l’Europe ne pouvait ni ne voulait offrir (ou au moins promettre). Du coup, ils ont commencé à mettre une grosse pression sur Ianoukovitch forçant la conclusion des accords. Étant donné que le gouvernement ukrainien corrompu s’était déshabitué depuis longtemps de se soucier de l’opinion publique, – il en était arrivé, en certaine occasion, à appeler, en privé, le peuple « le bétail » – ils ne se sont pas fatigués à rendre publiques les clauses de l’accord avec l’Union Européenne, ni même à en faire la traduction provisoire en ukrainien ou dans une autre langue qui pourrait être entendue par la majorité de la population (autrement dit, le russe). Par conséquent, tous les gens qui sympathisaient avec l’idée de l’union (en réalité seulement une association) avec l’Europe, en se rendant à Maidán, en réalité, n’avait pas une idée très claire de ce qu’ils demandaient. Ils ne savaient pas que la signature du dit accord supposait, pour commencer, la paralysie de toute l’industrie ukrainienne, étant donné que celle-ci, même en plusieurs années, ne pouvait se convertir aux exigences des normes techniques européennes, sans compter l’investissement que nécessiterait ce changement. De fait, cela non seulement aurait empêché la ventes des produits ukrainiens à l’Union Européenne, mais aussi en Ukraine même. Ils ne savaient pas non plus que l’agréable perspective de remplir l’Europe de la production agricole ukrainienne ne pourrait se réaliser à cause des quotas de la politique agricole de l’UE, au contraire les actuelles exportations se verraient considérablement diminuées. En plus les manifestants avaient l’impression fausse que les accords contenaient la possibilité de la libre circulation en Europe pour les Ukrainiens et l’ouverture du droit de travailler dans n’importe quel pays européen. Alors que dans les clauses de l’ébauche d’accord, il n’y avait rien de tout cela. Et cela sans compter que pour quelque étrange raison, tous ces gens pensaient que des relations étroites avec l’Europe élimineraient par une sorte de miracle toute forme de corruption en Ukraine, sans qu’ils aient à faire quoi que ce soit pour cela, et bien sûr, qu’immédiatement ils allaient obtenir des salaires et des pensions au niveau européen, du montant desquels ils ont une vision trop optimiste.

Le gouvernement ukrainien du moment n’a pas daigné exposer tout cela, en conséquence de quoi, les gens ont organisé une mutinerie spontanée, et l’extrême-droite en a rapidement profité pour changer le sens des protestations vers la démission du gouvernement d’Ianoukovitch, ce qu’au début personne n’exigeait. En Ukraine il y a de fortes rumeurs au sujet de ce type de révolte d’extrême-droite qui aurait été programmée pour 2015, si lors des élections présidentielles prévues pour novembre de cette année, c’était à nouveau un candidat des régions de l’est, qui gagnait. Depuis plusieurs années, ils entraînent des milices de jeunes néonazis dans le cadre du plan Hitlerjegend, dans des camps dans les Pays Baltes et selon certaines sources, avec des instructeurs étasuniens, ainsi qu’une finalisation de  l’entraînement par la participation à des opérations en Tchétchénie contre les Russes comme ce fut le cas pour le récemment assassiné (selon la rumeur, par le  Ministère de l’Intérieur ukrainien lui-même) d’Aleksandr Musichko, un des leaders de Pravyi Séktor. Bien sûr, j’insiste, sur le fait que le candidat à abattre devrait être des régions de l’Est et non des « régions pro-russes », parce que, jusqu’à aujourd’hui, alors que l’affrontement n’est plus entre les forces d’extrême-droite et le gouvernement d’Ianoukovitch, mais entre l’Est et l’Ouest du pays, d’après les enquêtes, seulement 18% de la population ukrainienne orientale serait disposée à considérer la possibilité de l’union du Donbass et de la Fédération de Russie.

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Nous avons pu voir les acteurs les plus disparates parmi l’opposition à Ianoukovitch ; le boxeur Vitali Klichko, l’antisémite Oleg Tiahnybok ou une des protagonistes de la « révolution orange » de 2004, l’ex présidente Yulia Timoshenko entre autres. Pourrais-tu nous expliquer de manière schématique quels sont les intérêts sous-jacents sous cette hétérogène panoplie de leaders d’opposition ?

Deux choses rassemblent l’opposition ukrainienne des droites, personnifiée par Klichko, Tiahnybok et Yatseniuk, comme nous le savons à présent : la nécessité de se libérer sur le plan politique du puissant clan des oligarques orientaux (sans entrer pour le moment dans la sphère économique), représenté par le Parti des Régions ; et le financement de Petro Poroshenko, (un oligarque de second rang et actuellement principal candidat aux élections du 25 mai prochain) utilisé dans ce but. Pour le reste, leurs orientations politiques à l’intérieur d’un nationalisme commun sont relativement différentes. Alors que Tiahnybok est plus proche des néonazis de Pravyi Séktor de Yarosh, Klichko et Yatseniuk incarnent la typique droite parlementaire.

 

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Vu le soutien que les USA et l’UE ont apporté aux protestation de Maidán, il est impossible de ne pas se demander quel intérêt géostratégique se cache en Ukraine. Le renversement d’Ianoukovitch est-il le fruit des clameurs populaires ou un coup d’état au service des intérêts des puissances occidentales ? De quelle légitimité démocratique crois-tu que dispose le gouvernement né des protestations de Kiev ?

Si on parle des intérêt des USA, nous devons nous rappeler des éternelles tendances géopolitiques anglo-saxonnes, héritées de l’Empire Britannique par les USA, et leur obsession pour le leadership mondial en vertu de laquelle ils sont disposés à détruire n’importe quel pays, société ou système qui, de leur point de vue, menace leur suprématie et à user de n’importe quelle méthode pour y parvenir. En plus, ils savent tirer profit des problèmes internes de leurs adversaires. Chaque fois que la Russie, que ce fut comme Principauté de Moscou, Empire Russe ou Union Soviétique, a atteint un niveau de stabilité interne suffisant pour s’intéresser à ses affaires extérieurs et acquérir de l’influence, l’Empire Britannique et après ses successeurs, les USA, ont mis la main à l’ouvrage (parfois accompagnés d’alliés, comme la France, l’Allemagne, la Turquie, ou la Pologne selon les conjonctures) pour renvoyer les Russes (ou les slaves orientaux en général) à ce qu’ils considèrent comme leur état naturel, autrement dit « asiatiques » ou sauvage.

Confronter l’Ukraine et la Russie, n’est pas une idée originale, déjà Bismarck était conscient de ce qu’il était nécessaire d’exploiter chaque désaccord ou insatisfaction mutuelle pour réduire la force russe. Étant donné, qu’à chaque époque le territoire qu’aujourd’hui nous appelons Ukraine fut une plateforme idéale pour toute guerre contre la Russie qu’elle soit économique ou belliqueuse, la première chose que fit le gouvernement étasunien après s‘être confronté à la Russie dans les affaires du Moyen Orient (particulièrement en Syrie), c’est de mettre en marche tous ses projets politiques en Ukraine. Ceci doit son succès en grande partie à la grande diaspora d’ukrainiens occidentaux aux USA, qui dans sa plus grande partie sont des descendants des nationalistes ukrainiens radicaux qui se réfugièrent là-bas après les deux Guerres Mondiales. (Principalement des nazis après la seconde NdT). Ce qui favorise aussi les plans étasuniens, c’est le rejet de l’actuel régime politique de Poutine en Russie par la majeure partie de la population ukrainienne, vu que les tendances monarchiques dans toutes leurs manifestations, inclue la variante dictature unipersonnelle, non jamais été le propre du peuple ukrainien au sens large, plus en référence au territoire qu’aux ethnies. Cela est du aux modes de vie de la population aux moments où s’est formée la conscience nationale, chaque tentative d’imposer un régime politique féodal que ce soit de la part des Polonais ou des Russes à toujours rencontré la plus grande résistance sur ces territoires. Nous devons à ces luttes l’existence de l’institution du kozáchestvo  ou « cosaquez », autrement dit un groupe de gens qui se considèrent comme libres (originairement, les cosaques) et dont les valeurs sont à la base de la conscience nationale ukrainienne, laquelle, certainement n’a rien à voir avec le nationalisme, étant donné que les cosaques acceptaient parmi les leurs toute personne qui était disposée a respecter les règles de la fraternité. D’un autre côté, cela a imprimé à leur personnalité une fréquente tendance individualiste qui contraste fortement avec la tendance grégaire propre à la Russie profonde.

Quand à l’Union Européenne, qu’un de ces jours, sans aucun doute, nous pourrons appeler le IVème Reich allemand, le détonateur de sa participation à ces événements fut probablement la crise du gaz de 2007, quand soudain, l’élite politique allemande se rendit compte que la stabilité énergétique de l’Europe Centrale dépendait de quelques milliers de kilomètres de gazoducs qui passent par les territoires ukrainiens et sont la propriété d’un peuple sur lequel, en réalité, eux n’exercent aucune sorte d’influence et dont les actes sont imprévisibles. D’autre part, une fois qu’ils se sont mis à y réfléchir, ils se sont rendu compte qu’en hypothéquant le gouvernement ukrainien au moyen de prêts, ils pouvaient obtenir le contrôle et même la propriété de l’entreprise d’état de laquelle dépend le gazoduc, et bien plus que cela. Les 600 000 km2 du territoire ukrainien (dont 58% sont utilisés pour la production agricole et qui sont les meilleures terres de culture d’Europe sinon du monde) sont également des propriétés de l’état. La discipline de fer néo libérale européenne qui est clairement dirigée aujourd’hui par le gouvernement de Merkel obligerait l’Ukraine à privatiser cet immense trésor. Les agriculteurs ukrainiens actuellement ne disposent pas de l’argent suffisant pour acquérir en cas de privatisation, la terre qui aujourd’hui leur est donnée gratuitement en usufruit. Les oligarques industriels seraient ligotés par l’obligation d’adapter de leurs usines aux normes européennes parce qu’eux non plus ne pourraient pas mobiliser suffisamment d’argent, et je doute également que les agriculteurs espagnols ou italiens participeraient au partage du butin. Du coup, l’Allemagne pourrait enfin réaliser, au moins en partie, son vieux rêve d’amplification de son Lebensraum ou espace vital, qui ne lui a pas trop réussi en d’autres occasions, en 1918 et en 1944, quand en deux occasions, elle fut expulsée d’Ukraine par l’Armée Rouge.

En ce qui concerne les raisons du renversement d’Ianoukovitch, je pense que, dans sa grande majorité, le patient et indulgent, peuple d’Ukraine aurait continué d’attendre jusqu’aux élections légitimes de 2015, parce qu’on n’a pas vu non plus une totale démonstration d’indignation à son encontre de la part de la population. Que représentaient ces manifestants et l’assaut des sièges du gouvernement à Kiev et dans différentes régions d’Ukraine comparés au nombre total de citoyens ukrainiens ? Nous parlons de 43 millions de personnes, face à quelques milliers de manifestants. Le soutien massif de la part de l’Union Européenne et des USA aux putschistes, le silence opportun des anciens copains d’Ianoukovitch comme par exemple le plus grand  oligarque d’Ukraine, Rinat Ajmetov (qui, pour sûr, est député au parlement, mais n’a pas daigné adresser une seule parole aux électeurs pendant toute cette crise, jusqu’à la semaine passée), l’appui financier des oligarques de seconde zone (qui veulent être calife à la place du calife) et la propre mesquinerie personnelle d’Ianoukovitch, sont les causes qui rendirent  possible un coup d’état fasciste en Ukraine qui, assurément, fut dénoncé en différentes occasions par les partis de gauche (le Socialiste et le Communiste), de ceux que l’Occident préfère ne pas entendre.

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L’arrivée au pouvoir des secteurs les plus réactionnaires nous a fait voir de terribles scènes comme l’assaut des sièges du Parti Communiste d’Ukraine (PCU), l’incendie de leurs livres et une infinité d’agressions contre leurs militants, comme par exemple la tentative de lynchage de son secrétaire dans la ville de Lvov, Rostislav Vasilko. Elle l’a également rendu illégal dans certaines régions, de même que le Parti des Régions d’Ianoukovith. Y a-t-il une persécution politique en Ukraine aujourd’hui ? Quelle est la situation des membres et des sympathisants du PCU et du reste des partis et organisations interdites et persécutées ?

L’interdiction du Parti des Régions et du Parti Communiste dans la région de Ternopil et Ivano-Frankivsk est complétement illégale et va à l’encontre de la Constitution Ukrainienne. Néanmoins, une des principales caractéristiques de la droite ultra-nationalise ukrainienne a toujours été la politique du double standard. Le gouvernement putschiste n’ira pas, de sa propre initiative, à l’encontre de ses principaux partisans. Les ultimes événements en Ukraine ont conduit les membres de ces partis vers une semi clandestinité sauf dans les territoires orientaux. Les nationalistes n’ont eu aucun scrupule à frapper publiquement dans le Parlement le leader communiste Petro Simonenko, en plus de brûler sa maison. La dirigeante du Parti Socialiste, Natalia Vitrenko, a également dénoncé devant le Parlement Européen le soutien de l’Union Européenne à un gouvernement néonazi et les agressions de l’extrême-droite dont elle, comme d’autres membres de son parti ont été l’objet, sans que les euro-parlementaires fassent quoique ce soit à ce sujet. Le fait est que rien de tout cela n’a surpris, ni les Russes, ni les Ukrainiens, et ne devrait pas surprendre non plus ni les juifs, ni les Polonais, s’ils n’ont pas complétement perdu la mémoire historique, étant donné que 200 000 de leurs compatriotes furent éliminés par les ultra nationalistes ukrainiens dans le nettoyage ethnique de la Gallitsia pendant l’occupation allemande, entre 1941 et 1944. Pas besoin de comprendre le russe ou le polonais pour comprendre le matériel présenté dans le livre d’Alexander Karman à ce sujet, dont la section graphique peut se voir àhttp://slavgromada.wordpress.com/history/oun-upa/ et c’est seulement une petite partie des crimes commis sous le prétexte de la défense du peuple ukrainien dans les territoires des Carpates, l’épicentre (bien qu’historiquement excentrique) de l’ultra nationalisme ukrainien. Des centaines de spécialistes techniques, de médecins, de professeurs, y compris de l’ethnie ukrainienne, envoyés après la Seconde Guerres mondiale sur ce territoire par les autorités soviétiques furent torturés et assassinés, ceci sans compter probablement des milliers de fonctionnaires, de militaires, de policiers ou de membres des services secrets soviétiques tombés dans la lutte contre les nationalistes ukrainiens, qui commença en 1939 avec l’annexion des territoires de Transcarpathie à l’Union Soviétique, en conséquence du Pacte Molotov-Von Ribbentrop et dont le contenu est resté d’application  une fois les combats terminés pratiquement jusqu’aux années 70. Sans aucun doute, on trouve en tête de cette liste, le Général Batutin, mortellement blessé en 1944 dans une embuscade de la UPA (les milices ultra nationalistes à qui on doit le cri si souvent entonné de Slava Ukrayini = Gloire à l’Ukraine, avec sa réponse Geroyam Slava = Gloire aux héros), que le reste de l’Ukraine considère comme celui qui les a libérés des troupes hitlériennes. Bon, toutes ces horreurs les nationalistes ukrainiens les justifient jusqu’à présent, comme la réponse aux représailles de la part des communistes depuis le pacte cité. Dans ce cas, il convient de se demander ce qu’on en commun les Polonais et les Juifs, les maîtres d’écoles et les médecins (ou leurs enfants, en particulier des enfants de 2, 4 et 5 ans) avec ces représailles. Le problème c’est que le monde stupéfié par les crimes du nazisme, passe sous silence ceux qui se produisirent à l’ombre des Carpates, au sujet desquels, seuls ont enquêté, les services de sécurité soviétiques, qui aujourd’hui pour diverses raisons ne disposent plus d’une grande crédibilité, mais dans ce cas cela devrait leur en accorder. En regard, de tout ce qui é été exposé, le Parti des Région, pour étrange que cela puisse paraître, aux yeux des ultra nationalistes est l’héritier du Parti Communiste, ils le prennent pour son allié, sans se rendre compte à quel point c’est ridicule.

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L’Ukraine est un pays aux nationalités fort variées. Penses-tu qu’étant donné la structure ethnique, culturelle et historique du pays nous soyons face à une possible balkanisation du conflit ? Crois-tu que les tensions pourraient déclenchera une guerre civile en Ukraine ou un conflit international de grande envergure ?

En Ukraine vivent des personnes ressortissant de plus de 150 nationalités et ethnies. Pourtant le conflit principal se développe entre les nationalistes ukrainiens et tous les autres, alors que les premiers sont l’ethnie majoritaire en Ukraine, puisque, si on fait crédit aux statistiques, des 45 millions de citoyens ukrainiens, ceux de l’ethnie ukrainienne constitue les 77,8% de la population. Qui pourrait croire qu’une telle quantité de gens puisse se sentir menacée par les 22,2% restants de la population ? Il faudrait que ceux-ci soient réellement des ogres pour constituer concrètement une menace. Pourtant, ces 22,2% avec l’arrivée du gouvernement putschiste sont eux réellement menacés, d’autant que jusqu’ici nous n’avons pas eu le temps d’oublier les méthodes par lesquelles les nationalistes ukrainiens « assimilent » les minorités ethniques. Mais que peuvent-ils faire concrètement face à cette menace, étant donné leur relative faiblesse numérique et leur absence de fanatisme ? En Yougoslavie toutes les parties disposaient d’une certaine égalité de forces. Par malheur, le scénario le plus probable n’est pas une guerre civile, mais bien un génocide perpétré contre les minorités ethniques pendant que les puissances étrangères (la Russie inclue) siffloteront en regardant d’un autre côté, ou bien l’Ukraine deviendra le champ de bataille entre ces puissances étrangères selon le modèle de la guerre délocalisée instauré par la guerre de Corée au début de la Guerre Froide. Il est certain qu’un conflit ayant ces caractéristiques, au cœur de l’Europe, pourrait déclencher une troisième guerre mondiale.

L’épicentre des protestations contre le gouvernement ce situait à Kiev. Mais nous pouvons constater qu’une fois qu’Ianoukovitch a été renversé le conflit s’est déplacé vers d’autres régions comme la Crimée au départ et Donetsk et Jarkov actuellement. Dans ces régions se sont développés de même qu’à Lungansk ou Odessa de puissants mouvements populaires opposés au gouvernement de Maidán. Quelle est la situation dans chacune de ces régions ? Comment s’agence la corrélation des forces existantes dans la distribution géographique du pays ?

Nous devrions revoir notre perception de la fissure interne de l’Ukraine, si nous prêtons attention aux faits suivants : les régions de droite et de centre droite qui sont touchées par le nationalisme sont des régions agricoles, alors que les régions dans lesquelles le Parti Communiste et les partis de gauche en général jouent encore un rôle dans la vie politique en général, sont des régions qui ont une industrie développée, autrement dit, prolétaires. Même le Parti des Régions, qui à d’emblée été créé par de hauts fonctionnaires et oligarques, parfois, en particulier au niveau régional se voit obligé, parfois, de défendre les intérêts des travailleurs étant donné qu’ils constituent la majorité de leur électorat. Ceci nous donne des raisons de nous demander si nous ne sommes pas confrontés à une moderne manifestation de la lutte de classe, étant donné que, pour dire la vérité, le Parti Communiste n’a jamais domestiqué les paysans, et que n’importe quel agriculteur depuis les petits propriétaires, a toujours tendance à être conservateur en raison même de la propriété, pour misérable qu’elle soit. Finalement, nous avons d’un côté l’avancée du capitalisme occidental qui en a presque fini avec les droits des travailleurs en Europe et aux États-Unis, alors qu’avance une dictature de droite dans la Russie actuelle, qui ignore tout type de droits humains en général. Jusqu’à il y a peu, pour aussi propagée que fut l’expression impropre de « régime d’Ianoukovitch », les citoyens ukrainiens avaient la liberté d’expression et d’association et pouvaient continuer à compter sur un système social, en partie hérité de l’Union Soviétique et en partie adapté ultérieurement à cause des difficultés économiques du pays dans les années 90. Tout cela permet de suspecter que le conflit apparemment ethnique, n’est rien d’autre que le masque qu’adopte un affrontement structurel plus profond.

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Le peuple de Crimée a voté dans sa majorité pour son annexion à la fédération de Russie. Quel fut le dispositif d’organisation du peuple pour résister à l’entrée des activistes de Maidán ? Comment s’est déroulé le changement de statut de la Crimée ? Penses-tu que les autres régions à majorité russes dans leur population suivront le même chemin. ?

Pour commencer, il faut souligner que, comme je le disais plus haut, les insurgés de Maidán ne sont pas plus d’une minime partie de la population ukrainienne, y compris parmi ceux de l’ethnie de ce nom. En Crimée, en réalité il n’y avait pas de partisans de Maidán , malgré qu’ils aient menacé de venir dans un « train de l’amitié » depuis Maidán, cela n’alla pas plus loin que des paroles. Il faut mettre en évidence le fait que la Crimée à toujours été une région à part, à l’intérieur de l’Ukraine post soviétique, y compris administrativement. Psychologiquement, ils n’ont jamais assumé leur annexion à l’Ukraine et leur relation avec le peuple russe sont dans une autre dimension. Nous ne devons pas oublier que les humeurs nationalistes ne sont pas l’apanage des seuls nationalistes ukrainiens, que les nationalistes russes aussi les partagent. Les idées nationalistes russes, alimentées par les conflits du Caucase, et la prise de distance de la part de l’Occident, ont été développées dernièrement, soutenues par le gouvernement de Poutine, jusqu’à des niveaux d’un absurde total. Ils en sont pratiquement arrivés à croire sérieusement qu’ils sont l’authentique race aryenne, supérieure aux autres. Je ne dis pas que toute la population russe pâtit de ce trouble, mais il a de fortes répercutions, surtout dans la jeunesse, spécialement sensible à ce genre de virus, et dans les couches de la population semi-analphabète qui ont augmenté drastiquement au cours de 20 dernières années dans toutes les républiques ex-soviétiques. Aux yeux des nationalistes russes, la population russophones de Crimée continue à être considérée comme russe, alors que la population des régions orientales à leurs yeux sont des « petits-russes » (d’après la terminologie tsariste), donc des russes de seconde catégorie, au sujet desquels, est permise une large panoplie d’aphorismes dénigrants, de préjugés, de moqueries.

Ce qui n’aide pas non plus, c’est qu’au cours des 20 dernières années les citoyens russophones ukrainiens ce sont habitués à disposer de plus de liberté individuelle que les Russes. En plus il est certain que la population dans les régions de l’Est de l’Ukraine est fort métissée et pratiquement tous ceux qui sont nés là-bas sont incapables de déterminer avec certitude leur ethnie, étant donné que nominalement ils peuvent s’appeler russe, tartare ou ukrainien ou juif, mais en réalité compter des dizaines de composantes ethniques dans leur famille. Peu des gens savent que dans l’Union Soviétique, un couple, en enregistrant son enfant, pouvait quasi librement lui assigner la nationalité de l’ethnie qu’il considérait comme opportune. Ce qui a entraîné des problèmes, en particulier pour les jeunes juifs qui voulaient émigrer en Israël dans les années 90 et dont deux générations d’ascendants étaient nominalement russes, pères et mères (par-dessus tout pour ces derniers pour des raisons de détachement ethnique judaïque) malgré qu’ils aient eu un nom clairement juif. Cela est inacceptable pour le concept d’un vrai russe, étant donné qu’un nationaliste russe est aussi antisémite et xénophobe que l’Ukrainien. Peu de gens ici savent que dans la perception populaire russe, toute la population du bassin de la méditerranée, en partant du Caucase et jusqu’au Finistère sont des « gitans » ou des « nègres », ce qui dans leur subconscient est en soi insultant. La population russophone d’Ukraine a une perception consciente ou inconsciente de cela. Aussi, à la différence des Criméens, la majorité, comme je le disais n’est pas disposée à passer sous contrôle russe. La preuve de cela, c’est qu’actuellement la majorité de ceux qui manifestent contre le gouvernement ukrainien n’exigent pas la séparation, malgré qu’on les appelle séparatistes (pour justifier leur répression) mais exigent la fédéralisation de l’Ukraine, une configuration dans laquelle, à leurs yeux, il sera plus facile de résister à l’oppression des nationalistes ukrainiens. Il est clair qu’à présent ils peuvent aussi avoir recours à la Russie pour contenir les nationaliste ukrainiens et éviter de se faire écraser, mais il s’agit d’un mouvement plus tactique que stratégique.

 

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Merci Ganna d’avoir répondu à nos questions. Veux-tu ajouter quelque chose ?

Pour finir, je voudrais souligner que ceci est ma propre opinion, fondée dans mon appartenance à une famille multi ethnique et dans ma formation que certains peuvent considéré comme compromise avec l’idéologie soviétique, dans mon travail comme fonctionnaire de l’état d’Ukraine et comme exécutive des entreprises industrielles du Donbass. Je voudrais ajouter, que d’autre part je suis bilingue, russe et ukrainien, que j’ai voté en faveur de l’indépendance de l’Ukraine en 1991 et que je n’ai jamais donné mon vote au Parti des Régions, ce que je n’ai jamais caché, même en travaillant comme je le faisais dans une entreprise du conglomérat de Ajmétov, sans que cela ait jamais eu aucune répercussion sur ma carrière, mon salaire ou n’importe quel autre domaine. Je doute que les partisans de ce parti, de même que les communistes et les socialistes puisse en dire autant aujourd’hui en Ukraine Occidentale.

Ganna Goncharova 

Source en espagnol :

BUCEANDO EN LA CRISIS POLÍTICA DE UCRANIA. Entrevista con Ganna Goncharova. – Marquetalia.org | Marquetalia.org

Traduction Anne Wolff


Note aux lecteurs : Depuis le 4 mai Mondialisation.ca fait face à des problèmes techniques qui nous empêchent de publier des articles en français sur le site. Entre-temps nous publierons quelques articles d’actualité sur le site en anglais Global Research. Nous espérons que le site soit rétabli le plus tôt possible.

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Le sujet esclave de ses pulsions ou l’humain ?

mai 15th, 2014 by Chems Eddine Chitour

«Avec tout l’argent du monde, on ne fait pas des hommes, mais avec des hommes et qui aiment, on fait tout.»

Abbé Pierre

Comment peut-on mesurer la valeur d’un homme? Ce titre m’a interpellé, j’ai voulu en savoir plus et l’article suivant m’apprend que tout homme a son prix comme une célèbre phrase attribuée à Henri Kissinger. La contribution suivante nous montre à quel point tout s’est détérioré et qu’un homme sans argent est invisible socialement. Pire encore, il est écrasé par l’avènement d’une société perverse où les valeurs ou réputées telles: l’honnêteté, le travail bien fait, la solidarité n’ont plus court. La contribution suivante nous montre à quel point les cades classiques ont changé:

«Je ne pense pas qu’il soit possible de mesurer cela», estime un contributeur dans le fil de discussion Yahoo! intitulé «Comment mesure-t-on la valeur d’un homme?». «Un Zidane, ça vaut dans les 75 millions d’euros. Je pense que tu peux m’avoir pour un radis et deux tomates», ironise une autre. Pointe-t-elle la difficulté d’évaluer, sinon de monétiser, un individu, ou le fait que la question exclut la femme du débat? Combien ça coûte? Combien cela me rapporte? Combien je vaux? A longueur de journée, «l’argent est comme un sixième sens. Sans lui, on ne peut pas se servir des cinq autres», écrit l’écrivain britannique William Somerset Maugham (1874-1965), l’auteur le mieux rémunéré des années 1930. Chacun évalue, compare, met en balance… ses biens comme son prochain, notamment à l’aune de sa personne et de son patrimoine. «N’avez-vous jamais voulu savoir combien vous valez d’euros? C’est le moment de le savoir», propose le site Humainavendre.com. Quelque 573.593 humains se sont adonnés à cette estimation bien saugrenue. Et un de plus! «Félicitations, vous valez 5.439.100 euros», m’assure-t-on. Je n’aurais pas donné aussi cher de ma peau. Et virtuellement? Puis-je tirer un aussi bon parti de ma présence sur les réseaux sociaux?» (1)

Un autre soporifique est l’Internet qui foisonne de sites où tout est bon pour donner l’illusion de «compter» alors qu’en fait le soi-disant débat où on vous demande votre avis sur tout et n’importe quoi rapporte de l’argent: «Combien monnayer, s’il y avait lieu, ses comptes Facebook, Twitter, Instagram, Tumblr…? Selon les estimations du cabinet IHS Technology relayées surHuffingtonpost.fr, le prix de l’utilisateur sur Facebook, valorisé 127,3 milliards d’euros, est de 105 euros; celui sur Twitter, qui pèse tout juste 22 milliards d’euros, serait évalué à 93 euros. On peut attendre 64 euros de son Linkedln mais pas plus de 25 euros de son WhatsApp. Autant garder sous le coude son Instagram et son menu fretin de 4,80 euros, tout comme son Tumblr et ses 4,70 euros.»(1)

«Ma calculette à l’écran attend avec impatience l’issue des courses. Autant l’écrire en toutes lettres pour rendre compte de l’étendue des dégâts virtuels: deux cent quatre-vingt-seize euros et cinquante centimes. Voilà ce que vaut ma «virtualité», soit à peine 0,005% de ma vie réelle. Il y a toutefois lieu de s’en réjouir, l’inverse aurait été dramatique. En l’espace d’une seule seconde, Google empoche, lui, un gain de 474 euros, selon World Play (lemde.fr/1hdSyax), Facebook 58 euros et Twitter perdrait 35 euros.» (1)

Ceci n’est pas de l’argent virtuel. L’internaute s’en sort en étant payé par le divertissement qui lui fait oublier provisoirement sa condition pendant ce temps les moteurs de recherche s’en mettent plein les poches.

Que valons-nous réellement?

Peut-on parler de valeur absolue ou de valeur relative? L’estime de soi est aussi un critère de valorisation ou de dévalorisation (jusqu’à la haine de soi). «Lorsqu’on vit une situation dont l’issue nous déçoit, nous sommes évidemment renvoyés à l’image que l’on a de soi. Le meilleur moyen de ne jamais être déçu, c’est d’avoir une attente si basse que n’importe quel évènement suffit à la combler. Si je me contente de vouloir reproduire la forme globale du personnage et pas de rendre une image fidèle, je suis certain d’y arriver. Mais cela n’empêche que dans chaque situation, quelque chose de plus subtil est en jeu. L’interprétation des évènements entre en action et nous donne une information: il précise le niveau d’attente que l’on a par rapport à soi. (..) Nous sommes chacun à notre manière, des amateurs en train de goûter notre vie. Parfois on apprécie la saveur et puis parfois on trouve qu’il manque des arômes. (…) L’une des meilleures conséquences que peut avoir cette conscience du goût, c’est de vous donner confiance pour avancer. En étant ouvert et prêt à entendre, vous ouvrez la porte de l’amélioration continue. Je fais partie de ceux qui pensent que nous sommes ici bas pour voir ce que l’on peut faire de notre vie. L’amélioration continue est donc un chemin parfait et rien de tel que l’appréciation fine des éléments pour y arriver. (2)

En rapportant cette appréciation tout à fait louable sur l’effort et l’amélioration constante, j’ai la certitude que c’est un langage dépassé dans ce XXIe siècle où nous avons perdu les repères. Pourtant, nous savons que le libéralisme sauvage fait des individus autonomes par la pensée des individus sujets qui présente une formidable addiction à l’éphémère dont le néolibéralisme serait le bras armé.

La réalité du néolibéralisme

Les critiques du libéralisme ne manquent pas. L’ouvrage de Dany-Robert Dufour: «Le divin marché. La révolution culturelle libérale» écrit Thierry Jobard, s’en distingue pour deux raisons principales. La première tient au fait que son travail est celui d’un philosophe qui pense le monde comme une totalité, à savoir comme un système qui interagit en permanence et qui exprime une circulation du sens. D’où, d’autre part, son analyse qui embrasse les nouveaux rapports qu’instaure le libéralisme: le rapport à soi, à l’autre, à la politique, à la religion, à la langue, à l’art, voire à l’inconscient. Revenant sur la prétendue sortie du religieux, D.-R. Dufour montre que nous assistons plutôt au remplacement d’une divinité par une autre, en l’occurrence un divin marché sadien dont le principal commandement – «Jouissez!» – conduit à un comportement de consommateur pulsionnel. (…) La langue elle-même est investie (puisque tout fait sens et que rien n’est innocent); mieux vaut parler de gouvernance que de pouvoir, de genre plutôt que de sexe… Cette progressive création d’une «novlangue» accompagne celle d’un «novmonde» technologique qui, sous couvert d’un progrès permanent, ne résout les problèmes qu’en créant de nouveaux dangers incontrôlés dans un cercle parfaitement vicieux». (3)

Le marché et son installation: les consommateurs sous influence

Dans cette lutte féroce pour vendre à tout prix, les firmes multinationales ne manquent pas d’imagination. Elles faisaient appel aux techniques antédiluviennes de la réclame puis de la publicité classique. Elles s’attaquent maintenant au cerveau et créent un besoin. Pierre Barthélemy rapporte l’expérience singulière – pour nous, mais rentrée dans les moeurs ailleurs – de mainmise sur le cerveau. (4)

Justement, pour Dany-Robert Dufour l’échange marchand généralisé et libéralisé détruit ou dérégule les autres «économies»: l’économie discursive (échange du sens, des idées), l’économie sociale (donner, recevoir, rendre) et l’économie psychique (la limitation pulsionnelle, l’altruisme). La télévision forge-t-elle des individus ou des moutons? s’interroge-t-il: «L’individualisme n’est pas la maladie de notre époque, c’est l’égoïsme, ce self love, cher à Adam Smith, chanté par toute la pensée libérale. (…) Vivre en troupeau en affectant d’être libre ne témoigne de rien d’autre que d’un rapport à soi aliéné, dans la mesure où cela suppose d’avoir érigé en règle de vie un rapport mensonger à soi-même. Et, de là, à autrui. Il faut que chacun se dirige librement vers les marchandises que le bon système de production capitaliste fabrique pour lui. «Librement» car, forcé, il résisterait. (5)

Est-ce que la croissance débridée est synonyme de confort? De bien-être? Penser une décroissance de ce qui n’est pas essentiel est ce, «revenir à la bougie» encore que cela soit poétique! Pour Vincent Liegley, il faut «aller vers des sociétés matériellement frugales, écologiquement soutenables. L’enjeu est de revenir à une société beaucoup plus simple, à un autre type de confort matériel, sans remettre en question les avancées de la société actuelle. Sortir de la méga-machine, de la technostructure, comme y invitait Ivan Illich, autre penseur de la décroissance ».  (6)

« Retrouver aussi ce qui a été détruit: convivialité, solidarité, le «buen vivir», ce concept de la «vie bonne» développé en Amérique latine. (…) Nous sommes face à l’effondrement d’une civilisation. Mais aujourd’hui, l’ensemble de la planète est embarqué sur ce Titanic. (…) Un changement de nos habitudes, une décolonisation de notre imaginaire, une transformation de nos institutions qui sont toxico-dépendantes de la croissance… Le but de la décroissance, est d’ouvrir des possibles de pensée. Nous tentons de penser l’utopie, ce vers quoi on veut tendre – sans peut-être jamais l’atteindre. Définir un projet de transition qui part de la société actuelle, tout en étant complètement en rupture avec celle-ci. L’important est de savoir où l’on va et d’assumer ces contradictions pour transformer la société en profondeur.» (6)

La fabrique de l’humain: naissance du pervers puritain

Nous le voyons, l’humain largue progressivement les amarres avec sa condition d’homme. Il est devenu un automate mu par le désir. Dans son dernier ouvrage justement, «La cité perverse», sous-titré «Libéralisme et pornographie». Le philosophe Dany-Robert Dufour, répond à une interview à Philippe Petit:

«L’objectif du philosophe est assez simple. Il entend démon-trer comment la libération des passions – autrement dit le triomphe absolu de l’égoïsme, l’impératif de jouissance, le besoin de domination – ont transformé toutes les économies où interagissent les hommes: l’économie marchande, l’économie politique, l’économie esthétique, voire symbolique. Le libéralisme selon Dufour possèderait donc au moins deux faces: une face puritaine, représentée par Adam Smith, et une face perverse, représentée par le divin Sade. Il serait l’accoucheur d’un monde où les individus obéissent avant tout à ce commandement suprême: jouis! Un monde où l’on peut jouir non seulement dans la dimension sexuelle, mais aussi dans celle de la possession et de la domination, de même que dans celle du savoir. Ce monde ressemble-t-il au nôtre?»(7)

Le philosophe poursuit: «Sade était mort. Il est mort pendant deux siècles et Sade est revenu. Il est revenu dans notre monde progressivement au cours du XXe siècle par des chemins détournés. (..) Puis il est revenu de plus en plus à visage découvert. Voilà. Alors, j’essaye de faire dans ce livre la généalogie de ce principe de jouissance. On croyait, on a cru pendant longtemps qu’il était venu au cours de la post-modernité.» Le principe d’égoïsme absolu qui est révélé par Sade, c’est celui qui est en jeu dans la crise. Et c’est le principe, cette fois, de la défense à tous crins de l’intérêt personnel à tel point que cela s’est nommé la cupidité.(…) C’est ce principe de la cupidité, d’égoïsme absolu, de la défense à tous crins de l’intérêt personnel, de la jouissance absolue dans tous les domaines où cela peut se manifester, dans les trois libidos que j’ai reprises dans la philosophie classique.»(7)

«On connaît la libido classique, poursuit Le philosophe, la libido des sens… Sentiendi. On connaît moins, on a oublié malheureusement la libido dominandi, qui est la possession, la jouissance, l’instrumentalisation de l’autre, Le désir de s’enrichir bien sûr, de la domination, c’est la domination sociale par la puissance de l’argent. Puis, la libido sciendi, qui est le désir de savoir au-delà de toutes les limites, par exemple les limites qui nous affranchiraient d’un certain nombre de principes, qui nous mettraient en position de recréer par exemple la nature, de recréer le génome, de récrire en fait le vivant. Pour les anciens, l’homme qui se laisse aller à ses passions, ce que l’on va appeler plus tard les pulsions, est comme un homme ivre. D’ailleurs, passion, c’est passif, c’est le même mot: passion, passif, pathos, etc., et quand on est dans la passion en fait contrairement à l’optique actuelle qui dit: «C’est pour lui une passion», Alors, justement, ce qu’il y a de nouveau chez les modernes, à partir de ce tournant moderne que je situe aux alentours de 1700, c’est le renversement en fait de cette problématique qui correspond à un renversement de la métaphysique occidentale, tout simplement. C’est-à-dire que c’est le moment où les passions vont être libérées et elles vont être libérées dans et par le libéralisme puisque ce qui était le principe de maîtrise et de contrôle des passions va se trouver au contraire exalté.» (7)

«On pourrait dire que la crise de 1929 est créée par la crise à la fois de spéculation, bien sûr, un peu à la façon des subprimes, puisque l’on a des lieux de spéculations immenses, la Bourse a été multipliée par 400 en 7 ans, il y a eu un tournant libéral pour la présidence Coolidge, mais il y a un autre aspect aussi, c’est que le capitalisme était surtout un capitalisme de production. Pour le dire d’une certaine façon, je dirais que c’est Sade qui a sauvé le capitalisme de la crise de 1928, plutôt c’est la pin-up, un personnage un peu sadien puisqu’elle excite à la jouissance, qui a sauvé le capitalisme. Pourquoi? Parce que ces objets… Il a fallu pour s’en sortir, on pourrait dire érotiser tout objet en montrant pour être une source de satisfaction pulsionnelle. Il a fallu mettre une pin-up derrière chaque objet. C’est une manipulation libidinale, une manipulation pulsionnelle et c’est comme ça qu’a tenu ce capitalisme de la consommation par une promesse de satisfaction pulsionnelle, une manipulation généralisée parce qu’il faut que le désir soit absolument formaté pour être bien dirigé vers les objets que l’on propose et pas vers le reste. C’est pour cela qu’il y a un côté pervers, il faut absolument consommer et même de façon addictive ces objets proposés à la consommation puis le reste il ne faut pas et quand il ne faut pas, il est puritain».(7)

Cette modification de l’économie libidinale et pulsionnelle démonétise l’homme… Sa valeur intrinsèque est indexée sur son «avoir» et non pas sur son «être» D’où viendrait le salut? Dany Robert Dufour propose: «Pour sortir de la crise de civilisation, il convient de reprendre, un élan humaniste. Comment faire advenir un individu qui serait enfin «sympathique» c’est-à-dire libre et ouvert à l’autre. «Il nous semble qu’un des enjeux civilisationnels actuels soit précisément d’échapper à ce dilemme. (…).» (8) Tout est dit.

Professeur Chems Eddine  Chitour

Ecole Polytechnique nep-edu.dz

1. http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/05/02/combien-valez-vous_4410615_3234.html

2. http://esprit-riche.com/lorsque-nous-valons-mieux-que-ca/

3.Thierry Jobard http://actuphilo.com/tag /dany-robert-dufour / 15/06/2011

4. http://www.legrandsoir.info/la-fabrique-du-consentement-plaidoyer-pour-une-decroissance-de-l-ephemere.html

5. http://www.mondediplomatique.fr/2008/01/DUFOUR/15491- JANVIER 2008

6.Vincent Liegey Propos recueillis par Agnès Rousseaux http://www.bastamag.net/article2987.html

7. http://www.fabriquedesens.net/La-fabrique-de-l-humain-Naissance

8. Dany Robert Dufour  http://www.monde-diplomatique.fr/2008/01/DUFOUR/15491


 

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Le cinglé c’est John Kerry, qui s’est complètement grillé à faire la navette avec empressement entre Washington et Tel-Aviv pour tenter de jeter au moins « les bases » d’un accord israélo-palestinien (susceptible de créditer de quelque progrès ses gesticulations d’honnête courtier), tout en dénonçant avec véhémence le Président du Venezuela, Nicholas Maduro, pour « la campagne de terreur qu’il mène contre son propre peuple », et en dénonçant bien évidemment les Russes pour leur « agression » contre un régime ukrainien issu d’un coup d’État. Sa vibrante déclaration : « On ne peut tout simplement pas au XXIe siècle se comporter comme au XIXe et envahir un pays sur le dernier des faux prétextes », est un archétype d’argument Orwellien, et dans l’improbable hypothèse où son nom apparaîtrait un jour dans les livres d’histoire, il pourrait bien se réduire à cette unique phrase. Ce coup d’éclat a instantanément déclenché une explosion d’hilarité et de sarcasmes en tous genre parmi les médias dissidents. Quant aux autres, ils l’ont plutôt mis en sourdine et se sont bien sûr dispensés d’ironiser ou d’en ridiculiser l’auteur (c’est un peu ce qui s’était passé lorsque Madeleine Albright, interrogée à la télévision sur la mort de 500 000 enfants irakiens victimes des sanctions de destruction massive dont elle-même avait garanti le maintien, avait simplement rétorqué : « Vu l’enjeu, je pense que ça valait la peine ! »).

Evidemment, il est possible que Kerry n’ait sincèrement rien vu d’absurde dans sa déclaration, tout imprégné qu’il est des principes qui découlent de « l’exceptionnalisme » américain qui interdit l’usage de termes tels que « invasion », « agression » ou « droit international » en référence au gendarme du monde. Et là où on verra « un prétexte parfaitement fallacieux » lorsque c’est justement la Russie qui l’avance, on ne verra au plus qu’un regrettable malentendu, d’ailleurs parfaitement excusable, lorsque c’est de nous qu’il s’agit. Après tout même le New York Times, qui s’empressait de parler d’agression dans ses éditoriaux sur la Crimée (« L’agression russe », 2 mars 2014), n’aurait au grand jamais choisi un pareil terme au sujet de l’invasion/occupation de l’Irak. Et on ne trouve les termes « droit international » ou « Charte de l’ONU » dans aucun des éditos du Times entre le 11 septembre 2001 et le 21 mars 2003 (Howard Friel and Richard Falk, The Record of the Paper, chap. 1).

Les propos du Président Obama étaient pour leur part à peine plus subtils mais bien plus calculés, malhonnêtes, hypocrites, démagogiques et assez souvent absurdes, lorsqu’en Belgique il s’est exprimé publiquement pour réfuter les accusations d’hypocrisie que le Président russe, Vladimir Poutine, avait brandies au sujet des dénonciations occidentales rejetant la validité du vote d’indépendance de la Crimée qui avait entrainé la réintégration de celle-ci à la Russie (« Remarques du Président à l’attention des jeunesses européennes », Bruxelles, 23 mars 2014). Il est plutôt amusant de voir à quel point Obama peut déformer l’histoire comme bon lui semble, et en particulier lorsqu’elle le concerne. Selon lui, en effet, nos pères fondateurs auraient inscrit dans « nos documents fondateurs » un magnifique concept selon lequel « tous les hommes – et femmes – ont été créés égaux ». C’est à croire qu’il a tout oublié de l’esclavage des nègres (la règle des trois cinquièmes notamment, inscrite dans la Constitution) (1), et du droit de vote des femmes, qu’elles n’ont finalement obtenu qu’au XXe siècle. Il parle de l’idéal d’une « information sans aucune censure » qui « offre aux gens la possibilité de prendre leurs propres décisions », lui justement qui a fait son possible pour qu’aucun flux d’information n’échappe à son contrôle et pour pénaliser davantage toute tentative de percer le bétonnage toujours plus massif du secret d’État, afin d’en dénoncer les crimes.

Obama s’indigne que certains puissent penser que les plus grandes nations peuvent imposer aux plus petites leur propre façon de voir – « cette fameuse loi du plus fort, que nous rejetons totalement ». D’ailleurs, si les États-Unis ont un budget militaire astronomique et plus de 800 bases militaires dans le monde entier, ce n’est bien sûr nullement pour imposer leurs vues mais uniquement pour une question de sécurité nationale ! Et Obama de se dire « impressionné de voir la Russie remettre en cause des vérités qui, il y a à peine quelques semaines semblaient si évidentes… [notamment] l’importance du droit international ». Cette « petite phrase » là ne manque pas de culot, vu que certains représentants des États-Unis (Dean Acheson, Madeleine Albright, entre autres) ont déjà fait valoir très explicitement que, de leur point de vue, le droit international ne primait nullement sur les intérêts américains ; que le prédécesseur d’Obama, George W. Bush, en faisait fi comme d’une plaisanterie – « Le droit international ? Je ferais mieux d’appeler mon avocat, il ne m’a jamais parlé de ça ! » – ; et que ce qu’on constate en définitive c’est que les États-Unis violent continuellement et même de plus en plus systématiquement le droit international, et notamment depuis Obama. En réalité, les violations du droit international sont incontestablement, avec l’apple pie [traditionnel gâteau aux pommes], la plus typique des spécialités américaines.

Poutine, évidemment, faisait clairement allusion à l’Irak, mais la réponse d’Obama est la suivante : « En fait, il est exact que la Guerre d’Irak a suscité d’intenses polémiques, pas seulement dans le monde entier mais aussi aux États-Unis. J’ai moi-même pris part à ce débat et je me suis opposé à notre intervention militaire dans ce pays. Mais même en Irak, l’Amérique s’est efforcée de rester dans les limites du droit international. Nous n’avons ni conquis ni annexé aucun territoire irakien. Nous ne nous sommes pas accaparés leurs ressources. Au lieu de cela nous avons nous-mêmes mis fin à notre campagne et avons laissé l’Irak à ses habitants, entre les mains d’un État irakien pleinement souverain et réellement capable de décider de son propre avenir ».

On notera au passage l’argument ô combien risible qui lui permet d’éluder la question du droit international, si crucial s’agissant de l’attitude des Russes mais qu’il escamote ostensiblement s’agissant des États-Unis. Quant aux « intenses polémiques » soulevées par la Guerre du Golfe, non seulement on ne voit pas trop ce que cela change en matière de violations du droit international mais en plus c’est vraiment des salades, vu qu’il a été clairement démontré que Bush et sa petite clique de conseillers avaient prémédité leur agression de l’Irak bien avant que le sujet ne s’inscrive dans le débat public, et qu’ils n’avaient choisi les « armes de destruction massive » comme excuse que parce qu’on pouvait en faire un cas de force majeure. C’était donc bien une agression, fondée sur un mensonge d’État et véritablement le pire des « faux prétextes ». Pour ce qui est de « rester dans les limites du droit international », la Charte des Nations Unies est le fondement même du droit international, sans quoi il n’a aucun sens. Or l’invasion de l’Irak en était une violation patente. Obama claironne que nous ne nous sommes pas accaparés les ressources du pays et que nous avons finalement retiré nos troupes, il oublie de rappeler que nous ne sommes partis qu’après des années de massacre et de destructions qui avaient elles-mêmes contribué à créer une résistance qui nous a bel et bien foutus dehors. Il ne précise pas non plus que notre violation majeure du droit international en Irak a notamment causé la mort de plus d’un million de personnes, jeté quatre millions de réfugiés sur les routes et laissé le pays à l’état de ruines. En comparaison, l’épouvantable annexion de la Crimée par les Russes n’a même pas fait une demi-douzaine de morts.

Obama se dispense aussi de rappeler que l’Irak n’est pas frontalier des États-Unis, loin de là, et que leur agression était une « guerre de choix », reconnue comme telle et qui n’avait strictement rien à voir avec notre Sécurité nationale. Inversement, la Crimée est aux portes de la Russie [rattachée à la Russie dès le XVIIIe siècle, elle n’est attribuée à la République Soviétique d’Ukraine qu’en 1954 dans le cadre d’un remembrement de l’URSS], sa population est russe, culturellement et linguistiquement, la Crimée étant en outre le siège de l’une des plus importantes bases de la Marine russe. Le coup d’État de Kiev, organisé grâce au soutien des États-Unis et d’autres pays de l’OTAN, plaçait donc la Russie dans une réelle situation de menace. L’idée que la réaction des dirigeants russes, qui ne s’attendaient pas à ce coup d’État et au risque soudain d’annexion de certaines de leurs principales bases navales [Odessa et Sebastopol, en particulier], était une réaction légitimement défensive et une « guerre par nécessité » est donc parfaitement défendable.

Dans une telle perspective, le référendum organisé en Crimée et dont le scrutin s’est avéré très largement favorable à une partition de l’Ukraine et à une réintégration à la Russie apparaît donc comme une procédure relativement démocratique relevant du principe d’auto-détermination. Obama et compagnie y voient une violation de la souveraineté de l’Ukraine et une violation du droit international. On a donc ici deux principes apparemment en porte-à-faux, les États-Unis et leurs alliés choisissant celui qui sert au mieux leurs intérêts et la Russie choisissant l’autre. Mais, comme le fait remarquer Poutine, dans le cas de l’indépendance du Kosovo par rapport à la Serbie, les Puissances de l’OTAN soutenaient fermement les positions inverses, au nom du principe d’auto-détermination.

Obama tente bien de réfuter l’évocation du Kosovo par Poutine : « Mais l’OTAN n’est intervenue qu’après que la population du Kosovo avait été systématiquement persécutée et massacrée des années durant. Et le Kosovo ne s’est séparé de la Serbie qu’après qu’un référendum y a été organisé, non par hors des limites du droit international mais en coopération avec les Nations Unies et avec les pays voisins du Kosovo. Rien de tel ne fut même proche de se produire en Crimée » explique-t-il. Sauf que l’OTAN n’est pas seulement « intervenue ». Elle a lancé une campagne de bombardements massifs qui violait ouvertement la Charte des Nations Unies et donc le droit international, auquel Obama se prétend si dévoué. Obama occulte ostensiblement le fait que pendant des années la CIA avait entraîné l’UCK [Armée de Libération du Kosovo], pourtant officiellement déclarée organisation terroriste par les autorités américaines. Les responsables de l’UCK étaient en outre parfaitement conscients que toute action susceptible de provoquer une réaction des forces serbes servirait leurs intérêts en justifiant à terme une intervention de l’OTAN. La veille du déclenchement des bombardements de l’OTAN, le ministre britannique de la Défense déclarait d’ailleurs devant le Parlement britannique que l’UCK avait probablement tué davantage de civils au Kosovo que les forces serbes elles-mêmes.

Obama ment aussi au sujet d’un prétendu référendum au Kosovo : il n’y a jamais eu de référendum pour l’indépendance du Kosovo ! Le 17 février 2008, le parlement kosovar très majoritairement albanais a simplement proclamé sa déclaration d’indépendance et pour les États-Unis et leurs plus proches alliés, qui aujourd’hui s’offusquent du référendum sur la Crimée, c’était largement suffisant. En outre, ce vote du parlement kosovar intervenait après que les bombardements de l’OTAN et les exactions albanaises avaient chassé du Kosovo la majorité de ses habitants serbes et rom. Pendant la guerre et l’occupation, les États-Unis ont aussi construit au Kosovo une base militaire monumentale sans l’accord de la Serbie et sans le moindre vote de la population kosovare ou serbe. Les bases russes de Crimée, elles, bénéficiaient de longue date d’un accord du gouvernement ukrainien [que l’Ukraine était sur le point d’annuler unilatéralement]. Enfin, la Russie n’a pas bombardé l’Ukraine comme prélude au référendum, lequel n’a d’ailleurs soulevé la contestation ni l’opposition d’aucune autorité locale. De sorte qu’effectivement, comme le dit si bien Obama, il n’y a rien de comparable entre ces deux situations.

Obama nous dépeint un Occident épris de liberté, avec l’OTAN pour vigilante sentinelle contenant bravement les forces obscures et néfastes de l’autre côté du rideau de fer. « Les États-Unis et l’OTAN ne cherchent pas la confrontation avec la Russie [continue Obama] Depuis la fin de la Guerre froide nous avons travaillé de concert avec la Russie, une administration après l’autre, afin de construire des liens de culture, de commerce et de communauté internationale ». Et de vitupérer que la Russie doit se comporter comme une puissance « responsable ». « Ce n’est pas parce que la Russie est historiquement intimement liée à l’Ukraine qu’elle peut se permettre de lui dicter son avenir. Concernant le principe fondamental dont il s’agit ici, à savoir la capacité des nations et des peuples à décider pour eux-mêmes et par eux-mêmes, on ne peut pas refaire l’histoire. Ce n’est pas l’Amérique qui a rempli la place Maïden de manifestants, ce sont les Ukrainiens eux-mêmes. Aucune force étrangère n’a contraint les citoyens de Tunis et de Tripoli à se soulever, ils l’ont fait eux-mêmes ».

Encore une fois, Obama néglige de préciser que depuis la fin de la Guerre froide l’OTAN a continuellement œuvré – en totale violation du serment prêté par les autorités américaines de ne pas avancer d’un centimètre vers les frontières de la Russie – à encercler la Russie, à empiéter sur ses frontières et à soutenir à ses portes des régimes ouvertement hostiles à la Russie. De fait, le soutien des Occidentaux à un régime ukrainien putschiste hostile à la Russie ne pouvait être perçu par les autorités russes que comme une action inamicale et comme une menace. Par ailleurs, lorsqu’Obama affirme que ce n’est pas l’Amérique qui a rempli la place Maïden de manifestants mais les Ukrainiens eux-mêmes, sa vision est totalement biaisée. Les États-Unis ont en effet activement soutenu certaines des formations qui y étaient présentes, et notamment les plus violentes. Ce faisant, c’étaient précisément les États-Unis qui s’efforçaient de « dicter à l’Ukraine son avenir ». Plus personne n’ignore aujourd’hui qu’un projet de compromis du gouvernement de transition négocié entre les factions ukrainiennes et l’Union Européenne a été très rapidement battu en brèche par les factions les plus violentes, ce qui a immédiatement conduit au coup d’État, mené précisément par le favori de Victoria Nuland (2), et qui ruinait irrémédiablement les avancées de l’Union Européenne vers une sortie de crise pacifique. Le gouvernement putschiste alors en place – avec des hommes de droite à tous les postes clefs – représentait une sorte de gouvernement ukrainien dérussifié imposé de force. Dans un tel contexte, le référendum de Crimée compte précisément comme un exemple notable et particulièrement justifiable de « la capacité des nations et des peuples à décider pour eux-mêmes et par eux-mêmes », comme le dit si bien Obama.

En fait, on peut réellement considérer que l’intervention des Occidentaux, et en particulier des États-Unis, et leur rôle dans le renversement du gouvernement élu qui dirigeait l’Ukraine était véritablement une agression indirecte contre la Russie, la réaction de la Russie apparaissant alors non comme une agression mais comme une réponse à une agression. Cette notable et nouvelle forme de changement de régime à l’occidentale ne peut fonctionner que via l’organisation, l’entrainement et le soutien matériel et médiatique de formations dissidentes qui désorganisent et discréditent le gouvernement cible, et permettent son renversement. Tout cela s’opère sous l’étiquette officielle de « promotion de la démocratie », alors que cela revient le plus souvent à une éviction de facto de la démocratie. Cela ne se produit évidemment ni à Bahreïn ni en Arabie Saoudite, mais plutôt en Serbie, en Ukraine ou au Venezuela. Qu’on le veuille ou non, le gouvernement renversé d’Ukraine était un gouvernement démocratiquement élu, le gouvernement putschiste qui lui succède ne l’est absolument pas. Dans son discours de Bruxelles, Obama ajoute que « les nations latino-américaines ont rejeté les dictatures et construit de nouvelles démocraties ». Il néglige de préciser que les tortionnaires de ces dictatures étaient sponsorisés par des États-Unis ; que tandis que l’Amérique avait soutenu des années durant la tyrannie qui sévissait au Venezuela, elle était toujours restée hostile à la démocratie bolivarienne de gauche qui lui avait succédé et s’y était maintenue plus d’une décennie ; et qu’au moment même où Obama discourait à Bruxelles, son propre gouvernement encourageait les manifestants (généralement violents) de Caracas, dénonçant Maduro [le successeur de Chavez] et menaçant le pays de sanctions et bien davantage, dans le plus traditionnel style « éviction de la démocratie à l’américaine » (cf. : les déclarations particulièrement agressives de J. Kerry, le 13 mars 2014 devant le Comité des Affaires étrangères du Sénat, sur le thème « promotion des intérêts américain à l’étranger : vote du budget 2015 du Ministère des affaires étrangères).

Si l’on compare le discours de Poutine à la Fédération de Russie – sur le référendum de Crimée et la crise qui l’accompagne (18 mars 2014) – à celui d’Obama du 23 mars à Bruxelles, y a pas photo, Poutine gagne les mains dans les poches. Et cela pour une bonne et simple raison (à mon avis), c’est que la Russie subit actuellement une agression et une menace très sérieuse de la part des États-Unis, qui ne cessent d’étendre leur empire, ne peuvent tolérer aucune rivalité sérieuse et voient dans tout ce qui leur résiste un ennemi à abattre. C’est principalement le cas de la Russie et de la Chine, et les menées successives des États-Unis et de l’OTAN sont finalement parvenues à faire de la Russie, qui était pratiquement un État client sous Yeltsine, un ennemi et même un « agresseur » à l’heure actuelle. Il est vraiment fascinant de voir à quel point le courant dominant des médias et des intellectuels reste incapable de reconnaitre la menace réelle que le putsch de Kiev, organisé et porté par les Occidentaux, représente pour la sécurité de la Russie, et de constater l’extension continue de la menace que représente l’expansion de l’OTAN aux portes de la Russie. Ici, le double standard en matière d’agression et de droit international est à couper le souffle. Sardoniquement, Poutine souligne : « D’abord, c’est une bonne chose qu’au moins ils arrivent à se rappeler que le droit international existe. Mieux vaut tard que jamais ! » Et c’est tellement une évidence qu’il n’a même pas besoin d’en rajouter. Obama n’avait, lui, vraiment rien de drôle à Bruxelles et son flot de clichés et de salades était réellement pathétique. Il s’obstine à défendre l’indéfendable et en comparaison sa victime n’en a que plus de poids, intellectuellement et moralement.

Mais dans les médias américains [ou occidentaux] Poutine est donné perdant. Il y fait l’objet d’un processus de diabolisation classique, à l’instar de tous ceux qui ont le malheur de défier l’État impérial ou d’en devenir la cible. Il est d’ailleurs amusant qu’on l’y désigne régulièrement comme « l’ex-colonel du KGB ».  Vous imaginez les médias américains appeler régulièrement Georges Bush 1er, « l’ex-directeur de la CIA » ? Et bien évidemment on y rabâche aussi continuellement tout ce qui a pu entacher sa carrière, et qui est factuel, du reste : la Tchétchénie, ses positions sur les droits des homosexuels, la faiblesse de la démocratie russe et le pouvoir des oligarques (triste héritage de la période pro-occidentale Yeltsine). Mais derrière tout ça, ce qui dérange chez Poutine en réalité, c’est qu’il représente des intérêts nationaux russes, lesquels entrent directement en conflit avec ce qui apparaît comme les priorités et les intérêts de l’élite impériale américaine.

Pour dire à quel point cette représentation est biaisée, un simple détail : prenons par exemple le traitement médiatique des « Pussy Riot », jetées en prison après une action menée dans l’une des principales églises de Moscou, et littéralement idolâtrées depuis dans les médias américains. Elles symbolisent définitivement l’infamie de la Russie de Poutine. Du premier janvier 2014 au 31 mars, le New York Times a publié 23 articles au sujet des « Pussy Riot », la plupart du temps  accompagnés de photos du groupe en visite dans différents endroits de New York. Elles y ont rencontré la direction éditoriale du Times, elles ont été reçues à Amnesty International, à Human Rights Watch, entre autres. Elles n’ont rien de grandes musiciennes et ce qu’elles font leur vaudrait certainement d’être jetées en taule aux États-Unis, mais elles dénoncent Poutine !

L’une d’entre elles, Maria Alyokhina, s’est même vue offrir une tribune libre dans le Times (« Sochi en état de siège » 21 février). Et d’un autre côté, on a des gens comme John Mearsheimer, chercheur es sciences politiques à l’Université de Chicago et auteur de plusieurs livres importants sur les Affaires étrangères. Lui aussi est l’auteur d’une tribune libre mais la sienne est parue dans l’édition internationale du Times, non dans celle distribuée aux États-Unis. Son message était trop fort pour une diffusion optimale. Il y expliquait que « la cause centrale de la crise actuelle est en réalité l’expansion de l’OTAN […] et elle est motivée par les mêmes considérations géopolitiques qui influencent toutes les Grandes puissances, États-Unis en tête ». Ce genre d’opinion ou d’analyse, c’est pas pour le grand public.

Autre comparaison intéressante : en février 2014, tandis que les procès et les opinions des « Pussy Riot » faisaient la Une de tous les médias, une bonne sœur de 84 ans, Sœur Megan Rice, était condamnée à quatre ans d’emprisonnement pour avoir pénétré sur un site d’armement nucléaire en juillet 2012 et y avoir mené une action symbolique. Le New York Times n’accorda à cet événement que quelques lignes au milieu des brèves nationales, sous le titre : « Tennessee : une religieuse condamnée pour une manifestation pacifiste » (19 février 2014 page A12). Megan Rice ne fut pas invitée à rencontrer la direction éditoriale du Times, ni à y publier une tribune libre. Cette condamnation là méritait tout au plus d’être laissée de côté.

 Edward S. Herman

 

 

(1)    Ndt. : Lorsqu’on parle des « Pères Fondateurs de la nation » aux États-Unis, on fait référence à la Constitution américaine et à ceux qui l’ont écrite. Lors de la rédaction de l’actuelle Constitution américaine, en 1887, la règle des trois cinquièmes accordait aux États du Sud que les esclaves soient comptabilisés à hauteur de trois cinquièmes de la valeur d’un WASP (citoyen blanc, anglo-saxon et protestant) dans les règles de comptage des personnes représentées à la Chambre des représentants (équivalent du Parlement aux États-Unis). Ce compromis fut inscrit dans la Constitution des États-Unis, dans l’article premier, section 2, clause 3.

(2)    Ndt : Victoria Nuland : diplomate américaine travaillant pour le Département d’État, adjoint de Madeleine Albright (1993-96) puis directrice adjointe pour l’ex-Union soviétique, ambassadrice adjointe à l’Otan (2000-03), conseillère pour la politique étrangère du vice-président républicain Dick Cheney (2003-05 en pleine Guerre du Golfe), sous-secrétaire d’État pour l’Europe et l’Eurasie depuis septembre 2013, elle supervise notamment les manifestations pro-européennes en Ukraine. Elle a reconnu devant l’US Ukraine Foundation que les États-Unis avaient dépensé plus de 5 milliards de dollars pour « développer la démocratie » en Ukraine. Le 6 février 2014, sa conversation téléphonique avec l’ambassadeur des États-Unis à Kiev apparaît sur YouTube avec un très diplomatique « Fuck the EU ! » qui restera sans doute célèbre.


Texte original :

edward_hermanKerry, Obama, Putin: The Fool, the Demagogue, and the Former KGB Colonel, 30 avril 2014

Zmagazine, 23 avril 2014

Traduit de l’anglais par Dominique Arias

Edward S. Herman est Professeur Emérite de Finance à la Wharton School, Université de Pennsylvanie. Economiste et analyste des médias de renommée internationale, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont : Corporate Control, Corporate Power (1981), Demonstration Elections (1984, avec Frank Brodhead), The Real Terror Network (1982), Triumph of the Market (1995), The Global Media (1997, avec Robert McChesney), The Myth of The Liberal Media: an Edward Herman Reader (1999) et Degraded Capability: The Media and the Kosovo Crisis (2000). Son ouvrage le plus connu, Manufacturing Consent (avec Noam Chomsky), paru en 1988, a été réédité 2002. Genocide et Propagande, version française de Politics of Genocide (E. S. Herman et David Peterson, New York, Monthly Review Press, 2010, préface de Noam Chomsky) est parue en français en 2012 chez Lux Editeur.


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Washington refuse toujours d’agir pour empêcher les groupuscules de l’extrême droite cubaine de Floride de planifier des attentats contre l’île.

Le 6 mai 2014, les autorités cubaines ont annoncé l’arrestation de quatre personnes résidant à Miami, soupçonnées de préparer des attentats terroristes dans l’île. José Ortega Amador, Obdulio Rodríguez González, Raibel Pacheco Santos et Félix Monzón Alvarez ont effectué le voyage depuis la Floride et « ont reconnu qu’ils avaient l’intention d’attaquer des installations militaires dans le but de promouvoir des actions violentes[1] ».

Le gouvernement de La Havane a accusé trois autres résidents de Miami, aux lourds antécédents criminels, d’être les auteurs intellectuels du projet terroriste : « [Les quatre détenus] ont également déclaré que ces plans ont été organisés sous la direction des terroristes Santiago Alvarez Fernández Magriña, Osvaldo Mitat et Manuel Alzugaray, qui résident à Miami et qui maintiennent des liens étroits avec le terroriste notoire Luis Posada Carriles[2] ».

Depuis 1959, Cuba a été victime d’une intense campagne de terrorisme orchestrée depuis les Etats-Unis par la CIA et les exilés cubains. Au total, près de 7 000 attentats ont été perpétrés contre l’île depuis le triomphe de la Révolution. Ils ont coûté la vie à 3 478 personnes et ont infligé des séquelles permanentes à 2 099 autres[3].

Au début des années 1990, suite à l’effondrement de l’Union soviétique et l’ouverture de Cuba au tourisme, il y a eu une recrudescence des attentats terroristes contre les infrastructures hôtelières de La Havane, perpétrés par l’extrême droite cubaine de Miami, afin de dissuader les touristes de se rendre dans l’île et saboter ainsi un secteur vital pour la moribonde économie cubaine. Les actes violents ont fait des dizaines de victimes et ont coûté la vie à un touriste italien, Fabio di Celmo[4].

Les auteurs de ces actes terroristes se trouvent toujours à Miami où ils jouissent d’une totale impunité. Luis Posada Carriles en est la parfaite illustration. Ancien policier sous la dictature de Batista, il est devenu agent de la CIA après 1959 et a participé à l’invasion de la Baie des Cochons. Il est responsable de plus d’une centaine d’assassinats, dont l’attentat du 6 octobre 1976 contre l’avion civil de Cubana de Aviación qui a coûté la vie à 73 personnes dont toute l’équipe d’escrime junior cubaine qui venait de remporter les jeux panaméricains[5].

La culpabilité de Posada Carriles ne fait aucun doute : il a ouvertement revendiqué sa trajectoire terroriste dans son autobiographie intitulée Los caminos del guerrero et a publiquement reconnu être l’auteur intellectuel des attentats de 1997 contre l’industrie touristique cubaine lors d’une interview au New York Times le 12 juillet 1998. Par ailleurs, les archives du FBI et de la CIA, respectivement déclassifiées en 2005 et 2006, démontrent son implication dans le terrorisme contre Cuba[6].

Posada Carriles n’a jamais été mis en examen pour ses crimes. Au contraire, Washington l’a toujours protégé en refusant de le juger pour ses actes ou de l’extrader à Cuba ou au Venezuela (où il a également commis des crimes). Cette réalité met à mal les déclarations de la Maison-Blanche à propos de la lutte contre le terrorisme.

En 1997, Cuba a proposé aux Etats-Unis une collaboration discrète dans la lutte contre le terrorisme. L’écrivain colombien Gabriel García Márquez, qui entretenait des relations amicales à la fois avec Fidel Castro et Bill Clinton, avait servi de messager. Le gouvernement de l’île a ainsi invité deux fonctionnaires du FBI à La Havane pour leur remettre un dossier concernant les agissements criminels de certaines organisations basées en Floride. En effet, les services de renseignements cubains avaient envoyé plusieurs de leurs agents en Floride. Mais au lieu de neutraliser les responsables des actes terroristes, le gouvernement des Etats-Unis a décidé de procéder à l’arrestation de cinq agents cubains en 1998 et de les condamner à des peines de prison extrêmement lourdes, allant de 15 ans de réclusion à deux peines de prison à vie, au cours d’un procès dénoncé par de nombreuses organisations internationales. Trois d’entre eux, Gerardo Hernández, Antonio Guerrero et Ramón Labañino, se trouvent toujours derrière les barreaux.

Dans le même temps, pour justifier sa politique hostile de sanctions économiques anachroniques et cruelles qui affectent toutes les catégories de la population cubaine et empêcher toute normalisation des relations bilatérales, Washington n’hésite pas à classer Cuba dans la liste des pays promoteurs du terrorisme international, au prétexte que des membres de l’organisation séparatiste basque ETA et de la guérilla colombienne des FARC se trouvent à Cuba… à la demande expresse des gouvernements espagnol et colombien. D’ailleurs, Washington le reconnait explicitement dans son rapport : « Le gouvernement de Cuba a soutenu et accueilli des négociations entre les FARC et le gouvernement de Colombie avec l’objectif d’arriver à un accord de paix entre les deux parties ». Les Etats-Unis reconnaissent qu’ « il n’y a pas d’information selon laquelle le gouvernement cubain ait fourni des armes ou un entrainement paramilitaire à des groupes terroristes » et admettent que les « membres de l’ETA résidant à Cuba s’y sont installés avec la coopération du gouvernement espagnol[7] ».

Washington justifie également l’inclusion de Cuba dans la liste des pays terroristes en raison de la présence dans l’île de réfugiés politiques recherchés par la justice étasunienne depuis les années 1970 et 1980. Or, aucune de ces personnes n’a été jamais été accusée de terrorisme[8].

Les 33 pays de la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELAC) ont unanimement rejeté l’inclusion de Cuba dans la liste des pays terroristes, infligeant ainsi un sérieux camouflet à Washington. Dans une déclaration rendue publique le 7 mai 2014, la CELAC exprime « sa totale opposition à l’établissement de listes unilatérales qui accusent prétendument les Etats de ‘soutenir et parrainer le terrorisme’, et exhorte le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique à mettre fin à cette pratique » qui suscite « la réprobation » de « la communauté internationale et de l’opinion publique aux Etats-Unis[9] ».

Depuis plus d’un demi-siècle, Cuba subit la violence terroriste orchestrée depuis les Etats-Unis, d’abord par la CIA et désormais par l’extrême droite cubaine. L’impunité accordée à aux groupuscules violents et la condamnation à des peines de prison extrêmement sévères des agents cubains qui avaient réussi à déjouer pas moins de 170 attentats contre l’île illustre le double standard dont les Etats-Unis font preuve dans la lutte contre le terrorisme et jette un ombre sur la crédibilité de Washington dans ce combat.

 Salim Lamrani

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité (Paris, Editions Estrella, 2013) et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

Contact : [email protected]

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

 


[1] Ministerio del Interior, « Nota informativa », República de Cuba, 6 mai 2014.

[2] Ibid.

[3] Ministerio de Relaciones Exteriores, « Declaración del Ministerio de Relaciones Exteriores”, 30 avril 2014. http://www.cubadebate.cu/especiales/2014/04/30/cuba-rechaza-manipulacion-por-eeuu-del-tema-del-terrorismo/#.U2yRcqLAETA (site consulté le 9 mai 2014).

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] U.S. Department of State, « State Sponsors of Terrorism », avril 2014. http://www.state.gov/j/ct/list/c14151.htm (site consulté le 9 mai 2014).

[8] Ibid.

[9] Communauté des Etats latino-américains et caribéens, « Déclaration de la CELAC à propos de l’inclusion de Cuba dans la liste des Etats promoteurs du terrorisme », 7 mai 2014. http://www.granma.cu/idiomas/frances/notre-amerique/8mayo-celac.html (site consulté le 9 mai 2014).


Note aux lecteurs : Depuis le 4 mai Mondialisation.ca fait face à des problèmes techniques qui nous empêchent de publier des articles en français sur le site. Entre-temps nous publierons quelques articles d’actualité sur le site en anglais Global Research. Nous espérons que le site soit rétabli le plus tôt possible.

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Nouvelles du soir : « le Premier ministre Waël al-Halaqi a regretté que la France et l’Allemagne empêchent les Syriens résidant dans ces deux pays de participer aux élections présidentielles syriennes » ; élections prévues le 28 mai pour les Syriens de l’étranger et le 3 juin sur tout le territoire syrien, la date limite d’inscription sur « la » liste électorale étant fixée au 16 mai.

Stupeur ! Il y a erreur. Ce n’est pas possible. Nous sommes en France… ils ne peuvent quand même pas… Il faut vérifier.

Facile. C’est sur le Figaro [1] et pas que :

 « La France a signifié à la Syrie l’interdiction d’organiser sur le territoire français des opérations de vote à l’occasion de l’élection présidentielle syrienne du 3 juin, a indiqué aujourd’hui le ministère des Affaires étrangères, confirmant une information officielle syrienne. “Nous avons notifié à l’ambassade de Syrie en France que cette élection ne se déroulerait pas sur le territoire français”, a indiqué Romain Nadal, porte-parole du Quai d’Orsay, au cours d’un point-presse. Cette note a été adressée à l’ambassade le 9 mai.

“Nous espérons que cette notification sera prise en compte et respectée” par les autorités syriennes, a ajouté Nadal. La veille, le porte-parole avait affirmé que la France était en droit de s’opposer à la tenue de ce scrutin sur son territoire, sans affirmer clairement que la décision avait bien été prise. Quelque 5000 Syriens résidaient en France en 2013, selon le ministère.

L’ambassade de Syrie en France est dirigée par un chargé d’affaires depuis que l’ambassadrice Lamia Chakkour a été déclarée persona non grata en mai 2012 après un massacre commis par les forces du régime. Elle est cependant restée sur le territoire français en tant que représentante de son pays auprès de l’Unesco. L’ambassade de France en Syrie est fermée depuis le 6 mars 2012 ».

 La France compte seulement 5000 Syriens et s’autorise tout ce ramdam ? Est-ce pour ne pas les voir tous se précipiter, à la fois, pour voter en acclamant celui-là même que M. Nadal aurait entendu dire « à maintes reprises » [2] qu’il souhaitait anéantir son propre peuple ? Ou bien est-ce une mesure vexatoire pour moins vexé que soi ? Le « Jarba » personne n’en veut en Syrie … les autres traitres non plus !

Comment ça « Nous espérons que cette notification sera prise en compte et respectée par les autorités syriennes » ? Autorité implique « légitimité » en bon français. Non ?

Impossible de trouver la vidéo de la conférence de presse pour comprendre en vertu de quoi la France était en droit de s’opposer… Si, si, voici l’explication [2] : Romain Nadal « a rappelé que l’organisation d’élections étrangères sur le territoire français relève de la convention de Vienne sur les relations consulaires du 24 avril 1963 ».

Là ça devient trop compliqué. Ambassade ? Consulat ? Inutile de chercher plus loin. Tous les prétextes sont bons pour profiter encore un peu des activités terroristes des copains saoudiens, qataris, turcs… qui devraient bien finir par briser la volonté du peuple syrien.

Est-ce le cas pour les électeurs syriens résidant aux États-Unis ? Messieurs Fabius et Kerry qui doivent discuter demain de la « question syrienne » [3] nous réservent probablement quelques surprises.

Quoi qu’il en soit, M. Nadal n’a pas encore compris que la tutelle sur la Syrie, c’est bel et bien fini, et depuis belle lurette ! Les gens d’Alep souffrent mille morts tous les jours. La soif, la faim, la peur, la douleur, les attentats aux explosifs qui ont repris aujourd’hui, ainsi qu’à Damas et dans les villes du Nord ; mais les Syriens résistent, se préparent à voter, et font campagne pour le Président qu’ils se sont choisi !

Mouna Alno-Nakhal

13/05/2014

 

Notes :

Romain Nadal est Directeur de la communication et de la presse/Porte-parole du ministère des Affaires étrangères

[1] Syrie/élection : interdiction de voter en France

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/05/13/97001-20140513FILWWW00236-syrie-interdiction-de-voter-en-france.php

[2] France 24 / Syrie, Genève II : interview de Romain Nadal, porte-

http://www.youtube.com/watch?v=938yb3USBbo

[3]“Bachar Al-Assad ne saurait représenter l’avenir du peuple syrien”, selon Paris

http://www.atlasinfo.fr/Bachar-Al-Assad-ne-saurait-representer-l-avenir-du-peuple-syrien–selon-Paris_a52604.html

[4] Secretary Kerry Delivers Remarks With French Foreign Minister Fa

http://www.youtube.com/watch?v=RN6LWEMC6Gk&feature=share


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