Des altermondialistes défilent contre l’OMC à Hongkong

ans la rue, comme entre les négociateurs, la sixième conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a débuté sans grand enthousiasme, mardi 13 décembre à Hongkong. Quelques milliers de manifestants altermondialistes ont protesté contre le cycle de Doha de libéralisation des échanges que les ministres du commerce espèrent sortir de l’impasse cette semaine.

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Les manifestants devaient, dans l’après-midi, se diriger vers l’imposant centre de conférence transformé en forteresse au bord de la baie. Près de 9 000 policiers ont été mobilisés pour les encadrer. Dans un centre-ville plus calme qu’à l’ordinaire, quelques magasins ont fermé, d’autres ont protégé leurs vitrines, craignant des débordements similaires à ceux survenus à Seattle, en 1999, et à Cancún, en 2003.

Au départ de la manifestation, au parc Victoria, l’ambiance est aux discours militants, aux discussions animées et aux retrouvailles. Les autorités surveillent de près les fermiers sud-coréens, l’un des groupes nationaux les plus représentés. « La presse de Hongkong a dit que nous allions être violents. On a l’impression que les journalistes ici incitent au suicide. Nous sommes pacifiques », se défend l’un d’eux. Un grand panneau rappelle un discours de Lee Kyung-Hae, l’activiste coréen qui s’est donné la mort en 2003 lors de la conférence de Cancún. Une cinquantaine de ses compatriotes psalmodient un chant. Leurs uniformes beiges portent un slogan : « L’OMC tue les agriculteurs ».

Les manifestants originaires d’Europe ou des Etats-Unis sont moins nombreux : comme la réunion n’aura rien de définitif, certaines ONG ont réduit la voilure. Venu avec une vingtaine de militants paysans, José Bové est parmi les plus sollicités : menacé d’expulsion la veille, l’ancien porte-parole de la Confédération paysanne a été autorisé in extremis à fouler le territoire hongkongais, après l’intervention du gouvernement français et de… Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC. Après cet épisode, M. Bové enchaîne les interviews : « L’agriculture n’a rien à faire dans l’OMC. L’accès des pays pauvres aux marchés agricoles des pays riches est un leurre », dit-il, ajoutant :  » Produire pour l’exportation dans les pays du tiers-monde, c’est destructeur, même dans les pays qui sont autosuffisants. »

A moins de trois kilomètres, les 6 000 délégués, 2 000 membres d’ONG et quelque 3 000 journalistes rassemblés dans le centre de conférence ont commencé la réunion sans trop d’illusion non plus.  » Nous devons nous mettre d’accord pour une feuille de route pour poursuivre les négociations en 2006″, déclare John Tsang, le ministre du commerce de Hongkong, qui préside la conférence. « Essayons de combiner nos espoirs et nos pouvoirs », a exhorté M. Lamy, dont la première préoccupation est d’éviter un nouvel échec :  » Il vous appartient de travailler de la façon qui vous semble la meilleure », affirme le Français, perturbé par des slogans d’altermondialistes.

Comme les ambitions ont été réduites depuis quelques semaines, les négociateurs entendent se concentrer sur les questions de développement. Les uns et les autres ne veulent pas abattre leurs cartes dans les premiers jours tandis que le blocage persiste sur le dossier très sensible de l’agriculture, où l’Europe est soumise à forte pression. Le ministre des affaires étrangères du Brésil, Celso Amorin, a demandé lundi à l’UE de faire « davantage » pour baisser les droits de douane prélevés sur les produits agricoles.  » Les Etats-Unis ont présenté une offre agricole audacieuse en octobre à laquelle d’autres, dont l’UE, doivent encore répondre », a lâché Rob Portman, le représentant américain au Commerce.

Mais après avoir proposé de baisser de 35 % à 60 % les tarifs agricoles, le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, refuse de faire une nouvelle offre. Il sait qu’il ne peut pas bouger sous peine de subir les foudres du gouvernement français.



Articles Par : Brice Pedroletti et Philippe Ricard

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