“Derrière le soleil”, rapport sur la réalité des prisonniers palestiniens en 2009

Rapport « Behind the Sun », 1er avril 2020, n° P/ME/805/10/E.

FHI a publié le 1er avril 2010 un rapport détaillé décrivant la réalité des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes en 2009, confirmant que ce fut une des pires années : l’administration pénitentiaire israélienne a mis en pratique de nouvelles méthodes contre les prisonniers pour accroître la pression tant psychologique que physique et continuer à les enfermer dans un environnement extrêmement éprouvant, dans le but de faire d’eux des corps sans âme et d’assurer qu’ils ne pourront pas vivre par la suite. Le Service pénitentiaire israélien (Israeli Prison Service, IPS) cherche aussi à détruire le psychisme des prisonniers palestiniens en atteignant également leur famille, par des dispositifs oppressifs comme la privation de visites familiales pendant de très longues périodes.


Le groupe de défense des droits de l’homme déclare que les prisonniers palestiniens constituent un exemple rare dans l’histoire de l’humanité en termes de patience et d’endurance où, dans des circonstances tragiques, des dizaines de milliers d’entre eux ont subi des mois de tortures et de coups de la main des bourreaux de l’occupation dans les cachots d’interrogatoire, et qu’ils ont souffert des années d’oppression de la part des gardiens de prison et du Shabas (1). La capacité du prisonnier à supporter ces conditions et à survivre a une grande signification dans la défense de leur droit à la vie.

L’organisation souligne que le nombre de prisonniers dans les prisons de l’occupation israélienne a atteint le chiffre de 7.286 prisonniers hommes et femmes au cours de l’année dernière, dont 36 femmes, 20 ministres et députés, 250 enfants de moins de 18 ans, dont la détention est interdite par les lois.

Les autorités d’occupation ont aussi arrêté 309 prisonniers dans la période antérieure aux accords d’Oslo signés par les parties palestiniennes et israéliennes en 1993, connus sous le nom de prisonniers de longue durée (prisonniers anciens), dont 115 sont maintenus en détention depuis plus de 20 ans et 3 depuis plus de 30 ans : Nael Al-Barghouthi, Fakhry Al-Barghouthi et Akram Mansour.

Parce que les autorités d’occupation israélienne refusent de les libérer dans le cadre d’accords d’échange de prisonniers avec les Palestiniens, le rapport se centre sur les prisonniers politiques originaires de Jérusalem et des zones au-delà de la Ligne verte, qui continuent d’être marginalisés par les autorités d’occupation.

Les statistiques de l’année dernière montrent que le nombre des prisonniers jérusalémites des deux sexes était de 273. Le captif palestinien Fuad Al-Razim, du quartier Silwan, à Jérusalem occupée, est considéré comme le doyen des prisonniers jérusalémites, arrêté il y a 29 ans. Le nombre de Jérusalémites morts dans les prisons israéliennes est de 14, dont le premier est Qasim Abdullah Abu Aker, qui est mort en 1969 des suites des tortures subies pendant un interrogatoire dans la prison « al-Maskoubiya ». Le dernier est le captif Joma’a Keyalah, qui est mort il y a environ un an, après avoir passé 13 ans dans l’hôpital de la prison al-Ramlah.

Selon l’organisation, il y a 31 prisonniers jérusalémites ; certains d’entre eux sont frères, comme Mousa, Khalil et Ibrahim Sarahneh, qui ont été condamnés à perpétuité en 2002.

En ce qui concerne les prisonniers en isolement, il y en a 2, tous les deux de Jérusalem : Abed Al-Naser Al-Hulaissi, qui est placé en isolement depuis plus de 13 ans, et Mo‘taz Hijazi, isolé depuis neuf ans.

Il y a aussi le député de Jérusalem Mohammed Abu Teir, qui est en prison depuis plus de 25 ans.

Le rapport de FHI indique également qu’il y a quatre prisonnières jérusalémites dans les geôles israéliennes : Ibtisam Issawi, résidente de Jabel Al-Mukaber et condamnée à 14 ans de prison ; Amna Mona, la plus ancienne prisonnière, résidente de la Vieille Ville, et condamnée à la perpétuité ; Sana‘a Shehadeh, résidente du camp de réfugiés de Qalandia, condamnée elle aussi à la perpétuité ; et enfin Nada Derbas, résidente d’Issawiya et condamnée à 4 ans de prison.

Présentant les situations des prisonniers de Jérusalem, l’organisation rappelle qu’Ali Hassan Abed Rabu Shallaldah, 60 ans et demi, le plus âgé des prisonniers de Jérusalem occupée, purge une peine de 25 ans, dont il a fait 19 ans. Il a 12 enfants, dont 8 se sont mariés pendant qu’il languissait en captivité.

L’organisation déclare que Wael Mahmoud Qassem, de Silwan, à Jérusalem Est occupée, s’est vu infligé la peine la plus longue jamais vue : 35 perpétuités + 50 ans. Il est marié et père de 4 enfants. Ses frères Ramadan et Fahmi Mashahreh ont été condamnés à 20 perpétuités. Les forces de l’occupation israélienne ont aussi démoli leurs maisons. L’organisation signale également deux prisonniers jérusalémites, le docteur Abed Al-Aziz Amro et Alaa Al-Din Al-Bazian, tous les deux condamnés à la réclusion à perpétuité.

Au sujet des prisonnières palestiniennes, FHI affirme que 36 femmes sont détenues dans des conditions très éprouvantes. 27 sont de Cisjordanie, 4 de Jérusalem, 4 de Palestine 48 et 1 de la Bande de Gaza.

Il y a également 5 mères de famille condamnées à perpétuité, (de 13 à 3 perpétuités + 30 ans). Pour exemple : Irena Poly Sarahneh, mère de 2 filles ; Ibtisam Abdul Hafiz, 6 fils ; Qahera Said Al-Saadi, 3 enfants ; Iman Mohammed Gazzawi, deux enfants ; et enfin Latifa Mohammed Abu Thera’, 7 enfants.

Selon l’organisation, il y a 250 enfants palestiniens de moins de 18 ans dans les prisons israéliennes. Ces enfants sont soumis aux mêmes tortures, traitements inhumains, procès inéquitables et violations de leurs droits fondamentaux que leurs aînés.

L’organisation note que les autorités d’occupation font de la discrimination contre les prisonniers venant des zones palestiniennes à l’intérieur de la Ligne Verte (Palestine 48, ndt). Elles les considèrent comme des citoyens israéliens mais néanmoins ne les traitent pas de la même manière que les prisonniers juifs, en raison de la politique raciste prévalant en Israël.

De plus, le gouvernement israélien refuse d’inclure leurs noms dans tout échange de prisonniers. Ils sont 109, des deux sexes, dans différentes prisons israéliennes. Sami Younis, 78 ans, a été arrêté il y a 27 ans et est considéré comme le doyen de tous les prisonniers.

En mars 2009, le gouvernement israélien a formé un comité ministériel, démarche considérée comme éminemment dangereuse, pour intensifier les violations contre les prisonniers. Ce comité étudie, analyse la situation des prisonniers palestiniens et adopte des décisions et procédures injustes visant à les briser. Plus de 1.000 prisonniers palestiniens souffrent de maladies chroniques et sont soumis à une négligence médicale. Il y a aussi plus de 1.500 prisonniers privés de visites familiales depuis longtemps, dont 775 prisonniers originaires de la Bande de Gaza qu’Israël prive de visites familiales, sous le prétexte du maintien de la sécurité, depuis qu’il a imposé son siège sur la Bande en 2006.

Les nouvelles violations israéliennes contre les prisonniers ont été documentées, telles que les utiliser comme boucliers humains pendant l’attaque récente contre la Bande de Gaza et les maintenir de force dans des trous au milieu de tirs nourris. Les forces de l’occupation israélienne ont aussi transformé des maisons palestiniennes en baraquements militaires alors que la famille entière était bouclée dans une seule pièce.

Les pêcheurs de Gaza ont été eux aussi la cible directe des attaques israéliennes. Le nombre de pêcheurs de Gaza constamment attaqués par les Israéliens a augmenté, tandis que les forces navales israéliennes les arrêtent presque quotidiennement, confisquent leurs bateaux et leur matériel, et les humilient et les soumettent au chantage.

Les forces d’occupation israélienne ont aussi arrêté des patients au passage d’Erez, à Beit Hanoun, les ont interrogés, ont fait pression sur eux pour qu’ils collaborent avec le renseignement israélien. L’organisation confirme que tous les gens arrêtés ont été soumis à la torture et à l’humiliation, et qu’infliger toutes sortes de torture sur les prisonniers fait partie intégrante de la politique israélienne à leur encontre.

Dans son rapport, Friends of Humanity déclare que des prisonniers sont détenus sous le régime de la détention administrative pendant de nombreuses années, sans aucune accusation, et qu’elle peut être prolongée jusqu’à 5 ans et plus. En outre, des prisonniers sont transférés à la détention administrative après avoir purgé de longues peines. Le prisonnier Fathi al-Hayek, chef du village de Zeta Jammai’n (Naplouse) est le plus ancien prisonnier administratif, incarcéré depuis plus de 4 ans.

L’organisation a cependant noté qu’il y avait une diminution significative du nombre de détenus en détention administrative l’an dernier, et « seulement » 280 détenus administratifs sont restés en détention.

L’organisation se réfère à la Quatrième Convention de Genève, qui stipule clairement l’illégalité du placement continu en isolement du prisonnier plus de 30 jours, quelle que soit l’infraction commise. Cependant, cette clause n’est pas honorée par les autorités d’occupation. Elles détiennent au contraire de nombreux prisonniers en isolement de longue durée. Par exemple, les prisonniers Mahmoud Issa, Abdullah Barghouthi et Hassan Salameh sont en isolement depuis 2002, Mo’taz Hijazi et Ahmed Al-Mughrabi depuis 2004 et Jamal Abu Al-Hija depuis 2005.

Fait sans précédent, les autorités d’occupation israélienne ont arrêté, depuis la mi-2006, 51 députés et ministres palestiniens, et les ont condamnés à de dures sentences. Beaucoup d’entre eux ont été libérés après avoir passé près de 4 ans en captivité, mais 20 d’entre eux sont toujours incarcérés dans différentes prisons, dans des conditions très dures.

En 2009, les autorités pénitentiaires israéliennes ont tenté d’imposer un uniforme orange au lieu de l’uniforme brun pour que les prisonniers palestiniens ressemblent aux prisonniers américains à Guantanamo Bay. De cette façon, en voyant les prisonniers palestiniens dans de tels vêtements, la similarité entre les deux groupes viendrait immédiatement à l’esprit. Mais les prisonniers ont refusé cette décision, en dépit de toutes les punitions et représailles, et l’administration carcérale a réalisé qu’elle ne pourrait pas la mettre en pratique. Elle a donc été reportée.

Le rapport de Friends of Humanity indique que des dizaines de Palestiniens ont été arrêtés l’année dernière, pendant la guerre d’Israël contre Gaza, sous la qualification de « combattants illégaux ». Ils n’ont pas été libérés à la fin de leur peine, et continuent d’être incarcérés dans des conditions misérables. Il ne fait aucun doute que cette mesure est une violation flagrante des droits de l’homme et des normes d’une justice équitable, puisque les prisonniers sont dans l’impossibilité de se défendre et sont détenus indéfiniment, sans accusation spécifique.

Vienne, 1er avril 2010

Rapport préparé par Fuad Al Khoffash (chercheur) et Ghassan Obaid (militant pour les droits de l’homme).
Traduit par Mohammed El-Nadi.

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* Le rapport ici, en anglais, 16 pages, format PDF.

(1) Shabas : acronyme de l’hébreu Sherut Batei HaSohar, ou Service pénitentiaire israélien (IPS)

Traduction : MR pour ISM.


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