Print

Accuser l’Iran de ‘génocide’ avant de l’atomiser
Par Gary Leupp
Mondialisation.ca, 11 février 2007
Counter Punch, Questions critiques 11 février 2007
Url de l'article:
https://www.mondialisation.ca/accuser-l-iran-de-g-nocide-avant-de-l-atomiser/4747

Le mois dernier, dans une analyse très intéressante, l’ancien chef d’état-major de l’Armée Russe, le Général Léonide Ivashov, a prédit une attaque nucléaire des Etats-Unis contre l’Iran d’ici avril prochain. « Dans quelques semaines », a-t-il écrit, « nous allons voir une machine de guerre informationnelle se mettre en marche. L’opinion publique est déjà sous pression. Il y aura une hystérie militariste anti-iranienne croissante, des nouvelles fuites d’information, de désinformation, etc. » J’ai bien peur que cela sonne juste.

Ensuite, il y a le Général Oded Tira, l’artilleur en chef des Forces de Défense d’Israël qui a déclaré le mois dernier qu’une « frappe américaine sur l’Iran est essentielle » pour l’existence même de l’Etat Juif. Suggérant que « le Président Bush n’a pas assez de pouvoir politique pour attaquer l’Iran », il a lancé un appel urgent au Parti Démocrate renaissant de travailler en direction de cet objectif israélien. « Etant donné qu’une frappe américaine sur l’Iran est essentielle pour notre existence », a-t-il déclaré, « nous devons l’aider à paver le chemin en faisant du lobbying auprès du Parti Démocrate (qui se conduit de façon stupide) et des rédacteurs en chef des journaux américains. Nous devons faire cela afin de transformer la question iranienne en sujet bipartisan et sans la relier à l’échec en Irak ».

Tira a exhorté de façon explicite le lobby d’Israël aux Etats-Unis à « se tourner vers Hillary Clinton et les autres candidats démocrates potentiels à l’élection présidentielle américaine, afin qu’ils soutiennent une action immédiate de Bush contre l’Iran ». Le lobby semble faire un très bon travail là-dessus, en dépit des critiques de Tira sur la stupidité des Démocrates. Tous les favoris démocrates à la présidentielle ont assuré à l’AIPAC ou aux auditoires israéliens qu’il sont au moins aussi bellicistes vis-à-vis de l’Iran que l’impopulaire Bush. En attendant, l’accusation israélienne, selon laquelle l’Iran lui pose une menace « existentielle », portée l’année dernière par Ehoud Olmert devant le Congrès américain, s’est insinué dans le discours américain officiel.

Se référant d’une manière générale à la « guerre contre la terreur », définie de façon vague, Cheney a récemment déclaré à Fox News : « C’est un conflit existentiel. C’est la sorte de conflit qui va conduire notre politique pour les 20, 30 ou 40 prochaines années ». Sa fille Elizabeth (Secrétaire d’Etat adjointe en charge des Affaires au Proche-Orient et liaison du vice-président avec le nouveau et sinistre « Bureau des Affaires Iraniennes ») a écrit dans un édito du Washington Post, le mois dernier, « L’Amérique est confrontée à une menace existentielle. A un moment, quelque part, nous devrons combattre ces terroristes jusqu’à la mort. Nous ne pouvons pas négocier avec eux ou ‘résoudre’ leur Djihad ». L’administration, toujours dirigée par les néocons rassemblés autour de Cheney, a embrassé la rhétorique israélienne consistant à faire des prophéties paranoïaques. Ils ont décidé d’attaquer la République Islamique, pour mettre fin à son existence, pour l’autodéfense d’Israël et de l’Amérique. Pour obtenir le soutien, ils doivent semer la peur et diaboliser l’Iran, en faisant monter la rhétorique semaine après semaine.

La « machine de guerre informationnelle » à laquelle Ivashov fait allusion a déversé la désinformation plus vite que ne peut le digérer le public. Il n’y a aucun doute que les rumeurs, même lorsqu’elles sont plus tard réfutées, peuvent utilement nuire aux réputations et préparer des cibles pour des attaques. Les néoconservateurs Straussiens, qui ont fait campagne sans relâche pour imposer leurs Nobles Mensonges au peuple américain sur l’Irak jusqu’à l’attaque de ce pays en mars 2003, se fichent probablement pas mal si les mensonges qu’ils racontent aujourd’hui sur l’Iran sont exposés ci-dessous. Ce qu’ils veulent est un changement de régime, bientôt, et, par conséquent, un casus belli convaincant — ou deux.

Pendant la montée en guerre contre l’Irak, l’accusation principale contre Bagdad (reçue avec scepticisme aux Nations-Unies) était que ce pays possédait des armes de destruction massive menaçant le monde entier, y compris New York City. Le Président Bush, Condoleeza Rice et d’autres responsables de l’administration ont mis en garde que ces ADM pourraient résulter en un nuage atomique au-dessus de New York. Bush et Cheney ont fait savoir à certaines audiences que l’Irak posait une menace particulière à Israël, mais, en général, cette question a été minimisée, probablement parce que l’administration voulait éviter d’être accusée de partir en guerre « pour Israël » par opposition à l’Amérique ou à la « communauté internationale » mythique mais impressionnante.

Cette fois-ci, c’est différent. Bien qu’Israël ait attaqué et détruit en 1981 le réacteur nucléaire irakien construit par les Français, Osirak, (dans une action illégale, puis condamnée par l’administration Reagan et apparemment par tous les gouvernements, mais dans laquelle Cheney et ses néocons y trouvent aujourd’hui une inspiration), et bien que le gouvernement israélien ait accueilli avec enthousiasme l’invasion de l’Irak, il n’a pas fait ouvertement campagne pour la guerre. Mais à présent, il bat fiévreusement tambour pour une guerre américaine contre l’Iran. Et comme Cheney l’a fait ostensiblement remarquer, si les Etats-Unis n’attaquent pas l’Iran, « Israël pourrait le faire sans qu’on lui demande ». Il est plus que probable, si cela se produit, que ce sera une collaboration. Remarquez comment l’accusation contre l’Iran, articulée en Israël, forme le plus gros du dossier de l’administration Bush.

A SUIVRE …

Traduit de l’anglais par Jean-François Goulon.

Article original : « Charging Iran with « Genocide » Before Nuking It », Counterpunch

Avis de non-responsabilité: Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.