Dix bonnes raisons d’être contre la privatisation d’Hydro-Québec

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Pour effacer un déficit appréhendé de 3,7 milliards $, Luc Godbout et Claude Montmarquette suggèrent au gouvernement Couillard, parmi d’autres mesures, une privatisation partielle d’Hydro-Québec.

C’est une idée déjà mise de l’avant par Jean-François Lisée dans son livre Pour une gauche efficace. La différence entre Lisée et Godbout-Montmarquette est que ces derniers ne sentent pas la nécessité d’habiller leur proposition de l’appellation « de gauche ».

Dans notre livre Pour une gauche à gauche. Critique des propositions sociales et linguistiques de Jean-François Lisée, nous donnions 10 bonnes raisons de nous opposer à la privatisation d’Hydro-Québec. Voici l’extrait du livre traitant de cette question.

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Résumons sa proposition. Voyant dans Hydro-Québec la « poule aux œufs d’or du Québec », Jean-François Lisée propose de hausser les tarifs de 6,6 cents à 10 cents le kilowatt, tout en abaissant, le même jour, le taux d’imposition de manière équivalente, ou, pour ceux qui ne paient pas d’impôt, d’augmenter pour couvrir cette hausse la prime au travail, les prestations de revenu, le remboursement de TPS et de TVQ.

Cette hausse de tarifs pousserait, affirme-t-il, les propriétaires à calfeutrer pour faire des économies d’énergie et rendrait disponible des kilowatts heure pour vendre au prix fort aux États-Unis. Cette hausse des tarifs a pour but de préparer la privatisation partielle de la société d’État avec la vente de 25% de ses actions « en encourageant, écrit Jean-François Lisée, tous les Québécois, la Caisse de dépôt et placement, les fonds de pension à en acheter ». Les milliards empochés seraient versés au fonds des générations, dans une caisse santé ou serviraient à éponger la dette.

Dix raisons de s’opposer à la privatisation d’Hydro-Québec

Il y a dix bonnes raisons d’être contre cette proposition.

Premièrement, Jean-François Lisée surestime la réduction de consommation qui résulterait d’une hausse des tarifs. Il semble oublier qu’une majorité de Québécois sont locataires et que bon nombre de propriétaires s’empresseront de refiler la facture du compte d’électricité au locataire plutôt que de calfeutrer leurs habitations

Deuxièmement, les mesures fiscales ciblées qu’il propose en remplacement des programmes universels entraîneront une explosion des coûts de gestion et de la bureaucratie. Un bel exemple du programme d’une gauche autoproclamée « efficace ».

Troisièmement, il ne faut jamais oublier que les taux d’intérêt sur la dette d’Hydro-Québec et du gouvernement sont en-deçà des bénéfices que nous rapportent Hydro-Québec. Il nous en coûterait plus cher en dividendes aux futurs actionnaires d’une Hydro-Québec privatisée qu’en intérêts sur la dette. Quel est l’avantage de payer plus en dividendes à des actionnaires que le gouvernement verse en intérêts aux détenteurs de sa dette?

Quatrièmement, la conjoncture peut changer rapidement. Au moment où il a écrit son livre, Hydro-Québec pouvait espérer des profits mirobolants de la vente d’électricité à nos voisins du sud. Aujourd’hui, avec l’exploitation du gaz de schiste dans le nord-est des États-Unis et le ralentissement économique, il en va tout autrement. Hydro-Québec vient de signer un contrat de vente d’électricité au Vermont au prix de 6 cents le kilowatt, alors qu’elle paye 10 cents le kilowatt aux propriétaires de petits barrages et d’éoliennes.

Cinquièmement, il s’est avéré, avec la chute de marchés boursiers, que le fonds des générations n’était pas une si bonne idée. Combien aurions-nous perdu d’argent en mettant une partie du produit de la vente des actions d’Hydro-Québec dans un tel fonds?

Sixièmement, Jean-François Lisée admet lui-même que si plus de 10% de ses actions sont détenues par des intérêts privés, Hydro-Québec perd son statut de société d’État et est assujettie à l’impôt fédéral. 19% de ses profits, soit 500 millions $ par année, se retrouveraient alors dans les coffres d’Ottawa.

Septièmement, rien ne garantit que les actions d’Hydro-Québec demeureraient dans les mains de Québécois ou d’institutions québécoises. On a vu au cours des dernières années la Caisse de dépôt se départir de ses actions dans de nombreux joyaux de l’économie québécoise et ne pas intervenir lors de la prise de contrôle de l’Alcan par Rio Tinto.

Huitièmement, des privatisations partielles de sociétés d’État fédérales, comme Petro-Canada ou Air Canada, ont démontré que les actionnaires font pression sur la direction de l’entreprise privatisée pour qu’elle privilégie la maximisation rapide des profits, au détriment d’une planification à long terme et des profits moindres. Rapidement, ils réclameront la privatisation totale de l’entreprise. Hydro-Québec quittera alors la sphère du nationalisme économique pour celle de la financiarisation de l’économie.

Neuvièmement, il est avantageux pour notre société qu’Hydro contribue à divers projets (le transport électrifié, attraction d’entreprises, etc.) en vendant l’électricité à un tarif préférentiel. Les profits sont moindres, mais la société y gagne si on considère les retombées positives en termes d’emploi, de valeur ajoutée et en environnement.

Finalement, dixièmement, l’image de la « poule aux œufs d’or » utilisée par Jean-François Lisée est fort appropriée. Devons-nous lui réciter le reste de la fable de Lafontaine?

Pierre Dubuc

Pour un sommaire du livre et pour se le procurer, cliquez ici.



Articles Par : Pierre Dubuc

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