800 navigants menacés par Israël au large de Gaza

L’État juif va-t-il imposer éternellement sa loi ?

Cet article de Silvia Cattori a été écrit quelques jours avant l’attaque du bateau turc Mavi Marmar par l’armée israélienne en eaux internationales le 31 mai 2010, faisant 19 morts et 60 blessés.

La « Flottille de la liberté » (*) se dirige résolument vers Gaza, chargée de 800 personnes et d’une lourde cargaison : dix mille tonnes de matériel urgent. Elle est attendue à Gaza ; elle est dans son bon droit. Elle agit humainement, pacifiquement. Elle n’en est pas moins menacée par la marine israélienne.

Un navire turc de la « Flottille de la liberté »

Le défi lancé par la flottille – avec le soutien massif de gens qui refusent de rester silencieux et inertes pendant qu’Israël enferme un million et demi de Palestiniens dans ce qu’il a transformé en un univers concentrationnaire – est intolérable pour l’État hébreu qui a pu jusqu’ici se comporter au dessus des lois sans être sanctionné.

L’armée israélienne attend la flottille sur pied de guerre. Son État-major a annoncé l’arraisonnement des navires et l’arrestation des passagers qui refusent son diktat : il exerce un chantage et exige que la flottille aille décharger son aide non pas à Gaza comme c’est son droit légitime, mais au port israélien d’Ashdod.

Cette flottille internationale – organisée à l’initiative de nombreuses ONG et financée par de très gros donateurs – incarne la conscience et le courage de gens réunis par un objectif noble qui se montrent capables de contrer la politique criminelle d’Israël, capables de faire mieux que toutes les grandes puissances, que toutes les ONG financées par ces mêmes puissances, que toutes les agences de l’ONU aux ordres de ces puissances.

Et pourtant : rien ou presque n’est dit dans la grande presse occidentale. Rien de rien depuis les jours que ces bateaux convergent vers Gaza et les semaines qu’Israël menace. Il s’agit pour nos médias de dissimuler à leur public, autant qu’il se peut, ce qu’une pareille expédition met en lumière. Notamment le fait qu’un million et demi de civils sont soumis par Israël depuis quatre ans à un blocus inhumain avec la complicité de nos gouvernements prétendument défenseurs des droits de l’homme [1].

Seuls les médias arabes et musulmans – ainsi que les nouveaux médias en général – ont donné à ce convoi humanitaire exceptionnel la couverture qu’il méritait.

Ce convoi maritime est, par son importance et son ampleur, du jamais vu. C’est une entreprise gigantesque. C’est un geste de générosité et d’humanité réalisé grâce à l’effort de milliers de personnes anonymes.

Mais la vie d’un enfant arabe, d’une population musulmane qui a voté en faveur de la résistance contre l’occupant israélien ne vaut rien pour nos journalistes islamophobes, asservis à la propagande israélienne.

On ne touche pas à Israël ! Il est de bon ton dans notre presse dite « libre » de critiquer l’Iran. Car, l’Iran est la principale cible d’Israël depuis que l’Irak est détruit. En Iran, il n’y a pas 10’000 prisonniers politiques. En terre occupée par Israël, oui. En Iran, il n’y a pas un camp de concentration qui enferme un million et demi de personnes. En terre occupée par Israël, oui. En Iran, il n’y a pas de drones et de F15 qui survolent le ciel nuit et jour et peuvent lâcher des bombes à tout instant sur des familles. A Gaza sous occupation coloniale israélienne, oui…

Une Flottille de la Liberté comprenant neuf navires, affrétés par des groupes organisés qui estiment intolérable le blocus terrestre maritime et aérien imposé par Israël, navigue depuis plusieurs jours sans qu’aucune image, aucun compte rendu, n’ait été diffusé à son public par la presse occidentale dite « libre ». Les nouveaux médias, eux, ont fait mieux.

Rien, les médias traditionnels ont ignoré jusqu’à ce jour cette flottille de navires autant qu’ils ont pu. Le très pro-israélien téléjournal de la télévision suisse romande – un service public – s’est bien gardée elle aussi de montrer, jusqu’à ce jour, des images de ce convoi qui met Israël dans l’embarras et ternit son image. Il s’agit pour nos journalistes conformistes de ne pas attirer l’attention des gens sur une réalité peu glorieuse : l’enfermement inhumain par l’occupant israélien d’un million et demi de Palestiniens dans un camp de concentration d’un autre âge.

Les participants à cette flottille et ceux qui la soutiennent sont, eux, aux avant postes d’une humanité que nos autorités, nos démocraties, nos journalistes sans éthique, piétinent sans vergogne.

Les agents de propagande israéliens ont déjà toute une batterie de déclarations prêtes à être distillées au moment de leur intervention musclée en mer pour dire que Gaza ne manque de rien, et que la flottille apporte une caution aux « terroristes » du Hamas – en vérité les autorités élues par un peuple qui est adulte.

Nous ne pouvons que signifier notre colère à nos autorités qui n’ont rien entrepris pour sortir Gaza de cette situation inique et restent silencieuses face aux menaces d’Israël ; et rappeler aux journalistes que leur silence quand des actions incriminent Israël, les rendent complices de sa continuelle barbarie.

Toute personne qui a un peu d’humanité se doit de réagir ; se doit d’envoyer des messages, des appels, aux chefs de rédaction des médias publics ; se doit de protester contre leur silence complice.

 

(*) Voir : 
 http://savegaza.eu/eng/ 
 http://www.ihh.org.tr/anasayfa/fr/ 
 www.flotilla2010.net

[1] Le blocus d’Israël – auquel l’Egypte qui contrôle 14 kilomètres de frontière commune avec Gaza contribue – interdit depuis 2006 l’importation et l’exportation de matériels et de nourriture, ainsi que la sortie et l’entrée aux personnes. Il a pour objectif pervers de faire capituler par les privations la population de Gaza – qui compte 850’000 enfants – et parvenir à la couper du mouvement Hamas.

Silvia Cattori est journaliste indépendante en Suisse.



Articles Par : Silvia Cattori

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