Des milliers de bébés naissent dans “l’enfer” de Gaza, selon l’UNICEF

“L'humanité ne peut pas permettre que cette version déformée de la normalité persiste plus longtemps”, a déclaré un responsable de l'UNICEF. “Les mères et les nouveau-nés ont besoin d'un cessez-le-feu humanitaire.”

“Quand Washington défend son bilan, son argument est qu’il apporte des améliorations graduelles, ce qui revient à dire : “Nous avons trois seaux supplémentaires pour lutter contre les feux de forêt”.

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Alors que les Forces de défense israéliennes continuent d’empêcher les aides d’atteindre les abris, les camps de réfugiés et les hôpitaux de Gaza, les travailleurs humanitaires avertissent qu’il n’y a “pas d’issue en vue” pour les horreurs auxquelles sont confrontées environ 55 000 femmes enceintes, ainsi que les parents en post-partum et les nouveau-nés.

Tess Ingram, spécialiste de la communication pour le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), a déclaré vendredi à la presse que près de 20 000 bébés sont nés au cours des trois derniers mois depuis qu’Israël a commencé à bombarder la bande de Gaza – un assaut ostensiblement mené en réponse à l’attaque du 7 octobre du Hamas contre le sud d’Israël, mais qui a ciblé de manière disproportionnée les civils de l’enclave, les femmes et les enfants représentant 70 % des 24 762 civils tués jusqu’à présent.

“Devenir mère devrait être un moment de joie”, a déclaré Mme Ingram. “À Gaza, ce sont des enfant mis au monde en enfer… Voir des nouveau-nés souffrir, tandis que certaines mères se vident de leur sang, devrait nous empêcher de dormir la nuit”.

Seuls neuf des 35 hôpitaux de Gaza sont opérationnels, et l’Agence France Presse a rapporté que l’hôpital Emirati de Rafah dispense désormais des soins à “la grande majorité des femmes enceintes de Gaza”, alors que plus d’un million de personnes ont été déplacées vers cette ville du sud depuis le début de la guerre.

Les médecins et les infirmières de l’hôpital, qui traitent normalement 30 à 40 patientes enceintes par jour, s’occupent de 400 femmes enceintes, mères en post-partum et nouveau-nés chaque jour, a indiqué l’organisation humanitaire CARE au HuffPost. L’unique salle d’opération de l’hôpital, où deux ou trois césariennes sont normalement pratiquées chaque jour, est maintenant utilisée pour près de 20 césariennes par jour.

“Devenir mère devrait être un moment de joie. À Gaza, ce sont des enfants mis au monde en enfer.”

La surpopulation a obligé le personnel hospitalier à laisser sortir des mères dans les trois heures suivant la césarienne, dont beaucoup sont pratiquées sans anesthésie ni équipement médical correctement désinfecté, ce qui accroît le risque d’infection.

“‘Vais-je survivre à l’accouchement ? Mon enfant survivra-t-il ? Qu’arrivera-t-il à mes autres enfants ?’ Ce sont les dangers très concrets auxquels les femmes enceintes et les jeunes mères de Gaza sont confrontées depuis 100 jours, sans qu’aucune issue ne soit en vue”,

a déclaré la semaine dernière Hiba Tibi, directrice régionale adjointe par intérim de CARE pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Après l’accouchement, les mères et leurs nouveau-nés vulnérables retournent aux conditions de vie “inhumaines” dans des abris de fortune ou des camps surpeuplés, où le manque de nourriture et d’eau potable expose “environ 135 000 enfants de moins de deux ans à un risque de malnutrition sévère”, a déclaré M. Ingram à la presse.

Une femme nommée Fedaa Issa a raconté à Middle East Eye cette semaine l’expérience de son retour dans une tente de fortune à Khan Younis immédiatement après avoir donné naissance à sa fille le 2 décembre.

“Dans le camp, il n’a pas d’installations sanitaires indispensables aux premiers jours et premières semaines de la vie d’Aya, ni de véritable intimité”, a rapporté MEE. “Issa a déclaré qu’elle et d’autres femmes n’avaient pas accès aux serviettes hygiéniques et qu’elles risquaient l’infection en lavant des bouts de tissu dans de l’eau sale.”

N’ayant pas accès aux nutriments nécessaires, Issa n’a pas pu allaiter et a dû recourir à du lait maternisé pour nourrir son nouveau-né, ce que sa famille a du mal à payer.

“L’humanité ne peut tolérer plus longtemps cette version déformée de la normalité”, a déclaré M. Ingram. “Les mères et les nouveau-nés ont besoin d’un cessez-le-feu humanitaire.”

Mme Ingram a raconté aux journalistes l’histoire d’une femme qu’elle a rencontrée à Gaza, Mashael, enceinte lorsque sa maison a été frappée par une attaque aérienne le mois dernier.

Alors que son mari est resté coincé sous les décombres plusieurs jours, Mashael s’est rendu compte, après le bombardement, que son bébé avait cessé de bouger.

“Elle dit qu’elle est sûre maintenant, environ un mois plus tard, que le bébé est mort”, a déclaré Ingram, mais Mashael n’a pas été en mesure de voir un médecin pour confirmer la fausse couche ou obtenir un traitement.

“La situation des femmes enceintes et des nouveau-nés dans la bande de Gaza dépasse l’entendement et exige des actions intensifiées et immédiates.”

Selon CARE, le personnel soignant a constaté une augmentation de 300 % des fausses couches depuis le début de l’offensive israélienne.

Les groupes humanitaires affirment que les conditions se sont détériorées au cours du mois dernier, malgré l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies exigeant une augmentation de l’aide à Gaza.

“Quelle que soit l’amélioration marginale constatée”, a déclaré Jeremy Konyndyk, président de Refugees International, au HuffPost, “elle est loin d’être à la hauteur de ce qui est indispensable à ce stade. Lorsque des améliorations sont constatées, elles sont minimes et précaires – elles peuvent être anéanties par des actions militaires israéliennes ou des décisions politiques israéliennes”.

L’administration Biden, qui contribue au financement et à l’armement des forces de défense israéliennes et a défendu avec véhémence l’attaque de Gaza en la qualifiant de “légitime défense”, a déclaré qu’elle faisait “pression” sur Israël pour autoriser l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza, où quelques rares camions d’aide ont été autorisés à entrer en moyenne par jour depuis le mois d’octobre. Avant l’assaut israélien actuel, environ 500 camions transportaient quotidiennement des marchandises et des fournitures dans l’enclave.

Malgré l’insistance des États-Unis à dire qu’ils font pression sur les responsables israéliens, un document du département d’État publié cette semaine indique que les FDI refusent toujours les demandes de transfert de vivres et de médicaments dans le nord de la bande de Gaza, où vivent encore 300 000 personnes.

M. Konyndyk, qui a travaillé dans les administrations Obama et Biden, a déclaré au HuffPost que tant que les bombardements israéliens se poursuivront, les habitants de Gaza et ceux qui luttent pour prendre soin d’eux “ont besoin de l’équivalent humanitaire du ‘shock and awe’” [choc et stupeur*].

“Lorsque le gouvernement américain défend son bilan dans cette affaire, son argument de base est qu’il apporte des améliorations graduelles”, a déclaré M. Konyndyk. Ce qui revient à dire : “Nous disposons de trois seaux supplémentaires pour lutter contre les incendies de forêt”. Quelle que soit l’amélioration constatée, son rythme est très, très inférieur au degré de gravité de la situation humanitaire.”

Julia Conley

Image : Capture d’écran. Un bébé prématuré est placé en couveuse à l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa à Deir al-Balah, à Gaza, le 12 janvier 2024. (Photo : Ashraf Amra/Anadolu via Getty Images)

Article original en anglais : Thousands of Babies Being Born Into ‘Hell’ in Gaza Says UNICEF, Common Dreams, le 19 janvier 2023.

Traduction : Spirit of Free Speech

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Julia Conley est rédactrice pour Common Dreams.



Articles Par : Julia Conley

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