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Ce que l’Histoire nous en saigne…
Par Maryse Laurence Lewis
Mondialisation.ca, 12 septembre 2022

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Il est notoire que les animaux, même les plus belliqueux, défendant à coups de griffes, de tête ou de cornes leur territoire, terminent rarement leurs élans en décès d’un des combattants. Ce n’est pas le cas des humains. 

Des centaines de guerres et conflits ont ruiné des villages, des cultures, affamés des populations, pour satisfaire les caprices des seigneurs féodaux, roitelets et empereurs, afin de maintenir leur suprématie sur une contrée. Les habitants n’en représentant que de la chair à canon, corvéables, fournisseurs de denrées à des individus chargés de leur protection. Une tâche qui se résumait à exposer les innocents aux pillages de troupes armées, amies ou ennemies. 

Au XXIe siècle, conserver une institution aussi coûteuse et archaïque que la royauté est une aberration. Ce n’est pas le nationalisme qui est dépassé. Seule la permanence des États-Nations peut encore nous épargner la domination du monde, par une élite auto-proclamée de magnats de la finance, de monopoles et d’oligopoles s’accaparant de nos ressources. Une élite dont l’unique supériorité est le nombre de chiffres alignés dans des comptes de banque. Des économistes obligent « nos » élus à signer des accords de libre-exploitation, visant la privatisation des services publics.

La reine est morte… Vive la démocratie!

Si chaque décès est humainement triste, il ne faut cependant pas oublier que l’attribution d’une valeur supérieure à une femme qui, de son vivant, n’a servi qu’à perpétuer des protocoles et des rituels rétrogrades, est une occasion pouvant aider les politiciens à réfléchir : pourquoi, au XXIe siècle, maintenir un système de hiérarchie héréditaire? 

De Charles Ie à Charles Oe

C’est en 1642 que l’on cessa de supporter la tyrannie du monarque Charles premier, régnant en despote absolu. Oliver Cromwell, à la tête d’une armée en révolte contre le roi, parvint à interrompre son pouvoir. En 1649, à la fin de cette guerre civile, on exécuta le potentat. Bien que modéré par un Conseil d’État de 41 membres, l’autorité de Cromwell fut jugée excessive. On rétablit la monarchie en 1660. C’est sous le règne de Guillaume III d’Orange qu’on instaura la monarchie constitutionnelle, enlevant un peu de puissance à l’aristocratie. ¹

À l’époque, soit en 1689, cette réforme s’avérait certes une avancée démocratique. Mais la soutenir après plus de trois cents ans appelle d’urgence une nouvelle réforme.

Pendant que les citoyens d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande s’appauvrissaient sous les impôts, s’épuisaient dans les usines et achevaient de miner leur santé dans les « maisons de travail » où l’on entassait les ouvriers, chacun à leur tour, les Vices-Rois des Indes se pavanaient dans un palais de 340 pièces et 37 salons, aux murs et planchers recouverts de marbre, servis par des centaines de domestiques. Pendant que la famille royale, en Angleterre, vivait dans l’opulence et conservait un statut d’intouchable par quiconque n’était pas jugé digne d’elle, les intouchables de l’Inde mouraient de faim dans la rue ou survivaient dans des taudis. Et, au royaume anglais, les déshérités de l’île attendaient en file un bol de « soupe populaire ».

Il a fallu l’accession au pouvoir des Travaillistes, en 1948, dans un pays ruiné par deux guerres mondiales, pour qu’on initie un Service National de Santé (National Health Service), afin que les citoyens aient une possibilité d’être soignés, alors qu’auparavant, les hôpitaux ne profitaient qu’à ceux pouvant en payer les frais, en plus des impôts. On demande depuis quelques années une réduction des dépenses en santé, mais on augmente le financement de l’armée. La capacité de tuer ou se faire tuer importe davantage qu’une volonté réelle de maintenir une paix internationale et des populations en santé. ²

On nous harcèle à propos de nos habitudes, du gaspillage par surconsommation. Pendant plus 80 ans, on considéra que porter à nouveau une robe attentait à la nature surhumaine de la reine. Depuis moins d’une décennie, Elisabeth II permit le « recyclage » de quelques-unes de ses tenues. Imaginez le coût de confection et destruction annuelle de 365 habits… Dans une société dite scientifique, sortie de l’obscurantisme et des superstitions, est-ce tolérable que le moindre manquement à des convenances ridicules, sensées être dues à une femme entretenue par le peuple, soit considéré sacrilège? Prétendre que cet être, aussi inutile qu’onéreux, représentait Dieu sur Terre ̶ et pas n’importe lequel, celui des anglicans! ̶ , est une insulte à Dieu s’il existe. On critique les fondamentalistes religieux, et on déifie des individus. ³

Tout ce que l’on pourrait attendre de bon de la famille « royale », est la dissolution de cette tradition inepte de privilèges héréditaires, transmis en dépit du niveau d’intelligence, de compétence et de valeur réelle des descendants. Et cela coûte cher. Même hors d’Angleterre. Plus d’un million et demi de dollars en salaire pour la représentation royale au Canada! Une pension à vie de 150,000 dollars, après avoir vécu cinq ans dans une résidence de 175 pièces ou relaxé dans un chalet au Cap Diamant. Cette tradition obsolète a été évaluée à plus de 67 millions de dollars gaspillés en 2021. Et la déshonorable Lise Thibault n’en eut pas assez. Une autre en devint folle et répudia ses valeurs politiques. La suivante fit des dépenses concrètement astronomiques. Que ne fait-on pas par attrait des paillettes… 4

L’ultime gouverneuse générale de la Barbade, elle au moins, profita de sa position pour réaliser l’indépendance de l’île!

Si nous désirons un monde plus juste, dans lequel chaque être est distinct mais égal en droit, tous les États ayant le statut de démocratie devraient imposer un embargo envers les royautés. Un système politique inique, soumis à une croyance absurde en l’essence divine d’un groupe humain. Au XXIe siècle, cette tradition désuète et eugéniste devrait disparaître.

Maryse Laurence Lewis

 

 

 

Image en vedette :  Statues de cire de la famille royale au Musée Tussaud de Londres en 1992. 21 juillet 2013. Source : commons.wikimedia.org

 

Références / Notes :

1. Guillaume III d’Orange-Nassau, alias Wilhelm ou William, selon le territoire de ses sujets, Hollande, Angleterre, Écosse, Irlande. 

2. https://www.forumdinnovationensante.org/article/levolution-du-systeme-de-sante-national-de-langleterre/

3. https://www.parismatch.com/Royal-Blog/Elizabeth-II-recycle-ses-vetements-170385

4.1 https://www.journaldemontreal.com/2021/01/30/etre-sujets-britanniques-vous-coute-une-fortune

4.2https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-affaires-criminelles/proces/201412/08/01-4826149-lise-thibault-plaide-coupable-de-fraude-et-dabus-de-confiance.php

4.3 https://www.ledevoir.com/politique/canada/593839/point-de-presse-covid-trudeau-22-janvier-2021

4.4 https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2021-07-08/la-remuneration-princiere-des-gouverneurs-generaux.php

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