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Bill Clinton accusé d’avoir trompé la Russie sur le non-élargissement de l’Otan
Par Olivier Renault
Mondialisation.ca, 17 juin 2022
Observateur continental
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L’ancien président américain, Bill Clinton, a rompu sa promesse faite à la Russie de ne pas étendre l’Otan vers l’est, a déclaré l’historien, philosophe et linguiste américain, Noam Chomsky, dans un entretien réalisé avec le Massachusetts Peace Action. 

Selon Noam Chomsky, George H. W. Bush était d’accord avec Mikhaïl Gorbatchev sur le fait que l’Otan ne se déplacerait pas «d’un pouce» vers l’est en échange de l’entrée d’une Allemagne unie dans l’UE.

«George H. W. Bush a tenu sa promesse, dans les premières années. Son successeur, Bill Clinton, l’a également suivi mais au milieu des années 1990, il a commencé à dire le contraire. (…) En 1997, Bill Clinton a rompu sa promesse et a invité le groupe de Visegrad à rejoindre l’Otan. Son successeur, George W. Bush, a ouvert les portes à tout le monde, invitant même l’Ukraine dans l’Otan», a déclaré Noam Chomsky.

L’historien a noté que Bill Clinton avait induit en erreur l’ancien dirigeant russe, Boris Eltsine, en affirmant qu’il utilisait ces déclarations pour un public national aux Etats-Unis. «Il a dit à son ami Boris Eltsine en clair:  »Ne t’inquiète pas, j’ai besoin de ça pour gagner l’élection présidentielle »», a-t-il expliqué. Noam Chomsky a, également, rappelé que de nombreux responsables américains ont mis en garde la Maison Blanche depuis 35 ans contre les dangers d’ignorer les intérêts de sécurité de la Russie.

Des avertissements et des tentatives d’accord avant 2022. En décembre 2021, le président russe, Vladimir Poutine, a effectué plusieurs déclarations et tenté de résoudre le conflit entre les Etats-Unis et la Russie par l’emploi de la diplomatie. Lors de la cérémonie de présentation des lettres de créance des ambassadeurs des Etats étrangers, il a proposé d’entamer des négociations de fond sur les garanties de sécurité fiables et à long terme à fournir à Moscou, en élaborant des accords spécifiques qui excluent toute nouvelle avancée de l’Otan vers l’est et le déploiement de systèmes d’armes qui menacent la Russie à proximité des frontières de la Fédération de Russie. Puis, le ministère russe des Affaires étrangères a diffusé deux projets de documents russes sur la garantie de sécurité juridique de la part des Etats-Unis et des pays membres de l’Otan.

Le projet de traité avec les Etats-Unis et l’accord avec l’Alliance ont été remis à la partie américaine le 15 décembre lors d’une réunion au ministère russe des Affaires étrangères. Enfin, lors de la conférence de presse de fin d’année, le président russe a, en particulier, affirmé que l’Otan avait «trompé» la Russie lorsqu’elle avait promis d’empêcher son avancée vers l’est dans les années 90. «Pas un pouce à l’est, nous disait-on dans les années 90. Et alors? Ils ont triché! Juste manifestement trompé. Cinq vagues d’expansion de l’Otan. Et, maintenant, vous êtes les bienvenus, maintenant en Roumanie, en Pologne, des systèmes appropriés apparaissent», a lancé Vladimir Poutine.

Au lieu de tenir compte, des discussions et des appels de la Russie pour régler le conflit par l’emploi de la voie diplomatique, les Etats-Unis ont continué de répandre des litres d’huile sur les braises en jouant les pyromanes.

Le 7 janvier de la nouvelle année, le secrétaire d’Etat américain, Anthony Blinken, a affirmé que l’Occident n’aurait pas garanti à Moscou que l’Otan ne s’étendrait pas vers l’est. Le même jour, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a déclaré que l’Alliance ne transigerait pas avec la Russie sur les questions primordiales de sécurité, y compris le droit des pays à la rejoindre.

Le 12 janvier, l’ambassadeur de Russie aux Etats-Unis, Anatoly Antonov, a appelé Washington à éloigner le potentiel militaire américain des frontières russes. L’ambassadrice américaine auprès de l’Otan, Julianne Smith, a déclaré qu’aucun pays de l’Otan n’était prêt à faire des compromis avec la Russie sur le sujet de l’élargissement de l’Alliance, l’organisation n’envisageant pas la possibilité de «revenir aux frontières de 1997».

Le même jour, la sous-secrétaire d’Etat américaine aux affaires politiques, Victoria Nuland, a invité la Finlande et la Suède à discuter de leur adhésion à l’Otan. Le 20 février, le président russe, Vladimir Poutine, inquiet de voir la surdité des Etats-Unis, a souligné au président français, Emmanuel Macron, que les Etats-Unis et l’Otan devraient prendre au sérieux les exigences de sécurité de la Russie.

Deux jours plus tôt, les médias allemands ont rapporté qu’un document avait été trouvé dans les archives nationales britanniques qui étayent les affirmations des autorités russes selon lesquelles, lorsque l’Allemagne a été unifiée, l’Otan a promis à l’URSS que l’Alliance atlantique ne s’étendrait pas vers l’est. La France et les Etats-Unis n’ont pas décidé de tenir compte de cette preuve et, donc, de réduire leur volonté d’expansion de l’Otan.

Dans le projet d’accord avec l’Otan, la Russie a proposé que l’Alliance s’engage à poursuivre son non-élargissement, excluant, entre autres, l’adhésion de l’Ukraine. Moscou a demandé à l’Otan d’abandonner toute activité militaire en dehors de ses frontières, en Ukraine et dans d’autres territoires d’Europe de l’Est, comme en Transcaucasie et en Asie centrale. Il a été demandé à l’Otan de ne pas déployer d’armes supplémentaires et de nouveaux contingents militaires en dehors des pays dans lesquels ils étaient déployés à partir de mai 1997 (avant l’inclusion des pays d’Europe de l’Est dans l’Otan).

Olivier Renault

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