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Chapeau Monsieur Leonard Cohen
Par Claude Jacqueline Herdhuin
Mondialisation.ca, 12 novembre 2016

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Ça, la poésie l’interdit absolument

« Le cœur est plus ou moins sérieux. Quand on ferme la porte et qu’on se trouve seul dans la chambre, ça, c’est sérieux, et mes chansons viennent de cet espace. » Leonard Cohen

Leonard Cohen m’a accompagnée tout au long de mon existence. Enfant, j’entendais ses chansons à la radio, je le voyais à la télévision, il faisait partie de mes repères. Ce n’est que bien plus tard que j’ai réellement compris Cohen l’artiste, puis le poète et enfin l’homme. J’ai compris ce visage tendu et triste. Leonard Cohen n’a jamais caché ses moments difficiles avec la dépression qui l’a suivi toute sa vie. Il en parlait naturellement, comme il aurait pu dire, s’il avait été moins connu, « Je m’appelle Leonard Cohen, je suis chanteur et poète, je suis né à Montréal, j’habite à Los Angeles ». La dépression faisait partie de lui. Il a su l’apprivoiser pour en faire son alliée. L’utiliser pour créer une œuvre gigantesque et pourtant si humaine.

Il nous parlait de nous, de nos chagrins, de nos amours, de nos rêves et de nos angoisses. L’homme à l’élégance naturelle se livrait en toute simplicité. Il allait chercher au fond de lui-même la matière brute et noire qu’il transformait en joyaux pour les partager. Il affrontait ses craintes et ses démons. Rien ne l’effrayait dans ce corps-à-corps qui l’a conduit à devenir moine bouddhiste. Juif et bouddhiste? Pour lui, ce n’était absolument pas incompatible. Il disait, « Je suis né juif, je mourrai juif, mais rien n’interdit ma quête de spiritualité. »

Bien plus qu’un homme de scène à la renommée internationale, il était avant tout un grand créateur. Comme il en existe peu. Un grand artiste et un grand humain. Leonard Cohen n’a jamais dérogé à ses principes, à sa quête de spiritualité pour mieux se comprendre d’abord et mieux comprendre l’humanité ensuite. Un long parcours de plus de huit décennies qui lui a permis de s’apprivoiser, d’apprivoiser la vie et son talent. Car, en naissant, Cohen portait un lourd fardeau : un don exceptionnel. Don reçu en cadeau d’un dieu venu de l’Olympe ou de Judée, ou encore d’une fée penchée sur son berceau.

Quel que soit ce dieu ou cette fée, Cohen ne l’a pas déçu. En quatre-vingt-deux ans, il ne l’a jamais trahi. Jamais il n’a failli à sa mission. Un long combat solitaire pour rendre l’humanité meilleure. Très lucide, il savait qu’avant tout, il était un être humain auquel on avait confié la clé de la poésie. Il n’avait pas d’autre choix que d’ouvrir la porte et de s’y abandonner tout entier.

« Le cœur est plus ou moins sérieux. Quand on ferme la porte et qu’on se trouve seul dans la chambre, ça, c’est sérieux, et mes chansons viennent de cet espace. » Merci Leonard Cohen d’avoir partagé cet espace avec nous. Merci d’avoir su rester fidèle à vous-même. Au point de refuser le prix du Gouverneur général du Canada pour la poésie en 1969 en déclarant, « La poésie elle-même l’interdit absolument ».

Claude Jacqueline Herdhuin

Auteure, réalisatrice

 

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