Print

Bush le pompier incendiaire
Par Danielle Bleitrach
Mondialisation.ca, 06 février 2007
Bellaciao 25 janvier 2007
Url de l'article:
https://www.mondialisation.ca/bush-le-pompier-incendiaire/4696

Bush est pire que ce que l’on peut imaginer mais c’est un génie quand on le compare aux politiciens français…

George W. Bush s’est livré à un exercice de style périlleux mardi 23 janvier 2007 : le discours annuel sur l’état de l’Union devant un congrès dominé par les démocrates. Exercice de style périlleux puisqu’il s’agissait à la fois de défendre une stratégie irakienne que condamne non seulement la majorité du Congrès mais l’ensemble du peuple américain. On peut même dire que son vibrant plaidoyer en faveur de sa politique présente un aspect extraordinaire surréaliste au moins sur deux points.

  •  Le premier pourrait être résumé de la manière suivante : notre intervention en Irak a abouti à une telle catastrophe que nous n’avons plus que la solution de poursuivre sur notre lancée.
  •  Le second est d’utiliser le fait que ses adversaires démocrates n’ayant visiblement pas de stratégie de rechange il peut éviter avec ce chantage la paralysie politique et effectivement aller plus avant dans le scénario catastrophe [1] , tout en ayant atteint un niveau d’impopularité sans équivalent [2]

    Ces deux faits nous renseignent sur la fragilité actuelle des démocraties occidentales. Et nous Français qui sommes à la veille d’un scrutin présidentiel qui se caractérise par premièrement le rejet des candidats en situation d’être élus et deuxièmement par leur possible effondrement tant leur campagne est en rupture avec ce qui préoccupe les Français (emploi, pouvoir d’achat, le social en général) qu’avec l’état du monde (la paix, le développement, la préservation de la planète, etc..) nous pourrions utilement méditer sur cette fragilité du modèle démocratique actuel. Mais revenons à Bush et à l’état de l’Union.

    Dans son discours le président a évoqué le »scénario cauchemardesque » d’un retrait prématuré des Américains d’Irak et la menace d’un conflit sur le sol irakien entre extrémistes chiites, soutenus par l’Iran voisin, et sunnites. »Une contagion de la violence pourrait déborder du pays et finalement toute la région pourrait être entraînée dans le conflit ». « L’Amérique n’a pas le droit d’échouer en Irak, parce que vous comprenez que cela aurait des conséquences funestes et de grande ampleur », a-t-il estimé. C’est là que se situe l’aspect le plus étonnant du raisonnement non seulement de Bush mais d’un système comme on le voit actuellement à la réunion de Davos : le système capitaliste, l’impérialisme ne produisent que des catastrophes, détruisent la planète, engendrent inégalités, sous développement, chômage, misère, guerre, c’est pourquoi il doit être maintenu, si nous nous retirions ce serait une catastrophe planétaire. Fort donc de l’expérience acquise dans le développement du chaos, Bush i a défendu sa décision totalement repoussée par le Congrès et la majorité des citoyens nord-américains de dépêcher 21.500 soldats supplémentaires pour empêcher l’Irak de sombrer dans le chaos, estimant qu’elle représentait « la meilleure chance de succès ».

    Pourtant la plupart des forces politiques, pays et même simples citoyens des pays du proche orient s’entendent sur une idée simple : il faut que les Etats-Unis quittent l’Irak, ce sont eux qui entretiennent la situation de guerre civile, ils sont à l’origine de celle-ci et la seule stratégie de Bush c’est de l’étendre au-delà des limites de l’Irak, au Liban, en Iran et au-delà… La France et l’Union européenne n’ont pas de stratégie de rechange ce qui ne les empêche pas de fait d’entretenir les mêmes divisions…

    Aux Etats-Unis de grandes manifestations contre la guerre en Irak se préparent pour le 27 janvier. Ne croyez pas qu’il soit simplement question de la vie de quelques soldats étasuniens même fraîchement naturalisés ou de celle de quelques centaines de milliers d’irakiens ou iraniens, il s’agit de l’avenir énergétique de la planète. GW. Bush à l’inverse de nos politiciens français qui évitent soigneusement la question parle de la sécurité énergétique des Etats-Unis et des Etats-Unis uniquement. Il est à noter que la crise climatique ne l’intéresse pas.

    Le 6ème discours sur l’état de l’Union de GWjouait sur un mode mineur, non seulement parce que comme nous venons de le voir Bush est dans la mélasse mais parce que c’est son principal argument et il abandonjne un peu les grandes orgues de “the axis of evil” , « l’axe du diable ». Selon the guardian, Il semble que les services de communication de la Maison-Blanche ont insisté auprès de la presse internationale pour centrer sur l’énergie en expliquant que c’était le sujet que la présidence voulait voir mettre en exergue. Cette insistance est elle-même une sérieuse indication de l’état d’esprit de la Maison Blanche.

    L’opinion et la presse internationales étaient averties sur cela et la question soulevée à cette occasion était bien celle-ci : le président US va-t-il modifier sa position et se montrer attentif à la crise climatique ? On peut dire que le discours sur ce plan aussi a provoqué une grande pdéception. Bush a évidemment abordé la question par les biais les plus réducteurs : sécurité d’approvisionnement en énergie (par réduction de la dépendance extérieure), donc sécurité nationale. Le lien n’a pas été fait avec la question de la crise climatique en tant que crise systémique globale, dont l’analyse générale qui est faite (nécessité de réduire les émissions de CO2) rencontre en général le plus grand scepticisme dans l’administration GW.

    Donc on voit ce qu’on peut attendre de la première puissance mondiale aujourd’hui…

    Et pendant ce temps-là en France…..

    De surcroît nous pourrions, nous Français, nous moquer de cette stratégie de Gribouille (aller se jeter dans le lac pour éviter d’être mouillés par l’orage), de ces demeurés d’étasuniens, si la fin du mandat de jacques Chirac ne consacrait la disparition politique indépendante de la France, politique sans moyen et légèrement chaotique, qui donne envie de chanter en pensant au gaullisme : que reste-t-il de nos amours ? Rien ou pas grand-chose…

    Quant à la grande question qui nous est posé à tous de la réorganisation des besoins énergétiques, des priorités, elle est complètement isolée par exemple de celle de la paix et de la guerre. De ce point de vue, nous sommes encore très loin du discours de l’Union de G.W. Bush Pourquoi cette nostalgie gaullienne, nostalgie à laquelle on peut attribuer la sortie « vive le Quebec libre, de la candidate du PS, parce que nous entrons dans l’ère du grotesque totalement soumis aux pires errances des Etats-Unis.

    En effet si Jacques Chirac a le mérite de vouloir avant tout empêcher une guerre et s’il craint légitimement qu’après l’expiration de la période de 60 jours fixée par la résolution 1737 de l’ONU, en février, l’application de sanctions n’amène à la réalisation du scénario de Dick Cheney et de George Bush, c’est-à-dire une escalade rapide aboutissant au lancement d’une action militaire contre l’Iran, la manière dont il tente de s’y opposer n’est pas très convaincante ne serait-ce que parce que la plupart des Français n’ont pas la moindre idée de ce qui se trâme. La politique suivie par Jacques Chirac est pour le moins marquée par quelques incohérences. D’abord par des considérations annexes comme sa propre candidature en cas de crise internationale et surtout sa vision clientéliste du Liban. Il espère que Téhéran puisse tempérer la politique du Hezbollah au Liban, et il organise à Paris, le 25 janvier, une grande conférence internationale sur le Liban dont l’un des objectifs est de renforcer la position du Premier ministre libanais Fouad Siniora, fortement contesté par l’alliance du Hezbollah et du CPL du général Aoun. Visiblement ses espoirs concernant Fouad Siniora ne correspondent pas aux aspirations sur le terrain, parce que Jacques Chirac soutient non seulement le clan pro-occidental, pro-étasunien, mais celui des banquiers qui épuisent le Liban. Le Président français mesure mal que le Hezbollah est une force nationale souveraine et que l’Iran ne joue pas au Liban le rôle de parrain que beaucoup veulent lui attribuer. Cela dit Jacques Chirac a le mérite non seulement de repousser la guerre mais d’avoir une politique assez proche de celle préconisée par la commission Barker et qu’a refusée Bush : tenir compte de l’Iran comme facteur de paix. Mais la principale limite du Président français est sans doute dans l’état des forces politiques en présence en France, la comédie indécente des élections présidentielles, la bande de clowns qui se présentent à la magistrature suprême en matière de politique internationale et surtout l’état de l’opinion publique totalement enfermée sur une vision hexagonale. [3]

    C’est peu de dire que les deux principaux candidats le couple infernal Sarkozy-SégolenRoyal , et les deux « troisième homme » ne remettent pas en cause la politique néo-libérale, celle qui organise systématiquement la catastrophe et dans laquelle tous voient « la meilleure chance de succès », il faut rattraper Bush dans l’absence de couverture sociale et de concurrence fiscale. [4] En matière de politique internationale chaque candidat tente d’occulter le sujet, alors que nous sommes à la veille d’un embrasement de l’Iran, ce qui non seulement se traduirait par le cauchemar bushien sur toute la région, mais une interruption possible des livraisons de pétrole et de gaz qui porterait le barril à 300 euros et nous ferait retourner du moins pour la majorité d’entre nous à l’âge des cavernes, c’est déjà le sauve qui peut dans ce domaine aussi pour les Etats-Unis … [5]
    Et pendant ce temps là chez nous on ne parle pas de ce qui nous menace, de notre propre prolifération nucléaire militaire, j’allais oublier Ségolène propose d’aller libérer le Québec…

    Bush à côté de notre bande de zozos c’est un génie…

    Danielle Bleitrach est sociologue.

    Notes

    [1] Dans leur réponse officielle, les démocrates ont appelé M. Bush à un changement « immédiat » de politique l’Irak permettant aux forces de combat de quitter le pays « prochainement ». « La majorité du pays ne soutient plus la guerre qui est livrée, pas plus que la majorité de nos militaires », ont-ils estimé oui mais cela manque un peu de solutions de rechange. Pour les Français amoureux des démocrates et ils sont légion dans les médias, il suffira que Bush s’en aille et qu’Hilary Clinton pratique la même politique pour que les USA soient de nouveau le phare de l’humanité…

    [2] Une enquête pour le quotidien Washington Post et la chaîne ABC indique que 70% des Américains réprouvent la politique irakienne de M. Bush et 66% le renforcement du contingent américain. Selon le même sondage, 33% seulement des Américains approuvent et 65% désapprouvent l’action de M. Bush en général, ainsi revenu à la cote de popularité la plus basse de sa présidence.

    [3] Alors que la tension monte entre Washington et Téhéran, l Le Monde du 16 janvier a révélé que Jacques Chirac comptait envoyer un émissaire diplomatique de haut niveau en Iran. Son but serait de faire baisser la tension entre l’Iran et les Etats-Unis et d’obtenir que l’Iran joue un rôle positif dans la solution à la crise libanaise. A l’origine, c’est le ministre des Affaires étrangères Douste-Blazy qui avait été pressenti pour cette mission, mais au grand soulagement général, on lui a préféré Jean-Claude Cousseran, chef de la DGSE entre 2000 et 2002. Douste Balzy en matière de politique étrangère c’est l’équivalent du porte avion Charles De gaulle pour être à l’heure sur le terrain des hostilités. Sarkozy ayant conseillé à Douste blazy de ne pas y aller, des conversations sérieuses ont pu se nouer entre paris et Téhéran. Selon Le Monde, l’idée d’envoyer un émissaire à Téhéran aurait fortement déplu aux responsables américains (dont Stephen Hadley), furieux de pas avoir été consultés. La diplomatie de Jacques Chirac reflète sa conception du rôle qu’il attribue à l’Iran. Dans une interview au Monde de juillet 2006, il soulignait la vocation de ce « grand pays dont la préoccupation de compter dans la région est légitime ». Le 5 janvier, lors d’un discours prononcé à l’Elysée, Jacques Chirac évoquait à nouveau les aspirations de l’Iran à « jouer au Moyen-Orient tout le rôle que sa civilisation millénaire lui destine ».

    [4] Bush a aussi proposé des déductions fiscales pour favoriser l’accès à une couverture médicale dont sont dépourvus plus de quarante millions d’Américains. Voilà le rêve de Sarkozy.

    [5] Bush a annoncé son intention de renforcer avec l’appui du Congrès les normes imposées aux voitures particulières et de favoriser les carburants alternatifs et renouvelables, avec pour objectif de diminuer de 20% d’ici à 2017 la consommation d’essence.Au nom de la sécurité des approvisionnements, il a annoncé le doublement d’ici à 2027 de la réserve stratégique de pétrole des Etats-Unis.

  • Avis de non-responsabilité: Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.