Chartrand : allons à l’essentiel

Beaucoup d’hommages de circonstances n’iront pas à l’essentiel: une vie de révolte contre le patronat, le capitalisme et l’oppression nationale. Une vie, comme un long combat pour le syndicalisme, le socialisme et l’indépendance du Québec.

Un syndicalisme qu’il pratiquait dans sa forme plus combative que gestionnaire. Jamais complaisant. Une convention collective ? On signe. Ça codifie nos gains. Mais surtout ne pas oublier que ce n’est rien d’autre qu’une trêve entre deux batailles.

Un syndicalisme, école de solidarité internationale. Chartrand le chilien au lendemain du coup d’État de 1973. Comme on en a distribué des tracts pour remplir le forum de Montréal, ce 1er décembre 1973 en hommage à Salvador Allende.

Le forum, rien de moins: ainsi en avait décidé le président du Conseil central de Montréal. Et il a tenu parole, comme toujours. C’était plein de gens qui apprenaient leurs premiers mots d’espagnol en scandant qu’un peuple uni ne sera jamais vaincu. Chartrand nous expliquait que les capitalistes d’ITT avaient joué un rôle dans le coup d’État.

Un syndicalisme de combat qui sans lever le nez sur les revendications immédiates s’ouvrait sur tous les aspects de la vie au travail comme la santé-sécurité; puis sur tous les aspects de la vie tout court en faisant échos aux conditions de vie portées par les groupes populaires, particulièrement le logement.

Sur le plan politique, les convictions socialistes de Chartrand traversent sa vie comme un trait de scie. Jamais vire capot comme tant de gens qui ont croisé sa route. Du PSD à l’UFP, dont il a participé au Congrès de fondation, il a maintenu son indignation de jeunesse contre le capitalisme qu’il savait mieux que quiconque stigmatiser comme apatride et amoral. Avant n’importe qui, il avait compris et décrit l’essence du capitalisme financier: des bandits!

Comment oublier les redoutables coups de gueules de celui dont les imprécations contre les puissants de ce monde confinaient parfois à la poésie ? Il en avait particulièrement contre des petits baveux à cravates qui, fraîchement diplômés choisissaient de servir le capital – et au passage d’essayer de s’en constituer un – plutôt que de servir le bien commun.

C’est probablement ce qui le chagrinait le plus: voir une partie de la jeunesse quitter le terrain de la révolte pour rejoindre le camp des serviteurs du pouvoir. Dans le même ordre d’idée, il ne serait jamais venu à l’esprit de Michel Chartrand d’applaudir une hausse de tarifs régressive pour espérer bénéficier d’une augmentation de salaire. 

L’une des premières organisations syndicales à se prononcer en faveur de l’indépendance du Québec est le Conseil Central de Montréal, l’organisation carrefour du mouvement militant montréalais des années 60 et 70. Inspirés des luttes de libérations nationales anticoloniales, l’indépendantisme du Chartrand de ces années n’avait pas grand chose à voir avec le nationalisme canadien français traditionnel de sa jeunesse.

L’indépendance n’est pas une occasion d’affaires mais un acte d’émancipation d’une collectivité nationale soucieuse de se gouverner elle même et de ne demander à personne la permission de parler sa langue. 

Ces prochains jours, on entendra beaucoup de mots pour parler de Chartrand et bientôt nous n’entendrons plus rien. On s’efforcera de passer à la trappe sa mémoire parce que sa seule évocation non seulement en gêne plusieurs, mais surtout elle révèle, en creux, la grande vacuité de notre vie politique actuelle. On aura peut-être un peu honte d’avoir été un contemporain d’un tel militant et de laisser faire tant de choses sans se révolter.

Mais nous estimons avoir un devoir de mémoire et voilà pourquoi nous avons fondé, il y a déjà trois ans, les Journées Michel Chartrand afin de contribuer modestement à poursuivre son travail d’éducation populaire. 

François Cyr

Michèle St-Denis

Manon Blanchard

David Blanchard

Mariette Parent

Laurence Barthélémy

Marie Brion

Rolland Cousineau

Jacinthe Latulipe



Articles Par : Global Research

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