Dérogation aux droits territoriaux, investissements étrangers et militarisation en Amérique latine

Cet article a été écrit dans le cadre d’une communication présentée au colloque « Conflits socio-environnementaux et auto-détermination« , Montréal, mars 2006.

Des mégaprojets gaziers et pétroliers se déploient partout en Amérique latine : le gazoduc Bolivie-Brésil, le projet Camisea au Pérou, l’oléoduc OCP en Équateur, le pipeline Cano Limon en Colombie, le Camisea Gas au Pérou, le gazoduc Coari-Manaus au cœur de l’Amazonie brésilienne et plusieurs autres corridors pétroliers et gaziers sous la gestion des puissances pétrolières. 

La plupart de ces mégaprojets seront intégrés à d’autres projets de développement, notamment le Plan Puebla Panama, l’Initiative andine, pour l’usage exclusif des transnationales.  Cette structure est intimement liée à l’intégration économique du continent dominée par Washington. Elle implique également une dimension géopolitique et stratégique caractérisée par la militarisation de ces corridors.  Elle menace la souveraineté des pays latino-américains ainsi que les territoires autochtones.  La majorité de ces territoires se trouvent sur des espaces stratégiques pour les transnationales et les visées hégémoniques des États-Unis : des réserves hydrocarbures, des mines, des espaces propices aux grandes plantations d’eucalyptus et de pins et à l’agro-industrie, une biodiversité convoitée par l`industrie pharmaceutique, l`or bleu tel que l`aquifère guarani.   « Dispersés«  sur des parcelles de terres privatisées pour les intérêts du grand capital, les autochtones et les communautés noires font partie intégrante d`une nouvelle géopolitique.  L’expropriation corporative dans les intérêts de l’investissement privé est présente partout en Amérique latine.

Les développements gaziers et pétroliers de grande envergure ont profondément modifié les territoires des autochtones. Des concessions minières ont également perturbé les identités collectives  tout en détruisant leur environnement. Les communautés autochtones et paysannes reculent derrière l’avancée des projets forestiers gérés par des intérêts privés.  Les terres sont confisquées, on détruit les ressources des collectivités, les rivières sont contaminées, on expulse les autochtones et les paysans, les noirs des quilombos (1) (Brésil, Colombie, etc.). Les espaces des ressources stratégiques (hydrocarbures, mines, forêts, biodiversité) sont à la fois privatisés et sécurisés (militarisés et/ou sous haute surveillance) pour le compte des grandes sociétés.  Afin de mieux comprendre cette spoliation des droits territoriaux, il est important d’analyser le processus de cette dérogation aux droits ancestraux.  Ces moyens de contrôle des espaces existent partout dans le monde.  Il existe une mondialisation de ce processus créé par les politiques de la Banque mondiale (en consultation avec le Fonds monétaire internationale).

À la fin des années quatre-vingt-dix la Banque mondiale a amorcé le pillage des territoires ancestraux en ordonnant le développement d’un nouveau cadre juridique. Cette nouvelle législation a ouvert la voie aux transnationales pour l’investissement dans les secteurs des ressources stratégiques sans aucune considération pour les droits des autochtones.  Les transnationales (notamment les pétrolières, tels que Shell, Oxy, Total, etc.) ainsi que les grandes sociétés forestières et minières  sont désormais subventionnées par les États.  Les transnationales peuvent ainsi investir dans les ressources stratégiques (hydrocarbures, forêts, mines, eau, biodiversité…) sans aucun risque financier, grâce à de généreuses subventions auprès des grandes compagnies. La Banque Mondiale octroie des crédits auprès des gouvernements qui à leur tour subventionnent ces grandes sociétés. 

Les États sont forcés de régulariser le développement des ressources stratégiques.  L’État doit réglementer les espaces miniers, pétroliers, forestiers et autres afin de permettre en réalité la déréglementation, tout en régularisant la présence militaire afin de sécuriser les ressources et protéger les intérêts des investisseurs étrangers.  Dans ce contexte, il faut comprendre le processus législatif mis en place dans les années quatre-vingt dix en Amérique latine, mais également ailleurs dans le monde. Par exemple, aux Philippines la Banque mondiale a exigé la déréglementation des espaces miniers avec le Mining Act (1995).  Cette loi autorise l’exploitation des ressources minières au sein même des territoires autochtones.  En Papouasie-Nouvelle-Guinée (dès les années quatre-vingt), la Banque mondiale exigea l’abolition du droit coutumier (le droit collectif de la vaste majorité de la population) en octroyant des terres et des titres de propriété individuels. C’est ainsi que le processus législatif permet de légitimer le pillage économique dans les territoires ancestraux tout en usurpant le droit coutumier des populations.

En Amérique latine,  les gouvernements ont permis la déréglementation du marché des terres et la privatisation des terres publiques (les terres autochtones sont publiques).  Des conseillers de la Banque mondiale ont travaillé avec les responsables de la législation et des terres autochtones afin d’ouvrir les espaces aux grandes exploitations économiques, notamment les pétrolières

 

La spoliation des droits autochtones au Brésil

Au Brésil, sous les auspices de la Funai (dont le mandat consiste à la soi-disant protection des terres autochtones, subventionnée par la Banque mondiale), le Brésil sera l’un des premiers pays à délimiter des réserves autochtones dans les intérêts des investisseurs. Dès le début des années 90, les frontières des terres ancestrales furent modifiées et/ou balkanisées afin d’assurer l’expansion de projets économiques.(2)

Le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso (1995–2002) créait un précédent en favorisant, en toute légitimité, « la réduction » des territoires autochtones au profit des grandes sociétés, ce malgré une politique de reconnaissance officielle des droits territoriaux (Constitution de 1988).  Nelson Jobim, alors ministre de la Justice, avait accusé le gouvernement de « protéger les droits des minorités » en « attribuant trop de terres » à un « groupe restreint de la population au détriment des « nouveaux propriétaires », « muita terra para pouco indio » (beaucoup de terre pour peu d’Indiens).

Le décret 1775 (adopté en janvier 1996) favorise l’ouverture des frontières des réserves. Les intérêts privés et commerciaux peuvent désormais revendiquer des droits de propriété sur tous les territoires autochtones, incluant les réserves déjà démarquées ou revendiquées par les nations autochtones. Aujourd’hui, plus de 60% des terres n’ont pas encore été enregistrées dans le cadastre.  L’ex-Président de la Funai (1998-1999), Marcio Lacerda, avait déclaré qu’il fallait favoriser la réglementation des activités commerciales à l’intérieur des territoires autochtones. « Les autochtones devront ainsi se plier aux règles de la mondialisation« .(3)

Parallèlement, Cardoso réglementa, par décret, l’occupation militaire dans les espaces autochtones (2002) permettant la libre circulation de l’armée dans les territoires autochtones.  La police fédérale civile et l’armée ont le mandat de protéger les droits des nouveaux propriétaires dont les grandes compagnies minières et forestières. Une vaste militarisation vers les frontières de l’Amazonie (notamment près de la Colombie) a été mise en place.  Par ailleurs, sous le gouvernement de Luis Ignacio da Silva (Lula, en fonction depuis janvier 2003), l’armée a eu le mandat de défricher la forêt et de participer à la construction de routes pour permettre le développement du mégaprojet gazier Coari-Manaus (2006).  Ce projet suscite actuellement une vive polémique au Brésil.

Au début de son mandat en 2003, Luis Ignacio da Silva déclarait « Je ne veux pas passer à l’histoire comme un Président qui n’a pas tenu ses promesses faites aux peuples autochtones« . Pourtant les terres de Cachoeira Seca du peuple Arara (Altamira) furent redessinées au profit de grands propriétaires (réduction des terres des Indiens).  Les terres de Bau du peuple Kaiapo à Novo Progresso (Para) perdirent 350 milles hectares (l`État prétendait régler ainsi les conflits pour la terre).  En fait, le lobbying des grandes sociétés minières et forestières, força un accord pour la réduction de ces terres.

Par ailleurs, les Guarani-Kaiowa du Brésil entassés sur de petites parcelles ont été expulsés violemment par la police fédérale en janvier 2006 dans l’intérêts des grands propriétaires (éleveurs).(4)  Notons que leur territoire se situe sur l’une des plus grandes réserves d`eau douce du monde (la troisième du monde et selon des estimations récentes, la plus grande nappe d’eau existant sous terre), l`aquifère guarani, convoitée par les intérêts étatsuniens..(5)  En Bolivie, l’Assemblée du Peuple Guarani continue d’exiger l’expulsion de la pétrolière espagnole REPSOL YPF du pays.  La Bolivie a obtenu plusieurs concessions pétrolières au sein des territoires autochtones durant les gouvernements antérieurs.

Le Président actuel de la Funai (Fondation nationale de l’Indien) dans une entrevue pour l’agence Reuters, Mércio Pereira Gomes déclarait « les Indiens ont trop de terre«  (“os índios já tem terra demais”) et que le Tribunal suprême fédéral (STF) devra mettre une limite aux revendications de ces peuples (janvier 2006).(6)  Dès le début du mandat du gouvernement de Lula (2003), plusieurs projets allant à l’encontre des intérêts autochtones ont été déposés afin de permettre l’exploitation minière dans les territoires autochtones.  (Un nouveau projet de loi réglementant l’exploitation minière dans les territoires autochtones est présentement à l’étude, avril 2006).(7)

Sous le gouvernement Cardoso, l`Incra (Institut de réforme agraire) avait créé des divisions entre les paysans (sans terre) et les Indiens tupinikim et guarani dans l’État d’Espirito Santo.  La politique de réformes agraires permis l’octroi de terres à des paysans à l’intérieur des terres autochtones, incluant celles se trouvant en périphérie des plantations d`eucalyptus et de pins de la compagnie Aracruz Cellulose SA. Cette transnationale est subventionnée par les fonds de la Banque mondiale (un nouvel accord signé en 2006 permettra à la compagnie de prendre de l’expansion).. Malgré la reconnaissance de 8 980 hectares, l’Institut de réforme agraire enregistra à peine 3, 700 hectares dans le processus juridique.  La transnationale força les Indiens à signer un contrat afin de poursuivre leurs activités sur les terres ancestrales. En janvier 2006 les autochtones occupèrent leurs propres terres (partie du territoire ancestral) en faisant valoir la présence illégale de la transnationale.  Cette occupation fut réprimée violemment par la Police fédérale et la Force spéciale de l’armée brésilienne afin de protéger les « droits«  de la compagnie norvégienne.(8)

Les mégaprojets à l`assaut des territoires autochtones en Bolivie

Dans le cadre du programme d’ajustement structurel (années quatre-vingt-dix ) dicté par les créanciers, un programme de reconnaissance formel de vastes territoires autochtones est mis en marche, et ceci pour la première fois. (Majoritairement autochtone, la Bolivie avait autrefois transformé « l’Indien et son identité » en «paysan» établi sur des petites parcelles de terre et elle ignorait le droit des peuples autochtones (indigenas) dispersés dans le bassin amazonien.)

L’INRA (Institut de réforme agraire), créé en 1996, a amorcé un mécanisme de base pour l’établissement et la reconnaissance juridique des terres ancestrales appelées officiellement TCO (Tierras Comunitarias de Origen, Terres communautaires d’origine).(9) Mais ces réformes constitutionnelles, commanditées par les investisseurs occultent les véritables enjeux. Dans la pratique, la reconnaissance des TCO fut bloquée par des entraves administratives. Des ressources financières fort restreintes furent allouées au projet. La grande majorité des TCO est financée par l’agence de coopération internationale danoise (DANIDA), Pays-Bas, BID et la Banque mondiale.(10)  

Cette dite « reconnaissance » devient lettre morte, car l’INRA avec l’appui de la Banque mondiale, était surtout intéressé au processus de légalisation du marché des terres, qui en quelque sorte constitue un instrument d’expropriation des terres de la petite paysannerie (pour la plupart des Indiens). En d’autres mots, le marché des terres mène à la privatisation des droits fonciers au détriment des paysans. Par ailleurs, posséder le titre de TCO ne permet pas le libre accès des autochtones aux ressources naturelles.

En 1999, le gouvernement avait également voté un décret légitimant de nouvelles concessions forestières alors que les droits de propriétés de terre des communautés (dans les forêts des provinces de Beni et Pando) n’avaient pas encore été définis.(11)

Parallèlement les géants pétroliers obtenaient de nouvelles concessions dans les terres ancestrales de l’Est bolivien. Selon les dispositions gouvernementales, les transnationales ont le droit d’exploiter les ressources stratégiques dans la mesure où elles entrent dans des accords ponctuels (promesses de consultations et ententes) avec les autochtones. Ces accords qui sont souvent l’objet d’une manipulation par les transnationales, ont dans la pratique pour conséquence d’annuler les droits ancestraux inscrits dans la Constitution. Tout comme au Brésil, cette présence des transnationales à l’intérieur des TCO contribue à modifier les frontières ancestrales, au profit des compagnies. Le territoire des Weenhayeks fut considérablement réduit lors de la démarcation. Les Weenhayeks s’étaient opposés au pipeline Yacuiba (inauguré en février 2002). Ce gazoduc fait partie du réseau de mégaprojets d’hydrocarbure qui contribue à changer la géographie sociale et environnementale de la Bolivie. 

Ce pillage des géants pétroliers a provoqué plusieurs révoltes en Bolivie.  En octobre 2003, la révolte populaire renversa le Président Sanchez de Lozada, remplacé par son vice-président Carlos Mesa. En effet, le FMI ordonna au gouvernement d’imposer une taxe sur le gaz naturel (cette taxe fut retirée suite au soulèvement populaire violemment réprimé par l’armée).  Alors que la classe politique au pouvoir a toujours été d’origine européenne blanche, l’élection en janvier 2006 d’un leader autochtone (Evo Morales) ne  garantit pas cependant les droits territoriaux des Indiens (12) face à l’exploitation du gaz naturel (développement de l’exportation du gaz naturel exigée par la Banque mondiale et le FMI).  Par ailleurs, les États-Unis continuent toujours de surveiller de près leurs intérêts économiques dans les régions stratégiques (gaz naturel, plantation de cocas, mines…) avec la base militaire étatsunienne de Chapae et la présence de la DEA (agence étasunienne contre le narcotrafic).  Finalement, plusieurs ministres du gouvernement de Morales, notamment les ministres de l’économie et de la défense, ont des liens étroits avec le FMI, la Banque mondiale et les gouvernements antérieurs (régime néolibéral).(13)  S’agirait-il de la formation d’un « néolibéralisme indigène«  dirigé par le premier leader autochtone élu à la présidence de la Bolivie? 14)

 

 

Les droits autochtones et le Plan Colombie

La Constitution de 1991 reconnaît formellement les droits territoriaux, sociaux et culturels des autochtones. Elle spécifie notamment qu’aucune corporation ne peut exploiter des terres à la frontière des terres ancestrales ou celle-ci doit obtenir l’autorisation des autochtones affectés par les projets (la reconnaissance des terres et des réserves est inaliénable). En février 2000, le gouvernement d’Andres Pastrana amorçait des réformes constitutionnelles modifiant les droits fonciers en faveur des transnationales.(15)

Le dernier jour de son mandat présidentiel, le Président Pastrana modifia les droits autochtones en ordonnant le décret 1728 (août 2002) (accepté par le gouvernement d’Alvaro Uribe en fonction depuis août 2002). Ce décret limite, voire empêche, la consultation des autochtones faces à l’environnement, affectant ainsi leurs droits territoriaux et sociaux. Le décret 1728 fait prévaloir le pillage des ressources naturelles et la mise en œuvre des mégaprojets. Par ailleurs, la modification de la réforme agraire (2002) fait également partie du même processus de pillage des terres autochtones et paysannes au profit de l’agro-industrie. Par conséquent les grands propriétaires fonciers de Colombie, favorisés par la Réforme agraire, ont acheté pour des sommes dérisoires de nouvelles terres ouvrant la voie vers la spéculation foncière dans les régions adjacentes aux corridors pétroliers. Cette spéculation foncière concerne surtout les régions de Magdalena Medio, de Carmen Bolivar, de Catatumbo et de Putumayo.

Sous le Plan Colombie, le mécanisme juridique de reconnaissance territoriale fut ainsi paralysé tout en favorisant la réduction des réserves et des terres communautaires (tout comme au Brésil).

Le gouvernement actuel (tout comme le gouvernement antérieur de Pastrana) a pour objectif l’élimination des droits culturels, et territoriaux ainsi que les capacités de gestion et d’organisation des peuples autochtones. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement veut anéantir ou fermer les espaces de concertation et de participation par l’entremise des réformes institutionnelles.(16)

Alors que les terres ancestrales sont formellement reconnues, les richesses du sol et du sous-sol (dont le pétrole) appartiennent désormais exclusivement à l’État (Selon le Code des mines, Loi 685, 15 août 2001). Ceci permet à l’État d’octroyer des concessions minières au sein des territoires autochtones sans l’autorisation des occupants.

Tous les types de minéraux, quelle que soit leur localisation, dans le sol et le sous-sol, quel que soit leur nature, sont de la propriété exclusive de l’État sans considération à la propriété, possession ou appartenance des terrains correspondants, qu’ils soient de propriété publique, privée ou communautaire.(17)

Le décret 1320 adopté par le président Pastrana en 1998, a de lourdes conséquences sur les droits autochtones. Le décret stipule que désormais la consultation des autochtones se fera uniquement dans les terres communautaires (Resguardos) ou les réserves occupées de façon permanente. Par conséquent, les frontières du territoire U’wa furent redéfinies, voire fragmentées, en fonction des intérêts pétroliers.(18) Le Resguardo (terres communautaires) des U’wa fut délimité par l’État afin de permettre l’exploitation pétrolière à la périphérie de ces terres. Par conséquent, l’exploitation pétrolière dans les terres ancestrales, non reconnues par l’État, s’amorçait «en toute légalité». Une parcelle de terre de 2000 km carrés fut octroyée à Occidental. Les U’wa refusèrent catégoriquement cette démarcation de leur territoire qui détacha une parcelle de terre (terres sacrées) convoitée par les pétrolières(19) Par ailleurs, le gouvernement colombien demanda aux paysans (« squatters ») occupant les terres u’wa depuis plusieurs années d’abandonner ces terres sous la promesse d’indemnisation monétaire. Mais les clauses relatives à cette indemnisation ne furent pas respectées et les paysans refusèrent de quitter les lieux.(20) Cette conjoncture provoqua de nouveaux conflits entre les populations U’wa et les paysans.

Le site d’exploitation pétrolière Siriri, connu sous le nom de « Samoré block » (Gibraltar 1) dans le Nord-Est de la Colombie se situe à l’intérieur des terres ancestrales (à proximité de la principale rivière Cubogon des U’wa). De plus, le pipeline Cano Limon passe très près du territoire U’wa (dans la région d’Arauca).(21) (Dans la région d’Arauca, les paysans u’wa perdirent leurs fermes en raison de la contamination de l’eau par l’exploitation pétrolière d’Amoco). Par ailleurs, dans le même « corridor pétrolier », un autre peuple autochtone, les Wahibo, fut également appauvri et déraciné par l’exploitation pétrolière de Cano Limon. En ce concerne, les Hitnu, une partie de leur «réserve» fut confisquée par les compagnies de pétrole.(22)

Depuis 1996, la pétrolière Occidental (Oxy) exerçait des pressions ponctuelles auprès du gouvernement colombien afin de militariser les régions d’exploitation en y installant des « war zone operations ».(23) Cette première démarche vers la militarisation des corridors pétroliers mènera en 2000 à l’application du Plan Colombie dans la région Nord de Santander afin de protéger l’exploitation pétrolière de Catatumbo et la perforation de Gibraltar 1 situées dans le territoire U’wa. En d’autres mots, le cadre légal du Plan Colombie permettait de légitimer la militarisation de la réserve autochtone sans l’accord du peuple U’wa. Dans ce contexte, les U’wa occupèrent leurs propres terres (non reconnues) afin d’empêcher l’exploitation de Gibraltar 1. « Squatters » sur leur propre territoire, ils furent évincés de manière brutale de leurs terres par l’armée devant assurer la « sécurité » du site pétrolier. Opposés fortement à tout projet pétrolier sur leurs « terres sacrées », les U’wa furent également les principales victimes des groupes paramilitaires reconnus pour leurs liens étroits avec la transnationale Oxy. (24)

Depuis l’arrivée d’Oxy (en 1992), les 8000 autochtones U’wa subirent la répression militaire et l’éviction de leurs terres sans recevoir d’indemnisation. Oxy se retira de cette zone pour des « raisons techniques » (en mai 2002) en confiant l’exploitation à la compagnie nationale de pétrole, Ecopetrol. En mars 2003, Ecopetrol (en voie de privatisation), annonçait une importante découverte de pétrole à Gibraltar 1.

Entre temps, la transnationale espagnole, Repsol, obtenait des concessions dans le territoire U’wa pour l’exploitation du bloc Capachos1. Repsol possède également des intérêts dans la gestion du pipeline Cano Limon (15%) en joint-venture avec Oxy et Ecopetrol. Dans le cadre du Plan Colombie, Madrid appuie les intérêts de Repsol (ainsi que de la pétrolière espagnole Cepsa qui possède de nombreuses concessions en Colombie) par l’octroi d’une aide financière et militaire aux autorités colombiennes (mars 2003).(25)

Les espaces sont vidés de leur population afin de permettre le développement des mégaprojets. Le plan Colombie a créé un le climat de terreur, renforcé par des massacres, et le gouvernement a forcé les populations paysanne et autochtone à fuir vers d’autres régions. (En 2001, 1029 personnes ont été déplacées. Constituant, officiellement, moins d’un pour cent de la population, 12 % des déplacés sont des autochtones.) Il faut mentionner que les expropriations furent en majorité réalisées dans des régions où les réserves d’hydrocarbures sont inexploitées.

Le Plan Colombie fut signé en 1999 afin de protéger les intérêts financiers et géopolitiques des mégasociétés anglo-américaines.  L’autorisation de nouveaux forages de ces sociétés dans des « zones à risque » a été facilitée par le Plan Colombie. Les espaces comportant des conflits armés, riches en hydrocarbures, deviennent le prétexte parfait pour militariser les régions alors placées sous haute surveillance. Alors que le pipeline Cano Limon, géré majoritairement par Occidental Petroleum (Oxy), avait été attaqué 170 fois par la guérilla, le Congrès américain votait en faveur de la militarisation de la zone Cano Limon en 2002.

Depuis 1996, Exxon Mobil, BP, Unocal, Chevron-Texaco et Phillips Petroleum ont investi des sommes énormes dans des activités de lobbying auprès du Congrès américain afin d’exiger «la sécurité» (voire la militarisation) des gisements pétroliers et gaziers.(26) 

 

Mégaprojet et militarisation en Équateur

Dès la première année du Plan Colombie, la « frontière de la militarisation » avançait vers les zones pétrolières de l’Équateur (Pacifique –Amazonie). L’armée coopère avec les entreprises pétrolières afin d’assurer la sécurité des corridors pétroliers, notamment l’oléoduc de pétrole brut lourd (OCP).

Le Haut Commandement des Forces armées travaille en liaison permanente avec les représentants des pétrolières assurant la sécurité générale des zones pétrolières de l’Est du pays.

À partir des champs de pétrole brut et lourd de l’Amazonie jusqu’à la côte du Pacifique (en traversant les Andes), l’oléoduc OCP (508 km) passe par une région où se trouvent 67 failles géologiques et près de six volcans. Cette région est également marquée par une grande pauvreté où vivent plusieurs peuples autochtones : Achuar, Shuar, Huac Quichua, Shiwiar et la nation Zapara. (La culture zapara de l’Équateur et du Pérou a été reconnue comme patrimoine culturel et linguistique par l’Unesco). L’octroi de nouvelles concessions aux pétrolières en Amazonie (incluant Oxy) pour le développement du projet OCP a déjà entraîné l’expropriation de plusieurs de ces peuples.(27) (La majorité de ces communautés autochtones n’ont jamais accepté l’exploitation du pétrole sur leurs terres.) Par ailleurs, le pipeline constitue un énorme risque de contamination de l’eau (le pipeline traverse les sources d’eau de la région de Papallacta).(28) Le pipeline a également des impacts sur les communautés noires de la côte du Pacifique dans la province d’Esmeralda (déjà très affectées par la pollution des raffineries et la pauvreté).

L’année précédant la signature du contrat, le gouvernement avait proposé une loi pour éliminer la représentation des communautés autochtones dans l’Institut d’état (Institut pour l’Éco-Développement) en charge du développement de la région amazonienne. Cela permettait au gouvernement d’octroyer des concessions pétrolières en Amazonie sans consulter les représentants autochtones. Cette même année, Oxy avait demandé l’expropriation de 45 acres sur les terres autochtones des Quichua. Vu le refus des autochtones, Oxy demanda au gouvernement de déclarer les terres ancestrales comme des terres « d’usage public » afin de permettre l’expropriation de la population autochtone

Le consortium OCP entretient une étroite coopération avec les militaires équatoriens. Dès le début de sa construction le corridor de pipeline fut militarisé à la demande des pétrolières.

Investissements et militarisation en Amazonie

La militarisation de l’Amazonie, vaste réserve pétrolière et gazière, a pris une ampleur considérable depuis la signature du Plan Colombie. Parallèlement, plusieurs accords militaires furent signés entre les pays d’Amérique du Sud. 20 Le Brésil a signé des accords de coopération militaire avec l’Équateur et le Pérou dans le cade du programme de sécurité Sivam (août 2002). Le Brésil a déployé une nouvelle force militaire près de la frontière colombienne, faisant passer le nombre de militaires de 3.300 à 23.000. De plus, une nouvelle base militaire fut construite à Sao Gabriel (Brésil), près de la frontière.

Terres autochtones et installations militaires en Amazonie (Brésil) : http://www.socioambiental.org/website/noticias/indios/militar.htm

 

Dans ce contexte, il faut prendre en considération l’ensemble des ressources stratégiques de l’Amazonie. Cette méga-région d’Amérique latine possède un riche potentiel économique (hydrocarbures, minéraux, forêts ainsi qu’une biodiversité exemplaire convoitée par l’industrie pharmaceutique). L’Amazonie constitue également une région stratégique dans le commerce de la drogue. Par ailleurs, le président de la Colombie, Alvaro Uribe, créa une vive polémique en sollicitant l’aide des États-Unis afin de militariser et contrôler l’Amazonie (janvier 2003).(29)

L’Amazonie brésilienne est sous haute surveillance.  L’armée étatsunienne encercle ce vaste territoire depuis les pays voisins.  L’administration Bush a des visée hégémoniques sur l’ensemble de la région et sur ces ressources.  Les différents plans économiques (ALÉNA, le Plan Puebla Panama qui facilitera la privatisation et la militarisation des ressources stratégiques …) et accords militaires (Plan Colombie, Initiative Andine) constituent un processus d’intégration continentale. La présence militaire des États-Unis, de plus en plus importante, fait certes partie d’une stratégie cohérente visant la conquête des espaces stratégiques dans l’ensemble de l’Amérique latine.  Par exemple, les réserves d’hydrocarbures seraient sept fois plus importantes qu’aux États-Unis.  L’établissement récent d’une base militaire par les États-unis au Paraguay coïncide étrangement à un boom pétrolier dans le pays.  Ce vaste processus de militarisation se développe donc parallèlement à l’expansion des mégaprojets et aux investissements privés à l’intérieur des territoires autochtones.  Cette expansion n’est pas sans lien avec un cadre législatif dicté par les créanciers sous la surveillance de la Banque mondiale.

Dans cette visée hégémonique des États-Unis et des plus grandes transnationales anglo-américaines (notamment les pétrolières), peu de gouvernements élus dans les dernières années semblent s’opposer au dictat de Washington.  La majorité des gouvernements se proclamant de gauche (le Venezuela et Cuba faisant exception) semblent avoir accepté les visées hégémoniques de Washington en se pliant à la politique néolibérale. Ils poursuivent les mêmes politiques de privatisation et de mégaprojets des ressources stratégiques qui affectent à la fois les populations (autochtones, paysans, etc.) et le « patrimoine économique« .   La loi régularisant l`exploitation de l’Amazonie légale au Brésil, approuvée le 2 mars 2006, constitue l’exemple patent des politiques néolibérales par le gouvernement (soi-disant de gauche) de Lula.  Alors que les transnationales pourront obtenir des concessions en Amazonie à la simple condition d’avoir une filiale avec des bureaux au Brésil, cette privatisation de la forêt légitime désormais l’entrée du grand capital pour le développement forestier et l’industrie pharmaceutique.   Les mouvements noirs et autochtones sont très inquiets pour l’avenir de leurs communautés et la souveraineté des États latino-américains.
 

Notes.

1. Les quilombos sont les communautés rurales noires qui sont les descendants des esclaves africains en Amérique latine.  Au Brésil,  on recensait  2,2 milles quilombos.  Les  quilombistes revendiquent leurs droits pour la reconnaissance de leur territoire, droits reconnus dans la Constitution. Ces communautés sont réparties dans tout le Brésil (le plus grand nombre de quilombos se retrouvent dans l’état du Maranhao en « Amazonie légale« .

2. Voir le site de la Funai au sujet de la démarcation: http://www.funai.gov.br/indios/terras/conteudo.htm   Voir le site de l`Instituto socio-ambiental pour une carte montrant les terres autochtones: http://www.socioambiental.org/map/index.shtm

3. En juin 1996, la Funai avait déjà reçu 1750 contestations (des grands propriétaires ou des compagnies privées) sur la base du décret.(3)  Plus de 85% des terres autochtones, reconnues par la Funai, avaient été envahies sous différentes formes en 1999, notamment par les entreprises privées et étrangères. ns favorables à l’élimination du décret (1610/96)

4. « La population indigène une nouvelle fois abandonnée à son sort par le gouvernement et le pouvoir judiciaire« ,  Droits, Éthiques et Société, 6 janvier 2006.

5. Voir la carte : http://www.ana.gov.br/guarani/files/mapaA4.pdf et voir carte sur la répartition des terres guarani dans le Mato Grosso do Sul : http://www.highrisemarketing.com/djweb/historia/mapa/index.htm

6. Suite aux critiques faites au Président de la Funai, Sydney Ferreira Possuelo, responsable de la coordination générale des Indiens isolés fut démis de ces fonctions. 

7. Mineração em terras indígenas é discutida com lideranças dos índios, 2 mai 2006, http://www.dnpm.gov.br/conteudo.asp?IDSecao=99&IDPagina=72&IDNoticiaNoticia=200

8. Aracruz cellulose SA a obtenu des concessions sur les terres des autochtones durant le gouvernement militaire dans les années soixante.  Aucun membre du gouvernement (y compris le Président Ignacio Lula da Silva) ne fit de commentaires face à cette violente répression.  Le Fond de pétrole norvégien ainsi que la famille royale de Norvège possède des actions dans la compagnie. La majorité des actions appartiennent aux groupes Lorentzen Empreendimentos, Safra, Votorantim et BNDES. Au Chili, la transnationale chilienne Arauco s’est vue également octroyer des terres appartenant aux Indiens mapuche.  Les leaders mapuche qui s`étaient révoltés contre la compagnie en incendiant une partie de l’édifice sont encore en prison et depuis la compagnie de cellulose a pris de l’expansion.

9. Voir carte des TCO : http://cpti.galeon.com/mapa.htm

10. Voir le site de l’INCRA: http://www.incra.gov.br/

11. Bolivian Forum for Environment and Development (FOBOMADE), « Bolivia: concern over the fate of forests », WRM Bulletin,  22  avril 1999, http://www.amazonia.net/Articles/274.htm

12. Le terme Indio (Indien) ou indigena (indigène) est utilisé dans l’ensemble de l’Amérique latine pour décrire les premières nations..

13. James Petras, Evo y el neoliberalisme indigena, Econoticias, mars 2006, http://www.econoticiasbolivia.com/documentos/enfoque/i8.html

14. Voir l’article « Cien dias de neoliberalismo indigena«  sur  le site d’Econoticias : http://www.econoticiasbolivia.com/documentos/notadeldia/cedla100.html

15.Selon le président Pastrana « la Colombie réformera la Constitution pour donner plus de liberté aux investissements étrangers et pour pouvoir s’associer à l’Aléna ». Hector Mondragon Baez, « Plan Colombie et pétrole: L’hégémonie des quatre sœurs », http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=151 .

16. Comité Ejecutivo de la ONIC, « SOS por los pueblos indígenas de Colombia », 30 novembre 2002, http://www.tao.ca/~ccsc/nov30-2002onic.htm

17. « Los minerales de cualquier clase y ubicación, yacentes en el suelo o el subsuelo, en cualquier estado físico natural, son de la exclusiva propiedad del Estado, sin consideración a que la propiedad, posesión o tenencia de los correspondientes terrenos, sean de otras entidades públicas, de particulares o de comunidades o grupos. »  LeyesNet, Código colombianos, http://www.leyesnet.com/Classic/Codigos3.asp?NombreCodigoID=12&CodigoID=338

18. Voir l’historique du conflit dans Project underground, « Cronology 1988-1998 », U’wa Crisis, http://www.moles.org/uwa/crisis/news.html

19. Voir carte dans Amazon Watch, U’wa Territory, http://www.amazonwatch.org/uwamap.pdf

20. Garry M. Leech, « The Case of the U’wa », Colombia Report, 9 juillet 2000, http://www.colombiareport.org/colombia17.htm

21. Les attaques du pipeline d’Arauca ont déversé 1.5 million de barils dans la rivière Cubogon. Voir Hectór Mondragón Báez, « Le Plan Colombie : l’hégémonie des quatre sœurs », op.cit

22. Inkarri, « La Oxy invade a los U’wa », 26 janvier 2000, http://www.inkarri.net/tierra/independ/uwa.htm

23. U’wa Defense Working Group, « U’wa Indigenous Leaders Arrive in Washington DC, To Rally Against Plan Colombia and Military Aid For Oxy’s Pipeline », AmazonWatch, 15 avril 2002, http://www.amazonwatch.org/newsroom/newsreleases02/020415_uwa

24. Découverte du pétrole à Arauca en 1983. Garry M. Leech, « The Case of the U’wa », Colombia Report, 9 juillet 2000, http://www.colombiareport.org/colombia17.htm

25. En 2003, Madrid donna du matériel militaire à la Colombie (par exemple des avions Mirage F-1). En 2000, le gouvernement espagnol avait officiellement appuyé le Plan Colombie avec une aide de cent millions. Par ailleurs, la première année du Plan Colombie, l’aide financière se répartissait ainsi : $250 millions des États-Unis, $20 millions de la Norvège et $131 millions de l’ONU. De même le Japon annonça l’octroi de $70 millions. La Banque mondiale, la Banque interaméricaine de développement et la Corporacion Andina de Fomento accordèrent 300 millions d’aide financière. Voir « Milliones par el Plan Colombia », BBCMundo,com, 7 juillet 2000, http://www.bbc.co.uk/spanish/news/news000707colombia.shtml

26. Sergio Gomez Maseri,  » El petróleo es el principal objetivo de Estados Unidos en Colombia, según agencia de información » El tiempo, 30 octobre 2002, http://www.nodo50.org/usocolombia/sos_eltiempo2.htm

27. En Équateur, il reste moins de 200 personnes dans la province amazonienne de Pastaza. Mais la nation Zapara n’apparaît pas dans le cadastre des terres autochtones d’Équateur. Voir « Carte des peuples d’Équateur », Pueblos de Ecuador, http://abyayala.nativeweb.org/ecuador/pueblos.php

28. CONAIE, Acción Ecológica, FENOCIN, APDH, « Quienes Son los que Realmente Joden al País? » 22 mai 2001, http://www.unii.net/opip/coniae.html

29, La Fogata Digital, « Uribe Vélez le pide a EEUU que invada el Amazonas », 5 février 2003, http://www.lafogata.org/003latino/latino2/col_uribe.htm .

Micheline Ladouceur est  géographe, spécialisée sur l’Amérique latine, et Directeur adjoint du Centre de recherche sur la mondialisation (CRM).



Articles Par : Dr. Micheline Ladouceur

A propos :

Géographe. Spécialiste des questions latino-américaines et brésiliennes. Directrice associée du Centre de recherche sur la Mondialisation, Rédactrice de Mondialisation.ca et des pages en espagnol, en portugais et en italien.

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: [email protected]

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

Contact média: [email protected]