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Bush, seul contre tous, veut envoyer plus de troupes en Irak…
Par Bruno Lamothe
Mondialisation.ca, 21 décembre 2006
Blog Laurent Fabius, Bellaciao 21 décembre 2006
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https://www.mondialisation.ca/bush-seul-contre-tous-veut-envoyer-plus-de-troupes-en-irak/4233

Empêtrée dans le fiasco irakien, la Maison-Blanche envisage néanmoins le déploiement de troupes supplémentaires. Une perspective qui va à l’encontre de l’avis de l’armée américaine, de l’opinion publique et des multiples rapports qui soulignent l’aggravation de la situation sur le terrain.

« Envoyer 15 000 à 30 000 soldats supplémentaires pour une mission d’environ six à huit mois, telle est une des propositions centrales avancées par la Maison-Blanche pour stopper la détérioration de la situation en Irak », rapporte le Washington Post, de source officielle. Mais cette idée est « unanimement rejetée par l’état-major de l’armée » alors que la réflexion américaine sur la stratégie à adopter en Irak fait l’objet « d’intenses débats ». Les chefs militaires américains estiment que la Maison-Blanche n’a pas encore de plan clairement défini. « L’intransigeance des militaires s’explique par le fait que la révision de la stratégie américaine sera la décision la plus importante sur l’Irak depuis l’invasion de mars 2003. »

Rendu public lundi 18 décembre, un rapport trimestriel du Pentagone pour le Congrès intitulé « Evaluation de la stabilité et de la situation en Irak » conclut pour sa part que les attaques contre les forces américaines et irakiennes ont atteint un niveau record, avec une croissance de 22 % sur la période d’août à novembre 2006 par rapport à celle de mai à août de la même année. « Si la plupart des attaques sont dirigées contre les soldats américains, la majorité des morts et des blessés sont des militaires et civils irakiens », rapporte le New York Times.

Le Los Angeles Times commente également le dernier rapport du Pentagone et souligne que « les milices armées de l’imam radical chiite Moqtada Al-Sadr constituent le plus grave danger pour la sécurité et la stabilité de l’Irak, dépassant la menace des insurgés arabes sunnites et des terroristes d’Al-Qaida ». « Avec l’augmentation des attaques, la confiance du peuple irakien a chuté, peu de gens pensent que leur gouvernement puisse les protéger et estiment qu’il s’agit d’une guerre civile. Contrairement aux propos de Bush qui continue d’évoquer le danger des extrémistes et radicaux en Irak dont Al-Qaida, la violence sectaire est le plus grand défi auquel sont confrontés les forces américaines et le gouvernement irakien ».

L’équation de l’administration Bush visant à aller de l’avant en Irak, tout en excluant toute perspective d’échec et en évoquant une vague promesse d’un calendrier pour le retrait des troupes, s’avère insoluble pour le moment. Les intenses débats sur la stratégie en Irak qui ont cours se poursuivront pendant les vacances de fin d’année. Bush n’a annoncé aucune décision alors que le nouveau secrétaire à la Défense, Robert Gates, vient de prendre ses fonctions à la place de Donald Rumsfeld et que l’Iraq Study Group (ISG), le groupe d’étude bipartite d’experts américains dirigé par James Baker et Lee Hamilton, a publié ses recommandations.

Envoyer des troupes américaines supplémentaires ou se retirer d’Irak, telle est la question. Dans les colonnes éditoriales de l’International Herald Tribune un officier des marines s’oppose à l’idée d’un retrait en s’appuyant sur l’exemple de la province d’Anbar. Après le retrait des troupes américaines, « cette région de l’ouest de l’Irak est devenue une oasis pour les criminels, les terroristes et des milliers de brutes locales qui ont instauré de fait des minirégimes en l’absence de forces de stabilisation ».

En revanche, Eugene Robinson, du Washington Post, s’inquiète d’un éventuel envoi de troupes d’autant plus périlleux que le contingent prévu pour être dépêché sur place est réduit. « Doubler le nombre de soldats américains en Irak serait une erreur – car nous avons besoin de partir, maintenant, avant que l’ensemble du Moyen-Orient ne s’embrase –, mais cela constituerait néanmoins un objectif. L’augmentation timide envisagée actuellement serait sans but et erronée. Qu’y a-t-il de plus immoral que de sacrifier le sang américain pour sauver la face dans une guerre perdue ? »

http://laurentfabius2007.over-blog.com, 20 décembre 2006.

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