Bombes tricolores sur Tripoli

Source de la photo : http://papundits.wordpress.com/2011/03/21/libya-a-jolly-short-war/

Parmi les bombes qui pleuvent sur les deux millions et demi d’habitants de l’aire urbaine de Tripoli, en plein jour aussi maintenant, se trouvent à coup sûr les bombes italiennes. Il s’agit d’une « opération aérienne combinée » à laquelle participent des chasseurs bombardiers de plusieurs pays, communique le Commandement de la force conjointe alliée à Naples. En à peine plus de deux mois l’OTAN a accompli  plus de 10.000 opérations aériennes sur la Libye, dont 4mille avec bombes et missiles, effectuées en majorité par des chasseurs bombardiers de Grande-Bretagne, France, Italie et Canada, et par des avions étasuniens Predator/Reaper télécommandés. L’aéronautique italienne ne révèle pas combien de bombes et de missiles elle a lancé (selon une estimation, plus de 200 en un mois), mais elle communique de quel type ils sont. 

Dans le document « Unified Protector : les capacités d’attaque de l’AM » (du 6 juin), elle spécifie que ce sont des bombes à guidage laser et Gps de la société étasunienne Raytheon, types Gbu-16 Paveway II d’environ une demie tonne et Gbu-24 Paveway III d’une tonne : cette dernière, larguée à basse altitude à plus de 15 Kms de l’objectif, est « une bombe de précision employée pour détruire les bunkers souterrains les plus résistants». La bombe Gbu-32 Jdam aussi, de la société étasunienne McDonnell Douglas, à guidage inertiel  et Gps, lancée à 25 Kms environ de l’objectif, est utilisée contre des « cibles renforcées ». Ce qui signifie que ces bombes ont sûrement des têtes pénétrantes à uranium appauvri et tungstène pour détruire des édifices renforcés. Les avions italiens utilisent aussi des missiles de croisière à longue portée Storm Shadow, fabriqués par Mbda dont fait partie Finmeccanica[1], et dont la charge explosive est « optimisée pour neutraliser des structures blindées et souterraines », et des missiles Agm-88 Harm de Raytheon pour «  la suppression des radars ennemis ». 

Ces bombes et missiles de dernière génération -employés dans la guerre contre la Libye, à laquelle le gouvernement Berlusconi (centre-droit, NdT) fait participer l’Italie- n’auraient pas pu être utilisées si en 2007 le gouvernement Prodi (centre-gauche, NdT) n’avait décidé de moderniser les chasseurs bombardiers Tornado (avec une dépense de plus de 50 millions d’euros), mettant à profit l’expérience des Tornado dans la guerre contre la Yougoslavie, à laquelle le gouvernement D’Alema (centre-gauche, NdT) avait fait participer l’Italie. C’est grâce à cet engagement bipartisan que l’Aéronautique peut aujourd’hui déclarer avoir acquis le « pouvoir aérospatial ». Cela signifie -nous explique le document- avoir une absolue liberté de manœuvre au-delà des limites imposées par la géographie du globe, donner un relief maximal à la mobilité (atteindre avec de plus en plus de rapidité des théâtres d’opérations éloignés) et à l’autonomie dans le soutien d’opérations qui peuvent se prolonger dans le temps. « Des opérations qui ont comme impératif de poursuivre les objectifs donnés par l’autorité politique au plus bas coût possible en termes de vies humaines et de ressources ». En pensant évidemment à ses propres vies et ressources, pas à celles que la guerre détruit en Libye. Même si, tandis que les avions italiens aussi lancent sur Tripoli des bombes d’une tonne à uranium appauvri, l’OTAN assure que, sur la base des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, « le but de l’opération Protecteur unifié est de protéger les civils et les aires avec population civile d’une attaque ou d’une menace d’attaque ». 

Edition de jeudi 9 juin 2011 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110609/manip2pg/09/manip2pz/304617/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio 

[1] « second groupe industriel italien, le premier dans la haute technologie et un des cinq premiers dans le monde. Il est présent dans les secteurs de la défense, des hélicoptères, de l’aéronautique et de l’espace, de l’automatique, du transport et de l’énergie. La société est installée dans plus de cent pays et notamment en Grande Bretagne où le groupe a racheté de nombreuses entreprises de défense. Il emploie plus 58 000 personnes » :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Finmeccanica (NdT).



Articles Par : Manlio Dinucci

A propos :

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres: Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.

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