Début du procès de Saleh Abdeslam, survivant du commando du 13 novembre

Le procès du seul survivant du commando qui a organisé les attentats du 13 novembre 2015, Salah Abdeslam, s’est ouvert lundi en Belgique. Salah Abdeslam et Sofiane Ayari encourent jusqu’à 40 de prison pour avoir tenté de tuer des policiers pendant une perquisition, peu avant leur arrestation en mars 2016 à Bruxelles. Salah Abdeslam sera par ailleurs jugé en France pour les attentats du 13 novembre, un procès dont la date n’a pas encore été fixée; Sofiane Ayari est lui aussi suspecté dans l’enquête sur ces attentats, et la justice française le réclame.

Dès le départ, ces procédures sont faussées par un non-dit essentiel. Les services de renseignement européens et américains ont protégé et donné carte blanche aux réseaux islamistes dont faisait partie Abdeslam, et qui ont mené pour l’Otan une guerre féroce en Syrie avant d’organiser des attentats sanglants à travers l’Europe. Mais ce procès passe sous silence leur responsabilité dans les attentats: Abdeslam et Ayari sont seuls au banc des accusés, mais de nombreux hauts responsables européens mériteraient d’y être aussi.

Leur rôle met en cause la politique sécuritaire réactionnaire et illégitime de l’Union européenne, qui est fondée sur des mensonges. La classe dirigeante s’est servie de ces attentats, de manière biaisée, pour imposer des états d’urgence et de larges mobilisations policières à travers l’Europe, matraquer l’opposition à la loi travail en France, et surveiller en masse les populations – prétendument pour confronter une menace terroriste incontrôlable.

Un procès d’Abdeslam risque de faire ressortir ces éléments, et le procès s’est organisé avec une lenteur extrême et sous haute tension. Il n’a commencé que deux ans après l’arrestation d’Abdeslam, qui souffre à présent de troubles psychologiques après avoir été incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis en France et maintenu longtemps en isolement.

Hier, Abdeslam a d’abord refusé de répondre aux questions. Il a dit: «Je n’ai pas peur de vous, je n’ai pas peur de vos alliés, de vos associés, je place ma confiance en Allah et c’est tout, je n’ai rien à ajouter». Plus tard, il a déclaré que «Mon silence ne fait pas de moi ni un coupable ni un criminel. Il y a des preuves tangibles et scientifiques dans le dossier, je veux qu’on me juge sur ça.»

Compte tenu du silence d’Abdeslam, la journée d’audience de mardi a été annulée et le procès qui devait se tenir jusqu’à vendredi pourrait se terminer jeudi, selon le président du tribunal de première instance de Bruxelles, Luc Hennart: «Il n’est pas exclu que les débats aillent plus vite que prévu. Tout dépendra de l’attitude des prévenus, s’ils optent pour leur droit au silence, il est évident que les débats iront plus rapidement que s’ils s’expriment».

Le silence règne toujours sur le rôle des services européens et les questions politiques qu’il soulève. Mais quelques jours après l’arrestation d’Abdeslam, des révélations stupéfiantes avaient déjà émergé sur les défaillances inexplicables des forces de sécurité belges et alliées. Ces révélations touchaient à la fois aux attentats de Bruxelles ayant coûté la vie à 31 personnes et en ayant blessé 270, et à la participation de Salah Abdeslam aux attaques du 13 novembre à Paris.

Selon un article de Gilbert Dupont dans La Dernière Heure-Les Sports, largement repris dans d’autres journaux francophones, des éléments de la police belge étaient au courant de l’endroit dans la région bruxelloise où se cachait Abdeslam, l’homme «le plus recherché d’Europe».

Il écrit: «Selon nos informations, un policier de Malines avait, dès le 7 décembre dernier, dans un rapport confidentiel destiné à la cellule antiterrorisme de la police judiciaire fédérale de Bruxelles, donné l’adresse du 79, rue des Quatre Vents à Molenbeek où fut trouvé Salah Abdeslam vendredi passé. Le rapport confidentiel (ce qui, dans le jargon, s’appelle un RIR – Rapport Informatief Rapport) n’a pas été transmis. Il a été retenu et est resté coincé trois mois à la police de Malines.»

Le comité de surveillance de la police belge (Comité P) a lancé une enquête sur ces défaillances, qui n’a abouti à rien. Aujourd’hui, on ne sait toujours pas où le rapport a été bloqué et jusqu’où il est allé dans la chaîne de commandement. La police de Malines nie avoir bloqué, ou même vu, le rapport.

Alors que des sections de la police belge était au courant de la cachette d’Abdeslam, d’autres policiers sont arrivés le 15 mars 2016 à un appartement du quartier bruxellois de Forest pour une perquisition. Ils y ont été accueillis par des coups de feu. La police a commencé le suivi des portables de deux hommes qui ont fui le bâtiment pendant les attaques, dont l’un était Abdeslam. Fait remarquable, Abdeslam ne s’est débarrassé ni de son téléphone ni de la carte SIM pendant ou après la rencontre avec la police, permettant ainsi à la police de le suivre et de le capturer.

Pendant quatre mois, un large réseau islamiste avait pu préparer les attentats à Bruxelles du 22 mars 2016, peu après l’arrestation d’Abdeslam. Les renseignements russe, turque et israélien avaient identifié des membres de ces réseaux et averti les services belges et alliés que des attaques étaient imminentes sur l’aéroport de Zaventem et le métro de Bruxelles. Et quelques jours après l’arrestation du soi-disant «homme le plus recherché d’Europe», le réseau a pu passer à l’acte.

Le réseau avait bénéficié d’une nouvelle série de défaillances inexplicables de la police Des officiers de liaison belges en Turquie n’ont pas vérifié leur e-mail en temps voulu pour découvrir que la Turquie avait expulsé Ibrahim El Bakraoui vers l’Europe sur des soupçons de terrorisme en juillet 2015. Fait stupéfiant, une fois qu’ils ont notifié leurs supérieurs de la police judiciaire de Bruxelles, ceux-ci n’ont pas répondu ou tenté de suivre El Bakraoui.

A l’époque, le WSWS a écrit: «Il est clair que les individus qui ont effectué les attaques à la bombe du 22 mars, les attentats du 13 novembre et celui de Charlie Hebdo à Paris font partie d’un groupe plus large de personnes à qui il est permis de faire librement l’aller-retour du Moyen-Orient. La seule conclusion que l’on puisse tirer de la facilité avec laquelle ces forces passent les frontières nationales et mènent leurs opérations est que des protocoles sont en place pour faciliter leur passage et neutraliser les signaux d’alarme. Ils opèrent sous un voile de protection officielle.»

Les investigations officielles ont confirmé cette analyse. On sait à présent que, bien avant le 13 novembre, Abdeslam était bien connu des autorités européennes, qui avaient documenté ses liens terroristes. Il avait été arrêté en janvier 2015 par les autorités turques qui l’ont empêché de se rendre en Syrie et déporté en Belgique, après quoi le renseignement belge l’a identifié comme une menace.

L’enquête du comité de police belge sur les défaillances du renseignement a conclu que les services antiterroristes auraient perdu la carte GSM de Salah Abdeslam et négligé sa clé USB quand ils les lui ont confisquées en février 2015, soit 9 mois avant les attentats du 13 novembre à Paris. Selon La Dernière Heure, «S’y trouvaient effectivement, à l’époque, en février 2015 donc, des numéros de personnes connues aujourd’hui pour leur implication dans les attentats de Paris et Bruxelles.»

Ceci souligne que depuis des années, l’ensemble des mesures d’austérité et sécuritaire menées par Paris, Brxuelles et leurs alliés s’est déroulée sous le sceau du mensonge politique.

Anthony Torres



Articles Par : Anthony Torres

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