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De l’outil Internet et de ses dérives
Par Daniel Vanhove
Mondialisation.ca, 24 mai 2010
24 mai 2010
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Qui pourrait de nos jours, douter de l’efficacité d’Internet? A moins de choisir l’isolement total, le refus de tout progrès, l’érémitisme volontaire, nul ne peut contester le formidable moyen de communication qu’Internet représente. Probablement n’avons-nous d’ailleurs pas encore mesuré totalement la portée d’une telle évolution dans les moyens de communication et ce qu’elle a changé dans notre perception du monde. Les dictatures encore nombreuses sur la planète le savent bien, qui tentent par tous les moyens d’en restreindre l’usage et n’hésitent pas à opprimer les contrevenants. Le monde au bout d’un clic ! Incroyable… A condition toutefois de ne pas oublier que la plupart du temps ce monde-là reste virtuel. Quand j’entends certains me dire, non sans fierté, qu’ils ont déjà « plus de 500 ami(e)s sur Facebook », je m’interroge sérieusement sur ce que recouvre leur notion de l’amitié… tout en me félicitant de ne pas être tombé dans ce gobe-mouche.

Ainsi tout progrès a ses revers. Les Chinois ont inventé la poudre pour leurs feux d’artifice, quand d’autres l’on détournée pour l’usage du canon. Dans le but de trouver un traitement contre la maladie du charbon plus connue sous le nom d’anthrax, des scientifiques parviennent à en isoler le bacille quand d’autres plus tard, en feront une arme de destruction massive. Et de tels exemples sont innombrables. Ce que l’histoire des découvertes nous apprend, c’est que quand l’objectif de ces dernières est détourné, il l’est rarement à des fins pacifiques.

Il en va de même avec Internet : les uns l’utilisent comme moyen de connaissance, de recherche, d’information, de communication… quand d’autres l’emploient pour combler leur vacuité, leur désœuvrement, voire assouvir leurs instincts les plus bas. Et en cette matière, l’histoire nous apprend aussi que le genre humain n’a pratiquement aucune limite. La transgression de ces limites étant d’ailleurs souvent reconnue comme pathologie. Certains passent des heures, des jours, voire des années à baver derrière leur écran sous l’emprise d’images de corps mis en scène et qui peu à peu, s’ils n’y prennent garde, annihileront leurs capacités à vivre de vraies relations amoureuses ; d’autres n’auront de cesse de fouiner dans la vie privée d’autrui pour y chercher ce qui titillera leur curiosité malsaine et leur donnera l’impression de remplir ainsi un quotidien désespérément ennuyeux ; et ainsi de suite… dans cette errance d’individus ne sachant combler leur oisiveté, leur vide intérieur autrement qu’en traquant chez d’autres un détail insignifiant, une image volée, une phrase sortie de son contexte, un mot travesti tel un os à ronger avec lequel ils s’amusent et s’excitent comme de grands adolescents définitivement immatures, sinon profondément frustrés…

Quand ces fouilles-merde détiennent  une petite information, ils peuvent succomber à ce qu’il y a de pire chez l’individu : l’illusion de leur importance, avec son corollaire en filigrane, la sensation du pouvoir. Tout le monde sait aujourd’hui que celui qui détient l’information, détient une parcelle de pouvoir. Il convient de se rappeler alors les dérives que le pouvoir engendre. Elles sont redoutables, passent par le mensonge, la délation, le reniement, l’insulte, la trahison, le chantage… l’oppression. Elles voudraient faire une lanterne, d’une vessie. Prêchent le faux pour obtenir le vrai. Jettent la suspicion sur des innocents. Comme lors de l’affaire d’Outreau. Jusqu’à briser des vies. Jusqu’à mener parfois d’aucuns à choisir la mort. Ainsi convient-il sans doute de rester prudent sur l’usage que certains font de cet outil, comme d’une arme tournée contre leur entourage, leurs voisins.

Face aux risques d’une utilisation malveillante de ce formidable outil qu’est Internet, me reviennent alors ces vers de Léo Ferré, sonnant comme un avertissement :

«Ces mains bonnes à tout même à tenir des armes

Dans ces rues que les hommes ont tracées pour ton bien

Ces rivages perdus vers lesquels tu t’acharnes

Où tu veux aborder

Et pour t’en empêcher

Les mains de l’oppression

 

Regarde-la gémir sur la gueule des gens

Avec les yeux fardés d’horaires et de rêves

Regarde-là se taire aux gorges du printemps

Avec les mains trahies par la faim qui se lève

 

Ces yeux qui te regardent et la nuit et le jour

Et que l’on dit braqués sur les chiffres et la haine

Ces choses « défendues » vers lesquelles tu te traînes

Et qui seront à toi

Lorsque tu fermeras

Les yeux de l’oppression

 

Regarde-la pointer son sourire indécent

Sur la censure apprise et qui va à la messe

Regarde-la jouir dans ce jouet d’enfant

Et qui tue des fantômes en perdant ta jeunesse

 

Ces lois qui t’embarrassent au point de les nier

Dans les couloirs glacés de la nuit conseillère

Et l’Amour qui se lève à l’Université

Et qui t’envahira

Lorsque tu casseras

Les lois de l’oppression

 

Regarde-la flâner dans l’œil de tes copains

Sous le couvert joyeux de soleils fraternels

Regarde-la glisser peu à peu dans leurs mains

Qui formeront des poings

Dès qu’ils auront atteint

L’âge de l’oppression.»

Mieux vaut ne jamais l’oublier…

Daniel Vanhove : Observateur civil, Auteur de La Démocratie Mensonge – 2008 – Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire

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