« COIN Academy » : une académie US de contre-insurrection pour donner aux officiers une nouvelle façon de penser

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TAJI, Irak – Si l’effort US en Irak devait finir par réussir, une des raisons pourrait en être la petite école démarrée récemment sur une base militaire ici même par le général de l’Armée de terre  George W. Casey Jr., le commandant US en Irak.

Appelée la COIN Academy  – en utilisant l’abréviation militaire pour « contre-insurrection » – la dernière née des institutions éducatives de l’establishment militaire US cherche, comme l’explique un résumé de cours, à « souligner la nécessité pou les forces US de changer le mode de penser la guerre conventionnelle » afin de comprendre comment gagner dans un conflit de type guérilla. Ou, comme l’exprime moins poliment une devise affichée au mur du bureau de l’administrateur : « La folie, c’est de faire la même chose de la même manière e d’en attendre un résultat différent. »

 

L’objectif de l’école installée dans le nord de Bagdad est d’obtenir des résultats différents de ceux obtenus par les militaires US en 2003-2004, quand les commandants de l’Armée de terre ont commis des erreurs typiques de militaires conventionnels face à une insurrection. « Quand l’insurrection a été déclenchée, nous avons réagi de manière très conventionnelle »,  dit le Colonel Chris Short, né dans le District de Columbia (Washington) et récemment installé à Manassas (Virginie), qui est le commandant de la nouvelle école.

À l’époque, les forces US raflaient des dizaines de milliers d’Irakiens, mélangeant en détention des gens innocents avec des islamistes purs et durs. Les commandants autorisaient les troupes à tirer sur tout ce qui était susceptible de constituer une menace. Et ils échouèrent à donner à leurs troupes les outils conceptuels et culturels de base nécessaires pour opérer dans l’environnement complexe de l’Irak, depuis la manière de s’y prendre avec un cheikh jusqu’à la compréhension de ce que tuer des insurgés est la pire manière de s’y prendre avec eux. (On leur enseigne maintenant qu’il est plus efficace de les persuader de déserter ou de se rallier au processus politique).

L’année dernière, une étude interne d’experts de l’Armée de terre sur les commandants US établissait que certains d’entre eux comprenaient les principes de la contre-insurrection et les appliquaient correctement, mais que d’autres étaient hésitants. « Si le commandant est dans le coup, alors son unité sera dans le coup, mais si le commandant pédale dans al choucroute, alors son unité aussi. », a déclaré Casey dans une interview récente. La nouvelle école est conçue pour que tous les commandants soient dans le coup. 

Mais certains commandants d’unité conventionnels rechignent encore à l’idée d’envoyer leurs hommes suivre ces cours de quatre-cinq jours, qui couvrent des thèmes qui vont de la théorie de la contre-insurrection et des méthodes d’interrogatoire aux opérations de détention et à la manière de dîner avec un cheikh. Quand on lui a dit qu’il aurait à quitter son bataillon de Marines à Falloujah pour venir ici, se souvient le lieutenant-colonel Patrick Looney, sa première réaction a été l’incrédulité.

« Je ne voulais tout d ‘abord pas venir », explique le lieutenant-colonel David Furness, commandant du 1er Bataillon du 1er Régiment des Marines, qui opère maintenant entre  Bagdad et Falloujah, « mais je suis content d’être venu. »

Casey, le fondateur de l’école, a trouvé une manière simple de les faire venir : il a instauré l’obligation de présence à l’école pour tout officier commandant une unité de combat en Irak. Et aussi, il rencontre chaque classe, donnant ainsi une rare possibilité à des capitaines et des lieutenants-colonels de se livrer au jeu des questions-réponses avec un général à quatre étoiles.

  

Certains membres de la faculté, qui sont principalement des officiers des Forces spéciales, n’étaient pas très chauds pour enseigner à des officiers de l’infanterie,de l’artillerie, de l’aviation et des blindés.  Short se rappelle que certains disaient : « Ce n’est pas notre mission. Nous n’enseignons pas à des forces US. » De tels scrupules ont été éliminés, glousse-t-il.

Encore et tojours, le cours d’immersion intensive, fréquenté par 30 à 50 officiers à la fois, martèle que la meilleur réponse est probablement la réponse paradoxale, plutôt que celle que l’Armée de terre a appris aux officiers durant leurs dix ou vingt ans de service. Le texte de cours de l’école, un gros classeur, donne ainsi l’exemple d’une mission consistant à investir une maison et a capturer quelqu’un qui a tire au mortier sur une base US.

« En superficie, un raid permettant la capture d’un insurgé ou d’un terroriste connu peut être vu comme une victoire sûre pour la coalition », est-il écrit en grosses lettres rouges, et le texte poursuit : « Mais les effets potentiels de deuxième et troisième ordre peuvent transformer cela en défaite à long terme si nos actions humilient la famille, détruisent inutilement des propriétés, ou nous aliènent la population locale. »

Sur certains points, les dirigeants de l’école semblent sortir des sentiers battus pour remettre en cause les pratiques militaires US sur le terrain. Short a dit dans une interview vendredi, à l’intérieur de son QG protégé par des sacs de sable, qu’il avait à faire avec la « mentalité de la grande base » qui fait avoir des dizaines de milliers de soldats à l’intérieur d’installations appelées bases d’opération avancées (forwarding operating bases, FOB), sont ils sortent pour des patrouilles et des raids. La théorie classique de la contre-insurrection soutient que les troupes devraient vivre autant que possible au sein de la population, pour développer leur compréhension des mécanismes de fonctionnement de la société et pour recueillir des renseignements.

Alors que des hélicoptères d’attaque Apache faisaient leur vacarme au-dessus de nos têtes, Short a aussi donné une vision non conventionnelle des élections de décembre dernier en Irak, que de nombreux officiers US ont qualifié de grande victoire. « SI vous demandez à n’importe quel Irakien : “Alors, ces élections ?”. Il vous répondra – Short hausse les épaules – “Bon, on a voté cinq fois et il ne s’est rien passé”. »

Des élèves qui ont fréquenté récemment l’école en sont revenus très impressionnés. «Je trouve que c’est un cours incroyablement perspicace », dit le Major de l’Armée de terre Sheldon Horsfall, conseiller des militaires irakiens à Bagdad. « Une des choses qu’il nous a apporté, encore et toujours, était l’importance de la conscience culturelle. »

 « Le cours m’a ouvert les yeux sur les grandes perspectives », dit le lieutenant-colonel Nathan Nastase, l’officier des opérations du 5ème régiment des Marines, basé près de Falloujah. Il dit qu’il a surtout apprécié ce qu’il a pu entendre sur les opérations des Forces spéciales en Irak ainsi que ce qu’il a pu apprendre sur les tactiques utilisées par des commandants qu ont connu des succès. 

C’est sur les officiers les plus jeunes que l’école semble avoir eu le plus d’effets. « Ma première impression était que c’était une perte de temps », dit le capitaine Klaudius Robinson, commandant de la troupe de cavalerie de la 4ème Division d’infanterie. « Mais après y avoir participé, ma réflexion sur la manière de combattre l’insurrection a réellement changé. J’ai été amené à réaliser que le centre de gravité, ce sont les gens, et qu’il faut enfoncer un coin entre les insurgés et les gens. » Avant le cours, dit-il, il s’attendait à passer le plus clair de son temps ici à combattre des insurgés, mais au lieu de cela, il s’est concentré sur l’entraînement troupes irakiennes et les opérations conjointes avec elles. «On ne va jamais arriver à attraper chaque mauvais garçon», explique-t-il à ses hommes. « Ça ne veut pas dire que nous devons rentrer à la maison. Mais ce que je peux faire, c’est aider les forces de sécurité irakienne et leur permettre de prendre la direction des opérations. »

« Une des choses que j’ai capté à la COIN Academy, c’est que nous n’avons pas besoin d’être durs avec les gens tout le temps »,  dit le capitaine Bret Lindberg, commandant d’une autre unité de cavalerie de la 4ème d’Infanterie.

La principale critique des étudiants, c’est qu’il aurait été beaucoup mieux de recevoir cette formation six mois plus tôt, quand ils étaient en train d’entraîner leurs troupes en vue du déploiement en Irak, et non après l’arrivée des unités. Réponse acerbe de Short : Ce n’est pas une mauvaise idée, mais l’Armée de terre, au pays, n’était pas prête pour ce boulot. Ils ne l’ont pas fait depuis trois ans, depuis que la guerre a commencé, « c’est pour ça que le boss (Casey) a dit : ‘On s’en fout, on le fait ici.’ »

Quoiqu’il en soit, l’école ne concerne pas que les opérations en Irak, dit Short, mais elle vise à préparer les officiers pour le reste de leur carrière. « Je pense qu’on va avoir à mener d’autres guerres du même genre. »

Original : Washington Post

 
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.



Articles Par : Thomas E. Ricks

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