Washington cherche à provoquer un conflit armé entre les pays arabes et l’Iran

La guerre Irak- Iran dans les années quatre vingt a été « la mère de tous les malheurs » qu’ont connus les arabes et les musulmans depuis très longtemps. Elle a causé un grave préjudice à l’organisation des pays exportateurs du pétrole, OPEP et consolidé, en revanche, la position des pays consommateurs d’énergie, du fait qu’elle s’est déroulée dans la plus importante zone des ressources pétrolières au monde et dans une région dont les peuples ont besoin d’un maximum d’unité pour faire face aux turbulences des marchés internationaux. Cette guerre a conduit aussi les arabes et les musulmans à s’occuper de conflits marginaux, laissant leur ennemi unique, Israël, agir librement, allant jusqu’à s’attaquer au Liban en 1982, sans la moindre réaction.  

La guerre a meurtri les deux belligérants et détruit leurs économies. Ils ont perdu leurs infrastructures et des budgets considérables consacrés à la reconstruction. Parmi les conséquences lointaines de cette guerre il y a eu l’effondrement du régime irakien à la suite de la conquête américaine du « pays des deux fleuves », la montée des haines, des suspicions et des préjugés réciproques. Ajoutons à cela que la guerre a été déclenchée au lendemain de la révolution iranienne empêchant toute interactivité avec son environnement proche et lointain. Cette guerre a peut-être aussi justifié le choix nucléaire iranien surtout après l’utilisation des armes chimiques, sans la moindre opposition internationale et peut-être même avec l’accord tacite de la communauté internationale.

Il convient de rappeler qu’au cours de cette guerre, Israël a détruit le projet atomique irakien sans que cet affront n’ait entraîné une quelconque réaction irakienne et arabe.

En résumé, cette guerre a eu des conséquences désastreuses pour les arabes et les musulmans, au grand profit d’Israël et de ses alliés occidentaux, qui se sont débarrassés ainsi, du même coup, de la menace et de la concurrence de deux Etats hostiles au sionisme et à l’occident, pour des motifs idéologiques, religieux, historiques et qui tentaient de mettre en pratique leurs politiques respectives.  

Il est indéniable que les deux pays assument la responsabilité de cette guerre mais aussi indéniable que les grandes puissances et notamment occidentales, ont planifié cette guerre à distance et encouragé les deux gouvernements à s’y engager en leur fournissant les armes nécessaires, justement pour les voir s’autodétruire et s’en débarrasser.

Certains détails de cette guerre sont révélateurs d’ailleurs de l’implication de ces puissances qui n’ont pas hésité de fournir aux belligérants les cartes aériennes des concentrations militaires des deux camps ainsi que la technologie militaire appropriée pour éviter que l’un ou l’autre s’effondre totalement. Les contemporains de cette guerre se souviennent sûrement comment la France avait fourni à l’Irak les avions super étendard pour l’aider à stopper l’avancée des armées iraniennes, en même temps que des entreprises françaises d’armement fournissaient des munitions à l’Iran. Les Etats-Unis, dont le nom reste lié au scandale de l’IranGate, avaient agi de la même façon, en fournissant en même temps à l’Irak les aides nécessaires pour stopper l’avancée des iraniens sur les fronts de bataille.  

Il convient de rappeler que ce qu’on appelle communément « la légitimité internationale » était tout à fait absente chaque fois que les pays non alignés présentaient un projet pour mettre fin à la guerre et aux hostilités et qu’elle n’a vraiment intervenu que lorsqu’elle s’est rendue compte que les deux pays étaient au bord de l’effondrement. C’est à ce moment précis qu’elle a imposé un cessez-le feu pour s’engager par la suite dans la politique d’endiguement, à travers un régime de sanctions demeuré en action jusqu’à la fin de l’ancien régime irakien en 2003.  

Il était important de tirer les leçons de cette guerre et de méditer sur cette catastrophe, mais peu de gens dans la région ont pris la peine de le faire publiquement et d’une manière claire et objective. Notons que le climat des relations entre l’Iran et ses voisins arabes, à la fin de cette guerre, était serein, fondé sur le respect mutuel, l’entente, la coopération sécuritaire et le règlement des différents par les moyens pacifiques.  

Les développements ultérieurs qui ont résulté de la guerre et de l’occupation de l’Irak et notamment la défaite israélienne dans la guerre contre le Liban en 2006, ont eu des conséquences fâcheuses sur les relations entre l’Iran et les pays arabes.

Il est clair que les Etats-Unis, malmenés dans leur guerre en Irak, espèrent, avec Israël, rééditer le scénario de la guerre entre l’Iran et les pays arabes, et poussent certains arabes et irakiens contre Téhéran, qualifié d’ennemi principal à la place d’Israël.

Il est dommage que certains arabes et certains iraniens se prêtent à ce jeu dangereux qui s’illustre, tantôt à travers de prétendus différends interconfessionnels ou de rivalités nationalistes et stratégiques, tantôt via la crise du nucléaire. Tout dernièrement, Washington a révélé des projets de vente d’impressionnantes quantités d’armes dans la région sous prétexte d’affronter une « probable menace iranienne » contre les arabes : or si une telle menace existe, elle n’est pas  dirigée contre les arabes mais précisément contre Israël.

Pour empêcher Washington de parvenir à ses fins en provoquant un conflit armé entre l’Iran et les arabes et empêcher en même temps Israël de réaliser son rêve de se faire oublier par les arabes en leur donnant un autre ennemi qui se substituerait à lui et l’aiderait dans sa tâche, il conviendrait que les deux parties, arabe et iranienne soient vigilantes et évitent de tomber dans ce jeu infernal, qui risquerait, au cas où il se produirait, d’être insignifiant en comparaison de la catastrophe de la guerre Irak- Iran au siècle dernier.


Article en arabe, Alkhaleej, 8 août 2007.
 
Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï pour
www.tunisitri.net/


Articles Par : Fayçal Jalloul

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