Tour de France : L’affaire Armstrong et les intérêts cachés du dopage

Diaboliser les athlètes dans l'intérêt des commanditaires

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Lance Armstrong, sept fois vainqueur du Tour de France, s’est vu retiré ses titres et banni de toute future participation à une épreuve cycliste en raison des accusations de dopages portées contre lui par l’Agence antidopage américaine (USADA) et maintenues par l’Union cycliste internationale (UCI).

Les accusations contre Armstrong ne sont pas liés seulement à son propre dopage, mais aussi pour le fait d’avoir organisé systématiquement le dopage de ses coéquipiers de l’équipe de vélo de la United States Postal Service (USPS).

Toute l’affaire jette de la lumière sur le monde du sport professionnel, où les drogues sont largement utilisées pour pousser les athlètes à des sommets apparemment surhumains et où ces mêmes athlètes sont glorifiés ou diabolisés par les médias lorsqu’ils gagnent ou perdent l’appui de leurs commanditaires privés.

La carrière d’Armstrong en tant que cycliste professionnel a commencé en 1992 avec l’équipe Motorola. Lors des quatre années suivantes, il a connu certaines réussites dans le cadre du Championnat cycliste du monde, la Clásica de San Sebastián, le Tour DuPont et le Tour de France.

Sa carrière fut interrompue en 1996 lorsqu’on lui a diagnostiqué un cancer des testicules qui s’était propagé au cerveau et aux poumons. Pendant cinq mois, il a combattu le cancer en subissant des chirurgies aux testicules et au cerveau et de la chimiothérapie intensive, jusqu’à ce qu’il vainque totalement le cancer. Il a recommencé à s’entraîner sérieusement en janvier 1998, relançant sa carrière lors du Tour de France.

Les accusations de dopage contre Armstrong remontent au moins à l’an 2000, lorsqu’il a été accusé d’utiliser de l’Actovegin, un produit chimique qui augmente l’oxygénation du sang.

Les preuves fournies par l’USADA sont suffisamment accablantes, mais cela ne règle pas les questions importantes soulevées par l’affaire Armstrong. Essentiellement, les autorités espèrent faire du cycliste un exemple et passer à autre chose. Les médias de masse, toujours à la recherche de scandales aux dépens de la vérité, vont, avec enthousiasme, se contenter de cela. Ils ne pousseront pas plus loin et ne vont instruire personne.

Voici les questions qui doivent être soulevées : Pourquoi le dopage est-il si omniprésent dans le cyclisme et dans d’autres sports professionnels ? Quels sont les intérêts financiers qui, en dernière analyse, en profitent ? Qu’est-ce que le phénomène nous enseigne sur les sports pour le profit et sur la société contemporaine dans son ensemble ? On peut affirmer sans crainte de se tromper qu’aucune des parties intéressées dans l’affaire Armstrong ne va daigner aborder l’une ou l’autre de ces questions.

La campagne contre Armstrong est menée avec le cynisme et l’hypocrisie habituels des différentes autorités sportives et médiatiques, qui changent totalement d’attitude lorsqu’un athlète tombe en disgrâce.

Les médias les plus en vue, qui ont déjà présenté Armstrong comme étant « l’un des plus grands athlètes américains de tous les temps » et qui pour plaisanter avait appelé le Tour de France le « Tour de Lance », sont maintenant dans une frénésie antidopage et anti-Armstrong. Le président de l’UCI, Pat McQuaid, a qualifié sa pratique de dopage d’ « extraordinaire ». Le champion déchu du Tour de France est traité de tricheur et de « plus grand imposteur de l’histoire du sport américain » (Yahoo! Sports).

La réaction à l’égard d’Armstrong a été rapide et impitoyable. Dans les deux dernières semaines, il s’est non seulement vu retirer la totalité de son palmarès au Tour de France, mais il a aussi perdu des commanditaires comme Nike, le fabriquant de vélos Trek et Oakley. Il a été obligé de quitter la présidence de Livestrong, une fondation de lutte contre le cancer qu’il avait lui-même mise sur pied. Amauray Sport Organization, le groupe qui organise le Tour de France, va retirer le nom d’Armstrong de son livre des records. Le Comité international olympique considère retirer à Armstrong la médaille de bronze qu’il avait remportée en cyclisme en 2000. McQuaid a déclaré : « Lance Armstrong n’a pas sa place en cyclisme ; il mérite qu’on l’oublie. »

Ces paroles sont absurdes. Même si Armstrong, qui est clairement un athlète hors pair, était la seule mauvaise influence dans tout le groupe, il ne pourrait être oublié. Mais comme cela est loin d’être la réalité, ces remarques ne servent qu’à masquer les questions gênantes.

Ce qui est encore plus révélateur, cependant, est qu’aucun vainqueur ne sera déclaré pour les années où Armstrong avait remporté le Tour de France. Cette décision n’a rien à voir avec l’esprit sportif, mais est due plutôt à la difficulté de trouver un remplaçant « net ». Depuis 1998, plus du tiers des cyclistes dans le top 10 aurait consommé des drogues pour améliorer sa performance ou a admis en avoir consommé. En 2003 et en 2005, seuls trois coureurs du top 10 n’avaient apparemment pas pris de drogue.

Et malgré tout, il n’y a jamais eu d’enquête sérieuse pour établir comment Armstrong et tant d’autres cyclistes, et leurs coéquipiers, ont pu se doper durant tout ce temps. Cela en dit bien plus long sur le caractère social du cyclisme professionnel, et des autres sports professionnels en général, que sur les faiblesses personnelles de Lance Armstrong.

La société Amaury Sport Organization est évaluée à 1 milliard de dollars et génère 200 millions $ en revenus chaque année. Des intérêts financiers importants sont en jeu dans le Tour de France : le budget de commandites annuel pour l’ensemble des équipes s’élève à 400 millions $. Environ un milliard de personnes suivent la course à la télé et 14,6 millions sont sur place pour voir les coureurs en action. Armstrong avait des revenus de 15 millions $ par année, surtout en commandites.

Les importants intérêts financiers en jeu signifient que les transnationales qui commanditent les cyclistes et l’événement lui-même, comme Nike, poussent sans pitié les athlètes à gagner à tout prix. Une pression constante est exercée pour que les records de vitesse et d’endurance soient battus. Cela mène presque inévitablement les cyclistes à utiliser des produits dopants afin d’obtenir le meilleur avantage.

C’est un problème que l’on retrouve à travers le sport professionnel. On n’a qu’à se rappeler l’hystérie autour du rapport Mitchell en 2007, qui détaillait l’utilisation de produits dopants dans le baseball.

Il y a un élément de tragédie dans le cas d’Armstrong, et dans le cas de tous ceux qui ont utilisé des produits dopants pour améliorer leurs performances athlétiques. Ces athlètes professionnels, qui s’entraînent intensivement afin de maximiser leur performance sportive et qui doivent minutieusement comprendre les stratégies et techniques impliquées pour remporter divers événements, sont forcés de se doper pour avoir un avantage sur leurs compétiteurs – dans l’intérêt, finalement, de créer plus de revenus pour ces sociétés. Leur santé immédiate ou les conséquences physiques à long terme ne sont l’objet d’aucune préoccupation.

En outre, aucune attention n’est portée à l’utilisation de produits dopants à l’extérieur du sport professionnel. Les athlètes collégiens sont de plus en plus poussés vers le dopage comme moyen de gagner des bourses d’études sportives ou d’entrer dans les ligues professionnelles. Cela peut s’accompagner de sévères conséquences physiques et psychologiques. Selon le rapport Mitchell, les utilisateurs de stéroïdes sont à risque de développer « des problèmes psychiatriques, des dommages cardiovasculaires et du foie, des changements radicaux à leur système reproducteur, des blessures musculo-squelettiques, et d’autres problèmes ». Les utilisateurs d’hormones de croissance humaines sont à risque de développer « le cancer, des dommages à leur système reproducteur, des problèmes cardiaques et thyroïdiens et une hyper-croissance des tissues conjonctifs et osseux ».

Armstrong a peut-être bien triché, mais ce devrait uniquement être le point de départ d’une enquête sociale beaucoup plus vaste. Il faut une enquête approfondie des pressions subies par les cyclistes et tous les athlètes professionnels – autrement dit, déterminer pourquoi l’utilisation de produits dopants est si répandue. Les vrais coupables, ceux dans les conseils d’administration qui poussent directement ou indirectement les athlètes à utiliser des drogues, doivent être tenus responsables.

 

Article original, WSWS, paru le 27 octobre 2012


Articles Par : Brian Dyne

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