La journaliste de renommée mondiale, Vanessa Beeley, prendra la parole à Montréal le 10 décembre prochain au Centre Saint-Pierre, 1212, rue Panet à partir de 19 h. Elle prendra également la parole devant les étudiants de l’Université de Montréal le 9 décembre à partir de 11 h 30. 

Participeront aussi à la conférence à Montréal le 10 décembre au Centre Saint-Pierre, Samir Saul, professeur d’histoire à l’Université de Montréal, Rachad Antonius, professeur de sociologie à l’UQÀM. 

Les questions ignorées par nos médias

Vanessa Beeley fait partie du petit nombre de journalistes qui sont en mesure de répondre aux questions sur la guerre en Syrie, questions que les médias québécois, canadiens et internationaux refusent de poser et, partant, auxquelles ils ne fournissent pas de réponses. 

  • Quel rôle les différents gouvernements canadiens ont joué dans la guerre de procuration contre la Syrie? Une guerre dévastatrice qui a provoqué un exode de inouï. 
  • Pourquoi les Casques blancs, faussement appelés Force de défense civile syrienne, travaillent exclusivement dans les secteurs contrôlés par les organisations terroristes? Et pourquoi le Canada les porte aux nues?
  • Dans quelles circonstances occultes en Turquie le fondateur des Casques blancs, l’ex militaire britannique James Le Mesurier, a-t-il été tué récemment?
  • Pourquoi et comment Israël a-t-il participé à l’exfiltration des Casques blancs vers la Jordanie et le Canada?
  • Comment expliquer le fait que le gouvernement syrien, présenté dans les pays occidentaux comme un « régime » brutal, est en train de gagner la guerre?

Vanessa Beeley est une journaliste et photographe qui travaille depuis 2015 sur le terrain partout au Moyen Orient – Syrie, Égypte, Irak et Palestine – tout en suivant de près la guerre au Yémen. En 2017, Vanessa a été finaliste pour le prestigieux prix Martha Gelhorn pour journalisme. Le journaliste Robert Parry qui l’a emporté. 

En 2018, Le British National Council for the training of Journalists a nommé Vanessa Beeley l’une des 238 journalistes les plus respectés au Royaume uni.  En 2019, Vanesse a reçu le Prix Serena Shim qui souligne son intégrité journalistique inébranlable.

On peut lire les reportages ou écouter les entrevues de Vanessa Beeley notamment dans Mint Press News, Russia Today, UK Column, The Last American Vagabond, Global Research, Sputnik radio, 21st Century Wire, Le pied à Papineau, Mondialisation.ca et beaucoup d’autres. 

Vanessa Beeley sera en entrevue avec Robin Philpot au Pied à Papineau, CKVL FM, 100,1 le mercredi 4 décembre. 

 

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Notre infolettre

septembre 19th, 2019 by Mondialisation.ca

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Chine-Zimbabwe: unis face à l’unilatéralisme occidental

janvier 21st, 2020 by Mikhail Gamandiy-Egorov

Traditionnellement, le ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine se rend à chaque début d’une nouvelle année en terre africaine, une tradition qui ne change pas depuis les trente dernières années. Mais au-delà de l’aspect traditionnel de telles visites, le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi a fait plusieurs déclarations importantes.

Le fait que l’Afrique représente l’une des principales priorités de la politique extérieure de Pékin est un fait connu. Parmi les principaux partenaires de l’Empire du Milieu sur le continent on retrouve évidemment le Zimbabwe. Les relations bilatérales ne datent d’ailleurs pas de l’époque récente, sachant que la Chine avait participé, tout comme en son temps l’URSS, au soutien à la lutte du peuple zimbabwéen contre le néocolonialisme britannique.

S’exprimant en conférence de presse avec son homologue zimbabwéen Sibusiso Moyo http://french.xinhuanet.com/afrique/2020-01/13/c_138701227.htm , le haut représentant chinois au-delà de rappeler la longue histoire de coopération et d’amitié qui lie la Chine à l’Afrique, et notamment au Zimbabwe, n’a en outre pas manqué de faire des déclarations qui ne plairont probablement pas à l’establishment occidental.

A commencer par l’appel de mettre fin aux sanctions occidentales unilatérales visant le Zimbabwe (des sanctions principalement étasuniennes et britanniques), exprimant ainsi sa solidarité avec Harare et les autres pays africains ayant participé à cet appel. «Les sanctions unilatérales imposées au Zimbabwe par certains pays et institutions n’ont aucune base en termes de droit international, et portent atteinte aux droits et aux intérêts de développement légitimes du Zimbabwe», a déclaré M. Wang.

Mais ce ne fut pas tout. Le conseiller d’Etat chinois et ministre des Affaires étrangères Wang Yi s’en est également pris à «l’unilatéralisme, des politiques de pouvoir et à la mentalité de la guerre froide» de certains Etats. Ajoutant qu’il était important de renforcer la communication et la coordination sino-africaines, de démontrer le pouvoir de la solidarité et de générer une voix unique pour préserver les droits légitimes des peuples chinois et africains dans le but de s’opposer à l’ingérence extérieure, de poursuivre l’équité et la justice et d’obtenir une vie meilleure.

Ce qui est intéressant à noter dans ces déclarations du chef de la diplomatie chinoise, c’est que désormais Pékin accentue sa voix non plus seulement sur les questions d’ordre économique le liant fortement avec les Etats africains, mais qu’on y retrouve une voix politico-diplomatique de première envergure, axée sur la défense de la multipolarité, sur le soutien à ses alliés, et une opposition ouverte et officielle aux politiques d’un certain nombre de capitales, qui se reconnaitront sans aucun doute.

Et connaissant tout le poids et la puissance du pays qu’il représente, que ce soit démographiquement, économiquement, politiquement et militairement parlant, il est bien peu probable que ces appels passent inaperçus. Ni du côté des pays occidentaux. Ni du côté des pays africains qui attachent une très grande importance aux déclarations venant de Pékin – devenu depuis déjà plusieurs années le principal partenaire économico-commercial du continent.

Pour revenir maintenant à la question des sanctions, y compris celles qui visent particulièrement le Zimbabwe (mais pas seulement), l’Occident politique – qui adorait depuis la fin de l’URSS à parler de sa capacité à faire isoler les Etats désobéissants – ne court-il pas au final le risque de se retrouver soi-même dans l’isolement?

Rien n’est impossible dans cette nouvelle ère. Représentant pas plus de 10% de la population terrestre, sachant d’autant plus que nombre de citoyens de pays occidentaux sont loin d’être solidaires avec leurs gouvernements respectifs, ayant en face des puissances dites «émergentes» qui dépassent déjà et dans plusieurs secteurs les économies dites «développées», les élites occidentales feraient au contraire bien mieux de sauter dans le dernier wagon du train multipolaire déjà en marche. Surtout face au duo russo-chinois au Conseil de sécurité de l’ONU et à la grande majorité de pays n’appartenant pas au monde occidental. L’Afrique, à elle seule, représente plus d’une cinquantaine de pays-membres de l’ONU, parmi lesquels de nombreux assument aujourd’hui pleinement leur indépendance et leur souveraineté. La minorité sanctionnant donc une majorité risque fortement à terme de se retrouver soi-même sanctionnée et isolée.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La géopolitique folle du gazoduc EastMed d’Israël

janvier 21st, 2020 by F. William Engdahl

Au moment où le monde retient son souffle devant le risque d’une guerre mondiale à cause de l’assassinat par les États-Unis du principal général iranien et d’autres provocations, Israël a choisi de signer un accord de gazoduc avec la Grèce et Chypre qui équivaut à lancer une grenade à main chargée dans la région hyper-tendue.

Jusqu’à il y a quelques mois, il y avait de sérieux doutes sur la possibilité que le projet israélien de gazoduc EastMed avec Chypre et la Grèce ne voie le jour. Bien qu’il soit soutenu par les États-Unis et l’UE comme alternative au gaz russe, le gazoduc EastMed, comme on l’appelle, est discutable à bien des égards, notamment en raison de son coût élevé par rapport aux autres solutions. La signature du 2 janvier par les gouvernements d’Israël, de Grèce et de Chypre est directement liée aux tentatives de provocation de la Turquie d’Erdogan de conspirer avec la Libye pour déclarer illégalement la quasi-totalité des eaux de la Méditerranée orientale comme une zone économique exclusive turque et maintenant libyenne.

Si les tensions au Moyen-Orient n’étaient pas déjà au point de rupture, la décision israélienne jette une énorme bombe dans la géopolitique troublée de la région.

Pas plus tard qu’en décembre 2019, les sociétés israéliennes impliquées dans leur champ gazier offshore Leviathan discutaient ouvertement de nouvelles options pour l’exportation du gaz à la suite d’un accord d’exportation avec l’Égypte et la Jordanie. Le gazoduc EastMed n’a pas été mentionné dans les médias israéliens.

Ce qui a changé la situation, c’est l’annonce par le Président turc Erdogan qu’il envoyait des troupes turques pour défendre le Gouvernement d’Accord National (GNA) de Fayez al Sarraj à Tripoli, soutenu par les Nations unies, à leur demande, pour contrer les forces de l’Armée Nationale Libyenne (LNA) du Général Khalifa Haftar.

La Libye a le potentiel de devenir un nouveau point d’explosion majeur dans le terrain du Moyen-Orient qui se détériore rapidement. Haftar est soutenue par la Russie, l’Égypte, les EAU, l’Arabie Saoudite et oui, la France, et secrètement depuis 2017 par Israël. Depuis avril 2019, Haftar se déplace pour prendre Tripoli dans l’est, riche en pétrole. Le GAN à Tripoli est à son tour soutenue par la Turquie, le Qatar et l’Italie. L’UE tente désespérément de négocier une trêve entre le GAN et Haftar après l’échec de Poutine il y a quelques jours.

Les chocs énergétiques en Méditerranée

Comme Chypre a découvert de riches gisements de gaz naturel en mer en plus de ceux d’Israël au Leviathan, la Turquie, qui jusqu’à présent ne dispose pas de ses propres ressources gazières importantes, a commencé à intervenir de manière agressive dans les eaux offshore de Chypre. Le 1er janvier 2020, la Turquie et la Russie ont ouvert le TurkStream russe de la mer Noire avec les premières livraisons de gaz à la Bulgarie, membre de l’UE.

Le 11 décembre, le Ministre turc des Affaires Étrangères Mevlut Çavuşoğlu a laissé entendre qu’Ankara pourrait utiliser son armée pour empêcher le forage de gaz dans les eaux au large de Chypre qu’elle revendique maintenant. « Personne ne peut faire ce genre de travail sans notre permission », a-t-il déclaré. Depuis le début de 2019, des navires turcs sont entrés dans les eaux exclusives de Chypre en revendiquant des droits de forage. En décembre 2019, la marine turque a intercepté Bat Galim, un navire israélien dans les eaux chypriotes et l’a forcé à quitter la zone. Le navire appartenait à l’Institut Israélien de Recherche Océanographique et Limnologique, qui effectuait des recherches dans les eaux territoriales de Chypre en coordination avec les responsables chypriotes. Le Département d’État américain a averti la Turquie de faire marche arrière et l’UE a imposé des sanctions aux Turcs, sans grand effet jusqu’à présent.

L’intérêt récent de la Turquie pour la Libye est directement lié au blocage de l’exploration gazière chypriote et à la déclaration de la légalité des vastes espaces offshore turcs pour ses navires de forage.

Le 27 novembre 2019, le Président turc Recep Tayyip Erdoğan a signé un accord bilatéral sur les frontières maritimes dans le sud-est de la Méditerranée. Il redessinerait les frontières maritimes reconnues existantes pour donner à la Libye des droits exclusifs sur quelque 39 000 kilomètres carrés d’eaux maritimes appartenant à la Grèce. La nouvelle zone commune de Tripoli-Turquie s’étend directement entre les deux pays et ignore complètement le fait qu’elle viole les eaux grecques au large de la Crète. De manière pratique, elle couperait directement le tracé du pipeline Israël-Chypre-Grèce EastMed prévu. Sans l’approbation de la Turquie, l’oléoduc grec EastMed serait un échec.

La guerre en cours entre Haftar et le GAN de Tripoli devient encore plus complexe, car Israël soutient également Haftar qui contrôle désormais Benghazi et une grande partie de Tobrouk le long de la côte méditerranéenne. Depuis 2017, l’armée israélienne soutient secrètement Haftar dans sa tentative de prendre le contrôle de la Libye.

Le projet EastMed

L’accord qui vient d’être signé entre Israël, la Grèce et Chypre est plus un fantasme qu’une réalité à ce stade. Il prévoit la construction d’un gazoduc sous-marin de 1 900 km, « le plus long et le plus profond du monde », d’un coût de 7 milliards de dollars, qui devrait initialement acheminer jusqu’à 10 milliards de mètres cubes de gaz par an des eaux israéliennes et chypriotes vers la Crète, puis vers la Grèce continentale et enfin vers l’Italie. Cela représenterait environ 4% de la consommation totale de gaz de l’UE, soit bien moins que la part actuelle de 39% de la Russie, sans parler de la part accrue de Gazprom lorsque NordStream 2 et TurkStream seront entièrement achevés dans les mois à venir. TurkStream, où le premier des deux gazoducs a été ouvert le 1er janvier 2020, fournira un total de plus de 31 milliards de mètres cubes, dont la moitié sera disponible pour le marché du gaz de l’UE, et NordStream2 ajoutera 55 milliards de mètres cubes supplémentaires par an au marché du gaz de l’UE.

Cela fait dix ans que du gaz a été découvert au Léviathan israélien. Les premières livraisons de gaz n’ont commencé qu’au début du mois en Égypte et en Jordanie, laissant 80% du gaz disponible pour l’exportation après de nombreux retards. Toutefois, les perspectives de financement de cet énorme projet sont pour le moins sombres. L’UE, tout en saluant un rival du gaz russe, a clairement fait savoir qu’elle n’avait pas d’argent pour ce projet. Le financement de la Grèce n’est guère possible après la crise grecque de 2010 et Chypre est également épuisée après sa crise bancaire de 2013. Selon une déclaration du Ministère des Finances israélien, le projet sera financé par « des entreprises privées et des prêteurs institutionnels ». Il est difficile de trouver un financement privé pour une entreprise aussi politiquement risquée à une époque où la finance a une aversion croissante pour le risque. Avec la surabondance actuelle de gaz sur le marché mondial et la disponibilité croissante de sources de GNL, il n’est pas du tout évident qu’un gazoduc sous-marin israélien EastMed politiquement risqué ait un sens économique.

Notamment, la chaîne de télévision publique grecque ERT qualifie le projet EastMed de « bouclier protecteur contre les provocations turques ». Cela montre clairement que la Grèce y voit une réponse au récent rapprochement entre la Turquie et le gouvernement libyen et à l’annonce d’Erdogan d’envoyer des troupes pour soutenir le GAN à Tripoli afin de faire pression sur Haftar. Si Haftar devait finalement prendre Tripoli, il est clair que l’accord bilatéral entre la Turquie et la Libye sur les frontières maritimes serait abrogé.

Comme si le conflit n’était pas déjà assez désordonné, le gouvernement grec vient d’annoncer qu’il est prêt à envoyer des troupes grecques afin de surveiller le cessez-le-feu entre l’Armée Nationale Libyenne (ANL) et le Gouvernement d’Accord National (GNA) basé à Tripoli. L’offre a été faite après que le Ministre grec des Affaires Étrangères Dendias ait rencontré le leader de l’ANL, le Général Khalifa Haftar. Cela pourrait opposer la Grèce, membre de l’OTAN, à la Turquie, membre de l’OTAN, dans le cadre de l’élargissement du pouvoir géopolitique sur le contrôle des flux gaziers de la Méditerranée orientale et d’autres pays vers l’UE. Et la perspective d’une relance du gazoduc Iran-Irak-Syrie n’est même pas entrée dans les calculs.

Le gazoduc EastMed d’Israël, loin d’être une alternative énergétique positive, est plutôt une intervention géopolitique dans une région déjà en conflit, ajoutant de nouveaux niveaux de tension qui ne font qu’augmenter les perspectives d’escalade militaire de tous les côtés.

F. William Engdahl

 

Article original en anglais :

The Mad Geopolitics of Israel’s EastMed Gas Pipeline

Photo : New Eastern Outlook

Traduit par Réseau International

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Un ex-officier de la CIA suggère que le transpondeur de l’avion ukrainien a été piraté par les États-Unis provoquant une attaque de l’Iran.

Philip Giraldi, ex spécialiste du contre-terrorisme et officier de renseignement militaire de la CIA, a écrit un article dans l’American Herald Tribune dans lequel il spécule sur le fait que les États-Unis ont lancé plusieurs cyber-attaques, une sur un système de défense anti-missiles iranien, et une autre sur le transpondeur de l’avion ukrainien abattu en Iran le 8 janvier.

Giraldi explique que l’opérateur iranien de missiles a subi un « brouillage » extrême et que le transpondeur du vol 752 d’Ukraine International Airlines a été éteint plusieurs minutes avant le lancement des deux missiles Tor de fabrication russe.

« L’arrêt du transpondeur, qui aurait automatiquement signalé à l’opérateur et à l’électronique de Tor que l’avion était civil, indiquait au contraire automatiquement qu’il était hostile. L’opérateur, ayant été particulièrement informé de la possibilité de l’arrivée de missiles de croisière américains, a alors tiré », a-t-il déclaré.

Selon M. Giraldi, le système de missiles Tor utilisé par l’Iran est susceptible d’être piraté ou « usurpé » et, simultanément, le transpondeur du vol 752 a été mis hors service « pour créer un accident d’aviation qui serait attribué au gouvernement iranien ».

« Le Pentagone aurait mis au point des techniques qui permettent de tromper les radars ennemis avec des cibles fausses et mobiles », a-t-il dit.

« La même technologie peut, bien sûr, être utilisée pour modifier ou même masquer le transpondeur d’un avion de ligne civil de manière à envoyer de fausses informations sur l’identité et la localisation. Les États-Unis ont des capacités de cyber-guerre nécessaires pour brouiller et modifier les signaux des transpondeurs des avions de ligne et des défenses aériennes iraniennes. Israël a probablement les mêmes capacités », a dit M. Giraldi.

L’Iran a affirmé la semaine dernière que le « sabotage ennemi » ne peut être exclu dans la destruction de l’avion.

Le général de brigade iranien Ali Abdollahi a suggéré que les systèmes de défense antimissile américains ont été piratés pour faire croire que le vol 752 était un missile entrant.

Le président iranien Hassan Rouhani a également accusé les États-Unis d’être responsables du crash de l’avion, en déclarant que : « La racine de toutes les douleurs remonte à l’Amérique… cela ne peut pas être une raison pour nous de ne pas en examiner toutes les causes. »

Le Parlement iranien a également déclaré que « nous sommes dans une confrontation puissante avec les criminels américains et nous ne permettons pas qu’une erreur… ouvre la voie à une mauvaise exploitation de ce drame par les ennemis ».

Giraldi conclut en disant que la guerre électronique menée par les États-Unis pour abattre un avion civil et le mettre sur le dos de l’Iran « suggère un événement prémédité et soigneusement planifié » pour créer un false flag pour la prochaine guerre mondiale.

source : Avec Zero Hedge + Nouvelordremondial.cc

via http://french.almanar.com.lb/1620390

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Le président des USA Donald Trump a assassiné le commandant de l’Axe de la Résistance, le major général de la brigade Al-Qods du Corps des gardiens de la Révolution iranienne Sardar Qassem Soleimani à l’aéroport de Bagdad, en se souciant peu des conséquences de cet assassinat ciblé. Il n’est pas exclu que l’administration américaine croyait que cet assassinat aurait un effet positif sur sa politique au Moyen-Orient. À moins que les responsables américains souhaitaient qu’en tuant Sardar Soleimani, ils priveraient l’Axe de la Résistance de son leader et affaibliraient du même coup les capacités des partenaires de l’Iran en Palestine, au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen. Cette évaluation est-elle exacte?

Une source de haut rang au sein de l’Axe de la Résistance a précisé que

« Sardar Soleimani constituait un lien direct et rapide entre les partenaires de l’Iran et le guide suprême de la Révolution Sayyed Ali Khamenei. Cependant, le commandement sur le terrain relève de leaders nationaux dans chacun des pays concernés. Ces leaders possèdent les qualités de chef et l’expérience nécessaires, mais leurs objectifs stratégiques communs demeurent la lutte contre l’hégémonie des USA, le soulèvement contre les oppresseurs et la résistance contre l’intervention étrangère illégitime dans leurs affaires. Ces objectifs sont établis depuis des années et vont rester en place, avec ou sans Sardar Soleimani ».

« Au Liban, ce leader est le secrétaire général du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah, qui maintient un lien direct avec le président syrien Bachar al-Assad. Il soutient la résistance à Gaza, en Syrie, en Irak et au Yémen et participe activement à la lutte sur ces fronts. Il dirige un grand nombre de conseillers et d’officiers qui veillent au bon fonctionnement des questions militaires et sociales ainsi que des relations sur le plan intérieur et régional. Bon nombre d’officiers du Corps des gardiens sont également présents sur bien des fronts pour répondre aux besoins des membres de l’Axe de la Résistance au chapitre de la logistique, de l’entraînement et des finances », de poursuivre la source.

Photo : Sayyed Ali Khamenei et le général Ismail Qaani de l’IRGC pendant la guerre Irak-Iran

En Syrie, le Corps des gardiens travaille en coordination avec la Russie, l’armée syrienne, les dirigeants politiques syriens et tous les alliés de l’Iran qui luttent pour libérer le pays et défaire les djihadistes de tous les continents qui se sont amassés en Syrie en entrant par la Turquie, l’Irak et la Jordanie. Ces officiers travaillent aux côtés de ressortissants irakiens, libanais, syriens et autres faisant partie de l’Axe de la Résistance. Ils fournissent au gouvernement syrien le soutien nécessaire pour défaire le groupe armé « État islamique » (Daech), al-Qaeda et d’autres djihadistes aux idéologies similaires dans la majeure partie du pays, exception faite du nord-est syrien, sous occupation des forces US. Les officiers du Corps des gardiens ont leurs objectifs et sont capables de frapper une cible convenue et établie depuis des années. L’absence de Sardar Soleimani n’affectera guère ces forces et leurs plans.

89752ba94a274aadbc24def7906857e5_18aani (who replaced the assassinated General Qassem Soleimani).
Le président Rouhani, Sayyed Khamenei, le chef de l’IRGC-Quds, Ismail Qaani

En Irak, plus de 100 officiers iraniens du Corps des gardiens sont actifs dans le pays, en réponse à la demande officielle du gouvernement irakien pour défaire Daech. Ces officiers se sont joints aux forces irakiennes et ont joué un rôle dans la livraison d’armes, le partage de renseignements de sécurité et l’entraînement des troupes après la chute du tiers de l’Irak aux mains de Daech au milieu de 2014. C’était frappant et bouleversant de voir l’armée irakienne, que les forces US avaient armée et entraînée pendant plus de dix ans, abandonner ses positions et déguerpir des villes irakiennes du nord. Le soutien de l’Iran, avec son idéologie bien ancrée (de pair avec un de ses alliés pour motiver les troupes à combattre Daech), avait fonctionné en Syrie et il fallait transmettre la même flamme pour amener les Irakiens à se tenir debout, à se battre et à défaire Daech.

Le Hezbollah libanais est présent en Syrie, au Yémen et en Irak. Le premier ministre irakien Nouri al-Maliki avait demandé à Sayyed Nasrallah de dépêcher dans son pays des officiers pour combattre Daech. Des dizaines d’officiers du Hezbollah sont actifs en Irak et seront prêts à soutenir les Irakiens si les forces US refusent de quitter le pays. Ils se plieront à la décision du parlement appelant les USA à partir d’ici janvier 2021 et veilleront à sa mise à exécution. Dans sa longue expérience de guerre, le Hezbollah a eu des expériences douloureuses contre les forces US au Liban et en Irak pendant plusieurs décennies et rien n’a été oublié.

Dans son dernier discours, Sayyed Nasrallah a révélé la présence d’officiers du Hezbollah au Kurdistan au milieu de 2014, pour soutenir les Kurdes irakiens contre Daech. C’était lorsque le dirigeant kurde Massoud Barzani a déclaré que c’était grâce à l’Iran que les Kurdes ont reçu des armes pour se défendre, les USA ayant refusé d’aider l’Irak pendant de nombreux mois après la mainmise de Daech sur le nord de l’Irak.

Les dirigeants du Hezbollah n’avaient pas dévoilé les visites continuelles de représentants kurdes au Liban qui désiraient les rencontrer. Dans les faits, des responsables irakiens sunnites et chiites, des ministres et des dirigeants politiques se rendent régulièrement au Liban pour rencontrer des responsables du Hezbollah et son leader. Tout comme l’Iran, le Hezbollah joue un rôle essentiel pour faciliter le dialogue entre les Irakiens, lorsque ceux-ci peinent à régler leurs différends.

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La raison pour laquelle Sayyed Nasrallah a révélé la présence au Kurdistan de ses officiers qui ont rencontré Massoud Barzani était d’indiquer clairement au monde que l’Axe de la Résistance ne dépend pas d’une seule personne. Sayyed Nasrallah a montré ainsi l’unité qui règne sur ce front, avec ou sans Sardar Soleimani. Le Kurdistan fait partie de l’Irak et Barzani a dit qu’il était prêt à se plier à la décision du parlement irakien de demander le départ des forces US du pays. Loin d’être détachés du gouvernement central, les Kurdes en font partie intégrante.

Avant son assassinat, Sardar Soleimani préparait le terrain pour ce qui allait suivre (s’il était tué au champ de bataille, par exemple) et avait demandé aux responsables iraniens de nommer le général Ismail Qaani pour le remplacer. Le guide de la Révolution Sayyed Ali Khamenei a ordonné que sa volonté soit exaucée et de maintenir les plans et les objectifs déjà en place. Sayyed Khamenei, selon la source, a ordonné « qu’on augmente le soutien accordé aux Palestiniens et, en particulier, à tous les alliés de pays où les forces US sont présentes ».

Sardar Soleimani s’attendait à se faire tuer par ses ennemis qui ont répondu à ses attentes. Il savait que l’Axe de la Résistance a pleinement conscience de ses objectifs. Ceux parmi l’Axe qui forment un front intérieur solide sont bien établis et se tiennent prêts. Le problème se trouve principalement en Irak. Mais il semble qu’en assassinant les deux commandants, les USA ont réussi à unir les factions irakiennes. Sardar Soleimani ne se serait jamais attendu à pareil accomplissement aussi rapidement. Les Irakiens opposés aux USA se préparent d’ailleurs à exprimer leur rejet des forces US présentes dans leur pays vendredi prochain.

Lors de son prêche de vendredi dernier, le premier en huit ans, Sayyed Ali Khamenei a établi une feuille de route pour l’Axe de la Résistance : pousser les forces US hors du Moyen-Orient et soutenir la Palestine.

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Le général iranien Ismail Qaani avec le chef du Hamas Ismail Haniya et divers dirigeants palestiniens à Téhéran.

Tous les groupes palestiniens, y compris le Hamas, étaient présents aux funérailles de Sardar Soleimani en Iran et ont rencontré le général Qaani, qui a promis « non seulement de maintenir le soutien, mais de l’augmenter conformément à la demande de Sayyed Khamenei », a indiqué la source. Ismail Haniyeh, le leader du Hamas, a dit à partir de Téhéran : « Soleimani est le martyr de Jérusalem ».

Bon nombre de commandants irakiens étaient présents à la réunion avec le général Qaani. La plupart d’entre eux vouent une hostilité féroce envers les forces US en Irak qui remonte à la période de l’occupation (2003-2011). Leur commandant, Abu Mahdi al-Muhandes, a été assassiné en même temps que Sardar Soleimani et ils crient vengeance. Ces leaders sont suffisamment motivés pour s’attaquer aux forces US, qui ont violé l’accord Irak-USA en matière d’entraînement, de culture et d’armement. Le gouvernement de Bagdad n’a jamais accordé à l’administration américaine un permis de tuer en Irak.

Le parlement irakien a parlé et l’assassinat de Sardar Soleimani s’inscrit tout à fait dans les objectifs ultimes de l’Axe de la Résistance. Le premier ministre par intérim a informé officiellement tous les membres des forces de la coalition en Irak que « leur présence, y compris celle de l’OTAN, n’est dorénavant plus requise en Irak ». Ils ont un an pour partir. Mais cela ne change en rien la détermination d’Irakiens qui veulent venger la mort de leurs commandants.

La Palestine constitue le second objectif, comme l’a rappelé Sayyed Khamenei. Nous ne pouvons exclure une hausse considérable du soutien aux Palestiniens par rapport à ce qui se fait actuellement. L’Iran est déterminé à soutenir les Palestiniens sunnites dans leur objectif d’avoir leur propre État en Palestine. L’homme (Soleimani) est parti, mais il est remplaçable comme n’importe quel autre homme. Sauf que le niveau d’engagement pour parvenir aux objectifs s’est accru. Il est difficile d’imaginer l’Axe de la Résistance rester les bras croisés sans rien faire pendant la campagne présidentielle aux USA. Le reste de 2020 promet donc d’être chaud.

Elijah J. Magnier

 

Traduit de l’anglais par Daniel G.

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Réalisé par Sam Mendes; scénario de Mendes et Krysty Wilson-Cairns

1917, réalisé par le cinéaste britannique Sir Sam Mendes (Beauté américaine[American Beauty], Jarhead, Les noces rebelles [Revolutionary Road], 007: Skyfall [Skyfall]), raconte un épisode fictif se déroulant pendant la Première Guerre mondiale, vaguement inspiré des histoires racontées au réalisateur par son grand-père.

Coécrit par Mendes et Krysty Wilson-Cairns, le film concerne deux jeunes soldats britanniques en mission pour stopper une attaque d’un bataillon britannique. Cette offensive tomberait dans une embuscade allemande entraînant la destruction éventuelle de l’unité.

Bien que le film montre en détail certaines des horreurs de la guerre de tranchées, il ne parvient pas à inculper les responsables du carnage et ignore le contexte sociohistorique de la guerre. Pour parler franchement, 1917 n’est pas un film antiguerre.


George MacKay et Dean-Charles Chapman dans 1917

 

En fait, le film, qui traite d’un des événements titanesques des temps modernes, est largement conventionnel et intellectuellement superficiel. Acceptant pleinement les divisions et les inimitiés nationales, il ouvre la porte aux patriotismes britanniques et autres. Si 1917 est en quelque sorte un tour de force technologique, il représente idéologiquement une régression significative par rapport aux films antiguerre sur le sujet de la Première Guerre mondiale tels qu’à l’Ouest, rien de nouveau (All Quiet on the Western Front, 1930) de Lewis Milestone, La Grande Illusion (1937) de Jean Renoir et Les sentiers de la gloire (Paths of Glory, 1957) de Stanley Kubrick, ainsi que le documentaire de Peter Jackson de 2018, Pour les soldats tombés (They Shall Not Grow Old).

Le film de Mendes débute dans le nord de la France le 6 avril 1917 et se déroule sur une période de 24 heures. Deux jeunes caporaux suppléants britanniques, Tom Blake (Dean-Charles Chapman) et Will Schofield (George MacKay), reçoivent des instructions du général Erinmore (Colin Firth) concernant une mission à haut risque pour transmettre un message à un bataillon britannique qui prévoit d’attaquer les forces allemandes, que l’on croit en retraite.

Dean-Charles Chapman et George MacKay dans 1917

Les services de renseignement aériens ont appris que les Allemands ne battent pas en retraite, mais qu’ils ont seulement effectué un retrait tactique afin de prendre leur ennemi au piège. Les lignes de communication étant coupées, Tom et Will doivent remettre un message urgent au 2e bataillon du Régiment du Devonshire pour annuler leur offensive prévue. Quelque 1600 vies sont en jeu, dont celle du frère de Tom.

En passant par les tranchées britanniques parsemées de soldats ravagés et fatigués de la guerre, dont beaucoup de garçons, le duo traverse le No Man’s Land, atteignant les bunkers allemands abandonnés. Un rat fait déclenche un piège, provoquant l’effondrement des tunnels, enterrant Will vivant. Sauvés par Tom, les deux hommes continuent leur voyage à travers un paysage infernal de cadavres en décomposition, de corps gonflés, d’artillerie explosée et de bâtiments bombardés. C’est une destruction d’une ampleur et d’une portée presque inimaginables.

Au cours de leur périlleuse expédition, Will, plus cynique, raconte au naïf Tom qu’il a échangé une médaille de combat qu’il a gagnée contre une bouteille de vin («Ce n’est qu’un bout d’étain ensanglanté»). Mais quand la tragédie frappe, Will devient une machine de combat imparable. Il est averti par un capitaine (Mark Strong) de «s’assurer qu’il y a des témoins», lorsqu’il délivre le message d’arrêter l’attaque, car «certains hommes veulent juste se battre.»

En considérant 1917 dans son ensemble, il convient tout d’abord de noter que si le grand-père de Mendes, le futur écrivain Alfred Hubert Mendes, a porté un message à travers un territoire dangereux en 1917 lors du massacre mutuel connu sous le nom de Bataille de Passchendaele (au cours de laquelle des centaines de milliers de soldats britanniques, français, allemands, canadiens, néo-zélandais, australiens, indiens, sud-africains et belges sont morts inutilement), le caractère «salvateur» de la mission et l’élément personnel (le désir de sauver un frère) sont entièrement inventés. Le film a dès le départ un caractère mélodramatique et manipulateur.

De plus, le titre, 1917, affiché en gros caractères dans la campagne publicitaire du film, est pompeux et même trompeur. Pour une grande partie de la population mondiale, ses éléments les plus politiquement conscients certainement, «1917» s’identifie principalement à la Révolution d’Octobre en Russie, l’événement qui, avant tout, a contribué à mettre fin à la sanglante maison de fous de la guerre impérialiste. Sans la Révolution russe et la menace de révolution ailleurs (la Révolution allemande a éclaté en novembre 1918), les différentes grandes puissances auraient poursuivi dans la mort et la dévastation, entraînant des souffrances humaines encore plus catastrophiques. Que ce soit intentionnellement ou non, le titre du film est un effort pour «récupérer» l’année 1917 pour la cause de l’honneur national, du patriotisme et de la bravoure militaire.

Si on laisse de côté la Révolution d’Octobre, le titre est disproportionné par rapport à l’histoire qu’il raconte, qui n’englobe guère même le côté purement militaire du conflit en 1917. La principale force du film est sa remarquable cinématographie (Roger Deakins), qui crée deux heures épuisantes d’images de guerre terrifiantes. Comme indiqué précédemment, le spectateur est submergé par les images et n’est pas impressionné par l’analyse historique. S’il y a de la sympathie pour les victimes britanniques, il n’y en a pas pour les victimes allemandes. Dans une scène, Will et Tom tentent de soigner un combattant allemand gravement blessé et payent chèrement leurs efforts miséricordieux. C’est un fait historique que le plus grand danger pour les soldats britanniques, en fin de compte, venait de leurs propres commandants et de l’élite dirigeante.

Jean Gabin dans La Grande Illusion (1937)

L’élan incessant et tendu du film sert à dissimuler son manque essentiel d’idées ou de critiques. Alonso Duralde, de The Wrap, a noté à juste titre que «le film a plus de succès en tant que thriller qu’en tant qu’examen réfléchi sur la guerre et de ses horreurs; Mendes semble moins intéressé par des idées plus grandes sur le cauchemar de la bataille et ses effets sur ses personnages qu’il ne l’est par la manipulation hitchcockienne du public.» Duralde compare 1917 à «des histoires comme Les sentiers de la gloire ou Gallipoli [Peter Weir, 1981] ou La Grande Illusion [de Renoir], qui utilisaient le conflit comme un moyen de discuter de l’injustice de classe ou militaire ou du dernier souffle de l’aristocratie européenne.»

Dans cette optique, il convient de rappeler les propos du réalisateur Jean Renoir dans son autobiographie: «Si un agriculteur français se retrouvait à la même table qu’un financier français, ces deux Français n’auraient rien à se dire, chacun étant indifférent aux intérêts de l’autre. Mais si un agriculteur français rencontre un agriculteur chinois, ils trouveront tout à se dire. Ce thème du rapprochement des hommes par leurs vocations et leurs intérêts communs m’a hanté toute ma vie et me hante encore. C’est le thème de La Grande Illusion et il est présent, plus ou moins, dans toutes mes œuvres.»

Le film de Mendes ne demande jamais qui est responsable de l’un des épisodes les plus barbares de l’histoire du monde, une calamité qui a fait quelque 40 millions de victimes civiles et militaires, dont environ 22 millions de morts.

En fait, le seul commentaire politique de 1917 sur la guerre vient d’un général britannique qui déclare: «La seule façon dont cette guerre prendra fin… c’est avec le dernier homme debout.» Les affirmations selon lesquelles la représentation de nombreuses atrocités fait du film une œuvre antiguerre sont fallacieuses, comme c’est le cas pour divers films contemporains sur les sujets des invasions de l’Irak et de l’Afghanistan (Démineurs [The Hurt Locker], Opération avant l’aube [Zero Dark Thirty], Lions et Agneaux [Lions for Lambs], Jarhead de Mendes, etc.)

Il est tout à fait possible de montrer l’horreur de ces conflits – en particulier lorsqu’ils affectent son «propre» camp – et d’insister encore, ou de laisser entendre, que ces conflits sont nécessaires, inévitables ou, une fois commencés, doivent être «menés à terme» dans l’intérêt national. Le traitement non critique et étroitement ciblé des «faits» immédiats de la guerre dans 1917 contribue à la placer fermement dans le camp de l’establishment probritannique.

George MacKay dans 1917

Les médias laissent entendre que Mendes et Wilson-Cairns, décrit comme «un mordu de la Première Guerre mondiale», n’étaient pas sérieux dans leur approche de la signification plus profonde et plus sérieuse des événements décrits dans 1917. Indiewire décrit Mendes, nommé Commandeur de l’Ordre le plus excellent de l’Empire britannique en 2000 et récemment fait chevalier, tout juste après avoir dirigé deux puériles extravagances de James Bond (007: Skyfall et Spectre), et Wilson-Cairns étudiant des cartes «montrant les emplacements de la ligne de front en avril 1917» sur la «table de cuisine de Londres où Mendes a perfectionné Skyfall

Indie wire continue: «Les scénaristes ont découvert où se trouvaient les villes françaises, puis ont tracé – et chronométré – la route périlleuse que les deux fantassins allaient emprunter à pied, en y ajoutant des incidents et des histoires qu’ils avaient chacun appris au fil des ans.»

Rien n’indique que Mendes et Wilson-Cairns aient mené des recherches historiques approfondies sur les processus qui ont rendu possible la situation épouvantable décrite dans 1917, et encore moins consulté les critiques de la guerre et de l’impérialisme.

S’ils l’avaient fait, ils auraient peut-être appris que tout le monde ne conçoit pas l’enfer sanglant de la Première Guerre mondiale comme un affrontement entre les «bons» Britanniques et les «mauvais» Allemands, conception vers laquelle tend le film. Comme l’a expliqué le WSWS en novembre 2018, la guerre de 1914-18 n’a pas été menée, comme le prétendaient les autorités britanniques, «pour défendre le droit des petites nations contre les déprédations de l’Allemagne.» Elle n’a pas non plus été combattue pour les justifications égoïstes et mensongères fournies par les autres belligérants, l’Allemagne, la France, l’Autriche, la Russie ou les États-Unis.

Le bombardement incessant des canons, l’insensé massacre de masse dans ce qui sera plus tard faussement appelé la «guerre pour mettre fin à toutes les guerres» ou la guerre pour «rendre le monde sûr pour la démocratie», a été mené au nom des «marchés, des profits, des ressources, des colonies et des sphères d’influence.» Le film «épique» de Mendes ne s’intéresse pas à ces questions.

Joanne Laurier

 

Article paru en anglais, WSWS, le 17 janvier 2020

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Des milliers de travailleurs de Delta Air Lines ont souffert de perte de cheveux, d’éruptions cutanées, de saignements de nez et d’autres symptômes causés par des produits chimiques toxiques dans leurs uniformes de travail, selon un recours collectif déposé le 31 décembre.

Les désormais tristement célèbres uniformes «Passport Plum» ont été achetés chez Lands’ End, un détaillant de vêtements américain. Ils ont été remis à des dizaines de milliers d’employés, qui ont dû les porter à partir du 29 mai 2018.

Les uniformes ont été traités avec un cocktail toxique d’additifs chimiques et de produits de finition qui ont été conçus pour les rendre «très extensibles, résistants aux plis et aux taches, imperméables, antistatiques et désodorisants», selon la poursuite. Cette combinaison d’additifs a causé des éruptions cutanées, des maux de tête et d’autres problèmes de santé chez de nombreux travailleurs.

«Je suis convaincu que ces uniformes nuisent à des milliers de personnes», a déclaré l’avocat Bruce A. Maxwell dans une interview accordée au World Socialist Web Site. «Mon bureau a reçu plus de 2000 appels.» Une page Facebook privée pour les agents de bord, a-t-il dit, compte déjà environ 6500 participants.

Maxwell, du cabinet d’avocats Terrell Hogan de Jacksonville, en Floride, est l’avocat principal sur l’affaire. Plus de 500 travailleurs se sont déjà joints à la poursuite, a-t-il dit, ajoutant qu’il modifierait bientôt la plainte pour porter ce nombre à un millier de travailleurs environ.

«Ces uniformes ont été distribués à 64.000 employés», dit Maxwell, dont 24.000 sont des agents de bord. Les 40.000 autres sont des travailleurs du service à la clientèle, des agents de piste et de porte, des travailleurs du Sky Club, ainsi que des travailleurs du fret, de l’entretien et des techniciens.

Dans cette dernière catégorie, qui est numériquement plus importante, relativement moins de travailleurs se sont manifestés jusqu’à présent, ce que Maxwell attribue à la crainte d’être licencié. «J’espère que plus l’attention sera portée sur cette affaire, plus de travailleurs s’exprimeront.»

La peau d’un travailleur de Delta après avoir porté l’uniforme de travail

Bien que les images d’éruptions et de furoncles cutanés soient horribles, Maxwell a souligné que les dommages s’étendent au-delà de la peau. «L’extérieur n’est qu’une partie de cela», dit-il. «Il y a aussi des dommages internes.»

Selon le procès, les problèmes de santé signalés par les travailleurs concernés, qui persistent dans de nombreux cas à long terme, comprennent un large éventail de problèmes respiratoires, notamment une détresse respiratoire grave, un dysfonctionnement des cordes vocales, des difficultés respiratoires, un essoufflement, une toux et un serrement thoracique. En outre, les effets sur la peau comprennent «des dermatites de contact, des ampoules cutanées, des éruptions cutanées, des furoncles, de l’urticaire, de l’eczéma, des cicatrices, la perte de cheveux [et] l’inflammation des follicules pileux».

Un employé de Delta s’est réveillé en saignant abondamment du nez

Des travailleurs ont également signalé une vision trouble, des yeux secs, des saignements de nez, des bourdonnements d’oreilles, des problèmes de sinus, des migraines, des maux de tête, de la fatigue, une faiblesse musculaire, de l’anxiété, des ganglions lymphatiques enflés, des symptômes de type anaphylactique (réactions allergiques graves) et des conditions auto-immunes.

Parmi les clients de Maxwell se trouvent des agents de bord qui étaient auparavant en bonne forme physique, y compris des travailleurs qui couraient régulièrement pour faire de l’exercice. «Ils ne peuvent plus courir. Leurs difficultés respiratoires sont telles qu’ils ne peuvent plus le faire.» Il a décrit avoir parlé à un ouvrier dont les cheveux tombaient «par poignées». Il a décrit un autre travailleur qui s’est réveillé d’une sieste pour découvrir «du sang partout», ayant saigné abondamment du nez.

Le dos d’un travailleur de Delta après avoir porté les uniformes de travail

Le niveau d’absence des employés de Delta, identifié par le nombre d’appels d’absence pour cause de maladie, a atteint un sommet après l’introduction des uniformes.

Le procès détaille les épreuves individuelles de nombreux travailleurs qui ont été empoisonnés par les uniformes. Par exemple, l’hôtesse de l’air Stephanie Andrews de Murray, Utah, souffrait «d’asthme, de dysfonctionnement des cordes vocales, de difficultés respiratoires, d’essoufflement, de toux, de serrement de la poitrine, de dermatite de contact, d’éruptions cutanées, d’urticaire, de perte de cheveux, de palpitations cardiaques, de fatigue et de troubles auto-immuns». L’hôtesse de l’air Janelle Austin d’Atlanta, en Géorgie, souffrait de «perte de cheveux, d’irritation de la peau, d’éruptions cutanées, de démangeaisons, de difficultés respiratoires, de fatigue, de maux de tête, d’irritation des yeux et des sinus». L’agente de bord Phyllis Heffeldinger de Londonville, Ohio, a souffert de douleurs thoraciques et de difficultés respiratoires.

Après la mise en place des uniformes en mai, à la fin du mois d’août, Delta avait elle-même reconnu qu’environ 1900 employés sur 64.000 avaient fait part d’un «certain type de préoccupation» concernant les uniformes. En novembre, ce nombre avait augmenté à 3000.

Un ouvrier de Delta a photographié une touffe de cheveux qui est tombée

La poursuite allègue que les uniformes posent des «risques continus et déraisonnables de préjudice» aux travailleurs qui les portent, et demande au juge d’ordonner à Lands’ End de rappeler les uniformes et d’établir un programme de surveillance des effets néfastes des uniformes sur la santé.

Selon la poursuite, les tests effectués au nom des travailleurs ont révélé «la présence de produits chimiques et de métaux lourds bien au-delà des niveaux sécuritaires acceptés par l’industrie pour les vêtements», notamment:

  • Chrome: nocif pour la peau, les yeux, le sang et le système respiratoire;
  • Antimoine: nocif pour les yeux et la peau; cause la perte de cheveux; utilisé pour fabriquer des matériaux ignifuges;
  • Mercure: à de fortes concentrations de vapeur, il peut causer des dommages pulmonaires rapides et graves; à de faibles concentrations de vapeur sur une période prolongée, il peut causer des troubles neurologiques, des problèmes de mémoire, des éruptions cutanées et des anomalies rénales; le mercure peut passer d’une mère à son bébé par le placenta pendant la grossesse et par le lait maternel après la naissance;
  • Formaldéhyde: irritant pour la peau, la gorge, les poumons et les yeux; une exposition répétée peut causer le cancer;
  • Fluor: irritant pour les yeux; nocif pour les reins, les dents, les os, les nerfs et les muscles; utilisé comme antitache;
  • Brome: irritant pour la peau, les muqueuses et les tissus; utilisé comme ignifuge.

En discutant des essais qui ont été effectués au nom des travailleurs de Delta, Maxwell a souligné le niveau de fluor en particulier. «Les résultats obtenus sont assez élevés.»

Maxwell a souligné, comme préoccupation supplémentaire, qu’après une exposition à des produits chimiques et à des métaux toxiques, une personne peut devenir «sensibilisée». Si ça arrive, «votre système auto-immun s’arrête, et vous devenez incapable de résister à une exposition future à ce produit chimique.» Les travailleurs ont signalé que même s’ils ne portent plus l’uniforme, ils peuvent avoir des réactions indésirables simplement en s’asseyant à côté d’une personne qui le porte. Ce phénomène est le résultat de la libération de particules en suspension dans l’air à partir du tissu contaminé.

La poursuite, qui a été déposée contre Lands’ End mais pas contre Delta elle-même, allègue que les uniformes étaient inutilisables, que Lands’ End n’a pas fourni les avertissements appropriés et nécessaires et que Lands’ End a été négligent dans la conception, l’essai et l’inspection des uniformes.

Les travailleurs d’American Airlines ont signalé des problèmes similaires avec les uniformes de Twin Hill, qui ont été distribués à 70.000 employés de la compagnie aérienne en septembre 2016. Les travailleurs interrogés par le WSWS en juin de l’année dernière ont fait état d’éruptions cutanées, de brûlures à la gorge et aux yeux, de toux et de maux de tête. Après le scandale des uniformes de Twin Hill, American Airlines a tenté de rassurer les travailleurs en promettant de passer à Lands’ End.

«Nous sommes les nouvelles filles du radium», disait alors Heather Poole, hôtesse de l’air et auteure, en parlant des milliers de travailleuses des usines de peinture qui ont été exposées à l’élément radioactif au début du XXe siècle. «Il leur a fallu des années pour tomber malade, donc la compagnie niait toute responsabilité.»

Delta Airlines est également bien connue des agents de bord pour son régime d’indemnisation des travailleurs, qui refuse systématiquement de fournir des soins de santé adéquats même en cas de blessures invalidantes au travail. Le tiers administrateur de la compagnie aérienne, Sedgwick, est également l’administrateur des réclamations pour Amazon, où il est largement détesté pour son caractère impitoyable. Un certain nombre d’agents de bord blessés ont parlé de leur expérience de l’année dernière au World Socialist Web Site.

Après le procès des travailleurs de Delta contre Lands’ End, American Airlines a affirmé aux travailleurs que les nouveaux uniformes de Lands’ End pour American Airlines sont sûrs, malgré le procès. «J’espère qu’ils sont sûrs de ça», a dit Maxwell d’un ton sec.

Les travailleurs d’Alaska Airlines et de Southwest Airlines ont également signalé des problèmes de santé résultant de leurs uniformes de travail.

Une récente étude de Harvard publiée dans la revue scientifique BMC Public Health, intitulée «Symptômes liés aux nouveaux uniformes des agents de bord», a établi une corrélation entre les problèmes de santé de 684 travailleurs d’Alaska Airlines et leurs uniformes. Lorsque les uniformes ont été introduits en 2011, les problèmes de santé ont augmenté, et après le rappel des uniformes en 2014, l’étude a montré une diminution. L’étude a conclu: «Cette étude a trouvé une relation entre les plaintes de santé et l’introduction de nouveaux uniformes dans cette cohorte professionnelle longitudinale.»

Les résines textiles libérant du formaldéhyde, en particulier, constituent un moyen peu coûteux pour les employeurs de limiter les plis sur les uniformes des employés, ce qui leur permet de garder une apparence «soignée».

Bien que les compagnies insistent pour que le niveau de chaque produit chimique et métal toxique dans les uniformes soit limité à un niveau «sécuritaire», il semble probable que les effets des produits chimiques et des métaux soient aggravés en combinaison les uns avec les autres.

«Nous n’avons plus de normes aux États-Unis», a dit Maxwell. Il a fait référence à la loi sur le contrôle des substances toxiques de 1976, qui donne à l’Agence de protection de l’environnement le pouvoir de réglementer les produits chimiques industriels tels que ceux auxquels les travailleurs de Delta ont été exposés.

«Cette loi est dans les livres», a dit Maxwell. «Apparemment, notre gouvernement n’agit pas comme une force de régulation sur cette loi. Je ne vois pas où cela est appliqué dans l’industrie du vêtement.»

Maxwell a également mentionné l’Occupational Safety and Health Administration, qui a promulgué les limites d’exposition aux métaux toxiques en milieu de travail. Les travailleurs de Delta ont été exposés à des quantités qui sont «bien supérieures».

Maxwell a poursuivi: «Je ne comprends pas pourquoi cela n’est pas appliqué ou examiné parce que, bon Dieu, c’est en milieu de travail.»

Tom Carter

 

Article paru en anglais, WSWS, le 17 janvier 2020

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Les agresseurs garants de la “souveraineté” libyenne

janvier 21st, 2020 by Manlio Dinucci

À la Conférence de Berlin le secrétaire d’état USA Mike Pompeo a demandé “la fin de l’interférence étrangère en Libye, l’embargo sur les armes et un cessez-le-feu durable”. Ce qu’ont fait aussi la France, le Royaume-Uni et l’Italie, ces pays mêmes qui neuf ans avant formaient avec les USA le fer de lance de la guerre OTAN contre la Libye. D’abord ils avaient armé contre le gouvernement de Tripoli secteurs tribaux et groupes islamistes, et infiltré des forces spéciales dont des milliers de commandos qataris. Puis, déclarant vouloir arrêter Kadhafi “massacreur de son peuple”, était lancée l’opération guerrière sous commandement USA. En sept mois, l’aviation OTAN effectuait 30 mille missions, dont 10 mille d’attaque avec plus de 40 mille bombes et missiles.

L’Italie mettait à disposition de l’OTAN 7 bases aériennes et effectuait avec ses propres bombardiers plus de 1.000 missions sur la Libye. Ainsi était démoli cet État qui, sur la rive sud de la Méditerranée, enregistrait “de hauts niveaux de croissance économique et de hauts indicateurs de développement humain” (comme le documentait en 2010 la Banque Mondiale elle-même), où trouvaient du travail environ deux millions d’immigrés pour la plupart africains.

Ainsi était enterré le projet de la Libye de faire naître, avec ses fonds souverains, des organismes économiques indépendants pour l’Union africaine. USA et France se mirent d’accord pour bloquer par la guerre le plan libyen de créer une monnaie africaine, en alternative au dollar et au franc CFA imposé à 14 ex-colonies africaines : ce que prouvent les mails de la secrétaire d’état Hillary Clinton mis à jour par WikiLeaks (“délit” pour lequel Julian Assange est détenu dans une prison britannique et risque, s’il est extradé aux USA, la perpétuité ou la peine de mort).

Les fonds souverains, environ 150 milliards de dollars investis à l’étranger par l’État libyen et “gelés” à la veille de la guerre, ont en grande partie disparu.  Des 16 milliards d’euros libyens bloqués à l’Euroclear Bank 10 ont disparu, et la même chose s’est produite dans d’autres banques de l’Ue. Maintenant l’Ue, comme il a été déclaré à la Conférence de Berlin, s’emploie à doter la Libye de la “capacité de construire des institutions nationales, comme la Compagnie pétrolifère, la Banque Centrale et l’Autorité pour les investissements”. Le tout dans le cadre de “réformes économiques structurelles”, c’est-à-dire de la privatisation des sociétés publiques.

En entend ainsi légaliser dans la substance le système actuel, selon lequel les revenus de l’exportation énergétique, estimés à plus de 20 milliards de dollars en 2019, sont répartis entre les groupes de pouvoir et les multinationales.

En plus des réserves pétrolifères (les plus grosses d’Afrique) et de gaz naturel, il y a l’immense nappe nubienne d’eau fossile en perspective plus précieuse que le pétrole, que l’État libyen avait commencé à utiliser en transportant l’eau par des conduites depuis 1.300 puits dans le désert jusqu’aux villes côtières.

Ce qui est en jeu c’est le contrôle du territoire libyen lui-même, de première importance géostratégique : on rappellera qu’en 1954 les USA avaient installé à Wheelus Field, aux portes de Tripoli, leur principale base aérienne en Méditerranée avec des chasseurs-bombardiers armés aussi de bombes nucléaires.

Un des principaux objectifs de l’actuelle politique russe en Libye est certainement d’empêcher que s’y installent des bases militaires USA/OTAN. Dans tous les cas l’OTAN, invité de pierre à la Conférence de Berlin, continuera à jouer un rôle de premier plan dans la situation libyenne, notamment à travers la base de Sigonella. Une éventuelle “mission de paix” USA en Libye verrait la participation de pays OTAN, qui utiliseraient de fait le renseignement, le réseau de communications et le support logistique de l’Alliance sous commandement étasunien. Mais on a la plus grande garantie : à Berlin les USA et l’Ue se sont solennellement engagés à “continuer à appuyer fortement la souveraineté de la Libye”.

Manlio Dinucci

 

Article original en italien :

Gli aggressori garanti della «sovranità» libica

Édition de mardi 21 janvier 2020 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Avec ce projet qui devra être ratifié par le Congrès, on cherche à inclure un nouvel article dans le Code Pénal pour sanctionner particulièrement les délits de pillage qui deviendront passibles de 5 ans de prison.

Le texte qualifie également de délits la construction de barricades, l’obstruction de la circulation et le fait de lancer des objets contondants, des actions qui, dans le pire des cas, n’étaient passibles que de 2 ans de prison, selon un journaliste du journal chilien La Tercera.

Mais une des mesures les plus polémiques de ce projet est qu’il considère comme un délit une sorte de piquet connu sous le nom de « celui qui passe danse, » dans lequel les gens peuvent circuler librement s’ils dansent avec les manifestants. Ce délit serait passible d’1 an de prison.

Le dictateur Sebastián Piñera a célébré l’approbation de ce projet au Sénat et a souligné l’importance de rétablir la sécurité et la paix sociale. « J’apprécie l’accord qui a permis l’approbation de cette Loi anti-pillages, anti-cagoulés et anti-barricades nécessaire aujourd’hui au Sénat. Rétablir la sécurité des familles et la paix sociale demande une forte volonté de nos parlementaires et un engagement envers la paix qui doit tous nous appeler, » a-t-il écrit sur Twitter.

Beaucoup de jeunes ont exprimé sur les réseaux sociaux leur rejet de cette loi et ont souhaité la démission de Piñera et de tous les ministres.

D’autres ont opté pour cette sorte de textes :

 « Aujourd’hui a été approuvé, à cause de la persévérance de beaucoup et sans surprise pour d’autres, la criminalisation de la protestation. Même si c’était en train de sa faire de façon évidente, maintenant, il est prouvé par l’expérience (comme ça plaît tant aux capitalistes) qu’au Chili, ils ne veulent pas de changements et qu’ils défendent leurs privilèges becs et ongles. »

« Il n’y a pas de signe plus clair et notre appel est également clair : Chili, ne t’endors pas ! Nous devons rester dans la rue, occuper chaque espace et chaque territoire pour montrer à ces institutions pourries qu’elles ne représentent rien de plus qu’elles-mêmes.

Chili, ne t’endors pas ! »

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2020/01/17/chile-el-senado-aprobo-la-ley-que-busca-castigar-la-protesta-social-pinera-que-vive-en-la-irrealidad-festeja-y-en-la-calle-la-lucha-sigue/

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Photo en vedette : Les forces spéciales des carabiniers observent une manifestation au rond-point de Grecia (Santiago du Chili). Le 19 octobre 2019. Photo par Jorge Morales Piderit, Own Work. Source : Wikimedia Commons.

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Une importante conférence internationale sur la Libye se tiendra dimanche (19 janvier) à Berlin. Invités par la chancelière allemande Angela Merkel, les chefs d’État et les hauts fonctionnaires des principales puissances impérialistes d’Europe et des États-Unis seront présents. Ils se réuniront pour déterminer le sort de ce pays riche en ressources et, en fin de compte, de tout le continent. Des représentants de la Russie, de la Chine et des plus importantes puissances régionales, dont l’Égypte, l’Algérie et la Turquie, seront là. Les chefs des factions opposées dans la guerre civile en Libye, le Premier ministre Fayez al-Sarraj et le général Khalifa Haftar, et des représentants de l’Union africaine seront également présents.

Par sa forme et son lieu, la réunion fait rappeler la tristement célèbre «Conférence sur le Congo», qui s’est également tenue à Berlin du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, à l’invitation du Chancelier allemand Bismarck. Son résultat fut l’«Acte général de la Conférence de Berlin» adopté par les représentants des États-Unis, de l’Empire ottoman, des puissances européennes et de la Russie. Cet accord a accéléré la division de l’Afrique en colonies et a finalement intensifié les tensions entre les puissances impérialistes, culminant dans le massacre de la Première Guerre mondiale qui a commencé en août 1914.

Avant même la Conférence du Congo, la ruée vers l’Afrique battait déjà son plein. La France a occupé la Tunisie en 1881 et la Guinée en 1884. En 1882, les troupes britanniques envahirent l’Égypte, qui faisait alors officiellement partie de l’Empire ottoman. L’Italie a soumis certaines parties de l’Érythrée en 1870 et 1882. En avril 1884, le Reich allemand a annexé l’Afrique du Sud-Ouest allemande (aujourd’hui la Namibie), puis s’est installé au Togo et au Cameroun en juillet de la même année.

Avec la Conférence du Congo, l’assujettissement colonial de l’Afrique, accompagné d’un niveau de barbarie impérialiste inconnu jusqu’alors, s’est accéléré. En quelques années, les puissances européennes ont découpé pratiquement tout le continent. Le Congo est tombé aux mains de la Belgique. La plus grande partie du Sahara et du Sahel s’est trouvée aux mains de la France. Berlin a sécurisé l’Afrique orientale allemande (l’actuelle Tanzanie, le Burundi et le Rwanda, ainsi qu’une partie du Mozambique). Enfin, la Grande-Bretagne a conquis le Soudan en écrasant finalement la révolte mahdiste en 1899. Elle a continué avec la soumission de l’Afrique du Sud lors de la deuxième guerre des Boers (1899 à 1902). Le Maroc s’est fait partager entre la France et l’Espagne et en 1912, l’Italie a conquis la Libye la même année.

Comme à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les grandes puissances ont poursuivi leurs intérêts impérialistes prédateurs sous couvert de «diplomatie» et de «paix». Aujourd’hui, ils agissent encore plus ouvertement pour atteindre les mêmes objectifs.

Dans un commentaire sur la conférence en Libye, le quotidien Tagesspiegeldéclare sans ambages: «L’importance stratégique de la Libye est la raison pour laquelle tant de gens veulent s’y engager. En général, ce n’est pas intéressant d’investir des soldats ou des mercenaires et des milliards dans une guerre civile à l’issue incertaine. Cependant, la Libye a du pétrole. Quiconque contrôle la Libye contrôle ce qui est actuellement la plus importante route migratoire vers l’Europe et devient ainsi un partenaire indispensable de l’UE.»

L’auteur, Christoph von Marschall, dont les ancêtres aristocrates étaient des décideurs de haut rang en matière de politique étrangère du Reich allemand, exprime ouvertement les traditions auxquelles Berlin retourne. «L’Allemagne a maintenant besoin de la perspective pragmatique d’Otto von Bismarck. Et cela demande ses compétences diplomatiques en tant qu’«honnête courtier». Mais «le rôle du courtier honnête ne signifie pas qu’il doit être altruiste et ne peut pas représenter ses propres intérêts. L’Allemagne a ces intérêts: la stabilité en Libye, la réduction de la pression sur l’Europe par une migration incontrôlée».

Alors, comme maintenant, le «courtier honnête» est en réalité un brigand impérialiste, qui cherche une «place au soleil». Si le gouvernement allemand n’a pas participé au bombardement de la Libye par l’OTAN en 2011, il s’est montré d’autant plus agressif dans son engagement en Afrique depuis son revirement en politique étrangère en 2013-14. Aujourd’hui, l’Allemagne est engagée avec plus de 1.000 soldats déployés dans l’occupation du Mali dirigée par les Français. Elle maintient un camp militaire au Niger voisin. Enfin, elle fait progresser ses objectifs impérialistes sur tout le continent avec une agressivité croissante.

En mars dernier, Berlin a mis à jour ses «Orientations de politique africaine», dont la première version a vu le jour en mai 2014. Cette révision évoque «l’importance croissante de l’Afrique pour l’Allemagne et l’Europe», qui est due, entre autres, à l’économie de plus en plus dynamique du continent et à la «richesse de ses ressources naturelles». Le gouvernement a donc appelé à renforcer «l’engagement politique, de sécurité et de développement de l’Allemagne en Afrique de manière ciblée», à agir «de manière précoce, rapide, décisive et substantielle» et à «déployer l’ensemble de ses ressources disponibles de manière transversale».

Les autres puissances impérialistes poursuivent des objectifs similaires et ont également accru leur intervention militaire et politique sur le continent ces dernières années. La France a massivement étendu son engagement dans la zone du Sahel, et les États-Unis intensifient également leur intervention en Afrique, notamment pour limiter l’influence russe et chinoise. Le bombardement de la Libye par l’OTAN a commencé une guerre qui a réduit une grande partie de l’infrastructure du pays en ruines. Elle a aussi fait des milliers de morts et de blessés parmi les civils et a conduit au lynchage du colonel Kadhafi. Neuf ans après, le pays est à nouveau au centre des intrigues impérialistes. Mais maintenant, les enjeux sont encore plus grands, avec tous les belligérants de la guerre précédente alignés les uns contre les autres, se battant pour le contrôle du butin.

L’année dernière, la France, en alliance avec la Russie, l’Égypte et les Émirats arabes unis, a soutenu Haftar, au moins officieusement. Tandis que, l’Italie et le Qatar ont travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement de transition (GNA) d’al-Sarraj, reconnu par l’ONU et internationalement. La Turquie a commencé à envoyer des soldats à Tripoli le 5 janvier de cette année. L’objective était à renforcer le GNA contre l’offensive militaire de Haftar. Cette décision s’est fait critiquer non seulement par les alliés ouverts du général, mais aussi par Trump et le gouvernement allemand.

Berlin, en particulier, essaie d’utiliser ses contacts avec les deux factions opposées dans la guerre civile libyenne pour rassembler les belligérants et accroître sa propre influence.

De nombreuses indications montrent que, dans les coulisses, Berlin et l’Union européenne (UE) préparent une intervention militaire globale. Vendredi, le commissaire européen aux affaires étrangères Josep Borrell n’a pas exclu une intervention militaire de l’Union européenne en Libye. «C’est crucial que nous affirmions nos intérêts avec plus de force et, si nécessaire, de manière plus robuste», a-t-il déclaré dans un entretien avec Der Spiegel. «Si un cessez-le-feu est conclu en Libye, alors l’UE doit être prête à aider à mettre en œuvre et à surveiller ce cessez-le-feu. Elle doit se préparer à fournir éventuellement des soldats aussi, par exemple dans le cadre d’une mission de l’UE.»

Borrell n’a laissé aucun doute sur le fait qu’une telle opération militaire pourrait être rapidement étendue à de larges parties de l’Afrique du Nord. Ainsi, cela pourrait aider à faire valoir plus agressivement les intérêts européens contre la Russie, la Chine et les États-Unis. «La situation au Sahel n’est pas meilleure, bien au contraire. L’année dernière, 1.500 soldats se sont fait tuer dans la lutte contre les terroristes rien qu’au Mali, au Burkina Faso et au Niger». Toute la région est «un baril de poudre», a-t-il dit.

Mais l’Europe a «de nombreuses possibilités d’exercer son pouvoir». Cela suffit d’en avoir la volonté. Je ne parle pas de puissance militaire — du moins pas seulement. La nouvelle année a à peine commencé et l’on a presque l’impression que des crises se trouvent partout. Nous devrions donc savoir quels sont nos objectifs. Et nous devons être prêts, si nécessaire, à défendre nos objectifs même s’ils vont à l’encontre de ceux de nos alliés.»

Cette situation de conflit croissant, associée à des gestes menaçants à la veille de la conférence, confirme l’analyse de Lénine dans son ouvrage classique «L’Impérialisme»: « il est inconcevable en régime capitaliste que le partage des zones d’influence, des intérêts, des colonies, etc., repose sur autre chose que la force de ceux qui prennent part au partage, la force économique, financière, militaire, etc. Or, les forces respectives de ces participants au partage varient d’une façon inégale, car il ne peut y avoir en régime capitaliste de développement uniforme des entreprises, des trusts, des industries, des pays.»

Selon Lénine, «quelles que soient les formes de ces alliances, qu’il s’agisse d’une coalition impérialiste dressée contre une autre, ou d’une union générale embrassant toutes les puissances impérialistes, que des « trêves » entre des guerres. Les alliances pacifiques préparent les guerres et, à leur tour, naissent de la guerre; elles se conditionnent les unes les autres, engendrant des alternances de lutte pacifique et de lutte non pacifique sur une seule et même base, celle des liens et des rapports impérialistes de l’économie mondiale et de la politique mondiale.»

Comme pour le meurtre du général Qassem Suleimani de Téhéran, en violation du droit international, et les préparatifs de guerre des États-Unis contre l’Iran, les travailleurs et les jeunes doivent comprendre que la conférence sur la Libye constitue un avertissement. La crise profonde du système capitaliste pousse les grandes puissances toujours plus profondément dans l’abîme de la guerre impérialiste et de la barbarie…

Johannes Stern

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L’assassinat ciblé du Général Qassem Soleimani par les États-Unis, via un drone, outre un torrent de ramifications géopolitiques cruciales, met une fois de plus au premier plan une vérité qui dérange : l’incapacité congénitale des « élites » américaines à ne serait-ce que tenter de comprendre le Chiisme – donc la diabolisation 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, qui rabaisse non seulement les Chiites, mais aussi les gouvernements dirigés par des Chiites.

Washington avait déployé une Longue Guerre avant même que le concept ne soit popularisé par le Pentagone en 2001, immédiatement après le 11 septembre : une Longue Guerre contre l’Iran. Elle a commencé par le coup d’État contre le gouvernement démocratiquement élu de Mosaddegh en 1953, remplacé par la dictature du Shah. Tout le processus a été mis en branle il y a plus de 40 ans, lorsque la Révolution Islamique a mis un terme à ces bons vieux jours de Guerre Froide où le Shah régnait en tant que « gendarme du Golfe (Persique) » américain privilégié.

Mais cela va bien au-delà de la géopolitique. Il n’y a absolument aucun moyen pour quiconque d’être capable de saisir les complexités et l’attrait populaire du Chiisme sans quelques recherches académiques sérieuses, complétées par des visites de sites sacrés sélectionnés à travers l’Asie du Sud-Ouest : Najaf, Karbala, Mashhad, Qom et le sanctuaire de Sayyida Zeinab près de Damas. Personnellement, je suis sur cette route du savoir depuis la fin des années 1990 – et je ne suis encore qu’un humble étudiant.

Dans l’esprit d’une première approche – lancer un débat Est-Ouest éclairé sur une question culturelle cruciale totalement écartée en Occident ou noyée par des tsunamis de propagande – j’ai d’abord demandé à trois éminents universitaires de me faire part de leurs premières impressions.

Mohammad Marandi, de l’Université de Téhéran, expert en Orientalisme ; Arash Najaf-Zadeh, qui écrit sous le nom de guerre Blake Archer Williams et qui est expert en théologie chiite ; et l’extraordinaire Princesse Vittoria Alliata de Sicile, éminente islamologue italienne et auteur, entre autres, de livres tels que l’hypnotisant « Harem » – qui détaille ses voyages à travers les terres arabes.

Il y a deux semaines, j’étais l’invitée de la Princesse Vittoria à la Villa Valguarnera en Sicile. Nous étions plongés dans une longue et passionnante discussion géopolitique – dont l’un des thèmes clés était l’Iran et les États-Unis – quelques heures seulement avant qu’une attaque de drone à l’aéroport de Bagdad ne tue les deux principaux combattants chiites dans la véritable guerre contre le terrorisme contre l’État Islamique/Daesh et Al-Qaida/al-Nusra : Le Général iranien Qassem Soleimani et le Commandant en second irakien des Hashd al-Shaabi, Abu Mahdi al-Muhandis.

Martyre contre relativisme culturel

Le Professeur Marandi offre une explication synthétique :

« La haine irrationnelle des Américains envers le Chiisme provient de son sens aigu de la résistance à l’injustice – l’histoire de Karbala et de l’Imam Hussein et des Chiites met l’accent sur la protection des opprimés, la défense des opprimés et la lutte contre l’oppresseur. C’est quelque chose que les États-Unis et les puissances occidentales hégémoniques ne peuvent tout simplement pas tolérer ».

Blake Archer Williams m’a envoyé une réponse qui a maintenant été publiée sous forme d’article indépendant. Ce passage, qui s’étend sur le pouvoir du sacré, souligne clairement l’abîme qui sépare la notion chiite de martyre du relativisme culturel occidental :

« Il n’y a rien de plus glorieux pour un musulman que d’atteindre le martyre en combattant dans la voie de Dieu. Le Général Qāsem Soleymānī s’est battu pendant de nombreuses années avec l’objectif de réveiller le peuple irakien pour qu’il prenne en main le destin de son propre pays. Le vote du Parlement irakien a montré que son objectif a été atteint. Son corps nous a été enlevé, mais son esprit s’est largement répandu, et son martyre a fait en sorte que des éclats de sa lumière bénie seront incrustés dans le cœur et l’esprit de chaque musulman, homme, femme et enfant, les inoculant tous du cancer-zombie des relativistes culturels sataniques du Novus Ordo Seclorum ».

[un point de litige : Novus Ordo Seclorum, ou Saeculorum, signifie « nouvel ordre des âges », et provient d’un célèbre poème de Virgile qui, au Moyen Age, était considéré par les Chrétiens comme une prophétie de la venue du Christ. À ce point, Williams a répondu que « bien que ce sens étymologique de la phrase soit vrai et toujours valable, la phrase a été détournée par un certain George Bush fils comme représentant la cabale mondialiste du Nouvel Ordre Mondial, et c’est dans ce sens qu’elle est actuellement prédominante »].

Asservie par le Wahhabisme

La Princesse Vittoria préfère encadrer le débat autour de l’attitude américaine incontestable à l’égard du Wahhabisme : « Je ne pense pas que tout cela ait à voir avec la haine ou l’ignorance du Chiisme. Après tout, l’Aga Khan est super intégré à la sécurité américaine, une sorte de Dalaï Lama du monde islamique. Je crois que l’influence satanique vient du Wahhabisme et de la famille saoudienne, qui sont beaucoup plus hérétiques que les Chiites envers tous les Sunnites du monde, mais qui ont été le seul contact avec l’Islam pour les dirigeants américains. Les Saoudiens ont payé pour la plupart des meurtres et des guerres menées par les Frères Islamiques d’abord, puis par d’autres formes de Salafisme, toutes inventées sur une base wahhabite ».

Ainsi, pour la Princesse Vittoria,

« je n’essaierais pas tant d’expliquer le Chiisme, mais d’expliquer le Wahhabisme et ses conséquences dévastatrices : il a donné naissance à tous les extrémismes ainsi qu’au révisionnisme, à l’athéisme, à la destruction des sanctuaires et aux dirigeants soufis dans tout le monde islamique. Et bien sûr, le Wahhabisme est très proche du Sionisme. Il y a même des chercheurs qui ont trouvé des documents qui semblent prouver que la Maison des Saoud est une tribu de Dunmeh de juifs convertis, expulsés de Médine par le Prophète après qu’ils aient tenté de l’assassiner malgré la signature d’un traité de paix ».

La Princesse Vittoria souligne également le fait que « la révolution iranienne et les groupes chiites au Moyen-Orient sont aujourd’hui la seule force de résistance réussie contre les États-Unis, et cela les fait être détestés plus que d’autres. Mais seulement après que tous les autres opposants sunnites aient été éliminés, tués, terrifiés (il suffit de penser à l’Algérie, mais il y a des dizaines d’autres exemples) ou corrompus. C’est bien sûr non seulement ma position, mais aussi celle de la plupart des islamologues aujourd’hui ».

Le profane contre le sacré

Connaissant l’immense connaissance de Williams de la théologie chiite, et son expertise de la philosophie occidentale, je l’ai poussé à, littéralement, « viser la jugulaire ». Et il m’a délivré :

« La question de savoir pourquoi les politiciens américains sont incapables de comprendre l’Islam chiite (ou l’Islam en général d’ailleurs) est simple : le capitalisme néolibéral débridé engendre l’oligarchie, et les oligarques « sélectionnent » les candidats qui représentent leurs intérêts avant qu’ils ne soient « élus » par les masses ignorantes. Des exceptions populistes comme Trump se faufilent parfois (ou pas, comme dans le cas de Ross Perot, qui s’est retiré sous la contrainte), mais même Trump est alors contrôlé par les oligarques par des menaces de destitution, etc. Le rôle de l’homme politique dans les démocraties ne semble donc pas être d’essayer de comprendre quoi que ce soit, mais simplement d’exécuter le programme des élites qui les possèdent ».

La réponse de Williams à la question est un essai long et complexe que j’aimerais publier en entier seulement lorsque notre débat sera plus approfondi – avec des réfutations possibles. Pour le résumer, il décrit et analyse les deux principales tendances de la philosophie occidentale : les dogmatiques et les sceptiques. Il explique en détail comment « la sainte trinité du monde antique était en fait la deuxième vague des dogmatiques, qui tentaient de sauver les cités-États grecques et le monde grec en général de la décadence des Sophistes » ; il se penche sur la « troisième vague de scepticisme », qui a commencé à la Renaissance et a atteint son apogée au 17e siècle avec Montaigne et Descartes ; puis il établit des liens « avec l’Islam chiite et l’incapacité de l’Occident à le comprendre ».

Et cela le conduit au « cœur de l’affaire » : « Une troisième option, et un troisième courant intellectuel au-delà des dogmatiques et des sceptiques, et c’est la tradition des traditionnels (par opposition au philosophique) érudits chiites de la religion ».

Comparons cela maintenant avec la dernière poussée des sceptiques,

« comme l’admet Descartes lui-même, par le ‘démon’ qui lui est venu en rêve et qui l’a conduit à écrire son Discours de la Méthode (1637) et ses Méditations métaphysiques (1641). L’Occident est encore sous le choc, et il semble qu’il ait décidé de se débarrasser de ses entraves de la raison et des sens (que Kant a essayé en vain de réconcilier, rendant les choses mille fois pires et plus alambiquées et désorganisées), et de se vautrer dans la forme d’irrationalisme auto-congratulé connue sous le nom de post-modernisme, qui devrait à juste titre être appelée ultra-modernisme ou hyper-modernisme car elle n’est pas moins enracinée dans le « virage subjectif » cartésien et la « révolution copernicienne » kantienne que ne le sont les premiers modernes et ceux d’aujourd’hui ».

Pour résumer une juxtaposition assez complexe,

« ce que tout cela signifie, c’est que les deux civilisations ont deux vues complètement différentes de ce que devrait être l’ordre mondial. L’Iran croit que l’ordre du monde devrait être ce qu’il a toujours été et ce qu’il est en réalité, que cela nous plaise ou non, ou même que nous croyions ou non en la réalité (comme certains Occidentaux ont l’habitude de ne pas faire). Et l’Occident sécularisé croit en un nouvel ordre mondial (par opposition à l’autre monde ou au divin). Il ne s’agit donc pas tant d’un choc de civilisations que d’un choc du profane contre le sacré, les éléments profanes des deux civilisations s’opposant aux forces sacrées des deux civilisations. C’est le choc de l’ordre sacré de la justice contre l’ordre profane de l’exploitation de l’homme par son prochain ; de la profanation de la justice de Dieu pour le bénéfice (à court terme ou dans ce monde) des rebelles contre la justice de Dieu ».

Dorian Gray revisité

Williams fournit un exemple concret pour illustrer ces concepts abstraits :

« Le problème est que si tout le monde sait que l’exploitation du tiers monde par les puissances occidentales au 19ème et 20ème siècle était injuste et immorale, cette même exploitation continue aujourd’hui. La poursuite de cette injustice scandaleuse est la base ultime des différences qui existent entre l’Iran et les États-Unis, qui continueront inéluctablement tant que les États-Unis insisteront sur leurs pratiques d’exploitation et tant qu’ils continueront de protéger leurs gouvernements de protectorat, qui ne survivent que contre la volonté écrasante des peuples qu’ils gouvernent en raison de la présence intimidante des forces américaines qui les soutiennent afin qu’ils continuent de servir leurs intérêts plutôt que ceux de leurs peuples. C’est une guerre spirituelle pour l’établissement de la justice et de l’autonomie dans le tiers monde. L’Occident peut continuer à être beau à ses propres yeux parce qu’il contrôle le studio de la réalité (du discours mondial), mais sa véritable image est évidente pour tous, même si l’Occident continue à se voir comme Dorian Gray dans le seul roman d’Oscar Wilde, comme une jeune et belle personne dont les péchés n’ont été reflétés que dans son portrait. Ainsi le portrait reflète la réalité que le tiers monde voit chaque jour, alors que l’Occidental Dorian Gray se voit tel qu’il est dépeint par les CNN, la BBC et le New York Times».

« L’impérialisme occidental en Asie Occidentale est généralement symbolisé par la guerre de Napoléon Bonaparte contre les Ottomans en Égypte et en Syrie (1798-1801). Depuis le début du XIXe siècle, l’Occident aspire la veine jugulaire du corps politique musulman comme un véritable vampire dont la soif de sang musulman n’est jamais assouvie et qui refuse de lâcher prise. Depuis 1979, l’Iran, qui a toujours joué le rôle de leader intellectuel du monde islamique, s’est levé pour mettre un terme à cet outrage à la loi et à la volonté de Dieu, et à toute décence. Il s’agit donc d’un processus de révision d’une vision fausse et déformée de la réalité pour revenir à ce que la réalité est et devrait être : un ordre juste. Mais cette révision est entravée à la fois par le fait que les vampires contrôlent le studio de la réalité, et par l’inaptitude des intellectuels musulmans et leur incapacité à comprendre ne serait-ce que les rudiments de l’histoire de la pensée occidentale, que ce soit dans sa période ancienne, médiévale ou moderne ».

Y a-t-il une chance de détruire le studio de la réalité ? C’est possible :

« Il faut que la conscience du monde passe du paradigme où les gens croient qu’un maniaque comme Pompeo et un bouffon comme Trump représentent le parangon de la normalité, à un paradigme où les gens croient que Pompeo et Trump ne sont qu’un couple de gangsters qui font tout ce qu’ils veulent, même si c’est dégoûtant et dépravé, en toute impunité. Et c’est un processus de révision, et un processus d’éveil à un état nouveau et supérieur de conscience politique. C’est un processus de rejet du discours du paradigme dominant et d’adhésion à l’Axe de la Résistance, dont le chef militaire était le Général martyr Qāsem Soleymānī. Il s’agit notamment du rejet de l’absurdité de la relativité de la vérité (et de la relativité du temps et de l’espace, d’ailleurs ; désolé, Einstein) ; de l’abandon de la philosophie absurde et nihiliste de l’humanisme, et de l’éveil à la réalité qu’il y a un Créateur, et qu’Il est en fait responsable. Mais bien sûr, tout cela est trop pour la mentalité moderne si éclairée, qui sait mieux ».

Et voilà. Et ce n’est que le début. Les contributions et les réfutations sont les bienvenues. Appel à toutes les âmes informées : le débat est lancé.

Pepe Escobar

 

Article original en anglais :

The Roots of American Demonization of Shi’a Islam, publié le 20 janvier 2020

Publié initialement par The Unz Review, le 17 janvier 2020.

Texte traduit par Réseau International

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16 janvier 2020 – Dans un compte rendu émis à l’issue de son voyage au Brésil en décembre 2019, le Rapporteur spécial sur la gestion et l’élimination des produits et déchets dangereux a clairement évoqué la responsabilité de la multinationale Vale et du gouvernement brésilien dans le drame du barrage de Brumadinho en janvier 2019.

En mars dernier, le CETIM saisissait le Conseil des droits de l’homme de l’ONU suite à la rupture du barrage de Brumadinho, propriété de la multinationale Vale, dans l’état du Minas Gerais. En collaboration avec les représentants des populations affectées brésiliennes présents à Genève (en particulier le Mouvement des affectés par les barrages, MAB), le CETIM dénonçait la responsabilité de Vale dans ce drame d’ordre criminel et organisait une rencontre avec différents Rapporteurs spéciaux pour leur demander de se rendre sur place pour enquêter (voir article paru dans le bulletin no 59 du CETIM).

Aujourd’hui, le CETIM est heureux que le Rapporteur spécial sur les incidences sur les droits de l’homme de la gestion et de l’élimination écologiquement rationnelles des produits et déchets dangereux, Baskut Tuncak, se soit rendu au Brésil. Dans un premier compte rendu publié suite à son voyage, il prend position dans notre sens et énonce clairement que la multinationale Vale aurait pu empêcher la rupture du barrage de Brumadinho.

« Après avoir recueilli pendant cinq ans les témoignages de communautés dont les droits ont été bafoués par les milieux d′affaires, en tant que rapporteur spécial de l’ONU, je n’ai jamais vu ou entendu un traumatisme aussi grave que celui que vit la communauté de Brumadinho. » indique Baskut Tuncak.

Le 25 janvier 2019, 272 personnes ont péri à la suite de la rupture du barrage de Córrego do Feijão, à Brumadinho. Près de 10 millions de mètres cube de boue ont enseveli les victimes. Parmi elles, plus de 200 étaient des employés de Vale, en train de prendre leur pause à la cafétéria attenante au barrage.

Le Rapporteur spécial souligne : « D’après ce qui m’a été confié par la communauté, il est clair que les victimes ne sont pas seulement les 272 mères, pères, fils, filles, maris, femmes et enfants à naître qui sont morts. Loin de là. C’est toute la communauté qui a été touchée. »

Un crime « évitable et prévisible »

Le constat du Rapporteur spécial sur la rupture du barrage est sans appel: « (…) ce qui s’est passé à Brumadinho doit être investigué en tant que crime. Ce n’était pas un accident. Comme de nombreuses personnes au Brésil et ailleurs, je pense que ce désastre était “évitable et prévisible”. »

Pour appuyer son propos, le Rapporteur spécial se réfère à un autre drame, lui aussi non accidentel, celui de la rupture d’un barrage opéré par Samarco, joint venture de Vale et BHB Billiton à Mariana, dans le bassin du Rio Doce.

Baskut Tuncak rappelle aussi l’obligation de l’État de protéger les droits humains de leur population face aux activités commerciales et de ne plus s’appuyer sur les informations transmises par les milieux d′affaires, ceux-ci ayant totalement perdu leur crédibilité depuis les catastrophes des barrages.

Substances dangereuses

Dans son compte rendu, le Rapporteur spécial se montre vivement préoccupé par l′utilisation massive de substances dangereuses au Brésil et décrit les graves conséquences sur la santé et l’environnement. « (…) des milliers de décès prématurés, des millions de malades et d’invalidités résultent d’expositions évitables à la pollution toxique et à d’autres substances et déchets dangereux, notamment le rejet d’eaux usées non traitées le long de certaines parties des plages du nord-est. Cependant, beaucoup de personnes ne savent même pas qu’elles sont des victimes. »

Le Rapporteur rappelle que l’information concernant les substances dangereuses est un droit humain, en particulier pour les personnes victimes à qui on bloque l’accès aux études et rapports, comme ça a été le cas dans le désastre de Mariana, par exemple.

Cercle vicieux

Baskut Tuncak s’inquiète particulièrement de « la tendance à ignorer les profondes répercussions de l’expansion économique sur les droits des peuples autochtones qui dépendent de l’environnement et de la biodiversité. »

Il se montre aussi vivement préoccupé par la situation des défenseurs de l’environnement au Brésil, « classé comme le pays le plus meurtrier » pour eux. « Les communautés touchées sont prises dans un cercle vicieux : soit elles risquent la mort en raison de leur exposition à la pollution toxique, soit elles risquent la mort pour avoir défendu leur droit à un environnement sain. Je prends note des affirmations selon lesquelles le nombre de décès de défenseurs des droits de l’homme a diminué. Cependant, je ne suis pas convaincu que cela soit vrai et il est très préoccupant de constater que les attaques, les intimidations et les menaces ont augmenté. », déclare le Rapporteur spécial.

Gouvernement coupable

La prise de position du Rapporteur spécial met clairement en lumière la responsabilité du gouvernement dans la situation catastrophique du pays: « Il existe au Brésil une tendance très préoccupante due au démantèlement systématique des structures de gouvernance environnementale, sociale, sanitaire et du travail au cours de l’année écoulée. Des ministères clés ont disparu, leurs responsabilités étant transférées à des autorités ayant des objectifs contradictoires. Les conseils pertinents ont été éliminés, tandis que d’autres ont été maintenus, mais seulement après avoir éliminé les postes destinés à la participation de la société civile. Les programmes visant à promouvoir des solutions de rechange à l’agriculture à forte intensité de produits chimiques ont été éliminés. Les budgets ont été réduits, gelés ou rendus inaccessibles pour les fonctions essentielles visant à protéger la santé et l’environnement des communautés. Des lois ont été proposées pour étendre l’extraction des ressources naturelles sur les terres des peuples autochtones. Des promesses de protection de l’environnement et de la santé au travail ont été mises en veilleuse et le rôle des inspecteurs du travail a été réduit. Tout cela est assez choquant après une catastrophe telle que celle qui s’est produite à Brumadinho au début de l’année. »

Pente raide de régression

« Bien que des progrès aient été réalisés dans le monde entier, il est inéluctable que le Brésil se trouve actuellement sur une pente raide de régression, se dirigeant vers un avenir de plus en plus toxique. » Le Rapporteur spécial Baskut Tuncak conclut son compte rendu – où il se montre vivement alarmé – par des mots forts et sans équivoque : « Mon cœur est lourd en regard de la gravité de la situation actuelle au Brésil ».

Le rapport détaillé sur sa mission au Brésil sera publié en septembre 2020.

Pour le CETIM, l′exemple du Brésil démontre une fois de plus la nécessité d’adopter un Traité contraignant sur les Sociétés transnationales à l′échelle internationale pour prévenir, et le cas échéant, sanctionner les violations commises par ces entités et leurs conséquences dramatiques sur les populations et l′environnement.

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La visite d’État du Président chinois Xi Jinping au Myanmar les 17 et 18 janvier, la première du genre en dix-neuf ans, a été un événement transformateur dans la politique régionale du point de vue des relations bilatérales entre la Chine et le Myanmar ainsi que de la sécurité régionale.

Le « partenariat stratégique global » entre les deux pays s’oriente vers la construction d’une communauté Myanmar-Chine avec un avenir partagé « fondé sur les objectifs d’avantages mutuels, d’égalité et de coopération gagnant-gagnant », comme l’indique la déclaration conjointe publiée après la visite de Xi.

Xi a déclaré dans son discours de banquet à Nay Pyi Taw que la raison pour laquelle « l’amitié fraternelle entre les deux pays peut durer des milliers d’années » est qu’ils se sont « tenus ensemble devant les difficultés et ont adhéré au respect et aux avantages mutuels ». Il a exhorté les deux pays à être « de bons voisins comme des passagers sur le même bateau » et à créer un environnement plus favorable à leur développement économique et social.

Xi a déclaré que les deux pays devraient « engager le Corridor Économique Chine-Myanmar (CECM) dans une construction de fond » et en tant que « bons frères transmettre leur amitié de génération en génération ».

Le Myanmar a accordé une grande réception pour Xi. La Conseillère d’État Aung San Suu Kyi a déclaré que la Chine avait toujours été une bonne amie du Myanmar et que le destin avait étroitement lié les deux parties. Les deux parties sont convenues de promouvoir la construction de la zone économique spéciale de Kyaukphyu, de la ville de New Yangon et de la zone de coopération économique à la frontière entre la Chine et le Myanmar, ainsi que des routes, des chemins de fer et des infrastructures électriques et énergétiques. Dans l’ensemble, la visite marque la transition du CECM de la planification conceptuelle à la construction de fond, comme l’a évalué le Conseiller et Ministre chinois des Affaires Étrangères Wang Yi.

Wang a déclaré que le Commandant en chef des services de défense du Myanmar, Min Aung Hlaing, s’était engagé auprès de Xi à ce que l’armée du Myanmar appuie et encourage fermement la construction conjointe de la Ceinture et la Route.

De manière significative, Wang a replacé le partenariat dans le contexte international caractérisé par des changements profonds inédits en un siècle, l’injustice et l’inégalité restant au premier plan des relations internationales, et « le protectionnisme, l’unilatéralisme ainsi que les actions d’intimidation… se développant », ce qui pose de nouveaux défis pour la sauvegarde des intérêts des deux pays en matière de souveraineté, de sécurité et de développement.

La déclaration conjointe a souligné que la Chine « soutient fermement le Myanmar dans son objectif d’adopter une voie de développement qui soit conforme à sa situation nationale, à la sauvegarde de ses droits et intérêts légitimes, ainsi que de sa dignité nationale, sur la scène internationale, et de maintenir la dynamique du développement et de la stabilité ».

Elle a indiqué que les deux pays avaient convenu de continuer de « renforcer la coordination et la coopération dans les instances régionales et multilatérales telles que l’ONU, la coopération entre la Chine et l’ASEAN et les plates-formes de coopération Lancang-Mékong » et de « se soutenir mutuellement sur les questions concernant leurs intérêts fondamentaux et leurs principales préoccupations ». En particulier, la Chine a exprimé son soutien aux « efforts déployés par le Myanmar pour remédier à la situation humanitaire et promouvoir la paix, la stabilité et le développement pour toutes les communautés de l’État de Rakhine ».

De toute évidence, les trois pierres angulaires de cette relation naissante sont : la compréhension et les engagements mutuels obtenus aux plus hauts niveaux de direction grâce à une communication stratégique soutenue et intensive (Xi a reçu Suu Kyi six fois entre juin 2015 et avril 2019) ; le lancement du CECM ; et le soutien ferme de la Chine aux intérêts fondamentaux et aux préoccupations majeures du Myanmar et son aide pour écarter les brimades de l’Occident (la déclaration conjointe a souligné que la Chine « soutient les efforts du Myanmar pour faire face à la situation humanitaire et promouvoir la paix, la stabilité et le développement pour toutes les communautés de l’État de Rakhine »).

La Chine est devenue partie prenante – voire garante – dans le règlement de la question des Rohingyas, considérant que le terminus du CECM long de 1600 kilomètres – la zone économique spéciale de Kyaukphyu avec un port en eau profonde s’ouvrant sur le Golfe du Bengale – se trouve dans l’État de Rakhine. Le CECM comprend de grands oléoducs et gazoducs transfrontaliers qui sont déjà en service, tandis qu’un parc industriel et une grande voie ferrée sont prévus, ce qui implique des investissements chinois massifs. Un rapport de Xinhua a estimé que le port et le parc industriel combinés créeront plus de 100 000 emplois par an pour les résidents locaux et généreront des recettes fiscales de 15 milliards de dollars pendant la « période initiale de franchise de 50 ans ».

Le CECM permet à la Chine d’accéder à l’Océan Indien et de raccourcir la route pour ses importations de pétrole et de gaz du Golfe Persique et relie les régions méridionales relativement moins développées de la Chine au marché mondial. Un objectif majeur des planificateurs stratégiques chinois est en train d’être réalisé, en surmontant l’opposition farouche des États-Unis. Du point de vue de l’Inde, le CECM représente un revers majeur dans sa contre-stratégie visant à discréditer, à démystifier et à faire dérailler les projets de la BRI dans la région.

Entre-temps, la loi sur l’amendement de la citoyenneté (CAA) a suscité le dégoût et la colère au Bangladesh et on peut s’attendre à un approfondissement des relations entre Dhaka et Pékin. De toute évidence, le programme BIMSTEC de l’Inde fait des vagues. L’Inde a également perdu le fil de la connectivité régionale. Avec le Népal, le Pakistan, le Sri Lanka, le Bangladesh et le Myanmar qui pataugent dans la BRI, l’Inde est très isolée. Il n’était pas nécessaire que les choses se passent aussi mal.

Le trafic maritime intense exigera inévitablement une présence navale chinoise beaucoup plus importante dans l’Océan Indien. Il est tout à fait concevable que la marine chinoise cherche à un moment donné, dans un avenir pas trop éloigné, à accéder aux ports de la région qui figurent dans sa matrice de la BRI – Gwadar, Hambantota, Chittagong et Kyaukphyu. Les ramifications géopolitiques du CECM sont les plus profondes pour la région du Golfe du Bengale.

Si le détroit de Malacca était censé être le thermomètre pour mesurer le futur équilibre de la puissance navale entre l’Inde et la Chine, il ne tiendra peut-être plus. L’Inde a avancé ses positions vers l’embouchure occidentale du détroit en vue de contester l’expansion des intérêts maritimes chinois dans l’Océan Indien, mais le CEPC et le CECM rééquilibrent considérablement la puissance régionale dans l’Océan Indien.

Bien sûr, il est loin d’être acquis que même la Chine, économiquement, diplomatiquement et militairement ascendante, va écraser l’Inde et s’imposer comme la puissance prédominante dans l’Océan Indien. Un analyste américain s’est récemment réjoui de la perspective qu’un « grand jeu sino-indien se prépare dans la mer d’Andaman. Il faudra des années, voire des décennies, de stratégie pour déterminer un vainqueur ».

Il est certain que les intérêts des Indiens ne résident pas dans le piège des théories des jeux ésotériques. Ce que la situation émergente signale, c’est l’urgence d’approfondir la communication stratégique entre Delhi et Pékin. Les dirigeants politiques doivent réprimer la résistance institutionnelle à la réforme des politiques.

M.K. Bhadrakumar

 

 

Article original en anglais : China, Myanmar to build shared future. What’s there for India?, Indian Punchline, le 19 janvier 2020.

Traduit par Réseau International

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Les personnes qui ont pris le pouvoir après le coup d’État militaire en Bolivie ne constituent pas un « gouvernement par intérim » parce que les changements radicaux de politique qu’ils ont mis en œuvre depuis lors vont bien au-delà de la simple présidence d’État en attendant la tenue de nouvelles élections plus tard cette année, en mai.

La Guerre Hybride contre la Bolivie qui a renversé le Président légitime et démocratiquement réélu Evo Morales lors d’un coup d’État militaire a captivé le monde pendant quelques semaines, mais s’est ensuite effacée des médias après que toutes les grandes puissances en aient accepté l’issue de manière « pragmatique » afin de protéger leurs propres intérêts dans le pays. On a fini par décrire les individus qui ont pris le pouvoir comme faisant partie de ce qu’on appelle un « gouvernement par intérim », mais cette étiquette est inexacte dans les faits parce que les changements radicaux de politique qu’ils ont mis en œuvre depuis lors vont bien au-delà de la simple présidence d’État.

Une évaluation objective de leurs actions révèle qu’elles constituent en réalité les conséquences d’un coup d’État soutenu par les États-Unis qui vise à renverser complètement toutes les réformes qui ont été menées sous le Président Morales. Personne ne devrait s’attendre à ce qu’une des grandes puissances ne fasse trop de bruit à ce sujet, à moins que leurs intérêts ne soient menacés, de peur que cela ne provoque exactement le résultat que leur position « pragmatique » cherche à éviter. Certaines d’entre elles pourraient « faire le jeu de la foule » en faisant en sorte que leurs médias internationaux financés par des fonds publics continuent à publier des articles toujours critiques mais de moins en moins fréquents, mais cela ne change rien.

C’est devenu un hobby – et même une obsession ! — Pour certains, essayer de « lire les feuilles de thé » en essayant d’interpréter ce qu’un État donné pourrait secrètement comploter en se basant sur la couverture de leurs médias internationaux financés par l’État, mais sans aucune politique ouverte à l’appui des critiques qu’ils promeuvent, un cas d’école de gestion de la perception. Voici quelques-uns des plus importants changements de politique entrepris depuis le coup d’État, qui prouvent que la description des forces responsables comme un « gouvernement provisoire » est incorrecte sur le plan des faits :

  • Le Président Morales n’est pas autorisé à se présenter aux prochaines élections

Bien qu’il ait déjà été élu quatre fois avec une majorité convaincante (même si la dernière élection était soi-disant « controversée » parce qu’il n’a dépassé que de justesse 50% du total des voix), le Président Morales n’est pas autorisé à se présenter aux prochaines élections, ce qui prive le peuple bolivien du droit de décider de son avenir politique.

  • Le « gouvernement par intérim » a accusé Evo Morales de « terrorisme » et a émis une notice d’Interpol contre lui

Non seulement le Président Morales n’est pas autorisé à se présenter aux prochaines élections, mais il est même considéré comme un « terroriste » par le « gouvernement par intérim » pour sa passion à rester politiquement actif même en exil, ce qui, selon eux, menace suffisamment leur emprise sur le pouvoir pour demander à Interpol de le capturer.

  • Le parti du Mouvement pour le Socialisme (MAS) pourrait également se voir interdire de se présenter

Le Président Morales symbolise tout un mouvement politique, et c’est pourquoi le « gouvernement par intérim » envisage d’interdire à son Mouvement vers le Socialisme (MAS) de se présenter aux prochaines élections, car ils craignent que la victoire éventuelle du parti n’annule le résultat du coup d’État.

  • Le « gouvernement par intérim » a mis sur pied une escouade « anti-terroriste » soutenue par les Israéliens pour réprimer la dissidence

Ayant été initialement pris au dépourvu par l’opposition massive de la base au coup d’État, le « gouvernement par intérim » a rapidement pris des mesures pour établir une escouade « anti-terroriste » financée par Israël qui suivra probablement les traces des fameux escadrons de la mort célèbres dans l’hémisphère afin de supprimer toute dissidence future.

  • Les liens avec Cuba et le Venezuela ont été coupés et la Bolivie s’est retirée de l’ALBA et de l’UNASAUR

Sur le front de la politique étrangère, le « gouvernement par intérim » a coupé les liens avec Cuba et le Venezuela après les avoir accusés d’organiser des manifestations contre le coup d’État, puis il a annoncé que la Bolivie n’est plus membre des blocs multipolaires de l’ALBA et de l’UNASAUR.

  • La Bolivie a rejoint le Groupe de Lima

Le « gouvernement par intérim » a rejoint le Groupe de Lima, composé d’États régionaux soutenus par les États-Unis qui sont opposés au gouvernement démocratiquement élu et légitime du Président vénézuélien Nicolas Maduro, une étape prévisible après avoir coupé les liens avec le Venezuela.

  • Le premier ambassadeur bolivien aux États-Unis en 11 ans vient d’être nommé

Poursuivant le pivot unipolaire de la Bolivie d’après le coup d’État, le « gouvernement par intérim » vient de nommer le premier ambassadeur de Bolivie aux États-Unis en 11 ans, ce qui prouve que la réorientation de la politique étrangère du pays est résolument pro-américaine et ne fera que s’intensifier si le MAS ne remporte pas les prochaines élections ou se fait voler sa victoire.

  • La Bolivie post-coup d’État rétablit ses relations avec Israël

La décision de rétablir les relations avec Israël a précédé celle, déjà mentionnée, de rechercher son soutien pour la constitution d’une escouade « anti-terroriste » qui servira, comme on pouvait s’y attendre, à réprimer la dissidence, ce qui est logique puisque « l’État juif » autoproclamé a la distinction ignoble d’être l’un des leaders mondiaux dans ce domaine.

  • Une nouvelle ère de privatisation est sur le point de commencer

Chacun des changements de politique mentionnés ci-dessus vise à protéger la nouvelle ère de privatisation que le « gouvernement par intérim » prévoit de mettre en œuvre afin de récompenser avec profit ses bailleurs de fonds étrangers (ainsi que de racheter le silence des autres pays) et de porter un coup fatal aux réformes socialistes du Président Morales.

Comme le montrent indiscutablement les neuf exemples susmentionnés, les changements radicaux de politique entrepris par le « gouvernement par intérim » vont bien au-delà de la simple présidence d’État jusqu’à ce que de nouvelles élections puissent être organisées plus tard cette année, en mai. Il s’agit objectivement des actions de conspirateurs de coup d’État soutenus par des étrangers à qui l’on ordonne de renverser toutes les politiques entreprises par le gouvernement du Président Morales sur les fronts extérieur et intérieur, la « récompense principale » étant la privatisation des entreprises d’État de ce pays riche en minerais. Aucune grande puissance ne veut le reconnaître parce qu’elle espère aussi recevoir une part du gâteau.

Andrew Korybko

 

Article original en anglais :

It’s Factually Incorrect to Claim that Bolivia Has a So-Called Interim Government, publié le 17 janvier 2020.

Cet article a été publié initialement en anglais par OneWorld.

Traduit par Réseau International

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Le gouvernement Trump intensifie ses menaces contre le gouvernement conservateur de Boris Johnson à l’approche d’une décision du Royaume-Uni sur l’opportunité d’impliquer Huawei chinois dans les réseaux de la prochaine génération britannique du sans fil 5G de haut débit.

Le gouvernement conservateur s’est engagé à déployer la 5G à l’échelle nationale afin de stimuler la compétitivité du Royaume-Uni. La technologie peut permettre des vitesses wi-fi 100 fois plus rapides que les réseaux 4G actuels et est cruciale pour le fonctionnement et le développement de nouvelles technologies, y compris les usines automatisées.

Les États-Unis s’opposent bruyamment à l’accès de Huawei au marché et ont menacé d’arrêter le partage de renseignements avec le Royaume-Uni. Les États-Unis et la Grande-Bretagne sont les principaux pays de l’opération mondiale de renseignement et de surveillance «Five Eyes», qui comprend aussi le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Les États-Unis ont obtenu l’accord de l’Australie pour interdire Huawei et le Canada et la Nouvelle-Zélande subissent une forte pression pour emboîter le pas.

Selon plusieurs journaux pro-conservateurs, Johnson accordera à Huawei un rôle limité dans la construction de l’infrastructure du réseau 5G britannique – après l’approbation par une prochaine réunion du Conseil national de sécurité (NSC). Le NSC comprend des ministres et des hauts fonctionnaires impliqués dans la politique étrangère et de défense, ainsi que des représentants des services de renseignement et des forces armées.

Selon le Daily Mail mercredi, «le Conseil de sécurité nationale devrait donner son feu vert à Huawei lors de sa réunion à la fin de ce mois.» Le Daily Telegraph a écrit: «Malgré les efforts de lobbying américains féroces et les avertissements sur la menace d’espionnage chinois, Huawei sera probablement autorisé à prendre sa place, mais avec des plafonds sur la quantité de son équipement qui peut être utilisé, en particulier dans les parties « centrales » les plus sensibles du réseau britannique.»

La décision concernant l’accès de Huawei a taraudé les gouvernements conservateurs successifs. Le prédécesseur de Johnson, Theresa May, a été contraint de limoger son secrétaire à la défense, Gavin Williamson, après avoir divulgué les délibérations d’une réunion du NSC en avril dernier. Le NSC avait accepté d’accorder un accès à Huawei en principe tout en l’interdisant la participation à l’infrastructure de base. Le secrétaire à l’intérieur de l’époque, Sajid Javid, le ministre des affaires étrangères Jeremy Hunt, la secrétaire au Développement Penny Mordaunt et le secrétaire au Commerce Liam Fox s’y sont également opposés. La politique n’a été adoptée que grâce à la voix prépondérante de May.

Williamson est un faucon, qui a préconisé une politique militaire d’affrontement avec la Chine et en particulier la Russie. Telle était la pression exercée par Washington que ses fuites vers le Daily Telegraph étaient les premières délibérations d’une réunion du NSC jamais rendues publiques.

Depuis lors, les tensions américaines avec la Chine se sont intensifiées, le gouvernement Trump mettant au point un train de mesures de guerre commerciale inspirées de «l’Amérique d’abord ». Malgré l’accord commercial américano-chinois de cette semaine, la plupart des mesures punitives contre Pékin restent en vigueur.

Huawei mène ses activités sur le marché britannique depuis 17 ans dans le cadre d’un partenariat approuvé par le gouvernement avec British Telecom. Les quatre fournisseurs de téléphonie mobile britanniques ont déjà lancé la 5G et utilisent la technologie Huawei au niveau inférieur.

Vendredi, Sky News a annoncé que les deux plus grands réseaux téléphoniques britanniques, BT et Vodaphone, se préparaient à écrire une lettre conjointe à Johnson la semaine prochaine, déclarant qu’ils soutenaient l’accès de Huawei. Une lettre des PDG Philip Jansen et Nick Read «préconisent une approbation qualifiée de toute décision d’autoriser Huawei à participer au réseau 5G du Royaume-Uni» et d’un journaliste d’ajouter qu’ils soutiendront «que l’économie numérique britannique risque d’être freinée si Huawei est interdite».

Leur intervention est intervenue après que le gouvernement Trump a envoyé lundi une délégation de six hauts fonctionnaires voir le premier ministre pour lui sonner les cloches. La délégation comprenaient Matt Pottinger, conseiller adjoint à la sécurité nationale, Christopher Ford, secrétaire d’État adjoint à la sécurité internationale et à la non-prolifération, et Robert Blair, représentant spécial pour la politique internationale des télécommunications.

La délégation a présenté ce qu’elle a qualifié de «nouvelles informations techniques» sur les risques de sécurité à l’égard de Huawei et a réitéré sa demande que le Royaume-Uni interdise complètement Huawei de son déploiement 5G. Un membre de la délégation a déclaré qu’il n’était «rien de moins que de la folie» d’autoriser la participation de Huawei. Le Financial Times a cité un responsable présent à la réunion qui aurait déclaré: «C’est l’opinion et l’évaluation ferme des États-Unis comprenant un large éventail de responsables politiques et professionnels que toute quantité d’équipement de fournisseurs chinois peu fiables est de trop.»

Le Guardian a indiqué que la délégation «a parlé aux ministres de leur visite ainsi qu’aux responsables de la sécurité. Ils ont également fait pression sur Dominic Raab, le ministre des affaires étrangères, lorsqu’il était à Washington la semaine dernière au plus fort de la crise iranienne.»

Un délégué a déclaré au journal que «Donald Trump surveillait de près». La délégation, selon le Guardian, a déclaré qu’elle avait même enquêté sur les CV des employés de Huawei publiés en ligne et «conclu qu’environ 100 employés de Huawei avaient des liens avec l’armée chinoise ou les agences de renseignement.»

Jusqu’où les États-Unis sont prêts à aller a été résumé dans un entretien du secrétaire à la défense Ben Wallace avec le Sunday Times avant la visite américaine. le Times a noté que Wallace était «étonnamment franc quant à la méthode agressive employée par le gouvernement Trump à l’égard de Huawei [car] Trump, son conseiller à la sécurité nationale et son secrétaire à la défense ont tous menacé de couper certains renseignements partagés avec le Royaume-Uni si le Conseil de sécurité nationale donnait Huawei un feu vert.»

Wallace déclare:

«Ils l’ont dit à plusieurs reprises. Ils ont été clairs à ce sujet: le président Trump, le conseiller à la sécurité nationale. Le secrétaire à la défense me l’a personnellement dit directement lors de notre rencontre à l’OTAN. Ce n’est pas un secret. Ils ont été cohérents. Ces éléments seront pris en compte lorsque le gouvernement décidera collectivement de prendre une décision à ce sujet […] Des amis et des ennemis qui ont leurs intérêts indépendants vous poussent à choisir.»

Malgré les menaces, le gouvernement de Johnson devrait approuver l’accès de Huawei aux parties non essentielles du réseau, ce qui signifie qu’elle serait autorisée à installer des antennes, etc. En ce qui concerne les renseignements fournis par la délégation américaine, une source du gouvernement britannique a publié une déclaration concise selon laquelle «Nous avions déjà anticipé le type de menace que le matériel américain avance et en avons tenu compte dans notre planification.»

Sir Andrew Parker, le chef de l’agence de renseignement nationale du Royaume-Uni, le MI5, a soutenu ceux qui préconisaient l’accès de Huawei. Le Financial Times a déclaré: «Sir Andrew a reconnu que les problèmes de sécurité à eux seuls ne devraient pas toujours « dominer et dicter » une décision…» Parker a déclaré au FT qu’il n’avait «aucune raison de penser» que la relation d’échange de renseignements entre Londres et les États-Unis serait compromise par l’adoption de la technologie de Huawei.

Le secrétaire à la Culture, Nicky Morgan, a déclaré à Bloomberg Television que «la 5G est très importante – et le déploiement de la 5G – en termes d’encouragement des entreprises technologiques ici, il y a donc un certain nombre de facteurs différents qui influent sur cette décision.»

Parmi les ministres du cabinet de Theresa May qui se sont opposés à l’accès de la Chine, seul Javid reste ministre sous Johnson. Selon les informations, seuls deux ministres du cabinet de Johnson, Priti Patel et Wallace, sont opposés à l’accès de Huawei. Ils sont soutenus par des caciques conservateurs ayant des liens avec l’armée, notamment Tom Tugendhat, président de la commission spéciale des affaires étrangères du dernier parlement, et Bob Seely.

Cette semaine, Tugendhat a déclaré à Sky News : «Bien sûr, vous pouvez protéger individuellement chaque poulet, mais n’est-il pas préférable de ne pas laisser entrer le renard dans le poulailler en premier lieu?»

Dans un commentaire posté sur le site Web influent du Conservative Home, Seely a averti que le Royaume-Uni était en danger «d’adopter aveuglement une décision que nous regretterons dans les années et les décennies à venir». Il a exigé que «celui qui présidera les comités parlementaires de renseignements, de sécurité ou de politique étrangère doive s’engager à ouvrir immédiatement des enquêtes sur la pertinence de Huawei.»

Johnson a été contraint de marcher sur la corde raide, étant donné que toute sa stratégie post-Brexit est basée sur la conclusion d’un accord commercial de libre-échange avec les États-Unis et une alliance toujours plus étroite avec Washington.

S’adressant à la BBC cette semaine, il a déclaré: «Nous voulons instaurer le gigabit à haut débit pour tout le monde.» Dans une référence acerbe aux États-Unis, il a déclaré: «Eh bien, si les gens s’opposent à une marque ou à une autre, ils doivent nous dire quelle est l’autre solution.»

À cela, Johnson a ajouté assurément:

«D’un autre côté, soyons clairs, je ne veux pas, en tant que Premier ministre britannique, mettre en place une infrastructure qui va nuire à notre sécurité nationale ou à notre capacité à coopérer avec nos partenaires [le système de surveillance] Five Eyes [Royaume-Uni, Canada, États-Unis, Nouvelle-Zélande et Australie].»

Sur le plan économique, il n’y a pas d’autre solution que Huawei, qui est récemment devenu le premier fournisseur mondial d’équipements de radio mobile. Ce n’est pas seulement un développeur de pointe de la technologie des télécommunications, il est aussi en mesure de fournir des services bien moins chers que ses concurrents, y compris ses principaux concurrents 5G, Nokia et Ericsson. On estime que l’interdiction d’accès à Huawei pourrait coûter à l’économie britannique 6,8 milliards de livres sterling.

Alors que les États-Unis mettent publiquement les problèmes de sécurité au centre de leur objection à ce que Huawei accède à l’infrastructure de communication de son allié, les États-Unis sont principalement préoccupés par la montée en puissance de la Chine en tant que concurrent économique. Cette semaine, deux sénateurs américains, le républicain Richard Burr et le démocrate Mark Warner, ont présenté un projet de loi visant à repousser la domination chinoise de la 5G en proposant de subventionner les entreprises américaines travaillant sur la technologie à hauteur de 750 millions de dollars. Au moins 500 millions de dollars seraient également proposés aux entreprises qui utilisent des équipements «fiables et sécurisés» dans le monde entier. Mais le compte n’y est pas.

Le déploiement de la 5G dans le monde devient une arène pour l’éruption de tensions géopolitiques. L’Allemagne, qui entretient des liens économiques étroits avec Pékin – la Chine est désormais la principale source de croissance pour les constructeurs automobiles allemands – décide actuellement d’autoriser ou non Huawei. La chancelière Angela Merkel soutient la collaboration avec Huawei, mais est défiée par d’importantes personnalités politiques de sa coalition au pouvoir. Le mois dernier, l’ambassadeur de Chine en Allemagne a averti: «Si l’Allemagne devait prendre une décision qui conduirait à l’exclusion de Huawei du marché allemand, il y aurait des conséquences […] Le gouvernement chinois ne restera pas les bras croisés.»

Robert Stevens

 

Article paru en anglais, WSWS, le 19 janvier 2020

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Libye: succès diplomatique à la conférence à Berlin?

janvier 20th, 2020 by Olivier Renault

Jamais auparavant dans le conflit qui dure depuis huit ans, il n’a été possible d’engager tous les acteurs étrangers dans des accords obtenus dimanche à Berlin.

La France et l’Italie ont échoué à Paris et Palerme en 2018. Avant de convoquer le sommet, la diplomatie allemande a engagé les participants à une déclaration en 55 points lors de cinq cycles de négociations. Les participants au sommet se sont mis d’accord sur un armistice et un embargo sur les armes. Quiconque contrevient à cela devrait être sanctionné par les Nations Unies. Selon la diplomatie allemande, c’est un succès car «il n’y a aucune chance de trouver une solution militaire». Pour d’autres, cela repose sur du sable.

Merkel se tenait sur le tapis rouge devant la cour d’honneur de la chancellerie avec le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, comme dans un signe donné au monde que l’Allemagne doit bien finalement gagner sa place officielle à l’Onu, comme elle le souhaite puisque c’est elle – selon les média allemands – qui aurait permis de réunir les acteurs de la question libyenne autour de la table des négociations même si le maréchal Khalifa Haftar et le chef du GNA Fayez al-Sarraj ne se sont pas rencontrés et n’étaient pas présents ensemble à cette table située dans la Chancellerie fédérale. Le but de la conférence était de stabiliser la scène du crime. «Je pense que l’on peut dire que cette conférence de Berlin en Libye a apporté une contribution importante au soutien des efforts de paix des Nations Unies», a déclaré Angela Merkel à la fin de la rencontre. C’est sous la surveillance de Mike Pompeo, le secrétaire d’État des États-Unis, que, selon la presse allemande, la réunion a eu lieu car «les Européens, dont l’Allemagne, ne devaient pas se faire avoir par la Russie et la Turquie» ce qui démontre bien que l’accord obtenu tient sur du sable.

La Chine, la France, la Russie, la Grande-Bretagne, les États-Unis en tant que cinq membres permanents du Conseil de sécurité, plus l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Italie, le Congo, la Turquie et l’Algérie étaient à la rencontre du «Processus de Berlin» plus la Ligue arabe, l’Union européenne et l’Union africaine.  Les participants ont donné leur accord pour stopper l’ingérence étrangère dans les luttes internes libyennes afin que les armes et les fournitures de mercenaires soient coupées et que le mécanisme de stabilisation ait une chance.

Toutes les parties concernées ont leurs propres intérêts à cœur en Libye. Selon Andreas Dittmann, professeur de géographie et chercheur sur le développement à l’Université de Giessen, cité par la Deutsche Welle, «le GNA peut difficilement contrôler ses troupes alliées» et «bien que le GNA soit reconnu par la plupart des pays et les Nations Unies, il n’a pas été élu par les Libyens» puis ce dernier nous met en garde sur le fait qu’ «une guerre européenne par procuration a également lieu en Libye» car, par exemple, la France et l’Italie se disputent les exportations de pétrole libyen https://allafrica.com/stories/202001150601.html . A cela s’ajoute les intérêts de la Russie, de la Turquie, des Etats-Unis ou de l’Allemagne sans parler du fait que la Tunisie  ou l’Iran n’étaient pas à la rencontre de Berlin. L’Algérie a reçu, comme la Tunisie, l’invitation officielle que deux jours avant ce qui montre à quel point Berlin déconsidère ces deux pays.

Pour le Junge Freiheit, les Européens ont raté le train: «Les discussions menées par Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, sur une force de l’UE pour superviser un cessez-le-feu et un embargo sur les armes sont les illusions habituelles et exagérées des technocrates qui travaillent dans les palais de verre de Bruxelles et de New York» (jungefreiheit.de). Angela Merkel a d’ailleurs déclaré à la fin de la rencontre  : «Nous savons que, bien sûr, nous n’avons pas été en mesure de résoudre tous les problèmes en Libye aujourd’hui, ce n’est qu’un nouvel élan» (bundeskanzlerin.de). Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a annoncé la tenue d’une prochaine conférence sur la Libye en début du mois de février.

 Olivier Renault

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Protestant, parce que souffrant de la vie qu’on leur impose, des anciens ont été matraqués, jetés à terre, roués de coups de pieds, tirés par les cheveux, traînés sur les trottoirs. Des handicapés en chaise roulante ont été jetés à terre et roués de coups. On a tiré à coups de LBD sur des gens qui ne présentaient aucun danger, notamment des adolescents. On a agenouillé des jeunes de lycée et on les a humiliés en les traitant comme des terroristes. Des grenades ont été lancées dans les appartements. Une dame a été tuée par l’une d’elles. Des gens qui exerçaient leur droit légitime de manifester ont été éborgnés; On a lancé les GLI-F4 en cloche, arraché des mains, fracassé des mâchoires, enfoncé des côtes, défoncé des crânes, brisé des jambes et des bras…

C’est un fait: la haine de la police devenue milice est désormais acquise dans toute la France.

Ce qu’il faut donc désormais appeler la « milice française » est à l’image du voyou Castaner et du psychopathe Macron. Elle obéit aveuglément, comme Philippe, toujours aux ordres de l’arriération mentale incarnée par l’usurpateur de l’Élysée et ses complices recrutés dans le banditisme ordinaire.

La milice a reçu la consigne qu’elle « pouvait faire ce qu’elle voulait »!

Elle a reçu carte blanche pour brutaliser, insulter, humilier, pratiquer l’abus de pouvoir sans borne, la criminalité en toute impunité…

La milice de Macron a tous les droits y compris celui de tuer! Le « droit » a disparu, il est mort, envolé! Nous savons qu’il n’était pas au service de la vérité et pas plus de la justice mais de la loi. Comme chacun le sait, la loi est créée par un petit nombre de gens censés nous « représenter » et dont les tares multiples inévitables se retrouvent naturellement comme inspiratrices de ces lois érigées en « révélation » quasi sacralisées entraînant notre soumission aveugle, obligatoire et forcée.

La milice s’amusait chaque samedi et maintenant tous les jours; elle attend le matin comme une « fête » cette sorte de « chasse à l’homme », au cours de laquelle elle va brutaliser en poussant des cris barbares et en se réjouissant à chaque impact de LBD dans un visage fracassé…

Puis, c’est un milicien qu’on voyait sur une vidéo jouir littéralement en public, après avoir massacré une femme syndicaliste, le 9 janvier!

Un autre milicien, pratiquant le croc en jambe, faisait tomber volontairement et arbitrairement une femme qui n’était en rien une menace pour lui. Il se réjouissait de l’humilier, de la traîner dans le sang et la boue de l’infamie. Il était sans âme, sans conscience, sans honneur, sans dignité et c’est pourtant à de tels arriérés mentaux qu’on a donné une arme!

Pour entrer dans la police, faut-il être une ordure, un salaud, un goujat, un raté, une raclure ou un crétin prêt à obéir à n’importe quelle consigne, même immorale ou carrément criminelle? Voilà, en effet, ce qui arrive, le genre de policier que l’on va avoir, lorsque ce n’est pas le peuple qui contrôle la police et toutes les autres Institutions de l’État.

La milice pratique couramment la garde-à-vue sans motif, en toute illégalité: la dictature pure et dure, le hors-la-loi explicite. La majorité des Français ne savait pas encore que la démocratie n’existait pas en France; maintenant elle le sait par expérience. 

La milice de Macron pratique le chantage, comme les mafieux ou les terroristes; elle menace de « s’en prendre à la jolie fille » d’un Gilet jaune si celui-ci ne se soumet pas à son abus de pouvoir.

Pour la milice, il n’y a plus de RIO, plus de règlement du maintien de l’ordre, plus de code de déontologie: les articles 8,9,10 notamment du code de déontologie de la police nationale ont été effacés définitivement. Quant à la Constitution elle a été enterrée depuis longtemps…

Lorsqu’un citoyen a la main arrachée par une grenade, théoriquement interdite, les responsables se contentent de dire, comme en février 2019, que « c’est bien fait pour la gueule de celui qui a osé utiliser son droit de manifester »!

Non contents de faire ce qu’elles veulent, les milices organisent la chasse aux journalistes indépendants sur les réseaux sociaux, car ceux-ci dénoncent leurs exactions. Puis, comme cela était prévisible, elles s’en prennent désormais également aux journalistes des médias collabos, car il ne faut pas demander à un milicien de raisonner.

Les chefs sont les premiers pervers installés dans la toute-puissance. Ils communiquent tout naturellement leur pathologie à ces milices lâchées dans le « permis de réprimer pour réprimer ». Ils font ce qu’ils veulent: il n’y a pas de loi, pas de droit, pas de contre-pouvoir, pas de compte à rendre: l’impunité absolue!

C’est Papon réincarné en Lallement qui dirige la milice parisienne. La réalité d’aujourd’hui, c’est que la milice ne peut pas être la gardienne de l’ordre républicain. La République est une vaste blague qui fait la nique aux  aspirations démocratiques! La fiction républicaine et le discours sur la « démocratie représentative » sont enfin dévoilés: la supercherie a assez duré. 

Désormais chacun sait que l’État est terroriste par essence, pervers par nécessité, odieux par vocation, inutile par nature. L’État c’est la criminalité « légitimée », un organisme mafieux qui a éliminé les autres mafias et qui s’est autoproclamé le seul autorisé. L’État légitime sa violence par sa « violence légitime »! Macron dit qu’il faut utiliser la violence policière car elle est « légitime »! Lui-même n’est pas légitime à l’Élysée où il est « entré par effraction » et l’État en soi n’a aucune légitimité lorsqu’il n’est pas là pour obéir au peuple qui lui seul peut commander. L’État peut avoir une légitimité lorsqu’il se contente d’obéir au peuple. C’est le seul cas de figure dans lequel l’État sans étatisme peut avoir une utilité et un rôle à jouer. 

On en est donc très loin en France.

Ni un décret, ni une loi, ne peuvent donner à l’État sa « légitimité ». Seul le peuple donne sa légitimité à l’État qui est là pour exécuter les ordres du peuple souverain.

Le pouvoir est en soi une perversion qui croit qu’il « peut faire ce qu’il veut » tout comme la milice à son service. Personne n’a jamais donné un pouvoir à qui que ce soi. C’est tout un peuple qui détient le pouvoir de se gouverner lui-même, par lui-même et pour lui-même. Le reste n’est que structures au service de la volonté du peuple sans avoir aucun pouvoir sur le peuple qui conserve son contrôle permanent des structures de l’État à son service.

Oui, le droit fondamental de manifester a été détruit en France, par une bande de prédateurs au service exclusif de la finance internationale. La France est pillée, volée, dépecée et les Français qui protestent et défendent leur bien se font massacrer par les milices fascistes du pouvoir mafieux macronien au service des flibustiers de la finance.

Manifester aujourd’hui en France c’est se mettre en grand danger et risquer sa vie.

Macron disait refuser « la haine, la violence et l’irrespect qui ne sont acceptables que dans une dictature »! Il aurait déjà pu dire « imaginables dans une dictature » et non pas « acceptables dans une dictature », comme si la dictature était finalement une bonne solution éventuelle! Nonobstant cette incohérence de langage, c’est de plus exactement la description de ce qu’il fait en France: il est justement dans la haine du peuple, dans la violence policière et dans l’irrespect absolu des citoyens. Il est dans le mépris et l’arrogance. Comment ne voit-il pas que ce qu’il « dénonce » est précisément ce qu’il pratique lui-même?

Parce que l’adhésion à la notion étatique du pouvoir, implique en soi l’idée de « l’innocence », car tout pouvoir déclaré comme tel ne peut se justifier que de théocratie. Le pouvoir, pour être acceptable par ceux qui vont devoir se soumettre, ne peut être qu’innocent. Il faut donc qu’il provienne de dieu qui est pur et saint (innocent). L’État est de ce fait le Pontife de la société laïque, jouissant de « l’infaillibilité pontificale » pour décréter ce qui est le bien et le mal du peuple! Macron est installé dans cette illusion associée à une arriération mentale avérée. Il est donc malade et il faudrait qu’il soit en psychiatrie et non pas à l’Élysée! 

Pourquoi les choses vont-elles aussi mal? Réponse: parce que nous sommes dirigés par des arriérés mentaux, des malades psychotiques, des tarés et des escrocs… Macron est entouré de pervers à son image avec sa bande des Philippe, Castaner, Belloubet, Bergé, Rebeyrotte, Nogal, Goulard, Maillard, Park et Cie… pour ne citer que ceux qui ont encore frayé la chronique par leurs déclarations consternantes de sottise!

Macron pratique à jets continus le « renversement projectif » qui est un mécanisme inconscient hautement révélateur du délabrement mental qui l’habite. Macron dénonce les « radicalisés », et c’est précisément ce qu’il donne à voir de lui-même. L’idée fixe de la « lutte contre le terrorisme » menaçant de l’extérieur indique le terrorisme intérieur de l’État.

Les tirs à bout portant de LBD, comme celui rapporté par « Arrêt sur images » du 9 janvier dernier, n’ont pour seul but que de terroriser le peuple qui manifeste et préfigurent, en soi, les massacres prévisibles à venir. 

Dans la Convention de Genève, on trouve cette déclaration :

« Sont interdits les actes ou les menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi les populations civiles. ».

De plus, Selon l’Article 7 du Statut de Rome, qui a été signé par la France, traitant des Crimes contre l’humanité, il est dit :

« 1. Aux fins du présent Statut, on entend par crime contre l’humanité l’un quelconque des actes ci-après lorsqu’il est commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque:
a) Meurtre … etc.;
e) Emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en
violation des dispositions fondamentales du droit international;
f) Torture…etc.;
h) Persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique… etc. ;
k) Autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement
de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la
santé physique ou mentale… »
 

Mais, dans la « Constitution Européenne » imposée aux Français en 2008, et qui fait loi surpassant toutes les autres lois, ces dispositions sont annulées et contournées. « La mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire: pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale; pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l’évasion d’une personne régulièrement détenue; pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection » (Cf., article 2 – 2 de la Convention européenne des droits de l’homme) « Un Etat peut prévoir dans sa législation la peine de mort dans certaines situations (article 2 du protocole N° 6 annexé à la CEDH). (Cf., Le traité de Lisbonne 152 pages, contenant plus de 350 dispositions de droit primaire, auxquelles s’ajoutent 13 protocoles et 59 déclarations. Voir : article 2-2 du protocole N°6 annexé à la Convention Européenne des Droits de l’Homme) 

L’État illégitime a ouvertement pris parti pour la logique destructrice du capitalisme sous sa forme ultralibérale actuelle. Il utilise donc la violence absolue pour nous imposer sa logique de destruction. Les serviteurs de cette vision du pouvoir pervers par essence, doivent être réduis au silence avec ce pouvoir lui-même et ses moyens démesurés de répression. 

Dans un tel contexte de trahison totale des Institutions de la République, il n’est pas étonnant qu’un Luc Ferry ait de nouveau récidivé sur LCI dans un « débat » en compagnie de Daniel Cohn Bendit, au cours duquel il en appelait une nouvelle fois au meurtre:

« Les djihadistes de Daech n’avaient qu’une envie, c’est d’organiser la guerre civile en France et de répandre la terreur. C’est ce qu’on est en train de faire avec nos propres moyens… Emmanuel Macron ne mérite pas la haine. Il n’y a aucune raison pour que cet homme suscite une haine pareille. » « Cette logique de la terreur, de la haine, ces menaces de mort en permanence, tout cela réjouit tous ceux qui dans le monde nous détestent. » Les « Gilets jaunes » et tous « ceux qui les ont rejoints » font  « le jeu de Daech ». CQFD: tous ceux qui protestent sont des terroristes qui réalisent le projet de Daech!

Luc Ferry le 13 janvier sur LCI : « Quand on voit un malheureux policier qu’ils tabassent par terre, franchement, que les policiers se servent de leurs armes une fois pour toute et puis voilà!»

Récidive d’un appel au meurtre. Luc Ferry n’a absolument pas été inquiété pour son premier appel au meurtre dans les médias; il ne le sera pas plus pour ce second appel au meurtre, puisque le pouvoir judiciaire pris en otage par les prédateurs macroniens est dans le « camp » des oppresseurs.

Étrangement, monsieur Luc Ferry ne voit pas, lui non plus, que ce qu’il dénonce, concernant le souhait de Daech, c’est précisément ce qu’il accompli: encourager le vœu de Daech, puisqu’il fait un appel au meurtre de citoyens français par la police, ce qui manifestement provoquerait immédiatement une guerre civile! Ce sont bel et bien Macron et ses partisans « radicalisés » qui volontairement font le jeu de Daech.

L’ensemble de cette violence extrême baigne dans un bouillon habituel de mépris et d’arrogance de la part de ce Macron qui n’a que faire de la France et des Français. Pendant que la majeure partie de ses concitoyens proteste et se bat  péniblement pour sauver le principe de la solidarité nationale, au lieu de livrer la France au « chacun pour soi et au tous contre chacun », Macron se rendait au théâtre ce vendredi 17 janvier comme si rien ne se passait en France. Le plaisir de sa belle soirée était gâché par l’arrivée aux « Bouffes du Nord » des manifestants alertés via Twitter. L’auteur de l’alerte était évidemment placé en Garde-à-vue et sous le coup de la répression impitoyable des milices du régime.

Au même moment, on découvrait la circulaire de Castaner aux préfets, leur demandant de ne plus prendre en compte, à l’occasion des élections municipales de 2020, les résultats des villes de moins de 9000 habitants! En ne divulguant, pour les statistiques nationales, que les résultats des villes de plus de 9000 habitants, cela allait représenter une mise à l’écart automatique de 96% des localités qui seront instantanément ignorées dans la prise en compte des résultats. Par la même occasion, c’est le vote de 54% des électeurs qui sera également ignoré par ce gouvernement! Les macroniens annoncent ouvertement comment ils vont s’y prendre pour trafiquer les résultats des municipales et imposer leur triomphe factice à l’ensemble des Français qui luttent contre la politique de destruction de ces pervers se maintenant artificiellement au pouvoir par la tromperie, le mensonge, l’arrogance, la manipulation et les violences policières!

CONCLUSION

Le cynisme et l’arrogance de ces gens n’ont plus de limites: nous allons logiquement vers l’organisation progressive de massacres qui, dans cette logique répressive « radicalisée » par les charlatans politiques qui nous dirigent, deviennent peu à peu nécessaires.

Derrière chaque résistant, il y a nous tous qui formons le peuple français. Le principe de destruction du capitalisme ultralibéral est servi par des individus qui n’ont pas la conscience de la solidarité: ils n’en ont aucune idée, puisque faisant partie des profiteurs d’en haut, ils ne se sentent pas concernés par l’injustice sociale et fiscale, la perte de tous les droits et les sens interdits dressés de toutes parts par les directives de l’Union Européenne. 

Nous devons ensemble détruire le capitalisme ultralibéral et tous ceux qui, par leur radicalisation, le servent avec fanatisme, persuadés qu’ils sont de faire le bon choix « politique » (pour eux)… La macronie se sent « légitimée » et appuyée par l’Union Européenne avec sa volonté acharnée « radicalisée » de politique ultralibérale. Le malheur de la France actuelle passe par Bruxelles: il faut donc supprimer cet anachronisme de l’enfermement dans cette UE qui n’a pas été voulue par les peuples européens et surtout pas par le peuple français. « Si nous ne voulons pas tous crever comme des idiots », (dixit Martin Luther King) il va falloir arrêter le capitalisme sauvage et ses serviteurs dévoués. Il s’agit d’arrêter une perversion en marche contre la vie et le peuple qui souffre et ose le dire aujourd’hui dans la rue!

Va-t-on le faire encore longtemps avec des manifs, des paroles, des chansons et des actes symboliques ou des fleurs, alors que la seule réponse obtenue est celle du mensonge arrogant, de la criminalité de l’État qui se déchaîne sans complexe sur tous les contestataires, c’est-à-dire, sur la majeure partie du peuple qu’il était théoriquement chargé de « représenter »?

En disant ce que nous pensons et en agissant conformément à cette pensée inspirée de solidarité, nous savons tous que nous nous exposons à l’éventualité certaine de la répression et peut-être même, dans les jours qui viennent, de la mort, mais peu importe. La vie doit toujours être totalement inspirée par le « critère » de la générosité. 

Torturer, maltraiter, mutiler ou tuer un homme qui combat avec la force de sa liberté et la détermination inflexible de sa conviction intériorisée, ne peut en aucun cas éradiquer le sens, la volonté, l’idée qu’il porte dans son esprit et dans ses gestes. Car tout cela le transcende! L’homme, en lui-même, à travers les limites et la vulnérabilité de son humanité peut être anéanti, mais pas la conscience qu’il proclame à la face du monde. Cette conscience supérieure est immortelle, elle transcende l’espace et le temps, elle ne peut pas être réduite à néant par le mensonge des manipulations exécrables d’un pouvoir pervers qui se croit tout-puissant, elle construit même l’univers visible et invisible, elle est en soi révolutionnaire. 

Si la cause de cette conscience supérieure de la vie du mouvement et de l’être, au sein de la nature humaine et de la nature tout court, veut bien que cette étape de l’existence se prolonge encore quelque temps pour l’espèce humaine, portons-la comme un drapeau fédérateur des combats pour la libération de l’homme de toutes les formes de tyrannie. 

Jean-Yves Jézéquel

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La Russie et la guerre froide 2.0 (1/2)

janvier 19th, 2020 by Dr. Vladislav B. Sotirović

C’est un fait purement historique que « dans un revirement brutal de son retrait de l’Europe après 1918, consécutivement à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Washington employa tous les outils de diplomatie publique et culturelle disponibles pour influencer le cœur et l’esprit des Européens » 1 en tant que stratégie de la politique menée par les États-Unis pendant la guerre froide contre l’URSS 2 et la Russie de 1991 jusqu’à aujourd’hui. Sans aucun doute, les États-Unis ont réussi après 1990 à se transformer en la seule puissance hégémonique politico-militaire mondiale – un cas sans précédent dans l’histoire du monde 3.

On considère généralement que la fin de l’URSS et de ses alliés d’Europe de l’Est mit un terme à la guerre froide en tant que caractéristique cruciale des relations internationales et de la politique mondiale dans la seconde moitié du XXe siècle. Cependant, en réalité, la guerre froide n’était pas terminée en 1989, puisque selon l’approche occidentale, elle n’en était qu’à sa première étape et à sa première caractéristique (la guerre froide 1.0). Pendant 40 ans, les États-Unis et l’URSS ont combattu dans la guerre froide 1.0 qui était l’élément central de la politique internationale mondiale. Cependant, comme la principale cible des États-Unis dans cette lutte n’était pas l’URSS, mais essentiellement la Russie et que celle-ci a survécu après 1989, l’administration américaine a simplement poursuivi la même lutte dans le cadre d’une nouvelle guerre froide ou Guerre froide 2.0. La guerre froide 1.0 était la crise mondiale la plus grave après la Seconde Guerre mondiale, car les deux parties disposaient d’énormes quantités d’armes nucléaires et pouvaient compter sur leurs alliés. C’est totalement faux de prétendre que « tout cela prit fin – complètement et définitivement, surprenant pour beaucoup – en 1989 »4 puisque tout cela n’a pas pris fin. Par exemple, l’OTAN n’a pas pris fin, bien au contraire, l’OTAN est, après la guerre froide 1.0, dans un processus d’élargissement sans précédent. En d’autres termes, la guerre froide 1.0 est prolongée directement après 1989 par les bellicistes américains dans un nouveau paquet idéologique. Nous ne pouvons pas oublier non plus que la Guerre froide 1.0 a commencé en 1949 par la création de l’OTAN et, par conséquent, la Guerre froide 2.0 sera terminée lorsque la même organisation sera dissoute.

L’époque de la Guerre froide 1.0 est aussi appelée l’ère de la bipolarité, lorsque le monde était divisé en deux camps armés antagonistes. L’URSS craignait l’impérialisme américain et du fait que les États-Unis tentent de restaurer le système politique et économique de type occidental en Europe de l’Est. D’un autre côté, les États-Unis craignaient que l’URSS n’envahisse l’Europe occidentale. Face à ces craintes, les deux parties ont cherché à se défendre en nouant des alliances. Washington a également tenté de contenir l’URSS (en fait, la Russie) en créant une série de bases militaires autour du périmètre soviétique. La plus importante de ces bases a été celle pour les bombardiers nucléaires américains.

Pendant la guerre froide 1.0, il y a eu plusieurs cas de guerre au cours desquels deux superpuissances auraient pu entrer directement en conflit :

  1. La guerre de Corée de 1950-1953 a été la première expression belliqueuse de la Guerre froide 1.0 que mena la lutte bipolaire entre deux superpuissances de l’Asie et du Pacifique après la Deuxième Guerre mondiale. Occupée en août 1945 par les troupes soviétiques et américaines, la péninsule coréenne est devenue de facto politiquement divisée. Pendant la guerre, après les premiers succès militaires nord-coréens, les Américains contre-attaquent sous le commandement du général MacArthur et avancent vers la frontière avec la Chine. Ce mouvement entraîna à la fois l’intervention chinoise en octobre 1950 et une impasse, qui prit fin avec l’armistice de Panmunjom en 1953 et la partition de la péninsule le long du 38e parallèle 5.
  2. De 1945 à 1954, les habitants de l’Indochine luttaient pour leur libération de l’oppression coloniale française. Après la défaite de Dien Bien Phu en 1954, les troupes françaises se retirent, mais les États-Unis refusent de souscrire aux accords de Genève et construisent un gouvernement contre-révolutionnaire à Saigon sous Ngo Dinh Diem. La deuxième guerre indochinoise a donc éclaté de 1957 à 1975. Malgré les bombardements massifs et le déploiement de 500 000 soldats (y compris ceux de Corée du Sud), les États-Unis n’ont pas réussi à briser la résistance nord-vietnamienne pour la liberté et l’indépendance. Un arrangement de compromis en 1973 a finalement conduit à l’effondrement de Saigon en 1975, lorsque les troupes américaines ont évacué le Vietnam 6.
  3. Entre 1946, lorsque les troupes britanniques et soviétiques se sont retirées d’Iran, et 1955, le Moyen-Orient n’a pas tellement été affecté par la guerre froide 1.0. Cependant, après le Pacte de Bagdad de 1955, considéré aux yeux des Soviétiques comme une menace pour ses frontières méridionales, et la guerre de Suez de 1956, la situation générale dans la région changea radicalement. Lorsque les États-Unis sont intervenus au Liban en 1958, l’URSS s’est manifestée en faveur de la Syrie. Moscou a également soutenu les États arabes contre l’Israël sioniste soutenu par les États-Unis pendant les guerres israélo-arabes de 1967 et 1973 et renforça ses forces navales en Méditerranée orientale pour faire contrepoids à la sixième flotte des États-Unis. La guerre froide 1.0 divisa néanmoins le Moyen-Orient en deux blocs antagonistes (Israël sioniste contre les Arabes) avec des États formellement neutres qui ont essayé de maintenir un équilibre entre ces deux blocs centraux 7.
  4. En janvier 1961, deux ans après la Révolution cubaine, l’administration américaine rompit ses relations diplomatiques et autres avec le nouveau gouvernement cubain de Fidel Castro – un dirigeant de la Révolution cubaine. Trois mois plus tard, une invasion de Cuba par les exilés cubains de Floride, organisée par la CIA, échoua. Le 14 octobre 1962, un avion de surveillance américain découvre les missiles soviétiques et les sites de missiles à Cuba, le président américain Kennedy proclame une « quarantaine » de Cuba et avertit Moscou que les États-Unis riposteraient immédiatement contre l’URSS si les missiles devaient être utilisés. Les autorités de l’URSS ont accepté le 26 octobre de la même année de retirer les missiles. La menace réelle de guerre nucléaire dans ce cas particulier marqua un tournant dans l’histoire de la guerre froide 1.0.8.
La foule s’est rassemblée dans la rue pour voir le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev à Des Moines, Iowa, le 23 septembre 1959.

Cependant, il s’est avéré que l’évolution des systèmes de guidage et de lancement des ogives nucléaires américaines rendirent les politiques américaines obsolètes en général alors que, dans le même temps, le bloc de l’OTAN commençait à se relâcher, en particulier depuis 1958 lorsque la France, sous la présidence du Général de Gaulle, refusa d’accepter le leadership politique des États-Unis et en 1960 lorsque le conflit sino-soviétique éclata.

Une politique mondiale de l’après-guerre froide 1.0

En raison de la politique mondiale agressive de l’OTAN et de son élargissement vers l’Est après la fin officielle de la Guerre froide 1.0 (1949-1989), la question de la sécurité de l’État russe est réapparue comme l’une des préoccupations majeures en Russie.9. Pour l’OTAN, cependant, et son chef de file face aux États-Unis, la Guerre froide est toujours à l’agenda du monde puisqu’après 1990, son expansion et sa politique visent directement la Russie10 avec aussi la Chine en perspective. Néanmoins, le fait que l’OTAN n’ait pas été dissoute après la fin de l’Union soviétique (en dépit de toutes les explications officielles) est un argument crucial de l’opinion selon laquelle la guerre froide est toujours une réalité dans la politique mondiale et les relations internationales après 1989, en tant que Guerre froide 2.0.

Reagan Gorbachev
Le Président Reagan et Mikhaïl Gorbatchev après la signature du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire en 1987.

Il est à noter que l’URSS fut tout simplement dissoute par la décision d’un seul homme – le secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, qui, à ce sujet, conclut un accord crucial en octobre 1986 avec l’administration américaine lors de deux jours de rencontre bilatérale avec le président américain Ronald Reagan à Reykjavik en Islande.11 C’est un fait que l’URSS a été le seul empire dans l’histoire du monde qui fut dissous par son propre gouvernement alors que le reste des empires du monde ont été détruits soit de l’extérieur après les guerres perdues, soit de l’intérieur après des guerres ou révolutions civiles sanglantes 12.

Il y a à notre avis trois raisons hypothétiques principales qui expliquent la décision de M. Gorbatchev de simplement dissoudre l’Union soviétique :

1. La corruption personnelle de M. Gorbatchev par les gouvernements occidentaux (les États-Unis et la commission européenne).
2. La volonté de M. Gorbatchev d’empêcher l’exploitation économique de l’unité fédérale russe par le reste des républiques soviétiques qui était une pratique courante depuis le tout début de l’URSS après la (contre-)révolution bolchévique (anti-russe) et la guerre civile de 1917-1921.
3. La détermination de M. Gorbatchev à transformer la Fédération de Russie, se débarrassant d’abord du reste des républiques soviétiques, en un pays économiquement prospère et riche en vendant les ressources naturelles (gaz et pétrole) de sa propre Sibérie à l’Occident aux prix du marché mondial.

Pour ne pas gâcher de très bonnes relations d’affaires avec l’Occident, la politique étrangère russe de 1991 jusqu’en 2000 fut totalement molle et même soumise à l’Occident, à la merci duquel Moscou a laissé le reste du monde, y compris les anciennes républiques soviétiques avec au moins 25 millions de personnes d’ethnie russe en dehors de la Russie mère patrie. A titre de comparaison, Belgrade, en 1991, laissa également toutes les autres républiques yougoslaves quitter la fédération sans frais, au moins pour l’hypothétique deuxième raison de M. Gorbatchev de dissoudre l’URSS, mais avec une différence cruciale par rapport au cas russe de la même année : les Serbes de souche en dehors de la Serbie n’ont pas, du moins pas aussi gratuitement, été laissés à la merci des gouvernements des nouveaux États proclamés indépendants (anti-serbes et néonazis) sur l’épave de l’ex-Yougoslavie (anti-serbe et dominée par la Croatie et la Slovénie) 13. C’était le principal « péché » de la Serbie dans les années 1990 et c’est la raison pour laquelle elle était et est toujours sévèrement condamnée par l’Occident 14.

L’identité nationale de la Russie et la sécurité de l’État : D’Ivan le Terrible à la guerre froide 2.0

La politique étrangère et de sécurité de la Russie après la dissolution de l’URSS s’inscrit dans le cadre d’un débat plus large sur « l’intérêt national » de la Russie et même sur la nouvelle identité russe 15. Depuis 1991, lorsque son indépendance fut officialisée et reconnue internationalement, la Russie est en quête de son identité nationale et de sa politique étrangère et sécuritaire d’État.

Les cercles intellectuels russes ont beaucoup débattu du contenu de l’identité nationale russe pendant des siècles. Essentiellement, deux groupes et forces politiques opposés se sont formés dans à cet égard :

  1. D’une part, il y avait/a ceux qui croient que la culture russe fait partie de la culture européenne et, en tant que telle, la culture russe peut accepter certaines valeurs européennes (occidentales) cruciales dans son développement, comme ce fut le cas du temps de l’empereur Pierre le Grand (1672-1725) 16. Ce groupe, nous pourrions les appeler les « Occidentaux », n’a jamais nié l’existence des caractéristiques spécifiques de la Russie en tant que pays eurasien, mais ont toujours cru que rester dans le cadre du « spectre russe » équivaut au suicide national (un effet de « peur de l’isolement »).
  2. D’autre part, il y a ceux qui ont toutefois essayé de préserver toutes les formes traditionnelles de vie et d’organisation russes, y compris les caractéristiques politiques et culturelles de la civilisation russe, sans nier en même temps que la Russie est aussi un pays européen. Nous pouvons les appeler le groupe « patriotique », ou les « patriotes », d’orientation slave, en partie nationaliste, lesquels ont cru et croient encore que les valeurs civilisationnelles et culturelles de l’Europe (de l’occident) ne pourraient jamais être adaptées au caractère national russe et qu’il n’est nul besoin de le faire dans l’intérêt national russe (effet « peur de l’autodestruction »).

Une confrontation entre ces deux groupes caractérise à la fois l’histoire russe en général et le développement politique et culturel actuel en particulier. Une situation très similaire est, par exemple, celle de la Serbie d’aujourd’hui, où la société est fortement divisée entre les soi-disant partisans de la « Première » (« patriotique ») et de la« Deuxième » (« occidentale ») Serbie.

À l’heure actuelle, les éléments fondamentaux de l’identité nationale russe et la politique de l’État sont :

  1. La préservation de l’unité territoriale de la Russie.
  2. La protection de l’intégrité intérieure de la Russie et de ses frontières extérieures.
  3. Le renforcement de l’État russe, en particulier contre la politique en direction de l’Est par l’OTAN pendant la guerre froide 2.0.
  4. La protection de la diaspora russe sur le territoire de l’ex-URSS afin de ne pas connaître le destin des Serbes en dehors de la Serbie après la destruction violente de l’ex-Yougoslavie par l’Occident et leurs régimes-clients régionaux.

La Russie post-soviétique rejeta dans les années 1990 l’élément le plus important de sa politique étrangère historiquement existant depuis l’époque de l’empereur Ivan le Terrible (1530-1584), le code impérial (universel) – l’expansion constante de son territoire ou, du moins, la position d’une puissance qui ne peut être négligée dans le règlement des questions stratégiques globales 17.

Nous devons nous rappeler que le pouvoir croissant du Grand-Duché de Moscou, qui obtint son indépendance des Mongols en 1480 sous Ivan III, s’est d’abord exercé à l’est et au sud-est. Novgorod fut soumis en 1478 et Pskov peu après. La conquête du Khanat de Kazan par la Russie en 1552 ouvrit la voie à l’avancée à travers l’Oural et en Sibérie. La conquête du Khanat d’Astrakhan en 1556 donna le contrôle de la Volga et ouvrit une voie vers la mer Caspienne. C’était la traite des fourrures qui tenta les Russes entreprenants de plus en plus profondément en Sibérie jusqu’à ce que la côte du Pacifique soit finalement atteinte en 1639 et que l’emprise russe soit établie sur toute l’Asie du Nord. Au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle, la Russie s’est penchée sur la récupération de la Russie occidentale du Royaume de Pologne et du Grand-Duché de Lituanie (le Commonwealth des deux nations selon l’Union de Lublin signée en 1569) 18lorsque des gains territoriaux importants furent réalisés jusqu’en 1686, Kiev et le Dniepr moyen ayant été libérés et les terres retournées à la Russie. Les Cosaques du Dniepr inférieur transférèrent leur allégeance de la Pologne à la Russie en 1654, et leur territoire, connu sous le nom de Zaporozh’ye, fut légalement incorporé en Russie de plein gré de ses habitants.

À la fin du XVIe siècle et au XVIIe siècle, la colonisation russe s’est répandue vers le sud à travers la rivière Oka. Néanmoins, l’isolement demeurait l’un des problèmes majeurs de l’époque pour la Russie, car il existait une forte demande potentielle de produits forestiers russes parmi les puissances maritimes occidentales. La Russie ne put toutefois pas tirer profit de ces exigences parce que le Royaume de Suède, le Sultanat ottoman et le Commonwealth des Deux Nations (Pologne et Lituanie) bloquèrent simplement le système de communication commerciale terrestre et maritime avec l’Europe occidentale. Les marchands britanniques ouvrirent la voie nord vers la mer Blanche et l’empereur russe Ivan le Terrible établit le port d’Archangelsk en 1584. Néanmoins, ce port maritime n’était disponible pour le commerce russe que pendant la courte saison estivale. L’empereur Pierre le Grand se donna pour tâche principale de percer à travers la mer Baltique et après la Grande Guerre nordique en 1700-1721 que la Suède déclencha, la Russie obtint le territoire suédois de l’Estonie et de la Lettonie actuelles et ainsi acquis le port maritime médiéval de Riga qui fut bientôt suivi par la recherche d’un autre territoire dans les pays baltes – Saint-Pétersbourg en 1703.

Ce qui fut fait par Pierre le Grand pour les pays baltes fut accompli dans le sud par l’impératrice russe Catherine la Grande (1762-1796)19. Elle mena des guerres en 1768-1792 qui conduisirent finalement à la destruction du Khanat des Tatars dans la péninsule de Crimée et au remplacement du contrôle ottoman par le contrôle russe sur la rive nord de la Mer noire, en Crimée, autour de la mer d’Azov et dans les steppes voisines20. La ville d’Odessa, fondée en 1794, devint bientôt pour la région de la mer Noire ce que la ville d’Archangelsk était pour la mer Blanche et Saint-Pétersbourg pour la mer Baltique – le port maritime central pour les exportations russes. De 1772 à 1815, les frontières de l’État russe progressèrent de quelque 960 km aux dépens du Commonwealth des Deux Nations. Par trois vagues de partitions (1772, 1793, 1795) 21, la Russie reçu la plus grande partie de la Pologne-Lituanie, et après les guerres napoléoniennes, le Congrès de Vienne accepta que l’empereur russe Alexandre Ier (1801-1825) devienne le roi d’un royaume reconstitué, le Royaume de Pologne (connu comme le Royaume du Congrès polonais) avec son propre gouvernement et administration polonaise 22. En conséquence de l’influence géopolitique russe, elle est devenue après le Congrès de Vienne la grande puissance la plus forte en Europe continentale.

Yeltsin
Le président Bill Clinton et le président russe Boris Eltsine à Paris en 1997

Après la guerre froide 1.0, la Russie d’Eltsine accepta toutefois le rôle mondial des États-Unis dans la troisième Rome du nouveau monde 23 et les États-Unis en tant que seule puissance hégémonique mondiale 24. Pour l’illustration, les États-Unis ont aujourd’hui 900 bases militaires dans 153 pays du monde. La position de serviteur de la Russie d’Eltsine à l’Ouest fut clairement prouvée lors de la destruction barbare de la Serbie par l’OTAN en 1999 – un fait qui légitima simplement la politique de l’OTAN sur l’impérialisme mondial américain.

Néanmoins, d’un point de vue historique, on peut dire que l’impérialisme américain a commencé en 1812 lorsque l’administration américaine proclama la guerre au Royaume-Uni afin d’annexer la colonie britannique du Canada 25. Cependant, les protagonistes d’une « théorie de stabilité hégémonique » soutiennent qu’« une puissance militaire et économique dominante est nécessaire pour assurer la stabilité et la prospérité dans une économie libérale mondiale. Les deux exemples clés de ces hégémons libéraux sont le Royaume-Uni à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, et les États-Unis depuis 1945 ». 26

A suivre

Vladislav B. Sotirović

 

Article original en anglais : Russia And The Cold War 2.0 (I), Oriental Review, le 7 novembre 2019.

Traduit par Fabio, relu par Kira pour le Saker Francophone

Notes

  1. A. Stephan (ed.), The Americanization of Europe. Culture, Diplomacy, and Anti-Americanism after 1945, New York−Oxford: Berghahn Books, 2006
  2. D. Junker (ed.), The United States and Germany in the Era of the Cold War, 1945−1990: A Handbook, Cambridge: Cambridge University Press, 2004.
  3. D. P. Forsythe, P. C. McMahon, A. Wedeman (eds.), American Foreign Policy in a Globalized World, New York−London: Routledge, 2006
  4. J. Haynes, P. Hough, Sh. Malik, L. Pettiford, World Politics, New York: Routledge, 2011, 701.
  5. Voir plus dans B. Cumings, The Korean War: A History, New York: Random House, 2011
  6. Voir plus dans [R. Freedman, Vietnam: A History of the War, New York: Holiday House, 2016
  7. Voir plus dans Ch. Herzog, The Arab-Israeli Wars: War and Peace in the Middle East, New York: Random House, 2004
  8. Voir plus dans D. Munton, D. A. Welch, The Cuban Missile Crisis: A Concise History, New York, USA−Oxford, UK, 2011
  9. Sur l’histoire de la guerre froide, voir dans J. Lewis, The Cold War: A New History, New York: Penguin Books, 2005; M. V. Zubok, A Failed Empire: The Soviet Union in the Cold War from Stalin to Gorbachev, The University of North Carolina Press, 2007
  10. K. W. Thompson, NATO Expansion, University Press of America, 1998.
  11. J. G. Wilson, The Triumph of Improvisation: Gorbachev’s Adaptability, Reagan’s Engagement, and the End of the Cold War, Ithaca: Cornell University Press, 2014; K. Adelman, Reagan at Reykjavik: Forty-Eight Hours That Ended The Cold War, New York: HarperCollins Publishers, 2014.
  12. Sur la chute de l’URSS, voir dans S. Plokhy, The Last Empire: The Final Days of the Soviet Union, New York: Basic Books, 2014
  13. Sur différentes opinions de la nature de la Yougoslavie, voir dans J. B. Allcock, Explaining Yugoslavia, New York: Columbia University Press, 2000; R. Sabrina, The Three Yugoslavias: State-Building and Legitimation, 1918−2005, Indiana University Press, 2006
  14. Sur les guerres pour la succession de la Yougoslavie dans les années 1990, voir dans S. Trifunovska (ed.), Yugoslavia Through Documents: From its creation to its dissolution, Dordrecht-Boston-London: Martinus Nijhoff Publishers, 1994; S. L. Woodward, Balkan Tragedy: Chaos and Dissolution after the Cold War, Washington, D. C.: The Brookings Institution, 1995; R. H. Ullman, (ed.), The World and Yugoslavia’s Wars, New York: A Council on Foreign Relations, 1996; D. Oven, Balkan Odyssey, London: Indigo, 1996; B. Marković, Yugoslav Crisis and the World: Chronology of Events: January 1990−October 1995, Beograd, 1996; J. Guskova, Istorija jugoslovenske krize, I−II. Beograd: Izdavački grafički atelje „M“, 2003; V. B. Sotirović, Emigration, Refugees and Ethnic Cleansing: The Death of Yugoslavia, 1991−1999, Saarbrücken: LAP LAMBERT Academic Publishing, 2013
  15. M. Laruelle (ed.), Russian Nationalism, Foreign Policy, and Identity Debates in Putin’s Russia: New Ideological Patterns After the Orange Revolution, Stuttgart: ibidem-Verlag, 2012
  16. Sur Pierre le Grand et ses réformes de la Russie, voir dans L. Hughes, Russia in the Age of Peter the Great, New Haven−London: Yale University Press, 2000; J. Cracraft, The Revolution of Peter the Great, Cambridge, Mass.−London, England: Harvard University Press, 2003; J. Anisimov, Rusijos istorija nuo Riuriko iki Putino. Žmonės. Įvykiai. Datos, Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidybos centras, 2014, 203−229
  17. Sur l’idée de Russie sacrée comme Troisième Rome, voir dans M. R. Johnson, The Third Rome: Holy Russia, Tsarism and Orthodoxy, The Foundation for Economic Liberty, Inc., 2004
  18. Z. Kiaupa, J. Kiaupienė, A. Kuncevičius, The History of Lithuania Before 1795, Vilnius: VILSPA, 2000, 243−251.
  19. Elle était d’origine protestante allemande convertie à la foi orthodoxe russe. A propos de sa biographie, voir dans M. W. Simmons, Catherine the Great: Last Empress of Russia, Make Profits Easy LLC, 2016
  20. Sur la Russie et la question occidentale, voir dans Ф. И. Успенски, Источно питање, Београд−Подгорица: Службени лист СЦГ−ЦИД, 2003
  21. I. Kapleris, A. Meištas, Istorijos egzamino gidas: Nauja programa nuo A iki Ž, Vilnius: Briedis, 2013, 174−179
  22. P. R. Magocsi, Historical Atlas of Central Europe, Revised and Expanded Edition, Seattle: University of Washington Press, 2002, 76.
  23. A propos de l’impérialisme et de l’hégémonie mondiale de l’après-Guerre froide 1.0 aux États-Unis, voir dans G. V. Kiernan, America, The New Imperialism: From White Settlement to World Hegemony. London: Verso, 2005; J. Baron, Great Power Peace and American Primacy: The Origins and Future of a New International Order, London−New York: Palgrave Macmillan, 2014
  24. N. Chomsky, Hegemony or Survival: America’s Quest for Global Dominance, New York: Penguin, 2004.
  25. H. B. Parks, Istorija Sjedinjenih Američkih Država, Beograd: Izdavačka radna organizacija „Rad“, 1986, 182−202.
  26. A. Heywood, Global Politics, London−New York: Palgrave Macmillan, 2011, 229.
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Après l’entrée des troupes turques en Libye pour soutenir le gouvernement d’entente nationale présidé par Fayez Sarraj, l’Europe commence à prendre conscience de la menace des actions d’Ankara.

Le 19 janvier la conférence internationale de Berlin aura lieu pour, comme on le suppose, mettre sur la table des intermédiaires étrangers et les parties en conflit pour la discussion de l’armistice à long terme dans le pays d’Afrique du Nord.

En revanche, à la lumière des résultats contradictoires de la rencontre entre les parties libyens à Moscou, il ne fait aucun doute que la conférence de Berlin est également vouée à l’échec. Ce n’est généralement pas le maréchal Khalifa Haftar, qui a exprimé un jour le souhait de respecter l’armistice, mais la Turquie, qui n’a pas l’intention de faire des concessions en matière de sauvegarde du gouvernement de l’accord national sous cette forme, dans laquelle il existe.

Il convient de noter que le GAN de Sarraj est le seul gouvernement allié à la Turquie dans la région d’Afrique du Nord. En outre, il dépend directement du soutien militaire turc dans son confrontation à l’armée du maréchal libyen. À cet égard, le GAN a été impliqué dans de plusieurs aventures politiques turques.

Le GAN s’est aussi dit solidaire de l’opération turque visant à l’extermination de la minorité kurde dans le nord-est de la Syrie.

En outre, le GAN a signé avec la Turquie l’accord sur la démarcation des frontières maritimes en Méditerranée, qui violait non seulement les accords internationaux, mais aussi les droits souverains de tels États, tels que la Grèce, Chypre et Israël.

La Turquie peut également utiliser le gouvernement fantoche en Libye non seulement pour légitimer des accords illégaux et approuver des campagnes militaires sanglantes, mais aussi pour faire pression sur l’Europe du point de vue des processus migratoires.

Le président turc a déjà menacé l’EU plus d’une fois qu’en cas de résistance à certaines actions de la Turquie, il ouvrirait la frontière et permettrait à des millions de réfugiés d’atteindre l’Europe sans difficulté.

Dans le contexte donné, la Libye, dans laquelle la principale route migratoire du continent africain passe, peut devenir un outil d’Erdogan pour exercer une pression maximale sur l’Union européenne dans les affaires portant atteinte aux intérêts de la Turquie. Le contrôle d’Ankara sur le gouvernement libyen donne au sultan turc l’occasion de diriger les flux migratoires non seulement du Proche-Orient, mais aussi d’Afrique. Ainsi, ayant pris l’Europe aux étaux, il pourra doubler la pression sur la prise de décision de Bruxelles et intensifier l’influence de son pays soit à l’échelle de l’Europe ou du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord.

Dans un tel cas, le gouvernement de Sarraj, qui en échange d’une aide militaire est prêt à permettre à Erdogan tout ce qu’il veut, ne consitue pas une menace moins grave pour l’Europe, que la Turquie elle-même.

Compte tenu du degré d’hostilité mutuelle entre les parties en conflit, la diplomatie européenne doit se concentrer sur la reconstruction et réforme des instituts politiques en Libye, ainsi que l’instauration de la stabilité et la sécurité dans le pays. Sinon, l’Europe risque d’être influencée par la Turquie d’Erdogan, qui ne néglige pas des flux de migrants en provenance de Libye pour le chantage politique.

Hassan Mansour

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Les dirigeants israéliens devant la Cour Pénale Internationale

janvier 18th, 2020 by Christophe Oberlin

Longtemps considérée comme un « tribunal de Blancs pour juger des Noirs », la Cour Pénale Internationale a annoncé vouloir ouvrir une enquête pour les crimes de guerre commis dans les territoires palestiniens. Il y a cinq ans, Christophe Oberlin écrivait un livre sur la question israélo-palestinienne au regard de la CPI. Aujourd’hui, il décrypte les motivations de cette cour, décortique les réactions israéliennes et analyse les enjeux que représente la possible enquête pour crimes de guerre en Palestine. (IGA)

Cinq ans après la publication d’un livre consacré à la question Israélo-palestinienne au regard de la Cour Pénale Internationale[1], force est de constater que la ligne qui y était tracée trouve aujourd’hui sa concrétisation. Le passage à la phase judiciaire était inéluctable. Seule la date était inconnue. Le 20 décembre 2019 la procureure de la Cour Pénale Internationale annonce sa volonté d’ouvrir une enquête sur les crimes de guerre commis en Palestine à partir du 13 juin 2014.

Peu d’observateurs prêtaient à la procureure cette intention

Entrée en fonction depuis 2002, la Cour Pénale Internationale avait surtout eu à traiter d’affaires africaines, et s’était vu attribué le qualificatif de « tribunal de Blancs pour juger les Noirs. La plus grande partie de son financement étant européen, de « tribunal européen pour juger les africains »[2]. Certains prédisaient même l’effondrement de la Cour Pénale Internationale. L’institution soulevait aussi le scepticisme des responsables de l’administration de Gaza : « Nous n’avons pas confiance dans un tribunal établi par les Occidentaux ». Et l’Autorité Palestinienne était loin de vouloir utiliser cet outil : le 25 juillet 2014, en pleine offensive israélienne contre Gaza, une plainte du ministre de la Justice de l’Autorité Palestinienne et du procureur de Gaza avait même été bloquée par le ministre des Affaires Étrangères Riad al Maliki dépêché d’urgence à La Haye. Autre signe négatif, la procureure de la Cour Pénale Internationale Fatou Bensouda avait refusé par trois fois d’ouvrir une enquête sur l’affaire du Mavi Marmara comme nous le reverrons, le dernier refus en date du 1er décembre 2019.

La souffrance des victimes de Gaza était peu audible alors que le territoire est administré par une organisation « terroriste » selon L’Union Européenne et les Etats-Unis (et malgré un jugement inverse de la Cour de Justice de l’Union Européenne).

Enfin le sud-africain John Dugard, principal conseiller légal de l’Autorité Palestinienne et ancien rapporteur spécial des Nations-Unies pour la Palestine, avait publié quelques jours avant la décision de Fatou Bensouda un étonnant document : « Pourquoi la Procureure n’ouvrira jamais une enquête sur Israël-Palestine » …

Et pourtant des étapes avaient été franchies

La Palestine avait ratifié le traité de Rome en janvier 2015 (Art. 12(2)), et également adressé une déclaration gouvernementale donnant une compétence rétroactive à la Cour depuis le 14 juin 2014 (Art. 12 (3)) ce qui permettait d’inclure les crimes de guerre commis pendant la guerre de l’été 2014.

A partir de Gaza de très nombreux dossiers de victimes ont été envoyés à la CPI à partir de 2014. Il s’agit de plaintes de victimes ou de famille de victimes, rédigées et documentées par du personnel formé selon les standards juridiques internationaux. Ces documents ont concerné la guerre de l’été 2014, mais aussi une plainte de la société civile (une cinquantaine d’associations, 400 Palestiniens, et quarante avocats) en 2017, et depuis début 2018 les très nombreuses victimes des manifestations hebdomadaires le long de la frontière de Gaza connues sous le nom de « Grandes Marches du retour ».

Enfin le 23 mai 2018, l’Autorité Palestinienne avait officiellement déposé plainte devant la Cour en activant l’article 14.

Début décembre 2019, Fatou Bensouda produisait le rapport annuel de l’activité du Bureau du procureur. Et les observateurs attentifs avaient noté, dans le chapitre consacré à Israël-Palestine, l’utilisation d’une formule inhabituelle. Alors que le bureau avait lancé une enquête préliminaire depuis 2015 et que chaque rapport annuel depuis se contentait de mentionner une activité substantielle de recueil et de vérification d’informations, pour la première fois Fatou Bensouda estimait que « le temps était venu d’une décision judiciaire ». Contrairement à certains qui pronostiquaient que la procureure allait laisser le dossier à son successeur, la formule établissait qu’une décision serait prise dans l’année, ce qu’il advint quelques jours plus tard.

Le communiqué de presse du 20 décembre 2019

« Aujourd’hui, j’annonce que selon toutes les évaluations indépendantes et objectives des informations parvenues à mon Bureau lors de l’examen préliminaire de la situation en Palestine a conclu que tous les critères, selon le Statut de Rome, étaient réunis pour ouvrir une enquête ». Fatou Bensouda précise d’emblée que l’existence d’une « saisine de l’Etat de Palestine », la dispense de demander l’autorisation de la chambre préliminaire. Par contre, comme le Statut la lui autorise, elle lui demande un avis : « la confirmation du territoire de juridiction comme étant celui de la Cisjordanie, Jérusalem Est et Gaza ». Elle demande que l’avis lui soit donné « le plus rapidement possible » et fixe un délai maximum à 120 jours.

Pour le monde arabe, premier concerné, l’allocution télévisée de Fatou Bensouda est diffusée sous-titrée en arabe : elle fait fureur sur les réseaux sociaux et est immédiatement saluée par le Hamas qui gouverne Gaza depuis 2007. « Le mouvement Hamas salue l’annonce faite par la procureure de la Cour Pénale Internationale de lancer sa décision d’ouverture d’enquête sur les crimes de guerre israéliens commis en Palestine. (…) Cette annonce devrait se traduire en actions sur le terrain afin de tenir les responsables israéliens de l’occupation comptables de leurs crimes et violations envers le peuple palestinien et ses Lieux saints ».

La réaction de l’Autorité palestinienne, plus tardive, est aussi moins cohérente, témoin sans doute des différents courants qui l’habitent. On exprime sa satisfaction et on critique en même temps la lenteur de la procédure : le « délai de 5 années » entre le début de l’examen préliminaire et la décision d’ouverture d’enquête. En semblant oublier que l’Autorité palestinienne avait adressé une déclaration de compétence à la Cour le 22 janvier 2009 après la guerre de l’hiver 2008-2009 en appui d’une plainte de 400 ONG, pour ensuite abandonner cette procédure. Oubliant aussi le délai écoulé entre l’adhésion de la Palestine (janvier 2015) et celui de la plainte à la CPI par l’État de Palestine (mai 2018) qui a nécessairement gelé toute ouverture d’enquête, et qui est de la seule responsabilité de l’Autorité Palestinienne.

Les juristes se ruent alors sur le document de 112 pages produit par le Bureau du procureur.

Craignant toujours que le diable se cache dans les détails, le texte de Fatou Bensouda est décortiqué.

Le titre du mémorandum d’abord « Situation dans l’État de Palestine ». La procureure annonce d’emblée que la Palestine, aux yeux de la procureure, comme à ceux de l’Assemblée Générale des États partie qui a accepté l’admission de la Palestine, est bien un État dans l’acception de la Cour et lui donne tous les droits et devoirs que la Statut de Rome donne aux États partie.

La première partie du mémoire constitue la justification de la première décision prise : celle de demander à la chambre préliminaire 1 une décision sur la compétence et la territorialité. Fatou Bensouda expose le support statutaire pour une telle demande, en précisant à maintes reprises qu’il ne s’agit pas d’une autorisation pour ouvrir l’enquête, mais d’une vérification de la capacité de la Palestine à donner compétence à la cour et d’un cadrage territorial permettant de focaliser l’enquête, tout en expliquant bien qu’il s’agira de déterminer la réalité de crimes de guerre commis sur un territoire précis, et certainement pas de constituer à cette occasion une quelconque reconnaissance de la limite territoriale entre deux États. Fatou Bensouda coupe ainsi l’herbe sous le pied de ceux qui ne manqueront pas de critiquer la politisation de l’enquête, voir celle la CPI toute entière. Pour les connaisseurs, un peut noter quelques « pics » adressés par la procureure aux 3 juges de la Chambre préliminaire 1. Les mêmes qui ont par trois fois demandé à Bensouda d’ouvrir une enquête sur l’affaire du Mavi Marmara. Par trois fois Bensouda avait refusé de reconsidérer sa décision aux motifs juridiques avancés par les juges, en lançant pour seul argument : « C’est moi, procureure, qui décide », alors que les juges lui demandaient une réponse en droit aux cinq « erreurs de droit » qu’ils affirmaient avoir descellées. Fatou Bensouda n’avait pas fourni de réponse argumentée s’arque boutant sur son pouvoir statutaire, ce qui n’avait pas été du tout du goût des juges qui lui avaient en final donné trois mois pour revoir sa position. Ici Bensouda enfonce le clou de sa souveraineté et se paye en plus le luxe d’imposer un délai à la chambre !

Le rapport traite ensuite du contexte historique sur une trentaine de pages. La Palestine sous mandat britannique n’est traitée qu’en un paragraphe ce qui est surement insuffisant. La Palestine a eu à l’époque un territoire défini (celui de la Palestine historique), une population permanente (faite de musulmans, juifs, chrétiens, druzes etc.), un gouvernement qui gouverne (à l’exception de la politique étrangère et des forces armées), ainsi que des relations avec d’autres Etats (les Palestiniens jouissaient d’un passeport palestinien). L’Etat moderne de Palestine était là (il remplissait les critères de Montevideo), bien que soumis à un mandat qui avait vocation à n’être que provisoire.

Bensouda discute ensuite la question de l’État de Palestine : la Palestine ayant été acceptée comme État partie, elle se place sous la juridiction de la CPI qui l’a acceptée. La procureure « observe que la Palestine a une population et un territoire régulièrement défini en référence au territoire palestinien occupé (Cisjordanie incluant Jérusalem Est, et Gaza) ». On peut noter que cette formule sous-entend qu’il existerait un territoire palestinien non occupé, annexé par exemple. La procureure laisse ainsi effectivement ouverte toute disposition future de frontières et s’exonère de la critique d’anticipation politique. Le mot « territoire » prend ici toute sa signification.

Plus loin la procureure anticipe aussi sur la critique en affirmant que l’existence des accords d’Oslo n’interdit évidemment pas à la CPI d’exercer sa juridiction dans l’objectif de traiter de crimes de guerre. Constatant que « l’état d’occupation des trois territoires (Cisjordanie, Jérusalem Est et Gaza), pour lesquels elle reprend le néologisme « d’occunexion » (annexion-occupation) ne peut être réduit à l’autorité du pouvoir de l’époque ». En d’autres termes les Accord d’Oslo ne s’imposent en aucune manière au droit international. Elle cite même le droit romain : « ex injuria jus non oritur ! » Un droit légal ne peut être issu d’un acte illégal. Une pierre de plus dans le jardin d’Oslo. Et de citer toutes les institutions, et notamment l’ONU, qui n’ont jamais reconnu les « annexions » passées, présentes ou futures (et la vallée de Jéricho, objet actuel de promesses électorales d’annexion, est nommément citée). La procureure réitère le principe internationalement reconnu de l’auto détermination qui peut se concrétiser par un État accédant à l’indépendance, mais aussi à « l’intégration volontaire avec un autre Etat sur la base de l’égalité politique ». Une affirmation capitale que nous reprendrons à la fin de cet article. Enfin la commercialisation de produits issus des colonies israéliennes en Cisjordanie est illégale, tout comme le mur condamné par la Cour internationale de justice. Toutes affirmations étayées par 648 notes de bas de page.

On ne peut s’empêcher de penser et de comprendre, sans l’approuver, que Fatou Bensouda ai souhaité par tous les moyens, y compris critiquables en termes de droit, de se débarrasser du dossier du Mavi Marmara. A quoi bon « ouvrir les portes de l’enfer » selon sa propre expression, alors que la Turquie (les 10 tués étaient citoyens turcs) se désintéresse (les familles ont été indemnisées par Israël), que la Turquie n’est pas Etat partie, que le bateau était comorien (« combien de divisions ? »), que la Palestine première intéressée par l’affaire ne s’est jamais manifestée, et qu’un dossier global sur Israël-Palestine autrement plus explosif était prêt ?

Qui donc est Fatou Bensouda ?

Fatou Bensouda âgée de 58 ans est une avocate de nationalité gambienne, procureure générale de la Cour Pénale internationale depuis juin 2012, élue pour 9 ans. Sa carrière est « entachée » d’avoir été la procureure adjointe du premier procureur de la CPI Luis Moreno Ocampo dont le mandat est généralement considéré comme très médiocre du fait d’une dramatique absence de professionnalisme comme d’éthique. A son départ, la Cour ayant été justement affublée du surnom de « Cour de Blancs pour juger les Noirs », la désignation de Fatou Bensouda a été qualifiée de circonstancielle : après l’Argentin condamné comme délinquant sexuel, il était bon que lui succéda une femme, qui plus est africaine. Pour les délateurs de la CPI, les conditions de son élection ne furent pas claires. Les Etats parties continuent à pratiquer le « vote trading », leurs représentants sont surtout des diplomates plus que des techniciens du droit, la commission de sélection des candidatures était composée uniquement de diplomates, etc.

Durant son mandat, qui vient à expiration en 2021, la procureure a eu à clore nombre de dossiers empoisonnés c’est-à- dire impossibles à finaliser par des condamnations de véritables crimes de guerre. Insuffisances de preuves, longueur excessive de l’enquête aboutissant à la libération sèche d’inculpés ayant purgé de nombreuses années de prison, etc. Il faut dire que plusieurs de ces dossiers avaient été ouverts très médiatiquement et en dehors de toutes les règles de procédure par son prédécesseur. Un épisode culminant a été constitué par la libération de l’ivoirien Laurent Gbagbo qui, sur injonction du Conseil de sécurité et intervention de l’armée française avait été livré à la Haye. Un désastre pour l’image de la CPI. Mais on peut argumenter à l’inverse que ce genre d’événement ne fait que traduire l’indépendance de la Cour par rapport à l’ONU, et la rigueur dans l’évaluation des preuves, que c’est en réalité un désastre pour la Côte d’Ivoire et pour la France qui ont imposé ce dossier à la CPI. Celle-ci n’a fait qu’appliquer le droit.

Par ailleurs le parcours professionnel de Fatou Bensouda ne peut être qualifié d’insuffisant. Son expérience dans les tribunaux internationaux commence en 2002 au tribunal pour le Rwanda, avant de se poursuivre par un poste à La Haye en 2004. Curieusement ce n’est que vers la fin de son mandat, que le parcours préalable de Fatou Bensouda avant sa nomination à la CPI est critiqué : ministre de la Justice et procureure générale du « dictateur » gambien Yahya Jammeh de 1998 à 2000, auparavant avocate au barreau de Gambie, conseillère juridique du même « dictateur », puis procureure général de la capitale Banjul. Aux propagateurs de ces critiques, on peut opposer que les plus grands criminels au plan du droit international sont justement les Etats qui n’ont pas adhéré au Statut de Rome, contrairement à la Gambie.

Dans les toutes premières heures qui suivent l’annonce de Fatou Bensouda, Avihai Mandelblit procureur général d’Israël produit un argumentaire de 34 pages. D’après la presse israélienne ce mémoire aurait même été publié quelques heures avant : le contenu du document de Bensouda semblait donc connu !

Comme le rappelle Mandelblit lui-même, Israël, Etat non partie, avait tout de même envoyé une délégation à la Haye un an auparavant, alors que planait déjà la menace d’une ouverture d’enquête. La raison officielle : « faire connaitre au bureau du procureur la position israélienne ». Bien que rien n’ait filtré de ces réunions, on se doute que l’argumentaire de Mandelblit avait déjà été rédigé à cette époque… Permettant d’ailleurs à Fatou Bensouda d’y répondre très précisément dans son mémoire.

Que nous dit Mandelblit ? Le résumé d’abord

Israël, « issu de l’holocauste » fut « un avocat de la première heure et passionné de l’installation d’une Cour Pénale Internationale » ! Israël avait même initialement signé le Statut de Rome « comme expression de support moral » en 2000, avant de refuser d’adhérer en 2002. Il faut dire qu’après Nuremberg, dont certains pays interdisent par la loi toute critique, il était difficile de faire autrement. Ainsi dès le premier paragraphe Mandelblit donne des verges pour se faire battre : pourquoi donc ne pas avoir adhéré à la CPI ? La réponse : « La cour est manipulée politiquement ».

Deuxième argument : « La cour n’a pas de juridiction sur la « soi-disant “situation en Palestine“ » (sic).

Car la Palestine n’est pas un État souverain avec des frontières déterminées et n’aurait pas le pouvoir légal de s’en remettre à la Cour.

Et Mandelblit d’argumenter sur 34 pages.

La Palestine n’aurait jamais dû être acceptée à la CPI. Et Avihai reprend en détail l’argumentaire du Canada qui s’y était opposé… Sans signaler qu’il s ’agissait du seul État partie (contre 140) à avoir élevé une protestation. Pour le procureur général d’Israël la décision de la cour est « un mensonge au cœur du droit international », « un abus de l’outil judiciaire, insuffle le populisme », etc.

Suit une longue affirmation que seul un « État souverain » pourrait adhérer à la CPI. Cette formule n’est nulle part dans le Statut de Rome. Et pourtant, pour Mandelblit, accepter comme État partie un État non souverain « serait trahir l’intention des fondateurs » ! On ne peut s’empêcher de penser strictement l’inverse : Rome a été écrit pour défendre les victimes contre les responsables de crimes de guerre, et les guerres n’ont pas toujours lieu entre « États souverains ». Il s’agit souvent d’États défaits, ou de mouvements de libération sans État. Pourquoi les victimes de ces guerres seraient-elles exclues du champ de la Cour Pénale Internationale ? Rien en tous cas dans le statut de Rome en marque l’intention. Et Mandelblit d’affirmer que seuls les États souverains peuvent saisir la Cour. Donc dans un territoire qu’il a occupé un État souverain pourrait commettre tous les crimes de guerre possibles sans en être inquiété ? On doute que cette idée puisse avoir guidé les pères fondateurs. Et pourquoi alors un État souverain possédant donc les juridictions criminelles adéquates solliciterait-il la compétence de la Cour Pénale Internationale ?

Vient alors en discussion la notion même d’État. La définition politique généralement admise est celle d’une population dans un territoire donné qui, selon la formule célèbre, « accepte le monopole de la violence légitime ». En d’autres termes une armée pour défendre ses frontières et une police pour faire respecter ses lois qui s’imposent à tous. L’intérêt général qui prime l’intérêt particulier ou celui de la tribu. La conférence de Montevideo dans les années 30 avait émis 4 critères plus précis, critères qui restent valables aujourd’hui : un territoire déterminé, une population permanente, un gouvernement, la possibilité de relations avec d’autres Etats. La Palestine entre 1922 et 1948 avait un territoire, celui de la Palestine mandataire, une population fixe de musulmans, juifs, chrétiens, druzes, etc. Elle avait un gouvernement (article 2 : « Le mandataire assumera la responsabilité d’assurer le développement d’institutions de libre gouvernement »). Article 4 : « Un organisme juif convenable sera officiellement reconnu et aura le droit de donner des avis à l’administration de la Palestine ».

Article 5 : « Le mandataire garantit la Palestine contre toute perte ou prise à bail de tout ou partie du territoire et contre l’établissement de tout contrôle d’une puissance étrangère ». Article 7 : « L’administration de la Palestine assumera la responsabilité d’édicter une loi sur la nationalité. Cette loi comportera des clauses destinées à faciliter aux juifs qui s’établiront en Palestine d’une façon permanente l’acquisition de la nationalité palestinienne ». Article 9 : « Le mandataire assumera la responsabilité de veiller à l’institution en Palestine d’un système judiciaire » ».

Si l’on se réfère uniquement au texte du mandat de 1922, ce sont bien les Palestiniens qui seraient en position de revendiquer la totalité du territoire de la Palestine !

On en revient à regretter l’article 10 : « En attendant la conclusion de conventions spéciales d’extradition, les traités d’extradition en vigueur seront appliqués à la Palestine »[3]. Article 15 : « Personne ne sera exclu de la Palestine à raison seulement de ses convictions religieuses ». Impôt et droits de douane sont autonomisés. Article 22 : « L’anglais, l’arabe et l’hébreu seront les langues officielles de la Palestine ». Certes les Affaires étrangères et la Défense étaient dévolues à la puissance mandataire, mais provisoirement. Et ce statut donnait des droits internationaux, les Palestiniens avaient un passeport palestinien. Un Etat c’est un Etat de fait. Un Etat ne se constitue pas lors de son admission à l’ONU. Et que dire de la Palestine aujourd’hui ? Si elle a perdu ses frontières par la force, elle n’en est pas moins « Etat non membre de l’ONU » comme les îles Cook ce qui n’a pas empêché ces dernières d’adhérer à la CPI.

A ratiociner sur le caractère étatique ou pas de la Palestine, Mandelblit conduit directement à s’interroger sur celui d’Israël. Et, si le sujet n’était pas dramatique, Mandelblit nous ferait bien rire lorsqu’il cite avec application Crawford 2006 : « Une entité ne peut déclarer son indépendance si la création s’est faite en violation du droit applicable à l’autodétermination » ! Ou encore le même Crawford : « Les délibérations de l’Assemblée générale de l’ONU n’ont pas d’effet pendant ou constitutifs ou définitifs du statut d’Etat (statehood) ». Curieuse plaidoirie du procureur d’Israël.

Mandelblit fait ensuite dire au Secrétaire général de l’ONU ce qu’il ne dit pas : Celui-ci, en tant que dépositaire du Statut de Rome, déclare au contraire lors de l’admission de la Palestine à la CPI, que Rome ne règle pas la question israélo palestinienne mais s’attache aux crimes de guerre. Donc que Rome ne fait pas de politique. De même le président de l ’Assemblée des Etats partie de la CPI : « L’Assemblée a pris ses décisions en accord avec le règlement et les procédures de l’Assemblée, indépendamment et sans préjudice de décisions prises dans d’autres buts, incluant des décisions de toute autre organisation ou organes de la cour, à propos de toute situation légale qui viendrait devant elle ». Et Mandelblit de rêver que la chambre préliminaire, indépendante de l’assemblée, lui donnerait raison et refuserait à la Palestine ce que l’Assemblée générale lui a octroyé. Eventualité bien peu probable nous le reverrons en faisant connaissance avec les juges de la chambre préliminaire.

Mandelblit continue ensuite à développer des affirmations qui se retournent contre lui. Le préalable à l’adhésion à la CPI aurait dû être un accord de paix selon le processus d’Oslo. Oslo s’imposerait au droit international ? Les rares à avoir lu Oslo se sont aperçus que l’accord donnait tout à Israël et rien aux Palestiniens. Bensouda le relève bien : « Certaines dispositions des accords d’Oslo pourraient violer le droit à l’autodétermination ». Mais, ajoute-t-elle en substance, cela ne nous regarde pas, c’est une affaire politique. Pour Mandelblit au contraire l’unique préalable serait de porter les accords d’Oslo à leur terme. D’ici là, pas question de Cour Pénale Internationale.

Suit une autre théorie très personnelle. Dans l’histoire du conflit israélo-palestinien, à chaque avancée militaire israélienne suivie d’un cesser le feu, la communauté internationale a salué le cesser- le -feu « sans préjuger de la position future des frontières ». Pour Mandelblit cela signifie qu’Israël pourrait s’étendre davantage » ! Mandelblit le dit même carrément : « l’état d’occupation n’annule pas une revendication territoriale précédente ». Tiens, Mandelblit reconnait l’occupation de la Cisjordanie ? Ce qui mettrait automatiquement la population de Cisjordanie sous la protection des conventions de Genève ? Pas du tout, répond le procureur israélien, « l’entité palestinienne n’a pas, et n’a jamais eu, de titre de souveraineté sur la Cisjordanie et Gaza ».

Plus loin c’est vraiment Mandelblit contre Mandelblit : le procureur prétend que les accords d’Oslo font loi, tout en délégitimant l’Autorité Palestinienne… issue des mêmes accords d’Oslo. Pour lui la loi est uniquement la longue liste (qu’il énumère) de ce que Oslo donne aux Israéliens (forces armées, sécurité, police, air, impôts, télécommunications, gestion de l’eau) et soustrait aux Palestiniens. On est très loin des termes du mandat britannique. Et c’est sans doute par inadvertance que Mandelblit cite Mahmoud Abbas (sept 2009) : « Tous les accords avec Israël se termineront en cas d’annexion de toute partie du territoire palestinien ». On pense à Jérusalem Est.

Le plus surprenant reste que la position de Mandelblit, qui est celle du gouvernement israélien, demeure que la Cisjordanie n’est pas occupée, tout en affirmant « que l’Autorité Palestinienne n’exerce aucun contrôle sur 60% de la Cisjordanie et aucun sur Gaza ». Puis plus loin : « Si le territoire est occupé, le contrôle doit en être à Israël et non aux Palestiniens ». Israël reproche à l’Etat palestinien de ne pas être souverain, alors que c’est justement l’occupation par Israël qui est responsable de ce manque de souveraineté. Et Mandelblit de conclure : « Toute affirmation que la présence israélienne en Cisjordanie constitue une occupation illégale est sans aucune valeur » ! Comprenne qui pourra.

Concernant les colonies israéliennes en Cisjordanie, le mot est évité, Mandelblit parle d’implantations et croit s’en tirer en affirmant que « les Palestiniens n’ont pas juridiction sur les « nationaux israéliens ».

Conclusion du Procureur général d’Israël : « La crédibilité et la légitimité de la CPI » seraient en cause « dès lors qu’un Etat non partie (Israël) n’a pas accepté cette juridiction ». Demande- t-on à un criminel de reconnaître la légitimité du tribunal qui va le juger ? Il est frappant qu’à aucun moment dans son mémorandum le procureur n’envisage que des crimes de guerre aient pu avoir été commis par Israël.

Qui est Avihai Mandelblit ?

Avihai Mandelblit a 54 ans. Il est marié et père de six enfants et Major général de réserve. Diplômé de l’université de Tel Aviv, il est titulaire d’une thèse de doctorat intitulée « Lawfare and the State of Israël – Past experience and a glance to the future ». Il est intéressant d’expliciter le néologisme « lawfare » qui n’a pas de traduction directe en français : « utiliser des outils juridiques pour faire la guerre ». Ce terme a une forte connotation péjorative puisque le droit a pour objet d’établir la justice et non de faire la guerre. Il s’agit donc d’utiliser les failles du droit ou de distordre le droit dans un objectif militaire, en oubliant l’essentiel c’est-à-dire l’esprit du droit. Un beau sujet de thèse pour le général Mandelblit, procureur militaire de longue date notamment à Gaza, secrétaire de cabinet de Benjamin Netanyahou (2013-2016), depuis 2016 procureur général d’Israël et actuel conseiller juridique du Premier ministre israélien. La justice militaire est bien à la justice ce que la musique militaire est à la musique.

Et l’Autorité Palestinienne dans tout ça ?

Un paragraphe que les historiens auront du mal à remplir, et que les observateurs analyseront avec intérêt le jour du procès. En effet le principe des enquêtes et jugements à la CPI, est que tous les crimes de guerre commis par toutes les parties en conflit (et Bensouda cite nommément Israël, Groupes Armés Palestiniens, Autorité Palestinienne) sur un territoire donné (Gaza, Cisjordanie y compris Jérusalem Est, suggère Bensouda ; réponse de la chambre préliminaire sous 120 jours) au cours d’une période donnée (du 13 juin 2014 jusqu’à présent) sont analysés et peuvent faire l’objet de décisions judiciaires c’est à dire d’inculpations et condamnations des personnes responsables[4].

C’est donc nommément que seront mis en cause par exemple Benjamin Netanyahou et Benny Gantz concernant la guerre de 2014. Qu’en sera t il des crimes de torture, décès en détention de prisonniers palestiniens dans les prisons palestiniennes de Cisjordanie ? La « collaboration sécuritaire » de l’Autorité Palestinienne avec Israël fera ainsi l’objet de toutes les attentions. Comment sera évaluée la plainte du ministre de la Justice Salim al Saqa de l’Autorité palestinienne, déposée le 25 juillet 2014, en pleine guerre, et gelée une semaine plus tard par Riad al Maliki ministre des Affaires Étrangères de l’Autorité palestinienne ? Cette plainte est maintenant réactivée, pleine et entière. Comment sera jugée la longue réticence de l’Etat de Palestine (2012) à saisir la CPI (2018) ? Quelle sera la position des familles de victimes tombées pendant cette période ? Comment sera jugée la participation de l’Autorité Palestinienne au crime de siège de Gaza ?

Réaction de la presse israélienne et du gouvernement

Inutile de s’étendre : les médias israéliens « collent » à Mandelblit : la Palestine n’est pas un Etat. Mais l’embarras dans le choix des mots et les soi-disant explications « légales » données par les « experts » et « spécialistes » rendent le message souvent incompréhensible. Néanmoins dans la semaine qui suit la décision de Fatou Bensouda, on apprend que l’annexion de la vallée du Jourdain n’est plus à l’ordre du jour, et le vendredi suivant il n’y a aucun tir à balle réelle sur les rassemblements à la frontière entre Gaza et Israël. Tandis que le premier ministre israélien fait savoir que les discussions légales sur le sujet resteront limitées au Conseil des ministres et secrètes, et accuse la Cour Pénale Internationale « d’antisémitisme à l’état pur ».

A partir de maintenant, que va-t-il se passer ?

Le scénario le plus probable est que la chambre préliminaire confirme à la procureure que le territoire de juridiction correspond effectivement à la Cisjordanie incluant Jérusalem Est et la Bande de Gaza. L’argumentaire en droit de Fatou Bensouda tranche singulièrement avec l’argument unique portant sur la procédure du général Mandelblit. Les innombrables résolutions de L’ONU condamnant Israël, la délibération de la Cour Internationale de Justice condamnant le Mur, et très récemment la condamnation de l’exploitation des produits issus des colonies israéliennes en Cisjordanie par la Cour Européenne de Justice. Certains s’étonnent de l’absence de sanctions de l’ONU contre Israël alors que nombre de condamnations par le Conseil de Sécurité ont été émises. On se souvient que l’Afrique du Sud de l’apartheid a même été brièvement exclue de l’ONU. Comment Israël a-t-il pu échapper à cette sanction ? La réponse est dans le règlement de l’ONU : L’Assemblée Générale des Nations Unies peut prononcer l’exclusion d’un de ses membres (et on ne doute pas que ce serait le cas aujourd’hui concernant Israël) mais uniquement sur proposition du Conseil de Sécurité. Israël n’est protégé de l’exclusion que par le droit de veto américain au Conseil de Sécurité.

Donc ce sont les trois juges de la chambre préliminaire qui, sous 120 jours au maximum, vont jouer le deuxième acte après Bensouda. Qui sont ces trois juges ? Le hongrois Peter Kovacs, professeur de droit international, le diplomate français Marc Perrin de Brichambaut membre du Conseil d’Etat ; enfin Reine Adelaide Alapini-Ganso de nationalité ivoirienne, avocate au barreau du Bénin et chargée d’enseignement à l’Université de Lyon. D’illustres inconnus ? Pas tout à fait puisqu’ils ont été des acteurs majeurs dans l’affaire du Mavi Marmara. Rappelons la séquence.

Mai 2010. Trois bateaux transportant des passagers et du matériel humanitaire se dirigent vers le port de Gaza. Ils sont détournés dans les eaux internationales par l’armée israélienne. L’assaut du bâtiment principal, le Mavi Marmara immatriculé aux îles Comores, se solde par la mort de 10 passagers.
Mai 2013. Une plainte des îles Comores, Etat partie de la Cour Pénale Internationale, est déposée sur le bureau de la procureure.
Novembre 2014. La procureure refuse d’ouvrir une enquête.
Janvier 2015. Appel des Comores auprès de la Cour (chambre préliminaire 1 composée de nos trois juges cités plus haut).
Juillet 2015. La chambre 1 relève ce qu’elle considère comme cinq erreurs de droit dans l’argumentaire de la procureure pour classer l’affaire, et lui demande une révision. Il faut savoir que la décision de la chambre 1 n’est en droit ni un avis ni une recommandation, mais au contraire une décision judiciaire.
Novembre 2017. La procureure produit sa « décision finale » de ne pas ouvrir d’enquête.
Novembre 2018. Demande de reconsidération par la Chambre 1.
Janvier 2019. Intervention de la chambre d’appel (5 membres) qui demande à la procureure la reconsidération de sa « décision finale ».

Revenons sur les erreurs de droit attribuées à la procureure par les juges Kovacs, Perrin de Brichambaut et Reine Adélaide Alapini-Ganso (juges que nous appelons plus loin KPA).

Une mauvaise évaluation de la gravité des crimes

Si la procureure ne nie pas que des crimes de guerre aient pu être commis, elle n’en justifie pas moins son refus d’ouverture d’enquête par « une gravité insuffisante ». La question de la gravité, rappellent les juges KPA, ne se limite pas au nombre des tués et des blessés. Même si l’on s’y cantonnait, de nombreuses jurisprudences de la Cour montrent que celle-ci n’a pas nécessairement qu’une appréciation quantitative. Selon le Statut de la CPI doivent être soigneusement évaluées la nature, l’échelle, et la manière dont les crimes ont été perpétrés. Les plaignants ainsi que le rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU s’appuient sur des comptes rendus d’autopsies : des tirs multiples sur la même victime (donc pour tuer et pas seulement neutraliser), tirs dans le dos (sur une personne en position de fuite), des tirs après reddition, des impacts simultanés sur les mains et le visage (victime tentant de se protéger).

La notion de crimes volontaires, de l’existence d’un plan prémédité est écartée par la procureure sans être étayée. Pourtant nombres de témoins rapportent avoir entendu des tirs avant l’assaut. Certaines autopsies montrent que certaines victimes ont été atteintes de haut en bas, suggérant des tirs portés à partir d’hélicoptères. De plus la totalité des caméras et téléphones a été confisquée par l’armée israélienne, traduisant une volonté délibérée de destruction de preuves.

Le Statut de Rome précise une situation particulière dans laquelle des crimes de guerre permettent à la procureure de refuser une ouverture d’enquête : lorsque cette enquête ne serait pas susceptible de « servir les intérêts de la justice ». Entendre aucune condamnation possible d’un responsable pour des raisons pratiques. Nos trois juges KPA insistent sur ce point : dans tous les autres cas le refus d’ouverture d’enquête doit être motivé juridiquement.

KPA reproche également à la procureure de limiter son argumentation aux seuls crimes commis sur les trois navires en excluant a priori tous les autres crimes. Les mauvais traitements infligés aux passagers rescapés sur les bateaux et lors de leur incarcération sur le territoire israélien, et aussi le siège de la Bande de Gaza, crime de siège qui figure dans la liste des crimes de guerre, et qui justifiait la venue des bateaux.

Au final la procureure sait qu’elle est seule, selon le statut de Rome, à pouvoir décider d’une ouverture d’enquête. Elle ne s’appuie que sur cet argument d’autorité et n’accepte pas, dans ce dossier particulier, de contrôle de son travail par la Cour. Puisqu’elle a classé l’affaire, dit-elle, c’est terminé. Faux ! réplique KPA, la révision à la suite des décisions judiciaires prises par les chambres s’impose à la procureure et à sa « décision finale ». Sans quoi les article 53 3a et règle 108 du Statut de Rome n’auraient pas lieu d’être.

Plus qu’un long discours, on peut évaluer à travers ces épisodes la rigueur des trois juges KPA amenés à se prononcer sur le dossier qui nous occupe.

Toutefois, en droit comme en médecine, il faut toujours s’efforcer d’envisager toutes les possibilités.

Les juges KPA pourraient rejeter la demande de Bensouda, en lui demandant d’assumer elle-même l’ouverture d’enquête avant toute chose[5]. Cette possibilité n’est pas exclue à la vue des échanges musclés entre Bensouda et KPA sur l’affaire du Mavi Marmara. Dans ce cas, compte tenu du mémoire de Fatou Bensouda, il est plus que probable que celle-ci ouvrira l’enquête.

Enfin si les juges KPA rejetaient en bloc la juridiction de la CPI sur Gaza et la Cisjordanie incluant Jérusalem Est, ou rejoignaient le rêve du général Mandelblit en rejetant la compétence de la CPI du fait d’un caractère « non-Etatique » de la Palestine (contrairement aux Nations-Unies ou à l’Assemblée Générale de la CPI), l’Etat de Palestine, par la voix de l’Autorité Palestinienne, pourrait faire appel devant la chambre d’appel de la CPI composée de cinq juges. Et là encore nous disposons d’une abondante littérature qui est celle des mémoires de la chambre d’appel concernant l’affaire du Mavi Marmara. Il n’est pas nécessaire ici de reprendre tous les arguments de la Chambre préliminaire ni ceux qui ont été ajoutés et réclamaient une ouverture d’enquête sur la Mavi Marmara. Nous avons vu plus haut l’explication probable du refus persistant de Fatou Bensouda : compte-tenu de la faiblesse des moyens d’enquête et de l’absence de police de la CPI, la procureure a préféré sans doute privilégier la bombe qu’elle était sur le point de larguer.

L’enquête

Compte tenu de la masse des documents de victimes déjà parvenue à la CPI, la procureure a de quoi travailler. Les victimes, celles de Gaza notamment qui ont adressé plus de 750 dossiers de plaintes dans une forme hautement professionnelle (reconstitution de la chaîne de preuves, identité des victimes et des témoins, enregistrements vidéo, rapports d’autopsie, prélèvements chirurgicaux ou sanguins) concernant les Marches du retour. Avec deux réserves : la trentaine de collaborateurs de la procureure travaille en même temps sur bien d’autres dossiers, leur nombre ne suffit pas à la tâche. Par ailleurs ceux-ci ont généralement reçu une formation politique ou juridique, et l’équipe manque de policiers rompus au travail d’enquête. Enfin une délégation du bureau du procureur devrait se rendre sur le terrain avec surement des obstacles à prévoir de la part d’Israël. Sans faire de lien bien entendu (!), rappelons aussi les menaces personnelles que les Etats-Unis viennent d’adresser à Fatou Bensouda.

D’autres contributions sont également attendues en provenance des ONG dont certaines ONG israéliennes (Betselem, Breaking the silence). Enfin il sera intéressant de noter la manière dont Israël, Etat non partie, participe ou ne participe pas. Ce que sera la position israélienne est difficile à prévoir du fait de la décision du Premier ministre israélien de couvrir du secret les discussions du cabinet, et aussi du fait du retrait de plusieurs textes juridiques de première importance concernant les crimes de guerre, retirés du site du ministère des Affaires Étrangères très vite après la déclaration de Fatou Bensouda.

A l’issue de l’enquête du bureau du procureur, dans un délai qu’il est impossible de préciser du fait des obstacles prévisibles et de la faiblesse des moyens de la Cour Pénale Internationale, aura lieu l’audience de confirmation des charges qui verra donc l’inculpation nominatives de certains responsables israéliens. A l’heure où sont écrites ces lignes, et depuis près d’un an, se disputent au renouvellement du poste de Premier ministre d’Israël deux candidats que les élections n’ont pas réussi à départager : l’un était Premier ministre et l’autre chef suprême de l’armée au moment de la guerre de 2014 contre Gaza qui a fait 2400 morts. Peu de doute qu’ils soient tous les deux inculpés.

Le procès. Quels responsables, quels crimes ?

Concernant Israël : les plus hauts responsables politiques et militaires. Les crimes : assassinats prémédités de population non combattante, bombardement d’objectifs civils, utilisation d’armes interdites (phosphore, uranium appauvri, obus à sous munitions, obus à fléchettes, balles explosives, gaz neurotoxiques), crime de colonisationcrime de siège, déplacement de populations, etc.

A un degré évidemment moindre, les responsables de l’Autorité Palestinienne pourraient avoir à répondre de crimes survenus essentiellement du fait de la « collaboration sécuritaire » avec la puissance occupante en Cisjordanie (torture, décès en détention), et de participation au crime de siège (coupures d’électricité, réduction des salaires des fonctionnaires ainsi que du montant des retraites).

Les forces armées combattantes de Gaza, Hamas et Jihad islamiques, se verront reprochées des crimes de guerre (essentiellement l’envoi de roquettes ne disposant pas d’un système de géolocalisation et risquant donc d’atteindre des civils). Il sera alors intéressant de noter ce que les juges feront dire à l’article 31 c et d du Statut de Rome. Celui-ci envisage spécifiquement les conflits asymétriques au cours desquels l’une des parties très faiblement armée par rapport à l’attaquant pourrait par nécessité à la survie des combattants ou de la population protégée être amené à commettre des crimes de guerre, et serait alors « exonérée de la responsabilité pénale ».

Les conséquence politiques pour Israël Palestine

Le procès étant mené à son terme, les conséquences politiques pourraient être majeures. Avec en premier lieu le retrait des Palestiniens des Accords d’Oslo et l’ouverture d’une situation ingérable par des méthodes exclusivement répressives du côté israélien. A cette première crise pourrait s’ajouter une deuxième à caractère interne liée à la loi État-nation de 2018 qui officialise en Israël l’apartheid entre population juive et population no-juive. Dossier qui pourrait trouver, en dehors d’une résolution politique rapide, un nouveau débouché à la Cour Pénale internationale. Le long terme pourrait voir l’entrée dans le droit de la partie israélienne. Avec, en une ou plusieurs étapes, l’unification des deux États sur le territoire de la Palestine historique et l’égalité des droits entre les populations installées. Ce ne serait pas trahir l’esprit des fondateurs de la Cour Pénale Internationale.

Christophe Oberlin

 

Notes:

[1] Voir : Le Chemin de la Cour – Les dirigeants israéliens devant la Cour Pénale Internationale, Christophe Oberlin, Editions Erick Bonnier 2014.
[2] Critique injuste car ce n’est pas la CPI qui cherchait ces dossiers, mais les dirigeants africains qui se débarrassaient de procédures estimées gênantes en demandant à la CPI de s’en charger.
[3] Israël n’extrade pas.
[4] La Cour Pénale Internationale ne condamne pas les Etats mais les individus responsables.
[5] Dans l’affaire des Rohingyas, la cour avait rejeté la demande préalable de la procureure mais avait pu se prononcer en fonction d’un autre article sur la compétence

 

Christophe Oberlin est Professeur des universités et chirurgien spécialisé dans la microchirurgie et la chirurgie de la main. Il dirige régulièrement des missions chirurgicales en Palestine et particulièrement dans la bande de Gaza où il a effectué de très nombreux séjours. Il a écrit plusieurs ouvrages dont « Le chemin de la Cour – Les dirigeants israéliens devant la Cour Pénale Internationale ».

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Au cours des deux semaines qui ont suivi la violation par Washington de la souveraineté de l’Irak pour assassiner le général Qassem Soleimani des Gardiens de la révolution iranienne (GRI), d’importants médias d’entreprise canadiens et des figures de proue de l’establishment politique ont exprimé leur appui à de tels actes de terrorisme d’État. Dans la mesure où des critiques ont été formulées, elles ont tourné autour de la question de savoir si l’assassinat de Soleimani était une erreur tactique susceptible de miner la position de l’impérialisme américain au Moyen-Orient.

Fournissant un soutien implicite à la frappe de drone américaine, le ministère des Affaires étrangères du Canada a réagi quelques heures seulement après le meurtre illégal du 3 janvier en publiant une déclaration dénonçant l’«agression» iranienne et appelant à la «désescalade».

Le premier ministre Justin Trudeau a par la suite évité les apparitions dans les médias pendant plusieurs jours, puis a fait remarquer qu’il aurait préféré que le Canada soit informé à l’avance de la frappe, étant donné le grand nombre de soldats canadiens qui travaillent aux côtés de l’armée américaine en Irak.

Lorsque, le 8 janvier, un journaliste a de nouveau sollicité l’opinion de son gouvernement sur l’assassinat, qui était illégal en vertu du droit américain et international, Trudeau est allé encore plus loin en accordant le soutien de son gouvernement. «Le Canada est depuis longtemps conscient de la menace que constituent les GRI pour la sécurité régionale et mondiale», a déclaré Trudeau. «Les Américains ont pris une décision fondée sur leur évaluation de la menace. Les États-Unis devaient évaluer la menace et ils l’ont fait».

Le gouvernement libéral Trudeau a également salué la décision prise mardi par les grandes puissances impérialistes européennes – l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne – de déposer une plainte pour non-respect par l’Iran de l’accord nucléaire de 2015. Cette mesure met les puissances européennes sur la voie accélérée de 60 jours pour se joindre aux États-Unis afin d’imposer et de surveiller les sanctions économiques paralysantes contre l’Iran, bien que Téhéran, comme vérifié par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et tous les autres signataires de l’accord, ait pleinement respecté ses termes jusqu’à ce que Washington se retire avec l’intention avouée de le saboter.

«Le Canada appuie fermement l’engagement diplomatique de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni pour presser l’Iran de respecter ses engagements en vertu de l’accord, notamment en activant le mécanisme de règlement des différends», a déclaré le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne dans une déclaration.

Les principaux médias ont approuvé avec enthousiasme l’assassinat ciblé commandé par Trump. Dans un article d’opinion intitulé carrément «Donald Trump a raison sur l’Iran», le chroniqueur du Globe and Mail Konrad Yakabuski a écrit au sujet de Soleimani: «À un moment donné, il fallait l’arrêter. La vraie question est de savoir pourquoi cela n’est pas arrivé plus tôt.»

En ce qui concerne la justification donnée par Trump pour l’attaque, Yakabuski a pratiquement soutenu que Washington devrait avoir un chèque en blanc pour éliminer toute figure militaire ou politique qui se mettrait en travers de ses intérêts. «Même en mettant de côté la menace d’une attaque imminente sur des cibles américaines planifiée par le Général Soleimani évoqué par l’administration Trump pour justifier le moment de l’attaque de la semaine dernière», a-t-il écrit, «il ne fait aucun doute que le stratège militaire supérieur de l’Iran avait beaucoup de sang américain sur les mains… Il a alimenté une guerre civile au Yémen, soutenu le régime de boucherie de Bashar al-Assad en Syrie, financé et armé une milice chiite en Irak et le Hezbollah au Liban … Finalement, quelqu’un à Washington a dû arrêter le Général Soleimani et mis en garde les théocrates en charge à Téhéran. Cela aurait dû être fait il y a des années.»

Le cynisme stupéfiant de ces commentaires, qui se reflète surtout dans leur silence délibéré sur les crimes horribles de l’impérialisme américain et de ses alliés au Moyen-Orient au cours du dernier quart de siècle, ne peut être compris que si l’on apprécie la profonde participation du Canada à la campagne de Washington visant à établir une domination illimitée sur la plus importante région exportatrice de pétrole au monde.

Yakabuski dépeint Soleimani comme le génie maléfique responsable de tirer les ficelles en coulisse dans chaque crise majeure au Moyen-Orient au cours des deux dernières décennies. Cela lui permet de dissimuler la réalité selon laquelle l’impérialisme américain, avec l’aide efficace de son allié canadien, porte la responsabilité de millions de morts et de la destruction de sociétés entières, de l’Afghanistan à l’Irak, en passant par la Libye, la Syrie et le Yémen.

Yakabuski a également déclaré qu’il approuvait la provocation de Trump, qui a abrogé unilatéralement l’accord nucléaire iranien en mai 2018. Répétant les mensonges de Trump et du secrétaire d’État américain Mike Pompeo et ignorant délibérément les menaces de guerre de Washington contre l’Iran et l’envoi massif d’armes à ses alliés régionaux comme les Saoudiens et Israël, Yakabuski a déclaré: «Au lieu d’encourager l’Iran à abandonner ses activités terroristes au Moyen-Orient, le régime sectaire de Téhéran a utilisé la manne qu’il a empochée grâce à la levée des sanctions pour semer un chaos encore plus grand».

Le Globe, longtemps considéré comme le porte-parole des sections les plus puissantes de l’élite financière de Bay Street au Canada, a également publié un commentaire de Hugh Segal appuyant l’assassinat de Soleimani. Ancien chef de cabinet du premier ministre progressiste-conservateur Brian Mulroney et personnalité influente dans les milieux politiques, Segal a dénoncé Soleimani comme étant «le commandant suprême le plus puissant et le plus malveillant des forces terroristes et par procuration de l’Iran». Il a ensuite exhorté le gouvernement canadien à accélérer les préparatifs de guerre avec l’Iran en organisant une réunion ministérielle de l’OTAN pour déclarer que l’alliance militaire interpréterait toute attaque iranienne contre le personnel militaire américain comme une violation de l’article 5 de l’OTAN, qui exige que les 28 États membres appuient les opérations militaires d’un membre si celui-ci est attaqué.

«Une réunion ministérielle élargie pour souligner la réalité de l’article 5 serait largement constructive», a déclaré Segal. «Après tout, ce serait une voie sérieuse vers la retenue que de faire comprendre parfaitement que l’OTAN considérerait une attaque claire contre les États-Unis, leur peuple, leurs forces ou leur pays – qu’elle soit cinétique, cybernétique ou par le biais d’un mandataire terroriste – comme un acte d’agression contre tous les membres de l’OTAN».

Les commentaires de Segal indiquent clairement que la classe dirigeante canadienne se prépare à se joindre aux États-Unis dans un assaut militaire contre l’Iran si la campagne de «pression maximale» de Washington sur Téhéran devait provoquer une guerre totale. Un tel conflit engloutirait rapidement tout le Moyen-Orient et risquerait d’entrainer les autres grandes puissances.

Le gouvernement Trudeau est déjà en plein programme de réarmement massif, achetant de nouvelles flottes de navires et d’avions de guerre et mettant en œuvre des plans visant à augmenter les dépenses militaires de plus de 70 % d’ici 2026.

Le silence collectif de l’élite dirigeante canadienne sur l’illégalité de l’assassinat par l’administration Trump d’un dirigeant étranger dans un pays tiers – un acte qui était manifestement à la fois un acte de guerre et un crime de guerre – souligne que dans la poursuite de ses ambitions impérialistes prédatrices mondiales, il ne permettra pas que des subtilités juridiques, et encore moins des scrupules moraux, se mettent en travers de son chemin.

Malgré l’image soigneusement chorégraphiée du Canada en tant que «nation de maintien de la paix» attachée au droit international et à la diplomatie, le mépris de l’élite dirigeante pour les principes juridiques lorsqu’il s’agit de faire respecter ses intérêts en matière de politique étrangère agressive n’est pas nouveau. En 2003, lorsque les États-Unis, au mépris flagrant de l’ONU et du droit international, ont envahi l’Irak en invoquant de fausses allégations d’«armes de destruction massive», le premier ministre Jean Chrétien a écarté les questions de la légalité des actions de Washington en déclarant que ces questions seraient soumises au débat des historiens à venir. Bien que Chrétien n’ait pas déployé de troupes canadiennes pour se joindre à l’invasion, le Canada a joué un rôle de soutien en coulisse et a assumé une part accrue du fardeau militaire en Afghanistan pour faciliter le déploiement d’un plus grand nombre de troupes américaines en Irak.

Les critiques prudentes émises par certains milieux au sujet de l’assassinat de Soleimani par les États-Unis n’ont rien à voir avec l’opposition à la guerre ni avec les préoccupations relatives aux implications juridiques et politiques de l’adoption par le plus puissant pays impérialiste du monde du terrorisme d’État comme politique officielle du gouvernement. Ces craintes reflètent plutôt, tout comme les commentaires des principaux démocrates américains, les inquiétudes d’une partie de l’élite dirigeante selon laquelle Trump a agi trop hâtivement et n’a pas de stratégie plus large pour la consolidation de l’hégémonie américaine sur le Moyen-Orient, riche en énergie et qui se trouve dans une région géostratégique cruciale.

Le National Post de droite a résumé cela dans un éditorial intitulé «Soleimani a mérité ce qu’il a eu, mais nous verrons ce qui arrivera ensuite.» «La question au cœur de l’attaque contre le général iranien Qassem Soleimani n’est pas une question de légalité ou de justification», a affirmé le Post. «Le monde est incontestablement mieux sans lui. La question clé est de savoir s’il est plus sûr. Nous avons déjà été dans cette situation, et l’issue n’est pas de bon augure: en 2003, l’administration de George W. Bush a entrepris de rendre le monde plus « sûr » en renversant Saddam Hussein.»

Le point de vue du Post est clair. Le manque de prévoyance et l’imprudence de Trump risquent de déstabiliser davantage une région qui est au centre des intérêts géopolitiques et économiques de l’impérialisme américain et canadien. Ce qu’ils veulent, c’est une stratégie diplomatique, économique et militaire plus réfléchie et plus complète pour repousser l’influence de l’Iran et renforcer le contrôle impérialiste américain sur le Moyen-Orient face à ses principaux rivaux stratégiques, soit la Russie et la Chine.

Roger Jordan

 

Article paru en anglais, WSWS, le 17 janvier 2020

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Avec une série de nouveaux déploiements militaires américains, Washington intensifie ses préparatifs en vue d’une guerre à grande échelle avec l’Iran. L’escalade se poursuit, malgré ce que les médias ont universellement décrit comme un apaisement des tensions à la suite de l’assassinat du général iranien Qassem Suleimani par un drone américain le 3 janvier. La riposte iranienne était largement symbolique sous la forme d’une frappe de missile sans victime contre deux bases occupées par les États-Unis en Irak.

Le Pentagone a envoyé un escadron d’avions de combat F15-E en Arabie Saoudite, a rapporté jeudi le journal Stars & Stripes, qui couvre l’armée américaine. Déployés sur la base aérienne du Prince Sultan, les avions de combat sont à une distance permettant facilement des frappes sur des cibles terrestres à l’intérieur de l’Iran. Leur déploiement fait suite à celui d’un autre escadron de F15-E à la base aérienne d’Al Dhafra aux Émirats arabes unis en octobre dernier. Le mois dernier, les forces aériennes américaines ont publié une déclaration. Elle annonçait que sa 378e Escadre aérienne expéditionnaire avait ressuscité ce qui avait été une importante base aérienne américaine en Arabie saoudite il y a 15 ans et qu’elle «grandit chaque jour». Le chef du groupe d’opérations de l’unité, le colonel Robert Raymond, a dit, «Nous avons transformé ce qui n’était qu’un coin du désert en un lieu d’opérations complet.»

Le secrétaire d’État à l’armée de terre, Ryan McCarthy, a déclaré mercredi que le Pentagone se préparait à envoyer de nouveaux systèmes de défense antimissile et d’autres moyens au Moyen-Orient. Cette initiative était en vue d’un affrontement avec l’Iran. «C’est un ennemi très capable», a dit McCarthy. «Ils ont des capacités qui peuvent frapper et tuer des Américains.»

Il a ajouté: «Il pourrait y avoir une variété de moyens, comme la défense antimissile et d’autres, alors on regarde cela.»

Entre-temps, l’armée norvégienne a révélé que Washington a retiré quelque 3000 soldats des jeux de guerre appelés «Réponse au froid» qui sont prévus du 2 au 18 mars en invoquant la nécessité de déplacer les forces vers le conflit avec l’Iran. Cet exercice semestriel, auquel participent les forces norvégiennes, vise à préparer une guerre contre la Russie. Les autres participants sont le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Allemagne, la France, la Belgique, le Danemark, la Lettonie, la Finlande et la Suède.

Le Pentagone a déjà envoyé 4000 soldats de la 82e division aéroportée dans la région et déployé dans le golfe Persique 2000 marines à bord du navire d’assaut amphibie USS Bataan. À cela s’ajoute le repositionnement d’une force de frappe composée de six bombardiers lourds B-52 sur la base militaire américaine de l’île de Diego Garcia dans l’océan Indien une possession coloniale britannique. Cette île est à une distance permettant des frappes contre l’Iran, mais hors de portée des missiles à plus longue portée de ce pays.

Le président Donald Trump a déclaré que les frappes de missiles iraniens le 8 janvier sur la base aérienne d’Ain al-Asad dans la province d’Anbar en Irak et sur une base à l’aéroport d’Erbil au Kurdistan irakien qui n’ont ni tué ni blessé un seul Américain, étaient un signe que Téhéran serait en train de «se retirer». Il a réagi en annonçant une nouvelle série de sanctions économiques draconiennes et en exigeant que les alliés de l’OTAN de Washington s’impliquent davantage dans la campagne contre l’Iran.

D’une part, cette approche était destinée à intensifier la campagne de «pression maximale» de l’impérialisme américain contre l’Iran — un blocus économique efficace qui équivaut à une guerre. De l’autre cela lui permet de mobiliser les anciens alliés de Washington en Europe pour augmenter la pression sur Téhéran.

Les gouvernements du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne se sont alignés cette semaine. Ils ont menacé de réimposer les sanctions des Nations Unies contre l’Iran. Sanctions qui ont été ostensiblement levées dans le cadre de l’accord de Téhéran de 2015 avec les grandes puissances pour accepter des limites sur son programme nucléaire civil en échange d’une normalisation des relations économiques. Washington avait bousculé ces trois pays, en menaçant d’actions militaires. Aussi, Washington les a fait chanter économiquement en les menaçant de droits de douane de 25 pour cent sur leurs exportations automobiles. Face à l’échec des trois puissances européennes à contrer le régime de sanctions imposé par Washington après l’abrogation unilatérale de l’accord nucléaire par Trump en mai 2018. Téhéran a répondu en réduisant progressivement ses engagements au titre de cet accord. Le président Hassan Rouhani a déclaré jeudi que l’Iran enrichit désormais plus d’uranium qu’avant la signature de l’accord de 2015.

L’impérialisme américain cherche à exploiter ce rassemblement contre l’Iran pour contraindre le gouvernement nationaliste bourgeois du pays dirigé par des religieux chiites à capituler et à accepter un nouvel «accord Trump». Cela impliquerait non seulement de mettre effectivement fin au programme nucléaire de l’Iran, mais aussi de désarmer le pays en mettant au rebut ses missiles balistiques et en réduisant son influence dans tout le Moyen-Orient. Washington et ses alliés calculent qu’ils peuvent manipuler les divisions au sein de l’élite au pouvoir en Iran. Mais, surtout, ils comptent sur les craintes de la bourgeoisie iranienne d’une révolte sociale venue d’en bas pour forcer Téhéran à capituler.

En même temps, le Pentagone se prépare activement à l’escalade d’une guerre. Cette guerre a déjà été déclenchée par le meurtre de Souleimani avec neuf autres Iraniens et Irakiens à l’aéroport international de Bagdad. C’est une tuerie qui constitue à la fois un acte de guerre et un crime de guerre.

Depuis, les journaux américains ont relevé que le gouvernementTrump avait validé l’assassinat de Souleimani comme politique en juin dernier, à la suite de l’abattage par les iraniens d’un drone-espion américain au-dessus du détroit stratégique d’Ormuz. L’ordre de Trump d’exécuter cette politique après l’assaut de l’ambassade américaine à Bagdad par des manifestants irakiens a cependant pris l’armée américaine au dépourvu. Elle n’était pas prête à faire face à une spirale incontrôlée de représailles et de contre-représailles. Les derniers déploiements indiquent que les préparatifs en vue d’un conflit total sont maintenant en bonne voie.

Que ce soit par la «pression maximale» ou par une guerre totale, les objectifs de l’impérialisme américain sont les mêmes: l’imposition d’un régime fantoche aux ordres en Iran, qui est un pays d’une grande importance géostratégique. Ce pays relie l’Europe et l’Asie. Il commande le «point d’étranglement» crucial du détroit d’Ormuz par lequel transitent 20 pour cent du pétrole commercialisé dans le monde. Il possède les quatrièmes réserves prouvées de pétrole et les deuxièmes réserves de gaz naturel du monde. La conquête de l’Iran est considérée par Washington comme une préparation stratégique indispensable à un conflit direct avec ses rivaux parmi les «grandes puissances», la Chine et la Russie.

Un article glaçant de l’analyste militaire chevronné William Arkin, publié cette semaine par Newsweek, indique la mesure dans laquelle l’impérialisme américain est prêt à aller pour atteindre ce but. Il s’intitule: «Avec une nouvelle arme dans les mains de Donald Trump, la crise iranienne risque de devenir nucléaire.»

Arkin cite des informations précédemment confidentielles selon lesquelles en 2016, avant l’entrée en fonctions de Trump, l’armée américaine a effectué un exercice baptisé «Global Thunder 17». Il simulait une réponse nucléaire américaine contre l’Iran en représailles au torpillage d’un porte-avions américain et à l’utilisation d’armes chimiques contre les troupes américaines. Il cite un entrepreneur du gouvernement qui a aidé à écrire le scénario de guerre. L’entrepreneur a dit qu’on l’a choisi parce que le scénario: «permettait la plus grande intégration des armes nucléaires, des forces militaires conventionnelles, de la défense antimissile, de la cyberdéfense et de l’espace dans ce que les stratèges nucléaires appellent la « dissuasion du 21e siècle ».»

Depuis ces jeux de guerre, écrit Arkin, le Pentagone «a déployé une nouvelle arme nucléaire qui augmente les perspectives de guerre nucléaire. La nouvelle arme nucléaire, appelée W76-2, est une tête de missile à faible rendement destinée exactement au type de scénario iranien qui s’est déroulé dans les derniers jours du gouvernement Obama.»

Ces armes, emportées par des missiles Trident II tirés à partir de sous-marins, sont considérées comme une dissuasion plus «crédible» car elles sont plus «utilisables» que des ogives plus grosses.

«Suivant la rédaction des plans de guerre actuels», prévient Arkin, «l’utilisation d’une telle arme pourrait aussi être justifiée presque comme pour Hiroshima. C’est-à-dire: un coup de tonnerre choquant pour prévenir une guerre totale plus large et théoriquement plus destructrice.»

L’article d’Arkin cite quatre officiers supérieurs non nommés comme ayant exprimé leur inquiétude au sujet d’un facteur «Donald Trump». C’est-à-dire: «qu’il y ait quelque chose au sujet de ce président et des nouvelles armes, qui font qu’évaluer s’il faut franchir le seuil nucléaire devient un danger exceptionnel.»

En réalité, c’est le gouvernement Obama qui a façonné la doctrine qui prévoit une frappe nucléaire «préemptive» contre l’Iran et dont le gouvernement Trump a hérité. La criminalité de l’impérialisme américain est exprimée dans l’assassinat de Suleimani. Mais aussi, à une échelle bien plus large, dans la menace d’une frappe nucléaire «préventive» contre l’Iran. C’est la mesure de la crise de l’impérialisme américain. Ainsi, il se trouve entraîné par ses propres intérêts à compenser le déclin de son hégémonie mondiale par un recours à une force militaire dévastatrice.

Bill Van Auken

 

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 17 janvier 2020

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Le 16 janvier 2020: Sur la monarchie « canadienne », la vraie question à poser n’a rien à voir avec le show de téléréalité de bas étage sur la crisette d’un prince et d’une princesse mais plutôt sur pourquoi et comment se débarrasser cet anachronisme qui empeste toutes nos institutions politiques.

André Binette, constitutionnaliste et auteur du livre La fin de la monarchie au Québec (Éditions du renouveau québécois) nous parle d’une récente décision de la Cour d’appel qui confirme la validité d’une loi de 2013 sur la succession royale adoptée par le gouvernement Harper.

En gros, explique André Binette, la Cour vient appuyer une décision du gouvernement canadien d’abandonner sa souveraineté pour éviter de modifier la Constitution canadienne de 1982, ce qui l’obligerait d’obtenir le consentement de l’Assemblée nationale du Québec.

L’Australie, également une fédération du Canada, n’a pas procédé ainsi, note André Binette. Ce pays a dû obtenir le consentement unanime des États fédérés.

Il cite également Mme Anne Twomey, une des grandes expertes de la monarchie, qui avait réalisé une étude fouillée en soutien aux les professeurs Geneviève Motard et Patrick Taillon qui contestaient la validité de la loi fédérale. Contrairement au gouvernement de Stephen Harper (et partant de la Cour d’appel), Même Mackenzie King
a tenu, en 1937 lors de l’abdication d’Édouard VIII, à ce que le Canada agisse de façon plus conforme à l’indépendance du Canada obtenue en 1931 avec le Statut de Westminster.

André Binette termine en proposant une manière pour le Québec de se débarrasser de la monarchie, qu’il soit indépendant ou non.

« Aux hommes illustres, la patrie reconnaissante »

Encore une nouvelle qui nous rend triste ! Mohamed  Salah Dembri * éclectique enseignant de littérature nous quitte. Né dans une région de l’Algérie profonde à  El Harrocuhe  le 30 janvier 1938, Mohamed Salah Dembri est décédé ce jeudi 2 janvier à l’âge de 82 ans. Il a occupé plusieurs hautes fonctions au sein de l’état algérien. Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères de 1979 à 1982, il est nommé au même poste au ministère des affaires sociales en 1990. Il y restera jusqu’à 1992. En 1993, Mohamed Salah Dembri devient ministre des affaires étrangères jusqu’à 1995. Durant la période allant de 2005 au 30 novembre 2010, il est ambassadeur au Canada, au Royaume Uni et Irlande, en Grèce puis au Vatican. Il a également été ambassadeur de l’Algérie auprès des Nations Unies.

  • Homme politique et diplomate algérien, ministre des affaires étrangères de 1993 à 1992, ambassadeur d’Algérie auprès du Royaume-Uni et de l’Irlande de 2005 à 2010.
  • De 19791982 : Secrétaire général du Ministère des Affaires Étrangères.
  • De 1990- 1992 : Secrétaire général du ministère des affaires sociales
  • Conseiller du Chef de Gouvernement Mouloud Hamrouche
  • 19931995 : Ministre des Affaires Étrangères
  • De 2005 au 30 novembre 2010 : Ambassadeur au CanadaRoyaume-Uni & IrlandeGrèceVatican
  • Il sera aussi ’ambassadeur d’Algérie auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU) à Genève.

Mohamed Salah Dembri est avant tout un universitaire  pur et dur  qui avait fait ses humanités les plus complètes, c’est-à-dire du latin et du grec ! Après avoir enseigné  à l’université, la littérature  il fut appelé à la fin des années 60  par Mohamed  Salah Benyahia pour occuper le  poste de secrétaire général du ministère de l’Enseignement Supérieur nouvellement créé. Il sera donc l’un des artisans de la Réforme de l’Université algérienne pour la  sortir de l’orbite coloniale et commencer l’algérianisation du corps enseignant. Ce fut très difficile car tout était à faire à la fois sur le plan qualitatif, il fallait former des formateurs mais aussi faire appel à la coopération internationale.  De plus la massification pesant de tout son poids il fallait construire des  centres universitaires dans les grandes villes . Ce fut une période héroïque où  les rares compétences existantes étaient sollicitées    à donner le meilleur d’elles mêmes. Il en est ainsi à titre d’exemple du professeur Hacene Lazreg  fondateur de l’université d’Oran Es Senia  puis plus tard de l’USTO du professeur Abdelhak Brerehi fondateur de l’Université de Constantine  .

Par la suite la personnalité éclectique que fut Mohamed Salah Dembri accompagna Mohamed Salah Benyahia  dans les mêmes fonctions  au ministère des Affaires étrangères. Il sera dans l’équipe qui a négocié avec la République  Islamique d’Iran la libération des otages américain. Ce fut une formidable victoire de la diplomatie algérienne  Il n’est que de souvenir de l’hommage de Warren  Christopher  le secrétaire d’Etat américain venu à Alger, accueillit officiellement  la cinquantaine d’otages  américains; C’est dire si l’Algérie était écoutée Mohamed Salah Dembri était un homme à principe élégant dans ses interventions, mais ferme sur ses positions était respecté dans les instances diplomatiques internationales.  

Je veux porter témoignage des rares moments que j’ai partagés avec lui  D’abord en tant que secrétaire général des affaires sociales  j’étais son vis-à-vis à l’enseignement supérieur. Je me souviens de la compréhension dont il avait  fait preuve quand nous  négocions le niveau de bourses des étudiants ; la dernière réunion ayant eu lieu la veille du 5 octobre.

Par la suite en janvier février 1990, le chef de gouvernement de l’époque Mouloud Hamrouche avait appelé comme chargé de missions  (conseillers)  quatre anciens secrétaires généraux  Mokdad Sifi, Mohamed Salah Dembri,  Tahar Allane et moi-même. Nous fûmes rejoint par le professeur  de médecine  Farid  Chaoui. En janvier et février 1991, l’Algérie organisa une conférence internationale sur la Dérive du  droit  suite à la deuxième guerre du Golfe, Etats-Unis, Irak. Mohamed Salah Dembri en fut l’un des organisateurs.

Je retiens de lui, l’image  du haut commis de l’Etat, très élégant dans ses interventions et toujours soucieux de comprendre sans condamner appliquant à merveille la fameuse  citation de  Spinaoza : «  Ne pas juger, ne pas condamner, mais comprendre ».  Dans toutes ses discussions, il allait au fond des choses  pour comprendre. Je lui disais souvent qu’il remontait dans chaque situation aux causes premières  « jusqu’au déluge »  s’il le faut !   Mohamed Salah Dembri  qui portait beau par sa voix basse et linéaire avait le don de mettre ses interlocuteurs à l’aise. C’est réellement une perte pour l’Algérie.  Que Dieu lui  fasse miséricorde.

 Prof . Chems Eddine Chitour

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Mercredi, dans une extravagance politique quelque peu bizarre et dérangée à la Maison-Blanche, le président américain Donald Trump a signé un soi-disant accord commercial de «phase un» avec la Chine, affirmant qu’il s’agit de loin du «plus gros accord du monde». Trump cherchait désespérément à proclamer une sorte de «victoire» dans la guerre économique américaine contre la Chine.

Pendant près d’une heure, Trump a parcouru une longue liste de félicitations à l’intention de ses conseillers les plus proches, des membres du cabinet et des dizaines de chefs d’entreprise réunis à ses pieds. L’assemblée comprenait les PDG de certaines des plus grandes sociétés financières, industrielles et technologiques du monde, telles que News Ltd, Boeing, Honeywell, Citibank, UPS, AIG, JPMorgan Chase, Dow Chemical et ConocoPhillips, Blackstone et Citadel, un important fonds spéculatif.

«La plupart d’entre vous, je peux dire, vous vous en sortez très bien», a déclaré Trump aux chefs d’entreprise. «Merci monsieur le président», s’est-il félicité comme en leur nom. Il a noté avec nervosité que si la confrontation avec la Chine avait déclenché des baisses du marché boursier – plus d’un mille milliards de dollars américains en une journée en août – depuis son arrivée à la Maison-Blanche, il y a eu «141 jours où nous avions atteint des records absolus».

Malgré toute la grandiloquence, l’accord intérimaire – conclu après deux ans de mesures de guerre commerciale agressive de «l’Amérique d’abord» contre la Chine, perturbant et réduisant le commerce mondial, provoquant des effondrements des marchés financiers et alimentant une récession mondiale – n’apporte aucune solution aux problèmes fondamentaux.

Non seulement il laisse en place la plupart des tarifs américains punitifs et des contre-tarifs chinois, mais il ne répond pas aux exigences fondamentales clamées par Washington, à savoir la restructuration de fond en comble de l’économie chinoise pour l’empêcher de dépasser celle des États-Unis, en particulier dans les industries de haute technologie. Cette offensive sous-jacente a été mise de côté, pour l’instant, dans l’attente d’un soi-disant accord de phase deux, pour lequel aucun calendrier n’a encore été fixé.

Trump a déclaré qu’il supprimerait les droits de douane sur plus de 300 milliards de dollars de produits chinois uniquement «si nous procédons à la phase deux». Il a ajouté: «Sinon, nous n’avons pas d’atout avec lequel négocier.» Bien que cela soit exprimé dans le langage de gangster d’un spéculateur milliardaire, ceci incarne la volonté de l’élite dirigeante américaine d’intensifier la confrontation avec la Chine afin de consolider la suprématie mondiale qu’elle a obtenue par la victoire dans la Seconde Guerre mondiale.

Alors que la délégation chinoise, dirigée par le vice-premier ministre Liu He, affichait un regard impassible, les chaînes de télévision américaines se sont lassées du spectacle, préférant concentrer leur couverture sur les décisions de la Chambre des représentants d’envoyer les actes d’accusation pour le procès de destitution de Trump au Sénat.

Après près d’une heure, le vice-premier ministre chinois a été invité à lire un message du président Xi Jinping, dans lequel il applaudissait les négociations. «Cela montre également que nos deux pays ont la capacité d’agir sur […] l’égalité et le respect mutuel», a déclaré la lettre de Xi. Pour faire «des progrès encore plus importants», a écrit Xi, «j’espère que la partie américaine traitera avec équité les entreprises chinoises et leurs activités régulières de commerce et d’investissement.»

Quels que soient les espoirs du régime capitaliste en Chine pour un règlement mutuellement satisfaisant et de partage du pouvoir avec l’impérialisme américain, le conflit sous-jacent ne fera que s’intensifier. Rien que deux jours avant la cérémonie à la Maison-Blanche, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a menacé la Chine de manière provocante.

Dans un discours à l’Institut Hoover de l’Université de Stanford en Californie, il a déclaré que le dirigeant iranien Qassem Soleimani avait été tué dans le cadre d’une stratégie plus large visant à dissuader tout défi de la part des adversaires américains dont la Chine et à la Russie, ce qui a mis à nu l’affirmation selon laquelle Soleimani a été assassiné parce qu’il complotait des attaques imminentes contre des cibles américaines.

«L’importance de la dissuasion ne se limite pas à l’Iran», a déclaré Pompeo. «C’est tout l’intérêt du travail du président Trump pour rendre nos forces armées les plus fortes qu’elles ne l’ont jamais été.» Il a cité l’imposition de droits de douane sur les importations chinoises comme un aspect de la stratégie du gouvernement. «Nous rétablissons la crédibilité de la dissuasion», a-t-il déclaré.

Même à court terme, de nombreux aspects de l’accord de «phase un» restent flous. Les responsables américains ont déclaré que l’accord réduirait certains tarifs et permettrait à Pékin d’éviter des taxes supplémentaires sur près de 160 milliards de dollars de marchandises du pays. Le gouvernement Trump a également déclaré qu’il avait reçu de la Chine des engagements pour l’achat de marchandises à hauteur de milliards de dollars et la répression de vols allégués de propriété intellectuelle.

Le gouvernement a refusé de rendre publics tous les détails des achats chinois convenus, mais a énuméré des objectifs spécifiques pour quatre industries en 2020 et 2021. Il s’agissait notamment de 75 milliards de dollars en produits manufacturés, 50 milliards de dollars en énergie, 40 milliards de dollars en agriculture et jusqu’à 40 milliards de dollars en prestations de service.

Selon une analyse de décembre du Peterson Institute for International Economics, environ les deux tiers de toutes les importations américaines en provenance de Chine, soit environ 370 milliards de dollars, seraient toujours couverts par les tarifs. Et plus de la moitié des exportations américaines vers la Chine seraient toujours soumises à des tarifs de rétorsion, a déclaré l’institut.

«Les tarifs élevés sont la nouvelle norme», a écrit Chad Brown, chercheur principal à l’institut et ancien économiste de la Banque mondiale, soulignant l’utilisation plus large des mesures de guerre commerciale par les États-Unis, y compris contre le Japon et les puissances européennes.

La classe dirigeante américaine reste déterminée à inverser la montée rapide de la Chine dans le développement de l’intelligence artificielle, des réseaux mobiles 5G et d’autres technologies qui seront essentielles pour l’activité économique et militaire de ce siècle. La Chine et les États-Unis sont déjà engagés dans une lutte contre les demandes américaines d’interdiction de la société chinoise de technologie Huawei, l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’équipements de télécommunications utilisés pour construire des réseaux 5G.

Trump a juré que le pacte de phase un serait suivi de négociations de phase deux, malgré le scepticisme généralisé que celles-ci auront lieu avant les élections américaines de novembre, voire pas du tout.

Zhu Feng, doyen de la School of International Relations de l’Université de Nanjing, a déclaré cette semaine qu’il ne s’attendait pas à ce que Pékin et Washington parviennent à un accord de phase deux en 2020. «Les États-Unis tenteront toujours de forcer la Chine à modifier sa structure économique», a-t-il déclaré. «La Chine fera des concessions dans ce domaine, mais les États-Unis devraient également faire des concessions similaires.»

De manière significative, les démocrates américains ont condamné Trump pour ne pas être allé assez loin pour faire reculer la Chine. Ils ont cherché à attiser des sentiments nationalistes et protectionnistes, affirmant vouloir protéger les travailleurs et les agriculteurs américains, tout en s’alignant sur les éléments les plus agressifs de l’appareil militaire et du renseignement.

«L’accord commercial “de phase un” du président Trump avec la Chine est une déception extrême», a écrit Chuck Schumer, le leader de la minorité démocrate sénatoriale, qui représente New York, se mettant en scène dans une vidéo postée sur Twitter en train de critiquer l’accord devant le Sénat avant sa signature. «Il [Trump] concède notre avantage en échange de vagues “promesses” inapplicables que la Chine n’a jamais l’intention de tenir.»

Schumer a fait écho à la déclaration officielle publiée par le Comité national démocrate (DNC) en décembre, peu après l’annonce en prévision de l’accord par Trump. «Trump s’est fait rouler par les Chinois», a déclaré la DNC. «Trump a accepté d’importantes concessions à la Chine sans aborder les principaux problèmes structurels qu’il a promis de régler ou même de réparer tous les dégâts qu’il a engendrés depuis sa promesse de s’attaquer à la Chine.»

Exprimant son accord, le candidat démocrate à la présidentielle, Bernie Sanders, était parmi les critiques les plus bruyants. «L’accord de Trump avec la Chine ne résoudra pas l’échec d’une politique commerciale qui a détruit 3,7 millions d’emplois aux États-Unis», a-t-il tweeté mercredi. En fait, Sanders, comme les autres candidats à la présidence, fait porter la responsabilité de la destruction impitoyable des emplois, les réductions de coûts et les profits excessifs de l’oligarchie américaine aux Chinois et d’autres travailleurs étrangers.

Cette tentative réactionnaire de séparer les travailleurs américains de plus en plus pauvres et en colère de leurs homologues mondiaux accroît le danger d’une guerre militaire catastrophique avec la Chine.

Mike Head

 

Article paru en anglais, WSWS, le 16 janvier 2020

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Face à un gouvernement qui ne compte pas reculer sur la question de la réforme des retraites malgré l’impopularité de cette réforme, les travailleurs et les jeunes manifestent dans les rues de Marseille voulant le retrait de la réforme des retraites et la chute de Macron et du système capitaliste.

A Marseille, la police compte 8.000 personnes contre 110.000 selon la CGT alors que mardi la manifestation avait rassemblé 45000 personnes selon la CGT. L’intersyndicale composée de la CGT, Sud, FO et le SNES-FSU avaient mobilisé les travailleurs des ports et docks en grève durant 3 jours comme la semaine dernière, les enseignants, les agents territoriaux. Des «gilets jaunes» étaient aussi mobilisés.

Auprès du WSWS Hélène, une «gilet jaune», a dénoncé la politique du gouvernement: «On essaie de nous faire passer des textes de lois sans l’avis du peuple et la première des choses à faire c’est changer cela. On voit qu’il y a beaucoup de monde dans la rue, les gens se rendent compte que le recul du gouvernement sur l’âge pivot qu’il traite lui-même de provisoire, c’est un mensonge. Cela veut dire qu’il n’a pas été enlevé. Ils feront passer des amendements à l’Assemblée nationale et au Sénat sans l’avis de la population.»

Sur la nécessité d’unifier les luttes des travailleurs en France avec leurs frères et sœurs de classe en lutte à travers le monde, Hélène a dit: «Cette lutte contre la réforme des retraites va plus loin qu’une lutte contre Macron, nous luttons contre un nouvel ordre mondial. Ils sont dans un système de finance et non d’humain et les gens dans le monde se révoltent et comprennent qu’ils s’en foutent de la masse populaire, mais sans nous ils ne sont rien.»

Hélène a ajouté, «Les gens doivent prendre conscience que si on se soulève en même temps, c’est nous qui gagnerons, pas eux. Elles ont fait 88 milliards de dividende, les sociétés du CAC-40, alors qu’ils ne paient pas les cotisations pour les caisses de retraite! Les gens s’informent de plus en plus et à force les gens vont finir dehors comme à Hong Kong, car c’est la finance qui dirige le monde.»

Hélène a ajouté, «Il faut que les gens sortent maintenant dans la rue, même si l’on n’est pas d’accord avec les syndicats. La réforme des retraites n’est qu’une étape, après cela sera la Sécu. Il faut bouger et faire bouger les choses. Ce n’est pas seulement faire chuter Macron, car après on met qui? Il faut changer de système … Il faut que les gens se rendent compte que l’on n’est pas dans un régime démocratique mais de dictature. Ils ont le pouvoir donc c’est compliqué, mais il faut que cela bouge. C’est ce que nous voulons avec les gilets jaunes: un gouvernement populaire.»

Le WSWS a aussi parlé à Nadine, retraitée de la fonction publique. Elle a dit être «venue manifester pas pour moi personnellement, je ne suis pas touchée par cette réforme mais pour les générations futures qui eux auront des retraites de misère et vivent dans la précarité. Il y a 30 ans j’ai connu la période ou l’on vivait correctement. Maintenant ce n’est plus le cas. Il y a plus largement la politique de Macron qui attaque tous les services sociaux, les inégalités sociales sont élevé, on voit que d’un côté les pauvres deviennent plus pauvres et de l’autre on verse des dividendes énormes aux actionnaires du CAC-40.»

Interrogée sur la présence de «gilets jaunes» à une journée d’action organisée par les syndicats, Nadine a dit qu’elle se méfie des syndicat: «J’ai été syndiquée toute ma carrière, j’ai fait plusieurs syndicats, la CFDT et la CGT entre autres. Je peux vous dire qu’à un moment donné, ils vont nous laisser tomber. J’ai fait plusieurs fois des grèves dures et longues, cela m’est arrivé de faire grève pendant 3 mois et au final, ils nous laissaient tomber. … Je pense que la CFDT ne va pas pouvoir survivre. La CGT s’est différent mais on ne peut pas compter sur eux. On ne peut rien attendre des négociations, il faut le retrait et aller jusqu’à la démission.»

Lorsque le WSWS a évoqué la nécessité de créer des comités d’action indépendants des syndicats, Nadine a été pour: «Il faut bien sur que les gens se révoltent. Ie suis ‘gilet jaune,’ c’est vrai que c’est difficile de tous s’entendre, mais la situation ne peut plus continuer comme ça.»

Nadine soutient les luttes de travailleurs à travers le monde: «Les inégalités sociales sont comme vous dites la revendication commune, il faut que le système change, le capitalisme aujourd’hui n’est plus viable, on délocalise les industries, on crée du chômage alors que nous devons avoir une meilleur répartition des richesses».

Interrogée sur les violences policières, elle a fait part de sa colère: «J’ai dans ma famille beaucoup de policiers, mais j’ai vu comment cela se passe. Quand il y a les policiers dans les manifestations cela dégénère, quand ils ne sont pas là cela se passe mieux. On dit que dans les manifestations sur Marseille ça se passe mieux mais il y a aussi beaucoup de répression policière avec des arrestations de gens qui n’ont rien fait, car on est pacifique. Puis il y a des gardes à vue.»

Elle a ajouté, «Dans une des manifestations j’ai eu de la chance que la personne à côté de moi se soit baissée, j’ai eu le réflexe de me baisser aussi. Sinon je me prenais une grenade de désencerclement dans la tête, elle est passé juste au-dessus de moi … pourtant je suis retraitée, grand-mère et arrière grand-mère, j’étais pacifique. On se sent plus en sécurité dans les quartiers de Marseille où il y a les caïds que lorsque l’on est entouré des policiers. Ce n’est pas normal.»

Lorsque le WSWS a dit à Nadine qu’il fallait construire un parti révolutionnaire pour lutter contre la menace de guerre et l’austérité, Nadine a dit: «Oui, c’est ce qu’il faut. Si j’avais été plus jeune cela m’aurait intéressé car il n’y a pas d’opposition réelle. Même Mélenchon n’est pas dans l’opposition.»

Anthony Torres

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Ces psychopathes au pouvoir…

janvier 17th, 2020 by Mondialisation.ca

Sélection d’articles :

Ces psychopathes au pouvoir: danger pour les peuples

Par Daniel Vanhove, 17 janvier 2020

En politique, il est souvent difficile de démêler le faux du vrai tant les médias manipulent l’opinion. Ce n’est pas un hasard, mais au contraire voulu par les délinquants du petit cercle politico-médiatique qui nous gouvernent et où défilent message: les chroniqueurs attitrés venant nous déverser leur soupe habituelle. Sauf que de plus en plus de citoyens n’y croient plus et les renvoient à leurs gamelles.

 

L’ABC de la dette contre les peuples

Par Eric Toussaint, 17 janvier 2020

La Grèce des années 2010 montre comment un pays et un peuple peuvent être privés de liberté à cause du remboursement d’une dette clairement illégitime. Depuis le 19e siècle, de l’Amérique latine à la Chine en passant par Haïti, la Grèce, la Tunisie, l’Égypte et l’Empire ottoman, la dette publique a été utilisée comme arme de domination et de spoliation (Toussaint, 2017). Au bout du compte, c’est la combinaison de l’endettement et du libre-échange qui constitue le facteur fondamental de la subordination d’économies entières à partir du XIXe siècle.

 

Le film « Les Justes du Rwanda », propagande haineuse

Par Perpétue Muramutse et Robin Philpot, 17 janvier 2020

Le nouveau film « Les justes du Rwanda » du réalisateur Luc Lagun-Bouchet est carrément un film de propagande en faveur du dictateur Paul Kagame du Rwanda. De plus, c’est un film de propagande haineuse, particulièrement dans les documents de promotion, selon Perpétue Muramutse du Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix.

 

Bataille des Âges pour stopper l’intégration eurasiatique

Par Pepe Escobar, 17 janvier 2020

La prochaine décennie pourrait voir les États-Unis affronter la Russie, la Chine et l’Iran sur la Nouvelle Route de la Soie.

Les années folles ont commencé en fanfare avec l’assassinat ciblé du Général iranien Qasem SoleimaniMais un plus gros coup nous attend tout au long de la décennie : les innombrables déclinaisons du Nouveau Grand Jeu en Eurasie, qui oppose les États-Unis à la Russie, à la Chine et à l’Iran, les trois principaux nœuds de l’intégration eurasiatique.

 

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Les années folles ont commencé en fanfare avec l’assassinat ciblé du Général iranien Qasem Soleimani.

Mais un plus gros coup nous attend tout au long de la décennie : les innombrables déclinaisons du Nouveau Grand Jeu en Eurasie, qui oppose les États-Unis à la Russie, à la Chine et à l’Iran, les trois principaux nœuds de l’intégration eurasiatique.

Chaque changement de donne en géopolitique et en géoéconomie au cours de la prochaine décennie devra être analysé en relation avec ce choc épique.

L’État Profond et des secteurs cruciaux de la classe dirigeante américaine sont absolument terrifiés par le fait que la Chine dépasse déjà la « nation indispensable » sur le plan économique et que la Russie l’ait dépassée sur le plan militaire. Le Pentagone désigne officiellement les trois nœuds eurasiens comme des « menaces ».

Les techniques de Guerre Hybride – portant une diabolisation intégrée 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 – vont proliférer dans le but de contenir la « menace » chinoise, « l’agression » russe et le « parrainage du terrorisme » de l’Iran. Le mythe du « marché libre » continuera à se noyer sous l’imposition d’une avalanche de sanctions illégales, définies par euphémisme comme de nouvelles « règles » commerciales.

Pourtant, cela ne suffira pas à faire dérailler le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine. Pour dégager le sens profond de ce partenariat, nous devons comprendre que Pékin le définit comme le passage à une « nouvelle ère ». Cela implique une planification stratégique à long terme – la date clé étant 2049, le centenaire de la Nouvelle Chine.

L’horizon des multiples projets de l’Initiative la Ceinture et la Route – comme dans le cas des Nouvelles Routes de la Soie, pilotées par la Chine – est en effet les années 2040, lorsque Pékin espère avoir pleinement tissé un nouveau paradigme multipolaire de nations souveraines/partenaires à travers l’Eurasie et au-delà, toutes reliées par un labyrinthe de ceintures et de routes.

Le projet russe – la Grande Eurasie – est en quelque sorte le miroir de la BRI et sera intégré à celle-ci. La BRI, l’Union Économique Eurasiatique, l’Organisation de Coopération de Shanghai et la Banque Asiatique d’Investissement dans les Infrastructures convergent toutes vers la même vision.

Realpolitik

Cette « nouvelle ère », telle que définie par les Chinois, repose donc largement sur une étroite coordination entre la Russie et la Chine, dans tous les secteurs. Made in China 2025 comprend une série de percées technologiques et scientifiques. En même temps, la Russie s’est imposée comme une ressource technologique inégalée pour des armes et des systèmes que les Chinois ne peuvent toujours pas égaler.

Lors du dernier sommet du BRICS à Brasilia, le Président Xi Jinping a déclaré à Vladimir Poutine que « la situation internationale actuelle, caractérisée par une instabilité et une incertitude croissantes, incite la Chine et la Russie à établir une coordination stratégique plus étroite ». La réponse de Poutine : « Dans la situation actuelle, les deux parties devraient continuer à maintenir une communication stratégique étroite ».

La Russie montre à la Chine comment l’Occident respecte la puissance de la realpolitik sous toutes ses formes, et Pékin commence enfin à utiliser leurs propres formes. Le résultat est qu’après cinq siècles de domination occidentale – qui, soit dit en passant, a conduit au déclin des Anciennes Routes de la Soie – le Heartland est de retour, avec un grand succès, affirmant sa prééminence.

Sur le plan personnel, mes voyages de ces deux dernières années, de l’Asie Occidentale à l’Asie Centrale, et mes conversations de ces deux derniers mois avec des analystes de Nur-Sultan, de Moscou et d’Italie, m’ont permis d’approfondir les complexités de ce que les esprits aiguisés définissent comme la Double Hélice. Nous sommes tous conscients des immenses défis qui nous attendent – tout en parvenant à peine à suivre en temps réel l’étonnante réémergence du Heartland.

Le col de Taldyk au sud du Kirghizistan, jusqu’à Osh. Photo : Pepe Escobar / Asia Times

En termes de puissance douce, le rôle de premier plan de la diplomatie russe va devenir encore plus important – soutenue par un Ministère de la Défense dirigé par Sergei Shoigu, un Touvain de Sibérie, et un bras armé capable d’établir un dialogue constructif avec tout le monde : Inde/Pakistan, Corée du Nord/Sud, Iran/Arabie Saoudite, Afghanistan.

Cet appareil permet d’aplanir les problèmes géopolitiques (complexes) d’une manière qui échappe encore à Pékin.

Parallèlement, la quasi-totalité de la zone Asie-Pacifique – de la Méditerranée Orientale à l’Océan Indien – prend désormais pleinement en considération la Russie et la Chine comme contrepoids à la surenchère navale et financière des États-Unis.

Les enjeux en Asie du Sud-Ouest

L’assassinat ciblé de Soleimani, malgré toutes ses retombées à long terme, n’est qu’un coup sur l’échiquier de l’Asie du Sud-Ouest. Ce qui est finalement en jeu, c’est un prix macro géoéconomique : un pont terrestre du Golfe Persique à la Méditerranée Orientale.

L’été dernier, une trilatérale Iran-Irak-Syrie a établi que « le but des négociations est d’activer le corridor de chargement et de transport Iran-Irak-Syrie dans le cadre d’un plan plus large de relance de la Route de la Soie ».

Il ne pourrait y avoir de corridor de connectivité plus stratégique, capable de s’interconnecter simultanément avec le Corridor international de transport Nord-Sud, la connexion Iran-Asie Centrale-Chine jusqu’au Pacifique, et de projeter la Lattaquié vers la Méditerranée et l’Atlantique.

Ce qui se profile à l’horizon est, en fait, une sous-section de la BRI en Asie du Sud-Ouest. L’Iran est un nœud clé de la BRI ; la Chine sera fortement impliquée dans la reconstruction de la Syrie ; et Pékin-Bagdad a signé de multiples accords et mis en place un fonds de reconstruction irako-chinois (revenu de 300 000 barils de pétrole par jour en échange de crédits chinois pour les entreprises chinoises reconstruisant les infrastructures irakiennes).

Un rapide coup d’œil sur la carte révèle le « secret » du refus des États-Unis de faire leurs valises et de quitter l’Irak, comme l’exige le Parlement et le Premier Ministre irakiens : empêcher l’émergence de ce corridor par tous les moyens nécessaires. Surtout quand on voit que toutes les routes que la Chine construit à travers l’Asie Centrale – j’ai navigué sur beaucoup d’entre elles en novembre et décembre – relient finalement la Chine à l’Iran.

L’objectif final : unir Shanghai à la Méditerranée Orientale – par voie terrestre, à travers le Heartland.

Autant le port de Gwadar, en Mer d’Oman, est un nœud essentiel du Corridor Économique Chine-Pakistan et fait partie de la stratégie chinoise à plusieurs étapes pour « échapper à Malacca », autant l’Inde a également courtisé l’Iran pour qu’il rejoigne Gwadar via le port de Chabahar dans le Golfe d’Oman.

Donc, autant que Pékin veut relier la Mer d’Oman au Xinjiang, via le corridor économique, l’Inde veut relier l’Afghanistan et l’Asie Centrale via l’Iran.

Pourtant, les investissements de l’Inde à Chabahar pourraient ne rien donner, New Delhi réfléchissant toujours à la possibilité de participer activement à la stratégie « indo-pacifique » des États-Unis, ce qui impliquerait abandonner Téhéran.

L’exercice naval conjoint Russie-Chine-Iran de la fin décembre, qui a commencé exactement à Chabahar, a été un réveil opportun pour New Delhi. L’Inde ne peut tout simplement pas se permettre d’ignorer l’Iran et de finir par perdre son principal nœud de connectivité, Chabahar.

Le fait est immuable : tout le monde a besoin et veut une connectivité avec l’Iran. Pour des raisons évidentes, depuis l’empire persan, c’est le nœud privilégié de toutes les routes commerciales d’Asie Centrale.

De plus, l’Iran pour la Chine est une question de sécurité nationale. La Chine est fortement investie dans l’industrie énergétique iranienne. Tous les échanges bilatéraux se feront en yuan ou en devises contournant le dollar américain.

Les néocons américains, quant à eux, rêvent toujours de ce que le régime de Cheney visait au cours de la dernière décennie : un changement de régime en Iran conduisant à la domination américaine sur la Mer Caspienne comme tremplin vers l’Asie Centrale, à un pas seulement du Xinjiang et à la militarisation du sentiment anti-chinois. Cela pourrait être considéré comme une Nouvelle Route de la Soie à l’envers pour perturber la vision chinoise.

Bataille des âges

Un nouveau livre, « L’impact de l’Initiative chinoise la Ceinture et la Route », de Jeremy Garlick de l’Université d’Économie de Prague, a le mérite d’admettre que « donner un sens » à la BRI « est extrêmement difficile ».

Il s’agit d’une tentative extrêmement sérieuse de théoriser l’immense complexité de la BRI – surtout si l’on considère l’approche souple et syncrétique de la Chine en matière d’élaboration de politiques, qui est assez déconcertante pour les Occidentaux. Pour atteindre son but, Garlick s’introduit dans le paradigme de l’évolution sociale de Tang Shiping, se plonge dans l’hégémonie néo-gramscienne et dissèque le concept de « mercantilisme offensif » – tout cela dans le cadre d’un effort « d’éclectisme complexe ».

Le contraste avec le récit de la diabolisation de la BRI par les « analystes » américains est flagrant. Le livre aborde en détail la nature multidimensionnelle du transrégionalisme de la BRI comme un processus organique et évolutif.

Les décideurs politiques impériaux ne se donneront pas la peine de comprendre comment et pourquoi la BRI est en train d’établir un nouveau paradigme mondial. Le sommet de l’OTAN à Londres le mois dernier a donné quelques indications. L’OTAN a adopté sans critique trois priorités américaines : une politique encore plus agressive envers la Russie, l’endiguement de la Chine (notamment la surveillance militaire) et la militarisation de l’espace – une retombée de la doctrine de la Dominance du Spectre Complet de 2002.

L’OTAN sera donc entraînée dans la stratégie « Indo-Pacifique » – ce qui signifie l’endiguement de la Chine. Et comme l’OTAN est le bras armé de l’UE, cela implique que les États-Unis s’ingèrent dans la façon dont l’Europe fait des affaires avec la Chine – à tous les niveaux.

Le Colonel Lawrence Wilkerson de l’armée américaine à la retraite, chef d’état-major de Colin Powell de 2001 à 2005, coupe court au discours :

« L’Amérique existe aujourd’hui pour faire la guerre. Comment interpréter autrement 19 années consécutives de guerre sans fin en vue ? Cela fait partie de ce que nous sommes. Cela fait partie de ce qu’est l’Empire américain. Nous allons mentir, tricher et voler, comme le fait Pompeo en ce moment, comme le fait Trump en ce moment, comme le fait Esper en ce moment … et comme le font une foule d’autres membres de mon parti politique, les Républicains, en ce moment. Nous allons mentir, tricher et voler pour faire ce qu’il faut pour continuer ce complexe de guerre. C’est la vérité. Et c’est l’agonie de la guerre ».

Moscou, Pékin et Téhéran sont pleinement conscients des enjeux. Diplomates et analystes travaillent sur la tendance, pour le trio, à élaborer un effort concerté pour se protéger mutuellement de toutes les formes de Guerre Hybride – sanctions comprises – lancées contre chacun d’eux.

Pour les États-Unis, il s’agit en effet d’une bataille existentielle – contre l’ensemble du processus d’intégration de l’Eurasie, les Nouvelles Routes de la Soie, le partenariat stratégique Russie-Chine, ces armes hypersoniques russes mêlées à une diplomatie souple, le profond dégoût et la révolte contre les politiques américaines dans le Sud Global, l’effondrement presque inévitable du dollar américain. Ce qui est certain, c’est que l’Empire ne va pas s’endormir tranquillement dans la nuit. Nous devrions tous être prêts pour la bataille des âges.

Pepe Escobar

 

Article original en anglais :

Battle of the Ages to Stop Eurasian Integration

Cet article a été publié initialement en anglais par Asia Times.

Texte traduit par Réseau International

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Des assassinats et des opérations policières visent les leaders des populations autochtones et les militants écologistes, alors qu’un vaste plan de déforestation et d’exploitation de l’Amazonie se prépare. Une analyse du sociologue Laurent Delcourt.

Quelques mois après l’épisode estival des incendies de forêt au Brésil, une nouvelle page noire s’est ouverte pour les défenseurs de l’Amazonie et de ses peuples. Le 1er novembre, l’activiste indigène Paulo Polino, membre de la tribu des Guajajara et leader local des Guardiões da floresta (Gardiens de la forêt), un groupe de défense de l’Amazonie, est assassiné au cours d’une altercation avec des trafiquants de bois. Quelques semaines plus tard, deux opérations policières d’envergure sont lancées simultanément. Menées à grand renfort de moyens et de publicité, elles ne visent pas à mettre la main sur le meurtrier du leader indigène, mais ciblent des militants de la cause environnementale.

Le 26 novembre, les locaux de l’ONG Saúde e Alegria, réputée pour l’excellence de son travail auprès des indigènes dans le bassin du fleuve Tapajós, dans l’État du Pará, sont investis par la police civile, qui embarque ordinateurs et documents. Le même jour, quatre volontaires de la Brigada Alter do Chão, une organisation bénévole spécialement créée pour combattre les incendies de forêt auprès des pompiers, sont appréhendés et placés en garde à vue au motif qu’ils auraient eux-mêmes bouté le feu à la forêt [1].

Ces deux opérations font écho aux déclarations du président Jair Bolsonaro qui, en août, avait accusé publiquement les ONG environnementales d’avoir volontairement provoqué nombre de ces incendies pour attirer l’attention et nuire à son gouvernement. Elles signalent aussi qu’un stade de plus a été franchi dans l’offensive menée par les autorités brésiliennes contre les défenseurs de l’environnement et des droits humains.

L’obsession amazonienne des généraux brésiliens

Ordonnées par un juge issu d’une famille d’exploitants de bois active autrefois dans la région et ouvertement bolsonariste, ces opérations indiquent que le pouvoir ne recule désormais devant rien pour museler, criminaliser et délégitimer, dans l’opinion publique, tous ceux qui s’opposent à son projet pour l’Amazonie : un projet autoritaire d’exploitation de l’immense espace amazonien renouant avec le vieux rêve de conquête et de valorisation de l’Amazonie porté par les généraux brésiliens.

Le 20 septembre 2019, le site d’information indépendant The Intercept a révélé, preuves à l’appui, l’existence d’un vaste plan d’ouverture, d’exploitation et de peuplement de l’une des régions les plus isolées et les mieux préservées de l’Amazonie : un immense territoire appelé Calha Norte, à cheval sur les États de l’Amapá, du Roraima, du Pará et de l’Amazonas.

Discuté dans le plus grand secret, sous la houlette du secrétariat des Affaires stratégiques auprès de la présidence, le projet est ambitieux : achèvement de la route BR-163 pour relier la ville de Santarém dans l’État du Pará à la frontière du Surinam, construction d’un pont sur le fleuve Amazone et d’un nouveau barrage hydroélectrique, élargissement et consolidation des voies navigables, ouverture le long de ces nouveaux axes de pénétration de vastes portions du territoire à l’exploitation minière, agro-forestière ou agro-industrielle, y compris des aires naturelles protégées et des terres indigènes.

Un projet de déforestation massive hérité de la dictature militaire

Outre leurs ambitions économiques et géostratégiques, les auteurs du projet ne manquent pas de lister les obstacles et risques potentiels susceptibles d’entraver sa réalisation : « campagne globaliste » orchestrée par les ONG environnementalistes internationales pour « relativiser la souveraineté du Brésil sur l’Amazonie », organisations de défense des droits humains, Église catholique militante, organismes publics nationaux en charge de la protection de la forêt et des droits des populations indigènes (Ibama, FUNAI, etc.). Autant de menaces potentielles qu’il s’agit de neutraliser.

Inspiré par les idées du général de réserve conspirationniste Maynard Marques de Santo, le plan Barão de Rio Branco, n’a en réalité rien d’original. Il ne fait que réactualiser le vieux rêve de conquête du « grand vide amazonien », à travers son peuplement et son développement économique, et de militarisation de la frontière Nord du pays.

C’était l’un des grands axes de la doctrine des généraux qui avaient pris le pouvoir au Brésil en 1964 et le garderont jusqu’en 1985. Obsédés par la menace très largement fantasmée d’une « internationalisation » de la région, ils ne tardent pas à mettre en pratique dès le début des années 1970 un vaste programme de valorisation économique et de peuplement de l’Amazonie.

Les promesses des militaires pour plus d’infrastructures sociales n’ont jamais été tenues

Le chantier était colossal. Il prévoyait notamment la construction d’une route de plus de 4000 km traversant la région selon un axe Est-Ouest. Inaugurée en grande pompe en 1972, la Transamazonienne se veut alors une réponse à l’angoisse existentielle des militaires pour qui tout espace vide d’hommes à l’intérieur du territoire est une menace pour la sécurité nationale. Mais elle est envisagée aussi comme une solution conservatrice à l’aggravation des conflits sociaux dans le pays.

La distribution de terres « à défricher » – et à valoriser économiquement – le long de ces quelques milliers de kilomètres de route doit permettre de régler définitivement le problème des sans-terres et de la pauvreté rurale dans le Nordeste. « Des terres sans hommes pour des hommes sans terre », le slogan ne cesse alors d’être martelé par un régime qui rejette toute idée de réforme agraire.

Très vite pourtant, le rêve amazonien des militaires se brise sur le mur des réalités économiques. Les projets pharaoniques du régime plombent les finances publiques. De nombreux chantiers sont abandonnés tandis que les promesses des militaires en matière d’infrastructure sociale, éducative et sanitaire ne sont pas tenues. Bientôt, le « miracle économique » brésilien se transforme en cauchemar pour les colons et les sans-terre, qui sont abandonnés à leur sort. Et la région devient le théâtre de nombreux conflits agraires et socio-environnementaux.

Avec la fin de la dictature : démocratisation et protection de l’Amazonie

Amorcée au début des années 1980, la démocratisation du pays donnera au projet amazonien des militaires son coup de grâce. Les protecteurs de l’Amazonie sont parvenus à imposer dans la nouvelle Constitution (1988) la reconnaissance de droits sociaux, économiques et culturels des populations amazoniennes, tout comme l’obligation pour l’État de les garantir et de les réaliser à travers la mise en place d’instruments et de dispositifs appropriés. Pour la première fois, le droit à la terre des peuples indigènes est reconnu par la Constitution. Et il incombera désormais à l’État de le garantir, en démarquant leur territoire.

Mais ce n’est qu’avec l’arrivée du Parti des travailleurs (PT) au pouvoir, en janvier 2003, qu’un réel saut qualitatif est franchi : à travers l’accélération du processus de démarcation des territoires indigènes, l’extension des aires naturelles protégées, le renforcement des institutions en charge de la lutte contre la déforestation et de la défense des droits humains…

Certes, les politiques amazoniennes des gouvernements de Lula et de Dilma Rousseff ne rompent pas complètement avec celles de leur prédécesseur. À bien des égards, elles ont même accentué certains traits du modèle de développement agro-extractiviste dans lequel elles ont continué de s’inscrire. En témoignent l’ouverture de grands chantiers, comme la construction polémique du barrage de Bello Monte, le soutien aux politiques de libéralisation, l’octroi de nombreuses concessions aux secteurs agro-exportateurs, la réforme du code forestier puis le coup de frein donné au processus de démarcation des terres indigènes sous le deuxième gouvernement Rousseff.

Mais en tentant de concilier impératifs économiques et exigences sociales et environnementales, elles n’ont pas manqué non plus de s’attirer les foudres des vieux généraux conservateurs. Les charges furieuses de Bolsonaro contre les militants écologistes, les « bandits de gauche » et les ONG environnementalistes, sa dénonciation hystérique des Accords de Paris, assimilés à un complot international visant à saper les efforts de développement du pays, sa promesse de geler définitivement toute nouvelle démarcation des terres indigènes et ses rappels au droit souverain du Brésil sur l’Amazonie, ne pouvaient que trouver un écho favorable dans les casernes et chez les généraux.

Averti à l’avance des incendies, le ministère de l’Environnement n’est pas intervenu

Principale région concernée par Plan Barão do Rio Branco, le Pará connaît l’un des taux de déforestation les plus élevés du pays. Il est également l’un des États les plus violents et le théâtre de très nombreux conflits agraires et socio-environnementaux. C’est là, dans la municipalité de Novo Progresso, le long de la route BR-163, qu’a été organisé le 10 août dernier le « jour du feu ». Ce jour-là, des dizaines de foyers d’incendie ont été allumés simultanément à l’initiative d’éleveurs et de producteurs agricoles de la région qui entendent témoigner de leur soutien aux politiques amazoniennes de Bolsonaro.

Lire aussi : Propriétaires terriens, industriels, ministre corrompu : qui sont les pyromanes de l’Amazonie brésilienne ?

Averti bien à l’avance de l’organisation de l’événement, le ministère de l’Environnement n’a pas daigné intervenir. Et mis sous pression internationale, Bolsonaro n’a pas hésité, quelques jours plus tard, à reprendre les arguments des responsables présumés – les membres du Syndicat des producteurs ruraux de Novo Progresso –, criant à une « conspiration internationale contre le Brésil » et rejetant la responsabilité des incendies tantôt sur la sécheresse, tantôt sur les ONG environnementalistes [2].

En sapant le pouvoir de contrôle et de sanction des institutions en charge de la gestion de la forêt et de la défense des droits des peuples qui y vivent, sous prétexte d’économies budgétaires, le gouvernement brésilien cherche à neutraliser les obstacles constitutionnels et légaux qui contrarient ses desseins amazoniens et ceux des groupes de pression qui le soutiennent (mineurs clandestins, forestiers, agro-business, militaire, éleveurs et grands propriétaires fonciers, etc.).

Un chaos planifié

En misant sur la stratégie du laisser-faire et du fait accompli, il entend soustraire certains territoires aux mécanismes de protection et forcer leur ouverture à une exploitation économique légale. Cette tactique n’est pas sans rappeler celle qui avait été adoptée par de la junte militaire à la fin des années 1960.

Représentant de l’extrême droite la plus dure, l’ex-militaire, a désormais les cartes en main pour mener à bien son projet pour l’Amazonie. À quel prix ? 27 aires protégées et terres indigènes devraient être touchées par l’initiative Barão de Rio Branco, dont le territoire de la communauté Wajapi dans l’État de l’Amapá. Début août, son cacique, Emeyra Wajapi, a été retrouvé mort dans une rivière, assassiné semble-t-il par un groupe de garimpeiros qui convoitent les terres riches en minerais de la région. Les assassins présumés n’ont pas été inquiétés.

Cette connivence de fait entre le gouvernement brésilien et les groupes criminels qui opèrent en Amazonie a été dénoncée dans un récent rapport d’Human Rights Watch [3]]. Y sont bien mis en évidence les rapports entre les politiques du gouvernement Bolsonaro, le boom de la déforestation et le regain de violence envers les défenseurs des droits humains, les représentants des peuples de la forêt, les écologistes et les agents de l’État en charge de la protection de l’environnement. Depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, des dizaines de militants ont été assassinés, blessés ou menacés. Et le rythme de la déforestation a atteint son plus haut niveau depuis une décennie.

« Nous sommes en train d’assister à l’offensive finale contre les peuples indigènes »

Face à cela, l’Union européenne a une fois de plus montré ses profondes contradictions. Poussé par la vague d’indignation face à l’ampleur des incendies de forêt, ses dirigeants ont multiplié les pressions diplomatiques contre le Brésil. Mais ces protestations sont demeurées vaines. Quant aux déclarations maladroites de Macron, remettant au goût du jour la vieille proposition d’une internationalisation de la région, elle se sont révélées contre-productives.

Parfaitement conscient du caractère sensible de la question au Brésil, y compris dans les rangs de l’opposition, le président d’extrême droite a saisi la perche tendue. Prompt à agiter la fibre nationaliste de l’opinion publique, il n’a pas manqué de dénoncer l’ingérence des Européens dans les affaires internes du pays, de réactiver le spectre d’un complot « globaliste », tramé par la communauté internationale, tantôt pour faire main basse sur l’Amazonie et ses richesses, tantôt pour faire obstacle aux légitimes aspirations économiques du pays.

À défaut de mesures de rétorsion économique, les postures moralisatrices des dirigeants européens sont peu susceptibles de modifier la donne. C’est pourquoi les indigènes brésiliens appellent l’Europe à ne pas ratifier l’accord de libre échange signé entre l’UE et les pays latino-américain du Mercosur cet été. Le temps presse. « Nous sommes en train d’assister à l’offensive finale contre les peuples indigènes », avertitl’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro. Le 7 décembre dernier, une nouvelle attaque armée contre les Guardiens de la forêt a été perpétrée causant la mort de deux indigènes et en blessant plusieurs autres. Ils appartiennent à la même ethnie que Paulo Polino.

Laurent Delcourt, historien et sociologue, chargé d’études au Centre tricontinental (CETRI), Louvain-la-Neuve, Belgique.

Photo : CC Mídia NINJA/Flickr.

Notes

[1Voir cet article d’Eliane Brum, sur El Pais Brasil.

[2Voir cet article de Reporter Brasil.

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Les peuples du monde disent:  Pas de guerre contre l’Iran!

janvier 17th, 2020 by Answer Coalition

L’administration Trump entraîne les États-Unis dans une guerre avec l’Iran qui pourrait engloutir toute la région et pourrait rapidement se transformer en un conflit mondial d’une ampleur imprévisible et aux conséquences les plus graves.

Les peuples du monde doivent se lever et l’arrêter. Pour tous ceux qui croient en la paix, pour tous ceux qui s’opposent à une nouvelle guerre catastrophique, le moment est venu d’agir.

Le samedi 25 janvier dans les villes du monde entier, il y aura des manifestations contre une nouvelle guerre au Moyen-Orient. S’il vous plaît rejoignez-nous.

Enregistrez ici une manifestation organisée dans votre ville!

Les initiateurs de cet appel sont la ANSWER Coalition, CODEPINK, Popular Resistance, Black Alliance for Peace, le National Iranian-American Council (NIAC), Veterans For Peace, US Labour Against the War (USLAW), la Women’s International League for Peace and Freedom (WILPF). ), Comité national anti-guerre uni, Pastors for Peace / Fondation interreligieuse pour les organisations communautaires, International Action Center, United for Peace and Justice, Alliance for Global Justice (AFGJ), 12 décembre Movement, World Beyond War, Dorothy Day Catholic Worker, Sœurs dominicaines / ICAN, Nonviolence International , Food Not Bombs et de nombreuses autres organisations anti-guerre et de paix. Pour ajouter votre nom en tant qu’endosseur, cliquez ici.

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La National Lawyers Guild (NLG), la plus ancienne et la plus importante association d’avocats progressistes aux États-Unis, condamne fermement les récentes actions illégales des États-Unis en Irak, notamment le meurtre de ressortissants iraniens et irakiens et les menaces d’attaques militaires contre l’Iran, qu’elle considère comme des violations manifestes du droit américain et international. Nous appelons nos membres et toutes les personnes de conscience à se mobiliser pour s’opposer à la guerre avec l’Iran, et nous demandons au Congrès de bloquer l’accès au financement de toute action militaire contre l’Iran, de lever les sanctions contre l’Iran et de mettre fin aux guerres en Irak et en Afghanistan.

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Le film « Les Justes du Rwanda », propagande haineuse

janvier 17th, 2020 by Perpétue Muramutse

16 jan 2020: Le nouveau film « Les justes du Rwanda » du réalisateur Luc Lagun-Bouchet est carrément un film de propagande en faveur du dictateur Paul Kagame du Rwanda. De plus, c’est un film de propagande haineuse, particulièrement dans les documents de promotion, selon Perpétue Muramutse du Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix.

Dans les documents de promotion, on peut lire notamment « l’immense majorité des Hutu participait aux tueries », ce qui est un mensonge honteux.

Perpétue Muramutse décrit dans cette entrevue comment, dans un entretien téléphonique, elle a repris l’organisateur belge du visionnement du film, Jean-Michel Heuskin, Directeur de l’asbl MNEMA-La Cité Miroir. Quoique celui-ci a reconnu que la phrase sur « l’immense majorité des Hutus » était maladroite, il a fini par dire exactement la même chose: « Nous n’allons quand même pas réécrire l’histoire non plus , ce sont quand même les Hutus qui ont massacré les Tutsi » les rapports de l’ONU le disent très bien».

Il s’agit là d’une affirmation totalement mensongère qui fait fi des très nombreuses révélations sur la tragédie rwandaise que même les grands médias ont reconnues: BBC (The Untold Story), Radio-Canada (Enquête), The Globe and Mail et bien d’autres.

Perpétue Muramutse explique le terrible impact que ce genre de propagande a sur la jeunesse rwandais, qui se sent visée et culpabilisée sans aucune raison.

Elle termine en parlant de l’intervention auprès des organisateurs du Colonel Luc Marchal, celui qui a dirigé les troupes du Minuar à Kigali pendant la tragédie en 1994. Selon lui, une affirmation comme celle visant « l’immense majorité des Hutus » pourrait être comparée à une autre affirmation, tout aussi fausse, selon laquelle l’immense majorité des Belges a collaboré avec le régime nazi.

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L’ABC de la dette contre les peuples

janvier 17th, 2020 by Eric Toussaint

(Photo : CC – maxpixels.net)

Introduction

La Grèce des années 2010 montre comment un pays et un peuple peuvent être privés de liberté à cause du remboursement d’une dette clairement illégitime. Depuis le 19e siècle, de l’Amérique latine à la Chine en passant par Haïti, la Grèce, la Tunisie, l’Égypte et l’Empire ottoman, la dette publique a été utilisée comme arme de domination et de spoliation (Toussaint, 2017). Au bout du compte, c’est la combinaison de l’endettement et du libre-échange qui constitue le facteur fondamental de la subordination d’économies entières à partir du XIXe siècle. Les classes dominantes locales se sont associées aux grandes puissances financières étrangères pour soumettre leur pays et leur peuple à un mécanisme de transfert permanent de richesses des producteurs locaux vers les créanciers qu’ils soient nationaux ou étrangers.

C’est la combinaison de l’endettement et du libre-échange qui constitue le facteur fondamental de la subordination d’économies entières à partir du XIXe siècle

Contrairement à l’idée reçue, ce ne sont généralement pas les pays endettés périphériques qui provoquent les crises de la dette souveraine. Ces crises éclatent d’abord dans les pays capitalistes les plus puissants ou sont le résultat de leurs décisions unilatérales qui entraînent par ricochets des crises de grande ampleur dans les pays périphériques endettés. Ce n’est pas l’excès de dépenses publiques qui amène la dette à des niveaux insoutenables, mais plutôt les conditions imposées par les créanciers locaux et étrangers. Les taux d’intérêt réels étaient abusivement élevés et les commissions prélevées par les banquiers étaient particulièrement élevées. La conséquence était évidente : les pays qui s’endettaient n’étaient pas en mesure de rembourser leurs dettes. Ils devaient constamment recourir à de nouveaux emprunts pour rembourser les anciens. Et quand ils n’y arrivaient pas, les puissances créancières avaient le droit de recourir à une intervention militaire pour se faire rembourser.

Les crises de la dette et leur dénouement sont toujours pilotés par l’action de grandes banques des principales puissances économiques et par les gouvernements qui les soutiennent.

Au cours des deux derniers siècles, plusieurs États ont répudié avec succès des dettes en arguant qu’elles étaient illégitimes ou odieuses. C’est le cas du Mexique, des États-Unis, de Cuba, de la Russie, de la Chine ou du Costa Rica. Les conflits autour du paiement de la dette ont donné lieu à l’élaboration de la doctrine juridique de la dette odieuse qui est toujours d’actualité (voir encadré sur la dette odieuse).

Encadré 1

Selon la doctrine juridique de la dette odieuse théorisée par Alexander Sack en 1927 (Sack, 1927), une dette est « odieuse » lorsque deux conditions essentielles sont réunies :

  1. l’absence de bénéfice pour la population : la dette a été contractée non dans l’intérêt du peuple et de l’État mais contre son intérêt et/ou dans l’intérêt personnel des dirigeants et des personnes proches du pouvoir
  2. la complicité des prêteurs : les créanciers savaient (ou étaient en mesure de savoir) que les fonds prêtés ne profiteraient pas à la population.
    Selon cette doctrine, la nature despotique ou démocratique d’un régime n’entre pas en ligne de compte.

Une dette est « odieuse » lorsque deux conditions essentielles sont réunies : 1) l’absence de bénéfice pour la population et 2) la complicité des prêteurs

Le père de la doctrine de la dette odieuse, Alexander Sack dit très clairement que des dettes odieuses peuvent être attribuées à un gouvernement régulier. Selon Sack « une dette régulièrement contractée par un gouvernement régulier(peut) être considérée comme incontestablement odieuse, … ». Sack définit un gouvernement régulier de la manière suivante : « On doit considérer comme gouvernement régulier le pouvoir suprême qui existe effectivement dans les limites d’un territoire déterminé. Que ce pouvoir soit monarchique (absolu ou limité) ou républicain ; qu’il procède de la « grâce de Dieu » ou de la « volonté du peuple » ; qu’il exprime la « volonté du peuple » ou non, du peuple entier ou seulement d’une partie de celui-ci ; qu’il ait été établi légalement ou non, etc., tout cela n’a pas d’importance pour le problème qui nous occupe. ». Je souligne (ÉT). Source : Les effets des transformations des États sur leurs dettes publiques et autres obligations financières : traité juridique et financier, Recueil Sirey, Paris, 1927. Voir le document presque complet en téléchargement libre sur le site du CADTM

Sack écrit qu’une dette peut être caractérisée comme odieuse si : « a) les besoins, en vue desquels l’ancien gouvernement avait contracté la dette en question, étaient ‘odieux’ et franchement contraires aux intérêts de la population de tout ou partie de l’ancien territoire, et b) les créanciers, au moment de l’émission de l’emprunt, avaient été au courant de sa destination odieuse. »

Il poursuit : « Ces deux points établis, c’est aux créanciers que reviendrait la charge de prouver que les fonds produits par lesdits emprunts avaient été en fait utilisés non pour des besoins odieux, nuisibles à la population de tout ou partie de l’État, mais pour des besoins généraux ou spéciaux de cet État, qui n’offrent pas un caractère odieux » (voir https://www.cadtm.org/La-dette-odieuse-selon-Alexandre-Sack-et-selon-le-CADTM)

Cette doctrine a été appliquée à plusieurs reprises dans l’histoire.

Un peu d’histoire

Les créanciers, qu’ils soient de puissants États, des organismes multilatéraux à leur service ou des banques, ont parfaitement su manœuvrer pour imposer leur volonté aux débiteurs.

Les créanciers, qu’ils soient de puissants États, des organismes multilatéraux à leur service ou des banques, ont parfaitement su manœuvrer pour imposer leur volonté aux débiteurs. Dès la première moitié du XIXe siècle, un pays comme Haïti a servi de laboratoire. Première république noire indépendante, l’île s’est libérée du joug de la France en 1804. Mais Paris n’a pas pour autant abandonné ses prétentions sur Haïti, en obtenant une indemnisation royale pour les esclavagistes : les accords signés en 1825 avec les nouveaux dirigeants haïtiens ont instauré une dette de l’indépendance monumentale que Haïti ne pouvait plus rembourser dès 1828 et qu’elle a mis en fait un siècle à payer, rendant impossible toute forme de développement réel.

La dette a aussi été utilisée pour asservir la Tunisie à la France en 1881 [1] ou l’Égypte au Royaume-Uni en 1882 [2] car les puissances créancières ont usé de la dette impayée pour soumettre ces pays jusque-là souverains. De même, la Grèce est née dans les années 1830 avec le boulet d’une dette qui l’enchaînait au Royaume-Uni, à la France et à la Russie [3]. L’île de Terre-Neuve, devenue en 1855 le premier dominion autonome de l’Empire britannique, bien avant le Canada ou l’Australie, a renoncé à son indépendance après la grave crise économique de 1933 pour faire face à ses dettes et a finalement été rattachée en 1949 au Canada qui accepte de reprendre 90 % de sa dette (REINHARDT et ROGOFF, 2010).

La dette dans les années 1960-1970

Le processus s’est reproduit après la Seconde Guerre mondiale, quand les pays d’Amérique latine avaient besoin de capitaux pour financer leur développement et quand les pays asiatiques d’abord, puis africains au virage des années 1960, ont accédé à l’indépendance. La dette a constitué l’instrument majeur pour imposer des politiques néocoloniales. Après la seconde guerre mondiale, il n’était plus permis de recourir à la force contre un pays débiteur. Ce sont d’autres moyens qui, dès lors, ont été utilisés.

Les prêts massifs octroyés, à partir des années 1960, à un nombre croissant de pays de la périphérie (à commencer par les alliés stratégiques des grandes puissances, le Congo de Mobutu, l’Indonésie de Suharto, le Brésil de la dictature militaire, et en allant jusqu’à des pays comme la Yougoslavie et le Mexique), jouent le rôle de lubrifiant d’un puissant mécanisme de reprise de contrôle de pays qui, auparavant avaient commencé à adopter avec un succès réel des politiques indépendantes des anciennes métropoles coloniales et de Washington.

Trois grands acteurs ont incité ces pays à s’endetter en les appâtant avec des taux relativement bas :

  1. les grandes banques occidentales qui regorgeaient de liquidités,
  2. les pays du Nord qui voulaient relancer leur économie en crise après le choc pétrolier de 1973,
  3. la Banque mondiale dans le but de renforcer la zone d’influence géopolitique des États-Unis et de ne pas se laisser marginaliser par les banques privées.

Les classes dominantes locales ont également poussé à l’augmentation de la dette et en ont tiré profit sans qu’il y ait de bénéfice pour les peuples.

Encadré 2

Les élucubrations théoriques sur la nécessité de recourir à l’endettement extérieur

Selon l’approche dominante enseignée dans les universités, l’épargne est préalable à l’investissement et est insuffisante dans les PED. Dès lors la pénurie d’épargne est un facteur explicatif fondamental du blocage du développement. Un apport de financement extérieur est nécessaire. Paul Samuelson, dans Economics (SAMUELSON, 1980), se base sur l’histoire de l’endettement des Etats-Unis aux XIXe et XXe siècles pour déterminer quatre étapes différentes menant à la prospérité :

  1. nation endettée jeune et emprunteuse (de la guerre révolutionnaire de 1776 à la fin de la guerre civile de 1865) ;
  2. nation endettée mûre (de 1873 à 1914) ;
  3. nouvelle nation créancière (de la première guerre mondiale à la seconde) ;
  4. nation créancière mûre (années 1960).
    Samuelson et ses émules ont plaqué sur la centaine de pays qui ont constitué le tiers-monde après la seconde guerre mondiale, le modèle de développement économique des Etats-Unis de la fin du XVIIIe siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale, comme si l’expérience des Etats-Unis était purement et simplement imitable par tous ces pays.

En ce qui concerne la nécessité d’avoir recours à l’apport de capitaux étrangers (sous forme d’emprunts et d’investissements étrangers), un des associés de Walt W. Rostow, Paul Rosenstein-Rodan, emploie la formule suivante : « Les capitaux étrangers renforceront la formation du capital national, c’est-à-dire qu’ils seront entièrement investis ; l’investissement entraînera une augmentation de la production. La fonction principale de l’entrée de capitaux étrangers est d’aider la formation du capital national à atteindre un taux qui pourra être maintenu sans aide extérieure supplémentaire »(ROSENSTEIN-RODAN, 1961). Cette affirmation est en contradiction avec la réalité : il n’est pas vrai que les capitaux étrangers renforcent la formation du capital national et sont entièrement investis. Une grande partie des capitaux étrangers quittent rapidement les pays vers lesquels ils se sont dirigés temporairement (fuite des capitaux, rapatriement des profits).

Il n’est pas vrai que les capitaux étrangers renforcent la formation du capital national et sont entièrement investis. Une grande partie quittent rapidement les pays vers lesquels ils se sont dirigés temporairement

Autre erreur monumentale, Paul Rosenstein-Rodan, qui est directeur adjoint (« assistant director ») du département économique de la Banque mondiale entre 1946 et 1952, fait des prédictions concernant la date à laquelle une série de pays arrivera à la croissance auto-soutenue. Selon Paul Rosenstein-Rodan, la Colombie doit atteindre ce stade en 1965, la Yougoslavie en 1966, l’Argentine et le Mexique entre 1965 et 1975, l’Inde au début des années 1970, le Pakistan trois ou quatre ans après l’Inde, les Philippines après 1975. Les faits ont démontré la vacuité de ces affirmations.

La planification du développement vue par la Banque mondiale et l’establishment universitaire aux Etats-Unis a débouché sur une imposture pseudo-scientifique basée sur des équations mathématiques qui visent à donner une légitimité et une crédibilité à la volonté de faire dépendre les PED du recours au financement extérieur. En voici un exemple, formulé très sérieusement par Max Millikan et Walt Whitman Rostow en 1957 : « Si le taux initial d’investissement domestique dans un pays représente 5 % du revenu national, si les capitaux étrangers arrivent à un taux constant équivalent à un tiers du niveau initial de l’investissement domestique, si 25 % de tout revenu supplémentaire sont épargnés et réinvestis, si le ratio capital/produit est de 3 et si le taux d’intérêt de la dette extérieure et les dividendes rapatriés sont équivalents à 6 % par an, le pays sera en état de se passer de l’emprunt net extérieur après quatorze ans et il pourra maintenir un taux de croissance de 3 % sur la base de ses propres revenus » (MILLIKAN et ROSTOW, 1957). Dans aucun cas, cette affirmation n’a été confirmée et les pays ont continué à avoir recours à l’endettement extérieur.

En vérité, ces auteurs qui étaient favorables au maintien du système capitaliste global dominé par les Etats-Unis, refusaient d’envisager l’application des profondes réformes qui auraient permis un développement qui ne serait pas subordonné au financement extérieur.

La crise de la dette des années 1980

À la fin 1979, les États-Unis ont décidé d’augmenter leurs taux d’intérêt, ce qui a eu des répercussions sur les taux appliqués au pays endettés au Sud qui étaient variables et ont eux aussi fortement augmentés. Couplée à une baisse des cours des matières premières exportées par les pays du Sud (pétrole, café, cacao, coton, sucre, minerais…) qui a produit une réduction des revenus d’exportation, cette hausse des taux a refermé le piège.

Une nouvelle forme de colonisation sans administration ni armée coloniale sur place, le mécanisme de la dette s’est chargé de prélever les richesses produites et de les diriger vers les créanciers

En août 1982, le Mexique et d’autres pays ont annoncé qu’ils n’étaient plus en mesure de rembourser. C’est là qu’est intervenu le Fonds monétaire international (FMI), qui, à la demande des banques créancières, a prêté aux pays en difficulté, au taux fort, à la double condition qu’ils poursuivent le remboursement de leurs emprunts aux banques et qu’ils mènent la politique décidée par ses experts : abandon des subventions aux produits et services de première nécessité, réduction des dépenses publiques, dévaluation de la monnaie, taux d’intérêt élevés pour attirer les capitaux étrangers, production agricole tournée vers l’exportation, ouverture totale des marchés par la suppression des barrières douanières, libéralisation de l’économie avec abandon du contrôle des mouvements de capitaux et suppression du contrôle des changes, fiscalité aggravant les inégalités avec hausse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et préservation des revenus du capital, privatisations des entreprises publiques rentables…

Les prêts d’ajustement structurel visent l’abandon par ces pays de leur politique nationaliste et une connexion plus forte des économies de la périphérie au marché mondial dominé par le centre. Il s’agit également d’assurer l’approvisionnement des économies du centre en matières premières et en combustibles. En mettant les pays de la périphérie progressivement en concurrence les uns par rapport aux autres, en les incitant à « renforcer leur modèle exportateur » et l’exploitation de leurs ressources naturelles, l’objectif est de faire baisser les prix des produits qu’ils exportent, et, par conséquent, de réduire les coûts de production au Nord et d’y augmenter les taux de profit.

C’est ainsi qu’est apparue une nouvelle forme de colonisation : plus besoin d’entretenir une administration et une armée coloniale sur place, le mécanisme de la dette s’est chargé de prélever les richesses produites et de les diriger vers les créanciers. Cela n’empêche pas pour autant l’ingérence politique et économique lorsque les intérêts des créanciers et des puissances néocoloniales sont menacés.

Évolution dans les années 2000

À partir de 2003-2004, les prix des matières premières et des produits agricoles ont commencé à augmenter dans un contexte de forte demande internationale. Cela a permis aux pays exportateurs de tels produits d’augmenter leurs recettes, surtout en monnaies fortes (dollar, euro, yen, livre sterling). Certains PED en ont profité pour augmenter leurs dépenses sociales alors que la majorité a investi ces rentrées dans l’achat de bons du Trésor des États-Unis, finançant par ce biais la principale puissance mondiale.

Par ailleurs, l’augmentation des ressources de certains pays, en raison de l’augmentation des rentrées en devises et de l’affluence des investisseurs privés avant le déclenchement de la crise de 2007-2008, a fait perdre du poids à ces deux institutions.

Un autre facteur a renforcé ce phénomène : la Chine en pleine expansion s’est transformée en atelier du monde et a accumulé d’énormes réserves de change. Elle a augmenté significativement le financement des pays en développement. Ses prêts sont venus concurrencer ceux des institutions financières multilatérales et des pays industrialisés.

Depuis 2018-2019, une nouvelle crise de la dette touche directement des pays comme l’Argentine, le Venezuela, la Turquie, l’Indonésie, le Nigeria, le Mozambique, …

Dans les années 2000, la réduction des taux d’intérêt au Nord a réduit le coût de la dette au Sud. Les banques centrales des pays les plus industrialisés ont procédé à une baisse des taux d’intérêt, surtout depuis la crise qui a éclaté en Amérique du Nord et en Europe occidentale à partir de 2007-2008, et à l’injection massive de liquidités dans le système financier pour sauver les grandes banques et entreprises endettées, ce qui a impliqué indirectement une baisse du coût du refinancement pour les pays en développement.

Ce financement à bas coût, combiné à l’afflux de capitaux du Nord à la recherche de rendements plus rentables face aux taux d’intérêt bas au Nord et à des recettes d’exportation élevées, a donné aux gouvernements des pays en développement une dangereuse impression de sécurité. Et la situation a commencé à se dégrader depuis 2016-2017 car le taux d’intérêt croissant fixé par la FED (le taux directeur de la FED est passé de 0,25 % en 2015 à 1,5 % en octobre 2019) et les cadeaux fiscaux faits aux grandes entreprises étatsuniennes par Donald Trump entraînent un rapatriement de capitaux vers les Etats-Unis. Par ailleurs, les prix des matières premières ont eu une tendance à baisser ce qui diminue les revenus des pays en développement exportateurs de biens primaires et rendent plus difficile le remboursement de la dette car il s’effectue principalement en dollars ou en d’autres monnaies fortes.

Depuis 2018-2019, une nouvelle crise de la dette touche directement des pays comme l’Argentine, le Venezuela, la Turquie, l’Indonésie, le Nigeria, le Mozambique, …

La dévaluation des monnaies de ces pays renchérit le coût du paiement de leur dette qui s’effectue en dollars principalement.

Panorama global de la dette au Sud

Ces dernières années ont été caractérisées par une augmentation significative de la dette externe en termes absolus. Elle a été multipliée par trois entre 2000 et 2017. La majeure partie de cette augmentation s’est concentrée dans le secteur privé.


Tableau 1. – La dette externe par régions (en milliards de dollars US)


Dans le cas de la dette publique externe, le volume a augmenté mais moins fortement que celui de la dette externe des entreprises privées.


Tableau 2. La dette publique externe par régions (en milliards de dollars US)

La dette au Sud

En dépit des discours optimistes de la Banque mondiale et du FMI, la dette des PED continue de représenter un sérieux obstacle à la satisfaction des droits humains et besoins fondamentaux de leurs habitants. Les inégalités ont profondément augmenté et les progrès dans le développement humain ont été très limités.

L’Afrique

En dépit des discours optimistes de la Banque mondiale et du FMI, la dette des PED continue de représenter un sérieux obstacle à la satisfaction des droits humains et besoins fondamentaux de leurs habitants

En ce qui concerne l’Afrique subsaharienne, les flux sortants vers l’étranger à travers le service de la dette et le rapatriement des bénéfices des transnationales sont très élevés. En 2012, le rapatriement des bénéfices de la région la plus appauvrie de la planète a représenté 5 % de son PIB contre 1 % pour l’aide publique au développement. Dans ce contexte, il convient de se demander : qui aide qui ?

Si l’on prenait en compte le pillage des ressources naturelles de l’Afrique par les grandes sociétés privées, la fuite des cerveaux africains, les biens mal acquis amassés par les classes dominantes africaines et placés dans les pays développés, les manipulations des prix de transfert par les sociétés transnationales privées… on verrait clairement que l’Afrique est saignée à blanc [6].

Les relations européennes avec l’Afrique constitue un exemple d’établissement de relations néocoloniales. Celles-ci se sont développées au-delà du cadre des accords ACP de Cotonou [7]. Aujourd’hui, l’UE impose d’autres cadres plus importants dans ses relations avec l’Afrique, un cadre de partenariat de l’UE pour les migrations (le plan d’action de La Valette avec les processus de Khartoum et de Rabat) et il faut ajouter les cadres et accords bilatéraux que les pays européens ont avec des pays ou régions africains. Sans oublier pour 15 pays africains, le franc CFA qui se transformera prochainement en Eco pour 8 d’entre eux.

Beaucoup de citoyens et citoyennes des pays du Nord ne savent pas à quel point les conditions et clauses imposées dans le cadre de ces accords jettent les bases d’une nouvelle crise de la dette dans les pays en développement. Des faits essentiels que la plupart des gens ignorent sont que, alors que le volume total de l’aide au développement que l’Afrique reçoit chaque année de l’Europe est de plus ou moins 21 milliards de dollars, les migrants Africains établis en Europe versent près de 30 milliards de dollars, soit près de 50 % de plus que le montant de l’aide Européenne ; ou que les fonds actuellement disponibles auprès du Fonds d’Investissement Européen pour l’entièreté du continent africain se chiffrent à 3,3 milliards de dollars, soit l’équivalent du coût d’un projet d’infrastructure de moyenne envergure comme un port.

En outre, le nouveau budget proposé par l’UE couvrant la période 2021 à 2027 prévoit d’allouer plus de 34,9 milliards de dollars à divers mécanismes de contrôle migratoire [8]. Au final, l’Europe dépensera davantage pour faire patrouiller à ses frontières que ce qu’elle alloue à l’Afrique en aide au développement ou ce que l’Afrique subit en termes de pertes commerciales avec l’Europe. L’impact de ces accords sur les résultats commerciaux est également notable. De 2003 à 2014, l’Afrique a toujours eu une balance commerciale excédentaire avec l’Europe, alors que depuis 2015, la tendance s’est inversée pour atteindre près de 30 milliards de dollars de déficit.

L’Amérique latine et les Caraïbes

Tableau 3. La dette et les ressources destinées à son remboursement (en milliards de dollars US) : Amérique latine et Caraïbes [9]

 

L’Amérique latine présente un des soldes négatifs de dette externe les plus élevés parmi les continents en développement pour la période 1985-2017.


Tableau 4. Transferts nets sur la dette extérieure de 1985 à 2017 (en milliards de dollars US) : Amérique latine et Caraïbes


L’impact du paiement de la dette sur l’utilisation des ressources publiques

Tableau 5. Répartition des dépenses dans les budgets nationaux (en % du PIB et en % du budget) en Amérique latine en 2013 [10]

 

 

 

 

 

 

 

Si l’on prend en compte l’évolution, entre 2015 et 2017, des dépenses gouvernementales pour la cinquantaine de pays à bas revenus, on constate une augmentation des dépenses relatives au remboursement de la dette, une réduction des dépenses en matière de santé et une stagnation en matière d’éducation (voir le graphique 1)


Graphique 1 – Dépenses publiques des pays à faibles revenus pour le service de la dette publique, l’éducation et la santé [11] (en % du PIB)

Source : Calculs du secrétariat de la CNUCED basés sur les données des Indicateurs du développement dans le mondede la Banque mondiale et les rapports sur la soutenabilité de la dette des pays à faible revenu du Fonds monétaire international publiés entre 2015 et 2018
Disponibles à : https://data.worldbank.org/indicator/SH.XPD.CHEX.GD.ZSet https://www.imf.org/external/pubs/ft/dsa/lic.aspx

On constate également entre 2015 et 2017, une augmentation des dépenses publiques liées au remboursement de la dette publique en Afrique, en Asie du Sud et en général pour les pays à faibles revenus (voir le graphique 2).


Graphique 2 – Dépenses pour le service de la dette publique des pays en développement par grandes régions (en % du PIB)

Source : Calculs du secrétariat de la CNUCED basés sur les rapports de la soutenabilité de la dette des pays à faible revenu du Fonds monétaire international publiés entre 2015 et 2018.
Disponible à : https://www.imf.org/external/pubs/ft/dsa/lic.aspx

122 pays seraient en réalité en situation d’endettement critique

Selon Milan Rivié https://www.cadtm.org/Nouvelle-crise-de-la-dette-au-Sud qui fait référence au FMI, en juillet 2019, parmi les pays à faible revenu, 9 étaient en situation de surendettement et 24 en position de l’être, soit 39 % d’entre eux [12]. Preuve de l’incapacité (et de l’absence de volonté) des institutions financières internationales (IFI) à répondre efficacement et durablement au surendettement, la moitié de ces pays ont appliqué à la lettre les politiques d’ajustement de l’initiative pour les pays pauvres très endettés PPTE lancée par le G7, la Banque mondiale et le FMI en 1996. Et selon une ONG allemande, 122 pays seraient en réalité en situation d’endettement critique [13].

Il est possible de refuser de payer une dette illégitime

Il est tout à fait possible de résister aux créanciers, comme l’a prouvé le Mexique sous Benito Juarez qui a refusé d’assumer en 1867 les emprunts que le régime de l’empereur Maximilien avait contractés auprès de la Société Générale de Paris deux ans plus tôt pour financer l’occupation du Mexique par l’armée française [14]. En 1914, en pleine révolution, quand Emiliano Zapata et Pancho Villa étaient à l’offensive, le Mexique a suspendu complètement le paiement de sa dette extérieure considérée comme illégitime, remboursant seulement, entre 1914 et 1942, des sommes symboliques à seule fin de temporiser. Entre 1934 et 1940, le président Lázaro Cárdenas a nationalisé sans indemnisation l’industrie pétrolière et les chemins de fer, et a exproprié plus de 18 millions d’hectares des grandes propriétés foncières pour les remettre aux communautés indigènes. La ténacité a été payante : en 1942, les créanciers ont renoncé à environ 90 % de la valeur des crédits et se sont contentés de faibles indemnisations pour les entreprises dont ils avaient été expropriés. Le Mexique a pu connaître un grand développement économique et social aux cours des décennies 1930 à 1960. D’autres pays comme le Brésil, la Bolivie et l’Équateur ont suspendu avec succès les paiements à partir de 1931. Dans le cas du Brésil, la suspension sélective des remboursements a duré jusqu’en 1943, où un accord a permis de réduire la dette de 30 %.

Le refus de payer la dette illégitime constitue une mesure nécessaire mais elle est insuffisante pour générer le développement. Il faut appliquer un programme cohérent de développement

Plus récemment, en Équateur, le président Rafael Correa a mis en place en juillet 2007 une commission d’audit de la dette publique. Après quatorze mois de travail, elle a remis des conclusions qui démontraient le caractère illégitime et illégal d’une grande partie de la dette publique. En novembre 2008, le gouvernement a décidé de suspendre unilatéralement le remboursement de titres de la dette vendus sur les marchés financiers internationaux et venant à échéance en 2012 et en 2030. Finalement, le gouvernement de ce petit pays est sorti vainqueur d’une épreuve de force avec les banquiers nord-américains détenteurs de ces titres. Il a racheté pour 900 millions de dollars des titres valant 3,2 milliards de dollars. Ce faisant, le Trésor public équatorien a économisé environ 7 milliards de dollars sur le capital emprunté et sur les intérêts qui restaient à payer. Ainsi, il a été en mesure de dégager de nouveaux moyens financiers permettant d’augmenter les dépenses sociales (ce que montre le tableau 5). L’Équateur n’a pas fait l’objet de représailles internationales [15].

Il est évident que le refus de payer la dette illégitime constitue une mesure nécessaire mais elle est insuffisante pour générer le développement. Il faut appliquer un programme cohérent de développement. Il s’agit de générer des ressources financières en augmentant les ressources de l’État à partir d’impôts respectant la justice sociale et environnementale (Millet et Toussaint, 2018).

Eric Toussaint


Bibliographie

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  • King, J. (2006). Odious Debt : The Terms of Debate, North Carolina Journal of International Law and Commercial Regulation, vol. 32 no. 4.
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  • MILLET Damien et TOUSSAINT Eric, « Il était une fois un gouvernement populaire qui voulait en finir avec le modèle extractiviste – exportateur », https://www.cadtm.org/Il-etait-une-fois-un-gouvernement-populaire-qui-voulait-en-finir-avec-le-modele
  • MILLIKAN, Max et ROSTOW, Walt Whitman. 1957. A proposal : Keys to An Effective Foreign Policy, Harper, New York, p. 158.
  • RIVIÉ, Milan, « Nouvelle crise de la dette au Sud », https://www.cadtm.org/Nouvelle-crise-de-la-dette-au-Sud
  • REINHARDT Carmen et ROGOFF Kenneth, Cette fois, c’est différent. Huit siècles de folie financière, Paris, Pearson, 2010.
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  • SAMUELSON, Paul. 1980. Economics, 11e édition, McGraw Hill, New York, p. 617-618.
  • TOUSSAINT, Éric (2017), Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les Liens qui Libèrent, Paris, 2017

Notes :

[1Voir Éric TOUSSAINT, « La dette : l’arme qui a permis à la France de s’approprier la Tunisie », cadtm.org, 31 mai 2016 : https://www.cadtm.org/La-dette-l-arme-qui-a-permis-a-la

[2Voir Éric TOUSSAINT, « La dette comme instrument de la conquête coloniale de l’Égypte », cadtm.org, 20 mai 2016 : https://www.cadtm.org/La-dette-comme-instrument-de-la

[3Voir Éric TOUSSAINT, « La Grèce indépendante est née avec une dette odieuse », cadtm.org, 12 avril 2016 : https://www.cadtm.org/La-Grece-independante-est-nee-avec

[4Moyen-Orient et Afrique du Nord

[5Pays d’Europe centrale et orientale + la Turquie

[6Nous recommandons la lecture des travaux de l’économiste Léonce Ndikumana, notamment « Savings, Capital Flight, and African Development – Part 1 », 12 août 2014, http://triplecrisis.com/savings-capital-flight-and-african-development-part-1/ et http://triplecrisis.com/author/leonce-ndikumana/#sthash.vlyv7ARw.dpuf.
Voir également la vidéo en anglais http://triplecrisis.com/video-africa-lost-1-6-trillion-in-capital-flight-and-odious-debt-over-forty-years/

[7L’accord de partenariat ACP-EU, signé à Cotonou, le 23 juin 2000, a été conclu sur une période de 20 ans, de 2000 jusqu’à 2020. C’est l’accord de partenariat le plus complet entre les pays en développement et l’UE. Depuis 2000, il a servi de cadre aux relations entre l’UE et 79 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). En 2010, la coopération ACP-EU a été adaptée aux nouveaux défis tels que le changement climatique, la sécurité alimentaire, l’intégration régionale, la fragilité institutionnelle et l’efficacité de l’aide au développement. A voir ici : https://ec.europa.eu/europeaid/regions/african-caribbean-and-pacific-acp-region/cotonou-agreement_en

[8EU will spend more on border and migration control than on Africa”. Euractiv. 1er aout 2018. Voir ici : https://www.euractiv.com/section/africa/news/for-tomorrow-eu-will-spend-more-on-border-and-migration-control-than-on-africa/

[9Les remboursements correspondent à la somme des amortissements et du paiement des intérêts sur la dette.

[10Source : Les données pour l’Argentine au niveau gouvernemental proviennent du Budget général de la Nation pour l’année 2013 : Ministère d’économie et des finances publiques, Présidence de la Nation (Argentine), Presupuesto 2013 Resumen, Buenos Aires, 2013, http://www.mecon.gov.ar/onp/html/presupresumen/resum13.pdf ;
Les données pour le Brésil relatives au gouvernement central pour l’année 2014 proviennent de l’Audit citoyen de la dette : Maria Lucia Fattorelli, « Dívida consumirá mais de um trilhão de reais em 2014 », Auditoria Cidadã da Dívida, http://www.auditoriacidada.org.br/wp-content/uploads/2013/09/Artigo-Orcamento-2014.pdf ;
Les données pour la Colombie proviennent du Budget général de la Nation pour 2013 : Ministerio de Hacienda y Crédito Público, República de Colombia, Presupesto general de la Nación, 2013, http://www.minhacienda.gov.co/presupuesto/index.html ;
Celles pour l’Équateur du Budget général de la Nation pour 2012 : Ministère des finances, Gouvernement national de la République d’Équateur, Presupuesto General del Estado, 2012, http://www.finanzas.gob.ec/el-presupuesto-general-del-estado.

[11Cela concerne une cinquantaine de pays à bas revenus.

[12Liste des neuf pays en situation de surendettement au 31 juillet 2019 : Congo-Brazzaville, Gambie, Grenade, Mozambique, Sao Tomé et Principe, Somalie, Soudan, Sud Soudan et Zimbabwe. Liste des vingt-quatre pays à haut risque de surendettement : Afghanistan, Burundi, Cameroun, Cap vert, Djibouti, Dominique, Éthiopie, Ghana, Haïti, Îles Marshall, Kiribati, Laos, Maldives, Mauritanie, Micronésie, RCA, Samoa, Sierra Leone, St Vincent les Grenadines, Tadjikistan, Tchad, Tonga, Tuvalu et Zambie. Voir FMI, “List of LIC DSAs for PRGT-Eligible Countries. As of july 31, 2019”. Consulté le 15 août 2019. Disponible à : https://www.imf.org/external/Pubs/ft/dsa/DSAlist.pdf et Nations unies, Financing for Sustainable Development Report 2019. Disponible à : https://developmentfinance.un.org/sites/developmentfinance.un.org/files/FSDR2019.pdf

[13Jürgen Kaiser, “Global sovereign debt monitor”, Erlassjahr & Misereor, 2019, p.4. Disponible à : https://erlassjahr.de/en/news/global-sovereign-debt-monitor-2019/

[14Voir Éric TOUSSAINT, « Le Mexique a prouvé qu’il est possible de répudier une dette », cadtm.org, 22 juil-let 2017 : https://www.cadtm.org/Le-Mexique-a-prouve-qu-il-est

[15Eric Toussaint, Eleni Tsekeri, Pierre Carles « Équateur : Historique de l’audit de la dette réalisée en 2007-2008. Pourquoi est-ce une victoire ? » (vidéo de 14 minutes) https://www.cadtm.org/Equateur-Historique-de-l-audit-de

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Ces psychopathes au pouvoir: danger pour les peuples

janvier 17th, 2020 by Daniel Vanhove

En politique, il est souvent difficile de démêler le faux du vrai tant les médias manipulent l’opinion. Ce n’est pas un hasard, mais au contraire voulu par les délinquants du petit cercle politico-médiatique qui nous gouvernent et où défilent message: les chroniqueurs attitrés venant nous déverser leur soupe habituelle. Sauf que de plus en plus de citoyens n’y croient plus et les renvoient à leurs gamelles.

Les raisons qui sous-tendent certains évènements, particulièrement quand ils sont inavouables, doivent rester cachées. L’on nous maintient dans l’ignorance, le brouillard, la confusion. C’est encore plus vrai en géopolitique, domaine essentiel qui conditionne les politiques intérieures ensuite, et où nous manquons souvent d’informations à la source qui nous permettraient d’élaborer une réflexion objective. Sauf que l’expérience nous a appris que la réalité des faits finit par remonter à la surface, nous révélant alors les impostures des équipes au pouvoir. 

Ainsi de l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani accompagné par le chef du Hezbollah irakien Abu Mahdi al-Muhandis et quelques hommes. Beaucoup de choses ont été déclarées. Or chaque jour qui passe apporte de nouveaux éléments, venant contester les affirmations annoncées la veille ou l’avant-veille.

Plusieurs mensonges sont venus contredire les réalités du terrain. Ainsi, quand l’énergumène qui préside les USA  tweete qu’après la riposte iranienne sur la base militaire d’Aïn al-Asad, tout va bien et qu’il n’y a aucune victime à déplorer, il ment. Il semble y avoir eu plusieurs morts et des hôpitaux en Jordanie, Israël et même en Allemagne ont accueilli des dizaines de blessés amenés par avions et hélicoptères en provenance du théâtre des opérations. Les autorités irakiennes ont d’ailleurs été appelées en renfort au niveau médical et logistique pour aider à dégager les victimes des gravats.

De même, quand ce grossier président se félicite quelques heures plus tard en conférence de presse que non seulement il n’y a aucune victime, mais que les dégâts matériels sont insignifiants, il ment encore. Les photos qui, malgré la censure imposée, ont fini par parvenir aux agences de presse montrent à quel point les infrastructures de l’une des bases militaires US les plus importantes de la région ont été détruites, la rendant quasi inopérante. Les témoignages de militaires présents sur la base au moment des impacts commencent à confirmer ‘l’enfer’ que ce fut.

Mais cela n’explique toujours pas pourquoi D. Trump a pris la décision d’assassiner le général iranien, contre l’avis de ses conseillers y compris ceux du Pentagone pourtant parmi les plus belliqueux que compte l’administration américaine. Au point que quelques heures plus tard, la Chambre des représentants ait voté en faveur d’un projet de loi limitant dorénavant les pouvoirs du président pour éviter de nouvelles initiatives guerrières contre l’Iran, celles-ci mettant la vie des ‘boys’ en danger.

Les raisons de cette intervention sont multiples. Une première en est que derrière ce type d’assassinat se trouvent les services secrets (Mossad) du régime israélien. Qui, malgré s’en être réjoui n’a pas fait grand bruit après le décès annoncé de Q. Soleimani, préférant rester discret, sachant la capacité de réponse des autorités iraniennes. Et craignant peut-être que la grande confrontation annoncée par différents acteurs de l’Axe de la Résistance – l’éradication à venir du régime sioniste, et qui était un objectif de Q. Soleimani – ne soit arrivée.

Derrière toute action qui ébranle le Moyen-Orient se trouve le gouvernement israélien, qu’il soit de droite ou de gauche n’est pas la question. La Palestine le paie chaque jour depuis plus de 70 ans d’une guerre coloniale que d’aucuns qualifient encore de ‘conflit’ entre parties – comme si une idéologie coloniale qui vole les biens et les vies des autochtones relevait d’un ‘conflit’ ; l’Irak de S. Hussein en a fait les frais sous prétexte ‘d’armes de destruction massive’ ; puis ce fut le tour de la Libye du colonel Khadafi qui voulait ‘massacrer la population de Benghazi’ ; et ensuite celui de la Syrie du clan al-Assad qui aurait réprimé avec violence une contestation citoyenne surgie ‘spontanément’, quand les documents de Wikileaks – dont la lente agonie de sa figure emblématique J. Assange se meurt dans les geôles britanniques dans l’indifférence quasi générale de nos gouvernements – révélaient le plan américano-sioniste de 2005 pour ’un remodelage du Moyen-Orient’. Aujourd’hui, c’est au tour de l’Iran des méchants ayatollahs pour leur obscurantisme chi’ite, et leur obsession d’acquérir la bombe atomique, quand on sait que ceux qui ont dénoncé ‘l’accord 5+1’ au bout de 15 ans d’âpres négociations sont les Américains, cornaqués en cela par Tel-Aviv. 

Tout ceci n’a pour toile de fond que le démembrement des Etats nations du Moyen-Orient, pour les affaiblir et écarter ainsi toute menace sur Israël. Les intérêts du régime sioniste sont prioritaires et bien défendus par les lobbies juifs ainsi que par M. Pompéo et M. Pence convaincus de participer à l’histoire et aux thèses des chrétiens évangéliques, plus sionistes en cela que certains juifs eux-mêmes. Et les annonces répétées du président Trump voulant sortir ses troupes du Moyen-Orient, paniquent le régime israélien qui se voit d’un coup bien esseulé face à une résistance qui se renforce chaque jour. Il faut donc tout tenter pour les obliger à se maintenir dans la région, espérant que les réponses iraniennes les forceront à y rester. Mauvais calcul, mais tant Tel-Aviv que les USA les multiplient ces derniers temps, ébranlés par la perte de leur puissance.

Une deuxième raison en est que l’administration américaine exerce des pressions sur l’Irak comme sur la Syrie pour s’approprier leur pétrole et les revenus qu’en tirent ces Etats. Rien de moins. Non contents d’avoir ravagé et détruit ces pays à travers leurs brutales interventions militaires depuis des années, les USA ne cachent plus le fait qu’ils sont de vrais gangsters. Il y a quelques mois, le président B. al-Assad déclarait qu’il préférait le président Trump car il était ‘plus transparent que ses prédécesseurs’ qui agissaient de la même manière criminelle mais sans l’annoncer, se voyant même parfois auréolés d’un Prix Nobel de la Paix !

Dernière menace en cours : D. Trump a averti les autorités irakiennes que si celles-ci finissaient par contraindre les troupes US à quitter le pays, les avoirs irakiens issus du pétrole déposés dans les coffres des banques américaines seraient confisqués. Les montants en jeu n’ont pas été divulgués, mais selon certaines sources, il pourrait s’agir de plusieurs milliards de dollars. Si la mode vestimentaire a changé, ce pays est toujours animé par son esprit ‘Western’ qui à l’époque déjà l’a amené à s’approprier les biens des Amérindiens à travers un génocide qu’il faut continuer à dénoncer.

Une troisième raison est la signature des autorités irakiennes avec les autorités chinoises pour la reconstruction des infrastructures du pays au nez et à la barbe des Etats-unis. Au vu des destruction que ces derniers y ont provoquées, le marché est pharaonique, et malgré les pressions exercées par le gouvernement US pour dénoncer cet accord et tenter de rafler la mise, l’Irak y résiste et veut le maintenir.

Une quatrième raison pour laquelle D. Trump aurait pris sa décision : selon le premier ministre irakien démissionnaire Adil Abdul-Mahdi, la possibilité d’une détente entre l’Iran et l’Arabie saoudite en négociations pour tenter de désamorcer la guerre menée au Yémen et qui se révèle être un fiasco complet pour la monarchie saoudienne. Ce qui, au passage, n’est évidement pas du goût du régime de Tel-Aviv.

Les princes saoudiens ont d’ailleurs envoyé illico une délégation à Washington pour exhorter le gouvernement américain à la retenue, sachant leur incapacité à gagner celle qu’ils mènent au Yémen, une nouvelle guerre leur serait fatale. Dans le même ordre d’idées, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Gutteres à d’ailleurs déclaré : « Le monde ne peut se permettre une nouvelle guerre dans le Golfe ». 

Cinquième raison de cet assassinat qui contrevient au Droit international, et non des moindres : le pétrodollar garantit aux USA le rôle du dollar dans son statut de réserve mondiale, ayant permis d’asseoir leur hégémonie sur la planète. Cela veut dire par exemple que quand n’importe quel pays au monde veut payer ses achats de pétrole à ses fournisseurs, il doit d’abord convertir sa monnaie et acheter des dollars pour pouvoir effectuer la transaction. Vu les montants engagés il n’est pas difficile de comprendre les sommes astronomiques que cela représentent et la puissance que les Etats-unis ont pu en tirer depuis des décennies.

Ces dernières années, quelques pays ont tenté de refuser ce diktat US et ont élaboré le projet de ne plus payer les factures pétrolières en pétrodollars, mais en yuans chinois ou en roubles russes, voire en euros au nombre desquels S. Hussein, M. Khadafi, H. Chavez… qui en ont fait les frais, ainsi que V. Poutine, Xi Jinping, N. Maduro, E. Morales, et l’Iran, tous sous pressions, mais néanmoins déterminés de se débarrasser de ce poids inique et refusant cette vision unipolaire américaine au profit d’un monde multipolaire plus équilibré que celui dicté par la puissance américaine en déclin, mais qui ne l’accepte pas.

Sixième raison dont je ne peux faire l’impasse, bien que plus triviale, mais faut-il s’en étonner : les élections présidentielles américaines de novembre prochain où D. Trump veut apparaître pour celui qui a rendu les USA « great again » ! Quand on en est à un tel niveau de bassesse et que l’on s’autorise tous les coups, il ne faut pas être surpris de tels calculs sordides. Comme je l’exprimais déjà dans mon livre « La Démocratie Mensonge », à ce niveau de pouvoir, nos vies de citoyens de comptent pas. Nous vivons vraiment dans des mondes différents. Ces gens-là ne se servent de nous que pour asseoir leur pouvoir. Tout le reste n’est que vétille aux yeux de ces psychopathes :

«  (…) Dans le même temps, les pontes arrogants qui nous gouvernent – ou plutôt, nous manipulent – ne semblent pas encore bien se rendre compte que, si l’information ‘officielle’ circule partout et de manière instantanée via une orchestration parfaite de médias sous contrôle, fort heureusement aujourd’hui, la contre information circule également (…) Pour ceux qui nous gouvernent, la perte d’un, dix ou cent civils ne pèse rien, mais perdre un militaire qu’il a fallu former pendant de longues années aux techniques toujours plus complexes d’une puissance létale devenue aussi ruineuse que terrifiante, devient hors prix (…) 

Ceux-là mentent comme ils respirent et continuent à penser que les citoyens sont dupes. Quand je me rappelle de la mise en scène grotesque de Colin Powell à l’ONU, alors Secrétaire d’Etat sous le 1er mandat de l’administration Bush, avant l’invasion de l’Irak, sortant de sa poche une petite fiole censée contenir l’échantillon d’un produit hautement toxique que Saddam Hussein, bête noire du moment, s’apprêtait à larguer en masse sur nos innocentes « démocraties », je ne sais s’il faut rire ou pleurer… Comment est-il possible, à ce niveau de pouvoir, de se prêter à pareille facétie ? Lentement, leur bêtise vient donc compléter leurs mensonges… 

Combien de temps, une vraie « démocratie » peut-elle souffrir de se vider ainsi de sa propre substance, avant de basculer ? Les nettes poussées extrémistes perceptibles dans plusieurs pays ne sont probablement pas étrangères à cette malhonnêteté de nos classes dirigeantes. Par leur pleutrerie et leurs collusions malsaines, ces dernières laissent s’installer voire favorisent la peste brune que seuls leurs discours arrangés condamnent…» *

Dès lors, dans le droit fil de ce qui précède, l’Eurasie est en plein chamboulement et il serait bien utile que la diplomatie européenne ne se trompe pas d’alliances, au risque de nous entraîner du mauvais côté de la balance. Souvent, dans ce que l’on peut voir et entendre ces derniers temps, les messages des responsables politico-médiatiques des pays européens ne sont malheureusement pas encourageants et sont encore empreints de cette insupportable arrogance qui les caractérisent.

Comme je le dis souvent, la géographie finit toujours par avoir le dernier mot sur l’histoire. Ces responsables auront-ils le recul, la mémoire et un peu de modestie pour s’en souvenir et revenir à la réalité des faits au lieu de s’arc-bouter sur leur idéologie atlantiste perdante, comme tout un chacun peut le constater ?

Daniel Vanhove

Le 16 janvier 2020

* « La Démocratie Mensonge » – 2008 – Ed. M. Pietteur – Extrait

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16 janvier 2020: «Le Canada est peut-être l’ami d’Haïti, mais certainement pas celui du peuple haïtien!» a déclaré en entrevue Pacha Vorbe, membre du comité exécutif de la Famni Lavalas, à Martin Forgues, journaliste et auteur lors d’un reportage effectué à Haïti en 2019.

Au moment où nous commémorons le 10e anniversaire du terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010, Martin Forgues nous rappelle les actions des faux amis d’Haïti, et particulièrement celle des États-Unis, du Canada et de la France, qui ont précédé et suivi le tremblement de terre et qui ont mis ce pays en très mauvaise posture pour composer une telle catastrophe naturelle.

Ce sont le coup d’État de février 2004, la réunion de planification de janvier 2003 tenue à Gatineau, Québec et organisée par le gouvernement du Canada et pudiquement appelée par le nom de code «Initiative d’Ottawa sur Haïti», le programme Pétro-Caribe lancé par le Venezuela, dont les fonds ont été détourné au profit d’une élite que les faux amis d’Haïti ont choisi de mettre au pouvoir.

En faisant la comparaison avec l’Afghanistan sous occupation militaire, pays qu’il connaît bien, Martin Forgues démontre comment les puissances étrangères mettent au pouvoir une élite corrompue, souvent criminelle afin de protéger leurs intérêts et non pas ceux du peuple haïtien.

Martin Forgues insiste que la crise actuelle va continuer parce qu’il s’agit surtout d’un combat entre les classes populaires et des dirigeants corrompus et fantoches des puissances étrangères.

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Mardi, les ministères des Affaires étrangères de Berlin, Londres et Paris ont déclaré qu’ils déposeraient plainte contre l’Iran pour violation de l’accord nucléaire de 2015. Ils pourraient ensuite répudier l’accord, que Washington a répudié en 2018. En outre, cela ouvre la voie vers la réimposition des sanctions de l’ONU et l’alignement de l’Europe sur la campagne américaine contre l’Iran qui menace de provoquer une guerre généralisée au Moyen-Orient.

Cette déclaration est une provocation cynique, qui défend l’agression en prétendant prôner la diplomatie. Elle fait le silence sur le fait que Washington a failli bombarder l’Iran en juin dernier après que l’Iran ait abattu un drone américain au-dessus de son territoire, et sur le meurtre illégal par drone américain, le 3 janvier, du général iranien Qassem Suleimani à Bagdad. Elle dénonce plutôt les réactions de l’Iran aux actions américaines, y compris son initiative d’abandonner progressivement l’accord, le Plan d’action global conjoint (JCPoA). De cette manière biaisée, il présente l’Iran comme une menace nucléaire.

«Nous n’acceptons pas l’argument selon lequel l’Iran serait autorisé à cesser partiellement la mise en œuvre de ses engagements au titre du JCPoA», dit-il, citant des discussions avec l’Iran en novembre et décembre. «Au lieu de faire marche arrière, l’Iran a choisi de restreindre encore davantage la mise en œuvre des dispositions du JCPoA et a annoncé le 5 janvier qu’il ne respecterait plus “le dernier élément essentiel des limites posées par l’Accord, à savoir la limitation du nombre de centrifugeuses”», ajoute-t-il.

Le chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, s’est entretenu avec des journalistes au Parlement européen, annonçant que les ministères des affaires étrangères de Berlin, Londres et Paris allaient déposer plainte contre l’Iran pour avoir prétendument violé le traité nucléaire iranien de 2015. (AP Photo/Jean-Francois Badias)

Elle prétend sans preuve que l’action de l’Iran a «des implications de plus en plus graves et irréversibles en matière de prolifération», en clair que l’Iran construir une bombe atomique: «Nous n’avons plus d’autre choix, étant donné les mesures prises par l’Iran, que de faire part aujourd’hui de nos préoccupations quant au fait que l’Iran ne respecte pas ses engagements au titre du JCPoA et de saisir la commission conjointe dans le cadre du mécanisme de règlement des différends, conformément aux dispositions du paragraphe 36 du JCPoA».

Cette affirmation selon laquelle l’Iran est sur le point de fabriquer des armes nucléaires n’a aucun fondement factuel. Les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) restent en Iran pour surveiller ses centrales nucléaires. L’Iran n’a pas répudié le Traité de non-prolifération nucléaire, qu’il a signé. Cependant, faisant écho aux actions des États-Unis avant l’invasion illégale de l’Irak en 2003, les puissances européennes rejettent les inspections de l’AIEA. Elles s’alignent sur les allégations non fondées des gouvernements américain et israélien selon lesquelles l’Iran est sur le point de construire une arme nucléaire.

Une grande part de la déclaration européenne est consacrée à minimiser le danger de guerre que pose leur politique. Elle dit cyniquement «regretter» la répudiation américaine du traité nucléaire iranien. Se posant en défenseurs de la paix, elle insiste sur le fait que l’Europe veut «sincèrement» sauver le traité nucléaire iranien alors qu’ils s’apprêtent à le mettre au rebut.

Ils affirment: «Ce faisant, nos trois pays ne rejoignent pas la campagne visant à exercer une pression maximale contre l’Iran. Nous agissons en toute bonne foi avec l’objectif primordial de préserver l’accord et dans l’espoir sincère de trouver une solution pour sortir de l’impasse par le biais d’un dialogue diplomatique constructif, tout en restant dans son cadre. Nous espérons ramener l’Iran au plein respect de ses engagements au titre du JCPoA».

C’est un tissu de mensonges, contredit par leurs appels publics à se débarrasser du traité nucléaire iranien et à soutenir les actions de Trump contre Téhéran. Mardi matin, alors que la déclaration européenne était en préparation, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, est passé sur l’émission «Breakfast TV» de la BBC. Il a dit que l’Europe devrait abandonner le JCPoA et soutenir les initiatives visant à négocier un «accord de Trump» avec l’Iran.

À propos de l’accord nucléaire iranien, Johnson a dit: «Si nous voulons nous en débarrasser, il faut le remplacer. Remplaçons-le par l’accord de Trump.»

Il a poursuivi: «Du point de vue américain, c’est un accord imparfait […] de plus, le président Obama l’a négocié. Remplaçons-le par l’accord Trump. C’est ce que nous devons voir. Le président Trump est un grand négociateur, il le dit comme beaucoup d’autres. Travaillons ensemble pour remplacer le JCPoA et obtenir l’accord Trump à la place.»

La stratégie de «négociation» de Trump a consisté à menacer ou à exécuter des actes de guerre, comme l’assassinat de hauts responsables iraniens et la menace de frappes aériennes. Les signataires de la déclaration conjointe d’hier envisagent bien une politique de «pression maximale» — c’est-à-dire, éventuellement, de guerre — contre l’Iran.

Le régime iranien a réagi en déclarant mollement qu’il respecte l’accord. Il a critiqué l’Europe pour avoir arrêté le commerce avec lui après que Washington ait annulé le traité et imposé des sanctions. Le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré: «Après un an, la partie européenne n’a pas réussi à remplir ses obligations. Cela a poussé l’Iran à réduire ses engagements au titre du JCPoA en cinq étapes prises en vertu des articles 26 et 36 de l’accord nucléaire». Il a averti que l’Europe subirait des «conséquences» non précisées de son action.

Moscou a condamné la déclaration européenne, réfutan son affirmation que l’Europe est «en étroite consultation» avec la Russie et la Chine. «Nous n’excluons pas que les actions irréfléchies des Européens puissent conduire à une nouvelle escalade autour de l’accord nucléaire iranien», a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les menaces américaines et européennes contre l’Iran constituent un grave danger d’escalade qui pourrait déboucher sur une guerre mondiale. Une guerre américano-européenne contre l’Iran impliquerait la Russie et la Chine, comme l’a fait la guerre par procuration de l’OTAN lancée en Syrie en 2011. En décembre, des navires russes et chinois menaient des exercices conjoints avec des vaisseaux iraniens dans l’océan Indien. Téhéran insistait qu’il ne pouvait être militairement isolé de la Russie et de la Chine, ses deux alliés dotés de l’arme nucléaire.

Néanmoins, Washington et les puissances européennes, enhardis par la réaction faible du régime bourgeois iranien au meurtre de Soleimani, font monter la pression. Téhéran a frappé des bases américaines en Irak sans faire de victime, mais les dirigeants iraniens ont d’abord menti, affirmant qu’ils avaient tué 80 soldats américains. Ils ont aussi nié, à tort, avoir abattu par erreur un avion de ligne ukrainien, qu’il croyait être un avion de guerre hostile. Téhéran n’a pas fait appel à l’énorme opposition à la guerre dans la classe ouvrière internationale.

Le quotidien Global Times en Chine, à présent le principal acheteur de pétrole iranien, a cité l’ancien ambassadeur de Chine en Iran, Hua Liming, qui a déclaré: «L’Iran avait en fait un bon jeu au départ: le monde se sentait solidaire et son peuple était un par la fureur antiaméricaine, mais il a gaffé.» Le journal a conclu que la réponse de Téhéran «a gravement porté atteinte à l’image et à la crédibilité du Corps des Gardiens de la révolution iraniens auprès du peuple. … Téhéran n’a pas bien joué, et la situation s’est retournée contre lui.»

Georges Malbrunot, chroniqueur au quotidien de droite Le Figaro, conclut pour sa part que «l’Iran est piégé par la frappe contre Souleimani». Citant la crainte à Téhéran des manifestations contre la destruction de l’avion ukrainien, il a dit que Téhéran craignait d’être contraint à une confrontatio avec l’Amérique plus tôt que prévu-: «La riposte américaine est venue trop tôt dans la stratégie de Téhéran, qui tablait sur une escalade à l’été prochain».

Washington compte intensifier les opérations de guerre. Au Hoover Institute, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a déclaré que le meurtre de Soleimani faisait partie d’une «stratégie plus vaste» visant à «établir une dissuasion» contre la Russie et la Chine. Trump venait de dissiper le mensonge selon lequel il avait fait assassiner Suleimani pour avoir préparé des attaques contre des ambassades américaines, en déclarant lundi que «cela n’a vraiment pas d’importance» que Suleimani représente une menace ou non.

Selon Pompeo, «Le président Trump et ceux d’entre nous qui font partie de son équipe de sécurité nationale rétablissent la dissuasion, une véritable dissuasion, contre la République islamique d’Iran. L’adversaire doit comprendre non seulement qu’on peut imposer un coût, mais qu’on est en fait prêt à le faire». Il a cité le retrait des États-Unis du traité de contrôle des armes nucléaires à portée intermédiaire avec la Russie ainsi que les menaces de guerre commerciale et les déploiements navals américains contre la Chine. Il a conclu, «L’importance de la dissuasion n’est pas limitée à l’Iran.»

La politique agressive des puissances européennes et la faillite de la réponse du régime iranien soulignent que seule la mobilisation indépendante de l’opposition à la guerre dans la classe ouvrière internationale peut arrêter une nouvelle flambée de guerres.

Alex Lantier 

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Les médias internationaux sont entrés en crise à la suite du remplacement du leader de l’opposition vénézuélienne Juan Guaidó à la tête de l’Assemblée Nationale du Venezuela.

De manchette en manchette, c’est le président vénézuélien Nicolás Maduro qui “prend le contrôle” (NBC, 1/6/20), “revendique le contrôle” (New York Times, 1/5/20 ; CNBC, 1/6/20) ou “se saisit” du parlement (Reuters, 1/5/20 ; NPR, 1/6/20), quand il ne “s’empare” pas de Guaidó (Wall Street Journal, 1/5/20)…

Le Washington Post (1/5/20) porte l’hystérie à un niveau supérieur, proclamant de façon hyperbolique que “la dernière institution démocratique du Venezuela tombe car Maduro tente de prendre de facto le contrôle de l’Assemblée nationale”.

De tels titres masquent le fait élémentaire, certes gênant, que Guaidó n’a pas réussi à obtenir les votes nécessaires des députés de sa propre coalition de droite pour continuer à exercer la présidence de la législature, ce qui l’a conduit à convoquer une session parallèle, ad hoc, dans les bureaux… du journal de droite vénézuélien El Nacional.

Le Washington Post (1/5/20) décrit l’élection parlementaire qui a choisi un autre candidat que celui de Washington au perchoir de l’assemblée nationale comme une “sédition interne de l’opposition.”

 

Servir la propagande de l’État

Les journalistes des médias privés répètent la litanie du Département d’Etat pour qui l’élection parlementaire du 5 janvier, qui a vu les députés élire Luis Parra comme nouveau président du corps législatif, était “bidon” car Guaidó et ses fidèles n’ont pu assister à la session, rendant le vote nul.

Le gouvernement socialiste du Venezuela a installé un nouveau chef du Congrès dimanche après que des troupes armées ont empêché les législateurs de l’opposition d’entrer au Parlement” déplore ainsi Reuters (1/5/20).

Comme l’a rapporté Venezuelanalysis (1/5/20), ce récit est réfuté par le législateur pro-Guaidó William Davila, qui, après s’être rendu à l’assemblée législative, a déclaré à la presse qu’à quelques exceptions près, pratiquement tous les députés ont été autorisés à prendre leur siège. D’autres législateurs de l’opposition de haut niveau, dont les premier et deuxième vice-présidents sortants de l’assemblée, étaient visiblement présents à l’intérieur du parlement.

De plus, les nombreuses preuves vidéo révèlent que Guaidó n’a pas été le moins du monde “empêché”, comme l’affirme le New York Times(1/5/20), d’entrer dans le parlement, mais a refusé de le faire si ne pouvaient entrer avec lui quelques députés de droite dont l’immunité parlementaire a été révoquée il y a longtemps pour diverses infractions pénales. Sachant probablement qu’il n’aurait pas les voix nécessaires pour être réélu, M. Guaidó a usé de ce stratagème. Puis a refusé d’entrer par la porte principale pour rejoindre les députés de son camp et assister à la session, arrivant en retard, et allant jusqu’à escalader une grille latérale: un show publicitaire à usage exclusif des caméras des médias occidentaux qui ont par ailleurs ignoré les faits cruciaux à l’origine de ces événements.

New York Times: au Venezuela Maduro revendique le contrôle de l’Assemblée nationale, resserrant la main sur le pouvoir. New York Times

Les médias privés ont renforcé leur mensonge sur “l’interdiction” de l’opposition pro-Guaidó au Parlement en prétendant bizarrement que le vote qui a suivi dans les bureaux d’El Nacional était lui… “officiel”. Le Washington Post (1/5/20) a d’ailleurs déclaré : « Avec un score de 100 contre 0 – assez pour le mettre au sommet lors d’une session complète de la chambre de 167 sièges – les personnes présentes ont réélu Guaidó à la tête de la législature« . Les journalistes ont manifestement négligé de vérifier le décompte des votes, qui contenait des irrégularités flagrantes, comme les votes.. par Skype de législateurs étrangers qui ont fui des poursuites pénales, ainsi que ceux des suppléants de députés… qui avaient déjà voté pour le rival victorieux de Guaido, élu nouveau président de l’assemblée, le député de droite Luis Parra. Comme l’a souligné depuis Miami la journaliste de droite radicale Patricia Poleo, José Regnault Hernandez (suppléant du nouveau second vice-président de l’Assemblée nationale José Gregorio Noriega) a été autorisé à voter pour Guaidó alors que Noriega s’était lui-même présenté aux élections au sein de l’équipe rivale plus tôt dans l’après-midi…

Il y a une certaine ironie dans le fait que des organes de presse occidentaux s’empressent de déclarer la légitimité d’un vote irrégulier tenu dans les bureaux d’un journal local, compte tenu des efforts qu’ils ont déployés pour nier l’existence de la liberté de la presse au Venezuela (FAIR.org, 5/20/19). Et ce alors qu’un des responsables du massacre des familles paysannes d’El Mozote au Salvador (1981), Elliott Abrams, nommé en 2019 par Trump “envoyé spécial pour le Venezuelavient de révéler que les Etats-Unis ont versé des millions de dollars à la presse et aux partis de droite en 2019 et qu’ils continueront à le faire en 2020.

« J’ai pour norme de vie de ne pas rire du malheur d’autrui mais aujourd’hui le terme « ridicule » a un synonyme en Amérique Latine: Juan Guaido » Rafael Correa, 6 janvier 2019. Photo: à Caracas, se sachant abandonné par la majorité de ses ex-partisans de droite fatigués de sa corruption, Juan Guaido pose pour les caméras du monde entier sur une grille puis sur le trottoir du parlement sur le mode « on ne me laisse pas entrer« . Les médias européens ne faisant plus que remixer en langues diverses la Weltanschauung des médias états-uniens, on gagne un temps précieux à analyser l’original plutôt que la copie. C’est ce que fait FAIR.ORG, un des meilleurs sites d’analyse critique du champ médiatique.

Pourquoi Guaidó n’est-il pas en prison ?

Au-delà des formalités de procédure, la vraie question, que les journalistes des grands médias ne se posent jamais, est de savoir pourquoi une figure de l’opposition qui s’est autoproclamée “président intérimaire”avec l’appui de puissances étrangères hostiles, et qui a exhorté les militaires à se soulever pour l’aider à s’emparer du fauteuil présidentiel, reste imperméable à un emprisonnement au Venezuela (alors qu’il serait arrêté dans n’importe quel autre Etat de Droit) et, après sa défaite à l’assemblée nationale, puisse se faire réélire à la tête d’un “parlement” parallèle et virtuel.

Le problème est qu’y répondre supposerait d’admettre que cette violation évidente de la souveraineté d’un Etat de droit n’est tolérée qu’en raison de la menace constante, violente et illégale, des Etats-Unis, que les médias privés de ce pays acclament avec le même enthousiasme lorsqu’elle s’exerce contre d’autres États indépendants du Sud comme l’Iran.

Au lieu de quoi, les journalistes occidentaux préfèrent continuer à blanchir le coup d’Etat parrainé par les Etats-Unis – la sixième tentative majeure depuis 2002 – en accusant le gouvernement démocratiquement élu de Maduro d’être “autoritaire” ou d’être une “dictature” (FAIR.org, 4/11/19; 8/5/19), terme qui remplace aujourd’hui “cible légitime pour des bombardements et/ou des sanctions meurtrières”.

Jetant aux orties toute apparence de neutralité, le New York Times(1/5/20) nous explique :

Le leader autoritaire du Venezuela, Nicolás Maduro, a entrepris dimanche de consolider sa mainmise sur le pouvoir en prenant le contrôle de la dernière institution indépendante du pays et en mettant sur la touche le législateur qui avait déclaré sa rivalité à la présidence.

Le chaos politique survient à un moment où le Venezuela est confronté à un effondrement économique” ajoute le journal comme pour mieux justifier un renversement de Maduro. “La faim est répandue, et des millions de personnes ont fui le pays.” Comme la plupart des médias privés (FAIR.org, 6/26/19), le New York Times se contente de parler des effets, mais pas de la cause principale : les sanctions économiques états-uniennes qui ont aggravé la crise et provoqué la mort de dizaines de milliers de personnes depuis 2017, se contentant de qualifier les mesures illégales et inhumaines de “sanctions contre le gouvernement de M. Maduro”.

Pour les grands médias, il semblerait que le “coup d’État” soit perpétré… par Nicolas Maduro parce que celui-ci s’entête à exercer son mandat d’élu (Washington Post, 1/6/20; Wall Street Journal, 1/6/20; Forbes, 1/7/20).

Dissimuler la corruption de Guaido

CBC: « le nouveau chef du Congrès du Venezuela évite les accusations« … CBC (1/6/20) n’a jamais qualifié Juan Guaido de «candidat président».

Dans leurs élégies pour la “dernière institution démocratique de l’État autoritaire sud-américain” (Washington Post, 1/5/20), les journalistes occidentaux n’analysent que rarement les causes de la débâcle électorale de Guaido.

Bien qu’admettant la chute de popularité de Guaidó, suite à son échec total à renverser Maduro, les médias mainstream ferment les yeux sur le feuilleton de scandales humiliants pour l’ex-chef de l’opposition. Même des journaux anti-Maduro comme El Tiempo ou El Espectador (Bogotá) ou le PanamPost ont apporté les preuves (et les photos) des liens de Guaidó avec des barons de la drogue et assassinsparamilitaires en Colombie, et sur le détournement par son entourage de centaines de milliers de dollars de fonds d’aide “humanitaire” de l’ONG de la CIA (la USAID), entre autres actes illicites révélés par Humberto Calderón Berti, l’“ambassadeur” nommé par Guaido à Bogota, puis limogé par ce dernier à la suite de ces révélations.

Autre fait révélateur, les seules allégations de corruption mentionnées dans la dernière couverture de ce média privé sont celles contre le nouveau président de l’assemblée Luis Parra et ses collègues de la droite dissidente. Sans faire guère d’efforts pour dissimuler ses préjugés, la CBC(1/6/20) décrit le nouveau président de l’Assemblée nationale comme “un député d’arrière-ban jusque-là inconnu et empêtré dans des accusations de pots-de-vin” et dont les “commentaires décousus” ont été contestés par des journalistes.

Le double standard est d’autant plus frappant que ces mêmes médias occidentaux ont consacré d’intenses efforts au cours de la dernière année pour oindre un “député d’arrière-ban jusque-là inconnu” en tant que président du Venezuela: un certain… Juan Guaido. Les attaques contre Parra surviennent au milieu des menaces de sanctions américaines contre lui et d’autres politiciens de l’opposition qui ont dénoncé la corruption et les dérives de Guaidó. Le même chantage des menaces impériales avait déjà été déclenché contre le candidat à l’opposition à la présidence Henri Falcón, lorsque celui-ci avait défié le boycott électoral de l’opposition de 2018 – un boycott qui a servi de prélude aux tentatives de coup d’État de 2019.

Le découragement des “journalistes” des grands médias face aux échecs de Guaidó (FAIR.org, 7/23/19) est de plus en plus perceptible (voir Reuters, 03/12/19; Washington Post, 17/12/19; New York Times, 1/6/20). Mais sans doute ont-ils trop investi dans cette figure technocratique et lisse pour l’abandonner brutalement, ou pour remettre en cause le mécanisme impérial du “changement de régime qui a présidé à sa création.

Lucas Koerner

 

 

Article original en anglais : For Western Press, the Only Coup in Venezuela Is Against Guaidó, fair.org, le 10 janvier 2020.

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne pour Venezuelainfos

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Publié le 3 Décembre, cet entretien conduit par Eduardo Nunomura discute le Brésil actuel avec Milton Hatoum, une référence parmi les plus grands noms de la littérature brésilienne contemporaine, est une de ode à l’optimisme.

L’écrivain trace des parallèles entre ses dernières fictions et un gouvernement qui représente “l’incarnation suprême du mal”. Il voit aujourd’hui des foyers de résistance au gouvernement de Jair Bolsonaro en de nombreux lieux divers, comme “dans les périphéries, les sarraus, les réunions, les clubs de lecture, les petits shows et débats”. Dans son nouvel ouvrage, Pontos de fuga, il a choisi de régler des comptes en particulier avec sa génération, qui a vécu la période de la dictature. Et il tient à souligner que, de même que les personnages décrits, tous n’ont pas réagi ou résisté à cette époque.

Traduction pour Autres Brésils : Pascale Vigier ;
Relecture : Luc Aldon


Pontos de fuga [ non traduit ], est le second roman de sa trilogie O Lugar mais sombrio

Le protagoniste de ce second livre de la trilogie, Martim, quitte Brasilia et retourne à São Paulo, où il entre au cours d’architecture de l’Université de São Paulo et vient habiter dans une cité étudiante à la Vila Madalena, comme Hatoum dans la vie réelle.

CartaCapital : La présence féminine est toujours très remarquable dans vos romans. Mais Pontos de Fuga se différencie par l’absence de la mère du personnage principal. Pourquoi ?

Milton Hatoum : Il s’agit d’une stratégie narrative, car cela n’aurait pas de sens que Martim, le narrateur du roman, ait été un activiste, un militant de gauche. J’ai voulu concentrer son drame sur l’absence de sa mère, qui est entourée d’un mystère. Il médite tout le temps à ce sujet et à l’espoir de la revoir. Cette absence a un aspect symbolique. Il rappelle qu’il a existé une résistance féminine et féministe au coup d’état, à la dictature. Nombre de femmes ont été assassinées, ont disparu, or on parle beaucoup des hommes. Et ensuite l’absence d’une mère est un grand trauma pour un fils. Il y a cette absence, mais aussi la présence manifeste de Dinah, cette actrice, activiste, décidée à lutter jusqu’au bout contre la dictature.

CC : Pontos de fuga travaille à nouveau sur l’idée de vies fracturées. Ce sont à présent des jeunes qui essaient de se trouver, sans y réussir. Aviez-vous cette image des jeunes durant la dictature ?

Milton Hatoum : C’était ce que vivait une partie de ma génération. Parce que le roman est un genre en quête du sens de la vie. Qu’est-ce qu’un roman ? C’est la trajectoire manquée d’un héros ou d’une héroïne. L’essence du roman serait un revirement dans le destin. Ces jeunes, surtout à cette époque, cherchaient une issue. Certains n’en trouvaient pas à cause de drames personnels, de difficultés à affronter une situation adverse ou brutale, de problèmes familiaux, de peur, de désespoir. Dans Pontos de fuga, ce groupe mûrit, différemment du premier volume. Mais, pendant le temps où ils font connaissance dans cette triste cité étudiante de la Vila Madalena, ils portent un regard sur autrui. Les uns font des projets, changent de profession, d’autres ne trouvent pas leur profession. Ils se trouvent entre des passions, des fuites et des peurs, coincés, un peu acculés.

“ Ce n’est pas la majorité des jeunes qui était dans les rues. C’est un mythe” , dis-je à propos de la dictature.

CC : Comment ces personnages habitent-ils votre vie ?

Milton Hatoum : il faut intérioriser les personnages. Je leur attribue une grande valeur, parce que c’est eux qui donnent le plus de consistance aux romans. Un critique et écrivain anglais dit que le roman doit être un récit imprégné d’humanité. La construction de personnages est donc très importante. Et construire des personnages non dénués de relief est une des choses les plus longues, les plus difficiles. Puis les présenter peu à peu. Le philosophe Walter Benjamin dit que le roman suit le temps de la cheminée qui brûle. Il s’écoule un long moment avec le feu, durant des heures, peut-être une nuit entière, là il crépite, il se met à brûler. C’est le rythme des romans. C’est pourquoi il requiert la concentration du lecteur. La lecture prend du temps.

CC : Martim, le personnage principal, était destiné à être un personnage plus margi- nal ?

Milton Hatoum : Oui. En effet, j’ai toujours eu envie de faire cette sorte de règlement de comptes avec cette partie de ma génération. Ce n’était pas la majorité des jeunes qui était dans les rues. Il s’agit d’un mythe. C’étaient, surtout, de jeunes universitaires, et non de toutes les universités. Les universités publiques, oui, les fédérales. Mais beaucoup de gens appuyaient le régime. J’ai voulu réinventer pour moi ce moment de ma vie, mais j’avais quelque réticence à cause de l’ampleur du roman-fleuve, du roman torrentiel de presque mille pages. J’en suis alors arrivé à la conclusion de ce que je pourrais le diviser en trois parties. J’avais plus ou moins l’ébauche de ces deux parties, dessinées sur du papier parchemin. Mon éditeur (Gilson Schwartz) m’a encouragé à écrire. J’ai alors dit que cela prendrait du temps. Et il m’a répondu que j’avais mis dix ans à publier Deux frères, mon second roman.

CC : Lorsque vous avez lancé A Noite de espera, le coup d’état parlementaire avait eu lieu au Brésil. L’an passé, Bolsonaro a été élu. Dans quelle mesure ce moment a-t’il contribué à en reconstruire ou en adapter l’histoire ?

Milton Hatoum : Dans une certaines mesure. Cependant l’essentiel du texte était présent. Par exemple, le délateur, ce personnage qui apparaît dans cette cité étudiante, c’est l’ignare même, idiot, stupide, bolsonariste,qui n’a jamais rien lu, qui ne connaît rien, qui confond John Lee Hooker avec une série américaine. Je parle d’un personnage sans nom qui a été chassé de la cité étudiante, parce qu’il faisait peu de cas des assassinats de la FFLCH [ Faculté de philosophie, lettres et sciences humaines ].

CC : Un des personnages, Ox, a quelque chose d’un bolsonariste.

Milton Hatoum : Ox est un libéral. Je pense qu’il n’appuie pas Bolsonaro, parce que c’est un authentique libéral. C’est ce qui nous fait défaut, parce que le Brésil est dénué du libéralisme selon les modèles européens, de la philosophie anglaise. Or Ox est ce libéral authentique, c’est pourquoi il critique (Auguste) Pinochet, cette formule chilienne du libéralisme avec répression et terrorisme d’État. Toutes proportions gardées, il critique le moment actuel, qui est une copie de Pinochet, avec (Paulo) Guedes. Ox fait grincer dans cette cité d’anarchistes, de gauchistes.

CC : Pourquoi donc l’histoire, pour paraphraser Marx, se répète maintenant comme une farce ?

Milton Hatoum : Parce qu’il y a eu beaucoup de manipulation. Plusieurs éléments ont convergé pour élire Bolsonaro. Parce qu’il y a une démonisation des gauches, pas seulement du PT. Nous devons admettre l’existence des erreurs de la gauche elle-même. La gestion de l’économie et des écosystèmes, la question indigène, il faut en parler, rien ne sert de le cacher. La politique des écosystèmes a été insignifiante. L’obstination sur Belo Monte. Pour l’économie aussi çà a été désastreux. Puis une partie de la presse a aussi beaucoup manœuvré à partir de 2011, 2012, 2013. Il s’est produit le virage des manifestations de juin 2013, qui a débuté d’un côté pour finir avec l’adhésion de la droite. Ensuite, les fake news, le choc, ce faux libéralisme brésilien. Les véritables libéraux n’admettraient jamais un individu sinistre, fascisant tel que Bolsonaro. Il y a eu une lâcheté des élites. D’une partie d’entre elles, car la majorité de l’élite s’accommode bien de Guedes.

“L’amnistie a été un échec. Cela n’a pas eu lieu en Argentine, au Chili, en Uruguay”

CC : Comment un intellectuel voit-il la domination de la stupidité comme forme de gouvernement ?

Milton Hatoum : Quand on a vécu les années 1960 et 1970, on sait que la dictature n’a pas été démantelée par la classe ouvrière. Elle l’a été surtout par les mouvements des étudiants et des artistes. Ils ont fait beaucoup de bruit. De même qu’aujourd’hui. Je considère la manifestation de mai (2019) comme la plus importante des démocrates progressistes contre Bolsonaro. Car elle a été une manifestation supra-partisane [1]. Le discours de (Fernando) Haddad y compris a été excellent. Il n’a pas cité le PT, il n’a cité personne. C’était une manifestation pour l’éducation publique. Et qui l’a faite ? Les étudiants, les professeurs, la classe moyenne progressiste. Qui est sur le front aujourd’hui ? Les artistes. [2]

CC : Vous arrivez clairement à voir une résistance ?

Milton Hatoum : Je la vois. Elle se produit dans tout le Brésil, dans de nombreux endroits différents. Dans les périphéries, les saraus, les réunions, les clubs de lecture, les petits shows et débats.

CC : Comment voyez-vous ces manifestations de personnes qui se sentent à l’aise pour défendre Pinochet, arracher l’affiche d’une manifestation de la Conscience Noire ?

Milton Hatoum : Bolsonaro a donné libre cours à çà. Il n’a pas permis seulement çà, mais aussi l’invasion des terres indigènes, le grilagem [ appropriation illégale ] des terres, la violence envers les indigènes. Il a donné libre cours à tout type de violence.

CC : Nous avions, dans les années 1970, une société brésilienne qui a évolué de-ci de-là. Pourquoi alors sommes-nous tombés dans le même attrape-nigauds qui permet aux forces néfastes de revenir gouverner le pays ?

Milton Hatoum : Regardez, dans un passage du roman Pontos de fuga, il y a une fête dans l’île Saint Louis à Paris où un personnage carioca [3], sourd, se révolte contre l’amnistie. L’amnistie générale a été une capitulation. Cela ne s’est pas produit en Argentine, au Chili ou en Uruguay. Que s’est-il produit ici ? La répression a continué librement. Les groupes paramilitaires, les escadrons de la mort sont présents, sont devenus des milices. Ces militaires, seul ce monde interlope s’est développé. La répression envers les pauvres, l’exécution de trafiquants, dans un pays démocratique vous n’exécutez pas les malfaiteurs, c’est de la barbarie. Ces personnes sont représentées au Congrès, elles détiennent le Parti de la Bale. Le président et ses fils ont rendu les honneurs aux milices. Bolsonaro, lui-même, a fait l’éloge des miliciens à la tribune du Parlement. Il n’y a donc pas eu d’interruption, il y a eu une continuité sous-jacente, occulte, qui affleure maintenant. Qui a toujours tué. Or le massacre des pauvres et des noirs au Brésil, qui s’en émeut ?

Voir en ligne : Carta Capital

[1Au Brésil, un florilège de mots « supra-partisan ; a-partisan etc. a fait irruption dans le vocabulaire publique. Leur équivalent en Français traduisent une idée de consensus, alors que l’intention est de s’éloigner des partis politiques et des « considérations idéologiques »

[2Les traductions d’Autres Brésils apportent beaucoup de nuance à cette dernière affirmation.

[3de la ville de Rio de Janeiro

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Appel aux armes, l’OTAN mobilisée…

janvier 15th, 2020 by Mondialisation.ca

Sélection d’articles :

FRANCE: Ce que l’histoire retiendra de 2019

Par Jean-Yves Jézéquel, 09 janvier 2020

Le régime macronien accorde toute latitude aux grandes entreprises et aux puissants du CAC40, pour le motif que les grandes entreprises « créent de l’emploi». Pour le réaliste, c’est un contresens économique en plus d’un droit illimité accordé aux grandes entreprises qui pourront ainsi faire ce qu’elles veulent et comme elles veulent.

 

Vers une guerre ouverte des États-Unis contre l’Iran?

Par Collectif Échec à la guerre, 10 janvier 2020

Le 3 janvier dernier, l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani par des drones étasuniens, sur ordre du président Trump, a fait passer la politique étasunienne envers l’Iran à un autre niveau, particulièrement inquiétant. À la campagne de démonisation et aux sanctions draconiennes, s’est maintenant ajouté un acte de guerre délibéré ciblant une des figures dominantes du régime iranien…

 

Origines des États-Unis d’Amérique, le Joker et la fin de la suprématie blanche

Par Franklin Frederick, 10 janvier 2020

Le film ‘Joker’ nous montre un phénomène contemporain présent dans plusieurs pays, mais qui ne peut être compris dans sa complexité qu’à travers l’histoire des origines des États-Unis. L’historien afro-américain Gerald Horne affirme dans son livre  » The Counter-Revolution of 1776 : Slave Resistance and the Origins of the United States of America  » que le mouvement d’indépendance américain est né, d’une part, de la peur des classes aisées de la colonie d’un mouvement abolitionniste croissant dans la métropole anglaise…

 

Teaser de « Temps de lutte », un film de Jesús Reyes et Victor Hugo Rivera

Par Thierry Deronne, 10 janvier 2020

« Temps de lutte » (90 min. ST FR) de Jesús Reyes (image) et Víctor Hugo Rivera (son) montre le « barrio » populaire invisibilisé depuis vingt ans par les grands médias alors qu’il est un des sujets centraux de la révolution bolivarienne.

 

La dictature du temps et le rituel annuel de passage dans les cultes et les cultures

Par Chems Eddine Chitour, 11 janvier 2020

Que veut dire passer à une nouvelle année ? Est-ce une rupture annuelle calquée sur le cycle des saisons ou est-elle indexée sur une construction humaine sous-tendue par un récit religieux . Ainsi Le Nouvel An dans les religions et civilisations marque le début d’un nouveau cycle des saisons qui est vécu différemment dans le monde. Ainsi est enregistré dans le monde musulman dans l’indifférence la plus totale un évènement structurant dans la vie du croyant musulman, à savoir le début de l’année hégirienne …

 

L’Europe face à la mort de Qassem Soleimani

Par Antoine Charpentier, 12 janvier 2020

Le 02 janvier 2020, l’armée américaine a, sur ordre direct du président Donald Trump, lâchement assassiné le général iranien Qassem Soleimani, et le vice-président du Hached Al-Chaabi Abou Mahdi Al-Mouhandis, ainsi que plusieurs de leurs compagnons, dans les environs de l’aéroport de Bagdad en Irak. Le monde entier a vivement réagi, pendant que l’Europe est restée quasiment silencieuse, donnant l’impression d’être embarrassée par ce qu’il venait de se produire.

 

Retraites en France: Dix questions et dix réponses sur le projet de réforme 

Par Salim Lamrani, 12 janvier 2020

L’universitaire Salim Lamrani répond à dix questions sur les conséquences de la réforme des retraites de Macron sur le système actuel. Un décryptage qui prouve que derrière l’étrange formule du « retrait provisoire » de l’âge pivot annoncé par le Premier ministre, c’est bien le fond de la réforme qui n’est pas acceptable.

 

L’Armée nationale libyenne a répondu à l’initiative d’Erdogan et de Poutine

Par Hassan Mansour, 12 janvier 2020

Les présidents Recep Tayyip Erdogan et Vladimire Poutine ont publié une déclaration conjointe, en appelant le premier ministre du gouvernement d’accord national, Fayez Al-Sarraj, et le chef de l’Armée nationale libyenne, le maréchal Khalifa Haftar, à un cessez-le-feu.

 

Il y a dix ans: La militarisation de l’aide d’urgence à Haïti, une opération militaire ou invasion ?

Par Prof Michel Chossudovsky, 12 janvier 2020

Haïti a une longue histoire d’interventions militaires et d’occupation étasuniennes qui remonte au début du 20e siècle. L’interventionnisme des États-Unis a contribué à la destruction de l’économie nationale d’Haïti et à l’appauvrissement de sa population. Le tremblement de terre dévastateur est présenté à l’opinion publique mondiale comme la seule cause de sa situation difficile. Un pays a été détruit, ses infrastructures démolies. Son peuple a été précipité dans une pauvreté et un désespoir épouvantables. L’histoire d’Haïti, son passé colonial, a été effacée…

 

L’attaque du Boeing ukrainien pourrait être la conséquence d’une cyber-attaque

Par Pepe Escobar, 13 janvier 2020

Radars iraniens désactivés. Les coordonnées d’un avion civil ukrainien ont changé – il passerait donc pour un avion ennemi. L’abattage du Boeing ukrainien pourrait avoir été le résultat d’une cyber-attaque américaine. (…)  le discours de Hajizadeh, Commandant de la Force aérospatiale du CGRI l’affirme. Il a dit qu’une énorme « anomalie » avait altéré le système de défense aérienne de Téhéran, donnant l’impression qu’un avion ennemi s’approchait d’un centre militaire sensible – la racine de « l’erreur humaine » subséquente.

 

L’Irak sera le prochain champ de bataille

Par Elijah J. Magnier, 14 janvier 2020

Des sources bien informées et établies au bureau du premier ministre Adel Abdel Mahdi à Bagdad croient que « les USA refusent d’entendre raison et de coopérer avec le gouvernement ou le parlement irakien. Ils ont l’intention de se faire entraîner dans une guerre et de transformer l’Irak en un champ de bataille, en refusant de respecter la loi et de retirer leurs forces armées. Les US seront confrontés à une résistance armée populaire forte et légitime, même si certains Irakiens (au Kurdistan) violeront la loi et accepteront la présence des USA dans leur région, mais ils vont le payer cher ».

 

Appel aux armes, l’OTAN mobilisée sur deux fronts

Par Manlio Dinucci, 14 janvier 2020

NATOME : voilà comment le président Trump, qui se vante de son talent pour créer des acronymes, a déjà baptisé le déploiement de l’OTAN au Moyen-Orient, qu’il a requis par téléphone au secrétaire général de l’Alliance Stoltenberg. Celui-ci a immédiatement accepté que l’OTAN doive avoir “un rôle accru au Moyen-Orient, en particulier dans les missions d’entraînement”. Il a donc participé à la réunion des ministres des affaires étrangères de l’Ue, en soulignant que l’Union européenne doit rester à côté des États-Unis et de l’OTAN…

 

MH17 : Le récent documentaire du lanceur d’alerte du SBU dévoile des vérités troublantes

Par Andrew Korybko, 15 janvier 2020

Le tout récent documentaire sur le MH17, « MH-17, recherche de la vérité », réalisé par Vasily Prozorov, le lanceur d’alerte du SBU ukrainien, évoque des vérités qui dérangent quant à la tragédie, et étaye fortement l’idée selon laquelle le Royaume-Uni aurait conspiré avec Kiev pour faire tomber cet avion civil, dans le cadre d’un complot de guerre hybride, établi à l’avance, contre les rebelles du Donbass. L’opération aurait également visé à compromettre la Russie, du fait de son statut de principale rivale géopolitique de l’Occident.

 

 

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L’assassinat du général Qassem Suleimani, considéré comme la deuxième personnalité la plus puissante du gouvernement iranien, a été planifié plus de six mois avant que lui et neuf autres personnes ne soient assassinées lors d’une frappe de drone américain le 3 janvier à l’aéroport international de Bagdad, a rapporté lundi NBC News.

La révélation de ces plans de longue date pour tuer le chef de la force Quds du Corps des gardiens de la révolution islamique et un architecte clé de la politique iranienne au Moyen-Orient a révélé comme mensonges délibérés les affirmations de l’administration Trump selon lesquelles l’assassinat a été perpétré en réponse à une menace «imminente» contre les vies et les installations américaines dans la région.

Selon le reportage, la décision d’assassiner Suleimani a été prise en représailles de l’abattage, en juin dernier, d’un drone espion RQ-4 Global Hawk de la marine que Téhéran avait été accusé de violer son espace aérien près du stratégique détroit d’Ormuz. Il a alors été révélé que Trump avait ordonné, puis annulé avec un préavis d’à peine 10 minutes, des frappes aériennes américaines contre des installations de missiles et de radars iraniens.

Selon NBC, le secrétaire d’État de Trump, Mike Pompeo, et son conseiller à la sécurité nationale de l’époque, John Bolton, qui prônait depuis longtemps une guerre totale contre l’Iran, avaient préconisé l’attaque de l’Iran pendant plus de dix ans, invoquant comme prétextes le prétendu soutien iranien à la résistance aux occupations américaines en Irak et en Afghanistan et la nécessité d’arrêter la quête inexistante de l’Iran pour avoir une bombe nucléaire en «bombardant l’Iran». Bolton s’est réjoui depuis edu meurtre de Suleimani, exprimant son espoir que c’est la première étape du changement de régime en Iran.
Quand Trump a signé l’ordre d’assassinat, il a imposé deux conditions, selon les responsables cités par le réseau d’information. Il a exigé qu’un tel «assassinat ciblé» soit effectué uniquement en réponse à l’assassinat de citoyens américains, et que lui-même approuve l’opération.

Le tir de missiles sur la base aérienne irakienne K-1 près de Kirkouk le 27 décembre, qui a coûté la vie à un agent de sécurité privé américain, suivi de frappes américaines qui ont tué des dizaines de membres de la milice iranienne et de la réponse des manifestants irakiens qui ont pris d’assaut l’ambassade américaine à Bagdad, a servi de prétexte à l’assassinat par drones le 3 janvier, bien qu’aucune preuve n’ait été produite pour relier Suleimani à l’un de ces événements.

Il a été assassiné après être arrivé ouvertement à Bagdad à bord d’un avion de ligne commercial et avoir passé la douane avec son passeport diplomatique. Le Premier ministre irakien Adel Abdul Mahdi a insisté sur le fait que le général iranien était venu dans la capitale irakienne pour le rencontrer afin de discuter des efforts visant à apaiser les tensions dans la région entre l’Iran et l’Arabie saoudite. A ses côtés, Abu Mahdi al-Muhandis, le commandant en chef des Forces de mobilisation populaire (FMP), la puissante coalition de milices à prédominance chiite qui constitue une branche des forces armées irakiennes, a été assassiné avec huit autres Iraniens et Irakiens.

Le reportage de la NBC est arrivé alors que les tentatives de l’administration Trump pour justifier l’assassinat comme une réponse à une menace imminente s’effondraient déjà. Elle n’a toujours pas fourni, ni publiquement, ni lors de séances d’information à huis clos au Congrès américain, l’ombre d’une preuve à l’appui de ces affirmations.

Jeudi dernier, le secrétaire d’État Pompeo a déclaré sur Fox News, à propos de la prétendue menace iranienne, «Nous ne savons pas exactement quand et nous ne savons pas exactement où, mais elle était réelle.»

Lors de la même émission, vendredi, avec l’animatrice de droite de Fox Laura Ingraham, Trump a feint de fournir des informations privilégiées sur les raisons de l’assassinat. «Je peux révéler que je crois que ce sont probablement quatre ambassades» qui auraient été attaquées, a-t-il dit.

Dans les talk-shows des journaux télévisés du dimanche, le secrétaire américain à la Défense Mark Esper a toutefois reconnu que, s’il «partageait» le point de vue de Trump sur les attaques d’ambassades, «le président n’a pas cité de preuve spécifique» pour étayer cette affirmation. Lorsqu’on lui a demandé s’il avait vu une seule information à l’appui de ce prétexte, M. Esper a admis: «Je n’en ai pas vu une concernant quatre ambassades».

Le conseiller à la sécurité nationale de Trump, Robert O’Brien, a répondu de la même façon: «Nous savions qu’il y avait des menaces pour les installations américaines, que ce soit des bases, des ambassades, vous savez, c’est toujours difficile jusqu’à ce que l’attaque ait lieu.»

Dans une tentative d’étayer les mensonges de l’administration, le procureur général des États-Unis William Barr a été amené devant les micros lundi pour dire aux journalistes que le meurtre de Suleimani était un «acte légitime d’autodéfense».

«Le ministère de la justice a été consulté et, franchement, je ne pense pas que c’était imminent», a dit Barr. «Je pense que le président avait clairement l’autorité d’agir comme il l’a fait sur de nombreuses bases différentes. Nous avions une situation où les Iraniens avaient déjà entrepris une série d’actions violentes croissantes contre nos alliés, contre le peuple américain, contre nos troupes, dans le but avoué de nous chasser du Moyen-Orient.»

Bien que constituant un argument en faveur d’une politique de guerre impérialiste criminelle, les déclarations de Barr ne fournissent aucune justification légale à ce qui est inaltérablement un crime de guerre et un acte de guerre d’agression, punissable en vertu du droit international et américain.

Les médias capitalistes américains ont attiré l’attention sur les incohérences des affirmations de l’administration Trump, mais ont presque entièrement éludé la question du caractère criminel de l’assassinat de Suleimani. Cet assassinat a été perpétré non pas en réponse à une menace imminente – une soi-disant frappe préventive – mais plutôt comme un acte de vengeance, non seulement pour l’accusation non prouvée de lien iranien avec la mort de l’agent de sécurité privé américain lors d’une frappe de missile irakien, mais aussi pour les revers subis par l’impérialisme américain en Irak, en Syrie et plus largement au Moyen-Orient.

Comme le reportage de la NBC l’indique clairement, cet acte de guerre n’est pas simplement le résultat de l’imprudence de Trump, mais plutôt d’une intensification délibérée de la poussée à la guerre avec l’Iran dans une tentative désespérée de compenser l’échec de trois décennies de guerres menées au Moyen-Orient pour atteindre l’objectif stratégique de l’impérialisme américain d’hégémonie sur cette région géo-stratégiquement vitale et riche en pétrole. Cette tentative désespérée est sous-tendue par la préparation d’une guerre contre les «grande puissances» rivales de Washington, en premier lieu la Chine, qui dépend de la région du Golfe persique pour ses approvisionnements énergétiques et qui considère l’Iran comme un maillon clé de son Initiative de la Nouvelle route de la soie (Belt and Road Initiative, BRI) visant à intégrer la Chine beaucoup plus étroitement à l’Eurasie.

Au fur et à mesure que les mensonges justifiant l’assassinat de Suleimani se sont avérés faux, la Maison Blanche a eu recours à une défense de plus en plus éhontée de ce meurtre d’État. Dans un tweet lundi matin, Trump a dénoncé «les faux médias et leurs partenaires démocrates» pour avoir mis en doute l’«imminence» d’une prétendue menace de la part de Suleimani. Il a répondu que «ça n’a pas vraiment d’importance à cause de son horrible passé.» S’adressant aux journalistes sur la pelouse de la Maison Blanche, il a insisté sur le fait que l’assassinat aurait dû être perpétré «il y a 20 ans.»

Il a ensuite retweeté une image retouchée de la présidente de la Chambre des États-Unis Nancy Pelosi en hijab et du leader de la minorité au Sénat Chuck Schumer en turban, superposée sur un drapeau iranien avec la légende «les démocrates corrompus font de leur mieux pour venir au secours de l’Ayatollah.»

Interrogé sur les images incendiaires et islamophobes, l’attachée de presse de la Maison-Blanche, Stephanie Grisham, a fait une déclaration préparée à l’avance sur l’escalade de l’attaque: «Je pense que le président a clairement indiqué que les démocrates ont repris les points de discussion iraniens et ont presque pris le parti des terroristes et de ceux qui voulaient tuer les Américains. Je pense que le président a fait remarquer que les démocrates semblent le détester tellement qu’ils sont prêts à se ranger du côte des pays et des dirigeants des pays qui veulent tuer des Américains.»

Ces accusations incendiaires sont lancées alors que les dirigeants démocrates de la Chambre des représentants des États-Unis s’apprêtent à envoyer au Sénat des articles de mise en accusation centrés sur la décision de Trump de retarder temporairement un envoi massif d’armes vers l’Ukraine dans le cadre de l’intensification de la guerre contre la Russie.

«Tout ce qu’il a fait, que ce soit en Syrie vis-à-vis des Turcs, que ce soit en Ukraine en termes de refus d’assistance alors qu’ils tentent de combattre les Russes, son déni de leur rôle dans notre élection à l’époque et maintenant – tous les chemins mènent à Poutine», a déclaré dimanche Pelosi dans une interview sur ABC. «Et parfois je me demande aussi à propos de Mitch McConnell, qu’est-ce qu’il […] pourquoi il est complice de tout ça.»

(…)

Bill Van Auken

Article paru en anglais, WSWS, le14 janvier 2020

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La division entre la famille royale d’un côté et le prince Harry et sa femme Meghan de l’autre est un spectacle dégradant.

Les médias sont inondés de commentaires largement hostiles sur la façon dont un couple dont le mariage – impliquant une Américaine de «double héritage» – aurait pu propulser la monarchie dans le 21e siècle, s’est avéré être un mariage entre des ingrats égoïstes qui ont mis la reine dans un situation terrible.

La réunion de lundi à Sandringham entre Harry, la reine, le prince Charles et le prince William s’est terminée par une annonce que le monarque «soutenait le désir de Harry et Meghan de créer une nouvelle vie» et qu’une «période de transition» allait maintenant commencer.

Cette déclaration ne résoudra rien sur le fond. La famille royale reste si amèrement divisée que la survie future de la monarchie a été remise en question.

La duchesse Meghanet le prince Harry (Londres, Royaume-Uni)

Harry et Meghan ont présenté un cahier de doléances, certaines de caractères manifestes et d’autres insinuées, pour justifier leur décision de «prendre du recul en tant que membres « éminents » de la famille royale.» Celles-ci sont axées sur leur traitement par un média vénal, à la fois intrusif et intrinsèquement raciste envers Meghan Markle, et les suggestions selon lesquelles les relations avec le prince William, Kate et les autres membres de la famille sont «toxiques».

Après avoir déclaré plus tôt qu’il ne supporterait pas que sa femme soit traitée comme sa mère, Harry a décidé qu’il n’était plus disposé à continuer de jouer son rôle. Cela semble être fondé sur des calculs selon lesquels les récompenses financières liées à ce rôle font pâle figure en comparaison avec l’argent à brasser lorsque les activités commerciales sont libérées des contraintes imposées sur les membres «éminents» de la famille royale.

Le site Web du couple, sussexroyal.com, présente une explication de leurs efforts supposés pour «se tailler un nouveau rôle progressiste au sein de cette institution», qui souligne une détermination à «devenir financièrement indépendante, tout en continuant à soutenir pleinement Sa Majesté la Reine.»

En pratique, cela signifie privatiser en partie leur rôle royal pour profiter de la marque «Sussex Royal».

Les atouts listés de Harry et Meghan à l’attention des employeurs / investisseurs potentiels sont répertoriés comme faisant la promotion de «communautés sous toutes leurs formes – de personnes, de géographies, d’ethnicité, de sexe et de groupes socio-économiques variés», Meghan ayant la mission supplémentaire de «l’émancipation des femmes et des filles».

En ce qui concerne leur revenu, le couple «s’efforcera de devenir financièrement indépendant», par lequel ils précisent de ne plus profiter de la «subvention souveraine», l’argent de l’État dont ils se plaignent qu’il «ne couvre que cinq pour cent des coûts pour le duc et la duchesse». Ils conserveront leur argent provenant du domaine privé du duché de Cornouailles du prince Charles, d’un milliard de livres sterling, qui finance les 95 pour cent restants de leurs activités, pour un coût de 5 millions de livres sterling.

Ils veulent également conserver l’accès au Frogmore Cottage à Windsor comme base au Royaume-Uni, rénové l’an dernier à un coût de 2,4 millions de livres sterling à la charge des contribuables, et pour que l’État continue de garantir leur sécurité au Royaume-Uni et dans leur nouveau foyer d’adoption au Canada. Les voyages internationaux seront également payés par l’État, un forfait d’une valeur de plus d’un million de livres sterling par an.

Cette prétendue «indépendance financière» laisse les Sussex libres de déployer leurs ailes commerciales. Le couple a breveté la marque «Sussex Royal» au Royaume-Uni en juin dernier, sur 100 articles, notamment des livres, des calendriers, des blocs-notes, des vêtements, des campagnes de financement d’associations caritatives.

Ils cherchent maintenant à déposer la marque en tant que marque mondiale. Les estimations de ce qui peut être gagné varient considérablement, allant de 500 000 de livres par an à 500 millions de livres. Les invitations à faire des conférences aux États-Unis à elles seuls peuvent rapporter 500 000 dollars l’engagement. Meghan peut renouveler ses recommandations de lignes de vêtements et a déjà accepté une voix-off pour un dessin animé Disney, initialement pour une œuvre caritative.

Des comparaisons ont été faites entre Harry et Edward VIII et entre Meghan et Wallis Simpson. À première vue, la crise actuelle n’est pas celle de la gravité de la crise d’abdication de 1936. Harry n’est que sixième en lice pour le trône et aurait toujours à accepter le rôle de «rechange» à l ‘«héritier», William. Bien que Meghan soit, comme Wallis Simpson, une divorcée américaine, elle a été baptisée dans l’Église d’Angleterre par l’archevêque de Canterbury et a épousé Harry à la chapelle Saint-Georges du château de Windsor.

Plus important encore, Simpson était une espionne des nazis qui exploitait les sympathies d’Edward pour Hitler, ce qui menaçait de discréditer une monarchie qui avait exprimé son soutien aux nazis tout au long des années 1930 et forçant son remplacement par son frère cadet, George VI.

Néanmoins, si banales que soient les questions immédiates en jeu, la décision des Sussex met en évidence des tensions de longue date et non résolues qui remontent à la mort de la mère de Harry, Diana, en août 1997 à Paris. Elle décéda dans un accident de voiture alors qu’elle était poursuivie par la presse à la suite de son divorce difficile avec Charles. Ces tensions ont failli faire couler toute «l’entreprise». Aujourd’hui, elles réapparaissent au milieu d’une crise plus générale, non seulement de la famille royale, mais de toutes les grandes institutions de l’État britannique.

Après son mariage avec Charles en 1981, Diana était censée apporter une touche de glamour à l’institution fatiguée de la monarchie dans le but de s’adapter au climat «yuppie» incarné par le gouvernement Thatcher de l’époque. En échange, elle était censée garder le silence pendant que Charles poursuivait sa liaison avec Camilla Parker-Bowles.

Ce plan a échoué parce que Diana a pu exploiter ses liens avec les couches de super riches nouvellement dominantes associées à la mondialisation économique pour contester le pouvoir de la monarchie comme l’incarnation du privilège héréditaire, que les nouveaux riches considéraient avec dédain. Elle a également utilisé les médias pour cultiver le soutien populaire en exploitant une hostilité confuse envers «l’establishment».

La mort de Diana a provoqué une opération de sauvetage politique prolongée qui commença sous le Parti travailliste de Tony Blair, mais qui n’a semblé vraiment porter ses fruits que lorsque le fils aîné de Diana, William, ait épousé la «roturière» Kate Middleton en 2011 et ensuite fournit un héritier, George, en 2013.

Harry, un cas plus problématique, a été recyclé comme philanthrope mondial après s’être déshonoré plus tôt en se déguisant en nazi pendant une fête et en faisant des commentaires racistes pendant son service dans les forces armées. Son mariage avec Markle était censé enterrer ce passé troublé et permettre à la monarchie d’endosser l’allure d’une entité populaire. Cela devait permettre à la reine, maintenant âgée de 93 ans, de céder la place à son fils de 71 ans, Charles, pour un bref intermède avant que William ne monte sur le trône.

Ces projets étaient déjà en difficulté avant qu’Harry ne cherche à se libérer de la dynastie de Windsor en utilisant ses contacts et ceux de Meghan avec l’élite mondiale, y compris les Obamas et Oprah Winfrey aux États-Unis. Leur déclaration récente est intervenue quelques mois seulement après que l’oncle de Harry, le prince Andrew, ait été contraint de quitter ses fonctions officielles à cause de ses liens avec le milliardaire responsable d’agressions sexuelles et de proxénétisme Jeffrey Epstein. Le financier américain aurait procuré des filles mineures au prince et à d’autres célébrités avant sa mort suspecte dans une cellule de la prison de New York en août de l’année dernière.

La fonction essentielle de la famille royale en tant que représentant du pouvoir de l’État britannique a rendu ses membres avides particulièrement sensibles au chant des sirènes d’une élite mondiale dont la richesse éclipse la leur. Dans la dernière Liste publiée par le Sunday Times des 1000 habitants les plus riches du Royaume-Uni, par exemple, la reine n’est classée qu’en 356e place. Mais les changements économiques et sociaux de grande envergure associés à la mondialisation ont également miné les fondations de nombreuses autres institutions publiques.

Ce n’est pas pour rien que le jeu de mots «Megxit» (un clin d’œil au Brexit) a été inventé dans les médias. Sur fond de conflit qui fait rage entre les puissances impérialistes rivales pour le contrôle des marchés et des ressources mondiaux, la Grande-Bretagne a été plongée dans une crise historique de la classe dirigeante au sujet de quitter l’Union européenne et de s’orienter, comme Harry et Meghan, vers les États-Unis. Dans ce processus, le Royaume-Uni sur lequel la reine veille est en proie d’un démantèlement, car le nationalisme écossais menace l’Acte d’Union et le retour à la guerre civile pour l’unification irlandaise est une possibilité réelle. Le Parti travailliste, cet autre grand mécanisme de garde-fou du capitalisme, est sur le point de s’effondrer.

La menace la plus fondamentale à la survie de la famille royale à l’heure actuelle ne trouve aucune expression politique: une polarisation sociale croissante qui alimente une éruption de la lutte des classes qui peut balayer non seulement la monarchie, mais aussi tout l’appareil de la domination bourgeoise qu’elle incarne.

Le soutien à la monarchie est déjà fragile et pourrait ne pas survivre longtemps à l’occupant actuel du trône. L’avidité obscène d’Harry et Meghan et les médisances lancées de tout bord par tous les protagonistes ne feront que nourrir l’aliénation croissante de millions de gens envers l’élite parasitaire qui dicte la vie sociale, y compris ceux qui s’habillent de capes en hermine, d’uniformes militaires tape-à-l’oeil, de couronnes et de diadèmes.

Chris Marsden

 

Article paru en anglais, WSWS, le 14 janvier 2020

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Le tout récent documentaire sur le MH17, « MH-17, recherche de la vérité », réalisé par Vasily Prozorov, le lanceur d’alerte du SBU ukrainien, évoque des vérités qui dérangent quant à la tragédie, et étaye fortement l’idée selon laquelle le Royaume-Uni aurait conspiré avec Kiev pour faire tomber cet avion civil, dans le cadre d’un complot de guerre hybride, établi à l’avance, contre les rebelles du Donbass. L’opération aurait également visé à compromettre la Russie, du fait de son statut de principale rivale géopolitique de l’Occident.

Vasily Prozorov, lieutenant-colonel du SBU [les services de sécurité en Ukraine, NdT] et lanceur d’alerte, a publié un documentaire sur la tragédie du MH17 fin décembre 2019, sous le titre « MH-17 : recherche de la vérité« , qui, comme son nom l’implique, évoque des vérités dérangeantes sur les événements de ce funeste jour d’été du 17 juillet 2014. Son travail d’enquête s’appuie sur ses propres connaissances des événements entourant cette affaire (y compris au travers de son réseau de connaissances de l’époque), des documents classifiés, ainsi qu’un raisonnement logique ; l’ensemble étaye fortement l’idée selon laquelle le Royaume-Uni aurait conspiré avec Kiev pour abattre l’avion civil, dans le cadre d’un complot de guerre hybride prévu d’avance contre les rebelles du Dombas. Le documentaire, qui dure presque 40 minutes, mérite d’être vu en entier, mais pour qui ne serait pas en mesure de le visionner pour l’instant et désire tout de même en apprendre plus sur cette opération, la suite du présent article résume brièvement quelques-uns des éléments les plus importants soulevés par ce documentaire.

Prozorov attire l’attention du spectateur sur le procédé ayant consisté à partager sur les médias sociaux, dans les heures à peine qui suivirent la mise à bas de l’avion, des enregistrements supposément fuités de dirigeants rebelles dont les propos les impliqueraient prétendument. La loi ukrainienne définit des dispositions très strictes quant aux processus de déclassification de preuves en provenance d’écoutes téléphoniques ; s’ils avaient été honorés avant de publier cet enregistrement, il aurait fallu une durée d’au moins plusieurs jours pour suivre ces processus. Cela suggère que les enregistrements ont pu être contrefaits à l’avance par les services du SBU, sur la base d’échantillons de voix récupérés antérieurement de la part des suspects supposés. L’objectif ce faisant aurait pu être de prendre immédiatement le contrôle du récit narratif, dans l’objectif de guerre hybride de délégitimer la cause des rebelles du Dombas et de les étiqueter comme « terroristes » ; l’objectif pouvait également être d’éviter une possible intervention militaire russe en soutien à ces rebelles, chose qui était largement discutée comme possible par les observateurs à l’époque ; on reviendra sur ce dernier point un peu plus bas.

Le second point sur lequel s’attarde Prozorov est le suivant : les affirmations de Kiev, selon qui son armée n’était pas localisée dans cette zone de combats au moment des faits, ne sont pas crédibles. Prozorov établit le fait que les lignes de bataille étaient en fait très fluides. On dispose non seulement de témoignages oculaires directs sur ce point, mais aussi des empreintes laissées par des engins mécanisés au sol, dans les sens aller et retour, partout sur cette zone, ainsi que des déchets d’emballage de rations alimentaires, qui établissent la présence des forces armées et de leurs alliés sur zone. Ce point est d’une grande importance, car la défense de Kiev repose en partie sur son insistance à affirmer que même si les BUKs sous son contrôle étaient déployés à proximité des lignes de front (nous y reviendrons également ci-après), ils n’étaient pas déployés à une distance permettant d’abattre le vol MH17. Mais Prozorov apporte la preuve du contraire : les forces armées ukrainiennes étaient tout à fait libres de se déplacer sur la zone, et auraient parfaitement pu se trouver à distance de tir de l’aéronef au moment de la tragédie.

Autre information des plus intéressantes livrée par le documentaire de Prozorov, sa participation en date du 8 juillet 2014 à une conférence du Conseil National ukrainien de Défense et de Sécurité [National Security and Defense Council of Ukraine, NdT], dont l’objet principal fut de réaliser des amendements au dispositif législatif « anti-terroriste » de ce pays. Prozorov se rappelle nettement avoir surpris une conversation tenue entre Mikhail Koval, un colonel général ukrainien, assistant secrétaire au Conseil National de Sécurité et de Défense et un représentant du ministre de la Défense dont le nom n’est pas connu, au moment où la conférence se clôturait. Prozorov se souvient avoir entendu le représentant faire part de ses craintes (qui étaient assez répandues à l’époque) que la Russie ne préparât une intervention militaire en soutien aux rebelles du Donbass, et craignait que cela ne pût écraser l’armée de Kiev dans la région. Mais Koval rassura son interlocuteur en lui expliquant avoir eu vent qu’un événement allait bientôt se produire, qui enrayerait fortement le projet supposé de la Russie. Neuf jours plus tard, le vol MH17 fut abattu.

En réponse à la question évidente qui consiste à comprendre le déroulement exact de l’opération, Prozorov commence par expliquer que l’espace aérien du Donbass n’avait pas été fermé par la force par Kiev, contrairement à ce qu’on pourrait normalement attendre d’un État responsable. Ce flottement ouvrit de vastes opportunités pour que les organisateurs puissent préparer leur provocation, les avions civils internationaux continuant de circuler au-dessus de la région en conflit, chose fort pratique. Prozorov indique également comment une station de radio-localisation fut mystérieusement désactivée un mois avant que le MH17 fut abattu, chose qui facilita la réalisation du complot. Il ajoute que cette station aurait pu localiser les coordonnées d’où le missile BUK fut lancé, et se demande pourquoi les médias ukrainiens ne firent pas le tintamarre pour accuser les rebelles de cette désactivation. La réponse qu’il apporte est que le troisième régiment des Forces d’Opérations Spéciales ukrainiennes fut responsable de ce sabotage, ce qui suggère que les experts en sabotage menèrent cette opération pour couvrir les actions à venir fomentées par Kiev.

Autre fait significatif discuté dans le documentaire de Prozorov, les États-Unis d’Amérique ne publièrent pas immédiatement les preuves d’images satellites qu’ils affirmèrent pourtant détenir dès le jour de la tragédie. Il estime que ce délai laissa aux auteurs le temps nécessaire à finaliser leurs « faits alternatifs », au lendemain immédiat de l’événement, évitant ainsi de tout gâcher par accident. Il pose également une question : pourquoi l’équipe d’enquête conjointe [Joint Investigative Team (JIT), NdT] n’accepta-t-elle pas les preuves qui furent rapidement apportées depuis la zone du crash par la République Populaire de Donetsk ? Et pourquoi les enquêteurs hollandais mirent-ils des mois avant de s’intéresser réellement à l’épave? Ces observations étranges apportent du crédit à l’affirmation que nombre de personnes en charge de mener l’enquête sur l’incident ne se comportèrent pas de manière impartiale, et s’employèrent au lieu de cela à étayer une narration établie à l’avance. Il est également troublant que les autorités malaisiennes se soient vues marginalisées au départ, du fait de l’équipe d’enquête dirigée par les services de renseignements.

Prozorov dévoile également des informations très importantes quant au rôle que tint le 156ème régiment anti-aérien des forces armées ukrainiennes dans la chute de l’avion MH17. Il a pu parler à deux anciens conscrits, ayant fait leur service dans cette unité à l’époque, mais ayant par la suite déserté pour passer dans le camp rebelle. Ils lui ont expliqué que leur unité comptait un BUK parmi ses systèmes d’armements, et comment cette unité fut déployée sur les lignes de front du Donbass avant de se voir mystérieusement retirée du combat, en dépit de la crainte répandue cet été-là que les Russes fussent sur le point d’intervenir militairement dans le conflit. Des officiers et des soldats sous contrat accompagnèrent alors le BUK vers un soi-disant « site d’entraînement », cependant que les conscrits eurent pour ordre de rester sur leur base. Les conscrits apprirent rétrospectivement que leurs collègues physiquement présents avec le BUK s’étaient en réalité vus déployés sur la zone de combat et avaient tiré au moins un missile au moment précis où le vol MH17 fut abattu.

Prozorov avance également dans ce documentaire des éléments très troublants sur une implication britannique suspecte dans le scénario. Il s’appuie sur un document, qui prouve que le Major Général Valery Kondratyuk, chef du département de contre-renseignements ukrainien, accompagna deux agents des services secrets britanniques, ainsi que d’autres personnes, sur la zone d’opérations du Donbass, le 22 juin 2014, pour une visite d’une journée, après laquelle l’ensemble des représentants du SBU partirent, à l’exception du lieutenant colonel Vasily Burba, qui resta en compagnie des « invités » britanniques de Kiev. Il se trouve que Prozorov connaît Burba, ce dernier l’ayant remplacé, ainsi que ses collègues, plus tôt le même mois, et il affirme que Burba trempa dans la machination du MH17 ainsi que les agents étrangers. Après l’incident, les carrières respectives de Kondratyuk et de Burba connurent « par coïncidence » un succès fulgurant, le premier prenant la tête de la Direction Générale des Renseignements, avant de s’y voir remplacer par le second, et de devenir assistant du chef de cabinet du président.

Deux autres preuves impliquent également les Britanniques. La première est que Peter Kalver, l’agent des renseignements australien chargé de mener le groupe d’experts de son pays pour l’enquête au Donbass fit usage d’un numéro de téléphone britannique. Ce serait là déjà chose étrange en soi de la part d’un Australien travaillant en Ukraine, mais combiné à ce qui a été révélé ci-avant, cela suggère que l’implication des services secrets britanniques est plus étendue que suspectée initialement ; cela soulève des questions quant à savoir combien d’autres personnalités d’« enquêteurs »moins exposées auraient également pu travailler en lien avec le Royaume-Uni. Comme seconde preuve, Prozorov avance que le « site internet de journalisme d’investigation »Bellingcat (financé notamment par l’Open Society Foundation [George Soros, NdT] et la National Endowment For Democracy – NED fut fondé quelques jours avant l’incident, et devint soudainement la première source d’accusation contre Moscou ; il y a de quoi s’interroger sur son rôle sur le front de la guerre de l’information menée par les services de renseignements.

Pour conclure, Prozorov revient sur les principaux points, à savoir que la chute du MH17 constitua une machination soigneusement préparée d’avance, par les agences de sécurité ukrainienne et britannique, afin de braquer les projecteurs de cette attaque sous faux drapeau sur les rebelles du Donbass, dans l’objectif de les faire apparaître comme des « terroristes » et donc d’empêcher politiquement une intervention militaire russe en soutien, chose qui était largement soupçonnée d’être en préparation à l’été 2014. Apparaît également l’intention de fond de s’en prendre à la Russie du fait de son rôle de rivale géopolitique principale de l’Occident. Il va falloir conserver ces éléments à l’esprit, les procédures judiciaires du JIT étant prévues pour démarrer au mois de mars 2020 ; le dramatique événement va bientôt revenir sous les projecteurs internationaux, et ses auteurs feront leur possible pour s’absoudre en convaincant le monde de la culpabilité d’innocents. Le documentaire de Prozorov est extrêmement instructif, et mérite d’être vu.

Andrew Korybko

 

Article original en anglais :

Flight MH17

MH17 Malaysian Airlines Documentary by Ukraine SBU Whistleblower: Review, le 5 janvier 2020.

Cet article a été publié initialement en anglais par OneWorld.

Traduit par José Martí, relu par Kira pour le Saker Francophone

 

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

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L’ancien PDG de Boeing, Dennis Muilenburg, a quitté le géant de l’aérospatiale avec 80,7 millions de dollars en salaire, options d’achat d’actions et autres bonus après avoir été forcé de démissionner de la société en décembre, selon un document de la Securities and Exchange Commission (SEC) divulgué vendredi. Parmi ses services rendus, il a été le fer de lance de la production et de la certification du 737 Max 8, qui a tué 346 passagers et membres d’équipage dans deux écrasements, ce qui en fait l’un des jets commerciaux les plus meurtriers jamais mis en service.

L’actif de Muilenburg comprend des actions d’une valeur de 4,3 millions de dollars, des rentes et des arriérés de paiement totalisant 28,5 millions de dollars et des options d’achat d’actions à long terme s’élevant à 29,4 millions de dollars. Boeing a également préservé son droit d’acheter près de 73.000 actions de la compagnie à une valeur proportionnelle de 5,5 millions de dollars, qu’il pourrait ensuite revendre pour 24 millions de dollars.

Après avoir mis le nouvel avion en service à la hâte, en réduisant les mesures de sécurité et en dissimulant les dangers connus et potentiellement mortels liés à l’ingénierie et aux logiciels, puis en se portant garant de la sécurité de l’avion après le premier écrasement, en octobre 2018, et le second, en mars 2019, la «punition» de Muilenburg a été la perte de son indemnité de départ, d’une valeur estimée à 14,6 millions de dollars.

Le président Trump avec Keith Muilenberg en février 2017 [Photo: Ryan Johnson]

Boeing n’a alloué que 50 millions de dollars d’indemnisation aux 346 familles qui ont perdu des proches dans les deux accidents: le vol 610 de Lion Air aux abords de Jakarta (Indonésie) et le vol 302 d’Ethiopian Airlines aux abords d’Addis-Abeba (Éthiopie). Les vies perdues, selon la compagnie, ne valent que 144.500 dollars chacune, soit moins que ce que Muilenburg pouvait faire en un mois.

L’insensibilité avec laquelle Boeing a traité les familles des victimes de l’accident par rapport à son directeur général est un exemple de justice de classe en Amérique. Un travailleur accusé de conduite imprudente dans l’État de Washington, où le Max 8 est fabriqué, peut être jeté en prison pour 364 jours et condamné à une amende pouvant atteindre 5000 $. Le PDG d’une entreprise qui s’est lancé dans le développement d’un avion mortel et qui devrait être jugé pour le meurtre de centaines d’hommes, de femmes et d’enfants est récompensé par une nouvelle manne qui s’ajoute à sa fortune.

De plus, suite à l’immobilisation au sol du Max 8 après le deuxième écrasement et le gel de la production qui a débuté ce mois-ci, le sous-traitant de Boeing Spirit AeroSystems a licencié 2800 employés. Le fabricant de pièces génère 80 % de ses revenus grâce à son contrat avec Boeing, dont une grande partie est consacrée à la fabrication du fuselage de l’avion mortel.

La société a également annoncé qu’elle licenciera d’autres travailleurs dans ses usines de Tulsa et de McAlester, en Oklahoma, dont aucun ne recevra de compensation de Boeing pour avoir vu son gagne-pain détruit. Ce ne sont sans doute que les premiers de plusieurs milliers de licenciements que la classe ouvrière sera obligée de subir en raison de la cupidité et de la négligence de la compagnie.

La criminalité de l’entreprise Max 8 a de nouveau été mise à nu jeudi, lorsque le Washington Post a rapporté que Boeing avait soumis au Congrès une série de communications internes dans lesquelles des employés dont les noms avaient été expurgés exprimaient leurs frustrations à l’égard de la gestion du projet et leurs craintes que l’avion ne puisse pas voler en toute sécurité.

«C’est une blague. Cet avion est ridicule», a commenté un employé dans une conversation concernant les mises à jour du matériel et du logiciel Max. «On répare une chose, et on en casse [trois] autres.» On pouvait lire dans une autre missive: «Je vais être stupéfait si la FAA passe cette merde.»

Un autre message proposait sombrement que l’on pouvait éviter les dangers du Max 8 en se suicidant. «Prenez un silencieux, fixez-le au bout du pistolet, placez-le près de la tempe, et appuyez sur la gâchette – les problèmes s’arrêtent. À ce stade, comment peuvent-ils envisager de continuer?»

Un courriel de 2018 suggère que des problèmes semblables à ceux qui ont affligé le Max 8 se poursuivent dans le développement du plus récent avion de Boeing, le 777X. On peut y lire: «Pourquoi le fournisseur le moins bien classé et le moins éprouvé a-t-il reçu le contrat? Uniquement sur la base de la plus basse soumission. Pas seulement le MAX mais aussi le 777X ! La gestion des fournisseurs est à la base de toutes ces décisions… Le mieux dans tout ça est que nous recommençons tout cela avec le 777X chez le même fournisseur et nous avons signé un échéancier encore plus agressif!»

Les documents montrent également les efforts que Boeing était prêt à faire pour que la formation sur simulateur de vol ne soit pas nécessaire pour le Max 8 afin de maintenir les frais généraux au plus bas niveau possible. Les courriels signés par le chef pilote technique du Boeing 737 à l’époque, Mark Forkner, soulignaient «l’importance de maintenir fermement qu’il n’y aura aucun type de formation en simulateur nécessaire pour passer du NG au Max» lors des discussions avec les organismes de réglementation fédéraux.

Forkner a également joué un rôle clé pour forcer les organismes de réglementation internationaux à accepter l’affirmation de Boeing selon laquelle seul un cours de formation minimal sur ordinateur était nécessaire pour piloter le Max 8. Il a écrit, probablement aux organismes de réglementation de la Direction générale de l’aviation civile de l’Inde, qu’il n’y a «qu’une seule différence entre le [737 NG] et le [737 Max]» et qu’ils devraient abandonner leurs réserves parce que les organismes de réglementation de l’Argentine, du Canada, de la Chine, de l’Europe, de la Malaisie et des États-Unis l’avaient déjà fait.

Comme l’a montré de manière concluante l’agence de régulation de l’aviation indonésienne dans son rapport final sur l’accident du Lion Air, les avions ont plongé vers leur perte à cause d’un mécanisme anti-décrochage jusqu’alors peu connu appelé le Maneuvering Characteristics Augmentation System(MCAS), qui a été dissimulé aux pilotes d’essai pendant la certification du Max 8 et maintenu hors des manuels utilisés par les pilotes commerciaux aux commandes de l’avion, même après le premier accident.

Il n’y a pas d’explication innocente à ces expositions. Bien que Boeing nie que ces courriels «soient incompatibles avec les valeurs de Boeing», ils montrent clairement que la compagnie, ses dirigeants et ses principaux actionnaires accordaient beaucoup plus d’importance à leurs profits et au cours des actions qu’à la sécurité des personnes qui seraient éventuellement à bord de ce piège mortel volant.

Cela inclut les 200 milliards de dollars réalisés par les principaux actionnaires de Boeing tels que The Vanguard Group, T. Rowe Price Associates, Newport Trust Co, SSGA Funds Management et Blackrock Fund Advisors, entre autres, depuis la première annonce du Max 8 jusqu’à juste avant le deuxième écrasement. Pour sa part, Muilenburg a fait 6,5 millions de dollars en vendant des actions le mois précédant la destruction du vol 302 d’Ethiopian Airlines, ce qui laisse supposer que lui et d’autres cadres qui ont fait des gains similaires de plusieurs millions de dollars s’inquiétaient de la sécurité de l’avion.

La criminalisation de la classe dirigeante américaine est le produit de la dégénérescence et de la crise de l’ensemble du système social et économique du capitalisme. Les catastrophes de Boeing soulignent avant tout la nécessité de mobiliser la classe ouvrière pour exproprier les grandes banques et les sociétés géantes afin de les transformer en entreprises publiques contrôlées démocratiquement.

Andre Damon

 

Article paru en anglais, WSWS, le 13 janvier 2020

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La récente révélation du Guardian, basé en Grande-Bretagne, selon laquelle les commandants de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) préconisaient l’usage de la force mortelle et de balles réelles contre les autochtones qui manifestaient contre les pipelines doit être considérée comme un avertissement sérieux pour l’ensemble de la classe ouvrière. L’incident souligne que l’élite dirigeante du Canada ne reculera devant rien pour faire respecter son insatiable recherche du profit, notamment par l’imposition de projets de pipelines destructeurs sur le plan environnemental et social, et que toute opposition sera impitoyablement réprimée.

Les documents découverts par le Guardian et qui ont fait l’objet d’un reportage du journal le 20 décembre révèlent que la GRC était prête à tirer pour tuer lors d’un raid policier militarisé sur des manifestants autochtones qui avaient bloqué la construction d’un gazoduc dans le nord de la Colombie-Britannique.

Selon l’article du Guardian, des notes internes d’une séance de stratégie en référence à un raid qui a eu lieu le 7 janvier 2019 et qui ont été fuitées, révèlent que des représentants de la GRC ont plaidé en faveur de la «surveillance létale», un terme utilisé pour désigner le déploiement d’agents ou de tireurs d’élite prêts à tirer pour tuer. Les responsables de la séance ont également exhorté les agents à utiliser «autant de violence que vous le souhaitez à l’égard de la barricade» afin de lever le barrage routier.

D’autres documents révèlent que la GRC était prête à utiliser du matériel militarisé contre des manifestants pacifiques non armés – y compris des voitures de patrouille de police lourdement armées avec des carabines (qui sont capables de tirer des balles à une vitesse de 895 mètres par seconde), un bateau motorisé rapide, un hélicoptère, des drones et des caméras à détection de chaleur – et à effectuer une surveillance de haute technologie des dirigeants du mouvement de protestation, qui se disent «défenseurs de la terre».

Le projet contesté de pipeline traverse le territoire des Wet’suwet’en, où des manifestants autochtones occupent pacifiquement un campement connu sous le nom de Camp Unist’ot’en depuis près d’une décennie. En novembre 2018, lorsque TransCanada a demandé et obtenu une injonction provisoire de la Cour supérieure de la province pour mettre fin par la force à l’occupation, les manifestants ont réagi en érigeant une barrière au point de contrôle de Gitimd’en, bloquant l’accès à l’entreprise. Au début de janvier 2019, la police armée a fait une descente dans le camp et arrêté 14 manifestants.

Un document mentionné par le Guardian indique que, sans exception, «tout le monde sera arrêté dans la zone d’injonction», y compris les enfants et les grands-parents. Un autre fait référence à la possibilité que les services sociaux appréhendent les enfants, et que des arrestations seraient nécessaires pour «stériliser le site.»

Un autre document révèle que la GRC, préoccupée par «les perceptions», avait établi une «zone d’exclusion des médias» empêchant les journalistes d’accéder à la zone, et que les agents prenaient soin de cacher leurs armes à la vue du public. Deux sociétés de sécurité privées ont également été engagées pour suivre les mouvements des peuples autochtones.

De plus, l’article du Guardian révèle des détails sur l’étroite collaboration entre la GRC et le promoteur du pipeline avant le raid. Des agents de la GRC assistaient régulièrement aux séances de planification de la société et aux réunions quotidiennes de préparation.

Un détachement de la GRC, appelé par euphémisme le Groupe d’intervention communautaire et industriel (GICI), harcèle et terrorise régulièrement les Wet’suwet’en depuis dix ans. Il maintient une présence au camp Unist’ot’en depuis le raid de janvier dernier et y restera «aussi longtemps qu’il le jugera nécessaire.» Selon les protestataires autochtones, le GICI a explicitement déclaré qu’il n’aidera pas les Wet’suwet’en si leur sécurité est menacée. Les agents leur ont dit que même en cas de menace grave, telle qu’une attaque armée de racistes contre les Unist’ot’en, toute action visant à contrôler l’accès à la route pourrait entraîner des arrestations.

La brutalité de la GRC envers les manifestants autochtones en Colombie-Britannique n’est pas nouvelle. En 1995, au lac Gustafson, où des «warriors» autochtones cherchaient à récupérer un lieu de sépulture ancestral, la GRC, rejointe par des militaires des Forces armées spéciales canadiennes munis de véhicules blindés de transport de troupes, a posé des mines terrestres (qu’elle a appelées «dispositifs d’alerte rapide») autour du site de la manifestation et a tiré sur les manifestants.

Le pipeline au cœur de la dernière manifestation sera détenu et exploité par Coastal GasLink (CGL), une filiale de la société énergétique albertaine TC Energy (anciennement TransCanada). Le gazoduc de près de 670 kilomètres de long s’étendra de la région de Dawson Creek, dans le nord-est de la Colombie-Britannique, à une installation de traitement qui sera construite près de la ville côtière de Kitimat, où le gaz sera converti en une forme liquide pour être exporté vers les marchés asiatiques.

En réponse à l’article du Guardian, la militante Tlingit Anne Spice a écrit: «La police est là pour soutenir l’invasion des territoires autochtones… Elle nous harcèle et fait du profilage sous prétexte de « sécurité publique ».»

Molly Wickham, porte-parole des manifestants qui ont été arrêtés sur le site en janvier dernier, a déclaré: «L’État a toujours expulsé nos gens de nos terres pour assurer le contrôle des ressources […] [La] GRC agit comme des mercenaires pour l’industrie.

Ron Mitchell, connu par les Wet’suwet’en comme le chef héréditaire Hagwilnegh, qui a également participé aux manifestations, a posé la question suivante: «Pour qui la GRC travaille-t-elle?»

La réponse est que, comme toujours, la police et les partis politiques travaillent pour le compte des sections les plus puissantes de l’élite corporative canadienne.

Ce projet de 6,6 milliards de dollars fait partie d’un investissement massif de 40 milliards de dollars de LNG Canada, un consortium de géants multinationaux de l’énergie, dont Royal Dutch Shell, Mitsubishi Corp., Petronas, PetroChina Co. et Korean Gas Corp. qui apporterait le gaz naturel liquide du Canada sur les marchés étrangers. En octobre 2018, les gouvernements fédéral libéral et provinciaux néo-démocrates ont donné leur approbation pour que LNG Canada entreprenne «immédiatement» la construction de ce que le premier ministre Justin Trudeau a appelé «le plus important investissement du secteur privé de l’histoire du Canada.»

À l’échelle provinciale, le gazoduc Coastal TransLink et l’installation d’exportation de LNG à Kitimat ont l’appui du gouvernement néo-démocrate minoritaire, qui est soutenu par le Parti vert. Après l’approbation de l’installation de Kitimat, le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, s’est dit enthousiaste: «C’est certainement un grand jour pour le nord de la Colombie-Britannique.»

La classe dirigeante canadienne considère le développement et l’expansion des pipelines énergétiques comme un élément essentiel à la réalisation de ses ambitions de faire du Canada une «superpuissance énergétique.» Le traitement impitoyable infligé aux manifestants anti-pipeline bénéficie donc du soutien des plus hauts niveaux de l’État capitaliste.

En 2016, le ministre libéral des Ressources naturelles de l’époque, Jim Carr, a fait des déclarations indiquant clairement que des discussions avaient eu lieu au sein du gouvernement au sujet du déploiement de l’armée pour réprimer l’opposition du public à l’expansion du pipeline Trans Mountain, qui transportera le bitume des sables bitumineux de l’Alberta à Burnaby, en Colombie-Britannique, pour l’exportation. Le gouvernement libéral fédéral a donné le feu vert à Trans Mountain après avoir acheté le pipeline au géant de l’énergie Kinder Morgan en mai dernier pour 4,4 milliards de dollars.

Si la GRC et le gouvernement fédéral sont prêts à sanctionner la force brutale contre les manifestants autochtones, ils ne seront pas moins disposés à utiliser toute la force de l’État capitaliste contre les travailleurs qui entrent en lutte dans tout le pays. Tout comme les tribunaux étaient prêts, dans l’affaire Wet’suwet’en, à donner une sanction juridique à un violent raid de police, ils se sont montrés plus que disposés à imposer des restrictions et des interdictions non moins draconiennes des grèves et des protestations dans tout le pays. Dans la dernière affaire en date, un tribunal de la Saskatchewan a statué que les travailleurs de la raffinerie de pétrole en lock-out au Cooperative Refinery Complex de Regina n’ont pas le droit d’empêcher les briseurs de grève, les camions de livraison de carburant et l’équipement d’entrer sur les lieux pendant la grève.

En Ontario, le gouvernement de Doug Ford, qui est en train d’imposer une campagne d’austérité brutale visant les services publics et les droits des travailleurs, a décrit une manifestation de quelques centaines de militants au début de l’année dernière – au cours de laquelle une fausse guillotine avait été brandie –, comme une «menace crédible» qui avait été transmise à la Police provinciale de l’Ontario.

De plus, sous le prétexte fallacieux de «lutter contre le terrorisme», le gouvernement fédéral a confié de vastes pouvoirs à l’appareil de sécurité nationale. Ces pouvoirs comprennent la capacité de perturber activement et d’espionner les manifestants jugés des dangers à la «sécurité économique» et l’«intégrité territoriale» du Canada, et de procéder à des arrestations préventives.

Le reportage du Guardian arrive au moment où les gouvernements de toutes les tendances politiques du monde entier intensifient la répression contre l’opposition sociale. Lorsque les manifestations des Gilets jaunes ont éclaté en France à la fin de 2018, le président Emmanuel Macron a réagi en appelant l’armée et en l’autorisant à tirer. Des centaines de manifestants ont été gravement blessés, dont plusieurs ont perdu leurs yeux. Au Chili, où des mobilisations de masse ont éclaté en novembre dernier à cause de l’accroissement des inégalités sociales, le gouvernement a appelé des militaires dans les rues de Santiago pour la première fois depuis la chute de la dictature fasciste de Pinochet.

Penny Smith et Roger Jordan

 

Article paru en anglais, WSWS, le 11 janvier 2020

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(Photo de Miraflores Palace)

Dans le cadre du cycle sud-américain dit progressiste, une série de mécanismes d’intégration régionale ont été créés pour tenter de briser la dépendance à l’égard des puissances hégémoniques et à la recherche de la construction de leur propre voie, faisant appel à l’échange des connaissances et à la complémentarité entre un groupe de nations d’Amérique latine et des Caraïbes.

Banque du Sud

Dans le domaine économique, un projet ambitieux a tenté de changer les règles du jeu : la Banque du Sud. Sept pays ont fait le premier pas le 9 décembre 2007 en signant l’acte constitutif à Buenos Aires : Argentine, Bolivie, Brésil, Équateur, Paraguay, Uruguay et Venezuela. Cela représentait le fer de lance de ce que l’on a appelé la nouvelle architecture économique du continent, pour tenter d’échapper à la logique perverse du transfert des capitaux des pays du Sud vers les pays du Nord à travers le système dette et des dépôts de leurs patrimoines. Son document fondateur stipule : « L’intégration sud-américaine doit construire pour les peuples de la région un espace consacré à la promotion du développement économique et social, à la réduction des asymétries, à la réduction de la pauvreté et de l’exclusion sociale et à la convergence et la complémentarité des processus d’intégration économique ».

5 pays ont approuvé la Banque du Sud dans leurs parlements respectifs, devenant membres à part entière : l’Argentine, la Bolivie, l’Équateur, l’Uruguay et le Venezuela. En revanche, le Paraguay, le Pérou et le Brésil n’ont jamais ratifié les accords (le Brésil ne les a approuvés que dans une seule chambre), ce qui a empêché leur adhésion officielle et laissé le projet dans une très longue attente, malgré les déclarations officielles sur sa relance.

Les avantages d’un projet de cette ampleur sont multiples. Tout d’abord, rechercher l’indépendance vis-à-vis des marchés de capitaux, rapatrier les réserves des pays membres sud-américains mais aussi créer une alternative par rapport au modèle hégémonique imposé par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement, tous trois sous l’orbite des États-Unis.

Il y a eu une série d’obstacles au développement souhaité de la Banque du Sud : tout d’abord, alors que la majorité des membres demandent que chaque pays dispose d’une voix (quel que soit son poids à l’échelle internationale et sa densité de population) ; le Brésil, la plus importante économie de la région, demande que le vote de chaque membre soit proportionnel au capital investi (soit 1 dollar = 1 voix comme indiqué dans les statuts de la Banque mondiale ou du Fonds monétaire international, contrairement au fonctionnement démocratique de 1 pays = 1 vote). C’est une contradiction importante qu’une institution qui prétend s’opposer à un modèle et s’ériger en véritable alternative, l’imite en fait. Deuxièmement, il y a eu un débat important sur le volume de la contribution à apporter par chaque pays, compte tenu des importantes asymétries économiques existant entre le Brésil, l’Argentine, le Venezuela d’une part et l’Équateur, l’Uruguay, la Bolivie et le Paraguay d’autre part. Troisièmement, il y a eu des désaccords avec l’élection du siège principal à Caracas et des sièges annexes à Buenos Aires et La Paz. Et un problème névralgique à prendre en compte est l’existence antérieure de la Banque nationale de développement économique et social (BNDES) du Brésil, qui a le soutien de banques privées et qui dépasse le capital de la Banque interaméricaine de développement.

Le fait d’avoir son propre mécanisme interne rend inintéressant pour les élites financières d’investir des sommes d’argent importantes dans le développement d’une banque avec une autre série de valeurs démocratiques et solidaires qui, à long terme, pourraient remplacer les leurs. Attendre que le Brésil devienne membre à part entière de la Banque du Sud est une erreur stratégique qui a retardé et empêché la mise en œuvre définitive du projet avec les pays qui y étaient prêts.

Dans la configuration politique actuelle de la région et tant que les gouvernements néolibéraux d’Argentine, du Brésil, de l’Équateur, du Paraguay et du Pérou resteront au pouvoir, en plus de la crise économique au Venezuela, le projet de la Banque du Sud n’a guère pu être réalisé et il est regrettable que, quand il y a eu convergence politique, il ne se soit pas réalisé au bénéfice des intérêts des groupes économiques dominants. Cependant, il est très important de souligner l’urgence d’un projet tel que celui de la Banque du Sud pour une véritable émancipation des peuples de la région, et qui constitue une contribution décisive en matière de démocratie et de souveraineté, de justice sociale et d’intégration régionale.

À l’avenir, la création d’un Fonds monétaire du Sud pourrait être envisagée, en explorant la voie d’une monnaie locale unique (sans reproduire les erreurs de la Communauté économique européenne avec l’euro) pour les échanges commerciaux et en développant un projet tricontinental entre banques du Sud en Amérique latine, Afrique et Asie avec une logique différente des sous-impérialismes des BRICS.

CIRDI

Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) est l’une des cinq institutions qui forment le Groupe de la Banque mondiale avec la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, l’Association internationale de développement, la Société financière internationale et l’Agence multilatérale de garantie des investissements.

Le CIRDI a pour fonction d’administrer des tribunaux ad hoc et des instances de conciliation en cas de différends entre investisseurs et États. L’article 25 de la Convention de Washington indique que la compétence du Centre s’étend aux différends qui, cumulativement :

  1. sont de nature juridique (exigence ratione materiae) ;
  2. sont directement liés à un investissement entre un État partie et un investisseur national d’un autre État partie (exigence ratione personae) ;
  3. et que les parties au litige ont accepté par écrit la compétence du CIRDI (condition ratione voluntatis).

Il est d’une importance vitale pour les pays qui développent des processus politiques de transformation sociale visant à servir leurs populations de se retirer du CIRDI pour trois raisons principales : la grande majorité de ses décisions vont à l’encontre des États, les jugements favorisant les entreprises multinationales avec une compensation substantielle ; les coûts des procès longs et coûteux ; ainsi que la possibilité que cela ouvre à l’intervention des fonds vautours. Cet argent, qui passe entre les mains des élites économiques, n’est plus disponible pour l’investissement social et augmente la dette des États en question.

La Bolivie, l’Équateur et le Venezuela sont les premiers pays à quitter le CIRDI, le 1er mai 2007, le 2 juillet 2009 et le 24 janvier 2012, notifiant la dénonciation de la Convention de Washington pour le règlement des différends relatifs aux investissements entre États et ressortissants d’autres États.

Parallèlement, la Bolivie et l’Équateur engageront un processus de non-renouvellement ou de dénonciation des traités bilatéraux d’investissement (TBI) en vigueur qui, bien qu’avec différents degrés de progrès, ont mis en évidence des défaillances dans le système juridique international traditionnel des investissements.

En avril 2007, Evo Morales dénonce l’accord avec le CIRDI, arguant de la nécessité de prendre des décisions souveraines contre un tribunal qui a clairement pris le parti des transnationales : 36 % des cas traités se sont soldés par une décision en faveur de l’investisseur privé et 34 % ont été réglés à l’amiable, mais avec compensation pour l’investisseur ; les quelques cas gagnés par les États ne reçoivent aucune compensation. Le 1er mai 2007, la Bolivie se retirait du CIRDI et allait de l’avant en dénonçant ou en ne renouvelant pas les 21 TBI en vigueur, ouvrant la voie aux autres pays d’Amérique latine.

Dans le cas de l’Équateur, en janvier 2008, sous le gouvernement de Rafael Correa, 9 des 26 TBI en vigueur ont été dénoncés, ceux sur la base desquels les investissements réciproques n’avaient pas été enregistrés. De même, le retrait du CIRDI est officialisé par la notification de la dénonciation du Commonwealth le 2 juillet 2009. En ce qui concerne les 17 autres accords bilatéraux d’investissement, la nouvelle Constitution (2008) prévoit une procédure d’intervention devant la Cour constitutionnelle et l’Assemblée nationale. En conséquence, le 16 mai 2017, Correa a officialisé la sortie de l’Équateur des traités bilatéraux d’investissement (TBI) signés avec 16 pays et publie le rapport d’audit de CAITISA (Comisión para la Auditoría Integral Ciudadana de los Tratados de Protección Recíproca de Inversiones y del Sistema de Arbitraje Internacional en Materia de Inversiones en espagnol).

En 2018, la transnationale américaine Kimberly-Clark a engagé un arbitrage contre le Venezuela pour l’expropriation de son usine de Maracay en 2016. Avec cette nouvelle demande d’arbitrage, le Venezuela a 22 affaires en instance devant le CIRDI. Cela indique l’erreur d’avoir signé des traités bilatéraux d’investissement en 1991 avec les Pays-Bas, en 1995 avec l’Espagne et en 1998 avec la Belgique/Luxembourg, le succès de la sortie du CIRDI en 2012 par décision de Hugo Chávez et la nécessité de le faire plus tôt (la sortie définitive selon la législation en vigueur sera effective en 2022). À cela s’ajoute la forte demande de Conoco Philips au Venezuela pour 8,7 milliards de dollars dans la situation actuelle. La nation sud-américaine avait jusqu’en 2011 un coût approximatif de 42 milliards de dollars en dossiers, soit plus que le total de ses réserves pour le moment.

Pour toutes ces raisons, il est prioritaire que les pays du Sud se retirent du CIRDI dès que possible afin de ne pas se résigner à subir les conséquences de leurs décisions à l’avenir.

ALBA

L’ALBA (Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique – Traité commercial des peuples) est une proposition de Hugo Chávez visant à renforcer l’autodétermination et la souveraineté des peuples, à travers une alternative d’intégration pour contrer les politiques économiques promues par les États-Unis et certaines organisations internationales telles que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM). L’ALBA est née comme l’antithèse du soi-disant « Consensus de Washington ». En 2004, Fidel Castro et Hugo Chávez signent leur traité constitutif et la première réunion se tient en 2005. En 2006, la Bolivie a été incorporée, en 2007 le Nicaragua et la Dominique et, en 2008, le Honduras a été ajouté.

L’ALBA est née sur les cendres de la ZLEA (Zone de libre-échange des Amériques), un projet qui a vu le jour à Miami en 1994, proposant la réduction des barrières tarifaires pour les importations et les investissements dans 34 pays du continent américain, à l’exclusion de Cuba. En raison de la diversité des résistances, ce n’est qu’en 2005, lorsque George W. Bush en a fait la promotion, que le IVe Sommet des Amériques à Mar del Plata, en Argentine, a reçu une proposition officielle. Une grande mobilisation des mouvements sociaux du continent et une réponse solide des présidents de l’Argentine (Néstor Kirchner), du Brésil (Lula Da Silva), du Paraguay (Nicanor Duarte), de l’Uruguay (Tabaré Vásquez) et du Venezuela (Hugo Chávez) ont vaincu la ZLEA. Cependant, après l’échec de la ZLEA, les États-Unis ont cherché de nouvelles façons de réaliser leur projet en signant des accords bilatéraux de libre-échange avec la Colombie, le Pérou et le Chili, des négociations qui ont contribué à l’affaiblissement et la désintégration régionale. Ainsi, le coup d’État contre Manuel Zelaya en 2009 provoque l’expulsion du Honduras de l’ALBA et avec le tournant à droite d’une partie importante des pays d’Amérique du Sud, le gouvernement de Lénine Moreno en Équateur rompt avec la ligne prise par Rafael Correa et décide de quitter l’ALBA en 2018.

Le projet de l’ALBA est une alliance politico-idéologique conséquente, ce qui explique une participation moindre des pays d’Amérique centrale et des Caraïbes en son sein, par opposition à une participation plus élevée à un autre mécanisme d’intégration qui offre de grands avantages économiques comme le PetroCaribe (certains de ces fonds ont été mal gérés, comme le montre le cas de Haïti).

L’idée de passer d’une aide étrangère douteuse à une complémentarité régionale, la mise en place de systèmes de troc de services médicaux, sportifs, alimentaires, pour les barils de pétrole, pouvait se matérialiser et maintenir son rythme alors que les prix internationaux des matières premières étaient à leur maximum. Lorsque les prix ont chuté et que la situation économique du Venezuela a commencé à se détériorer, le fonctionnement d’un important système d’intégration en a subi les conséquences. À cela s’ajoutent d’importantes affaires de corruption comme celle de la société Albanisa au Nicaragua.

Il est d’une importance vitale de reprendre la véritable transition de l’assistance à la solidarité entre les peuples, en créant des options souveraines, démocratiques et dignes contre le néolibéralisme, l’impérialisme et le colonialisme interne, sans répéter les erreurs du passé.

Joaldo Dominguez

 

 

Cet article est tiré du n° 77 de l’AVP (Les autres voix de la planète), « Dettes aux Suds » disponible à : https://www.cadtm.org/Dettes-aux-Suds

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Appel aux armes, l’OTAN mobilisée sur deux fronts

janvier 14th, 2020 by Manlio Dinucci

NATOME : voilà comment le président Trump, qui se vante de son talent pour créer des acronymes, a déjà baptisé le déploiement de l’OTAN au Moyen-Orient, qu’il a requis par téléphone au secrétaire général de l’Alliance Stoltenberg. Celui-ci a immédiatement accepté que l’OTAN doive avoir “un rôle accru au Moyen-Orient, en particulier dans les missions d’entraînement”. Il a donc participé à la réunion des ministres des affaires étrangères de l’Ue, en soulignant que l’Union européenne doit rester à côté des États-Unis et de l’OTAN parce que, “même si nous avons fait d’énormes progrès, Daesh peut revenir”. Les États-Unis cherchent de cette façon à impliquer les alliés européens dans la situation chaotique provoquée par l’assassinat, autorisé par Trump lui-même, du général iranien Soleimani dès son débarquement à Bagdad. 

Après que le parlement irakien a délibéré l’expulsion des plus de 5.000 soldats USA présents dans le pays avec des milliers de mercenaires du Pentagone, le premier ministre Abdul-Mahdi a demandé au Département d’État d’envoyer une délégation pour établir la procédure du retrait. Les USA – a répondu le Département- enverront une délégation “non pas pour discuter le retrait des troupes, mais le dispositif adéquat de forces au Moyen-Orient”, ajoutant qu’à Washington on est en train de fixer un accord sur “le renforcement du rôle de l’OTAN en Irak correspondant au désir du Président que les Alliés partagent la charge dans tous les efforts pour notre défense collective”.

Le plan est clair : remplacer, totalement ou en partie, les troupes USA en Irak par celles des alliés européens, qui se trouveraient dans les situations les plus risquées, comme le démontre le fait que l’OTAN même, après l’assassinat de Soleimani, a suspendu les missions d’entraînement en Irak. 

Outre le front méridional, l’OTAN est mobilisée sur le front oriental. Pour “défendre l’Europe de la menace russe”, est en train de se préparer l’exercice Defender Europe 20, qui verra en avril et mai le plus grand déploiement de forces USA en Europe des 25 dernières années. Arriveront des États-Unis 20.000 soldats, dont quelques milliers de la Garde Nationale provenants de 12 États USA, qui se joindront à 9.000 déjà présents en Europe pour un total d’environ 30.000. À leurs côtés 7.000 soldats de 13 pays européens de l’OTAN, dont l’Italie, et deux partenaires, Georgie et Finlande. En plus des armements qui arriveront d’outre-atlantique, les troupes USA utiliseront 13.000 chars, cannons autopropulsés, blindés et autres véhicules militaires provenants de “dépôts pré-positionnés” USA en Europe. Des convois militaires avec véhicules blindés parcourront 4.000 km à travers 12 artères, opérant avec des avions, hélicoptères, drones et unités navales. Des parachutistes USA de la 173ème Brigade et italiens de la Brigade Folgore sauteront ensemble en Lettonie.

L’exercice Defender Europe 20 prend un relief ultérieur, dans la stratégie USA/OTAN, à la suite de l’aggravation de la crise moyen-orientale. Le Pentagone, qui l’an dernier a envoyé 14.000 soldats de plus au Moyen-Orient, est en train d’envoyer dans cette même région certaines forces qui se préparaient à l’exercice de guerre en Europe : 4.000 parachutistes  de la 82ème Division aéroportée (dont quelques centaines de Vicenza) et 4.500 marines et marines du navire d’assaut amphibie USS Bataan. D’autres forces, avant ou après l’exercice en Europe, pourraient être envoyées au Moyen-Orient. La planification du Defender Europe 20, précise le Pentagone, reste cependant inchangée. En d’autres termes, 30.000 soldats USA s’exerceront à défendre l’Europe d’une agression russe, scénario qui ne pourrait pas avoir lieu notamment parce que dans l’affrontement ce ne sont pas des chars qui seraient utilisés mais des missiles nucléaires. Mais scénario utile pour semer la tension et alimenter l’idée de l’ennemi.

Manlio Dinucci

 

Article original en italien :

Chiamata alle armi, la Nato mobilitata su due fronti

Édition de mardi 14 janvier de il manifesto

https://ilmanifesto.it/chiamata-alle-armi-la-nato-mobilitata-su-due-fronti/

Traduction par Marie-Ange Patrizio 

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L’Irak sera le prochain champ de bataille

janvier 14th, 2020 by Elijah J. Magnier

Des sources bien informées et établies au bureau du premier ministre Adel Abdel Mahdi à Bagdad croient que « les USA refusent d’entendre raison et de coopérer avec le gouvernement ou le parlement irakien. Ils ont l’intention de se faire entraîner dans une guerre et de transformer l’Irak en un champ de bataille, en refusant de respecter la loi et de retirer leurs forces armées. Les US seront confrontés à une résistance armée populaire forte et légitime, même si certains Irakiens (au Kurdistan) violeront la loi et accepteront la présence des USA dans leur région, mais ils vont le payer cher ».

Le premier ministre irakien par intérim Adil Abdel Mahdi a proposé au parlement de s’entendre sur une nouvelle loi appelant les USA à quitter le pays. Le parlement a écouté Abdel Mahdi et a convenu d’adopter une nouvelle loi mettant fin à l’accord conclu entre l’Irak et les forces US et invitant le gouvernement à la mettre à exécution. Lors d’une conversation téléphonique avec  le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, Abdel Mahdi a demandé la présence d’une délégation chargée d’organiser le retrait total de toutes les forces US du pays. La réponse de Pompeo ne s’est pas fait attendre : « Les USA ne vont pas se retirer  de l’Irak, mais respectent sa souveraineté et ses décisions. » Le représentant des USA n’a pas expliqué comment Washington peut arriver à rejeter la décision souveraine de l’Irak exigeant le retrait des troupes américaines tout en la respectant.

Le président Donald Trump a adopté une position plus dure en demandant aux Irakiens de payer des milliards de dollars en compensation pour l’établissement des bases irakiennes où ses forces sont logées. Sans quoi, il a dit qu’il allait « imposer aux Irakiens des sanctions comme ils n’en ont jamais vu » et que « le compte de la banque centrale de l’Irak à la Réserve fédérale à New York, dont le solde s’élève à 35 milliards de dollars, pourrait être fermé. »

L’ambassadeur des USA en Irak Mathew Tueller a remis aux responsables irakiens – y compris au PM Abdel Mahdi, qui a appelé au départ des forces US de l’Irak – une copie de toutes les sanctions possibles que les USA pourraient imposer à l’Irak si le gouvernement continue de demander le retrait complet des forces US. Cela a fait réagir aussitôt les groupes irakiens prêts à combattre les forces US une fois reconnues comme une force d’occupation par l’Irak.

Les groupes irakiens qui ont combattu al-Qaeda et Daech en Syrie et en Irak ont rendu visite au général iranien Ismaïl Qaani, qui vient d’être nommé à la tête de la Force al-Qods du Corps des gardiens de la révolution iranienne, en remplacement de Sardar Qassem Soleimani. Ils ont demandé un soutien militaire et financier pour lutter contre les nouvelles « forces d’occupation ». Le général iranien a promis de les aider à faire respecter la décision du parlement, du gouvernement et du peuple de combattre les forces d’occupation des USA. Qaani devrait se rendre en Irak, où plus de 100 conseillers irakiens travaillent au centre de commandement et de contrôle de la sécurité à Bagdad avec leurs homologues syriens et russes, tous affectés à la lutte contre Daech.

La décision de Trump de prendre le contrôle du compte des revenus pétroliers de l’Irak à la banque de la réserve fédérale des USA à New York pourrait entraîner une dévaluation de la monnaie locale et le krach du système financier. À cela s’ajoute la menace implicite de Trump de confisquer les réserves nationales d’or de l’Irak, qui se trouvent aussi dans la banque de la Fed à New York.

Il est clair que l’administration américaine n’a que faire de la stabilité de l’Irak et des conséquences sur le continent européen voisin, qui pourrait souffrir davantage d’une migration irakienne et d’une instabilité accrue au Moyen-Orient.

Le secrétaire d’État Pompeo a affirmé à tort que la décision du parlement irakien est non contraignante. Pourquoi le responsable américain estime-t-il que la décision politique irakienne est nulle et non avenue?

Lorsque les USA ont assassiné le commandant irakien Abu Mahdi al-Muhandes, Ie commandant iranien Qassem Soleimani et d’autres officiers en leur compagnie, le premier ministre a demandé la révocation de l’accord USA-Irak  signé en 2004 et qui régissait la présence des forces US en Irak.

L’accord original a pris fin en 2011, lorsque toutes les forces US se sont retirées de l’Irak. En 2014, le gouvernement a reconduit l’accord afin de regrouper les forces dans la lutte contre le groupe armé « État islamique » (Daech).

Dans son préambule, l’accord stipule que les USA soutiendront l’Irak contre « les menaces à sa souveraineté, à son intégrité territoriale et à son système démocratique, fédéral et constitutionnel ».

Les USA violent l’accord en utilisant son espace aérien et son territoire, comme l’affirme le premier ministre Abdel Mahdi, sans demander la permission de Bagdad. Les forces US permettent à Israël d’assassiner des commandants irakiens et d’attaquer des entrepôts irakiens, comme l’ambassadeur américain en Irak en a informé Abdel Mahdi. En tuant des commandants irakien et iranien à l’aéroport de Bagdad, les forces US ont mis fin à l’accord parce qu’ils ne l’ont pas respecté, conformément aux articles 2 et 3.

Le gouvernement des USA viole aussi la souveraineté de l’Irak en faisant fi de la résolution du parlement irakien et en refusant d’établir le calendrier du retrait de l’ensemble de leurs forces. Qui plus est, le président Trump a menacé ouvertement de détruire l’économie irakienne sans égard au droit international et aux résolutions de l’ONU, en imposant du même coup la loi de la jungle.

Au parlement irakien, 173 députés sur 328 ont voté en faveur du retrait des forces US. La suggestion du premier ministre par intérim n’est pas contraignante. Le gouvernement ne peut que faire des suggestions et donner son opinion. La décision législative revient au parlement et cette décision a force de loi pour tout gouvernement actuel et futur, sauf si un nouveau parlement annule les décisions du parlement antérieur.

Même si tous les députés kurdes et la plupart des députés sunnites (3 étaient présents) brillaient par leur absence, la Constitution ne tient pas compte des affiliations religieuses et de l’ethnicité. Le vote et la source du droit sont basés sur la majorité (la moitié plus un). Ainsi, le président du parlement, le président du pays et le premier ministre sont toujours élus par la coalition politique la plus importante du parlement.

Le parlement se réunira de nouveau pour lire la résolution une deuxième fois, demander à tous les députés de la signer et de convenir d’une date limite pour le retrait des USA. L’accord ne nécessite pas la signature du président, comme l’a déclaré le président du parlement Mohamad al-Halbousi, mais la présence de ce dernier est requise.

Le président Trump a demandé à l’Irak de payer des « milliards de dollars » pour l’agrandissement des bases militaires nécessaire pour convenir aux forces US. Là encore, les USA ignorent délibérément l’article 5  de l’accord, qui prévoit que « l’Irak possède tous les bâtiments, structures non relocalisées (…) y compris ceux qui sont utilisés, construits, modifiés ou modernisés par les USA. Au moment de leur retrait, les USA remettront toutes les installations au gouvernement de l’Irak (…) Les USA assument les coûts liés à la construction, à la modification ou à la modernisation des installations en question et des zones destinées à leur usage exclusif (…) libres de toute dette ou de tout fardeau financier. »

L’article 24 stipule aussi que « les USA reconnaissent le droit souverain du gouvernement de l’Irak de demander le départ des forces américaines de l’Irak en tout temps ». Trump fait preuve de mépris à l’égard de cette obligation en affirmant que « les Irakiens paieront s’ils veulent nous faire sortir ». Il est clair que l’administration américaine a l’intention de rester pour longtemps en Irak, un pays riche en pétrole.

Ainsi, par suite de l’assassinat de généraux, il fait peu de doute que 2020 sera une année chaude en Irak et difficile pour les forces US si leur président continue de bafouer la souveraineté et la volonté de l’Irak. Les forces US seront considérées comme des forces occupantes et la résistance armée contre elles deviendra légitime. L’Irak revient à 2003, lorsque George W. Bush a déclaré l’occupation du pays. C’est alors que la résistance a commencé. Loin d’entraîner la stabilité au Moyen-Orient, la dernière année du premier mandat de Trump promet d’être très dangereuse pour les militaires américains déployés dans la région.

Elijah J. Magnier

 

Traduction de l’anglais par Daniel G.

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Mascate: Le Genève du Moyen Orient

janvier 14th, 2020 by René Naba

Le Sultan Qabous Ben Said de la dynastie d’Al Bou Saïdy, doyen abssolu des dirigeants arabes, est décédé vendredi 10 Janvier 2020 à l’âge de 80 ans, des suites d’un cancer du côlon, au terme d’un règne d’un demi siècle au cours duquel il a fait de son pays un oasis de paix dans une zone à forte turbulence. Artisan de la modernisation du Sultanat et de son développement économique, Qabous a hissé sa capitale, Mascate, au rang de plaque tournante de la diplomatie régionale: La Genève du Moyen Orient.

Ni chiite ni sunnite, Qabous, comme la grande majorité des omanais est de rite ibadite, qui se considère comme la cinquième école du sunnisme, qui se déclinent ainsi dans l’ordre alphabétique: Chaféite, Hanafite, Hanbalite, Malékite.

Son successeur désigné, le prince Haytham Ben Tarek Ben Taymour Al Said, son cousin germain, diplômé d’Oxford, est un diplomate de carrière qui exerçait avant son accession au trône les fonctions de ministre de la culture.

La désignation de Haytham comme successeur du Sultan Qabous, de préférence à son demi frère Asssad Ben Tarek, a constitué une grande surprise dans les milieux dirigeants arabes en ce qu’Assaad, associé aux grandes négociations internationales, était commandant de l’armée blindée au sein des forces armées omanaises. Le 3eme postulant n’était autre que le propre fils d’Assad, Teymour Ben Tarek, généralement considéré comme un candidat potentiel en raison de son jeune âge 39 ans.

Retour sur un Sultan d’une grande discrétion et sur un pays d’une grande efficacité, contrairement à la grande majorité des pays arabes.

LE SULTANAT D’OMAN, UN OASIS DE PAIX DANS LA HOULE DU GOLFE.

L’accord international sur le nucléaire iranien entre Américains et Iraniens tout comme les négociations préliminaires à une sortie des Saoudiens du bourbier yéménite ont eu lieu à Mascate, capitale d’un sultanat aussi discret qu’efficace gouverné par un monarque absolu, le Sultan Qabous Ben Said, qui a réussi le tour de force de transformer son pays, en cinquante ans de règne, en plaque tournante de la diplomatie régionale et internationale.

Loin des projecteurs de l’actualité, des frasques qui défraient les chroniques mondaines des gazettes à scandales, des dépenses ostentatoires de ses collègues pétromonarchiques, qui constituent une insulte à la misère ambiante, Qabous a transformé progressivement le sultanat en oasis de paix dans la houle du Golfe.

Protégé par la base aéro navale de Massirah, édifiée à quelques encâblures du Sultanat par les Anglais, les anciens colonisateurs de la zone y avaient propulsé leur poulain au pouvoir à la faveur d’une subtile «révolution de palais», en 1970, à la place d’un souverain veillissant et analphabète.

Diplomé de l’académie privée de Bury St Edmunds, dans le Suffolk, au Royaume Uni où il devient un cavalier émérite et un grand amateur de musique classique, Qabous est aussi titulaire d’un diplôme de l’Académie royale militaire de Sandhurst. Il servira pendant un an dans l’armée britannique en Allemagne en tant qu’officier du régiment des Scottish Riffle. Son parcours tranche avec celui de son ténébreux prédécesseur.

Suspicieux à l’extrême, son père, Said Ben Teymour, avait en efffet réussi à isoler son pays du monde extérieur. Pendant les trente-huit ans de son règne, et jusqu’à sa déposition, en 1970, il délivrait personnellement les visas. A l’exception des techniciens du pétrole, dont les revenus alimentaient ses caisses, et les officiers britanniques, chargés de protéger son pouvoir, rarissimes étaient ceux qu’il autorsait à pénétrer à Oman. Il détestait les étrangers, en particulier les journalistes, qu’il assimilait volontiers aux djinns (les démons)

Pour aller plus loin sur Said Ben Teymour
https://www.lemonde.fr/archives/article/1971/05/26/i-il-etait-une-fois-un-vilain-sultan_2475212_1819218.html

Depuis la propulsion de Qabous au pouvoir, aucune contestation d’envergure n’a été signalée à tout le moins depuis la fin de la rébellion marxiste du Dhofar, anéantie dans la décennie 1970 par le soutien conjugué de l’Iran et du Royaume Uni.

Cruelle ironie de l’histoire, le Chah qui faisait office de gendarme du Golfe pour le compte des Etats Unis, s’il a vaincu les marxistes au Dhofar, n’a pas réussi à mater le soulèvement de son propre peuple contre son absolutisme. Il sera évincé du pouvoir en 1979, neuf ans après son intervention militaire dans la province omanaise du Dhofar, cédant la place à République Islamique d’Iran, sous l’égide de l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny.

Suprême infamie: Non seulement l’Amérique n’a pas volé au secours du Chah, mais dans un geste d’une grande ingratitude, elle a refusé à son fidèle serviteur le droit d’asile politique. Affaire à mediter pour les roitelets du Golfe laquais des Américains.

Contrairement à la signification de son nom en arabe, Qabous, qui signifie cauchemar en arabe, n’en constitue aucun pour son voisinage proche ou lointain.

Au point que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a distingué Oman, en 2010, comme étant le pays qui a fait les plus grands progrès durant les 40 dernières années. Le sultan d’Oman s’est également vu remettre «le prix de la paix internationale» pour avoir propulsé son pays au rang de passage obligé

Si la base de Massirah protège l’accès à Mascate, le promontoir fortifié de Ras Massendam vise à décourager les éventuels assauts maritimes des flibustiers de l’ancienne «Côte des Pirates».

Face au port iranien de Bandar Abbas, une position stratégique de choix à l’embouchure du Golfe Persique, la firme américaine Bechtel a en effet été le maître d’oeuvre des travaux de fortification de la facade maritime du Sultanat. Pour mémoire, Bechtel comptait parmi ses actionnaires à l’époque deux pontes de l’administration néo conservatrice de Ronald Reagan (1980-1988), George Schultz, (secrétaire d’état) et Caspar Weinberger (défense). C’est dire le soin mis par les Etats Unis pour en faire une place forte, un poste d’observation idéal de la zone.

A l’origine de cette force positive exceptionnelle, plusieurs facteurs y ont contribué notamment la stabilité politique et les bonnes relations avec tous les pays influents à l’échelle régionale et mondiale.

Entourée de montagnes et du désert, Mascate, la capitale portuaire du sultanat d’Oman, est située sur la côte du golfe d’Oman. Son histoire remonte à l’antiquité et abrite, vestige d’un passé révolu, des monuments historiques juchés sur les falaises, comme les forts portugais du XVIe siècle Al-Jalali et Al-Mirani, au-dessus du port de Mascate. Avec une population mutltiethnique et ses 309 500 km², le Sultanat d’Oman est le deuxième pays du Golfe en termes de superficie.

Les relations franco-omanaises remontent, elles, au dix-huitième siècle, scellées par un traité d’ « amitié et de commerce » conclu en 1844 à Zanzibar, qui dépendait alors d’Oman, entre l’Imam de Mascate et de Zanzibar, Sayyid Saïd, et le roi Louis-Philippe. Mais ce n’est qu’en 1894 que les relations diplomatiques ont été officiellement scellées entre les deux pays par la nomination d’un consul général de France à Mascate.

LE PALMARÈS DIPLOMATIQUE DE MASCATE

Le Sultanat d’Oman s’est abstenu de participer à la coalition pétromonarchique dans la guerre contre le Yémen et à la curée contre la Syrie, maintenant en activité son ambassade à Damas. Une double décision qui a l’avantage de lui épargner l’humiliante démarche de se dédire, dont aurait pu s’inspirer la France pour lui épargner les déconvenues qu’elle a subies dans ces deux dossiers.

En 15 mois, le concours diplomatique du Sultanat d’Oman a été sollicité à 4 reprises sur les principaux dossiers chauds du moment, des dossiers de grande compléxité tant en ce qui concerne le Yémen, que la Palestine, que la guerre intestine pétromonarchique que l’épreuve de force entre les Etats Unis et l’Iran, au point que bon nombre d’observateurs n’ont pas hésité à qualifier Mascate de «Genève du Moyen Orient» pour son rôle de facilitateur et de pacificateur.

Nucléaire iranien

Outrés par le rôle obstructeur de la France, notamment Laurent Fabius, qui s’était mu en «petit télégrpahiste» des Israéliens dans les négociations sur le nucléaire iranien, les ministres des Affaires étrangères des Etats Unis et d’Iran, respectivement John Kerry et Mohamad Jawad Zarif, ont préféré contourner le le titulaire du Quai d’Orsay de l’époque pour finaliser en tête à tête à Mascate l’accord international avalisé a posteriori par les autres participants. Humiliation suprême l’annonce de la conclusion de l’accord a été faite le 14 juillet 2015, coincidant avec la fête nationale française de la prise de la Bastille.

Pour aller plus loin
https://www.madaniya.info/2015/07/24/iran-nucleaire-laurent-fabius-petit-telegraphiste-des-israeliens/

En fait Laurent Fabius avait été déjà carbonisé en direct par ses amis américains incommodés par son rôle de «bad cop» tant dans les négociations sur le nucléaire iranien que sur un éventuel règlement politique en Syrie. Les révélations de la presse américaine sur les frasques casinotières de l’aîné des Fabuis, Thomas, -sur des faits datant de 2013 mais fuités le 29 octobre 2015 à la veille de la première conférence multilatérale de Vienne sur la Syrie-, ont retenti comme un rappel à l’ordre américain renvoyant à ses pénates le paternel de l’enfant prodige. En lui suggérant de se préoccuper de ses affaires domestiques plutôt que de se trémousser dans la gestion des affaires du Monde, les États-Unis lui montraient par là même le chemin de la sortie.

Ci joint la chronologie du palmarés diplomatique omanais diplomatique publiée par le site en ligne «Ar Rai Al Yom», dirigé par un de plus prestigieux et crédibles journalistes arabes, Abdel Bari Atwane:

Pour aller plus loin
Mascate La Genève des Arabes

Palestine

Le premier ministre israélien Benyamin Nethanyahu a effectué une visite à Masacte en Octobre 2018, la première depuis 1994, en vue de donne rune nouvlele impulsion au processus de paix israélo-palestinien, dans la perspective des nouvelles élections législatives israéliennes, alors que la «transaction du siècle», marquait le pas.

Peu de temps après la visite du dirigeant israélien, M. Youssef Ben Abdallah Al Alaoui, ministre des omanais des Affaires étrangères, se rendait à Ramallah pour remettre au président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas, un message du Sultan Qabous, suivi près d’un an plus tard, le 26 juin 2019, de l’annonce de la décision de Mascate de rouvrir son ambassade à Ramallah, siège de l’Autorité Palestinienne.

A l’exception de l’Egypte et de la Jordanie qui ont conclu un traité de paix avec Israël, pas un état arabe n’entretient de relations officielles avec l’Etat Hébreu, à l’exeption du Sultanat d’Oman. Les pétromonarchies (Arabie Saoudite, Bahreïn et Emirats Arabes Unis) se limitent, elles, à des relations officieuses.

Yémen

En décembre 2018, au terme de quatre ans de conflit, Mascate a annoncé avoir accueilli quatre combattants houthistes pour des soins dans des établissements omanais, victimes des bombardements saoudo abou dhabiens. Ce geste avait été présenté comme étant une démarche humanitaire répondant à une requête en ce sens faite par une «médiation internationale».

Le 4 juillet 2019, six mois plus tard, Martin Griffith, émissaire de l’ONU pour le Yémen, faisait escale à Mascate dans le cadre d’une mission de bons offices qui l’a mené ensuite à Moscou et Abou Dhabi en vue de relancer le processus de réglement du conflit yéménite.

Quelques jours après son escale à Macate, Martin Griffith, toujours en juillet, rencontrait dans la capitale omanaise une délégation houthiste dirigée par Mohamad Abel Salam, porte parole des Houthistes en vue de rechercher les modalités de l’établissement d’un dialogue entre les protagonistes du conflit yéménite.

Trois mois plus tard, en Octobre 2019, Martin Griffith rencontrait toujours à Mascate le Prince Khaled Ben Salmane, vice ministre saoudien de la défense, parallèlement à des entretiens de l’émissaire spécial de l’ONU avec une délégation houthiste.

Fin Novembre 2019, les tractations secrètes saoudo houthistes de Mascate débouchaient sur un premier accord: la libération de 200 prisonniers capturés par les forces de la coalition pétromonarchique et la promesse saoudienne d’autoriser les grands blessés de quitte rle Yemen pour se soigner à l’étranger. Un accord conclu en présence d’observateurs européens garants de l’arrangement.

Le clou de ces démarches a été la rencontre publique, toujours dans la capitale omanaise, le 24 Décembre 2019, de M. Mohamad Jawad Zarif, ministrre iranien des Affaires étrangères avec M. Mohamad Abdel Salam, le porte-parole des Houthistes, première rencontre publique entre un officiel iranien et un dirigeant houthiste, dont les partisans contrôlent Sana’a, la capitale du Yémen depuis 2015, malgré l’imposante force de frappe engagée par la coalition pétromonarchique et le soutien des trois principaux pays de l’OTAN (Etats Unis, Royaume Uni et France).

Le Golfe

Le Sultanat d’Oman qui s’est abstenu, là aussi, de prendre partie dans la querelle entre l’Arabie saoudite et le Qatar, a présidé en 2019 le Conseil de Coopération du Golfe, le syndicat des six pétromonarchies du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats Arabes Unis, Koweït, Qatar, Sultanat d’Oman), gérant avec habilité cette instance paralysée par la guerre entre le grand wahhabite (Arabie saoudite) et le petit wahhabite (Qatar).

Sa présidence s’est achevée sur un petit succès diplomatique en ce qu’elle a débouché sur la tenue d’une conférence des ministres de la défense du Conseil de Coopération du Golfe et des chefs d’état major des pays membres. Un exploit inconcevable il y a peu tant l’animosité est grande entre Riyad Et Doha.

Pour aller plus loin
https://www.madaniya.info/2017/06/08/arabie-saoudite-qatar-guerre-freres-ennemis-wahhabisme-guerre-de-defausse/

Etats Unis / Iran

Le 28 juillet 2018, Youssef Ben Abdallah Al Alaoui, ministre omanais des Affaires étrangères, recevait, tour à tour, James Mattis, à l’époque secrétaire à la Défense et Mohamad Jawad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères.

Au terme de ces conciliabules, le ministre omanais annonçait que la Suisse et le Sultanat d’Oman avaient offert leurs bons offices pour une intermédiation entre les Etats et l’Iran.

Au vu de ce palmarès, Mokhtar Ghabbachi, vice président du Centre Arabe pour les Etudes Politiques et Stratégiques, une ONG égyptienne, en a conclu que «Mascate est l’équivalent de Vienne et de Genève pour les Arabes» en ce que le Sultanat d’Oman entretient des «relations solides et équilibrées tant au niveau régional qu’international y compris Israël».

LE PRURIT BELLIGÈNE DES DEUX PRINCES HÉRITIERS DU GOLFE (ARABIE SAOUDITE ET EMIRATS ARABES UNIS)

Contre toute attente, le prurit belligène tout azimut des princes héritiers d’Arabie saoudite, Mohamad Ben Salmane, et d’Abou Dhabi, Mohamad Ben Zayed, n’a pas épargné le Sultanat d’Oman, plaque tournante de la diplomatie régionale, et, sans aucun doute, la monarchie la moins belliqueuse du syndicat des autocrates du Golfe.

En un mot: «Faire plier Oman par la séduction ou l’intimidation pour le punir de sa trop grande indépendance. Le mettre au pas au besoin depuis le Yémen, une fois achevée la conquête de ce pays». Tel était le mot d’ordre du tandem. Programmer des représailles contre le Sultanat d’Oman pour le punir de sa trop grande indépendance.

«Proche du Qatar, le Sultanat avait abrité les négociations secrètes américano iraniennes sous le mandat du président Barack Obama pour la conclusion du Traité International sur le nucléaire iranien, dénoncé en 2017 par Donald Trump. Il abritera les négociations secrètes entre Saoudiens et ses invincibles Houthistes pour dégager la voie à une sortie honorable du Royaume du bourbier yéménite et sauver la face de la dynastie wahhabite.

«Le prince héritier d’Abou Dhabi a même été jusqu’à encourager la visite de son complice israélien le premier ministre Benyamin Netanyahu en Oman, à l’automne 2018, afin de sonder l’état de santé du Sultan Qabous, atteint d’un cancer, en vue de préparer sa succession et favoriser la promotion d’un nouveau dirigeant omanais moins favorable à l’Iran».

Pour aller plus loin sur ce thème
https://www.renenaba.com/abou-dhabi-leaks-1-2-arabie-saoudite-emirats-arabes-unis-le-prurit-belligene-des-deux-princes-heritiers-du-golfe/

Prudent, soucieux de s’épargner un casse-tête contre productif, Mascate a décliné en 2019 le poste de Secrétaire Général du Conseil de Coopération du Golfe en remplacement d’Abdel Matif Al Zayyani (Bahreïn).

UNE SUCCESION DYNASTIQUE SANS HEURT

Gros point noir idyllique qui pesait sur le Sultanat: la succession dynastique. Au pouvoir depuis 50 ans, Qabous Ibn Said n’avait ni enfant, ni prince héritier pour assurer la pérennité de sa dynastie en même temps que la permanence du pouvoir à Mascate.

Déjouant les spéculations, avisé et prudent, il s’est murmuré que le nom du «designated survivor», le successeur désigné, choisi par le Sultan, était consigné dans une enveloppe entreposée dans un coffre du palais royal à Mascate, et, précaution supplémentaire, dans une autre missive dans sa résidence du Dhofar, l’ancienne province rebelle dont sa propre mère est originaire.

Dans l’attente de la fumée blanche, les spéculations sont allées bon train au même rythme que les manoeuvres de cour, telle la dernière du genre, l’invraisemblable initiative de Mohamad Ben Zayed, le prince héritier d’Abou Dhabi, qui n’a pas hésité à mobiliser l’israélien Benyamin Nétanyahu pour plaider en faveur du choix d’un héritier conforme à la rapacité d’Abou Dhabi et d’Israël. Aux antipodes du légendaire doigté diplomatique du Sultanat.

Avec l’or noir, les chameliers du désert s’autorisent toutes les audaces. Quelle époque.

Mais les dernières volontés clairement exprimées du Souverain, ayant assuré une transition sans heurt, vont vraisemblablement épargner au Sultanat des nuits agitées et lui permettre de poursuivre son rôle de facilitateur des conflits et non de passeurs de plats, comme le sont les bédouins pétrodollarisés du Golfe.

René Naba

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Il serait inexact de dire que les États-Unis quitteront le Moyen-Orient. Mais une chose est sûre : l’assassinat d’un seul homme – le général iranien Qassem Soleimani – réduit l’influence des USA de façon significative, ce qui n’aurait pu survenir sans l’aide (in)directe du président des USA Donald Trump.

Trump fait tout son possible pour saper et détériorer l’hégémonie des USA dans le monde. Il y arrive très bien tout seul, mais ses conseillers et les membres de son cabinet ont autant de talent que lui pour gérer aussi mal les affaires étrangères et la sécurité nationale. Ces mauvais conseils ont fait en sorte que les relations des USA dans le monde, plus particulièrement au Moyen-Orient, sont maintenant dirigées par un homme d’affaires habitué à négocier et à intimider de façon grossière sans la moindre diplomatie.

Chaque fois que l’Iran a besoin d’aide, le président Trump se précipite tête première pour rehausser l’image de ce pays dans le monde, notamment dans l’Axe de la Résistance et surtout dans ses relations avec la Chine et la Russie. Ces deux pays ne manqueront pas de consolider leurs relations avec l’Iran, le pays qui a effectivement et publiquement défié la plus grande puissance du monde.

Cibler une base où se trouve des milliers d’officiers et de soldats à des centaines de kilomètres de distance et en évitant délibérément les pertes humaines de surcroît, fait ressortir l’incroyable confiance de l’Iran en la capacité des missiles qu’il fabrique. L’Iran a montré sa force et sa capacité technique à bombarder la plus puissante base américaine en Irak avec des missiles de précision, en plus d’avoir fait preuve de clémence à deux reprises envers les soldats américains. La première fois c’était en juin 2019, lorsque l’Iran s’est gardé d’abattre un avion-espion américain avec 38 officiers à bord qui avait violé l’espace aérien iranien pendant la « guerre des pétroliers ». La deuxième fois c’était hier, lorsque l’Iran a délibérément choisi de ne pas bombarder de cibles humaines à la base irakienne d’Ayn al-Assad, qui loge des milliers d’officiers américains, britanniques, canadiens, norvégiens et hollandais. L’Iran a utilisé des missiles de précision pour frapper des objectifs militaires spécifiques en évitant les pertes humaines, contrairement à la décision de Trump d’assassiner un commandant irakien (Abu Mahdi al-Muhandes) et un général et diplomate iranien en mission de paix (Sardar Qassem Soleimani).

La frappe iranienne contre la base militaire d’Ayn al-Assad a fait ressortir la faiblesse des radars et des missiles d’interception les plus perfectionnés de l’arsenal des USA. Le président Trump se vante depuis longtemps de ces outils qu’il qualifie de « meilleurs au monde ». Sauf que le système de défense des USA à la base irako-américaine dans l’Anbar (à l’ouest de l’Irak) a été incapable d’intercepter un seul des 16 missiles balistiques lancés. Les conséquences de cet acte isolé sont dévastatrices aussi bien pour l’industrie de l’armement des USA que pour la politique étrangère de ce pays au Moyen-Orient.

Cette frappe a montré aux alliés des États-Unis dans la région que les centaines de milliards de dollars qu’ils ont investis dans les armes américaines ne suffisent pas à les défendre contre l’Iran. Ces pays réalisent aujourd’hui qu’ils ne possèdent pas vraiment de moyens dissuasifs contre une attaque de l’Iran. Cette prise de conscience poussera les ennemis traditionnels de l’Iran au Moyen-Orient à faire abstraction de leurs différends et à prendre le chemin de Téhéran pour rétablir de bonnes relations avec la « République islamique ». Il n’est pas exclu que bien des pays soient tentés d’acheter des missiles de précision iraniens, qui doivent être beaucoup moins chers que les onéreux missiles fabriqués aux États-Unis.

Le président Trump a également lancé un mauvais signal en annonçant que « les USA n’ont pas besoin du pétrole du Moyen-Orient ». Cette affirmation a été perçue par de nombreux dirigeants au Moyen-Orient comme un indice que le gouvernement des USA n’a pas vraiment le goût de défendre les intérêts de leurs régimes, dont les budgets annuels reposent dans bien des cas sur les revenus pétroliers.

Ce qui nous amène à un autre aspect important : la menace de Trump concernant la capacité nucléaire de l’Iran. À la lumière du bombardement d’Ayn al-Assad, il est clair que les USA ne sont pas prêts de bombarder l’Iran. Les USA possèdent des capacités militaires destructrices, mais l’Iran aussi. La leçon tirée du bombardement iranien est que l’Iran est prêt à larguer des bombes et à riposter sur des cibles américaines avec une grande précision. Par conséquent, le bombardement de l’Iran est hors de question. Cependant, le développement de la capacité nucléaire de l’Iran est bien réel. Téhéran devrait annoncer de nouveaux développements à ce chapitre à l’approche de l’anniversaire de la révocation de l’engagement des USA en avril prochain.

L’Iran n’a pas d’autre choix que de se retirer complètement de l’accord sur le nucléaire, en raison de l’incapacité et du manque de volonté des signataires européens de cet accord (Accord de Vienne sur le nucléaire iranien) à respecter leurs engagements, à proposer à l’Iran une solution de rechange et à s’opposer à l’abrogation unilatérale de Trump des obligations des USA en vertu de l’accord. L’annonce du retrait iranien sera le « cadeau » donné à Trump pour sa campagne électorale, qui ne manquera pas de fournir des munitions à ses adversaires politiques.

Trump a tout fait en son pouvoir pour unifier l’Iran derrière ses dirigeants en imposant des sanctions sur le peuple iranien et en assassinant son général. L’Iran a habilement tourné ces sanctions à son avantage en attaquant des pétroliers dans le détroit d’Hormuz, ce qui a permis au régime d’obtenir le soutien de la population et d’augmenter la ferveur nationaliste. L’assassinat de Sardar Qassem Soleimani par les USA a fait sortir des millions d’Iraniens dans les rues et unifié l’Iran sous un seul drapeau : le retour de la dignité, de la puissance et de la souveraineté iraniennes. Seul Trump pouvait rendre possible un tel objectif décisif en donnant un nouvel élan au régime iranien à un moment propice, là où il en avait le plus besoin.

L’appel de Trump à l’OTAN l’invitant à assumer ses responsabilités au Moyen-Orient a été interprété dans la région comme un indice du déclin marqué de l’hégémonie des USA. Le président des USA montre ainsi son incapacité ou sa réticence à s’occuper des affaires du Moyen-Orient. Ce pourrait être un signe de l’incompétence de ses conseillers ou d’une décision stratégique des USA de renoncer à leur influence.

L’Iran a montré sa puissance en tant que pays régional capable d’affronter les USA alors qu’il se trouve dans une situation des plus critiques. De toute évidence, les 40 ans de sanctions américaines contre la « République islamique » ont été un fiasco total, y compris la « pression maximale » exercée par Trump. Il serait difficile d’imaginer les résultats si l’Iran n’avait pas été sous le coup de sanctions toutes ces années durant.

Principal allié des USA au Moyen-Orient, Israël surveille les choses de très près. La menace iranienne de frapper les USA ou Israël est aujourd’hui bien réelle. Qui plus est, au fil des ans, l’Iran a livré les mêmes missiles de précision à ses partenaires au Moyen-Orient. L’Iran a démontré sa capacité lors de l’attaque la plus complexe et coordonnée à avoir été menée qui a détruit des installations pétrolières saoudiennes. Les drones et les missiles de précision lancés à des centaines de kilomètres de distance ont alors frappé leur cible simultanément. Cette attaque spectaculaire a été revendiquée par le Yémen, le pays le plus pauvre du Moyen-Orient, dont les livraisons d’armes et les mesures de représailles n’ont commencé que ces dernières années. Qu’en est-il alors du Hezbollah, cet acteur non étatique organisé mais irrégulier, entièrement équipé et extrêmement bien formé, qui compte 38 ans d’expérience? Le Hezbollah a reçu des missiles de précision de l’Iran qu’il a déployés le long de la frontière syro-libanaise sous une chaîne de montagnes dans des silos souterrains. Le bombardement par l’Iran d’une base sous domination des USA en Irak marque la fin de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Israël peut voir de quoi l’Iran et ses alliés sont capables. Il serait peut-être temps pour Israël de revoir son approche envers les Palestiniens.

Le président des USA – qui avait promis de mettre fin aux « guerres interminables » – a tué le commandant irakien Abu Mahdi al-Muhandes et le major général iranien Qassem Soleimani en croyant qu’il peut prendre le contrôle de l’Irak et obtenir un changement de régime en Iran. En déclenchant presque un affrontement majeur, Trump a perdu de façon spectaculaire l’Iran et est sur le point de perdre l’Irak.

« Ce n’est pas le merveilleux équipement militaire qui mène le monde, mais le peuple qui mène le monde et le peuple veut que les USA quittent la région », a déclaré  le ministre des Affaires étrangères iranien Jawad Zarif. Le président Trump ne compte pas beaucoup de gens dans son camp au Moyen-Orient, même parmi ses alliés, dont les dirigeants ont été insultés  à répétition. L’Iran n’aurait pu rêver d’un meilleur président pour dynamiser sa position sur le plan intérieur et régional. Tous les alliés de l’Iran jubilent en se tenant debout derrière la « République islamique », qui a rempli sa promesse de bombarder les USA. Un « nouveau Moyen-Orient » est en train de naître; il ne sera pas « Made in USA » mais bien « Made in Iran ». Souhaitons que l’ère des va-t-en-guerre est révolue. Le temps est venu de s’en remettre à une diplomatie avisée dans les affaires mondiales.

Elijah J. Magnier

 

Traduction de l’anglais par Daniel G.

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Radars iraniens désactivés. Les coordonnées d’un avion civil ukrainien ont changé – il passerait donc pour un avion ennemi.

L’abattage du Boeing ukrainien pourrait avoir été le résultat d’une cyber-attaque américaine.

Bien sûr, il s’agit d’un problème – littéralement – explosif. Je suis dessus depuis quelques heures maintenant – mais c’est dimanche, très difficile d’obtenir un quelconque commentaire officiel. J’ai envoyé des messages à différents acteurs en Iran et en Russie, en attendant une réponse. L’un d’eux, d’Iran, dit « pas de discussion sur une cyber-attaque », pour l’instant.

Et pourtant, le discours de Hajizadeh, Commandant de la Force aérospatiale du CGRI l’affirme. Il a dit qu’une énorme « anomalie » avait altéré le système de défense aérienne de Téhéran, donnant l’impression qu’un avion ennemi s’approchait d’un centre militaire sensible – la racine de « l’erreur humaine » subséquente.

Il a également dit que dans les heures qui ont suivi l’attaque au missile du CGRI sur la base d’Ayn al-Asad, les Américains avaient multiplié les vols d’avions de chasse près des frontières aériennes de l’Iran. Non seulement Téhéran a été visée, mais aussi d’autres centres militaires stratégiques.

On peut imaginer que les nerfs sont à vif.

On peut lire l’explication de Hajizadeh comme une description très subtile d’une cyber-attaque. Peut-être que le CGRI n’a pas encore toutes les informations. Peut-être qu’il ne peut pas révéler toute l’histoire de la façon dont il a été victime d’une cyberattaque – et cela expliquerait le long délai entre le moment où il a reconnu le tir et celui où le gouvernement iranien l’a annoncé officiellement.

Le site militaire russe avia.pro va droit au but. Il s’agit de leur version anglaise, qui n’est pas aussi détaillée que le rapport en russe.

http://avia-pro.net/…/prichinoy-unichtozheniya-ukrainskogo-…/prichinoy-unichtozheniya-ukrainskogo-…

Avia.pro ne sont pas des amateurs. Le rapport en russe dit que s’il s’agissait d’une cyberguerre par les Américains, l’attaque correspond point par point à la destruction d’un IL-20 près de Lattaquié en septembre 2018 – que les avions de chasse israéliens ont utilisé comme bouclier.

Avia.pro se base sur l’hypothèse de travail que la cyberattaque militaire américaine n’a pas seulement modifié le profil du Boeing ukrainien. Le pilote ukrainien a également fait demi-tour. La cyber-attaque pourrait donc avoir également visé le système de navigation du Boeing. Les Américains l’ont déjà fait à plusieurs reprises.

La jubilation du Lamantin maléfique Pompeo est un indice indirect. Il a dit que c’était un missile iranien avant même qu’une enquête sérieuse ait commencé. Et choisir un vol Téhéran-Kiev – parmi tant d’autres vols ce jour-là – est une chose de toute beauté. Il comporte la possibilité de blâmer l’Iran et la Russie (j’ai publié un article à ce sujet ; la Russie a été blâmée par les Ukrainiens). Et il porte la possibilité d’une collaboration « indirecte » du système mafieux ukrainien avec des « récompenses » américaines qui se déversent ensuite.

Qu’en est-il des « dommages collatéraux » ? Il y a beaucoup de rumeurs – bien sûr, sans aucune preuve – selon lesquelles le vol de l’Ukraine embarquait des membres du renseignement. La destination du vol est aussi révélatrice. Par le passé, les « Canadiens » munis de faux passeports canadiens se sont généralement avérés être des agents de la CIA ou du MOSSAD opérant en Ukraine.

RIEN n’est trop gros pour l’épouvantable racket exceptionnaliste – et RIEN ne devrait être exclu de l’enquête. L’incident en Ukraine a complètement éviscéré du cycle des nouvelles l’immense HUMILIATION subie par la « plus grande armée de l’histoire de l’univers » en Irak. En fait, il pourrait s’agir de la RÉPONSE AMÉRICAINE DE GUERRE HYBRIDE – vu que cela s’est produit seulement cinq heures après l’immense humiliation elle-même.

C’est loin d’être fini : c’est une enquête en cours. Les experts sont plus que bienvenus.

Pepe Escobar

 

 

Texte sur le Facebook de l’auteur : The Strike on The Ukrainian Boeing May Have Been The Consequence of a Cyber Attack 

Texte traduit par Réseau International

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La géographie est un sport de combat

janvier 13th, 2020 by Renaud Duterme

Si la tradition intellectuelle française accepte volontiers l’idée selon laquelle l’histoire, et la pensée historique, est intrinsèquement politique, il n’en va pas nécessairement de même pour la géographie.

Pourtant, analyser l’espace et les dynamiques nationales, voire transnationales, est au moins aussi essentiel que d’en connaître les racines et les trajectoires dans le temps. Pourquoi cette différence ? Et, surtout, comment faire bouger les lignes ?

Thomas Rozec interroge Renaud Duterme, enseignant et auteur de « Petit manuel de la géographie du combat » (éd. La Découverte, 2020).

Pour écouter l’interview de Renaud Duterme par Thomas Rozec, cliquer sur le lien suivant : http://aca.st/139f9b


Renaud Duterme est enseignant, actif au sein du CADTM Belgique, il est également l’auteur de Rwanda, une histoire volée , éditions Tribord, 2013, co-auteur avec Éric De Ruest de La dette cachée de l’économie, Les Liens qui Libèrent, 2014 et auteur de De quoi l’effondrement est-il le nom ?, éditions Utopia, 2016.


Programme B est un podcast de Binge Audio présenté par Thomas Rozec. Cet épisode a été produit en novembre 2019 dans les studios de Binge Audio (Paris, 19e). Réalisation : Mathieu Thévenon. Chargée de production et d’édition : Lorraine Besse. Générique : François Clos et Thibault Lefranc. Identité graphique : Sébastien Brothier et Thomas Steffen (Upian). Illustration : Giphy. Direction des programmes : Joël Ronez. Direction de la rédaction : David Carzon. Direction générale : Gabrielle Boeri-Charles.

 

Source : Binge

Renaud Duterme est enseignant, actif au sein du CADTM Belgique, il est l’auteur de Rwanda, une histoire volée , éditions Tribord, 2013, co-auteur avec Éric De Ruest de La dette cachée de l’économie, Les Liens qui Libèrent, 2014 et auteur de De quoi l’effondrement est-il le nom ?, éditions Utopia, 2016.

Thomas Rozec

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Mercredi, après les tirs de missiles de représailles par l’Iran sur deux bases militaires américaines en Irak, le président Donald Trump a imposé de nouvelles sanctions, non spécifiées, à l’Iran, mais a déclaré à Téhéran que les États-Unis étaient « prêts à embrasser la paix avec tous ceux qui la recherchent ».

Dans un discours télévisé de la Maison Blanche mercredi, Trump n’a pas dit que les États-Unis intensifieraient encore l’action militaire contre l’Iran après les frappes de missiles balistiques de l’Iran, qui, selon le ministre iranien des Affaires étrangères, ont conclu la réponse de l’Iran au meurtre américain du général Qassim Suleimani, le chef de la Force Quds de la Garde révolutionnaire iranienne.

Trump a rapporté qu’il n’y a eu ni mort ni blessé et que les dégâts matériels ont été minimes lors des frappes de missiles iraniens pendant la nuit. «L’Iran semble se retenir, ce qui est une bonne chose pour toutes les parties concernées et une très bonne chose pour le monde», a déclaré Trump.

Une attaque si précise au missile a démontré les capacités balistiques de l’Iran, sans causer de dommages qui auraient incité Trump à réagir davantage. Des têtes froides ont prévalu des deux côtés du conflit, avec la perspective d’une guerre majeure désastreuse qui mettrait des millions de vies et l’économie mondiale en danger, les regardant tous les deux en face.

Bien que la réponse iranienne n’ait peut-être pas satisfait une population enragée par le meurtre d’un chef militaire vénéré, l’ayatollah Ali Khamenei a déclaré que la vengeance ultime serait l’expulsion des troupes américaines du Moyen-Orient.

Trump a déclaré à plusieurs reprises qu’il aimerait le faire volontairement – une décision qui a rencontré une forte opposition bipartite aux États-Unis, attachée à l’intervention militaire américaine dans la région.

Dans son discours, Trump a laissé entendre que les États-Unis avaient peu de raisons de rester au Moyen-Orient, car les États-Unis étaient désormais le premier producteur de pétrole et de gaz.

Il a dit :

«Aujourd’hui, je vais demander à l’OTAN de s’impliquer beaucoup plus dans le processus du Moyen-Orient. Au cours des trois dernières années, sous ma direction, notre économie est plus forte que jamais et l’Amérique a atteint l’indépendance énergétique. Ces réalisations historiques ont changé nos priorités stratégiques. Ce sont des réalisations que personne ne pensait possibles. Et des options différentes au Moyen-Orient sont devenues possibles. Nous sommes désormais le premier producteur de pétrole et de gaz naturel au monde. Nous sommes indépendants et nous n’avons pas besoin du pétrole du Moyen-Orient.»

Ces remarques devront être clarifiées au cours des prochains jours, mais avec Trump, il est possible qu’elles ne soient plus jamais commentées, ce qui laisse planer des incertitudes sur ses intentions. Une interprétation est que, puisque les États-Unis n’ont plus besoin de l’énergie du Moyen-Orient, la forte présence de forces américaines dans la région n’est plus nécessaire et qu’il demanderait à d’autres pays de l’OTAN de partager l’implication militaire.

Pourtant, les États-Unis ont refusé de retirer leurs troupes d’Irak, malgré une résolution du Parlement irakien exigeant leur départ. Les intentions de Trump de se retirer de la Syrie ont été accueillies par une condamnation bipartite aux US, il les a donc gardées, pour lui, ironiquement, afin de … contrôler le pétrole syrien.

Mensonges et distorsions

Les remarques de Trump étaient truffées de distorsions et de mensonges purs et simples, qui sont à l’origine d’une grande partie de la politique étrangère mal orientée de l’Amérique, en particulier au Moyen-Orient. Il a de nouveau déclaré : «L’Iran est le principal sponsor du terrorisme», alors que toute observation neutre montrerait que l’allié des États-Unis, l’Arabie saoudite, mérite de loin ce titre. La grande majorité des principaux groupes terroristes, comme al-Qaïda et Daech, sont sunnites et non chiites.

Presque tout ce qu’il a dit sur Soleimani était faux. « La semaine dernière, nous avons pris des mesures décisives pour empêcher un terroriste impitoyable de menacer des vies américaines », a-t-il déclaré. « Sous ma direction, l’armée américaine a éliminé le plus grand terroriste du monde. »

Après les enquêtes du Congrès des années 1970 sur les abus des agences de renseignement, y compris un programme d’assassinat par le gouvernement américain, les «assassinats politiques» ont été interdits par décret, signé par le président Gerald Ford, puis renforcés par Jimmy Carter.

Mais les avocats de Ronald Reagan ont fait une exception pour les «terroristes», bien que l’assassinat ciblé soit toujours un «assassinat politique». En débat depuis 2007, l’administration Trump a désigné en avril dernier les Gardiens de la révolution iraniens comme une «organisation terroriste», même si elle fait partie d’une armée nationale, et non d’acteurs non étatiques, comme les terroristes.

Ainsi, Trump soutient faussement que les États-Unis ont assassiné «légalement» un «chef terroriste».

«Des centaines d’Américains»

Dés lors que les médias grand public, pratiquement du jour au lendemain, ont cueilli une phrase plantée par un fonctionnaire du gouvernement, elle est répétée sans cesse jusqu’à ce qu’elle soit acceptée comme «vérité». Ce fut le cas de Suleimani ayant «tué des centaines d’Américains», comme s’il avait étranglé à main nue des femmes et des enfants américains dans une ville du Midwest.

En fait, Suleimani a formé des milices en Irak qui résistaient à une armée d’occupation comme le ferait le peuple de n’importe quelle nation occupée. C’était un militaire, pas un terroriste, qui se livrait à des actes de guerre, une guerre commencée sans cause légitime par l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Les cibles de sa milice entraînée étaient militaires et non civiles.

Un autre mensonge que Trump répète continuellement est que l’accord nucléaire des cinq pays et de l’Iran approuvé par l’administration Obama a conduit les États-Unis à «donner» à l’Iran des milliards de dollars.

Trump a déclaré :

«Les hostilités de l’Iran ont considérablement augmenté après la signature de l’accord insensé sur le nucléaire iranien en 2013, et ils ont reçu 150 milliards de dollars, sans parler de 1,8 milliard de dollars en espèces. Au lieu de dire merci aux États-Unis, ils ont scandé mort à l’Amérique. En fait, ils ont scandé cela le jour de la signature de l’accord. Ensuite, l’Iran a déclenché une vague de terreur, financée par l’argent de l’accord, et a créé l’enfer au Yémen, en Syrie, au Liban, en Afghanistan et en Irak.»

En fait, l’argent qui a été «donné» à l’Iran venait des actifs iraniens qui avaient été gelés aux États-Unis par des sanctions antérieures. Les actions militaires de l’Iran en Syrie ont été dirigées contre de véritables groupes terroristes, et la guerre au Yémen a été déclenchée par l’Arabie saoudite, avec l’approbation des États-Unis, lors des négociations sur l’accord sur le nucléaire, auquel les Saoudiens se sont opposés. Les Houthis du Yémen ont été amenés à s’allier avec l’Iran, alliance qui n’existait pas avant l’attaque saoudienne.

Humilier l’Iran

La réponse de l’Iran a été inférieure à ce que de nombreux analystes avaient prévu. Aucun responsable américain n’a apparemment été visé et les frappes de missiles iraniens ont semblé éviter délibérément de tuer du personnel américain. Mais plutôt que de prendre acte des représailles symboliques de l’Iran, Trump a enfoncé le clou en annonçant gratuitement de nouvelles sanctions.

«Les États-Unis imposeront de nouvelles sanctions punitives au régime iranien et elles resteront en place jusqu’à ce que l’Iran change de comportement», a déclaré Trump. « La campagne iranienne de chaos et de meurtre ne sera pas tolérée. »

L’orgueil américain s’est exhibé au cours de ces événements, humiliant davantage non seulement l’Iran mais aussi l’Irak dans leurs propres pays, sapant davantage le soutien aux États-Unis dans la région.

 

Article original en anglais : Trump Hints NATO Should Take US Place in Middle East; Lies About Iran and Slaps on More Humiliating Sanctions, Consortium News, le 8 janvier 2020

Traduit par jj, relu par Kira pour le Saker Francophone

MISE À JOUR: Trump n’escaladera pas la crise avec l’Iran, mais a parlé durement, tout en invitant l’OTAN à assumer au moins une partie du rôle des États-Unis dans la région.

Joe Lauria est rédacteur en chef de Consortium News et ancien correspondant du Wall Street Journal, du Boston Globe, du Sunday Times de Londres et de nombreux autres journaux. Il peut être joint à [email protected] et suivi sur Twitter @unjoe.

 

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Des centaines de milliers de grévistes et de «gilets jaunes» ont manifesté samedi, alors qu’Edouard Philippe proposait un retrait «provisoire» en trompe-l’oeil d’une partie de la réforme des retraites. Le but de cette manœuvre cynique est de permettre aux syndicats de mettre fin progressivement à la grève, tout en donnant à Macron des pouvoirs accrus pour détruire les retraites.

Samedi, Philippe a publié une lettre qui proposait d’organiser quatre mois de discussions entre les fédérations patronales et syndicales sur le financement des retraites. Une analyse de la lettre de Philippe démontre toutefois qu’il n’y a aucun «retrait» significatif de sa part. Toutes les composantes essentielles de la réforme de Macron entreront en fait en application.

Ceci souligne que les négociations syndicales ne sont qu’un piège, car il n’y a rien à négocier avec Macron. Un conflict irréconciliable émerge entre d’un côté le gouvernement et les investisseurs qui le soutiennent comme BlackRock, et les travailleurs en France et à l’international mobilisés contre les inégalités et la guerre. Pour aller de l’avant, il s’agit de former des comités d’action indépendants des syndicats afin d’organiser la lutte pour faire chuter Macron.

La lettre de Philippe préserve la possibilité d’imposer toutes les réformes de Macron: passage à un système de retraites par «points», où les retraites sont calculées sur les 25 dernières années de salaire, et où l’État peut varier la valeur des «points» arbitrairement d’année en année; l’élimination des régimes spéciaux de retraite; et l’augmentation de deux ans de l’âge «d’équilibre» de la retraite. La lettre de Philippe indique seulement que, «provisoirement», cette dernière mesure pourrait ne pas entrer en application si les syndicats trouvent d’autres coupes sociales à réaliser.

Il écrit, «Je confirme la volonté du gouvernement de construire un système universel de retraites par répartition et par points … Les régimes spéciaux seront supprimés au terme de la période de transition définie en décembre dernier. Tous les Français seront affiliés au régime universel.»

Il poursuit, «L’impératif d’équilibre du système de retraite, ainsi que les importantes responsabilités confiées aux partenaires sociaux pour le piloter, seront inscrits dans le projet de loi. C’est aussi la raison pour laquelle le projet de loi prévoira que le futur système universel comporte un âge d’équilibre.» Philippe propose aux syndicats et aux fédérations patronales de tenir une conférence sur le financement des retraites qui «remettra ses conslusions d’ici la fin du mois d’avril 2020.»

Pendant que les syndicats et le patronat préparent ces coupes sociales, ajoute-t-il, «je suis disposé à retirer du projet de loi la mesure de court terme que j’avais proposée, consistant à converger progressivement à partir de 2022 vers un âge d’équilibre de 64 ans en 2027.»

Une fois que les syndicats auront fourni leurs recommandations, le gouvernement exigera les pleins pouvoirs pour attaquer les retraites, selon Philippe: «Le Gouvernement modifiera le projet de loi pour demander au Parlement une habilitation large lui permettant de prendre par ordonnance toute mesure permettant d’assurer l’équilibre du système de retraite à l’horizon 2027.» En clair, il peut réimposer par décret l’âge de la retraite à 64 ans, voire imposer des coupes plus draconiennes.

Même des politiques de droite comme la néofasciste Marine Le Pen et le sénateur gaulliste Roger Karouchi ont raillé cette lettre, en déclarant qu’ils ne savaient pas ce qu’est un retrait «provisioire» d’une mesure. Les syndicats, par contre, l’ont applaudie. La CFDT a déclaré qu’elle «salue le retrait de l’âge pivot du projet de loi, retrait qui marque la volonté de compromis du gouvernement.»

L’UNSA a aussi soutenu Macron, en traitant la lettre de Philippe de «bonne chose, qui permet de discuter sereinement de l’équilibre».

Philippe Martinez, chef de la CGT stalinienne, a avoué que «l’âge pivot est un leurre» qui «ne change rien à notre opposition à la réforme». Il a déjà insisté toutefois qu’il continuera à se rendre aux négociations des attaques contre les retraites avec l’État et le patronat, et qu’il est fier que la CGT ait assisté à «toutes» les négociations de la réforme des retraites avec Macron, depuis leur début en 2017.

Un gouffre de classe sépare les chefs syndicaux des millions de travailleurs qui ont fait grève ou manifesté contre la réforme. La base a lancé la lutte, et les travailleurs ont l’intention non seulement de stopper la réforme, mais de mettre fin aux politiques de guerre, d’austérité et d’inégalité mises en place par Macron et les marchés financiers internationaux.

Sylvie, une «gilet jaune», a dit au WSWS à Paris: «L’âge pivot on s’en fout on ne veut pas de la réforme tout court. … On sait bien que les syndicats on leur fait moyennement confiance, mais la base eux par contre ils sont déterminés.»

Mikaël, un travailleur des BTP et «gilet jaune», a dit: «Moi je pense que vraiment ceux qui dirigent les syndicats ont un peu de connivence avec lui, c’est surtout les syndiqués qui nous rejoignent qui viennent avec nous qui ne lâcheront rien eux.Moi je trouve que ils ne servent à rien. Voilà c’est le peuple qui doit se réveiller et qu’enfin on va pouvoir réussir à avoir quelque chose de correct.»

L’opposition monte aussi à la guerre et à l’aristocratie financière, soulignait Laurent, un chauffagiste: «Ils sont en train de tout détruire, ce qu’on veut c’est un avenir pour nos gosses … On retourne au 19ème siècle.»

Laurent a souligné son enthousiasme face aux mobilisations à l’international, de la grève de masse en Inde jusqu’au Liban: «C’est toujours les mêmes qui dirigent partout et c’est les mêmes qui font les mêmes dégâts partout. Quand on discute avec un Malien qui nous parle de Total et de Bolloré on se rend compte que l’on a tous le même ennemi, les mêmes parasites enfin les mêmes qui essayent de détruire toutes les nations. Demain s’ils veulent nous faire une guerre ils se mettront tous d’accord pour écraser les peuples et repartir de plus belle.»

Laurent a évoqué l’assassinat récent par un drone américain du général iranien Qassem Suleimani, qu’il a traité de «terrorisme. On n’a pas assassiné des gens dans leur pays, qu’on soit d’accord ou pas d’accord avec leur politique. Aujourd’hui ça déborde de partout. Ils sont capables de faire des actes criminels. C’est comme avec Saddam Hussein, Kadhafi», les chefs d’État irakien et libyen renversés et mis à mort lors de guerres américaines. «On les a tué pour le pétrole et l’argent», a dit Laurent.

Plusieurs manifestants ont souligné le danger de guerre et de répression sur fond de crise iranienne, et alors que Macron veut passer en force sur les retraites. Sophie, une prof de français, a dit que les violences policières sont «inadmissibles et le pire c’est que ça semble se banaliser. Ne parlons pas des élites médiatiques, les intellectuels qui devraient s’insurger, rout ce monde là a été étonnamment silencieux sur le sujet. Les violences policières c’est scandaleux et là ça devient grave parce qu’on sent que vraiment ils sont en roue libre. Ce qui s’est passé jeudi en tête de cortège est odieux, des tirs à bout portant.»

Elle a ajouté qu’une guerre en Iran ou au Moyen Orient servirait à justifier le nationalisme et la répression en Europe: «Le point de vue de pas mal d’entre nous c’est d’abord un bon moyen aussi d’étouffer les luttes locales. On l’a vu parce qu’au Liban ça a tout de suite arrêté le mouvement. … on sait que la guerre c’est le meilleur moyen pour étouffer les colères des peuples.»

Ceci souligne la nécessité pour les travailleurs d’ôter aux syndicats le contrôle de leurs propres luttes, et de construire des comités d’action indépendants pour mener une lutte politique contre la guerre, l’austérité et pour faire chuter Macron.

Alexandre Lantier et Anthony Torres

Source de la photo en vedette : Flickr

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Une semaine après l’assassinat par un drone américain du général iranien Qassem Soleimani à l’aéroport international de Bagdad, une série d’actions des États-Unis et de son principal allié régional, Israël, ont intensifié la marche vers une guerre totale dans toute la région.

Jeudi, il a été signalé qu’une frappe de drones américains avait tué ou blessé plus de 60 civils dans la province occidentale de Herat, en Afghanistan, près de la frontière avec l’Iran. Wakil Ahmad Karkhi, membre du conseil provincial de Herat, a confirmé les pertes massives à TOLO news, affirmant que les civils ont été tués et mutilés dans une tentative américaine d’éliminer le chef d’un groupe s’étant séparé des Talibans, connue sous le nom de Mullah Nangyalay.

Le Pentagone a fait un usage de plus en plus aveugle des frappes aériennes dans le but de repousser les Talibans, qui contrôlent les plus grandes régions du pays depuis que le régime qu’il dirigeait fut renversé par l’invasion américaine il y a plus de 18 ans. Les frappes américaines ont tué 579 civils au cours des 10 premiers mois de l’année dernière, un tiers de plus qu’en 2018.

Le secrétaire d’État Mike Pompeo, à gauche, et le secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, informent les journalistes sur les sanctions supplémentaires imposées à l’Iran, à la Maison Blanche, vendredi 10 janvier 2020, à Washington. [source: AP Photo / Evan Vucci]

Entre temps, des avions militaires israéliens ont frappé des cibles à la frontière syro-irakienne tôt vendredi matin, tuant huit membres des Forces de mobilisation populaire irakiennes, la coalition de milices majoritairement chiites considérée comme faisant partie des forces armées irakiennes.

La frappe aérienne a eu lieu près du poste frontière d’Albu Kamal-Qaim entre la Syrie et l’Irak, la même zone qui a été touchée par des avions de combat F-15E américains le 29 décembre, entraînant la mort de 25 membres de la milice irakienne du Kez’ib Hezbollah et la blessure de plus de 50 autres. Ces bombardements, menés sous le prétexte de représailles pour une attaque au missile qui a coûté la vie à un entrepreneur militaire américain, ont provoqué une colère des protestations qui ont brisé les murs de sécurité de l’ambassade américaine à Bagdad le 31 décembre.

Trois jours plus tard, la frappe de drones américains a tué Soleimani, considéré comme le deuxième personnage le plus important de l’État iranien, ainsi que le commandant en chef des Forces de mobilisation populaire, Abu Mahdi al-Muhandis, et huit autres Iraniens et Irakiens. Cet assassinat équivalait à un acte de guerre contre l’Iran et à un crime de guerre, punissables en vertu du droit américain et international.

Vendredi a également vu Washington déployer un nouveau cycle de sanctions contre l’Iran, aggravant encore le blocus économique de la «pression maximale», ce qui équivaut à un état de guerre, qui a été imposé depuis que le gouvernement Trump a abrogé unilatéralement l’accord nucléaire de 2015 entre Téhéran et les puissances principales en mai 2018.

A l’annonce des sanctions lors d’un briefing à la Maison Blanche, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin ont affirmé que les nouvelles mesures étaient imposées en représailles aux attaques de missiles iraniens de mardi contre deux bases américaines en Irak, qui n’ont fait aucune victime et n’ont fait que peu de dégâts.

«Les États-Unis ciblent de hauts responsables iraniens pour leur implication et leur complicité dans les frappes de missiles balistiques de mardi», a déclaré Mnuchin. «Ces sanctions se poursuivront jusqu’à ce que le régime cesse de financer le terrorisme mondial et s’engage à ne jamais posséder d’armes nucléaires.»

Comme les événements récents l’ont à nouveau démontré, l’impérialisme américain est le principal pourvoyeur de terrorisme au Moyen-Orient. En ce qui concerne les armes nucléaires, le gouvernement de Téhéran a à plusieurs reprises renoncé à leur acquisition, tandis qu’un régime d’inspection rigoureux imposé en vertu de l’accord de 2015 a systématiquement démontré sa conformité à l’accord, connu sous le nom de Plan d’action global conjoint (JCPOA), accord qui a été dénoncé par la Maison Blanche de Trump.

En réponse à l’agression américaine et au refus des signataires européens de l’accord nucléaire de contester la campagne de sanctions économiques américaine, Téhéran a pris une série de mesures réduisant son respect des restrictions imposées à son programme nucléaire. À la suite de l’assassinat de Suleimani, le gouvernement iranien a annoncé qu’il n’observerait plus de restrictions sur la capacité de ses opérations nucléaires ou leur niveau d’enrichissement d’uranium.

Les nouvelles sanctions visent les secteurs de la construction, de la fabrication, des textiles et des mines de l’économie iranienne, ainsi que plusieurs responsables iraniens. Fait significatif, Pamchel, une entreprise chinoise qui importe de l’acier iranien, figure parmi ceux qui sont visées par des sanctions de deuxième rang.

Dans une autre indication des objectifs agressifs de l’impérialisme américain dans la région, le Département d’État a rejeté sommairement vendredi un appel du Premier ministre irakien Adel Abdul Mahdi à Washington d’envoyer une délégation à Téhéran pour discuter du retrait des troupes américaines du pays. En réponse à l’assassinat de Suleimani et al-Muhandis, le parlement irakien a approuvé le 5 janvier une résolution appelant le gouvernement à expulser toutes les forces étrangères.

Dans une première lecture d’une conversation téléphonique de jeudi soir entre Pompeo et Mahdi, le Département d’État n’a fait aucune mention de la demande du Premier ministre irakien, déclarant uniquement que le secrétaire d’État américain avait assuré que Washington «ferait tout ce qu’il faut pour protéger le peuple américain et irakien et défendre nos intérêts collectifs.»

Le bureau de Mahdi a cependant publié un communiqué affirmant qu’il avait accusé Washington d’avoir violé la souveraineté irakienne en faisant entrer des troupes dans le pays et en effectuant des opérations de drones sans l’autorisation du gouvernement. Il avait demandé à Pompeo «d’envoyer des représentants pour mettre en place un mécanisme de mise en œuvre de la résolution du Parlement irakien pour un retrait sûr des troupes [étrangères] d’Irak.»

Mahdi a déclaré publiquement qu’il avait reçu un préavis d’une demi-heure avant que les missiles américains ne frappent les miliciens à la frontière irako-syrienne, menés à bien malgré son opposition. Il a également déclaré qu’il devait rencontrer Soleimani le matin même de son assassinat.

Une fois que la version de Mahdi de la conversation s’est ébruitée, le Département d’État a répondu par un rejet catégorique de l’idée que l’Irak aurait son mot à dire quant au retrait ou à la présence continue des troupes américaines. Le communiqué a déclaré: «Notre présence militaire en Irak doit poursuivre la lutte contre l’État islamique […] A ce moment, toute délégation envoyée en Irak serait consacrée à discuter de la meilleure façon de réengager notre partenariat stratégique – pas de discuter du retrait des troupes, mais notre posture de force appropriée au Moyen-Orient.»

Cette «posture de force» a considérablement augmenté ces dernières semaines, avec 750 troupes supplémentaires envoyées à Bagdad pour garder l’ambassade américaine et 4000 autres parachutistes déployés au Koweït voisin en tant que force d’intervention rapide.

La déclaration a ensuite proclamé la nécessité d’une «conversation» sur «notre partenariat financier, économique et diplomatique» et déclaré le désir de Washington d’être «un ami et partenaire d’un Irak souverain, prospère et stable.»

La référence à un «Irak souverain» est risible dans des conditions où les États-Unis insistent sur leur «droit» d’occuper militairement le pays contre la décision expresse de son gouvernement. Quant à «prospère et stable», le pays est encore sous le choc de la dévastation provoquée par huit ans de guerre américaine qui a coûté la vie à plus d’un million de personnes et démoli les infrastructures irakiennes.

Le pays a été secoué depuis début octobre par des manifestations massives de travailleurs et de jeunes irakiens contre les inégalités sociales, le chômage, la défaillance des services publics essentiels et la corruption du régime politique issu de l’occupation américaine.

Alors que l’assassinat de Suleimani a fait reculer ces manifestations alors que des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues pour protester contre le crime de guerre américain, elles ont de nouveau pris place vendredi à Bagdad et dans les villes du sud de Bassora, Najaf et Karbala. Les manifestants ont scandé des slogans contre l’élite dirigeante irakienne, ainsi que contre les États-Unis et l’Iran, exigeant que le pays ne soit pas transformé en «terrain de préparation» pour une nouvelle guerre.

Plusieurs milices irakiennes ont appelé à des représailles contre les forces américaines dans le pays pour le meurtre de Suleimani et al-Muhandis, et deux roquettes katyusha ont été tirées mercredi sur la Zone verte, le quartier fortifié où se trouve l’ambassade américaine. Les forces américaines dans le pays, chiffrées par le Pentagone au nombre de 5200, mais sans aucun doute renforcées par des milliers de mercenaires des entreprises privées et des roulements de troupes incessants en Irak, ont interrompu leur formation des forces de sécurité irakiennes par crainte d’attaques «de leur propre camp» et se concentrent entièrement sur leur propre sécurité.

Si Washington impose une occupation continue contre la décision du gouvernement irakien, le régime déjà instable de Bagdad sera encore affaibli, tandis que des milices telles que l’armée Mahdi de Muqtada al-Sadr reprendront probablement leurs opérations, déclenchant une nouvelle guerre américano-irakienne.

Entre-temps, les responsables du gouvernement se contredisent en prétendant sans aucune preuve que l’assassinat de Soleimani avait été perpétré face à une menace d’attaque «imminente», le Washington Post arapporté vendredi que les forces de sécurité américaines avaient tenté le même jour d’assassiner au Yémen un autre commandant de haut rang de la Force Qods du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique d’Iran.

Selon des responsables américains qui ont parlé au Post, les États-Unis ont lancé une frappe contre Adel Reza Shahlai, qui était chargé d’organiser l’aide limitée que l’Iran a fournie aux rebelles houthis luttant contre l’assaut dirigé par l’Arabie saoudite contre leur pays qui a tué près de 100.000 personnes et laissé plus de 8 millions au bord de la famine. Les États-Unis ont fourni les armes et le soutien logistique nécessaires à ce massacre.

Comme l’ arapporté le Post, l’opération américaine infructueuse au Yémen a soulevé «des questions quant à savoir si l’assassinat de Soleimani la semaine dernière» faisait partie d’une «opération plus large que celle expliquée précédemment, soulevant des questions quant à savoir si la mission était destinée à paralyser la direction du corps de la Garde révolutionnaire islamique ou uniquement pour empêcher une attaque imminente contre les Américains, comme indiqué au début.»

Le reportage cite un haut responsable américain anonyme, déclarant: «Si nous l’avions tué, nous nous en serions vantés le soir même.»

Tous les événements survenus depuis le discours de Trump à la Maison Blanche mercredi ont démenti les affirmations des médias selon lesquelles le gouvernement américain cherche à «désamorcer» ou à «sortir» de l’affrontement militaire. Les provocations militaires américaines se poursuivent sans relâche, et les préparatifs à une guerre totale contre l’Iran, menaçant d’engloutir tout le Moyen-Orient et la planète entière, ne font que s’intensifier.

Bill Van Auken

Article paru en anglais, WSWS, le 11 janvier 2020

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Il y a dix ans :

Cet article a été écrit trois jours après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui a dévasté Haïti.

S’agissait-il d’une invasion ou d’une action humanitaire ?

C’était une invasion associée à un pillage économique et à une destruction appuyée par l’USAID et les Nations unies, sans parler de la Fondation Clinton.

C’était un crime contre l’humanité.

Le projet consistait à détruire Haïti en tant qu’État-nation, à transformer un pays en territoire, à s’approprier ses ressources, à appauvrir sa population.

La militarisation de l’humanitaire ne se limite pas à Haïti.

Michel Chossudovsky, 10r janvier 2020

(Introduction traduit avec www.DeepL.com/Translator)

***

Haïti a une longue histoire d’interventions militaires et d’occupation étasuniennes qui remonte au début du 20e siècle. L’interventionnisme des États-Unis a contribué à la destruction de l’économie nationale d’Haïti et à l’appauvrissement de sa population.

Le tremblement de terre dévastateur est présenté à l’opinion publique mondiale comme la seule cause de sa situation difficile.

Un pays a été détruit, ses infrastructures démolies. Son peuple a été précipité dans une pauvreté et un désespoir épouvantables.

L’histoire d’Haïti, son passé colonial, a été effacée.

L’armée étasunienne est allée secourir une nation appauvrie. Quel est son mandat?

S’agit-il d’une opération humanitaire ou d’une invasion?

Les principaux acteurs de « l’opération humanitaire » étasunienne sont le département de la Défense (DoD), le département d’État et l’Agence des États-Unis pour le développement international (United States Agency for International Development ou USAID). (Voir USAID Speeches: On-The-Record Briefing on the Situation in Haiti, 01/13/10). On a également confié à USAID l’acheminement de l’aide alimentaire distribuée par le Programme alimentaire mondial. (Voir USAID Press Release: USAID to Provide Emergency Food Aid for Haiti Earthquake Victims, 13 janvier 2010)

La composante militaire de la mission étasunienne tend toutefois à éclipser les fonctions civiles dédiées à secourir une population appauvrie et désespérée. L’opération humanitaire générale n’est pas menée par des agences gouvernementales civiles comme FEMA ou USAID, mais par le Pentagone.

Le rôle décisionnel dominant a été confié a l’US Southern Command (SOUTHCOM).

Un déploiement massif de matériel et de personnel militaires est à l’étude. Le chef d’état-major des armées des États-Unis, l’amiral Mike Mullen, a confirmé que les États-Unis enverront de neuf à dix mille troupes à Haïti incluant 2000 marines. (American Forces Press Service, 14 janvier 2010)

Le porte-avion USS Carl Vinson et son complément de navires auxiliaires sont déjà arrivés à Port-au-Prince (15 janvier 2010). Les 2000 membres de la Marine Amphibious Unit, ainsi que les soldats de la 82e division aéroportée de l’Armée étasunienne « sont formés pour une grande variété de missions, incluant des tâches reliées à la sécurité et à la lutte antiémeute, en plus des tâches humanitaires. »

Contrairement aux équipes d’aide et de secours dépêchées par diverses organisations civiles, le mandat humanitaire de l’armée étasunienne n’est pas clairement défini :

« Certes, les Marines sont avant tout des guerriers et c’est ce pourquoi les Marines sont connus dans le monde, [… mais] nous faisons également preuve de compassion lorsque cela est nécessaire et c’est un rôle que nous aimerions montrer : ce guerrier compatissant, apportant de l’assistance à ceux qui en ont besoin. Nous sommes très enthousiasmés par cette mission. » (Porte-parole des Marines, Marines Embark on Haiti Response Mission, Army Forces Press Services, 14 janvier 2010)

Lorsque les présidents Obama et Préval se sont parlé au téléphone, il n’y avait aucun reportage sur des négociations entre les deux gouvernements concernant l’entrée et le déploiement de troupes étasuniennes en sol haïtien. La décision a été prise et imposée unilatéralement par Washington. L’absence totale d’un gouvernement fonctionnel en Haïti a été utilisée pour légitimer, sur une base humanitaire, l’envoi d’une puissante force militaire, laquelle a de facto pris le contrôle de plusieurs fonctions gouvernementales.

TABLEAU 1

Matériel militaire étasunien devant être envoyé à Haïti (selon les annonces officielles)

Navire d’assaut amphibie USS Bataan (LHD 5) et navires héli-plates-formes amphibiens USS Fort McHenry (LSD 43) et USS Carter Hall (LSD 50).

Une Marine Amphibious Unit de 2000 membres du 22e Marine Expeditionary Unit et des soldats de la 82e division aéroportée de l’Armée étasunienne. On prévoit l’arrivée de 900 soldats à Haïti d’ici le 15 janvier.

Le porte-avion USS Carl Vinson et son complément de navires auxiliaires. (Arrivés à Port-au-Prince le 15 janvier 2010) : USS Carl Vinson CVN 70

Le navire-hôpital USNS Comfort

Plusieurs vaisseaux et hélicoptères du Corps des garde-côtes des États-Unis

USS Carl Vinson

Les trois navires amphibiens rejoindrons le porte-avion USS Carl Vinson, le croiseur lance-missiles USS Normandy et la frégate lance-missile USS Underwood.


USS Normandy

Rôle dominant de l’US Southern Command

Le US Southern Command (SOUTHCOM), dont le quartier général est à Miami, est « l’agence principale » en Haïti. Son mandat en tant que commandement militaire régional est de mener une guerre moderne. Son mandat avoué en Amérique latine et dans les Caraïbes consiste « à mener des opérations militaires et à promouvoir la coopération en matière de sécurité afin d’atteindre les objectifs stratégiques des États-Unis » (Our Mission – U.S. Southern Command (USSOUTHCOM). Les commandants sont formés pour superviser les opérations de théâtre, agir à titre de police militaire, ainsi que pour affronter une « contre-insurrection » en Amérique latine et dans les Caraïbes. Cela s’ajoute à l’établissement récent de nouvelles bases militaires en Colombie, à proximité de la frontière vénézuélienne.

Le général Douglas Fraser, commandant de l’U.S. Southern Command, a décrit l’opération d’urgence en Haïti comme une opération de commandement, de contrôle et de communications (C3). L’US Southern Command doit superviser un déploiement massif d’équipement militaire, incluant plusieurs navires de guerre, un porte-avion, des divisions de combat aéroportées, etc :

« Donc nous nous concentrons sur l’acquisition du commandement, du contrôle et des communications là-bas, afin de vraiment mieux comprendre de ce qui se passe. Puisque son quartier général s’est partiellement écroulé, la MINUSTAH [Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti] a perdu une grande partie de ses moyens de communication, donc nous comptons également renforcer la communication. »

Nous envoyons par ailleurs des équipes d’évaluation conjointement avec USAID ainsi que certains d’entre nous pour les appuyer.

Nous déployons dans cette direction divers navires que nous avions dans la région – ce sont de petits navires, des canots de la Garde côtière, des destroyers – afin de fournir toute l’assistance immédiate possible sur le terrain.

Nous avons également un porte-avion de la Marine étasunienne en route, l’USS Carl Vinson. Il était en mer au large de Norfolk, alors cela prendra quelques jours avant qu’il arrive là-bas. Nous devons aussi le réapprovisionner et lui donner les provisions dont il a besoin pour appuyer les efforts en Haïti. Puis nous examinons les agences internationales pour comprendre comment nous pouvons soutenir leurs efforts ainsi que les nôtres.

Nous envisageons également l’envoi d’un navire amphibien à grand pont d’envol, avec à son bord une unité du corps expéditionnaire des marines (Marine Expeditionary Unit), qui arrivera quelques jours après l’USS Vinson.

Avoir une capacité de transport nous offre par ailleurs davantage de moyens pour la distribution de l’approvisionnement afin de soutenir les efforts là-bas.

Donc essentiellement, nous n’avons pas pour le moment d’évaluation claire de la situation sur le terrain, des besoins à Port-au-Prince, de l’ampleur de la situation.

Enfin, nous avons aussi une équipe qui se dirige vers l’aéroport. Lorsque cet événement s’est produit, mon commandant adjoint se trouvait à Haïti dans le cadre d’une visite qui avait été prévue auparavant. Il est allé à l’aéroport. Selon ce que je comprends, il affirme que la piste d’atterrissage est fonctionnelle, mais la tour n’a pas de capacité de communication. Le terminal de passagers a subit des dommages structurels, donc nous ne savons pas dans quel état il est.

Nous avons donc un groupe qui s’y rendra pour s’assurer que nous pouvons obtenir le terrain d’aviation, le sécuriser et opérer à partir de là, puisque nous croyons qu’il s’agit d’un des endroits où entrerons beaucoup de secours immédiats internationaux.

Puis nous effectuons toutes les autres estimations considérées comme appropriées au moment où nous entrons à Haïti et travaillons sur cet effort.

Nous effectuons également la coordination avec la MINUSTAH et les gens qui de trouvent là-bas. Le commandant de la MINUSTAH était à Miami lorsque l’événement s’est produit, il est donc actuellement en route vers Haïti et devrait arriver à Port-au-Prince d’une minute à l’autre. Cela nous aidera à coordonner nos efforts, car, je le répète, les Nations Unies ont évidemment subit des pertes significatives avec l’écroulement de leur quartier général, du moins d’une partie de celui-ci.

Donc voilà l’effort, les efforts initiaux que nous avons mis en branle. Et au fur et à mesure que nous recevons les évaluations relativement à ce qui s’en vient, nous ferons des ajustements en conséquence.

Le secrétaire à la Défense et le président ont précisé qu’il s’agit d’un effort significatif et nous réunissons toutes les ressources au sein du département de la Défense afin de soutenir cet effort. » (Transcription de la Défense : DOD News Briefing with Gen. Fraser from the Pentagon, 13 janvier 2010)

Un rapport de Heritage Foundation résume l’essence de la mission des États-Unis en Haïti : « Le tremblement de terre a des implications à la fois humanitaire et au niveau de la sécurité nationale étasunienne [nécessitant] une réponse rapide non seulement audacieuse mais également décisive, qui mobilise l’armée, les compétences civiles et le gouvernement étatsuniens pour l’aide humanitaire à court terme ainsi qu’un programme de restauration et de réforme à plus long terme en Haïti. » (James M. Roberts et Ray Walser, American Leadership Necessary to Assist Haiti After Devastating Earthquake, Heritage Foundation, 14 janvier 2010).

Au début, la mission militaire participera aux premiers soins et aux secours d’urgence, ainsi qu’aux opérations policières et à la sécurité publique.

L’Armée de l’air étasunienne contrôle l’aéroport

L’Armée de l’air étasunienne a pris le contrôle des fonctions du trafic aérien et de la gestion de l’aéroport de Port-au-Prince. En d’autres termes, l’armée des États-Unis régule la circulation de l’aide d’urgence et des secours envoyés au pays à bord d’avions civils. L’Armée de l’air ne travaille pas sous les instructions des responsables de l’aéroport haïtien. Ces derniers ont été déclassés. L’aéroport est dirigé par l’Armée étasunienne. (Entrevue avec l’ambassadeur haïtien au États-Unis R. Joseph, PBS News, 15 janvier 2010)

« L’équipe de la FAA travaille avec les contrôleurs de combat du DoD afin d’améliorer le trafic aérien, les entrées et les sorties de l’aéroport. L’Armée de l’air étasunienne a rouvert l’aéroport le 14 janvier et le 15 janvier on a confié à son groupe d’intervention d’urgence l’autorité supérieure du terrain d’aviation […] Celle-ci permet à l’Armée de l’air de prioriser, prévoir et contrôler l’espace aérien à l’aéroport […] » (flightglobal.com, 16 janvier 2010, c’est l’auteur qui souligne)

Le navire-hôpital de 1000 lits de la Marine, le USNS Comfort, lequel comprend plus de 1000 employés, du personnel médical et des employés de soutien, a été envoyé à Haïti sous la juridiction du Southern Command (Voir  Navy hospital ship with 1,000 beds readies for Haiti quake relief, Digital Journal, 14 janvier 2010). Lors du tremblement de terre, il y avait 7100 personnels militaires et plus de 2000 policiers, à savoir une force étrangère de plus de 9000 membres. En revanche, le personnel civil international de la MINUSTAH comprend moins de 500 membres. MINUSTAH Faits et chiffres – Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti

TABLEAU 2

Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH)

Force actuelle (30 novembre 2009)

9065 personnels en uniforme au total

7031 troupes
2034 policiers 488 personnels civils internationaux
1,212 personnels civils locaux
214 volontaires de Nations Unies

MINUSTAH Facts and Figures – United Nations Stabilization Mission in Haiti

Forces combinées de SOUTHCOM et de la MINUSTAH : approximativement 19,095*

*Excluant les engagements de la France (non confirmés) et du Canada (800 troupes confirmées). Les États-Unis, la France et le Canada étaient des « partenaires » dans le coup d’État le 29 février 2004.

Haïti est sous occupation militaire depuis que les États-Unis ont fomenté le coup d’État de 2004. Le contingent des forces étasuniennes sous le commandement de SOUTHCOM combiné à celles de la MINUSTAH porte la présence militaire en Haïti à près de 20 000 troupes dans un pays de 9 millions d’habitants. En comparaison avec l’Afghanistan, avant l’escalade militaire d’Obama, les forces des États-Unis et de l’OTAN combinées étaient de l’ordre de 70 000 pour une population de28 millions d’habitants. En d’autres mots, sur une base per capita il y aura plus de troupes en Haïti qu’en Afghanistan.

Récentes interventions militaires des États-Unis en Haïti

Il y a eu plusieurs interventions militaires financées par les États-Unis dans l’histoire récente. En 1994, après trois ans de gouvernement militaire, une force d’occupation de 20 000 troupes et de « gardiens de la paix » a été envoyée à Haïti. L’intervention militaire étasunienne de 1994 « n’était pas destinée à restaurer la démocratie. C’est plutôt le contraire : elle a été menée afin de prévenir une insurrection populaire contre la junte militaire et ses cohortes néolibérales. » (Michel Chossudovsky, The Destabilization of Haiti, Global Research, February 28, 2004)

Les troupes étasuniennes et alliées sont demeurées au pays jusqu’en 1999. Les forces armées haïtiennes ont été dissoutes et le département d’État étatsunien a engagé une compagnie de mercenaires, DynCorp, pour apporter des « conseil techniques » dans la restructuration de la Police nationale haïtienne (PNH). (Ibid)

Le coup d’État de février 2004

Dans les mois précédant le coup d’État de 2004, les forces spéciales étasuniennes et la CIA entraînaient des escadrons de la mort constitués des anciens tontons macoutes de l’ère Duvalier. L’armée paramilitaire rebelle a traversé la frontière en provenance de la République Dominicaine au début février 2004. « C’était une unité paramilitaire bien armée, bien entraînée et bien équipée, intégrée par les anciens membres du Front pour l’avancement et le progrès d’Haïti (FRAPH), les escadrons de la mort « en civil », impliqués dans le meurtre de masse de civils et dans des assassinats politiques durant le coup militaire de1991 financé par la CIA, lequel a mené au renversement du gouvernement démocratiquement élu du président Jean Bertrand Aristide. (Voir Michel Chossudovsky,  The Destabilization of Haiti: Global Research. February 28, 2004)

Des troupes étrangères ont été envoyées à Haïti. La MINUSTAH a été mise sur pied dans la foulée du coup d’État financé par les États-Unis en février 2004 et de l’enlèvement et la déportation du président démocratiquement élu Jean Bertrand Aristide. Le coup a été fomenté par les États-Unis avec l’appui de la France et du Canada.

Les unités de la FRAPH ont subséquemment intégré la force policière du pays, laquelle se trouvait sous la supervision de la MINUSTAH. Dans le désordre politique et social déclenché par le tremblement de terre, l’ancienne milice armée et les tontons macoutes joueront un nouveau rôle.

Programme caché

La mission tacite de SOUTHCOM, avec son quartier général à Miami et des installations militaires éttsuniennes à travers l’Amérique latine, est d’assurer le maintien de régimes nationaux serviles, à savoir des gouvernements étatsuniens par procuration, dévoués au Consensus de Washington et au programme de politique néolibéral. Bien que le personnel militaire étatsunien sera au départ impliqué activement dans l’aide d’urgence et les secours aux sinistrés, cette présence militaire étasunienne renouvelée en Haïti servira à prendre pied dans le pays ainsi qu’à poursuivre les objectifs stratégiques et géopolitiques des États-Unis dans le bassin des Caraïbes, objectifs largement dirigés contre Cuba et le Venezuela.

Le but n’est pas de travailler à la réhabilitation du gouvernement national, de la présidence et du Parlement, tous décimés par le tremblement de terre. Depuis la chute de la dictature de Duvalier, le dessein des États-Unis a constitué à démanteler graduellement l’État haïtien, à restaurer les tendances coloniales et à obstruer le fonctionnement d’un gouvernement démocratique. Dans le contexte actuel, l’objectif n’est pas seulement d’abolir le gouvernement, mais aussi de réorganiser le mandat de la MINUSTAH, dont le quartier général a été détruit.

« Le rôle consistant à diriger les secours et à gérer la crise est tombé rapidement aux mains des États-Unis, dans l’absence, à court terme du moins, de toute autre entité compétente. » ( US Takes Charge in Haiti _ With Troops, Rescue Aid – NYTimes.com, 14 janvier 2009)

Avant le tremblement de terre, il y avait, selon des sources militaires étasuniennes, quelque 60 personnels militaires en Haïti. D’un jour à l’autre, une escalade militaire s’est produite instantanément : 10 000 troupes, marines, forces spéciales et employés des services de renseignement, etc., sans compter les forces mercenaires privées sous contrat avec le Pentagone.

Selon toute probabilité, l’opération humanitaire sera utilisée comme prétexte et justification pour établir une présence militaire étasunienne davantage permanente en Haïti.

Il s’agit d’un déploiement massif, d’une « escalade » de personnel militaire assigné aux secours d’urgence.

La première mission de SOUTHCOM sera de prendre le contrôle de ce qu’il reste des moyens de communication et de transport, ainsi que des infrastructures énergétiques du pays. Les États-Unis contrôlent déjà de facto l’aéroport. Vraisemblablement, les activités de la MINUSTAH, qui a servi les intérêts de la politique étrangère étasunienne depuis ses débuts en 2004, seront coordonnées à celles de SOUTHCOM. La mission de l’ONU sera notamment contrôlée de facto par l’armée étasunienne.

La militarisation des organisations de secours de la société civile

L’armée étasunienne en Haïti cherche à superviser les activités des organismes humanitaires approuvés. Elle vise également à empiéter sur les activités humanitaires du Venezuela et de Cuba :

« Sous René Préval, le gouvernement est faible et littéralement chaotique à l’heure actuelle. Cuba et le Venezuela, déjà résolus à minimiser l’influence des États-Unis dans la région, saisiront probablement cette opportunité pour rehausser leur profil et leur influence […] » (James M. Roberts et Ray Walser, American Leadership Necessary to Assist Haiti After Devastating Earthquake, Heritage Foundation, 14 janvier 2010).

Aux États-Unis, la militarisation des opérations de secours d’urgence a été instaurée durant la crise de Katrina, lorsque l’armée a été appelée à jouer un rôle dominant.

Le modèle d’intervention d’urgence pour SOUTHCOM est basé sur le rôle de NORTHCOM, à qui l’on a accordé un mandat d’« agence principale » dans les procédures d’urgences aux États-Unis.

Pendant l’ouragan Rita en 2005, le travail préparatoire détaillé de la « militarisation des secours d’urgence » a été établi, comportant un rôle dominant pour NORTHCOM. À cet égard, Bush avait fait allusion au rôle central de l’armée dans les secours d’urgence : « Existe-t-il un désastre naturel, d’une certaine ampleur, qui permettrait au département de la Défense de devenir l’agence principale pour la coordination et la gestion des secours? Ce sera une considération importante à laquelle le Congrès devra réfléchir. » (Déclaration du président Bush à une conférence de presse, Bush Urges Shift in Relief Responsibilities – washingtonpost.com, 26 septembre 2005).

« La réaction au désastre national n’est pas coordonnée par le gouvernement civil du Texas, mais à partir d’un lieu éloigné et conformément aux critères militaires. Le quartier général de l’US Northern Command contrôlera directement le mouvement du personnel et de l’équipement militaire dans le golfe du Mexique. Comme dans le cas de Katrina, il outrepassera les actions des entités civiles. Pourtant, dans ce cas-ci, toute l’opération est sous la juridiction de l’armée plutôt que celle de FEMA.  » (Michel Chossudovsky, US Northern Command and Hurricane Rita, Global Research, 24 septembre 2005)

Conclusion

Haïti est un pays sous occupation militaire depuis le coup d’État de février 2004 instigué par les États-Unis.

L’entrée de 10 000 troupes étasuniennes lourdement armées, couplées aux activités de la milice locale, pourrait potentiellement précipiter le pays dans un chaos social.

Ces troupes étrangères sont entrées au pays pour renforcer les « gardiens de la paix » de la MINUSTAH et les forces policières haïtiennes (intégrées par les anciens tontons macoutes), qui, depuis 2004, ont été responsables de crimes de guerre dirigés contre le peuple haïtien, dont la tuerie de civils sans discrimination.
Ces troupes intensifient les forces d’occupation existantes sous le mandat de l’ONU.

Vingt mille troupes étrangères sous le commandement de SOUTHCOM et de la MINUSTAH seront présentes dans le pays. Selon toute probabilité, il y aura une intégration ou une coordination des structures de commandement de ces deux entités.

Le peuple haïtien a démontré un haut degré de solidarité, de courage et d’engagement social.
Les Haïtiens se sont entraidés et ont agi consciemment : dans des conditions extrêmement difficiles, immédiatement après le désastre, des citoyens ont organisé spontanément des équipes de secours.

La militarisation des opérations d’aide humanitaire affaiblira les capacités organisationnelles des Haïtiens de reconstruire et restaurer les institutions détruites du gouvernement civil. Elle empiétera par ailleurs sur les efforts des équipes médicales internationales et des organisations d’aide humanitaire.

Il est absolument essentiel que le peuple haïtien s’oppose fermement à la présence de troupes étrangères dans leur pays, particulièrement dans le cadre des opérations de sécurité publique.

Il est essentiel que les Étatsuniens partout au pays s’opposent résolument à la décision de l’administration Obama d’envoyer des troupes de combat étasuniennes en Haïti.

Il ne peut y avoir de réelle reconstruction ni de vrai développement sous une occupation militaire étrangère.

 Michel Chossudovsky

 

Article original en anglais, A militarização da ajuda de emergência ao Haiti: Trata-se de uma operação humanitária ou de uma invasão? publié le 19 janvier 2010.

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.
Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d’économie à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 12 langues).

Guerre et mondialisation

Le site militaire russe Avia.pro est revenu sur l’accident du à une erreur humaine et qui a provoqué le crash du Boing 737 ukrainien en Iran, le 8 janvier dernier, quelques minutes après son décollage, causant la mort de 179 passagers et membres de son équipage.

Se fiant à des experts militaires, il rapporte que le coup ressemble point par point à la destruction au large de Lattaquié en Syrie, en septembre 2018, d’un IL-20 russe : les chasseurs israéliens qui étaient traqués par les missiles syriens l’avaient utilisé comme bouclier, quitte à en causer la destruction et la mort de 15 passagers.

Le site militaire russe se réfère à une enquête indépendante qui conclut à la « responsabilité au moins partielle US » dans la tragédie du 8 janvier :

« Selon des experts, l’armée américaine a délibérément modifié les informations sur le vol du Boeing 737 ukrainien, ce qui en a fait une véritable cible pour les systèmes de défense aérienne iraniens. Selon les données qui ressortent des sources liées au Pentagone, plusieurs avions militaires américains ont été observés dans le ciel près de l’espace aérien iranien, juste au moment du vol du Boeing et des anomalies ont été observées sur les radars iraniens, vraisemblablement dues à une cyberattaque. L’avion civil a alors été pris pour un avion de combat se dirigeant droit vers une cible militaire.
Dans la mesure où le pilote a fait un demi-tour, il est fort probable que la cyberattaque US ait également visé le système de navigation du Boeing ukrainien. Ce n’est pas la première fois que les Américains font ce genre de coups », dit le site.

En outre, un membre de la commission de Sécurité et de Défense dans la Douma russe a accusé les mesures provocatrices américaines contre l’Iran d’aoir été la cause de la catastrophe du crash de l’avion ukrainien.

Source: Almanar avec Press Tv

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La semaine dernière, le général Herzi Halévy, membre de l’Etat-major de l’armée israélienne, a tenté de distancier Israël du meurtre du général Soleimani. Lors d’une conférence de presse à Jérusalem, il a déclaré que l’assassinat « faisait partie du combat entre l’Iran et les Etats-Unis pour le contrôle de l’Irak ».

Alors que le New York Times laissait entendre que Benjamin Netanyahou avait été informé de la décision américaine, ce dernier niait toute participation à l’opération. Or, il s’avère aujourd’hui – preuves à l’appui – que les services de renseignement israéliens sont étroitement mêlés à l’assassinat.

Selon une enquête de la chaîne américaine NBC News, Israël a joué un rôle déterminant en confirmant la présence du général Soleimani le 3 janvier à bord du vol Damas-Bagdad de l’Airbus A320 de Cham Wings Airlines.

La carcasse du SUV blindé du général Soleimani

La CIA infiltre les services de sécurité des aéroports de Damas et de Bagdad

L’information provenait d’espions recrutés par la CIA au sein du service de sécurité de l’aéroport. Un tour de force car le nom du général et ceux des membres de son escorte n’étaient pas sur la liste des passagers, les Iraniens déposés au bas de la passerelle embarquant directement dans l’avion.

Il ne restait plus aux Américains qu’à suivre l’Airbus par satellite et à faire décoller des drones tueurs garés sur la base Aïn al-Assad située dans la région d’Al-Anbar. Parmi eux, un drone MQ-9 Reaper chargé de transmettre, en temps réel, au Pentagone et à la CIA le déroulement de l’opération.

D’autres espions américains infiltrés à l’aéroport de Bagdad confirmèrent ensuite l’heure d’atterrissage de l’Airbus et signalèrent sans doute qu’Abou Mahdi al-Muhandis – chef du Hezbollah irakien et n°2 des Hachd al-Chaabi – accueillerait le général.

On connait la suite : à la sortie de l’aéroport, deux tirs de missiles Hellfire (Feu de l’enfer) pulvérisèrent le véhicule blindé transportant Qassem Soleimani et Muhandis, un autre celui de leurs gardes du corps.

A Damas et à Bagdad, des suspects ont été arrêtés. En Irak, Falah Al-Fayyad – conseiller à la sécurité nationale et coordinateur en chef des Hachd – mène l’enquête dans l’espoir de démanteler le réseau pro-américain impliqué dans l’opération.

A suivre…

Gilles Munier

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Les présidents Recep Tayyip Erdogan et Vladimire Poutine ont publié une déclaration conjointe, en appelant le premier ministre du gouvernement d’accord national, Fayez Al-Sarraj, et le chef de l’Armée nationale libyenne, le maréchal Khalifa Haftar, à un cessez-le-feu.

Les parties en conflit ont pris cette initiative de différentes manières – Al-Sarraj l’a accepté avec joie, tandis que Haftar n’a pas répondu clairement.

Le 9 janvier, le porte-parole de l’Armée nationale libyenne, le général de brigade Ahmed Al-Mesmari, a prononcé un discours sur l’initiative russo-turque. Son discours contenait des détails inhabituels qui méritent d’être analysés.

Tout d’abord, Al-Mesmari a déclaré que l’Armée libyenne saluait la proposition du président russe. Il est à noter que le général n’a pas mentionné Recep Erdogan lors de son allocution.

L’hostilité du porte-parole est clairement due au fait que la Turquie participe à la guerre civile en Libye. Le parlement turc a décidé d’envoyer des unités militaires turques pour soutenir le gouvernement d’accord national à Tripoli, et la Turquie a commencé à déployer ses forces sur le sol libyen.

En outre, Ankara avait fourni à plusieurs reprises des armes et du matériel militaire au gouvernement d’Al-Sarraj, y compris des drones en violation des sanctions internationales, comme en témoigne une fuite de comptes entre la Banque centrale de Libye et l’entreprise de défense turque SSTEK. On sait que le gouvernement d’accord a dépensé plus de 600 millions de dollars pour l’achat d’armes et de matériel militaire de manière illégale à la Turquie.

Par ailleurs, Al-Mesmari a indiqué que l’Armée nationale libyenne poursuivrait de toute façon l’opération militaire pour libérer Tripoli des terroristes. Ainsi, il a précisé que le gouvernement d’Al Sarraj n’est pas politiquement indépendant, car il coopère avec des groupes armés illégaux et ne est pas donc capable de participer à un règlement politique.

La réponse du général Al-Mesmari à la proposition des dirigeants turcs et russes a démontré la véritable position de l’Armée concernant le règlement de la crise libyenne. Malgré le respect de l’initiative russe, Haftar a précisé qu’une retraite n’est pas possible tant que la capitale est contrôlée par une une variété des groupes terroristes et milices dirigés par le gouvernement d’Accord national.

Hassan Mansour, un journaliste indépendant libyen

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L’universitaire Salim Lamrani répond à dix questions sur les conséquences de la réforme des retraites de Macron sur le système actuel. Un décryptage qui prouve que derrière l’étrange formule du « retrait provisoire » de l’âge pivot annoncé par le Premier ministre, c’est bien le fond de la réforme qui n’est pas acceptable.

 

1. D’où est issu l’actuel système des retraites ?

Le système actuel de retraites en France est un héritage de la Libération, fondé par le Conseil national de la résistance. Il est basé sur le principe de solidarité entre générations. Ainsi, un pays détruit et ruiné par six années de guerre a réussi à mettre en place un régime destiné à garantir aux anciens un niveau de pension digne. En 1945, la création de la sécurité sociale « répond à l’ambition de construire un régime d’assurance vieillesse couvrant l’ensemble de la population ». Voici les motifs de l’ordonnance de 1945 : « La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances, il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la volonté de débarrasser nos concitoyens de l’incertitude du lendemain ». 

2.Quels en sont les principes de base ?

Le système des retraites actuel repose sur quatre principes. Il est obligatoire, c’est-à-dire que tout actif cotise automatiquement. Il fonctionne par répartition, ce qui fait que le montant total des cotisations versées chaque année par les salariés sert à payer les pensions des retraités actuels. Il est solidaire et prend en compte les périodes de chômage, de maladie ou d’invalidité, le nombre d’enfants, les carrières longues et les situations de handicap. Il est enfin contributif car la retraite est calculée en fonction des cotisations effectués durant la carrière professionnelle. La retraite de base fonctionne en annuités et les droits acquis sont comptabilisés en trimestres.  Il s’agit d’un des meilleurs systèmes au monde car le taux de pauvreté chez les seniors en France est actuellement l’un des plus bas de la planète.

3.Y a-t-il urgence à réformer le système actuel ?

Actuellement, le déficit annuel conjoncturel se situe entre 7 et 17 milliards par an. Selon le Conseil d’orientation des retraites, qui est une entité rattachée au Premier Ministre, il se résorbera démographiquement et le système deviendra excédentaire à partir de 2040. Par ailleurs, il convient de rappeler que les réserves globales pour les retraites du régime général et du régime privé, dont le rôle est de compenser un éventuel déficit conjoncturel, sont de plus de 150 milliards d’euros. Il n’y a donc aucune urgence. De plus, à partir de 2025, le déficit de la sécurité sociale, auquel la Caisse d’amortissement de la dette sociale alloue chaque année 17 milliards d’euros, sera comblé, et l’Etat disposera de cette somme, qu’il pourra allouer au système des retraites, jusqu’à ce qu’il retrouve son équilibre en 2040.

4.Vu que le nombre de retraités est en augmentation, la réforme n’est-elle pas indispensable ?

On évoque souvent l’argument du nombre croissant de retraités par rapport au siècle dernier. En effet, en 1970, il y avait trois actifs pour un retraité. Aujourd’hui, il y a 1,7 actif pour un retraité. En revanche, ce que l’on omet de mentionner, c’est qu’un salarié d’aujourd’hui produit autant que trois actifs des années 1970. Donc, d’un point de vue économique, le système actuel est encore plus viable qu’il y a cinquante ans. Pourquoi le système est-il alors déficitaire ? Tout simplement parce que la répartition des richesses entre le travail et le capital est inégalitaire. On rémunère beaucoup plus les actionnaires que les salariés. Dans les années 1980, la rémunération des actionnaires ne représentait que neuf jours de production par an. Aujourd’hui, elle représente 45 jours et elle se fait au détriment de l’augmentation des salaires. Si l’on rémunérait proportionnellement autant les salariés que les actionnaires, le système de retraites serait largement excédentaire.

5.Quels sont les risques du système à points que veut imposer le gouvernement Macron ?

Avec le système actuel, chaque actif sait à quel moment il pourra faire valoir ses droits à une pension de retraite et en connaîtra le montant. Aujourd’hui, il faut avoir cotisé 43 annuités et avoir atteint l’âge pivot de 62 ans pour partir en retraite avec une pension complète. Avec un système à points, nul ne pourra connaître le montant de sa future pension de retraite ni le moment où il pourra cesser de travailler, car la valeur du point pourra être modifiée par la majorité gouvernementale à tout moment. 

François Fillon, ancien Premier ministre du Président Nicolas Sarkozy, a d’ailleurs fait preuve de franchise à ce sujet lors d’un discours devant les grands patrons français du MEDEF en mars 2016 : « Il y a trop d’hommes politiques qui jouent avec l’affaire des retraites et qui font miroiter des réformes formidables, par exemple la retraite par points. Il ne faut pas faire croire aux Français que cela va régler le problème des retraites. Le système par points permet en réalité une chose qu’aucun homme politique n’avoue : cela permet de baisser chaque année la valeur du point et donc de diminuer le niveau des pensions ».

Partout où le système par points a été appliqué, les pensions ont baissé et le taux de pauvreté chez les seniors a explosé. Ainsi, en Suède, depuis l’adoption d’un système de retraite par points, le taux de pauvreté chez les seniors a doublé en neuf ans. Le système actuel de retraites est celui qui produit le moins de pauvreté chez les personnes de plus de 65 ans. Il est actuellement de 6,5% en France alors qu’il atteint 17% en Suède.

6.Qu’en est-il du mode de calcul de la retraite dans le projet de réforme et de l’âge pivot ?

La réforme prévoit de calculer le montant de la pension de retraite non pas sur les 25 meilleures années pour le secteur privé et les six derniers mois pour le secteur public comme c’est actuellement le cas, mais sur l’ensemble de la carrière. La conséquence mathématique est que le montant des retraites baissera car on prendra en compte les périodes de chômage ou de bas salaires, notamment en début de carrière. 

Par ailleurs, on annonce que l’âge pivot, âge à partir duquel on peut faire valoir ses droits à la retraite et qui est actuellement à 62 ans, sera porté à 64 ans. Or, près de 50% des actifs qui arrivent à l’âge de la retraite actuel sont au chômage. Il y a aujourd’hui 300 000 chômeurs de plus de 60 ans en France. Quelle sera la conséquence de l’augmentation de l’âge pivot ? Les seniors au chômage n’auront pas assez cotisé pour prétendre à une pension complète. Il convient de rappeler que le candidat Emmanuel Macron avait pris un engagement solennel durant la campagne présidentielle : « Nous ne toucherons pas à l’âge de départ à la retraite ni au niveau des pensions ». Or, avec le projet de modification de l’âge pivot et l’adoption du système à points, il sera impossible de tenir cette promesse.

7.N’y a-t-il pas d’autres alternatives pour résorber l’actuel déficit conjoncturel du système des retraites ?

Il existe de multiples possibilités pour combler le déficit actuel qui, au regard des réserves financières des différents régimes de retraites – 150 milliards d’euros – n’est pas inquiétant. En admettant que l’estimation haute concernant le déficit se confirmait, c’est-à-dire 15 milliards d’euros par an, les réserves sont suffisantes pour tenir 10 ans, en supposant que l’on ne prenne aucune autre mesure. Mais il y a plusieurs d’alternatives :

– La première possibilité – et il est honteux qu’elle n’ait pas été mise en œuvre dans la France du XXIe siècle – est que les femmes soient rémunérées de la même manière que les hommes. Rappelons que le cœur de notre devise républicaine est l’égalité. Cette mesure comblerait immédiatement le déficit actuel grâce aux nouvelles cotisations générées par l’augmentation salariale.

– La deuxième possibilité serait d’augmenter modestement les salaires à hauteur de 5%, c’est-à-dire de 75 euros par mois pour un revenu mensuel de 1 500 euros. La moitié de la population active en France dispose d’un salaire mensuel inférieur à 1 500 euros. Cela permettrait de faire rentrer chaque année 18 milliards de cotisations dans les caisses de retraite. 

– Une troisième solution serait de suivre la préconisation du Conseil d’orientation des retraites, organisme régulièrement sollicité par le gouvernement, d’augmenter modestement le taux de cotisation d’environ 1%. On pourrait multiplier les exemples.

8.Le déficit actuel n’est-il pas le résultat de décisions politiques ?

Effectivement, les politiques gouvernementales sont en partie responsables du déficit actuel. Ainsi, la défiscalisation des heures supplémentaires prive l’Etat de cotisations qui permettraient d’équilibrer en partie le système. 

Par ailleurs, selon le Conseil d’orientation des retraites, la suppression de s 120 000 postes d’agents dans la fonction publique annoncée par le gouvernement a un impact conséquent sur le déficit du système de retraite : « La politique de l’État est très déterminante. Si vous enlevez un million de fonctionnaires en France, vous faites des économies budgétaires très importantes, mais vous mettez les régimes de retraite avec les conventions actuelles en faillite. » En un mot, maintenir ou augmenter le nombre de fonctionnaires dans les secteurs prioritaires tels que la santé et l’éducation permettrait de résoudre le problème du déficit.

De plus, le rapport Delevoye de 132 pages, qui constitue la base du projet de réforme actuel, prévoit également d’exonérer les hauts revenus au-delà de 120 000 euros annuels de cotisations retraites et de baisser le taux de 28% à 2,8%. Selon l’Agirc-Arrco, organisme de retraite complémentaire pour les salariés du privé, cette mesure priverait le régime des retraites de 4 à 7 milliards d’euros de cotisations chaque année. On ne peut pas à la fois organiser le déficit et prétendre lutter contre celui-ci. En outre, les investissements réalisés dans un système de retraites complémentaires par capitalisation donneraient droit à une exonération fiscale de 70% pour les entreprises, ce qui contribuerait à appauvrir davantage l’Etat en le privant de recettes. 

Enfin, actuellement, la part du PIB consacrée aux retraites est de 13,8%, soit 330 milliards d’euros. Au cours de l’histoire, le pourcentage du PIB dédié aux pensions de retraite a toujours été adapté aux fluctuations de la composition démographique pour assurer un niveau de pension décent. Il était de 5% en 1960, 9,4% en 1975, 11,6% en 2000, 13% en 2007 et il est prévu qu’il soit de 14% en 2025. Le Conseil d’orientation des retraites note à ce sujet que « la part des dépenses de retraite dans le PIB ne dérape pas significativement, quels que soient les scénarios économiques », c’est-à-dire y compris en cas de croissance très faible. Or, le gouvernement a pris la décision de limiter cette part à 14% y compris après 2025 alors que la part des retraités passera de 22% en 2025 à 27% en 2060. La conséquence inévitable sera une baisse du montant des pensions. Il faudrait au contraire ajuster la part du PIB consacrée aux retraites selon l’évolution démographique. Ainsi, si l’on consacrait 16% du PIB au système de retraites, le déficit disparaitrait de façon automatique. 

Un autre exemple : l’évasion fiscale coûte chaque année 100 milliards d’euros à la France. Si le pays se donnait les moyens de lutter contre ce fléau, cela résoudrait tous les problèmes de déficit de la nation et permettrait d’investir massivement pour résorber le chômage et augmenter les salaires. Cela engendrerait mécaniquement une baisse des dépenses de l’Etat et notamment des allocations-chômage, et une hausse de ses recettes par le biais des impôts perçus grâce aux nouveaux emplois créés. Ces nouveaux salariés, disposant enfin d’un revenu, consommeraient davantage, ce qui remplirait les carnets de commandes des entreprises, lesquelles embaucheraient à leur tour pour répondre à la demande, créant ainsi un cercle vertueux qui rendrait la société française plus égalitaire.

9.Ne faut-il pas mettre en place un régime universel et en finir avec les régimes spéciaux ? 

L’argument du régime universel n’est pas soutenable car le gouvernement a déjà acté le fait que différentes catégories, tels que les policiers, les militaires, le personnel aérien, les routiers et autres, conserveraient leur régime spécifique grâce aux mobilisations de ces corporations. En réalité, les régimes spéciaux, au nombre de 42, ne concernent que 3% des actifs. On ne peut pas sérieusement prétendre mettre à bas un système qui fonctionne parfaitement au motif que 3% des actifs disposent d’un régime spécial, lequel se justifie souvent par les particularités de leur métier. Pourquoi, si cette réforme est synonyme de progrès social – selon les dires du gouvernement –, prive-t-on ces catégories de cette avancée ? Cette affirmation ne résiste pas au bon sens. 

Certains régimes spéciaux sont déficitaires pour des raisons démographiques avec une augmentation du nombre de retraités, mais également à cause de décisions politiques. Prenons le cas de la SNCF. Il y a 30 ans, il y avait 300 000 cheminots. Aujourd’hui, il n’y en a plus que 150 000, car l’Etat a décidé de procéder à une réduction drastique du nombre d’effectifs en dépit des besoins réels. Il est donc normal qu’il soit déficitaire, puisqu’il y a 50% de moins de cotisants. Encore une fois, on ne peut pas être à la fois en partie à l’origine du déficit et ensuite le pointer du doigt pour justifier le démantèlement du système actuel. 

10.Quel est le but réel de cette réforme ?

En réalité, il s’agit d’une réforme idéologique qui vise à promouvoir un système de retraite complémentaire par capitalisation, auquel les actifs auront logiquement recours en raison des incertitudes générées par un système par points. En effet, si les salariés et fonctionnaires ne savent pas quel sera le futur montant de leur pension de retraite, ceux qui en auront la possibilité souscriront à un contrat de retraite complémentaire par capitalisation auprès des banques, des fonds de pension et des assurances. Il s’agit de permettre à ces entités privées, qui convoitent depuis des années les centaines de milliards d’euros que représente le marché de retraites, de faire de juteux bénéfices.

Le rapport Delevoye lui-même confesse qu’il n’y a aucune urgence économique à réformer le système actuel. Il est important de le citer, page 6 : « Notre système de retraites permet de garantir à nos retraités un niveau de vie satisfaisant, tant en comparaison du reste de la population française qu’au regard de la situation qui existe chez nos voisins européens. Grâce aux efforts qui ont été conduits au cours des vingt-cinq dernières années, il est aujourd’hui proche de l’équilibre financier ».

En conclusion, le projet actuel de réforme du système des retraites est une régression sociale sans précédent. Il ne se justifie d’aucune manière car la France n’a jamais été aussi riche de toute son histoire. Il y a deux principaux problèmes en France auquel le gouvernement devrait s’attaquer : le chômage et l’inégalité de la répartition des richesses.

Salim Lamrani

Université de La Réunion

 

Photo en vedette : Manifestation du 28 décembre 2019 à Paris contre le projet de réforme des retraites, crédit photo : Paule Bodilis; source : Wikipédia.

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. 

Son nouvel ouvrage s’intitule Fidel Castro, héros des déshérités, Paris, Editions Estrella, 2016. Préface d’Ignacio Ramonet. 

Contact : [email protected] ; [email protected] 

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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L’Europe face à la mort de Qassem Soleimani

janvier 12th, 2020 by Antoine Charpentier

Le 02 janvier 2020, l’armée américaine a, sur ordre direct du président Donald Trump, lâchement assassiné le général iranien Qassem Soleimani, et le vice-président du Hached Al-Chaabi Abou Mahdi Al-Mouhandis, ainsi que plusieurs de leurs compagnons, dans les environs de l’aéroport de Bagdad en Irak. Le monde entier a vivement réagi, pendant que l’Europe est restée quasiment silencieuse, donnant l’impression d’être embarrassée par ce qu’il venait de se produire.

Toutefois, sans trop tarder, le 5 janvier le président français Emmanuel Macron s’est entretenu avec son homologue américain, faisant part de son entière solidarité avec les alliés, en l’occurrence avec les États-Unis. Pendant que Moscou et la Chine présentaient leurs condoléances aux peuples et dirigeants Iraniens et Irakiens en rappelant les fondamentaux, tels que l’appel à la retenue de tous les acteurs, y compris les États-Unis.

Il convient de préciser que depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump n’a jamais traité les Européens comme de vrais alliés. Ceci s’est illustré à plusieurs reprises et très récemment par l’opération «Source de paix» lancée au nord-est de la Syrie par le président turc Recep Tayyip Erdogan en concertation avec le président Trump, sans se référer aux alliés, notamment Européens.

Le 6 janvier les chefs de l’exécutif français, britannique et allemand publiaient un communiqué dans lequel ils reprochaient encore une fois le soi-disant rôle négatif joué par l’Iran au Moyen-Orient. Cela signifie tout simplement que les principaux pays européens persistent toujours dans leur logique de déni de la réalité, de soumission sans condition aux États-Unis et de manque de lucidité, ainsi que d’une vision politique juste.

Le raid américain contre le général Qassem Soleimani est venu également capoter tous les espoirs européens de négociations avec l’Iran autour de l’accord nucléaire, ou encore autour de sa puissance balistique. Donald Trump a enterré à jamais toutes les initiatives européennes visant une éventuelle solution diplomatique avec l’Iran. Il a encore une fois causé d’énormes torts à ses alliés Européens. Néanmoins, ceci s’inscrit indirectement dans le registre de la guerre déclarée par Donald Trump contre le vieux continent.

Donald Trump tente de trainer tout le monde vers une guerre généralisée au Moyen-Orient, voir dans le monde, pour des intérêts politiques et électoraux qui lui sont propres.

Toutefois, les réponses de l’Iran à l’assassinat du général Qassem Soleimani sont multiples et diverses. Ni les États-Unis, ni l’Europe, ni même l’ensemble des pays de l’OTAN pourront assimiler les représailles iraniennes.

Les dirigeants iraniens ont tout d’abord pris la décision d’enrichir l’uranium autant que leur besoin l’exige, tout en collaborant comme toujours avec l’Agence Internationale pour l’énergie atomique (AIEA).

Le chef de la diplomatie européenne Joseph Borrell a exprimé le 6 janvier son regret au sujet de la décision iranienne. Toutefois, ce qu’oublie M. Borrell est que l’administration Trump n’a laissé aucun choix à l’Iran et il est normal que cette dernière œuvre pour sa protection et pour la défense de sa souveraineté.

Cependant, une autre réponse a eu lieu dans la nuit du 7 au 8 janvier 2020 se traduisant par le bombardement depuis le territoire iranien des deux plus grandes bases militaires américaines en Irak, Ain Al-Asad et Erbil.

Il est nécessaire de préciser que d’un point de vue militaire, le système de défense et des radars américains les plus performants au monde ont révélé une grave défaillance technologique face aux missiles iraniens, chose qui fait réfléchir le Pentagone américain avant toutes éventuelles confrontations directes avec l’Iran.

Les britanniques ont été les premiers a condamné fermement les frappes iraniennes contre les bases militaires américaines en Irak, qualifiant cela d’irraisonnable et dangereux. Cependant, les Britanniques refusent toujours d’admettre que la dangerosité provient en premier lieu de leur allié étatsunien, de son comportement politique et de son arrogance sans nom.

Quant à la France qui semble être la cheville ouvrière dans les tentatives du rapprochement entre l’Iran et les États-Unis, elle a condamné les frappes iraniennes par la voie de son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, considérant que «ces frappes visaient en premier lieu la coalition internationale qui combat Daech». Toutefois, de quel combat parle la France ? Donald Trump chef suprême de cette coalition a déclaré qu’il en a fini avec «Daech». À titre d’exemple, cette même coalition internationale a fait plus de victime parmi les civils syriens dans la région de Deir Ez-Zor que les terroristes eux-mêmes.

L’Allemagne a condamné au même titre que la France et l’Angleterre les frappes iraniennes contre les bases militaires américaines et le chef de la diplomatie européenne Joseph Borrell a exprimé également son regret, appelant à maitriser l’escalade de la violence afin d’éviter toutes confrontations.

Pour conclure, nous constatons que les Européens adoptent toujours la mauvaise stratégie, celle de rester liés corps et âmes aux États-Unis qui les traitent comme des vassaux et non pas comme de vrais alliés.

Cette soumission littérale des européens à la volonté des États-Unis nuit fortement à leurs intérêts stratégiques dans le monde en général et au Moyen-Orient en particulier.

Les déclarations des Européens envers l’Iran révèlent qu’ils ont, et depuis très longtemps, pris le même choix que les américains, mais ils divergent avec eux sur l’application.

Il est regrettable que l’Europe rate une occasion historique que lui offre le contexte actuel et indirectement l’Iran, afin de tenter d’échapper à l’hégémonie américaine. Cependant, il paraît que les européens se complaisent dans cette démarche qui les pousse au bord du gouffre.

Antoine Charpentier

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L’élection de Modi et l’euphorie autour de la croissance

Selon IHS Markit, un centre d’informations basé à Londres, l’Inde va dépasser le Royaume-Uni, ancienne puissance coloniale, et devenir la cinquième économie mondiale cette année, surpassant ainsi le Japon pour occuper la deuxième place de la région Asie-Pacifique d’ici 2025. La réélection de Modi à la tête du gouvernement indien, le mois dernier, a ravivé les espoirs de tous les secteurs de l’industrie. Pour célébrer sa victoire, les indices boursiers indiens, Sensex et Nifty, ont atteint des records alimentés par l’espoir de mesures plus favorables aux entreprises. Malgré le scepticisme de certains, beaucoup attendent avec confiance une augmentation de la croissance économique et des bénéfices des entreprises ainsi qu’une vague d’initiatives politiques favorables au capital. Cependant l’accumulation des actifs non-performants (ANP) [1] des banques, l’augmentation de la dette des entreprises, la faiblesse des bénéfices des entreprises et l’incertitude économique mondiale sont quelques-unes des questions qui continuent de hanter l’économie indienne.

Dette des entreprises

S’il est peut-être un peu prématuré de comparer la situation de l’Inde à la crise asiatique de 1997 ou au krach mondial de 2008, la situation ne semble pas confortable non plus. Dès 2017, un rapport du Crédit Suisse avait attiré l’attention sur le problème de la dette des entreprises indiennes. Le rapport a révélé qu’environ 40 % des dettes des entreprises indiennes sont contractées auprès d’entreprises qui ne sont même pas en mesure de gagner suffisamment pour payer les intérêts. Il est important de comprendre que les remboursements des prêts aux entreprises sont structurés de manière à ce que le capital et les intérêts soient remboursés en une série de versements réguliers au créancier, c’est-à-dire une rente. La rente est configurée de manière à ce que les premiers versements ne couvrent que les intérêts et que les versements ultérieurs prennent en charge le capital. C’est pour cette raison que les données sur la dette supérieure à 40 % sont les plus frappantes. Cela implique qu’un grand nombre d’entreprises sont dans une spirale descendante. Il est possible qu’elles restent bloquées dans la phase de versement des intérêts de la rente, sans jamais atteindre le stade du versement du capital. Par conséquent, les sommes d’argent que ces entreprises ne sont pas en mesure de rembourser devraient être radiées par les banques et déclarées « actifs non-performants ». Le rapport du Crédit Suisse indique en outre que sur les 530 milliards de dollars de dette totale, près des deux tiers proviennent d’entreprises qui n’ont pas couvert le paiement des intérêts pendant au moins 11 des 12 derniers trimestres. Environ 30 % de la dette totale est contractée auprès d’entreprises qui ont déclaré des pertes.

En effet, les données disponibles pour les 60 dernières années montrent que la dette des entreprises en pourcentage du PIB augmente régulièrement en Inde. De plus, la croissance est forte depuis 2002-2003.


Figure 1 : Évolution de la dette des entreprises en Inde en pourcentage du PIB

Selon McKinsey Global Institute :

La dette totale des sociétés non financières, y compris les obligations et les prêts, a plus que doublé au cours de la dernière décennie, augmentant de 37 000 milliards de dollars pour atteindre 66 000 milliards à la mi-2017, soit 92 % du PIB mondial. Cette croissance est presque égale à l’augmentation de la dette publique, qui a reçu beaucoup plus d’attention. Contrairement au passé, une grande partie de la croissance de la dette des entreprises provient des pays en développement, et en particulier de la Chine, qui affiche aujourd’hui l’un des ratios d’endettement des entreprises par rapport au PIB les plus élevés du monde.

Le rapport indique également que :

Les émissions d’obligations par des sociétés en Chine et dans d’autres pays en développement ont grimpé en flèche. La valeur de l’encours des obligations de sociétés non financières de la Chine est passée de 69 milliards de dollars en 2007 à 2 000 milliards de dollars à la fin de 2017, ce qui en fait l’un des plus grands marchés obligataires au monde. Hors de Chine, la croissance a été la plus forte au Brésil, au Chili, au Mexique et en Russie [2].

Alors que les discussions abondent sur la dette des entreprises chinoises, qui s’élevait à environ 147 % du PIB à la mi-2017, on parle beaucoup moins de la dette croissante des entreprises indiennes. Elle n’a certes pas atteint des niveaux comme ceux du Luxembourg, de Hong Kong, de l’Irlande, des Pays-Bas, de la Belgique, de la Suède, de la Chine, de la France, de la Norvège, de la Suisse ou d’autres pays où le montant de la dette des entreprises représente plus de 100 % du PIB. De même, la dette des entreprises étatsuniennes, qui s’élève à 9 000 milliards de dollars, constitue une menace potentielle qui pourrait se réaliser si les taux d’intérêt continuent d’augmenter et si l’économie faiblit. Quand bien même les experts de Wall Street voudraient nous faire croire que le problème serait résolu d’ici un an au maximum, les indicateurs financiers ne sont pas si rassurants. Selon les données de la Securities Industry and Financial Markets Association, la dette totale des entreprises américaines est passée de près de 4 900 milliards de dollars en 2007 lorsque la crise commençait à éclater, à près de 9 100 milliards de dollars à la mi-2018, soit une hausse de 86 % [3]. Personne ne s’étonnera qu’une partie des commentateurs et des analystes considère cela comme une bombe à retardement.

La dette des entreprises indiennes n’en présente pas moins des signes préoccupants. L’endettement des entreprises augmente en flèche et il se pourrait qu’il ne tarde pas à rattraper les niveaux des pays susmentionnés. Les secteurs du métal, de l’énergie et des télécommunications représentent 40 % de la dette irrécupérable. Cette situation est d’autant plus inquiétante que ces trois secteurs fournissent plusieurs autres secteurs et garantissent également la subsistance de nombreuses personnes. Leur effondrement aura des répercussions sur l’ensemble de l’économie. Selon le même rapport :

Même avec les faibles taux d’intérêt actuels, 20 à 25 % des obligations de sociétés au Brésil, en Chine et en Inde présentent un risque de défaut plus élevé (émises par des sociétés ayant un ratio de couverture des intérêts inférieur à 1,5). Dans notre simulation d’une hausse de 200 points de base des taux d’intérêt, cette part pourrait atteindre 30 à 40 %.


Figure 2 : Vulnérabilité de la dette des entreprises


Examinons le cas de Jet Airways, qui est l’une des trois premières compagnies aériennes de l’Inde au cours de la dernière décennie. Elle détenait la plus grande part de marché de l’industrie aéronautique indienne en pleine croissance et s’est également envolée vers plusieurs destinations internationales. Etihad Airways PJSC d’Abu Dhabi détenait 24 % des parts de Jet Airways. L’avion criblé de dettes a progressivement touché le sol au cours des six derniers mois et est maintenant complètement bloqué. La compagnie aérienne a une dette nette de 72,99 milliards de roupies indiennes (1 milliard de dollars) et n’a pas remboursé les prêts qui étaient dus au 31 décembre 2018 ni n’a été en mesure de payer le personnel et les bailleurs.

En 2012 déjà, Kingfisher Airlines, une autre compagnie aérienne glamour, fondée par le magnat de la bière Vijay Mallya, a mis fin à ses activités faute d’avoir réglé ses dettes envers les banques, le personnel, les bailleurs et les aéroports. Les histoires de Kingfisher et Jet sont symptomatiques de ce qui arrive aux entreprises qui ont été perçues comme des pilotes de l’Inde dans le nouveau siècle de prospérité.

Augmentation des actifs non performants

La crise du secteur bancaire est une crise fabriquée, où les banques commerciales ont été obligées d’accorder des prêts à grande échelle aux projets de développement et aux entreprises qui avait créé des actifs non performants pour plus de 10 390 milliards de roupies indiennes (150 milliards de dollars) à la fin de 2018 [4]. Depuis 2015, les actifs non performants sont en augmentation et menacent même aujourd’hui la survie des banques du secteur public. Le fait même que 82 % de ces ANP soient constitués de prêts aux entreprises indique la cause profonde de cette crise, qui est due à de mauvaises politiques de crédit, à un manque de diligence raisonnable, à des garanties et un système de recouvrement inadéquats.


Figure 3. Evolution des ANP entre le premier trimestre 2015 et le 3e trimestre 2017


Selon la deuxième agence de notation de crédit en Inde, CARE Ratings, le ratio d’ANP sur le portefeuille total de prêts de l’Inde est le cinquième plus élevé au monde seulement après la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Irlande [5]. Le ratio d’ANP de l’Inde s’établit à 9,85 % et le rapport sur la stabilité financière de la Reserve Bank of India (RBI, banque centrale de l’Inde) indique que ce ratio devrait se détériorer à 12,2 % d’ici mars 2019, ce qui ferait « progresser » l’Inde en quatrième position, devant l’Irlande [6]. Les banques du secteur public sont désormais concernées par des mesures correctives rapides, ce qui implique que la mauvaise qualité des bilans doit être corrigée immédiatement pour éviter une éventuelle débâcle.


Figure 4. Highest level of NPAs in the world

 

Plusieurs commentateurs ont soulevé la question de savoir si le « trou noir des ANP » pourrait « aspirer l’ensemble du système bancaire du pays » [7]. Un effondrement systémique n’est pas à exclure. Déjà, de nombreuses banques ne sont pas en mesure de prêter de l’argent, ce qui conduit à une offre de crédit anémique du fait de la faiblesse du secteur bancaire du pays. Le décaissement total des prêts par les banques du secteur public en 2016-2017 représentait 69 % du total des prêts [8].

La troïka de politiciens, de bureaucrates et de capitalistes forme un ensemble vicieux qui contrôle ces banques. Les banques indiennes ont passé par profits et pertes 1 567 milliards de roupies indiennes (22,6 milliards de dollars) d’ANP au cours des neuf derniers mois de 2018, ce qui porte à plus de 7 000 milliards de roupies indiennes (101 milliards de dollars) le total des prêts radiés au cours des dix dernières années, selon les chiffres révélés par la RBI [9]. Une grande partie des radiations, soit près des quatre cinquièmes du montant total radié au cours des dix dernières années, se sont accumulées au cours des cinq années écoulées depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi en 2014. Cette magnanimité grotesque à l’égard des entreprises tente d’être compensée par une recapitalisation des banques au moyen de fonds publics, ce qui signifie en d’autres termes que les contribuables indiens renfloueraient les banques qui continuent d’être pillées par les entreprises [10]. Ce n’est rien d’autre qu’un exemple vicieux de capitalisme de copinage, où ceux qui ont des liens avec la mafia politico-bureaucratique trouvent leur bonheur en plongeant la main dans l’escarcelle bancaire [11]. L’escroquerie de 1,77 milliard de dollars de la Punjab National Bank (PNB), probablement la plus grande magouille financière à avoir frappé le secteur bancaire indien, est un parfait exemple de cette tendance.

Alors que beaucoup préconisent la privatisation des banques du secteur public comme une panacée contre tous les maux, les banques privées en Inde sont également confrontées à d’énormes problèmes. Les banques bien connues du secteur privé telles que l’ICICI Bank, l’Axis Bank et Yes Bank avaient également leur part d’ANP. Dans un passé récent, nous avons vu les hauts dirigeants de ces banques forcés de faire leurs adieux, sans cérémonie.

Les entreprises financières non-bancaires face au risque de défaut de paiement

La contagion ne se limite pas aux banques, mais s’est étendue aux entreprises financières non bancaires (EFNB) qui sont devenues une entité puissante ces dernières années, avec une croissance de 25-30 % au cours des cinq dernières années [12]. Il semble que leur moment de gloire soit révolu, ce qui a un effet d’entraînement sur les banques parce qu’elles pariaient sur les EFNB. Selon les rapports, les banques sont très exposées aux EFNB. La défaillance de l’Infrastructure Leasing and Financial Services (IL&FS) a fait frissonner le système financier indien [13]. Une autre EFNB, qui se concentre sur le financement du logement, aurait manqué des paiements d’intérêts pour 9,6 milliards de roupies indiennes (138,57 millions de dollars). Les normes d’évaluation exigent une dépréciation de la valeur des actifs en cas de tels retards de paiement. Au cours des deux derniers mois, DHFL a été confrontée à une série de dégradations de notation de sa dette par les agences de notation. Une série de banques dirigées par Yes Bank et quatre autres banques du secteur public ont une solide exposition à cette institution. Cette évolution aura un impact considérable sur le secteur financier en faisant payer un lourd tribut à certaines EFNB, à des sociétés de financement de l’habitation, de l’immobilier, du logement, aux « auto-entrepreneurs » et aux petites et moyennes entreprises. La situation est telle que le gouvernement serait sur le point d’annuler les licences de 1 500 petites sociétés de financement non bancaires parce qu’elles n’ont pas suffisamment de capitaux.

Environ un quart du total des ANP en Inde provient d’une équipe hétéroclite de banques parallèles qui ont connu une croissance exponentielle. Il s’agit de prêts quasi non réglementés qui sont accordés dans des domaines particuliers comme l’immobilier. Comme il leur est habituellement interdit de faire des dépôts, ils dépendent uniquement de prêts pour se financer. De même, la lutte contre le marché du shadow banking de 10 000 milliards de dollars de la Chine contribue également à une augmentation des défauts de paiement.

Conclusion

« L’exubérance irrationnelle » [14] ou l’état d’euphorie qui a affecté une grande partie du monde au milieu des années 2000 a également touché l’Inde. Le pays a connu une forte croissance économique. De nombreuses entreprises se sont lancées dans une expansion agressive grâce au crédit bancaire. Même l’une des maisons de commerce les plus renommées de l’Inde est devenue la proie du zeitgeist. L’achat de Corus par Tata Steel, pour 13,1 milliards de dollars en 2007, demeure l’étalon de cette ère prodigue. L’enthousiasme des investisseurs a fait grimper les prix des actifs à des niveaux qui ne sont pas soutenus par les fondamentaux. Inutile de dire que cet achat – comme beaucoup d’autres il y a 10 ans – s’est avéré être un désastre absolu.

Les problèmes que rencontrent les entreprises entraîneront des difficultés encore plus grandes pour les banques. Jusqu’à tout récemment, les prêteurs jouissaient de peu de protection juridique. Les banques pouvaient rarement recouvrer des prêts auprès de ceux qui avaient des liens politiques. L’annulation et les décotes étaient la norme quand les choses allaient mal pour les gros emprunteurs. Les emprunteurs pouvaient accumuler des dettes en sachant que les pertes seraient supportées par les contribuables et que les gains seraient à eux seuls. Ils ont toujours le « droit » de privatiser les profits et de socialiser les pertes, mais cela a un coût.

Bien qu’elle ne soit pas encore devenue une crise à part entière, une vente sur les marchés mondiaux pourrait facilement déclencher une nouvelle vague de panique. Cette contagion croissante de la dette des entreprises qui s’étend aux banques et aux EFNB sera un élément essentiel de la prochaine crise financière. Les entreprises qui sont débordées par le crédit bon marché, la baisse des profits et la hausse des taux de profit, la montagne de dettes des entreprises ont tout le potentiel pour déclencher une crise économique en Inde et dans de nombreux autres pays du Sud comme du Nord.

Sushovan Dhar : CADTM Inde

 

 

 

Cet article est tiré du n° 77 de l’AVP (Les autres voix de la planète), « Dettes aux Suds » disponible à : https://www.cadtm.org/Dettes-aux-Suds

Notes :

[1Les actifs non-performants ou prêts non performants (en anglais « non-performing assets » ou « non-performing loans ») sont des prêts en défaut ou en souffrance de paiement. Généralement, une dette est considérée non-performante lorsqu’aucun remboursement sur le prêt n’a été effectué depuis au moins 90 jours. Cette période peut cependant être plus courte ou plus longue, selon les termes et conditions de chaque prêt.

[14« L’exubérance irrationnelle » est l’expression utilisée par Alan Greenspan, alors président de la Federal Reserve – la banque centrale – des États-Unis, dans un discours prononcé à l’American Enterprise Institute pendant la période de croissance de la bulle Internet des années 1990. L’expression a été interprétée comme un avertissement que le marché boursier pourrait être surévalué.

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Argentine: le tango de la dette entre 1975 et 2003

janvier 11th, 2020 by Eric Toussaint

(Photo : CC – Wikimedia)

Nous publions pour la première fois sur la toile ce texte écrit en 2001 – 2003 et publié dans le livre La Bourse ou la Vie en 2004 https://www.cadtm.org/La-finance-contre-les-peuples Le texte retrace l’histoire de la dette argentine entre le début de la dictature militaire en 1976 et 2003.

En Argentine, le peuple s’est soulevé pour s’opposer à la poursuite de la politique néolibérale menée par le gouvernement de centre gauche Fernando De la Rua et son ministre Domingo Cavallo. La crise qui a éclaté en décembre 2001 a montré que l’action des citoyennes et des citoyens peut infléchir le cours de l’histoire. En quelques semaines, fin 2001–début 2002, trois présidents de la République se sont succédé, une suspension de paiement de la dette extérieure a été décrétée ; des centaines d’usines, abandonnées par leur propriétaire, ont été occupées et l’activité a été relancée sous la conduite des travailleurs ; développement inédit des assemblées de quartier et de voisinage ; les sans-emploi ont renforcé leur organisation et leur capacité d’action dans le cadre des mouvements piqueteros (qui regroupaient en 2002-2003 plusieurs dizaines de milliers de membres) ; la monnaie a été très fortement dévaluée (passant de un peso argentin pour un dollar, à trois pesos pour un dollar) ; des monnaies locales ont été créées par les autorités.

En quelques semaines, fin 2001–début 2002, trois présidents de la République se sont succédé, une suspension de paiement de la dette extérieure a été décrétée

Une revendication revenait souvent dans les manifestations : « Que se vayan todos » (« Qu’ils – les politiciens- s’en aillent tous »), elle indiquait la volonté de « faire autrement la politique » en la remettant dans les mains des citoyennes et des citoyens.

L’enchaînement de décisions concrètes qui a abouti à la révolte de la nuit du 19 au 20 décembre 2001 commence par la décision du FMI de ne pas verser à la date prévue un prêt au gouvernement argentin alors que celui-ci n’avait pas hésité à appliquer les mesures antipopulaires recommandées par les institutions de Bretton Woods. Le gouvernement de Fernando De la Rua réagit en bloquant les comptes bancaires des épargnants. C’est la goutte qui fait déborder le vase, un bloc populaire se forme spontanément quand la classe moyenne (en vérité, une grande majorité de salariés) descend dans la rue et qu’elle est rejointe par les « sans » (les sans emploi, les habitants des bidonvilles, les « bras nus » pour reprendre une référence historique remontant à la révolution française).

La crise argentine marque un saut qualitatif dans la mise en cause des politiques dictées par les institutions de Bretton Woods car elle se produit après une période de plus d’un quart de siècle d’accord continu entre FMI et les autorités argentines (de la dictature sinistre de Videla en 1976 au gouvernement de centre gauche de F. De la Rua). L’échec est patent et la décision du président qui succède à F. De la Rua sous la pression de la rue marque un tournant dramatique dans les relations avec le FMI : Rodriguez Saa annonce fin décembre 2001 que l’Argentine suspend le paiement de la dette jusqu’au retour au plein emploi. Le « default » (défaut de paiement) de l’Argentine à l’égard des créanciers privés est le plus grand de l’histoire des crises de la dette.

Une revendication revenait souvent dans les manifestations : Que se vayan todos

Nous reproduisons ci-dessous une étude rédigée par l’auteur quelques mois avant l’éclatement de la crise de décembre 2001. Aucun changement n’a été apporté au texte écrit en août 2001 et intitulé : Argentine : maillon faible dans la chaîne mondiale de l’endettement ? Le titre se terminait par un point d’interrogation, l’action concrète des Argentins a transformé l’interrogation en affirmation. Ce texte sera suivi d’un complément portant sur 2002-2003.

Argentine : maillon faible dans la chaîne mondiale de la dette ?

La situation de l’Argentine en 2001 est catastrophique : trois ans de récession due à l’application d’une politique néolibérale particulièrement agressive. En réalité, la transformation de l’Argentine entamée sous la dictature (1976-1983) a été poursuivie pendant près de vingt ans par les différents gouvernements qui se sont succédé depuis. Contrairement à une idée reçue, il n’y a pas eu véritablement de rupture suite à la dictature. Mis en perspective, les aléas des changements de gouvernement n’ont pas modifié fondamentalement le cours régressif dans lequel l’Argentine a été engagée par sa classe dominante dans les dernières décennies.

La situation de l’Argentine en 2001 est catastrophique : trois ans de récession due à l’application d’une politique néolibérale particulièrement agressive

L’Argentine d’aujourd’hui, comparée à celle des années 1940-1950-1960 a fondamentalement changé. Elle a régressé en tant que puissance industrielle périphérique et la majorité de la population argentine vit plus mal qu’il y a trente ans. Entre le début de la dictature (mars 1976) et l’année 2001, la dette a été multipliée par 20 ou presque (passant de moins de 8.000 millions de dollars à près de 160.000 millions de dollars). Pendant cette même période, l’Argentine a remboursé environ 200.000 millions de dollars, soit près de 25 fois ce qu’elle devait en mars 1976.


Tableau 1 : Évolution de la dette extérieure argentine entre 1975 et 1999 (en millions de dollars)

Source : World Bank, GDF 2000

L’Argentine démontre jusqu’à l’extrême le caractère vicieux et infernal de l’endettement du Tiers Monde (et de la Périphérie en général). A cause du remboursement, et non en dépit de lui, l’Argentine devait en 2001 à ses créanciers près de 20 fois ce qu’elle leur devait au début de la dictature (une grande partie des nouveaux emprunts a servi à refinancer les anciennes dettes venant à échéance ou à en assurer le remboursement). Le remboursement de la dette argentine a constitué et constitue toujours un formidable mécanisme de transfert de richesses produites par les salariés vers les détenteurs de capitaux (qu’ils soient argentins ou qu’ils résident dans les pays les plus industrialisés, à commencer par les États-Unis et l’Europe occidentale). Le mécanisme est simple : l’État argentin consacre une partie toujours plus importante de ses recettes fiscales (dont l’immense majorité est apportée par les contributions versées par le peuple) au remboursement de la dette extérieure et à de multiples cadeaux au secteur capitaliste. Qui reçoit les remboursements effectués par l’État argentin ? Les grandes institutions financières privées internationales qui possèdent plus de 80 % de la dette extérieure argentine. Le comble, c’est que via les marchés financiers nord-américain et européen sur lesquels sont émis les emprunts argentins, les capitalistes argentins achètent des titres de la dette argentine avec l’argent qu’ils ont sorti du pays et perçoivent une partie des remboursements.

A cause du remboursement, et non en dépit de lui, l’Argentine devait en 2001 à ses créanciers près de 20 fois ce qu’elle leur devait au début de la dictature

Dans la suite de ce texte, nous verrons que les capitalistes argentins se sont allègrement endettés pendant la dictature et ont simultanément placé une bonne partie de cet argent à l’étranger (via la fuite des capitaux). La somme des capitaux placés par les capitalistes argentins dans les pays les plus industrialisés et dans les paradis fiscaux pendant la dictature a dépassé les montants empruntés (on trouve l’explication technique de ce phénomène chez plusieurs auteurs dans différents ouvrages : A. et E. Calcagno ; A. Ferrer ; M. Rappoport, 2001, p. 813 – 814 et dans le jugement Ballestero, Poder Judicial de la Nacion, 2000). Rien qu’en 1980-1982, les fuites de capitaux ont atteint selon la Banque mondiale plus de 21.000 millions de dollars (Rappoport, p. 825). Cadeau suprême fait aux capitalistes argentins (et étrangers) : leurs dettes ont été reprises par l’État à la fin de la dictature. Dès lors, le fardeau de l’État s’est alourdi de la dette des entreprises privées car il a assumé leurs obligations à l’égard des créanciers. Et depuis cette époque, les capitalistes argentins ont maintenu cette politique d’évasion de capitaux comme s’il s’agissait d’un sport national. Au point que si on devait créer un championnat latino-américain d’évasion de capitaux, la classe capitaliste argentine pourrait prétendre le gagner face à des concurrents pourtant eux-mêmes très forts en la matière (les capitalistes brésiliens, mexicains et vénézuéliens sont redoutables dans cette discipline).

Par contre, les dettes des entreprises publiques qui avaient également fortement augmenté par décision de la dictature n’ont pas été annulées sauf quand il s’est agi de les privatiser. Les gouvernants en place après la chute de la dictature se sont servis du prétexte de l’endettement des entreprises publiques pour les privatiser tout en ayant soin de mettre leurs dettes à charge de l’État avant de les vendre (voir plus loin le cas d’Aérolinéas Argentinas, la compagnie aérienne argentine). C’était un cadeau de plus au capital argentin ou étranger. C’est diabolique.

La somme des capitaux placés par les capitalistes argentins dans les pays les plus industrialisés et dans les paradis fiscaux pendant la dictature a dépassé les montants empruntés

Après un quart de siècle de ce scénario, le pays est exsangue. Les salaires et les revenus sociaux ont terriblement chuté, l’emploi est au plus bas, les services publics sont dans un état lamentable, la pauvreté s’étend à des secteurs de plus en plus importants de la population (y compris des secteurs qui naguère vivaient dans un certain confort), les caisses de l’État sont vides, une grande partie de l’appareil industriel est à l’abandon et le reste sous le contrôle de l’étranger. Il n’y a plus grand chose à privatiser. La révolte gronde (plusieurs grèves générales en 2000, blocage des routes par les « piqueteros », soulèvement de villes paupérisées ou de quartiers entiers).

Manifestement, l’Argentine constitue un des maillons faibles de la chaîne d’endettement international. Peut-être cette chaîne se rompra-t-elle grâce à ce pays. Mais il n’y a rien d’inéluctable. La crise peut se prolonger encore pendant des années. Les coups portés par la dictature entre 1973 et 1983 aux organisations de travailleurs et aux mouvements sociaux en général ont des effets dans la durée et bien que le peuple argentin ait cent raisons de dire : « Ya basta ! », il semble hésiter tant l’issue est incertaine. Les directions syndicales ne s’engagent pas à fond dans cette bataille centrale. Pourtant, vu sur un plan international, un changement d’attitude de l’Argentine par rapport à la dette aurait des répercussions énormes. Le montant qu’elle doit rembourser aux marchés financiers des pays les plus industrialisés est tel qu’un défaut de paiement est de nature à leur « foutre la trouille » et à les obliger à ouvrir un dialogue. Pour que cela soit favorable aux Argentins et, au-delà, aux autres pays endettés, il faudrait que les autorités argentines soient amenées sous la pression citoyenne à adopter une position ferme dans la durée (à la différence d’Alan Garcia au Pérou en 1985 ou du régime brésilien en 1987) combinée à des réformes économiques favorisant une répartition progressiste du revenu national par une politique fiscale redistributive, organisant le retour dans le domaine public des entreprises privatisées et favorisant les accords régionaux Sud-Sud plutôt que la relation commerciale avec les États-Unis via l’ALCA (Accord de Libre Commerce des Amériques).

Arrêter le paiement de la dette extérieure et mener une autre politique économique impliquent une rupture des accords entre gouvernement argentin et FMI. Cette rupture ne constituerait pas un dommage, au contraire, elle pourrait être une chance pour l’Argentine. Pour la population argentine et les mouvements dans lesquels elle s’organise, il s’agirait en tous cas d’une opportunité. S’en saisiront-ils ?

Afin de comprendre comment on en est arrivé à la situation actuelle du point de vue de l’endettement, voici une mise en perspective historique qui débute avec la dictature.

Endettement et dictature militaire

La période pendant laquelle la dette argentine a littéralement explosé, correspond à la dictature militaire du général Videla (1976-1981)

La période pendant laquelle la dette argentine a littéralement explosé, correspond à la dictature militaire du général Videla (1976-1981) – voir tableau 2. La politique économique promue par Martinez de Hoz, ministre de l’Économie de la dictature, à partir du 2 avril 1976 marque le début d’un processus de destruction de l’appareil productif du pays, créant les conditions pour une économie de spéculation qui dévasta l’Argentine. La majeure partie des prêts octroyés à la dictature argentine, provenait des banques privées du Nord. Il faut relever l’accord complet des autorités des États-Unis (tant la Réserve fédérale que le gouvernement des États-Unis) avec cette politique d’endettement. Ils y ont vu dès le début le moyen de gagner en influence dans ce pays. Les maîtres d’œuvre argentins de la politique d’endettement étaient le ministre de l’Économie, Martinez de Hoz et le secrétaire d’État à la Coordination et à la Programmation économiques, Guillermo Walter Klein. Pour obtenir des prêts des banques privées, le gouvernement exigeait des entreprises publiques argentines qu’elles s’endettent auprès des banquiers privés internationaux. Les entreprises publiques se convertirent donc en levier fondamental pour la dénationalisation de l’État, à travers un endettement qui a entraîné l’abandon d’une grande partie de la souveraineté nationale.


Tableau 2 : Évolution de la dette extérieure argentine 1975-1985 (en millions de dollars)

Source : Banque centrale argentine citée dans le jugement Ballestero p. 172

Endettement forcé des entreprises publiques

En général, les sommes fabuleuses empruntées aux banquiers du Nord étaient immédiatement replacées sous forme de dépôts auprès de ces mêmes banquiers ou auprès de banques concurrentes

C’est ainsi par exemple que la principale entreprise publique argentine, l’entreprise pétrolière YPF (Yacimientos Petroliferos Fiscales), a été forcée de s’endetter à l’extérieur alors qu’elle disposait de ressources suffisantes pour soutenir son propre développement. Au moment du coup militaire du 24 mars 1976, la dette externe de YPF s’élevait à 372 millions de dollars. Sept années plus tard, à la fin de la dictature, cette dette s’élevait à 6 000 millions de dollars. Son endettement a été multiplié par seize en sept ans.

Presque aucun montant emprunté en devises étrangères n’est arrivé dans les caisses de l’entreprise, ils sont restés aux mains des dictateurs. Sous la dictature, la productivité des travailleurs de YPF a augmenté de 80 %. Le personnel total est passé de 47 000 à 34 000 agents. La dictature, pour augmenter les recettes dans ses caisses, a diminué de moitié l’argent ristourné à YPF sur la vente des combustibles au public. De plus, YPF était obligé de faire raffiner une partie du pétrole qu’elle extrayait par les multinationales privées Shell et Esso alors qu’elle aurait pu, vu sa bonne situation financière au début de la dictature, se doter d’une capacité de raffinage correspondant à ses besoins (complétant ses raffineries de La Plata et de Luján de Cuyo). En juin 1982, tout l’actif de la société était représenté par l’endettement.

L’endettement de l’État

Les responsables économiques de la dictature et le FMI ont justifié l’endettement massif de l’État argentin par le fait d’augmenter ses réserves en devises étrangères de manière à soutenir une politique d’ouverture économique. En bonne gestion économique, l’augmentation des réserves internationales de l’État argentin aurait dû être le produit des activités d’échange sur le marché mondial. Or, les réserves internationales annoncées par la dictature argentine provenaient de l’endettement.

Les réserves n’étaient ni gérées ni contrôlées par la Banque centrale dont le gouverneur était Domingo Cavallo. Ce même Cavallo dont le rôle fut si funeste à l’économie argentine à la fin de la dictature quand, en tant que président de la Banque Centrale durant 54 jours à partir du 2 juillet 1982, il participa activement à l’étatisation de la dette privée, a occupé à deux reprises le poste de ministre de l’Économie par la suite. Une première fois entre 1991 et 1996 pendant la présidence de Menem, il a ancré la monnaie argentine au dollar et a développé un vaste programme de privatisations. La deuxième fois en 2001 sous le gouvernement dit de centre gauche De la Rua pour imposer une dose massue d’austérité à la majorité de la population comme le recommande le FMI.

En général, les sommes fabuleuses empruntées aux banquiers du Nord étaient immédiatement replacées sous forme de dépôts auprès de ces mêmes banquiers ou auprès de banques concurrentes. 83 % de ces réserves furent placées en 1979 dans des institutions bancaires situées en dehors du pays. Les réserves s’élevèrent à 10 138 millions de dollars et les placements dans les banques extérieures, à 8 410 millions de dollars. La même année, la dette extérieure passait de 12 496 millions de dollars à 19 034 millions de dollars (Olmos, 1990, p. 171-172). Dans tous les cas, l’intérêt perçu pour les sommes déposées était inférieur à l’intérêt dû pour les sommes empruntées.

La logique de cette politique du point de vue des autorités argentines qui l’ont organisée, c’est primo, un enrichissement personnel grâce à la perception de commissions versées par les banquiers du Nord ; secundo, une augmentation des réserves internationales de manière à pouvoir soutenir une forte augmentation des importations, notamment l’achat d’armes (les achats d’armes se seraient élevés à environ 10 000 millions de dollars) ; tertio, la politique d’ouverture économique et d’endettement recommandée par le FMI permettait à la dictature argentine d’améliorer sa crédibilité internationale auprès des principaux pays industrialisés, à commencer par les États-Unis. La dictature argentine n’aurait pas été en mesure de maintenir un régime de terreur interne dans les premières années (1976-1980) sans la bénédiction de l’administration américaine.

De son côté, la Réserve fédérale américaine était d’autant plus encline à soutenir la politique économique de la dictature argentine, qu’une grande partie de l’argent emprunté était déposée dans les coffres des banques des États-Unis. Du point de vue de l’administration américaine et du FMI, l’endettement argentin faisait rentrer dans le giron américain un pays qui, pendant des décennies, avait affirmé un nationalisme frondeur et réussi un certain décollage économique dans le cadre du régime péroniste.

Confusion des rôles

Le secrétaire d’État à la Coordination et à la Programmation économiques, Walter Klein, a occupé cette fonction de 1976 à mars 1981. Dans le même temps, il dirigeait un bureau d’étude privé représentant à Buenos Aires les intérêts des créanciers étrangers. Lors de son entrée en fonction, son bureau ne représentait que les intérêts d’une banque : la Scandinavian Enskilda Bank. Quelques années plus tard, il représentait les intérêts de vingt-deux banques étrangères. En mars 1981, il quitte son poste de secrétaire d’État au moment où le général Viola remplace Videla à la tête de la dictature. Quelques semaines plus tard, le 7 avril 1982, cinq jours après l’occupation des Malvinas (Iles Falkland) par l’armée argentine, et l’entrée en guerre contre la Grande-Bretagne, il est désigné comme fondé de pouvoir à Buenos Aires de la société anonyme britannique Barclays Bank Limited qui était un des principaux créanciers privés de la dette publique et privée argentine. A la chute de la dictature et l’accession au pouvoir d’Alfonsin en 1984, son bureau d’étude est resté le défenseur des intérêts des créanciers étrangers.

L’après-dictature militaire : le gouvernement Alfonsin et l’impunité

Les autorités argentines qui ont succédé à la dictature, ont dû se baser sur les déclarations des créanciers étrangers et sur des contrats signés par des membres de la dictature sans que ceux-ci soient passés par le visa de la Banque centrale

La Banque centrale argentine déclare alors ne pas avoir de registre de la dette extérieure publique si bien que les autorités argentines qui ont succédé à la dictature, ont dû se baser sur les déclarations des créanciers étrangers et sur des contrats signés par des membres de la dictature sans que ceux-ci soient passés par le visa de la Banque centrale.

Malgré cela, le régime post-dictatorial sous la présidence d’Alfonsin a décidé d’assumer l’ensemble de la dette, tant privée que publique, contractée pendant la période de la dictature. Au moment où les militaires tortionnaires obtenaient l’impunité par les lois du « point final » et de « l’obéissance due » décidées en 1986 et 1987, les responsables économiques de la dictature bénéficiaient de la même clémence. La plupart des hauts fonctionnaires de l’économie et des finances, sont restés dans l’appareil d’État, certains d’entre eux bénéficiant d’une promotion. Les militaires engagés dans la répression qui a fait au moins 30 000 morts, sont également restés pour la plupart en fonction ou ont bénéficié d’une retraite anticipée. Un scandale a éclaté parce que l’un d’eux, le capitaine Astiz, a brisé pour la première fois la loi du silence observée par les militaires. Il déclare : « En 1982, un ami m’a demandé s’il y avait bien eu des disparus. Je lui ai répondu : »Bien sûr, il y en a eu 6 500, voire plus, mais pas plus de 10 000. Tous ont été éliminés » (Le Soir, 16 janvier 1998).

L’endettement du secteur privé et la reprise par l’État de ses dettes

On peut soupçonner les transnationales en question d’avoir créé une dette de leurs filiales argentines par simple jeu d’écriture

Les entreprises privées argentines et les filiales argentines des multinationales étrangères avaient également été encouragées à s’endetter sous la dictature. La dette totale privée s’est élevée à plus de 14 000 millions de dollars.

Figurent parmi ces entreprises endettées, les filiales argentines de sociétés transnationales : citons Renault Argentine, Mercedes-Benz Argentine, Ford Motor Argentine, IBM Argentine, City Bank, la First National Bank of Boston, la Chase Manhattan Bank, la Bank of America, la Deutsche Bank.

L’État argentin a remboursé les créanciers privés de ces entreprises (c’est-à-dire leur maison mère) : Renault France, Mercedes Benz, City Bank, Chase Manhattan Bank, Bank of America, First national Bank of Boston, Crédit Lyonnais, Deutsche Bank, Société Générale.

Bref, le contribuable argentin rembourse la dette contractée par les filiales des multinationales auprès de leurs maisons mères ou auprès des banquiers internationaux. On peut soupçonner les transnationales en question d’avoir créé une dette de leurs filiales argentines par simple jeu d’écriture. Les pouvoirs publics argentins n’avaient aucun moyen de contrôle sur ces comptes.

La vague de privatisations

Le régime Menem qui a succédé à Alfonsin s’est lancé dans une politique généralisée de privatisations en 1990-1992, en bradant littéralement une grande partie du patrimoine national. On estime que cela a représenté une perte de 60 000 millions de dollars. Menem a prétexté l’endettement formidable des entreprises publiques argentines pour justifier aux yeux de l’opinion publique nationale leur mise en vente. Leur mauvaise situation financière était due à la politique d’endettement forcé qui leur avait été imposée par les autorités économiques de la dictature, comme mentionné plus haut, l’essentiel des sommes empruntées n’était jamais arrivé dans leurs caisses. Menem a confié à la banque américaine Merril Lynch l’expertise de la valeur de YPF. Merril Lynch a délibérément réduit de 30 % les réserves pétrolières disponibles afin de sous-estimer la valeur de YPF avant sa mise en vente. Une fois la privatisation réalisée, la partie des réserves occultées est réapparue dans les comptes. Les opérateurs financiers qui avaient acheté à bas prix les actions de l’entreprise, ont pu alors engranger de formidables bénéfices grâce à l’augmentation des cotations en bourse des actions YPF. Cette opération permet en plus de vanter idéologiquement la supériorité du privé sur le public.

Merril Lynch a délibérément réduit de 30 % les réserves pétrolières disponibles afin de sous-estimer la valeur de YPF avant sa mise en vente

Remarque : la même banque américaine Merril Lynch a été chargée par le président brésilien Fernando Enrique Cardoso, de procéder en 1997 à l’évaluation de la principale société publique brésilienne Vale do Rio Doce (entreprise d’extraction de minerais). Merrill Lynch a été accusée à l’époque par de nombreux parlementaires brésiliens d’avoir sous-évalué de 75 % les réserves en minerais de l’entreprise (source : O Globo, 8 avril 1997, Brésil).

Outre YPF (vendu à la transnationale pétrolière espagnole Repsol en 1999), un autre fleuron argentin a été bradé : il s’agit de l’entreprise Aeorolineas Argentinas (vendue à la compagnie aérienne espagnole Iberia). Les boeing 707 qui faisaient partie de sa flotte, ont été vendus pour un dollar symbolique (1,54 dollar exactement !). Quelques années plus tard, ils desservaient encore les lignes de la compagnie privatisée mais Aerolineas devait payer un « leasing » pour les utiliser. Les droits d’utilisation des routes aériennes de la compagnie, d’une valeur de 800 millions de dollars, ont été estimés à 60 millions de dollars seulement. L’entreprise a été cédée à Iberia moyennant 130 millions de dollars en cash ; le reste étant constitué d’annulations de créances de dettes. Iberia a emprunté pour acheter l’entreprise et a fait porter la charge totale de l’emprunt sur le dos de la nouvelle entité Aerolineas Argentinas qui, du coup, s’est retrouvée endettée dès l’origine de l’opération. En 2001, Aerolineas Argentinas, propriété d’Iberia, était au bord de la faillite par la faute de ses propriétaires. 
La privatisation d’Aerolineas est exemplative. En général, les entreprises privatisées ont été cédées libérées de leur dette, celles-ci ayant été reprises par l’État.

Procès contre la dictature

Le scandale de la dette argentine a, dans les années qui ont suivi la dictature, suscité l’intérêt des citoyens. Le gouvernement civil qui lui a succédé a mis en place une commission parlementaire qui, après un an et demi de travail, a été dissoute car ses résultats risquaient de porter un coup fatal à la politique économique d’Alfonsin, celui-ci ayant décidé entre-temps l’étatisation de la dette. Le président Menem a, lui aussi, ferraillé en son temps contre les responsables de l’endettement. Une fois au pouvoir, il a abandonné toute velléité de revenir sur ce sujet désormais tabou.

Alejandro Olmos […] a obtenu que la question des responsabilités de l’endettement du pays fasse l’objet d’une enquête réalisée par les autorités judiciaires

Malgré toutes ces compromissions et tous ces atermoiements, un procès a néanmoins fini par aboutir en juillet 2000. Il est le résultat d’une plainte introduite en octobre 1982 par un citoyen argentin, Alejandro Olmos, alors que l’Argentine vivait toujours sous la dictature. Ce journaliste courageux et infatigable a obtenu que la question des responsabilités de l’endettement du pays, fasse l’objet d’une enquête réalisée par les autorités judiciaires. De multiples auditions des responsables économiques de la dictature et des responsables des entreprises publiques, ont eu lieu. Le bureau d’études de Walter Klein a fait l’objet de perquisitions et une grande partie de la documentation relative à la période de la dictature a été saisie et mise en sécurité dans les coffres forts de la Banque centrale.

Le jugement rendu le 13 juillet 2000 n’a abouti à aucune condamnation (notamment en raison de la prescription) mais il a révélé l’ampleur du scandale que constitue la dette argentine. Le jugement de 195 pages émis par le juge Ballestero confirme une série de d’accusations extrêmement importantes.

Le FMI a soutenu activement la dictature argentine notamment en lui fournissant un de ses hauts fonctionnaires, le dénommé Dante Simone (Poder Judicial de la Nacion, 13/07/2000, p. 31-32 ; p. 106 ; p. 109 ; p. 127).

La Réserve Fédérale de New York, ayant servi directement d’intermédiaire dans une série d’opérations de la Banque Centrale Argentine, a servi d’aval auprès des banques privées US afin que celles-ci prêtent de l’argent à la dictature (p. 127). Alors que la dictature endettait le Trésor public et les entreprises publiques, elle permettait aux capitalistes argentins de placer à l’étranger des quantités tout à fait considérables de capitaux. Entre 1978 et 1981 : plus de 38.000 millions de dollars auraient quitté le pays de manière « excessive ou injustifiée », c’était notamment permis par le fait que chaque résident argentin pouvait acquérir quotidiennement 20.000 dollars – qui pouvaient ensuite être placés à l’étranger (p. 56-58).

Le FMI a soutenu activement la dictature argentine notamment en lui fournissant un de ses hauts fonctionnaires, le dénommé Dante Simone

Bref, l’État s’endettait tandis que les capitalistes décapitalisaient allégrement.

Approximativement, 90 % des ressources provenant de l’extérieur via l’endettement des entreprises (privées et publiques) et du gouvernement étaient transférés à l’extérieur dans des opérations financières spéculatives« (p. 102). D’importantes sommes empruntées aux banques privées aux USA et en Europe occidentale étaient ensuite déposées auprès de ces mêmes banques. Les entreprises publiques comme YPF ont été mises systématiquement en difficulté (p. 130). Le régime de transition »démocratique » qui a succédé à la dictature a transformé la dette des entreprises privées en dette publique de manière parfaitement illégale (p. 152) : cela signifie qu’il devrait être possible de modifier cette décision. Parmi les entreprises privées dont la dette a été reprise par l’État, 26 étaient des entreprises financières. Parmi celles-ci figuraient de nombreuses banques étrangères installées en Argentine : City Bank, First National Bank of Boston, Deutsche Bank, Chase Manhattan Bank, Bank of America (p. 155 – 157). Cela signifie que l’État argentin endetté auprès de ces banques a décidé d’assumer les dettes de celles-ci. Sans commentaire.

Un exemple précis de collusion entre une banque privée du Nord et la dictature argentine : entre juillet 1976 et novembre 1976, la Chase Manhattan Bank a reçu mensuellement des dépôts de 22 millions de dollars (ces montants ont augmenté par la suite) et les a rémunérés à environ 5,5 % ; pendant ce temps, au même rythme, la Banque Centrale Argentine empruntait 30 millions de dollars à la même banque des USA, la Chase Manhattan Bank à un taux de 8,75 % (p. 165).

L’Argentine peut parfaitement s’appuyer sur le droit international pour fonder une décision de non paiement de sa dette extérieure

Les conclusions du jugement sont accablantes pour la dictature, pour le régime qui lui a succédé, pour le FMI, pour les créanciers privés… La sentence rendue par le Tribunal énonce clairement que « la dette extérieure de la nation (…) a fortement augmenté à partir de l’année 1976 à cause de la réalisation d’une politique économique néfaste qui a mis le pays à genoux. Cette politique calamiteuse a utilisé des méthodes, qui ont déjà été analysées dans le présent texte, qui tendaient, entre autres choses, à bénéficier aux entreprises privées et à les soutenir au détriment de sociétés publiques. Celles-ci se sont appauvries de jour en jour ce qui s’est traduit par une très faible valeur au moment de leur privatisation » (p. 195).

Le jugement devrait servir de base à une action résolue pour le non paiement de la dette extérieure publique argentine et pour son annulation. Cette dette est odieuse et illégitime. Les créanciers ne sont pas en droit de continuer à percevoir le service de celle-ci. Leurs créances sont nulles. Et comme les nouvelles dettes acquises depuis 1982-1983 ont servi essentiellement à rembourser les anciennes, elles sont elles-mêmes largement entachées d’illégitimité. L’Argentine peut parfaitement s’appuyer sur le droit international pour fonder une décision de non paiement de sa dette extérieure. Plusieurs arguments juridiques peuvent être invoqués parmi lesquels : la notion de dette odieuse (la dette argentine a été contractée par un régime despotique coupable de crimes contre l’humanité, les créanciers ne pouvaient pas ne pas le savoir) ; la force majeure (comme les autres pays endettés, l’Argentine a été confrontée a un changement brutal de situation à cause de la décision d’augmentation des taux d’intérêt prises unilatéralement par les États-Unis à partir de 1979) et l’état de nécessité (l’état des finances de l’Argentine lui interdit de poursuivre le remboursement de la dette car cela l’empêche de remplir, selon les pactes internationaux, ses obligations à l’égard de ses citoyens en terme de droits économiques et sociaux).

L’arrêt du remboursement de la dette doit être complété par d’autres mesures essentielles

L’arrêt du remboursement de la dette doit être complété par d’autres mesures essentielles. Voici quelques propositions pour un débat nécessaire. Premièrement, l’exigence d’une enquête internationale sur les avoirs illégitimement accumulés par des résidents argentins et placés à l’étranger (les dépôts des capitalistes argentins dans les banques des pays les plus industrialisés s’élèvent grosso modo à 40 000 millions de dollars – voir BIS, Quarterly Review : International Banking and Financial Market Developments, June 2001, www.bis.org). L’objectif est de récupérer un maximum de fonds dérobés à la Nation. Deuxièmement, l’instauration de mesures de contrôle sur les mouvements de capitaux et les opérations de change afin de se protéger contre la poursuite de la fuite des capitaux et contre des attaques spéculatives. Troisièmement, la mise en place d’une politique fiscale redistributive : impôt exceptionnel sur le patrimoine du décile de la population le plus riche ; impôt sur les revenus du capital ; diminution de la TVA sur les produits et les services de base… 
Quatrièmement, abrogation des décrets et lois imposant une réduction des salaires et des retraites (et autres allocations sociales). Défense et renforcement du système de sécurité sociale. Garantir un revenu pour tous les chômeurs, augmenter les salaires et les retraites pour améliorer le pouvoir d’achat. Voilà des conditions minimales si on veut mettre en pratique une alternative. Cinquièmement, retour dans le domaine public d’entreprises indûment privatisées à commencer par les secteurs stratégiques (l’énergie, le pétrole, les communications…). 
Sur le plan international : favoriser la constitution d’un front des pays endettés ; développer les complémentarités et les échanges Sud-Sud ; s’opposer de manière résolue à l’ALCA ; s’opposer à l’offensive militaire des États-Unis (bases militaires US, boucliers anti-missiles de Bush qui va chercher à créer une base stratégique dans le cône sud ; Plan Colombie) ; appuyer les initiatives en faveur d’une taxe de type Tobin sur les transactions financières internationales.

Les différentes propositions qui précèdent constituent des pistes pour une alternative au modèle néolibéral. Il ne s’agit pas d’un programme à prendre ou à laisser. Il s’agit de montrer que des solutions existent si on veut tourner le dos à la logique infernale de l’endettement éternel et de la dépendance accentuée.

2002-2003 : les Argentins font de la résistance

Fin 2002, la dette extérieure publique de l’Argentine s’élevait à environ 137 milliards de dollars qui se répartissaient de la manière suivante : environ 87 milliards dus sous forme de titres de la dette publique ; environ 37 milliards dus sous formes de prêts et enfin environ 13 milliards d’arriérés de paiement.

La crise de fin 2001 a fait suite à trois ans de récession et de politique antisociale qui ont entraîné une dégradation vertigineuse des conditions de vie d’une majorité de la population

En ce qui concerne les 87 milliards dus sous la forme de titres, la moitié grosso modo est détenue par les banques argentines et par les Fonds de pension argentins (AFJP – Administradoras de Fondos de Jubilaciones y Pensiones) qui ont été créés dans les années 1990 lors de la contre-réforme néolibérale du système des pensions. L’autre moitié des titres est détenue par des étrangers, des porteurs individuels et des banques. En septembre 2003, ces titres se vendaient sur le marché secondaire de la dette à environ 30 % de leur valeur.

En ce qui concerne les 37 milliards dus sous formes de prêts, 30 milliards sont dus au FMI, à la Banque mondiale et à la Banque interaméricaine de développement (BID). Le reste est dû au Club de Paris, à d’autres créanciers bilatéraux et à des banques privées du Nord.

La crise de fin 2001 a fait suite à trois ans de récession et de politique antisociale qui ont entraîné une dégradation vertigineuse des conditions de vie d’une majorité de la population. En 2002-2003, plus de 50 % des Argentins vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Suite à la dévaluation de la monnaie argentine début 2002, les salaires et les retraites ont subi une réduction réelle de 30 %. Le niveau de chômage a dépassé les 20 %. Les Argentins ont découvert avec stupeur qu’une partie significative de la population souffrait de malnutrition grave (en 2002–2003, des enfants sont même morts de malnutrition dans les provinces du Nord du pays – fait inimaginable dans l’esprit des Argentins -) alors que leur pays avait continué d’exporter des aliments en quantité suffisante pour nourrir six fois la population totale. Absurde et révoltant.

La puissance de la mobilisation sociale qui a permis de renverser le président De la Rua en décembre 2001 a gagné en ampleur au cours de l’année 2002

La dégradation dramatique des conditions de vie venait de loin, elle trouve son origine dans plus de 25 ans de politique de soumission aux créanciers extérieurs et de faveurs au grand capital argentin. La puissance de la mobilisation sociale qui a permis de renverser le président De la Rua en décembre 2001 a gagné en ampleur au cours de l’année 2002. Cela a amené les gouvernants qui se sont succédé après les 19-20 décembre 2001 (le président Rodriguez Saa, suivi de Eduardo Duhalde et enfin de Nestor Kirchner à partir des élections d’avril 2003) à faire certaines concessions au mouvement populaire. La peur d’être renversé par un soulèvement populaire combinée à la volonté de regagner la légitimité perdue a poussé les gouvernants à infléchir le cours de la politique néolibérale et donc, à rechigner devant les exigences du FMI et des créanciers privés.

Quelques exemples de mesures prises pour réduire le mécontentement de la population :

  • création d’un revenu minimum d’existence pour les sans emploi : 2 millions de personnes reçoivent mensuellement 150 pesos (soit environ 50 dollars). Cette indemnité appelée « plan de travail » est en partie distribuée par les mouvements piqueteros (120.000 à 150.000 « plans de travail » sont gérés par eux).
  • abrogation de la mesure de réduction de 12 % des salaires des fonctionnaires publics et des retraités décrétée par De la Rua au milieu de l’année 2001.
  • interdiction aux créanciers de confisquer le logis des personnes incapables de rembourser normalement leur crédit hypothécaire (cela concernait environ 150.000 à 200.000 ménages).
  • compensation octroyée aux petits épargnants de manière à limiter l’ampleur de la perte due à la dévaluation de la monnaie.
  • gel du tarif des services (eau, gaz, électricité,…) au grand dam des transnationales qui contrôlent depuis leur privatisation les entreprises de service.
  • abrogation de la loi « punto final » adoptée sous Raul Alfonsin au milieu des années 1980 pour garantir aux militaires une (quasi) impunité ; début des poursuites contre des tortionnaires (notamment Astiz dont il est fait mention plus haut).
  • changement partiel de la composition de la Cour suprême de justice dans un sens « démocratique ».

Ces concessions des gouvernants à l’égard du peuple argentin ne sont pas négligeables. Elles montrent qu’une mobilisation sociale de grande ampleur peut donner des résultats.

Lorsqu’en décembre 2001, l’Argentine a suspendu le paiement de sa dette […] de très nombreux commentateurs ont annoncé que les représailles seraient très sévères. Il n’en a rien été

Lorsqu’en décembre 2001, l’Argentine a suspendu le paiement de sa dette à l’égard des créanciers privés et a remis en cause les remboursements à l’égard du FMI et de la Banque mondiale, de très nombreux commentateurs ont annoncé que les représailles seraient très sévères. Il n’en a rien été. En septembre 2003, au moment où d’importantes négociations avaient lieu entre les autorités argentines et le FMI, on a eu la démonstration qu’une attitude ferme de la part d’un pays endetté pouvait renforcer sa position. Le FMI a accepté de réduire ses exigences à l’égard de l’Argentine alors qu’il avait été inflexible un an auparavant à l’égard du Brésil. Le FMI a imposé au gouvernement brésilien que celui-ci dégage un surplus budgétaire de 4,25 % par rapport au Produit Intérieur Brut, surplus destiné au remboursement de la dette. L’Argentine a refusé un tel taux et a obtenu un accord avec le FMI sur la base de 2,5 % de surplus budgétaire. Ensuite, elle a proposé aux détenteurs privés des titres de la dette qu’ils renoncent à 75 % de la valeur (faciale) de celle-ci. La fermeté paie.

Ceci étant dit, il ne faut pas se faire d’illusion, le président Nestor Kirchner n’a pas l’intention de prendre un virage à gauche. Il louvoie entre les exigences du FMI, des transnationales et des capitalistes argentins, d’une part, et les attentes du mouvement populaire, d’autre part. Il mise sur la démobilisation populaire pour ensuite revenir à un schéma néolibéral plus dur que celui appliqué depuis le renversement de Fernando De la Rua.

Il faut avancer une alternative aux engagements pris par Nestor Kirchner à l’égard du FMI.

  1. La dette due par l’Argentine au FMI, à la Banque mondiale et à la BID doit être considérée comme nulle car elle a été contractée pour mener des politiques néfastes et contraires aux intérêts des citoyens. De plus, les organismes mentionnés ont été complices de la dictature militaire qui a sévi de 1976 à 1983.
  2. Le traitement des dettes dues aux fonds de pensions argentins (AFJP) est plus délicat. Le schéma suivant pourrait être appliqué. Ces dettes sont annulées, les AFJP sont abolis et le système de retraite par répartition est rétabli. L’État argentin transfère l’équivalent de la dette due aux AJJP à la caisse des retraites sous des modalités à déterminer et en appliquant une décote raisonnable. La viabilité du système de retraite par répartition est dès lors assurée.
  3. La dette due sous forme de titres à des étrangers doit faire l’objet d’un audit scrupuleux. La partie odieuse doit être annulée complètement. Pour le reste, il est imaginable de prévoir un traitement adapté aux caractéristiques des détenteurs de titres de manière à éviter de sanctionner injustement les petits épargnants étrangers. Quant aux titres détenus par les rentiers, les banques et autres organismes financiers privés, ils doivent être annulés ou subir une décote d’au moins 90 %.
  4. Les arriérés de paiement sont annulés.

Eric Toussaint

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