Pays-Bas : le nouveau gouvernement de coalition approuve un sévère programme d’austérité.

Le gouvernement des Pays-bas démissionne à cause du budget d'austérité

Quelque six semaines après les élections parlementaires du 12 septembre en Hollande, le conservateur Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) du premier ministre Mark Rutte et le PvdA social-démocrate dirigé par Diederik Samson se sont entendus sur la formation d’un gouvernement de coalition. La base de cette coalition est constituée par un accord sur un programme sévère d’austérité représentant des coupes budgétaires de quelque 15 milliards d’Euros (19 Mrd de dollars).

Lorsque la coalition présenta ce programme commun le 29 octobre à La Hague, où réside le gouvernement hollandais, le premier ministre Rutte dit qu’il s’agissait de « rétablir le contrôle budgétaire, de le répartir justement et de stimuler une croissance durable ». L’accord gouvernemental est intitulé « Jeter des ponts », mais son contenu consiste avant tout en un programme d’austérité qui sera réalisé aux dépens des travailleurs, des chômeurs, des malades et des retraités.

Quelque 5 milliards d’euros seront retirés des seules dépenses de santé. La contribution de l’Etat à l’assurance pour les soins à long terme sera abolie. Les cotisations obligatoires des salariés au programme d’assurance santé seront à l’avenir plus étroitement alignées sur les revenus. Les allocations dont bénéficient les bas revenus seront éliminées.

Les allocations versées durant un séjour à l’hôpital vont disparaître. Les malades chroniques devront verser plus pour leur traitement et leurs soins. Ceux qui sont admis à l’hôpital en urgence sans être passé par un docteur devront débourser 50 euros.

Les dépenses sociales seront réduites de 3 milliards d’Euros. La période de préavis sera raccourcie, permettant aux employeurs de réduire le montant des indemnités de licenciement. La période d’obtention de l’allocation chômage, versée actuellement pour une période maximale de 38 mois, sera drastiquement raccourcie. Tout comme ce fut le cas avec la « réforme » Harz en Allemagne, les chômeurs seront forcés de prendre un travail le plus vite possible, même si le salaire est considérablement plus bas que celui de l’emploi précédent et son niveau de qualification inférieur. Cela aura pour conséquence l’accroissement du secteur des bas salaires.

L’âge de la retraite sera relevé plus rapidement que prévu de 65 à 67 ans. Les salaires des fonctionnaires seront gelés. D’autres économies seront réalisées par le regroupement des communes de moins de 100.000 habitants, entraînant la réduction des services communaux et de leur personnel.

Une autre réduction qui touchera douloureusement plusieurs centaines de milliers de hollandais sera la réduction massive de l’exonération fiscale relative aux hypothèques, une sorte de prime à la construction accordée depuis 1893. Jusque-là les familles qui construisaient leur propre maison pouvaient déduire de leurs impôts 52 pour cent des intérêts versés sur l’hypothèque.

Le PvdA veut abolir entièrement cette « subvention des propriétaires d’une maison ». Au cours de la campagne électorale, Rutte avait promis qu’il n’y aurait pour ceux qui étaient en train de construire leur maison, aucune réduction affectant des hypothèques existantes.

L’accord de coalition prévoit la réduction progressive du niveau actuel de 52 pour cent à 38 pour cent, y compris pour les hypothèques existantes. De cette manière, le gouvernement prévoit d’économiser 770 millions d’euros. Pour les familles affectées, cela signifie une augmentation drastique du coût représenté par le financement d’un logement, financement déjà très difficile pour beaucoup étant donné la baisse, sur le marché du logement, des valeurs immobilières.

L’aide au développement sera réduite d’un milliard d’euros ; elle ne se montera plus qu’à 4 milliards d’euros.

Grâce à ces mesures, le gouvernement hollandais prévoit d’économiser un total de 15 milliards d’euros, d’ici à 2017. L’année prochaine, les nouvelles dettes qui selon le règlement de l’Union Européenne ne doivent pas excéder 3 pour cent du PIB, auront été ramenées à 2,7 pour cent. L’année dernière, elles représentaient 4,7 pour cent.

Les partis de la coalition, le parti néo-libéral VVD et les sociaux démocrates du PvdA qui disposent avec 79 sièges sur 150 d’une mince majorité au parlement, sont aussi largement d’accord sur la politique fiscale. Le taux supérieur d’imposition sera réduit de 52 à 49 pour cent selon l’accord gouvernemental. La TVA avait déjà été augmentée à 21 pour cent en avril de cette année. Là aussi, on agit selon la devise : prendre aux pauvres pour donner aux riches.

Tandis que les ouvriers, les chômeurs et les malades sont confrontés aux coupes, les dépenses pour la police et l’appareil de répression de l’Etat augmentent. Les partenaires de la coalition se sont aussi mis d’accord pour rendre plus rigoureuses les lois relatives aux étrangers. A l’avenir, les immigrés ne pourront obtenir la nationalité hollandaise qu’après sept ans au lieu de cinq jusque-là. On a décidé, en tant que mesure cosmétique, que les officiers d’Etat civil ne pourront plus refuser de marier des couples homosexuels.

Le nouveau gouvernement hollandais apporte aussi du soutien pour des mesures d’austérité et des mesures répressives contre la classe ouvrière au niveau européen. La Hague appuie l’attitude dure prise par le gouvernement allemand envers la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Il approuve la constitution d’une Union bancaire européenne et appelle à une règlementation plus stricte de l’immigration en Europe, ce qui signifie que les frontières de l’Europe deviendront encore plus impénétrables pour les réfugiés et les immigrés.

Selon des informations parues dans la presse, le nouveau cabinet que Rutte doit présenter au début de cette semaine, comportera les sociaux-démocrates Jeroen Dijselbloem comme ministre des Finances et Lodewijk Asscher comme ministre des Affaires sociales et vice premier ministre. Diederik Samson reste dirigeant de la fraction parlementaire du PvdA.

Lodewijk Asscher, âgé de 38 ans, s’est fait un nom en tant qu’adjoint au maire d’Amsterdam chargé des affaires sociales. Avec la devise « Les enfants d’abord » il a exigé un vocabulaire de base que tout enfant devait connaître avant sa scolarisation. Pour les écoles, il a introduit un catalogue des performances, la soi-disant « norme Asscher ». Les écoles ayant de mauvais résultats aux examens sont soumises publiquement à la critique.

Ces mesures rappellent les méthodes de l’administration Obama aux Etats-Unis. Elles font porter aux enseignants et aux élèves la responsabilité des conditions misérables existant dans les écoles publiques et qui sont la conséquence des coupes budgétaires et d’autres problèmes sociaux et justifient ainsi la privatisation de l’éducation et celle d’autres services publics.

Malgré les attaques énormes contre les droits sociaux fondamentaux de la classe ouvrière contenues dans le contrat de coalition, le gouvernement n’a pas à craindre d’opposition de la part des syndicats ou du parti socialiste qui dispose de quinze députés au parlement. La seule critique à l’égard du contrat de coalition venue de la fédération syndicale hollandaise FNV est que le VVD et le PvdA parlent trop et n’investissent pas assez. Le dirigeant du Parti socialiste Emile Roemer exprima une opinion semblable lorsqu’il dit « le VVD économise de façon très stricte au lieu d’investir. C’est une honte ».

Article original, WSWS, publié le 3 novembre 2012


Articles Par : Elizabeth Zimmermann

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