Décapitation ou drones & missiles : à vous de choisir…

Le président Barack Obama a jugé mercredi qu’un groupe comme l’Etat islamique (EI) qui a revendiqué la décapitation du journaliste américain James Foley, était un « cancer » qui n’avait « pas sa place au XXIè siècle ».

C’est vrai qu’avec nos guerres hyper sophistiquées, de plus en plus souvent menées à l’aide de drones, sans pilote à bord et devenues dès lors virtuelles dans la tête de beaucoup, une décapitation ça fait tache!

« L’EI ne parle au nom d’aucune religion. Aucune religion ne dit de massacrer des innocents. Leur idéologie est creuse », a affirmé M. Obama.

Un bref instant, je me suis demandé si le prix Nobel de la Paix, parlait d’Israël ou des USA eux-mêmes, tous deux champions hors catégorie du massacre d’innocents… mais non, cela ne se pouvait pas !

Voici ce que j’en disais déjà dans mon livre « La Démocratie Mensonge » :

« Dans le jargon militaro-diplomatique de nos sociétés dominantes, l’utilisation du vocabulaire n’est pas neutre. Au contraire, il s’apparente au même concept que celui utilisé quand on nous parle des « dirthy bombs » ou « bombes sales » utilisées par des pays tiers. Sous-entendu, les nôtres ne le seraient pas… Sémantique employée dans l’intention obsessionnelle de diaboliser l’adversaire qui, n’ayant pas dépensé autant de milliards dans la sophistication d’une technologie toujours plus mortifère, en est encore à utiliser des moyens que nous caricaturons de manière péremptoire de « barbares », les traitant par la même occasion d’ « Etats voyous »… Comme si une guerre, quels que soient les moyens utilisés, pouvait être propre ! Comme si l’usage d’une technologie de pointe au comble de ses performances, rendait la brutalité de nos crimes moins grave. Comme si soudain, nos brillantes prouesses scientifiques atténuaient l’atrocité des résultats. Quand on sait que, dans les faits, c’est précisément l’inverse qui se produit !

Peut-être serait-il utile, en ces temps de déraison majeure, de rappeler à « nos amis américains » – et à ceux qui les soutiennent envers et contre tout – leur dès lors « barbare » décision de bombarder il y a quelques années Hiroshima et Nagasaki, à l’arme nucléaire… Ces villes n’étaient-elles pas constituées majoritairement de civils innocents ? Ces dizaines de milliers de Japonais d’alors étaient-ils les « terroristes » du moment !?…

Quelques années plus tard, ces mêmes « amis américains » déversaient pendant dix ans sur le Viêtnam, 80 millions de litres de l’Agent orange, défoliant contenant de la dioxine, fabriqué par les multinationales Dow Chemical et Monsanto (aussi fabricantes du napalm). Celles-là mêmes qui aujourd’hui veulent à tout prix nous imposer leurs OGM (Organismes Génétiquement Modifiés)…

Ces « amis américains » toujours qui, par le biais de la CIA (Central Intelligence Agency) ont financé quantité de « guerres sales » en de nombreux points du globe, installant des dictatures militaires là où les régimes en place ne leur convenaient pas ! Pratiques qui d’ailleurs, se poursuivent.

Ces chers « amis américains » encore qui font aujourd’hui la leçon au monde entier contre les risques que représente la possession d’ADM (Armes de Destruction Massive) par les « Etats voyous »… Force est de constater à travers ces quelques faits incontestables, que le seul « Etat voyou » à avoir jamais eu recours à de terrifiantes pratiques à telle échelle, sont les USA. La « barbarie » dont il est si souvent question dans les discours entendus de nos élites et dans les médias qui les retransmettent sans sourciller, ne se trouve probablement pas du côté que l’on nous indique… Il conviendrait au minimum d’en avoir la mémoire et de ne pas hésiter à le rappeler, le cas échéant.

L’hypocrisie, le cynisme et les mensonges des classes dirigeantes qui président aux grandes manœuvres dans le monde sont à leur comble. Et commence par les mots, par le vocabulaire utilisé pour présenter aux populations dont ils ont la charge, l’inavouable, l’inacceptable, le pire. Et aujourd’hui malheureusement, la plupart des médias relaient, sans plus se poser de questions, le langage utilisé par le pouvoir, étant désormais de plus en plus souvent financièrement liés à ce dernier. Dans leur technique de manipulation, tout est décliné sur l’usage de la dichotomie : il n’est plus que bien ou mal, blanc ou noir, barbare ou civilisé… Le choix des mots n’est jamais neutre. Pour les « bons » (nous) il sera question de « libérateurs » au lieu d’envahisseurs… Pour les « méchants » (les autres) il sera question de « terroristes » au lieu de résistants, et ainsi de suite… Peut-être une guerre commence-t-elle d’ailleurs par-là ? Par le choix des mots. Que l’on oppose entre eux en fonction de notre pouvoir sur les autres. Force est de constater qu’à ce niveau, tout est arrangé, ficelé, manipulé pour jouer sur notre émotionnel.

Quelques intellectuels en vue ergotent parfois dans des salons confortables ou sur des plateaux télé climatisés de l’inconvenance des « attentats-suicides ». Lancés sur le sujet, leur prolixité a beaucoup de mal à être contenue au point de se demander s’ils ne se délectent pas du plus morbide détail qu’ils nous rapportent. Probablement nous considèrent-ils inaptes à comprendre que l’usage des armes entraîne la plupart du temps des dégâts irréversibles aux victimes. Ceux-là sont révulsés sans doute par la vision d’horreur que constitue un corps déchiqueté qui s’est explosé au milieu d’innocents, préférant évidemment les bombes téléguidées qui ne s’embarrassent au passage que de « dommages collatéraux ». Ces mêmes « dommages » qui avaient fait dire à Madeleine Albright, une autre « amie américaine » alors secrétaire d’Etat US sous le Président Clinton, que « …600.000 enfants morts en Irak des suites des 10 années d’embargo était probablement le prix à payer pour la défense de nos valeurs… »

 Quel citoyen, épris de vraie justice, peut-il se reconnaître au travers de telles « valeurs » !? Pourquoi ces responsables politiques ne sont-ils pas traduits devant des tribunaux ? Les crimes dont ils sont directement coupables ne font aucun doute. Leur culpabilité n’a aucune difficulté à être démontrée. Pourquoi, au regard de tels délits désormais avérés, n’y a-t-il de jugements occasionnels que pour ceux qui perdent la guerre ? Slobodan Milosevic était-il plus coupable que ne l’est Tony Blair ?  Et Saddam Hussein que George W. Bush ?…

La discipline et l’efficacité d’une armée d’Etat semblent à ces intellectuels verbeux « politiquement plus correcte » que la clandestinité de résistants qui choisissent de se ceinturer d’explosifs. Cela choque probablement leurs yeux et leurs oreilles de bien-pensants… Et que dire des décapitations, où la tête du condamné roule à ses pieds !? Il est préférable de les pulvériser sans en laisser de traces, dans l’explosion d’un missile guidé par un système laser ultra perfectionné qui ne laisse aucune chance aux victimes, et les anéantit par surprise. Quand ce n’est pas par erreur…

Scrupuleusement choisis, abonnés des coulisses au point de n’avoir aucun doute sur la nature des liens qu’ils entretiennent avec les responsables des médias, ces mêmes intellos pédants soutiennent pour la plupart, aussi bien l’occupation israélienne en Palestine que le concept américain de « guerre préventive »… Ils doivent applaudir, à n’en pas douter, au concept de « guerre des étoiles » prônée par les locataires successifs de la Maison Blanche. Parallèlement la moindre critique vis-à-vis de l’administration US se voit automatiquement taxée « d’anti-américanisme primaire ». La subtile formule que voilà ! Quant à celles adressées à l’encontre de la politique d’Israël, il ne faut que quelques instants pour se faire traiter d’antisémite. Et courir le risque d’un mauvais procès. Optez plutôt pour une caricature acerbe et à gros tirage du prophète Mahomet … c’est moins risqué !

 Ce que ces discours se gardent bien de rappeler, c’est que toute occupation, même sous couvert de « Droit d’ingérence », procède d’une démarche guerrière. A tous les coups. Et que toute guerre est atroce et se paie cash. Toujours. Quels que soient les moyens utilisés. Toute guerre est une abomination. Les nôtres bardées de technologie, comme celles des autres, plus archaïques. Aucune d’elles n’est « humanitaire » !

Ce que ces mêmes discours se gardent d’expliquer, c’est que les « sales » guerres des « autres » ne sont que le revers des nôtres. N’ayant pas les mêmes budgets, elles sont cependant la face cachée du même miroir. Car, dans la chronologie des faits, ce n’est pas l’Irak qui a agressé les USA, c’est le contraire. De même pour le Vietnam à l’époque, et pour l’Afghanistan aujourd’hui. La liste est longue. Et ce n’est pas la Palestine qui a envahi Israël (inexistant alors) et qui l’occupe toujours, mais bien l’inverse ! Pareil pour le plateau du Golan syrien, et pour une partie du Sud du Liban…

Ce que ces discours évitent de pointer, c’est qu’aucune guerre n’épargne les civils. C’est même tout l’opposé : quand les guerres d’antan faisaient 80% de tués dans les rangs des armées et 20% auprès de la population civile, aujourd’hui, la fraction est inverse. Les guerres font 80% de victimes civiles pour 20% de militaires. Et cette tendance s’amplifie au rythme de la sophistication toujours plus grande de nos armements modernes, et dès lors du coût qu’ils représentent pour les budgets nationaux. C’est d’ailleurs dans cette même logique que pour ceux qui nous gouvernent, la perte d’un, dix ou cent civils ne pèse rien, mais perdre un militaire qu’il a fallu former pendant de longues années aux techniques toujours plus complexes d’une puissance létale devenue aussi ruineuse que terrifiante, devient hors prix…

Décidément, oui, tout est économique ! Et que l’on n’interprète ni ne déforme ce que je dis : je m’oppose à toute forme de guerre. Mais celle « des autres » ne me paraît pas plus répréhensible que les nôtres. Je condamne clairement et sans ambiguïté toute atteinte à l’intégrité humaine. Peu importe les moyens utilisés. Il n’existe pas de « bonnes » victimes d’un côté, et de « mauvaises » de l’autre.  Comme il n’existe pas de bonnes « bombes propres » chez nous et de mauvaises « bombes sales » chez les autres ! Toutes sont odieuses. Nos bombes à phosphore, à fragmentation, à uranium appauvri, à sous-munitions ou encore nucléaires, sont-elles « propres » !? Ou peut-être nos mines antipersonnel ? Celles-là mêmes qui bien des années après un conflit continuent à handicaper et tuer des enfants jouant innocemment, sans se rendre compte des cadeaux empoisonnés que nos « démocraties » modèles leur ont laissés en souvenir ! Ces manipulations du langage traduisent surtout l’hypocrisie de ceux qui les utilisent. Et devraient dès lors nous rendre plus que prudents face à leurs bruyantes et péremptoires déclarations…

De la même façon, un autre élément que ces discours occultent, est que dans nos « démocraties » de plus en plus aseptisées, de plus en plus virtuelles, quand la mort prend un visage, elle nous est insupportable. En revanche, quand elle s’abat sur des inconnus qu’elle désintègre – de préférence de couleur, privés de moyens de défense efficaces, et à des milliers de kilomètres de chez nous – elle fait partie de notre décor, nous paraît acceptable, s’inscrit dans nos « normes »… Aucun journaliste, aucun cinéaste ne pourra s’emparer de ces tragédies pour en réaliser un documentaire précis ou un film à succès, avec un souci du détail s’attardant à nous exposer, « effets spéciaux » à l’appui et dans des ralentis au bord du supportable sur fond de musique de circonstance, les souffrances de ces victimes anonymes. Personnellement, cette esthétique de l’attentat décrit avec moult détails, me semble souvent fort ambiguë, voire à la limite de la perversion…

 Enfin, ce que ces discours d’une idéologie écœurante – mais sournoisement déguisée – évitent de souligner, c’est que les « frappes chirurgicales » de nos « experts » militaires font immensément plus de victimes que les bombes artisanales de ceux qui tentent de leur résister… mais que l’on nous présente pourtant comme la pire des menaces pour l’humanité. La moindre des choses est d’en avoir conscience, et surtout d’en garder l’honnêteté intellectuelle quand est évoquée cette dramatique question…

Dans le même temps, les pontes arrogants qui nous gouvernent – ou plutôt, nous manipulent – ne semblent pas encore bien se rendre compte que, si l’information officielle circule partout et de manière instantanée via une orchestration parfaite de médias sous contrôle, fort heureusement aujourd’hui, la contre information circule également.

 Ceux-là mentent comme ils respirent et continuent à penser que les citoyens sont dupes. Quand je me rappelle de la mise en scène grotesque de Colin Powell à l’ONU, alors Secrétaire d’Etat sous le 1er mandat de l’administration Bush, avant l’invasion de l’Irak, sortant de sa poche une petite fiole censée contenir l’échantillon d’un produit hautement toxique que Saddam Hussein, bête noire du moment, s’apprêtait à larguer en masse sur nos innocentes « démocraties », je ne sais s’il faut rire ou pleurer… Comment est-il possible, à ce niveau de pouvoir, de se prêter à pareille facétie ? Lentement, leur bêtise vient donc compléter leurs mensonges…

Combien de temps, une vraie « démocratie » peut-elle souffrir de se vider ainsi de sa propre substance, avant de basculer ? Les nettes poussées extrémistes perceptibles dans plusieurs pays ne sont probablement pas étrangères à cette malhonnêteté de nos classes dirigeantes. Par leur pleutrerie et leurs collusions malsaines, ces dernières laissent s’installer voire favorisent la peste brune que seuls leurs discours arrangés condamnent… 

En réalité, ces sont les USA qui sont le « cancer » du monde… et à bien y regarder, tous les mouvements qui leur résistent de manière violente et souvent meurtrière, n’en sont que ses métastases… »

Daniel Vanhove 

21.08.14

Observateur civil

Auteur

« Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes » – 2005 – ED. M. Pietteur

« La Démocratie Mensonge » – 2008 Ed. M. Pietteur



Articles Par : Daniel Vanhove

A propos :

Daniel Vanhove est Observateur civil et auteur. Son dernier ouvrage La Démocratie Mensonge – 2008 – Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire.

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