Papauté, pédophilie et lutte des classes

Voici plus de cent cinquante ans, Karl Marx expliquait : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte des classes. Patriciens et plébéiens, seigneurs et serfs, en un mot, oppresseurs et opprimés. » La lutte est un « combat « ininterrompu, tantôt dissimulé, tantôt ouvert ». Avec la société moderne sont venues « de nouvelles conditions d’oppression et de nouvelles formes de lutte ».

Un violent conflit s’est emparé de l’Église catholique, ces vingt-cinq dernières années, quand certains des survivants les plus opprimés par les abus sexuels d’enfants ont réclamé de plus en plus fréquemment des comptes de la part de prêtres considérés individuellement et, finalement, de la part de la puissante hiérarchie ecclésiastique, y compris les évêques et les cardinaux qui avaient régulièrement protégés les auteurs d’abus sexuels.
Cette exigence de justice émanant d’en bas a désormais commis l’impensable. Elle a dénoncé le rôle du pape actuel, Benoît XVI, dans cette monstrueuse dissimulation criminelle d’une ampleur internationale.

Le marxisme est une science permettant la compréhension des problèmes de classes qui sous-tendent les développements sociaux pouvant paraître obscurs et éloignés de l’immédiate lutte des travailleurs. Bien que dissimulée dans des habits ecclésiastiques, la controverse présente est à tous égards une lutte des classes dans le giron même de l’Église catholique. Et ce n’est qu’une petite partie de la lutte mondiale des classes pour l’égalité, les droits et l’autonomisation à part entière.

Ce qui fut jadis accepté, parce qu’il semblait n’y avoir pas de recours contre cela, est devenu intolérable. Les milliers de survivants soulevant des accusations de pédophilie étaient des croyants sincères appartenant à la classe ouvrière et, des années durant, ils ont été impuissants à résister aux crimes commis contre eux, voire à parler de ces derniers à leur propre famille. Ils subissaient des sévices en tant qu’enfants d’orphelinats, de maisons de correction, d’écoles pour malentendants et handicapés, d’écoles paroissiales et d’églises locales.

Ce défi émanant d’en bas contre le silence et la répression constituait une nette rupture avec le passé. Les abus sexuels demeuraient sans interpellation du fait que l’autorité religieuse demeurait incontestée. Bien que, dans de nombreuses écoles paroissiales, les sévices sexuels fussent dissimulés, les abus physiques et psychologiques et les humiliations étaient si habituels qu’ils semblaient faire partie du cours normal des choses.

Quand les survivants se mirent à parler, tous les prêtres ayant pris le parti des victimes se virent imposer le silence et on les éloigna de l’enseignement ou de toute situation d’autorité. Mais la hiérarchie ecclésiastique, un groupe restreint détenant un pouvoir religieux absolu, n’a pas été à même de réduire au silence ou de faire cesser ce mouvement.

La quasi-totalité des révélations sont venues, non pas de l’extérieur ou des autorités laïques, qui craignaient d’offenser une institution aussi puissante, mais de supposés catholiques venus du giron même de l’Église et qui, malgré leur impuissance à agir, refusaient de se taire. Ils ont enregistré des doléances, consigné des dépositions et, finalement, ont entamé procès sur procès. Ils ont convoqué des conférences de presse, créé des sites Internet, organisé des manifestations et des groupes de soutien et ont distribué des tracts lors des offices dominicaux. Qu’eux-mêmes se considèrent ou pas comme participants de la lutte plus large pour les droits et la dignité, il est certain que bon nombre de tactiques qu’ils ont utilisées sont les mêmes que celles d’innombrables autres luttes.

En se battant pour défendre son autorité, sa richesse et ses privilèges indiscutés, la hiérarchie de l’Église a réclamé le silence absolu, menaçant d’excommunication ceux qui soulevaient les accusations, et elle a exigé des fonctionnaires laïcs qu’ils lui obéissent. Cet effort en vue de maintenir l’autorité absolue de la prêtrise fait partie d’une lutte interne plus large autour des personnes dont cette puissante institution religieuse devrait servir les intérêts.

Ce scandale international qui secoue l’Église catholique concerne aujourd’hui des preuves détaillées se rapportant à des dizaines de milliers de cas de viols et sévices sexuels commis sur des enfants par des milliers de prêtres. Les accusations couvrent des décennies entières. Le combat s’est déclenché dans sa forme la plus acharnée dans des villes où l’on rencontrait naguère les croyants les plus fervents des États-Unis. Ensuite, la lutte s’est déclarée en Irlande, a gagné ensuite l’Italie, puis certaines régions de l’Allemagne où vivent d’importantes populations catholiques.

Un élément nouveau bénéficiant désormais d’une couverture médiatique quasiment quotidienne, ce sont les preuves émergeant de partout et établissant la responsabilité personnelle de l’actuel pape Benoît XVI au cours de décennies de répression, d’interdiction, de mise sous l’éteignoir et de mutations discrètes des prédateurs sexuels. Les condamnations les plus sévères émanent de ceux qui se considèrent toujours comme membres de l’Église catholique.

Le théologien catholique libéral Hans Keung a décrit rôle permissif du pape Benoît XVI dans la multiplication des abus et le fait de les couvrir en imposant la loi du silence : « Il n’y a pas eu dans toute l’Église catholique un seul homme qui en ait su plus que lui sur les abus sexuels, pour la simple raison que la chose était ex officio (faisait partie de son rôle officiel). (…) Il ne peut remuer le doigt en direction des évêques et dire, vous n’en avez pas fait assez. Il a donné les instructions lui-même, en tant que responsable de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et il les a répétées en tant que pape. »

L’hebdomadaire américain National Catholic Reporter publiait dans son éditorial du 26 mars : « Le saint-père doit répondre directement, au cours d’un débat crédible, de son rôle – en tant qu’archevêque de Munich (1977-1982), que préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et que pape (de 2005 à nos jours) – dans la mauvaise gestion de la crise du clergé soulevée par les abus sexuels. »

Avant son élévation au sommet de la hiérarchie catholique, en avril 2005, le pape Benoît XVI était connu sous le nom de cardinal Joseph Ratzinger. Ses adversaires le dépeignaient comme un pit-bull ou comme le « rottweiler de Dieu ». Ratzinger était un homme aux idées politiques extrêmement à droite et il avait été désigné par le pape Jean-Paul II qui, de son côté, était bien décidé à faire appliquer la discipline, la conformité et l’autorité de l’Église dans une institution en proie à de profonds bouleversements.

Pendant 24 ans, Ratzinger a dirigé la plus puissante institution de répression de l’histoire de l’Église catholique, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Ce corps est connu depuis des siècles sous un autre vocable, le Saint-Office de l’Inquisition. Ce fut l’institution ecclésiastique responsable de l’instauration des tribunaux catholiques responsables de la mise en accusation et de la torture de dizaines de milliers de personnes soupçonnées de sorcellerie et d’hérésie. Elle dirigea les pogromes et les expropriations de masses dont furent victimes les juifs et les musulmans. Par le biais de cet office au sein de son Église, le pape Jean-Paul II tenta d’instaurer une inquisition modernisée.
 
 
Des documents dénoncent une vaste opération de couverture

L’ampleur de la conspiration criminelle internationale du silence visant à protéger les abuseurs sexuels en série et à faire passer les intérêts de l’Église avant la sécurité et le bien-être des enfants, est apparue pleinement au cours de l’année écoulée dans le traitement des abus sexuels en Irlande, un pays à majorité catholique écrasante.

Après des années de réclamations émanant des survivants d’abus sexuels afin que l’Église agît et que le gouvernement organisât les poursuites et après une série d’exposés dans les médias d’information irlandais, le gouvernement irlandais commissionna une étude qui ne put être achevée qu’au bout de neuf ans. Le 20 mai 2009, la commission livrait un rapport de 2600 pages.

Le rapport se servait de témoignages émanant de milliers d’anciens internés et fonctionnaires de plus de 250 institutions dirigées par l’Église. La commission découvrit que les prêtres et les religieuses catholiques terrorisaient des milliers de garçons et de filles depuis des décennies et que les inspecteurs du gouvernement n’étaient pas parvenus à faire cesser les scènes de coups, viols et humiliations chroniques. Le rapport qualifiait les viols et les atteintes sexuelles d’« endémiques », au sein des écoles et orphelinats gérés par l’Église catholique irlandaise. (childabusecommission.com)
L’ampleur des sévices en Irlande et la force du mouvement qui réclamait des comptes obligèrent le pape à exprimer de faibles excuses au nom de l’Église catholique, qui blâma par la même occasion les évêques irlandais. Cette abdication de toute responsabilité dans son rôle éminent et notoire dans l’imposition du silence suscita l’énorme colère de millions de catholiques fervents et attisa plus encore l’opposition qui se développait depuis des décennies au sein même de l’Église.

Au cours d’un sermon délivré à Springfield, Massachusetts, l’abbé James J. Scahill, depuis très longtemps critique à l’égard des menées dissimulatrices de l’Église, répondit aux faibles excuses papales en qualifiant certains membres du clergé de « félons » et en réclamant la démission du pape Benoît.

« Nous devons déclarer, tant personnellement que collectivement, que nous éprouvons d’énormes doutes à propos de la véracité du pape et des personnes de l’autorité ecclésiastique qui le défendent ou même qui brandissent l’épée en son nom. Il est de plus en plus évident que, depuis des décennies, sinon des siècles, la direction de l’Église met sous l’éteignoir les sévices commis sur les enfants et les mineurs et ce, afin de protéger son image institutionnelle et l’image du sacerdoce », ajouta Scahill. (New York Times, 12 avril)

Scahill a déclaré qu’il avait décidé de prendre la parole après que ses propres paroissiens étaient venus le trouver en 2002, lorsqu’on avait dénoncé des décennies de sévices sexuels à Boston, et qu’ils lui avaient dit qu’il fallait absolument faire quelque chose.

Le cardinal Bernard Law, de l’archevêché de Boston, joua manifestement un rôle dans la protection des prêtres abuseurs d’enfants de toute sanction de la part des autorités religieuses ou laïques et il se contenta simplement de les muter. Cela fit l’objet d’un scandale national en 2002, lorsqu’un juge du Massachusetts permit l’accès au public de milliers de pages de documents, de notes et de dépositions légales. Les documents montraient un schéma évident de dissimulation, de protection des coupables et de marginalisation des victimes et révélaient que, dans l’archevêché, plus de 1000 enfants avaient été abusés par 250 prêtres et membres du personnel ecclésiastique depuis 1940. Le cardinal Law fut obligé de démissionner de sa charge dans la disgrâce et, afin de régler 552 cas, l’archevêché de Boston se vit infliger le paiement de dommages se situant entre 85 et 100 millions de dollars.

Ce paiement de plusieurs dizaines de millions de dollars fit grossir des scandales dans d’autres villes et la couverture médiatique força les évêques américains à publier une « Charte pour la protection des enfants et des jeunes gens » qui instaurait une politique de la « tolérance zéro, un coup et vous êtes congédié » à l’égard des prêtres fautifs. Elle ne proposait pas la moindre action contre les évêques qui avaient couvert les crimes.

Même ce modeste effort visant à développer une politique de nettoyage de la part des évêques américains fut combattu par Mgr Ratzinger – toujours cardinal, à l’époque – au Vatican. IL exigea que toutes les accusations de sévices fussent renvoyées à l’office qu’il dirigeait – la Congrégation pour la Doctrine de la Foi – avant que des prêtres pussent être exclus du sacerdoce. L’un des premiers actes de Ratzinger en tant que pape fut d’élever le cardinal Law de Boston à un poste prestigieux au Vatican.

Dans une lettre scandaleuse, souvent citée, adressée aux évêques en 2001, le cardinal Ratzinger se servait de sa position pour ordonner que les allégations de sévices sexuels fussent gardées secrètes, sous menace d’excommunication. Des prêtres accusés de crimes sexuels, de même que leurs victimes, se virent enjoindre d’« observer le secret le plus strict » et de se « cantonner à jamais dans le silence ».

L’ancien homme de loi du Vatican, le père Tom Doyle, dénonça cette politique des hautes instances du Vatican en disant : « Ce qu’on a ici, c’est une politiquement explicitement écrite pour couvrir des cas de sévices sexuels sur des enfants par le clergé et pour punir ceux qui attireraient l’attention sur ces crimes commis par des ecclésiastiques. Quand des prêtres fautifs sont découverts, la réponse a été de ne pas enquêter ni appliquer de poursuites, mais de muter ces prêtres d’un lieu vers un autre. »
 
 
Négligence ou complicité criminelle ?
Quelle est l’ampleur des crimes sexuels commis contre des jeunes ? La hiérarchie de l’Église est-elle coupable d’ignorer le problème – ce qui signifie une négligence criminelle ? Ou est-elle coupable de complicité criminelle en refusant d’entreprendre des actions même quand les crimes sont soumis à son attention directe ?

Une note signée personnellement par le cardinal Ratzinger – aujourd’hui, le pape Benoît XVIO – lorsqu’il dirigeait le puissant office du Vatican où étaient centralisées toutes les accusations de sévices, a été rendue publique en avril dernier et a suscité un nouveau tollé. Ratzinger passait outre et cessait toute action contre le prêtre prédateur, l’abbé Lawrence C. Murphy.

L’abbé Murphy a été accusé d’abus sexuels sur plus de 200 garçons de l’École pour malentendants de Milwaukee, en dépit des appels à l’expulser, dont certains émanaient même de son évêque. Depuis des décennies, les anciens écoliers utilisaient le langage des signes et rédigeaient des déclarations écrites lors de réunions avec des évêques et des fonctionnaires laïques afin de réclamer une mise en accusation et des poursuites à l’encontre de l’abbé Murphy.

Dans un même temps, une autre affaire éclatait en Italie : 67 anciens élèves d’une autre institution pour malentendants située à Vérone avaient accusé 24 prêtres, frères et diacres laïques de s’être livrés à des abus sexuels sur eux, dès l’âge de sept ans.

En Allemagne, plus de 250 cas d’abus sexuels mis sous l’éteignoir ont fait surface ces deux derniers mois, y compris dans des districts directement supervisés par le pape Benoît lorsqu’il en était l’évêque.

La publicité internationale qui a entouré le procès de Boston des abus sexuels sur les enfants et le paiement de plusieurs dizaines de millions de dollars dont donné à bien d’autres victimes de sévices le courage de s’exprimer également et de réclamer justice. Plus de 4000 prêtres ont été accusés d’avoir molesté des mineurs aux États-Unis depuis 1950 et, depuis, l’Église catholique a payé plus de 2 milliards de dollars en dédommagement aux victimes de sévices. En 2007, l’archevêché de Los Angeles annonçait un dédommagement de 600 millions de dollars à 500 plaignants. Six diocèses ont été contraints à la faillite et beaucoup d’autres ont été obligés de vendre d’importants biens de l’Église pour payer les dédommagements.

Un grand nombre de ces cas sont traités par une organisation appelée le SNAP (Survivors Network of those Abused by Priests), le Réseau des victimes de sévices de prêtres. Cette organisation se décrit comme le plus ancien et plus large groupe de soutien de ce genre de victimes.

Il n’y a pas que des enfants à avoir été victimes de sévices. Selon le St. Louis Post-Dispatch du 4 janvier 2003, une enquête nationale menée par des chercheurs de l’Université de Saint-Louis a été financée en partie par divers ordres de religieuses catholiques. Elle estimait qu’« au moins » 34.000 religieuses catholiques, soit environ 40 pour cent des religieuses aux États-Unis, avaient été victimes de l’une ou l’autre forme de traumatisme sexuel.
Il est important de noter qu’une très grande majorité de témoignages, de procès, d’enquêtes et d’exposés est venue du sein de l’Église catholique même, de la part de survivants de ces sévices. Bien d’autres simples catholiques, mais passablement outrés, se sont réunis pour réclamer des comptes à la hiérarchie cléricale privilégiée, bien plus soucieuse de sauvegarder sa position, son autorité et ses richesses que de protéger les enfants.

Partout, en Europe, il y a un appel croissant à poursuivre pénalement le pape Benoît devant le Tribunal pénal international (TPI) su base du fait que protéger l’Église et non ses victimes constitue un délit criminel. Geoffrey Robertson, membre du Conseil de la justice des Nations unies et président du Tribunal spécial sur la Sierre Leone, estime qu’il est temps de remettre en question l’immunité papale.

Dans un article publié par le London Guardian du 2 avril et intitulé : « Le pape au banc des accusés ! », Robertson écrivait : « L’immunité juridique ne peut être maintenue. Le Vatican devrait ressentir le plein poids des lois internationales. La pédophilie est un crime contre l’humanité. Que le Vatican prétende être un État – et que le pape soit chef d’État et, de ce fait, à l’abri de toute action juridique – ne peut résister à l’enquête. »

Bien sûr, il convient de rappeler que le TPI ne doit traiter des accusations que contre quatre États africains visés par l’impérialisme.

Les crimes de guerre américains en Irak et en Afghanistan, ainsi que les crimes israéliens contre des civils palestiniens et libanais ont été ignorés par le TPI. En tant que bastion de l’impérialisme américain à l’échelle internationale, il est peu probable que le Vatican doive répondre à des accusations d’ici peu de temps.
 
La guerre contre le mouvement mondial pour la justice

Quel rôle le Vatican joue-t-il dans la société de classes qui revêt une valeur toute particulière aux yeux de l’impérialisme américain ?

Tout en absolvant, couvrant ou mutant des milliers de prêtres coupables d’abus sexuels sur des enfants, le pape Benoît XVI s’est servi de sa position, 25 ans durant, à la tête de la plus puissante des institutions ecclésiastiques, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, afin d’éloigner des paroisses, écoles et toutes situations de pouvoir des milliers de prêtres, d’évêques et de religieux progressistes d’une façon ou d’une autre ou concernés par la défense des droits et de la dignité des pauvres et des peuples opprimés.

Des théologiens, enseignants, écrivains et intellectuels catholiques dissidents ont été empêchés d’écrire, de publier et d’enseigner dans des institutions de l’Église. Pour avoir tenter d’utiliser leur autorité en faveur de changements sociaux, des évêques ont dû subir des enquêtes de loyauté et ont été obligés de démissionner. Ils ont été remplacés par un clergé des plus politiquement réactionnaire soucieux avant tout de préserver l’autorité et les dogmes religieux.

Ce fut un effort droitier en vue d’éradiquer un courant religieux progressiste connu sous l’appellation de « théologie de la libération ». Ce courant cherchait à aligner l’Église sur les mouvements de libération et les luttes anticoloniales et révolutionnaires progressant en Afrique, en Asie et en Amérique latine, ainsi que sur le mouvement en faveur des droits civils aux États-Unis.

Des prêtres, comme le père Camilo Torres en Colombie, qui écrivaient, parlaient et faisaient un travail d’organisation autour des efforts tendant à unir le marxisme révolutionnaire et le catholicisme, furent perçus comme une menace directe contre l’exploitation capitaliste. Le père Torres rallia la lutte armée contre la dictature soutenue par les États-Unis et il mourut au combat.

Des religieuses militantes, qui dirigeaient le mouvement d’aide et de passage sûr d’immigrés salvadoriens fuyant les escadrons de la mort, furent ciblées. De même, Philip et Tom Berrigan, deux prêtres qui risquèrent en permanence d’être arrêtés et qui passèrent même tout un temps en prison avec un groupement catholique militant opposé à la guerre du Vietnam.

Les théologiens de la libération, comme le charismatique Leonardo Boff, du brésil, se virent interdire par l’Église d’écrire ou de prendre la parole. Les prêtres qui cherchaient à aider les pauvres, comme le père Jean-Bertrand Aristide, d’Haïti, furent exclus de leur ordre religieux et forcés de démissionner pour avoir commis le crime de « glorification de la lutte des classes ». Au Chiapas, Mexique, l’évêque Samuel Ruiz se vit intimer l’ordre de s’abstenir d’« interprétations marxistes ».

Ce fut une chasse aux sorcières et une purge qui visa les militants antiracistes et partisans de la justice sociale. Pourtant, le l’évêque dissident et réactionnaire, Richard Williamson, qui avait nié publiquement l’Holocauste, fut accueilli de nouveau au sein de l’Église.

Confrontée à une opposition croissante à tous les niveaux, cette puissante institution qui, durant des siècles, a protégé la propriété et les privilèges des classes dirigeants occidentales, a choisi de plus en plus de regrouper les forces les plus fanatiquement réactionnaires pour livrer bataille à ceux qui réclamaient instamment le changement, l’ouverture, l’égalité et l’attention aux besoins des pauvres et des opprimés.

Sous le pape Jean-Paul II et, suite, sous le pape Benoît XVI, l’Église catholique a toujours été une alliée dévouée de l’impérialisme américain s’opposant à la construction du socialisme en Europe de l’Est. À leur tour, les puissants médias américains ont joué un rôle actif dans la promotion de l’Église et le fait de lui donner une couverture favorable, tout en diabolisant les musulmans et les autres religions des peuples opprimés.

En 2006, le pape Benoît accorda le soutien du catholicisme à la propagande antimusulmane consciemment attisée par Washington afin de justifier la guerre et l’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan. Dans un important discours, il citait un empereur byzantin du 14e siècle qui avait dit que le prophète Mahomet n’avait apporté au monde que « le mal et des choses inhumaines ».

L’alliance avec l’impérialisme américain força l’Église catholique à revivre les excès les plus réactionnaires de son propre passé très sombre. Des membres de groupements liés aux escadrons de la mort et à la dictature militaire en Amérique latine et aux fascisme et à l’extrême droite en Europe, comme le très secret Opus Dei ou les Légionnaires du Christ, furent promus à des charges importantes au Vatican et un peu partout dans le monde.
Deux religieux fascistes, Josemaria Escrivá, qui avait choisi le camp d’Hitler durant le Seconde Guerre mondiale et avait organisé des bandes fascistes pour éliminer les communistes et les syndicalistes révolutionnaires dans l’Espagne de Franco, et le cardinal Aloysius Stepinac, de Croatie, qui aida à installer des camps d’extermination pour les Juifs, les serbes et les Rom, ont été proposés à la béatification.

Ce n’est pas une contradiction si des prêtres qui ont abusé d’enfants ont été protégés et cachés alors que les forces religieuses qui ont cherché à défendre les droits des opprimés et à rallier leurs mouvements ont été obligées de démissionner. L’indulgence envers les hommes de main criminels et la répression brutale des progressistes sont deux facettes de la même politique de classe consistant à défendre l’autorité de l’ordre hiérarchique établi. La même approche a joué dans chaque question sociale.

Une conception répressive de toute forme de sexualité

De l’État esclavagiste romain à la société féodale européenne et ensuite, instrument majeur de la conquête impérialiste, c’est une institution religieuse enracinée dans la société de classes et dans le patriarcat. Cet héritage patriarcal est la base des conceptions répressives à propos de toutes formes d’expression de la sexualité humaine. Qu’on soit homo ou hétéro, marié ou célibataire, l’Église catholique a accordé à la société dans son ensemble le droit de légiférer  autour de toutes les formes humaines d’expression sexuelle.

Alors qu’il n’entreprend aucune action contre les prédateurs sexuels parce que la chose menacerait l’autorité et la sainteté du sacerdoce, Ratzinger a été le principal instrument de l’application de doctrines religieuses archaïques sur la sexualité et sur le rôle subordonné des femmes au sein de l’Église et de la société dans leur ensemble. Aucune libéralisation dans les questions de contrôle des naissances, d’avortement, de divorce ou de reconnaissance de l’homosexualité n’a été tolérée. Au sein de l’Église, ces règles ont été appliquées en mettant l’accent sur le péché et la culpabilité. Des catholiques homosexuels, des catholiques qui se sont remariés, qui ont pratiqué le contrôle des naissances ou ont eu un avortement se sont vu refuser les sacrements, ont été rejetés de l’Église et excommuniés.

Le plein poids des institutions ecclésiastiques aux importants financements et à la grande influence politique a été utilisé de façon agressive dans la société laïque afin de s’opposer à la libéralisation de la législation sur le divorce et au droit de la femme à contrôler ses naissances et à avorter. L’Église catholique a organisé et financé des campagnes politiques contre les mariages homosexuels et l’adoption des enfants par des coupes homosexuels. Mais, alors qu’elle proclame son devoir religieux de protéger « l’enfant qui n’est pas né », elle refuse de protéger les enfants qui sont soumis directement à son contrôle.

Quand la tempête de protestations s’accrut à propos des agressions que subissaient les enfants qui leur étaient confiés, ce groupement réactionnaire tenta de transformer cette couverture criminelle en une lutte contre les homosexuels en liant la pédophilie, c’est-à-dire les sévices sexuels sur de jeunes enfants, à l’homosexualité entre adultes consentants.

Le 14 avril, le principal second du pape Benoît, le secrétaire d’État du Vatican le cardinal Tarcisio Bertone, rejeta le blâme de la pédophilie sur l’homosexualité, qu’il qualifia de « pathologie ». Dans une célèbre lettre de 1986 aux évêques, le pape Benoît décrivait l’homosexualité comme un « mal moral intrinsèque ». Il alla jusqu’à justifier, voire encourager les agressions physiques contre les homosexuels en déclarant que « ni l’Église ni la société ne devraient être surprises si les réactions irrationnelles et violentes allaient en croissant », lorsque les homosexuels réclamaient les droits civils.

Ces crimes contre tous les mouvements des gens opprimés doivent être repris dans la colère dirigée contre la hiérarchie de l’Église.

Les années de répression, de chasse aux sorcières et de bigoterie organisée ont fait que la hiérarchie catholique a vu sa base de soutien diminuer de plus en plus. Cette même hiérarchie est de plus en plus déconnectée de sa propre congrégation et elle est totalement déconnectée des valeurs de la société dans son ensemble.

Malgré tous les efforts, elle ne peut recouvrer l’emprise absolue qu’elle avait il y a 500 ans, voire même 100 ans d’ici, lorsque que les prêtres et les évêques ne devaient pas rendre de comptes pour les crimes contre les femmes ou contre les esclaves, les serfs, les paysans ou les travailleurs illettrés.

Des excuses prudemment fignolées n’acceptant pas le moindre blâme et des rencontres du style relations publiques, préparées à l’avance, avec quelques personnes choisies ayant survécu à des sévices, ne résoudront pas la crise à laquelle est confrontée la direction réactionnaire de l’Église.

Aujourd’hui, ceux qui ont souffert de sévices ont trouvé leur voix en même temps que des alliés.
 
 
L’auteur du présent article a fréquenté pendant 14 ans des écoles catholiques et elle y a survécu.

Source: Workers.org
 
Traduit pas Jean-Marie Flémal pour michelcollon.info


Articles Par : Sara Flounders

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