Une étude indépendante pointe le danger de la nourriture génétiquement modifiée

Rejetée par les médias et l'industrie biotechnologique

Une étude indépendante pointe le danger de la nourriture génétiquement modifiée

« Non aux petites pommes de terres (génétiques) »
Par Joel Bleifuss, le 10 janvier 2000

In These Timesinthesetimes.com

En 1998, Arpad Pusztai, un chercheur de Rowett Research Institute à Aberdeen en Ecosse, a réalisé la première étude indépendante, non sponsorisée par l’industrie, en analysant la nourriture génétiquement modifiée (GM) et ses effets sur les mammifères. L’étude avait été entreprise pour déterminer si les gènes raccordés eux-mêmes pouvaient être préjudiciables aux mammifères qui les ingèrent. Toutefois, les données préliminaires de l’étude suggèrent quelque chose d’encore plus effrayant. Le processus de modification génétique effectif lui-même peut endommager les systèmes immunitaires et digestifs des mammifères.

L’étude de Pusztai constata que les rats nourris de pommes de terre transgéniques (où un gène d’une autre espèce a été inclus) montraient des organes endommagés, l’épaississement de l’intestin grêle, et un mauvais développement cérébral. Les pommes de terre transgéniques utilisées dans l’étude avaient été modifiées pour contenir de la lectine, une protéine agglutinante du sucre, afin de rendre les plantes résistantes aux parasites. Les réactions défavorables se sont seulement produites dans le groupe qui a été alimenté en pommes de terre transgéniques. Le groupe de contrôle, nourri de pommes de terre simplement mélangées à de la lectine provenant de la même source, était normal.

Ces résultats indiquaient que les réactions défavorables n’avaient pas été provoquées par la lectine supplémentaire, mais par le processus d’ingénierie génétique lui-même. « Tout le matériel GM utilisé actuellement a été créé en utilisant essentiellement la même technologie, » a dit Pusztai au Sunday Herald, « S’il y a vraiment un problème, il ne concernera pas seulement les pommes de terre, mais probablement tous les autres transgéniques. »

En août 1998 Pusztai est apparu dans l’émission télévisée britannique The World in Action (le monde en action) pour un reportage sur les résultats de son étude. Afin d’essayer d’apaiser le tumulte public qui en a résulté, Philip James, le directeur de Rowett Research Institute (qui avait approuvé l’apparition de Pusztai à la TV) a dit que la recherche n’avait pas existé. Il a viré Pusztai, dissous son équipe de recherche, saisi les données, et stoppé six autres projets semblables. Il s’avéra plus tard que Monsanto, une firme US de pointe en biotechnologie, avait donné à Rowett Institute une subvention de 224.000 dollars avant l’interview de Pusztai et son licenciement consécutif.

L’évidence de soutenir la légitimité de la recherche de Pusztai s’est fait jour. La recherche que James prétendait ne pas exister se révéla [véridique] lors d’un audit interne. Plus tard, le Lancet, le prestigieux journal médical britannique, a publié un document soutenant la recherche, que Pusztai avait collaboré à écrire et revu par des pairs. Le Prince Charles a commencé à remettre en cause la sûreté de la nourriture GM sur son site Internet et il s’est fait l’allié de Pusztai. Charles a écrit un article dans le Daily Mail exprimant des préoccupations sur la carence en recherche préliminaire de sûreté sur la nourriture GM.

En 1992, la Food and Drug Administration (FDA, agence US de la nourriture et de la drogue) avait estimé que la nourriture GM était dans la plupart des cas « identique ou semblable dans l’ensemble aux substances ordinairement trouvées dans la nourriture », et qu’elle n’exigeait donc pas de subir des tests spécifiques de sécurité avant introduction sur le marché. La politique de la FDA était en décalage dramatique, à l’opposé des exigences grâce auxquelles les compagnies prouvent de longue date la sûreté de leurs produits. Rebecca Goldburg du Environmental Defense Fund (fond de défense environnementale) dit, « La politique de la FDA favorise résolument les fabricants de nourriture aux dépens de la protection du consommateur. »

Selon l’écrivain Ben Lilliston, aucune recherche indépendante ou sponsorisée par le gouvernement concernant les effets de la nourriture GM sur les mammifères n’est faite maintenant au Royaume-Uni ou aux USA. Pusztai a écrit dans le Lancet, « Ces expériences doivent être répétées. Nous serions heureux de rendre service. Ce n’était pas nous qui avions arrêté le travail. »

 

Mise à jour de Ben Lilliston

« Ne pas demander, ne pas savoir »
Multinational Monitor – Janvier-février 2000 – essential.org

« Des récoltes GM ont été introduites aux USA dans le silence, pratiquement de manière furtive. La plupart des américains en savent peu au sujet de cette manière radicalement nouvelle de produire la nourriture, et encore moins au sujet du genre de risque posé par cette nourriture. Traditionnellement, les agences de contrôle US sont parmi les plus coriaces du monde dans la protection de la santé humaine et de l’environnement. Mais, comme l’article le précise, la nourriture GM est entré sur le marché pratiquement sans aucun contrôle.

L’histoire a été publiée au début d’une année agitée pour l’industrie biotechnologique. Pour la première fois depuis que les récoltes GM ont été introduites, nous avons vu un déclin sur l’ensemble de ces plantations aux USA. En réponse à la montée des critiques intérieures et internationales, la FDA a annoncée qu’elle était en train de rédiger de nouvelles règles pour contrôler ces récoltes. Peut-être l’événement le plus important au cours de la dernière année a été la contamination des approvisionnements alimentaires par du maïs GM non agréé de StarLink. Le maïs avait été homologué par l’Environmental Protection Agency (EPA, agence de protection de l’environnement) pour la consommation animale mais pas pour les humains, en raison du problème qu’elle peut causer des réactions allergiques. La découverte de [la contamination du maïs de] StarLink par une coalition de groupes de défense a eu comme conséquence le rappel d’environ 300 produits alimentaires, des masses de litiges dans la communauté agricole, et la chute des exportations par blocage des marchés, qui incluaient le Japon. StarLink a aussi soulevé des questions au sujet du système de normalisation US, et, fin 2000, plusieurs projets de loi au Congrès proposaient des changements majeurs dans la manière dont les agences US contrôlent ces récoltes.

L’année dernière a vu des changements dramatiques au sein de la communauté agricole sur les récoltes GM. Les fermiers doivent maintenant s’inquiéter de la responsabilité, des marchés, et de la pollinisation croisée [entre espèces]. Les dépenses sont accrues à cause des revêtements des élévateurs à grains associés aux récoltes naturelles et GM. Et même les géants céréaliers, comme Archer Daniels Midland, déconseillent aux fermiers d’augmenter les récoltes GM. Le secteur entier de la nourriture est avisé des impacts que ces récoltes ont sur notre capacité à exporter.

Les médias traditionnels ont été constamment à la traîne dans l’histoire des récoltes GM — particulièrement sur l’aspect du contrôle. Alors qu’ils ont été rapides à couvrir les dernières percées scientifiques de l’industrie, et fait énormément de reportages sur les promesses de la technologie, ils ont ignoré l’incapacité des agences de contrôle US à suivre les avancées et les risques exceptionnels de la nourriture biotechnologique. Tandis que la débâcle de StarLink recevait une couverture considérable, peu de journalistes ont identifié la cause sous-jacente, qui est débordé, le système désuet qui a permis que cela arrive.

Il existe de nombreuses ressources sur Internet pour plus d’information sur la nourriture GM :
Institute for Agriculture and Trade Policywww.sustain.org/biotech/
Greenpeace USAwww.greenpeaceusa.org/ge/
Union of Concerned Scientistswww.ucsusa.org
Ag Biotech Info-Netwww.biotech-info.org

Ben Lilliston blilliston@iatp.org

Mise à jour de Karen Charman

« Jeu génétique »

Extra!, mai/juin 2000
 

La technologie génétique, comme les technologies chimique et nucléaire avant elle, ont le potentiel d’altérer des manières imprévues et fâcheuses tout ce dont dépend notre survie — notre environnement, notre nourriture, et notre santé. Comme les produits des technologies chimique et nucléaire, les produits de la biotechnologie sont introduits dans l’environnement et sur le marché pour que les gens les consomment sans pleinement étudier, et encore moins comprendre, leurs impacts à long ou à court terme.

A travers des brevets de propriété intellectuelle, la biotechnologie accorde aux entreprises privées une propriété auparavant inconcevable des choses vivantes. L’économie derrière la biotechnologie est la force motrice de la technologie, mais le débat sur les brevets du vivant et leurs implications sont absents de la plupart des exposés médiatiques et, par conséquent, du débat public.

Mon histoire sur la couverture médiatique de la biotechnologie pour le magazine Extra! signalait que la compréhension scientifique de la façon dont les gènes fonctionnent dans l’organisme est dans son enfance. C’est vrai aussi pour la compréhension scientifique de l’écologie. Pourtant, sans compréhension complète du canevas de la vie et de comment ses différentes composantes interagissent les unes avec les autres, il est impossible de connaître le véritable impact de la libération de ces organismes de roman ou de juger si nous devons faire cette mise génétique.

Des solutions beaucoup moins risquées existent aux problèmes que la biotechnologie prétend résoudre. Mais elles ne sont pas présentées dans les médias traditionnels. Au lieu de cela, la plupart de la couverture médiatique dépourvue de sens critique continue à propager des mythes encouragés par l’industrie au sujet de la biotechnologie, tout en échouant à comprendre, et à rendre compte exactement des impacts de la technologie, des risques liés à la biotechnologie, et pourquoi elle est promue aussi fort. La nourriture biotechnologique est devenue une pierre d’achoppement avec les consommateurs d’outre-mer et maintenant que l’opposition se développe ici à notre porte, les promoteurs en biotechnologie tentent de contrôler le débat public grâce aux relations publiques (ou communication) sophistiquées. Malheureusement, beaucoup de communication continue à figurer dans les grands médias.

De nombreux groupes de citoyen font maintenant un excellent travail sur les questions de génétique. La Organic Consumers Association (association des consommateurs de bio) a un site ( http://www.purefood.org ) avec une quantité énorme d’informations et de liens vers d’autres sites couvrant la génétique. L’Institute for Agriculture and Trade Policy (institut pour l’agriculture et la politique commerciale) a des données détaillées ( http://www.iatp.org ) sur les questions de sciences économiques et de commerce liées à la biotechnologie agricole. L’AG Biotechnology InfoNet compile des rapports scientifiques et des analyses techniques sur la biotechnologie et l’ingénierie génétique en production, traitement et marketing de la nourriture.

En plus de devenir informés à propos de la nourriture GM, les gens peuvent prendre leurs propres mesures simples en achetant et en demandant de la nourriture bio.

Karen Charman : aurora@ulster.net

Mise à jour de Joel Bleifuss

Les médias US n’ont pas couvert les inquiétantes questions de santé publique soulevées par les recherches d’Arpad Pusztai sur les pommes de terre GM. L’ingénierie génétique continue à recevoir carte blanche sur la santé par les agences de contrôle US, en dépit du fait qu’aucune recherche indépendante, soutenue par le gouvernement, concernant les effets de la nourriture GM sur les mammifères n’a été ou est conduite. C’est en grande partie parce que l’industrie biotechnologique a un appareillage sophistiqué de relations publiques en place, qui a jusqu’ici été capable de tisser avec succès la ligne de l’industrie selon laquelle la nourriture modifiée génétiquement est absolument sûre. La montée des inquiétudes avec des scientifiques comme Pusztai ou Michael Hansen est tout sauf ignorée à la Consumers Union (union des consommateurs). Car Hansen m’a dit, « Mais pour les gens qui la critiquent, l’étude de Pusztai est toujours une étude beaucoup mieux conçue que les études sponsorisées par l’industrie de l’alimentation que j’ai vu dans littérature révisée par des spécialistes. Ce sont des expériences du genre de celles de Pusztai qui doivent être faites avec la nourriture GM. »

Joel Bleifuss : itt@inthesetimes.com

  

Original : Projets Censurés

Traduction Pétrus Lombard.

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