États-Unis – Chine – Russie : Le partage du monde

 «Si vis pacem para bellum»

 «Qui veut la paix, prépare la guerre.»  

Végèce

Des bruits de bottes annoncent une année 2012 qui ne sera pas de tout repos pour les damnés de la Terre. Le Printemps arabe s’est terminé dans le chaos le plus total pour les peuples qui ont compris qu’ils ont été manipulés, que l’ancien ordre avec les tyrans laïcs a fait place, avec la bénédiction du même Occident, à des dirigeants dont l’Islam serait «modéré», tout aussi complaisants avec l’Occident, notamment en leur ouvrant grandes les portes du pays pour qu’ils se servent et dans le même temps, ils ont l’autorisation de faire ce qu’ils veulent pourvu qu’il n’y ait pas trop de vagues… A titre d’exemple, on dit que le chaos règne en Libye -110 morts aux derniers accrochages-et que chaque ville a son seigneur de la guerre. L’insécurité règne à telle enseigne que les Occidentaux s’attachent les services de sociétés spécialisées pour leur sécurité. Pour l’histoire, cela a commencé en Irak avec les sociétés privées qui faisaient la guerre par procuration. Tout le monde se souvient des méfaits de Blackwater. Il semble que la guerre va de plus en plus être privatisée.

Manlio Dinucci nous en parle:

«Quel est le métier le plus dangereux dans les forces USA/Otan en Afghanistan? Pas celui de soldat, comme il pourrait sembler, mais de contractor (sous-traitant, NdT). Selon les données officielles, ont été tués en Afghanistan, l’an dernier, plus de contractors de compagnies militaires privées états-uniennes que de soldats de l’armée états-unienne: 430, contre 418. (…)Selon les données officielles, opèrent en Afghanistan pour le compte du Pentagone, plus de 113 mille contractors de compagnies privées, tandis que les soldats états-uniens sont environ 90 mille. Les contractors sont pour 22% des citoyens états-uniens, pour 31% d’autres pays et 47% des Afghans. Dans la zone du Commandement central états-unien, qui comprend aussi l’Irak, les contractors du Pentagone sont plus de 150 mille.(…) Ceux-ci sont fournis par un oligopole de grandes compagnies, structurées comme de véritables multinationales. Parmi les plus qualifiées, la Xe Services Llc (auparavant connue comme Blackwater) qui fournit des «solutions innovantes» au gouvernement états-unien et à d’autres. La DynCorp International, qui s’autodéfinit comme une «entreprise globale multiforme», spécialisée en «imposition de la loi, peacekeeping (maintien de la paix… NdT) et opérations de stabilité». (…)La stratégie des privatisations, avec laquelle on démolit le bien public à l’avantage des élites économiques et financières dans les mains desquelles se trouve le pouvoir réel, est donc valable aussi pour la guerre. (…)Ce qui n’est par contre, pas privatisé c’est la dépense pour la guerre qui, payée en deniers publics, accroît la dette qui retombe sur la majorité des citoyens.» (1)

La réalité des guerres

 

Il ne faut pas croire que les guerres n’obéissent pas à une logique implacable qui est celle de la suprématie multidimensionnelle. Depuis quelque temps, les médias occidentaux reprochent à la Chine et à la Russie leurs instincts guerriers en modernisant leurs armées. La guerre, le racisme et la discorde, moteurs de notre Histoire et déterminants historiques, piliers des religions judéo-chrétiennes, fondements de l’Ancien Testament, sont omniprésents dans notre culture occidentale. Au contraire, les textes fondateurs de l’Empire du Milieu sont remarquables pour leurs réflexions sur la paix, l’importance de la diplomatie et de l’équilibre.

Dans une contribution percutante lue sur Agoravox, nous lisons à propos de la Chine et des Etats-Unis la comparaison des vertus guerrières:

« La Chine, deuxième puissance économique et militaire du monde, avec quatre fois plus d’habitants que les Etats-Unis, n’est à l’origine, sur le théâtre international depuis 30 ans, que de très peu de guerres et de coups d’Etat, relativement aux Etats-Unis. Nous connaissons aujourd’hui le nombre de pays où la CIA a organisé des coups d’Etat contre des dirigeants élus démocratiquement. Tout le monde se souvient des images poignantes des derniers moments de Salvador Allende au Chili, mais le moindre historien peut répertorier des dizaines d’autres pays d’Amérique latine, du Moyen-Orient ou d’Asie, où des gouvernements ont été renversés par les Etats-Unis pour mettre en place des régimes favorables et souvent liberticides. (…) La guerre donc, et la conquête par la force, omniprésente dans les textes fondateurs de notre culture, est le fondement des empires coloniaux occidentaux, et de l’Empire américain, qui est le prolongement naturel de ceux-ci ». (2)

« Après l’écroulement du bloc communiste, les Etats-Unis ont bénéficié d’un court moment historique, où ils ont dominé le monde sans rival. Aujourd’hui, un nouveau monde bipolaire est en train de voir le jour sur la scène internationale, et un bras de fer a lieu à l’endroit où nos guerres se jouent depuis toujours, sous le sable de Syrie… Il se terminera ensuite en Iran. Et nous irons soit vers la Guerre – si les occidentaux ne transigent pas sur leur vision du monde-, soit vers la paix- s’ils se mettent d’accord avec la Chine qui ne veut rien d’autre qu’un monde dans lequel elle puisse étendre son empire économique. Autrement dit, il ne reste plus aux Occidentaux que le choix d’embrasser la Chine, ou d’embraser le monde avec la première véritable guerre mondiale.(…) Mais comme d’habitude, les véritables enjeux sont économiques. Le temps est compté pour les Américains et ils le savent. Il leur faut agir vite, et les «révolutions arabes» sont peut-être l’autre nom, d’une dernière opération désespérée de l’empire américain pour verrouiller une région stratégique. (2)

On l’aura compris, les Chinois observent avec agacement les velléités américaines de mettre un cordon sanitaire. Ils voient d’un très mauvais oeil la tentative d’encerclement par le déploiement jusqu’à 2 500 marines en Australie. Selon une dépêche de l’AFP, le président chinois Hu Jintao a appelé mardi 6 décembre à la marine de se préparer pour le combat militaire, au milieu de la montée des tensions régionales sur les différends maritimes et d’une campagne américaine de s’affirmer comme une puissance du Pacifique. S’adressant à la puissante Commission militaire centrale, Hu a déclaré: «Notre travail doit étroitement encercler le thème principal de la défense nationale et la construction militaire.» L’agence de nouvelles officielle Xinhua a cité le président que de dire que la marine chinoise devrait «faire des préparatifs pour la guerre prolongée». (3)

Une analyse sur le site Oulala permet d’expliquer pourquoi la Chine modernise son armée

« étant donné qu’au stade impérialiste de développement économique mondial, tous les marchés, toutes les zones de ressources naturelles et toutes les aires d’exploitation de la main-d’oeuvre sont déjà accaparés par l’une ou l’autre des puissances impérialistes en piste, la Chine n’a pour alternative que de mener des guerres commerciales, financières et monétaires de conquête afin de repartager les zones d’influence et d’exploitation hégémoniques. Pour le moment, les méthodes d’expansion chinoise sont différentes des méthodes utilisées par les États-uniens. Pour sa première phase d’expansion impérialiste, la Chine joue la conciliatrice et tente, autant que faire se peut, d’apaiser le jeu de la concurrence entre les trois blocs impérialistes opposés, l’Union de l’Euro, l’Alena du Dollar, l’Alliance de Shanghai du Yuan -. Mais cette retenue et cette diplomatie ne doivent pas faire mirage, la Chine impérialiste commence à s’armer et quand les États-Unis deviendront trop menaçants – eux qui viennent de déplacer leurs flottes de guerre vers le Pacifique, l’Empire du Milieu sera prêt à riposter.»(4) 

L’auteur nous donne ensuite un aperçu de la puissance de frappe technologique de la Chine:

« Voici le portrait d’un géant au pays des superlatifs. Prenez garde cependant, ces statistiques éloquentes de puissance dissimulent la Chine d’en bas, celle de l’arrière-pays, la Chine du tiers-monde. Son Produit intérieur brut (PIB) est de 8765 MM $ (2e) et il croît en moyenne de 9 à 11% par année (contre 1 à 3% hors inflation pour les pays impérialistes en déclin) (3). Le PIB par habitant est de 8600 $ (95e), par contre, 55 millions de Chinois gagnent plus de 45.000 $ par année et la Chine compte 271 milliardaires «rouges» et 960.000 millionnaires «pourpres»;(…) La Chine consomme 2,43 milliards de tep d’énergie annuellement (1er). Elle produit 4,206 TWh d’électricité majoritairement d’origine thermique (charbon) dont 721 TWh d’origine hydroélectrique. (…) Le million quatre cent mille chercheurs chinois (2e) oeuvrant dans plus de mille centres de recherche ont déposé 391.000 demandes de brevets d’invention (2e). Le rythme d’augmentation de ces dépôts est de 20% par année depuis 2003 (1er). La Chine est déjà le deuxième dépositaire de brevets en nanotechnologie.. »(4)

« Enfin, la Chine consacre 1,75% de son PIB à la R&D. Le 12e Plan quinquennal prévoit que ce sera 2,2% en 2015 La Chine opère son premier porte-avions militaire, le Shi Lang (ex-Varyag russe réaménagé), affrété par l’APL (302 mètres et 67.000 tonnes pour 50 avions de combat embarqués). Trois autres porte-avions militaires entièrement chinois sont en construction à Dalian et à Jiang nan près de Shanghai. Les États-Unis détiennent onze porte-avions plus puissants et voudraient les remplacer mais n’ont pas les crédits requis. En 2010, la République populaire a fait voler son premier avion de combat de 5e génération, le furtif j-20 un biréacteur comparable au F-35 JSF et au F-22A américains. La Chine produit en série le char d’assaut de 4e génération le 99KM, un mastodonte de 75 tonnes, 2100 CV, canon de 155 mm pour missiles à tir téléguidé (brouillage des dispositifs optiques adverses à bord.).»(4)

Les dernières informations reprises en boucle présentent la «menace chinoise.

« Le budget de défense chinois devrait atteindre 238,2 milliards de dollars en 2015. Pour autant, la Chine essaie bien de moderniser son armée depuis plusieurs années. En août 2011, le rapport annuel du Pentagone sur l’armée chinoise soulignait la modernisation accélérée de l’appareil militaire chinois. Amélioration ses systèmes radar, accroissement de sa flotte de sous-marins d’attaque et rénovation de ses navires de guerre: les mesures prises par Pékin inquiètent le ministère de la Défense américain, qui craint un futur bouleversement des équilibres géopolitiques en Asie. (…)Pas vraiment de quoi inquiéter la puissance militaire américaine, qui dispose du budget le plus important au monde, avec 768 milliards de dollars (552,11 milliards d’euros) en 2011.((5)
Pour rappel, les dépenses militaires par habitant (2009): USA = 2141$ – Chine = 75$ – France = 977$; dépenses militaires en pourcentage PIB (2009): USA = 4,7% – Chine = 2,2% – France = 2,5%. On le voit, la vertu guerrière est occidentale.»

Même la Russie a compris qu’il fallait rattraper son retard. Vladimir Poutine a estimé, lundi 20 février, que la Russie avait besoin de renforcer son armée afin de se protéger contre les tentatives étrangères d’allumer de nouveaux conflits à ses frontières. Le Premier ministre russe explique dans un article que la Russie devra dépenser 23 000 milliards de roubles (786 milliards de dollars) pour moderniser sa défense au cours de la décennie à venir. De nouveaux conflits régionaux et locaux sont allumés juste sous nos yeux, écrit-il dans un article publié en première page de Rossiskaïa Gazetta,.

« Il y a des tentatives pour provoquer de tels conflits à la proximité immédiate des frontières de la Russie et de nos alliés.» Lundi, le Premier ministre sortant a visité une usine de fabrication de nouveaux chasseurs furtifs à Komsomolsk sur l’Amour, dans l’Extrême-Orient russe. Il a également examiné un T-50, présenté par les Russes comme le concurrent de l’avion furtif américain F-22. Vladimir Poutine accuse les puissances étrangères d’aider l’opposition à organiser des manifestations contre son gouvernement. Il estime que la Russie, qui a mis avec la Chine un veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Syrie au début du mois, doit pouvoir compter sur une armée forte pour que sa position soit prise en compte par les autres puissances. «Dans ces conditions, la Russie ne peut pas dépendre uniquement des moyens diplomatiques et économiques pour résoudre un conflit», écrit-il encore.» (6)

 

Et l’Iran c’est pour quand?

En réponse à la montée de l’hostilité occidentale envers l’Iran, le major-général Zhang Zhaozhong a remarqué que «.la Chine n’hésiterait pas à protéger l’Iran même si cela doit déclencher une troisième guerre mondiale» (…) L’ambassadeur de la Chine à l’ONU a prévenu le directeur de l’Aiea, de ne pas fabriquer de preuve ´sans fondement´´ afin de justifier une attaque sur l’Iran» Prémonition, encore une fois on apprend que l’Aiea vient d’arrêter ses discussions accusant l’Iran de programme nucléaire militaire. La doxa occidentale a réussi à faire admettre qu’il ne s’agit plus de discuter ou non du programme nucléaire, la question est quand l’Occident attaquera l’Iran. Naturellement, Israël doit le faire par légitime défense.
David Isenberg du journal «Asia Times» avec un rare cynisme attise le feu, parle du principe que l’attaque de l’Iran est acceptée. L’auteur décrit la difficulté, évalue les chances et donne son avis sur la façon d’agresser l’Iran, un pays qui n’est en guerre contre personne: «Si on part du principe que l’attaque se ferait par avion, reste à savoir par où les appareils passeraient pour toucher des objectifs situés à 332 kilomètres à l’intérieur du territoire iranien. Ils peuvent passer soit par l’Arabie Saoudite, soit par l’Irak, peut-être même par la Jordanie. (…) Les Israéliens peuvent réussir en théorie, mais le risque d’échec est élevé. S’ils décident d’attaquer le site de Natanz, ils devront causer des dégâts suffisamment importants dès la première attaque parce qu’ils ne pourront pas procéder à des frappes sur les autres installations». Inquiet de la suite du raid, il demande implicitement aux Etats-Unis de prendre la relève: «Cependant, une fois que les appareils israéliens seront rentrés au bercail, l’Iran ne risque-t-il pas de réparer les dégâts et d’accélérer son programme nucléaire? Ou Israël part-il du principe que les Etats-Unis reprendront le flambeau et se lanceront dans une guerre à long terme avec l’Iran?» (7)

On le voit, la suite ce n’est plus le problème d’Israël, le programme détruit, Israël restera en toute impunité et contre le traité TNP, le seul à détenir 200 ogives à tétaniser la région et à faire enterrer définitivement la cause du peuple palestinien

Pour conclure il nous faut signer un évènement en apparence insignifiant ; le veto sino-russe qui pour la première fois dans l’histoire de l’Occident  impérial est un coup d’arrêt à l’hégémonie de l’hyper puissance américaine et de es vassaux. Ceci est significatif car plus rien ne sera jamais comme avant, les Russes et les Chinois échaudés une fois par la tromperie occidentale de la résolution 1973 de l’ONU avec la complicité de Ban ki Moon, ne veulent plus être pris de cours. Ils ont décidé de  se battre –pas pour les Arabes, il ne faut pas être naïf à ce point – mais pour leur survie. Ils ont la conviction que rien n’arrêtera dans son  vertige d’empire les Etats-Unis. Comme à l’approche de la deuxième guerre mondiale, tout le monde s’arme ou se réarme…   Le vieux proverbe, romain « si vis pacem, para bellum », était valable car la force décidait tout. Il est plus que jamais l’expression de la vérité. Les grands préparatifs de guerre mènent inexorablement à la guerre.

Sombre perspective pour l’humanité.

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Notes/Références

1. M. Dinucci L’art de la guerre http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=29280  

2. La Chine au service de la paix? Agoravox 14 février 2012

3. Joseph Watson et Yi Han: L’armée chinoise, Mondialisation.ca, le 2 décembre 2011

4. La Chine puissance impérialiste: http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article5509   17 02 12

5. D. Roucaute Comment la Chine développe son armée à marche forcée-Le Monde.fr 17.2.12

6. Vladimir Poutine vante les mérites d’une armée russe forte-Le Monde.fr avec Reuters 20.02.12

7. David Isenberg: Attaquer l’Iran: plus facile à dire qu’à faire Asia Times 21.02.2012

Articles Par : Chems Eddine Chitour

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