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Au Pérou : Ollanta Humala, un président hypothéqué, coincé ou semblable à lui-même ?
Par Luis Basurto
Mondialisation.ca, 05 juillet 2011
Le Monde 9 juin 2011
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https://www.mondialisation.ca/au-p-rou-ollanta-humala-un-pr-sident-hypoth-qu-coinc-ou-semblable-lui-m-me/25511

Les leçons du scrutin présidentiel qui vient d’avoir lieu au Pérou étaient bien visibles avant même de connaître les résultats du second tour, le dimanche 5 juin 2011. Un « fujimorisme » plus que jamais ragaillardi et menaçant, blanchi et « légalisé » par cette campagne électorale fut la toile de fond du débat politique qu’imposa la droitisation de la thématique générale. Et au culot du fujimorisme ouvert s’additionna celui du crypto-fujimorisme devenu plus cynique et décomplexé que jamais dans les dix dernières années. Ollanta Humala arrivera à la présidence et présidera, mais ne gouvernera guère. Le gouvernement ou gouvernance économique, le nœud ou la clef de tout, sera déterminé par les tenants de l’actuel modèle néolibéral et marqué, délimité, par les exigences de ce secteur de la droite péruvienne qui dégouttée du franc retour du fujimorisme aux affaires, paria pour « l’humalisme » en le soutenant et lui permettant de gagner les élections présidentielles. Les propres incohérences d’Humala, ses insuffisances et renoncements politiques préalables au second tour nous annoncent une impuissance prévisible.

Vis-à-vis des élections présidentielles de 2006 il y eût un glissement de la thématique générale vers la droite et cela marqua les débats. Lors du second tour de 2006 s’affrontèrent Alan Garcia — un social-démocrate de droite, bien plus à droite que le propre Anthony Blair donc c’est dire — et Ollanta Humala, un nationaliste atypique. En juin 2006 les débats glissèrent vers la « gauche » ce qui fit que Garcia promit, dans la plus pure démagogie et plein de culot, quelques mesures et promesses du programme humaliste. Qu’il ne respecta nullement une fois élu bien entendu. Les droites s’alignèrent en juin 2006 contre Humala, le supposé candidat antisystème, et Garcia fut élu, à vrai dire réélu car il fut président du Pérou entre 1985 et 1990, par les mêmes qui l’avaient combattu lors de son premier mandat, entre 1985 et 1990.

Le cartel de droites s’aligna tout entier, les fujimoristes inclus, en 2006 derrière A. Garcia, le garant du système, adoubé par lui. Et le second mandat de Garcia – merci donc monsieur Vargas Llosa —, les cinq dernières années, qui finit en juillet 2011, fut marqué entre autres par les scandales retentissants dus à l’extrême corruption de son régime, par sa répression des mouvements sociaux et par sa politique étrangère complètement alignée avec Washington. Les péruviens de quelque bord qu’ils soient n’oublieront pas cette fraction de la droite qui en juin 2011, une fois n’est pas coutume, soutint Humala, l’ancien pestiféré. Mario Vargas Llosa par exemple, qui fit barrage à Humala en 2006 pour faire élire un Garcia partisan à son tour en 2011 de l’élection de Keiko Fujimori, la fille de son tyran de père, option insupportable pour le seul péruvien prix Nobel de littérature, un écrivain reconnu, mais aussi un politicien thatchérien et reaganien en échec.

La vie politique péruvienne, aussi compliquée que déroutante (10-06-2011)

Garcia fut combattu dès 1987 par l’écrivain célèbre lors de son premier mandat (1985-1990), quand Vargas Llosa prit activement la défense des banquiers péruviens menacés à l’époque d’un projet de loi de pseudo-nationalisation de la banque ; Garcia fut dénoncé amèrement en 1990, et pour cause, par l’écrivain-candidat lors des présidentielles qu’il perdit face à l’outsider Alberto Fujimori ; et finalement soutenu en 2006, avec succès, contre Humala. Mais, jamais deux sans trois dans les revirements, Garcia fut laissé de côté avec les quatre cinquièmes de la droite en 2011 par le même Vargas Llosa lorsque celui-là s’engagea plus ou moins ouvertement pour faire élire Keiko Fujimori, insupportée par le lauréat du Nobel de littérature en 2010.

Qui comprend la vie politique péruvienne ? La norme parait être l’opportunisme, l’incohérence, la déloyauté aux principes, aux programmes et aux hommes, le clientélisme, la vénalité, le mercenariat politique, et la soumission, obtuse ou subtile, de tous à l’ancien « consensus de Washington » du couple FMI-BM imposé au Pérou avec sang, sueur et larmes par Alberto Fujimori dès 1990 et dont le Pérou se targue toujours d’être l’élève modèle. Seulement fidèles au néolibéralisme, au Pérou les girouettes ont une très longue espérance de vie politique. Et depuis la fin du dernier gouvernement militaire du pays, celui du général Morales Bermudez, en juillet 1980, les Péruviens sont allés voter aux présidentielles pour élire toujours celui qu’ils considéraient le moindre mal, « el mal menor ». Par exemple, avant de se ranger pour favoriser finalement l’élection d’Humala dimanche dernier l’omniprésent écrivain-politicien Vargas Llosa disait que le second tour du 5 juin avec K. Fujimori et O. Humala en lice représentait un choix impossible « entre le cancer et le sida ». Jugeons à présent et devinons quelle a été la terrible pathologie qu’il finit par choisir.  

La conjoncture péruvienne actuelle est marquée donc par un net recul du débat politique général dont le centre de gravité s’est déplacé nettement à droite. Lors du second tour du scrutin présidentiel de 2011 le fujimorisme essaya de récupérer directement le pouvoir politique en essayant de faire élire Keiko Fujimori, fondée de pouvoir de son père aujourd’hui en prison, car condamné à 25 ans pour crimes contre l’humanité, entre autres. Le fujimorisme s’est affronté à un humalisme habillé pour l’occasion d’élève modèle, donnant plein de gages aux entrepreneurs péruviens et aux investisseurs étrangers. Mais la droite arriva divisée à cette échéance et une fraction minoritaire dégouttée de l’éventuel retour au pouvoir politique direct d’Alberto Fujimori, par fille interposée, soutint Humala mais avec des conditions très restrictives et contractualisées et à un symbolique « taux d’intérêt — politique — léonin ».

Ce soutien est une hypothèque qui fut rapidement souscrite en 2011 par le perdant des élections de 2006. Cette fois-ci l’ancien commandant de l’armée Péruvienne et aujourd’hui politicien de carrière a voulu arriver au pouvoir coûte que coûte. Humala a donc annoncé qu’il ne remettra pas en cause le modèle économique néolibéral, imposé au pays dès août 1990 par Fujimori et ne plus jamais remis en cause malgré sa chute en novembre 2000 lorsqu’il fuit au Japon. Il a aussi annoncé s’engager à ne pas toucher la Constitution péruvienne de 1993, loi fondamentale illégitime, car étant la suite du coup d’État de Fujimori d’avril 1992, constitution commandée par lui et taillée à sa mesure, qui consacra aussi entre autres perles le modèle néolibéral du « consensus de Washington » comme seule politique économique péruvienne possible, modèle devenu plutôt anti modèle aujourd’hui, car dépassé sinon remis profondément en cause par ses propres auteurs et démentit par les faits et les expériences contreproductives, surtout après la grande crise économique mondiale qui débuta aux USA en juillet 2007 éclatant avec fracas en septembre 2008, que nous souffrons toujours dans ce monde globalisé.

Vous avez dit Ollanta Humala ? (14-06-2011)

Mais qui est donc Ollanta Humala ? Avec lui les droites péruviennes ont joué à se faire peur. Abondant l’immense propagande fujimoriste pour le diaboliser et de surcroît méconnaissant la réelle position d’Humala dans l’échiquier politique péruvien. L’extrême droite au Pérou c’était et c’est Fujimori, père, fille et affidés, alors qu’elle s’est présentée comme une simple mouvance conservatrice ayant un « bon sens » économique et plaidant pour le maintien du modèle néolibéral. Car au Pérou, au fond, presque personne ne remet en cause les piliers de l’ultralibéralisme, y compris l’équipe d’économistes qui entourent Humala, au nom du maintien des équilibres macroéconomiques.

La candidature de K. Fujimori fut soutenue au second tour par un cartel des droites. Mais une partie du front des droites, M.Vargas Llosa en tête et ensuite l’ancien président péruvien Alejandro Toledo, l’ami de G.W.Bush, firent le pari bien calculé de soutenir Ollanta Humala. Ce dernier en fin de compte n’est à présent qu’un centriste — qui s’occulte derrière son « nationalisme »- mais qui ne s’ignore pas, et il s’assume en tant que tel. C’est un modéré qui préconise la collaboration des classes et nullement la lutte des classes, ne se réclamant sincèrement du socialisme ni franchement de gauche. Même si la gauche péruvienne, plutôt ce qui reste, se rangea derrière ce militaire en 2011 comme en 2006. 

Ollanta Humala est un militaire catholique, d’origine quechua, l’ethnie des Inca, commandant de l’armée de terre en retraite anticipée, ayant combattu dans les années 1990 le Sentier Lumineux – guérilla maoïste- et ayant été accusé d’exactions – tortures et exécutions clandestines — dans son action contre-subversive dans la forêt amazonienne du Haut Huallaga (à Madre Mia), au nord-est de Lima. Il essaya un obscur putsch fin octobre 2000 au sud du Pérou (Locumba) alors même qu’Alberto Fujimori était en fin de règne annoncé, son éminence grise — Vladimiro Montesinos, véritable chef de services secrets et homme fort le plus redouté du fujimorisme — était déchue depuis la mi-septembre 2000 et en état de fuite. Humala n’eut pas un parcours de combattant social ni de simple militant politique de base. Ne se réclamant ni du marxisme ni de la « Théologie de la libération » (chrétiens de gauche) pourtant née au Pérou. Son premier « nationalisme » fut taxé – sans trop d’exagération — de militariste, raciste, voire fasciste. De plus en plus modéré après son échec aux présidentielles de 2006, il rejetait dès cette époque tout lien avec Hugo Chavez qui pourtant le soutint activement.

Le premier président péruvien à avoir légiféré et gouverné sérieusement en tenant compte de la majorité indienne du pays fut le général Velasco Alvarado (1968-1975) qui, entre autres, officialisa – sans suite — le quechua, la langue des Inca, comme langue officielle de l’État et procéda à une radicale réforme agraire, en abolissant les latifundia. Velasco Alvarado — arrivé au pouvoir suite à un coup d’État et à la tête d’un régime militaire très autoritaire — se proclamait socialiste et révolutionnaire sans être au fond pas plus qu’un radical réformateur anti-oligarchique. C’est au service du régime militaire « velasquiste » que la portée mondiale de la carrière de l’ambassadeur Javier Pérez de Cuellar démarra. Car il fut nommé par ce régime premier ambassadeur péruvien en URSS (1969-1971) puis représentant permanent à l’ONU ayant présidé en 1973 la délégation péruvienne au Conseil de sécurité en tant que membre non-permanent, élu grâce au soutien des pays non-alignés dont le Pérou était devenu un membre très influent. Ollanta Humala – ni sa mouvance — n’a jamais réclamé une quelconque filiation politique avec le régime du général Velasco Alvarado.

Ou de la continuité du modèle néolibéral, mais dans la « décence » (15-06-2011)

Que va-t-il changer au Pérou avec l’élection d’Ollanta Humala à la présidence ? Émettons les hypothèses les plus probables à présent. Institutionnellement rien, ou très peu, car son engagement à ne pas toucher la Constitution putschiste de 1993 est là. Économiquement peu, ou rien, car Humala s’est aussi engagé à ne pas toucher non plus le modèle néolibéral péruvien en vigueur. Mais ce modèle économique – constitutionnalisé — n’est autre chose que le fujimorisme économique en personne, c’est l’ultralibéralisme qui mit, et met toujours, à genoux les intérêts stratégiques du pays, les intérêts nationaux et les intérêts du peuple péruvien. Le Pérou est l’un des pays les plus inégalitaires du monde et son taux de croissance économique extrêmement élevé ne sert presque qu’aux multinationales qui y sont installées, à une richissime oligarchie locale corrompue et coupée du pays, à la haute fonction publique et à quelques fractions des classes moyennes clientes des successifs régimes que le Pérou a eu depuis une trentaine d’années.

Avec la même Constitution fujimoriste et avec le même modèle économique aussi fujimoriste, modèle antinational archétypique, qui seront ainsi reconduits, l’ancien dictateur Alberto Fujimori qui accomplit doucement sa condamnation à un quart de siècle de prison – dorée quand même — pour ses crimes contre l’humanité, son extrême corruption et ses abus de pouvoir doit être passablement satisfait du fait de continuer à conditionner et à déterminer la vie politique et économique péruvienne. Vingt et un an après avoir surgit dans la scène politique péruvienne de façon néfaste, sans même que sa fille Keiko Fujimori n’ait in fine été élue à la présidence le 5 juin 2011, le tyran criminel et corrompu voit sa politique relayée.

Humala et ses soutiens de la droite péruvienne, soutiens pas du tout désintéressés, promettent que désormais l’Etat péruvien sera dans les mains de gens « décents ». Ce serait pour les péruviens modestes, la majorité donc, le lot de consolation de ces élections présidentielles tellement biaisées par la droite et l’extrême droite. La promesse de que cette fois-ci personne ne détournera, comme durant « la décennie de l’opprobre » – juillet 1990 à novembre 2000 c’est-à-dire le régime d’Alberto Fujimori — les quelques six ou huit milliards de dollars – d’après différents calculs — « portés disparus » du Trésor Public péruvien par le truchement de Fujimori, de sa famille, de ses ministres, de hauts fonctionnaires, de hauts gradés de l’armée, d’entrepreneurs et clients majeurs liés au fujimorisme. Humala et sa coalition promettent également qu’il n’y aura pas un régime autoritaire ni criminel, ni encore moins un régime manipulateur et mensonger, ni aliénant les citoyens péruviens. Magnanimes et avides de bonnes nouvelles nous devrions entériner ces promesses et les reconnaître comme réelles et sérieuses. Le doute profite à l’accusé et peut neutraliser la méfiance.  

Nous pouvons ne pas être complètement réalistes donc forcément désagréables, voire pessimistes. Envisageons par exemple d’autres possibilités probables et accessibles au futur gouvernement d’Ollanta Humala. Par exemple l’introduction d’un petit peu de keynésianisme dans l’océan orthodoxe d’ultralibéralisme des « Chicago boys » de M. Friedman régnant au Pérou depuis plus de vingt ans, plus une politique économique un zeste plus redistributif, plus de l’assistentialisme par ici et la charitable lutte contre l’extrême pauvreté par-là, plus peut être des tentatives — même réussies — de lutte contre la corruption. Rajoutant ensuite, pourquoi pas, une nouvelle reconnaissance et promotion des droits culturels des Indiens péruviens andins et amazoniens, car cela ne coûte rien et ne remettra surtout pas en cause les intouchables rapports de force capital-travail, investisseurs étrangers-État péruvien et oligarchie locale-peuple péruvien qui resteront toujours défavorables aux derniers dans les binômes cités. Le tout bien entendu avec beaucoup d’effets d’annonce.

Les modèles du commandant Humala et ses perspectives politiques (16-06-2011)

Le « nationalisme » d’Humala est pour l’heure un projet de collaboration de classes, n’oublions jamais cela. Il ne prend pas acte de rapports de force sociaux, ne fait le constat de la lutte de classes, en prenant clairement et définitivement position pour les classes soumises et exploitées. Mais in fine son programme suppose d’une manière larvée plus qu’explicite les luttes inter-ethniques plutôt que la lutte de classes et son « nationalisme » est à étudier à l’aune d’un projet qui vise à terme plus à faire exploser la nation et son État, actuels, davantage qu’à les refonder et les consolider. La caractérisation lui attribuant la double étiquette de « nationaliste » et « de gauche » est doublement erronée, c’est un non-sens.   

Revenons aux possibilités probables et accessibles à Humala. Nous verrons ce que le nouveau régime fera dans les domaines de la santé, de l’instruction publique et des droits sociaux, domaines dévastés par deux décennies de néolibéralisme impitoyable après la décennie perdue des années 1980, décennie d’errances et de gâchis extrêmes où sévit notamment lors de son premier mandat A. Garcia, le président sortant à présent. Là, O. Humala ne pourra ne rien faire. Mais nous ne demanderions qu’à être agréablement surpris tout en sachant qu’une chatte ne fait pas des chiots. Restons lucides surtout et haro aux illusions et à la naïveté. Humala n’est ni Chavez le Vénézuélien ni Correa l’Équatorien. Peut-être qu’il s’inspirera quelque peu d’Evo Morales le Bolivien sans, bien sûr, son côté tapageur et belliqueux. Humala se réclame d’ores et déjà de l’exemple de « Lula » le Brésilien. Alors, le patronat péruvien et les investisseurs étrangers au Pérou peuvent être bien rassurés, car l’ancien syndicaliste du Parti de travailleurs brésilien fut un très sage gestionnaire du revigoré capitalisme dit émergent du Brésil, loin d’être un gauchiste ou un révolutionnaire, gommant tout juste les excès du système capitaliste dans son pays qui reste extrêmement inégalitaire, comme le Pérou d’ailleurs. Une nouveauté cependant est attendue dans la politique étrangère péruvienne dans le sens qu’elle ne sera probablement plus automatiquement alignée, comme elle l’a été depuis des décennies, en fonction des seuls intérêts et orientations des USA.   

Humala n’a pas de majorité au parlement et aura besoin, pour légiférer et éviter les motions de défiance votées par un parlement hostile contre le gouvernement qu’il nommera, au moins du soutien du groupe parlementaire du parti « Peru Posible ». Cette organisation politique de droite ouvertement pro-américaine a déjà été au pouvoir de 2001 à 2006. Son leader, Alejandro Toledo, un indien du nord du pays ayant fait des études d’économie aux USA, ami de Georges W. Bush, fut le plus extrême des pro-yankee parmi tous les chefs d’État de l’histoire républicaine du Pérou. Il se fit remarquer notamment par sa continuation du modèle ultralibéral fujimoriste, par les scandaleusement inéquitables traités commerciaux de libre-échange — TLC — qu’il signa dans la précipitation avec les USA et le Chili juste avant de quitter le pouvoir en 2006, par la prévalence de la corruption à tous les niveaux de l’État et de la vie économique, y compris dans son entourage proche et sa famille, et par l’énième grossière manipulation politique pour soustraire à l’entière souveraineté du pays les richissimes gisements de gaz de Camisea, indispensables aux intérêts nationaux péruviens, situés en forêt amazonienne au sud-est de Lima.

À guise de conclusion provisoire

Il s’ouvre alors au Pérou une période de transition politique dans laquelle s’éterniseront dans l’immédiat l’ordre constitutionnel et les règles économiques qui auraient déjà dû disparaitre après la longue décennie écoulée suite à la chute d’A. Fujimori en 1990. La dynamique nationale et populaire, politique et sociale, ne se rangera pas nécessairement derrière le calendrier et l’avenir immédiat que la classe politique péruvienne impose à présent au pays comme une camisole de force.

Entre une Keiko Fujimori candidate perdante bien maquillée en « démocrate » qui a marqué profondément les sujets incontournables de la vie politique péruvienne en 2011, dans le seul but de blanchir et légitimer le fujimorisme, et un Ollanta Humala tel une fusée vide, sans combustible ni détonateur, hypothéqué à la droite ou tout simplement semblable à lui-même, la scène péruvienne actuelle ne paraît promettre que de la continuité, en changeant quelque chose, très peu finalement, ou en réinstallant durablement autre chose (le fujimorisme politique), trop et très dangereux, le tout pour que rien ne change en fin de compte.

Mais, il ne faut pas mépriser ou sous-estimer la capacité de réaction du peuple péruvien ni la capacité de l’histoire à nous surprendre, à nous étonner… agréablement.  

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