Le premier à féliciter le nouveau président égyptien Mohamed Morsi a été le président Obama. Il lui a téléphoné sur un ton amical, en assurant que les Etats-Unis « continueront à soutenir la transition de l’Egypte vers la démocratie » et veulent «promouvoir les intérêts communs sur la base du respect mutuel ». Les deux présidents, annonce la Maison Blanche, se sont engagés à « développer le partenariat Usa-Egypte, en restant en contact étroit dans les prochains mois ». Les Etats-Unis sont-ils donc en train de lâcher la caste militaire, base depuis plus de trente ans de leur influence en Egypte, pour soutenir l’organisation islamique des Frères Musulmans, considérée jusqu’à présent comme hostile ? Que non. Tout de suite après Morsi, Obama a appelé le général Ahmed Shafik, candidat des militaires à la présidence, en l’encourageant à poursuivre son engagement politique « de soutien au processus démocratique ». Engagement que les militaires ont bien montré avec la dissolution du Parlement. Avec l’aide déterminante de Washington : l’assistance militaire à l’Egypte, souligne le Département d’Etat, constitue « un pilier important des relations bilatérales ». L’Egypte reçoit chaque année des Usa une aide militaire d’environ 1,5 milliards de dollars. Elle jouit en outre d’un privilège réservé à très peu de pays : les fonds sont déposés sur un compte de la Federal Reserve Bank à New York, où ils produisent de notables intérêts. Ceci accroît le pouvoir d’acquisition des forces armées égyptiennes, dont la liste des courses au supermarché guerrier étasunien comprend : des chars d’assaut M1A1 Abrams (co-produits en Egypte), des chasseurs F-16, des hélicoptères Apache et autres armements.  En outre le Pentagone leur offre des armes qu’il a en surplus, pour une valeur annuelle d’une centaine de millions. En échange les forces armées étasuniennes ont libre accès en Egypte, où se tient tous les deux ans la manœuvre militaire Bright Star (étoile brillante…NdT), la plus grande de la région.

Tout aussi généreuse est l’ « aide économique » de Washington. L’Egypte est en pleine crise : le déficit public a grimpé à 25 milliards de dollars et la dette extérieure à 34, alors que les réserves de devises extérieures sont descendues de 36 milliards en 2011 à 15 en 2012. Mais voilà que les Usa tendent leur main amicale. L’administration Obama a alloué 2 milliards de dollars pour la promotion d’investissements privés étasuniens dans la région, surtout en Egypte. C’est là que seront effectués d’autres investissements étasuniens, facilités par Le Caire en échange du dégrèvement d’un milliard de la dette extérieure. L’Egypte recevra en outre un crédit d’un milliard de dollars, garantis par les Usa, pour avoir de nouveau « accès aux marchés de capitaux ». Et grâce encore aux Usa, le Fonds Monétaire International est prêt à ouvrir à l’Egypte une ligne de crédit. Pendant que l’ambassade étasunienne au Caire lance un nouveau programme pour aider de jeunes entrepreneurs égyptiens à initier ou à développer leurs propres activités. Toutes les cartes de Washington, de ce fait, sont sur la table : les économiques, pour étrangler l’Egypte et y élever une classe d’entrepreneurs pro-Usa ; les politiques, pour donner au pays une allure civile démocratique qui ne compromette pas l’influence étasunienne dans le pays ; les militaires, à jouer par un coup d’Etat si les autres cartes échouent.

Mais une inconnue demeure : un sondage Gallup indique que, en dix mois, les Egyptiens opposés à l’aide étasunienne sont passés de 52% à 82%.

Edition de mardi 26 juin 2012 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste au quotidien italien il manifesto

VIDÉO : Vendre la guerre en Irak (satire)

juin 25th, 2012 by Natasheena

Vendre la guerre en Irak par Natasheena

Comment vendre la guerre en Irak aux cons…somateurs?? Réponse avec M. Sylvestre.

A trois ans de distance, se répète au Paraguay un scénario de coup d’Etat mis en pratique au Honduras en juin 2009. Dans les deux cas, un organe du pouvoir resté aux mains des représentants de la classe dominante destitue le président légalement élu. Le coup d’Etat respecte les apparences de la légalité. Dans une analyse rédigée en 2009, le CADTM dénonçait le coup d’Etat au Honduras, les complicités dont les putschistes bénéficiaient du côté de Washington. La dernière phrase de l’article annonçait ce qui vient de se passer au Paraguay : « Le cas hondurien risque d’ouvrir la voie à des coups d’État réalisés par l’armée avec l’aval de certaines institutions étatiques comme le Parlement ou la Cour suprême. » [1]

Dès 2009, la grande presse internationale accordait un soutien passif ou actif aux putschistes et le quotidien Libération vient de reproduire à chaud le même type de comportement. Voici ce qu’il publie à propos du coup d’Etat au Paraguay : « Le président paraguayen Fernando Lugo a été officiellement démis de ses fonctions vendredi à l’issue d’un procès politique en destitution de quelques heures mené devant le Sénat, a constaté un journaliste de l’AFP. » C’est la phrase suivante qui donne clairement l’opinion du journal : « Elu en 2008 avec le soutien d’une large coalition d’une vingtaine de partis, M. Lugo avait progressivement perdu l’essentiel de ses partisans au Parlement après une série de désaccords politiques. »[2] En réalité, Fernando Lugo, qui a été élu au suffrage universel en tant que président avec un fort appui populaire, n’a jamais eu de véritable majorité parlementaire pour mener à bien son projet car les deux partis traditionnels de la droite dominaient les institutions parlementaires (il s’agit du parti libéral et du parti Colorado, ce dernier ayant appuyé la dictature de Stroessner entre 1954 et 1989. Le parti Colorado a exercé sa mainmise sur le gouvernement et l’Etat paraguayens durant 62 ans). Lugo a alors dû négocier le soutien du parti libéral (dont une partie importante des dirigeants s’était opposée à la dictature de Stroessner)[3]. Donc contrairement à ce qu’affirme Libération, Lugo n’a pas perdu l’essentiel de ses partisans au parlement. Ses partisans à proprement parler étaient très minoritaires dans le parlement et ils sont restés avec lui. Ses liens avec Domingo Laino[4], un dirigeant historique du Parti libéral (pour son opposition radicale à la la dictature de Stroessner) et ses partisans, se sont même renforcés. En revanche, la direction du parti libéral auquel appartient le vice-président Federico Franco qui vient de prendre le pouvoir n’a soutenu Lugo que comme la corde soutient le pendu. Il n’a jamais fait partie des partisans de Lugo. Le parti libéral était un allié qui bloquait toutes les tentatives de réaliser les profondes réformes sociales et économiques dont le pays a besoin. Malgré ce blocage, les réalisations sociales du gouvernement Lugo, bien que limitées, étaient incontestables et la popularité du président est réelle. Depuis le début du mandat de Fernando Lugo, le vice-président Federico Franco a multiplié les critiques contre le président au mépris du compromis politique qui les liait. Il vient d’accéder à la présidence grâce au soutien de l’oligarchie qui a gardé le contrôle des institutions parlementaires suite à des décennies de domination politique sur le pays où le clientélisme joue un rôle clé. De leur côté les dissidents du Parti libéral, Domingo Laino et le sénateur libéral Luis Alberto Wagner, se sont opposés le 22 juin 2012 à la décision prise par le comité politique du Parti libéral de destituer le président Lugo. Ils ont dénoncé le non respect des règles internes du parti libéral et ont affirmé qu’une telle décision ne pouvait être prise que par le directoire du Parti, instance supérieure et plus large que le comité politique[5].

Honduras 2009

Trois ans après le coup au Honduras, en guise de rappel des événements et afin d’aider à la compréhension des similitudes entre les coups d’Etat hondurien et paraguayen, voici un large extrait d’un article publié en octobre 2009 sur le site www.cadtm.org [6].: « Lorsque le président constitutionnel Manuel Zelaya a été renversé par les militaires le 28 juin 2009, l’écrasante majorité des médias a déclaré, en contradiction totale avec la vérité, que les militaires réagissaient à sa volonté de modifier la Constitution afin de rester au pouvoir. De nombreux médias ajoutaient qu’il suivait en cela l’exemple d’Hugo Chavez, présenté comme un dirigeant populiste autoritaire. En réalité, Manuel Zelaya proposait aux citoyens honduriens de se prononcer en faveur de l’organisation d’élections générales à une Constituante ce qui aurait représenté une réelle avancée démocratique dans ce pays. C’est ce qu’expliquent très bien Cécile Lamarque et Jérôme Duval, de retour d’une mission du CADTM au Honduras :

« Le coup d’État est réalisé le jour où Manuel Zelaya organise une “consultation” à caractère non contraignant demandant aux Honduriens s’ils désiraient, ou non, la convocation d’une Assemblée nationale constituante, après les élections prévues le 29 novembre 2009. La question était : « Êtes-vous d’accord qu’aux prochaines élections générales de 2009, une 4e urne soit installée pour permettre au peuple de se prononcer sur la convocation d’une assemblée nationale constituante ? OUI ou NON ». Si cette consultation avait recueilli une majorité de “oui”, le président aurait soumis un décret à l’approbation du Congrès pour que, le 29 novembre, les Honduriens se prononcent formellement sur la convocation d’une Constituante, dans une “quatrième urne” (les trois premières étant réservées respectivement à l’élection du président, des députés et des maires). Pour donner un semblant de légalité au coup, le Congrès et la Cour Suprême, associés au putsch, ont jugé ce scrutin illégal et ont fait valoir que le président Zelaya a « violé la Constitution » en prétendant la modifier « pour pouvoir briguer un nouveau mandat », à la manière d’un « apprenti dictateur chaviste ». Or, Manuel Zelaya ne cherchait pas, via cette consultation populaire, à reconduire son mandat présidentiel lors des prochaines élections puisque celles-ci se tiendront dans le cadre de l’actuelle Constitution qui prévoit des mandats présidentiels de quatre ans non renouvelables. Zelaya ne pouvait donc pas être candidat à sa propre succession »[7]. »

« Alors que les mouvements populaires d’opposition aux putschistes ont multiplié grèves et manifestations en juillet, en août et septembre, les grands médias y ont à peine consacré quelques lignes. Les rares fois où les grands quotidiens consacrent un article de fond à la situation au Honduras, ils pratiquent une politique de dénigrement du président constitutionnel quand ils ne présentent pas carrément l’action des militaires sous la forme d’un coup militaire démocratique. C’est le cas The Wall Street Journal, qui dans son éditorial du 1er juillet 2009, écrivait que “le coup d’Etat militaire qui a eu lieu au Honduras le 28 juin dernier et qui a conduit à l’exil le président de ce pays d’Amérique centrale, Manuel Zelaya, est étrangement démocratique”. L’éditorial ajoute que “les autorités législatives et judiciaires resteront intactes” suite à l’action militaire. De son côté et de manière plus nuancée, le célèbre quotidien français Le Monde a participé à une campagne de dénigrement de Manuel Zelaya. En voici un exemple. Le 12 septembre 2009, Jean-Michel Caroit, son envoyé spécial au Honduras, cite les paroles d’une Française expatriée dans ce pays et ensuite accole le mensonge répété systématiquement sur les mauvaises intentions attribuées à Manuel Zelaya : « « Pour les Honduriens, le retour de Zelaya est inacceptable car il signifierait vingt ans de dictature à la [Hugo] Chavez », s’exclame Marianne Cadario, en référence au président du Venezuela qui – comme son allié Manuel Zelaya prétendait le faire (c’est moi qui souligne) – a modifié la Constitution pour pouvoir se faire réélire. Marianne Cadario, une Française installée depuis trente ans au Honduras, se dit « hyperchoquée par la réaction de la communauté internationale » qui a condamné le putsch. ».[8] Le ton des journaux comme Le Monde et Libération a commencé à changer fin septembre après que les putschistes aient franchi plusieurs degrés supplémentaires dans la répression. Il est devenu assez critique à l’égard des putschistes. Ceci dit, le quotidien Libération mérite un prix pour l’utilisation des euphémismes. En effet, le 28 septembre 2009 (3 mois après le coup jour pour jour), il intitulait « Parfum de dictature » (c’est moi qui souligne) le paragraphe dans lequel il expliquait que le gouvernement putschiste avait décrété : « l’interdiction de « toute réunion publique non autorisée», arrestation de «toute personne mettant en danger sa vie ou celle des autres», «évacuation» des locaux occupés par les manifestants et brouillage de «l’émission par n’importe quel média de programmes portant atteinte à la paix.» »[9]. »[10]

Le régime issu du Coup d’Etat du 28 juin 2009 a bénéficié de la complaisance voire du soutien actif de l’administration Obama. Le CADTM a rendu compte de la résistance du peuple hondurien et a analysé l’attitude de Washington qui signifiait un encouragement à d’autres candidats putschistes en Amérique latine. Voici ce qui a été publié sur le site du CADTM en décembre 2009 : 

« Alors que le président Manuel Zelaya, rentré clandestinement dans son pays le 21 septembre 2009, avait trouvé refuge à l’ambassade du Brésil à Tegucigalpa, la capitale hondurienne, les putschistes ont continué à réprimer violemment les manifestations des partisans du président constitutionnel et ont décrété, le 27 septembre, un état de siège d’une durée de 45 jours[11]. Commentaire du n°2 de Washington à l’OEA, Lewis Amselem : « le retour de Zelaya est irresponsable »[12]. De son côté, Hillary Clinton n’a pas condamné le couvre-feu prolongé. L’accord qui est intervenu le 30 octobre 2009 sous les auspices de Washington entre les représentants de Manuel Zelaya et ceux de Roberto Micheletti, stipulait expressément que les parties s’engageaient à ne pas faire d’appel direct ou indirect à la convocation d’une assemblée constituante ou à toute consultation populaire (point 2 de l’accord). De plus, il ne prévoyait pas explicitement le retour de Manuel Zelaya à la présidence du pays afin de terminer son mandat. Roberto Micheletti et ses partisans ont dès lors décidé de ne pas rendre la présidence à Manuel Zelaya qui a, par conséquent, appelé la population à ne pas participer aux élections générales prévues pour le 28 novembre 2009. Le principal candidat de gauche à la présidence, Carlos Reyes, ainsi qu’une centaine de candidats de différents partis (dont un secteur du parti libéral)[13], ont alors retiré leur candidature. Le 10 novembre 2009, Washington a annoncé qu’elle reconnaîtrait le résultat des élections. À la veille des élections, les organisations de défense des droits humains recensaient plus de vingt opposants politiques assassinés depuis le coup d’État, ainsi que deux cent onze blessés lors des actions de répression, près de deux mille détentions illégales, deux tentatives d’enlèvement et cent quatorze prisonniers politiques accusés de sédition. Les médias opposés au coup étaient soit fermés, soit harcelés. L’Organisation des Nations Unies (ONU), l’Organisation des États Américains (OEA), l’Union européenne, l’Union des Nations Sud-américaines (UNASUR)[14], les pays membres du Groupe de Rio et de l’ALBA avaient décidé de ne pas envoyer d’observateurs. Les estimations du pourcentage des électeurs qui ont participé au scrutin oscillent selon les sources. Il n’a certainement pas atteint la moitié de l’électorat. Malgré cela, le porte-parole du département d’État, Ian Kelly, a vu dans ces élections « un nécessaire et important pas en avant »[15]. Washington a reconnu l’élection à la présidence de Porfirio Lobo, du Parti national, un représentant dur de l’oligarchie foncière et de la droite qui ont organisé le coup d’État. L’ambassadeur des États-Unis à Tegucigalpa, Hugo Llorens, a déclaré que les élections avaient constitué une « grande célébration de la démocratie » et a affirmé que les États-Unis travailleraient avec Porfirio Lobo, surnommé « Pepe ». « Pepe Lobo est un homme d’une grande expérience politique », a-t-il indiqué à la radio HRN. « Je lui souhaite bonne chance et les États-Unis vont travailler avec lui pour le bien de nos deux pays… Nos relations seront très fortes ». Soutenir un processus électoral issu d’un coup d’État et œuvrer à la reconnaissance internationale des autorités qui l’ont perpétré et à celles qui en sont issues, donne ainsi un encouragement aux candidats putschistes qui se placent politiquement dans le camp de Washington. »[16]

Poursuivant l’analyse, en janvier 2010, sur le site du CADTM, on pouvait lire la description du coup d’Etat en préparation au Paraguay, coup qui a finalement eu lieu le 22 juin 2012 :

« C’est le cas au Paraguay, où une partie de la droite a repris l’offensive. En décembre 2009, le sénateur libéral Alfredo Luís Jaeggli a ainsi appelé à renverser le président Fernando Lugo qu’il accuse de vouloir, comme Manuel Zelaya, imposer le modèle chaviste du « socialisme du XXIème siècle ». Jaeggli, dont le parti constitue le principal « soutien » parlementaire du gouvernement, affirme dans la foulée que le coup d’État réalisé au Honduras n’en est pas un : le renversement de Manuel Zelaya et l’action menée depuis lors par le régime de facto seraient parfaitement légaux[17]. Et il appelle même le parlement paraguayen à intenter un procès politique contre Lugo afin de le destituer et de le remplacer par le vice-président de la République, le libéral de droite Federico Franco. Le sénateur Jaeggli reproche à Lugo de ne pas prendre exemple sur les pays qui ont réussi une réforme économique comme le Chili, avec les changements entamés sous Pinochet, et l’Argentine sous la présidence de Carlos Menem. À l’évidence, le cas hondurien risque d’ouvrir la voie à des coups d’État réalisés par l’armée avec l’aval de certaines institutions étatiques comme le Parlement ou la Cour suprême. »[18]

Le 22 juin 2012, suite à une procédure expéditive, le Sénat paraguayen contrôlé par l’oligarchie mécontente des réalisations de Fernando Lugo a destitué le président démocratiquement élu au suffrage universel en 2008.  Le 23 juin 2012, un large front de la résistance s’est mis en place pour obtenir le rétablissement de la démocratie. A la date du 24 juin, sept pays latino-américains ont retiré ou rappelé leurs ambassadeurs du Paraguay (Argentine, Brésil, Colombie, Uruguay, Pérou, Equateur, Mexique). Cinq ont annoncé qu’ils ne reconnaissaient pas le nouveau gouvernement: Venezuela, Bolivie, Equateur, Salvador et Nicaragua. Le Mercosur dont l’économie paraguayenne dépend fortement pour ses échanges commerciaux a décidé de ne pas inviter le nouveau régime à représenter le pays lors de la réunion qui se tient le 29 juin 2012 à Mendoza en Argentine. Au Paraguay, la mobilisation populaire en défense de la démocratie est en train de s’organiser. Il est important qu’elle puisse s’appuyer sur un maximum de soutien international.

Au Honduras, trois ans se sont écoulés depuis le Coup d’Etat perpétré contre le président Zelaya et contre le peuple hondurien qui l’avait élu. Le pays est depuis plongé dans une crise sans précédent. La violence s’est considérablement accrue à l’égard de celles et ceux qui résistent pour défendre les libertés et droits fondamentaux du peuple et pour dénoncer l’orientation ultralibérale du gouvernement de Porfirio Lobo, à la solde de l’oligarchie et des transnationales complices du Coup. Les syndicalistes, mitant-e-s associatifs et des droits humains, féministes, homosexuel-le-s, membres des communautés indigènes et afro-descendantes, journalistes d’opposition, etc., subissent  pressions, intimidations, harcèlements et agressions – quand ils ne tombent pas sous les balles -, de la part du pouvoir d’Etat mais aussi de la part de groupes paramilitaires et de milices privées qui sévissent en toute impunité. Dans la région de l’Aguán, la répression est continue à l’encontre des communautés paysannes dans le cadre du conflit agraire qui les oppose aux grands propriétaires terriens. Selon Reporters sans frontières, plus de 70 avocats ont perdu la vie en trois ans pour avoir notamment défendu les victimes d’abus de la police et de l’armée, et 28 journalistes ont été tués au cours de la dernière décennie, dont 23 depuis le coup d’État[19]. Le 28 juin 2012, le Front National de Résistance Populaire (FNRP) organise une mobilisation nationale à l’occasion des trois ans de ce régime funeste.

Le CADTM apporte sa contribution à la solidarité internationale avec les peuples paraguayen et hondurien. 

 Notes

[1] Voir l’article en anglais:  Eric Toussaint, “The U.S. and its unruly Latin American ’backyard’”, 26 January 2010 “Clearly, Honduras can easily become a dangerous precedent as it opens the door to military coups condoned by some state institutions, such as the parliament or the Supreme Court.” http://www.cadtm.org/The-U-S-and-its-unruly-Latin

[2]  http://www.liberation.fr/depeches/2012/06/22/paraguay-menace-de-destitution-le-president-s-en-remet-a-la-justice_828490

[3] Lugo, qui n’appartenait alors à aucun parti politique, a réussi à réunir autour de sa candidature un large spectre de partis et de mouvements sociaux, regroupé au sein de l’Alliance patriotique pour le changement (APC), une coalition de l’opposition qui va du Parti libéral radical Authentique (PLRA) à des groupes de gauche plus radicaux.

[4] http://es.wikipedia.org/wiki/Domingo_La%C3%ADno Domingo Laino, né en 1935, a lutté contre la dictature de Stroesner et pour cette raison il a été expulsé du pays. Il a connu l’exil de 1982 à 1987. Ensuite à plusieurs reprises, il a été le candidat libéral à la présidence du Paraguay (il a obtenu 32,1% en 1993 et 42,6% en 1998. Son dernier mandat de sénateur remonte à la législature 2003-2008. En 2010, il  a été nommé par le président Lugo administrateur de l’entreprise publique Itaipu.

[5] http://www.abc.com.py/nacionales/liberales-luguistas-maniobran-para-frenar-el-juicio-417353.html
voir aussi http://www.youtube.com/watch?v=WgTZvjWKm5o&noredirect=1  

[6]  Voir Eric Toussaint « Venezuela, Honduras, Pérou, Equateur : « petits » oublis et « grands » mensonges des médias », 5 octobre 2009
 http://www.cadtm.org/Venezuela-Honduras-Perou-Equateur  

[7] Cécile Lamarque et Jérome Duval, « Honduras : Pourquoi le coup d’État », 17 septembre 2009, www.cadtm.org/Honduras-Pourquoi-le-coup-d-Etat  

[8] Jean-Michel Caroit, « Au Honduras, la campagne électorale s’ouvre dans un climat de haine », Le Monde, p. 8, samedi 12 septembre 2009.

[9] http://www.liberation.fr/monde/0101593847-le-honduras-s-enfonce-dans-la-crise

[10]             Fin de l’extrait de Eric Toussaint « Venezuela, Honduras, Pérou, Equateur : « petits » oublis et « grands » mensonges des médias », 5 octobre 2009 http://www.cadtm.org/Venezuela-Honduras-Perou-Equateur  

[11] L’armée hondurienne a pris le contrôle des locaux de la radio Globo le lundi 28 septembre 2009 à l’aube, et a mis fin aux émissions télévisées du Canal 36, la seule chaîne qui diffusait des informations défavorables aux putschistes.

[12] Lewis Amselem, représentant permanent adjoint des États-Unis à l’OEA, a été accusé par des organisations de défense des droits de l’homme de refus d’assistance et de diffamation à l’égard de sa compatriote Dianna Ortiz, une religieuse progressiste étasunienne de l’Ordre des Ursulines, qui a été torturée et violée à plusieurs reprises par des éléments des forces de sécurité guatémaltèques en 1989. À cette époque, il travaillait à l’ambassade des États-Unis à Guatemala City comme officier des droits humains.  http://www.kaosenlared.net/noticia/representante-ee.uu-oea-encubrio-torturadores   

[13] Voir l’analyse de Maurice Lemoine : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-11-27-Honduras  

[14]  Créée en mai 2008, l’Union des Nations Sud-américaines (UNASUR) regroupe 12 pays d’Amérique du Sud, représentant 388 millions d’habitants : Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Équateur, Guyana (à ne pas confondre avec la Guyane « française »), Paraguay, Pérou, Surinam, Uruguay, Venezuela.

[15] Cité par l’AFP le 30 novembre 2009 :
http://www.easybourse.com/bourse/actualite/honduran-elections-necessary-and-important-step-767041  

[16] Voir Eric Toussaint, « Du coup d’Etat au Honduras aux sept bases US en Colombie : la montée de l’agressivité de Washington », 7 décembre 2009, http://www.cadtm.org/Du-coup-d-Etat-au-Honduras-aux  

[17] Jaeggli a déclaré le 17 décembre 2009 à la radio publique argentine : “Le président hondurien a assumé la présidence avec un mandat libéral, puis il a trahi et s’est rallié au socialisme du XXIème siècle. Ce qui s’est passé au Honduras [Jaeggli se réfère clairement au coup d’État du 28 juin 2009], qu’on m’excuse, pour moi, c’est totalement légal”. La version audio de l’interview est disponible en ligne : http://www.radionacional.com.ar/audios/el-senador-del-partido-liberal-habla-sobre-fernando-lugo-y-los-presuntos-planes-de-derrocamiento-en-paraguay.html

[18] Eric Toussaint, “The U.S. and its unruly Latin American ’backyard’”, 26 January 2010 http://www.cadtm.org/The-U-S-and-its-unruly-Latin

[19] ttp://fr.rsf.org/honduras-la-fidh-et-reporters-sans-25-06-2012,42869.html 

Eric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org ) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a conseillé le président Fernando Lugo et son gouvernement en 2008 et en 2009 en relation avec le traité d’Itaipu entre le Brésil et le Paraguay ainsi qu’en matière de dette publique.

Sous un soleil de plomb, quatre avions de passagers, de couleur blanche, sont garés devant un hangar, sans aucun marquage, à l’exception du numéro d’immatriculation US. Ce sont des Pilatus 12, appareils préférés des forces spéciales américaines en raison de leur apparence ordinaire. Rien n’indique qu’ils disposent de senseurs hypersensibles et de caméras pouvant filmer à 10 kms de distance des cibles de la taille d’un homme.

Les Etats-Unis sous-traitent, depuis quelques années,  leurs missions d’espionnage à des compagnies privées qui fournissent tant les appareils que les pilotes, les mécaniciens, les personnels capables d’interpréter les informations électroniques collectées au-dessus de l’Ouganda, du Congo, du Sud-Soudan, du Tchad et de la République Centrale Africaine. Cette pratique est la pierre angulaire des activités secrètes des militaires US sur le continent africain, dans cette région et en Afrique du nord où un programme de surveillance a pour cible les affiliés d’Al-Qaïda.. En octobre dernier, Obama a envoyé 100 soldats d’élite en Afrique centrale pour ratisser le terrain à la recherche de Joseph Kony, le chef de l’Armée de Résistance d’Ouganda dans le cadre d’une opération nommée Le Sable de l’éléphant, mais les compagnies américaines ont, depuis plus longtemps, depuis 2009, traqué Kony depuis le ciel.

Le Haut commandement US en Afrique qui contrôle les opérations militaires refuse de discuter les missions spéciales ou les raisons de cette sous-traitance et considère que si quelque chose dérive, les sous-traitants sont seuls responsables. Pour le commandement, « ils recevront la même assistance que n’importe quel citoyen américain, s’ils devaient être en danger ».

Il existe des précédents à cette sous-traitance. Les militaires ont eu recours à de telles compagnies pour une surveillance aérienne en Amérique Latine dans les années 1990 et au début des années 2000, avec parfois des résultats désastreux.

Des conséquences graves

En 2003, par exemple, un Américain et trois autres furent pris en otage par les guérillas colombiennes après que leur avion se fut écrasé dans la jungle. Ils travaillaient pour Northrop Grumman pour le programme anti-narcotique du Département de la Défense et restèrent cinq ans en captivité. Peter W. Singer, du Brookings Institution, explique que le Pentagone cherche ainsi la possibilité de « pouvoir nier » mais ajoute que cela « ne se  termine jamais comme ça ». Et  les compagnies opérant au sein de  cette mission en Afrique craignent que «  tout accident survenant à un appareil pourrait avoir des conséquences graves, du type prisonnier/otage, ou pire, si les forces hostiles arrivent sur le lieu en premier mais  pourrait aussi affecter sérieusement AFRICOM et les Américains » écrit un technicien de technologie aérienne d’une compagnie de défense d’Oklahoma.

Quand Tusker Sand a été initié fin 2009, ce programme ne disposait que d’un seul PC12 dans le hangar militaire à l’aéroport d’Entebbe qui abrite aussi un appareil Gulfstream pour les déplacements du président Yoweri Museveni.

L’appétit du Commandement US pour la surveillance s’est vite fait sentir. Le 11 juin 2010, le commandement africain a participé à une « Journée de l’Industrie » en Ouganda pour attiser l’intérêt de plus de 50 sous-traitants qui y participèrent et furent invités à développer les programmes de Tusker et de Creek Sand , destiné à Al-Qaïda au Maghreb islamique, à partir du Mali en fournissant quelque 44 personnes, tous des vétérans en tous domaines, afin de ne pas nécessiter une période de formation ou un stage de survie,  et plus, si le Commandement en Afrique désirait pousser encore plus les opérations. C’est ainsi que le nombre de vols de surveillance a considérablement augmenté.

Tusker Sand a, de plus, reçu un soutien sans précédent de la part du Sénateur républicain J.M. Inhofe (Oklahoma), en mars dernier demandant à l’administration Obama de fournir au Commandement Africain tous les « moyens » en termes de surveillance aérienne et d’équipement pour capturer Kony et pour d’autres missions de contre-terrorisme. Il a depuis reçu toutes les assurances que son message a été entendu : la Commission des services armés du Sénat a autorisé qu’une somme de 50 millions de dollars soit attribuée au Département de la Défense pour « étendre et améliorer » l’assistance aux forces ougandaises et régionales dans cette traque sans qu’aucune critique ouverte ne soit faite à l’utilisation de compagnies privées dans cette optique sauf une référence liminaire dans le texte de la loi au rôle primordial des compagnies privées d’espionnage «  dans la collecte d’informations pour une chasse à l’homme qui s’avère, sans aucune raison, très onéreuse et ne satisfait pas aux besoins des forces militaires ».

Texte original:
http://www.washingtonpost.com/world/national-security/contractors-run-us-spying-missions-in-africa/2012/06/14/gJQAvC4RdV_story.html, publié le 15 juin 2012. 

Traduction et synthèse: Xavière Jardez,  http://www.france-irak-actualite.com/  

RIO + 20 : Le tragique carnaval

juin 25th, 2012 by Chems Eddine Chitour

 « Quand l’homme aura fait tomber le dernier arbre, contaminé le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson. Il s’apercevra que l’argent n’est pas comestible!»
Proverbe indien

Pendant près d’une semaine, la planète des crédules a été tenue en haleine par des médias qui nous ont présenté le Sommet de Rio comme le sommet de la dernière chance. Mieux, nous avons eu en prime le communiqué final avant la réunion des grands de ce monde. Cependant, et curieusement, en l’espace de deux mois, trois rapports venant de la Banque mondiale, de l’OIT et du Pnue ont minutieusement mis en condition l’opinion internationale sur la convergence quant à la nécessité d’aller vers l’économie verte. Nous allons les présenter après un état des lieux, 20 ans après Rio.

Le procès de l’économie brune

En vingt ans, lit-on sur Agoravox: «La population mondiale a augmenté de 26%, 12% de la biodiversité totale a disparu, les émissions de CO2 ont augmenté de 36%, 300 millions d’hectares de forêts ont disparu, il existe 21 mégavilles tentaculaires, la température globale a augmenté de 0,4°C, la production de plastique a augmenté de 130%, l’acidité des océans a fortement accéléré menaçant la vie marine qui est la source de toute vie terrestre. (1)

Le rapport du (Pnue), «Geo-5» de juin 2012, va dans le même sens et fait le bilan des 90 objectifs reconnus en matière de gestion durable de l’environnement et de développement humain. Il établit un état des lieux alarmant: seuls 4 objectifs ont enregistré «des progrès significatifs». 40 objectifs ont enregistré des progrès (le rythme de la déforestation a régressé, les zones protégées se sont étendues, etc.). 24 objectifs n’ont pas connu de progrès ou très peu. A titre d’exemple, les émissions de gaz à effet de serre devraient doubler d’ici 2050 et les ressources halieutiques continuent de s’amoindrir. 8 objectifs ont enregistré une dégradation (qualité des eaux souterraines, protection des récifs coralliens, etc.). Les 14 objectifs restants n’ont pu faire l’objet d’une évaluation, faute de données disponibles. 1,3 milliard de personnes n’ont pas l’électricité, 2,6 milliards ne disposent pas d’installations sanitaires et 900 millions n’ont pas accès à de l’eau propre et potable. De ce constat d’échec, le Pnue conclut que, 20 ans après le Sommet de la Terre de Rio 1992, la planète doit réorienter d’urgence son développement». (2)

« Plusieurs crises, lit-on dans le Rapport du Pnue, ont surgi ou se sont accélérées au cours de la décennie écoulée: climat, biodiversité, énergie, denrées alimentaires, eau et tout récemment la crise du système financier et l’économie mondiale tout entière. L’augmentation galopante des émissions polluantes donne lieu à des craintes croissantes d’emballement du changement climatique avec des conséquences potentiellement désastreuses pour l’humanité. Le choc des prix des combustibles de 2008 et la flambée des prix des denrées alimentaires et des matières premières qui en a découlé constituent des signes manifestes de faiblesses structurelles et de risques toujours présents. (…) La sécurité alimentaire est un problème dont la nature est loin d’être comprise par tous. La pénurie d’eau potable constitue déjà un problème planétaire et des prévisions suggèrent que l’écart entre la demande et l’offre renouvelable annuelles d’eau douce va se creuser d’ici 2030. Les perspectives d’amélioration de l’assainissement demeurent sombres pour plus de 2,6 milliards de personnes et 884 millions d’êtres humains n’ont toujours pas accès à de l’eau potable salubre.»(2)

« Collectivement, conclut le rapport, ces crises ont de graves conséquences sur notre capacité à assurer la prospérité dans le monde et à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).Elles viennent s’ajouter aux problèmes sociaux persistants liés au chômage, à l’insécurité socioéconomique et à la pauvreté (….) Bien au contraire, la plupart des stratégies de développement et de croissance économiques ont favorisé l’accumulation rapide de capital physique, financier et humain, au prix d’un épuisement et d’une dégradation excessifs du capital naturel, qui comprend notre dotation en ressources naturelles et en écosystèmes. À l’heure actuelle, les conditions penchent lourdement en faveur de l’économie brune dominante laquelle, entre autres, dépend, à l’excès, de l’énergie issue des combustibles fossiles. Ainsi, en 2008, les prix et la production de combustibles fossiles bénéficiaient de subventions d’un montant collectif supérieur à 650 milliards de dollars, soit un niveau non incitatif à l’adoption d’énergies renouvelables.» (2)

L’économie verte

Le développement durable demeure un but vital à long terme, mais pour l’atteindre un verdissement de l’économie est nécessaire. Depuis deux ans, la notion «d’économie verte» a rompu ses amarres avec l’univers des spécialistes en économie de l’environnement et rejoint le flux général du discours politique. (2)

C’est là qu’intervient la nécessité de comptabiliser la nature dans le PIB. Pour le Pnue:

« Les preuves abondent aujourd’hui que le verdissement des économies ne fait pas obstacle à la création de richesses et d’emplois et qu’il existe de multiples opportunités d’investissement, et donc d’augmentation de la richesse et des emplois, dans de nombreux secteurs verts, il faudrait mettre en place de nouvelles conditions favorables à la transition vers une économie verte et c’est sur ce point que les décideurs dans le monde doivent agir d’urgence. L’économie verte reconnaît la valeur du capital naturel et l’intérêt d’y investir. La biodiversité, tissu vivant de notre planète, englobe la vie sous tous ses aspects: gènes, espèces et écosystèmes (…)Il est possible d’en estimer la valeur économique et leur valeur actuelle constitue un aspect fondamental du «capital naturel». Des ressources telles que les forêts, les lacs, les zones humides et les bassins fluviaux sont des composantes essentielles du capital naturel au niveau des écosystèmes (…) qui constituent autant d’aspects cruciaux d’une économie verte. (2)

Même son de cloche de la part de l’OIT. Dans un Rapport récent intitulé «Vers le développement durable: travail décent et intégration sociale dans une économie verte», nous lisons: «Le modèle de développement actuel s’avère inefficace et non viable, pas seulement pour l’environnement, mais aussi pour les économies et les sociétés. Nous devons de toute urgence nous orienter vers le développement durable avec un ensemble cohérent de politiques qui placent l’homme et la planète au centre. La conversion à une économie plus respectueuse de l’environnement pourrait générer de 15 à 60 millions d’emplois supplémentaires à l’échelle mondiale au cours des vingt prochaines années» a déclaré Juan Somavia, le DG de l’OIT. (3)

Nous y voilà! Dans le même ton, la Banque mondiale dans son dernier Rapport, qui se veut généreux, s’intéresse à l’économie verte qu’elle pense rendre rentable en incluant la nature comme capital marchand. Le rapport de la Banque mondiale du 10 mai exhorte les États à «Penser Vert». Nous lisons: «Alors que les instruments de mesure du revenu national tels que le PIB ne mesurent que la croissance économique à court terme, nous avons besoin d’indicateurs qui prennent en compte l’ensemble des richesses (y compris le capital naturel) pour savoir si la croissance sera durable sur le long terme.» (4)

Comment résister à cette fausse bonne solution?

On le voit, les dernières défenses immunitaires des pays en développement; leurs sols et leurs sous-sols deviendront des produits marchands. On peut se demander, alors, si la synchronisation de la parution de ces rapports et l’acharnement à imposer une nouvelle vision de l’économie verte n’est pas suspect. Comment comprendre, en effet, que tout ce qui a de la valeur est marchandisable.

C’est ce que dénonce Esther Vivas qui écrit:

« Le vert fait vendre. De la «révolution verte» en passant par la «technologie verte» et jusqu’à la «croissance verte». Dernière trouvaille en date, l’«économie verte». Une économie qui, contrairement à ce que son nom indique, n’a rien de «vert», mis à part la couleur des dollars qu’espèrent gagner ceux-là mêmes qui en font la promotion (..) Deux décennies plus tard, où en sommes-nous? Que sont devenus des concepts tel que le «développement durable», qui est accolé à ce sommet? Où en est la ratification de la Convention sur le Changement climatique qui avait jeté les bases du Protocole de Kyoto? Ou de la Convention sur la Diversité biologique qui fut élaborée à l’époque? Ce ne sont plus que des chiffons de papier, ni plus ni moins. Au cours de toutes ces années, non seulement on n’est pas parvenus à freiner le changement climatique, la perte de biodiversité, la déforestation, etc., mais ces processus n’ont fait, au contraire, que s’aggraver et s’intensifier. Nous assistons ainsi à une crise écologique sans précédent qui menace l’avenir de l’espèce humaine et de la vie sur cette planète. Une crise qui joue un rôle central dans la crise de civilisation que nous traversons. (…) Cette incapacité à offrir une issue réelle, nous avons clairement pu la constater lors des échecs des sommets sur le climat à Copenhague (2009), Cancún (2010), Durban (2011), ou lors du sommet sur la biodiversité à Nagoya au Japon (2010).» (5)

« (….) Aujourd’hui, vingt ans plus tard, ils veulent nous vendre leur «économie verte» comme une solution à la crise économique et écologique. Il s’agit d’un processus d’appropriation néo-colonial des ressources naturelles – du moins celles qui ne sont pas encore privatisées – afin de les transformer en marchandises que l’on achète et que l’on vend. Ses promoteurs sont, précisément, ceux qui nous ont conduits à la situation de crise dans laquelle nous nous trouvons (…) Ces mêmes compagnies qui monopolisent le marché de l’énergie (Exxon, BP, Chevron, Shell, Total), de l’agro-industrie (Unilever, Cargill, DuPont, Monsanto, Procter&Gamble), des pharmaceutiques (Roche, Merck), sont les principales qui impulsent l’économie verte. Nous assistons à une nouvelle attaque contre les biens communs et les perdants seront les 99% de notre planète. Et tout particulièrement les communautés indigènes et paysannes du Sud, celles qui protègent et vivent de ces écosystèmes. Elles seront expropriées et expulsées de leurs territoires au profit des entreprises multinationales qui veulent tirer profit de ces écosystèmes». (5)

Pour le site alternatif Attac-France qui abonde dans le même sens:

« Le coup de théâtre a eu lieu et un projet de déclaration a été approuvé par la plénière des négociateurs. Sans engagement prescriptif, encore moins contraignant, sans date de mise en oeuvre, cette déclaration est extrêmement faible et n’impose en rien un changement de paradigme pour construire «le monde que nous voulons». Les engagements ne sont bien souvent que «volontaires», comme le partage d’expériences ou suffisamment édulcorés pour être laissés à l’arbitrage de chaque État, comme la fin des subventions aux énergies fossiles. Sur le climat, ce texte invite à se projeter vers la prochaine conférence de Doha.(…) Le cas de l’eau est emblématique: les Etats-Unis, le Canada, la Turquie, le Brésil et la Chine, ont tout fait pour que ne soit pas mentionné le droit universel à l’accès à l’eau (….) La prééminence donnée aux mécanismes de marché pour réguler l’environnement et allouer les ressources vers le développement durable et l’économie verte est confirmée et étendue. A l’inverse, toujours pas d’engagement sur des taxes internationales sur les transactions financières.(…) Les modes de consommation et de production insoutenables des pays riches et des populations riches des pays émergents ne sont pas véritablement remis en cause. (…)Sur le versant de la «gouvernance mondiale», il faudrait se satisfaire d’un Pnue aux compétences élargies, même si les financements additionnels doivent s’effectuer sur une base volontaire. Plus étonnant est l’acceptation de ce texte par les pays les plus pauvres. (…)» (6)

En définitive, le site alternatif Attac prône une autre voie: « Cette «économie verte», la volonté de soumettre tous les cycles vitaux de la vie aux règles du marché et à la domination de la technologie. Pour sortir de l’alternative suicidaire austérité ou croissance, une transition écologique est urgente, notamment en matière énergétique. Créatrice d’emplois et ouvrant les possibilités d’un avenir commun entre les peuples du monde.» (7)

Nous sommes sur le point de passer à une nouvelle phase, une nouvelle accumulation de capital, mainmise sur les ressources minérales et les terres de la planète. Cela se passe par la pseudo-légitimation du capitalisme vert mais aussi par une militarisation croissante des zones concernées. Les propositions «alternatives» de Via Campesina, non seulement conduisent à la souveraineté alimentaire, mais proposent une agriculture consommatrice de carbone qui refroidit la planète… Le G20 n’a jamais fait preuve de détermination à revoir en profondeur le modèle néolibéral et insoutenable actuel. Ses maigres engagements sur les paradis fiscaux ou la suppression des subventions aux énergies fossiles n’ont jamais été suivis d’effet, le G20 préférant sauver les banques plutôt que les peuples.

Contre ce modèle néolibéral et prédateur, insoutenable tant sur le plan écologique que social, de nombreuses organisations, il faut résister, nous ne sommes pas dupes, l’économie verte est un luxe que seuls les pays riches peuvent s’offrir, c’est une approche imposée par les pays industrialisés pour piller les terres encore comestibles et pour freiner le développement et maintenir les pays en développement dans la pauvreté. A bien des égards, la kermesse de Rio +20 est un tragique carnaval où chaque pays développé mais aussi émergent, joue un rôle taillé à sa pointure. Les variables d’ajustement seront, comme d’habitude, les pays pauvres notamment africains qui, les premiers, paieront les ardoises de plus en plus lourdes en termes d’errements climatiques de plus en plus dévastateurs et de plus en plus récurrents. Ainsi va le monde.

Professeur émerite Chems Eddine Chitour
Ecole  Polytechnique enp-edu.dz

1.Du G 20 au Rio 20! http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/du-g-20-au-rio-20-118784

2.http://www.unep.org/greeneconomy/Portals/88/documents/ger/GER_synthesis_fr.pdf

3. http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=28290&Cr=OIT&Cr1=  

4. http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/TOPICS/EXTSDNET/0,,contentMDK:23191431~pagePK:64885161~piPK:64884432~theSitePK:5929282,00.html

5.Esther Vivas Articule publié dans «Público» le 17/06/2012. Traduction: Ataulfo Riera.
http://www.legrandsoir.info/quand-l-economie-et-le-capitalisme-se-peignent-en-vert.html  

6. http://www.france.attac.org/articles/rio20-note-de-decryptagendeg2   

7. http://www.france.attac.org/livres/la-nature-na-pas-de-prix-les-meprises-de-leconomie-verte

Les Frères Musulmans au seuil du pouvoir.

juin 25th, 2012 by René Naba

Suite à l’annonce du nouveau président égyptien Mohammad Morsi de son intention de renouer avec l’Iran, nous remettons en ligne cet article de René Naba publié le 5 février 2012.


Paris – Au seuil du pouvoir, les Frères Musulmans devront faire le dur apprentissage de la gestion quotidienne des conflits sociaux du pays et veiller à la neutralisation des interférences externes dans la détermination de la nouvelle diplomatie égyptienne; un fait qui suppose la prise en compte des profondes aspirations d’un peuple frondeur et tombeur de la dictature et les impératifs de puissance que commande la restauration de la position de l’Egypte dans le Monde arabe. Sur fond de concurrence avec la mouvance rivale salafiste, cette épreuve est infiniment plus redoutable que près de cinquante ans d’opposition déclamatoire souvent à connotation sinon démagogique à tout le moins populiste.

Ce que Nasser pensait de Frères Musulmans

En Egypte, les partis religieux ont totalisé près des deux tiers des sièges du Parlement. En Tunisie En-Nahda a raflé 41,47% des sièges et au Maroc, les islamistes ont obtenu 107 des 395 du parlement.

La montée en puissance des Frères musulmans dans le Monde arabe à la faveur des consultations post printemps arabe, sur fond de drainage massif de pétrodollars, remet en mémoire les relations conflictuelles entre Nasser, à l’époque le chef charismatique du combat nationaliste arabe, et la confrérie, la plus ancienne formation politique d’Egypte, et sans doute du Monde arabe.

A l’intention des lecteurs arabophones, voici que Nasser pensait des Frères Musulmans :

http://www.youtube.com/watch?v=OWCJnFu9gF0

Et piour les lecteurs non arabophones, ci-joint un résumé des propos de Nasser tels qu’ils ont été diffusés dans ces deux vidéos:

Sur la 1ère vidéo

Nasser indique avoir cherché à nouer une coopération avec les Frères musulmans d’Egypte, en 1953, à son arrivée au pouvoir: La première revendication de responsable de la confrérie a été d’imposer le port du voile aux personnes de sexe féminin. «J’ai refusé car je considérai cela comme un retour en arrière. Mon interlocuteur n’avait pas réussi à imposer le voile à sa propre fille et il voulait l’imposer aux dix millions de femmes égyptiennes».

Sur la 2eme vidéo

«L’impérialisme et le colonialisme ont fourni armes et argent aux Frères Musulmans. Lors d’un de mes entretiens avec le dirigeant de la confrérie, l’homme à barbe m’a déclaré que le socialisme est contre la religion. …

Réponse de Nasser: Mais la religion prescrit elle que le pouvoir soit détenu exclusivement par une seule famille , que cette famille dispose de toutes les ressources du pays et de réduire l’ensemble de la population au statut d’esclaves?

Un des aspects de la question, notamment la collaboration avec les Etats-Unis et l’Arabie saoudite a été traité dans «Les Révolutions arabes et la malédiction de Camp David» René Naba, Editions Bachari Mai 2011 (1).

Quand la CIA finançait les Frères musulmans

De son côté, le journaliste Ian Hammel a apporté des informations complémentaires dans un article paru dans l’hebdomadaire français le Point en date du 6 décembre 2011 et intitulé «Quand la CIA finançait les Frères musulmans».

Dans le papier de Ian Hammel, on y lit notamment: «Les services secrets américains ont longtemps soutenu la confrérie, née en 1928 en Égypte. Saïd Ramadan, mort à Genève en 1995, fondateur des Frères musulmans et père de Hani et Tariq Ramadan.

Le Fonds E 4320, conservé aux archives fédérales à Berne, concerne Saïd Ramadan, le gendre d’Hassan Al-Banna, fondateur des Frères Musulmans égyptiens. Poursuivi par le régime nassérien, réfugié en Suisse en 1959, Siad a crée le Centre Islamique de Genève, le premier institut de ce genre en Europe. Il est par ailleurs l’un des fondateurs de la Ligue Islamique Mondiale inspirée parles Saoudiens.

Une note confidentielle des services secrets suisses datant du 17 août 1966 évoque la « sympathie » de la BUPO, la police fédérale sur la protection de l’État, pour Saïd Ramadan. Elle ajoute: « Il est très certainement en excellents termes avec les Anglais et les Américains. » Un autre document, daté du 5 juillet 1967, se montre encore plus précis. Saïd Ramadan est présenté comme un « agent d’information des Anglais et des Américains. De plus, je crois savoir qu’il a rendu des services – sur le plan d’informations – à la BUPO. »

Toujours est-il qu’une réunion, présidée par le chef du service du Ministère public fédéral, du 3 juillet 1967, décide d’accorder un permis de séjour à Saïd Ramadan, alors que ce dernier aurait dû être expulsé le 31 janvier 1967. Les raisons de cette tolérance ? La possibilité « que les amis de Saïd Ramadan prennent le pouvoir dans les mois à venir dans l’un ou l’autre État aujourd’hui qualifié de progressiste ou socialiste ».

Saïd Ramadan et le président américain

Ces documents déclassés vont dans le même sens que l’ouvrage publié en septembre dernier par le journaliste américain Ian Johnson, lauréat du prix Pulitzer, Une mosquée à Munich. Les nazis, la CIA et la montée des Frères musulmans en Occident (*), on découvre que les Allemands, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont utilisé les Tchétchènes, les Kazakhs, les Ouzbeks, les musulmans vivant en URSS contre les communistes athées. Les Américains ont ensuite pris le relais, soutenant les islamistes contre le bloc communiste et ses satellites. En juillet 1953, une délégation de musulmans est invitée aux États-Unis, et reçue à la Maison-Blanche, parmi eux Saïd Ramadan.

Le 28 octobre 2011, dans un article intitulé « Le rôle mobilisateur de Saïd Ramadan », le site francophone Oumma.com montre la photo du président Dwight Eisenhower entouré des membres de la délégation. Saïd Ramadan est à sa droite. Le président américain estime que, dans ses relations avec les dirigeants arabes, « notre foi en Dieu devrait nous donner un objectif commun : la lutte contre le communisme et son athéisme », relève Ian Johnson. Quelques années plus tard, Saïd Ramadan, réfugié en Europe, traite avec Bob Dreher, un agent de la CIA installé à Munich.

Saïd Ramadan obtient en 1959 un doctorat en droit de l’université de Cologne pour sa thèse La charia, le droit islamique, son envergure et son équité. Il brûle d’envie d’étendre son influence à l’Europe entière. « Installé à Genève, il considérait Munich, à une journée de route de son domicile, comme l’endroit idéal où établir une sorte de base avancée », lit-on dans Une mosquée à Munich. La CIA finançait-elle directement Saïd Ramadan et les Frères musulmans en Europe? Ian Johnson reste prudent, dans la mesure où une partie des archives de l’agence de renseignements ne peut être consultée. « Tout indique que Dreher et l’Amcomlib eurent recours aux moyens financiers et politiques à leur disposition pour donner un coup de pouce au principal représentant des Frères musulmans en Europe », écrit-il. L’Amcomlib, ou American Committee for Liberation from Saïd Ramadan, de nationalité égyptienne, voyageait à cette époque avec un passeport diplomatique jordanien. Apparemment, le gendre d’Hassan el-Banna ne manquait pas de subsides, Une mosquée à Munich raconte ainsi qu’il roulait en Cadillac (2).

Décédé en 1995 à Genève, Saïd Ramadan est notamment le père de l’islamologue Tariq Ramadan, et de Hani Ramadan, qui lui a succédé à la tête du Centre islamique de Genève. Interrogé sur les liens éventuels de son père avec les services secrets américains et européens, ce dernier n’a pas souhaité nous répondre.

Rached Ghannouchi

Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste tunisien An Nahda, longtemps la bête noire des Occidentaux, s’est vu distingué par le magazine Foreign Policy comme «l’un des plus grands intellectuels de l’année 2011».

Parmi ces 100 plus grands intellectuels figurent une brochette de belliciste à tout crin: Dick Cheney, ancien vice-président de George Bush jr, un des artisans de l’invasion de l’Irak, de même que Condoleezza Rice, secrétaire d’Etat de George Bush, le sénateur John Mac Cain, le président français Nicolas Sarkozy, le couple Bill et Hilary Clinton, le ministre de la défense de Bush jr et de Barack Obama, Robert Gates, le premier ministre turc Recep Teyyeb Erdogan et l’incontournable roman enquêteur Bernard Henri Lévy.

Et sur le plan arabe, outre Rached Ghannouchi, figurent Waddah Khanfar, l’ancien directeur islamiste de la chaine Al Jazira, époux de la nièce de Wasfi Tall, l’ancien premier ministre jordanien bourreau des Palestiniens lors du septembre noir jordanien de 1970, Waël Al-Ghoneim, responsable pour l’Egypte du moteur de recherche américain Google et animateur du soulèvement égyptien sur Facebook, ainsi que l’ancien Directeur de l’agence atomique de Vienne Mohamed Baradéï et le politologue palestinien Moustapha Barghouti, que nous aurions souhaité être distingué par un autre aréopage que Freedom House ou Global Voice Project.

Rached Ghannouchi a mis à profit son séjour pour rendre visite au « Washington Institute for Near East Policy», très influent think tank fondé en 1985 par M. Martin Indyk, auparavant chargé de recherche à l’American Israel Public Affairs Committee ou AIPAC, le lobby israélien le plus puissant et le plus influent aux Etats-Unis.

Le chef islamiste, longtemps couvé médiatiquement par la Chaine Al Jazira, a pris soin de rassurer le lobby pro israélien quant à l’article que lui-même avait proposé d’inclure dans la constitution tunisienne concernant le refus du gouvernement de collaborer avec Israël.

En trente ans d’exil, cet ancien nassérien modulera sa pensée politique en fonction de la conjoncture, épousant l’ensemble du spectre idéologique arabe au gré de la fortune politique des dirigeants, optant tour à tour, pour le nassérisme égyptien, devenant par la suite adepte de l’ayatollah Ruhollah Khomeiny (Iran), puis de Hassan Al Tourabi (Soudan), pour jeter ensuite son dévolu sur le turc Recep Tayeb Erdogan, avant de se stabiliser sur le Qatar, soit sept mutations, une moyenne d’une mutation tous les quatre ans.

Du grand art qui justifie a posteriori le constat du journaliste égyptien Mohamad Tohi3ma «Les Frères Musulmans, des maitres dans l’art du camouflage et du contorsionnement mercuriel», article paru dans le journal libanais «Al Akhbar» en date du 1er octobre 2011 reprenant une tribune de Mohamad Tohi3ma, directeur du quotidien égyptien «Al Hourriya». Du grand art. En attendant la prochaine culbute. La prochaine chute ?

Au seuil du pouvoir, les Frères Musulmans d‘Egypte devraient faire preuve d’innovation, par le dépassement du conflit idéologique qui divise le pays depuis la chute de la monarchie, en 1952, en une sorte de synthèse qui passe par la réconciliation de l’Islam avec le socialisme. Cesser d’apparaitre comme la roue dentée de la diplomatie américaine dans le Monde arabe, en assumant l’héritage nassérien avec la tradition millénaire égyptienne, débarrassant la confrérie de ses deux béquilles traditionnelles ayant entravé sa visibilité et sa crédibilité, la béquille financière des pétromonarchies rétrogrades et la béquille américaine de l’ultralibéralisme.

Sous la direction de la confrérie, l’Egypte, épicentre du Monde arabe, devrait prendre en outre l’initiative historique de la réconciliation avec l’Iran, le chef de file de la branche rivale chiite de l’Islam à l’effet de purger le non dit d’un conflit de quinze siècle résultant de l’élimination physique des deux petits fils du prophète, Al-Hassan et Al-Hussein, acte sacrilège absolu fruit sinon d’un dogmatisme, à tout le moins d’une rigidité formaliste.

Répudier la servilité à l’égard des Etats-Unis, bannir le dogmatisme régressif sous couvert de rigueur exégétique, concilier Islam et diversité, en un mot conjuguer Islam et modernité…Tel est le formidable défi des Frères Musulmans au seuil du pouvoir dont la réussite pourrait conférer une légitimité durable et un magistère moral indiscutable à une confrérie dont la mutation pourrait impulser une dynamique de changement à l’épicentre de la gérontocratie pétro monarchique du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite, le foyer de l’intégrisme et de la régression sociale, condition indispensable au relèvement du Monde Arabe.

1 – Pour aller plus loin, cf. à ce propos, la série :
Egypte: Les Frères musulmans à l’épreuve du pouvoir
Part 1
Part 2
Part 3
2 – Ian Johnson, Une mosquée à Munich. Les nazis, la CIA et la montée des Frères musulmans en Occident, JC Lattès

En nous entretenant avec un habitant de Homs qui observe ce qui s’y passe au jour le jour dans son pays (*), nous avons appris que les forces gouvernementales n’ont pas bombardé la ville de Homs, ces dix derniers jours, comme rapporté par la presse internationale.

Syrie

Homs – Une “image-document” publiée par Shaam News de l’opposition syrienne.

Ainsi, tout ce qui nous est raconté par les médias est à l’envers. Il n’est pas vrai que Homs est pilonnée par l’armée gouvernementale. Il n’est pas vrai que les autorités syriennes empêchent le CICR d’accéder aux blessés et aux malades. Il n’est pas vrai que Homs est une ville assiégée par les forces gouvernementales. Ce sont quelques centaines de rebelles qui pilonnent, qui massacrent, qui maintiennent une partie de la ville de Homs et de sa population, sous siège.

Silvia Cattori : Les images que nos médias nous présentent de Homs montrent une ville fantôme. Nous sommes inquiets pour vous. Que se passe-t-il dans votre quartier ? Pouvez-vous sortir normalement ?

Réponse : Oui nous sortons tout à fait normalement.

Silvia Cattori : Ce n’est donc pas pour vous à Homs la période la plus sanglante depuis le début des troubles, comme l’affirmait ce matin Valérie Crova sur France Culture ?

Réponse : Non ce n’est pas la période la plus difficile car nous pouvons sortir, aller acheter le pain, sortir de Homs, voyager. Nous avons connu des périodes bien plus dures où nous ne pouvions pas sortir. Le plus dur et préoccupant c’est ce que subissent les familles qui sont séquestrées depuis des mois par les forces rebelles de l’Armée libre [Armée syrienne de libération].

Silvia Cattori : Alors nos médias mentent quand ils affirment que Homs est toujours soumise aux bombardements intensifs de l’armée régulière [1] ? Ne vous sentez-vous pas en danger ?

Réponse : Je ne me sens pas personnellement en danger. Premièrement, dans notre quartier tout est calme. Deuxièmement, il n’y a pas à Homs de bombardements de la part des forces du gouvernement. Il y a des tirs à l’artillerie lourde mais ce sont les rebelles qui tirent en direction précisément des lieux où il y a les forces de sécurité. Troisièmement, l’armée régulière n’intervient pas. Seules les forces de sécurité sont présentes.

Silvia Cattori : Nous avons vu, hier encore des images impressionnantes de destructions d’immeubles à Homs que l’on attribue aux bombardements de l’armée ?!

Réponse : Les vidéos que vous avez dû voir ne sont pas des destructions récentes. Ce sont des images d’immeubles qui ont été détruits pour la plupart avant la prise de Baba Amr. Ces destructions ne sont pas dues aux bombardements des forces de sécurité. Ce sont des destructions faites par les rebelles selon un procédé qu’ils utilisent depuis des mois. Ils minent un immeuble, ils le font exploser, ils allument des pneus, puis diffusent ces images qui font croire que l’armée du gouvernement bombarde en permanence. [2].

Silvia Cattori : Cela, ils le font toujours ?

Réponse : Ils font cela quotidiennement. En réalité il y a des quartiers où les gens vivent normalement. Par contre, notamment dans les vieux quartiers du centre de Homs où les rebelles se sont mêlés à la population sunnite et chrétienne, les gens pris en otage, sont en grand danger. Cela représente un carré qui n’est pas très grand mais difficile d’accès pour les forces de l’ordre. Les rebelles ont miné le pourtour de ce carré. C’est pourquoi les forces de sécurité ne se résolvent pas à envisager une intervention pour ne pas faire courir des risques aux familles que les rebelles armés utilisent comme boucliers. Ce carré comprend les quartiers de Khaldiye, Warche, Bustan Diwan, Akrama et Hamidieh, aujourd’hui vidé de ses habitants en majorité chrétiens, où les rebelles ont pris leurs quartiers et ont vandalisé et brûlé les églises [3]. Je tiens à préciser que nous n’avons pas été élevés en Syrie dans le confessionnalisme. Les forces de sécurité sont embarrassées pour intervenir car, lorsqu’elles interviennent, les rebelles se vengent sur les otages. Ils jettent les cadavres à l’extérieur des quartiers qu’ils maintiennent sous siège. Ils jettent les corps…Ils jettent les cadavres des victimes sur la voie publique. Les corps sont ligotés avec des chaînes…

Silvia Cattori : Cela s’est-il produit récemment ?

Réponse : Cela s’est produit trois fois la semaine passée. Onze corps ont été trouvés en une semaine.

Silvia Cattori : Des femmes, des enfants ?

Réponse : C’étaient des hommes qui avaient été enlevés dans divers quartiers par les rebelles.

Silvia Cattori : La population de Homs n’est-elle pas impatiente de voir libérés ces lieux et leurs habitants ?

Réponse : Oui bien sûr. Nous, en tant qu’habitants, nous sommes très perturbés par le fait que les forces de sécurité ne sont pas intervenues pour les déloger depuis longtemps. On voudrait qu’elles interviennent avec fermeté et que Homs soit totalement débarrassée de ces bandes armées. Si la décision était prise d’intervenir, les forces de sécurité pourraient les déloger en quelques heures. Elles ne sont pas intervenues jusqu’ici car elles courent le risque de causer, par les échanges de tirs avec les rebelles, des victimes innocentes parmi les quelques huit cent personnes qui servent de bouclier aux rebelles. Chaque intervention peut entraîner des victimes civiles, les rebelles se vengent sur elles, les exécutent.

Silvia Cattori : Ces rebelles, combien sont-ils ?

Réponse : Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est ce qu’ils m’ont fait subir.

Silvia Cattori : Vous avez été vous-même enlevé. Comment aviez-vous pu en réchapper ?

Réponse : J’ai été libéré dans le cadre d’un échange, deux mois après mon enlèvement.

Silvia Cattori : Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Réponse : Je porte toujours les traces des tortures subies depuis qu’ils m’ont relâché [nous ne donnons pas la date pour protéger la sécurité du témoin].

Question de l’interprète : Peut-on vous demander quel genre de tortures ?

Réponse : Au début c’était de la torture physique. Ils me frappaient avec de gros câbles électriques ; ils me cisaillaient le cou, ils me menaçaient de m’égorger avec un couteau, ils m’aspergeaient d’eau froide, c’était l’hiver et il faisait très froid. Puis ça a été de la torture psychologique. J’avais tout le temps les yeux bandés sauf quand ils m’autorisaient à me rendre aux toilettes. J’étais toujours seul. Une seule fois j’ai pu voir un homme qui avait été torturé ; on lui avait arraché toute la peau du dos, il était sanguinolent jusqu’au coude, je voyais l’os sortir. C’était un simple employé de la municipalité. Le simple fait qu’il travaillait pour les autorités locales faisait de lui un allié du gouvernement el-Assad.

Silvia Cattori : France Culture vient de dire que « la Croix rouge regrette l’intransigeance du régime syrien qui interdit au CICR l’accès à la ville de Homs où les blessés attendent des secours depuis 10 jours ». Frédéric Joli, porte parole du CICR en France, interrogé par France culture [22 juin, 12h30] n’a pas précisé, comme vous le faites, que les raisons qui empêchent l’accès aux quartiers tenus par les rebelles n’incombent pas aux autorités [4]. Tout ce cela serait faux ?

Réponse : Tout cela est totalement faux. Si le gouvernement syrien ne voulait pas laisser les secouristes intervenir, pourquoi les aurait-il autorisés à entrer en Syrie ? Ce n’est pas uniquement à cause des mines placées aux alentours des quartiers où des gens sont pris en otage qu’il n’a pas été possible d’entrer aux membres de la Croix rouge internationale. Hier, j’ai vu les véhicules du CICR et du Croissant rouge endommagés par les tirs des rebelles. Par ces tirs ils les ont obligés à rebrousser chemin. Les autorités collaborent étroitement avec la délégation du CICR pour pouvoir accéder aux familles prises en otages par les rebelles.

Silvia Cattori : Si je comprends bien, ce dont la Syrie a le plus besoin ce n’est pas de secouristes internationaux. Le problème de votre pays est de savoir comment en finir avec les actions violentes des groupes armés ?

Réponse : Oui, effectivement. Nous n’avons besoin ni de la Croix rouge internationale, ni d’observateurs, ni d’aucune ONG venant de l’extérieur. En Syrie nous avons tout ce dont la population a besoin. La seule chose dont nous avons besoin, est que des forces extérieures cessent de ravitailler les rebelles de l’ASL, qu’elles cessent de leur envoyer des armes sophistiquées, des lunettes de vision nocturne, etc. Si le soutien qui est apporté aux rebelles depuis l’extérieur cesse, les choses vont se calmer. Le plus grand problème est que notre gouvernement, que l’on a tant accusé de blocage, ait accepté de laisser entrer des ONG qui nous créent plus de problèmes qu’autre chose. Il y a sans doute des gens honnêtes mais il y a aussi parmi eux des gens qui ne le sont pas, et dont le témoignage trahit la réalité et aggrave notre situation en rapportant les choses de manière à donner une image faussée du gouvernement et de ce qui se passe en vérité ici. Au milieu de tout cela, le plus dur pour nous est de savoir que ce sont les grandes puissances qui sont à l’origine de nos souffrances ; ce sont elles qui soutiennent la rébellion pour mettre à exécution leurs visées sur la Syrie. Elles savent que, compte tenu du refus de ces visées par le peuple syrien qui soutient sur ce point le gouvernement el-Assad, elles ne pourront mettre à exécution leur projet que si elles font tomber ce gouvernement.

Image diffusée le 16 juin 2012 par l’opposition syrienne montrant une épaisse fumée au-dessus d’une mosquée à Homs disant qu’elle avait été bombardée par l’armée (Shaam News Network/AFP). En fait, cette mosquée n’a pas été bombardée.

URL de cet article :
http://www.silviacattori.net/article3370.html

Entretien réalisé le 22 juin 2012 et traduit simultanément de l’arabe en français par Mme Rima ATASSI. Pour des raisons évidentes nous ne révélons pas le nom de notre témoin, un cadre indépendant, âgé de 61 ans, qui réside à Homs.

[1] L’ensemble des médias montrent des images de bombardements récents par les forces d’el-Assad qui n’ont pas eu lieu. Voir ici quelques exemples :
 « Syrie : Homs toujours violemment bombardée », Le Nouvel Observateur, 14 juin 2012.
http://tempsreel.nouvelobs.com/video/xrjs6r.VID/syrie-homs-toujours-violemment-bombardee.html
 « SYRIE. Homs de nouveau sous les bombes de l’armée », par Le Nouvel Observateur avec AFP, 17 juin 2012.
http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20120617.OBS8880/syrie-homs-de-nouveau-sous-les-bombes-de-l-armee.html
 « Syrie : la ville rebelle de Homs de nouveau pilonnée », Le Monde.fr, 17 juin 2012.
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/06/17/syrie-la-ville-rebelle-de-homs-de-nouveau-pilonnee_1720009_3218.html
 « Syrie : l’armée pilonne de nouveau la ville de Homs », RTL.fr, 17 juin 2012.
http://www.rtl.fr/actualites/international/article/syrie-l-armee-pilonne-de-nouveau-la-ville-de-homs-7749629185
 « Syrie : l’armée s’acharne sur Homs et Deraa », Le Point.fr, 21 juin 2012 , un article de l’AFP repris par de nombreux médias.
http://www.lepoint.fr/monde/syrie-l-armee-s-acharne-sur-homs-et-deraa-21-06-2012-1476209_24.php

[2] Nous avons visionné quelques vidéos sur la Syrie présentées par les médias « d’amateurs » pour tester la véracité du stratagème décrit par notre témoin. Résultat : on comprend qu’il s’agit de vidéos fabriquées par des professionnels à des fins de propagande. On voit toujours un immeuble exploser, un panache de fumée, le tout ponctué par Allah akbar et des tirs de rafales. Voir :
 « Syrie : Homs violemment bombardée », vidéo de l’afp, 8 juin, reprise par Libération et de nombreux quotidiens. Il est dit en arabe : « À Homs…le quartier rebelle de Khaldiyé a subi son “bombardement le plus violent depuis le début de la révolte”, avec une moyenne de 5 à 10 obus par minute depuis le matin, selon l’opposition ».
http://www.dailymotion.com/video/xreq7w_syrie-homs-violemment-bombardee_news
 Le commentaire dit : « Incendie des maisons suite aux tirs des RPG, de l’artillerie, et des chars T72. Allah akbar, le vieux Homs, Allah akbar… la mosquée Khaleb bin al Walid est bombardée. Allah akbar, ou sont les observateurs ? Le vieux Homs, Khaldiye sont bombardes par les RPG et les chars ». Le 18 06 2012. Tout est faux.
https://www.youtube.com/watch ?v=FCpvZjXtyiA&feature=player_embedded
 « Syrie : la province de Homs toujours pilonnée », 19 juin 2012, France 24, montage vidéo de date incertaine, mis sur YouTube et repris par l’ensemble des médias.
http://www.france24.com/fr/20120618-syrie-internet-pilonnage-province-homs

[3] Voir : « Églises vandalisées et désacralisées à Homs », par Silvia Cattori, 19 juin 2012 (dossier d’images transmises par Vox Clamantis)
http://www.silviacattori.net/article3344.html

[4] Voir :
 « À Homs, le CICR attend que les bombardements cessent pour accéder aux blessés », france24.com, 21 juin 2012.
http://www.france24.com/fr/20120621-syrie-homs-comite-international-croix-rouge-croissant-bombardements-al-assad-insurges

En arrivant dans un village du sud-Vietnam, je remarquais deux enfants qui étaient des témoignages vivants de la plus longue guerre du XXème siècle. Leurs terribles déformités étaient familières. Tout le long du fleuve Mékong, là où les forêts étaient pétrifiées, de petites mutations humaines vivaient du mieux qu’elles le pouvaient.

Aujourd’hui, à l’hôpital pédiatrique Tu Du de Saïgon, un ancien bloc opératoire est connu sous le nom de “musée” et de manière non-officielle comme le “musée des horreurs”. Cette pièce a des étagères où se tiennent de grands bocaux en verre contenant des fœtus grotesques. Pendant l’invasion du Vietnam, les États-Unis ont pulvérisé un puissant herbicide sur la végétation et les villages afin de “retirer sa planque à l’ennemi”. Ceci était l’agent orange, qui contient de la dioxine, un poison si puissant qu’il cause mort fœtale,  fausses-couches, dégâts chromosomiques et cancers.

En 1970, un rapport du sénat américain révéla que “les États-Unis avaient déversé (sur le sud-Viêtnam) une quantité du produit toxique équivalent en volume à 3kg de la substance par personne de la population, ceci incluant femmes et enfants”. Le nom de code de cette opération à coup d’arme de destruction massive, l’opération Hadès, fut changé en un nom plus amical: Opération Ranch Hand. Il est estimé aujourd’hui que 4,8 millions des victimes de cet agent orange sont des enfants.

Len Aldis, secrétaire de la société de l’amitié anglo-vietnamienne, est revenu récemment du Vietnam en possession d’une lettre à délivrer au Comité Olympique International de la part de l’Union des Femmes Vietnamiennes. Le président de l’union, Nguyen Thi Thanh Hoa, y décrit “les sévères déformités congénitales (causées par l’agent orange) de génération en génération”. Elle demande au COI de reconsidérer sa décision d’accepter comme sponsor officiel la compagnie Dow Chemical, qui fut une des compagnies responsables de la production du poison et qui a refusée de compenser les victimes.

Aldis a délivré la lettre personnellement au bureau de Lord Coe, le président du comité organisateur des JO de Londres. Il n’a eu aucune réponse. Quand Amnesty International mit en lumière le fait qu’en 2001 Dow Chemical acheta “la compagnie responsable de la terrible fuite de gaz de Bhopal en Inde en 1984, qui tua de 7 000 à 10 000 personnes immédiatement et environ 15 000 les vingt années qui suivirent”, David Cameron décrivit Dow comme “étant une entreprise réputée”. Santé à tous donc, lorsque les caméras balaieront les décors valant 7 millions de Livres britanniques qui habillent le stade olympique: le produit d’un “contrat” de 10 ans entre le COI et un tel destructeur réputé.

L’histoire est enterrée avec les morts et les déformés du Vietnam et de Bhopal. Et l’histoire est l’ennemi. Le 28 Mai, le président Obama a lancé une campagne de falsification de l’histoire de la guerre du Vietnam. Pour Obama, il n’y a pas eu d’agent orange, pas de zones de tirs libres, pas de tirs au lapin, pas de couverture des massacres, pas de racisme rampant, pas de suicides (alors que plus d’Américains se sont suicidés que ne sont morts durant la guerre), pas de défaite au main d’une armée de résistance levée d’une société appauvrie. Ce fut, a dit Mr Prometteur de beaux jours, “une des histoires les plus extraordinaires de bravoure et d’intégrité de l’histoire de l’armée américaine”.

Le lendemain, le New York Times publiait un long article documentant comment Obama sélectionne personnellement les victimes de ses attaques de drones de par le monde. Il fait cela les “Mardis de la terreur” quand il parcourt les noms d’une “kill list”, certains étant des adolescents, incluant une “fille qui fait bien plus jeune que ses 17 ans”. Beaucoup sont inconnus ou simplement d’âge militaire. Guidés par des “pilotes” assis devant un écran ordinateur à Las Vegas, les drones tirent des missiles Hellfire (NdT: qu’on peut traduire par “feu de l’enfer”), qui pompent l’air des poumons et pulvérisent leurs victimes. En Septembre dernier, Obama a tué un citoyen américain, Anouar El-Alaki, sur la simple rumeur qu’il incitait au terrorisme. “Celui-là est facile”, a t’il été dit de sa déclaration par ses aides alors qu’il signait l’arrêt de mort de l’intéressé. Le 6 Juin, un drone a tué 18 personnes dans un village d’Afghanistan incluant des femmes et des enfants ainsi que des personnes âgées qui célébraient un mariage.

L’article du New York Times n’était pas une fuite ou un exposé. C’était une pièce de relation publique, de propagande, créée par le gouvernement Obama pour montrer à quel point le “commandant en chef” peut-être un dur à cuire dans une année électorale. S’il est réélu, la marque Obama va continuer à servir docilement les riches et puissants, à poursuivre ceux qui disent la vérité, à menacer les nations, à disséminer des virus informatiques et à assassiner des gens tous les Mardis.

Les menaces contre la Syrie, coordonnées depuis Washington et Londres, marquent un nouveau sommet de l’hypocrisie. Contrairement à la propagande brute présentée sous forme d’information, le journalisme d’enquête du quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung identifie ceux responsables du massacre de Houla comme étant les “rebelles” soutenus par Obama et Cameron. Les sources du quotidien incluent les rebelles eux-mêmes. Ceci n’a pas été complètement ignoré en Grande-Bretagne. Écrivant dans son blog personnel, toujours si discrètement, Jon Williams, l’éditeur en chef de l’information de la BBC, sert de manière effective sa “couverture” de l’évènement, citant des officiels occidentaux qui décrivent l’opération de guerre psychologique contre la Syrie comme étant “brillante”. Aussi brillante que la destruction de la Libye, de l’Irak et de l’Afghanistan.

Tout aussi brillante que la dernière promotion de propagande du Guardian d’Alistair Campbell, le collaborateur en chef de Tony Blair pour l’invasion criminelle de l’Irak. Dans ses “carnets”, Campbell essaie d’éclabousser le sang irakien sur le diable Murdoch. Il est vrai qu’il y en a suffisamment pour les tremper tous. Mais la reconnaissance du fait que les médias respectables, libéraux, et flatteurs de Blair, furent un accessoire vital pour que soit perpétrer une telle épidémie de crimes, est bien sûr omise et demeure un singulier test d’honnêteté intellectuelle et morale en Grande-Bretagne.

Pendant encore combien de temps devrons-nous nous soumettre à un tel “gouvernement invisible” ? Ce terme pour une propagande insidieuse, a été utilisé pour la première fois par Edward Bernays, le neveu de Sigmund Freud et inventeur de la relation publique moderne, n’a jamais été plus à propos. “La fausse réalité” demande une amnésie historique, le mensonge par omission et le transfert du signifiant vers l’insignifiant. De cette façon, les systèmes politiques promettant sécurité et justice sociale ont été remplacés par la piraterie, l’austérité et la “guerre perpétuelle”: un extrémisme dédié à renversé la démocratie. En appliquant ceci à un individu, nous identifierions un psychopathe. Pourquoi l’acceptons-nous ?

John Pilger
http://www.johnpilger.com/

Article original en anglais : « History is the Enemy as ‘Brilliant’ Psy-ops Become the News »
http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=31528

Traduit de l’anglais par Résistance 71  

Le soutien direct de l’Armée Syrienne Libre (ASL) par l’Arabie Saoudite, le Qatar, la CIA, Le MI6, le Mossad et les armées britanniques et américaines, commence à avoir les résultats désirés, à savoir les assassinats de masse de supporteurs du gouvernement syrien.

Vendredi, l’agence d’jinformation syrienne SANA a rapporté qu’au moins 25 personnes ont été tuées et leurs corps mutilés par l’ASL ou un groupe terroriste affilié dans le nord de la Syrie. Les victimes ont été kidnappées à Darat Izza dans la province d’Alep. “Les groupes terroristes ont commis un massacre brutal de citoyens à Darat Azzeh, personnes qu’ils avaient kidnappées plus tôt dans la journée”, a dit l’agence SANA.

L’affaire a été virtuellement totalement ignorée par les médias de l’establishment américain.

Mercredi dernier, un diplomate des Nations-Unies, le Major General Robert Mood, a félicité l’ASL pour son “efficacité”. Mood est un général de l’armée norvégienne et est à la tête de la mission “de paix” de l’ONU en Syrie. Il a suspendu les opérations parce que la Syrie insistait sur le fait de vouloir maintenir sa souveraineté.

La ministre des affaires étrangères américaine Hillary Clinton a dit à Charlie Rose dans la semaine que les Etats-Unis travaillent avec l’ASL et d’autres groupes d’opposition afin de les transformer en une force capable de renverser le régime Al-Assad. “Nous travaillons d’arrache-pied pour booster et mieux organiser l’opposition. Nous avons passé beaucoup de temps là-dessus. C’est toujours en développement.” A t’elle dit.

La CIA admet maintenant publiquement qu’elle travaille avec l’ASL. Elle lui procure des armes automatiques, des lance-grenades, des munitions et des armes anti-chars, d’après un rapport publié par le New York Times. Le Times a dit que la CIA considère donner à l’ASL des images satellites et autres détails de renseignement sur les endroits où se trouvent les troupes syriennes et ses mouvements. Le ministère des affaires étrangères américain a autorisé une aide de 15 millions de dollars pour une “aide non léthale” à des “groupes d’opposition civile” en Syrie, d’après ce même rapport.

En 1987, l’ancien chef de station de la CIA en poste en Angola en 1976, John Stockwell, a dit que la CIA était responsable de dizaines de milliers d’opérations secrètes et de programmes de déstabilisation depuis qu’elle a été créée par le congrès par le vote de la loi sur la sécurité nationale de 1947. A cette époque (1987), Stockwell estimait qu’environ 6 millions de personnes avaient été tuées dans des opérations secrètes de la CIA.

Article original en anglais :
http://www.infowars.com/cia-supported-syrian-opposition-massacres-civilians/print/

Traduction : Résistance 71

Lors de l’assemblée publique du conseil de ville de Trois-Rivières du lundi 7 mai, j’ai interpellé la conseillère Sylvie Tardif en lui posant la question simple suivante :

Les personnes sensibles au fluorure (les diabétiques, les malades rénaux, les mères de famille d’enfants de bas âge de Trois-Rivières qui doivent éviter d’ingérer de l’eau fluorée) pourront-elles obtenir de la ville de Trois-Rivières un service de livraison d’eau saine sans fluor ?

Madame Tardif n’a pas pu ou voulu répondre à la question se contentant de soliloquer sur les motifs de sa décision « mûrement » réfléchie de vouloir administrer à tous les citoyens de Trois-Rivières un traitement médical sans consentement. Le 20 février dernier, avec sa collègue Madame Viens, elle fut l’instigatrice de la résolution approuvant le projet de re-fluoration de l’eau potable à Trois-Rivières.

Ainsi, préférant croire les mauvaises recommandations de la DSP et de la direction générale de la ville, dix conseillers ont ignoré quelques faits suivants :

·         Le fluorure injecté dans l’eau potable est un puissant déchet industriel très toxique et très corrosif bio-cumulatif qui peut affecter la santé de plusieurs citoyens à risque et nuire aux animaux et aux végétaux. Il n’a aucune homologation officielle de Santé Canada ;

·         Le fluor pourrait être d’une certaine efficacité pour une possible réduction de la carie dentaire seulement s’il est en contact avec la surface des dents, donc, inutile de l’avaler ;

·         À ce jour, au moins 23 études rapportant un lien entre l’exposition élevée au fluorure et la réduction du quotient intellectuel (QI) chez les enfants ont été publiées ;

·         L’injection du fluor à l’eau potable constitue un acte de médication forcée qui implique de forcer les gens à ingérer une substance toxique sans leur consentement éclairé.  C’est un précédent inquiétant qui nie les droits humains fondamentaux et la liberté de choisir ou de refuser d’être médicamenté.  C’est un manquement grave envers la dignité humaine et la démocratie, car cette dernière est censée protéger tous les êtres humains contre toute mesure totalitaire qui viole son intégrité physique ou le droit de prendre soin de son corps, en accord avec sa volonté ;

·         Les produits chimiques de fluoration sont illégaux s’ils sont injectés dans l’eau potable. La promotion d’un produit illégal est également un acte illégal. De plus, la promotion d’un produit chimique non prouvé sécuritaire est un acte irresponsable et moralement répréhensible ;

·         L’accumulation de fluorure rend les os plus durs mais aussi plus cassants. L’accumulation de fluorure dans les os augmente avec la durée de l’exposition et favorise ainsi la fluorose dentaire ;

·         Les pauvres sont plus sujets à subir la fluorose dentaire modérée que les autres, parce qu’ils boivent plus d’eau et parce leurs parents sont moins enclins à surveiller le brossage des dents et à s’assurer que les enfants recrachent le dentifrice et se rincent bien la bouche sans en avaler ;

·         La ville et la DSP n’ont prévu aucun programme d’éducation des parents défavorisés pour améliorer l’hygiène bucco-dentaire des enfants ;

·         Un nombre considérable d’études prouvent hors de tout doute toute la nocivité de la fluoration forcée de toute une population ;

En ignorant et en rejetant du revers de la main tous ces faits, les dix conseillers pro-fluoration ont préféré imaginer aider les personnes défavorisées de leurs districts respectifs et ignorer tout le reste de la population en se substituant, de manière discutable, au rôle de la médecine.

En reconnaissant s’être trompés, les dix conseillers pourraient faire amende honorable et proposer de suivre le bon exemple de la ville de Mont-Joli qui a fait marche arrière dernièrement en déclarant un moratoire jusqu’à la prochaine élection de novembre 2013.

 Jean-Marc Meis

Biodiversité et Environnement : Vers un printemps sans oiseaux ?

juin 24th, 2012 by Dr. Paul Craig Roberts

Grâce au livre qu’elle a écrit en 1962, Printemps silencieux, Rachel Carson a réussi à faire interdire le DDT et d’autres pesticides chimiques, ce qui a sauvé la vie de nombreux oiseaux. Aujourd’hui ce sont les humains qui sont directement menacés par des technologies destinées à permettre aux entreprises privées de tirer le plus de profit possible des ressources naturelles au moindre coût possible pour elles mais avec un coût social très élevé. 

Autrefois abondante, l’eau potable est devenue rare aujourd’hui. Et malgré cela, aux Etats-Unis, on continue de polluer les eaux de surface et les nappes phréatiques et de rendre l’eau inutilisable par la décapitation minière des montagnes, la fracturation hydraulique et autres “technologies nouvelles” de ce genre. Les ranchers du Montana oriental, par exemple, sont obligés d’arrêter leur activité parce que l’eau est polluée.

L’exploitation du pétrole off-shore et la contamination marine par les produits chimiques utilisés dans la culture ont détruit la pèche dans le golfe de Mexico. Dans d’autres endroits du monde, les explosifs utilisés pour améliorer le rendement de la pèche sur le court terme ont détruit les récifs de corail nécessaires à la reproduction des poissons. La déforestation au profit d’une production agricole à court terme a eu pour conséquence de remplacer des forêts tropicales riches en biodiversité par des déserts. La “génération du tout, tout de suite” laisse aux futures générations une planète privée de ressources.

Les installations nucléaires sont construites sans précaution dans des zones de tremblement de terre ou de tsunami. Les gaines radioactives sont stockées dans les centrales, ce qui augmente le potentiel destructeur d’un accident ou d’une catastrophe naturelle.

La nouvelle menace vient des graines génétiquement modifiées qui engendrent des plantes résistantes aux herbicides. L’ingrédient actif de l’herbicide Roundup de Monsanto est le glyphosate, un élément toxique qui contamine actuellement les eaux espagnoles et qu’on “retrouve désormais assez fréquemment dans les pluies et les fleuves du bassin du Mississipi”, selon l’Organisme de Surveillance Géologique des Etats-Unis.

En 2011, Don Huber, un pathologiste des plantes et un microbiologiste des sols a écrit au secrétaire de l’agriculture étasunien pour l’informer des conséquences des OGM et des herbicides qui les accompagnent. Il a décrit leurs effets négatifs sur les oligo-éléments, la fertilité des sols et la valeur nutritive de la nourriture. Il a signalé la dégradation des voies métaboliques qui empêche les plantes d’accumuler et de stocker les minéraux comme le fer, le manganèse et le zinc, des minéraux importants pour le fonctionnement du foie et la protection immunitaire des animaux et des humains. Il a décrit leurs effets toxiques sur les microorganismes du sol : en détruisant les équilibres naturels de la nature, ils provoquent une grande augmentation des maladies des plantes. Il a signalé les pertes en cheptel dues au botulisme, le vieillissement prématuré des animaux et l’augmentation de l’infertilité des animaux et des êtres humains.

Dans un interview, Huber a expliqué que le pouvoir de l’industrie agricole fait obstacle à la recherche sur les OMG et que les agences de régulation qui ont la responsabilité de protéger le public se servent des études réalisées par cette même industrie et ne bénéficient d’aucune information objective indépendante sur laquelle fonder leurs décisions.

Bref, pour faire quelques années de récoltes pharamineuses, on détruit la fertilité des sols, des animaux et des êtres humains.

Cela fait longtemps que l’homme détruit la planète. Dans son livre fascinant, 1493, Charles C. Mann décrit les effets négatifs sur l’environnement, les gens et les civilisations de la mondialisation depuis Christophe Colomb. Il parle de la propagation des maladies des plantes et des personnes dans le monde entier, de la déforestation, de la destruction des peuples et des empires, et de l’impact sur la Chine lointaine de l’argent espagnol extrait des mines du nouveau monde.

Mann nous donne une leçon d’histoire sur les conséquences involontaires et imprévisibles des actions des élites et de leurs subalternes. Les impôts chinois correspondaient à une certaine quantité d’argent mais l’importation de l’argent espagnol a fait baisser le cours de ce métal et les revenus du gouvernement chinois sont devenus insuffisants.

Un gouvernement ou une dynastie postérieure a fait partir les Chinois des côtes pour empêcher les pirates de se ravitailler. Les millions de personnes déplacées ont détruit les forêts qui couvraient les montagnes pour les remplacer par de la culture de subsistance en terrasses. A cause de la déforestation, les eaux ont emporté les terrasses, et même les récoltes, vers les vallées fertiles. Et les inondations sont devenues l’obstacle majeur à la production de nourriture de la Chine.

Les premiers esclaves ont été les natifs du nouveau monde conquis mais les “Indiens” n’ont pas résisté aux maladies importées par les Européens. Les blancs européens ont constitué la seconde vague d’esclaves, mais les Européens n’ont pas résisté à la malaria et à la fièvre jaune. Et donc finalement ce sont les noirs qui ont été réduits en esclavage car ils étaient immunisés contre la malaria et la fièvre jaune. C’est ainsi qu’une main d’oeuvre noire capable de survivre dans cet infect environnement a créé de nouvelles zones humides pour planter de la canne à sucre, des zones humides dans lesquelles les moustiques de la malaria et de la fièvre jaune ont prospéré. Mann, bien sûr, décrit simplement ce qui s’est passé, il ne justifie pas l’esclavage des noirs ou de qui que ce soit.

Mann montre que l’humble moustique a eu une grande influence sur l’histoire américaine. Le Ligne Mason-Dixon sépare la Côte Est en deux zones, le Sud où les maladies inoculées par les moustiques représentaient une menace endémique et le nord où il n’y avait pas de malaria. Dans le Sud, une personne qui ne mourait pas dans l’enfance était immunisée. Ce qui n’était pas le cas des Nordistes.

Ceci a eu d’énormes conséquences au moment de l’invasion du Sud par les armées nordistes. Selon Mann, “la maladie a tué deux fois plus de soldats de l’Union que les balles ou les obus des Confédérés. Au cours des étés 1863 et 1864, le taux d’infection moyen de ce qu’on appelait alors “des fièvres intermittentes” s’est élevé à 233 %. La maladie terrassait le soldat nordiste moyen à plusieurs reprises. Elle a tellement affaibli les soldats qu’ils mouraient de dysenterie, de lèpre ou d’infections causées par des streptocoques.

Le moustique s’est révélé l’allié le plus puissant du Sud et à cause de lui, la guerre s’est tellement prolongée malgré la grande supériorité numérique des forces de l’Union que Lincoln a été forcé de prendre une décision à laquelle il n’était pas particulièrement favorable, à savoir l’émancipation des esclaves. De sorte que, écrit Mann, on peut en conclure sans exagérer que les noirs ont été libérés par le moustique de la malaria, le même moustique qui avait présidé au choix des noirs comme esclaves.

Mann montre que, longtemps avant la naissance du capitalisme, la cupidité poussait les hommes à traiter leurs congénères avec barbarie. Il montre aussi que les décisions politiques, qu’elles soient prises par cupidité ou en fonction de l’intérêt général ont toujours des conséquences inattendues. Son analyse aux multiples facettes illustre le vieil adage : “Les meilleurs plans des souris et des hommes vont souvent de travers.”

La colonisation du nouveau monde par l’ancien a décimé les peuples du nouveau monde, mais le nouveau monde a été vengé par le mildiou qui a attaqué les pommes de terre en Europe et l’inflation qui s’est développée en Espagne et en Europe.

La destruction de l’environnement a été surtout la conséquence de la déforestation et des inondations consécutives qui ont emporté les sols. Avant les technologies et les produits chimiques toxiques modernes, la planète survivait à l’homme.

Aujourd’hui les perspectives d’avenir de la planète ne sont plus les mêmes. La population humaine est beaucoup plus importante que par le passé, ce qui met une grande pression sur les ressources, et les conséquences désastreuses des nouvelles technologies sont inconnues au moment où elles sont utilisées d’autant plus qu’on ne voit alors que les avantages qu’on en attend. Qui plus est ce ne sont pas les entreprises, firmes et autres multinationales qui subissent leurs effets négatifs et en paient le prix. C’est l’environnement et le reste de l’humanité et de la vie animale. Ces coûts-là se sont pas pris en compte dans les calculs de retour sur investissement des entreprises. Le coût externe de la fracturation hydraulique, de la décapitation minière des montagnes, des produits chimiques agricoles et des OMG pourrait être supérieur au prix des produits et services commercialisés.

Les entreprises n’ont aucune envie de tenir compte de ces coûts puisque cela diminuerait leurs profits et pourrait révéler que le coût total de production est bien supérieur à son prix de vente. Les gouvernements se sont montrés largement incapables de contrôler les coûts externes parce qu’ils sont sous l’influence d’intérêts privés. Et même si un pays parvenait à intégrer ces coûts, les autres pays profiteraient de la situation. Les multinationales qui externalisent une partie de leurs coûts vendraient moins cher que celles qui internalisent tous les coûts de leur production. C’est ainsi que la planète est en passe d’être détruite pour le profit à court terme et le confort d’une seule génération.

La leçon essentielle qui émerge du livre passionnant de Mann, c’est que les gens d’aujourd’hui n’ont pas une meilleure compréhension des conséquences de leurs actions que les peuples superstitieux et dénués de données scientifiques des siècles passés. L’homme technologique moderne se laisse aussi facilement embobiner par la propagande que les hommes d’autrefois par la superstition et l’ignorance.

Si vous ne croyez pas que les peuples des civilisations occidentales vivent dans une réalité artificielle fabriquée par la propagande, regardez ce documentaires sur les psyops (opérations psychologiques, ndt). Le documentaire est bien fait à part une ou deux prises de position à sens unique sur des questions mineures. Il insiste un peu trop sur la responsabilité des riches et oublie de dire, par exemple, que Staline qui ne cherchait pas à devenir milliardaire se servait beaucoup de la propagande. Tous les riches ne sont pas contre le peuple et les milliardaires Roger Milliken et Sir James Goldsmith ont combattu la délocalisation et le mondialisme qui augmentent l’impuissance des peuples et le pouvoir des élites. Tous les deux ont défendu le peuple en pure perte.

Le documentaire reproche aussi à la Constitution de limiter la participation du peuple au gouvernement mais ne dit pas que la Constitution restreint le pouvoir du gouvernement et garantit les libertés civiles en faisant de la loi un bouclier pour le peuple et non une épée aux mains des gouvernants. Ce n’est pas de la faute de la Constitution ni de celle de son père fondateur, James Madison, si le peuple étasunien a succombé à la propagande de Bush ou d’Obama et a renoncé à ses libertés civiles en échange de la “protection sécuritaire” contre les “terroristes musulmans”.

Le documentaire montre que la propagande est une forme de contrôle des esprits et le problème des Etats-Unis c’est bien que les esprits y soient sous contrôle.

En 1962 Rachel Carson a pris Monsanto par surprise et a réussi à se faire entendre. Aujourd’hui elle n’aurait pas la même écoute. Des psyops préparés à l’avance seraient prêts à entrer en action pour la discréditer. Je viens de lire un article d’un économiste qui a écrit que des économistes avaient qualifié l’environnementalisme de religion, autrement dit de système de croyances sans bases scientifiques qui prêche des “valeurs religieuses”. Cela prouve le peu d’importance que les économistes attachent aux coûts externes et montre qu’ils ne croient pas que les coûts externalisés soient susceptibles de détruire la puissance productive de la planète. C’est pourquoi la question : “Un printemps silencieux nous attend ?” n’est pas une question rhétorique. C’est bien ce qui nous attend.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais :


Biodiversity and the Environment: Silent Spring For Us?
- by Dr. Paul Craig Roberts – 2012-06-20

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

Paul Craig Roberts a été rédacteur en chef du Wall Street Journal et il est secrétaire adjoint au Trésor étasunien. Il a écrit : HOW THE ECONOMY WAS LOST, qui a été publié par CounterPunch/AK Press. Son dernier livre : Economies in Collapse : The Failure of Globalism, a été publié en Europe en juin 2012.

Rosalie Berthell : une femme engagée

juin 24th, 2012 by Dr. Ilya Sandra Perlingieri

“Il n’y a rien de tel qu’une exposition à la radioactivité pour faire des dégâts. La probabilité que les cellules soient endommagées est de 100%. La question suivante est : de quelle atteinte vous souciez-vous ?”  Dr. Rosalie Bertell, 1990  

Eminente scientifique américaine et expert international sur le rayonnement, la militante écologiste Rosalie Bertell est décédée le 14 juin 2012. Elle avait 83 ans. Voici quelques extraits d’un article la présentant sur le site Global Research (1).  

En 1985, son premier livre, ” No Immediate Danger: Prognosis for a Radioactive Earth “, a été publié à Londres et acclamé par la critique. Le livre décrit en détail les effets de la radioactivité – pas seulement les taux élevés de cancers incurables – mais aussi la façon dont l’exposition aux rayonnements ionisants (pénétrants et créés par l’homme) affecte le corps humain. En 1986, Rosalie Bertell faisait partie de l’équipe d’enquête sur Tchernobyl, et elle a travaillé avec des milliers de survivants de la catastrophe du réacteur nucléaire.  

Dans un discours prononcéen 1990 à Oslo, en Norvège, elle notait que la radioactivité augmente la susceptibilité à « beaucoup de maladies différentes, y compris les déficiences du système immunitaire, les malformations congénitales, les fausses couches, les maladies chroniques à long terme, les mutations génétiques (ce qui implique des atteintes continues et la dégradation du patrimoine génétique, c’est-à-dire de l’avenir), ainsi que les leucémies et autres maladies du sang. »

 « Prenez par exemple un seul atome de plutonium dans un tissu pulmonaire. En se désintégrant, il projette des particules d’énergie à travers des cellules vivantes. Comme vous le savez, une cellule n’est pas vide ; c’est un système vivant rempli de différents types de matière, avec des tâches distinctes à effectuer dans le corps. Nous ne pouvons rien ressentir de cette désintégration au niveau cellulaire. Mais elle provoquera des dégâts…. Le dégât qui est susceptible de causer le plus de problèmes dans un système global comme l’être humain, c’est le dégât qui frappe le noyau de la cellule. Parce qu’à l’intérieur du noyau, il y a le matériel chromosomique qui conserve le modèle de ce que doit faire la cellule. Si vous changer cela, vous changez ce que la cellule produit. Si vous modifiez une cellule, et qu’elle est encore capable de se reproduire, cela fera deux cellules avec des chromosomes endommagés, ce qui peut provoquer une croissance exponentielle de cellules qui ne travaillent plus correctement. »

(…)  

En 2007, « Tchernobyl : L’héritage caché » de Pierpalo Mittica est publié. Rosalie Bertell en était l’un des co-auteurs. Elle y a contribué par un important rapport sur la dévastation que ce réacteur nucléaire continue de provoquer sur la population ukrainienne ainsi que sur le reste du monde. Comme pour la terrible catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, la quantité de radioactivité reste avec nous pour toujours ; non seulement pour la population japonaise, mais pour le monde entier.

(…)  

À 83 ans, et malgré une maladie grave ces deux dernières années, Rosalie Bertell était toujours active, « écrivant des articles et répondant au courrier, travaillant avec le grand public pour continuer à l’informer sur les risques et les dangers des essais environnementaux militaires et l’industrie nucléaire ». Elle considère que sa récompense la plus gratifiante fut d’avoir « découvert tant de personnes sensées, concernées à travers le monde, qui demandent seulement à mener une vie décente et à élever paisiblement leurs enfants, en partageant les richesses de la planète avec tout le monde et avec tous les êtres vivants ! J’ai trouvé ces gens-là dans chacun des plus de 60 pays où j’ai travaillé. Les gens ordinaires savent que  nos politiques environnementales actuelles sont basées sur la cupidité, qu’elles ne sont pas faites pour les êtres vivants et ne sont pas durables. »  

 
Article original en anglais : Remembering Rosalie Bertel, Author, distinguished scientist, environmental activist, international expert on radiation, sister of the Grey Nuns

Traduction : Cécile Monnier, http://fukushima.over-blog.fr/article-rosalie-bertell-107328661.html

Qui est Rosalie Bertell ?

Sœur des Nonnes Grises du Sacré-Cœur, Rosalie Bertell était titulaire de cinq doctorats honoris causa. Elle comptait, parmi ses nombreuses récompenses, le Prix Right Livelihood1986, connu sous le nom de Prix Nobel Alternatif ; le Prix de la Paix du mouvement World Federalist ; le Prix Innovateur pour la Santé du Conseil de la Santé du Premier Ministre de l’Ontario ; le Prix du Programme pour l’Environnement Global500 des Nations Unies et le Prix Sean Mac Bride International de la Paix. En 2005, elle a été l’une des 1000 Femmes de Paix nominées pour le Prix Nobel de la Paix. Elle a publié plus de 100 articles, et fut rédactrice de la revue « Perspectives Internationales en matière de Santé Publique ».  

ber dangerLe premier livre de Rosalie Bertell  : No Immediat Danger ? Prognosis for a Radioactive Earth, paru en 1985, a été traduit et publié en français en 1988 (2ème tirage en 1989) sous le titre Sans danger immédiat ? L’avenir de l’humanité sur une planète radioactive  (Ed. La pleine Lune). Il est encore possible de se le procurer 

 

(1) Merci à Cécile Monnier pour la traduction française !

Portrait : Se plaçant au-dessus de la curée, Alain Juppé brigue la présidence de l’UMP en Novembre 2012 afin de ressouder l‘unité d’un parti qui lui a été usurpé par son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, dont l’échec présidentiel a gravement lézardé l’édifice. Retour sur le parcours de celui qui fut longtemps présenté au sein du parti néogaulliste comme «le meilleur d’entre nous».

Paris- Les sentiers de la gloire et de la renommée promis à ce surdoué déboucheront sur un épouvantable chemin de croix. A l’épreuve des faits, «le meilleur d’entre nous» se révèlera un piètre gestionnaire de la diplomatie française comme auparavant du patrimoine français. Par trois fois désavoué par le peuple, de surcroit lourdement sanctionné moralement par la justice de son pays pour «avoir trahi la confiance du peuple souverain»; accablante sentence dont l’écho se perpétue de nos jours dans les prétoires de la République comme la marque infamante d’une stigmatisation morale à perpétuité.

Le condottiere de la Syrie

Son engouement pour la Syrie aura été à la mesure de son dépit de la Libye. A la mesure de sa détestation de la gestion libyenne du tandem Nicolas Sarkozy-Bernard Henry Lévy. La Syrie, son obsession, dont il voulait en faire son tremplin, son rebond, son bâton de maréchal vers une nouvelle destinée présidentielle, s’est soustraite à lui, refusant d’être la proie de ses ambitions. Son Austerlitz, fée carabosse maléfique, un Waterloo. Ah la morne plaine en ligne d’horizon de la Berezina.

«Juppé… On se souvient de la façon dont il s’est conduit au moment de la Bosnie, puis du Rwanda, il sera forcément contre cette histoire libyenne. Il ne serait pas Juppé s’il n’était pas contre. Si je peux me permettre un conseil: tout faire depuis ici, à travers la cellule diplomatique, et ne rien dire à personne -garder le secret, même pour Juppé», chuchotera l’intrigant BHL à l’oreille complaisante de Nicolas Sarkozy, ravi de jouer un mauvais tour au meilleur des compagnons des chiraquiens et sarkozystes réunis (1).

Embarqué volontaire à bord du Titanic en sauveur du naufrageur du gaullisme, Nicolas Sarkozy, au lendemain de la calamiteuse prestation de la diplomatie française lors du printemps arabe de l’hiver 2011, Alain Juppé subira de plein fouet l’affront du duo, deux semaines après sa nomination. Au point que des journalistes se poseront publiquement la question de savoir si Alain Juppé «le vrai, le fort, le tatoué, celui qui rassemble les diplomates égarés ou indignés» n’a pas été «remanié par BHL» (2), floué par Sarkozy, par la réception à l’Elysée d’une délégation de rebelles libyens, en compagnie du roman-enquêteur, mais à l’insu du nouveau ministre des Affaires étrangères.

Ah le camouflet. Juppé écumant de rage à sa sortie d’une conférence ministérielle européenne à Bruxelles, la colère rentrée, la mâchoire crispée, le mépris incrusté sur un rictus figé, les jurons contenus face aux caméras du monde entier. Sublime spectacle de stoïcisme face à cet invraisemblable coup de Jarnac. La marque d’une ingratitude suprême.

Sur les malheurs du peuple libyen, Nicolas Sarkozy avait en effet décidé de sceller sa réconciliation avec le philosophe du botulisme, afin de purger un contentieux souterrain para matrimonial, à la faveur d’un indécent ballet diplomatique, couvrant de ridicule la France, en contournant, le gaulliste Alain Juppé, supposé restaurer le prestige terni de la diplomatique française. Mais cela, Juppé ne pouvait le savoir. Il en paiera le prix en termes de marginalisation dans l’affaire libyenne.

L’implication d’un des chefs de file de la stratégie médiatique israélo-américaine sur le théâtre européen aura été fatale à la révolution libyenne, qui dérivera vers l’islamisme par défiance anti occidentale, de même que l’instrumentalisation de citoyens français d’origine syrienne à la tête de l’opposition syrienne dénaturera le combat libératoire des Syriens, le déviant vers un bourbier inextricable.

Bel exploit que de mésestimer le nationalisme chatouilleux des Syriens, nourri d’une forte suspicion à l’égard de l’ancien pouvoir colonial, artisan du démembrement de leur pays.
Faute psychologique impardonnable, elle conduira le chef de la branche
syrienne de la confrérie des Frères Musulmans à réclamer la démission de la porte-parole française de l’opposition, Basma Kodmani, à la carrière exclusivement académique, structurellement ombiliquée aux administrations du camp atlantiste, l’IFRI d’abord, la Ford Foundation ensuite, Arab Reforme Initiative enfin, sans passé oppositionnel, sans tradition de lutte sur le terrain (3).

Au terme d’un an de prestation chaotique des supplétifs syriens de l’administration française, elle suscitera, en réaction, la mise sur pied, hors de l‘orbite française, dans le giron saoudien, d’une nouvelle entité de substitution à la structure poussive, en la personne de Nofal Dawalibi, fils de l’ancien premier ministre syrien Maarouf Dawalibi mais néanmoins homme d’affaires saoudien, provoquant la démission du chef nominal de l’opposition Bourhane Ghalioune, dans la foulée de la prise de fonction du socialiste François Hollande.

Faute psychologique impardonnable en ce que la nouvelle campagne française de Syrie, en tandem avec le Qatar, a voulu ignorer la moitié de la planète, la Chine et la Russie, disposant d’un double véto au Conseil de sécurité, l’Inde et l’Afrique du sud, les nouvelles autorités morales de du XXI me siècle, le Brésil, la puissance montante de la sphère latino-américaine, le BRICS, trois milliards de personnes, soit la moitié de l’humanité. Au point que se pose la question de l‘utilité des centres de recherches sur le monde arabe financés à grand frais par les contribuables français, qu’induit cette succession de bourdes, en Tunisie, en Egypte, en Libye, enfin en Syrie (4). Pour un surdoué, cela fait tâche.

Erreur fatale, tant pour le bilan diplomatique de la mandature présidentielle de Nicolas Sarkozy que pour l’ancien prodige gaulliste. Métronome de ses propres revers, Juppé mutera au fur et à mesure de l’évolution du conflit syrien, par proximité électorale française, vers une posture philo sioniste, concédant à Israël le droit de modifier unilatéralement ses frontières, au mépris des principes du Droit international.

Erreur fatale, le choix de ses compagnons d’aventure, le premier, son mentor, qui lui vaudra le déshonneur d’une condamnation judiciaire, par substitution, pour emplois fictifs, le second, le déshonneur du ridicule, par préméditation de l’usurpateur du parti dont il est le fondateur. On ne se méfie jamais assez de ses amis de trente ans.

Craignant de perdre son âme, excédé par les dérives du vecteur qu’il voulait rassembleur, l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP), Juppé tentera au lendemain du premier tour des élections présidentielles de 2012, désastreux pour son camp, de reprendre la main. Mal lui en prit. Il fera l’objet d’un rappel à l’ordre de son cadet, lui enjoignant de demeurer dans les rangs, sans songer à récupérer son bien (5).

Ah quel calvaire. La coupe jusqu’à la lie. L’homme qui avait dégagé sans ménagement les juppettes (les femmes ministres) de son gouvernement, en 1995, se retrouvera chauffeur de salle d’un meeting électoral à Lyon, le 29 avril 2012, dissertant sur la comptabilité du gaullisme et du sarkozysme. Faux dur mutique, comme il l’avait été dans l’affaire Clearstream lors du bras de fer épique entre son ancien directeur de cabinet et son nouveau président, il se laissera supplanter au poteau par le turbo propulseur de la diplomatie française, Dominique de Villepin, son ancien disciple, son désormais alter ego, plus qu’égal.

Dans une retentissante tribune au Journal le Monde, ce personnage de légende de la scène internationale se distinguera par une vigoureuse profession de foi gaulliste, soldant avec panache son combat homérique avec le président sortant qu’il aura toisé avec succès tout au long de sa mandature, vainqueur par KO technique du «croc de boucher» Sarkozy (6).

L’homme qui a «trahi la confiance du peuple souverain»

Les avatars de Daewoo ou le bradage d’un joyau industriel pour un franc symbolique

«Le meilleur d’entre nous» est un piètre gestionnaire, c’est à tout le moins ainsi qu’il apparaîtra pour l’éternité. Pour l’homme du «Franc symbolique».

Au-delà de ses qualités, immenses, Alain Juppé passera à la postérité pour l’homme qui aura voulu brader, pour un franc symbolique, une entreprise stratégique «Thomson» et qui s’est délesté au profit d’intérêts privés de la plus importante compagnie maritime navale, la Compagnie générale maritime (CMA-CGM), d’un pays, la France, qui dispose d’un domaine maritime international parmi les plus importants du monde.

A moins que ce technocrate habile, fin connaisseur des arcanes administratifs, présumant toutefois de ses capacités, n’ait voulu tirer argument du formalisme bureaucratique de Bruxelles, les fameux «critères de convergence» de Maastricht, pour opérer la plus grande opération de délocalisation du financement occulte du RPR, le parti budgétivore chiraquien, dont il a été le responsable des finances à la Marie de Paris.

Sauf à considérer ces deux opérations comme une gratification du pouvoir chiraquien à des bailleurs de fonds électoraux, l’empressement de M. Juppé à lester son pays des joyaux de son économie n’a jamais trouvé explication convaincante.

Droit dans des bottes, comme il se plait à se décrire, une raideur que confère une certitude suffisante, Alain Juppé, alors Premier ministre, passant outre aux conseils de prudence de son entourage, affiche, en 1996, au sortir d’un semestre social houleux, son intention de vendre au groupe Daewoo l’entreprise publique Thomson Multimédia, officiellement «très endettée», contre 1 franc symbolique après sa recapitalisation par l’État, à hauteur de 11 milliards de francs.

Curieux procédé qui consiste à doter en capital public une entreprise vouée à être cédée à des intérêts privés, qui plus est un groupe hors de la sphère francophone.

M. Juppé se justifiera en invoquant le motif de la «maîtrise des comptes publics», en conformité avec les critères de Maastricht, notamment le pacte de stabilité et de croissance. Le plan, il est vrai, avait facilité la qualification de la France pour l’euro, à la suite du passage du déficit public de 5,5 % du PIB en 1995 à 3,0 % en 1997

Mais le fait que le procédé ait été repris, avec les mêmes arguments, pour la cession de la Compagnie Générale Maritime, que de surcroît les deux bénéficiaires aient été des entrepreneurs proches du pouvoir chiraquien, que les entreprises en voie de cession, enfin, aient été des entreprises stratégiques viables, ont suscité des interrogations sur les motivations profondes de M. Juppé et de son mentor Jacques Chirac.

Thomson CSF survivra, en effet, à son potentiel repreneur, sinistré par une faillite frauduleuse, devenant même un groupe industriel français stratégique, s’articulant sur trois pôles: défense, aéronautique et sécurité. Et l’ami de M. Juppé, le PDG de Daewoo, décoré d’ailleurs des mains du premier ministre français, condamné pour faillite frauduleuse.

Thomson Multimédias détenait, à cette époque, les brevets et licences de la totalité des supports numériques sur disque (CD, CD-Rom, LASER Disc, DVD, disques magnéto-optiques, disquettes) qui génèrent des royalties dans le monde entier avec l’émergence de la télévision numérique. De plus, Thomson restait dépositaire de la marque no 1 en Amérique du Nord: RCA.
Le groupe français était donc, en termes économiques, un groupe viable. En tout cas infiniment plus viable que le repreneur. La vente n’a pas été finalisée, en raison de la forte instabilité qui agitait alors le groupe Daewoo.
Groupe industriel sud-coréen, présent dans de nombreux domaines, dont la construction navale, les armes, l’électroménager et l’automobile, Daewoo a été finalement démantelé, en 1999, par le gouvernement sud-coréen à la suite d’une faillite frauduleuse.
L’ancien patron Kim Woo-Choong, décoré par Alain Juppé, a été, lui, condamné par la justice sud-coréenne, le 30 mai 2000, à dix ans de prison pour fraude et détournement de fonds en liaison avec cette faillite retentissante. Daewoo est, depuis 2002, contrôlée par le deuxième constructeur automobile mondial, General Motors. GM est actionnaire de GM-Daewoo à hauteur de 42 % et Suzuki à hauteur de 27 pour cent.
En France, en dépit de nombreux avantages financiers dont il bénéficiera, de l’ordre de 46 millions d’euro depuis 1986, le groupe quittera la Lorraine en licenciant tout son personnel, soit 1200 salariés de trois sites français. Beau retour sur investissement pour les finances publiques françaises

La Compagnie Générale Maritime, une ténébreuse affaire.

Quant à la Compagnie générale maritime, son histoire est moins linéaire: La CGM est à proprement parler une affaire de famille, tant par sa conception que par son exploitation qui mutera pour devenir une ténébreuse affaire dans le plein sens du terme. Première entreprise de navigation maritime en France, elle a été cédée à la firme libanaise Rodolphe Saadé et Frères pour 20 millions de FF après sa recapitalisation par l’état français pour un montant de 1,1 milliards de FF, soit un différentiel de 1,080 milliards de FF, record difficilement égalable dans les annales de la jonglerie de la finance internationale.

La transaction qui s’apparentait à un bradage en tout point comparable à un autre avatar financier français, -le projet de cession de Thomson Multimédia au conglomérat défaillant sud-coréen Daewoo «pour un franc symbolique»-, s’est d’ailleurs faite, en 1996, sous le même gouvernement de M. Alain Juppé, à une époque où M. Bernard Pons, président de l’association des amis du président Jacques Chirac, officiait au ministère des transports, l’autorité de tutelle en la matière.
Censée dynamiser le pavillon français, la restructuration de la CGM va se révéler être, par ses dérives financières successives, une opération proprement calamiteuse non seulement pour la compagnie mais aussi pour les nouveaux propriétaires et sans doute pour leurs parrains dans l’hypothèse d’éventuels dérapages.
Principal bénéficiaire de l’opération, Jacques Saadé n’était rien moins que le partenaire de Rafic Hariri dans le grandiose projet Saidoun visant notamment à l’aménagement d’un port pour porte-conteneurs à Saida, au sud Liban, la ville natale du premier ministre libanais de l’époque. Jacques et Johnny, les deux frères Saadé, nouveaux copropriétaires de la CGM, sont des êtres antithétiques, nullement prédisposés à la synthèse et défient à ce titre les lois de la dialectique. L’aîné, Jacques, vibrionnant, est impulsif, le cadet, Johnny, obsessionnel, est compulsif. En un mot, deux êtres fratricides.

Artisan de la propulsion transocéanique de sa compagnie maritime, Jacques se vivait comme l’Amiral de sa flotte, jugeant saugrenue la vocation tardive de son puîné au commandement, qu’il pensait confiner à la gestion des affaires de la société au Liban et en Syrie.
Johnny se voulait non le partenaire mineur de son frère, mais l’égal de son aîné en affaires, un intérêt ravivé par la nouvelle dimension internationale prise par l’entreprise familiale avec l’acquisition de CGM.

Succéder au grec Aristote Onassis en «Pacha de l’armement méditerranéen» est le rêve de bon nombre de navigateurs au long cours. Il était incompatible avec les ambitions contraires de deux êtres au souffle court. Il se brisera avec fracas dans les enceintes judiciaires de France et du Liban, sous le coup de butoir des deux antagonismes.

Par ses multiples rebondissements, cette banale querelle de famille portait en elle le risque d’un dérapage vers une affaire d’état. S’estimant abuser, le cadet poursuivra en effet de sa vindicte implacable son ancien mentor, non sans quelque succès, non sans mettre en émoi la quiétude de quelques hiérarques français, au point qu’il sera un jour demandé instamment au premier ministre libanais de l’époque de veiller à mettre bon ordre dans cette querelle de famille libanaise. Cela se serait, semble-t-il, passé en avril 1998 en marge de la 3me visite du président Jacques Chirac à Beyrouth à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle ambassade française dans la capitale libanaise.

Le différend sera réglé à la veille du retour au pouvoir de M. Hariri, en l’an 2000, mettant un terme à un différend qui menaçait d’empoisonner la présidence de son grand ami Jacques Chirac, dont les soubresauts rebondissements rocambolesques, une dizaine de procès tant à Paris qu’à Beyrouth-au grand soulagement des grands protagonistes de l’affaire qui redoutaient qu’elle n’embrase les palais de la République et ne mette en péril la chiraquie d’entreprise

Les experts mandatés par la justice redoutaient en effet que l’acquéreur, Jacques Saadé, ait mis à profit la recapitalisation de la société française sur les deniers publics pour renflouer sa propre entreprise -gratifier un éventuel bienfaiteur?-, mobilisant une trésorerie de l’ordre de 553 millions de FF. Survenant après l’évocation d’une éventuelle implication d’une piste Hariri dans les déboires de l’Office des HLM de Paris, les avatars judiciaires de la compagnie de navigation française posent le problème de la pertinence du choix du repreneur quant à sa fiabilité et sa capacité.
Par la suite, la compagnie se hissera au troisième rang mondial, avec 15 milliards de dollars de chiffre d’affaires, une activité stratégique et 4000 emplois en France, dont une bonne partie dans la région marseillaise. Sauf que les mauvaises habitudes ont la vie longue. La gestion hasardeuse de Jacques fragilisera la compagnie, faisant l’objet, en 2010, pour la deuxième fois en une décennie, d’un renflouement visant à combler un gouffre financier de 6,7 milliards de dollars. Privilège rarement concédé à tout autre entrepreneur français.
L’armateur libanais avait joué un rôle actif dans le ravitaillement des milices chrétiennes libanaises du temps de la guerre civile Libanaise (1975-1990). De quels secrets sont-elles donc porteuses les soutes de la flotte française, pour que la CGM soit bradée et régulièrement renflouée? Nul ne s’est encore hasardé à se poser des questions sur ce plan. L’histoire, seule, le dira.

Sauf qu’aucun membre du trio Chirac Hariri Jupé n’aura été épargné par le mauvais sort: Alain Juppé a été condamné le 1er décembre 2004 à 14 mois de prison avec sursis et une peine complémentaire d’un an d’inéligibilité par la cour d’appel de Versailles, pour «prise illégale d’intérêt» et, ce faisant, avoir «trahi la confiance du peuple français souverain», le milliardaire libano saoudien sera assassiné, trois mois plus tard, le 14 février 2005, et Jacques Chirac le pensionnaire posthume de Hariri, condamné pour abus de biens sociaux en 2011, premier chef d’Etat français à faire l’objet d’une condamnation judicaire depuis le Maréchal Philippe Pétain en 1945.

«Le meilleur d’entre nous» n’est nullement un enfant de chœur. Sous l’égide de son mentor Jacques Chirac, Alain Juppé a personnifié mieux que quiconque «l’Etat RPR» tant décrié par ses adversaires pour ses extravagances. Ses performances de piètre gestionnaire, s’ajoutant aux accablantes motivations de sa condamnation -«avoir trahi la confiance du peuple souverain»- ont dissipé son halo de «martyr de la chiraquie» pour en faire un partenaire de plein exercice du chiraquisme d’entreprise. Un complice?

Sous les huées de la foule, par trois fois durant sa carrière, il aura quitté le pouvoir, par suite d‘un désaveu électoral. En 1997, par suite de sa gestion calamiteuse de la crise sociale en France. En 20O7, par les électeurs de Bordeaux, la ville qu’il s’est choisie comme point de chute. En2012, enfin du fait de la démagogie de l’usurpateur de sa fonction.

Dans la foulée de la défaite de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, invoquant le principe de non cumul de mandat, renoncera le 7 mai à reconquérir son siège de député, perdu au profit des socialistes, préférant se consacrer à la bataille municipale de 2014, avec le secret espoir que le courroux populaire anti-Sarkozy se sera dissipé en deux ans.

Suprême avanie, la projection au Festival de Cannes du film auto promotionnel de BHL sur ses exploits de Libye, «le serment de Toubrouk», en pleine campagne législative de sauvetage de l’UMP, aura été son «cauchemar de Darwin» (7).

Alors que sa lancinante obsession BHL, en quête d’une nouvelle autocélébration narcissique, rejoignait à point nommé ses amis socialistes au seuil du pouvoir, le condottiere de Syrie, emporté par la tentation de Venise, s’en allait peupler le vaste cimetière des illusions perdues.

En trente ans de carrière politique haut de gamme, ce lauréat du concours général en lettres classiques, pur produit de la voie royale de l’élitisme républicain (Normal sup, ENA et Sciences politiques) a fait perdre à ses compatriotes leur grec et leur latin, leur moral même, par sa gestion du conflit syrien, par la mansuétude qu’il a témoignée au fossoyeur du gaullisme Nicolas Sarkozy, par la succession enfin de scandales politico-financiers qu’il aura générés de l’affaire de l’appartement de son fils Laurent, au scandale Thomson, de l’affaire de la Compagnie Générale Maritime, au scandale de la gestion du budget de la Mairie de Paris et du RPR.

Alors? Juppé, le meilleur d’entre nous ? Vraiment le meilleur? Vraiment? Franchement pas.

Notes

1-Bernard Henry Lévy, in «La guerre sans l’aimer», Edition Grasset- Novembre 2011, récit de l’exposition médiatique du philosophe au printemps 2011 en Libye.

2 -«Libye: Juppé remanié par BHL» par Daniel Schneidermann, Fondateur d’@rrêt sur images Cf. RUE 89 en date du 13 mars 2011.

3- Basma Kodmani est la fille de Nazem Kodmani, ancien ambassadeur de Syrie en France, décédé en 2008 est l’artisan du rétablissement des relations diplomatiques entre la France et la Syrie après la rupture de Suez (1956. A son retour à Damas, le diplomate a été en charge du département Europe occidentale au ministère syrien des Affaires étrangères, particulièrement du suivi du dossier France, émargeant une large fraction de sa carrière sur le budget du pouvoir bassiste. Sa mère, Hyam Mardam Bey, est la nièce de Jamil Mardam Bey, le dirigeant syrien de l’époque du mandat français et cousine de Farouk Mardam Bey, l’éditeur franco syrien. Basma Kodmani a été, tour à tour, chercheuse à l’IFRI, puis directrice régionale de la Ford Foundation au Caire avant de diriger l‘ARI (Arab Reform Initiative). Cette structure, financée par des fonds mixtes notamment des Emirats arabes Unies, a été initiée par Harry Siegman, membre du Council of Foreign relations, activiste influent de la communauté juive progressiste de New York, via son lobby «ME-USA project», le projet américain pour le Moyen-Orient.

Auditrice assidue du Forum de Bilderberg, la plateforme décisionnelle des cosmocrates de la trilatérale (Etats-Unis, Japon, Europe), Basma Kodmani a été présentée lors de la dernière session du Forum qui s’est tenu du 6 au 12 juin à Chantilly (Virgine) a été inscrite sous la mention « International », alors qu’elle est de nationalité française, d’origine syrienne, seul participant à bénéficier de ce label, comme pour suggérer son cosmopolitisme, frappant de caducité sa présence au sein de l’opposition syrienne de France, dont elle ne revendique ni la nationalité française, ni la nationalité syrienne

4-Sur la problématique de l’opposition syrienne cf. à ce propos http://www.renenaba.com/la-controverse-a-propos-de-basma-kodmani/

5-Nicolas Sarkozy rappelle à l’ordre Alain Juppé mardi 24 avril2012, l’invitant à se concentrer sur le deuxième tour de la présidentielle plutôt que sur l’avenir de l’UMP. Vigoureux recadrage, Nicolas Sarkozy n’a pas du tout apprécié les propos d’Alain Juppé sur l’après-6 mai. Le ministre des Affaires étrangères avait déclaré qu’en cas de défaite, ils seraient «un certain nombre à tout faire pour que l’UMP garde sa cohésion». Interrogé sur les déclarations de son ministre dans l’émission Les Quatre Vérités sur France 2, Nicolas Sarkozy avait répliqué: «On est exactement dans ce qui n’intéresse nullement les Français. Il ferait mieux de se concentrer sur le deuxième tour».

6- La tribune de Dominique de Villepin au Journal Le Monde dans l’entre-deux tours des élections présidentielles françaises de 2012 «La droite m’effraie, la gauche m’inquiète». http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/27/la-droite-m-effraie-la-gauche-m-inquiete_1692193_3232.html

7- «Le cauchemar de Darwin» (Darwin’s Nightmare), film documentaire de Hubert Sauper (2004), traite des méfaits de la mondialisation sur le continent noir du fait du commerce triangulaire, et, par transposition au cas libyen, des méfaits des équipées atlantistes sur la rive méridionale de la Méditerranée avec l’instauration de la charia talibane en Libye.

Pour aller plus loin sur la filière libano africaine de l’affairisme chiraco-haririen, cf. -«Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres» René Naba – Editions L’Harmattan-Février 2011.
La revue «Al Bayane» annonçait, dans son n° 347 d’Octobre 2000, la transaction financière entre les frères Saadé. Revue économique libanaise mensuelle éditée à Beyrouth et diffusée exclusivement par abonnement aux décideurs économiques libanais (banquiers, affréteurs maritimes, assureurs) «Al Bayane» avançait le chiffre de 240 millions de dollars comme montant de la transaction. L’accord est intervenu à la suite d’une une intermédiation entreprise par Sami Nahas, avocat proche de M. Rafic Hariri, assisté du bâtonnier libanais Marcel Sioufi et de l’avocat Claude Azouri. Michel Moatti, un des avocats de Jacques Saadé, a participé directement à la rédaction du projet d’accord. Et Me Choucri Khoury, du barreau de Beyrouth, désigné comme tiers arbitre pour veiller à l’application de l’accord. Johnny a renoncé à tous ses droits et participations dans le groupement CGM-CMA pour 44 quarante-quatre millions de dollars. Le règlement se faisant par étape. Le premier versement de 200 millions de dollars a été perçu à la signature de l’accord. Le reliquat de 40 millions de dollars a été réglé par traite bénéficiant d’un aval bancaire en faveur de Johnny, qui pourra ainsi en cas de défaillance de Jacques récupérer son dû. Les deux frères renoncent à toute poursuite ou plainte judiciaire au Liban et à l’étranger.
Tout était redevenu merveilleux dans le meilleur des mondes. Sauf que Rafic Hariri sera assassiné le 14 février 2005, Jacques Chirac poursuivi et condamné pour abus de biens sociaux en 2011, premier chef d’Etat français à faire l’objet d’une condamnation judicaire depuis le Maréchal Philippe Pétain en 1945.

 « Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots ».
Jean Jaurès

Tout au long de cette histoire de cohabitation qui fut dans l’ensemble douloureuse, il y eut des hommes et des femmes européens d’Algérie qui, à des degrés divers, se sont battus pour la dignité et contre le système colonial, notamment en contribuant à l’indépendance de l’Algérie. Sait-on par exemple, qui est Francis Jeanson mort dans l’anonymat le plus strict aussi bien en France qu’en Algérie? L’Algérie d’aujourd’hui refuse de voir son histoire en face. Sait-on que des Français se sont battus, se sont exposés et ont mis en jeu leur liberté et parfois leur vie pour l’indépendance du pays tout étant fidèles à une certaine idée de la France.

Francis Jeanson: l’autre face et l’honneur de la France

« Mais qu’est-ce que tu connais, toi, de la France, sinon Bugeaud et Bigeard? Tu t’adresses à moi comme si j’étais un traître à mon pays. A partir d’aujourd’hui, je voudrais que tu retiennes que mes camarades et moi n’avons fait que notre devoir, car nous sommes l’autre face de la France. Nous sommes l’honneur de la France.» C’est par cette phrase que le philosophe Francis Jeanson- s’adressant au président Abdelaziz Bouteflika -Juin 2000- a défini son rôle lors de l’aide qu’il a apportée à la Révolution algérienne: pour lui, il n’a fait que son devoir et il n’en rougit pas, il se démarque des «autres» qui, au mieux, ont protesté mollement à propos de la torture au pire l’ont approuvée comme l’a fait le cardinal Saliège: «La terreur doit changer de camp.» Francis Jeanson «Le porteur de valises» selon le bon mot de Jean-Paul Sartre, durant la Guerre d’Algérie avait fondé le plus important réseau de soutien au FLN en métropole.

« Depuis 2000, écrit Florence Beaugé, témoignages, articles et procédures judiciaires se succèdent en France, portant sur les pratiques de l’armée durant les «événements» d’Algérie. Des pratiques amnistiées. Mais l’amnistie n’induit pas obligatoirement l’amnésie.(..) Les exactions commencent dès 1830, quand les troupes françaises débarquent à Sidi Ferruch, pour une expédition coloniale longue de quarante ans. Pillages, carnages, incendies de maisons, rafles de civils à grande échelle, etc. La conquête de l’Algérie s’accompagne d’actes de barbarie, les documents d’histoire en attestent. (…) Dès 1947 et 1948, André Mandouze et Francis Jeanson s’alarment, dans la revue Esprit, de la situation qui prévaut dans les trois départements français. Mais ils crient dans le désert. En 1951, un ancien résistant, le journaliste Claude Bourdet, pose la question

«Y-a-t-il une gestapo algérienne?» dans les colonnes de L’Observateur, et décrit les méthodes en vigueur dans les commissariats: électricité, baignoire, pendaison (…)».(1)

Francis Jeanson explique le sens de son combat: «Ce qui se passait en Algérie au nom de la France était inadmissible. Il fallait être contre. La seule façon d’être contre, c’était d’être aux côtés de ceux qui se battent. On m’a souvent dit que c’était de la trahison. Mais, pour moi, il y avait déjà trahison: celle des valeurs de la France.» (2)

« Avant de s’indigner des atrocités commises en Algérie, il faut se demander pourquoi nous avons fait la guerre au peuple algérien et pourquoi nous avons laissé faire des choses qui n’avaient pas de raison d’être. (…) Depuis mai 1945, et les massacres de Sétif, on aurait dû le savoir. La torture n’est pas née de la Guerre d’Algérie en 1954. (…) Prenez les droits de l’homme. Nous prétendons les enseigner, un peu partout (…) Comment pouvons-nous demander à ces peuples, soumis à d’incroyables pressions et à des déstabilisations successives, de respecter les droits de l’homme comme nous y prétendons ici.» (3)

Francis Jeanson s’opposera à Camus et à sa thèse que toute révolution débouche sur la négation des libertés. Sartre interviendra dans cette célèbre controverse en assénant à Camus qui voulait garder ses mains propres: «Avoir des mains propres, c’est ne pas avoir de mains.» (..) Dès 1958, la diffusion des livres La Gangrène et La Question – publiés mais aussitôt interdits parce qu’ils témoignent de la généralisation de la torture – mobilise des centaines de militants.(4)

André Mandouze

André Mandouze normalien, spécialiste de saint Augustin, chrétien de gauche, résistant est un autre «juste» En 1956, il s’engage totalement aux côtés de la Révolution algérienne. Il connut la prison pour «trahison envers la patrie» et fut une des bêtes noires de l’OAS. Après l’Indépendance, il y retourna en tant que directeur de l’enseignement supérieur et y resta cinq ans. Parlant de ses démêlés avec le pouvoir colonial, André Mandouze déclare: «En 1956, en novembre et décembre précisément, j’avais été emprisonné à la Santé pour mon combat en faveur de l’Algérie. Par ailleurs, il faut savoir qu’à cette époque, j’avais déjà eu affaire à ceux qui, bien plus tard, formèrent l’OAS (…) Permettez-moi de rapprocher le livre d’Henri Alleg (La Question, Ndlr) du combat de celui qui, dès janvier 1955 et jusqu’à la fin de la Guerre d’Algérie, ne cessa de protester et de condamner la torture – je veux parler du cardinal Duval. Pour moi, dès la parution de La Question, s’est rétabli, en quelque sorte, le rapprochement de «celui qui croyait au ciel» et de «celui qui n’y croyait pas», contre le racisme colonialiste, de la même façon que les uns et les autres s’étaient retrouvés, pendant la Résistance, contre le fascisme hitlérien.». (5)

Interrogé sur son appréciation de la loi du 23 février 2005, André Mandouze eut cette phrase sans appel: «Il faut abroger. Cet article de loi est scandaleux. Il apporte la preuve que le colonialisme est encore bien vivant dans l’esprit d’un certain nombre de gens qui regrettent que ce soit fini. (…) Il faut parvenir à un accord de fond pour soigner définitivement les blessures du colonialisme et que naisse entre la France et l’Algérie une véritable amitié. L’Europe, sans l’Afrique et l’Algérie, ce n’est pas l’Europe. Inversement, l’Algérie et le Maghreb, en rapport avec l’Europe, c’est la possibilité de contrer cette Amérique qui se conduit lamentablement en Irak et ailleurs. Voilà les vrais enjeux.» (6)

Germaine Tillion: Justice et vérité

Peut-on oublier de citer Germaine Tillion pour qui le combat se résume dans ces phrases:

«Je pense, de toutes mes forces, que la justice et la vérité comptent plus que n’importe quel intérêt politique.» Fin novembre 1954. Dans l’Aurès, les vieux Chaouïa lui racontent comment un militaire maniaque torture de simples suspects. Germaine Tillion ignore tout du problème colonial. Etant reçue par Soustelle son ancien collègue ethnologue comme elle, elle bouillonne: «Croyez-moi monsieur le gouverneur, même un Benboulaïd qui a été arrêté est respectable. Je connais bien sa famille. Je l’ai vu tout gosse à Batna. Mostefa est un patriote et non un criminel de droit commun.» Un an plus tard, elle crée des centres sociaux en Algérie. En même temps, Germaine Tillion s’élève avec véhémence contre la torture avec l’historien Pierre Vidal-Naquet ou le journaliste Henri Alleg. Le 18 juin 1957, elle participe à la commission d’enquête sur la torture dans les prisons de la Guerre d’Algérie. Germaine Tillion, conseillère technique au cabinet de Soustelle, verra Parlanges, le général commandant les Aurès et chargé de la pacification et des SAS chères à Soustelle. Ecoutons comment elle raconte son entrevue avec lui: «Lorsque je lui ai raconté comment les officiers «maniaques» torturaient des «réputés suspects», j’ai compris la méthode qu’il pratiquait au regard profondément ironique qu’il m’a «accordé». Je me souviens encore de ses mains de garçonnet, sans cesse en mouvement, lorsqu’il parlait avec une évidente satisfaction de toutes les façons possibles d’égorger un homme.» (7)(8)

Les autres Justes

« La vie d’un homme, la mienne, compte peu. Ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir. Et l’Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l’amitié entre Français et Algériens se ressoudera», a déclaré Fernand Iveton, peu avant d’être guillotiné. Avec Fernand Iveton l’Algérien de coeur et de naissance, il faudrait rendre justice à tous ceux qui – sans être des indigènes au sens de la colonisation – et dans l’ombre au péril de leur vie, ont cru à l’indépendance de l’Algérie. La liste est longue. Les hommages sont tardifs, parcimonieux et non dénués d’arrière-pensée. Il faut faire apparaître tous les Français dans le cas adverse et les Algériens dans l’autre ce qui n’est pas vrai. Il y eut des «Justes» qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes qui furent considérés eux-mêmes comme des traitres.» (9)

La liste est longue de ceux qui ont bravé les interdits, traversé les barrières invisibles des communautés, l’exemple le plus frappant est celui du Docteur Daniel Timsit qui a participé activement à la guerre d’indépendance de l’Algérie du «mauvais côté». Daniel Timsit est né à Alger en 1928 dans une famille modeste de commerçants juifs. Descendant d’une longue lignée judéo-berbère, il a grandi dans ce pays où cohabitent juifs, Arabes et pieds-noirs, que le système colonial s’efforce de dresser les uns contre les autres. Il s’occupera du laboratoire de fabrication d’explosifs, puis entrera dans la clandestinité en mai 1956. Arrêté, il sera détenu jusqu’à sa libération en 1962, date à laquelle il rentre à Alger. Il s’explique longuement sur son identité algérienne, lui qu’on continue en France, à présenter comme un Européen. « Je n’ai jamais été un Européen», se défend-il. Il s’est toujours considéré comme Algérien, lui, dont la langue maternelle est l’arabe «derdja». La langue et la culture françaises, qu’il ne renie pas, viennent au second plan. L’algérianité ne se définit pas en fonction d’une appartenance ethnique ou religieuse, mais parce qu’il appelle «une communauté d’aspirations et de destin». (10) 

Un hommage mérité a été rendu au couple Claudine et Pierre Chaulet à l’occasion de la parution de leur ouvrage Le choix de l’Algérie, deux voix, une mémoire. Pour rappel, ce sont eux qui ont exfiltré Abane Ramadane en pleine bataille d’Alger. Pour Rédha Malek, le couple Chaulet est considéré comme un symbole de la guerre de Libération. «(…) L’algérianité du couple Chaulet» n’est pas le fruit du hasard mais d’un engagement total et réfléchi´´. M. Rédha Malek a évoqué également Pierre Chaulet le médecin qui avait rejoint les rangs du Front de libération nationale et le rédacteur à El Moudjahid».(11)

Après l’Indépendance, le couple Chaulet a contribué au développement de l’Algérie, Claudine Chaulet sera professeur de sociologie à l’université et le professeur Pierre Chaulet fut l’un des piliers de l’organisation de la santé. A ce titre, je me souviens qu’en tant que directeur du Centre universitaire de Sétif, il m’a été possible d’ouvrir la filière des sciences médicales grâce notamment au professeur Chaulet qui s’est déplacé à Sétif enseigner pendant une dizaine de jours. Il ne voulut pas d’une indemnité, considérant qu’il ne faisait là que son devoir. Qu’il en soit encore remercié trente ans après!

Il n’est pas possible, dans le cadre de cette contribution, de témoigner et de rendre hommage dans le détail des milliers de personnes françaises de souche ou Algériens- Européens, qu’il nous suffise de citer sans être exhaustif, les avocats Jacques Vergès, Gisèle Halimi, Henri Alleg l’ancien directeur d’Alger Républicain qui écrivit un livre témoignage sur la torture: La Question. A côté de la ligne officielle de l’Eglise, il nous faut citer, sans être exhaustif, tous les hommes de religion qui, dérogeant à la norme officielle, ont témoigné notamment contre la torture, je veux citer Monseigneur Duval, l’abbé Bérenguer sans oublier l’immense Frantz Fanon qui combattit avec les armes de l’esprit et dont les écrits -cinquante ans après- sont toujours d’actualité.

En tout cas, l’humanisme sans complaisance de Francis Jeanson, André Mandouze, Mgr Duval, Germaine Tillion, Henri Alleg, Daniel Timsit et tant d’autres resteront pour nous tous une leçon de vie et ne disparaîtront pas. A ce titre aussi, ils méritent notre respect profond et notre recueillement à leur mémoire. Ces Justes ont fait, en leur âme et conscience, leur devoir. Si on devait, objectivement trouver quelque attrait à la présence française en Algérie, nous ne sommes pas ingrats, nous sommes reconnaissants à la France de compter en son sein des hommes de la trempe de ces géants de l’empathie, du juste combat, de la charité chrétienne. A titre individuel, ils ont transcendé les interdits pour venir prêcher inlassablement la paix, la tolérance, le respect de la dignité humaine. Assurément, ces hommes et ces femmes qui ont risqué leur vie, tournant le dos à une vie de confort et de compromission, ils et elles ont largement leur place parmi les «Justes».   

Cinquante ans après, nous ne devons pas aussi, oublier ceux qui ont fait du mal à ce peuple sans défense. Les tortionnaires de l’Algérie devront constamment être pointés du doigt pour que nul n’oublie les Rovigo, Saint-Arnaud, Bugeaud  les Aussareses et autres Parlanges, pour rappeler l’ensauvagement et la barbarie de l’invzson coloniale puis de la colonisation . Si l’Algérie érige un « monument de la mémoire », les Justes auront toute leur place. Nous devons, dans le même mouvement, nous incliner respectueusement  devant  tous ceux qui ont aidé l’Algérie dans sa détresse séculaire.

La présence française, malgré ses aspects sanguinaires et de déni de la dignité, a laissé, par le dévouement de ses instituteurs, de ses médecins et Européens et aussi Français de souche qui ont, à titre individuel, aimé l’Algérie et donner un sens à la charité chrétienne pour certains à l’humanisme pour les autres  . Au risque de nous répéter ne soyons pas ingrats envers les « Justes »  , mais restons vigilants quand à la justesse de notre quête de justice pour tous les crimes et dénis de la condition humaine dont s’est rendu coupable le pouvoir colonial. 

Pr.émerit. Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

Notes 

1.Florence Beaugé: La torture, ou que faire de cet encombrant passé? Le Monde 31.10.2004

2.«La seule façon d’être contre». Le Nouvel Observateur n° 2085 21 octobre 2004

3.Francis Jeanson, philosophe: ” La question de la torture est indissociable de la question coloniale” Propos recueillis par Thomas Lacoste et Hervé Le Corre. 28 mai 2001 Le Monde

4.Dominique Vidal: Ces «traîtres» qui sauvèrent l’honneur de la France Le Monde diplomatique Septembre 2000

5. André Mandouze: Guerre d’Algérie: «Le choc de la Question»: l’Humanité. 9.11.2001.

6.André Mandouze: il faut abroger!» par Rosa Moussaoui l’Humanité 10.12.2005.

7.Yves Courrières: La guerre d’Algérie:le Temps des léopards. p.83 Edt Arthème Fayard 1969,

8.C.E.Chitour, Germaine Tillion: humaine, http://www.millebabords.org/spip.php?article8357  

9.Chems Eddine Chitour. Ces Français injustement oubliés Mondialisation.ca 16 fevrier 2012

10. http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4023  

11.Hommage à Alger au couple Claudine et Pierre Chaulet APS le 19 avril 2012

Le fondateur de Wikileaks Julian Assange s’est exprimé aujourd’hui à partir de l’ambassade d’Equateur à Londres pour parler de l’intensification de l’attaque contre ses droits démocratiques et des raisons pour lesquelles il a été contraint de demander l’asile politique à l’Equateur.

Interviewé par l’émission « Breakfast » de la station de radio australienne ABC, Assange a réfuté les démentis des gouvernements australien et américain de l’existence d’une mise en examen par un jury d’accusation pour espionnage ou autres chefs d’accusation forgés de toutes pièces. Il a carrément rejeté les déclarations du premier ministre australien Julia Gillard disant que son gouvernement lui apportait « un soutien consulaire suivi ».

Le gouvernement Obama, étroitement aidé par le gouvernement australien, cherche à mettre Assange en prison pour les publications par Wikileaks de milliers de documents du gouvernement américain ou d’autres gouvernements, révélant au grand jour leurs crimes de guerre et activités antidémocratiques.

La police britannique a déclaré qu’Assange sera arrêté s’il quitte l’ambassade d’Equateur. Dans le même temps, les entreprises médiatiques intensifient leurs diffamations à l’encontre de l’éditeur de Wikileaks âgé de 40 ans. Les organes de presse qualifient Assange de « malhonnête », « affabuliste », « amoral » et « lâche ».

Les médias britanniques ont aussi cherché à attiser le ressentiment contre Assange des personnes qui on payé les 24 000 livres de caution en décembre 2010. Mais leur tentative a échoué. L’auteur Phillip Knightley par exemple a déclaré qu’il soutenait entièrement Assange et qu’il donnerait encore de l’argent pour d’autres cautions parce que l’éditeur de Wikileaks est « victime des systèmes judiciaires suédois et britanniques présentant de sérieux défauts. »

Assange a dit à radio ABC qu’il rejetait les déclarations selon lesquelles il refuserait l’extradition vers la Suède pour « éviter un interrogatoire. » Il a dit qu’il ne s’opposait pas à un interrogatoire mais que ce qui l’inquiétait étaient les conditions d’extradition de la Suède et les démarches des Etats-Unis pour l’incarcérer dans une prison américaine.

Il a dit que s’il était extradé en Suède, il serait détenu et gardé en prison aussi longtemps que durerait l’enquête sur la soi-disant attaque sexuelle. Assange a aussi fait remarquer que les autorités suédoises exigeaient qu’on ne lui laisse pas le temps de faire appel auprès de la Cour européenne des droits de l’homme. Il a dit que le refus du procureur suédois de l’interroger en Grande-Bretagne, ou par téléphone, l’avait «coincé » pendant tout ce temps en Grande-Bretagne.

En réponse aux déclarations des gouvernements américain et australien que Washington ne cherchait pas à l’extrader vers les Etats-Unis, Assange a dit qu’une action en justice était déjà en cours et « rendue publique ».

Il a dit que le ministère américain de la Justice « joue à un petit jeu, et ce petit jeu, c’est de refuser de confirmer ou d’infirmer l’existence d’un jury d’accusation. Et en conséquence, la presse se dit “bon, ils ne confirment pas, alors on ne peut pas vraiment faire un papier là-dessus.” »

« Mais ce n’est pas vrai », a dit Assange. « Il y a des confirmations publiques partout, il y a de multiples témoins partout, il y a des témoignages dans les tribunaux militaires sur l’existence de ce qui est en train de se tramer dans ces 48.000 pages, et qu’on y parle des fondateurs et directeurs de Wikileaks. »

Assange a dit que deux personnes avec lesquelles il avait précédemment travaillé, Jérémie Zimmermann et Smàri McCarthy, avaient récemment été détenues dans des aéroports américains et interrogées par des responsables du FBI sur les activités de Wikileaks.

Assange a ajouté que les Etats-Unis dépensaient de « vastes ressources » pour leurs opérations contre lui. Il a révélé que Wikileaks venait de découvrir que le ministère de la Justice avait accordé un contrat de deux millions de dollars à MANTEC, une compagnie de systèmes informatiques, pour poursuivre les opérations du système informatique du gouvernement à l’encontre de Wikileaks.

Les déclarations par le procureur général australien Nicola Roxon et le ministre des Affaires étrangères Bob Carr que Canberra apportait une aide consulaire importante sont fausses, a dit Assange. « Qu’est ce qu’ils racontent? » a-t-il demandé. Depuis décembre 2010 personne à la Haute commission australienne ne l’a rencontré. « Ils envoient des sms disant ‘M. Assange a-t-il des inquiétudes?’ mais ils le font pour pouvoir cocher une case. »

L’éditeur de Wikileaks a dit à radio ABC que lorsqu’il avait envoyé par écrit ses inquiétudes à Canberra, la réponse avait été « une fin de non-recevoir pour tout ».

Assange a dit qu’il était nécessaire de se concentrer sur « les questions essentielles » de cette attaque contre ses droits fondamentaux.

« Dans une affaire où la vérité est de votre côté, ce qui vous sert le moins c’est le manque d’examen minutieux, donc j’accueille à bras ouverts l’examen minutieux des faits. » Il a dit que c’était l’unique façon de démasquer « la rhétorique mielleuse de l’ambassadeur américain en Australie, de Gilliard et du ministre des Affaires étrangères. Et ça, il faut vraiment que cela cesse. »

Le porte-parole de Wikileaks Kristinn Hrafnsson a dit hier que contrairement à de précédentes déclarations des médias, Assange n’avait pas « la moindre idée » de quand une décision serait prise concernant sa demande d’asile.

Il a dit que le gouvernement équatorien attendait encore d’avoir des informations des autorités du Royaume-Uni, des USA et de la Suède. Il a dit qu’il resterait à l’ambassade jusqu’à ce que l’affaire soit réglée.

L’auteur recommande aussi:
The Australian Labor government—a key accomplice in the vendetta against Julian Assange
[21 June 2012] (en anglais uniquement)

Article original, WSWS, publié le 22 juin 2012)

Des sources de l’armée égyptienne ont indiqué hier soir qu’il existe des plans pour réprimer l’opposition populaire au régime militaire dans le contexte de contestations de plus en plus importantes sur le résultat de l’élection présidentielle de ce week-end.

La Commission électorale suprême pour les élections présidentielles (CESP) a annoncé qu’elle repousserait au week-end l’annonce des résultats, prévue initialement pour aujourd’hui.

Ceci intervient à la suite de la publication par un groupe de juges chargés de surveiller les élections, les Juges d’Égypte, d’une déclaration non-officielle qui accordait la victoire au candidat des Frères musulmans (FM), Mohamed Mursi. Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue au Syndicat des journalistes égyptiens, ces juges ont annoncé que Mursi avait remporté les élections par 13 238 335 voix contre 12 351 310 pour Ahmed Shafiq, dernier premier ministre du dictateur déchu Hosni Moubarak et candidat favorisé par l’armée.

Dans la nuit d’hier, une source militaire anonyme a déclaré au quotidien public Al Ahram que la junte du Conseil suprême des forces armées (CSFA) était déterminée à empêcher Mursi d’entrer en fonctions : « Le conseil militaire est déterminé à ne pas laisser les Frères musulmans prendre le pouvoir. Il n’abandonnera pas les rênes du pouvoir tant qu’une nouvelle constitution n’aura pas été adoptée, et tant que tout ne sera pas prêt pour un processus politique équilibré. »

Étant donné que la junte du CSFA contrôle la rédaction de la nouvelle constitution, dont la publication a été reportée à une date indéterminée à la suite du coup d’Etat du week-end dernier, cette déclaration implique que la junte ne permettra pas à Mursi d’être déclaré vainqueur ce week-end. La junte compte maintenir un contrôle absolu sur l’exécutif.

Cette source militaire laisse entendre que toute tentative de déclarer Mursi vainqueur menacerait la stabilité de l’Etat. Déclarant que toute nouvelle tentative de négociation serait « de nature conflictuelle plutôt qu’amiable, »il ajoute : « Pour éviter tout changement soudain qui risquerait d’entraîner une confrontation et de mener la situation au bord du précipice, le conseil militaire reste la seule force capable de réguler le processus politique pour préserver la stabilité de l’Etat. »

Ce responsable a déclaré que les FM comptaient sur le soutien des principaux commanditaires impérialistes de la bourgeoisie égyptienne, qui préféreraient une victoire des FM : « Les États-Unis et l’Union européenne ont tous deux envoyé des messages reflétant leur préférence pour Mohamed Mursi comme président de l’Égypte. Croyant pouvoir compter sur ce soutien, le groupe a adopté une politique de pression sur les dirigeants provisoires du pays au sujet des arrangements politiques à venir. De plus, le bureau d’orientation des Frères musulmans a échangé des messages avec les États-Unis – et dont Israël est au courant – qui contenaient des assurances sur la position du groupe au sujet du Hamas, de Gaza et des accords de Camp David. »

L’armée reste cependant le pouvoir fondamental de l’Etat égyptien et la seule entité qui aurait le pouvoir de supprimer par la force l’opposition de la classe ouvrière au régime égyptien. Ainsi, comme le sous-entend ce responsable, l’armée s’attendait à ce que les puissances impérialistes la soutiennent pour empêcher un éventuel effondrement de l’autorité étatique : « Il reste à déterminer, cependant, si les États-Unis préféreront voir Mursi ou Sahfiq au plus haut poste en Égypte. »

Si ces commentaires de l’armée visent en premier lieu la campagne des FM, la cible principale de la répression étatique seront les grandes manifestations de la classe ouvrière, comme celles qui ont fait tomber Moubarak dans les premières semaines de la révolution égyptienne de février 2011.

Dans une autre déclaration, des responsables de l’armée ont affirmé à Al Ahram qu’ils travaillent sur un « plan B » pour déployer des forces armées dans tout le pays : « Nous nous préparons à une grande vague d’émeutes et de troubles pour au moins deux jours, qui pourraient être incités par les Frères musulmans après l’annonce que Sahfiq est président. […] Nous nous préparons à toutes sortes de problèmes et prenons des mesures pour les contenir. »

Ces responsables ont dit qu’ils préparent un état d’urgence qui s’appliquera à la capitale égyptienne, Le Caire, et d’autres grands centres urbains – dont Alexandrie, Suez et Ismaïlia.

L’intensification des conflits au sujet de l’élection présidentielle reflète une âpre lutte pour le pouvoir au sein de la bourgeoisie égyptienne, entre l’armée et les FM. Initialement, le CSFA au pouvoir et les FM coopéraient pour mettre fin aux luttes révolutionnaires de la classe ouvrière, mais des divisions entre eux ont émergé après les élections législatives gagnées par les islamistes.

Avec son coup militaire de la semaine dernière, l’armée a clairement indiqué qu’elle n’avait pas l’intention de remettre le pouvoir aux FM. Elle a dissout le parlement et l’assemblée constituante, toutes deux dominées par les islamistes. Dans un décret constitutionnel publié dimanche, le CSFA a pris en main tous les pouvoirs législatifs et budgétaires du Parlement dissout.

Les commentaires de l’armée font suite à une série de tentatives de la part des Frères musulmans de faire pression sur l’armée pour permettre à Mursi de prendre ses fonctions. Mardi, la campagne de Mursi a publié un pamphlet le présentant comme le gagnant avec 52 pour cent des voix. Un de ses porte-paroles a dit que « les chiffres s’appuient sur des sondages à la sortie des bureaux de vote publiés dimanche et lundi, ainsi que la prise en compte du vote des expatriés. »

Les FM ont également appelé à des manifestations sur la place Tahrir mardi, qui ont réuni des dizaines de milliers de gens. Avec divers groupes libéraux et de pseudo-gauche – comme le mouvement du 6 avril et les Socialistes révolutionnaires (SR), qui ont rejoint les manifestations des FM – les FM s’inquiètent de ce qu’une victoire de Shafiq pourrait révéler le caractère creux et frauduleux de la « transition démocratique » que l’armée prétend organiser, et à laquelle eux-mêmes participent.

Le mensonge de la « transition démocratique » étant révélé par le coup militaire, les FM et leurs alliés craignent une confrontation explosive entre la classe ouvrière et l’armée.

Le porte-parole des Frères musulmans, Mohamed Ghozlan, a prédit une « dangereuse confrontation » entre le peuple et l’armée si Ahmed Shafiq était déclaré nouveau président de l’Égypte. Une victoire de Shafiq serait « un coup militaire direct de la part du conseil militaire. » a-t-il ajouté.

Dans ces conditions, les FM expriment leurs inquiétudes au sujet des tentatives de l’armée de monopoliser les institutions officielles du pouvoir politique mises en place par la junte. Saad al-Katatni, porte-parole du parlement dissout, a prévenu que les positions de l’armée pourraient « nous entraîner vers un vide et que la rédaction de la constitution pourrait prendre des années, donnant un prétexte au conseil militaire pour rester au pouvoir des années durant. C’est inacceptable. »

Katatni a insisté sur le fait que les FM ne représentent pas une menace immédiate envers la junte. « Ce qui s’est passé en Algérie ne peut pas se répéter en Égypte, » a-t-il dit, faisant référence à la guerre civile de 1991-2002 qui fit 150 000 victimes en Algérie, l’armée écrasant une révolte de groupes islamistes armés qui avaient remportés les élections de 1991. « Le peuple égyptien est différent et n’est pas armé. Nous menons une lutte juridique à travers les institutions et une lutte populaire dans la rue. »

Le camp de Shafiq a répondu à l’initiative des FM par une conférence de presse, affirmant que le camp de Mursi faisait circuler de « faux résultats, » et qu’en fait Shafiq avait remporté les élections. Le porte-parole de la campagne de Shafiq, Ahmed Sarhan, a accusé les FM de « diffuser des mensonges sur toute la ligne concernant les résultats du vote, » et affirmé que « d’après nos décomptes, notre candidat est en tête avec de 51,5 à 52 pour cent. »

Le décret constitutionnel permet à l’armée d’intervenir « si le pays est confronté à des troubles internes […] pour maintenir la sécurité et défendre la propriété publique. »

Des forces de sécurité supplémentaires sont déployées en Égypte. Trois mille policiers et soldats ont été envoyés pour protéger des sites gouvernementaux et économiques vitaux, dont le Canal de Suez, le chef de la sécurité à Suez, Adel Refaat, a déclaré mercredi : « Nous défendrons fermement toutes les institutions publiques et les commissariats de police, »

Un déploiement militaire est également mentionné sur la route entre Le Caire et Alexandrie – on a vu des photographies de barrages militaires avec des barbelés et des soldats lourdement armés, rappelant la révolte de 18 jours qui fit tomber Hosni Moubarak.

Article original, WSWS, publié le 21 juin 2012

Ces dernières semaines aux États-Unis sont parus plusieurs scoops dans de grands médias US au sujet de la politique étrangère secrète du Président Obama et de ses actions de contreterrorisme, des histoires qui ont été publiées essentiellement par le New York Times. Les Américains ont, pour la première fois, été informés du rôle personnel d’Obama [article traduit en français par ReOpenNews - NdT] dans la compilation d’une « liste secrète de cibles à abattre » (Secret Kill List), un document sur lequel figurent les personnes qui seront visées par les drones au Pakistan et en Afghanistan, mais aussi les ordres [du président américain] concernant les cyberattaques contre l’enrichissement nucléaire en Iran, ainsi que le détail des opérations sur le raid qui a [soi-disant –NdT] tué Oussama Ben Laden.

Chacun de ces articles a dévoilé des informations clairement dignes d’intérêt pour le public, et a déclenché d’importants débats. Mais la façon dont elles ont été rapportées -  et plus particulièrement le fait qu’elles se basent exclusivement sur des informations fournies par des assistants d’Obama qui souhaitent rester anonymes – soulève certaines questions aussi anciennes que troublantes à propos du type de relation entre l’establishement des médias US et le gouvernement qu’il est supposé servir tout en le surveillant.

L’obsession de la Maison Blanche d’Obama pour le secret relève d’un étrange paradoxe. D’un côté, l’actuelle administration a poursuivi en justice deux fois plus de « Whistleblowers – des employés du gouvernement qui ont passé à la presse certaines informations classifiées montrant les méfaits de hauts responsables  – que toutes les autres administrations US réunies. Les officiels d’Obama ont également, comme l’ont documenté cette semaine les juristes de l’ACLU dans The Guardian, résisté avec une vigueur sans précédents à  toute tentative de soumettre leurs actions à une évaluation juridique, ou à toute forme d’exposition publique, en insistant auprès de la Cour sur le fait que ces programmes sont si secrets que le gouvernement US ne peut ni confirmer ni infirmer leur existence sans mettre en danger la sécurité nationale.

Mais en même temps qu’ils invoquaient des arguments de confidentialité pour protéger leur travail, certains hauts responsables de l’administration Obama ont continuellement et de façon sélective fait « fuiter » dans les médias des informations à propos de ces programmes. En fait, les fameux scoops du New York Times de ces deux dernières semaines sur le programme d’opérations secrètes pour la Sécurité nationale proviennent essentiellement des assistants d’Obama eux-mêmes.

L’article du Times sur la « Kill List » était basé sur les interviews « d’une trentaine de ses aides actuels ou passés, [qui] décrivent le rôle central d’Obama » dans le choix de ceux qui seront tués par la CIA. L’article “scoop” qui parlait d’un Obama ordonnant des cyberattaques contre l’Iran citait, entre autres, « des officiels américains » dont un « haut responsable de l’administration » qui a fièrement souligné le rôle actif et concret du Président dans toutes les mesures prises pour porter atteinte au programme nucléaire de Téhéran.

Pendant ce temps, cette même Maison Blanche qui soutient devant les juges qu’elle ne peut pas confirmer l’existence du programme de drones de la CIA, a passé toute cette semaine à alimenter de façon anonyme les journaux au sujet de la dernière victime des frappes de drones au Pakistan. Et les emails contenant les ordres du gouvernement, rendus publics par une Cour fédérale le mois dernier, révélaient qu’alors qu’elle refusait de fournir toute information sur le raid qui a tué Ben Laden au prétexte que ces documents étaient classifiés, l’administration Obama rencontrait en secret, et fournissait des informations sensibles à des producteurs d’Hollywood sur ce qui sera à coup sûr un film respectueux et fidèle [au récit officiel] de ce raid, et dont la sortie est prévue juste avant les prochaines élections présidentielles de novembre.

La tactique derrière tout cela est aussi évidente que dérangeante. Chacune de ces fuites, qui surviennent en cette année d’élection, dépeint un Obama coriace, impliqué, un véritable commandant en chef inflexible, dont le mot d’ordre est « châtier durement les ennemis de l’Amérique et nous protéger tous. » Mais elles le décrivent également comme un leader intellectuel empreint de morale, profondément touché par les « écrits d’Augustine et Thomas Aquinas sur la guerre » alors qu’il décide en secret de qui doit vivre ou mourir, et de quel pays doit être visé par les agressions américaines.

En somme, ces fuites anonymes font partie de la propagande politique classique : elles servent à glorifier le leader et ses décisions en vue de gains au plan politique. Étant donné que ces programmes sont officiellement couverts par le secret, il est impossible pour les journalistes de vérifier la validité de ces informations. Par nature, la seule façon pour le public d’apprendre quoi que ce soit sur ce que fait le président est par la diffusion sélective et partielle d’informations par les propres assistants d’Obama – ceux qui travaillent pour lui et qui se consacrent entièrement à son succès politique.

Mais ce procédé constitue un terrain propice aux tromperies et à la propagande du gouvernement. C’est précisément cette dynamique qui, lors de la course effrénée à l’invasion de l’Irak, a rassemblé tous les plus grands médias américains et les a transformés en relais irréfléchis de tous les mensonges du gouvernement. La plus grande faute de la journaliste Judith Miller, la fameuse reporter du New York Times entrée en disgrâce après l’affaire des « armes de destruction massive » est d’avoir rapporté comme des faits ce qui n’était qu’un ensemble d’assertions non vérifiées émanant de certains responsables de l’administration Bush. Comme l’expliquaient les éditeurs du Times dans leur « mea culpa » de 2004, les assertions provenant de sources anonymes étaient « insuffisamment validées et n’auraient pas dû être prises pour argent comptant. »

Les derniers scoops du Times sur la politique d’Obama ne tombent sans doute pas aussi bas que ceux publiés lors du « scandale Judith Miller ». Pour une raison bien simple, c’est qu’ils contiennent un nombre impressionnant de rapports et de révélations sur les pratiques de certains responsables de l’administration Obama – la plus remarquable étant qu’ils manipulent le nombres des victimes et dissimulent les morts de civils tombés lors des attaques de drones en « comptant tout mâle en âge de se battre et se trouvant dans une zone de combat comme un combattant. »

Et pour une autre raison aussi, à savoir qu’ils critiquent les pratiques d’Obama, comme la nature indiscriminée des « frappes groupées de drones » (lorsqu’ils voient trois types en train de faire de la gymnastique, pour la CIA il s’agit forcément d’un camp d’entrainement de terroristes), et l’aspect nécessairement trompeur inhérent à la définition trop vague de « militant ». (L’un des officiels est cité : « Ça me gène quand ils disent qu’il y avait 7 types, et que tous étaient des militants. Ils comptent les corps, mais ne sont pas sûrs de leur identité. »)

De plus, ces informations ont une réelle valeur journalistique. Il est incontestable que le citoyen américain est intéressé à savoir que son gouvernement organise des réunions pour élaborer une « Kill List », et qu’il lance des cyberattaques contre l’Iran, lesquelles attaques sont considérées par le Pentagone (du moins lorsqu’elles sont conduites contre les USA) comme de véritables « actes de guerre. »

Mais malgré ces différences notables avec le cas de Judith Miller, la trame est toujours la même. Ces reporters s’en remettent entièrement aux sources gouvernementales. Leurs articles se basent presque exclusivement sur les affirmations de quelques subordonnés totalement dévoués au président. Les journalistes n’ont aucun moyen de vérifier la véracité des déclarations qu’ils présentent comme des faits. Et pire, ils garantissent l’anonymat à ces assistants  qui ne font rien d’autre que suivre les ordres du président et promouvoir ses intérêts politiques.

C’est du pur « journalisme autorisé » (access journalism) : on livre des scoops à ces reporters en échange de la promesse totalement injustifiée de préserver leur anonymat tout en relayant leur propagande auprès du peuple sans qu’on puisse un jour leur demander des comptes (protégés qu’ils sont par le mur de l’anonymat). Nécessairement, ce journalisme du « Story telling » est forgé par les points de vue de ces sources officielles.

Et le produit journalistique qui en ressort sert évidemment l’agenda politique du président. L’opposant d’Obama en 2008, le sénateur républicain John McCain, s’est plaint, à juste titre d’ailleurs, que l’intention derrière ces fuites récentes était d’ « améliorer l’image du président Obama en le présentant comme un homme dur, en vue des élections. » Mais le plus grave, comme le faisait remarquer la Columbia Journalism Review et le « chien de garde » des médias, FAIR, est que tous ces récits oublient complètement de parler des aspects les plus controversés de la politique d’Obama, dont celui des risques et du possible caractère illégal des cyberattaques contre l’Iran, et des frappes de drones au Yémen, du nombre de victimes civiles causées par ces frappes, et de leur impact sur le renforcement des rangs d’al-Qaïda suite au fort sentiment anti-américain qu’elles génèrent.

L’effet peut-être le plus pernicieux de ce type de journalisme est qu’il transforme leurs auteurs en messagers consciencieux et dévoués au service des décrets officiels. Les reporters sont ainsi « dressés » à recevoir des scoops seulement s’ils démontrent leur loyauté envers l’agenda de ces sources officielles.

En février, Scott Shane du Times, a soulevé une controverse en permettant à un officiel de l’administration Obama de diffamer anonymement le Bureau of investigative Journalism (BIJ) en l’accusant d’être sympathisant d’al-Qaïda, après que le BIJ eut produit des documents montrant les chiffres intentionnellement sous-estimés par les hauts responsables US des victimes civiles des attaques de drones, et les pratiques horribles et potentiellement criminelles consistant à frapper avec les drones les secouristes ou les gens assistants à des funérailles. C’est ce même Shane, avec Jo Becker, à qui l’on a fourni le scoop de la « Kill List » d’Obama.

De la même façon, David Sanger du Times, a longtemps été critiqué pour ses articles complaisants sur les soi-disant menaces de l’Iran vis-à-vis des USA, presque toujours basés, eux aussi, sur des sources anonymes. Il n’est pas surprenant que ce soit précisément Sanger qui ait été récompensé du meilleur scoop, celui sur Obama et ses ordres de cyberattaque contre l’Iran (scoop qu’il utilise d’ailleurs pour vendre son dernier livre), et encore moins surprenant le fait qu’il y flatte le rôle d’Obama dans cette opération.

Contraste ô combien révélateur, celui du traitement réservé à James Risen du Times, qui sortit quelques scoops bien plus embarrassants que glorifiants pour le gouvernement  US. C’est lui qui avait révélé le programme illégal d’écoutes téléphoniques de la NSA sous l’administration Bush en 2006, et aussi le projet de la CIA, aussi inepte qu’inoffensif, d’infiltrer le programme nucléaire iranien.

La conséquence fut que le département de la Justice d’Obama le poursuit sans relâche depuis, et l’oblige à déposer sous serment afin d’essayer de connaitre ses sources sur l’histoire de l’infiltration du programme iranien, un procès qui pourrait bien emmener Risen en prison s’il refuse, ce qui est assez probable. Matt Apuzzo, lauréat du prix Pulitzer du journalisme d’investigation, chez Association Press, explique la leçon évidente apprise lors de cet épisode :

« Sanger écrit sur le succès de l’opération en Iran, et obtient un accès privilégié [aux scoops]. Risen écrit sur une opération bâclée en Iran, et il est poursuivi en  justice. »

Il existe une tension fondamentale entre le rôle de chien de garde se confrontant en permanence aux officiels du gouvernement, et celui d’amplificateur primaire pour leur propagande. L’administration US a perfectionné l’art d’éduquer les journalistes américains en leur faisant comprendre qu’ils seront récompensés s’ils assument ce dernier rôle, et châtiés s’ils ne le font pas. À en juger par les scoops de haut niveau révélés ces dernières semaines, c’est une leçon qui semble n’avoir été que trop bien apprise par beaucoup de journalistes.

Glenn Greenwald

Traduction GV pour ReOpenNews     (Pour consulter les nombreux liens hyper-texte originaux, se reporter à l’article en anglais ici

Ce vendredi 22 juin à 11h58 précises, un avion de type F4 Phantom parti de la base aérienne d’Erhaç à Malatya (Est de la Turquie) a disparu en Méditerranée, au large des côtes syriennes.
 
Il aurait été abattu par la défense anti-aérienne syrienne au moment où celui-ci aurait franchi son espace aérien d’au moins un kilomètre.
 
La version syrienne des faits n’est pas dénuée de sens puisque l’épave de l’avion se trouve actuellement dans les eaux territoriales syriennes.
 
Autre détail important : l’avion de reconnaissance (et donc non équipé de missiles) aurait été abattu après qu’il ait disparu des écrans radars turcs. L’avion a probablement disparu parce qu’il aurait violé l’espace aérien syrien.
 
Par ailleurs, l’endroit où l’avion de reconnaissance turc a été abattu se situe aux confins de la frontière turque, dans les eaux qui font face à la ville turque de Samandag mais qui se situent à une jetée de pierre du village côtier syrien de Ras El Bassit.
 
D’autant que les pêcheurs et certains riverains de Samandag (ville turque majoritairement arabophone) disent avoir entendu trois déflagrations en provenance de la frontière.
 
Ces témoins « auditifs » ont d’abord pensé qu’il s’agissait de tirs entre soldats et rebelles syriens. Ce n’est qu’après avoir aperçu un zodiac des garde-côtes turcs et deux frégates en provenance de la base navale d’Iskenderun que les habitants de Samandag ont pensé à un « naufrage ».
 
De retour du sommet de Rio+20 au Brésil, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a convoqué vendredi soir, une réunion d’urgence dont le sujet principal devait être le « terrorisme séparatiste » et l’attaque menée par le PKK à Daglica dans la zone  montagneuse de Hakkari.
 
Selon la chaîne turque NTV, l’état-major turc n’aurait pas soufflé mot sur les pertes humaines essuyées par son armée. Ainsi, pendant 2h10 minutes, le seul sujet de discussion aurait été la disparition du F4 et la responsabilité syrienne dans cette perte.
 
Dans un communiqué de presse très laconique émis à l’issue de la réunion de crise, le premier ministre Erdogan a confirmé que l’avion a été abattu par la défense syrienne. Il a par ailleurs annoncé que les recherches de l’épave sont menées conjointement avec les autorités syriennes et que « la Turquie fera connaître sa position finale une fois que toute la lumière aura été faite sur cette incident. »
 
Aucune information n’a été communiquée concernant le sort des deux pilotes qui se trouvaient à bord de l’avion abattu.
 
Entretemps, la plupart des analystes interrogés par les chaînes satellitaires turques tiennent un discours plus que dangereux, se référant à tous les articles de la charte des Nations Unies et de l’OTAN qui permettraient de contourner le véto sino-russe pour intervenir militairement en Syrie, expliquant que le « crime » commis par la Syrie est très grave et relève du « casus belli ».
 
Ils démentent, par ailleurs, les allégations de soutien militaire de la part de la Turquie aux insurgés syriens.
 
Sur ce dernier point, l’administration Erdogan et ses panégyristes médiatiques sont peu convaincants.
 
Rappelons d’abord quelques faits avérés :
 
- les Frères musulmans syriens et l’Armée syrienne libre (ASL) sont les invités de marque du gouvernement turc et les principaux acteurs pro-turcs de l’opposition syrienne.
 
- l’ASL dispose de camps d’entraînement dans la province turque du Hatay, à quelques kilomètres de l’endroit où l’avion turc est tombé.
 
- certains camps de réfugiés syriens sont utilisés comme couverture pour les insurgés syriens. Durant l’été dernier, des opposants syriens ont été arrêtés en territoire turc par les services secrets de la MIT pour avoir dénoncé le détournement des camps de réfugiés à des fins militaires notamment par des groupes djihadistes.
 
- l’ASL lance des attaques en territoire syrien depuis ses bases turques en s’infiltrant vers les provinces de Lattaquié et d’Idlib via le Djebel Zawiya. L’ASL revendique des attentats depuis le territoire turc. Des milliers de soldats et de civils syriens ont été tués dans ces attentats.
 
- tous les militants maghrébins d’Al Qaida capturés par l’armée syrienne et passés aux aveux parlent de la piste Istanbul-Antakya dans leur itinéraire vers le djihad en Syrie. Il est impossible que ces militants traversent toute la Turquie de haut en bas, rencontrent des insurgés syriens agissant sous contrôle de l’armée turque et franchissent une zone frontalière militarisée sans que les autorités turques ne soient au courant.
 
- le New York Times (article d’Eric Schmitt) du 21 juin évoque des opérations secrètes de la CIA qui coordonnerait le trafic d’armes en provenance des pays du Golfe avec l’aide des Frères musulmans syriens.
 
- dans une interview réalisée le même jour avec Reuters, le ministre US de la défense Leon Panetta a révélé que des militants d’Al Qaida actifs en Syrie étaient munis de MANPAD. Cet armement capable d’abattre des avions civils ou des hélicoptères proviendraient selon lui de l’ancienne armée libyenne. En même temps, des rumeurs circulent concernant l’arrivée dans les villes portuaires du Sud de la Turquie (Iskenderun) des bateaux remplis d’armes en provenance de Libye. A l’insu de l’armée turque ? Ces rumeurs sont invérifiables car la TSK n’a procédé à aucune saisie d’armes. En revanche, l’armée libanaise a effectué plusieurs prises, notamment la cargaison du Lutfullah II battant pavillon sierra-léonais avec une cargaison d’armes libyennes.
 
En 1998, l’armée turque avait menacé de marcher sur Damas en raison de la présence du leader kurde Abdullah Öcalan sur son territoire. En novembre 2011, elle a organisé des exercices de mobilisation baptisés « Yildirim » (la foudre) à ses frontières avec la Syrie. En mars dernier, un journal émirati rapportait que l’armée turque se préparait à entrer de 15 km en territoire syrien pour y créer une zone-tampon[1] Cette info avait auparavant été évoquée par Reva Bhalla le directeur de l’agence privée de renseignement américain STRATFOR.[2]
 
A l’aune de ces multiples indications concernant le bellicisme turc, Ankara semble mal placée pour accuser Damas de « menaces » et de « provocations ».
 
Finalement, que vaut une carcasse d’avion face aux milliers de victimes syriennes tombées sous les balles et les bombes des insurgés sponsorisés par Erdogan ?
 
 
 
Le 22 juin 2012
Bahar Kimyongür
Auteur de Syriana, la conquête continue, Ed. Investig’action et Couleur Livres, Charleroi, 2011
 

[1] Thomas Seibert, “Turkey readies Syrian buffer zone plan”, The National,  22 mars 2012
[2] Câble Wikileaks relatif à un courriel de Reva Bhalla daté du 15 novembre 2011

 

A l’heure de l’accélération du retrait occidental du bourbier afghan, succédant à l’embrasement « révolutionnaire » du Moyen-Orient, on ne peut qu’être inquiet pour l’avenir du cœur du nouveau monde, l’Eurasie, historiquement soumise aux rapports de force entre grandes puissances et devenue, depuis la fin de la Guerre froide, une véritable poudrière géopolitique.

L’évolution internationale récente est, en effet, porteuse de lourdes incertitudes pour la stabilité politique de l’espace eurasien. Cette évolution est, dans ses grandes lignes, impulsée par deux chocs exogènes majeurs : les crises arabes et le chaos afghan, en raison de leurs implications structurelles sur les grands équilibres régionaux. Or, si elle va au bout d’une logique désormais « orientée » par les grandes puissances, dans le cadre d’une implacable lutte d’influence axée sur le contrôle des États stratégiques de la région – les « pivots géopolitiques » de Brzezinski – cette configuration se transformera en une déstabilisation programmée de l’Échiquier eurasien. Avec, à la clé, d’énormes et irréversibles dégâts collatéraux.

Tendanciellement, cette double évolution est la matrice d’une stratégie inconsciente et suicidaire de fragmentation de l’espace politique russe élargi, dans la conception traditionnelle des dirigeants russes, à l’ancien espace soviétique. A ce jour, évoluant dans une sorte de surréalité idéologique dominant le monde irrationnel de l’ignorance apprise, l’Occident ne semble pas l’avoir encore compris. Regrettable erreur.

Cet espace reste en effet le pré-carré géopolitique de Moscou et le nerf structurant de sa politique extérieure et, au-delà, le levier de sa légitimité internationale, récemment confirmé par la nouvelle orientation définie par le président de la Fédération de Russie, V. Poutine. De manière officielle, Moscou considère les impacts directs et indirects de la radicalisation des « révolutions » arabes – dont est issue la renaissance d’Al-Qaïda au Maghreb arabe et plus récemment, en Syrie – comme une menace contre ses intérêts nationaux. Dans la doctrine de sécurité russe rénovée, ces derniers intègrent la Communauté des États indépendants (CEI), sorte d’Union soviétique hybride désidéologisée, historiquement constituée à partir des ex-républiques de l’URSS et structurellement considérée par Moscou comme une zone potentielle dintervention – une sorte de ligne rouge à ne pas franchir. L’Occident est averti.

Dans la vision stratégique de long terme de la Russie post-soviétique, impulsée par V. Poutine depuis la révision du Concept de sécurité nationale russe en janvier 2000, cette radicalisation du « printemps arabe » est le vecteur d’une montée en puissance de la « menace islamiste » –  c’est-à-dire, selon la terminologie russe, celle issue de l’Islam radical porteur, en définitive, d’une idéologie alternative. Il s’agit donc de rappeler, de manière succincte, la perception russe de ces « nouvelles menaces ».

Le désengagement américain de l’Afghanistan, en supprimant un tampon sécuritaire vital, est un véritable piège géopolitique pour la Russie et sa proche périphérie. A terme, ce retrait apparent (en fait partiel) va reposer avec plus d’acuité la question de la légitimité de la présence américaine dans la région centre-asiatique, dans la mesure où le président Obama a confirmé son maintien sous une forme certes réactualisée mais continuant à s’appuyer sur une présence politique et militaire plus ou moins officielle – via sa cohorte de « conseillers » et ses multiples « bases ». Ce que Moscou conteste ouvertement, y voyant surtout une stratégie d’implantation durable dans son pré-carré et remettant en cause ses prérogatives historiques héritées de sa période soviétique. En totale conformité avec l’analyse de Zbigniew Brzezinski, la partie stratégique se poursuit donc sur l’Échiquier eurasien, à travers la décision américaine de « quitter » l’Afghanistan qui aura, au final, un triple impact pour la Russie. En cela, cette décision intègre une fonction latente, politiquement orientée et, surtout, nuisant aux intérêts russes.

– D’abord, ce retrait programmé va accélérer la propagation de la drogue en raison de l’émergence de nouvelles structures informelles et de nouveaux réseaux politico-narcotiques, à l’échelle de la CEI – et sans doute, avec la complicité de puissances hostiles objectivement intéressées à la fragmentation politique de la Russie. A ce jour, Moscou critique l’inefficacité – plus ou moins recherchée ? – de la lutte anti-drogue conduite par l’axe OTAN-USA en Afghanistan et qui pénalise surtout la zone d’influence russe. Cette dernière raison incite les dirigeants russes à suspecter l’administration américaine d’agissements « douteux » dans leur gestion de la menace narcotique et, en particulier, d’une instrumentalisation politique de cette menace – qualifiée par V. Poutine de « narco-menace ».Tous les coups sont bons, sur le Grand échiquier.

– Ensuite, ce retrait va favoriser l’infiltration des forces extrémistes et terroristes dans les zones conflictuelles de l’ancien Empire soviétique, souffrant à la fois d’un contrôle déficient et d’une perte de légitimité de l’État central russe. Cette perte de légitimité est aggravée par la conjonction de deux éléments :

- d’une part, laction politiquement non neutre de certaines institutions étrangères, via les revendications « démocratiques » des organisations multilatérales et des ONG, véritables moteurs des récentes « révolutions de couleur » ou autres « révolutions internet », fondées sur la manipulation de l’information et dont l’objectif final est de renverser des régimes hostiles au profit de dirigeants plus « malléables ».

- d’autre part, la politique occidentale du « soft power » visant à déconnecter la périphérie post-soviétique de la dépendance russe, via une stratégie de partenariat avec les États de la CEI, dont la politique de « voisinage partagé » menée par l’Union européenne et l’intégration d’ex-républiques soviétiques aux manœuvres de l’OTAN dans le cadre du « Partenariat pour la Paix ». L’objectif ultime est d’intégrer aux structures otaniennes les républiques désireuses de s’émanciper du « grand frère » russe et, en ce sens, d’affaiblir le pouvoir régional de la Fédération de Russie. Regrettable et inutile provocation.

– Enfin, ce retrait va encourager l’expansion du nationalisme religieux et identitaire – lui-même renforcé par la récente évolution arabe – dans les zones ethniquement sensibles et à dominante musulmane de l’espace russe : Caucase, Oural, Asie centrale. Ce que Daniel Bell, dés le début des années 60, dans son livre, « La fin des idéologies » a fort justement qualifié de germes de « micro-nationalismes » et que plus tard, Hélène Carrère d’Encausse popularisera en 1978 avec « L’Empire éclaté ». Au final, une conséquence paradoxale de la disparition de l’Union soviétique et de la délégitimation induite du Communisme a été de substituer la religion à l’idéologie comme vecteur identitaire et catalyseur de l’émancipation des peuples – voire comme variable instrumentalisée par l’administration américaine, dans le cadre de sa stratégie de défense de son leadership en Eurasie. Cette « politisation » de la religion, favorisée par le déclin de l’idéologie communiste, est un facteur explicatif et structurant du « Printemps arabe ». Et, en ce sens, une véritable bombe géopolitique à retardement.

Fondamentalement provoquée par le double choc exogène arabo-afghan, cette involution ethno-religieuse risque, à terme, de gangréner la zone de domination russe et sa ceinture périphérique, politiquement fragile et énergétiquement riche, donc stratégiquement importante. Dans le prolongement de la « ligne Brzezinski », cette involution aura pour principale conséquence denliser la Russie post-soviétique dans des micro-conflits périphériques économiquement épuisants et politiquement déstabilisants. En cela, elle se présente comme une menace majeure contre les intérêts politiques de la Russie mais aussi contre ceux de l’Europe, caractérisée par une forte dépendance énergétique à l’égard de la Russie – qui pourrait se traduire, dans un scénario-catastrophe, par une forte envolée des prix des hydrocarbures. En encourageant, sous la houlette de madame Ashton, la radicalisation démocratico-islamiste sur l’Échiquier arabe et par ricochet, en périphérie post-soviétique, voire en suscitant des révolutions libérales « de couleur » en vue d’éroder l’influence russe au nom de valeurs morales supérieures, la vertueuse Europe, avec son soutien américain, se tire une balle dans le pied. Au risque, bientôt, de déclencher des processus incontrôlables et, in fine, déstabiliser l’Eurasie post-communiste.

Face à cette pression croissante de la conjoncture internationale, aggravée par les manœuvres insidieuses de l’Occident, la Russie vient de créer une commission à la Douma chargée de la prévention et de la neutralisation des « révolutions de couleur ». Dans le même temps, comme alternative politique au rapprochement avec l’Occident (dont le comportement est perçu comme très ambigu) et pour compenser le « vide stratégique » issu de son retrait d’Afghanistan (perçu comme une forme d’égoïsme irresponsable), la Russie prône le développement d’un axe sécuritaire eurasien via la réactivation de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), centrée sur le renforcement du partenariat sino-russe et son élargissement aux nouvelles puissances régionales émergentes comme l’Inde. Le 5 juin 2012, lors de la visite de V. Poutine en Chine, le président russe et son homologue chinois, Hu Jintao, ont insisté sur la nécessité de renforcer leur partenariat stratégique en vue d’assurer la sécurité régionale menacée par « l’impasse afghane » et, en définitive, contrebalancer l’axe otanien – signal clair, en guise d’avertissement, avant la prochaine rencontre Obama-Poutine au sommet du G20 à Los Cabos, au Mexique (18-19 juin). Veille sécuritaire, au cœur de l’Eurasie.

En fragilisant la domination russe dans une zone névralgique et source d’incertitudes pour l’Europe, les instabilités en zones centre-asiatique et moyen-orientale – générées par les dérives chaotiques arabo-afghanes – sont donc un réel vecteur de désordres pour l’espace post-soviétique et, plus globalement, pour le continent eurasien. De manière objective, ces dérives forment une matrice potentielle de conflictualité et, en dernière instance, de restructuration des rapports de force internationaux – avec, pour enjeu implicite et ultime, le contrôle de la gouvernance mondiale.

Dans le cadre de ce bras de fer entre leaderships concurrents, le rôle stratégique et politiquement décisif de la Syrie dans la région explique la fermeté de la position russe actuelle. Désormais, quitte à s’opposer frontalement à la coalition d’intérêts arabo-occidentale, Moscou ne peut plus reculer et elle veut faire de la Syrie un symbole de son retour sur la scène internationale comme vecteur du rééquilibrage multipolaire de la gouvernance, s’appuyant sur l’ONU. Cette attitude russe peut d’autant plus s’expliquer qu’elle rejette toute poursuite du « scénario libyen » d’islamisation de la région, avec l’aide (involontaire ?) de l’OTAN, sur la base d’une savante stratégie de désinformation – déjà expérimentée en Afghanistan, en Irak, dans l’ex-Yougoslavie et même, dans les ex-républiques soviétiques. La nouvelle crédibilité internationale de la Russie, péniblement reconstruite par V. Poutine depuis le début des années 2000, est en jeu. Et, au-delà, son identité post-soviétique.

Loin de faire le printemps russe, une hirondelle arabe pourrait enfanter un « hiver afghan » aux couleurs islamistes, particulièrement redouté par l’héritière de l’ex-URSS, car ressurgi des méandres de la Guerre froide avec le fantôme de Brzezinski et de troublantes manipulations américaines. En effet, Moscou n’a pas oublié le « piège de Kaboul » de décembre 1979 préparé, sous la bienveillance de ce dernier, par la démocrate administration Carter pour donner à l’armée rouge sa « guerre du Vietnam » et, in fine, déstabiliser le pouvoir russe – avec les conséquences que l’on sait. Trente trois ans plus tard et avec la complicité occidentale, le piège afghan risque de se refermer, à nouveau, sur la Russie post-soviétique. Terrible malédiction.

Au cœur du Grand échiquier eurasien, la Guerre tiède semble, désormais, inéluctable (1).

(1) La notion de Guerre tiède est conceptualisée dans le post-scriptum de la nouvelle version de mon livre, augmentée de 50 pages et centrée sur les menaces liées aux crises arabes et au bouclier anti-missiles américain : « La Pensée stratégique russeGuerre tiède sur l’Échiquier eurasien », préface de Jacques SAPIR, mars 2012, éd. SIGEST, code ISBN  2917329378 – en vente : Amazon, Fnac, Décitre (15 euros).

L’art de la guerre, avec un verre de vin

juin 21st, 2012 by Pepe Escobar

PARIS – Elle se trouvait là, dans un coin discret, jamais repérée par les hordes de touristes : ma petite table favorite depuis les années 80 au Café de Flore à Saint-Germain. J’en ai pris possession, j’ai commandé un croque-monsieur et un verre de Chablis, et j’ai repris mes activités, en lisant et en regardant le monde passer devant moi pour la première fois depuis la chute du Roi Sarko.

Première impression : où diable mon bouquiniste peut-il bien se trouver ? La vénérable librairie La Hune, juste au milieu de mon angle de vision, semblait avoir été frappée par le feu de l’enfer. Zeus merci, elle avait déménagé pas loin. Deuxième impression plus prometteuse : BHL ne se trouvait pas au Flore. En fait, le philosophe français Bernard-Henri Lévy, alias BHL, était occupé ailleurs à assurer la promotion de sa prochaine guerre.

BHL n’est pas simplement un philosophe/écrivain/cinéaste, il est avant tout le patron exécutif d’une gigantesque opération de relations publiques montée à la gloire perpétuelle de lui-même. Il dirige pratiquement l’arène culturelle française, de la même manière que Christopher Hitchens pensait faire la pluie et le beau temps aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.

Pouvons-nous vivre dans la médiocrité ? Si seulement Sartre était encore vivant pour renvoyer BHL d’un coup de pied dans le derrière vers son jardin d’enfants intellectuel ! BHL s’est rendu dernièrement au Festival du film de Cannes en emportant dans ses bagages quelques rebelles otanesques libyens en guise d’animaux de compagnie – des compagnons de son aventure de « libération », comme Moustafa El-Zagizli, de Bengazi, fièrement présenté comme le « prince des chabab », et le général Ramadan Zarmouth, de Misurata.

Le colonel Kadhafi avait l’habitude de planter ses tentes à Rome et de faire embrasser ses magnifiques robes par les potentats occidentaux. Les rebelles otanesques libyens, pour leur part, étaient abasourdis et troublés par leur expérience explosive des tapis rouges de Cannes.

Fait décisif, en compagnie de ses Libyens favoris, qui maugréaient contre « l’unité de la révolution », BHL avait également emmené avec lui – qui d’autre ? – ses Syriens favoris, deux Kurdes, des personnages louches en lunettes noires, dont les têtes étaient enveloppées dans des drapeaux syriens. Ils étaient décrits comme « des combattants qui avaient fui la Syrie en cachette, il y a seulement quelques heures, pour découvrir Le Serment de Tobrouk ».


Bernard-Henri Lévy et deux combattants syriens – REUTERS/JEAN-PAUL PELISSIER

Nous avons donc là le sioniste certifié BHL, emmenant avec lui ses Arabes de service pour visionner la première mondiale de son nouveau film. Oui, toute cette affaire devait faire partie d’un autre exercice de glorification de BHL. Après avoir gagné pratiquement à lui tout seul la guerre de Libye – selon son propre « récit » – BHL a maintenant insisté sur le fait que « ce qui a été fait à Bengazi ne fut pas plus facile que ce qui devrait être fait à Homs ». Garçon ! Apportez-moi un changement de régime avec mon Chablis !

La guerre, c’est moi

Quant au film, diffusé sur les écrans en France et déjà vendu au marché nord-américain, il pourrait aspirer à se qualifier comme pièce surréaliste digne d’Alfred Jarry. Mais en tant que paon hyperactif, BHL n’a pas la moindre faculté d’autocritique, et ce qui reste est un BHL cinéaste se filmant lui-même en tant que réalisateur de l’Histoire en marche. Voilà comment une tradition littéraire et philosophique française vieille de plusieurs siècles se termine : L’Intellectuel est devenu un va-t-en guerre.

En voix off – quelle autre ? – celle de BHL non-stop : un monologue néo-proustien débité qui flirte avec Sun Tzu. BHL parcourt les rues de Bengazi à la recherche d’un héro rebelle postmoderne, et il le trouve en la personne d’Abdul OTAN Jalil.

La scène est à présent installée pour que BHL d’Arabie joue son épopée libératoire, constamment vêtu d’une veste noire, d’une chemise blanche Charvet méticuleusement ouverte pour montrer sa peau blanche, et un téléphone satellitaire collé sur son oreille, depuis les déserts et les montagnes jusqu’aux salons du Palais de l’Elysée et – bien sûr – le Café de Flore qui se révèle à une délégation libyenne éblouie.

Tous, du Roi Sarko à la Reine Hillary « Nous sommes venus, nous avons vu, et il mourut » Clinton et à David Cameron d’Arabie, sont manipulés pour servir d’extras dans une guerre de libération concoctée par BHL. Qui a réellement envie de savoir ce qu’il s’est réellement passé en Libye, comme l’Asia Times Online l’a rapporté pendant des mois ?

BHL rejoue inévitablement le coup de fil tristement célèbre qui aurait converti le Roi Sarko au changement de régime. Sarko lui-même a nourri ce mythe, en déclarant à la télé française en mars 2011 comment cet appel téléphonique l’avait conduit à rencontrer les rebelles de l’OTAN et à démarrer l’offensive franco-britannique. Foutaise ! Le changement de régime avait déjà été décidé à Paris depuis octobre 2010, lorsque le chef du protocole de Kadhafi s’était enfui de Libye pour se réfugier en France.

Maintenant, BHL est très occupé à rappeler au nouveau président français François Hollande « la France fera-t-elle pour Houla et Homs ce qu’elle a fait pour Bengazi et Misurata ? ». Eh bien, la coalition des volontaires est déjà en place : la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Turquie et la Ligue Arabe contrôlée par le Conseil de Coopération du Golfe ! Ils se nomment eux-mêmes « les Amis de la Syrie » et décideront des prochaines étapes du changement de régime, à Paris début juillet.

BHL concède que « sauver l’euro est une obligation impérieuse », mais le drame grec pourrait ne pas empêcher Hollande de passer un coup de fil, exactement comme BHL l’a fait averc son prédécesseur le Roi Sarko, pour convaincre la Russie et la Chine que l’Etat terroriste syrien relève du passé. Evidemment, BHL ne reconnaîtra jamais la nature terroriste de l’Etat israélien envers les Palestiniens, même s’il était sur le point de se faire écraser par un char de Tsahal. De toute façon, si Hollande cale, BHL se tournera vers David Cameron d’Arabie.

BHL insiste pour dire qu’il a réalisé Le Serment de Tobrouk pour la Syrie. En Libye, dit-il, il y avait « une réelle coalition avec les pays arabes, qui impliquait les forces émiraties et qataries ».

Pour l’Emir du Qatar, le Serment de Tobrouk devrait être perçu comme une comédie musicale façon « The Sound of Music ». Après tout, le Qatar a déjà acheté la moitié de la Place Vendôme, une bonne partie des Champs-Élysées et presque tout entre Madeleine et Opéra.

BHL pourrait faire pire que passer lui-même un coup de fil à l’Emir francophile pour lui demander de financer sa prochaine guerre. Mais dites donc, le Qatar arme déjà les rebelles syriens ! Prochaine étape pour BHL? L’Iran.

Article original : “The art of war, with a glass of wine”

Traduction : JFG-QuestionsCritiques

Le conflit en Syrie qui dure depuis 15 mois entre l’armée syrienne et les forces « rebelles » pro-impérialistes s’est intensifié ces dernières semaines, avec des pertes importantes du côté de l’armée du Président Bachar al Assad ainsi que de la population syrienne.

Parmi les atrocités les plus importantes on compte le massacre de Houla, près de Homs. Commis par les « rebelles », ce massacre a servi de prétexte à une campagne politique des puissances impérialistes pour dénoncer le régime d’Assad et développer leur propagande en faveur d’une intervention en Syrie. (Lire aussi : Le massacre de Houla a été perpétré par l’Armée syrienne libre, selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung)

Depuis le début du conflit syrien, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France soutient l’Armée syrienne libre (ASL), qu’il présente cyniquement comme fer de lance d’une révolution syrienne. Sa réaction au massacre de Houla donne un exemple flagrant du soutien de la pseudo-gauche petite-bourgeoise pour les crimes les plus sanglants des soutiens de l’impérialisme au Moyen-Orient.

Dans l’article intitulé “Syrie, les signes du déclin” du 8 juin, écrit par Ghayath Naïssé, le NPA évoque le massacre de Houla, cachant la responsabilité des « rebelles ». Il écrit : « Les réactions au massacre de Houla près de Homs, perpétré par les forces du régime et ses milices, et qui a fait une centaine de victimes dont des dizaines d’enfants, se sont révélées intransigeantes, condamnant le régime en place. Plusieurs pays ont expulsé les ambassadeurs syriens pour renforcer l’isolement du régime ».

La réaction du NPA à cet évènement est caractéristique au plus haut point. Avant même que les faits soient avérés, il déclarait noir sur blanc que le massacre était « perpétré par les forces du régime ». En fait, le massacre commis par des sunnites « rebelles » touchait la minorité chiite de Houla et quelques familles sunnites hostiles à l’opposition. Cependant, le NPA a immédiatement adopté la présentation de la plupart de la presse bourgeoise, se conformant ainsi aux besoins politiques de l’impérialisme français.

Le NPA agit de la sorte malgré le fait qu’une trop grande précipitation à s’aligner sur la presse bourgeoise lui a déjà fait commettre des erreurs de fait, notamment dans ses analyses du meurtre du journaliste français Gilles Jacquier par « l’opposition » syrienne. Le NPA, comme la plupart des médias et des autres partis de la « gauche » bourgeoise, avait attribué à Assad la responsabilité de la mort de Jacquier. (Lire aussi : La classe politique française et la mort de Gilles Jacquier en Syrie)

Depuis la révélation que les « rebelles » étaient responsables du massacre de Houla, le NPA n’a rien publié sur son site pour corriger son erreur.

Le NPA agit de mauvaise foi, sachant bien que cette campagne de presse, à laquelle il participe, fait partie d’une campagne politique de « plusieurs pays » pour favoriser leur intervention en Syrie. L’ASL est financée par les régimes monarchiques réactionnaires du Golfe, armée lourdement par la France et les Etats-Unis sous commandement de ces puissances, et basée en Turquie. Les pays impérialistes interviennent militairement en Syrie par l’intermédiaire de cette armée.

Naïssé lui-même remarque que les réactions des grandes puissances s’inscrivent « dans le cadre d’une politique de pression sur le régime d’Al Assad ». Citant des grèves de commerçants à Damas et à Alep, Naïssé caresse l’espoir que l’opposition pro-impérialiste pourrait faire chuter le régime : « L’abandon du régime d’Al Assad par la bourgeoisie commerçante serait un indice majeur de la décomposition importante de la base sociale du régime syrien ».

Ceci témoigne de l’optique de classe du NPA, qui imbibe les attitudes des états-majors impérialistes et qui n’a rien d’un point de vue prolétarien. Se désintéressant totalement de l’impact de la guerre sur le prolétariat syrien, Naïssé pose plutôt la question suivante : Est-ce que Paris et Washington peuvent faire chuter Assad en suscitant un mouvement de l’opinion de la classe dirigeante syrienne ?

Son optique est violemment hostile à la conception marxiste, selon laquelle le renversement d’Assad ne peut être progressiste que s’il se fait par une révolution menée par le prolétariat. Une lutte prolétarienne en Syrie ne pourrait se développer que dans un combat acharné contre les intégristes sunnites meurtriers de « l’opposition » armée jusqu’aux dents par l’impérialisme et soutenue par le NPA.

Pour se donner une fausse couverture de « gauche », Naïssé termine son article en critiquant les tentatives de négociation qui se déroulent entre Washington et Moscou sur la Syrie. La Russie, qui a pour seul allié la Syrie au Moyen Orient, souhaite défendre ses intérêts, notamment sa base navale dans la ville syrienne de Tartus. Elle est hostile à une invasion de la Syrie par des puissances occidentales, comme ce fut le cas l’année dernière en Lybie avec l’instauration d’un régime fantoche pro-américain après une guerre dévastatrice.

Il écrit : « Avec la poursuite du soutien des gouvernements russe, chinois et iranien, les alliés du régime [Assad] assassin, les positions américaine et européenne affichées jusqu’à présent déboucheraient, elles, sur une ‘transition organisée’. … La position de la gauche révolutionnaire syrienne repose sur le refus de cette solution d’en haut, tout comme de l’intervention militaire étrangère qui signifieraient toutes deux l’écrasement et la défaite de la révolution populaire ».

En fait, la critique par Naïssé d’une « solution d’en haut » envisagée par les puissances impérialistes est réactionnaire et incohérente. Elle cache le fait que ce que Naïssé appelle la « révolution populaire » est déjà une « intervention militaire étrangère » qui a fait des milliers de morts dans une guerre civile pilotée par les impérialistes. Le NPA n’intervient dans le dialogue russo-américain que pour encourager Washington et ses alliés à poursuivre leur opération de manière plus féroce, sans négociations.

Naïssé termine ainsi son article : « Révolution permanente jusqu’à la chute de l’oppression et de l’exploitation! ». Il essaie ainsi de faire passer l’activité des escadrons de la mort pro-impérialistes, responsables du massacre de Houla, pour une activité fondée sur les théories révolutionnaires de Léon Trotsky, ce qui est un faux grossier et répugnant.

En Syrie, il n’existe actuellement aucun mouvement indépendant de la classe ouvrière pour renverser le régime d’Assad. Il y a plutôt des violences commises par des bandes armées, contrôlées par les puissances impérialistes qui visent à changer l’orientation de la bourgeoisie syrienne en faveur des Etats-Unis pour la mise en place d’un régime droitier. Cela s’appelle une contre-révolution, dont le NPA est le plus fervent défenseur.

Le premier ministre japonais Yoshihiko Noda a passé outre les questions de sécurité et l’opposition populaire pour donner l’ordre de réactiver deux réacteurs du site nucléaire de Oi samedi dernier. Cette décision, acclamée par le monde des affaires, est considérée comme le premier pas vers le redémarrage des réacteurs fonctionnels du pays, qui avaient été arrêtés après la catastrophe du site de Fukushima Daiichi à la suite du tremblement de terre et du Tsunami de mars de 2011.

La catastrophe de Fukushima, la deuxième la plus grave au monde après l’explosion de Tchernobyl en 1986, a entraîné la fusion partielle du cœur de trois des six réacteurs du site. Plus de 80 000 habitants ont été contraints d’évacuer la zone interdite autour du site et ont été prévenus que cela pourrait prendre des dizaines d’années avant qu’un retour soit possible.

Dès le début de mai, les 50 réacteurs nucléaires du pays étaient tous à l’arrêt. Beaucoup d’entre eux étant hors circuit pour des maintenances de routine ou pour s’aligner sur les nouvelles normes de sécurité mais n’ont pas pu redémarrer en raison du large sentiment de méfiance du public envers les compagnies d’électricité et le gouvernement.

10 000 personnes ont manifesté à Tokyo samedi contre l’annonce faite par Noda. Le lendemain, plus de 2000 personnes ont rejoint une manifestation à Fukui, dans la même préfecture que Oi. Les maires de tout le Japon ont signé des lettres au Premier ministre contre cette décision.

D’après un sondage organisé par le Mainichi Shimbu au début du mois, 71 pour cent des personnes interrogées étaient contre un redémarrage anticipé des réacteurs de Oi, et seulement 25 pour cent y étaient favorables. Vendredi dernier, un groupe anti-nucléaire avec à sa tête le prix Nobel Kenzaburo Oe a adressé à Noda une pétition avec 7,5 millions de signatures demandant l’abolition de l’énergie nucléaire.

Noda a pris la décision de réactiver les réacteurs 3 et 4 du site de Oi sous la pression des investisseurs, dont le puissant lobby de l’énergie privée. La compagnie qui gère le site, Kansai Electric Power, avait indiqué que sans ce site, la demande d’électricité pourrait dépasser l’offre de 15 pour cent en été. La compagnie alimente la région de Kansai, qui comprends les villes d’Osaka et Kyoto, la seconde plus grande zone urbaine du pays.

Noda a insisté sur les coupures d’électricité dont pourrait souffrir la population. Mais le principal souci des élites qui dirigent l’économie est le manque d’énergie pour l’industrie, qui a été durement touchée non seulement par le triple désastre de l’an dernier, tremblement de terre, tsunami et crise nucléaire mais aussi par la crise économique mondiale qui s’aggrave, notamment en Europe. En dépit d’une croissance relativement forte au premier trimestre, 4,7 pour cent annualisés, la situation économique du Japon reste très incertaine.

L’agence de notation Moody’s a accueilli la décision de Noda avec prudence, la qualifiant d’« indication d’un consensus émergeant » sur la réactivation des centrales nucléaires du pays qui est « importante pour le retour de l’industrie [électrique] à la rentabilité. » La fermeture des centrales nucléaires du pays avait entraîné des pertes financières dans pratiquement toutes les activités qui y sont liées au cours du dernier exercice fiscal.

Les deux centrales redémarreront avant même que le gouvernement n’ait mis en place le nouveau système de réglementation du nucléaire. La catastrophe de Fukushima a révélé les relations étroites entre la compagnie qui gérait la centrale, la Tokyo Electric Compagny (TEPCO) et l’Agence de sécurité nucléaire et industrielle (ASNI) qui était chargée de la superviser. Le puissant ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie (le MITI), qui supervisait l’ASNI est également responsable de la promotion de l’énergie nucléaire.

L’ASNI n’a pris que des mesures limitées contre TEPCO, quatrième entreprise énergétique mondiale, en dépit de son lourd passif de manquements aux règles de sécurité, de falsification des rapports d’inspection de sécurité et de persécution des salariés qui osaient divulguer la vérité. TEPCO a été laissé aux commandes de la centrale de Fukushima alors même que sa gestion de la crise cherchait en premier lieu à protéger ses investissements et minimiser les pertes financières plutôt qu’à s’assurer que les réacteurs étaient maîtrisés aussi sûrement et rapidement que possible.

Tentant de rassurer le public, le gouvernement a insisté sur le fait que tous les réacteurs devaient subir des « tests de résistance » et appliquer des mesures de sécurité pour empêcher la répétition de catastrophes du type de Fukushima. Les digues de la centrale de Fukushima n’étaient pas assez hautes pour empêcher le tsunami de noyer les générateurs dont la centrale aurait eu besoin au plus fort de la crise. Le manque de puissance et la perte des systèmes de refroidissement du réacteur ont rapidement entraîné des augmentations dangereuses de la température du cœur des trois réacteurs opérationnels, risquant d’entraîner une fusion complète.

Cependant, les « tests de résistance » et les mesures de sécurité visent plus à freiner l’intense opposition du public qu’à établir des procédures capables de parer à toute éventualité dans les centrales nucléaires japonaises. L’annonce de Noda au sujet de la centrale de Oi intervient un jour après que le Parlement a adopté un projet de création d’une nouvelle Autorité de régulation nucléaire (ARN) liée au ministère de l’environnement au lieu du MITI. L’ARN doit encore être créée et n’a donc pas fixé les nouvelles normes de sécurité.

Dans des commentaires au Christian Science Monitor, le professeur Mitsuhiko Watanabe de l’Université de Tokyo a soulevé des inquiétudes sur le redémarrage. Il dit qu’il ne s’oppose pas à l’industrie nucléaire, mais pense qu’il y a des preuves scientifiques allant dans le sens de la possibilité de « zones dévastées », c’est-à-dire des failles géologiques, sous la centrale de Oi. Il a mis au défi les partisans de la décision de Noda d’affirmer que « la sécurité n’est pas garantie, mais nous autorisons le redémarrage pour d’autres raisons. »

La rapidité avec laquelle Noda a ordonné la reprise de l’activité de la centrale de Oi indique que ce sont les profits, et non la sécurité, qui continueront à dominer le fonctionnement de l’appareil de régulation du nucléaire. Le ministre du commerce et de l’industrie, Yukio Edano, a déclaré qu’il ne pourrait y avoir aucune garantie absolue sur la sécurité nucléaire dans un pays très exposé aux tremblements de terre. « Il n’y a pas de procédure parfaite en matière de prévention des catastrophes », a-t-il dit.

Avant son annonce, Noda a obtenu l’accord de deux personnalités locales, le maire de Oi et le gouverneur de la préfecture de Fukui. Leur accord, cependant, ne fait que souligner la dépendance économique très forte de cette région envers l’industrie nucléaire – 14 réacteurs sont étalés sur 50 kilomètres de front de mer, connu comme la « nuclear alley » du Japon. La région reçoit des subsides gouvernementaux importants en conséquence.

La petite ville de Oi dépend de la centrale : près de 450 habitants sur 2700 y sont directement employés et de nombreuses activités locales dépendent de la centrale directement ou indirectement. « L’énergie nucléaire est une aubaine par ici, » dit Jiku Miyazaki, activiste anti-nucléaire local, dans le Christian Science Monitor. Il n’est pas surprenant qu’un sondage ait trouvé que 64 pour cent de la population de la ville étaient partisans du redémarrage, contre 34 dans les régions voisines.

Mais il y a des inquiétudes sur la sécurité, même parmi ceux qui soutiennent la réouverture de la centrale. Hiromichi Muramatsu, qui possède un magasin d’alcools à Oi, déclarait au Monitor : « Mes ventes se sont effondrées depuis que les réacteurs ont été arrêtés, donc d’un point de vue financier je voudrais que les choses redeviennent comme avant […] le gouvernement doit s’assurer qu’il fait cela comme il faut pour garantir la sécurité, mais je ne suis pas sûr qu’il ait envisagé toutes les possibilités. Pour moi, le redémarrage intervient trop tôt. »

La décision de réactiver l’industrie nucléaire intervient alors que le gouvernement est déjà confronté à une opposition intense à ses projets d’augmenter la TVA déjà très impopulaire du pays. La mauvaise gestion de la catastrophe de Fukushima a été un facteur majeur dans l’effondrement du taux d’approbation du précédent Premier ministre, Naoto Kan, ce qui a entraîné sa démission en août dernier. Noda est confronté à des difficultés politiques similaires étant donné qu’il applique lui aussi les exigences du monde des affaires.

Article original en anglais, WSWS, paru le 19 juin 2012

Mardi 19 juin 2012

Une colère tumultueuse a envahit Nebek la ville paisible accrochée aux flancs des montagnes du Qalamon au Nord de Damas. La nouvelle s’est répandue comme le feu dans la paille à cause qu’il fut filmé avec une arrogante fierté par les rebelles du comité de coordination de Nebek. Trois d’entre ces derniers pénétrèrent par la force dans l’appartement du citoyen Mouhammad Mohsen Rachid surnommé Abou Waël et ils entreprirent de le jeter par la fenêtre à partir du troisième étage. Ils l’immobilisèrent quelques secondes le temps que le photographe du crime déclare que « tel est le destin de ceux qui collaborent avec la sécurité » avant de le laisser tomber, devant sa femme et ses enfants en bas âge, indifférents à ses supplications de ne pas le tuer.

L’incident eut lieu ce vendredi 15 juin dans la ville de Nebek, dans la rue Al Nassim (Al Mlitta) à côté de la mosquée Al Moubarak a ramené sur le devant de la scène le problème des liquidations terroristes auxquelles procèdent les hommes armés des milices de l’armée libre de la Syrie. Les incidents de kidnappings et de liquidations des supporters du régime se sont multipliés mais l’assassinat de Mouhammad Mohsen Rachid a eu un impact différent parce qu’elle s’est déroulée d’une manière barbare et qu’elle a été filmée et diffusée avec fierté pour disséminer la crainte et la terreur dans les rangs des citoyens.

Walid, un habitant de la rue Al Nassim qui a été témoin du crime a affirmé à Araba press que la conscience de ce qu’on appelle la révolution est stigmatisée par le crime horrible perpétré par les gangs de la cohorte Al Nour. Ils sont de Yabrud et il y avait parmi au moins un ressortissant de Nebek pour les guider vers la maison de Mouhammad. Mais son ami et son voisin de palier Amjad a dit que la mort de Mouhammad Mohsen Rachid a eu ,lieu par erreur car la personne visée était son voisin appelé Abou Ayman, ajoutant que cette erreur allait avoir pour résultat la division de l’armée libre de Syrie à Nebek. Ce témoin a précisé que quatre personnes cagoulées, parmi elles au moins un habitant de Nebek. Ils sont montés à la maison de Abou Waël, ont pénétré chez lui et ils l’ont jeté par la fenêtre du salon ». Une dispute avait fait rage entre eux pour savoir s’il fallait liquider Abou Waël ou Abou Ayman qui est une autre personne dans le même quartier accusé de collaboration avec la sécurité, qui leur indiquait quand les armes étaient passées en contrebande à l’intérieur de la ville ».

Les activistes opposants du comité de coordination de Nebek publièrent le passage concernant la liquidation menaçant toute personne qui collabore avec les services de sécurité du même destin.

Le crime a suscité une colère déferlante dans la ville de Nebek qui était parmi les plus stables des villes du Qalamoun. Quelques habitants des régions avoisinantes donnaient à ses ressortissants le titre de « Chabihas gratuits » à cause de l’appui spontané qu’ils offraient au président Bashar El Assad.

Marwan (c’est un pseudonyme), un opposant, a déclaré à Arabi Press : « je suis fier d’être opposant mais ce qui s’est passé est un outrage à l’opposition et à la liberté pour laquelle nous nous sommes soulevés. Cela fait que nous ressemblons aux Shabihas, c’est pourquoi je condamne le crime et je réclame qu’on châtie sans miséricorde ceux qui l’ont exécuté. Il ajouta : « Ils devaient uniquement effrayer la personne en question. La scène m’a fortement ébranlé, ce n’est pas ce que nous voulons. Nous sommes devenus comme les Shabihas. Un autre opposant qui a refusé de donner son nom a dit : « tel est le destin de tout collabo qui trahit son peuple. Je suis sûr qu’ils l’ont prévenu. L’armée libre n’exécute aucune condamnation à mort sans diriger plusieurs mises en garde et c’est une preuve que Abou Waël s’est entêté dans la trahison de son peuple et de la révolution. Mais je suis contre la façon avec laquelle cela a été exécuté qui va être exploité contre nous par les supporters du criminel régime ».

Les justifications du crime de la part des opposants de la manière d’exécuter le crime en jetant la personne du troisième étage a suscité la rage et l’aversion de ceux qui supportent le régime ainsi que ceux qui ont prit une position neutre. Rami à déclaré : « étrange est le propos de ceux qui appellent à la liberté. Ils sont pour l’exécution d’un homme sans jugement équitable mais c’est la manière qui ne leur a pas plus. Ils sont avec le crime comme principe mais ils sont contre le fait de jeter une personne par la fenêtre du troisième étage ». Il termine avec cette raillerie : « Ils ont des sentiments délicats qui ne supportent pas la scène. Ils voudraient qu’on emploie des balles ou la pendaison ou le lynchage comme cela s’est passé à Yabrud depuis peu ». Ils refusent l’incident parce qu’il les dévoile et dévoile leur criminalité : enlèvement et liquidation avec sang-froid, des crimes dont aucun des Nebequois n’aurait imaginé, eux qui sont réputé pour être des gens de paix et enclins à la modération et leur refus de la discorde. Nous insistons sur le fait qu’il y a une intrusion étrangère des villages de Musharfeh et de Yabrud qui s’est infiltrée à Nebek avec des transfuges de Homs et de Douma pour détruire la sécurité et la modération qui font la réputation de Nebek. Il y a une quasi unanimité à Nebek pour assurer que les assassins de feu Mouhammad Mohsen Rashid viennent de l’extérieur de Nebek et les riverains pensent à des voies nouvelles pour décompresser la pression en promouvant des réunions populaires afin d’éloigner le spectre de la discorde de la ville où le nombre des loyalistes équivaut au nombre des opposants.

 

Traduit pas Marie Youssef
Arabi Press – Nebek
Vox Clamantis i.d.d.

L’art de la guerre : La démocratie impériale

juin 19th, 2012 by Manlio Dinucci

Le lendemain du jour où le Parlement égyptien a été dissous par la Cour Constitutionnelle, de fait sur ordre du Conseil suprême des forces armées, le Département d’état étasunien est entré en lice, garantissant que le Conseil s’est engagé à transférer le pouvoir, le 1er juillet, au président élu. Washington assure que, pendant toute la « transition à la démocratie » en Egypte, il est resté en contact étroit avec le Conseil militaire suprême. Personne n’en doute : l’administration Obama a décidé il y a trois mois de reprendre le financement des forces armées égyptiennes, suspendu par le Congrès quand certains employés d’organisations non-gouvernementales étasuniennes avaient été arrêtés pour avoir financé en sous-main, avec des millions de dollars, divers groupes égyptiens dans le cadre des « programmes d’entraînement à la démocratie ». Une fois relâchés, Washington a débloqué l’aide militaire de cette année : 1,3 milliards de dollars, déposés sur un compte à signature conjointe, auxquels s’ajoutent 250 millions pour des programmes économiques et politiques en Egypte, plus un autre chiffre important pour des programmes secrets. On a vu le résultat. Fort du soutien de Washington, le Conseil militaire suprême a fait effacer la loi, promulguée en mai au parlement, qui interdisait la candidature d’ex hauts fonctionnaires du régime Moubarak : c’est ainsi qu’a pu se porter candidat aux présidentielles le général Ahmed Chafik, nommé premier ministre par Moubarak peu de temps avant d’être déposé. Et, après avoir fait dissoudre le parlement, le Conseil militaire suprême a promulgué, pendant que les élections se tenaient, une « constitution ad interim » qui renforce ultérieurement ses pouvoirs, en attendant la constitution définitive rédigée par une commission d’une centaine de membres, nommés par le Conseil lui-même. Ainsi, même dans le cas où s’installerait à la présidence le candidat des Frères Musulmans Mohamed Morsi, le pouvoir réel restera dans les mains du Conseil suprême. C’est-à-dire de cette caste militaire financée et armée par les Etats-Unis, qui durant le régime de Moubarak a été la véritable détentrice du pouvoir. Cette même caste que le président Obama a présentée comme garant de la « transition ordonnée et pacifique », quand Moubarak, après avoir été au service des USA pendant plus de trente ans, a été renversé par le soulèvement populaire.

Tandis qu’ils dénoncent des « violations de la démocratie » en Syrie et en Iran, les Etats-Unis exportent leur « modèle de démocratie » même dans d’autres pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Au Yémen, le président Obama a admis officiellement que des forces militaires étasuniennes mènent des opérations directes. Formellement contre Al Qaeda, en réalité contre la rébellion populaire. Et, par l’intermédiaire de l’Arabie saoudite et de la Grande-Bretagne, Washington arme le régime yéménite, qui recevra des fournitures militaires pour 3,3 milliards de dollars. Washington fait la même chose avec la monarchie du Bahreïn qui, après avoir férocement réprimé (avec l’aide de l’Arabie saoudite, des Emirats et du Qatar) la lutte populaire pour les droits démocratiques fondamentaux, a emprisonné et torturé une vingtaine de médecins, accusés d’avoir aidé les insurgés, en soignant les blessés. Etant donné que le gouvernement du Bahreïn doit « résoudre de graves questions relatives aux droits humains », Washington annonce de nouvelles fournitures d’armes, qui seront utilisées pour réprimer dans le sang la lutte pour la démocratie.

Edition de mardi 19 juin 2012 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120619/manip2pg/14/manip2pz/324523/


Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste au quotidien italien il manifesto.

La Syrie n’est jamais apparue le centre du monde autant qu’elle l’est aujourd’hui. Tous les jours, des centaines de reportages, de rapports, de nouvelles, d’images truquées et de fausses rumeurs, sont répandus par des médias internationaux, véhiculant des prises de positions et des déclarations contradictoires de dirigeants occidentaux.

Devant ce flux de mensonges, les responsables russes sont contraints de publier des démentis, alors que sur le terrain, les développements apportent des réalités opposées à celles qui sont rapportées.

L’empire américain tente d’éloigner autant que possible le calice de la défaite, car s’il reconnait l’échec de son projet en Syrie, cela provoquera des effondrements en série au sein de son dispositif régional, avec les conséquences désastreuses que cela aura sur ses États-auxiliaires qui se sont impliqués jusqu’aux oreilles dans le complot ourdi contre l’État national syrien.

Les États-Unis n’ont pas saisi l’offre d’une reconnaissance indirecte de leur échec, faite par les Russes, procédant à une fuite en avant, en prolongeant davantage les violences qui font des centaines de morts et de blessés et provoquent des destructions énormes dans les infrastructures civils et les bâtiments publics, sans gains politiques significatifs en contrepartie.

Cette violence est l’œuvre d’alliés de l’Amérique, comme les pays du Golfe et la Turquie, ou d’outils, comme Al-Qaïda ou des groupes du Courant du futur, au Liban.

Le plus gros de ces mensonges véhiculés ces derniers jours a été la tentative de faire croire que des marchandages sont en cours entre Moscou et Washington, portant sur le sort du président Bachar al-Assad. La mission de répandre ce mensonge a été confiée au ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui a déclaré que des négociations sont en cours avec la Russie pour parler de l’après-Assad. “Les Russes eux-mêmes ne sont pas aujourd’hui attachés à la personne de Bachar al-Assad, ils voient bien que c’est un tyran et qu’eux-mêmes en s’enchaînant à ce dictateur vont s’affaiblir. Mais ils sont sensibles, si Bachar est chassé du pouvoir, à qui va prendre la place. La discussion porte là-dessus”, a dit le chef de la diplomatie française.

La riposte du ministre russe des Affaires étrangères a été presqu’immédiate : “La Russie ne discute pas avec l’Occident sur des changements politiques en Syrie qui impliqueraient le départ du président Bachar al-Assad. De telles discussions n’ont pas eu lieu et ne peuvent avoir lieu. Cela est en totale contradiction avec notre position”, a déclaré Serguei Lavrov.

Un autre mensonge véhiculé ces derniers jours par l’Occident, aidé en cela par les Nations unies, porte sur l’état de “guerre civile” qui prévaudrait en Syrie. Une lecture détaillée de ce qui se passe dans ce pays montre qu’il s’agit d’une lutte entre un État central, jouissant d’une légitimité historique, politique et populaire, contre des groupes extrémistes et terroristes créés, financés, entraînés et armés par l’étranger.

À ceux qui ne se contentent pas des déclarations publiques des dirigeants saoudiens et qataris favorables à l’armement des insurgés syriens, les grandes enquêtes et reportages des médias occidentaux confirmant cette réalité ne se comptent plus.

Le dernier en date est signé par l’agence britannique Reuters, qui n’est pas particulièrement connue pour sa sympathie envers le pouvoir syrien. Le reportage de l’agence indique que des “combattants et des personnalités opposantes au président Bachar al-Assad ont indiqué que des milliers d’obus et des centaines de fusils à haute précision, ainsi que des roquettes antichars, ont été introduits ces dernières semaines en Syrie via les frontières turque, libanaise et irakienne. Ces sources affirment que la plupart de ces armes ont été fournies par des intermédiaires en Arabie saoudite et au Qatar.” “Les opposants armés s’apprêtent à intensifier leur lutte contre les troupes syriennes après avoir récemment reçu ce nouvel armement transporté dans des camions et à dos de mules”, ajoute le texte de Reuters. “Les combattants de l’opposition affirment avoir mis à profit le fragile cessez-le-feu pour se réorganiser face à l’armée syrienne, même s’ils reconnaissent que ces armes ne suffisent pas à renverser le régime. Des rebelles d’Idleb affirment que cet armement ne couvre pas tous leurs besoins, car des milliers de soldats attendent en Turquie l’arrivée de nouvelles armes. Un autre insurgé, qui a requis l’anonymat, indique que le QG de l’Armée syrienne libre se trouve désormais à Idlib, qui est pratiquement une « zone tampon ».”

Autre mensonge, les informations amplifiant les “succès” des extrémistes et “les dissidences” au sein de l’armée syrienne. Parmi les mensonges : “2’000 opposants se seraient infiltrés à Damas”, que l’État “ne contrôle plus de larges parties du territoire” etc…

La réalité est que le président Bachar al-Assad a informé l’émissaire international, Kofi Annan, qu’il donnait aux hommes armés partout en Syrie un cours délai pour qu’ils rendent les armes, dans les régions où ils se trouvent.

Citant des sources bien informées, de nombreux médias libanais et arabes ont indiqué que “des mesures strictes et sévères seront prises et les ordres seront donnés à des divisions militaires entières pour bouger et détruire les bases des terroristes par la force”.

Sur le terrain, les insurgés perdent un à un leurs bastions, ou se trouvent acculés et en très mauvaise posture. C’est d’ailleurs ce qui a poussé les Occidentaux à exprimer leurs craintes d’une offensive sur Homs. Or les rebelles ne se trouvent plus que dans quelques rues dans cette ville et sont encerclés. Leur combat est perdu.

Pourtant, ce sont eux qui avaient encore une fois ouvert les hostilités, en intensifiant leurs attaques, notamment à Hiffé (27 Kms de Lattaquié), qu’ils ont brièvement occupée après y avoir pénétré par surprise et massacré les partisans du régime. Hiffé a été récupérée en 48h.

Une source politique haut placée à Damas révèle que Moscou a récemment conseillé au commandement syrien d’améliorer ces acquis militaires, en se concentrant sur les flancs mous qui semblent sous le contrôle de l’opposition à Homs, la campagne de Lattaquié et certaines régions d’Idleb.

Sur le plan politique, la Russie a réaffirmé son appui total à Damas, et a assuré que la prochaine étape verra l’organisation d’une conférence sur la Syrie… avec la participation de l’Iran. Entre-temps, l’armée syrienne poursuivra ses opérations de nettoyage qui seront, cette fois, différentes que par le passé.

Ghaleb Kandil
New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf
Tendances de l’Orient No 88, 18 juin 2012.

SYRIE : Cinq longues minutes de vérité sur la Cinq

juin 18th, 2012 by Louis Denghien

Gérard Chaliand a en moins de cinq minutes dit ce qu’il fallait dire sur une année de campagnes politico-médiatiques à thème syrien

Jeudi 14 juin, l’émission C dans l’air (sur la Cinq) d’Yves Calvi était consacré à l’engagement français en Afghanistan, de Sarkozy en Hollande. Mais l’animateur et ses invités ont fait un petit crochet par la Syrie, pour répondre à une question d’un auditeur sur l’ »inaction » de la France en Syrie. Un des participants, Gérard Chaliand, directeur du centre européen d’Études des Conflits et spécialisé dans les questions de terrorisme et de guérillas, répond alors en substance qu’une intervention serait hautement contre-productive, et que le renversement de Bachar donnerait lieu à des vengeances d’un haut degré de férocité de la part des rebelles ? Yves Calvi interpelle alors Chaliand sur les « enfants torturés » et lui demande si l’on doit rester sans rien faire par rapport à pareilles horreurs. Et là Gérard Chaliand, sans se démonter, dit que les pleurs humanitaires ne sont en l’espèce que la couverture de desseins beaucoup plus politiques : il évoque le rôle des États-Unis, d’Israêl et des pétro-monarchies sunnites décidées à frapper l’ennemi iranien à travers la Syrie. Et il fait remarquer les dizaines de milliers de victimes civiles du conflit à Ceylan, les trois millions de morts de la guerre civile du Congo et tous ceux d’un certain nombre d’autres conflits n’ont jamais empêché les Occidentaux de dormir, et que donc les campagnes médiatiques sont généralement le reflet de préoccupations beaucoup géopolitiques qu’humanitaires.

Pendant cette rapide mise au point, qui avait l’air d’ouvrir des horizons sidéraux à Calvi, Chaliand était appuyé par Jean-Dominique Merchet de journal Marianne, autre spécialiste reconnu des questions géostratégiques et militaires. En face, les représentants de la doxa anti-syrienne, Christophe Barbier de L’Express et d’I-Télé et, dans une moindre mesure, Grégory Pons de Valeurs Actuelles, n’avaient tout d’un coup plus grand chose à dire.

Il ne faut pas s’exagérer la portée de quatre ou cinq minutes de vérité dans une des émissions du vaste P.A.F. Mais cependant, de tels points de vue hétérodoxes, donnés par des spécialistes agréés par le Système et bénéficiant d’ailleurs d’une crédibilité et d’une expertise dans leur domaine, ne peuvent passer inaperçue de dizaines de milliers de téléspectateurs. Ceux de l’émission d’Yves Calvi ont appris ce 14 juin, s’ils ne s’en doutaient déjà, que la violence en Syrie n’est pas le monopole de Bachar et de son armée, que ses opposants sont des persécuteurs en puissance et que les dirigeants occidentaux sont des Tartuffe – ce dernier point étant plus, pour l’immense majorité de l’opinion française, une confirmation d’avantage qu’une révélation.

 

Hier, dans un coup militaire, la junte militaire soutenue par les Etats-Unis a dissout le parlement dominé par les Islamistes. Cet événement survient deux jours à peine avant le dernier tour des élections présidentielles en Egypte – les premières depuis l’éviction l’année dernière d’Hosni Moubarak au milieu des protestations de la classe ouvrière.

La décision du Conseil suprême des Forces armées (CSFA) de la junte de dissoudre le parlement a été précédée par une décision de la Cour suprême constitutionnelle (CSC). Elle déclara brusquement inconstitutionnelle la loi électorale en vertu de laquelle le parlement avait été élu en novembre-janvier.

La CSC, une cour composée de juges nommés par Moubarak, a statué qu’un tiers des sièges au parlement étaient invalides parce que des candidats des partis politiques avaient été élus pour des sièges réservés exclusivement aux indépendants.

Les préparatifs de la junte pour cette décision montrent clairement que la principale cible est la classe ouvrière égyptienne, et que sa principale crainte est un renouvellement des luttes de la classe ouvrière qui avaient renversé Moubarak l’année dernière. Avant la décision de la cour, la junte avait renforcé les mesures de sécurité au Caire. Des chars furent déployés devant le bâtiment fortement protégé de la Cour suprême.

La Corniche, une route qui longe les rives du Nil près du tribunal, fut barricadée par du fil de fer barbelé, avec des rangées de soldats stationnés derrière pour en interdire accès aux manifestants qui hurlaient contre la junte SCAF et exigeaient l’épuration du pouvoir judiciaire. Des jeunes en colère ont incendié des affiches de Shafiq et d’autres ont lancé leur chaussures en l’air en signe de mépris.

Lors de la même séance de la cour, la CSC a aussi approuvé la candidature présidentielle d’Ahmed Sahfiq qui fut le dernier premier ministre sous le régime Moubarak. Le premier tour des élections avait donné lieu à un affrontement entre Mohamed Mursi, le candidat des Frères musulmans (FM) islamistes, et Shafiq, le candidat favori de l’armée,

La candidature de Shafiq fut menacée par la prétendue loi d’isolement politique, adoptée en début d’année par le parlement et qui interdit aux responsables de haut rang du régime Moubarak de se porter candidat.

Afin de garantir la présence de Shafiq dans les scrutins, la CSC a également déclaré inconstitutionnelle la loi d’isolement politique. Elle a cyniquement déclaré que la loi d’isolement politique visant les responsables de la dictature de Moubarak violait le droit à l’égalité devant la loi.

Une source militaire citée dans le journal Egyptian Independent a indiqué que la junte dissoudra aussi l’assemblée constituante élue mardi par le parlement et chargée de débuter les travaux pour l’élaboration d’une nouvelle constitution égyptienne. Au lieu de cela, « une déclaration constitutionnelle devrait être publiée par le Conseil suprême des forces armée, et qui comprend la formation de l’Assemblée constituante, » a précisé cette source.

Les décisions de la cour et les décisions de la junte ont démasqué l’escroquerie de la « transition démocratique » promue par l’élite dirigeante égyptienne et ses alliés impérialistes aux Etats-Unis et en Europe.

En dissolvant le parlement et l’assemblée constituante, le CSFA s’empare de toute l’autorité qu’il avait transmise au parlement en janvier en reprenant le contrôle de la rédaction de la constitution du pays.

Au cours de ces derniers mois, la composition de l’assemblée constituante avait été l’une des principales sources de conflit entre le CSFA et le parlement dominé par les Islamistes. En décidant de contrôler la rédaction de la constitution, la junte a clairement fait comprendre qu’elle était déterminée à pleinement contrôler la politique future de l’Egypte. Elle est notamment en mesure de décider quels seront les pouvoirs dont le président disposera ou non. Dans ces conditions, les élections présidentielles en soi ont peu d’importance réelle.

L’objectif immédiat du coup militaire au sein de l’appareil d’Etat de l’Egypte est les FM. Après une coopération étroite de la junte militaire CSAF avec les FM pour réprimer la classe ouvrière durant les premiers mois de la révolution, des divisions se sont développées entre eux après que les Islamistes ont remporté les élections législatives. Tous deux, l’armée et les FM, contrôlent de vastes pans de l’économie égyptienne en représentant les intérêts économiques et politiques de factions concurrentes de l’élite dirigeante égyptienne.

Immédiatement après que les juges de Moubarak eurent donné le feu vert à la campagne de Shafiq, celui-ci a tenu une conférence de presse à la télévision qui ressemblait fort à un discours de victoire. Il a fait l’éloge du SCAF et de la police en déclarant qu’il « affronterait le chaos et qu’il restaurerait la stabilité dans le pays ».

Dans une menace directe à l’adresse de ses adversaires politiques, il a dit que « l’époque des règlements de compte, de la rédaction des lois visant certaines personnes en particulier et du recours aux institutions de l’Etat pour la réalisation d’objectifs privés était révolue».

Après l’annonce des décisions de la cour, les FM et leur bras politique, le parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), ont tenu une réunion d’urgence. Mursi a déclaré qu’ils respecteront la décision de la CSC et qu’il ne restera pas dans la course. Il a dit : « Nous irons aussi loin que nous le pouvons, et si l’ancien régime tente de s’établir, la révolution sera plus dure cette fois».

Mursi a montré toutefois clairement que l’objectif des FM est de trouver un accord avec la junte. Il a souligné qu’il n’y avait pas d’autre option que « la révolution par les urnes » en réclamant « la passation de pouvoirs et la fin de la période de transition ».

La porte-parole du département d’Etat américain, Victoria Nuland, a dit sans ambages que Washington soutenait secrètement le coup. Elle a cyniquement déclaré que les Etats-Unis voulaient « que le peuple égyptien obtienne ce pour quoi il a combattu, un système de gouvernement libre, juste, démocratique et transparent – une gouvernance qui représente la volonté du peuple, un parlement et un président élus de cette manière ».

Les commentaires de Nuland sont une diversion cynique. En ne soulevant aucune objection contre le coup, les Etats-Unis soutiennent les mesures contre-révolutionnaires du SCAF tout aussi fermement qu’ils avaient soutenu l’année dernière Mubarak, leur comparse de longue date alors qu’il avait déchaîné une violence meurtrière contre les protestations de masse de la classe ouvrière.

Par leur offensive contre-révolutionnaire, les généraux de Moubarak indiquent qu’ils ne veulent pas seulement entièrement rétablir le régime de Moubarak, mais qu’ils projettent d’éliminer tous les centres potentiels d’opposition au sein de l’appareil d’Etat et des partis officiels.

L’objectif final d’une telle répression sera toutefois, la classe ouvrière – qui a mené les luttes révolutionnaires qui ont renversé le régime Moubarak et qui ont à maintes reprises secoué le régime du SCAF. Le coup d’Etat prépare le terrain à une confrontation violente entre la junte et la classe ouvrière.

La veille de la décision de la cour, le ministre de la Justice avait publié un décret autorisant la police, la police militaire et les officiers du renseignement d’Etat à arrêter des civils. Le décret est en fait une réintroduction d’une version plus sévère de la loi d’urgence qui était arrivée à expiration il y a deux semaines.

Le décret autorise la junte à détenir toute personne qui « nuit au gouvernement, » « détruit des biens, » « s’oppose aux ordres » ou « perturbe la circulation. »

Article original, WSWS, paru le 15 juin 2012

Vu d’Algérie, le «printemps érable » : Un mai 68 canadien

juin 18th, 2012 by Chems Eddine Chitour

« Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres et à donner l’apparence de la solidité, à ce qui n’est que du vent. (…) Dans les temps futurs, dire la vérité est un acte révolutionnaire.»  George Orwell

Dans une boutade restée célèbre, on expliquait à un citoyen lambda ce qui distinguait le communisme du capitalisme. Le premier serait l’exploitation de l’homme par l’homme et le second exactement le contraire! On s’aperçoit qu’on avait à choisir entre la peste et le choléra. Dans une contribution précédente, j’avais pointé du doigt le fait qu’à des degrés divers l’indignation était planétaire mais que les méthodes différaient. Le ras-le-bol mondialisé est une réalité. Si les médias aux ordres ont soigneusement étouffé les révoltes des sans-voix mais pas sans droits dans les pays occidentaux, nous voulons, à travers cette contribution, amplifier, malgré l’étouffement, cette rumeur qui enfle pour un ordre plus juste. C’est d’ailleurs un juste échange de bons procédés.

Pendant près de neuf mois, les médias aux ordres se sont occupés des Arabes – poussant la sollicitude à donner un nom à des jacqueries savamment entretenues, le vocable de printemps arabe- avec l’affection d’une Alma mater, en entretenant çà et là le feu de la discorde allant jusqu’à créer des informations imaginaires. Nous allons pour notre part, par respect pour celles et ceux qui galèrent dans les pays occidentaux, leur souhaiter un printemps pour les révoltes légitimes qu’ils mènent. On pensait naïvement que les citoyens du Sud avaient le «monopole de la détresse». En fait, il n’en n’est rien. La détresse, en un mot, la mal-vie, est mondialisée.

A contrario, justement dans les pays du Sud, il y a des super-citoyens qui n’ont rien à envier aux citoyens des pays riches, voire très riches. La mal-vie est telle en Occident, que de plus en plus, les citoyens protestent contre cette mondialisation-laminoir qui fait par exemple cadeau aux banques qui sont renflouées avec l’argent des contribuables en mutualisant les pertes, privatisent leurs profits au profit d’une oligarchie de sangsues qui pensent être éternels intouchables, voire prendre avec eux leurs fortunes le jour du grand départ. De la Grèce au Portugal, en passant par l’Italie et l’Espagne, ce sont les travailleurs qui doivent accepter l’austérité pour rembourser la dette des États. Pourtant, la dette publique provient des exonérations et réformes fiscales qui ont bénéficié aux entreprises et aux plus riches. Elle est aussi le résultat de tous les plans de sauvetage des banquiers qui ont permis à ces derniers de spéculer de plus belle, y compris contre les États! (1)

Le Printemps d’érable des indignés canadiens

Depuis plus de trois mois, un conflit oppose au Québec des étudiants au gouvernement qui veut revoir à la hausse les frais de scolarité. Les médias occidentaux font le maximum pour minimiser le conflit et le présenter sous un jour de manifs bon enfant qui n’a rien à voir avec les manifestations qui ont lieu ailleurs dans les pays mineurs où indirectement on habitue le citoyen occidental à la nécessité de mettre de l’ordre et comme brutalement à titre d’exemple dans l’émission C’est dans l’air. La France intervient là où il y a à protéger ses intérêts. Les interventions ne sont pas pour sauver la dignité humaine mais les pouvoirs occidentaux.

Elisabeth Valet, professeure associée dans une université canadienne, nous décrit l’ambiance au Québec :

« (…) Nous sommes à Montréal, sur le Plateau Mont-Royal, le 26 mai 2012. Il est 19h56. C’est le cent-quatrième jour de grève étudiante, la trente-troisième manifestation nocturne. Venu du Chili, le «tintamarre», comme on dit en Acadie, est devenu un phénomène. Un phénomène institutionnalisé par les médias sociaux contre la loi spéciale 78 adoptée par le Parlement québécois en urgence pour tenter de résoudre par la force une crise qui lui échappe. Tout a commencé, nous dit Elisabeth Valet, durant l’hiver avec la hausse programmée des frais de scolarité. 75% sur cinq ans. «Une hausse inéluctable», clame le gouvernement. 50 centimes par jour, ânonnent les ministres. Impensable, selon les syndicats étudiants, il faut un moratoire. Et alors que l’on approche de l’été, après trois mois d’enlisement, les positions demeurent figées».(2)

  « (….)Un peu moins d’un mois plus tard, faute de dialogue, la situation s’envenime. A compter du 7 mars, les premières manifestations violentes se déroulent au centre-ville de Montréal. Traditionnellement fondée sur le consensus, la société québécoise découvre une agitation politique qui lui semblait appartenir aux années 1970: on ne se «chicane» pas au Québec. Mais là c’est différent. La société se polarise au fur et à mesure que le conflit s’envenime. Par le biais des lettres ouvertes, des enfants et des parents s’opposent publiquement. Le gouvernement campe – c’est inhabituel – sur ses positions. (…) Mais avec 200 000 étudiants dans les rues le 22 mars, la condescendance ne suffit plus à banaliser le mouvement. Et tandis que le phénomène s’étend graduellement au reste du Québec, les actions des étudiants sont de plus en plus diversifiées et spectaculaires: ponts bloqués (Montréal est une île), Tour de l’île en rouge, manifestation nue. Le conflit poursuit l’auteure, change de nature et devient un enjeu de société. C’est la nécessité d’un nouvel ordre qui est imposée non pas par la masse -comme en 1968 en France avec le slogan emblématique, il est interdit d’interdire – mais par l’élite dirigeante qui veut mettre en place une nouvelle vision basée sur la marchandisation. (2)

La professeure Elisabeth Valet poursuit:

La crise s’intensifie. (…) Le syndrome de l’affrontement intergénérationnel/droite-gauche est de plus en plus marqué: le mouvement étudiant, qui se voit comme un mouvement syndical, est dépeint par le gouvernement et les politiciens de droite comme un rassemblement d’enfants-rois qui ne veut pas assumer sa «juste part». Mais la foule diversifiée qui défile à Montréal pour le Jour de la Terre, le 22 avril, s’inscrit en faux contre cette description. Quelques jours après le rejet par les étudiants de l’entente de principe, le 10 mai, des fumigènes dans le métro à l’heure de pointe, le matin, paralysent la circulation durant plusieurs heures. Les médias et la police diffusent des photos prises par des passagers qui croient avoir vu les coupables. Le lendemain, quatre personnes sont arrêtées. Et seront inculpées sur le fondement des dispositions antiterroristes du code criminel pour «incitation à craindre des activités terroristes (…) La ministre de l’Education, Line Beauchamp, démissionne et la Sûreté du Québec tente de ramener en salle de cours des étudiants qui ont obtenu des injonctions. Mais ils n’ont pas beaucoup de succès.» (2)

« L’adoption de cette loi [78 Ndlr], conclut elle, a l’effet inverse de celui attendu par le gouvernement: elle n’est pas complètement appliquée, remobilise le mouvement étudiant. Surtout, elle amène dans la contestation d’autres groupes sociaux. La machine s’emballe. Le 22 mai, une manifestation monstre envahit de nouveau les rues de Montréal. (…) Malgré cela, et alors que des avertissements de «durcissement» de la répression circulent sur les médias sociaux, le 23 mai, à minuit, les forces de l’ordre encerclent et arrêtent 500 personnes, alors que dans la ville de Québec 700 personnes sont prises dans les filets de la police…(…) Le 1er juin, le gouvernement a rompu les négociations avec les étudiants, reportant le problème au mois d’août, estimant qu’une «accalmie» était nécessaire. (…) La classe annonce des manifestations à l’échelle du Québec pour le 22 juin, tandis qu’universités et lycées essayent tant bien que mal de faire rentrer deux semestres entre le mois d’août et le mois de décembre. Le conflit s’est enlisé et la société s’est polarisée». (2)

Il faut savoir qu’au Canada les étudiants doivent fréquemment s’endetter pour de longues années, des décennies, pour financer leurs études. La hausse des droits d’inscription revient de ce fait à enchaîner plus encore la vie actuelle et future de ces scolarisés. Pour Joseph Berbery un internaute, « la question posée dépasse de loin celle du coût des études. Une ancienne ministre du gouvernement Charest, madame Jérôme-Forget, a involontairement posé le vrai problème: « Il s’agit de provoquer une révolution culturelle. Les citoyens vont devoir s’habituer à payer pour les services qu’ils reçoivent. La vraie question est désormais claire. Aujourd’hui, on met la hache dans le service public de l’Éducation nationale. Demain, ce seront les soins médicaux, la participation de l’État aux frais pharmaceutiques, l’hospitalisation gratuite, le soutien au logement, l’aide judiciaire, etc. Vive l’État Gendarme qui ressuscite au service des empires financiers ».

Dans une autre étude percutante sur le mécanisme de la dette nous lisons: «Le capitalisme contemporain, d’une part, encourage les gouvernés à s’endetter (aux États- Unis, où l’épargne est négative, on contracte tous genres de crédits à la consommation, pour acheter une maison, pour poursuivre ses études, etc.) en ôtant à l’endettement en général toute charge culpabilisante; d’autre part, il culpabilise individuellement les citoyens en les rendant responsables des déficits publics (de la Sécurité sociale, de l’Assurance-maladie, de l’Assurance-chômage, etc.), qu’ils sont invités à combler en sacrifiant leurs droits sociaux. (…) il s’agit d’installer les gouvernés dans un système de dette infinie. (…) La dette infinie n’est pas d’abord un dispositif économique, mais une technique sécuritaire pour réduire les risques des comportements dangereux des gouvernés. En dressant les gouvernés à «promettre» (à honorer leur crédit), le capitalisme «dispose à l’avance de l’avenir», puisque les obligations de la dette permettent de prévoir, de calculer, de mesurer, d’établir des équivalences entre les comportements actuels et les comportements à venir.(3)

On le voit, le néolibéralisme en véritable mante religieuse avance insidieusement et lamine tout ce qui lui tient tête en marchandisant et privatisant tout ce qui a de la «valeur» et en mutualisant les pertes de tout ses errements.

Quel est le poids des Indignés de par le monde?

Dans cette atmosphère de non droit et de servitude volontaire à un système qui présente les  faux attributs de la démocratie et de la liberté, le citoyen en terre « d’Occident » paye chère cette liberté au prix même de sa survie. Aussi il a mille fois raison de s’indigner comme nous le recommande Stephane Hessel. 

Yann Fievet, dans une contribution remarquable et lucide, pointe du doigt la réalité du monde et justifie le combat des Indignés. En appelant à l’unité contre l’instrumentalisation.

« Le paysage de l’Indignation, écrit-il, est tout à la fois clairsemé et riche de diversité. (…) La crédibilité et la légitimité de l’Indignation nécessitent de rompre avec les apparences dont l’idéologie néolibérale se sert abondamment afin de discréditer la contestation dans ses formes réellement subversives et espérer ainsi rendre immuable l’ordre existant. (…) Face aux périls fatals qui pèsent sur la planète et l’humanité qu’elle supporte, l’intelligence est à l’évidence du côté de l’Indignation. Pourtant, elle ne triomphera pas si seuls tombent les casques.» (4)

Yann Fievet nous met en garde contre le capitalisme doux:

« (….) Le modèle économique dominant et le mode de gestion qu’il s’est choisi voilà trente ans déjà, à savoir respectivement le capitalisme et le néolibéralisme, sont producteurs de l’accroissement de la misère, de l’amplification des inégalités socio-économiques, de destructions irréversibles des écosystèmes, de l’épuisement définitif des ressources vitales. (…) Qu’il soit dur ou adouci, le capitalisme est le capitalisme. Sa capacité à phagocyter à son profit – souvent en les travestissant – les expériences socio-économiques d’émancipation de sa loi d’airain devrait nous ouvrir les yeux, à défaut de nous terrifier. (4)

L’auteur nous rappelle ensuite qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, les méfaits de la démocratie capitaliste ont déjà été dénoncés en leur temps par Aldous Huxley en 1958 dans « Le meilleur des mondes »:

«(…) par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation mentale, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques – élections, Parlements, hautes cours de justice – demeureront mais la substance sous-jacente sera une nouvelle forme de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu’ils étaient au bon vieux temps, la démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions radiodiffusées et de tous les éditoriaux mais (…) l’oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs mentaux mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera.» Citant l’expérience canadienne, il écrit: «En cette fin de printemps, le citoyen distrait peut facilement avoir le sentiment que les mouvements sociaux qui secouèrent divers pays européens l’an dernier et au début de l’année en cours, se sont éteints de leur belle mort. (…) En réalité, les peuples sont toujours en mouvement: les Grecs manifestent tous les jours que le dieu Marché fait, la jeunesse espagnole est massivement descendue dans la rue le 22 mai pour marquer son opposition résolue à l’augmentation fulgurante des droits d’inscription à l’université…La mémoire des Québécois ne se souvient pas d’avoir jamais vécu un aussi vaste mouvement de protestation. Toute la Belle Province en est secouée. La colère déborde nettement du cadre estudiantin tant le nombre de gens comprenant que la hausse de 75% des droits de scolarité en cinq ans n’est que l’un des signes inquiétants de la marchandisation du bien commun. Quand ce n’est pas l’École publique qui est menacée, c’est le système de santé ou le patrimoine naturel saccagé par l’exploitation du pétrole de schiste ou par celle de la forêt boréale. (…).» (4)

Le mai 68, pourrait-on dire, canadien est une indignation de plus, appelé printemps «d’érable» il a été « analogisé » avec le printemps arabe. Tout est bon en fait, pour connoter les autres pour le plus grand bien de l’Empire et de ses vassaux Que dire en définitive de ces indignations qui n’ont pas l’air d’ébranler les puissants de ce monde malgré les détresses des citoyens Est-ce cela le sort des faibles quelle que soit leur latitude?

Cet ordre de plus en plus fasciste est le fer de lance du marché. J. K. Galbraith, économiste nous avait pourtant mis en garde contre lui: «L’économie de marché est volontiers décrite comme un héritage ancien. En l’occurrence, c’est une escroquerie, ou plus exactement une erreur communément admise. Trop de gens apprennent l’économie dans des manuels qui entretiennent encore les dogmes de la production concurrentielle des biens et des services et de la capacité d’acheter sans entraves. En fait, il peut n’y avoir qu’un ou quelques vendeurs assez puissants et persuasifs pour déterminer ce que les gens achètent, mangent et boivent.» Tout est dit.

Prof.émerite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Chitour Le « Printemps occidental » : Les «indignés» relèvent la tête   

2. E.Vallet http://blog.mondediplo.net/2012-06-12-Au-Quebec-meme-les-alouettes-sont-en-colere  

3. Extrait de Dette objective et dette subjective, des droits sociaux à la dette http:// www.cip.idf.org/article.php3?.id_article=5782

4. Yann Fivet: http://www.legrandsoir.info/les-indignes-combien-de-divisions.html

Depuis la chute du mur de Berlin, l’emprise des médias atlantistes sur les opinions publiques occidentales, au lieu de décliner en raison de la disparition de la menace communiste, s’est développée au point de supprimer quasiment toutes les voix dissidentes des canaux d’information non marginaux ou alternatifs. En France, pays un peu plus rétif que ses voisins à la mainmise atlantiste, ce travaille de nettoyage médiatique a été achevé par Nicolas Sarkozy avec l’aide de personnalités néoconservatrices comme Christine Ockrent ou Philippe Val (legs sur lequel le nouveau Président très atlantiste ne reviendra évidemment pas).

Il en résulte un unanimisme de l’information dont on pourrait s’accommoder en invoquant l’imperfection des Homo Sapiens s’il n’avait pour objectif principal de cacher des crimes de masses dont les élites dirigeantes des démocraties occidentales se rendent coupables avec une impunité déconcertante.

Les crimes médiatiques sont une composante à part entière des crimes politiques plus généraux qui ensanglantent la scène internationale où nos dirigeants déchaînent leur volonté de puissance. Sans une complicité active des médias atlantistes avec les élites occidentales les guerres en Irak et en Afghanistan, le dépeçage de la Libye et la descente aux enfers de la Syrie, n’auraient pas pu être réalisés aussi facilement.

Ainsi, il y a eu crime médiatique quand l’Otan a décidé d’attaquer l’Afghanistan dans la foulée des attentats du 11-Septembre parce que les médias ont refusé sciemment d’interroger les motivations de l’administration Bush dans cette guerre et de questionner la responsabilité directe des néoconservateurs dans ces attentats.

Il y a eu crime médiatique quand les États-Unis et leurs alliés ont envahi l’Irak en 2003 parce que les médias ont relayé volontairement de fausses informations sur la présence d’armes de destruction massive.

Il y a eu crime médiatique quand les médias ont inventé la fable du bombardement de Benghazi par Kadhafi pour envahir la Libye, quand ils ont laissé, sans broncher, les dirigeants occidentaux, avec la caution morale de quelques intellectuels atlantistes (dont J.B. Botul), donner le pouvoir à des milices wahhabites proches d’Al-Qaeda et créer une guerre civile afin d’accomplir des objectifs géostratégiques dont les peuples d’Occident et d’Orient ne verront jamais les bénéfices (moraux ou matériels).

Il y a crime médiatique quand les médias attribuent de manière opportune la paternité des massacres en Syrie (Houla) au clan au pouvoir pour faire tomber un régime qui ne répond plus à leurs objectifs dans la région ; il y a crime médiatique quand l’Occident peut, sans que les médias ne s’en émeuvent, armer des groupes terroristes, organiser des massacres de civils et apporter la guerre civile et religieuse dans un pays en paix.

Il y a eu crime médiatique quand les médias ont choisi de taire le soutien des États-Unis à un coup d’État au Honduras en 2009 et que ce silence couvre les cris des torturés et des suppliciés.

Il y a un crime médiatique quand les médias passent sous silence les implications pour les libertés fondamentales de la loi NDAA votée par l’administration Obama en décembre 2011 qui autorise les détentions arbitraires (des citoyens américains ou étrangers) comme au temps de l’absolutisme royal en France.

Il y a crime médiatique quand aucun grand média ne cherche à expliquer les raisons et les dessous de la guerre contre le terrorisme ni l’alliance des Occidentaux avec les défenseurs du terrorisme islamique (Arabie Saoudite et Qatar).

Il y a eu crime médiatique dans tous ces exemples parce que les médias mainstream ont délibérément choisi de se faire les porte-parole d’une élite à la quelle ils appartiennent ou à laquelle ils s’identifient, élite qui commet, de manière répétée, des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité contraires aux valeurs des Lumières.

L’incompétence n’est pas une excuse suffisante pour écarter la responsabilité directe des médias dans les crimes que nous avons mentionnés (d’autant que les médias alternatifs ont offert ou offrent des analyses précises et pertinentes sur l’ensemble de ces événements). L’incompétence ne peut pas être, en effet, à ce point partagée, voire unanime, tandis que la soumission volontaire à la parole officielle peut l’être en raison du commun dénominateur qui caractérise l’ensemble des médias qui comptent pour forger l’opinion des bourgeois cultivés : l’idéologie atlantiste. En effet, sans une idéologie commune et puissante capable de souder ensemble les intelligences humaines les plus diverses, autant d’erreurs et d’approximations dans l’information ne pourraient pas être commises de manière répétée et à propos de la plupart des événements cruciaux.

Nul besoin ici de mentionner tous les crimes médiatiques commis par les médias atlantistes tant la liste est longue et presque sans fin. Nous voulions juste rappeler l’évidence suivante au moment où le traitement médiatique du drame syrien semble atteindre en Occident un degré d’abjection rarement égalé : la désinformation tue des innocents.

Aux citoyens de rendre leurs journalistes comptables de celle-ci lorsque cette désinformation est manifestement volontaire, à défaut d’en accepter la part d’ombre pour soi-même et de démobiliser sa conscience face à la brutalité du monde. Aux citoyens de s’organiser pour faire tomber les tyrannies médiatiques qui dominent les opinions publiques occidentales. Pour que cessent les crimes des mass media.

Guillaume de Rouville

Le Congrès canadien pour la Paix s’oppose à la loi 78 anti-manifestation adoptée par le gouvernement Charest et affirme son entière solidarité avec la grève étudiante du Québec.

En soumettant le droit de protester à l’autorisation préalable et au contrôle de la police, la loi 78 compromet le principal moyen de mobilisation permettant de freiner l’escalade des guerres impérialistes et les dépenses militaires du gouvernement canadien sous Stephen Harper. C’est cette même police qui utilise des balles en caoutchouc, des bombes sonores, des arrestations de masse et des détentions pour réprimer les étudiants pacifiques, qui les a utilisés contre les participants à la manifestation anti-G20 de Toronto, en 2010, et qui pourrait les utiliser contre le mouvement de la paix et contre les autres forces progressistes. La grève étudiante au Québec a obtenu un large appui populaire, entre autre celui du mouvement syndical, pour vaincre ensemble la répression et empêcher celle-ci de s’étendre au cours étapes ultérieures.

La loi 78 et la violence policière qui l’accompagne sont liées à la croissance délibérée et accélérée du militarisme au Canada, selon les politiques dictées par les conservateurs de Stephen Harper au Parlement d’Ottawa et repris par de nombreux gouvernements provinciaux et municipaux. Ces développements visent à satisfaire les intérêts des entreprises canadiennes, qui exigent que la politique étrangère du Canada soit de plus en plus agressive. Ce rôle international est dicté par l’OTAN, et c’est en tant que membre de cette organisation que le Canada a participé aux guerres de l’Afghanistan et de la Libye, et se prépare à mener de nouvelles guerres contre la Syrie et l’Iran.

De plus, les grandes entreprises, pour satisfaire leurs intérêts, veulent des changements agressifs des politiques internes du Canada. Le gouvernement Harper a annoncé, dans le cadre de sa stratégie “anti-terroriste”, que l’État ciblerait les groupes autochtones et environnementaux qui s’opposent aux projets de construction des oléoducs Gateway et Keystone. Par ces mesures, le gouvernement conservateur ciblera et essaiera de soumettre les personnes qui militent pour la sécurité environnementale, la souveraineté des peuples autochtones et le contrôle démocratique des ressources du pays.

La répression de la grève étudiante du Québec survient alors que l’on a annoncé que les attaques contre la Libye ont coûté au moins 350 millions de dollars, soit sept fois plus que le coût initialement indiqué. Les fonds publics servent plutôt aux dépenses militaires qu’aux services publics. En matière d’éducation postsecondaire, il suffirait de retirer un seul appareil de la commande de chasseurs-bombardiers F-35 pour financer la hausse des frais de scolarité exigés par le gouvernement Charest. Ni l’argent ni les ressources ne manquent pour permettre le rétablissement des conditions de vie du peuple, mais il faudrait pour cela rejeter deux politiques étroitement liées entre elles, les politiques de militarisme et d’austérité.

Pour mener une lutte plus large contre la répression, il faut informer, sensibiliser et mobiliser le public relativement aux questions que sont la paix, le retrait du Canada de l’Afghanistan et de l’OTAN et la réduction des dépenses militaires et de la militarisation. Le refus d’obéir à la loi 78 est une épreuve de force. Le mouvement de solidarité populaire qui s’est développé en appui à la grève étudiante du Québec a les caractéristiques d’unité et de mobilisation nécessaires pour mettre fin à l’escalade des guerres du Canada en faveur de l’impérialisme. Le Congrès canadien pour la Paix lance un appel à toutes les organisations éprises de paix pour qu’elles attirent l’attention de la population sur les dangers de la loi 78, sur la nécessité de vaincre cette loi et de renforcer la solidarité envers la grève étudiante du Québec.

Conseil exécutif du Congrès canadien pour la Paix – Le 17 juin 2012

Congrès canadien pour la paix
canadianpeacecongress.ca

RUSSIE : Du bon côté de l’Histoire

juin 17th, 2012 by Sergueï Lavrov

La propagande occidentale ne cesse de caricaturer la position de la Russie face à la crise syrienne. Elle reproche à Moscou de soutenir Damas pour des motifs mercantiles, voire par solidarité criminelle. Sergey Lavrov ne traite pas ici des choix stratégiques russe, mais des principes auxquels s’astreint sa diplomatie. Il répond patiemment aux inepties des médias occidentaux, rappelant l’attachement de Moscou au droit international et sa préoccupation de soutenir les peuples. M. Lavrov oppose d’une part le soutien populaire massif dont dispose le président el-Assad et, d’autre part, l’illégitimité d’une opposition armée à caractère sectaire, soutenue de l’étranger.

Au cours de l’année ou de l’année et demie passée, les événements qui se sont enchaînés en Afrique du Nord et au Proche-Orient ont pris une place prépondérante parmi les questions politiques à l’ordre du jour au niveau mondial. Ils sont fréquemment qualifiés d’épisode le plus saillant dans la vie internationale de ce jeune 21è siècle. Des experts évoquent depuis longtemps déjà la fragilité des régimes autoritaires des pays arabes, ainsi que les confrontations sociales et politiques potentielles.

Il était cependant difficile de prédire l’ampleur et la vitesse de la vague de changement qui a déferlé sur la région. En corollaire de la crise qui se fait sentir dans l’économie mondiale, ces événements ont clairement démontré que le processus menant à l’émergence d’un nouveau système international est entré dans une période de turbulences.

À mesure que d’importants mouvements sociaux apparaissaient dans les pays de la région, il devenait plus urgent de savoir, pour les acteurs extérieurs et l’ensemble de la communauté internationale, quelle politique poursuivre. De nombreuses discussions d’experts sur cette question, puis les actions concrètes mises en œuvre par les États et les organisations internationales, ont fait ressortir deux approches principales : soit aider les peuples arabes à déterminer leur avenir par eux-mêmes, ou alors tenter de façonner une nouvelle réalité politique en fonction de ce que l’on souhaite, tout en tirant parti de l’affaiblissement des structures étatiques qui s’avéraient depuis longtemps trop rigides. La situation continue d’évoluer rapidement, ce qui impose à ceux qui jouent un rôle de premier plan dans les affaires régionales de consolider enfin leurs efforts, plutôt que de les disperser dans des directions différentes comme le feraient les personnages d’une fable d’Ivan Krylov.

Permettez-moi de récapituler les arguments que je développe régulièrement en ce qui concerne l’évolution de la situation au Proche-Orient. Tout d’abord, la Russie, conjointement avec la majorité des pays dans le monde, encourage les aspirations des peuples arabes à une vie meilleure, à la démocratie et à la prospérité, et elle est disposée à soutenir ces efforts. C’est pour cela que nous avons bien accueilli l’initiative du Partenariat de Deauville lors du sommet du G8 en France. Nous nous opposons fermement au recours à la violence dans le cadre des bouleversements en cours dans les États arabes, en particulier contre les civils. Nous savons pertinemment que la transformation d’une société est un processus complexe et généralement long, qui s’opère rarement en douceur.

La Russie connaît probablement mieux le véritable prix des révolutions que la plupart des autres pays. Nous sommes parfaitement conscients du fait que les changements révolutionnaires s’accompagnent toujours de revers sociaux et économiques, de pertes de vies humaines et de souffrances. C’est exactement pour cela que nous défendons une optique évolutive et pacifique pour la mise en œuvre des changements attendus de longue date au Proche-Orient et en Afrique du Nord.

Cela étant dit, quelle doit être la réponse dans l’éventualité que l’épreuve de force entre les autorités et l’opposition prenne la forme d’une confrontation violente et armée ? La réponse semble évidente : les acteurs extérieurs doivent faire tout leur possible pour d’une part mettre fin à l’effusion de sang, et d’autre part soutenir un compromis impliquant toutes les parties du conflit. En décidant de soutenir la résolution 1970 du Conseil de Sécurité de l’ONU et en ne faisant aucune objection à la résolution 1973 sur la Libye, nous estimions que ces décisions contribueraient à limiter l’usage excessif de la force et poseraient les fondations d’un règlement politique du conflit.

Malheureusement, les actions entreprises par les pays membres de l’OTAN dans le cadre de ces résolutions ont conduit à une grave violation de ces dernières, et au soutien à l’un des belligérants de la guerre civile, avec comme objectif de renverser le régime existant, en écornant au passage l’autorité du Conseil de Sécurité.

Il est inutile d’expliquer aux gens accoutumés à la politique que le diable est dans les détails, et que les solutions drastiques impliquant l’usage de la force ne peuvent aboutir à un règlement viable à long terme. Et dans les circonstances actuelles, alors que la complexité des relations internationales s’est considérablement accrue, il devient évident que le recours à la force pour résoudre les conflits n’a aucune chance d’aboutir. Les exemples abondent. On citera notamment la situation compliquée en Irak et la crise en Afghanistan, loin d’être terminée. De nombreux éléments tendent par ailleurs à indiquer que la Libye, après le renversement de Mouammar el-Kadhafi, est loin de bien se porter. L’instabilité s’est propagée au-delà, vers le Sahara et la région du Sahel, engendrant une dramatique aggravation de la situation au Mali.

L’Égypte constitue un autre exemple : ce pays est loin d’être arrivé à bon port, bien que le changement de régime ne se soit pas accompagné d’importantes flambées de violence et qu’Hosni Moubarak, qui avait gouverné le pays pendant plus de trente ans, ait quitté le palais présidentiel de son plein gré peu de temps après le début des mouvements de protestation. Comment ne pas s’inquiéter, entre autres problèmes, des informations faisant état d’une augmentation des affrontements confessionnels et de violation des droits de la minorité chrétienne.

Ainsi, les raisons poussant à adopter l’approche la plus équilibrée vis-à-vis de la crise syrienne, qui est la plus aigüe de la région aujourd’hui, sont plus que suffisantes. Il était clair que suite aux événements en Libye, il était impossible de suivre le Conseil de Sécurité de l’ONU pour prendre des décisions qui ne soient pas assez explicites et qui permettraient aux responsables de leur mise en œuvre d’agir selon leur propre jugement. Tout mandat confié au nom de l’ensemble de la communauté internationale doit être aussi clair et précis que possible afin d’éviter l’ambigüité. Aussi est-il important de comprendre ce qui se passe réellement en Syrie, et comment aider ce pays à franchir cette douloureuse étape de son histoire.

Malheureusement, les analyses qualifiées et honnêtes des développements en Syrie et de leurs conséquences potentielles manquent cruellement. Bien souvent, s’y substituent des images primitives et des clichés de propagande en noir et blanc. Depuis plusieurs mois, les principales sources d’informations internationales reproduisent des articles sur un régime dictatorial corrompu matant brutalement l’aspiration de son propre peuple à la liberté et la démocratie.

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Il semble néanmoins que les auteurs de ces articles n’aient pas pris la peine de se demander comment le gouvernement pouvait parvenir à se maintenir en place sans soutien populaire depuis plus d’un an, en dépit des sanctions étendues qui sont imposées par les principaux partenaires économiques du pays. Pourquoi une majorité du peuple a-t-elle approuvé par vote le projet de constitution proposé par les autorités ? Pourquoi, après tout, la plupart des soldats sont-ils demeurés fidèles à leurs supérieurs ? Si la seule explication est la peur, alors pourquoi cette dernière n’a-t-elle pas bénéficié à d’autres régimes autoritaires ?

Nous avons déclaré à de nombreuses reprises que la Russie ne défendait pas le régime actuellement en place à Damas et qu’elle n’avait aucune raison politique, économique ou autre de le faire. Nous n’avons jamais été un partenaire commercial ou économique important pour ce pays, dont le gouvernement a communiqué principalement avec les capitales des pays ouest-européens.

Il n’en demeure pas moins clair, tant à nos yeux qu’à ceux des autres, que la principale responsabilité pour la crise qui secoue le pays repose sur le gouvernement syrien, qui a échoué à emprunter le chemin de la réforme en temps voulu ou à tirer les conclusions des bouleversements profonds que connaissent les relations internationales. Tout cela est vrai. Il existe néanmoins d’autres faits. La Syrie est un État multiconfessionnel : y vivent, en plus des musulmans sunnites et chiites, des alaouites, des orthodoxes et chrétiens d’autres confessions, des druzes et des kurdes. Durant les quelques dernières décennies de gouvernance laïque du parti Ba’as, la liberté de conscience a été respectée en Syrie, et les minorités religieuses craignent que, si le régime était détruit, cette tradition pourrait prendre fin.

Lorsque nous affirmons que ces inquiétudes doivent être entendues et prises en compte, nous sommes parfois accusés de prendre des positions équivalant à de l’anti-sunnisme et, plus généralement, à de l’anti-islamisme. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. En Russie, des gens de diverses confessions, la plupart d’entre eux des chrétiens orthodoxes et des musulmans, vivent côte à côte depuis des siècles. Notre pays n’a jamais mené de guerre coloniale dans le monde arabe, mais à l’inverse a continuellement soutenu l’indépendance des nations arabes et leur droit à un développement indépendant. Et la Russie n’a pas de responsabilité à assumer pour les conséquences de la domination coloniale, marquée par les bouleversements des structures sociales qui ont amené les tensions persistant encore à ce jour.

Mon propos est différent. Si certains membres de la société s’inquiètent de potentielles discriminations sur la base de la religion et de la nationalité d’origine, alors les garanties nécessaires devraient être fournies à ces personnes, conformément aux standards humanitaires internationaux généralement acceptés.

Le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales a historiquement constitué, et continue de constituer, un problème majeur pour les États du Proche-Orient ; il est en outre l’une des principales causes des « révolutions arabes ».

Or la Syrie n’a jamais fait figure de mauvais élève dans cette région, avec son niveau de libertés civiques incommensurablement plus élevé que celui de certains autres pays qui entendent aujourd’hui donner des leçons de démocratie à Damas. Dans l’un de ses derniers numéros, le magazine français Le Monde Diplomatique a présenté une chronologie des violations des droits de l’homme commises par un grand État du Proche-Orient, qui comprenait, entre autres, l’application de 76 condamnations à mort pour l’année 2011 uniquement, et notamment pour des accusations de sorcellerie. Si nous souhaitons réellement promouvoir le respect des droits de l’homme au Proche-Orient, nous devons ouvertement affirmer cet objectif. Si nous proclamons que le fait de mettre un terme à l’effusion de sang est notre principal souci, alors nous devrions nous concentrer précisément là-dessus ; en d’autres termes, nous devons faire pression pour obtenir un cessez-le-feu dans un premier temps, puis promouvoir l’initiation d’un dialogue inter-syrien impliquant toutes les parties et avec pour objectif la négociation d’une formule de règlement pacifique de la crise par les Syriens eux-mêmes.

La Russie exprime ces messages depuis les premiers jours des troubles en Syrie. Il apparaissait assez clairement à nos yeux et, je suppose, aux yeux de toute personne qui dispose de suffisamment d’informations sur ce pays, qu’exercer des pressions pour que Bachar al-Assad soit immédiatement évincé, à l’encontre du souhait d’un segment considérable de la société syrienne qui s’appuie sur ce régime pour sa sécurité et son bien-être, reviendrait à plonger la Syrie dans une guerre civile sanglante et prolongée. Les acteurs extérieurs responsables devraient aider les Syriens à éviter ce scénario et à instiguer des réformes évolutives plutôt que révolutionnaires au sein du système politique syrien, par le biais d’un dialogue national plutôt que d’une coercition exercée depuis l’extérieur.

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Si l’on tient compte des réalités actuelles de la Syrie, force est d’admettre que le soutien unilatéral à l’opposition, en particulier à sa composante la plus belliqueuse, ne conduira pas à la paix dans ce pays dans un avenir proche, entrant donc en opposition avec l’objectif de protection des populations civiles. Ce qui semble ainsi prévaloir dans ce choix, ce sont les efforts visant à susciter un changement de régime à Damas dans le cadre d’une stratégie géopolitique régionale plus large. Il ne fait aucun doute que ces projets ciblent l’Iran, sachant qu’un regroupement important de pays comprenant les États-Unis, d’autres pays membres de l’OTAN, Israël, la Turquie et certains États de la région semblent enclins à affaiblir le positionnement régional de ce pays.

L’éventualité d’une frappe militaire contre l’Iran est un thème sujet à beaucoup de débats aujourd’hui. J’insiste régulièrement sur le fait qu’une telle option aurait des conséquences graves, et même catastrophiques. La tentative de trancher le nœud gordien de problèmes anciens est vouée à l’échec. Rappelons-nous à cet égard que l’invasion militaire de l’Irak par les États-Unis fut par le passé considérée comme une « occasion unique » pour transformer les réalités politique et économique du « Proche-Orient élargi » de manière rapide et décisive, en faisant ainsi une région alignée sur le « modèle européen » de développement.

En faisant abstraction des questions relatives à l’Iran, il reste que, de toute évidence, le fait d’attiser les troubles intra-syriens est susceptible de déclencher des processus qui auraient un impact sur la situation d’un vaste territoire entourant la Syrie, et ce de manière négative, avec des conséquences dévastatrices tant pour la sécurité régionale que pour la sécurité internationale. Parmi les facteurs de risques figurent la perte de contrôle de la frontière israélo-syrienne, l’envenimement de la situation au Liban et dans d’autres pays de la région, des armes tombant dans de « mauvaises mains », notamment dans celles d’organisations terroristes et, peut-être le plus dangereux, une aggravation des tensions et contradictions interconfessionnelles au sein du monde islamique.

***

Si l’on remonte aux années 90, Samuel Huntington soulignait dans son essai Le choc des civilisations la tendance qu’avait la notion d’identité basée sur la civilisation et la religion à gagner en importance dans l’ère de la mondialisation ; il démontrait en outre de façon convaincante la relative diminution de la capacité de l’Ouest historique à étendre son influence. Il serait certainement exagéré de tenter d’élaborer un modèle des relations internationales modernes en se basant uniquement sur de tels postulats. Il est pourtant aujourd’hui impossible d’ignorer cette tendance. Elle est soutenue par un éventail de facteurs distincts, notamment des frontières nationales moins hermétiques, la révolution de l’information qui a mis en lumière l’inégalité socio-économique manifeste, et le désir croissant des peuples d’une part de préserver leur identité dans de telles circonstances, et d’autre part d’éviter de se voir inscrits dans la liste historique des espèces menacées d’extinction.

Les révolutions arabes démontrent sans conteste une volonté de retour aux racines de la civilisation, volonté qui se manifeste par une large adhésion populaire aux partis et mouvements agissant sous l’étendard de l’Islam. Cette tendance n’est pas apparente que dans le monde arabe. On pourrait citer la Turquie, qui se positionne plus activement comme acteur majeur de la sphère islamique et de la région environnante. Des pays asiatiques, dont le Japon, affirment plus haut leur identité.

Une telle situation atteste encore davantage du fait qu’à un schéma binaire simple (sinon simpliste) datant de la Guerre froide, décrit en termes de paradigmes Est-Ouest, capitalisme-socialisme, Nord-Sud, vient se substituer une réalité géopolitique multidimensionnelle qui ne laisse pas de place à l’identification d’un facteur dominant unique. La crise financière et économique mondiale a mis en valeur les discussions sur le fait qu’un quelconque système puisse occuper une position dominante dans un quelconque domaine que ce soit, qu’il s’agisse de l’économie, de la politique ou de l’idéologie.

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Il ne fait plus aucun doute que dans le cadre élargi qui définit le développement de la plupart des États et qui se caractérise par la gouvernance démocratique et une économie de marché, chaque pays choisira indépendamment son propre modèle politique et économique, en accordant la place qui leur est due aux traditions, à la culture et à l’histoire qui sont les siennes. En conséquence de cela, le facteur de l’identité basée sur la civilisation exercera vraisemblablement une influence plus importante sur les relations internationales.

Sur le plan pratique de la politique, ces conclusions ne peuvent suggérer qu’une chose : les tentatives d’imposer son propre ensemble de valeurs sont totalement futiles et ne risquent de conduire qu’à une dangereuse aggravation des tensions entre les civilisations. Cela ne sous-entend aucunement que nous devons renoncer complètement à nous influencer les uns les autres et à promouvoir une bonne image de notre pays sur la scène internationale.

Néanmoins, cela devrait être fait en employant des méthodes honnêtes et transparentes qui stimuleront la diffusion de la culture, de l’éducation et de la science nationales tout en faisant preuve d’un respect total vis-à-vis des civilisations des autres peuples, en guise de mesures de protection de la diversité mondiale et d’estime de la pluralité dans les affaires internationales.

Il apparaît clairement que les espoirs visant à appliquer des technologies de pointe pour la dissémination des informations et la communication, notamment les réseaux sociaux, afin de changer la mentalité d’autres peuples, créant de fait une nouvelle réalité, sont à long terme condamnés à l’échec. L’offre, sur le marché des idées d’aujourd’hui, est bien trop diversifiée, et des méthodes virtuelles ne sauraient engendrer qu’une réalité virtuelle, à moins bien entendu que nous nous en remettions à une mentalité du type Big Brother de George Orwell, et dans ce cas nous pouvons renoncer d’emblée à la notion de démocratie dans son intégralité, non seulement dans les pays qui sont soumis à une telle influence, mais également dans ceux qui l’exercent.

Le développement d’une échelle universelle de valeurs et de préceptes moraux devient une question politique de premier plan. Une telle échelle pourrait constituer les fondations d’un dialogue respectueux et fructueux entre les civilisations, basé sur l’intérêt commun qu’est la réduction de l’instabilité accompagnant la création d’un nouveau système international, et visant à finalement établir un ordre mondial solide, efficace et polycentrique. Dans cette perspective, nous ne pouvons garantir la réussite qu’en excluant les approches en noir-et-blanc, ce qui implique de traiter autant la question des préoccupations exagérées au sujet des droits des minorités sexuelles, qu’au contraire les efforts visant à faire remonter au niveau politique d’étroits préceptes moraux qui satisferaient un groupe et violeraient les droits naturels d’autres citoyens, en particulier ceux d’autres confessions.

***

Les crises, dans les relations internationales, atteignent une certaine limite qui ne peut être franchie sans porter atteinte à la stabilité mondiale. C’est pourquoi le travail visant à éteindre les incendies régionaux, y compris les conflits intérieurs aux États, devrait être réalisé de façon aussi considérée que possible, sans qu’un quelconque double standard soit appliqué. L’emploi du « bâton des sanctions » mène toujours dans l’impasse. Toutes les parties prenantes dans les conflits intérieurs doivent être assurées du fait que la communauté internationale formera un front uni et agira conformément à des principes stricts afin de mettre fin à la violence aussi rapidement que possible et d’aboutir à une solution mutuellement acceptable par le biais d’un dialogue impliquant toutes les parties.

À l’égard des crises intérieures, la Russie n’obéit qu’à de tels principes, ce qui explique nos positions sur la situation en Syrie. C’est pourquoi nous avons apporté notre soutien total et sincère à la mission de l’envoyé spécial pour l’ONU et la Ligue Arabe, Kofi Annan, visant à trouver un compromis mutuellement acceptable aussi rapidement que possible. Les déclarations de la présidence et les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU à ce sujet reflètent les approches que nous avons défendues depuis le début des troubles en Syrie ; ces idées sont en outre reflétées dans notre déclaration conjointe avec la Ligue des État Arabes adoptée le 10 mars 2012.

Si nous parvenions à mettre en application ces approches en Syrie, elles pourraient devenir un modèle d’assistance internationale pour la résolution des futures crises.

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Le fondement des « six principes » de Kofi Annan est de garantir la fin des violences, peu importe d’où elles émanent, et d’initier un dialogue politique conduit par la Syrie et dont la mission serait de répondre aux préoccupations et aux aspirations du peuple syrien. Ce dialogue aurait pour but d’aboutir à une nouvelle configuration politique en Syrie qui tiendrait compte des intérêts de tous les groupes qui constituent sa société multiconfessionnelle.

Il est nécessaire d’encourager la préparation et la mise en application d’accords destinés à résoudre le conflit sans prendre partie, de récompenser ceux qui les respectent et de nommer clairement ceux qui s’opposent au processus de paix. Pour y parvenir, un mécanisme d’observation impartial est impératif, et un tel mécanisme a été mis en place conformément aux résolutions 2042 et 2043 du Conseil de Sécurité de l’ONU. Des observateurs militaires russes sont présents au sein de l’équipe internationale d’observation.

Malheureusement, le processus de mise en œuvre du plan de Kofi Annan pour la Syrie progresse avec de grandes difficultés. Le monde s’est ému de massacres de civils désarmés, dont la tragédie qui s’est déroulée dans le village de Houla le 25 mai 2012 et les terribles violences ultérieures dans les environs de Hama. Il est important de clarifier les responsabilités dans ces événements, et d’en punir les responsables. Personne n’a le droit d’usurper le rôle de juge et d’utiliser ces événements tragiques pour atteindre ses propres objectifs politiques. Le fait de renoncer à de telles tentatives permettra de mettre un terme à la spirale de violence en Syrie.

Ceux qui affirment que la Russie « est en train de sauver » Bachar al-Assad ont tort. Je souhaite insister sur le fait que c’est le peuple syrien lui-même qui choisit le système politique et les dirigeants de son pays. Nous n’essayons d’aucune façon de blanchir les nombreuses erreurs et mauvais calculs de Damas, notamment l’usage de la force contre des manifestations pacifiques aux prémices de la crise.

À nos yeux, la question de savoir qui est au pouvoir en Syrie n’est pas primordiale ; il est impératif de mettre fin aux morts de civils et d’initier un dialogue politique dans des conditions où la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité du pays seront respectées par tous les acteurs extérieurs. Aucune violence ne saurait être justifiée. Le bombardement de zones résidentielles par les troupes gouvernementales est inacceptable, mais cette condamnation ne doit pas valoir indulgence vis-à-vis des actes terroristes perpétrés dans les villes syriennes, des meurtres commis par les insurgés qui s’opposent au régime, y compris ceux d’Al-Qaïda.

La logique dictant la nécessité de rompre le cercle vicieux de la violence s’est manifestée par le soutien unanime des membres du Conseil de sécurité de l’ONU au plan Annan. Nous nous offusquons des déclarations et actions de certains acteurs impliqués dans la crise syrienne, qui font preuve de leur intérêt à voir les efforts de l’Envoyé spécial échouer. Parmi elles figurent les appels de la direction du Conseil national syrien (CNS) pour une intervention étrangère. Comment de telles déclarations seraient susceptibles d’aider les soutiens du CNS à réunir l’opposition syrienne sous leur égide, rien n’est moins clair. Nous cautionnons l’intégration de l’opposition syrienne uniquement sur la base d’un dialogue politique avec le gouvernement, en totale conformité avec le plan Annan.

La Russie continue, de façon quasi-quotidienne, à travailler conjointement avec les autorités syriennes, les pressant de se conformer intégralement aux six points proposés par Kofi Annan et de renoncer définitivement à leur illusion selon laquelle la crise politique syrienne s’éteindra par elle-même d’une façon ou d’une autre. Nous travaillons également aux côtés de représentants de pratiquement toutes les branches de l’opposition syrienne. Nous sommes convaincus que si nos partenaires s’activent dans le même état d’esprit, sans mobiles cachés ni doubles standards, un règlement pacifique de la crise syrienne est possible. Nous devons peser de tout notre poids sur le régime et sur l’opposition pour les amener à interrompre les hostilités et à se réunir à la table des négociations. Nous considérons qu’il est important de mettre collectivement en œuvre des initiatives en ce sens, et de réunir une conférence internationale des États directement impliqués dans la crise syrienne. C’est avec à l’esprit le même objectif que nous entretenons des contacts rapprochés avec Kofi Annan et d’autres partenaires.

Ce n’est qu’en agissant de la sorte que nous pourrons éviter que le Proche-Orient ne sombre dans l’abysse des guerres et de l’anarchie et, comme il est de bon ton de l’affirmer, que nous pourrons rester du bon côté de l’Histoire. Nous avons la certitude que les autres formules impliquant une intervention extérieure en Syrie, qui vont du blocage des chaînes de télévision déplaisantes aux yeux de certains, à l’accroissement des livraisons d’armes aux groupes d’opposition, voire à des frappes aériennes, n’apporteront la paix ni à ce pays, ni à la région dans son ensemble. Ce qui signifie que ces solutions ne seront pas justifiées par l’Histoire.

Traduction non-officielle du Réseau Voltaire.
Le ministère russe des Affaires étrangères devrait publier une version française officielle dans les prochaines semaines.

Cette intervention de Jean Bricmont à l’UNESCO, le 14 juin 2012, a eu lieu dans le cadre de la table ronde organisée par le Groupe des 77 et la Chine sur le thème « Quel avenir et quels défis pour l’Unesco ? »

14 juin 2012 – UNESCO-Paris

L’acte constitutif de l’UNESCO parle de deux concepts, « le maintien de la paix et de la sécurité… en resserrant la collaboration entre nations » et le « respect universel des droits de l’homme », concepts que certains opposent depuis quelque dizaines d’années en Occident en invoquant le « droit d’ingérence humanitaire », unilatéral et militaire, ou la « responsabilité de protéger ». Ils s’opposent, au nom des droits de l’homme, au maintien de la paix et à la collaboration entre nations.

Leur cible principale est la notion d’égale souveraineté entre les États, sur laquelle est fondé le droit international contemporain. Les partisans de l’ingérence humanitaire, dont l’un des plus célèbres prétend être à la fois cinéaste, guerrier en chambre et philosophe, stigmatisent ce droit en l’accusant d’autoriser les dictateurs « à tuer leur propre peuple » comme bon leur semble.

Une des principales justifications du principe d’égale souveraineté est qu’il fournit une certaine protection aux faibles contre les forts. On ne peut pas contraindre les États-Unis à modifier leur politique énergétique ou leur politique monétaire quelles qu’en soient les conséquences sur des pays tiers. Dans la notion d’égale souveraineté, le mot « égale » est aussi important que « souveraineté ». Un monde où la souveraineté est bafouée est nécessairement un monde dont l’inégalité est à la mesure des rapports de forces entre les États.

Or, le but fondateur des Nations Unies était de préserver l’humanité du « fléau de la guerre ». Cela passait par un strict respect de la souveraineté nationale, de façon à éviter que des grandes puissances n’interviennent militairement dans les affaires intérieures des pays plus faibles, sous un prétexte ou un autre, comme l’avait fait l’Allemagne, en invoquant la défense des « minorités opprimées » en Tchécoslovaquie et en Pologne, entraînant le reste du monde dans la guerre.

La décolonisation vint renforcer l’importance de ce concept d’égale souveraineté. La dernière chose que souhaitaient les pays qui s’étaient affranchis du joug colonial après la Deuxième Guerre mondiale était de subir à nouveau l’ingérence des anciens maîtres dans leurs affaires intérieures. Cette crainte explique le rejet universel du « droit » d’intervention humanitaire par les pays du Sud.

Réuni à Kuala Lumpur, en Malaisie, en février 2003, le mouvement des non-alignés déclarait, peu de temps avant l’attaque américaine contre l’Irak : « Les chefs d’États ou de gouvernements réaffirment l’engagement du mouvement des non-alignés pour renforcer la coopération internationale afin de résoudre les problèmes internationaux ayant un caractère humanitaire en respectant pleinement la Charte des Nations Unies, et, à cet égard, ils réitèrent le rejet par le mouvement des non alignés du soi-disant droit d’intervention humanitaire qui n’a aucune base dans la Charte des Nations Unies ou dans le droit international ». [1]

Le principal échec des Nations Unies n’est pas de ne pas avoir pu empêcher « les dictateurs de tuer leur propre peuple », mais bien de n’avoir pas pu préserver l’humanité du « fléau de la guerre », en empêchant la violation répétée par des États puissants du droit international : les États-Unis en Indochine et en Irak, l’Afrique du Sud en Angola et au Mozambique, Israël chez ses voisins du Proche-Orient et dans les territoires occupés, sans parler de tous les coups d’État organisés par l’étranger, des menaces, des embargos, des sanctions unilatérales, des élections achetées, etc. Des millions de gens sont morts, victimes de ces violations répétées du droit international et du principe de la souveraineté nationale.

Nous ne devrions jamais oublier ces morts, mais les partisans de l’ingérence les oublient toujours.

Les ingérences états-uniennes dans les affaires intérieures d’autres États prennent des formes multiples, mais elle sont constantes et ont souvent des conséquences désastreuses : pensons simplement à l’espoir tué dans l’œuf pour les peuples qui auraient pu bénéficier des politiques sociales progressistes initiées par des dirigeants tels que Jacobo Arbenz Guzmán au Guatemala, João Goulart au Brésil, Salvador Allende au Chili, Patrice Lumumba au Congo, Mohammad Mossadegh en Iran, les Sandinistes au Nicaragua, etc., qui, tous ont été victimes de coups d’État ou d’assassinats soutenus par les États-Unis. [2]

Mais les effets désastreux de la politique d’ingérence ne se limitent pas à cela : chaque action agressive des États-Unis provoque une réaction. Le déploiement d’un bouclier antimissile produit plus de missiles, pas moins. Le bombardement de civils, délibéré ou dû à des « dommages collatéraux » produit plus de résistance armée, pas moins. Les tentatives de renversement ou de subversion de gouvernements étrangers produisent plus de répression, pas moins. Encercler un pays par des bases militaires entraîne plus de dépenses militaires de la part de ce pays, pas moins. Et la possession d’un armement nucléaire par Israël encourage les autres pays du Moyen-Orient à se doter de telles armes.

Les partisans de l’ingérence humanitaire n’expliquent d’ailleurs jamais par quoi ils souhaitent remplacer le droit international classique : on peut ériger l’égale souveraineté en principe, mais comment formuler un principe d’ingérence humanitaire ?

Quand l’OTAN a exercé son droit d’ingérence autoproclamé pour intervenir au Kosovo, les médias occidentaux ont applaudi. Mais quand la Russie a exercé ce qu’elle considérait être son droit de protéger les populations en Ossétie du Sud, les mêmes médias occidentaux l’ont universellement condamnée.

On se trouve face à un dilemme : soit tout pays qui en a les moyens se voit reconnaître le droit d’intervenir partout où un argument humanitaire peut être invoqué pour justifier cette intervention, et c’est la guerre de tous contre tous ; soit une telle action est réservée à certains États qui en ont la capacité et s’en arrogent le droit, et on en arrive à une dictature de fait dans les affaires internationales.

À cela, les partisans de l’ingérence répondent en général que de telles interventions militaires ne doivent pas être le fait d’un seul État, mais de la « communauté internationale ». Malheureusement, il n’existe pas véritablement de « communauté internationale ». Ce concept sert aux États-Unis pour désigner toute coalition momentanée dont ils prennent la tête. L’abus unilatéral par l’OTAN des résolutions de l’ONU concernant la Libye a rendu impossible la construction d’une véritable communauté internationale qui pourrait, en principe, mettre en œuvre une responsabilité de protéger impartiale et valable pour tous, y compris, par exemple, pour les Palestiniens.

L’aventure libyenne récente a également illustré une réalité que les défenseurs de l’ingérence passent sous silence : vu que des guerres coûteuses en vie humaines sont politiquement difficiles à faire accepter par les populations occidentales, toute intervention « à zéro mort » (de leur côté) ne peut se réaliser que grâce à des bombardements massifs qui nécessitent un appareil militaire sophistiqué. Ceux qui défendent de telles interventions soutiennent aussi nécessairement, même si c’est souvent inconsciemment, les colossaux budgets militaires américains.

Il est donc paradoxal que ce soient souvent les sociaux-démocrates et les Verts européens qui réclament le plus des « interventions humanitaires », alors qu’ils seraient les premiers à protester si l’on imposait en Europe les réductions drastiques des dépenses sociales qui seraient nécessaires pour mettre en place un appareil militaire comparable à celui des États-Unis.

Il est vrai que le XXIe siècle a besoin d’une nouvelle forme d’Organisation des Nations Unies. Mais non pas d’une ONU qui légitimerait l’interventionnisme par des arguments nouveaux, comme la « responsabilité de protéger », mais d’une Organisation qui apporterait un soutien au moins moral à ceux qui cherchent à bâtir un monde non dominé par une unique puissance militaire.

Une alternative aux politiques d’ingérence devrait mobiliser l’opinion publique pour imposer un strict respect du droit international de la part des puissances occidentales, la mise en œuvre des résolutions de l’ONU concernant Israël, le démantèlement de l’empire des bases états-uniennes, la fin de l’OTAN et la fin de toutes les usages ou menaces d’usages unilatéraux de la force, ainsi que des opérations de promotion de la démocratie, des révolutions colorées et de l’exploitation politique du problème des minorités.

Puisque les guerres « naissent dans l’esprit des hommes », l’UNESCO devrait considérer comme une de ses tâches prioritaires « d’éducation populaire » l’éducation à la paix. Celle-ci requiert avant tout le développement d’un esprit critique face à la propagande de guerre : Timisoara, les couveuses au Koweit lors de la première guerre du Golfe, les armes de destructions massives lors de la seconde, le massacre de Racak et les « négociations » de Rambouillet menant à la guerre du Kosovo [3], et quantités d’autres événements sont présentés par les médias occidentaux de façon unilatérale, afin de conditionner la population à accepter la guerre comme inévitable contre le « mal absolu » ou le « nouvel Hitler ». Il est sans doute trop tôt pour se prononcer avec certitude sur les événements récents et tragiques en Syrie, mais on peut remarquer que, pour la presse occidentale, il n’est jamais trop tôt pour condamner un camp et un seul. Tout ceux qui, en Occident, tentent d’apporter des nuances ou d’émettre des doutes sur la version officielle sont immédiatement taxés de négationnistes, de conspirationnistes ou d’antisémites. Un monde de paix a besoin de sources d’informations moins biaisées que celles fournies par les médias occidentaux, d’un nouvel ordre mondial de l’information à la création duquel l’UNESCO devrait travailler, en s’appuyant sur le Groupe des 77 et la Chine.

On objectera qu’une politique de respect de la souveraineté nationale permettrait à des dictateurs de « tuer leur propre peuple », ce qui est vrai. Mais une politique réellement alternative à la politique d’ingérence, une politique de paix, aurait aussi d’autres effets. Si on arrêtait la politique d’ingérence, les diverses oppositions dans les pays visés par cette politique cesseraient d’être perçues et réprimées comme autant de cinquièmes colonnes de l’étranger. Un climat de confiance et de coopération internationale pourrait s’instaurer, climat indispensable à la gestion des problèmes globaux, écologiques entre autres. Et un désarmement progressif permettrait de libérer d’immenses ressources financières, mais aussi scientifiques, pour le développement.

L’idéologie de l’ingérence humanitaire fait partie de la longue histoire des prédations occidentales à l’égard du reste du monde. Lorsque les colonialistes sont arrivés sur les rives des Amériques, de l’Afrique et de l’Asie, ils furent choqués par ce que nous appellerions aujourd’hui des « violations des droits de l’homme » et qu’ils nommaient à l’époque des « mœurs barbares » : les sacrifices humains, le cannibalisme, les pieds bandés des femmes… De façon répétée, l’indignation face à ces pratiques, sincère ou feinte, a été utilisée pour justifier les crimes occidentaux : le commerce des esclaves, l’extermination des peuples indigènes et le vol systématique des terres et des ressources. Cette indignation vertueuse se perpétue jusqu’à ce jour. Elle est à la racine du droit d’intervention humanitaire et de la responsabilité de protéger, eux-mêmes accompagnés d’une grande complaisance envers les régimes oppressifs considérés comme amis, de la militarisation indéfinie et de l’exploitation massive du travail et des ressources du reste du monde. Après plusieurs siècles d’hypocrisie, il faudrait peut-être que les Occidentaux pensent à remplacer l’ingérence par la coopération.

Loin d’être utopique, une politique de non-ingérence s’inscrit en fait dans le sens de l’histoire : au début du siècle passé, la majeure partie du monde était sous contrôle européen. La plus grande transformation sociale et politique du XXe siècle fut la décolonisation et cette transformation se poursuit aujourd’hui à travers la montée en puissance des pays émergents. Le problème qui se pose à l’Occident n’est pas d’essayer de contrôler à nouveau le monde à travers l’ingérence humanitaire, mais de s’adapter à son propre déclin inévitable, adaptation qui risque fort de n’être ni facile ni agréable.

Ceux qui promeuvent le droit d’ingérence le présentent comme le début d’une nouvelle ère, alors qu’il s’agit en réalité de la fin d’une histoire ancienne. D’un point de vue interventionniste, cette doctrine opère un retrait par rapport aux droits invoqués par le colonialisme classique. De plus, des millions de gens, y compris aux États-Unis, rejettent de plus en plus la guerre comme moyen de résoudre les problèmes internationaux et adhèrent, de fait, à la position des pays non alignés, visant à « renforcer la coopération internationale afin de résoudre les problèmes internationaux ayant un caractère humanitaire, en respectant pleinement la Charte des Nations Unies » . Ils sont souvent dénoncés dans leurs propres médias comme « anti-occidentaux ». Mais ce sont eux qui, en s’ouvrant aux aspirations de la majeure partie du genre humain, perpétuent ce qu’il y a de valable dans la tradition humaniste occidentale. Ils visent à créer un monde réellement démocratique, un monde où le soleil se sera définitivement couché sur l’empire américain, comme il l’a fait sur les vieux empires européens.

Jean Bricmont (juin 2012)

URL de cet article :
http://www.silviacattori.net/article3336.html

* * *

Enregistrement de l’intervention de Jean Bricmont à l’UNESCO le 14 juin 2012 effectué par Raphaël Berland et Jonathan Moadab

( Suite à un incident technique, il a fallu utiliser la prise de son de la caméra.)

[1] Final document of the Thirteenth Conference of Heads of State and of Governments of the Movement of Non-aligned Countries, Kuala Lumpur, February 24-25, 2003. Voir
http://www.nam.gov.za/media/030227e.htm

[2] Voir William Blum, Les guerres scélérates, Parangon, Lyon, 2004, pour une histoire détaillée des ingérences états-uniennes.

[3] L’annexe B des accords proposés aux Serbes comme à prendre ou à laisser prévoyait entre autres : article 8. Les personnels de l’OTAN bénéficieront, tout comme leurs véhicules, navires, avions et équipement d’un passage libre et sans restriction et d’un accès sans ambages dans toute la RFY (=République fédérale Yougoslave, c’est-à-dire la Serbie et le Monténégro à l’époque), y compris l’espace aérien et les eaux territoriales associées. Ceci comprendra, sans y être limité, le droit de bivouaquer, manoeuvrer, de cantonner et d’utiliser toute zone ou installation, telles que l’exigent le soutien, l’entraînement et les opérations. Article 9. L’OTAN sera exemptée des droits, taxes et autres frais et inspections et règlements douaniers, y compris la fourniture d’inventaires ou de documents douaniers routiniers, pour les personnels, véhicules, navires, avions, équipements, fournitures et livraisons qui entrent, sortent ou transitent par le territoire de la RFY en soutien à l’Opération. Voir
http://www.csotan.org/textes/doc.php ?type=documents&art_id=61
pour le texte complet.

Jean Bricmont est Docteur en Sciences et a travaillé comme chercheur à l’Université Rutgers puis a enseigné à l’Université de Princeton, situées toutes deux dans l’Etat du New Jersey (États-Unis). Il enseigne aujourd’hui la physique théorique en Belgique et est l’auteur de « Impérialisme humanitaire : Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ? »

ALGÉRIE ÉTÉ 1962 : Une indépendance dans la douleur

juin 17th, 2012 by Chems Eddine Chitour

«L’Algérie est le patrimoine de tous (…). Si les patriotes algériens se refusent à être des hommes de seconde catégorie, s’ils se refusent à reconnaître en vous des super-citoyens, par contre, ils sont prêts à vous considérer comme d’authentiques Algériens. L’Algérie aux Algériens, à tous les Algériens, quelle que soit leur origine. Cette formule n’est pas une fiction. Elle traduit une réalité vivante, basée sur une vie commune

Déclaration à Tunis du GPRA aux Européens d’Algérie le 17 février 1960

Cette déclaration laisse à penser que tout aurait pu être autrement, n’était-ce la spirale tragique des événements pré-Indépendance. Nous sommes dans la période de mars à juillet 1962, l’indépendance de l’Algérie paraissait inéluctable. Un événement important eut lieu et contredit fondamentalement les prévisions des Accords d’Evian. C’est l’avènement d’une machine à tuer, en l’occurrence l’OAS qui fit de son leitomotiv, la terre brûlée, un programme d’actions qui fit des dégâts importants que les autorités de transition ont eu tout le mal à contenir. Point d’orgue de cette fureur, l’OAS élargit considérablement le fossé entre le petit peuple européen et les Algériens, brûla la bibliothèque d’Alger. Il y eut des excès, des meurtres que chaque bord évalue à sa façon. Dans cette contribution au cinquantenaire de l’Indépendance, nous avons voulu pointer du doigt ce que fut réellement l’exode des Européens et dans le même coup parler des harkis qui eurent un tragique destin avant et après l’Indépendance

Les Européens qui sont restés en Algérie après l’Indépendance

Comme on le sait, la colonisation n’a pas détruit uniquement les fondements de la société algérienne, elle a, aussi contribué, par la création d’un apartheid, à creuser le fossé entre les Européens d’Algérie et les Algériens. Pourtant, il y eut -contrairement à la triste condition des supplétifs harkis en France- des Européens qui ont choisi de rester en Algérie, après l’Indépendance. 200.000 Européens avaient choisi en effet, de rester dans le pays.

Ces oubliés de l’histoire, Hélène Bracco les raconte, aussi, écoutons-la: «…. Je me suis penchée sur une autre face de l’histoire, celle des Européens qui ne sont pas partis à l’Indépendance de l’Algérie en 1962. Quelques revues auxquelles j’ai envoyé des articles n’ont pas voulu les passer bien qu’ils viennent en réponse à d’autres articles qui disaient que tous les Européens étaient partis à l’Indépendance de l’Algérie (…) J’ai mis Européens entre guillemets parce que cette frange de population se dit algérienne et quand je suis allée en Algérie, je me suis adressée à ces personnes en leur disant: «Vous êtes des Européens qui ont choisi de rester en 1962 et je voudrais connaître les raisons de votre choix.» Et ils m’ont dit qu’ils étaient Algériens, ils ne se reconnaissaient pas comme Européens. (…) Quand on avait la chance d’être Alsacien, c’était très très bien. Ensuite, venaient les autres Français et en dessous,(…) tout à fait en dessous, ceux que les Européens ne voyaient pas, ou ne voulaient pas voir, et qu’on a vu, tout à coup, se lever pour lutter et prendre leur indépendance: c’était le peuple algérien.» (1)

« Arrivée là-bas, j’ai commencé à interroger des personnes qui s’étaient battues au côté du peuple algérien… J’ai pu interroger des médecins, des cadres techniques, des enseignants, mais aussi des employés, des ouvrières d’usine, des femmes au foyer, des religieux, toute sorte de gens qui m’ont donné de bonnes raisons d’être restés. D’autres avaient fait le choix, assez curieux, de rester là parce qu’ils aimaient le climat, qu’ils y avaient leurs petites affaires. Ils étaient là, avec une mentalité coloniale, à peu près la même qu’avant l’indépendance de l’Algérie. Il était assez curieux d’entendre certains, des ultras qui avaient été au côté de l’OAS et qui étaient restés parce qu’ils n’arrivaient pas à vendre leurs biens. (…)» (1)

Dans une contribution à ce propos, Aurel et Pierre Daum écrivent à propos du consensus sur le départ total, précipité des pieds-noirs pour éviter le lynchage des Algériens:

Depuis quarante-cinq ans, les rapatriés ont toujours soutenu l’idée qu’ils avaient été «obligés» de quitter l’Algérie au moment de l’indépendance en 1962, car, menacés physiquement par les «Arabes», ils n’auraient pas eu d’autre choix. (…) Alger, janvier 2008. Pour trouver la maison où habite Cécile Serra, il vaut mieux ne pas se fier aux numéros désordonnés de la rue. En revanche, demandez à n’importe quel voisin: «Mme Serra? C’est facile, c’est la maison avec les orangers et la vieille voiture!» Cécile Serra reçoit chaque visiteur avec une hospitalité enjouée. A écouter les récits de cette délicieuse dame de 90 ans à l’esprit vif et plein d’humour, on aurait presque l’impression que la «révolution» de 1962 n’a guère changé le cours de son existence de modeste couturière du quartier du Golf, à Alger. «Et pourquoi voulez-vous que ça ait changé quelque chose? vous apostrophe-t-elle avec brusquerie. J’étais bien avec tout le monde. Les Algériens, si vous les respectez, ils vous respectent. Moi, j’ai jamais tutoyé mon marchand de légumes. Et aujourd’hui encore, je ne le tutoie pas.» (2)

L’auteur s’interroge: «Comment se fait-il qu’elle n’ait pas quitté l’Algérie en 1962? «Mais pourquoi serais-je partie? Ici, c’est notre pays. Tout est beau. Il y a le soleil, la mer, les gens. Pas une seconde je n’ai regretté d’être restée.» Et il ne nous est jamais rien arrivé. Sauf quand y a eu l’OAS [Organisation armée secrète]. La vérité, c’est que c’est eux qui ont mis la pagaille! Mais ´´La valise ou le cercueil´´, c’est pas vrai. Ma belle-soeur, par exemple, elle est partie parce qu’elle avait peur. Mais je peux vous affirmer que personne ne l’a jamais menacée.» Jean-Bernard Vialin avait 12 ans en 1962. Originaire de Ouled Fayet, petite commune proche d’Alger, son père était technicien dans une entreprise de traitement de métaux et sa mère institutrice. Ancien pilote de ligne à Air Algérie, il nous reçoit sur son bateau, amarré dans le ravissant port de Sidi Fredj (ex-Sidi-Ferruch), à l’ouest d’Alger. «Mes parents appartenaient à ceux qu’on appelait les libéraux (…) On s’imagine mal aujourd’hui à quel point le racisme régnait en Algérie. A Ouled Fayet, tous les Européens habitaient les maisons en dur du centre-ville, et les ´´musulmans´´ pataugeaient dans des gourbis, en périphérie. (…) En janvier 1962, une image s’est gravée dans les yeux du jeune garçon. «C’était à El-Biar [un quartier des hauteurs d'Alger]. Deux Français buvaient l’anisette à une terrasse de café. Un Algérien passe. L’un des deux se lève, sort un pistolet, abat le malheureux, et revient finir son verre avec son copain, tandis que l’homme se vide de son sang dans le caniveau. Après ça, que ces mecs aient eu peur de rester après l’Indépendance, je veux bien le croire…» (2)

«L’inquiétude des Européens était-elle toujours justifiée? La question demeure difficile à trancher, sauf dans le cas des harkis (…) Toutefois, la plupart des pieds-noirs de France semblent avoir complètement oublié que durant cette guerre, la direction du FLN a pris soin, à plusieurs reprises, de s’adresser à eux afin de les rassurer. «Moi je les lisais avec délectation» dit Jean-Paul Grangaud, professeur de pédiatrie à l’hôpital Mustapha d’Alger, puis conseiller du ministre de la Santé.» Marie-France Grangaud confirme: «Nous n’avons jamais ressenti le moindre esprit de revanche, alors que presque chaque famille avait été touchée. Au contraire, les Algériens nous témoignaient une véritable reconnaissance, comme s’ils nous disaient: “Merci de rester pour nous aider”! Le déchaînement de violence, fin 1961 – début 1962, venait essentiellement de l’OAS, rectifie André Bouhana. A cause de l’OAS, un fossé de haine a été creusé entre Arabes et Européens, qui n’aurait pas existé sinon.» (…) Quand l’OAS est venue, un grand nombre d’entre eux l’a plébiscitée. Pourtant, une grande majorité d’Algériens n’a pas manifesté d’esprit de vengeance, et leur étonnement était grand au moment du départ en masse des Européens.»(2)

«Mais, conclut l’auteur si la raison véritable de cet exode massif n’était pas le risque encouru pour leur vie et leurs biens, qu’y a-t-il eu d’autre? Chez Jean-Bernard Vialin, la réponse fuse: «La grande majorité des pieds-noirs a quitté l’Algérie non parce qu’elle était directement menacée, mais parce qu’elle ne supportait pas la perspective de vivre à égalité avec les Algériens! Peut-être que l’idée d’être commandés par des Arabes faisait peur à ces pieds-noirs. Nous vivions de facto avec un sentiment de supériorité. Nous nous sentions plus civilisés. Et puis, surtout, nous n’avions aucun rapport normal avec les musulmans. Ils étaient là, autour de nous, mais en tant que simple décor. Ce sentiment de supériorité était une évidence. Au fond, c’est ça la colonisation. Moi-même, j’ai dû faire des efforts pour me débarrasser de ce regard…» Entre 1992 et 1993, la chercheuse Hélène Bracco a parcouru l’Algérie à la recherche de pieds-noirs encore vivants. Elle a recueilli une soixantaine de témoignages, dont elle a fait un livre. Pour cette chercheuse, «la vraie raison du départ vers la France se trouve dans leur incapacité à effectuer une réversion mentale. Les Européens d’Algérie, quels qu’ils soient, même ceux situés au plus bas de l’échelle sociale, se sentaient supérieurs aux plus élevés des musulmans. Pour rester, il fallait être capable, du jour au lendemain, de partager toutes choses avec des gens qu’ils avaient l’habitude de commander ou de mépriser». Néanmoins, Pour Marie-France Grangaud: «Depuis quelques années, de nombreux pieds-noirs reviennent en Algérie sur les traces de leur passé. L’été dernier, l’un d’eux, que je connaissais, m’a dit en repartant: ´´Si j’avais su, je serais peut-être resté.´´» (2)

Un autre exemple d’empathie qui transcende les clivages. Georges Morin et sa mère continuent d’habiter le n° 17, boulevard Pasteur.

« Si la ruée sur les appartements vides a été importante, pour ceux qui sont restés, il n’y a eu aucun problème! Jamais aucune pression pour déguerpir!»(…) Georges Morin partit en France et devint chef de cabinet de l’université de Strasbourg, fut sollicité par son ancien condisciple en Algérie le professeur Abdelhak Brerhi – plus jeune professeur agrégé d’histologie de l’Algérie indépendante- pour l’aider à mettre en place un pont aérien pour l’enseignement des sciences médicales dans la jeunes université de Constantine naissante. C’est un exemple de réussite rendu possible par deux Algériens, deux coeurs. Il se trouve même que le recteur de Grenoble, Jean-Louis Quermonne, qui avait commencé sa carrière en 1956 comme jeune agrégé de droit à Alger fut l’ancien professeur de Mohamed Seddik Benyahia, le ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque. La délégation grenobloise s’est rendue à Alger, et fut reçue comme des princes par le ministre Benyahia. Une «superbe machine» de coopération interuniversitaire se met en place…(3)

Je veux dire pour ma part la grande joie que j’ai éprouvée quand j’ai pu rétablir le contact avec mon ancien condisciple européen d’Algérie avec qui j’ai lustré les bancs au lycée de Sétif.

Les supplétifs ou les harkis 

«Vous êtes vraiment d’une incurie incroyable.(…)  Vous êtes des sous-hommes! Rien du tout! Il faut que quelqu’un vous le dise! Vous êtes sans honneur. Allez, dégagez!»

C’est par ces mots que le 11 février 2006, le maire socialiste de Montpellier résume l’affection de la France pour ceux qui ont combattu pour elle. Ces « anciens indigènes algériens» qui ont cru à la grandeur de la France au point de se battre contre d’autres «indigènes» comme eux, ont été ainsi récompensés par leur abondon puis leur marginalisation en France pour ceux qui ont choisi de partir, car il existe dans l’Algérie de 2012 des harkis qui ont préféré rester au pays.

Lors du Conseil des ministres français du 25 juillet 1962, Pierre Messmer déclare: ” Des Musulmans harkis et fonctionnaires se sentent menacés, l’armée demande la position du gouvernement “. Le président de Gaulle répond: ” On ne peut pas accepter de replier tous les Musulmans qui viendraient à déclarer qu’ils ne s’entendraient pas avec le gouvernement “, “Le terme d’expatriés ne s’applique pas aux Musulmans, ils ne retournent pas dans la patrie de leurs pères. Dans leur cas, il ne saurait s’agir que de réfugiés. On ne peut les recevoir en France, comme tel que s’ils connaissent des dangers “. Voilà qui est net et qui explique toutes les politiques d’indigénat qui eurent lieu par la suite à l’encontre de variables d’ajustement. Par leurs statuts et les modes d’administration dont ils sont l’objet, l’histoire des harkis apparaît donc indéfectiblement liée à celle de la colonisation et de l’immigration postcoloniale, illustrant le continuum de «la vieille attitude raciste et coloniale» dénoncée, dès novembre 1962, par Pierre Vidal-Naquet dans les colonnes du Monde. (5)

Dalila Kerkouche, fille de harki, dans un livre pathétique, nous décrit le calvaire de son père, en fait de tous les harkis qui ont foulé le sol de France un matin de juillet 1962. Elle décide de revenir en Algérie pour comprendre ce qui s’est passé: «(…)Algérie: Atterrissage en douceur sur l’aéroport Houari-Boumediene, à Alger. Pour la première fois de ma vie, je vais poser le pied en Algérie, la terre de mes ancêtres… [...] «Est-ce que ton père t’a raconté la guerre?» me demande mon cousin Tayeb. «Ton père travaillait avec le FLN…» Les traîtres ne sont pas ceux que l’on croit. Comme mon père, près de 40% des supplétifs, selon Michel Roux, ont aidé les djounoud [les combattants du FLN]. [...] Pourquoi tu n’as rien dit, papa?» «Je passais déjà pour un traître aux yeux des Algériens. Je n’allais pas encore l’être pour les Français!».(6)

Combien de harkis furent massacrés? Les massacres des harkis ne fut pas le même selon les régions. Ce sont les régions rurales qui ont vu le plus d’actes de vengeance, certaines fois en réponse à ceux des harkis. L’origine rurale des harkis inscrit leur enrôlement, leurs actions et leur sort au-delà de l’Indépendance dans le contexte très local des relations entre communautés villageoises. Pour Mohamed Harbi (…) Entre mokhaznis, harkis et goumiers, ils étaient plus d’une centaine de mille. D’ailleurs, quand on dit on en a tué 150.000, ce n’est même pas leur nombre. (…) C’est dû à la crise, mais aussi à la pression militaire française qui était terrible. Il faut souligner que les gens étaient aussi dans des rôles doubles. Ils n’étaient jamais pour la France ni pour l’Algérie. Leur obsession, c’était comment survivre.» (7)

Que peut-on en conclure en cette veille de cinquantième anniversaire de l’Indépendance? La situation aurait pu évoluer autrement en 1962 n’était-ce la folie meurtrière de l’OAS qui va créer le chaos. 50 ans après, il nous reste nos mémoires de part et d’autre. Les harkis ont choisi leur camp. L’histoire jugera mais l’Algérie de 2012 ne devrait pas culpabiliser ad vitam aeternam les enfants de harki. Si nous acceptons sans discrimination que les anciens pieds-noirs reviennent, pourquoi fermer la porte aux autres? Je suis sûr qu’au fond d’eux-mêmes ils gardent toujours -bien que Français, par delà les hommes, leur affection intacte au pays de leurs ancêtres.

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Nationale Polytechnique en-edudz

1. Hélène Bracco: L’autre face: «Européens» en Algérie indépendante Mille Bâbords 6 04 2012

2. Ni valise, ni cercueil. de Pierre Daum. Préface de Benjamin Stora. Ed. Média-Plus, 2012.

3. Sans valise ni cercueil, http://www.monde-diplomatique.fr/2008/05/DAUM/15870  mai 2008

4. Extraits du livre de Pierre Daum «Ni valise, ni cercueil» El Watan le 14.04.12

5. Laure Pitti: De l’histoire coloniale à l’immigration post-coloniale: le cas des harkis

6. Dalila Kerchouche: Mon père, ce harki. Morceaux choisis L’Express du 04/09/2003.

7. Mohammed Harbi: une réponse au «tabou des harkis» El Watan 26 mai 2011
http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/155317-une-independance-dans-la-douleur.html

Au cours d’une émission de radio en Floride, un ami me rappela a brule-pourpoint que les Occidentaux exterminèrent les premiers habitants d’Haïti, les Indiens dits Indiens par Christophe Colomb, pour pouvoir mieux voler leurs richesses minérales, particulièrement de l’or. Ensuite, la publication de l’article de l’ « Associated Press » sur la découverte de l’or en Haïti, gisement estimé à plus de 20 milliards de dollars, nous prend a la gorge. Une révélation pareille donne à la fois des sueurs froides aux patriotes haïtiens et du grincement de dents aux exploiteurs occidentaux. Les richesses minérales ont été toujours à la base de beaucoup de génocides de l’histoire. Ainsi, l’extermination des Arawak/Taino, les natifs d’Haïti. D’après des sources espagnoles de l’époque, ils étaient des millions en Hispaniola. En 1507, un recensement fit état de 60.000 Indiens restant, après 24 ans, soit en 1531, ils étaient réduits à une poignée de 600. Aujourd’hui, il n’en reste que des vestiges archéologiques.  Un tel constat révèle la cruauté impitoyable des conquistadores. Ce fut la première expérience barbare liée directement a l’exploitation de l’or à laquelle les habitants d’Haïti firent face, c’était au 16e siècle. L’or s’achemine vers L’Europe et  les natifs, vers le néant.

Haïti n’a pas beaucoup de chances quand il y a « ruée vers l’or ». D’après l’historien J.A. Rodgers, Toussaint Louverture, dans sa quête de libération pour ses frères en Afrique, rêvait d’y retourner. Une fois là-bas, il entendait empêcher le commerce des noirs qui se pratiquait à grande échelle. Ainsi, il confia beaucoup de franc-or à Mr Stephen Girard, un capitaine de bateau américain d’origine française, qui mouillait fréquemment dans la rade de Port-au-Prince, un ami a lui. L’objectif de cette entreprise, toujours selon Mr Rodgers, fut d’accumuler une forte quantité d’or pour pouvoir  matérialiser financièrement son projet contre la traite négrière. La valeur de Cet or  fut estimée à plus de 6 millions de dollars américains. Tout ceci est reporte dans le livre : « 100 Amazing facts About The Negro ». Après l’acte vil de Napoléon qui piégea Toussaint Louverture et l’envoya en France, Stephen Girard décida de conserver l’or pour lui-même au lieu de le remettre aux enfants et a la femme de celui-ci après son internement a Fort-de-Joux, en France. A rappeler ici, que la femme de Toussaint fut humiliée, torturée atrocement par les bourreaux de Napoléon à la recherche de l’or caché du mari. 

En 1812, Stephen Girard fut l’homme le plus riche des Etats-Unis d’Amérique. Quand en 1813, le gouvernement américain était au bord de la faillite et risquait de perdre la guerre face à l’Angleterre. Ne pouvant collecter les 10 millions de dollars requis, Stephen Girard, à lui seul, prêta 5 millions de dollars au gouvernement, soit la moitié de ce dont ’il avait besoin. Donc, la richesse volée de Stephen Girard d’Haïti fut mise au service des Etats-Unis lui permettant de gagner la guerre cruciale contre l’Angleterre, la dernière. Ensuite, il construisit « Girard Collège » à Philadelphie, d’où aucun homme ou femme de peau noire n’était admis. Il fallut attendre jusque dans les années 70 pour que le gouvernement impose l’accès au collège à tout un chacun, sans tenir compte de la couleur de leur peau.

En 1914, les Américains envahirent le pays. Ils firent un holdup up à la banque de la république d’Haïti et emportèrent la réserve d’or nationale.  Ils occupèrent le pays pendant 19 ans. Aujourd’hui encore, l’or de « tonton nord » se trouve toujours dans les réserves stratégiques fédérales des Etats-Unis d’Amérique.

Dans ce contexte particulier de crise économique aigue, l’or s’impose mondialement comme le moyen le plus sur de conserver la richesse. Parce que tout est instable. Les secteurs clés de l’investissement-comme l’immobilier qui générait rapidement d’énormes profits-et les stocks sont en lambeaux. L’or est actuellement le refuge privilégié des nantis. Cela explique que l’once d’or coute plus de 2000 dollars américains sur le marché international. En une année, il a subi une augmentation de 15%. Voila dans quel contexte de grande convoitise qu’est arrivée la découverte de l’or en Haïti. D’abord, considérons les réserves d’or mondiales pour permettre de comprendre le danger qui guette Haïti.

Le Canada qui assure les explorations minérales sur le terrain en Haïti depuis 2006, à travers la compagnie EMX, affiche un certain retard sur la liste des pays détenteurs d’or. Le Canada est en 80e position avec seulement 3.4 tonnes de réserve. Donc, dans un contexte économique et financier mondial pareil, ce pays a besoin de beaucoup d’or pour renflouer sa réserve. D’ailleurs,  il n’est pas le seul, d’autres géants économiques emboîtent le pas aussi. Les Etats-Unis qui contrôlent la plus grande réserve d’or de la planète, en première position avec 8133,5 tonnes, s’activent beaucoup aussi sur le marché de l’or. A noter que, les Etats-Unis prirent des 1933 un arrêté l’« executive order 1602 » mettant hors la loi tout citoyen susceptible de posséder de l’or. Seul le gouvernement fédéral fut autorisé à en garder. Pour préserver plus de 12 milliards de dollars en or, Franklyn D. Roosevelt a ordonné la construction a Fort Knox, Kentucky, du coffre-fort  le plus sécurisé au monde jusqu’a nos jours. Le « United States Bullion Depository », il est placé en plein cœur de l’un des plus grands camps militaires du pays. Il est surveillé jour et nuit par plus de 30.000 soldats appartenant a : « l’aéroport militaire de Godman», « 16th régiment de cavalerie », « Bataillon du génie », l’« Equipe de combat de la 3eme brigade », la «  1ere division d’infanterie »…sans oublier : « United States Mint Police », des systèmes d’alarme, des caméras de vidéo, des hélicoptères apaches, des véhicules blindés de transport de troupes …On parle même de minage a intervalle de certains tronçons conduisant au bâtiment. Donc, l’or, contrairement à la croyance populaire a une importance supérieure à l’admiration illusoire que fait miroiter un bracelet, une bague ou une chaine…

Haïti,  ce même bout de terre qui absorba le sang tout chaud de ces milliers innocents Indiens, hommes, femmes et enfants, aujourd’hui excite également  l’appétit mercantile des empires. Cette fois, la république d’Haïti est habitée par des hommes et femmes noirs, originaires de l’Afrique. Ces mêmes individus qui remplacèrent les premiers habitants exterminés, il y a six siècles de cela. Ils sont plus de dix millions. Eux, les Haïtiens, qui fondèrent une nation sur ce bout de terre au prix de hautes luttes et de sacrifices ultimes sont dans le point de mire  de ces mêmes exterminateurs au 21e siècle.

  Ils sont de retour !

 Ils sont du même sang !

 Ils viennent de l’Europe !

Le Canada et les Etats-Unis remplacent respectivement  l’Espagne et l’Angleterre; c’est-à-dire, la même fresque épidermique de Caucasiens aux yeux bleus/verts qui se disent issus d’une race supérieure. Perpétuellement, avec la même rapacité, c’est-à-dire la même soif ardente de voler et de tuer pour s’accaparer de tout. Toujours l’identique stratégie de diviser pour mieux régner : tribaliser la nation en parachutant un valet au pouvoir et morceler tout un continent par zones d’intérêts. Le trio infernal, États-Unis/France/Canada, à  l’instar de celui du 15e siècle-le trio France/Angleterre/Espagne, se prépare pour le deuxième grand pillage d’Haïti, voir l’extermination de ceux qui résistent.

A l’heure de l’alerte du grand drame humain se joue la tragédie de la « chronique d’une mort annoncée ». Beaucoup de penseurs estiment qu’il faut exorciser les peuples victimes de l’histoire. En  leur enlevant leur innocence. Il faut les réveiller de ce profond sommeil injecté par l’ordre mondial sur mesure. C’est l’heure de grands réquisitoires et de véhémentes dénonciations. Sinon, c’est la défaite qui  nous consumera. Cette fois, il faut anticiper l’histoire pour l’imposer a notre humanité. Elle est trop cruelle envers nous, dirait l’auteur de « Les Veines Ouvertes de L’Amérique ». Il faut arrêter les tours et contours meurtriers de l’histoire. Cette dualité de bourreaux et victimes, agresseurs et proies touche à sa fin. Que l’or d’Haïti soit la sépulture des exterminateurs des Indiens.

Il y a six siècles de cela, les occidentaux firent disparaitre toute une classe d’hommes et de femmes. Il n’y avait pas eu de transition entre les Arawak/Tainos, les premiers habitants d’Haïti, et les noirs arrachés de leurs royaumes africains. Cela signifie que l’Ile d’Haïti avait vécu le premier nettoyage ethnique de l’hémisphère occidental. 

En écoutant le documentaire audio de « Ayiti Je Kale », on a l’impression que le peuple, appuyé par ses intellectuels progressistes, se prépare déjà à la résistance nationale. Le gouvernement actuel, par son manque de légitimité, est appelé a ne pas négocier aucun contrat avec « EURASIAN », « NEWMONT » etc, les principaux pillards internationaux des mines. D’ailleurs, Dieuseul Anglade, un ancien directeur général du bureau des mines, a déjà exhorté les autorités actuelles dans ce sens, et je cite : «  Je leur ai dit de laisser les minerais sous terre les générations futures pourront les exploiter ». La nation d’Haïti est condamnée à ne pas manquer cet autre rendez-vous. Celui-là est fondamental parce qu’il s’agit des ressources naturelles nationales du pays.

Hugo Chavez, en commentant sa dernière visite en Haïti devant le parlement vénézuélien tout de suite après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, a avoué avoir vu dans le pays des « Portes de l’enfer habitées par des anges noirs ». Donc, le moment est venu de briser ses portes de l’enfer en utilisant nos propres ressources et combattre le grand capital financier international toujours prêt à piller. Sans pourtant ignorer la complexité de la situation globale du pays.

Nous faisons face a un appareil d’état vassalisé au profit de l’intérêt économique, politique et social des pays, curieusement autoproclamés « amis d’Haïti ». Cette réalité me renvoie étrangement en 1929 quand le commandant des US marines en Haïti, Mr John Russel, expliqua que Louis Borno, président d’alors d’Haïti, « n’a jamais pris une seule décision sans me consulter au préalable». En 2012, tous les pouvoirs d’état sont assujettis. Le président et sa femme sont de nationalité américaine et considérés comme les chouchous de Bill Clinton, ex-président des Etats-Unis. On a un chef de gouvernement, Laurent Lamothe, qui regarde tout comme une marchandise. Il est un multi millionnaire dans le domaine de la télécommunication, qui voit profit en tout et partout. Les parlementaires haïtiens, à part quelques exceptions notables se font tristement célèbres dans des scandales financiers et politiques en permanence. Le pouvoir judiciaire est totalement acquis à la cause de l’exécutif. En face d’une réalité aussi décevante, la défense de l’intérêt national tombe automatiquement sous la responsabilité directe des citoyens.

D’abord, en considérant le caractère valet de l’exécutif et puéril du législatif, il est impérieux qu’ils n’engagent pas le pays dans des accords avec des compagnies étrangères pour l’extraction de l’or. Ce déficit de confiance doit être résolu avant de penser à l’utilisation des mines nationales. Pour cela, il faut avoir des hommes politiques patriotes aux affaires, pour éviter que soit gaspillée cette chance ultime. D’où l’importance des élections à venir.

Joël Léon

Ceci est la première partie d’une série sur le colloque du 15 juin qui s’est tenu à Montréal, Les ONG en Haïti: entre le bien et le mal.

Paternalisme, néocolonialisme, outil de domination de l’ordre mondial, voilà seulement quelques-uns des attributs et concepts accolés aux organisations non gouvernementales (ONG) lors du colloque sur le rôle controversé des ONG en Haïti, lequel a soulevé des passions le 15 juin à Montréal. L’organisatrice Nancy Roc d’Incas Productions, a admis que ce colloque intitulé « Les ONG en Haïti : entre le bien et le mal », est « un colloque qui dérange ». Elle a salué la présence de plusieurs ministres haïtiens : « Ce sont eux qu’on accuse mais ils sont là aujourd’hui, ils nous prennent au sérieux », dit-elle avant de déplorer l’absence d’un grand nombre d’ONG québécoises.


Nancy Roc au colloque « Les ONG en Haïti : entre le bien et le mal » 15 juin 2012.

« Les Québécois ont été les plus généreux donateurs et ils sont en droit de se demander où sont les fonds. J’ai contacté toutes les ONG, l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), et la plupart n’ont même pas pris la peine de me répondre. J’ai appris la semaine dernière que l’AQOCI tenait son assemblée générale aujourd’hui même. J’étais prête à payer pour que le programme du colloque soit affiché sur le site de l’AQOCI. On m’a répondu que ce n’était pas possible pour le technicien web…

« Lorsqu’une étude a été menée auprès des ONG par le Disaster Accountability Project (États-Unis), 80% des ONG ont refusé de rendre des comptes. On accuse souvent le gouvernement haïtien mais seulement 1% de l’aide s’est rendue au gouvernement. Pour chaque dollar canadien donné à Haïti, 6 sous seulement sont allés aux Haïtiens. Voici la vérité qu’on ne vous dit pas.

« La plupart des rôles de l’État ont été refilés aux ONG, les fonds sont dirigés vers d’autres gouvernements, vers des compagnies privées étrangères. Comment s’étonner que l’on qualifie Haïti de Far West des ONG! Il s’est développé en Haïti une forme de colonialisme humanitaire. Depuis 1986, Haïti est le pays qui a reçu le plus d’aide mais s’est appauvri. Et on accuse les victimes! Par ailleurs, les ONG haïtiennes ne reçoivent pas d’aide et pourtant ce sont elles qui connaissent le pays et les besoins de la situation. »

Mme Roc se défend de vouloir faire le procès des ONG. Le but de ce colloque est de « chercher des solutions et mettre en œuvre une coordination entre les acteurs, d’amorcer un dialogue, un nouveau virage ».

La faiblesse de l’État haïtien et la propagande voulant qu’il soit trop corrompu pour se voir allouer des fonds profite grandement aux ONG étrangères qui récoltent l’aide financière qui autrement irait à l’État. Ce dernier est davantage affaibli par cette pratique et les intervenants ont dans une grande majorité mis l’accent sur la nécessité du renforcement de l’État. S’il faut avoir les moyens de ses ambitions, le renforcement de l’État haïtien passe d’abord et avant tout par les moyens financiers.

« Est-ce la faiblesse de l’État qui a causé cette invasion d’ONG dans les compétences gouvernementales ou l’invasion d’ONG qui a contribué à affaiblir l’État? » Sans amener de réponse à la question que plusieurs se posent, le directeur exécutif de l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire, François Audet, conclut qu’il « faut revoir les paradigmes de l’intervention en Haïti ».

Daniel Supplice, ministre des Haïtiens vivant à l’étranger accuse plutôt l’instabilité politique d’être responsable de la faiblesse de l’État. Il n’a toutefois pas mentionné le rôle prépondérant des pays donateurs dans l’instabilité politique haïtienne.

Ce rôle antidémocratique des grandes puissances est également passé sous silence dans les grands médias qui n’osent même pas parler du coup d’État concocté par le Canada, les États-Unis et la France contre Jean-Bertrand Aristide en 2004 et préfèrent le qualifier de « départ » du président. Ce dernier, élu démocratiquement avec un pourcentage des suffrages à faire rougir n’importe quel dirigeant des pays qui l’ont chassé du pouvoir, faisait face à une insurrection armée et financée entre autres par le CIA. Quant à l’opposition politique, le gouvernement canadien a largement contribué à son financement :

Le gouvernement canadien a été fortement impliqué sur tous les plans dans le coup d’État. Le Canada, l’Union européenne et les États-Unis avaient supprimé toute aide au gouvernement Fanmi Lavalas tout en finançant ses opposants. Pire, le Canada a participé à la planification et à l’exécution du renversement du gouvernement et au kidnapping d’Aristide. La nuit du coup, 125 troupes canadiennes étaient sur le terrain à Port-au-Prince, assurant la sécurité de l’aéroport à partir duquel les soldats étasuniens forceraient Aristide à prendre un avion pour l’exil. Le Canada a aidé à installer le nouveau régime non élu et lui a fourni des millions de dollars d’aide. L’aspect probablement le plus honteux est que les troupes canadiennes et les policiers envoyés en Haïti ont activement appuyé la répression. (Nikolas Barry-Shaw, Dru Oja Jay, Paved with Good Intentions, 2012, p. xi. Traduction libre.)


« Vive Titid [Aristide] À bat les ONG voleuses » Source: Haïti : trois mois sur le terrain.

En créant et en entretenant l’instabilité dans la Perle des Antilles, ces pays qui prétendent être les amis d’Haïti maintiennent l’État haïtien dans une condition de dépendance à l’aide internationale de laquelle ils sont les premiers à profiter puisqu’elle sert à stimuler leur économie plus que celle d’Haïti.

Dans une longue tirade à l’endroit du rôle des ONG et des pays donateurs intitulée « Au nom du pain, du fric et de la tragédie », Frédéric Boisrond, sociologue et chargé de cours à l’Université McGill a cité l’ancien président étasunien Bill Clinton qui, pour justifier les fonds alloués à l’United States Agency for International Development (USAID) avait fait valoir que l’agence d’aide internationale était d’abord et avant tout un « levier économique interne, puisque 80 % de l’aide ne quitte pas le pays ».

Les données gouvernementales des États-Unis de l’automne 2011 sur l’aide à Haïti illustrent parfaitement ce phénomène : sur 1537 contrats valant au total 204 604 670$, seulement 23 contrats ont été attribués à des entreprises haïtiennes pour un total de 4 841 426$. (Marjorie Valbrun, Haitian firms few and far between on reconstruction rosters, iWatch News, 11 janvier 2012.)
 

Daniel Holly, professeur titulaire au département de science politique de l’Université du Québec à Montréal a accusé les dirigeants haïtiens d’être responsables de la situation tout en critiquant fortement le rôle des ONG dans l’ordre mondial actuel, un rôle qu’il n’a pas hésité à comparer à celui des prêtres de l’Église catholique lors de la deuxième révolution industrielle :

« Les ONG sont la nécessité d’un ordre mondial, le vecteur de la domination et les agents de formatage de cet ordre. Les premières ONG sont nées de la deuxième révolution industrielle en réaction à la misère provoquée par cette révolution, par cet ordre du monde basé sur la domination et l’asservissement des régions extérieures à l’Europe. Les ONG vont par la suite s’internationaliser comme le capitalisme générateur de misère. L’activité des ONG aujourd’hui se compare à celle des prêtres de l’Église catholique lors de la 2e révolution industrielle, qui transmettaient aux pauvres ce message : “Acceptez votre sort, vous serez récompensés dans l’au-delà.”

« Les ONG empêchent la révolte des masses par la solidarité. Elles louent leurs services aux pays donateurs. Leurs projets ne sont pas anodins : ils sont conçus pour formater les sociétés où ils sont exécutés, dans des États fragiles, pour la plupart, et n’ayant pas de moyens financiers ni de ressources humaines. L’aide internationale contourne systématiquement l’État pour faire exécuter ses projets par les ONG.

« L’ordre mondial ne saurait s’improviser. Il s’agit d’une structure envahissante qui prend la place des États nationaux. Les premiers responsables de cette situation sont les dirigeants, la faiblesse de l’État. Les ONG les plus importantes agissent à titre d’agences de notation et promeuvent dans des pays en développement une démocratisation rapide telle que conçue par l’Occident sans toutefois tenir compte du fait qu’il a fallu des siècles aux pays développés pour y arriver. Les décisions prises en Haïti aujourd’hui sont celles des maîtres d’Haïti : la France, les États-Unis et le Canada. »

Cette rencontre a révélé l’ampleur et les travers de ce système d’aide qui n’en est pas un. Elle a aussi démontré que contrairement à l’image souvent véhiculée dans les médias voulant les Haïtiens sont accros à l’aide internationale par simple paresse, il n’en est rien. Ils sont nombreux à vouloir remédier à cette situation de dépendance qui ne fait que les enfoncer et les maintenir dans la misère.

Haïti a besoin d’une « Révolution tranquille » et les Haïtiens souhaitent être « Maîtres chez-eux », mais leurs maîtres les en empêchent et les ONG sont symptomatiques de cette maladie de l’asservissement propagée par l’ordre économique mondial.

Comment y arriver? L’impact des ONG étrangères en Haïti n’est pas que négatif et celles-ci peuvent contribuer à renforcer l’État haïtien. Les ONG haïtiennes font elles aussi partie des solutions proposées lors du colloque et qui seront abordées dans la deuxième partie de cet article.

Julie Lévesque
Journaliste, Mondialisation.ca

SYRIE : Une élimination

juin 17th, 2012 by Rainer Hermann

La presse française, ou des experts français comme l’ancien diplomate Ignace Leverrier qui tient le blog Un Oeil sur la Syrie sur le site du journal Le Monde, continue d’imputer aux troupes régulières et aux milices syriennes pro-Assad le massacre de Houla. Pourtant, en Allemagne, le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung en donne une version très différente. Et depuis la parution de ce premier article signé Rainer Hermann, le site Medialens, équivalent britannique d’Acrimed, signale que la BBC est revenue en partie sur ses accusations. Cependant, le doute subsiste – Rainer n’est pas allé en Syrie lui-même disent ses détracteurs – Il revient donc sur son premier article et accentue la cohésion de son argumentation en répondant aux questions légitimes que ce massacre atroce et sa recension dans les médias suscitent. Nous relayons ici l’intégralité de son analyse, et saluons la continuité de son travail.

Encore une fois, il s’agit ici d’établir les faits les plus proches possible de la réalité vécue par les syriens afin de sauver la paix. Le peuple syrien a bien vu comme nous tous le résultat violent des ingérences au Kosovo, en Afghanistan, en Irak et en Libye. Le prétexte humanitaire servi aux médias masque mal la réalité du terrain et les intérêts en jeu: Ces interventions intéressées sont avant tout militaires et ne font que semer la mort et la destruction, toujours précédées puis accompagnées d’une propagande médiatique effrénée et partisane qui assomme les citoyens du monde entier. A Houla, la vérité n’est pas établie, et la division des membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU se retrouve dans les termes âprement discutés de ses déclarations successives à propos de ce massacre, porte ouverte à toutes les interprétations dont les médias ne se privent pas, comme le laisse aussi entrevoir l’auteur. Il est urgent de déposer les armes.

Reopen91

Funérailles d’une des victimes civiles de Houla © AFP

Le massacre de Houla a constitué un tournant dans le drame syrien. L’indignation mondiale a été énorme quand le 25 mai dernier, 108 personnes ont été tuées, dont 49 enfants. Des appels en faveur d’une intervention militaire se sont répandus pour mettre fin à l’effusion de sang, et en Syrie, la violence a dégénéré depuis, irrésistiblement. Presque unanimement, soutenue par les réseaux de diffusion d’information arabes et la visite des observateurs des Nations-Unies le jour suivant, l’opinion mondiale a accusé du massacre l’armée syrienne régulière et les milices de Schabiha proches du régime.

Le Frankfurter Allgemeine Zeitung a remis en question la semaine passée cette version basée sur des rapports de témoins oculaires. Il a informé que les civils tués étaient alaouites et chiites. Ils ont été tués à Taldou, une ville de la plaine de Houla, visée par des sunnites armés, pendant qu’autour de la localité des combats intenses avaient lieu pour contrôler des rues entre l’armée régulière et des unités de l’armée syrienne libre. Cette description a été reprise universellement par beaucoup de médias et a été rejetée par beaucoup [d’entre eux] comme peu digne de foi. A partir de là se posent quatre questions :
Pourquoi à ce jour l’opinion mondiale suit-elle une autre version ? _ Pourquoi le contexte de la guerre civile rend-il plausible la version mise en doute ?
Pourquoi les témoins [de cette version] sont-ils crédibles ?
Quels autres faits soutiennent [cette] version ?

© F.A.Z.

Premièrement, pourquoi à ce jour l’opinion mondiale suit-elle une autre version ? Les premiers mois du conflit, quand l’opposition n’était pas encore alimentée en armes et sans protection, toutes les atrocités mises sur le compte du régime étaient incontestées. On suppose donc que cette situation perdure. Et de plus, les médias d’Etat syriens ne jouissent plus d’aucune crédibilité. Depuis le début du conflit, ils utilisent « comme des moulin à prières » les formules toutes faites du style “groupes de terroristes armés”. Ainsi personne ne les croit plus lorsque, pour une fois, c’est vraiment le cas. Ce sont les chaines satellitaires arabes Al Jazeera et Al Arabia qui a contrario sont devenues les médias grand-public. Elles appartiennent au Qatar et à l’Arabie Saoudite, deux Etats qui participent activement au conflit. Ce n’est pas sans raison que les allemands connaissent bien le dicton “à la guerre, c’est d’abord la vérité qui meurt”.

Deuxièmement, pourquoi le contexte de la guerre civile rend-il plausible la version mise en doute ? Au cours des derniers mois, beaucoup d’armes ont été acheminées en contrebande vers la Syrie, les insurgés disposent depuis longtemps d’armes de moyen calibre. Chaque jour, plus de 100 personnes sont tuées en Syrie, les morts se tenant des 2 côtés de la balance. Les milices enrôlées sous la bannière de l’armée syrienne libre contrôlent les provinces d’Homs et Idlib en grande partie, et étendent leur domination à d’autres parties du pays. L’anarchie qui se répand a mené à une vague d’enlèvements criminels, en outre, elle exonère de devoir tenir une comptabilité publique [des victimes]. Tant celui qui parcourt Facebook que celui qui parle avec des Syriens connaît des histoires tirées du quotidien à propos de “nettoyages confessionnels”, des gens qui sont tués seulement parce qu’ils sont Alaouites ou Sunnites.

La plaine d’Houla, principalement habitée par des Sunnites, qui se trouve entre la ville sunnite d’Homs et les montagnes alaouites, est chargée d’une longue histoire de tensions confessionnelles. Le massacre s’est produit dans Taldou, l’un des plus grands hameaux de Houla. Les noms des 84 civils tués sont connus. Il s’agit des pères, des mères et de 49 enfants de la famille al Sajjid et des deux branches de la famille Abdarrazzaq. Des habitants de la ville témoignent que les Alaouites tués sont des musulmans qui se sont convertis de l’Islam sunnite à l’Islam chiite. Eloignés de quelques kilomètres de la frontière libanaise, ils se rendent suspects de sympathies pour le Hezbollah détesté des sunnites. En outre, on compte parmi les victimes les membres qui résidaient à Taldou de la famille d’Abdalmuti Mashlab, député du parlement fidèle au régime.

Les appartements des trois familles se trouvaient dans différentes parties de Taldou. Les membres des familles ont été visés et tués à une exception près. Aucun voisin n’a été même simplement blessé. La connaissance des lieux était une condition préalable à ces “exécutions” bien préparées. L’agence de presse AP a cité l’unique survivant de la famille al Sajjid, Ali, un enfant de 11 ans, avec ces mots : « les auteurs étaient tondus et avaient de longues barbes ». Cela ressemble aux jihadistes fanatiques, pas aux milices de la Schabiha. Il a survécu parce qu’il a fait le mort et s’est enduit avec le sang de sa mère, a déclaré le jeune garçon.

Les rebelles sunnites mettent à exécution la “liquidation” de toutes les minorités

Dés le 1er avril, Mère Agnès-Mariam de la croix, du cloître jacobin (“Deir Mar Yakub”) qui se trouve au sud d’Homs dans la localité de Qara, décrivait dans une longue lettre ouverte le climat de violence et de peur dans la région. Elle arrive à la conclusion, que les rebelles sunnites ont mis en oeuvre une liquidation graduelle de toutes les minorités ; elle décrit l’expulsion des chrétiens et des alaouites de leurs maisons par les rebelles, et le viol de jeunes filles qui sont remises aux mains des rebelles comme des “butins de guerre” ; elle a été témoin oculaire, lorsque des rebelles dans la rue Wadi Sajjeh, suite au refus d’un commerçant de fermer son magasin, le tuèrent dans un attentat à la voiture piégée, puis lorsque devant une caméra d’Al Jazeera ils déclarèrent que c’était le Régime qui avait commis cet acte. Enfin, elle décrit comment des rebelles sunnites bloquèrent dans le quartier de Khalidijah à Homs des otages alaouites et chrétiens dans une maison et comment ils la firent sauter, pour expliquer ensuite que c’était un crime atroce du régime.

Pourquoi les témoins oculaires syriens peuvent-ils dans ce contexte être considérés comme dignes de foi ? Parce qu’ils n’appartiennent à aucun camp du conflit, mais se trouvent entre les fronts. Ils n’ont aucun autre intérêt que de tenter encore d’arrêter l’escalade sans fin de la violence. C’est dans leur entourage que plusieurs personnes viennent juste d’être tuées. Et en conséquence, personne [parmi eux] ne va révéler son identité. Cependant, nous ne pouvons pas avoir la certitude que tous les détails se sont produits exactement comme ils sont décrits, à un moment où un contrôle indépendant de tous les faits sur place et dans leur déroulement n’est pas possible. Et bien que le massacre de Houla se soit produit selon la version décrite ici, aucune conclusion ne peut en être tirés pour d’autres atrocités. Comme par le passé au Kosovo, chaque massacre devra être examiné séparément après cette guerre.

Quels autres faits soutiennent cette version ? Le F.A.Z. n’a pas été le premier à informer d’une nouvelle version du massacre de Houla. Simplement, les autres rapports n’ont pu trouver leur place à contre courant des grands médias généralistes. Le journaliste russe Marat Musin (1), qui travaille pour la petite agence de presse Anna, s’était arrêté les 25 et le 26 mai dans Houla. Il a été en partie témoin oculaire, et a publié les déclarations d’autres témoins oculaires. En outre, le journaliste néerlandais indépendant spécialiste des questions arabes et vivant à Damas Martin Janssen a pris contact après le massacre avec le cloître jacobin à Qara, qui dans le passé a recueilli beaucoup de victimes du conflit et dont les nonnes se sacrifient dans leur action humanitaire.

Des rebelles ont décrit leur version du massacre à des observateurs des Nations-Unies

Les nonnes lui ont décrit comment, lors de ce 25 mai, plus de 700 rebelles armés, arrivés de Rastan, se sont emparés devant Taldou d’un poste de contrôle de l’armée, comment ceux-là après le massacre ont empilé les cadavres des soldats et des civils tués devant la mosquée, et comment ils ont raconté le jour suivant leur version du massacre prétendu de l’armée syrienne aux observateurs des Nations-Unies devant les caméras des télévisions favorables aux rebelles. Le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-moon a annoncé le 26 mai lors du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, que les circonstances exactes n’étaient pas claires. Cependant les Nations-Unies furent quand même en mesure de déclarer “qu’il y a eu des tirs d’artillerie et de grenades. En outre, il y a eu d’autres formes de violence, parmi lesquelles des coups de feu à bout portant et des sévices sérieux”.

Nous pouvons reconstituer le déroulement suivant des faits : après la prière du vendredi 25 mai, plus de 700 [rebelles] armés sous le commandement d’Abdurrazzaq Tlass et Yahya Yusuf, répartis en trois groupes qui venaient de Rastan, Kafr Laha et Akraba, ont attaqué trois postes de contrôle de l’armée autour de Taldou. Les rebelles bien supérieurs en nombre et les soldats (la plupart également sunnites) se sont livrés à des combats sanglants au cours desquels deux douzaines de soldats, principalement des engagés volontaires, ont été tués. Pendant et après les combats, les rebelles ont éliminé, aidés par des habitants de Taldou, les familles Sajjid et Abdarrazzaq. Celles-ci avaient refusé de se joindre à l’opposition.

Rainer Hermann
Frankfurter Allgemeine Zeitung, le 13 juin 2012.

Note de la rédaction (Frankfurter Allgemeine Zeitung):

  • (1) Le journaliste Marat Musin a aussi confirmé la présence d’officiers français sur le sol syrien, capturés par l’armée régulière et qui ont fait l’objet de négociations dont les termes sont restés secrets pour leur expulsion via le Liban. 

 

Article original en allemand (13.06.2012) :
http://www.faz.net/aktuell/politik/arabische-welt/syrien-eine-ausloeschung-11784434.html

Traduction : http://www.reopen911.info/

Barack Obama, seigneur des drones tueurs

juin 16th, 2012 by Gilles Munier

Barack Obama est un mordu des drones tueurs… Se référant à un article du New York Times (1), le journaliste Karel Vereycken (2) rapporte que :

« chaque mardi lors d’une vidéo conférence sécurisée réunissant une centaine de responsables du terrorisme, Obama dresse personnellement la liste des militants présumés d’Al-Qaïda à éliminer par drone prédateur. A partir de biographies proposées par ses conseillers, Obama interroge les experts et demande l’âge du suspect, avant de sélectionner les courtes biographies de ces ennemis des Etats-Unis… » …( …) …

« Que le pays où sont assassinées les victimes ne soit pas en guerre contre les Etats-Unis, que ces futures victimes aient été « choisies » dans le plus grand secret, sans le moindre procès, qu’ils soient citoyens américains ou non, tout cela n’a aucune importance, tant que c’est le Président en personne qui prend la décision ».

Des centaines de victimes innocentes

Au Pakistan, en Afghanistan et au Yémen, les victimes collatérales des drones se comptent par centaines. Selon Paul Harris, dans The Guardian (3), « le Bureau du journalisme d’investigation (BIJ), basé à Londres, estime qu’environ 830 civils, dont des femmes et des enfants, auraient perdu la vie lors des attaques de drones au Pakistan, 138 au Yémen, et 57 en Somalie. Des centaines d’autres ont été blessés ». Comme le remarque aujourd’hui Robert Grenier, ancien directeur du centre de contre-terrorisme de la CIA de 2004 à 2006, les Etats-Unis se créent plus d’ennemis qu’ils n’en suppriment sur le champ de bataille. Le problème, c’est que 83% des Américains approuvent l’utilisation de drones tueurs – d’après un sondage du Washington Post publié en février dernier – avec, parmi eux, 77% de démocrates libéraux. Explications données par le journaliste Michael Cohen (4) : les drones ne sont pas chers et tuent des « méchants », tout en maintenant les GI’s loin des zones à risques.

Si – selon un récent sondage du Centre de recherche Pew (5) – 69% des Français se disent globalement satisfaits de la politique étrangère étasunienne, 63% réprouvent l’utilisation de drones tueurs. On est loin de l’image d’Epinal d’Obama humaniste vendue par les communicants de la Maison-Blanche.

(1) Secret ‘Kill List’ Proves a Test of Obama’s Principles and Will, par Jo Becker et Scott Shane (NYT – 29/5/12)
http://www.nytimes.com/2012/05/29/world/obamas-leadership-in-war-on-al-qaeda.html?pagewanted=all   

(2) Obama, seigneur des drones, menacé d’un Watergate ? par Karel Vereycken (Nouvelle Solidarité – 15/6/12)

(3) Drone attacks create terrorist safe havens, warns former CIA official (The Guardian – 5/6/12) http://www.guardian.co.uk/world/2012/jun/05/al-qaida-drone-attacks-too-broad

(4) Why Americans love Obama’s kill list Transparent? No, but it keeps us safe par Michael A. Cohen (Washington Post – 10/6/12) http://www.concordmonitor.com/article/334929/why-americans-love-obamas-kill-list?page=full

(5) Global Opinion of Obama Slips, International Policies Faulted Selon le Centre de recherche Pew, 28% des Etatsuniens réprouvent l’utilisation de drones tueurs. Dans d’autres pays cités, les chiffres sont les suivants : Turquie (81%), Espagne (76%), Brésil (76%), Japon (75%), Russie (68%), Egypte (89%), Jordanie (85%), et Tunisie (72%)… Les résultats du sondage effectué au Pakistan seront publiés ultérieurement !  http://www.pewglobal.org/2012/06/13/chapter-1-views-of-the-u-s-and-american-foreign-policy-4/

Sur le même sujet :

Comment Barack Obama a appris à tuer, par Stephane Trano (Marianne 2 – 5/6/12)
http://www.marianne2.fr/Comment-Barack-Obama-a-appris-a-tuer_a219376.html  

Obama “seigneur des drones” (France Culture – 7/6/12)
http://www.franceinfo.fr/monde/la-revue-de-presse/le-seigneur-des-drones-et-les-adieux-de-bradbury-le-martien-chronique-638955-2012-06-07  

L’Argentine reprend son entreprise pétrolière

juin 15th, 2012 by André Maltais

Le 16 avril, la présidente de l’Argentine, Cristina Fernandez, annonçait la prise de contrôle par l’État de l’entreprise pétrolière, Yacimientos petroliferos fiscales (YPF), privatisée, en 1999, par l’ex-président néolibéral Carlos Menem.

Le gouvernement argentin exproprie 51% des actions d’YPF, toutes appartenant à la transnationale Repsol dont, déclare la présidente, « le modèle d’affaires ne coïncide pas avec les besoins énergétiques du pays. »

Le 4 mai, le Sénat et la Chambre des députés argentins adoptaient à une très forte majorité la loi qui encadre cet achat forcé et qui déclare d’intérêt public l’auto-approvisionnement du pays en pétrole et en gaz, incluant leur production, exploration, industrialisation, transport et commercialisation.

Par son intervention, le gouvernement argentin veut renverser une baisse constante de la production nationale d’énergie (20% depuis 2004) alors même que l’économie a cru de 96% au cours des huit dernières années.

En 2011, cette situation a forcé l’Argentine à importer pour 9,4 milliards de dollars d’énergie, presque le double du montant de l’année précédente, affectant grandement la balance commerciale du pays. Celle-ci ne peut se permettre d’être négative puisque, conséquence du défaut de paiement de 2001, l’Argentine peut très difficilement emprunter sur les marchés financiers internationaux.

Repsol, jusqu’à maintenant détentrice de la majorité (57%) des actions d’YPF, est accusée par l’État argentin d’avoir préféré expatrier ses profits, notamment pour s’étendre en Afrique, plutôt que d’investir dans l’exploration et le développement de nouveaux gisements en Argentine.

La transnationale aurait distribué jusqu’à 90% de ses gains à ses actionnaires pendant que sa production d’énergie en Argentine chutait d’environ 70% pendant les treize ans de la privatisation d’YPF. Avec pour conséquence, écrit l’économiste argentin, Claudio Katz, que Repsol a beaucoup contribué à épuiser les installations existantes et les réserves de brut argentin de même qu’à gonfler les prix de l’énergie sur le marché interne.

L’attitude de Repsol, poursuit Katz, n’a pourtant irrité aucun des nombreux critiques néolibéraux contre le gouvernement argentin qui reprochent à ce dernier une violation de la sécurité juridique des investisseurs internationaux en oubliant que le non respect des contrats par Repsol est aussi une violation de l’ordre juridique.

Le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy et, plus étonnant, son opposition socialiste, ont parti le bal, faisant semblant de croire que la mesure argentine ciblait l’Espagne et les espagnols. Pourtant Repsol est une entreprise privée qui n’est plus espagnole qu’à 48% et qui ne déclare que 25% de ses revenus au fisc de ce pays.

Tant l’Espagne que l’Union européenne menace maintenant l’Argentine de représailles économiques tandis que la presse économique internationale se déchaîne, traitant Cristina Fernandez de voleuse et proposant d’exclure son pays du G-20. Tout ça pour une nouvelle loi argentine bien tardive et plus que timide.

L’intervention argentine survient, en effet, après une décennie de complicité et de négligence des gouvernements envers YPF. L’État argentin, analyse le collectif culturel argentin Plataforma 2012, a en quelque sorte favorisé le sous-investissement de Repsol et d’YPF en leur permettant de liquider des devises à l’étranger, d’exporter des hydrocarbures au détriment de l’auto-approvisionnement et de payer des rétentions à l’exportation bien ténues en comparaison du drainage souffert par le pays.

En 2007, dans une tentative pour « argentiniser » YPF, l’État argentin favorise l’acquisition par le Groupe Petersen, propriété d’une famille proche des Kirchner, les Eskenazi, de 25,46% des parts de l’entreprise, sans que les nouveaux propriétaires ne déboursent un seul sou. Petersen est alors autorisé à payer ses actions à même sa part des profits, ce qui n’aidera en rien la cause du réinvestissement.

De plus, tant Plataforma 2012 que Claudio Katz tiennent à rappeler que l’intervention gouvernementale est incomplète. Elle ne touche finalement que 15% de l’activité pétrolière argentine puisque les activités d’YPF ne représentent que 30% de celle-ci.

Sans compter qu’en demeurant une société mixte, YPF garde une forte présence du capital privé en son sein, ce qui exigera d’opérer selon des critères de rentabilité immédiate contraires à la priorité à l’investissement visée par la loi.

Plus encore, en laissant en poste les fonctionnaires qui ont avalisé toutes les décisions de Repsol et de la famille Eskenazi, la loi place la reconstruction d’YPF entre les mains de ceux-là même qui ont participé à sa destruction.

Elle maintient également un pouvoir discrétionnaire des dix provinces pétrolières du pays dans la gestion d’une ressource qui appartient pourtant à toute la nation.

La nouvelle loi prévoit aussi d’indemniser Repsol (qui réclame un hallucinant montant de 10,5 milliards de dollars!) sans mentionner les dommages causés par la transnationale aux infrastructures et à l’environnement du pays. Un audit sérieux, affirme Plataforma 2012, montrerait que Repsol devrait plutôt indemniser l’Argentine.

Enfin, la loi perpétue le modèle extractiviste, largement adopté par les gouvernements de gauche latino-américains, consistant à financer les politiques sociales par une exportation massive de ressources naturelles non-renouvelables comme les hydrocarbures et le minerai. En plus d’affecter gravement l’environnement, ce modèle maintient l’Amérique latine dans la dépendance du prix des matières premières.

La mesure argentine promet même d’accentuer ce modèle alors qu’elle reproche à Repsol un manque de production et envisage d’exploiter un méga-gisement de gaz de schiste récemment découvert à Vaca Muerta, dans la province de Neuquen.

Bien sûr, pas plus les États-Unis que l’Union européenne, le FMI ou la Banque mondiale, ne craignent une si timide nationalisation. Sauf qu’elle leur offre un prétexte idéal pour s’acharner contre l’Argentine à qui on ne pardonne toujours pas d’avoir suspendu des paiements sur sa dette de près de 100 milliards de dollars en 2001.

Ainsi, le 26 mars, le Département du commerce états-unien suspendait l’Argentine de son système généralisé de préférences douanières au motif que Buenos Aires refuse de payer plus de 300 millions $ à deux entreprises états-uniennes ayant porté plainte devant le Centre international de règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), un très controversé tribunal d’arbitrage de la Banque mondiale.

Déjà, nous apprend Stéphanie Jacquemont, de la section belge du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-monde (CADTM), 49 plaintes ont été déposées contre l’Argentine au CIRDI, et il serait temps que ce pays imite le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur qui ont tout simplement déserté l’institution alors qu’un pays comme le Brésil a toujours refusé d’en faire partie.

De plus, une délégation de lobbyistes représentant des détenteurs d’obligations argentines en défaut, l’American Task Force Argentina (ATFA), mène une campagne internationale très visible allant jusqu’à perturber tous les forums et événements où se trouvent les représentants du gouvernement argentin.

L’ATFA, qui dit chercher « une solution juste au défaut sur la dette argentine », vise, entre autres choses, à saisir les avoirs argentins dans des pays tiers dont la Grande-Bretagne, déjà en conflit avec l’Argentine sur la question des Malouines.

Toutes ces pressions et intimidations pleuvent sur l’Argentine depuis déjà quelques mois. Leur but est de montrer aux pays européens victimes de l’éclatement de la bulle immobilière de 2008, comme la Grèce, le Portugal, l’Italie et l’Espagne, ce qu’il en coûte de ne pas payer ses créanciers occidentaux jusqu’à la dernière cenne.

Jean Bricmont revient sur la fausse “bonne idée” de la guerre humanitaire. Il dénonce un conditionnement idéologique provenant des médias de masse, qui visent à rendre acceptable une intervention extérieure à la population.

Quelques citations :

“Toutes les guerres sont motivées par des motifs altruistes”

“La paix mondiale dépend d’un ordre international qui était construit après la guerre, qui est basé sur le respect de la souveraineté nationale de chaque pays pour éviter justement ce qui a mené à la Seconde guerre mondiale.”

“On a toujours cette politique de grande puissance qui invoque toujours des mobiles nobles mais qui d’une certaine façon risque de nous mener vers une guerre sérieuse.”

“Une politique de paix, ça serait une politique de coopération, de dialogue avec les autres pays y compris avec la Russie, la Chine, l’Iran, la Syrie évidemment. Et cette politique est impossible aujourd’hui. Même si François Hollande voulait une autre politique, ça serait impossible à cause des médias en France.”

“On va armer les rebelles en Syrie de façon à créer le chaos dans ce pays”

“Mon opposition à l’intervention est basée sur des tonnes d’arguments qui n’ont rien à voir avec le régime d’Assad, je ne trouve même pas nécessaire d’avoir un débat sur ce régime.”

“Il faut dire que [Pierre Piccinin] a été un peu téméraire d’aller dans un pays en guerre civile ou en guerre étrangère si elle n’est pas civile, et croire qu’il allait faire le tour de tous les mouvements de rébellion sans avoir d’ennui avec la police.”

“La Syrie pourrait ne pas être en crise, tout ce que je dis ne serait pas changé à la virgule près.”

“Je remarque que même dans ce qu’on pourrait appeler les “milieux de gauche”, tout le monde se moque de BHL. Mais tout le monde partage ses idées. Quand il y a eu la guerre en Libye, presque l’entièreté de la classe politique et aussi les soi-disants radicaux genre NPA etc. étaient d’accord avec l’intervention. En fait, ils demandaient l’intervention. Et maintenant, pour la Syrie, on a le même scénario.”

“Tant que l’on reste dans cette matrice idéologique [de la "religion de l’Holocauste"], aucun débat sérieux sur la réalité du monde contemporain ne peut avoir lieu ni à gauche, ni à l’extrême gauche, ni nul part.”

Intervention de Jean Bricmont à l’Unesco sur l’idéologie de l’« ingérence humanitaire » (enregistrée le 14 juin 2012 à Paris par Raphaël Berland et Jonathan Moadab)

Cette intervention de Jean Bricmont à l’Unesco a eu lieu dans le cadre de la table ronde organisée par le “Club des 77 et la Chine”, sur le thème “Quel avenir et quels défis pour l’Unesco ?”.

(Désolés pour la prise son : suite à un incident technique, nous avons du utiliser celui de la caméra.)

Jean Bricmont est Docteur en Sciences et a travaillé comme chercheur à l’Université Rutgers puis a enseigné à l’Université de Princeton, situées toutes deux dans l’Etat du New Jersey (États-Unis). Il enseigne aujourd’hui la physique théorique en Belgique et est l’auteur de « Impérialisme humanitaire : Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ? »

Source :
http://www.youtube.com/user/CercleDesVolontaires/videos
http://www.youtube.com/user/CercleDesVolontaires

Généralités

Pendant que les Ponce Pilate du Conseil de sécurité se lavent les mains du sang de l’initiative de monsieur Kofi Annan, la frontière de la Syrie avec le Liban et la Turquie se transforme en un champs de bataille, où des milliers de combattants étrangers – venus d’Afghanistan, de Libye, de Bosnie, de Tchétchénie et des émirats et sultanats arabiques – s’infiltrent et se déploient tout au long de la frontière, appuyés par des milliers de mercenaires arabo-atlantiques. En effet, il devient de plus en plus clair que les maîtres de la guerre impérialiste contre la Syrie veulent, à tout prix, renverser le rapport de force établi en faveur du gouvernement syrien par suite à la chute de l’émirat islamiste de Baba Amr en mars dernier. Toutes les données du terrain, accumulées récemment, indiquent que la crise syrienne se dirige vers une exacerbation militaire menant certainement non à une guerre civile, comme le souhaitent les impérialistes, mais plutôt à l’écroulement du temple de Dagon [1] sur la tête de Samson et des Philistins à la fois.   

 

Monsieur Hervé Ladsous

De la déclaration soupçonnée de l’ONU

Finalement, après quinze mois de violences, de terrorisme et d’ingérences arabo-atlantiques dans les affaires internes de la Syrie, le secrétaire de l’ONU pour les affaires du maintien de la paix, monsieur Hervé Ladsous, a déclaré le 12 juin que la Syrie « est en état de guerre civile » [2]. 

Pourtant, avant de se laisser prendre par la « constatation glorieuse » de M. Ladsous, il sera mieux d’observer de près ses mots, pour dévoiler ce qui se cache et se prépare pour la Syrie dans les coulisses de l’ONU et de la Sainte-Alliance arabo-atlantique. D’ailleurs, vue de sa surface, la déclaration de M. Ladsous dément, finalement, la propagande arabo-atlantique qui nous éblouit, depuis quinze mois, par des mensonges concernant la nature pacifique et « transcendantale » des « moines-saints » de la prétendue « révolution » syrienne. Malheureusement, après tant de victimes et de sang coulé sur les chemins de la conjuration impérialiste contre la Syrie, l’ONU admet que le conflit se déroule « désormais » entre deux parties armées « des dents jusqu’aux talons ». Honnêtement, M. Ladsous mérite un grand merci de la part du peuple syrien pour sa « constatation glorieuse » ! Cependant, notre état d’exaltation ne tarde pas à s’évaporer, étant donné que tout sentiment d’extase est condamné par sa courte durée. Vue de son profond, cette déclaration cache de mauvaises intentions, et prépare pour des jours sanglants en Syrie.

Premièrement, nous devons partir du fait que depuis le début des violences, la position de l’ONU envers la Syrie était doutée ; et qu’à plusieurs reprises, le secrétaire général de l’ONU, monsieur Ban Ki-moon, a fait des déclarations biaisées concernant ce pays, surtout sa réaction envers les attentats terroristes qui avaient frappé au cœur de Damas. Malheureusement, même si ces attentats terroristes portaient les « empreints digitaux » d’Al-Qaïda [3], M. Ki-moon angélisait les groupes armés de l’ « opposition », qui terrorisaient les civiles, en les traitant d’abord comme « avant-garde » des « révolutions printanières », puis en diabolisant les forces de sécurité qui défendaient le pays contre l’infestation terroriste, enfin en incriminant le président Bachar al-Assad de tous les vices des fils d’Adam. Ainsi, monsieur le secrétaire général s’est précipité à la rencontre de la Sainte-Alliance dans sa campagne contre la Syrie. 

Deuxièmement, les multiples visites en Syrie de l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe, monsieur Kofi Annan, et le déploiement des observateurs de l’ONU ont été utilisés de la part de la Sainte-Alliance dans le but d’atteindre un seul objectif : offrir aux groupes armés et aux combattants étrangers le temps nécessaire, dont ils avaient besoin, pour qu’ils pussent se réorganiser, s’armer – cette fois-ci lourdement – et s’infiltrer de nouveau dans le pays à travers la frontière avec le Liban et la Turquie. Il faut mentionner ici que le Nord du Liban s’est transformé récemment en une sorte d’émirat salafiste [4], fournissant les insurgés syriens d’un arrière-front sûr et sécurisé [5]. La preuve en est que depuis le cessez-le-feu du 12 avril, les groupes armés ont pris contrôle de grandes parties de la Syrie et du Nord du Liban, et ont réussi à y chasser l’armée syrienne et l’armée libanaise, comme l’a indiqué monsieur Hervé Ladsous [6]. En plus, maintenant que les groupes armés ont renforcé leurs rangs, appuyés par des milliers de terroristes et de mercenaires étrangers, la Sainte-Alliance et sa chouette [7], le Conseil national syrien (CNS), annoncent la mort de l’initiative de M. Annan, sans prendre la peine de l’ensevelir. 

Troisièmement, le gouvernement syrien a exprimé son « étonnement » de la déclaration soupçonnée de M. Ladsous, et l’a considérée comme violation de la neutralité attendue des responsables de l’ONU. Un communiqué du ministère des Affaires étrangères a souligné que la Syrie avait attendu et attend des responsables de l’ONU de traiter avec objectivité et neutralité les derniers développements en Syrie notamment après le déploiement des observateurs internationaux dans la plupart des gouvernorats syriens : « Parler d’une guerre civile en Syrie ne s’harmonise pas avec la réalité et se contredit avec les orientations du peuple syrien, car ce qui se passe en Syrie est une guerre menée contre les groupes armés qui avaient choisi le terrorisme comme voix pour réaliser leurs buts et leur complot contre l’avenir du pays », précise le communiqué [8]. 

En tenant compte des trois points mentionnés ci-devant, la déclaration de M. Ladsous  tombe sous le filet de soupçon.

À quoi bon ces niaiseries et ces mensonges officiels !

Vous connaissez suffisamment la propagande impérialiste pour saisir le ridicule de cette déclaration a priori hostile à la Syrie.

État de guerre ou état de guerre civile ?

En déclarant que la Syrie est en état de guerre civile, le secrétaire de l’ONU crée une image mensongère de ce qui se passe sur le terrain et vise à atteindre plusieurs objectifs :

premièrement, parler d’une guerre civile falsifie la réalité que la Syrie est en état de guerre contre les groupes terroristes d’Al-Qaïda et du wahhabisme ; jadis considérés comme l’ennemi le plus dangereux des puissances occidentales, aujourd’hui vus par ces même puissances comme des « messies sauveurs » des peuples arabes. 

deuxièmement, l’emploi du terme « guerre civile » donne l’impression que le gouvernement syrien est tombé et que le régime s’est écroulé. En plus, cet emploi crée une sorte de panique parmi la population syrienne en prétendant que le pays se trouve désormais divisé et déchiré par des groupes belligérants : les « voyous » du régime, d’un côté, et les « saints » de l’opposition, de l’autre côté.

troisièmement, la déclaration de M. Ladsous nie à la Syrie son droit et son devoir – conformes à la loi internationale – à éradiquer le terrorisme et à faire face à la tuerie, à l’enlèvement, aux explosions et aux agressions contre les établissements étatiques et privés. Selon la loi internationale et l’entente initiale avec l’ONU le 19 avril 2012, il est du devoir des autorités syriennes «  de faire face à ces crimes et d’imposer leur autorité sur tous les territoires syriens » [9].

quatrièmement, cette déclaration offre à la Sainte-Alliance une excuse tant attendue pour intervenir militairement en Syrie sans revenir au Conseil de sécurité ; tout en justifiant son agression en déclarant que la situation en Syrie ressemble, du côté humanitaire, à celle de Bosnie dans les années 90. Ceci crée, en effet, un scénario hollywoodien qui permettrait à l’OTAN et à ses alliés arabiques – les monarchies despotiques obscurantistes de la péninsule Arabique – d’intervenir sous le prétexte douté de « Responsabilité de protéger » (R2P).

Tragiquement, l’application d’une telle responsabilité en Libye a entraîné à la démolition totale du pays et à son retour à l’âge de la pierre [10].

cinquièmement, dire que la Syrie est entrée en état de guerre civile vise d’une part à « démentir » le fait que la majorité du peuple syrien soutient son gouvernement dans sa guerre contre le terrorisme, et d’autre part à donner l’impression que les Syriens se déchirent par leurs appartenances ethniques, religieuses et confessionnelles ; ce qui préparerait au découpage de la Syrie en plusieurs États-Religions, États-Confessions et États-Ethnies. 

sixièmement, en tenant compte des points mentionnés ci-devant, la Sainte-Alliance arabo-atlantique se trouverait libérée de toute obligation envers la loi internationale, et se donnerait le droit d’envoyer ses arsenaux et ses mercenaires directement aux groupes armés, sans craindre la « colère » de Zeus de l’ONU, monsieur Ban Ki-moon, sous prétexte que l’État syrien se serait écroulé, et que les « voyous » alaouites du régime auraient égorgé la majorité sunnite ; un scénario qui avait été bien joué en Somalie, en Bosnie et au Kosovo. A fortiori, les groupes armés ont déjà reçu, au cours des deux derniers mois, des armes modernes et sophistiquées, anti-char et anti-avion, ainsi que des batteries d’artillerie lourde, en provenance des monarchies obscurantistes arabiques et des puissances impérialistes, dans le but de détruire la suprématie de l’armée syrienne [11], ce qui permettrait aux groupes terroristes d’occuper et de maintenir des « zones libres » tout au long de la frontière avec le Liban et la Turquie, et à proximité des grandes villes, surtout aux rifs de Damas et d’Alep [12].

Nous trouvons utile d’ouvrir ici les parenthèses et de nous demander pourquoi la Sainte-Alliance arabo-atlantique n’applique pas sa « Responsabilité de protéger » (R2P) lorsqu’il s’agit de l’égorgement du peuple palestinien par la soldatesque israélienne ? Nous fermons les parenthèses.

 
 
Combattants de l’ASL (Armée syrienne de Libération), une «opposition» lourdement armée.

La Syrie en état de guerre contre le terrorisme

Tout le monde sait maintenant qu’une nouvelle « Sainte-Alliance » a été conclue il y a déjà une quinzaine de mois entre l’impérialisme étasunien, le colonialisme européen, l’islamisme turc et l’obscurantisme arabique. Les principes divins d’une telle alliance ont été déjà appliqués dans la campagne arabo-atlantique contre la Syrie. L’âme éternelle de cette alliance de messies libérateurs c’est l’absolutisme arabique. En revanche toute la campagne politique et diplomatique, ainsi que l’armement des groupes terroristes et l’infiltration des milliers de mercenaires dans le territoire syrien se reposent sur les épaules des émirats et sultanats arabiques. Ajoutons à ces efforts de guerre, l’expulsion des ambassadeurs syriens des pays occidentaux [13], les sanctions économiques occidentales et arabiques contre le peuple syrien [14], les menaces d’intervention militaire, la propagande arabo-atlantique contre le gouvernement syrien, les attentats et les massacres terroristes contre les civils et les établissements de l’État, nous pourrions en citer encore des douzaines, sans parler des attaques terroristes contre les communautés minoritaires à l’instigation de l’agitation sectaire religieuse et confessionnelle, diffusée par les médias arabiques, tous ceux-ci constituent des actes de guerre contre la Syrie et le peuple syrien. 

Dans ce contexte, Faisal al-Qudsi, fils de l’ancien chef d’État syrien Nazim al-Quds, affirme que les sanctions économiques ne touchent pas seulement le régime mais tout le pays : « Depuis avril, il n’y a plus de tourisme, cela représentait 15 % du PIB. Depuis novembre, les exportations de pétrole ont cessé, et cela représentait 30 % du PIB. À cause des sanctions sur les produits exportés par la Syrie, ces produits peuvent seulement être exportés en Jordanie, en Irak et au Liban » [15], détaille dans une interview à BBC World Service.

Toutes les données mentionnées ci-devant indiquent que l’objectif principal de la Sainte-Alliance arabo-atlantique est de détruire la Syrie et de la découper en plusieurs pièces de puzzle ethnique et religieux.

Le sort du village de Macondo

Ceci dit, il nous reste à dire aux naïfs du monde arabe qui se laissent prendre comme des marionnettes aux mains des puissances impérialistes, qui croient et se font croire encore que le conflit en Syrie se déroule vraiment entre des messies libérateurs de la prétendue « révolution » syrienne et des démons du régime, nous leur disons : « Dormez-vous bien ! Ayez de beaux rêves !  Demain, vous vous rendrez compte avec Aureliano [16] que tout était prédit dans les parchemins de Melquiades [17], et que l’histoire du soi disant « Printemps arabe » était déjà écrite à l’avance dans les coulisses de l’impérialisme mondial ; vous comprendrez alors que votre propre histoire, faisant partie de l’histoire de l’humanité, s’achève là et avec vous ; c’est le sort du village de Macondo [18].

Fida Dakroub, Ph. D.


Notes

[1] Dagon est un important dieu des populations sémitiques du Nord-Ouest. Il est le dieu des semences et de l’agriculture et fut révéré par les anciens Amorrites, les habitants d’Ebla, d’Ougarit et fut un des dieux principaux des Philistins.

[2] Russia Today. ( 13 juin 2012). Syria now in state of civil war – UN. Récupéré le 13 juin 2012 de
http://www.rt.com/news/syria-civil-war-un-669/

[3] Russia Today. (17 février 2012). Guns & Glory in Syria: Al-Qaeda, US recipe for disaster. Récupéré le 13 juin 2012 de  http://www.rt.com/news/syria-opposition-al-qaeda-us-567/

[4] CBS News. (2 juin 2012). “Pro and anti-Syrian groups clash in north Lebanon”. Récupéré le 13 juin 2012 de http://www.cbsnews.com/8301-501713_162-57446010/pro-and-anti-syrian-groups-clash-in-north-lebanon/

[5] Russia Today. (4 juin 2012). Clandestine intervention fuels Syrian conflict. Récupéré le 13 juin 2012 de http://www.rt.com/news/syria-intervention-don-debar-986/

[6] « Syria now in state of civil war – UN », loc. cit.

[7] Dans les croyances populaires, la chouette est, comme le hibou, un oiseau nocturne et inquiétant, qui porte malheur et annonce la mort, rend triste celui qui regarde dans son nid, hypnotise les promeneurs ou jette des sorts aux chasseurs.

[8] SANA. (13 juin 2012). Le ministère des AE: les déclarations de Ladsous sur une guerre civile en Syrie ne se conforme pas avec la réalité. Récupéré le 13 juin 2012 de http://www.sana.sy/fra/51/2012/06/13/424993.htm

[9] loc. cit.

[10] Russia Today. (19 octobre 2011). ‘NATO has bombed Libya back to Stone Age’. Récupéré le 14 juin 2012 de http://www.rt.com/news/nato-libya-machon-former-219/

[11] al-Akhbar. (8 juin 2012). سوريا | تحشيد دبلوماسي يمهّد لتصعيد ميداني تطال شظاياه شمال لبنان

سوريا تودّع أنان: استعدادات لمواجهة دامية. Récupéré le 14 juin 2012 de

http://al-akhbar.com/node/95024

[12] Hörstel, Christoph R. (14 juin 2012). Terror zone shift: Syrian insurgents ‘try to set up new belt of strongholds’ (Op-Ed). Russia Today. Récupéré le 14 juin 2012 de http://www.rt.com/news/syria-insurgents-new-strongholds-757/

[13] Barluet, Alain. (30 mai 2012). Les Occidentaux expulsent les ambassadeurs syriens. Le Figaro. Récupéré le 14 juin 2012 de  http://www.lefigaro.fr/international/2012/05/29/01003-20120529ARTFIG00537-l-europe-expulse-les-ambassadeurs-syriens.php

[14] Le Monde. (19 février 2012). L’économie syrienne se désagrège sous l’effet des sanctions internationales. Récupéré le 14 juin 2012 de http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/19/l-economie-syrienne-se-desagrege-sous-l-effet-des-sanctions-internationales_1645441_3218.html

[15] loc. cit.

[16] Dans « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez, Aureliano est le fils d’Aureliano Babilonia et de la tante de ce dernier, Amaranta Ursula. Il naît avec une queue de cochon. Laissé sans surveillance par son père suite au décès de sa mère en couche, il meurt très peu de temps après sa naissance dévoré par des fourmis.

[17] Dans « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez, Melquiades est un prophète gitan qui se lie d’amitié avec le premier Buendia. Ensemble ils cherchent la pierre philosophale. Melquiades est déclaré mort mais revient chez les Buendia où il écrit des parchemins. Il hante toujours la maison, et ses écrits racontent toute la malédiction des Buendia.

[18] Macondo est un village fictif dans le roman « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez. perdu quelque part dans une jungle de l’Amérique du Sud. Dans son isolement, Macondo vit au début dans un monde orienté vers la magie sous l’influence des gitans qui détiennent le savoir.

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivaine et chercheure, membre du « Groupe de recherche et d’études sur les littératures et cultures de l’espace francophone » (GRELCEF) à l’Université Western Ontario. Elle est l’auteur de « L’Orient d’Amin Maalouf, Écriture et construction identitaire dans les romans historiques d’Amin Maalouf » (2011).

Pour communiquer avec l’auteure : http://bofdakroub.blogspot.com/

Au cours de ses deux premiers voyages en Syrie, M. Piccinin, professeur à l’École européenne de Bruxelles I, a pu se déplacer d’un groupe d’ « opposants » radicaux à un autre, sans soulever, apparemment, le moindre soupçon des autorités syriennes. Au cours du troisième voyage, où il est, dit-il, entré en Syrie en passant par le poste frontière libanais de Masnaa, Pierre Piccinin a été arrêté, emprisonné, puis expulsé.

 

Pierre Piccinin (tout à droite) avec des membres de l’ASL en Syrie (photo : blog de Pierre Piccinin)

Voici son itinéraire. Après avoir séjourné au Liban, du 12 au 15 mai 2012, où il aurait visité, sauf erreur, le camp d’entraînement de l’«  armée syrienne libre » (ASL), Pierre Piccinin est entré en Syrie. Il escomptait sans doute, comme lors de ses deux précédents voyages, déjouer l’attention des autorités de manière à se diriger, sans être entravé, vers les localités où la rébellion, regroupant les partisans militaires ou civils de la lutte armée contre le régime, a ses quartiers, et pouvoir y rencontrer, possiblement, ses chefs. Il devait donc s’attendre à y être appréhendé. Les tortures qu’il dit avoir vues en prison, et l’excellente impression qu’il dit avoir retirée des ses contacts avec l’ASL, [1] ont, à première vue tout au moins, radicalement modifié sa narration sur la situation en Syrie.

Lors de ses précédents retours, M. Piccinin avait mis particulièrement en évidence le fait que la presse occidentale se livrait à une désinformation massive sur la Syrie, et il avait relevé les mensonges de l’Observatoire syrien des droits de l’homme sur lequel tous les médias se reposent, ce qui lui avait valu la sympathie des lecteurs que cette désinformation révulse.

Cette fois, tel un nouveau Saint Paul touché par la révélation sur le chemin de Damas, il se fait ouvertement l’apôtre d’une intervention militaire en Syrie et déclare s’être « trompé » sur le caractère minoritaire de l’opposition [2] ], – façon de dire que le peuple syrien soutiendrait massivement la rébellion violente dans sa lutte contre Damas. Devenu subitement la coqueluche des médias de l’establishment, M. Piccinin incarne désormais, à notre grand regret, ce que nous avons toujours combattu : l’ingérence dite « humanitaire. »

Dans un message posté sur Facebook le 24 mai [3] il écrit : « … face à toute l’horreur que j’ai découverte (…) je me rallie à leur appel [comprenez : l’appel de l’opposition armée] pour une intervention militaire en Syrie, qui puisse renverser l’abomination du régime baathiste, et ce même si le pays doit sombrer dans la guerre civile … ».

Si l’éthique, et l’expérience qu’il a vécue, justifient que M. Piccinin dénonce la pratique de la torture dans les prisons syriennes, pourquoi n’a-t-il pas – à notre connaissance – dénoncé avec la même ferveur les tortures et les massacres abominables perpétrés contre des milliers de Syriens par l’« armée syrienne libre » et ses gangs d’égorgeurs, et que les médias de l’establishment, attribuent systématiquement et sans discernement aux forces de sécurité syriennes [4] ?

Son appel à intervenir militairement en Syrie, lui vaut d’être sur toutes les ondes. Et pas pour le meilleur. Ce qu’il dit, bien évidemment, vient en appui à l’idéologie de l’ingérence « humanitaire », dont BHL s’est fait le fer de lance, et à laquelle François Hollande, a immédiatement souscrit. Comme si BHL était le chef des armées !!! Une idéologie d’ingérence qui véhicule la monstrueuse illusion que la solution aux conflits et aux malheurs des peuples passe par la guerre, par l’utilisation du Chapitre VII de la Charte des Nations unies, permettant de donner carte blanche aux puissances de l’OTAN, jeter de l’huile sur le feu, armer des rebelles que les peuples n’ont pas choisi, bombarder et détruire des pays entiers en toute impunité.

Ironie de l’histoire, bien que, M. Piccinin dit aujourd’hui ce que les rédactions aiment entendre, raison pour laquelle elles se l’arrachent, elles ne lui pardonnent pas d’avoir, précédemment, jeté un pavé dans la mare des désinformateurs. Ainsi, Christophe Ayad, « grand reporter, spécialiste du monde arabe » qui fait bel et bien partie des désinformateurs – et dont les analyses tendent généralement à la préservation de l’image d’Israël – est aussitôt monté au créneau pour démolir M. Piccinin, en le traitant d’ « idiot utile » du régime syrien [Le Monde du 6 juin]. Juste retour des choses : le quotidien Le Monde a été contraint de retirer l’article haineux, mensonger et diffamatoire d’Ayad.

L’itinéraire suivi par M. Piccinin en Syrie n’a jamais été celui d’un voyageur ordinaire : comme hier en Libye, il s’est fort peu intéressé aux souffrances de la population en butte à la déstabilisation criminelle et aux violences des groupes « rebelles » ; il s’est surtout intéressé à approcher ces groupes et, à leur contact direct, à collecter des informations.

Quels éléments justifient tout à coup, sa nouvelle appréciation de l’étendue de la représentativité de l’opposition en Syrie, et de la nécessité de la soutenir par une intervention étrangère qui, comme hier en Libye, n’a que faire du respect de la vie humaine ?

L’opposition à la guerre n’a jamais été basée sur l’idée qu’on ne torturait pas dans les pays attaqués. La question est de savoir si la guerre dite « humanitaire » est la solution. D’autant que, depuis les années 90, toutes les interventions, cautionnées ou non par l’ONU, dont on avait proclamé qu’elles devaient « libérer les peuples », « libérer les femmes », « apporter la démocratie », « protéger des vies », ont plongé des peuples entiers dans l’horreur et détruit leurs pays : ex-Yougoslavie, Afghanistan, Irak, Libye.

Comment M. Piccinin justifie-t-il son « revirement » ?

Inquiète pour son sort quand, le 19 mai, nous avions appris que M. Piccinin avait été arrêté en Syrie, et étonnée de l’entendre à son retour battre les tambours de la guerre, nous avons demandé à lui parler. Il nous a aimablement accordé un entretien à condition que nous ne déformions pas ses propos. Toutefois, notre conversation du 24 mai nous ayant laissée dans un profond malaise, nous avions informé M. Piccinin que nous ne tenions pas à la publier. Puis, choquée aussi bien par ses appels répétés à une intervention militaire répercutés par les principaux médias, que par la charge violente de Christophe Ayad – qui avait bien évidemment pour objectif de frapper, au travers de M. Piccinin, tous ceux qui, comme lui, avaient durant une année mis en évidence les dérives de l’information – nous avons décidé de rompre le silence. Nous avons informé M. Piccinin que nous allions finalement publier une partie de notre échange.

Les principales questions que nous lui avons posées.

Premièrement nous voulions comprendre comment M. Piccinin pouvait justifier la nécessité d’intervenir militairement dans un pays, partant de sa « découverte » que la torture y était pratiquée, alors qu’il devait savoir que tous les services de sécurité de la région la pratiquent (Égypte, Arabie Saoudite, Barhein, Jordanie, Israël, etc..), tout comme l’Occident « vertueux » (Abou Ghraib, Guantanamo). Et alors qu’il savait bien que, dans un pays où le peuple est la première victime des atrocités de la part de bandes armées qualifiées à tort d’« opposition », les services de sécurité sont d’autant plus enclins à y avoir recours. Comment pouvait-il établir une relation de cause à effet entre les violations des droits de l’Homme, dans un pays quel qu’il soit, et la nécessité de s’y ingérer militairement ? Car si la répression, la torture, les massacres, devaient être sanctionnés par des guerres « humanitaires » il faudrait alors s’attaquer à de très nombreux pays, à commencer par les États-Unis et Israël. Pouvait-il ignorer que la coalition qui finance la rébellion en Syrie – tout comme hier en Libye – n’a que faire de la démocratie et du respect des droits de l’homme ? Qu’elle vise de tout autres objectifs ?

Deuxièmement nous voulions comprendre comment il pouvait affirmer qu’en Syrie « il n’y a pas d’intérêts pour nous ; contrairement à la Libye par exemple, ce serait une véritable intervention humanitaire » [5]. Affirmation qui, à notre avis, est une absurdité car toute confrontation qui instrumentalise et attise -comme on l’a vu en Irak- l’antagonisme entre sunnites et chiites, sert avant tout les visées d’Israël. Compte tenu précisément de la position géostratégique de la Syrie, Israël est en effet le premier intéressé par la déstabilisation et la chute éventuelle de Bachar el-Assad, avec en ligne de mire l’Iran, le Hezbollah et le Hamas, ultimes résistances à ses projets de domination dans la région.

Lors de notre échange, le 24 mai, soucieux semble-t-il de garantir une cohérence à son argumentation et de balayer les critiques relatives à son « revirement », M. Piccinin a commencé par rectifier ses premières déclarations à la presse en alléguant que ce « revirement » [6] découlait avant tout de sa nouvelle appréciation de la « nature du régime », et non d’une « découverte » de la torture dans les prisons syriennes. Au fil de notre échange nous avons néanmoins eu le sentiment qu’il découlait principalement des liens de sympathie noués avec les combattants et sympathisants de l’ASL, dont il était ouvertement devenu, après Sofia Amara, le défenseur déclaré.

***

Nous reproduisons fidèlement ici, une petite partie de l’entretien
[L’entretien a duré 147 minutes. Nous avons, en de rares cas, renoncé à donner l’entier de son développement là où il déroulait ce qu’il avait dit dans l’entretien accordé notamment au journaliste Jonathan Moadab [7] ].

S.C : Au retour de votre troisième visite en Syrie vous insistez sur la nécessité d’une « intervention humanitaire ». Vous attribuez votre appel au fait que vous auriez découvert la pratique de « la torture ». Cela se savait que la torture se pratiquait dans les prisons syriennes. On peine à comprendre que cette découverte justifie votre appel à une intervention militaire pour venir en soutien à l’ASL. Les États-Unis et Israël, moins attaqués que la Syrie, torturent tous les jours dans le cadre de leur lutte contre les « terroristes ». Quelle est votre réponse ?

P.P : « Tout d’abord ce n’est pas seulement la découverte de la torture en Syrie qui m’amène à aujourd’hui soutenir l’idée d’une intervention militaire pour aider l’armée syrienne libre à éliminer le régime, (…) il ne faut pas tout ramener à cela. C’est vrai que, dans la première interview que j’ai donnée à chaud (…), j’ai pu donner cette impression ». (…) « Premier élément, j’étais extrêmement choqué, je pensais que les choses avaient évolué, ce n’est pas le cas. Deuxième élément, j’ai rencontré dans trois prisons de nombreux opposants politiques. Troisième élément, j’ai rencontré à plusieurs reprises des responsables de l’armée syrienne libre, y compris à Damas. Tout cela mis ensemble me fait dire que le régime ne change pas (…) »

S.C : Par le passé, avant ce voyage qui a mal tourné, aviez-vous jamais déclaré que vous étiez contre une intervention en Syrie ?

P.P : « J’ai eu de nombreux contact avec l’armée syrienne libre, et pour la première fois avec des responsables de l’armée syrienne libre lors de ce dernier voyage. Et je n’avais jamais eu de leur part une information très claire sur ce qu’ils étaient en réalité et d’autre part sur ce qu’ils voulaient.

Par le passé, comme je l’ai publié, je n’ai eu des contacts avec l’opposition que avec des manifestants de Hama – à plusieurs reprises en juillet et en décembre – qui ne font pas partie de l’armée syrienne libre, qui manifestaient pacifiquement ; et avec Fatwa Souleiman, et deux groupes de rebelles à Homs mais qui n’étaient pas membres de l’armée syrienne libre, qui ont clairement dit qu’ils étaient des citoyens de Homs qui s’étaient révoltés.

C’est la première fois cette fois-ci que, à Damas, j’ai rencontré des responsables de l’armée syrienne libre qui m’ont expliqué quelle était leur situation à Damas et comment ils se préparaient à une insurrection ; et ensuite à Talbisseh, ville aux mains de l’armée syrienne libre, où j’ai pu rencontrer le commandement de la ville et j’étais très surpris de leur organisation et très surpris de rencontrer parmi les officiers, non pas des barbus ou des guérilleros, mais des gens tout à fait dignes ; parmi eux des alaouites et des chrétiens, une majorité de sunnites c’est vrai, mais des gens qui n’étaient absolument pas des fanatiques et des coupeurs de têtes. Et j’ai d’ailleurs, pas comme certains le disent, l’armée syrienne libre c’est très simple, j’ai toujours bien fait la différence quand j’ai écrit, entre les salafistes qui coupent les têtes et qui commettent des attentats et l’armée syrienne libre ».

S.C : Ce n’est pas l’ASL qui coupe les têtes ?

P.P : « À ma connaissance non. Je n’ai jamais dit que l’armée syrienne libre coupe les têtes. »

S.C : L’ASL ne coupe pas les têtes ?

P.P : « À ma connaissance non. Je n’ai jamais dit que l’armée syrienne libre coupait des têtes et je n’ai jamais rencontré de situations ou l’armée syrienne libre coupait des têtes. »

S.C : N’avez-vous jamais rencontré des Syriens dont des enfants sont revenus coupés en morceaux dans des sacs ?

P.P : « Si vous lisez mes interviews notamment le dernier compte rendu que j’ai fait lors de mon dernier retour de Syrie en janvier, j’ai décrit très précisément, quelle était d’après les informations que j’avais, la composition de la diversité de l’opposition. J’ai bien fait la différence entre les différents éléments que j’avais rencontrés et ceux qui sont soupçonnés d’être présents dans le pays comme Al Qaida ou les salafistes. J’ai également essayé de faire une cartographie, à l’époque, de cette rébellion en fonction de ces différents éléments. J’ai expliqué que, à Hama il y avait des manifestations pacifiques, à Homs une rébellion citoyenne dont Fatwa Souleiman est la porte parole, qui coexistait avec notamment la brigade Farouk qui elle s’était dite collaborant avec l’armée syrienne libre ; mais l’armée syrienne libre ne reconnaissait pas la brigade Farouk, mouvement terroriste anti-chiite qui existait déjà avant les troubles en Syrie et qui était peut-être une mouvance particulièrement violente. Et j’avais également parlé de l’armée syrienne libre ; et enfin des salafistes ; j’avais parlé de Qusseir où j’ai vu des morceaux de corps, et j’avais dit que Qusseir n’était pas sous attaques de l’armée syrienne libre, Qusseir était plutôt sous la mouvance salafiste. » [8]

S.C : À Baba Amro, il y avait l’ASL quand vous y étiez en décembre. Tous les témoins disaient des choses horribles sur les exactions des rebelles de Baba Amro. Vous parlez « d’un côté », « moi de l’autre côté ». Si on met le tout ensemble on comprend qu’il y a des atrocités des deux côtés. [9]

P.P : « Fatwa Souleiman m’a dit que son groupe n’était pas membre de l’armée syrienne libre ; ça c’est quelque chose de clair et net qu’elle m’a dit. Si ces gens ont rejoint l’armée syrienne libre après que j’y étais fin décembre »
(…)

S.C : Je ne vois pas comment vous pouvez faire la distinction entre tel ou tel groupe de tueurs. Je ne prends pas parti pour un camp. Je veux comprendre, essayer de voir clair. À ce qu’on m’a dit, ces gens de l’ASL commettent des atrocités.

P.P : « Qui vous a dit cela ? »

S.C : J’ai interrogé beaucoup de gens à Homs.

P.P : « Moi aussi, j’ai publié des vidéos dans le quartier alaouite où les gens me disaient que l’armée syrienne libre commettait des atrocités, qu’ils étaient attaqués, qu’ils ne pouvaient pas aller à l’école … »

S.C : Vous ne le croyez pas… ?

P.P : « Bfff…moi je veux bien ; Pfff…disons que je les ai publiées parce que je voulais montrer les deux côtés… »

S.C : J’ai interrogé y compris des sunnites qui ont – tout comme les alaouites et les chrétiens – horreur de l’ASL et autres bandes affiliées. Ils ne veulent pas entendre parler d’eux. Quand je vous entends maintenant appeler à une intervention, et je sens comme vous êtes en empathie avec l’ASL que vous présentez comme des gens lisses, impeccables, cela me fait froid dans le dos. C’est grave de prendre leur parti comme vous le faites !

P.P : « Moi je ne prend pas parti »

S.C : De facto, oui…vous appelez à une intervention (en soutien à l’ASL)

P.P : « … Que ce soient les politiques en prison, que ce soient les combattants de l’armée syrienne libre sur le terrain, ils m’ont dit : sans intervention de l’étranger le régime va remporter la victoire, on n’a pas les moyens militaires que le régime a. » [10]

S.C : Mais ce n’est pas à vous Belge, d’aller dire, au nom des Syriens, que l’intervention militaire est la solution !

P.P : « C’est la question que je me suis posée. Jusqu’à présent j’ai toujours défendu les principes du droit international de non ingérence, de l’intervention. [11] Si Bachar el-Assad, pour maintenir son autorité, a besoin de torturer chaque jour des dizaines de personnes dans plusieurs prisons à travers le pays, je pense que son autorité n’est pas légitime et je puis difficilement fermer les yeux là-dessus… »

S.C : En ce moment vous êtes devenu en quelque sorte un des porte-paroles de l’ASL. Vous êtes dans un camp. Vous n’êtes pas crédible. Il faut demander aux Syriens, qui ne sont sans doute pas d’accord avec vous, ce qu’ils en pensent !? Tout en sachant que le système en place n’est pas parfait, ils préfèrent le garder plutôt que de voir la rébellion gagner…

P.P : « Je parle au nom des Syriens, ces gens qui m’ont aidé dans les prisons, qui sont martyrisés par le régime, y compris des chrétiens et des alaouites, m’ont dit : tu ne nous dois rien, seulement témoigne de ce que tu as vu ici, demande une intervention. »

S.C : Ce n’est pas parce que ces gens vous ont aidé que vous devez devenir leur porte parole. Vous dites la même chose que Sofia Amara et ses pairs, entrés illégalement, [sans être passé par la prison] ont dite, après chacune de leurs visites dans les camps de l’ASL. Il faut savoir voir que des deux côtés il y a un problème…

P.P : « L’armée syrienne libre au début ne demandait pas d’intervention. »

S.C : Dés novembre 2011, l’ASL a demandé des frappes aériennes, un couloir comme en Libye.

P.P : « Ils ont très vite compris [l’ASL] qu’ils ne pouvaient pas se battre avec des kalachnikovs face à un appareil aussi bien équipé. »

S.C : L’ASL est une création de l’extérieur. Cela vous le saviez. Vous êtes dans la confusion. Vous avez vu des choses atroces. Mais il y a des choses atroces des deux côtés.

P.P : « Vous me faites un procès d’intention. »

S.C : Mon objectif ce n’est pas de couvrir l’ASL.

P.P : « L’intérêt de mon témoignage. Depuis trois voyages en Syrie, je suis allé à chaque fois d’un camp à l’autre ; j’ai des contacts dans les deux camps. J’ai une vision plus équilibrée que Manon Loiseau qui était uniquement avec l’armée syrienne libre. »

S.C : Je veux revenir au fait qu’il y a des atrocités de part et d’autre. Comment pouvez-vous appeler à une intervention militaire devant aider « un côté » [12] ?

P.P : « De quel côté parlez vous ? Il n’y a pas un ou deux côtés ; en Syrie il y a 4 côtés : il y a les manifestants pacifiques … »

S.C : Les manifestants pacifiques sont contre l’ASL et soutiennent le gouvernement Assad ; ils sont contre cet autre « côté » de l’ASL. Il y a donc d’un côté ceux qui veulent une solution pacifique et demandent une solution politique par la négociation. Et de l’autre côté l’opposition violente de l’ASL et autres groupes armés qui appellent à une intervention étrangère. C’est dans ce sens là que je dis il y a deux camps.

P.P : « … Le régime ne veut pas la négociation. L’armée syrienne libre et le CNS n’en voulaient pas non plus. »
(…)

S.C : Je ne comprends toujours pas que vous puissiez justifier une intervention militaire en soutien à l’ASL, alors que l’ASL et l’intervention font peur à une large partie de la population syrienne ?

P.P : « Cette armée syrienne libre, je ne l’avais jamais approchée ; je ne me basais pour analyser l’armée syrienne libre et son comportement que sur des éléments venant de sources que je n’interrogeais pas en première main. L’armée syrienne libre, je l’ai rencontrée cette fois directement, j’ai passé un long moment avec l’armée syrienne libre. »

S.C : Vous en êtes ressorti « addict »…ils vous ont séduit.

P.P : « Vous me faites un procès d’intention. Ils ne m’ont pas séduit. Je me suis rendu compte que je n’étais pas face à une bande de guérilleros comme on a pu en voir en Libye dans les rangs de Benghazi. J’ai rencontré parmi eux des chrétiens, des alaouites. »

S.C : Votre argument consiste à dire à ceux qui refusent l’intervention armée, qu’en Syrie ce n’est pas pareil qu’en Libye. Vous avez affirmé qu’« il n’y a pas d’intérêts géostratégiques en Syrie, contrairement à la Libye » ; qu’en Syrie ce serait « une véritable intervention humanitaire ». Cela me parait une absurdité compte tenu précisément de sa position géostratégique. Vous avez également affirmé qu’Israël et les États-Unis ne veulent pas que le régime change. Or, Israël et ses soutiens occidentaux ont beaucoup d’intérêts à faire chuter le gouvernement Assad et non pas à le maintenir en place, contrairement à ce que vous avez affirmé. S’il y a une intervention en Syrie ce sera une boucherie pire qu’en Libye, ce sera un nouveau pays détruit, et puis on s’en va.

P.P : «  J’ai l’impression, quand je vous entends, de lire les commentaires que l’on fait sur Face book (…) Sur la question de la Syrie et de sa position stratégique je crois avoir bien montré par des arguments concrets et factuels, qu’Israël, les États-Unis et l’Europe sont embêtés par ce qui vient de se passer et ne veulent pas la déstabilisation du régime … »

S.C : Ces pays ont tout tenté pour parvenir à déstabiliser la Syrie et pouvoir intervenir militairement. [Le Véto de la Russie et de la Chine les en a fort heureusement empêchés, évitant au peuple syrien le pire]

P.P : « Israël, c’est un État qui a une paix royale grâce à Bachar el-Assad ; j’ai rencontré des Palestiniens, dans les prisons d’Assad qui m’ont dit qu’ils étaient tout à fait conscients du soutien que Bachar el-Assad donnait à Israël. Qu’en fait, il fait tout pour avoir de très bons rapports… »

S.C : C’est le discours tenu par l’ASL ; Sofia Amara l’a repris dans ces mêmes termes lors de ses visites… [13]

P.P : « C’était mon analyse et j’en ai trouvé confirmation chez ces Palestiniens… »

S.C : Comme si la Syrie avait les moyens de combattre militairement Israël !?

P.P : «  Les Palestiniens qui restent encore fidèles à Bachar el-Assad se rendent bien compte qu’en réalité il mène une politique tout à fait favorable à Israël. »

S.C : C’est parce que la Syrie tient tête à Israël, refusant tout compromis contrairement à l’Égypte, la Jordanie, le Qatar, etc…, que les puissances qui lui sont liées s’attaquent au gouvernement syrien avec une pareille férocité.

P.P : « Ramener toujours mon changement d’opinion, je sais bien que mes détracteurs jouent la dessus et vont essayer de multiplier cela [ici je n’entends pas et je le lui dis mais il continue imperturbable...] Il y a d’autres éléments et pas uniquement la question de la torture. Il est vrai que celui-là est émotionnellement dominant et au niveau du grand public, mon témoignage, cela a dû avoir un effet, mais il y a d’autres éléments ; (…) J’ai aussi pu recouper ces éléments. Par exemple ce qui m’a été dit le 15 en fin d’après midi à Damas où j’ai rencontré des représentants de l’armée syrienne libre. Ils sont présents dans la capitale, ce que j’ignorais complètement. »

sS.C : Quand vous avez dit, je me rallie à l’appel de l’ASL « pour une intervention militaire en Syrie, même si le pays doit sombrer dans la guerre civile » c’est lourd de conséquences !

P.P : « Ne dites pas que je vous ai dit, parce que ce ne serait pas vrai …que je me rallie à l’armée syrienne libre. Je n’ai pas rencontré que des membres de l’ASL qui ont appelé à intervenir. J’ai rencontré des simples citoyens qui n’étaient pas en prison, et également des prisonniers politiques qui ne sont pas membres de l’ASL, qui eux aussi demandent une intervention. » [14]

S.C : Ce que peut dire un individu n’a pas de signification. L’ASL oui.

P.P : « De nombreux groupes, pas que l’ASL. Il ne faut pas faire apparaître dans votre interview que Pierre Piccinin c’est le porte parole de l’ASL, qu’il demande une intervention au nom de l’ASL. Non non (…) »
(…)

S.C : Vous êtes maintenant engagé à parler au nom de ceux que vous dites avoir « laissés derrière vous ». Mais la grande majorité des Syriens qui s’opposent aux actions violentes de l’ASL et à toute intervention extérieure dans leur pays, ne peuvent être que révoltés de vous entendre appeler à une intervention censée aider l’ASL à vaincre ?

P.P : « Je vais vous dire quelque chose qui va vous choquer encore plus probablement. J’en viens à penser que – cela a déjà été le cas dans le passé – que pour une fois on est dans un conflit assez manichéen. On a quand même d’un côté un régime dictatorial abject qui depuis 40 ans martyrise la Syrie, et il y a d’un autre côté des gens qui ne sont certainement pas non plus des anges. Vous avez raison de dire qu’il y a eu des exactions ; je ne les ai pas vues mais des rapports des inspecteurs de l’ONU sortis avant hier ont montré qu’il y a eu des exactions de la part de l’armée syrienne libre. Vous savez que la résistance française a commis des exactions aussi [15], mais je ne crois pas que l’armée syrienne libre dispose de prisons où on torture à la chaîne. »

S.C : Ils liquident, torturent…

P.P : « Je ne crois pas, je ne l’ai pas vu, je ne peux pas en témoigner. Je pense qu’on est dans un conflit assez manichéen, ce qui n’était pas du tout le cas en Libye, où on avait des clans d’un côté, des clans de l’autre. En Syrie je crois qu’il y a un camp, je vais vous dire quelque chose qui va vraiment vous fâcher, il y a quand même un camp du bien et un camp du mal. »

S.C : Là, c’est du délire…vous délirez.

P.P : « Je pensais que vous n’accepteriez pas mais je crois … Les chrétiens, que je connais fort bien en Syrie, j’ai rencontré le patriarche (…) [nous évitons de noter leurs noms pour les protéger], des prêtres, des chrétiens. Je crois que les chrétiens en Syrie commettent une erreur. Je pense qu’ils doivent clairement négocier avec des autorités structurées qui existent ; ils doivent négocier avec le CNS, avec l’armée syrienne libre, qui maintenant est chapeautée partiellement par le CNS, qui clairement se démarque du régime (…). »

S.C : Ce ne sont pas seulement les chrétiens qui ont très peur de l’ASL mais aussi les sunnites …

P.P : « Qu’ils soutiennent le camp d’El Assad cela peut se comprendre Mais qu’ils aillent dans les extrêmes (…) Par leurs discours ils se positionnent clairement en faveur du régime et dès lors ils se constituent eux-mêmes en tant que cibles de la révolution. Parce que vous avez raison, je ne suis pas en train d’angéliser l’armée syrienne libre, je ne crois pas que l’armée syrienne libre commette des atrocités ; en tout cas pas systématiquement. Il y a des bavures, c’est la guerre, il y a toujours des bavures… ce serait bien la première fois qu’il n’y en aurait pas. Mais l’armée syrienne libre essaye de se comporter en armée civilisée, -si vous voulez bien entendre ce que je dis- qui respecte les règles de la guerre, qui essaie de ( ?). Ils étaient au départ des bandes de déserteurs… »

S.C : Il y a très peu de déserteurs.

P.P : « Très peu en effet, pas tellement de déserteurs, des miliciens ; ils ont essayé de se constituer [l’ASL] et se constituent en une armée structurée respectant les règles de la guerre. Cela il faut quand même le dire. Ce sont les bandes salafistes qui sont probablement responsables des atrocités. »

S.C : Ce n’est pas parce que vous avez rencontré le commandement de l’ASL, des officiers éduqués, sapés et « rasés de près » comme vous l’avez dit et répété, que vous pouvez tirez des conclusions pareilles ?

P.P : « Il y a des exactions, Je ne dis pas que ce sont tous des anges. Je n’étais pas en train d’angéliser l’armée syrienne libre. Il est clair que si l’armée syrienne libre avec un appui étranger parvient à vaincre l’armée régulière syrienne, il y aura des vengeances et on aura une situation de guerre civile. C’est pourquoi, en tous cas pour les alaouites c’est certain, si les chrétiens continuent à tenir ce discours qui en fait des soutiens objectifs du régime, s’ils ne se démarquent pas à temps ils seront des cibles, aussi, des révolutionnaires… »

(…)

M. Piccinin et ses contacts avec l’ASL

Après avoir présenté l’ASL comme étant civilisée, incapable de couper les têtes, M. Piccinin à tout de même admis ici que, si elle arrive au pouvoir, elle se livrera probablement à des massacres contre les minorités et que celles-ci n’auraient d’autre échappatoire pour leur survie que de se rallier à leur diktat. Or, cette effrayante perspective, qui détruirait la Syrie, sacrifierait des vies et minerait son peuple pour des générations, ne semblait pas l’effrayer. Ce qui paraissait primer était de convaincre son public que l’ASL est une alternative crédible et que des frappes aériennes pour consolider ses positions, sont la solution.

Aussi, touchant au fait que les opposants de l’ASL ont mis la Syrie à feu et à sang, M. Piccinin a pris soin dans ses réponses, comme dans ses écrits, sauf erreur, de mettre hors de cause l’ASL, et de la présenter sous un jour positif ; faisant une distinction entre la conduite des « salafistes » -qui seraient selon lui ceux qui commettent des exactions- et la conduite de l’ASL.

Nous nous sommes demandé : est-il tombé, comme d’autres visiteurs auprès de l’ASL avant lui, dans les pièges de l’attachement relationnel, devenu incapable de distance et de voir que, s’ils l’avaient si bien reçu, ce n’était pas par amour mais pour les besoins de leur propagande ?

La rencontre avec l’ASL serait-elle la clé de son « revirement » ?

Dans ses premiers comptes rendus, s’il parlait beaucoup de ce qu’il appelait « rébellion citoyenne », M. Piccinin restait étrangement silencieux sur « l’armée libre », qui était pourtant au centre de tous les reportages. L’attrait de Pierre Piccinin pour la rébellion armée n’était-il pas sien dès le départ ?

Durant la guerre qui a ensanglanté la Libye et démoli ce pays, il a maintes fois montré sa capacité à pénétrer les groupes rebelles et à aller sur le front [16]. Aurait-il été le dernier à entrer au « cœur » de l’ASL ?

De la Libye à la Syrie, l’intérêt de M. Piccinin s’est apparemment focalisé sur les groupes de rebelles armés – appuyés par l’extérieur – avec lesquels il aimait se faire photographier et qu’il décrivait du reste avec empathie [17] .

M. Piccinin dit être tombé par hasard sur « l’armée libre » à Talbiseh, une localité proche du Liban. Ce n’était peut-être pas à l’aveuglette, pensons-nous, qu’il se rendait dans des lieux où l’ASL et ses groupes affiliés sont présents. Au Liban, l’ASL a des agents qui ont pour mission d’accompagner les étrangers dans les camps de la rébellion en Syrie. Que ne feraient-ils pas pour les faire passer dans les bastions de l’ASL et obtenir un retour positif ? Cela n’a pas de prix. La propagande est le nerf de la guerre et l’ASL sait comment en faire bon usage. Dès son arrivée à Damas M. Piccinin a rencontré des responsables de l’ASL. Ce qui porterait à croire qu’il était attendu et suivait un itinéraire bien défini. Homs, Talbisseh – où il dit avoir rencontré le commandement militaire de l’ASL – Rastan, Hama. Arrêté avant d’entrer à Tal Kalakh, une localité tenue par la rébellion, il devait ensuite aller à Qusseir – base arrière de l’ASL et de ses unités d’égorgeurs selon des témoins – et à Idlib. À quoi devait donc servir la « cartographie » de l’opposition armée qu’il s’attachait, dit-il, à établir ?

Le désir de M. Piccinin, n’a-t-il pas été de présenter les « opposants », avec lesquels il tissait des contacts au fil de ses voyages, comme étant des citoyens pacifiques, coupés de tout lien avec l’ASL alors qu’ils faisaient objectivement partie d’un tout ? Quand les services syriens ont vu sur la clé USB de M. Piccinin qu’il était photographié avec des combattants de l’ASL, n’ont-ils pas eu toutes raisons de penser qu’il n’allait pas d’une unité de l’ASL à une autre « à l’improviste » ?

Qui veut se déplacer légalement en Syrie, pour se rendre incognito dans les zones en rébellion contre le gouvernement el-Assad, a intérêt à se « couvrir » de manière à n’éveiller aucun soupçon sur ses véritables intentions. Cela dit, loin de nous l’idée de suggérer que M. Piccinin travaillerait pour un service quelconque. Que cela soit bien clair.

Contrairement à ce que suggèrent Armin Arefi et Christophe Ayad [18], nous pensons que M. Piccinin n’a en rien « servi » les autorités syriennes, qu’il n’avait du reste jamais ménagées. Avoir mis en cause la désinformation des médias occidentaux au sujet de ce qui se passe en Syrie, ne faisait pas de lui, comme ces deux journalistes l’affirment pour mieux l’humilier, un « soutien au gouvernement d’el-Assad ». Nous pensons que ses écrits ont davantage « servi » les agents qui agissent, au sein des divers pouvoirs, de manière à plonger la Syrie dans le chaos et qui, eux, contrairement au lecteur lambda, savent retenir ce qu’il y a d’utile en termes militaires dans toute information sensible collectée sur le terrain par un journaliste ou analyste politique.

C’est précisément sa dénonciation de la désinformation anti-Assad, qui avait valu à M. Piccinin la sympathie de nombreuses personnes ulcérées par les manipulations médiatiques et politiques qui entourent la Syrie. Aujourd’hui, cette sympathie n’est plus possible puisqu’il appelle ouvertement à une monstruosité : l’entrée en guerre contre un pays souverain, en soutien à des bandes d’égorgeurs apparemment liés à l’ASL, dont il occulte les exactions.

Il convient de noter en conclusion ceci. Lorsque M, Piccinin a proclamé urbi et orbi son soutien à une intervention militaire, cela n’a pas été une complète surprise pour nombre de nos lecteurs qui, depuis des mois, nous disaient éprouver un malaise à la lecture de ses articles. Deux choses les frappaient particulièrement.
Premièrement, le fait qu’il ne s’attardait pas sur les manifestations massives, véritablement pacifiques celles-là, en faveur du gouvernement Assad, qui depuis une année, sur le plan intérieur syrien, faisaient obstacle à la volonté des puissances occidentales et de ses alliés d’intervenir militairement en appui à la rébellion armée.
Et deuxièmement, le fait que les exactions perpétrées par les groupes rebelles au centre de son attention, ne semblaient pas l’émouvoir. Nous avions alors cessé de publier les articles de M. Piccinin.

Nous pensons que, si M. Piccinin veut, comme il le dit, aider les Syriens qu’il a « laissés derrière lui », il n’aurait jamais dû appeler à la monstruosité d’une intervention militaire, en appui aux escadrons de la mort de l’ASL, qui ont déjà fait couler tant de sang et de larmes.

Les Syriens qui vivent dans l’effroi d’être enlevés, de voir leurs fils et filles égorgés par les gangs de l’ASL, ce n’est pas de Bachar el- Assad et de ses forces de défense qu’ils ont peur, comme M. Piccinin l’affirme. C’est d’une intervention qui détruira leur État, leur nation, pour mettre à la place, comme en Irak et en Libye des tortionnaires bien plus abominables, qu’ils ont peur par dessus tout. C’est là où le bât blesse. M. Piccinin s’est bien gardé de nous dire qui va la faire cette guerre « humanitaire » ? Les bombardiers du Pentagone ? Et quand, il ajoute, pour nous rassurer, que cette intervention militaire n’aura pas lieu parce que personne n’en veut, peut-il oublier que l’intervention étrangère en Syrie est déjà effective depuis le début de la déstabilisation, il y a 16 mois, par la rébellion financée et armée par le Qatar, l’Arabie Saoudite et des puissances occidentales ?

Les peuples ne veulent pas la guerre dont ils craignent à juste titre les terribles conséquences. Et le peuple syrien ne fait pas exception. Raison pour laquelle, face au déferlement de la propagande occidentale, il se tourne aujourd’hui avec une infinie reconnaissance vers la Chine et la Russie, qui, bien renseignés sur la situation en Syrie, fournissent une information honnête [19] et refusent d’autoriser le recours à la force et de céder aux pressions des funestes partisans de l’ingérence « humanitaire ».

Silvia Cattori

Mise à jour : 12.06.2012 – 10.30

[1] « J’ai rencontré l’armée de libération qui est beaucoup mieux organisée que je ne le pensais (…) Avec des PC, des postes de commandement, des officiers rasés de près, des drapeaux à trois étoiles. »
Voir : « Pierre Piccinin raconte l’horreur des prisons syriennes », par Christophe Lamfalussy, La libre Belgique, 24 mai 2012.
http://www.lalibre.be/actu/international/article/739660/pierre-piccinin-raconte-l-horreur-des-prisons-syriennes.html

[2] « Je pense qu’actuellement, il y a quand même une partie de la population – j’aurais dit minoritaire il y a quelque temps, je pense que je me suis trompé, il faut savoir, surtout dans des cas comme ça, reconnaitre ses erreurs -, il y a une partie de la population qui est en train de se battre en Syrie pour essayer de changer ça. »
Voir : « Syrie, un Belge témoigne : “Ce que j’ai vu, c’est l’enfer sur Terre” », par Julien Vlassenbroek et Françoise Wallemacq, rtbf.be, 24 mai 2012.
http://www.rtbf.be/info/monde/detail_syrie-un-belge-temoigne-ce-que-j-ai-vu-c-est-l-enfer-sur-terre ?id=7775010

[3] Voir : http://anniebannie.net/2012/05/24/le-chemin-de-damas-de-pierre-piccinin/

[4] Depuis sa création en juillet 2011, l’ASL a été faussement présentée comme une armée composée essentiellement de soldats ayant fait défection de l’armée régulière syrienne. Ses unités se livrent à des atrocités contre les partisans du régime et ses forces de défense : enlèvements, décapitations, mutilations, exécutions sommaires. En janvier, l’ASL déclarait avoir 40’000 combattants. Chiffre improbable.

[5] Voir article cité sous note (2).

[6] Message posté sur Facebook le 24 mai, voir note (3)

[7] Voir :
http://jmoadab.wordpress.com/2012/05/29/interview-de-pierre-piccinin-apres-ses-6-jours-de-detention-en-syrie/

[8] Comment, pensions-nous, M. Piccinin pouvait faire abstraction de la présence de l’ASL à Homs – qui était alors le sujet de prédilection des « reporters de guerre », – et des monstruosités que les témoins lui attribuaient ? Les officiers rasés de près, de cette prétendue « armée libre », qui semblaient avoir impressionné M. Piccinin, n’allaient pas lui avouer que la brigade des égorgeurs d’Al-Farouk, une unité qui tend vers les mêmes buts, faisait partie d’un tout.

[9] Que cela soit bien clair : nous ne mettons pas sur un même plan les atrocités et attentats contre des civils perpétrés par les groupes affiliés à l’ASL et les morts entraînés par la lutte des forces régulières qui les combattent.

[10] Un peu interloquée, je me disais que M. Piccinin ne pouvait ignorer que l’ASL est en possession depuis belle lurette d’un armement lourd et très sophistiqué, capable de détruire des chars.

[11] À notre connaissance, il n’a jamais dit publiquement qu’il s’opposait à une intervention

[12] Hussein, un sunnite membre de la brigade Farouq, une unité de l’ASL, a raconté (Der Spiegel du 26 mars) comment il avait égorgé à Homs des soldats tombés dans les mains de l’ASL en octobre 2011

[13] Pouvait-il ignorer, pensais-je, que les rebelles sunnites de l’ASL, soutenus par les Frères musulmans dans le monde, financés et armés notamment par le Qatar, ne considèrent plus aujourd’hui Israël comme un ennemi et qu’ils font désormais un front uni avec Israël, et les puissances de l’OTAN, contre les forces de résistances chiites/alaouites, au Liban, en Iran et en Syrie ?

[14] Après vérification, nous devons à la vérité de dire que M. Piccinin ne désignait pas nommément l’ASL dans le passage de sa page Facebook : « je me rallie à « leur » appel pour une intervention militaire en Syrie (…) ».
Le 4 juin toutefois, il dira sur LCP explicitement : « Aussi bien l’armée syrienne libre que les prisonniers politiques que j’ai rencontré en prison attendent cette intervention » Voir :
http://www.lcp.fr/emissions/ca-vous-regarde-le-debat/vod/136195-syrie-la-guerre-est-elle-la-bonne-solution

[15] Comparer la résistance contre l’occupant allemand avec les attaques menées en Syrie par des opposants armés par une coalition extérieure est plus que choquant !

[16] « À Bengazi », écrit-il sur son blog, « en août, j’ai eu l’opportunité d’assister à une réunion de diplomates étrangers et de membres du CNT. C’était juste avant l’assaut sur Tripoli. » Et encore :
« J’ai réussi, grâce à quelques connaissances, à avoir une chambre à l’hôtel Tibesti, le grand hôtel de Benghazi où se trouve le siège de la mission de l’Union européenne et où logent tous les journalistes. Mais, quand on sort de Benghazi pour suivre les rebelles, il est très difficile de pouvoir passer les check-points qui barrent régulièrement la route qui mène au front. On pouvait arriver jusqu’à Brega, avec une autorisation ou une carte de presse (…) C’est ainsi que j’ai pu continuer vers la zone de guerre, (avec les miliciens), à bord de leur pick-up, traversant tous les check-points jusqu’à la ligne de front ».

[17] Sur les rebelles libyens, que nous voyions commettre des actes de barbarie inqualifiables M. Piccinin écrivait sur son blog : « Je n’ai constaté aucun signe d’hostilité et je ne peux que parler en bien de ces personnes. Ce sont des gens généreux, qui partagent tout ce qu’ils ont, des gens sympathiques ».

[18] Voir :
 « Le chercheur belge, dont les écrits servaient le régime… » par Armin Arefi, Le Point.fr, 5 juin 2012.
 « Les mésaventures de “Tintin” au pays de Bachar », par Christophe Ayad, Le Monde, 6 juin 2012.

[19] Russia Today (RT) est considérée aujourd’hui par les nouveaux médias comme une alternative à la désinformation. Un récent rapport de Nielsen indique que RT, est devenue en 2011 la chaîne étrangère d’information la plus regardée sur les cinq principaux marchés aux États-Unis. RT a battu France 24, Euronews UE, Deutsche Welle, Al Jazeera, etc

Coups d’état : annoncé en Syrie, tus en Italie

juin 14th, 2012 by Giancarlo Scottuzzi

Milan, 11 juin 2012

Les révélations du journaliste français Thierry Meyssan sur l’imminence d’une manipulation médiatique en Syrie, propulsive d’un coup d’Etat à l’avantage des Etats-Unis et de leurs alliés, sont crédibles. Elles proviennent d’une source saine et digne de foi. Meyssan a été le premier à dévoiler que derrière les attentats du 11 septembre 2001 se trouvait le gouvernement des Etats-Unis ; parmi les premiers il a démasqué les révolutions colorées mises en scène, partout où c’était possible, par les Etats-Unis ; il a été le premier à documenter la manipulation médiatique qui a poussé les électeurs des pays made in usa (italiens compris) à saluer la néo-colonisation de la Libye comme une guerre de libération du tyran ; avant-dernière reconnaissance à Meyssan : il a annoncé dès l’origine comment la révolte anti-Assad est un stratagème virtuel dont on abreuve la presse embedded de l’Occident, journaux et télés italiennes au premier rang des plus grands ivrognes. A l’aune du bon sens, un brin de crédibilité personnelle : Meyssan, qui depuis des années gérait à Paris un portail international de contre information (Réseau Voltaire), a été contraint de s’enfuir, pour se réfugier au Liban[1], pour la bonne raison  que les services secrets français[2] s’étaient employés, avec leurs collègues étasuniens, à le liquider.

La crédibilité qu’elle mérite étant attribuée à la nouvelle du coup médiatique annoncé en Syrie, je crois urgent, pour la gauche révolutionnaire italienne, de se poser deux questions.

La première : est-il possible que le peuple souverain –demain en Syrie, après-demain en Italie- soit jobard au point de prendre pour argent comptant tout ce que la télévision lui sert ? Est-il possible qu’il obéisse aux impulsions du petit écran (et du papier imprimé qui le singe), au point d’être disposé à abjurer, devant des images inédites, tout ce qu’il a sédimenté pendant des années d’autres images télévisées et surtout, espérons, de lectures et de déductions personnelles ?

Deuxième question : si la réponse à la première question est affirmative, c’est-à-dire si non seulement les humeurs, mais jusqu’aux convictions profondes et supposées maturées et graves (comme l’accord pour une guerre !) dépendent de quelques heures (cumulées en quelques minutes de ci de là, dans les interstices d’une quotidienneté focalisée ailleurs) d’exposition au petit écran, comment pouvons-nous espérer éviter, nous communistes révolutionnaires, qu’après-demain une manipulation médiatique ne nous attribue qui sait quelles infamies et ne convainque donc le peuple qu’il y a lieu de nous liquider aussi ?

La réponse à la première question (les italiens sont-ils des jobards ?) est évoquée dans les sous-titres qui suivent, synthèse extrême d’un Livre noir de la démocratie en Italie, qu’un jour ou l’autre il faudra bien que quelqu’un se décide à écrire.

Berlusconi.

Il est arrivé en politique, il s’est fait élire, il a gouverné et continue à co-gouverner (il est le pilier central du gouvernement Monti) en totale illégalité. Une loi de l’Etat  (au cas où le bon sens distillé par la Constitution n’aurait pas suffi) interdit aux titulaires de concessions publiques, et à plus forte raison de concessions télévisuelles, de se présenter aux élections. Berlusconi en possédait trois, sur les trois plus grosses privées. Arrivé au gouvernement il les a gardées, en y rajoutant l’utilisation de celles publiques. Mieux : il a étendu ses propres tentacules médiatiques à des centaines de petites et moyennes télévisions privées, en les subordonnant par des accords commerciaux de type colonial. Eh bien ? Le golpe de Berlusconi n’aurait-il pas été un coup d’état médiatique ? Quelque parti politique a-t-il fait preuve de résistance ? Personne. Pas même le gouvernement dit de gauche (auquel ont participé aussi Rifondazione et le Pdci, ceux-là même qui aujourd’hui prétendent en appeler aux révolutionnaires…) n’a jamais osé dénoncer un conflit d’intérêt (entre le Berlusconi empereur médiatique et le Berlusconi politique) qui est la négation de la démocratie italienne.

Europe

Les éléments constitutifs d’un Etat sont : le territoire, l’autorité législative, le bras armé. L’Italie les a cédés tous les trois à un sur-Etat appelé Union Européenne, à l’Otan et aux Etats-Unis. La plus grande base militaire italienne (Aviano) est territoire des Etats-Unis. Il y a là des centaines d’armes atomiques que seuls les Etasuniens peuvent déclencher. À Vicence (à la caserne Ederle, made in usa) a pris ses quartiers le premier contingent de la Police européenne, qui obéit exclusivement à la Commission Européenne, dont nous allons parler à présent. Le parlement italien peut continuer à faire des lois, certes, pourvu qu’elles ne viennent pas contrecarrer celles émanant de la Commission Européenne. Non, ce n’est pas une erreur : les lois européennes ne sont pas promulguées par le soi-disant parlement européen, qui n’a aucun pouvoir législatif, mais rien qu’un droit de veto limité sur les lois, qui sont le fruit exclusif de la Commission Européenne. Laquelle n’est même pas une expression du Parlement Européen, mais bien celle des potentats économiques et des gouvernements européens. Les soi-disant « députés européens » (comme le furent et continuent de l’être certains des dirigeants de la soi-disant gauche italienne) sont des marionnettes aux mains de la Commission. Les ministres économiques italiens et la Banque d’Italie peuvent pontifier sur le petit écran autant qu’ils veulent et proclamer toutes les mesures et réformes qui leur passent par la tête : mais concrètement ils comptent autant que les prunes du proverbe, parce qu’une politique économique se fonde sur la gestion des moyens de paiement, sur le pouvoir de battre monnaie, alors qu’en Italie on n’émet pas un euro sans la permission de la Banque Europe, bras financier de l’omnipuissante Commission.

Tout ce transfert de pouvoirs de l’Etat italien à la Commission Européenne est formalisé par une nouvelle Constitution Européenne (pudiquement rebaptisée Traité Européen). C’est écrit noir sur blanc : le peuple italien n’est souverain de rien du tout, si ce n’est de choisir parmi des dizaines de chaînes télévisées toutes distributrices de la même bouillie intoxicante.

Résultat : quelqu’un, parmi les partis présents au parlement italien ou parmi ceux qui, malgré eux, ne sont pas arrivés à y entrer, s’est-il jamais opposé à ce coup d’Etat européen aux détriments de la démocratie italienne ? Quelqu’un a-t-il osé prétendre soumettre à référendum une Constitution Européenne qui phagocyte celle italienne ?

Guerres

La Constitution de la République Italienne (celle en vigueur avant d’être violentée par la Constitution Européenne) est limpide : les forces armées doivent servir exclusivement pour défendre l’Etat. Concept sacré, répété depuis soixante-dix ans, chaque 25 avril, par le Chef de l’Etat jusqu’au moindre président d’ANPI[3] de quartier, comme si c’étaient les fantômes des nazis qui menaçaient la démocratie fondée sur la Constitution. Pendant ce temps les gouvernements pro-Usa construisaient des porte-avions, qui ne servent pas à protéger un pays, mais à porter les avions et la guerre dans des pays lointains. Ils étaient tellement conscients, ces gouvernements, de violer la constitution qu’ils en baptisaient le premier porte-avions, le Garibaldi, «croiseur tutto ponte », sinon le signifiant aurait trahi l’inconfessable signifié. Au lancement du second porte-avions, le Cavour, l’intoxication médiatique avait désormais suffisamment immunisé le peuple pour l’entarter. Désormais le troisième coup d’état médiatique italien, guerrier (après le télévisé et l’européen), était arrivé à bon port : des années de faux reportages, de fausses nouvelles, d’images manipulées, de connivences des soi-disant partis de gauche, avaient fait croire aux Italiens que la Yougoslavie était un nid d’ethnies barbares qui se massacraient entre elles et qui, si on ne les calmait pas, allaient contaminer même l’Italie de leurs barbaries. Ainsi le peuple italien, rassemblé devant les journaux de régime tout comme leurs grands-parents à Piazza Venezia exaltant les guerres du Duce, donna sa confiance aux gouvernements successifs, ceux d’une soi-disant gauche compris : l’Italie partit aussi en guerre sous la férule de Prodi et de D’Alema.

Et alors : a-t-on jamais vu, devant tant de barbarie médiatique et guerrière, s’élever le moindre vagissement de résistance à part celui, purement symbolique et inefficace, de rares intellectuels à faible audience et poids dérisoire sur le petit théâtre médiatique ?

Depuis les années 90’, la majorité des Italiens est dénervée d’autonomie critique.  Elle croit tout ce qu’on lui montre et ce qu’on lui fait lire, pourvu que ce soit des images et des lectures divertissantes et simplistes.

Venons-en au présent et à la Syrie : la réponse à la première question (les Italiens vont-ils avaler la fable sur la révolution syrienne ?) est : oui.

Quant à la deuxième question (que faire, nous communistes révolutionnaires, pour affronter la vague barbare ?), la réponse nous renvoie à l’urgence de nous organiser. Pendant que nous sommes quelques milliers à lire des sites à la Losurdo et à la Meyssan, des millions de téléspectateurs tètent la fable des soldats d’Assad prenant des enfants comme boucliers humains. Demain ils s’enflammeront  pour les pseudos héros révolutionnaires syriens fauchés par les rafales des troupes gouvernementales, et se presseront sur une Piazza Venezia virtuelle –où ils ont hier encensé Berlusconi et l’Europe über alles- pour applaudir l’énième guerre coloniale.

Et nous, continuerons-nous à nous contenter de défouler notre dédain en emails et débats entre intimes, version moderne de la bouteille à la mer ?

En somme : prenons le bulletin du front syrien pour ce qu’un communisme militant exige : décidons-nous à le fonder, ce Parti Communiste Italien, ou bien sous peu, quand Obama aura déchaîné la Cyberwar annoncée (qui lui permet de censurer et manipuler tout ce qu’Internet et ondes télévisées diffusent), nos défoulements, une fois griffonnés, nous devrons nous les passer de main en main, si ce n’est les manger.

Publié sur le blog de Domenico Losurdo mardi 12 juin 2012, sous le titre : Il golpe in Siria e quelli in Italia
http://domenicolosurdo.blogspot.fr/2012/06/un-intervento-di-giancarlo-scotuzzi.html    

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio 

[1] Puis Venezuela, et à présent Syrie, NdT

[2] Après l’arrivée au pouvoir de N. Sarkozy

[3] Associazione Nazionale Partigiani d’Italia : association des anciens résistants de la seconde guerre mondiale, http://www.anpi.it/resistenza-e-partigiani/

 

Giancarlo Scotuzzi est journaliste ; retraité à Milan, il a travaillé dans plusieurs organes de presse et notamment dans l’ex journal coopératif de la région de Brescia (Bresciaoggi) avant de fonder le journal en ligne Il Cronista. Son travail de journaliste lui a valu les déboires judiciaires et professionnels inévitables en Italie pour qui s’oppose et résiste à l’empire médiatique berlusconien.

Guerre, indignation et construction de l’ennemi

juin 14th, 2012 by Domenico Losurdo

Dans un souci d’éclaircissement sur la campagne multi-médiatique et militaire qui est en acte contre la Syrie, je reproduis ci-dessous un extrait de mon livre Le révisionnisme en histoire. Problèmes et mythes. (Traduit de l’italien par Jean-Michel Goux, 2006, Albin Michel, Paris).

De la guerre contre l’Espagne de 1898 à la guerre contre la Syrie. Le primat étasunien de la désinformation.

« Certes, depuis toujours les conflits ont été accompagnés de tentatives de diffamation de l’ennemi et de la construction savante d’une propagande tissée de mensonges. Il s’agit d’une arme utilisée en particulier contre les groupes ethniques considérés comme étrangers à la civilisation. La stigmatisation des barbares a lieu aussi en renvoyant à leurs pratiques «atroces». En Amérique, les peaux-rouges sont dépeints de manière d’autant plus répugnante que procède de manière plus impitoyable leur élimination de la surface de la terre. La guerre discriminatrice et d’anéantissement contre les populations coloniales, qu’elles soient extérieures ou intérieures à la métropole, est justifiée au moyen de leur déshumanisation, obtenue par l’invention pure et simple d’ « atrocités», ou grâce au gonflement et à la lecture unilatérale d’atrocités réellement commises. On peut placer dans ce contexte la légende de l’homicide rituel attribué pendant des siècles aux Juifs, en vue de sceller leur irrémédiable extériorité à la civilisation en tant que telle.

Dans la mesure où l’exaspération des conflits entre peuples «civilisés» comporte l’expulsion de l’ennemi hors de la société civile, on fait usage contre lui d’une arme traditionnellement réservée à la lutte contre les «barbares». C’est ainsi que procèdent les deux parties belligérantes, et surtout le Nord, au cours de la guerre de Sécession. Mais dans notre siècle, nous assistons à un saut qualitatif. En même temps que la production industrielle et à grande échelle de la mort, fait son apparition la production industrielle et à grande échelle des mensonges ou des demi-vérités, destinés à criminaliser l’ennemi et à détruire son image. La guerre hispano-américaine déjà, qui conclut le dix-neuvième siècle et inaugure le vingtième, est préparée idéologiquement par les USA, au moyen de la diffusion de «notes», inventées de toutes pièces, qui stigmatisent les Espagnols comme responsables d’avoir exécuté des prisonniers désarmés et massacré trois cents femmes cubaines[1]. On assiste à une escalade ultérieure au cours du premier conflit mondial.  Bien que développée par les deux camps, la campagne de diffamation enregistre assez vite la nette prévalence de l’Entente.

Les dénonciations occidentales des atrocités allemandes commencèrent avec la violation de la neutralité de la Belgique par les Allemands en août 1914. Les Allemands – disait-on – avaient violé des femmes et même des enfants, empalé et crucifié des hommes, coupé des langues et des seins, crevé des yeux et brûlé des villages entiers. Ces nouvelles n’étaient pas seulement publiées dans les journaux à scandales, mais portaient aussi la signature d’écrivains fameux, de John Buchan à Arthur Conan Doyle et Arnold Toynbee, pour n’en citer que quelques-uns [...]

Nous savons aujourd’hui que les témoignages, les déclarations, les images, les photogrammes qui documentaient les atrocités de l’Allemagne wilhelmienne, tout cela était le résultat d’une savante manipulation, à laquelle fournit sa bonne contribution l’industrie cinématographique américaine naissante, qui tournait dans le New Jersey les scènes sur le comportement atroce et barbare des troupes de Guillaume en Belgique ![3] (surlignage m-a p.) Deux particularités des «atrocités» attribuées aux Allemands donnent surtout à penser. Celle des femmes violées et de seins coupés nous reconduit aux représentations par lesquelles aux Etats-Unis l’idéologie officielle cherchait à stimuler à la fois les «anxiétés sexuelles et les anxiétés raciales» à l’égard des Indiens[4]. Il y a ensuite les hommes «crucifiés» : c’est comme si on attribuait maintenant aux Allemands la pratique de l’homicide rituel.

Traduit de l’italien par Jean-Michel Goux.

[1] Millis, 1989, p. 60.

[2] Laqueur, 1995, pp. 18-19.

[3] Gilbert, 1994, p. 432.

[4] Calloway, 1995.

L’extrait cité ici, reçu de l’auteur pour diffusion, ne comporte pas l’indication des pages dans la version française,
m-a p

Irak: “Silence, on exécute!”

juin 14th, 2012 by Ziad Tarek Aziz

Dans une lettre publique, Ziad Tarik Aziz, le fils de Tariq Aziz, ancien vice-premier ministre de Saddam Hussein et ministre des Affaires étrangères, condamné à mort, informe le monde des méthodes expéditives utilisées par le gouvernement irakien pour exécuter en silence ses anciens ennemis condamnés à la peine de mort. Voici l’intégralité de la lettre :

« Madame, Monsieur,

Je suis certain que vous avez entendu l’information sur l’exécution de l’ex-secrétaire du président (Saddam Hussein), Abid Hameed Hamoud. Cependant, ce que vous ne savez pas, c’est qu’il a été conduit à son exécution en pensant qu’on l’emmenait faire un contrôle médical. Le gouvernement irakien n’a même pas informé sa famille ou ses proches, ou pris ses dispositions pour la remise du corps.

C’est là un comportement typique du gouvernement irakien. Ils ont tellement soif de vengeance qu’ils ont ignoré les formalités consistant à informer le condamné de son exécution.

Mon père a été condamné à la peine de mort dans le même procès que M. Hameed. Je suis très inquiet à l’idée qu’ils puissent lui faire la même chose. Le secrétaire à la presse du Premier ministre a déclaré au début de l’année qu’ils allaient exécuter mon père, et ayant accompli cette formalité, rien ne peut les arrêter. Le monde doit savoir ce que ces gens ont fait et ce qu’ils feront, j’en suis certain, dans un futur très proche.

Je vous demande de m’aider à faire savoir au monde ce que ces gens ont fait et à arrêter ce qu’ils ont prévu de faire.

Merci pour votre soutien, ma famille et moi-même vous seront redevables.

Sincèrement

Ziad Tarik Aziz »

Le 1er juin, le journal Süddeutsche Zeitung publiait un article d’opinion intitulé « Vers une politique de sécurité réaliste allemande », appelant à la participation de la marine allemande à une intervention militaire en Syrie.

L’auteur, Thomas Speckmann, maître de conférence en sciences politiques et en sociologie à l’université de Bonn et écrivant régulièrement pour les journaux Die Zeit et Tagesspiegel, réclame depuis longtemps que la marine allemande joue un rôle central dans les interventions militaires.

Il n’y a pas si longtemps, il avait publié dans le magazine Internationale Politik (IO) un article intitulé « Tous le monde à bord : pourquoi l’avenir de la Bundeswehr est sur l’eau ». Il demande à ce que l’Allemagne, « en tant que nation exportatrice disposant de la plus grande flotte de conteneurs du monde et troisième plus grande flotte marchande », commence enfin à penser en termes « maritimes. »

Dans son article dans le Süddeutsche Zeitung, Speckmann déclare que la situation en Syrie ne cesse de se détériorer et qu’en cas d’une nouvelle aggravation de la crise, une intervention militaire deviendrait une « nécessité humanitaire. » Il a exigé que le gouvernement fédéral révise « sa position en faveur d’une intervention militaire » et se demande comment les forces armées allemandes pourraient participer le plus efficacement possible à une intervention militaire en Syrie.

Speckmann prévient « que les forces aériennes et terrestres pourraient être insuffisamment équipées en raison de reports incessants de projets de modernisation » et en appelle donc à une « implication des forces navales modernes dont l’Allemagne dispose déjà. »

De plus, il soutient que « l’envoi de navires de guerre » serait politiquement plus facile à faire passer en Allemagne même que « des missions de combat de forces terrestres et aériennes. » Il affirme que l’attribution d’un « rôle exceptionnel » à la marine devrait « en fait être tout à fait naturel pour l’Allemagne dont l’économie est orientée vers l’exportation à l’époque de la mondialisation alors que plus de quatre-vingt pour cent du commerce mondial se fait par bateau. »

Les commentaires de Speckmann non seulement montrent à quel point les discussions concernant une éventuelle attaque de la Syrie ont évolué au sein des élites dirigeantes allemandes, ils reflètent aussi l’agressivité grandissante avec laquelle la classe dirigeante ravive le militarisme allemand après avoir été obligée de se retenir en raison de deux guerres mondiales. Deux décennies après la réunification allemande, le déploiement de la marine allemande dans le but de garantir les intérêts économiques allemands est à présent qualifié de « tout à fait naturel. »

Sur le site Internet officiel de la marine allemande, la mer est décrite comme « un fondement économique important » sur lequel « près de soixante-sept pour cent des importations et des exportations sont assurées. » En tant que nation hautement industrialisée à l’économie orientée vers l’exportation mais manquant de matières premières « la république fédérale [d’Allemagne] est particulièrement tributaire d’un flux constant d’importations qui sont indispensables pour qu’elle puisse fonctionner tant économiquement que politiquement. » D’ores et déjà, la marine allemande est impliquée dans des opérations miliaires à la corne de l’Afrique, au large de la côte libanaise et en Mer Méditerranée.

Le débat actuel sur un renforcement militaire doit être considéré en liaison avec la réforme de l’armée allemande promue intensivement par le ministre allemand de la Défense, Lothar de Maizière. Ici aussi, la marine joue un rôle important. Le commandant de la marine allemande, le vice-amiral Axel Schimpf, a déclaré que la réforme de la marine signifiait la création d’une « flotte moderne hautement flexible et pouvant être déployée tous azimuts. » Cette flotte comptera un total de 55 navires et 40 avions.

Alors qu’une escadrille de dragueurs de mines est dissoute et plusieurs vedettes vendues, la flotte sera renforcée par des corvettes et des frégates. Selon Schimpf, six navires de guerre polyvalents doivent être achetés. D’ici 2013, trois navires ravitailleurs de groupes d’intervention et six sous-marins type 212 A doivent être opérationnels.

La base navale de Wilhelmshaven, la plus grande de la marine allemande, sera complétée par un nouveau commandement de soutien chargé d’assurer des opérations de fonctionnement et le réapprovisionnement des unités.

Le 1er octobre 2012, le commandement naval sera établi à Rostock en tant qu’autorité suprême de la marine. Il sera composé du personnel existant, la direction de la marine, le commandement de la flotte et de l’autorité navale. Le commandement sera dirigé par un chef d’état-major de la marine.

L’un des principaux axes du programme de réforme de de Maizière est la nouvelle « organisation de la direction » mise en oeuvre le 1er avril 2012 par le « décret de Dresde ». Il renforce considérablement la position du chef d’état-major des armées. Le décret stipule qu’« en tant que plus haut gradé de la Bundeswehr, » il aura à superviser directement tous les soldats et sera en charge de toutes les opérations. Trois nouveaux départements lui seront confiés : la planification, le commandement des forces et celui de la stratégie et des opérations.

De plus, le décret stipule que la « direction opérationnelle et tactique sera dorénavant… transférée en premier lieu au quartier général de commandement et dissociée du ministère. » Un conseil militaire sera mis en place, dirigé par le chef d’état-major des armées. Les autres chefs d’état-major seront également « dissociés du ministère en sorte que le commandement militaire obtienne une plus grande autonomie. »

Le « décret de Dresde » non seulement invalide effectivement le principe de la constitution allemande de la « primauté du politique sur le militaire », il le transforme en son contraire. Avant le décret, les différents chefs d’état-major étaient subordonnés à la direction civile du ministère de la Défense. Maintenant, ils ont été totalement coupés du contrôle politique et ne sont responsables que devant le chef d’état-major général.

Le « décret de Dresde » abolit presque toutes les restrictions introduites en Allemagne après les expériences faites avec la monarchie, la République de Weimar et le Troisième Reich. Les accords de Postdam de l’été 1945 avaient explicitement interdit à l’Allemagne d’avoir une armée et son propre état-major. Dix ans plus tard, et en dépit d’une forte opposition, l’Allemagne s’armait de nouveau, mais l’interdiction d’un état-major général demeurait. Sa place avait été prise par un chef d’état-major des armées dont les pouvoirs étaient extrêmement limités.

Ces restrictions sont à présent systématiquement abolies. La Bundeswehr est une fois de plus en train de raviver la tradition désastreuse du militarisme allemand. Il faut remarquer qu’au cours des réformes, l’infanterie navale a de nouveau été nommée « Seebaillon », sa dénomination dans la marine de l’empereur.

Il n’est pas encore tout à fait clair si Berlin suivra le conseil de Speckmann et permettra à la marine allemande de participer à une opération militaire contre la Syrie. Alors que le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, continue de réclamer une « solution politique », les indications se multiplient selon lesquelles le gouvernement fédéral ne veut pas rester sur la touche en cas de guerre.

Le renoncement de l’Allemagne à participer à l’intervention en Libye est désormais considéré de façon générale comme une grave erreur de politique étrangère et le gouvernement allemand signale en ce moment sa volonté de participer à une opération syrienne afin de s’assurer sa part de butin.

Lundi, le Financial Times Germany (FTG) a rapporté que Berlin devait devenir le « centre de planification pour la reconstruction de la Syrie après un éventuel renversement du président Assad. » Le « groupe des amis du peuple syrien » – une alliance d’Etats qui aspirent à un changement de régime en Syrie – a installé un bureau dans la capitale allemande avec le soutien du gouvernement.

Selon une porte-parole du ministère des Affaires étrangères, l’objectif est non seulement de contribuer politiquement mais aussi économiquement à prendre « un nouveau départ » après le conflit. Pour le FTD, ceci est une tentative, côté allemand, de « se positionner à temps pour la période après la fin du régime syrien. » L’objectif final est de « transformer le système syrien d’entreprise publique en une économie de libre marché. »

Article original, WSWS, paru le 9 juin 2012

Le massacre de Houla du 25 mai dernier a été perpétré par les forces d’opposition en accord avec l’Armée syrienne libre (ASL), selon le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Le compte rendu réfute la version officielle des Etats-Unis et des autres principales puissances et qui a été reprise aveuglément par les médias. Le massacre avait été attribué à des forces pro-gouvernementales et utilisé pour intensifier l’offensive de propagande en faveur d’une intervention militaire contre le régime de Bachar al-Assad. Sans fournir la moindre preuve tangible, les Etats-Unis et leurs alliés ont affirmé que soit l’armée syrienne, soit les milices pro-gouvernementales Shabiha avaient perpétré le massacre de plus d’une centaine de personnes.

Le Frankfurter Allgemeine Zeitung du 7 juin a publié un article écrit à Damas par Rainer Hermann, qui a fondé son article sur des enquêtes menées par des opposants qui s’étaient rendus dans la région et qui avaient recueilli des récits de témoins oculaires. Ils confirment en grande partie les comptes rendus donné par le gouvernement Assad des événements survenus à Houla.

« Ce qu’ils ont découvert contredit les affirmations des rebelles qui avaient imputé les faits aux milices Shabiha proches du régime, » écrit Hermann en ajoutant, « Comme des opposants rejetant l’utilisation de la violence ont été assassinés ou du moins ont été menacés dernièrement, ils n’ont pas voulu que leurs noms soient cités. »

Le massacre a eu lieu après la prière du vendredi et a débuté par une attaque des « rebelles » sunnites contre trois points de contrôle de l’armée syrienne autour de Houla. « Les points de contrôle sont censés protéger les villages alaouites aux alentours de Houla qui est majoritairement sunnite, » a rapporté le journaliste allemand.

Des renforts ont été envoyés par l’armée syrienne et les combats ont duré 90 minutes, durant lesquels des « dizaines de soldats et de rebelles ont été tués. »

C’est durant ces échanges que les trois villages de Houla ont été coupés du monde extérieur. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung a écrit : « Selon des témoins oculaires, le massacre a eu lieu à ce moment-là. Parmi les morts se trouvaient presque exclusivement des familles des minorités alaouites et chiites de Houla, dont la population est à 90 pour cent sunnite. Plusieurs dizaines de membres d’une famille qui s’étaient convertis, au cours des années passées, de l’Islam sunnite à l’Islam chiite ont été massacrés. Figuraient également parmi les morts, des membres de la famille alaouite Shomaliya et de la famille d’un député sunnite du parlement qui était considéré comme un collaborateur. »

Le compte rendu continue: « Juste après le massacre, les auteurs auraient filmé leurs victimes, les décrivant comme des victimes sunnites et auraient diffusé les enregistrements vidéo sur internet. »

Ce compte rendu est une réfutation dévastatrice de la campagne de propagande menée par Washington, Londres et Paris, avec l’aide du Conseil national syrien, de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et d’une presse occidentale docile.

Le jour des attaques, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, avait condamné, sans preuve à l’appui, « le degré inacceptable de violence et de sévices du gouvernement syrien, » dont le recours aux armes lourdes contre des populations civiles.

Le régime a remarqué que le massacre avait été fixé pour coïncider avec la visite de l’envoyé des Nations unies Kofi Annan à Damas. Il a relevé que les tueries de masse avaient été perpétrées pour miner le cessez-le-feu qu’Annan avait négocié. Peu de temps après, l’ASL qui est à présent accusée d’avoir commis le massacre, a dit ne plus vouloir respecter le plan de paix d’Annan. De nouvelles demandes en faveur d’une intervention militaire se sont faites plus pressantes.

L’article du Frankfurter Allgemeine Zeitung est renforcé par un rapport paru dans l’édition du 29 mars de Spiegel Online qui soulignait la pratique généralisée des exécutions sommaires perpétrées par l’ASL. Spiegel avait interviewé un membre d’une « brigade d’enterrement » de l’opposition qui avait « exécuté quatre hommes en leur tranchant la gorge. »

Parmi ses victimes l’on comptait un soldat chiite de l’armée syrienne qui, ayant « été battu pour faire des aveux ou ayant été terrifié à mort, avait commencé à bafouiller des prières. »

La brigade d’enterrement tue et « laisse le soin de torturer à d’autres ; c’est à cela que sert la soi-disant brigade d’interrogatoire, » écrit le Spiegel.

Cet article fait remarquer qu’alors que 150 prisonniers reconnus de l’armée syrienne ont été exécutés « les bourreaux de Homs se sont davantage occupé des traitres dans leur propres rangs. »

« Si nous attrapons un Sunnite en train d’espionner, ou si un citoyen trahit la révolution, nous l’exécutons, » a expliqué un opposant. « Selon Abu Rami, la brigade d’enterrement de Hussein a tué entre 200 et 250 traitres depuis le début du soulèvement. »

Des articles présentant également un intérêt immédiat figurent sur le site du Monastère Saint Jacques le Mutilé à Qara en Syrie. Le 1er avril, mère Agnès-Mariam de la Croix avait rapporté un incident survenu dans le quartier de Khalidiya à Homs dans lequel l’ASL avait rassemblé des otages chrétiens et alaouites dans un immeuble avant de le faire exploser à la dynamite. L’ASL avait rejeté ensuite la responsabilité sur l’armée syrienne.

Elle a également relaté que la famille Al Amoura du village d’Al Durdak, dans la région de Homs, a été exterminée par des terroristes Wahhabi. Quarante et une personnes de cette famille ont été égorgées le même jour. »

Agnès-Mariam a déclaré que sur le million d’habitants de la ville de Homs, les deux tiers de la population avaient fui les lieux, dont plus de 90 pour cent des chrétiens, en raison de l’activité « des francs-tireurs et des actes d’agression criminelle » contre les « minorités alaouites, chrétiennes, chiites et beaucoup d’autres Musulman ‘modérés’ qui n’ont pas souhaité participer aux activités dissidentes. »

Elle a écrit que lors de nombreuses attaques sectaires « …des gens étaient mutilés, avaient la gorge tranchée, étaient éventrés, dépecés, jetés dans des coins de rues ou dans des poubelles. On n’a pas hésité à tirer sur des enfants à bout portant pour créer la détresse et le désespoir, comme ce fut le cas du petit Sari, le neveu de notre tailleur de pierre. De tels actes atroces ont ensuite été exploités médiatiquement pour en imputer la responsabilité aux forces gouvernementales. »

Même sans la possession de rapports aussi corroborants, le silence des médias du monde concernant l’article du Frankfurter Allgemeine Zeitung est surprenant. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung est une publication respectée, voire conservatrice, avec un tirage à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires et un lectorat quotidien dans 148 pays. Et pourtant, aucun grand journal n’a repris cet article parce qu’ils sont tous complices de la dissémination d’une propagande flagrante. On ne trouve littéralement rien dans les médias dominants occidentaux qui puisse être pris pour argent comptant.

Mais la question la plus importante suscitée par l’article du Frankfurter Allgemeine Zeitung est de savoir quel rôle les Etats-Unis ont joué dans le massacre lui-même. Visiblement, compte tenu de leurs contacts étroits avec l’Armée syrienne libre, et le soutien politique, financier et militaire accordé à l’ASL par les alliés régionaux de Washington – l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie – le gouvernement Obama aura été conscient que le massacre était l’oeuvre d’insurgés opposés au régime et non de l’armée syrienne, alors même que la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, et d’autres appelaient à des actions supplémentaires pour évincer Assad.

Il est tout à fait possible que Houla ait été un massacre « made in » Etats-Unis.

La politique américaine en Syrie a visé dès le début à attiser une insurrection sectaire basée sur les Sunnites dans le but de déstabiliser et d’évincer le régime alaouite d’Assad. Ceci est, à son tour, lié à des préparatifs américains en vue d’une attaque militaire contre l’Iran qui serait d’autant plus isolée au Moyen-Orient après la chute d’Assad, son principal allié dans la région.

En se fondant sur l’expérience de la Bosnie et du Kosovo, ceci a été perpétré non seulement en ayant parfaitement conscience qu’il en résulterait une lutte fratricide sanglante, mais aussi dans l’intention de provoquer une guerre civile et de fournir le prétexte à une intervention militaire présentée comme une intervention humanitaire.

Lundi, la porte-parole du département d’Etat, Victoria Nuland, a exprimé son « inquiétude » suite à des informations selon lesquelles le régime « pourrait organiser un autre massacre » dans la province de Lattaquié. « Les gens devront rendre des comptes, » a-t-elle prévenu.

La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a intensifié la crise mardi en accusant la Russie d’envoyer des hélicoptères d’attaque au régime d’Assad et en accusant Moscou de mentir au sujet de ses livraisons d’armes.

Le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU est devenu entre-temps, le premier responsable à décrire le conflit syrien comme étant une guerre civile, et le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, à faire référence aux massacres de Houla et de al-Qubair, en accusant le gouvernement syrien de commettre des « crimes grotesques. »

Article original paru en anglais, WSWS, le 13 juin 2012.

Le condamné Haji Bagcho a été averti de sa peine de perpétuité aujourd’hui pour trafic de drogue en Afghanistan. Les autorités américaines caractérisent Bagcho comme étant “un des plus gros traffiquants d’héroïne au monde, qui utilisait les bénéfices de ses ventes pour soutenir l’insurrection talibane”, ce d’après le Washington Post.

L’affaire de trafic de Bagcho en revanche fait bien pâle figure en comparaison de celui mis en place par la CIA en Afghanistan et il a sûrement été passé à la trappe simplement parce que l’agence de renseignement n’aime pas la concurrence.

Les Talibans, organisation elle-même créée par la CIA, avait bani la production de l’opium après la guerre civile qui s’ensuivit de la défaite des soviétiques dans le pays. “Le succès du programme d’éradication 2000 de la drogue sous le régime taliban fut reconnu par l’ONU comme étant ‘admirable’ et loué alors qu’aucun autre pays n’était capable de mettre en pratique un tel programme”. En Octobre 2001, les Nations-Unies reconnaissaient que les Talibans avaient réduit la production d’opium en Afghanistan de 3300 tonnes par an à juste 185 en 2001 (voir “L’héroïne afghane et la CIA”). Après l’invasion américaine, l’Afghanistan est devenu le premier producteur d’héroïne au monde, produisant 3750 tonnes en 2002. En 2006, ce chiffre perfora le plafond jusqu’à 6100 tonnes.

“Les rebelles moudjahidines soutenus par la CIA (qui en 2001 faisaient partie la l’Alliance du Nord) s’engagèrent lourdement dans le traffic de drogue lorsqu’ils luttaient contre les Soviétiques et le gouvernement qu’ils soutenaient”, nota William Blum dans son livre “Les véritables seigneurs de la drogue”.

“Le croissant d’or du traffic de drogue, lancé par la CIA au début des années 1980, continue à être protégé par les services de renseignement américains, en liaison avec les forces d’occupation de l’OTAN et l’armée britannique. Récemment, les forces d’occupation britanniques ont fait la promotion de la culture du pavot au moyen de spots publicitaires radiophoniques payants”, écrivit Michel Chossudovsky en 2007.

Les troupes américaines ont reçu l’ordre spécifique d’ignorer le pavot, l’opium et l’héroïne, quand elles les découvraient lors de patrouilles, a déclaré un ancien béret vert (NdT: Forces spéciales commandos de l’armée états-unienne) à l’écrivain James Risen en 2003. L’assistant ministre de la défense Bobby Charles s’était plaint que “le ministre de la défense Rumsfeld ne voulait pas que la lutte anti-narcotique ne devienne une mission importante de l’armée.”

En 2010, nous avions commenté sur un reportage de Fox News où Gerald Rivera parlait avec un soldat d’occupation au sujet du soutien des Etats-Unis au traffic de drogue en Afghanistan. Le soldat avait dit à Rivera qu’il n’aimait pas le fait de soutenir la production d’opium afghane, mais que les Etats-Unis avaient volontairement détourné les yeux des cultures de pavot et avaient pris pour excuse la sensibilité culturelle locale.

Avant le faux-pas des Talibans, la CIA avait travaillé avec les services de renseignement pakistanais de l’ISI afin de transformer les profits du traffic de drogue en financement massif pour des activités secrètes. De plus, sans le traffic intense de l’héroïne, l’économie légitime réelle du Pakistan se serait effondrée, écrivit le Financial Times en Août 2001. La vaste majorité de l’argent fut déposé à la Bank of Credit and Commerce International (BCCI), la banque des services de renseignement qui veulent laver leur argent sale, cacher les bénéfices du traffic de drogue et s’engager dans d’autres crimes financiers.

Mais ce ne serait pas juste le Pakistan qui se serait effondré.

“Dans bien des cas, l’argent de la drogue est en fait en ce moment le seul investissement de capitaux liquides”, a dit le directeur exécutif de l’UNODC Antonio Maria Costa en 2009. “Dans la seconde moitié de 2008, les liquidités étaient le plus gros problème du système bancaire, ainsi l’apport de capitaux liquides devint un facteur très important.”

L’ancienne directrice de gestion et membre du comité directeur de la banque d’investissement de Wall Street Dillon Read, Catherine Austin Fitts, a insinué depuis bien longtemps que les banksters lavent des sommes considérables d’argent sale de la drogue et autre. “D’après le ministère de la justice, les Etats-Unis lavent plus blanc entre 500 milliards et 1000 milliards de dollars annuellement. Je ne connais pas précisémet le pourcentage de narco-dollars lavé et recyclé, mais il est probablement très conservateur de dire qu’environ 100-200 milliards de dollars sont liés aux affaires d’import-export de drogue et de vente de détail des Etats-Unis”, écrit Fitts.

Article original en anglais :
http://www.infowars.com/taliban-patsy-sentenced-to-life-for-dealing-cia-heroin/print/

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Syrie : les miliciens battent en retraite

juin 14th, 2012 by Global Research

Dans plusieurs régions syriennes, les miliciens de l’insurrection ont battu en retraite, sous les coups des forces gouvernementales, tout en arguant des replis tactiques.

La localité de HafféAinsi, a été purgé Haffé, localité de la province de Lattaquié, alors que le quartier de Khaldiyyé à Homs est sur le point de l’être, sans oublier la localité de Haratane, dans le gouvernorat d’Alep, et proche de la frontière avec la Turquie, et d’où les miliciens de l’Armée syrienne libre ont declaré avoir effectué un repli tactique . Alors que l’on constate une recrudescence des kidnappings et des charges explosives dans plusieurs régions syriennes.

Les croyants en Palestine, dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, En Égypte, en Syrie, en Jordanie, en Irak, en Iran en Tunisie, en Libye et dans l’ensemble de notre monde arabe et islamique se préparent pour restituer cette terre.

Les autorités syriennes ont annoncé mercredi “le retour du calme” à Haffé, localité de la province de Lattquié, proche du village natale du président syrien, Qardaha, après que les forces gouvernementales l’ont “purgée des groupes terroristes armés”.

Les autorités “ont ramené la sécurité et le calme dans la région de Haffé après l’avoir purgée des bandes terroristes armées qui ont terrifié les habitants”, a indiqué l’agence officielle Sana citant une source officielle, ajoutant       que       les       forces gouvernementales du régime “ont poursuivi les bandes terroristes dans les villages avoisinants” où elles ont tué et arrêté des membres de ces bandes.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme a reconnu ce fait, signalant que la milice de l’ASL s’est retiré à l’aube de cette ville situé au nord-est, et ce après huit jours de bombardements intenses, selon les termes de l’OSDH.

“Les insurgés se sont retirés de la ville de Haffé et de toute sa région à l’aube afin de préserver la vie des habitants soumis à des bombardements extrêmement violents”, a déclaré à l’AFP Rami Abdel Rahmane, chef de l’OSDH citant des militants proches des combattants sur place. Après ce repli “tactique”, les forces régulières ont pris le contrôle de la région, a-t-il précisé.

Pendant huit jours, les troupes du régime ont subi de “lourdes pertes” lors de combats avec les insurgés, “des centaines de soldats ayant été blessés et tués”, selon le directeur de l’OSDH.

Selon Abdel Rahmane « des centaines de rebelles de l’ASL défendaient cette localité .

Selon l’AFP, les observateurs onusiens en place en Syrie ont été empêchés de de rendre par des habitants d’un village voisin, partisans du président Bachar al-Assad. Trois des véhicules de l’ONU ont essuyé des tirs, selon les Nations unies. Les observateurs font face “à de graves risques pour leur sécurité”, a dénoncé le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Hervé Ladsous.

Mais les habitants de ce village ont assuré pour le site Arabs Press, qu’ils étaient en colère contre les observateurs onusiens parce que lors de leur passage dans leurs villages, ils ont refusé d’entendre leurs plaintes et une de leur voiture a écrasé trois d’entre eux, dont deux se trouvent dans un état grave. Toujours dans la région de Lattaquié, Syrian Documents assure que les forces de l’ordre sont parvenus à libérer 14 personnes qui avait été kidnappés par des hommes armés, alors qu’ils venaient de rentrer du Liban. Mardi, le site avait signalé que les insurgés ont enlevé deux bus transportant des Syriens qui se rendaient au Liban (pour y travailler). Selon Arab press, l’un des bus venait de la ville de Hama et l’autre d’Idleb. Alors que l’agence syrienne Sana indique qu’un bus transportant 24 personnes et se rendant de Lattaquié vers Alep a été kidnappé par des hommes armés à bord de deux voitures.

Homs : les insurgés acculés à Rasten

Dans le reste du pays, la ville de Homs (centre) connait des accrochages entre les forces gouvernementales et les miliciens de l’ASL. Alors que l’AFP, citant l’OSDH, indique que “Les forces régulières bombardent depuis le matin le quartier de Khalidiyyé à Homs où des dizaines d’obus sont tombées”, le site en ligne Arabs Press, écrit que l’armée syrienne contrôle désormais le quartier Khalidiyyé et un grand nombre de miliciens ont été tués, dont des non syriens et que quelques 1700 miliciens ont pris la fuite. Il est également question selon Arabs press d’échanges de tirs entre les quartiers de la ville de Homs, bab Saba’, Nouzha et Akrama, où des obus lancés par les miliciens s’y sont abattus, et Rasten où les miliciens affirment qu’elle fait l’objet de

Selon Arab press, les miliciens ont coupé les routes qui mènent à Rasten et se sont déployés en grand nombre. Alors que des accrochages violents ont lieu dans les vieux quartiers de la ville de Homs et à Hamidiyyé.

Des unités commandos en action

Dans ces quartiers, des témoins sur place rapportent selon le site syrien (Taht al-Mijhar), que ce sont des unités spéciales syriennes qui sont en action. Ils effectuent des opérations commandos dans le but d’éviter un bombardement qui peut couter cher en vies humaines parmi les civils. Des habitants affirment que les forces insurgées semblent désarçonnées surtout que les forces gouvernementales leurs sortent de toutes parts et capturent les miliciens sans qu’ils ne se rendent compte comment ils arrivent vers eux.

Dans la matinée, signale l’AFP, des accrochages avaient eu lieu sur l’entrée ouest de Bab Amro, le quartier qui avait été purgé le mois de mars dernier.

Alep: assassinats ciblés

Dans la deuxième plus grande ville de Syrie, Alep, la situation est bien délicate. 8 personnes ont été retrouvées, assassinées. 4 d’entre eux d’une même famille originaire du village Haratane, le conducteur d’un camion transportant de l’acier et son assistant ainsi que le conducteur d’un minibus et un passager qui ont essuyé des balles mortelle de la part d’homme armés.

Selon l’agence de presse syrienne, les forces de l’ordre (qui mènent depuis dimanche dernier une opération militaire dans sa province nord , proche de la Turquie, principal passage d’armements et d’insurgés, pour mettre fin aux poches de l’insurrection) pourchassent les bandes armés, dont la milice de l’ASL, dans la province d’Alep, surtout à Haritane où plusieurs insurgés ont été tués ou arrêtés.

Arabs press fait état de 7 insurgés tués, et de grandes quantités d’armes ont été persuisitionnées, et que les miliciens ont signalé y avoir opéré un retrait tactique.

Pour sa part, Syran documents fait part d’une attaque menée contre le commissariat de police Chaar du gouvernorat d’Alep, qui fut suivie par des accrochages au cours desquels un insurgé a été tué et plusieurs autres ont été blessés.

Hama : charges et kidnappings

Les forces de l’ordre ont désamorcé 9 charges explosives dans une maison du quartier Souk-Chajara. Sana fait part du kidnapping de 6 passagers qui se trouvaient à bord d’un minibus d’une société de transport « Adra ».

Idleb: charges explosives et voitures piégées

Une voiture piégée conduite par un kamikaze a explosé dans la région d’Idleb, entre Maarat Naamane et Khan Chaykhoune et les dégâts ont été exclusivement matériels.

Plusieurs accrochages ont eu lieu dans cette région, mais dans plusieurs endroits et occasions : lors d’une attaque par des miliciens d’un barrage de l’armée, lors d’une tentative de fermer la route internationale. Selon Taht Almijhar, les forces de l’ordre ont tué le commandant de ces milices, Bassam Al-Meri, et désamorcé 6 charges explosives de 30 Kg chacune.

Deir Ezzor: 3 miliciens tués

Selon Syrian Documents, des accrochages ont eu lieu à Deir Ezzor entre les forces de l’ordre et les milices, au cours desquels trois insurgés ont été tués.

A Deraa : liquidation encore

Marwane ArafatL’ancien président de la Fédération syrienne de football et figure du sport dans le pays, Marwane Arafat, a été assassiné par des miliciens armés dans la nuit de mardi à mercredi à Deraa, dans le sud de la Syrie, a rapporté l’agence officielle Sana.

“Un groupe terroriste armé a assassiné mardi soir Marwane Arafat entre la frontière avec la Jordanie et la localité de Tiba, dans la région de Deraa”, berceau de la contestation dans le sud de la Syrie, a indiqué de son côté Sana qualifiant son assassinat de “perte pour le sport en Syrie”.

Originaire de Deraa, Marwane Arafat, 67 ans, est un ancien arbitre de football, analyste sportif et journaliste connu.

Selon l’AFP, l’information de son assassinat a été mentionnée par l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (OSDH) lequel a signalé qu’Arafat a été tué par “des hommes armés inconnus” dans la nuit après son retour de Jordanie, et sa femme a été grièvement blessée L’agence officielle syrienne Sana a annoncé pour sa part la libération de quelque 500 détenus “impliqués dans les évènements mais qui n’ont pas de sang sur les mains”, sans autre précision. Elle a aussi affirmé que 27 soldats et éléments des forces de l’ordre syriens ont péri Mardi.


Paris – L’élection du socialiste François Hollande à la présidence de la République française devrait mettre un terme au partenariat clanique à relent affairiste entre la France et le Liban initié par le tandem Rafic Hariri Jacques Chirac, mais le tropisme israélien du parti socialiste de même que la présence au sein du gouvernement de Jean Marc Ayrault de philo sionistes patentés devraient exclure un recentrage substantiel de la diplomatie française à l’égard du Moyen orient.

Une retouche à la marge, pas un chamboulement. Tel est le premier constat qui s’impose avec l’élimination de la vie politique française de Nicolas Sarkozy.

France-Liban-Moyen Orient: Vers la fin d’un partenariat clanique à relent affairiste.

S’y superposant, l’éclipse de l’héritier du clan Hariri, Saad, au profit de Najib Mikati, le nouveau premier ministre sunnite du Liban et la venue d’un nouveau chef du clergé maronite, le patriarche Béchara Rahi, plus réservé que son prédécesseur atlantiste à l’égard des équipées coloniales des pays occidentaux dans le Monde arabe, plaident en faveur d’un tel infléchissement tant au Liban, qu’au-delà, au Moyen-Orient, dans le Golfe, avec le prolongement pétro monarchique de ce partenariat avec le duo Nicolas Sarkozy et le Qatar (1).

La répudiation de ces pratiques anciennes si préjudiciables au bon renom de la France pourrait prendre prétexte de la rotation du personnel politique dans les deux pays. Il tire surtout argument des nouvelles données régionales résultant du passif diplomatique sans pareil généré par la politique erratique de Nicolas Sarkozy dans la zone, amplifié par ce que l’historien américain Paul Kennedy désigne comme «le lent glissement des plaques géopolitiques mondiales».

Nicolas Sarkozy: un champ de ruines diplomatique (2)

Premier dirigeant français de la Vème République à présenter un bilan globalement passif sur le plan diplomatique, Nicolas Sarkozy a laissé à son successeur, à coups d’invectives, un champ de ruines, avec le naufrage du projet phare de sa mandature «l’Union Pour la Méditerranée», le sabordage de sa relation stratégique avec la Turquie, un des acteurs clés au plan régional, l’instauration de la charia talibane en Libye avec l’aide de son compère Bernard Henry Lévy, les avanies en Syrie de son partenaire pétro monarchique, le Qatar, désormais amputé de son joujou français, dessaisi au profit de l’Irak de l’initiative diplomatique arabe, faisant face, de surcroît, à une manœuvre de confinement de l’Arabie saoudite et de Bahreïn, mécontents de son comportement compulsif.

L’élimination des deux partenariats claniques du gaullisme d’entreprise au Moyen Orient, le clan Hariri au Liban et la dynastie du Qatar, tel qu’il a été intensivement pratiqué par le tandem Hariri-Chirac à son arrivée concomitante au pouvoir dans la décennie 1990, devrait marquer un tournant diplomatique français dans la zone et mettre un terme à deux décennies de fric et de frime.

Elle ne porte pas pour autant garantie d’un rééquilibrage de l’approche française en raison des traditions philo-sionistes du parti socialiste français, quand bien même l’on prête au nouveau président socialiste l’intention de faire un geste symbolique à l’égard des anciennes possessions coloniales de la France, notamment l’Algérie en vue d’y gommer la stigmatisation sarkozyste.

De l’expédition de Suez contre Nasser, en 1956, ordonnée par Guy Mollet, aux ratonnades d’Alger par Robert Lacoste (1955-1958), au caillassage de Lionel Jospin à Bir Zeit pour avoir traité de «terroriste» le Hezbollah libanais, l’unique formation politico-militaire du Monde arabe à avoir infligé un double revers militaire à Israël (2000-2006), à l’esplanade David Ben Gourion dédiée par Khoyya Bertrand Delanoë, le Maire de Paris, au fondateur de l’armée israélienne au lendemain de l’attaque navale israélienne contre un convoi humanitaire turc en direction de Gaza…. Le registre est connu et bien tenu (3).

La filiation est lointaine et ne se dément pas, remontant au grand manitou du socialisme français, Léon Blum, qui invoquera son «trop d’amour» pour son pays «pour désavouer l’expansion de la pensée et de la civilisation française», admettant «le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture».

Cette profession de foi surprenante est parue dans le journal «Le Populaire» en date du 17 juillet 1926, sans que ce vénérable humaniste, premier chef du gouvernement socialiste de la France moderne, artisan des premières conquêtes sociales sous le gouvernement du Front Populaire (1936), ne se doute que, lui-même, à son tour, subira, quinze ans plus tard, les lois de l’infériorité raciale de la part de ses compatriotes non coreligionnaires.

Manuel Valls, Pierre Moscovici et Laurent Fabius dans le viseur.

L’éviction de la vie politique française de Dominique Strauss Khan, un des parangons d’Israël, de même que la dérive xénophobe du gouvernement israélien matérialisée par la présence au sein du cabinet de l’ultra droitier Avigdor Libermann, ministre des Affaires étrangères, n’ont pas pour autant réduit la vigueur du tropisme pro israélien au sein de la hiérarchie socialiste en ce que la relève est désormais pleinement assurée par Pierre Moscovici, ancien lieutenant de DSK, et Manuel Valls, un sarkozyste de gauche, dont il a hérité de son poste à Beauvau.

Pierre Moscovici, le directeur de la campagne du candidat socialiste François Hollande, confirme cette filiation en exergue du site israélien JSSnews.com: «Si j’ai adhéré au Parti socialiste, en tant que juif français et socialiste, c’est aussi en pensant à Léon Blum».

Le ministre des Finances et de l’économie a certes pris ses distances avec la libido de son ancien mentor, sans pour autant répudier son credo. Celui qui briguait fortement le Quai d’Orsay, est en effet demeuré fidèle à la philosophie politique de DSK, au nom de la lutte contre l’archaïsme diplomatique français, au diapason du gouvernement israélien, se prononçant en faveur d’une action préventive contre l’Iran, corrélativement à une mansuétude absolue envers Israël nonobstant les violations flagrantes de l’état hébreu de la loi internationale. Le nouveau gouvernement Ayrault comble d’aise d’ailleurs les Français d’Israël en dépit du fait que 92,00 pour cent d’entre eux ont voté pour le rival des socialistes, Nicolas Sarkozy (4).

Quant à Manuel Valls, Valls, lié de son propre aveu, «de manière éternelle à la communauté juive et à Israël », dont, de surcroît, le premier déplacement ministériel en province, le 21 Mai 2012, aura été pour un dîner avec le CRIF PACA Marseille, stigmatise le boycott d’Israël, mais non la phagocytose de la Palestine ou sa rétention des recettes d’exportation des produits de Cisjordanie. Il se place ainsi sur la même longueur que Richard Prasquier, Président du CRIF, dont la tonitruance inconditionnellement pro israélienne s’accommode mal du positionnement qui se veut «normal» du nouveau président français.

La profession de foi de l’ancien directeur de la campagne présidentielle de François Hollande, -lors du lancement du groupe d’amitié avec Israël, le nouveau lobby français pro israélien en pleine campagne présidentielle en avril 2012, «Israël, grande nation parmi les nations»-, a retenti comme une tartarinade démagogique…En résonnance avec ses prises de position xénophobes à Evry, la ville dont il est le maire, dont il souhaitait y implanter,-selon le modèle des colonies israéliennes?- davantage de «white et de blancos» pour y diluer la population bariolée.

Une «présidence irréprochable» présuppose un comportement à l’opposé de celui affiché par le nouveau ministre socialiste de l’Intérieur, désormais particulièrement dans le viseur des organisations anti racistes en raison de ses outrances verbales.

Elle commande, parallèlement, une prise de distance envers le traditionnel interlocuteur de l’Internationale Socialiste dans le Monde arabe, le chef druze Walid Joumblatt, dont les jongleries de saltimbanque, ont déconsidéré et le socialisme et la démocratie dont il est le porte flambeau caricatural auprès des dirigeants occidentaux, de la même manière que l’élimination du tandem Nicolas Sarkozy-Alain Juppé devrait entrainer parallèlement le dépérissement du duo oppositionnel syrien Bourhane Ghalioune Basma Kodmani, sans pour autant modifier la donne syrienne du pouvoir français.

Sans surprise, l’expulsion de l’ambassadeur de Syrie en France et la menace de la saisine de la Cour pénale Internationale, dans la foulée du massacre de Houla,-qui a fait près d‘une centaine de victimes civils, quinze jours après l’entrée en fonction de François Hollande, confirme la pesanteur anti syrienne des socialistes en ce que le nouveau titulaire du Quai d’Orsay Laurent Fabius avait cautionné de sa présence le premier congrès de l’opposition syrienne tenu à Paris, en juin 2010, sous l’égide du philo-sioniste Bernard Henry Lévy et la branche syrienne des Frères Musulmans.

Au-delà de ces considérations, La France dont François Hollande hérite n’est pas la France qu’il a connu au début de la mandature de son ancien rival. L’Egypte et la Tunisie ont basculé hors du giron français, dans le camp hostile au tourisme parasitaire du personnel politique français, la crise bancaire de 2008 qui a volatilisé près de 180 milliards d‘euros du patrimoine français du fait de placements dans de fonds douteux ainsi que la crise systémique de l’endettement européen, devraient considérablement réduire la posture exhibitionniste française.

S’y superposant, la dégradation de la notation économique de la France, la paupérisation croissante de sa population avec les tensions sociales sous-jacentes ont entrainé «un lent mais vaste glissement de ses plaques géopolitiques», selon l’expression de l’historien Paul Kennedy au point de nous faire changer d’ère.

Parmi les forces transformatrices de la géostratégie mondiale, l’historien cite cinq facteurs: la quête d’indépendance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), l’érosion du dollar comme monnaie de référence mondiale, la paralysie du projet européen, l’ascension de l’Asie et la décrépitude des Nations unies.

Le double camouflet infligé à la France et au Qatar dans leur guerre de Syrie, par le véto combiné de la Chine et de la Russie, a constitué à cet égard e un revers significatif à l’hégémonie américaine depuis l’implosion de l’Union soviétique dans la décennie 1990. L’hostilité de trois membres du BRICS (Inde, Afrique du Sud et Brésil) à l’unilatéralisme atlantiste, en traduisant ce nouveau rapport de forces sur le terrain, a témoigné, par contrecoup, de l’égarement de la diplomatie française sous l’impulsion d’Alain Juppé, censé être «le meilleur d’entre nous».

Un activisme contreproductif sanctionné par la déconfiture de l’opposition externe syrienne chapeautée par Paris et par le dégagement du pouvoir du duo Juppé Sarkozy, préalablement à leur homme à abattre Bachar al Assad……..avec en perspective la démission du chef nominal de l’opposition syrienne de nationalité française Bourhane Ghalioune, paravent moderniste à des groupements islamistes.

Le choix de François Hollande a constitué pour plus d’un tiers de son électorat un choix par défaut. Un vote de sanction anti-Sarkozy plutôt qu’un vote d’adhésion à sa personne. Retirer dans ce contexte les troupes d’Afghanistan pour les expédier vers la Syrie serait difficilement justifiable alors que la France, en état de faillite, fait face à une cure de rigueur.

Entonner la rengaine habituelle du parti socialiste en affichant sans retenue un philo-sionisme tapageur comparable à celui de son prédécesseur pourrait lui aliéner la sympathie de larges couches de l’opinion française, sans pour autant que la soumission au Likoud ne lui assure, en retour, de percevoir des dividendes israéliennes, comme son successeur en a fait la triste expérience.
Et plutôt que de se lancer dans une politique déclamatoire, à coups d’effets d’annonce et d’effets de manche, en vue d’abuser son peuple, François Hollande serait avisé de se donner les moyens de sa politique faute d’être réduit à la politique de ses moyens.

De s’engager, dans une zone en transition, sur la voie d’une résolution durable des problèmes lancinants qui gangrènent la relation euro-arabe, notamment la dénucléarisation du Moyen Orient, la claire délimitation des zones de prospection pétrolière dans le triangle Liban Chypre Israël, une claire reconnaissance des éléments représentatifs de la société arabe aussi bien le Hamas palestinien que le Hezbollah libanais, enfin, dernier et non le moindre, un règlement équitable du conflit israélo arabe, véritable test de crédibilité de la nouvelle diplomatique française en ce que l’affaire palestinienne est la résultante du jeu trouble des puissances occidentale dans leur découpage arbitraire de la zone, à l’origine de la désaffection croissante du Monde arabe à l’égard des Occidentaux.

En un mot d’engager un patient travail de cicatrisation des plaies béantes générées par la véhémence de celui qui a incarné mieux que tout plus que personne, la fonction de tête de pont sur le théâtre européen de l’axe israélo-américain, en sa qualité de «premier président de sang mêlé» de France, dont le zèle compensatoire en a fait le plus détesté du monde arabe dans l’histoire de la Vme République.

Références

1-Pour aller plus loin sur le partenariat clanique du tandem Hariri Chirac cf. à ce propos
-http://www.renenaba.com/chirac-hariri-l%E2%80%99implosion-du-couple-vedette-de-la-politique-moyen-orientale-de-la-decennie-1990/
Et sur la relation entre Nicolas Sarkozy et le Qatar cf. à ce propos http://www.renenaba.com/libye-le-zele-de-la-france-en-suspicion

2- Bilan de Nicolas Sarkozy sur le plan interne, selon la Fondation terre Nova (proche du Parti Socialiste). Nicolas Sarkozy est «le recordman de la hausse la plus brutale du taux de chômage depuis trente ans ». A 8,1% en 2007, le taux devrait être autour de 10% en 2012, selon les dernières prévisions de l’Insee. La baisse des moyens consacrés à la lutte contre le chômage s’est accélérée depuis 2008 (-10,5% entre 2010 et 2011 et -11,3% entre 2011 et 2012), pointe Terra Nova. Le think tank estime que certaines mesures, comme la défiscalisation des heures supplémentaires ont eu des effets néfastes sur l’emploi en période de crise. La dette publique a explosé de 600 milliards d’euros, alors que, parallèlement, les cadeaux fiscaux se sont élevés à 75 milliards d’euros et que 350.000 emplois industriels ont été détruits, générant 337.000 pauvres supplémentaires.

3- A propos du contexte de l’inauguration de l’esplanade David Ben Gourion à Paris cf lettre ouverte à Bertrand Delanoê par René Naba http://www.renenaba.com/lettre-ouverte-a-bertrand-delanoe/

4– Le gouvernement Ayrault satisfait les Français d’Israël http://jssnews.com/2012/05/16/ayrault1/

La presse n’a fait aucune investigation, se contentant de prendre pour argent comptant la version officielle. Or, il sautait aux yeux que Mohamed Merah avait été manipulé par les services de renseignements français. L’infiltration de groupes, incriminée dans cet article, est une pratique courante, tout particulièrement en France, aux États-Unis, en Grande Bretagne, en Allemagne. On incite des jeunes, qui ignorent tout des pratiques de la “stratégie de tension”, à préparer des actions criminelles ; ceux qui les y poussent sont des agents des services de renseignements ; on appelle cela “opération sous faux drapeau”. (Silvia Cattori)

Deux vidéos, tournées par le présumé « tueur au scooter » peu avant d’être abattu, dans lesquelles il accusait un de ses amis de l’avoir manipulé pour le compte des services français, et qui sont entre les mains des avocates du père Merah, sont aujourd’hui demandées par la justice française.

Mohamed Merah, qui a assassiné sept personnes en mars dans le sud de la France, affirmait dans ces enregistrements, juste avant sa mort, avoir découvert qu’un de ses amis, qu’il pensait être un djihadiste, était un agent des services français.

« Je suis innocent. Je découvre que mon meilleur ami Zouheir travaille pour les services secrets français », entend-on Merah, 23 ans, dire dans cette vidéo-testament où il se filme lui-même peu avant d’être tué par la police, selon une traduction en arabe de ses propos publiée par le quotidien arabophone Echourouk et traduite en français par l’AFP.

Ce « Zouheir », selon le même journal, faisait partie de l’équipe qui tentait alors de négocier sa reddition alors qu’il était enfermé dans son appartement à Toulouse (sud-ouest de la France), assiégé par les forces de sécurité.

Un capitaine des services français

« Tu m’as envoyé en Irak, au Pakistan et en Syrie pour aider les musulmans. Et tu te révèles finalement un criminel et un capitaine des services français. J’aurais jamais cru ça », lance Merah à l’adresse de « Zouheir ». « Va en enfer espèce de traître », ajoute-t-il. « Vous allez me tuer sans aucune raison. C’est vous qui m’avez entraîné dans cette situation. Je ne te pardonnerai jamais » . « Zouheir », un traître « à sa religion et à sa race » ajoute Merah, alors que le Zouheir lui répond qu’« on ne le touchera pas » et que son dossier est entre les mains de son « supérieur ».

Merah parle alors à un autre responsable du renseignement français, également identifié. Et ce dernier tente aussi de le convaincre, tout comme un religieux qui se présente comme Cheikh Abou Ishak de Toulouse. Mais le forcené, blessé au bras, reste méfiant. « Vous voulez me tuer, vous ne voulez pas que je reste vivant. Pourquoi ça ? », lance-t-il encore, déclarant un peu plus tard : « je ne sortirai d’ici que mort pour aller au paradis. Allahou Akbar ».

L’avocate française Isabelle Coutant-Peyre, qui assiste l’avocate algérienne de la famille Merah, a confirmé à l’AFP la substance du contenu des documents.

La transcription est identique

« Je confirme que, mis à part le choix des mots par le traducteur, (cette transcription) est identique » à celle dont elle dit avoir eu connaissance, a déclaré Isabelle Coutant-Peyre. « Sinon, je valide ». À Alger, l’avocate Zahia Mokhtari, qui a toujours évoqué l’existence de deux vidéos en possession du père de Mohamed Merah, a déclaré à l’AFP qu’Echourouk avait « publié la transcription des vidéos faite par des juristes », sans plus de précisions quant à leur origine.

Le parquet de Paris a, de son côté, annoncé avoir demandé communication de ces enregistrements vidéo, cités dans la plainte pour meurtre déposée lundi par le père de Mohamed Merah et visant implicitement la police française.

Le parquet a demandé par télécopie vers 10 heures à Isabelle Coutant-Peyre la transmission des enregistrements évoqués dans la plainte et n’avait reçu aucune réponse en fin d’après-midi.

Le père de Merah, Mohamed Benallel Merah, résidant en Algérie, a déposé plainte lundi pour « meurtre » contre la hiérarchie de la police française ayant donné l’ordre de lancer l’assaut au cours duquel son fils a été tué.

Zahia Mokhtari affirme que les vidéos en possession de la famille apportent la preuve de « la liquidation » de Mohamed Merah. Me Coutant-Peyre a précisé lundi que ces vidéos seraient « mises à disposition des autorités quand elles en feront la requête ».

Lila Ghali
Algérie 1.com, 12 juin 2012.

 

Les États-Unis bafouent le droit à un juge

juin 13th, 2012 by Maître Gilles Devers

Sept personnes détenues à Guantanamo depuis 10 ans et jamais inculpées viennent de voir la Cour suprême, abandonnant sa propre jurisprudence, refuser d’examiner leur cas.

Ils sont sept détenus de Guantanamo, répondant aux noms de Latif, Al-Bihani, Uthman, Almerfedi, Al-Kandari, Al-Madhouani et Aloui. Ils sont détenus depuis des années – entre sept et dix ans – et vous doutez bien que leur cas sont graves et les charges accablantes. Eh bien non, et c’est tout le problème. Leurs dossiers sont vides. Rien de rien de rien. Même pas le moindre indice pour justifier qu’une inculpation montrant un lien quelconque avec un groupe terroriste. Pas d’accusation, mais l’administration Obama estime qu’il faut les garder en détention à vie. C’est un scandale absolu : les autorités militaires elles-mêmes ont estimé que 87 détenus étaient « libérables », mais ni les juges, ni les autorités administratives ne donnent suite.

Leur problème est finalement assez simple :

-       Aucun juge pour les accuser, car il n’y a aucune charge contre eux ;

-       Aucun juge pour les libérer ;

-       Aucun juge pour statuer sur ces violations du droit.

Dans l’affaire « Boumediene contre Bush », jugée le 12 juin 2008, la Cour suprême avait reconnu que les détenus avaient droit de représenter une requête devant un juge fédéral pour qu’il soit statué sur le respect de leurs droits fondamentaux : droit de connaître l’accusation, droit de ne pas être détenu sans accusation, droit de ne pas être accusé sans preuve, doit d’être interrogé sans recours à la torture, droit de contester devant un juge les mesures atteignant les libertés fondamentales. Cet arrêt avait été considéré comme une grande avancée, alors que c’était tout de même la moindre des choses. Mais, voilà, cet arrêt est resté sans suite.   

Les sept détenus avaient formé les recours, passant patiemment toutes les étapes procédurales, pour se voir systématiquement opposer des refus d’examiner leurs demandes.

Leur cas a enfin été porté devant la Cour suprême, visant les droits fondamentaux et l’arrêt  « Boumediene contre Bush » du 12 juin 2008.

Obama, au nom de l’Etat fédéral, s’est opposé à ces demandes, soutenant que la justice n’avait pas à examiner ces requêtes.

Hier lundi, la Cour suprême a suivi l’argumentaire d’Obama et a refusé d’examiner les sept recours, sans exposer le moindre motif.

Pour les 169 personnes encore détenues à Guantanamo, les voies judiciaires s’arrêtent donc à cour d’appel de Washington. Or, cette cour ne respecte pas l’arrêt « Boumediene contre Bush », et a refusé de libérer les détenus restant sans accusation. Et c’est justement pour cela que les détenus avaient saisi la Cour suprême.

Le Centre pour les Droits Constitutionnels (CCR), dont des avocats défendent plusieurs détenus de Guantanamo, analyse dans un communiqué : « La Cour abandonne sa promesse formulée dans son propre jugement. Cette décision laisse le sort des détenus entre les mains d’une cour d’appel de Washington hostile, qui a levé des barrières juridiques innombrables et injustifiées, rendant presque impossible pour un détenu de gagner », estime aussi le CCR, dans un communiqué. L’un des avocats, Adam Thurschwell, ajoute : « La Cour de Washington s’est montrée acharnée dans son déni des droits des détenus de Guantanamo et maintenant la Cour suprême lui laisse les rênes pour continuer sur cette voie ».

Les Etats-Unis, qui dominent le monde de leur force armée et donnent des leçons sur les valeurs au monde entier, ne sont que des voyous internationaux. Leur impunité tient à un motif simple : ils refusent tout contrôle juridictionnel. Cour Pénale Internationale, Comité des Droits de l’Homme de l’ONU, Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme…, c’est bon pour les autres, mais pas pour eux. Ils pourraient prendre exemple sur la Russie, qui accepte de se soumette à la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Sacré Obama qui en janvier 2009 avait signé la fermeture de Guantanamo… Le Prix Nobel de la Paix a renié sa signature et actuellement se passionne pour les assassinats ciblés, effectués dans des pays étrangers à partir de drones… Comment dit-il, déjà, le cow-boy ? Ah oui : Justice has been done…

Un sacré farceur entrouré d’autres sacrés farceurs.

La place Tahrir et sa démocratie

juin 13th, 2012 by Ahmed Bensaada

Première partie :


Égypte : la grande désillusion des révoltés de la place Tahrir

- par Ahmed Bensaada – 2012-06-07

D’un banal et assez quelconque lieu continuellement bondé d’autobus et de vendeurs en tous genres, la place Tahrir s’est métamorphosée, l’espace d’un « printemps » hivernal, en épicentre de l’effervescence sociale « démocratisante » de l’Égypte. Les différentes manifestations populaires qui s’y sont déroulées début 2011 ont démontré que l’idéologie de résistance non violente, théorisée par Gene Sharp, jumelée à une application pratique des concepts acquise grâce aux formations du « Center for Applied Non Violent Action and Strategies » (CANVAS, Belgrade) est d’une redoutable efficacité dans la déstabilisation des régimes autocratiques [1]. Les jeunes cyberactivistes et militants « pro-démocratie » égyptiens formés par des organismes d’ « exportation » de la démocratie (en particulier américains) ont su efficacement combiner la puissance des réseaux sociaux dans la mobilisation des foules dans l’espace virtuel et l’application stricte, dans l’espace réel, des « méthodes d’actions non violente » clairement établies par CANVAS. Le président Moubarak en a fait les frais : il a été chassé par les « révoltés » de la place Tahrir après trois décennies de pouvoir sans partage. Gene Sharp a lui-même déclaré qu’il était particulièrement fier de ce que les cyberdissidents égyptiens avaient réalisé [2].

Mais, depuis cette historique journée du 11 février 2011 qui a vu le déboulonnage du raïs, les succès du camp « révolutionnaire » se sont faits plutôt rares, malgré le bouillonnement quasi-permanent de la place Tahrir. Jugez-en. Des résultats décevants aux législatives balayées par les islamistes [3], un taux d’abstention très élevé témoignant d’une forte démobilisation de la population, l’absence de femmes et de coptes dans la liste des candidats briguant la magistrature suprême, l’abdication de Mohamed El Baradei, leur candidat à ce poste et, surtout, le mauvais classement au premier tour des présidentielles des trois candidats sur lesquels ils se sont rabattus: Hamdine Sabbahi, Abdel Moneim Abou El-Foutouh et Khaled Ali [4].

Le premier tour des élections présidentielles ayant donné le résultat inattendu de la confrontation entre Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans et Ahmed Chafik, le dernier premier ministre de Moubarak, les militants « pro-démocratie » se sont sentis dépossédés de « leur révolution ». Tous les moyens étaient alors bons pour recouvrer leur « bien » quels que soient les moyens utilisés.

Certains d’entre eux ont prôné le boycott du second tour pour délégitimer l’élection du futur président, alors que d’autres ont avancé une alliance avec les Frères musulmans moyennant quelques ententes. Mais la plus surprenante idée qui a émergé de la mythique place Tahrir est celle de l’arrêt du processus électoral et de la création d’un « conseil présidentiel civil » [5]. Cette proposition, antidémocratique voire purement réactionnaire, a fait couler beaucoup d’encre dans le pays et a alimenté de nombreux débats contradictoires. Suggérée par les trois candidats malheureux du premier tour (cités précédemment) et soutenue par le camp « révolutionnaire », elle proposait même, selon certains, l’incorporation du candidat de prédilection des jeunes cyberactivistes, Mohamed El Baradei. La déclaration commune rédigée par le triumvirat a été conjointement signée par de nombreux petits partis dits « progressistes » et le célèbre « Mouvement du 6 avril » [6] constitué de cyberactivistes qui ont été à l’origine de la révolte de la rue égyptienne [7].

Cette idée de « conseil », rejetée du revers de la main par Mohamed Morsi et sa confrérie, n’a pas fait long feu et a finalement périclité [8]. 

Mais comment expliquer que des militants qui se vantent d’être « pro-démocratie », qui ont combattu le régime autocratique de Moubarak, qui prônent la création d’un état de droit respectueux des institutions puissent appeler à l’arrêt d’un processus électoral, pierre angulaire de la démocratie, et à la constitution d’un conseil fantoche dès lors qu’ils sont désavoués par les urnes?

De quelle démocratie parle-t-on lorsqu’on accepte la candidature de Chafik, ancien cacique du régime honni, au lieu de s’y opposer quitte à ne pas prendre part aux élections si elle est maintenue, et puis ensuite vouloir changer les règles du jeu au cours de la partie?

Quelle légitimité aurait eu un conseil présidentiel formé par des candidats nettement battus au premier tour alors que ceux qui ont été démocratiquement désignés par la première élection présidentielle libre [9] du pays sont écartés?

Ou bien le camp « pro-démocratie » serait-il en tain d’utiliser les techniques qu’il maîtrise le mieux, c’est-à-dire la mobilisation des foules sur la place Tahrir, pour imposer à l’Égypte son propre agenda, en faisant fi de la volonté du peuple qui s’est quand même manifestée contre eux à deux reprises?

Tiraillé entre l’état religieux de Morsi et l’état militaire de Chafik et arbitré par un camp « révolutionnaire » surfant sur une démocratie « de circonstance », l’avenir politique de l’Égypte est voué à d’évidentes dissensions.

À moins que, dans un sursaut patriotique, les forces politiques en présence ne s’en tiennent qu’aux résultats des urnes, mettent leurs intérêts partisans en veilleuse et s’attèlent à la construction d’un projet national rassembleur, centré sur le respect de chaque Égyptien et dans lequel le vivre-ensemble ne sera pas un vain mot.

Expurgée de ses autobus, de ses vendeurs en tous genres mais aussi de certains militants qui la squattent et qui pensent que la démocratie n’est bonne que lorsqu’elle donne raison à leur camp, la place Tahrir aura alors conquis ses lettres de noblesse.

Ahmed Bensaada

Montréal, le 12 juin 2012

http://www.ahmedbensaada.com/
 

Suite (Troisième partie):


Égypte : des élections présidentielles sous haute influence

- par Ahmed Bensaada – 2012-06-28

Références

1.        Ahmed Bensaada, « Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe », Éditions Michel Brûlé, Montréal (2011) ; Éditions Synergie, Alger (2012).

2.        Aimée Kligman, « Why is Gene Sharp credited for Egypt’s revolution? », Examiner, 5 mars 2011, http://www.examiner.com/article/why-is-gene-sharp-credited-for-egypt-s-revolution

3.        Benjamin Barthe, « La grande solitude des progressistes », Le Monde, 2 décembre 2011, http://egypte.blog.lemonde.fr/2011/12/02/la-grande-solitude-des-progressistes/

4.        Ahmed Bensaada, « Égypte : la grande désillusion des révoltés de la place Tahrir », Le Quotidien d’Oran, 7 juin 2012, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=181:egypte-la-grande-desillusion-des-revoltes-de-la-place-tahrir&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119

5.        Courrier International, « Le futur président déjà contesté », 6 juin 2012, http://www.courrierinternational.com/article/2012/06/06/le-futur-presidentdeja-conteste

6.        Essafir, « Les forces révolutionnaires pressent Chafik et ne s’entendent pas avec Morsi », 5 juin 2012, http://m.assafir.com/content/1338856395354954700/first

7.        Ahmed Bensaada, « Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe », Op. Cit.

8.        Nile International, « Égypte: Le PLJ rejette la création d’un conseil présidentiel », 4 juin 2012, http://www.nileinternational.net/fr/full_story.php?ID=48733

9.        De l’avis de tous les observateurs, et même de celui du  camp « révolutionnaire » avant la promulgation des résultats.  

Les Etats-Unis doivent se défendre de ceux qui les attaquent, déclare le secrétaire à la défense Leon Panetta, rejetant les protestations sur les attaques croissantes de drones étasuniens au Pakistan. Selon Panetta, les Pakistanais doivent comprendre que les « Predators » sont là aussi pour leur bien : ils volent au dessus de leurs têtes, téléguidés depuis les Usa à plus de 10mille kilomètres de distance, pour frapper avec leurs missiles « Feu de l’enfer » les dangereux terroristes nichés en territoire pakistanais. Conclusion opposée, après une visite au Pakistan, de Navi Pillay, Haut Commissaire Onu pour les droits de l’homme : les attaques par drones, qui ont lieu en moyenne tous les quatre jours, « provoquent les morts indiscriminées de civils, qui constituent une violation des droits humains ». Elles soulèvent en outre de graves questions de droit international, en ceci qu’elles sont menées « en dehors de tout mécanisme de contrôle civil ou militaire ». Pillay demande donc l’ouverture d’une enquête officielle. Accusation sèchement rejetée par le président Obama, lequel assure que les attaques par drones –effectuées aussi en Afghanistan, Irak, Yémen, Somalie et autres pays- « ne provoquent pas de grosses pertes civiles ».  Elles sont en fait « tenues sous contrôle très étroit ». Personne n’en doute.

Comme le  rapporte le New York Times, c’est le Président lui-même qui effectue les « nomination top secret » des présumés terroristes à tuer, pour la majeure partie avec des attaques de drones. La « kill list »  -comprenant des personnes du monde entier qui, jugées nocives pour les Etats-Unis et leurs intérêts, sont condamnées secrètement à mort sous l’accusation de terrorisme- est mise à jour chaque semaine par « le plus étrange des rituels bureaucratiques » : la téléconférence, gérée par le Pentagone, de plus de cent responsables de la « sécurité nationale », lesquels retirent les fiches des tués et en ajoutent d’autres dans une sorte de jeu macabre qu’un fonctionnaire compare à celui des figurines des champions de base-ball. La liste est ensuite soumise au président pour approbation. Surtout quand « en même temps que le terroriste, qui sera touché par le drone, il y aura sa famille », « l’évaluation morale finale » revient au Président. Quand celui-ci a donné son autorisation, l’opérateur, commodément installé aux Etats-Unis à sa console de commande du drone, lance les missiles contre cette maison au Pakistan, indiquée comme refuge du terroriste. De toutes façons, dans l’explosion, les enfants ne se voient pas. Voici ce qu’est la « guerre non conventionnelle » menée par l’administration Obama. On développe pour elle des drones de plus en plus sophistiqués : comme celui à propulsion nucléaire, en mesure de voler de façon ininterrompue pendant des mois, et un petit « drone kamikaze » qui plombe sur l’objectif en le détruisant avec sa charge explosive. Des affaires en or pour les industries constructrices (General Atomics, Northrop Grumman et autres) : le Pentagone a décidé d’augmenter de 30% sa flotte actuelle de 7.500 drones, en dépensant 32 milliards de dollars. L’Italie participera à la dépense de 4 milliards de dollars pour cinq drones made in Usa, déployés par l’Otan à Sigonella (Sicile), et achètera des missiles et des bombes de précision pour ses propres drones, eux aussi made in Usa. Cela, souligne le Pentagone, servira à « protéger » non seulement l’Italie mais aussi les Etats-Unis.

À quand la « kill list » italienne ?

 

«Désolée, Vous êtes sur la «kill list»

Edition de mardi 12 juin 2012 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120612/manip2pg/14/manip2pz/324167/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste au quotidien italien il manifesto.

Syrie ou le message d’un missile russe…

juin 13th, 2012 by Amin Hoteit

Il est désormais certain que la dite « crise syrienne », qui dès le départ nous a paru être une guerre mondiale contre la Syrie, est devenue un problème universel autour duquel le monde s’est divisé en deux camps : le camp occidental qui a planifié, commandité, et dirigé l’agression par des mercenaires arabes ou régionaux, du moins jusqu’ici ; et le camp adverse qui s’est coalisé par la force de ses propres objectifs  stratégiques.

Ce dernier  a formé un groupe international  qui considère que la réussite des projets de l’Occident en Syrie signifierait la chute de toute la région sous l’emprise d’un néo-colonialisme qui anéantirait toute velléité de liberté et  d’indépendance. Le conflit est donc clair entre un agresseur aux ordres des USA et un défenseur qui s’organise par une distribution coordonnée des rôles à chacun des membres de son organisation stratégique, en fonction de leur capacité et de leur efficacité  à repousser l’agression.

1. Plus le temps passe et plus les constantes de cette confrontation deviennent évidentes. Au terme d’un peu plus de quinze mois, elles peuvent être résumées comme suit :

1.1. Les capacités de défense des défenseurs sont supérieures aux capacités d’attaque des agresseurs. En effet, compte tenu du potentiel de chacun des deux camps, le succès du camp agresseur pour atteindre ses objectifs en Syrie et redessiner la région de telle sorte qu’elle puisse se conformer aux intérêts des États-Unis et du sionisme, est devenu impossible. Par conséquent, entendre le camp des   agresseurs répéter à l’envi : « Le président syrien doit s’en aller »… « Il faut qu’il cède le pouvoir à un gouvernement civil de transition »… « Il faut une transition pacifique du pouvoir »… ne témoigne que du ridicule et de l’ironie de la situation ; parce qu’il se comporte en vainqueur alors qu’il est vaincu et que, jusqu’à présent,  son agression ne lui a rapporté que ses propres crimes qui ont coûté la vie à des Syriens innocents… à moins qu’il ne considère la criminalité comme une victoire !

1.2. La désintégration et l’affaissement du système des agresseurs alors que la cohésion du système des défenseurs parait de plus en plus solide, chacun de ses membres estimant que la question syrienne le concerne directement ; ce qui explique leurs prises de position de plus en plus fermes contre toute atteinte ou intervention étrangère en Syrie et sous n’importe quel prétexte qui nécessiterait l’usage de la force, notamment par adoption d’une résolution en vertu du Chapitre VII. Les États-Unis sont, peut-être, sur le point de comprendre cet état des choses, surtout depuis la dernière prise de position russe. Seuls les « ourbans du pétrole » restent sourds devant l’évidence et refusent de comprendre. C’est pourquoi, avec le Secrétaire général [malencontreusement dénommé « Al-Arabi »] de la Ligue pétrolière prétendument concernée par la « Cause arabe »,  ils persistent à tenter et à exiger que la « question syrienne » soit soumise au fameux Chapitre VII. Mais, en l’occurrence, leurs appels ne seront pas entendus à travers la porte définitivement scellée du Conseil de sécurité.

1.3. En plus de ce qui précède, il est important de constater que chacun de ces deux camps rassemble et exhibe ses forces dans le but de précipiter l’heure décisive et d’y mettre fin de manière à ce qu’elle lui soit favorable.  En effet :

 

1.3.1. Le camp des agresseurs, comme nous l’avons précédemment écrit [1], a organisé des manœuvres militaires de grande envergure en Jordanie sous la dénomination « le lion en alerte », après avoir recruté l’ensemble des forces qui pourraient jouer un rôle lors de sa future intervention militaire en Syrie. Il a très généreusement inondé sa prétendue « opposition syrienne » d’armes de toutes sortes, et de toutes technologies, pour assurer aux terroristes mercenaires qui lui sont inféodés les moyens de commettre leurs méfaits. Il a chargé les observateurs internationaux de recueillir les renseignements utiles et de mener l’enquête qui favoriserait son intervention militaire à venir.  Il a  décidé d’étrangler les médias syriens pour créer les conditions favorables  à son opération militaire, qu’il suggère très proche avec ou sans résolution du Conseil de sécurité. Pour finir, voici que des manœuvres israéliennes se mettent en branle pour, dit-on, passer le message d’une attaque sur les bastions du Hezbollah !

1.3.2.  Le camp des défenseurs, après avoir résisté en absorbant les chocs depuis le début de l’agression et après avoir laissé le temps à la Syrie pour qu’elle puisse réaliser ses réformes, se met lui aussi à rassembler et à exhiber ses forces pour renforcer sa défense et confirmer ses acquis. Ainsi, et suite au succès des élections législatives syriennes, est venue la décision ferme et définitive de combattre le terrorisme sans relâche ; suivi du « test surprise » correspondant au tir de missiles balistiques intercontinentaux russes [2], lequel a semé la confusion dans le camp adverse qui a bien compris le sérieux du  nouveau message militaire signifiant que les décisions politiques déclarées par Moscou, à l’intérieur et à l’extérieur du Conseil de sécurité, reposent sur une puissance militaire réelle et prête à intervenir en cas d’agression. Un projet de manœuvres militaires communes à  quelques pays membres de cette organisation défensive n’a pas tardé à être envisagé. Quant au plan d’étranglement des  médias syriens, il a échoué avant même sa mise à exécution par la prise de mesures adaptées aux circonstances et capables de protéger le droit de la Syrie à faire entendre sa vérité.

2.  Dans ces conditions, la question qui se pose concerne le  devenir de  cette crise mondiale révélée par la soi-disant crise syrienne : le monde est-il à la veille d’une confrontation militaire globale, ou bien, est ce que ces démonstrations de force ne sont là que pour servir d’atouts lors de futures négociations ? Or, en matière de guerres, il est raisonnablement impossible de lancer une attaque avant de s’assurer de deux éléments : le premier correspond à la possibilité de réaliser l’exploit escompté tout en amenant l’adversaire à l’effondrement ou à une sorte de dépression ou d’égarement ; le second correspond  à la capacité à transformer une victoire  militaire en victoire politique qui puisse permettre d’ancrer, de conserver et d’exploiter la victoire. Dans certains cas, un troisième élément est à prendre en compte et correspond à ce que l’attaquant peut supporter comme pertes potentielles suite à la confrontation. Si nous appliquons ces règles immuables au camp des agresseurs, nous constatons que :

2.1. Dans le domaine de la guerre conventionnelle, les forces militaires essentielles à ce camp [l’OTAN] sortent de deux décennies décevantes qui ont épuisé leur économie au point qu’elles ne peuvent envisager une nouvelle guerre, alors que le camp adverse a des capacités militaires défensives qu’il leur serait extrêmement difficile de vaincre ; ce qui nous amène à laisser tomber l’éventualité d’une intervention militaire justifiée ou non par une résolution du Conseil de sécurité.

2.2. Dans le domaine de la guérilla et des opérations terroristes en cours, alimentées et dirigées par le camp des agresseurs qui poussent à l’escalade des violences et à leur généralisation à tout le territoire syrien et notamment aux grandes villes [Damas et Alep], le battage médiatique et les possibilités des agresseurs sont en deçà du seuil nécessaire à la réalisation de leur projet. En revanche, il est désormais très clair que la prochaine étape de la lutte contre ce terrorisme sera différente des précédentes, notamment parce que depuis la formation du nouveau gouvernement issu d’élections parlementaires libres il ne sera plus question d’opposer des lignes rouges infranchissables aux forces militaires syriennes et de les empêcher de faire ce qui doit être fait. Il ne sera plus possible au terrorisme médiatique et aux politiques du camp des agresseurs, qui sont derrière les massacres, de continuer leurs frauduleuses campagnes accusant l’État syrien de leurs propres crimes. Il ne sera plus acceptable que la mission des observateurs internationaux serve à intensifier les opérations criminelles, mission désormais sujette à caution vu ses manquements volontaires ou involontaires à dire la vérité !

2.3. Quant au reste, il nous suffit de rappeler l’impossibilité pour Israël de mettre en place une organisation défensive qui protégerait son front intérieur. Il brûle d’impatience pour attaquer l’Iran en plus de toutes les menaces qu’il ne cesse d’alimenter contre son programme nucléaire. Ce simple rappel suffit pour comprendre que le camp des agresseurs est incapable de supporter la réaction possible à son agression.

3. Par conséquent, nous pouvons déduire que la guerre militaire contre la Syrie est très peu probable ; que la guerre terroriste ne permettra pas à l’agresseur d’atteindre ses objectifs mais, qu’au contraire, elle lui imposera des pertes qui l’useront  même si cela doit prendre un certain temps. À ce stade, nous pouvons revenir à la  question posée plus haut : pourquoi un tel rassemblement des forces ?

A notre avis la réponse réside dans le fait que le camp agresseur, qui a constaté son échec, sait que la seule issue qui lui reste passe par une solution négociée et pacifique, mais il sait aussi que celui qui s’installe à la table des négociations ne reçoit qu’une part proportionnelle à ce qu’il a acquis sur le terrain et aux cartes qu’il tient dans sa main ; ce qui explique qu’il tente d’en rassembler un maximum pour que sa défaite devienne tolérable, maintenant que sa victoire en Syrie est entrée dans le domaine de la fiction et que la Russie a lancé ses invitations aux négociations selon un code compréhensible par toute personne qui connait le protocole : un missile qui lève les doutes, dissipe les délires, et ouvre la voie à la paix ! Ainsi, le Président Bachar Al-Assad aura offert à son père l’équilibre stratégique pour lequel il a toujours œuvré et dont il a toujours rêvé, en commémoration du dixième anniversaire de sa mort.

Dr Amin Hoteit

11/06/2012

Article original en arabe :

http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/amine-hoteit-hh-3403.htm

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca
 

[1] Syrie: Manœuvres militaires en Jordanie…simple message ou signes avant-coureurs d’une opération militaire conjointe de 19 pays

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=31016

[2] Missile balistique nucléaire intercontinentale Russe

http://www.youtube.com/watch?v=z_DSoDapBSk

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

La police de Montréal a procédé à 34 arrestations dites «préventives» lors de la fin de semaine du Grand Prix de Formule 1.
Photo : La Presse canadienne (photo) Peter Mccabe

La police de Montréal a procédé à 34 arrestations dites «préventives» lors de la fin de semaine du Grand Prix de Formule 1.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a procédé à 34 arrestations « préventives » cette fin de semaine en marge du Grand Prix de Montréal, en plus de multiplier les contrôles d’identité et les fouilles dans le métro et sur le site du Grand Prix.

Ce faisant, le SPVM suggère que des arrestations peuvent être effectuées en vertu de l’article 31 du Code criminel sans que celles-ci aboutissent au dépôt d’accusations. Non seulement sommes-nous d’avis que le Code criminel ne permet pas les arrestations préventives, mais nous sommes aussi très inquiètes de constater que les policiers ne cessent de multiplier le recours à de telles mesures au Canada ces dernières années, et ce, comme s’il agissait de la chose la plus normale du monde dans une société démocratique.

Assistons-nous à la montée d’un État préventif ?
 

L’article 31 du Code criminel

Conformément à l’article 31, un « agent de la paix qui est témoin d’une violation de la paix, comme toute personne qui lui prête légalement main-forte, est fondé à arrêter un individu qu’il trouve en train de commettre la violation de la paix ou qu’il croit, pour des motifs raisonnables, être sur le point d’y prendre part ou de la renouveler ».

Selon l’arrêt de principe Brown c. Durham Regional Police Force de la Cour d’appel de l’Ontario, l’article 31 du Code criminel ne permet pas une arrestation pour une violation de la paix appréhendée. Un acte criminel doit avoir été commis ou encore être sur le point d’être commis.

De plus, même s’il existe en vertu de la common law une forme de pouvoir d’arrestation préventive pour assurer la sécurité du public, celui-ci est extrêmement limité : la violation appréhendée doit être imminente, fondée et le risque qu’elle se matérialise doit être réel et substantiel. Ce pouvoir doit en outre être exercé dans le respect des droits fondamentaux des personnes, comme le droit à la liberté d’expression, à la liberté d’association et de réunion pacifique. Pour paraphraser les tribunaux, nous avons besoin de nous sentir en sécurité, mais nous devons, avant tout, être libres.

Les tribunaux ont eu l’occasion de se prononcer récemment sur les arrestations préventives dans le cadre des arrestations de masse survenues lors de la tenue du sommet du G20 à Toronto. Par exemple, dans l’arrêt Puddy, la Cour provinciale de l’Ontario a indiqué que procéder à des arrestations préventives dans le cadre de manifestations revient tout simplement à pénaliser la dissidence. La Cour ajoute qu’il peut s’agir d’une forme de détournement du message politique des personnes qui ont le droit de manifester pacifiquement en discréditant ce message et le délégitimant par des arrestations de masse.

Chargé d’enquêter sur les événements du G20, le Bureau du directeur indépendant de l’examen de la police de l’Ontario a aussi précisé que des arrestations préventives ne peuvent être effectuées en vertu de la common law que dans des conditions précises : elles doivent reposer sur des fondements objectifs qui permettent de croire qu’une violation de la paix sera commise, c’est-à-dire, que l’on a des motifs raisonnables de croire qu’il existe un « risque réel de préjudice imminent ».

Ainsi, bien qu’il s’agisse toujours d’une question de fait, les policiers ne peuvent donc pas arrêter préventivement des gens simplement parce qu’ils circulent sur le site du Grand Prix, portent un carré rouge ou expriment leur dissidence, et ce, sans qu’un acte criminel ait été commis ou sans que les policiers aient des motifs raisonnables de croire qu’une violation de la paix est imminente.

Des critiques internationales

Depuis plus de dix ans, le Canada fait l’objet de vives critiques concernant son recours à des arrestations de masse et, plus récemment, à des arrestations préventives dans le cadre de manifestations pacifiques. En 2006, le Comité des droits de l’homme de l’ONU s’est dit préoccupé « par les renseignements selon lesquels la police, en particulier dans la Ville de Montréal, aurait procédé à des arrestations massives de manifestants ». La Commission interaméricaine des droits de l’homme de l’Organisation des États américains ajoute, en se référant au Comité des droits de l’ONU, que « [les États] devrai[en]t veiller à ce que le droit de chacun de participer pacifiquement à des manifestations de protestation sociale soit respecté et à ce que seuls ceux qui ont commis des infractions pénales au cours des manifestations soient arrêtés ».

Récemment, le Barreau du Québec a aussi remis en question la légalité des arrestations préventives dans une lettre envoyée au premier ministre Stephen Harper demandant la tenue d’une enquête publique indépendante sur les événements du G-20.

Les arrestations préventives, alors qu’aucun acte criminel n’a été commis ou alors qu’une violation de la paix n’est pas imminente, sont illégales et arbitraires. Elles sont susceptibles de porter directement atteinte aux droits fondamentaux protégés par nos Chartes des droits et libertés, notamment lorsqu’elles sont combinées à des pratiques de profilage politique, de pénaliser la dissidence politique et de dissuader les manifestations pacifiques.

On ne peut punir ni arrêter des gens pour des infractions qu’ils n’ont pas encore commises ni ne sont sur le point de commettre. La démocratie exige que nous prenions des risques et que le pouvoir des policiers soit strictement contrôlé.


Marie-Ève Sylvestre
– Professeure, Section de droit civil, Université d’Ottawa 

Au début de la “guerre au terrorisme” le général étasunien Tommy Franks a déclaré : “Nous ne comptons pas les corps“. Il parlait bien sûr des morts afghans. Le fait que les noms des victimes du 11 septembre aient tous été dûment gravés dans la pierre rend encore plus singulier le fait qu’on accorde si peu d’intérêt aux victimes civiles non étasuniennes ou non OTANniennes de la guerre menée en leur nom. De fait la guerre qui est actuellement dans sa onzième année et au cours de laquelle deux pays ont été envahis et occupés, ainsi que le bombardement actuel d’au moins trois pays supplémentaires, n’ont généré aucune étude exhaustive des pertes directes ou indirectes.

Le fait qu’une guerre d’une telle envergure puisse faire rage si longtemps sans volonté officielle de faire la lumière sur le nombres “des autres” tués, est révélatrice de la manière dont les états qui la mènent calculent le coût de la guerre. Si la politique officielle est de ne pas les compter, cela signifie que les morts, les estropiés, les disparus et les déplacés non étasuniens et non OTANniens ne font par partie de l’équation. Le fait que cette politique ne semble pas être remise en cause par le public révèle une approche plus globalement préoccupante des “autres“, en particulier des Musulmans. L’ONU et quelques ONG essaient cependant d’établir des comptes dans le dédale des contextes locaux engloutis dans le conflit. En dépit de l’obstruction officielle et de l’indifférence publique, on commence à avoir un aperçu des conséquences meurtrières de ces guerres.

Pour commencer, en Afghanistan les études les plus souvent citées sur l’invasion de 2001 établissent qu’environ 4000 à 8000 civils afghans sont morts dans des opérations militaires. Il n’y a pas de chiffres pour 2003-2005, mais en 2006, Human Rights Watch a recensé un peu moins de 1000 civils tués dans les combats. De 2007 à juillet 2011, la Mission d’assistance de l’ONU en Afghanistan (UNAMA) évalue à au moins 10 292 le nombre de non-combattants tués. Ces chiffres, il faut le souligner, n’incluent pas les morts indirectes et les blessés. On peut avoir une idée des morts indirectes grâce à un article du Guardian -le meilleur reportage sur le sujet- qui établit qu’au moins 20 000 personnes de plus sont mortes suite aux déplacements de population et à la famine causée par l’arrêt de l’approvisionnement en nourriture rien que pendant la première année de la guerre. De plus, selon Amnesty International, 250 000 personnes ont dû fuir dans d’autres pays en 2001 et au moins 500 000 ont été déplacées à l’intérieur du pays depuis.

Passons à l’Irak maintenant : Selon le projet Iraq Body Count (Compte des Corps Irakiens) environ 115 000 civils ont été tués dans les tirs croisés de 2003 à août 2011. Mais selon l’étude de la santé familiale en Irak de l’Organisation Mondiale de la Santé, le chiffre se monterait à 150 000 rien que pour les trois premières années d’occupation. Avec les morts indirectes, cela ferait, selon le rapport Lancet, environ 600 000 morts pour cette période. De plus, une étude d’Opinion Research Business estime qu’il y a eu, avant le milieu de l’année 2007, un million de morts violentes. Qui plus est, le Haut Commissaire de l’ONU pour les Réfugiés fait état d’environ deux millions d’Irakiens déplacés dans d’autres pays et deux millions de plus déplacés à l’intérieur du pays depuis 2007. Il n’y a pas d’information précise sur les morts indirectes ni les blessés mais l’effondrement indéniable du système de santé irakien et des infrastructures en général (les meilleurs de la région avant 1991) suggèrent que leur nombre est au moins aussi catastrophique.

En plus des deux états sous occupation, la “guerre contre le terrorisme” s’est étendue à un certain nombre de pays voisins comme le Pakistan, le Yémen et la Somalie. Les premières armes déployées dans ces endroits ont été les “drones” étasuniens, des groupes d’opération spéciale, des agents des services secrets et les forces armées/gouvernementales des pays concernés. Etant donné la nature extra-judiciaire et clandestine de ces théâtres d’opération, il est difficile de comptabiliser les pertes en l’absence de données indépendantes. A vrai dire, on a le même problème en Afghanistan et en Irak mais tout le monde s’accorde à dire que le nombre de drones utilisés au Pakistan, Yémen et Somalie est en hausse. A ce jour, selon le Bureau du Journalisme d’Investigation, il y aurait eu au moins 357 frappes au Pakistan entre 2004 et juin 2012 (plus de 300 sous l’administration Obama). Au moins 2464 personnes ont été tuées dont au moins 484 civils (168 enfants). Le Washington Post y ajoute 38 frappes qui ont causé 241 morts (56 civils) au Yémen. Il n’y a pas de chiffres pour la Somalie mais le New York Times confirme que ce type d’opération y est mené depuis 2007 au moins.

Les officiels ou citoyens ordinaires partisans de la guerre se hâteront de rétorquer que beaucoup des chiffres cités dans cet article concernent des morts civiles dont sont responsables des combattants ennemis. Mais comment peut-on le savoir quand les données sont si incomplètes ? Et, comme cela a été mis en lumière pendant la campagne de “drones“, comment peut-on distinguer les civils des combattants quand les assassins de ces derniers sont aussi leurs juges ? En vérité, même en tenant compte de ces réserves, ces attaques font du gouvernement étasunien un des gouvernements qui a commis le plus “d’assassinats ciblés“, selon sa propre expression, de l’histoire. Qui plus est, comme l’a indiqué un des représentants de UMANA à propos de leur étude, “Lorsque nous doutons du statut de non-combattant d’une ou de plusieurs victimes, nous ne les incluons pas au nombre des victimes civiles. Et donc il est fort possible que le nombre des victimes rapporté par UMANA soit sous-estimé.” En fait tous ceux qui font de telles études reconnaissent avoir ce type de problème.

Si on essaie de rassembler ces données éparses, on arrive à un minimum de 140 000 victimes civiles non étasuniennes et non OTANiennes. Et facilement à un maximum de 1 100 000. Ce qui donne 14 000 à 110 000 morts par an. Pour mieux se rendre compte de ce que cela représente, il faut se rappeler que le “Blitz” nazi sur l’Angleterre pendant la seconde guerre mondiale a fait 40 000 morts civiles. Il faut aussi se rappeler que dans cette fourchette d’estimation, ne sont pas comprises les victimes directes d’Afghanistan de 2003 à 2005 ni les victimes indirectes de 2003 à nos jours. Par ailleurs, les morts civiles causées par autre chose que les drones, comme les disparitions et les détentions secrètes, ne sont comptabilisées nulle part et les pertes résultant des campagnes militaires de commanditaires (comme les gouvernements du Pakistan et du Yémen) ne sont pas répertoriées. Le nombre des blessés, des orphelins, ou des gens privés de leurs droits, sans compter le nombre de ceux qui ont été torturés dans des prisons publiques ou privées du monde entier, n’est pas mon plus pris en compte. Et enfin les souffrances des millions de personnes déplacées d’Afghanistan, d’Irak, du Pakistan et d’ailleurs sont incalculables.

Les chiffres que nous venons de vous présenter, même s’ils sont tragiquement incomplets, expliquent pourquoi les officiels des Etats-Unis et de l’OTAN refusent de les établir. Prendre en compte le stupéfiant coût humain de la “guerre contre le terrorisme” les forcerait à reconnaître que le “terrorisme” n’est pas à sens unique et que les États, et non les milices, détiennent les armes les plus meurtrières. Le choix du général Franks de ne pas compter les cadavres est révoltant mais pas surprenant. Le fait que le manque d’intérêt des opinions publiques des Etats-Unis et des pays de l’OTAN fasse écho au sien démontre qu’un consensus (fabriqué ou non) très étonnant règne dans les populations au moins en ce qui concerne ces victimes musulmanes. Rien d’autre que cette indifférence du public et des officiels ne peut expliquer l’absence d’études exhaustives sur les pertes civiles surtout lorsqu’on pleure les près de 3000 civils morts le 9 septembre et au nom desquels la “guerre contre le terrorisme” continue de se déchaîner.

M. Reza Pirbhai

Article original en anglais : http://www.counterpunch.org/2012/06/08/body-counts/

Traduction Dominique Muselet pour Le Grand Soir

M. Reza Pirbhai est professeur d’histoire de l’Asie du Sud à Louisiana State University. On peut le joindre à : rpirbhai@lsu.edu

Un nouveau massacre en Syrie

juin 11th, 2012 by Rainer Hermann

Présentation de l’article par Reopen 91

Comme sur le dossier des événements du 11-Septembre, la désinformation sur les événements en Syrie bat son plein, et nous n’aurons de cesse de la dénoncer, ou plutôt de dénoncer l’unanimisme des médias hexagonaux. Pourtant, et sans pour autant prendre le parti du président Assad, nos voisins européens sont de moins en moins frileux sur la question. Après le témoignage accablant d’un grand reporter anglais, sur le piège mortel dont il a failli être victime, tendu par un groupe de rebelles syriens à bord d’un véhicule agressif, voici que le FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, grand quotidien conservateur de la capitale financière – ce n’est pas un hasard- de notre voisin allemand, tiré à 370 000 exemplaires, propose la première synthèse officielle claire sur les événements atroces de Houla.

Les conclusions de cet article recoupent en tous points les premiers constats effectués en français par le réseau Voltaire et par Mondialisation.ca. L’article souligne aussi la grande similitude des modes opératoires entre les massacres de Houla et Al Qubeir. Nous y découvrons également l’effort auquel s’est engagé le président Assad, pour maintenir la cohésion entre alaouites et sunnites, l’une des conditions essentielles pour ramener la paix. Et évidemment, cet article n’est pas “sans rapport” avec les déclarations de Guido Westerwelle, ni la saisie de containers d’armes par les Libanais grâce aux renseignements du BND allemand. En France, MM. “Sarkollande” et “Jupabius” développent une rhétorique belliciste exactement à l’opposé du gouvernement allemand, et nous avons même dû rapatrier en catimini des agents de renseignements venus soutenir les rebelles, et pris la main dans le sac. Mais que fait “Her Excellency the Baroness Ashton of Upholland” ? Et les médias français bien sûr se taisent ou maquillent la réalité. Curieuse époque, non ?

En Syrie, au moins 55 personnes ont été tuées lors d’un nouveau massacre près d’Hama. Des observateurs des Nations-Unies qui voulaient se rendre sur les lieux ont été pris pour cible.

Lors d’un massacre dans le village de Qubair près d’Hama en Syrie, au moins 55 personnes ont été tuées. Des activistes des comités de coordination locaux ont déclaré que le nombre des victimes s’élevait à au moins 86. Parmi elles, 18 sont des femmes et des enfants. Plusieurs ont brûlé dans leurs maisons ou ont été poignardées avec des couteaux. La plupart des victimes appartenaient à une même famille. Pendant que les rebelles accusaient les milices fidèles au régime d’un crime de sang, la télévision d’Etat rendait un “groupe terroriste” responsable du massacre.

Les observateurs des Nations-Unies stationnés à Hama ont voulu visiter le hameau de Qubeir jeudi. Les observateurs des Nations-Unies ont signalé que l’armée syrienne les empêchait d’accéder à Qubeir. Le chef des observateurs des Nations-Unies, le général Robert Mood, a aussi déclaré que des civils arrêtaient les observateurs. On leur a expliqué que leur sécurité ne serait pas garantie si ils devaient entrer dans le village. Plus tard le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-Moon a déclaré devant l’Assemblée plénière des Nations-Unies à New York, que les observateurs avaient été la cible de tirs. Il a qualifié le massacre de “choquant et répugnant” et a déclaré que le président syrien Bachar al Assad avait perdu “toute légitimité”.

Le massacre ressemble au premier coup d’œil à celui de Houla le 25 mai dernier au cours duquel 108 personnes ont été tuées. Les opposants syriens qui vivent dans la région ont pu, les jours passés, reconstituer le déroulement vraisemblable des faits dans Houla en raison de témoignages crédibles. Leur résultat contredit les affirmations des rebelles qui avaient rendu responsables des faits les milices Schabiha proches du régime. [Ces opposants] doivent avoir agi sous la protection de l’armée syrienne. Parce qu’en fin de compte les opposants qui refusent l’utilisation de la violence se font assassiner ou tout au moins sont menacés, ceux-ci ne veulent pas que leurs noms soient cités.

Les combats en Syrie gagnent en intensité

Le massacre de Houla s’est produit après la prière du vendredi. Les combats se sont déclenchés au moment où les rebelles sunnites ont attaqué les 3 postes de contrôle de l’armée syrienne autour de Houla. Les postes de contrôle ont la tâche de protéger les villages alaouites contre des attaques qui proviendraient des alentours de Houla à majorité sunnite.

Les rebelles ont reçu 300 millions de dollars

Un poste de contrôle d’une rue attaquée a appelé au secours des unités de l’armée syrienne à 1500 mètres de là, qui occupent  une caserne, laquelle a immédiatement envoyé des renforts. Au cours des combats autour de Houla qui doivent avoir duré 90 minutes, des douzaines de soldats et rebelles ont été tués. Pendant les combats, les trois hameaux du village de Houla ont été coupés de l’extérieur.

D’après les indications des témoins oculaires, le massacre s’est produit à ce moment-là. Auraient été tués presque exclusivement des familles des minorités alaouites et chiites de Houla, dont la population est à plus de 90% sunnite. C’est ainsi qu’ont été massacrés plusieurs douzaines de membres d’une famille qui se serait convertie au cours des années passées de l’Islam sunnite à l’Islam chiite. Ont été également tués des membres éloignés de la famille alaouite Shomaliya, et la famille d’un député sunnite du parlement considéré comme collaborateur. Juste après le massacre, les responsables auraient filmé leurs victimes, les auraient décrites comme des victimes sunnites et auraient répandu les vidéos sur Internet. Des représentants du gouvernement syrien ont certes confirmé cette version, mais il faut tenir compte du fait que le gouvernement s’est engagé à ne pas parler en public des alaouites ni des sunnites. Le président de la République Bachar al Assad appartient aux Alaouites, l’opposition est portée principalement par la majorité de la population qui est sunnite.

Entre-temps, les hommes d’affaires syriens vivant à l’étranger ont ouvert dans la capitale qatarie de Doha un fonds doté de 300 millions de dollars pour le financement de l’opposition syrienne et des rebelles. Mustafa Sabbagh, le président du Businessforum syrien en exil, a inauguré le fond. Wael Merza, le secrétaire général du conseil national de l’opposition syrienne, a déclaré que la moitié de la somme avait déjà été affectée, en partie à l’armée syrienne libre.

Le ministre des affaires étrangères russe Sergeï Lavrov a proposé cependant la convocation d’une conférence internationale sur la Syrie à laquelle tous les pays qui ont de l’influence sur les acteurs en Syrie devraient participer. Le cercle devrait dépasser celui des pays qui se sont réunis au sein des “amis de la Syrie”, a déclaré Lawrow. Car ce groupe soutient seulement les “exigences radicales” du Conseil national syrien. Concrètement, Lavrov, à côté des membres du conseil de sécurité des Nations-Unies, de l’UE et de la ligue arabe, a aussi nommé la Turquie et l’Iran. Le but devra être de mettre en application le plan d’Annan “correctement et sans ambiguïtés”.

Rainer Herman

Autorenporträt / Hermann, Rainer (Her.)Journaliste pour le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung
 

Article original en allemand : Frankfurter Allgemeine Zeitung, Rainer Hermann, Damas, 7 juin 2012
Traduction : Corto (texte en gras par nos soins) pour Reopen 91

Quelques autres articles fameux de la presse allemande:

Le Conseil national de transition (CNT) au pouvoir en Libye a reporté les élections prévues pour le 19 juin dans un contexte d’escarmouches permanentes entre milices, d’enlèvements et d’arrestations. Les élections n’auront probablement pas lieu avant la mi-juillet au plus tôt.

Le mercredi, le consulat des États-Unis à Benghazi a été attaqué à la bombe et aux grenades, sans faire de blessés. Ce serait en représailles au meurtre du prêtre d’origine libyenne Abu Yahya al-Libi dans une frappe de drone américaine au Pakistan quelques heures plus tôt.

Au début de la semaine, une brigade de miliciens d’al-Afwiya avait brièvement pris possession de l’aéroport international de la capitale, Tripoli, et bloqué au sol tous les vols pour faire pression sur le CNT afin qu’il libère leur chef, Abu Ajila al-Habshi.

L’al-Afwiya n’est qu’un groupe parmi plus de 500 organisations “rebelles” armées qui ont lutté contre les forces de Kadhafi. Durant la guerre de l’OTAN, ils se sont emparés de différentes zones de la Libye, ainsi que de ses infrastructures et de ses fonds les plus importants et rentables, établissant des postes de garde le long des ses principales autoroutes. Une grande partie de ces gangs rivaux n’a toujours pas été dissoute, ni n’a été intégrée dans l’armée nationale, qui n’est elle-même guère plus qu’une milice de plus. Il y a eu des nouvelles régulièrement sur des combats entre ces groupes armés qui se taillent des “zones d’influence” dans les villes et villages libyens.

Le maintien de ces conflits montre que la justification donnée par l’OTAN à sa guerre pour un changement de régime – l’idée que cela amènerait la démocratie et les droits de l’homme – était un mensonge. Au lieu d’une « libération », le pays est confronté à des éruptions de violence et à la guerre civile.

Les élections, quand elles auront lieu et si elles ont lieu, ne seront qu’une parodie de démocratie. Elles désigneront une assemblée de 200 membres dont la première tâche sera de rédiger une nouvelle constitution, qui sera ensuite proposée en référendum. La loi électorale indique que seuls ceux ayant une « qualification professionnelle » peuvent se présenter comme candidat, rendant les candidatures ouvrières impossibles. Pratiquement toutes les personnes ayant collaboré à quelque niveau que ce soit au gouvernement de Kadhafi n’ont pas le droit de se présenter, à moins de démontrer « un soutien précoce et clair à la révolution du 17 février. »

Le gouvernement provisoire a également introduit de nouvelles lois controversées qui érigent en crime le fait de glorifier le régime précédent ou « d’insulter les objectifs de la révolution du 17 février. »

Mises ensemble ces lois restreignent les candidatures à un nombre relativement faible, et même celles-ci doivent passer par l’approbation de la Commission électorale.

Le report du vote n’a attiré que peu de commentaires de la part des puissances occidentales. Leur véritable intention en Libye était d’installer un gouvernement docile qui les autoriserait à garder le contrôle des réserves de pétrole lucratives du pays, à renforcer leur position géostratégique en Afrique du Nord, et à augmenter leur pénétration sur tout le continent africain. Pour cela, ils ont accordé leur soutien au CNT – un amalgame d’ex-piliers du régime, d’informateurs de la CIA et de fondamentalistes islamistes.

Au pouvoir, le CNT n’a que peu de crédibilité et son contrôle sur le pays reste fragile. Il a été contraint de s’en remettre à d’autres milices pour la sécurité et la justice pénale, ce sont des forces qui détiennent plus de 7000 prisonniers selon un rapport de janvier dernier publié par les Nations unies. Les groupes de défenses des droits de l’Homme ont accusé certaines d’entre elles d’abus manifestes contre leurs prisonniers.

Les tribus berbères à l’ouest du pays se sont plaintes de l’indifférence officielle et de la négligence du CNT. En mars, des luttes tribales ont éclaté au Sud du pays, tuant au moins 150 personnes. Des gangs armés se battent pour le contrôle des routes utilisées par les trafiquants vers le Tchad et le Soudan, faisant des centaines de morts. Les escarmouches autour de Tripoli entraînent fréquemment la fermeture des frontières avec la Tunisie. Le mois dernier, un gang armé a fait irruption dans le bureau du Premier ministre pour demander des arriérés de salaire.

Comme le démontre l’attaque contre le consulat américain, même à Benghazi, centre de la révolte contre Kadhafi, la situation est instable. Les constructions dans la ville sont au point mort depuis de départ l’an dernier de la quasi-totalité des 3,5 millions de travailleurs étrangers du pays. Le chômage domine et les emplois qui restent sont donnés à des immigrés très mal payés venant du Bengladesh et du Soudan.

Le gouvernement provisoire a établi le Comité suprême de sécurité (CSS) sous le contrôle du ministère de l’intérieur pour qu’il reprenne le contrôle des forces de sécurité aux milices. Le CSS prétend que 32 000 membres des forces de police de Kadhafi, qui en comptaient 88 000, ont repris le travail, constituant l’essentiel des 50 000 hommes qu’il affirme pouvoir aligner. 28 000 autres sont encore à l’entraînement, dont 13 000 en Jordanie.

Le CNT n’a été en mesure de reprendre le contrôle de l’aéroport international de Tripoli à une Brigade des milices de Zintan qu’en avril. Il a également arraché le contrôle de l’aéroport de Benita, en pleine ville, à Souq al-Juma, qui le “gardait” depuis août dernier. Mais sur l’aéroport de Benghazi, c’est toujours l’emblème des Martyrs de la Libye Libre qui flotte.

Lorsque le ministère a essayé de déployer les unités du CSS, il a provoqué la colère des forces armées les plus puissantes du pays, les milices qui contrôlent Misrata et Zintan. Leurs conseils municipaux insistent sur le fait que les milices doivent rester sous contrôle régional.

Les brigades craignent de perdre leurs revenus sous un régime de sécurité nationale unifiée, le CNT recrutant dans les rangs de l’ancien régime et confiant des contrats à compagnies de sécurité privées basées dans les pays de l’OTAN qui ont fait tomber Kadhafi. La firme britannique Aegis, qui a réalisé d’énormes profits grâce à ses contrats en Irak après l’invasion, cherche 5 milliards de dollars pour financer ses opérations de police des frontières libyennes.

Lorsque le représentant des nations unies Ian Martin a dit au Conseil de sécurité de l’ONU le mois dernier que le CSS avait enregistré 60 000 à 70 000 miliciens, il a déclaré son inquiétude, en disant qu’il « était essentiel, cependant, que le comité ne devienne pas une force de sécurité parallèle. »

Le Guardian a mentionné l’exemple effroyable du chirurgien Salem Forjani, envoyé au principal centre médical de Tripoli par le ministre de la santé pour licencier le directeur de l’hôpital, accusé de se servir dans les fonds publics et d’avoir des liens étroits avec le régime Kadhafi. Forjani a été enlevé, enfermé et torturé par le CSS. Après cinq jours, il a été libéré sans être accusé de quoi que ce soit. Le ministre de la santé n’a pu obtenir aucune explication de la part du CNT. Le CNT n’a ni arrêté les ravisseurs, ni lancé d’enquête comme le demandait le ministre.

Le mois dernier, Amnesty International citait le cas de 20 détenus qui ont été déshabillés et battus à plusieurs reprises jusqu’à perdre conscience, puis ranimés et battus à nouveau, à la prison d’Ain Zara. Ils ont été laissés deux jours étendus sur un sol en béton sans matelas ni couverture.

Le CNT est passé de 9 à 86 membres, mais personne ne sait qui ils sont ni comment ils sont choisis. Ses réunions ont lieu en secret, ses votes ne sont pas publiés, et ses décisions ne sont annoncées que de temps en temps à la télévision. Personne ne sait ce qu’il advient des revenus du pétrole estimés à 5 milliards de dollars par mois, ni des 200 milliards de dollars d’investissements libyens.

La guerre de l’OTAN contre le régime de Kadhafi n’était que l’annonce d’une offensive américaine visant à prendre le contrôle de l’Afrique. Immédiatement après le lynchage de Kadhafi, les États-Unis ont annoncé qu’ils envoyaient des troupes vers quatre autres pays africains – la République centrafricaine, l’Ouganda, le Sud Soudan, et la République démocratique du Congo. L’AFRICOM, commandement africain de l’armée américaine, devrait mener 14 exercices militaires conjoints dans les pays africains en 2012, un nombre jamais atteint par le passé.

Tout cela n’aurait pas pu être réalisé sans se débarrasser de Kadhafi. Il était un obstacle à la pénétration américaine en Afrique. Il jouissait d’une influence considérable par l’intermédiaire de l’Union africaine (UA), jouant un rôle majeur dans son établissement dans les années 1990. Il était son plus grand contributeur et présida l’organisation en 2009-2010. La Libye a également fourni près de 150 milliards d’investissements en Afrique et proposait la création d’une Banque du développement de l’Union africaine qui aurait réduit la dépendance financière de l’Afrique envers l’occident.

C’est Kadhafi qui a empêché les États-Unis de trouver un quartier général pour l’AFRICOM en Afrique même, en offrant des liquidités et des investissements aux gouvernements africains et contraignant les États-Unis à l’installer à Stuttgart, en Allemagne. Maintenant, l’UA est remise au pas pour mener les aventures coloniales de Washington, ses forces s’intégrant dans l’AFRICOM.

Article original paru en anglais, WSWS, le 7 juin 2012

Dans la guerre de propagande qui bat son plein sur la Syrie, la mort de journalistes peut-être une bonne affaire et les opposants armés au gouvernement syrien l’ont bien compris qui n’hésitent pas à conduire des journalistes européens vers ce qui aurait dû être leur mort assurée. C’est la mésaventure qui est effectivement arrivée à Alex Thomson, un journaliste de la chaîne de télévision anglaise Channel 4 et qu’il relate dans son blog.

9 JUIN 2012 – Debout devant l’hôtel Safir à Homs pendant que les 4X4 blancs de l’ONU attendaient, l’officier irlandais responsable est arrivé et nous a dit : « Les règles habituelles Alex, OK ? Nous ne sommes pas responsables de vous, les gars. Si vous êtes dans les problèmes, on vous laissera, OK ? Vous êtes autonomes. »

« Ouais – pas de problème Mark. C’est compris. »

Je dis toujours ça, façon de croire qu’on ne se trouvera jamais devant une telle éventualité.

Avec seulement deux véhicules de l’ONU plus la voiture blanche de la police locale marquée « Protocole » comme escorte, nous allons vers le sud à travers des quartiers paisibles de Homs non touchés par la guerre.

Dix minutes à peine après avoir quitté la ville par le sud, et on dit adieu au protocole. Le dernier point de contrôle de l’armée syrienne est tout droit sur l’autoroute du sud vers Damas.

Nous allons vers l’ouest – il n’y a qu’à suivre la direction vers laquelle pointe la tourelle du blindé à côté duquel est garée la voiture du protocole pour se faire une idée.

Il y a toujours cette petite boule dans l’estomac quand on circule dans les no man’s lands désertés, mais c’est la rase campagne, sans signes de combats.

Maintenant, les premières motocyclettes nous approchent et nous arrivons au premier checkpoint de l’Armée Syrienne Libre.

Après une longue demi-heure de pistes à travers des oliveraies, nous arrivons à al-Qusayr et la prévisible scène de foule.

L’ONU s’installe pour une longue réunion avec les chefs civils et militaires locaux. A mes yeux, ça ressemble beaucoup à une « chouhra » afghane. Tout le monde est sur des coussins autour de la salle, les jambes croisées, sauf qu’on sert du café turc au lieu du thé.

Nous nous mettons en place pour filmer à l’extérieur. Il fait chaud, des femmes et des garçons nous apportent des oranges et des chaises. Des fragments d’obus nous sont montrés pour que nous les filmions. Ils nous expliquent que les bombardements reprendront dès notre départ – une affirmation qui par nature restera non vérifiée, quoiqu’il y ait certainement d’importants dégâts causés par des obus dans certaines parties de la ville.

Nous passons donc le temps, en attendant que l’ONU se déplace – ils sont bien sûr notre seul moyen de franchir les lignes avec un minimum de sécurité.

Mais le temps se traîne. Le délai qui nous est imparti tire à sa fin. Et il y a ce type vraiment casse pieds qui prétend être des « services de renseignements rebelles » et qui n’arrive pas à accepter que nous ayons un visa du gouvernement.

Dans son esprit, les journalistes étrangers sont des gens passés clandestinement et illégalement par le Liban et point final. On ne correspond pas à son profil.

Lui est ses camarades rendent aussi les choses difficiles à notre chauffeur et à notre traducteur – leurs pièces d’identité établies à Damas et notre camionnette immatriculée à Damas n’arrangent pas nos affaires.

C’est nouveau [pour nous]. Hostile. Ce n’est pas comme à Homs ou à Houla et pourtant la réunion avec l’ONU se traîne dans la chaleur de l’après-midi.

Nous décidons de demander une escorte pour prendre le chemin sûr par lequel nous sommes venus. Les deux camps, les deux checkpoints se souviendront de notre véhicule.

Envoyés à la mort ?

Soudain, quatre hommes dans une voiture noire nous invitent à les suivre. Nous partons derrière eux.

On nous emmène par une autre route. Emmenés en fait dans une zone où on tire à vue. Invités par l’Armée Syrienne Libre à suivre une route qui est bloquée au milieu d’un no man’s land.

À ce moment, il a eu le sifflement d’un projectile et un des plus lents demi-tours que j’ai jamais connus pour foncer vers l’accotement le plus proche pour nous couvrir.

Une autre impasse.

Il n’y avait pas d’autre choix que de rebrousser chemin sur le champ de tir et de le traverser pour reprendre la route par laquelle on nous avait emmenés.

Comme on s’y attendait, la voiture noire qui nous avait conduits dans le piège était là. Ils ont démarré dès que nous sommes réapparus.

Je dis tout net que les rebelles ont fait en sorte que nous soyons tués par l’armée syrienne. La mort de journalistes est mauvaise pour Damas.

Ma conviction n’a fait que se renforcer une demi-heure plus tard quand nos quatre « amis » dans la même voiture cabossée ont fait soudain irruption depuis une rue latérale pour nous empêcher de rejoindre les véhicules de l’ONU à l’avant.

Les observateurs de l’ONU sont revenus vers nous pour constater que nous étions entourés de miliciens hurlant et ils ont quitté la ville.

Finalement, nous parvînmes à nous extraire aussi, et sur la bonne route, de retour vers Damas.

S’il vous plait, n’allez pas penser une seule seconde que mon expérience avec les rebelles d’AlQusair est exceptionnelle.

Ce matin, j’ai reçu le tweet suivant :

« @alextomo J’ai lu votre témoignage “Prêt à nous faire descendre dans le no man’s land”, et je peux confirmer, car j’ai vécu la même expérience à Al Zabadani pendant notre visite. »

Cela venait de Nawaf al Thani, qui est avocat et défenseur des droits de l’homme, et membre de la mission d’observation de la ligue arabe en Syrie qui fut déployée début 2012.

Cela doit vous faire réfléchir, sur qui d’autre a pu être confronté à une telle situation, lorsqu’il a tenté de déterminer ce qui se passe dans la Syrie tenue par les rebelles.

Dans une guerre où ils coupent les gorges de nourrissons jusqu’à leur colonne vertébrale, « la belle affaire » si on envoie un 4X4 rempli de journalistes (1) en pleine zone de tirs ?

ça n’avait rien de personnel.

Alex Thomson
blogs.channel4.com, 8 juin 2012.

Texte original en anglais (08.06.2012) : http://blogs.channel4.com/alex-thomsons-view/hostile-territo…

Traduit de l’anglais par Djazaïri (09.06.2012) : http://mounadil.wordpress.com/2012/06/08/journalistes-envoye…

Traduction ajustée et complétée avec http://www.reopen911.info/News/2012/06/09/channel-4-alex-tho…

Le président du comité des chefs d’état-major des armées des Etats-Unis, le général Martin Dempsey, a dit jeudi à des journalistes que la poursuite par le gouvernement Obama des recherches de solutions diplomatiques en Syrie avait mis les planificateurs du Pentagone dans une situation stratégique difficile.

Se plaignant d’un « manque d’orientation, » il a dit qu’avec des instructions claires pour un changement de régime, « Je peux vous élaborer un plan, et je connais le nombre de divisions, je sais combien d’avions… tout ceci demande. »

C’est la deuxième fois que Dempsey a publiquement menacé de lancer une action militaire. S’exprimant après le soi-disant massacre du 25 mai de plus d’un millier de personnes à Houla, il a déclaré sur la chaîne de télévision Fox News, « Bien sûr, il y a toujours une option militaire (…) nous pourrions y recourir en Syrie à cause des atrocités. »

Le massacre de Houla a immédiatement été imputé au régime de Bachar al-Assad et les bombardements attribués à ses troupes. Toutefois, en l’espace de quelques jours, des enquêtes ont révélé que la plupart des victimes avaient été sommairement exécutées, tuées par arme blanche ou à bout portant. Les forces d’opposition ont rejeté la responsabilité sur la milice Shabiha alaouite pro-gouvernementale tandis que le gouvernement a rejeté la faute sur les terroristes associés à l’insurrection sunnite qui cherchent à déstabiliser le cessez-le-feu des Nations Unies à la veille de la visite de Kofi Annan en Syrie.

Une fois de plus, Dempsey a utilisé un présumé massacre comme plate-forme pour sa politique belliqueuse, rejoignant un groupe de pression mené par le sénateur John McCain et le sénateur Joe Lieberman, un ancien démocrate, pour demander l’armement direct de l’opposition syrienne et le soutien aérien des Etats-Unis.

Cette fois-ci, le massacre aurait eu lieu mercredi dans le village de Qubair, à 20 kilomètres de Hama. Mais, les détails, tels qu’ils sont disponibles, sont encore plus troubles et soulèvent davantage de questions que ce n’était le cas à Houla. Des rapports initiaux ont fait état d’un nombre de morts allant de 87 à 100, dont plus de la moitié sont des femmes et des enfants. Il aurait suivi le même schéma qu’à Houla – des bombardements massifs précédés par une attaque de la milice Shabiha.

Ce nombre de victimes a depuis été corrigé à la baisse à « au moins 55 personnes, » selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme pro-opposition et basé au Royaume-Uni. Les victimes sont, précise-t-il, majoritairement de la même famille Al-Yateem, dont 18 femmes et enfants.

Les images soi-disant de Mazraat al-Qubeir montrent les corps de ce que le cameraman dit être des dizaines de femmes et d’enfants ainsi que les restes de corps calcinés. Un activiste anonyme a affirmé que les corps de 25 à 30 hommes avaient été emportés par les tueurs.

Le gouvernement syrien a une fois de plus rejeté de tels comptes rendus, et porté à neuf le nombre de morts survenus dans la ville reprochant aux groupes terroristes de promouvoir une intervention militaire la veille du rapport de Kofi Annan, du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon et du chef de la Ligue arabe, Nabil Elarabi, jeudi à l’assemblée générale des Nations unies. Ce rapport devrait être suivi d’une information à huis clos du Conseil de sécurité de l’ONU.

A l’assemblée générale, le représentant permanent de la Syrie, le Dr Bachar al-Jaafari, a dit que le massacre avait été commis cinq heures avant que des affrontements se produisent et que les images diffusées par Al-Jazeera et Al-Arabiya n’étaient pas celles des victimes du massacre. « Les chaînes de télévision tels des comploteurs ont décidé de diffuser de telles fabrications avant les réunions du Conseil de sécurité, » a-t-il dit.

Al-Jafaari a dit que les habitants de la région avaient affirmé que les tireurs qui avaient commis ce crime étaient venus d’un village voisin. « Ce qui se passe dans certaines parties de la Syrie est un massacre d’une haine injustifiable, mais les pays qui soutiennent les terroristes en facilitant leurs crimes en Syrie sont complices du bain de sang, » a-t-il dit. « Est-ce que des attentats suicides visant la Syrie sont des actes de légitimes défense ? Est-ce-que des attaques contre des hôpitaux, du personnel médical et des écoles sont des aspects démocratiques ? »

Le harcèlement du gouvernement Obama par Dempsey ne reflète pas une divergence fondamentale concernant une différence de stratégie entre le Pentagone et la Maison Blanche. Obama est tout autant un criminel de guerre dont les mains dégoulinent de sang que Dempsey. Le gouvernement veut un changement de régime en Syrie, obtenu en premier lieu par une déstabilisation puis éventuellement par une quelconque forme de guerre par procuration menée par ses alliés, les monarchies du golfe et la Turquie. Mais, il doit affronter et neutraliser l’opposition de la Russie, de la Chine, de l’Inde ainsi que d’autres Etats.

A l’ONU, Annan a déclaré que son propre plan de paix « n’est pas appliqué ». Il a dit au Conseil de sécurité qu’il était temps de brandir la menace de « conséquences claires » si Assad ne mettait pas fin au conflit, en précisant aux journalistes que d’autres actions devaient être envisagées, « si ce plan ne fonctionnait pas ou si nous décidions que ce n’était pas la bonne manière de procéder. »

Ban Ki-moon a lui aussi accusé le régime Assad. « Il est évident depuis de nombreux mois que le président Assad et son gouvernement ont perdu toute légitimité, » a-t-il dit. « La traînée de sang remonte aux responsables. »

Au moment où l’ONU se réunissait à Washington, le secrétaire d’Etat américain au Trésor, Timothy Geithner, accueillait des représentants de 55 pays dans le but d’imposer des sanctions punitives additionnelles qui obligeraient l’élite patronale syrienne à laisser tomber le régime. « Des sanctions fermes feraient comprendre au monde des affaires syrien et aux autres partisans du régime que leur avenir restera sombre tant que le régime d’Assad restera au pouvoir, » a-t-il dit.

Mercredi, à Istanbul, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a participé à un mini-sommet des « Amis de la Syrie » des ministres des Affaires étrangères et des envoyés de 16 pays européens, turcs et arabes pour discuter de leurs plans en vue d’un changement de régime. Clinton a insisté pour dire qu’Assad devait partir et « transférer le pouvoir » à un « gouvernement représentatif transitoire ». Sa proposition vise à s’assurer le soutien de Vladimir Poutine de Russie en vue d’un changement de régime négocié tel celui organisé au Yémen.

Bien qu’un tel dénouement ne soit pas exclu, Moscou reste pour le moment opposé à ce qu’elle reconnaît être une tentative américaine de rallier la Syrie dans son orbite, d’isoler l’Iran et d’assurer son hégémonie incontestée sur le Moyen-Orient aux dépens de la Russie et de la Chine.

Jeudi, le porte-parole russe du ministère des Affaires étrangères, Alexander Loukachevich, a dit au sujet du massacre signalé à Qubair, « Il ne fait pas de doute que certaines forces ont une fois de plus recouru à des provocations brutales et méprisables pour contrecarrer le plan de Kofi Annan. »

« Il est impératif que les acteurs étrangers qui participent au règlement du problème syrien utilisent leurs canaux pour influencer les groupes d’opposition armés dont la récente recrudescence des activités et des appels en faveur d’une intervention extérieure contredisent ce plan, » a-t-il poursuivi.

La Russie et la Chine ont tous deux réitéré à l’ONU leur opposition à une intervention militaire, et le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Cheng Guoping, a déclaré, « Vous ne pouvez pas dire, parce que vous n’aimez pas le système d’un pays, qu’il faut chercher les moyens de renverser son gouvernement. »

Le représentant russe à l’ONU, Vitali Chourkine, s’est opposé à une pression unilatérale sur la Syrie et à des sanctions, en demandant au lieu de cela que cesse vivement l’approvisionnement en armes et en argent à l’opposition.

Moscou et Beijing ont été soutenus par l’Inde dont le représentant Hardeep Singh Puri a exprimé sa préoccupation face aux attaques croissantes à la fois contre les civils et les forces de sécurité.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a dit mercredi aux journalistes à Beijing que Moscou proposait de convoquer une conférence internationale pour tenter de persuader tous les groupes d’opposition syriens de mettre un terme à la violence et de s’asseoir à la table des négociations. Ceci impliquerait les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, la Turquie, l’Iran, la Ligue arabe, l’Organisation de coopération islamique et l’Union européenne.

Il bénéficie du soutien de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui comprend la Russie, la Chine et les pays d’Asie centrale, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Kazakhstan ainsi que le Tadjikistan qui a réclamé jeudi un règlement négocié du conflit syrien en rejetant toute « passation de pouvoir par la force ». Outre une coopération économique, l’OCS s’est engagé à une coopération militaire, à un partage des renseignements et à des opérations de contre-terrorisme. Son intervention dans la crise syrienne est un nouveau signe qui montre que la poussée des Etats-Unis pour un changement de régime risque d’amplifier la guerre dans la région.

Article original paru en anglais, WSWS, le 9 juin 2012