Afrique: manger des OGM ou mourir

Les Etats-Unis qui participent au programme d’aide alimentaire aux pays d’Afrique australe touchés par la famine, fournissent du maïs qui contient des OGM.

La famine qui frappe le Zimbabwe, le Malawi, la Zambie, le Mozambique, le Lesotho et le Swaziland est particulièrement terrible. Six millions de personnes, dont la moitié se trouvent au Zimbabwe, manquent actuellement de nourriture. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), ce nombre pourrait d’ici quelques mois passer à neuf, voire même à onze millions, si l’aide internationale n’arrive pas très rapidement dans les pays concernés. Judith Lewis, la directrice du PAM pour l’Afrique australe et orientale, estime que «le créneau pour éviter une catastrophe humanitaire majeure est en train de se refermer». Le PAM a besoin dans les plus brefs délais d’un million de tonnes de nourriture, ce qui représente un coût de 507 millions de dollars. Pour le moment, il n’a reçu que 20 % du total. Mais au-delà du problème majeur de la lenteur de la collecte des dons par rapport à l’urgence de la situation sur le terrain, une autre difficulté est apparue. Les stocks de maïs en provenance des Etats-Unis qui sont distribués par le PAM comportent des organismes génétiquement modifiés (OGM) dont l’identification est tout à fait impossible en l’absence d’un étiquetage adéquat. Les pays africains qui subissent la famine se trouvent donc obligés de choisir entre la progression d’une pénurie alimentaire qui condamne des milliers de personnes à la mort et la consommation d’OGM avec les risques qui peuvent lui être liés, tant au niveau de la santé qu’à celui de l’environnement. Cette question pose, bien sûr, un problème éthique majeur et a été abordée notamment dans le cadre d’une réunion spéciale des ministres de l’Agriculture des pays de l’Afrique australe à laquelle a participé Judith Lewis. Pour cette dernière, «il est clair que la question des OGM est un dilemme» auquel sont confrontés les pays en développement qui sont notamment «très inquiets de la contamination de la viande, si le bétail, les poulets, les porcs mangent de la nourriture génétiquement modifiée».

Ce problème est d’autant plus difficile à résoudre que les Etats-Unis sont l’un des plus pays qui participent le plus activement aux opérations d’aide menées par le PAM. Ils couvrent, en effet, jusqu’à 50 % de ses besoins. Concernant la crise alimentaire en Afrique australe, ils ont d’ores et déjà promis d’envoyer 200 000 tonnes de nourriture, soit l’équivalent d’un montant de 98 millions de dollars, dont la première livraison doit arriver en Afrique du Sud dès la fin du mois de juillet. Refuser le maïs américain revient donc à se priver d’un flux d’aide indispensable et irremplaçable. Dans ce contexte, si le PAM propose, ce sont les pays qui disposent. «C’est aux gouvernements des pays destinataires de l’aide que revient la décision finale». Cette affaire s’inscrit dans le grand débat sur les OGM, les risques qu’ils présentent mais aussi les bénéfices que les pays du Sud, exposés à des menaces écologiques, pourraient en tirer sur le plan agricole et alimentaire. Deux points de vue s’affrontent, en effet. D’un côté, les partisans des OGM estiment qu’ils offrent une chance inespérée aux pays en développement de stabiliser leur production agricole et d’éviter les pénuries alimentaires, puisqu’ils permettent de développer des cultures plus résistantes et plus performantes mais aussi de réduire l’utilisation des pesticides. Certaines variétés de riz génétiquement modifiées plus riches en protéines et dont le rendement est supérieur de 50 % ont, par exemple, été mises au point. Leur diffusion seraient, de ce point de vue, susceptible d’être bénéfique pour les pays d’Afrique. A contrario, les opposants insistent sur tous les dangers que les OGM font courir aux consommateurs et à l’environnement. Les répercussions à long terme de la consommation d’aliments qui en contiennent ne sont pas clairement identifiées. L’innocuité n’est pas prouvée et le risque de réactions allergiques persiste. Sur le plan environnemental, se pose le problème de leur dissémination quasi-incontrôlable par le phénomène de la pollinisation. Les pays en développement n’ont pas les moyens de gérer efficacement ces risques, surtout lorsqu’ils se trouvent, comme c’est le cas actuellement, dans des situations d’urgence. D’autre part, les recherches sur les OGM sont menées par des multinationales spécialisées dans les biotechnologies, qui détiennent les brevets et recherchent un profit maximum. Des intérêts qui ne sont pas forcément convergents ceux des producteurs et des consommateurs des pays en développement. Ecouter également: Pierre Castella, président de Solagral, une ONG spécialisée dans le développement rural durable, au micro de Cyril Bensimon. Ecouter Egalement : Gérard Renouard, président de L’Afdi (agriculteurs français et développement international : une ONG française qui organise des échange paysans du Sud-paysans du Nord)

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Articles Par : Global Research

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