Bolzaneto.

Communiqué de Vittorio Agnoletto

Torture : c’est de ça dont il s’est agi à la caserne de Bolzaneto quand, en juillet 2001, plus de 200 personnes furent victimes de violences psychologiques et physiques commises par des représentants des forces de l’ordre et leur personnel médical.

Le drame de ces « journées chiliennes », est devenu aujourd’hui, avec la fin du réquisitoire au procès et avec les requêtes des procureurs, un paradoxe. Car l’Italie, de 1984 à 2001, n’a pas reconnu la Convention des Nations Unies contre la torture : les pm (procureurs, NdT) n’ont de ce fait pas pu invoquer le délit de torture mais « seulement » l’abus d’office et d’autorité contre la majorité des inculpés au procès. Dans le cas où les accusations seraient confirmées, donc, les représentants de l’Etat qui ont tabassé, humilié, torturé ne risqueraient que des peines dérisoires, qu’ils n’accompliront jamais parce que les délits qui leur sont reprochés seront prescrits en 2009, grâce à la modification de la prescription qui est dans la loi « ex- Cirielli ».

Reste le fait que les magistrats ont défini des responsabilités individuelles mais qu’une illégalité aussi répandue n’aurait pas été possible sans la garantie d’impunité. On est ainsi en droit d’affirmer que dans la liste des personnes pour lesquelles les procureurs ont requis la condamnation manquent les noms des dirigeants de la police et de la police pénitentiaire : sans leur assentiment  aucune torture n’aurait été possible.

Peut-être De Gennaro se retrouvera-t-il inculpé pour induction et instigation à faux témoignage dans le procès concernant le massacre de la caserne Diaz (autre lieu de détention et répression provisoire lors du même G8 à Gênes, NdT) mais entre-temps il reste chef de cabinet au Ministère de l’Intérieur (même si temporairement en sortie libre à Naples pour  l’urgence « ordures ») et tous ceux qui étaient responsables des forces de l’ordre public à Gênes ont eu des promotions.

Face à ce qui nous arrive aujourd’hui de Gênes il ne fait aucun doute que la véritable perdante est la politique, du moins la politique  institutionnelle.

Une droite qui, à travers l’impunité garantie aux forces de l’ordre et avec la modification de la prescription, essaie de cacher toute faute dans sa gestion de cette féroce répression. Un centre, le Pd, (Partito Democratico, tout nouveau parti de Walter Veltroni, NdT) qui n’a de cesse de clore cet épisode, dans sa crainte d’avoir à répondre de certains choix qui en firent plus qu’un protagoniste : héberger le G8 à Gênes, les pratiques d’entraînement des forces de l’ordre, la répression de mars 2001 à Naples.

Une chaîne de responsabilités qui ne ‘est pas encore bouclée, si l’on considère le choix catastrophique d’héberger le prochain G8 à la Maddalena en Sardaigne (avec le risque que Berlusconi en soit cette fois aussi le gestionnaire).

Mais la gauche aussi, qui avait pourtant partagé à Gênes le parcours politique du mouvement (alter mondialiste, NdT), et y avait trouvé nouvel élan politique et culturel, s’est montrée silencieuse ou s’est pour du moins limitée à une protestation à peine plus que formelle face  aux choix du gouvernement Prodi, tels que ces promotions pour les fonctionnaires sous enquête et sa décision d’accueillir le prochain sommet (du G8, NdT) en Sardaigne.

Peut-être un peu plus de courage aurait-il été nécessaire.

Personne ne passera une seule journée en prison, c’est vrai, mais aujourd’hui nous avons au moins l’espoir que d’ici quelques mois  la vérité historique pourra être confirmée aussi dans une salle de tribunal.

Si nous pensons à l’histoire italienne de l’après-guerre, constellée de massacres et de morts « accidentelles », sans jamais aucun coupable, cela serait déjà un grand pas en avant.

Vittorio Agnoletto

(Porte-parole du Genoa Social Forum au moment du G8 de 2001)

Edition de mercredi 12 mars 2008 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/12-Marzo-2008/art23.html


Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
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Articles Par : Global Research

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