Bahreïn : un royaume à l’état de sauvagerie

A la surprise générale, Bahreïn a rappelé son ambassadeur en Israël et a suspendu ses liens économiques avec Tel-Aviv, jeudi 2 novembre 2023, à la suite des bombardements massifs israéliens contre Gaza.

Cette décision, précise le communiqué officiel, se fonde sur la «position ferme et historique du Royaume, qui soutient la cause palestinienne et les droits légitimes du peuple palestinien». En septembre 2020, Bahreïn avait signé les accords d’Abraham avec Israël et les Émirats arabes unis (EAU) aux États-Unis en présence du président américain alors en fonction, Donald Trump.

Retour sur ce mic mac.

Les rêves mégalomaniaques du Roi de Bahreïn : «Gendarme du Golfe» et héritier de Sir Arthur Balfour

Hamad Ben Issa, Roi du minuscule archipel de Bahreïn, se vit comme l’héritier du Chah d’Iran, Reza Pahlevi, l’ancien gendarme du Golfe pour le compte des Américains, de même que le successeur de Lord Arthur Balfour, l’ancien ministre britannique des Affaires étrangères, auteur de la promesse du même nom la «Promesse Balfour» portant création d’un Foyer National Juif en Palestine, à l’origine des guerres successives que le Moyen orient a connues depuis un siècle.

Composé d’une trentaine d’îles du golfe Persique, Bahreïn dispose d’une superficie de 750 km2 pour une population de 1,462 millions d’habitants (recensement de 2021). Face à l’Iran, qui dispose d’une superficie de 1.745.150 km2,  une longueur totale de côtes de 2.260 kms et une population de 87,92 millions d’habitants (recensement 2021), l’archipel, dont il est distant de 200 kms,  paraît lilliputien.

N’empêche. Il pense disposer face à l’Iran d’un atout majeur: Le fait d’abriter le Quartier Général de la Vème flotte américaine, à la base de Manama,  dont la zone de compétence s’étend du Golfe persique à l’Océan indien. Une présence que le souverain juge, à tort ou à raison, dissuasive et qui l’autorise à tous les passe-droits.

1 – Une île de Bahreïn pour servir de refuge aux Israéliens en cas de catastrophe

L’officialisation des relations jusque-là clandestines entre Bahreïn et Israël, le 20 octobre 2020, a constitué un saut qualitatif dans la nature des relations entre l’Etat Hébreu et les monarchies arabes (Bahreïn, Émirats Arabes Unis, Maroc). Manama a présenté la normalisation de ses relations avec l’État Hébreu comme un pas en vue de l’instauration d’une coexistence pacifique entre les religions et une compréhension entre les peuples.

Ce slogan trompeur tranche en fait avec la féroce répression que subit le peuple bahreinie, depuis 2011, avec le soutien actif de l’Arabie saoudite, dans l’indifférence générale de l’opinion occidentale et le silence complice des grands pays occidentaux.

Emboîtant le pas à Abou Dhabi qui a édifié sur son territoire une  “maison abrahamique” pour célébrer la coexistence des religions monothéistes, Manama projette en effet de construire une synagogue dans la capitale bahreïnie, prélude à un quartier juif dont l’aménagement sera financé par la population de l’archipel, à majorité chiite, objet de la répression du pouvoir. L’islam est la religion d’État. La population compte quelque 90 % de musulmans, répartis en 70 % de chiites et 30 % de sunnites.

La visite officielle du président israélien israélien Itzhak Herzog, à Manama, en décembre 2022, et sa rencontre avec la communauté juive de Bahreïn incline à penser que le quartier juif  sera édifié de manière à prévoir son expansion, par l’acquisition des terrains le jouxtant. M. Ibrahim Noun, président de la communauté juive de Bahreïn, a démenti la réalité de ce projet, se bornant, sibyllin, à indiquer qu’il s’agit d’un projet à l’état de «projet». Un projet d’avenir en somme.

Heim Anuta, filiale du Fonds National Juif, a ainsi acquis une île de 9554 m2 de Bahreïn, pour une valeur de 21,5 millions de dollars lors d’une vente aux enchères organisée par l’office bahreïni des ventes aux enchères. Fondé en 1901 à Bâle (Suisse), le Fonds National Juif est le fonds central du mouvement sioniste, qui  s’occupa du rachat de terres en Palestine.

Avery Schneyer, représentant du parti centriste israélien Bleu Blanc de Benny Gantz, au sein de HEIM ANUTA, a justifié l’acquisition d’une ile bahreinie par la volonté d’Israël d’aménager une base de repli aux Israéliens en cas de guerre ou de catastrophe survenue en Israël. Des consultations auront lieu à ce moment-là entre les deux pays en vue du transfert de la souveraineté de cette île de Bahreïn à Israël.

Autrement dit, une île refuge des Israéliens sur le Golfe persique face à l’Iran, en un lointain remake du Foyer National Juif en Palestine d’Arthur Balfour.

Selon le témoignage du journaliste bahreïni Hassan Qambar, rapporté par le quotidien libanais Al Akhbar, Bahreïn favorise ainsi l »implantation d’Israël  dans le Golfe persique, parallèlement à une politique visant à réduire l’importance numérique de la communauté chiite au sein de sa population, en favorisant l’octroi de la nationalité bahreïnie à des arabes non chiites.

2 – Le Mossad à Manama et un attaché militaire israélien à la base navale américaine

Abdallah Ben Ahmad Al Khalifa, vice-ministre des affaires étrangères, chargé des affaires politiques, a ainsi admis la présence d’une permanence du Mossad à Bahreïn et l’accréditation d’un attaché militaire israélien à la base navale américaine de Manama. Une mesure considérée par l’Iran comme constituant une menace directe contre sa sécurité nationale.

Le Roi de Bahreïn a ainsi emboîté pas à l’ancien Chah d’Iran et se vit comme «le gendarme du Golfe», sans se préoccuper des conséquences de sa politique hasardeuse, de savoir notamment si Bahreïn pourrait faire les frais d’une confrontation entre  les États-Unis et l’Iran.

Pour aller plus loin sur ce thème, cf ce lien

https://www.madaniya.info/2022/10/03/persepolis-le-dernier-festin-du-chah-diran/

A-t-il songé un instant le Roi de Bahreïn à offrir une aide quelconque même minimale aux Palestiniens, victimes de la répression des Israéliens? A plaider auprès de ses amis Israéliens la modération dans leur répression des Palestiniens?  L’Histoire seule le dira.

Pour le locuteur arabophone, ci joint le témoignage de Hassan Qambar, journaliste bahreïni, au journal libanais Al Akhbar, en date du 2 Février 2023

3- Un royaume à l’état de sauvagerie

Concentré de toutes les turpitudes du Monde arabe,  en tête du hit-parade des lupanars arabes, vaste prison gorgée de détenus depuis 12 ans, premier  importateur de matériel de répression d’Israël de surcroît le plus en pointe des pétromonarchies du Golfe dans la normalisation avec l’État Hébreu, le Royaume de Bahreïn est un pays archipel à l’État de sauvagerie. En 2021, selon une recension établie par une activiste Bahreinie, Mme Ibtissam As Sayegh et publiée par le quotidien Al Akhbar, 35 exécutions ont eu lieu à Bahreïn, et mille six cents (1.600) femmes ont fait l’objet d’arrestations arbitraires

Parmi les prisonniers politiques exécutés figurent les personnalités suivantes: Abbas Al Masmih, Sami Moucheimeh, Ahmad Al Malahi, Ali Al Arab. Des assassinats commis en infraction à la loi, souligne l’«Organisation Salam pour la démocratie et les Droits de l’Homme» , dans son rapport de novembre 2021 .

La totalité des détenus ont été soumis à des tortures corporelles et psychologiques d’une grande cruauté, y compris des actes d’agressions sexuelles, ajoute le rapport.

Opportuniste à tout crin pour préserver son trône, le souverain n’hésitera pas à s’allier à Al Qaida pour mater l’opposition chiite, sans provoquer le moindre froncement de sourcils de son protecteur américain, qui avait pourtant engagé une «guerre mondiale contre le terrorisme» pour terrasser son ancien allié de la guerre anti soviétique d’Afghanistan (1979-1989).

Pourquoi une telle distorsion de comportement de la part des États-Unis? Sans doute au titre de la supériorité des valeurs morales occidentales sur le ROW (The Rest of The World).

René Naba

 

Sur les rapports entre Bahrein et al Qaida :



Articles Par : René Naba

A propos :

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de “L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres” (Golias), “Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français” (Harmattan), “Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), “Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David” (Bachari), “Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR), dont le siège est à Genève et de l’Association d’amitié euro-arabe. Depuis 2014, il est consultant à l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Depuis le 1er septembre 2014, il est Directeur du site Madaniya.

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