Êtes-vous prêt pour la prochaine crise ?

Les indices montrant que les États-Unis sont un État en faillite s’accumulent plus vite que je ne puis les noter.

L’un des signes révélateurs de la faillite d’un État, c’est que les escrocs sont à l’intérieur du gouvernement ; s’en servent pour préserver et favoriser leurs intérêts privés.

Une autre caractéristique évidente, c’est l’envol de l’inégalité de revenus, car les initiés manipulent la politique économique en faveur de leur enrichissement, au détriment de tous les autres.

L’inégalité de revenus aux États-Unis est aujourd’hui la plus outrancière de tous les pays. Le rapport de l’OCDE en 2008, « Distribution des revenus et de la pauvreté dans les pays de l’OCDE, » conclut que, dans les pays de l’OCDE, les États-Unis sont celui des plus grandes inégalités et du taux de pauvreté le plus élevé et, depuis 2000, nulle part ailleurs il n’y a eu une hausse aussi extrême de la disproportion des rétributions.

L’OCDE constate que la répartition des richesses aux États-Unis est encore plus inégalitaire que la répartition des revenus.

Le 21 octobre 2009, Business Week a signalé que le nouveau rapport du Programme de développement des Nations Unies a conclu que les États-Unis se classaient au troisième rang des États ayant les pires inégalités de revenus. Comme les numéros un et deux, Hong Kong et Singapour, sont essentiellement des villes-États, et non pas des pays, les USA ont en fait le déshonneur d’être la nation la plus inégalitaire dans la répartition des revenus.

Au 21ème siècle, l’augmentation brusque de l’inégalité des revenus aux États-Unis a coïncidé avec la délocalisation de l’emploi, qui a enrichi les cadres de « primes de performance, » tout en appauvrissant la classe moyenne, et avec l’expansion rapide des produits dérivés de gré à gré non réglementée, qui on enrichi Wall Street et la finance au détriment de tous les autres.

Des millions d’Étasuniens ont perdu leur maison et la moitié de leur économies de retraite, tout en étant écrasés par la dette publique du renflouage des bangsters qui ont créé la crise des produits dérivés.

L’émission du 21 octobre de Frontline, The Warning, documente comment Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale, Robert Rubin, secrétaire au Trésor, Larry Summers, secrétaire adjoint au Trésor, et Arthur Levitt, président de la Securities and Exchange Commission, ont empêché Brooksley Born, chef de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), de s’acquitter de ses obligations légales et de réglementer les produits dérivés de gré à gré.

Après que la pire crise de l’histoire financière des Etats-Unis se soit abattue, juste au moment où Brooksley Born a dit vouloir réglementer, un Alan Greenspan couvert de honte a été tiré de sa retraite pour expliquer au Congrès son assurance catégorique envers le manque de nécessité de réglementer les produits dérivés. Greenspan a même dit au Congrès que la réglementation des produits dérivés serait préjudiciable. Un pathétique Greenspan a dû admettre que l’idéologie du marché libre sur laquelle il comptait s’est révélée avoir une faille.

Greenspan peut avoir parié notre pays sur son idéologie du marché libre, mais quelqu’un croit-il que Rubin et Summers font autre chose que de protéger la fraude établie sur les énormes profits rapportés à Wall Street par les produits dérivés ? Comme Brooksley Born l’a souligné, les produits dérivés de gré à gré sont du « marché noir. » Il n’y a pas de transparence. Les régulateurs et les acheteurs n’ont aucune information sur eux.

Même après l’explosion de Long Term Capital Management en 1998, qui a nécessité son renflouage, Greenspan, Rubin et Summers sont restés droits dans leurs bottes. Greenspan, Rubin et Summers, et Arthur Levitt, un embauché crédule qui regrette à présent d’avoir été le dupe des bangsters, ont réussi à manipuler un Congrès totalement ignorant, en empêchant la CFTC de faire le travail pour laquelle elle est mandatée. Brooksley Born, empêché de protéger le public par les représentants élus du peuple, a démissionné. L’argent de Wall Street a tout simplement poussé les événements et écarté les régulateurs honnête, en garantissant l’inaction du gouvernement et la crise financière qui a frappé en 2008, qui continue d’empoisonner notre économie aujourd’hui.

En tenant le Trésor, la Maison Blanche, et la Réserve fédérale, les initiés de la finance ont transféré aux contribuables le coût de la catastrophe qu’ils ont créée. Quand la crise a frappé, Henry Paulson, nommé par le président Bush en remplacement de Rubin comme représentant de Goldman Sachs pour diriger le Trésor, a propagé la peur pour obtenir de « nos » représentants au Congrès, sans poser de questions, des centaines de milliards de dollars du contribuable (l’argent du TARP) pour renflouer Goldman Sachs et les autres malfaiteurs des produits dérivés non réglementés.

Dernièrement, à l’annonce de Goldman Sachs de payer d’énormes bonus à six et sept chiffres à chaque employé, l’indignation du public a éclaté. En défense des bangsters, sauvé par l’argent public, se payant des primes dépassant ce que la plupart des gens gagnent dans leur vie, Lord Griffiths, vice-Président de Goldman Sachs International, a déclaré que le public doit apprendre à « tolérer l’inégalité comme un moyen pour parvenir à une plus grande prospérité pour tous. » [Le public doit apprendre à « tolérer l'inégalité » des primes, dit le vice-président de Goldman Sachs]

En d’autres termes : « Qu’ils mangent de la brioche. » [C’est une phrase de Marie-Antoinette à l’intention du peuple qui n’avait plus de pain, utilisée parfois par les Anglais, ndt.]

Selon le rapport de l’ONU cités ci-dessus, la Grande-Bretagne a la 7ème répartition la plus inégale des revenus du monde. Après les bonus de Goldman Sachs, les Britanniques passeront dans la classe supérieure, rivalisant peut-être avec Israël pour la quatrième place dans la hiérarchie.

En dépit de la démence foncière des produits dérivés non réglementés, du niveau de colère élevé du public, et de la confession de Greenspan devant le Congrès, toujours rien n’a été fait pour réglementer les produits dérivés.

Gary Gensler, l’un des secrétaires assistants au Trésor de Rubin, a remplacé Brooksley Born à la tête de la CFTC. Larry Summers est le chef du National Economic Council du Président Obama. Timothy Geithner, un ancien fonctionnaire de la Réserve fédérale protégé de Paulson, dirige le Trésor d’Obama. Adam Storch, un vice-président de Goldman Sachs, a été nommé chef d’exploitation de la Securities and Exchange Commission.

Les bangsters sont toujours les patrons.

Existe-t-il un autre pays où, en pleine vue du public, d’une manière aussi flagrante, le gouvernement, avec sa coterie d’économistes du « libre marché » sous la main pour justifier le pillage pour la raison que « le marché serait mieux au courant, » sert à enrichir des intérêts privés ?

Un narco-État est vraiment détestable, mais les Etats-Unis dépassent cette horreur avec leurs finances d’État.

Comme dit Brooksley Born, si rien n’est fait, « ça va se reproduire. »

Mais rien ne peut être fait. Les escrocs tiennent le gouvernail.

[Note de Paul Craig Roberts : Le rapport de l'OCDE montre que, pendant les années Reagan, malgré la réduction du taux d'imposition, le taux d'accroissement de l'inégalité des revenus a diminué aux États-Unis. Au cours du milieu des années 90, le coefficient de Gini (mesure de l'inégalité du revenu) a même diminué. À partir de 2000, avec la nouvelle économie (essentiellement la fraude financière et la délocalisation de l’emploi), le coefficient de Gini a brusquement grandi fortement.]

Article original en anglais : vdare.com/roberts/091025_next_crisis.htm, le 25 octobre 2009.

Traduction : Pétrus Lombard

Paul Craig Roberts fut ministre des Finances adjoint dans l’administration Reagan. Il est coauteur de The Tyranny of Good Intentions. Il peut être contacté à l’adresse : PaulCraigRoberts@yahoo.com.

A propos :

Paul Craig Roberts, former Assistant Secretary of the US Treasury and Associate Editor of the Wall Street Journal, has held numerous university appointments. He is a frequent contributor to Global Research.

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