Syrie: Manœuvres militaires en Jordanie…simple message ou signes avant-coureurs d’une opération militaire conjointe de 19 pays

Syrie: Manœuvres militaires en Jordanie...simple message ou signes avant-coureurs d’une opération militaire conjointe de 19 pays

Lorsque les manœuvres militaires de grande envergure ont débuté en Jordanie, sous commandement des États-Unis avec participation de 19 pays arabes et étrangers, et sous la dénomination « el-assad el-mutaaheb » ou « lion en alerte » [1], il était logique de se demander s’il existait un lien quelconque entre ces manœuvres et ce qui se passe en Syrie. Mais les personnes concernées n’ont pas tardé à exclure toute relation entre cet exercice militaire international et les affaires syriennes. Où est la vérité ? Que se cache t-il derrière ces manœuvres ? Quels en sont les objectifs ?

 

En science militaire, il est établi qu’on a recours à de tels manœuvres pour tester une formation militaire théorique, s’entraîner à coordonner des actions sur le terrain, ou se préparer à une opération militaire conjointe. Le premier de ces trois objectifs étant exclu, il convient  de s’intéresser aux deux autres en prenant obligatoirement en compte la réalité syrienne.

Il est désormais évident que depuis que l’étincelle du « Printemps arabe » a prétendument gagné la Syrie, l’Occident sous la direction des USA tente de compenser ses défaites des deux dernières décennies  en travaillant à détruire la Syrie, isoler le Hezbollah puis, encercler l’Iran tout en empêchant l’Irak de rejoindre « l’arc de la Résistance », un front du refus qui s’étend de l’Iran jusqu’aux aux frontières de la Palestine.

Les Occidentaux ont sous-estimé les difficultés croyant qu’ils avaient affaire à un gouvernement syrien fragile, à un État abandonné par ses citoyens, et à une armée croulant sous les charges et la fatigue. Partant de là, ils avaient imaginé que le résultat de leur offensive contre la Syrie était garanti et qu’ils pourraient, à coup sûr, se débarrasser d’un tel « régime ». C’est pourquoi, quelques semaines seulement après la fameuse étincelle printanière et avant même de distinguer les fils noirs des fils blancs, les États-Unis et les états qui leur sont inféodés se sont précipités pour mettre en œuvre un plan progressif, mais accéléré, pour dénigrer la légitimité du gouvernement syrien, faire suspendre la Syrie  des instances de la Ligue arabe, avant de lui imposer toutes sortes de sanctions économiques et politiques. Ce faisant, les planificateurs du plan étaient sûrs d’eux-mêmes et sont allés jusqu’à choisir la date du renversement souhaité pour Mai 2011… puis Août 2011… date définitive, selon eux, de la victoire de l’alliance occidentalo-sioniste et de ses agents arabo-islamiques sur la Syrie.   

La réalité sur le terrain fut toute autre. Le peuple syrien ne s’est pas laissé duper par les média-mensonges  et n’a pas cédé à leurs provocations ; l’armée a témoigné de sa cohésion, de sa force, et de son courage en assumant le lourd fardeau de la situation ; les autorités ont montré sagacité, sang froid et nerfs d’acier… autant de surprises qui ont plongé l’ennemi dans une stupeur oppressante. Puis est arrivé le coup porté par une stratégie inattendue, celui donné par les prises de position de la Russie et de la Chine, suivi de leurs deux vétos répétés au Conseil de sécurité et prononcés contre une agression frauduleuse de l’OTAN et de ses alliés par des frappes militaires analogues à celles qui ont détruit la Libye.

 

C’est à partir de Septembre 2011 que l’Occident a acquis la certitude  que le Président Bachar al-Assad ne pourra pas être renversé par une  « révolution colorée, pré-conditionnée, et truquée », actualisée par de prétendues manifestations civiles, parce que la grande majorité du peuple syrien le soutient, parce que  la  soi-disant    « Armée Syrienne Libre » est une supercherie incapable de renverser le gouvernement par la force militaire en dépit de l’arrivée soutenue de bandes terroristes venues de plusieurs pays arabes et islamiques, et parce que la porte du Conseil de sécurité est désormais fermée devant une intervention militaire de l’OTAN. Il ne restait plus à la coalition occidentalo-sioniste, armée de ses agents arabo-islamiques, que d’adopter  la stratégie de la vengeance et du chaos dans le but de perturber le pays, d’en torpiller la stabilité et la sécurité jusqu’à paralyser toutes ses capacités ;  et ainsi, préparer le terrain à une intervention militaire qui se passerait allégrement d’une résolution du Conseil de sécurité [procédé irakien par excellence !]. C’est à ce stade que s’est manifestée l’outrecuidance des agents arabo-islamiques appelant  à armer l’opposition syrienne, suivie par la décision des États-Unis d’organiser un « exercice militaire » regroupant tous ces coalisés sur le sol  jordanien… énième tentative de pression sur la Syrie, doublée d’une préparation à  l’intervention militaire, en attendant  que le plan Annan ait bien rempli son rôle : gagner du temps et préparer le terrain !

Aujourd’hui, cette dernière manœuvre d’un « exercice militaire » conjoint est donc  en cours d’exécution avec la participation de 19 pays sur une période de deux semaines ; ce qui mène aux observations suivantes :

1. Les pays participants peuvent être classés en trois groupes fondamentaux auxquels s’ajoute un quatrième, hybride ; avec pour chacun de ces groupes son jeu spécifique contre la Syrie.

1.1. Le groupe des pays limitrophes de la Syrie [Turquie, Irak, Jordanie, Liban], supposés participer au blocus projeté durant l’opération militaire, et censés prêter leurs territoires comme couloirs de passage aux forces d’intervention.

1.2. Le groupe des pays du Conseil de Coopération du Golfe [CCG : Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn, Qatar, Koweït], chargés du financement des opérations et de la désinformation médiatique de l’opinion publique ; en plus de fournir « une couverture arabe » par l’implication de certains de leurs corps militaires.

1.3. Le groupe fondamental des pays de l’OTAN [Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Italie, Espagne], en tant que leaders politiques et forces militaires agissant au nom de cette organisation.

1.4. Le groupe hybride [Égypte, Pakistan, Australie, Ukraine, Brunei] dont la fonction essentielle est d’amener une dimension internationale, arabe et islamique, en plus du camouflage des objectifs propres à chacun de ces pays.

2. Quant aux ambitions et objectifs de cette dernière manœuvre des dirigeants des États-Unis, elle consiste à :

2.1. Délivrer un message pressant à la Syrie, lui signifiant qu’une action militaire internationale est en cours de préparation et que la « Plan Annan » était sa  dernière chance [plan auquel personne n’a cru et que certains  pays fondamentaux de cette coalition ont enterré avant même qu’il ne soit prétendument adopté].

 

2.2. Permettre aux pays participants de s’organiser en une sorte de « coopérative militaire » où chacun d’eux pourra ultérieurement assumer la fonction qui lui a été impartie.

2.3. Achever les préparatifs militaires en vue d’une intervention internationale en Syrie, une fois que le plan Annan aura été un échec [ce dont ils sont convaincus !].

3. Par conséquent la situation actuelle pourrait se résumer comme suit :

 

3.1.  Au cas où une  intervention étrangère directe et militaire était enfin rendue nécessaire aux yeux de l’opinion internationale suffisamment travaillée à cet effet,  les forces d’intervention seront prêtes à intervenir rapidement et efficacement pour renverser le gouvernement syrien, tel qu’il en a été en Libye.

3.2. Au cas où les émissaires terroristes et criminels sévissant en Syrie réussissaient à déborder l’État syrien ou à le faire abdiquer, ces mêmes forces d’intervention pourraient intervenir pour reprendre les choses en main et organiser la réalité qui leur convient.

 

3.3. Au cas où la Syrie résiste [ce qui est fort probable à la lumière des données réelles], ces forces d’intervention auront le mérite d’exister et d’avoir distribué les rôles pour alimenter les besoins des gangs terroristes oeuvrant sur le sol syrien, interdisant ainsi la restauration de la stabilité et de la sécurité ; ce qui leur permettrait de gagner du temps avant de revenir à charge dans deux ans !

4. Quant aux objectifs supplémentaires que cette manœuvre devrait pouvoir atteindre, ils concernent essentiellement le traitement des réfugiés et le transfert des populations ; ce qui est en relation directe avec les visées inavouées touchant aux questions du changement démographique et aux manipulations visant à déplacer les civils en « évacuant » et  « vidant », comme cela s’est produit pour les chrétiens d’Irak. Autrement dit, pousser au départ les habitants de certains quartiers et villages chrétiens tombés entre les mains des terroristes. Ici, il faudrait se demander sérieusement si  l’Occident ira plus en avant dans le tri et l’émigration forcée de cette population ; sans oublier comment  ont été fabriqués les prétendus réfugiés syriens, avant même qu’ils n’aient franchi le seuil de leurs maisons ; et sans oublier comment la Turquie a dressé par avance  des tentes pour les accueillir, puis les a empêchés de faire le chemin inverse lorsqu’ils ont voulu regagner leurs foyers.

5. Une dernière remarque indispensable concerne la participation du Liban et de l’Irak. Il est clair  que les déclarations de ces deux pays vont à l’encontre des objectifs réels de cette manœuvre dirigée contre la Syrie. Il n’empêche que l’on pourrait soulever la question de savoir si quelque chose a changé, puisque certains justifient leur participation « obligée » par la nécessité de ne  pas se laisser écarter d’un événement régional militaire et sécuritaire de première importance, ou encore par la nécessité de ne pas rompre leur lien avec les États-Unis desquels ils dépendent d’un point de vue militaire. Quoiqu’il en soit, nous ne pouvons imaginer  que ces deux pays puissent se retourner contre la Syrie ; ceci pour des considérations d’ordre subjectif et objectif, liées  à ceux qui y détiennent le pouvoir de décision, et aux  circonstances.

Pour toutes ces raisons nous ne pouvons pas croire ceux qui disent que ces manœuvres militaires en Jordanie n’ont rien à voir avec les affaires syriennes. Nous disons qu’elles n’auraient pas eu lieu sans la défaite des Etats-Unis en Syrie, et qu’elles font partie intégrante d’un plan visant à transformer l’essai. Réussiront-ils à atteindre leurs objectifs ?

Pour répondre à cette question, nous n’exposerons pas ce que nous avons maintes fois répété quant à l’impossibilité d’une intervention militaire étrangère en Syrie, et à l’improbabilité que le terrorisme puisse atteindre ses objectifs. Il n’en demeure pas moins que subsiste le danger d’une déstabilisation permanente recherchée par tous ces plans successifs, et qui risque de plonger le peuple syrien dans une souffrance insupportable, souffrance ordonnée par l’Étranger, souffrance infligée par l’Arabe et le Musulman, souffrance dont la victime sera un arabe ou un musulman et tous les autres innocents, mais souffrance qui n’empêchera pas une nouvelle défaite des États-Unis !

Dr Amin Hoteit

21/05/2012

Article original : Al-Thawra

http://thawra.alwehda.gov.sy/_kuttab_a.asp?FileName=2514171020120521013612

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

[1]Des manœuvres géantes, mais “pas dirigées contre la Syrie”

http://www.courrierinternational.com/breve/2012/05/16/des-manoeuvres-geantes-mais-pas-dirigees-contre-la-syrie

Articles Par : Amin Hoteit

Sur le même sujet:

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: media@globalresearch.ca

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

For media inquiries: media@globalresearch.ca