Qu’est-ce qui va changer avec Barack Obama ?

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« Dès que je serai président, je ferai front à la crise en prenant toutes les mesures nécessaires pour alléger la crise du crédit, aider les familles qui travaillent dur, et restituer croissance et prospérité » : c’est ainsi que Barack Obama, dans sa première conférence de presse, a réaffirmé le concept qui, dans sa campagne électorale, lui a valu les faveurs des « mères et des pères qui n’arrivent pas à dormir parce qu’ils se demandent s’ils arriveront à payer leur emprunt ». Aux Etats-Unis, a-t-il dit dans son discours de victoire, « il ne peut pas y avoir un Wall Street  qui prospère tandis que Main Street (l’homme de la rue) souffre ».

Mais qu’est-ce qui a engendré la crise ? Justement la tentative de faire vivre « Main Street » au-dessus des possibilités offertes par l’économie étasunienne, en incrémentant la consommation des familles pendant qu’on réduisait leur revenu réel. On a produit cela en leur donnant un vaste accès au crédit. Les banques ont consenti des prêts et des emprunts non seulement aux familles dont le revenu baissait en l’absence d’augmentations des salaires, mais même aux clients ninjia (no income, no job and assets), c’est-à-dire à des personnes dépourvues de revenu, de travail et de patrimoine. Les emprunts, surtout ceux subprimes dont le remboursement était en suspens, ont été cédés par les banques à des sociétés tierces qui, à leur tour, ont émis des titres dont la valeur était garantie par le remboursement des emprunts. Ces titres sans valeur, insérés parmi des titres valides dans ce qu’on appelle des « saucisses financières » garanties par les agences de rating ont été vendus dans le monde entier à des investisseurs aussi bien institutionnels que privés. L’explosion de cette bulle spéculative a conduit à la crise mondiale, à l’origine de laquelle se trouve la prétention des Etats-Unis, qui a l’économie la plus endettée du monde, de vivre à crédit en faisant payer le reste du monde.

Aux USA, à l’endettement des familles s’ajoute celui de l’Etat (10 mille milliards de dollars, plus des deux tiers du PIB) nourri par une dépense militaire qui a grimpé à plus d’un quart du budget fédéral. Pour les guerres en Irak et en Afghanistan, les USA ont dépensé jusqu’à  présent  presque 900 milliards de dollars. « Mission accomplie » avait annoncé Georges Bush, triomphal, après avoir envahi l’Irak en 2003, mais la résistance irakienne a enrayé le mécanisme qui devait pomper du pétrole à bas prix pour l’économie étasunienne, en compensant l’endettement croissant. La dette totale étasunienne a ainsi dépassé les 50 mille milliards de dollars. Pour réduire la dette, les USA devraient redimensionner de façon drastique le niveau de leur consommation, à commencer par celle de l’énergie (avec une population de 5%  de la population mondiale, ils consomment 25% du pétrole mondial). Ils devraient faire des coupes importantes dans la dépense militaire, en renonçant à leur prétention de dominer le monde (alliés compris) par la force des armes.

Mais est-ce la voie que le nouveau président entend suivre ? Dans son discours de la victoire, il affirme que « la véritable  force de notre nation provient non pas de la force des armes mais de nos idéaux ». Cependant, il avertit ensuite : « Nous vaincrons  ceux qui veulent mettre le monde en pièces ». Il annonce donc que les USA poursuivront la « guerre globale à la terreur ». Et quand il  rappelle « les courageux américains (étasuniens, NdT)  qui risquent leur vie pour nous dans les déserts de l’Irak et dans les montagnes  de l’Afghanistan », il indique qu’il n’entend pas renoncer à l’instrument de la guerre pour contrôler des zones d’intérêt stratégique  pour les Etats-Unis. Quand il affirme qu’ « une nouvelle aube du leadership américain est à portée de main  » il réaffirme le concept d’un ordre mondial  centré  sur le leadership étasunien, à l’intérieur duquel chaque pays doit avoir un rôle conforme aux intérêts des USA.  D’où la justification de l’emploi des forces armées étasuniennes partout dans le monde où surgiraient des facteurs d’instabilité qui pourraient mettre en danger la stabilité fonctionnelle des intérêts et du leadership des Etats-Unis d’Amérique.

Le « multilatéralisme » qui devrait caractériser la politique étrangère de l’administration Obama a déjà été lancé par celle de Bush. Celle-ci a invité le Groupe des 20 (dont font partie, outre le G7 et la Russie, la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite, le Mexique et l’Union européenne) à un sommet  qui se tiendra le 15 novembre à Washington. Obama n’y participera pas, mais il rencontrera en particulier les leaders des pays du G-20. Objectif principal : faire en sorte que les pétromonarchies  arabes et la Chine, dont les exportations  sont en grande partie dirigées vers les Etats-Unis et, de ce fait, ont intérêt à en soutenir  l’économie, continuent à acquérir des titres étasuniens. En même temps, l’administration Bush a commencé à travailler à un plan que l’administration Obama entend poursuivre : diminuer la présence militaire en Irak, en s’assurant cependant  le contrôle du pétrole à travers des alliances avec des groupes de pouvoir, et l’augmenter en Afghanistan, en y impliquant de plus en plus ses alliés. C’est ainsi  que l’Italie aussi (et la France, NdT) sera appelée à contribuer au « nouveau rêve américain ».

Cet article a été publié dans une version raccourcie dans l’édition de mardi 11 novembre 2008 de Il manifesto, à la rubrique Courrier et commentaires (NdT).

Reçu de l’auteur pour diffusion et traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Articles Par : Manlio Dinucci

A propos :

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire "L'art de la guerre" au quotidien italien il manifesto. Il est l'auteur de Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013 ; Geografia del ventunesimo secolo, Zanichelli 2010 ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, Ed. DeriveApprodi 2005.

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