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« A mort l’Irak »
Par Elkalam
Mondialisation.ca, 29 juin 2007
El KaLam 29 juin 2007
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https://www.mondialisation.ca/a-mort-l-irak/6181

Professeur d’histoire et de géographie, Denis Gorteau écrit depuis plus de 10 ans des romans, des nouvelles et également des analyses géopolitiques. L’invasion de l’Irak en 2003 l’a profondémment bouleversé et le poussa à prendre une nouvelle fois la plume pour écrire « A mort l’Irak », un roman célinien parfois déroutant mais nous confrontant à une réalité bien différente de celle que nous propose l’information officielle.

Elkalam : Denis Gorteau, vous écrivez beaucoup sur la situation en Irak, pourriez vous nous expliquez les raisons d’un tel intérêt ?

Denis  Gorteau : A situation en Irak m’intéresse car je crois que c’est là que se joue l’avenir des Etats-Unis comme première puissance mondiale. Si Washington perd la guerre, ce qui semble avéré, on évoluera peut-être vers un monde multipolaire qui laissera plus de libertés aux peuples et aux nations.

De plus, l’Occident en général et la France en particulier sont liés historiquement et stratégiquement à ce qui se passe au Proche-Orient, j’ai donc décidé de me spécialiser dans l’étude de cette région pour lutter contre les idées reçues et autres mensonges d’Etat.

Elkalam : Dans votre dernier ouvrage, vous décrivez le parcours d’un soldat qui quitte son Oklahoma natal pour se retrouver sur le théâtre des opérations en Irak. Ce parcours est celui d’un « criminel de guerre ordinaire »… Pourquoi avoir choisir la voie de l’anti-héros pour aborder le conflit irakien ? 

Denis  Gorteau : Le choix d’un anti-héros correspond davantage à la réalité qu’un assassin « malgré lui ».

Si tous les soldats américains ne sont pas comme le personnage de A MORT l’IRAK, un certain nombre d’entre eux sont tout de même de parfaits abrutis heureux de partir se venger du 11 septembre et rapidement coupables de crimes de guerre. Comme certains appelés français en Algérie.

Pas mal de jeunes américains sont partis là-bas pour se faire payer des études par l’armée ou fuir un chômage de masse, mais est-ce une excuse pour participer à une guerre si injuste et abjecte ?

Elkalam : Comment expliquez vous que les Américains, malgré leurs technologies et leurs moyens, aient à ce point pu s’enliser dans ce pays ? La guerre civile qui mine actuellement le pays était-elle prévisible selon vous ? 

Denis  Gorteau : Comme E. Todd je crois que les Etats-Unis sont déjà une puissance faible. On mesure la puissance d’un Etat aux ennemis qu’il se donne : l’Irak de 1991 n’était pas une puissance très importante et l’Irak de 2003 n’était plus qu’un pays ruiné et exsangue, pourtant, 150 000 soldats occidentaux ne suffisent pas à « gérer » le pays. Pourquoi ? Les armes très modernes permettent de gagner les combats, mais pas de gagner la paix. Ignorante des moeurs locales, obsédée par le pétrole et obnubilée par les inepties des néo-conservateurs l’équipe de G. Bush ne pouvait que multiplier les fautes. Le sentiment de toute puissance a fait le reste…

La guerre civile n’est pas encore totale, certaines régions échappent aux conflits, mais il était évident que les communautés allaient reprendre des affrontements très sommairement calmés par S. Hussein : les Kurdes sont en révolte depuis les années 60, les Chiites furent exclus du pouvoir dès les années 30 et les Sunnites n’ont aucune raison valable de devenir une minorité marginalisée… Dès lors, l’occupation ne pouvait que stimuler des violences liées à l’histoire et à la structure sociale de l’Irak.

Elkalam : Beaucoup dénoncent les clivages religieux et le rôle négatif de l’Islam politique dans la région. Quelle part peut-on donner à ce facteur dans les soubresauts que connaissent actuellement la région ? 

Denis  Gorteau : K. Marx affirmait déjà au XIX° qu’en Orient c’est la religion qui structure les sociétés et non les luttes sociales. C’est en partie exact, mais à y regarder de plus près, les guerres actuelles au Proche-Orient (Irak, Palestine ou Liban…) ont avant tout des causes politiques et économiques, aucunement religieuse.

Il est donc faux et réducteur d’affirmer que les « religions » sont les causes de la guerre même si des extrémistes religieux de tous bords peuvent accélérer les conflits armés une fois que les conditions sont réunies.

Seule cause « religieuse » aux conflits le caractère endogame des religions locales : Chrétiens, Juifs et Musulmans ne se marient qu’en eux, cela provoque un frein à la modernisation et peut faciliter les guerres civiles comme aujourd’hui.

Mahomet lui-même butait sur le clanisme et le tribalisme des premiers musulmans

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Elkalam : Nombreux sont les spécialistes ou pseudo spécialistes qui mettent en parallèle les régions où l’Islam est pratiquée et celles où les guerres sont endémiques ? Qu’en pensez vous ? 

Denis  Gorteau : Au risque d’être provocateur je pense que des trois monothéismes c’est l’islam qui est la religion la moins violente et la moins intolérante. Alors que Juifs et Chrétiens sont considérés comme des « gens du Livre » par le Coran dès sa rédaction on ne peut pas en dire autant du christianisme médiéval ni du judaïsme antique !

Géographiquement bien des régions musulmanes ne sont pas en guerre (Asie centrale, Malaisie), seulement quand des problèmes politiques ou de pauvreté s’accumulent des régions musulmanes peuvent entrer en conflit (sud de la Thaïlande ou sud des Philippines) comme n’importe quel territoire. De plus, l’islamisme a longtemps été utilisé comme homme de main de l’Occident dans la guerre froide, il en reste des réseaux ultra-violents et fanatisés.

Elkalam : Pourquoi choisir la plume pour concrétiser vos engagements et faire passer votre message ?

Denis  Gorteau : De par mon métier d’enseignant et de par ma formation d’historien je suis plus un intellectuel qu’un militant professionnel, j’ai donc décidé de passer à l’écriture pour participer au débat d’idées en espérant être compréhensible.


Elkalam :
Quels sont vos projets à venir ? 

Denis  Gorteau : Je suis sur le point de finir un deuxième livre sur la guerre en Irak. J’abandonne le roman pour l’essai géopolitique en collaboration avec un autre historien de formation G. Gagnet.

Après avoir été en Iran en 2005 je compte me rendre en Egypte et en Syrie pour confronter mes lectures à la réalité.

Modestement je compte poursuivre mes travaux intellectuels en tentant là où je le peux de combattre l’impérialisme américain et le communautarisme qui, en Orient comme en France, sont les deux causes des guerres entre Etats et entre citoyens.

Mes analyses et autres commentaires sont lisibles, entre autres sur : www.que-faire.info  (sous le pseudonyme de Terouga) et sur http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/ .

Voir également:« Saddam Hussein est mort, son message demeure… ».

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