CANADA : Attawapiskat ou la dure réalité autochtone

Les conditions de vie difficiles des Amérindiens ont indigné l'opinion publique en 2011

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Photo : Agence Reuters Frank Gunn
Ferlin, sept ans, est au nombre des 21 personnes qui habitent cette maison d’Attawapiskat dont les plafonds sont munis de toile de plastique afin de limiter l’infiltration d’eau.
Enfants couchant dans des logements sans chauffage à des températures sous zéro, jeune femme écrivant sa détresse extrême et sa dépendance aux drogues dures avant de mourir, les conditions de vie des autochtones ont finalement choqué l’opinion publique au cours de la dernière année.

Déjà, au mois de juin dernier, la vérificatrice générale du Canada Sheila Fraser affirmait juste avant de prendre sa retraite que le gouvernement fédéral avait échoué à mettre des mesures en place pour améliorer les conditions de vie des autochtones. En effet, constatait-elle, «un nombre disproportionné de membres de Premières Nations n’ont toujours pas accès au même titre que le reste de la population canadienne aux plus élémentaires des services».

On estime que 41 % des membres de Premières Nations, qui sont, rappelons-le, sous la responsabilité du gouvernement fédéral, obtiennent un diplôme d’études secondaires, contre 77 % des autres Canadiens. Et, fait révoltant entre tous, «plus de la moitié des réseaux d’approvisionnement en eau potable dans les réserves continuent de poser un risque pour la santé des personnes qui les utilisent. Dans un pays aussi riche que le Canada, déclarait Mme Fraser, un tel contraste est inacceptable».

Pourtant, c’est plus de six mois plus tard que les Canadiens semblaient découvrir avec stupéfaction les conditions de vie régnant dans la réserve ontarienne d’Attawapiskat, dont la pénurie de logements en plein hiver et le manque d’eau potable. Pour toute réponse à cette crise qui a nécessité l’intervention de la Croix-Rouge, le gouvernement fédéral, qui calcule l’argent investi dans la réserve au cours des dernières années, a mis Attawapiskat en tutelle.

Or, «il y a plusieurs Attawapiskat», rappelait début décembre le chef national des Premières Nations, Shawn Atleo, de passage à Ottawa.

La vérificatrice générale du Canada allait d’ailleurs plus loin dans son rapport. Au-delà des programmes existants, dit-elle, «un changement fondamental doit s’opérer». Il faut vaincre le manque de clarté concernant l’ampleur des services devant être offerts aux communautés autochtones, l’absence de fondement législatif garantissant ces services, et la pénurie d’organisations en mesure d’offrir ces services.

Le gouvernement fédéral et les gouvernements des Premières Nations, doivent, conclut-elle, «travailler ensemble pour améliorer le bien-être de ces collectivités».

Mais les Premières Nations vivent souvent repliées sur elles-mêmes, parfois dans des régions éloignées des grands centres. La pauvreté et la misère qui y règnent grandissent à l’abri des regards. Ainsi, au Québec, 25 % des enfants des Premières Nations vivent sous le seuil de la pauvreté, contre 10 % des enfants du reste de la population, selon les données de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador.

C’est dans ce contexte que Québec a lancé son ambitieux plan Nord, vaste projet de développement des ressources naturelles du Grand Nord, qui gisent souvent en plein territoire autochtone.

L’approche du gouvernement du Québec consiste à négocier de nation à nation, voire, dans certains cas et certains dossiers, une communauté à la fois. Dans certaines communautés, on projette de redistribuer entre les membres certaines sommes consenties par des compagnies en guise de dédommagement pour l’exploitation des ressources.

Déjà, certains Innus de La Romaine ont alerté le député de l’ADQ, François Bonnardel, au sujet de chèques semblables qui ont été distribués par des conseils de bandes à la suite d’ententes avec Hydro-Québec, au moment du développement du barrage hydroélectrique. Le lancement des chantiers de ce barrage aurait amplifié la consommation de drogue chez les jeunes autochtones, disent-ils, et ces chèques pourraient en être la cause. Doit-on s’attendre à ce que ce genre de pratique se généralise avec l’avènement du plan Nord?

Quelque temps après cette controverse, Le Devoir publiait un poème d’une Inuite prénommée Minnie, morte quelques jours auparavant. «À douze ans je sniffais de l’essence, écrit-elle, à treize ans je priais Satan. […] En même temps, je veux me droguer, mettre une aiguille dans mon bras, pour mourir…» Au sujet de la consommation d’alcool et de drogue des jeunes autochtones encore, les statistiques donnent froid dans le dos: 37,5 % des jeunes de 12 à 14 ans avaient consommé de l’alcool au cours de l’année précédant une enquête de l’APNQL, et 27,1 % avaient déjà consommé de la drogue. Chez les 12 à 17 ans, 22,3 % des jeunes disaient boire cinq verres ou plus lors d’une seule occasion, une ou plusieurs fois par semaine.

On ne pourra plus dire, en 2012, qu’on ne connaît pas les conditions de vie difficiles dans lesquelles vivent les Premières Nations au Canada et au Québec, même si, en général, les autochtones québécois, moins nombreux, vivent dans des conditions légèrement supérieures à ceux des autres provinces canadiennes. En Abitibi-Témiscamingue, la communauté algonquine de Lac-Simon a besoin de 300 logements supplémentaires. À Manawane, communauté attikamek du nord de Lanaudière, c’est 400 logements qui manquent au bien-être minimal de la communauté. Dans un tel contexte, on s’entasse souvent à 10 ou 12 par maison, jusqu’à ce que les maisons débordent. Par ailleurs, en 2003, 44 % des logements occupés par les autochtones du Canada avaient besoin de rénovations, selon Sheila Fraser. Le problème persistant des moisissures n’était pas résolu en 2006.

Les communautés autochtones connaissent en général une imposante explosion démographique. En 2006, près de la moitié des autochtones du Canada avaient moins de 25 ans. Auront-ils un toit dans quelques années?



Articles Par : Caroline Montpetit

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