Antisémitisme : l’aveuglement révélateur des responsables politiques français

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Lors d’un discours le 02 octobre dernier devant des représentants de la communauté juive à la synagogue de la rue Buffault à Paris, le 1er ministre E. Philippe a annoncé que l’Etat poursuivrait le travail entamé par son prédécesseur M. Valls – présent dans la salle – par un nouveau plan de 100 millions d’euros sur la période 2018-2020 pour la lutte contre l’antisémitisme, « cette bête immonde qui, quand on la croit disparue, réapparaît encore ». En termes de formule, c’est vrai qu’il y avait longtemps qu’on n’avait pas entendu l’expression !

Malgré une baisse substantielle des actes antisémites en 2016 (- 58%) cités par le 1er ministre lui-même, celui-ci s’est cru obligé d’énumérer le nom de quelques victimes d’antisémitisme, question de prouver à quel point il connaissait son dossier sans doute, en soulignant de la plus navrante façon que l’antisémitisme trouvait ses causes dans « l’ultra violence du terrorisme islamiste ».

Le point d’orgue de la confusion venant comme il était à craindre dans l’amalgame du 1er ministre reprenant la formule du président Macron et avant lui à l’époque de M. Valls, déclarant que malgré le recul des actes antisémites, il ne fallait pas oublier une autre réalité : « … celle de la banalisation de l’antisémitisme et de sa forme réinventée […] qu’est l’antisionisme ». Patatras… le petit nouveau emboîte ainsi les pas de ses pairs, sans sourciller ni les fâcher.

Le plus navrant d’une telle intervention est que loin de s’en réjouir la communauté juive devrait plutôt s’en alarmer. Car confondre une énième fois les fondements du judaïsme avec ceux du sionisme me paraît surtout révéler une sérieuse carence en connaissances historiques, doublé du fait que ceux qui profèrent de telles bêtises n’ont pas encore fait le travail nécessaire à clarifier la question. Et à ce stade, il n’est pas déplacé de penser qu’une certaine forme de racisme refoulé, inconscient sans doute, traîne encore dans quelques esprits…

Même Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah libanais que beaucoup considèrent comme ennemi juré de tout ce qui s’apparente à la judéité vient d’inviter les juifs d’Israël à quitter le pays avant qu’ils ne soient entraînés dans les aventures guerrières de la bande sioniste à Netanyahu. Et Abdel Bari Atwan, historien et analyste arabe confirmé revient sur ce discours dans le site Raï al-Youm, écrivant :

« C’est la première fois que H. Nasrallah fait la distinction entre le judaïsme et le sionisme, une secte raciste qui fait l’ombre à l’une des plus respectables religions monothéistes qui soit. Nasrallah a affirmé n’avoir rien contre les juifs qu’il ne veut surtout pas voir finir au “bûcher” lors d’une guerre à venir. Certes, entendre le chef du Hezbollah parler de la guerre n’est pas chose nouvelle ; ce qui est nouveau par contre, c’est le ton de son discours. Nasrallah a évoqué la guerre comme si elle était imminente. Il a pointé du doigt Netanyahu pour “ chercher à faire échec à l’accord nucléaire (Iran/5+1) et pousser à une guerre totale au Moyen-Orient” sans avoir la moindre idée vers où “risque de conduire cette guerre” ».

Et plus loin, Atwan de conclure :

« Au crépuscule de sa carrière politique, Netanyahu est sur le point de commettre l’irréparable : pousser Trump à déclarer la guerre à l’Iran, à inciter les Kurdes d’Irak à faire sécession, et tout cela pour sauver son image. C’est pousser les Israéliens à un suicide collectif. Mais Netanyahu sait-il un seul instant que la guerre qu’il tente de déclencher pourrait être de loin la plus sanglante de toutes les guerres, pour ne pas dire la dernière d’entre celles qu’ait connues le Moyen-Orient ? »

L’amalgame entre antisémitisme et antisionisme a déjà fait couler beaucoup d’encre. Le 1er ministre qui avait commencé son intervention en disant qu’il entendait faire respecter par tous « le principe de discernement » aurait mieux fait de commencer par se l’appliquer à lui-même et de réfléchir à deux fois avant de répéter comme un âne, de telles inepties. Peut-être que dans son entourage, quelqu’un pourrait-il lui souffler de prendre quelques leçons sur la question et éventuellement de rencontrer ceux qui manifestement savent mieux que lui de quoi ils parlent… avec le discernement nécessaire !

Et pour commencer, je l’invite à prendre connaissance de l’interview (lien ci-dessous) du rabbin Yisroel Dovid Weiss, l’une des plus célèbres figures du judaïsme antisioniste et qui dirige le mouvement antisioniste Neturei Karta. Une telle référence a assurément plus de poids que les bêtises formulées par quelques obséquieux en mal de reconnaissance auprès d’une communauté devant laquelle ils se sentent obligés de ramper :

http://www.presstv.ir/DetailFr/2017/10/05/537557/Qui-sont-ces-israliens-proNasrallah

Daniel Vanhove



Articles Par : Daniel Vanhove

A propos :

Daniel Vanhove est Observateur civil et auteur. Son dernier ouvrage La Démocratie Mensonge – 2008 – Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire.

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