Bombardier annonce 7500 nouvelles mises à pied au Canada

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Le fabricant canadien d’avions et de trains Bombardier a annoncé que 7500 de ses employés perdront leur emploi d’ici les deux prochaines années, soit plus de 10% de sa main-d’œuvre actuelle. Les deux tiers des mises à pieds toucheront la division ferroviaire, Bombardier Transport, et le tiers la division aéronautique. Deux mille postes seront supprimés au Canada, dont 1500 au Québec, où se trouve le siège social de la compagnie.

Ces nouvelles coupures s’ajoutent à l’élimination de 2750 emplois en février et mai 2015 et l’annonce de 7000 autres mises à pieds à l’échelle mondiale en février 2016, y compris 2400 au Québec et plus de 400 en Ontario. Selon la multinationale, ces mesures font partie d’un «plan de redressement» de cinq ans qui prévoit la suppression de quelque 17.250 emplois, soit 20% de sa main-d’œuvre totale.

La direction de Bombardier a fait savoir que les plus récentes coupures visaient des «fonctions administratives et d’autres fonctions non liées à la production» et réduiraient ses coûts de plus de 300 millions $ US. Au même moment, elle a laissé entendre que d’autres mises à pied sont à prévoir. «On va continuer à prendre les décisions qui s’imposent pour accroître notre productivité et réduire notre structure de coûts», a déclaré Alain Bellemare, le PDG de Bombardier.

Bombardier a tenté de minimiser l’impact des compressions en soulignant que la restructuration entraînerait 3700 «embauches stratégiques» dans des programmes comme la CSeries, l’avion d’affaires Global 7000 ainsi que pour des contrats ferroviaires comme celui des tramways pour la Toronto Transit Commission (TTC). Un porte-parole de l’entreprise a affirmé que celle-ci allait recourir à des départs volontaires et proposer des changements de postes aux salariés concernés.

En réalité, des milliers d’emplois ont été sabrés dans les usines de Bombardier au cours des dernières années suite au ralentissement de ses activités. L’entreprise offre également des congés sans solde depuis quelques mois aux travailleurs affectés aux programmes des avions d’affaires Challenger et des appareils Global 5000 et 6000 en raison de la baisse de production.

Comme ses grands compétiteurs Boeing et Airbus, Bombardier a été durement touché par la crise économique et la chute marquée dans la demande mondiale. De plus, la compétition est particulièrement féroce dans les secteurs aéronautique et ferroviaire, notamment depuis la création de la CRRC Corporation Limited, née de la fusion de deux entreprises d’État chinoises et devenue le premier fabricant de matériel roulant au monde.

La firme de notation Standard & Poor’s a abaissé à B- la cote de notation sur Bombardier en raison de la faiblesse des marchés actuels de Bombardier, l’incertitude entourant la CSeries et le haut niveau d’endettement de la compagnie, qui était récemment de 12 milliards de dollars canadiens, soit deux fois et demie sa valeur boursière de 5 milliards.

Une importante part de la restructuration chez Bombardier est centrée autour du programme de la CSeries, un appareil de transport régional qui doit venir concurrencer le Boeing 737 et le Airbus A320. Toutefois, la mise en marché de l’avion haute gamme fait face à de sérieuses difficultés, le programme accusant un retard de deux ans et demi sur son échéancier initial et des milliards de dollars en dépassement de coûts.

Un autre obstacle pour la CSeries est le conflit légal entre Bombardier et l’entreprise américaine Honeywell, qui lui fournit entre autres les systèmes de propulsion pour les avions de la CSeries. Bombardier poursuit Honeywell en l’accusant de ne pas respecter ses obligations contractuelles, y compris la réduction de ses coûts afin d’aider son client à rester concurrentiel et assurer la viabilité du programme.

La crise chez Bombardier est si importante que l’an dernier, le gouvernement du Québec a offert 1 milliard de dollars US à Bombardier dans le sauvetage du programme CSeries, obtenant ainsi une participation de 49,5 pour cent dans une société en commandite créée spécialement à cet effet. Peu de temps après le gouvernement investissait par l’entremise de la Caisse de dépôt et placement du Québec une somme supplémentaire de 1,5 milliard US en échange d’une participation de 30% dans Bombardier Transport.

Démontrant quels intérêts le gouvernement sert réellement, les libéraux de Philippe Couillard offraient des milliards de dollars sur un plateau d’argent à la multinationale au même moment où ils sabraient – au nom du déficit zéro – plus de trois milliards dans les programmes sociaux et attaquaient les conditions de travail des centaines de milliers de travailleurs du secteur public.

Malgré l’aide du gouvernement provincial, Bombardier espère toujours recevoir un autre milliard de dollars en subventions du gouvernement fédéral. Le gouvernement canadien a laissé entendre qu’il est prêt à fournir cette aide mais veut préparer le terrain politique face aux critiques émises par des sections de la grande entreprise de l’ouest canadien qui accusent le gouvernement de tiédeur dans la promotion des oléoducs.

Les mesures de Bombardier pour faire porter le fardeau de ses difficultés économiques à ses employés a été reçu positivement par les milieux financiers, l’action de la multinationale n’ayant fléchit que de 0,5% après l’annonce des nouvelles mises à pied. Fadi Chamoun, un analyste de BMO Marchés des capitaux qui suit de près la compagnie a dit que bien que «nous restons encore prudents envers la société» la Banque de Montréal salue «la volonté des dirigeants de prendre les décisions difficiles qui s’imposent».

Les propos de Philippe Couillard après l’annonce des mises à pied sont particulièrement cyniques. L’an dernier, le premier ministre avait justifié le renflouement de Bombardier en affirmant que 40.000 emplois directs et indirects au Québec dépendaient de la survie de la compagnie aéronautique. Maintenant que des milliers de travailleurs sont jetés à la rue, le gouvernement vante «la légitimité et surtout les bons choix que nous avons faits à l’époque de ne pas investir dans la société-mère mais plutôt dans la Série C».

Sans surprise, le président de l’Association des machinistes et travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA), David Chartrand, a feint l’étonnement et la colère suite à l’annonce des nouveaux licenciements de masse. En réalité, Chartrand et l’AIMTA ont démontré à maintes reprises au cours des dernières années leur volonté de collaborer avec Bombardier pour imposer les coupures aux travailleurs.

Chartrand est d’autant plus conscient des plans de redressement de Bombardier qu’il siège sur le conseil d’administration d’Aéro Montréal, un «forum stratégique» de concertation qui réunit l’ensemble des hauts dirigeants du secteur aérospatial québécois. Le but de ce forum, peut-on lire sur son site web, est «d’optimiser la compétitivité, la croissance et le rayonnement de la grappe aérospatiale, afin qu’elle demeure une source de création de richesse encore plus importante pour Montréal, le Québec et le Canada».

En 2015, Les dirigeants de l’AIMTA profitaient de l’aide financière du gouvernement québécois à Bombardier pour imposer un nouveau contrat de travail à leurs membres. Ce contrat comprenait une hausse salariale de 6 pour cent sur quatre ans, qui était essentiellement annulée par une augmentation des cotisations au régime de retraite, et le maintien du recours à l’embauche contractuelle et à la sous-traitance. Les chefs syndicaux avouaient avoir fait «le choix de faire certains compromis pour l’avancement de l’industrie aérospatiale», ajoutant que «nous espérons en retour que l’employeur en sera conscient».

Depuis l’imposition de ces reculs, les 8 plus hauts dirigeants de Bombardier, eux, ont empoché quelque 32 millions de dollars canadiens. Le PDG Alain Bellemare a remporté à lui seul 8,2 millions, soit environ 75 fois le salaire moyen d’un employé.

Laurent Lafrance



Articles Par : Laurent Lafrance

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