Assassinat d’Hariri : pas de preuves contre la Syrie

Un entretien avec Jürgen Cain Külbel

Les recherches autour de l’assassinat de Hariri et les dernières découvertes à propos des gens qui tirent les ficelles aux États-Unis ou en Israël. Jürgen Cain Kübel a étudié la criminologie en Allemagne et a travaillé dans cette branche pendant quinze ans. Il vient de publier un ouvrage, intitulé « Le dossier de l’assassinat de Hariri : suppression des traces au Liban.  
Question. Votre ouvrage publié dernièrement traité d’une affaire d’assassinat au Liban. Qu’y a-t-il de si important, dans cette affaire ?
 
Réponse. Des tueurs inconnus ont fait sauter l’escorte de véhicules de l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri à Beyrouth, le 14 février 2005. Ç’a été le début d’une déstabilisation à grande échelle de tout le Liban – ce qu’on a appelé la « révolution des cèdres » – et, depuis, de menaces incessantes proférées par les États-Unis et leurs alliés à l’adresse de la Syrie voisine. Un changement de régime à Damas a même figuré durant quelque temps à l’agenda des néo-conservateurs de Washington.

Q. Mais une commission des Nations unies chargée d’établir les faits a prouvé que c’était bien le gouvernement syrien qui a tout fait pour se débarrasser de l’odieux Hariri, non ?

R. Le blâme à l’encontre de la Syrie est venu du gouvernement Bush bien avant que le cadavre ait été complètement refroidi. La commission de l’ONU chargée d’établir les faits l’a confirmé. L’affaire est très glauque. Il n’y a pas de preuves de la filière syrienne. Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, pouvait difficilement sauver sa propre position, au début 2003. Son fils était vilainement impliqué dans le scandale « pétrole contre nourriture » – c’était à propos de tractations tournant autour du pétrole irakien et entachées de corruption. Bien sûr, Annan s’était exposé au chantage, de la sorte, et il s’est donc aligné sur les Américains comme un petit chien-chien obéissant : il a installé à la hâte sa commission onusienne à Beyrouth afin d’élucider l’assassinat. Il a inculqué le suivi de la « piste syrienne » – et la piste syrienne uniquement – dans les têtes de ses enquêteurs. Détail piquant, Carla del Ponte, le procureur en chef du procès contre Slobodan Milosevic à La Haye, a proposé de mettre son ami, le fameux procureur allemand Detlev Mehlis, à la tête de la commission de l’ONU. C’est Mehlis qui a fait le sale boulot – c’était exactement l’homme qu’il fallait pour cela – et a façonné deux vagues rapports dans lesquels des témoins achetés, soumis au chantage voire torturés en vue des poursuites contre les Syriens ont pu s’exprimer. Plus tard, quand ces témoins sont revenus sur leurs témoignages, Mehlis s’est retrouvé bien ridicule, avec ses gros mensonges, face à l’opinion publique. L’affaire ne l’a nullement blessé : le 29 mars, Mehlis a reçu la Croix fédérale du Mérite, et de première classe encore, des mains du président fédéral de l’Allemagne, Horst Köhler, « pour ses mérites et services rendus dans la guerre contre les terroristes violents opérant à l’échelle internationale ».

Q. Quelles sont vos découvertes les plus intéressante, à propos de l’assassinat ?

R. La plus intéressante, c’est celle-ci : les émetteurs de brouillage du convoi de Hariri ont complètement lâché, durant l’assassinat. Sans cette panne, l’assassinat n’aurait pu réussir parce que l’électronique est capable d’empêcher les ignitions à distance par GSM. La panne est d’autant plus remarquable que les appareils étaient actifs avant et pendant l’assassinat et l’un d’eux l’était même après aussi. Les gens qui ont fourni l’appareillage venaient d’une firme israélienne. J’ai pu établir ce fait sans l’ombre d’un doute, bien qu’il ne soit pas mentionné dans le rapport de la commission des Nations unies. J’ai parlé avec l’un des propriétaires de la firme qui a fourni les appareils – de toute façon, c’était un ancien membre des services secrets de l’armée israélienne.

Q. Et les hommes derrière l’affaire ?
 
R. Il y a tout un marécage de néo-conservateurs américains, de gens de l’extrême droite israélienne et de politicards libanais en exil qui, depuis des années, travaillent à un renversement de Beyrouth. J’ai pu parler à certains d’entre eux personnellement. Le fait marquant de mes investigations a été une interview du chef de la « Commission américaine pour un Liban libre » (USCFL), Ziad K. Abdelnour, qui vit aux États-Unis. La commission avait placé Hariri sur la liste des hommes à abattre et Abdelnour a travaillé avec des gens de l’administration américaine et nombre de néo-conservateurs notoires. Il est un proche allié de Richard Perle et de Daniel Pipes, l’homme qui hait les Arabes. Abdelnour joue le même rôle contre la Syrie qu’Ahmed Chalabi contre l’Irak : Payé par les États-Unis pour inventer des prétextes de guerre. 


Articles Par : Jürgen Elsässer

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