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Des manifestations au Japon dénoncent la présence militaire américaine
Par Ben McGrath
Mondialisation.ca, 29 mai 2015
wsws.org
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Des manifestants se sont rassemblés devant le bâtiment du parlement à Tokyo dimanche pour exiger le retrait d’une base américaine de l’île d’Okinawa. De nombreux rassemblements ont eu lieu récemment, à la fois sur l’île et sur le reste du territoire japonais, en opposition à la présence de l’armée américaine dans le pays.

On estime à 15 000 les participants à la manifestation qui ont dénoncé dimanche le projet de transfert de la base américaine du Marine Corp Air Station de Futenma, sur l’île d’Okinawa, vers un nouveau site en cours de construction à Henoko. Futenma est situé dans la ville de Ginowan, tandis que Henoko se trouve le long d’une côte moins peuplée d’Okinawa. Beaucoup de gens tenaient des banderoles disant « Non à Henoko. » Ils exigaient que la base soit complètement retirée de la préfecture d’Okinawa.

Un manifestant, Akemi Kitajima, a déclaré à la presse: « Il faut que nous arrêtions cette construction. Le gouvernement tente d’imposer le plan, peu importe avec quelle force Okinawa lui dit ‘non’. » Les manifestants ont également exprimé leur opposition aux projets américains de déployer des avions militaires Osprey CV-22 s sur la base aérienne de Yokota à Tokyo.

Une manifestation plus grande avait eu lieu le dimanche précédent rassemblant 35.000 personnes à Okinawa pour s’opposer au plan de réinstallation de la base. Les actions de protestations avaient commencé deux jours avant et s’étaient poursuivies tout le week-end. Ce samedi là, les manifestants ont défilé autour de la base de Futenma et ont été rejoints dans d’autres villes du Japon par environ 2.600 manifestants. Outre leur opposition à la base, les gens ont crié des mots d’ordre comme « Opposons-nous aux liens renforcés de défense américano-japonais » dirigés contre le tournant du Japon vers le militarisme.

Le projet de déplacement de la base de Futenma est en voie d’élaboration depuis 1996, suite à l’enlèvement et au viol brutal en 1995 d’une fille de douze ans d’Okinawa par trois militaires américains, qui a entraîné de larges manifestations anti-américaines. D’autres crimes moins médiatisés commis par le personnel américain ont également attisé des sentiments anti-américains.

Okinawa, cependant, est située sur la ligne de front de tout conflit avec la Chine. La plupart des

47 000 soldats américains stationnés au Japon le sont sur l’île, stratégiquement située dans la mer de Chine orientale, non loin de la Chine continentale. Okinawa joue un rôle clé dans le « pivot » américain vers l’Asie conçu pour encercler la Chine sur le plan militaire et économique et la subordonner aux intérêts américains.

Il y a peu de chance que l’administration Obama accepte de déménager la base de Marines de l’île, surtout au moment où elle est engagée dans des provocations contre la Chine. La relocalisation de la base, esquissée dans un accord de 2006 entre les gouvernements américain et japonais, a provoqué des protestations persistantes. Le Parti démocrate du Japon (PDJ) arrivé au pouvoir en 2009 a promis de réviser l’accord, mais le gouvernement Obama a carrément refusé de discuter la question avec le Premier ministre Yukio Hatoyama et a oeuvré pour saper son gouvernement. Hatoyama a été forcé d’accepter l’accord de 2006, puis a démissionné en juin 2010. Son remplacement au PDJ, Naoto Kan, a rapidement réaffirmé son plein soutien à l’alliance avec les Etats-Unis.

L’actuel gouvernement du Parti libéral démocrate (LDP) a non seulement confirmé que la relocalisation de la base se poursuivrait, il a encore intensifié la remilitarisation du Japon et agi de concert avec Washington dans le cadre du « pivot » des États-Unis contre la Chine.

Les récentes manifestations ont été organisées par des groupes de citoyens ayant des liens avec le gouvernement préfectoral d’Okinawa. Le gouverneur Takeshi Onaga a été élu en novembre dernier comme indépendant, en grande partie du au fait de son opposition à la base de Futenma et à son déménagement. Il est anciennement du LPD et s’appuie sur la faction conservatrice Shinpukai qui a quitté le LDP en raison de son soutien pour les bases d’Okinawa.

Onaga n’est pas opposé à l’alliance militaire avec les États-Unis, ni au militarisme japonais. Il ne fait qu’exiger que la base de Marines soit transférée à un autre endroit du Japon. Il a récemment déclaré: « Je comprends parfaitement (l’importance) de l’alliance nippo-américaine. On ne devrait jamais la briser ».

Le gouverneur a en même temps favorisé des illusions dans la possibilité d’un changement d’avis de Washington. Il a récemment déclaré: « Seule Okinawa est accablée par cette lourde charge, et je tiens à informer les Etats-Unis, une nation démocratique, de cette situation injuste ».

Malgré son soutien explicite au militarisme américain, Onaga a été soutenu par le Parti communiste japonais et le Parti social-démocrate, qui tous deux prennent la pose d’adversaires de la remilitarisation du Japon. Ils fonctionnent comme une soupape de sécurité politique. Les manifestations permettent aux gens de se défouler tandis que le gouverneur exploite le sentiment d’être maltraités par la métropole de la population d’Okinawa.

Pour les politiciens comme Onaga, la lutte à propos des bases fournit également un prétexte pour l’accaparement des terres. Près d’un cinquième du territoire d’Okinawa est occupé par des bases américaines, un territoire que la riche élite préférerait mettre à son profit. Le gouverneur considère la présence des bases comme le « plus grand obstacle » à l’accroissement des opportunités d’affaires.

Onaga espère transformer l’île en plaque tournante pour le tourisme, ce qui signifie plus d’hôtels, de restaurants et d’entreprises pour répondre aux besoins des visiteurs, ainsi que des marchés de construction. En 2013, un nombre record de 6,58 millions de touristes ont visité Okinawa alors que le nombre de visiteurs d’outre-mer a bondi de 64 pour cent par rapport à l’année précédente. Au total, le tourisme représentait ¥ 448 milliards ($3.87 milliards) de recettes au cours de l’année fiscale 2013.

Onaga cherche à attirer des investissements étrangers. Il a visité la Chine en avril en tant que délégué de l’Association pour la Promotion du Commerce International Japon. Avant la visite, un porte-parole de la préfecture d’Okinawa a déclaré: « Nous aimerions profiter de cette occasion [de la visite d’Onaga] pour promouvoir les échanges économiques entre Okinawa et la Chine. Nous espérons que les entreprises utiliseront les zones économiques spéciales en Chine et Okinawa pour un commerce mutuel ».

Onaga offre les habitants d’Okinawa comme source de main-d’œuvre bon marché. Okinawa est la préfecture la plus pauvre au Japon avec un taux de chômage deux fois plus élevé que sur le continent. « Les entreprises ont été attirées par les subventions, les faibles coûts de main-d’œuvre, et l’abondance de main-d’œuvre », a déclaré Takehide Kinjo au Wall Street Journal en novembre dernier. Kinjo est le président de la société Dinos Cecile Communications Company, basée à Uruma City, au nord de Naha, la capitale d’Okinawa.

Les investisseurs locaux sont désireux de mettre la main sur le terrain maintenant occupé par la base de Futenma. « Les attentes sont à la hausse pour les projets de réaménagement des terres après leur restitution », a dit un responsable de la banque d’Okinawa à l’Asahi Shimbun. « Futenma a de bons réseaux de transport, et le prix moyen des terrains peut y monter plus haut que dans le nouveau centre-ville de Naha ». Le centre-ville de Naha, autrefois site de résidence du personnel militaire américain, accueille désormais des centres commerciaux et des boutiques duty-free qui proposent des marques de luxe.

La population d’Okinawa a depuis des décennies des rapports tendus tant avec le Japon qu’avec les États-Unis. Connu comme le royaume de Ryukyu jusqu’à son annexion par le Japon impérial en 1879, l’île a vu d’intenses combats à la fin de la Seconde Guerre mondiale, où plus de 100.000 civils ont été tués. Après la guerre, Okinawa est restée sous le contrôle direct des États-Unis jusqu’en 1972, deux décennies après la fin de l’occupation américaine du reste du Japon.

Ben McGrath

Article original, WSWS,  publié le 27 mai 2015

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