BP versera des milliards en dividendes

BP versera vraisemblablement des dividendes de plusieurs milliards de dollars à ses investisseurs, et ce, malgré la gigantesque marée noire dans le golfe du Mexique causée par l’explosion le 20 avril dernier de la plate-forme Deepwater Horizon.

© KEYSTONE | Le directeur général de BP, Tony Haywar.
Source :
http://www.tdg.ch/maree-noire-bp-va-installer-nouveau-couvercle-2010-05-11

Vendredi, dans une présentation aux investisseurs, le PDG de BP Tony Hayward a affirmé que BP pourrait « respecter ses obligations face à tous ses actionnaires », ajoutant que les actionnaires « dépendent en partie de BP pour leur sécurité financière ». Le conseil d’administration a reporté la décision finale au 27 juillet, espérant probablement que la colère populaire se calme d’ici là.

Hayward a assuré aux investisseurs que le géant du pétrole avait amplement de ressources pour absorber les coûts du désastre, bien qu’on l’ait décrit comme étant « évasif » sur la question du versement complet des dividendes. La plupart des analystes britanniques croient que les dividendes seront versés dans leur totalité, mais d’autres pensent qu’ils pourraient être réduits.

Les commentaires de Hayward soulignent le caractère socialement destructeur du capitalisme. La soif de profits de ce géant du pétrole a créé une catastrophe environnementale sans précédent dans le golfe du Mexique. Une foule d’indications démontrent que BP a ignoré d’importantes considérations de sécurité et environnementales en forant le puits dans le but de payer moins cher. Par conséquent, une grande partie du golfe est ravagée et des dizaines de milliers d’emplois dans l’industrie du tourisme et de la pêche dans la région seront perdus.

En toute justice, les cadres et les gros actionnaires de BP devraient être accusés au criminel et les actifs de la compagnie et les fortunes personnelles saisis. Plutôt, un débat fait rage sur la question de la totalité du versement de 10,5 milliards $ de BP à ses actionnaires. Plusieurs sénateurs américains ont demandé à BP de limiter les dividendes, du moins tant que l’écoulement de pétrole dans le golfe perdure.

Le président Obama, en Louisiane vendredi dernier, n’a pas fait de demande semblable. Il a fait référence au prochain versement de dividendes et, après avoir noté que BP ne devrait pas trop être trop avare lorsqu’il s’agira de répondre aux réclamations des habitants de la région du golfe, il a insisté sur le fait que le géant du pétrole avait des obligations légales envers ses actionnaires.

L’année dernière BP aurait distribué une impressionnante part des dividendes en Grande-Bretagne, soit le sixième de tous les dividendes britanniques. Le rendement de dividende annuel de BP devrait être à 8,9 pour cent ou 9,4 pour cent, selon les rapports, ce qui est beaucoup plus élevé que celui de ses rivaux Exxon Mobil (2,8 pour cent) et Royal Dutch Shell (6,5 pour cent).

BP a jusqu’à présent dépensé environ un milliard de dollars pour les coûts liés à la marée noire, soit moins qu’un dixième des paiements de dividendes anticipés. Une bonne partie de ce milliard serait déductible d’impôts.

BP, une des cinq plus importantes entreprises au monde, a perdu environ un tiers de sa valeur en bourse depuis le désastre, et Fitch a dévalorisé sa notation de crédit vendredi. Mais les analystes du marché ont exprimé leur confiance que l’entreprise peut survivre peu importe les dettes financières qui sont susceptibles de découler du nettoyage du golfe du Mexique.

Hayward, qui est payé plus de 4 millions par année par BP, est devenu aux États-Unis un symbole détesté de l’arrogance des entreprises. Pendant des semaines il a minimisé l’importance de la marée noire déclarant plutôt que ce qui se produisait était insignifiant, car le golfe du Mexique est un « très grand océan », et que l’impact environnemental serait « très, très modeste ». La semaine dernière, il a catégoriquement rejeté les preuves scientifiques de l’existence de panaches massifs de pétrole sous-marins et a été filmé criant « partez d’ici » aux médias qui tentaient d’avoir un aperçu sur les opérations d’assainissement.

Au cours de la fin de semaine, Hayward a déclaré, en des mots qui sont déjà devenus tristement célèbres, qu’il était intéressé à résoudre le problème du déversement parce que c’était un fardeau sur sa vie personnelle. « Je veux ravoir ma vie », a-t-il dit. La fureur par rapport au commentaire a été telle que Hayward a été contraint de présenter des excuses aux familles des 11 personnes tuées dans l’explosion de Deepwater Horizon.

Pourtant, lors de la réunion de vendredi avec les actionnaires, Hayward a semblé narguer la colère populaire. « Je suis, à ce jour, indemne », a-t-il dit devant actionnaires. « Un bâton ou une pierre peut me briser les os, mais les mots ne me blessent jamais, ou quelque chose comme ça »

Dans les cercles dirigeants, on craint que l’arrogance de BP, associée à l’impotence de l’administration Obama, génère une catastrophe politique d’une ampleur comparable, ou pire, aux dommages économiques et écologiques du déversement de pétrole.

Obama a fait une apparition à l’émission Larry King Live jeudi dernier et a annulé vendredi des visites prévues en Australie et en Indonésie pour faire un troisième voyage au golfe du Mexique depuis l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon.

La décision d’Obama de laisser tomber ses visites à deux pays — un voyage annulé pour la deuxième fois — indique une administration en crise. Des sources de la Maison-Blanche ont déclaré à la presse qu’ils craignaient la réaction populaire si le président quittait le pays alors que le déversement de pétrole continue toujours.

Après avoir proclamé pendant des semaines que c’était BP qui était responsable du nettoyage, Obama a cherché à projeter une nouvelle image où il se montre en contrôle de la situation et où il exprime de la colère envers BP. Toutefois, son incapacité à se faire le porte-parole, même d’une façon limitée, de la colère populaire envers BP a inquiété ses alliés politiques qui craignent que son administration puisse elle-même devenir la cible de la colère populaire.

Dans son entrevue à Larry King, Obama a déclaré que « toute cette situation le rendait furieux ». Il n’a pas, toutefois, fait aucune mention du fait qu’une enquête criminelle avait été annoncée par le procureur général américain plus tôt cette semaine.

L’objectif premier de l’administration est de gagner du temps et de trouver une façon de contenir cette colère et d’empêcher qu’elle s’oppose aux politiques favorisant la grande entreprise mises en place par son administration, y compris l’augmentation des forages pétroliers.

« Nous devons obtenir du pétrole aux États-Unis mêmes », a-t-il dit, indiquant qu’il lèverait le moratoire sur les nouveaux forages en eaux profondes dès que la commission aura établi que l’on pourra forer de façon « sécuritaire ».

Article original anglais, WSWS, paru le 5 juin 2010.



Articles Par : Tom Eley

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