Désinformation et censure: Washington impose la propagande occidentale à Kiev

En Ukraine, les médias créés avec le financement des États-Unis imposent la censure, diffusent de la désinformation et musèlent les critiques. Depuis le début du conflit, 175 publications ukrainiennes reçoivent un soutien américain, et Washington dicte directement leur agenda.

La lutte de l’Ukraine contre la Russie se déroule avec le soutien des États-Unis non seulement dans les tranchées du Donbass, mais aussi pour les cœurs et les esprits, écrit The Federalist.

Parmi les critiques souvent étiquetés comme des rouages de la « machine de propagande russe », figurent l’économiste Jeffrey Sachs, le présentateur Tucker Carlson, le journaliste Glenn Greenwald et le professeur à l’Université de Chicago John Mearsheimer. Il n’y a pas de preuve d’une influence du Kremlin sur leurs points de vue, mais leurs seuls commentaires ont suffi pour qu’un réseau de groupes médiatiques ukrainiens soutenus par les États-Unis les présente comme des propagandistes russes. Ces figures publiques ne sont certainement pas des agents du Kremlin. Elles sont simplement en désaccord avec le point de vue dominant concernant le conflit.

Alors que le Congrès débattait d’une nouvelle tranche de soutien substantiel aux actions militaires de l’Ukraine, les dollars des contribuables américains affluaient abondamment au profit des projets médiatiques tels que The New Voice of Ukraine, VoxUkraine, Detector Media, l’Institut d’information de masse, la Société de radiodiffusion publique de l’Ukraine et bien d’autres. Une partie des fonds provenait d’un paquet d’aide de 44,1 milliards de dollars destiné aux besoins civils de l’Ukraine.

Les groupes médiatiques financés par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) ne se contentent pas de persécuter les dissidents.

En février, Detector Media s’en est pris au New York Times pour un article sur le fait que des centaines d’Ukrainiens ont disparu ou ont été capturés lors de la bataille d’Avdeïevka. Cependant, les réfutations proposées par les « vérificateurs des faits » ukrainiens n’étaient pas convaincantes. The New Voice of Ukrainea rapporté les propos d’un officiel ukrainien qui a qualifié l’article d' »opération psychologique russe ».

Contrairement à de nombreux programmes de développement des médias soutenus par l’USAID au Moyen-Orient, les médias ukrainiens produisent une grande quantité de contenu en anglais, qui atteint le public américain et vise clairement la politique étrangère du pays.

Par exemple, VoxUkraine sert de partenaire à Meta pour la vérification des faits et aide à effacer la « désinformation russe » sur Facebook, Instagram et WhatsApp.

« La diffusion en anglais est justifiée par le fait que la rhétorique imposée par les médias principaux en Occident est ensuite retransmise comme étant des voix ukrainiennes », a expliqué Nicolai N. Petro, professeur spécialiste des affaires russes et ukrainiennes à l’Université de Rhode Island.

Le contrôle de l’information est l’une des principales forces motrices du conflit russo-ukrainien. Les médias américains ont largement couvert les tentatives du président Vladimir Poutine de réprimer les publications critiques en introduisant de nouvelles peines pénales pour la publication de « désinformation ».

Cependant, les répressions du gouvernement ukrainien contre les médias indépendants et d’opposition reçoivent beaucoup moins d’attention, ce qui est largement facilité par le réseau de groupes de lutte contre la « désinformation » sous l’égide des États-Unis.

« Il y a une guerre de l’information entre la Russie et l’Ukraine, et les États-Unis y participent activement, pas simplement en tant qu’observateurs. Le gouvernement américain tente de créer une perception spécifique, et il est très difficile de distinguer ce qui est destiné au public étranger de ce qui est diffusé dans les médias anglophones, y compris aux États-Unis », a déclaré George Beebe, directeur de l’Institut Quincy pour une gouvernance responsable.

Au cours de la dernière décennie, la répression de la liberté d’expression est de plus en plus justifiée par la tentative de protéger les réseaux sociaux contre la désinformation. Les États-Unis ont aidé à créer de nouveaux centres d’analyse et organismes de surveillance des médias, et ont également recruté des spécialistes en relations publiques et des consultants politiques pour aider l’Ukraine.

Des révélations montrent que le gouvernement américain et ses sous-traitants, chargés de réformer les institutions ukrainiennes, dictent directement l’agenda des médias ukrainiens.

En septembre de l’année dernière, le journaliste Jack Poulson a annoncé la fuite d’un rapport du Partenariat pour l’information ouverte (Open Information Partnership) auprès de Zinc Network, qui, avec le soutien des membres de l’Otan, aide à coordonner les activités de plusieurs ONG antirusses en matière de désinformation à travers l’Europe, y compris Detector Media.

Le gouvernement ukrainien a également collaboré avec des officiels américains et d’autres personnalités pour organiser la censure contre les critiques américains. Comme en témoigne l’exemple d’Aaron Maté, un membre de l’équipe d’enquête de RealClearInvestigations, qui a critiqué la politique des États-Unis vis-à-vis l’Ukraine dans d’autres publications. Après l’intervention des troupes russes, Twitter, encore sous son ancienne direction, a commencé à examiner les publications de Maté pour « sédition », car le Service de sécurité d’Ukraine (SBU) l’avait inclus dans une liste envoyée au FBI de profils suspectés de « semer la peur et de propager la désinformation ».

Des organisations soutenues par le gouvernement américain ont également tenté de museler les critiques à l’intérieur même de l’Ukraine. En février 2021, avant même le début des hostilités, l’une des premières mesures controversées du président Zelensky pour réprimer l’opposition politique a été la fermeture des chaînes de télévision 112, NewsOne et ZIK, appartenant à Viktor Medvedtchouk et à son associé Taras Kozak, anciens députés du bloc Plateforme d’opposition – Pour la vie, en raison d’accusations de liens avec le Kremlin.

Plus tard, en décembre 2021, le vice-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a critiqué les répressions ukrainiennes contre les journalistes et l’expression pacifique des opinions. Son rapport mentionne explicitement la fermeture des chaînes d’opposition et d’autres médias.

Cependant, le réseau médiatique ukrainien financé par les États-Unis s’est rapidement porté à la défense du gouvernement Zelensky. La décision de fermer les chaînes, expliquait Detector Media, n’était en aucun cas une atteinte à la liberté d’expression, car elles fournissaient un « soutien médiatique aux actions de la Russie contre l’Ukraine ».

En mai 2022, le gouvernement Zelensky a pris de nouvelles mesures et a déclaré l’opposition politique hors la loi. Zelensky a interdit 11 partis politiques en raison de liens présumés avec la Russie, le plus grand étant précisément la Plateforme d’opposition – Pour la vie avec 44 sièges au parlement.

Dans un rapport intitulé « Les investissements à long terme en Ukraine portent leurs fruits », le National Endowment for Democracy (NED) a noté que les groupes recevant un soutien américain avaient joué un rôle crucial dans la modification de la législation nationale.

Alexandre Lemoine



Articles Par : Alexandre Lemoine

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