VIDÉOS : Une cité archéologique devient le Disney Land des forces de la coalition

Soldat des forces australiennes de la coalition en Irak. Photo publiée sur YouTube par ratiniraq , le 12 janvier 2007.

La cité sumérienne d’Ur, dans le sud de l’Irak, est l’un des berceaux de la civilisation. Selon la Bible, c’est là qu’est né le père des trois religions monothéistes, le patriarche Abraham. Un site archéologique unique qui était interdit aux Irakiens depuis 2003, mais où les soldats américains, et d’autres pays de la coalition, étaient envoyés en séjour touristique pour se changer les idées.

La cité d’Ur a été fondée il y a 4 500 ans. C’est là que, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une écriture cunéiforme a vu le jour. Les fouilles effectuées par des archéologues britanniques et américains aux XIXe et XXe siècles n’ont mis à jour que 20 % des monuments de ce site, situé près de Nassiriyah, à 380 km de Bagdad. Mais de nombreux archéologues irakiens et étrangers estiment que la cité pourrait devenir, au terme des travaux d’excavation et de réhabilitation, aussi célèbre que les pyramides d’Égypte.

Sous Saddam, une base aérienne, dite de l’imam Ali, avait été construite non loin de la grande ziggourat de Ur, un édifice dédié à la déesse sumérienne de la Lune, Nana. Un voisinage dénoncé par l’Unesco en 1985, après que des fissures ont apparu dans les murs du monument à cause des vibrations générées par les avions de chasse.

En 1991, cette base aérienne a été détruite par les forces américaines, qui en ont fait, après 2003, l’une de leurs bases militaires. Les troupes américaines ont quitté les lieux en avril 2009.

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Portrait de Kassib al-Naiima

Kassib al-Na…

Portrait de Franco d Agostino

Franco d Ago…

Les troupes américaines en excursion
 
Soldiers tour Ziggurat of Ur par The U.S. Army
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Des soldats américains descendent les marches de la ziggourat. Photo publiée sur Flickr par The U.S. Army, le 14 août 2009.

Vidéo publiée sur YouTube par thomashurelyAFF, le 19 octobre 2006.

Vidéo publiée sur YouTube par MetusRivers, le 12 février 2009.

“Les soldats ont laissé de nombreux graffitis sur les murs”

Kassib al-Naiima est originaire de Nassiriyah, mais vit depuis plusieurs années en Suède. Il a été l’un des premiers Irakiens à visiter la cité d’Ur après le retrait des forces américaines.

Durant les années 1990, cette cité était une région désertique, complètement abandonnée. Pendant l’occupation américaine, la cité est devenue une zone militaire interdite aux Irakiens. Les soldats américains, eux, visitaient la cité en grand nombre. On le voit aux nombreux graffitis laissés sur ses murs.

Mais la cité d’Ur n’est pas assez protégée. Seuls quelques policiers irakiens assurent la garde du site et il n’y a qu’une petite barrière à 1 km de la ziggourat. Le soir, aucune lumière n’éclaire l’endroit. Beaucoup de gens ont d’ailleurs peur de le visiter, même en plein jour, de peur d’être enlevés ou volés.

De nombreux sites sumériens ont été pillés au nord de Nassiriyah. Durant ma visite à Ur, un jeune homme, qui avait remarqué ma plaque d’immatriculation suédoise, s’est approché de moi et a proposé de me vendre des antiquités et des vestiges d’Ur. Choqué, je lui ai dit qu’il volait un patrimoine national. Il m’a simplement répondu qu’il n’avait pas d’autres moyens pour gagner sa vie et qu’il en avait déjà vendu aux soldats américains qui avaient visité le site.”

Portrait de Kassib al-Naiima

Kassib al-Na…

  • Iraq
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Kassib et sa famille en visite à Ur

 Kassib et sa famille. Vidéo publiée par Kassib al-Naiima sur YouTube, le 4 janvier 2010.

Vidéo publiée par Kassib al-Naiima sur YouTube, le 4 janvier 2010.

“Etre intégré à la base américaine a évité au site d’être ravagé”

Franco d’Agostino est archéologue, spécialiste de la Mésopotamie. Il a visité Ur plusieurs fois et vient d’obtenir une autorisation des autorités irakiennes pour effectuer les premières fouilles dans l’Irak d’après-guerre.

Aucune équipe archéologique n’entreprend aujourd’hui des fouilles dans la cité d’Ur. Mais un projet d’excavation réunissant des équipes italienne, américaine et britannique est en cours d’élaboration.

Jusqu’en avril dernier, la ziggourat faisait partie du camp américain Adder [les forces américaines ont rebaptisé la base aérienne de l’imam Ali "Camp Adder"]. Je dirais que c’est ce qui lui a évité d’être ravagée. Il est vrai que cela aurait pu avoir l’effet inverse. Prenez le site archéologique de Babylone par exemple, où Saddam avait construit l’une de ses villas. Le site a été détruit par les forces américaines et polonaises lorsqu’elles l’ont transformé en caserne.

Les relations entretenues par le pouvoir irakien avec son patrimoine archéologique n’ont jamais été faciles. Cela ne date pas des Américains. Les Irakiens avaient construit leur base aérienne à Ur en détruisant une partie du site. Ils ont même détruit une autre partie du site, à la fin des années 1990, pour construire une piste d’atterrissage pour l’hélicoptère du pape [prévue en 2000, la visite du pape Jean-Paul II avait finalement été annulée pour des raisons de sécurité]. Le souverain pontife avait choisi de visiter la cité qui aurait vu naître le prophète Abraham, même si aucun indice archéologique n’étaye cette hypothèse.

De nombreux sites archéologiques irakiens ont été pillés et leurs antiquités ont été vendues principalement en Suisse, à Londres, au États-Unis et au Japon. Mais Ur n’a pas vraiment souffert des pillages, simplement parce qu’il n’y a plus grand chose à piller. Cela ne minimise pas l’importance de ce magnifique site archéologique. L’Irak est le seul pays de la région à posséder des ziggourats, et celle d’Ur est la mieux conservée du pays.”

 


Articles Par : Global Research

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