Des militants palestiniens et internationaux qui circulaient en vélo ont été brutalisés le 14 avril 2012 par des soldats de l’armée israélienne. Les cyclistes protestaient contre le régime raciste de l’État d’Israël, ses politiques discriminatoires d’apartheid iniques, interdisant aux Bédouins l’accès aux routes, poursuivant la purification ethnique (commencée en 1948).

Le nom du lieutenant-colonel israélien que l’on voit frapper avec la crosse de son M16 le visage d’un jeune homme pacifique est : Shalom Eisner

L’art de la guerre : L’école de mort de l’OTAN

avril 17th, 2012 by Manlio Dinucci

Contrairement à ce qu’il semble, l’OTAN aussi apprend. « Elle tire toujours des leçons de ses opérations, et c’est ce que nous sommes déjà en train de faire avec la Libye », explique l’amiral étasunien James Stavridis, commandant suprême allié en Europe. A cette fin l’OTAN dispose d’un centre adéquat, le Joint Analysis & Lessons Learned Centre (Jallc) : une sorte d’école, dans laquelle on enseigne les « leçons apprises ». Ainsi l’OTAN apprend à toujours mieux faire la guerre. Au début de celle contre la Libye, en mars 2011, le Jallc envoya une équipe d’analystes suivre les opérations auprès du centre allié de commandement à Naples. Les « leçons apprises » sont exposées dans un rapport réservé, présenté en février dernier, dont le New York Times a maintenant obtenu une copie. Que doivent apprendre les alliés, surtout ceux européens ? Que la guerre contre la Libye n’a pas été l’opération modèle qu’on pensait, mais a mis en évidence de graves lacunes. Avant tout, le fait que les alliés européens et le Canada ont dû compter de façon excessive sur les Etats-Unis. Même avec l’aide étasunienne, l’OTAN ne disposait que de 40% des avions pour la guerre électronique, qui auraient été nécessaires dans cette opération. Et ce sont les Etats-Unis qui ont fourni aux alliés la quasi totalité des munitions les plus avancées à guidage de précision : 7.700 bombes et missiles utilisés dans l’attaque contre la Libye (dont une grande partie probablement fournie par la base étasunienne de Camp Darby, à Pise).  Il faut se dépêcher de combler ces lacunes. « Le président Obama a déjà demandé au Pentagone de préparer des options militaires préliminaires en Syrie ». Toutefois, « une opération militaire contre la Syrie constituerait un plus gros défi par rapport à celle qui a renversé le pouvoir de Kadhafi ». La Syrie dispose en effet de forces armées et systèmes de défense aérienne plus efficients, plus difficiles à détruire par les attaques aériennes. De plus, l’opposition syrienne est plus désarticulée et dispersée que celle de Libye pendant la guerre, « rendant plus difficiles les efforts des alliés OTAN pour se coordonner avec les rebelles ». En conséquence, pour attaquer la Syrie, les alliés européens et le Canada devraient « s’appuyer lourdement sur les capacités des USA ». En prévision de cette guerre et d’autres (dans le collimateur il y a aussi l’Iran), les alliés  et le Canada sont donc en train d’accélérer les cadences pour potentialiser leurs propres capacités militaires. C’est dans ce cadre que s’insère l’accord, conclu en février dernier, de créer à Sigonella (Sicile) le système Ags (Alliance Ground Surveillance) qui, assorti des drones Global Hawk déposés dans cette base, fournira à l’OTAN un cadre détaillé des territoires à attaquer, permettant aussi de frapper des véhicules en mouvement.

Immédiatement après, en mars, les ministres européens de la défense se sont mis d’accord sur un « plan  ambitieux» qui comble une autre lacune : l’insuffisance des avions pour l’approvisionnement en vol des chasseurs bombardiers qui, dans la guerre en Libye, ont été mis à disposition en grande partie par les Etats-Unis. Bravo, vous avez compris la leçon -disent les enseignants du Jallc- mais vous devez vous impliquer davantage : « L’achat d’avions et appareils électroniques coûteux peut nécessiter des années pour être réalisé ». Voilà la leçon apprise par la guerre en Libye. Les élèves qui ont réussi l’examen passent dans la guerre suivante.

Edition de mardi 17 avril 2012 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120417/manip2pg/14/manip2pz/321306/  

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


Espagne. Le mouvement social exige des comptes
- par Jérôme Duval, Griselda Pinero – 2012-04-16

 


La Hongrie de Viktor Orbàn
- par Judit Morva, Cécile Lamarque – 2012-04-16

 


Où est la bonne foi d’Obama ?
- par Oscar Fortin – 2012-04-16

 


Sarkozy propose des mesures policières après les tueries de Toulouse
- par Antoine Lerougetel – 2012-04-16

 


Manifestations : Pourquoi nos médias parlent-ils des uns (Hongrie, Russie) et pas des autres (Lettonie, Ukraine, Grèce) ?
- par Jean-Marie Chauvier – 2012-04-16

 


Au lieu de mener une politique de paix, des politiciens allemands aident à préparer la guerre: cela sent la guerre
- par Eberhard Hamer – 2012-04-16

 


Drogues, fusils et bombes nucléaires: l’Iran est-il une nouvelle «entreprise de trafic de drogue»?
- par Tom Burghardt – 2012-04-16

Qu’est-ce qui est nécessaire pour mettre au point une guerre? Tandis qu’Israël, les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont des vues sur l’énorme richesse pétrolière de l’Iran, de nombreux thèmes ont été lancés par les médias pour plaider en faveur de la guerre.


L’organisation « Bienvenue Palestine 2012 » dénonce le blocus Israélien sur l’ensemble de la Palestine
Des Québécois et Québécoises refoulés à la frontière
- 2012-04-16

 


Washington nous mène dans un monde hors-la-loi
- par Dr. Paul Craig Roberts – 2012-04-15

Le gouvernement des Etats-Unis prétend vivre sous les auspices de la loi, le respect des droits de l’Homme, et d’apporter liberté et démocratie à ses citoyens. La prétention de Washington et la dure réalité sont diamétralement opposées.


L’homme qui parlait seul sans bouger les bras
- par Lucio Manisco – 2012-04-14

 


Génocide arménien: Le jeu trouble de la France
- par René Naba – 2012-04-14

 


ALGÉRIE. Le président Ahmed Ben Bella : Le chantre du vivre-ensemble
- par Chems Eddine Chitour – 2012-04-14

 


NUCLÉAIRE : Une vauclusienne résiste (vidéo)
Nouvel incident à la centrale du Tricastin
- par Collectif antinucléaire de Vaucluse – 2012-04-14

 

« Nous refusons de servir une armée d’occupation et d’apartheid »
Solidarité avec Noam Gur et Alon Gurman, deux jeunes israéliens qui refusent d’accomplir leur service militaire
- 2012-04-14

 


Syrie : « Si l’armée quitte notre village, nous risquons d’être égorgés »
Témoignage
- par Silvia Cattori – 2012-04-14

 


Quel chemin pour la crise syrienne après l’arrêt des opérations militaires… ?
- par Dr. Amin Hoteit – 2012-04-14

 


Militarisation de l’Amérique centrale
- par André Maltais – 2012-04-14

 


ACHAT DES AVIONS DE CHASSE F-35 : Comment l’économie de guerre aggrave la crise sociale
Le coût d’un F-35 financerait la hausse des frais de scolarité au Québec pendant des années à venir
- par Michel Chossudovsky – 2012-04-13

Les mesures visant le financement de « l’économie de guerre » adoptées en plein cœur d’une dépression économique mondiale, contribuent à mener des économies nationales entières vers la faillite. Le coût d’un F-35 financerait la hausse des droits de scolarité pendant des années à venir…


La France menace de soutenir une intervention au Mali
- par Johannes Stern – 2012-04-13

 


Les États-Unis et les puissances de l’OTAN accentuent leurs menaces contre la Syrie
- par Bill Van Auken – 2012-04-13

 


Non aux militaristes! Il faut défendre Günter Grass!
- par Wolfgang Weber – 2012-04-13

 


En souvenir d’Ahmed Ben Bella, 1er président de l’Algérie indépendante, décédé le 11 avril 2012 à l’âge de 96 ans
- par Eric Toussaint – 2012-04-13

 


Lettre de personnels de la NASA à leur administrateur concernant le changement climatique anthropique
50 scientifiques et astronautes de la NASA et du GISS demandent l’arrêt du soutien du dogme par la NASA
- 2012-04-13

 


Les illusions de Stephen Harper
Réflexions de Fidel
- par Fidel Castro Ruz – 2012-04-13

 


Venezuela : Il y a 10 ans, un coup d’état militaire qui n’aura duré que 48 heures
Un peuple à la défense de sa démocratie
- par Oscar Fortin – 2012-04-13

 


Le printemps birman
- par Ahmed Bensaada – 2012-04-12

Alors que la saison qui a vu déferler les foules dans les rues arabes n’avait rien à voir avec le printemps, voilà que la Birmanie nous offre une vraie « révolution » printanière sans « Irhal » ni « Dégage ».


Prix Nobel de littrature 1999 : Gunter Grass dit ses vérités à Israël
- par Chems Eddine Chitour – 2012-04-12

 


Ahmed Ben Bella : « J’ai vécu 24 ans et demi en prison »
Un entretien avec Ahmed Ben Bella
- par Silvia Cattori, Ahmed Ben Bella – 2012-04-11

 


L’art de la guerre : La « réforme » de l’Article 11 de la Constitution italienne
- par Manlio Dinucci – 2012-04-11

Une «réforme structurelle profonde » : ainsi le ministre italien de la Défense Di Paola définit-il la révision de l’instrument militaire, présentée par le gouvernement Monti sur sa proposition. Qu’elle soit profonde, cela ne fait aucun doute.


IRAN SYRIE : Ce que Khamenei chuchota à l’oreille d’Erdogan
L’Iran ne restera pas spectatrice face à une intervention militaire en Syrie
- par Dr. Fida Dakroub – 2012-04-11

Qu’on lise ce que les analystes écrivent aujourd’hui et que l’on dise si nous n’avons pas prédit très exactement le développement de la crise syrienne…


Les BRICS et la chute de l’autre mur : Quand les pays émergents dessinent le nouveau monde
- par Raúl Zibechi – 2012-04-10

 

GRÈVE ÉTUDIANTE AU QUÉBEC : Contribuables en grève; unies et unis!
- par Maude Bouchard, Barbara Jomphe, Brittaney Caron – 2012-04-10

 


Balkanisation de l’Afrique : Un plan machiavélique « made in Occident »
- par Freddy Monsa Iyaka Duku – 2012-04-10

 


Ces vautours qui veulent la peau de l’Argentine
- par Stéphanie Jacquemont – 2012-04-10

L’Argentine a récemment été la cible d’attaques sur plusieurs fronts, en lien avec la suspension de paiement sur sa dette décidée en 2001, et avec des procédures devant le CIRDI, le très controversé tribunal d’arbitrage de la Banque mondiale.

Le MIT prédit que la moitié de l’humanité sera éliminée dans un crash post-industriel
Les chercheurs affirment que seul un gouvernement mondial peut sauver l’humanité
- par Aaron Dykes – 2012-04-10

Les chercheurs affirment que seul un gouvernement mondial peut sauver l’humanité, faisant écho au modèle d’effondrement mondial du MIT/Club de Rome avant 2030


FRANCE : Nouvel incident à la centrale nucléaire du Tricastin
- par Collectif antinucléaire de Vaucluse – 2012-04-10

 


Les dessous de cartes au Mali : «L’Azawad, nouveau bourbier aux portes de l’Algérie»
Gilles Munier décrypte pour le Courrier d’Algérie les dessous de cartes au Mali
- par Gilles Munier, Fayçal Oukaci – 2012-04-10

 


L’histoire du « changement de régime » : La Syrie mise en perspective
- par William Blum – 2012-04-09

La Sainte Trinité – les Etats-Unis, l’OTAN et l’Union Européenne – ou un de ses composants, arrivent généralement à ses fins…


Autonomie de la Cyrénaïque : nouveau pas vers la déstabilisation du Maghreb ?
- par Gilles Munier – 2012-04-09

La déclaration de semi autonomie de la Cyrénaïque et, sans doute bientôt, celle du Fezzan ne surprend que les lecteurs des médias prenant pour argent comptant les communiqués militaires de l’Otan et du Qatar.


Etats-Unis : Comment la CIA recrute des étudiants universitaires libanais
- 2012-04-09

 


La France s’engage à soutenir une action pour écraser la révolte de l’armée au Mali
- par Antoine Lerougetel – 2012-04-09

 


Les amis de la Syrie : l’antichambre d’une guerre plus large au Moyen-Orient
- par Bill Van Auken – 2012-04-09

 


Le rêve sarkozyste d’une Algérie harkie
- par Mohamed Bouhamidi – 2012-04-09

 


Mali, chronique d’une recolonisation programmée
Forum pour un Autre Mali (FORAM)
- 2012-04-09

 


La partition du Mali : Premier domino après l’effritement de la Libye
- par Chems Eddine Chitour – 2012-04-09

 


Le dialogue doit avoir lieu en Syrie et sous l’égide des Syriens
- par Sami Kleib – 2012-04-09

 


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Espagne. Le mouvement social exige des comptes

avril 16th, 2012 by Jérôme Duval

A Valencia, le mouvement des collégiens de Lluis Vives, appelé aussi « printemps valencien », porte en lui les caractéristiques d’un audit citoyen de la dette : l’endettement, entre autres conséquences de politiques fiscales injustes causant un déficit qu’il faut à tout prix combler, sert de prétexte rêvé pour asséner de nouvelles coupes budgétaires sous couvert d’une inévitable rigueur. L’éducation, secteur à fort potentiel émancipateur, est bien sûr affectée. Son budget décline de près de 8% en 2011 et pour 2012, le nouveau gouvernement de Mariano Rajoy l’ampute de 21,9%, soit quelque 623 millions d’euros en moins dans le cadre d’une austérité budgétaire sans précédent. Comme toujours, l’argent ira en priorité aux créanciers qui, selon le projet de budget 2012, percevront 28,8 milliards d’euros au titre des intérêts de la dette, donc plus que les 27,3 milliards de coupes budgétaire annoncées. L’accès aux comptes qui « justifient » de telles coupes fait partie de l’exigence de justice, essence même d’un audit citoyen. C’est dans ce contexte qu’un mouvement pour un audit citoyen de la dette espagnole a vu le jour.

Aiguisée par la répression du régime héritier du franquisme |1|, la mobilisation en faveur d’une éducation gratuite et de qualité se transforme en printemps social

« Ils pourront couper les fleurs, mais ils n’auront jamais le printemps », Pablo Neruda |2|

Valencia, fief historique du PP (Parti Populaire, droite conservatrice au pouvoir), croule sous les histoires de corruption et nombreux sont les méga projets disproportionnés, véritables éléphants blancs qui saignent le contribuable qui n’en profite pas toujours (Formule 1, America’s Cup, aéroport sans avion de Castellon, le complexe « Agora » et le projet avorté des tours de Calatrava, la liste est longue…). A force de mauvaise gestion est arrivée la crise qui permit de justifier les fameux plans de rigueur avec ses coupes dans les dépenses publiques à la clef. L’austérité diminuant le pouvoir d’achat des plus affectés a de quoi choquer dans le pays valencien, connu pour sa corruption endémique et son endettement, le plus important après celui de la Catalogne.

Coïncidant avec une vague de froid inhabituelle, les images d’enfants emmitouflés dans des blousons et couvertures dans leurs salles de classe ont choqué la population. Mi-janvier, Francisco Tejedor, élève de l’institut Almassora, fut expulsé de son établissement pour avoir publié sur Internet une photo de ses camarades dans la salle de classe, emmitouflés dans des couvertures |3|. Exaspérés, les collégiens de Lluis Vives, établissement central de Valencia, bloquèrent régulièrement la circulation devant leur école en signe de protestation contre les coupes budgétaires dans l’éducation qui durant tout l’hiver les ont privé de chauffage dans les classes de cours |4|. Le mercredi 15 février 2012, neuf mois jour pour jour après l’élan d’indignation du 15 mai |5|, l’intervention des forces de répression qui pourchassaient des mineurs dans les rues, provocant de nombreux blessés et des incarcérations, fait resurgir des images de la récente dictature franquiste que la population préférerait oublier. Les manifestations qui se déroulaient devant le collège Lluis Vives se déplacent alors devant le commissariat pour exiger la libération des détenus. Dans une spirale répressive infernale, la police contrôle chacun d’eux avant de les embarquer. Le mouvement naissant, appuyé par des centaines de jeunes solidaires provenant d’autres établissements, exige en vain la fin de la répression. Dès lors, les manifestations sont quotidiennes, la démission de la déléguée du gouvernement à Valencia, Paula Sánchez de León, est réclamée à chaque regroupement, des livres sont brandis en signe de protestation pour exiger une éducation digne et gratuite, le PP est décrié comme premier responsable et une concentration a lieu devant son siège, les actions de solidarité se multiplient dans tout le pays et même au niveau international. La tension est à son comble. En effet, le chef de la police de Valencia, Antonio Moreno Piquer, a clairement choisi la stratégie guerrière face aux écoliers. Lorsqu’il lui fut demandé ce qu’il pensait faire face aux manifestations et quelle force de police il pensait employer, celui-ci répondit énergiquement en frappant du point sur la table : « Il n’est pas prudent de révéler à l’ennemi quelles sont mes forces » (« No es prudente revelarle al enemigo cuáles son mis fuerzas »). Si les étudiants sont ses « ennemis », on sait qui sont ses amis : il est connu pour ses relations avec l’ex-président de l’organisation d’extrême droite España 2000, José Luis Roberto |6|, et c’est aussi le responsable des violences envers les habitants du quartier Cabanyal qui luttent depuis de longues années pour la défense de leur quartier. La police, qui a reçu le renfort d’agents venant de Barcelone, Séville et Valladolid, a si durement réprimé les collégiens qu’Amnesty International a demandé une investigation, jugeant « disproportionné l’usage de la force contre les manifestants » |7|.

Cette mobilisation exemplaire partie d’un groupe de collégiens montre qu’on ne peut plus accepter la priorité donnée au remboursement de la dette avant toute autre considération. L’austérité appliquée à tous pour résoudre la crise a déjà amputé de 5% le salaire des professeurs dont le nombre de postes ne cesse de diminuer. Afin d’honorer le service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. en priorité, les transferts d’argent de l’administration vers les établissements scolaires ne se font plus, accumulant plusieurs mois de retard de paiement, certains fournisseurs ne livrent plus de service (nettoyage par exemple). Privées de revenus, certaines écoles coupent l’électricité ou le chauffage, la situation est devenue alarmante ! Il est temps de demander des comptes.

Vers un audit de la dette en Espagne

Organisée par la campagne Quién debe a quién |8|, plus de 300 personnes ont participé début octobre 2011 à une journée dénommée Dettocratie (Deudocracia) à Madrid. Des militants et spécialistes venant d’Islande, de Grèce, d’Irlande, du Portugal, de Belgique et de l’Etat espagnol sont venus exposer les particularités du combat contre la dette dans chacun de leurs pays. Cette rencontre s’est terminée le 9 octobre par une réunion de préparation à la réalisation d’un audit citoyen de la dette de l’Etat espagnol à laquelle ont participé une vingtaine d’organisations et mouvements sociaux dont les Indignés |9|. Toutes et tous sentions comment, sous le prétexte du déficit et de la dette, on allait diminuer les budgets destinés aux services publics et réduire nos droits, nous étions parfaitement conscients de l’utilisation politique qu’il en est fait, que cela requérait une réponse de la part des mouvements sociaux. Un audit de la dette pouvait disséquer cette dette espagnole, montrer comment elle se composait réellement, quels en étaient les détenteurs et qui en profitait vraiment afin de contrattaquer les politiques d’austérité.

Six mois plus tard, plus de 70 personnes venant de différentes régions de l’État se sont retrouvées à Madrid, du 23 au 25 mars 2012, dans le centre socioculturel Eko |10|, occupé par l’assemblée Carabanchel du 15M. Cette première rencontre de la campagne d’audit de la dette espagnole |11| a débuté avec la projection du documentaire Interferencies |12|. Le lendemain, une large discussion a permis le consensus sur des objectifs importants permettant le renforcement du pouvoir populaire, comme par exemple le fait de pouvoir contrer le discours dominant et dénoncer les politiques d’austérité avec une argumentation propre, identifier les responsables et ceux qui bénéficient de l’endettement, promouvoir l’éducation populaire (« le peuple veut savoir de quoi il s’agit »), réaliser un rapport public complet, mettre en place un Tribunal populaire pour juger les responsables… Enfin, la répudiation de la dette illégitime et le « décryptage » du système dette constituent le point de mire qui doivent guider notre travail.

Ouvert à chacun-e et axé sur les principes d’horizontalité, la priorité est donnée au travail sur la dette publique de l’État, c’est-à-dire garantie par les administrations publiques, qu’elle soit publique ou privée, puisque c’est elle qui sert de prétexte aux politiques antisociales mises en œuvre. Mais il s’agit aussi d’analyser les dettes des régions autonomes et des municipalités et de soutenir, en tant que plateforme citoyenne, toute initiative d’audit local qui émergerait (hôpital, mairie…).

Le dernier jour de la rencontre, un calendrier de lutte et des commissions de travail se sont mis en place, et le nom de ce mouvement revendicatif a été approuvé à l’unanimité. Ainsi est née la Plateforme d’audit citoyen de la dette |13|. Son slogan, « Nous ne devons pas, nous ne payons pas », rappelle les campagnes en faveur de l’annulation de la dette des pays du sud, faisant ainsi le lien Nord/Sud dans ce combat internationaliste. Au cours de ce processus, il faudra tendre à l’implication de tous les mouvements sectoriels en lutte, de toutes celles et ceux qui par leurs travaux peuvent apporter des éléments pour l’audit. En définitive, ce processus devra rester ouvert et inclusif, en coordination avec les autres campagnes euro-méditerranéennes (Grèce, Irlande, France, Portugal, Tunisie, Égypte…) et d’ailleurs (Philippines, Brésil…) afin d’alimenter les synergies susceptibles d’unir celles et ceux qui subissent le système dette et de renverser le pouvoir de ceux d’en haut qui en profitent.

Griselda Piñero (ATTAC Espagne/CADTM) et Jérôme Duval (Patas Arriba)

La Hongrie de Viktor Orbàn

avril 16th, 2012 by Judit Morva

A la tête d’un pays endetté, sous pression du FMI et de l’UE, avec des indicateurs socio-économiques dans le rouge, le gouvernement hongrois conduit par Viktor Orbàn (élu en mai 2010) a plusieurs fois défrayé la chronique médiatique et déclenché de vives critiques au sein de l’Union européenne ces derniers mois. Quelles évolutions connaît la société hongroise ? Entretien avec Judit Morva (économiste, coordinatrice du Monde Diplomatique Hongrie).

Viktor Orbàn est un personnage très controversé. Les médias et les dirigeants européens ont été très critiques à l’égard des changements constitutionnels, de l’approbation de lois liberticides et réactionnaires, etc. Que dit la nouvelle Constitution ? Qu’impliquent ces lois ?

La nouvelle Constitution, entrée en vigueur le 1er janvier 2012, est fortement critiquée aussi bien par la gauche socialiste que par les libéraux. Le changement le plus controversé est en fait un changement symbolique : le nom officiel du pays sera dorénavant « Hongrie » et non plus « République hongroise ». Pour le moment, ce changement de nom ne semble avoir aucune importance pratique, mais on ressent un malaise, une incertitude comme quand on ne comprend pas le mouvement de notre partenaire de jeu d’échecs. Existe-t-il une stratégie nécessitant effectivement qu’on ne soit plus une République ?

Dans l’ensemble, cette nouvelle Constitution prépare le pays et ses habitants à un retour des mentalités, des valeurs et des règles qui ont caractérisé le pays avant l’époque socialiste, comme si la droite voulait effacer les derniers 60-70 ans. Ainsi, le rôle de l’Eglise va se renforcer dans l’enseignement : 20% des écoles seront gérées par les différentes églises dites « historiques » (catholiques, protestantes calvinistes et luthériennes en grande majorité). La pression politique que l’Eglise catholique exerce en Hongrie se manifeste aussi par le fait que dans cette nouvelle Constitution, « la vie est protégée dès sa conception », simple phrase préparant le terrain à une remise en question de l’avortement libre.

Les minorités roms font-elles l’objet de ségrégation ? Quelle est la politique du gouvernement actuel à leur égard ?

Avant tout, il faut savoir que la crise frappe très durement le pays et il y a des régions proprement sinistrées, dans le Nord-Est et aussi dans le Sud-Ouest, où il y a des villages où personne ne trouve de travail. On peut imaginer le désarroi et le désespoir des habitants. Il y a aussi évidemment le fait que la coexistence entre les tziganes désœuvrés et les hongrois âgés – car les jeunes s’enfuient de ces régions – n’est pas facile. Ni le gouvernement d’Orbàn, ni les gouvernements précédents n’ont rien fait pour résoudre le problème de fond. La réindustrialisation, l’aide à l’agriculture locale à échelle familiale seraient pourtant indispensables. Face à cet appauvrissement constant, une partie de la population a eu des réactions nationalo-racistes que les libéraux se sont empressés de condamner. Quant à l’équipe d’Orbàn, représentant la droite traditionnelle hongroise, elle tolère et encourage le défoulement verbal, voire même à la limite l’intervention brutale.

Le gouvernement hongrois a mis en place une série de « taxes exceptionnelles » sur les banques, les produits financiers, les entreprises de l’agroalimentaire et de la grande distribution, de l’énergie, des télécommunications, pour faire face à la crise. Doit-on y voir une tentative de reconquête de la souveraineté économique ? De quoi s’agit-il exactement ? Quels sont les objectifs du gouvernement ?

Une des premières mesures prises par le gouvernement a été l’instauration d’une taxe exceptionnelle sur les banques et la reprise en main des caisses de retraites privées obligatoires. Curieusement les banques ont relativement bien pris cette taxe. Elles ont un peu protesté par principe, en disant que si la situation était telle, elles quitteraient la Hongrie. Mais comme les banques ont piégé la population avec des crédits émis en franc suisse, elles sont extrêmement impopulaires et ont donc décidé de faire profil bas. Et il faut savoir que la Hongrie a été une place bancaire exceptionnellement profitable, ce qui permet aux banques d’acquitter cette taxe sans soucis.

Par contre, pour les caisses de retraite privées obligatoires, la bataille idéologique a été gagnée par les libéraux, ce qui fait que cette mesure de sauvetage des finances publiques continue à être critiquée avec virulence, considérant qu’il y a là « un vol de l’épargne personnelle des gens ». Cette bataille violente est menée par le lobby financier et les politiciens socialistes et libéraux qui les soutiennent inconditionnellement. Ces caisses ont été créées en 1997, sous l’impulsion directe de la Banque Mondiale, en Hongrie comme dans d’autres pays en transition. Le système est clair : une partie des cotisations obligatoires (environ 8% en Hongrie) va dans les caisses privées, tandis que l’Etat doit combler le manque à gagner de la caisse de retraite principale pour pouvoir payer les retraités. L’Etat s’endette donc tous les ans, alors que les caisses privées se portent très bien.

Quand le gouvernement d’Orbàn attaque les intérêts des grands groupes multinationaux, c’est pour essayer de récupérer des profits en faveur des capitalistes autochtones. A l’étranger, souvent on pense que les mesures prises par Orbàn sont de nature anti-capitalistes, mais c’est une erreur.

La population a-t-elle encore une vision idéalisée du capitalisme, même après la crise ? Pense-t-elle que ces caisses de retraite privées seront capables de leur verser une retraite correcte ?

Le fait que la majorité de la population ne veut pas admettre le fonctionnement piégé de ce système de financement tient au fait que les gens sont idéologiquement très attachés au capitalisme. Ils perçoivent correctement que la financiarisation en fait partie et acceptent que leur retraite soit privatisée. La bataille d’idées autour de ces caisses privées illustre bien les rapports de force politiques réels en Hongrie. En fait, on peut dire que les libéraux/socialistes et la droite populiste d’Orbàn sont les deux faces d’une même médaille, où l’entente sur le principe du capitalisme est parfaite. Bien sûr, les questions financières sont techniquement compliquées, mais nous savons depuis le référendum français sur la constitution européenne que si les gens sont politiquement motivés, ils sont capables de comprendre leurs intérêts.

Nous, les forces de gauche en Hongrie, ne pouvons que constater et admettre que la population dans sa majorité n’est pas encore prête à l’effort intellectuel pour comprendre le fonctionnement du capitalisme de notre époque et la financiarisation reste encore un leurre efficace. En fait, le capitalisme est encore accepté et pensé comme une société efficace, et sa version locale, qui a appauvrie la majorité, est pensée comme une erreur que l’on doit améliorer.

A l’instar de nombre de gouvernements en Europe, la Hongrie est elle aussi étranglée par sa dette et a conclu un plan d’austérité drastique avec le FMI en 2010. Quelles sont les caractéristiques de la dette hongroise ? La crise de la dette de 1982 coïncide-t-elle aussi avec le tournant néolibéral en Hongrie ?

La Hongrie et la Pologne, tout comme des pays latino-américains, ont déjà été étranglées par la dette extérieure en 1982, lors de la première crise de la dette de la période d’après-guerre. Le pays s’est endetté pour se « moderniser », mais évidemment à la suite de cette ouverture financière et commerciale, la route a mené au FMI. En 1989, la dette était de 20 milliards de dollars et on a considéré que c’était le signe de l’échec économique du socialisme. Actuellement, alors que le pays a déjà privatisé et même fermé une partie importante de ces capacités productives, la dette est de l’ordre de 100 milliards d’euros, et, vraiment, on ne peut pas voir comment on pourra la rembourser.

Quel est l’état des rapports de force entre les partisan-e-s de Orban et ses opposant-e-s ? Voit-on l’émergence/la consolidation de mouvements de résistance ?

L’essoufflement politique du projet socialiste en Union Soviétique a entraîné un changement radical dans toute cette région de la planète. En Hongrie, une bonne partie de la population a cru que c’est un capitalisme à l’autrichienne ou à la suédoise qui allait être établi. Avec la crise de 2008, les gens commencent à se rendre compte que les difficultés – pauvreté endémique, désindustrialisation, corruption, endettement du pays mais aussi des ménages – ne sont nullement passagères.

La politique de « transition » a été menée en alternance par « la gauche » – socialistes et libéraux – et par l’équipe d’Orbàn. Et tandis que les socialistes ont perdu leur assise et crédibilité, la popularité d’Orbàn se maintient. Orbàn, très habilement, fait semblant de défendre l’intérêt national, qui est un sujet on ne peut plus populaire. Il semble que la bataille des idées des années futures se jouera justement sur ce thème.
Et nous avons une extrême droite de plus en plus visible – de 16 à 25% des voix – et qui est la première force politique qui s’organise en faisant appel aux masses. Les sources de leur financement ne sont pas très claires, mais ils ont de vastes moyens pour organiser des manifestations, avoir des uniformes, des camps d’entraînement, etc.

La gauche véritable reste faible. Bien qu’un tournant a été clairement observé à partir du printemps 2011 et bien qu’on manifeste fréquemment à Budapest, il semble que la recomposition ne sera pas un processus rapide. L’endettement sera certainement un sujet au cœur de cette bataille, ainsi que la production agricole locale.

Où est la bonne foi d’Obama ?

avril 16th, 2012 by Oscar Fortin

Obama est un homme intelligent et sans doute des mieux informés. Il connait les véritables motifs du blocus mis en place par son pays contre Cuba depuis plus d’un demi-siècle: faire tout ce qui est possible pour que la révolution soit un échec, rendant la vie des citoyens toujours plus impossible de manière à que ces derniers en rapportent la responsabilité sur leurs dirigeants. Voici l’essentiel de ce plan, tel que décrit et soumis, le 6 avril 1960, au président Eisenhower, dans le mémorandum secret de l’adjoint du sous-secrétaire d’État d’alors, Lester Mallory :

« « La majorité des Cubains appuient Castro (…) Il n’existe pas une opposition politique effective. (…) L’unique moyen possible pour lui faire perdre l’appui interne est de provoquer la désillusion et le mécontentement en provoquant l’insatisfaction économique (…) et la pénurie. (…) Il faut mettre rapidement en pratique tous les moyens possibles pour affaiblir la vie économique (…) refusant à Cuba argent et biens de toute nature de manière à réduire les salaires et l’emploi, provoquant ainsi la faim, le découragement et la chute du gouvernement. »


Voilà le genre de démocratie qui intéresse les Etats-Unis. C’était le cas, il y a plus de 50 ans et c’est toujours le cas aujourd’hui, non seulement à Cuba, depuis 52 ans, mais en Libye, il y a un peu plus d’une année, en Syrie présentement, en Irak, en 2003, en Afghanistan, depuis plus de 11 ans, au Venezuela qui vient tout juste de se remémorer les 10 ans du coup d’État visant l’élimination du président légitimement élu, Hugo Chavez, et dont il continue à faire l’objet d’action de déstabilisation, en Bolivie où les initiatives de sabotages et d’intimidation sont permanentes, en Équateur qui vient de se remettre d’une tentative de coup d’État, en 2010, au Honduras où on n’a pas hésité à sortir par la force, en juin 2009, le président légitimement élu, Manuel Zelaya. En somme, pour l’empire, tout pays, affranchi et indépendant de son pouvoir, est démocratiquement suspect et ses dirigeants, des dictateurs.

http://youtu.be/CvdZ5O04WIo

Ces dessous des luttes contre ces peuples, M. Obama les connait mieux que quiconque. Il sait les mensonges qui les précèdent et les accompagnent pour mieux les faire accepter par l’opinion mondiale. Il en est même un des principaux acteurs. N’a-t-il pas réaffirmé cette fin de semaine, suite au Sommet des pays de l’OEA, que le blocus se justifiait toujours du fait que Cuba n’est pas démocratique, que son peuple ne peut pas s’exprimer, qu’il ne tolère aucune critique. Qui eût dit que celui qui tenait ces propos était celui-là même qui avait signé, il y a quelques mois, cette loi autorisant le Président des Etats-Unis et son exécutif à arrêter et, même, à faire exécuter quiconque dans le monde et aux Etats-Unis qu’il jugerait être un terroriste ou un danger pour la société. Voici ce qu’en dit Paul Craig Robert :

« Les évènements connus sous le vocable d’attentats du 11 Septembre ont été utilisés pour hisser la branche exécutive du pouvoir au dessus de la loi. Aussi loin que le président endosse un acte illégal, les employés de la branche exécutive ne sont plus redevables devant la loi qui prohibe cet acte illégal. Sur la simple autorité présidentielle, la branche du pouvoir exécutif peut violer les lois des Etats-Unis contre l’espionnage des citoyens américains sans mandat, ou de la détention infinie et de la torture et n’en souffrir aucune conséquence. »

Comment cet homme, Barak Obama, celui qui maintient une des pires prisons à Guantanamo, qui autorise la torture, se place au dessus de toutes les lois, peut-il faire la leçon à Cuba et aux 31 pays de l’Amérique latine et des Caraïbes ? De quel droit ce pays se permet-il de décider ce qui est démocratie et respect des droits humains alors que ses principaux alliés, en Amérique latine, ont été bien souvent des dictateurs des plus sanguinaires et qu’au Moyen Orient ses grands amis sont les Émirats arabes qui n’ont aucune notion de la démocratie et des droits humains comme nous les entendons?

Le Président de la Colombie, un allié sans conteste de Washington, a lui-même déclaré lors du Sommet de Cartagena, que cette approche du blocus économique n’avait plus aucun sens, que c’était un vieil héritage de la guerre froide et, qui plus est, n’avait donné aucun résultat. Il s’est même permis de dire qu’un autre Sommet sans la présence de Cuba serait impensable.

En dépit de tout cela, Obama répète la même chanson sans se soucier si ce qu’il dit correspond toujours à la réalité. L’important c’est que le monde entende toujours la même cassette comme si ce dernier, le monde que nous sommes, ne pouvait voir au delà des clichés et des mensonges à répétition. Je ne doute pas que les larmes de joie versées par le Pasteur Jesse Jackson lors de l’assermentation du président Obama, en 2009, se soient transformées en larmes de grande tristesse.

Oscar Fortin
Québec, le 16 avril, 2012
http://humanisme.blogspot.com

Hier, le gouvernement du président Nicolas Sarkozy a proposé de nouvelles lois antidémocratiques visant ostensiblement à empêcher des actes terroristes perpétrés par des « loups solitaires » ou des gens « auto-radicalisés » n’agissant pas dans des groupes organisés. Ces mesures sanctionneraient les gens qui visiteraient des sites internet « terroristes » ou se rendraient à l’étranger pour y recevoir une formation de terroriste.

La Dépêche écrit : « Selon le Garde des Sceaux, le projet prévoit de sanctionner les personnes qui naviguent “de manière habituelle et sans motif légitime” sur des sites incitant au terrorisme comme cela existe dans le cadre de la lutte contre la pédophilie… On ne peut laisser des individus, souvent jeunes et malléables, s’abreuver d’images de décapitation et d’appels à la haine sans réagir. Ceux qui les diffusent ne doivent pas vivre non plus dans l’impunité. »

Les peines, sur le modèle de celles concernant la lutte contre la pédophilie, pourraient aller jusque deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros (40 000 dollars) d’amende pour des « visiteurs habituels »

Ces mesures sont prises dans le contexte d’une avalanche de mesures antidémocratiques contre les immigrants proposées après les tueries de Mohamed Merah soupçonné d’avoir tué, entre le 11 et le 19 mars, trois militaires, un rabbin et trois écoliers juifs à Toulouse et Montauban.

Sarkozy a aussi annoncé une réduction de 50 pour cent de l’immigration légale et menacé de sortir la France de la zone Schengen de libre circulation si des mesures n’étaient pas prises pour empêcher l’immigration non voulue en provenance d’Europe ou hors d’Europe. Il a déclaré que, dans les cantines scolaires, il ne serait fait aucune concession pour les minorités, ce qui signifie la suppression de la possibilité d’un menu halal ou kasher.

La campagne anti-immigration de Sarkozy, juste avant le premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril, sert à renforcer les pouvoirs de la police contre l’opposition politique en France, tout en insufflant dans la campagne électorale le poison des préjugés sécuritaires. Il existe une forte opposition de la classe ouvrière à l’égard de la politique sociale de Sarkozy : les dépenses publiques ont été encore réduites, des droits sociaux détruits et le chômage a fortement augmenté. Sarkozy cherche à renverser la situation dans les dernières semaines de la campagne.

L’effet immédiat des tueries de Toulouse sur les sondages d’opinion a été que Sarkozy a rattrapé son retard sur le candidat du Parti socialiste (PS) François Hollande et l’a dépassé dans les intentions de vote pour le premier tour. Le dernier sondage donnait le président à 29,5 pour cent contre Hollande à 29 pour cent, bien que l’avance du candidat du PS au second tour contre Sarkozy soit toujours confortable à 54 pour cent environ contre 46.

Mais avant tout, cette loi donne d’énormes pouvoirs pour incriminer des gens qui ne font rien d’autre que de visiter des sites internet ou de se rendre dans des pays musulmans. La définition du terme même de « terrorisme » étant notoirement vague et sujette à la manipulation politique par les autorités policières, cela ouvre la voie à la criminalisation de voyages complètement légitimes et de navigation sur le net.

L’exploitation par Sarkozy de l’affaire Merah pour promouvoir des lois aussi draconiennes soulève d’autres questions sur les conditions hautement suspectes dans lesquelles ce dernier a perpétré les tueries. Bien qu’il fût un informateur de la police et sous étroite surveillance, Merah a réussi à poursuivre les meurtres dont il est accusé, pendant neuf jours, sans être dérangé par les forces de sécurité. (Voir Le tireur de Toulouse aurait été un informateur des services de renseignement français.)

Il n’a pas pu avoir de procès et expliquer les relations qu’il entretenait avec le renseignement français, car il a été tué dans ce qui n’est autre qu’une exécution d’État supervisée par le ministre de l’Intérieur de Sarkozy, Claude Guéant et le directeur central du renseignement intérieur du président, Bernard Squarcini, qui avait donné l’ordre de lancer l’assaut sur l’appartement de Merah le 22 mars. 

Il y a une autre raison à vouloir exploiter la tragédie de Toulouse et à stigmatiser les immigrants et les musulmans; en effet, cela fournit une justification à l’explosion du militarisme néo-colonial français. Les sondages montrent que la majorité e la population française s’oppose à l’occupation de l’Afghanistan et rejette aussi la guerre contre la Libye. Malgré cela, la classe dirigeante française soutient les forces pro-occidentales contre le régime syrien, menace l’Iran et envisage de soutenir une intervention militaire au Mali.

Juste après la mort de Merah, Sarkozy a profité de son avantage. Dans des actions hautement médiatisées, il a empêché au moins six religieux et prédicateurs musulmans d’entrer en France pour assister à des événements organisés par des organisations musulmanes officielles, reconnues par l’État. La police a arrêté 30 « suspects », dont la plupart ont été rapidement relâchés, car il n’existait aucune preuve contre eux.

Le PS a entièrement capitulé devant cette tentative de coup politique, rejoignant Sarkozy dans un appel à l’unité nationale et en le critiquant par la droite. Hollande l’a accusé de laxisme en matière de sécurité et a promis de faire mieux que lui s’il était élu.

Sur la question de la criminalisation des personnes qui visitent des sites internet, la réponse du PS a surtout consisté à critiquer ces mesures, au motif qu’elles ne sont pas assez efficaces contre les terroristes, laissant de côté la question du caractère profondément antidémocratique de la loi elle-même. L’« expert en sécurité » du PS, le sénateur Fraçois Rebsamen a déclaré que le projet pourrait « se révéler inutile, inefficace, voire contre-productif. »

Hollande a dit, « L’enjeu est trop grave pour légiférer dans la précipitation sans mesurer les conséquences des mesures et leur efficacité. »

Il réfute toujours les accusations selon lesquelles il serait trop tolérant en matière d’immigration en affirmant ses références sécuritaires. Il a dit sur France 2 le 16 mars, « Il y aura une brigade spécialisée de lutte contre les filières clandestines, les passeurs. C’est là que nous devons agir. »

Le PS et ses soutiens de la « gauche » petite-bourgeoise, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) ou le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, qui comprend le Parti de Gauche (PG) et le Parti communiste français (PCF) stalinien, sont incapables de s’opposer sérieusement aux nouvelles lois antidémocratiques de Sarkozy. Ils ont tous soutenu les mesures sécuritaires utilisées par Sarkozy pour attiser des sentiments chauvins. Parmi elles on compte les lois interdisant le port du voile islamique à l’école et de la burqa dans tous les lieux publics ainsi que la guerre de Sarkozy contre la Libye.

Bien qu’il ait dénoncé le « délire de la famille Le Pen » dans un discours fait à Lille le 28 mars après les tueries de Toulouse, Mélenchon soutient lui aussi la politique impérialiste qui sous-tend la politique intérieure sécuritaire et droitière de la France. Dans ce même discours de Lille, il avait préconisé des visas sociaux et environnementaux aux frontières de l’Europe pour lutter contre les délocalisations. Mélenchon avait voté au parlement européen en faveur de l’intervention de l’OTAN en Libye.

Article original, WSWS, publié le 13 avril 2012

Cartes de la Lettonie et de l’Ukraine


Suite aux divers envois sur les manifs néonazies en Lettonie et en Ukraine occidentale, deux questions me sont souvent posées: 
1) Que représentent-ils ? 
2) Pourquoi nos médias parlent-ils des uns (Hongrie, Russie) et pas des autres (Lettonie, Ukraine, Grèce) ?

A la première question
, la réponse n’est pas simple. Les groupes néonazis ou néofascistes sont minoritaires partout, sauf dans certains pays comme la Hongrie, et régions, comme l’Ukraine occidentale (Galicie). Le parti ukrainien d’extrême-droite admirateur de la Waffen SS “Svoboda”, par exemple, n’a guère d’influence dans l’ensemble de l’Ukraine, mais dispose d’une majorité dans les principales villes de Galicie (dont Lviv, ou Lvov), berceau du nationalisme radical (OUN) et de la collaboration nazie. A Lviv, Ternopil, Ivano-Frankivsk, les néonazis et autres ultranationalistes défilent fréquemment par milliers, ils ont des milices paramilitaires.

Mais il faut ajouter que les IDEES ultranationalistes et fascisantes sont également présentes au sein de GRANDES formations politiques et d’une partie des populations. L’extrême-droite était influente au sein des formations de la “révolution orange”. Ca dérange  ?

A la deuxième question,
la réponse est simple, et en partie d’ordre géopolitique.

L’extrême-droite et le nationalisme hongrois dérangent en raison de leur opposition partielle à l’Union Européenne
, alors que l’extrême-droite grecque a été momentanément associée au gouvernement vu qu’elle appliquait les plans d’austérité recommandés par Bruxelles.

Les dictatures appliquant les programmes du FMI et du néolibéralisme ont toujours eu “nos” préférences !

L’extrême-droite et les néonazis baltes et ukrainiens sont “utiles” en tant qu’ardents adversaires de la Ru
ssie.


Nos médias, dès lors, parlent abondamment des fascistes russes, mais pas des baltes ou des ukrainiens.

“Les ennemis de nos ennemis sont nos amis”. Il y a toujours eu de “bons” fascistes et d’autres pas. C’est comme “les dictateurs”.
J’ajouterais une autre réflexion à l’occasion du procès de Breivik en Norvège.

Ce personnage défend un programme idéologique très clair et bien structuré: anticommunisme (ce point est rarement rappelé), islamophobie et rejet du modèle multi-culturel. Il y a des tentatives de le faire passer pour “fou” ou “tireur isolé”. On entend souvent des commentaires de journaux télévisés qui reviennent en détail sur les faits criminels mais non sur l’idéologie. Il y a une explication, je crois. Cette idéologie est très dans la tradition européenne, et très proche de l’idéologie latente de la droite “modérée” en Europe. Breivik est donc assez “dérangeant”. Voyez la différence de traitement avec Mohammed Merha. Son cas est hyper “idéologisé”. En effet, il incarne “l’ennemi” de notre civilisation occidentale. Alors que son comportement semble beaucoup plus proche du déséquilibré et du “tireur isolé”.

Breivik est “des nôtres”, Merha est un Autre.

Jean-Marie Chauvier
16 avril 2012 

 

Les Américains ont mis en place autour de l’Iran la plus grande concentration de troupes depuis la Seconde Guerre mondiale. Israël a déjà mis en position les sous-marins nucléaires livrés par l’Allemagne et testé et préparé l’attaque nucléaire préventive à l’aide de manœuvres.

Pour éviter une guerre sur deux fronts, l’Egypte a été déstabilisée par le Mossad et la CIA, puis Kadhafi a été éliminé. Face à ce «bon travail de la CIA», le président américain a déploré le mauvais travail du Mossad en Syrie où l’on n’avance pas. Dans la presse occidentale, on prétexte qu’il s’agit d’un soulèvement populaire. En réalité, le Mossad et la CIA ont mené la prétendue révolte populaire avec des mercenaires étrangers venus d’Algérie, de Libye, de Turquie et des Taliban(!), en s’occupant du financement, de l’armement et la stratégie. Selon Panetta, le ministre de Guerre américain, ce n’est qu’à la suite de ce prétendu «travail de libération» en Syrie qu’Israël pourra attaquer l’Iran, probablement entre avril et juin. Plus vite le président Assad est éliminé et le pays déstabilisé, plus vite la guerre contre l’Iran aura lieu.

Les politiciens des pays satellites européens soutiennent en tant que troupes auxiliaires les agitateurs israélo-américains en Iran, auxquels Westerwelle vient de concéder son plein soutien et des «livraisons humanitaires» (probablement du matériel d’aide au combat). De même, l’embargo contre la Syrie ne sert qu’à déstabiliser le pays et à le préparer pour l’occupation étrangère.

En parallèle à cette stratégie, l’on mène une campagne de presse internationale contre le président Assad (au lieu de la mener contre les insurgés israélo-américains), en lui reprochant d’«assassiner sa propre population». A l’instar de Saddam Hussein on le fait passer pour un terroriste international qui met en danger le reste du monde. Parallèlement, on insulte les Chinois et les Russes parce qu’ils ont empêché par leur veto au Conseil de sécurité de l’ONU que des unités de combat israéliennes, américaines et de l’OTAN puissent officiellement intervenir en Syrie et préci­piter le succès souhaité, au lieu de devoir céder cette tâche à des unités de combat étrangères non officielles.

Si l’on peut, selon les explications officielles, conclure que seule la déstabilisation réussie de la Syrie assure le flanc nord d’Israël et que cela permettra ensuite l’attaque de l’Iran, tous les hommes politiques pour la paix devraient en fait être intéressés à éviter l’effondrement du gouvernement syrien le plus longtemps possible, ou à ne pas le souhaiter du tout, afin que la condition préalable pour une attaque d’Israël contre l’Iran ne soit pas remplie. Le silence sournois des hommes politiques allemands – en particulier les «amis de la paix» roses et verts qui protestaient autrefois bruyamment contre tout combat international – laisse supposer une complicité intentionnelle à la guerre subversive et ouverte à venir au Proche-Orient. Pourquoi personne ne déconseille à nos amis américains et israéliens de jouer avec le feu et d’attiser l’incendie qui nous entraînerait nous aussi, en tant qu’amis d’Israël et satellites des Etats-Unis (à travers l’OTAN) inévitablement dans la troisième guerre mondiale?

Et pourquoi laissons-nous quotidiennement annoncer la presse mondiale américano-israélienne chez nous que l’Iran est en train de fabriquer une bombe atomique, bien que personne n’ait jusqu’à présent pu prouver cela et que même l’ONU a constaté qu’il fallait à l’Iran encore «au moins dix ans» (il y a deux ans) pour y arriver? Le vieux modèle utilisé contre l’Irak réapparait:

D’abord, on répand au sujet d’un pays des propos mensongers, semblant mettre l’humanité toute entière en danger, dans le but de faire passer ce pays comme danger pour tous,
•    puis ces mensonges sont renforcés par les confirmations constantes de milieux politiques intéressés jusqu’à ce qu’ils deviennent une certitude,
•    puis les organisations économiques et mondiales, contrôlées par les Etats-Unis, sont utilisées pour lancer un boycott contre le pays qu’on veut attaquer,
•    puis, des organisations onusiennes internationales sont envoyées aux points névralgiques du pays pour prétendument vérifier la production d’«armes de destruction massive» ou de «bombes atomiques» mais, en réalité, c’est pour définir les objectifs d’attaque prévus.

Parallèlement, le pays prévu pour être at­taqué est contrôlé et cartographié par des drones américains, et les cibles stratégiques y sont repérées. Dans le pays même, Israël fait assassiner les spécialistes du nucléaire, fait exploser des centrales informatiques par des attaques à ondes courtes et bombarde des installations.

En même temps, le président des Etats-Unis annonce qu’il répondrait à toute défense à ces attaques déjà en cours «dans l’intérêt de la paix mondiale» avec l’entière capacité de frappe militaire de son pays.

C’est le même modèle de préparation de guerre qu’en Irak. Les mêmes mensonges, les mêmes procédés – espérons que la suite ne sera pas la même.

Si nous ne nous engageons pas en tant qu’êtres humains qui exigent la paix, si nous n’avertissons prévenons pas les instigateurs bellicistes, cela pourrait aboutir à une guerre au Proche-Orient cette année encore.

Le belliciste principal, c’est le président israélien Netanyahou, et non pas le président syrien Assad. Pourquoi Merkel ne le met-elle pas en garde contre la guerre, mais le renforce-t-elle encore en lui assurant que c’est le but de la politique allemande de soutenir inconditionnellement Israël – donc aussi en cas de guerre?

Et si le gouvernement allemand mettait en garde Netanyahou, disant qu’il n’apporterait plus aucune aide en cas de guerre, qu’il ne défendrait plus l’«Europe au Hindou Kouch», qu’il ne se laisserait plus entraîner dans des aventures guerrières par l’OTAN? Pourquoi les amis de la paix des années 70 et 80 restent-ils soudain muets, bien qu’ils sachent qu’un danger de guerre beaucoup plus grand qu’alors est imminent?

Si Netanyahou lance l’attaque nucléaire préventive contre l’Iran, qui est l’allié de la Russie, de la Chine et du Pakistan, et si les Américains se laissent entraîner dans cette guerre conformément aux contrats conclus avec Israël, cela déclenchera la troisième guerre mondiale. A travers l’OTAN, qui était autrefois une organisation défensive et qui sert aujourd’hui les intérêts d’attaque américains dans le monde entier, nous serions automatiquement entraînés financièrement et militairement dans cette guerre mondiale si nous ne nous défendons pas. N’oublions pas qu’une telle guerre mondiale doublerait ou triplerait rapidement le prix du pétrole et renchérirait les matières premières, ce qui risquerait de détruire la prospérité dans le monde entier.

Tous ceux qui reprochent à la génération de leurs parents de ne pas avoir em­pêché l’agressivité d’Hitler à temps devront à l’avenir se taire, s’ils se taisent dans la situation actuelle au lieu de donner l’alarme. Où sont les marches des amis de la paix contre une guerre qui peut nous précipiter tous dans la misère?

L’auteur a toujours à nouveau mis en garde, et cela à temps. Il sait que c’est politiquement incorrect, voire dangereux. Il en allait de même sous Hitler. Son père fut arrêté parce qu’il avait, en tant que pasteur, publiquement mis en garde contre les guerres d’Hitler. Cependant, celui qui n’avertit pas et qui ne résiste pas, se rend tout aussi coupable que la clique politique au pouvoir qui croit que, par amitié pour Israël, l’on n’a pas le droit de contredire l’ami en le mettant en garde. L’amitié n’est cependant pas un opportunisme servile, mais consiste aussi à s’opposer aux fautes et au danger.  

Traduction Horizons et débats 

Qu’est-ce qui est nécessaire pour mettre au point une guerre?

Tandis qu’Israël, les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont des vues sur l’énorme richesse pétrolière de l’Iran, de nombreux thèmes ont été lancés par les médias pour plaider en faveur de la guerre.

Depuis les années 1980, la prolifération nucléaire, le terrorisme et maintenant, selon le ministère américain des Finances, les liens supposés de l’Iran avec les réseaux mondiaux du trafic de drogue ont tous été évoqués dans des appels au «changement de régime».1 Il est cependant utile d’examiner l’histoire récente des liens entre les Services secrets et le trafic de drogue et la manière dont ce «flirt» fait progresser les grands objectifs géopolitiques des Etats-Unis.

Contras et Kosovo: les guerres de l’ombre de la CIA

Dans les années 1980, c’étaient les sandinistes et le «communisme castriste» qui arrangeaient bien le gouvernement de Reagan. Tandis qu’argent et armes parvenaient à «nos gars» les Contras, ceux-ci se montraient reconnaissants en massacrant des dizaines de milliers de Nicaraguayens pour l’Oncle Sam tout en fournissant des tonnes de cocaïne aux Américains amateurs de fêtes pendant cette décennie prospère.

En effet, lorsque les barons de la drogue Jorge Ochoa et Pablo Escobar scellèrent leur partenariat lucratif, ils le firent aux côtés des fascistes boliviens trafiquants de drogue et des généraux argentins néo-nazis qui entretenaient depuis longtemps des liens avec la CIA. Selon Consortium News: «Le putsch connu sous le nom de ‹Cocaine Coup› installa Luis Garcia Meza et d’autres officiers liés au milieu de la drogue qui firent rapidement de la Bolivie le premier narco-Etat d’Amérique du Sud. La fourniture sûre de cocaïne bolivienne fut importante pour le développement du cartel de Medellin au début des années 1980.»2

En réalité, c’est le baron bolivien de la drogue Roberto Suárez Goméz qui finança le coup d’Etat. Entretenant des liens étroits avec le régime de Pinochet au Chili et avec les généraux des escadrons de la mort en Argentine, Suárez était un pilier des milieux internationaux d’extrême-droite qui distribuaient généreusement de l’argent aux membres sud-américains de la Ligue anticommuniste mondiale (LACM) à l’idéologie nazie.

La CIA a créé des sociétés fictives liées au trafic de drogue

Lorsque la LACM fut créée en 1966 à Taipei sous l’appellation de Ligue anticommuniste des peuples d’Asie, elle fonctionna tout d’abord comme une filiale à cent pour cent des gouvernements de Taïwan sous la narcocratie nationaliste du dictateur Tchang Kaï-chek et la République de Corée et ensuite sous l’autorité de fer de Park Chung Hee, allié des Américains.

Parmi les autres membres importants qui fondèrent la LACM, il y avait Yoshio Kodama et Ryiochi Sasakawa, des criminels de guerre japonais fascistes de premier plan qui furent des chefs des syndicats du crime yakuza de l’après-guerre. C’étaient tous les deux des milliardaires dont la fortune provenait du trafic de drogue, des jeux et de la prostitution. Incarcéré en 1945 pour crimes de guerre, Sasakawa échappa à la potence, comme Kodama et le futur Premier ministre Nobusuke Kishi, et fut libéré en 1948 grâce à ses relations avec l’OSS-CIA. [L’Office of Strategic Services (OSS), était un Service de renseignements du ministère américain de la Guerre de 1942 à 1945]. Un jour, il s’est vanté d’être «le plus riche fasciste du monde». Kodama et Sasakawa œuvraient aux côtés de personnes liées à la Chine comme Paul Helliwell qui créa des sociétés fictives de la CIA liées au trafic de drogue, la Sea Supply Corporation basée à Bangkok et la Taiwanese Airline Civil Air Transport.

Et ce n’était personne d’autre que Sasakawa, l’homme fort soutenant la tête du Parti libéral démocratique du Japon, qui fut le principal soutien financier de l’Eglise de l’Unification du révérend Sun Myung Moon, qui entretenait des liens avec les Services secrets, et la LACM, acteur principal du Cocaine Coup en Bolivie, faits que vous avez peu de chances d’apprendre en lisant le «Washington Times», qui est aux mains de la secte Moon.3

Trafic de drogue pour le Kouo-min-tang

Comme l’a écrit l’analyste Peter Dale Scott dans le magazine «Variant», «dans les années d’après-guerre, lorsque le lobby chinois [de Taïwan] financé par le trafic de drogue était puissant à Washington et que les Etats-Unis transportaient des armes et des troupes de nationalistes chinois dans l’Est de la Birmanie, la production d’opium fut, en quinze ans, multipliée par cinq environ dans cette région reculée, passant de moins de 80 à 300–400 tonnes par année. Elle doubla à nouveau dans les années 1960, âge d’or de l’alliance entre le Kouo-min-tang et la CIA en Asie du Sud-Est.»4

Dans son livre paru récemment, Scott écrit:

«Les membres de la petite unité de l’OSS d’Helliwell à Kunming – Helliwell, E. Howard Hunt, Ray Cline, Lucien Conein et Mitchell WerBell – jettent une ombre épaisse à la fois sur les connivences entre Services de renseignements et trafiquants de drogue de l’après-guerre et sur l’histoire de la Ligue anticommuniste mondiale. En plus du soutien d’Helliwell aux trafiquants de drogue du Kouo-min-tang de Birmanie et de celui de Hunt au Mexique, on dit que la création de l’APACL [organisation précurseur de la LACM] doit beaucoup à Ray Cline. A la fin des années 1970, John Singlaub, autre vétéran du Kouo-min-tang, reprit la direction de la Ligue anticommuniste mondiale. Lucien Conein devint conseiller des fonctionnaires vietnamiens chargés de la surveillance des réseaux de drogue anticommunistes, Ngo Dinh Nhu tout d’abord puis le chef de la police Nguyen Ngoc Loan. Mitchell WerBell, qui continuait à mettre au point des armes légères à l’intention des Services secrets comme la Dirección Federal de Seguridad [mexicaine] était également lié aux protecteurs des escadrons de la mort de la LACM et il a fini par être inculpé de trafic de drogue.» (Peter Dale Scott, American War Machine, Lanham, Maryland, Rowman & Littlefield, 2010, pp. 52–53)

Une clique peu recommandable de criminels de guerre et de collaborateurs nazis

Peu après sa création, la LACM fut rejointe par des représentants du Bloc des nations anti-bolchéviques (ABN), une clique peu recommandable de criminels et de collaborateurs nazis dirigée par Yaroslav Stetsko. Lorsque les armées allemandes envahirent l’Union soviétique en 1941, Stetsko, alors chef de l’Organisation des nationalistes ukrainiens, des collaborateurs, proclama la création d’un Etat Quisling ukrainien allié au Troisième Reich. Dans l’Acte de proclamation d’indépendance de l’Ukraine, Stetsko déclarait que l’Ukraine «collaborerait étroitement avec la Grande Allemagne national-socialiste sous la conduite de son chef Adolf Hitler qui est en train de créer un nouvel ordre en Europe et dans le monde». Après la guerre, Stetsko et sa clique fuirent l’Europe grâce aux tristement célèbres réseaux d’exfiltration nazis du Vatican et prit fait et cause pour les Etats-Unis tout en travaillant avec des fascistes européens et latino-américains alliés aux réseaux mondiaux du trafic de drogue.

Tandis que le régime corrompu de Garcia Meza consolidait son pouvoir, ils massacrèrent les gens de gauche, les paysans et les chefs syndicalistes. Ils étaient assistés dans cette tâche par les spécialistes argentins de la «guerre sale» [période de terrorisme d’Etat en Argentine, de 1976 à 1983], d’agents de la CIA et de criminels de guerre nazis qui avaient échappé à la justice: Klaus Barbie et une bande disparate de terroristes d’extrême-droite. C’était une affaire internationale. L’architecte Stefano Delle Chiaie, qui, en 1980, venait de provoquer un bain de sang dans un attentat à la bombe en gare de Bologne qui fit 85 morts, fasciste pur jus qui entretenait des liens avec la CIA et le réseau Gladio de l’OTAN, mit en application son «talent» exceptionnel dans la création d’un trafic de drogue mondial et l’exportation du terrorisme en Amérique centrale. L’analyste de gauche Stuart Christie écrit à ce sujet: «Un des organisateurs de Delle Chiaie en Amérique latine, l’Allemand de l’Ouest Joachim Fiebelkorn (né en 1947), homme lige, ancien combattant du Kampfbund Deutscher Soldaten et souteneur de Francfort, qui avait travaillé avec Delle Chiaie en Bolivie, déclara plus tard à la police fédérale allemande que Delle Chiaie était le plus important intermédiaire international entre la mafia sicilienne et les producteurs de cocaïne d’Amérique latine. Basés dans une caserne de la police située à proximité de l’ambassade d’Allemagne de l’Ouest dans la capitale La Paz, les hommes de Delle Chiaie, Los Novios de la Muerte (Les Fiancés de la mort) comme ils se nommaient eux-mêmes, étaient engagés comme agents de sécurité et hommes de main au service de l’empire international de la drogue de Roberto Suárez, appelé ‹Roi de la cocaïne›, qui contrôlait la production, le transport, la distribution et la commercialisation de cette drogue.» (Stuart Christie, Stefano Delle Chiaie: Portrait of a Black Terrorist, London, Anarchy Magazine/Refract Publications, 1984)5

Le cartel de Medellin soutient l’anéantissement du communisme en Amérique latine

Selon les journalistes d’investigation Marta Gurvich et Robert Parry, «un grand nombre des agents des Services de renseignements argentins qui participèrent au Cocaine Coup tirèrent parti de leur victoire en Bolivie en se déplaçant vers le nord, en Amérique centrale où ils entraînèrent la troupe de racailles des Contras du Nicaragua: En 1981, le président Reagan autorisa officiellement la CIA à collaborer avec les Services de renseignements argentins pour développer l’armée des Contras.»

Sous la conduite de son directeur William Casey, la CIA ne se contenta pas d’observer les choses de l’extérieur. Avec la bénédiction de Reagan, elle conclut que le Cartel de Medellin pouvait être utilisé pour aider à vaincre le communisme en Amérique latine comme elle l’avait fait auparavant avec la mafia de la drogue en Asie. Elle fit pareil avec le Cartel Cali, beaucoup plus important, dirigé par les frères Rodriguez Orejuela, individus pleins d’initiative. A l’époque, on estimait que les «amis» de la CIA appartenant au milieu récoltaient jusqu’à 60 millions de dollars par mois, des broutilles par rapport à la situation actuelle. Mais lorsque les sandinistes perdirent le pouvoir en 1990, les relations avec Pablo Escobar se dégradèrent.

En réalité, comme la National Security Archive l’a révélé dans des documents autrefois classifiés, lorsqu’on eut mis la main sur Escobar, des preuves importantes révélèrent «les liens entre le détachement américano-colombien chargé de capturer le fugitif et l’un des chefs paramilitaires les plus tristement célèbres de Colombie.» Selon l’Archive, «l’affaire déclencha une enquête spéciale de la CIA visant à savoir si les Services de renseignements partageaient des informations avec des terroristes et des narcotrafiquants colombiens tout aussi dangereux qu’Escobar lui-même.» Et c’était le cas. Or le phénomène persiste aujourd’hui, comme on peut le voir dans la «guerre» menée par les Etats-Unis contre les puissants cartels mexicains.6

Nous le savons maintenant, cette grande «victoire» de la guerre contre le trafic de drogue a pratiquement favorisé une faction colombienne corrompue au détriment d’une autre sans effets perceptibles sur le terrain.

A vrai dire, selon Narco News,7 un document secret rédigé par Thomas M. Kent, procureur au ministère de la Justice, «affirme que des agents fédéraux du Bureau de la Drug Enforcement Administration (DEA) à Bogota, Colombie, sont des acteurs corrompus de la guerre contre le trafic de drogue.»8

Des agents américains de la lutte contre la drogue stipendiés par les trafiquants

Le journaliste Bill Conroy a révélé que «le mémorandum de Kent contient quelques-unes des plus graves allégations jamais formulées contre les agents américains de la lutte contre le trafic de drogue: des agents de la DEA chargés de la lutte contre la drogue en Colombie figurent sur les listes de personnes rémunérées par les trafiquants, sont complices d’assassinats d’informateurs qui en savent trop et, chose stupéfiante, aident directement les sinistres escadrons de la mort paramilitaires de droite à blanchir l’argent de la drogue. […] Le mémorandum affirme en outre que plutôt que d’être simplement quelques brebis galeuses qu’il faut signaler à leurs supérieurs, ces agents corrompus sont constamment protégés par des bureaux de surveillance au sein du ministère de la Justice.»

Il ne s’agit guère d’une anomalie. Cela traduit la nature corrompue des stratégies officielles des Etats-Unis au cours des dernières décennies. Comme on l’a appris à la fin des années 1990 – en grande partie à la suite du scandale provoqué par la série Dark Alliance de Gary Webb – un memorandum of understanding (lettre d’intention) secret entre le ministère de la Justice de Reagan et la CIA a été divulgué. Ce document de 1982 dispensait légalement la CIA de signaler les cas de contrebande de drogue et les autres crimes commis par ses agents. Un point à garder en mémoire quand nous examinerons ci-dessous les allégations américaines sur la corruption de hauts fonctionnaires iraniens.9

Des méthodes semblables à celles de la guerre froide

S’agissait-il ici d’anomalies de la guerre froide? Certainement pas.

Lorsque le «Grand triangulateur»* Bill Clinton arriva au pouvoir en 1993, ce fut Slobodan Miloševic qui reprit le rôle du siècle en Europe en tant que «nouvel Hitler». La guerre froide ayant pris fin, la «menace» soviétique étant devenue une image floue dans le rétroviseur et les «réformes» économiques néolibérales faisant fureur, les Etats-Unis commencèrent leur extension de l’OTAN à l’Est, dans l’ancien bloc soviétique. La Yougoslavie, considérée comme un anachronisme, devait disparaître, et elle disparut effectivement.

Peu importait qu’avant d’occuper le Bureau ovale, lorsqu’il était gouverneur de l’Arkansas, Clinton ait enterré l’enquête sur les opérations illicites de Barry Seal, légendaire «drug pilot» de la CIA et mouchard de la DEA. Comme l’a relaté le journaliste d’investigation Daniel Hopsicker dans le Washington Weekly en 1997, de nombreuses sources attestent que Seal10 et ses acolytes avaient transporté par avion de grandes quantités de drogue jusqu’à l’aéroport de Mena à l’intention du Cartel de Medellin au cours d’opérations «protégées» destinées à financer les Contras du Nicaragua.11

Reprenant un mode opératoire utilisé par les Services de renseignements depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tout d’abord en Asie, puis dans le monde entier, des extrémistes politiques et religieux et des organisations de trafiquants de drogue liés aux Services secrets occidentaux commencèrent à accomplir des «miracles» dans les Balkans.

Au vu et au su de la CIA, l’UÇK pratiquait un trafic d’héroïne et de prostitution très lucratif dans toute l’Europe

De l’autre côté de l’Atlantique, alors que les médias étaient obsédés par les taches sur la robe bleue de Monica Lewinsky, le démembrement de la Yougoslavie battait son plein. Les proches alliés de l’Amérique et de l’Allemagne, le gouvernement bosniaque sécessionniste d’Alija Izetbegovic, chouchou des «interventionnistes humanitaires» occidentaux, escroc islamiste qui, pendant la guerre, avait manifesté sa sympathie à l’égard de la 13e division de montagne de la Waffen-SS Handschar [opérant en Croatie], ce qui lui valut un séjour dans une prison yougoslave, procura des passeports et des armes à des milliers d’anciens combattants afghano-arabes afin d’aider à «libérer» la Bosnie. Comme en ce qui concerne les actuelles opérations de «changement de régime» en Libye et en Syrie, des djihadistes salafistes alignés sur une armée de l’ombre de la CIA transformée en Al-Qaïda, affluèrent dans la région.

Les laquais de Ben Laden ravagèrent la Bosnie, massacrant joyeusement juifs, Roms et Serbes tout en créant des «institutions caritatives» wahhabistes financées par l’Arabie saoudite. Quelques années plus tard, ils pénétrèrent au Kosovo où ils rejoignirent leur nouvelle «amie de toujours», l’Armée de libération du Kosovo (ALK). Commandée d’une main de fer par les gangsters Hashim Thaçi, Agim Çeku et Ramush Haradinaj, l’ALK, s’allia à des mafieux italiens et à des caïds turcs et pratiqua dans toute l’Europe un trafic d’héroïne et de prostitution très lucratif.

En 1999, la «Montreal Gazette» a révélé que des «rebelles albanais du Kosovo entretenaient dès 1994 des liens avec des trafiquants de drogue européens tandis que les autorités américaines mettaient en garde contre le fait que des Kosovars se livraient à une intense contrebande d’armes et de drogue. Les polices de divers Etats occidentaux constatèrent une augmentation de la proportion d’héroïne parvenue dans leurs pays par les Balkans et l’augmentation parallèle de la criminalité et des morts par overdose.»12

Michael Levine, agent pendant 25 ans de la DEA et «lanceur d’alerte» qui co-anime aujourd’hui l’Expert Witness Radio Show,13 a déclaré à la «Montreal Gazette» qu’il était évident que les Services secrets américains avaient connaissance des liens de l’ALK avec le trafic de drogue:

«Aussi longtemps que la CIA protégera l’ALK, d’importants trafics de drogue seront à l’abri de toute enquête policière»

«La CIA a protégé l’ALK tant qu’elle a pu. Aussi longtemps que la CIA protégera l’ALK, d’importants trafics de drogue seront à l’abri de toute enquête policière.»

Dans un article du Covert Action Quarterly, l’analyste Michel Chossudovsky écrit que «tandis que les chefs de l’ALK serraient la main de la Secrétaire d’Etat Madeleine Albright à Rambouillet, Europol (office de police criminelle européen basé à La Haye) était en train de préparer un rapport à l’intention des ministres européens de l’Intérieur et de la Justice sur les relations entre l’ALK et les gangs albanais de la drogue.14 […]
Pour se développer, les syndicats du crime impliqués dans le trafic de drogue des Balkans avaient besoin d’amis haut placés. On suppose que des gangs de contrebandiers entretenant des liens supposés avec l’Etat turc contrôlent le trafic d’héroïne à travers les Balkans en collaborant étroitement avec d’autres groupes avec lesquels ils entretiennent des liens politiques ou religieux, dont des groupes criminels d’Albanie et du Kosovo. Dans ce nouveau contexte financier global, de puissants lobbys politiques secrets liés à la criminalité organisée entretiennent des relations avec des personnalités politiques éminentes et des membres de l’establishment militaire et du renseignement.»

ALK possédait son narco-Etat et le Département d’Etat avait son Camp Bondsteel

A la suite des bombardements de l’OTAN, qui durèrent 78 jours – modèle des actuelles «interventions humanitaires» du Département d’Etat – l’ex-Yougoslavie socialiste était en ruines, l’ALK possédait son narco-Etat et le Département d’Etat avait son Camp Bondsteel. En 2000, les hommes de Thaçi écartèrent les mafieux turcs et italiens et prirent le contrôle du lucratif trafic d’héroïne15 à travers les Balkans et recueillirent des organes humains pour les vendre sur le marché noir international.16

C’était une victoire sur toute la ligne.

Nous devrions nous souvenir de ce qu’écrit Chodussovsky car des «lobbys politiques clandestins» comme l’Organisation des Moudjahidin du peuple d’Iran (Moudjahidin-e Khalq, MEK), et leurs différentes couvertures, comme le Conseil national de la Résistance d’Iran (CNRI), «entretiennent des liens avec des personnalités politiques éminentes et des membres de l’establishment militaire et du renseignement», arrosant les politiques et les élites militaires des Etats-Unis de millions de dollars sous forme d’«honoraires de conférencier» provenant de sources inconnues, comme l’a montré le Christian Science Monitor.

La nouvelle «heroin connection»?

Si la perspective d’un Iran possédant l’arme nucléaire ne suffit pas pour affoler des Américains vigoureux et très croyants, considérez ce titre spirituel de Radio Free Europe/Radio Liberty: «Selon les Etats-Unis, un général iranien est impliqué dans le trafic de drogue afghan.»17

C’est vrai. L’ancien porte-parole de la CIA Radio Free Europe/Radio Liberty, qui a flairé le coup et brûle de faire la guerre, nous a informés la semaine dernière [avant le 18 mars] que le gouvernement Obama avait «déclaré qu’un général de l’unité d’élite iranienne al-Quds était un personnage clé du trafic d’héroïne en provenance d’Afghanistan.»

Selon le ministère américain des Finances, «le général Gholamreza Baghbani, qui dirige le Bureau du corps al-Quds des Gardiens de la Révolution à Zahedan, a été qualifié de «cheville ouvrière du trafic de drogue».

On nous apprend qu’il a été accusé «d’aider les trafiquants de drogue à transporter des opiacés en Iran et d’aider à envoyer des armes aux talibans.»
Entrées d’armes, sorties de drogue. Bien que cela nous rappelle quelque chose, parlons-nous ici de l’Iran ou de l’Afghanistan, avant-poste asiatique de l’OTAN?

En Afghanistan, depuis l’invasion de 2001 commandée par les Américains, la production d’opium et d’héroïne est montée en flèche

Dans une chronologie de 1998 insérée dans le Journal officiel du Congrès à l’occasion de l’augmentation du budget de 1999 des Services de renseignements, on peut lire le passage suivant:

«Le coup d’Etat en Afghanistan soutenu par l’Union soviétique prépare le terrain pour une augmentation explosive du trafic d’héroïne en Asie du Sud-Est. Le nouveau régime marxiste entreprend une énergique campagne anti-drogue visant à mettre fin à la production de pavot, ce qui a déclenché une révolte des groupes tribaux semi-autonomes qui cultivent l’opium pour l’exportation. Les Moudjahidin rebelles soutenus par la CIA commencent à augmenter leur production pour financer leur insurrection. Entre 1982 et 1989, époque pendant laquelle la CIA a fourni aux forces de la guérilla des armes et d’autres aides pour des milliards de dollars, la production annuelle d’opium en Afghanistan passe de 250 tonnes à quelque 800 tonnes. En 1986, le Département d’Etat reconnaît que l’Afghanistan est probablement le plus important producteur d’opium du monde pour l’exportation et la source de pavot de la majorité de l’héroïne d’Asie du Sud-Est découverte aux Etats-Unis. Cependant les fonctionnaires américains ne font rien pour réduire la production. Leur silence sert non seulement à maintenir l’aide publique aux Moudjahidin mais à faciliter les relations avec le Pakistan dont les leaders, sérieusement compromis dans le trafic de drogue, aident à canaliser le soutien de la CIA aux insurgés afghans.»18

Depuis l’invasion de 2001 commandée par les Américains, le phénomène se répète. La production d’opium et d’héroïne est montée en flèche en Afghanistan, avant tout parce que les forces de l’OTAN se sont alignées et soutiennent le responsable de l’extension considérable de la culture du pavot, c’est-à-dire le narco-Etat d’Hamid Karzai infesté par les seigneurs de la guerre. Mais plutôt que de pointer du doigt l’origine de ce qui équivaut à un trafic de drogue protégé, la CIA, l’OTAN, Radio Free Europe/Radio Liberty et leurs complices médiatiques s’attaquent à la République islamique. Raison de plus pour déclencher une guerre préventive!

Les Etats-Unis et les troupes de l’OTAN sont-ils directement impliqués dans le trafic de drogue?

Mais les autorités iraniennes déplorent le fait que la production d’opium et d’héroïne en Afghanistan a eu de graves répercussions en Iran et, comme la Russie, elles accusent les Etats-Unis de fermer les yeux quand il s’agit de combattre la production d’opium. Sergei Blagov a écrit, sur le site de l’EPFZ ISN Security Watch, que «les autorités russes considèrent la situation comme une narco-agression contre la Russie et une nouvelle ‹guerre de l’opium›». La presse russe a même été moins diplomate, accusant les Etats-Unis et les forces de l’OTAN d’être directement impliquées dans le trafic de drogue. Des médias russes prétendent que la plus grande partie des drogues produites dans les provinces du sud et de l’ouest de l’Afghanistan est transportée à bord d’avions américains.»19

Commentant la «destruction créatrice» provoquée par l’OTAN, l’ex-ambassadeur de Grande-Bretagne en Ouzbékistan Craig Murray a écrit dans le Daily Mail que «le succès économique de l’Afghanistan va bien au-delà de la simple production d’opium brut. En réalité, l’Afghanistan n’exporte plus du tout d’opium brut. Il a réussi à accomplir ce que l’aide internationale presse de faire tous les pays en développement: L’Afghanistan est passé aux opérations industrielles ‹à valeur ajoutée›.»20

Selon Murray, c’est un fait établi par de nombreux organismes chargés de faire respecter la loi: «L’Afghanistan n’exporte plus de l’opium, mais de l’héroïne. L’opium est transformé en héroïne à l’échelle industrielle, non plus dans des cuisines, mais dans des usines. Les millions de litres de produits chimiques nécessaires sont acheminés dans le pays par camions-citernes. Ces véhicules ainsi que des quantités de camions chargés d’opium partagent les routes – améliorées grâce à l’aide américaine – avec les troupes de l’OTAN. […] Comment cela a-t-il été possible, et à cette échelle? La réponse est simple. Les quatre acteurs les plus importants du commerce d’héroïne sont tous des membres haut placés du gouvernement afghan et nos soldats combattent et meurent pour les protéger.»

Mais ne laissons pas des choses aussi gênantes que des faits nous empêcher de stopper les «nouveaux Hitler» de Qom!

L’Iran saisit entre 20 et 40% des drogues

Selon Reuters, l’Iran, qui «est une importante route de transit de l’héroïne et de l’opium asiatiques en direction des marchés occidentaux, […] a été loué par les responsables de la lutte anti-drogue des Nations Unies à Téhéran pour ses efforts dans l’arrestation des trafiquants et les saisies de drogue.»
Roberto Arbitrio, représentant de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) a déclaré: «La lutte contre la drogue est vraiment un des aspects positifs (concernant l’Iran)». Il a déclaré aux agences de presse lors d’une interview portant sur l’opium, la morphine et l’héroïne, que c’était «le premier pays au monde en matière de saisies d’opiacés: elles ont atteint 300 tonnes l’année dernière.»

Selon les révélations de Reuters, les faits évidents en disent long: «Les résultats de la campagne anti-drogue de l’Iran sont les suivants: le pays a saisi 20 à 40% du volume du trafic alors que les Etats-Unis et l’Europe n’en ont saisi que 5 à 10%», statistique parlante dont les médias occidentaux bellicistes ont peu de chances de faire état.21

En novembre dernier, l’UNODC a fait savoir que l’Iran a conclu avec l’Afghanistan et le Pakistan un accord «destiné à renforcer la lutte contre le trafic de drogue dans les trois pays les plus touchés par l’opium afghan. Cette initiative encourage l’échange d’informations et les opérations conduites par les Services secrets et visant les principaux réseaux transnationaux.»22

Le directeur général de l’UNODC Yuri Fedotov a déclaré que «les trois pays avaient lancé une ‹initiative triangulaire› qui a déjà renforcé leurs capacités de lutte transfrontalière contre la drogue. «Fait révélateur, une cellule de planification commune a été créée à Téhéran [c’est nous qui soulignons] pour améliorer les capacités analytiques et opérationnelles et lancer des opérations communes.»

Selon Fedotov, cette cellule «a enregistré des succès. Depuis 2009, 12 opérations de lutte contre la drogue coordonnées par la cellule de planification commune ont abouti à la saisie de plusieurs tonnes de drogue illicite et à l’arrestation de nombreux trafiquants.»

Ce n’est certainement pas le message que les bellicistes de Washington tiennent à entendre. Mais que pouvons-nous apprendre en Amérique, là où l’Administration Obama a l’oreille des médias et peut exercer son influence sur la «guerre»  à courte vue que les Etats-Unis mènent contre la drogue?

Accords actuels d’agences gouvernementales américaines avec les cartels de la drogue

Les médias ont réagi avec indifférence lorsque deux avions transportant près de 10 tonnes de cocaïne ont été saisis au Mexique – il s’agissait d’avions commerciaux maquillés pour ressembler à ceux utilisés par le Department of Homeland Security (cf. documents révélateurs de Daniel Hopsicker sur le sujet23) ou lorsque la quatrième plus grande banque américaine, Wachovia, a reconnu avoir blanchi 378,4 milliards d’argent de la drogue pour des cartels mexicains24 et s’en est tirée avec une amende, lorsque – comme l’a relaté Bill Conroy dans Narco News,25 le Bureau of Alcohol, Tobacco and Firearms (ATF) a laissé passer la frontière à des armes destinées au gang de narcotrafiquants favori de la CIA, le Cartel de Sinaloa.

Narco News a révélé en décembre que dans le procès imminent, à Chicago, d’un des chefs principaux du Cartel de Sinaloa Jesus Vincente Zambada Niebla, les procureurs fédéraux cherchaient à dissimuler des preuves de la défense selon lesquelles des agences gouvernementales américaines, notamment la CIA et la DEA, «ont conclu un accord avec les chefs du Cartel mexicain de Sinaloa qui leur accorde l’immunité en échange de renseignements concernant d’autres organisations de trafiquants de drogue.»26

Conroy a révélé que «des procureurs américains ont confirmé dans des documents de justice qu’un autre chef du Cartel de Sinaloa, l’avocat mexicain Loya Castro, a collaboré pendant 10 ans (et cette année encore, 2011) comme informateur de la DEA tout en travaillant pour le Cartel de Sinaloa.»

Narco News a révélé que, selon «les déclarations de Zambada Niebla devant les juges, Loya Castro a servi d’intermédiaire de Sinaloa lors de son accord avec le gouvernement américain.» En effet, pour protéger ses sales arrangements avec le plus important gang de trafiquants de drogue du Mexique – entreprise multimilliardaire dont les tentacules s’étendent dans les deux Amériques – «le gouvernement des Etats-Unis, selon des pièces de procédure judiciaires enregistrées en septembre, ont déposé dans cette affaire une motion visant à invoquer le Classified Information Procedures Act (CIPA, Loi sur les Procédures relatives aux renseignements confidentiels) qui garantit que des informations concernant la sécurité nationale ne soient pas rendues publiques au cours des procès.»27

La CIA et les transports de drogue par avion

Qu’est-ce qui pourrait bien, ici, menacer la «sécurité des Etats-Unis»? Je vous le demande.

Comme Daniel Hopsicker l’a révélé l’été dernier, quand Kenneth Melson, directeur suppléant «en difficulté» du Bureau of Alcohol, Tobacco and Firearms, témoigna devant le Congrès, il «refusa de tomber à cause du programme Fast and Furious [opération de vente illégale d’armes au profit des cartels mexicains] avec lequel il n’avait rien ou quasi rien à voir.»28

Pointant du doigt le ministre de la Justice américain Eric Holder, Melson a déclaré aux escrocs du Congrès que «les preuves que nous avons recueillies augmentent la probabilité que le ministère de la Justice ait non seulement permis à des criminels de faire sortir des armes clandestinement mais que l’argent d’autres agences gouvernementales – argent des contribuables – ait financé les personnes engagées dans ce genre d’activités.»

Comme Hopsicker l’a fait remarquer, ces «mystérieuses ‹autres agences gouvernementales› désignent la CIA.»

Hopsicker pose la question suivante: «Si la CIA arme les cartels de la drogue mexicains, n’est-elle pas également derrière les curieuses démarches visant à fournir à ces barons de la drogue d’excellents avions immatriculés aux Etats-Unis?  […] Les deux fameux avions immatriculés aux Etats-Unis qui ont été arraisonnés au Yucatan (Mexique) et qui transportaient presque 10 tonnes de cocaïne ne faisaient-ils pas partie de la même opération – jusqu’ici sans nom – derrière l’Opération Gunwalker de l’ATF?»

Hopsicker a révélé qu’au moins un de ces avions transportant de la drogue, un Gulfstream business jet (N987SA),29 faisait partie, selon le Bloomberg Markets Magazine et The Observer30 d’une flotte de cinquante avions achetés avec de l’argent blanchi par la banque Wachovia et que donc un au moins était utilisé pour transporter des individus suspectés d’être des «terroristes» lors des «vols clandestins» de la CIA.

Qui peut encore croire à ces accusations contre l’Iran?

Mais tout cela appartient au passé. Nous devrions «regarder devant nous et non pas derrière nous». Pourquoi nous préoccuper d’«histoire ancienne» quand il s’agit de mener une nouvelle guerre?

Selon un communiqué du ministère des Finances, «le Département du Trésor américain informe qu’il considère le général Gholamreza Baghbani, commandant de la Force al-Qods, unité d’élite des Gardiens de la Révolution islamique en Iran (IRGC-QF), comme un trafiquant de drogue conformément à la Foreign Narcotics Kingpin Designation Act (Loi de désignation des barons de la drogue). Il s’agit du premier recours à cette loi contre un responsable iranien.»31

David S. Cohen, Sous-secrétaire au Trésor chargé des questions liées au financement du terrorisme, a déclaré: «La décision d’aujourd’hui révèle l’implication de l’IRGC-QF dans le trafic de drogue. Cette implication est doublement répréhensible car elle fait partie d’un complot plus vaste de soutien du terrorisme. Le Département du Trésor continuera de dénoncer les trafiquants de drogue et ceux qui soutiennent les terroristes où qu’ils agissent.»

Si ces allégations sont crédibles et étant donné le rôle joué par Cohen en tant que fer de lance d’Obama en matière d’application des sanctions contre l’Iran, les accusations sont scandaleuses. On nous dit que «le général Baghbani a permis aux trafiquants de drogue afghans de faire entrer des opiacés en Iran en échange d’une aide. Ainsi, des trafiquants afghans ont livré des armes aux talibans pour le compte de Baghbani. Le général a contribué à faciliter la contrebande, à travers la frontière iranienne, de précurseurs chimiques de l’héroïne. Il a également contribué à faciliter le transport d’opium vers l’Iran.»

Des combattants médiatiques

Sautant immédiatement dans l’arène, le Long War Journal de droite a accusé al-Qaïda «de faciliter le déplacement de ses combattants de Mashad [Iran] vers l’Afghanistan. De plus, Al-Qaïda utilise les villes [de l’Ouest de l’Iran] de Tayyebat et de Zahedan pour faire passer ses combattants en Afghanistan.»32

On a appris que «plusieurs commandants talibans [non nommés] basés dans l’Ouest de l’Afghanistan ont affirmé avoir bénéficié d’armes, d’argent et d’entraînements de la part des forces iraniennes. Des commandants et des unités de talibans s’entraînent en Iran à mener des attaques contre les forces de l’OTAN et les forces afghanes. En outre, on sait que des combattants d’Al-Qaïda reçoivent un soutien du corps Ansar. Mashad est un lieu de transit pour les combattants d’Al-Qaïda.»

S’agit-il là d’une «preuve» apportée par le Long War Journal? Pourquoi ne serait-ce pas simplement une allégation de 2010 du commandant disgracié de la FIAS, le général Stanley McCrystal, qui avait déclaré que «l’Iran entraîne des combattants talibans et leur fournit des armes»? L’affaire serait donc classée?

Selon le Tehran Times,33 dans le complot peu crédible, l’année dernière, de l’IRGC-QF visant à assassiner l’ambassadeur d’Arabie saoudite Adel al-Jubeir dans un restaurant huppé de Washington, on dispose maintenant de preuves qu’un personnage clé du complot, le vendeur texan de voitures d’occasion en faillite, Manssor Arbabsiar, qui prétendait s’appeler Gholam Shakuri et être un officier des Gardiens de la Révolution, a été démasqué par les autorités iraniennes et Interpol comme étant un membre des Moudjahidine e-Khalq (MEK).34

L’histoire peu crédible du complot iranien contre l’ambassadeur d’Arabie saoudite

Selon Mehr News Agency, «Interpol a découvert de nouvelles preuves que le suspect numéro deux en rapport avec la supposée implication du gouvernement iranien dans le complot visant à assassiner l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington est un membre important de l’organisation terroriste MEK. […] Gholam Shakuri a été vu pour la dernière fois à Washington et au Camp Ashraf en Irak où sont basés des membres du MEK».

Citant un rapport d’Interpol, Mehr News Agency a prétendu que «la personne en question a voyagé dans différents pays sous différents noms – Ali Shakuri, Gholam Shakuri, Gholam Hossein Shakuri – en utilisant des faux passeports dont des faux passeports iraniens. L’un d’eux avait été établi à Washington le 30 novembre 2006. Son numéro était K10295631.»

Comme pour le prétendu complot visant à assassiner l’ambassadeur d’Arabie saoudite, supposé exécuté en connivence avec un membre du Cartel mexicain Zetas, enclin à la violence, qui s’est avéré être un informateur de la DEA, les accusations du Département américain des Finances à l’encontre du général Gholamreza Baghbani doivent être considérées avec scepticisme.

Le journaliste Gareth Porter, qui a enquêté sur le complot, écrit: «Les allégations selon lesquelles le vendeur de voitures d’occasion américano-iranien voulait ‹attaquer› l’ambassade d’Arabie saoudite et d’autres cibles reposent entièrement sur le témoignage de l’informateur de la DEA qu’il a rencontré. Cet informateur est un trafiquant de drogue qui avait été inculpé de violation de la loi sur les stupéfiants dans un Etat américain mais qui avait vu ses charges abandonnées ‹en échange de sa coopération dans différentes enquêtes sur des trafics de drogue› (rapport du FBI). Cet informateur n’est pas une source indépendante mais quelqu’un qu’on a payé pour poursuivre des objectifs du FBI.»35

Rendues publiques quelques jours avant que la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunications (SWIFT), se soumettant à des pressions américaines, n’écarte de son réseau 30 établissements financiers d’Iran, dont la Banque centrale, dans une tentative de paralyser économiquement le pays, les allégations concernant Baghbani devraient être considérées comme un autre élément de la guerre de l’ombre menée par les Etats-Unis.

352 milliards de dollars, cela permet d’acheter le silence de nombreuses personnes

En répandant des histoires à sensation sur les connivences entre l’Iran et les talibans et son rôle central dans le trafic de drogue, le gouvernement compte voir paraître une nouvelle série d’articles alarmistes des médias occidentaux tandis que cette expertocratie fait tout son possible pour cacher les preuves de la complicité des Services de renseignements américains dans le fléau mondial de la drogue.

Pourquoi pas? Antonio Maria Costa, directeur de l’UNODC, a écrit en 2009 dans The Observer qu’«il avait la preuve que les produits du crime organisé ont été ‹le seul capital investissement liquide› à la disposition de certaines banques au bord de l’effondrement l’année dernière. Il a affirmé que la majorité des 352 milliards de dollars générés par la drogue a été absorbée par le système économique.»

Après tout, 352 milliards de dollars, cela permet notamment d’acheter le silence de nombreuses personnes!    

Tom Burghardt

Article original en anglais publié le 18 mars 2012 :


Drugs, Guns and Nukes: Iran as the New ‘Dope, Incorporated’
- by Tom Burghardt – 2012-03-18

Traduction Horizons et débats
http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=3267

Tom Burghardt est un chercheur militant établi dans la baie de San Francisco. Il publie des articles dans les magazines Covert Action Quarterly et Global Research et collabore à la rédaction du Cyrano’s Journal Today. On peut également lire ses articles dans les médias Dissident Voice, Pacific Free Press, Uncommon Thought Journal et sur le site Wikileaks. Il est l’éditeur de Police State America: U.S. Military «Civil Disturbance» Planning, distribué par AK Press et a participé à la rédaction de The Global Economic Crisis: The Great Depression of the XXI Century publié par Global Research.

*La triangulation est une invention de Dick Morris, conseiller de Bill Clinton. Elle désigne l’art de découvrir le point exact situé entre les positions extrêmes de son propre parti et celles des extrémistes de l’autre camp afin de convaincre tout le monde.

1    US Department of Treasury. Press Center. Treasury Designates Iranian Qods Force General Overseeing Afghan Heroin Trafficking Through Iran. March 7, 2012 (www.treasury.gov/press-center/press-releases/Pages/tg1444.aspx)
2    Marta Gurvich & Robert Parry. Nazi Echo: Argentina, Death Camps & the Contras. Consortium News, 19/9/1998. (www.consortiumnews.com/1990s/consor24.html)
3    Archiv. Dark Side of Rev. Moon. Consortiumnews.com
4    Peter Dale Scott. Washington and the politics on drugs. Variant. Vol. 2, Number 11. Summer 2000. p. 2–5. (www.variant.org.uk/pdfs/issue11/Peter_Dale_Scott.pdf)
5    Stuart Christie. Stefano Delle Chiaie: Portrait of a «Black» Terrorist. (http:/libcom.org/files/Stefano-Delle-Chiaie.pdf)
6    The National Security Archive. Colombian Paramilitaries and the United States: «Unraveling the Pepes Tangled Web». Documents Detail Narco-Paramilitary Connection to U.S.-Colombia Anti-Escobar Task Force. CIA Probed Whether U.S. Intelligence Was Passed to «Los Pepes» Terror Group. Colombian Government Both Recipient and Target of U.S. Intelligence. National Security Archive Electronic Briefing Book no 243. Edited by Michael Evans Posted – February 17, 2008. (www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB243/index.htm)
7    Leaked Memo: Corrupt DEA Agents in Colombia Help Narcos and Paramilitaries. Internal Justice Dept. Document Alleges Drug Trafficking Links, Money Laundering and Conspiracy to Murder. (www.narconews.com/Issue40/article1543.html)
8    Memorandum to Jodi Aergun, Chief, NDD from Thomas M. Kent, Trial Attorney, Wiretap Unit. 19/12/2004. (www.narconews.com/docs/ThomasKentMemo.pdf)
9    Mercury Center, San José. Dark Alliance. The Story Behind the Crack Explosion. (www.narconews.com/darkalliance/drugs/start.htm)
10    Barry Seal, cf. www.spartacus.schoolnet.co.uk/JFKseal.htm
11    Daniel Hopsicker. The (Secret) Heartbeat of America. A New Look at the Mena Story. The Washington Weekly. May 12, 1997. (www.idfiles.com/heartbeat.htm)
12    The KLA and the Heroin Craze oft he 90s. The Montreal Gazette. 15/12/99 (www.balkanpeace.org/index.php?index=/content/balkans/kosovo_metohija/kla_drugs/klad01.incl)
13    http://expertwitnessradio.org/site/
14    Michel Chossudovsky. Kosovo Freedom Fighters Financed by Organised Crime. Covert Action Quarterly, April 10, 1999. (Global Research, 4/1/11)
15    Peter Klebnikov. Heroin Heroes. Mother Jones. Jan./fév. 2000
16    Mafia State: Kosovo’s Prime Minister Accused of Running Human Organ, Drug Trafficking Cartel. Antifascist Calling. 21/12/10. (http://antifascist-calling.blogspot.com/2010/12/mafia-state-kosovos-prime-minister.html)
17    Radio Free Europe. Radio Liberty. Iran: U.S. Says Iranian General Instrumental In Afghan Drug Traffic. March 7, 2012.
18    Congressional Record. Intelligence Authorization Act for Fiscal Year 1999. (House of Representatives, May 7, 1998). (https://www.fas.org/irp/congress/1998_cr/980507-l.htm)
19    Sergei Blagov. Moscow Accuses West of Narco-Aggression. ISN International Relations and Security Network, ETH Zürich. 1/4/2010. (www.isn.ethz.ch/isn/Current-Affairs/Security-Watch-Archive/Detail/?lng=en&id=114434)
20    Craig Murray. Britain is protecting the biggest heroin crop of all time. Mail Online, July 21, 2007. (www.dailymail.co.uk/news/article-469983/Britain-protecting-biggest-heroin-crop-time.html)
21    «Iranian wall» seen hindering drug smugglers: UN. Reuters, May 13, 2007. (www.reuters.com/article/2007/05/13/us-iran-drugs-idUSDAH33724920070513)
22    Unodoc. Press Release. Wien, November 28, 2011. Afghanistan, Iran and Pakistan deepen cooperation to combat threats posed by illicit drugs. (https://www.unodc.org/unodc/en/press/releases/2011/November/afghanistan-iran-and-pakistan-deepen-cooperation-to-combat-threats-posed-by-illicit-drugs.html)
23    Daniel Hopsicker. The «Cocaine-1» and «Cocaine-2» Archive. (www.madcowprod.com/cocaine-archive.htm)
24    Michael Smith. Wachovia’s Drug Habit. Bloom­berg.com (www.bloomberg.com/news/2010-07-07/wachovia-s-drug-habit.html)
25    Bill Conroy Archiv. (http://narcosphere.narconews.com/notebook/bill-conroy/)
26    Bill Conroy. US Prosecutors Seeking to Prevent Dirty Secrets of Drug War From Surfacing in Cartel Leader’s Case. Narcosphere. November 5, 2011. (http://narcosphere.narconews.com/notebook/bill-conroy/2011/11/us-prosecutors-seeking-prevent-dirty-secrets-drug-war-surfacing-cartel-)
27    ibid.
28    Daniel Hopsicker. The Operation Behind Operation Gunwalker. Did the sell planes too? July 13, 2011. (www.madcowprod.com/07132011.htm)
29    Daniel Hopsicker. CIA Drug Planes: «Tip of the iceberg». Fleet of 50 American planes sold to Mex Cartel. January 16, 2008. (www.madcowprod.com/01162008.html)
30    cf. note 24 et Ed Vulliamy. How a big US bank laundered billions from Mexico’s murderous drug gangs. «The Guardian», April 3, 2011.
31    US Department of the Treasury. Press Center. Treasury Designates Iranian Qods Force General Overseeing Afghan Heroin Trafficking Through Iran. March 7, 2012.
32    Bill Roggio. US adds Qods Force general as ‘Narcotics Kingpin’ for heroin, weapons smuggling in Afghanistan. The Long War Journal, March 7, 2012 (www.longwarjournal.org/archives/2012/03/us_adds_qods_force_g.php)
33    Number Two suspect in plot case is MKO member: source. Tehran Times, October 17, 2011. (www.tehrantimes.com/index.php/politics/3655-number-two-suspect-in-plot-case-is-mko-member-source)
34    Number two suspect in plot case is MKO member. Mehrnews.com. October 17, 2011. (www.mehrnews.com/en/NewsDetail.aspx?pr=s&query=Gholam %20Shakuri%20&NewsID=1436036)
35    Gareth Porter. Debunking the Iran «Terror Plot». Middle East Research and Information Project. November 3, 2011 (www.merip.org/mero/mero110311)

AAF en mission de contrebande

Financée en grande partie par l’OTAN (ainsi aussi par les contribuables allemands) et le gouvernement américain, la flotte des Forces aériennes afghanes (AAF) comprendra environ 150 avions en 2016. Aujourd’hui déjà, les Etats-Unis leur fournissent le carburant nécessaire, exécutent tous les travaux d’entretiens et de réparations et s’occupent de l’entrainement des pilotes afghans. Mais actuellement, il y a de sérieux soupçons que ces forces aériennes, soutenues jusqu’à présent avec plus de deux milliards (!) de dollars, se sont transformées en une des plus grandes organisations de contrebande de drogues, d’armes et d’argent au monde!

Après les premiers soupçons concernant l’utilisation «non conforme au contrat» d’avions militaires, l’administration étatsunienne a institué des commissions d’enquête pour analyser les soupçons et le comportement de l’AAF. Mais ces enquêtes n’ont pas eu lieu, car les sept officiers américains qui auraient dû les superviser ont été assassinés brutalement dès leur arrivée à l’aéroport. Les talibans ont promptement assumé la responsabilité de cet acte et le coupable présumé a rapidement été retrouvé mort. La version officielle est qu’il se serait suicidé. Ce n’est pas uniquement entre Américains qu’on soupçonne qu’un témoin gênant ait été «éliminé».

Selon les estimations américaines, l’Afghanistan est responsable de 90% de l’opium commercialisé au niveau mondial. Face aux chefs rebelles locaux les forces militaires américaines ont trop souvent fermé les yeux lors de transports d’opium. C’est ainsi qu’elles s’achetaient leur «collaboration» dans la lutte contre les talibans. Mais entretemps de tels transports à l’aide de machines de l’AAF sont devenus la règle. De plus en plus souvent, quelques hélicoptères «disparaissent» pour plusieurs heures. Les demandes critiques des Américains n’ont jamais eu de réponses et de plus en plus souvent des parties de l’aéroport de Kaboul ont été «bloquées».
  
Dès lors, on est convaincu à Washington qu’une grande partie des stocks d’opium et d’héroïne afghans est transportée hors du pays par ces vols nocturnes de l’AAF. Sur le chemin du retour, ces avions ou hélicoptères ramènent de l’argent et des armes, qu’on retrouve peu de temps plus tard chez les chefs de tribus et les talibans. Mais chaque année les forces aériennes afghanes continuent d’être soutenues par des centaines de millions de dollars!

Source: Vertraulicher Schweizer Brief, no 3972 du 27/3/12
Traduction Horizons et débats

Communiqué, dimanche 15 avril, lors d’une conférence de presse avec:

  – Jean Lortie, vice-président de la CSN,

  – Louis-Serge Houle, coordonnateur de la Fédération de la CSN-Construction,

  – Amir Khadir, porte-parole de Québec Solidaire,

  – Bruce Katz, pour la Coalition pour la justice et la paix en Palestine,

  – Stéphan Corriveau, coordonnateur québécois de Bienvenue en Palestine 2012.

Montréal, 15 avril 2012 – Dans l’espoir de participer à la mission « Bienvenue Palestine » 18 Québécoises et Québécois, parmi plus de 1500 participants, ont pris l’avion à destination de Tel Aviv, unique aéroport pour entrer en Palestine. Or, cinq personnes ont été bloquées à Paris et deux ont été déportées à leur arrivée en Israël. En effet, à son arrivée à Tel Aviv, Ted McLaren, le délégué de la CSN-Construction, a été arrêté puis expulsé, quelques minutes plus tard, vers Newark, aux États-Unis et ce, malgré son refus de signer son avis d’expulsion. Un traitement similaire a été réservé à Mario Dion, un travailleur social de la région de Gatineau qui a été expulsé vers Vienne.

Comme à maintes occasions auparavant, l’État d’Israël bafoue les droits humains fondamentaux et empêche, sans autre raison que leurs opinions politiques, des citoyennes et citoyens canadiens d’entrer en Palestine. Par ailleurs, Israël a contacté des compagnies aériennes et leur a fourni une liste de noms de personnes qu’il ne désirait pas voir entrer sur son territoire. Au départ de Dorval, la compagnie Air France a indiqué à trois Québécoises qu’elles figuraient sur cette liste. Au final, ce sont cinq Québécoises et Québécois qui ont été bloqués à Paris: Diane Lamoureux, Lorraine Guay, Julie Lachapelle, Jean-Paul Cyr et Marjolaine Goudreau.

Plus d’infos sur www.bienvenuepalestine.ca
Facebook: https://www.facebook.com/BienvenuePalestine
Twitter: https://twitter.com/#!/BienvPalestine

Washington nous mène dans un monde hors-la-loi

avril 15th, 2012 by Dr. Paul Craig Roberts

Le gouvernement des Etats-Unis prétend vivre sous les auspices de la loi, le respect des droits de l’Homme, et d’apporter liberté et démocratie à ses citoyens. La prétention de Washington et la dure réalité sont diamétralement opposées.

Les officiels du gouvernement américain critiquent de manière routinière les autres gouvernements pour ne pas être démocratiques et pour violer les droits de l’Homme. Toujours est-il qu’aucun autre pays au monde mis à part Israël bombarde, tire des missiles et envoie des drones dans des nations souveraines pour tuer des populations civiles. Les prisons de la torture d’Abu Graïb, de Guantanamo et le programme de transfert secret de prisonniers de la CIA dans ses prisons tout aussi secrètes, sont les contributions des régimes Bush / Obama aux droits de l’Homme.

Washington viole les droits de ses propres citoyens. Washington a suspendu les droits et libertés civils pourtant garantis par la constitution et a déclaré ses intentions de détenir les citoyens américains indéfiniment sans autre forme de procès. Le président Obama a annoncé qu’à sa discrétion, il peut faire assassiner des citoyens américains qu’il voit comme une menace pour les Etats-Unis.

Le congrès n’a pas répondu à ces annonces extraordinaires avec une procédure de destitution. Il n’y a pas eu de levée de boucliers de la part des cours fédérales, des facs de droit et des associations du barreau. Glenn Greenwald rapporte que le département de la Sécurité de la Patrie (NdT: la “fameuse “ DHS, qui est la stasi / securitate du pays du goulag levant) harcèle les journalistes qui refusent de devenir des “pressetitués” et nous avons vu des vidéos de la répression brutale par la police des manifestations pacifiques du mouvement Occupy Wall Street. Chris Floyd décrit les pervers de la torture qui règnent sur les Etats-Unis.

Maintenant, Washington force du mieux qu’elle peut le reste du monde à se débarrasser des traités internationaux et de la loi internationale. Washington a déclaré que sa parole seule est la loi internationale. Tous les pays, sauf ceux qui ont reçus une dispense de Washington, qui s’engagent dans le commerce avec l’Iran ou achète du pétrole iranien seront sanctionnés par les Etats-Unis. Ces pays seront coupés du marché américain et leur système bancaire ne pourra plus utilisé les banques pour procéder aux réglements internationaux. En d’autres termes,, les sanctions de Washington envers l’Iran s’appliquent non seulement à l’Iran mais aussi aux pays qui défient Washington et utilisent le pétrole iranien pour subvenir à leur demande énergétique.

D’après le Christian Science Monitor, Washington a jusqu’ici donné une dérogation au Japon et à 10 pays européens pour continuer à acheter le pétrole iranien. Demandant à des pays de fermer leurs économies afin de donner libre-court à la vendetta de Washington contre l’Iran; une vendetta qui existe depuis que les Iraniens ont renversé la marionnette installée par les Etats-Unis, le Shah d’Iran, il y a plus de trente ans. Ceci fut plus que Washington ne pouvait supporter. Washington a permis au Japon de continuer à importer entre 78 et 85% de ses importations normales de pétrole avec l’Iran.

Les dispenses de Washington quoi qu’il en soit, sont tout à fait arbitraires. Des dispenses n’ont pas été données à la Chine, à l’Inde, à la Turquie et à la Corée du Sud. L’Inde et la Chine sont les plus gros importateurs de pétrole iranien et la Turquie et la Corée du Sud sont dans le top 10 des importateurs. Avant que de regarder aux conséquences imprévues de la vendetta de Washington contre l’Iran, voyons quel est le problème de Washingron avec ce pays ?

Franchement, Washington n’a rien à faire valoir. Nous sommes, une fois de plus, revenus à la supercherie “des armes de destruction massives”. L’Iran, à l’inverse d’Israël, est signataire du traité de non prolifération nucléaire. Tout pays signataire à le droit à l’énergie nucléaire. Washington affirme que l’Iran viole le traité en développant un programme nucléaire militaire. Il n’y a absolument aucune preuve des accusations de Washington. Washington possède 16 agences de renseignement et toutes sont unanimes pour dire que l’Iran n’a pas de programme nucléaire militaire pour faire des armes nucléaires depuis au moins 2003. De plus les inspecteurs de l’AIEA sont en Iran et ont rapporté de manière constante qu’il n’y a pas de diversion de matériel nucléaire de son programme énergétique vers un programme d’armement.

Les quelques rares fois où on rappelle à Washington ces faits, elle rend l’affaire dfférente. Washington déclare alors les droits de l’Iran sous les conditions du traité de non prolifération invalides, que l’Iran ne peut pas avoir un programme nuclèaire énergétique, parce que l’Iran apprendrait alors à faire des armes nucléaires dans le futur et ainsi d’obtenir la bombe. La première nation hégémonique mondiale a décidé unilatéralement que la possibilité que l’Iran puisse un jour décider de construire une bombe atomique, est un trop grand risque à courir. C’est mieux, dit Washington, de faire monter les prix du pétrole, de perturber l’économie mondiale, de violer la loi internationale et de risquer une guerre majeure, que d’avoir à se soucier qu’un gouvernement iranien futur fasse une arme nucléaire. Ceci est l’approche tyrannique de la loi de Jeremy Bentham, qui fut répudiée par le système légal anglo-saxon.

Il est difficile de caractériser la position de washington  comme étant une position de bon jugement. De plus, Washingron n’a jamais expliqué quel risque elle voit dans la possibilité de la possession de l’arme nucléaire par l’Iran. Pourquoi ce risque serait-il plus grand que le risque associé avec l’armement nucléaire soviétique à l’époque, ou avec l’armement  nucléaire des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, d’Israël, du Pakistan, de l’Inde et de la Corée du Nord aujourd’hui? L’Iran est un pays relativement petit. Elle n’a pas l’ambition hégémonique de Washington. Contrairement à Washington, l’Iran n’est pas en guerre avec une demie-douzaine de pays. Pourquoi Washington détruit-elle la réputation des Etats-Unis comme un pays qui respecte la loi et risque une guerre majeure et une dislocation économique à propos de quelques développements futurs, dont la probabilité est totalement inconnue ?

Il n’y a pas de bonne réponse à cette question. Manquant de preuve dans le cas contre l’Iran, Washington et Israël y ont substitué la diabolisation. Le mensonge a été établi comme vérité comme quoi le président actuel de l’Iran a l’intention de rayer Israël de la surface de la terre.

Le mensonge a eu le succès escompté comme propagande alors même que de nombreux experts en langues ont prouvé que l’intention attribuée au président iranien par la machine propagandiste américano-israélienne est un énorme contre-sens dans la traduction de ce que le président iranien a dit. Une fois de plus, pour Washington et ses presstitués, les faits ne comptent pas. Seul l’agenda est ce qui compte. N’importe quel mensonge sera utilisé pour faire avancer cet agenda.

Les sanctions de Washington pourraient bien finir par mordre Washington plus fort qu’elles ne mordent l’Iran.

Que fera Washington si l’Inde, la Chine, la Turquie et la Corée du Sud ne succombent pas à ses menaces ?

D’après des rapports récents, l’Inde et la Chine ne sont pas favorables à se désavantager elles-mêmes et à nuire à leur développement économique afin de supporter Washington dans sa vendetta contre l’Iran. Ayant observé la montée rapide de la Chine et l’immunité de la Corée du Nord contre une attaque américaine, la Corée du Sud peut légitimement se demander combien de temps encore elle restera un état marionnette des Etats-Unis. La Turquie, où le gouvernement civil et quelque peu islamiste a réussi à devenir indépendant de l’armée turque contrôlée par les Etats-Unis, apparaît réaliser peu à peu que Washington et l’OTAN ont cantonné la Turquie dans un “rôle de serviteur” dans lequel la Turquie est l’agent de Washington contre ses pairs. Le gouvernement turc semble réévaluer les bénéfices d’être un pion de Washington.

Ce que la Turquie et la Corée du Sud ont à décider est en fait de prendre la décision pour que ces pays soient des pays indépendants ou assimilés dans l’empire de Washington.

Le succès de l’assaut américano-israélien sur l’indépendance de l’Iran dépend de l’Inde et de la Chine.

Si l’Inde et la Chine montrent leur majeur a Washington, que peut-elle faire ? Absolument rien. Que se passera t’il si Washington, noyée dans ses délires gigantesques, venait à annoncer des sanctions contre l’Inde et la Chine ?

Les rayons de Wal-Mart resteront vides et le plus gros distributeur des Etats-Unis viendrait marteler la porte de la Maison Blanche.

Apple et bon nombre de grosses corporations influentes américaines, qui ont délocalisées leur production pour le marché américain en Chine, verraient leurs profits s’évaporer. Ensemble, avec leurs alliés de Wall Street, ces entreprises très puissantes viendraient prendre d’assaut le fou de la Maison blanche avec bien plus de force que l’Armée Rouge. Le surplus commercial chinois arrêterait de venir renflouer la dette de la trésorerie américaine. Les opérations bancaires délocalisées en sous-traitance en Inde, les compagnies de cartes de crédit et les départements de services et d’utilités à travers les Etats-Unis cesseraient de fonctionner.

Ce serait le domaine du chaos aux Etats-Unis. Telles sont les récompenses pour l’empire de la mondialisation que ce même empire a enfanté.

L’imbécile de la Maison Blanche et les va t’en guerre néoconservateurs et israéliens qui le pressent de faire encore plus de guerres, ne comprennent pas que les Etats-Unis ne sont plus un pays indépendant. Les Etats-Unis ont un propriétaire: les corporations offshore et les pays étrangers dans lesquels ces corporations ont localisé leur production pour les marchés américains. Des sanctions sur l’Inde, la Chine (et la Corée du Sud) veut simplement dire des sanctions sur les entreprises américaines, des sanctions sur la Turquie veulent dire des sanctions sur un allié de l’OTAN.

La Chine, l’Inde, la Corée du Sud, la Turquie réalisent-elles qu’elles ont en leur possession la donne gagnante ? Comprennent-elles qu’elles peuvent montrer leur majeur à l’empire américain et l’amener à l’effondrement, ou sont-elles conditionnées comme l’Europe et le reste du monde au fait qu’il est vain de résister aux Américains tous puissants ?

La Chine et l’Inde exerceront-elles leur puissance sur les Etats-Unis ou ces deux pays vont-ils tempérer l’affaire et adopter une pose qui sauvera la face de Washington tout en continuant à acheter le pétrole iranien ?

La réponse à cette question est: Combien les Etats-Unis vont-Ils payer secrètement en concessions multiples, comme par exemple la sortie des Etats-Unis de la Mer de Chine du Sud, pour que la Chine et l’Inde prétendent à la reconnaissance de la puissance américaine sur le reste du monde ?

Sans concessions à la Chine et à l’Inde, Washington se verra très sûrement ignorée et contemplera sa puissance s’évaporer. Un pays qui ne peut pas produire industriellement et produire des biens de consommation, mais ne peut qu’imprimer des instruments d’endettement et de la monnaie n’est pas un pays puissant. Il n’est qu’un petit caïd de cour de récréation qui peut continuer à rouler des mécaniques jusquà ce que le garçon proverbial dise: “L’empereur est nu”.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais :


Washington Leads The World Into Lawlessness
- by Dr. Paul Craig Roberts – 2012-04-12

Traduction : Résistance 71, http://resistance71.wordpress.com/

Le blog de Paul Craig Roberts : http://www.paulcraigroberts.org/

L’homme qui parlait seul sans bouger les bras

avril 14th, 2012 by Lucio Manisco

Nous étions en l’an 1995 et cet homme à Linate[1] parlait seul. Ce qui attirait l’attention des passagers attendant le vol Lyon-Strasbourg n’était pas ses paroles répétées et reformulées à voix basse monotone, mais sa démarche, allant et venant dans la salle d’attente de l’aéroport le plus lugubre d’Europe : il ne bougeait pas les bras mais les tenait cloués de chaque côté du corps sans suivre le rythme alterné des pas.

Même scène quelques mois plus tard à l’aéroport Zaventem de Bruxelles ; même démarche et plus ou moins mêmes paroles : « Inéluctable l’exigence d’une restructuration du système des retraites européen… Sans libéralisations les avantages pour l’Europe d’une économie globalisée disparaîtront…» 

Il était clair que le personnage se préparait à chaque fois à prononcer des discours en quelque siège européen, mais notre ignorance coupable sur son identité ne se dissipa que quand il intervint dans une des nombreuses fictions parlementaires européennes, ici le dit « Comité de Conciliation » : il s’agissait du professeur Mario Monti auquel le Président de la commission Jacques Santer, ensuite démissionné pour corruption par le Parlement, avait confié sur proposition du cavaliere d’Arcore[2] la délégation au Marché Intérieur, aux Services Financiers, à la Fiscalité et à l’Union Douanière. 

Il est vrai qu’il aurait dû être de notre devoir de parlementaire de savoir bien plus tôt qui était cette espèce de mannequin qui faisait ses exercices oratoires en promenant dans les deux aéroports, mais il est vrai aussi que pendant les premiers mois et années de son mandat, le professeur n’avait laissé aucune trace de grande visibilité ou relief dans les salles de la Commission, du Conseil européen ou de la Rue Wiertz.  Pour citer la boutade ironique d’un collègue britannique « He did not blaze a path of glory in Bruxelles or in Strasbourg », à la lettre : « Il ne traça aucun sentier flamboyant de gloire à Bruxelles ou à Strasbourg ».

La gloire, ou disons plutôt une notoriété indiscutable, rejoignit Mario Monti quand dans son costume neuf de commissaire à la concurrence (nommé par le gouvernement D’Alema) il défia -à ses dires- « les pouvoirs forts », et dénonça Microsoft de Bill Gates pour abus de position dominante et lui infligea une lourde taxe de 497 millions d’euros (soit seulement, d’ailleurs, 1,6% de son chiffre d’affaires). En pratique le colosse étasunien avait profité du système opérationnel Windows (95% des PC) pour éliminer du marché les concurrents serveurs de basse intensité, les réseaux présents dans les entreprises. Le verdict du commissaire fit sensation même si l’imposition de la taxe révéla ensuite des carences procédurales et ne fût exécutive que grâce aux drastiques corrections introduites par le successeur de Monti en 2005, sans toutefois bloquer les recours de Microsoft : le dernier en date étant gagné par la multinationale étasunienne l’année dernière dans un tribunal de Milan. Disons donc que le défi à « un pouvoir fort » fût mis en acte mais que le professeur avait derrière lui des pouvoirs au moins aussi si ce n’est plus forts. Au point qu’au terme de son mandat il fût promptement gratifié par la charge de international advisor de Goldman Sachs : charge qu’il a conservée avec son « Research Advisory Council » jusqu’en 2011, où il était devenu en 2010 président pour l’Europe de la Trilatérale fondée en 1963 par David Rockefeller, passée à l’histoire pour son insistance sur la nécessité de limiter l’exercice des droits civiques dans les démocraties pour « en assurer la gouvernabilité » ; sans même parler du rôle dirigeant de Monti dans le groupe semi clandestin de consultants financiers Bilderberg.

On doit reconnaître à notre président du Conseil cette même cohérence idéologique qu’il avait manifestée pendant dix ans de manière obsessionnelle dans le consensus européen. Dans et hors des thèmes traités il avait martelé chaque jour que dieu fait ces catégories qui avaient constitué l’objet de ses exercices mnémoniques et oratoires dans les aéroports de Malpensa et de Bruxelles ; trois impératifs catégoriques, trois passions : réforme des retraites, réforme du marché du travail, libéralisations. Le tout arrosé d’équité (en anglais equities veut dire « actions en bourse »). Si comme chef de gouvernement il est en train de recueillir des insuccès dans les trois secteurs c’est naturellement à cause de l’inadéquation, incompétence et inexpérience, siennes et de ses ministres, dans la gestion du bien public.  Insuccès naturellement pour qui en paye les coûts, le fameux 99% de la communauté nationale, mais certes pas pour ceux qui nous gouvernent et qui sous le masque de super-techniciens cachent l’essence d’une idéologie forcenée d’extrême-droite, un mépris viscéral pour les classes subordonnées, une complaisance mal cachée pour chaque coup infligé au statut social. Comme économistes ils pourraient être comptés parmi les épigones les plus exaltés de l’école de Chicago et de l’hyperlibéral Milton Friedman, ces fameux ou tristement célèbres Chicago boys des années 50 et 60 ; mais même dans un tel contexte, sur la doctrine des Monti, Draghi & Co., il est licite d’avancer des réserves fondées. Non pas parce que, tout comme d’autres économistes de plus gros calibre, ils n’avaient pas prévu la catastrophe qui menaçait le monde depuis une décennie environ (Monti a déclaré en 2004, soit trois ans avant l’explosion de la bulle des subprimes, que son intervention sur Microsoft allait porter à une réglementation des marchés et à une discipline des transactions financières internationales !). Ni même parce que quelque Bocconien[3] de service, percevant les craquements du système, avait suggéré l’application de sparadraps sur ses plaies les plus purulentes. Non. Nous parlons ici d’inculture, de manque de connaissances ou de leur marginalisation voulue. Ces petits professeurs d’économie ne sont certes pas tenus de relire le chapitre XXIX du troisième volume de Das Kapital (Les composantes du capital bancaire) dans lequel Karl Marx avait prévu les effets de l’hyper capitalisation du revenu fondé sur les plus-values futures, l’accumulation financière non productive concentrée en quelques mains seulement, la saturation des marchés et ainsi de suite : en d’autres termes certaines des causes primaires de la crise en cours. Mais à coup sûr devraient-ils, nos petits professeurs, dépoussiérer quelque texte de leurs études universitaires, repasser les derniers chapitres de la « Theory of Employment Interest and Money » de John Maynard Keynes voire peut-être le « Plein Emploi dans Libre Etat» de Lord Beveridge.

Est-il vraiment possible, au contraire, que leur Bible soit « Atlas Shrugged », « La révolte d’Atlante », de Ayn Rand, un roman truffé de niaiseries économico-financières ultra réactionnaires et fascisantes, de nouveau en vogue dans les Etats-Unis de Bush et d’Obama ?

Enfin : s’agit-il seulement d’un pessimisme dû au grand âge s’il nous semble percevoir le bruit rythmé des bottes devant notre porte ?

Lucio Manisco
www.luciomanisco.eu  

N.B. : l’ancien web site de Lucio Manisco, effacé arbitrairement par Tiscali, sera remplacé sous peu par www.luciomanisco.eu  

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

[1] Aéroport de Milan.

[2] Arcore est la villa résidence dans la campagne milanaise du Cavaliere S. Berlusconi.

[3] Qui a fait ses études à l’université Bocconi, à Milan, université privée et se voulant le fleuron en Italie de la science économique. NdT.

Lucio Manisco, journaliste, a été le correspondant de la RAI (et quelques titres de la presse écrite italienne) aux Etats-Unis pendant une trentaine d’années. Ancien député au Parlement européen, et fondateur du journal Liberazione (duquel il a démissionné ensuite). Il vit à Rome.

Génocide arménien: Le jeu trouble de la France

avril 14th, 2012 by René Naba

«Il a fait deux séjours assez long en France, où la cour dans l’idée qu’il deviendrait un jour un personnage important dans l’Empire, le traita parfaitement bien. Isaac Bey a perdu dans ses voyages, soit en France, soit en Russie, les qualité solides qui rendent les Ottomans recommandables et a contracté, à un haut degré, les défauts des Européens. Esprit d’intrigue, légèreté, inconsidération, corruption, tout ce qui caractérise essentiellement les sociétés de la Cour dans laquelle il était admis se fait singulièrement remarquer en lui». Dépêche du 1 er Messidor an III (19 juin 1795) de Verniac, Ambassadeur de France auprès de la Sublime porte, in «La vie de Pierre Rufin, orientaliste et diplomate (tome 1er)», par Henri Déhérain, conservateur de la Bibliothèque de l’Institut- Librairie orientale Paul Guethner – Paris 1929.

Il fut un temps où apprendre le turc, l’arabe ou le persan, c’est à dire les langues vernaculaires des peuples autochtones, constituait le dernier des raffinements. Bien avant la Révolution, Molière, à l’instar de Monsieur Jourdain, s’ouvrant par curiosité intellectuelle à la culture des autres, s’y était essayé avec son Mamamouchi au XVII me siècle, et, Voltaire, un siècle plus tard, avec Zadig, ce jeune babylonien (Irak) qui se hissera au symbole de la sagesse contrariée par l’injustice. Il n’y avait pas besoin d’être grand clerc à l’époque pour savoir que la politique d’un pays est dictée par son histoire et sa géographie et qu’une diplomatie de bon voisinage est gage de prospérité.

François Ier (1494-1574) et Soliman Le Magnifique, surmonteront ainsi leurs récriminations réciproques sur le contentieux des Croisades, particulièrement le sac de Jérusalem (1099) et de Constantinople (1204), -«les pages honteuses de l’Occident chrétien», selon l’expression de l’historien Jacques Le Goff-, pour sceller une audacieuse alliance. Pris en tenaille entre l’Allemagne et l’Espagne, tous deux sous la couronne de Charles Quint (1550-1558), François Ier pactisera avec le chef de l’Empire ottoman, un infidèle, au grand scandale de la chrétienté d’alors, en vue de contrebalancer la puissance du saint Empire. Dans la même veine de son inspiration, il créera le «Collège des lecteurs royaux», précurseur du Collège de France et imposera l’enseignement de l’arabe, en1537, qui connaitra sa consécration cinquante ans plus tard par la création de la chaire d’arabe.

Louis XIV parachèvera son œuvre sur le plan culturel. Sous l’impulsion de Colbert désireux de mettre à la disposition des négociants français des interlocuteurs appropriés en Orient, le Roi Soleil fonde la section des langues orientales au Collège Louis le Grand. Colbert, l’auteur du si horrible «Code Noir de l’esclavage» qui sera publié après sa mort sous l’Edit de Mars 1695, décrétera «le privilège de la terre de France» et son pouvoir libératoire; une clause de sauvegarde qui permettait de satisfaire un triple objectif: l’affranchissement automatique des esclaves du seul fait de fouler le sol français, la consécration a priori de l’esclavage ans les possessions d’outre mer et la préservation des intérêts fondamentaux de la France par la mise en valeur de sa tradition d’hospitalité et de son bon renom dans le monde.

Sous la Révolution, la section des langues orientales du collège Louis le grand deviendra une institution autonome «l’Ecole des langues orientales». L’arabe, le turc et le persan y seront les premières langues enseignées. Le général Bonaparte en Egypte décrètera la politique des égards…à l’égard des indigènes. Non pas par tropisme arabo musulman, mais pour l’évidente raison que le respect d’autrui constitue la première forme de respect de soi. En un mot par un réalisme enrobé d’idéalisme qu’il considérera comme le meilleur gage de la pérennisation de son action.

François Ier le précurseur, Bonaparte, le successeur, percevront les dividendes de cette politique d’ouverture vers l’outre mer, deux siècles plus tard avec Jean François Champollion, l’un des plus illustres élève des «Langues O», décrypteur des hiéroglyphes égyptiennes, une découverte qui fera de l’Egypte, l’un des centres du rayonnement culturel français en Orient, un exemple de rentabilité opérationnelle, le fameux «retour sur investissement» du jargon moderne (2).

En stratège, le général corse, sans doute plus averti des subtilités géostratégiques de la Méditerranée, s’est borné à recentré la politique de son royal prédécesseur considérant que La Mecque et non Constantinople constituait le centre d’impulsion de la politique française de la zone. Se gardant de tout messianisme, il revendiquera pour la France la charge du domaine régalien, laissant aux autochtones la gestion de leurs propres affaires locales, en application de «la politique des égards», première expression politique de l’autogestion des territoires conquis. Son neveu, Napoléon III, caressera même le projet de fonder un «Grand Royaume Arabe» en Algérie. Cette évidence mettra deux siècles à s’imposer. Mais, entretemps, que d’humiliations, que de gâchis. Pour avoir méconnu ce principe, pour avoir renié ces propres principes, la France en paiera le prix.

Le ver dans le fruit

L’alliance entre François 1er et Soliman le Magnifique portait en germes les termes de la discorde. Le pacte des Capitulations, s’il prenait bien soin de recenser, en les récapitulant, les droits et devoirs des deux contractants, a constitué l’un des premiers des traités inégaux de l’histoire moderne en ce que le français bénéficiait du privilège de juridiction, le soustrayant à la justice de la sublime porte, tandis que l’ottoman était soumis à la loi commune du fait qu’il était déjà perçu comme la «tête de turc» du Français.

Terre d’asile, la fille aînée de l’Eglise accueillera les Arméniens rescapés du génocide turc, en 1915, mais, paradoxalement, gratifiera de son forfait la Turquie, leur éradicateur et ennemi de la France lors de la première guerre mondiale, en lui offrant sur un plateau Hatay, par amputation du District d’Alexandrette de la Syrie. Une opération qui s’est révélée être une aberration de l’esprit vraisemblablement unique dans l’histoire du monde, pathétique illustration d’une confusion mentale au nom de la préservation de prétendus intérêts supérieurs de la nation au détriment de la victime.

Dans cette perspective, la criminalisation de la négation du génocide arménien aurait été exonérée de tout soupçon électoraliste si elle ne s’était pas accompagnée de la prime à la forfaiture turque (Alexandrette), d’une coopération stratégique cinquantenaire franco-turque, y compris contre l’indépendance de l’Algérie et d’une hostilité résolue de la France à l’égard des deux grands protecteurs des Arméniens, l’Iran, voisin et allié de l’Arménie à travers les siècles, et la Syrie, qui abrite le grand mémorial des Arméniens à Deir Ez-Zor, le lieu de pèlerinage annuel de la diaspora, le 23 avril.

Protectrice des chrétiens d’Orient, elle a facilité l’accès de son territoire aux Libanais fuyant les ravages de la guerre civile (1975-1990), mais elle a, dans le temps institutionnalisé et instrumentalisé le confessionnalisme politique, au mépris du principe de la laïcité et de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, un des principes fondateurs de la République française. Le montage confessionnel français aura été le déclencheur de cette guerre fratricide qui gangrène la vie publique nationale depuis l’indépendance du Liban il y a soixante dix ans avec des conséquences désastreuses sur la chrétienté arabe, particulièrement les Maronites, les alliés privilégiés de la France dans la zone.

Dans une inversion de tendance sans doute irréversible, le nombre des locuteurs francophones au Liban connu une baisse drastique au bénéfice de l’anglais, passant de 67 pour cent dans la décennie 1960 à 27 pour cent au début du nouveau millénaire, alors que l’exode des chrétiens du Liban atteignait un taux alarmant: 40 % des chrétiens libanais auraient quitté le pays depuis le début de la guerre, en 1975, quand bien même la diaspora déployée en Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada), en Amérique latine, en Australie et en Afrique, a gardé des liens puissants avec la mère patrie. Dans le même ordre d’idée, la mise à l’index du président libanais Emile Lahoud, dans la foulée de l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri, en février 2005, le milliardaire libano saoudien ami du président français Jacques Chirac, a abouti à ostraciser l’unique dirigeant chrétien du Monde arabe. Un précédent lourd de conséquences pour l’avenir de la chrétienté arabe.

L’expédition franco-anglo-israélienne de Suez, en 1956, a abouti à un exode des chrétiens d’Egypte, la création d’Israël du fait occidental et la judaïsation rampante de la Palestine, un fort exode des chrétiens palestiniens, de même que l’implosion de l’Irak du fait américain, l’exode des chrétiens d’Irak.

Il n’est pas indifférent de noter à ce propos que les plus célèbres réfugiés politiques du Moyen Orient en France de l’époque contemporaine, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, guide de la révolution islamique iranienne, et l’ancien chef du gouvernement intérimaire libanais, le général Michel Aoun, chef du courant patriotique libanais, se soit retourné contre leur pays hôte à leur retour au pays natal.

La «déconcertante alliance» du Hezbollah et du général Michel Aoun, pour reprendre l’expression des analystes occidentaux, apparaît ainsi comme la résultante et la réplique de la «déconcertante attitude» des Occidentaux à l’égard des aspirations du monde arabe, particulièrement en ce qui concerne la Palestine et les Chrétiens d’orient. Une alliance d’autant plus impérieuse pour «préserver le caractère arabe» qu’elle a brisé stratégiquement le clivage confessionnel islamo chrétien de l’équation libanaise. L’adhésion à cette alliance du parti Tachnag, le plus important parti arménien de la diaspora, rejoint ces préoccupations, de même que les réticences du nouveau patriarche maronite à opter pour un alignement inconditionnel à la stratégie occidentale en terre arabe.

De la Grande Syrie à la Syrie mineure.

Près de 560.000 Arabes et Africains, Chrétiens et Musulmans ont volé au secours de la France durant la 1ère guerre mondiale, dont 73.OOO tués, autant pour la 2eme guerre mondiale, mais la France gratifiera en retour les Arabes d’ingratitude, deux fois en un même siècle, à Alexandrette (Syrie) d’abord, à Sétif (Algérie) ensuite, une récidive qui n’est nullement le fruit du hasard.

En Syrie, le projet français ne manquait pourtant ni d’audace ni de grandeur. La France se proposait de constituer une «Grande Syrie englobant Jérusalem Bethléem, Beyrouth, Damas, Alep, Van Diyarbakir, jusque même Mossoul, c’est à dire un territoire englobant la Syrie, une partie du Liban, de la Palestine, de la Turquie et de l’Irak. Les instructions du ministre français des Affaires étrangères Aristide Briand à Georges Picot, son consul général à Beyrouth étaient claires et ne souffraient la moindre ambigüité: «Que La Syrie ne soit pas un pays étriqué…Il lui faut une large frontière faisant d’elle une dépendance pouvant se suffire à elle-même», concluait la note en date du 2 novembre 1915 (3).

Face aux habiles négociateurs anglais, la Syrie du fait de la France et contrairement à ses promesses, a été réduite à sa portion congrue au prix d’une quadruple amputation, délestée non seulement de tous les territoires périphériques (Palestine, Liban, Turquie et Irak), mais également amputée dans son propre territoire national du district d’Alexandrette. Une trahison qui conduira le ministre syrien de la défense, Youssef Al Azmeh, en personne, à prendre les armes contre les Français pour la conjurer à Mayssaloune (1925), dans laquelle il périra ainsi que près de 400 des siens dans la bataille fondatrice de la conscience nationale syrienne.

Depuis lors la Syrie a tenu la dragée haute à la France s’opposant frontalement à toutes ses équipées en terre arabe, que cela soit en Algérie où elle sera le premier pays arabe à y dépêcher des volontaires auprès des «Fellaghas»; au Liban dont elle constituera le «verrou arabe» pendant un demi siècle. Au regard de la duplicité française et de la voracité turque, le parrainage franco turc obère ainsi quelque la crédibilité de l’opposition syrienne de l’extérieur dans sa contestation du régime baasiste.

L’erreur est humaine, mais pour un pays qui revendique une posture moralisatrice sa répétition est maléfique. Puissance continentale et maritime, bordée de surcroit sur son flanc sud de la rive musulmane de la méditerranée, la France tournera le dos à la vision novatrice de François Ier et de Bonaparte et optera au niveau de la sphère musulmane pour une diplomatie de la canonnière et une politique du cantonnement.

Héritière de Rome et de l’universalisme catholique, la France ne renouvellera pas l’Edit de Caracalla qui accorda aux hommes libres de l’Empire romain la qualité de citoyens romains. Comme si les héritiers de la Révolution française avaient voulu pénaliser les autochtones de leur condition d’opprimés. Elle s’en trouvera pénaliser à contrecoups.

Ainsi, en Algérie, en guise de «Grand Royaume Arabe» imaginé par Louis Napoléon, pieds noirs et pères blancs, les soldats laboureurs du Général Thomas Robert Bugeaud et les disciples du Cardinal Martial de Lavigerie se lanceront, de concert, dans une politique de conquête sur la base de la constitution de «colonies militaire» s’accompagnant de la destruction systématique des institutions musulmanes. L’Algérie sera même livrée aux colons par une politique d’assimilation qui assimilera tout, sauf l’indigène, le propriétaire authentique du pays, irrémédiablement rejeté dans sa condition subalterne par le «Code de l’Indigénat».

Pis, dans une projection hégémonique et égocentrique de sa représentation, comme une marque d’incompétence ou d’ingratitude, par une aberration de l’esprit sans dote unique dans l’histoire du monde, la France commettra le plus grand carnage de son histoire le jour même de la fête de la victoire alliée, le 8 mai 1945, noyant dans un bain de sang à Sétif, la première grande manifestation autonomiste algérienne. Sans le moindre égard pour le sacrifice qu’ils ont consenti lors de la II me Guerre mondiale.

Si la France se range de nos jours dans le camp de la démocratie, elle le doit certes aux «Croix Blanches» des cimetières américains de Normandie, mais aussi au sacrifice des quelques cinq cent mille combattants du Monde arabe et africain qui ont aidé la France à se libérer du joug nazi, alors qu’une large fraction de la population française pratiquait la collaboration avec l’ennemi. Cinq cent mille combattants pour la Première Guerre mondiale (1914-1918), autant sinon plus pour la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945), il n’était pas question alors de pistage génétique, de «test ADN» ou de «seuil de tolérance».

Sous Sarkozy, un double camouflet retentissant à la Turquie

Barrer à la Turquie la voie de l’Europe au prétexte qu’elle n’est pas européenne gagnerait en crédibilité si cet argument fallacieux s’appliquait également à sa présence au sein de l’Otan, le pacte atlantique dont elle n’est nullement riveraine. Sceller une Union transméditerranéenne sur la base d’une division raciale du travail, «l’intelligence française et la main d’œuvre arabe», selon le schéma esquissé par Nicolas Sarkozy dans son discours de Tunis le 28 avril 2008, augurait mal de la viabilité d’un projet qui validait la permanence d’une posture raciste au sein de l’élite politico-médiatique française, une posture manifeste à travers les variations séculaires sur ce même thème opposant tantôt «la chair à canon» au «génie du commandement» forcément français lors de la première guerre Mondiale (1914-1918), tantôt «les idées» du génie français face au pétrole arabe» pour reprendre le slogan de la première crise pétrolière (1973): «Des idées, mais pas du pétrole».

Substituer de surcroît l’Iran à Israël comme le nouvel ennemi héréditaire des Arabes viserait à exonérer les Occidentaux de leur propre responsabilité dans la tragédie palestinienne, en banalisant la présence israélienne dans la zone au détriment du voisin millénaire des Arabes, l’Iran, dont le potentiel nucléaire est postérieur de soixante ans à la menace nucléaire israélienne et à la dépossession palestinienne.

L’Union pour la Méditerranée, mort née, est apparue comme un dérivatif, un leurre qui trahissait les véritables intentions des Occidentaux à l’égard d’un pays certes membre de l’alliance atlantique, mais musulman, en ce que les Européens voulaient bien de la Turquie en tant que force supplétive de l’Occident mais pas tant en tant que membre de plein droit de la famille européenne. Au ban de l’Europe mais pas au banc de l’Europe quand bien même jamais aucune puissance militaire musulmane n’avait été aussi loin dans sa collaboration avec l’Occident, nouant un partenariat stratégique avec Israël dans une alliance contre-nature conclue entre le premier Etat «génocidaire» du XX me siècle et les rescapés du génocide hitlérien.

Au-delà des constructions théoriques, le choix atlantiste de la Turquie reposait sur un pacte tacite conclu avec le camp occidental, fondé sur l’occultation de la responsabilité de la Turquie dans le génocide arménien en contrepartie de l’implication de ce pays de culture musulmane non seulement dans la défense du «Monde libre» face à l‘Union soviétique, mais aussi dans une alliance stratégique avec Israël contre le Monde arabe.

L’effet second de son adhésion à l’Otan répondait au souci des Etats-Unis de placer le contentieux gréco-turc, le binôme Athènes Constantinople, au delà le contentieux Islam-Chrétienté sous contrôle de l’Occident, en ce qu’Athènes constituait le berceau de la civilisation occidentale et Constantinople-Ankara, l’ultime empire musulman. Le déploiement de la Turquie sur la scène régionale du Moyen orient sur la base d’une diplomatie néo-ottomane véhiculée par un islam teinté de modernisme, en concurrence directe avec les intérêts des anciennes puissances coloniales, a conduit la France à se draper de son ancienne posture.

A l’épreuve des faits, la politique arabe de la France, dogme sacré s’il en est, s’est révélée être une vaste mystification, un argument de vente du complexe militaro-industriel français.

Alexandrette, Sétif mais aussi Suez: Dix ans après la fin de la 2me Guerre mondiale, en 1956, de concert avec Israël et la Grande Bretagne, la France se livrera à une «expédition punitive» contre le chef de file du nationalisme arabe, Nasser, coupable d’avoir voulu récupérer son unique richesse nationale «le Canal de Suez». Curieux attelage d’ailleurs que cette «équipée de Suez» entre des rescapés du génocide hitlérien (les Israéliens) et l’un de leur ancien bourreau, la France, qui aura sabordé sa flotte et sera sous Vichy l’antichambre des camps de la mort? Curieux attelage pour quel combat? Contre qui? Des Arabes? Ceux-là mêmes qui furent abondamment sollicités durant la Deuxième Guerre Mondiale pour vaincre le régime nazi, c’est-à-dire l’occupant des Français et le bourreau des Israéliens.

Véritable «porte-avions» américains en Méditerranée orientale, la Turquie a loyalement servi l’Occident, y compris la France, allant même jusqu’à se prononcer contre l’indépendance de l’Algérie, déniant, contre toute évidence, au combat des nationalistes algériens, le caractère de guerre de libération, allant même jusqu’à mettre à disposition de l’aviation israélienne ses bases militaires et son espace aérien pour l’entraînement de ses chasseurs-bombardiers en opération contre le monde arabe.

La mise en route du projet de loi sur la criminalisation de la négation du génocide hitlérien, si elle a paru répondre au premier chef à des considérations électoralistes, a eu pour première conséquence la rupture de la coopération entre les deux parrains essentiels de l’opposition syrienne, plaçant les deux pays artisans du démembrement de la Syrie en position de guerre larvée. Curieux retournement de vieux complices.

Le déclassement de la France dans la hiérarchie des puissances

Première puissance continentale de l’Europe, au début du XX me siècle, à un moment où l’Europe était le centre du monde, la France sera relégué au 9me rang des puissances mondiales à l’horizon de l’an 2017, dont la dégradation de sa notation économique de triple A à double A en est le signe précurseur.
Sans doute imputable à la montée en puissance des grands ensembles (Chine, Inde), à la perte de son empire, cette relégation est tout autant imputable aux déboires militaires français ininterrompus depuis plus d‘un siècle, de la défaite de Waterloo (1815) à la défaite de Fachoda, de l’expédition du Mexique (1861-1867) à l’expédition de Suez (1956), de la capitulation de Sedan (1870), à la capitulation de Montoire (1940à à la capitulation de Dien Bien Phu HU (1954), du coup de Trafalgar au sabordage de Toulon (1942), aux déboires économiques, du Crédit Lyonnais, d’Elf Aquitaine, à France Télécom, au Gan à Dexia, aux marchés d’Ile de France et aux frais de bouche, ainsi qu’à cette fameuse exception française qui fait qu’en un quart de siècles, la France aura perdu 40 pour cent de parts de marché au niveau du commerce mondial, entraînant la fermeture de 900 industries, une réduction drastique du nombre des ouvriers de 6 millions à 3,4 millions avec l’augmentation corrélative du nombre des chômeurs de l’ordre de 4 millions, l’un des plus élevés d’Europe. Sans la moindre remise en question, sans la moindre remise en cause.

Une décote qui sanctionne la perte de 40 pour cent de part de marchés en un quart de siècle et signe le déclassement de la France au rang des puissances moyennes, un niveau sensiblement équivalent à celui de la Turquie, nouvelle puissance régionale au Moyen Orient, en concurrence directe désormais avec la France. Un déclassement qui signe du même coup huit siècles après les capitulations de Soliman le Magnifique, la capitulation de la France dans la hiérarchie des puissances mondiales.

Sous la mandature Sarkozy, la France a ainsi asséné en moins d’une décennie à la Turquie deux camouflets majeurs: l’interdit européen et la criminalisation du génocide arménien. La Syrie, leur point de convergence et de connivence au XXème siècle, aura été leur point de percussion au XXIème siècle. Un résultat imputable à une politique de duplicité générée par une posture proto-fasciste inhérente à tout un pan de la société française, fondée, non sur une vision prospective, mais sur les présupposés idéologiques d’une classe politique compulsive animée d’une pensée convulsive.

Précurseur, la France l’a souvent été au cours de son histoire, mais cette spécificité nourrie d’une conception hiératique de l’universalisme de sa mission versera dans la spéciosité au point de devenir un mode de comportement. Aux chemins de crête qu’elle ambitionnait d’arpenter, elle substituera parfois les méandres fangeux des chemins tortueux, réduisant à néant les bénéfices de cette posture anticipatrice.

L’Occident, particulièrement le bloc atlantique, est redevable d’une part de sa victoire sur l’Union soviétique au Monde arabe et musulman dont il aura soutenu toutes les équipées même les plus aberrantes, compromettant ses intérêts à long terme, que cela soit contre l’empire soviétique, hier, contre l’Iran, aujourd’hui, quand bien même cet Occident-là aura été l’adversaire le plus implacable des aspirations nationales du Monde arabe depuis près d’un siècle, à Mayssaloune-Alexandrette (Syrie), à Sétif (Algérie), à Suez (Egypte), à Bizerte (Tunisie) et naturellement la Palestine, la plus importante opération de délocalisation de l’antisémitisme institutionnelle européen en terre arabe.

A la tête d’un état dégradé, expurgé toutefois des transfuges malfaisants, le prochain président post sarkozyste de France se devra d’être le président de la solidarité nationale et de la réconciliation post coloniale. A Alger, à Dakar voire même à Damas, et non le président des stocks options et d’un atlantisme fébrile au service du sionisme…. au Kurdistan, au sud Soudan, en Libye et à Gaza.

Annexes

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Références

1-La documentation Française/ Monde arabe- Machreq Maghreb, revue trimestrielle N°152 (Avril-Juin 1996) «La politique musulmane de la France» sous la direction d’Henry Laurens.

2-« Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français» René Naba Editions Harmattan. 2002.

3- Paris 2 novembre 1915 (Archives du ministère des affaires étrangères) Instructions d’Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères (1862-1932) à Georges Picot, consul de France à Beyrouth. Document publié dans «Atlas du Monde arabe géopolitique et société» par Philippe Fargues et Rafic Boustany, préface de Maxime Rodinson (Editions Bordas)

«Il faut faire l’Union du Maghreb. C’est tout à fait possible. Comment pourrais-je penser autrement alors que, même si je suis né en Algérie, même si j’ai été le chef de la rébellion algérienne, ma mère et mon père étaient tous deux Marocains.» Ben Bella

Déclaration au journal Jeune Afrique en mai 2011

On a tout dit de Ben Bella dans sa dimension politique en Algérie mais connaît-on l’homme multidimensionnel notamment dans sa «deuxième carrière» après sa libération en 1980? Premier président de l’Algérie indépendante, élu en 1963 avant son renversement par Boumediene, il a payé son engagement de 23 ans de prison, dont une dizaine dans les geôles françaises. Dans cette contribution nous allons donner la parole au président Ben Bella et reprendre en honnête courtier sa pensée déclinée lors de trois interviews qu’il a faites.

Ben Bella et l’apport des intellectuels français à la Révolution algérienne

Pour rappel, durant la Seconde Guerre mondiale, il combat dans l’armée française au sein du 5e Régiment de tirailleurs marocains de la 2e Division d’infanterie marocaine (2e DIM). En 1944, il participe à la bataille du mont Cassin au sein du Corps expéditionnaire du général Juin, puis aux campagnes de France et d’Allemagne au sein de la 1re Armée du général de Lattre. Promu adjudant, il est cité quatre fois et décoré de la Médaille militaire par le général de Gaulle en avril 1944 en Italie. En ces temps de révisionnisme en France, il est bon de rappeler la position du président Ben Bella qui a tenu à rendre hommage à ceux qui ont aidé la Révolution algérienne. Nous l’écoutons: «L’appel des 121 a retenti comme un coup de tonnerre pour nous, dirigeants de la Révolution algérienne, comme pour beaucoup d’Algériens. Cette prise de position nous a prémunis, il faut le reconnaître, contre des sentiments pas très beaux, contre la haine. La lutte de libération était terrible. Nous étions meurtris, blessés par la colonisation. Cet appel est venu nous rappeler que le peuple français ne pouvait se résumer à cette guerre qui nous frappait. Il y avait des Français qui étaient à nos côtés dans des conditions terribles. Le peuple français était aussi un grand peuple, porteur d’une riche histoire et d’un génie qui lui est propre. Nous n’étions plus seuls. Ce n’étaient pas des traîtres, au contraire. Ils exprimaient le meilleur de la France. Nous le savions et c’est pour cela que cela nous a remués. Ces hommes et ces femmes se dressaient contre quelque chose qu’ils estimaient abominable. (…) L’appel a marqué une étape dans la fin du colonialisme. Ces 121 intellectuels, nos avocats ainsi que les «porteurs de valise» sont devenus plus que nos amis, ils sont devenus une partie de notre chair. Ils illustraient cette montée de la conscience, ce point oméga dont parlait Pierre Teilhard de Chardin où l’être humain atteint le plus haut degré de spiritualité. Nous les admirions, nous les aimions, nous savions que c’était difficile pour eux. Ils nous ont confirmé que l’être humain est présent partout et qu’il ne faut pas désespérer de lui. (…) C’étaient les meilleurs des Français, les meilleurs des Algériens.(1)

La lutte contre les inégalités et pour un monde meilleur

José Fort du journal l’Humanité nous présente Ahmed Ben Bella.: «Il m’avait reçu au mois d’octobre 2002 à Genève. L’entretien s’était déroulé dans les locaux de Nord-Sud XXI, l’ONG de défense des droits de l’homme qu’il présidait, en présence du docteur Jean-Yves Follezou. Ahmed Ben Bella était une figure du nationalisme arabe. Il fut, comme Nelson Mandela, un des plus célèbres prisonniers politiques, totalisant 23 années de prison avant de connaître l’exil. Il s’était impliqué dans l’action pour une réforme de l’ordre économique mondial et les relations Nord-Sud. L’homme était élégant, chaleureux. Ahmed Ben Bella était resté un homme d’action.» (2)

Ecoutons le président nous décrire son parcours en répondant aux questions du journaliste José Fort.:

«J’ai reçu la médaille militaire des mains du général de Gaulle. Deux de mes frères sont morts en combattant les Allemands, le premier en 1914, le second en 1940. Plusieurs de mes cousins sont tombés pour la France. Vous évoquez avec raison Cassino. J’y étais. J’ai d’abord combattu en France, à Marseille, dans la défense antiaérienne. C’était en 1940. Sur le port nous avons abattu plusieurs stukas. En 1942, j’ai participé à la campagne d’Italie en compagnie d’officiers français de grande qualité, qui avaient tenté de rejoindre De Gaulle à Londres. Sous la direction du maréchal Juin, un bon stratège, les compagnies d’élite composées essentiellement de Nord-Africains ont repoussé les forces hitlériennes hors d’Italie. J’étais un parmi des milliers.» (2)

«Très vite, j’ai pris conscience que nous étions confrontés à un problème plus large que la libération du pays: le système mondial. Lorsque j’étais président de la République algérienne, je me suis immédiatement rendu compte que nous avions récupéré un hymne, un drapeau. Rien d’autre. Tout ce qui concernait le développement du pays était bloqué. Le système capitaliste fixait les prix. A Chicago, le prix du blé, à Londres le prix du café, etc. Le système déterminait et détermine toujours les prix. Je n’étais pas le seul à tenter d’agir contre ce système qui nous corsetait, nous étranglait. Notre cause était la même que celle de l’Indien Nehru, de l’Egyptien Nasser, du Brésilien Goulart, de l’Indonésien Sukarno. Nous avions libéré nos pays du colonialisme, mais nous restions pieds et poings liés par le système. Notre idée commune visait à construire un autre projet: après la libération de nos territoires et face au système mondial, nous étions tous d’accord pour inventer quelque chose de neuf au sein du mouvement des non-alignés. (…) A Alger en 1965, fut organisé le Congrès afro-asiatique. Que recherchions-nous? Créer un autre système mondial, face aux systèmes capitaliste et soviétique. Nous étions soixante chefs d’Etat et dirigeants politiques qui voulions négocier avec l’Occident. Nous préconisions le dialogue, celui que l’on appelle «Nord-Sud». Ce dialogue, en ce début de XXIe siècle, n’existe toujours pas. C’est plutôt un monologue, celui du capital, qui sévit.»(2)

Le président fait ensuite un tableau sans concession de la situation actuelle et du sort peu enviable réservé aux «damnés de la terre» tout en pointant du doigt la surcharge imposée à la Terre:

« Les temps ont changé, les moyens d’agir aussi. Nous avons vécu le temps de la libération. Je constate que le système capitaliste qui nous a fait tant de mal perdure et laisse une planète dans un état désastreux. Il y a cinquante ans, le désert occupait 11 millions de kilomètres carrés. Aujourd’hui, c’est 26 millions de kilomètres carrés, sans compter les zones arides. Nous sommes en train de piller le plat qui nous nourrit. Si les 85% de la population de la planète consommaient autant qu’en Occident, il nous faudrait dix planètes. Celle-ci n’en peut plus de ce système. Le niveau de vie et l’espérance de vie, dans 100 des 174 pays du monde, régressent depuis dix ans. Les pays les plus pollués ne sont pas les plus industrialisés mais les plus pauvres. Les trois multinationales les plus riches du monde disposent d’une fortune supérieure au Produit intérieur brut (PIB) total des 48 pays en développement les plus pauvres. Le patrimoine des 15 personnes les plus fortunées dépasse le PIB de l’Afrique sud-saharienne. Une injustice terrible, dévastatrice qu’il faut combattre. Alors, oui, je m’engage dans ce combat.»(2)

« Chaque année des millions d’êtres humains meurent de la faim, de la pénurie d’eau potable, de la privation de soins, de la multiplication des catastrophes dites naturelles ou des conséquences de la violence politique et militaire. Selon les organismes spécialisés de l’ONU, il suffirait pourtant d’une dépense annuelle de 80 milliards de dollars sur dix ans pour garantir à toutes et à tous un accès à l’eau potable et à une alimentation adéquate, à des soins et à des infrastructures de santé indispensables, ainsi qu’à une éducation élémentaire. Que représentent 80 milliards de dollars? Un petit quart du budget militaire des Etats-Unis, la moitié de la fortune estimée des quatre personnes les plus riches du monde. Des chiffres qui donnent le vertige. Ils attestent du dérèglement insensé de la planète. La maximalisation du profit est un principe de toute action, toute loi, toute morale. L’inégalité ronge le corps social. Les multinationales, les grands Etats du Nord et les institutions internationales qui en dépendent comme le G7, l’OMC, le FMI ou la Banque mondiale jouent les chefs d’orchestre de cette cacophonie meurtrière. C’est ça, le capitalisme. Le combat est toujours d’actualité. Il faut en finir avec ce système en conscientisant les gens. Souvenez-vous des rassemblements de Porto Alegre, de Gênes, de Barcelone. Le signal est clair. L’action de masse entre en scène pour de nouvelles relations entre le Sud et le Nord avec, en toile de fond, une donnée incontournable: le capitalisme n’est pas la solution. Gênes, pour moi, est un symbole.» (2)

Il n’est pas étonnant de ce fait que le président s’investisse dans le développement durable. Une chaire internationale pour le développement durable qui porte son nom a été créée en septembre 2005 à Mostaganem. A la question du journaliste: «Vous avez récemment déclaré: “J’aime la France et les Français”, le président répond: « (…) Vous évoquez la France. J’aime la France parce que j’aime le génie de la France. Je l’aime aussi parce que des hommes et des femmes, des avocats notamment et beaucoup de militants, sont devenus des proches. La France, c’est aussi une immense culture. Voyez la différence avec les Etats-Unis. Les Nord-Américains ont à peine un peu plus de deux siècles d’histoire. Ils sont passés de l’état primaire à la Nasa. Ils ne peuvent revendiquer Racine, Corneille, Victor Hugo. Si on demande aux Algériens avec qui souhaitez-vous avoir des relations, huit sur dix vous diront avec la France.»(2)

Voilà donc l’homme qui défia avec ses camarades la France et qui fait bien le distinguo entre le peuple de France et le phénomène colonial.

La dimension altermondialiste

On sait qu’après son retour à Alger en 1990, il se consacre à des dossiers internationaux tels que la Palestine et l’Irak, et rejoint les altermondialistes et le Tribunal Russell sur la Palestine. Président depuis 2007 de la Commission des Sages africains, chargée de la prévention et solution des problèmes du Continent noir, il avait dirigé une ultime réunion en 2011 à Alger. Dans un autre entretien avec la journaliste Sylvie Cattori, il va plus loin, après un descriptif de l’anomie actuelle du monde du fait d’une mondialisation débridée, il tente de convaincre qu’il ne doit pas y avoir de chocs de civilisation. L’Islam ne doit pas être le tiers exclus de la Révélation abrahamique. Nous l’écoutons:

« J’ai participé à la libération de mon pays. J’ai été l’un des organisateurs de sa lutte de libération. Oui, je suis Algérien d’origine marocaine par mes parents, mais toute ma vie, c’est l’Algérie. Je suis né là-bas. Je suis un fils de paysans pauvres venus très jeunes vivre en Algérie. Oui, ma vie est une vie de combat; je puis dire que cela ne s’est jamais arrêté un seul instant. J’ai participé également de façon active à toutes les luttes de libération. (…) C’est depuis l’Algérie, et avec la participation du Che, qui est resté chez nous durant six mois, que s’est créé l’état-major de l’armée de libération de l’Amérique du Sud. (…) Le Che est venu en 1963, peu après mon arrivée au pouvoir. (…) Toute l’Afrique pratiquement était dans ce cas. Nous l’avons soutenue. M.Mandela et M.Amilcar Cabral sont venus eux aussi en Algérie. C’est moi qui les ai entraînés; ensuite ils sont repartis mener la lutte de libération chez eux. (…)» (3)

« Je ne suis pas marxiste, mais je me situe résolument à gauche. Je suis arabe musulman, orienté très à gauche dans mon action, dans mes convictions. (…) Le colonialisme est une idée qui est née en Occident et qui a conduit les pays occidentaux – comme la France, l’Italie, la Belgique, la Grande-Bretagne – à occuper des pays hors du continent européen. (…) Le système mondial qui préside à tout ce dont nous avons parlé, a inventé une autre forme de domination: la «mondialisation».(3)

« Mondialisation » est un mot très beau en soi. Un mot qui peut unir, amener la fraternité entre les peuples. Or, le mot «mondialisation» tel qu’il a été conçu, est un mot qui fait très mal. Un mot qui a amené à la mondialisation de la misère, de la mort, de la faim: c’est une globalisation perverse; elle mondialise le mal, elle mondialise la mort, elle mondialise la pauvreté.» (3)

Revenant sur la nécessité d’un oecuménisme des religions, le président déclare: «Pour nous, il y a double trahison. La trahison, d’abord, de ceux qui, dans le camp de la gauche, auraient dû se trouver à nos côtés, loyaux à la cause palestinienne et arabe, et qui ne l’ont pas été. La trahison, ensuite, de tous ces juifs avec qui nous nous sentons proches, avec qui nous avons des ressemblances, et avec lesquels nous vivions en parfaite harmonie. Les Arabes et les juifs sont des cousins. Nous parlons la même langue. Ils sont sémites comme nous. Eux ils parlent l’araméen, nous parlons l’araméen. C’est cela qui nous fait très mal: c’est de nous savoir trahis par ceux qui sont si près de nous, par des gens qui sont nos cousins, qui nous ressemblent et qui parlent araméen comme nous. L’antisémitisme, nous le connaissons; nous sommes sémites. J’ajoute à cela que, même leur prophète est notre prophète ». (3)

« Je suis musulman, mais je ne souhaite pas que la réponse soit religieuse. Ce n’est pas le fait religieux en soi que je récuse, non, mais le fait que l’on puisse faire une lecture qui ne va pas dans le sens de la rénovation de l’Islam, que l’on puisse faire une lecture rétrograde de l’Islam; alors que dans l’Islam nous avons l’avantage de croire aux deux religions: la religion juive et la religion chrétienne. Pour nous, Mohammed n’est que le continuum de Jésus-Christ et de Moïse (…) La violence qui s’exprime dans le monde arabo-musulman est le résultat de la culture de haine et de violence qu’Israël a engendré en s’imposant par la force sur les terres des Arabes. Ce ne sont pas des fascistes, ce ne sont pas des terroristes, ce sont des résistants! (…) Le droit à la vie est le premier des droits humains. Les croisades visaient, soi-disant, à récupérer le tombeau de Jésus-Christ. Jésus Christ, quelle langue parlait-il? Il parlait ma langue, pas la vôtre, il parlait l’araméen comme moi! Quand vous lisez la Bible, Jésus-Christ dit: «Eli, Eli, Lama sabakta-ni» Et nous disons: «Ilahi limada sabakta-ni». Ce sont exactement les mêmes paroles qu’a prononcées Jésus. Jésus parlait comme moi. L’Islam tire beaucoup de choses de l’Évangile et de la Bible, qu’il est venu compléter.» (3)

Que peut-on retenir en définitive de Ben Bella? Tout homme a sa part d’ombre et de lumière. On peut reprocher sans doute beaucoup de choses au président Ben Bella dans sa première carrière jusqu’en 1965, notamment par sa prise de pouvoir brutale et surtout son manque d’appréciation sur la dimension identitaire du peuple algérien qui n’est pas uniquement arabe, combien même on martèle cela trois fois.

Quelque part, nous n’avons pas évalué à sa juste valeur l’apport multidimensionnel de ce géant de la pensée faite d’engagement pour des causes justes. Son appel à un Maghreb des peuples est important parce qu’il incarnait ce trait d’union qui aurait pu et peut-être qui pourra contribuer à cette Union maghrébine tant fantasmée. Le président Ben Bella a fait honneur à l’Afrique et à l’humanité. Il n’existe pas de personnages qui aient marqué autant leur époque au XXe siècle comme le Mahatma Gandhi, Ben Bella ou Nelson Mandela, ces marqueurs de l’Histoire. Curieusement, l’Occident n’a pas vu émerger en son sein des hommes de la trempe de ces géants qui nous font espérer en la condition humaine.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. http://www.monde-diplomatique.fr/2000/09/BEN_BELLA/14236  

2. José Fort http://www.legrandsoir.info/ahmed-ben-bella-ni-cause-ni-guerre-sacrees.html  

3. http://www.silviacattori.net/article3082.html  Génève le 16 avril 2006

NUCLÉAIRE : Une vauclusienne résiste (vidéo)

avril 14th, 2012 by Collectif antinucléaire de Vaucluse

Une femme d’une cinquantaine d’année lance un cri d’alarme du Vaucluse jusqu’à Paris pour que cesse le crime nucléaire. Victime dans sa chair et sur ses biens, cette femme – Mme Pauchard de Bollène- illustre la situation de millions de victimes en France de la radioactivité générée par les installations nucléaires. Sa vidéo-témoignage est en ligne sur internet.

Ce que vit cette Vauclusienne est emblématique de ce qu’endurera un jour ou l’autre chacun et chacune d’entre-nous. Elle vient de mettre en ligne sur internet son témoignage *

Ce 7 juillet 2008, dans la nuit paisible de l’été provençal, chacun est dans ses projets ou dans ses rêves, en famille ou entre amis, les cigales chantent encore, l’air embaume la lavande. Mais soudain une fuite radioactive se produit sur le site nucléaire du Tricastin (Vaucluse) : 70kg d’uranium sont rejetés par inadvertance sur le site et dans les rivières alentours. L’alerte tarde à être donnée, le matériel manque, l’armoire est fermée à clef : le crime est à l’oeuvre, sournois, inodore, incolore, sans saveur.

Areva et sa filiale Socatri seront condamnées deux ans plus tard.

Entre-temps, les viticulteurs et les agriculteurs ont leur vignes et cultures contaminées et les habitantes… compté-e-s pour quantité négligeable par le lobby nucléaire. Pourtant des centaines d’entre-eux vont être contaminés, en silence. Les médecins constatent depuis cet incident nucléaire une augmentation de cancers de la thyroïde ou d’autres organes au long de ces trois dernières années. C’est le cas de cette vauclusienne, atteinte au foie.

Plus de 220 habitants vont voir eux aussi la vente de leurs habitations annulée par les acheteurs du fait de l’incident nucléaire. Ils se retourneront contre Areva le pollueur pour demander réparation. Ils interpelleront le Président de la République et les élus. Sans effet à ce jour. C’est le cas de cette vauclusienne qui perd ainsi son bien.

Depuis, des centaines d’incidents ont eu lieu dans les installations nucléaires en France, aucun site n’étant épargné. Plus de 1000 incidents en 2010, autant ou peut-être plus en 2011, combien en 2012? La vétusté des installations accentue la mise en danger de la population. 42 réacteurs sur 58 ont atteint ou vont atteindre cette année en France la limite de 30 ans d’âge initialement prévue pour leur arrêt. Les dysfonctionnements se multiplient, les rejets intempestifs de radioactivité se cumulent aux rejets radioactifs quotidiens de chaque installation.

Les rejets radioactifs de l’industrie nucléaire civile et militaire dans l’atmosphère et dans les rivières génèrent, jour après jour, une contamination par diffusion chronique de doses qui se cumulent dans les organismes, altèrent le vivant, détruisent les territoires. La population en est victime quotidiennement sans trop le savoir.

Ainsi, tout au long de son activité le nucléaire porte atteinte en permanence à la santé et à la vie de tous dès maintenant, à celle de nos enfants et de nos petits-enfants, et à celles de milliers des générations à venir, atteint toutes les activités humaines, menace le moindre projet individuel et collectif.

Le nucléaire est un chantage permanent sur les peuples (destruction atomique, bombes, armement), il nuit à la démocratie ( loi du silence, omerta, décisions prises par une poignée de techno-scientistes et affairistes sans conscience), il est une agression quotidienne à notre intégrité. Un jour de plus est donc un jour de trop.

Solidaires des victimes, habitant-e-s de France, salarié-e-s du nucléaire ou d’autres secteurs, étudiant-e-s et sans-emploi, artisans et professions libérales, ils sont près de 8000 à avoir signé une pétition qui exige la fermeture des installations nucléaires du Tricastin et l’arrêt immédiat du crime nucléaire, sans aucune condition et définitivement. Les criminels doivent rendre des comptes. Les élus doivent assumer leur choix sordide.

Le Collectif antinucléaire de Vaucluse et le “Réseau Zéro Nucléaire” soutiennent cette résistance.

. vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=6h9HcVLBJ6A
. page facebook ” La femme qui résiste ” : https://www.facebook.com/pages/La-femme-qui-r%C3%A9siste/278526112233628
. échanges de correspondances de Mme Pauchard avec le Président de la République et Areva : http://www.sanurezo.org/lafemmequiresiste.pdf

gurman gur

Noam Gur et Alon Gurman se présenteront, lundi 16 avril, au bureau de recrutement de la base militaire de Tel Hashomer, où ils vont affirmer leur refus de servir dans l’armée israélienne, tant qu’elle sera pouvoir occupant, et ils seront emprisonnés en raison de ce refus.

Dans sa déclaration expliquant son refus, Gurman écrit: « Mon refus de servir dans l’armée Israélienne, en plus d’être le refus de prendre part à l’occupation et à l’apartheid, est un acte de solidarité envers nos amis Palestiniens vivant sous domination Israélienne, et de lutte pour la liberté, la justice et l’égalité. » La jeune Noam Gur a justifié, elle, son refus ainsi : « Je refuse de rejoindre une armée qui, dès ses fondements, s’est engagée à dominer une autre nation, à piller et terroriser une population civile sous sa domination. »

Alon Gurman, 18 ans, originaire de Tel Aviv, n’avait aucun doute sur son enrôlement jusqu’à qu’il se rende pour la première fois en Cisjordanie. Durant sa dernière année de lycée, il a commencé à faire des lectures sur la lutte populaire Palestinienne.

« J’ai commencé à me rendre à des manifestations en pensant que certaines des politiques suivies n’allaient pas dans le bon sens, qu’elles pouvaient être changées, changées de l’intérieur, et donc j’ai commencé les procédures d’engagement dans l’armée comme on l’attendait de moi »
, déclare Gurman. « C’est seulement après m’être rendu pour la première fois dans les territoires occupés que j’ai réalisé que je ne pourrai jamais faire partie de l’armée. J’ai vu des démolitions de maisons ; j’ai vu des niveaux inimaginables de violence contre les protestations civiles, et tout cela au nom du colonialisme. J’ai été particulièrement traumatisé par mon arrestation lors d’une manifestation à Al-Walaja, juste au moment où nous nous dispersions. Les soldats avaient mon âge, on était de la même génération, et j’ai vu l’effet qu’avait le service sur eux. Vous ne pouvez pas avoir de conscience morale dans une situation immorale ». Ces derniers mois, Gurman a participé aux manifestations du Vendredi en Cisjordanie sur une base régulière, et lors de la récente escalade militaire à Gaza, il a organisé une manifestation à Tel-Aviv, avant et pendant laquelle il a reçu des menaces personnelles. Avoir été exposé à toute cette violence a renforcé sa décision, son refus de s’engager, mais c’est seulement après avoir entendu Noam Gur qu’il s’est persuadé à l’affirmer publiquement, à risquer la prison, et non seulement à esquiver dans le silence l’enrôlement.

Les amis et les sympathisants à la cause se joindront à Alon Gurman et Noam Gur à la base militaire, et rappelleront aux jeunes Israéliens qu’ils seront sur le point de rejoindre l’armée, que l’occupation des territoires Palestiniens continue, « et qu’il y en a qui s’opposent à cela, et que nous devons tous agir comme Noam et Alon et refuser de participer à l’oppression du peuple Palestinien ».

Traduction AC pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/ et http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Nous avons demandé à un Syrien originaire de Homs (*) qui réside aujourd’hui dans un village de la province de Homs, de nous expliquer pourquoi l’armée de Bachar el-Assad bombarderait et réprimerait violemment son propre peuple, comme le répètent sans cesse les médias internationaux.

Silvia Cattori : Les images diffusées par les chaînes télévisées et les commentaires des journalistes sont, comme vous devez le savoir, immanquablement en faveur des rebelles. Des images très impressionnantes d’immeubles en feu, des panaches de fumée noire, des maisons qui s’écroulent nous sont montrées. Homs est présentée comme « ville martyr et symbole de la révolution syrienne » [1]. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi l’armée syrienne bombarde – si l’on en croit nos médias – aveuglément des lieux habités ?

Réponse : Madame, pardonnez-moi ; l’armée syrienne ne bombarde pas à l’aveugle ; elle ne bombarde pas des maisons qui sont habitées. On ne sait jamais si les images diffusées par al-Jaziira, al-Arabya ou vos chaînes télévisées, sont véridiques ou sont des images montées. Si elles correspondent vraiment avec ce qui s’est passé tel jour à tel endroit. Sachez que, quand on voit des panaches de fumée noire, ce sont des pneus de voitures que font brûler les mercenaires.

L’armée bombarde les lieux où elle a localisé des mercenaires. Il est difficile pour l’armée de les approcher et de les arrêter autrement. Les mercenaires utilisent des armes très sophistiquées, munies de viseurs, qui touchent le cœur de la cible. A Zabadani, les mercenaires ont tué plus de 150 soldats avec ces armes-là.

L’armée bombarde actuellement un endroit précis du quartier el-Hamidiyyé, [cet entretien a été réalisé le 11 avril, à la veille du cessez-le -feu] à majorité chrétienne, qui est pratiquement vide de ses habitants. Vous savez qu’il n’y a pas à Homs de quartier à 100 % chrétien, alaouite, ou sunnite.Tout le quartier el-Hamidiyyé est entre les mains des mercenaires. Les maisons ont été détruites à 80 % par les mercenaires. Ils ont détruit, dans ce même quartier, la maison d’une de mes nièces qui avait fui et tout ce qu’elle possédait. Ils ont mis le feu à tout l’immeuble. Voilà dans quelles circonstances l’armée bombarde en Syrie.

Depuis décembre les mercenaires ont peu à peu pris le contrôle de toute la zone d’el-Hamidiyyé, Bustan el-Diwan et d’el-Arzoun. L’armée n’a pas pu entrer dans cette zone jusqu’à présent. Les mercenaires circulent à l’intérieur des maisons vides et presque toutes détruites. Ils campent en ce moment dans le soubassement de deux églises. Dans l’église grecque catholique, déjà en partie brûlée par les mercenaires ; et dans l’église syriaque. L’une est fameuse pour sa très ancienne peinture de la Sainte vierge. Ce n’est pas la seule église qu’ils ont ruinée. Ils ont également détruit une église très ancienne à l’est de Homs, Mar Elias [saint Elias, un martyr de Homs]. C’est une situation très pénible pour les habitants.

Silvia Cattori : L’armée ne peut-elle pas les déloger ?

Réponse : L’armée a fait savoir aux patriarches syriaque et grec catholique que, pour déloger les mercenaires, elle est obligée de mener des opérations à cet endroit. Elle est en train de les déloger aussi du quartier de Bab Sebaa. Il n’y aurait là que quelques dizaines de mercenaires, au plus une centaine. Ils détruisent les maisons. Ils font des trous dans les murs pour passer de maison en maison sans être repérés par l’armée. La population a peur, veut qu’on en finisse avec ces gangs. Mais cela prend beaucoup de temps car l’armée doit éviter de détruire et de faire des victimes. Si l’armée veut entrer dans un quartier où elle a localisé des mercenaires pour libérer les gens qu’ils tiennent en otages, elle commence par leur faire savoir qu’elle veut rendre ce quartier à la population, et que les mercenaires qui veulent sortir auront la vie sauve. Les soldats attendent un jour, trois jours. Voilà pourquoi et comment l’armée finit par bombarder. Elle n’agit pas contre les gens qui vivent paisiblement. Avant chaque opération militaire les soldats avertissent les mercenaires. Ils ne sont pas tués s’ils sortent. Dans notre précédent entretien [2] je vous avais dit comment cela s’était passé avec ce jeune homme dont le père et deux frères ont été égorgés par les mercenaires. Il s’est livré à l’armée ; deux jours après il a été libéré. Il avait porté les armes mais n’avait pas tué. 327 hommes qui ont rendu les armes ont été libérés récemment.

Si l’armée tuait, simplement pour tuer ou réprimer, pourquoi les soldats seraient-ils les bienvenus dans les villages ? Les soldats sont entrés dans un village à majorité sunnite qui se trouve à quelques kilomètres du nôtre ; des gens que nous connaissons nous ont dit que tout le monde entretient de très bonnes relations avec les soldats ; et que, dès leur arrivée au village, les hommes, les femmes, les vieux, beaucoup de jeunes gens leur ont ouvert leur porte. L’armée vient dans nos villages, elle les entoure pour nous sauvegarder ; aucun soldat n’est jamais venu dans notre village tuer les habitants. Tout le monde a de très bonnes relations avec les soldats. Ils viennent chez nous pour nous protéger de ces gangs qui viennent la nuit pour tuer. Nous n’avons pas d’armes. Quand les mercenaires viennent dans nos villages taper aux portes la nuit pour demander aux gens la clé de leurs voitures, ceux-ci sont obligés de la donner. Des gens que nous connaissons dans un village à majorité musulman, à 12 kilomètres de chez nous, nous ont raconté qu’une cinquantaine de mercenaires armés ont pu faire taire et tenir sous leur contrôle ses 5’000 habitants.

Silvia Cattori : Néanmoins, les ONG, l’ONU, les médias traditionnels continuent à présenter votre armée, le gouvernement el-Assad, comme des assassins ; et les « opposants » que vous qualifiez de gangs ou de mercenaires, comme les victimes d’une intense répression. Alors que selon vous ce sont…

Réponse : Pourquoi madame l’armée du gouvernement n’a-t-elle jamais attaqué notre village ? Pourquoi l’armée ne bombarde-t-elle pas notre village ? Pourquoi n’a-t-elle jamais bombardé non plus le village en majorité musulman, situé à l’est, à deux kilomètres du nôtre [http://www.silviacattori.net/article3094.html#nb3″>3] ? Parce que l’armée est là pour entourer ce village et protéger ses habitants de la même manière qu’elle le fait avec notre village à majorité chrétienne. Quand leur four à pain a eu une panne ils sont venus dans notre village. Il y a deux semaines nous avons eu une panne d’eau. Ils nous ont apporté leur eau. L’armée est là dans nos villes et nos villages pour nous sauver la vie, pour déloger ces mercenaires, pas pour nous tuer. Voilà la vérité. Grâce à Dieu nous pouvons maintenant aller depuis notre village à Damas sans plus nous sentir en danger ; c’est redevenu, depuis quelque temps, sûr comme par le passé. À Alep, à Deraa, ce n’est pas encore calme. Nous espérons que dans deux ou trois mois toute la Syrie sera pacifiée.

Silvia Cattori : Ces gens que vous qualifiez de « mercenaires » les journalistes entrés clandestinement en Syrie n’en continuent pas moins de les présenter comme les combattants légitimes d’une idyllique « armée syrienne libre » (ASL). Qui sont-ils vraiment ?

Réponse : Ce sont des mercenaires qui tuent, terrorisent la population. L’armée doit trouver le moyen de les chasser. Ce sont des Syriens qui ont pour la plupart entre 16 et 28 ans et qui reçoivent un salaire [Les hommes reçoivent 600 livres par jour, soit 10 dollars US et les femmes 400]. L’argent est offert par le Qatar et l’Arabie Saoudite avant tout. Parmi eux il y a des non Syriens ; des Libanais fanatiques, des Turcs fanatiques, des Afghans fanatiques, des Libyens fanatiques, des Jordaniens fanatiques…

Silvia Cattori : Mais alors le plan de l’ONU exigeant de Damas le retrait des forces régulières qui assurent votre défense est aberrant ?

Réponse : Oui, c’est cela. Figurez-vous que, si l’armée quitte notre village, nous risquons d’être égorgés. Nous ne pouvons pas aller à Homs parce que certains quartiers sont entre les mains des mercenaires. Auparavant, même l’armée avait peur d’approcher ces mercenaires postés sur les toits qui leur tiraient dessus avec des canons, des missiles antichars. Les mercenaires ne sont jamais partis de Homs. Ils ont quitté Baba Amro mais ils sont encore dans une partie de Homs. L’armée a entouré cette région de la Syrie depuis à peu près 5 à 6 mois. Homs est une ville très ancienne ; il y a des tunnels depuis l’époque romaine. C’est comme cela que les mercenaires ont contourné l’armée et fait entrer les armes.

L’armée est actuellement près de notre village et ses environs. Elle est là pour ne laisser aucune voiture passer et entrer dans les villages avant de vérifier s’il y a des armes. Chaque nuit les mercenaires viennent tirer sur notre armée. Si moi et ma femme allons faire une visite au village nous devons nous dépêcher ; nous devons rentrer avant la tombée de la nuit. Dès 18 heures plus personne ne bouge dans notre village.

Madame, pourquoi les mercenaires viennent-ils tirer sur cette armée qui est venue chez nous pour nous défendre ? C’est pour cette raison que notre gouvernement demande : comment pouvons-nous retirer l’armée des quartiers et des villages si les gangs armés sont toujours en position de tuer et si l’on continue de leur fournir des armes ? Nous avons appris hier que l’armée jordanienne a arrêté des gens qui étaient en train de faire entrer des armes en Syrie et 20 millions de rials. C’est cela la situation que nous vivons !

La France, la Grande Bretagne, les USA sont associés avec les pays du Golfe, ils sont contre nous. Derrière tout cela il y a Israël. Ils s’attaquent à la Syrie parce que c’est un des derniers pays qui s’oppose à l’emprise d’Israël, qui résiste à ces colonisateurs qui sont venus de toutes les parties du monde pour accaparer nos terres.

Silvia Cattori : Avez-vous le sentiment que les puissances qui soutiennent la rébellion armée ont définitivement échoué ? Le peuple syrien, uni derrière son gouvernement, n’a-t-il pas pratiquement réussi à mettre leurs plans peu démocratiques en échec ?

Réponse : Oui, comme je vous l’ai dit nous sommes un peuple uni. Ces mercenaires ne sont pas des gens qui défendent la démocratie. Ce sont des gangs qui se sont infiltrés dans nos villes et villages et qui n’ont aucun soutien populaire. L’armée pourrait les liquider en deux jours. Elle ne le fait pas car cela n’irait pas sans grandes pertes humaines, ces bandes étant installées au milieu de la population, dont elles se servent comme bouclier.

Silvia Cattori : Maintenant que l’armée est sommée de se retirer, la peur grandit ?

Réponse : Bien sûr que nous avons très peur. Dans notre village, tout comme dans les villages voisins à majorité sunnite, tout le monde vit dans la peur de ces mercenaires.

Silvia Cattori : Ce que vous racontez peut difficilement être mis en doute. Toutefois, peu de gens chez nous peuvent savoir que ce ne sont pas vos soldats qui vous terrorisent et vous égorgent, mais les bandes de l’ASL. Les médias dans leur ensemble se fient à ce que rapporte quotidiennement l’OSDH [un organe de propagande en faveur des rebelles, basé à Londres]. Par conséquent le mal est fait si l’opinion publique a été totalement trompée ?

Réponse : Madame, moi je vous parle de ce que je vis. De ce que je vois. Tout le monde ici – chrétiens ou musulmans – vous dirait la même chose. Quand, en mars 2011, notre peuple a demandé pacifiquement des réformes, le gouvernement a dit oui ; il a répondu positivement. Mais ces bandes violentes sont arrivées ; elles ne sont pas intéressées par les réformes. Nous voudrions retrouver la paix que nous avions avant. La paix est plus précieuse que le pain que nous mangions.

Témoignage recueilli le 11 avril 2012.

Silvia Cattori

(*) Le Syrien cultivé et posé qui s’exprime ici est âgé de 75 ans. Il vit maintenant dans la province de Homs. Voir un précédent entretien :
http://www.silviacattori.net/article3000.html

[1] France 3, TJ du 10 avril 2012

[2] Voir : http://www.silviacattori.net/article3000.html

[3] Dans la campagne de Homs il n’y a que deux villages qui sont contre le gouvernement : Qousseir et Al Bowayda. Hormis ces deux villages, il n’y a pas de problème entre les chrétiens et les musulmans.

A peine déclarée, la mission de Kofi Annan en Syrie a mis en lumière le désaccord international entre ceux qui parient dessus pour asseoir leur victoire, ceux qui y voient une trêve qui leur permettrait de sauver la face et de gagner du temps pour en digérer les conséquences et y remédier, et ceux pour qui elle est un désastre allant à l’encontre de leurs rêves et espoirs de s’emparer rapidement du pouvoir et annexer la Syrie à leur espace vital.

La Syrie a répondu à cette mission en partant du principe qu’elle pourrait lui offrir une possibilité d’abréger les souffrances, de restaurer la sécurité du pays, et de le sortir de la crise dans laquelle il a été entraîné jusqu’à devenir l’arène d’une guerre mondiale.

Au point où nous en sommes, la mission de Kofi Annan a atteint un tournant sensible, après avoir apporté des éléments positifs que les agresseurs du camp de la coalition anti-syrienne aimeraient continuer à ignorer. Implicitement, elle consiste en une reconnaissance  internationale de la légitimité de l’État syrien et de ses institutions, et de l’existence de gangs et d’une violence  armés qui n’ont rien à voir avec la réalité d’une révolution. C’est là un scandale qui dérange les médias ennemis ; embarrasse les puissances  régionales qui ont appelé à armer l’opposition et ce, en totale contradiction avec la mission de paix de Mr Annan ; et redessine la carte politique des équilibres régionaux et internationaux pour les différents États concernés par la crise syrienne, en mettant l’accent sur ​​le rôle influent de l’Iran, de la Russie, et de la Chine.

1. Ceci dit, cette nouvelle donne a suscité une inquiétude et des craintes qu’il est impossible de ne pas aborder :

1.1. Elle a permis au Conseil de sécurité, dont l’accès a été bloqué deux fois de suite par le veto russo-chinois empêchant toute velléité d’un scénario à la Libyenne, de lancer une séquence de déclarations présidentielles quasi hebdomadaires – déclarations non contraignantes ne dépassant pas la valeur d’un vœu pieux – que l’actuel Président américain du Conseil s’évertue de présenter comme des décisions à portée obligatoire en s’aidant des médias. C’est ainsi que certaines puissances internationales se sont remises à parler d’ultimatums et d’avertissements  adressés à la Syrie au nom du Conseil de sécurité ; ce qui devrait raviver les espoirs de “l’opposition syrienne” en une ingérence étrangère qu’elle réclame, et pourrait  entretenir les illusions de tous les simplistes quant aux chances grandissantes d’une  possible intervention internationale sans en préciser les modalités.

1.2. Usant du prétexte des camps de réfugiés syriens aux frontières turques, elle a donné à la Turquie l’occasion de revenir sur le dossier syrien sous l’apparence d’un  acteur influent qui, après une longue torpeur, élève la voix et réitère ses menaces. Ceci en dépit du fait que les initiés savent que ses menaces d’une action militaire contre la Syrie, individuellement ou dans le cadre d’une action internationale conjointe, sont des menaces creuses et inopérantes pour toutes les raisons objectives et subjectives liées au contexte actuel de la Turquie et à son environnement.

1.3. En cette période de bataille électorale, elle a accordé à la France et aux États-Unis la  trêve dont ces deux pays ont besoin pour masquer leur échec et continuer à faire croire qu’ils contrôlent toujours la situation internationale. Trêve sur laquelle ils comptent pour réexaminer et relancer un nouveau mode de confrontation, une fois les élections achevées.

2. Ces constats font craindre une éventuelle supercherie en cours de préparation  et dont le metteur en scène serait Kofi Annan. Ce, d’autant plus que nous assistons à une sorte de distribution des rôles dans le camp des agresseurs de la Syrie ; distribution dans laquelle nous remarquons trois prises de position sans connexions apparentes mais qui pourraient bien être tacitement coordonnées. Ces prises de positions sont les suivantes :

2.1. L’engagement de l’Arabie saoudite et du Qatar à armer et à soutenir l’opposition syrienne tout en persistant à jouer leur rôle criminel à travers leurs médias, particulièrement Al-Arabiya et Al-Jazira qui fabriquent toutes sortes de mensonges incitant à semer la mort et le chaos en Syrie. Par conséquent, rien qui puisse inspirer confiance, rien qui indique que ces deux pays soient revenus à la raison et dans la bonne direction en ce qui concerne la crise syrienne;  leur position n’a toujours pas changé malgré tous les contacts et efforts des uns et des autres.

2.2. L’escalade dans les déclarations des dirigeants turcs qui sont allés jusqu’à appeler l’OTAN à assumer ses responsabilités dans la défense de la frontière turco-syrienne. Les raisons et les arguments évoqués pour lancer un tel appel sont certes ridicules (quelques coups de feu tirés sur des terroristes s’étant infiltrés en Syrie à partir de la Turquie) ; mais il n’en demeure pas moins qu’un tel comportement a des implications que nous ne pouvons ignorer.

2.3. Le soutien des USA et de l’UE au plan de Kofi Annan, associé à leur déclaration refusant d’armer l’opposition, et à leur accord unanime avec ce dernier lorsqu’il appelle à éviter la militarisation de la crise syrienne parce que, selon ses dires, ce serait une catastrophe pour la région !!!

3. Pour toutes ces raisons, il faudrait rester vigilant pour éviter une possible supercherie qui pourrait déboucher sur les situations suivantes :

3.1. Permettre de nouveau au Conseil de sécurité d’intervenir dans la crise syrienne en vertu du chapitre VII (de la Charte des Nations Unis, Ndt) comme l’a demandé le Secrétaire général de la Ligue arabe lors de la conférence d’Istanbul, ou se contenter d’impliquer l’OTAN. Malgré le fait que le contexte international actuel  sape totalement les deux versants de cette hypothèse et que nous ne voyons pas aujourd’hui ce qui pourrait la rendre réaliste, il faudrait la garder à l’esprit par simple précaution.

3.2. Piéger l’État syrien en cas d’opérations de sécurité civile sous prétexte du cessez-le-feu en vigueur, et exercer des pressions pour qu’il soit le seul à le respecter alors qu’il n’y a personne pour faire pression sur  les gangs armés ou les sommer d’obéir.  Ici, nous pouvons craindre que ne se répète la mise en scène qui a suivi la mission des observateurs arabes.

3.3. Faire en sorte d’arrêter le processus de réforme politique, décidé par la loi et la nouvelle constitution avec des élections législatives en perspective, sous prétexte qu’il faudrait attendre le dialogue national ; dialogue qui ne semble pas pouvoir se réaliser tel que formulé par Annan, et qui est rejeté par ceux qui sont restés sourds aux appels au dialogue en Syrie et sous l’égide des Syriens.

4. Malgré toutes ces réserves et inquiétudes, la Syrie qui aspire à une solution pacifique de la crise a poursuivi sa coopération positive avec Kofi Annan et a offert, selon les déclarations du ministre russe des Affaires étrangères, le maximum de ce qu’elle pouvait lui offrir pour le succès de son initiative jusqu’à déclarer la cessation effective des opérations armées sur tout le territoire syrien à partir du 12 Avril 2012 au matin ; ce en quoi nous voyons du courage et de la clairvoyance car cela prouve la capacité de la  Syrie à décider par elle-même, à faire échouer les faux prétextes, en plus de pouvoir tirer le tapis sous les pieds des conspirateurs. En effet, cette déclaration :

4.1. Prouve que la Syrie est fermement déterminée à faire  cesser la violence armée et cherche la paix et la sécurité, non les combats ou la guerre.

4.2. Ne doit pas être comprise comme le résultat d’un accord, d‘une  signature, ou d’un engagement quelconque suite à des contacts avec les groupes armés. C’est là une décision d’un État souverain, prise une fois que ses autorités militaires ont vérifié la possibilité de son adoption suite à leur gestion efficace des cas de criminalité et de terrorisme sur le terrain.

4.3. Confirme que les forces armées syriennes sont toujours aussi déterminées et préparées pour faire face à toute attaque contre les citoyens et les institutions de l’État, comme elle confirme l’essence même du contenu de la mission d’Annan : c’est exclusivement à l’État syrien que revient le maintien de la loi et de l’ordre sur son territoire.

4.4. Adresse un message fort à ceux qui souhaiteraient duper la Syrie. Les forces militaires syriennes n’abandonneront pas le terrain comme certains pourraient le souhaiter, mais resteront de garde pour affronter n’importe quelle urgence. Leur décision est là pour confondre les faux prétextes, non pour ouvrir le pays à l’inconnu.

5. Et maintenant, quelles sont les perspectives ?

La supercherie occidentale  est destinée à l’échec, maintenant que la Syrie et son cercle d’amis ont démontré leur vigilance et leur subtilité dans la gestion de ce  dossier; sans oublier que la Syrie ne considère pas que le plan Annan soit le seul moyen de sortir de la crise et n’a pas jeté d’autres cartes en sa possession. C’est pourquoi nous voyons que son avenir sera soumis à l’une ou l’autre de deux éventualités qui seront considérées, toutes les deux, comme une victoire pour la Syrie.

5.1. Première éventualité : succès de Mr. Annan dans sa mission (en dépit de tous les obstacles rencontrés), soumission des groupes armés aux exigences de cette mission de paix par le respect du cessez-le-feu et la remise des armes aux autorités étatiques, dialogue en interne suivi de tout ce qui garantit la souveraineté et l’indépendance de la Syrie loin de toute dictée étrangère.

5.2. Deuxième éventualité : échec de la mission de Mr. Annan, refus d’obtempérer des groupes armés avec poursuite des tirs et des abus, obligation pour la Syrie de  poursuivre ses opérations militaires sans que personne ne puisse la blâmer. Avec l’action militaire se poursuivra le processus de réforme qui a commencé. Il ne restera plus aux agresseurs qu’à se débattre dans leurs misérables opérations terroristes qui leur permettront de continuer à assassiner pendant encore quelques semaines ou quelques mois, mais ils resteront  sans effet sur la suite de la crise dont l’image finale confirme l’échec de l’agression sur la Syrie.

Dr. Amin Hoteit

13/04/2012

 

Article original :

http://www.champress.net/index.php?q=ar/Article/view/117694

 Article proposé et traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal (Biologiste)


Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

Militarisation de l’Amérique centrale

avril 14th, 2012 by André Maltais

Le 5 décembre 2011, à Merida, au Mexique, avait lieu le 13e Sommet du Mécanisme de concertation de Tuxtla, réunissant le Mexique, la Colombie et les pays centraméricains. Le Sommet discute habituellement l’état d’avancement du Projet mésoaméricain (ex-Plan Puebla-Panama), un réseau d’infrastructures de transport et un ensemble de projets de développement économique destinés à faire contrepoids à l’IIRSA (Infrastructures pour l’intégration régionale sud-américaine).

Mais le document final du sommet met l’emphase sur un thème très à la mode: les problèmes de sécurité de la région et la lutte contre le trafic de drogue.

C’est l’ingrédient qui manquait, écrit la journaliste politique argentine, Mariela Zunino, pour que le Projet mésoaméricain devienne clairement ce qu’il est, c’est-à-dire, en plus d’une nouvelle escalade de dépossession et d’appropriation de territoire, un plan géostratégique états-unien qui dit à toute l’Amérique latine que Washington n’a absolument pas renoncé au continent.

De fait, si les pays de l’Alliance du Pacifique (Chili, Pérou et Colombie) hésitent à s’aligner franchement sur les États-Unis, un autre front plus décidé contre l’intégration latino-américaine est désormais ouvert au nord du continent et, en plus du Mexique, il comprend maintenant la quasi-totalité des États de l’Amérique centrale.

Déjà, les accords de libre-échange (CAFTA, ALÉNA) et bases militaires états-uniennes comme celles du Honduras et du Panama, limitaient les marges de manœuvre des pays d’Amérique centrale.

Mais la portion centraméricaine de l’Initiative de Merida, le Plan Colombie mexicain contre les cartels de la drogue, est maintenant devenue la CARSI (Initiative centraméricaine de sécurité régionale), une nouvelle initiative de sécurité parrainée par les États-Unis, qui presse les faibles États d’Amérique centrale de confier à leurs forces armées locales la lutte contre le trafic de drogue et le crime organisé.

Il s’agit des mêmes forces armées, rappelle le Comité de solidarité avec le peuple du Salvador (CISPES), qui, dans les années 1980 et encouragées par le États-Unis surtout au Guatemala, au Salvador et au Nicaragua, ont torturé, assassiné, brûlé des villages et commis combien d’autres horreurs contre les droits humains de leur propre population

La CARSI exige aussi que du personnel militaire états-unien entraîne les forces de sécurité locales selon un programme que le Pentagone refuse de rendre public et avec des formateurs qu’il refuse d’identifier. Cet entraînement est dispensé à l’Académie internationale pour l’accomplissement de la loi (ILEA), créée, depuis 2006, à Antiguo Cuscatlan, au Salvador.

Dans ce dernier pays, l’élection de Mauricio Funes, un président porté au pouvoir, en 2009, par le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), ex-guérilla devenue parti politique, n’a pas empêché une flagrante ingérence des États-Unis dans les affaires du pays.

Au cours des derniers mois, menacé de se voir coupé un programme états-unien d’aide au développement (le Partenariat pour la croissance avec le Salvador), le président Funes remplaçait deux haut-fonctionnaires appartenant au FMLN, Carlos Ascencio, directeur de la police civile nationale, et Manuel Melgar, ministre de la Justice et de la Sécurité publique, par deux généraux diplômés de l’École des Amériques et, bien sûr, mieux disposés à coopérer avec les nouvelles initiatives états-uniennes de sécurité régionale.

C’est donc sans surprise que, le 23 mars dernier, le président de « gauche » annonçait que les forces armées de son pays allaient désormais combattre la délinquance et les cartels de la drogue, imitant ainsi les présidents mexicain (Felipe Calderon), hondurien (Porfirio Lobo) et guatémaltèque (l’ex-général génocidaire Otto Perez Molina).

Tout va donc très bien pour les États-Unis en Amérique centrale, une région qui, rappelle le journaliste cubain, Oliver Zamora Oria, a toujours été géographiquement importante pour ces derniers et, cela, malgré les économies négligeables des pays qui la composent.

Les guérillas disparues, le trafic de drogue et la violence, en plus d’être de juteux commerces pour les banques et l’industrie de la sécurité états-uniennes, sont aujourd’hui d’excellents prétextes à la permanence militaire du Pentagone dans la région. Ce besoin, continue Oria, de permanence explique pourquoi les États-Unis n’essaient pas sérieusement de réduire leur énorme marché intérieur de consommateurs qui stimule la production de drogue en Amérique centrale et andine.

Pour le Costaricain, Andres Mora Ramirez, les militaires états-uniens n’ont jamais abandonné l’Amérique centrale après les accords de paix des années 1990 (bases militaires, centres d’entraînement, conventions aériennes et maritimes de patrouille, opérations et exercices conjoints, dons d’équipement, ventes d’armes, etc.). Cette menace maintenue, après la terreur des années 1980, a permis la « droitisation » de la vie politique

Les attentes en matière de bien-être social et de développement humain ont échoué en même temps que de nouvelles élites politiques et groupes économiques régionaux alignaient les pays de la région sur les postulats du néolibéralisme, le faux libre-échange et la géopolitique états-unienne.

Si bien qu’à l’heure de l’intégration sud-américaine et du supposé déclin mondial de la superpuissance états-unienne, tous les régimes politiques des pays centraméricains sont, dans les faits, de droite. Unique exception, le Nicaragua essaie de nager contre le courant régional au milieu d’immenses obstacles et des nombreuses contradictions du « socialisme chrétien et solidaire » du président, Daniel Ortega.

Depuis 2006, les pays de l’UNASUR ont observé sans réagir la militarisation d’un pays aussi important que le Mexique, puis celle de l’Amérique centrale.

Quelques jours après la première rencontre de la CELAC, Washington annonçait, en même temps que la signature du traité de libre-échange avec la Colombie, la création d’un centre d’opération de lutte contre le narco-terrorisme, à Champerico, au Guatemala, et la création d’une nouvelle académie militaire au Panama.

La CELAC devait réunir tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes à l’exception du Canada et des États-Unis. Pourtant, deux pays centraméricains l’ont boycottée : le Costa-Rica et le Salvador.

En mars dernier, le vice-président des États-Unis, Joe Biden, est venu au Mexique pour rappeler à chacun des candidats aux élections présidentielles de juillet prochain, que la stratégie de guerre contre les cartels de la drogue du président Calderon, est intouchable.

Biden a continué sa tournée au Honduras où il se sent chez lui depuis le coup d’état de 2009. Il y a réuni les présidents centraméricains pour tuer dans l’oeuf une initiative du président Perez Molina, du Guatemala, visant à proposer de dépénaliser la production, la commercialisation et la consommation des drogues.

Le président guatémaltèque tentait de se gagner l’appui des présidents centraméricains en vue d’adopter une position commune à présenter au Sommet des Amériques d’avril, à Cartagena de Indios, en Colombie. De nombreuses voix dont celles de l’ex-président brésilien, Fernando Henrique Cardoso, et du président de la Colombie, Juan Manuel Santos, avaient exprimé leur soutien à Perez Molina.

Mais, Biden parti, les gouvernements du Salvador, Honduras, Costa-Rica et Panama, annonçaient qu’ils n’appuieraient pas une éventuelle proposition guatémaltèque de légalisation des drogues.

Ces présidents préfèrent encore, dit la directrice du Programme pour les Amériques, Laura Carlsen, un système où leur population paie en sang et en vies pour remplir les poches des contractants états-uniens de l’industrie de la défense et pour répandre l’influence du Pentagone dans leur région.

La controverse autour de l’achat des chasseurs F-35 du géant étasunien de la défense Lockheed Martin prend de l’ampleur. Le Pentagone a commandé 2, 443 avions « afin de fournir la majeure partie de la force tactique aérienne de la US Air Force, du Corps des Marines et de la Marine pour des décennies à venir ». L’importante commande de systèmes d’armes de pointe s’inscrit dans le cadre de la « guerre sans frontières» des États-Unis, visant surtout la Chine, la Russie, la Corée du Nord et l’Iran.

Le coût total du programme atteindrait un montant effarant de 1,51 mille milliards de dollars au cours du soi-disant cycle de vie du programme, soit $618 millions par avion. (Shalal-Esa, Andrea, Government sees lifetime cost of F-35 fighter at $1.51 trillion Reuters, 2 avril 2012.)

Plusieurs proches alliés des États-Unis, dont le Royaume-Uni, l’Australie, l’Italie, le Canada, les Pays-Bas, la Norvège, la Turquie, Israël et le Japon, ont prévu acheter ces avions d’attaque F-35.

Les implications économiques et sociales de ce programme sont potentiellement dévastatrices. Outre le fait que les avions de chasse furtifs seront employés dans les futures guerres des États-Unis et de l’OTAN, qui provoqueront inévitablement la mort de civils, leur acquisition, aux frais des contribuables, auront pour conséquence d’exacerber la crise fiscale en cours. À moins d’être uniquement financées par une augmentation de la dette (ce qui est fort improbable), ces dépenses en systèmes d’armes perfectionnés nécessiteront l’adoption de mesures d’austérité concordantes pour une période allant jusqu’à trente ans, au détriment d’une génération entière.

Le coût d’approvisionnement militaire se fait toujours aux dépens des programmes sociaux, des investissements publics dans les infrastructures et de la création d’emploi dans l’économie civile. En revanche, très peu d’emplois seront créés par les entrepreneurs du secteur de la défense. La création d’un emploi dans l’industrie de l’armement aux États-Unis (2001) coûte entre 25 et 66 millions de dollars. (Michel Chossudovsky, War is Good for Business, Global Research, septembre 2001.)

À l’heure actuelle, des mesures budgétaires draconiennes sont appliquées aux États-Unis et dans les pays membres de l’OTAN dans le but de financer « l’économie de guerre ». Ces mesures économiques, adoptées en plein cœur d’une dépression économique mondiale, contribuent également à mener des économies nationales entières à la faillite et ont des conséquences sociales dévastatrices.

Le programme canadien des F-35

Au Canada, le gouvernement conservateur s’était engagé initialement à payer un total de 9 milliards de dollars pour le programme incluant 65 chasseurs F-35. Ce montant de 9 milliards constituait un camouflage politique. Le coût réel du programme, connu et documenté, était bien plus élevé. Dans son rapport présenté à la Chambre des communes (2 avril), le vérificateur général Michael Ferguson a confirmé que le coût du programme canadien du F-35 « pourrait atteindre 30 milliards sur une période de trente ans », à savoir, 462 millions de dollars par avion :

En mars 2011 le directeur parlementaire du budget (DPB) a présenté un rapport au Parlement sur les coûts estimés d’acquisition et de soutien [sic] associés à l’achat prévu d’avions de chasse F-35 par le Canada. Peu après, le département de la Défense nationale (DDN) a réagit au rapport du DPB en affirmant que le coût total associé au programme des F-35 serait approximativement de 15 milliards. Toutefois le rapport récent du vérificateur général révèle qu’en juin 2010, le DDN évaluait le coût réel à environ 25 milliards, ce qui représente un surplus de 10 milliards de dollars. En tenant compte de ce surplus, les coûts estimés par le DDN sont conformes à ceux du DPB.

Il convient de mentionner que le prix à l’unité prévu dans le programme du Canada ($462 millions), et qui a fait l’objet d’une controverse politique, est considérablement plus bas que celui des États-Unis (évalué à $661 millions) et de la Norvège (estimé à $769 millions pour la « durée opérationnelle » du F-35). (Témoignage du contre-amiral Arne Røksund,  41e législature, 1re session, Comité permanent de la défense nationale Parlement du Canada, 24 novembre 2011.)

Le budget d’austérité 2012 d’Ottawa

Un moment opportun : Le coût du programme d’achat de F-35, soit 30 milliards de dollars, était connu avant la présentation du budget. Toutefois, le rapport du vérificateur général (3 avril) concernant le dépassement de coût a seulement été rendu public ex post facto, cinq jours après le discours du budget du ministre des Finances, Jim Flaherty, le 29 mars.

Le budget fédéral de 2012 a présenté un scénario comportant des mesures d’austérité nécessitant des licenciements massifs d’employés du gouvernement fédéral, des réductions draconiennes dans les dépenses, incluant les fonds de pension, et une diminution des transferts fédéraux aux provinces. En revanche, on ne reconnaît pas la montée en flèche des dépenses en matière de défense résultant du programme d’achat de F-35, comme si cette question n’avait aucun rapport avec la structure des dépenses publiques.

Le gouvernement avait annoncé des mesures d’austérité draconiennes, cependant ces mesures budgétaires s’appliquent surtout aux dépenses non militaires. (Les estimations du budget fédéral indiquent une réduction modeste des dépenses militaires, lesquelles ne comprennent pas le dépassement des coûts prévisibles relatifs à l’achat d’armement.)

La question cruciale est la suivante : comment ce projet d’achat de F-35 de plusieurs milliards de dollars affecte-il le budget fédéral de 2012, lequel repose en grande partie sur la réduction considérable des dépenses « publiques » par rapport aux dépenses « militaires »?

La question du déficit budgétaire pourrait être résolue du jour au lendemain en freinant l’économie de guerre. Toutefois cette « solution » ne serait pas dans l’intérêt de la « paix et de la sécurité mondiale » préconisée par Washington.

Choisir entre le « beurre et les canons » : Comment cette hausse fulgurante des dépenses militaires allouées à l’achat de systèmes d’armes perfectionnés se répercute-t-elle sur toutes les catégories de dépenses civiles du gouvernement? Quel est l’impact sur l’investissement public dans l’économie civile?

Ces questions sont d’une importance cruciale pour le peuple des États-Unis, dont le gouvernement dépense la somme exorbitante de 1,5 billion de dollars (1,5 mille milliards)  pour le programme de F-35. Les implications sont du même ordre pour les neuf pays ayant décidé d’acheter ces avions d’attaque coûteux, tout en mettant en place une « médecine économique de cheval » afin de financer le dépassement de coûts prévisible des dépenses militaires.

« La guerre, c’est bon pour les affaires » (pour les entreprises œuvrant dans le domaine de la défense), pourtant elle précipite simultanément l’économie civile vers la faillite.

Le budget fédéral canadien ne mentionne nullement la question du programme des F-35 et son coût ahurissant de 30 milliards de dollars. Ce montant corréspond à un coût moyen de 462 millions par avion, incluant le coût de « sortie d’usine » plus les soi-disant frais de soutien (entretien, coûts d’opération, investissements associés au programme).

L’État providence canadien s’écroule, les soins de santé sont sur le point d’être privatisés, l’enseignement primaire et secondaire est sous-financé et les universités sont en état de crise avec des frais de scolarité à la hausse. Pourtant, la question de l’économie de guerre n’a pas du tout été soulevée lors du débat sur le budget fédéral de 2012.

Quelles sont les répercussions de l’économie de guerre sur la population canadienne et québecoise? Comment cette économie arrive-t-elle à miner et déstabiliser l’économie civile? Comment affecte-t-elle le financement des programmes sociaux?

Il faut comprendre que les mesures d’austérité sont implantées en partie dans le but de financer l’économie de guerre.

Le programme économique néolibéral et le mouvement de protestation

Le mouvement de protestation contre les mesures d’austérité économique doit s’intégrer au mouvement antiguerre.

L’abolition de la guerre est une condition préalable à l’abandon du programme économique néolibéral. La guerre et la mondialisation sont intimement liées.

Le mouvement de protestation contre les mesures d’austérité gouvernementales appliquées au États-Unis, au Canada et au sein de l’Union européenne doit aborder la question des guerres menées par les États-Unis et l’OTAN.

Les avions de chasse furtifs F-35 ne sont pas des armes pacifiques. Elles font partie d’une machine meurtrière et l’on prévoit les utiliser contre la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord.

Ce sont des « armes de destruction massive » qui seront employées dans la « longue guerre » du Pentagone.

L’autre côté de la médaille concerne « le beurre ou les canons », à savoir la relation entre l’« économie civile » et l’« économie de guerre ».

La guerre et la politique économique néolibérale font partie d’un processus intégré.

Le coût exorbitant de ces systèmes d’armes perfectionnés contribue à détruire ce qu’il reste de l’État providence, sans compter l’appauvrissement d’une génération entière dans plusieurs États membres de l’OTAN.

Le coût du F-35 et la hausse des droits de scolarité au Québec

Les étudiants universitaires du Québec sont impliqués dans une manifestation de masse concernant la hausse des droits de scolarité imposée par le gouvernement du premier ministre Jean Charest. 

Pourtant, au Québec, la question des dépenses militaires et de ses conséquences sur les programmes sociaux n’a pas été soulevée de manière explicite.

L’achat de systèmes d’armes perfectionnés se fera inévitablement aux dépens des transferts du fédéral au provincial, lesquels contribuent au financement de la santé et de l’éducation.

En restreignant le programme des chasseurs F-35, des fonds seraient immédiatement disponibles pour les étudiants universitaires du Québec. En fait, le coût associé à un F-35 (462 millions de dollars) libérerait amplement de ressources pour financer la hausse des frais de scolarité pour des années à venir.

Selon le plan du governement Charest relatif au financement des universités québécoises, les droits de scolarité seront augmentés de 325 $ par an, de manière cumulative, à partir de l’automne 2012 sur une période de cinq ans, soit de $2168  en 2011-2012 à  3793 $ en 2016-2017.

Dans le cadre de ce plan, les droits de scolarité  augmenteraient graduellement sur une période de 5 ans dans le but de générer en 2016-2017 un montant additionnel de $850 millions dont la contribution étudiante serait de l’ordre de 31.2% (voir le document du gouvernement , voir également Bloquons la hausse » La hausse des frais expliquée Flux des commentaires)

Selon le gouvernement, la contribution des étudiants, qui représentait 12,7 % des revenus globaux des universités en 2008-2009, sera portée progressivement à 16,9 % en 2016-2017.

Il y a 285 000 étudiants inscrits dans les universités au Québec dont environ 180,000 sont à temps plein.  

Le total  éstimé des frais de scolarité au Québec pour 285.000 étudiants est de de l’ordre de 606 millions de dollars.

Pensez y. Faites la comparaison.

Assurer la gratuité de l’éducation post-secondaire, sur une base annuelle au Québec, serait inférieur au coût d’un avion F-35, 661 millions de dollars. Une total de 65 F-35 au coût de 30 milliards de dollars….

La structure des depenses du gouvernement fédérale doit nécéessairement entrer dans le débat: les dépenses militaires au niveau fédéral ont une incidence directe sur le financement d’un projet de société au Québec. Le gouvernement Charest est complice. Il accepte le gel des transferts en faveur des programmes sociaux. Il ne remet pas en cause les énormes sommes allouées par le gouvernement fédéral au financement d’une guerre meutrière sans frontières, au profit des fabricants d’armes etasuniens et leurs partenaires canadiens.

Mise à jour et analyse par l’auteur (dans la version française de l’article) sur les enjeux des droits de scolarité au Québec (Montréal, le 13 avril 2012)

Article original en anglais publié le 4 avril 2012 : THE F-35 STEALTH FIGHTER PROGRAM: How the War Economy Contributes to Exacerbating the Social Crisis

Traduction : Julie Lévesque pour
Mondialisation.ca

La France menace de soutenir une intervention au Mali

avril 13th, 2012 by Johannes Stern

Au milieu de combats continus dans la République africaine du Mali, la France, les États-Unis et leurs principaux alliés dans la région saisissent l’opportunité politique pour soutenir une intervention militaire dans le pays.

Le 6 avril, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) a déclaré unilatéralement et « irrévocablement » l’indépendance de la région d’Azawad, au Mali du Nord, de la République du Mali. Les rebelles touaregs se sont organisés au sein du MNLA et le groupe islamiste Ansar Dine a pris contrôle du Mali du Nord défavorisé après que des combattants touaregs bien armés soient entrés dans le pays par la Libye, où ils avaient combattu pour le régime libyen évincé du défunt colonel Mouammar Kadhafi.

Les Touaregs revendiquent l’autonomie depuis que le Mali est devenu indépendant de la France en 1960. La déclaration d’indépendance signée par le dirigeant du MNLA Bilal Ag Acherif prétend reconnaître toutes les frontières existantes ainsi que la Charte des Nations Unies et créer les conditions pour une paix durable et un État démocratique.

La déclaration d’indépendance a été immédiatement rejetée par l’Union africaine, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la France et les États-Unis. Le groupe Ansar Dine, accusé d’avoir des liens étroits avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), s’est également opposé à la déclaration, déclarant qu’il souhaite l’imposition de la charia au Mali.

La prise de contrôle du Mali du Nord par les Touaregs et la déclaration d’indépendance surviennent après un coup d’État militaire au Mali le 22 mars, dirigé par le capitaine Amadou Sanogo. Sanogo, qui a reçu une formation militaire aux États-Unis entre 2004 et 2010, a pris le pouvoir après des semaines de protestations contre le gouvernement d’Amadou Toumani Touré et sa gestion de la rébellion touareg.

Le 1er février, des épouses et mères de soldats tués dans les combats entre l’armée malienne et les rebelles du MNLA ont manifesté, accusant le gouvernement « d’envoyer leurs hommes à l’abattoir sans préparation ou équipement adéquat ». Bien que la justification du coup d’État ait été une prétendue mauvaise gestion de la rébellion touarègue par Touré, l’armée malienne a perdu le contrôle de toute la partie nord dans les dix premiers jours de la gouvernance de Sanogo.

Les puissances impérialistes, surtout la France et les États-Unis, ont cherché à élaborer un mécanisme pour sauvegarder leurs intérêts stratégiques et économiques au Mali et dans la région plus vaste du Sahel.

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a annoncé que la France pourrait fournir un soutien logistique aux forces d’intervention de la CEDEAO au Mali, qui ont été rapidement mises en place après le coup d’État pour « protéger l’unité et l’intégrité territoriale du Mali ». Washington a appuyé plusieurs interventions militaires menées par la CEDEAO dans le passé, incluant au Liberia dans les années 1990 et au Sierra Leone en 1997.

La CEDEAO est menée par la Côte d’Ivoire et le Sénégal, qui sont tous deux des alliés de la France, la vieille puissance coloniale de la région. La France a des garnisons dans les deux pays et est intervenue en Côte d’Ivoire en 2011 afin d’appuyer le départ de Laurent Gbagbo et son remplacement par Alassane Ouattara.

Ouattara, qui est maintenant le président de la CEDEAO, a dit que lui et ses alliés ont l’intention « d’utiliser tous les moyens à notre disposition pour bloquer cette rébellion et pour restaurer l’intégrité territoriale du Mali. C’est le devoir de la sous-région. »

La CEDEAO et ses alliés occidentaux ont appliqué une pression énorme sur Sanogo dans les deux dernières semaines afin de remettre le pouvoir à un « ordre constitutionnel ». Le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont imposé un embargo complet sur le Mali et les autres pays de l’Afrique de l’Ouest ont imposé de rudes sanctions diplomatiques et économiques sur ce pays, dont la coupure de son approvisionnement en électricité. L’un des pays les plus pauvres du monde, le Mali est fortement dépendant de l’aide étrangère.

En raison de l’embargo, Sanogo s’est retiré le 8 avril, cédant sa place à une autorité transitoire d’unité nationale dirigée par le parlementaire Dioncounda Traoré. Traoré, un allié du président déchu Touré, a été président de l’Assemblée nationale du Mali depuis 2007. Touré avait lui-même remis une lettre de démission, disant qu’il avait agi « sans aucune pression », pavant ainsi la voie pour des élections qui devraient se tenir en mai.

Il semble que la pression exercée par la CEDEAO, la France et les États-Unis sur la junte visait à créer l’unité parmi l’armée malienne et l’élite dirigeante afin de créer les conditions pour une action militaire contre le nord. Lorsque Sanogo a lu l’accord qui confirmait sa démission, le premier ministre du Burkina Faso voisin, Djibril Bassolé, se tenait à ses côtés. L’accord a offert l’immunité complète à Sanogo et aux soldats qui ont participé dans le coup d’État.

Amadou Koita, le chef d’un groupe de militaires qui se sont opposés au coup d’État, a accueilli le retour à l’ordre constitutionnel et a fait référence à un élément positif du coup d’État. Il a dit au quotidien Libération : « Aujourd’hui, il est temps pour l’armée d’entreprendre la reconquête du nord et de traquer les forces rebelles et les islamistes. Le coup d’État est un sursaut salutaire pour prendre compte de la situation au nord. » Un haut représentant de la CEDEAO a  confié au journal The Guardian que la démission des dirigeants du coup d’État était le dernier obstacle sur le chemin d’une offensive militaire au nord : « Nous en sommes aux derniers préparatifs d’une intervention; celle-ci se concrétise… De nombreux pays ont offert leur aide, dont les États-Unis et la France. »

Les plans d’intervention au Mali du Nord représentent une autre escalade de l’intervention impérialiste dans la région. La France et les États-Unis ont été les forces motrices derrière la guerre de l’OTAN contre la Libye qui a provoqué la crise au Mali. Les deux pays impérialistes profitent maintenant de la situation pour préparer la prochaine intervention qui viendrait déstabiliser davantage toute la région du Sahel et qui, comme ce fut le cas en Libye, entraînerait la mort de dizaines de milliers de personnes.

L’intervention franco-américaine vise une région – le Sahara et le Sahel – qui était une cible des complots impérialistes français vers la fin de la guerre d’Algérie. Elle contient de nombreuses ressources énergétiques importantes comme le gaz et l’uranium. On trouve surtout ce dernier dans les régions touarègues en Libye, au Niger et au Mali du Nord. Le système d’énergie nucléaire et le programme d’armes nucléaires de la France dépendent de l’uranium extrait de cette région.

Mardi, un éditorial publié dans le quotidien français Libération s’est plaint cyniquement que « l’Afrique est complètement absente des campagnes électorales particulièrement égocentriques de la France. Ce sera la responsabilité du prochain président de faire tout ce qu’il peut pour sauver le Mali et sa fragile démocratie. »

L’Algérie, qui a dû payer le prix fort pour le colonialisme français dans la région, a prévenu que « la situation est très, très inquiétante ». Le premier ministre Ahmed Ouyahia a affirmé que toute intervention militaire étrangère finirait par « perdre le contrôle. Chaque fois qu’un acteur étranger joue un rôle de premier plan, il est inévitable qu’il perde le contrôle, immédiatement ou six mois plus tard. »

Article original, WSWS, paru le 10 avril 2012

Avec l’arrivée à échéance du délai fixé par le plan de paix de l’ONU pour le retrait des troupes syriennes des grandes villes, Washington et ses alliés ont accentué leurs menaces d’intervention dans ce pays du Moyen-Orient.

Suivant les dispositions de ce plan en six points établi par l’ex-secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, les troupes syriennes et leurs armes lourdes, y compris les chars, auraient dû être retirés des villes et villages d’ici le 10 avril, en prélude à un cessez-le-feu appliqué 48 heures plus tard par les forces gouvernementales ainsi que les forces de l’opposition armée soutenues par les occidentaux.

Il devient de plus en plus évident que le plan d’Annan, soutenu par le Conseil de sécurité comme par la Ligue arabe et accepté par le gouvernement du président Bashar el-Assad, n’est qu’une manoeuvre visant à légitimer l’intervention impérialiste de Washington, des puissances d’Europe occidentale, de la Turquie et des monarchies pétrolières réactionnaires du Golfe.

Les reportages publiés dans les grands médias foisonnent d’accusations contre le gouvernement Assad qui aurait « défié » le plan d’Annan et qui poursuivrait ses atrocités contre les civils, apparemment sans avoir été provoqué. Des estimations largement exagérées du nombre de victimes, données par des sources contrôlées par l’opposition – et financées par les Saoudiens – telles que l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, installé en Grande-Bretagne, sont citées comme des faits avérés, alors que la mort de soldats syriens et de policiers est à peine mentionnée. Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité jeudi, Annan a dit qu’il « s’inquiétait beaucoup du cours des événements » en Syrie.

Il a déclaré que « des rapports crédibles indiquent que [.] les forces armées syriennes ont mené des opérations militaires constantes dans les grandes villes, caractérisées par des mouvements de troupes vers l’intérieur des villes, avec l’appui de tirs d’artillerie. Si certaines troupes et armes lourdes ont été retirées de certaines villes, il semble que ce ne soit en général que pour repositionner des armes lourdes qui maintiennent toujours les villes à portée de tir. »

L’ex-secrétaire général de l’ONU a rejeté d’emblée une requête du gouvernement syrien le 8 avril qui demandait que l’ONU obtienne des garanties écrites de la part des groupes armés telle l’Armée syrienne libre d’arrêter les actes terroristes et de la part des pays de la région de ne plus financer et armer ces factions.

Lors d’une conférence des « Amis de la Syrie » à Istanbul le 1er avril – une semaine après que le gouvernement Assad a signé le plan d’Annan – l’Arabie saoudite et le Qatar ont annoncé qu’ils ne se contentaient pas d’armer les « rebelles », mais qu’ils allaient leur verser des salaires. Parallèlement, les États-Unis et la Grande-Bretagne leur ont promis une aide « non-mortelle, » ce qui comprend des moyens de communication sophistiqués, des lunettes infrarouges, et toutes sortes d’informations pouvant servir à attaquer les forces gouvernementales.

En dépit de ces tentatives évidentes d’attiser la guerre civile en Syrie, Annan a qualifié les requêtes du gouvernement Assad de « stipulations à postériori qui ne font pas partie du plan en six points qu’ils ont promis d’appliquer. »

Plus tôt dans la journée de mardi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a annoncé que le gouvernement syrien ne demandait plus de garanties écrites de la part des groupes d’opposition, mais simplement des assurances de la part d’Annan que les groupes soutenus par l’occident, l’Arabie saoudite et le Qatar cesseraient les actions armées et que leurs commanditaires étrangers soutiendraient le plan de paix.

Lavrov s’exprimait après deux journées de négociations avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al-Moallem, à Moscou. Il a dit que le gouvernement Assad « aurait pu être plus actif et décidé » à appliquer le plan d’Annan, mais a ajouté que Damas veut toujours tenir ses engagements.

La Russie, comme la Chine, a opposé son veto à deux résolutions précédentes du Conseil de sécurité, parce qu’elles ne mentionnaient pas les actions militaires des groupes comme l’Armée syrienne libre et leur revendication d’un départ d’Assad. La Russie et la Chine avaient laissé faire les États-Unis et l’OTAN dans la guerre pour un changement de régime en Libye en n’exerçant pas leur droit de veto, elles ont compromis leurs intérêts dans ce pays riche en pétrole au cours d’une guerre qui a fait des dizaines de milliers de victimes.

S’étant portée volontaire pour négocier le plan d’Annan, la Russie s’est exposée à des pressions de plus en plus fortes de l’occident pour admettre une action contre la Syrie qui recevrait l’aval de l’ONU si le gouvernement Assad ne se plie pas aux termes du plan. La Syrie étant un partenaire commercial majeur de Moscou et abritant le seul port dont elle dispose outre-mer, le gouvernement russe se trouve plongé dans une crise de plus en plus sérieuse concernant les événements syriens.

Lundi, deux incidents impliquant des troupes syriennes ayant ouvert le feu par-delà les frontières du pays ont fait monter la tension et évoqué le spectre d’une guerre civile attisée par l’occident qui pourrait se transformer en une conflagration régionale.

Dans le premier incident, les troupes syriennes étaient à la poursuite d’un groupe armé qui avait attaqué un poste de contrôle militaire près de la frontière turque et fait six morts. Les assaillants s’étaient ensuite enfuis en Turquie. Les tirs de l’armée régulière ont blessé cinq personnes – trois réfugiés syriens et deux turcs – dans un camp de réfugiés proche du poste frontière d’Oncupinar près de Kilis, une préfecture de province en Turquie. D’après l’un des reportages, des réfugiés syriens avaient surgi du camp pour venir en aide aux tireurs en fuite.

Dans le second incident, un caméraman de la télévision libanaise a été abattu par des troupes syriennes alors qu’il filmait près de la frontière syrienne. L’agence de presse publique syrienne, SANA, a déclaré que le tir était le fait d’un « groupe terroriste armé » qui organisait un raid à travers la frontière contre un poste de garde syrien.

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé le premier incident comme une « violation claire des frontières. » Il a ajouté, « Évidemment nous allons prendre les mesures nécessaires. »

Le journal pro-gouvernemental Zaman a fait savoir lundi que le gouvernement d’Erdogan envisageait d’invoquer un accord de 1998 avec Damas pour légitimer une intervention armée en Syrie. Cet accord comportait la promesse de la Syrie de ne pas porter atteinte à la sécurité de la Turquie.

Les médias turcs ont indiqué qu’Ankara « finalise ses plans » pour imposer militairement une « zone tampon » ou un « corridor humanitaire » en s’emparant de territoires syriens, en y abritant des réfugiés et en y entraînant des groupes armés de l’opposition.

Le ministre syrien des Affaires étrangères Moallem a dénoncé la réaction tapageuse d’Ankara, insistant sur le fait que la Turquie alimente elle-même la violence en Syrie en « abritant des hommes armés, en leur donnant des camps d’entraînement, en les laissant passer des armes en contrebande. » La direction symbolique de l’Armée syrienne libre, un ramassis de milices locales, a installé son quartier général en Turquie, près de la frontière syrienne.

En réaction aux menaces d’une zone tampon imposée par la Turquie sur le territoire syrien, Moallem a déclaré, « la Syrie est un état souverain et a le droit de défendre sa souveraineté contre toute violation de cette souveraineté. »

Les États-Unis se disent « absolument outrés » par les tirs en direction du territoire turc. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Victoria Nuland, a laissé entendre d’une manière inquiétante que la Turquie pourrait invoquer des dispositions de défense réciproque du traité de l’OTAN à propos de cet incident, ce qui ouvrirait la voie à une intervention américano-européenne. « Je ne serais pas surprise si les Turcs soulevaient ce point à Bruxelles, [le QG de l'OTAN, NDT] » a-t-elle dit.

Un journaliste présent au ministère des Affaires étrangères a demandé à Nuland quelle était la différence entre ce qui venait de se passer à la frontière turco-syrienne et ce que les troupes d’occupation américaines faisaient régulièrement à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. Nuland a affirmé que c’était là comparer « des pommes et des oranges, » insistant sur les « protocoles » signés entre les États-Unis et le Pakistan et prétendant contre toute évidence que les forces syriennes s’en étaient pris à des « innocents ».

La masse de plus en plus nombreuse des partisans d’une intervention impérialiste en Syrie parmi l’élite dirigeante américaine est bien mise en évidence par des éditoriaux sortis en même temps dans le Washington Post et le New York Times, qui proclament déjà l’échec du plan d’Annan et la certitude d’une nouvelle guerre.

Le Post a déclaré : « La réalité incontestable est que M. Assad continuera à tuer tant qu’il ne sera pas confronté à une opposition militaire plus gigantesque. C’est pourquoi la voie la plus rapide pour mettre fin à la crise syrienne est celle qui est refusée par M.Obama : le soutien militaire à l’opposition et, si nécessaire, l’intervention de l’OTAN. »

Le Times, à peine plus circonspect, a demandé que le Conseil de sécurité des Nations Unies, « prenne des mesures fortes et concertées contre M. Assad et ses forces, » et que la Russie et la Chine « arrêtent de protéger ce régime brutal, » c’est-à-dire, qu’elles permettent aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et la France d’imposer une résolution autorisant une guerre dans le genre de celle qui est menée en Libye pour un changement de régime.

Cependant, le sentiment populaire aux États-Unis est très largement contre ce soutien à la guerre de plus en plus affirmé au sein du monde politique. Un sondage, mené le mois dernier par le Centre de recherche Pew [fondation indépendante qui mène des études sur l'opinion publique et les sujets controversés, NDT], indique que seulement 25 pour cent de la population pensent que Washington devrait intervenir en Syrie, alors que près des deux tiers (64 pour cent) s’opposent à une telle intervention.

Article original, WSWS, paru le 11 avril 2012

Non aux militaristes! Il faut défendre Günter Grass!

avril 13th, 2012 by Wolfgang Weber

Le poème politique de l’écrivain de 84 ans, Günter Grass, qui met en garde contre la politique guerrière d’Israël et qui a été publié simultanément par un nombre important de journaux européens et internationaux la semaine dernière, a déclenché une chasse aux sorcières sans précédent de la part des médias ainsi que de personnalités politiques de hauts rangs.

La campagne de diffamation contre un des écrivains les plus connus du monde, récipiendaire du prix Nobel de littérature et de plusieurs autres récompenses, montre clairement que la classe dirigeante allemande et ses homologues à Washington et Tel-Aviv ont l’intention d’intimider et de museler tous ceux qui osent critiquer les préparatifs de guerre contre l’Iran.

Josef Joffe, le co-rédacteur en chef de Die Zeit, a décrit Grass comme un antisémite qui a acquis sa haine contre les Juifs pendant son séjour parmi les SS nazis lorsqu’il avait 16 ans.

Beate Klarsfeld, récente candidate à la présidence allemande pour le parti La Gauche et partisane du président français Nicolas Sarkozy, est allée jusqu’à comparer Grass à Hitler. La différence, dit-elle, est que le premier utilise le mot « Israël » pour son agitation antisémite alors que Hitler faisait référence à la « finance juive internationale ».

Mathias Döpfner, le directeur général du groupe médiatique Axel Springer, a attaqué l’écrivain dans un article intitulé « Le coeur de l’oignon est brun », faisant allusion à l’un des derniers romans de Grass.

Le bref séjour de Grass dans le Waffen-SS alors qu’il était adolescent est une diversion qui sert  à dévier le sujet vers une accusation diffamatoire et sans fondement d’antisémitisme plutôt que vers l’opposition correcte et de principe de l’écrivain aux préparatifs de guerre d’Israël contre l’Iran. La méthode d’assassinat du personnage est cohérente avec la nature politique de l’attaque contre Grass : une défense réactionnaire de l’agression et de la provocation contre un pays du Golfe Persique riche en pétrole.

Grass fut conscrit dans l’armée lorsqu’il avait 16 ans, peu avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Durant les quelques semaines de son adhésion aux SS, il n’a été impliqué dans aucun crime et n’a pas tiré une seule fois. Après la guerre, il a dédié entièrement sa production littéraire à un but : confronter le passé, c’est-à-dire le nazisme, la guerre et l’holocauste, et lutter contre la réapparition de tels maux.

La diffamation sans pudeur et l’agressivité de la campagne par toutes les publications médiatiques majeures en Allemagne rappellent la presse pro-guerre durant la Première Guerre mondiale et les incitations à la violence par les nationalistes et les fascistes contre les cercles pacifistes et les écrivains comme Erich Maria Remarque, Kurt Tucholsky, Carl von Ossietzky et Erwin Piscator.

Pour de telles forces, il n’y a pas de mensonge trop gros et pas de calomnie trop ignoble.

Grass, dans son poème, énumère plusieurs vérités quant aux plans de guerre américains et israéliens. Il accuse le gouvernement israélien de se donner le droit de déclencher des « frappes préventives » contre un pays qui construirait prétendument une bombe nucléaire, sans que personne en ait la preuve. Il note qu’Israël a « une capacité nucléaire grandissante » qu’il garde secrète et qui est « hors de contrôle » parce qu’elle est « isolée de toute surveillance ».

Grass critique les politiques cyniques du gouvernement allemand, qui a livré « un autre U-boat à Israël » qui a la capacité de tirer « tout type d’ogive destructrice ». Le gouvernement justifie cyniquement son approvisionnement d’armes à Israël, note-t-il, en le présentant comme une réparation des crimes commis par l’Allemagne dans le passé.

Grass poursuit en déclarant franchement que « la puissance nucléaire d’Israël met en danger une paix mondiale déjà fragile ». Il parle du passé allemand, décrivant un « pays dont le passé de crimes est sans comparaison ». Sa critique est dirigée, insiste-t-il, contre le gouvernement israélien et non contre Israël même, « un pays auquel je suis et resterai attaché ».

Le gouvernement israélien du premier ministre Benjamin Netanyahou a immédiatement confirmé sa nature agressive et antidémocratique en déclarant Grass persona non grata et en lui interdisant l’entrée au pays.

Ni les mesures antidémocratiques du gouvernement d’Israël ni la chasse aux sorcières des médias et des personnalités politiques ne peuvent changer la vérité des affirmations de Grass. Israël n’a pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire et maintient un arsenal illégal d’armes nucléaires depuis des décennies. Le gouvernement allemand a appuyé cette politique criminelle, plus récemment en livrant 6 U-boats capables de lancer des ogives nucléaires.

Quant à l’Iran, il a signé le Traité de non-prolifération nucléaire et a permis à l’Agence internationale de l’énergie atomique de réaliser des inspections régulières de son programme de recherche et de ses établissements nucléaires. L’Iran a fait cela malgré le fait qu’il n’y a absolument pas de preuve présentée pour montrer que l’Iran utilise ses établissements nucléaires à des fins militaires.

En plus des menaces militaires et des attaques diplomatiques et économiques, les États-Unis et Israël ont, pendant des années, effectué des opérations secrètes, dont des attaques terroristes, contre l’Iran. Cinq scientifiques nucléaires iraniens ont été assassinés, des drones-espions volent régulièrement au-dessus de l’Iran et des explosifs et des cyber-attaques  ont été employés pour saboter les établissements industriels dans le pays.

Aucun de ces faits n’est mentionné dans les journaux allemands. Plutôt, ils ne font que répéter la propagande américaine, de l’Union européenne et d’Israël selon laquelle l’Iran « aura très bientôt des armes nucléaires et les utilisera contre Israël », un choeur unanime que Grass, de manière très juste, désigne comme quelque chose à laquelle on pourrait s’attendre des médias dans une dictature.

Comme dans toute diffamation, il n’y a pas de tentative sérieuse pour appuyer les accusations d’antisémitisme contre Grass. Plutôt, la critique de la politique d’Israël est, de manière démagogique, associée à la haine des Juifs.

La campagne diffamatoire contre Grass vise à couvrir les vraies raisons des préparatifs de guerre. Elles n’ont pas plus à voir avec la prétendue tentative de l’Iran d’acquérir des armes nucléaires que la campagne de guerre contre l’Irak avait à voir avec les prétendues armes de destruction massive du pays ou ses liens avec Al-Qaïda. Une fois de plus, des mensonges sont utilisés pour camoufler une tentative de maintenir la domination militaire des États-Unis et de son principal allié du Moyen-Orient, Israël, sur une région stratégique et sur de vastes ressources énergétiques.

Le caractère brutal et coordonné de la chasse aux sorcières contre Grass indique que la classe dirigeante en Allemagne a décidé d’appuyer une guerre contre l’Iran. Il y a certainement des inquiétudes à Berlin quant à la possibilité d’une hégémonie militaire américaine dans la région, qui se sont reflétées dans les réserves initiales de l’Allemagne face à la guerre de l’OTAN contre la Lybie. Mais précisément parce que l’impérialisme allemand n’est pas prêt à céder le contrôle du Moyen-Orient aux États-Unis ou aux rivaux européens de l’Allemagne, comme la France et la Grande-Bretagne, il sent qu’il doit participer au viol de l’Iran.

L’attaque cinglante du ministre des Affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle, contre Grass suggère que le gouvernement allemand est déterminé à être de la partie dès le début de la prochaine guerre impérialiste – contre l’Iran. Berlin voit l’accélération d’une agression contre la Syrie comme un prélude bienvenu à une opération plus importante à venir.

Des personnalités importantes de tous les partis de l’establishment politique allemand – le syndicat des chrétiens-démocrates, les démocrates libres, le Parti social-démocrate, les Verts, le parti La Gauche – ont tous participé à la vendetta contre Grass, démontrant qu’il y de l’appui pour une nouvelle guerre impérialiste dans tout le spectre politique officiel, y compris dans la « gauche ».

C’est cette campagne qui pose une réelle menace, autant pour le peuple iranien que pour la population juive en Israël, et non Günter Grass.

Tous ceux qui s’opposent à une guerre contre le Moyen-Orient et la menace grandissante d’une nouvelle guerre mondiale doivent défendre Günter Grass et s’opposer aux militaristes à Berlin, Washington, Tel-Aviv ainsi qu’à leurs valets des médias.

Article original, WSWS, paru le 11 avril 2012

Ahmed Ben Bella a passé 18 ans de sa vie en captivité, 6 ans dans les geôles française (1956-1962) et 12 ans en Algérie après son renversement le 19 juin 1965 par un coup d’Etat militaire dirigé par le colonel Houari Boumedienne.

Je voudrais, sans recul, très rapidement mentionner quelques souvenirs personnels. A plusieurs reprises, j’ai rencontré Ahmed Ben Bella entre 1994 et 2005.

La première fois, c’était à Genève en 1994 lors d’une conférence publique où je prenais la parole sur la question de la dette du tiers-monde. Il est intervenu depuis la salle sans aucune formalité et a centré son intervention sur la nécessité de lutter pour l’annulation de la dette du tiers-monde. Notre premier contact en tête à tête remonte à l’année 2001 je crois. Il m’avait invité à un souper avec son épouse Zohra pour discuter de l’action menée par le CADTM. Il m’a dit qu’il appréciait beaucoup les publications de notre comité et qu’il voulait que celles-ci soient à la disposition de la jeunesse arabe en Afrique du Nord. Il m’a également déclaré qu’il essayait de convaincre Hugo Chavez (qui présidait le Venezuela depuis 1999) de reprendre le thème de l’annulation de la dette. En janvier 2002, nous nous sommes retrouvés à Bamako pour participer au 1er Forum social africain. Ci-joint une photo prise à cette occasion.

De gauche à droite, Zohra, l’épouse d’Ahmed Ben Bella, Eric Toussaint, Victor Nzuzi, du CADTM RDC, et Ahmed Ben Bella (photo prise par Denise Comanne).

Ahmed Ben Bella était très attaché au combat panafricaniste pour la réalisation d’un projet socialiste. Il avait été lié avec Modibo Keita le premier président du Mali indépendant entre 1960 et 1968 (renversé par un coup d’Etat militaire et finalement assassiné en détention en 1977) et nous en avons parlé lors de ce séjour à Bamako.

Plus tard, en 2004, lors d’une autre rencontre, il a proposé de soutenir financièrement la traduction et l’édition en arabe de mon livre La Bourse ou la Vie (la traduction a été réalisée par Randa BAAS et Imad Chiha, militants syriens en contact étroit avec le CADTM. Imad a passé plus de 15 ans dans les prisons d’Hafez el-Assad, le père de l’actuel président, et le livre est paru en 2006 chez un éditeur indépendant syrien).

Nous nous sommes revus à Caracas. Il m’a confié qu’il espérait que l’expérience de Chavez dépasse le champ des discours, aille au-delà des réformes en cours et permette un authentique changement démocratique et révolutionnaire.

En septembre 2005, il allait avoir 90 ans, il m’a invité à me rendre en Algérie à Tlemcen (dans sa région natale en Oranie) où l’université avait décidé de créer une chaire Ben Bella. Il m’avait demandé de donner une des conférences officielles à l’occasion de la création de la chaire qui porte son nom. Je me souviens de son intervention lors de l’inauguration : il critiqua vertement le programme de l’université car il véhiculait le discours capitaliste, l’idéologie néolibérale. Les autorités académiques n’avaient pas apprécié. Nous avons discuté des heures de ses activités passées : son amitié pour Che Guevara qui séjourna à Alger pendant sa présidence et y prononça un discours vibrant en février 1965 (Voir : www.dailymotion.com/video/xl… ) où il dénonçait les crimes de la Belgique et de la France dans leurs ex-colonies et critiquait l’attitude de l’Union soviétique. Il me conta aussi ses efforts pour développer (notamment avec le concours de Michel Raptis, dit Pablo) l’autogestion en Algérie entre 1962 et son renversement en 1965. Il me parla aussi de ses rapports difficiles avec le président soviétique N. Khrouchtchev, avec B. Tito et bien d’autres.

Il était très amoureux de son épouse Zohra et me vanta l’extrait d’Aloé Vera qu’elle produisait elle-même et qui était un des secrets de leur bonne santé à eux deux. Quelle ne fût pas ma surprise quand une semaine plus tard alors que j’étais rentré en Belgique depuis quelques jours, je reçus 4 litres d’extrait d’aloé vera avec un petit message d’accompagnement de Zohra et d’Ahmed Ben Bella me souhaitant une bonne santé.

Avec Ahmed Ben Bella disparaît un grand militant du combat pour l’émancipation des peuples et pour le socialisme autogestionnaire.

Liège, le 12 avril 2012

Eric Toussaint

Nous avons traduit ici la lettre signée par 50 anciens scientifiques, ingénieurs et astronautes de la NASA et du GISS demandant que la NASA et le GISS arrêtent de soutenir la science tronquée voire frauduleuse se trouvant derrière le dogme oligarchique du “réchauffement climatique anthropique”, rebaptisé “changement climatique (anthropique)” depuis sous la pression des révélations faites sur la science erronée supportant l’hypothèse du réchauffement climatique anthropique par les rejets humains de CO2 dans l’atmosphère. Si la pollution industrielle est un problème mondial, le CO2 lui, n’en pas un et il n’est en aucun cas un “polluant”  générant un cataclysme écologique comme on essaie de nous le faire gober avec un certain succès généralement, il faut bien le dire…

La théorie du réchauffement climatique anthropique est un mythe, fondé sur une politique de trucage de données pour faire coïncider des faits en grande partie inexistants ou évalués de manière biaisée, avec un agenda programmé de désindustrialisation de la planète sous l’égide d’une gouvernance mondiale a qui les états asservis paieraient directement leur taxe carbone financiarisée sur des marchés spéculatifs.

Beaucoup de scientifiques dénoncent à juste titre la science politisée devenue pseudo-science au service des divers agendas politico-économiques d’intérêts particuliers. Ils commencent à être sérieusement entendus à travers le monde …

La science doit redevenir indépendante, ou la dictature scientifique du petit nombre continuera à se renforcer.

Introduction et traduction :  Résistance 71

A l’Honorable Charles Bolden, Jr.
NASA Administrator
NASA Headquarters
Washington, D.C. 20546-0001

Cher Charlie,

Nous soussignés, demandons respectueusement que la NASA et le Goddard Institute for Space Studies (GISS) évitent d’inclure des remarques non vérifiées dans leurs communiqués publics et leurs sites internet. Nous pensons que les affirmations faites par la NASA et le GISS concernant l’impact castrophique qu’a le gaz carbonique sur le changement climatique mondial ne sont pas prouvées, spécifiquement en considérant les données empiriques existantes sur quelques milliers d’années. Avec des centaines de scientifiques connus spécialistes du climat et des dizaines de milliers d’autres scientifiques déclarant publiquement qu’ils ne croient pas dans les prévisions catastrophiques annoncées, il est clair que la science ne s’est pas accordée sur le sujet.

Le soutien effrené de la thèse qui voudrait que le CO2 soit la cause majeure du changement climatique est inconvenante à l’histoire de la NASA faisant une évaluation objective de toutes les données scientifiques avant de prendre des décisions ou de faire des déclarations publiques.

En tant qu’anciens employés de la NASA, nous avons le sentiment que le soutien de la NASA à une position extrême avant une étude approfondie de l’impact possiblement très important des causes naturelles du climat, n’est pas approprié. Nous formulons la requête que la NASA freine ses ardeurs à inclure des remarques sans fondement et sans preuves dans ses communiqués publics futurs et ses sites internet sur le sujet. Le risque est de porter atteinte à la réputation exemplaire de la NASA, à celle de ses employés et scientifiques présents et passés et même à la réputation de la science elle-même.

Pour toute information supplémentaire au sujet de la science derrière notre préoccupation, nous recommandons que vous contactiez Harrison Schmitt ou Walter Cunningham, ou d’autres personnes qu’ils pourront vous recommander.

Nous vous remercions par avance de bien vouloir considérer cette requête.

Respectueuses salutations,

(Signatures attachées)

CC: Mr. John Grunsfeld, Associate Administrator for Science

CC: Ass Mr. Chris Scolese, Director, Goddard Space Flight Center

Ref: Lettre à l’Administrateur de la NASA Charles Boden en date du 26 Mars 2012, au sujet d’une requête adressée à la NASA d’éviter de faire des affirmations non prouvées sur le fait que le gaz carbonique produit par l’humain a un impact catastrophique sur le changement climatique.

1. /s/ Jack Barneburg, Jack – JSC, Space Shuttle Structures, Engineering Directorate, 34 years

2. /s/ Larry Bell – JSC, Mgr. Crew Systems Div., Engineering Directorate, 32 years
3. /s/ Dr. Donald Bogard – JSC, Principal Investigator, Science Directorate, 41 years
4. /s/ Jerry C. Bostick – JSC, Principal Investigator, Science Directorate, 23 years
5. /s/ Dr. Phillip K. Chapman – JSC, Scientist – astronaut, 5 years
6. /s/ Michael F. Collins, JSC, Chief, Flight Design and Dynamics Division, MOD, 41 years
7. /s/ Dr. Kenneth Cox – JSC, Chief Flight Dynamics Div., Engr. Directorate, 40 years
8. /s/ Walter Cunningham – JSC, Astronaut, Apollo 7, 8 years
9. /s/ Dr. Donald M. Curry – JSC, Mgr. Shuttle Leading Edge, Thermal Protection Sys., Engr. Dir., 44 years
10. /s/ Leroy Day – Hdq. Deputy Director, Space Shuttle Program, 19 years
11. /s/ Dr. Henry P. Decell, Jr. – JSC, Chief, Theory & Analysis Office, 5 years
12. /s/Charles F. Deiterich – JSC, Mgr., Flight Operations Integration, MOD, 30 years
13. /s/ Dr. Harold Doiron – JSC, Chairman, Shuttle Pogo Prevention Panel, 16 years
14. /s/ Charles Duke – JSC, Astronaut, Apollo 16, 10 years
15. /s/ Anita Gale
16. /s/ Grace Germany – JSC, Program Analyst, 35 years
17. /s/ Ed Gibson – JSC, Astronaut Skylab 4, 14 years
18. /s/ Richard Gordon – JSC, Astronaut, Gemini XI, Apollo 12, 9 years
19. /s/ Gerald C. Griffin – JSC, Apollo Flight Director, and Director of Johnson Space Center, 22 years
20. /s/ Thomas M. Grubbs – JSC, Chief, Aircraft Maintenance and Engineering Branch, 31 years
21. /s/ Thomas J. Harmon
22. /s/ David W. Heath – JSC, Reentry Specialist, MOD, 30 years
23. /s/ Miguel A. Hernandez, Jr. – JSC, Flight crew training and operations, 3 years
24. /s/ James R. Roundtree – JSC Branch Chief, 26 years
25. /s/ Enoch Jones – JSC, Mgr. SE&I, Shuttle Program Office, 26 years
26. /s/ Dr. Joseph Kerwin – JSC, Astronaut, Skylab 2, Director of Space and Life Sciences, 22 years
27. /s/ Jack Knight – JSC, Chief, Advanced Operations and Development Division, MOD, 40 years
28. /s/ Dr. Christopher C. Kraft – JSC, Apollo Flight Director and Director of Johnson Space Center, 24 years
29. /s/ Paul C. Kramer – JSC, Ass.t for Planning Aeroscience and Flight Mechanics Div., Egr. Dir., 34 years
30. /s/ Alex (Skip) Larsen
31. /s/ Dr. Lubert Leger – JSC, Ass’t. Chief Materials Division, Engr. Directorate, 30 years
32. /s/ Dr. Humbolt C. Mandell – JSC, Mgr. Shuttle Program Control and Advance Programs, 40 years
33. /s/ Donald K. McCutchen – JSC, Project Engineer – Space Shuttle and ISS Program Offices, 33 years
34. /s/ Thomas L. (Tom) Moser – Hdq. Dep. Assoc. Admin. & Director, Space Station Program, 28 years
35. /s/ Dr. George Mueller – Hdq., Assoc. Adm., Office of Space Flight, 6 years
36. /s/ Tom Ohesorge
37. /s/ James Peacock – JSC, Apollo and Shuttle Program Office, 21 years
38. /s/ Richard McFarland – JSC, Mgr. Motion Simulators, 28 years
39. /s/ Joseph E. Rogers – JSC, Chief, Structures and Dynamics Branch, Engr. Directorate, 40 years
40. /s/ Bernard J. Rosenbaum – JSC, Chief Engineer, Propulsion and Power Division, Engr. Dir., 48 years
41. /s/ Dr. Harrison (Jack) Schmitt – JSC, Astronaut Apollo 17, 10 years
42. /s/ Gerard C. Shows – JSC, Asst. Manager, Quality Assurance, 30 years
43. /s/ Kenneth Suit – JSC, Ass’t Mgr., Systems Integration, Space Shuttle, 37 years
44. /s/ Robert F. Thompson – JSC, Program Manager, Space Shuttle, 44 years
45. /s/ Frank Van Renesselaer – Hdq., Mgr. Shuttle Solid Rocket Boosters, 15 years
46. /s/ Dr. James Visentine – JSC Materials Branch, Engineering Directorate, 30 years
47. /s/ Manfred (Dutch) von Ehrenfried – JSC, Flight Controller; Mercury, Gemini & Apollo, MOD, 10 years
48. /s/ George Weisskopf – JSC, Avionics Systems Division, Engineering Dir., 40 years
49. /s/ Al Worden – JSC, Astronaut, Apollo 15, 9 years
50. /s/ Thomas (Tom) Wysmuller – JSC, Meteorologist, 5 years

Sources:

http://notrickszone.com/2012/04/10/50-top-astronauts-scientists-engineers-sign-letter-claiming-giss-is-turning-nasa-into-a-laughing-stock/

http://washingtonexaminer.com/politics/washington-secrets/2012/04/astronauts-condemn-nasa’s-global-warming-endorsement/469366

http://wattsupwiththat.com/2012/04/10/hansen-and-schmidt-of-nasa-giss-under-fire-engineers-scientists-astronauts-ask-nasa-administration-to-look-at-emprical-evidence-rather-than-climate-models/

Les illusions de Stephen Harper

avril 13th, 2012 by Fidel Castro Ruz

Je crois, sans vouloir offenser personne, que c’est ainsi que s’appelle le Premier ministre canadien. Je le déduis d’une déclaration publiée mercredi saint par un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de ce pays. Les États, censément indépendants, qui constituent l’Organisation des Nations Unies sont presque deux cents : leurs dirigeants changent constamment ou alors on les change. Beaucoup sont des gens honorables et des amis de Cuba, mais il n’est pas possible de se rappeler les détails de chacun d’eux.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, j’ai eu le privilège de vivre des années d’apprentissage intense et de constater que les Canadiens, situés à l’extrémité nord de notre continent, ont toujours respecté notre pays : ils investissaient dans les domaines qui les intéressaient et faisaient du commerce avec Cuba, mais ils n’intervenaient pas dans les affaires intérieures de notre État.

La Révolution démarrée le 1er janvier 1959 n’a pas adopté de mesures lésant leurs intérêts, et elle en a tenu compte pour maintenir des relations normales et constructives avec les autorités de ce pays qui consentait des efforts intenses pour se développer. Le Canada n’a pas été complice du blocus économique, de la guerre et de l’invasion mercenaire des États-Unis contre Cuba.

En mai 1948, l’année de la création de l’OEA, une institution à l’histoire honteuse qui liquida le peu qu’il restait du rêve des libérateurs d’Amérique, le Canada n’en faisait pas partie et il conserva ce statut pendant plus de quarante ans, jusqu’en 1990. Certains de ses dirigeants nous ont rendu visite. L’un d’eux fut Pierre Elliott Trudeau, un homme politique brillant et courageux, décédée prématurément et aux funérailles duquel j’ai assisté au nom de Cuba.

L’OEA est censée être une organisation régionale composée des États souverains de ce continent-ci. Ce genre d’assertion, comme bien d’autres de consommation courante, contient un grand nombre de mensonges. Le moins que nous puissions faire, c’est d’en être conscients si nous voulons préserver l’esprit de lutte et l’espoir d’un monde plus digne.

L’OEA est censée être une organisation panaméricaine. Aucun pays d’Europe, d’Afrique, d’Asie ou d’Océanie ne pourrait y appartenir sous prétexte de posséder une colonie, comme la France avec la Guadeloupe ou les Pays-Bas avec Curaçao. Or, le colonialisme britannique ne pouvait pas définir le statut du Canada ni expliquer s’il s’agissait d’une colonie, d’une république ou d’un royaume.

Le chef de l’État canadien est la reine d’Angleterre, Elizabeth II, bien qu’elle délègue ses facultés à un gouverneur général qu’elle nomme elle-même. On pourrait donc demander si le Royaume-Uni ne devrait pas faire partie de l’OEA.

L’honorable ministre canadien des Affaires étrangères n’ose pas dire de son côté s’il soutient ou non l’Argentine dans la question épineuse des Malvinas. Il se borne à exprimer des vœux pieux pour que la paix règne entre les deux pays, oubliant que la Grande-Bretagne y possède la plus grande base militaire située hors de son territoire en violation de la souveraineté argentine ; qu’elle ne s’est pas excusée d’avoir coulé le Belgrano hors des eaux territoriales qu’elle a elle-même fixées et qu’elle a causé le sacrifice inutile de centaines de conscrits du service militaire. Il faudra demander à Obama et à Harper quelle position ils vont adopter face à la très juste réclamation que ces îles soient rendues à la souveraineté de l’Argentine et qu’on cesse de priver ce pays des ressources énergétiques et halieutiques dont il a tant besoin pour se développer.

J’ai été vraiment étonné de mieux connaître les activités des transnationales canadiennes en Amérique latine. Je n’ignorais pas les dommages que les Yankees infligeaient au peuple canadien, en obligeant ce pays beau et vaste à extraire le pétrole de grandes étendues de sable imprégnées de ce combustible, ce qui cause un préjudice irréparable à son environnement.

Or, les entreprises canadiennes spécialisées dans la recherche d’or, de métaux précieux et de matériau radioactif causent un tort incroyable à des millions de personnes.

Un article publié sur le site web Alainet voilà une semaine par une ingénieure en qualité de l’environnement nous introduit plus en détail dans la matière que l’on a si souvent mentionnée comme l’un des principaux fléaux qui attentent à des millions de personnes :

« Les sociétés minières, dont 60 p. 100 sont à capitaux canadiens, travaillent selon la logique de l’exploitation maximale, à faible coût et à court terme, ces conditions étant encore plus avantageuses si, là où elle s’implantent, elles paient des impôts minimes et sont astreintes à très peu d’exigences environnementales et sociales…

« Les lois minières de nos pays […] ne comprennent pas d’obligations ni de méthodologies relatives au contrôle des retombées environnementales et sociales.

« …les redevances que les sociétés minières versent aux pays de la région ne dépassent pas en moyenne 1,5 p. 100 de leurs revenus.

« Les luttes sociales contre les mines, surtout de métal, n’ont cessé de se renforcer à mesure que des générations entières ont constaté leurs retombées environnementales et sociales…

« Le Guatemala possède une force de résistance admirable aux projets miniers, dans la mesure où les peuples indigènes ont toujours mieux pris conscience que leurs territoires et leurs ressources naturelles n’avaient pas de prix  en tant que patrimoine ancestral. Mais ces luttes se sont traduites ces dix dernières années par l’assassinat de cent vingt activistes et défenseurs des droits humains. »

Ce même article signale ce qu’il se passe en El Salvador, au Honduras, au Nicaragua et au Costa Rica, apportant des chiffres qui obligent à penser à fond à la gravité et à la rigueur du pillage impitoyable auquel sont soumises les ressources naturelles de nos pays et qui hypothèque l’avenir des Latino-Américains.

La présence de Dilma Rousseff, de retour dans son pays après une escale à Washington, servira à persuader Obama que, même si certains se délectent à prononcer des discours mielleux, l’Amérique latine est loin d’être un chœur de pays demandant l’aumône.

Les guayaberas que portera Obama à Cartagena sont un des grands thèmes des agences de presse : « ”Edgar Gómez […] en a dessiné une pour le président étasunien, Barack Obama, qu’il portera au Sommet des Amériques”, nous raconte la fille du modiste, qui ajoute : “Il s’agit d’une guayabera blanche, sobre, d’un travail fait main plus notable que de coutume”. »

Cette agence de presse précise : « Cette chemise-veste caribéenne a vu le jour sur les berges du fleuve Yayabo, à Cuba, d’où son nom original de yayabera… »

Le plus curieux, aimables lecteurs, c’est qu’il est interdit à Cuba de participer à ce Sommet ; mais pas aux guayaberas… Qui pourrait se retenir de rire ? Courons vite avertir Harper. 

Fidel Castro Ruz

Le 8 avril 2012

20 h 24

Le 11 avril 2002, le Venezuela, son peuple et son Président, furent victimes d’un coup d’État, orchestré et planifié depuis plusieurs mois par les oligarchies nationales, les États-Unis, la cupule hiérarchique de l’Église catholique et de nombreux intermédiaires, fragiles à l’appât de millions de dollars qu’on leur a fait miroiter.

La formule qui avait donné de bons résultats au Chili d’Allende, en 1973, fut appliquée en achetant des dirigeants syndicaux et des militaires hauts gradés. Le tout, dans le but de créer le chaos que les médias privés de communication ne manqueraient pas d’amplifier et de véhiculer à l’échelle nationale et internationale.

Le problème de ces oligarchies est à l’effet que le gouvernement d’Hugo Chavez, l’élu du peuple, ne semble pas comprendre les lois de la démocratie oligarchique. Il agit comme si le peuple était souverain et maitre de ses richesses et de son destin. Pour eux, les véritables maitres doivent demeurer les puissances oligarchiques, dominantes tant à Washington qu’au Venezuela. Donc pas question de laisser ce Chavez poursuivre ses objectifs de bien commun au service de tout un peuple et au diable la démocratie au service du peuple.

Voici ce qu’en dit Wikipédia :

« Le coup avait été planifié durant six à neuf mois, et a été exécuté après l’entrée en vigueur d’une série de lois controversées en novembre 2001 et que le gouvernement ait tenté de renforcer son contrôle sur la compagnie pétrolière de l’État vénézuélien, PDVSA. Une grève générale a eu lieu en décembre 2001, et, pendant les premiers mois de 2002, plusieurs hauts officiers ont publiquement appelé Chávez à démissionner. Au début du mois d’avril, le bras de fer entre le gouvernement et l’opposition a débouché sur une grève à PDVSA, qui s’est transformée en grève générale du 9 avril 2002, soutenue par le syndicat (Confédération des travailleurs du Venezuela, CTV) et par la principale fédération patronale Fedecámaras. La grève a été prolongée pendant plusieurs jours, et le 11 avril, une manifestation de l’opposition a été déviée vers le palais présidentiel, où avait lieu un rassemblement pro-Chávez. Lorsqu’elle a atteint le centre-ville, des affrontements violents ont eu lieu, laissant un bilan de plusieurs morts et des dizaines de blessés par balle.

Les média privés vénézuéliens ont joué un rôle important en fournissant une couverture médiatique en continu de la grève générale et en soutenant et en diffusant l’appel à rediriger la manifestation vers le palais présidentiel. Le siège de Venevisión, propriété de Gustavo Cisneros, a notamment été l’endroit choisi par les principaux leaders de l’opposition pour se réunir après la manifestation du 11 avril, et de là, appeler les militaires à intervenir. Les média privés ont par ailleurs refusé d’interviewer des membres du gouvernement après la manifestation, et n’ont pas couvert les manifestations pro-Chávez qui ont suivi sa détention par les militaires. Des tentatives des partisans de Chávez pour déclarer qu’il n’avait pas démissionné ont été ignorées. La tentative d’une division de l’armée de rendre public son rejet du coup a été ignorée et diffusée uniquement par CNN. Lorsque les partisans de Chávez ont repris le palais présidentiel, les principaux média privés vénézuéliens ont interrompu la couverture des évènements et deux des trois principaux journaux du pays ont annulé leurs éditions du dimanche. »

Avec le recul, les enquêtes ont permis, entre autres, d’identifier ce tireur solitaire comme faisant parti du complot, et dont le mandat était de tirer sur les partisans de Chavez tout en relayant la nouvelle à l’effet que les partisans de Chavez tiraient sur la foule, tuant ainsi des dizaines de personnes. Si au Chili, l’armée a joué le rôle principal, au Venezuela, cet honneur revient aux médias privés qui ont manipulé l’information sans égard à la vérité des faits et sans scrupule dans l’usage de montages et de mensonges, tous destinés à convaincre le peuple vénézuélien que Chavez avait atteint la limite du tolérable et qu’il était temps qu’il disparaisse. Certains commentateurs actuels parlent même du premier coup d’État réalisé principalement par les médias privés. Sans ces derniers, ce coup d’État ne se serait jamais produit.

C’est dire toute la force que représente ce pouvoir de contrôler l’information et d’en faire un outil de désinformation selon les besoins des objectifs poursuivis. Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus conscients de ces manipulations, mais, à l’époque, le Venezuela ne comptait pas sur une véritable présence de médias alternatifs et le privé y occupait toute la place. À tout ceci il faut ajouter cet appui actif des hiérarchies catholiques aux putschistes, au point d’être sur place pour célébrer le couronnement du représentant du patronat, Pedro Carmona, en tant que nouveau Président du Venezuela. Comme disait, en son temps, Pinochet : la démocratie autoritaire a sa raison d’être ». En somme une démocratie imposée qui remet les pouvoirs de l’État et ses richesses aux puissances oligarchiques.

Malheureusement, pour ces derniers, la fête n’a pas duré bien longtemps. Le peuple est descendu des collines et appuyé par une partie de l’armée, demeurée fidèle à la constitution et au Président, il a mis à la porte ces personnages, véritables bouffons et prédateurs du pouvoir du peuple, et il a exigé le retour de leur Président, détenu quelque part sur une Ile. Pour la première fois dans l’histoire contemporaine, un peuple conscient et déterminé, a fait reculer les traîtres et a repris la place qui lui revenait dans une véritable démocratie.

Deux vidéos nous font vivre, la première, la prise du pouvoir par les putschistes et la seconde, le retour du peuple et de son Président. Au total 25 minutes qui permet de saisir tout à la fois l’hypocrisie et la perfidie des premiers et la seconde, nous fait vibrer à la grandeur et à la détermination d’un peuple. Ne manquez pas le détour, surtout vous qui croyez qu’un peuple peut se lever et agir.

Les masques tombés, plusieurs ont choisi de s’expatrier, alors que d’autres poursuivent leur mascarade en toute impunité. C’est le cas, entre autre, de l’actuel candidat de l’opposition pour les présidentielles d’octobre prochain. Il s’était fait remarquer par ses actions terroristes contre l’ambassade de Cuba et sa participation active au putsch médiatique-militaire.

« Ainsi, lors du coup d’Etat d´avril 2002 contre le Président Chavez, Henrique Capriles, alors maire de Baruta arrondissement huppé de Caracas, participe activement à la répression contre le camp chaviste : il envoie la police municipale arrêter le ministre de l’intérieur de l’époque, Ramon Rodriguez Chacin, qui échappera de peu au lynchage par une foule d’opposants [2].

Capriles ne s´arrête pas là. En compagnie d’exilés cubains d’extrême-droite, Salvador Romani et Robert Alonso [3], et du Vénézuélien Henry Lopez Sisco (ancien bras droit du terroriste Posada Carriles), il participe au siège de l’ambassade de Cuba à Caracas. Au mépris des règles élémentaires du droit international, il menace les diplomates et leur fait couper l’électricité et l’eau. Lors de l´enquête sur le coup d´Etat du 11 avril 2002, le procureur Danilo Anderson décide de poursuivre Capriles qui passera plusieurs semaines en détention préventive. Après l’assassinat du procureur, il bénéficie d’un acquittement en décembre 2006. »

Que conclure ? Il faut nous inspirer de ce peuple qui a eu le courage de dire non aux tyrans et aux oligarchies et de dire oui à la démocratie et à ses dirigeants qui répondent à l’appel du Bien commun de tout le peuple. Chaque peuple a son histoire et il ne faut pas démissionner devant les défis qui nous attendent comme peuple. Plus nous deviendrons conscients, plus nous deviendrons plus forts devant les manipulateurs et les prédateurs. Les moyens de communications sont d’une importance primordiale. Il faut y voir.

Un dixième anniversaire que je ne pouvais passer sous silence.

Oscar Fortin

Québec, le 11 avril 2012

http://humanisme.blogspot.ca/2012/04/un-peuple-la-defense-de…

Le printemps birman

avril 12th, 2012 by Ahmed Bensaada

Alors que la saison qui a vu déferler les foules dans les rues arabes n’avait rien à voir avec le printemps, voilà que la Birmanie nous offre une vraie « révolution » printanière sans « Irhal » ni « Dégage ». Plus encore, l’indéniable changement que connaît actuellement la vie politique birmane s’est opéré sans le concours de Facebook, Twitter et autres médias sociaux, outils de contestation par excellence du « printemps » arabe. Pourtant les « révolutions » arabe et birmane ont été étonnamment synchrones : la première a débuté avec le geste tragique de feu Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010 et la seconde avec la libération de la militante Aung San Suu Kyi par la junte militaire birmane le 13 novembre 2010, soit un mois auparavant. Comment alors expliquer la flagrante différence entre les modes opératoires des profondes transformations du paysage politique de ces deux régions du monde?

Pour cela, il faut remonter vingt ans plus tôt, du temps où les dissidents birmans ont failli réaliser la première des révolutions colorées.  

Les révolutions colorées

Les révolutions colorées réfèrent aux révoltes qui ont bouleversé certains pays de l’Est ou ex-Républiques soviétiques au début du 21e siècle. C’est le cas de Serbie (2000), de la Géorgie (2003), de l’Ukraine (2004) et du Kirghizstan (2005). Il est de notoriété publique que ces révolutions ont été financées, encadrées et soutenues par des organismes américains d’« exportation » de la démocratie tels que l’United States Agency for International Development (USAID), la National Endowment for Democracy (NED), l’International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), la Freedom House (FH) ou l’Open Society Institute (OSI) [1].

Ces révolutions ont été menées par des mouvements regroupant de jeunes activistes locaux, pro-occidentaux, instruits, militant pour la démocratisation de leurs pays. Tous ces mouvements qui ont réussi à renverser les régimes autocratiques en place ont utilisé des méthodes d’actions non-violentes théorisées par le philosophe américain Gene Sharp et mises en application par Robert Helvey, un ancien colonel de l’armée américaine, spécialiste de l’action clandestine et doyen de l’École de formation des attachés militaires des ambassades américaines [2]. C’est ce militaire qui a formé les activistes serbes du mouvement « Otpor » qui, une fois le régime Milosevic balayé de la scène politique, ont fondé  à leur tour le « Center for Applied Non Violent Action and Strategies » (CANVAS), sous la direction de Srdja Popovic. Ce centre, financé par les organismes américains d’« exportation » de la démocratie [3] s’est spécialisé dans la formation à la lutte non-violente. Il s’est aussi bien occupé de la formation des dissidents des autres révolutions colorées que des activistes tunisiens et égyptiens, ceux-là même qui ont eu un rôle déterminant dans la chute des régimes Ben Ali et Moubarak, respectivement [4]. 

Gene Sharp : clandestinement en Birmanie

Les méthodes d’actions non-violentes préconisées par Gene Sharp sont contenues dans son livre « De la dictature à la démocratie ». Téléchargeable gratuitement sur Internet, il est traduit en 25 langues dont l’arabe et le birman. En fait, pour être plus précis, ce livre n’a pas été écrit pour les activistes serbes, mais pour les dissidents birmans. La première version de cet ouvrage date en effet de 1993. À cette époque, Aung San Suu Kyi était assignée à résidence après les émeutes de 1988 qui firent près de 3000 victimes.

Robert Helvey, attaché militaire à l’ambassade américaine de Rangoon entre 1983 et 1985, rencontra Gene Sharp à Harvard, à l’occasion d’une bourse de recherche. Il s’y initia aux théories du philosophe et devint un adepte de la non-violence. En 1992, il prit sa retraite et se consacra à l’enseignement de la résistance pacifique à des révolutionnaires birmans. En 1992, il organisa l’entrée clandestine par bateau de Gene Sharp en Birmanie. « Ici, nous étions dans cette jungle, lisant les travaux de Gene Sharp aux chandelles », se rappelle-t-il [5, 6]. C’est à la suite de cette aventure que naquit la première version de « De la dictature à la démocratie ».   

Entre 1992 et 1998, Helvey entreprit 15 voyages en Birmanie pendant lesquels il rencontra plus de 500 membres du Conseil national de l’Union de la Birmanie, un groupe d’organisations birmanes pro-démocratie, et y donna des cours sur la théorie de Gene Sharp [7].

Mais en vain. Tous les efforts déployés par les officines américaines de promotion de la démocratie et tous les financements des mouvements révolutionnaires birmans qui se sont échelonnés pendant de nombreuses années furent voués à l’échec. Questionné sur ce fiasco, Gene Sharp invoqua plusieurs raisons dont l’existence d’une mini-armée pour chacun des groupes d’opposition: « Tous les différents groupes armés pensaient qu’ils pouvaient vaincre l’armée, mais je pense que c’était un jugement stupide de leur part, que l’armée était plus grande et plus forte et avait plus d’armes» [8].

Au début des années 2000, l’attention « pro-démocratique » américaine se tourna vers les pays de l’Est et des ex-Républiques soviétiques et, contrairement au cas birman, le succès de l’approche non-violente « sharpienne » fut retentissant. Cela ne voulait en aucun cas dire que les États-Unis se sont désintéressés de la Birmanie, bien au contraire. En effet, un communiqué de presse publié par le Département d’état américain en 2003 soulignait que « Les États-Unis soutiennent des organisations telles que la National Endowment for Democracy (NED), l’Open Society Institute (OSI), et Internews, travaillant à l’intérieur et à l’extérieur de la région sur un large éventail d’activités de promotion de la démocratie ». Et d’ajouter: « La NED a été à la pointe de nos efforts pour promouvoir la démocratie et l’amélioration de droits de l’homme en Birmanie depuis 1996. Nous fournissons 2,5 millions de $ pour l’exercice 2003 […]. La NED utilisera ces fonds pour soutenir les organisations pro-démocratiques birmanes et celles des  minorités ethniques » [9]. Les activités de ces organismes américains d’« exportation » de la démocratie cités par le Département d’état sont détaillées dans le rapport 2006 du « Burma Campaign UK » [10].

En 2007, la « révolution safran », du nom de la couleur de l’habit des moines bouddhistes qui se joignirent à la grogne sociale, est la plus grande manifestation populaire birmane depuis les émeutes de 1988. À ce propos, F. W. Engdahl écrit: « La « révolution safran » en Birmanie, comme la « révolution orange » en Ukraine ou la « révolution des roses » en Géorgie et les différentes révolutions colorées incitées ces dernières années contre des pays stratégiques entourant la Russie, est un exercice bien orchestré d’un changement de régime par Washington » [11].


La non-violence selon  Aung San Suu Kyi

Aung San Suu Kyi, icône de la lutte contre la junte birmane et lauréate du prix Nobel de la Paix 1991, a passé environ 15 des 20 dernières années privée de liberté. Prônant elle aussi une approche authentiquement non-violente, elle ne cherche pas la confrontation avec les militaires. « Je ne souhaite pas la chute des militaires », a-t-elle déclaré à la suite de sa libération. « Je souhaite que les militaires se hissent sur les hauteurs pleines de dignité du professionnalisme et du patriotisme authentique » [12].

Il faut rappeler qu’en plus d’être un héros de l’indépendance de la Birmanie, son père, le général  Aung San, est aussi considéré comme le fondateur de « Tatmadaw », la puissante armée birmane [13]. Mais cette « docilité » de la « Dame de Rangoon » tient probablement moins d’un hypothétique facteur héréditaire que d’une connaissance approfondie des forces en présence et des règles du jeu politique birman. Comment ne pas s’y résigner? Des années d’activisme politique soutenu par des organismes américains pro-démocratie très puissants n’ont pas réussi à répéter en Birmanie ce qui a été aisément réalisé en Serbie, en Ukraine, en Géorgie, au Kirghizstan et, plus récemment, en Tunisie et en Égypte.

La libération d’Aung San Suu Kyi en novembre 2010 a été suivie par l’autodissolution de la junte militaire en mars 2011 et une libéralisation inespérée du champ politique birman par un pouvoir se qualifiant de « civil », mais en réalité largement entre les mains d’anciens caciques du régime. Néanmoins, les multiples signes d’ouverture du gouvernement [14], les réformes successives et le succès éclatant du parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), aux dernières élections printanières sont de très bons augures. Il faut se rendre à l’évidence que ravir 44 des 45 sièges à pourvoir relevait d’un miracle il y a à peine quelques mois. 

« Printemps » arabe vs printemps birman

Il est important, à ce stade, de noter que l’approche non-violente de la « Dame de Rangoon », qu’elle soit idéologique ou circonstancielle, est très différente de celle théorisée par Gene Sharp et popularisée par Robert Helvey et  CANVAS. En effet, non seulement Aung San Suu Kyi ne cherche pas à confronter les militaires ni à les juger [15], mais elle milite au sein d’un vrai parti avec des militants, des cadres et, surtout, un programme politique bien défini.

Dans l’absolu, la faiblesse du modus operandi de la vision « sharpienne » de la révolte non-violente vient du fait que les jeunes dissidents ou cyberactivistes formés à cette approche ne servent qu’à déstabiliser le régime et chasser les dirigeants en place. Une fois leur mission accomplie, leur rôle est terminé car ils n’ont pas d’assise politique ni de programme autre que celui d’étêter le gouvernement. À moins, bien sûr, que cela fasse réellement partie de la stratégie des organismes qui tirent les ficelles dans les coulisses.

Profitant de la vacance de pouvoir, ce sont les formations politiques les plus structurées, souvent très anciennes et persécutées par les régimes en place, qui comblent le vide laissé par des décennies de régime autocratique. Elles s’emparent alors des rennes du pouvoir  au détriment des activistes qui ont donné leur jeunesse, leur fougue, leur engagement et parfois leurs vies pour une cause qu’ils pensaient être la leur. C’est ce qui est observable actuellement en Tunisie et en Égypte et qui donne un goût d’amertume  et d’inachevé à ceux qui ont bravé tous les dangers et qui ont, des semaines durant, envahi l’avenue Bourguiba et la place Tahrir.

Commentant le rôle d’Aung San Suu Kyi dans sa lutte patiente, obstinée et persévérante  contre les militaires birmans, Gene Sharp exprima, en mars 2011, une critique à peine voilée de son approche: « Aung San Suu Kyi, avec toutes ses merveilleuses qualités, son héroïsme et son inspiration pour ceux qui croient dans les droits démocratiques et les droits des personnes birmans, elle n’est pas un stratège, elle est un leader moral. Cela ne suffit pas de planifier une stratégie » [16].

Il faut reconnaitre que l’actualité politique birmane est en train de prouver le contraire au philosophe américain et de lui montrer que la stratégie de la pasionaria de Rangoon, même si elle est intrinsèquement plus lente et plus laborieuse, a l’avantage de positionner les vrais acteurs du changement dans le paysage politique et, surtout, d’épargner des vies. Et les chiffres sont éloquents à ce sujet : contrairement au décompte macabre qui a accompagné le « printemps arabe », aucune victime n’a été recensée en Birmanie depuis novembre 2010, date de la libération de la célèbre dissidente birmane.

En juin dernier, Aung San Suu Kyi a déclaré que « le « printemps arabe » est une « inspiration » pour le peuple birman » [17]. Au train où vont les choses en Birmanie et au vu de ce que le « printemps» arabe  a enfanté, il est bien probable que, dans un avenir prochain, les peuples arabes prononcent une tirade analogue, mais sur le printemps birman.

En attendant, un événement historique est prévu en Birmanie : Aung San Suu Kyi siègera au parlement pour la première fois le 23 avril 2012. Une vraie éclosion printanière. 

Ahmed Bensaada

Montréal, le 10 avril 2012

http://www.ahmedbensaada.com/
 

Références

1.             Ahmed Bensaada, « Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe », Éditions Michel Brûlé, Montréal (2011), Éditions Synergie, Alger (2012).

2.             Ahmed Bensaada, « Libye : les limites de la théorie de la non-violence de Gene Sharp », Le Grand Soir, 21 septembre 2011, http://www.legrandsoir.info/libye-les-limites-de-la-theorie-de-la-non-violence-de-gene-sharp.html

3.             Ahmed Bensaada, « Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe : le cas de l’Égypte », Mondialisation, 24 février 2011, http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23365

4.             Ahmed Bensaada, « Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe », Op. Cit.

5.             Sheryl Gay Stolberg, « Shy U.S. Intellectual Created Playbook Used in a Revolution », The New York Times, 16 février 2011, http://www.nytimes.com/2011/02/17/world/middleeast/17sharp.html?_r=2&pagewanted=all

6.             David Caviglioli, « Le gourou des révolutions arabes », Le Nouvel Observateur, 11 mars 2011, http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110311.OBS9521/le-gourou-des-revolutions-arabes.html

7.             John Bacher, «Robert Helvey’s Expert Political Defiance », Peace Magazine, avril-juin 2003, http://archive.peacemagazine.org/v19n2p10.htm

8.             Simon Roughneen, « Gene Sharp: Why Burmese Resistance Has Failed So Far  », The Irradaway, 22 mars 2011, http://www2.irrawaddy.org/article.php?art_id=20981

9.             U.S. Department of State, « Report on Activities to Support Democracy Activists in Burma as Required by the Burmese Freedom and Democracy Act of 2003», Bureau of East Asian and Pacific Affairs, 30 octobre 2003, http://67.159.5.242/ip-1/encoded/Oi8vMjAwMS0yMDA5LnN0YXRlLmdvdi9wL2VhcC9ybHMvcnB0L2J1cm1hLzI2MDE3Lmh0bQ%3D%3D

10.         The Burma Campaign UK, « Failing the People of Burma. A call for a review of DFID policy on Burma », Décembre 2006, http://burmacampaign.org.uk/images/uploads/DFIDReview.pdf

11.         F. William Engdahl, « Burma Regime Change – The Geopolitical Stakes of the Saffron Revolution », The Market Oracle, 15 octobre 2007,  http://www.marketoracle.co.uk/Article2453.html

12.         AFP, «Aung San Suu Kyi prône une “révolution non violente” », Le Point.fr, 15 novembre 2010, http://www.lepoint.fr/monde/aung-san-suu-kyi-prone-une-revolution-non-violente-15-11-2010-1262513_24.php

13.         AFP, « Birmanie: le père d’Aung San Suu Kyi, défunt héros d’une campagne familiale », Le Figaro.fr, 28 mars 2012, http://www.liberation.fr/depeches/01012398848-birmanie-le-pere-d-aung-san-suu-kyi-defunt-heros-d-une-campagne-familiale

14.         Antoine Clapik, « Le pouvoir birman multiplie les ouvertures », Le Monde, 13 janvier 2012, http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/01/13/le-pouvoir-birman-multiplie-les-ouvertures_1629329_3216.html

15.         Le Monde.fr avec AFP, « Aung San Suu Kyi ne veut pas d’un procès contre l’ancienne junte birmane », 23 février 2012, http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/02/23/aung-san-suu-kyi-ne-veut-pas-d-un-proces-contre-l-ancienne-junte-birmane_1647176_3216.html

16.         Simon Roughneen, « Gene Sharp: Why Burmese Resistance Has Failed So Far », Op. Cit.

17.         AFP, « Aung San Suu Kyi : le “printemps arabe” est une “inspiration” pour les Birmans », L’Express, 28 juin 2011, http://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/aung-san-suu-kyi-le-printemps-arabe-est-une-inspiration-pour-les-birmans_1006924.html

«Comment voulez-vous négocier avec les Israéliens les territoires qu’ils ont spoliés? C’est comme si vous décidiez du partage d’une pizza pendant qu’Israël mange la pizza
Un négociateur palestinien

Une faute impardonnable! Günter Grass Le prix Nobel de littérature 1999 publie un poème le 4 avril où il dénonce la volonté d’Israël de frapper l’Iran d’une façon préventive en raison de ses activités nucléaires. Pour le journal Le Monde que nous avions connu autrement plus «honnête» dans l’appréciation objective des évènements du Monde, c’est un énorme scandale. Le journal Libération: « Il s’est attiré de violentes accusations d’antisémitisme avec ce poème en prose intitulé « Ce qui doit être dit », paru dans le grand quotidien de Munich Süddeutsche Zeitung. Il y dénonce un «prétendu droit à attaquer le premier», faisant allusion à l’éventualité de frappes préventives israéliennes contre Téhéran, soupçonné de développer du nucléaire militaire malgré ses dénégations. Le Nobel de littérature 1999 affirme que ce projet pourrait mener à «l’éradication du peuple iranien». Grass, qui jouit d’une grande autorité en Allemagne, évoque «cet autre pays, qui dispose depuis des années d’un arsenal nucléaire croissant – même s’il est maintenu secret», qui bénéficie de livraisons de sous-marins nucléaires qui pourraient rendre les Allemands, «déjà suffisamment accablés», complices d’un «crime prévisible». (1)

«L’Allemagne et Israël ont conclu en 2005 un contrat de vente de sous-marins conventionnels de type Dolphin, dont un sixième exemplaire doit être livré prochainement. Ces sous-marins peuvent être équipés d’armes nucléaires. Grass dénonce un «silence généralisé» sur cette question, qu’il qualifie de «mensonge pesant» parce que «le verdict d’antisémitisme tombera automatiquement» sur qui le rompra. « Pourquoi ne dis-je que maintenant (…) que la puissance atomique d’Israël menace la paix mondiale déjà fragile? «, s’interroge Grass ».

Ce fut un tollé général. Le représentant israélien a regretté que l’Etat hébreu soit «le seul pays au monde remis en cause publiquement dans son droit d’exister», et a assuré que les Israéliens «voulaient vivre en paix avec leurs voisins de la région». (1)

Pour Broder, Grass est «l’archétype de l’érudit antisémite», de l’Allemand qui, est « poursuivi par la honte et le remords». «Jamais dans l’histoire de la République fédérale, un intellectuel renommé ne s’en est pris avec autant de clichés à Israël », a renchéri l’hebdomadaire Der Spiegel dans son édition en ligne. (…) En 2006, Günter Grass, connu pour ses positions de gauche, avait admis avoir fait partie des Waffen SS dans sa jeunesse, lui qui renvoyait souvent l’Allemagne à son passé nazi et dont un des livres le plus connus, Le Tambour, est résolument contre la guerre. (1)

« Jamais dans l’histoire de la République fédérale, un intellectuel renommé ne s’en est pris avec autant de clichés à Israël », a renchéri l’hebdomadaire Der Spiegel dans son édition en ligne.

Le président de l’association israélienne des écrivains de langue hébraïque a appelé mardi ses confrères à travers le monde à dénoncer les prises de position «immorales» du prix Nobel de littérature allemand Günter Grass, qui a critiqué la politique d’Israël concernant l’Iran.

« Nous sommes heurtés par les prises de position honteuses et immorales de Günter Grass qui visent à délégitimer Israël et le peuple juif, et appelons les écrivains à travers le monde à les dénoncer », a affirmé à l’AFP Herzl Hakak.

On le voit on tire à vue sur tout ce qui peut remettre en question,  le bien fondé de l’action d’Israël qui –au nom d’une faute originelle de cet Occident- doit toujours avoir raison  Souvenons-nous, pour notre part  de l’ostracisme de tous ceux qui ne sont pas aux petits soins avec l’Etat d’Israël. A titre d’exemple, la grande journaliste américaine Helen Thomas, qui avait «couvert» tous les présidents depuis Kennedy, bénéficiait d’un statut particulier à la Maison-Blanche, un siège lui étant même réservé au premier rang de la salle de briefing. A l’occasion de la Journée de célébration de l’héritage juif à la Maison Blanche, Thomas, interrogée sur la situation en Israël, avait déclaré: Ils (les Juifs d’Israël) devraient foutre le camp de Palestine. N’oubliez pas que ces gens (les Palestiniens) sont occupés et que c’est leur terre. Ce n’est pas l’Allemagne ou la Pologne. (…) Ils devraient retourner chez eux. En Pologne, en Allemagne.. Aux États-Unis et partout ailleurs.» Ce fut là aussi le scandale, tout le monde lui est tombé dessus. Elle fut remerciée et devint progressivement invisible dans les médias.

Cet Iran diabolisé mérite-t-il d’être attaqué?

  Nous nous souvenons comment les propos d’Ahmadindjad furent déformée à dessein;

« Israël lui fait-on dire, doit être rayé de la carte». Personne n’a vérifié la traduction exacte de son discours en persan. L’occasion était trop bonne de désigner à la vindicte publique occidentale celui qui menace «un petit pays qui ne demande qu’à vivre en paix». Les termes exacts qu’aucun média occidental n’a voulu reprendre pour la vérité sont: «Comme l’a dit l’imam Khomeiny, le régime israélien doit disparaître des pages du temps». Nous le voyons, il ne s’agit nullement d’un «holocauste» mais du régime installé en Israël. Les juifs pour leur part vivent en paix, ont même un député au Parlement iranien et ne songent pour leur grande majorité nullement à émigrer en Israël malgré toutes les sollicitations pour une «Alya». La vérité est que le petit David dispose de 300 têtes nucléaires contre un Goliath avec des arbalètes.»

Pour justement, dire quelque mots des religions en Iran, écoutons le professeur Pierre Piccinin nous parler des chrétiens iraniens:

« Dans un article intitulé «SOS Chrétiens» et publié dans Le Point et La Libre Belgique, le philosophe français Bernard-Henri Lévy incrimine l’Iran, pays où «les derniers catholiques, malgré les dénégations du régime, (…) sont, en pratique, interdits de culte». Il y apparaît clairement, d’une part, que le souci de Monsieur Lévy est, en évoquant les récentes attaques qui ont visé les Chrétiens au Moyen-Orient, de discréditer l’Islam et, d’autre part, que ses «informations» concernant l’Iran sont en tous points erronées, puisque les communautés chrétiennes, dans ce pays, jouissent en réalité d’une complète liberté de culte, comme nous avons pu le constater lors de notre présence en Iran, en juillet dernier. Ceux qui colportent des «informations» contraires ou bien ne connaissent pas la réalité du terrain et ne savent pas de quoi ils parlent, ou bien, volontairement, désinforment l’opinion en propageant des mensonges de manière éhontée. Dans les deux cas, ils participent à la diabolisation de l’Iran, leitmotiv du moment, par une manipulation qui confine à la propagande, dans le contexte international que l’on sait. (…) Tout récemment encore, une cinquantaine de Chrétiens syriaques catholiques étaient massacrés dans leur cathédrale, à Bagdad.» (2)

« En revanche, parmi ces Etats musulmans, l’Iran fait figure d’exception. Bien que République islamique, l’Iran n’a en effet aucune politique d’hostilité à l’égard des Chrétiens et abrite d’ailleurs de vastes communautés chrétiennes: un peu plus de deux cent cinquante mille Chrétiens, majoritairement catholiques arméniens, y vivent en sécurité et pratiquent ouvertement leur religion, à condition de ne pas faire de prosélytisme. C’est ce que nous avons pu constater, il y a quelques mois, à travers les nombreux contacts que nous avons pris en parcourant l’Iran durant plusieurs semaines.(…) A Ispahan, troisième ville d’Iran en importance, la communauté catholique arménienne ne possède pas moins de douze églises, avec pignon sur rue, dont la plus ancienne, la cathédrale Saint-Sauveur, date du XVIe siècle. Elle est en outre flanquée d’un grand musée dédié à la communauté arménienne et où la mémoire religieuse occupe une place non négligeable. (…) L’Iran chiite respecte ainsi à la lettre les injonctions du Coran, qui oblige tout Musulman à protéger les «gens du Livre», Chrétiens et Juifs, ces derniers, au nombre de vingt-cinq mille environ, bénéficiant en Iran des mêmes droits que les Chrétiens. Bref, au Moyen-Orient, en matière de liberté de culte et de protection des minorités religieuses, le pays des Ayatollahs, pourtant régulièrement diabolisé, pourrait donner bien des leçons aux grands alliés de l’Occident.»(2)

Günter Grass est un iconoclaste né en 1927 à Dantzig, il avait 12 ans au déclenchement de la guerre et fut embrigadé dans les jeunesses en 1937, dans la Jungvolk, subdivision de la Jeunesse hitlérienne, il s’engage dans le service armé, est affecté à une batterie antiaérienne comme auxiliaire de la Luftwaffe, puis au Service du travail du Reich, avant son incorporation comme «fantassin porté» dans la Waffen SS, en 1942. Le mot a une charge qui n’est pas seulement symbolique, et Grass ne cherche pas à éluder sa responsabilité: « Même si j’ai dû, dit –il  me sortir de la tête l’idée d’une complicité active, il subsiste jusqu’à aujourd’hui ce résidu qui n’est toujours pas liquidé et que l’on appelle trop couramment «coresponsabilité».Grass a fait ce qu’ont fait des milliers d’autres garçons de son âge dans une époque tourmentée. Pour Israël, Gunter Grass est un nazi qui a débuté sa carrière à l’âge de 10 ans dans la Jungvolk!!!!

Est-ce que Gunter Grass a raison quand il dit que la politique d’Israël déstabilise le Monde ? Oui si l’on croit un sondage il y a quelques années, +de 60% des citoyens européens avaient en effet identifié Israël comme la plus grave menace pour la paix dans le monde. Günther Grass pointe tout particulièrement le silence de l’Allemagne, «culpabilisée par son passé nazi», qui refuserait de voir le danger constitué par l’arsenal nucléaire israélien. Un arsenal «maintenu secret» – alors que l’Allemagne participe à son équipement et qui «menace la paix mondiale déjà si fragile», insiste l’écrivain. «Il réclame aussi la création d’une agence» internationale pour contrôler les armes atomiques israéliennes, tout comme l’Aiea le fait pour les activités nucléaires iraniennes.

Que pensent les intellectuels israéliens du poème de Günter Grass? 

Nous avons d’abord, la réaction des «intellectuels organiques» au sens d’Antonio Gramsci pour qui Günter Grass doit être cloué au pilori qui vont jusqu’à faire injonction au Comité Nobel de lui retirer le prix Nobel. En effet, le président de l’association israélienne des écrivains de langue hébraïque, Herzl Hakak, a déclaré qu’il entendait demander au Comité Nobel de s’exprimer sur l’affaire. «Il ne s’agit pas de politique, mais de morale, car Grass est complice d’une opération de blanchiment des déclarations génocidaires des dirigeants iraniens.» (3)

La réaction ne s’est pas fait attendre: «En ce qui concerne le débat provoqué par le poème de Günter Grass +Was gesagt werden muss+ (Ce qui doit être dit, ndlr), je voudrais souligner que M. Grass a reçu le prix Nobel en 1999 pour son mérite littéraire et son mérite littéraire uniquement, ce qui est le cas de tous les lauréats», explique M.Englund. Lundi, a annoncé mardi son Secrétaire permanent Peter Englund. «Il n’y a pas, et il n’y aura pas, de discussions à l’Académie suédoise pour lui retirer son prix», écrit M.Englund sur son blog (akademiblogg.wordpress.com/).

« A l’autre bout du curseur, des intellectuels courageux à l’image de Gédéon Levy qui écrit dans le journal de gauche H’aaretz: «Le dur poème de Gunter Grass, dont certaines parties sont exaspérantes, a bien sûr immédiatement déclenché une vague de calomnies contre lui et surtout contre son auteur. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a mentionné le passé nazi de Grass, et l’ambassade israélienne en Allemagne est allé jusqu’à déclarer, ridiculement, que le poème signifie «l’antisémitisme dans la meilleure tradition européenne des diffamations sanglantes avant la Pâque».

« Sa position contre l’énergie nucléaire israélienne est également légitime. Il peut également s’opposer à la fourniture des sous-marins à Israël, mais Grass a exagéré, inutilement et de façon qui a terni sa propre position. C’est peut-être son âge avancé et son ambition d’attirer un dernier tour de l’attention, et peut-être les mots sortirent tout à coup comme une cascade, après des décennies pendant lesquelles il était presque impossible de critiquer Israël en Allemagne. Ce poème a été publié quelques semaines seulement après l’autre Allemand de premier plan, le président du Parti social-démocrate, Sigmar Gabriel, qui a écrit qu’il y a un régime d’apartheid, à Hébron. Il a également suscité des réponses de colère. Il est donc préférable d’écouter les déclarations et, surtout, enfin, de lever l’interdiction de critiquer Israël en Allemagne.»(4)

« Israël a beaucoup d’amis en Allemagne, plus que dans la plupart des pays européens. Certains d’entre eux nous soutiennent aveuglément, certains amis ont un sentiment de culpabilité justifié et certaines critiques d’Israël sont vraies. Mais une situation dans laquelle tout Allemand qui ose critiquer Israël est instantanément accusé d’antisémitisme est intolérable. (…) Pendant des années, tout journaliste qui a rejoint Axel Springer l’immense empire allemand des médias devait signer un engagement à ne jamais rien écrire qui jette le discrédit sur le droit d’Israël à exister. Günter Grass n’est pas le seul. Une autre figure majeure, le grand auteur José de Sousa Saramago a dans ses dernières années, après une visite dans les territoires occupés, comparé ce qui se passait là-bas à Auschwitz. Comme Grass, Saramago est allé trop loin, mais ses remarques sur les Israéliens auraient dû être entendues: «Vivre à l’ombre de l’Holocauste et attendre le pardon pour tout ce qu’ils vont faire au nom de leur souffrance semble grossier. Ils n’ont rien appris de la souffrance de leurs parents et leurs grands-parents. «… Ils ne sont pas antisémites, ils expriment l’opinion de beaucoup de gens. Au lieu de les accuser nous devrions réfléchir à ce que nous avons fait qui les a amenés à l’exprimer.» (4)

On le voit,  il y a de l’espoir par cette prise de conscience des intellectuels israéliens  qui sont l’honneur  d’Israël .  Il reste cependant  du chemin avant que la paix ne règne, mais dans toute cette affaire, il faut bien qu’un jour les juifs du monde entier comprennent que tous les arsenaux du monde ne pourront pas donner la paix à Israël Que rayer de la carte l’identité palestinienne s’apparente à une Shoah. Que le problème est un problème de justice. Les Palestiniens si mal représentés actuellement parlent de Nekba (la grande catastrophe». Le vrai débat éludé par les médias occidentaux bien tenus en main est en définitive,  la restitution de leur dignité aux Palestiniens. Cette dignité qui  passe entre autre,  par la  restitution des 18 % de  ce qui leur reste de  leur Palestine originelle

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Notes

1. http://www.liberation.fr/monde/01012400456-gunter-grass-defend-l-iran-face-a-israel-tolle-en-allemagne

2. Pierre Piccinin Professeur Website: http://pierre.piccinin-publications.over-blog.com  

3. http://www.lepoint.fr/culture/l-academie-suedoise-exclut-de-retirer-le-nobel-a-gunter-grass-10-04-2012-1450090_3.php

4. http://www.haaretz.com/opinion/israelis-can-be-angry-with-gunter-grass-but-they-must-listen-to-him-1.423194  
Gideon Levy Les Israéliens peuvent être en colère avec Günter Grass, mais ils doivent l’écouter.

Le premier président de l’Algérie indépendante (1963-1965) Ahmed Ben Bella s’est éteint en ce 11 avril 2012 à l’âge de 96 ans. A l’heure de son décès nous rediffusons l’entretien qu’il nous avait accordé à Genève le 16 avril 2006.

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Ahmed Ben Bella

Ahmed Ben Bella est une des hautes figures du nationalisme arabe. Il fut l’un des neufs membres du Comité révolutionnaire algérien qui donna naissance au Front de Libération Nationale (FLN). Arrêté par l’occupant français en 1952, il s’évade. Arrêté de nouveau en 1956, avec cinq autres compagnons, il est détenu à la prison de la Santé jusqu’en 1962. Après la signature des accords d’Évian, il devient le premier président élu de l’Algérie indépendante.

Sur le plan intérieur, il mène une politique socialiste caractérisée par un vaste programme de réforme agraire. Sur le plan international, il fait entrer son pays à l’ONU et l’engage dans le mouvement des non-alignés. Son influence grandissante dans la lutte contre l’impérialisme conduisent de grandes puissances à favoriser son renversement par un coup d’État militaire. Il est placé en résidence surveillée de 1965 à 1980. Depuis lors, il s’est tenu à l’écart des affaires intérieures de son pays, mais continue à jouer un rôle international, notamment en tant que président de la Campagne internationale contre l’agression en Irak.

Alors que se développe en France un débat malsain sur les bienfaits de la colonisation et sur la responsabilité des Arabes dans le blocage de leurs sociétés, le président Ahmed Ben Bella rappelle quelques vérités historiques : l’illégitimité de la domination d’un peuple sur un autre -que ce soit hier en Algérie ou aujourd’hui en Palestine-, la réalité mondiale -et non pas arabe- de la colonisation et des luttes de libération nationale, l’ingérence occidentale pour renverser les gouvernements nationalistes et révolutionnaires du Sud et maintenir les séquelles de la colonisation. Acteur central de bouleversements historiques, il répond aux questions de Silvia Cattori.

Silvia Cattori : Quand vous n’êtes pas en voyage, résidez-vous en Suisse ?

Ahmed Ben Bella : Non, je vis en Algérie, mais je viens souvent en Suisse. J’ai vécu ici durant dix ans, après mes démêlés avec le pouvoir des militaires algériens. En Algérie je suis assailli par les journalistes. Donc, quand j’ai besoin de prendre un peu de repos et de recul avec ce qui se passe là bas, je viens ici où j’ai gardé un petit appartement. Vous savez, j’ai quatre-vingt dix ans !

S.C.- Vous avez l’air d’un jeune homme ! Savez-vous, M. Ben Bella, que vous avez imprimé une très belle image dans le cœur des gens partout dans le monde ?

Ahmed Ben Bella : (Rire) J’ai eu une vie un peu spéciale, il est vrai. J’ai participé à la libération de mon pays. J’ai été l’un des organisateurs de sa lutte de libération. J’ai participé également de façon active à toutes les luttes de libération.

S.C.Vous êtes d’origine arabo-marocaine. Quel lien gardez-vous avec vos racines rurales ?

Ahmed Ben Bella : Oui, je suis Algérien d’origine marocaine par mes parents, mais toute ma vie c’est l’Algérie. Je suis né là-bas. Je suis un fils de paysans pauvres venus très jeunes vivre en Algérie. Je n’ai vu que récemment l’endroit où ils sont nés, dans les environs de la ville de Marrakech.

S.C.En venant à vous, j’ai l’impression d’aller à la rencontre des peuples et des causes pour lesquels vous vous êtes battu toute votre vie. C’est très émouvant de s’entretenir ici de votre combat pour créer un monde plus humain, plus juste. N’incarnez-vous pas tout cela ?

Ahmed Ben Bella : Oui, ma vie est une vie de combat ; je puis dire que cela ne s’est jamais arrêté un seul instant. Un combat que j’ai commencé à l’âge de 16 ans. J’ai 90 ans et ma motivation n’a pas changé : c’est la même ferveur qui m’anime.

S.C.- En 1962, vous accédez aux plus hautes charges de l’Algérie indépendante. Tous les espoirs sont ouverts. De l’Algérie colonisée à sa libération, de la scène politique internationale au combat altermondialiste, vous avez payé cher le prix de votre insoumission.

Ahmed Ben Bella : Oui j’ai payé très cher mon combat pour la justice et la liberté des peuples. Mais voilà, j’ai fait ce que j’ai ressenti comme un devoir, une obligation. Donc, pour moi le choix n’a pas été difficile. Quand je me suis engagé dans la lutte pour mon pays, j’étais très jeune. Mes horizons se sont ouverts. Je me suis très vite rendu compte que les problèmes allaient au-delà de l’Algérie, que la colonisation touchait quantité de peuples, que les trois quart des pays de la planète étaient colonisés d’une façon ou d’une autre. L’Algérie était alors, pour les Français, un département d’outre mer, c’était la France de l’autre coté de la méditerranée. La colonisation par la France en Algérie a duré longtemps : 132 ans. J’ai participé à cette lutte-là en Algérie. Tout de suite après l’indépendance, je me suis associé à tous ceux qui, dans le monde, se battaient eux aussi pour libérer leur pays. Il y a donc eu cette phase de la lutte de libération nationale à laquelle j’ai participé de façon totale. En Tunisie, au Maroc, au Vietnam, l’Algérie était devenue un peu la mère des luttes de libération ; les soutenir était donc pour nous une tâche sacrée. Quand quelqu’un venait nous demander de l’aide, c’était sacré. On ne réfléchissait même pas. On les aidait, alors même que nous n’avions que peu de moyens ; on leur offrait des armes, un peu d’argent et, le cas échéant, des hommes.

S.C.- En 1965, ce ne sont pas les Français qui vous emprisonnent, ce sont vos frères d’armes. Que ressentez-vous, aujourd’hui, à l’égard de ceux qui vous ont brutalement barré la route ?

Ahmed Ben Bella : Je ne ressens pas de mépris, je ne ressens pas de haine. Je pense qu’ils ont participé à quelque chose qui n’était pas très propre et qui a été très dommageable, non seulement pour le peuple algérien, mais également pour les autres peuples qui comptaient alors sur notre soutien. Mon combat pour apporter de meilleures conditions de vie aux Algériens, alors plongés dans une grande misère, et mon combat pour aider les autres peuples encore colonisés à recouvrer leur liberté, dérangeait fort certains pouvoirs. De leur point de vue j’allais trop loin. Je devais disparaître. Ceci pour dire que, si l’armée algérienne ne m’avait pas renversé, d’autres l’auraient fait. Je devais disparaître, parce que je devenais trop gênant. J’abritais pratiquement tous les mouvements de libération, y compris ceux venus d’Amérique latine.

S.C.- Etiez-vous déjà en contact avec Fidel Castro ?

Ahmed Ben Bella : Oui, le Che était venu à Alger m’apporter le message de Fidel Castro que j’avais rencontré deux fois. Il nous demandait de soutenir les luttes qui se développaient en Amérique du Sud, car Cuba ne pouvait rien faire ; elle était sous le contrôle des États-Unis qui occupaient la baie de Guantanamo. Rien ne pouvait donc sortir de Cuba, même pas une boîte d’allumettes, sans que les États-Unis le sachent. Je n’ai pas hésité une seconde. C’est depuis l’Algérie, et avec la participation du Che, qui est resté chez nous durant six mois, que s’est créé l’État major de l’armée de libération de l’Amérique du sud. Je peux le dire maintenant : tous les combattants qui participaient à la lutte de libération en Amérique du Sud sont venus en Algérie ; c’est de là que tout ceux qui luttaient sont partis. On les a entraînés, on s’est arrangé pour que les armes arrivent chez eux, on a créé des réseaux.

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Ahmed Ben Bella recevant Ernesto che Guevara

S.C.- En quelle année Che Guevara est-il venu en Algérie ?

Ahmed Ben Bella : Le Che est venu en 1963, peu après mon arrivée au pouvoir. Avec mon gouvernement, nous nous sommes engagés à apporter notre aide aux luttes de libération nationale. À ce moment-là, de nombreux pays étaient encore colonisés ou sortaient à peine de la colonisation. Toute l’Afrique pratiquement était dans ce cas. Nous l’avons soutenue. M. Mandela et M. Amilcar Cabral sont venus eux aussi en Algérie. C’est moi qui les ai entraînés ; ensuite ils sont repartis mener la lutte de libération chez eux. Pour d’autres mouvements, qui n’étaient pas engagés dans la lutte armée ou qui n’avaient besoin que d’un soutien politique, comme le Mali, nous les aidions sur d’autres plans.

S.C.- Qui vous a écarté précisément en 1965 ? L’armée algérienne ou des forces extérieures ?

Ahmed Ben Bella : Je suis certain que, indirectement, il y a eu l’intervention de puissances étrangères. Nous avons vu ailleurs les mêmes mécanismes. Partout où les luttes de libération nationale ont triomphé, une fois le pouvoir constitué, il y a eu des coups d’État militaires qui ont renversé leurs dirigeants. Cela s’est produit maintes fois. En deux ans, y a eu 22 coups d’État militaires, essentiellement en Afrique et dans le tiers-monde. Le coup d’État d’Alger, en 1965, est celui qui a ouvert la voie. L’Algérie n’a donc été que le début de quelque chose qui était en germe : c’est pourquoi je dis que c’est le système capitaliste mondial qui finalement a réagi contre nous.

S.C.- Êtes-vous marxiste ?

Ahmed Ben Bella : Je ne suis pas marxiste, mais je me situe résolument à gauche. Je suis arabe musulman, orienté très à gauche dans mon action, dans mes convictions. C’est pourquoi, même si je ne partage pas la doctrine marxiste, je me suis toujours trouvé aux côtés de tous les mouvements de gauche dans le monde et des pays socialistes qui, comme Cuba, la Chine, l’URSS, ont mené le combat anticolonialiste et anti-impérialiste. C’est avec eux que nous avons constitué un front de libération et apporté notre appui logistique aux armées populaires pour aider leurs pays à sortir du colonialisme et instaurer un régime intérieur national. C’était la phase de liquidation du colonialisme. Le colonialisme est une idée qui est née en Occident et qui a conduit les pays occidentaux – comme la France, l’Italie, la Belgique, la Grande Bretagne – à occuper des pays hors du continent européen. Un colonialisme dans sa forme primitive, c’est-à-dire par l’installation à demeure de pouvoirs étrangers répressifs, avec une armée, des services, des polices. Cette phase a connu des occupations coloniales cruelles qui ont duré jusqu’à 300 ans en Indonésie.

S.C.- Après cette phase, n’étiez-vous pas actif dans le mouvement des pays non alignés ?

Ahmed Ben Bella : Il n’y a plus de pays non alignés. Ce mouvement a été créé par des hommes de très grande qualité tels Nehru, Mao Tsé-toung, Nasser et d’autres grands noms ; à une époque surtout où il y avait le risque d’une guerre atomique. C’était l’affrontement entre l’URSS et les États-Unis. Nous étions au bord de la guerre nucléaire. Les pays non alignés ont joué un rôle important pour l’empêcher. Ce mouvement a duré un certain nombre d’années. Mais le système a fini par avoir raison de lui.

S.C.- Par la suite, n’avez-vous pas joué un rôle important dans le développement du mouvement altermondialiste ?

Ahmed Ben Bella : Le système mondial qui préside à tout ce dont nous avons parlé, a inventé une autre forme de domination : la « mondialisation ». « Mondialisation » est un mot très beau en soi. Un mot qui peut unir, amener la fraternité entre les peuples. Or, le mot « mondialisation » tel qu’il a été conçu, est un mot qui fait très mal. Un mot qui a amené à la mondialisation de la misère, de la mort, de la faim : 35 millions de personnes meurent de malnutrition chaque année. Oui, ce serait un très beau mot, si l’on avait mondialisé le bien, apporté le bien être pour tous. Or, c’est tout le contraire. C’est une globalisation perverse ; elle mondialise le mal, elle mondialise la mort, elle mondialise la pauvreté.

S.C.- La mondialisation n’a-t-elle eu que des effets pervers ?

Ahmed Ben Bella : Le seul avantage que nous en avons retiré est que nous sommes aujourd’hui mieux informés qu’hier. Nul ne peut plus ignorer le fait que ce système amène à l’extension de la faim. Des richesses ont été créées, mais ce sont des richesses factices. Ce sont des multinationales, comme General Motors et Nestlé, ce sont de grands groupes industriels qui pèsent, sur le plan monétaire, beaucoup plus que de grands pays comme l’ Égypte. Si on se base sur ses gains, General Motors, par exemple, est quatre fois plus riche que l’Égypte, qui est un pays de 70 millions d’habitants, le pays des Pharaons, un pays extraordinaire, le pays arabe le plus éduqué ! Cela vous donne une image de ce que signifie le mot « mondialisation ». Voilà pourquoi j’ai combattu ce système qui favorise des groupes qui représentent, sur le plan monétaire, beaucoup plus qu’un grand pays et génèrent tant d’inégalités. Voilà pourquoi nous devons, nous autres, favoriser une meilleure compréhension des problèmes, qui ont été compliqués à souhait, mais qui sont finalement l’expression d’une seule chose : la mise en place d’un système inhumain.

S.C.- Malgré la volonté clairement exprimée, en 2003, par les trois quarts des peuples de la planète, les mouvements progressistes n’ont pas réussi à empêcher la guerre. N’avez-vous pas, parfois, le sentiment, que ceux qui sont à la direction des mouvements, ont manqué une marche ; ou carrément fait fausse route pour n’avoir pas su identifier les vraies motivations de l’adversaire ?

Ahmed Ben Bella : Moi qui suis un homme du sud, je constate que quelque chose a changé dans le nord, qui est très important à relever. Ce qui a changé précisément dans cette aire dite avancée du nord, qui nous a fait la guerre, qui nous a colonisés, qui nous a fait des choses terribles, est qu’il y a aujourd’hui une opinion qui s’exprime, qu’il y a des jeunes qui disent « assez ». Ceci indique que ce système mondial pervers ne frappe plus seulement le sud mais aussi le nord. Par le passé on parlait de pauvreté, de misère uniquement dans le sud. Il y a maintenant beaucoup de misère, beaucoup de maux qui font des victimes dans le nord également. Cela est devenu manifeste : ce système mondial n’est pas fait pour servir le bien de tous, mais pour servir des sociétés multinationales.

Donc, à l’intérieur de ce nord, que nous avons tellement combattu, il y a maintenant un mouvement, il y a toute une jeunesse qui veut agir, qui descend dans la rue, qui proteste, même si la gauche n’a pas su donner, à ces jeunes qui veulent des changements, les clés de la solution. Cela s’est toujours passé ainsi : tout mouvement commence de cette façon. Le mouvement de libération que j’ai conduit en Algérie, l’organisation que j’ai créée pour combattre l’armée française, était au départ un petit mouvement de rien du tout. Nous n’étions que quelques dizaines à travers toute l’Algérie, un territoire qui représente cinq fois la France.

S.C.- Qu’ont-elles obtenu, ces générations de jeunes qui ont mis tant d’espoir dans Attac, par exemple, qui propose de « réformer la mondialisation » ! Mais n’eut-il a pas fallu refuser son principe même et adopter des mesures plus radicales, face à la radicalité du système dit libéral ?

Ahmed Ben Bella : Les gens de gauche, une fois au pouvoir, ne sont pas différents de ceux des autres partis. En ce qui concerne l’Algérie, nous avons essayé de travailler avec la gauche française. Or nous n’avons pas connu de pire pouvoir que celui exercé par le parti socialiste français. La pire des choses qui nous soit arrivée ce fut avec les socialistes. Aucun pouvoir politique auparavant ne nous avait combattus aussi durement que celui du socialiste Guy Mollet. Je vous parle de faits précis. Je parle de ce que j’ai connu. J’étais à la tête du FLN quand le gouvernement de Guy Mollet – après avoir compris que la France ne pourrait se maintenir en Algérie – a contacté Gamal Abdel Nasser pour qu’il nous demande si nous étions prêts à discuter avec eux. C’est ce que j’avais toujours prévu ; qu’un jour il allait falloir s’asseoir autour d’une table et définir la meilleure façon pour l’Algérie de devenir totalement indépendante. C’était le but que nous recherchions : redevenir libres, ne plus vivre sous la férule d’un système oppressif. J’ai dit oui, que j’étais prêt à négocier, à condition que ce soit eux, les Français, qui en fassent la demande. C’était important, car c’est toujours celui qui est le plus faible qui demande à négocier. J’ai exigé que les négociations se déroulent en Égypte. Les négociations ont duré six mois. Nous sommes arrivés à une solution. Avec ce bout de papier en poche, en septembre 1956, je suis allé informer Mohammed V, le roi du Maroc. Il s’était impliqué dans cette lutte, il nous avait aidés, y compris militairement. Puis, alors que nous nous rendions en Tunisie, où nous voulions également informer les autorités, notre avion a été pris en chasse par l’aviation française. C’était le premier détournement d’avion de l’histoire. Il y avait, dans cet avion, les deux tiers des dirigeants de la révolution algérienne. Ils voulaient nous liquider tout de suite. C’est un miracle si nous avons échappé à la mort. Tout ceci pour vous dire ce que je pense des socialistes : c’était Guy Mollet qui, à peine avait-il signé un engagement, le trahissait. Je pourrais dire la même chose du gouverneur Lacoste, c’était un socialiste lui aussi. Non, les partis de gauche ne nous ont pas soutenus, au contraire. Quoi qu’il en soit, c’est la gauche qui nous intéressait et c’est avec elle que je continue de me battre. Je suis un homme de gauche.

S.C.- Alors quand vous côtoyez les représentants de l’internationale socialiste, sur les podiums des Forums sociaux, vous arrive-t-il de vous dire qu’ils sont là pour leur prestige personnel avant tout ?

Ahmed Ben Bella : Oui il m’arrive de penser qu’ils ne sont pas sérieux. Moi je veux vraiment le changer ce monde. Je veux que ce monde change. Pour changer les choses, nous avons besoin de gens sincères et désintéressés, avant tout.

S.C.- Vous croyez en la nécessité d’un changement ?

Ahmed Ben Bella : Oui, depuis ma prime jeunesse je crois en cette nécessité. Je reviens sur ce que vous disiez. Ce qui personnellement m’amène à avoir une certaine confiance en l’avenir. Je veux parler de ce que j’observe ici, en Occident. Je suis convaincu que le système libéral n’a pas d’avenir. Ces jeunes, ces lycéens que j’ai vu descendre dans les rues, qui n’ont rien que leur idéal de justice ; ces jeunes qui manifestent, qui sont en quête d’autres valeurs, j’aimerais leur dire : « J’ai commencé comme cela, quand j’avais votre âge, par de petits pas. Et peu à peu c’est tout un peuple qui m’a suivi. » Quand je vais à des manifestations, je les observe, je parle avec eux, je vois que ce sont eux qui ont les cartes en mains.

S.C.- La question se pose avec insistance : les dirigeants des mouvements anti-impérialistes n’ont-ils pas ménagé Israël, un État idéologiquement et législativement raciste qui mène depuis sa création une politique d’épuration ethnique en Palestine ? Par conséquent, ils ont mal orienté des générations de jeunes, faussé le débat, pendant qu’Israël était très actif aux côtés des États-Unis pour combattre le communisme, combattre Nasser et le nationalisme arabe, soutenir des régimes affreux ?

Ahmed Ben Bella : Ces questions sont aujourd’hui sur la table, elles font débat. Nous ne voulons pas d’une solidarité biaisée. Nous ne voulons pas d’un État qui, comme Israël, soit l’outil préféré de ce système global cruel conduit par les États-Unis, qui pratiquent une politique qui a déjà fait tellement de mal. Pour nous, il y a double trahison. La trahison, d’abord, de ceux qui, dans le camp de la gauche, auraient dû se trouver à nos côtés, loyaux à la cause palestinienne et arabe, et qui ne l’ont pas été. La trahison, ensuite, de tous ces juifs avec qui nous nous sentons proches, avec qui nous avons des ressemblances, et avec lesquels nous vivions en parfaite harmonie. Les Arabes et les juifs sont des cousins. Nous parlons la même langue. Ils sont sémites comme nous. Eux ils parlent l’Araméen, nous parlons l’Araméen. L’Araméen comporte plusieurs branches : l’Ethiopie parle Araméen, l’Erythrée parle Araméen, les gens de confession juive parlent l’Araméen, les arabes parlent l’Araméen. C’est cela qui nous fait très mal : c’est de nous savoir trahis par ceux qui sont si près de nous, par des gens qui sont nos cousins, qui nous ressemblent et qui parlent Araméen comme nous. L’antisémitisme, nous le connaissons ; nous sommes sémites. J’ajoute à cela que, même leur prophète est notre prophète. Moïse et Jésus Christ sont des prophètes chez nous.

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Ahmed Ben Bella et Gamal Abdel Nasser

S.C.- Depuis la fin du multilatéralisme, l’ONU est mise sous la coupe de Washington et des néo-conservateurs. Tout pays arabe qui ne se soumet pas à leurs diktats est mis au ban des nations. Comment jugez-vous cette situation ? Comment en sortir ? Aussi, confronté a l’unilatéralisme israélien, le Hamas n’est-il pas condamné à échouer, et à renoncer à ce pourquoi son peuple se bat depuis 60 ans ?

Ahmed Ben Bella : Je pense que le Hamas est caractéristique de ce qui se passe chez nous, de cette dimension qui maintenant prend une forte couleur religieuse, qui endosse l’Islam. Je suis un Arabe musulman, je ne voudrais pas vivre dans un pays dirigé par un intégrisme islamique. Mais je vous parle très franchement : je ne les blâme pas. Parce que ce besoin de religion a été créé par les distorsions du système capitaliste. C’est à force de nous faire du mal que, finalement, au lieu d’avoir face à eux un mouvement, oui, qui endosse l’arabité, qui endosse la culture et reste ouvert, les extrémistes, Israël et les États-Unis, se retrouvent face à cette dimension. Ce sont eux qui ont créé cette situation.

S.C.- Vous ne voulez pas de réponse religieuse ?

Ahmed Ben Bella : Je suis musulman, mais je ne souhaite pas que la réponse soit religieuse. Ce n’est pas le fait religieux en soi que je récuse, non, mais le fait que l’on puisse faire une lecture qui ne va pas dans le sens de la rénovation de l’Islam, que l’on puisse faire une lecture rétrograde de l’Islam ; alors que dans l’Islam nous avons l’avantage de croire aux deux religions : la religion juive et la religion chrétienne. Pour nous Mohammed n’est que le continuum de Jésus Christ et de Moïse.

S.C.- Les musulmans n’ont-ils pas pris la tête de la résistance anticoloniale aujourd’hui ? N’y a-t-il pas lieu de reconnaître que ce ne sont pas les valeurs de l’Occident que les arabo-musulmans combattent, mais sa politique agressive ? Le Hezbollah, par exemple, qui a si mauvaise presse chez nous, n’a-t-il pas fait reculer l’impérialisme américain et israélien au Liban ? Les progressistes ne devraient-ils pas surmonter leurs préjugés à l’égard des musulmans, les considérer comme un élément dynamique dans la lutte contre l’oppression et les soutenir ?

Ahmed Ben Bella : Oui, oui. Là il y a un problème d’éducation. Il appartient à ceux qui sont à la direction des partis progressistes de répondre de façon correcte à des situations données. Or ce n’est pas le cas. Nous avons un drapeau, nous avons un hymne national, le reste ce sont les Occidentaux, toutes tendances confondues, qui le décident à notre place. Tout cela, enrobé avec de jolis mots, sous couvert de l’aide d’organismes comme la Banque mondiale et le FMI, qui ne sont rien d’autre que des instruments de torture créés par l’Occident pour continuer sa domination. Ce qui signifie que nous sommes sortis d’un système de colonialisme direct en échange de quelque chose qui parait meilleur, mais qui ne l’est pas. Toutefois, je vous le redis, j’ai cet espoir que dans ce nord qui nous a déjà fait tant de mal, sa jeunesse est en train de prendre la mesure de cette logique de domination qui crée de plus en plus de pauvreté aussi bien au nord qu’au sud. Même si ce n’est pas la même domination que celle qui s’applique au sud, c’est une situation d’indigence qu’aucun être libre ne peut accepter. Combien de gens ne sont-ils pas livrés au chômage, à la pauvreté, à la rue ? C’est cela, peut-être, qui finira par inciter les peuples du nord à changer d’optique et à s’associer de manière franche avec nous.

S.C.- Mais nous ne voyons pas aujourd’hui grand monde, en Occident, protester contre les atrocités commises en Irak, en Palestine, en Afghanistan. N’avez-vous pas l’impression qu’il y a tellement de préjugés, savamment entretenus, vis-à-vis des arabes et des musulmans – y compris dans les organisations anti-guerre – que soutenir leur résistance, est une idée très éloignée d’eux ?

Ahmed Ben Bella : C’est vrai, les partis de gauche que l’on attendait ne sont pas au rendez-vous ; ils se sont braqués là dessus. Dès que l’on parle de l’Islam, ils vous opposent Ben Laden. Je ne voudrais pas vivre dans sa république, mais je ne le critique pas. Quand je vois ce que Bush fait, je ne me permets pas de critiquer Ben Laden. Je vous le dis franchement : les attaques contre les tours de New York, je ne les ai pas condamnées. Je condamne Bush, je condamne le gouvernement américain, parce que je considère que Ben Laden est le fruit de leur politique. Ils ont fermé toutes les portes du dialogue aux arabo-musulmans. Ils leur ont fait croire durant des décennies que, s’ils faisaient ceci ou cela, l’Occident rendrait justice en Palestine. Or, Israël et ses alliés n’ont jamais voulu la paix chez nous. Israël n’a cessé de faire la guerre et de terroriser nos peuples. Ben Laden est indirectement la création de Bush et d’Israël. Ces deux États sèment la mort et la haine au Moyen-Orient et dans le monde : ils ne nous ont laissé aucune autre alternative que celle de la confrontation violente. Tous ces mouvements radicaux, qualifiés de « terroristes », « d’intégristes », sont nés pour répondre aux terroristes qui, à Tel Aviv et Washington, mènent des guerres de destruction des peuples arabes. Quels choix ont-ils, ces peuples qu’ils bombardent avec une telle sauvagerie ? Face aux armées modernes, ils n’ont d’autres armes que de sacrifier leur vie en se faisant exploser, voilà. Dans le Coran on appelle cela « shahâdah ». C’est une idée extraordinaire qui s’exprime dans ce mot. C’est un état de désespoir, où celui qui l’éprouve, en arrive à ne plus supporter de vivre. Il se sacrifie, non pas pour obtenir une vie meilleure pour lui-même, mais pour que les siens au moins puissent vivre mieux. C’est le plus grand sacrifice. On les appelle ici en Occident « des terroristes ». Or, je vous le dis en toute sincérité, moi je m’incline devant quelqu’un qui fait un pareil sacrifice, je vous assure.

S.C.- Si je comprends bien, vous dites que tout ce qui met en révolte les gens au Moyen-Orient a été généré par l’Occident. Que ceux qui se battent doivent se sacrifier, souffrir pour les autres ? Que les Arabes ont fait preuve de tolérance par le passé ?

Ahmed Ben Bella : Tout à fait. La violence qui s’exprime dans le monde arabo-musulman est le résultat de la culture de haine et de violence qu’Israël a engendré en s’imposant par la force sur les terres des Arabes. Ce sont les atrocités de cet État illégal qui contraint les plus valeureux à réagir. Je ne pense pas qu’il y ait combat plus noble que celui des Palestiniens qui résistent contre leur occupant. Quand je vois ce que ce peuple a enduré depuis plus d’un siècle, et qu’il continue de trouver la force de se battre, je suis admiratif. Aujourd’hui, ceux-là mêmes qui massacrent ce peuple, sont en train de faire passer les gens du Hamas pour des fascistes, des terroristes. Ce ne sont pas des fascistes, ce ne sont pas des terroristes, ce sont des résistants !

S.C.- La Palestine est une nation emprisonnée. Comment en est-on arrivé, même à gauche, à parler de « terrorisme », au lieu de parler du droit de résister par les armes ? Voyez-vous des parallèles ou des différences majeures entre la colonisation de l’Algérie par la France et la colonisation de la Palestine par Israël ?

Ahmed Ben Bella : C’est pire en Palestine. Avec l’apartheid en plus. Les Français ne pouvaient pas nous chasser hors d’un pays grand comme cinq fois la France. Ils ont bien essayé de créer au nord une zone tampon, avec le moins d’Algériens possible, mais cela n’a pas réussi. Ils n’ont pas mis en place un véritable apartheid comme les Israéliens en Palestine. L’État d’Israël a créé la plus terrible des dominations.

S.C.- À votre avis, les Palestiniens vivront-ils moins longtemps sous occupation que les Algériens ?

Ahmed Ben Bella : Je crois que oui. D’abord, le colonialisme est un phénomène qui est clairement établi et sanctionné par les lois internationales. Ensuite, s’il y a une question qui fait l’unanimité dans le monde arabe, c’est la Palestine. Aussi longtemps que les Palestiniens n’obtiennent pas justice, le monde arabe musulman ne pourra pas se sentir libre non plus. C’est comme une partie de leur chair qui reste captive.

S.C.- Autrefois, la politique n’était pas plus noble, mais il y avait encore un équilibre. Depuis la fin de la bipolarité, les principes moraux les plus élémentaires ont été balayés. Partout on parle de combattre le « terrorisme », mais on ne parle guère des 800 enfants tués en Palestine par les soldats israéliens depuis 2000 ; des millions d’enfants irakiens tués ou malades qui n’ont plus droit à un développement normal. Guantanamo, Abu Ghraïb, auraient-ils été possibles si la Communauté Internationale avait eu la décence de dire non à la violence de Washington ? Quel responsable étatique a encore les mains propres dans cette prétendue guerre contre « le terrorisme » ?

Ahmed Ben Bella : C’est énorme ce qui s’est passé à Guantanamo, à Abu Ghraïb et ailleurs. Et toute cette horreur continue de se propager et de générer de grandes souffrances. Nous apprenons que les États-Unis ont installé des prisons en Europe de l’Est pour échapper aux juridictions de leur pays et que l’Europe participe de tout cela. Il est même reproché à la Suisse d’avoir autorisé le survol de son territoire par ces avions qui transportent des prisonniers fantômes, kidnappés, soumis à des tortures.

S.C.- Quels sont, selon vous, les moyens de contrer la stratégie mise en place par Bush et les néo-conservateurs ?

Ahmed Ben Bella : C’est un mouvement intégriste, mais chrétien celui-là ! Le problème auquel nous faisons face aujourd’hui est celui-là : l’idéologie de Bush est le pire intégrisme que l’on puisse imaginer. Ce sont les fameux évangélistes protestants qui inspirent Bush. C’est un intégrisme terrible. Quels sont finalement les moyens que nous avons pour combattre ? Je vous ai parlé des espoirs que je mets dans la jeunesse, tout en sachant qu’elle n’a pas de vrais moyens pour combattre ce système effrayant. Je sais, il ne suffit pas de descendre dans la rue. Il faut passer à autre chose, inventer d’autres moyens d’action, mais il faut agir et non pas subir. Et quand on a le sentiment de ne pas avancer, il faut se dire que l’on passe par des phases, qu’il faut un certain temps avant d’atteindre la compréhension du grand nombre. On commence à agir avec ceux qui ont une compréhension claire, même si cela ne couvre pas la totalité des problèmes. Mais ensuite, on doit passer par-dessus les obstacles, et se dire que ce n’est ni le parti socialiste, tout socialiste qu’il se déclare, ni telle association qui va changer ce monde.

S.C.- Pour parvenir à un rééquilibrage, la solution peut-elle venir du côté de la Chine et de la Russie ?

Ahmed Ben Bella : Je pense qu’un espoir peut venir de la Chine. Par le passé, la Russie nous a aidés de façon extraordinaire. Mais pour l’instant, malheureusement, la Russie n’est pas dans une situation facile. Je ne mettrais pas d’espoirs en elle. Je compterais beaucoup plus sur la Chine. D’abord elle a des arguments que la Russie n’a pas. C’est un pays qui est en tête des pays en expansion. Même l’Occident va s’implanter en Chine pour vivifier son économie. D’ici 20 ans on verra la nouvelle carte politique.

S.C.- En attendant, que dire aux peuples laissés à l’abandon, en Palestine, en Irak ?

Ahmed Ben Bella : On n’agit jamais en pensant que c’est nous qui allons en être les bénéficiaires. On agit parce qu’il faut agir. Jamais les grandes conquêtes n’ont été le fruit d’une seule génération. On dit chez nous que celui qui mange n’est pas celui qui sert le plat. Il faut créer des réseaux de solidarité qui soutiennent sans conditions la lutte de ces peuples.

S.C.- Que dire aussi à cette jeunesse que vous avez mentionnée, témoin de tant d’abus ?

Ahmed Ben Bella : Il faut qu’ils aillent outre, qu’ils prennent des initiatives. S’il ne suffit plus de se réunir périodiquement à des grands rassemblements, si rien ne change, il faut passer à autre chose : inventer de nouvelles formes de luttes sans attendre.

S.C.- Mais le temps n’est-il pas venu que les Arabes prennent la direction du mouvement anti-guerre jusqu’ici entre les mains d’Occidentaux ?

Ahmed Ben Bella : Oui, oui. Vu la gravité de la situation au Moyen-Orient, ce sont des Palestiniens ou des représentants des mouvements du monde arabe qui doivent bouger. Je pense que ce mouvement arabe, le mouvement palestinien, toutes ces forces, si elles se conjuguent et dépassent leurs différends, sont un espoir pas seulement pour les Arabes. Elles peuvent contribuer également à changer ce monde, le système mondial tel qu’il fonctionne.

S.C.- Vous semblez optimiste !

Ahmed Ben Bella : Oh vous savez, je ne suis pas rien qu’optimiste : je passe ma vie à agir. Je ne me contente pas de faire des discours, je consacre tout mon temps à agir par le biais de l’organisation Nord-Sud. Aussi je crois que, parfois, les forces de l’espoir viennent de là où on les attend le moins.

S.C.- Le premier congrès constitutif de l’Alliance Populaire Arabe de Résistance s’est tenu fin mars 2006 au Caire. Les participants ont appelé les peuples à se mettre « sous la bannière de l’internationalisme pour soutenir le peuple arabe dans sa lutte contre l’agression impérialiste ». N’est-il pas le point de départ d’une campagne qui, si les partis progressistes d’Occident s’y rallient, pourrait relancer le mouvement anti-guerre et aller dans le sens de vos souhaits ?

Ahmed Ben Bella : Oui, je suis personnellement favorable à cette initiative. L’essentiel est d’avancer. On n’avance pas si l’on doute, si l’on pense que c’est fini. Si l’on campe sur des dissensions. On avance et on corrige les défauts. La vie c’est cela. Il y a aussi, dans le camp arabe, beaucoup d’obstacles à surmonter. Nous devons faire un effort pour dépasser les dissensions. En effet, nous connaissons, dans le mouvement arabe, les mêmes faiblesses que connaît le mouvement anti-impérialiste en Occident.

S.C.- Il y a près de dix mille palestiniens emprisonnés arbitrairement dans les geôles israéliennes. Ils ne sont pas reconnus comme prisonniers politiques. Ahmed Sa’adat – kidnappé par Israël en mars 2006, à Jéricho, avec cinq compagnons – alors qu’il était sous garde américano-britannique – est depuis soumis à des tortures continues. Il a réaffirmé sa volonté de ne pas céder, en disant : « Peu importe l’endroit où je serai, je continuerai à combattre ». Vous devez vous reconnaître en cette affirmation, vous qui savez ce que cela veut dire vivre emprisonné ?

Ahmed Ben Bella : Oui, j’ai vécu 24 ans et demi en prison. Quand les Français m’ont enfermé à la Santé, ils m’ont mis là avec les détenus que l’on guillotinait. Je voyais la guillotine depuis ma cellule. C’est terrible ce qu’Israël fait subir comme mauvais traitements aux Palestiniens. Actuellement je n’ai qu’un seul projet : c’est la Palestine. Je ferai tout mon possible pour les aider. Pour parvenir à la paix, en Palestine et dans le monde, il faut que ce système de marchands s’en aille. Parce que les problèmes sont immenses, les dégâts sont immenses. Laisser le monde entre les mains de marchands et de tueurs est un crime. C’est cela le terrorisme. Ce n’est pas Ben Laden.

S.C.- Quand vous entendez des chefs d’État dire qu’ils font la guerre en Irak au nom de la liberté et de la démocratie, qu’avez-vous envie de leur dire ?

Ahmed Ben Bella : Je leur dis que le droit à la vie est le premier des droits humains. Les droits de l’homme c’est le droit de vivre. Tous les philosophes chez nous parlent du droit à la vie. Sauvegarder la vie, vivre, est la première des choses auxquelles chacun aspire. Or le système mondial ne s’embarrasse pas de garantir ce droit. Il exploite, il tue. Et quand il ne peut pas tuer, il construit des prisons sauvages, abus qui prétendent apporter la démocratie. Les États-Unis se sont mis à faire, en Afghanistan et en Irak, ce qu’Israël a toujours fait contre les Palestiniens. On nous parle de démocratie israélienne, américaine. Mais quelle démocratie ont-ils apporté en détruisant toute chance de vie ?

S.C.- Vous souffrez pour l’Irak ?

Ahmed Ben Bella : Ah oui l’Irak pour moi…je suis allé quinze fois en Irak, vous savez. (Un silence) [1] J’ai failli être tué en Irak. C’est insupportable de voir ce que l’on a fait à l’Irak ! À ce pays qui est le berceau de la civilisation ! L’Irak, c’est là où on a commencé à cultiver la terre, c’est là où est née l’humanité, c’est là où se sont fondus les premiers principes, c’est là qu’est né l’alphabet, le premier code, est celui d’Hammourabi. Tout cela a été détruit par des dirigeants incultes, par une nation qui n’a pas plus de 250 ans d’histoire, qui était une colonie de la Grande-Bretagne. Ils ont liquidé le colonialisme anglais et ils ont instauré un colonialisme planétaire. Que sont devenus les 80 millions d’Amérindiens ? Jamais je ne retournerai en Amérique, c’est un pays de brigands.

S.C.- Ressentez-vous comme racistes les guerres menées en Afghanistan et au Moyen-Orient ?

Ahmed Ben Bella : Tout à fait. Ce sont des guerres menées contre l’Islam, contre la civilisation arabe. Cela saute aux yeux. Sur les pays qui sont hors la loi, selon Bush, un seul n’est pas arabo-musulman, la Corée du Nord. Les autres, la Syrie, l’Irak, le Soudan, l’Iran sont tous musulmans. Les croisades visaient soi-disant à récupérer le tombeau de Jésus Christ. Parfois, pour taquiner les Occidentaux, je leur dis : Jésus Christ, quelle langue parlait-il ? Il parlait ma langue, pas la vôtre, il parlait l’Araméen comme moi ! Quand vous lisez la bible, Jésus Christ dit : “Eli, Eli, Lama sabakta-ni” [2] Et nous disons en Algérie : “Ilahi limada sabakta-ni”. Ce sont exactement les mêmes paroles qu’a prononcées Jésus. Jésus parlait comme moi. L’Islam tire beaucoup de choses de l’Évangile ou bien de la Bible, qu’il est venu compléter.

A force de voir ces abus, j’explose. On nous a fait tellement de mal. On nous a atteints dans notre dignité. Sans parler de ce petit peuple en Palestine. Combien de Palestiniens sont obligés de vivre sous la férule la plus abjecte ? Notre réaction n’est pas du racisme, Je vous assure. Nous en avons plus qu’assez. L’Occident nous a fait beaucoup de mal. N’est-ce pas en Occident que se sont produits les pires crimes contre l’humanité ? Le fascisme, où est-il né ? Le nazisme, où est-il né ? Le stalinisme, où est-il né ? La fameuse inquisition, qui a duré 400 ans, où s’est-elle déployée ? Franchement il faut beaucoup, beaucoup d’abnégation pour se dire chaque jour qui passe, je ne veux pas haïr l’Occident.

S.C.- Ne faut-il pas incriminer les tenants du « choc des civilisations », les pro-israéliens, comme les principaux instigateurs de la haine anti-arabe, anti-islam, qui se répand de façon inquiétante contre vos peuples ?

Ahmed Ben Bella : Tout à fait. Le Lobby israélien aux États-Unis est quelque chose de terrible. Jusqu’ici il était interdit d’en parler sans se voir accusé d’antisémitisme. Récemment, plusieurs études sont venues attester par des exemples inattaquables le poids du lobby israélien dans les options politiques et militaires prises contre nous [3]. Plus personne aujourd’hui peut nier l’importance, voire le danger, de ce lobby qui pénètre toutes les sphères stratégiques. Je suis donc très concerné par cet aspect des choses qui rend encore plus difficile le règlement de la question palestinienne.

Je vais vous dire, alors que l’Islam a connu beaucoup de misères, jamais l’Islam n’a fait du mal à d’autres pays. Dans l’histoire, l’Islam a montré une tolérance qui n’existe nulle part ailleurs, alors qu’Israël a réussi à s’implanter par la force dans un espace et dans un lieu qui était habité par les Palestiniens – l’un des peuples arabes les plus évolués – et à y créer, en les dépossédant de leur terre, un État raciste. Aussi longtemps qu’Israël refusera de reconnaître le droit des Palestiniens à exister et revenir sur leur terre, il n’y aura pas de paix dans le monde.

Silvia Cattori

[1] En 1990-91, le président Ahmed Ben Bella conduisit une médiation entre la France et l’Irak pour tenter d’empêcher la guerre du Golfe. Les négociateurs français étaient Edgard Pisani et Marc Boureau d’Argonne, administrateur du Réseau Voltaire.

[2] « Eli, Eli, Lama sabakta-ni » paroles prétées à Jésus dans Les Évangiles quelque temps avant sa mort. Traduction : « Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

[3] M. Ben Bella se réfère ici à l’essai publié par la London Review of Books, intitulé « Le Lobby israélien et la politique étrangère des États-Unis » (The Israel Lobby and US Foreign Policy), co-rédigé par le Professeur John Mearsheimer, de l’Université de Chicago et le Professeur Stephan Walt, le doyen de la Kennedy School of Governement de l’Université d’Harvard.

Une «réforme structurelle profonde » : ainsi le ministre italien de la Défense Di Paola définit-il la révision de l’instrument militaire, présentée par le gouvernement Monti sur sa proposition. Qu’elle soit profonde, cela ne fait aucun doute.

Depuis plus de vingt ans des taupes bipartisanes creusent sous l’Article 11 de la Constitution, qui «répudie la guerre comme instrument d’offense à la liberté des autres peuples et comme moyen de résolution des controverses internationales ».

Les travaux en galerie commencent en 1991, après que la République italienne a combattu sa première guerre, celle que les USA ont lancé en Irak. Sous la dictée du Pentagone, le gouvernement Andreotti rédige le « nouveau modèle de défense » qui établit, comme mission des forces armées, non seulement la défense de la patrie (art. 52), mais la « tutelle des intérêts nationaux partout où c’est nécessaire ».

En 1993 -alors que l’Italie participe à l’opération militaire lancée par les Usa en Somalie, et que le gouvernement Ciampi remplace celui d’Amato- on déclare qu’ « il convient d’être prêts à se projeter à longue portée » dans le but de « garantir le bien-être national en maintenant la disponibilité des sources et des voies d’approvisionnement des produits énergétiques et stratégiques ».

En 1995, pendant le gouvernement Dini, on affirme que « la fonction des forces armées transcende le cadre militaire strict pour s’élever à la mesure du statut du pays dans le contexte international ».

En 1996, pendant le gouvernement Prodi, on soutient que l’instrument militaire doit être «un instrument de la politique étrangère ».

En 1999 -après que le gouvernement D’Alema a fait participer l’Italie, sous commandement étasunien, à la guerre contre la Yougoslavie- on énonce « la nécessité de transformer l’instrument militaire de sa configuration statique à une plus dynamique de projection externe », devoir pour lequel est adapté « le modèle entièrement volontaire ». C’est-à-dire l’armée de professionnels de la guerre. Qui se révèle précieuse pour les interventions militaires en Afghanistan et en Irak, sous le gouvernement Berlusconi.

Ici se greffe le concept stratégique pentagonien énoncé en 2005 par Di Paola, alors chef d’état-major. Face à la « menace globale du terrorisme », il faut « développer une capacité d’intervention efficace et en temps opportun même à une grande distance de la mère patrie ». Les forces armées italiennes doivent opérer dans les zones d’ « intérêt stratégique » qui comprennent les Balkans, l’Europe orientale, le Caucase, l’Afrique septentrionale, la Corne d’Afrique, le proche et le moyen Orient et le Golfe persique.

La guerre contre la Libye, dont Di Paola est en 2011 un des artisans en tant que président du comité militaire OTAN, confirme la nécessité que l’Italie construise un « instrument projetable », avec une capacité « expeditionary » prononcée, à travers une planification organique. Celle que Di Paola veut maintenant institutionnaliser par le décret loi, pour créer des forces armées plus petites mais plus efficientes, avec des moyens technologiquement plus avancés (parmi lesquelles le chasseur-bombardier F-35) et plus de ressources pour l’opérativité.

Ceci n’est pas dû à la « nécessité de contenir les coûts » à cause de la crise financière, mais, comme pour l’Article 18[1], à la nécessité des oligarchies économiques et financières, artisans de la crise, de renforcer leurs outils de domination. Avec la circonstance aggravante de vouloir démanteler, avec un des pivots du Statut des travailleurs, un des principes fondamentaux de la Constitution. 

Edition de mardi 10 avril 2012 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120410/manip2pg/14/manip2pz/320949/    

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

[1] L’Article 18 du Statut des travailleurs réglemente les modalités de licenciement et de réintégration sur le poste de travail. Le gouvernement Monti veut le « réformer » pour donner aux entreprises toute liberté de licencier les travailleurs. (NdT)

Généralités

Qu’on lise ce que les analystes écrivent aujourd’hui et que l’on dise si nous n’avons pas prédit très exactement le développement de la crise syrienne. Voilà, en un an de « guerre universelle » contre la Syrie, le président Assad savoure la victoire diplomatique au Conseil de sécurité, et celle militaire à Baba Amr ; voilà les Étasuniens refusent d’armer l’« opposition » syrienne, sous prétexte que les armes pourraient tomber aux mains des combattants d’Al-Qaïda ; voilà les émirs et sultans arabes du Golfe se retirent du palais émiral qatari, l’un après l’autre, et se dispersent dans le noir de l’obscurité, chacun vers son oasis, tout en envoyant de « colombes » au président Assad, exprimant leur « désir » à aider la Syrie à sortir de sa crise, et à jouer un rôle positif dans toute solution future ; voilà la soi-disant « opposition » syrienne montre sa vraie face et appelle à l’intervention militaire en Syrie, ainsi qu’à l’armement des milices du Conseil national syrien ; voilà le guide suprême de la République islamique d’Iran, Ali Khamenei, chuchote à l’oreille du premier ministre turc, Recep Tayyib Erdogan, en lui avouant que la Syrie n’est pas seule dans les « tranches », et que l’Iran est prête à réagir et à la défendre contre toute intervention militaire arabe ou atlantique ; voilà les « amis » du peuple syrien se retrouvent de nouveau, mais cette fois-ci à Istanbul, la capitale des califes, pour déclarer au monde entier leur échec à renverser le président Assad, et pleurer leur désespoir à former un front solide opposant au régime syrien ; autre que les cris et les injures, cette foule d’ « amis » semble être plus désespérée que jamais ; pour en finir, voilà la crème de la chevalerie française, associée à la bonhomie étasunienne et coalisée à l’honneur arabe et à l’humanisme turc, pourrit dans le plat-du-jour des « janissaires » d’Istanbul.

Entretemps, la foule d’ « amis » se réunit dans des salles d’hôtels et répand des bruits par indignation et par désespoir, mais cela ne change point les résultats sur le terrain ; car les fantômes des vetos russes et chinois hantent toujours les couloirs, les escaliers et les chambres à coucher du Conseil de sécurité ; et l’armée syrienne désinfecte les bastions rebelles et reprend contrôle de la sûreté du pays : « Plaudite, acta est fabula ! »[1].

Le Premier ministre turc Tayyip Erdogan

Les Turcs fidèles à l’Histoire

Après un long conflit sanglant sur le trône de l’Empire ottoman qui mena à la victoire du jeune sultan Selim I [2], ce dernier captura enfin son frère Ahmet et l’exécuta à la bataille de Yenişehir, le 15 avril 1513[3].

Parallèlement à ce conflit de fratricide, plus loin vers l’Est, le Shah persan, Ismail (1487 – 1524) se libéra temporairement de son conflit avec les Uzbeks et se trouva en mesure de tourner de nouveau vers l’Ouest pour s’occuper de son adversaire ottoman en Anatolie.  

Au Sud, le sultan mamelouk de l’Égypte et de la Syrie, Qansu (1446 – 1516), s’alerta par l’avancement des troupes persanes safavides vers l’Ouest, et par la présence de troupes ottomanes au Nord, à proximité de provinces mameloukes d’Alep et de Damas. Pour repousser ce double danger, les Mamlouks se coalisèrent à l’Empire perse safavide, à l’Est, et à la  République de Venise, au Nord. En plus, en 1515, le sultan mamelouk laissa le passage à travers la Syrie aux ambassadeurs du safavide Ismail I de Perse, en route vers Venise pour organiser une coalition anti-ottomane. Coincés entre les Autrichiens et les Vénitiens à l’Ouest, les Persans à l’Est, les Russes au Nord et les Mamelouks au Sud, les Turcs ottomans attaquèrent les provinces mameloukes en Syrie et au Liban et battirent les Mamelouks à la bataille de Marj Dabiq, le 24 août 1516. Les Ottomans entrèrent dans Alep le 28 août 1517. Le jour suivant les prières furent dites au nom du sultan turc Selim I dont les troupes s’emparaient de la Syrie et du Liban. Quelques mois plus tard, les Ottomans traversèrent le désert du Sinaï en 13 jours et battirent les Mamelouks une nouvelle fois aux environs du Caire, le 24 janvier 1517. Le dernier sultan mamelouk Al-Adil Tuman Bay fut exécuté le 13 avril.

Ceci dit, il paraît que les Turcs de nos jours se rappellent bien du Shah persan, Ismail I, et de ses ambitions à pousser les frontières de son empire plus loin vers l’Ouest, vers l’Anatolie.

Les Turcs à la reconquête de l’Orient

En vérité, avec l’échec du rêve turc à adhérer à l’Union européenne, la Turquie se trouve « martelée » entre trois puissances : l’Union européenne à l’Ouest, la Russie au Nord et la nouvelle superpuissance iranienne à l’Est. En plus, le Sud comprend des zones sous influence iranienne, comme l’Irak, la Syrie et le Liban ; autrement dit, l’Arche shiite. En traduisant ces données en un langage géopolitique, nous obtiendrons le résultat suivant : la Turquie est encerclée et « Annibal ad portas »[4] ! Les Perses sont à nos portes !

Il est clair d’emblée que les solutions à la crise syrienne ne sont pas dans l’intérêt des chefs d’Ankara. Au contraire, au moment où les Étasuniens commencent à « compter bien leurs pas » avant de s’aventurer plus loin dans aux « Pays des Arabes », voyons les responsables turcs mettant du pétrole sur le feu syrienne, pour que la guerre continue et la paix meure. En effet, avec le « recul » américain de la crise syrienne, la Turquie est devenue le fer de lance de la campagne contre la Syrie. En plus, la Turquie perdrait ses cartes en acceptant une solution n’entraînant pas le départ du président Assad. Ceci n’est en aucun point lié ni à la bonhomie des nouveaux califes d’Istanbul ni à leur nature « humaniste cosmopolite » – surtout que leur casier judiciaire comprend encore des points noirs concernant les droits des minorités kurde et alaouite –, mais plutôt parce que la continuation du régime actuel à la tête du pouvoir en Syrie constitue, à long terme, une menace stratégique à la sûreté nationale de la Turquie. Autrement dit, en faisant allusion à l’Histoire, un régime chiite alaouite en Syrie coalisé à un régime chiite duodécimain en Iran se traduise dans l’enjeu géopolitique du Moyen-Orient pour ainsi dire par l’expansion de l’empire safavide vers les portes de l’Empire ottoman !

Évidemment, ni les dirigeants actuels d’Ankara ni le sultan ottoman Selim I – que son âme repose en paix – ne seraient en mesure de tolérer une telle menace. En d’autres termes, le renversement du président Assad constitue une priorité stratégique aux Turcs ; ce qui résulte à dire qu’une réussite de l’émission de Kofi Annan implique un échec à la diplomatique turque ; car cette émission est en effet la concrétisation de la déclaration du Conseil de sécurité sur la Syrie, qui eut évité d’appeler au renversement du président Assad. Ceci entraînerait aussi une croissance du rôle et de la puissance des Iraniens au Moyen-Orient, et établirait un nouveau rapport de force qui ne serait point en faveur des Turcs, évidemment.

Ainsi, les nouveaux califes d’Istanbul rêvaient à reconquérir les provinces arabes de l’Empire ottoman, qui en furent détachées lors du traité de Sèvres en 1920[5] ; surtout la Syrie qui faisait partie intrinsèque de l’Empire de 1516 à 1918, et l’Irak de 1534 à 1918.

Ce que Khamenei chuchota à l’oreille d’Erdogan

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la dernière visite du premier ministre turc, Recep Tayyib Erdogan à Téhéran, où il exprima bien, aux dirigeants iraniens et en un langage diplomatique bien soigné, les « angoisses » d’Ankara concernant l’expansion des Iraniens vers leurs Portes.

Bien sûr, Erdogan n’eut pas apporté des bâtons dans son bagage de commerçant oriental,  pour les vendre aux bazars de Téhéran, mais plutôt des carottes. Il affirma soutenir la position de l’Iran sur le nucléaire, et proposa accueillir en Turquie les prochaines négociations entre l’Iran et les puissances du groupe 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France et Allemagne) qui devraient reprendre le 13 avril. Selon le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi[6] : « Le gouvernement et le peuple turcs ont toujours clairement soutenu la position de la République islamique de l’Iran sur le nucléaire et vont poursuivre fermement cette politique à l’avenir »[7].

Plus tard, Erdogan déclara lors d’une conférence de presse à Téhéran que : « Lors d’une rencontre en Corée – où il se trouvait pour la conférence sur la sécurité nucléaire – il y a eu des discussions avec eux (5+1) pour que les négociations aient lieu en Turquie et à ce propos il y a eu des avancées. Nous attendons maintenant leur réponse »[8].

Cependant, malgré les carottes que M. Erdogan échangeait avec les Iraniens, son ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, envoya, aux bazars de Téhéran, un chariot plein de bâtons, les meilleurs des souks d’Istanbul. En vérité, M. Davutoglu déclara à l’agence de presse turque, Anadolu Ajansi, que « l’intervention turque en Syrie est une nécessité pour la Turquie et non pas un choix »[9].   

De son côté, le président turc, Abdullah Gül, indiqua aussi que les violences sanglantes en Syrie et en Irak continuent menant la région à des conflits religieux et à une instabilité politique, et que la tension que provoque le programme nucléaire iranien pourrait tourner en une confrontation « chaude »[10]. Gül ajouta que la Turquie « se préparent pour tous les scénarios possibles. Elle doit utiliser les moyens diplomatiques dans le but d’éviter un désastre dans la région. Ce qui convient à dire que les efforts diplomatiques ainsi que les préparations militaires sont une obligation pour la Turquie et non pas un choix »[11].

Les Iraniens comprirent ces messages turcs à longue portée de la façon suivante : L’Occident, se cachant derrière les califes d’Istanbul, est prêt à échanger des carottes, et non de bâtons, avec les Iraniens sur leur programme nucléaire ; le prix serait évidemment la « tête » du président syrien Bachar al-Assad ; autrement dit, la Syrie !

De façon similaire, la réponse iranienne à ce message venait le jour même, lors de la rencontre de M. Erdogan avec le guide suprême de la République islamique d’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, qui confirma à son hôte que l’Iran défendrait la Syrie contre toute intervention militaire étrangère ; parce que la Syrie est un pays résistant face à « l’entité sioniste ». Selon la télévision officielle iranienne, Khamenei insista que « l’Iran refuse et rejette fortement toute intervention militaire étrangère aux affaires intérieures de la Syrie, et les réformes entamées par les autorités syriennes doivent continuer »[12]. L’ayatollah Khamenei ajouta aussi que l’Iran « opposerait fermement à toute initiative étatsunienne envers la Syrie »[13].

Par ailleurs, en dépit de la déclaration du vice-président iranien, M. Mohammad Reza Rahimi, indiquant que « l’Iran est favorable au choix de la Turquie pour accueillir les négociations avec le groupe 5 + 1 »[14], les responsables iraniens rejetèrent l’offre turque et déclarèrent qu’ils préféraient Bagdad ou la Chine comme pays accueillants des négociations avec le groupe 5 + 1, au lieu de la Turquie.

Évidemment, ce rejet provoqua la colère du premier ministre turc, qui eut l’impression que les Iraniens « jouaient avec lui », comme s’il était mullah Nasr Eddine[15].

Ainsi, lors d’une déclaration à la presse à Ankara, M. Erdogan accusa l’Iran d’être « déshonnête ». Il dit que « les offres se tournent à ce moment ; Damas ou Bagdad, c’est une perte de temps ; cela veut dire que les négociations n’auraient plus lieu, parce qu’ils [les Iraniens] savent bien que les autres [les Occidentaux] ne viendront ni à Damas ni à Bagdad »[16]. Il ajouta que l’Iran perd constamment de prestige au monde à cause de sa déshonnêteté, et elle « doit être honnête »[17].

Pour résumer, la réplique-réponse iranienne au « jeu de renard » turc fut bien ferme et claire, comme la réponse russe : non au renversement du président Assad par la force ; non à l’intervention militaire en Syrie ;  non à l’armement des « oppositions » syriennes.

Plus utile

Un jour, mullah Nasr Eddine entra dans la maison de thé, déclamant : « La lune est plus utile que le soleil ».

- Et pourquoi donc, Nasr Eddine ?

- Parce que c’est surtout quand il fait nuit que nous avons besoin de lumière[18].

En guise de conclusion, il nous paraît que l’argument de M. Erdogan avec les responsables iraniens concernant l’intérêt de Téhéran à abandonner le président syrien et à accepter la « générosité » de l’Occident concernant le dossier nucléaire n’a pas vraiment convaincu les Iraniens que la lune est plus utile pour eux que le soleil !

 
Fida Dakroub, Ph.D

Pour communiquer avec l’auteure : http://bofdakroub.blogspot.com/  

Notes

[1] Sur son lit de mort, l’empereur romain Auguste, se sentant proche de mourir, demanda un miroir, se fit peigner les cheveux et raser la barbe. Après quoi, il dit : « N’ai-je pas bien joué mon rôle ? Oui, lui répondit-on. Applaudissez, dit-il, la pièce est finie ! Plaudite, acta est fabula !

[2] Selim I (1470 – 1520) fut le neuvième sultan de l’empire ottoman et le premier à porter le titre de calife, à partir de 1517.

[3] Shaw, Stanford J. History of the Ottoman Empire and Modern Turkey. Volume 1, Cambridge : Cambridge University Press, 1976.

[4] Cri d’alarme des Romains après la bataille de Cannes en 216 (av.è.c). Ils le faisaient entendre toutes les fois que le péril était imminent. On rencontre cette expression dans Tite-Live, Florus, Juvénal, Valère-Maxime, Plutarque. Au lieu d’Annibal, les orateurs mettent souvent Catilina.

[5] Le traité de Sèvres, conclu le 10 août 1920 à la suite de la première Guerre mondiale entre les Alliés et l’Empire ottoman, est un traité de paix destiné à mettre en application les décisions relatives aux territoires ottomans prises lors de la conférence de San Remo.

[6] loc. cit. 

[7] L’Express, 29/ 03/ 2012 :
http://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/iran-erdogan-affirme-soutenir-la-position-de-l-iran-sur-le-nucleaire_1099159.html 

[8] loc. cit. 

[9] Anadolu Ajansi, 30/ 03/ 2012 :
http://www.aa.com.tr/en/component/content/article/111-alt-manset-haberleri-en/120764-intervening-in-syria-issue-is-a-must-for-turkey 

[10] Cumhuriyet, 05/ 04/ 2012 : http://www.cumhuriyet.com/?hn=327746  

[11] loc. cit. 

[12] Al-Akhbar, 30/ 03/ 2012 : https://www.al-akhbar.com/node/61286  

[13] loc. cit. 

[14] L’Express, loc. cit.  

[15] Nasr Eddin Hodja est un ouléma mythique de la culture musulmane, personnage ingénu et faux-naïf prodiguant des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux, qui aurait vécu en Turquie, à une date indéterminée entre le XIIIe siècle et le XVe siècle. 

[16] Today’s Zaman, 05/ 04/ 2012 :
http://www.todayszaman.com/news-276541-turkey-says-iran-not-honest-in-nuclear-talks.html 

[17] loc. cit.  

[18] « Les exploits de l’incomparable Mulla Nasrudin » :
http://www.clevislauzon.qc.ca/professeurs/mathematiques/Carelj/nasrudin/nasrudin.php#anchor01

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivaine et chercheure, membre du « Groupe de recherche et d’études sur les littératures et cultures de l’espace francophone » (GRELCEF) à l’Université Western Ontario. Elle est l’auteur de « L’Orient d’Amin Maalouf, Écriture et construction identitaire dans les romans historiques d’Amin Maalouf » (2011).

Le système créé à Bretton Woods il y a 70 ans est sur le point de s’effondrer. Il ne s’agit pas d’un naufrage abrupt mais de l’érosion lente de sa légitimité et de la capacité de diriger les questions mondiales. A sa place, lutte pour naître un nouvel ordre dont les fondations ont commencé à construire le IV Sommet des BRICS à New Delhi.

Nous vivons un partage des eaux, assure l’historien Paul Kennedy. « Tandis que cela arrive -sont très peu les contemporains qui se rendent compte qu’ils sont entrés dans une nouvelle ère », a-t-il écrit dans un article intitulé, précisément : « Sommes-nous entrés dans une nouvelle ère ? » (El Pais, le 3 novembre 2011). L’historien préfère ne pas aborder les changements brusques comme les grandes guerres, mais « l’accumulation lente de forces transformatrices, en grande partie invisibles, presque toujours imprévisibles, tôt ou tard, qui finissent par transformer une époque en autre distincte ».

Dans son analyse, il remarque quatre « forces transformatrices ». La première est l’érosion constante du dollar qui a cessé de représenter 85 % des devises internationales pour se situer autour de 60%. Nous marchons vers un monde dans lequel il y aura seulement trois grandes devises de réserve : le dollar, l’euro et le yuan. La deuxième est la paralysie du projet européen. La troisième est l’ascension de l’Asie qui suppose la fin de « 500 ans d’histoire » sous l’hégémonie de l’Occident. La quatrième est la décrépitude des Nations Unies.

Le regard sur le long terme de l’historien pourrait être complété par le court terme de l’analyse stratégique comme celle qu’ ébauche le Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (Leap) dans l’analyse des tendances globales de la dernière année : « En mars 2011 nous étions encore dans le monde unipolaire post 1989. En mars 2012 nous sommes déjà dans le monde multipolaire post crise qui hésite entre confrontations et collaborations » (Geab No. Le 63, 17 mars 2012). En résumé, nous sommes arrêtés sur une articulation /conjonction de changements profonds qui laisseront leur empreinte sur le monde du 21e siècle.

Le IVeme Sommet des BRICS qui s’est tenu le 28 et 29 mars à New Delhi, c’est l’un des noyaux du changement puisqu’il incarne l’une des forces transformatrices les plus puissantes que Kennedy rapporte. Les chefs d’État Dilma Rousseff (Brésil), Dmitri Medvedev (Russie), Hu Jintao (Chine) et Jacob Zuma (Afrique du Sud) et le Premier ministre Manmohan Singh (Inde) ont décidé de commencer à travailler pour créer une banque de développement des cinq pays, ce qui est le reflet du poids acquis par le groupe dans l’économie mondiale mais aussi une réaction devant le refus des États-Unis et de l’Union Européenne de lâcher le contrôle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.

Les cinq émergents, auxquels peuvent s’ajouter à l’ avenir la Turquie, l’Indonésie et l’Iran, cherchent à transformer leurs pays en alternative aux institutions mondiales dominées par des pays occidentaux et transformer leur pouvoir économique croissant en influence politique et diplomatique. La création d’une « banque du BRICS » permet aux pays de disposer de ressources pour des travaux d’infrastructure et de disposer d’ instruments de crédit pour affronter des crises financières comme celle qu’affronte l’Europe.

Le Yuan déploie ses ailes

Ces derniers mois le yuan a été accepté par plusieurs pays comme monnaie d’échange bilatéral en substitution du dollar. En décembre la Chine et le Japon se sont mis d’accord pour éliminer graduellement le dollar dans leurs paiements mutuels pour utiliser les monnaies nationales (yen et yuan) dans le commerce bilatéral. Plus important encore, le Japon a décidé d’acheter des bons chinois libellés en yuans. Les deux décisions, prises en décembre 2011, tendent à accélérer la formation d’une zone asiatique de libre-échange dans laquelle participeront rien de moins que la deuxième et troisième économies du monde, en plus de la Corée du Sud.

Des accords similaires d’échange dans des monnaies locales ont été passés par la Chine avec la Russie et la Biélorussie, mais maintenant aussi avec l’Australie, un pays qui , aussi comme le Japon, est considéré dans la zone d’influence des États-Unis. Les banques centrales de l’Australie et de la Chine ont signé un accord pour faire du commerce en yuan et dollars australiens avec l’objectif de renforcer les liens économiques. Pour la Chine c’est un autre pas important dans l’internationalisation du yuan qui, selon HSBC, l’une des plus grandes institutions financières du monde, deviendra pour 2015 l’une de trois principales monnaies mondiales (Russia Today, le 23 mars 2012).

Les entreprises chinoises utilisent déjà le yuan dans des échanges avec leurs associés dans 181 pays, surtout en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique Latine. Bien que le dollar représente encore 60 % des réserves internationales, en Asie il n’atteint pas 50 % bien que les détenteurs principaux de cette devise soient la Chine et le Japon. Dans la région, la plus prospère du monde, la préférence va à l’or.

Dans la même direction, la Chine modifie radicalement ses réserves, qui dépassent les 3, 2 millions de millions de dollars. Jusqu’à 2006, 74% de ses réserves était en dollars, mais à partir de cette date elles ont lentement commencé à descendre, jusqu’à ce qu’en 2011, elles tombent vite jusqu’à 54 % (Geab No. 63). Pas seulement les chinois prennent des précautions devant la perte de valeur du dollar ; les banques européennes ont abandonné leurs prêts dans cette monnaie devant la volatilité croissante du marché des changes.

Dans le cadre du IVeme Sommet, la banque de Développement de la Chine se dispose à signer un accord avec les BRICS pour élargir à ces pays les prêts en yuan, ce qui suppose un pas important dans l’internationalisation de cette monnaie (Russia Today, le 9 mars 2012). Le bloc qui représente 41 % de la population mondiale, presque 20 % du PIB et la moitié des réserves de devises et or, semble avoir parié sur le yuan comme parapluie monétaire face à un dollar de plus en plus dévalué.

L’impossible hégémonie Chine

La décision suppose de traverser une ligne de non retour. Que la Chine et la Russie franchissent ce pas, deux puissances nucléaires qui ne craignent pas l’énorme pouvoir militaire de Washington, ce n’est pas quelque chose qui peut attirer l’attention. Que le fassent l’Inde et le Brésil, cela est différent. Jaipal Reddy, ministre du Pétrole de l’Inde, a défié les pressions US après avoir affirmé que son pays continuera d’importer du pétrole d’Iran et il a appelé à l’Occident à comprendre « les besoins » de son pays (Russia Today, le 26 mars 2012).

L’Inde vient d’annoncer l’achat de 126 chasseur-bombardiers Rafale, fabriqués par la française Dassault, en laissant de côté l’offre de l’Américaine Boeing. Le Brésil a dès 2009 sous étude l’achat de 36 chasseurs dans lequel ils rivalisent le F-18 de Boeing, le Rafale et le Gripen de la suédoise Saab. Il fait plus de deux ans que Luiz Inácio « Lula » da Silva avait annoncé sa préférence par l’avion français, même en étant encore plus cher que celui de Boeing, puisque la France assure une cession complète de sa technologie qui permettrait à la brésilienne Embraer de commencer sa construction en série.

Les pressions de la Maison Blanche en faveur de l’avion de chasse de Boeing ont forcé depuis le gouvernement de Lula et après celui de Dilma Rousseff à ajourner l’achat. Cependant, la décision de l’Inde, le premier pays du monde qui achète l’avion de chasse français, peut faciliter la décision du Brésil. Certains vont plus loin et soulignent, comme le directeur du site Defesanet, Nelson During, que le Brésil et l’Inde peuvent ressusciter « un vieux projet débattu en 2002 de produire conjointement un avion » qui à cette époque était le Mirage français (AFP, le 26 mars 2012)

La décision stratégique du Brésil peut être toute proche et tout porte vers l’achat des Rafale, surtout après l’affront reçu par Washington qui a suspendu le contrat que la brésilienne Embraer avait gagné pour l’achat de 20 avions d’attaque Super Tucano pour 355 millions de dollars pour la force aérienne des États-Unis. Si Embraer réussissait à « être admis » au groupe select de fournisseurs de la principale force aérienne du monde, il aurait été consolidé comme industriel aéronautique militaire.

Cette fois le ministère des affaires étrangères brésilien n’a pas pu cacher son mécontentement « spécialement pour le moment et la forme » de la décision, quelques semaines avant la visite officielle de Rousseff à Wahington. Mais le principal élément est autre : les affaires étrangères assurent que cette décision « ne participe pas à l’approfondissement des relations entre les deux pays en matière de défense » (Valor, le 2 mars 2012).

Pour sa part, la sous-secrétaire des Affaires Politiques de la Ministre des affaires étrangères brésilienne, Marie Edileuza Fontenele Resis, a rappelé qu’en 2012 les BRICS « seront responsables de 56% de la croissance globale quand le G7 (l’Allemagne, l’États-Unis, la France, le Royaume-Uni, le Japon, l’Italie et le Canada) sera à peine responsable de 9 % de la croissance ». Elle a souligné que les échanges entre les cinq émergents sont passés de 27 milliards de dollars en 2002 à 250 milliards en 2011 et elle a insisté sur le fait que le bloc présente une « remarquable convergence » de positions dans des aspects importants de l’agenda international comme la situation au Moyen-Orient et en l’Afrique du nord (Xinhua, le 22 mars 2012).

Mais le bloc BRICS présente d’énormes difficultés pour sa consolidation. La principale, en plus des systèmes politiques, des économies et des objectifs différents, réside dans le rejet de la politique d’exportations bon marché de la Chine que génère désindustrialisation dans des pays comme l’Inde et le Brésil. La Chine semble engagée à réviser l’injuste système de Breton Woods (qui a créé l’actuelle architecture financière mondiale) mais se refuse à accepter un élargissement des membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, et très concrètement elle refuse l’admission de pays asiatiques, ce qui la mène à se heurter avec l’Inde.

Pour dépasser les difficultés qu’ imposent les contradictions signalées, additionnée à la difficulté de devenir un bloc étant donnée sa dispersion géographique, ’ils se sont concentrés sur l’objectif commun de chercher des alternatives au dollar, un problème qui touche toutes les économies émergentes. On peut dire que la frustration générée par la spéculation financière a été l’un des facteurs principaux de la cohésion du BRICS, comme le signale le professeur d’études stratégiques Brama Chellaney, du Centre d’Investigations Politiques de New Delhi (Valor, le 23 mars 2012).

L’Amérique du Sud a la parole

« Nous ne voulons pas l’argent des pays riches », a dit Dilma à la chancelière Angela Merkel lors de sa récente visite en Allemagne. Elle a critiqué « le tsunami de liquidité » créé par les pays riches pour lever une barrière protectionniste qui finirait par couler l’industrie des pays émergents : « La sortie qu’ils ont trouvée pour affronter leurs problèmes est une manière classique, connue, d’exporter la crise. Quand le camarade Mario Draghi (ironisant sur l’italien qui préside la banque Centrale Européenne et qui vient du secteur financier privé) dit que ‘nous allons nous mettre à tourner la petite machine qui fait de l’argent’, il inonde les marchés avec de l’argent. Et qu’est-ce que les investisseurs font ? Ils prennent des prêts à des taux ultra bas, dans quelques cas parfois négatifs, dans les pays européens et courent au Brésil pour profiter de ce que les spécialistes appellent l’arbitrage, qui, grosso modo, est la différence entre les taux d’intérêt de là-bas et d’ici. Alors, le Brésil ne peut pas rester paralysé devant cela. Nous devons agir. Nous devons agir en nous défendant, chose bien différente du protectionnisme » (Página 12, 28 mars 2012).

Les pas que le Brésil va faire seront décisifs pour la région sudaméricaine. L’aggravation de la crise financière mondiale au troisième trimestre de 2011 a accru les précautions au sein du gouvernement de Dilma. Les prévisions globales pour 2012, selon le Leap, mettent en garde sur « Les cinq orages dévastateurs » : une rechute de la crise aux États-Unis dans un cadre de récession européen et une décélération des BRICS, une hausse des taux d’intérêt et une impasse pour les dettes des banques centrales, la tempête sur les marchés des changes, l’aggravation possible de la tension autour de l’Iran et la nouvelle faillite des marchés et des institutions financières (Geab No. 63).

Cela peut sembler alarmiste, mais au Brésil on ne croit pas que c’est un diagnostic exagéré. « La crise est sérieuse et peut mener à une rupture politique et sociale », a remarqué Dilma il y a six mois (Valor, le 22 septembre 2011). Pour la présidente se superposent une crise économique, de gouvernance et de coordination politique. Dans la même ligne s’est prononcé en son temps Antonio Delfim Netto, ministre des Finances de la dictature militaire (1964-1984) et admirateur fervent de Lula dans les dernières années, qui a titré sa colonne « Nessun dorma » (Personne ne dort), en remarquant que ni la FED ni la banque Centrale Européenne ne savent que faire. Son conseil tire la sonnette d’alarme : « Nous allons nous préparer pour quand notre tour viendra et nous protéger de la désintégration probable de l’économie mondiale » (Valor, le 20 septembre 2011).

Pourquoi doit-on accorder tant d’importance au Brésil ? Simplement, parce que c’est l’unique pays unique qui se comporte comme une vraie locomotive : il a intégré 40 millions de personnes en à peine sept ans sur le marché de la consommation des classes moyennes ; jusqu’à 2016 il investit 900 milliards de dollars, plus d’un tiers du PIB, dans 12 000 grands travaux, surtout dans les infrastructures et l’énergie (Valor, le 28 mars 2012). C’est celui qui a la plus petite exposition aux avatars du commerce mondial, et dont les exportations représentent à peine 11% de son PIB, moins encore que celles des États-Unis.

Est-ce la région préparée à un scénario mondial complexe ? Pas encore. Il y a trois chemins pour faire face à un scénario probable de démantèlement économique et de guerre monétaire : rester dans le domaine du dollar, parier sur une monnaie régionale ou travailler pour l’internationalisation du réal. Le premier, c’est parier sur le statut quo. Le troisième n’entre pas dans les calculs. À la vue de l’expérience européenne, une monnaie commune sud américaine requiert des niveaux de consolidation de l’intégration qui sont encore très lointains, bien qu’il puisse devenir urgent d’avancer dans cette direction. Le problème de la région ce sont les temps, comme en témoigne, le trot fatigué de la Banque du Sur.

Raúl Zibechi

Alai-Amlatina., le 2 avril 2012.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi.

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Raúl Zibechi, journaliste uruguayen, est enseignant et chercheur a la Multiversidad Franciscana d’Amérique Latine, et conseiller de plusieurs collectifs sociaux.

 Nous sommes des travailleurs et travailleuses à temps plein, pour la majorité dans des groupes communautaires. Nous sommes également étudiants et étudiantes de cycle supérieur dans un programme facilitant la conciliation travail/études. Nous avons joint sans hésiter le mouvement de grève générale illimitéeil y a un mois afin de freiner les politiques néolibérales du gouvernement de Jean Charest et l’application d’une hausse fulgurante des frais de scolarité universitaires.

Notre graduation approche à grand pas. La hausse prévue qui prendra son plein en 2017 ne nous affecte donc presque pas individuellement. Nous aurions très bien pu choisir la voie de la facilité et continuer à étudier sans tracas. Or, nous avons tout mis de côté pour nous investir dans l’un des plus grands soulèvements étudiant de l’histoire du Canada.

Plusieurs clament que ce sont seulement les étudiants et étudiantes « pauvres » qui se mobilisent pour que nous, les « contribuables », leur donnent ce qu’ils veulent « tout cuit dans le bec » sans faire leur « juste part ». À cela nous répondons « NON » haut et fort! Non seulement il est faux de croire que tous les contribuables pensent cela, mais nous sommes en grève pour le prouver, et pas les seulEs! Et notre « juste part », comme étudiantEs et travailleurs et travailleuses, nous la faisons dans la rue avec les personnes qui s’unissent pour un meilleur accès à l’éducation.

Sur cette lancée, nous voulons à tout prix éviter que triomphent ces dogmes quant à la lutte étudiante:

-Cessons de croire que nous, citoyenNEs,avons tous des intérêts différents et que la population est divisée. Contre l’austérité, nous sommes tous uniEs. Travailleurs, travailleuses, étudiantEs et citoyenNEs de la Grèce, du Chili, de la Tunisie ou du Québec, d’Alma à Montréal, nous luttons pour préserver les droits économiques de la population.Tenir un discours haineux envers une lutte ou une autre ne fait que nuire aux mobilisations qui pourtant reviennent toutes aux mêmes. Cessons de nous désunir pendant qu’une minorité s’enrichit.UniEs, nous ne serons jamais vaincuEs! 

-Luttons contre la perception selon laquelle l’éducation est un bien de consommation, une marchandise. L’éducation est un investissement collectif, dont nous bénéficions tous et toutes. L’éducation ne doit pas seulement être vue sous un angle privé, mais plutôt comme un bien commun. Instruits et instruites, imaginez quel monde nous pouvons nous offrir ?Un peuple instruit jamais ne sera vaincu!

-Et finalement, rappelons-nous que nous avons tout à gagner par l’union. Le rapport de force se construit via une mobilisation massive. N’oublions pas les neuf grèves générales illimitées de l’histoire du Québec, depuis les années soixante. Rien n’aurait été gagné sans mouvement d’opposition. Étiez-vous vous-même dans ces luttes ?

Ayons donc confiance en la lutte citoyenne et cessons d’infantiliseret d’opprimer ceux et celles qui luttent pour une société plus égalitaire. Mobilisons-nous!

Maude Bouchard, Barbara Jomphe, Brittaney Caron, Danny Polifroni, Linton Garner, Liz Colford, et Hélène Rochon

Étudiants et étudiantes de deuxième cycle de l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia.

La question de l’Est de la RDC et du Nord du Mali n’est pas un fait divers. C’est l’avenir de tout un continent qui est en train de se jouer en ces moments. Dans cette conquête des espaces économiques, de nombreux pays africains sont dans le collimateur des «faiseurs de guerre et des faiseurs de paix».

La situation au Mali soulève un certain nombre d’interrogations. Comme si l’on venait de sortir d’un long sommeil et l’on éprouve des craintes, des inquiétudes quant à l’avenir de l’Afrique avec toutes ces similitudes troublantes. De la RDC au Mali en passant par le Soudan, d’aucuns n’hésitent plus à parler d’une nouvelle balkanisation de l’Afrique mise en marche.

Balkanisation : voilà un concept qui suscite un débat houleux et intéressants, parfois même inutiles, selon certains. Ainsi, lorsqu’on évoque les dangers qui guettent la République démocratique du Congo, la balkanisation serait l’un des objectifs poursuivis par les commanditaires de ce complot machiavélique. Sinon, on ne peut s’expliquer pourquoi le Kivu, par où tout danger arrive, l’insécurité soit devenue récurrente et que depuis plus d’une dizaine d’années, le pouvoir de Kinshasa ait du mal à rétablir l’ordre et l’autorité de l’Etat. On y fait mention d’existence des administrations parallèles. Comme une épine sous le pied, l’Est de la RDC est devenu le ventre mou, une poudrière de la République. Malgré tous les appels à l’alerte qu’un Congo faible, divisé, est un danger pour toute l’Afrique, l’indifférence est totale au sein de la communauté internationale. L’on balaie même d’un revers de la main cette probabilité avec de initiatives qui se multiplient pour «étouffer» l’éveil de conscience et émousser l’ardeur des Congolais.

Mais la vérité historique est têtue. Comme une gangrène, la «nouvelle balkanisation de l’Afrique» est bel et bien en marche. Le Mali est aujourd’hui touché dans sa partie nord. Le même prétexte est brandi par ceux qui se croient lésés : comme en RDC avec la minorité rwandophone, les Touaregs se disent «marginalisés, excluent de la société malienne». D’où la création du Mouvement national pour la libération de l’Azawar, MNLA.

Aujourd’hui, les Touaregs, soutenus par des forces extérieures, ont pris les armes. Tout le Nord du Mali est occupé et le pays est divisé en deux. Mais le Nord est la partie la plus riche du pays avec la découverte des minerais, du gaz et un couloir propice au trafic d’armes et de drogue.

Dans la capitale, Bamako, tout se passe comme si l’on ne voyait pas venir le danger. Un groupe de soldats organise un putsch et déstabilise les institutions démocratiques. Cependant, 10 jours plus tard, la junte qui tâtonne est obligée de rétablir l’ordre constitutionnel sans réussir à mater la rébellion, motif pour lequel il avait évincé le pouvoir légitime. La junte a-t-elle été manipulée ? Tout laisse à le croire tant il est évident maintenant que cette junte ne disposait d’aucune stratégie, d’aucun programme. Par voie de conséquence, le Mali est divisé. Pour retrouver son unité, il faut recourir à la force, à de longues séances de négociations. L’Afrique et le Mali se trouvent devant une situation de fait accompli.

Fait accompli, c’était déjà le cas du Soudan du Sud. Pour mettre fin à la guerre au Soudan, il a fallu reconnaître le droit à l’autodétermination du peuple. Le Soudan du Sud qui regorge du pétrole pour lequel les deux Soudan se battent ces dernières semaines.

Cela donne des idées, et si ce n’est pas encore fait, aux «sécessionnistes» du Nord du Mali désormais «libéré». Mais surtout à tous les pays voisins aux deux Soudan, au niveau de l’Afrique des Grands Lacs, et avec le Mali en ce qui concerne les pays de l’Afrique de l’Ouest.

DES POUDRIERES DU CONTINENT

La question de l’Est de la RDC et du Nord du Mali n’est pas un fait divers. C’est l’avenir de tout un continent qui est en train de se jouer en ces moments. Dans cette conquête des espaces économiques, de nombreux pays africains sont dans le collimateur des «faiseurs de guerre et des faiseurs de paix». Ils procèdent de plus en plus de la manière. Tenez.

Dans un premier temps, ils ciblent leur proie. Tel le cas de la RDC, du Mali, de la Côte d’Ivoire, et certainement déjà du Nigeria. Ensuite, ils s’emploient à trouver des «pays tremplins», apparemment moins nantis, donc facilement manipulables, avant de transformer en poudrière les Etats visés. La RDC a été agressée par le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda, considérés comme des pays moins nantis. Curieusement, ils passent, par ces temps qui courent, pour des «Etats organisés», accusant une forte croissance économique, pendant que la RDC, riche, est devenue un Etat pauvre, moins organisé, affaiblie administrativement militairement, économiquement.

La Côte d’Ivoire n’est plus le «leader» de l’Afrique de l’Ouest. Ce pays a accusé à plusieurs reprises le Burina Faso de le déstabiliser, par où tout se «comploterait». Le Burkina Faso est aujourd’hui incontournable en Afrique de l’Ouest jusqu’à damner le pion à la Côte d’Ivoire, au Sénégal dans le règlement des questions sous-régionales.

Des similitudes troublantes qui ne sont rien d’autre que la mise en marche d’une nouvelle balkanisation de l’Afrique. Entre-temps, le silence dans la plupart des Etats africains. En effet, pendant que la RC est à feu et à sang, une bonne partie de son territoire est sous occupation par des forces étrangères et négatives, l’Afrique centrale et des Grands Lacs sont devenues de «grandes muettes». Tout s passe comme si la RDC était si loin. Fait plus grave, certains pays voisins se font complices de cette politique de balkanisation en vue de l’expansion de leur étendue géographique dans la perspective d’imposer leur souveraineté à la RDC.

Voilà qu’aujourd’hui, l’Afrique de l’Ouest est touchée à travers le Mali. Bientôt ce sera le Nigeria. Péril est dans le continent.

Freddy Monsa Iyaka Duku

Ces vautours qui veulent la peau de l’Argentine

avril 10th, 2012 by Stéphanie Jacquemont

L’Argentine a récemment été la cible d’attaques sur plusieurs fronts, en lien avec la suspension de paiement sur sa dette décidée en 2001, et avec des procédures devant le CIRDI (Centre International de Règlement des Différends relatifs aux Investissements), le très controversé tribunal d’arbitrage de la Banque mondiale.

Le 26 mars dernier, le département du commerce extérieur des États-Unis a suspendu l’Argentine de son système généralisé de préférences (SGP), un mécanisme qui permet d’accorder des tarifs douaniers préférentiels aux pays en développement |1|. L’administration Obama justifie cette sanction par le refus de l’Argentine d’exécuter deux condamnations, pour un montant de plus de 300 millions de dollars, en faveur de deux entreprises états-uniennes ayant porté plainte devant le CIRDI |2|. L’une d’elles, Azurix Corporation, qui a intenté deux actions contre l’État argentin devant le CIRDI, avait en effet demandé la révision du système généralisé de préférences pour en exclure l’Argentine. Ce « bras armé dans l’industrie de l’eau de la compagnie corrompue Enron |3| », selon les mots de l’ambassadeur argentin à Washington, avait obtenu en 1999 une concession de 30 ans pour la distribution de l’eau dans deux des trois régions de la province de Buenos Aires. Les autorités avaient par la suite annulé cette concession, pour cause de non respect des normes en termes d’investissements et de qualité de service.

En septembre 2011, Washington a aussi fait savoir que ses représentants voteraient contre l’octroi de tout prêt à l’Argentine par les banques multilatérales de développement (telles que la Banque mondiale ou la Banque interaméricaine de développement, la BID). Le vote du représentant états-unien n’ayant pas suffi à bloquer les prêts de la BID au pays, on apprenait récemment qu’une délégation de lobbyistes, représentant les détenteurs d’obligations argentines en défaut, était à Londres pour tenter de convaincre la Grande-Bretagne de rallier la position états-unienne |4|.

Cette campagne visant à augmenter la pression sur Buenos Aires est notamment orchestrée par un groupe nommé ATFA (American Task Force Argentina), qui, comme l’indique son site internet, poursuit « une solution juste au défaut sur la dette argentine ». Parmi ses membres figure ce qu’on appelle dans les cercles autorisés un créancier procédurier, plus communément connu sous le nom de fonds vautour : Elliott Associates. Ce fonds vautour n’en est pas à son coup d’essai. En 1999, il obtenait, par un jugement de la Cour d’appel de New York, le versement par le Pérou de 58 millions de dollars pour une dette que le fonds avait rachetée seulement 11 millions de dollars. Le Congo Brazzaville se trouve également au tableau de chasse de ce redoutable requin de la finance, qui manœuvre volontiers en eaux troubles.

Les fonds vautours ne lâchent rien

Examinons de plus près les prétentions de ce fonds vautour dans le cas argentin.

Le fonds NML, filiale de Elliott Management enregistrée dans les îles Caïman, a racheté avec une grosse décote des titres de la dette argentine, et a refusé de participer aux deux échanges de bons, pourtant avantageux pour les créanciers, de 2005 et 2010 |5|. Pour obtenir le remboursement intégral du capital (à sa valeur nominale, bien entendu) et le paiement d’intérêts, NML a entamé une série de poursuites devant différentes juridictions, qui lui ont donné raison à plusieurs reprises. Ainsi, le 4 mars dernier, le juge fédéral de New York, Thomas Griesa, rendait un jugement favorable au fonds vautour : en vertu de la clause pari passu, qui oblige un débiteur à traiter tous ses créanciers de la même manière, l’Argentine devrait rembourser NML en même temps qu’elle s’acquitterait des intérêts sur les nouveaux bons issus des échanges de 2005 et 2010. Le ministre des finances argentin a fait savoir qu’il rejetait cette décision, dont l’Argentine a fait appel.

Bizarrement, le même juge a rendu quelques jours plus tard un jugement, cette fois en faveur de l’Argentine, par lequel il revient sur une décision prise en août 2011. Le jugement de 2011, rendu à la demande des fonds vautours Aurelius et Elliott Management Ltd, avait ordonné le gel d’avoirs détenus à la Federal Reserve Bank de New York sur les comptes de la banque centrale d’Argentine et de Citibank pour tenter de freiner le remboursement des détenteurs de bons Boden 2012, des bons émis par l’Argentine en 2002 et régulièrement remboursés depuis. Le juge Griesa a levé le gel de ces avoirs, qui selon lui, ne sont pas la propriété de la République d’Argentine |6|.

Ainsi, malgré les 12 jugements rendus en leur faveur par les tribunaux new-yorkais, Aurelius et Elliott Management Ltd. ont échoué une fois de plus à saisir des fonds argentins, en raison de l’immunité souveraine qui, aux États-Unis, protège la plupart des avoirs détenus sur son sol par des pays tiers. Mais cette immunité ne semble pas offrir une protection totalement efficace contre les fonds vautours. Le 6 juillet 2011, la Cour Suprême du Royaume-Uni a donné gain de cause à NML, qui cherche à faire appliquer dans ce pays une décision prise par un tribunal new-yorkais lui accordant le remboursement des titres (d’une valeur nominale de 172 millions de dollars, mais rachetés à près de la moitié de leur valeur par NML) et le paiement de 112 millions de dollars en intérêts. Selon la Cour suprême, l’Argentine ne peut opposer son immunité souveraine contre la saisie d’avoirs sur le territoire britannique, puisque les bons émis par l’Argentine et en possession du fonds vautour NML contiennent une clause de renonciation à l’immunité. Le Financial Times |7| y voit un pas positif pour les investisseurs actifs sur le marché des dettes souveraines, même s’il est précisé que cette décision ne vaut que dans ce cas précis, et ne signifie pas que l’immunité souveraine ne soit jamais opposable dans les litiges liés aux dettes souveraines traités par les tribunaux britanniques.

A la curée du CIRDI

Les détenteurs d’obligations argentines en défaut ont aussi trouvé chez les arbitres du CIRDI une oreille attentive. Ainsi en août 2011, le tribunal d’arbitrage s’est déclaré compétent dans un différend opposant l’Argentine à quelque 60 000 investisseurs italiens, qui font valoir que le défaut de paiement constitue une violation du traité bilatéral d’investissement (TBI) signé par l’Italie et l’Argentine. Cette décision du tribunal est largement contestée, car l’article 8 du TBI indique que les investisseurs doivent d’abord entamer des démarches devant les juridictions nationales, et ne peuvent s’adresser au CIRDI que 18 mois plus tard. Or, ces investisseurs italiens n’ont pas, avant de s’adresser au CIRDI, porté plainte devant les tribunaux argentins. Un des trois arbitres, George Abi-Saab, a d’ailleurs émis une opinion dissidente quant à cette décision. D’abord, il indique que les titres ne sont pas des investissements protégés au sens du TBI, puisqu’ils n’ont pas de lien territorial avec l’Argentine. De plus, selon lui, le consentement de l’Argentine à l’arbitrage du CIRDI ne s’étend pas aux actions collectives telles que celles-ci ; le tribunal s’est par ailleurs auto-octroyé un pouvoir législatif en modifiant substantiellement les règles de procédures pour les adapter à cette action collective |8|.

Sans connaître l’issue de cette procédure on peut dire que cette décision sonne comme un avertissement contre des décisions unilatérales de pays qui voudraient suspendre le paiement sur leurs bons et qui ont consenti à se soumettre à l’arbitrage du CIRDI, à travers des traités bilatéraux.

Il convient de rappeler que les attaques menées contre l’Argentine au CIRDI sont nombreuses. L’Argentine est le pays le plus souvent mis en cause au CIRDI, avec 49 actions intentées à son encontre. Même si dans bien des cas, l’Argentine a tenté d’annuler ou refusé d’appliquer les décisions prises contre elle, elle n’a toujours pas emboîté le pas de la Bolivie, de l’Équateur et du Venezuela, qui ont quitté cette institution éminemment partiale et favorable aux intérêts des transnationales |9|. C’est pourtant une décision indispensable au recouvrement de sa souveraineté nationale.

L’Argentine comme épouvantail

Outre les pressions exercées directement sur les décideurs et les tentatives d’intimidation que constituent toutes les actions intentées contre l’Argentine devant différentes instances, le cas argentin fait aussi l’objet d’une campagne médiatique diffuse, mais de grande ampleur. Son objectif est de montrer que le défaut de paiement argentin sur près de 100 milliards de dollars de dette extérieure a été catastrophique pour le pays, et que d’autres pays, tels la Grèce, seraient bien mal inspirés de faire preuve de la même fermeté. Cette campagne est d’autant plus féroce |10| et nécessaire que tout semble indiquer que l’Argentine a eu raison. Ce défaut a signifié pour le pays une immense bouffée d’oxygène financière : les ressources qui n’ont pas été transférées aux créanciers extérieurs du pays ont pu être alloués à des dépenses socialement utiles. Loin du chaos promis par les Cassandre des milieux financiers, le pays a pu se relever d’une crise dramatique et améliorer substantiellement le niveau de vie de la population, qui avait subi un appauvrissement rapide et une précarisation galopante. Par ailleurs, la rupture avec le FMI |11| et la fermeté face aux créanciers du Club de Paris ont permis de mettre un terme au chantage qu’ils exercent habituellement et à leur ingérence dans la gestion du pays. Enfin, l’Argentine n’a pas été mise au ban des nations : si elle ne peut toujours pas emprunter sur les marchés financiers – est-ce d’ailleurs vraiment une mauvaise nouvelle ? – elle n’a pas été écartée du cercle très fermé des leaders mondiaux autoproclamés (le G20). Certes, on pourrait nous rétorquer que ce qui a été possible pour une économie telle que l’Argentine ne le serait peut-être pas pour de plus petits pays comme la Grèce ou le Portugal. A quoi l’on répondrait que la soumission aux diktats des créanciers dans ces pays produit des résultats tellement terrifiants que l’on voit mal comment un défaut pourrait s’avérer plus désastreux.

Notes

|1| Il s’agit d’une dérogation au principe de la nation la plus favorisée, en vigueur à l’OMC, qui oblige ses membres à traiter de la même manière tous les pays.

|2| Les deux entreprises en question sont Azurix Corporation et CMS. Voir l’explication du représentant au commerce Ron Kirk http://www.ustr.gov/about-us/press-office/press-releases/2012/march/us-trade-representative-ron-kirk-comments-presidenti

|3| Lettre de l’ambassadeur Chiaradia au secrétaire d’État au Trésor Timothy Geithner du 25 août 2011, http://www.embassyofargentina.us/v2011/files/110825culbersonusargentinabit.pdf

|4| Voir Alan Wheatley, « Vultures swoop on Argentina », 29 février 2012, http://blogs.reuters.com/macroscope/2012/02/29/vultures-swoop-on-argentina/

|5| Pour plus d’informations sur ces deux échanges, lire notamment Eduardo Lucita « La dette argentine est de retour », 28 juillet 2008, http://www.cadtm.org/La-dette-argentine-est-de-retour et Claudio Katz et al. « Considérations sur l’échange de dette et ses implications. Les banquiers se réjouissent. Le pays s’endette. Est-il devenu progressiste de payer sa dettte ? », 27 juin 2010, http://www.cadtm.org/Les-banquiers-se-rejouissent-Le

|6| Les lois sur l’immunité souveraine aux États-Unis protègent les avoirs des banques centrales de pays tiers, qu’elles soient ou non indépendantes des États. Voir « US Judge criticizes Argentine ’continued intransigence’ in refusing to honour lawful debts », 29 mars 2012, http://en.mercopress.com/2012/03/30/us-judge-criticizes-argentine-continued-intransigence-in-refusing-to-honour-lawful-debts

|7| Lire Philippa Charles, « Devil in the details for sovereign debt bonds », The Financial Times, 7 août 2011, http://www.ft.com/intl/cms/s/0/14224f76-bc42-11e0-80e0-00144feabdc0.html#axzz1qywfi8a8

|8| Andrew Newcombe, « Mass claims and the distinction between jurisdiction and admissibility (Part II), 16 décembre 2011, http://kluwerarbitrationblog.com/blog/2011/12/16/mass-claims-and-the-distinction-between-jurisdiction-and-admissibility-part-ii/

|9| Pour plus d’informations sur le sujet, voir Cécile Lamarque, « Et de trois : après la Bolivie et l’Équateur, le Venezuela quitte le CIRDI ! », 24 février 2012, http://www.cadtm.org/Et-de-trois-apres-la-Bolivie-et-l et Stéphanie Jacquemont et Yolaine Lhoist « La Bolivie porte une estocade à la Banque mondiale », 29 octobre 2007, http://www.cadtm.org/La-Bolivie-porte-une-estocade-a-la

|10| Voir par exemple une publicité publiée dans le Wall Street Journal par l’ATFA http://atfa.org/files/ATFA_MembrshpWSJ_8revFINAL.pdf

|11| Malheureusement au prix du remboursement anticipé de sa dette envers l’institution.

Cinq milliards de personnes périront-elles dans le siècle à venir? C’est ce que prédisait en 1972 le think tank élitiste controversé du Club de Rome. Quelques décennies après sa publication, les promoteurs du gouvernement mondial poussent toujours ses prédictions afin de freiner l’empreinte de l’humanité sur terre.

Le physicien australien Graham Turner est revenu récemment sous les feux de la rampe après avoir revisité les modèles informatiques des chercheurs du Massachussets Institute of Technology (MIT), créés pour la publication du Club de Rome en 1972, qui voit un déclin draconnien de la population humaine en relation avec l’augmentation de la rareté des ressources naturelles. Néanmoins, les conclusions de base de Turner trahissent l’agenda et le mettent en pleine vue de tous. “Le monde est sur le chemin d’un désastre”, dit-il de manière laconique, tout en suggérant que “une croissance économique illimitée” est toujours possible si les gouvernements du monde appliquent certaines politiques et investissent dans les technologies vertes qui aident à limiter l’augmentation de notre empreinte écologique.

Le Club de Rome d’obédience néo-malthusienne, refait surface une fois de plus, à un moment opportun où les environnementalistes demandent une gouvernance mondiale pour sauver la planète terre, et pour présenter des modèles informatiques qu’il a développé avec le MIT. Il prédit un futur pessimiste où les ressources limitées comme le pétrole, la nourriture et l’eau, devraient déclancher un crash qui se terminera avec une réduction précipitée de la population humaine. Le graphique (NdT: voir l’article original en anglais), bien que ne présentant pas de données sur l’axe des ordonnées (axe Y), apparait montrer un niveau de population mondiale en 2100 a peu près identique aux 4,5 milliards de 1980, ce qui représente un déclin de plus de 5 milliards sur les projections de chiffres de pic de population (qui pouraient même être supérieurs):

Bien évidemment, les modèles du Club de Rome / MIT avaient déjà prédit que le point culminant pour le désastre viendrait avant l’an 2000, ce qui, tout comme les prédictions de Thomas Malthus qui voyaient la population dépasser la capacité de production de nourriture, n’est jamais arrivé.

Au lieu de cela, cette prédiction pour un désastre reflète les aspirations pour l’élite de mettre un coup d’arrêt à la croissance, ce qui ne représente pas une réflexion neutre sur le sujet alors que cela devrait l’être. Comme nous l’avons documenté de manière répétitive, les élites gouvernantes ont pour but de diminuer la population et mettre en place une société post-industrielle, qui nous ramènera à l’ère féodale.

Le Club de Rome, fondé en 1968, est un groupe “environnementaliste” de, par et pour les élitistes qui veulent contrôler le monde, ses populationss et ses ressources. De fait, l’élitisme au faîte de sa forme fut exprimé par le Club de Rome lorsqu’il publia en 1991 que “l’humanité elle-même” était l’ennemi, et l’utilisation des ressources naturelles par l’Homme, son arme destructrice contre la planète:

 “L’ennemi commun de l’humanité est l’Homme. En recherchant un nouvel ennemi qui nous réunifierait, nous avons trouvé l’idée que la pollution, la menace du réchauffement climatique, les pénuries d’eau, les famines et autres fléaux de la sorte, cadreraient avec l’objectif. Tous ces dangers sont causés par l’intervention humaine et ce n’est que par le changement des attitudes et des comportements que ces problèmes pourront être résolus. Le véritable ennemi est l’humanité elle-même.” Club de Rome, La première révolution mondiale

L’Executive Intelligence Review de Lyndon Larouche, ainsi que d’autres nombreux critiques, a trouvé au début des annés 1980 que le modèle informatique créé par le MIT avait été fait pour produire les résultats que le fondateur du Club de Rome, Aurelio Peccei voulait montrer (NdT: comme les modèles informatiques du GIEC ont été faits pour montrer ce que les politiques voulaient montrer et non pas un reflet de la réalité scientifique…). Les écrivains Philipp Darrell Collins et Paul David Collins le résument ainsi:

 “Le but de cette tromperie, pour Peccei, est purement altruiste. Apparemment, le “mensonge nobel” donna suffisamment de traitement de choc pour conjurer les nations d’adopter des mesures de contrôle des populations (Executive Intelligence Review reportage spécial, p.16, 1982). Dans une critique des limites de la croissance, Christopher Freeman a caractérisé le groupe du MIT comme étant: “Malthus avec un ordinateur” (Freeman, p.5, 1975)

En d’autres termes, le modèle informatique utilisé par le Club de Rome, tout comme celui qui refait surface à l’heure actuelle, a été conçu non pas pour prédire le chemin de l’humanité mais pour la diriger. L’économiste Gunnar Myrdal a attaqué la tentative du modèle “d’impressionner le public innocent” tout en ne contenant que “peu ou pas du tout de validité scientifique”.

Les “élites” veulent une société post-industrielle

Le modèle des “Limites à la croissance” du Club de Rome, tout comme “La bombe démographique” de Paul Ehrlich, sont plus faits pour culpabiliser le public de sa consommation que d’avoir été conçus comme une prédiction litérale. Ainsi, la “reconfirmation” du modèle produit par le MIT demeure une confirmation d’une intention de freiner le comportement de la société, de manière très convéniente par le truchement d’un mécanisme de gouvernement mondial.

Ceci est l’objectif de base de l’Agenda 21 de l’ONU et des autres programmes de “développement durable”. Ils s’excitent sur la diminution des ressources, mais beaucoup d’hypothèses sont faites qui sont prouvées incorrectes, ou bien rendent impossible l’adoption d’alternatives.

Considérez le fait que même des entités de l’establishment comme Bloomberg (NdT: la chaîne de Wall Street outre Atlantique), ont été obligées d’admettre le mythe du “pic pétrolier”, avec la constante découverte de nouveaux sites et les sources existantes ridiculisant les affirmations que le pétrole viendrait à manquer et à disparaître. Que le pétrole demeure une ressource désirable au lieu de solutions alternatives pour le carburant et l’énergie est une question tout à fait différente; mais les ressources actuelles peuvent encore largement durer des centaines d’années (NdT: Selon la théorie russo-ukrainienne de l’origine abyssale abiotique du pétrole, prouvée elle scientifiquement au contraire de la théorie biotique, les réserves naturelles de la planète en hydrocarbures seraient inépuisables à l’échelle humaine…).

Au lieu de cela, comme Alex Jones et Paul Joseph Watson l’avaient analysé en 2005, la ruse est mise en avant pour conditionner la société à l’idée de la rareté artificiellement induite. Couper l’humain de base de l’accès au pétrole est très différent de son actuelle disponibilité.

De plus, comme le magazine Forbes l’a signalé, l’étude du Club de Rome a été constamment mise à jour et la “confirmation” actuelle réfute l’utilisation de toute alternative réelle. Les possibilités existent-elles mais les élites ont-elles choisi de ne pas considérer d’autres solutions ? Pourquoi ?

Time Worstall cite d’abord de l’article de Graham Tuner:

Une position simple et solide a été prise concernant la prise en compte de la substitution entre les ressources. En premier lieu, on considère que les métaux et les minéraux ne vont pas être substitués aux carburants fossiles pour les ressources majeures d’énergie.

Puis il ajoute:

Ainsi, si nous ne sommes pas à court de métaux ni de minéraux, mais que nous substituons ces métaux et minéraux aux carburants fossiles, alors l’idée qu’en fait le Club de Rome avait raison est un peu bizarre n’est-il pas ?

L’abondance et le prix raisonable de la nourriture sont défiés non pas par la capacité de produire et de distribuer, mais par les spéculateurs qui poussent à la hausse des coûts et des prix. Les biocarburants, comme l’éthanol dérivé du maïs, exacerbent ce dilemme en détournant des surfaces arables pour une production de biocarburant au lieu d’une production alimentaire, ceci menaçant de famine des milliards de gens simplement à cause d’une mauvaise politique.

De plus, les cultures OGM ont été poussées sur la scène mondiale avec la fausse promesse que les rendements seraient meilleurs. Mais l’échec de ces cultures à produire plus de nourriture causera un plus grand désastre encore par la destruction des cultures traditionnelles par le moyen coûteux des graines terminator, qui ont déjà été prouvées si coûteuses qu’elles ont déclanchées une épidémie de suicide en Inde, d’une ampleur jamais vu au monde jusqu’ici.

L’accès à l’eau propre est mis au défi par plusieurs facteurs, mais le plus grand d’entr’eux étant la contamination par des produits pharmaceutiques et les composés mimiquant les estrogènes comme le Bisphénol-A, qui sont devenus omniprésents dans la vie quotidienne des consommateurs modernes et qui sont bizarrement connectés avec un problème grandissant de trouble de le fécondité, ainsi qu’un pic dans les cancers, les déformités de naissance et l’altération des caractéristiques sexuelles à la fois chez les humains et dans la faune sauvage.

Une fois de plus, les “élites” poussent à la réalisation de ces politiques. Dire que le potentiel de l’humanité à sur-consommer à des niveaux qui ne sont pas “soutenables” n’est pas sans mérite, mais cela manque singulièrement d’objectivité quand on blâme immédiatement les masses au lieu de ceux qui dirigent ces politiques.

Les calculs du MIT dans son “Limites à la croissance” sont dès lors un peu nébuleux pour ces raisons précises et bien d’autres. Nous ne disputons pas le fait que l’Homme peut se détruire lui-même, mais il est clair que le côté oligarchique de l’humanité est prône à détruire les 80% de la population mondiale qu’ils considèrent être le “bas” et ceci n’est tout simplement pas pris en compte ni mentionné.

La stratégie est singée par Bill Gates, comme il l’a démontré dans son exposé TED en 2010. Là, il concocte une formule prédisant l’effondrement à moins que l’humanité ne réduise sa population, sa consommation d’énergie, les services et les rejets de CO2. “Probablement un de ces chiffres devra être proche de zéro”, dit Gates, faisant allusion au nombre de la population comme variable clef.

L’élite veut cadrer le débat dans un jeu tronqué, suggérant ultimement la valeur négative des individus humains. De véritables inovations pourraient nous sortir de ce dilemme, mais ceux qui détiennent le pouvoir les considéreraient-elles ?

Tout comme l’observe Mac Slavo, c’est l’inviabilité du spectre financier qui est le plus gros candidat à la contribution de la destruction, de la mort et de la perte des standards de vie à travers le monde:

Il faut dire haut et fort qu’avoir généré des milliers de milliards de dollars de dette ces dernières décennies, tout comme le pétrole, n’est pas soutenable à long terme. Comme le système entier de la consommation est basé sur cette dette, si la confiance dans ce système est perdue, cela aura sûrement le même effet que celui du pic pétrolier. La dette, même si elle est fabriquée de l’air du temps, est essentiellement une promesse fondée sur une ressource physique. Cela est basé sur l’idée que quelque chose sera créé par quelqu’un à un moment donné afin d’honorer la dette. Nous les peuples, sommes les dommages collatéraux de toute cette dette flottant dans notre système. Mais nous sommes arrivés au point où la dette, quelque part dans la zone des 200 000 milliards de dollars rien qu’aux Etats-Unis, est bien plus importante que notre capacité de rassembler suffisamment de temps et d’énergie pour repayer capital et intérêts.

Ainsi, ce “pic de la dette”, créé pour nous sauver de nos pratiques insoutenables, devrait être de plus de soucis pour nous que le “pic pétrolier” ou l’eau. Parce que quand nous aurons finalement atteint la limite de notre dette et il est maintenant évident que le soutien collatéral de cette dette est incapable de produire suffisemment pour la rembourser, alors nous aurons une toute autre signification pour le terme de “dégât collatéral”.

Article original en anglais :
http://www.infowars.com/mit-predicts-half-of-humanity-to-be-culled-in-post-industrial-crash/ 

Traduction par Résistance 71 

FRANCE : Nouvel incident à la centrale nucléaire du Tricastin

avril 10th, 2012 by Collectif antinucléaire de Vaucluse

La centrale nucléaire du Tricastin a été le théâtre d’un nouvel incident le 16 février dernier, lors d’essais périodiques sur des systèmes de contrôle de commande du réacteur n°2. Un capteur mesurant le niveau d’eau dans un générateur de vapeur n’est pas fiable. Cet échangeur thermique entre l’eau du circuit primaire, portée à haute température et à pression élevée dans le cœur du réacteur, et l’eau du circuit secondaire, qui se transforme en vapeur sert à alimenter la turbine. En cas de fuite sur le générateur, l’absence de suivi visuel du niveau d’eau aurait pu conduire à un aggravation de la situation du réacteur.

Le 16 février 2012, EDF, l’exploitant de la centrale nucléaire du Tricastin a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la sûreté portant sur le non-respect d’une mesure compensatoire mise en œuvre dans le cadre d’une modification temporaire des spécifications techniques d’exploitation accordée par l’ASN le 10 février 2012.

Cette modification des spécifications techniques d’exploitation visait à autoriser l’exploitant à réaliser des essais périodiques sur des systèmes de contrôle commande du réacteur n°2 alors qu’un capteur mesurant le niveau d’eau dans un générateur de vapeur n’était pas fiable.

Un générateur de vapeur est un échangeur thermique entre l’eau du circuit primaire, portée à haute température et pression élevée dans le cœur du réacteur, et l’eau du circuit secondaire, qui se transforme en vapeur et alimente la turbine.

A l’appui de sa demande, l’exploitant de la centrale nucléaire du Tricastin avait proposé à l’ASN plusieurs mesures compensatoires. A l’occasion de la mise en œuvre de ces essais, l’exploitant n’a pas respecté une de ces mesures compensatoires qui portait sur la surveillance visuelle du niveau d’eau d’un générateur de vapeur.

Selon l’exploitant, cet événement n’aurait pas eu de conséquence sur les installations, sur l’environnement ou sur les travailleurs. A voir… d’autant qu’en cas de fuite sur le générateur concerné, l’absence de ce suivi visuel du niveau d’eau aurait pu conduire à retarder la bonne application des procédures de sécurité et engendrer un processus échappant à tout contrôle.

En raison du non-respect de cette mesure compensatoire associée à la modification temporaire des spécifications techniques d’exploitation, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES par l’ASN. 

Notons qu’une fois de plus les exploitants nucléaires se font tirer l’oreille pour effectuer les mises en conformité demandées par l’ASN. Des travaux devant être achevés fin 2011 ne le sont toujours pas début avril (lettre de rappel ici) .

Le 8 mars 2012, une autre inspection révèle que sur une autre installation du Tricastin, la sinistre Socatri responsable à l’été 2008 d’une fuite radioactive et de déversement d’uranium dans les rivières alentour, l’une des rétentions concernées n’est pas l’objet de l’application des procédures (rétentions de la zone 04Q). pour l’exploitant :” la procédure n’est plus nécessaire” bien qu’elle soit toujours affichée localement. Pour les inspecteurs de l’ASN, cette situation démontre des carences dans la gestion de l’installation et conduit les opérateurs à prendre l’habitude de ne pas respecter certaines consignes.

Cerise sur le gâteau : d’une part les arrimages et la stabilité des fûts de matière du bâtiment 56L ne sont pas garantie en cas d’inondation des locaux d’entreposage; et d’autre part tous les personnels susceptibles d’intervenir dans la gestion d’une situation d’urgence et la mise en oeuvre du Plan d’Urgence Interne (PUI) n’ont pas reçu leur formation de recyclage à la gestion d’une situation d’urgence (lettre de rappel ici).

Mais au Tricastin, depuis plusieurs années, on a pris l’habitude de se moquer de la sécurité et de rouler dans la farine l’Autorité de Sûreté Nucléaire comme en témoigne le fait que les inspecteurs ont constaté que “le contenu ou le délai de certains engagements avaient été modifiés par rapport à ce qui avait été annoncé à l’ASN à la suite des inspections ou de l’analyse des évènements significatifs de l’année 2011 et que SOCATRI n’avait pas fixé d’échéance à des engagements pris en 2011″. Il est vrai qu’au Tricastin on boucle les dossiers (DES) assurant le suivi des engagements avant qu’arrivent les conclusions des travaux… Et puis une tâche de contamination radioactive ayant été repérée en juin 2011 sur la zone 17D, les inspecteurs avaient exigé de la Socatri de « rendre cohérents le zonage et son état radiologique ». Mais on en a cure chez les nucléocrates! Aussi l’ASN hausse le ton (enfin!) en constatant que la zone est régulièrement reclassée en zone à déchets nucléaires lors d’opérations de dépotage, “ce qui réduit le niveau de confiance que l’on peut avoir quant à la discrimination entre les déchets nucléaires et les déchets conventionnels”. Rien de moins! autant dire que l’on mélange les serviettes propres et les torchons sales et contaminés, que les restes du cassoulet et ceux des chiottes se côtoient allègrement sur la table de repas du petit dernier.

Nous ne sommes quand même pas ici dans une chocolaterie ou une fabrique de jouets en bois! Comment alors peut-on encore oser prétendre faire confiance au nucléaire et aux exploitants? Nous sommes au Tricastin dans la configuration de Tchernobyl et de Fukushima.

A quand l’enchaînement de dysfonctionnements a répétition qui inéluctablement nous conduira au pire sur des installations obsolètes et ayant dépassé leur durée de vie de 30 ans initialement prévue?

 

Journaliste, écrivain et militant des causes justes – arabes notamment, Gilles Munier est avant tout un grand ami de l’Algérie.

Il est né le 9 novembre 1944 à Reims et a vécu toute sa jeunesse en Algérie (Kabylie et Alger) et au Maroc.

Son père qui militait activement pour l’indépendance de l’Algérie en a été expulsé sur ordre de François Mitterrand, alors, ministre de l’Intérieur.

Gilles Munier revient en Algérie en septembre 1962, après l’Indépendance, et s’inscrit à la Faculté d’Alger.

Juste après, entre 1967 et 1969, on le retrouve correspondant à Alger de la revue La Nation Européenne, et d’aucuns lui prêtent une proximité politique avec le président Houari Boumediène.

Il quitte l’Algérie en 1970 pour effectuer son service militaire en France, puis milite dans diverses associations «pro arabes», à Paris et en Bretagne.

En octobre 1990, on le retrouve à Baghdad, pendant l’affaire des otages, et en revient avec 9 Français qui y étaient retenus.

Il milite ensuite pour la levée de l’embargo contre l’Irak et le retour des entreprises françaises sur le marché irakien, en participant à la création de l’Association franco-irakienne de coopération économique (Afice) soutenue par les anciens ambassadeurs de France à Baghdad.

Gilles Munier a été reçu, à plusieurs reprises, par le président Saddam Hussein et son ministre des Affaires étrangères, Tarek Aziz.

En juillet 2003, il a reçu des menaces de mort sous la forme d’une lettre contenant une balle de 22 Long Riffle avec la mention : «La prochaine n’arrivera pas par poste».

L’auteur des menaces, un pro-israélien, dont la cave était bourrée d’armes et de munitions, n’a été condamné qu’à une peine symbolique.

Gilles Munier est l’auteur du «Guide de l’Irak» et a participé à la traduction en langue française de «Zabiba et le roi», un roman écrit par Saddam Hussein dans sa prison, à Baghdad.

Depuis, il publie AFI-Flash, une lettre d’information spécialisée sur la situation en Irak, collabore au mensuel Afrique Asie, soutient la résistance irakienne et milite pour la libération des prisonniers politiques irakiens.

Aujourd’hui, ce sont, surtout, ces écrits sur la Syrie, où il adopte une attitude atypique très critique à l’égard des ces «curieux Printemps arabes», qui attirent l’attention.

Son dernier ouvrage paru, «Les Espions de l’or noir» l’a fait connaître au monde entier.

Quelle politique concrète, l’Algérie peut-elle prendre avec la coalition islamo-targuie, après les derniers développements au Mali, avec notamment l’enlèvement de sept diplomates, dont le consul. Une opération militaire était-elle envisageable?

L’enlèvement des diplomates était inacceptable. Une opération militaire a certainement été envisagée, pour le principe, mais elle était loin d’être gagnée d’avance. Elle aurait, d’ailleurs, été préjudiciable au rôle modérateur que l’Algérie semble jouer en coulisse.

Si la poussée d’Al-Qaïda au Maghreb suit une trajectoire prévisible, que dire de Iyad Ag Ghali, un touareg de Kidal, qui a travaillé en Algérie, dans l’administration, et qui, devenu chef d’une rébellion, était signataire des «Accords d’Alger» de 2006, avant de se voir envoyer par Bamako en tant que consul du Mali à Riyad, en Arabie saoudite. Peut-on voir, là, une tentative de mainmise de l’islamowahabisme pétrolier saoudien-qatari, aussi, sur la région ?

La mainmise de l’Arabie saoudite, je ne pense pas. Le cheikh Iyad Ag Ghali a été expulsé d’Arabie, en 2010, en raison des relations qu’il entretenait avec des partisans d’Oussama Ben Laden. Mais la main du Qatar, très certainement, comme partout où il y a des promesses de pétrole et surtout de gaz.

L’émir Hamad Ben Khalifa at-Thani, soutenu par la France, voudrait jouer un rôle prédominant au sein du Forum des pays exportateurs de gaz (Fpeg), créé à l’image de l’Opep, qui a tenu son premier Sommet, en novembre dernier, à Doha. La réalisation des rêves démesurés de l’émir passe par la mise en orbite politique d’islamistes qui se prêtent à son jeu dans les pays arabes et sahéliens.

Juppé affirmait, il y a quelques jours, que l’Algérie a un rôle majeur à jouer dans le conflit malien, au vu de son rôle traditionnel de «négociateur» et de «facilitateur» dans les conflits qui se sont déroulés au Mali depuis 1991. N’y a-t-il pas, là, une tentative de pousser Alger dans un bourbier, d’où il lui sera difficile de s’extirper ?

L’Algérie n’est pas à l’abri des tentatives de déstabilisation. Il faut savoir qu’en France, aux États-Unis et en Israël, des lobbies, écoutés, préconisent la partition des pays qui, comme le Mali et l’Algérie, seraient trop vastes pour être administrés par les forces politiques qui les composent. Ils verraient bien la création de régions autonomes – à l’image de celle du Kurdistan en Irak – ou de micro-États. C’est ce qui se passe en Libye avec la déclaration d’autonomie de la région pétrolière de Barqa (Cyrénaïque), demain, sans doute, celle du Fezzan, et avec l’apparition de villes-États, comme Misrata. C’est aussi ce qui s’est passé au Soudan, amputé de sa partie sud, riche en pétrole, et peut-être un jour du Darfour.

Le « principe fondamental de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation », rappelé régulièrement par Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine, est à géométrie variable. Il ne s’applique qu’aux pays qui n’intéressent pas, économiquement ou géostratégiquement, les Occidentaux. Les revendications des minorités ethniques opprimées et méprisées, comme c’était le cas des Touareg au Mali, ne sont entendues que lorsque leur sous-sol renferme des richesses, dont l’exploitation est devenue rentable.

Entraîner l’Algérie, dans un bourbier pour la déstabiliser, est une hypothèse qu’il ne faut pas négliger, pas plus qu’il ne faut prendre à la légère le projet de fédération amazigh, regroupant l’Azawad, les régions berbères du djebel Nefoussa, et de Zouara qui deviendrait son terminal pétrolier et gazier.

Le conflit au Mali, les prodromes de la guerre civile en Libye, la circulation d’armes lourdes dans la région saharo-sahélienne, ce ne sont pas, là, les legs de Kadhafi et qui sonnent comme une bombe à retardement ? Kadhafi vivant, les événements n’auraient-ils pas suivi une autre trajectoire, plus calme, moins belliqueuse, grâce aux sommes d’argent qu’il injectait pour les uns comme pour les autres ?

Les armes de Kadhafi… et, n’oublions pas celles livrées par la France et le Qatar à ses opposants. La France et l’Otan voyaient d’un mauvais oeil la politique africaine du colonel Kadhafi. C’est une des causes de son renversement. Bien sûr, lui vivant, les événements auraient suivi une autre trajectoire. Il avait, aussi, promis aux Touareg maliens la création d’un État, mais à l’image de la Jamahiriya, et cela Sarkozy et ses amis n’en voulaient pas.

Les États-Unis et la France ne semblent pas étrangers à la détérioration de la situation au Sahel. ATT, avant sa chute, accusait Paris de soutenir la rébellion, le Mnla reçu en catimini à l’Élysée, alors que Washington a bel et bien dispensé des entraînements militaires au chef des putschistes aux États-Unis même, dans le cadre de la lutte antiterroriste.Y a-t-il un dessous de cartes que nous ne connaissons pas ?

Le bassin saharien de Taoudeni – du nom d’un petit village malien – qui s’étend de la Mauritanie au Nord du Mali et sur une partie du Sud algérien est le nouveau champ de bataille des pétroliers et des chercheurs d’uranium occidentaux, pour le plus grand malheur des Touareg et des Maliens. Voilà pour le dessous des cartes.

En janvier dernier, dans son rôle de factotum des États-Unis et de Nicolas Sarkozy, l’émir at- Thani a carrément menacé le président mauritanien, Ould Abdel Aziz, d’utiliser El-Jazeera pour le renverser, s’il ne portait pas au pouvoir un parti islamique à la solde du Qatar. Congédié, humilié, l’émir finance depuis un simulacre de «Printemps arabes» à Nouakchott.

Dernièrement, il est entré dans le groupe pétrolier Total – un des principaux intervenants au Nord-Mali – en acquérant 2% de son capital pour plus de deux milliards d’euros. L’avenir du cabinet d’avocats du président français, s’il n’est pas réélu le mois prochain, est assuré…

http://www.lecourrier-dalgerie.com/avril/n2464.pdf

 
Gilles Munier est l’auteur de plusieurs livres, le dernier « Les espions de l’or noir», 2009.

La Sainte Trinité – les Etats-Unis, l’OTAN et l’Union Européenne – ou un de ses composants, arrivent généralement à ses fins. Elle voulait renverser Saddam Hussein, et peu après il pendait au bout d’une corde. Elle voulait renverser les Taliban et, grâce à une supériorité militaire écrasante, la chose fut faite assez rapidement. Elle voulait la fin du règne de Moammar Kadhafi et peut après il mourrait dans des conditions atroces. Jean-Bertrand Aristide avait été démocratiquement élu, mais ce noir a outrepassé ses prérogatives et il fut expédié en exil lointain par les Etats-Unis et la France en 2004. L’Irak et la Libye étaient les deux pays les plus modernes, éduqués et laïques du Moyen Orient. A présent, tous ces pays peuvent être qualifiés d’états en déroute (« failed states »).

Ce sont là quelques exemples au cours de la dernière décennie qui montrent comment la Sainte Trinité ne reconnaît aucun pouvoir supérieur et croit, littéralement, qu’elle peut faire ce que bon lui semble au monde entier, à qui bon lui semble, le temps que bon lui semble, et qualifier ses actes comme bon lui semble, comme « une intervention humanitaire », par exemple. En Occident, la mentalité coloniale-impérialiste du 19ème et 20ème siècle se porte comme un charme.

Prochain sur l’agenda : le renversement de Bashar al-Assad de la Syrie. Comme avec Kadhafi, le terrain est préparé à coups d’informations incessantes – de CNN à Al Jazeera – sur la nature supposément barbare d’Assad, qualifiée à la fois d’inflexible et de non-provoquée. Après des mois de massacres médiatiques, qui pourrait encore douter que les événements en Syrie ne sont qu’un nouveau « soulèvement populaire » d’un Printemps Arabe, tel qu’ils les aiment, contre un « dictateur brutal » qu’il faut renverser ? Et que le gouvernement Assad est très majoritairement responsable des violences.

En fait, il semblerait qu’Assad jouisse d’une grande popularité, non seulement en Syrie, mais dans tout le Moyen orient. Non seulement parmi les Alouites, mais aussi parmi les deux millions de Chrétiens et un nombre significatif de Sunnites. Kadhafi lui-aussi jouissait d’une popularité similaire en Libye et ailleurs en Afrique. La différence entre les deux, du moins jusqu’à ce jour, est que la Sainte Trinité a bombardé et mitraillé quotidiennement la Libye pendant sept mois, sans interruption, détruisant les forces pro-gouvernementales, ainsi que Kadhafi lui-même, pour aboutir à ce « changement de régime » tant recherché par la Trinité. A présent, le chaos, l’anarchie, la guerre de religion, la guerre civile, le racisme le plus affreux contre la population noire, la perte des services sociaux auxquels ils tenaient tant, et peut-être l’éclatement du pays en plusieurs mini-états sont devenus le lot quotidien des Libyens. La capitale, Tripoli, « est noyée sous des montagnes de déchets » parce que les environs sont contrôlés par une faction qui refuse les déchets d’une autre faction. (1) On n’ose à peine imaginer dans quel état sont les infrastructures du pays. C’est peut-être cela qui attend la Syrie si la Trinité réussit son coup. Cela dit, les Maîtres de l’Univers croient sans doute que les Libyens devraient leur être reconnaissants pour leur « libération ».

En ce qui concerne la violence en cours en Syrie, il faut prendre en compte les nombreux rapports sur les soutiens militaires apportés aux rebelles syriens – la Grande-Bretagne, la France, les Etats-Unis, la Turquie, Israël, le Qatar, les Etats du Golfe et le coqueluche champion des libertés et de la démocratie, l’Arabie Saoudite. Il y a aussi la Syrie qui affirme avoir capturé 14 soldats français. Et les djihadistes et mercenaires individuels du Liban, de la Jordanie, de l’Irak, de la Libye, etc, qui se joignent aux forces antigouvernementales, dont des vétérans d’Al-Qaeda d’Irak et d’Afghanistan qui sont probablement derrière les attentats aux voitures piégées destinés à semer le chaos et la déstabilisation. C’est peut-être la troisième fois que les Etats-Unis se retrouvent aux côtés d’Al-Qaeda, en comptant l’Afghanistan et la Libye.

Stratfor, la société privée et conservatrice américaine de renseignement avec des relations au plus haut niveau, révèle que «  la plupart des affirmations de l’opposition se sont révélées être des exagérations grossières ou tout simplement fausses. » Les groupes d’opposition dont le Conseil National Syrien, l’Armée Libre Syrienne et l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme basé à Londres ont commencé par affirmer que « les forces du régime avaient assiégé Homs et imposé un délai de 72 heures aux rebelles pour se rendre avec leurs armes ou être massacrés. » Cette information a fait la une des journaux du monde entier. Cependant, l’enquête de Statfor n’a trouvé « aucun signe de massacre » et précisait que « les forces d’opposition trouvent un intérêt à décrire un massacre dans l’espoir d’imiter les conditions qui ont provoqué l’intervention militaire en Libye. » Stratfor a ajouté que toute histoire de massacre serait peu vraisemblable dans la mesure ou le « régime (syrien) dose sa répression pour justement éviter un tel scénario. Les forces du régime prennent soin d’éviter de faire trop de victimes pour ne pas offrir l’excuse d’une intervention humanitaire. » (2)

Dans un courrier électronique de décembre 2011, Reva Bhalla, Directeur des Analyses de Stratfor, a fait le compte-rendu d’une réunion à laquelle elle a participé au Pentagone sur la Syrie : « Au bout de quelques heures de discussions, ils ont dit sans le dire que les Forces Spéciales (apparemment celles des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, de la Jordanie et de la Turquie) étaient déjà sur place en missions de reconnaissance et pour former les groupes d’opposition. » Nous connaissons ce courrier électronique grâce aux 5 millions de courriers de Stratfr obtenus par un hacker du groupe Anonymous en décembre et communiqués à Wikileaks. (3)

Human Rights Watch a indiqué que les forces de sécurité du gouvernement syrien et les rebelles armés syriens ont tous deux commis de graves violations des droits de l’homme, dont des enlèvements, des tortures et des exécutions sommaires. Mais seule la Trinité peut échapper aux sanctions qu’elle adore imposer aux autres. L’épouse d’Assad est désormais bannie des pays de l’UE et ses biens peuvent être saisis. Idem pour la mère d’Assad, sa sœur et sa belle-soeur, ainsi que huit ministres du gouvernement. Assad lui-même a subi le même traitement au mois de mai dernier. (4) Parce que la Trinité peut.

Le 25 mars, les gouvernements US et turcs ont annoncé qu’ils discutaient sur l’envoi d’armes non-létales à l’opposition syrienne, sous-entendant clairement par là qu’ils ne l’avaient pas fait auparavant. (5) Mais selon un câble de l’ambassade US, révélé par Wikileaks, depuis 2006 au moins les Etats-Unis financent les groupes d’opposition en Syrie ainsi que la chaîne de télévision basée à Londres, Barada TV, dirigée par des exilés syriens, qui émet des programmes antigouvernementaux dans le pays. Le câble précisait aussi qu’aux yeux des autorités syriennes « tout fonds US versé à des groupes syriens illégaux constituerait un soutien à un changement de régime. »

Le changement de régime en Syrie fait partie des objectifs des néoconservateurs depuis au moins 2002 lorsque John Bolton, sous-secrétaire d’Etat sous George W. Bush, a présenté un projet visant à briser simultanément la Libye et la Syrie. Il qualifiait ces deux états, avec Cuba, « d’Axe du Mal ». Lors d’une émission sur la chaîne FOX en 2011, Bolton a dit que les Etats-Unis auraient du renverser le gouvernement syrien juste après le renversement de Saddam Hussein. Parmi les crimes de la Syrie, il a énuméré ses relations étroites avec l’Iran, le Hezbollah (au Liban), la résistance palestinienne, la Russie, et son incapacité à conclure un accord de paix avec Israël, contrairement à la Jordanie et l’Egypte. Aux yeux de la Sainte Trinité, tout ceci constitue la démonstration que la Syrie, à l’instar d’Aristide, a bien franchi la ligne jaune.

Il serait difficile d’exagérer la mégalomanie clinique de la Sainte Trinité. Et encore moins de la traîner devant la justice.

En guise de conclusion, quelques mots de Cui Tiankai, le vice-ministre chinois des Affaires Etrangères :

« Les Etats-Unis ont l’armée la plus puissante du monde et dépense plus que tout autre pays. Mais les Etats-Unis sont toujours préoccupés pour leur propre sécurité à cause d’autres pays… Je suggère que les Etats-Unis passent plus de temps à penser comment faire en sorte que les autres pays soient moins préoccupés pour leur propre sécurité à cause des Etats-Unis. » (6)

L’oeuvre d’Obama

Le mois dernier, Alan S. Hoffman, un professeur américain de l’université de Washington à St Louis, a été empêché par le Département du Trésor US de se rendre à Cuba pour donner des cours sur les biomatériaux. (7)

Dans le même temps, le Département d’Etat a refusé d’accorder à deux diplomates cubains basés à Washington la permission de voyager à New York pour prendre la parole au Forum de la Gauche, le plus grand rassemblement de la gauche aux Etats-Unis qui cette année à attiré plus de 5000 participants. (8)

Le Département d’Etat a aussi été occupé récemment à empêcher la participation de Cuba aux Sommet des Amériques qui se tiendra en Colombie au mois d’avril. (9)

Et tout ceci au cours du mois écoulé seulement.

Si j’en parle, c’est pour le garder à l’esprit lorsque la prochaine fois le Président Obama ou un de ses partisans parlera de l’amélioration des relations entre les Etats-Unis et Cuba comme partie de son bilan.

Moi-même je ne peux pas me rendre légalement à Cuba.

Une autre affirmation que les Obamaniaques aiment répéter pour défendre leur idole est qu’il aurait aboli la torture. C’est rassurant mais il n’y pas de raison pour les croire sur parole. Peu après l’entrée de fonction d’Obama, lui et Leon Panetta, le nouveau directeur de la CIA, ont explicitement déclaré que les « renditions » se poursuivraient. Selon le Los Angeles Times : « d’après un décret présidentiel (executive order) d’Obama publié récemment, la CIA a toujours le droit d’effectuer des « renditions », des enlèvements secrets et des transferts de prisonniers vers des pays qui coopèrent avec les Etats-Unis » (10)

Par « coopération », entendez « torture ». « Rendition » équivaut à torture. Il n’y a pas d’autre raison pour expédier des prisonniers en Lituanie, en Pologne, en Roumanie, en Egypte, en Jordanie, au Kenya, en Somalie, au Kosovo, ou sur l’île de Diego Garcia dans l’Océan Indien, pour ne citer que quelques uns des centres de torture connus et fréquentés par nos braves. Au Kosovo et à Diego Garcia – qui accueillent tous deux de très grandes et très secrètes bases militaires US – il est probable que les affaires de torturent continuent. De même à Guantanamo. De plus, le décret présidentiel relatif à la torture, émis le 22 janvier 2009 – numéro 13491, garantissant la légalité des interrogatoires – est ambigu, par exemple il est stipulé qu’il s’applique uniquement dans le contexte de « tout conflit armé ». Par conséquence, la torture hors d’un contexte de « conflit armé », ce qui est d’ailleurs le cas pour la plupart des tortures dans le monde, ne serait pas interdite. Et qu’en est-il de la torture dans le cadre de la « lutte contre le terrorisme » ?

Un des décrets d’Obama exige que la CIA n’utilise que les méthodes d’interrogatoire décrits dans le manuel « Army Field Manual ». Cependant, en se basant sur ce manuel, sont toujours autorisés l’enfermement en isolement, les privations sensorielles, les privations de sommeil, l’usage de drogues qui provoquent la peur, le désespoir et altèrent les pensées, les manipulations d’environnement telles que la température et éventuellement le bruit, et des positions de stress et de surcharge sensoriel.

Après que Panetta ait été interrogé par le Sénat, le New York Times a écrit qu’il avait « laissé la possibilité à l’agence de demander l’autorisation de recourir à des méthodes d’interrogation plus agressives que celles contenues dans le menu autorisé par le Président Obama… M. Panetta a dit aussi que l’agence poursuivra les pratiques de « rendition » de l’administration Bush – l’enlèvement de suspects et leur expédition vers un pays tiers. Mais il a dit que l’agence refuserait de livrer un suspect à un pays connu pour appliquer la torture ou d’autres actions qui seraient « contraires à nos valeurs humaines ». (11)

Absolument personne des administrations Bush ou Obama n’a été puni pour crimes de guerre en Irak, Afghanistan et ailleurs où des guerres illégales ont été lancées, et personne n’a été puni non plus pour torture. Et on pourrait ajouter qu’aucun bankster américain n’a été puni pour son rôle incontournable dans la torture des finances mondiales. L’Amérique a décidément le pardon facile. Sauf en ce qui concerne Julian Assange et Bradley Manning.

Au cours des derniers jours de Bush à la Maison Blanche, Michael Ratner, professeur à Columbia Law School et ancien président du Centre pour les Droits Constitutionnels, faisait remarquer :

La seule manière pour éviter que cela ne se reproduise est de punir les responsables du programme de torture. Je ne vois pas comment nous pourrions retrouver notre statut moral en autorisant ceux qui ont été directement impliqués dans les programmes de torture de simplement s’en tirer à bon compte et de continuer à mener leurs vies sans avoir de comptes à rendre. (12)

J’aimerais à présent rappeler à mes chers lecteurs les termes de la « Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants », rédigée par les Nations Unies en 1984, entrée en vigueur en 1987, et ratifiée par les Etats-Unis en 1994. L’article 2 de la Convention stipule : « Aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit, qu’il s’agisse de l’état de guerre ou de menace de guerre, d’instabilité politique intérieure ou de tout autre état d’exception, ne peut être invoquée pour justifier la torture. » http://www.hrea.org

Des termes merveilleusement clairs et sans équivoques destinés à poser les bases d’un principe universel dans un monde qui nous fait de plus en plus honte. Nous ne pouvons revenir en arrière.

Joseph Biden

Dans un document trouvé dans la planque de Ben Laden au Pakistan après son assassinat au mois de mai dernier, se trouvait un appel à assassiner le Président Obama parce que « Obama est le chef des infidèles et sa mort le ferait automatiquement remplacer par Biden… Biden n’est absolument pas préparé pour ce poste, ce qui plongerait les Etats-Unis dans une crise. » (13)

Ainsi, il semblerait que l’homme que les Etats-Unis adoraient haïr et craindre n’en connaissait pas plus sur le fonctionnement de la politique étrangère des Etats-Unis que l’Américain moyen. Quelle différence cela aurait-il eu pour la Guerre Contre le Terrorisme – en bien ou en mal – et pour tous les Ben Laden et Al Qaedas si Joe Biden avait été président ces trois dernières années ? Biden soutient sans faille la guerre en Irak et se révèle en tous points un pro-israélien fanatique à l’instar d’Obama. Au cours des 35 dernières années au Sénat US, Biden a soutenu avec zèle toutes les guerres d’agression des Etats-Unis, de la Grenade en 1983, en passant par le Panama en 1989, l’Irak en 1991, la Yougoslavie en 1999 et l’Afghanistan en 2001. A quoi pouvait bien penser Ben Laden ?

Et à quoi pouvait bien penser Joe Biden lorsqu’il s’est récemment exprimé après la visite aux Etats-Unis du présumé futur dirigeant de la Chine, Xi Jinping ?

Les Etats-Unis ont au moins un avantage économique décisif sur la Chine. Car le gouvernement chinois autoritaire réprime ses propres citoyens, ces derniers ne peuvent pas penser librement ou innover. « Pourquoi ne sont-ils pas devenus un des pays les plus innovants du monde ? Pourquoi ont-ils besoin de voler notre propriété intellectuelle ? Pourquoi ont-ils besoin d’obliger à communiquer les secrets commerciaux pour pouvoir accéder à un marché d’un milliard trois cent millions de personnes ? Parce qu’ils n’innovent pas. » En remarquant au passage que la Chine et d’autres pays similaires produisent beaucoup d’ingénieurs et de scientifiques mais peu d’inventeurs, Biden a dit : « Il est impossible de penser différemment dans un pays où il n’y a pas de liberté d’expression. Il est impossible de penser différemment lorsqu’il faut faire attention à ce que vous publiez sur Internet au risque de le voir confisqué ou de finir en prison. Il est impossible de penser différemment lorsque règne l’orthodoxie. C’est pour cela que nous sommes toujours le pays le plus innovant au monde  ». (14)

C’est la Guerre Froide. Exactement le genre de choses que l’on nous racontait à propos de l’Union Soviétique. Pendant des années et des années. Des dizaines d’années. Puis ils ont lancé le Spoutnik, le premier satellite artificiel mis en orbite autour de la terre. Il faut lancé par l’Union Soviétique le 4 octobre 1957. L’annonce surprise du succès de Spoutnik 1 a précipité la crise aux Etats-Unis et lancé la course à l’espace. Le lancement de Spoutnik a poussé les Etats-Unis à créer l’Agence de Recherches Avancées pour regagner une avance technologique ce qui a directement mené à la création de la NASA.

William BLUM

The Anti-Empire Report

Article original en anglais :


THE HISTORY OF “REGIME CHANGE”: Putting Syria into some perspective
- by William Blum – 2012-04-06

Traduction  par VD pour Le Grand soir

Notes

  1. Washington Post, April 1, 2012

  2. Huffington Post, December 19, 2011

  3. See the document on WikiLeaks

  4. Washington Post, March 24, 2012

  5. Ibid., March 26, 2012

  6. Ibid., January 10, 2012

  7. Prensa Latina (Cuba), March 18, 2012

  8. See the video description on Cuba’s UN Ambassador at Left Forum ’12

  9. BBC News, “Ecuador to boycott Americas summit over Cuba exclusion“, April 3, 2012

  10. Los Angeles Times, February 1, 2009

  11. New York Times, February 6, 2009

  12. Associated Press, November 17, 2008

  13. Washington Post, March 16, 2012

  14. Ibid., March 1, 2012

  15. Wikipedia entry for Sputnik 1

La déclaration de semi autonomie de la Cyrénaïque et, sans doute bientôt, celle du Fezzan ne surprend que les lecteurs des médias prenant pour argent comptant les communiqués militaires de l’Otan et du Qatar.

Six mois après l’assassinat de Kadhafi, comme il fallait s’y attendre, le Conseil national de transition libyen (CNT) se révèle incapable de gouverner le pays, d’enrayer sa somalisation. La situation économique est catastrophique. Les accrochages sanglants entre tribus et les meurtres par vengeances sont quotidiens. Dans la région de Koufra, les Toubous – ethnie nomade noire – se battent contre la tribu arabe al-Zwia, avec la bénédiction du CNT. En jeu : la surveillance des frontières avec le Tchad, le Niger et le Soudan, c’est-à-dire le trafic des armes, de la drogue et des migrants africains.

Pire, le « Printemps arabe » libyen débouche maintenant sur la création d’une région autonome. La proclamation de la semi autonomie de la Cyrénaïque – Barqa pour les Arabes – par près de 3000 chefs de tribu et de milices, a pris de cours Moustapha Abdeljalil, président du CNT, alors qu’il allait dévoiler la charte nationale devant servir de modèle à la future constitution. Déstabilisé et furieux, il a accusé des « pays frères » – le Qatar et les Emirats Arabes Unis, sans les nommer – de soutenir financièrement « la sédition », selon lui « pour ne pas être contaminés par la révolution ». En d’autres termes, celui que les Libyens surnomment Abou Nato (Otan) reconnaissait n’être qu’une marionnette au service d’intérêts occidentaux qui le dépassent…

« Abou Nato » et la Senoussiya

Aux menaces d’intervention militaire proférées par Abdeljalil contre Ahmed Zoubayr al-Senoussi, membre du CNT élu président du Conseil suprême de Cyrénaïque – un cousin du roi Idris 1er renversé par les Officiers libres en 1963 – le colonel Hamid al-Hassi, nommé commandant militaire de la nouvelle entité a répondu qu’il est prêt à défendre sa région et à occuper les champs pétroliers, si nécessaire. Un autre dirigeant du CNT, Abdelmadjid Seif al-Nasr, a annoncé que la proclamation de l’autonomie du Fezzan était une question de jours.

Pour l’instant, la Tripolitaine n’est pas en position pour réclamer quoi que ce soit. Tripoli vit au rythme des desiderata d’une centaine de milices venue razzier les habitants, ne rendant de comptes qu’à leurs chefs. A Abou Walid, fief kadhafiste situé au sud-est de la capitale, les Warfalla – principale tribu libyenne -  ont élu leur propre CNT, obligeant celui désigné par Abdeljalil à siéger dans un village voisin, dans une sécurité toute relative.

Le port de Misrata, 3ème ville du pays, se comporte de facto en cité-Etat depuis qu’a été élu un conseil municipal remplaçant celui désigné par le CNT. Les crimes de guerre commis en Tripolitaine par sa milice mettent en danger de mort, et pour de nombreuses années, ses commerçants ou ses chauffeurs de poids lourds s’aventurant sur les territoires de tribus victimes de leurs exactions.

La ville arabo-berbère de Zenten, accolée au Djebel Nefoussa à 160 kms au sud-ouest, n’en fait qu’à sa tête. Elle détient en otage Seif al-islam Kadhafi, contrôle la frontière avec la Tunisie et s’est emparée de l’aéroport international de Tripoli. Conciliant, un des chefs de guerre a déclaré qu’il en remettrait les clés au CNT… quand ce dernier sera à même d’en assurer la sécurité. Les milices de Misrata et de Zenten, surarmées par l’Otan, le Qatar, et par les pillages de casernes, peuvent tenir tête à n’importe quelle attaque de l’armée libyenne.

L’instabilité perdurera

Penser que la confrérie de la Senoussiya peut réunifier le Libye est une vue de l’esprit. C’est compter sans la Tidjaniya, sa concurrente soufie, les djihadistes du Mouvement islamique libyen pour le changement (MILC, ex Groupe islamique de combat libyen), et les Frères Musulmans constitués en Parti Justice et Construction. Le cheikh Youssouf al-Qaradawi ayant dénoncé, du Qatar, la déclaration de semi autonomie de la Cyrénaïque, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues des grandes villes le 9 mars en scandant : « Avec notre sang et notre âme, nous sauverons Benghazi! ». Mais les salafistes du MILC et les Frères Musulmans qui jouent la carte de l’unité de la Libye, ne disposent pas de forces armées suffisantes pour empêcher la Cyrénaïque d’élire son propre gouvernement, un parlement, de prendre en charge son économie et de gérer à sa guise 80% des ressources pétrolières du pays. Plusieurs dirigeants du CNT, craignant d’être tués, résident désormais dans l’île de Malte.

L’élection de l’assemblée constituante prévue le 23 juin risque d’être reportée ou sérieusement boycottée par les habitants de Cyrénaïque qui n’ont pas digéré de n’avoir que 60 parlementaires à élire, alors que la Tripolitaine en a 102. On voit mal aussi, d’ici là, qui pourrait contraindre les milices à déposer leurs armes, surtout depuis qu’une décision imbécile retire le droit de vote aux towars – révolutionnaires -  qui intégreront l’armée.

La partition de la Libye n’est peut-être pas inéluctable, mais l’instabilité y perdurera encore longtemps. Les compagnies pétrolières étrangères en sont à se demander s’il va leur falloir renégocier leurs contrats avec de nouvelles entités. Quand on disait que l’accord secret signé en 2011 par Nicolas Sarkozy avec ses complices du CNT, attribuant à la France un tiers du pétrole libyen, en remerciement de son soutien à la rébellion, n’était qu’un chiffon de papier…

 

Près de deux millions de réfugiés libyens ?

Une conférence sur la situation humanitaire en Libye, co-organisée par le bâtonnier tunisien Béchir Essid, président du Comité international des juristes pour la défense des Libyens opprimés et exilés et par l’Association des Libyens exilés, s’est tenue le 10 mars à Tunis, en dépit d’une intervention du CNT réclamant son interdiction. Selon des intervenants, il y aurait actuellement près de deux millions de réfugiés libyens dont 400 000 en Tunisie, 800 000 en Egypte. Certains erreraient, dans le dénuement le plus total, à travers le Maghreb, l’Afrique subsaharienne et l’Europe. Les participants ont dénoncé le silence des médias internationaux sur le drame qui frappe une partie de la population libyenne, les crimes, les tortures, les mutilations, les viols et la chasse à l’homme dont la population noire libyenne est victime. En Libye, il suffit parfois d’être dénoncé comme kadhafiste pour disparaître à jamais. Un des juristes présents a également dénoncé l’attitude de la France qui « enseigne les droits de l’homme et désigne ceux qui sont bons et ceux qui sont mauvais, tous n’étant pas des hommes  dignes d’être secourus ».

Un réseau estudiantin libanais a décidé de rassembler tous les clubs universitaires libanais aux Etats-Unis afin de « veiller aux intérêts des étudiants et d’assurer des emplois pour eux ». Comment ? A travers des «sessions d’information » dirigées et financées par l’agence de renseignements centrale américaine (CIA) dans le but de faire de ces étudiants des espions !

Ce rassemblement se tient chaque année depuis 2008 dans les différents Etats américain. L’association estudiantine américano-libanaise a pris à sa charge de recruter et d’enrôler les jeunes libanais dans les rangs de la CIA, sous le slogan « nous travaillons pour assurer des emplois aux étudiants libanais aux Etats-Unis ».

Chercher des étudiants “intelligents et maîtrisant de multiples langues internationales”

Une fois de plus donc, les Libanais se permettent de collaborer avec la CIA sous des angles différents. Pour justifier cette collaboration, ils prétendent que “l’agence ne fait pas partie du gouvernement américain, qu’elle ne promeut pas les politiques des Etats-Unis, mais qu’elle crée de nouveaux domaines d’emplois et de nouveaux horizons”! 

Détenteurs de la nationalité américaine, ces étudiants d’origine libanaise ont adhéré au « éseau universitaire libanais» ou «Lebanese Collegiate Network » (LCN). Dirigé par des Libanais, ce réseau a pu  rassembler 20 clubs estudiantins et les a liés en un seul réseau.

Au-delà des congrès et des campagnes de dons, ledit réseau a organisé de multiples colloques depuis 2007 sur « l’agence de renseignement centrale » sous le parrainage de celle-ci. Les conférenciers ne sont autres que des membres de la CIA qui affichent clairement leur objectif : recruter des étudiants libanais. C’est justement la semaine dernière que la CIA a déclaré ouvrir ses portes à l’enrôlement des étudiants libanais, “intelligents et maîtrisant de multiples langues internationales”, en échange de grosses sommes d’argent.

Cette annonce est survenue lors d’une exposition sur « les emplois et le volontariat » dans le cadre du 5ème congrès annuel du réseau libanais en question, tenu à l’université Loyola Marymount à Los Angeles.

En effet, la contribution financière de la CIA à ce réseau pendant des années pourrait être considérée comme une infraction flagrante aux lois régissant le travail de la CIA sur le sol américain. Cette loi permet à ladite agence de dépenser de l’argent dans des actions de recrutement directes aux Etats-Unis, mais elle n’est pas autorisée à soutenir des organisations américaines regroupant des Américains à l’intérieur du pays.

Qui donc a permis à cette organisation de financer un réseau estudiantin américain dans 20 Etats du pays ? Les responsables de la CIA, de la justice et du Congrès en sont-ils au courant ? Le Congrès sanctionnera-t-il la CIA pour avoir dépassé ses limites ? Et qu’en est-il aussi des universitaires libanais qui offrent leur service d’espionnage pour le compte d’un autre pays sous des différents prétextes ?

Version française : Al Manar.com
http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=58219&cid=13&fromval=1&frid=13&seccatid=15&s1=1
 

Le gouvernement français, inquiet de la déstabilisation du Mali après le coup militaire du 22 mars qui a renversé le président Amadou Toumani Touré (ATT) laisse entendre qu’il soutiendra une action militaire pour écraser la révolte.

La révolte malienne s’est développée parmi des officiers subalternes et des soldats mécontents de se battre contre des combattants touareg bien armés entrant au Mali par la Libye où ils avaient combattu pour défendre le régime de feu le colonel Muammar Kadafhi. Selon la BBC, ce coup militaire jouit d’un certain soutien populaire dans le sud du pays, où il y a eu « peu de signe de condamnation du coup. »Peu après le coup, la Commission européenne a annoncé la suspension des programmes de développement pour le Mali.

RTBF (Radio-Télévision belge francophone) fait état d’une manifestation à Bamako, capitale du Mali, en soutien à la révolte de l’armée. Sur les pancartes et banderoles on pouvait lire «A bas ATT », « A bas la France, » « A bas la communauté internationale. »

Le 1er avril, lors du sommet des chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (la CEDEAO) conduit par le président de la Côte d’Ivoire Alassane Ouattara, des discussions ont eu lieu sur les événements du Mali. Ouattara avait pris le pouvoir l’an dernier avec le soutien de l’armée française durant une brève guerre civile qui avait renversé le président Laurent Gbagbo. Ce sommet a demandé que les soldats rebelles retournent dans leur caserne et a menacé, s’ils ne le faisaient pas, d’appliquer un « embargo total » et de mettre en place une force de frappe militaire de près de 2 000 hommes prêts à intervenir.

Sanogo, qui est à la tête de ce coup militaire, a promis de réunir « une convention nationale » sous les auspices de la CEDEAO pour organiser le retour au régime constitutionnel.

Ont participé à ce sommet, ouvert par Ouattara, une dizaine de chefs d’Etat et représentants des  Nations-Unies, de la France et des Etats-Unis, notamment Yayi Boni, chef d’Etat du Bénin et président de l’Union africaine, Saïd Djinnit, représentant les Nations-Unies en Afrique de l’ouest, et Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères.

Juppé a déclaré: « La situation se dégrade très rapidement …nous pouvons aider sur le plan logistique ou la formation, mais il n’est pas question de mettre des soldats français sur le sol du Mali. »

Ouattara a ajouté que la CEDEAO utilisera « Tous les moyens pour stopper cette rébellion et [faire en sorte] que le Mali retrouve l’intégrité de son territoire. C’est un devoir pour la sous-région. »

Le site RTBF de la Radio-Télevision belge a dit hier : « La France a saisi le conseil de sécurité de l’ONU. On se demande comment intervenir pour, à la fois empêcher la partition du pays tout en faisant d’éventuelles concessions à la rébellion touareg autonomiste, lutter contre les islamistes et faire plier la junte à Bamako. »

La porte-parole du Département d’Etat américain Victoria Nuland a commenté: « Les Etats-Unis appellent de toute urgence tous les rebelles de l’armée dans le nord du Mali à cesser les opérations militaires qui compromettent l’intégrité territoriale de la République du Mali. »

Il semble que la France et ses intermédiaires d’Afrique de l’ouest profitent de cette occasion pour renforcer leur présence militaire dans la région. En juillet 2010, la France avait saisi l’opportunité de rapports faisant état de l’exécution d’un humanitaire français par Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) pour accroître son intervention militaire dans ses anciennes colonies de la région stratégique du Sahel en Afrique de l’ouest. (Voir: Paris saisit l’occasion de l’enlèvement au Niger pour semer la panique de la « guerre contre le terrorisme »

Paris s’inquiète particulièrement de ce que le coup militaire du 22 mars mené par le capitaine Amadou Haya Sanogo n’ait ouvert la voie à une offensive militaire touareg, laquelle s’est emparée de tout le nord du Mali. Les forces séparatistes touareg avec la milice liée à Al Quaïda ont pris plusieurs villes des régions désertiques du nord et se sont finalement emparées de Tombouctou lundi après une opération militaire de 48 heures. Ils n’ont rencontré quasiment aucune résistance de la part de l’armée malienne.

La principale force nationaliste touareg, le Mouvement de libération nationale Azwad (MLNA) se serait allié à AQMI pour conquérir les villes du nord. Mais les islamistes souhaitent à présent expulser le MLNA de plusieurs villes, afin d’instaurer la loi de la Sharia dans les zones qui sont sous leur contrôle. Des reportages de RTBF disent que «Selon plusieurs sources, ils ont pris le pouvoir à Tombouctou. Le MLNA est laïc et veut l’autonomie du Nord du Mali et ne souhaite pas un régime islamiste. »

Le Mali, ancienne colonie française avait pris son indépendance en 1960, mais la France a lutté pour maintenir son hégémonie au Sahel. La rébellion séparatiste a commencé dans les années 1990. Les Touaregs, peuple nomade comptant quelque deux millions de personnes, sont les habitants historiques de la région du Sahel dans une zone étendue traversant l’Algérie, le Burkina Faso, la Libye, le Mali, la Mauritanie et le Niger.

Le Mali arrive au 175e rang mondial en terme de richesse, mais les régions du nord où vivent les Touaregs n’ont pas eu leur part du développement même limité dont jouit le sud du Mali où est située la capitale Bamako.

L’uranium de la région est d’un intérêt crucial pour l’impérialisme français. L’industrie nucléaire française, qui fournit 78 pour cent de la capacité de production d’électricité du pays et fait des profits annuels d’au moins 3 milliards d’euros, compte sur le Niger pour 25 pour cent des 12 400 tonnes de concentré d’oxyde d’uranium qu’elle consomme chaque année.

L’entreprise publique française d’énergie nucléaire, Areva exploite ces réserves d’uranium depuis 40 ans. Elle a investi 1,2 milliards d’euros dans le dépôt d’Imouraren qui devrait produire près de 5 000 tonnes par an durant plus de 35 ans.

Article original, WSWS, publié le 5 avril 2012

La conférence des soi-disant « Amis de la Syrie » qui s’est réunie à Istanbul dimanche dernier représente une importante escalade dans le complot pour une guerre civile sanglante et les préparatifs d’une intervention impérialiste directe. Ce qui est envisagé et activement préparé est un bain de sang qui éclipsera le nombre de personnes qui sont mortes jusqu’ici dans le conflit syrien et une guerre ayant le potentiel de déclencher un conflit mondial menaçant des millions de personnes.

Conduite par Washington et ses principaux alliés de l’OTAN, La Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, ainsi que l’Arabie saoudite et les autres monarchies pétrolières réactionnaires du golfe Persique et la Turquie, cette conférence a produit deux développements majeurs.

Le premier est l’annonce que l’Arabie saoudite, de concert avec le Qatar, est en train de créer un fonds de 100 millions de dollars pour rémunérer les « rebelles » de Syrie. Ceci formalise le statut des groupes armés, connus collectivement sous le nom de Armée syrienne libre, en une force de mercenaires à la solde des émirats droitiers du Golfe, alliés de l’impérialisme américain.

Le second est l’annonce par Washington qu’il a mis en place un fonds pour fournir une aide « humanitaire » à la Syrie ainsi qu’une aide « non létale » à ces soi-disant rebelles. Ceci va aussi comprendre, selon les représentants américains, un équipement de communication satellitaire sophistiqué ainsi que des jumelles pour vision nocturne.

Bien que la secrétaire d’Etat Hillary Clinton ait insisté pour dire que cela permettrait aux groupes d’opposition armés « de se protéger » des attaques des forces de sécurité syriennes, cet équipement leur permettra aussi de conduire des attaques terroristes plus efficaces contre à la fois des cibles gouvernementales et des populations civiles perçues comme soutenant le gouvernement. Cela leur permettra aussi de recevoir des informations exploitables de la part de l’armée et des services du renseignement américains, ainsi que de drones déployés sur le territoire syrien.

Ces mesures ont été prises dans la foulée des annonces de l’envoyé des Nations Unies en Syrie et de l’ancien secrétaire général Kofi, que le régime syrien du président Bashar al-Assad avait accepté un plan de paix en six points appelant à un cessez-le-feu, au retrait de l’armée des centres de population et à un accord politique négocié du conflit vieux d’un an dans le pays.

L’embauche et le soudoiement de Syriens par des puissances extérieures en vue de perpétrer des attaques armées contre les forces gouvernementales, ainsi que la démarche des Etats-Unis de fournir un équipement ayant pour but de rendre ces attaques plus létales a clairement pour dessein de faire dérailler les efforts des Nations Unies pour accomplir un soi-disant « atterrissage en douceur » en Syrie.

L’impérialisme américain et ses alliés ne s’intéressent qu’à une chose: un changement de régime. Toute la rhétorique prétendant promouvoir la « démocratie » et la « liberté » est la façade cynique  de cet effort stratégique.

La pose adoptée par Washington, aux côtés des souverains d’Arabie saoudite et du Bahreïn et de l’émir du Qatar, pour se présenter en libérateur des masses syriennes et en champion de la démocratie est absurde. Ces régimes, avec le soutien des Etats-Unis, refusent à leur propre peuple les libertés politiques élémentaires. Le Bahreïn quant à lui, qui abrite la cinquième flotte américaine, a procédé à la répression sanglante d’un mouvement de masse revendiquant la démocratie et l’égalité des droits.

La Syrie a été ciblée pour un changement de régime parce qu’elle est l’alliée de l’Iran et est quasiment l’unique pays de la région à ne pas fournir aux Etats-Unis des bases ou à ne pas s’intégrer dans le réseau d’alliances du Pentagone, dont l’Alliance méditerranéenne de l’OTAN (Algérie, Egypte, Israël, Jordanie, Mauritanie, Maroc et Tunisie) et l’Initiative de coopération d’Istanbul, qui comprend les monarchies du golfe Persique du Conseil de coopération du golfe.

Ces objectifs stratégiques apparaissaient clairement dans les préparatifs américains pour la conférence d’Istanbul. Avant son arrivée à Istanbul, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton s’était rendue en Arabie saoudite pour y obtenir des garanties de production pétrolière accrue visant à compenser l’impact économique mondial des sanctions américaines qui bloquent les exportations iraniennes et pour présenter les plans du Pentagone consistant à placer les émirats pétroliers sous la protection d’un bouclier de missiles fournis par les Etats-Unis en préparation de la guerre contre l’Iran.

Ce qui motive la politique américaine à l’égard de la Syrie est une stratégie impérialiste plus large visant à compenser le déclin économique du capitalisme américain en consolidant l’hégémonie américaine sur une vaste étendue de territoire allant de la Méditerranée à l’Océan indien et englobant les régions clés productrices d’énergie du golfe Persique et d’Asie centrale. C’est dans ce but que Washington a mené deux guerres durant la décennie précédente, en Afghanistan et en Irak, et prépare maintenant une troisième attaque, bien plus dangereuse, contre un pays de 74 millions de personnes qui se tient entre les deux, l’Iran. Une telle guerre aurait des implications désastreuses non seulement pour les Iraniens, mais pour la planète toute entière, préfigurant des confrontations encore plus mortelles entre l’impérialisme américain d’un côté et la Russie et la Chine de l’autre.

En plus des actions majeures consistant à fournir des fonds et des équipements aux « rebelles » syriens, la conférence d’Istanbul a reconnu le Conseil national syrien (CNS) comme étant le « représentant légitime » du peuple syrien. Bien qu’il ait été sacré agent de Washington, le CNS n’est ni légitime ni représentatif.

Ce ramassis disparate d’islamistes politiques, d’exilés vieillissants à la solde des agences du renseignement occidental et d’anciens fonctionnaires du régime, ne reflète pas les aspirations de la masse des travailleurs syriens. Des millions de travailleurs syriens s’opposent aux inégalités sociales, à la répression et à la corruption qui caractérisent le régime d’Assad, mais ils sont hostiles à l’impérialisme et hostiles à la politique sectaire des Frères musulmans et de leurs sponsors saoudiens.

Ces forces ne promettent qu’une intensification de l’oppression, des conflits sectaires et la relégation de la Syrie au statut de semi-colonie.

La classe ouvrière du monde entier doit s’opposer à une intervention impérialiste et exiger qu’on ne touche pas à la Syrie. Régler leurs compte avec le régime d’Assad est la tâche des travailleurs syriens et non des puissances impérialistes prédatrices qui s’apprêtent à plonger le pays dans un bain de sang sectaire pour piller davantage encore la richesse pétrolière de la région.

Article original, WSWS, publié le 4 avril 2012

Le rêve sarkozyste d’une Algérie harkie

avril 9th, 2012 by Mohamed Bouhamidi

Est-ce vraiment un hasard ? Juste après la chronique de Slate Afrique qui appelait à convaincre l’Algérie de fournir les troupes et l’argent pour stabiliser la situation au Mali, France 24 se met de la partie. Le préposé aux prêches destinés à convertir les opinions au grandes «causes démocratiques» de Gautier Rybinski, s’est essayé à un premier plaidoyer.  

L’Algérie, devenue brusquement un «grand pays « pour les besoins de duperie, a un rôle régional à jouer et doit jouer ce rôle à la mesure de ses moyens, etc., etc. etc. Cette même Algérie qu’on traînait hier encore dans la boue et qu’on menaçait – tenez vous bien ! des foudres du CNT pour s’être opposée à la destruction de l’Etat libyen par respect du droit international mais également pour les conséquences catastrophiques sur une région fragilisée par les problèmes sans fin du sous- développement. Un téléspectateur m’a parlé des précautions prises par ce Gautier, y compris l’obstacle d’une disposition constitutionnelle – vraie ou fausse ? – qui empêcherait notre armée d’intervenir à l’extérieur. Vous avez raison de ne pas croire à l’intérêt de cet «animateur-militant « pour notre Constitution, il ne vous reste plus qu’à émettre l’hypothèse qu’une équipe a préparé l’argumentaire, les formulations, la liste des «experts maison» à inviter dans le court terme et nous aurons le beau spectacle de médias français nous rassurant que nous sommes de grands garçons, tout à fait capables de réussir comme les grands puissances – enfin, disons comme une puissance régionale – et que nous devons assumer.

Même si la diplomatie algérienne a calmé le jeu avec la France sur l’affaire libyenne – à contre-courant de l’histoire réelle, car l’histoire réelle lui donne raison tous les jours – le débat sur les buts réels de l’agression de la Libye n’est pas clos pour autant.

Et c’est Alain Juppé qui essaye de le cadrer pour mieux rouler le gouvernement algérien dans la farine. Nous retrouvons chez lui la même démarche que sur Slate Afrique et que dans France 24. «Il est exact que la situation en Libye et la circulation des personnes et des armes ont ravivé ce conflit et favorisé l’offensive de la rébellion en janvier. Mais elles ne l’expliquent pas». Il est blindé ce type. Pour une fois, Juppé consent à admettre, une histoire, au conflit azawad, rappelons d’abord l’histoire immédiate. C’est bien parce que la région sahélienne toute entière vivait des conflits que l’Union africaine a insisté pour organiser des négociations entre les civils de Benghazi lourdement armés dès le premier jour et le régime d’El-Kadhafi. La France a interdit au CNT de négocier. Rance a barré la route à toute conciliation possible. La France a jeté toutes ses forces, dont France 24, dans la bataille pour amener les Libyens à une situation de non-retour et de haine éternelle entre eux. Tous les Africains ont attiré l’attention sur cet aspect. Tous les pays de la région, le Niger, le Mali, l’Algérie ont parlé des arsenaux ouverts au pillage. Si les Etats-Unis voulaient fournir des armes aux mouvements capables de détruire les Etats en place pour leur Nouveau Moyen- Orient, ils n’auraient pas fait autrement.

Il est réellement blindé, car ajoute-t-il, la France souhaite alerter sur le danger islamiste dans le Sahel. Le Qatar, principal allié de la France dans la destruction dans région, est-t-il un pays chrétien-démocrate ? Et les milices de Benghazi, djihadistes et salafistes, sont un bienfait de la nature ? Et pour quoi la charia d’Ançar Dine serait-elle mauvaise alors que celle des Frères Musulmans est bonne ? Il faudrait qu’il nous refile son compteur Geiger du bon et du mauvais islamisme.

Ou le tandem Sarkoz-Juppé n’a pas mesuré de bonne foi la portée de ses actes en Libye et c’est un tandem de criminels par défaut. Ou il a refusé d’écouter les Africains pour n’en faire qu’à sa tête et c’est un tandem de criminels et de racistes. Ou ils ont appliqué de sang-froid un plan de destruction de la Libye pour créer un effet domino, et Les deux restent de grands criminels. Tous ceux que n’ont pas été bernés par les méga mensonges sur la Libye soupçonnent le crime par préméditation. Dans tous les cas, criminels avec ignorance ou de sang-froid, ce tandem est totalement disqualifié pour parler encore Afrique. La seule mesure préventive est de les bouter hors de notre continent et si on ne le peut pas limiter au moins leur influence.

Restons dans l’histoire. Juppé nous flatte. « Je ne perds jamais une occasion de dire à nos amis Algériens à quel point il est important qu’ils jouent le rôle le plus actif possible dans la coordination de la réponse régionale à Aqmi».

La France de Sarkozy a mené à l’Algérie la guerre sourde la plus vile qui soit à propos d’Aqmi et du Mali. L’Algérie a constamment refusé la présence de puissances étrangères au Sahel et à ses frontières sud. Elle a préconisé une alliance régionale et la mise en commun des moyens. Elle a surtout insisté sur une démarche globale de sécurité et de développement. Contre l’Algérie, Sarkozy a incité le Mali à accepter une conférence du groupe du G8 qui a écarté l’Algérie. Juppé ment comme un arracheur de dents. Il n’a jamais raté une occasion d’isoler l’Algérie. Et dans cette fameuse conférence d’octobre 2010, la France a réussi à faire inviter le Maroc.

Vous saisissez le message. Le Maroc aussi affronterait du terrorisme que vous devinez. Vous voyez le Maroc franchir les frontières de la Mauritanie et de l’Algérie se rendre au Mali faire le coup de feu sans égard aux frontières ni aux souverainetés ? Tout le monde est chez soi chez tout le monde. Bien sûr, le groupe du G8 ne pouvait aller contre les lois de l’économie mondiale capitaliste et les promesses d’aide sont restés lettre morte. Les images de la formation de militaires maliens aux techniques de guerre des forces spéciales avaient de l’effet sur les magazines et les télés, mais cela s’est avéré sans grande efficacité dans la réalité de la guerre. Cela nous fait bien rire aujourd’hui cette religion des Rambo. Juppé l’a peut- être oublié mais cette conférence de 2010 s’est terminée par des menaces à l’endroit de l’Algérie, qui «aurait à regretter de s’être isolée de la communauté internationale».

C’est cet échec de la politique des Rambo qui a poussé ensuite les équipes dirigeantes maliennes à se tourner vers l’Algérie, au grand dam de Juppé et de Sarkozy. Juppé ne demande pas à l’Algérie de jouer pleinement son rôle. Il lui demande de jouer le rôle qu’il a, lui, a en tête. Il lui demande de jouer le rôle de supplétif comme se plaît à le faire Ouattara. La conférence de 2010 est la preuve que l’Algérie jouait un grand rôle dans la lutte contre le terrorisme. Un rôle que n’aimait pas la France et qui la gênait jusque dans le paiement des rançons. Entre 2010 et 2012, c’est l’Algérie qui a eu à payer les conséquences de la politique atlantiste car la politique française n’existe plus que comme application de la politique américaine. L’Algérie a pu de nouveau coordonner les armées de la région et amortir le désastre libyen. Juppé, c’est du super blindage. Il affirme sans sourciller : «Pour nous, comme pour les Américains, il n’est pas question de déployer des troupes au sol. Nous n’avons rien à y faire. En revanche, nous sommes prêts à apporter un soutien logistique à la CEDEAO.»

Le piège atlantiste est grossier. La partition du Mali est pour jouée pour les ETATS-UNIS et pour les français. Ils avaient mis la poudre du sous développement pendant des décennies. Ils se sont bien débrouillés pour créer le détonateur azawad. Ils ont ensuite allumé la mèche libyenne. Ils doivent s’assurer que l’explosion emporte le gros morceau : l’Algérie. Pour nous, ils ont en réserve le Congrès mondial amazigh, le MAK et cette nouvelle élite du marché en kamis ou en cravate qui ne rêve que de faire des affaires sans les contraintes d’un Etat.

Entraîner l’Algérie dans l’exécution d’un plan conçu ailleurs, c’est lui asséner le coup qui va la briser y compris sous la question ethnique touarègue. Faire de l’Algérie toute entière son harki, voilà le rêve du tandem néoconservateur français et sa revanche sur 1962. C’est aux patriotes algériens d’empêcher la course vers l’abîme.

Mohamed Bouhamidi

Alger le 04 04 2012                                                                     

Mali, chronique d’une recolonisation programmée

avril 9th, 2012 by Global Research

« Que les chèvres se battent entre elles dans l’enclos est préférable à l’intermédiation de l’hyène ». Proverbe bamanan.

1. Le Mali dans l’ordre cynique du monde

Mis en lumière par l’amputation des deux tiers de son territoire, le coup d’Etat du 22 mars 2012 et l’embargo total de la CEDEAO, l’extrême vulnérabilité du Mali tient d’abord à la trahison des élites. Elles se voilent la face, réfutent tout débat de fond sur les enjeux de la mondialisation capitaliste. Désormais, tout est clair : la recolonisation du pays à travers les politiques néolibérales entre dans une nouvelle phase qui obéit au schéma libyen avec l’intervention directe de l’OTAN en moins.

L‘impérialisme collectif avait besoin d’exploiter, comme à Benghazi, les rancœurs et les rancunes d’une partie de la population qui a le sentiment d’être marginalisée. La rébellion touareg faisait parfaitement l’affaire. La revendication des deux tiers du territoire malien par le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) vient d’être satisfaite avec la complicité de la « communauté internationale ».

L’os malien étant bien moins dur à briser que l’os libyen, il suffisait de mettre à profit l’état de déliquescence de l’armée nationale et de fermer les yeux sur la progression des assaillants lourdement équipés d’armes sophistiquées en provenance des arsenaux libyens pour que le tour soit joué.

Tout cela s’est passé rapidement, entre le 17 janvier 2012 et le 04 avril 2012. Les puissants membres de la « communauté internationale » n’ont donc pas eu à se salir les mains. Ils pensent avoir l’honneur sauf pour avoir fait des déclarations de principes sur l’inviolabilité de l’intégrité territoriale du Mali. Or, c’est lorsque les rebelles du MNLA ont déclaré qu’ils ont atteint leurs objectifs que les Etats-Unis d’Amérique leur ont demandé de « cesser » les opérations militaires.

Les enjeux énergétiques, sécuritaires, migratoires et idéologiques de la guerre globale trouvent leurs expressions dans cette recolonisation que les dirigeants politiques maliens n’ont pas vu venir et que certains d’entre eux refusent toujours d’admettre. La France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l’Azawad ce que le Président malien Amadou Toumani Touré (ATT) n’a pas su ou voulu lui accorder : la base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire ; de la fermeté dans la lutte contre l’émigration « clandestine » et Al Qaeda au Maghreb (AQMI).

Plus ou moins indifférente au sort du peuple malien face à la double agression de la rébellion et de la CEDEAO, l’opinion publique occidentale est ébranlée après avoir appris la participation de Ançar dine et de AQMI à cette recolonisation du Mali.

2. La violence de la CEDEAO contre le peuple martyr du Mali

Ebranlés et meurtris à l’idée d’être un peuple sans Etat et sans armée digne de ce nom face à des combattants lourdement armés, faisant tomber les villes les unes après les autres, les Maliennes et les Maliens subissent à présent le traitement de choc de l’embargo total de la part de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

C’est lors du Sommet extraordinaire du 27 Mars 2012 à Abidjan (Côte-d’Ivoire) que l’organisation sous-régionale a pris la décision d’envoyer à Bamako une délégation de très haut niveau pour demander au Capitaine Amadou Haya Sanogo qui a pris le pouvoir 22 Mars 2012 de restaurer, le plus rapidement possible, l’ordre constitutionnel. Elle a du rebrousser chemin face à la mobilisation des victimes de la démocratie formelle et corrompue qui vivent ce coup d’Etat comme une délivrance. C’est à l’aéroport d’Abidjan que les Chefs d’Etats de la CEDEAO ont donné aux nouvelles autorités maliennes un ultimatum de 72 heures pour s’exécuter au risque de voir le Mali subir un embargo.

Ils ont mis cette menace à exécution à partir du lundi 02 Avril 2012, alors qu’à l’issue de la rencontre à Ouagadougou (Burkina Faso) d’une délégation du CNRDRE avec le Président du Burkina Faso qui joue le rôle de médiateur, le Capitaine Amadou Haya Sanogo a accepté le retour à l’ordre constitutionnel. Cette avancée, saluée par la plupart des Maliens et des Maliennes, n’était pas suffisante pour certains des Chefs d’Etat de la CEDEAO particulièrement intransigeants.

Les sanctions dont il s’agit se traduisent en autres par :
 la suspension du Mali de toutes les instances de la CEDEAO,
 le rappel des ambassadeurs de l’organisation pour consultation,
 la fermeture des frontières,
 le gel des avoirs du Mali à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et le non approvisionnement des banques nationales,
 la suspension des programmes d’aide au développement

Le levier militaire pourra se traduire par « la montée en puissance de la Force en attente de la CEDEAO pour parer à toute éventualité… » Plus importants que l’aide extérieure pour les familles qui en bénéficient, les fonds de la diaspora dont une partie passe par Western Union et Money Gram manqueront également aux Maliennes et aux Maliens.

La cherté de la vie qui, à elle seule, a créé un climat quasi insurrectionnel avant la rébellion et le coup d’Etat s’aggrave. Les prix flambent dans les régions occupées où les pillages portent surtout sur les aliments et les médicaments qui commencent à manquer.

3. Le sens du coup de force du 22 mars 2012

Les femmes, en l’occurrence les mères et les épouses des soldats qui montaient, sous équipés, au Nord pour défendre le Mali ont été les premières à manifester leur colère. Elles sont allées directement vers le Président Amadou Toumani Touré et lui ont demandé, plus d’une fois, des comptes. La dégradation de la situation s’est ensuite traduite par des manifestations portant atteinte aux biens des personnes et personnalités appartenant à l’ethnie Touareg.

Le pourrissement de la situation est à l’origine du soulèvement d’Amadou Haya Sanogo et ses camarades qui a débouché sur le coup d’Etat du 22 mars 2012.

La « communauté internationale » ne s’est pas émue, outre mesure, des atrocités commises à Aguelhok contre des militaires désarmés ni de l’occupation des villes du Nord les unes après les autres. Mais elle est immédiatement montée au créneau pour condamner un coup d’Etat qu’elle juge d’autant plus inacceptable qu’il survient dans l’un des « pays phare de la démocratie » à la veille d’une élection présidentielle à laquelle ATT n’était pas candidat.

Simpliste mais surmédiatisée, cette lecture arrange tous ceux et celles qui se laissent convaincre que le Mali était jusqu’ici une démocratie exemplaire. Le point de vue des déçus et des laissés-pour-compte de la démocratie est superbement ignoré voire méprisé.

4. Quand l’ordre constitutionnel « normal » sert de paravent

« Nous ne voulons pas d’ancien, rien que du neuf » scandaient les manifestants maliens lors des événements sanglants de Mars 1991 pour traduire leur aspiration profonde à un changement démocratique véritable. Ils étaient persuadés que le Président Moussa Traoré était le seul et unique fautif du naufrage de la nation et que son éviction suffisait à instaurer la démocratie et la justice. Il n’en a rien été.

En vingt ans de «  transition démocratique », assistée et encensée par la « Communauté Internationale », la montagne a accouché d’une souris. Le peuple est désemparé mais inaudible. Le coup d’Etat est survenu à cinq semaines du premier tour de l’élection présidentielle, dans un contexte quasi insurrectionnel.

Totalement dévoyée, la démocratie servait de paravent aux affaires. Jugeons-en :
 Le multipartisme que nous appelions de tous nos vœux, au lieu de favoriser le débat d’idées et la confrontation de projets de société entre formations politiques, s’est traduit par la prolifération des partis dont le nombre dépasse 140 actuellement pour un pays de 14 millions d’habitants. Coupés de leur base électorale, les dirigeants démocratiquement élus sont occupés à plein temps par toutes sortes de stratégie de captation de « l’aide au développement » et des opportunités d’affaires que le système néolibéral offre.
 Ce sont les gagnants de ce système économique et politique mafieux qui, en « démocrates milliardaires » s’apprêtaient à se disputer la place d’ATT en achetant tout ce qui peut l’être, du bulletin de vote à la conscience des électeurs/trices.
 « Enrichissez-vous et taisez-vous » est la règle non écrite du jeu politique, pendant que les opérations cosmétiques de bonne gouvernance dont le Bureau du Vérificateur Général entretiennent l’illusion de l’exemplarité démocratique.
 Leurs enfants qui, avec ostentation, fêtent leurs milliards ajoutent à l’indignation des jeunes déshérités qui n’ont droit ni à une école de qualité ni à l’emploi et au revenu ni à un visa pour aller tenter leur chance ailleurs.
 Aucun parti politique ne peut se prévaloir aujourd’hui d’une base électorale éduquée et imprégnée des enjeux et des défis du changement de manière à choisir leurs dirigeants en connaissance de cause et à les contrôler dans l’exercice de leurs fonctions. Les électeurs/trices ne sont contactés que sporadiquement mais assaillis à la veille des scrutins par des candidats toujours prêts à payer leurs voix.
 La société civile, dont le rôle est d’éduquer, de contrôler et d’interpeller la classe politique vit de compromis et de compromissions. C’est en évitant les sujets qui fâchent, qu’elle parvient à bénéficier des financements des partenaires techniques et financiers (PTF).
 La liberté d’expression chèrement acquise est sous surveillance dans les médias publics. Elle se traduit par l’existence d’un paysage médiatique dense (journaux et radios privés) qui, pour survivre, se comporte comme la société civile : savoir se vendre. Quant à l’unique chaine de télévision nationale, l’ORTM, elle est « la voix de son maître ».
 Les entrepreneurs véritables, les locaux comme ceux de la diaspora qui ont envie d’investir dans leurs pays sont démotivés par une administration corrompue, prête à entraver les meilleures initiatives quand elle n’y trouve pas son compte.

5. Il est encore possible de sauver véritablement le Mali et sa bande Sahélo-saharienne

Le Mali n’est pas en danger du fait d’un « putsch militaire » mettant en péril un processus de démocratisation exemplaire, mais du fait de la démocratie formelle et des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques dont les citoyens ordinaires n’ont pas la moindre idée. Face au rôle de pompier pyromane de la France dans la crise malienne, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à la loi N° 57-27 du 10 janvier 1957 créant une Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS). Elle visait « l’expansion économique et la promotion sociale des zones sahariennes de la République française et à la gestion de laquelle participent l’Algérie, la Mauritanie, le Soudan (l’actuel Mali), le Niger et le Tchad ».

Pour sauver véritablement le Mali, il convient de :

 mettre ce drame national à profit pour renouer avec la pensée critique et le courage politique. Il est illusoire et suicidaire de croire que nous sommes un pays libre et indépendant, qui a juste besoin de dirigeants démocratiquement élus pour aller de l’avant. Les défenseurs de cette thèse sont les gagnants de l’ordre injuste et violent du monde, plus soucieux de leurs intérêts que du sort du peuple malien ;

 repenser l’indispensable démocratisation du Mali en termes de seconde libération. Cette exigence qui s’imposait au plan politique, économique, monétaire et culturel revêt désormais une dimension territoriale. La tâche est d’autant plus rude que les enjeux sont colossaux et les rapports totalement asymétriques ;

 privilégier la résistance par le réarmement moral, la créativité politique et la solidarité envers les plus vulnérables en l’occurrence les femmes, les jeunes et les ruraux. La tentation de mobiliser immédiatement cinquante millions de dollars pour l’achat d’armement ou de faire appel à la force d’interposition de la CEDEAO, ouvre la voie à une guerre asymétrique et sans fin ;

 gagner en lucidité et en maturité politique en nous disant que les « émergés » qui dictent leur loi en économie comme en matière de démocratisation ont d’abord besoin des immenses richesses de notre continent, en occultant la violence du modèle économique qu’ils planétarisent : pendant que le Mali s’enlise dans la guerre au Nord et que les Maliens se demandent comment survivre, le pillage de l’or, dont leur pays est riche, se poursuit allègrement au profit des multinationales. Il nous appartient d’être perspicaces dans l’analyse des enjeux et des rapports de force et audacieux dans la défense des intérêts de notre pays qui ne sauraient être confondus avec le compte en banque de quelques individus légitimés par des élections frauduleuses ;

 faire du Mali un cas d’école pour la CEDEAO, dont les chefs d’Etat dans leur intransigeance envers les auteurs du coup de force du 22 mars craignent surtout d’être déstabilisés tant dans leur position de rente que dans leurs certitudes. La remarque est valable pour les partis politiques dont le rêve est de les remplacer dans l’ouverture de nos économies au marché mondial déloyal ;

 rappeler aux puissances occidentales que ce sont les mêmes politiques d’assujettissement et de pillage qui sont à l’origine de l’émigration « clandestine », l’intégrisme religieux et les attentats qu’ils qualifient de terroristes.

Nous concluons, à la lumière de ce qui précède, qu’il n’appartient pas aux Chefs d’Etat de la CEDEAO d’être juges et partie en statuant sur l’état de la démocratie comme dans le cas malien, mais aux peuples souverains. La gravité de la situation au Mali et dans la bande sahélienne exige la convergence des luttes des peuples agressés du Sud et celles du Nord dont les dirigeants, donneurs de leçons de démocratie et fauteurs de guerres se sentent plus redevables de comptes aux agences de notations qu’à leurs électeurs.

Rendre justice au peuple martyr du Mali dans les circonstances actuelles, commence par la levée immédiate de l’embargo qui lui est infligé et la reconnaissance de son droit à l’initiative, de penser et de proposer à la CEDEAO une stratégie concertée de sortie de crise.

Fait à Bamako, le 4 Avril 2012

SIGNATAIRES

AMINATA D. TRAORE (ANIMATRICE DU FORAM, ESSAYISTE) ; SEYDOU BADIAN KOUYATE (ECRIVAIN) ; ASSETOU FOUNE SAMAKE (ENSEIGNANTE) ; KARAMOKO BAMBA (MOUVEMENT NKO) ; ISMAEL DIABATE (ARTISTE PEINTRE) ; DOUMBI FAKOLY (ECRIVAIN) ; JEAN BOSCO KONARE (HISTORIEN) ; MANDE ALPHA DIARRA (ECRIVAIN) ; MADANI KOUMARE ( ECONOMISTE) ; BORIS BOUBACAR DIOP (ECRIVAIN) ; ABDOULAYE NIANG (ECONOMISTE) ; BOUBACAR COULIBALY (EXPERT COMPTABLE) ; NDO CISSE (UNIVERSITE DES LETTRES) ; NATHALIE MDELA MOUNIER (ECRIVAIN) ; AISSATA CISSE (COMMUNICATRICE) ; MARIAM KANAKOMO (COMMUNICATRICE) ; SAFI SY (EDUCATRICE) ; SYLVIE SANOGO (EDUCATRICE) ; HAOUA KEITA ; ABDOULAYE SANGARE (AVOCAT)

«Il y a crise quand l’ancien monde ne veut pas mourir et que le nouveau ne peut pas naître.» Antonio Gramsci (Philosophe italien)

En l’espace d’une quinzaine de jours, un conflit latent depuis des dizaines d’années a connu son épilogue d’abord, après la prise de pouvoir au Mali par une junte militaire dont on ne connaît pas les motifs profonds, puis par une partition unilatérale de la part des Touareg azawad en conflit avec le pouvoir malien depuis pratiquement l’indépendance de ce pays Cela n’a pas tardé! Une dépêche du monde nous apprend que le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla), importante composante de la rébellion touarègue malienne, a proclamé vendredi 6 avril «l’indépendance de l’Azawad» dans une déclaration sur son site Internet et via un de ses porte-parole sur la chaîne France 24. «Nous proclamons solennellement l’indépendance de l’Azawad à compter de ce jour», a déclaré Mossa Ag Attaher, qui a indiqué vouloir respecter «les frontières avec les Etats limitrophes». Le porte-parole a condamné l’enlèvement jeudi du consul d’Algérie à Gao «par un commando terroriste».

Pour rappel l’Azawad est une région considérée comme le berceau naturel des Touareg. Des rebelles touareg et groupes islamistes ont pris en fin de semaine dernière le contrôle des trois métropoles du Nord – Kidal, Gao et Tombouctou – sans rencontrer de résistance de la part d’une armée malienne sous-équipée, désorganisée et en déroute, coupant de fait le pays en deux. Les islamistes d’Ansar Dine, dirigés par le chef touareg Iyad Ag Ghaly, et des éléments d’Al Qaîda au Maghreb islamique (AQMI) ont, depuis lors, pris le dessus sur le Mnla, qui a annoncé unilatéralement jeudi soir la fin de ses «opérations militaires». (1)

 

Qui sont les Touaregs?

Ce sont des populations berbères nomades musulmanes. Bergers, ils vivent essentiellement au Niger, au Mali, en Algérie et en Libye. Les Touareg sont organisés en tribus. Les hommes portent un voile indigo (tagelmust), d’où leur surnom d’«hommes bleus». Ce sont des musulmans sunnites et ils parlent une langue berbère: le tamacheq. Nomades dans l’âme, les Touareg se nomment eux-mêmes Imazeren (hommes libres). Ce peuple compte de 1 à 3 millions d’individus, d’après l’Unesco; 85% d’entre eux vivent au Mali où ils représentent 10% de la population.

La main de l’Occident dans le chaos sahélien?

Nile Bowie attribue cet état de déliquescence à l’intervention indirecte des Etat-Unis. Il écrit:

« (…) Bien que Sanogo ait visité les États-Unis à plusieurs reprises après avoir été choisi par le Pentagone pour participer à un programme international d’éducation et d’entraînement militaire parrainé par le département d’État états-unien, les représentants des États-Unis ont appelé les dirigeants du coup d’État au Mali à démissionner et permettre la tenue d’élections. (…) La justification principale du coup est la réponse inadéquate du gouvernement civil à une campagne permanente des Touareg en faveur du séparatisme dans le nord du Mali, bien que le désarroi récent à Bamako ait suscité la progression régulière des milices armées touarègue vers le Sud. Sous la bannière du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (Mnla), les milices armées auraient saisi la région nord-est de Kidal, incitant l’armée malienne, mal équipée, à abandonner ses positions stratégiques au nord (…) »

«  Même si l’on a imputé aux Touareg la déstabilisation dans le nord du Mali, il est davantage probable qu’Aqmi soit à l’origine de l’activité des insurgés dans la région. Le Mnla a déclaré que l’objectif de sa campagne pour l’indépendance est de développer un bastion pour se protéger de la violence d’Aqmi, tandis que Bamako a affirmé que le Mnla cherche à fonder un État islamiste strict en partenariat avec l’Aqmi (…) Avec la possibilité accrue que des soulèvements généralisés comme ceux du printemps arabe surviennent dans la région du Sahel, un afflux de réfugiés mettra une pression supplémentaire sur l’Algérie et le Niger. L’Algérie pourrait être déstabilisée davantage si la situation sécuritaire continue de se détériorer au Mali et la France pourrait se sentir obligée d’intervenir dans les affaires de ses anciennes colonies, comme on l’a vu malheureusement en Côte d’Ivoire. Il y a un parallèle entre la crise au Mali et les événements en cours au Nigeria, une nation aux prises avec les activités des insurgés islamiques séparatistes de Boko Haram au nord. (…) L’afflux d’armes découlant du changement de régime par l’Otan en Libye a créé de nouvelles perspectives désastreuses favorisant une guerre civile au Mali, où les parties seraient lourdement armées. (…) Comme l’armée américaine s’oppose à l’Armée de résistance du Seigneur en étendant sa présence militaire par le biais d’Africom en République démocratique du Congo, l’aggravation de la situation au Mali et au Nigeria fournit une justification supplémentaire pour l’intervention étrangère et l’exploitation de la guerre.» (2)

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la boîte de Pandore libyenne en s’ouvrant a libéré toutes les forces centrifuges qui, il faut bien le dire, étaient d’une façon ou d’une autre maitrisées du temps de Kadhafi. Le chaos malien a ses prémices dans la dispersion de l’arsenal libyen laissé au grand jour par les puissances occidentales Royaume-Uni, France, Otan qui, après avoir réduit en miettes ce pays, dispersé ses forces, permis le lynchage atroce de son dirigeant, s’en lavent les mains pourvu que le pétrole coule et il coule sans discontinuer.

Un instituteur et directeur d’école malien dans une lettre au président français écrit:

« Les Touareg qui formaient une partie importante de l’armée de Kadhafi ont déferlé sur le Mali et, n’espérant plus retrouver l’Eldorado perdu, ont choisi de retourner leurs armes contre ceux qui les ont toujours considérés comme leurs frères. En 2011, sous le mandat 1973 de l’ONU dévoyé par vos soins, vous avez, avec l’aide de certains de vos alliés et sur les conseils de Monsieur Lévy, fait attaquer la Libye par des forces coalisées. (…) Le prétexte évoqué pour justifier votre implication personnelle dans cette campagne anti-Kadhafi était votre engagement à protéger les braves populations de Benghazi et de Misrata, menacées par le Guide libyen, d’extermination. Ceci a abouti à son assassinat et à la dislocation totale des structures de l’État libyen. (…) Le problème est qu’en tant que président de «la France forte», soit vous avez agi sans grand discernement en n’ayant pas suffisamment apprécié toute l’étendue des immenses dommages collatéraux auxquels votre intervention allait aboutir; soit vous aviez tout prévu grâce à vos géo-stratèges. Dans l’un ou l’autre des cas, incommensurable est votre responsabilité morale, car les conséquences en sont dramatiques.(…) Kadhafi a été sauvagement assassiné, grâce à quoi, maintenant, le pétrole et les marchés tant convoités de Libye sont à vos pieds. Mais en revanche: de nouvelles milices armées terrorisent, rackettent, torturent et massacrent chaque jour les populations en question. La Libye redeviendra difficilement une entité géographique, politique et économique stable puisqu’elle est en voie de dislocation et de morcellement. Des groupuscules infiniment plus dangereux que Kadhafi se positionnent çà et là et menaceront désormais la quiétude et la stabilité du monde entier dont celle de la France Forte. (…) Je vous suggère de vous poser une question simple: «Combien de vies, combien de foyers ai-je bouleversés, détruits de par mes actions en tant que Président de la-France-Forte?» (3)

« Il faut dire et répéter que le facteur déclenchant de tout cela est l’intervention occidentale» en Libye. La sentence est sévère, elle concerne le Mali et est signée Eric Denécé, Directeur du CF2R (Centre français de recherche sur le renseignement). Coauteur en mai 2011 d’un rapport intitulé Libye, un avenir incertain, il y décrivait déjà les liens historiques entre Kadhafi et les Touareg en provenance du Mali, activement protégés et financés par le Guide dans les années 1990. «Kadhafi fait de nouveau parler de lui en 2005, en accordant à tous les Touareg nigériens et maliens présents sur son territoire une carte de séjour à durée illimitée. (…)Parce qu’il ne faut pas perdre de vue que c’est parce que cette même France, aux côtés d’autres puissances, a choisi de déclencher une guerre en Libye, que le Mali se retrouve aujourd’hui en lambeaux.» (4)

Dans une tribune publiée des intellectuels maliens, dont Aminata Traoré, fustigent «l’impérialisme» responsable de tous les maux et les élites:

«Mis en lumière par l’amputation des deux tiers de son territoire, le coup d’Etat du 22 mars 2012 et l’embargo total de la Cedeao, l’extrême vulnérabilité du Mali tient d’abord à la trahison des élites. Elles se voilent la face, réfutent tout débat de fond sur les enjeux de la mondialisation capitaliste. Désormais, tout est clair: la recolonisation du pays à travers les politiques néolibérales entre dans une nouvelle phase qui obéit au schéma libyen avec l’intervention directe de l’Otan en moins.(…) La revendication des deux tiers du territoire malien par le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla) vient d’être satisfaite avec la complicité de la «communauté internationale». L’os malien étant bien moins dur à briser que l’os libyen, il suffisait de mettre à profit l’état de déliquescence de l’armée nationale et de fermer les yeux sur la progression des assaillants lourdement équipés d’armes sophistiquées en provenance des arsenaux libyens pour que le tour soit joué. (…) » (5)

 «  Les enjeux énergétiques, sécuritaires, migratoires et idéologiques de la guerre globale trouvent leurs expressions dans cette recolonisation que les dirigeants politiques maliens n’ont pas vu venir et que certains d’entre eux refusent toujours d’admettre. La France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l’Azawad ce que le Président malien Amadou Toumani Touré (ATT) n’a pas su ou voulu lui accorder: la base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire; de la fermeté dans la lutte contre l’émigration «clandestine» et Al Qaîda (Aqmi). (…) Face au rôle de pompier pyromane de la France dans la crise malienne, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à la loi n°57-27 du 10 janvier 1957 créant une Organisation commune des régions sahariennes (Ocrs).».(5)

Epilogue provisoire

La junte malienne a finalement lâché le pouvoir. Soumis à d’intenses pressions internationales et locales, l’éphémère chef de l’Etat, le capitaine Amadou Haya Sanago, a accepté vendredi dans un bref discours à la télévision, de rétablir totalement l’ordre constitutionnel. C’est le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, qui va prendre provisoirement la tête de l’Etat malien. L’Union africaine (UA) s’est «félicitée» de l’accord.En théorie, la tâche de Dioncounda Traoré devrait se limiter, selon la loi fondamentale, à organiser une élection dans les 40 jours. Or, la tenue d’un tel scrutin est totalement illusoire dans ce Mali en plein chaos et divisé en deux par l’occupation du nord du pays par les rebelles touareg. Un vote reviendrait au mieux à conduire au pouvoir un président faible car mal élu et au pire à entériner la partition du pays. Le nord du pays est toujours occupé par des sécessionnistes touareg et des groupes salafistes. Pour faire face, les nouvelles autorités seront presque nues. Elles ne pourront compter ni sur l’armée, en pleine débandade ni sur des finances à sec. Les secours ne pourront venir que d’une aide extérieure.

 Le danger pour   l’Algérie

Ahmed Lagraa, ancien dilomate,  fait remonter le chaos actuel à une décolonisation bâclée.

« Le Sahel contient en son sein les ingrédients de son propre éclatement. Il est du ressort des politiques de chaque pays de s’ériger en démineurs. (…) (…) Il y a quelques mois, sur l’invitation d’une institution, un ex-ministre européen des Affaires étrangères a fait un exposé sur cet avenir qui attend les pays, notamment arabes. (…) Grosso modo, deux paramètres ont retenu mon attention: *le déplacement du centre d’intérêt de la grande puissance américaine vers l’Asie et le second, *céder l’Atlantique à la gestion de l’Otan comme nouveau gendarme pour cette région occidentale de la planète». (6)

« Autour de la région du Hoggar, riche en matières premières, nous avons l’impression pense Mohand Tahar Yala ancien général que des forces veulent vider cette zone stratégique pour nous imposer des solutions à nos dépens! L’Algérie ne peut rester muette avec ce qui se passe à nos frontières Sud. Notre pays doit avoir une réaction vigoureuse. Avoir une position d’un pays fort, qui peut servir d’intermédiaire régional ou, si les belligérants outrepassent leurs engagements, imposer sa force. C’est ce qu’on doit faire au Mali avec les derniers dangereux développements. Ou nous sommes offensifs ou nous sommes perdants!» (7)

Au-delà de la nécessité de  faire tout pour récupérer les diplomates enlevés, le problème de l’Algérie est complexe. Certaines parties la poussent à s’engager dans le conflit. Ce serait dangereux. Il ne faut pas être naïf tout le monde attend que l’Algérie soit le prochain domino à commencer par nos frères et voisins. Le plus grand pays d’Afrique, qui contient des richesses insolentes et prometteuses ne peut pas laisser indifférent en ces temps de pénuries d’énergie et de matières premières. Il ne faut pas croire que nous en sortirons indemnes si nous ne faisons rien pour nous protéger. Il est urgent plus que jamais d’informer et de mettre en garde et d’affirmer plus que jamais ce désir d’être ensemble loin du régionalisme et des courtes vues. Le destin de l’Algérie ne se décide pas à la foire aux sièges de députés promis par les élections où l’on voit les partis politiques s’agiter frénétiquement sans cap si ce n’est le verbiage de la langue de bois qui n’a plus cours. Les jeunes qui porteront l’avenir doivent avoir, toute affaire cessante, une perspective de sortie. L’heure est grave, nous avons besoin d’unité. Seul le parler vrai et partant, l’alternance sereine permettra de prétendre à une Algérie heureuse fascinée par l’avenir, unie, bien dans son identité et ce faisant réfractaire à toute manipulation. Amen.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Notes

1. Mali: les rebelles touareg du Mnla proclament l’indépendance AFP 06.04.2012

2. Nile Bowie, « Washington et la déstabilisation politique de l’Afrique. Après le coup d’État, une guerre séparatiste menace le Mali. »  Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Le 4 avril 2012 http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=30142

3. Mamadou Dramane Traoré
http://www.legrandsoir.info/lettre-d-un-malien-a-monsieur-sarkozy-president-de-la-france-dite-forte.html

4. Marianne 2 Cri du Peuple 1871:
http://www.mleray.info/article-mali-consequence-de-l-intervention-de-l-otan-en-libye-102942501.html

5. Forum pour un Autre Mali (Foram) Chronique d’une recolonisation programmée. Bamako, le 04 avril 2012

6. Ahmed Lagraa: Etats sahéliens nés de la décolonisation. La menace d’implosion 07.04.2012

7. Général Mohand Tahar Yala.
http://www.elwatan.com//actualite/le-changement-ne-peut-etre-que-radical-06-04-2012-165671_109.php

Face à l’effarante entreprise de mystification qui dure depuis plus d’un an et qui a maquillé un terrorisme d’une cruauté jamais égalée sous les traits d’un mouvement de libération du peuple syrien, peut-on croire en un plan de paix qui fixe une date butoir à une semaine ? S’exprimant avant l’intervention de Kofi Annan, Sergueï Lavrov avait déclaré que “les ultimatums et les délais artificiels sont rarement utiles”, est-il déraisonnable de penser qu’il savait qu’il ne serait pas entendu ? Sami Kleib nous dit : « Ce n’est pas par hasard que M. Kofi Annan a été choisi pour résoudre la crise syrienne. Il est attendu, de cet ancien Secrétaire général de l’ONU, qu’il incarne la convergence des intérêts », mais qui aujourd’hui pourrait situer les points de convergence entre toutes les puissances qui se disputent le contrôle de la région ?

D’ici que les lignes rouges soient définitivement fixées, les Syriens sont toujours dans l’œil du cyclone. Les circonstances actuelles font que leur « opposition », aussi « légitime » soit-elle, ne peut continuer à tergiverser. Le dialogue n’est certes pas souhaité par les soi-disant pays « Amis de la Syrie », et il n’est qu’un prétexte parmi d’autres pour ceux qui prétendent lui offrir les Lumières en la gratifiant des ténèbres noyées dans des flots de sang et d’horreur. Ce n’est plus à prouver…

Raison de plus pour cesser de rechercher des médiateurs supplémentaires. Le peuple syrien a suffisamment souffert et ce n’est que parce qu’il a résisté et a soutenu les autorités compétentes et son armée, qu’il a fait de son pays, tel qu’il est, un ami digne du soutien des pays du BRICS et des pays frères. La moindre des choses serait que tous les Syriens l’admettent, le déclarent, et transforment la fausse exigence du dialogue, par ceux qui se sont autoproclamés « communauté internationale », en un atout pour la Syrie et les Syriens. (NdT le 4 avril 2012)

La crise syrienne et ses dangers

Concernant la crise syrienne, la communauté internationale s’est accordée tacitement sur trois points : pas d’intervention militaire, pas de renversement du régime par la force, pas d’armement de l’opposition. Le président Bachar al-Assad et ses alliés russes, iraniens et chinois ont imposé une nouvelle équation mondiale qui a mis les supporters de l’opposition armée, menés par l’Arabie saoudite et le Qatar, dans une situation peu enviable.

Une année après le début de la crise syrienne, le climat a changé. Le régime a accompli des percées militaires et diplomatiques, et les 71 pays qui se sont réunis à Istanbul, hier, ne semblent pas pouvoir le faire chuter.

Et c’est sans doute parce que le climat a changé qu’un certain nombre de dirigeants arabes adressent leurs lettres confidentielles à Damas dans le but de rechercher des solutions. Des informations circulent sur une éminente personnalité saoudienne rapportant à ses interlocuteurs les remarques royales teintées d’une certaine irritation, suite aux déclarations de son ministre des Affaires étrangères Saoud al-Fayçal. Il se dit que le roi Abdallah n’a jamais voulu de toute cette implication dans les affaires syriennes même si, comme beaucoup d’autres arabes, il ne souhaitait que mettre fin, et au plus vite, aux opérations militaires en Syrie.

D’autres informations concernent le Bahreïn qui a récemment envoyé des messages positifs à Damas ; certains de ces messages exprimant le souhait de la voir contribuer à calmer la situation au Bahreïn même. Des lignes sécuritaires s’étendraient ainsi de Manama à Damas, en direction de Téhéran.

Quant à la famille princière du Koweït, elle a fait savoir à Damas qu’elle n’a jamais oublié le soutien de feu le président Hafez al-Assad lors de l’invasion du Koweït par l’Irak, et que les pressions exercées par le Mouvement Islamique koweïtien n’ont pas empêché certaines personnalités au pouvoir de dire que la chute d’Al-Assad n’était pas de mise.

De leur côté, les Émirats arabes unis (EAU) ont commencé à réfléchir sérieusement aux moyens pouvant faciliter leur médiation entre l’Autorité et l’opposition intérieure syriennes. Un responsable qui n’est autre que l’un des fils du défunt Président Cheikh Zayed a déclaré : « Nous sommes conscients de l’impossibilité de la chute du régime syrien, nous voulons vraiment arrêter l’effusion de sang, nous considérons qu’il est impératif qu’un véritable dialogue s’instaure entre l’entourage d’Al-Assad et l’opposition de l’intérieur, parce que cela donnera des signaux importants vers l’intérieur et l’extérieur à la fois, et nous sommes prêts à y participer ».

Il est à noter que le ministre des Affaires étrangères des EAU s’est rendu à Téhéran fin Février, et que les discussions ont essentiellement porté sur le dossier syrien ; sans oublier la situation de de la communauté iranienne forte de 500 000 âmes et dont les investissements s’élèvent à plus de 300 milliards de dollars.

Le même responsable émirati cité plus haut a ajouté : « Il nous faut souligner que les déclarations intempestives des pays du Golfe au sujet de la Syrie n’ont commencé qu’après la flambée des problèmes au Bahreïn ; les Saoudiens mettant en avant des informations selon lesquelles le Hezbollah alimentait la crise à la demande de l’Iran et que Damas n’avait rien fait pour les freiner »… Or, il se trouve que jusqu’ici, les forces de sécurité des pays du Golfe, menées par l’Arabie saoudite, n’ont pas réussi à calmer la situation au Bahreïn. Par conséquent, là aussi il y a nécessité de médiation.

Récemment, et toujours dans la région du Golfe, sont entrés en ligne les affrontements verbaux entre le chef de la police de Dubaï, le lieutenant-général Dahi Khalfan, et le cheikh Yusuf Al-Qaradawi. Khalfan a délibérément pointé le doigt sur ​​la gravité de la progression des Frères Musulmans vers les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG). Il a été suivi en cela par le gouverneur de Charjah qui a vivement critiqué les Frères Musulmans et Al-Qaradawi. Il est donc certain que le Qatar n’entend pas d’une oreille satisfaite toutes ces voix golfiques qui s’expriment ouvertement contre ses alliés islamistes.

A tout ce qui précède, il faut ajouter l’attitude toujours implicitement positive du Sultanat d’Oman à l’égard de Damas et de Téhéran, et le fait que le 17 Février, le Premier ministre mauritanien a adressé à son homologue syrien un message insistant sur le sentiment fraternel et l’amitié entre les deux pays. Les Mauritaniens, qui n’ont pas bien accueilli l’émir qatari lors de sa dernière visite à Nouakchott, considèrent que le Qatar a contribué à alimenter l’opposition contre leur président Mohamed Ould Abdel Aziz, « l’un des soutiens fondamentaux de la résistance arabe ».

Si les positions de ces pays étaient ajoutées à celles de l’Egypte, de l’Algérie, de l’Irak, et d’autres… elles démontreraient que les positions des pays arabes envers la Syrie sont tout à fait différentes selon qu’elles sont considérées superficiellement ou en profondeur.

Sommet de Bagdad : un choc pour le Qatar et l’Arabie saoudite

La représentation réduite de l’Arabie saoudite au sommet de Bagdad, et les déclarations dangereuses du Premier ministre qatari concernant « la marginalisation des sunnites » en Irak permettent de conclure que Riyad et Doha voient dans le gouvernement de Nouri al-Maliki un allié indéfectible de l’Iran et de la Syrie et se doivent de le traiter en conséquence. Mais, le gouvernement et les oulémas irakiens dirigés par le Cheikh Khaled Abdul-Wahab Al-Mulla n’ont pas tardé à répondre d’une façon plutôt cinglante au Cheikh Hamad bin Jassem bin Jabor Al-Thani.

En conséquence et suite à l’absence d’une animosité unanime des arabes envers la Syrie, aux messages confidentiels de certains d’entre eux à Damas, et au règlement sous-jacent de la crise syrienne entre la Russie et les États-Unis ; il n’est pas surprenant de constater que le Sommet de Bagdad se soit soldé par une déclaration exempte de toute référence à la démission du Président Al-Assad et à la fourniture d’armes aux opposants. Les arabes ont reculé et ont accepté le plan de Kofi Annan en ses six articles, dont le premier souligne la nécessité d’« un processus politique global mené par les Syriens ». En d’autres termes, Bachar al-Assad est un élément essentiel du règlement de la crise syrienne !

Les prises de position internationales sont ressenties comme une grande trahison par l’Arabie saoudite et le Qatar. Eux, qui ont appelé lors d’une conférence de presse et par la voix de leurs ministres des Affaires étrangères à « armer l’opposition syrienne », se retrouvent dans une situation pas très confortable depuis que leurs alliés américains ont répondu par la négative. Washington est allé plus loin encore. Non seulement elle a accusé Al-Qaïda d’avoir infiltré l’opposition ; mais elle a aussi passé un accord avec l’hôte turc, M. Erdogan, l’invitant à se contenter de ne parler que de l’envoi de fournitures médicales et de certains équipements de communications dans différentes régions syriennes.

L’accord américano-russe

D’après un diplomate russe en relation étroite avec Damas : « Le récent sommet entre les présidents américain et russe a ouvert la voie à plusieurs nouvelles perspectives. De plus, lors d’une rencontre entre les deux présidents, Barack Obama aurait demandé à Dimitri Medvedev que Moscou calme le jeu jusqu’aux élections américaines et lui aurait promis, qu’après cette date, il se presserait pour réactiver ses principes politiques premiers annoncés pour son mandat en cours ; ceux qui consistaient à rechercher les solutions plutôt que les conflits face aux problèmes internationaux » [*]. Non seulement le problème du bouclier antimissiles, mais aussi les dossiers iranien, syrien…

Ce diplomate russe affirme qu’il n’y aura pas de guerre contre l’Iran, et que le projet de renverser le Président Al-Assad est parti pour ne plus jamais revenir : « Nous sommes à l’étape du règlement politique de la crise syrienne, mais maintenant le plus important est de convaincre l’opposition d’accepter un tel règlement ».

La logique russe veut que ce soient les Syriens eux-mêmes qui choisissent leur mode de gouvernance et le président qu’ils souhaitent. Et c’est exactement ce qu’a entendu M. Erdogan en Iran, où on lui a clairement dit que la Turquie avait adopté une option erronée car une proportion importante du peuple syrien estime toujours le président Al-Assad, et qu’il vaudrait mieux pour lui de s’en remettre aux résultats des urnes.

Ce n’est pas par hasard que M. Kofi Annan a été choisi pour résoudre la crise syrienne. Il est attendu de cet ancien Secrétaire général de l’ONU qu’il incarne la « convergence des intérêts » internationaux. Le veto russe a déjà interdit, et interdira encore, toute décision qui se limiterait à faire peser la responsabilité des violences sur le seul régime syrien, ou qui exigerait la chute du gouvernement de Bachar al-Assad.

Lors de sa rencontre avec le Président syrien, Kofi Annan a bien compris que le plan de la Ligue arabe s’était fracassé contre le rocher damascain. Al-Assad a clairement dit qu’il recevrait Annan en tant qu’émissaire international, non en tant que chargé d’une mission commune à l’ONU et Damas. Annan a accepté le principe. Juste avant le sommet de Bagdad, Damas a réitéré sa position par la voix de Jihad Makdisi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères : Damas n’a aucune obligation de respecter les décisions édictées par la Ligue arabe et ce, quelles qu’elles soient !

Il n’est plus question de revenir aux décisions de la Ligue arabe. Damas le refuse. Les responsables du gouvernement syrien considèrent que toutes les décisions prises par les arabes ont été dictées par la volonté du Qatar appuyé ensuite par l’Arabie saoudite, et que ce qui a été accepté avant l’entrée dans Baba Amr et Homs ne pouvait plus être accepté aujourd’hui. Al-Assad a dit explicitement à M. Annan qu’il est ouvert au dialogue avec l’opposition, mais que ce dialogue devait avoir lieu en Syrie et sous l’égide des Syriens.

Baba Amr : l’avant et l’après

La visite d’Al-Assad à Baba Amr avait trois buts essentiels : affirmer la puissance de l’Etat, défier ceux qui menacent la sécurité surtout après les attentats de Damas et d’Alep, et surtout s’adresser aux citoyens sunnites pour leur dire qu’une fois la sécurité revenue, il ne sera pas question de vengeance mais de « reconstruire en mieux ». C’était là un message important pour guérir un tant soit peu les blessures des batailles sectaires vécues par la ville de Homs.

Cette visite à Homs s’est poursuivie par des entretiens avec des chefs religieux druzes et une visite au village de Kanawat dans la région de Sweida ou le Président a présenté ses condoléances pour la mort du Cheikh Ahmed Salman Al-Houjari, l’un des trois cheikhs Akl druzes, et a reçu la visite de l’ancien député libanais druze, Daoud Fayçal, après celle de l’ancien ministre Wiam Wahab.

Ces jours-ci, celui qui visiterait Damas ne pourrait omettre de remarquer la grande confiance en soi des responsables syriens et leur inquiétude sensiblement atténuée quant à d’éventuels mouvements libanais dirigés contre eux. Certains Cheikhs du Nord-Liban dont le Cheikh Bilal Chaaban, qui ont visité Damas récemment, ont constaté la solidité de l’État syrien. Lorsqu’on les interroge sur Walid Joumblatt, leur réponse est concluante : « Il sait exactement ce qu’il a fait contre la Syrie l’année dernière et que ce faisant, il a mis la sécurité nationale en danger. Désormais, nos alliés du Hezbollah ont compris que le ramener en Syrie, comme ils l’ont déjà fait, n’est plus acceptable ».

Le Liban n’entre pas actuellement dans les calculs stratégiques de la Syrie. Il a été ramené dans la catégorie « espace de sécurité ». La priorité est désormais de mettre fin à la bataille militaire, et d’accélérer l’ouverture politique à l’occasion des prochaines élections. Ce n’est qu’ensuite qu’il sera possible de s’intéresser à la situation au Liban, mais cette fois sur la base suivante : « certains ont contribué à l’effusion du sang syrien ».

BRICS et équilibres internationaux

Les Syriens s’intéressent de près aux pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et aux sommets organisés par le Président iranien avec les pays voisins : l’Afghanistan, le Tadjikistan et le Pakistan. Il se dit que l’expression « effacer l’Europe » de la carte, prononcée par le ministre des Affaires étrangères Walid Mouallem, n’a pas été prononcée sous l’effet de la nervosité mais à la lumière des évolutions spectaculaires du monde vers la multipolarité.

Les pays du BRICS représentent 40% de la population mondiale, et entre 18% et 20% de la production mondiale. La Chine dépassera les USA avant 2020. L’Inde pourrait devenir le premier centre économique mondial dans moins de 30 ans. Le Brésil occupe la place de la Grande-Bretagne. Les USA pourraient reculer en troisième position mondiale, selon le « Wealth report ». Ce rapport indique aussi que la part de la contribution fondée sur le Produit National Brut passera de 41% en 2010 à moins de 18% en 2050 pour les pays d’Amérique du Nord et d’Europe occidentale, alors que la contribution des pays d’Asie passera de 27% actuellement à plus de 49% en 2050.

Plus grave encore, l’intention des pays du BRICS de travailler à créer une monnaie unique après avoir institué leur Banque centrale. Ils refusent, implicitement, le monopole de New York sur les échanges des fonds Mondiaux, comme ils refusent la domination des USA sur l’ONU et les institutions financières internationales.

Par conséquent, si l’on intègre le fait que Barack Obama, en personne, demande au Président russe de calmer le jeu jusqu’aux prochaines élections et prépare des solutions pour le problème du bouclier antimissiles ; il devient clair que la scène internationale est plus qu’importante pour la résolution de la crise syrienne. Il ne faut pas oublier que Medvedev soutient la Syrie ainsi que le prochain président Vladimir Poutine, qui a déclaré en Novembre dernier que la Russie envisageait de déployer ses missiles dans la région de Kaliningrad limitrophe de la Pologne et de la Lituanie, et de les orienter vers les sites américains de défense antimissiles.

La Russie fait désormais partie intégrante de la campagne électorale américaine. Le président du sous-comité des forces stratégiques de la commission des forces armées près la Chambre des Représentants, Michael Turner, et le superviseur des systèmes de défense antimissiles ont mis en garde Barack Obama contre toute complaisance à l’égard des Russes ; ainsi que le candidat républicain Mitt Romney qui a considéré la Russie comme l’ennemi stratégique numéro un. Ce à quoi Medvedev a répondu en disant qu’il aurait besoin de réfléchir avant de parler.

L’internationalisation, sans doute et plus que jamais, a servi Al-Assad. Quant au Conseil National Syrien (CNS) qui, d’après les déclarations de Haytham Manna et Michel Kilo, a commis l’erreur grossière d’opter pour les armes et l’armement des opposants ; il paraît coincé entre les Arabes et les Turcs incapables d’avancer et le début des transactions américano-russes désormais indispensables.

Hier, les déclarations de M. Erdogan à Istanbul, le bégaiement de Nabil al-Arabi prononçant son discours, la déception de Bourhan Ghalioun, et l’absence de toute allusion du ministre des Affaires étrangères qatari au renversement d’Al-Assad et à l’armement de l’opposition, sont autant de preuves qui confirment que le jeu des nations a triomphé une fois de plus et que les Arabes, comme d’habitude, sont restés sur le bord de la route.

On pourrait penser qu’Al-Assad a gagné la bataille militaire et a réussi à ériger un bouclier diplomatique russe autour de lui, mais ses adversaires vont intensifier leur pression armée, les attentats et les assassinats ; et ceux qui sont lésés par sa victoire militaire et diplomatique vont aller encore plus loin dans les sanctions, pour étrangler économiquement la Syrie et ramener le dossier syrien devant le Conseil de sécurité ; d’où la nécessité d’initier une véritable réconciliation et d’élargir la base de la participation au pouvoir. Seule cette solution permettra de sauver l’avenir du pays. Celle de rechercher et multiplier les contacts pour convaincre l’opposition de l’intérieur de déclarer publiquement qu’elle accepte le règlement politique.

Michel Kleib

02/04/2012

Article traduit par Mouna Alno-Nakhal (Biologiste)

Sami Kleib, journaliste libanais de nationalité française, est diplômé en Communication, Philosophie du Langage et du Discours Politique. Il a été Directeur du Bureau du journal As-safir libanais, à Paris, et Rédacteur en chef du Journal de RMC-Moyen Orient. Responsable de l’émission « Visite spéciale » sur Al-Jazeera, il a démissionné en protestation contre la nouvelle orientation politique de cette chaîne.

La controverse à propos de Basma Kodmani

avril 7th, 2012 by René Naba

 « La liberté d’information est un leurre, si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce n’est pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat.» Hanna Arendt.
En hommage à Sadeq Jalal Al Azm, pionnier de la contestation syrienne. (1)

Paris – Basma Kodmani fait l’objet d’une controverse dont la vivacité témoigne de l’animosité que suscite la porte-parole de l’opposition syrienne de l’extérieur et de l’ampleur du déchirement de la classe politique et intellectuelle arabe à l’égard du drame syrien et des enjeux que sous-tend la conquête de Damas tant au plan de la stratégie régionale qu’au niveau de l’imaginaire collectif arabe.

La mise en ligne, en février 2012, d’une ancienne émission télévisée française réalisée à l’occasion du salon du livre français en 2008, dont Israël était l’invité d’honneur, a fait éclater au grand jour la polémique, latente depuis l’installation du Conseil national transitoire syrien avec l’aide massive de la France.

L’émission «Bibliothèque Médicis» de la chaîne parlementaire «Public Sénat», animée par le très journaliste sarkozyste Jean Pierre El Kabbache, a été réalisée avec la participation d’écrivains israéliens et d’un ancien président du CRIF, Théo Klein, en la compagnie exclusive de l’universitaire franco-syrienne.

Sa réactivation, selon toute vraisemblance, paraissait destinée à discréditer la porte-parole de l’opposition en suggérant sa connivence avec Israël et le lobby pro israélien de France.

Une caution moderniste à une alliance rétrograde

Universitaire à l’expertise reconnue, Basma Kodmani a bénéficié d’un soutien de poids dans cette bataille de l’opinion avec le témoignage de l’universitaire américano palestinien Rachid Khalid, de l’éditeur franco syrien Farouk Mardam Bey, petit fils d’un chef du combat nationaliste syrien du temps du mandat français, l’ancien premier ministre Jamil Mardam Bey, et de Leila Chahid, ancien délégué de Palestine en France. Le trio a dénoncé la «perversité» du procédé dont l’objectif répondait au souci de «discréditer une vraie militante de la cause palestinienne».
Auteure d’une thèse sur les réfugiés palestiniens, Basma Kodmani a collaboré avec des personnalités palestiniennes de premier plan, tel Faysal Husseini, à des projets humanitaires et politiques. A son actif figurent notamment le projet de parrainage d’enfants des camps de réfugiés palestiniens avec de riches familles arabes de Palestine et d’ailleurs, de même que plusieurs pétitions de personnalités occidentales en faveur des Palestiniens.

Mais la propulsion au poste de porte-parole de l’opposition syrienne de cette chercheuse à l’IFRI (Institut Français de Relations Internationales), le fortin atlantiste de la pensée stratégique de la diplomatie française, de surcroît ancienne directrice de la branche régionale de la Ford Foundation au Caire, et auditrice assidue au Forum de Bilderberg, la plateforme décisionnelle des cosmocrates de la trilatérale (Etats-Unis, Europe, Japon) a été perçue par des franges de l’opinion arabe comme une volonté de conférer un halo de modernité à une opposition largement dominée par les «Frères Musulmans».

Un effet d’image destiné à gommer dans l’opinion le congrès de juillet 2011, tenu à Paris par les Frères Musulmans, sous l’égide de Bernard Henry Levy, le plus en vue des intellectuels français pro-israéliens, désastreux pour la crédibilité de l’opposition syrienne. Une opération de ravalement cosmétique à une alliance rétrograde, boudée d’ailleurs à ce titre par d’authentiques résistants de l’intérieur.

Le rôle d’un intellectuel progressiste

L’empressement de l’universitaire franco syrien Bourhane Ghalioune à obtenir l’adoubement du prédicateur islamique Youssef Al-Qaradawi a confirmé cette hypothèse, en même temps qu’elle discréditait le nouveau chef nominal de l’opposition syrienne, en ce que sa renonciation à sa posture laïque antérieure a signé la marque d’un renoncement. Sa précipitation à donner des gages au camp israélo-américain en annonçant la rupture du ravitaillement stratégique du Hezbollah libanais en cas de victoire, la marque d’un reniement, plongeant dans la consternation ses parrains par son amateurisme contre-productif et découragé bon nombre de ralliement à sa cause.

A son indépendance, la Syrie confiait la direction de son gouvernement à une personnalité chrétienne, Farès al-Khoury, indice de sa maturité politique et du dépassement des clivages ethnico-religieux. Soixante ans plus tard, un intellectuel qui a forgé sa réputation sur la critique des pratiques religieuses de son pays, fait acte d’allégeance à l’Islam atlantiste et pétrolier, en gage de sa promotion politique, un signe indiscutable de régression civique.
Le devoir d’un intellectuel progressiste est de faire conjuguer Islam et progressisme et non de provoquer l’abdication intellectuelle des progressistes devant un islamisme basique, invariablement placé sous les fourches caudines israélo-américaines. Originaire de la ville de Homs, d’une famille pétrie de dialectique marxiste, l’auteur du «malaise arabe» aurait dû se souvenir que ce malaise-là résulte principalement de la démission des élites et de leur embrigadement dans le rôle de caution aux équipées impériales.

Fille d’un diplomate syrien ayant émargé sur le budget de l’état syrien tout au long de sa carrière, au parcours académique, sans ancrage sur le terrain, sans tradition de lutte, nullement répertoriée dans les rangs de l’opposition historique au régime baasiste, le parachutage de Basma Kodmani au poste stratégique de porte-parole de l’opposition a été perçu comme un passe-droit exorbitant, nullement justifié par son palmarès oppositionnel, soulignant en filigrane la volonté de la France de placer sous sa tutelle l’opposition syrienne de l’extérieur.

Plaident en ce sens l’opposition du tandem à une intervention publique à Paris, avec la complicité du Quai d’Orsay, d’un des plus prestigieux opposants syriens, à la légitimité supérieure à celle du duo, Michel Kilo, emprisonné à deux reprises par Damas, de même que le véto opposé à un résistant authentique de l’intérieur, Georges Sabra, ancien prisonnier politique et dirigeant du Parti démocratique de Syrie, à briguer la tête de l’opposition syrienne. Au prétexte de sa religion chrétienne ? De sa qualité d’homme de gauche? Des deux à la fois?…Un signe d’ouverture?

En contrechamp, le pitoyable défilé d’opposants de la dernière heure, bouffons à l’expression aléatoire, à la pensée problématique, se vautrant sur les plateaux de télévision pour le quart d’heure de célébrité médiatique, a offert un spectacle affligeant d’opportunisme indigne de la qualité du combat des opposants de l’intérieur et du niveau intellectuel de la société civile syrienne.

Ces trois faits ont posé le problème de la pertinence politique du tandem franco syrien et de leur mentor français et nourri le procès de leurs ambitions en même temps que de leur connivence avec l’ancienne puissance mandataire.

Pour un duo qui se veut représentatif de la future Syrie libre, moderne, démocratique et indépendante, son placement sous tutelle de l’ancien pouvoir colonial, un des grands soutiens aux dictateurs arabes déchus (Egypte, Tunisie), artisan du démembrement de leur pays d’origine, la Syrie, au bénéfice de la Turquie, par détachement du district d’Alexandrette, et, maitre d’œuvre du blocus de Gaza sous la mandature Sarkozy, pouvait difficilement se percevoir comme une marque de génie politique, nonobstant les effets corrosifs de cette servilité sur la crédibilité du leadership de l’opposition.

Sans charisme, sans relief, sans véritable marge de manœuvre, le noyau français au sein de l’opposition syrienne est apparu, neuf mois après son lancement, comme tributaire de ses commanditaires, à la merci de leur agenda diplomatique, oubliant ou feignant d’oublier que la stratégie occidentale de la dernière décennie a visé à sanctuariser Israël et à ostraciser l’Iran en vue de consacrer une mise sous tutelle durable du monde arabe à l’hégémonie israélo-américaine.

Piètre stratège, un comble pour une spécialiste des relations internationales, elle mésestimera la force d’obstruction de la Chine, de la Russie et de l’Inde, de même que l’Afrique du sud, la moitié de l’humanité, infligeant le premier revers majeur à la diplomatie occidentale depuis l’effondrement du bloc soviétique dans la décennie 1990.

Nicolas Sarkozy, le pivot européen de l’axe israélo-américain, Alain Juppé, le ministre gaulliste néo atlantiste concédant arbitrairement et unilatéralement à Israël, en pleine bataille de Syrie, le droit de se dégager de ses obligations internationales concernant les territoires palestiniens de 1967, assurant de surcroit se ranger du côté d’Israël en cas de guerre régionale, la Turquie, l’autre manche de la tenaille qui étrangle, avec Israël, leur pays d’origine, l’Emir du Qatar, l‘artisan de la désarticulation de la Libye et Youssef al Qardawi, l’ancienne bête noire de l’Occident reconverti dans l’honorabilité par le fait des royalties princiers …on aurait rêvé meilleure caution morale à une entreprise d’une telle ampleur, la transformation démocratique de la Syrie, et, au-delà du Monde arabe.

Circonstance aggravante, le précédent géorgien de Salomé Zoubachvili, binationale franco-géorgienne, nommée ministre des Affaires étrangères de Géorgie après avoir été ambassadeur de France, a pointé la nature hybride du duo et joué en sa défaveur en ce qu’elle a posé le problème du bien-fondé d’une décision visant à confier la direction de l’opposition syrienne à des membres de la fonction publique française, c’est-à-dire à des salariés de l’ancien pouvoir colonial.

Pour rappel à l’ordre, à l’intention du lecteur arabophone, le code de conduite édicté par Nasser à l’égard des menées impérialistes:
http://www.youtube.com/watch?v=DdgivvmnZGA&feature=youtu.be

Et pour le lecteur francophone le résumé suivant:

Répliquant à une menace américaine de lui couper l’assistance financière, Nasser a proclame «Les Américains menacent de nous affamer. Eh bien on mangera quatre jours sur sept, un jour sur deux, un repas sur deux.

Déplorable posture en comparaison du glorieux comportement de son lointain prédécesseur, Youssef Al Azmeh, ministre de la défense, se portant à la tête de ses armées pour mener personnellement bataille aux Français pour la défense de la partie, à la bataille de Maysaloune, acte fondateur du nationalisme syrien face au pouvoir colonial français. Une plus grande perspicacité aurait pu réduire les critiques à leur égard. Trois personnalités de l’opposition, Haitham al-Maleh, Kamal al-Labwani et Catherine al-Telli, ont d’ailleurs démissionné du Conseil en signe de protestation contre l’autoritarisme du duo et la lourde tutelle des bailleurs de fonds pétro monarchique.

Gageons que si l’opposition syrienne de Paris avait été chapeautée par une personne de la stature du philosophe Sadeq Jalal Al Azm, une personnalité majeure de la pensée politique arabe contemporaine ou de Michel Kilo, voire même de Ryad Al Turk, un vétéran de la lutte politique syrienne, la visibilité de l’opposition aurait été plus grande, l’adhésion plus importante, l’effet d’entrainement plus dynamique et la critique moins acerbe.

Besoin des Juifs et d’Israël

Les mots ont un sens et ne constituent nullement une enfilade de paroles verbales pour la satisfaction narcissique d’une exposition médiatique.

La participation d’un arabe à un débat avec des Israéliens est de pratique courante de nos jours. Mais la présence de l’universitaire franco syrienne à une manifestation à la gloire d’Israël, boycottée par les intellectuels palestiniens et arabes en signe de protestation contre les guerres de destructions israéliennes au Liban (Juillet 2006) et de Gaza (2008) a pu paraître choquante à bien des égards en ce qu’elle bravait et les consignes de boycott et la solidarité militante, conférant une prime au bellicisme israélien à Beyrouth et à Gaza, en l’exonérant par sa présence.

Choquante en ce que ce salon du livre en l’honneur d’Israël a été volontairement programmé par Nicolas Sarkozy à deux semaines d’élections municipales aux fins de lui servir de levier auprès de l’électorat juif dans une consultation problématique, qu’il finira d’ailleurs par perdre par démagogie.

Plus choquante aura été sinon la désinvolture du moins la passivité en tout cas la maladresse de cette mère d’enfants palestiniens devant les doléances des intervenantes israéliennes, exprimant leurs craintes pour la vie de leurs enfants en service dans l’armée israélienne, sans faire valoir, en réplique, les craintes identiques de mères palestiniennes devant les ravages quasi quotidiens de l’aviation israélienne, non seulement contre les militaires mais également contre les civils palestiniens régulièrement fauchés, sans discrimination de sexe ou d‘âges, dans l’indifférence quasi générale des pays occidentaux.

Parmi les autres griefs formulés à son encontre figure son «besoin» de Juifs et d’Israël qu’elle a exprimé en guise de profession de foi pour favoriser la diversité culturelle au Moyen orient.

Un «besoin» qui aurait pu trouver meilleur écho et accueil s’il s’était adressé à des pacifistes israéliens, en guise d’encouragement à leur combat, et non à des membres de l’establishment d’un pays qui se vit comme «la pointe avancée du Monde libre» face à la barbarie arabo musulmane, dont le travail de sape permanent a pulvérisé la Palestine, la terre de ses propres enfants, sa population et jusque même son identité, sans la moindre offre de paix.
Une prestation à l’allure d’une reddition intellectuelle et morale à l’imperium colonial. Une insulte à la mémoire de Rachel Corie, pacifiste américaine écrasée par un bulldozer israélien dans son combat contre le déracinement des Palestiniens de Rafah, dans la Bande de Gaza. Une insulte au combat quotidien de près de quatre millions de Palestiniens empruntant l’humiliant parcours des 700 barrages israéliens pour leur gagne-pain journalier… et qui se seraient, très franchement, volontiers, passés de ce «besoin» (2).

La réplique de Doha Shams

Doha Shams, sans détours, sans ambages, sans le moindre ménagement pour son ancienne connaissance parisienne, en déduira que Basma Kodmani est une «arabe de service» de la diplomatie française au service des intérêts stratégiques des Occidentaux.

Dans une retentissante tribune publiée le 27 février 2012 sur sa page Facebook dans le quotidien «Al Akhbar», le journal influent des cercles intellectuels et progressistes arabes, la journaliste libanaise a dénoncé l’activisme belliqueux de Mme Kodmani, «sa volonté d’acter le Chapitre VII de la charte des Nations Unies autorisant l’usage de la force», dans tous les documents officiels de l’opposition, en vue de déblayer la voie à une intervention occidentale en Syrie, sur le modèle libyen.
Epouse divorcée du journaliste palestinien Nabil Darwiche, Basma Kodmani-Darwiche a bénéficié d’un accès privilégié au leadership palestinien de par ses travaux, certes, mais aussi et surtout de par sa situation matrimoniale en ce que son beau-frère, un officier palestinien assassiné à Rome dans la décennie 1980, appartenait à la garde rapprochée de Yasser Arafat, le chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), lui conférant le privilège statutaire de «famille de martyr».

Pour louable qu’elle ait pu être, au-delà de la satisfaction d’un amour propre personnel, sa diplomatie pétitionnaire a abouti à dédouaner à bon compte les élites occidentales de l’écrasante responsabilité de leur pays dans le drame palestinien, tant du fait de la déclaration Balfour (1917) que du fait du génocide hitlérien que de la collaboration vichyste, sans pour autant faire progresser la paix, sans refreiner pour autant l’annexion rampante de la Palestine et la déperdition de sa population.

A n’y prendre garde, la fréquentation du monde éthéré des salons veloutés de la haute administration française et des forums internationaux peut exposer son auteur à de sérieuses déconvenues. A sa déconnexion de la réalité.

Il en est ainsi de son «besoin» d’Israël précité, que de ses «murs à abattre». Pour la crédibilité de son auteur, un tel projet supposerait qu’il ne se limite pas au mur de la peur psychologique entre Israéliens et Palestiniens, mais englober tous les autres murs, sans exception, aussi bien le mur d’apartheid séparant Israël de la Cisjordanie, que le mur de la dictature militaire syrienne, tout comme le mur de la dictature religieuse pétro monarchique saoudienne, enfin, le mur de la dictature financière de l’oligarchie occidentale, les deux meilleurs alliés de la militante franco syrienne pro palestinienne.

Le syndrome Ahmad Chalabi

Une présentation unilatérale des faits peut prêter à équivoque. S’il est vrai qu’ «en Syrie la propagande est en vigueur à longueur de commentaires», ainsi que le souligne à juste titre Le Monde, en date du 24 février 2012, il est non moins vrai que l’échafaudage médiatique occidental sophistiqué s’apparente, par moments, à une entreprise de manipulation de l’opinion.

Le journal de référence de la presse française aurait ainsi été plus avisé de mentionner en complément de son information, les turpitudes du camp adverse, notamment les nombreuses interceptions de livraisons d’armes opérées au Liban dans les zones sous contrôle du clan Hariri, la mise en place d’une plateforme opérationnelle de la DGST au nord Liban, au mépris du principe de la souveraineté libanaise, ou encore la réunion parallèle des barbouzards de l’Otan, en marge de la réunion de la réunion «des amis de la Syrie» à Tunis, le 28 février dernier, en vue de fomenter un coup d’état à Damas.

Réédition d’un scénario éculé, le dispositif en vigueur à l’encontre de la Syrie est identique à celui mis en place à propos de l’Irak, justifiant une fois de plus le constat de Pierre Bourdieu sur «la circulation circulaire de l’information», tant au Qatar, à travers Al Jazira, qu’en France, via le quotidien Libération.
Ainsi Ahmad Ibrahim Hilal, responsable de l’information sur la chaîne transfrontière qatariote, agit depuis les combats de Syrie, il y a un an, en couple et en boucle avec son propre frère Anas Al Abda, proche du courant islamiste syrien et membre du CNT, au diapason du tandem parisien formé par Basma Kodmani, porte-parole du CNT et sa sœur Hala Kodmani, animatrice du cellule oppositionnelle syrienne à Paris et chargée de la chronique Syrie au quotidien français Libération dans une fâcheuse confusion des genres (3).

Cette proximité pose le problème de la conformité déontologique de l’attelage. Amplifié en France au niveau arabophone par Radio Orient, la radio du chef de l’opposition libanaise, Saad Hariri, partie prenante au conflit de Syrie, du jamais vu dans les annales de la communication internationale, ce dispositif frappe de caducité le discours médiatique occidental au même titre que le discours officiel syrien, en ce qu’il est obéré par «le syndrome Ahmad Chalabi».
Un Syndrome du nom de ce transfuge irakien qui avait alimenté la presse américaine des informations fallacieuses sur l’arsenal irakien, via sa nièce journaliste en poste dans l’une des principautés du golfe, implosant la crédibilité de l’employeur de la journaliste vedette du New York Times, Judith Miller, passée à la postérité comme étant «l’arme de destruction massive de la crédibilité du New York Times dans la guerre d’Irak».

Une dizaine de journalistes de premier plan ont démissionné d’ «Al Jazira» en signe de protestation de sa couverture «partiale» des évènements de Libye et surtout de Syrie, emportant avec eux la crédibilité de la chaîne. Promue désormais à la fonction de «lanceur d’alerte» de la stratégie occidentale à l‘encontre du Monde arabe, Al Jazira a ainsi sinistré, en l’espace d’un semestre, sa réputation patiemment construite en quinze ans, et sabordé du coup son monopole sur les ondes panarabes. Par «le fait du prince» et de son maître (4).

La bataille de Syrie est une bataille décisive dont l’issue va déterminer la hiérarchie des puissances dans l’ordre régional d’une large fraction du XXI me siècle. Elle se doit de s’afficher comme un combat frontal des démocrates contre les imposteurs et les falsificateurs pour la préservation des intérêts fondamentaux du Monde arabe. Non un combat contre une dictature pour lui substituer une autocratie «plus soft», plus sournoise, plus conforme aux intérêts occidentaux.

Non une gesticulation mortifère d’une coalition hétéroclite cimentant une alliance contre-nature de faux prophètes contre les aspirations profondes du Monde arabe. En un mot, une opération de diversion dont l’objectif final n’est rien moins que l’enterrement en catimini de la Palestine… sous couvert de liberté et de démocratie.
Le XX me siècle a été marqué par l’implantation d’un «foyer national juif» à l’intersection des deux versants du Monde arabe, sa rive asiatique et sa rive africaine, rompant le continuum stratégique de l’ensemble arabe. Le XXI me siècle voit poindre l’emprise israélienne sur la totalité du bassin historique de la Palestine et de son arrière-plan stratégique, avec la complicité active des pétromonarchies, sans doute le directoire le plus répressif et le plus régressif de la planète, l’ «idiot utile» par excellence de la stratégie hégémonique occidentale sur la zone arabo musulmane en ce qu’il se substitue aux pays occidentaux en crise systémique pour éradiquer, à ses frais avancés, sans contrepartie, toute volonté de résistance arabe. Le précédent libyen devrait inciter à la prudence au terme d’une séquence dans laquelle les Arabes auront été, dans l’allégresse, les mercenaires de leur propre perte.

L’auteur de ces lignes a vécu le septembre noir jordanien (1970) et la guerre civile libanaise (1975-1992) pour mésestimer les ravages des guerres fratricides. Que le combat soit donc mené dans la clarté. Que l’action collective prenne le pas sur les stratégies personnelles de conquête du pouvoir, et que surtout, les bourreaux du passé ne soient jamais les bienfaiteurs du futur encore moins leurs parrains.

Blanche colombe ou vipère lubrique ? Enfant du Bon Dieu ou canard sauvage ? Dindon de la farce ou paon gorgé de vanités? Avant-garde d’une escouade de combattants de la liberté visant à la transformation démocratique du Monde arabe ou intrigante nourrie d’une ambition démesurée? Tacticienne hors pair, «Arabe de service» ou «Idiot utile», pour reprendre la vieille terminologie marxiste toujours d’actualité? L’histoire, seule, dira ce que Basma Kodmani aura été en cette phase charnière de l’histoire arabe.

Les exactions des opposants syriens dénoncées par l’organisation humanitaire américaine «Human Right Watch», se superposant aux attentats de djihadistes erratiques d’Alep et de Damas, à la mi-mars 2012, et à ceux de Toulouse et de Montauban, à la même date, devraient refreiner les ardeurs belliqueuses des pays occidentaux et réduire du coup la voilure et la flamboyance de leurs poulains syriens. Solidement adossée au pouvoir sarkozyste en phase crépusculaire, particulièrement Alain Juppé, philosioniste néophyte, Basma Kodmani, de par ses projections et connections, apparaît toutefois, d’ores et déjà, comme un élément du problème et non de la solution.

Références

1- Sadeq Jalal Al Azm, un personnage considérable de la pensée politique arabe contemporaine, est l’auteur de trois ouvrages qui ont fait date: «Nakd al Fikr ad Dini (Critique de la pensée religieuse) Edition «Dar At-Tali’a» -Beyrouth, «Nakd al Fikr Ba’ada al Hazima (Critique de la pensée après la défaire» de 1967 et «Zihniyat At Tahrim «La mentalité du tabou». Professeur de philosophie à l’Université américaine de Beyrouth, il sera convoqué à Damas pour y être jugé à la suite de la publication de son premier ouvrage «Critique de la pensée religieuse». Il sera relâché faute de preuves substantielles. Il sera par la suite professeur à l’Université de Princeton (Etats-Unis), dans la décennie 1970, avant de revenir à Damas pour y enseigner la philosophie européenne moderne et ses rapports avec l’Islam. Il est titulaire du Prix Erasmus, du Prix Léopold Lucas de l’Université de Tübingen (section théologie) et Docteur Honoris Causa de l’université de Hambourg. Ryad Al-Turk, secrétaire général du parti communiste syrien, a fait plusieurs séjours en prison. C’est le doyen des opposants politiques syriens.

2- A propos de Rachel Corrie, en guise piqure de rappel, cf la lettre des parents de la jeune fille à l’occasion du neuvième anniversaire de son décès. http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11647  

3-Ancienne collaboratrice du délégué de la Ligue arabe à Paris, puis de l’Organisation de la Francophonie, responsable de la rédaction arabe de France 24, Hala Kodmani anime depuis Mai 2011 une structure oppositionnelle à Paris, l’association «Sourya Houryia» (Syrie Liberté), poste qu’elle cumule avec ses fonctions journalistiques à Libération.

4-Pour le lecteur arabophone, ci-joint le lien sur les manipulations d’Al Jazira à propos de la couverture des évènements de Syrie.
http://www.al-akhbar.com/node/44875

5- Pour complément d’information sur la problématique de l’opposition syrienne de l’extérieur
http://www.al-akhbar.com/node/45398

http://www.al-akhbar.com/node/62452

http://www.al-akhbar.com/node/62449

Avec 83 États et organisations intergouvernementales représentés, la seconde Conférence des « Amis » de la Syrie a été un succès médiatique. Pourtant cette mise en scène ne parvient pas à masquer la défaite de l’OTAN et du CCG en Syrie, incapables de renverser le régime en un an de guerre de basse intensité, et aujourd’hui contraints de s’éloigner face au front russo-sino-iranien. Thierry Meyssan décrypte cette étrange conférence diplomatique où les mots ne sont pas prononcés pour dire, mais pour cacher.

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Le 27 mars 2012, après la libération de Baba Amr, le président Bachar el-Assad vient assurer aux déplacés qu’ils n’ont plus rien à craindre des takfiristes et que l’État reconstruira leurs maisons.

Le président Bachar el-Assad s’est rendu, le 27 mars 2012, à Homs. Il a visité le quartier de Baba Amr où des takfiristes syriens [1] et des combattants étrangers avaient proclamé durant un mois un Émirat islamique indépendant. Il a assuré les habitants déplacés que l’État reconstruirait leurs maisons « beaucoup mieux qu’avant  », et qu’ils pourraient retourner bientôt chez eux. Des milliers de personnes, principalement sunnites, avaient été contraintes de fuir pour ne pas tomber sous la dictature des islamistes. En leur absence, les maisons ont été saccagées et plusieurs centaines ont été dynamitées par les rebelles, quant elles n’ont pas été détruites par les combats.

Bachar el-Assad, qui reste le chef d’État le plus populaire du monde arabe, a rencontré des Homsiotes, mais a renoncé au traditionnel bain de foule en raison de la présence toujours possible de terroristes isolés.

La guerre de basse intensité est finie « une fois pour toutes », a commenté Jihad Makdissi, porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères. Le pays, dont les principales infrastructures d’énergie et de télécommunication ont été sabotées, entre dans une phase de reconstruction.

Pendant ce temps, l’OTAN et le CCG ont continué leurs manigances. Une réunion du Conseil national syrien a été organisée pour adopter un « Pacte national » acceptable par l’opinion publique occidentale. Il s’agissait de donner une apparence laïque et démocratique à un organe dominé par les Frères musulmans, lesquels réclament l’instauration de la Charia et d’un régime islamique. Le programme rédigé par les Frères a donc été toiletté par des conseillers en communication et enrichi de quelques expressions politiquement correctes. Il a été adopté lors d’une étrange scrutin au cours duquel les Frères ont voté contre et ont fait participer au scrutin des inconnus qui ont voté pour, de sorte que le texte est passé sans qu’ils aient à se renier. Le Conseil a donc un texte programmatique qui n’engage que ceux qui le lisent, et que la majorité de ses membres permanents espèrent fouler aux pieds le plus vite.

De leur côté, le secrétaire général de la Ligue arabe et son homologue de l’ONU ont nommé un envoyé spécial conjoint, Kofi Annan, pour négocier une sortie de crise. Il a pris sous sa responsabilité un plan en six points, qui est une version légèrement amendée de la proposition russe à la Ligue. Il a obtenu l’accord du président el-Assad sous réserve que ces dispositions ne soient pas détournées de leur sens et utilisées pour infiltrer à nouveau des armes et des combattants.

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C’est dans ce contexte que l’OTAN et le CCG ont convoqué la seconde Conférence des « Amis » de la Syrie, dimanche 1er avril à Istanbul. 83 États et organisations intergouvernementales y ont participé, sous présidence turque [2].

Comme ils l’avaient fait lors de leur précédente rencontre à Tunis, le 24 février, les participants ont avant tout réaffirmé leur soutien à « une transition politique conduite par des Syriens vers un État civil, démocratique, pluraliste, indépendant et libre ; un État qui respecte les droits des gens quelque soit leur appartenance ethnique, leur religion ou leur sexe » [3] ; une position distrayante venant, entre autres, d’États qui ne sont ni civils, ni démocratiques, ni pluralistes, ni indépendants, ni libres et qui discriminent leurs ressortissants en fonction de leur appartenance ethnique, de leur religion ou de leur sexe comme l’Arabie saoudite et le Qatar.

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Puis, les «  Amis  » de la Syrie ont exprimé leur soutien sans faille au plan en six points de Kofi Annan, alors même que la présidence turque de la Conférence proposait d’armer et de financer les rebelles en violation dudit plan Annan.

Dans cette lignée, la Conférence a entendu les rapports du Conseil national syrien. Elle s’est félicitée de l’adoption formelle du Pacte national, et de la volonté des membres du Conseil de travailler unis, oubliant que la dernière réunion du Conseil s’est terminée par hurlements, des claquements de portes, et la démission des 24 délégués kurdes. Par conséquent, elle a reconnu le Conseil comme « un » représentant légitime de tout le peuple syrien, et comme une organisation rassemblant les groupes d’opposition syriens.

Ces félicitations imméritées ne doivent pas être comprises comme traduisant une ignorance de la situation ou un aveuglement, mais comme une sucrerie diplomatique pour faire agréablement oublier une grosse déception. En fait, la Conférence a refusé de reconnaître le Conseil comme « le » représentant du peuple syrien, c’est-à-dire comme un Parlement en exil, qui aurait pu désigner un Gouvernement en exil et revendiquer le siège syrien à l’ONU. Cette rebuffade montre que les « Amis » de la Syrie ont renoncé à changer le régime et qu’ils ne destinent plus le Conseil à gouverner. Sa fonction est désormais limitée à participer aux campagnes médiatiques contre son pays. Dans cette perspective, le service de propagande de la Maison-Blanche a besoin de contrôler la communication de toute l’opposition syrienne. Par conséquent, la Conférence a exigé de n’avoir plus qu’un seul interlocuteur, le Conseil, dans lequel tous les groupes d’opposition ont été sommés de se fondre.

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Le Centre sur la responsabilité syrienne

Cette question de discipline étant close, la Conférence a acté la création de trois nouveaux organes. En premier lieu, à l’initiative du département d’État US, un Centre de renseignement a été chargé de « collecter, rassembler, analyser » toutes les informations disponibles sur les violations des Droits de l’homme commises par les autorités syriennes en vue de leur jugement futur par une juridiction internationale [4].

À Damas, on se souvient que, des années durant, les États-Unis ont pensé pourvoir faire endosser au président Bachar el-Assad la responsabilité de l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri. Ils avaient alors œuvré à la collection de faux témoignages et à la mise en place du Tribunal spécial pour le Liban. On avait entendu les vassaux de Washington au Proche-Orient prophétiser que le président syrien serait traîné pieds et poings liés à La Haye. On se souvient aussi que les faux témoignages accumulés contre Bachar el-Assad s’effondrèrent au milieu de scandales de corruption et que Washington décida d’orienter son dispositif pseudo-judiciaire vers d’autres cibles.

Toujours est-il que ce Centre sera surtout chargé de coordonner le travail des ONG déjà subventionnées directement ou indirectement par Washington, tel qu’Amnesty International, Human Rights Watch ou la Fédération internationale des Droits de l’homme. Pour ce travail de secrétariat, le département d’État a immédiatement débloqué 1,25 millions de dollars et mis à disposition du personnel bien choisi.

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Le Groupe de travail sur les sanctions

La Conférence s’est dotée d’un Groupe de travail sur les sanctions. Il s’agit officiellement de coordonner les mesures prises par les États-Unis, l’Union européenne, la Ligue arabe etc. pour les rendre plus efficaces. Les Syriens avaient répondu aux sanctions en soulignant qu’elles les feraient souffrir, mais qu’elles tueraient certains de leurs voisins. C’est pourquoi le document final précise également que le Groupe devra veiller à ce que ces sanctions ne blessent pas des pays tiers, ce qui inclut parfois d’ouvrir des routes commerciales alternatives.

En effet, la Ligue arabe avait été contrainte de suspendre l’application des sanctions qu’elle avait décrétées parce qu’elles menaçaient directement l’économie de ses propres membres. À titre d’exemple, la Jordanie s’était brutalement trouvée privée de plus des deux tiers de ses importations et aurait dû se priver de l’eau potable que lui fournit la Syrie. En une semaine, son économie s’était effondrée.

Le Groupe de travail sur les sanctions semble donc chargé de résoudre la quadrature du cercle. Sa première réunion se tiendra à Paris dans la seconde quinzaine d’avril, c’est-à-dire avant l’élection présidentielle française et le changement prévisible de politique qui en découlera.

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Le Groupe de travail sur la Relance économique et le Développement de la Syrie

Troisième et dernier organe créé par la Conférence : le Groupe de travail sur la Relance économique et le Développement. Il avait initialement été prévu que le Conseil national syrien formerait le premier gouvernement syrien après le renversement de Bachar el-Assad. Dans cette perspective, il devait bénéficier d’une aide financière considérable qui lui aurait permis de rallier à lui une population épuisée par les sanctions. La promesse de cette manne avait attiré au sein du Conseil tous les aigrefins possibles.

Dans la mesure où d’une part il n’est plus question de changement de régime et, d’autre part, on annonce un renforcement des sanctions, pourquoi donc aider le président el-Assad à relancer l’économie et à développer son pays ? Et pourquoi ce groupe de travail est-il co-présidé par les Émirats et l’Allemagne ?

Notre hypothèse, jusqu’à plus ample information, est que ce groupe de travail est chargé d’habiller le versement de dommages de guerre par la France en échange de la restitution de ses officiers détenus en Syrie. Nos lecteurs et auditeurs savent que 19 militaires français ont été arrêtés en Syrie et que 3 d’entre eux ont été restitués au chef d’état major, l’amiral Edouard Guillaud, lors de son passage au Liban. Des négociations se poursuivent entre les deux parties au conflit par l’entremise des Émirats arabes unis. La France a admis que les prisonniers sont bien ses ressortissants, même si tous ont une double nationalité, algérienne ou marocaine, mais elle nie qu’il s’agisse de militaires en mission. Elle soutient que ce sont des jihadistes, venus combattre de leur propre initiative et à son insu. La Syrie fait valoir que le matériel OTAN de communication qu’ils détenaient prouve qu’ils agissaient sous ce drapeau. Quoi qu’il en soit, la France pourrait verser une indemnité pour leur libération, mais le montant de celle-ci est difficile à établir. La Syrie réclame des dommages de guerre pour les milliers de tués et les infrastructures détruites. La France observe que si guerre secrète il y a eu, elle ne peut pas l’avoir conduite seule et n’en serait donc pas la seule responsable. Dans le cas où la France verserait de l’argent, elle refuserait de reconnaître publiquement la raison de ce mouvement de fonds. Elle devrait alors anonymiser cette somme avec le concours de son partenaire allemand.

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Le général Dempsey est venu expliquer au Sénat que les États-Unis et Israël ont perdu leur domination aérienne au Proche-Orient.

Quelle stratégie pour l’OTAN et le CCG ?

Le bilan de cette Conférence laisse entrevoir la nouvelle stratégie des États-Unis, et par conséquent celle de l’OTAN et du CCG.

Washington a renoncé à changer le régime syrien parce qu’il n’en a pas les moyens militaires. Dans un premier temps, plutôt que de le reconnaître, le secrétaire à la Défense Léon Panetta a souligné qu’une intervention militaire ne ferait que compliquer la situation sur le terrain et précipiterait le pays dans la guerre civile au lieu de la prévenir. Puis, le chef d’état-major, le général Martin Dempsey, et le commandant du CentCom, le général James Mattis, ont admis que l’US Air Force ne pourrait pas bombarder la Syrie si elle en recevait l’ordre car le pays est désormais équipé par la Russie du plus efficace système anti-aérien au monde. En outre, les généraux US ont admis qu’ils continuent à exercer une surveillance aérienne et spatiale de la Syrie, non plus pour fournir des renseignements à l’Armée syrienne libre, mais pour s’assurer qu’elle ne s’empare pas des arsenaux chimiques et biologique. En d’autres termes, non seulement Washington a renoncé à renverser le régime par la force, mais il veille à ce que cela ne survienne pas afin de ne pas entrer en conflit avec la Russie, la Chine et l’Iran.

À défaut, Washington s’autorise à instrumenter le cas syrien pour embarrasser Moscou et Beijing. La création du Centre sur la responsabilité syrienne se résume à la mise en place d’une nouvelle campagne de propagande anti-syrienne, non plus pour paver la voie d’une intervention de l’OTAN, mais pour accuser la Russie et la Chine d’être des dictatures solidaires d’une autre dictature. Et les sanctions ne visent plus à démoraliser la bourgeoisie et à la faire se retourner contre le régime, mais à contraindre la Russie et la Chine à payer pour la Syrie.

C’est dans cette perspective que l’on doit interpréter l’agitation d’Alain Juppé. Le ministre français des Affaires étrangères sait que ses déclarations anti-syriennes sont creuses, mais il n’en a que faire puisqu’il quittera bientôt ses fonctions, et que son successeur refusera d’en assumer les conséquences au nom de l’alternance politique. Sa surenchère permanente sert à la fois à alimenter le dossier que le Centre sur la responsabilité syrienne prépare, et à satisfaire un lobby dont le soutien lui sera utile lorsqu’il se retrouvera dans l’opposition.

À ce propos, Damas, qui anticipe la défaite électorale de Nicolas Sarkozy, a envoyé un diplomate de très haut niveau à Paris. Il y a rencontré un de ses amis, ancien ministre des Affaires étrangères socialiste, qui l’a introduit auprès de François Hollande. La Syrie connaît parfaitement les liens unissant le candidat socialiste à Israël et au Qatar. Mais elle ne doute pas que le prochain président français s’alignera d’abord sur la position états-unienne, et cessera donc tout soutien à l’opposition armée.

Thierry Meyssan

Notes

[1] Les Takfiristes sont des musulmans sectaires qui pensent détenir la pure vérité et entendent éliminer les hérétiques. Leurs principaux chefs spirituels sont réfugiés en Arabie saoudite d’où ils appellent à « tuer un tiers des Syriens pour que les deux autres tiers vivent », c’est-à-dire à assassiner tous les non-sunnites.
[2] « Chairman’s Conclusions Second Conference Of The Group Of Friends Of The Syrian People », Voltaire Network, 1er avril 2012.
[3] « A Syrian-led political transition leading to a civil, democratic, pluralistic, independent and free state ; one which respects people’s rights regardless of ethnicity, belief or gender »
[4] « State Department on Syria Accountability Clearinghouse », Voltaire Network, 2 avril 2012.

Thierry Meyssan : Intellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie des analyses de politique étrangère dans la presse arabe, latino-américaine et russe. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

En Grèce, la faim s’établit

avril 5th, 2012 by Gerd Höhler

Les paroles d’encouragement de la politique ont pour de nombreux Grecs un ton cynique. Après trois ans de récession et d’innombrables mesures d’austérité, ils sont découragés et accablés. La faim et le désespoir se déploient.

Athènes. Sotiris Panagopoulos recompte  son argent. Mais il n’y en aura pas plus pour autant. 599,95 euros: Avec ça il devra dans les quatres prochaines semaines entretenir sa femme et ses deux enfants en bas âge. «Comment va-t-on y arriver?» demande cet homme de 35 ans désespérément. 320 euros sont réservés pour la location, en plus il faudra payer les factures d’eau et d’électricité. «En fait, il ne nous reste qu’à peine sept euros par jour pour vivre.» Il y a cinq mois, il a perdu son travail de plombier. L’entreprise a fait faillite d’un jour à l’autre, 23 personnes se sont retrouvées dans la rue.

Panagopoulos n’est pas le seul qui, en ce matin pluvieux, va chercher son allocation chômage à l’agence de l’emploi de Perama. La file d’attente s’allonge chaque mois. Perama se situe à une petite heure à l’ouest d’Athènes sur le golfe Saronique, autrefois, la ville était le centre de l’industrie de la construction navale grecque. Aujourd’hui, ce lieu de 25 000 habitants détient le record du taux de chômage en Grèce: environ 60%. La plupart des entreprises ont des pro-blèmes depuis des années, parce qu’elles ne peuvent plus concurrencer les grands chantiers navals d’Asie. La récession a fait le reste.

«Ici, rien ne fonctionne plus», déclare Panagiotis Kosmas. Il est dans son snack près d’une station de bus et attend la clientèle. Mais la plupart des portes des fabriques ici sur la rive sont verrouillées depuis longtemps. On n’entend plus que quelques voix de travailleurs, les coups de leurs marteaux et le chuintement du chalumeau dans les quelques chantiers navals qui restent. Kosmas déclare que «Perama meurt à petit feu». Il veut partir de son snack et chercher un nouvel emplacement pour sa cabane.

Les Grecs en troisième année de crise: un peuple découragé et désespéré, accablé par toujours plus de mesures d’austérité. Depuis le début de la crise, l’économie s’est dégradée de presque 15%. Selon l’institution des statistiques de l’UE, Eurostat, déjà 28% des Grecs entre 18 et 64 ans vivent au seuil de la pauvreté. Selon un sondage, une PME sur quatre craint de devoir fermer son entreprise «prochainement».

La société grecque atteint la limite de ses possibilités. Du moins, cela vaut pour les plus pauvres et pour la couche moyenne. Car les Grecs ne sont pas tous assommés – devant les clubs de nuit sur la Iera Odos, la voie sacrée, et les cafés de plage onéreux dans le faubourg de Vouliagmeni, on trouve toujours les gros véhicules tout terrain.

Les Etats de la zone euro et le FMI ont déjà versé 73 milliards d’euros à Athènes depuis mai 2010, maintenant, 130 milliards d’euros sont de nouveau mis à disposition dans le cadre du deuxième plan de sauvetage. Quand les chefs de gouvernement des Etats de l’UE se réuniront une nouvelle fois à Bruxelles, ils souligneront à nouveau l’importance de l’encouragement à la croissance dans les pays membres. Toutefois, ils ne décideront pas de mesures concrètes.

«Nous faisons face à une crise humanitaire – ici dans notre propre pays»

La plupart des Grecs n’ont pas le sentiment que l’aide leur rende service. Ils en ont assez des espoirs qui ne se réalisent pas et des promesses des politiciens qui garantissent l’arrêt proche de l’effondrement économique. L’ancien ministre des Finances Giorgos Papakonstantinou a promis il y a deux ans, qu’«à la fin 2011», l’économie va croître de nouveau. En fait, le déclin est toujours plus rapide, la performance économique a baissé de presque 7% l’année dernière. On disait que l’année 2012 serait l’année du tournant. Ceci se révèle être déjà aujourd’hui une illusion.
 
Nikitas Kanakis, de la section grecque de l’organisation humanitaire «Médecins du monde», est quotidiennement confronté aux destins qui se cachent derrière ces chiffres. Depuis la fondation, il y a 22 ans, les 600 membres ont aidé dans environ 50 pays au monde. Maintenant, ils se concentrent sur la Grèce. Ils s’occupent dans quatre villes des permanences médicales dans lesquelles les personnes nécessiteuses peuvent être traitées gratuitement. Le point brûlant est la métropole du chômage Perama.

«Nous faisons face à une crise humanitaire – ici dans notre propre pays», déclare le docteur Kanakis. Pendant la guerre d’Irak, son organisation a envoyé 150 camions de biens humanitaires à Bagdad. L’année dernière, elle a encore envoyé six containers remplis de denrées alimentaires par bateau en Ouganda. «Maintenant, nous avons besoin de tous les aliments ici», raconte Kanakis.

Chaque jour, il y a de plus en plus de gens qui viennent à la permanence médicale de Perama. Celui qui devient chômeur en Grèce, perd aussi après un an son assurance-maladie d’Etat. Mais les êtres humains qui viennent quotidiennement en grand nombre voir les «Médecins du monde», n’ont pas seulement besoin d’assistance médicale. «De plus en plus de visiteurs ne demandent pas de médicaments, mais ils ont faim et demandent instamment quelque chose à manger», rapporte Kanikis. Ce qui se passe dans son pays est «choquant et honteux», dit-il.

La plus grande soupe populaire d’Athènes

Ce qui est honteux également pour un pays de l’UE, ce sont les scènes qui se déroulent dans la rue du Pirée à Athènes au numéro 35, un vieil établissement de deux étages. Derrière la porte en bois bleue se trouve la plus grande soupe populaire d’Athènes. La file d’attente pour une soupe chaude aux haricots ou une assiette de pâtes augmente quotidiennement. Presque 15 000 personnes sont nourries quotidiennement dans les cuisines de soupe populaire d’Athènes. En outre, l’Eglise orthodoxe approvisionne dans tout le pays 250 000 personnes dans le besoin. «Ensemble, nous pouvons y arriver»: Avec ce slogan, on fait appel dans les supermarchés grecs aux dons alimentaires, une action de la station de radio Skai. A côté des caisses se trouvent des bacs, dans lesquels ceux qui ont encore assez peuvent laisser des conserves, de l’huile d’olive, des pommes de terre, des pâtes ou du riz pour les repas des pauvres.

«Mâchez le plus longtemps possible vos aliments» – conseils du temps de l’Occupation allemande de 1941–1944

«Les recettes de la faim» – c’est ainsi que s’intitule un livre qui commence à devenir un best-seller en Grèce. De plus en plus de Grecs paient volontairement les 12,90 euros que coûte ce volume – beaucoup dans l’espoir d’économiser de l’argent en le lisant. L’historienne Eleni Nikolaidou a écrit ce livre. «L’idée m’est venue en lisant par hasard dans un journal datant des années de guerre, un article intitulé ‹c’est ainsi qu’on récolte des miettes de pain›», raconte l’écrivain. Pendant 18 mois, Nikolaidou a examiné les archives des journaux grecs des années 1941–1944, période de l’Occupation allemande.

Elle a rassemblé des recettes qui permettent de nourrir tant bien que mal une famille dans des conditions très difficiles. «Mâchez vos aliments le plus longtemps possible afin que l’estomac ressente le rassasiement plus lontemps», est un des conseils.

Durant l’hiver 1941/42, 300 000 personnes sont mortes de faim et de froid en Grèce, parce que les Allemands avaient confisqué tous les combustibles et denrées alimentaires. La situation n’est pas encore aujourd’hui aussi désespérée qu’elle l’était à cette époque. Mais pour la première fois depuis la fin de la guerre, un Grec sur cinq est au chômage. Chez les adolescents, un jeune sur deux est sans emploi. Les ruines calcinées et les façades noires de suie, qui rappellent les graves troubles d’il y a deux semaines, laissent entrevoir la violence potentielle qui se cache derrière cette statistique.

Sortir de l’UE

Selon le baromètre politique récent, neuf Grecs sur dix considèrent leur pays sur la mauvaise voie. La Grèce aborde sa cinquième année de récession. Comme la performance économique diminue continuellement, les taux de déficits et de dettes augmentent. C’est pourquoi le ministre des Finances augmente à nouveau les impôts et comprime le budget encore davantage pour satisfaire aux mesures d’épargne dictées par les créanciers internationaux. Ainsi, il retire au circuit économique encore plus d’argent et pousse le pays plus profond dans la récession. Cette année, le PIB baissera probablement de 5%.     

Texte original : Handelsblatt du 21/3/12

Traduction Horizons et débats
 http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=3256

Aperçu des mesures d’austérité grecques (en euros)

576 millions

Economies dans les dépenses de médicaments

537 millions

Réductions des fonds pour la santé et les retraites; 500 millions sont issus du budget d’une nouvelle organisation nationale, qui doit garantir l’approvisionnement de base dans le système de santé, 15 millions issus du fond de la société de télécommunication OTE und 21 millions issus d’un fond d’un fournisseur d’électricité public

400 millions

Coupes dans le budget de la défense, 300 millions en renonçant à de nouveaux achats et 100 millions pour les coûts en cours

400 millions

Réductions des investissements publics

386 millions

Réductions des retraites principales et complémentaires

205 millions

Réductions des charges salariales pour le personnel

200 millions

Economies des dépenses administratives des ministères

86 millions

Réductions du budget du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, avant tout en supprimant des subventions

80 millions

Réductions dans le système éducatif, entre autre 39 millions d’économies sur les salaires d’enseignants de remplacement dans les écoles grecques de l’étranger tout comme 10 millions dans la promotion de la recherche et de la technologie

70 millions

Réductions des aides pour les campagnes électorales

66 millions

Coupes dans le budget du ministère des Finances en diminuant les retraites

59 millions

Réductions de la promotion communale

50 millions

Suppression des heures supplémentaires des médecins dans les hôpitaux d’Etat

43 millions

Réductions des allocations pour les familles ayant plus de trois enfants

25 millions

Réductions du budget pour la culture et le tourisme

3 millions

Réductions des charges salariales du personnel des institutions publiques

À la suite de la parution de l’édition française du livre ‘The Wandering Who ?’, nous avons demandé à son auteur, le célèbre jazzman Gilad Atzmon, de répondre aux accusations portées à son encontre par ceux qui tentent en permanence de l’empêcher de s’exprimer et de diffuser ses idées.

Dans son livre, Gilad déconstruit la politique identitaire juive. Il y fustige également la domination de la politique juive au sein des mouvements de gauche et en particulier des mouvements de solidarité avec les Palestiniens. Recueillies par Silvia Cattori ses réponses font apparaître l’inanité des arguments de ceux qui intriguent pour l’isoler en masquant leur imposture par l’intimidation et les calomnies.

Silvia Cattori : Votre livre vient de paraître en français [1]. Sans avoir fait l’objet d’une campagne de promotion, il se vend bien. Et cela en dépit du fait que des membres de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) et de l’ International Jewish Antizionist Network (IJAN) aient lancé une campagne contre vous six mois avant la sortie de la traduction française [2]. Êtes-vous étonné de ces attaques ?

Gilad Atzmon : Comme vous le savez sans doute, cela fait des années que je fais l’objet de ce type de campagnes viles de la part de juifs antisionistes. Il est parfaitement évident que je suis parvenu à casser la baraque. Pas étonnant : je suis contre toutes les formes de politique identitaire juive car je les considère, toutes, exclusivistes et racistes. Malheureusement, à l’instar des sionistes, beaucoup de cellules politiques juives antisionistes sont ouvertement engagées dans des politiques tout aussi tribales, tout aussi racistes et tout aussi exclusivistes.

Mais il y a aussi un problème idéologique. J’affirme ouvertement que toute la terminologie qu’ils utilisent est trompeuse. Le sionisme n’est pas le colonialisme, Israël n’est pas l’Apartheid et les Israéliens ne sont pas les sionistes. Le sionisme n’est pas le colonialisme : en effet, l’État juif des colons n’a pas de métropole. Israël n’est pas l’Apartheid : l’État juif ne cherche pas à exploiter les Palestiniens, mais à s’en débarrasser. En fait, Israël est régi par la philosophie de l’espace vital, du Lebensraum. Autrement dit, l’État juif a adopté l’idéologie raciste et expansionniste des nazis. Mais les juifs, au sein de notre mouvance [de solidarité avec les Palestiniens], n’aiment pas la comparaison avec l’Allemagne nazie. De plus, Israël n’est pas exactement le sionisme, et les Israéliens ne sont pas nécessairement sionistes. Israël est le produit de l’idéologie sioniste et l’Israélien est fondamentalement un produit postrévolutionnaire. Il en découle que le débat sioniste/antisioniste est très peu pertinent en Israël, ou dans le cadre de la politique israélienne. En résumé, toute la terminologie que nous utilisons est ambiguë, voire trompeuse. J’imagine qu’étant donné que je la dénonce, il est tout à fait naturel que d’aucuns aimeraient bien assassiner le porteur de ce message.

Silvia Cattori : Beaucoup de gens reconnaissent que vous êtes un des penseurs les plus sérieux et sincères, au sein de cette mouvance. Ils vous respectent et vous admirent. Vous avez le courage d’ouvrir le débat, briser les tabous, et de vous confronter à vos détracteurs par des arguments solides. Le fait que l’UJFP en France et l’IJAN en Suisse par exemple, soient en mesure d’intimider ceux qui vous apprécient et vous publient ou vous invitent, ne vient-il pas confirmer la véracité de votre propos ?

Gilad Atzmon : Ces officines juives antisionistes ne font que promouvoir une cause tribale et marginale, elles regroupent très peu de gens, mais elles font beaucoup de bruit. Il est clairement dans l’intérêt des tenants du judéo-centrisme de maintenir en vie des organisations juives dissidentes parce que celles-ci s’ingénient à maintenir l’hégémonie juive sur le discours du mouvement de solidarité avec la Palestine et au-delà. Tragiquement, tant qu’il en sera ainsi, ces mouvements n’auront aucune chance de devenir des mouvements de masse. Leur message est trop ésotérique. Ainsi, par exemple, pourquoi quelqu’un de sérieux entrerait-il dans un groupe de solidarité si l’un de ses principaux objectifs est la « lutte contre l’antisémitisme » ? Si les gens sont réellement intéressés par le discours de solidarité avec les Palestiniens, ils doivent s’assurer qu’il s’agit d’un mouvement en train de devenir universel, d’un mouvement guidé par la compassion et par des considérations éthiques.

Je vais peut-être vous surprendre. J’aimerais vraiment voir autant de juifs que possible, dans ces mouvements ; mais ils ont intérêt à être concernés par les vrais problèmes, c’est-à-dire par le calvaire des Palestiniens et par le pouvoir politique juif. Fondamentalement, j’étudie le pouvoir juif ; c’est mon sujet d’étude de prédilection. J’analyse l’identité et la politique juives. Et il est tout à fait étonnant que les premiers à m’attaquer et à tenter de me réduire au silence sont précisément des gens se revendiquant « activistes juifs de la solidarité avec les Palestiniens ». A lui seul, ce fait donne l’impression que ces gens ne sont pas, en réalité, ce qu’ils prétendent être, à savoir des militants de la solidarité. Non, ces gens ne sont, en réalité, qu’une autre forme d’AntiDefamation League [l’équivalent en France est la Licra].

Moi, vous savez, je suis très heureux de débattre là-dessus. S’ils veulent débattre avec moi, qu’ils viennent se confronter à moi, à Londres ou à Paris… Si j’ai tort, venez donc débattre avec moi ! Si je fais erreur, veuillez s’il vous plaît dire à quel moment mon raisonnement pèche : mes informations sont-elles erronées ? Mes arguments sont-ils biaisés ? Non : en réalité, personne n’est en mesure de mettre en évidence la moindre erreur dans mon argumentation ou dans les faits dont je parle. Ils ne font là que recourir à une tactique rabbinique éculée, l’anathémisation (le herem). Pourquoi recourent-ils à la tactique talmudique ? Probablement parce que c’est ce qu’ils sont : ces gens sont talmudiques. Bien qu’appartenant au « peuple du Livre », ils sont de fait en train de perpétrer un horrifiant autodafé. Je pense que s’ils étaient en mesure de me crucifier, ils le feraient.

Silvia Cattori : Vos détracteurs sont bien déterminés à vous exclure du débat. Il leur est facile de convaincre ceux qui ignorent tout des véritables enjeux, en leur disant [3] notamment que votre questionnement du judaïsme et de l’antisionisme juif serait alimenté par le « racisme » du fait que, selon eux, il attribuerait « à tout un groupe de personnes des critères négatifs afin de les discréditer ». Sont-ils sérieux ?

Gilad Atzmon : Alors ça, c’est sûr, ils ne sont pas sérieux. Je ne traite pas du judaïsme. Je ne critique en rien le judaïsme, même si je me permets de critiquer certaines interprétations qui en sont faites par les juifs. Je n’en critique pas moins, avec virulence, la politique juive de manière générale, et l’antisionisme juif en particulier. Mais les premières questions à soulever ici sont celles de savoir pourquoi quelqu’un devrait s’interdire de questionner le judaïsme, la politique juive ou l’antisionisme juif. Le judaïsme est-il au-dessus de toute critique ? La politique juive est-elle intrinsèquement innocente ? Les antisionistes juifs se croient-ils parfaits ? Il est clair que mes détracteurs adhèrent à cette opinion on ne peut plus banale et dérangeante que les juifs sont, d’une manière ou d’une autre, choisis (élus), que le judaïsme ne saurait être contesté et que la politique juive est intangible. Bien entendu, je n’accepte pas cette approche des choses. Considérant l’impact négatif qu’ont les lobbies politiques juifs et leur fomentation d’une nouvelle guerre mondiale, critiquer la politique juive, c’est aimer véritablement la paix.

Je tiens aussi à souligner que les préoccupations relatives à l’« ethnicité » ou à la « race » sont étrangères à mon travail. Dans la totalité de mes écrits, il n’y a pas la moindre référence aux juifs en tant que « race » ou en tant qu’« ethnie ». Je critique la culture et l’idéologie juives, en particulier en raison du fait que l’IJAN, l’UJFP, l’ADL, la Zionist Federation et consorts agissent en tant que groupes réservés aux seuls juifs et que leurs motivations sont loin d’être universelles ou morales.

Silvia Cattori : Et qu’en est-il de « l’antisémitisme classique » qu’ils vous attribuent ?

Gilad Atzmon : Cela dépend de quelle manière ils définissent l’« antisémitisme classique ». Il est vrai que le XIXe siècle a produit une école de pensée hautement critique vis-à-vis de la culture juive. Nous connaissons bien ce débat entre Athènes et Jérusalem. En ce qui me concerne, c’était là (et cela reste) un débat très intéressant et très éclairant. Il a eu au moins le mérite d’amener des générations de juifs à la réforme, à l’humanisme et à la tolérance.

Toutefois, nous sommes tous d’accord pour dire que l’antisémitisme est devenu une pensée très problématique, vile et criminelle lorsqu’il a adopté un positionnement biologique déterministe. Il est alors devenu fondamentalement un discours raciste darwiniste. Mais, d’une manière particulièrement choquante, la politique juive (qu’elle soit de gauche, de droite ou du centre) est imbibée de cette sorte d’attitude raciste. Pourriez-vous, Silvia, adhérer à l’un de ces groupes uniquement composés de juifs se prétendant « progressistes » ? Je ne le pense pas. Et pour quelle raison, cette interdiction ? Parce que vous ne correspondez pas au profil racial indispensable pour y être admise.

Silvia Cattori : Que répondre à leurs accusations récurrentes de négationnisme ?

Gilad Atzmon : Le négationnisme est, de toute évidence, une notion sioniste. Personne ne nie l’Holocauste, même si certaines personnes mettent en débat certains éléments liés à son historicité. Personnellement, je ne me livre à aucun débat de nature historique, car je ne suis pas historien. Toutefois, je pense que l’Histoire doit être un discours ouvert. Si quelqu’un pense que j’ai tort lorsque j’affirme cela, que cette personne avance une argumentation convaincante. Mais attention : il (ou elle) aura aussi à expliquer ce qui est inadmissible dans la loi israélienne concernant la Nakba.

Silvia Cattori : Lorsqu’ils affirment que vous « attaquez aussi bien les antisionistes juifs que les juifs religieux dans des termes racistes », ils mentent, alors ?

Gilad Atzmon : Bien sûr, ils mentent ! C’est faux, c’est une déformation totale de mes écrits et de mon travail de recherche. Dans tous mes écrits, vous ne trouverez aucune critique du judaïsme ou des juifs en tant que peuple, en tant que race ou en tant qu’ethnie. Je ne fais référence qu’à la seule idéologie, et pas au peuple. Je suis intraitable avec toutes les organisations politiques réservées aux seuls juifs.

Je considère certains juifs antisionistes et certains juifs de gauche comme des « antisionistes sionistes », comme des AZZ (AntiZionist Zionists) parce qu’ils voient dans leur judaïté une qualité politique première. Le sioniste éminent Haïm Weizmann a dit : « Il n’existe pas de juifs français, de juifs britanniques ni de juifs américains. Il y a seulement des juifs vivant en France, des juifs vivant en Amérique et des juifs habitant en Grande-Bretagne ». Cela signifie qu’en ce qui concerne l’idéologie sioniste, la judaïté est une qualité première. Les juifs antisionistes ou les juifs pour la paix voient clairement dans leur judaïté une qualité première. S’il ne s’agissait pas d’une qualité première, ils entreraient dans le mouvement pour la paix et dans le mouvement de solidarité avec la Palestine, comme tout le monde. Les idéologies juives sont très différentes les unes des autres sur nombre de questions. Mais elles sont toutes d’accord sur certains points fondamentaux : l’Élection, l’exclusivisme et la ségrégation. La seule chose dans laquelle elles croient toutes, à l’unanimité, c’est dans le fait que les juifs sont, d’une manière ou d’une autre, le peuple élu. D’ailleurs, si les juifs n’avaient rien de spécial, pourquoi agiraient-ils au sein de cellules où seuls des juifs sont admis ?

Silvia Cattori : Ils vous reprochent également de suggérer l’idée que « l’oppression colonialiste israélienne n’est pas du fait du sionisme, mais le résultat du judaïsme ».

Gilad Atzmon : C’est, là encore, une caricature. Pour commencer, je le répète, je ne parle pas du judaïsme. Je déconstruis l’idéologie juive. Je peux être amené à me demander quelles sont les traces judaïques dans une idéologie juive contemporaine. Par exemple, je pose la question de savoir de quelle manière le Deutéronome influence l’idéologie juive. Je peux être amené à poser la question de savoir quelle est la signification du Livre d’Esther. Mais j’affirme, par ailleurs, que ce n’est pas le « sionisme » qui fait souffrir le peuple palestinien, mais bien l’État juif. Et, cela, l’État juif le fait au nom du peuple juif. Si Israël se définit lui-même comme étant l’État juif et si ses tanks sont décorés de symboles juifs, nous devons être autorisés à nous demander qui sont les juifs, n’est-ce pas ? Ou encore qu’est-ce que le judaïsme et qu’est-ce que la judaïté ? Dans mon travail, je fais le distinguo entre le sionisme et le discours israélien. J’affirme qu’Israël n’est pas guidé par le sionisme et que le sionisme est un discours de la diaspora juive qui est en train de perdre tout rapport avec l’oppression que subit le peuple palestinien.

Silvia Cattori : Récemment, vous avez été critiqué dans une lettre ouverte apparemment rédigée par Ali Abunimah et signée par quelques activistes palestiniens. Son arrogance a suscité une avalanche de réactions négatives contre lui [4]. Cela ne montre-t-il pas que ce qui se passe au sein de la direction du Mouvement de solidarité, est gravissime ? Et que les aspects sur lesquels votre livre met le doigt sont terriblement réels ?

Gilad Atzmon : Oui, c’est bien triste, en particulier de la part d’Ali Abunimah et d’autres, parmi les signataires, qui font partie des partisans de l’État unique démocratique (en Palestine). L’on attendrait de partisans de l’État unique démocratique qu’ils comprennent ce que signifient les mots tolérance et pluralisme.

Silvia Cattori : Cela ne vient-il pas à l’appui de vos détracteurs de l’UJFP et de l’IJAN ? En Suisse, l’Israélien Gabriel Ash ou Caroline Finkelstein par exemple, qui font partie du « Comité Urgence Palestine » et de l’IJAN, ont signé un appel [5] contre vous. Ce faisant, vos détracteurs ne sont-ils pas en train de vouloir faire taire un très rare et brillant intellectuel ex-Israélien, « plus qualifié qu’ils ne le sont eux-mêmes et qui a au moins l’honnêteté de ne pas vivre des misères d’autrui ni de monopoliser une cause juste afin d’en faire son métier, d’obtenir un poste ou une promotion, quelqu’un qui est sans doute en mesure de mettre en lumière la véritable cause du calvaire subi par les Palestiniens » [6] ?

Gilad Atzmon : Cela ne me surprend absolument pas, c’est totalement cohérent avec ce que je dis dans La Parabole d’Esther (The Wandering Who ?). Quoi de plus naturel que des gens s’identifiant politiquement en tant que juifs agissent conformément à l’intérêt propre des juifs ? Philip Wiess, un militant américain pro-palestinien, m’a avoué lors d’une interview qu’en tant que juif, il agissait conformément à l’intérêt exclusif des juifs.

Silvia Cattori : Depuis dix ans j’ai pu observer ce qui dysfonctionne au sein du Mouvement et confirme votre argumentation. En Suisse aussi malheureusement les gens se laissent manipuler cédant à la peur. La lutte contre l’antisémitisme est devenue l’une des priorités du Mouvement suisse de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). Des séances consacrées à lutter contre le prétendu « antisémitisme » de Gilad Atzmon vont être organisées [7]. Autrement dit, les millions de Palestiniens, qui survivent dans les camps de réfugiés depuis plus de 60 ans, n’ont rien à attendre de ce Mouvement ?

Gilad Atzmon : Cela fait bien longtemps qu’avec beaucoup d’autres, nous avons énormément de doutes sur ce mouvement BDS. Pour une raison que j’ignore, le mouvement BDS, en Occident, est dominé par des activistes juifs. Bien que le principe de ce mouvement soit parfaitement valide et bien qu’il vaille la peine de se battre pour le faire prévaloir, il est désormais clair pour nombre d’entre nous que quelque chose a déraillé, à un moment donné. Le mois dernier, nous avons vu le BDS lancer un appel à empêcher Norman Finkelstein de s’exprimer ; ce mois, nous voyons ce même mouvement lancer un appel à m’empêcher de parler. Génial, non ? Désormais, le mouvement BDS est utilisé pour étouffer la liberté de parole au sein du mouvement de solidarité avec les Palestiniens.

Je signale que, déjà en 2006, j’avais prédit que toute tentative d’interférer dans la liberté d’expression risquerait de transformer le BDS en un banal auxiliaire de la chasse aux sorcières. J’avais vu quelques signes particulièrement inquiétants. Nous avions appris, par exemple, qu’en dépit de la crise financière mondiale qui frappe très durement la Grande-Bretagne, les échanges commerciaux de ce pays avec Israël s’étaient accrus de 34 %. Donc, nous avons, d’un côté des activistes de BDS engagés dans une surveillance hebdomadaire très efficace contre un magasin vendant des produits de beauté israéliens [ce mouvement a même réussi par ailleurs à désorganiser quelques concerts], mais, dans le même temps, Israël expédie des tonnes de marchandises vers ce pays : où va-t-on, avec ça ? Que se passe-t-il réellement ?

Silvia Cattori : Votre motivation profonde n’est-elle pas d’alerter les Goyim (les non juifs) et de les inciter à cesser d’être mus par la culpabilité, à cesser de se soumettre, à cesser de se laisser humilier. Mais aussi de faire comprendre que, tant que la parole n’est pas libre, Israël peut continuer de gagner du temps en rendant sa mainmise sur la Palestine irréversible ?

Gilad Atzmon : À mes yeux, il n’y a aucune différence entre les juifs et les non juifs. Mon plus grand désir, c’est de pouvoir dire ce que je veux dire. Je pense que mon message est vraiment crucial pour tous ceux qui recherchent la paix, qu’ils soient juifs ou Goyim. Pour moi, il est évident qu’Israël et les lobbies pro-israéliens poussent sans cesse plus fort à de plus en plus de conflits. Israël et ses groupes de pression représentent désormais la plus grande menace pour la paix mondiale. Il est clair, aussi, à mes yeux, que les communautés juives ne freinent ni Israël ni ses lobbies. Et le message, pour nous, est très clair : c’est à nous qu’il incombe de sauver notre planète. Cette planète, c’est là où nous vivons. Or, nous sommes assis sur une bombe à retardement. Nous devons nous réveiller, nous devons nous exprimer, avant qu’il ne soit trop tard.

 

La Parabole d’Esther : Anatomie du Peuple Élu
Editions Demi Lune
À commander sur la librairie en ligne du Réseau Voltaire :
http://www.voltairenet.org/achat-en-ligne/fr/livres-en-francais/67-la-parabole-d-esther-anatomie-du-peuple-elu-9782917112199.html

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

Voir également :
 « Gilad Atzmon parle de son livre “The Wandering Who ?” – Entretien avec Gilad Atzmon », par Silvia Cattori, 27 septembre 2011.
http://www.silviacattori.net/article2077.html
 « Israël et le sionisme : Un projet unique dans l’histoire – Entretien avec Gilad Atzmon », par Silvia Cattori, 2 mars 2011.
http://www.silviacattori.net/article1543.html


[1] « La Parabole d’Esther. Anatomie du Peuple Élu. – Réflexions sur la politique identitaire juive », Editions Demi Lune.
http://www.editionsdemilune.com/la-parabole-desther-anatomie-du-peuple-elu-p-42.html

[2] Voir : « L’UJFP et l’IJAN écrivent à Info-Palestine suite à la publication d’une interview de Gilad Atzmon », 21 octobre 2011.
http://la-feuille-de-chou.fr/archives/27628
ainsi qu’une deuxième lettre de Pierre Stambul au nom du bureau national de l’UJPF (26 octobre 2011) :
http://la-feuille-de-chou.fr/archives/27698

 Voir également : « Gilad Atzmon répond à ses détracteurs », 25 octobre 2011.
http://www.info-palestine.net/article.php3 ?id_article=11349

[3] Voir sous note (2) la lettre de l’IJAN et de l’UJFP.

[4] Voir :
 « L’appel d’Ali Abunimah a profondément choqué », par Roger Tucker, 24 mars 2012.
http://www.silviacattori.net/article3030.html
À la fin de l’article de Roger Tucker on trouvera également les liens des articles de nombreux auteurs ayant pris la défense de Gilad Atzmon contre les attaques dont il est l’objet.

[5] http://www.ujfp.org/spip.php ?article2235&lang=fr
http://threewayfight.blogspot.com/p/atzmon-critique_09.html

 Caroline Finkelstein, membre de l’IJAN et du Comité urgence Palestine-Genève, le 9 février 2012 a écrit aux membres du Comité urgence palestine-Vaud en ces termes : « Nous ne sommes pas officiellement membre du CUP-Lausanne mais nous aimons bien collaborer avec vous tous. Nous aimerions attirer votre attention sur la polémique qui existe en ce qui concerne Gilad Atzmon. Nous nous permettons de vous conseiller de bien vous renseigner sur le personnage avant de le faire venir. IJAN (International Jewish Anti-zionist Network – Réseau international juif antisioniste, dont nous sommes membres) et UJFP (Union Juive Française pour la Paix) rejettent les arguments de Gilad Atzmon. Nous personnellement n’assisterions à aucune conférence avec Atzmon ».
 Dominique Vidal qui au sein de l’AFPS et de l’UJFP a contribué à bercer d’illusions des dizaines de milliers de gens, faisant miroiter des « processus de paix » bidon ; solutions conduisant l’Autorité palestinienne à la normalisation et à la collaboration de facto avec l’occupant [les accords d’Oslo, la Feuille de route, l’initiative de Genève, la solution à deux État, un autre Israël est possible] a maintenant de quoi se servir du prétendu antisémitisme de Gilad Atzmon pour animer ses conférences, voir : « Les protocoles de Gilad Atzmon » (La Feuille de Chou du 5 avril 2012 )
http://la-feuille-de-chou.fr/archives/30516

[6] Citation de Daniel Mabsout tirée de son article « La campagne lancée par Ali Abunimah contre Gilad Atzmon est injustifiable et inacceptable », 26 mars 2012.
http://www.silviacattori.net/article3052.html

[7] Lors d’une récente réunion, parmi les principes déterminant son action, le BDS – Suisse a mentionné la lutte contre le prétendu « antisémitisme de Gilad Atzmon » en ces termes : « Nous devons veiller à ne pas nous associer avec des personnes qui ont un discours flou par rapport à l’antisémitisme. En l’occurrence Gilad Atzmon ». Il a été décidé d’organiser une formation sur cette question. Alors que l’objectif initial du BDS est d’attaquer l’idéologie sioniste, la politique d’Israël et ses complicités en Europe et aux États-Unis, les militants, formatés notamment par la narration de conférenciers israéliens en tournées (hier Michel Warshawski ; maintenant Shir Haver qui demande 200.- euros par conférence et la prise en charge de tous les frais) sont ainsi orientés à s’attaquer à des gens qui luttent pour la défense des droits des Palestiniens ?

Vendredi matin de bonne heure, la police anti-terroriste française et le renseignement intérieur ont mené des raids dans de grandes villes françaises ( Paris, Nantes, Toulouse, Marseille, Lyon, Nice, Rouen et Le Mans) et arrêté 19 militants islamistes présumés, dont trois femmes.

Deux ont été relâchés, et les autres sont restés en détention préventive. Les raids auraient été lancés à la demande de juges anti-terroristes, sur la base de ce qui serait des préparatifs à des attaques terroristes.

Une nouvelle opération policière s’est déroulée mercredi 4 avril au matin dans plusieurs villes de France (Roubaix, Marseille, Carpentras, Valence, Pau) dans les milieux islamistes radicaux et une dizaine de personnes ont été interpellées.

La police a affirmé que les personnes arrêtées vendredi étaient membres d’un groupe salafiste, Forsane Alizza, dont le dirigeant, Mohamed Achamlane, a été arrêté à Nantes. D’après le chef de la DCRI, Bernard Squarcini, « Beaucoup d’ordinateurs, des puces, de l’armement, de l’argent, 10 000 euros en petites coupures, quatre kalachnikov, huit fusils, sept ou huit armes de poing, un Taser, des bombes lacrymogènes et un lot impressionnant de kalachnikov à Marseille » ont été saisis.

Forsane Alizza, qui a été dissout en février, était accusé d’opinions extrémistes, et aurait cherché à recruter des djihadistes. Squarcini a déclaré, « Les membres de ce groupe constitué, d’une véritable dangerosité, continuaient à suivre un entraînement physique, recherchaient des armes. [.] L’idée, c’est de faire le djihad [guerre sainte] en France et ils semblaient préparer un enlèvement. »

Cependant, l’avocat d’Achamlane, Benoît Poquet, a indiqué que « Achamlane réfute fermement tout lien avec une entreprise terroriste. » Samedi, Libération a rapporté que « Forsane Alizza n’a jamais vraiment été considéré comme une menace réelle par la police qui estime que le groupuscule ne compte que quelques dizaines de membres. »

Quelle que soit la vérité sur ces allégations visant Forsane Alizza, les raids et leur couverture très large par les médias font partie d’une campagne anti-immigrés et sécuritaire, engagée par le Président Nicolas Sarkozy dans une tentative désespérée de remporter l’élection présidentielle dont le premier tour se tiendra le 22 avril.

Ce raids est intervenu dans un climat d’hystérie sécuritaire ravivée après qu’une unité d’élite de la police a tué Mohamed Merah, accusé d’avoir tué sept personnes entre le 11 et le 19 mars. Merah est également présenté comme ayant eu des liens avec Al Quaida. Pourtant, des rapports ultérieurs ont clairement établi que Merah servait d’informateur aux services du renseignement français, ce qui soulève des questions sérieuses sur de possibles complicités au sein de l’Etat dans ces tueries à Toulouse (Lire : Le tireur de Toulouse aurait été un informateur des services de renseignement français ).

Lorsqu’on lui a demandé si ce raid était une riposte aux révélations sur le rôle des renseignements français dans l’affaire Merah, le ministre de l’intérieur Claude Guéant a dit : « Les services de renseignement, comme dans toutes les années précédentes, ont joué un rôle tout à fait déterminant dans la lutte contre le terrorisme ou les menaces terroristes. En l’espèce, l’instruction judiciaire s’est fondée sur le travail des services de renseignement de la même façon que la culpabilité de Mohamed Merah à Toulouse a été fondée sur des analyses conjointes de la police judiciaire et du Renseignement intérieur. »

La semaine dernière, Sarkozy a interdit à quatre religieux musulmans de participer à une conférence organisée du 6 au 9 avril par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). D’après le gouvernement, « Les positions et les propos tenus par ces personnes qui appellent à la haine et à la violence portent gravement atteinte aux principes de la République et, dans le contexte actuel, représentent un fort risque de troubles à l’ordre public. » Lundi, le ministère de l’intérieur français a ordonné l’expulsion de trois imams musulmans et deux militants islamistes.

Après ce raid, Marine Le Pen – dirigeante du Front national néo-fasciste, qui est autour des 16 pour cent d’intentions de vote au premier tour des élections – a appelé à la dissolution de l’UOIF : « Il faut prendre sans tarder et sans faiblesse des mesures drastiques contre l’Islam radical »

Après la mort de Merah, Sarkozy a ordonné à la police de poursuivre son action contre les suspects. Il a déclaré à Europe 1 : « اCe qui s’est passé ce matin va continuer. Il y aura d’autres opérations, qui continueront et qui permettront d’expulser du territoire national des gens qui n’ont rien à y faire…Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que le traumatisme de Montauban et de Toulouse a été profond dans notre pays, un peu, je ne veux pas comparer les horreurs, un peu comme le traumatisme qui a suivi aux Etats-Unis et à New York l’affaire de septembre 2001, le 11 Septembre  »

La comparaison faite par Sarkozy entre les tueries de Toulouse et les attentats du 11 septembre est à la fois cynique et révélatrice. Ces deux atrocités terroristes ont été menées par des individus suivis de près par des agences du renseignement dont la surveillance se serait inexplicablement évaporée peu avant les attentats. Elles ont toutes deux constitué des aubaines politiques pour des présidents impopulaires, qui s’en sont emparées pour faire avancer leur programme réactionnaire.

Tout en ruinant le pays avec des milliers de milliards de dollars de dépenses militaires, l’impérialisme américain a occupé l’Afghanistan et l’Irak et lancé des attaques profondes contre les droits démocratiques en Amérique. Avec ces commentaires, Sarkozy montre clairement que l’impérialisme français, sévèrement touché par la crise économique européenne, les tensions avec l’Allemagne, et l’opposition montante de sa population, espère utiliser des méthodes similaires.

Déjà, dans le cadre de la politiques pro-américaine de Sarkozy, après son arrivée au pouvoir en 2007, la France avait réintégré le commandement de l’OTAN, déployé davantage de troupes en Afghanistan, et créé une base militaire dans le golfe Persique avec l’aide des Américains. Cela s’est accompagné en France d’atteintes aux droits sociaux et aux droits démocratiques  fondamentaux des travailleurs, telle l’interdiction de la burqa, et de dures mesures contre les immigrés.

L’an dernier, la France, ainsi que les États-Unis et la Grande-Bretagne, ont lancé une guerre contre la Libye déguisée en “protection des civils”. Ils cherchaient à remplacer le régime de Kadhafi par un gouvernement pro-occidental, qui servirait de base pour réprimer les luttes de la classe ouvrière en Tunisie et en Égypte voisines. Dans le  même temps, les forces françaises sont intervenues en Côte d’Ivoire pour faire tomber le président Laurent Gbagbo.

Il n’y a aucune opposition à cette politique de la part du Parti socialiste (PS), parti de la “gauche” bourgeoise et de leurs auxiliaires petits-bourgeois tel le Nouveau Parti anti-capitaliste (NPA). Ces deux partis ont soutenu la guerre en Libye et ont accepté les arguments “humanitaires” cyniques de Sarkozy.

Sur les tueries de Toulouse et du récent raid, le PS et les tendances de la pseudo-gauche ont capitulé devant l’hystérie sécuritaire de Sarkozy, ignorant les informations de plus en plus claires qui suggèrent une complicité de l’Etat dans l’affaire Merah. Commentant le raid de la police, François Rebsamen, spécialiste du PS sur les questions de sécurité intérieure, a déclaré à 20 Minutes : « Je fais confiance au travail des hommes de la DCRI. »

Article original, WSWS, paru le 4 avril 2012

Des articles de presse et de commentaires de la part de responsables des services du renseignements suggèrent que Mohamed Merah, la personne présentée comme le tireur ayant tué sept personnes dont trois écoliers juifs au cours d’une série d’attentats qui a duré neuf jours à Toulouse, était un informateur des services du renseignement français.

Ces révélations soulèvent des questions sur l’incapacité du renseignement français à interpeller Merah, et sur les considérations politiques qui auraient pu la motiver. L’enquête sur Merah était dirigée par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), dirigée par Bernard Squarcini – un proche associé du président sortant Nicolas Sarkozy. Sarkozy, qui avant cela était nettement derrière le candidat socialiste François Hollande pour la présidentielle, a bénéficié d’une importante couverture médiatique après les attaques et rattrape maintenant Hollande dans les sondages.

Dans un entretien accordé le 23 mars au Monde, Squarcini a confirmé que Merah s’était rendu de nombreuses fois au Moyen-Orient, alors que ses revenus déclarés étaient à peu près au niveau du salaire minimum : « Il a passé du temps chez son frère au Caire après avoir voyagé au Proche-Orient : Turquie, Syrie, Liban, Jordanie, et même Israël. À Jérusalem, la police découvre un canif dans son sac puis le relâche. Ensuite, il se rend en Afghanistan en passant par le Tadjikistan. Il prend des parcours qui sont inhabituels et n’apparaît pas sur nos radars, ni sur ceux des services extérieurs français, américains et locaux. »

Squarcini semble vouloir renforcer la thèse officielle sur la capacité de Merah à échapper à la police : il serait un indétectable « solitaire » qui « semble s’être radicalisé seul. » Cette version est démentie par des révélations selon lesquelles les agences du renseignement françaises étaient apparemment en contact étroit avec Merah, essayant d’en faire un informateur au sein des réseaux islamistes.

Les Inrockuptibles ont cité des articles italiens selon lesquels Merah travaillait pour la principale agence du renseignement extérieur française, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Ils citaient Il Foglio : « Selon des sources au sein des services de renseignement qui ont parlé avec ll Foglio, la Direction générale de la sécurité extérieure [.] a obtenu pour lui [Mohamed Merah] - en le présentant comme un informateur – une entrée en Israël en septembre 2010, via un poste de contrôle à la frontière avec la Jordanie. [.] Son entrée en Israël, couverte par les Français, visait à prouver au réseau djihadiste sa capacité à passer à travers la frontière avec un passeport européen. »

Contactée par Les Inrockuptibles, la DGSE a refusé de confirmer ou d’infirmer la version d’Il Foglio : « La DGSE ne s’exprime ni sur ses sources, ni sur ses opérations, réelles ou supposées. »

Dans des commentaires d’hier à La Dépêche du Midi, Yves Bonnet – ex-chef de la Direction de la surveillance du territoire (DST), aujourd’hui absorbée par la DCRI – se demandait également si Merah était un informateur de la DCRI.

Bonnet a dit, « Ce qui interpelle, quand même, c’est qu’il était connu de la DCRI non pas spécialement parce qu’il était islamiste, mais parce qu’il avait un correspondant au Renseignement intérieur. Or, avoir un correspondant ce n’est pas tout à fait innocent. Ce n’est pas anodin. » ; « [.] Alors appelez ça “correspondant”, appelez ça “officier traitant” [.] je ne sais pas jusqu’où allaient ces relations, voire cette “collaboration” avec le service, mais on peut effectivement s’interroger sur ce point. »

Squarcini a nié que Merah ait été « un informateur de la DCRI ou de n’importe quel service français ou étranger. » Cependant, son entretien dans Le Monde suggère que c’est tout à fait ce qu’était Merah.

De l’aveu même de Squarcini, Merah s’était rendu à plusieurs reprises dans les locaux de la DCRI après ses voyages en Afghanistan et au Pakistan – en Octobre et novembre 2011 – pour discuter de ce qu’il avait vu. Squarcini appelle cela « entretien administratif sans contrainte, puisque nous n’étions pas dans un cadre judiciaire. » Merah donnait donc librement à la DCRI les informations qu’elle lui demandait ; c’est-à-dire qu’il fonctionnait comme un informateur, que ce soit officiellement ou non.

Ces révélations rendent l’incapacité des services à identifier et arrêter Merah encore plus inexplicables. Elles soulèvent également la question de savoir si des responsables du renseignement français ont causé ce retard assez exceptionnel dans l’enquête sur les tueries.

Bien que les attentats aient eu lieu les 11, 15 et 19 mars, Merah n’a été soupçonné que le 20 – après que la police a comparé une courte liste d’islamistes de la région de Toulouse avec une liste d’adresses IP d’ordinateurs ayant consulté une annonce postée par la victime du 11 mars.

Le journaliste Didier Hassoux a déclaré aux Inrockuptibles que la police avait obtenu la liste de 576 adresses IP, « sur l’annonce du premier militaire abattu le 11 mars. » Cependant, d’après le spécialiste des technologies de surveillance Jean-Marc Manach, ce n’est que cinq jours après, le 16 mars, que les adresses IP ont été envoyées aux fournisseurs d’adresses Internet pour identification. Les fournisseurs ont répondu le lendemain.

Ce délai de cinq jours est très inhabituel, Manach note : « D’ordinaire, nous confirme une source policière, ce genre d’opérations ne prend que quelques minutes. Une autre source, proche de ceux qui répondent à ce type de réquisitions judiciaires, indique de son côté qu’elles sont traitées “en 48 heures maximum”. »

Autre démenti à la thèse officielle d’un Merah « solitaire, » une vidéo des tueries réalisée par le tireur est arrivée à Al Jazeera lundi en fin de journée, dans une enveloppe affranchie par la poste le 21mars. Pourtant, ce jour-là, Mohamed Merah était confiné dans son appartement et assiégé par la police, qui avait également arrêté son frère, Abdelkader. On ne sait pas qui a envoyé la vidéo, fortement retouchée pour cacher les voix – ce qui pourrait indiquer que Merah avait des complices durant ces tueries.

Les officiels français ont fortement réagi à la nouvelle de la vidéo. Sarkozy a demandé à toutes les chaînes qui recevraient de telles images de ne pas les diffuser, pendant qu’Hollande prévenait Al Jazeera qu’elle risquait de perdre ses droits de diffusion en France si elle publiait cette vidéo.

La position de Hollande sur les vidéos de Toulouse reflète la capitulation des partis bourgeois “de gauche” en France devant l’hystérie sécuritaire après ces tueries tragiques. Personne n’a demandé une enquête sur le rôle des agences du renseignement dans la tuerie, alors que les indices d’une implication de l’Etat se multiplient. Ni le Parti communiste français, ni le Nouveau Parti anticapitaliste, Ni le PS n’ont fait remarquer que le gouvernement de Sarkozy, qui a bénéficié électoralement de ce crime, est légitimement suspect d’être impliqué dans cette affaire.

Cela reflète la dégénérescence de toute la classe politique. Ayant soutenu les guerres impérialistes dans les pays musulmans et les vagues de coupes sociales en France – pendant que les responsables socio-démocrates en Grèce imposaient des coupes encore plus dévastatrices exigées par l’Union européenne – les partis “de gauche” s’appuient maintenant sur les invocations chauvines au patriotisme anti-musulman. Cela les laisse prostrés devant les services de sécurité et la tentative du gouvernement de Sarkozy de transformer les tueries de Toulouse en une occasion pour un coup politique.

Article original, WSWS, paru le 28 mars 2012

KUALA LUMPUR – Alors que la communauté internationale et les membres voisins de la Communauté économique des États d’Afrique occidentale (CEDEAO) condamnent le coup d’État militaire au Mali, mené par des protagonistes inexpérimentés, des milliers de personnes ont pris les rues de la capitale malienne de Bamako en appui à la nouvelle junte. Les citoyens brandissaient des pancartes et des banderoles affichant: « À bas la communauté internationale » et « À bas Sarkozy », en chantant des slogans à la gloire du chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo. [1]

 Bien que Sanogo ait visité les États-Unis à plusieurs reprises après avoir été choisi par le Pentagone pour participer à un programme international d’éducation et d’entraînement militaire parrainé par le département d’État étasunien [2], les représentants des États-Unis ont appelé les dirigeants du coup d’État au Mali à démissionner et permettre la tenue d’élections.

Le porte-parole du département d’État étasunien Mark Toner a menacé l’État indigent d’Afrique de l’Ouest d’un embargo diplomatique et financier substantiel  si le pouvoir n’est pas retourné au président évincé Amadou Toumani Touré dans les soixante-douze heures. [4] Alors que la moitié de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour [5], l’imposition de sanctions économiques pour ce pays enclavé et dépendant de l’importation conduira inévitablement à une plus grande instabilité sociale et à des troubles civils. Puisque la probabilité d’un embargo nourrit davantage les conditions guerrières dans un milieu appauvri depuis longtemps, le bloc de la CEDEAO a mis ses troupes en attente près des frontières du Mali et elles sont prêtes à intervenir si la situation se détériore [6]. Au cours de la crise en Côte d’Ivoire en 2010-2011, les forces fidèles à Alassane Ouattara, soutenu par les Français, ont entrepris une vaste campagne d’atrocités contre des civils [7], un autre rappel du danger que posent les invasions militaires précipitées de la communauté internationale dans les régions africaines en crise.

Tandis que les États-Unis et d’autres soulignent l’importance du retour à l’ordre constitutionnel et que les Maliens appuient la junte, la solidité des institutions démocratiques renommées du Mali semble très discutable. La justification principale du  coup est la réponse inadéquate du gouvernement civil à une campagne permanente des Touaregs en faveur du séparatisme dans le nord du Mali, bien que le désarroi récent à Bamako ait suscité la progression régulière des milices armées touaregs vers le sud. Sous la bannière du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), les milices armées auraient saisi la région nord-est de Kidal, incitant l’armée malienne, mal équipée, à abandonner ses positions stratégiques au nord. [8] Les Touaregs sont un groupe ethnique minoritaire traditionnellement nomade et rural d’environ 1,5 millions de personnes cherchant à se séparer de la république du Mali et à former une nation indépendante appelée Azawad. Ce groupe vit dispersé sur un territoire traversant les pays du Sahel et du Sahara, largement exploité par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Même si l’on a imputé aux Touaregs la déstabilisation dans le nord du Mali, il est davantage probable qu’AQMI soit à l’origine de l’activité des insurgés dans la région [9]. Le MNLA a déclaré que l’objectif de sa campagne pour l’indépendance est de développer un bastion pour se protéger de la violence d’AQMI, tandis que Bamako a affirmé que le MNLA cherche à fonder un État islamiste strict en partenariat avec l’AQMI [10]. Après la chute de Kadhafi dans le théâtre de guerre libyen de l’OTAN, des combattants touaregs armés maliens et nigériens ont été vus descendant dans le Sahara à bord de camions de l’armée Toyota Salut-Lux utilisés par les rebelles libyens affiliés à Al-Qaïda [11]. Bien qu’il puisse être difficile de distinguer les véritables protagonistes de la violence dans le nord du Mali, la résurgence de leur activité s’est grandement intensifiée en raison de leur accès aux mortiers, aux mitrailleuses, aux armes antichars et antiaériennes appartenant initialement au Groupe islamique combattant en Libye (GICL), une organisation radicale [12].

La présence d’un second groupe séparatiste dominé par les Touaregs, Ancar Dine, complique davantage la situation. Le mouvement cherche à imposer la charia dans tout le nord du Mali et est dirigé par Iyad Ag Ghaly, une personnalité salafiste éminente, soupçonnée d’avoir des liens avec une filiale d’AQMI d’Ayman al -Zawahiri, dirigée par son cousin Hama Ag Hamada [13]. Comme les séparatistes contrôlent désormais un tiers du Mali, une crise alimentaire est à venir dans la région du Sahel et du Sahara alors que près de 80 000 réfugiés demandent l’amnistie dans les pays voisins, dont l’Algérie, le Niger, la Mauritanie et le Burkina Faso [14]. Comme le groupe militant Ancar Dine semble réclamer le contrôle de régions attribuées auparavant au MNLA [15], leur avance pourrait avoir de plus grandes implications, pouvant déstabiliser la région de façon drastique.

Avec la possibilité accrue que des soulèvements généralisés comme ceux du printemps arabe surviennent dans la région du Sahel, un afflux de réfugiés mettra une pression supplémentaire sur l’Algérie et le Niger. L’Algérie pourrait être déstabilisée davantage si la situation sécuritaire continue de se détériorer au Mali et la France pourrait se sentir obligée d’intervenir dans les affaires de ses anciennes colonies, comme on l’a vu malheureusement en Côte d’Ivoire. Il y a un parallèle entre la crise au Mali et les événements en cours au Nigeria, une nation aux prises avec les activités des insurgés islamiques séparatistes de Boko Haram au nord. Compte tenu de l’instabilité politique à Abuja, un coup d’État orchestré par des officiers de grades inférieurs contre le président nigérian Goodluck Jonathan basé sur le modèle malien ne serait pas impensable. Au moment où la Banque mondiale et la Banque africaine de développement suspendent toute aide au Mali, une certaine forme d’intervention militaire est concevable si les appels du Conseil de sécurité pour le « rétablissement immédiat de l’ordre constitutionnel et du gouvernement démocratiquement élu » ne sont pas respectés [16].

Alors que les voisins du Mali menacent de recourir à des sanctions et à la force militaire pour renverser l’actuel Comité pour la réinstauration de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDR) dirigée par le capitaine Amadou Sanogo [17], la junte a dévoilé une nouvelle constitution garantissant la liberté de parole, de pensée et de mouvement [18]. Sanogo a promis de ne pas s’accrocher au pouvoir et de mettre en place des élections démocratiques lorsque l’insurrection touareg sera maîtrisée. Ceux qui ont pris part au coup d’État ne pourraient pas participer aux élections [19]. L’afflux d’armes découlant du changement de régime de l’OTAN en Libye a créé de nouvelles perspectives désastreuses favorisant une guerre civile au Mali, où les parties seraient lourdement armées. Il reste à voir comment le bloc de l’OTAN réagira si le CNRDR refuse les appels à démissionner et s’engage dans un interminable conflit avec les séparatistes islamistes. Comme l’armée américaine s’oppose à l’Armée de résistance du Seigneur en étendant sa présence militaire par le biais d’AFRICOM en République démocratique du Congo, l’aggravation de la situation au Mali et au Nigeria fournit une justification supplémentaire pour l’intervention étrangère et l’exploitation de la guerre.

Article original en anglais :


WASHINGTON’S POLITICAL DESTABILIZATION AGENDA IN AFRICA: Separatist War Looms in Post-coup Mali
- by Nile Bowie – 2012-03-31

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Notes

[1] Mali: des milliers de manifestants soutiennent la junte, comprise en vue, AFP March 28, 2012

[2] Leader of Mali military coup trained in U.S., Washington Post, March 25, 2012

[3] US calls for Mali coup leaders to step down, CNN March 30, 2012

[4] Ibid

[5] Human Development Indices, United Nations Development Programme, 2008

[6] Mali coup: African Spring Russia Today March 29, 2012

[7] Côte d’Ivoire: Ouattara Forces Kill, Rape Civilians During Offensive, Human Rights Watch, April 9, 2011

[8] Tuareg rebels force Mali army out of North, World News Australia, March 31, 2012

[9] Mali’s mutineers maintain unusual tradition of tolerance and turbulence, The Guardian, March 22, 2012

[10] Arab Spring Bleeds Deeper into Africa, Asia Times March 24, 2012

[11] Ibid

[12] Qaddafi’s Weapons, Taken by Old Allies, Reinvigorate an Insurgent Army in Mali The New York Times, February 5, 2012

[13] Islamist fighters call for Sharia law in Mali, AFP, March 13, 2012

[14] Les rebelles touaregs contrôlent un tiers du Mali, Libération, March 13, 2012

[15] Armed Islamist group claims control in northeast Mali AFP, March 20, 2012

[16] Mali coup: World commends mutineers, BBC, March 23, 2012

[17] Mali neighbors threaten to reverse coup, Reuters, March 27, 2012

[18] Mali coup: West African leaders abandon visit, BBC, March 29, 2012

[19] New Mali leaders reveal constitution, Russia Today March 23, 2012

Nile Bowie est un auteur indépendant et photojournaliste vivant à Kuala Lumpur, en Malaisie, il contribue régulièrement au site de Tony Cartalucci,  Land Destroyer Report, et à celui du professeur Michel Chossudovsky, Global Research. Twitter: @ NileBowie

Syrie, Afghanistan, anciennes républiques soviétiques, BRICS et liens avec l’Otan: les domaines d’intervention de l’actuelle politique étrangère de Vladimir Poutine ne manquent pas. Pour Jean Geronimo, Docteur des Universités à l’UPMF Grenoble, auteur de “La Pensée stratégique russe, Guerre tiède sur l’échiquier eurasien”, le président russe nouvellement réélu vise à affirmer “la Russie comme Grande puissance eurasienne soucieuse de défendre ses intérêts nationaux”.

Après l’élection de Vladimir Poutine pour un troisième mandat présidentiel, quelles vont être les principaux enjeux et les priorités de la Russie sur le plan de la politique internationale?

Jean Geronimo. Ces enjeux se réduisent à l’achèvement du retour russe: l’affirmation de la Russie comme Grande puissance eurasienne, soucieuse de défendre ses « intérêts nationaux » – et non plus idéologiques – élargis à l’espace de l’ex-URSS, la Communauté des Etats indépendants (CEI) . Sous la houlette de Vladimir Poutine, la Russie va poursuivre sa stratégie de puissance (derjava), sur la base de l’accélération de son développement économique et militaire (surtout nucléaire) et de sa reprise en main de la CEI, son « Etranger proche », devenue la priorité de sa politique extérieure. Dans le prolongement de la Pérestroïka gorbatchévienne, Vladimir Poutine vise à instaurer une gouvernance mondiale plus équilibrée, intégrant les nouvelles puissances (ré-)émergentes (dont Russie, Chine, Inde) et privilégiant le rôle de l’ONU, comme vecteur du pluralisme démocratique. A terme, l’objectif est de créer un monde multipolaire contestant l’hégémonie américaine.

“Une Russie revancharde qui cherche à défendre ses positions”

Quelles réponses les Russes vont apporter dans les relations américano-russes alors que Barack Obama va se lancer dans la course aux présidentielles?
Jean Geronimo. Dans la mesure où la Russie se sent aujourd’hui plus forte, un durcissement de sa politique américaine semble inéluctable. Vladimir Poutine estime que la Russie a trop reculé depuis la transition post-communiste induite par la disparition de l’URSS, le 25 décembre 1991 . Il voudrait avancer sur 3 dossiers brûlants : le bouclier de l’OTAN, le chaos afghan, l’impasse syrienne. La Russie espère être davantage « écoutée » et, surtout, comprise dans son appréhension des menaces à sa sécurité nationale.

  1. D’abord, elle espère que l’axe OTAN-Etats-Unis révisera sa version « anti-russe » du bouclier anti-missiles, suspectée de poursuivre « l’encerclement ».
  2. Ensuite, elle espère de cet axe une politique plus cohérente en Afghanistan, dans sa lutte contre la drogue et le terrorisme – pour bloquer leur progression vers la CEI.
  3. Enfin, elle prône une approche plus équilibrée au Moyen-Orient, notamment en Syrie, pour éviter la déstabilisation de la région. Sur l’ensemble de ces questions, Moscou espère une réelle prise en compte de ses intérêts.

Globalement, c’est donc une Russie revancharde qui cherche à défendre ses positions contre les velléités expansives de la puissance américaine, avide de la supplanter dans son espace historique. Dans ce but, elle renforcera son contrôle de sa proche périphérie, en vue d’y stabiliser sa domination – via ses structures collectives économiques (Communauté économique eurasienne) et politico-militaires (Organisation de coopération de Shanghai et Organisation du Traité de sécurité collective) – et consolider, ainsi, son glacis sécuritaire.

Désormais, il s’agit pour Vladimir Poutine de neutraliser la stratégie de reflux de la puissance russe, structurellement menée par l’administration américaine depuis la fin de la Guerre froide. Son avancée au cœur de l’ancien Empire soviétique se réalise sur la base de l’extension des révolutions libérales « de couleur », du contrôle des circuits énergétiques et de l’implantation de bases militaires. Elle implique le contrôle des Etats stratégiques – les « pivots géopolitiques » de Z. Brzezinski. Retour vers la Guerre tiède. A terme, la Russie s’efforcera de reconquérir son pré-carré, contre les intérêts américains et, en cela, réactivera les tensions américano-russes.

Syrie: “Méfiance face à ces “révolutions” instrumentalisées”

Au Proche Orient, comment expliquez-vous la position russe sur la question syrienne et sur les révolutions arabes?
Jean Geronimo. La position de Moscou sur la Syrie exprime, de manière globale, sa méfiance face à ces « révolutions » instrumentalisées, selon elle, par des forces extérieures. La Syrie, qui abrite une base russe, est son dernier bastion dans la région, perçu comme un verrou sécuritaire stabilisateur des tensions frontalières.
Dans la vision russe, les instabilités arabes constituent une menace, déclinée en deux temps. Dans un premier temps elles expriment un recul sensible de la Russie sur l’échiquier arabe. Dans un second temps, Moscou redoute une contagion révolutionnaire dans son espace politique intérieur (Caucase, Oural) et extérieur (Asie centrale), où la population musulmane est courtisée par l’idéologie émancipatrice de l’Islam radical. Cette vague « démocratique »  est encouragée par la puissance américaine, dans la mesure où elle sert son objectif de déstabilisation, donc d’affaiblissement et de démantèlement de la Russie.
Moscou s’oppose à toute ingérence extérieure en Syrie selon le « modèle libyen » d’instrumentalisation de l’ONU, au nom de principes moraux et humanitaires à géométrie variable. D’autant plus qu’elle garde en mémoire le « scénario yougoslave » de 1999, marqué par le bombardement meurtrier de l’OTAN, en violation des règles onusiennes. De ce point de vue, la Syrie sera un symbole fort du retour de la puissance russe et de sa capacité à s’opposer à l’unilatéralisme occidental, via le levier de l’Otan.

Vladimir Poutine va-t-il reprendre et développer une politique eurasienne et se rapprocher de Pékin?
Jean Geronimo. L’ancrage eurasien de sa politique étrangère est une nécessité vitale pour la Russie, d’une part, pour influencer la gouvernance mondiale et, d’autre part, pour stopper sa marginalisation de la scène mondiale. Cette inflexion a été impulsée dés la fin des années 1990 par E. Primakov, le vieux « soviétique », face au maintien de l’hostilité américaine. Le rapprochement avec la Chine (et l’Inde) s’inscrit dans le cadre d’un partenariat multidimensionnel (économique et stratégique) renforçant l’axe eurasien pour contrebalancer l’hégémonie de la gouvernance mondiale néo-libérale, portée par l’axe américain. Or, si la Chine est un partenaire fiable à court terme, elle deviendra à long terme pour la Russie une source d’incertitudes. En se réarmant de manière accélérée, via sa force nucléaire, la Chine exprimera une menace latente pour la Russie, aggravée par sa stratégie migratoire.

F-35: une gestion aveugle

avril 4th, 2012 by Marie Vastel

 

Dès 2006, le ministère de la Défense et les Forces canadiennes étaient décidés à acheter l’avion de combat F-35 de Lockheed Martin, constate le nouveau vérificateur général, Michael Ferguson, dans son premier rapport présenté hier à Ottawa.
Ottawa — Le choix des fameux avions de chasse F-35 était celui de la Défense, et pour s’assurer que son appareil favori vole un jour au sein de l’équipement militaire canadien, le ministère a pris des moyens détournés: coûts sous-estimés, risques camouflés, décisions prises sans documents ni approbations à l’appui.

Le constat du tout premier rapport du nouveau vérificateur général est sévère. Le ministère de la Défense avait choisi dès 2006 le F-35 de Lockheed Martin pour remplacer les CF-18 qui achèvent leur vie utile. Et il s’est organisé pour que son souhait devienne réalité. «La décision d’acheter le F-35 était déjà bien amorcée quatre ans avant toute annonce officielle», a argué Michael Ferguson en point de presse. Ce n’est qu’à l’été 2010 que les conservateurs ont confirmé, publiquement, qu’ils iraient de l’avant en se procurant 65 appareils. Non seulement la hauteur des coûts anticipés a-t-elle été cachée aux parlementaires, mais les risques encourus par l’achat des F-35 ont été dissimulés aux ministres et décideurs tandis que les bénéfices espérés ont été exagérés. Conclusion: «La Défense nationale n’a pas fait preuve de la diligence nécessaire pour un engagement de 25 milliards de dollars.»

Signe que le gouvernement anticipait le dépôt de ce blâme politique, la réponse est venue à peine quelques minutes après le dépôt du rapport. Le processus d’acquisition sera remis à un autre ministère — Travaux publics —, l’enveloppe de financement allouée aux F-35 sera gelée, et les prévisions budgétaires seront annuellement fournies au Parlement dès qu’elles seront mises à jour par le bureau du programme. «Le gouvernement du Canada a agi aujourd’hui pour s’assurer que la diligence requise, la surveillance et la transparence soient fermement enchâssées dans le processus pour remplacer les avions de chasse vieillissants», a plaidé le ministre associé à la Défense, Julian Fantino, responsable des acquisitions militaires. Son bureau n’a pas été en mesure de préciser quel scénario financier serait choisi, alors que le ministère et les ministres ont mis de l’avant des estimations différentes comme l’a noté le vérificateur.

Malgré les promesses des conservateurs, l’opposition n’est pas rassurée. Car les Travaux publics ont rejeté, tout comme la Défense nationale, les conclusions du rapport de M. Ferguson. Et le comité de sous-ministres mis sur pied aux Travaux publics pour superviser dorénavant le processus d’achat des avions de chasse porte un nom — Secrétariat du F-35 — qui ne mène pas à croire que le gouvernement est prêt à mettre de côté sa détermination à acheter chez Lockheed Martin. «C’est du chiqué total. Ils n’ont absolument aucune intention de revoir quoi que ce soit. Leur décision est prise depuis des années», a scandé le chef néodémocrate, Thomas Mulcair, à l’instar du bloquiste Jean-François Fortin, qui s’est dit «aucunement» rassuré par la réponse des conservateurs. «On transfère la responsabilité d’un endroit à l’autre, ce sont les mêmes ministres qui sont impliqués [...] et on s’attend à ce que miraculeusement on va mieux faire les choses? J’en doute fortement», a estimé le libéral Marc Garneau.

Le vérificateur général a refusé de montrer du doigt des responsables, hier. Mais de l’avis de l’opposition, les fonctionnaires n’ont pas pu agir seuls. Néodémocrates et libéraux ont rappelé que le système parlementaire prévoyait la «responsabilité ministérielle» et il est impossible, selon eux, que le ministre de la Défense Peter MacKay ait été laissé dans l’ignorance. Le Parti libéral demande la démission du ministre. M. MacKay n’a pas prononcé un mot, pendant la période de questions, et il a quitté la Chambre sans répondre aux journalistes.

Coûts et risques minimisés

Parmi les conclusions du rapport, M. Ferguson indique que la Défense nationale a sous-estimé le prix d’acquisition des F-35, n’ayant d’ailleurs aucun document ou évaluation à l’appui. L’étude révèle que dès 2010, la Défense nationale évaluait que l’achat de 65 avions de chasse coûterait 9 milliards, plus 16 milliards en frais de maintenance. Or le ministère a fait ses prévisions budgétaires sur 20 ans, et la durée de vie des appareils serait plutôt de 36 ans, ce qui veut dire que, selon sa propre expérience passée, la Défense peut s’attendre à devoir remplacer 14 avions au fil de ses opérations. Le ministère n’a pas non plus pris en compte les frais de mise à niveau des logiciels et du matériel, ni les armes dont ils seront équipés.

Si M. Ferguson a découvert que la Défense anticipait des frais de 25 milliards, le gouvernement, lui, plaidait depuis des mois qu’il n’en coûterait que 16 milliards aux contribuables pour acquérir les F-35. Quand le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a publié sa propre analyse il y a un an, prévoyant des coûts d’ensemble de 29 milliards, les conservateurs avaient répliqué que ce n’était que 15 milliards qu’il faudrait prévoir au budget de la Défense. «Nous avons de sérieuses réserves quant à l’exhaustivité des renseignements sur les coûts fournis aux parlementaires», note le rapport. Le bureau de M. MacKay n’a pas précisé hier si le ministre savait, au moment de discréditer M. Page, que son propre ministère anticipait un prix excédant de 10 milliards celui qu’il a communiqué au Parlement.

Le ministère s’est aussi abstenu de préciser, dans les documents d’information fournis aux décideurs et au ministre, les risques associés à l’acquisition des F-35; les retards de production, les problèmes technologiques encourus lors du développement de l’appareil et l’augmentation de coûts qui y était liée. La Défense a de plus accordé une cote de risque «moyen» au choix du F-35, ce qui «ne reflétait pas, à notre avis, les problèmes que connaissait le programme de JSF».

Autre critique, les retombées pour l’industrie canadienne, si nombreuses puissent-elles s’avérer, ne sont pas garanties. Les ministres de la Défense et de l’Industrie en avaient été informés, pourtant les conservateurs vantent sans relâche ces dollars qui pourraient être amassés par les entreprises du pays. Ces sommes miroitées ont justement servi d’argument pour justifier l’acquisition des F-35. Il ne s’agit que de projections qui «n’ont fait l’objet d’aucune validation indépendante».

Dès 2006, la Défense et les Forces canadiennes avaient fait leur choix. «Il était évident qu’il s’agissait de leur avion de combat préféré, et à notre point de vue, un certain nombre de décisions ont été prises et plusieurs activités ont été mises en marche en vue de son acquisition ultérieure», note le rapport. Des conclusions mises de l’avant par le ministère, pour plaider que le F-35 présentait le meilleur rapport qualité-prix, n’étaient soutenues par aucune analyse. Et après avoir signé en 2006 le protocole d’entente prévoyant l’achat du modèle F-35, la Défense s’est bien gardée d’en aviser Travaux publics pendant trois ans. Ce ministère était responsable d’approuver l’attribution de contrats sans appel d’offres, et il a donné son accord sans avoir reçu de «document justificatif». Résultat, quand le gouvernement a officiellement annoncé son intention d’acheter ses avions de chasse à Lockheed Martin en 2010, «le Canada était trop engagé dans programme JSF et le développement du F-35 pour lancer un processus concurrentiel équitable», conclut le vérificateur général.

Le monde merveilleux du capitalisme

avril 4th, 2012 by Fidel Castro Ruz

La recherche de la vérité politique sera toujours une tâche ardue, même à notre époque où la science nous offre beaucoup de connaissances, dont l’une des plus importantes est de déchiffrer et d’étudier le pouvoir fabuleux de l’énergie contenue dans la matière.

Le découvreur de cette énergie et de son utilisation éventuelle était quelqu’un de pacifique et de bonhomme qui, malgré son rejet de la violence et de la guerre, demanda pourtant aux scientifiques de son pays de la développer : Franklin Delano Roosevelt, connu pour ses positions antifascistes, présidait alors des États-Unis en pleine crise qu’il avait réussi à sauver du désastre par de dures mesures qui lui gagnèrent la haine de l’extrême droite de sa classe. Aujourd’hui les États-Unis imposent au monde la tyrannie la plus brutale et la plus dangereuse qu’ait connue notre fragile espèce.

Les informations en provenance des États-Unis et de leurs alliés de l’OTAN, leurs complices, parlent de leurs méfaits. Les villes les plus importantes des États-Unis et d’Europe sont constamment le théâtre de véritables batailles de rue entre des manifestants et des policiers bien entraînés et bien nourris, équipés de véhicules blindés et de scaphandres, matraquant, attaquant à coups de pied et aux gaz des femmes et des hommes, tordant les mains et les cous de jeunes et de vieux, commettant à la face du monde de lâches actions contre les droits et la vie des citoyens de leurs pays.

Jusqu’à quand une pareille barbarie durera-t-elle ?

Pour ne pas m’étendre, étant donné que ces tragédies vont se présenter toujours plus à la télévision et dans les médias en général, et deviendront le pain quotidien, justement celui qu’on refuse aux plus démunis, je citerai la dépêche émise aujourd’hui par une importante agence de presse occidentale :

« Une bonne partie des côtes japonaises du Pacifique pourrait se retrouver inondée par une vague gigantesque de plus de trente-quatre mètres de haut en cas d’un puissant séisme, selon les calculs révisés d’une équipe gouvernementale.
« N’importe quel tsunami déclenché par un séisme de magnitude 9 dans la dépression de Nankai, qui va de la principale île japonaise de Honshu à l’île méridionale de Kyushu, pourrait atteindre trente-quatre mètres de haut, selon ce comité.
« Des calculs antérieurs de 2003 avaient estimé la hauteur maximale de cette vague à moins de vingt mètres.
« La centrale de Fukushima avait été conçue pour résister à un tsunami de six mètres, moins de la moitié de la hauteur de la vague qui l’a frappé le 11 mars 2011. »

Mais á quoi bon s’inquiéter. Une autre dépêche émis il y a deux jours, le 30 mars, par un média généralement bien informé, peut nous rassurer. En voici un bref résumé :

« Si vous étiez joueur de football, scheik arabe ou cadre d’une grande transnationale, quel type de technologie vous ferait rêver ?
« Des boutiques de luxe bien connues de Londres ont inauguré récemment une section entière consacrée aux amateurs de technologies aux portefeuilles bien remplis.
« Des téléviseurs à un million de dollar, des caméras vidéo Ferrari et des sous-marins individuels, voilà quelques-uns des gadgets conçus pour faire les délices du millionnaire.
« Le téléviseur à un million de dollars est le joyau de la couronne.
« Apple s’engage à livrer ses nouveaux produits le jour même de leur lancement sur le marché.
« Supposons que vous soyez sortis de votre riche demeure et que vous soyez fatigués de vous balader dans votre yacht, votre limousine, votre hélicoptère ou votre jet, il vous restera toujours la possibilité de vous offrir un sous-marin monoplace ou biplace.

Ce magasin vous offre aussi des téléphones mobiles en acier inoxydable, à micro-processeur de 1,2 GHz et 8 Go de mémoire et à technologie FNC, qui vous permettront de faire tous vos paiements.

N’est-il pas vrai, chers compatriotes, que le capitalisme est une merveille ! Ne serions-nous pas coupables de ne pouvoir offrir à chaque citoyen un sous-marin particulier garé sur la plage ?

C’est ce magasin, et pas moi, qui met dans le même sac cheiks arabes, cadres des grandes transnationales et footballeurs. Ces derniers, du moins, – faut-il que je le précise ? – distraient des millions de personnes et ne sont pas des ennemis de Cuba.


Fidel Castro Ruz
Le 1er avril 2012
20 h 35

C’est le CNS ou la guerre civile, tel semble être la devise consacrée par la rencontre d’Istanbul des soi-disant « Amis de la Syrie ». Au lendemain de cette réunion au cours de laquelle 83 pays étaient conviés par les hôtes turcs, (lesquels ne manquent pas de s’en vanter) les observateurs sont presque unanimes : les décisions prises ne sont que les déclencheurs de la guerre civile dans ce pays.

Des millions pour les militaires

La décision la plus significative est celle de financer les membres de l’Armée syrienne libre. Elle n’est certes pas nouvelle. Mais elle est cette fois ci exposée d’une façon alléchante. Non explicitée dans le communiqué final, où il est question de « poursuivre l’action pour davantage de mesures pour protéger le peuple syrien », c’est le chef du CNS Bourhane Ghalioune qui se charge de l’annoncer haut et fort durant sa conférence de presse : « Le financement de l’ASL se fera par le budget du CNS qui reçoit des fonds et des contributions de plusieurs pays et qu’il utilise pour ses activités militaires et non militaires ».

Des responsables ayant participé à la conférence se chargent de donner les détails ostentatoirement : « des millions de dollars seront payés par mois au CNS pour qu’il paie leurs salaires aux soldats qui feront défection de l’armée syrienne pour adhérer à l’armée syrienne libre ». Les billets verts promis devraient allécher les militaires syriens pour les encourager à faire défection de l’institution militaire qui jusqu’à présent a fait preuve de cohésion en soutenant le régime syrien. Et de préciser : « trois ou quatre pays paieront leurs salaires aux membres de l’ASL ». Le nom de ces donateurs n’est pas précisé, mais nul n‘aura du mal à deviner que l’Arabie saoudite et le Qatar figurent en tête.

Le CNS au nom du peuple et de l’opposition

Autre décision qui consacre la scission et incite à la guerre civile est de proclamer le CNS comme étant le seul représentant non seulement des forces de l‘opposition, mais aussi de tout le peuple syrien : « la conférence reconnait le Conseil national syrien opposant comme étant le représentant légitime de tous les Syriens et comme l’ombrelle de toutes les organisations de l’opposition », est-il clairement mentionné dans le communiqué final. Cette décision a été prise sans tenir compte d’innombrables réticences exprimées par les différentes factions de l’opposition. « C’est un acte d’exclusion pour les autres forces », s’offusque l’opposant Hassan Abdel Azim, le chef du Comité de coordination nationale syrienne, et l’une des figures de l’opposition les plus célèbres. « Il n’est du droit d’aucune faction de l’opposition de se présenter comme étant l’unique représentant de la révolution syrienne et d’expulser les autres composantes de l’action politique du pays », a-t-il ajouté pour la BBC.

“Légitimité” internationale au-dessus du peuple

Le vice d’une telle décision est d’exclure également l’avis de la majeure partie de la population syrienne qui soutient le président syrien. Dans sa conférence de presse le chef du CNS confisque plus que jamais la volonté du peuple syrien : « cette reconnaissance du conseil en tant que représentant légitime du peuple syrien et qu’interlocuteur de la Communauté internationale veut dire que le régime est devenu illégitime… Il est du droit du peuple de résister contre ce pouvoir illégitime usurpateur » , dit-il.

Donc, selon ce professeur universitaire, la légitimité d’un régime n’émane pas du peuple, mais de la reconnaissance de la communauté internationale !!

Le temps qui inquiète

De point de vue politique, loin des déclarations de soutien trompeuses, l’action des pays arabes et occidentaux se concentrera sur le torpillage de l’initiative de l’émissaire onusien Kofi Annan. On lui demande déjà de mettre au point un calendrier des démarches qu’il entreprendra, dont entre autres le retour au Conseil de sécurité. Le chef de la Ligue arabe Nabil Al-Arabi va jusqu’à réclamer le recours au chapitre VII de la charte des Nations Unies. La demande de calendrier semble être dictée par le souci du temps, devenu une forte préoccupation des « Amis de la Syrie », alors que la situation sur le terrain s’approche du dénouement à leur corps défendant.

« Assad a fait des promesses pour gagner du temps. Je crains qu’il ne soit en train d’utiliser l’initiative d’Annan pour gagner du temps. Il ne faut pas laisser le régime syrien profiter de cette initiative » a lancé le premier ministre turc Recep Tayyeb Erdogan. « Dans le cas de la Bosnie, la Communauté internationale a pris beaucoup trop de temps pour agir. Raison pour laquelle il y a eu beaucoup de morts parmi la population », a renchéri son chef de la diplomatie turc Ahmet Davutoğlu.

Ce même souci est partagé par le Qatar dont le Premier ministre accuse Damas de chercher à gagner du temps. « La durée de la crise syrienne n’est pas dans l’intérêt de la Syrie, ni des pays de la région, ni de la Communauté internationale », signale cheikh Hamad Ben Jassem Al-Thani.

Alors que pour le chef de la diplomatie saoudienne, Saoud Al-Fayçal « il faut rendre la solution sécuritaire menée par les autorités coûteuse pour le régime et dans ce cas il sera réaliste de parler d’occasions pour accepter les différentes formules du dialogue et de solution politique de cette crise ».

Tout de la conférence d’Istanbul laisse prévoir une recrudescence de la violence durant les jours qui viennent. Durant sa conférence de presse, Ghalioune exige « un engagement international pour reconstruire la Syrie après la chute du régime ». Ce qui laisse supposer qu’elle devrait être détruite avant !

Al-Manar , 2 avril 2012.