Che Guevara, apôtre des opprimés : Une figure internationale

Quatrième partie

Le cinquantième anniversaire de l’assassinat du Che en Bolivie le 9 octobre 1967 offre l’occasion de revenir sur le parcours du révolutionnaire cubano-argentin qui a dédié sa vie à la défense des « Damnés de la terre ».

Le Che était-il le visage de la Révolution cubaine ?

Fidel Castro a toujours été la figure emblématique de la Révolution cubaine. Le Che en était le représentant international. Il a réalisé sa première tournée diplomatique à travers le monde en juin 1959, qui dura trois mois. Fidel Castro lui avait confié la mission de parcourir l’Afrique et l’Asie, à la recherche de soutien politique. Cela illustrait la grande confiance que Fidel avait vis-à-vis de l’Argentin. Le Che rencontra Nasser en Egypte, Surkarno en Indonésie, Nehru en Inde. Il visita également la Birmanie, le Japon, Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, Hong-Kong, le Pakistan, la Grèce, la Yougoslavie, l’Italie, le Soudan et le Maroc.

Un an plus tard, en octobre 1960, il réalisa une nouvelle tournée diplomatique dans les pays socialistes avec un objectif plus économique. Il se rendit en Tchécoslovaquie, en Russie et en Chine. Il fut à chaque fois accueilli avec beaucoup de fraternité et était ovationné par la foule à chaque apparition publique. Il prit ainsi la mesure de la popularité de la Révolution cubaine à travers le monde.

Enfin, sa participation à la Conférence du Conseil interaméricain économique et social de Punta del Este, en Uruguay, en août 1961 le transforma en figure iconique de la gauche latino-américaine.

La CIA a-t-elle essayé d’assassiner le Che ?

Dès le départ, les Etats-Unis ont opté pour l’assassinat politique des leaders de la Révolution cubaine. La principale cible était Fidel Castro, qui a été la victime de plus de 600 tentatives d’assassinat. Mais le Che et Raúl Castro se trouvaient également parmi les cibles.

Quel a été le message du célèbre discours du Che aux Nations unies en décembre 1964 ?

Ce discours est un réquisitoire contre l’impérialisme, le colonialisme et le néocolonialisme. C’est également un vibrant plaidoyer pour l’autodétermination des peuples d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie. Cuba représente le symbole de la petite nation qui aspire à la souveraineté sous la menace constante du puissant voisin. De nombreux pays du Tiers-monde se reconnaissent dans la lutte du peuple cubain pour la dignité. Le Che apporte un message de paix et appelle à la coexistence pacifique entre toutes les nations du monde aux modèles de sociétés différents, et non pas seulement entre les pays les plus puissants. Le Che dénonce les agressions impérialistes contre le Vietnam, le Cambodge et le Laos. Il dénonce également l’impérialisme belge au Congo ainsi que le régime ségrégationniste de l’Apartheid en Afrique du Sud.

Chose peu connue, le Che lance également l’un des premiers appels au désarmement nucléaire. Il milite également pour l’indivisibilité de la Chine et pour son entrée aux Nations unies. Il termine son discours en dénonçant l’état de siège étasunien contre Cuba et en rappelant la vocation internationaliste de la Révolution.

Quel rôle a joué le Che dans le soutien aux peuples en lutte ?

Le Che, au nom de la Révolution cubaine, a apporté son soutien à tous les mouvements anticoloniaux à travers le monde, en Amérique latine, en Afrique et en Asie. La lutte pour l’émancipation humaine devait être globale et chaque progressiste devait lui apporter son concours. La théorie révolutionnaire du « foco » du Che consiste à lancer une guerre de guérilla sans forcément attendre que toutes les conditions subjectives (organisation du peuple, syndicats puissants, prédisposition à la lutte) soient réunies pour cela. Les conditions objectives (misère, pauvreté, exploitation, oppression) étaient réunies partout. Le but est de déclencher, par cette guerre de guérilla, un soulèvement des masses. L’action de guérilla devait avoir lieu dans les campagnes. Le guevarisme est la rupture de l’ordre ancien par la lutte armée. Il se base sur l’anti-impérialisme et le marxisme. Selon lui, si les conditions objectives sont réunies, la guerre de guérilla peut créer les conditions subjectives pour renverser l’ordre établi et édifier une société socialiste.

Que signifiait l’appel du Che « créer deux, trois… plusieurs Vietnam ».

Pour le Che, la solidarité avec la lutte du peuple vietnamien pour la liberté, aux prises avec l’impitoyable impérialisme étasunien, devait être la priorité de tous les révolutionnaires. Le Vietnam menait la bataille la plus rude contre les Etats-Unis. Pour affaiblir l’impérialisme, il fallait ouvrir des mouvements de lutte armée dans tout le Tiers-monde et contraindre ainsi l’ennemi à diviser ses forces.

Quel était le pacte moral entre le Che et Fidel Castro ?

Lors de leur première rencontre au Mexique, le Che, en s’unissant à la troupe du Mouvement 26 Juillet, avait demandé à Fidel Castro de pouvoir quitter le groupe une fois le triomphe obtenu à Cuba, afin de lancer un mouvement révolutionnaire en Argentine. Fidel Castro était résolument opposé à un départ du Che car c’était un dirigeant central de la Révolution. Mais pour lui, la parole donnée était sacrée. Les conditions indispensables au lancement d’une lutte armée en Argentine n’étaient pas réunies et Fidel Castro ne souhaitait pas risquer inutilement la vie du Che.

En attendant de créer ces conditions, Fidel Castro propose au Che d’aller au Congo où existe un mouvement révolutionnaire. L’histoire est connue et relatée dans le journal du Che au Congo : c’est un échec cuisant en raison du manque de discipline des combattantset de la conduite des chefs qui préféraient vivre dans le luxe de la capitale au lieu d’affronter les inclémences de la guérilla à la tête de leurs hommes.

En 1965, Fidel Castro rendit publique la lettre d’adieu du Che car de nombreuses rumeurs circulaient à son sujet. Après l’échec du Congo, Fidel lui proposa de rentrer se préparer à Cuba en vue de sa prochaine entreprise en Bolivie. Après de maints efforts, il parvint à convaincre le Che de retourner à La Havane, car ce dernier était réticent à l’idée de réapparaître à Cuba après la lecture de sa lettre d’adieu. Il revint secrètement à Cuba dissimulant son visage sous un déguisement qui se révèlera très efficace.

Après sa capture et son exécution, pourquoi le corps du Che a-t-il été mutilé et dissimulé ?

Suite à son assassinat le 9 octobre 1967, la CIA et l’armée bolivienne décidèrent de filmer son cadavre afin de prouver au monde la mort du Che. On lui avait coupé les mains afin de pouvoir vérifier son identité avec ses empreintes digitales auprès de la police fédérale argentine. Le corps fut enterré clandestinement à Valle Grande, en Bolivie. Il sera découvert en 1997 et rapatrié à Cuba où il repose dans un mausolée à la mémoire du Che dans la ville de Santa Clara.

Quel est l’héritage du Che aujourd’hui ?

Le Che perdure dans la mémoire collective comme l’Apôtre des opprimés et le symbole de la résistance à l’humiliation et de l’indignation face aux injustices. Renonçant à ses intérêts de classe, il a pris les armes au nom de l’intérêt supérieur des déshérités. C’est également l’archétype de l’internationaliste solidaire qui a tendu une main fraternelle et généreuse aux peuples en lutte pour leur émancipation. Les idéaux du Che et son exemple sont toujours vivants malgré les multiples tentatives de travestir son combat et de salir sa mémoire.

Salim Lamrani

 

Partie 1

Che Guevara, apôtre des opprimés : Le Che et la Révolution cubainePar Salim Lamrani, 11 octobre 2017

 

Partie 2

Che Guevara, apôtre des opprimés: Les premières mesures révolutionnaires

Par Salim Lamrani, 29 novembre 2017

Partie 3

Che Guevara, apôtre des opprimés : Un révolutionnaire intégral

Par Salim Lamrani, 18 décembre 2017

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Fidel Castro, héros des déshérités, Paris, Editions Estrella, 2016. Préface d’Ignacio Ramonet.

Contact : [email protected]fr ; [email protected]

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 



Articles Par : Salim Lamrani

A propos :

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Son nouvel ouvrage s’intitule Fidel Castro, héros des déshérités, Paris, Editions Estrella, 2016. Préface d’Ignacio Ramonet. Contact : [email protected] ; [email protected] Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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