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Après les caricatures de Mahomet, retour sur le 11 septembre
Par Paul Lannoye et Sarah Fautré
Mondialisation.ca, 23 mars 2006
23 mars 2006
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https://www.mondialisation.ca/apr-s-les-caricatures-de-mahomet-retour-sur-le-11-septembre/2157

Au nom de la presse libre?

L’affaire des caricatures de Mahomet publiées à l’origine dans un journal danois mais reprises ensuite par plusieurs organes de presse européens n’a pas fini de susciter réactions et prises de position. La liberté de la presse a été invoquée unanimement pour expliquer qu’il était politiquement irrecevable de condamner une telle publication même si elle est jugée offensante dans le monde musulman. Les débordements de violence et les manifestations d’hostilité qui ont eu lieu dans certains pays ont été à juste titre considérées en Europe comme inacceptables; ils ont aussi renforcé l’idée que l’intégrisme musulman était une menace de plus en plus claire pour les pays occidentaux. Les médias, dans leur ensemble, ont largement reflété ce sentiment. Bien sûr, la liberté de la presse ne peut être mise en question. Toutefois, nous pensons que les défenseurs les plus virulents de cette liberté devraient au minimum s’interroger sur le contexte national et géopolitique dans lequel l’évènement et la polémique qu’il suscite se situent. Certains observateurs et quelques rares journalistes n’ont pas manqué de faire remarquer que le gouvernement danois dépendait pour sa survie du soutien d’une formation d’extrême droite xénophobe, ce qui expliquerait largement l’attitude pour le moins maladroite et méprisante de son premier ministre à l’égard des ambassadeurs de certains pays arabes qui lui demandaient audience.

Au plan géopolitique, il est assurément flagrant que la publication incriminée s’inscrit dans la logique de « choc des civilisations » voulue à la fois par les milieux islamistes radicaux d’une part, les faucons de l’administration Bush et ses complices européens les plus zélés d’autre part.

Les caricatures de Mahomet ne sont donc en aucune manière l’_expression d’une pensée anti-conformiste ou contestataire d’un quelconque ordre établi. Elles expriment au contraire la pensée dominante des esprits les plus réactionnaires et les plus belliqueux en se garantissant habilement le soutien inévitable des vertueux défenseurs de la liberté de la presse.

Le 11 septembre : un cas d’école d’autocensure

Ce n’est pas notre propos de cautionner en quoi que ce soit les actes de violence et le fanatisme islamiste. Mais nous pensons que la presse européenne serait plus crédible si elle avait le courage de s’en prendre avec virulence à toutes les menaces qui pèsent sur la liberté de la presse. Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que la censure et, pire encore, l’autocensure, sont à cet égard des menaces permanentes. Ces menaces se concrétisent toujours en temps de guerre, comme l’histoire l’a montré à maintes reprises. Or, nous sommes en guerre depuis le 11 septembre 2001. C’est du moins ce que répète avec constance le gouvernement des Etats-Unis depuis cette même date avec l’assentiment explicite ou à tout le moins implicite des responsables européens1. L’ennemi est depuis cette date identifié et reconnu comme tel : c’est le terrorisme islamiste et tous ceux qui le soutiennent. Si le 11 septembre 2001 avait été un jour comme un autre, si 3000 personnes innocentes n’avaient pas perdu la vie, du fait d’attentats unanimement considérés comme odieux et imputés au groupe islamiste Al Qaeda, le monde ne serait pas celui que nous connaissons aujourd’hui. Il est cependant capital de se rendre compte que c’est la version officielle des évènements, c’est-à-dire celle du gouvernement des Etats-Unis, plus que les faits eux-mêmes, qui constitue la pierre angulaire de l’édifice politico-militaire mis en place dès le lendemain du 11 septembre 2001. C’est en effet le refus du gouvernement afghan d’obtempérer aux exigences de l’administration Bush qui a, dès le mois d’octobre 2001, coalisé les forces de l’OTAN pour attaquer les Talibans, considérés comme les complices de « l’introuvable » Ben Laden. C’est l’accusation ridicule et non étayée, selon laquelle Saddam Hussein aurait aidé Ben Laden dans son entreprise de destruction visant à frapper au cœur les Etats-Unis, qui a permis de conditionner l’opinion publique américaine au déclenchement d’une guerre en Irak, au mépris de l’ONU et d’une opinion internationale qui y était très largement hostile. C’est cette même version officielle des évènements du 11 septembre 2001 qui a entraîné une politique de plus en plus générale de réduction des libertés civiles et de contrôle des citoyens ordinaires aux Etats-Unis mais aussi en Europe, au nom de la guerre au terrorisme. Or, cette version officielle a été et est encore mise en question par un certain nombre d’experts et d’analystes divers sur base d’une argumentation solidement étayée et qui, c’est en tout cas notre opinion, mérite d’être examinée sérieusement, étant donné l’importance de l’enjeu.

Des analyses qui dérangent

Nous citerons en premier un ouvrage publié dès 2002 en langue anglaise (et traduit en français) de Michel Chossudovsky, professeur d’économie politique à l’université d’Ottawa (titre original: »War and Globalization. The truth behind September 11th, Ed. Ecosociété, Montréal 2002). L’auteur met en doute la thèse selon laquelle la CIA et l’entourage du président américain auraient été totalement surpris par les attaques du 11 septembre 2001.

En 2003, Andreas Von Bülow, ancien ministre SPD du gouvernement Schmidt en Allemagne, publiait « Die CIA und Der 11 September – Internationale Terror und Die Rolle Der Geheindienste « (ed. Piper Verlag Gmbh, München). Il considère que, parmi les scénarios possibles des évènements, le plus incroyable est celui présenté par l’administration Bush, truffé d’invraisemblances et de contradictions.

En 2004, nous avons invité ces deux personnalités au Parlement européen. Elles ont pu s’exprimer lors de séances ouvertes non seulement aux parlementaires et à leurs collaborateurs mais aussi aux représentants de la presse. L’écho de ces conférences a été plus que limité et nul dans la presse à grand tirage. Notre sentiment fut à l’époque que l’énormité de la remise en cause de ce qui était considéré comme politiquement correct, c’est-à-dire la version officielle des évènements, tétanisait tous les interlocuteurs, personne n’ayant cependant pu produire le moindre élément concret invalidant les analyses présentées. Depuis lors, aucun organe de presse n’a jugé utile de confronter les contestataires aux tenants de la vérité officielle.

Des initiatives nombreuses occultées

Aux Etats-Unis, des voix se sont élevées à la même époque et des comités de citoyens se sont formés pour réclamer une enquête approfondie et la réponse à des questions troublantes concernant les évènements du 11 septembre. Une commission officielle a été chargée de faire la lumière sur ce qui s’est passé; elle a publié son rapport le 22 juillet 2004. Six initiatives citoyennes ont eu lieu pour analyser le contenu de ce rapport (enquêtes, auditions, grands jurys); toutes ont conclu à sa non validité, la plupart des questions troublantes (pour ne pas dire la totalité de celles-ci) n’ayant reçu aucune réponse sérieuse ou n’ayant même pas été examinées. Aux Etats-Unis, des personnalités de premier plan, connues pour leur esprit critique ont, dès le mois d’octobre 2004, pris une nouvelle initiative avec l’appui de parents proches de victimes des attentats dans le but d’obtenir une nouvelle enquête. Parmi les cent signataires, citons notamment Ralph Nader, Frances Moore Lappé, Michael Parenti ou encore Howard Zinn; une seule parlementaire les a rejoints : Cinthya Mac Kinney, élue démocrate de l’état de Géorgie. Les questions les plus dérangeantes posées par cette requête, suggéraient manifestement que certains responsables, au sein de l’administration américaine auraient pu laisser les attaques du 11 septembre avoir lieu pour servir de prétexte à la guerre (voir les 12 questions en annexe).

Cette initiative a échoué, sans pour autant décourager ses auteurs.

Le 30 janvier 2006, un groupe d’universitaires et d’experts publiait une déclaration à la presse intitulée de manière provocante « Des experts affirment que l’histoire officielle du 11 septembre est un canular ». Ce groupe comprend notamment Morgan Reynolds, Steven E. Johnes, Robert M. Bowman, Lloyd De Manse, James H. Fetzer et Andreas Von Bülow2. Leur conclusion, consécutive à une analyse rigoureuse des faits, est que des responsables au sommet du gouvernement Bush ont délibérément dissimulé des faits importants à propos de ce qui s’est réellement passé le 11 septembre. (texte disponible à l’adresse: http://www.scholarsfor911truth.org/PressRelease30Jan2006.html)

A ce jour, aucun organe de presse francophone n’a fait mention de cette prise de position, pas plus que des initiatives précédentes. Il est difficile d’admettre que cette publication, de même que le contenu des analyses du groupe « Scholars for 9/11 truth » soit sans intérêt journalistique et surtout sans intérêt politique.

Mensonges et déclaration prémonitoire

L’explication la plus plausible du silence total observé sur un tel sujet ne peut être qu’un mélange d’autocensure et de peur d’une vérité dérangeante. Une lecture attentive de documents disponibles depuis septembre 2001 et notamment du volumineux rapport de la commission d’en quête de juillet 2004 ne laisse pourtant aucun doute:

  • le gouvernement Bush a délibérément trompé l’opinion publique internationale à plusieurs reprises depuis le 11 septembre 2001 pour justifier sa politique agressive et ses violations répétées du droit international;
  • la commission d’enquête, sous contrôle, n’a pas cherché à faire toute la lumière sur les évènements du 11 septembre.

A l’intention des plus incrédules, nous livrons en conclusion un dernier évènement, particulièrement interpellant. Le matin du 11 septembre 2001, avant même de recevoir la note officielle lui faisant part des attaques, Donald Rumsfeld faisait une déclaration « prémonitoire »: « il devrait y avoir un évènement dans le monde suffisamment choquant pour que les gens se souviennent à nouveau à quel point il est important d’avoir un département de la défense solide et efficace ».

En décembre 2000, un document révélateur était publié par un think tank ultra conservateur basé à Washington, le PNAC: Project for the New Americain Century. Le PNAC a comme objectif affiché de promouvoir le leadership global des Etats-Unis dans le monde. Le document disait que « le processus de transformation de la guerre, visant à assurer la prééminence des Etats-Unis, puisqu’il implique de profonds changements, risque d’être long en l’absence d’un évènement catastrophique catalyseur comme un nouveau Pearl Harbour » (http://www.newamericancentury.org). Des membres éminents du gouvernement Bush sont aussi membres du PNAC; il s’agit du Vice-Président Cheney, de Donald Rumsfeld et de Paul Wolfowitz…

Choc des civilisations ou choc des barbaries?

Il y a quelques jours, nous « fêtions » le triste anniversaire du déclenchement des « opérations militaires » anglo-américaines en Irak. Alors que la situation de ce pays est loin d’être stabilisée, une autre guerre se prépare, celle contre l’Iran. Si l’Irak était soupçonné de posséder des armes de destruction massive, l’Iran quant à lui, est menacé pour ses installations nucléaires. Pendant que la timide Union européenne aligne ses résolutions invitant instamment l’Iran à respecter le traité de non-prolifération nucléaire (traité qu’Israël refuse de signer et que les puissances nucléaires ne respectent que partiellement), les Etats-Unis ne cachent pas leur intention de recourir aux frappes préventives en Iran.

L’attitude du gouvernement des Etats-Unis ne gêne pas les extrémistes islamistes puisqu’elle alimente leur haine de l’occident et les crédibilise dans le monde musulman.

Ainsi, comme l’a dit avec beaucoup de pertinence Gilbert Ashcar, le monde entier est entraîné dans une guerre permanente qui signifie non pas un choc des civilisations mais bien celui des barbaries. Paul Lannoye

Paul Lannoye,
 Docteur en Sciences

Député européen honoraire

Sarah Fautré

Licenciée en arts et sciences de la communication

ANNEXE

Il n’y a pas eu de véritables réponses aux questions suivantes :

  1. Pourquoi les procédures normales en vigueur en cas de détournement d’avions de ligne n’ont-elles pas été suivies ce jour là?
  2. Pourquoi les batteries anti-missiles et les défenses anti-aériennes déployées autour du Pentagone n’ont-elles pas été activées pendant l’attaque?
  3. Pourquoi les services secrets ont-ils permis au président Bush d’achever sa visite d’une école primaire, sans préoccupation apparente pour sa sécurité ou pour celle des enfants de l’école?
  4. Pourquoi aucune personne n’a-t-elle été virée, pénalisée ou réprimandée pour la grossière incompétence dont nous avons été témoins ce jour là?
  5. Pourquoi les autorités aussi bien aux Etats-Unis qu’à l’étranger n’ont-elles pas publié les résultats des multiples enquêtes sur les transactions commerciales qui suggèrent fortement une connaissance anticipée de détails spécifiques des attaques du 11/9, transactions qui ont entraîné des dizaines de millions de dollars de bénéfices?
  6. Pourquoi Sibel Edmonds, ancienne interprète du FBI, qui déclare avoir connaissance d’avertissements préalables, a-t-elle été condamnée au silence sur requête du procureur général Ashcroft et accordé par un juge nommé par Bush?
  7. Comment le vol 77, qui parait-il a frappé le Pentagone, pouvait-il avoir volé en retour vers Washington DC pendant 40 minutes, sans être détecté ni par le radar de la FAA ni même par le radar plus performant des forces armées?
  8. Comment la CIA et le FBI ont-ils été capables de fournir les noms et les photos des pirates de l’air présumés en quelques heures et en outre de visiter les maisons, restaurants et écoles de pilotage dont on savait qu’ils les fréquentaient?
  9. Qu’est-il advenu des plus de 20 avertissements documentés livrés à notre gouvernement par 14 agences de renseignements étrangères ou chefs d’Etat?
  10. Pourquoi l’administration Bush a-t-elle caché le fait que le chef des services secrets pakistanais était à Washington dans la semaine du 11/9 et à ce qu’on dit a livré 100.000 $ à Mohamed Atta, considéré comme le chef des pirates de l’air?
  11. Pourquoi le Commission 11/9 a-t-elle refusé d’aborder la plupart des questions posées par les familles des victimes, en plus de celles posées ici?
  12. Pourquoi Philip Zelikow fut-il choisi comme directeur exécutif de la Commission apparemment indépendante sur le 11/9 bien qu’il ait publié précédemment un livre en collaboration avec Condoleezza Rice?

1 Reprenons à ce titre, les mots de la Ministre belge de la justice, Laurette Onkelinx : » La Belgique, comme tous les États démocratiques, est en guerre contre le terrorisme. Il ne faut pas baisser la garde. Quand on est en guerre, il faut des mesures exceptionnelles » – 9 septembre 2005 

2 Morgan Reynolds, professeur émérite d’économie, ancien économiste en chef du département du travail du président George W. Bush et ancien directeur du centre de justice criminelle au National Center for Policy Analysis. Steven E. Jones, professeur de physique à la Brigham Young University. Robert M. Bowman, ancien directeur du programme de défense spatiale « guerre des étoiles » à la fois dans les administrations républicaine et démocrate. Lloyd De Manse, directeur de l’Institut de psychohistoire, président de l’association internationale de psychohistoire et rédacteur en chef du journal de psychohistoire. James H. Felzer, professeur de philosophie à l’université du Minnesota.

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