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Crise sanitaire ou crise démocratique
Par Vincent Mathieu
Mondialisation.ca, 05 mars 2022

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C’est la dernière fois que je m’exprime sur l’actualité covidienne à titre citoyen dans un texte d’opinion. Tout d’abord, parce que le pouvoir politico-médiatique occidental s’est trouvé un autre croque-mitaine que la COVID pour faire peur à sa population. Ensuite, parce que bien que je concède aux lectrices et aux lecteurs hypersensibles du Québec le droit de se plaindre et de tenter de censurer ceux qui ne pensent pas comme eux, j’abandonne à d’autres le plaisir de se faire intimider lâchement sous le couvert nauséabond de la vertu. Je laisserai donc la polémique aux polémistes, non sans offrir un dernier commentaire sur l’actualité qui sera étoffé d’une réflexion plus générale.

La situation en Ukraine

Je commencerai par une courte remarque sur la guerre russo-ukrainienne. L’occident woke et moralisateur se perd encore une fois dans la cancel culture en annulant tout ce qui touche de près ou de loin à la Russie et en amalgamant les produits de consommation russes, les joueurs de hockey russes, les orchestres symphoniques russes à Vladimir Poutine. Il faut vraiment être naïf pour croire que cesser de vendre de la vodka à la SAQ et empêcher les adolescents russes de jouer au World junior va changer quoi que ce soit à la stratégie militaire du clan Poutine. À part faire de la pathétique vertu ostentatoire et donner l’impression aux conformistes d’être du bon côté de l’histoire, ça ne fera pas avancer le schmilblick!

J’encourage ardemment les lecteurs à aller visionner cette conférence de John Mearsheimer[1], professeur de sciences politiques à l’Université de Chicago et spécialiste de la politique étrangère américaine, qui explique avec un récit différent les tenants et aboutissants de la crise russo-ukrainienne, référant entre autres au non-respect de la balance des pouvoirs de la part des États-Unis et du camp atlantiste. En plus de la conférence de Mearsheimer, le reportage de ARTE intitulé « Le retour de l’ours » est fort instructif à l’égard des motivations russes en matière de politique étrangère[2].

En résumé, la volonté d’inclure dans l’OTAN l’Ukraine, pays limitrophe avec la Russie et partageant avec elle une longue histoire ethnique et culturelle, est un exemple d’agression occidentale envers la Russie qui passe sous le radar de nos médias de masse. Bien sûr, les actions militaires sont toujours horribles et sont d’autant plus condamnables lorsqu’elles touchent des populations civiles. L’offensive actuelle de Vladimir Poutine est donc inacceptable au regard du droit international. Toutefois, l’est-elle plus que les offensives menées par l’Ukraine depuis 2014 dans le cadre de la guerre du Donbass? L’est-elle plus que l’invasion américaine en Irak en 2003? Ces événements ont eux aussi causé des décès de civils sans pourtant soulever l’ire de la bien-pensance occidentale.

Les Russes sont-ils les dangereux agresseurs hors de contrôle qui s’attaquent gratuitement à l’Ukraine tel qu’on nous le décrit du matin au soir dans les bulletins de nouvelles? Appliquent-ils plutôt le principe de légitime défense de leurs positions géopolitiques stratégiques? La réalité n’est pas un Westernaméricain et elle est assurément beaucoup moins simpliste que celle décrite depuis une semaine dans nos organes de presse « officiels ».

L’irresponsabilité des médias

Je crois que l’incompétence médiatique est à son paroxysme. À un moment où la science met en doute la stratégie de confinement utilisée par la majorité des pays de l’Ouest[3] et soulève de sérieuses questions sur l’innocuité des vaccins qu’on nous a toujours vendus comme sûrs et efficaces[4], voilà que l’attention des médias se tourne ailleurs et que la COVID semble ne plus exister. Comme le dit André Bercoff, il faudrait donner à Poutine un prix Nobel de médecine pour avoir fait disparaître la COVID en moins d’une semaine, ce que les pharmaceutiques salvatrices n’ont pas réussi à faire en deux ans d’efforts acharnés.

J’espère que les Québécois vigilants ne tomberont pas dans le panneau et seront fidèles à leur devise en se souvenant longtemps de la gestion sanitaire catastrophique du gouvernement Legault. En ce qui me concerne, tout ce qui entoure la COVID est loin d’être un sujet clos. Il m’apparaît donc important de ne pas le mettre sous le tapis et d’en dire encore un mot.

Prenons par exemple la manière dont les médias ont traité ce qui s’est appelé le « convoi de la liberté ».  Comment ont-ils pu aussi mal couvrir la manifestation des camionneurs à Ottawa? Les centaines de millions de dollars en subventions salariales aux médias et en « publicités COVID » ne peuvent expliquer à elles seules une telle attitude du corps journalistique[5].

Plusieurs médias (pas tous, il faut le noter) ont relayé sans nuance les élucubrations du Premier ministre Trudeau qui prétendait que les manifestants étaient des suprémacistes blancs, des transphobes, des homophobes, des misogynes, des groupes d’extrême droite néonazis, alouette! Même la respectée Chantal Hébert est entrée dans la danse en relayant le plus sérieusement du monde, sans les vérifications d’usage, les propos d’une personne qui se disait « a white supremacist » par ironie et par moquerie envers Justin Trudeau. C’est tout dire!

Comment ont-ils pu suivre Trudeau dans ses divagations et faire passer une manifestation dans l’ensemble festive et pacifique pour un rassemblement menaçant la sécurité de la nation ? Si les journalistes faisaient moindrement leur boulot, l’instauration et le retrait kafkaïens de la Loi sur les mesures d’urgence n’auraient jamais eu lieu car le gouvernement aurait d’emblée essuyé trop de critiques[6]. Consolons-nous, tout cela ne fait que révéler encore plus clairement la politique de l’exagération, la gouvernance par la peur et l’abus du concept d’urgence que prône le pouvoir politico-médiatique depuis maintenant deux ans. L’aplaventrisme et les mensonges des médias mainstreamsont devenus tellement grossiers qu’il est difficile de voir comment ils garderont leur crédibilité au long cours.

Depuis le début de la crise sanitaire, les médias de masse se font les porte-voix, voire les amplificateurs du discours officiel des autorités en tentant toujours de discréditer ceux et celles qui s’expriment autrement. Le récent article de Nicholas de Rosa à propos d’une entrevue réalisée par Éloïse Boies auprès de trois scientifiques québécois est un bon exemple de ce travail de sape effectué par les prétendus tenants de la vérité[7]. Que dire du départ de Francine Pelletier du journal Le Devoir ou de celui de Stéphan Bureau de Radio-Canada en 2021. Le journalisme québécois est loin d’être en santé et de plus en plus de personnes le constatent.

Conséquemment, à moins que nos gouvernements ne passent des lois visant à fermer des sites d’informations alternatives et à censurer les réseaux sociaux dans leur ensemble, de nombreux citoyens, particulièrement les plus jeunes, migreront inévitablement vers des plateformes d’information qui, permettez-moi de le dire, ne les prennent pas pour des cons. Évidemment, les informations alternatives ne sont pas sans faille. Aucun média ne peut prétendre à l’objectivité totale. Des fausses nouvelles et des erreurs factuelles continueront d’être observées, autant dans les médias alternatifs que mainstream.

En tant que consommateurs d’information, nous sommes aussi influencés par nos perceptions, par nos idées préconçues. Les biais de confirmation foisonnent dans des moments de tensions sociales comme celui que nous vivons actuellement. Mais selon moi, la façon dont le Pouvoir et ses caudataires toléreront les informations dissidentes et critiques à leur endroit sera un marqueur central de l’avenir démocratique de l’Occident. C’est la diversité d’informations qui permet au citoyen votant d’avoir la tête froide face aux événements du monde. C’est à lui de trier le vrai du faux, pas à une élite bien-pensante qui prétend le faire mieux à sa place.

Qui sème le vent récolte la tempête

Personnellement, je trouve triste et malaisant de voir des journalistes se faire bousculer et prendre à partie en direct à la télévision. Ces agressions physiques sont la marque de tensions sociales inquiétantes que j’annonce depuis plusieurs mois. Mais les membres du corps journalistique peuvent-ils légitimement jouer à la vierge offensée dans cette affaire? Combien de fois a-t-on lu et entendu des chroniqueurs mépriser des citoyens qui s’opposaient aux mesures sanitaires abusives et combien de fois a-t-on ridiculisé leurs demandes et leurs opinions? Malheureusement pour certains journalistes de terrain (c’est peut-être cela qui créera un jour de la dissension au sein même du corps journalistique), ils reçoivent souvent des charges émotives qui ne leur sont pas destinées.

On peut bien dénoncer la violence physique dans certaines manifestations (qui avouons-le dans le cas des manifestations anti-mesures sanitaires fut limitée à quelques cas d’exception et grandement exagérée par les journalistes eux-mêmes), mais qu’en est-il de la violence verbale proférée dans plusieurs médias et par le gouvernement lui-même? Covidiots, complotistes, touristatas, édentés, égoïstes, menaces à la sécurité nationale, pandémie de non-vaccinés (associant donc les non-vaccinés à des virus) etc. Sans compter les élucubrations que j’ai énumérées plus haut de la part du déshonorable Premier ministre Trudeau…

Et qu’en est-il des violences physiques ou psychologiques que plusieurs ont subies? Des employés de la fonction publique fédérale ou d’entreprises privées ont vu leur lien d’emploi suspendu dû à la non-vaccination; des employés du système de santé québécois ont tout mis en place pour quitter leur milieu de travail convenablement croyant se faire imposer un congé sans solde pour finalement se faire dire que c’était du bluff; plusieurs commerçants ont dû fermer leurs portes à répétition et sont passés de personnes indépendantes financièrement à grandement endettées[8]; des aînés sont morts abandonnés sans soin et malnutris lors de la première vague[9]; des aînés testés négatifs à la COVID-19, mais considérés contacts à risque, ont été enfermés dans leur chambre pendant des semaines sans droit de sortie, et ce, plusieurs fois au cours des deux ans de pandémie[10]; des jeunes sous la responsabilité de la DPJ ont été enfermés dans des pièces sans fenêtre pendant des jours car ils étaient eux aussi considérés comme des contacts à risque[11]; des citoyens n’ont pas pu aller tenir la main de leur parent mourant dans des établissements de santé car on considérait le risque de contagion à la COVID trop dangereux; des personnes itinérantes sont mortes de froid par peur d’être prises par la police lors des périodes de couvre-feu[12]. Combien d’autres exemples de ces violences pourrait-on énumérer?

Presque chaque fois que des citoyens se mobilisaient pour dénoncer ces mesures abusives et réclamer leur arrêt, la bien-pensance médiatique leur disait que c’était bien triste, mais qu’il valait mieux ravaler leur colère et se plier aux consignes sanitaires pour faire leur effort collectif. Les gens qui manifestaient se faisaient ensuite traiter d’extrémistes et d’incultes qui ne comprennent rien à la science. Quand on agresse une population de la sorte, elle réplique, c’est purement et simplement naturel. Victor Hugo, ce vieux complotiste, l’a très bien exprimé dans cette citation : « Le plus haut symbole du peuple, c’est le pavé. On marche dessus, jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête[13] ».

Le peuple dans la démocratie

Richard Martineau devrait porter son iconique passoire à spaghetti sur sa tête en permanence. Le pavé est en train de lui tomber dessus. À l’instar de plusieurs de ses comparses journalistes, Richard confond les manifestations anti-mesures sanitaires et anti-vaccination obligatoire (comme le convoi des camionneurs) à des manifestations d’individus ingouvernables qui veulent faire tomber la démocratie[14]. C’est une drôle de lecture, car les participants aux manifestations d’Ottawa et de Québec étaient des femmes et des hommes plus ou moins jeunes, provenant de diverses classes sociales et de divers groupes ethniques. Des vidéos circulent sur le web où l’on voit des manifestants ramasser les déchets dans la rue et nourrir les sans-abris. Ce sont, de mon vivant, les manifestations les plus « diversitaires » et pacifistes que j’ai vues. Elles incarnaient la vraie diversité et la vraie liberté qui font la richesse des démocraties : celles d’opinion.

Petit aparté, le financement et l’organisation de ce qu’on a appelé le « siège d’Ottawa » laisse croire qu’il y a possiblement eu du financement extérieur au Canada. Est-ce une raison pour déclencher l’état d’urgence et crier à l’ingérence étrangère de la sorte? Le milliardaire américano-hongrois George Soros n’est-il pas un grand financier du mouvement Black Lives Matter[15]? Klaus Schwab n’a-t-il pas déclaré que le Forum économique de Davos avait infiltré la moitié du cabinet Trudeau par l’intermédiaire du programme des International Young Leaders[16]? Il y a donc des ingérences plus bienvenues que d’autres et la souveraineté canadienne serait donc protégée, ou non, selon les convenances.

Pour revenir aux manifestations de Québec et d’Ottawa, elles ont rassemblé le peuple canadien de tous horizons. Mais à ça, Richard s’oppose! La grande hypocrisie de cet homme est qu’il défend les élections comme la voie suprême de la démocratie car elles permettent une transition pacifique du pouvoir, mais il se moque du parti conservateur d’Éric Duhaime et de ses électeurs en les ridiculisant de la plus hautaine des façons[17]. Il faudrait savoir ce que tu veux Richard, car un jour ce sera peut-être toi la minorité mécontente qui paraîtra ingouvernable, mais à qui il faudra quand même faire une place dans le paysage politique.

Richard et plusieurs de ses collègues éditorialistes tiennent un discours despotique sans s’en rendre compte (peut-être s’en rendent-ils compte, mais je n’ai rien pour appuyer l’idée qu’ils auraient cette intelligence machiavélique). Ils ne défendent plus des idées issues de la démocratie, mais celles d’un autoritarisme qui veut mettre au pas les figures dissidentes. N’est-ce pas ce que révèle la crise actuelle au fond? Le masque démocratique de l’outrecuidance occidentale est en train de tomber. On voit que la tendance autoritaire n’est jamais bien loin et que la population a longtemps dormi sur ses lauriers en pensant, comme disait Francis Fukuyama[18], que c’était la fin de l’Histoire.

Et bien non! La démocratie et les libertés individuelles ne sont pas immuables. Il faut continuellement se battre pour les préserver. C’est cela qui s’est passé à Québec et à Ottawa. Ce n’était pas un mouvement d’extrême droite et de coucous, ni d’édentés incultes et de racistes. C’était le soulèvement d’un groupe grandissant de citoyens qui défend ses droits et libertés et qui, comme chantait Richard Desjardins, refait son nid contre la tyrannie.

La réaction du gouvernement Trudeau face à ces manifestations montre bien ce que le Pouvoir tyrannique fait face aux réels soulèvements populaires qui le menacent. Il ne se met pas un genou au sol devant eux. Il les calomnie, les méprise et les écrase, comme le souhaite Richard Martineau dans son idéal démocratique dévoyé. La violence n’est-elle pas inévitable dans ce genre de démocrature? Si on veut sérieusement comprendre la racine des soulèvements populaires auxquels sous sommes et serons selon moi de plus en plus confrontés, il faudra bien que les intellectuels du dimanche cessent de poser leur regard exclusivement sur le peuple et réfléchissent aux actions extrêmes et vexatoires de nos institutions, pourtant censées être garantes de la rationalité et de la paix sociale.

Le Québec dans l’Occident

Si la pandémie tire probablement à sa fin, nous n’avons pas fini d’en subir les contrecoups. Les conséquences des mesures sanitaires excessives sur la santé de la population, l’inflation qui grimpe en flèche et la hausse de l’endettement public sont parmi les effets secondaires qui se feront sentir fortement sous peu. De plus, le passeport vaccinal ségrégationniste[19] restera visiblement dans les cartons du gouvernement, ce dernier voulant enchâsser dans une loi la possibilité de l’utiliser dans l’avenir.

Cela n’est-il pas une démonstration de ce que plusieurs « complotistes » clairvoyants dénonçaient au tout début de la pandémie? Certaines mesures de contrôle social supposément temporaires semblent vouloir s’établir comme de nouveaux usages communs. Si le gouvernement décrète une urgence (nous avons vu à quel point les urgences sont faciles à invoquer aujourd’hui) et décide que les citoyens doivent faire ceci ou cela en fonction de ses humeurs et de ses sensibilités, il pourra l’imposer faute de quoi ces citoyens verront leurs droits et libertés limités[20]. Essentiellement, il s’agit d’une attaque frontale contre l’individualisme et le libéralisme, deux grandes valeurs fondatrices de l’Occident moderne.

Il faut faire attention ici à ne pas confondre l’individualisme et l’égoïsme. Les personnes qui défendent des valeurs socialistes et collectivistes sont plus souvent qu’autrement les égoïstes qui imposent leurs vues aux autres. Pour eux, la société fonctionne tant que tous se plient à leurs propres valeurs et partagent les mêmes angoisses. Ils vivent en communion jusqu’à ce que les individualités émergent et deviennent une menace pour l’idéologie du groupe. La crise socio-sanitaire fut d’ailleurs révélatrice de l’esprit autoritaire et de l’arrogance qui soutiennent les piliers du progressisme sanctifié au Québec. Si les fondements de la démocratie libérale s’effritent partout dans les pays occidentaux, le Québec en est à l’avant-garde.

Il sera ainsi intéressant de voir où ira le projet d’identité numérique du gouvernement caquiste, lui qui semble vouloir faire du Québec un fer de lance en termes de numérisation et de centralisation des données personnelles des citoyens. Cette numérisation de l’identité nous mènera-t-elle un jour vers un système de crédit social à la chinoise[21]? La gestion sanitaire a fait son œuvre. Par le biais du passeport vaccinal, elle a rendu socialement acceptable un système de punitions/récompenses de nos comportements. Elle nous a catapultés vers une société de contrôle uniformisée et domestiquée que les technologies numériques permettent de cimenter avec encore plus de puissance. Encore une fois, la sacro-sainte sécurité sera brandie pour convaincre la population d’adhérer à cette logique du tout numérique.

Comment les Québécois réagiront-ils à cela? L’histoire le dira. Le Québec semble pour le moment de retour dans la Grande noirceur, épousant majoritairement la vision du monde manichéenne proférée par les autorités, engouffré dans un paradigme du pur et de l’impur, du sain et du malsain, du danger et du sécuritaire, du péché et du salut. Quelle ironie tout de même que le régime Legault ait sorti le crucifix de l’Assemblée nationale pour nous faire entrer, un an plus tard, dans un culte sanitaire qui n’a rien à envier aux religions en termes de pensée dogmatique, de rituels abscons ou de port de symboles ostentatoires.

En revanche, loin de moi l’idée de faire un pied de nez à la religion par cette comparaison entre le christianisme et le culte sanitariste. Il y a une différence entre le dogmatisme des institutions religieuses et la spiritualité religieuse (ou même laïque) que chacun de nous peut individuellement entretenir. Malgré tous les défauts de l’institution représentée par l’Église catholique[22] qui a historiquement, au Québec du moins, marqué les esprits dans un sens négatif, nous devons reconnaître que le christianisme occidental a façonné notre vision collective de l’humanisme et a offert un encadrement spirituel aux individus. La perte de notre héritage spirituel et religieux a ainsi sûrement son rôle à jouer dans le vacillement des valeurs démocratiques et libérales de l’Occident, elles qui ont grandi main dans la main avec le christianisme lors des derniers siècles.

La retrait du crucifix de l’Assemblée nationale n’est donc pas anodin et il incarne possiblement une symbolique autrement plus sérieuse. Peut-être symbolise-t-il ce vide spirituel qui permet maintenant à l’État et ses nouveaux dogmes de prendre toute la place, ce dernier aussi tentant de modeler ses ouailles par son système de valeurs imposé, par ses commandements et ses châtiments, par les illusions qu’il nous vend. Voici ce que disait l’historien Arnold J. Toynbee à propos du rôle du christianisme et de la démocratie dans notre civilisation.

« La démocratie est une autre page du livre du Christianisme, qui, elle aussi, j’en ai peur, a été arrachée, et qui, si elle n’a pas été mal lue, a certainement été vidée de la moitié de sa signification parce qu’on l’a isolée de son contexte chrétien, qu’on l’a sécularisée[23] ».

Et si pour Toynbee la relation entre les âmes individuelles et Dieu est au cœur de la civilisation chrétienne, une civilisation modelée par des valeurs qui répudient la vision selon laquelle l’homme n’est qu’un simple « élément de la communauté » dont le but de l’existence est de servir le corps social, nous comprenons mieux pourquoi l’État gagne en puissance et pourquoi les idéologies collectivistes pullulent au tournant de la chute du religieux en Occident, au détour de possibles bouleversements civilisationnels :

« Nous pouvons aussi considérer que l’individualité est une perle d’un grand prix moral, quand nous constatons les énormités morales qui se produisent lorsque cette perle est piétinée dans la boue[24] ».

Conclusion

Ces réflexions à propos de la chute du christianisme et des valeurs démocratiques me font associer sur une autre proposition de Toynbee. Celui-ci écrivait que quel que soit l’avenir de l’humanité, les Canadiens de langue française tireraient leur épingle du jeu au dénouement de l’Histoire[25]. J’ignore ce qui amenait Toynbee à considérer une telle éventualité, mais cette hypothèse mène certainement à penser. Nous pouvons croire que pour tirer son épingle du jeu et être « présent au dénouement de l’aventure », un peuple devrait se démarquer d’une manière ou d’une autre. Il devrait faire preuve d’audace, de courage et devrait exhiber un franc désir de liberté et de tolérance au risque. Force est d’admettre que la nation québécoise n’a pas de tels antécédents.

D’un autre côté, si le gouvernement du Québec semble vouloir imposer rapidement ce nouveau paradigme de contrôle social qui bafoue les libertés individuelles au profit d’idéaux collectivistes, c’est peut-être parce qu’il réside dans le peuple québécois de grandes forces de résistance que le Pouvoir souhaite maîtriser de manière preste. Peut-être y a-t-il dans le Québec profond ce qu’Oscar Wilde nommait la force de désobéissance, une des plus grandes qualités de l’humanité. Celle qui propulse nos combats pour la défense de nos valeurs, qui meut notre volonté de s’insurger et de s’indigner, qui pousse à sortir du confort aliénant pour mettre sa vie sur la ligne, la force par laquelle les progrès sociaux se construisent, par laquelle l’individu sert véritablement les autres.

Mais ce qu’on observe depuis deux ans laisse incrédule. La crise socio-sanitaire nous a plutôt révélé que la majorité québécoise avait le caractère d’un enfant de maternelle. Le Québec sous le régime Legault est un petit garçon qui croit être le meilleur dans tout alors qu’il ne performe dans rien, qui est apeuré par la vie et par la diversité du monde, incapable de penser par lui-même et content de vivre sous la tutelle de plus grand que soi.

Vincent Mathieu, Ph.D.

Cet article a été publié initialement sur le site de Vigile.Québec

Notes :

[1] https://www.youtube.com/watch?v=JrMiSQAGOS4

[2] https://www.youtube.com/watch?v=F283IQ7lcwI

[3] https://sites.krieger.jhu.edu/iae/files/2022/01/A-Literature-Review-and-Meta-Analysis-of-the-Effects-of-Lockdowns-on-COVID-19-Mortality.pdf.

[4] https://www.mdpi.com/1467-3045/44/3/73/htm.

[5] https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2019-10-03/quebec-debloque-50-millions-pour-aider-la-presse-ecrite; https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1747387/quebec-aide-presse-information-ecrite-nathalie-roy; https://www.journaldemontreal.com/2018/11/21/une-aide-de-595-m-pour-les-medias; https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1758578/campagne-covid-artistes-depenses-quebec-vedettes.

[6] Ça aura probablement pris le Sénat canadien pour raisonner et brider Justin Trudeau. Voir à ce titre cette vidéo du Sénateur Jean-Guy Dagenais : https://www.youtube.com/watch?v=BCX9x6gp2sE. Il faudra aussi se poser des questions à propos des allégeances du NPD et de son chef Jagmeet Singh, car tout porte à croire que le Canada est actuellement dirigé par un gouvernement de coalition.

[7] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1863354/juste-pour-savoir-episode-1-les-scientifiques-elo-veut-eloise-boies.

[8] Je pense entre autres aux restaurateurs qui ont essuyé de grandes pertes à la suite des annonces de fermeture des salles à manger le 30 décembre, juste avant les festivités du nouvel an.

[9] https://www.journaldemontreal.com/2020/04/23/aines-affames-et-deshydrates; https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1842053/rapport-chsld-quebec-protectrice-citoyen-covid-coronavirus.

[10] Des études scientifiques commencent à démontrer ce que le gros bon sens nous avait déjà appris, c-à-d. que la stratégie de confinement et d’isolement a été plus néfaste pour les aînés que la COVID-19 en elle-même : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1861852/chsld-isolement-aines-ravages-sante-assouplissements-regles-sanitaires.

[11] https://www.24heures.ca/2022/01/13/isoles-en-centre-jeunesse-loin-de-leurs-familles.

[12] https://www.journaldemontreal.com/2021/01/19/couvre-feu-litinerant-decede-craignait-de-recevoir-une-contravention-1.

[13] Victor Hugo, Choses vues, 1887;1900.

[14] https://www.journaldemontreal.com/2022/02/19/on-fait-quoi-avec-les-ingouvernables.

[15] https://www.nytimes.com/2020/07/13/us/politics/george-soros-racial-justice-organizations.html.

[16] https://financialpost.com/opinion/terence-corcoran-in-canada-follow-the-money-the-ideas.

[17] https://www.journaldemontreal.com/2022/02/17/quand-verra-t-on-le-vrai-eric-duhaime; https://www.journaldemontreal.com/2022/01/18/le-pcq-de-duhaime-par-ici-les-coucous.

[18] Voir Francis Fukuyama, The End of History and the Last Men, 1992, Free press.

[19] Contrairement à ce que certaines critiques affirment, je ne crois pas que le mot ségrégationniste soit trop fort. À la lumière des restrictions que le gouvernement Legault envisageait d’appliquer envers les personnes non-vaccinées (taxe santé, limitation de l’accès aux soins de santé, couvre-feu ciblé), je crois au contraire qu’il est tout à fait adéquat de qualifier de ségrégationniste le passeport vaccinal, adjectif décrivant très bien son essence, d’autant plus qu’aucune donnée scientifique ne justifiait son recours : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1861493/quebec-ethique-comite-limiter-acces-soins-non-vaccines; https://www.journaldemontreal.com/2022/02/07/les-non-vax-ont-evite-un-couvre-feu.

[20] Voir à cet effet un des excellents et trop rares articles de Nathalie Elgrably : https://www.journaldemontreal.com/2022/02/18/la-liberte-pre-covid-nest-pas-pour-demain.

[21] Voir ce documentaire sur le crédit social chinois pour donner une idée de ce à quoi pourrait ressembler notre avenir, ce que certains appellent aujourd’hui le totalitarisme numérique: https://www.franceinter.fr/emissions/capture-d-ecrans/capture-d-ecrans-du-lundi-07-fevrier-2022?fbclid=IwAR24ltcCa0A2MaWQh0gy3Z20uan5LMlH6APGya1SMVf5TzYK0w2OOACRPxs.

[22] Celle-ci a en effet souvent commis des actions et pris des positions politiques allant à l’opposé des valeurs chrétiennes.

[23] Arnold J. Toynbee (1951), La civilisation à l’épreuve, Gallimard, p. 255.

[24] Arnold J. Toynbee (1951), La civilisation à l’épreuve, Gallimard, p. 274.

[25] Arnold J. Toynbee (1951), La civilisation à l’épreuve, Gallimard, p. 177.

Vincent Mathieu : Ph. D., docteur en psychologie et thérapeute de groupe. Il est spécialisé dans les questions de l’empathie et des pathologies narcissiques et antisociales.

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