Plusieurs soldats auraient participé au massacre des 17 civils afghans

"Les raids meurtriers sont chose courante"

Plusieurs soldats auraient participé au massacre des 17 civils afghans

De nombreux reportages réfutent la thèse voulant que le massacre de 17 civils afghans dimanche dernier soit l’œuvre d’un seul et unique tireur fou.

Le réseau iranien Press TV rapporte que « les forces étasuniennes ont ouvert le feu sur des civils afghans à l’intérieur de leurs domiciles » et que les résidents du village où la tuerie a eu lieu ont affirmé que « les forces étasuniennes ont ramassé par la suite 11 corps, dont ceux de quatre filles âgées de moins de six ans, et les ont brûlés ». (‘US forces burned bodies of Afghans after massacre’, Press TV, 12 mars 2012.)

Le PakTribune, un média pakistanais, rapporte également que des corps d’enfants ont été brûlés par des soldats étasuniens :

Un père afghan, affirmant que ses enfants ont été tués dans la folie meurtrière, a accusé des soldats d’avoir brûlé leurs corps après la tuerie. Des témoins ont déclaré à Reuters avoir vu un groupe de soldats étasuniens arriver vers 2 heures du matin dans leur village du district de Panjwai dans la province de Kandahar, entrer dans des maisons et ouvrir le feu. (US soldier opens fire, kills 16 Afghan civilians, PakTribune, 12 mars 2012.)

Haji Samad aurait perdu 11 membres de sa famille, dont ses enfants. Il a raconté à Reuters, en pleurs : « Ils [les Étasuniens] ont versé des produits chimiques sur leurs cadavres et les ont brûlés. » Le PakTribune ajoute :

Des voisins disent s’être réveillés au son des coups de feu de soldats étasuniens qui étaient saouls et riaient. « Ils étaient tous saouls et tiraient dans tous les sens », a déclaré Agha Lala, un voisin ayant visité l’une des maisons où des civils ont été tués. « Leurs corps étaient criblés de balles. » (Ibid.)

Insurgente rapporte pour sa part qu’au moins 20 militaires auraient participé au massacre.

Même les médias étasuniens mentionnent discrètement que d’autres soldats auraient participé à la fusillade, citant un législateur de la province de Kandahar, Abdul Rahim Ayubi :

Il est impossible qu’un seul soldat étasunien sorte de sa base, aille tuer au loin un certain nombre de personnes, brûle leurs corps, marche au moins 2 kilomètres et entre dans une autre maison, tue des civils et les brûle [...] (Mirwais Khan et Sebastian Abbot, Associated Press, Eyewitness to Afghanistan massacre saw U.S. gunman shoot his father, MercuryNews.com, 12 mars 2012.)

Mais dans ce reportage d’Associated Press, cette information vient en fin de reportage et après l’explication détaillée de la thèse du tireur fou. Après avoir évoqué la possibilité d’un acte concerté impliquant plusieurs soldats, on met cette hypothèse en doute et la thèse du tireur solitaire est renforcée par les affirmations suivantes :

Certains villageois ont dit à des officiels que les soldats étaient nombreux et ont entendu des tirs dans toutes les directions. Mais beaucoup d’autres on dit n’avoir vu qu’un seul militaire. L’OTAN a insisté pour dire qu’il n’y avait qu’un seul soldat. (Ibid.)

L’hypothèse du tireur solitaire n’est rien d’autre, selon certains auteurs, qu’une opération de relation publique visant à épargner l’image des troupes que les politiciens étasuniens, toutes factions politiques confondues, dépeignent comme des protecteurs des civils afghans.

Cette tuerie a fait les manchettes et est présentée comme un événement isolé. Pourtant, pour Kathy Kelly, activiste pacifique irlandaise en nomination pour le prix Nobel de la paix en 2003, ce genre de massacre est chose courante. Mme Kelly, coordinatrice de Voices for Creative Nonviolence, une campagne visant à mettre fin aux guerres menées par les États-Unis, s’est rendue en Afghanistan et en Irak à maintes reprises. Elle affirme que ces raids meurtriers se produisent régulièrement à travers tout l’Afghanistan.

En entrevue à Democracy Now, elle cite en exemple une tuerie en février où 8 bergers ont péri dans un raid d’hélicoptère et une autre en mars où 4 civils ont été tués par erreur. Elle explique pourquoi selon elle les États-Unis sont en Afghanistan :

On nous dit que les troupes étasuniennes sont en Afghanistan pour protéger les civils. Ce n’est pas vrai [...] Pourquoi les États-Unis sont en Afghanistan? Je crois que les États-Unis savent qu’ils ne peuvent pas s’en prendre à la Chine ou à la Russie, mais ils veulent être en mesure de poursuivre une guerre froide et avoir une longueur d’avance sur la Chine en pouvant contrôler le prix et la circulation des ressources qui passeraient par l’Afghanistan. C’est pour cette raison que les États-Unis veulent protéger leurs bases […] et leur ambassade [...] 

Par ailleurs, comme le racisme est au cœur des tactiques de l’Armée des États-Unis, l’hypothèse voulant que plusieurs soldats aient participé au massacre est fort probable. D’autant plus que cette tragédie s’ajoute aux événements récents des soldats urinant sur des cadavres et des Corans brûlés.
 

De nombreux vétérans étasuniens des guerres d’Irak et d’Afghanistan aujourd’hui membres du mouvement pacifique Irak Veterans Against the War (IVAW) ont dénoncé le traitement inhumain accordé aux civils des pays occupés et la déshumanisation dont ils font l’objet. Le site d’IVAW regorge de témoignages troublants et de récits d’horreurs dont sont constamment victimes les civils irakiens et afghans.

Mike Prysner, membre d’IVAW, raconte lors d’une conférence en 2008 comment l’armée enseigne et utilise le racisme et comment les termes « nègre du désert » (sand nigger) ou « tête de chiffon » (towel head) étaient avant tout employés par de hauts gradés, les rendant ainsi acceptables tout le long de la chaîne de commandement :

Ces termes étaient surtout employés par les vétérans de la 1re guerre du Golfe. Ce sont les mots qu’ils utilisaient lorsqu’ils incinéraient des convois de civils. Ce sont les mots qu’ils utilisaient lorsque ce gouvernement ciblait délibérément des infrastructures civiles, bombardait des réserves d’eau, sachant que cela tuerait des centaines de milliers d’enfants. Ce sont les mots que les Étasuniens ont utilisés lorsqu’ils ont permis à ce gouvernement de sanctionner l’Irak et c’est une chose que nous oublions, mais que nous ne pouvons pas oublier […] Depuis la création de ce pays, le racisme est employé pour justifier l’expansion et l’oppression : on appelait les autochtones des sauvages, on donnait toute sorte de noms aux Africains pour justifier l’esclavage et les vétérans du Vietnam connaissent une panoplie de termes utilisés pour justifier cette guerre impérialiste […]

Il a aussi fait part de son expérience avec le racisme sur le terrain en Irak :

Le racisme ne pouvait plus masquer la réalité de l’occupation. C’étaient des personnes, des êtres humains. Depuis, je suis rongé par la culpabilité chaque fois que je vois un vieillard comme celui qui ne pouvait pas marcher et sur lequel nous avons roulé avec une civière […] Je me sens coupable chaque fois que je vois une femme avec ses enfants, comme celle qui nous criait que nous étions pire que Saddam alors que nous la forcions à quitter son domicile. Je me sens coupable chaque fois que je vois une jeune fille comme celle que j’ai prise par le bras et trainée dans la rue. On nous a dit que l’on combattait des terroristes. Le vrai terroriste, c’était moi.

Articles Par : Julie Lévesque

A propos :

Julie Lévesque is a journalist and researcher with the Centre for Research on Globalization (CRG), Montreal. She was among the first independent journalists to visit Haiti in the wake of the January 2010 earthquake. In 2011, she was on board "The Spirit of Rachel Corrie", the only humanitarian vessel which penetrated Gaza territorial waters before being shot at by the Israeli Navy.

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