Soldats et paysans, égaux à mourir

La mondialisation apporte technologie et richesse, la guerre produit liberté, démocratie et bien-être. Des axiomes fantomatiques de ce genre, acceptés comme verbe révélé depuis 20 ans, sont à présent tragiquement et définitivement démolis par des statistiques irréfutables sur les suicides de masse que l’une et l’autre provoquent dans un crescendo effrayant.

Le ministère de l’intérieur indien a communiqué que de 1997 à 2005, 150 mille paysans se sont donné la mort, deux tiers dans les états agricoles du Maharastra, Andhra Pradesh, Karnataka et Maya Pradesh. Ce même ministère a ajouté que la tendance a subi une accélération après 2005, et que les totaux ne concernent que les propriétaires de petites exploitations agricoles et pas la main d’œuvre et les femmes. La même source a mis en évidence l’utilisation de pesticides  comme méthode choisie par les paysans pour se donner la mort.

Les causes les plus évidentes d’exaspération qui ont conduit à ce geste ultime sont la suppression totale des investissements gouvernementaux, la diffusion de l’ « agro business » et des monocultures, l’écroulement des prix et l’augmentation des coûts, l’endettement accompagné de la suppression des petits crédits bancaires, les importations à bas prix du coton et des autres produits des Etats-Unis et de l’Union européenne grâce aux subventions gouvernementales des exportateurs, la carence croissante d’irrigation due non seulement  à des raisons climatiques mais à la consommation en augmentation de cette ressource vitale qu’est l’eau, consommation due à l’industrialisation, l’urbanisation et à de véritables méfaits des multinationales            .

En contraste avec cette désertification humaine du secteur agricole, le puissant développement technologique de l’Inde, désigné comme modèle pour tout le monde industrialisé par Federico Rampini dans « La Speranza Indiana » (L’Espoir Indien). Des modèles de ce genre, nous en avons eu des tas dans le dernier quart de siècle : il n’est que de penser aux cas du Japon et des tigres asiatiques des années 80, aujourd’hui commodément relégués au grenier.

Venons en maintenant à la guerre perpétuelle aux terrorisme et régimes dictatoriaux bien sélectionnés qui devrait  rendre à ces pays la démocratie et le bien-être : la vérité est que sur le champ de bataille, les croisés de la liberté ne croient pas à la sainteté de leur mission ; ils souffrent comme des bêtes et ont  eux aussi recours au suicide comme solution finale de leurs peines. Ces jours derniers,  à la suite d’une enquête de la chaîne télévisée Cbs, on a appris que le nombre des militaires étasuniens suicidés sur les champs de bataille irakien et afghan –ou après leur rapatriement- a été de 6.265 rien qu’en 2005, auxquels s’ajoutent les 3.865 morts sous le feu ennemi, pour un total de 10.121 morts. Avec le crescendo de ces deux dernières années, ce total devrait avoir dépassé les 15.000.

Mais beaucoup de gens doutent des données fournies par le Pentagone, et Cbs : dans ce bilan macabre ne figurent pas par exemple les anciens combattants qui se sont donné la mort deux ans après leur rapatriement, comme du reste ne figurent pas les militaires décédés, après cette même période, à cause des maladies ou mutilations subies sur le champ de bataille. Ce qui prévaut par contre dans les analyses du Pentagone, c’est un grand optimisme pour une modeste réduction des morts après l’envoi de 36 mille soldats supplémentaires, à partir de janvier de cette année. Du « nation building », de l’advenue de la démocratie, de la liberté et d’un nouveau bien-être en Irak et en Afghanistan, ce n’est pas la peine d’en parler.


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Edition de vendredi 23 novembre 2007 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/23-Novembre -2007/art34.html


Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Articles Par : Lucio Manisco

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